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Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

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Des cuthbertois.e.s et leur Municipalité se réjouissent de l’abandon d’un projet de poste de transformation sur leur territoire, et demeurent aux aguets

7 avril, par Regroupement de citoyen.ne.s de Saint-Cuthbert — , ,
Saint Cuthbert, le 27 mars 2026 – Un regroupement de citoyen.ne.s de Saint-Cuthbert mobilisé.e.s en concertation avec leur Municipalité respirent mieux aujourd'hui. (…)

Saint Cuthbert, le 27 mars 2026 – Un regroupement de citoyen.ne.s de Saint-Cuthbert mobilisé.e.s en concertation avec leur Municipalité respirent mieux aujourd'hui. Hydro-Québec a fait l'annonce, cette semaine, d'une mise à jour de son projet de l'Axe de transport Vallée du Saint-Laurent.

Parmi les changements, la société d'État renonce définitivement à l'option d'installer un poste de sectionnement - appelé à devenir un poste de transformation éventuellement - dans le bassin versant de la rivière Chicot, unique source de l'eau potable distribuée par le réseau d'aqueduc municipal.

C'est une énorme inquiétude en moins pour la coalition de citoyen.ne.s et d'élu.e.s,qui a déployé beaucoup d'efforts dans les derniers mois pour sonner l'alarme sur les dangers posés par ce scénario - à commencer par le risque de voir la rivière contaminée à l'huile isolante de transformateur. « On se réjouit de ce revirement-là, c'est certain. Ça valait la peine de faire valoir nos arguments, même en l'absence de réponse tout ce temps-là ! » commente Daniel Quirion, citoyen mobilisé sur la question depuis dix mois. « On est particulièrement heureux d'avoir affronté ça en excellente collaboration avec la Municipalité. »

Le collectif reste toutefois prudent quant à la suite. En effet, Hydro-Québec priorise désormais la recherche d'un emplacement pour un poste de transformation plus au nord, dans une large zone à Saint-Gabriel-de-Brandon. Si l'endroit retenu se trouvait vers le centre de la zone étudiée, une ligne double de 735kV pourrait traverser le secteur boisé initialement à l'étude à Saint-Cuthbert pour aller rejoindre une ligne parallèle à l'Axe Vallée du Saint-Laurent. M.

Quirion rappelle que cette perspective pose en elle-même des risques importants :« Est-ce qu'Hydro-Québec peut nous confirmer qu'il y n'y aura pas de coupe à blanc dans la zone de protection intermédiaire et éloignée de la prise d'eau potable municipale ? On l'a dit et on continuera de le dire, c'est bien documenté qu'un tel déboisement ferait augmenter la pollution de la rivière en carbone, phosphore et sédiments. Et c'est sans parler du glyphosate, ni de l'impact de tout ça sur les puits du secteur. »

Les membres du regroupement entendent bien faire valoir leur point de vue durant le processus devant mener au choix du nouvel emplacement. Dans l'immédiat, cela étant, elles et ils accueillent l'abandon de l'option cuthbertoise comme une réussite collective, qui démontre qu'il est possible de s'opposer avec succès aux reculs démocratiques de notre époque. Des citoyen.ne.s et des élu.e.s aux points de vue et aux intérêts variés ont su unir leurs forces autour d'une même cause et, aujourd'hui, constatent non seulement un gain tangible, mais une meilleure connaissance des enjeux par la population et une plus grande capacité d'agir pour la suite des choses

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Congédiement de la pdg du port de Montréal : Le géant vacille

7 avril, par Germain Dallaire — , ,
Les tuiles continuent de s'abattre sur le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur. Samedi le 4 avril, La Presse annonçait le congédiement de la PDG du Port de (…)

Les tuiles continuent de s'abattre sur le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur. Samedi le 4 avril, La Presse annonçait le congédiement de la PDG du Port de Montréal. Ce départ survient peu de temps après le départ d'un autre dirigeant important (Paul Byrd, VP) et après la démission du grand patron de DP World suite à ses plus de 9 000 mentions de son nom dans le dossier Epstein.

Il survient aussi moins d'une semaine après le grand succès d'une assemblée citoyenne qui s'est tenue à Verchères à l'initiative du Comité Vigie Citoyenne ? Le moins qu'on puisse dire est qu'il y a de l'eau dans le gaz pour ce projet insensé de 2,3 milliards dans lequel plus de 500 millions d'argent public sont déjà engagés.

L'assemblée organisée par Vigie Citoyenne s'est avérée un grand succès. De 100 à 125 personnes y ont assisté ce qui a obligé le comité organisateur à se tourner de bord rapidement pour s'installer dans la grande salle du centre communautaire. L'assemblée a débuté avec une présentation détaillée des impacts environnementaux et sociaux du projet faite par Hélène Reeves, coordonnatrice de Vigie Citoyenne. Après une période d'interventions de l'assistance, le professeur Eric Pineault, co-auteur d'une étude d'une quarantaine de pages démontrant clairement la non-pertinence de ce projet pour cause d'absence actuelle et prévisible d'augmentation de trafic de conteneurs. C'est simple, le tirant d'eau du Saint-Laurent en amont de Québec ne permet pas d'accueillir 70% du trafic mondial de conteneurs.

La perspective la plus probable est celle d'un éléphant blanc de plus de 2, peut-être trois milliards de dollars. La démonstration de M. Pinault était d'une limpidité exemplaire. S'en est suivi une période d'interventions de la salle qui nous a permis entre autres d'entendre le président du Parti Québécois dans Verchères M. Bruno Lavoie. Ce dernier, bien connu pour avoir travaillé activement à la réalisation de ce projet au cours des dernières années, s'est clairement prononcé pour un moratoire. On attend maintenant une prise de parole publique par PSPP. De son côté, la cheffe de Climat Québec Martine Ouellet était présente et a clairement exprimé l'appui de son parti à un moratoire.

Au moment où ces lignes sont écrites, on a un peu l'impression que les choses se précipitent donnant au projet des allures de Norhtvolt plutôt à ce que de Mirabel. On peut sérieusement penser que la fin de la partie peut être sifflée dans les prochains mois. Actuellement sur ce chantier, on fait comme des écureuils. Comme pour Northvolt, le terrain est saccagé et on est affairé à accumuler de gigantesques montagnes de grosses pierres (4 à 5 pouces de diamètre) dont une bonne partie sera utilisée à partir de l'automne pour avancer dans le fleuve créant les assises de l'immense quai de 675 mètres de long. C'est à ce moment que les travaux en eau vont commencer.

Le projet d'agrandissement de Contrecœur existe depuis une quarantaine d'années. Il ne se réalisait pas parce qu'on ne trouvait pas d'opérateur. L'implication de La Caisse dans la compagnie émiratie DP World a permis un déblocage. Les négociations sont cependant toujours en cours et une source bien informée nous apprenait que DP World exige dès le départ une arrivée de conteneurs permettant un fonctionnement à pleine capacité. Cela signifie 1,15 million de conteneurs alors que le Port de Montréal en a reçu 1,5 million en 2025 soit 75% de sa capacité. 1+1 fait 2, la seule façon pour DP World d 'obtenir ce qu'il veut est de cannibaliser le Port de Montréal. Deux à trois milliards pour ça ? On a affaire à du pur délire.

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Fermez la porte, les mouches !

7 avril, par Marc Brullemans — , ,
Encore aujourd'hui, la probable future première ministre du Québec a réitéré son désir de consulter la population sur une possible relance des gaz de schiste et d'y réfléchir (…)

Encore aujourd'hui, la probable future première ministre du Québec a réitéré son désir de consulter la population sur une possible relance des gaz de schiste et d'y réfléchir car, dit-elle, “le contexte a évolué”.

Évidemment, on pourrait penser à un ballon politique ou plus vraisemblablement, dans le cadre de cette course à la chefferie, à une façon d'attirer les votes des membres de la CAQ plus à droite mais ces quelques phrases donnent à penser aussi que madame Fréchette et son entourage ignorent ce qui motivait ces milliers de personnes manifestant dans la rue contre ce projet au début de la décennie 2010.

Il est sans doute opportun de rappeler que les permis d'exploration au Québec s'octroyaient à 10 $ le kilomètre carré, que des dizaines de consultations eurent alors lieu dans la vallée du Saint-Laurent, dans des salles bondées, que des centaines de séances d'informations furent organisées par les citoyens et que des milliers de mémoires et d'études furent déposés au gouvernement. Et que cette mobilisation citoyenne menant à la Loi mettant fin à l'exploration et à l'exploitation d'hydrocarbures en 2022 fut l'objet de dizaines de mémoires et de thèses universitaires. Alors, consulter ?... Il faudrait déjà lire. Se souvenir…

On affirme que la situation a changé. Que Donald Trump change la donne, comme s'il avait le pouvoir de modifier la nature du sous-sol ou de l'atmosphère. Oui les choses évoluent mais sur le plan environnemental c'est pour le pire ! Depuis 2010, nos écosystèmes aquatiques se sont détériorés, nos sols se sont dégradés et le réchauffement planétaire s'est accentué et s'accélère même, entraînant une kyrielle d'événements météo extrêmes. Quitter les filières fossiles du gaz naturel, du pétrole et du charbon est un impératif vital ; et l'on voudrait ouvrir la porte à la fracturation dans la Vallée du Saint-Laurent ?!

On voudrait forer pour du gaz alors qu'une étude récente montre que la composition du notre sérum sanguin semble “suivre” la concentration de CO2 dans l'atmosphère, la plus élevée depuis 2 millions d'années, et que cela pourrait affecter dans quelques décennies notre propre métabolisme ? On voudrait forer alors que l'on fermait à la mi-mars des sentiers de marche à Phoenix pour cause de chaleur excessive, 17 degrés au-dessus des normales ? Forer, alors que l'Antarctique commence à fondre et que nos forêts brûlent de plus en plus ? … Ce 23 mars, Antonio Guterres affirmait : « le chaos climatique s'accélère et toute tergiversation sera fatale ».

La saga des gaz de schiste au Québec nous a montré que la CAQ était en faveur de cette filière, que le gouvernement libéral après avoir ouvert la porte ne voulait pas vraiment la refermer, que le gouvernement péquiste était prêt à l'ouvrir pour le pétrole d'Anticosti tandis que QS était contre ces projets. Depuis, notons-le, sans les gaz de schiste, nous avons combattu la pandémie, notre PIB a doublé et Nick Suzuki connaît de bonnes saisons. Pourquoi forer au Québec pourrait-on se demander…

Une question demeure : sur quelle planète voulons-nous vivre ? Le cinéaste Tarkovski disait en 1986 : « L'homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu'il aura tout mangé, il ne faudra pas s'en étonner. » Quarante ans plus tard, désirons-nous que notre planète devienne de plus en plus inhabitable ? Voulons-nous fissurer, extraire et une fois encore ouvrir la boîte de Pandore ?

Comme il est courant d'entendre l'été à la campagne, “- Ferme la porte, les mouches !

Marc Brullemans, Trois-Rivières,
L'auteur est membre du Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec et a été coordonnateur au Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec.
30 mars 2026

Références :

Foster & Rahmstorf. Global Warming Has Accelerated Significantly. Geophys. Res. Lett. 6 mars 2026.
https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2025GL118804

Larcombe & Bierwirth. Carbon dioxide overload, detected in human blood, suggests a potentially toxic atmosphere within 50 years. Air Qual Atmos Health. 26 février 2026. https://doi.org/10.1007/s11869-026-01918-5

Borenstein. Des records de chaleur enregistrés en mars. Associated Press. 20 mars 2026.
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-03-20/sud-ouest-americain/des-records-de-chaleur-enregistres-en-mars.php

Berwyn. Scientists See Converging Evidence of Antarctic Ice Retreat. Inside Climate News. 23 mars 2026.
https://insideclimatenews.org/news/23032026/antarctic-ice-retreat-evidence/

OMM. Le climat de la Terre est de plus en plus déséquilibré. 23 mars 2026.
https://wmo.int/fr/news/media-centre/le-climat-de-la-terre-est-de-plus-en-plus-desequilibre

Caron. La dernière interview de Tarkovski. Septembre 2010. https://maxencecaron.fr/2010/09/la-derniere-interview-de-tarkovski/

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Les Courageuses ont gagné !

7 avril, par L'R des centres de femmes du Québec — , ,
Après des mois d'attente, le jugement est enfin sorti. Les Courageuses ont gagné ! Ce jugement devait déterminer si Gilbert Rozon devait verser des dommages-intérêts (…)

Après des mois d'attente, le jugement est enfin sorti. Les Courageuses ont gagné ! Ce jugement devait déterminer si Gilbert Rozon devait verser des dommages-intérêts compensatoires et punitifs. Bien que huit des neuf demanderesses ont obtenu la reconnaissance de la responsabilité de M. Rozon dans les préjudices qu'elles ont subis, l'écart entre ce qu'elles demandaient - 14 millions $ - et ce qu'elles obtiennent - 880 780 $ - nous semble démesuré.

Il s'agit tout de même d'une victoire importante pour ces femmes qui se sont tenues "debout devant les préjugés, l'arrogance et le mépris". « Aujourd'hui, nous avons mis le pied dans la porte, pour faire avancer le droit des victimes. Il nous reste, comme société, à pousser tous ensemble sur cette porte, pour l'ouvrir toute grande », souhaite Patricia Tulasne.

Nos pensées et tout notre respect à ces Courageuses qui n'ont rien lâché durant ce long processus !

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Au nom des femmes, le tribunal restreint le droit de grève des femmes

7 avril, par Martin Gallié, Elsa Galerand — , ,
Le 13 mars dernier, le Tribunal administratif du travail (TAT) a rendu son jugement (de 42 pages) ordonnant aux vingt grévistes du Centre de la petite enfance (CPE) de Roberval (…)

Le 13 mars dernier, le Tribunal administratif du travail (TAT) a rendu son jugement (de 42 pages) ordonnant aux vingt grévistes du Centre de la petite enfance (CPE) de Roberval de maintenir les « services assurant le bien-être de la population ».

C'est le premier jugement rendu depuis l'adoption en novembre 2025, de la Loi 14 "visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock out".

Les seize éducatrices spécialisées, deux éducatrices non qualifiées et deux responsables de l'alimentation étaient en grève illimitée, depuis le 22 octobre 2025, notamment contre la décision du conseil d'administration du CPE – dont la majorité des membres sont des parents d'élèves – de supprimer la rémunération de leur pause-repas de trente minutes.

Elles sont désormais tenues de maintenir le CPE ouvert trois jours par semaine, ce qui mine bien évidemment la portée de leur grève.

Le « bien-être » contre le droit de grève

Jusqu'à l'adoption de la Loi 14, le 30 novembre 2025, les éducatrices disposaient du droit de grève, soit de se priver de salaire aussi longtemps qu'elles le pouvaient. Il était en effet admis que l'exercice du droit de grève dans les CPE n'avait pas « pour effet de mettre en danger la santé ou la sécurité publique ». Et cette mise en danger constituait, jusque-là, le seul motif dont pouvait se prévaloir le législateur pour supprimer le droit de grève (des policiers ou des pompiers par exemple) ou pour le limiter en exigeant le maintien de services essentiels (dans les hôpitaux, les transports collectifs, par exemple.).

Pour rappel, c'est au ministre du travail Jean Boulet, soucieux « du bien-être de la population en cas de grève », que l'on doit la loi L14. Avec elle, des grèves peuvent se voir interdites ou soumises à diverses restrictions si « elles affectent de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale de la population, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité ». Du fait de son imprécision, cette condition laisse au Gouvernement et aux juges du TAT un important pouvoir discrétionnaire d'interprétation.

Les grévistes contre les mères et les enfants

Le jugement du 13 mars 2026 est à cet égard exemplaire. Les trois juges du Tribunal administratif du travail saisis du dossier du CPE de Roberval ont tranché que la grève menée depuis quatre mois affectait « de manière disproportionnée la sécurité sociale des enfants fréquentant l'établissement de l'employeur, ainsi que la sécurité socioéconomique des parents » et, parmi eux, des mères en particulier.

Le jugement motive que « les enfants sont des personnes vulnérables par définition » ; et il retient des déclarations sous serment – dont près d'un tiers provient des membres du Conseil d'administration et dont des paragraphes sont « préformatés » - que la situation n'est plus tenable pour les parents en général et « pour les plus vulnérables », en particulier. Il enjoint le lectorat à « noter » que 19 des 23 déclarations sous serment de parents utilisateurs du CPE ont été produites par des femmes et précise que cela « traduit visiblement le fait que les mères assument encore aujourd'hui une plus grande part des responsabilités liées à la garde des enfants, ce qui nuit à leur capacité de participer dans des conditions d'égalité au marché du travail », « une réalité bien reconnue », selon la Cour suprême elle-même.

La grève est donc considérée comme ayant un « effet disproportionné sur la sécurité socioéconomique des parents, notamment parce qu'ils voient leur capacité à travailler compromise, en particulier les femmes ».

Une attaque contre le droit de grève des femmes

C'est donc, au nom des mères dont la vulnérabilité semble liée à « leur plus grande part de responsabilités liées à la garde des enfants », que le tribunal administratif du travail restreint le droit de grève des travailleuses de CPE.

Ce jugement pourrait servir de cas d'école dans sa manière d'exempter les pères pour diviser les femmes. Si les mères ont une « plus grande part de responsabilités liées à la garde des enfants », c'est selon toute vraisemblance, que les pères doivent en avoir une plus petite, ce que le jugement se garde bien de dire. Que les vingt grévistes soient des femmes et potentiellement des mères en emploi échappe tout autant au jugement.

Le problème à résoudre pour le tribunal est celui des travailleuses qui osent faire grève contre les mères. Un peu de solidarité avec les mères, voyons !

Sachant que les travailleuses sont surreprésentées dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation (96% des éducatrices à la petite enfance sont des femmes par exemple), qu'elles sont fortement concentrées dans les emplois de soin aux enfants, aux personnes âgées, aux malades qui sont par définition vulnérables, vis-à-vis desquels, les femmes assument donc toujours une « plus grande part des responsabilités », force est d'admettre que la loi 14 menace le droit de grève des femmes et que le jugement du 13 mars constitue un grave précédent.

Elsa Galerand, Professeure de sociologie, UQAM
Martin Gallié, Professeur de droit, UQAM

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Le Jardin de Robi – Les travailleuses gardent le cap

7 avril, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Premières victimes de la loi 14, les travailleuses du Jardin de Robi ont eu droit à une haie d'honneur du mouvement CSN hier matin. C'était la première journée où certaines (…)

Premières victimes de la loi 14, les travailleuses du Jardin de Robi ont eu droit à une haie d'honneur du mouvement CSN hier matin. C'était la première journée où certaines d'entre elles devaient rentrer au travail, contraintes par le Tribunal administratif du travail à donner, trois jours par semaine, des services minimaux pour soi-disant assurer le bien-être de la population. Le conflit se poursuit malgré tout – comme la contestation en cour de cette loi qui brime les droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/le-jardin-de-robi-les-travailleuses-gardent-le-cap/
1 avril 2026

Pour la première fois depuis plus de cinq mois, des travailleuses du CPE Le Jardin de Robi accueillaient les enfants ce matin, conformément à la décision du Tribunal administratif du travail (TAT) exigeant l'instauration de services de garde du mercredi au vendredi jusqu'à la fin du conflit de travail. Leurs collègues qui ne sont pas à l'horaire aujourd'hui de même que de nombreux allié-es de la région leur avaient organisé une haie d'honneur tôt ce matin.

Car si un nouveau chapitre s'ouvre dans ce conflit de travail, rien n'est encore réglé au CPE Le Jardin de Robi. Le syndicat attend toujours un signal de la partie patronale pour reprendre la négociation. L'employeur dit vouloir charcuter les conditions d'emploi des travailleuses pour des raisons financières tout en refusant de discuter des solutions de rechange proposées par le syndicat. Il vient d'engloutir des sommes importantes dans un très lourd processus judiciaire pour ne pas avoir à négocier.

« On espère que toute l'énergie de l'employeur sera dorénavant concentrée sur la conclusion d'une entente négociée dans les meilleurs délais, explique la présidente du Syndicat des travailleuses des CPE et BC du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Nathalie Duperré. De notre côté, nous sommes prêtes à reprendre la négociation à tout moment. »

La secrétaire du Conseil central du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN, Darlène Tremblay, souligne la détermination des travailleuses qui sont les premières à être assujetties à la Loi 14. « Nous savions que cette loi aurait pour effet de rendre certains conflits de travail plus longs et plus difficiles. Ces travailleuses entendent bien se tenir debout jusqu'à l'obtention d'une entente respectueuse et satisfaisante. C'est tout à leur honneur. »

La vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Hélène Brassard, déplore le silence de la ministre de la Famille, Kateri Champagne Jourdain. « Est-ce qu'elle approuve la stratégie de l'employeur, qui mise sur la judiciarisation du conflit au lieu de rechercher des pistes de solution ? Nous comprenons très bien qu'elle ne veuille pas se mêler de la négociation, mais il est assez clair que la direction du CPE pourrait être mieux accompagnée ! »

À propos
La vingtaine de salarié-es du Jardin de Robi sont membres du Syndicat des travailleuses des CPE et BC du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN. Celui-ci est affilié à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN). Celle-ci regroupe 140 000 membres ce qui en fait la plus grande organisation syndicale en santé et services sociaux ainsi qu'en services de garde éducatifs à l'enfance.

Le Conseil central du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN, ce sont 160 syndicats comptant plus de 16 000 membres dans la région.

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Université McGill : la pression monte pour la négociation d’une première convention collective

7 avril, par Conseil fédéré des associations mcgilloises de professeur·es et bibliothécaires — , ,
Montréal, le 2 avril 2026 – Le Conseil fédéré des associations mcgilloises de professeur·es et bibliothécaires (COFAM <https://cofam-mcgill.ca/> ) et les cinq (…)

Montréal, le 2 avril 2026 – Le Conseil fédéré des associations mcgilloises de professeur·es et bibliothécaires (COFAM <https://cofam-mcgill.ca/> ) et les cinq associations syndiquées qui le composent se mobilisent aujourd'hui à midi sur les marches du pavillon des Arts de l'Université McGill pour lancer leur campagne « Full Counter-Offer Now ! ».

Cette campagne vise à faire pression sur l'Université McGill pour qu'elle offre une réponse complète aux demandes des syndicats dans le cadre de la négociation de leur première convention collective.

« Nous avons présenté notre offre initiale en juillet 2025. Bien que nous progressons à la table de négociation, nous croyons qu'il est grand temps d'avoir une réponse complète de la part de l'Université, explique Julie Sénat, première vice-présidente de l'Association mcgilloise des professeur·es de la Faculté des arts (AMPFA), membre du COFAM. Nous demandons qu'une réponse complète à l'ensemble de nos demandes non pécuniaires nous soit donnée d'ici le 10 avril 2026. Que McGill arrête de se traîner les pieds ! »

Les demandes non pécuniaires initialement soumises à l'administration de l'Université McGill par le COFAM concernent l'amélioration des pratiques et réglementations relatives à la permanence ; les nominations et reconductions ; les promotions ; ainsi que d'autres questions essentielles à l'amélioration des conditions de travail de l'ensemble du personnel enseignant, y compris les membres contractuels, qui constituent le groupe le plus précaire. « Ces demandes n'auront pas ou peu d'impact pour l'employeur, mais permettront une meilleure transparence et équité au sein d'un milieu de travail, le partage de la gouvernance et de règles connues », ajoute Ed Dunsworth du comité de mobilisation de COFAM.

Les négociations en cours concernent tous les membres du COFAM, qu'il s'agisse de professeur·es avec des postes menant à la permanence, de bibliothécaires ou d'autres membres du personnel enseignant, notamment les membres contractuels du personnel enseignant avec rang universitaire.

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Des bonnes idées… en contradiction complète avec les décisions passées de la CAQ !

7 avril, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Revalorisation des CLSC, bienfaits de la décentralisation, constat d'échec quant au recours du privé : plusieurs des idées mises de l'avant par la CSN se retrouvent dans la (…)

Revalorisation des CLSC, bienfaits de la décentralisation, constat d'échec quant au recours du privé : plusieurs des idées mises de l'avant par la CSN se retrouvent dans la politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Le problème, c'est que la CAQ a fait exactement le contraire depuis son arrivée au pouvoir en 2018.

Tiré de l'infolettre CSN En Mouvement

27 mars 2026

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) retrouve plusieurs de ses propositions dans la nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne présentée ce matin par le gouvernement. Par exemple, la revalorisation des CLSC – que la CSN revendique depuis des années – pour en faire de véritables points d'ancrage des soins et services et des portes d'entrée toutes désignées pour favoriser l'accès à l'ensemble de la population aux soins et services requis.

La CSN aurait souhaité que le gouvernement en profite pour faire le ménage dans la courtepointe d'acteurs, souvent privés, qui constituent la première ligne. D'ailleurs, dans cette politique, on peut lire que « les données probantes démontrent que le développement de l'offre privée n'améliore pas l'accès aux soins et que ces services ne sont pas plus efficients que ceux offerts sans frais pour les usagers dans les milieux financés par le gouvernement ».

Cette nouvelle politique vient confirmer l'échec des GMF comme porte d'entrée du réseau. Le gouvernement aurait pu aller plus loin pour améliorer les services à la population, notamment en interdisant aux médecins de pratiquer au privé comme d'autres provinces canadiennes ont choisi de le faire et en rapatriant les omnipraticiens en CLSC, dans le réseau public.

Dans sa politique, le gouvernement relève des problèmes importants liés à la rémunération à l'acte des médecins. Rappelons que la CSN revendique une révision globale du mode de rémunération. La CSN partage la vision d'un accès à la première ligne qui ne passe pas obligatoirement par les médecins. La politique actuelle n'est pas assez explicite quant au renforcement de la collaboration interprofessionnelle, clé de voûte d'une amélioration systémique.

La CSN note que la politique vise une décentralisation réelle vers les CLSC, ce qui est fort souhaitable. Cependant, il faut bien noter que le gouvernement agit dans le sens inverse depuis des années, notamment avec la création de Santé Québec.

« Depuis des années nous plaidons pour la décentralisation. Il est certain que le gouvernement pourra compter sur la collaboration de la CSN pour atteindre cet objectif, réagit sa présidente, Caroline Senneville. Nous demeurons sceptiques quant à la capacité de Santé Québec de relever véritablement ce défi de décentralisation, mais il faut souligner le virage politique que la CAQ semble vouloir emprunter. »

« Ce qui manque le plus dans cette politique, ce sont des signaux clairs qu'on va construire nos capacités publiques de répondre aux besoins, ajoute le président de la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Réjean Leclerc. Pour vraiment atteindre les objectifs de cette politique, il faudra nécessairement procéder à la déprivatisation et ramener, dans le secteur public, des soins et des services qui ont été livrés au marché au fil des dernières décennies de réformes et de compressions budgétaires. Nous aurons le gouvernement à l'œil pour nous assurer que cette politique ne permette pas de faire du profit sur la maladie. »

La présidente de la Fédération des professionnèles–CSN, Jessica Goldshleger, rappelle que ce sera un énorme défi pour Santé Québec de réussir ce virage dans un contexte de resserrement du financement du réseau. « Sur papier, en théorie, ce qui nous est présenté ce matin peut vraiment améliorer les choses. Cependant, certaines de ces orientations vont tellement à contresens des récentes décisions prises par la CAQ, que nous devrons demeurer vigilants. Le diable est dans les détails, alors nous avons hâte de voir comment ces objectifs louables se concrétiseront sur le terrain et nous espérons que Santé Québec nous consultera à ce sujet. »

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50 ans après l’« incident de Tiananmen », Xi a-t-il étouffé la société chinoise ?

7 avril, par Jean-Philippe Béja — , ,
Qui pourrait imaginer aujourd'hui que cent mille personnes manifestent sur la place Tiananmen, en plein cœur de Pékin ? Que des poèmes affichés sur le monument aux héros (…)

Qui pourrait imaginer aujourd'hui que cent mille personnes manifestent sur la place Tiananmen, en plein cœur de Pékin ? Que des poèmes affichés sur le monument aux héros réclament la démission de Xi Jinping et dénoncent sa pensée ?

Tiré du blogue de l'auteur.

C'est pourtant ce qui s'est produit il y a tout juste cinquante ans, alors que Mao Zedong, le Grand Timonier objet d'un culte sans précédent, régnait sur l'Empire du Milieu.

« A bas le faux marxisme-léninisme ! », « L'époque de Qin Shihuang est révolue ! » : Le 5 avril 1976, jour de la Fête des morts, près de 100 000 personnes, selon les chiffres officiels, se sont rendues sur la place Tiananmen, en plein cœur de Pékin, pour rendre hommage au Premier ministre Zhou Enlai, le pragmatiste décédé trois mois plus tôt. Sa mort avait sonné le retour de la politique gauchiste de Mao. Dénoncer Qin Shihuang, le premier empereur qui unifia la Chine en 221 avant Jésus Christ, revenait à s'attaquer au Grand Timonier qui s'était toujours identifié à ce personnage historique.

Pendant la manifestation qui dura une journée entière, un poste de la police avait été attaqué par la foule. Le soir tombé, des milliers de miliciens mirent un terme au « désordre » à coups de matraque, contrairement à ce qui allait se passer treize ans plus tard[1]. Toutefois, dans les jours qui suivirent, des centaines de manifestants furent arrêtés et envoyés au laogai ou en prison.

Rendue possible par l'exaspération des jeunes revenus clandestinement des villages où ils avaient été envoyés se faire rééduquer, par l'inquiétude des cadres à peine réhabilités sentant que le regain de gauchisme risquait à nouveau de les menacer, et par le dégoût des ouvriers face à la dégradation de leur niveau de vie, cet « incident » marque un tournant dans l'histoire de la Chine contemporaine

Trois jours après la manifestation, le Quotidien du peuple dénonçait « l'incident politique contre-révolutionnaire de Tiananmen » et annonçait que Deng Xiaoping[2], l'hééritier de Zhou, était démis de toutes ses fonctions au sein du Parti et de l'Etat.

Mais la répression fut de courte durée : le 9 septembre, le Grand Timonier disparaissait ; le 6 octobre, la « Bande des Quatre » dirigée par son épouse était arrêtée ; en juillet 1977, le contre-révolutionnaire Deng Xiaoping était rétabli dans ses fonctions.

En novembre 1978, la direction du Parti fait volte-face et l'« incident contre-révolutionnaire de Tiananmen » est qualifié de manifestation révolutionnaire. L'un des héros de cet événement, Wang Juntao[3], à l'époque lycéen incarcéré pour avoir déclamé des poèmes à la gloire du Premier ministre décédé, est réhabilité avant d'entrer au comité central de la Ligue de la Jeunesse communiste.

Un tournant historique

Pour la première fois de son histoire, le Parti reconnaît la légitimité d'une manifestation populaire, ouvrant la voie au « mur de la démocratie » sur lequel en 1978-79, de simples citoyens raconteront les souffrances subies sous le règne de Mao et demanderont la démocratisation du régime.

La manifestation de Tiananmen représente un événement majeur dans l'histoire de la Chine contemporaine : elle a montré que le Parti ne pouvait pas gouverner contre une société urbaine qui, du vivant même du tyran, a bravé la répression pour exprimer sa détestation d'une politique plongeant le pays dans la pauvreté et le chaos, et a manifesté ouvertement son soutien aux « quatre modernisations »[4] prônées par Deng Xiaoping. Elle a ouvert la voie à la politique de réforme et d'ouverture et à une forme d'émancipation de la société chinoise.

Cinquante ans après cet événement, le Parti semble revenu à la glaciation. Après trois décennies marquées par la réforme, Xi Jinping a éliminé les embryons de société civile qui avaient timidement refait leur apparition après le massacre de Tiananmen du 4 juin 1989[5]. Le mouvement de défense des droits civiques, qui protégeait les citoyens des abus des cadres du Parti, a été pratiquement anéanti. Le système capillaire de contrôle, déjà bien présent en 1976, a été renforcé par la généralisation des caméras de surveillance et de la reconnaissance faciale, dans le but d'étouffer dans l'œuf toute tentative de protestation.

Notons que, bien que le « mouvement du 5 avril » ait été réhabilité en 1978, cette date n'est pas devenue un jour férié, et les médias officiels préfèrent l'oublier. Pas question en effet, de faire l'éloge d'un mouvement spontané de la société contre le Grand dirigeant du Parti.

Aujourd'hui, de lourdes condamnations attendent ceux qui osent remettre en cause la parole du nouveau timonier ; les membres des minorités ethniques doivent renoncer à leur culture, à leur religion, sous peine d'être envoyés dans des camps de rééducation qui ont repris de la vigueur ; l'enseignement doit se faire exclusivement en mandarin, et pour toute la population, les espaces d'expression critique se réduisent comme peau de chagrin[6].

L'incident de Tiananmen a été oublié et il n'est pas certain que les jeunes Chinois aient conscience de son importance.

Toutefois, malgré le renforcement du contrôle social, des mouvements de protestation sont apparus à la suite de la mise en œuvre brutale de la politique de zéro Covid : en novembre 2022, dans de nombreuses villes de Chine, des jeunes sont descendus dans les rues, arborant des feuilles blanches pour dénoncer la répression de la liberté d'expression, et exiger la démission de Xi Jinping. Ce mouvement a fait long feu, et il est loin d'avoir atteint l'ampleur de la manifestation qui, il y a cinquante ans, avait ébranlé la Chine, provoquant un revirement de la politique du Parti. Il nous rappelle cependant que, même dans les moments les plus sombres de l'histoire, la société trouve les moyens d'exprimer ses revendications.

Notes

[1] Le 4 juin 1989, l'Armée commettait un massacre dans le centre de Pékin occupé par des manifestants qui réclamaient la démocratie.

[2] « L'incident politique contre-révolutionnaire de la place Tiananmen (Tiananmen guangchang de fangeming zhengzhi shijian),et « Décision du Comité central du PCC sur l'exclusion de toutes les fonctions de Deng Xiaoping au sein et en dehors du Parti (Zhonggong zhongyang guanyu sanxiao Deng Xiaoping dangnei wai yiqie zhiwude jueyi),Quotidien du peuple, 8 avril 1976, https://cn.govopendata.com/renminribao/1976/4/8/1/#474800

[3] Voir Jean-Philippe Béja, Surveiller et punir en Chine, Paris, La Découverte, 2026 pp.124-129

[4] En 1975, Zhou Enlai avait réaffirmé la nécessité des modernisations de l'agriculture, de l'industrie, de la défense nationale, des sciences et des techniques. Deng Xiaoping a repris cette ligne.

[5] Voir Note 1

[6] Le 24 mars, l'avocat défenseur des droits Xie Yang a été condamné à cinq ans de prison pour incitation à la subversion. Human Rights Watch, « Chine : un éminent avocat défenseur des droits humains condamné à cinq ans de prison », https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/24/chine-un-eminent-avocat-defenseur-des-droits-humains-condamne-a-5-ans-de-prison

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Mordechai Vanunu : Un sublime traître d’Israel !

Il a fallu que le missile iranien frappe la ville israélienne de Dimona pour que nous nous souvenions (à nouveau) de l'incroyable histoire de Mordechai Vanunu. Et aussi, de la (…)

Il a fallu que le missile iranien frappe la ville israélienne de Dimona pour que nous nous souvenions (à nouveau) de l'incroyable histoire de Mordechai Vanunu. Et aussi, de la grande leçon qu'elle nous enseigne : il existe, même s'ils sont peu nombreux, des Juifs israéliens qui résistent à la barbarie de cet État israélien génocidaire, devenu une véritable machine à tuer et à détruire, perpétuant ainsi la longue tradition des luttes de la Diaspora juive pour la démocratie, la liberté des opprimés et le socialisme révolutionnaire et internationaliste. Une Diaspora qui peut se prévaloir, entre autres, d'un Einstein qui, dès 1948, mettait en garde en dénonçant comme « fasciste et terroriste » Menachem Bégin, mentor et précurceur de Netanyahou. (1)

Ou encore d'un Marek Edelman, seul chef survivant de l'insurrection du ghetto de Varsovie, qui ne voulait avoir aucun lien avec l'État sioniste, déclarant que « pour moi, il n'y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une terre promise. (...) Quand on choisit de vivre parmi des millions d'Arabes, il faut se mélanger à eux et laisser l'assimilation et le métissage faire leur œuvre » (2) Nous republions donc ci-dessous notre texte de 2006, lorsque Vanunu sortait de prison, et surtout celui que nous lui avions consacré au lointain 1988, lorsque le tribunal israélien l'avait condamné à une peine de 18 ans d'emprisonnement et d'isolement.

Y.M.

Mordechai Vanunu : un traître sublime

Exactement 18 ans après son incarcération et sans qu'il ne se soit vu accorder un seul jour (!) de remise de peine sur ses 18 ans d'emprisonnement, le « traître » et « espion » Mordechai Vanunu est sorti de sa prison israelienne. Alors, ce « grand enfermé » de notre siècle est-il enfin libre ? Ne soyons pas naïfs. L'incroyable vindicte de l'État israélien n'a pas et ne peut avoir de fin. Les interdictions, restrictions et menaces de nouvelles poursuites de toutes sortes pleuvent sur le « libre » Mordechai, comme si sa simple existence constituait la plus grande menace pour l'État sioniste.

Cette fois-ci, les différents Sharon et Peres, mais aussi ces compatriotes qui l'ont accueilli à la porte de la prison avec la banderole éloquente « kill Vanunu », ont raison de s'inquiéter. Vanunu ne baisse pas les bras, et cela ressemble déjà à un grand miracle. Il ne se contente pas de déclarer « fier de ce que j'ai fait ». Il va désormais encore plus loin : « il ne devrait pas y avoir d'État juif. Les Juifs et les Palestiniens devraient vivre où ils veulent ». Et pour qu'il n'y ait aucun doute, Mordechai, qui est entré en prison à 30 ans et en sort aujourd'hui à 50 ans, affirme son identité : « Je suis un défenseur du monde arabe » !

Il y a 16 ans, nous nous demandions qui était exactement ce Vanunu (voir le texte ci-dessous). Aujourd'hui, nous pouvons répondre à cette question, certains désormais de ne pas nous tromper. Oui, Vanunu est bel et bien un traître. L'un de ces rares et exceptionnels traîtres qui sauvent l'honneur de l'humanité à l'heure où il est minuit moins cinq sur l'horloge de l'Histoire. L'un des rares à choisir la voie la plus difficile, celle de la trahison de sa « race », de sa nation et de son État, afin de défendre, ne serait-ce que seul à contre-courant, des valeurs plus universelles telles que la solidarité, la justice ou la simple dignité humaine.

Tout cela, l'État sioniste le sait très bien et c'est pourquoi il le craint plus que tout autre chose. Et précisément parce que Mordechai Vanunu est un digne héritier de la longue tradition des « hérétiques » juifs Spinoza et Marx, Einstein et Luxemburg, Freud et Trotski, du socialiste Bund et des insurgés du ghetto de Varsovie, il doit disparaître sans laisser de trace derrière lui. Vain effort. Même si le chemin est encore long, même si les victoires du nationalisme barbare se multiplient, l'avenir – s'il existe – appartient à ceux qui choisissent d'aller à contre-courant pour rester fidèles à ce qui rend la vie digne d'être vécue. Traîtres de tous les pays, unissez-vous...

Le combat solitaire de Mordechai Vanunu

Peut-être que dans dix, vingt ou trente ans, il existera un prix international pour la paix qui portera le nom de Mordechai Vanunu. Peut-être alors que Vanunu sera un modèle pour son pays, Israël, et pour les jeunes élèves du monde entier. Peut-être même que les grands de cette époque rivaliseraient pour prononcer des platitudes sur la « stature morale » de Vanunu. Mais aujourd'hui, Vanunu n'est plus un héros. C'est un simple condamné, marqué du sceau de « traître » et d'« espion »...

Le 27 mars, les autorités israéliennes n'avaient pas seulement à faire face à la revolte palestinienne. Bien qu'elles aient opté, depuis longtemps, pour le secret absolu et la tactique de la feinte indifférence, elles devaient désormais essuyer le déluge de réactions internationales suite à la condamnation du technicien nucléaire Vanunu à 18 ans de prison. Pour le ministre des Affaires étrangères et membre de l'Internationale socialiste, M. Shimon Peres, Vanunu n'était qu'un traître qui « avait porté atteinte à la sécurité d'Israël » (déclaration de Peres devant le tribunal).

Cependant, l'implication de M. Peres dans l'affaire Vanunu ne se limite pas à cette déclaration laconique. M. Peres était Premier ministre d'Israël lorsqu'il a pris la décision d'ordonner l'enlèvement de Vanunu à Rome, quelques jours après ses révélations dans le Sunday Times de Londres. Comme toujours, l'opération des services secrets israéliens a été planifiée et menée à bien de manière impeccable. Il ne manquait d'ailleus que la blonde Mata Hari, qui a séduit le « traître » afin de l'attirer plus près des limiers du Mossad. Ensuite, l'envoi du « colis » à Tel-Aviv n'a été qu'une formalité... C'était en décembre 1986.

Mais pourquoi toute cette mobilisation et ce gigantesque scandale international ? Peut-être parce que l'ancien technicien de la centrale nucléaire de Dimona, dans le désert du Néguev, avait révélé au journal britannique qu'Israël était bel et bien la sixième puissance nucléaire mondiale ? Peut-être parce qu'il avait assuré à l'opinion publique mondiale qu'Israël possédait déjà au moins 100 ogives nucléaires ? Probablement pas, puisque tout cela était plus ou moins connu. En réalité, le crime de Vanunu était de donner le mauvais exemple. Dans un pays qui estime ne survivre que parce qu'il cultive consciemment l'idéologie du « bunker » encerclé, toute transgression ne peut qu'être réprimée sans pitié. Vanunu devait donc être puni pour l'exemple.

Les kidnappeurs d'État ne semblaient toutefois pas si sûrs de leurs arguments. À d'autres époques, le coupable de « haute trahison et de collaboration avec l'ennemi en temps de guerre » aurait fait l'objet d'un spectacle public et aurait été la cible de la célèbre hystérie chauvine de la foule. Dans le cas de Mordechai Vanunu, cependant, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Secret, isolement, aucune communication avec le monde extérieur, et un procès à huis clos ! L'accusé pouvait en effet se transformer en accusateur.

Et bien sûr, c'est exactement ce qui s'est passé. En remerciant – par l'intermédiaire de son frère, également recherché par les services de sécurité israéliens pour avoir révélé des détails sur l'enlèvement de Mordechai – le comité qui lui a décerné en décembre dernier le prix alternatif du Nobel de la paix (le Right Livelihood Award), Vanunu déclare à propos des armes nucléaires : « Même si nous ne pouvons pas les arrêter, nous pouvons au moins en prendre connaissance, alerter le monde à leur sujet... et ainsi augmenter le nombre de personnes qui résistent. Notre rôle est d'être les prophètes en colère » !

Il ne faut toutefois pas croire que Vanunu ait pu s'exprimer librement ne serait-ce qu'une seule fois. Même ce discours officiel a été censuré par la censure militaire de son pays. Les extraits que nous citons sont ceux que les censeurs ont approuvés...

« Je suis maintenant en prison et je ne peux pas m'exprimer librement comme je le voudrais. Cependant, tout le monde sait ce que j'ai fait et quelles étaient mes intentions et mes objectifs. C'était une action positive et elle a partiellement réussi ». Et le seul message que Vanunu a réussi à faire sortir de sa prison depuis 18 mois se terminait ainsi :

« L'acceptation passive et la tolérance des armes nucléaires constituent le mal de la société actuelle. Les armes nucléaires sont des créations humaines. L'homme les a fabriquées, l'homme a créé ces moyens de destruction pour se suicider. « Mais l'homme peut changer d'avis »... « Je veux continuer à lutter contre la prolifération des armes nucléaires. Malgré l'emprisonnement et les épreuves, je suis sûr de moi et certain d'avoir agi comme il se doit » !

Naïf ? Un héros romantique qui, par malchance, vit à notre époque cynique ? Qui est donc Mordechai Vanunu ?

Si l'on en juge par les comités qui lui ont décerné le prix, que nous avons mentionné plus haut, le prix de la Fondation pour la paix basée au Danemark, Vanunu « incarne un exemple de courage personnel car il a suivi l' injonction de sa conscience dans son opposition morale aux armes nucléaires, et parce qu'il a révélé ce qui doit être considéré comme l'un des secrets les mieux gardés au monde – l'arsenal nucléaire israélien – sans tenir compte des grands dangers auxquels il allait devoir faire face » (extrait de l' exposé des motifs du deuxième prix international).

Si l'on en juge également par le contenu de l'appel en faveur de Vanunu signé par 12 lauréats du prix Nobel et 8 scientifiques de renom (L. Pauling, Carl Sagan, N. Tinbergen, Hans Bethe, W. Weisskopf, etc.), l'acte dont Vanunu est accusé « constitue un devoir moral que comprennent les scientifiques consciencieux du monde entier ». Et bien sûr, ce n'est pas un hasard si, parmi ces éminents scientifiques qui s'inclinent devant le « courage solitaire » du jeune technicien israélien, nous reconnaissons les noms de trois personnalités qui avaient cosigné avec Albert Einstein, en 1946, la déclaration dans laquelle était souligné pour la première fois le danger d'un holocauste nucléaire...

Et pourtant, Vanunu est emprisonné et en isolement, dans l'espoir (!) de retrouver sa liberté en... 2004, à condition bien sûr de faire preuve de bonne conduite, comme le lui a annoncé le président du tribunal. Quoi qu'il en soit, « Mordechai n'est pas désespéré. Il veut poursuivre son combat » (déclaration de son avocat immédiatement après sa condamnation).

Le « naïf » Vanunu est-il donc un romantique ? Mais alors, qui sont les réalistes ?

Publié dans le numéro de mai 1988 du magazine « Tétarto »

Notes

1. Quand Einstein appelait "fascistes" ceux qui gouvernent Israël depuis 44 ans... : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/240821/quand-einstein-appelait-fascistes-ceux-qui-gouvernent-israel-depuis-44-ans

2. Des combattants légendaires du ghetto de Varsovie et anti-apartheid soutiennent la résistance palestinienne ! : http://ujfp.org/des-combattants-du-ghetto-de-varsovie-et-anti-apartheid-soutiennent-la-resistance-palestinienne/

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Panahi choisit la prison plutôt que l’exil : la dignité qu’aucun Oscar ne peut acheter

« Si je n'étais pas allé en prison, si je n'avais pas été écarté de ma société et si je n'avais pas affronté ces défis, ce film n'aurait peut-être jamais été réalisé. Ce qui (…)

« Si je n'étais pas allé en prison, si je n'avais pas été écarté de ma société et si je n'avais pas affronté ces défis, ce film n'aurait peut-être jamais été réalisé. Ce qui signifie que ce régime, en me jetant en prison, m'a en quelque sorte offert ce film. Tous ces personnages étaient des personnes que j'avais connues en prison. »

Tiré du Journal des alternatives.

Jafar Panahi a prononcé ces paroles à Los Angeles, deux jours avant la 98e cérémonie des Oscars, lors de la rencontre annuelle des candidatures au meilleur film international. Le cinéaste iranien de 65 ans arrivait avec deux nominations : meilleur film international et meilleur scénario original pour It Was Just an Accident, le même thriller qui lui a valu la Palme d'or à Cannes en mai 2025.

Pourtant, cette saison de prix se déroulait dans une dissonance brutale. Le 1er décembre 2025, un tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran l'avait condamné par contumace à un an de prison et à deux ans d'interdiction de quitter le pays pour « activités de propagande contre le régime ». Et depuis le 28 février 2026, l'Iran se trouvait en guerre ouverte : des attaques coordonnéesdes États-Unis et d'Israël avaient frappé des cibles dans le pays, laissant la population civile dans un chaos marqué par des blocages presque totaux d'Internet et une crise humanitaire sans précédent.

Promouvoir un film pendant que son propre pays s'effondre n'a pas été un exercice de glamour, mais de résistance extrême.

Entre le tapis rouge et les morgues

En janvier de cette année, lors des Golden Globes, Panahi attendait dans la file de véhicules pour le contrôle de sécurité quand il a consulté son téléphone. Les images montraient Kahrizak, une morgue en banlieue de Téhéran, débordée par les cadavres à la suite de la répression contre les manifestations qui avaient éclaté dans les semaines précédentes. « Je me sentais étouffé », a-t-il relaté à NBC News. Sur le tapis rouge, les journalistes voulaient parler de cinéma ; il arrivait à peine à articuler un mot.

À la fin de février, alors qu'il voyageait de Barcelone à New York pour une entrevue à The Daily Show, il a appris le déclenchement des attaques militaires. Pendant des jours, il a tenté de joindre sa famille en Iran, mais l'interruption massive des communications — le pays est resté pratiquement déconnecté — en a fait une tâche presque impossible. « Peu importe à quel point on essaie de se tenir informé à distance, ce n'est pas la même chose que d'être là-bas », a-t-il admis.

Cette tension entre la célébration internationale et l'effondrement au pays a défini toute sa tournée de prix. Le cinéaste, qui avait déjà purgé une peine à Evin entre juillet 2022 et février 2023 — libéré après une grève de la faim —, faisait maintenant face à la possibilité de retourner dans les mêmes cellules pendant que Hollywood l'applaudissait.

Un film né dans la clandestinité

It Was Just an Accident n'a pas été tourné sur un plateau conventionnel avec des permis officiels. Il a été filmé en secret à l'intérieur de l'Iran, sans approbation préalable du scénario — une exigence imposée par les autorités pour contrôler la production cinématographique — et avec des actrices qui apparaissent à l'écran sans hijab, défiant ouvertement la loi obligatoire. Cette décision n'est pas un détail esthétique : elle constitue une affirmation politique explicite.

L'intrigue commence par un incident apparemment banal : une famille voyage en automobile, une fillette danse sur la banquette arrière et, soudain, ils heurtent un chien. Le véhicule a besoin de réparations dans un atelier mécanique. Là, le protagoniste, Vahid, reconnaît chez un homme qui boite, le conducteur — qu'on appelle « Jambe de bois » —, le tortionnaire qui l'avait interrogé pendant des années lors de sa détention. Le trahissent le bruit de ses pas et la prothèse à la jambe.

À partir de cette rencontre, le film réunit d'autres personnes survivantes de la répression, tous d'anciens prisonniers politiques qui croient identifier le même bourreau. La question centrale devient moralement corrosive : est-ce vraiment lui ? Et, si c'est le cas, qu'est-ce qu'on fait ? Panahi choisit de ne pas montrer le visage du suspect, un choix qui amplifie l'angoisse : l'horreur pourrait porter le visage de n'importe qui.

L'idée est née directement de son expérience à Evin. « Quand j'étais interrogé, j'avais toujours un bandeau sur les yeux et j'étais face au mur », a-t-il expliqué à PBS NewsHour. « J'ai toujours voulu savoir qui était derrière moi. Et si je le voyais dehors, est-ce que je le reconnaîtrais ? » Le film transforme cette incertitude en un thriller tendu qui explore la mémoire traumatique, l'impunité et les limites entre vengeance et justice.

Le cinéma iranien comme forme de résistance

Aux Oscars de 2026, le cinéma iranien a marqué sa présence avec huit candidatures dans différentes catégories, dont le documentaire Cutting Through Rocks, de Sara Khaki et Mohammadreza Eyni — le premier iranien nommé dans la catégorie du meilleur documentaire.

Personne n'a remporté la statuette lors de la soirée du 15 mars 2026. Mais leur existence et leur visibilité, pendant que l'Iran brûlait, ont fonctionné comme une interpellation silencieuse à l'industrie qui les ovationnait.

Le propre collaborateur de Panahi au scénario, l'activiste et journaliste Mehdi Mahmoudian, a été arrêté à Téhéran pendant la saison des prix et est resté 17 jours en détention avant d'être libéré sous caution.

La triple couronne et le retour inévitable

Avec ce film, Panahi a complété la fameuse « triple couronne » des grands festivals européens : Palme d'or à Cannes (2025), Ours d'or à Berlin pour Taxi (2015) et Lion d'or à Venise pour Le Cercle (2000).

Malgré tout — ou précisément pour cela —, Panahi a annoncé qu'il retournerait en Iran une fois la campagne terminée de prix pour affronter sa condamnation. « Je n'ai qu'un seul passeport : celui de mon pays », a-t-il déclaré au Festival de Marrakech. « Jamais, même dans les années les plus difficiles, je n'ai envisagé de partir et d'être un réfugié ailleurs. »

Panahi transforme son retour en Iran non seulement en un acte de cohérence personnelle, mais en l'aboutissement dramatique de son propre œuvre. En choisissant la prison à Téhéran plutôt que la sécurité de l'exil, le réalisateur écrit, en temps réel, l'épilogue que Ce n'était qu'un accident n'a pas pu filmer. Panahi sait qu'en posant le pied sur le sol iranien, il livrera sa liberté comme dernier photogramme : un geste qui oblige le régime à décider s'il le réduit au silence ou si, en l'emprisonnant, il finit par amplifier sa voix partout dans le monde.

Lors de la cérémonie des Oscars, l'acteur Javier Bardem, en présentant le prix du meilleur film international, a prononcé un message de « non à la guerre et Palestine libre ». L'histoire de Jafar Panahi rappelle que, même quand le monde brûle, qu'il existent des gens qui choisissent de filmer la vérité. Soutenir et appuyer le cinéma dissident iranien — depuis la presse, les institutions culturelles ou la citoyenneté — constitue des formes concrètes de solidarité. Ce n'est pas seulement un geste esthétique : c'est une défense partagée de la dignité humaine et de la liberté d'expression. En temps de conflit et de censure, le silence n'a jamais été ni ne sera un allié.

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Back 2 Roots

7 avril, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
En lettres attachées sur ma peau tatouée écrire ma feuille de route d'un air détaché quand vient le temps de me décrire À la lettre retranscrire mon transit génétique en (…)

En lettres attachées
sur ma peau tatouée écrire
ma feuille de route d'un air détaché
quand vient le temps de me décrire

À la lettre retranscrire
mon transit génétique en mutation
sans omettre de circonscrire
les lignes de démarcations
auxquelles j'ai dû m'y souscrire

Tracer la ligne sur ce qui est à proscrire
de ma ligne de conduite à l'avenir
du passé, des souvenirs m'y souscrire
avant qu'ils n'éclipsent totalement mon devenir
à la source revenir
à maturité parvenir.

Zaz pitit Dessalines

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Quels maîtres servent-ils ?

7 avril, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Je suis une grande fan de séries historiques, en particulier celles qui se passent en Italie. Le Rome de HBO, au début du millénaire, puis la série sur les Médicis de Florence (…)

Je suis une grande fan de séries historiques, en particulier celles qui se passent en Italie. Le Rome de HBO, au début du millénaire, puis la série sur les Médicis de Florence et, bien sûr, les Borgia, mettant en scène Cesare Borgia, joué par le Québécois François Arnaud, lequel aurait inspiré Machiavel pour son livre Le prince, un apport capital de la Renaissance italienne. Nous parlons du personnage historique et non de l'acteur, évidemment. Dans ces séries, il y a toujours une conjuration par ci, un meurtre par empoisonnement par là ou un combat mortel à l'épée.

On ne passait pas par quatre chemins à l'époque pour se débarrasser de ses adversaires politiques. Heureusement, il apparait que nous sommes rendus à un stade plus évolué de société – ou moins sanglant, disons. Il y a bien eu quelques ingestions non consensuelles de polonium ces dernières années que nous pourrions mettre sur le compte d'admirateurs du KGB de la défunte URSS. En revanche, dans les séries historiques, il y a toujours un mobile clair. Si parfois les intrigues sont complexes, on finit toujours par savoir quel est le maître et qui est son serviteur. Pour ses services, on recevra une nomination comme cardinal, une dot considérable, une union princière ou même une couronne et un empire. Comment conquérir le pouvoir et s'y maintenir, telle était la pensée machiavélienne.

Nous ne vivons pas exactement ni dans une République ni dans une monarchie et notre système économique s'est complexifié notablement, cependant, il demeure que de se demander à quoi sert une manœuvre politique permet souvent d'apercevoir qui sont les protagonistes. Ou pour le dire plus simplement : qui sert la CAQ ?

Cette semaine, le Premier ministre a officiellement quitté sa fonction. Il s'est permis de faire un bilan de ses accomplissements. En très peu de temps, plusieurs commentateurs y sont allés de leur liste des méfaits de Legault. Quand on y ajoute des chiffres, ces listes deviennent un peu affolantes, par exemple la filière Norvolt et tous les projets qui y sont associés qui dépassent le milliard. Au même moment, trois lois antisyndicales ont été adoptées, soit les projets 3, 7 et 9. Ce sont des attaques au droit d'association des travailleurs et des travailleuses, aux groupes communautaires qui défendent des droits collectifs et à la liberté de conscience et d'expression. Pendant que l'on honorait l'ancien Premier ministre sur toutes les tribunes, voilà ce dont les médias n'ont que peu parlé : le recul de nos droits. À la question, qui servent les journalistes, dans le cas de Quebecor, il n'y a pas de mystère.

Nous connaissons notre Borgia

Toute cette campagne de lois qui vont hypothéquer nos droits et libertés ne semble pas avoir de mobile : on ne saisit pas bien quelles seront les retombées immédiates pour le Premier ministre sortant, pas plus que pour ses successeurs. L'élection de Drainville pourrait finir de rachever la Coalition Avenir Québec et la faire disparaitre du paysage. Ils ne font pas de gains dans les sondages grâce à leur législature. Quel est donc le motif ? On dit souvent que les politiciens, surtout de droite, qu'ils servent le capital. Mais, c'est un peu une formule de marxiste qui a mal vieillie. Non, les politiciens servent leurs intérêts immédiats, ce ne sont pas des philosophes, encore moins des religieux. En l'occurrence, la raison principale, c'est généralement leur réélection. Pourtant, Legault quitte et plusieurs caquistes aussi. Est-on devant de la fixation idéologique : à bas les Wokes, à bas les progressistes ? Une vengeance personnelle contre quelque dirigeant syndical ? Mystère.

Paradoxalement, ce qui est en train de se voter va servir les compétiteurs du parti de Legault, soit le PQ, les conservateurs, ou, possiblement, les Libéraux. La CAQ construit les bases d'un système plus autoritaire pour céder le pouvoir à quelque d'autre. Il y a quelque chose là-dedans qui est profondément troublant. Machiavel, lui-même, en serait bouche bée, ou alors son verdict serait peut-être que la CAQ est une bande de poules sans tête. Le corps, bien que sans cerveau, continue sur sa lancée. J'imagine que l'on aura une partie de solution quand nous connaîtrons le prochain employeur de monsieur Legault. Pour l'instant, je pourrais jurer que le rêve de notre ancien PM est de se faire inviter sur le yacht de Bezos et qu'il fait des pieds et des mains pour montrer qu'il casse du syndicat, encore mieux qu'Amazon.

J'hésite maintenant à continuer parce que la question que je vais poser m'apparait plus cruelle, mais elle est nécessaire : quels maîtres sert la gauche ? Les groupes communautaires ont mené exemplairement la charge cette semaine avec leur campagne Le communautaire à boutte. QS les a appuyés et les a accueillis à l'Assemblée nationale. Le conseil central du Montréal métropolitain de la CSN s'active. Quelques cégeps ont des mandats de grève sociale. Alors, où en sont les étapes pour lancer une grève sociale, voire une grève générale illimitée ? Quelles sont les actions pour stopper l'érosion de nos droits ? Dans un moment de découragement, je peux avoir l'impression que nous nous sommes pris un coup de dague dans le côté, car où sont les mots d'ordre mobilisateurs venant de la bouche des directions des grandes centrales ? Puis je me rappelle : ces derniers ne sont pas nos maîtres et nous ne les servons pas. Nous sommes nos propres maîtres et c'est pourquoi la base doit, elle-même, se mobiliser et renforcer les rangs de ceux qui se battent sur le terrain. Ce combat n'est pas fini.

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La contribution de la Quatrième Internationale à l’écosocialisme

7 avril, par Michael Löwy, Daniel Tanuro — , ,
Ce document retrace le chemin parcouru par l'Internationale, des préoccupations modernistes de Trotsky à l'adoption du Manifeste pour une révolution écosocialiste et la (…)

Ce document retrace le chemin parcouru par l'Internationale, des préoccupations modernistes de Trotsky à l'adoption du Manifeste pour une révolution écosocialiste et la campagne menée autour de celui-ci par les sections.

Tiré de Inprecor
31 mars 2026

Par Michael Löwy, Daniel Tanuro

Portraits des présidents participant à la COP26, 6 novembre 2021. Photothèque Rouge / Martin Noda /Hans Lucas

manifeste écosocialiste
numéro 742 - mars 2026

Léon Trotsky, fondateur de la Quatrième Internationale en 1938, est l'une des grandes figures révolutionnaires du 20e siècle et un théoricien marxiste hors pair. Lénine et Trotsky ont été les principaux dirigeants de la révolution d'Octobre. Fondateur de l'Armée rouge et adversaire implacable de la contre-révolution stalinienne, Trotsky se distingue par son analyse marxiste du fascisme et de la bureaucratie, ainsi que par ses théories du développement inégal et combiné et de la révolution permanente.

Léon Trotsky : un grand penseur, mais pas un écosocialiste…

En fondant la Quatrième Internationale alors qu'il était « minuit dans le siècle », il a transmis l'héritage du marxisme révolutionnaire aux générations suivantes. Son œuvre couvre des événements clés tels que la révolution russe, l'ascension et le déclin de l'Internationale communiste, la vague révolutionnaire de 1917-1923 et son reflux, le fascisme et le stalinisme, le Front populaire et la révolution espagnole, le déclin de l'Empire britannique et la montée en puissance des États-Unis.

L'absence de toute conscience écologique jette une ombre sur cette évaluation. L'héritage que Trotsky a légué à ses successeurs ne fait aucune référence aux préoccupations, aux outils et aux concepts précurseurs de l'écosocialisme développés par Marx et Engels. Cette lacune est particulièrement frappante dans les vues de Trotsky sur le progrès et la relation entre l'humanité et la nature, dans sa conception de la science et de la technologie, et dans son approche de la question paysanne.

Alors que leur vision dialectique du progrès avait conduit les fondateurs du marxisme à se méfier des «  “victoires sur la nature” – elle se venge sur nous de chacune d'elles  » (1)– Trotsky les louait sans nuance : «  L'homme socialiste maîtrisera la nature entière […] au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans » (2).

L'idée que les progrès de la science dévoilaient tous les mystères de l'univers les uns après les autres était très répandue au 19e et au début du 20e siècle. Les fondateurs du marxisme ne se sont pas toujours écartés de cette approche, mais ils ne croyaient ni à la « connaissance absolue » ni à la « pensée souveraine ». Moins prudent, Trotsky proclamait haut et fort sa « foi […] en les possibilités illimitées de la connaissance, de la prédiction et de la maîtrise de la matière  » (3).

Certains éléments indiquent que Marx ne considérait pas la technologie comme neutre. L'évaluation de Trotsky est différente. À la question « qu'est-ce que le concept de société de classes ? », il répond : « le caractère de classe de la société réside fondamentalement dans l'organisation de la production […] la technologie est une conquête fondamentale de l'humanité  » (4). Dans ses œuvres, on ne trouve aucune trace du principe de précaution.

Il est vrai qu'il est important de tenir compte du contexte. À partir de 1923-1924, face au reflux de la révolution mondiale et à la démobilisation des masses russes, deux orientations alternatives émergent au sein du Parti communiste.

D'un côté, Staline et Boukharine prônent la construction « avec la lenteur de l'escargot vers le socialisme  » (5). Renonçant à la révolution mondiale, ils parient que l'enrichissement des campagnes donnera au régime les moyens de construire une nouvelle société.

D'autre part, Trotsky prônait le développement planifié de l'industrie lourde nationalisée. Selon lui, ce développement était essentiel pour permettre au régime soviétique de résister sans dégénérer, dans l'attente d'une nouvelle vague internationale de luttes révolutionnaires.

Trotsky avait raison de promouvoir la croissance industrielle comme moyen de créer les conditions du développement dans les campagnes, mais il avait tort de penser que cela signifiait une « industrialisation de la production agricole » dirigée par l'État. Contrairement à Marx, il ne tenait pas compte de la nécessité d'une « gestion rationnelle des échanges de matière » entre l'humanité et la nature.

Cela explique probablement pourquoi les travaux de Trotsky ne mentionnent ni la politique de Lénine sur la protection des « monuments de la nature » (zapovedniki) (6), ni les attaques lancées par Staline contre ces réalisations environnementales lorsque ce dernier a tenté de dissimuler l'échec de la collectivisation forcée en ouvrant des réserves naturelles à l'agriculture.

À la décharge de Trotsky, il convient de noter qu'une culture techniciste et moderniste était hégémonique dans le mouvement ouvrier international de l'époque, y compris parmi les révolutionnaires russes. Mais ce contexte n'explique pas tout. En matière d'écologie, le fondateur de l'Armée rouge était en retard sur Marx, Engels et même Lénine. Ses héritiers ont donc dû combler ces lacunes afin de se réapproprier et de développer l'œuvre inachevée de « l'écologie de Marx ».

La découverte (tardive) de l'écologie par Ernest Mandel

Des années 1960 jusqu'à sa mort, Ernest Mandel (1926-1995) a été le principal dirigeant et théoricien de la Quatrième Internationale. Économiste marxiste brillant, ses écrits ont été étudiés et admirés bien au-delà des rangs de son mouvement. Il a également rédigé les résolutions les plus importantes de l'Internationale pendant ces années et contribué à l'adoption d'une version non dogmatique et résolument démocratique du communisme.

Au début des années 1970, bien avant d'autres marxistes, Mandel s'est alarmé de la destruction de l'environnement et a maintenu cette préoccupation jusqu'à la fin de sa vie. Cela transparaît dans sa réponse polémique de 1972 au rapport Meadows sur les limites de la croissance, réponse qui montre aussi les limites de sa réflexion sur ces questions. Sa réticence à admettre le caractère fini des ressources naturelles – et donc de la croissance des forces productives matérielles – est évidente lorsqu'il affirme que c'est l'« anarchie » de la production plutôt que son caractère « illimité » qui doit être condamnée. De plus, il a avancé des propositions typiquement productivistes et non durables – par exemple en matière d'agriculture, en plaidant pour le « déboisement des forêts  » et l'irrigation de « deux milliards d'hectares de terres désertiques  » (7).

L'article de 1972 est imprégné de la crainte que le discours sur les limites de la croissance ne serve de couverture à une offensive d'austérité contre les travailleurs et à une offensive néo-malthusienne planétaire contre les pauvres. Cette crainte était – et reste – tout à fait pertinente, et la réponse de Mandel à cette crainte est tout à fait légitime. Mais, dans sa polémique, il ne fait pas suffisamment la distinction entre le fait objectif des limites naturelles de la production et la manière dont ce fait est détourné à des fins réactionnaires. En conséquence, il n'y a pas de distinction claire entre la pression capitaliste exercée sur les travailleurs pour qu'ils sacrifient leur bien-être, et la nécessité absolue de réduire la consommation de la société, par exemple en matière d'énergie.

Curieusement, au moment même où il apporte cette réponse plutôt décevante au rapport Meadows, il traite le même document de manière plus prudente dans son livre de 1972 intitulé Le Troisième âge du capitalisme. Le rapport soutient qu'une extension de la structure productive américaine à l'ensemble de la planète épuiserait les réserves mondiales de matières premières d'ici la fin du siècle et mettrait en danger la teneur en oxygène de l'atmosphère. Tout en suggérant que le rapport exagère son argumentation, Mandel reconnaît qu'il « pourrait avoir raison ». Dans le même ouvrage, il cite l'ouvrage écologique (et socialiste) classique de Barry Commoner, L'encerclement (1971) : « La Terre n'est pas polluée parce que l'homme est un animal particulièrement sale, ni parce que nous sommes trop nombreux. La faute en revient à la société humaine  ». Il rend également hommage à un autre ouvrage socialiste/écologique pionnier, Murderous Providence – a Study of Pollution in Industrial Societies (1971) de Harry Rothmann, qu'il qualifie de « meilleur ouvrage marxiste traitant de l'ensemble des dangers pour l'environnement et des mesures possibles pour les prévenir  ».

Pour illustrer les conséquences dramatiques de la pollution chimique sur l'environnement et la santé humaine, Mandel cite plusieurs exemples tirés de l'histoire des États-Unis et d'Allemagne dans une longue note de bas de page. Cependant, contrairement à Commoner et Rothmann, Mandel n'accorde qu'une place marginale à l'écologie dans son analyse économique et idéologique du capitalisme tardif.

Plusieurs années plus tard, en 1992, dans une sorte d'auto-évaluation critique, il écrit dans son livre Aux sources du phénomène bureaucratique (8) : « Aujourd'hui, nous avons pris conscience, avec beaucoup de retard, que les dangers qui pèsent sur les ressources non renouvelables de la Terre et sur l'environnement naturel de la civilisation humaine et de la vie humaine impliquent également que la consommation de biens matériels et de services ne peut pas croître de manière illimitée ». Il est intéressant de noter que, dans la note de bas de page qui suit ce passage, Mandel mentionne l'ouvrage de Peter Hennicke et Michael Müller publié en 1989, Die Klima-Katastrophe, mais lui-même n'aborde pas la question du changement climatique.

À peu près à la même époque, dans un article de 1990, il fait ce qui peut être considéré comme son évaluation la plus sérieuse de la crise écologique : « Depuis le début du 20e siècle, et à commencer par Rosa Luxemburg, les marxistes ont eu raison de résumer l'avenir de l'humanité dans la formule « socialisme ou barbarie » […] Aujourd'hui, le choix est devenu “socialisme ou mort” […] Cela découle du danger implicite d'extermination lié au risque d'une guerre conventionnelle ou nucléaire intercontinentale ou mondiale au milieu des centrales nucléaires […] mais il existe d'autres dangers mortels pour l'humanité, notamment la menace de destruction de l'environnement ».

En d'autres termes, si Ernest Mandel a pris de plus en plus conscience du danger d'une catastrophe écologique, cela ne l'a pas conduit à reformuler son marxisme selon les principes de l'écosocialisme. Cette tâche a été laissée à la génération suivante de la IVe Internationale.

Le chemin de la Quatrième Internationale vers l'écosocialisme (2001)

Après Mai 68, la Quatrième Internationale a commencé à prendre conscience de l'importance des questions écologiques. Ses militant·es en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et ailleurs ont pris part à des mouvements environnementaux, principalement dans la lutte contre l'énergie nucléaire et la pollution. Peu à peu, les questions écologiques ont commencé à être discutées lors de ses congrès, mais aucune résolution spécifique sur l'écologie n'a été adoptée pendant ces années.

Lors du 12e Congrès mondial en 1985, la résolution principale appelait l'Internationale et ses sections à « aborder de plus en plus la question environnementale dans leur propagande et leurs activités générales » et à entreprendre « des actions conjointes avec le mouvement environnemental  ».

À la fin des années 1980, un groupe de camarades de la QI rédigea un document sur le socialisme et l'écologie, mais il fut décidé que la question devait être discutée plus en profondeur avant d'être présentée au 13e Congrès mondial qui eut lieu en 1991. Le document, intitulé « Révolution socialiste et écologie », qui a été publié après le congrès, est une tentative très substantielle de discuter des causes et des conséquences de la crise écologique, des politiques de la bourgeoisie, des limites du mouvement écologiste, de la situation dans le mouvement ouvrier et d'un programme d'action. Parmi les revendications urgentes nécessitant une action coordonnée au niveau international, figuraient une rupture radicale avec le système d'exploitation de la production agricole d'exportation dans les pays dépendants, qui engendre famine et pauvreté ; l'interdiction immédiate de l'ensemble du cycle de production d'énergie nucléaire ; ainsi que la fin de la destruction des forêts tropicales humides et de la contamination mortelle des forêts dans les pays industrialisés.

Ce document de 1991, adopté provisoirement par la QI à ce moment-là, était une grande réussite, mais présentait certaines limites évidentes. Par exemple, pour décrire la crise écologique, il fait référence à la pollution de l'air et de l'eau, à la destruction des forêts et aux catastrophes industrielles (chimiques et nucléaires), mais ne mentionne pas le changement climatique. Si l'idée d'une écologie socialiste est très présente, le concept d'écosocialisme – en tant que nouvelle façon d'appréhender le programme socialiste – est toujours absent.

Plusieurs années plus tard, vers 2001, un groupe de membres français de la QI (Laurent Garrouste, Vincent Gay et Michael Löwy, entre autres) a décidé de rédiger un nouveau projet, intitulé « Écologie et socialisme », basé sur le document précédent, mais avec des changements substantiels. Il a été présenté au 15e Congrès mondial (2003) avec un rapport de Michael Löwy, et a été adopté à une large majorité. n

Dans une auto-évaluation critique, l'introduction de la résolution reconnaît que ce ne sont pas seulement les directions réformistes du mouvement ouvrier qui ont ignoré ou rejeté les problèmes écologiques : « Nous devons reconnaître que les courants révolutionnaires en général – et la Quatrième Internationale en particulier – ont été très tardifs à intégrer la question écologique  ». Dans une section consacrée à la QI et à la crise écologique, la résolution indique que de nombreux camarades de notre organisation « ont continué à considérer les problèmes écologiques comme une contradiction du capitalisme parmi tant d'autres  » et n'ont abordé les questions écologiques que lorsque d'autres forces sociales les ont mises au premier plan. Alors que d'autres courants et individus discutaient de l'écologie et du socialisme depuis des décennies, la QI est restée pratiquement silencieuse.

La résolution commence par une discussion sur la crise écologique dans le monde capitaliste ainsi que dans les « anciennes sociétés bureaucratiques » (URSS, etc.). Le changement climatique est mentionné ici, mais comme un problème parmi tant d'autres, sans accent particulier. Dans une section sur « le mouvement ouvrier et l'écologie », les contributions de Marx et Engels et leurs limites sont discutées ; la social-démocratie et le stalinisme sont critiqués pour leur productivisme aveugle. L'écologie réformiste est également critiquée et la véritable alternative est présentée comme étant l'écosocialisme, un courant écologique qui intègre les acquis fondamentaux du marxisme tout en se débarrassant de ses chaînes productivistes.

Voici comment la résolution résume sa conception de l'« écosocialisme » :

L'écosocialisme est le courant des mouvements ouvriers et écologistes le plus sensible aux intérêts des travailleurs et des peuples du Sud. Il rompt avec l'idéologie productiviste du progrès – sous sa forme capitaliste et/ou bureaucratique (le soi-disant « socialisme réel ») – et s'oppose à l'expansion infinie d'un mode de production et de consommation destructeur pour l'environnement. Il comprend que le « développement durable » est impossible dans le cadre de l'économie de marché capitaliste.

L'influence de Walter Benjamin sur certains des auteurs du document transparaît dans sa critique du progrès linéaire. La résolution définit également l'écosocialisme comme un projet révolutionnaire  :

En tant que révolutionnaires, notre objectif est de nous associer à ce courant et de convaincre les travailleurs que les réformes partielles sont totalement insuffisantes. La micro-rationalité doit être remplacée par une macro-rationalité socialiste et écologiste, appelant à un véritable changement de civilisation […]. Cela signifie que la première question à traiter est celle du contrôle des moyens de production, et surtout des décisions relatives aux investissements et aux changements technologiques.

Expliquant la signification de l'écosocialisme, la résolution de 2003 insiste sur le fait qu'il nécessite un changement de paradigme civilisationnel :

Une réorganisation globale du mode de production et de consommation est nécessaire, fondée sur des critères étrangers au marché capitaliste : les besoins réels des populations et la protection de l'environnement. Cela signifie une économie en transition vers le socialisme, fondée sur les choix démocratiques des populations en matière de priorités et d'investissements, et non sur les « lois du marché » ou un politburo omniscient. Il s'agirait d'une économie planifiée, capable de trouver des moyens durables de surmonter les tensions entre la satisfaction des besoins sociaux et les impératifs écologiques. Ce serait une transition vers un mode de vie alternatif, une nouvelle civilisation, au-delà du règne de l'argent, des habitudes de consommation artificiellement alimentées par la publicité et de la production sans fin de biens nuisibles à l'environnement (la voiture particulière !).

Le document de 2003 se distancie de « l'ouvriérisme », bien plus que le projet de 1991, mais il n'ignore pas l'importance de gagner le mouvement ouvrier à l'écosocialisme :

Tout en critiquant l'idéologie mise en avant par les courants dominants du mouvement ouvrier, ils comprennent que les travailleurs et leurs organisations sont une force essentielle pour transformer le système.

La résolution « Écologie et socialisme » adoptée par le 15e Congrès mondial de la QI (2003) et traduite en plusieurs langues, marque un tournant dans l'histoire de la Quatrième Internationale. Pour la première fois, elle adopte un document traitant exclusivement de la crise écologique et se définit comme une organisation écosocialiste. En fait, malgré sa conversion tardive à l'écologie, la QI est devenue la première organisation internationale à adopter l'écosocialisme. À partir de ce moment, l'écosocialisme est devenu de plus en plus un aspect clé du programme révolutionnaire, des perspectives stratégiques et du travail pratique de la Quatrième Internationale.

Si le document considère la crise écologique comme « l'une des principales menaces pour l'humanité » à notre époque, le changement climatique n'est traité que comme l'un des nombreux problèmes, et sa menace pour la vie humaine n'est guère mentionnée. C'est peut-être là la plus grande lacune de la résolution. Elle sera comblée dans les années suivantes.

Parallèlement à ses propres activités, la QI a contribué à diverses initiatives écosocialistes internationales. Une première réunion écosocialiste internationale a eu lieu à Paris en 2007, avec l'aide de la section française de la QI. La conférence a décidé de créer un Réseau international écosocialiste (EIN), ouvert à toute personne en accord avec les idées principales du Premier Manifeste écosocialiste (publié par Joel Kovel et Michael Löwy en 2001).

L'EIN a demandé à Ian Angus, Joel Kovel, Michael Löwy et Danielle Follet de rédiger un nouveau manifeste, traitant principalement de la question du changement climatique. En prévision du Forum social mondial qui s'est tenu à Belém do Pará, au Brésil, en janvier 2009, ce document a été intitulé « Manifeste écosocialiste de Belém ». Ce deuxième manifeste a été signé par des centaines de personnes issues de dizaines de pays et a été imprimé par le Réseau écosocialiste brésilien (qui comprenait plusieurs membres et sympathisants de la QI) en anglais et en portugais, puis largement distribué lors du Forum social mondial de Belém.

L'initiative suivante de l'EIN a eu lieu à Copenhague en décembre 2009, en marge du sommet COP15 des Nations unies sur le changement climatique. Lors de la manifestation de protestation contre le sommet, qui a rassemblé dans les rues cent mille personnes venues de toute l'Europe, l'EIN a distribué une bande dessinée écosocialiste intitulée « Copenhague, 12 avril 2049 » (9). Le tract montrait à quoi ressemblerait Copenhague submergée par la mer. Il a été imprimé et distribué par le Parti socialiste ouvrier, section danoise de la Quatrième Internationale.

L'EIN a cessé de fonctionner en 2013, mais en 2020, une nouvelle initiative impliquant également un certain nombre de militant·es de la QI a été lancée par John Molyneux : le Réseau écosocialiste global (GEN).

Résolution sur le changement climatique (2010) : la QI en faveur d'une réduction de la production matérielle

En 2010, le Congrès mondial de la Quatrième Internationale a adopté une résolution intitulée « Le changement climatique capitaliste et nos tâches ». Pour la première fois, le mouvement a discuté et adopté un document consacré à un aspect spécifique de la « crise écologique ». Cela découlait d'une décision prise un an plus tôt par le Comité international de la QI. À l'appui du projet de résolution, un document très complet sur la science du changement climatique avait été traduit en plusieurs langues et distribué dans les sections. Daniel Tanuro a rédigé ces deux textes et présenté la résolution au congrès.

La résolution comprend cinq chapitres. Le premier attribue la responsabilité du changement climatique au système capitaliste, tout en rappelant le bilan désastreux de l'URSS, de ses alliés et de la Chine, coupables d'avoir reproduit le productivisme.

Le deuxième chapitre explique pourquoi le capitalisme est incapable d'arrêter la catastrophe. Premièrement, parce que la réduction nécessaire des émissions de gaz à effet de serre ne peut être réalisée qu'en réduisant considérablement la consommation d'énergie, et donc aussi la production matérielle. Deuxièmement, parce que la justice Nord-Sud exige que la majeure partie de cette réduction ait lieu dans les pays impérialistes, afin de laisser aux autres une marge de manœuvre pour satisfaire les besoins humains vitaux.

Le troisième chapitre met en garde contre les politiques malthusiennes barbares comme réponse bourgeoise à la combinaison des crises économique, climatique et alimentaire. Le quatrième souligne la double urgence d'une alternative socialiste mondiale et d'une rupture radicale de la vision socialiste avec le productivisme. « L'émancipation des travailleurs n'est plus concevable sans tenir compte simultanément des principales contraintes naturelles ». Le Congrès a ratifié l'idée que la situation objectivement nouvelle justifie l'adoption de l'écosocialisme. Le cinquième chapitre se concentre sur les tâches à accomplir.

Première organisation marxiste à adopter l'écosocialisme, la Quatrième Internationale a également été la première à adopter l'idée que « la réduction de la production et de la consommation matérielles est immédiatement nécessaire […] parce que le capitalisme a conduit l'humanité trop loin dans une impasse  ». Le texte précise que cette diminution « ne préjuge en rien des possibilités futures de développement, une fois le système climatique stabilisé ». Il note également qu'elle « ne constitue qu'un critère quantitatif de la transition nécessaire vers une économie sans carbone fossile », et ajoute : « ce critère quantitatif doit être combiné à des critères qualitatifs : en particulier, la redistribution des richesses, la réduction du temps de travail sans perte de salaire, le développement du secteur public. Si ces critères sont satisfaits, et à condition qu'elle cible une production inutile ou nuisible, la réduction de la production matérielle sera en fait synonyme d'une augmentation du bien-être, de la richesse et de la qualité de vie de la grande majorité de l'humanité, grâce à […] la reconquête du temps libre nécessaire à l'auto-activité, à l'auto-organisation et à l'autogestion démocratique à tous les niveaux ». »

«  Il ne suffit pas d'affirmer que le socialisme doit prendre en compte les questions écologiques », peut-on lire dans la résolution. « Le véritable défi consiste plutôt à créer les conditions pour que le projet socialiste soit compatible avec l'écologie globale du super-écosystème terrestre. Le développement ne peut être conçu uniquement dans le but de satisfaire les besoins humains réels déterminés démocratiquement, mais aussi en fonction de sa durabilité pour l'environnement […]. Le concept de “contrôle humain sur la nature ” doit être abandonné. Le seul socialisme réellement possible à partir de maintenant est celui qui satisfait les besoins humains réels (détaché de l'aliénation commerciale), déterminés démocratiquement […], en prenant soin de nous interroger attentivement sur l'impact environnemental de ces besoins et la manière dont ils sont satisfaits ».

La résolution développe l'idée que les technologies ne sont pas neutres, idée déjà évoquée dans des documents antérieurs. « Le système énergétique capitaliste est centralisé, anarchique, gaspilleur, inefficace, intensif en travail mort, basé sur des sources non renouvelables et caractérisé par une tendance à la surproduction de marchandises. La transformation socialiste de la société nécessite sa destruction progressive et son remplacement par un système décentralisé, planifié, économique et efficace, intensif en travail vivant, basé exclusivement sur des sources renouvelables et orienté vers la production de valeurs d'usage durables, qui peuvent être recyclées et réutilisées. » La révolution socialiste doit être conçue «  non seulement comme la destruction du pouvoir de l'État bourgeois […] mais aussi comme le début d'un processus de destruction de l'ancien appareil productif capitaliste et son remplacement par un appareil alternatif, utilisant différentes sources d'énergie, différentes technologies et différentes structures au service d'objectifs décidés démocratiquement ».

Dans sa conclusion, la résolution énonce douze tâches : la sensibilisation à la gravité de la situation ; le développement de pratiques populaires de secours en cas de catastrophe ; la lutte contre le néo-malthusianisme pour la défense des pauvres et des droits des femmes ; l'élaboration d'un plan anticapitaliste global pour la reconstruction sociale et écologique, reliant concrètement la lutte pour le climat et pour les droits sociaux, en particulier le droit à l'emploi ; le soutien aux peuples autochtones ; s'opposer à la ruée vers des technologies dangereuses ; établir des liens avec des scientifiques critiques, etc.

Congrès mondial de la QI de 2018 : la destruction capitaliste et l'alternative écosocialiste

Le 17e Congrès mondial de la QI en 2018 a adopté une résolution intitulée « La destruction capitaliste de l'environnement et l'alternative écosocialiste ». Un long document préparatoire avait été rédigé par Daniel Tanuro. La commission écologie a décidé de soumettre un de ses chapitres au congrès et de publier le texte intégral sous forme de document de travail.

La résolution reconnaît le « niveau extrêmement alarmant » de la crise. «  Les seuils sont déjà dépassés dans certains domaines, en particulier la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère », ce qui pourrait conduire à « un changement qualitatif », indique le texte. «  Le système terrestre entrerait alors dans un nouveau régime d'équilibre dynamique, caractérisé par des conditions géophysiques très différentes et une diminution encore plus marquée de sa richesse biologique. Au minimum, outre les conséquences pour les autres êtres vivants, […] ce nouveau régime mettrait en danger la vie de centaines de millions de personnes pauvres, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées. Au pire, on ne peut exclure qu'il contribue à l'effondrement de notre espèce ».

Le document met l'accent sur « le fossé profond entre l'urgence d'une alternative écosocialiste radicale, d'une part, et le rapport de forces et les niveaux de conscience, d'autre part ». Les mesures à prendre devraient inclure : « la socialisation des secteurs de l'énergie et du crédit » ; « l'abolition de la propriété privée des ressources naturelles et du savoir intellectuel » ; « la suppression des produits inutiles ou nocifs » ; « la gestion commune et démocratique des ressources au service des besoins réels de l'humanité ». Mais ces mesures sont manifestement hors de portée dans le contexte actuel.

La résolution affirme que « ce fossé ne peut être comblé que par des luttes concrètes des exploités et des opprimés […]. En obtenant satisfaction sur leurs revendications immédiates, des couches plus larges de la population se radicaliseront et leurs luttes convergeront. Elles formuleront […] des revendications incompatibles avec la logique capitaliste ». Le texte énumère des revendications qui s'inscrivent dans ce cadre stratégique. Elles « sont applicables séparément, mais […] forment un tout cohérent, incompatible avec le fonctionnement normal du système capitaliste ». Ce programme « n'est pas exhaustif […] et continuera à s'enrichir grâce à des luttes concrètes ». « Dans une perspective écosocialiste, indique le texte, cet enrichissement doit être guidé par […] la justice environnementale et sociale, les responsabilités communes mais différenciées, la lutte contre les inégalités […], la fin du colonialisme vert et du racisme environnemental, la priorité donnée aux solutions collectives, l'internationalisme et le principe de précaution  ».

« Avant tout, les exploités et les opprimés doivent développer leur autonomisation par la démocratie, la décentralisation, le contrôle et l'appropriation ou la réappropriation collective des biens communs  ». Les technologies liées aux énergies renouvelables peuvent contribuer à promouvoir l'autogestion, car « la nature physique et la difficulté de stockage de l'électricité facilitent sa gestion dans un système décentralisé, combiné et complémentaire ». La résolution affirme que « parallèlement à la souveraineté alimentaire, ce domaine de lutte est particulièrement important pour le Sud, dans le cadre d'un modèle de développement alternatif au modèle impérialiste ».

Une contribution majeure de la résolution est la manière dont elle unifie la vision du capitalisme : « Le capitalisme repose non seulement sur l'appropriation de la nature et l'exploitation de la main-d'œuvre par le travail salarié, mais aussi sur l'invisibilité patriarcale du travail de soins et de reproduction de la main-d'œuvre. À ces trois piliers du capitalisme s'ajoute un quatrième, l'exploitation fondée sur la “race”. Tous ont pour dénominateur commun l'appropriation des ressources naturelles, dont la main-d'œuvre humaine fait partie ».

La résolution souligne le rôle prépondérant des peuples autochtones, des paysans, des femmes et des jeunes, en fournissant une explication matérialiste de leur position d'avant-garde. De toute évidence, la question clé est le rôle de la classe ouvrière. Les relations de production capitalistes «  rendent à la fois très difficile et d'une importance décisive la mobilisation du mouvement syndical dans la lutte écologique  ». La perte d'emplois pose un défi : même si «  la transition entraînera une croissance de l'emploi dans [de nouveaux] secteurs […], une réduction globale de la production matérielle est nécessaire ». D'où l'importance décisive d'une « réduction du temps de travail sans perte de salaire ».

La résolution conclut que « la lutte pour un programme de transition écosocialiste ne peut finalement aboutir que par l'émergence d'alternatives politiques pour un plan global de réformes anticapitalistes structurelles qui satisfasse à la fois les besoins sociaux et les contraintes environnementales  ».

Comité International de février 2022 : les bases pour l'élaboration d'un « programme de transition dans le cadre de la nécessaire réduction de la production matérielle globale »

En février 2022, le lien entre la pandémie de covid-19 et la destruction de la biodiversité, ainsi que la multiplication des inondations, des mégafeux, des sécheresses et autres « accidents » climatiques graves, ont conduit le Comité International de la QI à mettre en chantier un projet de « programme écosocialiste » inscrit « dans le cadre de la nécessaire réduction de la production matérielle globale  ».

Constatant que «  l'accumulation du capital menace les conditions mêmes de la vie humaine sur la planète », la résolution adoptée affirme la nécessité de « tirer le frein d'urgence à la fois pour combattre les inégalités sociales et pour ouvrir la voie à un développement qualitatif centré sur le soin aux personnes par la satisfaction des besoins humains réels, désaliénés de la marchandise, démocratiquement déterminés dans le respect prudent des écosystèmes ».

Le texte dénonce « le fiasco des politiques capitalistes » basées sur l'idée que « l'économie globale pourrait à la fois continuer à croître et se décarboner » – ce qui est « une impossibilité physique  ». Il met en garde contre les « fausses solutions dangereuses » telles que le nucléaire, la capture-séquestration géologique, l'hydrogène, la géo-ingénierie et les grandes plantations d'arbres en monoculture.

« Toutes les conditions semblent réunies pour que la catastrophe se transforme en cataclysme », dit la résolution. Elle enchaîne : « Seule une révolution écosocialiste mondiale pourrait l'arrêter, mais elle n'est pas à l'ordre du jour. Le capital renforce partout son emprise, les syndicats se cramponnent à la relance capitaliste comme à une planche de salut, les mouvements sociaux sont sur la défensive, les droits démocratiques et sociaux reculent, le champ politique glisse vers la droite et l'extrême droite dans la plupart des pays ».

Dans ce contexte, il s'agit d'éviter « deux pièges » : « celui d'un maximalisme révolutionnaire abstrait et celui d'un pragmatisme obsédé par les réponses immédiates ». Cela nécessite un programme « qui jette un pont entre la situation présente et la conquête du pouvoir ». La résolution constate que «  cette démarche du Programme de Transition est plus actuelle que jamais », tout en précisant que « relever les défis du 21e siècle implique une nouveauté décisive : le programme doit organiser la décroissance globale de la consommation finale d'énergie, et partant de la production matérielle et des transports ».

« Cette décroissance n'est évidemment pas un projet de société », dit le texte, c'est « une contrainte physique qui s'impose parce que le capitalisme a poussé l'humanité au-delà des limites écologiques » et que « si on laisse faire ces vampires, si les pauvres ne font pas payer la décroissance par les capitalistes, celle-ci s'imposera par la catastrophe humaine. La physique ne négocie pas… L'expression politique de cette “solution” est le fascisme. Le choix est donc clair : écosocialisme ou barbarie ».

En conclusion, la résolution trace le chemin à suivre : « La crise écologique nécessite bien évidemment un programme spécifiquement écologique, appuyé sur des connaissances scientifiques pointues, mais ce programme ne résoudra rien sans un ensemble de mesures qui font payer les riches et les capitalistes pour réparer la société, la nature et la relation entre la société et la nature ». « Ces mesures s'inscrivent dans la possibilité réelle que tou·tes mènent une bonne vie en consommant peu d'énergie et en réduisant l'ensemble des impacts sur les écosystèmes  ». Elles sont regroupées en cinq axes : « régulations urgentes, aux frais des riches et de leurs business » ; « justice fiscale, justice sociale = justice climatique » ; « démocratie pour reprendre le contrôle de nos existences et prendre soin des humains et de la Terre » ; « produire moins, travailler moins, vivre mieux » ; « désarmer les humains qui n'aiment pas la vie », notamment par la socialisation des secteurs clés.

Le Congrès mondial de 2025 adopte un « Manifeste pour une révolution écosocialiste - Rompre avec la croissance capitaliste »

Peu de temps après le Comité international de 2022, les instances de la QI ont mis sur pied une Commission de rédaction chargée de concrétiser l'orientation adoptée. La Commission qui s'est étoffée au fil des travaux a tenu plus de quinze réunions en trois ans. Au final, elle a comporté neuf membres, du Nord et du Sud : Michaël Löwy (France), Julia Camara (Brésil), Jacob Schäffer (Allemagne), Joao Camargo (Brésil), Alex Merlo (Espagne), Christine Poupin (France), Jawad Istaqbal (Maroc), Farooq Tariq (Pakistan) et Daniel Tanuro (Belgique, coordinateur de la Commission). Un camarade du Congo-Brazzaville, dans l'incapacité technique de participer à des réunions virtuelles, a fourni un grand nombre de commentaires écrits.

La Commission a rapidement estimé que l'importance du programme écosocialiste dont elle était chargée de rédiger le projet justifiait que ce document prenne la forme d'un Manifeste. Un premier projet a été soumis au Comité international de la QI en 2023. Il s'agissait principalement de clarifier une ligne de classe prenant en compte les implications différenciées de la décroissance globale respectivement dans les pays capitalistes développés, les pays semi-industrialisés et les pays les plus pauvres. Mandat a été donné à la Commission de poursuivre ses travaux afin d'améliorer le document sur base de ces débats.

Une deuxième version du texte a été soumise au Comité International de février 2024. Daniel Tanuro a présenté le Manifeste et Christine Poupin a tiré les conclusions des discussions. Le document a été approuvé à une très large majorité pour être diffusé dans toutes les organisations, avec appel à amendements et contributions au débat, en vue du Congrès mondial de février 2025.

Le Manifeste comporte une introduction suivie de 6 chapitres :

• Le premier brosse un tableau de la double crise sociale et écologique ; il débouche sur la nécessité objective d'une révolution globale – écosocialiste, internationaliste, féministe, antiraciste, anticoloniale et anti-impérialiste. « Il ne suffit pas de remettre en cause le régime néolibéral et de revaloriser le rôle de l'État. Il ne suffirait même pas d'arrêter la dynamique d'accumulation (un objectif impossible sous le capitalisme !). La consommation finale mondiale d'énergie doit diminuer radicalement – ce qui implique produire moins et transporter moins à l'échelle mondiale – tout en augmentant la consommation d'énergie dans les pays les plus pauvres, pour satisfaire les besoins sociaux. C'est la seule solution qui permette de concilier le besoin légitime de bien-être pour tou·tes et la régénération de l'écosystème mondial. La juste suffisance et la juste décroissance – la décroissance écosocialiste – est une condition sine qua non du sauvetage ».

• Le deuxième présente notre utopie concrète. Nous refusons le joker facile de « l'abondance » : l'émancipation pour laquelle nous luttons passe par une société où, les besoins fondamentaux étant satisfaits, l'être passe avant l'avoir.

• Le troisième rappelle en quoi consiste la méthode transitoire élaborée par Léon Trotsky.

• Le quatrième présente brièvement 21 lignes de force d'un programme écosocialiste cohérent. Certaines sont réalisables dans le cadre capitaliste, mais l'ensemble nécessite le renversement du système. Elles vont crescendo, des mesures à prendre pour protéger les populations des catastrophes, à la socialisation des secteurs clés et à la planification démocratique, en passant par le démantèlement de l'agrobusiness, la protection de la biodiversité, la lutte contre le racisme environnemental et pour une politique urbaine sous le contrôle des classes populaires.

• Le cinquième chapitre, « décroissance globale dans un contexte de développement inégal et combiné », approfondit les implications du concept de « responsabilités et capacités communes et différenciées » pour les pays du Sud, en distinguant les pays semi-industrialisés et les pays les plus pauvres, au sein desquels la satisfaction des besoins sociaux nécessitera que de l'énergie fossile soit encore consommée pendant un certain temps.

• Le sixième et dernier chapitre est consacré à la question stratégique : autonomie des mouvements sociaux, refus de toute hiérarchisation des luttes, convergence des luttes et conquête du pouvoir politique.

Le Manifeste accorde une place centrale aux revendications des femmes. Il prend à son compte l'objectif du « prendre soin » – des humains et de la planète – mis en avant par les féministes et affirme l'importance centrale de la reproduction sociale par rapport à la production.

L'importance accordée aux peuples autochtones est un autre point remarquable, qui traduit une approche renouvelée du Programme de transition. Pour le Manifeste, bien que minoritaires au sein de la population mondiale, les peuples indigènes apportent la preuve qu'une autre relation entre l'humanité et le reste de la nature est possible. Le témoignage de ces peuples revêt ainsi une immense portée idéologique. C'est pourquoi nous reconnaissons qu'ils sont une partie fondamentale du sujet révolutionnaire du 21e siècle.

Pour les mêmes raisons, le Manifeste accorde également une grande importance aux luttes et aux revendications des petit·es paysan·nes face à l'agrobusiness et des petit·es pêcheur·ses face à la pêche industrielle. Il se prononce pour la souveraineté alimentaire, pour une réforme agraire radicale et pour l'agroécologie.

Le Manifeste a soulevé un intérêt considérable dans les sections de la QI et les organisations sympathisantes. Des dizaines d'amendements ont été proposés par des camarades de toutes les régions du monde, notamment États-Unis, Mexique, Brésil, Pérou, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Inde, Pakistan, Algérie, Afrique du Sud, Suisse… La plupart ont permis d'enrichir le texte. La dimension collective du travail de la Commission de rédaction a été mise en évidence par un rapport présenté conjointement par quatre camarades (deux du Nord, deux du Sud, deux hommes et deux femmes). Le texte final a été adopté à une très large majorité des délégué·es (124 voix pour, 1 voix contre, 3 abstentions et 4 NPPV).

Exemples concrets d'activités écosocialistes des sections de la QI

Lors du Congrès mondial de 2018, les débats sur l'écologie ont reflété la forte implication de nombreux militants dans des luttes concrètes, en particulier dans les pays du Sud qui sont les plus touchés par le changement climatique.

La section de la Quatrième Internationale à Mindanao (Philippines) est depuis longtemps engagée dans la défense des communautés contre des typhons de plus en plus violents. Ces camarades sont engagé·es dans le développement de méthodes agricoles basées sur la souveraineté alimentaire, l'exclusion des semences génétiquement modifiées et la production d'aliments biologiques pour les communautés locales.

Au Bangladesh, l'un des pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique, l'organisation de la QI est profondément impliquée dans les grandes luttes paysannes contre le changement climatique. Avec Via Campesina et d'autres organisations, les camarades mènent une campagne pour la souveraineté alimentaire, les droits des petits agriculteurs et la redistribution des terres, dans la lignée du Mouvement des sans-terre brésilien. Depuis 2011, ils et elles sont fortement impliqué·es dans l'organisation de caravanes climatiques qui font campagne au Bangladesh, au Népal et en Inde.

Au Pakistan également, les camarades de la QI ont été à l'avant-garde de la lutte contre le changement climatique. En 2010, des inondations dévastatrices ont submergé un cinquième du pays et laissé des millions de personnes sans abri. Vingt millions de personnes ont été touchées et 2 000 ont perdu la vie. Cinq camarades ont été emprisonnés pour avoir défendu des villageois après un glissement de terrain qui a bloqué la rivière Hunza dans la région du Gilgit-Baltistan, emportant des maisons et tuant 19 personnes. Le glissement de terrain a formé un lac de 23 km de long qui a submergé trois villages, laissant 500 personnes sans abri et 25 000 personnes bloquées. Sept ans après leur procès, ils étaient toujours en prison, malgré les campagnes menées pour obtenir leur libération.

Au Brésil, les camarades sont impliqués dans la construction du mouvement pour la justice climatique. En 2015, à Fortaleza, ils ont organisé la plus grande marche pour le climat de l'histoire du pays. Ils ont également manifesté en 2016 dans le cadre de la campagne Break Free devant la plus grande centrale à charbon du Brésil, et ont participé à la Marche de l'eau en 2017. Ils sont engagés dans la défense de l'Amazonie et contre le désastreux traité REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) aux côtés des peuples autochtones, des communautés locales et des groupes environnementaux, violemment réprimés par le gouvernement fasciste de Jair Bolsonaro. Au cours des dernières années, nos camarades brésilien·nes portent le projet écosocialiste au sein du Parti du Socialisme et de la Liberté (PSOL), et ils ont contribué à organiser les Rencontres écosocialistes latino-américaines lors de la COP30 à Belém en 2025.

Les organisations de la QI en Amérique latine ont participé aux mobilisations autour du Sommet des peuples convoqué par Evo Morales à Cochabamba, en Bolivie (2010).

En Europe et en Amérique du Nord, les camarades de la Quatrième Internationale sont de plus en plus impliqué·es dans les mobilisations pour le climat, autour des COP à Copenhague (2009), Paris (2015), Madrid (2019) et dans les grandes manifestations de jeunes qui ont eu lieu dans différents pays en 2019. Ils participent également à des luttes locales contre des projets liés aux énergies fossiles (ce que Naomi Klein appelle « Blockadia »), tels que la fracturation hydraulique en Grande-Bretagne, l'exploitation des sables bitumineux au Canada, la construction du pipeline Keystone aux États-Unis et de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes en France, et la campagne Ende Gelände contre l'exploitation du lignite en Allemagne.

En coopération avec d'autres organisations et syndicats, les membres de la QI ont également participé à l'initiative visant à organiser des conférences écosocialistes européennes réunissant plusieurs centaines de personnes – à Genève (2014), Madrid (2015), Bilbao (2016), Lisbonne (2018), Bâle (juin 2020), Buenos Aires (2024).

Le 6 novembre 2025

1. F. Engels, La dialectique de la nature, Paris, Editions Sociales, 1968, pp. 180-181.

2. Léon Trotsky, Littérature et Révolution.

3. L. Trotsky, Mendeleïev et le marxisme, discours au congrès Mendeleïev, 17 septembre 1925, Marxists Internet Archive.

4. L. Trotsky, Culture et Socialisme, Marxists Internet Archive.

5. Rapport du camarade Boukharine à l'assemblée des fonctionnaires de l'organisation de Moscou (5 janvier 1926)

6. Lire notamment « Le bolchevik et la nature », Andreas Malm, 15 septembre 2017, Revue Période.

7. Ernest Mandel, « La dialectique de la croissance. A propos du rapport Mansholt », in Mai (revue), Bruxelles, nov-déc. 1972.
8. Version française éditée en 2023 par les éditions La Brèche de Power and Money (1992).

9. Disponible à la fin du livre Écosocialisme. L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Michael Löwy, Mille et une nuits, 2011, 5 euros.

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10e Semaine de l’alphabétisation populaire : Lancement de la plateforme électorale 2026 du RGPAQ Il est temps d’agir...

7 avril, par Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) — , , ,
Montréal, le 31 mars 2026 — C'est dans le cadre d'un événement hybride, à la fois festif et revendicatif avec plus de 300 personnes, que le Regroupement des groupes populaires (…)

Montréal, le 31 mars 2026 — C'est dans le cadre d'un événement hybride, à la fois festif et revendicatif avec plus de 300 personnes, que le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) a dévoilé aujourd'hui ses attentes envers l'ensemble des partis politiques aspirant à diriger le Québec au lendemain des prochaines élections générales. La présentation de sa plateforme électorale concorde avec le début des célébrations soulignant la 10e édition de sa Semaine de l'alphabétisation populaire et ses 45 ans d'existence.

Il est temps d'agir...

Au cours des prochains mois, le RGPAQ et ses 78 organismes membres interpelleront les divers partis politiques et les inviteront à s'engager en faveur d'une série de mesures visant à lutter contre l'analphabétisme, la pauvreté et les inégalités sociales et numériques et à assurer le droit à l'information et l'accès aux services publics pour toutes et tous.

À l'instar de nombreuses organisations de la société civile, le RGPAQ les conviera aussi à présenter à la population ce qu'ils comptent faire pour assurer la pérennité et la santé du filet social québécois incluant les services publics, les programmes sociaux et le mouvement de l'action communautaire autonome (ACA).

Par ailleurs, le RGPAQ sera à la manifestation nationale du mouvement Le communautaire à boutte ! le 2 avril prochain à Québec. Cette mobilisation sera l'occasion de joindre la voix de notre réseau à celle de l'ensemble des groupes d'ACA pour faire valoir, auprès de tous les partis politiques, la nécessité de mieux soutenir financièrement leur mission, de respecter leur autonomie et de reconnaître leur contribution essentielle au développement social, politique et économique du Québec et au mieux-être de sa population.

Parce que, pour le RGPAQ, il est temps d'agir...

Pour un programme d'aide financière destiné aux adultes en démarche d'alphabétisation populaire !
Pour un soutien financier accru aux organismes d'alphabétisation populaire et l'indexation annuelle de leur subvention !
Pour l'inclusion numérique de toutes et tous !
Pour un meilleur accès à l'information et aux services publics !
Pour une stratégie nationale de lutte à l'analphabétisme et des mesures fortes pour combattre durablement la pauvreté !

Citations :

« De nombreux obstacles se dressent toujours entre les adultes peu alphabétisés et leur entrée dans une démarche d'alphabétisation populaire. Par ailleurs, les organismes les accompagnant dans une telle démarche ont encore des ressources limitées pour pleinement répondre aux besoins dans leur communauté. C'est pourquoi nous invitons les partis politiques à s'engager à soutenir financièrement ces adultes et à augmenter substantiellement le financement consenti aux groupes d'alphabétisation populaire. » — François Brassard, administrateur du RGPAQ et coordonnateur du Groupe Alpha Laval

« Au Québec, la fracture numérique est bien réelle et elle touche de nombreuses personnes, dont celles qui ont de grandes difficultés avec l'écrit et de faibles compétences numériques. Dans le contexte de la transformation numérique gouvernementale, le RGPAQ invite l'ensemble des partis politiques québécois à se prononcer en faveur de mesures assurant l'inclusion numérique de toutes et tous et l'accès à l'information et aux services publics notamment par le maintien d'alternatives au numérique. » — Annie Poulin, présidente du RGPAQ et directrice générale de l'organisme Alphare

« Face à l'ampleur du défi de la faible littératie d'une partie importante de la population adulte québécoise, le RGPAQ presse tous les partis politiques aspirant à gouverner le Québec à s'engager résolument en faveur de l'adoption d'une stratégie nationale de lutte à l'analphabétisme, incluant des mesures de lutte à la pauvreté et aux inégalités. » — Caroline Meunier, coordonnatrice politique du RGPAQ

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« Il est de plus en plus désespéré » : Trita Parsi s’exprime sur les menaces ponctuées de jurons de Trump à l’encontre de l’Iran

7 avril, par Democracy now ! — , ,
Nous obtenons la dernière analyse sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran de la part de Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible (…)

Nous obtenons la dernière analyse sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran de la part de Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Parsi évoque le « désespoir » croissant de la stratégie américaine, le contrôle économique à long terme de l'Iran sur le détroit d'Ormuz et le « bellicisme » grandissant, ainsi que la dangereuse possibilité d'une guerre nucléaire.

6 avril 2026 | tiré de Democracy now !
https://www.democracynow.org/2026/4/6/us_israel_war_on_iran_trita

AMY GOODMAN : Alors que la guerre américano-israélienne contre l'Iran entre dans sa sixième semaine, le président Trump a menacé de bombarder les centrales électriques et les ponts iraniens si le détroit d'Ormuz n'était pas rouvert d'ici mardi. Les attaques de Trump contre les infrastructures civiles constitueraient des crimes de guerre au regard du droit international.
Dans un message truffé d'insultes publié sur Truth Social le dimanche de Pâques, Trump a écrit, je cite : « Mardi sera le jour des centrales électriques et le jour des ponts, tout en un, en Iran. Il n'y aura rien de tel !!! » — trois points d'exclamation. « Ouvrez ce putain de détroit, bande de salauds fous, ou vous vivrez en enfer — VOUS VERREZ BIEN ! Gloire à Allah » a écrit le président — il a utilisé le mot exact.
Les responsables iraniens ont menacé de riposter, le commandement naval du Corps des gardiens de la révolution islamique déclarant dans un message sur X que le détroit d'Ormuz, je cite, « ne reviendra jamais à son état antérieur, en particulier pour l'Amérique et Israël », fin de citation.
Plus tôt ce matin, les médias iraniens ont fait état d'explosions après une attaque israélienne contre le complexe pétrochimique de South Pars, dans la ville d'Asaluyeh. South Pars est l'une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde, partagée entre l'Iran et le Qatar dans le golfe Persique. South Pars représente environ 70 à 80 % de l'approvisionnement en gaz de l'Iran. Une autre frappe américano-israélienne avait également visé les installations de South Pars en Iran le mois dernier.
Par ailleurs, les médias d'État iraniens ont rapporté aujourd'hui que Majid Khademi, chef des renseignements du Corps des gardiens de la révolution islamique, avait été tué lors d'une frappe conjointe américano-israélienne.
Nous ne voyons certainement pas de triomphe de la diplomatie pour l'instant, Trita Parsi. Pourriez-vous nous parler du message de Pâques adressé à l'Iran par le président Trump, truffé d'injures ?

TRITA PARSI : Ce à quoi nous assistons ici, c'est une répétition des menaces et des ultimatums précédents, mais cette fois-ci, bien sûr, avec un ton de désespoir bien plus prononcé de la part de Trump. Il a déjà proféré des menaces de ce genre à plusieurs reprises. Il ne les a pas pleinement mises à exécution, il a fait marche arrière, reconnaissant qu'il ne dispose pas d'une position dominante en matière d'escalade.

Il ne peut pas sortir de ce conflit par l'escalade, car s'il s'en prend aux centrales électriques à grande échelle, les Iraniens feront de même avec les infrastructures du CCG et d'Israël, et la situation s'aggravera considérablement, notamment en raison de la flambée des prix du pétrole.
Néanmoins, il est de plus en plus désespéré, car il se rend compte qu'il ne peut pas simplement mettre fin à la guerre en se retirant. Il doit parvenir à une sorte d'accord négocié. Mais cet accord négocié sera très différent de celui qu'il avait initialement en tête, car la réalité sur le terrain est telle qu'il n'est pas en position dominante. Il ne peut pas dicter ses conditions. En conséquence, il tente désormais de lancer ces ultimatums dans l'espoir que les Iraniens capitulent.

Mais rien n'indique que les Iraniens soient disposés à capituler, ni même à accepter son ultimatum. Les Iraniens n'accepteront pas un cessez-le-feu qui les place dans la même position que le Liban et Gaza lorsqu'ils ont accepté les cessez-le-feu imposés par les États-Unis et Israël, qui se sont avérés n'être que des pauses temporaires permettant aux États-Unis ou à Israël de se regrouper, de se réarmer, puis de relancer les attaques. Et cela frustre clairement Trump, car il se rend compte qu'il n'est pas dans cette position dominante qu'il pensait occuper.

AMY GOODMAN : Pourriez-vous nous parler de l'importance actuelle de South Pars, dont la partie nord est gérée par le Qatar et la partie sud par l'Iran, et qui constitue bien sûr une source d'énergie majeure pour l'Iran, représentant environ 70 à 80 % de son énergie, et de la menace de le faire exploser, ainsi que les ponts ?

TRITA PARSI : South Pars est donc un gisement très important pour les Iraniens. C'est un gisement de gaz partagé. Il est partagé avec le Qatar, bien que les Qataris en extraient beaucoup plus de gaz, car les Iraniens ne disposent pas de la technologie nécessaire, compte tenu de toutes les sanctions qui ont été imposées à l'Iran depuis longtemps. Asaluyeh est un autre site situé à proximité qui est actuellement attaqué par les Israéliens et qui est essentiel pour la consommation énergétique nationale de l'Iran. Et nous avons vu que lorsque ces gisements ou ces installations ont été frappés par le passé, les Iraniens ont riposté. C'est lorsque les Israéliens ont attaqué South Pars la dernière fois que les Iraniens ont frappé ces installations gazières au Qatar, ce qui a fait reculer leur développement de trois à cinq ans.

Il est très important de comprendre la différence ici, dans le sens où nous avons actuellement un problème pétrolier, car de nombreux pétroliers sont bloqués dans le golfe Persique. Ils ne peuvent pas transiter. Mais le pétrole continue d'être extrait du sol. Les infrastructures pétrolières n'ont pas été ciblées à grande échelle. Si Trump intensifie les tensions, celles-ci seront probablement prises pour cible. Et alors, vous n'aurez pas seulement un problème de goulot d'étranglement, mais aussi un problème de production. Le problème de goulot d'étranglement peut être résolu relativement rapidement, et les prix du pétrole peuvent baisser. Mais si vous avez un problème de production, cela signifie que la production n'augmentera pas avant un certain temps, ce qui créera un problème à beaucoup plus long terme sur les marchés pétroliers. Et ce serait bien, bien pire que la situation actuelle.

Les Iraniens disposent donc de nombreux moyens pour aggraver encore la situation. Trump en est bien sûr conscient. C'est en partie pour cela qu'il n'a pas donné suite à bon nombre de ses menaces. Mais il semble devenir de plus en plus désespéré, et il pourrait bien prendre des mesures qui seraient absolument dévastatrices pour l'économie mondiale, puis pour sa propre présidence.

AMY GOODMAN : Si vous pouvez répondre à — The Guardian vient de déclarer : « L'Iran confirme avoir reçu un plan de cessez-le-feu, mais affirme que les États-Unis ne sont pas prêts pour la paix. Les États-Unis, l'Iran et un groupe de médiateurs régionaux ont discuté des termes d'un éventuel cessez-le-feu de 45 jours qui pourrait conduire à une fin définitive de la guerre. » Et puis vous avez Ali Abunimah qui a tweeté il y a quelques heures : « Les États-Unis tentent avec l'Iran la même approche qu'avec Gaza : des accords par étapes que les Américains et « Israël » rompront, et de vagues arrangements futurs à négocier dans un avenir indéterminé. » Votre réponse ?

TRITA PARSI : Ali a tout à fait raison. C'est là la préoccupation et la crainte du côté iranien : que tout type de cessez-le-feu profiterait aux États-Unis et à Israël. Cela ne mettrait pas fin à la guerre. Ce ne serait qu'une pause tactique. En attendant, les Iraniens renonceraient à une grande partie de leur moyen de pression, par exemple le contrôle du détroit. Je ne vois donc aucune chance que cela aboutisse, à moins que cela ne s'accompagne non pas de ce type d'approche par étapes, mais d'un accord complet incluant un allègement des sanctions et d'autres mesures.

Aujourd'hui, la position iranienne, je pense, a en quelque sorte évolué et, franchement, s'est durcie. Le détroit n'est pas nécessairement un outil qu'ils utiliseront pour négocier la fin de la guerre, mais plutôt quelque chose qu'ils utiliseront après la guerre – son contrôle – afin de mettre en place un mécanisme dans lequel les pays devront payer des droits de transit pour traverser le détroit, et ils s'en serviront pour rétablir des relations économiques avec de nombreux pays dans le monde avec lesquels ils entretenaient autrefois des relations économiques, mais qui ont essentiellement cessé de traiter avec l'Iran sur le plan économique en raison de la pression américaine. Tous ces pays ont néanmoins besoin d'accéder au détroit, et les Iraniens prévoient essentiellement d'utiliser leur contrôle du détroit pour rétablir ces relations économiques, plutôt que comme un moyen de pression pour mettre fin à la guerre.

AMY GOODMAN : Que répondez-vous au président Trump qui a déclaré à Fox News que les États-Unis, je cite, « ont envoyé beaucoup d'armes aux manifestants iraniens. Nous avons envoyé des armes par l'intermédiaire des Kurdes. Je pense que les Kurdes les ont gardées », fin de citation ?

TRITA PARSI : Il s'agit là d'une révélation très importante. Nous avons constaté, lors des manifestations de décembre et janvier, que certaines choses étaient très, très différentes du passé. Nous avons constaté qu'il y avait des éléments au sein du mouvement de protestation, ou agissant dans l'ombre de celui-ci, qui ont recouru à une violence massive, tant contre les infrastructures civiles – mosquées, banques, etc., casernes de pompiers – que contre les forces gouvernementales – c'est pourquoi de nombreux membres des forces gouvernementales ont été tués –, ce que nous n'avions tout simplement jamais vu auparavant. Il s'agissait d'éléments armés. Ils opéraient de manière plutôt professionnelle et systématique. Et de nombreux manifestants — j'ai parlé à certains d'entre eux qui étaient véritablement là pour protester contre les politiques du gouvernement — ont vu ces forces et ont été assez stupéfaits, car ils n'avaient jamais rien vu de tel auparavant.

Nous avons désormais la confirmation, que beaucoup de gens soupçonnaient, mais qui nous vient de source sûre, selon laquelle les États-Unis fournissaient effectivement des armes aux Kurdes et à d'autres éléments armés à l'intérieur du pays. Cela montre, je pense, que l'image que nous avions au départ, selon laquelle il s'agissait simplement de manifestants pacifiques réprimés par le gouvernement, était peut-être un peu simpliste. Il s'agissait en grande majorité de manifestants pacifiques, mais parmi eux, ou derrière eux, il y avait d'autres éléments qui utilisaient les manifestations pour déclencher un conflit violent et un soulèvement. Ceux-ci ont été réprimés en même temps que de nombreux manifestants pacifiques. Le gouvernement iranien ne semblait pas faire grande distinction entre les deux et a tué plusieurs milliers de personnes. Mais le scénario était très différent de celui de 2009, par exemple, où le mouvement de protestation était non seulement pacifique, mais veillait également à ne pas être détourné par des éléments violents. Cette fois-ci, il semble que cela n'ait pas été tout à fait possible.

AMY GOODMAN : Voici la réponse du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, à la menace de Trump d'attaquer des infrastructures civiles si le nouvel ultimatum donné à l'Iran pour ouvrir le détroit d'Ormuz n'est pas respecté.

ESMAEIL BAGHAEI : [La réaction de l'Iran serait de riposter] à toute attaque de ce type. Nos forces armées ont clairement indiqué qu'en cas d'attaque contre les infrastructures iraniennes, nous réagirions de la même manière.
Elles — nos forces armées — cibleraient toute infrastructure similaire appartenant aux États-Unis ou liée de quelque manière que ce soit à ce pays, ou contribuant à son acte d'agression contre l'Iran. Ce n'est pas quelque chose que nous ferons volontairement ou par décision délibérée. Cela fait partie de nos mesures de défense contre leur acte illégal.

AMY GOODMAN : C'était donc le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Pouvez-vous réagir à ses propos, Trita Parsi ?

TRITA PARSI : Il s'agit donc d'une continuation de ce que nous avons vu par le passé : les Iraniens riposteront de la même manière, mais ils cibleront les installations à leur portée, qui se trouvent principalement dans les États du CCG, ce qui mettra non seulement ces derniers dans une situation terrible, mais aussi l'économie mondiale tout entière. Nous avons vu que les Iraniens ont pris pour cible des bases américaines et d'autres installations, dont certaines civiles, dans ces pays.
Nous disposons désormais également de preuves émergentes indiquant que le territoire et l'espace aérien de nombre de ces pays ont été utilisés par les États-Unis pour attaquer l'Iran. À l'heure actuelle, on ne sait pas clairement si ces pays ont commencé à autoriser cette utilisation après que les Iraniens ont commencé à les attaquer, si ces attaques avaient lieu dès le début, ou si ces attaques depuis leur espace aérien ou leur territoire sont menées sans l'accord de ces gouvernements. Mais le fait que le territoire soit utilisé dans plusieurs cas – au Qatar, pardon, au Koweït, à Bahreïn, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis – n'est pas tout à fait clair à ce stade. Des preuves sont apparues à ce sujet.

Et c'est une évolution très négative et dangereuse, en particulier si cela conduit à terme les Saoudiens et les Émiratis à s'engager pleinement dans la guerre. Ce sera — encore une fois, nous avons déjà vu ce conflit s'étendre, mais ce sera une escalade majeure, très majeure, et cela rendra beaucoup plus difficile la possibilité de mettre fin à cette guerre.

AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous parler de l'arrestation, par des agents des services de renseignement iraniens, de l'éminente avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh à son domicile, selon sa fille ? Âgée de 64 ans, Nasrin Sotoudeh est réputée pour avoir défendu des militants, des politiciens de l'opposition et des femmes poursuivies pour avoir retiré leur foulard. Craignez-vous que la prison d'Evin — qui sait de quel côté ? — puisse également être bombardée, ce qui a été — ce qui, bien sûr, est l'endroit où tant de dissidents sont détenus ?

TRITA PARSI : Nous avons vu que lors de la guerre de juin, les Israéliens ont bel et bien frappé la prison. On ne sait pas s'ils l'ont fait parce qu'ils pensaient que cela serait bénéfique, que cela ferait descendre les gens dans la rue pour manifester ou les pousserait à s'opposer à la répression du gouvernement iranien. Mais cela s'est vraiment retourné contre les Israéliens. Reste à voir s'ils le referont. Jusqu'à présent, ils se sont davantage concentrés sur les attaques contre des usines pharmaceutiques et des universités.

Mais je pense qu'un point important à retenir ici est que la République islamique est en train de changer, mais qu'elle évolue vers une orientation beaucoup plus belliciste. C'est une conséquence directe de cette guerre lancée illégalement par Israël et les États-Unis. Il était également tout à fait prévisible que, dans ces circonstances, le gouvernement iranien deviendrait probablement plus répressif et imposerait davantage de restrictions à l'espace politique dans le pays. Nous avons déjà observé ce schéma par le passé. Ainsi, plutôt que d'être une sorte d'effort visant à instaurer la démocratie en Iran, comme certaines personnes semblent l'avoir pensé, l'historique montrait déjà très clairement que le résultat le plus probable serait de voir émerger de cette guerre la version la plus répressive et la plus belliciste de la République islamique.

AMY GOODMAN : Dites-nous également si vous parvenez à communiquer avec des personnes en Iran, alors que la coupure quasi totale d'Internet imposée par l'État constitue désormais la plus longue coupure nationale jamais enregistrée dans aucun pays.

TRITA PARSI : C'est très difficile, mais j'ai réussi à joindre pas mal de personnes. Ce n'est pas le même type de coupure que celle que nous avons connue du 8 janvier jusqu'à il y a quelques jours, où les Iraniens avaient vraiment tout coupé, brouillé Starlink et tout le reste. Ce n'est pas à ce niveau-là, mais c'est néanmoins extrêmement restrictif. Et je ne vois aucune chance que cela s'assouplisse tant que la guerre se poursuivra.

AMY GOODMAN : Pour finir, craignez-vous que les États-Unis ou Israël n'utilisent une bombe nucléaire contre l'Iran ?

TRITA PARSI : J'ai eu des conversations ici à Washington, et j'ai été assez surpris de constater que de nombreux anciens responsables admettent très franchement que c'est une option envisageable. Cela tient au fait que Trump semble de plus en plus désespéré. Il pourrait finir par bombarder l'Iran pendant encore deux semaines pour tenter de créer un spectacle retentissant, puis simplement s'en aller, sachant qu'il n'a ni la capacité ni la patience pour la véritable diplomatie qui s'impose, ni la volonté de faire des compromis. Il pourrait donc simplement faire dégénérer la situation de manière spectaculaire, puis s'en aller, laissant le détroit sous le contrôle des Iraniens. Et cela pourrait potentiellement inclure l'utilisation d'une arme nucléaire.

Le fait que cela soit réellement discuté ou envisagé par d'anciens responsables comme une option que Trump ou les Israéliens envisagent nous montre à quel point cette guerre va mal, à quel point la situation devient désespérée, et à quel point cela serait extrêmement, extrêmement dangereux pour le monde entier. Comme me l'a dit un ancien responsable, cela ferait des États-Unis le pays le plus détesté au monde s'ils utilisaient une arme nucléaire simplement pour démontrer leur supériorité militaire.

AMY GOODMAN : Trita Parsi, merci beaucoup d'être avec nous, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Losing an Enemy : Obama, Iran, and the Triumph of Diplomacy.

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Où est passé le logement social ?

7 avril, par Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) — , ,
Tiré de l'infolettre de l'R des Centres de femmes : Le Nouvel R https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDrdmnZNHwpHwkdWCLMmgFlPGSXXbGVKWhsBDknzKNGHRNQbMFVVbpCGfWLjTdZRg (…)

Tiré de l'infolettre de l'R des Centres de femmes : Le Nouvel R
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDrdmnZNHwpHwkdWCLMmgFlPGSXXbGVKWhsBDknzKNGHRNQbMFVVbpCGfWLjTdZRg
Publié le : 30 mars 2026

Nouvelle brochure du FRAPRU.Social, abordable, hors marché, sans but lucratif, abordable intermédiaire, à abordabilité différée… Comment se retrouver dans ce fouillis de qualificatifs utilisés par les autorités politiques, divers organismes et les médias pour parler du financement de nouveaux logements dans une conjoncture marquée par une forte crise ? C'est à cette question que cette brochure du FRAPRU tente de répondre en examinant dans quel contexte ces expressions sont apparues et se sont développées. Elle a aussi pour objectif de démontrer que ces termes recouvrent des réalités différentes et qu'il faut de toute urgence revenir au logement social dans nos propos, mais surtout dans la réalité.

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Comptes rendus de lecture du mardi 7 avril 2026

7 avril, par Bruno Marquis — , ,
Le Livre noir du Canada anglais Normand Lester « Le Livre noir du Canada anglais » a en fait donné lieu à trois bouquins, publiés respectivement en 2001, 2002 et 2003. Dans (…)

Le Livre noir du Canada anglais
Normand Lester

« Le Livre noir du Canada anglais » a en fait donné lieu à trois bouquins, publiés respectivement en 2001, 2002 et 2003. Dans le premier, qui devait au départ être le seul, l'auteur nous décrit les « libertés britanniques » de 1791-1811, les années 1820-1838, le soulèvement racial de La Gazette à Montréal en 1949, l'épisode « Moi, Maria Monk », la pendaison de Louis Riel, l'orangisme comme façon de vivre, les années 1867-1918, les crimes contre les Japonais, l'antisémitisme, et le Plan Roosevelt pour régler la question des Canadiens Français et des Juifs. Cet ouvrage éclairant sur d'importants épisodes de notre histoire jure avec l'histoire officielle, consensuelle et souvent mielleuse, de nos livres d'histoires.

Extrait :

L'acte de Québec redonne à la province de Québec les frontières de la Nouvelle-France, sauf pour la vallée du lac Champlain. Il reconnaît le droit civil français, le droit de l'Église catholique de préserver son culte et surtout le droit de percevoir la dîme, et le remplacement du serment du Test par un serment anodin. De plus, l'acte reconnaît comme légitime le vieux régime seigneurial. Les Anglais viennent d'acheter les seigneurs et les curés, qui sont désormais acquis à la couronne britannique. Quand Carleton arrive d'Angleterre, le 18 septembre 1774, il est accueilli par cinquante seigneurs canadiens et tout le haut clergé. L'ère de la collaboration des élites canadiennes commence. Les affairistes anglais sont ulcérés ; comment l'Angleterre peut-elle reconnaître de tels droits à une race de dégénérés ? Et des papistes de surcroît !

Pour l'amour de ma mère et pour remercier les mamans
Boucar Diouf

J'aimais beaucoup Boucar Diouf et ce bouquin me l'a fait aimer plus encore. Boucar Diouf nous y parle de sa mère, mais aussi beaucoup de lui-même, de sa jeunesse au Sénégal, de sa venue ici, de son amour du Québec. C'est un beau témoignage de tout ce que sa mère lui a apporté dans la vie et de la place des mères dans la vie de chacun, d'un point de vue humain d'abord, mais aussi d'un point de vue scientifique – avec un chapitre portant précisément sur le sujet. Une lecture qui fait beaucoup de bien !

Extrait :

Cette belle femme sur la couverture, c'est ma mère, photographiée en 1965, alors qu'elle était enceinte de son petit Boucar. Je dis cela un peu à la blague, mais c'est la seule photo de mon enfance, probablement parce que j'ai l'impression de me retrouver dans les yeux de ma mère. Je crois que mon premier vrai portrait d'enfant a été croqué une seule fois, quand j'avais sept ans. Les photographes n'étaient pas légion dans ma jeunesse rurale au Sénégal. Je suis le sixième d'une famille de neuf et je suis immensément heureux d'avoir atterri chez mes parents. Bien que j'adore mon père, je tiens surtout à raconter l'histoire de ma mère dans ce livre, pour dire à quel point son passage sur cette terre aura été une bénédiction d'abord pour sa famille, ensuite pour sa communauté. On a tendance à sanctifier presque par réflexe les figures médiatisées, mais beaucoup de vies extraordinaires passent pour ordinaires, des vies qui partent parfois dans l'anonymat. Je suis certain qu'une personne vous vient en tête en lisant ce passage. Pour moi, l'œuvre de ma mère mérite d'être écrite.

Le Journal d'une femme de chambre
Octave Mirbeau

Publié il a cent vingt ans, ce magnifique roman social demeure encore très populaire aujourd'hui. S'il intéresse toujours, c'est qu'il nous révèle sans beaucoup de scrupules les dessous de la bourgeoisie et des classes dominantes. Célestine, femme de chambre, y évoque toutes les places qu'elle a faites depuis des années, comme soubrette, dans les maisons les plus huppées. Elle en retient que « si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »

Extrait :

Il suffit qu'on me parle doucement, il suffit qu'on ne me considère point comme un être en dehors des autres et en marge de la vie, comme quelque chose d'intermédiaire entre un chien et un perroquet, pour que je sois, tout de suite, émue,… et, tout de suite, je sens revivre en moi une âme d'enfant… Toutes mes rancunes, toutes mes haines, toutes mes révoltes, je les oublie comme par miracle, et je n'éprouve plus, envers les personnes qui me parlent humainement, que des sentiments d'abnégation et d'amour… Je sais aussi, par expérience, qu'il n'y a que les gens malheureux, pour mettre la souffrance des humbles de plain-pied avec la leur… Il y a toujours de l'insolence et de la distance dans la bonté des heureux !…

Les Voisins
Claude Meunier et Louis Saia

Louis Saia est décédé la semaine dernière. Le compte rendu de cette pièce de théâtre, écrite avec Claude Meunier, a été fait il y a quelques années. J'avais ramassé cette petite pièce de théâtre à la sortie de la Bibliothèque Guy-Sanche de Gatineau, parmi les livres d'occasion que laissent les passants. Il était plein de notes de cours dans les marges et on doit donc l'étudier au secondaire ou au cégep. C'est une pièce en deux actes d'une centaine de pages. Elle a d'abord été écrite en 1980, puis revue au début des années 2000. Je l'ai lue tout d'une traite. C'est très drôle, mais je dois admettre qu'on finit par se lasser à la longue de ce genre d'humour un peu trop caricatural de la vie de banlieue. C'est une pièce plus encline à entretenir des stéréotypes qu'à susciter la réflexion...

Extrait :

Bernard. Hé ! monsieur ! As-tu vu ça moman ? Ç'a l'air qu'y ont tué la "Marraine" de Miami.

Jeanine. La marraine de qui ?

Bernard. La femme du "Parrain". C'est écoeurant, a même reçu deux balles dans sa sacoche.

Jeanine. Pauvre elle. Y l'ont pas manquée...

Bernard. Ça, c't'à part des treize balles qui y ont tirées dans' tête... Sont pas chanceux en plus, c'est même pas elle qu'y visaient.

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Libéralisme ou démocratie ?

7 avril, par Jean-François Delisle — ,
Libéralisme et démocratie : voici deux termes souvent plus ou moins confondus, ce qui entraîne bien des malentendus et des confusions intellectuelles sur le fonctionnement réel (…)

Libéralisme et démocratie : voici deux termes souvent plus ou moins confondus, ce qui entraîne bien des malentendus et des confusions intellectuelles sur le fonctionnement réel des régimes libéralo-électoraux. Cela fait l'affaire des maîtres du régime politique en place. Pour y voir plus clair, il faut d'abord s'entendre sur les termes en question.

La démocratie tout d'abord. Dans l'idéal, il s'agit du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. En théorie, le régime repose sur la légitimité électorale, il garantit la liberté des droits, le pluralisme politique et promeut la séparation des pouvoirs.

Mais cette définition générale et assez vague gomme complètement la réalité des inégalités de fortune, des pouvoirs d'influence et la réalité des classes sociales. Si aujourd'hui, sur le plan des droits formels, tous et toutes se trouvent sur un pied d'égalité, dans la réalité, il en va tout autrement. La question des revenus, la position sociale des individus et la capacité considérable d'influence dont certains bénéficient au détriment de beaucoup d'autres consacrent la vulnérabilité de bien des travailleurs devant les pouvoirs économiques. Ceux-ci ont l'oreille des décideurs et décideuses politiques, alors que les autres... Évidemment, si on est syndiqué, on est moins vulnérable que dans le cas contraire, mais quand même une certaine vulnérabilité demeure. L'égalité formelle de tous et toutes en termes strictement politiques, même si elle constitue un acquis non négligeable, ne peut compenser pour des inégalités sociales aigues, comme Marx et ses successeurs l'ont bien constaté. On est plutôt en présence d'un régime ploutocratique, c'est-à-dire celui où le pouvoir politique est exercé surtout par plus riches au détriment de la masse de la population laborieuse.

Dans ce contexte, peut-on encore parler vraiment de démocratie ? En tout cas, on est loin du danger de la dictature de la majorité, un risque qui inquiétait Alexis de Tocqueville dans son essai classique « De la démocratie en Amérique ». Les profondes et virulentes divisions de la société américaine le prouvent bien.

Venons en au libéralisme à présent. On le définit comme étant une doctrine philosophique et politique qui place la liberté individuelle, les droits fondamentaux et la limitation du pouvoir de l'État au coeur de l'organisation sociale. Fondé sur le pluralisme et l'égalité en droit, il prône un régime représentatif (fondé sur l'électoralisme) qui garantit les libertés civiles (expression, culte et surtout peut-être, propriété) contre l'arbitraire. Il mise sur le jugement de l'individu, laissé en principe libre de ses choix face à la collectivité.

Il canalise bien des frustrations face aux différents pouvoirs en place grâce à la liberté d'expression qu'il permet.

Poussé à sa limite, le libéralisme se transforme en libertarisme, soit le droit réclamé par certains de faire tout ce qui leur plaît, même au détriment des intérêts de leurs compatriotes. À la limite, il s'agit d'une morale de la force. Le libertarisme prône une liberté individuelle maximale comme un droit naturel et une valeur suprême ; il cherche à minimiser, voire à supprimer l'intervention de l'État dans les sphères économiques et sociales au profit d'une liberté maximale d'action et du libre marché. Il prétend dépasser le clivage traditionnel gauche/droite. Que les meilleurs gagnent, telle pourrait être sa devise.

On en rencontre dans tous les milieux : chez des entrepreneurs, des financiers et des politiciens, pour ne nommer que ces catégories. S'ils ne sont pas majoritaires chez les tenants du libéralisme (lesquels acceptent un certain encadrement de leur liberté d'initiative), leur influence se fait quand même sentir.

Nous vivons dans une société capitaliste, où le droit d'entreprendre est présenté comme un absolu, puisqu'il relève du libéralisme économique. Certes, le droit d'expression est garanti par la Constitution, mais nos « élites » politiques dans l'ensemble sont bien plus attachées au libéralisme qu'à la démocratie, qu'elles contournent de diverses manières, au gré des variations de leurs intérêts et de ceux de leurs alliés capitalistes, le tout au détriment souvent des faibles et des démunis.

La démocratie ne se limite pas à l'électoralisme. Elle vient d'une maîtrise aussi accomplie que possible des gens sur le cours de leur vie, sur la capacité de se réaliser soi-même et sur la meilleure redistribution possible de la richesse produite par la société, richesse non seulement matérielle mais aussi culturelle.

C'est peut-être là la façon la meilleure d'améliorer la condition humaine.

Jean-François Delisle

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Pendant plusieurs mois, Mme Khadija Barbe,...

7 avril, par Une mère décoloniale — ,
Pendant plusieurs mois, Mme Khadija Barbe, porte-parole du Comité Palestine au sein d'un mouvement éco-féministe et ce mêne Comité Palestine ont été la cible d'intimidations et (…)

Pendant plusieurs mois, Mme Khadija Barbe, porte-parole du Comité Palestine au sein d'un mouvement éco-féministe et ce mêne Comité Palestine ont été la cible d'intimidations et d'agressions en ligne de la part de milieux d'extrême droite racistes et islamophobes. Le 8 mars, en solidarité avec le peuple iranien soumis à une agression militaire, elle a porté un drapeau iranien - geste qu'elle aurait posé pour tout autre peuple en situation semblable. Ce geste a suscité des plaintes au sein de ce mouvement, portées par certaines membres et des personnes extérieures au mouvement. Face à l'hypocrisie de certaines et à l'absence de soutien du CA depuis des mois, Mme Barbe a choisi de prendre une pause. Contacté par un journaliste du Journal de Montréal au sujet du drapeau, le CA a choisi de se dissocier publiquement d'elle sans la contacter au préalable sans l'en informer. Le 13 mars 2026 paraissait un article sans rigueur ni déontologie, nommant expressément Mme Barbe et diffusant des informations erronées, exposant ainsi cette femme et sa famille à un danger réel. Le texte qui suit est la conséquence directe des événements qui ont suivi.

Pourquoi ai-je quitté le mouvement ?

Je n'ai pas quitté le mouvement sur un coup de tête.
Je n'ai pas quitté le mouvement par manque d'activité ou d'engagement en son sein - des mères, des femmes remarquables y ont accompli et continuent d'y accomplir des actions qui forcent l'admiration.
Je n'ai pas quitté le mouvement par épuisement militant.

Je suis partie parce qu'un seuil a été franchi.

Un seuil politique.
Un seuil éthique.
Un seuil humain.

* J'ai quitté le mouvement lorsque j'ai vu l'une des nôtres être publiquement abandonnée à la bêtise dominante.

Une mère.
Une militante.
Une alliée.

Désolidarisée.

Non pas à la suite d'un débat collectif rigoureux, non pas dans un espace de parole partagé, mais dans un geste précipité, sans égard pour les conséquences, sans responsabilité assumée.
Un geste qui a exposé une femme à la violence, au harcèlement, à l'insécurité.
Un geste qui a brisé quelque chose de fondamental. La confiance.
Et avec cette confiance, c'est aussi mon sentiment de sécurité qui s'est effondré.

Je n'ai plus confiance en ce mouvement.
Je ne m'y sens plus en sécurité.

On ne jette pas l'une des nôtres.
Pas pour se protéger.
Pas pour préserver une image.

Ce qui a suivi a été tout aussi révélateur.

Car oui, tout le monde peut se tromper, paniquer, agir dans la précipitation, sous le coup de la confusion ou de la pression. L'erreur est autant humaine qu'elle est partie prenante des dynamiques collectives et des luttes.
Mais persister dans l'erreur, s'y enfermer, refuser de la reconnaître et de la corriger - voilà ce qui fait basculer une faute en responsabilité assumée.

Et c'est précisément ce à quoi nous avons assisté : rien. Aucune prise de responsabilité, ni interne, ni publique. Aucune remise en question.

Refus d'agir.
Refus de nommer.
Refus de réparer.

Le refus de défendre l'une des siennes n'est pas une neutralité. C'est une position.
Persister dans ce refus, c'est en assumer les effets, sur les corps, sur les vies, sur les liens.

** Ce que cette situation a mis en lumière, ce n'est pas seulement une erreur.
C'est un écart.

Un écart profond entre les valeurs affichées et les pratiques effectives.
Un discours de solidarité. Une pratique d'abandon.
Un discours féministe. Une incapacité à protéger concrètement une femme ciblée.

*** À la place, nous avons assisté au déplacement classique : une posture de victimisation.
La critique devient agression. L'interpellation devient menace. Celles qui parlent deviennent celles qu'il faut recadrer.

Se dire attaquées.
Se dire incomprises.
Se dire irréprochables.

Ce que certaines théoriciennes nomment les « white tears » - cette re-centration sur le malaise des dominantes face à la critique - a pris le dessus sur toute possibilité d'écoute.
Mais il faut être clair : ce malaise n'est pas une violence.

Ce qui est violent, c'est l'abandon.

**** Ce que j'ai vu à l'œuvre, ce n'est pas seulement une erreur ponctuelle.
C'est une logique.
Ce mécanisme, largement documenté par Françoise Vergès, Seloua Luste Boulbina ou Maria Lugones, n'est pas anodin. Il s'inscrit dans une structure plus large : celle de la blanchité.
La blanchité ne désigne pas une couleur de peau, mais une position de pouvoir.

Une manière de se poser au centre.

De définir les normes.
De limiter le légitime.
De fixer les limites du dicible et du pensable.

La blanchité n'a pas besoin de se porter, encore moins de se dire.
Elle s'impose.
Elle organise.

Et elle s'est manifestée de manière flagrante dans la gestion même de cette crise.
Les personnes du CA qui ont pris en charge la situation étaient, pour certaines, en situation de conflit d'intérêts, pour d'autres, trop proches pour exercer un jugement juste et distancié.

Aucun recours à l'ensemble des membres n'a été envisagé.
Aucune consultation réelle.
Aucune délibération collective.

Ce fonctionnement n'est pas anodin.

Il reproduit une structure hiérarchique, pyramidale, où le pouvoir se concentre entre quelques mains, au détriment du collectif qu'il prétend représenter.

Décider entre quelques-unes.
Écarter le collectif.
Imposer sans rendre de comptes.

C'est aussi cela, la blanchité : une manière d'organiser le pouvoir, de le naturaliser, de le rendre incontestable.
Elle organise les hiérarchies entre les luttes, entre les paroles, entre les souffrances.
Elle décide de ce qui est recevable, de ce qui est « trop », de ce qui dérange.
Elle privilégie la respectabilité sur la justice, le confort sur la vérité.
Elle se manifeste quand certaines causes sont tolérées et d'autres évitées.
Quand certaines voix sont entendues et d'autres disqualifiées comme excessives.

La blanchité, comme le montre Fanon, s'intériorise, se reproduit, circule. Elle façonne les subjectivités, les désirs d'alignement, les stratégies de survie. Elle produit même ses propres relais parmi celles et ceux qu'elle marginalise.

S'aligner.
Se conformer.
Se taire.

***** Le problème ne se limite pas à cette structure. Il corrompt les luttes en les cantonnant à une vision étroite.

Fragmentée.
Dépolitisée.

Un écoféminisme sans intersectionnalité.
Un féminisme sans courage politique.
Un féminisme qui évite les luttes « qui dérangent ».

Séparer les luttes, c'est hiérarchiser les urgences.
Neutraliser les conflits.

Comme le rappelle Nada Elia, les mouvements féministes dominants ont historiquement évité de prendre position sur la Palestine - j'ajoute le Moyen-Orient et l'islamophobie - au nom d'un prétendu recentrage sur des enjeux « féministes ». Mais ce refus n'est pas neutre.

Ne pas prendre position, c'est déjà prendre parti.
C'est laisser intactes les structures de domination.
C'est accepter l'ordre existant.

Les luttes féministes ne peuvent être dissociées des luttes antiracistes, anti-impérialistes, décoloniales.
À défaut, elles reproduisent ce qu'elles prétendent combattre.

Des injustices systémiques.
Des hiérarchies de vies.
Des silences organisés.

Sans convergence, sans courage, les luttes se vident de leur sens.
Et ce vide n'est pas seulement politique. Il est épistémique.

Ne pas écouter.
Ne pas croire.
Ne pas reconnaître.

C'est ainsi que se perpétuent les injustices épistémiques : quand certaines paroles sont disqualifiées d'avance, quand certaines expériences sont jugées illégitimes, quand certains savoirs sont relégués à la marge.
Or sans justice épistémique, il n'y a pas de possibilité de justice.
Sans reconnaissance des savoirs, il n'y a pas de reconnaissance des personnes.

La reconnaissance n'est pas un geste moral. Elle est ce lieu où l'éthique ne peut être posture - puisqu'elle est la terre même dont l'éthique surgit : le rapport à l'autre, non vicié.

C'est un processus politique.
C'est une pratique.

Une pratique qui suppose de déplacer le centre.

D'accepter de ne pas savoir.
D'écouter réellement.
De se laisser transformer.

Une pratique qui exige de rompre avec les cadres imposés, avec les hiérarchies héritées, avec les conforts acquis.

Reconnaître, c'est :

Décentrer
Risquer
Changer.

Nada Elia écrit que « le féminisme est un mouvement d'amour », une force de justice et de don.

Or, ici, nous n'avons vu ni don, ni justice.
Et nous n'avons ressenti aucun amour.

****** Je ne suis pas « blanche ». Je ne le serai jamais.
Refuser la blanchité, ce n'est pas une question d'identité. C'est un positionnement.
Le refus de participer à un système qui hiérarchise les vies et les savoirs.
Le refus des silences confortables et des solidarités conditionnelles.

J'ai quitté le mouvement parce que je crois en ma sœur Khadija Barbe.
Je la reconnais.

J'ai quitté le mouvement parce que je crois encore aux luttes.

Aux luttes entières.
Cohérentes.
Courageuses.

Des luttes où la solidarité n'est pas un mot.
Des luttes qui ne laissent personne derrière.

Surtout pas ma sœur.

(Pensées d') Une mère décoloniale.

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L’Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH exige des interventions urgentes de l’État Haïtien après ce massacre à Jean Denis.

7 avril, par 'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) — ,
Pétion-Ville, Haïti, 31 Mars 2026 L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) s'est profondément touché par les (…)

Pétion-Ville, Haïti, 31 Mars 2026

L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) s'est profondément touché par les actes de terrorisme des groupes armés dans le département de l'Artibonite précisément à Jean Denis.

Face à l'horreur indicible survenue à Jean Denis et Pont Sondé dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, l'indignation de L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est non seulement légitime, mais elle constitue un cri de ralliement pour la conscience nationale.

Le bilan est d'une cruauté insoutenable s'élève partiellement à 70 vies fauchées, une trentaine de blessés et plus de 50 foyers incendiés totalement. Ce n'est plus de l'insécurité, c'est un assaut frontal contre l'humanité. Face à une telle situation, la position ferme qui s'impose à cette tragédie :

La faillite de l'État : Il est rigoureusement inacceptable qu'un État assiste, muet et immobile, au massacre de sa propre population. Le silence des autorités devant des groupes armés agissant en toute impunité n'est plus de l'impuissance, cela s'apparente à une complicité tacite. Un pouvoir qui ne protège pas perd sa raison d'être.

L'Urgence Humanitaire : Avec plus de 5 700 déplacés fuyant vers Saint-Marc ou Marchand-Dessalines, nous assistons à un déracinement forcé qui piétine la dignité humaine. Ces citoyens, livrés à la misère, sont les victimes directes de l'inaction gouvernementale.

Ultimatum au Pouvoir : Le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé et son gouvernement de facto sont placés devant leurs responsabilités historiques. Diriger impose le devoir de sécuriser.

Sans une intervention immédiate et musclée pour mettre les terroristes hors d'état de nuire, ce pouvoir confirme son inutilité flagrante.

L'heure n'est plus aux notes de sympathie, mais à l'action coercitive pour rétablir l'ordre. L'Organisme de Défense des Droits Humains (ECCREDHH) exige que l'État haïtien cesse d'être un spectateur de son propre effondrement et garantisse, enfin, le droit primordial à la vie.

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La Conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre : grandes avancées, défis et opportunités

La première conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples constitue une expérience unique ; nulle part ailleurs sur la planète une telle initiative n'avait été menée (…)

La première conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples constitue une expérience unique ; nulle part ailleurs sur la planète une telle initiative n'avait été menée à bien. Elle représente un large front antifasciste et anti-impérialiste, dépassant largement le cadre des organisations révolutionnaires. Elle a néanmoins ses limites, liées aux difficultés rencontrées par les mouvements de résistance internationalistes. - Manuel Rodriguez Banchs, Penelope Duggan, Israel Dutra, Antoine Larrache, João Machado, Reymund de Silva et Eric Toussaint, membres du Bureau et du Comité International de la Quatrième Internationale.

Tiré de Quatrième internationale
4 avril 2026

Par Quatrième internationale

Brésil
Copyright
Opening March March 2026

Près de 7 000 personnes ont participé à la manifestation d'ouverture, avec une présence significative d'organisations de la Quatrième Internationale. Nous avons été témoins de la ferveur militante des Forums sociaux mondiaux à leur apogée et du mouvement anti-guerre de 2003, où des milliers de personnes d'horizons très divers se réunissent et discutent de tout. C'est dans ce genre de moments militants que se forgent des compréhensions partagées et des objectifs communs, et que se façonne la conscience de l'avant-garde militante.

En dehors du Brésil, la délégation argentine était la plus importante, avec 200 personnes, dont beaucoup ont voyagé en autocar, y compris nos camarades de Marabunta. Des camarades sont venus d'Afrique (Afrique du Sud, Mali, Congo, Kenya, Côte d'Ivoire, Maroc) et d'Asie (Inde, Pakistan, Philippines…), notamment par l'intermédiaire du CADTM (Comité pour l'abolition de la dette illégitime, qui a joué un rôle central dans l'organisation aux côtés du Comité d'organisation local de la conférence). Des délégations de pays impérialistes (États-Unis, Canada, Australie et pays européens tels que la Belgique, le Danemark, la France, l'Italie) étaient, bien sûr, présentes. Il y avait d'importantes délégations de militants ukrainiens et russes.

Les travaux de la conférence

Après une « table ronde des parlementaires » et une « table ronde des élu·e·s » qui ont mis en évidence un lien essentiel avec les actions menées au sein des institutions, plusieurs milliers de personnes ont pris part à de nombreux débats sur des thèmes variés : l'analyse de la montée de l'extrême droite, la lutte contre Milei, la résistance à Trump aux États-Unis centrée sur Minneapolis, la spécificité des luttes dans le monde du travail, la situation au Brésil, la résistance palestinienne, la crise climatique, le féminisme, l'éducation et de nombreuses formes de solidarité internationale.

En plus de participer aux onze séances plénières du programme officiel, les organisations et les militants de la Quatrième Internationale ont proposé un certain nombre d'activités auto-organisées, parmi les 150 prévues. Nos camarades y ont joué un rôle significatif, notamment à travers une présentation de notre Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, à laquelle ont assisté plus de 600 personnes. Cette réunion a été animée notamment par Michael Löwy, l'un des principaux rédacteurs du Manifeste, et Penelope Duggan qui représentait la Quatrième Internationale.

Nous avons également organisé ou contribué de manière significative à des débats sur la lutte antiraciste et anticapitaliste, la solidarité avec l'Ukraine, avec les prisonniers russes, la situation en France et la solidarité avec les migrants. En particulier, le premier de ces débats a rassemblé plusieurs centaines de personnes.

Des activités importantes ont été organisées par le CADTM sur l'immigration, les mobilisations de la génération Z, l'accumulation de richesses, l'accaparement des ressources naturelles de l'Ukraine, de la RDC et du Venezuela, la situation en Afrique, et d'autres thèmes.

La Quatrième Internationale a distribué une déclaration intitulée « Contre l'autoritarisme néofasciste et toutes les formes d'impérialisme » aux participants à la conférence en quatre langues.

La déclaration finale

La déclaration finale de la conférence résume les larges convergences qui ont rendu son organisation possible : un rappel des grandes mobilisations contre Milei, contre l'extrême droite en Grande-Bretagne, des mobilisations No Kings ! aux États-Unis, et la solidarité avec Cuba. Elle énonce également une série de revendications sociales, environnementales, antiracistes, féministes et LGBTIQ+, et bien sûr contre l'impérialisme. Elle affirme clairement : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » En particulier, la déclaration s'oppose au génocide en Palestine, aux attaques contre le Liban et l'Iran, ainsi qu'à l'invasion du Venezuela et aux menaces contre Cuba. Ce large consensus a rassemblé des organisations extrêmement diverses, ce qui a contribué au succès de la conférence

Mobilisation limitée des organisations de masse des travailleurs

Le grand succès de la conférence ne nous empêche pas de voir certaines limites importantes. Celles-ci étaient apparentes lors de la préparation de la conférence, et nous avons tenté, avec un succès limité, d'y remédier.

L'une d'elles était le manque de participation active des organisations de masse traditionnelles, tant au Brésil qu'ailleurs. Si la conférence a obtenu la participation officielle du Parti des Travailleurs et de la majorité du PSOL au niveau national, ainsi que de la CUT et de la CTB brésiliennes et d'autres syndicats d'enseignants et de travailleurs, ceux-ci ont peu contribué à la mobilisation en dehors de l'État du Rio Grande do Sul, où se situe Porto Alegre. Le syndicat des enseignants Andes et le Parti communiste brésilien (PCdoB) ont eu une présence militante plus importante. En fait, nos organisations – en particulier le MES, une tendance au sein du PSOL particulièrement forte dans le Rio Grande do Sul – constituaient une grande partie des participants : d'une part, c'est une source de fierté, mais d'autre part, cela reflète le fait que la lutte pour l'unité, pour la construction d'un mouvement de masse aux côtés des organisations réformistes et des syndicats, reste encore à mener.

En dehors du Brésil, la conférence a également reçu le soutien de La France Insoumise et d'une série d'organisations syndicales, notamment d'Espagne et d'Amérique latine. (1) À l'approche de la conférence, des tentatives répétées ont été faites pour convaincre de nombreuses autres organisations de l'importance de la conférence pour leurs courants, mais cette lutte pour l'unité la plus large possible au sein du mouvement doit continuer à être menée avec la plus grande détermination.

S'opposer à tous les impérialismes

Un autre problème est l'attention quasi exclusive, en pratique, à l'impérialisme états-unien, malgré l'opposition dans la déclaration finale à « tous les impérialismes ». Ainsi, sous l'influence des secteurs « campistes » de la conférence, il n'y a eu aucune condamnation de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie. Il s'agit là d'un problème grave et d'un obstacle potentiel à l'action commune avec les antifascistes de Russie et d'Ukraine. La Russie est sans aucun doute l'un des régimes qui se rapproche le plus du fascisme, tandis que le peuple ukrainien – et aussi le peuple russe ! – souffrent sous ce régime, confronté à la misère et à des centaines de milliers de morts.

La présence de camarades russes et ukrainiens, ainsi que les ateliers organisés avec le soutien des camarades de la QI pour donner la parole aux opposants russes, et à une délégation ukrainienne composée de deux syndicalistes de premier plan et d'un représentant de Sotsialnyi Rukh, ont constitué un contrepoids important. Cela a été salué par les délégations concernées et, selon les mots du représentant de RESU/ENSU : « la présence de camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant […] en particulier lors de la clôture de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militant·e·s du Brésil et d'autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d'être diffusées parmi les organisations de gauche ». Ils espèrent s'appuyer sur cela pour élargir la solidarité envers leurs luttes, notamment en Amérique latine.

Lors de plusieurs séances plénières, des camarades de la Quatrième Internationale (Penelope Duggan de la direction de la QI, Rafael Bernabe de Porto Rico, Sushovan Dhar d'Inde,...) et d'autres (Patricia Pol d'ATTAC France et de LFI) se sont également exprimé·e·s contre ces positions, défendant les prisonniers et les opposants russes en exil, le droit à l'autodétermination de l'Ukraine, la lutte du peuple ukrainien contre l'invasion russe et contre les politiques néolibérales et antidémocratiques de son propre gouvernement, et en soutien au mouvement des femmes et au mouvement démocratique iraniens. Notre position est celle du droit à l'autodétermination de tous les peuples du monde par leur propre action et non par un alignement sur un gouvernement quelconque, mais il est clair que cette question fondamentale n'a pas été pleinement résolue lors de la conférence. Lors des ateliers auto-organisés, plusieurs camarades de la QI qui ont pris la parole (André Frappier du Canada, Eric Toussaint de Belgique, Bruno Magalhães du Brésil) ont également condamné l'invasion russe de l'Ukraine et soutenu le droit à l'autodétermination de l'Ukraine.

Message ambigu sur l'Iran

Bien que la déclaration finale défende « l'autodétermination du peuple iranien », un représentant non officiel de la République islamique d'Iran était présent et a justifié – sur un ton très modéré – les politiques du régime. Tout en défendant le droit de la République islamique à se défendre contre l'agression impérialiste, et en souhaitant la défaite de cette attaque, nous soutenons pleinement les mouvements sociaux en Iran, en particulier les mouvements féministes, qui n'ont rien à voir avec les représentants du Shah soutenus par les États-Unis et Israël.

Renforcer la démocratie au sein du mouvement

Il était sans doute inévitable, dans une conférence réunissant des milliers de militant·e·s, qu'il y ait un manque de véritables forums de débat entre les participant·e·s, tant sur les thèmes politiques abordés lors des séances plénières centrales (les ateliers auto-organisés étaient différents) que, particulièrement, sur la déclaration finale et ce qu'elle propose. Bien que nous soyons toutes et tous d'accord pour mettre en œuvre les initiatives énumérées, et la Quatrième Internationale sera présente dans chacune d'entre elles, il est nécessaire d'élargir le noyau organisateur et de développer des mécanismes de responsabilité démocratique. Ceci est important tant en termes de représentativité politique que de parité entre genres, comme cela a été souligné lors d'une réunion du comité d'organisation international. De plus, si l'on peut noter la présence de femmes intervenantes dans toutes les conférences du programme officiel, les problématiques du féminisme en étaient largement absentes, bien qu'elles aient bien sûr été présentes dans un certain nombre d'ateliers auto-organisés.

Poursuivons la lutte

En conclusion, la conférence constitue un pas en avant extrêmement important dans la lutte contre le fascisme et l'impérialisme : n'oublions pas que cela fait des années qu'aucun forum social n'avait rassemblé autant de monde.

Les pratiques de construction de mouvements internationaux et internationalistes se sont perdues et doivent être reconstruites.

La décision de rechercher un front uni antifasciste et anti-impérialiste a entraîné une certaine perte de clarté dans les déclarations communes, étant donné que les conceptions au sein de la gauche et des secteurs populaires sur des questions aussi fondamentales que : qui sont les fascistes ou néofascistes ;ou qui sont les impérialistes, varient considérablement. Ainsi, la décision qui a guidé l'organisation de la Conférence – et c'est également la position de la Quatrième Internationale – est qu'il était important de tenir la conférence, même au prix d'une perte significative de clarté. La seule alternative aurait été de ne pas la tenir, de renoncer à la possibilité de rassembler des milliers de militants permettant de discuter des points d'accord et de désaccord et de s'engager dans la lutte en cours contre le fascisme et l'impérialisme

Les batailles politiques se mènent dans la pratique, en participant aux mouvements qui existent réellement ; nous ne pouvons exercer une influence que si nous y participons pleinement. L'organisation de cette conférence, ainsi que la série de pré-conférences, notamment au Brésil, qui ont constitué un aspect important de la mobilisation en vue de la conférence, s'est largement appuyée sur les militants de la Quatrième Internationale, en particulier nos organisations au Brésil – notamment le MES, Centelhas et Ecosocialistas –, nos camarades engagé·e·s dans des organisations et associations de masse, ainsi que d'autres organisations internationalistes, anticolonialistes et anti-impérialistes.

Il ne fait aucun doute que les débats et les luttes se poursuivront, et les prochains rendez-vous sont déjà fixés : le contre-sommet du G7 en France et en Suisse en juin 2026, le rassemblement anti-OTAN en Turquie en juillet 2026, et le Forum social mondial au Bénin en août 2026. Des conférences continentales sont également proposées, notamment en Amérique du Nord et du Sud, ainsi que les Rencontres écosocialistes en mai en Belgique.

C'est à travers tous ces événements que se forgent les alliances nécessaires pour contrer le fascisme et l'impérialisme. C'est à nous d'impliquer les syndicats, les organisations de défense des droits humains, les mouvements féministes et LGBTQI+, les organisations antiracistes, celles qui militent pour la Palestine et celles qui sont solidaires des peuples ukrainien et iranien. C'est ainsi – et en défendant nos perspectives révolutionnaires écosocialistes – que nous construirons le mouvement nécessaire pour changer le monde.

4 avril 2026

1. Notamment les deux principaux syndicats basques ELA et LAB, les Intersyndicales de Valence, de Galice et de Catalogne, la CTA A et la CTA TT en Argentine, le PIT CNT en Uruguay, le SME au Mexique, la CUT au Chili et la CUT en Colombie.

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Déclaration de Porto Alegre : unité contre le fascisme et pour la souveraineté des peuples

7 avril, par Conférence antifasciste et pour la souveraineté des peuples — , , ,
Réunis à Porto Alegre — ville symbole des luttes internationales, riche d'importantes traditions et aspirations démocratiques — des milliers d'activistes provenant de plus de (…)

Réunis à Porto Alegre — ville symbole des luttes internationales, riche d'importantes traditions et aspirations démocratiques — des milliers d'activistes provenant de plus de quarante pays des cinq continents célèbrent notre unité dans la diversité, cherchant à faire progresser l'organisation de la résistance et la lutte contre les différentes formes de fascisme, l'extrême droite et l'impérialisme dans sa phase la plus agressive.

Tiré de Inprecor
1er avril 2026

Par Conférence antifasciste et pour la souveraineté des peuples

Au cours de cette même semaine, la caravane Nuestra América vers Cuba a eu lieu ; plus d'un million de personnes sont descendues dans les rues en Argentine, luttant pour la mémoire et contre Milei ; des centaines de milliers ont participé à la mobilisation antifasciste au Royaume-Uni et, surtout, la grande et historique manifestation « No Kings » aux États-Unis, où des millions d'Américains se sont rassemblés dans des centaines de villes, déclarant une fois de plus Trump ennemi de l'humanité.

Le système capitaliste-impérialiste traverse une crise profonde et un déclin économique, social et moral marqué. La réponse des puissances impérialistes à ce déclin a été la promotion du fascisme partout, l'imposition de politiques néolibérales, des agressions militaires contre les nations les plus faibles et leur recolonisation.

Dans chaque pays, les menaces fascistes et néolibérales prennent des formes particulières, mais présentent des caractéristiques communes : l'élimination des libertés démocratiques ; la destruction des droits du travail ; l'augmentation du chômage structurel ; le démantèlement de la protection sociale ; la répression des organisations syndicales et populaires ; la privatisation des services publics ; des politiques d'« austérité » qui suppriment tout investissement social ; le négationnisme scientifique et climatique ; l'expropriation des paysans au profit de l'agro-industrie ; le déplacement forcé des populations autochtones pour promouvoir un extractivisme effréné ; des politiques migratoires ultra-restrictives ; et une forte augmentation des dépenses militaires.

L'extrême droite et les forces néofascistes mènent une vaste offensive, instrumentalisant le mécontentement face aux conséquences désastreuses du néolibéralisme afin d'accélérer ces politiques. À l'instar du fascisme classique, elles cherchent à orienter ce mécontentement contre les groupes opprimés et dépossédés : migrants, femmes, personnes LGBTQ+, bénéficiaires de programmes d'inclusion, personnes racisées et minorités nationales ou religieuses. Le nationalisme exacerbé, le racisme, la xénophobie, le sexisme, la haine anti-LGBTQI+, l'incitation à la haine et la banalisation de la cruauté accompagnent l'avancée de l'extrême droite à chaque étape, selon les particularités de chaque pays.

La volonté de concentrer la richesse entre les mains du capital et la recherche effrénée du profit maximal qui sous-tend les politiques de l'extrême droite se manifestent également par l'intensification des agressions impérialistes visant à monopoliser les ressources et à exploiter les populations.

L'impérialisme devient de plus en plus déchaîné, agressif et belliciste ; il piétine le droit international, la Charte des Nations unies et l'autodétermination des peuples ; il impose des sanctions, attaque et bombarde les nations qui ne se soumettent pas à ses diktats ; il enlève et assassine des chefs d'État.

Cela va de pair avec la perpétuation de situations coloniales qui, dans le cas de la Palestine, prennent la forme d'un génocide explicite à Gaza, orchestré par l'État sioniste d'Israël, soutenu inconditionnellement par les États-Unis, avec la complicité d'autres pays impérialistes. En outre, Israël a récemment envahi et bombardé de manière criminelle le Liban et affirme qu'il annexera le sud du pays.

Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires.

L'extrême droite, en plus de sa complicité avec le gouvernement génocidaire de Netanyahu, tisse des liens internationaux, organise des congrès, des think tanks, des déclarations conjointes, un soutien mutuel dans les processus électoraux, ainsi que des programmes de propagande et de désinformation. Elle bénéficie également du soutien direct (ou indirect) des grandes entreprises technologiques, déstabilisant les gouvernements qui résistent à l'impérialisme et amplifiant la propagande réactionnaire dans les espaces numériques.

Les forces qui combattent l'ascension de l'extrême droite sont diverses et présentent différentes analyses, stratégies, tactiques, programmes et politiques d'alliance. L'expérience nous enseigne que, tout en reconnaissant ces différences, il est essentiel d'articuler une lutte unitaire contre nos ennemis. Cette convergence doit inclure toutes les forces prêtes à défendre les classes travailleuses, les paysans, les migrants, les femmes, les personnes LGBTQ+, les personnes racisées, les minorités nationales ou religieuses opprimées et les peuples autochtones ; à défendre la nature contre le capitalisme écocide ; à combattre les agressions impérialistes et coloniales, quelle que soit leur origine ; à lutter pour la fin de l'OTAN ; et à soutenir la lutte des peuples et des gouvernements qui résistent. Il est urgent de partager les analyses, de renforcer les liens et de mener des actions concrètes.

Au-delà de la résistance au fascisme et à l'impérialisme, nous aspirons également à construire les bases pour avancer à partir de convergences sur des aspects centraux et unitaires. Pour combattre l'autoritarisme, il est nécessaire de restaurer, d'élargir et d'approfondir les droits démocratiques fondés sur la participation populaire, du niveau local au niveau national et dans les instances internationales. Nous affirmons la centralité du monde du travail et proposons de promouvoir des initiatives communes pour organiser la résistance mondiale contre les violences fascistes et la précarisation néolibérale. La défense d'un avenir durable exige de s'attaquer directement à l'écocide promu par le capitalisme et par les gouvernements d'extrême droite, qui traitent la nature comme une marchandise et démantèlent la protection environnementale au nom du profit. Nous soulignons l'importance de la réforme agraire comme voie nécessaire vers la souveraineté alimentaire.

Jamais la lutte contre l'impérialisme et le fascisme n'a été aussi urgente et nécessaire qu'aujourd'hui. Cette lutte doit être articulée à l'échelle internationale. La Conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples s'engage à poursuivre la lutte sans relâche et à constituer un espace de construction d'unités face à l'ascension de l'extrême droite et aux agressions impérialistes. Face à la barbarie, nous levons la bannière de la solidarité internationale, de la lutte des peuples et d'un avenir socialiste, écologique, démocratique, féministe et antiraciste.

NOUS PROPOSONS :

Le Comité international, en coordination avec le comité local, sera chargé d'organiser la planification de la prochaine Conférence et de proposer des critères et des initiatives pour l'inclusion de nouvelles organisations.

Compte tenu de l'existence de nombreuses organisations et associations engagées dans la lutte contre le fascisme et l'impérialisme, nous proposons la création d'un espace de coordination internationale afin d'unifier cette lutte à l'échelle mondiale, ainsi que l'encouragement à l'organisation de conférences antifascistes et anti-impérialistes régionales et nationales, dans le but de tenir une 2e Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples.

Toutes les organisations participantes à cette Conférence, sauf indication contraire, sont automatiquement signataires de cette déclaration.

Soutenir la construction d'une conférence latino-américaine en Argentine, à une date et selon un format à proposer par la délégation et les organisations argentines, en dialogue avec le comité international.

Soutenir une conférence régionale en Amérique du Nord impliquant des organisations du Mexique, des États-Unis, du Canada, des Caraïbes et de l'Amérique centrale.

Soutenir la Flottille globale Sumud, qui cherche à nouveau à briser le blocus et à dénoncer le génocide à Gaza. La lutte du peuple palestinien — à Gaza et en Cisjordanie — est la cause de l'humanité. Nous soutenons la solidarité active, notamment à travers des initiatives telles que le BDS.

Solidarité avec Cuba face au blocus criminel imposé par les États-Unis et aux menaces contre sa souveraineté. Soutien à toutes les initiatives de solidarité, telles que les récentes flottilles vers l'île.

Condamnation de l'invasion du Venezuela et de l'enlèvement et de l'emprisonnement du président Nicolás Maduro et de la députée Cilia Flores, et soutien à la lutte pour leur libération.

Condamnation de l'attaque militaire contre l'Iran par les États-Unis et Israël. Respect de l'autodétermination du peuple iranien et fin des sanctions unilatérales.

Défense de l'indépendance, de l'autodétermination et de la souveraineté de tous les territoires sous occupation coloniale et impérialiste.

Dénoncer l'ingérence étrangère en Haïti et soutenir la lutte de son peuple.

Soutien à la lutte du Front Polisario pour l'indépendance du Sahara occidental, droit reconnu par l'ONU.

Soutien à la lutte du peuple portoricain pour l'autodétermination et l'indépendance.

Soutien à la rencontre anti-OTAN en Turquie en 2026.

Soutien à la contre-sommet du G7 en France et en Suisse en juin 2026.

Soutenir les initiatives contre le négationnisme climatique, telles que les mobilisations et rencontres écosocialistes en cours d'organisation.

Soutenir et contribuer à la construction du prochain Forum social mondial au Bénin, en août 2026.

VAINCRE LES FASCISMES ET L'IMPÉRIALISME EST UNE TÂCHE URGENTE DE NOTRE ÉPOQUE

Porto Alegre, 29 mars 2026.

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Conférence de Porto Alegre : un bilan clair est indispensable

Le 14 mars dernier, nous avons publié une présentation de la « conférence antifasciste » de Porto Alegre, faite par le MES brésilien, le courant du PSOL le plus véritablement (…)

Le 14 mars dernier, nous avons publié une présentation de la « conférence antifasciste » de Porto Alegre, faite par le MES brésilien, le courant du PSOL le plus véritablement internationaliste, en vue d'y faire venir les internationalistes, c'est-à-dire celles et ceux pour qui l'ennemi « fasciste » n'est pas désincarné mais s'appelle avant tout Trump et Poutine, et nous résumions les grandes lignes du débat suscité dans le RESU/ENSU à ce sujet.

La conférence a eu lieu, et même si un bilan précis des camarades du RESU/ENSU et des quelques ukrainiens et russes qui s'y sont rendus est attendu, l'essentiel est dès à présent tout à fait clair et confirme les craintes que l'on pouvait avoir. L'expérience a été faite : ce fut une grande messe dans laquelle les internationalistes anti-poutiniens furent poliment noyés et réduits au silence, non pas seulement de par la manière coutumière d'organiser ce type de rassemblement (à l'image de l'altermondialisme du monde d'avant 2022, dont un Eric Toussaint se veut, en quelque sorte, le pape), mais très délibérément.

L'appel final, jamais discuté ni voté et manifestement écrit avant même la conférence, nomme Trump et évoque l'existence aux Etats-Unis du mouvement « No Kings », un tout petit peu plus que dans la dernière mouture de l'appel initial : ce dernier datait d'avant le cycle de guerres déclenchées par Trump depuis début 2026. En étant généreux, on peut tenter de voir là une évolution …

Il était en effet impossible de ne pas se centrer quelque peu sur Trump, toutefois vite ramené à l' « impérialisme américain » de toujours et toujours égal à lui-même. Et dans la suite du texte, fascisme et néolibéralisme sont largement confondus (ils sont bien entendu en rapport, mais toute rupture qualitative est ignorée).

Poutine reste l'innomé, en fait soutenu implicitement par les organisateurs. Pas un mot de solidarité pour le peuple ukrainien, dont les représentants furent poliment et folkloriquement relégués dans des « ateliers » périphériques. La seule solidarité précise sur laquelle il est fortement appuyé concerne Cuba, la Palestine et l'Iran, à savoir l'Etat iranien des mollahs contre la guerre des Etats-Unis et d'Israël : la plus grande répression fasciste ou fascisante des toutes récentes semaines, des dizaines de milliers de morts en Iran début janvier, est passée sous silence. Le soutien aux mollahs et le soutien à Poutine constituent la ligne de fond réelle, plus ou moins affichée, des organisateurs : elle n'a strictement rien d'antifasciste. Au contraire !

Cet indispensable bilan sans concessions ni illusions n'a rien de sectaire : il est clair que la masse des participants voulait absolument combattre contre le fascisme, pour la démocratie, l'écosocialisme et l'émancipation, et c'est précisément pour cela que la clarté est nécessaire. Divers articles, en nombre croissant, donnent bien des éléments, comme ceux d'Yvan Druri Zarin et de Sergio Bellavita repris ici sur le site du Réseau Bastille, le bilan nuancé d'un camarade ukrainien pour qui « il reste beaucoup à faire » pour construire un véritable internationalisme, la Gauche anticapitaliste de Belgique ayant regroupé également ces documents pour appeler à un débat en vue d'un bilan. Ceci s'impose en effet, et rapidement.

Quatre questions appellent des réponses précises.

Premièrement, cette conférence a-t-elle constitué un grand pas en avant dans la lutte antifasciste internationale, comme veut le croire Israel Dutra, du PSOL et du MES, qui, dans Inprecor, parle d'une « grande victoire politique » ? Était-ce là, comme il l'écrit aussi, « l'avant-garde » ?

On peut comprendre ce camarade qui a probablement investi bien des forces dans cette conférence et qui a lutté pour l'invitation d'ukrainiens et de russes, et l'on doit prendre en compte les regroupements et efforts organisationnels en cours au Brésil, mais …

Pour les camarades de la IV° Internationale ou beaucoup d'entre eux, les références à Lénine et à la III° Internationale ont sans doute quelques poids, alors donnons en une : rien ne ressemble plus à « Porto Alegre » 2026 que les conférences de reconstitution de l'Internationale socialiste, la « seconde », en 1919, ou de « l'Internationale deux et demi » un peu plus tard : là aussi, on se retrouvait dans l'amitié contre « le militarisme » en taisant l'union sacrée sous ses diverses formes nationales !

Bien qu'il faille le prendre avec quelque distance, avouons que le parallèle est frappant entre la volonté de refaire comme avant, en ce temps là comme avant 1914, à Porto Alegre comme avant 2022, le tout renforcé par le déni conscient ou inconscient de cette date, et de rester « tous ensemble », poutiniens, non-poutiniens, anti-poutiniens, dans le grand carnaval de l'affichage antifasciste et anti-impérialiste. Qui gagne dans cette partie de dupes ? Pas l'antifascisme.

Deuxièmement, Porto Alegre a-t-elle été un pas en avant du point de vue du combat actuel des peuples latino-américains ?

Les trois partis brésiliens qui ont été au centre de son organisation sont le PT au pouvoir, le PCdoB pro-Poutine et pro-mollahs, et le PSOL, le plus ouvert sur l'internationalisme effectif, mais tiraillé par de grands débats et de vraies contradictions sur ses rapports avec le gouvernement. Le PT lui-même reflète les contradictions de la ligne pro-Poutine de Lula qui ne peut plus continuer telle quelle, face à l'axe Trump-Poutine et aux formes prises en Amérique latine par l'offensive trumpiste, particulièrement la formation, au Venezuela, d'un régime compradore composé de 99% de l'appareil d'Etat et de l'appareil politique du ci-devant madurisme !

Inutile de dire que cette réalité latino-américaine fondamentale du moment présent, que tous les habitants du continent perçoivent ne serait-ce que par les millions et les millions de réfugiés vénézuéliens, n'a pas été éclaircie à Porto Alegre où les organisateurs se rangent aux côtés des gouvernants, cubains ou vénézuéliens, contre « l'impérialisme », même quand ces gouvernants le sont de moins en moins !

De ce point de vue, nous demandons à connaître le sort, s'il y en a eu un, des syndicalistes indépendants – même de culture stalinisante ! – du Venezuela notamment, à cette conférence. Quant aux iraniens, ils existent, mais il semble bien n'avoir jamais été invités.

Troisièmement, quel a été l'apport de la conférence à l'unité antifasciste pour empêcher tout retour de Bolsonaro ou des bolsonaristes au pouvoir au Brésil ? En fait, la venue au Brésil d'environ plusieurs milliers de militants du monde entier peut rasséréner les militants locaux, mais le contenu politique de la conférence n'a bien entendu apporté aucun éclaircissement aux tâches de l'heure : barrer la route au bolsonarisme demande en effet de combattre aussi le poutinisme et le trumpo-poutinisme, dont Bolsonaro est un soutien, et en même temps de défendre contre le gouvernement brésilien une politique de défense réelle des besoins sociaux et écologiques.

Quatrièmement, faut-il s'adapter aux militants et aux peuples d'Amérique latine ou d'autres parties du monde pour qui l'impérialisme et le fascisme ce sont forcément les Etats-Unis ? Cette question en appelle en fait une autre : ces militants et ces peuples ne se posent-ils pas de questions ? Ne voient-ils pas à l'œuvre le trumpo-madurisme au Venezuela, la violence coloniale russe contre-révolutionnaire et barbare au Mali, au Burkina, au Niger, en Centrafrique, au Soudan, la nature du régime au Nicaragua, ne voient-ils rien ? Bien sûr que non : en fait, la répétition comme un mantra que les « peuples du Sud » ne peuvent pas entendre une ligne anticampiste s'apparente quasiment à du paternalisme raciste, cherchant en réalité à bloquer les différentiations politiques en marche de Porto Alegre à Cotonou.

Par conséquent, dernière question : faire avancer la cause du véritable internationalisme peut-il se faire en cautionnant un cadre tel que celui de Porto Alegre, et les structures de coordination qui en sont issues et qui bien entendu vont organiser d'autres grandes messes en faisant en sorte que les flonflons étouffent toujours ce qui gêne les poutiniens parmi les organisateurs ? La réponse est bien entendu non, et cela ne signifie pas qu'il ne faut pas discuter avec les militants et prendre des contacts, bien au contraire.

Et nous ne doutons pas que bien des contacts et des discussions intéressants ont eu lieu à Porto Alegre, et qu'il faut en parler aussi, mais ceci ne doit pas cacher le bilan central : l'antifascisme, en dehors de l'affichage, a-t-il gagné quelque chose dans cette affaire ?

La vraie question est donc que le véritable internationalisme et le véritable antifascisme doivent prendre conscience d'eux-mêmes et ne pas se faire les suivistes des initiatives de ceux qui veulent perpétuer les oripeaux du vieux monde et ainsi se condamner à ne jamais grandir, mais prendre l'initiative eux-mêmes du regroupement, autour des réseaux pro-ukrainiens, des Iraniens, de no Kings, notamment. Il est là, l'antifascisme. Il doit s'assumer pour ce qu'il est et arrêter de vouloir suivre le carnaval du vieux monde.

Cela passe par la discussion, rapide, mais approfondie, sur la manière d'articuler les questions militaires – car la lutte antifasciste demande des armes, au sens propre – et la question du pouvoir. Objet de notrevisio publique de ce mardi 7 avril à 18 h !

VP, le 04/04/2026.

Source : https://aplutsoc.org/2026/04/04/conference-de-porto-alegre-un-bilan-clair-est-indispensable/

La première Conférence internationale antifasciste de Porto Alegre - Un pas en avant et deux pas en arrière

C'est par une longue étreinte collective sur la scène de l'amphithéâtre Atos de l'université de Porto Alegre que s'achève la première conférence internationale antifasciste. Un (…)

C'est par une longue étreinte collective sur la scène de l'amphithéâtre Atos de l'université de Porto Alegre que s'achève la première conférence internationale antifasciste. Un pari gagné en termes de participation à ces quatre jours de débats : des délégations venues de plus de 40 pays et une forte présence de jeunes de la gauche brésilienne et argentine, de collectifs, de syndicalistes et d'organisations politiques et militantes, sans oublier la présence historique de camarades qui ont joué un rôle important dans la saison des mouvements qui avait pris son essor précisément à Porto Alegre.

31 mars 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières Sergio Bellavita
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78449

La tentative de renouer les liens d'un espace et d'un mouvement politique international, dans un contexte aussi complexe et dramatique que celui que nous traversons, a été globalement couronnée de succès. L'antifascisme a permis d'aborder tous les enjeux actuels, du retour des guerres de grande ampleur au génocide palestinien, en passant par la résurgence brutale de l'impérialisme, la montée mondiale de l'extrême droite et, par conséquent, les atteintes aux droits civiques, aux droits des travailleurs, à l'égalité des genres et à la démocratie elle-même.

Cependant, une part importante des contributions a privilégié un usage excessif de la rhétorique et des slogans plutôt qu'une analyse rigoureuse et une approche autocritique du rôle joué par la gauche ces dernières décennies.

Heureusement, quelques contributions ont tenté d'ouvrir un débat sur le profond fossé qui sépare les mouvements populaires ayant permis les victoires électorales de la gauche et les politiques gouvernementales. La rupture de la gauche avec sa base est précisément l'un des facteurs expliquant la croissance fulgurante de l'extrême droite. Un processus qui, dénoncé, concerne toute l'Amérique du Sud. Hormis ces tentatives pour faire face à la dureté de l'époque tout en reconnaissant nos propres limites, personne n'a cherché à définir des termes comme antifascisme et anti-impérialisme.

Que signifie le fascisme aujourd'hui ? Quelles caractéristiques en définissent la portée ? Comment se construit l'antifascisme ?

Tout cela a été passé sous silence, au profit d'aspects identitaires et autoréférentiels, du symbolisme, au prix d'une réalité bien plus vaste et complexe qu'on ne le souhaiterait.

C'est précisément dans ce décalage entre réalité et aspirations que réside le défaut majeur de la conférence.

Le document final dénonce en détail et de manière presque entièrement acceptable les atrocités actuelles, de l'agression contre l'Iran à l'enlèvement de Maduro, des crimes d'Israël à l'étouffement de Cuba ; pourtant, il passe sous silence la guerre impérialiste de Poutine et le massacre des manifestants iraniens par le régime des ayatollahs.

Il ne s'agit pas d'un oubli innocent, et encore moins d'un choix neutre impossible. Omettre la guerre contre l'Ukraine, qui entre dans sa cinquième année de barbarie – le plus long conflit au cœur de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec ses deux millions de morts – apparaît comme le reflet obsolète et incompréhensible d'une proximité, dénuée de tout contenu progressiste et, de fait, inquiétante, avec le gouvernement despotique de Poutine. Si l'antifascisme est l'antithèse de l'oppression des femmes et des régimes autoritaires, pourquoi n'y a-t-il aucun soutien aux manifestantes iraniennes qui réclament la liberté et qui sont tuées par milliers ? Ceci sans préjudice de la ferme condamnation de l'agression impérialiste de Trump contre l'Iran.

Malheureusement, plus que l'antifascisme, le ciment de cette conférence semble être devenu l'anti-occidentalisme. Même son format de quatre jours nécessite une refonte en profondeur. Les plus de mille participants aux séances plénières et aux débats ont été réduits au rôle de simples spectateurs. Discours préparés à l'avance, débats formatés… Aucun espace d'expression libre : même le document final a été lu à la hâte, au milieu des accolades sur scène.

Ce n'est pas ainsi que l'on construit la participation nécessaire pour constituer une véritable alternative à la droite. Si l'organisation de la conférence a été un succès et a marqué un pas en avant, à l'instar du jeu de l'oie, les positions finales l'ont fait reculer de deux pas.

Sergio Bellavita, militant politique et social italien

P.-S.
• Traduit par Daniel Tanuro avec l'aide de Deepl.

Source : Il Refrattario e controcorrente, 31 mars 2026 :
https://andream94.wordpress.com/2026/03/31/un-passo-avanti-e-due-indietro/

Tous les chemins mènent à la stagflation

7 avril, par Michael Roberts — , ,
Dans sa dernière analyse sur l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les économies mondiales, le FMI l'a résumé ainsi : « Même si la guerre pourrait affecter l'économie (…)

Dans sa dernière analyse sur l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les économies mondiales, le FMI l'a résumé ainsi : « Même si la guerre pourrait affecter l'économie mondiale de diverses manières, tous les chemins mènent à une hausse des prix et à un ralentissement de la croissance ».

1 avril 2026 | tiré de vientosur.fin
https://vientosur.info/todos-los-caminos-llevan-a-la-estanflacion/

Le prix mondial de référence du pétrole est en passe d'enregistrer en mars sa plus forte hausse mensuelle de l'histoire, supérieure même à celle de 1990, lorsque l'Irak a envahi le Koweït. Le conflit pourrait prendre fin rapidement, comme l'affirment Trump et Rubio (vraisemblablement grâce à un accord avec l'Iran dans lequel ce dernier céderait essentiellement aux exigences des États-Unis). Ou, ce qui est plus probable, le conflit pourrait s'éterniser jusqu'en avril et au-delà, avec peut-être des troupes américaines sur le terrain tentant de briser le contrôle de l'Iran sur le détroit d'Ormuz et cherchant à mettre la main sur ses réserves nucléaires.

Quoi qu'il en soit, les prix du pétrole brut resteront élevés pendant un certain temps (et encore plus ceux des produits dérivés du pétrole, qui ont encore plus augmenté).

Cela signifie deux choses. À court terme, l'inflation mondiale va augmenter. Si le conflit s'éternise, à la hausse de l'inflation s'ajouteront un ralentissement de la croissance économique et la probabilité que même certaines des principales économies tombent en récession. La stagflation est inévitable et une récession inflationniste est possible.

Si les installations pétrolières et gazières subissent des dommages permanents ou sont hors service pendant une longue période, les prix du pétrole augmenteront encore davantage pour atteindre 150 dollars le baril — soit près de trois fois les niveaux d'avant-guerre — et les prix du gaz naturel s'envoleraient jusqu'à 120 euros par MWh, soit quatre fois le tarif d'avant-guerre. Une telle hausse serait comparable à la crise mondiale d'approvisionnement de la fin des années 1970, qui a contribué à une forte inflation et à une récession mondiale. Le ministre français des Finances, Roland Lescure, estime qu'entre 30 % et 40 % de la capacité de raffinage du Golfe a déjà été endommagée ou détruite par les frappes de représailles de l'Iran, ce qui laisse un déficit de 11 millions de barils par jour sur les marchés mondiaux du pétrole. M. Lescure a averti qu'il faudrait jusqu'à trois ans pour remettre en état les installations endommagées et plusieurs mois pour redémarrer celles qui ont été fermées d'urgence.

Les économistes de Goldman Sachs envisagent trois scénarios : le scénario de base est une interruption de six semaines au cours de laquelle le prix du brut grimpe à 120 dollars le baril avant de redescendre entre 80 et 100 dollars, sans dommages durables aux infrastructures. Le deuxième scénario est une guerre de durée moyenne (dix semaines) au cours de laquelle le prix du brut s'envole à 140 dollars le baril, se maintenant au-dessus de 95 dollars pendant dix semaines supplémentaires. Cela marqueraitla production de manière permanente. Le troisième scénario est apocalyptique (avec dix semaines de guerre et des dommages durables).

Dans ce cas, le prix du pétrole grimperait à 160 dollars le baril et ne redescendrait jamais sous la barre des 100 dollars dans un avenir prévisible en raison des dommages causés aux installations de production.

Les dernières perspectives économiques de l'OCDE ont déjà revu à la baisse les prévisions de croissance du PIB réel dans les principales économies pour cette année en raison de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Toutes les économies du G7, à l'exception des États-Unis, connaîtront une croissance plus lente que prévu cette année, le Royaume-Uni étant le plus touché, passant de 1,2 % à seulement 0,7 %. L'économie américaine connaîtra une croissance plus rapide que prévu, selon l'OCDE, grâce à l'augmentation de ses exportations de pétrole et de gaz. L'OCDE a également relevé ses prévisions d'inflation pour les principales économies du G20, passant de 2,8 % à 4 %. L'Argentine affichera le taux d'inflation le plus élevé du G20, avec 31 %, et la Chine le plus bas, avec 1,3 %. L'inflation aux États-Unis passera de 2,9 % actuellement à 4,2 %. Si la guerre se poursuit au cours du prochain trimestre, il faut s'attendre à ce que ces prévisions de croissance soient encore revues à la baisse et que celles de l'inflation soient revues à la hausse.

À mon avis, contrairement aux prévisions optimistes de l'OCDE concernant la croissance aux États-Unis, ce pays n'échappera pas à cette récession. Selon les économistes de la Banque Royale du Canada, si les prix du pétrole se maintiennent à 100 dollars le baril, la croissance du PIB réel américain pourrait reculer de 0,8 point de pourcentage (passant de 2 % par an actuellement à environ 1 %) et l'inflation américaine pourrait atteindre 4 % par an.

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit que, si les prix de l'énergie restent durablement élevés, la croissance du commerce des marchandises cette année ralentira, passant de 1,9 % à 1,5 %. La croissance des exportations nord-américaines ralentira légèrement, passant d'une expansion de 1,4 % à 1,1 %, mais l'Europe sera fortement touchée, avec une contraction des exportations de 0,6 % au lieu d'une croissance de 0,5 %. L'impact sur la croissance sera tout aussi inégal : alors que le coût élevé de l'énergie pourrait stimuler la croissance du PIB en Amérique du Nord cette année, la faisant passer de 2,3 % à 2,5 %, il freinerait la croissance du PIB en Asie, la faisant passer de 3,9 % à 3,1 %.

En Europe, une guerre prolongée paralyserait presque complètement l'économie, freinant son expansion à 0,4 % contre une estimation précédente de 1,6 %. L'analyse de la BCE a également estimé qu'une guerre prolongée entraînerait une récession profonde et durable de la production, accompagnée d'une inflation persistante plus élevée. L'inflation annuelle de la zone euro a déjà atteint 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février.

Ce chiffre représente le taux le plus élevé depuis janvier 2025, plaçant l'inflation au-dessus de l'objectif de 2 % de la BCE, les coûts énergétiques ayant bondi de 4,9 %, la première hausse annuelle en près d'un an et la plus forte depuis février 2023, sous l'effet du conflit au Moyen-Orient.

De plus, l'explosion des prix de l'énergie ne se contente pas de stimuler l'inflation globale, mais, à un certain stade, elle oblige les ménages et les entreprises à réduire leurs achats et leurs investissements pour pouvoir payer leurs factures d'énergie. Elle devient un frein à la croissance. Les coûts de financement, exprimés en termes de rendements des obligations d'État à long terme, sont déjà en hausse dans toutes les grandes économies.

Dans quelle mesure et pendant combien de temps les prix de l'énergie (et d'autres matières premières clés) doivent-ils augmenter pour qu'une récession se produise ? Les estimations divergent. Paul Krugman, l'économiste keynésien, considère que l'élasticité de la demande de pétrole brut est faible, c'est-à-dire que même des hausses importantes des prix n'entraînent que de légères baisses de la demande (et donc du PIB). Mais cette fois-ci, cela pourrait être différent. Il estime qu'une « perturbation faible » (prix du pétrole de 100 à 150 $/b) réduirait l'offre d'environ 8 % aux États-Unis. Une perturbation moyenne (prix du pétrole de 120 à 230 $/b) entraînerait une baisse de 12 % de la croissance économique aux États-Unis. Une perturbation forte (prix du pétrole de 155 à 370 $/b) réduirait l'offre américaine de 16 %.

Un conflit prolongé affecterait bien davantage le Moyen-Orient et l'Asie. Les pays du Golfe perdraient leur trafic touristique lucratif et les compagnies aériennes pourraient être contraintes d'éviter la zone pour le trafic mondial. Ce serait la fin des jours de luxe pour les étrangers dans ces régions. Les grands projets d'infrastructure des pays du Golfe étant dans la ligne de mire des attaques, les travailleurs et travailleuses migrants du secteur de la construction auront moins d'argent à envoyer chez eux, une perte qui affectera les ménages de tout le Moyen-Orient et de l'Asie du Sud. Les travailleurs et travailleuses des pays du Golfe envoient 88 milliards de dollars de transferts de fonds par an dans leur pays d'origine. Des pays comme l'Égypte, le Pakistan et l'Inde sont les principaux bénéficiaires, avec des dizaines de milliards de dollars par an, ce qui représente plus de la moitié de l'ensemble des transferts de fonds reçus par ces économies. L'Égypte, le Pakistan et la Jordanie reçoivent chacun plus de 4 % de leur PIB sous forme de transferts de fonds en provenance du Golfe.

La Société Générale estime que chaque hausse soutenue de 10 dollars du prix du pétrole aggraverait le déficit courant de l'Inde – qui avoisine actuellement 1 % du PIB – d'un demi-point de pourcentage et réduirait la croissance économique de 0,3 %. À 100 dollars le baril, cela signifierait un déficit courant de 3 % du PIB et une baisse de la croissance économique, qui passerait d'une prévision de 6,4 % pour 2026 à 5 %. Le Centre pour le développement mondial (CGD), une organisation basée à Washington, a dressé une liste des 17 pays les plus vulnérables aux répercussions de la guerre en Iran. Treize d'entre eux sont africains, notamment l'Angola, le Nigeria, l'Égypte, le Ghana et l'Éthiopie.

En Asie, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka sont considérés comme vulnérables, tandis qu'au Moyen-Orient, la Jordanie se distingue.

Dans l'ensemble, la hausse des prix du pétrole et la dévaluation du taux de change provoqueront une crise des termes de l'échange pour de nombreux pays, ce qui rendra difficile le remboursement de la dette extérieure et la constitution de réserves de devises. Les pays qui ont à la fois un service de la dette extérieure élevé et de faibles réserves seront particulièrement exposés. Par exemple, l'Égypte pourrait devoir refinancer plus de 4 milliards de dollars d'euro-obligations en circulation l'année prochaine ; la Jordanie et le Pakistan pourraient devoir refinancer environ 1 milliard de dollars chacun.
Environ 70 % des importations d'urée du Brésil et 40 % de celles de l'Inde – essentielles à leur secteur agricole – proviennent du Golfe via le détroit d'Ormuz. Les pays du Golfe importent la majeure partie de leur nourriture : 75 % de leur riz arrive par le détroit, ainsi que plus de 90 % de leur maïs, de leur soja et de leur huile végétale. En outre, des pays comme le Bangladesh, l'Inde et le Pakistan seront touchés par la chute inévitable des transferts de fonds de millions de leurs citoyens travaillant dans les pays du Golfe, car la guerre affectera l'économie régionale.

Trois pays seront moins touchés. Les États-Unis disposent d'abondantes réserves stratégiques et, bien sûr, de leur propre production nationale. Bien que la Chine dépende largement du pétrole du Moyen-Orient (principalement de l'Arabie saoudite), elle a constitué des réserves stratégiques précisément pour ce type de situation et en raison de ses craintes face aux sanctions américaines. L'année dernière, la Chine a importé environ la moitié de son pétrole brut et près d'un tiers de son gaz naturel liquéfié du Moyen-Orient. Mais elle a constitué de manière agressive des réserves stratégiques de combustibles fossiles. On estime que la Chine possède les plus grandes réserves d'urgence de pétrole au monde, avec un total de 1,3 milliard de barils.

La Chine a également réalisé d'importants investissements dans l'électrification. L'électricité représente 30 % de la consommation énergétique du pays – soit environ 50 % de plus qu'aux États-Unis ou en Europe –, ce qui le rend plus à l'abri de la hausse des prix mondiaux du pétrole 1. Un mix énergétique diversifié, de multiples fournisseurs et l'accès à des routes contournant le Golfe font que seulement environ 6 % de la consommation totale d'énergie de la Chine est directement exposée aux perturbations dans le détroit, estime Goldman Sachs.

La Chine est donc bien placée pour faire face à toute pénurie ; elle peut encore recourir à davantage d'importations de pétrole en provenance de Russie et d'Amérique du Sud, où elle a augmenté ses approvisionnements ces dernières années pour contourner le Moyen-Orient. Et, ironiquement, la Russie bénéficiera de l'augmentation des recettes tirées de ses exportations d'énergie.

Une étude récente portant sur toutes les guerres depuis 1870 a révélé que : « la production chute de près de 10 % dans l'économie du front, tandis que les prix à la consommation augmentent d'environ 20 % (par rapport aux tendances d'avant-guerre) ». Et « les économies des pays belligérants, et même celles des pays tiers, connaissent des dynamiques tout aussi défavorables si elles sont exposées au front par le biais de liens commerciaux ». La production des partenaires commerciaux les plus proches baisse de 2 % par rapport à la tendance. Cette guerre dépassera facilement ces moyennes si elle se prolonge encore longtemps.

La Semaine Sainte s'annonce comme un tournant crucial dans la guerre. Un accord sera-t-il conclu ou les États-Unis lanceront-ils une nouvelle phase du conflit avec des troupes terrestres ? Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : tous les chemins mènent à la stagflation.

TheNextRecession

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Les conséquences environnementales de la guerre : un expert de l’ONU dénonce les attaques contre les sites pétroliers et les usines de dessalement

7 avril, par Democracy now ! — ,
Nous examinons l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'environnement dans « l'une des régions les plus touchées par le stress hydrique au monde », avec Kaveh Madani, (…)

Nous examinons l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'environnement dans « l'une des régions les plus touchées par le stress hydrique au monde », avec Kaveh Madani, scientifique renommé des Nations Unies, ancien homme politique iranien et lauréat du Prix de l'eau de Stockholm 2026. Madani aborde les menaces qui pèsent sur les infrastructures civiles d'approvisionnement en eau dans la région du Golfe, la manière dont la crise du détroit d'Ormuz met en évidence la dépendance excessive des pays consommateurs vis-à-vis du pétrole et du gaz, ainsi que ses travaux primés sur les effets mondiaux de la « faillite hydrique ». Madani établit un lien entre les luttes contre la guerre et celles pour le climat, et appelle à une résistance populaire plus large face aux dommages environnementaux à long terme causés par la guerre mondiale. « Toutes les armes qui ont été produites ont laissé une empreinte carbone : les missiles qui volent, les avions à réaction, les chars qui sont détruits, les champs pétroliers qui sont attaqués et les gisements de gaz qui sont brûlés. Tout cela génère d'énormes émissions de gaz à effet de serre », explique-t-il. « Elles vont nous affecter à long terme. »

Kaveh Madani est directeur de l'Institut de l'Université des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé.

1er avril 2026 | tiré du de Democracy now ! | Photo : usine de désallement
https://www.democracynow.org/2026/4/1/iran_war_environmental_effects

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. Je suis Amy Goodman. Plus d'un mois après le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, les inquiétudes grandissent quant aux conséquences à long terme de ce conflit sur la santé humaine, les écosystèmes terrestres et marins et les aquifères, ainsi qu'à son impact sur le réchauffement climatique. Parmi les nombreux incidents préoccupants, Israël a bombardé des installations pétrolières autour de Téhéran au cours des premières semaines de la guerre, provoquant des incendies qui ont brûlé pendant des heures et généré un épais nuage de fumée toxique au-dessus de cette ville de 10 millions d'habitants. De nombreux habitants se sont plaints d'avoir du mal à respirer alors que des gouttes de pluie noires chargées de produits chimiques toxiques tombaient sur la capitale.
Lundi, le président Trump a menacé de faire sauter des usines de dessalement en Iran. Il a écrit sur Truth Social : « Si le détroit d'Ormuz n'est pas immédiatement “ouvert au trafic”, nous mettrons fin à notre charmant “séjour” en Iran en faisant exploser et en détruisant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg (et peut-être toutes les usines de dessalement !) que nous avons délibérément encore “épargnées” », a déclaré Trump. Dans le Golfe, le dessalement est la principale source d'eau potable, et des centaines d'usines de dessalement pourraient être menacées si le conflit s'intensifie.
Pour en parler plus en détail, nous recevons le scientifique environnementaliste iranien Kaveh Madani. Il est directeur de l'Institut des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé. Le mois dernier, il a reçu le Prix de l'eau de Stockholm 2026 pour ses travaux pionniers sur le concept de faillite hydrique. Auparavant, il occupait le poste de directeur adjoint du ministère iranien de l'Environnement, mais s'est exilé après que ses travaux sur la pénurie d'eau lui ont valu des accusations de sabotage. Il affirme que la guerre est le pire cauchemar pour quelqu'un qui se bat pour l'environnement. Il nous rejoint aujourd'hui depuis Toronto.
Pourquoi ne pas commencer par là ? Pourquoi la guerre est-elle le pire scénario pour quelqu'un qui espère sauver l'environnement ?

KAVEH MADANI : Nous savons que même en temps de paix, de nombreux gouvernements ont du mal à accorder de l'attention à l'environnement et à prendre des mesures sérieuses en la matière. Ainsi, en cas de guerre, les chances d'attirer l'attention des gouvernements et des sociétés seraient bien plus limitées. La société, les personnes qui se battent pour leur survie et tentent de rester en vie, ne penseraient pas aux générations futures et n'auraient même pas la capacité de réfléchir à l'environnement, à la qualité de l'air, à la gestion durable de l'eau, etc.

Il s'agit donc simplement d'une question de capacité d'attention et de dépriorisation — le fait que l'environnement serait écarté de la liste des priorités. Mais en plus de cela, pensez simplement aux conséquences à long terme des guerres : tous les résidus chimiques, tous les débris, les gaz à effet de serre résultant de la guerre, des explosions et de tout le reste. La guerre va donc nous faire reculer. Et c'est pourquoi toute personne qui se soucie de l'environnement devrait également se soucier de la paix.

AMY GOODMAN : Au fait, félicitations pour ce prix prestigieux que vous venez de remporter, Kaveh Madani, le Prix de Stockholm pour l'eau, considéré comme le prix Nobel de l'eau. Pouvez-vous réagir aux menaces de Trump de faire sauter davantage d'infrastructures civiles, y compris les usines de dessalement — il les appelle « usines de désalinisation » — en Iran ? Qu'est-ce que cela signifierait exactement ?

KAVEH MADANI : Tout d'abord, je tiens à dire que je ne vais pas partager mon prix avec lui.
Mais, vous savez, je pense que c'est… c'est vraiment effrayant, je veux dire, à plusieurs égards. Mais, vous savez, analysons la situation. Premièrement, nous savons que la guerre a commencé par une violation du droit international. Mais même si les ennemis de la République islamique considèrent cela comme justifié, les guerres ont… même les guerres ont des règles. Et il y a des règles à respecter même pendant les guerres. Attaquer des infrastructures civiles constitue une violation du droit international humanitaire, et cela peut être un crime de guerre. Donc, menacer de mettre — en substance, de compromettre la situation et de mettre en danger les civils qui n'ont aucun pouvoir d'action dans cette guerre, les civils que les agresseurs de la République islamique prétendent vouloir — vous savez, prétendent vouloir sauver, est contradictoire. Donc, cela ne sert à personne s'il y avait un changement de régime, s'ils veulent apporter la liberté en Iran. Un Iran sans ressources en eau ni en énergie ne serait pas dans une meilleure situation. C'est donc très déroutant, même pour ceux qui sont de fervents partisans de cette guerre du côté iranien.

Mais essayons de comprendre la situation. Tout d'abord, l'Iran ne dépend pas fortement du dessalement. Ce sont les autres pays de la région. Israël, les États du Golfe et l'Arabie saoudite dépendent fortement du dessalement. Ainsi, si la première usine de dessalement était attaquée, il y aurait des représailles, et toute la région serait en feu. Toute la région serait perdante. Et nous parlons ici de la vie de personnes qui n'ont aucune prise sur cette guerre, des conséquences sur l'eau potable, des implications sanitaires. Certains des petits États, contrairement à l'Iran, n'ont pas le luxe de disposer de différentes sources d'eau. Certains d'entre eux n'ont plus que quelques jours ou quelques semaines d'eau. Ainsi, si leurs usines de dessalement sont mises hors service, nous serons confrontés à une crise majeure.

Mais n'oublions pas qu'il existe d'autres moyens de perturber le système d'approvisionnement en eau. Si les réseaux électriques sont coupés, les pompes cessent de fonctionner, les stations d'épuration s'arrêtent, les réseaux de distribution d'eau tombent en panne. Ainsi, même en attaquant les infrastructures énergétiques, on peut perturber le système d'approvisionnement en eau. Et nous savons, nous avons entendu parler des problèmes d'eau en Iran. Nous avons entendu parler des problèmes d'eau dans le reste de la région. C'est l'une des régions du monde les plus touchées par le stress hydrique. De nombreux pays sont déjà en faillite hydrique. Et aggraver la situation ne va aider personne. Il n'y a donc aucun intérêt, aucun gain ni aucun avantage stratégique à proférer cette menace ou à la concrétiser. J'espère qu'il ne s'agit que d'un slogan sur les réseaux sociaux et non d'une action réelle.

AMY GOODMAN : Une analyse récente de la guerre a révélé que 5 millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre ont été rejetées au cours des deux premières semaines du conflit. L'analyse du Climate and Community Institute a montré que ces deux premières semaines ont épuisé le budget carbone mondial plus rapidement que 84 pays réunis. Pouvez-vous nous parler de ces impacts climatiques ? Vous avez dit que nous blâmons toujours les pays producteurs de pétrole pour les émissions de gaz, mais que nous ne blâmons pas l'acheteur. Mettez ces deux éléments en perspective.

KAVEH MADANI : Oui, je pense que c'est un argument valable. Dans le militantisme climatique, les pays de la région qui sont actuellement en guerre, à l'exception d'Israël, sont généralement accusés de vendre du pétrole. Maintenant que nous voyons le détroit d'Ormuz se fermer, nous savons qui sont les acheteurs, car nous voyons comment différents pays se plaignent. Et j'ai toujours dit que, vous savez, c'est… si vous voulez vraiment mettre fin à la production de pétrole et à la dépendance au pétrole, blâmez les acheteurs de pétrole. Et s'il n'y avait pas d'acheteurs de pétrole, ces pays ne vendraient pas de pétrole. C'est donc en quelque sorte un problème, ou une question éthique, que nous rencontrons dans les campagnes environnementales. Mais aujourd'hui, ces pays sont menacés. Ils ne peuvent pas vendre leur pétrole, comme nous le savons, ou du moins leur production de pétrole est très limitée.

Mais une guerre fait rage. Toutes les armes qui ont été produites ont laissé une empreinte carbone : les missiles qui volent, les avions à réaction, les chars qui brûlent, les champs pétroliers qui sont attaqués et les gisements de gaz qui sont incendiés. Tout cela génère d'énormes émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, on n'entend pas beaucoup de protestations. On ne voit pas de militants pour le climat descendre dans la rue pour réclamer l'arrêt de la guerre. Et, vous savez, de nombreux Iraniens m'ont interrogé sur ces questions par le passé : pourquoi constatons-nous une telle hypocrisie lorsqu'il s'agit du militantisme pour le climat ou de l'activisme environnemental ? Je n'accuse personne de quoi que ce soit, mais j'attends de voir davantage de personnes se battre pour la paix, défendre la paix et défendre l'environnement. Les conséquences sont durables. Ce que nous voyons au Moyen-Orient, comme nous le savons, nous affecte tous en ce moment, mais aussi dans les années et les décennies à venir. La pollution qui restera dans la région, les gaz à effet de serre qui s'échappent dans l'atmosphère, tout cela va nous affecter à long terme.

AMY GOODMAN : Et, Kaveh, avant de conclure, il ne nous reste qu'une minute, mais pourriez-vous nous parler de la « faillite hydrique » et de ce que cela signifie ?

KAVEH MADANI : La faillite hydrique, tout comme la faillite financière, décrit la situation dans laquelle nous nous trouvons : nous souffrons d'insolvabilité, ce qui signifie que la quantité d'eau utilisée dépasse largement le taux de renouvellement ou les ressources que la nature nous offre. Nous avons un compte courant : les eaux de surface. Nous avons le compte d'épargne : nos nappes phréatiques. Nous avons épuisé notre compte courant. De plus, nos comptes d'épargne s'amenuisent également partout dans le monde. En conséquence, nous assistons à la diminution des réseaux d'eaux de surface, des rivières, des zones humides, etc., au déclin des nappes phréatiques, à l'affaissement des sols, à la désertification, à la perte de biodiversité, aux feux de forêt, etc.

Et c'est une situation que nous ne pouvons plus qualifier de crise, car ces systèmes ne se rétabliront pas. Nous sommes entrés dans une ère appelée « ère de la faillite hydrique », dans laquelle les systèmes perdent leur capacité à retrouver leur état d'origine. Les mesures à prendre pour faire face à cette situation sont totalement différentes. Nous devons admettre que nous avons échoué, si nous voulons sauver l'avenir et le rendre possible ; il faut combiner l'atténuation avec l'adaptation à une nouvelle réalité plus contraignante qu'auparavant.

AMY GOODMAN : Kaveh Madani, nous tenons à vous remercier de votre présence parmi nous. Nous vous inviterons certainement à nouveau pour parler plus en détail de la faillite hydrique. Kaveh Madani est directeur de l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé de l'Université des Nations unies ; il a précédemment occupé le poste de directeur adjoint du ministère iranien de l'Environnement ; il vient de recevoir le Prix de l'eau de Stockholm 2026, souvent qualifié de « Nobel de l'eau » ; il s'adresse à nous depuis Toronto, au Canada. Il s'est exilé d'Iran.

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Une transition juste pour sortir des énergies fossiles

7 avril, par Badrul Alam — ,
Propositions politiques à l'échelle mondiale émanant des mouvements paysans dans une perspective de souveraineté alimentaire La crise de la civilisation humaine et la nécessité (…)

Propositions politiques à l'échelle mondiale émanant des mouvements paysans dans une perspective de souveraineté alimentaire La crise de la civilisation humaine et la nécessité d'une nouvelle voie de développement. La civilisation humaine du XXIe siècle se trouve à un tournant historique. Au cours des deux derniers siècles, depuis la révolution industrielle, l'humanité a réalisé des progrès extraordinaires dans les domaines de la science, de la technologie, de l'industrie et du développement mondial des moyens de communication. L'industrialisation a accru la production, accéléré l'urbanisation, transformé les transports et les modes de communication, et considérablement augmenté l'activité économique à l'échelle mondiale. Ces transformations ont profondément remodelé les sociétés humaines et modifié la relation entre l'homme et la nature.

9 mars 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières

Pourtant, ces réalisations ont également engendré une crise écologique profonde. Le modèle dominant de développement économique s'est fortement appuyé sur l'extraction et la consommation de combustibles fossiles — charbon, pétrole et gaz naturel — qui ont servi de sources d'énergie primaires pour la production industrielle, la production d'électricité, les systèmes de transport et l'agriculture moderne. Les combustibles fossiles ont alimenté les usines, rendu possible le commerce international et stimulé l'expansion économique tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

Cependant, ce modèle de développement porte en lui des contradictions profondes. Les combustibles fossiles sont des ressources limitées, et leur extraction et leur combustion à grande échelle libèrent d'énormes quantités de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre. Au fil du temps, cette accumulation de gaz à effet de serre a perturbé l'équilibre naturel du système climatique de la planète. En conséquence, le réchauffement climatique et l'instabilité climatique sont apparus comme les défis majeurs de notre époque.

Aujourd'hui, les conséquences de ce modèle de développement sont de plus en plus visibles. La crise climatique ne relève plus d'une prédiction scientifique lointaine ni d'un scénario hypothétique pour l'avenir. Elle est au contraire devenue une réalité immédiate et tangible qui affecte les écosystèmes, les économies et les communautés à travers le monde.

Les phénomènes météorologiques extrêmes s'intensifient tant en fréquence qu'en gravité. Ouragans, cyclones, inondations, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêt perturbent les vies et les moyens de subsistance sur tous les continents. L'élévation du niveau des mers menace les zones côtières et les nations insulaires. Les glaciers fondent à un rythme sans précédent, ce qui modifie les régimes hydrologiques des eaux douces dont dépendent des millions de personnes. Les systèmes agricoles sont soumis à un stress croissant en raison de régimes pluviométriques imprévisibles, de la dégradation des sols et des fluctuations de température.

Ces évolutions soulèvent des questions profondes quant à la durabilité du paradigme de développement actuel. Les sociétés humaines peuvent-elles continuer à accroître leur production et leur consommation tout en s'appuyant sur les combustibles fossiles comme principale source d'énergie ? L'économie mondiale peut-elle maintenir sa trajectoire actuelle sans déstabiliser les systèmes naturels qui soutiennent la vie sur Terre ?

Un nombre croissant de preuves scientifiques indiquent que la réponse est non. La poursuite d'un modèle de développement dépendant des combustibles fossiles menace non seulement la stabilité écologique, mais aussi la survie à long terme de la civilisation humaine elle-même.

Dans ces circonstances, la sortie des combustibles fossiles est devenue l'une des tâches les plus urgentes auxquelles l'humanité est confrontée. Cependant, cette transition ne peut être comprise comme un simple changement technologique d'une source d'énergie à une autre. Elle représente une transformation plus profonde qui touche les systèmes économiques, les structures politiques, les relations sociales et les valeurs culturelles.

Pour des millions de petits agriculteurs, de communautés autochtones, de travailleurs ruraux et de populations marginalisées à travers les pays du Sud, la crise climatique est déjà une réalité vécue. Leurs moyens de subsistance dépendent directement des écosystèmes naturels : sols, eau, forêts et biodiversité. Lorsque ces systèmes sont perturbés par le changement climatique, les conséquences sont immédiates et graves.

Les petits agriculteurs sont confrontés à une baisse des rendements agricoles due à des précipitations irrégulières et à des sécheresses prolongées. Les communautés côtières sont aux prises avec le phénomène de salinisation causé par l'élévation du niveau de la mer. Les éleveurs font face à la réduction des pâturages à mesure que la désertification s'étend. Les pêcheurs subissent une diminution des réserves halieutiques due au réchauffement des océans et à la perturbation des écosystèmes.

Bien qu'elles ne contribuent que très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, ces communautés supportent le plus lourd fardeau de la crise climatique. Cette réalité met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial actuel.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit donc être guidée non seulement par des considérations environnementales, mais aussi par les principes de justice sociale, d'équité et de participation démocratique. Les voix de celles et ceux qui sont les plus affecté.e.s par le changement climatique — les petits agriculteurs, les peuples autochtones, les travailleurs, les femmes et les jeunes — doivent être au cœur de l'élaboration des politiques et des stratégies qui définissent cette transition.

Les mouvements paysans et les mouvements pour la souveraineté alimentaire à travers le monde affirment depuis longtemps que les solutions durables à la crise climatique doivent s'attaquer aux causes structurelles de la destruction de l'environnement. Ces causes comprennent la concentration du pouvoir économique, l'expansion de l'agriculture industrielle, la marchandisation des ressources naturelles et la prédominance des intérêts des entreprises dans la prise de décision mondiale.

Dans cette perspective, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles est indissociable des luttes plus larges pour la justice économique, la soutenabilité écologique et la gouvernance démocratique.

La réalité scientifique de la crise climatique

La compréhension scientifique du changement climatique a considérablement progressé au cours des dernières décennies. Des recherches approfondies menées par des climatologues du monde entier ont établi que les activités humaines — en particulier la combustion de combustibles fossiles et la déforestation — sont les principaux facteurs du réchauffement climatique.

Depuis le début de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre a considérablement augmenté. Les relevés effectués sur des carottes de glace, dans des stations de surveillance atmosphérique et à l'aide de modèles climatiques montrent que les niveaux de dioxyde de carbone sont passés d'environ 280 parties par million à l'époque préindustrielle à plus de 420 parties par million aujourd'hui.

Cette augmentation des concentrations en gaz a renforcé l'effet de serre, piégeant davantage de chaleur dans l'atmosphère terrestre et provoquant une hausse des températures mondiales. Selon les évaluations scientifiques, la température mondiale moyenne a déjà augmenté d'environ 1,2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

Bien que cette augmentation puisse sembler faible en valeur numérique, ses conséquences sont profondes. Même de légères variations de la température moyenne peuvent perturber les systèmes climatiques complexes qui régulent les régimes météorologiques, les courants océaniques et les phénomènes écologiques.

L'un des aspects les plus alarmants du changement climatique est le possible franchissement de points de bascule critiques. Ces points de basculement représentent des seuils au-delà desquels les systèmes naturels peuvent subir des changements rapides et irréversibles. Par exemple, la fonte des calottes polaires pourrait accélérer considérablement l'élévation du niveau de la mer. Le dépérissement des forêts tropicales pourrait libérer dans l'atmosphère d'énormes quantités de carbone stocké. Le dégel du pergélisol dans les régions arctiques pourrait libérer du méthane, un puissant gaz à effet de serre, ce qui intensifierait encore davantage le réchauffement climatique.

Les scientifiques soulignent que si l'augmentation de la température mondiale dépasse 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, les risques de tels changements irréversibles augmenteront considérablement. C'est pourquoi les accords internationaux sur le climat insistent sur l'importance de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et de poursuivre les efforts pour le maintenir en dessous de 1,5 °C.

Cependant, les tendances actuelles des émissions mondiales restent bien supérieures aux niveaux requis pour atteindre ces objectifs. Malgré des décennies de négociations et d'engagements internationaux, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter.

Cet écart entre les recommandations scientifiques et l'action politique représente l'un des plus grands défis à relever pour faire face à la crise climatique.

Impacts visibles du changement climatique

Les répercussions du changement climatique sont déjà visibles dans différentes régions du monde. Ces répercussions varient en fonction des conditions géographiques, des structures économiques et des vulnérabilités sociales, mais plusieurs tendances se dessinent de plus en plus clairement.

L'un des effets les plus visibles du changement climatique est l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Les vagues de chaleur sont de plus en plus longues et intenses dans de nombreuses régions, ce qui expose la population à des risques sanitaires graves et perturbe la production agricole. Les sécheresses touchent de vastes zones d'Afrique, d'Asie et des Amériques, ce qui menace la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en eau.

Parallèlement, les épisodes de pluies intenses se multiplient, provoquant des inondations et des glissements de terrain. Ces catastrophes détruisent des habitations, des infrastructures et des terres agricoles, et déplacent souvent des communautés entières.

Les régions côtières sont confrontées à la menace supplémentaire de l'élévation du niveau de la mer. À mesure que les températures mondiales augmentent, la dilatation thermique de l'eau de mer et la fonte des calottes glaciaires contribuent à la montée du niveau des océans. Les zones côtières de faible altitude et les nations insulaires sont particulièrement vulnérables à ce phénomène.

Pour des pays comme le Bangladesh, qui possède l'une des plus grandes régions de delta au monde, l'élévation du niveau de la mer et les marées de tempête font peser des risques importants sur des millions de personnes qui vivent dans les zones côtières. La salinisation des terres agricoles et des sources d'eau douce affecte déjà la production agricole et la disponibilité de l'eau potable.

Un autre impact majeur du changement climatique est la perturbation des écosystèmes et de la biodiversité. De nombreuses espèces végétales et animales peinent à s'adapter à des conditions environnementales en mutation rapide. Les changements de température et de régimes pluviométriques modifient les habitats, les routes migratoires et les cycles de reproduction.

La perte de biodiversité menace non seulement la faune sauvage, mais compromet également les fonctions écologiques qui soutiennent les sociétés humaines. La pollinisation, la fertilité des sols, la purification de l'eau et la régulation du climat sont toutes étroitement liées à la santé des écosystèmes.

Changement climatique et systèmes alimentaires

L'agriculture est à la fois un facteur qui contribue au changement climatique et l'un des secteurs les plus vulnérables à ses effets. L'agriculture industrielle moderne repose fortement sur les combustibles fossiles pour la mécanisation, la production d'engrais chimiques, les systèmes d'irrigation et le transport de denrées alimentaires sur de longues distances.

Dans le même temps, le changement climatique compromet la stabilité des systèmes de production agricole. La hausse des températures affecte les cycles de croissance des cultures, tandis que les régimes pluviométriques irréguliers créent de l'incertitude pour les agriculteurs qui dépendent des conditions météorologiques saisonnières.

Dans de nombreuses régions, les agriculteurs subissent déjà une baisse des rendements agricoles due à des facteurs de stress liés au climat tels que la sécheresse, les inondations et la dégradation des sols.

Ces changements menacent la sécurité alimentaire mondiale, en particulier pour les populations qui dépendent de l'agriculture à petite échelle tant pour leurs moyens de subsistance que pour leur approvisionnement alimentaire.

L'urgence d'une transition mondiale

Les preuves scientifiques et les expériences vécues par les communautés à travers le monde mènent à une conclusion claire : l'humanité doit s'affranchir des combustibles fossiles afin de stabiliser le système climatique et de protéger les fondements écologiques de la vie.

Cependant, le rythme et la direction que doit prendre cette transition restent très controversés. Les entreprises du secteur des énergies fossiles continuent d'exercer une influence politique et économique considérable, ce qui retarde ou affaiblit souvent les politiques climatiques. Parallèlement, de nombreux gouvernements sont confrontés à des défis économiques complexes en matière de sécurité énergétique, d'emploi et de priorités de développement.

Malgré ces défis, la dynamique en faveur du changement s'amplifie. Les technologies liées aux énergies renouvelables, telles que l'énergie solaire et éolienne, sont devenues de plus en plus abordables et accessibles. Les mouvements sociaux, les institutions scientifiques et les organisations de la société civile réclament des mesures plus fermes pour lutter contre la crise climatique.

Pour les mouvements paysans et les défenseurs de la souveraineté alimentaire, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également inclure une transformation des systèmes agricoles, des relations foncières et des structures économiques.

C'est seulement grâce à une telle transformation globale que l'humanité pourra s'orienter vers un avenir durable et juste.

Inégalités mondiales, justice climatique et responsabilité historique des pays industrialisés

La crise climatique ne doit pas être considérée uniquement comme un problème environnemental. Elle est étroitement liée aux structures économiques mondiales, aux modèles historiques d'industrialisation et aux relations de pouvoir inégales entre les pays et les classes sociales. Dès le début de la révolution industrielle, le développement du capitalisme moderne a été étroitement lié à l'extraction et à la consommation de combustibles fossiles. Le charbon a alimenté les premières productions industrielles en Europe, tandis que le pétrole et le gaz sont ensuite devenus essentiels pour les transports, la production d'électricité et les systèmes industriels mondiaux.

Au cours des XIXe et XXe siècles, les pays industrialisés d'Europe et d'Amérique du Nord ont étendu leur puissance économique grâce à une industrialisation à grande échelle. Ces pays ont consommé d'énormes quantités de combustibles fossiles pour construire des usines, des réseaux de transport, des infrastructures militaires et des systèmes urbains. Au fil du temps, ce processus a généré une richesse économique colossale dans les pays du Nord tout en augmentant simultanément la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre.

Les données historiques sur les émissions de carbone montrent clairement que les pays industrialisés sont les principaux responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pendant plus d'un siècle, ces pays ont émis du dioxyde de carbone à des niveaux bien supérieurs à ceux du reste du monde. Même aujourd'hui, les émissions par habitant dans de nombreux pays développés restent nettement plus élevées que celles des pays en développement.

Dans le même temps, de nombreux pays du Sud ont connu un processus d'industrialisation beaucoup plus tardif et à une échelle bien moindre. L'histoire coloniale, les relations commerciales inégales et la dépendance financière ont limité leur capacité à développer des économies industrielles indépendantes. En conséquence, leurs émissions cumulées à l'échelle mondiale restent relativement faibles.

Malgré cette disparité en matière de responsabilité historique, les effets du changement climatique touchent de manière disproportionnée les pays en développement. Bon nombre de ces pays sont situés dans des régions très vulnérables à des risques climatiques tels que les cyclones, les sécheresses, les inondations et l'élévation du niveau de la mer. Leurs économies dépendent également fortement de secteurs sensibles au climat, comme l'agriculture, la pêche et la sylviculture.

Pour les petits agriculteurs et les communautés rurales du Sud, le changement climatique menace à la fois leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire. Lorsque les récoltes sont perdues à cause de la sécheresse ou des inondations, les agriculteurs perdent leurs revenus et les familles ont du mal à se procurer suffisamment de nourriture. Lorsque des tempêtes détruisent les infrastructures rurales, les marchés et les chaînes d'approvisionnement sont perturbés. Ces bouldversements créent des cycles de pauvreté et de déplacement dont il est difficile de sortir.

La répartition inégale des répercussions climatiques met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial. Ceux qui ont le moins contribué au problème subissent les conséquences les plus graves. Cette situation soulève des questions éthiques et politiques cruciales concernant la responsabilité, le devoir de rendre des comptes et l'équité dans la gouvernance climatique mondiale.

Le concept de justice climatique a émergé en réponse à ces questions. La justice climatique met l'accent sur le fait que la lutte contre le changement climatique nécessite plus qu'une simple réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle exige de s'attaquer aux inégalités historiques et structurelles qui façonnent à la fois les causes et les conséquences de la crise climatique.

Selon les principes de la justice climatique, les pays qui ont historiquement émis les plus grandes quantités de gaz à effet de serre doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et le soutien à l'action climatique mondiale. Cette responsabilité inclut la fourniture de ressources financières, d'un soutien technologique et d'une aide au renforcement des capacités aux pays en développement.

Les négociations internationales sur le climat ont de plus en plus reconnu l'importance de ces principes. Les accords conclus dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) reprennent le concept de « responsabilités communes mais différenciées », qui reconnaît que tous les pays partagent la responsabilité de lutter contre le changement climatique, mais que ces responsabilités doivent varier en fonction des émissions historiques et des capacités économiques.

Cependant, la mise en œuvre de ces principes a souvent été limitée et contestée. Les pays en développement ont souligné à maintes reprises qu'ils avaient besoin d'un soutien financier et technologique pour opérer la transition vers des voies de développement à faible émission de carbone tout en relevant les défis liés à la pauvreté et au développement économique.

L'un des mécanismes les plus importants proposés pour répondre à ces enjeux est le financement climatique. Le financement climatique correspond aux ressources financières fournies par les pays développés pour appuyer les efforts d'atténuation et d'adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Ces fonds peuvent soutenir le développement des énergies renouvelables, les infrastructures résilientes au changement climatique, l'agriculture durable et les programmes de préparation aux catastrophes.

Malgré les engagements internationaux, l'ampleur du financement climatique fourni jusqu'à présent est bien inférieure aux besoins. De nombreux pays en développement continuent de faire face à d'importantes contraintes financières qui limitent leur capacité à investir dans les énergies renouvelables et les programmes d'adaptation au changement climatique. En outre, une grande partie du financement climatique existant est fournie sous forme de prêts plutôt que de subventions, ce qui alourdit le fardeau de la dette de pays déjà vulnérables.

Pour de nombreux pays du Sud, la dette publique représente un obstacle majeur à l'action climatique. Les gouvernements consacrent souvent une grande partie de leur budget national au service de la dette plutôt qu'à l'investissement dans les services sociaux ou la protection de l'environnement. Cette situation restreint la marge de manœuvre budgétaire disponible pour la mise en œuvre des politiques climatiques.

La lutte contre la crise climatique nécessite donc des réformes du système financier mondial. L'allègement de la dette, des accords commerciaux équitables et des mécanismes financiers justes sont nécessaires pour permettre aux pays en développement de s'engager sur la voie du développement durable.

Dans le même temps, la justice climatique doit également s'attaquer aux inégalités au sein des pays. Les effets du changement climatique ne sont pas répartis de manière uniforme entre les différents groupes sociaux. Les particuliers et les entreprises fortunés ont souvent une plus grande capacité à s'adapter aux effets du changement climatique, tandis que les communautés pauvres et marginalisées restent très vulnérables.

Les travailleurs des industries des combustibles fossiles sont confrontés à des incertitudes à mesure que les systèmes énergétiques évoluent vers les sources renouvelables. Sans une planification rigoureuse, l'abandon des combustibles fossiles pourrait entraîner des pertes d'emplois et des bouleversements sociaux dans les régions dépendantes de l'exploitation du charbon, de l'extraction pétrolière ou des industries connexes.

C'est pourquoi le concept de « transition juste » est devenu central dans les discussions sur la politique climatique. Une transition juste, cela signifie que la transition vers des systèmes énergétiques durables doit protéger les travailleurs, soutenir les communautés touchées et créer de nouvelles perspectives économiques. Elle vise à garantir que l'action climatique n'aggrave pas les inégalités sociales mais contribue au contraire à bâtir des économies plus équitables et solidaires.

Les mouvements paysans et les mouvements sociaux ont joué un rôle significatif dans la promotion de l'idée d'une transition juste. Ces mouvements insistent sur le fait que les solutions climatiques doivent donner la priorité aux besoins et aux droits des citoyens ordinaires plutôt qu'aux intérêts des grandes entreprises ou des institutions financières.

Pour les petits agriculteurs, la crise climatique est étroitement liée à des luttes plus larges autour des droits fonciers, de l'accès à l'eau, du contrôle des semences et de conditions de marché équitables. L'agriculture industrielle et l'agro-industrie ont concentré le pouvoir économique entre les mains d'une poignée de multinationales, souvent au détriment des communautés locales.

De nombreux agriculteurs sont confrontés à un endettement croissant en raison de la hausse des coûts des engrais chimiques, des pesticides et des semences hybrides. Parallèlement, la volatilité des marchés mondiaux et les politiques commerciales inéquitables font souvent baisser les prix que les agriculteurs obtiennent pour leurs produits. Ces pressions contribuent à la pauvreté en milieu rural et à l'instabilité sociale.

Le changement climatique aggrave ces difficultés en accroissant l'incertitude qui pèse sur la production agricole. Les agriculteurs doivent faire face à des régimes pluviométriques imprévisibles, à des phénomènes météorologiques extrêmes et à des dynamiques parasitaires en mutation. Sans soutien ni ressources adéquats, de nombreux ménages ruraux peinent à s'adapter.

Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire s'est imposée comme un cadre puissant pour lutter à la fois contre le changement climatique et l'injustice agricole. La souveraineté alimentaire met l'accent sur le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires, à donner la priorité à la production alimentaire locale et à protéger les ressources naturelles.

Contrairement au concept de sécurité alimentaire, qui se concentre souvent principalement sur la garantie d'un approvisionnement alimentaire adéquat, la souveraineté alimentaire met l'accent sur le contrôle démocratique des systèmes alimentaires. Elle souligne l'importance des savoirs locaux, des traditions culturelles et de la durabilité écologique.

Les mouvements pour la souveraineté alimentaire affirment que les petits agriculteurs jouent un rôle crucial dans la protection de la biodiversité et le maintien de systèmes agricoles résilients. Les pratiques agricoles traditionnelles s'appuient souvent sur des systèmes de culture diversifiés, des techniques naturelles de gestion des sols et des variétés de semences adaptées aux conditions locales. Ces pratiques peuvent renforcer la résilience face à la variabilité climatique tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des intrants issus des énergies fossiles.

L'agroécologie est devenue l'un des piliers centraux des mouvements pour la souveraineté alimentaire

L'agroécologie intègre des principes écologiques aux pratiques agricoles afin de créer des systèmes d'agriculture durables qui fonctionnent en harmonie avec les processus naturels. Elle met l'accent sur la biodiversité, la santé des sols, la conservation de l'eau et l'utilisation des savoirs locaux.

Les systèmes d'agriculture agroécologique nécessitent souvent moins d'intrants externes et s'appuient davantage sur des processus biologiques tels que le cycle des nutriments et la lutte naturelle contre les ravageurs. Ils permettent ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant la fertilité des sols et la productivité agricole à long terme.

Outre ses avantages environnementaux, l'agroécologie favorise également la résilience sociale et économique. En réduisant leur dépendance vis-à-vis d'intrants chimiques coûteux, les agriculteurs peuvent diminuer leurs coûts de production et renforcer leur autonomie économique. Les marchés locaux et les structures coopératives peuvent consolider les économies rurales et créer des opportunités de développement communautaire.

La promotion de l'agroécologie et de la souveraineté alimentaire représente donc une voie importante pour lutter à la fois contre le changement climatique et les inégalités rurales. Cependant, ces approches se heurtent souvent à la résistance de puissants intérêts privés qui tirent profit du modèle agricole industriel actuel.

Les grandes entreprises agroalimentaires contrôlent une part importante des marchés mondiaux des semences, de la production d'engrais et des systèmes de distribution alimentaire. Leur influence sur les processus décisionnels peut orienter les politiques agricoles de manière à privilégier la production industrielle et l'agriculture orientée vers l'exportation.

La transformation des systèmes alimentaires dans le contexte de l'action climatique nécessite de s'attaquer à ces déséquilibres structurels. Elle requiert des politiques qui soutiennent les petits agriculteurs, protègent les droits fonciers, favorisent la biodiversité et encouragent les pratiques agricoles durables.

Au niveau mondial, la coopération internationale est essentielle pour faire progresser ces objectifs. Le changement climatique est un défi transfrontalier qui ne peut être relevé par les pays seuls. Des efforts coordonnés sont nécessaires pour réduire les émissions mondiales, protéger les écosystèmes et soutenir les communautés vulnérables.

Cependant, la coopération internationale doit être guidée par des principes d'équité et de participation démocratique. Les processus décisionnels mondiaux devraient inclure les voix des mouvements sociaux, des peuples autochtones, des organisations d'agriculteurs, des travailleurs et des groupes de la société civile.

Trop souvent, les discussions sur les politiques climatiques sont dominées par les gouvernements et les grandes entreprises, tandis que les points de vue des communautés locales restent marginalisés. La création de structures de gouvernance inclusives est essentielle pour garantir que les solutions climatiques reflètent les besoins et les aspirations de populations diverses.

Une autre dimension importante de la justice climatique concerne la protection des droits des peuples autochtones. Les communautés autochtones entretiennent depuis des générations des liens profonds avec leurs territoires et possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion écologique. De nombreux territoires autochtones abritent une biodiversité et des ressources naturelles importantes, cruciales pour la stabilité climatique.

Cependant, ces communautés sont souvent confrontées à des menaces de la part des industries extractives telles que l'exploitation minière, le forage pétrolier et les projets d'infrastructure à grande échelle. La protection des droits fonciers autochtones et la reconnaissance des systèmes de connaissances autochtones sont donc des composantes essentielles de la justice climatique.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également prendre en compte les droits des générations futures. Le changement climatique présente des risques à long terme qui affecteront les enfants et les jeunes bien au-delà du moment présent. Les décisions prises aujourd'hui concernant les systèmes énergétiques, l'utilisation des terres et le développement économique façonneront les conditions environnementales dont hériteront les générations futures.

Partout dans le monde, les mouvements de jeunesse se mobilisent de plus en plus pour exiger une action climatique plus forte. Leurs actions mettent en évidence l'urgence de s'attaquer à la crise climatique et la responsabilité morale des générations actuelles qunat à la protection de la planète pour celles et ceux qui viendront après.

En résumé, la crise climatique est indissociable de questions plus larges d'inégalité mondiale, de responsabilité historique et de justice sociale. Lutter contre le changement climatique nécessite de transformer les systèmes économiques, de redistribuer les ressources et de donner du pouvoir aux communautés qui ont été historiquement marginalisées dans les processus décisionnels.

La section suivante examinera la relation entre la civilisation agricole, l'agriculture industrielle et les causes structurelles de la crise climatique, en accordant une attention particulière au rôle des communautés paysannes dans la construction d'alternatives durables.

Souveraineté alimentaire, agroécologie, terres et droits communautaires dans le contexte de la transition climatique

La crise climatique a mis en évidence les profondes faiblesses structurelles du système alimentaire mondial. Au cours du siècle dernier, l'agriculture a subi une transformation radicale sous l'effet de l'industrialisation, de la mondialisation et de l'influence croissante des grandes entreprises agroalimentaires. Cette transformation a considérablement accru la production alimentaire dans certaines régions du monde mais elle a également engendré de graves problèmes écologiques, sociaux et économiques qui sont les causes directes de l'urgence climatique.

L'agriculture industrielle est fortement dépendante des combustibles fossiles. Ceux-ci sont utilisés à de multiples étapes du système agricole moderne, notamment pour la production d'engrais chimiques et de pesticides, le fonctionnement des machines agricoles, les systèmes d'irrigation, les installations de transformation alimentaire, la réfrigération et le transport sur de longues distances. De ce fait, le système alimentaire mondial actuel est l'un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Les engrais azotés synthétiques, par exemple, sont produits par des procédés industriels à forte intensité énergétique qui reposent largement sur le gaz naturel. Lorsque ces engrais sont épandus dans les champs, ils libèrent du protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le dioxyde de carbone. De même, l'élevage industriel génère des quantités importantes de méthane, un autre puissant gaz à effet de serre.

L'expansion de l'agriculture industrielle s'accompagne également de déforestation, de dégradation des sols, de pollution de l'eau et de perte de biodiversité. Dans de nombreuses régions du monde, les forêts et les écosystèmes naturels ont été défrichés pour faire place à des plantations en monoculture destinées à la production de soja, d'huile de palme, de maïs et d'autres cultures de base destinées principalement aux marchés d'exportation.

. Ces pratiques ont affaibli la résilience des écosystèmes et réduit la capacité des milieux naturels à absorber le carbone de l'atmosphère. La dégradation des sols, en particulier, est devenue une préoccupation environnementale majeure. Des sols sains sont capables de stocker de grandes quantités de carbone et de retenir l'eau pendant les périodes de sécheresse. Cependant, les pratiques agricoles intensives qui reposent fortement sur les intrants chimiques et la monoculture continue dégradent souvent la structure des sols et réduisent leur teneur en matière organique.

Les conséquences environnementales de l'agriculture industrielle sont étroitement liées aux inégalités sociales et économiques. Les grandes entreprises agroalimentaires dominent les chaînes d'approvisionnement alimentaires mondiales, elles contrôlent des secteurs clés tels que la production de semences, les produits agrochimiques, la transformation alimentaire et la distribution au détail. Leur influence croissante a contribué à la concentration des terres et des ressources entre les mains d'un nombre relativement restreint d'acteurs puissants.

Les petits agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les travailleurs ruraux se retrouvent souvent marginalisés au sein de ce système. De nombreux petits agriculteurs sont confrontés à une baisse de leurs revenus, à une hausse des coûts de production et à un accès limité aux marchés. Dans certains cas, ils sont contraints d'abandonner complètement l'agriculture et de migrer vers les zones urbaines à la recherche d'un emploi.

L'accaparement des terres est devenu un problème majeur dans de nombreux pays en développement. De grandes entreprises et des fonds d'investissement ont acquis de vastes étendues de terres agricoles pour l'agriculture d'exportation, la production d'agrocarburants, l'exploitation minière et des projets de développement d'infrastructures. Ces acquisitions se font souvent sans consultation sérieuse des communautés locales et peuvent entraîner des déplacements de population et la perte de moyens de subsistance.

Face à ces problèmes, des mouvements sociaux à travers le monde ont développé des conceptions alternatives pour l'avenir de l'agriculture et des systèmes alimentaires. L'un des principes les plus significatifs développés par ces mouvements est le concept de souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire affirme le droit des peuples à déterminer leurs propres systèmes alimentaires et agricoles en fonction de leurs traditions culturelles, de leurs environnements écologiques et de leurs priorités sociales. Elle met l'accent sur le contrôle démocratique de la production, de la distribution et de la consommation alimentaires, plutôt que de laisser ces processus aux mains des marchés mondiaux et des intérêts des grandes entreprises.

Le système de souveraineté alimentaire reconnaît que les petits producteurs jouent un rôle central dans l'alimentation de la population mondiale. Malgré l'expansion de l'agriculture industrielle, des millions de petits agriculteurs continuent de produire une grande partie de l'approvisionnement alimentaire mondial, en particulier dans les pays en développement.

Ces agriculteurs pratiquent souvent une culture diversifiée en s'appuyant sur des savoirs traditionnels et des pratiques agricoles adaptées au contexte local. De tels systèmes peuvent renforcer la résilience face aux variations climatiques tout en préservant la biodiversité et en maintenant la santé des sols.

L'agroécologie s'est imposée comme une approche pratique et scientifique qui correspond bien aux principes de la souveraineté alimentaire. L'agroécologie intègre la science écologique aux savoirs agricoles traditionnels pour créer des systèmes agricoles qui sont durables sur le plan environnemental, équitables sur le plan social et viables sur le plan économique.

Plutôt que de dépendre d'intrants chimiques externes, l'agriculture agroécologique met l'accent sur des processus biologiques tels que le cycle naturel des nutriments, la diversification des cultures, l'agroforesterie et la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces pratiques contribuent à restaurer la fertilité des sols, à préserver les ressources en eau et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les systèmes agroécologiques impliquent souvent la culture de plusieurs espèces végétales dans un même champ, une pratique connue sous le nom de polyculture. Cette diversité peut réduire la vulnérabilité des cultures aux ravageurs et aux maladies tout en améliorant la productivité globale de l'exploitation. Elle renforce également la résilience des systèmes agricoles face aux variations climatiques, car différentes cultures réagissent différemment aux stress environnementaux.

L'agroforesterie est un autre élément important des systèmes agroécologiques. En intégrant des arbres aux cultures et à l'élevage, les agriculteurs peuvent créer des espaces multifonctionnels qui fournissent simultanément de la nourriture, du combustible, du fourrage et des effets bénéfiques pour l'environnement. Les arbres contribuent à stabiliser les sols, à améliorer la rétention d'eau et à séquestrer le carbone de l'atmosphère.

La diversité des semences est également fondamentale en agroécologie. Les variétés de semences traditionnelles développées par les agriculteurs au fil des générations possèdent souvent des caractéristiques uniques qui leur permettent de s'adapter à des environnements locaux spécifiques. Cependant, l'expansion des marchés commerciaux de semences et des régimes de propriété intellectuelle a menacé de faire disparaître ces variétés traditionnelles.

La protection des droits des agriculteurs à conserver, échanger et développer des semences est donc un aspect essentiel de la souveraineté alimentaire. Les banques de semences communautaires et les programmes de sélection conduits par les agriculteurs sont apparus comme des initiatives importantes pour préserver la biodiversité agricole et renforcer les systèmes alimentaires locaux.

Une autre dimension clé de la souveraineté alimentaire concerne l'accès à la terre et aux ressources naturelles. La sécurité foncière est essentielle pour que les agriculteurs investissent dans des pratiques agricoles durables et la gestion environnementale à long terme. Sans droits fonciers garantis, les agriculteurs peuvent être réticents à adopter des pratiques agroécologiques qui nécessitent du temps et des efforts pour produire des résultats.

Les politiques de réforme agraire ont historiquement joué un rôle important dans la lutte contre les inégalités rurales dans de nombreuses régions du monde. En redistribuant les terres aux agriculteurs sans terre ou aux petits exploitants, ces mesures peuvent contribuer à réduire la pauvreté et à promouvoir un développement rural plus équitable.

Cependant, la réforme agraire reste politiquement contestée dans de nombreux pays. Les grands propriétaires fonciers et les intérêts des entreprises s'opposent souvent aux réformes qui menacent leur contrôle sur des ressources foncières précieuses. En conséquence, les inégalités foncières continuent de constituer un obstacle majeur au développement agricole durable.

Les ressources en eau constituent un autre élément essentiel de la sécurité alimentaire. Le changement climatique modifie les régimes pluviométriques et augmente la fréquence des sécheresses et des inondations dans de nombreuses régions. Des stratégies de gestion durable de l'eau sont donc indispensables pour garantir la résilience agricole.

Les systèmes traditionnels de gestion de l'eau mis en place par les communautés rurales fournissent souvent des enseignements précieux en matière de gestion durable des ressources. Ces systèmes mettent fréquemment l'accent sur la gouvernance collective, l'accès équitable et l'équilibre écologique à long terme.

Les droits communautaires et les processus décisionnels collectifs sont au cœur de nombreuses initiatives agroécologiques et de souveraineté alimentaire. Les coopératives d'agriculteurs, les organisations communautaires et les réseaux locaux peuvent renforcer les économies locales et offrir des plateformes de participation démocratique à la gouvernance des systèmes alimentaires.

Les femmes jouent un rôle particulièrement important dans la production alimentaire et les moyens de subsistance ruraux. Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont chargées de la plantation, de la récolte, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Elles jouent également un rôle clé dans le maintien de la sécurité alimentaire des ménages et la préservation des savoirs traditionnels en matière de semences, de plantes médicinales et de préparation des aliments.

Malgré leurs apports, les agricultrices sont souvent victimes de discrimination en matière d'accès à la terre, au crédit, à la formation et aux possibilités de prise de décision. La lutte contre les inégalités de genre est donc un élément essentiel de la mise en place de systèmes alimentaires durables et justes.

L'engagement des jeunes est un autre enjeu crucial pour l'avenir de l'agriculture. De nombreux jeunes ruraux migrent vers les villes car ils perçoivent l'agriculture comme une activité économiquement précaire ou socialement sous-valorisée. Créer des débouchés pour les jeunes agriculteurs grâce à la formation, à l'accès à la terre et à des politiques de soutien peut contribuer à revitaliser les communautés rurales.

L'éducation et l'échange de connaissances sont essentiels pour faire progresser les pratiques agroécologiques. Les réseaux d'apprentissage entre agriculteurs se sont révélés très efficaces pour diffuser des techniques innovantes et renforcer la solidarité communautaire. Ces réseaux permettent aux agriculteurs de partager leurs expériences, d'expérimenter de nouvelles pratiques et de surmonter collectivement les défis.

Outre les initiatives locales, des politiques publiques favorables sont nécessaires pour développer l'agroécologie et la souveraineté alimentaire. Les gouvernements peuvent promouvoir l'agriculture durable en investissant dans la recherche, les services de vulgarisation, les infrastructures rurales et les marchés locaux.

Les programmes de marchés publics qui privilégient les denrées alimentaires issues de la petite agriculture peuvent renforcer les économies locales tout en améliorant la nutrition dans les écoles, les hôpitaux et autres institutions publiques. De tels programmes peuvent également réduire l'impact environnemental du transport des denrées alimentaires en soutenant les systèmes alimentaires locaux.

Les politiques commerciales jouent également un rôle important dans la configuration des systèmes agricoles. Les accords commerciaux mondiaux privilégient souvent une agriculture axée sur l'exportation et les intérêts des grandes entreprises, parfois au détriment des producteurs alimentaires locaux. Il est essentiel de revoir ces politiques afin de protéger la production alimentaire nationale et les moyens de subsistance ruraux pour faire progresser la souveraineté alimentaire.

Les politiques climatiques doivent donc être étroitement intégrées aux politiques de développement agricole et rural. Le soutien à l'agriculture agroécologique et aux systèmes alimentaires locaux peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant la sécurité alimentaire et la résilience rurale.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles ouvre également des perspectives pour la transformation des systèmes énergétiques agricoles. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'irrigation solaire, les systèmes de biogaz et les réseaux énergétiques décentralisés peuvent soutenir les communautés rurales tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles.

Cependant, l'adoption des technologies d'énergie renouvelable doit être soigneusement conçue pour garantir qu'elles restent accessibles aux petits agriculteurs et ne soient pas accaparées par les grandes entreprises. Les projets énergétiques communautaires peuvent offrir des modèles plus équitables pour le développement énergétique rural.

En fin de compte, la transformation des systèmes alimentaires n'est pas seulement un défi technique, mais aussi le fruit d'un travail politique. Elle nécessite de modifier les rapports de force au sein des économies agricoles et de donner aux communautés les moyens de définir leurs propres voies de développement.

Les mouvements paysans, les organisations autochtones et les mouvements sociaux ruraux ont été à l'avant-garde de ces changements. Grâce à des actions collectives, ils ont remis en cause le soutien apporté à l'agriculture industrielle et promu des visions alternatives fondées sur la durabilité écologique et la justice sociale.

Leurs expériences démontrent que des réponses à la crise climatique sont déjà présentes au sein de nombreuses communautés locales. Ce qu'il faut, c'est une plus grande reconnaissance, un soutien accru et un engagement des pouvoirs publics pour déployer ces solutions à l'échelle nationale et mondiale.

La section suivante examinera le rôle des mouvements sociaux, de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale dans la promotion d'une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles, tout en renforçant la souveraineté alimentaire et la justice climatique.

Mouvements sociaux, coopération internationale et voies vers une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles

La transition mondiale vers l'abandon des combustibles fossiles n'est pas un simple changement technologique des systèmes énergétiques. Il s'agit d'une profonde transformation sociale, économique et politique qui touche tous les secteurs de la société humaine. La production d'énergie, l'agriculture, l'industrie, les transports et les modes de consommation sont étroitement imbriqués dans le modèle économique actuel fondé sur les combustibles fossiles. Aller vers un avenir durable nécessite donc non seulement de nouvelles technologies, mais aussi de nouvelles formes de gouvernance, de coopération et d'action collective.

Dans ce contexte, les mouvements sociaux ont joué un rôle de plus en plus important dans l'orientation des débats mondiaux sur le changement climatique et la durabilité. Des organisations de base, des mouvements paysans, des communautés autochtones, des syndicats, des associations de jeunes, des organisations de femmes et des militants écologistes se sont mobilisés à travers le monde pour réclamer des politiques climatiques plus ambitieuses et des voies de développement plus équitables.

Ces mouvements ont insufflé une perspective critique aux négociations internationales sur le climat, soulignant que l'action climatique doit prendre en compte la justice sociale, les inégalités économiques et les droits humains. Ils ont également remis en cause la prédominance des intérêts des multinationales dans l'élaboration des politiques climatiques et plaidé en faveur d'une participation démocratique aux processus décisionnels.

Les mouvements paysans, en particulier, ont apporté une contribution significative au débat mondial sur le changement climatique. Les organisations qui représentent les petits agriculteurs ont mis en évidence les liens entre l'agriculture industrielle, la dépendance aux combustibles fossiles et la dégradation écologique. Elles soutiennent que des solutions climatiques efficaces doivent transformer les systèmes alimentaires et soutenir des pratiques agricoles durables ancrées dans l'agroécologie et la souveraineté alimentaire.

Le mouvement paysan mondial s'est considérablement développé au cours des dernières décennies, il ar créé des réseaux qui relient les organisations d'agriculteurs à travers les continents. Ces réseaux facilitent l'échange de connaissances, de stratégies et d'expériences liées à l'agriculture durable, aux droits fonciers et au développement rural.

Lors de forums et de campagnes internationales, les organisations paysannes ont défendu des politiques qui protègent les petits agriculteurs contre les pratiques commerciales déloyales, l'expropriation foncière et la destruction de l'environnement. Elles ont également promu l'agroécologie comme une méthode qui permet de réduire les émissions agricoles tout en améliorant les moyens de subsistance en milieu rural.

Les mouvements autochtones ont également souligné l'importance de protéger les terres, les forêts et les écosystèmes naturels. Les communautés autochtones entretiennent souvent des relations de longue date avec leurs territoires, fondées sur des traditions culturelles et des connaissances écologiques développées au fil des générations. Ces communautés jouent fréquemment le rôle de gardiennes de paysages riches en biodiversité qui jouent un rôle vital dans la stabilisation du climat mondial.

Cependant, les peuples autochtones continuent de faire face à des menaces venues des industries extractives, des projets de développement d'infrastructures et de l'accaparement des terres. Le forage pétrolier, les opérations minières et l'expansion agricole à grande échelle ont souvent empiété sur les territoires autochtones, sapant les moyens de subsistance traditionnels et la gestion écologique.

La protection des droits des peuples autochtones et la reconnaissance de leurs systèmes de connaissances sont donc des éléments essentiels de la justice climatique. De nombreuses communautés autochtones possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des terres, de conservation de la biodiversité et de résilience des écosystèmes. L'intégration de ces connaissances dans les stratégies climatiques peut renforcer la protection de l'environnement tout en respectant la diversité culturelle.

Les mouvements de travailleurs jouent également un rôle crucial dans la mise en œuvre de la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Des millions de travailleurs à travers le monde sont actuellement employés dans des industries liées à l'extraction, au traitement et à la distribution des combustibles fossiles. Ces travailleurs et leurs communautés dépendent souvent fortement de ces industries pour leur survie économique.

Une transition rapide et non planifiée vers l'abandon des combustibles fossiles pourrait donc entraîner d'importantes perturbations sociales si d'autres possibilités d'emploi ne sont pas créées. Le concept de « transition juste » met l'accent sur la nécessité de protéger les droits des travailleurs et de veiller à ce que les politiques climatiques créent des emplois décents et des moyens de subsistance durables.

Les stratégies de transition juste peuvent inclure des programmes de reconversion professionnelle, des mesures de protection sociale, des investissements publics dans les industries des énergies renouvelables et des programmes de diversification économique régionale. En impliquant activement les travailleurs et les syndicats dans la planification, les gouvernements peuvent contribuer à garantir que la transition vers des systèmes énergétiques durables profite à la société dans son ensemble.

Les mouvements de jeunesse se sont également imposés comme des voix puissantes dans les actions mondiales pour le climat. Partout dans le monde, les jeunes se sont mobilisés par le biais de grèves scolaires, de manifestations et de campagnes de sensibilisation pour exiger une action urgente de la part des gouvernements et des multinationales. Leur militantisme reflète une prise de conscience croissante du fait que le changement climatique fait peser des risques à long terme sur les générations futures.

Les jeunes activistes soulignent souvent la dimension morale de l'action climatique, affirmant que les dirigeants politiques actuels ont la responsabilité de préserver la planète pour ceux qui en hériteront. Leur énergie et leur détermination ont contribué à placer le changement climatique au premier plan dans le débat public à l'échelle planétaire.

Les mouvements de femmes ont également mis en évidence les dimensions de genre dans la crise climatique. Dans de nombreuses communautés rurales, ce sont les femmes qui sont chargées de subvenir aux besoins en eau, en combustible et en nourriture de leur famille. Les perturbations liées au climat, telles que les sécheresses, les inondations et la pénurie de ressources, peuvent donc imposer des charges supplémentaires aux femmes et aux filles.

Par ailleurs, les femmes possèdent souvent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des ressources et de résilience communautaire. L'autonomisation des femmes par l'éducation, les droits fonciers et les possibilités de prendre des responsabilités peut contribuer à la fois à améliorer l'adaptation au changement climatique et à stimuler les efforts en faveur du développement durable.

Le rôle de plus en plus important joué par divers mouvements sociaux a élargi le champ des débats sur le climat au-delà des considérations techniques et économiques. Il a mis en évidence le fait que les solutions climatiques doivent aborder des questions fondamentales relatives au pouvoir, à la justice et à la participation démocratique.

La coopération internationale reste essentielle pour faire face à la crise climatique. Le changement climatique est un problème mondial qui transcende les frontières nationales. Les émissions de gaz à effet de serre rejetées dans un pays peuvent affecter les écosystèmes et les communautés partout dans le monde. Par conséquent, une action internationale coordonnée est nécessaire pour parvenir à des réductions significatives des émissions et protéger les populations vulnérables.

La gouvernance climatique mondiale s'organise principalement à travers des accords et des institutions internationaux. Ces cadres visent à faciliter la coopération entre les gouvernements, à établir des objectifs communs et à mettre en place des dispositifs de suivi des progrès.

Cependant, les négociations internationales sur le climat se heurtent souvent à des difficultés importantes. Les pays ont des priorités économiques, des intérêts politiques et des niveaux de développement différents. Concilier ces intérêts tout en maintenant des engagements climatiques ambitieux nécessite des négociations diplomatiques complexes.

Les pays en développement soulignent fréquemment l'importance de l'équité dans les accords climatiques mondiaux. Ils font valoir que les nations riches ayant une longue histoire d'émissions industrielles doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et fournir un soutien financier et technologique.

Le financement climatique est donc devenu un enjeu central dans les négociations internationales sur le climat. Les pays en développement ont besoin de ressources financières importantes pour mettre en œuvre des projets d'énergie renouvelable, renforcer la résilience climatique et soutenir des Initiatives agricoles durables.

Le financement des mesures d'adaptation est particulièrement important pour les pays qui subissent déjà de graves impacts climatiques. Les régions côtières confrontées à l'élévation du niveau de la mer, les communautés agricoles confrontées à la sécheresse et les petits États insulaires menacés par des phénomènes météorologiques extrêmes ont tous besoin d'investissements substantiels dans les infrastructures et la préparation aux catastrophes.

Le transfert de technologies est un autre élément important de la coopération internationale en matière de climat. De nombreux pays en développement n'ont pas accès aux technologies de pointe qui pourraient soutenir le développement des énergies renouvelables et les stratégies d'adaptation au changement climatique. Le partage des connaissances technologiques et la réduction des obstacles à l'accès aux technologies peuvent accélérer l'action mondiale en faveur du climat.

Des mesures de renforcement des capacités sont également nécessaires pour soutenir la mise en œuvre des politiques climatiques. Les programmes de formation, les collaborations en matière de recherche et les actions de consolidation institutionnelle peuvent aider les pays à acquérir l'expertise nécessaire pour concevoir et gérer des politiques climatiques efficaces.

Si les accords internationaux fournissent des cadres importants pour la coopération, l'action locale reste tout aussi indispensable. Les solutions climatiques doivent être adaptées à des contextes écologiques, culturels et économiques particuliers. Les initiatives communautaires jouent souvent un rôle clé dans la mise en œuvre de solutions concrètes sur le terrain.

Les collectivités locales, les organisations de la société civile et les mouvements populaires mènent fréquemment des projets innovants dans les domaines des énergies renouvelables, de l'agriculture durable, de la conservation des forêts et de l'adaptation au changement climatique. Ces initiatives démontrent qu'une action climatique significative peut être menée à plusieurs niveaux de gouvernance.

Les villes sont de plus en plus reconnues comme des acteurs importants de la politique climatique. Les zones urbaines représentent une part significative de la consommation énergétique mondiale et des émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les municipalités disposent souvent du pouvoir de mettre en œuvre des politiques relatives aux transports, aux normes de construction, à la gestion des déchets et à l'efficacité énergétique.

Les communautés rurales jouent un rôle tout aussi essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Les paysages agricoles, les forêts, les zones humides et les prairies jouent un rôle important dans la régulation du système climatique terrestre. La gestion durable de ces écosystèmes peut contribuer à la séquestration du carbone, à la conservation de la biodiversité et à la résilience climatique.

La transformation des systèmes énergétiques représente l'un des aspects les plus critiques de la transition climatique mondiale. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique constituent des alternatives aux combustibles fossiles susceptibles de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

Ces dernières années, les coûts des technologies renouvelables ont considérablement baissé, ce qui les rend de plus en plus compétitives par rapport aux sources d'énergie fossiles. De nombreux pays investissent désormais massivement dans les infrastructures d'énergie renouvelable dans le cadre de leurs stratégies climatiques.

Cependant, le développement des énergies renouvelables doit également être géré avec soin afin d'éviter de créer de nouvelles formes de dégâts environnementaux et sociaux. Les projets d'infrastructure de grande envergure peuvent parfois affecter les écosystèmes locaux ou déplacer des communautés s'ils sont mis en œuvre sans consultation ni planification adéquates.

Les projets énergétiques renouvelables menés par les communautés offrent des modèles prometteurs pour des transitions énergétiques équitables. En incluant les populations locales dans la propriété et les processus décisionnels, ces initiatives peuvent répartir les bénéfices économiques plus équitablement tout en renforçant le soutien public au développement des énergies renouvelables.

Les mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique jouent également un rôle essentiel dans la réduction des émissions. L'amélioration de l'isolation des bâtiments, la promotion d'appareils électroménagers à faible consommation d'énergie et le développement de systèmes de transport durables peuvent réduire considérablement la demande énergétique globale.

Les réseaux de transports publics, les aménagements cyclables et un urbanisme favorable aux piétons peuvent réduire la dépendance à l'égard des voitures particulières tout en améliorant la qualité de l'air et la santé publique. De telles mesures démontrent que les politiques climatiques peuvent générer simultanément de multiples avantages sociaux et environnementaux.

La transition vers des économies durables nécessite également de repenser les modes de consommation et de production. De nombreux systèmes économiques actuels reposent sur une croissance continue de l'extraction et de la consommation des ressources, ce qui exerce une pr

Dix ans après les « Panama Papers », les ultrariches dissimulent toujours des fortunes colossales dans les paradis fiscaux

7 avril, par Oxfam-Québec — , ,
Le 2 avril 2026 — Une nouvelle analyse d'Oxfam publiée aujourd'hui, à l'aube du 10e anniversaire des « Panama Papers », révèle que la fortune non imposée dissimulée dans les (…)

Le 2 avril 2026 — Une nouvelle analyse d'Oxfam publiée aujourd'hui, à l'aube du 10e anniversaire des « Panama Papers », révèle que la fortune non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux par les 0,1 % les plus riches est supérieure à la richesse totale de la moitié la plus pauvre de l'humanité, soit 4,1 milliards de personnes.

Ces révélations démontrent qu'une décennie plus tard, les ultrariches exploitent toujours les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt et dissimuler leurs actifs, soulignant la nécessité urgente d'une action internationale coordonnée pour taxer les fortunes extrêmes et mettre fin à l'évasion fiscale. 

Oxfam estime qu'en 2024, 3 550 milliards de dollars de richesses non imposées étaient dissimulés dans des paradis fiscaux et des comptes non déclarés. Cette somme dépasse le PIB de la France et représente plus du double du PIB combiné des 44 pays les moins riches du monde. 

Les 0,1 % des personnes les plus riches détiennent environ 80 % de l'ensemble de la richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux, soit environ 2 840 milliards de dollars. Les 0,01 % les plus fortunées détiennent à elles seules environ la moitié de cette richesse (1 770 milliards de dollars). 

Une question de pouvoir et d'impunité

« Les Panama Papers ont levé le voile sur le monde opaque des paradis fiscaux : un univers caché où les plus riches déplacent subrepticement d'immenses fortunes hors de portée de l'impôt et de tout contrôle. Dix ans plus tard, les ultrariches dissimulent toujours des fortunes colossales dans des paradis fiscaux », souligne Christian Hallum, responsable des questions fiscales chez Oxfam International.

 « Il ne s'agit pas seulement d'astuces comptables, mais de pouvoir et d'impunité. Lorsque des millionnaires et des milliardaires dissimulent des milliers de milliards de dollars dans les paradis fiscaux, ils s'affranchissent des obligations qui régissent le reste de la société. Les conséquences sont aussi prévisibles que dévastatrices : les écoles et les hôpitaux publics manquent de moyens financiers, le tissu social se déchire sous le poids des inégalités croissantes, et les gens ordinaires sont contraints de supporter les coûts d'un système manipulé par une poignée de personnes dont le seul but est de faire croître leur fortune. »


Bien que des progrès aient été réalisés pour réduire les richesses non imposées dissimulées à l'étranger, celles-ci représentent environ 3,2 % du PIB mondial. Ces avancées demeurent aussi profondément inégales : la plupart des pays du Sud sont exclus du système d'échange automatique d'informations (EAI), malgré leur besoin criant de recettes fiscales pour soutenir les services publics. L'EAI a permis de réduire la part des richesses non imposées au cours des dernières années. 

Oxfam appelle les gouvernements à :

* Renforcer la coopération internationale afin d'imposer les plus riches et de mettre fin aux paradis fiscaux dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale, tout en soutenant les initiatives régionales et internationales complémentaires.

* Renforcer les autorités fiscales et la transparence financière en dotant les gouvernements des outils nécessaires pour identifier et tracer le patrimoine des plus riches, notamment par la création d'un registre mondial des actifs. 

* Veiller à ce que les 1 % les plus riches soient soumis à des taux d'imposition effectifs nettement supérieurs sur les revenus provenant à la fois du travail et du capital, avec des taux encore plus élevés pour les multimillionnaires et les milliardaires. 

* Introduire des impôts sur les fortunes extrêmes à des niveaux suffisants pour réduire les inégalités, en ciblant en particulier les 1 % les plus riches. 

Notes

Téléchargez la note méthodologique d'Oxfam. 

La richesse dissimulée dans les paradis fiscaux a augmenté depuis la publication des « Panama Papers », atteignant environ 13 250 milliards de dollars (soit 12,48 % du PIB mondial) en 2023. Toutefois, la part de richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux a considérablement diminué. Les chercheurs et chercheuses attribuent cette baisse au système d'échange automatique d'informations (EAI) mis en place vers 2016-2017. Si les années qui ont suivi ont été marquées par une forte baisse de la richesse non imposée dissimulée dans les paradis fiscaux, le déclin a ralenti depuis 2018, se stabilisant à environ 2 à 4 % du PIB mondial.

À ce jour, 126 pays et juridictions ont adhéréà la Norme commune de déclaration (NCD/CRS), le standard mondial régissant l'EAI. Cependant, de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire inférieur restent exclus de cette initiative, bien qu'ils comptent parmi les plus durement touchés par l'évasion fiscale. 

En novembre 2024, les États membres de l'ONU ont approuvé les termes de référence d'une Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale. Les négociations ont officiellement commencé au début de l'année 2025 et devraient se poursuivre jusqu'en 2027.

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Trump, Poutine et l’Ukraine : vers un partage des zones d’influence au détriment des peuples

Depuis le début de son second mandat, Donald Trump redéfinit la stratégie internationale des États-Unis selon une logique brutale de rapports de force entre grandes puissances. (…)

Depuis le début de son second mandat, Donald Trump redéfinit la stratégie internationale des États-Unis selon une logique brutale de rapports de force entre grandes puissances. Tout en multipliant les politiques agressives au Moyen-Orient et dans les Amériques, son administration a engagé un repositionnement stratégique vis-à-vis de la Russie.

2 avril 2026 | tiré du site du CADTM |
Photo : Trump White House Archived, CC, Flickr

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7. Hémisphère occidental : une histoire des États-Unis écrite par la guerre
8. Trump, Poutine et l'Ukraine : vers un partage des zones d'influence au détriment des peuples

Loin d'être présentée comme l'ennemi central de l'ordre mondial, Moscou est désormais traitée comme un adversaire secondaire avec lequel un arrangement serait possible. L'objectif de Washington est clair : empêcher que la Russie ne renforce davantage son alliance avec la Chine, considérée comme le rival systémique principal des États-Unis [1]. C'est une différence par rapport à son premier mandat et à celui de Joe Biden de 2021 à 2024.

Les documents stratégiques publiés par l'administration Trump entre décembre 2025 et le début de 2026 confirment ce tournant. La Russie y est décrite comme une menace « persistante mais gérable », tandis que les dirigeant·es européen·nes sont accusé·es d'exagérer le danger qu'elle représenterait et d'entretenir des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre en Ukraine. Dans le même temps, Washington affirme vouloir négocier une fin rapide de la guerre sous son égide.
Ce repositionnement ouvre la voie à un scénario lourd de conséquences : un arrangement entre puissances impérialistes – les États-Unis et la Russie – qui se fera au détriment du peuple ukrainien.

La politique de Trump à l'égard de la Russie

Depuis le début de son deuxième mandat, Donald Trump a obtenu de Vladimir Poutine que, au-delà des protestations verbales, il ne réagisse pas aux actes d'agression et de guerre perpétrés par Washington contre des alliés de Moscou, que ce soit le Venezuela ou l'Iran, ou encore par rapport au blocus total de Cuba appliqué depuis fin janvier 2026 [2]. Trump a opéré un tournant par rapport à la politique adoptée au cours de son premier mandat au cours duquel il mettait la Chine et la Russie sur un même plan en les considérant comme des adversaires voulant remettre en cause l'ordre international dominé par Washington.

Donald Trump envoie comme message à Poutine qu'il est disposé à accepter que Moscou use et abuse de la force dans son environnement géographique notamment en Ukraine tout comme Washington le fait dans les Amériques, au Proche-Orient et ailleurs. Trump affirme son droit à user de la force partout dans le monde et reconnaît de fait le droit de Poutine à faire de même dans un périmètre plus limité qui correspond à une partie du territoire de l'ex-empire russe du temps des tsars et de l'ex-Union soviétique. Cela correspond à une logique classique de partage implicite des zones d'influence entre grandes puissances impérialistes.

Trump cherche également à éviter de renforcer l'alliance entre la Russie et la Chine et pour cela, il ne met plus ces deux pays sur le même plan. C'est une différence par rapport à son premier mandat et à celui de Joe Biden de 2021 à 2024.

Trump a réduit le soutien militaire direct des États-Unis à l'Ukraine en faisant porter le poids de ce soutien à ses alliés d'Europe occidentale dans l'OTAN. En janvier 2026, il a invité Moscou et ses alliés de Biélorussie et de Hongrie à faire partie de son Conseil Mondial de la paix.

Le 5 mars 2026, Trump a annoncé qu'il permettait temporairement à la Russie d'exporter sans sanction son pétrole vers l'Inde qui le consomme ou le réexporte vers d'autres parties du monde, y compris l'Europe. Une des raisons non dites est de convaincre la Russie de se contenter d'émettre des protestations verbales à l'égard de l'agression massive de Washington et d'Israël contre l'Iran, son allié.

Trump in extenso

Trump révèle un certain nombre de positions à propos de l'Europe, de la Russie et de l'Ukraine dans le document sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale divulgué le 3 décembre 2025. Il considère que l'UE et la Grande Bretagne « bénéficient d'un avantage considérable en termes de puissance militaire sur la Russie, et ce, dans presque tous les domaines, à l'exception des armes nucléaires » [3] et que les dirigeants européens exagèrent la menace que représente la Russie.

Le document de l'administration Trump poursuit : « Suite à la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l'Europe et la Russie sont aujourd'hui fortement dégradées, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle » [4].

De la manière dont le texte est écrit, on peut en déduire que Trump dit aux gouvernements européens que la Russie n'est pas une menace existentielle pour eux. À certaines occasions, Trump a décrit la Russie comme une menace existentielle, mais ce n'est ni le cas dans le document de stratégie de sécurité nationale publié en décembre 2025, ni dans le document de stratégie de défense nationale publié fin janvier 2026.

Trump considère que l'UE et la GB doivent opter pour une approche différente de celle adoptée jusqu'ici dans les négociations avec la Russie en ce qui concerne les revendications de de cette dernière. C'est particulièrement clair dans ce passage :

« L'administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre, perchés au sein de gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l'opposition. »

Rappelons que Trump affirme que les gouvernements européens répriment les partis patriotiques, c'est-à-dire l'extrême-droite néofasciste [5].

Le texte de Trump poursuit :

« Une grande majorité d'Européens souhaite la paix mais ce désir ne se traduit pas en actes politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. »

et il ajoute :

« Ceci est stratégiquement important pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s'ils sont pris au piège d'une crise politique » [6].

Cela signifie que Trump déclare qu'il va de l'intérêt des États-Unis que les partis patriotiques (c'est-à-dire d'extrême-droite et néo fascistes) soient au gouvernement ce qui, selon l'administration en place, résoudrait la crise politique.

Il y a évidemment dans le passage qui précède, un désaveu très net à l'égard des gouvernements allemand, français, britannique, espagnol, danois, polonais, etc. En revanche, cela renforce la position du premier ministre hongrois Viktor Orban et du premier ministre slovaque Robert Fico, à qui Marco Rubio, ministre des Affaires étrangères des États-Unis, est allé rendre visite en février 2026 après la conférence de Munich sur la paix. Rappelons que ces deux gouvernements sont favorables à alléger les sanctions contre la Russie de Poutine et qu'ils expriment leur sympathie pour Trump.

Concernant les relations entre l'UE, la GB, la Russie et l'Ukraine, il est clair que Trump veut rester au centre du jeu diplomatique :

« La gestion des relations européennes avec la Russie exigera un engagement diplomatique américain significatif, à la fois pour rétablir les conditions de la stabilité stratégique sur l'ensemble du continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens » [7]. [8]

On peut aussi déduire du passage précédent que vu la supériorité militaire des pays de l'UE et de la GB sur la Russie, le rééquilibrage devrait se faire au profit de la Russie. La même idée se trouve dans le passage suivant :

« Il est primordial pour les États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d'empêcher une escalade ou une extension involontaire du conflit et de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie, ainsi que de permettre la reconstruction de l'Ukraine après les hostilités afin d'assurer sa survie en tant qu'État viable » [9]. [10]

Dans le passage précédent, Trump réaffirme qu'il veut une fin rapide des hostilités et il met la pression sur l'UE, la GB et l'Ukraine pour qu'elles fassent des concessions à la Russie, le tout sous les auspices de Washington.

La politique de Trump par rapport à l'Ukraine

Trump n'a aucune considération pour le droit du peuple ukrainien à défendre sa souveraineté. Or si l'invasion de février 2022 a été mise largement en échec, c'est parce que le peuple ukrainien a résisté et a montré son attachement à la souveraineté de son pays. Si le peuple ukrainien n'avait pas été massivement en faveur de la résistance, l'envoi des armes par les puissances occidentales aux autorités de Kiev n'auraient pas suffi à mettre en échec le plan initial de Poutine qui voulait arriver avec son armée à Kiev, changer le régime et prendre possession d'une portion importante du territoire ukrainien en commençant par l'Est du pays. Affirmer cela doit aller de pair avec la critique de la politique néolibérale et nationaliste chauvine du gouvernement de droite de V. Zelensky, avec la dénonciation de l'OTAN et des visées impérialistes de Trump et des Européens sur l'Ukraine. Il est important aussi de préciser que l'Ukraine n'est pas une puissance impérialiste.

Trump se moque totalement du droit international et considère qu'il peut par la force prendre le contrôle des ressources pétrolières du Venezuela ou celles de l'Iran après avoir agressé militairement ces pays. Il estime que la Russie de Poutine peut, dans son entourage immédiat, en faire autant du moment que cela ne porte pas préjudice aux intérêts étasuniens en Europe de l'Est. Trump est prêt à un arrangement avec Poutine sur le dos du peuple ukrainien. Poutine peut garder ou prendre le contrôle d'une partie du territoire, de la population et des ressources naturelles de l'Ukraine si les entreprises US obtiennent en contrepartie des avantages dans le reste du territoire ukrainien [11]. À cette condition, Washington serait prêt à protéger les autorités ukrainiennes affaiblies et le territoire sur lequel elles garderaient le contrôle à condition que les autorités de Kiev permettent aux entreprises étatsuniennes d'amasser un maximum de profits [12]. Ce que Trump propose est un accord entre deux puissances impérialistes prédatrices, les États-Unis et la Russie, qui s'accordent pour bafouer le droit des peuples à l'autodétermination et à l'exercice de la souveraineté sur leurs territoires et sur les ressources naturelles qui s'y trouvent. Les puissances impérialistes européennes sont mises largement de côté par Trump, bien qu'elles aussi cherchent à promouvoir leur propres intérêts et ceux de leurs grandes entreprises privées qui convoitent les ressources naturelles, les terres et le marché ukrainien.

La position de Trump à propos de la Russie

Trump considère que les administrations précédentes ont commis l'erreur de favoriser la constitution d'un bloc entre la Russie et la Chine, ce qui a renforcé la position de la Chine. Trump souhaite séparer la Russie de la Chine ou, en tout cas, réduire les liens entre ces deux puissances. Washington, qui désigne la Chine comme son adversaire principal et systémique, essaye donc de réduire la propension de la Russie à renforcer ses liens avec celle-ci [13]. Le NSS 2025 considère la Russie comme un adversaire militaire sérieux mais stratégiquement secondaire, à contenir sans l'ériger en ennemi civilisationnel, afin de concentrer les moyens (militaires et économiques) des États-Unis pour combattre la Chine.

La réaction du Kremlin à la publication du document de stratégie de sécurité nationale NSS 2025

Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a commenté le document de stratégie de sécurité nationale lors d'une interview accordée au journaliste d'État russe le 7 décembre 2025, Pavel Zarubin pour la chaîne Rossiya 1, largement relayé par les médias russes telles qu'Interfax, Fontanka ou TASS : « Les ajustements apportés à la stratégie nationale de sécurité des États-Unis correspondent en grande partie à notre vision » [14].

La note de presse complète publiée par le media russe en ligne Fontanka.ru le 7 décembre 2025 précise :

« Peskov a commenté la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Les ajustements apportés à la stratégie de sécurité nationale des États-Unis correspondent en grande partie à la vision du gouvernement russe. C'est ainsi que Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a commenté la mise à jour du document au journaliste Pavel Zaroubin. Le porte-parole du président a exprimé l'espoir que la nouvelle stratégie permettra à Washington et à Moscou de poursuivre de manière constructive leur collaboration sur la question ukrainienne. La stratégie actualisée a été publiée vendredi 5 décembre par l'administration du président américain Donald Trump. Les relations avec l'Europe et le conflit en Ukraine occupent une place particulière dans le document. Il est également souligné que l'OTAN ne doit pas être une « alliance en expansion infinie ». Peskov a souligné qu'il fallait suivre de près la mise en œuvre de ce concept. » (Source : https://www.fontanka.ru/2025/12/07/76159504/ )

L'agence de presse Interfax quant à elle écrivait le 7 décembre 2025 :

« Le Kremlin a salué les formulations relatives à l'OTAN dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Medvedev voit dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis une tentative d'améliorer les relations avec la Russie. Le Kremlin salue les formulations de la stratégie de sécurité nationale américaine actualisée concernant le gel de l'élargissement de l'OTAN, mais suivra de près la mise en œuvre concrète de ce document. » [15].

Rappelons que Dmitri Medvedev est vice-président du Conseil de sécurité de la Russie et président du parti poutinien au pouvoir Russie unie.

L'évolution de Washington dans la description de la Russie en tant que menace entre Trump I et Trump II

Dans la Stratégie nationale de défense 2026 rendue publique fin janvier 2026 (NDS 2026), la Russie est identifiée comme « une menace persistante mais gérable » pour l'OTAN, un changement favorable à la Russie par rapport aux qualificatifs plus alarmants des documents précédents qui désignait la Russie en tant que « puissance révisionniste » (revisionist power), pendant le premier mandat de Trump en 2017 [16], et en tant que « menace immédiate pour l'ordre international » [17] et « menace aiguë » en 2022, pendant la présidence de Joe Biden. Le NSS 2022 de l'administration de Biden affirmait que la Russie « a brisé la paix en Europe ».

Dans le langage stratégique du gouvernement des États-Unis, « revisionist power » désigne un État qui cherche à modifier les règles, les institutions ou l'équilibre de pouvoir de l'ordre international existant dominé par les États-Unis. Dans les documents de la première administration Trump et de la présidence de Biden, la Russie et la Chine étaient présentés comme des puissances révisionnistes.

Voici quelques extraits du NDS 2026 qui concernent la Russie :

« la menace militaire russe se concentre principalement sur l'Europe de l'Est », « Moscou n'est pas en mesure de se fixer comme objectifs d'exercer son hégémonie sur l'Europe. L'OTAN européenne éclipse la Russie en termes d'économie, de population et, par conséquent, de puissance militaire latente » et « Heureusement, nos alliés de l'OTAN sont nettement plus puissants que la Russie, qui est loin derrière. À elle seule, l'économie allemande éclipse celle de la Russie » [18]

Les points communs entre Trump et Poutine

Malgré leurs rivalités géopolitiques, Donald Trump et Vladimir Poutine partagent un ensemble significatif de positions idéologiques et politiques.
Tous deux se caractérisent par un anticommunisme affirmé et par un soutien sans réserve au système capitaliste, y compris à ses formes les plus brutales d'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles.

Trump et Poutine sont des nationalistes affirmant la primauté des droits de la nation dominante dont ils font partie. Trump soutient les suprémacistes blancs et affirment la primauté des intérêts des étatsuniens par rapport aux nations étrangères qu'ils n'hésitent pas à traiter dans des termes racistes. Poutine affirme un chauvinisme grand russe et dénonce Lénine pour la « création » (sic) de l'Ukraine et la reconnaissance de son droit à la séparation de l'URSS au début des années 1920 [19].

Ils défendent également une politique énergétique fondée sur l'exploitation intensive des énergies fossiles, contribuant ainsi à l'aggravation de la catastrophe écologique mondiale en cours.
Sur le plan sociétal, leurs positions convergent vers des orientations homophobes et hostiles aux droits des personnes LGBTQIA+, accompagnées d'une promotion de valeurs conservatrices adossées à une vision réactionnaire du christianisme.

Dans le domaine international, Trump comme Poutine privilégient le recours à la force militaire pour imposer leurs objectifs politiques et économiques, et cela au mépris du droit international. Cette orientation s'accompagne d'un soutien déterminé au développement rapide et massif des industries d'armement, ainsi qu'à l'usage accru de la puissance militaire.

Leurs politiques extérieures reposent également sur l'utilisation répétée de prétextes contestables ou non fondés pour justifier le recours à la force. Tous deux cultivent en outre un chauvinisme de grande puissance et un nationalisme exacerbé, caractéristiques de projets politiques autoritaires.
Par ailleurs, ils entretiennent des relations étroites avec les forces d'extrême droite européennes, qui manifestent réciproquement une forte sympathie à leur égard.

Donald Trump apporte un soutien total au gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahou, qui est néofasciste et responsable d'un génocide à Gaza. Vladimir Poutine, pour sa part, maintient des relations cordiales avec Netanyahou et continue les exportations russes vers Israël – charbon, pétrole et céréales – sans remettre en cause les accords commerciaux existants [20].

Poutine a également accepté le principe de la création d'un Conseil mondial présidé par Trump et souhaite que la Russie en soit membre. Dans ce cadre, il demande aux États-Unis de lever le gel des avoirs russes afin que la Russie puisse verser la cotisation d'un milliard de dollars exigée pour devenir membre permanent de cet organe, considéré par ses détracteurs comme totalement illégitime.

Trump comme Poutine font un usage extensif et controversé du terme « génocide », tout en refusant de reconnaître ou de dénoncer le génocide du peuple palestinien. Trump affirme ainsi que le gouvernement de Pretoria serait responsable d'un « génocide des Blancs » en Afrique du Sud, tandis que Poutine soutient que le gouvernement de Kiev mènerait un génocide contre les populations russes en Ukraine.

Au-delà de ces convergences idéologiques et géopolitiques, Donald Trump et Vladimir Poutine présentent également des similitudes marquées dans leur manière d'exercer et de concevoir le pouvoir. Tous deux privilégient une forte personnalisation du leadership, centrée sur la figure d'un dirigeant présenté comme l'incarnation directe de la nation et de sa volonté. Leur discours politique s'appuie régulièrement sur une rhétorique opposant « le peuple » aux élites politiques, médiatiques ou économiques, accusées de trahir les intérêts nationaux. Dans ce cadre, ils manifestent une défiance prononcée envers les institutions multilatérales et le droit international lorsqu'ils sont perçus comme des obstacles à leurs objectifs stratégiques. Par ailleurs, leurs pratiques politiques s'accompagnent d'une critique constante des médias jugés hostiles et d'un recours intensif à des stratégies de communication visant à contourner ou délégitimer les contre-pouvoirs institutionnels. Ces éléments contribuent à inscrire leurs projets politiques dans une conception fortement personnalisée, impérialiste et autoritaire néofasciste du pouvoir.

Quelles différences entre Trump et Poutine ?

Une différence qui mérite d'être soulignée réside dans leur approche de la guerre et de l'usage direct de la force militaire. Donald Trump est persuadé qu'il est possible de remporter des conflits sans engager durablement des troupes étasuniennes au sol, en privilégiant la supériorité technologique, les frappes à distance et des opérations militaires limitées dans le temps, avec des pertes humaines quasi nulles du côté américain. Cette illusion de Trump est mise en échec dans sa guerre contre l'Iran en février-mars 2026.

À l'inverse, Vladimir Poutine a choisi une stratégie différente avec l'invasion militaire massive de l'Ukraine en 2022, impliquant le déploiement de très importantes forces terrestres et entraînant des pertes humaines extrêmement élevées, tant du côté russe que du côté ukrainien.
Une autre différence fondamentale concerne la place de leurs États respectifs dans la hiérarchie mondiale du capitalisme. Donald Trump dirige la principale puissance économique et militaire capitaliste et impérialiste de la planète, les États-Unis. Vladimir Poutine, quant à lui, est à la tête d'une puissance capitaliste impérialiste secondaire, affaiblie et en déclin relatif, mais qui demeure un acteur stratégique majeur en raison de la possession d'un arsenal nucléaire globalement comparable à celui des États-Unis.

Enfin, leurs ambitions géopolitiques diffèrent par leur échelle d'intervention. La politique impérialiste menée par Trump vise l'ensemble de la planète, tandis que celle de Poutine se concentre prioritairement sur l'espace post-soviétique et sa périphérie immédiate, même si la Russie a tenté d'étendre son influence dans d'autres régions, comme en Syrie – où elle a cependant subi un revers avec la chute du régime de Bachar el-Assad.

Trump et le complexe militaro industriel des États-Unis ont-t-ils intérêt à une fin rapide de la guerre en Ukraine ?

À ce stade de l'année 2026, Trump, contrairement à ses affirmations de campagne électorale ou de son début de mandat, n'a pas comme priorité de mettre fin à la guerre en Ukraine pour plusieurs raisons.

En effet, la poursuite de la guerre rend plus crédible l'argument des États-Unis pour obtenir des alliés européens de l'OTAN de continuer à augmenter très fortement leurs dépenses militaires, ce qui favorise les exportations d'armes des grandes entreprises privée US.

De plus, Washington a obtenu un accord très favorable à ses intérêts avec les pays européens de l'OTAN. Ceux-ci achètent aux États-Unis les armes qu'ils fournissent à l'Ukraine et qui sont utilisées à un rythme intensif tant que la guerre chaude continue. Trump a quasiment totalement mis fin aux nouvelles fournitures directes d'armes à l'Ukraine.

La poursuite de la guerre détourne également en partie l'attention par rapport aux agressions perpétrées par les États-Unis sous commandement de Trump dans le reste du monde.
La poursuite de la guerre en Ukraine et l'effort que cela représente pour l'économie russe et sa population empêche Poutine de déployer des forces militaires sur d'autres continents, sauf dans quelques pays d'Afrique sous la forme d'une armée privée russe.

Et enfin, Trump a allégé le 5 mars 2026 les sanctions contre la Russie en matière de vente de pétrole. Si on ajoute l'augmentation du prix des combustibles sur le marché mondial en conséquence de la guerre au Proche-Orient provoquée par Washington et Israël, la Russie de Poutine voit augmenter ses revenus d'exportation, ce qui permet de soutenir l'effort de guerre d'agression contre l'Ukraine.

Conclusion

En définitive, la politique menée par Donald Trump vis-à-vis de la Russie s'inscrit dans une logique classique de rivalité entre grandes puissances : réduire le rapprochement entre Moscou et la Chine, maintenir les États-Unis au centre du jeu diplomatique et faire supporter aux pays européens le coût principal de la guerre en Ukraine. Derrière le discours officiel appelant à une fin rapide des hostilités, Washington n'a pas nécessairement intérêt à une paix immédiate.

Dans ce contexte, la perspective d'un arrangement entre Washington et Moscou sur le dos du peuple ukrainien ne peut être exclue. Les convergences idéologiques et politiques entre Donald Trump et Vladimir Poutine – attachement à un capitalisme autoritaire, nationalisme de grande puissance, militarisme, impérialisme militaire agressif, mépris du droit international et proximité avec des forces d'extrême droite – facilitent une telle logique de rapports de force entre États.

Au-delà de leurs rivalités et de leurs différences de puissance, les deux dirigeants partagent une même vision du monde. Dans une telle configuration, les peuples – et notamment le peuple ukrainien – risquent d'être les principales victimes d'un nouvel équilibre géopolitique fondé sur le partage des zones d'influence.

Mais il ne faut pas exclure un possible virage de Trump dans le futur. S'il n'arrive pas à ses fins dans la négociation avec Poutine, il est capable d'adopter une attitude beaucoup plus dure et de désigner la Russie comme une menace beaucoup plus sérieuse que ce qui est dit dans les documents que nous venons d'analyser.

Ce qui est sûr, c'est que les négociations entre Trump et Poutine ne prennent pas en compte les intérêts et les droits des peuples. Il faut construire à partir d'en bas une solidarité entre les peuples afin de renforcer la résistance à la montée du néofascisme et à l'augmentation des agressions impérialistes d'où qu'elles viennent.

L'auteur remercie Sushovan Dhar, Antoine Larrache et Maxime Perriot pour leur relecture.

Notes
[1] « Pourquoi Washington a fait de la Chine son adversaire stratégique central », Éric Toussaint, 19 janvier 2026, CADTM. https://www.cadtm.org/Pourquoi-Washington-a-fait-de-la-Chine-son-adversaire-strategique-central

[2] La Russie a envoyé un pétrolier à Cuba qui est arrivé au port de Matanzas fin mars 2026 avec une cargaison de pétrole suffisante pour les besoins du pays pendant une quinzaine de jours. C'est le premier pétrolier ayant atteint Cuba depuis janvier 2026. Trump a laissé faire malgré l'embargo total décrété sur les livraisons de pétrole aux autorités de l'île. C'est probablement un geste de Trump à l'égard de Moscou en lien avec la guerre en cours au Proche-Orient.

[3] Extrait du document de Stratégie de sécurité nationale publié en décembre 2025, p. 25 (NSS 2025). https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf?internal=true Une version en français est disponible sur le site du Grand Continent. https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

[4] NSS 2025, p.25.

[5] « Trump, l'Europe et l'internationale néofasciste : du soutien idéologique à la coordination politique », Éric Toussaint, 25 janvier 2026, CADTM. https://www.cadtm.org/Trump-l-Europe-et-l-internationale-neofasciste-du-soutien-ideologique-a-la

[6] NSS 2025, p. 33.

[7] NSS 2025, p. 25.

[8] NSS 2025, p. 25.

[9] NSS 2025, p. 25.

[10] NSS 2025, p. 25.

[11] « L'accaparement des ressources naturelles de l'Ukraine et de l'est de la République démocratique du Congo. Les impérialismes à l'offensive », Éric Toussaint, 15 mai 2025, CADTM. https://www.cadtm.org/L-accaparement-des-ressources-naturelles-de-l-Ukraine-et-de-l-est-de-la

[12] « L'accord minier signé entre l'Ukraine et les États-Unis reflète la volonté du capital américain d'accéder sans entrave aux ressources minérales ukrainiennes », Vitaliy Dudin, 13 mai 2025, CADTM. https://www.cadtm.org/L-accord-minier-signe-entre-l-Ukraine-et-les-Etats-Unis-reflete-la-volonte-du

[13] fontanka.ru. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie est devenue de plus en plus dépendante de la Chine sur le plan économique, notamment pour ses exportations d'énergie et ses importations technologiques, ce qui rend incertain l'objectif de Washington visant à affaiblir l'alignement Moscou-Pékin.

[14] Source fontanka.ru https://www.fontanka.ru/2025/12/07/76159504/

[15] Source Interfax. https://www.interfax.ru/russia/1061842..

[16] NSS 2017. https://trumpwhitehouse.archives.gov/wp-content/uploads/2017/12/NSS-Final-12-18-2017-0905.pdf

[17] NSS 2022. https://bidenwhitehouse.archives.gov/wp-content/uploads/2022/10/Biden-Harris-Administrations-National-Security-Strategy-10.2022.pdf

[18] NDS 2026, p. 10 et 11.

[19] Je développerai ce point dans un proichain article.

[20] « Pourquoi les BRICS ne dénoncent pas le génocide en cours à Gaza », Éric Toussaint, CADTM, le 7 août 2025. https://www.cadtm.org/Pourquoi-les-BRICS-ne-denoncent-pas-le-genocide-en-cours-a-Gaza

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