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Pour une gestion transparente et responsable des déchets radioactifs
Plusieurs partis politiques et organisations de la société civile canadienne sont consternés d'apprendre que les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) ont décidé de regrouper les déchets radioactifs (dont le gouvernement fédéral a la responsabilité) aux Laboratoires de Chalk River ; c'est une décision prise sans consulter les Premières Nations ni le public, et sans débat parlementaire.
2 décembre 2025
Les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) ne sont qu'un entrepreneur privé et non pas un organisme gouvernemental.
Pour la population, l'inquiétude grandit car il n'y a pas d'obligation de rendre compte au public.
Pourquoi tout concentrer à Chalk River ?
Les LNC n'ont pas l'intention d'entreposer de façon permanente les déchets de haute ou de
moyenne activité à Chalk River. Il faudra les déménager. Chalk River est un endroit peu propice à la consolidation des déchets radioactifs, car il est situé sur la rivière des Outaouais et la région est sujette à des secousses sismiques. Le combustible nucléaire irradié est de haute activité ; il est transporté à Chalk River à partir du site des réacteurs nucléaires du Manitoba, de l'Ontario et du Québec pour un stockage intérimaire en attendant la construction d'un dépôt géologique en profondeur (DGP) proposé. Les LNC ont l'intention de transporter éventuellement ce combustible nucléaire irradié dans un DGP. Cependant, ce DGP n'existe pas encore ; peut-être qu'il ne sera jamais approuvé ou n'obtiendra jamais de permis. Finalement, que le DGP soit construit ou non, les enjeux du transport des déchets radioactifs doivent être adressés.
Il y a des risques et coûts accrus de transporter à deux reprises le combustible irradié : d'abord à partir des centrales nucléaires jusqu'à Chalk River, puis de Chalk vers une deuxième destination. Cela entraîne des risques accrus pour la sécurité et un gaspillage des fonds publics. Le gouvernement déplace les déchets radioactifs à grands frais et à haut risque mais ne résout pas le problème définitivement. Il n'y a toujours pas de solution sécuritaire adéquate malgré 45 ans d'efforts.
Le transport proposé vers Chalk River des déchets de moyenne activité provenant du démantèlement des réacteurs nucléaires est aussi non judicieux. L'inquiétude du public a été exacerbée par la nouvelle du transport clandestin de tonnes de combustible nucléaire irradié de Bécancour au Québec vers Chalk River, durant l'été, le long de routes et sur les ponts publics, sans autorisation explicite ni possibilité de consultation publique, ni même d'avis approprié.
Nous demandons au gouvernement fédéral d'imposer un moratoire sur le transfert des déchets radioactifs canadiens à Chalk River en raison du risque croissant de contamination radioactive et de l'absence d'une procédure régulière acceptable.
Nous demandons au gouvernement fédéral d'interdire, entres autres, toutes les importations de déchets radioactifs provenant de l'étranger, y compris les sources médicales désaffectés, les sources lumineuses au tritium périmées, ou du combustible nucléaire irradié.
Nous demandons au ministre de l'Environnement et du Changement climatique de procéder à
une évaluation stratégique du transport des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité sur les routes publiques, conformément à l'article 95 de la Loi sur l'évaluation d'impact.
Les résultats de cette évaluation alimenteraient toute évaluation de projet relative à une installation nucléaire. Le but serait d'examiner, par exemple, l'impact cumulatif à Chalk River
et de fournir un cadre pour les prochaines évaluations environnementales des futurs projets de démantèlement des centrales et des réacteurs nucléaires.
Patrick Bonin
Porte-parole du Bloc Québécois en matière
d'Environnement et de Changements climatiques
Elizabeth May
Parti vert du Canada
André Bélanger
Fondation Rivières
Alain Branchaud
SNAP Québec
Ginette Charbonneau
Physicienne et porte-parole du Ralliement contre la pollution radioactive
Rodrigue Turgeon
Avocat, Mining Watch Canada
Gilles Provost
Ralliement contre la pollution radioactive
Paul Germain
Ville de Prévost
Catherine Potvin
Université McGill
Nadege Katende
Conseillère municipale de Farnham
Catherine Craig-St-Louis
Conseillère municipale de Gatineau
Joann, McCann-McGill
Old Fort William Cottagers Association
Carole Dupuis
Mouvement écocitoyen une planète
Kathryn Lindsay
Bonnechere River Watershed Project
Angela Keller-Herzog
Community Action for Environnemental Sustainability Ottawa
Paul Johanis
Greenspace Alliance of the Nation's Capital
Kerry Blaise
Legal Advocates for Nature's Defence
Joyce Hall
Ontario Climate Emergency Campain
Ole Hendrickson
Ottawa River Institute
Larissa Holdman
Ottawa Riverkeeper
Charlie MacLeod
Co-président, Coalition Verte
Carole Reed
Co-présidente, Coalition Verte
Damon Matthews
Professeur à l'université Concordia
Richard Denton
IPPNW Canada, Sudbury Chapter
Arnd Jurgensen
Science for Peace
Tony Reddin
Concil of Canadians, PEI Chapter
Thibault Rehn
Vigilance OGM
Florence Stratton
Making Peace Vigil
Alison Hackney
Coalition Verte
Michael Keegan
Coalition for a Nuclear Free Great Lakes
Nathalie Belisle
Mairesse de Cantley
Joey Leckman
Conseiller municipal, Ville de Prévost
Yvon Barrière
Directeur-géneral, FTQ
Abram Benedict
Chiefs of Ontario
Lance Haymond
Chief, Kabaowek First Nation
Francis Verreault-Paul
Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Céline-Audrey Beauregard
Mairesse de Verdun
Conseillère d'arrondissement RDP-PAT
Mélodie Georget
Ville de Mont-Saint-Hilaire
Dominic Champagne
Jonathan Tremblay
Co-porte-parole, Coalition Mobilisations Citoyennes Environnementales de Laval
Dr. Gordon Edwards
Président, Regroupement pour la surveillance
Beatrice Olivastri
Friends of the Earth Canada
Dr. John Guilfoyle (MB BAO BCh FCFP
International Physicians for the Prevention of Nuclear War - Canada
Penny Rankin
National Council of Women of Canada
Alley McDonald
Canadian Voice of Women for Peace
Gretchen Fitzgerald
Sierra Club Canada
Justin Roy
Kebaowek First Nation
Marc Ricard
L'Assomption en transition
Jean-Pierre Finet
Regroupement des organismes environnementaux en énergie
Gabrielle Spenard-Bernier
Mères au front
Patrick Rasmussen
Mouvement vert Mauricie
Camille Caumette
Ambioterra
Pierre Jasmin
Les Artistes pour la Paix
Bryan Smith
Chaire Oxford, Coalition for Social Justice
Jane Scott
Citizens Against Radioactive Neighbourhoods
Cassandra Ryan
Toronto Raging Grannies
Angela Bischoff
Ontario Clean Air Alliance
Rita Groen
Protect Our Waterways
Rebecca Hagey
Physicienne, Our Brains Matter
Ceredwyn Hill
No Clearcuts Kingston Inc.
Angela Keller-Herzog
Community Action for Environmental Sustainability Ottawa
Joyce Hall
Ontario Climate Emergency Campaign
Dr. Ole Hendrickson
Concerned Citizens of Renfrew County and Area
Ottawa River Institute
Lorraine Green
Grandmothers Act to Save the Planet
Eva Schacherl
Council of Canadians, Ottawa Chapter
Herb Sawatzky
50 by 30 Niagara
Faye More
Port Hope Community Health Concerns Committee
Gail Cockburn
Durham Nuclear Awareness
Donnafaye Milton
Council of Canadians, London Branch
Brennain Lloyd
Northwatch
Chris Corey
New Brunswick Environmental Coalition
Sam Arnold
Sustainability Group
Ann McAllister
Coalition for Responsible Energy Development in New Brunswick
Gordon W. Dalzell
Citizens Coalition For Clean Air
Chief Hugh Akagi
Peskotomuhkati Nation at Skutik
Garry Guild
Council of Canadians, Fredericton Chapter
John Jacobs
Physicien, Council of Canadians, Avalon Chapter
Barbara Gallagher
Citizen Action to Protect the Environment
Karen Weingeist
Coalition for a Clean Green Saskatchewan
Linda Murphy
Interchurch Uranium Committee Educational Cooperative
Ingrid Alesich
Clean Green Regina
Lorna Evans
Qu'Appelle Valley Environmental Association Inc.
Jule Asterisk
The Society of High Pairie Regional Environmental Action Committee
David Taylor
Concerned Citizens of Manitoba
Anne Lindsey
No Nukes Manitoba
Les Scott
Manitoba Energy Justice Coalition
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Les barrages sur la Péribonka nous appartiennent !
Jeudi le 15 janvier dernier, le Mouvement Onésime-Tremblay tenait à Jonquière une conférence de presse pour informer la population d'une démarche importante effectuée au tout début de l'année 2026. Dans une lettre envoyée à la ministre Christine Fréchette, le Mouvement Onésime-Tremblay interpelle cette dernière au sujet du non-respect des engagements de Rio Tinto.
Mouvement Onésime-Tremblay
En conférence de presse, l'association des retraités syndiqués d'Alcan Rio Tinto, Mères au front Saguenay, Climat Québec, Québec Solidaire et l'ancien député du Bloc Robert Bouchard ont appuyé la démarche du Mouvement Onésime-Tremblay. Voici le contenu de la lettre à la ministre.
Saguenay le premier janvier 2026
Mme Christine Fréchette
Ministre de l'économie, de l'innovation et de l'énergie
Assemblée Nationale du Québec
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
Québec, (Québec) G1A 1A3
ministre@economie.gouv.qc.ca
Sujet : Bail de la Péribonka et non-respect des engagements. Le Mouvement
Onésime-Tremblay demande au gouvernement d'appliquer la clause qui lui
permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.
Madame la ministre,
La présente est pour attirer votre attention sur le non-respect connu, reconnu et
aujourd'hui banalisé des engagements de Rio Tinto envers le gouvernement du
Québec et la population du Québec.
En 1984, le gouvernement du Québec et Alcan renouvelaient le bail de la rivière
Péribonka pour les 50 années suivantes, avec une option de renouvellement
supplémentaire de 25 ans soit de 2033 à 2058. En retour du droit d'exploiter ses
trois barrages sur ladite rivière, Alcan s'engageait en contrepartie à construire
trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques). En vertu des
clauses du bail, le non-respect des engagements par Alcan entraînait
l'annulation de l'entente supplémentaire, ainsi que la prise de possession par le
gouvernement des barrages ainsi que de toutes les installations permettant leur
exploitation.
À l'époque, la signature de ce bail s'inscrivait dans un contexte de fermeture des
vieilles usines d'Alcan et donc, de pertes d'emploi. Cette question des emplois a
une forte résonance au Saguenay Lac Saint-Jean puisqu'au début des années
60, les barrages d'Alcan avait été dispensés de nationalisation parce que la
multinationale créait un grand nombre d'emplois bien rémunérés. C'est ce qu'on
appelle dans notre région le « pacte social » : privilèges en retour d'emplois.
C'est dans l'esprit de ce pacte que le renouvellement du bail de Péribonka en
1984 comprenait des engagements contraignants pour Alcan.
Que s'est-il passé depuis la signature de ce bail ? En 2006, deux usines avaient
été construites (Alma et Laterrière) mais il en manquait une. Le gouvernement et
Alcan ont alors signé une entente dite « de continuité » qui donnait jusqu'en
2015 à la multinationale pour respecter ses engagements. En 2015, on a ajouté
cinq ans à ce délai et en 2020, rebelote avec un autre cinq ans fixant l'échéance
au 31 décembre 2025.
Où en sommes-nous aujourd'hui ? Rio Tinto, qui entre-temps a fait l'acquisition
d'Alcan en 2007, a entrepris la construction de la deuxième phase de son usine
d'Arvida qui portera la production à 220 000 tonnes métriques soit la moitié de
son engagement. Si on en croit une entrevue donnée à La Presse en novembre
par le président de Rio Tinto Aluminium Jérôme Pécresse, la construction de la
deuxième moitié de l'usine n'est même pas dans les cartons. On ne saurait être
plus clair, non seulement ils n'ont pas respecté leur engagement mais ils n'ont
pas l'intention de le faire et ce, malgré les multiples délais. Sur le front des
emplois, il faut parler d'hécatombe puisqu'on en sera bientôt aux environs de
3 000 comparativement à 12 000 au début des années ‘80. Qu'est-ce qu'attend
votre gouvernement pour mettre son pied à terre et imposer le respect des
clauses du bail de Péribonka ?
En juin dernier, deux anciens cadres d'Alcan (Jacques Dubuc et Myriam Potvin)
lançaient un cri d'alarme en publiant un livre (L'exploitation de notre eau, édition
Somme Toute). Dans ce livre, les auteurs étaient catégoriques : « Les
engagements de Rio Tinto pris dans l'entente de 2006 sont toujours valides. Le
dernier délai pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025.
Son non-respect devrait avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de
ses propres engagements dans l'entente de 2006, comme précisé dans le
renouvellement du bail de la rivière Péribonka. Le levier du bail de location des
forces hydrauliques de la rivière Péribonka et des conditions qui s'y rattachent se
trouve toujours entre les mains du gouvernement du Québec » (p. 61).
Compte tenu que RTA n'a pas respecté ses engagements, le Mouvement
Onésime-Tremblay interpelle donc le gouvernement afin qu'il signifie à Rio Tinto
que l'entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu'il entend, en 2033,
reprendre possession des trois barrages de la Péribonka ainsi que les
installations les accompagnant. Ne rien faire signifierait, qu'on accepte
l'inacceptable, soit de prolonger indûment une entente avec une compagnie qui a
refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20
ans, dont elle a bénéficié.
Ce geste représentera un geste significatif de respect de la parole, de dignité et
d'indépendance.
Merci, en espérant une réponse de votre part.
Mouvement Onésime-Tremblay
c.c. : François Legault, premier ministre du Québec
Marc Tanguay, chef de l'opposition
Ruba Ghazal, co-cheffe parlementaire 2° opposition
Sol Zanetti, co-porte-parole 2° opposition
Paul Saint-Pierre Plamondon, chef 3° opposition
Créé dans la foulée d'un colloque (1926-2026 : cent ans d'occupation par Alcan
et Rio Tinto, le bilan s'impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et
rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux
communautaires, écologistes, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-
Tremblay a pour objectifs : 1- de favoriser l'expression et la diffusion d'un point de
vue axé sur le bien commun face à l'impact des actions passées, présentes et
futures d'Alcan et Rio Tinto. 2- De contribuer à la reprise en main de nos
ressources naturelles dans l'intérêt de la collectivité.

Les contradictions entre les valeurs des entreprises et leurs pratiques en matière de projets énergétiques et environnementaux
L'Association des résidents et résidentes de Buckingham (ARB) souhaite attirer l'attention des médias sur une condamnation récente qui soulève des questions de crédibilité et de responsabilité environnementale dans le contexte du projet de pipeline d'hydrogène proposé à Gatineau.
Gatineau, le 15 janvier 2026
Le 7 janvier 2026, ERCO Mondial, producteur et fournisseur d'hydrogène dans le cadre du projet H₂ d'Enbridge, a été condamné par la Cour du Québec à payer une amende de 1,3 million de dollars pour avoir contrevenu à la Loi sur les pêches, notamment en raison de déversements de substances chimiques dans la rivière du Lièvre, à Buckingham, ainsi que pour un retard dans la déclaration de ces incidents aux autorités compétentes.
Même si les infractions remontent à 2019, la condamnation rendue en 2026 est récente et concerne un acteur clé de la chaîne de production du projet H2 d'Enbridge. Dans un contexte où un projet est présenté comme vert et exemplaire, il est légitime que les citoyens s'intéressent à la cohérence entre les discours environnementaux et les antécédents réels des entreprises impliquées.
Pour l'ARB, il est essentiel que les discours sur la transition énergétique et la protection de l'environnement soient cohérents avec les pratiques réelles, en particulier lorsqu'un projet d'infrastructure industrielle est proposé à proximité de quartiers résidentiels, d'écoles et de milieux sensibles.
Les citoyens sont en droit de se demander
– Comment les incidents environnementaux sont détectés et signalés en pratique ; - -
= Est-ce que la ville de Gatineau était au courant de ces déversements ;
– Quelle transparence est offerte au public et aux autorités ;
– Sur quelles bases concrètes repose la confiance demandée aux communautés
L'ARB réitère que la protection de l'environnement et de la sécurité publique ne peut
reposer uniquement sur des engagements déclaratifs, mais doit s'appuyer sur des
antécédents clairs, des pratiques rigoureuses et une transparence
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Projet d’expansion du port de Montréal à Contrecœur : évaluation des enjeux économiques, stratégiques et environnementaux
Une étude effectuée par Henri Chevalier, doctorant, et Éric Pineault, prof. au département de sociologie et à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM pour le compte de la Société pour la nature et les parcs - SNAP Québec, met en lumière que le projet d'agrandissement du Port de Montréal à Contrecoeur manque d'assises… économiques.
La SNAP Québec contestera en Cour fédérale le projet d'expansion du Port de Montréal à Contrecœur, alors que le gouvernement a la semaine dernière délivré des autorisations au Port de Montréal, qui permettent ainsi à celui-ci de détruire l'habitat naturel du chevalier cuivré, un poisson qui n'existe qu'au Québec et qui est sur le seuil de l'extinction.
Lire l'intégral de l'étude=AT2ScLV3aZvFEwgECiZTk-ciQdOosg1pIj-w9fbyKyyTd61RMnO9MJrMxYGfv_T_zNCL3K6BQrUU8rDSXkuKcPuExvotMQmKXNx_uHqHMRxdjV_NhtBHTub6qelYc8g5RFdiDdZqAm2uwZat32Lle7QIJjvo_1GOfOwhaYUtkS7RkCMt9IMYigdEVT8MiWSW_BfkFRlXJUjz9YsPincMVML96g].
Le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur représente l'un des plus importants investissements publics en infrastructures maritimes au Canada depuis plusieurs décennies. Situé à une cinquantaine de kilomètres en aval de Montréal, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, le futur terminal vise à accroître la capacité de manutention de conteneurs du réseau portuaire montréalais, présenté par ses promoteurs comme un « centre logistique clé » du commerce canadien. Il s'agit d'une infrastructure d'une taille considérable qui changera irrémédiablement cette zone sensible du fleuve Saint-Laurent à l'embouchure du Lac Saint-Pierre. Il faut situer ce projet d'agrandissement dans un contexte plus général où les milieux écologiques dans le sud du Québec, particulièrement les milieux humides et les eaux, connaissent déjà une pression accrue liée à l'urbanisation, à l'agriculture, à l'industrialisation riveraine et à l'intensification du transport maritime (Auzel et al., 2021). Ces milieux, fragmentés et dégradés depuis des décennies, jouent pourtant un rôle crucial dans la biodiversité, la filtration des eaux, la régulation hydrologique et la résilience socio-écologique de tout le corridor fluvial. L'ajout d'une infrastructure portuaire majeure dans un secteur aussi fragile accentuera inévitablement les effets cumulatifs sur des écosystèmes déjà à la limite de leur capacité d'absorption. Voilà pourquoi il importe d'examiner rigoureusement les arguments économiques convoqués par les promoteurs pour justifier la croissance du port de Montréal.
Introduction de l'étude
Le projet comprend la construction de deux postes à quai, d'une aire de manutention de conteneurs, d'une cour ferroviaire intermodale connectée au réseau national, ainsi que d'un portail d'accueil pour camions et d'installations administratives et techniques de soutien (Port de Montréal, s.d.a). L'administration portuaire prévoit qu'à l'horizon 2050, le terminal pourra traiter jusqu'à 1,15 million de conteneurs (EVP) par an. Ce volume supplémentaire permettrait, selon les estimations officielles, de générer environ 140 millions de dollars de retombées économiques annuelles au Canada et de soutenir près de 10 330 emplois permanents à long terme, en plus de 3 770 emplois directs et indirects durant la phase de construction (PDM, s.d.a).
Le projet repose sur un financement majoritairement public : 300 M$ d'Ottawa, 130 M$ du Québec et 480 M$ empruntés par le Port de Montréal. Son coût total a bondi d'environ 150 %, passant de 950 M$ à 2,3 G$, justifié par le souhait de renforcer la compétitivité maritime du Canada (PDM, s.d.a ; Arsenault, 2025b).
Le calendrier de réalisation s'échelonne sur plusieurs années. Les travaux préparatoires du site, en collaboration avec le partenaire privé DP World, ont commencé à l'automne 2025. Les travaux dans l'eau débuteront en 2026, suivis des travaux terrestres à partir de 2027, incluant la construction des quais, de la cour ferroviaire et des infrastructures logistiques. La mise en service du terminal est prévue pour 2030 (Normand, 2025).
L'argument central avancé par le Port de Montréal est celui de la saturation prochaine de ses installations actuelles sur l'île de Montréal. L'administration estime qu'avec la croissance démographique et économique de l'est du Canada — dont 88 % des volumes portuaires sont destinés au marché intérieur canadien — et la diversification des marchés d'exportation, le terminal de Contrecœur serait essentiel pour éviter la congestion des infrastructures de transbordement dans la région métropolitaine. Le port soutient que, si seulement 6 % des exportations canadiennes se réorientent vers d'autres marchés que les États-Unis, la capacité actuelle serait atteinte et nécessiterait une expansion immédiate (PDM, s.d.).
Toutefois, ces justifications officielles reposent sur des hypothèses de croissance économique et commerciale optimistes. Le commerce maritime mondial traverse une phase de transformation profonde, marquée par un ralentissement structurel des échanges, la concentration des flux dans de grands hubs en eaux profondes, et la montée des contraintes énergétiques et climatiques. Dans ce contexte, la pertinence d'investir dans une nouvelle infrastructure portuaire d'une telle ampleur soulève de sérieuses questions économiques, environnementales et stratégiques.
Ce rapport vise précisément à évaluer la nécessité et la cohérence du projet d'agrandissement de Contrecœur, en examinant ses fondements économiques, techniques et environnementaux. Il s'agira d'abord de vérifier si la capacité portuaire existante sur la côte Est nord-américaine, tant au Canada qu'aux États-Unis, est suffisante pour absorber la croissance anticipée du trafic conteneurisé, rendant potentiellement redondante l'expansion de Montréal. Le rapport mettra ensuite en lumière les risques structurels liés à l'évolution du commerce maritime, notamment la taille croissante des navires et la limitation du tirant d'eau du Saint-Laurent, qui exclut Montréal du segment des méganavires et fragilise sa compétitivité. Par ailleurs, l'analyse considérera la contrainte climatique pesant sur la rentabilité future du terminal : les changements climatiques modifient le régime hydrologique du fleuve Saint-Laurent, provoquant des basses eaux chroniques qui compromettent la navigabilité et la fiabilité du corridor maritime. Enfin, le rapport examinera les risques financiers et institutionnels liés à la surestimation des bénéfices économiques des mégaprojets d'infrastructures, à la lumière de la littérature scientifique.
L'objectif ultime de ce rapport est donc de déterminer si le terminal de Contrecœur constitue une réponse nécessaire et cohérente aux besoins réels du commerce canadien — ou s'il risque au contraire de devenir une infrastructure surdimensionnée et sousutilisée, un « éléphant blanc » coûteux pour les finances publiques et incompatible avec les transformations structurelles du commerce maritime mondial.
La conclusion et les recommandations
Ainsi, le projet de Contrecœur ressemble moins à une réponse stratégique qu'à un mégaprojet reposant sur des projections dépassées et des hypothèses trop optimistes faisant face à une série de limites structurelles, économiques, environnementales et stratégiques qui remettent directement en cause sa pertinence, son urgence et sa viabilité à long terme.
Dans le contexte actuel de stagnation du commerce, de futures contraintes énergétiques croissantes et de risques environnementaux majeurs, il apparaît donc prématuré — voire imprudent — d'investir des fonds publics dans une infrastructure qui pourrait devenir un « éléphant blanc » plutôt qu'un moteur de développement durable.
Malgré l'ambition affichée d'accroître la capacité portuaire du Saint-Laurent, les données montrent clairement que ni les tendances du commerce mondial, ni la performance actuelle du Port de Montréal, ni les conditions environnementales locales ne justifient un investissement public d'une telle ampleur.
Premièrement, les arguments de saturation avancés par l'Administration portuaire de Montréal ne tiennent pas. Les volumes conteneurisés stagnent depuis 2019, les marges opérationnelles se contractent et la productivité du capital a chuté de près de 40 % entre 2014 et 2022. Les infrastructures actuelles disposent donc encore d'une large marge de capacité, et rien n'indique que la croissance anticipée du trafic se réalisera — d'autant que plusieurs ports de la côte Est nord-américaine opèrent à moins de 60 % de leur capacité.
Deuxièmement, les tendances du commerce maritime jouent contre Montréal : la flotte mondiale se concentre désormais sur les méga-navires nécessitant des ports en eaux profondes, alors que le tirant d'eau du Saint-Laurent exclut structurellement Montréal de ce segment. Dans un marché dominé par les économies d'échelle, Contrecœur serait donc non compétitif face à des hubs comme Halifax ou New York et risquerait de demeurer un port secondaire, peu attractif pour les grandes alliances de transport maritime.
Troisièmement, la viabilité de Contrecœur est fragilisée par des facteurs énergétiques et climatiques majeurs. La transition énergétique pourrait exiger des transformations techniques et infrastructurelles majeures. Parallèlement, les épisodes de basses eaux sur le Saint-Laurent se multiplient, forçant les navires à réduire leur cargaison, augmentant les surcharges logistiques et allongeant les temps de transit — des conditions qui poussent déjà plusieurs transporteurs à rediriger leur trafic vers des ports américains plus fiables.
Quatrièmement, les impacts environnementaux et sociaux du projet sont majeurs, cumulatifs et largement irréversibles. Les mesures compensatoires proposées pour le chevalier cuivré sont jugées écologiquement incertaines, scientifiquement fragiles et légalement contestées, d'autant plus qu'elles impliquent elles-mêmes la destruction d'habitats essentiels, en contradiction directe avec la Loi sur les espèces en péril.
Enfin, l'analyse démontre que l'APM s'inscrit dans un schéma classique de surestimation des bénéfices observé dans les mégaprojets publics. Les projections financières du port reposent sur des scénarios optimistes qui ignorent les tendances réelles du marché et les contraintes structurelles du Saint-Laurent. Dans ces conditions, Contrecœur risque fortement de devenir un « éléphant blanc » : une infrastructure surdimensionnée, sousutilisée et financée par des fonds publics qui devront absorber son déficit structurel.
En conclusion, rien n'indique que ce projet doit être réalisé dans l'urgence : la croissance du trafic conteneurisé stagne, plusieurs ports de la façade Est disposent encore de marges de capacité significatives, et l'évolution des chaînes logistiques demeure incertaine, ce qui suggère qu'un report ou un phasage de l'investissement ne créerait aucun préjudice économique majeur.
Au contraire, retarder la mise en œuvre permettrait de réévaluer le projet à la lumière des données récentes, d'éviter un engagement irréversible dans un contexte volatil, et d'assurer que toute expansion portuaire réponde à un besoin démontré plutôt qu'anticipé.
Face à ces constants, nous recommandons les propositions suivantes :
1. Instaurer un moratoire sur les travaux tant que la conformité à la LEP, la robustesse des mesures compensatoires et les impacts cumulatifs n'ont pas été réévalués par un panel scientifique indépendant : privilégier la protection et la restauration d'habitats existants plutôt que des compensations spéculatives dans un secteur déjà dégradé.
2. Lancer un plan d'optimisation des terminaux existants : amélioration de la productivité (technologies, organisation, intermodalité), meilleure utilisation des quais actuels, revue des horaires de manutention et des processus logistiques avant tout ajout de capacité.
3. Adopter une stratégie portuaire prudente et différenciée : positionner Montréal comme port régional/feeder spécialisé (marchés niche, valeur ajoutée logistique, desserte régionale) plutôt que tenter de concurrencer les grands hubs d'ULCV ; réviser les scénarios de trafic en tenant compte du nearshoring et de la relocalisation industrielle.
4. Soumettre tout projet portuaire majeur à des stress tests climatiques et énergétiques obligatoires : scénarios de transition énergétique, de baisse de volumes, de basses eaux récurrentes ; intégrer ces scénarios dans l'analyse financière (rentabilité, risque d'actif échoué) et dans les décisions d'investissement et conditionner les approbations fédérales à la démonstration de la résilience du projet à ces scénarios.
5. Renforcer la gouvernance et la reddition de comptes : rendre publics tous les rapports techniques, décisions d'autorisation et documents de compensation ; tenir de véritables consultations publiques sur les alternatives (phaser le projet, le réduire, ou le remplacer), avec participation des communautés locales.
6. Réorienter une partie des fonds publics prévus pour Contrecœur vers des infrastructures alignées avec la décarbonation, la transition écologique et la résilience énergétique régionale : relocalisation de la production, modernisation des terminaux existants, électrification des équipements, rail, logistique bas carbone de courte distance, restauration d'habitats du Saint-Laurent afin de réduire la dépendance aux flux maritimes longue distance.
7. Créer un comité fédéral regroupant différents experts afin de définir une nouvelle planification logistique canadienne alignée avec la sobriété matérielle, l'investissement local, la résilience énergétique régionale, et la transition écologique.
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Bilan et perspectives 2025-2026 de la FTQ
Montréal, le 8 janvier 2026. – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) retient de l'année 2025 l'échec total du gouvernement de François Legault qui, au terme de sept années au pouvoir, n'a rien fait pour régler les crises du logement, de l'itinérance, de la vie chère, de la santé ou de l'éducation. « Afin de masquer ses échecs, ce gouvernement en fin de mandat a choisi de diviser en ciblant de manière malicieuse les personnes migrantes, les médecins et les syndicats comme étant responsables des crises que nous traversons.
Ce gouvernement abandonne également les milliers de travailleurs et travailleuses qui perdent leur emploi, ainsi que les entreprises en difficulté en raison de la guerre tarifaire que livrent nos voisins du Sud. Il est où le plan de sortie de crise ? », de questionner la présidente et le secrétaire général de la FTQ, Magali Picard et Olivier Carrière.
« La population du Québec doit également prendre conscience des dérives démocratiques de ce gouvernement avec ses projets de loi et lois qui n'ont qu'un seul objectif : museler la société civile et les organisations syndicales en s'ingérant dans leur gouvernance et leurs droits de contester des lois arbitraires. Le projet de loi sur la Constitution écrit sur un coin de table est un autre exemple de cette dérive. Un projet de loi qui menace également le droit des femmes à l'avortement », ajoute la présidente, Magali Picard.
Au fédéral, la FTQ entend poursuivre ses échanges avec le gouvernement libéral qui croit au dialogue social tout en restant consciente qu'il y aura des batailles à mener.
Par ailleurs, au terme du 34e Congrès de la centrale qui s'est tenu à Québec en novembre dernier, les personnes déléguées représentant les 33 grands syndicats affiliés de la FTQ ont adopté plus de 150 résolutions confirmant ainsi les mandats et le rôle de représentation politique de la centrale et de ses dirigeants. Aussi, en 2026, la FTQ et les partenaires syndicaux vont poursuivre leur travail de réflexion avec les États généraux du syndicalisme. « Amorcé au printemps 2025, cet exercice est la preuve que nos organisations sont assez matures pour se remettre en question et réfléchir sur nos approches afin de renforcer la solidarité, d'identifier ce qui fonctionne et ce que nous faisons moins bien dans le but de répondre aux attentes des personnes que nous représentons », ajoute le secrétaire général, Olivier Carrière.
Enfin, en cette année électorale, la FTQ compte bien faire entendre la voix des travailleurs et travailleuses sur les enjeux du prochain scrutin. « Plus que jamais et forte de ses mandats, la FTQ reste déterminée à défendre le modèle québécois hérité de nos prédécesseurs. La mission de la FTQ demeure la même : défendre la dignité au travail, améliorer la vie des gens et notre filet social pour bâtir ensemble une société encore plus juste, plus égalitaire, plus inclusive et plus verte », de conclure les leaders syndicaux.
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Départ de François Legault : un réseau public de santé toujours au bord du gouffre
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ réagit à l'annonce de la démission du premier ministre François Legault en soulignant que son mandat a laissé le réseau public de santé dans une situation critique et les professionnelles en soins à bout de souffle.
« François Legault a laissé le personnel et la population absorber les conséquences de son inaction, privilégiant le hochet du populisme plutôt que d'agir là où les besoins sont criants. Les urgences saturées, le personnel en épuisement et les infrastructures délabrées n'ont pas été des accidents, mais le résultat d'une gestion réactive et d'une absence persistante de planification », dénonce Julie Bouchard, présidente de la FIQ.
S'il est trop tôt pour dresser un bilan complet, un constat s'impose : les services publics n'ont jamais vraiment été au cœur des priorités de François Legault. L'économie peut être importante, mais quand la population n'a pas accès à des réseaux de santé et d'éducation fonctionnels, tout le reste perd de sa valeur.
La FIQ exhorte le gouvernement intérimaire et Santé Québec à ne pas répéter les mêmes erreurs. Elle demande l'instauration immédiate de ratios sécuritaires, une véritable planification des périodes de pointe avec des effectifs suffisants, l'amélioration durable des conditions de travail, ainsi que des investissements majeurs dans les urgences et la modernisation des infrastructures. Elle réclame enfin un recentrage de la gestion sur le jugement clinique et la protection du public plutôt que sur des indicateurs administratifs.
« Le Québec a les moyens d'offrir des soins humains, sécuritaires et accessibles. Ce qui a manqué, ce n'est ni le professionnalisme ni l'engagement des professionnelles en soins, mais la volonté politique de faire des choix responsables et courageux face à la crise. Trop longtemps, M. Legault a voulu gérer la santé comme une entreprise, avec des indicateurs administratifs et des projets symboliques plutôt que des mesures concrètes pour protéger les patient‑e‑s et soutenir le personnel. Nous espérons que la personne qui succédera à M. Legault saura prendre les décisions nécessaires pour améliorer concrètement le réseau public », conclut la chef syndicale.
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Les compressions font mal aux services à la population et au personnel
Bris de services, augmentation des délais, surcharge de travail et détérioration du climat de travail, les compressions du gouvernement du Québec font mal aux services à la population et au personnel, selon un sondage mené par le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).
Le gouvernement du Québec compte 1567 professionnelles et professionnels de moins depuis la mise en place du gel d'embauche dans la fonction publique, le 1er novembre 2024. À cela s'ajoutent d'importantes abolitions de postes dans le personnel de soutien. « Contrairement à ce que prétend la CAQ, les services à la population sont bel et bien affectés. Faire plus avec moins, ce n'est plus possible. Il y a déjà des bris de services et il va y en avoir d'autres. Le gouvernement doit être honnête avec la population et admettre qu'il coupe dans les services en ce moment », indique Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.
Faits saillants du sondage
* Quelque 19 % des personnes répondantes ont constaté des bris de service à la population dans leur service ainsi que des situations rehaussant la vulnérabilité de la clientèle. De plus, 33 % constatent plus d'insatisfaction de la clientèle. 59 % notent que les délais dans leur service ont augmenté (45 %) ou beaucoup augmenté (14 %).
* 696 personnes répondantes sont membres d'un ordre professionnel et 20 % d'entre elles signalent que les exigences de leur employeur ou la diminution des effectifs entraînent des situations d'incompatibilité avec les normes de leur ordre professionnel.
* La charge de travail du personnel professionnel a augmenté en raison des compressions (65 % des personnes répondantes). Les personnes répondantes qualifient leur charge de travail de très élevée (23 %) et d'élevée (48 %) pour la plupart.
* Alors que le gouvernement dit vouloir réduire la bureaucratie, 46 % des professionnelles et professionnels disent observer une hausse des demandes de reddition de compte au travail.
* Plus de la moitié des personnes répondantes (56 %) constatent une détérioration du climat de travail dans la dernière année.
* Une personne professionnelle sur deux dit avoir subi une détérioration de sa santé psychologique au travail dans les 12 derniers mois.
« Le gouvernement devrait arrêter de vouloir marquer des points sur le dos de son personnel en vue de la prochaine élection et faire une pause pour entamer une réelle réflexion sur les services de l'État », estime M. Bouvrette.
Le sondage a été réalisé sur la plateforme SurveyMonkey du 27 novembre au 15 décembre 2025 auprès des membres du SPGQ. Au total, 5 182 personnes ont rempli le questionnaire d'enquête, portant le taux de réponse à 18,2 %.
À propos du SPGQ
Le SPGQ est le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec. Créé en 1968, il représente plus de 34 000 spécialistes, dont environ 25 000 dans la fonction publique, 6 000 à Revenu Québec et 3 000 répartis dans les secteurs de la santé, de l'enseignement supérieur et au sein de diverses sociétés d'État.
Source
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
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Un réseau fort est possible et nécessaire | L’APTS propose 9 façons d’y parvenir en 2026
À neuf mois exactement des élections provinciales de 2026, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) lance Agenda 2026, une édition spéciale de sa campagne Un réseau fort : et si on osait pour vrai ?, qui vise à remettre le renforcement du réseau de santé et de services sociaux (RSSS) au cœur du débat public. Alors que le Québec traverse une crise systémique, nourrie par des décennies de sous-financement, de centralisation et de privatisation, l'APTS propose une série de solutions concrètes qui seront dévoilées mensuellement jusqu'au jour du scrutin.
« Un réseau fort, c'est possible — si on ose pour vrai. Les solutions sont connues, crédibles et nécessaires. Les partis doivent maintenant s'engager à en faire des priorités politiques », affirme Robert Comeau, président de l'APTS.
En janvier : mettre fin à l'austérité
Le premier thème de la campagne — En finir avec l'austérité : et si on osait pour vrai ? — dévoile un constat clair : le Québec est replongé dans l'austérité, malgré ce qu'en dit le gouvernement. Avec un déficit de 14 G$, plusieurs observateur·rice·s estiment que le Québec « n'a pas les moyens » d'investir davantage dans ses services publics.
Et en effet, le gouvernement n'a relevé le budget 2025-2026 du RSSS que de 1,8 % (1,1 G$), alors que les besoins réels exigeaient au moins 5 %. Résultat : un manque à gagner de plus de 1 G$, qui se traduit directement sur le terrain :
– Partout : coupures de postes et gels d'embauche
– Plateaux techniques : retards d'entretien, appareils brisés plus souvent, ralentissement des services
– Imagerie médicale : équipements entreposés faute de fonds pour les installer
– CLSC et services psychosociaux : diminution de la capacité en première ligne
– Santé physique : regroupement de services spécialisés vers les grands centres, allongeant les déplacements pour les personnes usagères
– DI-TSA et santé mentale : fermetures de centres de jour, plateaux de travail réduits, résidences à assistance continue (RAC) vétustes, baisse de financement des ressources intermédiaires (RI)
– Santé publique et nutrition : baisse de l'offre alimentaire, réduction des dépenses réelles en prévention
« Ce cycle d'austérité est le troisième depuis la fin des années 1990. Chaque fois, c'est un véritable étau qui se resserre sur le réseau public. Pendant ce temps, le 1 % le plus riche s'enrichit encore et la privatisation gagne toujours du terrain. Il faut rompre ce cercle vicieux », soutient Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente de l'APTS.
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États généraux de l’enseignement pour la transition écologique et sociale
États généraux de l'enseignement pour la transition écologique et sociale : plus de 200 personnes déléguées repensent l'avenir
Sources :
Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN)
Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC)
(Laval, le mercredi 7 janvier 2026) Le Collège Montmorency à Laval accueille, du 7 au 10 janvier 2026, plus de 200 délégué·es étudiant·es et enseignant·es à l'occasion des États généraux de l'enseignement pour la transition écologique et sociale. Cet événement exceptionnel réunit des acteurs centraux de l'enseignement supérieur ainsi que des spécialistes en éducation relative à l'environnement et en transition socioécologique.
« Le système d'éducation actuel ne prépare pas suffisamment les personnes étudiantes aux enjeux socioécologiques qui vont pourtant avoir des répercussions importantes dans leur vie personnelle et professionnelle. L'éducation est reconnue comme un levier majeur pour opérer la transition vers une société plus juste et respectueuse des limites planétaires. Ces États généraux offrent donc un espace de concertation à la croisée des disciplines et des générations pour définir comment l'enseignement supérieur pourrait et devrait soutenir cette transition », précise le comité organisateur de l'événement.
Un projet structurant pour l'enseignement supérieur
Les États généraux s'inscrivent dans le projet « Transformations en cours », qui trouve son origine dans les mobilisations étudiantes et enseignantes de 2019 pour une éducation à la hauteur des défis de la transition. L'événement de janvier s'appuie sur une vaste consultation menée de mars à octobre 2025 auprès des milieux collégiaux et universitaires. Cette démarche participative a permis d'identifier les besoins, les visions et les attentes des communautés éducatives face à la crise socioécologique. Plus de 80 % des personnes interrogées considèrent d'ailleurs que la formation au cégep et à l'université prépare insuffisamment les étudiant·es aux enjeux socioécologiques.
Les États généraux visent à définir des orientations communes et un plan d'action pour transformer l'enseignement supérieur en favorisant la concertation entre les milieux étudiants et enseignants et en ouvrant des perspectives de mobilisation collective. Justice environnementale, mode de gouvernance, programmes et pratiques pédagogiques seront parmi les thèmes discutés.
Des conférencier·ères, panélistes et participant·es engagé·es
Parmi les personnes invitées, on compte des expert·es reconnu·es en éducation environnementale, des chercheur·ses, des enseignant·es et des étudiant·es impliqué·es dans la mobilisation pour la justice climatique.
La soirée d'ouverture du mercredi 7 janvier à 17 h propose une conférence d'Albert Lalonde de la direction de la recherche pour le Future Generations Tribunal, personne plaignante au procès climatique et co-porte-parole du mouvement étudiant québécois pour la justice climatique entre 2019 et 2023. Aussi, Lylou Sehili, co-présidente de l'Aile jeunesse du Chantier de l'économie sociale et co-organisatrice des grèves climatiques de 2019 prononcera un discours.
Une démarche ouverte pour la suite du monde
À l'issue des États généraux, un comité de mise en œuvre assurera la coordination du plan d'action défini collectivement. Il comprendra notamment le développement d'une formation de perfectionnement et la création d'une communauté de pratique pour soutenir l'écologisation des enseignements.
Ce processus s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'évolution du système éducatif face aux enjeux contemporains, en dialogue avec les syndicats enseignants, les associations étudiantes et les OBNL œuvrant au primaire et au secondaire.
Les partenaires du projet
Coordonné par la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN) et Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC), l'événement compte parmi ses partenaires La Coalition Éducation – Environnement – Écocitoyenneté, le Collège Montmorency, le collectif E3, la Fédération de l'enseignement collégial (FEC–CSQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), le Front commun pour la transition énergétique, le Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency (SEECM–CSN) et l'Union étudiante du Québec (UEQ).
Le projet est réalisé avec le soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre d'Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d'action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030.
Informations et inscriptions :
Consultez le site officiel du projettransformationsencours.ca
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Trois films sur la Palestine présélectionnés aux Oscars
La Palestine a été mise à l'honneur au cinéma tout au long de cette année 2025, par des déclarations de professionnel·les, des prises de positions importantes mais surtout la présence à l'affiche de films réalisés par des Palestinien·nes ou faisant le récit de leur lutte.
Inspirés de faits réels, ces films offrent un aperçu de ce que vivent les familles palestiniennes depuis des décennies, de la colonisation britannique à la vie sous l'apartheid et le génocide israéliens actuels.
Trois de ces films ont été soumis et pré-sélectionnés pour la 98eme édition des Oscars, comme l'a révélé l'Académie américaine du cinéma mardi soir. C'est une sélection historique, qui indique une reconnaissance des récits palestiniens, longtemps tenus à l'écart des grandes scènes mondiales.
Ces films sont les suivants :
« La voix de Hind Rajab » sort au cinéma le 26 novembre
“Je ne peux pas accepter un monde où un enfant appelle à l'aide et où personne ne vient. Cette douleur, cet échec, nous appartiennent à tous”, explique la réalisatrice Kaouther Ben Hania pour présenter son nouveau film, « The Voice of Hind Rajab ».
À l'origine de ce film, il y a la tristement célèbre histoire de Hind Rajab, une enfant de 6 ans qui tentait avec sa famille de fuir les affrontements en février 2024. Leur voiture a été attaquée par un char israélien, tuant 6 passagers, laissant Hind Rajab et sa cousine pour seules survivantes. Les deux enfants, encore piégées dans la voiture alors que des affrontements avaient lieu autour d'elles, ont appelé les secours. La cousine, qui tenait le téléphone, a été tuée à son tour, et Hind Rajab a repris le téléphone, pleurant et criant que les forces israéliennes leur tirent dessus au milieu du bruit des coups de feu avant d'être elle-même tuée.
L'enregistrement de l'appel de cette enfant et ses derniers mots, « j'ai tellement peur », ont fait le tour du monde et ont sensibilisé une grande audience au crimes commis par Israël à Gaza, encore largement silenciés par les médias occidentaux.
Le film de Kaouther Ben Hania a été tourné en Tunisie, et il est le fruit d'un travail documentaire rigoureux, réalisé en lien avec la famille de Hind et le Croissant-Rouge. En s'appuyant sur les témoignages et l'enregistrement de l'appel, la cinéaste a imaginé un récit tourné en huis clos, qui met en scène les secouristes ayant reçu l'appel, qui répondent à l'original de la voix enregistrée de Hind Rajab.
« Parce que les images violentes sont partout sur nos écrans, nos fils d'actualité, nos téléphones », explique la réalisatrice, « je voulais me concentrer sur l'invisible : l'attente, la peur, le silence insupportable quand l'aide n'arrive pas. Parfois, ce que l'on ne voit pas est plus dévastateur que ce que l'on voit. »
Récompensé du grand prix du jury à la Mostra de Venise et choisi pour représenter la Tunisie à la prochaine cérémonie des Oscars, le film sortira dans les salles françaises, sous le nom de « La voix de Hind Rajab », le 26 novembre prochain.
Une série d'avant-premières aura lieu dans plusieurs villes simultanément, qui retransmettront en direct un entretien avec la réalisatrice et l'équipe du film.
Le film « Ce qu'il reste de nous » en avant-première le 19 octobre à Montpellier
À l'occasion du festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, qui se tiendra du 17 au 25 octobre prochain, un projection en avant-première du film « All that's left of you », titré en français « Ce qu'il reste de nous », se tiendra le 19 octobre prochain au cinéma Diagonal à Montpellier.
Il s'agit du troisième long-métrage de Cherien Dabis, réalisatrice, scénariste et productrice états-unienne d'origine palestinienne. L'intrigue commence en 1988, alors qu'un jeune homme, Noor (Muhammad Abed Elrahman), est grièvement blessé lors une manifestation en Cisjordanie.
Pour faire comprendre qui il est, sa mère Hanan (Cherien Dabis) retrace son histoire sur trois générations, dans une saga familiale qui s'étend de 1948 aux années 2020, et retrace l'histoire de la colonisation de la Palestine par Israël à travers les yeux d'une famille palestinienne ordinaire.
Son récit remonte à 1948, lorsque le grand-père de Noor, Sharif (Adam Bakri), refuse de quitter Jaffa pour protéger la maison et l'orangeraie. Mais la guerre, l'expulsion et l'emprisonnement déchirent la famille. Le fils de Sharif, Salim (Saleh Bakri), grandit dans l'ombre de son pays natal qu'il n'a jamais vraiment connu.
Lorsque, des décennies plus tard, Noor proteste contre les soldats israéliens, l'histoire semble se répéter. Mais au milieu de la crise, Hanan et Salim prennent une décision courageuse qui redonne espoir à la famille et promet un chemin vers la réconciliation.
Ce qu'il reste de nous a été présenté en avant-première au festival du film de Sundance fin janvier 2025 et sort dans les cinémas allemands le 20 novembre 2025. Le film est présenté par la Jordanie comme contribution à la cérémonie des Oscars 2026 dans la catégorie du meilleur film international.
Javier Bardem et Mark Ruffalo se sont associés en tant que producteurs exécutifs du film, lui conférant une portée à la fois artistique et politique, susceptible de toucher un public élargi.
S'il n'est pas prévu dans les salles françaises avant mars 2026, il sortira en Suisse dès le 15 octobre.
Palestine 36 : une fresque historique et politique au cinéma en janvier
Le film « Palestine 36 » retrace la naissance et l'échec de la révolte menée par les agriculteurs en 1936 contre la domination coloniale britannique en Palestine.
« En 1936, en Palestine sous mandat britannique, Yusuf, un jeune homme partagé entre l'attachement à son village natal et l'effervescence politique de Jérusalem, tente de trouver sa voie dans un contexte de tension politique croissante. Alors que les villages s'insurgent contre la domination coloniale, que l'immigration juive s'accélère en provenance d'Europe fuyant le fascisme, et que les Palestiniens appellent à l'indépendance, s'amorce une collision inévitable entre les forces en présence. »
Le film « Palestine 36 », célébré en septembre dernier au festival de Toronto, sortira en salles en France en janvier 2026. Réalisé par Annemarie Jacir, il propose une fresque historique et politique, chronique de la lutte contre l'empire, de dépossession de terres, d'opportunités perdues, d'idéaux trahis et d'aspirations de jeunesse anéanties.
Le film réunit une distribution internationale : l'acteur oscarisé Jeremy Irons, la star de Game of Thrones Liam Cunningham, l'acteur tunisien Dhafer L'Abidine, ainsi que les talents palestiniens Hiam Abbass, Yasmine Al-Massri, Kamel El Basha et Saleh Bakri.
Candidat pour la Palestine au prix du Meilleur film international, ‘Palestine 36' promet de faire découvrir à un large public l'insurrection des paysans palestiniens contre l'empire britannique, apportant des clés de lecture historiques essentielles.
« C'est l'un des moments les plus marquants de notre histoire en tant que Palestiniens », explique la réalisatrice à Télérama. « Il pose les bases de tout, absolument tout ce qui suivra. On ne peut comprendre la Nakba, l'Intifada ou la situation actuelle sans comprendre comment le décor s'est installé à cette époque. Cette révolte est remarquable : une insurrection paysanne qui a pris le dessus face à un empire. Je voulais voir ce film, alors je me devais de le faire. »
Le film a été pensé avant le 7 octobre 2023, et son tournage a été retardé par la guerre génocidaire à Gaza et ses échos en Cisjordanie. En partie relocalisé en Jordanie, la production a néanmoins persisté, comme le raconte Annemarie Jacir :
« J'ai perdu le compte du nombre de fois où le tournage a commencé et s'est arrêté. Le scénario, l'histoire, le lieu tout a changé. Nous avons continué. Ce film a été l'aventure la plus éprouvante de ma vie. Que cette année de sang, de violence et de mort ait aussi donné naissance à une œuvre tissée de tant de mains et de cœurs est pour moi un acte d'amour et de défi. Comme Mahmoud Darwich, je suis convaincue que ‘chaque beau poème est un acte de résistance'. »
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Une prise de conscience culturelle en 2025 : comment l’art, la musique et la mode palestiniens se sont mondialisés
En 2025, la musique, la cuisine et la mode palestiniennes ont transcendé les frontières, transformant la culture en un langage mondial de résistance, d'identité et de survie.
Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : L'artiste palestinienne Asmaa Aljueithni partage une photo de la seule chose qui a survécu au raid aérien qui a réduit sa maison de Gaza en ruines, 3 octobre 2024 © MENA Visuals sur X
Au cours des deux dernières années de génocide perpétré par Israël à Gaza, une vérité est impossible à ignorer : la culture palestinienne touche désormais le monde entier d'une manière totalement nouvelle.
Ce qui était autrefois principalement confiné aux communautés locales – comme les mélodies des chansons folkloriques, les broderies complexes des robes traditionnelles et les saveurs de la cuisine maison – est désormais devenu une forme puissante d'activisme, une déclaration d'identité et un pont vers un public mondial désireux de comprendre la vie palestinienne au-delà des gros titres sur le conflit.
À bien des égards, cette évolution a permis à la culture palestinienne de devenir quelque chose de plus : un langage universel.
Prenons, par exemple, Shil Shil (Continue) du compositeur Zeid Helal. Cette chanson est née au cœur des récents bombardements à Gaza, d'un besoin urgent d'exprimer ce que les statistiques et les déclarations officielles ne pouvaient pas exprimer : la réalité vécue de la souffrance et de la résilience des Palestiniens.
Cette urgence s'est reflétée dans la réaction du public lorsque Zeid a présenté le morceau pour la première fois, accompagné de son clip vidéo. Des milliers de Palestiniens l'ont partagé, interprété et se l'ont approprié, transformant une expression personnelle en une voix collective.
Pour Zeid, cette chanson transcendait son rôle de simple morceau de musique. « Ce n'est pas seulement une mélodie », explique-t-il. « C'est l'incarnation de la résistance et de l'identité palestinienne, un moyen de sensibiliser le public à notre cause. »
L'influence de la culture palestinienne, en particulier à travers la musique, ne s'est pas arrêtée à la chanson de Zeid ; elle a au contraire dépassé largement les frontières de la Palestine.
Par exemple, des artistes internationaux ont commencé à s'inspirer du patrimoine musical palestinien, tandis que les réseaux sociaux se sont remplis de vidéos de personnes de tous les continents, de l'Amérique du Sud à l'Asie du Sud-Est, apprenant et interprétant des chansons palestiniennes.
Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils découvraient la langue palestinienne et les expériences vécues par son peuple.
Redéfinir le son palestinien
Khalid Sadouq, compositeur et professeur de musique à l'université nationale An-Najah de Naplouse, en Cisjordanie, a été témoin direct de cette transformation.
Grâce à son double rôle d'éducateur et d'artiste, il a une vision claire de la manière dont le conflit remodèle l'expression créative.
« La guerre a été une force déterminante dans l'évolution de la musique palestinienne », réfléchit Khalid, soulignant que ces dernières années, l'essor des chansons documentant la douleur collective a donné une nouvelle profondeur aux compositions, transformant une musique qui était autrefois principalement un divertissement en un témoignage de la vie quotidienne.
Ce changement, ajoute-t-il, a également conduit à l'émergence de nouveaux genres, les producteurs de musique électronique mélangeant les instruments traditionnels palestiniens avec des techniques de production contemporaines pour créer une musique à la fois ancrée dans le patrimoine et d'une actualité brûlante, reflétant l'expérience palestinienne où les traditions culturelles ancestrales se croisent avec les luttes actuelles.
Cependant, la création de cette œuvre a un coût, que Khalid connaît bien.
« Je suis confronté à de multiples défis pour exprimer les problèmes palestiniens à travers la musique », dit-il.
« Premièrement, il existe des pressions sociales et politiques qui tentent de réprimer la créativité. Il y a souvent une censure sur ce qui peut être exprimé. Deuxièmement, l'accès aux outils de production musicale et aux plateformes de distribution est difficile, surtout compte tenu de notre situation économique. »
Malgré ces contraintes, la créativité continue de s'épanouir, les Palestiniens s'appuyant depuis longtemps sur la production culturelle comme forme d'expression alternative, en particulier dans les régions où la liberté des médias est restreinte.
Pour Khalid et ses pairs, ces contraintes deviennent souvent une source de motivation. Il explique à The New Arab qu'il puise son inspiration dans la souffrance des gens, ce qui rend la musique plus authentique.
Pour l'avenir, Khalid estime que l'attention mondiale actuelle pourrait avoir un impact durable sur la culture palestinienne.
« Les événements actuels ont montré au monde entier les souffrances des Palestiniens, ce qui a accru l'intérêt pour les œuvres artistiques reflétant cette réalité », dit-il.
« La musique est devenue un outil pour capter l'attention mondiale et transmettre un message humanitaire exprimant les espoirs et les souffrances de notre peuple. »
Une cuisine comme archive culturelle
Au-delà de la musique, la cuisine palestinienne est devenue un puissant vecteur d'expression culturelle et de reconnaissance mondiale.
Dans sa cuisine de Ramallah, Heba Al-Haytan travaille avec la même intentionnalité qu'un conservateur de musée. Chaque plat qu'elle prépare — le riz renversé de Maklouba, les tomates rôties et le sumac de Musakhan — est chargé d'histoire familiale et de signification politique.
Heba explique que le contexte politique général façonne la vie quotidienne, y compris ce qui se passe dans la cuisine. « Les circonstances politiques ont un impact considérable sur notre vie quotidienne, y compris dans nos cuisines », dit-elle.
Elle note que les périodes de pénurie et de crise, telles que les famines, ont depuis longtemps incité les Palestiniens à innover avec des ingrédients locaux, créant de nouvelles recettes par nécessité.
Au fil du temps, ces innovations ont commencé à remodeler la façon dont le monde perçoit les habitudes alimentaires palestiniennes.
De plus, Heba souligne également que ce qui était autrefois hyperlocal — des plats partagés au sein des familles élargies — a progressivement acquis une reconnaissance internationale.
Des restaurants palestiniens sont désormais présents dans toute l'Europe et au Moyen-Orient, tandis que des chefs internationaux s'inspirent des ingrédients et des techniques palestiniens.
Les plats de base tels que le houmous, le taboulé et les falafels, qui font depuis longtemps partie de la vie quotidienne des Palestiniens, ne sont plus confinés à la section « cuisine ethnique » ; ils occupent désormais une place centrale dans les discussions mondiales sur l'alimentation.
Heba souligne l'importance culturelle de cette reconnaissance. « La cuisine palestinienne fait désormais partie intégrante des expériences culinaires mondiales », observe-t-elle.
« Les plats traditionnels ne sont plus seulement des repas ; ils incarnent le patrimoine et les valeurs familiales, ils sont des lieux où les gens se réunissent pour renforcer leurs liens. »
Heba reconnaît que les racines de la cuisine palestinienne remontent à des milliers d'années, s'inspirant des traditions culinaires méditerranéennes, levantines et arabes, et souvent transmises oralement de génération en génération, préservant à la fois le goût et la mémoire.
Chaque plat reflète également la géographie de la Palestine, de l'huile d'olive produite en Cisjordanie aux agrumes des vergers palestiniens historiques, en passant par les herbes sauvages qui poussent dans les collines.
En ce sens, la nourriture devient une carte du territoire, et la cuisine une forme d'expression culturelle et territoriale.
Le thobe comme symbole
À l'instar de la musique et de la cuisine palestiniennes qui touchent un public mondial, les vêtements sont également de plus en plus reconnus comme une forme de narration culturelle.
Ischar Assi, une jeune créatrice de mode palestinienne, a été témoin du moment où un vêtement traditionnel est devenu un symbole mondial.
Dans son atelier, où les couleurs vives côtoient les techniques de broderie traditionnelles, elle a observé un phénomène inattendu : le thobe, cette longue robe palestinienne généralement portée lors des célébrations, s'est transformé en un symbole quotidien d'affirmation identitaire.
« Après la guerre, les gens ont commencé à porter le thobe pour exprimer leur solidarité avec la Palestine, et non plus simplement comme un vêtement traditionnel », explique Assi.
« C'est une expression d'identité, de résistance, d'espoir. »
Les réseaux sociaux ont accéléré cette évolution. Les images de personnes portant le thobe se sont multipliées : des Palestiniens de la diaspora le portaient lors de manifestations, des militants internationaux le portaient en signe de solidarité et des jeunes l'intégraient dans leurs tenues de ville.
Comme l'explique Ischar, cette robe a dépassé son usage cérémoniel pour devenir un « signifiant flottant », un symbole dont la signification a dépassé son contexte d'origine.
Ischar et d'autres créateurs palestiniens ont saisi cette opportunité. Ils ont commencé à réinventer le thobe pour les consommateurs contemporains, en introduisant des silhouettes et des palettes de couleurs modernes tout en conservant les broderies complexes qui identifient certaines régions palestiniennes.
« Nous avons ajouté des touches contemporaines, mais nous avons préservé l'esprit du patrimoine », explique Ischar.
« Nous voulons montrer au monde que le thobe palestinien a une histoire profonde et qu'il est indissociable de notre identité. »
Mais bien sûr, Ischar est conscient des défis à relever. Les créateurs palestiniens sont confrontés à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement, à des restrictions à l'importation dans les territoires occupés et à un accès limité aux marchés internationaux en raison de contraintes politiques et économiques.
Malgré ces obstacles, Ischar et ses pairs ont persévéré et continuent de le faire.
« Chaque pièce sur laquelle je travaille raconte une histoire, celle de tout un peuple. Nous voulons montrer au monde que la Palestine n'est pas seulement un conflit, mais aussi une culture riche et une histoire ancienne », explique-t-elle.
Ischar ajoute que les organisations culturelles ont commencé à organiser des expositions et des événements célébrant le rôle du thobe dans l'identité palestinienne.
Ce qui était considéré dans certains cercles internationaux comme un simple « vêtement traditionnel » a été reconnu comme une forme d'art sophistiquée et en constante évolution, preuve que la culture palestinienne n'est pas statique ou figée dans le temps, mais vivante et adaptable.
Un réveil collectif
À bien y réfléchir, ces mouvements parallèles dans la musique, la gastronomie et la mode partagent une origine et une trajectoire communes.
L'horrible génocide perpétré par Israël a catalysé une prise de conscience mondiale de l'existence palestinienne au-delà du conflit, alors que le public international, soudainement confronté à l'ampleur des souffrances à Gaza, cherchait des moyens de comprendre l'humanité palestinienne, la culture servant de pont.
Les chansons de Zeid Helal, les compositions de Khalid Sadouq, les recettes de Heba Al-Haytan et les créations d'Ischar Assi ont toutes le même objectif : elles insistent sur le fait que les Palestiniens ne sont pas seulement des victimes de l'histoire, mais aussi des créateurs au sein de celle-ci.
À travers leur travail, ils affirment leur présence, leur continuité et leur droit à être compris comme des êtres humains complexes, avec des traditions esthétiques, des rituels familiaux et des visions artistiques qui sont antérieurs au conflit actuel et qui lui survivront.
À mesure que la musique, la cuisine et la mode palestiniennes touchent un public mondial, le récit commence à changer. Ce qui était autrefois encadré par la destruction et le désespoir est désormais raconté comme une histoire de résilience et de souveraineté culturelle, transformant un peuple défini par ce qui lui est fait en un peuple qui se définit par ce qu'il crée.
Cela ne signifie pas que la célébration de la culture efface la lutte politique, loin de là. Cependant, cela complique le discours, rendant plus difficile de réduire les Palestiniens à de simples statistiques ou abstractions politiques.
Pour ceux qui s'intéressent à la culture palestinienne, l'expérience est transformatrice. Quelqu'un qui a appris une chanson palestinienne, goûté à la cuisine palestinienne ou porté un thobe palestinien rencontre les Palestiniens en tant qu'artistes, hôtes et enseignants. Ils découvrent la culture non pas comme un objet de musée, mais comme une expression vivante, respirante et évolutive de la créativité humaine.
Pour les artistes et les créateurs au cœur de ce mouvement, les enjeux sont à la fois personnels et collectifs.
« L'avenir de la musique palestinienne après la fin du conflit sera radieux », prévoit Khalid.
« La musique continuera d'être un moyen d'exprimer l'identité et le patrimoine, capable de toucher un public plus large. L'espoir est qu'avec la paix, la musique palestinienne se développe pour s'intégrer au dialogue culturel mondial, renforçant ainsi sa place sur la scène internationale. »
Cet espoir anime aujourd'hui tout le travail culturel palestinien. Il ne s'agit pas d'une échappatoire aux difficultés actuelles, mais d'une affirmation des possibilités futures, d'une déclaration selon laquelle la culture palestinienne appartient au monde et que le monde commence enfin à y prêter attention.
À travers les chansons des compositeurs, les recettes des cuisiniers et les créations des artistes, les Palestiniens continuent de raconter leur histoire. Ce faisant, ils rappellent au monde : nous sommes toujours là. Nous créons. Nous persévérons.
* Aseel Mafarjeh est une journaliste spécialisée dans la Cisjordanie, qui s'intéresse particulièrement aux récits qui traitent des défis et de la créativité des jeunes en Palestine.
Traduction : AFPS
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L’enlèvement de Nicolás Maduro préfigure un monde dominé par la force
En tolérant l'enlèvement du président vénézuélien et de son épouse par les États-Unis, la communauté internationale ouvre la voie à un monde où la loi du plus fort pourrait définitivement supplanter l'État de droit.
5 janvier 2026 | tiré de Politis.fr | Photo : Manifestation condamnant l'attaque américaine contre le Venezuela et la capture du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, près de l'ambassade américaine à Manille, le 5 janvier 2026. © Ted ALJIBE / AFP
https://www.politis.fr/articles/2026/01/lenlevement-de-nicolas-maduro-par-les-etats-unis-prefigure-un-monde-domine-par-la-force/
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Les puissants ne font désormais même plus semblant. Le droit international les encombre dans leur vision géopolitique, en même temps qu'il est susceptible de les menacer individuellement. L'année 2025 s'était achevée sur le sentiment d'une impuissance du droit international à mettre un terme aux atrocités à Gaza ou encore à la guerre en Ukraine, 2026 débute par la confirmation de l'érection d'un nouvel ordre mondial qui n'en a cure. Il s'agit de la préfiguration d'un monde dominé par la force où le droit serait l'argument des plus faibles.
Cet acte intervient au mépris d'un certain nombre de principes fondamentaux.
L'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les États-Unis constitue indéniablement la légitimation de la loi du plus fort. En tant que tel, mais aussi parce qu'il n'a pas été unanimement condamné par la communauté internationale, il marque un précédent particulièrement dangereux de ce XXIe siècle. Cet acte intervient en effet au mépris d'un certain nombre de principes fondamentaux, dont celui de la souveraineté des États.
La Charte des Nations unies, signée à San Francisco en 1945, rappelle notamment que « les membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies » (article 2). C'est cette même charte qui a mis en place la Cour internationale de justice (CIJ), dans le but de gérer les différents juridiques entre États.
Non seulement cet enlèvement viole la souveraineté du Venezuela, mais il est aussi une négation de la coopération avec les autres États pour mettre un terme à des agissements qui seraient considérés comme criminels. Rappelons que le Conseil de sécurité des Nations unies n'a bien évidemment pas donné son autorisation à l'intervention militaire menée par les États-Unis, si tant est qu'il ait été consulté. La communauté internationale est donc mise devant le fait accompli.
Se prémunir contre l'arbitraire
Il faut bien comprendre que se protéger contre la loi du plus fort, c'est également se prémunir contre l'arbitraire. Qui d'autre pour s'assurer de la validité des charges contre Maduro, si ce n'est une puissance à l'origine de son enlèvement au mépris du droit international ? Sur la base de quels éléments accessibles au public le prévenu pourra-t-il être mis en cause ? Qui pour contrôler les intentions des États-Unis qui visent le régime d'un pays possédant les plus grandes réserves de pétrole du monde ? Les cas de l'Afghanistan, de l'Irak, et plus anciennement de la Grenade, devraient nous servir à mesurer le danger de telles politiques.
La réaction particulièrement servile de la France contraste sévèrement avec les idéaux qu'elle affiche.
Ce qui interroge également, c'est la réaction particulièrement servile de la France, qui contraste sévèrement avec les idéaux qu'elle affiche. Le soutien apporté à l'opération est d'autant plus cocasse que la Cour de cassation – en annulant en juillet 2025 le mandat d'arrêt visant l'ancien président syrien Bachar Al-Assad délivré en 2023 –, a réaffirmé que l'immunité fonctionnelle, comme l'immunité personnelle, sont des principes posés par la coutume internationale et qu'elles procèdent de l'égalité souveraine des États.
Or, l'immunité personnelle interdit que le chef d'État, le premier ministre ou le ministre des affaires étrangères d'un État, lorsqu'ils sont en exercice, soient poursuivis devant les juridictions d'un autre pays. Ainsi, même s'il a nuancé sa position ce lundi 5 janvier en critiquant la méthode de l'administration américaine – ce qui s'apparente à une tentative de rattrapage –, Emmanuel Macron, en déclarant que « le peuple vénézuélien est aujourd'hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s'en réjouir » cautionne une grave infraction au droit international portant atteinte à nos propres principes.
Le droit international n'est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité.
Il n'est bien sûr nullement question de prétendre à l'innocence de Maduro, pas plus qu'au caractère fondé de certains griefs qui sont formulés à son encontre. La fin ne justifie cependant pas les moyens car, dans cette logique, n'importe quel pays doté d'une armée puissante pourrait décider à tout moment de neutraliser les dirigeants d'un autre État. Ajoutons que, face à la raréfaction des ressources naturelles, de tels actes ne peuvent être qu'encouragés si nous ne les condamnons pas.
De nombreuses voix s'élèvent pour apporter leur soutien aux États-Unis. Elles ne semblent pas prendre conscience que le droit international n'est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité. Les États les plus faibles seront assurément tenus en échec si le droit international peine à régir les relations interétatiques. Dans un monde de plus en plus incertain et complexe, il demeure un repère et une garantie.
Les États-Unis eux-mêmes reconnaissent l'importance du droit – même si c'est le leur – en tentant de légitimer, a posteriori, le fait d'avoir enfreint le droit international en enlevant et inculpant Nicolás Maduro. C'est le paradoxe d'États bafouant le droit, tout en s'appuyant dessus, pour afficher un semblant de légalité à leurs agissements. Demain, la loi du plus fort pourrait ne même plus s'en embarrasser.
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La gauche à l’ère de l’hyperpolitique
Le temps de l'apathie politique est révolu. Dans cet article empreint d'optimisme, Diogo Machado explore le terme « hyperpolitique », proposé par Anton Jäger, pour tenter de comprendre comment la relation à la participation dans la société a évolué.
Tiré d'Inprecor 15 janvier 2026 par Diogo Machado | Photo : © Johan Jacobs
La fin de la guerre froide a entraîné un long hiver de torpeur politique marqué par le consensus néolibéral, dans lequel la souveraineté populaire, la dispute idéologique et la notion d'alternative ont été éliminées. Cependant, la crise de 2008 a mis fin à cette passivité résignée des masses, aujourd'hui plus disposées à se révolter. Cela s'est traduit par la montée de mouvements contestataires tels que « 15-M », « Occupy Wall Street » ou « Que se lixe a Troika ! » (que la Troika aille se faire voir) ainsi que par l'émergence de partis populistes de gauche et d'extrême droite, qui remobilisent l'électorat autour de messages qui remettent en cause le statu quo (sous des formes diverses, certes).
Nous avons désormais le sentiment que l'apathie politique a pris fin. Les gens sont plus concernés par la politique qu'ils ne l'ont été depuis des décennies. Il s'agit d'un phénomène nouveau, qu'Anton Jäger a qualifié d'« hyperpolitique »1.
L'anatomie d'un concept
Jäger oppose l'hyperpolitique au concept de « post-politique », apparu au début des années 80 après la contre-révolution néolibérale. Le cœur de cette idéologie consiste à dissocier l'économie de marché de l'influence politique et démocratique. Elle trouve son ancrage dans une nouvelle configuration de l'économie politique – la suppression des barrières au commerce international, la libre circulation des capitaux, la libéralisation du secteur financier, la diminution des capacités de l'État – qui prive effectivement les pouvoirs publics des instruments et des moyens nécessaires pour faire des choix politiques. En d'autres termes, Jäger affirme qu'il n'y a plus de délibération sur la manière de répartir le surplus produit par la société.
La victoire de l'individualisme néolibéral crée une séparation entre la sphère publique et la sphère privée, les gens ordinaires étant relégués dans la seconde et la première étant laissée aux politiciens de carrière, qui disputent des politiques technocratiques dans le cadre d'un même consensus idéologique, où paradoxalement la notion même d'idéologie est éliminée. La politique devient une chose lointaine, réservée aux spécialistes, qui n'a que peu de rapport avec la vie des gens, tandis que le travail, la consommation et les cercles relationnels intimes encapsulent la libido, dans une vie individualisée et déconnectée des organisations collectives.
L'hyperpolitique est une réinsertion de la politique dans la société : si auparavant rien n'était politique, aujourd'hui tout est (hyper)politique. C'est un retour de la participation politique, qui ne se fait toutefois pas selon les modèles traditionnels. Cela diffère par exemple beaucoup de l'ère de la politique de masse qui a précédé la post-politique, lorsque la politique imprégnait et influençait la manière dont les gens se situaient dans la totalité sociale, marquée par une participation engagée et durable à des organisations collectives (partis, syndicats, associations, mouvements religieux).
Dans l'hyperpolitique, le politique redevient omniprésent : l'intérêt pour la politique revient, visible dans l'augmentation de la participation électorale et dans la place centrale des discussions politiques dans les relations interpersonnelles ; les plateformes numériques regorgent désormais de contenus politiques formatés pour tous les goûts ; des mouvements de contestation tels que Black Lives Matter, QAnon, la solidarité avec la Palestine, éclatent partout, prenant parfois une ampleur massive, mais ils naissent aussi vite qu'ils meurent.
Jäger note que ce nouvel engagement politique est nettement individualisé et de courte durée. Nous ne voyons pas les associations, les syndicats et les partis regagner des adhérent.e.s. En revanche ; le politique apparaît comme un élément important dans la définition de la biographie et l'autoreprésentation de l'individu. Les activistes numériques, les discussions politiques en ligne, la participation ponctuelle à des manifestations ou à des mouvements sans adhésion à des organisations se multiplient. Jäger appelle cela une forme « basse » de politique : peu coûteuse, de courte durée, avec de faibles barrières à l'entrée et encore moins à la sortie. Il résume ainsi :
« Le résultat est une curieuse reprise en forme de K : alors que l'érosion de la vie civique organisée progresse rapidement, la sphère publique occidentale est de plus en plus sujette à des cas sporadiques de troubles et de controverses »
L'hyperpolitique traduit également la logique du nouvel espace dominant de l'engagement politique : le numérique. La relation politique est atomisée, immédiate, visuelle et très chargée émotionnellement. Jäger ajoute que « notre nouvelle hyperpolitique se distingue également par l'accent particulier qu'elle met sur les comportements individuels, par un moralisme permanent et par son incapacité à réfléchir aux dimensions collectives de la lutte. […] une éthique ascétique qui impose des normes très rigoureuses dans les relations interpersonnelles, une observation stricte des convenances et un abstentionnisme libertin ».
Elle débouche, au fond, sur une action politique inconséquente, dans une sorte de désublimation répressive d'une libido frustrée dans les décombres du consensus néolibéral. C'est une illusion de participation qui laisse intactes les relations de pouvoir qui organisent la société.
Vainqueurs et vaincus
La repolitisation en cours est ambivalente. D'une part, elle ouvre des brèches, étant clairement un symptôme de l'épuisement du consensus néolibéral et d'un fort mécontentement populaire qui cherche un vecteur politique ; d'autre part, elle est de faible densité idéologique (et même nettement moraliste dans sa forme), médiatisée par des algorithmes, désengagée et rétive à l'action collective. Mais certains en ont tiré profit : si le moment du populisme de gauche a été bref, c'est jusqu'à présent l'extrême droite qui aura eu le plus de succès.
Dans un autre ouvrage, Jäger lui-même (en collaboration avec Arthur Borriello) s'interroge sur les causes du caractère éphémère du populisme de gauche qui est apparu après la crise avec une force dont on a supposé qu'elle pourrait le mener à gouverner dans plusieurs pays occidentaux . Émergeant presque toujours après des manifestations de contestation sociale de masse, ces partis avaient la tâche difficile d'« organiser une société désorganisée » (ou atomisée). Ce faisant, ils ont fini par reproduire la (dés)organisation du cadre social dont ils étaient issus, étant, presque sans exception, des partis centralisés autour d'une figure charismatique, avec un militantisme peu intensif et fortement numérique, et orientés vers l'activité électorale et médiatique.
Ils diagnostiquent ainsi trois raisons à l'échec de cette gauche : i) la personnalisation, qui rend le destin du parti tributaire de la popularité de son leader ; ii) la priorité accordée au numérique, qui permet de mobiliser les électeurs à court terme, mais ne se transforme pas en militantisme durable et idéologiquement dense ; iii) des structures militantes fragiles, où un prétendu horizontalité cache une concentration de facto du pouvoir au sommet, qui permet une action rapide, mais ne tient pas compte de l'organisation de base.
Ici, la théorie de Jäger arrive à une impasse et semble contredire la thèse de l'hyperpolitique. Ne s'agit-il pas là des caractéristiques de la politique du passé ? Si oui, comment ces facteurs expliquent-ils l'échec de la gauche ? Étant donné qu'il s'agit de caractéristiques communes aux nouveaux partis d'extrême droite, pourquoi ont-elles eu un impact différent sur les deux familles politiques, c'est-à-dire pourquoi l'extrême droite a-t-elle beaucoup plus de succès électoral ?
Ambiguïtés et hypothèses
Il existe évidemment des facteurs matériels déterminants, notamment le soutien d'importantes fractions du capital à l'extrême droite, ainsi que le fait que les réseaux sociaux et la télévision soient structurellement favorables à son message, des questions déjà abordées dans d'autres numéros de notre revue. Il existe également une continuité idéologique entre le néolibéralisme et le fascisme : la déconnexion de la gouvernance politique et économique de la démocratie.
Cependant, avant de nous laisser aller à des explications conventionnelles, nous devons souligner que l'hyperpolitique ne cherche pas à englober l'ensemble du fonctionnement de la société, ni à désigner une nouvelle étape du capitalisme. Il s'agit plutôt de la description d'un nouveau régime d'engagement politique, même si celui-ci repose évidemment sur une base matérielle. La question ici n'est pas d'expliquer le succès de l'extrême droite en général, mais plutôt quelles seront les conditions de succès dans ce nouveau régime, en ce qui concerne les aspects de l'action (partisane) qui s'y rapportent.
Dans une critique du livre de Jäger sur l'hyperpolitique (pour l'instant uniquement disponible en allemand 1-), Oliver Eagleton (2)évoque précisément le fait que ce concept a du mal à expliquer le succès inégal de la gauche radicale et de l'extrême droite, qui a priori seraient toutes deux également candidates à capitaliser sur le « réservoir de mécontentement » contemporain. Il avance ainsi une série d'arguments qui méritent d'être pris en considération2.
Premièrement, l'ambition programmatique de l'extrême droite est relativement plus modeste, compatible avec les rapports sociaux de production en place et avec le système institutionnel, même si elle cherche à le déformer dans un sens autoritaire et vers une séparation juridique entre ceux qu'elle désigne comme « natifs » et « les étrangers ».
Deuxièmement, bien qu'elle revendique la construction d'une conception de la communauté nationale (traditionaliste, autochtone, homogène et exclusive), elle ne fait rien dans la pratique pour inverser les tendances à l'atomisation et à l'individualisation caractéristiques de la société de marché ; au contraire, elle les accentue.
Troisièmement, le soutien des classes et des institutions bourgeoises mentionné ci-dessus, ainsi que l'existence, dans certains contextes, d'appareils étatiques qui fonctionnent déjà selon une logique quasi fasciste (par exemple, la police et la justice), accordent à l'extrême droite un luxe dont la gauche ne dispose pas : la possibilité d'utiliser les institutions de l'élite pour réaliser son programme.
Quatrièmement, le message biopolitique du post-fascisme trouve un écho auprès des secteurs précaires ou en déclin social de la classe ouvrière.
« À mesure que les distinctions de classe entre les classes inférieures commencent à s'estomper sous l'effet de l'inflation et de l'austérité, les gens se tournent vers l'État pour les réaffirmer, protégeant les groupes favorisés au détriment des marginalisés. Des frontières rigidifiées sont désormais considérées comme une protection nécessaire contre la perspective de l'appauvrissement : non seulement une barrière physique, mais aussi un instrument taxonomique à même de renforcer les hiérarchies traditionnelles de race et de genre ».
Une telle diversité de facteurs souligne à la fois l'insuffisance et la puissance explicative de l'hyperpolitique. Il est clair qu'il existe des dimensions importantes en dehors de celles qui sont prises en compte par la théorie, même si son objectif n'est pas d'expliquer la totalité, comme cela a été dit précédemment. Mais il est également évident que certaines caractéristiques ne deviennent politiquement utiles que dans le contexte créé par l'hyperpolitique.
Par exemple, la faible densité du programme et son manque d'ambition, associés à une hyperactivité communicationnelle et à une intensité esthétique, sont en phase avec le type de relation politique dominante, pour citer le sous-titre du livre de Jäger, « une politisation extrême sans conséquences politiques ». Il en va de même pour le discours de l'extrême droite, fondé sur la division et les arguments moralistes (par exemple, la délinquance et la paresse). L'extrême droite n'exige pas de ses électeurs un engagement durable, une identification partagée ou la construction de solidarités – sa vision du monde est parfaitement compatible avec une organisation individualiste de la société dans laquelle seul le vote occasionnel est sollicité de la part du « bouffon », comme une expression spasmodique de colère.
La désobéissance aux normes sociales et politiques, ainsi que le recours permanent au choc et à la polémique, lui permettent de rester à flot dans un régime de circulation frénétique et hautement émotionnelle de l'information, ce qui lui permet également de capitaliser sur le bouillon de désespoir et de ressentiment fermenté par un système discrédité – une sorte d'esthétique de la rébellion qui masque l'alignement programmatique presque total de l'extrême droite sur le statu quo.
Peut-être qu'e dans un autre contexte culturel, cette extrême droite n'aurait pas réussi à s'en sortir aussi bien, même avec des conditions matérielles favorables identiques. On peut se demander si elle est le produit ou plutôt la créatrice de l'hyperpolitique – la vieille question de l'œuf et de la poule. Mais il semble incontestable qu'elle en est la championne et que son succès découle de son adaptation au moment culturel dominant.
La gauche n'est donc pas dans les mêmes conditions pour tirer parti de cette nouvelle ère. Elle ne peut renoncer à des programmes ambitieux de transformation sociale, à l'organisation collective et au dépassement de l'individualisme. La première vague de partis populistes de gauche a montré les limites d'une « hyperpolitisation » complète de la gauche.
Cependant, il existe une dimension esthétique qui reste à explorer. Comment pouvons-nous combiner des organisations solides avec un discours galvanisant ? Comment pouvons-nous combiner des programmes sérieux avec un message polémique autour duquel les débats s'articuleront ? Comment pouvons-nous gagner les subjectivités par-delà l'argumentation rationnelle avec des formes discursives variées plus immédiatement accessibles et d'ordre esthétique ? Comment pouvons-nous désublimer la libido frustrée du consensus néolibéral de manière non répressive, en canalisant cette colère avec un message radical, mais vers un projet (pro)positif ?
Il reste à cartographier une psychopolitique des temps nouveaux, mais l'hyperpolitique est une excellente porte d'entrée.
Janvier 2026. Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro. Source - Anticapitalista #84.
1. « Hyperpolitik : Extreme Politisierung ohne politische Folgen » (une politisation extrême sans conséquences politiques) Suhrkamp, 2023.
2. https://www.theideasletter.org/essay/beyond-hyperpolitics/
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Comptes rendus de lecture du mardi 20 janvier 2026
Le nettoyage ethnique de la Palestine
Ilan Pappe
Traduit de l'anglais
Ilan Pappe est parmi les plus éminents historiens israéliens. Il fait partie de ces « nouveaux historiens » qui ont réexaminé en profondeur et de façon critique l'histoire de l'État d'Israël et du sionisme. Il nous apporte dans ce bouquin des preuves accablantes de ce qu'a en réalité été en 1948 la Nakba (la catastrophe en arabe), mettant à mal la version officielle de l'État d'Israël : la désarabisation violente et déterminée de la Palestine, par un nettoyage ethnique organisé et sans merci, par le déplacement de la moitié de la population palestinienne, par de nombreux massacres, par la destruction des villages des Palestiniens et l'accaparement de leurs biens pour faire place à la construction d'un État ethnique réservé exclusivement aux Juifs. Ce livre, publié plusieurs années avant le début du génocide en cours en Palestine, est une lecture absolument nécessaire pour bien comprendre combien les événements actuels ne sont que le prolongement des événements d'alors, dans leurs méthodes brutales comme dans leurs intentions.
Extrait :
Les juifs d'Israël ne sont pas tous aveugles aux scènes de carnage que leur armée a laissées derrière elle en 1948, ni sourds aux cris des expulsés, des blessés, des torturés, des violées, qui continuent à nous parvenir à travers les survivants, leurs enfants et petits-enfants. De plus en plus d'Israéliens, en fait, sont conscients de ce qui s'est vraiment passé en 1948 et comprennent très bien les implications morales du nettoyage ethnique qui a fait rage dans le pays. Ils comprennent aussi qu'Israël risque de réactiver un jour le plan de nettoyage, dans un effort désespéré pour garder sa majorité absolue juive.
Miroirs
Eduardo Galeano
Traduit de l'espagnol
On ne peut qu'être reconnaissant à Lux Éditeur d'avoir publié au cours des années de nombreux ouvrages de ce grand écrivain uruguayen, auteur de « Les veines ouvertes de l'Amérique latine », qu'est Eduardo Galeano. « Miroirs » est également un bouquin extrêmement intéressant et instructif qui nous fait redécouvrir l'histoire universelle, celle bien souvent ignorée, cette histoire qui se situe en dehors des récits officiels, à travers environ 600 articles qui font rarement plus d'une page. Un livre éclairant, à mettre entre toutes les mains ! Vraiment !
Extrait :
La vente d'êtres humains avait été le plus juteux négoce de l'Empire britannique, mais le bonheur ne dure qu'un temps, comme on le sait. Après trois siècles de prospérité, la Couronne dut se résoudre à se retirer du trafic d'esclaves, et le marché de la drogue devint alors la corne de abondance de la gloire impériale.
La maison vide
Laurent Mauvigner
Ce dernier prix Goncourt est, en mon sens, le meilleur prix Goncourt des vingt dernières années, et c'est du coup l'un des très bons romans qu'il m'ait été donné de lire. C'est un récit de 752 pages, écrit dans un style des plus agréables et des plus limpides, qui nous rappelle l'histoire du dernier siècle en Europe, avec les deux grandes guerres, le patriarcat et les classes sociales, et leurs conséquences souvent désastreuses sur la vie des gens. Dès les premières pages, l'auteur nous fait pénétrer dans la maison de sa lointaine famille, inhabitée depuis plus de vingt ans. À partir de souvenirs, de lettres, de photos, de recherches, en comblant certaines zones d'ombre, il révèle la vie de certains de ses aïeux ayant habité les lieux, en particulier celles de sa grand-mère Marguerite et de son arrière-grand-mère Marie-Ernestine. Une œuvre magistrale !
Extrait :
Mais le vrai intérêt de cette image, c'est qu'elle est la seule photo de ma grand-mère qui aura échappé à l'autodafé ; la seule d'elle qui aura échappé au silence qu'on lui a imposé et qu'elle aussi aura peut-être désiré, car parfois, sur d'autres images de mariages, grises et noires, prises en extérieur, le plus souvent en été, on devine sa présence : un corps de femme dans une robe qui nous apparaît grise mais qui est peut-être bleue, verte, pourquoi pas d'un certain rouge vineux ou d'un violet pastel, une silhouette presque coquette, mince et de petite taille. Mais des ciseaux ont taillé et coupé la forme d'un ovale, laissant à la place de son visage un trou, un espace vide – rien.
Tu viens d'où ?
Maïka Sondarjee
« Tu viens d'où ? » est un essai sur le métissage et le vivre ensemble qui tombe bien en cette période où se diffuse un discours xénophobe et raciste, en particulier au sein des médias privés. L'auteure, dont le père est d'origine indienne, puis malgache, et la mère d'origine québécoise, nous y raconte son histoire et celle de plusieurs autres personnes aux origines diverses qui habitent nos mondes et l'enrichissent. C'est un essai qui ressemble à son auteure, un essai conciliant et généreux.
Extrait :
Alors que les États-nations et leurs dirigeants créent toujours plus de divisions entre ceux qui se sentent chez eux et ceux qu'on désigne comme des étrangers, beaucoup habitent une sorte d'espace frontalier, parce qu'ils sont nés de parents immigrants, parce que leurs parents sont culturellement, socialement ou racialement différents, ou parce qu'ils se définissent comme n'étant ni d'ici ni d'ailleurs.
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Avant d’en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste | Livre à paraître le 20 janvier | 18 auteur·es
Un an jour pour jour après l'inauguration de la seconde administration Trump, 18 auteur·es partagent leurs réflexions pour faire face à la montée des courants autoritaires. Des voix, mises en dialogue, qui redonnent un souffle à la résistance.
Le livre Avant d'en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste, un collectif dirigé par Pierre Mouterde et David Murray, paraîtra en librairie le 20 janvier prochain, soit un an après l'arrivée au pouvoir de la seconde administration Trump.
Avec Anaïs Barbeau-Lavalette, Marc-André Cyr, Martine Delvaux, Alain Deneault, Catherine Dorion, Pierre Dubuc, Jonathan Durand Folco, Maxim Fortin, Ruba Ghazal, Dalie Giroux, Guillaume Hébert, Amir Khadir, Eric Martin, Philippe Néméh-Nombré, Éric Pineault, Alain Saulnier, Maïka Sondarjee et Judith Trudeau.
À propos du livre
Ainsi le fascisme serait de retour. Abus de langage ? Expression galvaudée masquant le caractère inédit des changements en cours ? Il reste qu'entre la dangereuse dérive autoritaire de la seconde administration Trump et l'affolante normalisation des discours d'extrême droite dans le paysage politique, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de la conjoncture actuelle. Désinformation, discours haineux, menaces envers l'état de droit, démantèlement des services publics, reculs sur le front écologique... Le temps est venu de résister avant qu'il ne soit trop tard.
Mais comment surmonter la sidération qui fige plusieurs d'entre nous ? Quels moyens mettre en œuvre, dans un contexte où bien des facteurs poussent à la fragmentation de nos forces ? Comment répondre à la montée des courants autoritaires au Québec ? La gauche peine depuis des années à être considérée comme une voie politique crédible aux yeux de la majorité. Pourtant, freiner le processus de fascisation en cours implique de reprendre l'initiative et de réussir à imposer les termes du débat politique.
À la manière d'un film choral où plusieurs histoires s'entremêlent, cet essai polyphonique croise les perspectives, analyses et propositions stratégiques de 18 auteur·es ayant des points de vue complémentaires. Mises en scène, ou plutôt mises en dialogue par Pierre Mouterde et David Murray, leurs voix nous convient à un exercice franc et inspirant, ouvrant un débat salutaire. Créer du lien, des communautés, renforcer les mouvements sociaux, cibler l'oligarchie et les géants de la technologie, penser notre souveraineté numérique et l'indépendance, développer de nouveaux narratifs, fédérer la résistance... Les pistes abondent pour bâtir une stratégie de lutte appropriée en ces temps graves et déstabilisants. Il est encore temps d'agir.
À propos des « directeurs » de l'ouvrage
Sociologue, philosophe et essayiste, Pierre Mouterde est spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Il est l'auteur de nombreux livres dont, aux Éditions Écosociété, Quand l'utopie ne désarme pas (2002), Repenser l'action politique de gauche (2005), Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation (2009) et Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme (avec Marcos Ancelovici, 2019).
Historien de formation, David Murray est éditeur chez Écosociété. Collaborateur de plusieurs médias indépendants, il a animé pendant près de dix ans une émission d'affaires publiques sur CISM en plus de militer au sein du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale. Il a collaboré et codirigé certains ouvrages, dont Creuser jusqu'où ? Extractivisme et limites à la croissance (Écosociété, 2015, avec Yves-Marie Abraham).
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Mettre fin à l’itinérance au Canada ; Plaidoyer pour la prévention de l’itinérance.
Nous avons le plaisir d'annoncer la parution de : Mettre fin à l'itinérance au Canada ; Plaidoyer pour la prévention de l'itinérance.
«
Ce livre nous rappelle que mettre fin à l'itinérance n'est pas un rêve naïf. » – Valérie Plante, mairesse de Montréal (2017-2025)
En vente dès le 14 janvier 2026
Mettre fin à l'itinérance au Canada s'éloigne des solutions symboliques conventionnelles. Des collaborateurs et collaboratrices de partout au Canada y décrivent leur expérience de travail sur les causes de l'itinérance ainsi que les solutions et pratiques qui contribuent à sa prévention.
Sous la direction de : James Hughes : président et chef de la direction de la Mission Old Brewery de Montréal
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Au chevet de la démocratie, le nouvel essai de Frédéric Bérard. En librairie le 13 janvier.
Un recueil de textes pour mieux comprendre les défis de la démocratie.
Avec Au chevet de la démocratie : observations sur le démantèlement de l'État de droit, Frédéric Bérard décortique les coups portés à notre démocratie et à l'État de droit depuis plus d'une décennie. Des frappes constantes, parfois subtiles et d'autres fois moins, qui ont ouvert des failles...
Et c'est ce qu'il questionne et dénonce dans sa pratique, dans ses écrits, mais plus que tout, dans son être tout entier. Il propose ici une sélection de textes tirés de ses écrits des 10 dernières années, comme un fil d'ariane remontant l'effritement de l'état de droit au Québec et ailleurs, pour mieux comprendre comment on en est arrivé là... aujourd'hui.
Regards croisés sur les violations des droits et libertés, la tricherie, le racisme, les dérives climatiques, la séparation des pouvoirs, le populisme, l'identité, la polarisation, mais toujours à travers l'oeil de cet esprit vif dont la boussole morale pointe toujours en direction d'une justice, équité et humanisme protégés, sinon mis en valeur, par la règle de droit.
À cela s'ajoutent un nouveau texte de mise en contexte permettant de mieux cerner l'État de droit et un texte d'analyse de ce qui se profile à l'horizon, en plus d'une préface de Léa Clermont-Dion.
Docteur en droit, détenteur d'une maîtrise en sciences politiques et avocat, Frédéric Bérard a effectué des études postdoctorales en philosophie. Auteur de nombreux essais dont La fin de l'État de droit ?, Dérèglements politiques, L'homme de paille, J'accuse les tortionnaires d'Omar Khadr, On nous tuera doucement et de nombreux articles dans diverses revues scientifiques, ses travaux ont été cités par la Cour suprême du Canada.
Après avoir œuvré au sein des cabinets Stikeman Elliott et Woods, il fonde Frédéric Bérard Société d'avocats, un cabinet-boutique en droit constitutionnel et administratif. Il est reconnu par la revue Best Lawyers comme l'un des meilleurs avocats au pays, alors que son cabinet se mérite le même honneur dans sa catégorie. Récipiendaire de 14 prix d'excellence-professorale, il est enfin chroniqueur politique et judiciaire régulier au 98,5, Noovo, Radio-Canada, CBC, CJAD, CTV et 104.7 FM.
Extrait - Au chevet de la démocratie
« Le nombre de migrants parcourant aujourd'hui la planète en quête d'asile bat des records. Plus de 100 millions, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Et la réponse à l'enjeu ? Une vraie cata, confirme le Centre pour la migration mixte (MMC) : augmentation des décès et disparitions le long des routes migratoires, refoulements violents, expulsions, marchandisation et traites humaines.
Parmi les nouvelles donnes à considérer : l'injustice climatique. Si « seulement » une cinquantaine de millions de personnes ont dû fuir leur foyer en 2022 pour cause de désastres naturels, les rapports du GIEC évaluent la propension à plus de 200 millions de réfugiés du genre au tournant des prochaines décennies. Du monde à messe. "Alors quoi ?", diront certains, bien confortables dans leur réalité d'Occidentaux gâtés pourris. Triste pour eux, mais bon, c'est la vie. »
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Communisme en acte —désaliénation du travail et contre-culture politique
L'actualitémarque un tournant brutal. Enlèvement d'un chef d'État d'un pays souverain,aggravation des conflits armés, génocide en cours à Gaza, remise en causeouverte du droit international, accélération de la catastrophe écologique etsociale : tout indique que nous sommes entrés dans une phase de bifurcation historique.
Cette fuite en avant révèle une vérité centrale : la violence impériale ne parvient plus àmasquer la crise profonde du capitalisme néolibéral, ni son incapacité structurelle à garantir un avenir humainement et écologiquement désirable.
Face à cette situation, Communisme en acte —désaliénation du travail et contre-culture politique, préfacé par le sociologue Bernard Friot, ne se contente pas de dénoncer. Ce livre part du réel et montre ce qui existe déjà : des pratiques, des luttes, des formes de travail et de démocratie qui incarnent, ici et maintenant, une alternative concrète au capitalisme.
À l'heure où l'on voudrait nous faire croire que la force brute, la guerre économique et l'autoritarisme sont les seules réponses possibles à la crise du monde, ce livre affirme l'inverse : d'autres chemins existent, portés par celles et ceux qui refusent la résignation et reprennent collectivement prise sur leur travail, leur vie et leur avenir.
Si vous cherchez une espérance lucide, des repères pour comprendre et des pistes concrètes pour agir, ce livre est pour vous.
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Kidnappé par la police (nouvelle édition) | Livre à paraître le 20 janvier | Serge Mongeau
*Une nouvelle édition du classique de Serge Mongeau (1937-2025) dans lequel l'auteur raconte son emprisonnement lors de la crise d'octobre 1970. Un livre écrit à chaud dans une cellule de prison, un rappel que les libertés civiques sont précaires et, selon le cinéaste Félix Rose, « un témoignage d'une rare intensité et vérité ». Alors que les dérives autoritaires se
multiplient, ce témoignage conserve toute sa pertinence en nous rappelant jusqu'où l'État peut aller. *
Le livre *Kidnappé par la police*, de Serge Mongeau, paraîtra *en librairie
le 20 janvier* prochain.
*À propos du livre*
Octobre 1970. En réaction aux enlèvements d'un diplomate britannique et du ministre québécois du Travail par le Front de libération du Québec (FLQ), le gouvernement du Canada proclame la Loi sur les mesures de guerre, provoquant l'arrestation, sans mandat, d'environ 450 personnes. Kidnappées par la police, ces personnes n'avaient pourtant rien à se reprocher. Leur « crime » : militer pacifiquement pour l'indépendance du Québec et
l'avènement d'une société plus juste. Serge Mongeau comptait parmi ces prisonniers politiques. Comme le souligne le cinéaste Félix Rose dans la préface, ce livre, écrit à chaud dans sa cellule, constitue « un témoignage d'une rare intensité et vérité […] Il raconte son incarcération avec une précision saisissante, comme si elle se déroulait encore sous nos yeux. […] Ce livre n'est pas seulement le cri d'un homme injustement arrêté, c'est un
voyage au cœur de la crise d'Octobre ».
Moins d'un an après le décès de Serge Mongeau, les Éditions Écosociété rééditent ainsi un de ses classiques dans la toute nouvelle maquette de la collection Retrouvailles, qui remet de l'avant des livres n'ayant jamais cessés d'être pertinents et qui présente le contexte dans lequel ils ont été écrits. Alors que les dérives autoritaires se multiplient, ce témoignage conserve effectivement toute sa pertinence en nous rappelant jusqu'où l'État peut aller.
*À propos de l'auteur*
Serge Mongeau (1937-2025) a étudié la médecine, l'organisation communautaire et les sciences politiques. À la fois auteur, éditeur, écologiste, militant et jardinier, il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages dont, aux éditions Écosociété, *L'écosophie ou la sagesse de la
nature*, *De parole et d'action* ainsi que le best-seller *La simplicité
volontaire*.
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De l’obstination à la destruction
Du collectif En Retrait
Sous la direction de Serge Truffaut
En librairie le 20 janvier 2026
Un regard incisif sur l'Amérique d'aujourd'hui.
L'équipe du site internet En Retrait, formée de journalistes vétérans de Radio-Canada, de La Presse et du Devoir, a suivi à la trace les derniers mois pathétiques de la présidence de Joe Biden, la tentative ratée de Kamala Harris de reprendre le flambeau, et l'élection d'un président obsédé par la vengeance, qui est en train de bouleverser la démocratie américaine et l'ordre mondial. Ce livre propose une quarantaine de textes qui tracent un portrait sans fard des États-Unis d'aujourd'hui.
Avec des textes de : Jean-Claude Bürger, Antoine Char, Pierre Deschamps, Jean Dussault, Dorothée Giroux, Dominique Lapointe, Rudy Le Cours, Claude Lévesque, Richard Massicotte, Daniel Raunet et Serge Truffaut.
Le directeur du collectif
Après avoir été documentaliste et recherchiste à Radio-Canada dans les années 70, Serge Truffaut a été journaliste à l'économie, éditorialiste aux affaires internationales et chroniqueur de jazz pour le journal Le Devoir de 1985 à 2015. Il est également l'auteur de cinq livres sur la présidence Trump, la Crise financière de 2008 ainsi que le jazz et le blues publiés par les Éditions Somme toute.
Extrait - De Biden à Trump
« Depuis qu'il s'est installé à la Maison-Blanche, Trump fait tout et n'importe quoi. Habité par une volonté de revanche très aiguisée, le 47e président des États-Unis s'emploie à châtier ici des généraux, là de hauts fonctionnaires, à punir des universités et des bureaux d'avocats, à censurer la radio et la télévision publiques (NPR et PBS), à mettre en pièces le ministère de l'Éducation, à séparer les enfants de leurs parents migrants, à insulter la Vieille Europe, à esquinter les économies du Vietnam, de la Birmanie et d'autres pays, etc. Bref, il profite à plein de « l'absolue immunité » que la Cour suprême a accordée à sa fonction dans sa décision du 1er juillet 2024. »
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Industrie et national-socialisme d’Alfred Sohn-Rethel aux Éditons La Tempête
Dans les années 1930, le philosophe travaille au sein des élites industrielles allemandes tout en menant des activités de résistance avant de fuir en Angleterre en 1936. Cette immersion lui permet de rédiger une analyse des liens entre capitalisme et nazisme. Il dissèque ainsi les luttes internes du grand capital et le rôle des grandes firmes dans l'ascension du régime hitlérien.
Dans une période à cheval entre la fin de la république de Weimar et les premières années de la dictature national-socialiste, le philosophe marxiste Alfred Sohn-Rethel, compagnon de route de Walter Benjamin et Theodor W. Adorno, travaille au sein des élites industrielles et financières allemandes tout en menant des activités clandestines antinazies. Occupant des postes mineurs au sein de la rédaction des Deutsche Führerbriefe, dans une chambre de commerce et au cabinet d'études économiques MWT, il côtoie les milieux d'affaires et observe leurs manœuvres, avant de fuir en Angleterre en 1936. De cette immersion naît Industrie et national-socialisme, une analyse percutante des rapports entre capitalisme et nazisme. Sohn-Rethel dissèque les luttes internes du grand capital, le rôle des firmes comme Krupp, IG Farben et Thyssen dans l'ascension du régime hitlérien, et les caractéristiques de l'économie nazie dans son ensemble.
Alfred Sohn-Rethel (1899-1990), économiste et philosophe, était proche de l'école de Francfort. Le poste qu'il occupa à l'université de Brême durant les années 1980 apparaît comme un havre de paix dans une vie autrement marquée par la fuite du Troisième Reich, la résistance politique et la non-reconnaissance institutionnelle. Il est l'auteur, entre autres, de La Monnaie (La Tempête, 2017).
Industrie et national-socialisme
Auteur(s):Sohn-Rethel, Alfred / Chapoutot, Johann (Préface de)/ Ferro, Robert (Traduit par)/
Éditeur : La Tempête
Date d'arrivée en librairie à confirmer
Prix : 35,95 $
EAN : 9791094512456

Adresses, internationalisme et démocr@tie, n°17
Dans ce numéro passionnant d'Adresses, il est question de différents de modes de domination politique à l'œuvre actuellement. Jusqu'à l'invasion du Venezuela par les forces américaines ces jours-ci, il était encore possible de dire que l'impérialisme contemporain n'était plus centré sur la prise violente de territoire par un État – à deux exceptions majeures près, la Russie en Ukraine, Israël en Cisjordanie. Cette nouvelle conquista inouïe aux conséquences funestes sera sans doute abordée dans un numéro ultérieur.
Pour télécharger le numéro 17 de la revue Adresse, internationalisme et démocratie
La volonté d'empire s'exprime principalement par la domination économique, la capture, par tous les moyens, des marchés, au nom d'une mondialisation par essence inégalitaire, caractéristique aussi des BRICS comme le démontre l'article de Patrick Bond (« Les BRICS et l'Afrique »). Les seules règles sont celles imposées par les indices boursiers internationaux, (pour rappel les principaux le CAC40 en France, le Dax en Allemagne, le Dow Jones, le Nasdaq).
Le but est de faire croître, par des moyens de plus en plus violents, la valeur des actions (y compris celles des matières premières pourtant essentielles à la survie de l'humanité) pour les plus grands bénéfices des actionnaires. Cela signifie une recherche de main-d'œuvre toujours moins chère, toujours plus exploitée – d'où la pseudo-solution de la délocalisation, qui condamne la population du pays concerné au chômage pour confier ce même travail à des pays pauvres, dépourvus de préférence de droits sociaux et/ou de législation environnementale contraignante.
La désindustrialisation de la France, concerne aussi aujourd'hui la Chine qui relocalise sa production dans les pays avoisinants, ce que nous voyons dans l'article d'Andrea Ferrario (« Comment la Chine redessine l'Asie »).
Avec l'hécatombe des droits sociaux que ces nouvelles formes de misère produisent, y compris pour ceux des femmes, même en Chine supposément communiste, comme le démontre l'article de Yige Dong (« La crise de la reproduction sociale »), piégées par la tradition patriarcale qui naturalise depuis toujours les soins (non rémunérés) des enfants et des parents âgés – sauf pour les riches bien entendu qui peuvent (mal) payer une autre femme, selon un processus analogue de délocalisation.
À cela, s'ajoutent des formes de contrôle en apparence « soft », l'imposition de technologies (y compris l'achat obligatoire d'armes, de culture, d'échanges universitaires), le tout déguisé en aide, en coopération bienfaisantes. Ce que fait aussi la Turquie en cherchant à reconstituer l'empire ottoman, et la Russie concurrençant la Chine pour la prise de possession du sous-sol minier sur le continent africain – tout en faisant semblant de respecter les préférences politiques locales.
Ce qui nous mène à la question posée par Siavush Seyavush et Maryam Namazi dans leurs articles respectifs sur cette autre forme de domination, celle d'une certaine bienpensance occidentale qui se veut de gauche et qui in f ine opère par des mécanismes comparables au capitalisme décrits dans d'autres articles dans le présent numéro d'Adresses. Dans son article oh combien percutant, Siavash Shahabi (« Iran : lutte pour la liberté et le racisme des antiracistes »), dénonce ce qu'il appelle « le racisme de l'intelligentsia ».
Autrement dit, celui de l'élite officielle de gauche qui se donne le droit de nommer les luttes à soutenir unilatéralement, les souffrances dignes de compassion – et à condamner sans appel celles jugées indignes d'une pareille considération.

Ce que peut le droit international après Gaza
Jamais un conflit n'a été autant investi par le droit international, jamais aussi sa violation n'a été si flagrante. Dans son ouvrage Le Droit international est-il mort à Gaza ?, le politologue Jérôme Heurtaux retrace la manière dont les juristes se sont emparés du crime-monstre commis à Gaza. Il déconstruit les narratifs de justification et explore à la fois les perspectives offertes par ce travail et les limites auxquelles il se heurte.
Tiré de orientxxi
9 janvier 2026
Par Thierry Brésillon
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Orient XXI
La Haye, Cour internationale de justice (CIJ), 12 janvier 2024. La CIJ examine la plainte sud-africaine contre Israël pour genocide à Gaza. Second jour de l'audience.
© UN Photo/ICJ-CIJ/Frank van Beek
Le Droit international est-il mort à Gaza ?
Jérôme Heurtaux. Préface de Florence Hartmann.
Riveneuve
250 pages
12,50 euros
Le 17 novembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2803, qui endosse le plan du président étatsunien Donald Trump comme base du règlement de la guerre contre la bande de Gaza. Cette résolution a effacé le droit international applicable à la Palestine. Elle a également balayé la responsabilité pénale des dirigeants israéliens visés par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Avant cela, la Déclaration de New York du 29 juillet 2025, issue de l'initiative diplomatique franco-saoudienne et adoptée par l'Assemblée générale le 12 septembre, occultait la réalité du génocide et scellait, elle aussi, l'abandon du droit international. Non seulement les institutions chargées de l'appliquer n'ont rien pu empêcher, mais elles l'ont dénaturé pour réduire les Palestiniens à la capitulation, consacrant ainsi le principe de « la paix par la force ».
La tentation du pessimisme
La destruction de Gaza a-t-elle scellé la mort du droit international ? C'est la question à laquelle Jérôme Heurtaux, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Dauphine, entreprend de répondre dans une étude très documentée sur la manière dont les juristes se sont saisis de ce qu'il qualifie de « crime-monstre » commis à Gaza.
On peut dramatiser davantage la question : a-t-il jamais réellement vécu ? Après tout, dès son admission aux Nations Unies, le 11 mai 1949, Israël a renié son engagement à se conformer aux résolutions de l'ONU déjà adoptées, en particulier, la résolution 194 du 11 décembre 1948 qui consacrait le droit au retour des réfugiés, inaugurant une longue « tradition » de non-respect de ses obligations à l'égard des Palestiniens (1). Du reste, l'ineffectivité du droit international ne se limite pas à la question palestinienne. On pourrait citer son incapacité à empêcher le génocide au Rwanda, ou la guerre contre l'Irak en 2003, lancée malgré le refus du Conseil de sécurité, parmi maints d'autres exemples.
Jérôme Heurtaux constate, lucidement :
C'est sans doute à mesure que se creuse l'écart entre la reconnaissance croissante, dans les opinions publiques, de la capacité du droit à qualifier et dénoncer les crimes commis et le constat implacable de son impuissance flagrante à agir pour empêcher leur commission que le sentiment de son inutilité peut prospérer. Étrange paradoxe que ce droit qui nourrit la conviction de sa nécessité tout en illustrant sa désespérante inefficacité.
Toute sa démonstration tente de se frayer un chemin au cœur de cette tension en cherchant à répondre à la question : que peut le droit international ?
La langue implacable du droit
À la manière des résultats scientifiques, les conclusions juridiques reposent sur des règles partagées, des méthodes transparentes et soumises à l'examen critique, et un accord sur la validité d'une doctrine. Ce ne sont pas des opinions. Le droit constitue ainsi « un outil d'objectivation » qui, grâce à un langage commun, permet de qualifier des crimes que les belligérants tentent de noyer dans le « brouillard de la guerre ».
Il permet également « de déconstruire le langage de justification utilisé par les États pour se dédouaner » : « Israël a le droit de se défendre », « la mort de civils est une fatalité de la guerre », « les civils tués à Gaza le sont à cause du Hamas », « contextualiser le 7 octobre est une apologie du terrorisme », « parler de génocide est une expression d'antisémitisme »… Les autorités israéliennes et leurs relais politiques, intellectuels, médiatiques ont saturé le débat public de ces postulats. Mais tout ce cadrage narratif, qui inverse les responsabilités, « bute sur la langue ciselée et implacable du droit international ».
Comme le souligne Jérôme Heurtaux, « le succès même de la notion de “génocide” pour qualifier les crimes commis à Gaza ne trouve pas son explication dans une improbable passion triste antisémite qui se serait réveillée à l'occasion de la guerre. Il se fonde sur une lecture littérale du droit international » vers laquelle ont convergé les approches diverses des organisations qui ont recueilli et analysé les faits. Si les comparaisons historiques sont utilisées, c'est dans le cadre d'un raisonnement jurisprudentiel, donc toujours dans le registre du droit, et non par des analogies plus ou moins polémiques.
Le droit international reconstruit ainsi « un espace de rationalité partagée », une terre ferme dans un moment orwellien où le sens des mots est distordu, où une sorte de syllogisme colonial retrouve sa vigueur : la violence du « civilisé » est une libération — libération de la tyrannie du Hamas en l'occurrence — voire carrément le « travail de l'humanité » (2) ; la résistance est, a contrario, le choix de la servitude et de la misère. Par conséquent, la soumission est une voie vers le progrès.
Le droit international constitue donc un contre-pouvoir au registre discursif des autorités israéliennes, lesquelles investissent massivement dans le travail « d'explication » (la hasbara) et de disqualification de ses critiques.
Au-delà du champ discursif, les conclusions des juristes et les recommandations des rapports d'organisations de défense des droits déterminent aussi les décisions d'États comme l'Espagne
(3) ou la Slovénie (4), ou d'entreprises qui redoutent d'éventuelles conséquences judiciaires d'une complicité de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité.
L'horizon de la judiciarisation
Le génocide à Gaza a enclenché une dynamique de judiciarisation à diverses échelles. La Cour internationale de justice (CIJ), dans son ordonnance du 26 janvier 2024, a permis de faire reconnaître, à l'initiative de l'Afrique du Sud, la responsabilité de l'État d'Israël dans la commission probable d'un génocide, et celle des États tiers pour l'empêcher. Des États réunis depuis janvier 2025 au sein du groupe de La Haye veulent peser pour faire appliquer les décisions de la CIJ, mais le rapport de force géopolitique ne leur est guère favorable (5).
La Cour pénale internationale (CPI), elle, a incriminé directement les dirigeants israéliens. La CPI était censée incarner la promesse d'une justice internationale qui s'appliquerait indistinctement aux faibles comme aux puissants. Mais l'idée d'un droit international détaché des considérations politiques et des rapports de force diplomatiques, qui serait doté d'une autorité surplombant celle des États, reste une fiction. « La CPI est conçue comme un outil pénal à disposition des pays occidentaux, mais sans pouvoir de police ni d'arrestation. Elle est entièrement dépendante de la bonne volonté des États ». À ce jour, elle n'a prononcé que six verdicts de culpabilité à l'encontre de chefs rebelles africains de second rang.
Lorsqu'elle a engagé des poursuites contre des dirigeants israéliens, alliés stratégiques des puissances occidentales qui considèrent Israël comme l'un des leurs, les États-Unis — qui n'ont pas ratifié le Traité de Rome et interdisent toute poursuite contre leurs ressortissants — ont entrepris de détruire l'institution. La plupart des États européens ont détourné pudiquement le regard. Comme un politicien étatsunien s'est chargé de le rappeler au procureur de la CPI, Karim Khan : « Les tribunaux internationaux n'ont été créés que pour “les Africains et les voyous comme Poutine”. » (6)
À une autre échelle, des organisations de juristes, telles que la Fondation Hind Rajab ou l'Association des juristes pour le respect du droit international (JURDI) en France, exploitent de leur côté les possibilités de poursuites devant les juridictions nationales, soit contre les États, soit contre les exécutants identifiés. Mais aucune poursuite n'a pour l'instant été à son terme. Tout juste ont-elles gâché les vacances de militaires de retour à la vie civile.
Contre l'indifférence médiatique et l'impunité politique
Toutefois, ce maillage international d'acteurs étatiques et non étatiques exerce une pression continue sur les responsables israéliens et les exécutants toujours exposés au risque d'une arrestation à l'occasion d'un voyage. Face à l'indifférence médiatique et l'impunité politique organisées, le droit entretient une visibilité permanente des crimes commis contre les Palestiniens.
Si ses effets immédiats restent limités, « l'incidence du droit ne relève pas forcément du registre de l'application ou de l'effectivité », souligne Jérôme Heurtaux. Sur un plan juridique, même les décisions non suivies de la CIJ déterminent une jurisprudence dont les tribunaux sont contraints de tenir compte. Et à un niveau plus transcendant, le rappel constant au droit international maintient une sorte de « surmoi » dont il est difficile de s'affranchir et qui érode dans le temps long la légitimité des politiques structurellement criminelles et de leurs responsables.
Le droit international sort-il renforcé de l'épreuve de Gaza ? « Il est possible que les effets latents et extrajudiciaires du droit aient finalement peu de réalité », concède Jérôme Heurtaux. Mais un monde où la loi du plus fort et la vérité des vainqueurs pourraient se déployer sans la contradiction que vient lui apporter le droit serait sans aucun doute moins vivable.
Alors que l'idéal d'un ordre international régi par le droit semble s'éloigner sous la pression de l'exercice nu de la puissance, le travail de Jérôme Heurtaux sur la manière dont celui-ci s'est saisi d'un conflit probablement matriciel pour les décennies à venir est une pièce utile à verser au dossier.
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Unissons nos voix pour préserver le Massif forestier du Lac des Roches !
Depuis 20 ans, le groupe Forêt Charlesbourg se mobilise pour protéger les milieux naturels de Charlesbourg. Nous travaillons en étroite collaboration avec Capitale-Nature, Nature Québec et les divers groupes de boisés de la région.
Comme vous savez, au fil de la dernière décennie, de nombreux projets immobiliers ont fragilisé nos forêts, menaçant un patrimoine écologique essentiel.
Nous initions une pétition pour préserver le Massif forestier du Lac des Roches, un vaste ensemble forestier de 48 km² qui englobe les forêts du Loiret, de Château-Bigot et du Carré de Tracy, toutes actuellement menacées puisque faisant partie du périmètre urbain. Situé entre Charlesbourg, Beauport, Lac-Beauport et Sainte-Brigitte-de-Laval, ce massif constitue la plus grande forêt non fragmentée de la Ville de Québec. Protégeons ce qui en reste pour nos enfants et petits-enfants ! Ce massif est de plus accessible en transport en commun !
Nous demandons :
– un resserrement de la réglementation municipale afin de réduire les pourcentages de superficies de forêt pouvant être abattues en périmètre urbain ;
– d'intégrer explicitement le Massif forestier du Lac des Roches aux objectifs de la Stratégie biodiversité 2025-2040 ainsi qu'au dossier de candidature UNESCO comme zone cœur de la future Région de biosphère de Québec ;
– que le Plan d'urbanisme et de mobilité de la ville de Québec assure la protection durable du Massif forestier du Lac des Roches, incluant les forêts du Loiret, de Château-Bigot et du Carré de Tracy qui sont actuellement menacées, en :cessant toutes nouvelles autorisations de développement immobilier ; désignant le Massif comme une zone à haute valeur écologique ;
montrant un engagement formel à protéger l'ensemble de cette forêt.
Merci de la faire circuler dans votre réseau.
Vous pouvez nous suivre sur Facebook sur notre page foretcharlesbourg pour rester informé.e.s :
https://www.facebook.com/profile.php?id=100064833724866
Au plaisir de poursuivre le dialogue avec vous pour préserver ce joyau qu'est le Massif forestier du Lac des Roches.
Salutations cordiales,
Martine Sanfaçon
co-porte-parole du groupe Forêt Charlesbourg
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Situation vécue avec la SHDM (Société d’habitation et de développement de Montréal)
Bonjour,
Je viens de vivre une situation particulièrement éprouvante avec la SHDM en lien avec un immeuble leur appartenant, et je crois que cette histoire pourrait contribuer à un article portant sur le mépris et la complaisance qui est injustement toléré envers les classes sociales défavorisées.
La situation en résumé
Fin octobre, l'issue principale à l'avant de notre immeuble appartenant à la société paramunicipale SHDM a été démolie pour travaux sur les fondations.
Toutefois, ces travaux se sont interrompus immédiatement le lendemain sans explication, laissant les locataires avec une seule issue à l'arrière du bâtiment en contradiction avec les normes de sécurité en vigueur. La SHDM n'a jamais daigné nous tenir informé de la situation (ce que je soutiens est lié au statut défavorisé et peu informé du locataire moyen), et je dû ultimement m'adresser au SIM et à l'Ombudsman de la Ville de Montréal pour obtenir la réhabilitation de l'escalier à la fin novembre.
Il m'a de plus fallu près de deux mois d'échanges courriel avant d'obtenir des explications détaillées de la SHDM qui s'en tenait jusque là à des formules évasives - que je perçois dénuées de bonne foi.
Mon point de vue
À mon sens, la négligence de la SHDM dans ce dossier (et dans de nombreux autres si on se fit aux différents reportages) provient d'un mépris envers les classes défavorisés peuplant leur logements et d'une complaisance envers un statu quo pourtant imbuvable.
Ce qui m'enrage le plus dans tout cela, c'est qu'on peut voir le CA et les différents échelons de la direction remplis du fin gratin de la société, toutefois ceux-ci ne semblent pas le moins du monde intéressé à imbriquer des moyens de rétroaction permettant au locataire lambda de faire remonter des enjeux structurels. Il est évident pour moi qu'il y a là une hypocrisie dans le sens que ceux-ci ne toléreraient pas une situation semblable si elles les impactaient personnellement.
J'ai bien évidemment conservé les photos et courriels relatant le fil des évènements.
Bonne journée,
Samuel Pothier
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La diaspora haïtienne se donne rendez-vous à Montréal en avril 2026
Par Smith PRINVIL
Montréal (Canada) – La 8ᵉ édition des Journées Internationales de la Diaspora Haïtienne (JIDH) se tiendra du 17 au 19 avril 2026 à Montréal. Placé sous le thème « S'unir pour une communauté forte et solidaire, tournée vers un avenir meilleur », l'événement réunira pendant trois jours des acteurs majeurs de la diaspora haïtienne venus de plusieurs régions du monde.
Dans un contexte marqué par de profondes crises politiques, sécuritaires et économiques en Haïti, les organisateurs entendent faire des JIDH une plateforme internationale de réflexion et de propositions, mettant en avant le rôle stratégique de la diaspora dans l'avenir du pays.
Institutions, organisations socio-économiques, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, artistes, jeunes professionnels et leaders communautaires sont attendus dans la métropole canadienne, l'un des principaux pôles de la diaspora haïtienne en Amérique du Nord. L'objectif affiché est de renforcer les liens entre les Haïtiens de l'étranger et les dynamiques de développement d'Haïti, tout en favorisant des partenariats concrets.
Le programme prévoit des conférences de haut niveau, des panels thématiques, des ateliers stratégiques, ainsi que des salons économiques et des vitrines d'innovation. Des séances de réseautage viseront à connecter porteurs de projets, investisseurs et institutions.
Un volet culturel occupera également une place importante, avec des expositions et initiatives artistiques mettant en valeur l'identité et la créativité haïtiennes. Un gala de distinction viendra clôturer l'événement, afin de récompenser des personnalités et organisations engagées au sein de la diaspora.
Les débats porteront notamment sur la gouvernance, la relance économique, l'innovation sociale, le développement rural, la mobilité de la diaspora, l'engagement des jeunes et l'égalité des genres. Les organisateurs souhaitent faire émerger des solutions concrètes et durables, à même de renforcer la contribution de la diaspora au redressement du pays.
En accueillant cette 8ᵉ édition à Montréal, les JIDH confirment le rôle central de la ville comme lieu de convergence de la diaspora haïtienne. Les organisateurs appellent d'ores et déjà les partenaires internationaux et les membres de la communauté haïtienne à se mobiliser pour ce rendez-vous présenté comme déterminant pour l'avenir collectif.
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Iran, mémoire d’un peuple insoumis
L'Iran ne peut être appréhendé comme un simple objet géopolitique balloté par les crises contemporaines. Il est d'abord une civilisation ancienne, dense, profondément enracinée dans l'histoire de l'humanité. La Perse a nourri le monde de sciences, de philosophie et de poésie. Al Khwarizmi a posé les bases de l'algèbre, Avicenne a structuré la pensée médicale et philosophique médiévale, Al Ghazali a marqué durablement la théologie et l'éthique, Omar Khayyam a uni rigueur scientifique et lyrisme poétique. Ces figures ne sont pas des souvenirs figés, elles témoignent d'une culture qui a longtemps pensé le monde avant d'être contrainte de se défendre contre lui.
Cette profondeur historique éclaire aussi la modernité politique iranienne. En 1906, la Révolution constitutionnelle met fin à l'arbitraire absolu et dote le pays d'une constitution et d'un parlement. Cet événement place l'Iran parmi les premiers États non occidentaux à tenter l'expérience d'un ordre politique fondé sur la représentation et la loi. Malgré ses limites, cette rupture marque une aspiration claire à la souveraineté populaire et à la modernité institutionnelle. L'Iran ne découvre donc pas tardivement l'idée de démocratie, il en fait l'expérience très tôt, dans un environnement régional et international hostile.
Les réformes du début du XXe siècle se prolongent sous Reza Chah par une volonté affirmée de sécularisation et de modernisation. En 1935, l'usage du nom Iran est officialisé sur la scène internationale. Peu après, l'État impose des codes vestimentaires laïcs à ses fonctionnaires et interdit le port du voile pour les femmes. Ces mesures traduisent une volonté autoritaire de rompre avec l'ordre traditionnel et religieux, mais elles révèlent aussi la tension permanente entre modernisation imposée d'en haut et société profondément plurielle.
Le véritable basculement intervient au début des années 1950. En 1951, Mohammad Mossadegh devient Premier ministre avec le soutien du parlement et d'une large partie de la population. Juriste rigoureux, figure morale respectée, il incarne une conception rare du pouvoir fondée sur la légalité constitutionnelle, la transparence et la souveraineté nationale. Nationaliste, démocrate, proche d'une sensibilité sociale, il engage la nationalisation du pétrole iranien, jusque-là contrôlé par les intérêts britanniques. Ce geste dépasse la seule question économique. Il affirme le droit d'un peuple à disposer de ses ressources et à rompre avec un système de prédation hérité de l'ère coloniale. Mossadegh devient alors le symbole d'un Iran debout, capable de dire non aux empires sans renoncer à la démocratie. Cette audace provoque une réaction brutale. En 1953, un coup d'État soutenu par les services américains et britanniques renverse son gouvernement. Mossadegh n'est pas envoyé en exil mais placé en résidence surveillée jusqu'à sa mort, réduit au silence mais élevé au rang de conscience nationale. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi est réinstallé au cœur du pouvoir et gouverne désormais avec l'appui direct de l'Occident.
Le combat de Mohamed Mossadegh pour la nationalisation entière de l'industrie pétrolière iranienne, avant son élection comme premier ministre et jusqu'à sa démission, est digne d'une fresque cinématographique.
Cet épisode constitue une blessure durable dans la mémoire politique iranienne. Il marque la démonstration que l'indépendance réelle n'est pas tolérée lorsqu'elle contredit les intérêts stratégiques et économiques des grandes puissances. Le régime du Shah, modernisateur en apparence, devient de plus en plus autoritaire et répressif. Il entretient des relations étroites avec les États Unis et reconnaît très tôt l'État d'Israël, faisant de l'Iran le seul pays musulman à établir officiellement de tels liens à cette époque.
La révolution de 1979 naît de ce long ressentiment. Contrairement à une lecture simpliste, elle n'est pas initialement une révolution islamiste. Elle est iranienne, nationale, populaire. Elle rassemble des forces très diverses, religieux, marxistes, libéraux, nationalistes, intellectuels, tous unis par le rejet du Shah et de la tutelle étrangère. Le retour de l'ayatollah Khomeini cristallise cet espoir de rupture. Mais une fois le régime monarchique renversé, la mouvance islamiste s'impose progressivement et élimine ses anciens alliés. La révolution change alors de nature et se transforme en régime théocratique.
La guerre Iran Irak, de 1980 à 1988, achève de refermer le pays sur lui-même. Ce conflit meurtrier, opposant deux peuples majoritairement chiites, s'inscrit dans un contexte régional et international où l'Iran révolutionnaire est perçu comme une menace. Malgré l'isolement, les sanctions et les pressions, l'État iranien survit et consolide sa souveraineté. Cette résistance, qu'on l'approuve ou non, forge une image durable dans le monde musulman. Celle d'un pays qui, après des siècles de domination et d'ingérences, a tenu tête aux puissances étrangères.
Aujourd'hui, face aux contestations internes et aux fractures sociales, l'avenir politique de l'Iran demeure incertain. Mais une constante traverse toute son histoire contemporaine. Chaque fois que l'Iran a tenté de définir seul son destin, il a été confronté à des stratégies de déstabilisation. Dans ce contexte, l'hypothèse d'une reprise des relations diplomatiques avec Israël ne peut être analysée comme un simple choix pragmatique ou diplomatique. Elle porterait une charge symbolique et politique considérable.
Israël demeure, pour une grande partie du monde musulman et postcolonial, le symbole d'un ordre imposé par la force, adossé à des puissances extérieures, au détriment des peuples de la région. Pour l'Iran, renouer avec cet État signifierait rouvrir la porte à une logique de dépendance, d'ingérence et de fragilisation interne. Ce serait rompre avec l'un des rares consensus transversaux de l'histoire iranienne récente, celui de la défense de la souveraineté nationale face aux puissances dominantes.
À la lumière des manifestations violentes qui semblent annoncer l'épuisement d'un régime, une interrogation s'impose avec gravité. La chute éventuelle du pouvoir islamiste profitera t elle réellement aux Iraniens et plus encore aux Iraniennes. On ne peut que formuler ce souhait avec sincérité. Que le peuple iranien recouvre ses libertés individuelles confisquées. Que la violence institutionnelle cesse. Que la police des mœurs ne soit plus un instrument de terreur et de mort pour les femmes. Que l'économie du pays retrouve une vie. Mais à cet espoir légitime se mêle une inquiétude profonde. Celle de voir les puissances impérialistes étrangères réinvestir la scène iranienne sous couvert de soutien ou de transition. L'histoire récente a déjà montré les conséquences de telles intrusions. Elles n'ont jamais libéré durablement les peuples mais ont souvent substitué une domination à une autre.
L'Iran, avec toutes ses contradictions, reste perçu comme un acteur courageux par de nombreux peuples qui ont connu la colonisation et l'humiliation. Préserver cette position implique de ne pas céder sur les symboles qui fondent son indépendance. Dans un Moyen Orient meurtri par un siècle de domination et de fractures imposées, la souveraineté demeure une ligne de résistance, et pour l'Iran, elle passe aussi par la fidélité à l'héritage de Mohammad Mossadegh, celui d'un homme qui a payé de sa liberté le refus de plier devant l'empire.
L'Iran : Un peuple qui se souvient
Imaginez seulement deux secondes. Allons-y pour trois. Chaque fois que les nouvelles évoquent l'Iran, une formule revient avec la régularité d'un refrain fatigué. Ce pays est sous sanctions économiques depuis 1979. Cette information est juste. Elle se veut rappel mais elle désigne implicitement un responsable. Les démocraties occidentales qui s'indignent aujourd'hui de la précarité des conditions de vie des Iraniens sont précisément celles qui asphyxient le pays depuis plus de quarante ans à coups de sanctions économiques et diplomatiques.
Le tableau est presque comique. Les mêmes capitales qui pleurent sur l'inflation à Téhéran, sur la monnaie qui s'effondre, sur les médicaments qui manquent, sont celles qui ont méthodiquement organisé cet étranglement. Le pompier pyromane est une figure classique de la littérature politique. L'Occident, avec à sa tête les États unis, en a fait un art. On allume l'incendie puis on s'indigne des flammes. On fabrique la crise puis on se scandalise de ses conséquences.
Le discours est toujours le même. Il faut faire tomber un régime jugé trop religieux. Ce que l'on lui reproche en réalité, dès sa naissance en 1979, c'est d'avoir placé la souveraineté nationale au centre de son projet politique. Peu importent ses contradictions, ses dérives, ses échecs. Ce qui lui est impardonnable n'est pas tant son autoritarisme que son refus de l'alignement. Dans l'histoire contemporaine, c'est souvent le péché originel. Plus grave encore, l'Iran des mollahs a commis l'erreur suprême de rompre tout lien avec l'entité sioniste et de soutenir sans réserve la cause palestinienne, là où l'Iran du Shah fut le premier pays de la région à nouer des relations diplomatiques avec Israël.
Dans la continuité de cette logique de confrontation, et pour s'assurer d'affaiblir durablement le nouveau régime issu de la révolution de 1979, l'Occident impérialiste a encouragé et soutenu l'Irak dans un conflit armé contre l'Iran. La guerre Iran Irak, déclenchée en 1980 par Saddam Hussein, ne fut ni un accident ni une simple rivalité régionale. Elle s'inscrivait dans une stratégie claire. Contenir, épuiser, voire provoquer l'effondrement d'un régime jugé incontrôlable. Le soutien politique, financier et militaire accordé à Bagdad par les États unis, plusieurs pays européens et certaines monarchies du Golfe en témoigne sans ambiguïté.
Le paradoxe historique est frappant. Deux pays à population majoritairement chiite se retrouvaient plongés dans une guerre totale. Une première dans l'histoire contemporaine du monde musulman. Derrière les discours nationalistes et les calculs géopolitiques, l'objectif était limpide. On pariait sur une chute rapide de l'Iran, affaibli par la révolution, isolé diplomatiquement, encore en pleine recomposition interne. Ce scénario ne s'est jamais produit.
La guerre a duré huit ans. Huit années d'usure, de destructions massives, de centaines de milliers de morts. L'Iran n'est pas tombé. Il s'est replié, endurci, structuré autour d'une culture de résistance et de sacrifice qui marque encore profondément sa vie politique et sociale. L'Irak en revanche, bien que présenté à l'époque comme le rempart contre l'Iran révolutionnaire, est sorti exsangue du conflit. Endetté, militarisé à l'extrême, fragilisé de l'intérieur. Sa chute réelle commence là, bien avant l'invasion américaine de 2003.
Cette guerre, loin d'avoir brisé l'Iran, a renforcé chez les Iraniens la conviction d'être assiégés, trahis et contraints de compter uniquement sur eux-mêmes. Elle a inscrit dans la mémoire collective l'idée que la survie nationale passe par la résistance, quelles qu'en soient les formes ou le coût. Une fois encore, l'histoire a déjoué les calculs à court terme. L'Iran a tenu. Et le souvenir de cette épreuve continue de façonner un peuple qui n'oublie pas.
Prenez encore deux ou trois secondes. Comparez. À quelques centaines de kilomètres de l'Iran se trouve un autre État. Tout aussi religieux. Tout aussi autoritaire. Tout aussi répressif. Dépourvu de toute forme de démocratie élective. L'Arabie saoudite. Là, pas de sanctions massives. Pas de discours quotidiens dans nos médias sur les libertés confisquées. Pas d'embargo moral ou économique. Pourquoi. La réponse est d'une simplicité désarmante. Ce régime-là ne conteste pas l'ordre établi des puissances impérialistes. Il le finance. Il l'achète. Il le sécurise.
L'ironie devient tragique lorsque l'on remonte le fil de l'histoire iranienne. Dès 1906, trois ans après la découverte du pétrole sur son territoire, l'Iran se dote d'une constitution. Un parlement est créé. Des élections ont lieu. À une époque où une grande partie du monde vivait encore sous des monarchies absolues, l'Iran faisait le pari risqué de la représentation politique. Depuis ce moment fondateur, le pays n'a cessé de payer le prix de cette audace. Intrusions étrangères dans la gestion et l'exploitation du pétrole. Pressions impérialistes. Sabotages politiques. Tout a été tenté pour freiner ce cheminement.
Le point de bascule survient en 1953. Le premier ministre Mohammad Mossadegh, démocratiquement élu, décide de nationaliser le pétrole iranien. Le geste est légal. Il est populaire. Il est fatal. Avec l'appui des services américains et britanniques, un coup d'État est organisé. Mossadegh est renversé. Le Shah est rétabli dans l'intégralité de ses pouvoirs. De 1953 à 1979, l'Iran devient une dictature assumée, méthodiquement protégée, armée et financée par les mêmes démocraties occidentales qui aujourd'hui se posent en juges et en donneurs de leçons. Le Shah n'était pas une anomalie du système international. Il en était une pièce maîtresse. Sa police politique traquait, emprisonnait, torturait. Les oppositions étaient écrasées. Les libertés confisquées. La modernisation imposée d'en haut avançait au rythme des intérêts étrangers et non de la société iranienne. Tout cela était connu. Tout cela était toléré. Mieux encore, tout cela était soutenu. Le résultat ne pouvait être que celui que l'histoire a toujours produit dans de telles circonstances. Une colère lente, profonde, enracinée. Une colère qui ne s'exprimait plus par les urnes mais par la rue, par les mosquées, par la mémoire collective. L'explosion finale n'a pas surpris ceux qui regardaient vraiment. Elle n'a surpris que ceux qui refusaient de voir.
La révolution de 1979 n'est donc pas sortie du néant. Elle n'est ni un accident ni une parenthèse exotique dans l'histoire du pays. Elle est la revanche d'une société humiliée, d'un peuple dépossédé de sa souveraineté pendant des décennies. Elle est la réponse brutale à une violence plus ancienne, plus feutrée, plus respectable aux yeux des chancelleries occidentales. Le régime islamique qui en est issu a voulu solder le compte de 1953. Il a voulu refermer une plaie jamais cicatrisée. Il a voulu dire que l'Iran ne serait plus un terrain d'expérimentation pour les puissances étrangères. Quelles que soient les critiques légitimes que l'on puisse lui adresser, une chose demeure certaine. Le moteur profond de ce régime n'est pas seulement idéologique. Il est mémoriel. Et tant que cette mémoire restera vive, le temps de la revanche ne sera pas terminé.
L'Iran est un cas particulier dans l'histoire moderne. On ne soumet pas impunément une civilisation millénaire. On ne réduit pas durablement à l'obéissance un pays qui existait bien avant le pétrole, bien avant les pipelines, bien avant les contrats et les multinationales. La Perse portait déjà une langue, une poésie, une pensée politique et philosophique lorsque certains États aujourd'hui dominants n'étaient encore que des colonies sans voix. Cette profondeur historique façonne un rapport singulier au temps, à l'humiliation, à la résistance. Les sanctions peuvent briser une monnaie. Elles peuvent appauvrir une population. Elles peuvent ralentir un développement. Elles ne vident pas une histoire. Elles n'effacent pas une mémoire collective forgée par des siècles de continuité.
C'est peut-être là que réside le malentendu fondamental entre l'Iran et l'Occident. L'un raisonne en cycles électoraux, en rapports de force immédiats, en sanctions évaluées trimestre après trimestre. L'autre raisonne en décennies, parfois en siècles. L'Occident croit affaiblir un régime. Il réactive une mémoire. Il pense isoler un pouvoir. Il soude un peuple autour d'un récit commun fait de blessures et de résistances. La Perse a connu la défaite militaire face à Alexandre le Grand sans jamais disparaître comme civilisation. L'Empire achéménide est tombé, mais la langue, la culture, les structures sociales et l'identité perse ont survécu à toutes les conquêtes. Elles ont traversé les invasions, les dominations et les effondrements pour ressurgir sous d'autres formes. Face à cette longue histoire, les sanctions actuelles apparaissent pour ce qu'elles sont réellement. Un épisode de plus. Et c'est sans doute cela que l'Occident redoute le plus. Non pas un gouvernement, une idéologie ou un régime, mais un peuple qui se souvient.
Mohamed Lotfi
13 Janvier 2026
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Trump : « Aucun pouvoir au-dessus de moi. Inadmissible »
À la question posée par les journalistes du New York Times le 8 janvier « Y a-t-il quelque chose qui pourrait vous empêcher de faire ce que vous voulez ? », Donald Trump a répondu de manière claire et nette : « Oui, il y a une chose : ma propre morale, mon propre esprit. C'est la seule chose qui peut m'arrêter. Et c'est très bien ainsi. »
Trump a également déclaré : « Je n'ai pas besoin de lois internationales (…) (Mon pouvoir est) limité par la force plutôt que par des traités ou des conventions ». Il a enfin déclaré : « Eh bien oui, pour moi, c'est la propriété. La propriété est très importante, oui (…) La propriété vous donne des choses et des éléments que vous ne pouvez pas obtenir en signant simplement un document que vous pouvez avoir… » Cette dernière affirmation clarifie très bien la pensée et l'action de Trump.
12 janvier 2026 | tiré de l'Aut'journal
https://www.lautjournal.info/20260112/trump-aucun-pouvoir-au-dessus-de-moi-inadmissible
De l'ensemble de ces déclarations, inadmissibles à tous points de vue, il ressort clairement qu'on ne peut tolérer qu'une personne porteuse de telles conceptions puisse encore exercer légitimement la fonction de président des États-Unis. La réalité en apporte une confirmation dramatique : ses actes sont déjà source de désastres pour la vie de la Terre dans les domaines environnemental, économique, humain, social et politique. Sa destitution est nécessaire et urgente. Pas un jour de plus. La destitution doit être l'œuvre, avant tout, des citoyens et du peuple américain. Mais elle doit également être un devoir incontestable pour la grande majorité des citoyens et des peuples du monde, dont les droits et la dignité ont été bafoués avec un grand mépris et un grand cynisme par Trump.
Le mépris des autres peuples du monde n'est pas explicitement dû à des facteurs raciaux, de classe ou de religion, ce qui serait très grave, mais au fait que, selon lui, ils comptent moins qu'un grain de poussière. Pourquoi ? Parce que, assure-t-il, ils n'ont aucune force économique et militaire, aucun pouvoir, n'étant pas « propriétaires » de leurs terres et ressources, de leur vie.
Le concept de « propriété » auquel Trump fait référence dans l'interview occupe une place centrale dans sa vision du monde, qu'il tente d'imposer comme « son ordre ». L'affirmation « je n'ai pas besoin des lois internationales » signifie que Trump considère que, grâce à la force (l'argent et les armes) dérivée du fait d'être le « propriétaire » économique et technologique dominant dans le monde, il peut imposer « son ordre » et exercer « le pouvoir » selon ses « besoins » et ses principes.
Si, comme il l'affirme clairement, le seul pouvoir qui peut l'arrêter est sa morale (il ne parle pas d'éthique) et ses convictions, nous sommes face à des principes absurdes. La seule méthode qu'il accepte est celle de la force. En ce sens, il soutient que le destin des faibles (personnes, groupes sociaux, organisations, peuples, États) sera de se soumettre au plus fort ou de périr (autre absurdité).
Les conceptions de Trump (que j'ai analysées et critiquées il y a un an dans un long article intitulé « Comprendre pourquoi le système américain constitue le plus grand danger pour le monde) (1) sont anti-humaines et anti-sociales, ouvertement criminelles.
Il est impossible d'imaginer que l'on puisse accepter que ces principes soient appliqués en toute impunité et tolérer qu'ils restent les objectifs stratégiques mondiaux du président de l'État le plus puissant sur le plan militaire, qui s'est autoproclamé « hors-la-loi » et au-dessus de tout autre pouvoir.
Relisons maintenant, à la lumière de ces principes, les relations de Trump avec les Ukrainiens, les Palestiniens, les Vénézuéliens, les Nigérians, les Cubains… et les Européens… ainsi que l'évolution de la situation concernant le Groenland, le Canada, le Mexique… et, à l'opposé, les relations avec Israël, la Russie, la Chine, l'Arabie saoudite…, sans parler de la dévastation du climat et de la vie sur Terre et de la lutte pour la suprématie dans l'univers ultrapuissant de l'intelligence artificielle, cela donne des frissons.
Dans l'état actuel des choses, surtout après la réaction quasi inexistante des autres États d'Amérique latine, du Moyen-Orient et d'Europe face à ce qu'il a fait au Venezuela (prise de contrôle manu militari du gouvernement du pays, en particulier de son pétrole), tout indique que nous n'aurons pas à attendre longtemps avant que Trump ne décide d'occuper le Groenland, par la force ou par la ruse, comme il le soutient ouvertement.
L'annexion du Groenland me semble plus proche et plus probable que l'invasion militaire du Canada, malgré le fait qu'un document « secret » du gouvernement américain relatif à un plan d'invasion du Canada circule actuellement de manière clandestine. Tout dépendra de la mobilisation des citoyens américains et européens, la réaction des gouvernements européens étant probablement orientée vers la recherche d'une soumission par le biais de compromis.
Une brève remarque finale sur ce que Trump a délibérément tu et qui, s'il l'avait mentionné, aurait mis en lumière l'une de ses plus grandes contradictions, ses mensonges, qui font de lui un personnage encore plus dangereux pour l'avenir du monde.
En parlant de « my own morality, my own mind », il n'a fait aucune référence à sa foi chrétienne proclamée. Rappelons qu'à l'occasion de l'attentat armé dont il aurait été victime sans conséquences, Trump lui-même a affirmé, avec une conviction apparente, que Dieu l'avait sauvé pour lui permettre de poursuivre son œuvre en faveur de la grande Amérique, symbole de liberté, en tant que guide mondial. Trump a ainsi confirmé son adhésion à la conception mystique et fidéiste de la « destinée manifeste » des États-Unis, dominante depuis 1849 dans tous les groupes politiques américains.
Selon cette conception – notamment dans la version de 1914 du président Woodrow Wilson, fervent partisan de la création de la Société des Nations, à savoir : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous avons été choisis pour montrer la voie aux nations du monde sur leur chemin vers la liberté » (2), – les Américains sont convaincus que Dieu a manifestement décidé que le destin de leur « nation » est de « guider » le monde.
Peu importe de savoir dans quelle mesure la conception religieuse de Trump est solide et effective (j'ai l'impression qu'il ne croit pas du tout en Dieu, sauf en termes instrumentaux : voir « In God we trust » tel qu'il est imprimé sur le billet de un dollar américain ; son « salut » divin lors de l'attentat ; la mission mystique et fidéiste de Dieu sur le destin mondial des États-Unis…).
La réalité est loin d'être mystique : Trump ne croit qu'en lui-même, car il se considère comme « le pouvoir », légitimé par la puissance fondée sur la propriété de ce qui est stratégiquement puissant, y compris l'État, réduit à une « administration » et donc à un instrument appartenant au président qui a remporté la compétition électorale et aux forces qui l'ont soutenu financièrement.
En résumé, les conceptions et les pratiques du pouvoir/de la puissance mises en œuvre par Donald Trump au niveau américain, « occidental » et mondial/global sont destructrices de la vie et de la société mondiale, dans tous leurs aspects clés. En tant que telles, elles ne sont bonnes ni pour le peuple américain des États-Unis et les peuples des deux Amériques, ni pour les peuples du monde dit « occidental », dont l'Europe, ni pour les peuples africains, moyen-orientaux et asiatiques.
Oser la coopération et la justice planétaires
Le monde a commencé à refuser d'être dominé par les États-Unis, avant même l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Avec Donald Trump au pouvoir, d'un État qui reste le premier et le seul à avoir utilisé à ce jour l'arme atomique, il est devenu inadmissible pour une partie toujours plus importante de la population mondiale de tolérer les destructions du devenir du monde en cours, à cause des USA.
Certes, la destitution de Trump est urgente et préjudiciable, mais les conceptions et les objectifs exprimés par Trump ne disparaîtront pas avec sa destitution, car il représente la forme extrême et la plus violente des conceptions, encore soutenues aujourd'hui, par les forces sociales dominantes du système américain et, plus généralement, du système économique, social et politique de la société capitaliste fondée sur l'économie de marché de la libre propriété des biens et des services essentiels à la vie.
Seule une mobilisation mondiale, marquée par une coopération étroite, réelle et non rhétorique, entre les citoyens américains, latino-américains, européens, africains, moyen-orientaux et asiatiques, pourra faire émerger un pacte planétaire global pour la construction de nouvelles règles, institutions et instruments.
Le moment est venu de donner naissance à une nouvelle assemblée constituante planétaire des habitants de la Terre, ou Assemblée constituante de la Terre, à partir de ce qui reste de l'ONU et des nouvelles structures multipolaires mises en place ces dernières années (les BRICS en sont un exemple fragile mais essentiel) afin de favoriser la gestation d'un monde plus coopératif, plus juste et plus pacifique.
Notes
(1) Riccardo Petrella, https://www.pressenza.com/fr/2025/02/comprendre-pourquoi-le-systeme-america-est-le-plus-grand-danger-actuel-pour-le-monde/
(2) Pour une analyse des menaces liées à une vision mystico-fidéiste des États-Unis, voir op. cit.
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Intervention d’André Frappier à la soirée de solidarité avec les prisonniers politiques et déserteurs russes
Voici le vidéo et le texte de l'allocution d'André Frappier présentée le 19 janvier 2026 dans le cadre de la conférence à Paris à laquelle il a été invité. Cette date est symbolique dans la tradition russe : ce jour-là, en 2009, des nazis ont assassiné le célèbre avocat antifasciste Stanislav Markelov, et la jeune journaliste Nastya Baburova. Depuis, chaque année à cette date, des militants de gauche, des antifascistes et des démocrates organisent des commémorations en hommage aux victimes des violences d'extrême droite et de la répression d'État.
Bonjour
Je me présente, André Frappier. Syndicaliste de longue date, je suis également militant au sein du parti de gauche Québec solidaire, et je suis membre des comités de rédaction de deux revues progressistes : Presse-toi à gauche et Canadian Dimension.
Je vous parle au nom de la Campagne de solidarité internationale Boris Kagarlitsky, qui, comme l'indique notre objectif, « lutte pour la liberté de tous les militants et militantes politiques anti-guerre dans la Fédération russe et les territoires occupés, qu'ils soient bien connus, comme Boris Kagarlitsky lui-même, ou partiellement ou totalement inconnus »
C'est un honneur pour notre Campagne de pouvoir s'adresser à cette réunion, tenue en mémoire de Stanislav Markelov et Anastasia Baburova, dont la lutte a été dramatiquement interrompue par les mêmes forces qui ont emprisonné Kagarlitski et des milliers d'autres prisonniers politiques — souvent dans les conditions les plus dures imaginables.
Selon OVD-info, projet indépendant qui lutte pour les droits humains et contre la répression en Russie, en mars 2025 on comptait 1 566 détenus. Nous dénonçons fermement la répression dont sont victimes les militants et militantes russes qui se sont opposés à l'invasion de l'Ukraine. Dans un livre intitulé « Voices against Putin's war », l'éditeur Simon Pirani explique que « l'opposition à la guerre de Poutine est largement répandue. Ce qui frappe chez ces personnes, c'est leur diversité qui démontre que, malgré l'absence de manifestations publiques et l'impossibilité réelle d'organiser un mouvement pacifiste ouvert en Russie, un tel mouvement existe bel et bien. Il englobe un large éventail de la société russe, ainsi que des populations des territoires occupés. »
Entre autres activités, le comité de solidarité avec Boris Kagarlitsky a parrainé une pétition faisant appel à leur libération. À ce jour 18 800 personnes provenant de 121 pays l'ont signé, notamment Jean-Luc Mélenchon, Jeremy Corbyn, Naomi Klein, Slavoj Žižek, Yanis Varoufakis, Walden Bello et John McDonnell.
Nous saluons ces camarades qui se sont unis pour soutenir Boris et toutes les autres victimes de la répression du régime de Poutine contre la dissidence.
Notre campagne fonctionne dans le même esprit — tous les personnes qui défendent des droits des prisonniers politiques anti-guerre du Kremlin sont invités à contribuer.
Comme certains et certaines d'entre vous le savent sans doute, Boris Kagarlitsky, en plus d'être sociologue mondialement reconnu pour ses livres — dont le plus récent, The Long Retreat, qui fut publié alors qu'il était déjà incarcéré dans la colonie pénitentiaire de Torzhok — est également le fondateur et rédacteur en chef du site web de Rabkor et directeur de l'Institut pour la mondialisation et les mouvements sociaux.
Voix critique de l'impérialisme, du gouvernement de la Fédération de Russie et de la guerre déclenchée par Vladimir Poutine avec l'invasion de l'Ukraine, Kagarlitsky a été condamné dans un premier temps à une amende de plus de 600 000 roubles pour la publication de la vidéo dans laquelle il commentait l'attaque du pont reliant la Crimée. Les autorités russes ont fait appel de la sentence comme étant « trop clémente ». Il a écopé d'une peine de cinq ans de prison, prononcée par une cour d'appel militaire. La défense de Kagarlitsky a fait appel de cette sentence, mais l'appel a été totalement rejeté et la peine d'emprisonnement confirmée. Mais ce qui est réellement en jeu sont les critiques que Kagarlitsky a formulées à l'égard de la politique de guerre menée par le Kremlin.
Amnesty International est catégorique : « cette condamnation et la nature à huis clos de son procès sont un autre exemple flagrant du traitement réservé aux dissidents politiques en Russie.
Notre comité a travaillé à différentes stratégies afin d'aider Boris. En premier lieu nous avons tenté de le faire sortir de Russie. Nous avions trouvé certaines universités dans divers pays comme aux États-Unis et au Brésil, qui acceptaient d'engager Boris comme professeur. Nous avions évalué que de cette façon Vladimir Poutine n'y verrait pas d'objection puisque Boris ne serait plus une épine dans le pied en Russie pour Poutine.
Mais ce n'était pas la perspective de Boris, la lutte qu'il menait était une lutte politique pour la démocratie en Russie et pour la défense de l'Ukraine. En novembre 2024, il a publié une lettre ouverte exigeant qu'il ne participe à aucun échange de prisonniers qui le ferait quitter la Russie.
Boris est aussi l'inspirateur de la campagne Freedom Zone, qui organise des événements à travers le monde en soutien aux prisonniers politiques et à leurs familles.
Nous avons organisé un colloque académique internationale virtuel d'une journée le 5 octobre 2024 qui a connu un fort succès avec la participation de professeur.es et de personnes chercheuses connues dont plusieurs camarades russes. Cet événement, parrainé par une vingtaine de médias et de maisons d'édition de gauche, et incluant un discours liminaire de Nancy Fraser, abordait différents thèmes dont une discussion du dernier livre de Boris The Long Retreat, une présentation de la situation pour la gauche en Russie, et des analyses de l'impérialisme contemporain.
Le comité a également créé un site web à freeboris.info dans lequel vous trouverez comment écrire une lettre aux prisonniers politiques russes, suivre les événements que nous organisons et lire les dernières nouvelles. Je vous invite à le consulter.
Le comité de soutien à Boris Kagarlitsky poursuit son travail. Nous envisageons présentement, malgré les embuches, une tournée nord-américaine aux États-Unis et au Canada avec Kseniia Kagarlitskaya, la fille de Boris. Nous envisageons également une délégation au congrès antifasciste de Puerto Allegre en mars prochain incluant Kseenia, moi-même et d'autres camarades.
La solidarité internationale est une priorité et dans cette perspective la présentation de conférences de solidarité internationale telle que vous l'organisez aujourd'hui est primordiale, c'est une initiative qu'il faut multiplier.
Je vous vous remercie de m'avoir donné l'occasion d'y prendre la parole. Au plaisir de vous rencontrer dans un proche avenir.
Vive la solidarité internationale !
****
SOIRÉE DE SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS POLITIQUES ET LES DÉSERTEURS RUSSES
LUNDI 19 JANVIER de 18 heures à 21 heures Bourse du travail de Paris, salle Jean Jaurès 3 rue du Château d'Eau, 75010 Paris Participation sur inscription à n Le 19 janvier, date anniversaire de l'assassinat en 2009 à Moscou des antifascistes Stanislav Markelov et Anastasia Baburova, est l'occasion en Russie et dans l'émigration de saluer leur mémoire et d'affirmer notre solidarité face au fascisme et à la répression d'Etat.
n Les membres d'un cercle marxiste en Russie ont été récemment condamnés à des peines allant de 16 à 22 ans, condamnations parmi les plus lourdes de la Russie contemporaine.
Nous exigeons la liberté pour ces militants, mais ce n'est qu'une partie d'une large campagne de répression contre les dissidents et contre la classe ouvrière.
Notre solidarité doit être plus forte que les murs des prisons ! Chaque voix contre les répressions est un coup porté à l'autoritarisme, en Russie et au-delà de ses frontières.
Lors de cette soirée de solidarité dont ARTHUR KLESHCH sera le modérateur, interviendront :
KARINE CLÉMENT, sociologue : la vie et l'héritage de Stas Markelov.
ALEXEÏ SAKHNINE, journaliste, membre de « La paix par en bas » : évolution des répressions politiques en Russie pendant la guerre.
ANDRÉ FRAPPIER, militant de gauche : campagne en défense du marxiste Boris Kagarlitski, détenu depuis trois ans dans les prisons russes.
ANDREÏ DEMIDOV, militant de « Gauche post-soviétique » : répressions contre la gauche russe, et l'affaire des « marxistes d'Oufa ».
ILIA ZARIPOV, déserteur russe : témoignage sur l'ampleur cachée des désertions.
LIZA SMIRNOVA, membre de « La paix par en bas » : montée de la violence d'extrême droite en Russie et son lien avec la violence policière.
ANDREÏ KONOVALOV, militant ukrainien de « Gauche post-soviétique » : la situation en Ukraine. UN REPRÉSENTANT DU CICR (Comité International Contre la Répression) : campagnes d'hier et d'aujourd'hui en défense des prisonniers politiques en Russie.
UN MILITANT DE GAUCHE RUSSE : comment la répression est habillée de justifications frauduleuses.
SOPHIA CHIKIROU, députée France insoumise.
DES RESPONSABLES SYNDICAUX ET POLITIQUES défenseurs des libertés démocratiques.
NON AUX RÉPRESSIONS POLITIQUES ! NON À LA GUERRE ET À LA DICTATURE !
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Onze idées reçues fausses sur le changement climatique
Dans les différents discours sur le climat, on trouve une multitude d'idées reçues, répétées mille fois sous toutes les formes, qui constituent de fausses pistes et qui, volontairement ou non, conduisent à ignorer les véritables défis ou à croire en des pseudo-solutions. Je ne fais pas ici référence aux discours négationnistes, mais à ceux qui se qualifient eux-mêmes de verts ou durables. Il s'agit d'affirmations de nature très diverse : certaines sont de véritables manipulations, des fausses nouvelles, des mensonges, des mystifications ; d'autres sont des demi-vérités ou des vérités partielles. Beaucoup sont pleines de bonne volonté et de bonnes intentions, des matériaux qui, comme nous le savons, pavent la route de l'enfer. En fait, c'est sur cette route que nous nous trouvons : si nous continuons à faire comme si de rien n'était, même si c'est sous le couvert du vert, dans quelques décennies, nous nous retrouverons dans une situation bien pire que la plupart des cercles de l'enfer décrits par Dante Alighieri dans sa Divine Comédie.
https://vientosur.info/once-lugares-comunes-falsos-sobre-el-cambio-climatico/
26 décembre 2025
Les onze exemples suivants ne sont que quelques-uns des lieux communs à éviter.
1. Il faut sauver la planète.
On le trouve partout : sur les affiches, dans la presse, dans les magazines, dans les déclarations des dirigeants politiques, etc.
En réalité, c'est un non-sens : la planète Terre n'est absolument pas en danger ! Quel que soit le climat, elle continuera à tourner tranquillement autour du soleil pendant les millions d'années à venir. Ce qui est menacé par le réchauffement climatique, ce sont les multiples formes de vie sur cette planète, y compris la nôtre : celle de l'espèce Homo Sapiens.
Sauver la planète donne la fausse impression qu'il s'agit de quelque chose d'extérieur à nous, qui se trouve ailleurs et qui ne nous concerne pas directement. On ne demande pas aux gens de se soucier de leur vie ou de celle de leurs enfants, mais d'une vague abstraction : la planète. Il n'est pas étonnant que les personnes les moins politisées réagissent en disant : « Je suis trop occupé par mes problèmes pour me soucier de la planète ».
2. Faites un geste pour sauver la planète.
Ce lieu commun, infiniment galvaudé, est une variante de la formule précédente.
Il contient une demi-vérité : chacun·e doit contribuer personnellement à éviter la catastrophe. Mais il donne l'illusion qu'il suffit d'accumuler de petits gestes – éteindre les lumières, fermer le robinet, etc. – pour éviter le pire. Ainsi, on écarte – consciemment ou inconsciemment – la nécessité d'opérer des changements structurels profonds dans le mode actuel de production et de consommation ; des changements qui remettent en question les fondements mêmes du système capitaliste, basé sur un seul critère : la maximisation du profit.
3. L'ours polaire est en danger.
C'est une photo que l'on trouve partout, répétée à l'infini : un pauvre ours polaire qui tente de survivre au milieu de blocs de glace à la dérive. Il est vrai que la vie de l'ours polaire, et celle de nombreuses autres espèces des régions polaires, est menacée. Cette image peut éveiller la compassion de certaines âmes généreuses, mais pour la majorité de la population, c'est une question qui ne la concerne pas.
Cependant, la fonte des pôles est une menace non seulement pour le courageux ours polaire, mais aussi, à long terme, pour la moitié, voire plus, de l'humanité qui vit dans les grandes villes côtières. La fonte des immenses glaciers du Groenland et de l'Antarctique peut faire monter le niveau de la mer de plusieurs dizaines de mètres. Or, il suffit de quelques mètres pour que des villes comme Venise, Amsterdam, Londres, New York, Rio de Janeiro, Shanghai ou Hong Kong soient submergées. Certes, cela ne se produira pas l'année prochaine, mais les scientifiques ne peuvent que constater que la fonte de ces glaciers s'accélère... Il est impossible de prévoir à quelle vitesse elle se produira, car de nombreux facteurs sont difficiles à calculer pour l'instant.
En mettant uniquement en avant le pauvre ours polaire, on occulte le fait qu'il s'agit d'un sujet effrayant qui nous concerne tous et toutes...
4. Le Bangladesh risque de souffrir beaucoup du changement climatique.
Il s'agit d'une demi-vérité, pleine de bonne volonté : le réchauffement climatique affectera surtout les pays pauvres du Sud, qui sont les moins responsables des émissions de CO2.
Il est vrai que ces pays seront les plus touchés par les catastrophes climatiques, les ouragans, la sécheresse, la réduction des sources d'eau, etc. Mais il est faux de dire que les pays du Nord ne sont pas touchés, dans une large mesure, par ces mêmes dangers : n'avons-nous pas été témoins de terribles incendies de forêt aux États-Unis, au Canada et en Australie ? Les vagues de chaleur n'ont-elles pas fait de nombreuses victimes en Europe ? Les exemples pourraient être multipliés.
Si l'impression que ces menaces ne touchent que les populations du Sud persiste, seule une minorité d'internationalistes convaincus pourra être mobilisée. Or, tôt ou tard, l'humanité tout entière sera confrontée à des catastrophes sans précédent. Il faut expliquer aux populations du Nord que cette menace les concerne aussi, de manière très directe.
5. D'ici 2100, la température pourrait augmenter de 3,5 degrés (par rapport à la période préindustrielle).
Cette affirmation figure malheureusement dans de nombreux documents sérieux. Elle me semble doublement erronée :
D'un point de vue scientifique : nous savons que le changement climatique n'est pas un processus linéaire, mais qu'il peut connaître des sauts et des accélérations soudaines. De nombreux aspects du réchauffement ont des rétroactions dont les conséquences sont imprévisibles. Par exemple : les incendies de forêt émettent d'énormes quantités de CO2 qui contribuent au réchauffement, intensifiant ainsi les incendies de forêt. Il est donc très difficile de prédire ce qui se passera dans 4 ou 5 ans, comment prétendre prédire ce qui se passera dans un siècle ?
D'un point de vue politique : à la fin du siècle, vous serez tous mort·es, tout comme vos enfants et vos petits-enfants. Comment mobiliser l'attention et l'engagement des gens pour un avenir qui ne les concerne ni de près ni de loin ? Devrions-nous nous préoccuper des générations futures ? Noble pensée, longuement défendue par le philosophe Hans Jonas : notre devoir moral envers celles et ceux qui ne sont pas encore nés. Une petite minorité de personnes très respectables pourrait être touchée par cet argument. Pour le commun des mortels, ce qui se passera en 2100 n'est pas une question qui les intéresse beaucoup.
6. En 2050, nous atteindrons la neutralité carbone.
Cette promesse de l'Union européenne et de divers gouvernements européens et autres n'est ni une demi-vérité, ni une naïve bonne volonté : c'est une pure et simple mystification. Pour deux raisons :
Au lieu de s'engager dès maintenant, immédiatement, à mettre en œuvre les changements urgents exigés par la communauté scientifique (le GIEC) pour les 3 ou 4 prochaines années, nos dirigeant·es promettent des merveilles pour 2050. Il est évidemment trop tard. De plus, étant donné que les gouvernements changent tous les quatre ou cinq ans, quelle garantie avons-nous que ces engagements fictifs seront respectés dans 30 ans ? C'est une façon grotesque de justifier l'inaction actuelle par une vague promesse lointaine.
De plus, la neutralité carbone ne signifie pas une réduction drastique des émissions, bien au contraire ! Il s'agit d'un calcul trompeur basé sur les compensations, sur les mécanismes de compensation : l'entreprise XY continue d'émettre du CO2, mais plante une forêt en Indonésie, qui est censée absorber l'équivalent de ce CO2, si elle ne brûle pas.
Les ONG écologistes ont déjà suffisamment dénoncé la supercherie des compensations, je n'insisterai pas là-dessus. Mais cela montre bien la mystification parfaite que recèle la promesse de la neutralité carbone.
7. Notre banque (ou notre compagnie pétrolière, etc.) finance les énergies renouvelables et participe ainsi à la transition écologique.
Ce lieu commun du greenwashing est également trompeur et manipulateur. Il est vrai que les banques et les multinationales investissent également dans les énergies renouvelables, mais des études précises menées par ATTAC et d'autres ONG ont montré qu'il s'agit d'une petite partie – parfois infime – de leurs opérations financières : la majeure partie continue d'être consacrée au pétrole, au charbon, au gaz... C'est une simple question de rentabilité et de concurrence pour les parts de marché.
Tous les gouvernements raisonnables – contrairement à Trump, Bolsonaro et compagnie – jurent également leurs grands dieux qu'ils se sont engagés en faveur de la transition écologique et des énergies renouvelables. Mais dès qu'un problème survient dans l'approvisionnement en énergies fossiles – récemment avec le gaz, en raison de la politique agressive de la Russie –, on se tourne vers le charbon, en réactivant les centrales électriques au lignite, ou on implore la (sanglante) famille royale d'Arabie saoudite d'augmenter la production de pétrole.
Les beaux discours sur la transition écologique cachent une vérité déplaisante : il ne suffit pas de développer les énergies renouvelables. Tout d'abord, celles-ci sont intermittentes : le soleil ne brille pas toujours dans le nord de l'Europe... Il est vrai qu'il existe des avancées techniques dans ce domaine, mais elles ne peuvent pas tout résoudre. Et surtout, les énergies renouvelables nécessitent des ressources minières qui peuvent s'épuiser. Si le vent et le soleil sont des biens illimités, ce n'est pas le cas des matériaux nécessaires pour les exploiter (lithium, terres rares, etc.). Il faudra donc envisager une réduction de la consommation globale d'énergie et une décroissance sélective : des mesures inimaginables dans le cadre du capitalisme.
8. Grâce aux techniques de capture et de séquestration du carbone, la catastrophe climatique sera évitée.
Cet argument est de plus en plus utilisé par les gouvernements, et on le retrouve même dans certains documents sérieux (par exemple, ceux du GIEC). C'est l'illusion d'une solution technologique miracle qui sauverait le climat sans rien changer à notre mode de production (capitaliste) et à notre mode de vie.
Malheureusement, la triste réalité est que ces techniques miracles de capture et de séquestration du carbone atmosphérique sont loin d'être une réalité. Certes, quelques tentatives ont été faites et quelques projets sont en cours ici et là, mais pour l'instant, on ne peut pas dire que cette technologie soit efficace et opérationnelle. Elle n'a pas encore résolu les difficultés liées à la capture et au piégeage (dans des régions souterraines imperméables aux fuites). Et rien ne garantit qu'elle y parviendra à l'avenir.
9. Grâce à la voiture électrique, les émissions de gaz à effet de serre seront considérablement réduites.
Il s'agit là d'un autre exemple de demi-vérité : il est vrai que les voitures électriques sont moins polluantes que les voitures thermiques (essence ou diesel) et donc moins nocives pour la santé des citadins. Cependant, du point de vue du changement climatique, leur bilan est beaucoup plus ambigu. Elles émettent moins de CO2, mais contribuent à un désastre électrique. Or, dans la plupart des pays, l'électricité est produite à partir d'énergies fossiles (charbon ou pétrole).
Les faibles émissions des voitures électriques sont compensées par l'augmentation des émissions résultant de la consommation accrue d'électricité. En France, l'électricité est produite à partir de l'énergie nucléaire, autre impasse. Au Brésil, ce sont les méga-barrages qui détruisent les forêts et sont donc responsables d'un bilan carbone peu reluisant.
Si l'on veut réduire drastiquement les émissions, on ne peut pas échapper à une réduction significative de la circulation des voitures privées, grâce à la promotion de modes de transport alternatifs : transports publics gratuits, zones piétonnes, pistes cyclables. La voiture électrique entretient l'illusion qu'il est possible de continuer comme avant en changeant de technologie.
10. C'est grâce à des mécanismes de marché, tels que les taxes sur le carbone, les marchés des droits d'émission ou l'augmentation du prix des énergies fossiles, que l'on parviendra à réduire les émissions de CO2.
Pour les écologistes sincères, il s'agit d'une illusion ; dans la bouche des dirigeant·es, c'est une mystification.
Les mécanismes de marché ont partout démontré leur totale inefficacité pour réduire les gaz à effet de serre. Non seulement ce sont des mesures antisociales, qui visent à faire payer aux classes populaires le prix de la transition écologique, mais surtout, elles sont incapables de contribuer de manière substantielle à la limitation des émissions.
L'échec spectaculaire des marchés du carbone institués par les accords de Kyoto en est la meilleure illustration.
Ce n'est pas avec des mesures indirectes et incitatives, basées sur la logique du marché capitaliste, que l'on pourra freiner le pouvoir absolu des énergies fossiles, qui font fonctionner le système depuis deux siècles. Pour commencer, il faudra exproprier les monopoles capitalistes de l'énergie et créer un service public de l'énergie dont l'objectif sera de réduire drastiquement l'exploitation des combustibles fossiles.
11. Le changement climatique est inévitable, nous ne pouvons que nous y adapter.
Ce type d'affirmations fatalistes se retrouve dans les médias et parmi les responsables politiques. Par exemple, Christophe Bechu, ministre de la Transition écologique du nouveau gouvernement Macron, a récemment déclaré :
« Puisque nous ne pourrons pas éviter le réchauffement climatique, quels que soient nos efforts, nous devons en limiter les effets et nous y adapter ».
C'est une excellente recette pour justifier l'inaction, l'immobilisme et l'abandon de tout effort visant à éviter le pire. Cependant, les scientifiques du GIEC ont clairement expliqué que, même si le réchauffement a déjà commencé, il est encore possible de ne pas dépasser la ligne rouge des 1,5 degré, à condition de commencer immédiatement à réduire de manière très significative les émissions de CO2.
Il est vrai qu'il faut essayer de s'adapter. Mais si le changement climatique devient incontrôlable et s'accélère, l'adaptation n'est qu'une illusion. Comment s'adapter à des températures de 50 °C ?
Nous pourrions multiplier les exemples. Tous mènent à la conclusion que si nous voulons éviter le changement climatique, nous devons changer le système, c'est-à-dire le capitalisme, et le remplacer par une autre forme de production et de consommation. C'est ce que nous appelons l'écosocialisme. Mais c'est le sujet d'un autre texte...
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