Recherche · Dossiers · Analyses
Toujours au devant

Les médias de gauche

Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

Derniers articles

Un jour du deuil indépendant et ouvrier pour une 2e année de suite en C-B

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2026/05/DSCF1609-scaled-e1777670109459.jpg1er mai, par West Coast Committee
Des travailleurs se sont rassemblés au centre-ville de Vancouver pour la deuxième édition annuelle d’un rassemblement indépendant de la Journée de deuil, scandant notamment « (…)

Des travailleurs se sont rassemblés au centre-ville de Vancouver pour la deuxième édition annuelle d’un rassemblement indépendant de la Journée de deuil, scandant notamment « Tue un travailleur, va en prison »…

Regards croisés sur les résiliences féministes haïtiennes, palestiniennes et autochtones d’Amérique latine

30 avril, par Phoebé Boisclair-Fleury
par Phoebé Boisclair-Fleury, correspondante Dans le cadre de la sixième édition des Rendez-vous Gérin-Lajoie, l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) de (…)

par Phoebé Boisclair-Fleury, correspondante Dans le cadre de la sixième édition des Rendez-vous Gérin-Lajoie, l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Un seul monde ont convié les intéressé.es le 15 avril dernier à un événement (…)

Chirurgies au privé – Vers une explosion des coûts pour le système

30 avril, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Le gouvernement de la CAQ ainsi que Santé Québec savent que le transfert de certaines chirurgies du secteur public vers le secteur privé entraînera des coûts supplémentaires (…)

Le gouvernement de la CAQ ainsi que Santé Québec savent que le transfert de certaines chirurgies du secteur public vers le secteur privé entraînera des coûts supplémentaires importants pour le système de santé, et donc pour l'ensemble des contribuables.

tiré de L'Infolettre CSn En Mouvement
26 avril 2026

photo CSN
C'est ce que révèlent des documents obtenus par la CSN à la suite de demandes d'accès à l'information. Aux yeux de la CSN, les Québécoises et les Québécois ont droit à plus de transparence de la part des élus et des établissements publics.

« On dit qu'il est inacceptable au Québec de faire du profit sur la maladie, explique la présidente de la CSN, Caroline Senneville. Ce n'est pas juste une question d'équité sociale, c'est aussi une question de saine gestion des finances publiques. Selon certains, le Québec n'aurait pas les moyens financiers d'offrir les services publics à l'ensemble de la population. Nous pensons que les contribuables n'ont surtout pas les moyens de payer des frais supplémentaires et des marges de profit de 25, 35, voire 54 % à des entreprises privées qui se développent au dé

triment des établissements publics, en plus de drainer une partie de leur personnel. »

Depuis janvier 2026, le gouvernement déploie un « projet vitrine » visant à confier au secteur privé à but lucratif des chirurgies supplémentaires. L'objectif du gouvernement est de systématiser l'envoi de chirurgies en orthopédie ou de chirurgies plastiques en sous-traitance au privé à partir du moment où une personne est sur une liste d'attente depuis plus d'un an. Le gouvernement souhaiterait à terme que cette pratique soit étendue à davantage de chirurgies, voire à d'autres services professionnels.

Il faut noter que l'orthopédie et la chirurgie plastique sont les deux types de chirurgie où on trouve déjà le plus de médecins spécialistes œuvrant dans le secteur privé à but lucratif.

Dans son mémoire présenté au Conseil des ministres le 8 juillet 2025, le ministre de la Santé de l'époque, Christian Dubé, écrit : « On observe une tendance générale selon laquelle les spécialités avec des pourcentages élevés de médecins qui sont des professionnels non participants tendent également à démontrer des taux d'attente hors délai plus élevés. Ainsi, la dermatologie, la chirurgie plastique et la chirurgie orthopédique, qui présentent les plus hauts pourcentages de médecins non participants (27,40 %, 20,59 % et 15,11 % respectivement), affichent des taux d'attente hors délai parmi les plus élevés (67,16 %, 79,76 % et 70,07 %), la palme revenant à la chirurgie plastique. »

Rappelons que le gouvernement de la CAQ refuse de fermer la porte à la désaffiliation des médecins du régime public. Ces médecins qui quittent le public pour le privé à but lucratif entraînent avec eux du personnel du réseau public, ce qui laisse les établissements dans une position encore plus précaire. La CAQ a laissé la situation se détériorer au point où pas moins de 800 médecins québécois exercent aujourd'hui en dehors du secteur public alors qu'ils sont une douzaine dans cette situation pour tout le reste du Canada !


Coûts importants

Dans son mémoire présenté aux ministres, Christian Dubé explique également que l'État devra payer 35 % de plus pour les chirurgies effectuées dans le secteur privé, notamment pour assurer une marge de profits confortable aux acteurs privés. Ce coût supplémentaire ne devrait surprendre personne, c'est ce qu'ont démontré, notamment, les projets pilotes en ce sens lancés par l'ancien ministre libéral Gaétan Barrette.

Par la voie de l'accès à l'information, la CSN a demandé à tous les établissements publics combien il leur en coûte actuellement de recourir au privé pour des chirurgies pour lesquelles le recours au privé est déjà autorisé. La plupart des établissements ont refusé de dévoiler ces informations, mais le CISSS des Laurentides a fourni des tableaux détaillés. Il en ressort que certains actes coûtent aux contribuables jusqu'à 54 % de plus ! Les données obtenues auprès du CHU Sainte-Justine à Montréal montrent que les coûts des chirurgies en ORL sont plus élevés de 25 % dans le privé.

La CSN a envoyé de nouvelles demandes d'accès à l'information à tous les établissements afin d'obtenir un portrait global de la situation.

Des solutions

La CSN met en avant plusieurs solutions pour améliorer la capacité des établissements publics d'assurer toutes les chirurgies nécessaires. À l'heure actuelle, aucune région n'atteint un taux optimal d'utilisation des salles d'opération, soit environ 85 %. Pour y parvenir, la CSN propose :

Des mesures pour retenir et attirer le personnel nécessaire dans le secteur public ;

Fermer la porte complètement à la désaffiliation des médecins du régime public, comme la plupart des autres provinces canadiennes ;

Mettre un terme aux contrats avec les entreprises privées qui se développent au détriment des capacités au sein du secteur public.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le spectacle Sciences Po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde

30 avril, par Marc Simard
Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait (…)

Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait du texte du spectacle, écrit à partir de témoignages reçus de citoyens. Catherine est à jardin, seule sur scène, dans la (…)

La rupture ouverte entre la Maison-Blanche et le Saint-Siège

30 avril, par Lyna Zorgane
Depuis plusieurs semaines, le président américain Donald Trump et le pape Léon XIV s’affrontent publiquement sur la guerre en Iran, la politique migratoire et le rôle de (…)

Depuis plusieurs semaines, le président américain Donald Trump et le pape Léon XIV s’affrontent publiquement sur la guerre en Iran, la politique migratoire et le rôle de l’Église dans les affaires politiques. L’épisode le plus récent, une image générée par intelligence artificielle représentant (…)

Le Liban est replongé dans la guerre

29 avril, par Hassan El-Khansa
par Hassan El-Khansa, correspondant Le gouvernement libanais et le Hezbollah sont confrontés à plus de pression qu’auparavant et la population civile fait encore les frais des (…)

par Hassan El-Khansa, correspondant Le gouvernement libanais et le Hezbollah sont confrontés à plus de pression qu’auparavant et la population civile fait encore les frais des attaques israéliennes, étant donné la reprise des hostilités à haute intensité depuis le début de la guerre contre (…)

Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile

29 avril, par Marc Simard
J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis (…)

J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris (…)

Avant la FIFA, des nettoyeurs du SkyTrain dénoncent leurs conditions

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2026/04/image_1-e1777463043115.jpeg29 avril, par West Coast Committee
Des travailleurs syndiqués chargés du nettoyage du SkyTrain de Metro Vancouver dénoncent des mises à pied, du vol de salaire et des conditions dangereuses imposées par (…)

Des travailleurs syndiqués chargés du nettoyage du SkyTrain de Metro Vancouver dénoncent des mises à pied, du vol de salaire et des conditions dangereuses imposées par Dexterra, une multinationale milliardaire…

L’OFQJ du Québec et de France lancent un appel à candidatures pour participer au FSM 2026 à Cotonou

29 avril, par Rédaction-coordination JdA-PA
Les sections québécoise et française de l’OFQJ – Office franco-québécois pour la jeunesse s’associent à Katalizo et au Journal d’Alter afin de soutenir la participation de (…)

Les sections québécoise et française de l’OFQJ – Office franco-québécois pour la jeunesse s’associent à Katalizo et au Journal d’Alter afin de soutenir la participation de jeunes adultes au FSM – Forum social mondial 2026, qui aura lieu à Cotonou, au Bénin, du 4 au 8 août 2026. À propos du FSM (…)

Capital contre climat : une contribution écoféministe

28 avril, par Rédaction

Ce texte a été présenté à la Grande conférence Climat contre capital : quelles issues possibles ? le 30 mai 2025 dans le cadre du colloque La Grande Transition 2025 à Montréal.

Tout d’abord, je veux dire que ce sujet, Climat contre capital, dans la période actuelle, a pris une acuité incroyable, en même temps qu’il est dramatiquement mis de côté. Je veux dire aussi que je parle d’un point de vue de militante, militante féministe et écoféministe, et non d’universitaire.

C’est un capital pur et dur qui a pris le pouvoir, et qui cherche à s’imposer au monde entier. Il a mis à sa tête un magnat qui s’est proclamé roi et maitre des nations. Magnus 1er détruit méthodiquement des politiques et des acquis – enfin ce que nombre d’entre nous avons pris pour des acquis, souvent chèrement gagnés, de démocratie, de justice, d’environnement.

Nous sommes bousculéꞏes, et pour le moment presque impuissantꞏes devant ce qui arrive. Oui, il y a des tentatives de résistance, mais en réalité, aujourd’hui, les destructions sont à peine retardées dans certains domaines alors que partout où la royauté avance, les dégâts s’accumulent et leurs effets à long terme sont déclenchés alors même que nous voudrions revenir en arrière.

Ce Magnus et son insolente et richissime oligarchie détruisent l’environnement. L’environnement total, dans ses trois dimensions habituelles et dans la quatrième : le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution ET la société humaine. Faut-il le dire et le redire, la société est une dimension incontournable de notre environnement, un facteur de plus en plus important dans l’écologie de la planète : autant dans la destruction de son équilibre que dans la réparation qu’on peut tenter d’y apporter. Il faut penser société dès qu’on parle d’écologie : l’anthropocène est une description pertinente, comme les termes de capitalocène et d’androcène.

Les connexions

Le premier point que je veux établir, ce sont les connexions. Tout est relié. C’est le sens même de l’écologie, comprendre et respecter les liaisons de tout ce qui existe. C’est vrai biologiquement, et c’est vrai socialement, c’est vrai dans le croisement de la nature et de la culture, dans la rencontre du biologique et de l’artefact.

J’en fais mon point de départ. Nos luttes environnementales ne doivent plus séparer ce qui serait « la nature » et ce qui est social. En bref, le déséquilibre écologique vient de l’action humaine, toutes les dégradations écologiques impactent des êtres humains à des degrés divers, aucune transition écologique positive ne peut s’effectuer sans l’implication consciente et consentante des groupes humains qui sont concernés.

Si, comme je le pense, l’implication volontaire des sociétés humaines est nécessaire à une action écologiquement bienfaisante, on est donc devant un énorme problème. Car le Capital, celui-là même qui détruit, occupe tout l’horizon. Celui de la vie réelle et celui de la vie rêvée.

La vie réelle : la subsistance et le soin

Le Capital occupe l’horizon de la vie réelle, car il a réussi à marchandiser presque tout ce qui fait la subsistance quotidienne : aliments, vêtements, logements, loisirs, mobilité, soins de santé, instruction. On dirait bien qu’il nous a dépouilléꞏes de toutes nos habiletés de base à fabriquer les objets de notre subsistance pour nous restreindre à les acheter au prix de notre travail rémunéré, un travail qui n’a le plus souvent aucun rapport avec notre vie à nous. L’argent médiatise notre rapport aux ressources vitales, et nous sommes écarteléꞏes entre deux sphères étrangères l’une à l’autre : d’un côté notre activité rémunératrice, de l’autre notre vie propre. Toutes celles et ceux qui ne « gagnent » pas l’argent de leur subsistance sont déconsidéréꞏes, tombent en carence grave ou en dépendance de l’État pourvoyeur.

Cette description omet les activités de soin qui pourtant forment le tissu nourricier de notre vie. Préparer les aliments, s’occuper des vêtements, nettoyer les personnes, entretenir le logement, répondre aux enfants – et d’abord les avoir ces enfants, les porter neuf mois, en accoucher –, parler avec les autres, aimer, s’opposer, soigner les bobos et les invalidités, entretenir des amitiés, fleurir le bout de terrain dehors, participer au comité d’école, avoir une vie sexuelle se soucier de l’état du monde, prendre soin de ce que les « Gazas » et les persécutions politiques font à notre santé mentale personnelle et collective… Tout ce qui n’est pas marchandisable, ou pas encore complètement marchandisé, mais qui est partie intégrante de notre subsistance, est mis de côté.

En fait, oui, il y a un rapport entre notre activité rémunératrice et notre vie propre : c’est celui du temps, du rythme, de l’énergie requise. Pour beaucoup d’entre nous, le travail rémunéré prend un temps considérable et, surtout, nous impose un rythme accéléré et un stress qui viennent sérieusement restreindre notre vie personnelle. Après le travail, que nous reste-t-il comme disponibilité pour les soins ?

La vie rêvée : une vie colonisée

Indisponibles, on s’évade alors dans la vie rêvée, elle aussi occupée par le Capital. Car que sont devenus nos rêves ? Précédés par les écrans, peuplés par la publicité omniprésente, les voilà désormais rêves de consommation : meubles, voyages, autos, spectacles, disponibles en un clic sur nos écrans, modelés par la vue des gens riches et célèbres ou des influenceurs et influenceuses, suggérés par une intelligence artificielle qui nous entraine dans des univers inouïs et tellement alléchants, brouillant la ligne entre le réel et le « transmachinal » – cet au-delà du réel que crée la machine dite intelligente.

Quand non seulement la vie réelle mais aussi la vie rêvée sont colonisées par le Capital, alors le soin de l’environnement et les luttes environnementales semblent impossibles.

Y a-t-il des issues ? Où chercher la motivation ?

Pour attirer les gens dans des actions environnementales positives, quels sont donc nos incitatifs ? Le premier est sans doute la perception des désastres déjà en cours et l’appréhension devant le futur qui se dessine. Or, le Capital a une puissante réponse : la transition technologique. Applaudissez, mesdames et messieurs, la technologie va nous sortir de ce mauvais pas. Les Elon Musk de la terre sont là pour nous montrer la voie de l’avenir, multiplier les énergies non polluantes, virtualiser nos activités, construire des cités dans les étoiles. On peut continuer à vivre comme on vit, nul besoin de sacrifier telle ou telle habitude chère, la technologie évolue et va tout régler. Allez, circulez, consommez !

Pourquoi parler encore des abeilles et autres pollinisateurs en voie de raréfaction ? Pourquoi se faire des peurs avec les océans de plastique ? Redouter les feux de forêt et les sécheresses ? Lutter pour des milieux humides dans nos villes ? Le Capital n’en a que faire, il a vite fait de nous en distraire et d’amener notre attention ailleurs.

Un autre incitatif possible pour les luttes serait le bien-être quotidien : mais en avons-nous encore une idée le moindrement écologique ? L’alimentation saine, les transports sobres, les produits « naturels » ne font pas le poids devant les incitatifs quotidiens de nourriture hypertransformée, les injonctions à la beauté et à la vitesse, ou les contraintes de temps et les transports publics insatisfaisants. Les décisions de changement de mode de vie, personnelles ou collectives, demandent de l’attention, du temps et même de l’argent, alors que nos vies sont déjà hypothéquées par le stress et la consommation tous azimuts.

Il est clair que le Capital a non seulement le pouvoir économique sur la production, mais aussi le contrôle culturel sur la consommation. Nos besoins, nos désirs, nos esprits sont colonisés.

L’aspiration au bien-être quotidien ne tient pas la route devant la tâche énorme qui est devant nous, celle de renverser la vapeur d’un système économique puissant qui échappe à tout contrôle. Il faut même reconnaitre que ce système a lui-même pris le contrôle des leviers qu’on croyait pouvoir utiliser pour lui imposer des limites : le politique, le judiciaire, l’information, la démocratie.

Mais sans doute est-ce la victoire même de l’adversaire qui nous indique la motivation qui fonctionne : c’est la colère et la révolte des populations devant les pertes, les désillusions, le bouleversement de nos modes de vie et même de notre monde. Pertes d’emploi, déqualifications, endettement, transformations des quartiers urbains et des milieux de vie, retrait des interactions humaines dans un tas de domaines, sentiment de pauvreté devant une vie où l’accessoire est devenu coûteusement nécessaire, écarts de richesse grandissants, catastrophes et destructions ici et là… La colère gronde un peu partout, dans les villes et les campagnes, chez les artistes et chez les agriculteurs, chez les jeunes et chez les moins jeunes. La mondialisation et la technologie ont fait miroiter une belle vie facile. Les vingt dernières années ont produit le contraire. Les droites et les extrêmes droites ont su saisir ces désillusions et les transformer en révolte contre les pouvoirs démocratiques. Les gauches n’auraient-elles pas une réflexion à mener au ras des pâquerettes sur leurs stratégies et leur discours ?

Soyons réalistes : les luttes pour le climat sont perçues au mieux comme secondaires par rapport à l’économie, sinon même comme nuisibles, trop dispendieuses, au pire comme créées de toutes pièces pour manipuler le peuple.

Une mobilisation à alimenter

Pourtant, on peut constater que l’environnement est mobilisateur dans l’opinion publique. Il a mobilisé de très grandes foules dans la rue. Il réunit des militantes et militants au-delà du silo de leur « cause principale ». Autour du climat existe un état d’alerte qui est alimenté par des réseaux bien organisés et documentés. En dehors des milieux climatosceptiques, tout le monde est d’accord – en principe – pour réduire les gaz à effet de serre, protéger la biodiversité, récupérer, recréer des liens sociaux. Cet accord ne diminue pas, au contraire : les changements climatiques provoquent de plus en plus de catastrophes à toute échelle, constamment médiatisées, ce qui entretient l’actualité et l’intérêt pour le sujet. D’une façon ou d’une autre, une immense partie de la population se sent concernée par la crise environnementale.

Ici, je reviens aux connexions. Il me semble qu’on pourrait donner à voir – en commençant par le voir nous-mêmes – comment les bouleversements qui affectent le climat, la nature et la société sont reliés entre eux. Et cela, en partant des insatisfactions et de la colère dont on vient de parler, dans des réflexions accessibles, avec un langage non spécialisé, mais en chargeant les mots d’un contenu intense, en apportant des connaissances qui intéressent les gens et en montrant les connexions entre ces crises.

Un exemple d’éveil aux connexions

Je voudrais donner un exemple personnel d’éveil aux connexions : moi qui viens du mouvement féministe, c’est en creusant la question féministe du travail invisible et du travail de soin non rémunéré que j’ai compris l’accointance du capitalisme avec le patriarcat – ou la domination masculine. L’exploitation éhontée des ouvriers a rendu nécessaire d’assigner les femmes au travail domestique pour reproduire la classe ouvrière, c’est-à-dire pour faire des bébés viables et pour nourrir les hommes et en prendre soin quand ils revenaient éreintés du travail. En allant plus loin, j’ai appris par les écrits de Silvia Federici comment Marx a eu un point aveugle dans sa théorie des classes sociales. Il a tout simplement situé les femmes dans la même classe sociale que leurs hommes, alors que leur place par rapport à la production est radicalement différente de celle des hommes. Car en fait, les femmes assurent plutôt la re-production, sur laquelle repose le système de production.

Cette réflexion est synthétisée dans l’image de l’iceberg développée par les féministes : la partie visible du fonctionnement social, l’économie marchande, repose en réalité sur une énorme masse invisible sans laquelle elle ne pourrait pas fonctionner : ce sont les soins gratuits aux personnes, fournis par les femmes et les groupes assimilés. Plus profondément, le tout est porté par la nature, qui fournit la base de toute subsistance. Sans les soins, sans la nature, l’économie coule. C’est ce que signifie l’iceberg.

S’il est difficile de saisir le capitalisme à l’œuvre, c’est la réflexion sur l’écologie qui m’a amenée à comprendre profondément sa dynamique de croissance, jusque-là demeurée théorique pour moi. De même, les liens du capitalisme avec le colonialisme et le racisme sont devenus clairs à partir de la question de la croissance et de l’expansion des marchés.

Tout le monde peut ainsi apprendre à voir les connexions, pourvu qu’on parte des situations vécues, des dominations refusées, des espoirs agissants.

La source féministe

Ici, je propose de nous alimenter à une source féministe qui s’est conjuguée à l’écologie, une source écoféministe.

Le féminisme qui consiste à rechercher l’égalité de droits entre les femmes et les hommes, ou entre les genres, a heurté sa limite : plusieurs féministes ont compris que si les droits sont une voie vers la vie bonne, cette voie est sans issue dans le monde actuel. Changeons donc le monde, disent-elles, construisons un monde qui ne repose pas sur des dominations. Les patriarcats, les oligarchies, le capitalisme colonisateur, les racismes, nous voulons les détrôner.

Nous – et maintenant je parle de nous, les femmes –, nous nous inspirons, dans les Amériques du moins, du buen vivir autochtone, de la connexion à la nature porteuse, au territoire qui fournit la subsistance, aux origines et aux sept générations à venir. À travers le foisonnement technologique, nous cherchons à recréer les liens de base entre les humains, avec les autres vivants et avec la planète.

Nous avons travaillé fort depuis plus de 150 ans à découvrir les racines des violences qui s’exercent contre nous. À valoriser ce que nous savions faire de plus précieux et que la société pourtant méprisait : prendre soin de la vie. Assignées à ce travail par le pouvoir capitaliste et patriarcal, nous avons développé, en le pratiquant, des savoir-faire, des capacités d’attention et de perception, des sensibilités jouissantes qu’il nous importe de mettre en œuvre dans une vision « dé-capitalismée ». Depuis que nous ouvrons d’autres portes, nous avons aussi acquis les savoirs, les qualités professionnelles et les habiletés politiques dont nous avions été écartées. Et nous avons bouleversé les relations de genre, refusant l’infériorité, apportant notre force, créant de nouvelles formes de rencontre.

Même si nous avons accédé à tous les domaines de la vie collective, nous sommes encore les principales responsables de la reproduction humaine et de la vie domestique. C’est donc partout que nous recevons de plein fouet les impacts des destructions environnementales. Au sud et au nord de la planète, nous constatons les dommages, réparons les pots cassés dans la vie quotidienne et tâchons d’inventer des façons viables d’assurer la subsistance humaine, en joignant le soin des gens et de la planète. Les femmes ont conjugué leur prise d’autonomie et leur action écologique depuis des dizaines d’années, ce qui touche l’ensemble de leur vie pratique et affective. Elles s’impliquent dans des actions et des mouvements écologiques dont la plupart sont en relation avec la base de la vie, la subsistance. Elles sont impliquées politiquement et scientifiquement.

Sommes-nous loin de la colère et de la révolte que j’ai nommées plus haut comme motivation pour l’action ? Au contraire : ne nous méprenons pas sur les formes que prend la colère. Elle brise des chaines et transforme le monde autour d’elle, mais lorsque son but est d’améliorer la vie, elle ne prend pas les armes, elle agit, elle invente, elle prend soin différemment.

Pour terminer

En conclusion, plusieurs formes de résistances et de luttes écologiques sont nécessaires pour faire face à la crise qui sévit et qui s’aggrave. Ceci est un plaidoyer pour l’une d’entre elles, un écoféminisme construit par l’expérience trop longtemps ignorée d’une moitié de l’humanité. Cet écoféminisme invite à mettre au centre de nos visées écologiques le souci d’une vie humaine riche de connexions avec les vivants et avec la planète qui les porte.

Et en terminant, merci à toutes les militantes qui m’ont guidée et inspirée dans les dernières décennies.

Merci à toutes les autrices féministes qui ont su nourrir ma réflexion par des écrits où l’expérience donne naissance à de la théorie qui en retour vient éclairer l’action. Je n’en mentionnerai ici que trois, celles qui ont formulé la perspective de la subsistance que j’adopte : Maria Mies, Vandana Shiva et Veronika Bennholdt, par leurs livres Écoféminisme et La subsistance[1].

Par Élisabeth Germain, féministe, écoféministe et sociologue. Elle est membre du comité Femmes et écologie du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale et du Collectif écosocialiste et écoféministe de Québec solidaire.


  1. Maria Mies et Vandana Shiva, Écoféminisme, Paris, L’Harmattan, 1998, traduction de Ecofeminism, Londres, Zed Books, 1993 ; Maria Mies et Veronika Bennholdt, La subsistance. Une perspective écoféministe, Paris, Éd. La Lenteur, 2022, traduction de l’édition anglaise de 1999. La version originale allemande est sortie en 1997.

    Ces deux ouvrages restent extraordinairement pertinents. Le premier comporte plus de critique épistémologique, le langage du second est peut-être plus relié à l’action pour des lectrices et lecteurs aujourd’hui, mais les deux déploient les mêmes enjeux critiques qui éclairent étonnamment la conjoncture actuelle.

Travailler en Chine, 2026 : vue d’ensemble depuis le bas

Intelligence artificielle, stages forcés, décès dus au surmenage, ouvriers agricoles âgés dans les champs. Un voyage à travers les conditions de travail en Chine à partir de (…)

Intelligence artificielle, stages forcés, décès dus au surmenage, ouvriers agricoles âgés dans les champs. Un voyage à travers les conditions de travail en Chine à partir de sources chinoises

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/24/travailler-en-chine-2026-vue-densemble-depuis-le-bas/?jetpack_skip_subscription_popup

Au cours du dernier mois, la chaîne militante LaborInfo a publié une série d'articles sur les conditions de travail en Chine, provenant de sources très diverses. On y trouve des enquêtes du Qilu Evening News et du China Youth Daily, des reportages de CBN/Yicai et de LatePost, des analyses de Huxiu, des données du Beijing Youth Daily, un documentaire en plusieurs épisodes de la chaîne Jidian et une analyse du China Workers' Liberation Daily, un journal d'orientation marxiste. Pris individuellement, chacun de ces articles raconte un fragment spécifique du monde du travail chinois. Lus ensemble, ils composent un tableau plus large et plus cohérent que leur hétérogénéité ne le laisserait supposer, car ils convergent tous vers une réalité structurelle qui traverse différents secteurs, générations et zones géographiques du pays, du village agricole du Yunnan au bureau high-tech de Shenzhen, de l'institut professionnel du Henan au plateau de tournage de Hengdian. Il s'agit de la vulnérabilité structurelle des travailleurs chinois face à n'importe quel interlocuteur, qu'il s'agisse d'une entreprise privée, d'une plateforme numérique, d'un établissement scolaire ou d'un donneur d'ordre agricole.

L'intelligence artificielle comme machine d'expulsion

Parmi tous les facteurs qui redessinent le marché du travail chinois, l'intelligence artificielle est le plus visible et le plus discuté. Trois des articles recueillis par LaborInfo analysent ses effets sous différents angles au sein de deux secteurs contigus : celui des « short dramas », ces séries en épisodes très courts conçues pour être visionnées sur smartphone qui, en Chine, ont généré un marché estimé à plus de 50 milliards de yuans en 2025, et celui des jeux vidéo. Il en résulte un tableau à plusieurs niveaux où le phénomène apparaît bien plus complexe qu'un simple remplacement des travailleurs par l'IA.

Le premier niveau est celui de l'impact immédiat sur l'emploi. À Hengdian, le district du Zhejiang qui abrite les plus grands studios de cinéma du pays et qui a fonctionné pendant des années comme pôle de production pour l'industrie des séries courtes, le travail s'est brusquement raréfié au cours des premiers mois de 2026. Les groupes de messagerie par lesquels les acteurs et les figurants recevaient leurs convocations sur les plateaux, qui jusqu'à il y a quelques mois encore étaient saturés de notifications, sont devenus silencieux. Selon les estimations qui circulent parmi les professionnels du secteur, le nombre de productions en prise de vues réelles lancées a chuté de près de 80% par rapport à l'année précédente, et le volume total des engagements a plus que diminué de moitié. L'arrivée des mini-séries générées par l'intelligence artificielle a rendu superflue une grande partie de la chaîne de production traditionnelle, des acteurs aux techniciens des effets spéciaux. Certains travailleurs se sont reconvertis dans la livraison de repas à domicile ou la vente en direct en streaming, d'autres sont retournés dans leurs villes d'origine. Ceux qui sont restés attendent une reprise que personne n'est en mesure de garantir.

Le deuxième niveau concerne un problème qui précède l'intelligence artificielle et que son apparition a rendu ingérable. Le secteur des courts métrages dramatiques traversait déjà une crise de liquidités liée au fonctionnement même de son modèle économique. Les plateformes de distribution avaient attiré les sociétés de production en offrant un « minimum garanti » pour chaque titre livré, un mécanisme qui a encouragé une course à la quantité au détriment de la qualité. Certaines sociétés ont exploité ces fonds pour multiplier les plateaux actifs simultanément, fragmentant ainsi les ressources et abaissant les normes. Lorsque les plateformes ont suspendu le mécanisme des minimums garantis, la chaîne des paiements s'est rompue. Les fonds étaient versés par tranches successives, et souvent les premières versements couvraient à peine les coûts logistiques, tandis que les rémunérations du personnel dépendaient de versements ultérieurs qui, dans de nombreux cas, ne sont jamais arrivés. Il en résulte un phénomène d'insolvabilité généralisée qui touche des centaines de travailleurs dans des villes comme Xi'an, Zhengzhou et Chengdu, toutes considérées comme des capitales de la production de courts métrages dramatiques. Caméramans, acteurs et figurants attendent depuis des mois le paiement de leurs prestations déjà effectuées, et certaines sociétés de production sont devenues injoignables. Dans ce contexte, l'arrivée de l'intelligence artificielle a ajouté une incitation supplémentaire à suspendre les productions traditionnelles, car le coût d'une mini-série générée par l'IA peut être dix fois moins élevé que celui d'une production avec de vrais acteurs.

Le troisième niveau concerne la restructuration planifiée dans l'industrie technologique établie. NetEase, l'un des plus grands groupes chinois du secteur des jeux vidéo, a intégré l'intelligence artificielle dans l'ensemble de la chaîne de développement, de la conception artistique aux modèles 3D, de l'animation aux tests, annonçant des gains d'efficacité pouvant atteindre 300% à certaines étapes. Les postes les plus touchés sont ceux en sous-traitance, qui représentent dans le secteur chinois du jeu vidéo entre 20% et 30% des effectifs des moyennes et grandes entreprises et couvrent des fonctions opérationnelles telles que le service client, les essais de base et une partie de la production graphique. Selon les analyses du secteur, un employé qui utilise des outils d'IA équivaut, en termes de productivité, à trois employés qui ne les utilisent pas, tandis que le coût quotidien des outils d'IA pour une entreprise de cinq cents personnes s'élève à environ cinquante mille yuans par mois, soit l'équivalent du salaire d'une dizaine de programmeurs de niveau intermédiaire. Ce phénomène ne concerne pas uniquement NetEase. Des entreprises telles que miHoYo, Perfect World, Yoozoo Games et 37Games ont toutes lancé des processus similaires d'intégration de l'IA dans la production. Il s'agit d'une restructuration à l'échelle industrielle dans laquelle la promesse selon laquelle l'IA générera de nouveaux emplois reste pour l'instant sans fondement. Le remplacement est à sens unique, et les travailleurs évincés des postes de base ne trouvent pas de réaffectation au sein du secteur.

Ce qui relie ces trois niveaux, c'est un élément commun. Dans tous les cas, les premiers à payer le prix de cette transformation sont les travailleurs aux contrats les plus précaires, à savoir les figurant.es, les indépendant.es, les sous-traitant.es, des personnes dépourvues de toute protection formelle et de tout pouvoir de négociation. La convention d'autorégulation signée en février 2026 par trente-huit acteurs du secteur des micro-drames, qui prévoit le paiement ponctuel et intégral des salaires ainsi que la mise en place de dépôts de garantie, n'a jusqu'à présent pas eu d'effets concrets sur les conditions de ces travailleurs.

Les jeunes, entre travail forcé et fuite vers la stabilité

La pression que l'intelligence artificielle exerce sur les travailleurs déjà actifs sur le marché se répercute, par des mécanismes différents, sur la génération qui tente d'entrer sur le marché du travail. Deux des articles recueillis par LaborInfo dressent un portrait de la condition des jeunes Chinois aux deux extrémités opposées du système éducatif, et le tableau qui en ressort est celui d'un étau.

À l'extrémité la plus basse, celle de l'enseignement professionnel, le cas du Collège professionnel des sciences et technologies de Xinyang, dans la province du Henan, illustre une pratique répandue et attestée depuis des années. L'établissement a envoyé des étudiant.es de deuxième année travailler en usine à des tâches sans aucun rapport avec leur cursus, en menaçant de retirer cinquante crédits universitaires à celles et ceux qui refusaient et en leur faisant signer des « lettres d'engagement volontaire » dont le caractère volontaire était manifestement fictif. L'environnement de travail avait été décrit comme dégradé et le travail consistait en des tâches répétitives à la chaîne. Sous la pression de l'opinion publique, l'école est revenue sur sa position officielle en déclarant que la participation était facultative et a rappelé les étudiant·e·s, mais le mécanisme sous-jacent reste inchangé. Dans des cas similaires documentés précédemment, comme celui du lycée professionnel Jiangxi de technologie des énergies nouvelles, il est apparu que les établissements prélèvent des commissions sur les salaires des étudiant·e·s de l'ordre de 10 à 30%, parfois par l'intermédiaire d'agences d'intérim qui prélèvent une commission supplémentaire. Le règlement du ministère de l'Éducation de 2022 sur la gestion des stages des élèves des établissements professionnels interdit explicitement ces pratiques, mais l'application de ces règles est largement inefficace. Dans le cas du Henan, les journalistes qui ont contacté les autorités scolaires locales n'ont obtenu aucune réponse. L'école professionnelle fonctionne, en réalité, comme une agence de placement de main-d'œuvre à bas coût déguisée en établissement d'enseignement.

À l'autre extrémité, celle des diplômés des universités généralistes, le phénomène est similaire dans la forme et analogue dans le fond. Selon le livre blanc publié par 51job en mars 2026, 25,1% des diplômé.es de l'année ont choisi de postuler à des postes dans le secteur public, c'est-à-dire à des concours pour devenir fonctionnaires, à des organismes publics ou à des postes d'enseignant.e, soit une augmentation de 2,6 points de pourcentage par rapport à l'année précédente. La part des diplômé.es qui choisissent d'entrer sur le marché du travail privé a baissé, bien que légèrement, passant de 36,6% à 36,2%. La nouveauté la plus significative est la croissance de ce qu'on appelle le « slow employment », qui concerne 10,3% des nouveaux diplômés et consiste en un report délibéré de la recherche d'emploi dans l'attente de conditions plus favorables, avec une augmentation de près d'un point de pourcentage en un an seulement. Parallèlement, la propension à poursuivre ses études, tant en Chine qu'à l'étranger, a diminué, ce qui suggère que le choix d'attendre n'est pas motivé par une ambition académique mais par des considérations défensives. Le suivi du parcours post-embauche des diplômé.es de 2024 confirme la fragilité de l'emploi privé chez les jeunes. Le taux d'abandon le plus élevé est enregistré dans le secteur de la restauration, de l'hôtellerie et du tourisme, avec 20,6%, suivi de l'immobilier et de la logistique. Les secteurs les plus aptes à retenir les nouveaux embauchés sont la finance, l'énergie et les services professionnels, tous perçus comme plus stables et mieux protégés.

Le lien entre ces deux extrêmes est évident. Les élèves des établissements professionnels et les diplômé.es des universités occupent des positions sociales différentes, mais les deux groupes réagissent de la même manière face à ce vide. Le marché du travail privé chinois n'offre pas aux jeunes des conditions perçues comme acceptables, et les réponses qui en découlent – l'exploitation directe pour les plus faibles et la fuite vers la stabilité pour les plus qualifié.es – sont les deux faces d'une même insuffisance structurelle.

La vie comme prolongement du travail

Pour celles et ceux qui sont déjà intégrés au marché du travail, la question se déplace alors de l'accès à l'exercice quotidien de l'activité professionnelle, et le tableau qui se dessine ici est celui d'une perméabilité croissante entre le temps de travail et le temps de vie, avec des conséquences mesurables sur la santé physique et mentale des travailleurs.

Une enquête menée par le Centre de recherche sociale du China Youth Daily auprès de 1 335 salariés, publiée en mars 2026, a révélé que 77,5% des personnes interrogées perçoivent la frontière entre leur vie personnelle et leur travail comme floue. 52,5% continuent de répondre à des messages professionnels après la fin de leur journée de travail, 45,7% renoncent à leurs projets du week-end pour des raisons professionnelles, 44,5% reçoivent régulièrement des communications professionnelles via WeChat, par téléphone ou par e-mail en dehors des heures de travail, et 42,8% sont convoqué.es pour des activités professionnelles pendant leurs périodes de repos. 65% des personnes interrogées déclarent avoir l'impression que leur vie est « envahie » par le travail. Ce chiffre est transversal, mais touche particulièrement les jeunes travailleurs et ceux des grandes villes, où la pression concurrentielle est plus intense. 55,8% attribuent cette érosion des frontières à la diffusion des outils de communication instantanée, qui rendent chaque employé.e joignable à tout moment et effacent de fait la séparation entre espace professionnel et espace domestique. Dans ce contexte, la journée de travail de huit heures héritée du passé apparaît comme une convention de plus en plus éloignée de la réalité vécue par les travailleurs chinois du secteur tertiaire.

Les conséquences de cette situation sur la santé sont documentées dans un long reportage de LatePost consacré au phénomène de la mort subite due au surmenage, initialement publié en 2021 et republié de manière significative par LaborInfo en 2026, ce qui confirme la persistance et l'aggravation du problème. La seule donnée épidémiologique disponible à l'échelle nationale remonte à une étude de 2006 menée par l'hôpital Fuwai de l'Académie chinoise des sciences médicales, qui estimait à 544 000 le nombre de décès soudains par an, soit une incidence de 41,8 cas pour 100 000 habitant.es. Cette statistique, qui n'a jamais été mise à jour et qui est encore citée dans les rapports officiels de 2020 sur les maladies cardiovasculaires, est considérée par les observateurs du secteur comme largement dépassée, des estimations officieuses situant le total annuel à plus d'un million de cas. L'âge moyen des personnes victimes d'un infarctus du myocarde a progressivement baissé au cours des dernières décennies, passant de 60 à 70 ans dans les années 1980 à des cas de plus en plus fréquents chez les 20-40 ans. Les médecins des urgences signalent comme facteurs récurrents le tabagisme, le manque de sommeil chronique, les horaires de travail prolongés et le stress psychologique constant. La littérature médicale internationale a depuis longtemps établi un lien entre le stress psychologique et émotionnel et les anomalies cardiaques potentiellement mortelles.

La réponse institutionnelle reste insuffisante sur ces deux fronts. En matière de protection du temps libre, les recommandations qui ressortent des enquêtes elles-mêmes se concentrent sur la capacité individuelle à gérer son temps, faisant porter la responsabilité sur le travailleur individuel et laissant intacte la structure organisationnelle à l'origine du problème. En matière d'urgence sanitaire, la couverture en défibrillateurs automatiques externes dans les lieux publics et sur les lieux de travail en Chine reste bien inférieure à celle des pays à revenu élevé. Shenzhen, la ville la mieux équipée du pays, dispose de 17,5 appareils pour 100 000 habitants, contre 700 aux États-Unis et 276 au Japon. La culture d'entreprise de la « disponibilité permanente » et la culture du « 996 » (travailler de 9 heures du matin à 9 heures du soir, six jours sur sept) continuent d'agir comme un facteur environnemental que les travailleurs individuels peuvent tout au plus atténuer, mais pas modifier.


Le retour à la terre, fin d'un cycle

Alors que dans les villes, le travail se transforme ou disparaît sous la pression de l'intelligence artificielle et de la précarité contractuelle, dans les campagnes chinoises s'achève un cycle long qui trouve ses racines dans l'exode rural des dernières décennies. Le dernier article du recueil de LaborInfo rapporte les conclusions d'un reportage documentaire dont les auteurs ont visité plus d'un millier de villages et hameaux entre 2021 et 2025, découvrant partout la même configuration.

Les paysans ont cédé les droits de gestion de leurs terres à des entrepreneurs locaux ou extérieurs, souvent originaires des régions côtières orientales, et travaillent désormais comme ouvriers agricoles à la journée sur les champs qui leur appartenaient autrefois. Le schéma se répète du Guangdong au Heilongjiang, des plantations de canne à sucre du Lingnan aux champs de maïs de la plaine du nord de la Chine et aux cultures de thé du Jiangxi. La rémunération horaire du travail agricole oscille entre 10 et 20 yuans de l'heure, avec des pics plus élevés pour les tâches les plus pénibles. Il n'y a pas de contrats, le paiement est quotidien et en espèces, et la main-d'œuvre est composée presque exclusivement de femmes d'âge mûr et de personnes âgées.

La logique économique qui sous-tend ce système est simple. Cultiver soi-même des céréales sur de petites parcelles ne rapporte que des revenus minimes, avec un revenu horaire qui peut descendre à quelques yuans après déduction des coûts des semences, des engrais et des pesticides. Les cultures commerciales à plus forte valeur ajoutée, comme les fleurs, le thé ou les fruits, nécessitent des investissements en capital, des compétences techniques de pointe et des débouchés commerciaux dont le petit agriculteur ne dispose pas. La location de la terre à un entrepreneur, qui varie de 500 à 1 300 yuans par mu et par an selon la zone et la qualité du sol, garantit un revenu sûr et immédiat, aussi modeste soit-il. Le programme national de remembrement a accéléré le processus, en aplanissant les talus entre les petites parcelles et en les regroupant en grands champs adaptés à la mécanisation.

Les personnes qui travaillent encore dans les champs sont, dans la grande majorité des cas, celles qui n'ont pas d'autre choix. Ce sont les mêmes travailleurs migrants qui, dans leur jeunesse, ont travaillé sur les chantiers de construction des villes de la côte est et qui, passés la soixantaine, ont été exclus du secteur du bâtiment parce que les maîtres d'ouvrage ne veulent pas prendre en charge la responsabilité civile liée à l'emploi de main-d'œuvre âgée. De retour au village, ils et elles acceptent n'importe quel emploi disponible. Certaines personnes ramassent dans les champs les déchets laissés par les moissonneuses, une pratique de glanage qui a parfois des conséquences tragiques lorsque les personnes âgées s'approchent trop près des machines en marche. L'ampleur du phénomène est amplifiée par le dépeuplement des campagnes. Les jeunes travaillent en ville, ne reviennent que quelques jours par an pour le Nouvel An lunaire et parlent mandarin, tandis que le dialecte local disparaît. Les liens familiaux se distendent, les maisons restent fermées et sont envahies par les mauvaises herbes, les tombes des ancêtres se désagrègent et deviennent impossibles à identifier. Dans certains villages, des personnes âgées isolées meurent dans les champs et restent à la vue de tout le monde pendant des jours, car personne ne vient les chercher.

Ce dernier article publié par LaborInfo complète le tableau esquissé par les précédents. La personne âgée, travailleur migrant, qui retourne au village et accepte de travailler comme ouvrier agricole sur ses propres terres est le point d'arrivée d'un parcours qui commence avec les jeunes étudiant.es en formation professionnelle envoyé.es à l'usine et passe par l'employé.e du secteur technologique qui répond à des messages professionnels à deux heures du matin. À chaque étape, le dénominateur commun est l'absence d'outils collectifs de protection et le fait que l'emploi est réduit à une transaction individuelle dans laquelle le travailleur est toujours la partie la plus faible. L'intelligence artificielle accélère ce processus dans le secteur urbanisé et technologique, le marché foncier le reproduit dans les campagnes, le système éducatif y prépare dès l'école. La convention d'autorégulation du secteur des micro-drames, le règlement ministériel sur les stages, les recommandations des experts sur la gestion du temps sont autant d'outils qui restent lettre morte ou qui font porter la responsabilité sur l'individu, sans toucher aux conditions structurelles à l'origine du problème. Ce que la synthèse de LaborInfo met en évidence, c'est la simultanéité et l'interconnexion de ces crises, et le fait que dans chacune d'elles, le coût est répercuté, avec une précision calculée, sur celles et ceux qui produisent la valeur.

Andrea Ferrario
Source – Andrea Ferrario, 15 avril 2026 :
https://andreaferrario1.substack.com/p/lavorare-in-cina-2026-una-panoramica
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78545

Plus de 840 000 décès par an liés aux risques psychosociaux au travail

28 avril, par Organisation internationale du Travail (OIT) — ,
Un nouveau rapport mondial montre comment un travail mal conçu ou mal géré — notamment des exigences élevées, de longues heures de travail et l'insécurité de l'emploi — nuit à (…)

Un nouveau rapport mondial montre comment un travail mal conçu ou mal géré — notamment des exigences élevées, de longues heures de travail et l'insécurité de l'emploi — nuit à la santé des travailleurs et à l'économie.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Fichiers à télécharger :
PDF 12.85 MB

GENÈVE (OIT Infos) – Plus de 840 000 personnes meurent chaque année de pathologies liées à des risques psychosociaux, tels que les longues heures de travail, l'insécurité de l'emploi et le harcèlement sur le lieu de travail, selon un nouveau rapport mondial de l'Organisation internationale du Travail (OIT). Ces risques psychosociaux liés au travail sont principalement associés aux maladies cardiovasculaires et aux troubles mentaux, y compris le suicide.

Le rapport constate également que ces risques sont responsables de près de 45 millions d'années de vie ajustées sur l'incapacité (DALYs) perdues chaque année, reflétant les années de vie en bonne santé perdues en raison de maladies, de handicaps ou de décès prématurés. Ils entraîneraient en outre des pertes économiques équivalentes à 1,37% du produit intérieur brut (PIB) mondial chaque année.

Intitulé Le milieu de travail sur le plan psychosocial : Évolutions et pistes d'action mondiale, le rapport met en lumière l'impact croissant de la manière dont le travail est conçu, organisé et géré sur la sécurité et la santé des travailleurs. Il avertit que les facteurs de risques psychosociaux — notamment les longues heures de travail, l'insécurité de l'emploi, des exigences élevées associées à un faible contrôle, ainsi que les violences et le harcèlement au travail — peuvent créer des environnements de travail nocifs s'ils ne sont pas correctement pris en compte.

Qu'est-ce que l'environnement psychosocial de travail ?

Le rapport définit l'environnement psychosocial de travail comme l'ensemble des éléments liés à l'organisation du travail et aux interactions professionnelles : la manière dont les emplois sont conçus, le travail organisé et géré, ainsi que les politiques, pratiques et procédures qui encadrent l'activité professionnelle. Pris individuellement ou combinés, ces éléments influencent la santé et le bien-être des travailleurs, ainsi que la performance des organisations.

Afin de mieux comprendre les risques psychosociaux, le rapport propose trois niveaux interdépendants de l'environnement de travail :

* Premièrement, la nature même du travail, incluant les exigences, les responsabilités, l'adéquation avec les compétences des travailleurs, l'accès aux ressources, ainsi que la conception des tâches en termes de sens, de variété et d'utilisation des compétences.

* Deuxièmement, l'organisation et la gestion du travail, couvrant la clarté des rôles, les attentes, l'autonomie, la charge de travail, le rythme de travail, ainsi que la supervision et le soutien.

* Troisièmement, les politiques, pratiques et procédures plus larges qui régissent le travail. Celles-ci incluent les modalités d'emploi et d'organisation du temps de travail, la gestion des changements organisationnels, la surveillance numérique, les processus d'évaluation et de rémunération, les politiques et systèmes de gestion en matière de sécurité et santé au travail, les procédures de prévention de la violence et du harcèlement au travail, ainsi que les mécanismes de consultation et de participation des travailleurs.

Le rapport souligne que les risques psychosociaux découlent de ces éléments et peuvent être prévenus grâce à des approches organisationnelles s'attaquant à leurs causes profondes. Il insiste également sur l'importance d'intégrer la gestion de ces risques dans les systèmes de sécurité et santé au travail, soutenus par le dialogue social entre gouvernements, employeurs et travailleurs.

Comment l'OIT a estimé les 840 000 décès

Le chiffre de plus de 840 000 décès par an repose sur deux sources principales de données. La première concerne la prévalence mondiale de cinq grands facteurs de risques psychosociaux au travail : la tension professionnelle (fortes exigences associées à un faible contrôle), le déséquilibre efforts-récompenses, l'insécurité de l'emploi, les longues heures de travail, ainsi que le harcèlement et les violences au travail.

La seconde source est constituée de travaux scientifiques démontrant comment ces risques augmentent la probabilité de pathologies graves telles que les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et les troubles mentaux, y compris le suicide.

Ces niveaux de risque ont ensuite été appliqués aux données mondiales les plus récentes en matière de mortalité et de santé issues de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'étude Global Burden of Disease (GBD), afin d'estimer le nombre de décès et de DALYs imputables à ces risques chaque année. Cette approche a permis à l'OIT de quantifier à la fois le fardeau humain et économique, notamment en évaluant les pertes de productivité traduites en coûts pour le PIB liés aux années de vie en bonne santé perdues.

En outre, le rapport synthétise un vaste ensemble de données montrant que les risques psychosociaux sont associés à un large éventail de troubles mentaux et physiques chez les travailleurs, notamment la dépression, l'anxiété, les maladies métaboliques, les troubles musculo-squelettiques et les troubles du sommeil.

Une exposition généralisée

Si de nombreux risques psychosociaux ne sont pas nouveaux, les transformations majeures du monde du travail — notamment la numérisation, l'intelligence artificielle, le télétravail et les nouvelles formes d'emploi — redéfinissent l'environnement psychosocial de travail. Ces évolutions peuvent intensifier les risques existants ou en créer de nouveaux si elles ne sont pas correctement encadrées. Dans le même temps, elles peuvent offrir des opportunités d'amélioration de l'organisation du travail et de flexibilité accrue, soulignant la nécessité d'une action proactive.

« Les risques psychosociaux deviennent l'un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail dans le monde du travail contemporain », a déclaré Manal Azzi, responsable de l'équipe des politiques et systèmes de SST à l'OIT. « Améliorer l'environnement psychosocial de travail est essentiel non seulement pour protéger la santé mentale et physique des travailleurs, mais aussi pour renforcer la productivité, la performance des organisations et le développement économique durable. »

En agissant de manière proactive pour traiter ces risques, conclut le rapport, les pays et les entreprises peuvent créer des environnements de travail plus sains, bénéfiques à la fois pour les travailleurs et les organisations, tout en renforçant la productivité et la résilience économique.

https://www.ilo.org/fr/resource/actualites/plus-de-840-000-deces-par-lies-aux-risques-psychosociaux-au-travail

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

L’organisation queer-féministe d’Ukraine « Bilkis » publie un magazine consacré à la violence à l’égard des lesbiennes

28 avril, par Bilkis, groupe féministe — , ,
Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/26/lorganisation-queer-feministe-dukraine-bilkis-publie-un-magazine-consacre-a-la-vio

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/26/lorganisation-queer-feministe-dukraine-bilkis-publie-un-magazine-consacre-a-la-violence-a-legard-des-lesbiennes/?jetpack_skip_subscription_popup

Les autrices n'encouragent pas les femmes à être obéissantes et à plaire aux hommes.

Bilkis vient de publier un magazine consacré à la violence de genre à l'égard des lesbiennes. Il s'agit du deuxième numéro, qui s'inscrit dans la lignée des discussions sur la culture queer et le féminisme, dans l'esprit des magazines du début des années 2000.

La publication de 36 pages, richement illustrées, comprend : 5 témoignages personnels de survivantes, une liste d'organisations luttant contre la VGB [violence fondée sur le genre] à l'encontre des lesbiennes*, un jeu de bingo sur les relations saines et toxiques. Les pages contiennent également deux entretiens. La psychothérapeute Margarita explique comment se prendre en charge après avoir subi des violences. Et la cinéaste Alisa Kovalenko, réalisatrice du film « Traces », aborde la manière de réaliser des films sur les violences sexuelles en période de conflit.

« Tout au long de notre vie, nous avons entendu des propos de mépris et de dévalorisation à notre égard. On nous a d'abord dit que nous allions « grandir » et que nos sentiments pour les filles n'étaient que de l'amitié, et que nous n'avions pas encore vraiment trouvé d'homme « normal » » – écrit Lesya Koroliuk, coéditrice du journal.

Les autrices n'encouragent pas les femmes à être obéissantes et à plaire aux hommes. Elles réinterprètent le rôle central des hommes dans la vie de chaque femme et critiquent le fait que la violence à l'égard des femmes queer reste souvent invisible.

La présentation du deuxième numéro a eu lieu dans le cadre du festival du film queer Sunny Bunny à Kyiv, où les personnes intéressées ont reçu gratuitement un exemplaire imprimé. La version électronique sera disponible ultérieurement sur le site web de Bilkis.

Bilkis est une organisation queer-féministe fondée en 2019. Ses militantes défendent les droits des femmes et les droits des personnes LGBTQI+.

Accès au magazine –cliquez ici.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Petite carcasse Chroniques d’une érosion

28 avril, par Catherine Beau-Ferron — , ,
Petite carcasse Chroniques d'une érosion Catherine Beau-Ferron · avec des illustrations de l'autrice | récit Parution le 28 avril 2026 au Québec | 30 octobre 2026 en Europe (…)

Petite carcasse Chroniques d'une érosion
Catherine Beau-Ferron · avec des illustrations de l'autrice | récit
Parution le 28 avril 2026 au Québec | 30 octobre 2026 en Europe

Il faut savoir que certains trous noirs se baladent dans la rue, baisent, préparent de la quiche.

Dans cette enquête métaphorique sur les trous noirs et leurs impacts, une narratrice amnésique tente de comprendre comment on peut piller une âme sans jamais hausser la voix. Quelque part entre la science et le rêve, parmi les fougères, les rochers tranchants, la vie sous-marine et les amours vraies, la militante et artiste visuelle Catherine Beau-Ferron raconte l'absence à soi et la détresse. Un récit qui explore la violence conjugale sous l'une de ses formes les plus insidieuses.

Catherine Beau-Ferron

« Nous marchons le long de la plage à la recherche de matériaux. Il n'y a personne. Nous ramassons des algues séchées, du foin de mer mort, de petits et moyens morceaux de bois de grève que nous rassemblons en tas. Nous nous assoyons ensuite dans le sable et commençons sans trop de stratégie à construire une boule. Des questions nous traversent : sera-t-elle assez ronde, assez solide ? Résistera-t-elle à la pluie ? Nous tentons des hypothèses un peu molles tout en sachant que la construction d'un soleil est d'un autre ordre : les atomes sont bruts et défieront les lois terrestres du bricolage. »

Artiste visuelle, militante féministe queer et autrice d'origine montréalaise, Catherine Beau-Ferron réside aujourd'hui dans le Bas-Saint-Laurent.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Elections locales en Cisjordanie et dans une seule ville de Gaza : quels sont les enjeux, quels débats ?

28 avril, par Ibtisam Mahdi, Shatha Yaish — , , ,
Samedi 25 avril, les Palestiniens se rendront aux urnes pour des élections locales concernant les municipalités et les conseils de village de toute la Cisjordanie occupée, (…)

Samedi 25 avril, les Palestiniens se rendront aux urnes pour des élections locales concernant les municipalités et les conseils de village de toute la Cisjordanie occupée, ainsi qu'une seule ville de la bande de Gaza assiégée, Deir Al-Balah. Ces élections marquent le premier retour aux urnes depuis les scrutins locaux échelonnés organisés en Cisjordanie en 2021 et 2022 ; à Gaza, quant à elle, les habitants voteront lors d'élections officielles pour la première fois depuis 20 ans, date à laquelle ont eu lieu les dernières élections législatives palestiniennes.

Tiré d'À l'encontre.

En Cisjordanie, où l'on compte plus d'un million d'électeurs inscrits, 365 listes électorales se disputent des sièges au sein de 183 collectivités locales, selon la Commission électorale centrale. Deux systèmes électoraux sont en vigueur : la représentation proportionnelle pour les municipalités et un système majoritaire pour les conseils de village.

La plupart des listes se présentent indépendamment des grands partis, tandis qu'un petit nombre d'entre elles sont alignées sur le Fatah, le parti du président de l'Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas. En raison des nouvelles réglementations imposées par Mahmoud Abbas, qui exigent des candidats qu'ils adhèrent au programme de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), aucune liste n'est explicitement affiliée au Hamas.

Les candidats ont mis l'accent sur des promesses bien connues : amélioration des services municipaux, développement des infrastructures et plus grande transparence dans la gouvernance locale. Mais la compétition est inégale : dans les centres urbains densément peuplés comme Naplouse et Ramallah – cette dernière étant le centre administratif de l'AP –, une seule liste se présente, s'assurant ainsi la victoire par défaut. En revanche, à Ya'bad, une ville située près de Jénine et comptant un dixième de la population de Naplouse, 12 listes se disputent les 13'000 électeurs inscrits.

La campagne s'est déroulée dans l'ombre du génocide perpétré actuellement par Israël à Gaza et, en Cisjordanie, de la montée en flèche de la violence des colons, de l'aggravation des tensions économiques et de l'accélération rapide de l'annexion. Au cours de la semaine précédant les élections, des colons israéliens ont tué trois Palestiniens dans deux villages près de Ramallah : Aws Hamdi Naasan, 14 ans, et Jihad Abu Naiem, 35 ans, dans une école à Al-Mughayyir ; et Odeh Awawdeh, 25 ans, à Deir Dibwan. Quelques jours plus tard, des soldats israéliens ont abattu Yousef Sameh Ishtayeh, 15 ans, à Naplouse.

De nombreux Palestiniens ont également critiqué les nouvelles règles électorales publiées par l'Autorité palestinienne en novembre dernier, qu'ils considèrent comme une tentative visant à restreindre toute participation politique significative et à éliminer toute concurrence. Pourtant, des milliers de personnes, tant en Cisjordanie qu'à Gaza, sont impatientes de voter afin d'améliorer leurs conditions de vie, même à petite échelle.

« Il faut bien commencer quelque part »

Rana Abu Farha Rishmawi, présentatrice de télévision locale bien connue, se présente sur une liste municipale dans sa ville natale de Beit Sahour, une localité à majorité chrétienne du sud de la Cisjordanie. Elle est pleinement consciente de ce qu'elle appelle les « circonstances difficiles » entourant le scrutin, mais elle a tenté d'entrer en contact avec les électeurs et électrices sur les réseaux sociaux pour présenter son programme.

La liste de Rana Abu Farha Rishmawi, « Shabab Al-Balad » (« Jeunesse de la ville »), est menée par un ancien secrétaire général du Fatah à Beit Sahour. Parmi ses priorités figure le « renforcement du rôle des femmes et des jeunes aux postes de décision au sein de la municipalité ».

« Je me présente pour deux raisons », a-t-elle déclaré au magazine +972. « La première est qu'il s'agit d'un processus démocratique, et je souhaite être témoin et soutenir la démocratie en action. Je vois cela comme une occasion d'encourager les gens à prendre part à la prise de décision. » Expliquant que les habitant·e·s se plaignent souvent de la domination des autorités officielles telles que l'Autorité palestinienne, elle a souligné : « Cette fois-ci, la décision leur appartient. »

La deuxième raison qu'elle a évoquée est « le besoin de renouveau : de nouvelles voix, de nouvelles visions et de nouvelles idées. Notre pays a besoin d'un travail concret et de nombreuses réformes. »

Rana Abu Farha Rishmawi ne se fait aucune illusion quant au contexte général. « Je comprends parfaitement la situation politique et économique générale, y compris le financement limité et l'impact des colonies [israéliennes] », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle ne disposait pas « d'une baguette magique pour changer la réalité du jour au lendemain. Mais il faut bien commencer quelque part. C'est mieux que de baisser les bras. »

Dans une grande partie de la Cisjordanie, cependant, les attentes sont faibles. De nombreux Palestiniens voient peu de chances que les élections locales modifient de manière significative leur vie quotidienne, alors que les attaques des colons sont devenues monnaie courante et qu'un réseau de postes de contrôle et de barrières militaires israéliens étouffe la vie sociale et économique des habitants. Pour beaucoup, la survie a pris le pas sur la participation politique, et nombreux sont ceux qui doutent que ces élections aient un quelconque impact.

Islam Bader, originaire d'Hébron, caissier dans un café de Ramallah, considère néanmoins que voter en vaut la peine – même si cela implique un périple difficile vers sa ville natale, à travers de multiples postes de contrôle et barrages routiers militaires israéliens.

« Je pense que je devrais aller à Hébron pour voter », a-t-il déclaré. « C'est peut-être une chance pour nous d'améliorer la situation dans ma ville. Certaines personnes s'en moquent, mais la situation est vraiment difficile, et je pense que nous devrions nous en soucier. Nous devons choisir les bonnes personnes et nous garder de tout parti pris tribal ou familial. »

« Dépourvues de toute substance politique »

Dans la ville de Qalqiliya, au nord, aucune liste n'a été enregistrée, ce qui en fait la seule ville de Cisjordanie sans candidats. Les factions locales auraient selon certaines informations décidé de ne pas se présenter, ce qui reflète des divisions plus larges quant à la légitimité et à l'utilité du processus dans les conditions politiques actuelles.

« Des élections locales sont envisagées depuis un certain temps – en partie parce qu'elles constituent le mécanisme le plus simple pour tenter d'insuffler une légitimité institutionnelle à l'Autorité palestinienne, et en partie parce que la Palestine n'est pas en mesure d'organiser des élections nationales », a expliqué Tahani Mustafa, chercheuse invitée au sein du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du Conseil européen des relations étrangères, et chargée de cours en relations internationales au King's College de Londres.

Ces élections, a-t-elle déclaré, « ne concernent pas tant l'idéologie, le dogme ou la politique, mais plutôt la prestation de services – surtout à un moment où Israël tente de rendre la vie sur le territoire si insupportable ».

La portée limitée de l'influence des élections a été renforcée par de récentes modifications législatives. Le 19 novembre, le président Abbas a publié un décret annulant la loi régissant les élections locales. Les nouvelles règles exigent des candidats qu'ils signent une déclaration dans laquelle ils s'engagent à respecter le programme de l'OLP et ses obligations internationales.

Les organisations de la société civile ont condamné cette disposition, arguant qu'elle restreint la participation politique et viole les protections inscrites dans le droit international, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques [entré en vigueur en 1976], auquel l'État de Palestine est partie. Les détracteurs affirment également qu'elle contredit la Déclaration d'indépendance palestinienne et la Loi fondamentale palestinienne, qui garantissent toutes deux le pluralisme politique et le droit de participer aux affaires publiques.

Tahani Mustafa a fait valoir que ces élections pouvaient également être considérées comme une tentative de l'Autorité palestinienne – qui n'a pas organisé d'élections législatives depuis la victoire du Hamas sur le Fatah en 2006 – de répondre aux attentes internationales. « Ces élections ont été délibérément conçues pour être dépourvues de toute substance politique », a-t-elle expliqué.

La connaissance de ces changements de règles semble limitée. Un sondage réalisé en mars par l'Institut pour le progrès social et économique a révélé que seul un Palestinien sur quatre avait entendu parler du nouveau décret d'Abbas.

Compte tenu des conditions économiques et de la situation politique actuelles, a déclaré Tahani Mustafa, les électeurs se préoccupent avant tout des résultats concrets. « Je ne pense pas que les électeurs et électrices palestiniens eux-mêmes s'intéresseraient à quoi que ce soit d'autre qu'à des candidats se présentant sur la base de leur capacité à fournir de meilleurs services. C'est apparemment là que se situent les priorités des gens à l'heure actuelle. » Elle a toutefois noté que les comportements électoraux sont souvent influencés par « des liens factionnels, tribaux et familiaux – parfois aussi par des pots-de-vin. »

« Nous voulons simplement être pris en compte »

Contrairement à l'accueil tiède et à l'apathie générale qui entourent les élections en Cisjordanie, l'atmosphère dans la ville de Deir Al-Balah, située au centre de la bande de Gaza, est nettement différente. C'est la seule localité de la bande de Gaza où des élections ont lieu : plus de la moitié de l'enclave reste sous occupation militaire israélienne directe, et Deir Al-Balah a subi moins de dégâts que d'autres villes situées au-delà de la « ligne jaune ». (Un communiqué de la Commission électorale centrale indiquait qu'elle espérait « mener à bien le processus démocratique dans toutes les collectivités locales de la bande de Gaza dès que les conditions s'amélioreront, en créant un environnement propice à la tenue d'élections ».)

Depuis la victoire électorale du Hamas en 2006 et sa prise de contrôle de la bande de Gaza qui s'en est suivie, la gouvernance locale a été déterminée par des nominations administratives plutôt que par des élections. Vingt ans plus tard, il n'y a peut-être que 70'000 électeurs éligibles – en raison de l'obligation pour les participants d'être originaires de Deir Al-Balah – mais les élections ont suscité un vif intérêt auprès du public, avec quatre listes en lice présentant au total 64 candidats.

Sur les marchés, dans les files d'attente pour le pain et lors des rassemblements devant les abris temporaires, le scrutin est un sujet de conversation récurrent. Les débats sur les avantages de participer ou de boycotter les élections sont animés. Parallèlement, des habitants ont signalé avoir reçu sur leur téléphone portable des messages de menace émanant des services de renseignement israéliens, affirmant que, quel que soit le résultat des élections, Israël resterait maître à Deir Al-Balah.

Khalil Abu Samra, un mukhtar (chef de communauté) âgé de 52 ans, a déclaré que sa décision de se présenter sur la liste « L'avenir de Deir Al-Balah » répondait à des appels de la communauté, compte tenu notamment des « circonstances exceptionnelles ». Il reste prudent quant aux attentes : plutôt que de faire des promesses grandiloquentes, Khalil Abu Samra a déclaré à +972 qu'il avait l'intention de se concentrer sur le rétablissement des services de base tels que la distribution d'eau et les réseaux d'assainissement.

Tout le monde n'est pas convaincu que ce processus soit approprié. Samar Joudeh, 35 ans, a déclaré que son mari la pressait de voter pour un ami se présentant aux élections, mais qu'elle restait partagée. « Nous voulons vivre, mais nous ne devons pas oublier l'enjeu plus large », a-t-elle déclaré.

« Pourquoi organisons-nous des élections ici alors que le reste de la bande de Gaza ne le peut pas ? Pourquoi faisons-nous une distinction dans un droit qui appartient à chaque Palestinien ? Nous sommes toujours en état de guerre. Voulons-nous faire croire au monde que tout est revenu à la normale ? Que la guerre est finie et que les problèmes de Gaza sont résolus ? »

D'autres, déplacés depuis d'autres parties de la bande dévastée, disent se sentir totalement exclus. Samer Omar, qui a fui le quartier de Zaytoun à Gaza en octobre 2025 et vit désormais à Deir Al-Balah, a déclaré que la question n'était pas de savoir si les élections étaient justifiées ou non, mais plutôt qui pouvait y prendre part. « Nous voulons simplement être inclus. Nous voyons les publicités de campagne, nous voyons les candidats s'adresser aux jeunes, et nous sommes complètement exclus de l'équation. »

Il a évoqué une rencontre récente dans un restaurant où un militant s'est approché de sa table pour encourager les gens à voter. « Je l'ai interrompu et lui ai dit que nous venions tous du nord. L'homme s'est levé sans même s'excuser et s'est dirigé vers une autre table. Dès qu'il s'est assis, il leur a demandé : “Êtes-vous de Deir Al-Balah ou déplacés ?” »

Ahmad Hallas, un déplacé de 34 ans originaire du quartier de Shuja'iya à Gaza, a fait part d'une frustration similaire. « Nous avons perdu nos maisons. Mais cette guerre veut tout nous prendre. Même notre voix. »


Article publié par le magazine +972 le 24 avril 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre.

Shatha Yaish est une journaliste couvrant Jérusalem-Est et la Cisjordanie.

Ibtisam Mahdi est une journaliste indépendante originaire de Gaza, spécialisée dans les reportages sur les questions sociales, en particulier celles concernant les femmes et les enfants. Elle travaille également avec des organisations féministes à Gaza dans le domaine du reportage et de la communication.

En état de guerre : les nouvelles initiatives de défense de Carney risquent d’entraîner la corruption et un conflit mondial

28 avril, par Tamara Lorincz — ,
Les dépenses militaires du Premier ministre Mark Carney risquent non seulement de déclencher un conflit mondial, mais aussi d'aggraver considérablement la crise climatique. (…)

Les dépenses militaires du Premier ministre Mark Carney risquent non seulement de déclencher un conflit mondial, mais aussi d'aggraver considérablement la crise climatique.

17 avril 2026 | tiré de Rabble.ca | Photo : Mark Carney s'adressant aux membres des Forces canadiennes. Crédit : Mark Carney / X

Le 17 février, à l'usine de Canadian Aviation Electronics (CAE) à Montréal, le premier ministre Mark Carney a annoncé la première Stratégie industrielle de défense (SID) dans le cadre d'une remilitarisation massive du Canada.

Cette stratégie de 6,6 milliards de dollars constitue une feuille de route visant à atteindre l'objectif de 5 % du PIB fixé par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et à reconstruire, réarmer et réinvestir dans les Forces armées canadiennes (FAC) au cours de la prochaine décennie.

Carney a expliqué que le gouvernement ferait « des investissements sans précédent dans les radars à horizon, les sous-marins, les avions et les troupes au sol — les troupes sur la glace ».

La Défense intégrée des sites (DIS) figurait dans le budget du gouvernement libéral, Canada Strong, qui a été adopté à la Chambre des communes en novembre dernier, mais qui n'a pas encore reçu la sanction royale. La DIS sera soutenue par la nouvelle Agence d'investissement de la défense (AID) afin d'accélérer la production nationale d'armes et les exportations. Pourtant, cette augmentation rapide des dépenses militaires et des acquisitions risque d'entraîner de la corruption et place le Canada dans une dangereuse « situation de guerre ».

Le gouvernement refuse de divulguer les détails concernant l'atteinte de l'objectif de 5 % fixé par l'OTAN

Dans son discours à Montréal, Carney a expliqué : « Nous nous sommes engagés à doubler nos dépenses de défense d'ici la fin de cette décennie. Cela représente 80 milliards de dollars supplémentaires au cours des cinq prochaines années. » Il a ajouté qu'Ottawa dépensera 45 milliards de dollars supplémentaires par an pour la sécurité et la défense. Au cours des dix prochaines années, le gouvernement fédéral investira 180 milliards de dollars dans les achats de défense et 290 milliards de dollars dans les infrastructures liées à la défense et à la sécurité.

Selon le dernier rapport de l'OTAN sur les dépenses de défense, les dépenses militaires du Canada s'élevaient à 44 milliards de dollars en 2024 et passeront à 64 milliards de dollars cette année pour atteindre l'objectif de 2 % du PIB, soit cinq ans plus tôt que prévu. Le budget fédéral a confirmé que le Canada atteindra le nouvel engagement de l'OTAN en matière d'investissement dans la défense, fixé à 5 % du PIB d'ici 2035, que les alliés ont convenu lors du sommet aux Pays-Bas en juin dernier. Cet engagement comprend 3,5 % du PIB pour les dépenses de défense de base et 1,5 % du PIB pour les dépenses supplémentaires liées à la défense et à la sécurité.

Carney a admis que l'engagement de l'OTAN en matière d'investissement dans la défense impliquera que le gouvernement fédéral porte les dépenses militaires à plus de 150 milliards de dollars par an d'ici une décennie.

En juillet dernier, le directeur parlementaire du budget (DPB) a demandé au ministère de la Défense nationale (MDN) de lui fournir le profil des dépenses prévues pour respecter cet engagement d'ici 2035, mais le MDN a refusé. Dans son rapport publié au début du mois, intitulé Conséquences budgétaires du respect de l'engagement de 5 % de l'OTAN, le DGB a expliqué que le gouvernement Carney ne lui avait pas fourni d'informations sur son plan visant à respecter cet engagement, bien que le DGB ait légalement droit à ces détails.

En l'absence d'informations et de transparence de la part du MDN, le DGB a estimé que le gouvernement fédéral devrait dépenser 33 milliards de dollars supplémentaires par an pour respecter l'engagement de 5 % de l'OTAN, ce qui porterait les dépenses de défense de base à 159,1 milliards de dollars en 2035. Avec davantage de fonds alloués à l'armée, le DGB a également averti que le gouvernement serait confronté à des déficits plus élevés et à une augmentation du ratio dette/PIB, ce qui affaiblirait sa situation budgétaire.

Les autres risques importants liés à l'augmentation des dépenses militaires sont la corruption et les conflits mondiaux.

Les fabricants d'armes ont fait pression pour que les marchés publics de défense soient mis en « état de guerre »

Les hauts gradés de l'armée, les fabricants d'armes et leurs groupes de réflexion financés à Ottawa font pression depuis de nombreuses années pour une stratégie industrielle de défense (SID) qui place le Canada en « état de guerre ». En mai 2022, le chef d'état-major de la Défense du Canada, le général Wayne Eyre, a déclaré lors d'une interview à la CBC : « Compte tenu de la détérioration de la situation mondiale, nous avons besoin que l'industrie de la défense passe en mode de guerre et augmente ses chaînes de production afin de pouvoir répondre aux besoins actuels, qu'il s'agisse de munitions, d'artillerie, de roquettes, etc. »

Cinq mois plus tard le (CGAI) a organisé une conférence intitulée « Putting Canadian Defence Procurement on a War Footing » (Mettre les achats de défense canadiens en état de guerre), qui a réuni à Ottawa des dirigeants du gouvernement, de l'industrie et de l'armée. Le général Eyre a prononcé le discours de clôture et a appelé à une augmentation des dépenses de défense et des acquisitions.

Le CGAI est financé par de grands fournisseurs d'armement, notamment BAE Systems, Boeing, General Dynamics et Lockheed Martin. L'année suivante, le CGAI et l'Association canadienne des industries de la défense et de la sécurité (CADSI) ont publié une note d'orientation intitulée « Getting Canada to a Wartime Footing », qui recommandait la mise en place d'une base industrielle de défense solide. La CADSI est le réseau national de l'industrie de la défense et de la sécurité, regroupant 900 entreprises, qui fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il augmente les achats de défense et organise le salon annuel de l'armement CANSEC.

En 2023, le Comité parlementaire permanent de la défense nationale (NDDN) a été chargé d'étudier les marchés publics. Des audiences ont eu lieu en novembre de la même année, avec des témoins invités de la CGAI, de la CADSI et de l'Institut de la Conférence des associations de défense (CDA) — tous financés par des fabricants d'armes. Ils ont dominé les audiences et ont fait pression pour une augmentation des dépenses militaires et des marchés publics. Sept mois plus tard, le NDDN a publié son rapport Le temps du changement : Réformer les marchés publics de la défense au Canada, contenant de nombreuses recommandations favorables à l'industrie, notamment la mise en place d'une stratégie industrielle de défense malgré les preuves de corruption dans les marchés publics de la défense.

Le rapport du NDDN a révélé des cas de fraude, d'abus et de gaspillage dans le système actuel des marchés publics de la défense au Canada. Le rapport a mis en évidence les problèmes de secret, de dépassements de coûts, de surveillance insuffisante et de manque de responsabilité. L'un des témoins, le Syndicat des employés de la Défense nationale, a admis qu'il existait « un manque chronique de personnel, des problèmes éthiques liés à l'attribution des contrats, une inflation incontrôlée des factures et des problèmes de contrôle de la qualité » dans les marchés publics militaires.
A
vec les récentes réductions budgétaires fédérales et les licenciements au sein du Conseil du Trésor et de Services publics et Approvisionnements Canada, les capacités interministérielles et la surveillance des marchés publics du MDN seront réduites. Pire encore, Carney a nommé son ami à la tête de la nouvelle Agence d'investissement de la Défense (AID), qui est au cœur de la DIS.

Patronage politique : Carney nomme un donateur à la tête de la nouvelle Agence d'investissement de la Défense

L'AID est une agence d'exploitation spéciale (AES) au sein de Services publics et Approvisionnement Canada. Carney a nommé Doug Guzman, son ami proche et donateur à sa campagne électorale, au poste de directeur général de la nouvelle agence. Guzman était auparavant directeur général chez Goldman Sachs, où Carney a travaillé, puis est devenu vice-président de la Banque Royale du Canada, poste qu'il a quitté pour diriger la DIA.

Comme l'a révélé l'audience du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires (OGGO) le 6 novembre 2025, Guzman a été nommé pour un mandat de trois ans bien qu'il n'ait aucune expérience dans les marchés publics, l'armée ou le secteur de la défense. Il percevra l'un des salaires les plus élevés du gouvernement fédéral, soit plus de 670 000 dollars par an, auxquels s'ajouteront des primes de rendement. Le salaire de Guzman est plus de deux fois supérieur à celui de la chef d'état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, qui commande les forces armées et touche 329 000 dollars, et supérieur à celui du ministre de la Défense nationale, David McGuinty, qui touche 309 000 dollars.

Selon un communiqué du cabinet du Premier ministre : « La première phase des opérations de l'Agence d'investissement de la défense se concentrera sur la mise en place de l'organisation, le déploiement d'équipes d'approvisionnement intégrées et la mise en œuvre d'une première vague d'achats de défense hautement prioritaires. » Cependant, lors del'audience du BCPO, la députée conservatrice Tamara Jansen a exprimé son inquiétude quant à la nomination, motivée par le népotisme, d'un banquier du secteur privé à la DIA. Mme Jansen craignait également que cette « nouvelle enveloppe budgétaire colossale » ne crée un « complexe militaro-industriel axé sur le marché », avec peu de contrôle, qui ferait circuler des capitaux sans pour autant reconstruire les Forces armées canadiennes. Avec la nouvelle agence et la stratégie industrielle de défense, il existe un risque réel de spéculation de la part d'initiés du gouvernement, de sous-traitants et d'investisseurs.

Le premier contrat de la DIA, d'une valeur d'environ 5 milliards de dollars pour une technologie de satellites militaires dans l'Arctique, a été attribué à Telesat, une entreprise qui fait l'objet d'unprocès intenté par ses créanciers pour des transferts d'actifs frauduleux. Le président-directeur général de Telesat, Dan Goldberg, est un autre proche collaborateur du premier ministre Carney. Le contrat de la DIA avec Telesat doit être considéré comme un renflouement par le gouvernement, avec l'argent des contribuables, d'une entreprise en difficulté dirigée par un ami de Carney.

Lors de l'audience de l'OGGO, de nombreux membres du comité ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'insuffisance des mécanismes de contrôle de la DIA. Le secrétaire d'État canadien chargé des achats de défense, Stephen Fuhr, député libéral, est censé superviser la nouvelle agence. Or, M. Fuhr entretient des liens étroits avec le complexe militaro-industriel canadien. Il a servi pendant 20 ans dans l'Aviation royale canadienne en tant que pilote de combat, puis a occupé un poste de direction chez SkyTrac, une entreprise du secteur aérospatial et des satellites.

En tant que député libéral, M. Fuhra été président du Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes et membre de l'Association parlementaire canadienne de l'OTAN, où il a plaidé en faveur d'une augmentation des dépenses militaires et des marchés publics de défense. M. Fuhr ne peut pas assurer une supervision indépendante de la nouvelle agence. Avec la DIA et la DIS, le gouvernement fédéral a créé les conditions propices aux conflits d'intérêtsainsi qu'aux délits d'initiés et au profit abusif.

L'augmentation des dépenses militaires et des marchés publics de défense risque d'entraîner de la corruption

En l'absence d'un contrôle public et parlementaire adéquat des marchés publics de défense, le projet de Carney visant à reconstruire l'armée canadienne risque d'entraîner une corruption grave, comme c'est le cas aux États-Unis. Le Government Accountability Office américain maintient depuis trois décennies le Département de la Défense (DOD, désormais Département de la Guerre) sur sa liste des entités à haut risque en raison de ses problèmes persistants et généralisés de fraude, d'abus et de gaspillage. Les cas de truquage d'appels d'offres et de corruption sont courants dans les marchés publics militaires.

En 2024, RTX, anciennement Raytheon, a versé 950 millions de dollars pour régler une affaire intentée par le ministère de la Justice qui a révélé l'implication de l'entreprise dans des complots et des pots-de-vin dans le cadre de contrats avec le Pentagone et de ventes militaires à l'étranger. L'année dernière, la sous-commission des opérations gouvernementales de la Chambre des représentants des États-Unis a tenu une audience sur les marchés publics de la défense et a constaté que « le DOD n'a pas été en mesure de gérer de manière adéquate les risques de fraude ni de rendre compte des sommes dépensées et de la localisation de ses actifs, gaspillant ainsi des milliards de dollars provenant des contribuables ». RTX et les autres grands fabricants d'armes américains possèdent des filiales au Canada et sont les principaux fournisseurs des Forces armées canadiennes (FAC).

Pire encore, l'OTAN a été secouée par de récents scandales de corruption liés aux marchés publics en Europe, qui ont été ignorés par les médias occidentaux. En mai dernier, l'Agence de l'Union européenne pour la coopération en matière de justice pénale, en collaboration avec les autorités belges, a ouvert des enquêtes sur des faits de fraude et de corruption liés à l'Agence de soutien et d'approvisionnement de l'OTAN (NSPA). La NSPA est basée au Luxembourg et est dirigéepar Stacy Cummings, qui était auparavant sous-secrétaire d'État adjointe principale à la Défense chargée des acquisitions au Pentagone.

The Luxembourg Times a rapporté que la directrice des ressources humaines de la NSPA, Geneviève Machin, une Canadienne, était la lanceuse d'alerte qui avait envoyé une lettre en février dernier au secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, au sujet de Cummings et des irrégularités au sein de l'agence. L'enquête pour corruption porte sur des contrats de défense concernant des munitions et du carburant avec plusieurs alliés : la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne et les États-Unis. Certains de ces contrats impliquent des alliés de l'OTAN et le fabricant d'armes israélien Elbit Systems, comme l'a signalé Corruption Tracker, une organisation qui surveille la corruption dans le commerce des armes. Bien que le siège de l'OTAN ait confirmé les enquêtes, il n'a fourni aucun détail sur les personnes et les entreprises impliquées et a évité toute nouvelle déclaration aux médias concernant ces scandales.

Préparation transatlantique pour quoi ? L'OTAN et le Canada se préparent à la guerre

Malgré ces scandales, le Premier ministre a signé un accord bilatéral avec l'Union européenne (UE) pour de nouveaux « accords d'approvisionnement en matière de défense ». Le Canada participe au programme « Security Action For Europe » (SAFE) afin de faciliter les achats communs de défense et de permettre aux entreprises canadiennes d'accéder au marché européen de l'aérospatiale et de la défense. SAFE est un pilier essentiel du plan de 1 300 milliards de dollars de la Commission européenne intitulé « ReArm Europe Plan : Readiness 2030 ».

Pourquoi le Canada et l'Europe se réarment-ils ? À quoi se préparent-ils ? En décembre dernier à Berlin, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a déclaré : « Nous devons nous préparer à une guerre de l'ampleur de celle que nos grands-parents ou arrière-grands-parents ont endurée. » Il a souligné : « Nous devons dépenser cet argent pour nous protéger des Russes. » Le même mois, le Canada a signé l'accord SAFE avec l'UE.

Le chef d'état-major de la défense britannique, Sir Richard Knighton, a également averti que le peuple britannique devait être prêt à « sacrifier » ses enfants pour se défendre contre la Russie. De même, le chef d'état-major de la défense français, le général Fabien Mandon, a affirmé que la France devait être prête à « perdre ses enfants » et à se préparer à une guerre avec la Russie dans trois ou quatre ans. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a également fait valoir que l'Europe devait se préparer à la guerre.

En janvier de cette année, lors de la conférence nationale annuelle de la Society and Defence en Suède, le commandant suprême des forces alliées de l'OTAN en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a affirmé dans un langage orwellien que l'alliance devait se préparer « de toute urgence » à l'éventualité que la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord lancent simultanément des guerres en Europe et dans le Pacifique, 2027 étant une année potentiellement critique. Pourtant, le mois suivant, ce sont les États-Unis et Israël qui ont attaqué illégalement l'Iran.

Le gouvernement canadien accélère le recrutement de soldats et de réservistes supplémentaires pour « combattre sur de nouveaux théâtres d'opérations ». Comme l'indique le document d'information sur leplan d'investissement dans la défense, l'objectif est de faire de l'armée canadienne « une force de combat puissante ». Le budget, intitulé Canada Strong, affirme que de nouvelles capacités militaires sont nécessaires pour la « guerre moderne ». Dans une interview accordée à Sky News ce mois-ci, le général Carignan a déclaré que le MDN mettait en place une force de 300 000 personnes pour se préparer à une « guerre conventionnelle à grande échelle ».

De plus, comme le détaille la Stratégie de défense nationale (NDS) belliciste du département américain de la Défense publiée le 26 janvier, l'administration Trump souhaite un « partage des charges » accru de la part des alliés. Comme l'explique la NDS, les États-Unis se concentreront sur la région indo-pacifique pour faire face à la Chine et attendent de leurs alliés européens et canadiens qu'ils « dissuadent et réagissent efficacement » face à la Russie. Le Premier ministre a affirmé dans son discours à Davos : « Notre engagement envers l'article 5 de l'OTAN est inébranlable, c'est pourquoi nous travaillons avec nos alliés de l'OTAN, y compris les huit pays nordiques et baltes, pour sécuriser davantage les flancs nord et ouest de l'alliance » contre la Russie.

Il est inquiétant de constater que, alors que des milliards de dollars sont consacrés au réarmement plutôt qu'à la diplomatie et à la consolidation de la paix, tout porte à croire que le Canada et les alliés transatlantiques se trouvent en « état de guerre » contre la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord. Les États-Unis et leurs alliés se préparent à une guerre mondiale au lieu d'investir dans la paix et de lutter contre le réchauffement climatique.

Où est la paix ? Le militarisme de Carney alimentera les conflits et l'effondrement climatique

Dans son annonce concernant le DIS et la reconstruction de l'armée à Montréal, le Premier ministre n'a pas prononcé le mot « maintien de la paix ». Le maintien de la paix est absent du DIS et du budget fédéral Canada Strong. L'armée canadienne est actuellement à son niveau le plus bas en matière de maintien de la paix, avec seulement 27 soldats engagés dans les opérations de soutien à la paix des Nations unies. En revanche, le Canada compte 3 000 soldatsà la tête du groupement tactique multinational de l'OTAN en Lettonie. Carney a également ignoré les thèmes de la « paix » et du « changement climatique » dans sondiscoursintitulé « Principes et pragmatisme : la voie du Canada », prononcé lors du Forum économique mondial de Davos.

Le plan de Carney visant à « reconstruire, réarmer et réinvestir » dans les Forces armées canadiennes (FAC) met le Canada sur la voie de la guerre et ne reflète pas les principes qu'il avait énoncés avant de se présenter aux élections. Dans son livre publié en 2021, Value(s) : Building a Better World for All,Carney affirmait que les gouvernements, les entreprises et les sociétés devaient travailler ensemble pour faire face à la crise la plus importante du XXIe siècle : le changement climatique catastrophique. Il écrivait que « le changement climatique est la tragédie de l'horizon » et que « la fenêtre d'action est limitée et se rétrécit ». À l'époque, Carney occupait également les fonctions d'envoyé spécial des Nations unies pour l'action climatique et le financement, ainsi que de conseiller pour le sommet sur le climat, la COP26, à Glasgow.

Dans Value(s), Carney recommandait que chaque décision financière « tienne compte du changement climatique ». Pourtant, le premier DIS de son gouvernement ignore les impacts climatiques des achats militaires alimentés par des combustibles fossiles, qui vont aggraver le réchauffement climatique. Les avions de chasse, les navires de guerre, les véhicules blindés et les lance-missiles consomment d'énormes quantités de pétrole raffiné. Carney investit dans le département le plus polluant en carbone du gouvernement – l'armée – et en tirera profit.

Comme le révèle le document de 16 pages déposé par le Premier ministre auprès du Bureau du commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique du Canada, l'ancien banquier central détient d'importantes actions dans des entreprises d'armement britanniques et américaines, notamment BAE Systems, Boeing, L3 Harris Technologies, Lockheed Martin, Palantir Technologies, Northrop Grumman et RTX. Carney a également investi massivement dans Chevron, ConocoPhillips, Exxon Mobil et Halliburton, des entreprises qui fournissent le carburant pour les véhicules tactiques que les Forces armées canadiennes prévoient d'acheter.

Alors que Carney augmente rapidement le budget militaire et recrute davantage de soldats, son gouvernement a réduit le financement d'Environnement et Changement climatique Canada et supprimé de nombreux postes au sein du ministère. En février dernier, le Canadian Climate Institute a publié un rapport montrant que « le pays n'est pas en voie d'atteindre aucun de ses objectifs climatiques, y compris son objectif pour 2035 et la neutralité carbone d'ici 2050 ».

En septembre dernier, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a publié un important rapport intitulé La sécurité dont nous avons besoin : rééquilibrer les dépenses militaires pour un avenir durable et pacifique. Le rapport mettait en garde : « Les dépenses militaires nuisent à la planète car elles sont très émettrices de gaz à effet de serre. Chaque dollar alloué à l'armée génère plus de deux fois plus d'émissions de gaz à effet de serre qu'un dollar dépensé ailleurs. »

Le gouvernement canadien détourne des milliards de dollars provenant des impôts vers le réarmement au lieu de les consacrer à la décarbonisation et aux énergies renouvelables.
Le militarisme coûteux et à forte intensité carbone mis en place par les nouveaux programmes DIS et DIA du Canada empêchera le pays de réduire rapidement ses émissions et d'atteindre son objectif dans le cadre de l'Accord de Paris. Le plan de remilitarisation de Carney comporte des risques inconsidérés de corruption et de conflit mondial et accélérera l'effondrement climatique. Le public canadien et le Parlement devraient s'y opposer.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

États généraux du syndicalisme - Appel de solutions

28 avril, par États généraux du syndicalisme — ,
``Nous publions ci-dessous un Appel de solutions visant à tracer des perspectives et un texte sur les constats tiré des différentes consultations. Pour une présentation (…)

``Nous publions ci-dessous un Appel de solutions visant à tracer des perspectives et un texte sur les constats tiré des différentes consultations. Pour une présentation générale du projet, voir le site syndicalisme.com. (PTAG)

Mise en contexte

Les neuf principales organisations syndicales québécoises (APTS, CSD, CSN, CSQ, FAE, FIQ, FTQ, SFPQ, SPGQ) ont uni leurs forces pour amorcer une réflexion collective dans le cadre des États généraux du syndicalisme, une démarche historique sans précédent au Québec.

Sous le thème « L'union fait l'avenir », les États généraux du syndicalisme poursuivent un objectif simple et puissant : revitaliser le mouvement syndical, assurer une plus grande justice sociale et bâtir un avenir où les travailleuses et les travailleurs pourront collectivement prendre leur place.

Cette démarche est une occasion unique d'amorcer une conversation profonde et honnête sur l'avenir du syndicalisme, de tenir des discussions sur la modernisation des approches syndicales pour mieux répondre aux attentes des travailleuses et des travailleurs et pour renforcer leur pouvoir d'action face aux nouvelles réalités du monde du travail.

Étapes

La démarche a officiellement débuté le 31 mars 2025 à Montréal.

Une phase de consultation de nos membres et du grand public s'est tenue d'avril à novembre 2025. Elle a permis de recueillir les constats des membres et de l'ensemble de la société civile sur l'état du syndicalisme.

Les organisations syndicales colligeront et synthétiseront l'ensemble des conclusions dans les mois qui viennent. Un colloque aura lieu les 31 mars et 1er avril 2026 et sera l'occasion de présenter la synthèse des constats et, surtout, de proposer des pistes de solutions innovantes grâce à un travail en atelier.

Un appel de solutions est également lancé afin de recueillir des propositions d'innovations et de renouvellement syndical, de même que des solutions pour renforcer le mouvement syndical. Une synthèse des solutions proposées, soumise à nouveau à nos membres, permettra par la suite de préparer la phase de clôture de la démarche.

Appel de solutions

Objectif

L'appel vise à identifier des solutions pour renforcer le mouvement syndical québécois et enrichir la réflexion collective sur l'avenir du mouvement syndical québécois.

Thématiques suggérées

Ce sont celles des grandes orientations des États généraux.

Des réponses de 750 mots par thématique sont acceptées.

Il est possible de ne couvrir qu'un seul thème avec une ou plusieurs solutions, ou d'apporter une contribution sur plusieurs thèmes.

À qui s'adresse cet appel ?

Société civile : organismes communautaires, OBNL, associations professionnelles, chambres de commerce, collectifs citoyens, etc.

Universitaires / expert·e·s : chercheur·e·s, chaires, centres de réflexion, instituts en travail, relations industrielles, sociologie, droit du travail, etc.

Type de contributions attendues

Des analyses critiques, mais avant tout des suggestions concrètes, des exemples de bonnes pratiques ou d'innovations, des propositions tangibles pour améliorer le rapport de force des travailleuses et travailleurs du Québec.

Dates de soumission : jusqu'au 30 avril 2026

Coordonnées courriel (répondez si vous souhaitez être tenu-es informé-es des suites de la démarche des états généraux du syndicalisme)

Mise en contexte (750 mots maximum)

Notre participation vise à répondre directement à des questions énoncées dans le Constat : 1. « Finalement, les personnes consultées ont aussi mis en lumière un défi de communication : le mouvement devrait mieux travailler à raconter ses victoires, à vulgariser ses enjeux et à rejoindre les membres par des formats simples, multilingues et multicanaux ». 2. On ajoute aussi : « Plus de 45 % des personnes sondées estiment que les structures syndicales doivent mieux s'adapter aux défis actuels, en assurant la relève, d'autant plus difficile à attirer dans un contexte individualiste et médiatiquement défavorable »

Analyse / Perspectives (750 mots maximum)

* Dans votre perspective, ancrée dans votre expérience propre, qu'en tirez-vous comme conclusions ?
1. Le syndicalisme québécois dans la société (750 mots maximum)
Votre réponse :

2. La vigueur syndicale (750 mots maximum)
Votre réponse :

3. Le modèle des relations de travail (750 mots maximum)
Votre réponse :

4. Le rôle politique des syndicats (750 mots maximum)
Votre réponse :

5. Représentativité et sentiment d'appartenance (750 mots maximum)
Votre réponse :

6. Évolution des relations intersyndicales (750 mots maximum)
Votre réponse :

7. Syndicats et les groupes historiquement discriminés (750 mots maximum)
Votre réponse :

8. Réponse générale (750 mots maximum)
Votre réponse :

Bibliographie
Toute référence bibliographique mobilisée dans votre proposition.
Votre réponse :

Références
Toute documentation (écrite, audiovisuelle, etc.) qui soutient votre réponse.
Votre réponse :

Annexes
Ajoutez ici toute documentation ou élément pertinent dans le cadre de l'appel de solutions, que vous n'auriez pas déjà mentionné.

États généraux du syndicalisme Constats émanant des consultations

Le mouvement syndical québécois est à un tournant décisif. Les neuf principales organisations syndicales québécoises unissent leurs forces afin de mener une réflexion collective dans le cadre des États généraux du syndicalisme, une démarche sans précédent au Québec, avec pour thème « L'union fait l'avenir ».

Entre les mois d'avril et novembre 2025, plusieurs milliers de personnes ont été consultées afin de brosser un bilan de l'état du mouvement syndical québécois. Ces constats portent sur un thème général et sept thématiques distinctes. Ce document présente la synthèse de ces consultations.

Afin d'aller à la rencontre des membres, mais aussi d'un public plus large, des consultations ont eu lieu par le biais d'assemblées et de rencontres, auxquelles plus de 9 000 personnes ont participé. De surcroît, deux consultations intersyndicales ont également eu cours, lors du Sommet sur la santé et la sécurité du travail en avril 2025, et lors d'une Journée de réflexion intersyndicale sur le travail migrant en octobre de la même année. En parallèle, la collecte d'informations a été complétée par un sondage en ligne sur les constats à tirer de l'état du mouvement syndical québécois. Ouvert au public, mais s'adressant particulièrement à nos membres, ce sondage a été effectué auprès de 10 000 personnes. Ainsi, les données mentionnées dans le texte plus bas sont extraites de ce sondage.

Portrait global

Le portrait global obtenu à la suite de ces consultations montre un mouvement syndical québécois solide dans ses structures, disposant encore d'une expertise reconnue (négociation, santé et sécurité, défense des droits, soutien aux membres).

Certains estiment toutefois que le rapport de force et la capacité de mobilisation sont amoindris. Malgré tout, les grandes mobilisations, comme le Front commun de 2023 ainsi que les mouvements de grèves simultanées des autres organisations syndicales, démontrent que, lorsque la base est informée et unie, des gains significatifs demeurent possibles. Un certain pessimisme s'installe devant les nombreuses attaques législatives, la judiciarisation de plus en plus importante des relations de travail et un traitement médiatique défavorable, entre autres phénomènes. Pourtant, 87 % des personnes sondées jugent le syndicalisme toujours nécessaire.

Les personnes consultées constatent d'autre part qu'un essoufflement se manifeste : participation en baisse, difficultés de mobilisation hors des négociations des conventions collectives de travail, etc. L'engagement est souvent freiné, entre autres, par l'individualisme, la surcharge de travail ou la crainte de nuire à sa carrière. Malgré tout, plus de la moitié des personnes participantes sont optimistes quant à l'avenir du syndicalisme québécois.

Augmenter la représentation des jeunes, des personnes racisées, immigrantes et des travailleurs étrangers temporaires demeure un défi, tout comme celui d'assurer une démocratie interne vivante dans tous nos syndicats. Enfin, s'assurer que l'action syndicale ne s'éloigne pas trop souvent de la mobilisation collective au profit de solutions ponctuelles liées aux conventions collectives demeure un objectif à atteindre.

Finalement, les personnes consultées ont aussi mis en lumière un défi de communication : le mouvement devrait mieux travailler à raconter ses victoires, à vulgariser ses enjeux et à rejoindre les membres par des formats simples, multilingues et multicanaux.

Thème 1 : Le syndicalisme dans la société québécoise

Dans le contexte actuel de crise du coût de la vie, les personnes consultées sont convaincues qu'une réponse syndicale forte permettrait de mieux protéger le pouvoir d'achat des travailleuses et des travailleurs. Près de 70 % des personnes sondées pensent d'ailleurs que les inégalités sociales iront en grandissant dans les prochaines années, ce qui vient mettre en exergue toute l'importance d'un retour en force des syndicats comme acteurs œuvrant à briser cette tendance.

Pour plusieurs, la négociation de bonnes conventions collectives est un levier important pour contrecarrer l'essor des inégalités et ainsi parvenir à démontrer davantage la pertinence des syndicats aux yeux de la population. Nous serions ainsi plus à même de jouer notre rôle de contre-pouvoir au sein d'une société démocratique, tout en reconnaissant qu'il devient de plus en plus ardu de légitimer les syndicats auprès du public dans un climat d'inégalités croissantes et de montée de l'extrême droite.

Les défis sont en effet nombreux : le travail syndical qui devient de plus en plus difficile dans le contexte actuel, la complexification rapide du marché du travail, la généralisation du télétravail et l'intégration croissante de l'intelligence artificielle (IA) fragilisent les liens de solidarité entre travailleuses et travailleurs et compliquent l'action collective. À cela s'ajoutent la normalisation de la sous-traitance, la précarisation de l'emploi et une fatigue généralisée chez les travailleuses et travailleurs.

Plus de 45 % des personnes sondées estiment que les structures syndicales doivent mieux s'adapter aux défis actuels, en assurant la relève, d'autant plus difficile à attirer dans un contexte individualiste et médiatiquement défavorable. Alléger les structures, les simplifier, éviter l'usage d'un jargon peu accessible sont autant de défis à relever.

Thème 2 : La vigueur syndicale

Pour l'ensemble des personnes consultées, les syndicats sont toujours des véhicules efficaces pour défendre leurs droits, améliorer leurs conditions de travail et se mobiliser pour y arriver. Par exemple, 63 % des personnes sondées jugent que le syndicalisme est toujours un véhicule pertinent pour lutter contre les inégalités sociales.

Au sujet de la grève, les personnes consultées la défendent et la jugent essentielle pour déployer un bon rapport de force. Cependant, une majorité de personnes consultées avance qu'il faut repenser l'exercice de la grève afin qu'elle s'insère mieux dans le contexte actuel. Une fois cela dit, les avis divergent quant à la voie à emprunter, allant de la modération de son usage à l'intensification d'un syndicalisme plus combatif et plus perturbateur. Malgré ces divergences, un consensus se dégage : il faut mieux expliquer aux membres les raisons d'une grève, son processus et la manière d'y participer.

Syndiquer davantage de milieux de travail est jugé comme étant crucial pour la vigueur des syndicats, et l'on juge comme prioritaire l'augmentation du taux de couverture syndicale, surtout dans le secteur privé. Le constat inverse est aussi observé : la baisse du taux de couverture syndicale est un indice de la force du patronat, de la baisse de notre capacité de nous mobiliser, et de la perte de la force des syndicats. Toutefois, la syndicalisation exige beaucoup de ressources. Alors que le maraudage entre organisations est mal perçu, un consensus se dégage sur le fait qu'il faut rejoindre de nouveaux groupes avec des méthodes innovantes.

Mieux rejoindre les jeunes est clairement identifié comme un élément majeur, et ne pas agir sur ce front peut contribuer à affaiblir la force des syndicats. De plus, les personnes consultées ont déploré que le manque d'éducation politique et le manque de connaissances des gains syndicaux passés nuisent à la participation à la vie de leur syndicat.

Le discours défendant l'avantage syndical aurait intérêt à être revu et à couvrir plus large (surcharge, violence au travail, isolement numérique, rétention de la main-d'œuvre, sous-traitance, intelligence artificielle, inclusion des personnes immigrantes). Aussi, plusieurs font valoir qu'il faut mettre de l'avant des enjeux du travail autres que le salaire (SST, RQAP, assurances collectives, retraite, francisation).

Même si les consultations ont peu abordé le processus de négociation, plusieurs constats émergent : dans le secteur public, un cadre législatif trop restrictif limite le rapport de force, tandis que certains groupes y restent invisibilisés. Dans le secteur privé, les lois demeurent contraignantes, les impacts de la loi 14 (anciennement projet de loi 89), qui modifient le Code du travail pour renforcer les pouvoirs gouvernementaux en matière de maintien de services lors de conflits de travail, inquiètent, et l'encadrement du lockout ainsi que les risques de délocalisation ou de fermeture d'entreprise compliquent la syndicalisation. Il faut finalement mentionner le cadre législatif hostile à l'exercice des droits syndicaux. Unanimement, les personnes consultées appellent à le revoir en profondeur et à se mobiliser pour y arriver.

Thème 3 : Le modèle des relations de travail

Pour les personnes consultées, le constat est clair : les lois du travail reposent sur des bases solides — formule Rand, monopole de représentation, disposition anti-briseurs de grève — et plusieurs avancées en matière de droit d'association sont soulignées, notamment la reconnaissance constitutionnelle du droit de négociation et de grève. Les protections prévues dans les lois et conventions collectives (assurances, retraite, SST) demeurent des acquis importants.

Cependant, certains jugent divers aspects du droit du travail obsolètes et mal adaptés aux réalités actuelles : travail atypique, sous-traitance, privatisation, numérisation, gestion algorithmique et IA. Pour plusieurs, la notion de « salarié » devrait être revue, et de nombreuses lois extérieures au Code du travail nécessiteraient une mise à jour. Certains ont signifié que le harcèlement psychologique est mal couvert, que la CNESST ne dispose pas des outils et des ressources pour bien accompagner la clientèle et que les règles actuelles favorisent souvent l'employeur, notamment en facilitant la sous-traitance. Finalement, il a été mentionné qu'obtenir des libérations syndicales demeure difficile.

Pour plusieurs, la négociation est jugée trop encadrée dans le secteur public, notamment quant aux services essentiels, ce qui diminue l'impact de la grève. On constate à cet effet que 53 % des personnes sondées affirment être en accord avec l'idée que les contraintes au droit de grève sont trop nombreuses. Mentionnons également que 56,7 % des personnes répondantes sont d'avis que les lois spéciales qui ont pour effet de mettre fin à un conflit de travail ne sont pas légitimes. Pour plusieurs, la judiciarisation croissante complexifie les relations de travail, rallonge les délais de griefs et crée un jargon inaccessible, même si certains y voient des décisions plus favorables aux syndicats.

Finalement, le régime syndical est aussi fragilisé par des attaques législatives (ex. : le projet de loi 101, la loi 14 et le projet de loi 3), alimentant la crainte de perdre d'importants acquis. Certains ont déploré l'interdiction de la grève sociale, tout comme les risques posés par l'usage abusif de la clause dérogatoire et la montée de l'extrême droite.

Thème 4 : Le rôle politique des syndicats

La consultation montre que, malgré certaines tensions, on est globalement favorable à ce que les syndicats jouent un rôle politique, tant que ce rôle reste fidèle à leurs valeurs fondamentales. Les personnes répondantes reconnaissent majoritairement que l'action politique syndicale est nécessaire pour défendre les services publics, l'égalité, la solidarité et la démocratie, à savoir des piliers indissociables de la mission syndicale. Toutefois, cette action doit demeurer cohérente, compréhensible et directement liée aux réalités vécues par les travailleuses et les travailleurs. Qui plus est, elle doit aussi demeurer essentiellement non partisane.

Un constat récurrent concerne le fait que l'action politique syndicale est parfois mal comprise par les membres. Plusieurs estiment que ses résultats sont peu visibles ou difficiles à mesurer, ce qui alimente un certain scepticisme. La consultation révèle aussi l'existence de deux courants de pensée quant à l'action politique syndicale. D'un côté, un courant volontariste, majoritaire, considère cette action comme essentielle pour influencer les décisions publiques et défendre les intérêts collectifs. De l'autre, un courant plus réservé, qui exprime une certaine retenue.

En matière d'éducation politique, elle demeure trop limitée selon plusieurs, surtout réduite à de l'information ou à des pétitions, sans réelle démarche de formation ou de mobilisation. De nombreuses personnes réitèrent l'importance de l'éducation politique et proposent même de développer une véritable « machine d'information » syndicale pour contrer la désinformation.

Concernant les initiatives en période électorale, celles-ci sont généralement bien accueillies lorsqu'elles sont neutres, objectives et non partisanes. De son côté, la poursuite du dialogue et du travail de lobby auprès des partis politiques est jugée souhaitable, mais la partisanerie est presque unanimement rejetée. Enfin, le dialogue social est perçu comme nécessaire, mais doit être mené avec prudence.

Thème 5 : Représentativité et sentiment d'appartenance

Pour la majorité des personnes consultées, les mécanismes démocratiques sont bien présents dans l'ensemble des organisations syndicales, ce qui renforce la représentativité et le sentiment d'appartenance. Cependant, le principal défi auquel font face les organisations syndicales est celui de la participation aux différentes instances, alors que celles-ci sont considérées comme formelles, lourdes et éloignées des réalités terrain.

Il y a une tendance générale voulant qu'on se sente généralement mieux représenté au palier local qu'au niveau national. Cette tendance est présente tant dans les plus petites organisations que dans les plus grandes centrales ou fédérations. Le palier local est vu partout comme étant plus proche des réalités de travail des membres et comme étant celui qui incarne le mieux la démocratie syndicale.

Plusieurs font le constat que les jeunes, les personnes en région et les personnes issues de l'immigration sont malheureusement moins enclines à participer aux instances syndicales. Pour les personnes consultées, la faible participation s'explique surtout par la surcharge de travail, qui rend difficile la conciliation entre le militantisme, le travail et les responsabilités familiales ou personnelles, ainsi que par l'individualisme et le désintérêt observés dans l'ensemble des organisations. Les préjugés envers le syndicalisme, le traitement médiatique négatif, la peur de représailles — particulièrement pour les personnes en situation d'emploi précaire — et divers obstacles logistiques sont aussi identifiés comme des freins. S'y ajoutent une surcharge d'information, un jargon difficile et des procédures lourdes, perçues comme limitant la compréhension et l'engagement.

Thème 6 : Les relations intersyndicales

Le pluralisme syndical du Québec est considéré comme positif par les personnes consultées, puisqu'il est un vecteur de démocratie, de mobilisation et de diversité dans la représentation. Le pluralisme présent au Québec force régulièrement les organisations syndicales à faire preuve de créativité et à améliorer continuellement leurs pratiques en évitant les possibles dérives associées au corporatisme et aux monopoles.

Cependant, le grand nombre de syndicats peut diviser les efforts collectifs tout en complexifiant les négociations, diminuant ainsi le rapport de force général du mouvement syndical québécois. Il est également mentionné que le pluralisme est instrumentalisé par le gouvernement afin de nourrir les tensions entre les organisations syndicales.

Dans les services publics, les exemples du Front commun de 2023 continuent de marquer les esprits, plusieurs organisations citant le bien-fondé de la démarche, et les résultats obtenus, comme des preuves de ce que le mouvement syndical peut accomplir lorsqu'il travaille d'« une seule voix ». Dans le secteur privé, par ailleurs, les avis sont plus partagés. En effet, les conflits entre les syndicats résonnent négativement chez les personnes consultées qui ne sont pas toujours au courant des différences culturelles entre les syndicats, des complexités liées à la négociation ou de celles amenées par le maraudage.

Les alliances syndicales sont toutefois vues comme positives, et même nécessaires, surtout lorsque vient le temps de défendre des enjeux globaux, comme les luttes sociales ou socioéconomiques.

Concernant le maraudage, les avis sont partagés. Il est décrit par les personnes consultées comme obsolète, énergivore, diviseur et problématique. Il crée des conflits (internes et externes), nuit aux efforts de syndicalisation et affaiblit la démocratie et le sentiment d'appartenance. Cependant, il est également considéré comme un « mal nécessaire », permettant aux membres de remettre en question, de comparer et de choisir leur organisation syndicale.

Thème 7 : Les syndicats et les groupes historiquement discriminés

Dans l'ensemble, les personnes consultées reconnaissent que les syndicats ont joué un rôle central dans la lutte contre les inégalités (notamment pour les femmes, les personnes racisées et les membres de la communauté 2SLGBTQIA+), mais jugent que la diversité réelle de la base ne se reflète pas suffisamment dans les instances, les postes de direction syndicale et dans les rôles de porte-paroles.

Les personnes qui ont répondu au sondage reflètent toutefois un portrait beaucoup plus positif. En effet, selon les résultats, 50 % des personnes sondées considèrent que les organisations syndicales sont représentatives de la population québécoise, alors que 30 % sont plutôt ou totalement en désaccord avec cette affirmation.

Les barrières à la participation des groupes historiquement discriminés se révèlent d'abord équivalentes aux difficultés rencontrées par tout un chacun : précarité économique, surcharge, conciliation travail-vie personnelle, manque de temps, barrière linguistique, peur des représailles… Viennent ensuite des enjeux davantage liés à leur statut de membre de groupes historiquement discriminés, à savoir la méfiance envers les institutions, les différences culturelles et le racisme systémique. De plus, les personnes immigrantes ou racisées arrivent parfois avec une expérience négative des syndicats ou une culture où la revendication collective n'est pas encouragée. Finalement, les codes syndicaux (procédures, langage, fonctionnement des instances) s'avèrent souvent intimidants ou peu accessibles. Ces obstacles se doublent d'un manque de représentativité et de modèles.

En résumé, le mouvement syndical est à la fois riche de sa diversité potentielle et freiné par des obstacles cumulés. Les efforts d'ouverture sont réels, mais encore insuffisants pour transformer la présence des groupes historiquement discriminés en véritable pouvoir d'agir, en participation durable et en représentation effective dans toutes les sphères de la vie syndicale.
La réflexion entourant les États généraux du syndicalisme se poursuivra au cours des prochains mois. Après le colloque au printemps 2026, un grand événement se tiendra au début de l'année prochaine, qui viendra clore les États généraux et présenter les conclusions de cette démarche collective. Pour plus de détails, visitez le syndicalisme.org.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Peuple sous emprise

28 avril, par Marie-Ève Mathieu — ,
Cette semaine nous en sommes au 10e féminicide de l'année, ce qui veut dire qu'une femme est tuée à chaque 1,6 semaine. Lorsqu'une femme décide de quitter un conjoint violent, (…)

Cette semaine nous en sommes au 10e féminicide de l'année, ce qui veut dire qu'une femme est tuée à chaque 1,6 semaine. Lorsqu'une femme décide de quitter un conjoint violent, c'est le moment où sa vie est le plus menacée. Sachant que les maisons d'hébergement sont incapables de répondre aux besoins, faute de place – jamais par manque d'efforts ou d'empathie -, on ne peut qu'admirer l'immense courage de ces personnes qui se placent en situation de vulnérabilité extrême, surtout à cause de la situation économique actuelle : où se loger quand le prix des loyers explose ? Comment nourrir les enfants avec le coût sans cesse croissant du panier d'épicerie ? Aussi, comment se reconstruire après la fin d'une relation abusive sans accès à des soins psychologiques pour lesquels les listes d'attente au public ne cessent de s'allonger ? Les recherches montrent que 67% des femmes restent avec leur agresseur pour des raisons financières et on affirme même, dans certaines études, que dans 99% des cas, l'économie est un levier de violence. Qui s'occupe de ces femmes ? Les femmes des organismes communautaires, pardi.

C'est pourquoi il est vexant d'entendre des personnes qui ne se sentent pas concernées ou qui n'ont pas vécu ce genre de situation lancer avec désinvolture : « en tous les cas, moi, je ne resterais pas dans ce genre de relation » ou « elle manque de colonne ». En moyenne, les femmes vont faire sept allers-retours avant de quitter définitivement l'homme qui pourrit leur vie. Mais nous, à leur place, nous ne nous laisserions pas faire, n'est-ce pas ? Nous ne sommes pas comme ces femmes sous emprise ! Vraiment ?

Tenir ce genre de propos inepte et tout en votant pour la droite, donc contre ses intérêts en tant que classe sociale, relève d'un aveuglement stupéfiant. N'y a-t-il pas un parallèle, lourd de sens, à faire ? Un gouvernement, tels celui de la CAQ et celui des Libéraux avant lui, promet, à répétition, d'améliorer les systèmes de santé et d'éducation. Appelons ce phénomène : Charmant Parti. Chaque fois, la population se laisse séduire et croit que Charmant Parti va tenir ses promesses. La minute qu'il est élu, il laisse ses responsabilités et va boire avec sa maîtresse, la Chambre de Commerce, et ses potes, les Grands Entrepreneurs. Pendant ce temps, que fait Madame la Population ? Elle se serre la ceinture, éduque, soigne les petits et les personnes vieillissantes.

Inévitablement, il y a crise. Monsieur Charmant Parti montre alors ses vraies couleurs : dominant, autoritaire et ne tolérant pas la moindre opposition (ou n'avez-vous pas vécu la même pandémie que l'autrice ?). En 2022, le renvoie-t-on ? Quitte-t-on son influence ? Non, comme un peuple sous emprise, on lui donne une seconde chance. Est-on réellement surpris que Charmant Parti décide de restreindre aujourd'hui nos libertés ? Un conjoint abusif va contrôler sa victime en l'isolant, en lui coupant ses moyens de communication. Monsieur se croit tout permis et il est absolument sûr d'avoir raison. Il ne tolère pas la contestation et refuse qu'on lui impose la moindre contrainte. Même en cas d'un changement d'attitude momentané (dans notre parallèle, c'est l'arrivée de Fréchette à la tête de la CAQ), on peut être certains qu'il va retomber dans ses ornières, quoiqu'il ait promis – encore une fois – de changer.

Chez Madame la Population, tous ne sont pas dupes de l'image de bon père de famille que veut se donner Charmant Parti. Comme ces adolescentes qui se mettent à s'opposer au paternel, des citoyens luttent contre la droite et ses techniques d'assujettissement social. Sans surprise, ces citoyens, ce sont majoritairement des femmes. Ce sont les braves femmes de la FAE qui sont sorties en grève générale illimitée en 2023 avec, bien sûr, le Front commun. Aujourd'hui, les travailleurs et travailleuses du communautaire, lequel est un secteur hautement féminisé, sont à boutte et, malgré tout, elles mènent la charge grâce à leurs grèves tournantes.
Certains ou certaines pourraient trouver surprenante cette comparaison entre la population et une femme prise dans une relation abusive, pourtant, à observer comment le gouvernement maltraite des portions entières de la société civile, il est difficile de ne pas voir l'analogie. L'offense réside plus dans le traitement inéquitable des citoyens que dans ce parallèle.

Peut-être est-il temps de se libérer de l'emprise de notre gouvernement paternaliste ? Ainsi, décider de prendre part à la manifestation du 2 mai, puis éventuellement à l'escalade des moyens de pression à l'automne, c'est une manière de s'affranchir de la peur, de l'impuissance et de la sidération. Lutter collectivement contre la montée de l'autoritarisme permet d'espérer reprendre du contrôle sur sa propre vie, bien que cela ne soit pas immédiatement apparent.

La pandémie nous a rendus dociles, nous avons obéi à chaque injonction de notre premier ministre parce que l'on croyait qu'il s'agissait de mesures temporaires et que nous étions inquiets, avec raison, pour notre santé. Les conditions sanitaires sont revenues à la normale, néanmoins nous avons continué d'être soumis. Notre ancien premier ministre, lui, a considéré que le peuple devait lui obéir.

C'est peut-être une des raisons pour laquelle la grève du Front commun de 2023 l'a tant déstabilisé et a permis de faire des gains notables sur le plan salarial pour beaucoup de syndiqués et syndiquées travaillant dans les services publics. Il pourrait être intéressant d'analyser si la série de projets de lois liberticides n'est pas un backlash pour venger cette humiliation qu'il a, sans doute, subie à céder à la fonction publique et aux maudits syndicats.

Les politiciens de droite sont souvent conservateurs sur le plan social et économique. Legault n'a jamais caché qu'il ne considérait pas les femmes aussi ambitieuses que les hommes. Pour lui, l'homme gagne le plus gros salaire, la femme s'occupe de la famille et son revenu, s'il y en a un, sert d'appoint.

Cependant, ce n'est pas de l'individu et de ses opinions personnelles dont il est question ; le problème est la violence institutionnelle quand on choisit de financer l'entrepreneuriat et la grande entreprise aux dépens de la mission sociale de l'État. Chaque personne laissée à elle-même devient vulnérable quand l'État ne lui donne pas assez de services. Les femmes, parce qu'elles sont celles qui s'occupent davantage des enfants, mais aussi des aînés, subissent de front l'austérité. Il manque de place en CPE pour les enfants, les soins à domicile sont déficients, on ne peut se fier aux services hospitaliers pour prendre en charge complètement les personnes malades. Alors, ce sont les femmes qui se substituent à l'État. Madame la Population est une Mère Courage, au vrai sens du terme.

Participer à la mobilisation qui vient permet de s'opposer aux lois liberticides, ces impératifs posés par Charmant Parti, mais aussi pour demander un réinvestissement massif dans le filet social. Pour que les femmes du communautaire cessent d'être à boutte et aussi, par le filet social, créer les conditions qui rendent plus facile aux femmes sous emprise de se libérer de leur bourreau.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les mouvements d’opposition à Trump s’unissent

28 avril, par Kay Mann — ,
Depuis que Trump a été élu pour un second mandat, trois pôles de résistance populaire et ouvrière ont émergé. Le premier s'articule autour du collectif Indivisible, un (…)

Depuis que Trump a été élu pour un second mandat, trois pôles de résistance populaire et ouvrière ont émergé. Le premier s'articule autour du collectif Indivisible, un collectif à prédominance d'ONG qui a organisé les deux premières manifestations « No Kings ! » en 2025 et qui a appelé à une nouvelle série de manifestations pour le 28 mars 2026. Près de 25 millions de personnes sont descendues dans les rues à travers tout le pays lors des dernières manifestations.

22 avril 2026 | tiré d'Inprecor.fr

Ces manifestations ont permis d'exprimer le rejet de Trump sur de nombreux fronts, comme l'ont démontré les marches et les banderoles, notamment en défense des immigrés, en solidarité avec la Palestine (bien qu'Indivisible, dans ses déclarations officielles, n'ait mentionné ni Gaza ni la Palestine), en défense des communautés LGBTQI+, de l'environnement et, bien sûr, de manière générale en opposition à la politique de Trump qui mène à l'autoritarisme.

Le mouvement contre l'ICE

Le deuxième front de résistance contre Trump est le mouvement contre l'ICE, la police de l'immigration. La résistance des réseaux anti-ICE de Minneapolis, face à l'arrivée de plus de 3 000 agents de l'ICE, a captivé l'imagination des antifascistes et des antiautoritaires du monde entier. Le meurtre de Renee Good, militante en faveur des personnes immigrées et citoyenne américaine, par des agents de l'ICE à Minneapolis, près du lieu où George Floyd a été tué par un policier en 2020, suivi quelques jours plus tard par le meurtre d'Alex Pretti, également citoyen américain et blanc, a déclenché un vaste mouvement de protestation qui secoue la scène politique américaine. Ces manifestations massives et les réseaux qui y participent s'inscrivent dans un nouveau mouvement social de masse qui réunit toutes les caractéristiques d'un mouvement social. La première de ces caractéristiques est son ampleur. Si les manifestations de rue ont rassemblé beaucoup de monde, la participation aux réseaux de solidarité a également été très forte. Entre 25 % et 50 % de la population de Minneapolis et de St. Paul (ville voisine de Minneapolis) a participé aux mobilisations et aux réseaux d'entraide, une proportion exceptionnelle.

La création de nouvelles organisations est également caractéristique d'un mouvement social. Le mouvement anti-ICE a donné naissance à de nouvelles organisations et a intégré des collectifs et des réseaux militants déjà existants, en particulier des associations de quartier et des réseaux créés lors de la mobilisation qui a suivi le meurtre de George Floyd en 2020.

Outre les réseaux proprement dits, des alliances se sont développées entre groupes anti-ICE – nouveaux et anciens –, comme à Chicago, où a été fondée une coalition regroupant une centaine d'organisations de toute la ville, l'Immigrant Coalition for Immigrant and Refugee Rights. Ces groupes se sont coordonnés avec les militants anti-ICE de Minneapolis. Dans certains cas, cela a été rendu possible grâce à des liens déjà existants établis par les syndicats.

Le mouvement anti-ICE est présent non seulement à Minneapolis et dans des villes comme Los Angeles et Chicago, où l'ICE a déployé d'importantes effectifs, mais aussi dans des villes comme Milwaukee, qui n'ont pour l'instant pas vu arriver en masse les agents de l'ICE, mais où un mouvement anti-ICE se développe en prévision d'une telle éventualité.

Les actions concrètes du mouvement

Ce mouvement a fait preuve d'un niveau d'organisation impressionnant et a su utiliser les méthodes traditionnelles des mouvements sociaux, telles que les manifestations et le boycott, ainsi que des variantes originales de ces tactiques. Dans les quartiers, les réseaux d'intervention rapide ont créé des groupes sur l'application de messagerie Signal pour mettre en contact les militant·e·s (beaucoup de personnes participaient pour la première fois) et organiser la défense collective à travers diverses formes d'entraide permettant aux immigrant·e·s d'échapper aux patrouilles de l'ICE, comme la distribution de nourriture. Lorsque l'ICE est repéré quelque part, l'alerte est donnée dans les groupes Signal et tout le monde se précipite sur place pour aider et filmer leurs activités. Les numéros d'immatriculation des véhicules de l'ICE sont diffusés et les militants suivent les mouvements de l'ICE avec leurs voitures. Des sifflets sont utilisés pour signaler la présence de l'ICE. La manière dont s'organise l'action consistant à suivre en voiture les véhicules de l'ICE rappelle les piquets de grève mobiles mis en place lors de la grève nationale du secteur textile de 1934 et lors de la célèbre grève des camionneurs de Minneapolis de 1934.

Un boycott est organisé contre la société de location Enterprise et contre les hôtels Hilton, qui ont loué des véhicules à l'ICE et hébergé ses agents. Il s'agit d'adaptations des méthodes utilisées depuis les années 80 pour faire pression indirectement sur les entreprises, en ciblant leurs clients. Dans tout le pays, des lycéens et des étudiants se sont refusés à aller en cours pour protester contre les rafles de l'ICE, et de nouvelles mobilisations sont prévues pour le 1er mai.

De nombreux syndicats, parmi les plus importants du pays, tels que le Syndicat international des employés de services (SEIU), le Syndicat des travailleurs de l'automobile (UAW) et des syndicats d'enseignants locaux et nationaux, parmi lesquels la Fédération américaine des enseignants (AFT) et l'Association nationale de l'éducation (NEA), ainsi que la fédération AFL-CIO elle-même, ont exprimé leur opposition à l'ICE. À Minneapolis, ces syndicats et d'autres ont soutenu les manifestations des 23 et 30 janvier.

May Day Strong

Le troisième pôle de résistance est May Day Strong (MDS), qui rassemble des syndicats de gauche et des sections syndicales, comme le syndicat des enseignants de Chicago (CTU) ou les sections combatives du SEIU à Minneapolis.

MDS prépare une journée d'action pour le 1er mai (May Day en anglais) qui consisterait en une grève générale, une grève des études et une grève de la consommation. 3 000 personnes ont participé à une vidéoconférence récemment organisée par MDS pour débattre des actions du 1er mai, en particulier les grèves, l'absentéisme scolaire et le boycott économique. La mobilisation du 1er mai de cette année ne sera certainement pas une grève classique avec des arrêts de travail convoqués par les syndicats, en raison des lois interdisant les grèves politiques et des conventions collectives dans lesquelles les syndicats ont renoncé à la grève. Mais l'agitation en faveur d'une grève générale va stimuler le débat autour de la question de la mobilisation sur les lieux de travail, des grèves massives et de la nécessité de s'opposer aux lois qui restreignent l'action syndicale.

Il est fort probable que les actions de ce 1er mai ressemblent un peu à celles de 2006 lors de la Journée sans Latinos, qui avait donné lieu à des manifestations massives dans des villes comme Los Angeles et Milwaukee – villes où vit une importante population d'origine mexicaine et latino-américaine – ainsi qu'à des grèves de facto, de nombreux travailleurs et travailleuses s'étant mis en arrêt maladie ou n'ayant tout simplement pas pris le chemin du travail pour manifester.

L'extrême gauche américaine et le mouvement anti-Trump

Au-delà de l'activité locale contre l'ICE à Minneapolis et ailleurs, et des manifestations « No Kings ! », les organisations d'extrême gauche ont organisé des manifestations contre les agressions décidées par Trump contre le Venezuela et contre l'Iran, ainsi qu'en solidarité avec le mouvement anti-ICE.

L'organisation de ces manifestations a été dominée par des organisations d'orientation campiste, telles que le Parti du socialisme et de la libération (PSL) et l'Organisation socialiste Freedom Road (FRSO). D'autres groupes y ont également participé, parmi lesquels Solidarity, une organisation socialiste et révolutionnaire.

Jusqu'à présent, la principale organisation de la gauche américaine, les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), s'est davantage consacrée à l'intervention électorale qu'aux manifestations contre la guerre et aux mouvements de protestation de masse en général. Mais les choses sont en train de changer. Certaines sections de la DSA ont participé à des actions concernant le Venezuela et l'ICE, et il semble que la DSA s'impliquera dans l'opposition à la guerre que Trump mène au Moyen-Orient.

Perspectives d'unification du mouvement anti-Trump

Le climat social et politique actuel dans le pays a créé un immense espace pour la résistance. Ni la campagne contre les immigrés ni la guerre contre l'Iran ne feront disparaître l'affaire Epstein ni ne feront oublier aux classes populaires le coût de la vie, qui va continuer à augmenter avec la hausse du prix du pétrole provoquée par la guerre qui touche tout le Moyen-Orient. Contrairement à l'opération menée au Venezuela, la guerre contre l'Iran s'annonce longue. Les sondages montrent déjà que l'agression américaine bénéficie de peu de soutien et est fortement rejetée. La guerre va également accroître le mécontentement envers Trump parmi ses partisans du MAGA (Make America Great Again) et parmi certains représentants républicains à qui il avait promis de mettre fin aux aventures militaires telles que la guerre en Irak.

Le mouvement anti-ICE à Minneapolis et dans tout le pays s'est profondément enraciné dans les quartiers populaires. Ces événements récents laisseront une empreinte indélébile dans la conscience de millions de personnes et beaucoup deviendront réceptives à des analyses et à des programmes radicaux sur le plan social et politique.

Le fait que la population immigrée latino-américaine aux États-Unis fasse partie, dans sa grande majorité, des classes populaires rend possible une évolution de la conscience des masses, partant d'une simple défense de leurs voisins et voisines (ce qui est la perspective actuelle de nombreux participants au mouvement anti-ICE) pour avancer vers une opposition à Trump sur une base de classe plus claire. Les anticapitalistes et les syndicalistes de lutte doivent mettre en avant le caractère de classe des attaques de Trump et la composition populaire et ouvrière des communautés immigrées qui subissent son offensive.

Unifier les différentes composantes de la coalition de masse « No Kings ! », qui reflètent la résistance globale et sectorielle à Trump, avec le mouvement anti-ICE, et leur donner une direction démocratique et ouvrière indépendante du Parti démocrate, constituerait un grand pas en avant pour le mouvement anti-Trump. Mais les défis sont encore à venir. Indivisible est une organisation verticale où les décisions sont prises par les ONG et non par le mouvement de manière démocratique. Et ses dirigeants affichent ouvertement leur sympathie pour le Parti démocrate et leur intention d'utiliser les manifestations pour soutenir ce dernier.

May Day Strong pourrait peut-être servir de trait d'union entre les manifestations « No Kings ! », avec leurs différents éléments de gauche, et le mouvement anti-ICE, afin de constituer un vaste mouvement anti-Trump dans lequel les syndicats et les classes populaires prendraient la direction. Les organisateurs des manifestations du 28 mars conçoivent leur action comme une étape vers le 1er mai, ce qui contribuera à cette unité. Mais après le 1er mai, Indivisible déploiera de grands efforts pour orienter le mouvement vers le soutien au Parti démocrate en vue des élections de mi-mandat de novembre 2026, ce qui aurait un effet démobilisateur sur le mouvement.

Le potentiel des trois composantes de la résistance à Trump réside dans leur caractère de masse, dans leur utilisation de tactiques traditionnelles et nouvelles issues du répertoire de la contestation, dans leur ancrage profond dans les classes populaires et les communautés opprimées des États-Unis, et dans leur indépendance vis-à-vis du Parti démocrate. Et, compte tenu des enjeux des élections de mi-mandat de novembre prochain, préserver l'indépendance du mouvement sera une tâche particulièrement importante. ■

07/06/2026

Kay Mann, est membre de Solidarity, la section américaine de la Quatrième Internationale, et professeure de sociologie à l'université

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Déclaration de la Marche mondiale des femmes

28 avril, par Marche mondiale des femmes — ,
Partout, les femmes s'organisent. Des travailleuses de l'industrie textile aux défenseuses de la terre, des mouvements féministes aux communautés de base, nous tissons des (…)

Partout, les femmes s'organisent. Des travailleuses de l'industrie textile aux défenseuses de la terre, des mouvements féministes aux communautés de base, nous tissons des liens de solidarité au-delà des frontières. Nous renforçons un féminisme internationaliste et de base, ancré dans la résistance, la solidarité et le pouvoir collectif.

Tiré de Infolettre spéciale 24 avril 🌏
Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes

Le 24 avril est une journée de lutte, de mémoire et de solidarité féministe internationale. Elle s'inscrit dans notre calendrier commun de résistance, une journée où nous nous unissons au-delà des frontières pour dénoncer le pouvoir des sociétés transnationales sur nos corps, notre travail et nos territoires.

Nous commémorons cette journée en raison de l'effondrement du Rana Plaza, qui a coûté la vie à plus d'un millier de travailleuses de l'industrie textile. Elles produisaient pour des marques mondiales telles que Zara, Mango, C&A, etc., au sein d'un système qui privilégie le profit au détriment de la vie. Le Rana Plaza n'était pas un accident. C'était le résultat d'un système mondial d'exploitation qui perdure encore aujourd'hui.

Depuis lors, la violence des sociétés transnationales n'a fait que s'aggraver. Des industries textiles au Bangladesh aux zones d'exportation au Sri Lanka, les femmes continuent de subir des salaires bas, des conditions de travail dangereuses et la répression lorsqu'elles s'organisent. Le même système qui a causé la mort au Rana Plaza continue de fonctionner, intensifié, étendu et normalisé.

Les sociétés transnationales sont présentes dans tous les aspects de nos vies. Dans les vêtements que nous portons, dans la nourriture que nous consommons, dans la terre et l'eau dont nous dépendons. Dans les territoires côtiers, l'aquaculture et la pêche industrielle détruisent les écosystèmes, polluent les eaux et déplacent des communautés. Les femmes sont laissées seules pour assurer la survie dans ces conditions, nourrir leurs familles, reconstruire les communautés et résister face à la destruction écologique.

Dans le même temps, nous sommes confrontés à l'expansion du complexe militaro-industriel, l'un des plus grands pollueurs au monde et un pilier central de ce système. La militarisation, l'extractivisme et la convergence des pouvoirs des entreprises agissent de concert, aggravant les inégalités, accélérant l'effondrement climatique et renforçant la domination patriarcale.

Les gouvernements et les entreprises répondent à la crise non pas par la justice, mais par le contrôle. La crise climatique est traitée comme un « problème de sécurité », justifiant davantage de frontières, davantage de surveillance et davantage de militarisation, souvent en alliance directe avec les entreprises transnationales. La crise devient un nouveau terrain de profit. Sous le couvert de l'innovation et du progrès, les entreprises et les États étendent les systèmes de surveillance, de contrôle et de guerre. Les géants de la technologie et les industries militaires sont de plus en plus étroitement liés, façonnant un monde où la violence se cache derrière la technologie et est présentée comme inévitable.

Les attaques contre le Venezuela, notamment l'enlèvement du président Maduro et de la députée Cilia Flores, ainsi que les sanctions en cours contre Cuba, montrent comment l'impérialisme opère aujourd'hui, par le biais de pressions économiques, de coercition politique et d'intervention directe. Les femmes de ces territoires maintiennent la vie et la résistance dans des conditions de plus en plus difficiles.

Au Sahel, la militarisation est imposée comme solution à la crise, mais elle ne fait qu'aggraver l'instabilité. Les conflits armés, les interventions étrangères et les luttes pour les ressources se poursuivent, tandis que les femmes sont confrontées aux déplacements, à la violence et à l'exclusion des processus décisionnels.

La guerre contre l'Iran met encore davantage en évidence la logique violente de l'impérialisme, où l'intervention militaire et les intérêts géopolitiques priment sur la vie des populations. Depuis le début de l'année 2026, des frappes et des représailles à grande échelle ont causé des destructions massives, des pertes civiles et une instabilité régionale, tout en déclenchant une crise énergétique mondiale et en aggravant les difficultés économiques à l'échelle planétaire.

Dans le même temps, les femmes qui défendent la vie sont prises pour cibles. De l'assassinat de Berta Cáceres à la répression et à l'arrestation d'Esra Işık, nous observons une tendance mondiale à la criminalisation des femmes qui résistent. Défendre la terre, l'eau et la vie est devenu dangereux, mais c'est aussi là que la résistance se renforce le plus.

Nous sommes confrontés à un système mondial unique, où les entreprises, les États et le pouvoir militaire agissent de concert. Un système qui transforme la vie en marchandise, exploite la main-d'œuvre, détruit la nature et traite des communautés entières comme jetables.

Mais nous construisons également une réponse mondiale.

Nous affirmons que défendre la terre, c'est défendre la vie. Que s'opposer à la militarisation est une lutte féministe. Que la justice climatique ne peut exister sans remettre en cause les entreprises transnationales et les puissances impérialistes.

Nous exigeons la fin du complexe militaro-industriel et des systèmes qui le soutiennent. Nous exigeons justice pour celles et ceux qui ont perdu la vie au Rana Plaza et dans toutes les formes de violence d'entreprise. Nous exigeons la fin des sanctions, des occupations et des interventions impérialistes. Nous exigeons une justice climatique fondée sur la bienveillance, la souveraineté et la vie collective, et non sur le contrôle et le profit.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Comment l’Iran et les États-Unis préparent leurs prochaines actions. Au-delà quelles perspectives ?

28 avril, par Karim Sadjadpour, Ravi Agrawal — ,
[Nous publions ici un entretien publié le 22 avril dans Foreign Policy conduit par Ravi Agrawal, ex-reporter international durant 11 ans de CNN et actuel rédacteur en chef du (…)

[Nous publions ici un entretien publié le 22 avril dans Foreign Policy conduit par Ravi Agrawal, ex-reporter international durant 11 ans de CNN et actuel rédacteur en chef du magazine et site Foreign Policy, avec Karim Sadjadpour, Iranien d'origine, chercheur auprès de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Il nous paraît utile de prendre connaissance de la réflexion d'un analyste compétent, qui se démarque du trumpisme et nourrit la réflexion de secteurs des milieux démocrates états-uniens sur une guerre qui provoque une crise internationale aux multiples facettes. – Réd. A l'Encontre]

Tiré d'À l'encontre.

Mardi, quelques heures avant l'expiration prévue du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, le président américain Donald Trump a prolongé unilatéralement cet accord. Mais Téhéran n'a pas tardé à qualifier la prolongation du blocus américain des ports iraniens d'« acte de guerre ». L'entretien ci-dessous est une transcription légèrement éditée et condensée d'un podcast. (FP)

Ravi Agrawal : Commençons par le statu quo. Comment évaluez-vous la situation actuelle entre les États-Unis et l'Iran ?

Karim Sadjadpour : Nous nous trouvons entre une guerre froide et une guerre ouverte. Ni Trump ni les Iraniens ne souhaitent revenir à une guerre totale. Trump nourrit des attentes quelque peu irréalistes, pensant que ce régime iranien, dont les hauts dirigeants ont été décapités, sera capable de prendre une décision rapide sur un ensemble de questions aussi cruciales.

Ravi Agrawal : Nous avons tous compris que l'Iran tient le monde en otage en bloquant les navires dans le détroit d'Ormuz, et nos lecteurs le savent, mais un cinquième de tout le pétrole brut et du gaz naturel transite par là, en plus de nombreuses autres matières premières importantes. Ce qui est intéressant depuis une semaine environ, c'est que Trump a désormais contré le blocus. En d'autres termes, il dit en substance aux Iraniens : « Nous pouvons supporter la douleur, mais vous ne le pourrez peut-être pas. » Qui a désormais le seuil de tolérance le plus élevé face à la douleur économique ?

Karim Sadjadpour : D'une part, l'Iran se trouve dans une situation économique très difficile. C'était un pays qui, même avant cette guerre, était au bord de l'insolvabilité. Les manifestations de janvier dernier portaient sur la situation éconique désastreuse du pays, et le régime a probablement subi des dizaines de milliards, voire plus de 100 milliards de dollars, de dommages au cours de cette guerre.

Pour les États-Unis, en revanche, la situation économique s'est révélée meilleure que prévu à certains égards. L'Iran suit de près le soutien de l'opinion publique états-unienne au président Trump et à la guerre, dans l'espoir que le soutien limité de la population à cette guerre freine les ambitions du président Trump de la poursuivre. Lors du premier cycle de négociations – après avoir discuté avec l'un des négociateurs américains à Islamabad –, on avait le sentiment qu'il s'agit d'un régime qui, malgré ses fanfaronnades et son assurance en public, a désespérément besoin d'argent, d'un allègement des sanctions et du déblocage de ses avoirs. C'est l'avantage dont disposent toujours les régimes autoritaires lorsqu'ils affrontent des démocraties : ils ne se soucient pas de l'opinion publique de la même manière.

Ravi Agrawal : Je suis curieux de savoir comment la question nucléaire est abordée dans les négociations en ce moment et comment elle le sera dans les jours et les semaines à venir. Et je pose cette question en gardant surtout à l'esprit que le régime dispose désormais de cette autre arme, à savoir la capacité de perturber l'économie mondiale. Pour les dirigeants iraniens, cela modifie-t-il leur besoin d'une force de dissuasion nucléaire ? Comment pensez-vous qu'ils aborderont la question nucléaire lorsqu'elle deviendra un point d'achoppement dans les pourparlers ?

Karim Sadjadpour : Je ne vois pas l'Iran renoncer à ses ambitions nucléaires.

Vous avez tout à fait raison concernant leur découverte, au cours des cinq dernières semaines, que l'uranium déjà enrichi est un outil bien plus puissant que l'enrichissement de l'uranium.

Des pays comme Israël, les voisins de l'Iran et les États-Unis sont certes profondément préoccupés par les capacités nucléaires croissantes de l'Iran, mais la plupart des citoyens à travers le monde ne sont pas réellement touchés par le programme nucléaire iranien. Lorsque le détroit d'Ormuz est bloqué et qu'un cinquième du pétrole, du gaz naturel et des engrais mondiaux est immobilisé, les citoyens du monde entier en ressentent les conséquences. C'est ce que voulait l'Iran : quelque chose qui aurait un impact sur les citoyens du monde entier.

Mais compte tenu de tout ce qu'ils ont investi dans le programme nucléaire au cours des 25 dernières années, si l'on prend en compte à la fois les coûts irrécupérables du programme, les coûts d'opportunité et les sanctions, le montant total dépasse sans doute mille milliards de dollars. Ce n'est pas quelque chose auquel ils sont prêts à renoncer. Ils sont déjà entrés en guerre à deux reprises plutôt que de transiger sur ce qu'ils considèrent comme leur droit d'enrichir de l'uranium.

L'une des leçons qui est apparue clairement à tous est que les pays qui ont renoncé à leurs programmes nucléaires se sont rendus vulnérables à l'intervention extérieure, tandis que les pays dotés d'armes nucléaires se sont octroyé une sorte de bouclier d'immunité. Même si un accord sur le nucléaire est finalement signé avec les Iraniens, je ne suis pas convaincu que ce sera la fin de l'histoire. Il existe un quasi-consensus à Téhéran sur le fait que le régime a besoin d'armes nucléaires, et je ne suis pas convaincu qu'ils renonceront à ces ambitions d'un simple trait de plume.

Ravi Agrawal : L'autre point de friction potentiel concernait les missiles balistiques, mais Trump affirme désormais que les missiles balistiques constituent un problème régional ; en d'autres termes, cela ne sera peut-être pas un enjeu majeur dans les négociations des prochaines semaines.

Karim Sadjadpour : Trump a considérablement revu ses exigences à la baisse au cours des six dernières semaines. Dans son discours au début de la guerre, il nourrissait de grandes ambitions : détruire le programme nucléaire iranien, ses missiles et ses drones, ainsi que ses représentants régionaux [Hezbollah, factions militarisées d'Irak, etc.], et peut-être même renverser le régime. Six semaines plus tard, les missiles, les drones, les représentants et le changement de régime [d'autant plus que Trump affirme qu'il a eu lieu comme résultat des « décapitations »], pour autant que nous le sachions, ne font même plus partie des négociations. Nous recherchons leur coopération plutôt que leur capitulation totale, de sorte que les négociations se sont concentrées plus étroitement sur la seule question nucléaire.

C'est un sujet de profonde préoccupation, en particulier pour nos alliés du golfe Persique, car ils ne craignent pas que l'Iran les frappe avec des armes nucléaires, mais ils ont été la cible des missiles et des drones iraniens au cours des six dernières semaines. Les Émirats arabes unis ont subi plus de 3000 attaques. Lorsque je m'entretiens avec les dirigeants de ces pays, ils me disent : « Il y a trois mois, nous nous serions contentés d'un accord sur le nucléaire, mais aujourd'hui nous avons besoin d'un accord qui inclue les missiles et les drones, car il s'agit d'armes offensives, et non défensives, pour l'Iran. » L'Iran a appris à produire en masse ses propres missiles et drones, et dans certains cas, il dispose de bases souterraines profondes où sont fabriqués ces missiles, qui sont difficiles à atteindre. Ainsi, même si les États-Unis parviennent à conclure un accord sur le nucléaire avec l'Iran, les menaces que la République islamique fait peser sur ses voisins régionaux et sur Israël persisteront.

Ravi Agrawal : Parlons des dirigeants iraniens, qui ne forment pas un bloc monolithique. Selon certaines informations, les médias d'État iraniens auraient critiqué le président du Parlement, [Mohammad Bagher] Ghalibaf, pour avoir choisi de négocier avec les États-Unis lors de son séjour à Islamabad la semaine dernière. Cela me laisse penser qu'il existe au sein de l'armée un groupe encore plus intransigeant que ce que nous imaginions actuellement des plus hauts dirigeants.

Karim Sadjadpour : La faction politique de l'ayatollah [Ali] Khamenei, le défunt guide suprême [assassiné par une frappe] qui a régné pendant 37 ans, se qualifie elle-même de « principialiste », ce qui signifie qu'elle est fidèle aux principes de la révolution de 1979 – ce qui, pour moi, signifie la résistance contre les États-Unis et Israël. Khamenei a longtemps estimé que renoncer à ses principes précipiterait la chute d'un gouvernement. L'exemple le plus frappant pour lui fut lorsque [l'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl] Gorbatchev tenta de réformer l'Union soviétique. Cette ligne de pensée principiste reste dominante en Iran.

Il y a également d'autres personnes tout aussi attachées à la révolution et à la République islamique, mais qui estiment que pour préserver le système il ne faut pas être en guerre permanente avec les États-Unis et Israël. Ce n'est tout simplement pas une façon de diriger un pays que d'être le pays le plus sanctionné au monde, totalement isolé et en conflit permanent avec ses voisins. Le terme que nous utilisons pour désigner ces personnes est « pragmatiques ». Elles ont tendance à faire passer les intérêts économiques et nationaux avant l'idéologie révolutionnaire. Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement, est peut-être le meilleur exemple de quelqu'un considéré aujourd'hui comme un pragmatique à Téhéran.

Il n'y a pas de différence fondamentale quant à l'issue finale, dans la mesure où chacun de ces groupes est attaché au maintien de la République islamique. Pour résumer la pensée des partisans de la ligne dure, on peut dire qu'ils craignent que si l'Iran se réforme, il ne finisse comme l'Union soviétique. Le modèle des pragmatiques est la Chine, après la mort du président Mao [Zedong] et l'arrivée de Deng Xiaoping, qui a donné la priorité aux intérêts économiques plutôt qu'à la Révolution culturelle. À l'heure actuelle, compte tenu de la profonde méfiance entre les États-Unis et l'Iran, il est difficile pour quiconque d'ignorer le cynisme des principalistes, car ils diront : « Écoutez, à deux reprises alors que nous négociions avec les États-Unis, ils nous ont attaqués, et ces négociations pourraient bien n'être qu'une nouvelle ruse pour nous amener à baisser la garde et leur permettre d'attaquer à nouveau. »

Ce qui n'est clair pour personne pour l'instant, c'est la position du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, dans ce débat entre les partisans de la ligne dure et les pragmatiques, car Mohammad Bagher Ghalibaf entretient une relation de longue date avec Mojtaba. Ils se connaissent depuis au moins deux décennies et sont originaires de la même ville, Mashhad. Ghalibaf a déclaré publiquement qu'il agissait avec la bénédiction de Mojtaba Khamenei ; d'autres personnalités plus radicales affirment le contraire. C'est l'une des raisons pour lesquelles il a été difficile pour le régime de parvenir à un consensus.

Mais, comme je l'ai dit, ce n'est pas nécessairement un phénomène nouveau. Si l'on prend l'exemple de l'accord nucléaire conclu sous Obama, le JCPOA [Plan d'action global conjoint], ce processus a nécessité environ deux ans de négociations. C'est tout simplement la culture politique de la République islamique. La résistance est glorifiée. Et le mot désignant un « conciliateur » en persan, sazeshkar, est presque une insulte. Telle est la culture politique de la République islamique depuis 1979.

Ravi Agrawal : Je me demande s'il existe aujourd'hui des scénarios dans lesquels vous envisagez l'effondrement du régime, ou si cela ne va tout simplement pas se produire ?

Karim Sadjadpour : L'histoire nous enseigne que lorsque des gouvernements révolutionnaires naissants subissent une attaque militaire extérieure, cela contribue souvent à consolider leur pouvoir. Un bon exemple est l'invasion de l'Iran de [Ruhollah] Khomeini par Saddam Hussein en 1980, qui a aidé le gouvernement révolutionnaire naissant de Téhéran à consolider son pouvoir. La baie des Cochons et Fidel Castro constituent un exemple similaire. Mais on observe l'inverse lorsque des dictatures en phase avancée subissent une humiliation militaire extérieure. Rétrospectivement, on constate souvent que cela a en réalité accéléré leur chute. L'humiliation soviétique en Afghanistan en est un bon exemple ; la défaite de [Slobodan] Milosevic face à l'OTAN en est un autre.

Cette guerre dure depuis deux mois, et pour l'instant aucune fissure n'est visible au sein du système. Il n'y a pas eu de manifestations populaires depuis le début de cette guerre, car la population vit sous les bombardements aériens. Mais une fois le conflit terminé, ce régime héritera d'une situation dramatique, et pas seulement d'un pays en proie à d'énormes difficultés économiques. Il est aujourd'hui, profondément, encore plus impopulaire et discrédité auprès de ses voisins, et ces griefs politiques et sociaux n'ont pas disparu. Il est donc plausible que, dans six mois, un an ou deux ans, nous regardions en arrière et constations que la guerre a amplifié les défis existants du régime et l'a contraint soit à changer, soit à imploser. Mais pour l'instant, rien ne laisse présager cela.

Ravi Agrawal : Quelle place occupe désormais Israël dans tout cela ? Il semble que le régime iranien restera en place. Il disposera toujours d'un programme de missiles balistiques et de ses supplétifs. Le Hezbollah est gravement affaibli, mais ce front reste actif, et les rebelles houthis sont toujours en activié. Si vous étiez Israël, comment envisageriez-vous désormais la suite des événements ? Cela en valait-il la peine ?

Karim Sadjadpour : À mon avis, si l'on examine la situation mondiale pour déterminer quels pays se portent mieux aujourd'hui qu'avant la guerre il y a deux mois, le seul que je citerais avec certitude est la Russie. La Russie est tout simplement beaucoup plus riche qu'il y a quelques mois en raison de la flambée des prix du pétrole et de la prime de risque liée à l'énergie. Les États-Unis étant enlisés en Iran, ils ont moins de temps à consacrer à l'Ukraine.

Certains ont également avancé l'argument selon lequel Israël se porte mieux. Je pense que cela reste à voir. De toute évidence, l'Iran est un pays plus faible sur le plan militaire qu'il ne l'était il y a deux mois. Sa capacité à projeter sa puissance est moindre qu'auparavant. Mais de l'avis général, ces capacités sont des éléments que l'Iran peut reconstruire. Nous disposons de rapports contradictoires quant à l'étendue de la destruction des missiles et des lanceurs de missiles iraniens. Au début de la guerre, on estimait que nous avions obtenu de bien meilleurs résultats. Aujourd'hui, les rapports indiquent qu'il leur reste au moins 50% de leur arsenal de missiles. Ils ont compris comment fabriquer des missiles et des drones comme ils fabriquent des voitures. C'est quelque chose qu'ils peuvent faire assez rapidement. Donc, si vous êtes Israël et que votre ennemi mortel vient d'être gravement affaibli mais a survécu et s'apprête désormais à redoubler d'efforts dans toutes les politiques qui vous menaçaient, ce n'est pas un résultat idéal.

À mon avis, tant pour Israël que pour les États-Unis, vous ne dormirez jamais tranquille tant que l'Iran n'aura pas un gouvernement dont le principe organisateur est son propre intérêt national, plutôt qu'une idéologie révolutionnaire. Un Iran qui soit représentatif de son propre peuple ou, à tout le moins, représentatif de ses propres intérêts nationaux, se comportera très différemment envers Israël et les États-Unis. Il s'agirait davantage d'une relation de complémentarité que d'une relation d'adversité. Il me semble que ces deux derniers mois nous ont éloignés de cet objectif plutôt que de nous en rapprocher.

Ravi Agrawal : Si l'on élargit la perspective, dans quelques mois ou quelques années, je suis curieux de savoir comment la région percevra l'Iran différemment. Si vous êtes le Qatar, l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, vous envisagez désormais votre sécurité d'une manière très, très différente de ce que vous faisiez auparavant. Vous voyez l'Iran sous un angle très différent de celui d'autrefois. Pour prendre encore plus de recul, un pays comme le Pakistan, qui a fait la une des journaux en tant que médiateur entre les États-Unis et l'Iran, souffre également énormément. Il tire 80% de son pétrole brut du Golfe. Il dispose d'une marge de manœuvre budgétaire limitée pour subventionner l'énergie. Il a pratiquement fermé ses universités. Les fonctionnaires travaillent quatre jours par semaine. C'est une épreuve très dure pour un pays qui ne pourrait peut-être pas supporter davantage de difficultés que celles qu'il a déjà endurées – et cette situation se retrouve pratiquement partout en Asie. De nombreux pays répercutent en effet des coûts très lourds sur leur population, sous la forme d'un rationnement du gaz de cuisine, par exemple. Pour tous ces pays, il faut s'attendre à ce que leurs relations avec l'Iran changent, même s'ils ont pu être idéologiquement proches. Comment Téhéran pourrait-il envisager ce paysage si différent ? Dans six mois, dans deux ans.

Karim Sadjadpour : Vous avez tout à fait raison. C'est le cadre dans lequel je place les pays du Golfe et l'Iran. Il y a des pays que j'appelle les « faucons ». Leur objectif est de construire des villes et des économies de classe mondiale et de devenir des pôles internationaux de transport, de finance et de technologie. Et puis vous avez l'Iran et ses mandataires, que je qualifie de « vautours ». Ils tirent profit de l'instabilité et du chaos. Si vous examinez les pays que l'Iran dominait avant le 7 octobre 2023, il s'agissait essentiellement de cinq États défaillants : le Liban, la Syrie, le Yémen, l'Irak et Gaza. Leurs modèles économiques sont très, très différents. Le Golfe a besoin de stabilité. Si l'on veut être une plaque tournante internationale, on ne peut pas être une zone de guerre. Dans un pays comme les Émirats arabes unis, où peut-être jusqu'à 90% des résidents ne sont pas originaires du pays, si l'endroit ressemble à une zone de guerre, on risque un exode massif de la population. L'Iran, en revanche, prospère dans le chaos et l'instabilité. Il peut combler les vides de pouvoir avec ses milices ou se livrer à une guerre asymétrique.

Je ne vois pas cette dynamique fondamentale changer tant que la République islamique sera au pouvoir. J'ai effectué un programme Fulbright [bourses d'études subventionnée par le département d'État des États-Unis] il y a de nombreuses années à Beyrouth, et ce que j'ai surtout retenu de cette année-là, c'est qu'il faut des décennies pour construire des choses et quelques semaines pour les détruire. Ceux qui se livrent à la destruction ont un énorme avantage, car cela peut être rapide et peu coûteux. Construire des choses nécessite beaucoup de capitaux et de nombreuses décennies. Contrairement à ce que certains articles laissent entendre, ces pays du Golfe n'ont en réalité pas accueilli favorablement cette guerre. Je pense qu'ils ont tenté de dissuader les États-Unis de la lancer. Mais maintenant que nous avons donné un coup de batte de baseball dans ce nid de guêpes, ils veulent que les États-Unis restent sur place et continuent à les défendre. Vous les entendrez dire que les États-Unis doivent aller jusqu'au bout. Je ne pense pas qu'ils aient une idée précise de ce que cela signifie exactement, mais au minimum, cela signifie qu'il ne faut pas permettre à l'Iran de continuer à contrôler le détroit d'Ormuz.

En ce qui concerne le Pakistan, l'un des développements intéressants au cours des mois qui ont précédé la guerre a été le traité de défense mutuelle qu'il a signé avec l'Arabie saoudite. Pour les Saoudiens, si vous le leur demandez, cela s'est avéré avoir des conséquences importantes. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles le Pakistan s'est retrouvé dans ce rôle de médiation. Vous en avez souligné certaines très importantes. Leur économie est profondément affectée par ce conflit. Ils veulent voir le détroit s'ouvrir. Mais aussi, si l'Iran continuait à lancer des frappes contre l'Arabie saoudite – je crois qu'il y a même eu une déclaration rappelant à l'Iran qu'ils ont un traité de défense mutuelle avec l'Arabie saoudite –, ils seraient contraints d'entrer dans le conflit.

Ravi Agrawal : Dernière question. Depuis plusieurs mois maintenant, vous et moi discutons en coulisses de ce à quoi ressemblera l'Iran à l'avenir. Quel pourrait être son modèle ? Ce pourrait être la Corée du Nord, un isolement total mais avec une bombe. Ce pourrait être le Pakistan, un contrôle militaire et un semblant de démocratie, mais avec une bombe. On pourrait également envisager un modèle cubain ou un modèle turc. Compte tenu de tout ce qui s'est passé ces deux derniers mois, quels sont les scénarios les plus probables quant à ce à quoi ressemblera l'Iran dans les années à venir ?

Karim Sadjadpour : L'essai que j'ai rédigé l'automne dernier présentait cinq scénarios plausibles pour un Iran post-[Ali] Khamenei. Je vais simplement les mentionner brièvement, par ordre décroissant de probabilité selon moi. L'Iran à la manière de la Russie : le système est incapable de se réformer et finit par imploser comme l'Union soviétique, mais ressemble alors à la Russie post-soviétique. L'Iran à la manière de la Chine. L'Iran à la manière du Pakistan : se transformant en une dictature militaire plus explicite. L'Iran à la manière de la Turquie : un gouvernement peut-être un peu plus représentatif, mais plus populiste. Le dernier modèle est l'Iran à la manière de la Corée du Nord.

À l'époque, je pensais que l'Iran à la manière de la Corée du Nord était l'issue la moins probable. Malheureusement, à l'heure actuelle, du moins à court terme, c'est peut-être l'issue la plus probable de cette guerre. Encore une fois, cela dépend en partie de l'état de santé de Mojtaba Khamenei. Mais pour l'instant, l'Iran ressemble à une nouvelle dictature héréditaire et idéologique nourrissant des ambitions nucléaires. Ils ont prouvé qu'ils étaient prêts – comme ils l'ont fait en janvier dernier – à tuer peut-être des dizaines de milliers de personnes pour rester au pouvoir. Ils continueront à devoir gouverner d'une main de fer, compte tenu de leur manque de légitimité. Malheureusement, cela semble être un scénario plausible à court terme. Dans un an ou deux, ce sera un peu plus difficile à dire. La grande différence entre l'Iran et la Corée du Nord est que la société iranienne est très différente de la société nord-coréenne, comme nous l'avons déjà évoqué. C'est une société qui aspire à ressembler à la Corée du Sud. (Article publié sur le site Foreign Policy le 22 avril 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)

22 avril 2026, Jour de la Terre à Québec : Faire Front contre l’inaction climatique

28 avril, par PTAG ! — , ,
Ce 22 avril 2026, plus de 500 personnes se sont mobilisées dans les rues de Québec pour dénoncer l'inaction politique des gouvernements face à la crise climatique et à (…)

Ce 22 avril 2026, plus de 500 personnes se sont mobilisées dans les rues de Québec pour dénoncer l'inaction politique des gouvernements face à la crise climatique et à l'effondrement de la biodiversité, et particulièrement contre le gouvernement de la CAQ. La manifestation a regroupé des organisations écologistes, syndicales, féministes, populaires et étudiantes. PTAG reproduit ici quelques discours (sous forme vidéo et audio) qui ont été prononcés à cette occasion ainsi que le tract du Conseil central de Québec-Chaudières-Appalaches qui résume bien les enjeux qu'il était nécessaire de soulever en cette Journée de la terre.

Après les salutations d'usage et une reconnaissance territoriale, les militant·es du Collectif de Québec pour la paix expliquent les liens entre la montée du militarisme et la multiplication des guerres dans le monde actuel et l'approfondissement de la crise climatique.

Les animatrices présentent les revendications défendues par cette manifestation le tout ponctué de slogans bien sentis

Certaines des interventions faites devant l'Assemblée nationale du Québec ce 22 avril 2026

      • Cette représentante de l'Association des étudiants et étudiantes en sciences sociales de l'Université Laval dénonce l'irresponsabilité des gouvernements face à la crise climatique et souligne la nécessité pour construire l'avenir et protéger la planète de donner plus de place à la jeunesse et aux peuples autochtones.

      • Intervention de François Proulx-Dupéré, sécréttaire général du Conseil central Québec-Chaudières appalaches du Conseil central. Il dénonce avec l'irresponsabilité du gouvernement de la CAQ et salue l'unité combative des différents mouvements sociaux.

      • Intervention de Jeanne Côté du Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur dénoncé les impacts sur le quotidien de la crise climatique que nous vivons.

      • Intervention du Front de résistance écologique et de défense autochtone - FREDA. Le FREDA est un groupe né d'une urgence : celle de protéger la vie sous toutes ses formes — les forêts, les corps, les mémoires, les enfants et l'avenir. Il rassemble des femmes, des personnes autochtones, des alliées et des survivantes. Certaines membres portent les cicatrices du colonialisme, d'autres ont vu leurs communautés détruites par les politiques d'assimilation.

FAIRE FRONT CONTRE L'INACTION CLIMATIQUE - Tract du Conseil centraL de Québec-Chaudière-Appalaches de la CSN

Faire front pour remettre la crise climatique au coeur des préoccupations et des décisions des gouvernements. Face à une situation internationale tendue et à la montée d'une droite dure niant
la science, les questions du climat et de l'environnement ont été mises de côté. Pire, les gouvernements reculent sur des engagements qui y étaient déjà insuffisants pour faire face à l'ampleur des défis.

Faire front pour accélérer la lutte aux changements climatiques parce que c'est complètement irresponsable de refiler la facture climatique aux générations futures. Ça prend un plan de lutte aux changements climatiques pour organiser et planifier les changements nécessaires plutôt que de les subir. Il faut impliquer [et écouter !) les communautés locales.

Faire front pour transformer notre économie pour créer des emplois verts dans toutes les régions. Si on ne veut pas manquer le bateau d'une économie verte, c'est maintenant qu'il faut poser des gestes forts pour assurer une transition juste pour les communautés et les travailleuses et les travailleurs.

Faire front pour une modernisation du régime forestier qui assure une foresterie véritablement durable et inclusive au Québec. La gestion de la forêt publique doit être confiée à des sociétés régionales d'aménagement où tous les acteurs concernés seraient représentés.

Les participant-es au premier Forum syndical sur la transition juste organisé par le CCQCA le 22 janvier 2025.

Faire front pour un financement adéquat assurant le développement du transport en commun qui joue un rôle majeur non seulement pour réduire les GES mais également pour la justice sociale. C'est absurde que le Québec se prive des milliards du Fonds pour le transport en commun du Canada faute d'entente avec le fédéral.

Faire front pour faire reculer la sous-traitance dans les services publics et refuser le cheval de troie des PPP « verts » en transport. Les sociétés publiques doivent conserver leur expertise à l'interne
et former leurs employé-es pour faire face à la transition juste.

Confier la réalisation, la gestion ou l'entretien de projets de transport structurant, comme le tramway à Québec, à l'entreprise privée n'a aucun sens.

Faire front pour un transport collectif et public abordable, efficace et accessible à toutes et à tous pour répondre aux besoins des différentes populations du territoire. La justice climatique et sociale commande une réduction des tarifs de transport, financée par une augmentation proportionnelle du financement gouvernemental, dans une perspective de gratuité.

Faire front pour des mesures structurantes pour améliorer la qualité de l'air, notamment en rétablissant d'urgence les limites d'émission de nickel et en s'attaquant aux transports les plus polluants.

La CSN mène la campagne Faire front en exigeant que les partis politiques s'engagent à porter nos revendications à quelques mois des élections.

CONTRE L'INACTION CLIMATIQUE, LA CSN PROPOSE EN PRIORITÉ :

> Un plan de lutte aux changements climatiques pour mettre en oeuvre la transition juste.

> Une politique structurante pour le secteur forestier.

> Une bonification du financement public du transport interurbain et du transport en commun des villes.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Retour sur la mobilisation « Le communautaire à boutte »

28 avril, par Le Berceau — , ,
Nous publions ici le bilan très concret du groupe Le Berceau, qui revient sur la grève du mouvement le Communautaire à boutte ! (PTAG) Tiré de Le Berceau Du 23 mars au 2 (…)

Nous publions ici le bilan très concret du groupe Le Berceau, qui revient sur la grève du mouvement le Communautaire à boutte ! (PTAG)

Tiré de Le Berceau

Du 23 mars au 2 avril : une mobilisation forte et nécessaire

Du 23 mars au 2 avril, notre équipe du Berceau s'est jointe au mouvement « Le communautaire à boutte », une mobilisation provinciale qui a rassemblé autour de 1882 organismes à travers le Québec.

Ces deux semaines ont été marquées par des actions significatives, porteuses de sens, et profondément ancrées dans la réalité que vivent les organismes communautaires.

Une mobilisation qui a pris vie, jour après jour

La mobilisation a débuté le lundi 23 mars avec un moment de création rassembleur. L'équipe du Berceau s'est rendue aux locaux de la CDC de la Vallée-du-Richelieu à Beloeil pour concevoir des affiches et des vidéos d'impact. Un temps pour réfléchir, créer et mettre en images une réalité vécue sur le terrain.

Le mardi 24 mars, ces contenus ont été diffusés sur les réseaux sociaux, permettant de sensibiliser un plus large public et de faire rayonner le message du communautaire.

Le mercredi 25 mars, une première action de mobilisation a eu lieu au CLSC des Patriotes à Beloeil.

Pendant deux heures, dans un geste silencieux mais puissant, des participantes et participants sont entrés dans le CLSC pour déposer de petites fleurs rouges dans un panier, dans la salle d'attente des prélèvements. Une action symbolique forte, empreinte de respect et de solidarité.

Le jeudi 26 mars, la mobilisation s'est déplacée en après-midi à Longueuil, devant l'hôpital Pierre-Boucher où plusieurs organismes financés par le Ministère de la Santé et des Services sociaux, avec une participation de 300 personnes se sont rassemblées pour faire entendre leur voix.

Le vendredi 27 mars, un moment marquant de la mobilisation régionale a eu lieu au parc St-Mark à Longueuil. Une marche de 2 km suivie d'un grand rassemblement a réuni environ 3 000 personnes de la région de la Montérégie. L'événement, animé notamment par Mathieu Gratton, a témoigné de l'ampleur du mouvement et de la force du communautaire lorsqu'il se tient uni.

La deuxième semaine s'est amorcée le lundi 30 mars avec un rassemblement devant le bureau de circonscription du député de Borduas, Simon Jolin-Barrette, à Beloeil. Une occasion de porter directement le message auprès des instances décisionnelles.

Le mardi 31 mars, malgré une météo difficile, une mobilisation locale importante a eu lieu dans la Vallée-du-Richelieu. Une chaîne humaine s'est formée sur le pont Jordi-Bonet, rassemblant de nombreux organismes communautaires. Pour l'occasion, Le Berceau a offert café et croissants aux personnes souhaitant se joindre au mouvement, créant un moment chaleureux avant de se diriger ensemble vers cette action collective forte.

Le mercredi 1er avril, nous avons marqué le coup avec un poisson d'avril en envoyant un communiqué de presse annonçant la « fermeture de notre centre ». Celui-ci a été transmis à notre député de Borduas, Simon Jolin-Barrette, à Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, ainsi qu'à Christine Fréchette, nouvelle première ministre du Québec. Plusieurs organismes se sont mobilisés autour de cette initiative.

Finalement, le jeudi 2 avril, la mobilisation s'est conclue par un grand rassemblement provincial devant l'Assemblée nationale à Québec, réunissant plus de 10 000 personnes issues du milieu
communautaire.

Huit membres de l'équipe du Berceau étaient présents. Un autobus, organisé par les acteurs de la Vallée-du-Richelieu, a permis à 54 personnes de la région de participer à cet événement d'envergure, qui s'est tenu de 11 h à 14 h.

Une réalité bien présente sur le terrain

Tout au long de ces deux semaines, un constat s'est imposé : les organismes communautaires sont à bout de souffle.

Au Berceau, comme ailleurs, nous observons :
• Une augmentation importante des besoins chez les familles
• Des réalités de plus en plus complexes
• Des ressources limitées pour répondre adéquatement

Une mobilisation fidèle à notre mission

Participer à cette mobilisation, c'était aussi affirmer notre engagement envers les familles.
Chaque action posée, chaque présence sur le terrain, portait un message clair : soutenir les parents, briser l'isolement et offrir un espace humain et accessible demeurent essentiels.

Et la suite ?

Si la mobilisation est maintenant terminée, les enjeux, eux, persistent.

Au Berceau, nous poursuivons notre mission avec cœur et détermination. Et nous continuerons de faire entendre la voix du communautaire, pour que chaque famille puisse trouver le soutien dont elle a besoin, aujourd'hui et pour les années à venir.

💛 Merci à toutes les personnes, organismes et partenaires qui ont contribué à cette mobilisation. Ensemble, nous continuons de faire une différence !

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Hydro-Québec : une publicité trompeuse ?

28 avril, par Claude Charron — , ,
Le 1er avril 2026, Hydro-Québec réservait dans les journaux régionaux une page de publicité (1) en vue de préparer les citoyens au choc d'un vaste appel d'offres portant sur (…)

Le 1er avril 2026, Hydro-Québec réservait dans les journaux régionaux une page de publicité (1) en vue de préparer les citoyens au choc d'un vaste appel d'offres portant sur l'acquisition d'énergie éolienne qui devait être lancé le 10 avril.

Ce projet, qui prévoit l'implantation de plusieurs centaines d'éoliennes de plus de 200 mètres (plus hautes que la Place Ville-Marie), aurait un potentiel dévastateur pour tout le sud du Québec, notamment parce qu'il doit se déployer dans un milieu densément peuplé et sur des terres agricoles de grande qualité et nécessiterait d'innombrables lignes de transmission.

Dans cette publicité, Hydro-Québec affirme que le rôle de ces nouveaux parcs éoliens sera d'alimenter deux millions de foyers. L'ennui, c'est qu'il ne s'agit pas de foyers québécois, mais plutôt de foyers états-uniens de New-York et du Massachusetts. Les contrats d'approvisionnement de ces deux États viennent d'entrer en vigueur, mais Hydro-Québec peine déjà à fournir l'énergie nécessaire, soit l'équivalent de deux fois la production des 45 parcs éoliens du Québec. De plus, comme l'énergie éolienne lui coûte 13 cents/kWh et qu'elle la revend ensuite 9 cents/kWh aux États-uniens, ceux-ci économisent plus de 150 millions $/année (2) aux dépens des consommateurs québécois qui épongent déjà depuis près de 15 ans les surcoûts de l'éolien par une hausse de 10 à 15 % de leur facture d'électricité. Sans compter que ces nouveaux approvisionnements éoliens pourraient être dirigés vers des industries énergivores étrangères (hydrogène, mines, batteries) qui se sont vu octroyer d'importants blocs d'énergie par le gouvernement de la CAQ au détriment de nos entreprises en recherche active d'électricité pour se développer.

Analysons quelques autres affirmations trompeuses d'Hydro-Québec.

HQ : « Une implantation réussie passe par la collaboration avec les milieux d'accueil ». Il s'agit là d'une collaboration à sens unique ; en effet, les ententes MRC – promoteur – gouvernement concernent surtout la viabilité économique du projet et non les impacts sur les populations riveraines qui, écartées de tout processus décisionnel, subissent l'industrialisation de leur milieu de vie.

HQ : « Cela permet de concevoir des parcs éoliens qui s'intègrent bien au territoire. » Les éoliennes mitent le territoire et dégradent le paysage. Et aucune mesure d'atténuation n'est possible pour de telles structures atteignant plus de 200 mètres de hauteur et visibles à plus de 30 km. De plus, la multiplication des parcs éoliens exacerbera la covisibilité, soit les effets d'encerclement et d'écrasement chez des milliers de riverains.

HQ : « Les parcs éoliens créent des emplois locaux pendant la construction et leur exploitation ». Pendant la construction, plusieurs dizaines d'emplois temporaires sont certes créés, mais les riverains doivent vivre avec le bruit et la poussière et les routes défoncées. Pendant l'exploitation, environ 3 à 4 emplois/100 MW sont créés, sans qu'aucune autre activité économique directe ou indirecte ne soit générée. Au contraire, la perte d'attrait nuit à la vitalité économique des communautés.

HQ : « Les parcs éoliens aident les municipalités partenaires à générer des revenus supplémentaires ». Pour certaines municipalités, l'apport financier sera tangible, mais dans la majorité des cas les gains seront modestes, du moins selon une étude de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) qui conclut que le jeu n'en vaut pas la chandelle. (3) Ces revenus sont en outre contraires aux intérêts des abonnés d'Hydro-Québec, qui financent ces partenariats par une hausse de leur facture d'électricité. Il s'agit donc plutôt de subventions ou d'une taxe éolienne déguisées en redevances.

HQ : « On développe une richesse collective qui rapporte à toute la province ». Une richesse collective qui profite surtout aux promoteurs privés et à quelques propriétaires terriens, dont 75 % n'habitent pas la zone touchée et ne subissent donc pas les nuisances. Les surcoûts de l'éolien responsables de notre appauvrissement collectif depuis 25 ans dépassent largement les 10 milliards $ et ne feront qu'augmenter avec ce nouvel appel d‘offres. (4).

Lors de sa dernière annonce publique pour l'inauguration de la mise en chantier du projet éolien Des Neiges, M. Legault a affirmé : « Je suis très confiant qu'on va trouver des emplacements d'éoliennes où la majorité de la population qui vit dans ces espaces sera d'accord… Qu'il y ait quelques personnes qui ne soient pas d'accord, c'est normal. ». M. Legault passe ainsi sous silence les fortes majorités de citoyens qui ont dit non à un mégaprojet éolien en Mauricie, ainsi que les nombreux mouvements citoyens qui, partout, clament que ces projets sont une aberration en milieu habité. En effet, les gisements éoliens du Nord du Québec, implantés près des barrages et des lignes de transmission, offrent des rendements nettement supérieurs et des économies d'échelles profitables, et satisfont surtout à la nécessaire acceptabilité sociale. Par ailleurs, les citoyens, la société civile, plusieurs élus, l'UPA, etc. n'ont de cesse de réclamer une vaste consultation sur la place de l'éolien dans le cadre énergétique québécois, ainsi que la tenue obligatoire de référendums telle que recommandée par les commissaires du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE). (5)

Les gens ne sont pas dupes des coûts financiers, des coûts environnementaux et des coûts sociaux générés par les projets éoliens. Pas étonnant que ce gouvernement, totalement déconnecté des besoins et des valeurs de la population, se soit effondré sous le poids de ses mauvaises décisions. Souhaitons que les prochains élus pensent et agissent dans l'intérêt public et visent l'atteinte d'une meilleure qualité de vie pour l'ensemble des citoyens, seule vraie richesse à léguer à nos enfants.

Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus

(1) Le vent : un allié pour notre avenir énergétique, La Nouvelle Union, 1er avril 2026. Page 2
(2) Sylvain Larocque, Électricité : les Américains économiseront $150 millions par année grâce à Hydro-Québec, JDM, 27 novembre 2025
David Descôteaux, Contrat d'électricité au Massachusetts, JDM, 17 janvier 2026
(3) IRIS, Énergie éolienne au Québec : une filière en manque de planification et de transparence, Krystof Beaucaire, 26 novembre 2025
(4) Jean-François Blain, analyste-expert en énergie, Quelle transition ?, février 2026.
(5) Rapport d'enquête et d'audience publique, BAPE no 267, mars 2010, page 110.
Idem, BAPE no 386, mai 2025, pages 73-76

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Trump, le pape Léon, Jésus et la Bible

28 avril, par Dan La Botz — , ,
Depuis deux semaines, Donald Trump et le pape Léon s'opposent au sujet de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, ainsi que de Jésus et de la Bible. Aux États-Unis, la (…)

Depuis deux semaines, Donald Trump et le pape Léon s'opposent au sujet de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, ainsi que de Jésus et de la Bible. Aux États-Unis, la politique est actuellement submergée par la religion.

Hebdo L'Anticapitaliste - 797 (23/04/2026)

Par Dan La Botz

Crédit Photo
Wikimedia

Le débat entre le président et le premier pape né aux États-Unis a commencé après que Trump eut déclaré que si l'Iran ne cédait pas à ses exigences, « toute une civilisation mourrait ce soir, pour ne jamais renaître ».

Trump et le pape

Bien qu'il n'ait pas nommé Trump, Léon le visait clairement : « Assez de l'idolâtrie de soi et de l'argent ! Assez de démonstrations de pouvoir ! Assez de guerre ! » Il a dénoncé l'« illusion de toute-puissance » qui alimente la guerre et rappelé, lors d'une messe place Saint-Pierre, que Dieu « n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre ».

Trump a répondu en qualifiant le pape de « FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère ». Le président a ensuite publié sur les réseaux sociaux une image générée par IA le représentant en Jésus guérissant les malades. Face aux critiques, il l'a retirée et en a diffusé une autre où Jésus l'embrasse. Il avait auparavant déjà publié une image de lui-même en pape.

La séparation constitutionnelle entre l'État et l'Église semble avoir disparu, puisque le secrétaire à la Défense Pete Hegseth cite la Bible lors des briefings au Pentagone et que le vice-président J.D. Vance, catholique, critique le pape pour avoir déclaré que le Christ n'est « jamais du côté de ceux qui ont autrefois brandi l'épée et qui, aujourd'hui, larguent des bombes ». « Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis ? », a demandé Vance. « Je pense sincèrement que la réponse est oui. » Vance a conseillé au pape de faire preuve de prudence dans sa théologie.

Léon a appelé toutes les personnes de bonne volonté à prier pour la paix, mais aussi à exiger de leurs dirigeants politiques qu'ils mettent fin à la guerre — des propos visant directement la politique de Donald Trump. Il y a entre 50 et 75 millions de catholiques aux États-Unis, ils représentent environ 20 % des électeurEs. Plus de la moitié des catholiques ont voté Trump lors de la dernière élection. Bien que leur soutien semble quelque peu décliner, la plupart des catholiques partisans de Trump continuent de le soutenir.

Des activismes religieux

Le pape Léon, aujourd'hui âgé de 70 ans, est né à Chicago dans une famille avec des origines espagnole, italienne, canadienne-française et afro-américaine. Il a étudié les mathématiques au Villanova College près de Philadelphie et le droit canonique au Collège pontifical Saint Thomas d'Aquin à Rome. Il est devenu frère augustinien et a passé vingt ans au Pérou, où il a été influencé par la théologie latino-américaine de la libération et son « option préférentielle pour les pauvres ». Lorsqu'il a été attaqué par Trump, les évêques états-uniens ont pris fermement sa défense.

Les partisans protestants évangéliques de Trump, qui constituent une part importante du mouvement Make America Great Again (MAGA), ont désormais organisé « America Reads the Bible » (« l'Amérique lit la Bible »), un événement national de lecture des Écritures d'une semaine qui se tiendra du 19 au 25 avril au Musée de la Bible à Washington, D.C. Quelque 500 politiciens, experts et artistes liront à haute voix l'intégralité de la Bible pour célébrer le 250e anniversaire des États-Unis. Les évangéliques soutiennent Trump parce qu'il s'oppose à l'avortement et à l'homosexualité. Ils soutiennent également sa guerre contre l'Iran au nom de la défense d'Israël, qui est importante pour leurs prophéties sur l'apocalypse. Une grande partie de cet étalage de ferveur religieuse de la part des nationalistes blancs, chrétiens et de droite vise à mobiliser les électeurs pour les élections de mi-mandat de novembre.

Les religions de tous bords jouent un rôle important dans la vie politique des États-Unis. Des chrétienNEs progressistes, catholiques et protestantEs, ont participé aux manifestations « No Kings ». Et certains des gens qui manifestent contre Trump sont des socialistes chrétienNEs.

Dan La Botz, traduction Henri Wilno

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Israël et les États-Unis mènent une guerre contre le développement de l’Iran

28 avril, par Eskandar Sadeghi-Boroujerdi — , ,
Des universités aux centres de recherche médicale, Israël et les États-Unis détruisent systématiquement l'infrastructure civile, économique, culturelle et scientifique de (…)

Des universités aux centres de recherche médicale, Israël et les États-Unis détruisent systématiquement l'infrastructure civile, économique, culturelle et scientifique de l'Iran. Tout en prétendant ne s'en prendre qu'aux dirigeants, ils ciblent en réalité l'ensemble du peuple iranien et ses réalisations.

Tiré de la revue Contretemps
22 avril 2026

Par Eskandar Sadeghi-Boroujerdi

Cette entreprise de destruction, entamée depuis de longues années, se concrétise par les sanctions, les assassinats et les bombardements à répétition. Les justifications données par les agresseurs visent à légitimer une guerre totale visant à détruire un pays et à le figer dans une position de subordination et de dépendance permanente.

Cette situation place l'Iran, sa population et sa diaspora devant de nouvelles responsabilités et révèle les coûts causés par la combinaison de la répression politique interne et de l'asphyxie économique.

***

Lorsque le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, annonça, avec l'air satisfait d'un industriel contemplant une concurrence anéantie, que les frappes israéliennes avaient détruit environ 70 % de la capacité de production d'acier iranienne, il ne décrivait pas un exploit militaire. Il se vantait d'un acte de destruction économique : un acte qui visait non pas les soldats ou les systèmes d'armement, mais les hauts fourneaux, les usines et le fruit de décennies de travail industriel de millions d'Iraniens.

« Nous avons gravement endommagé les secteurs sidérurgique et pétrochimique iraniens », a déclaré Katz, ordonnant à l'armée de poursuivre ses frappes contre ce qu'il a qualifié d'« infrastructure nationale du régime terroriste iranien ». Cette formulation est délibérée : les frappes contre la base industrielle d'un pays sont présentées comme des frappes contre un gouvernement, comme si les deux pouvaient être facilement dissociés. Or, ce n'est pas le cas.

Le destin d'un gouvernement et celui de son peuple sont indissociables, et l'Iran ne fait pas exception : les politiques industrielles, les institutions de planification et les investissements publics de la République islamique ont tous contribué à façonner le pays tel qu'il est aujourd'hui. Cependant, l'insistance des responsables israéliens et américains à affirmer que ces frappes visent « le régime » plutôt que le peuple iranien relève d'une manipulation qui ne saurait rester contredite.

Pour aller plus loin
|
L'Iran en révolte. Néolibéralisation, sanctions, répression

Quel que soit le rôle joué par l'État dans la construction des raffineries, des usines pharmaceutiques et des instituts de recherche, ce sont les travailleurs, ingénieurs, scientifiques et patients iraniens qui en dépendent, qui y ont mené leur carrière et qui souffriront le plus de leur destruction. Bombarder le tissu industriel et scientifique d'un pays est un acte de violence contre son peuple, indépendamment de l'opinion que l'on porte sur son gouvernement.

Destruction systématique

Les frappes de fin mars et début avril 2026 qui ont visé les installations pétrochimiques furent d'une ampleur stupéfiante. En quelques jours, les forces israéliennes ont attaqué le complexe pétrochimique de Bandar Imam à Mahshahr, dans le Khouzestan, capable de produire, selon les autorités iraniennes, 72 millions de tonnes de produits pétrochimiques par an et fournissant de l'électricité à 500 000 habitants de la province. Elles ont ensuite ciblé le complexe d'Asaluyeh à South Pars, le plus grand gisement de gaz naturel au monde, exploité en partenariat avec le Qatar.

Katz a confirmé que ces deux installations représentaient à elles seules environ 85 % des exportations pétrochimiques iraniennes, qu'elles avaient été mises hors service et étaient désormais inopérantes, les pertes économiques déclarées se chiffrant en dizaines de milliards de dollars. Quoi qu'Israël affirme à ce sujet, il ne s'agissait pas de lanceurs de missiles. Les produits pétrochimiques constituent la base matérielle des engrais, des plastiques, des textiles et des produits pharmaceutiques, et l'économie iranienne non pétrolière orientée vers l'exportation, patiemment construite pendant des décennies dans les conditions extrêmement difficiles de l'isolement financier international, repose en grande partie sur ces produits.

Il en est de même pour la sidérurgie. Benjamin Netanyahu a affirmé que les frappes israéliennes avaient détruit 70 % de la capacité de production d'acier iranienne, invoquant comme justification le prétexte habituel selon lequel l'acier est « utilisé dans les missiles et les drones », comme si cela justifiait l'anéantissement d'un secteur industriel entier qui emploie des centaines de milliers d'ingénieurs et d'ouvriers et qui constitue le fondement même de l'infrastructure de la vie iranienne.

Parmi les premiers à avoir identifié l'importance des frappes contre les aciéries, on trouve Ali Kadivar, sociologue au Boston College et spécialiste de l'économie politique iranienne : dans un texte publié le 28 mars, quelques jours après que Khouzestan Steel et Mobarakeh Steel aient été touchées, Kadivar a soutenu que ces attaques devaient être comprises non pas comme des décisions militaires tactiques, mais comme la dernière occurrence en date d'un schéma qui remonte à plus de quatre-vingts ans : un effort occidental persistant pour empêcher l'Iran d'atteindre l'autosuffisance industrielle, quel que soit le gouvernement en place.

Les frappes se sont étendues au-delà de ces secteurs, touchant aéroports et ports maritimes, réseaux ferroviaires et centres de recherche, de sorte que la liste complète des cibles ressemble moins à une campagne militaire qu'à une carte de la modernité iranienne, un catalogue de toutes les catégories d'infrastructures qui relient une société, acheminent ses marchandises et permettent à sa population de travailler et de vivre.

Ce qui est détruit, malgré les affirmations des responsables israéliens, ce n'est pas « l'épine dorsale économique du régime iranien ». C'est la capacité industrielle d'une nation de quatre-vingt-treize millions d'habitants, construite par des ingénieurs, des planificateurs, des ouvriers et des scientifiques iraniens pendant plus d'un siècle d'efforts, en grande partie menés dans des conditions de pression extérieure extrême et de siège, et qui est maintenant systématiquement détruite en quelques semaines.

Une guerre contre les vaccins

Le matin du 2 avril 2026, une explosion ravage l'Institut Pasteur d'Iran, situé au centre de Téhéran. Selon le directeur de l'Institut, l'épidémiologiste Ehsan Mostafavi, il s'agissait de la troisième frappe contre l'établissement et de la plus destructrice. Elle a anéanti des laboratoires nationaux de référence, des centres de recherche qui collaborent avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la rage et les maladies vectorielles, le laboratoire de virologie et l'unité de vaccination, ainsi que des collections irremplaçables d'échantillons de tissus et de souches bactériennes et virales recombinantes : une infrastructure qui, comme l'a souligné Mostafavi , « avait nécessité des décennies d'efforts pour être mise en place et équipée ».

L'Institut avait été fondé en 1920, et il convient de s'attarder sur ce que cela signifie. Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe catastrophique de 1918-1919, qui fit des centaines de milliers de morts dans un pays d'à peine dix millions d'habitants, l'Iran négocia directement avec l' Institut Pasteur à Paris pour établir un centre de recherche bactériologique et de vaccination à Téhéran.

L'initiative vint de Firuz Mirza Nosrat-al-Dawla, chef de la délégation perse à la Conférence de paix de Paris de 1919, et le terrain destiné à la nouvelle institution fut offert par Abdol-Hossein Farman Farma, dont l'intention déclarée était de garantir « la production d'inoculum de variole et le traitement des personnes mordues par des animaux enragés ». Au cours de ses deux premières années d'activité, l'Institut a produit dix-neuf types de sérums et de vaccins ainsi qu'environ 190 000 doses d'inoculum de variole, et, au milieu du 20e siècle, ses vaccins BCG (Bacille Calmette-Guérin) avaient été administrés à 238 millions d'enfants dans vingt-deux pays.

L'Institut Pasteur est antérieur de près de soixante ans à la République islamique. Construit sous la dynastie Qajar, développé sous les Pahlavi et maintenu en activité après 1979, il appartient, au sens historique du terme, non pas à un gouvernement en particulier, mais à l'Iran et aux Iraniens, et même au monde entier, compte tenu de son appartenance de longue date au Réseau international Pasteur, de son rôle de centre collaborateur de l'OMS pour la lutte contre la rage depuis 1973, de sa contribution à l'éradication mondiale de la variole et de son rôle pendant la pandémie de COVID-19 en tant que laboratoire national de référence iranien et centre de développement de vaccins nationaux.

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé que l'Institut avait subi des dommages importants et était devenu incapable de poursuivre ses activités dans le domaine de la santé. Deux de ses départements collaboraient étroitement avec l'OMS sur des programmes de santé publique. Début avril, l'OMS avait recensé plus de vingt attaques contre des infrastructures de santé en Iran depuis le 1er mars, ayant fait au moins neuf morts.

Action criminelle

Quel prétexte Israël a-t-il invoqué pour détruire une institution de cette importance ? Aucun, en réalité. Les Forces armées israéliennes n'ont pas répondu aux demandes de commentaires des journalistes. Certains analystes ont avancé des hypothèses hasardeuses sur l'existence possible de tunnels secrets sous le bâtiment, d'autres ont souligné sa proximité géographique avec le bureau du Guide suprême. Il ne s'agit pas de justifications, mais plutôt de prétextes inventés de toutes pièces pour justifier après coup un acte criminel.

Une institution de santé publique de cette envergure et de cette renommée internationale, qui, depuis un siècle, se consacre à la production de vaccins et à la formation d'épidémiologistes et qui joue un rôle central dans les réseaux internationaux de surveillance des maladies, ne saurait être considérée comme une cible militaire. Sa destruction n'avait d'autre but que d'affaiblir la capacité de l'Iran à protéger sa population des maladies infectieuses et de porter atteinte à l'héritage historique de ce peuple.

Deux jours avant le raid contre l'Institut Pasteur, le 31 mars, l'aviation israélienne a bombardé l'usine de recherche et d'ingénierie Tofigh Daru à Téhéran, l'un des plus importants fabricants pharmaceutiques iraniens. Cette usine produisait des principes actifs pour le traitement du cancer, de la sclérose en plaques, des anesthésiques et des médicaments cardiovasculaires et immunomodulateurs. Le gouvernement iranien a annoncé la destruction de la chaîne de production et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a publié une photo de l'usine ravagée, accompagnée du commentaire suivant : « Les criminels de guerre israéliens bombardent désormais ouvertement et sans vergogne des entreprises pharmaceutiques. »

Israël a confirmé cette déclaration en prétendant que l'usine fournissait du fentanyl à l'Organisation iranienne pour l'innovation et la recherche en matière de défense, destiné au développement d'armes chimiques. Cependant, aucune preuve n'a été rendue publique à l'appui de cette allégation. En revanche, il a été clairement établi que Tofigh Daru produisait des ingrédients pharmaceutiques essentiels au fonctionnement des blocs opératoires et des services d'oncologie des hôpitaux du pays.

Esfandyar Batmanghelidj, fondateur de la Fondation Bourse et Bazar et fin observateur de l'économie politique iranienne, a déconstruit avec précision le discours israélien :

« L'Iran produit 90 % des médicaments dont il a besoin et importe principalement les traitements de pointe. Des entreprises comme Tofigh Daru fabriquent des ingrédients et des précurseurs permettant de produire localement une large gamme de médicaments. La seule raison plausible d'atteindre cet objectif est la volonté de limiter la production de médicaments en Iran ».

Alibis à double usage

Le concept de « double usage » joue un rôle prépondérant dans les justifications israéliennes et américaines du ciblage des infrastructures civiles, et il convient d'examiner précisément son degré d'applicabilité. Les vaccins contiennent des matières biologiques qui pourraient théoriquement être réorientées vers d'autres finalités. Les ingrédients pharmaceutiques capables de traiter le cancer peuvent également, en principe, servir à d'autres applications. Les produits pétrochimiques sont à la base de la production d'engrais agricoles et de composés d'explosifs. L'acier entre dans la construction des immeubles d'habitation et dans celle des armes.

Selon la logique actuellement appliquée à l'Iran, toute économie industrielle moderne constitue une cible militaire légitime, et la qualification de « double usage » ne fonctionne pas comme une norme juridique assortie de critères définis, mais comme un permis de faire la guerre totale sous couvert de « non-prolifération ». Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baqai, a explicitement établi ce lien en qualifiant les frappes contre les pharmacies de « nouvelle dimension de leurs sanctions criminelles – ces mêmes sanctions qui privent depuis longtemps les Iraniens de médicaments vitaux ». Cette observation mérite d'être prise au sérieux, car elle renvoie à une histoire qu'il est indispensable de comprendre pour évaluer correctement les destructions actuelles.

Avant même qu'une seule bombe ne tombe en 2026, l'infrastructure pharmaceutique et sanitaire iranienne fonctionnait déjà sous une pression extrême, pression délibérément engendrée par des décennies de sanctions américaines et occidentales. L'analyse systématique des conséquences sanitaires de ces sanctions, publiée dans des revues médicales à comité de lecture au cours de la dernière décennie, dresse un constat accablant et cohérent.

Suite au durcissement des sanctions multilatérales en 2012, les importations de médicaments et de matières premières médicales ont chuté de 30 à 55 %, et le nombre de pénuries de médicaments est passé de moins de trente à plus de 144. Environ 44 % des médicaments rares étaient classés par l'OMS comme essentiels, c'est-à-dire correspondant au minimum requis pour le fonctionnement d'un système de santé. La conséquence en a été que les prix de certains antiépileptiques ont augmenté jusqu'à 300 %, tandis qu'environ six millions de patients iraniens se sont retrouvés avec un accès limité ou inexistant aux traitements pour diverses affections.

La cruauté particulière de ce régime de sanctions résidait dans son caractère indirect. Les médicaments étaient, en théorie, exemptés de sanctions. Mais les transactions financières nécessaires à leur achat ne l'étaient pas, et les banques internationales, terrifiées par les sanctions américaines, refusaient systématiquement de traiter même les paiements techniquement légaux. Les grandes entreprises pharmaceutiques, dont Novartis, qui a reconnu que ses exportations vers l'Iran avaient été « gravement affectées, voire totalement interrompues », se sont retirées du marché.

Ce que les juristes appellent le « sur-respect » des sanctions – à savoir la tendance des institutions à restreindre leurs activités bien au-delà de ce qu'exigent techniquement les sanctions, par crainte d'enfreindre leur application complexe et imprévisible – a aggravé la crise humanitaire au-delà de ce qu'une interdiction explicite aurait pu accomplir à elle seule. Dans un article publié dans The Lancet suite au rétablissement des sanctions de l'ONU en septembre 2025, Mohammad Reza Farzanegan, Ruth Gibson et Maziar Moradi- Lakeh ont décrit ce résultat comme une guerre économique qui tue « non pas par des bombes ou des balles, mais par l'érosion lente des systèmes de santé, des médicaments et de la dignité humaine ».

Des recherches menées par des scientifiques ont démontré que des sanctions de cette nature réduisent l'espérance de vie de 1,2 à 1,4 an au sein de la population touchée. Les patients iraniens atteints de cancer ont été parmi les plus durement touchés, étant donné que le pays présente le taux d'incidence de cancer le plus élevé du Moyen-Orient et que les sanctions avaient déjà engendré de graves pénuries de médicaments de chimiothérapie. De ce fait, selon une importante étude clinique, le Programme national de lutte contre le cancer du pays souffrait de « déficits importants » à tous les niveaux de la prise en charge, de la prévention aux soins palliatifs.

Tout ceci n'était que la situation de départ : l'état du système de santé iranien au début de la campagne de bombardements. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la destruction des chaînes de production de Tofigh Daru, l'anéantissement des laboratoires de l'Institut Pasteur, les frappes contre les hôpitaux de Téhéran, du Khouzestan et de Kermanshah, ainsi que l'attaque de drone contre un entrepôt du Croissant-Rouge dans la province de Bushehr : non pas comme des incidents militaires isolés, mais comme la poursuite concrète d'une guerre économique qui durait déjà depuis des décennies.

« Souvenez-vous de ce nom »

La guerre actuelle ne marque pas le début de la campagne israélienne contre la souveraineté et le savoir iraniens, mais bien sa phase la plus ouverte et la plus étendue à ce jour. Pendant plus de quinze ans avant le début des bombardements, Israël a mené un programme systématique d'assassinats ciblés contre des scientifiques et des ingénieurs iraniens.

Entre 2010 et 2012, au plus fort de la pression internationale sur le programme nucléaire iranien, au moins quatre physiciens et ingénieurs nucléaires ont été assassinés dans les rues de Téhéran, tués par des bombes magnétiques fixées à leurs voitures ou par des tueurs à moto opérant en plein jour. Parmi eux, Massoud Ali-Mohammadi, professeur de physique des particules à l'université de Téhéran ; Majid Shahriari, ingénieur nucléaire ; et Mostafa Ahmadi Roshan, superviseur à l'usine d'enrichissement de Natanz. Israël n'a ni confirmé ni infirmé sa responsabilité, mais l'ancien ministre israélien de la Défense, Moshe Ya'alon, a explicité la logique stratégique sous-jacente dans une interview accordée à Der Spiegel , déclarant qu'il n'était pas responsable « de l'espérance de vie des scientifiques iraniens ».

Parallèlement aux assassinats, le virus informatique Stuxnet, développé conjointement par Israël et les États-Unis et détecté pour la première fois en 2010, a détruit des centaines de centrifugeuses du site d'enrichissement de Natanz en provoquant la destruction interne des moteurs de ces machines – le premier cas connu d'une cyberarme utilisée à grande échelle contre une infrastructure physique critique. Il a été suivi par le logiciel malveillant Flame, qui a cartographié et surveillé les réseaux informatiques iraniens pendant des années.

En novembre 2020, le physicien nucléaire Mohsen Fakhrizadeh – « retenez bien ce nom », avait un jour exhorté Netanyahu à la population israélienne – fut tué lors d'une attaque sophistiquée télécommandée sur une route à l'est de Téhéran. Puis, dès la nuit du 13 juin 2025, lorsque débute la « guerre des 12 jours », neuf des plus hauts responsables nucléaires iraniens furent simultanément assassinés à leur domicile pendant ce que les médias israéliens ont surnommé « Opération Narnia ». Parmi eux figure Fereydoon Abbasi, qui avait survécu à une tentative d'assassinat en 2010.

Prises ensemble, ces actions dépassent le cadre d'un simple ciblage tactique. L'assassinat systématique de scientifiques et d'ingénieurs, la destruction de centrifugeuses et de réseaux informatiques, le bombardement d'universités de recherche et d'installations pharmaceutiques : tout cela témoigne d'un objectif stratégique cohérent, à savoir l'anéantissement du savoir-faire, de l'expertise accumulée et de la mémoire institutionnelle qui rendent possible le développement technologique iranien.

Au fond, cette logique est coloniale : l'ambition bien connue de maintenir une nation subordonnée dans la dépendance, de lui refuser la capacité de maîtriser son propre avenir matériel, de faire en sorte que son peuple reste consommateur de la technologie d'autres nations plutôt que producteur à part entière.

Sous-développement forcé

L'argument constamment avancé dans le discours officiel israélien et américain – selon lequel il s'agit de frappes contre « le régime iranien », contre l'infrastructure économique de la République islamique, contre les sources de revenus du Corps des gardiens de la révolution islamique – constitue une manipulation idéologique fondamentale, car il occulte l'histoire et les réalisations de tout un peuple. L'industrie pétrochimique iranienne n'est pas une création exclusive de la République islamique – ses racines plongent dans des périodes antérieures d'ambition nationaliste et de développement piloté par l'État – mais la République a supervisé son expansion la plus spectaculaire, et ce qui a été construit au cours de ces décennies l'a été par des ingénieurs, des urbanistes et des ouvriers iraniens dans des conditions d'une adversité extraordinaire.

Cette histoire s'étend du mouvement de nationalisation du pétrole du début des années 1950 sous Mohammad Mossadegh, elle se poursuit avec les programmes de développement des années 1960 et 1970, puis, après la révolution, avec un effort industriel soutenu mené dans les conditions les plus difficiles qui soient : une guerre de huit ans contre l'Irak, un isolement international prolongé et des vagues successives de sanctions économiques croissantes.

Dans ces conditions, l'Iran a pu se développer au point de produire environ 90 % de ses propres médicaments, de figurer parmi les dix premiers pays producteurs de vaccins au monde et de mettre en place des secteurs sidérurgique et pétrochimique capables de générer des dizaines de milliards de dollars de recettes d'exportation hors pétrole. Il s'agit là d'une remarquable réussite nationale, fruit du travail et de l'ingéniosité d'ingénieurs, de scientifiques, d'ouvriers, de professeurs et d'urbanistes iraniens à travers les générations. Les politiques industrielles de la République islamique y ont contribué, tout comme l'histoire antérieure. Ce succès appartient, en toute honnêteté historique, au peuple iranien.

L'Institut Pasteur est antérieur de près de soixante ans à la République islamique. Les chaînes de production de médicaments anticancéreux de Tofigh Daru étaient destinées aux patients iraniens atteints de cancer, et non aux Gardiens de la révolution. Les laboratoires nationaux de référence pour le choléra et la tuberculose, installés dans l'enceinte de l'Institut Pasteur, desservaient une population exposée aux maladies infectieuses. Les aciéries employaient des ouvriers et contribuaient à la construction des infrastructures urbaines. Les installations pétrochimiques fournissaient de l'électricité à un demi-million de foyers au Khouzestan.

La destruction de tout cela est délibérée et il faut la nommer pour ce qu'elle est : un programme de sous-développement forcé, dont l'objectif consiste à ce que l'Iran sorte de ce conflit économiquement ruiné, industriellement paralysé et incapable de se développer de manière indépendante. Incapable de produire ses propres médicaments, de fabriquer ses propres vaccins, de traiter son propre gaz naturel ou de fondre son propre acier. Dépendant, en somme, des autres — de fournisseurs étrangers que l'on peut contraindre, de marchés internationaux dont les règles sont fixées ailleurs — dans la situation même de subordination permanente qu'un siècle de développement iranien, mené dans des conditions d'une immense adversité, s'était efforcé de surmonter.

Une tradition dispersée

Il y a une chose que les frappes ne peuvent atteindre, et il est important de le dire clairement. Les bombes peuvent détruire des laboratoires, réduire en cendres des chaînes de production et démolir des bâtiments universitaires avec les collections qu'ils abritent. Ce qu'elles ne peuvent détruire, c'est la tradition intellectuelle et scientifique qui a donné naissance à ces institutions – une tradition qui ne se limite pas aux frontières de l'Iran, mais s'étend à une vaste communauté d'Iranien·nes, dispersée et d'une intelligence remarquable, qui la porte en elle où qu'ils ou elles soient.

Des décennies de fuite des cerveaux, exacerbées par les restrictions politiques de la République islamique et les pressions économiques liées aux sanctions et aux turbulences économiques, ont poussé un grand nombre de scientifiques, d'ingénieurs, de mathématiciens et de médecins iraniens parmi les plus brillants vers les universités et les instituts de recherche du monde entier. Il s'agit d'une véritable perte, et la société iranienne en paie le prix fort.

Toutefois, il ne s'agit pas d'une extinction de la tradition, mais d'une dispersion qui préserve la formation intellectuelle malgré les attaques contre l'infrastructure institutionnelle. Le système d'enseignement rigoureux des mathématiques, d'entraînement compétitif aux Olympiades et d'universités techniques exigeantes qui a formé tant de ces individus n'a pas été détruit, et le savoir qu'il a engendré perdure à travers ceux qu'il a formés.

C'est, à titre d'exemple, de ce système qu'est issue Maryam Mirzakhani, qui a grandi à Téhéran et a remporté des médailles d'or aux Olympiades internationales de mathématiques en 1994 et 1995 avant de terminer ses études de premier cycle à l'Université de technologie Sharif et de devenir, en 2014, la première femme et la première Iranienne à recevoir la médaille Fields, la plus haute distinction en mathématiques.

Ses travaux sur la dynamique et la géométrie des surfaces de Riemann ont été décrits par ses collègues comme des travaux d'une originalité et d'une profondeur extraordinaires, et bien qu'elle soit décédée tragiquement jeune en 2017, son parcours, des salles de classe de Téhéran jusqu'au sommet de la discipline qu'elle aimait, en dit long sur la capacité de la culture intellectuelle iranienne lorsqu'elle bénéficie des conditions nécessaires à son épanouissement.

L'Université de Technologie Sharif, touchée lors de la campagne actuelle de bombardements, avec ses départements d'ingénierie et ses instituts de nanoscience et de sciences environnementales, est davantage qu'un simple bâtiment ou un campus. C'est l'une des universités techniques les plus exigeantes et les plus prestigieuses au monde, parfois surnommée le MIT iranien. Ses diplômé.e.s ont apporté des contributions majeures à la conception de semi-conducteurs, à la cryptographie, à l'ingénierie aérospatiale et à la recherche en intelligence artificielle dans l'ensemble du secteur technologique mondial. Bombarder Sharif, c'est bombarder une institution dont les anciens élèves travaillent dans quasiment tous les écosystèmes technologiques majeurs de la planète, une institution qui, malgré les sanctions, l'isolement et, désormais, la guerre ouverte, a continué à former des esprits techniques de calibre international.

L'enjeu fondamental est que la résilience intellectuelle de l'Iran ne saurait se réduire aux infrastructures actuellement détruites. Les laboratoires seront reconstruits. De nouvelles générations de scientifiques seront formées pour remplacer ceux qui ont été assassinés. La capacité de production pharmaceutique sera, à terme, rétablie. L'Iran possède une longue tradition d'apprentissage et de prouesses techniques, qui se renouvelle constamment et qui a survécu à des catastrophes bien plus graves. Rien ne permet de douter qu'elle survivra également à celle-ci.

Clarifier les enjeux

Mais la simple survie ne suffit pas, et il existe une obligation qu'il convient d'énoncer clairement : celle qui incombe non pas à Israël ou aux États-Unis, dont les intentions dans ce conflit sont manifestes, mais à l'Iran lui-même et à la communauté iranienne dans son ensemble. Depuis des décennies, la République islamique pousse à l'exil certains de ses citoyens les plus brillants par la répression politique, la mauvaise gestion économique et un environnement culturel et institutionnel devenu insupportable pour nombre de ceux qui avaient la possibilité de partir.

Les scientifiques et ingénieurs de la diaspora qui, dans d'autres circonstances, auraient pu reconstruire les laboratoires de référence de l'Institut Pasteur, doter les départements de recherche de Tofigh Daru et enseigner à Sharif, sont pour la plupart partis, non par indifférence envers l'Iran, mais parce que les conditions de vie dans le pays rendaient leur séjour impossible. L'Iran en a payé un prix exorbitant, et la campagne de bombardements a rendu ce coût plus visible que jamais.

S'il est une obligation qui découle de cette catastrophe, c'est que, dans la reconstruction à venir, l'Iran trouve les moyens non seulement de survivre, mais aussi de rayonner à l'international, de puiser dans l'immense réserve d'expertise iranienne, répartie à travers le monde et que ses propres institutions éducatives et scientifiques ont contribué à développer. Les ingénieurs en Californie, les mathématiciens à Paris, les médecins à Londres et à Toronto : nombre d'entre eux nourrissent un profond attachement à l'Iran et contribueraient à sa reconstruction si les conditions politiques et matérielles nécessaires pouvaient être réunies.

La guerre a mis en lumière, de la manière la plus brutale qui soit, les enjeux liés à la souveraineté scientifique et industrielle de l'Iran. Reste à savoir si cette prise de conscience engendrera une ouverture d'un autre ordre – une ouverture qui reconnectera la diaspora au pays qui l'a vue naître – mais le besoin d'une telle ouverture n'a jamais été aussi criant.

Les frappes contre les infrastructures industrielles, scientifiques et sanitaires iraniennes outrepassent même le cadre le plus permissif du droit des conflits armés. L'OMS a recensé plus de vingt attaques contre des établissements de santé depuis le 1er mars. Un institut de recherche biomédicale centenaire est hors service. L'un des plus importants fabricants de médicaments anticancéreux et anesthésiques du pays a été détruit.

Les deux complexes pétrochimiques assurant environ 85 % des exportations pétrochimiques iraniennes ont été, selon les termes du ministre israélien de la Défense, « mis hors service ». Soixante-dix pour cent de la capacité de production d'acier a été anéantie. Aéroports, ports, ponts, universités – dont l'université de technologie Sharif et l'université Shahid Beheshti – ont été touchés dans le cadre d'une campagne dont l'objectif déclaré est de détruire ce que le gouvernement israélien qualifie de pilier économique du régime.

La destruction délibérée du potentiel productif d'un peuple, de ses institutions d'enseignement et de santé, et de ses conditions de vie matérielles constitue un crime de guerre et doit être qualifiée comme tel. Il est essentiel de préciser qu'il ne s'agit pas d'une campagne militaire au sens propre du terme. C'est un programme de déconstruction forcée : une tentative, par le biais de bombardements là où les sanctions se sont révélées insuffisantes, d'empêcher l'Iran de devenir ce que les Iraniens ont bâti au cours d'un siècle d'efforts et d'épreuves extraordinaires.

Cette campagne constitue une atteinte à l'histoire de l'Iran : aux ingénieurs qui ont bâti les raffineries, aux scientifiques qui ont mis au point les vaccins, aux travailleur·ses qui ont fait tourner les aciéries, aux enseignant·es des universités aujourd'hui réduites en ruines. Ces réalisations n'appartiennent à aucun gouvernement. Elles appartiennent à un peuple et à ses innombrables luttes. Leur destruction est un crime contre ce peuple, un crime dont les conséquences perdureront bien au-delà de tout ordre politique qui émergera des décombres de cette guerre, et un crime que le monde, dans son silence complice, laisse se dérouler.

*

Cet article est initialement paru le 12 avril 2026 dans Jacobin. Traduit par Stathis Kouvélakis pour Contretemps.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Pakistan : comment un fauteur de guerre régional est devenu l’hôte des pourparlers de paix américano-iraniens

28 avril, par Farooq Sulehria — , ,
Analyste pakistanais et militant, Farooq Sulehria examine le rôle dévolu à Islamabad comme hôte des négociations de paix américano-iraniennes. Il soutient que cette promotion (…)

Analyste pakistanais et militant, Farooq Sulehria examine le rôle dévolu à Islamabad comme hôte des négociations de paix américano-iraniennes. Il soutient que cette promotion au rang de « puissance moyenne » ne doit rien à une vocation pacifiste : elle découle du caractère de garnison de l'État pakistanais, d'un clientélisme diplomatique forgé pendant la guerre froide et d'un calcul intéressé durant la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Sulehria démonte la mise en scène médiatique du « moment de gloire » et en souligne le coût : artisan de paix à l'international, le régime hybride pakistanais reste un fauteur de guerre régional et renforce sa répression intérieure. [MJ]

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Le Pakistan dominant baigne dans l'(auto)glorification. Hôte des négociations américano-iraniennes — avec des rumeurs d'un second round qui agitent les esprits —, Islamabad a le moral au beau fixe. Des animateurs de plateaux aux influenceurs YouTube, le message unidimensionnel est le suivant : le Pakistan s'est enfin vu attribuer le rôle qu'il mérite dans la hiérarchie mondiale.

Les universitaires des relations internationales (RI), par ailleurs considérés comme insignifiants par des médias traditionnels qui pensent tout savoir, apparaissent désormais sur les écrans et dans les tribunes. L'un de ces spécialistes des RI a peut-être fait découvrir aux médias la notion de « puissance moyenne » formulée au XVIe siècle par Giovanni Botero [1]. Quoi qu'il en soit, les classes moyennes urbaines et la twittosphère ont enthousiastement adopté ce concept par ailleurs vague.

Le fait que le rival traditionnel — l'Inde — soit non seulement absent des négociations mais consumé par la jalousie est la cerise sur le gâteau pour les médias, les classes moyennes chauvines et, bien entendu, les dirigeants de l'État. À mon sens, il s'agit du deuxième « moment de gloire » le plus important pour la classe dirigeante du pays depuis l'organisation du Sommet islamique de 1974 [2]. Cette fois-ci, cependant, l'événement revêt une portée encore plus grande.

La question demeure toutefois : qu'est-ce qui a catapulté Islamabad, au moins temporairement, au statut d'« artisan de paix mondial » à la manière scandinave ? Le conflit indo-pakistanais de mai dernier aurait rendu la direction pakistanaise sympathique au président des États-Unis, Donald Trump [3]. Cette explication reste cependant insuffisante.

La politique étrangère comme gagne-pain

Le Pakistan est un pays qui survit et prospère grâce à sa politique étrangère. La classe dirigeante pakistanaise a appris, dès la guerre froide, l'art de miser sur les avantages géostratégiques et d'en tirer profit dès qu'une occasion se présentait. À l'époque, elle maîtrisait déjà l'art diplomatique consistant à équilibrer les relations entre puissances rivales. Ainsi, le Pakistan entretient des relations amicales aussi bien avec la Chine qu'avec les États-Unis. En 1970, il a facilité les négociations secrètes sino-américaines, ouvrant la voie à l'établissement de relations diplomatiques. Mais Islamabad a aussi, à l'occasion, agacé l'une comme l'autre de ces puissances.

Le Pakistan accueille les présents pourparlers de paix à 150 kilomètres seulement d'Abbottabad, où Oussama ben Laden a été traqué et tué le 2 mai 2011. Plusieurs chefs talibans et leurs familles résidaient également à Islamabad après le 11 septembre, à deux pas de l'ambassade des États-Unis. Pékin a lui aussi ses griefs contre le Pakistan. Le principal ressentiment chinois, à l'heure actuelle, tient aux entraves qu'Islamabad oppose au projet de l'Initiative « La Ceinture et la Route » (BRI) en territoire pakistanais. Les attaques meurtrières contre les ressortissants chinois employés sur d'énormes chantiers chinois ont parfois poussé les bureaucrates par ailleurs policés du Parti communiste chinois à réprimander publiquement Islamabad.

De même, depuis 1979, le Pakistan entretient de bonnes relations tant avec Riyad qu'avec Téhéran. Mais dans chaque cas, irritants et désaccords persistent. Téhéran s'est montré mécontent du patronage d'État accordé à des groupes militants anti-chiites, responsables de violences massives contre les citoyen·nes chiites du Pakistan (avec des retombées jusqu'en Afghanistan). En janvier, l'Iran a tiré des missiles et envoyé des drones contre la province pakistanaise du Baloutchistan. Avant d'annoncer une trêve, le Pakistan a rendu coup pour coup.

Mohammed ben Salmane (MBS), de même, s'était indigné du refus d'Islamabad, en 2015, d'envoyer des troupes pakistanaises combattre dans le « djihad » contre les « rebelles houthis » [4]. Pourtant, le 16 avril, le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a été chaleureusement reçu par MBS. Shehbaz Sharif parle un arabe approximatif, surtout pour impressionner son public intérieur. Il a appris cette langue lorsque sa famille a été exilée en Arabie saoudite par l'armée en 2001.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a accueilli à Téhéran, le 16 avril, l'homme fort militaire du Pakistan, Asim Munir. Le Pakistan étant un État de garnison, les chefs militaires y exercent un commandement aussi bien sur les troupes que sur les affaires civiles. La visite de Munir a bénéficié d'une couverture médiatique pakistanaise supérieure à celle du voyage de Sharif à Djeddah. Cette différence n'est pas fortuite. Comme l'économie et la politique, la politique étrangère relève du domaine du Quartier général des armées pakistanaises (General Headquarters). Plus important encore, l'armée (effectifs, technologie) constitue également la principale manœuvre diplomatique du Pakistan et son exportation la plus précieuse.

Un client astucieux

Le Pakistan est un État client, mais un client astucieux. La question de savoir si ses politiques profitent aux citoyen·nes pakistanais·es est une chose ; il reste que les dirigeants de l'État sont parvenus à faire valoir leurs intérêts internationaux. Grâce à leur capacité à demeurer efficaces à l'échelle mondiale, ils ont obtenu et conservé un accès aux corridors du pouvoir, tant mondiaux que régionaux. Cet accès s'explique apparemment par un heureux mélange d'histoire et de géographie (voir plus bas). Lors de la récente guerre israélo-américaine contre l'Iran [5], ils ont su le mobiliser habilement, leur intérêt étant en jeu.

Depuis plusieurs jours, des coupures d'électricité surviennent toutes les deux heures. Cela s'explique par le fait que le courant est largement produit à partir de pétrole importé. Les tensions sectaires sont un autre casse-tête pour la classe dirigeante. Les attaques contre le consulat américain de Karachi le 1er mars, dans le sillage de l'assassinat du dirigeant iranien Ali Khamenei, ainsi que les troubles de grande ampleur au Gilgit-Baltistan, ont fait la une de l'actualité mondiale. L'aspect sectaire a pourtant été absent des couvertures médiatiques tant internationales que locales, pour des raisons compréhensibles. L'attaque contre le consulat des États-Unis a été menée par des jeunes chiites, tandis que le Gilgit-Baltistan est une région à majorité chiite (même si tou·tes les chiites n'appartiennent pas à la branche duodécimaine [6]).

Compte tenu d'un antiaméricanisme quasi universel et d'une aversion généralisée envers Israël, le soutien à l'Iran durant l'invasion d'un mois a traversé le clivage sectaire. Le maréchal Munir a convoqué les principaux dignitaires religieux chiites pour les mettre en garde contre toute agitation supplémentaire. Aux clercs qui préféreraient l'Iran aux intérêts nationaux du Pakistan, son conseil fut d'« émigrer en Iran ». Bien que ce conseil ait été à juste titre censuré, l'avertissement de Munir témoignait des inquiétudes de l'élite dirigeante.

Dans le même temps, chaque missile tiré par l'Iran contre les émirats du Golfe irritait Islamabad. Si le Pakistan ne peut se permettre d'irriter Téhéran, il ne peut guère s'attirer non plus la colère des sultans arabes. Après la Chine, les États du Golfe (dans leur ensemble) constituent les plus grands prêteurs du Pakistan, si l'on prend en compte sa dette bilatérale. Tout aussi déterminants sont les millions de Pakistanais·es travaillant dans les États du Golfe, qui constituent la première source d'envois de fonds. Cette diaspora de la péninsule arabique, travaillant souvent dans des conditions proches de l'esclavage, maintient à flot l'économie pakistanaise.

Paradoxalement, pendant que le Pakistan jouait le rôle d'artisan de paix sur la scène internationale, la Chine accueillait une semaine de pourparlers entre Kaboul et Islamabad, tandis que les relations avec l'Inde demeurent tendues. Le Pakistan n'est artisan de paix ni par idéologie ni par nécessité. Le socle idéologique de l'État pakistanais repose sur l'inimitié avec l'Inde. Les tensions actuelles avec Kaboul sont en partie le prolongement de cette approche centrée sur l'Inde. Islamabad est furieuse que le régime taliban se soit rapproché de New Delhi (entre autres facteurs) [7]. Le Pakistan peut chercher à jouer le rôle d'artisan de paix à l'échelle mondiale, il agit à l'échelle régionale en fauteur de guerre.

Les racines de l'astuce

Équilibrer des rivaux puissants, à l'échelle mondiale ou régionale, n'est pas un exploit spécifiquement pakistanais. D'autres cas documentent un État client satisfaisant des patrons rivaux. La spécificité de l'élite pakistanaise tient toutefois au fait qu'elle y parvient en permanence. Qu'est-ce qui explique cette astucieuse « capacité » ?

Une combinaison des facteurs suivants a permis à la clique dirigeante d'agir en client astucieux.

Le caractère de garnison de l'État. Dans une démocratie, même très imparfaite, une équipe dirigeante ne peut pas se permettre des décisions impopulaires. Au Pakistan cependant, les responsables de la politique étrangère ne répondent devant aucun électorat.

Le Pakistan dispose d'une armée équipée de capacités nucléaires. S'il a envoyé des troupes dans les États du Golfe, ses plus grands scientifiques du nucléaire ont aussi aidé l'Iran et la Libye à bâtir leurs programmes nucléaires.

Les spécialistes de la politique étrangère pakistanaise invoquent habituellement la géographie du pays et la guerre froide pour expliquer sa politique extérieure. C'est au contraire le caractère de l'État qui constitue le facteur déterminant. Un État pakistanais doté d'une idéologie ou d'une configuration différente se serait comporté autrement, en dépit de la géographie.

L'affirmation selon laquelle le Pakistan survit et prospère grâce à sa politique étrangère est formulée du point de vue des classes dirigeantes. Du point de vue des citoyen·nes, les échecs de la politique étrangère pakistanaise sont accablants dans son voisinage immédiat. La politique post-11 septembre, consistant à courir avec le lièvre (les talibans) tout en chassant avec la meute (Washington), a par exemple transformé le Pakistan en « Terroristan ». La vague terroriste qui a déferlé sur le Pakistan après le 11 septembre a coûté plus de 70 000 vies. Le retour de bâton, sous la forme des talibans pakistanais, continue aujourd'hui encore de faire des centaines de morts chaque année.

De la même manière, ne pas parvenir à vivre en paix avec ses voisins, comme c'est le cas du Pakistan, constitue un échec diplomatique majeur. Si la paix avec les quatre voisins est à la fois vitale et souhaitable, elle n'est pas à l'horizon pour l'Inde (ni pour l'Afghanistan), et ce pour deux raisons. Premièrement, comme souligné plus haut, le Pakistan s'identifie idéologiquement comme l'antagoniste de l'Inde. Il n'a aucunement l'intention de se défaire de cette identité à court terme. Deuxièmement, le BJP hindouiste fondamentaliste qui gouverne actuellement l'Inde, doté d'une emprise hégémonique quasi incontestée sur la société indienne, tire lui aussi profit d'une politique antimusulmane et antipakistanaise. Les perspectives ne sont donc pas optimistes pour l'avenir prévisible.

Plus important encore, en facilitant ces négociations de paix, le régime hybride au Pakistan se forge incontestablement une bonne image qui contribuera à le légitimer, même s'il est issu d'élections truquées. Plus son image internationale sera bonne, plus il sera probablement répressif sur le plan intérieur.


Farooq Sulehria est l'éditeur de l'ouvrage à paraître Pakistan's Foreign Policy and Strategic Relations in the Twenty-First Century, aux éditions Palgrave Macmillan.

Source : Pakistan : How a regional warmonger came to host US-Iran peace talks, Links International Journal of Socialist Renewal, 20 avril 2026.

Traduction et notes pour ESSF : Mark Johnson

Notes

[1] Giovanni Botero (1544-1617), penseur italien de la raison d'État, introduit dans Della ragion di Stato (1589) une typologie des puissances distinguant les grands empires, les puissances moyennes et les petits États. Le concept de mezzano principe (« puissance moyenne ») y est défini comme un État suffisamment fort pour se défendre sans aide extérieure, mais insuffisamment pour imposer sa domination.

[2] Deuxième conférence au sommet de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), tenue à Lahore du 22 au 24 février 1974, qui marqua un moment d'affirmation diplomatique du Pakistan sur la scène du monde musulman.

[3] Sur le conflit indo-pakistanais de mai 2025 et la médiation de Washington, voir « Inde-Pakistan : Deux pouvoirs dictatoriaux, un conflit, des drones et des missiles à l'ombre du nucléaire », ESSF, article 75044. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article75044

[4] Référence à l'intervention militaire conduite par l'Arabie saoudite au Yémen à partir de mars 2015 contre les forces houthies alliées à l'ancien président Ali Abdallah Saleh. Le Parlement pakistanais avait voté en avril 2015 le refus d'engager des troupes aux côtés de la coalition saoudienne.

[5] Sur la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l'Iran et ses répercussions, voir « “Vous êtes tous pires les uns que les autres” : des Iranien·nes opposé·es au régime se retournent contre Trump », ESSF, article 78355. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78355

[6] La branche duodécimaine (Ithna Ashari) est la principale tendance du chiisme, reconnaissant la succession de douze imams à partir d'Ali, cousin et gendre du Prophète. Les populations chiites du Gilgit-Baltistan comprennent également des communautés ismaéliennes et nourbakhchies.

[7] Pour une analyse plus développée par Farooq Sulehria de la crise entre le Pakistan et l'Afghanistan taliban, voir « Une perspective de gauche sur la guerre entre le Pakistan et l'Afghanistan », Alternative Viewpoint/ESSF, article 78338. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78338

Choisissez votre voie : il n’y a pas de transition énergétique sans les nations autochtones

28 avril, par Farron Rickerby-Nishi, Serena Mendizabal — , ,
Les communautés autochtones n'attendent pas qu'on leur donne la permission d'entamer une transition verte : elles vont de l'avant. Le Canada suivra-t-il leur exemple ou leur (…)

Les communautés autochtones n'attendent pas qu'on leur donne la permission d'entamer une transition verte : elles vont de l'avant. Le Canada suivra-t-il leur exemple ou leur fera-t-il obstacle ?

13 avril 2026 | tiré et traduit de breachmedia.ca

Sur la scène internationale, le premier ministre Mark Carney présente la crise climatique comme une opportunité économique — une chance de « construire la nation » à une échelle sans précédent depuis des générations. On nous dit que le Canada peut devenir une « superpuissance énergétique » dans un monde en voie de décarbonisation.Mais ces discours s'effondrent face à une contradiction fondamentale : il ne peut y avoir de construction nationale au Canada sans les nations autochtones.

Si le gouvernement fédéral souhaite réellement construire un avenir énergétique juste et durable, il doit se pencher sur les relations qui sont au cœur de ce pays. Une véritable transition ne consiste pas simplement à changer de sources d'énergie ; il s'agit de transformer le pouvoir — politique, économique et territorial. Cela signifie mettre au centre les relations de nation à nation avec les peuples autochtones, et non les traiter comme des parties prenantes dans des projets déjà prédéterminés.

À l'heure actuelle, le Canada tente de faire les deux : promettre un leadership climatique tout en misant davantage sur l'extractivisme.

Alors que la promesse canadienne de « leadership climatique » s'est avérée n'être que du vent, les communautés autochtones prennent les devants pour mener la transition.

Il existe plus de 200 projets d'énergie renouvelable de moyenne à grande échelle et plus de 2 000 initiatives à petite échelle détenues ou gérées par des nations autochtones. Ces projets ne visent pas seulement à réduire les émissions ; ils concernent le contrôle communautaire, le développement économique local et la gestion responsable à long terme. Ils reflètent des valeurs ancrées dans la responsabilité envers la terre, l'eau et les générations futures.

Voilà à quoi ressemble une véritable transition : décentralisée, pilotée par les communautés et ancrée dans la souveraineté.

Pourtant, la politique fédérale continue de traiter la participation autochtone aux projets énergétiques comme une case à cocher plutôt que comme un fondement sur lequel s'appuyer. Les programmes sont sous-financés, l'accès au capital reste limité et les investissements dans le renforcement des capacités sont bien en deçà des besoins — en particulier pour la population qui connaît la croissance la plus rapide du pays.

Si le Canada prend au sérieux sa transition énergétique, il devrait engager au moins 5 milliards de dollars sur cinq ans en faveur des énergies renouvelables menées par les Autochtones et du renforcement des capacités, soutenus par des garanties de prêt accessibles et des stratégies fédérales-provinciales coordonnées. Non pas par charité, mais en reconnaissance de la compétence, des droits et des opportunités.

En 2015, Sacred Earth a soutenu l'installation de panneaux solaires à Little Buffalo, en Alberta, pour alimenter le centre de santé communautaire.

Carney ne peut prétendre soutenir la réconciliation tout en faisant avancer des projets énergétiques qui violent les droits des Autochtones.

De l'expansion du GNL en Colombie-Britannique au développement nucléaire en Ontario, son approche actuelle continue de passer outre la souveraineté autochtone. Partout au pays, des communautés subissent des pressions pour accepter des projets — pipelines, mines, sites de stockage de déchets — qui comportent des risques dévastateurs à long terme pour leurs terres et leurs eaux.

La campagne en faveur de l'expansion nucléaire en est un exemple flagrant. Il ne s'agit pas seulement de l'emplacement des réacteurs ; il s'agit de savoir quelles terres subiront les conséquences de l'ensemble du cycle de vie, de l'extraction de l'uranium au stockage à long terme des déchets toxiques. Alors que la recherche de nouveaux sites pour entreposer ces déchets se poursuit, les communautés autochtones se trouvent dans une situation d'otage économique : contraintes d'accepter la destruction de leurs terres ancestrales afin de financer les services essentiels dans leurs communautés.

De même, la ruée vers les minéraux critiques risque de reproduire la même logique extractiviste qui a défini l'économie canadienne depuis des générations. Une fois de plus, les territoires autochtones sont ciblés comme des frontières de ressources.Certaines quantités de minéraux critiques sont une composante nécessaire de la transition énergétique, mais nous devons veiller à ce que l'exploitation de ces minéraux s'accompagne d'une hiérarchisation claire des droits autochtones et du consentement libre, préalable et éclairé.

Pendant ce temps, les soi-disant solutions climatiques telles que le captage et le stockage du carbone risquent de perpétuer le statu quo. Lorsque les groupes industriels parlent de « pipelines décarbonés », ils ne proposent pas de transformation, mais bien la continuité. L'argent public afflue vers ces projets sous forme de subventions et de crédits d'impôt, tandis que la production de combustibles fossiles s'intensifie.

Alors même que Carney évoque un « nouvel ordre mondial » et l'urgence de l'action climatique, le financement des programmes liés au climat, à la protection de l'environnement et aux Autochtones est réduit ou restreint. Dans le même temps, des milliards continuent d'affluer vers les subventions aux énergies fossiles et les projets industriels à grande échelle.

Ce n'est pas une transition, c'est une tentative de contourner les entreprises pétrolières et minières tout en préservant les structures de pouvoir existantes.

Si le Canada veut être une superpuissance énergétique, il doit répondre à une question simple : aux dépens de qui ?

À l'heure actuelle, la réponse reste trop souvent la même qu'elle l'a toujours été : les terres autochtones, les droits autochtones et l'avenir des Autochtones.

Il existe une autre voie à suivre.

Les énergies renouvelables menées par les Autochtones offrent le potentiel de systèmes locaux résilients qui privilégient le bien-être des communautés plutôt que les profits des entreprises. Elles concilient l'action climatique et la justice économique. Elles renforcent les capacités là où elles sont le plus nécessaires et redonnent le pouvoir de décision à ceux qui ont géré ces terres depuis des générations.

Mais cette voie exige des choix.
Il faut supprimer les subventions accordées à l'industrie des combustibles fossiles et réorienter ces fonds vers des solutions menées par les Autochtones. Il faut respecter les compétences territoriales et établir de véritables partenariats fondés sur le consentement. Il faut faire face aux préjudices causés par les violations persistantes des droits et prendre des mesures concrètes pour y remédier.
Surtout, il faut reconnaître que les nations autochtones ne sont pas des obstacles à la transition : elles en sont les leaders.

Le Canada ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Il ne peut pas revendiquer un leadership climatique tout en sapant les communautés mêmes qui montrent déjà ce qu'est le leadership.
Si nous voulons vraiment construire un avenir durable, juste et crédible, alors la voie à suivre est claire.

Il n'y a pas de transition énergétique sans les peuples autochtones en première ligne. Les solutions existent. Le leadership existe. La terre, comme elle l'a toujours été, appartient aux Autochtones.
La seule question qui reste est de savoir si le Canada est prêt à suivre cette voie — ou s'il continuera à faire obstacle.

Sacred Earth, une organisation dirigée par des femmes autochtones qui se consacre à la promotion d'une transition juste pour les communautés autochtones, est à Ottawa cette semaine aux côtés de 15 autres organisations pour rencontrer des députés et des sénateurs, appelant le gouvernement fédéral à investir immédiatement dans un réseau électrique est-ouest alimenté par des énergies renouvelables. Vous pouvez en savoir plus [ici.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le Syndicat de l’Agriculture applaudit l’annonce du gouvernement d’abandonner la fermeture du seul laboratoire d’allergènes alimentaires au Canada à Longueuil

28 avril, par Syndicat de l'Agriculture — , ,
Ottawa – 24 avril 2026 - Le Syndicat de l'Agriculture applaudit la décision du gouvernement fédéral d'abandonner ses plans de fermer le seul laboratoire d'analyses d'allergènes (…)

Ottawa – 24 avril 2026 - Le Syndicat de l'Agriculture applaudit la décision du gouvernement fédéral d'abandonner ses plans de fermer le seul laboratoire d'analyses d'allergènes alimentaires au Canada. Le syndicat représente 4 000 employés de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) d'un océan à l'autre, dont 10 sur les 17 que compte le laboratoire de Longueuil, Québec, qui devait cesser ses activités à la fin du mois d'avril.

Les 17 employés du laboratoire de l'ACIA à Longueuil ont tous reçu, fin janvier, une lettre les informant que leurs postes étaient devenus « excédentaires » à la suite de l'examen exhaustif des dépenses mené par le gouvernement Carney, et que le laboratoire serait fermé. Aujourd'hui, après des mois de lutte pour tenter d'empêcher ces coupes budgétaires à l'ACIA, le Syndicat de l'Agriculture pousse un soupir de soulagement.

« La décision prise hier constitue une victoire importante pour tous les Canadiennes et Canadiens qui ont à cœur la sécurité et la salubrité des aliments, et en particulier pour toutes les personnes souffrant d'allergies alimentaires qui comptent sur le travail de nos membres dans ce laboratoire », déclare Milton Dyck, président national du Syndicat de l'Agriculture.
« Le laboratoire de Longueuil est le seul laboratoire de l'ACIA capable d'utiliser des technologies avancées pour vérifier les étiquettes nutritionnelles et détecter les allergènes. Il effectue également des tests sur les mollusques afin de détecter la présence de toxines marines. Plus de trois millions de personnes au Canada souffrent d'allergies alimentaires. Si le gouvernement ferme ce laboratoire, il supprime une protection essentielle pour toutes ces personnes. C'était une décision imprudente. »

Malgré l'annonce encourageante de maintenir le laboratoire opérationnel pour l'instant, la menace persiste. L'ACIA a indiqué qu'elle comptait toujours fermer le laboratoire de Longueuil d'ici 2028. Cette situation s'inscrit dans un contexte de crise imminente de la sécurité alimentaire en Amérique du Nord. Alors que l'accélération du changement climatique multiplie les risques liés à la sécurité alimentaire, l'administration Trump a démantelé la Food and Drug Administration américaine, jetant ainsi le doute sur la qualité des importations alimentaires américaines, et l'ACIA elle-même admet qu'elle n'est pas en mesure de gérer plusieurs urgences à la fois.

« Le laboratoire de Longueuil n'est pas qu'une simple ligne budgétaire », insiste M. Dyck. « C'est une promesse de protéger la sécurité des familles. Et nos membres sont fiers d'accomplir ce travail. Même si cette décision de maintenir le laboratoire ouvert à court terme nous donne un peu de répit, nous exigeons que le gouvernement canadien s'engage à le maintenir ouvert à long terme et à annuler les coupes budgétaires à l'ACIA. Notre message à Carney est qu'il doit cesser de jouer avec les vies des gens. Tout le monde a le droit de manger sans danger ».

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Moins de lectures, plus de clôtures !

28 avril, par Mohamed Lotfi — , ,
La mauvaise nouvelle est tombée sans fracas. 20 postes de bibliothécaires ont été supprimés dans les prisons fédérales, absorbés dans un mouvement plus large de restrictions (…)

La mauvaise nouvelle est tombée sans fracas. 20 postes de bibliothécaires ont été supprimés dans les prisons fédérales, absorbés dans un mouvement plus large de restrictions budgétaires.

Elle fait écho à une décision récente qui n'a pas non plus provoqué d'indignation générale, la disparition des cours collégiaux en milieu carcéral. Deux annonces distinctes, mais une même ligne de fond. Moins de livres. Moins d'enseignement. Moins d'espaces où l'on apprend autre chose que l'attente et l'oisiveté.

À Bordeaux, après 35 ans de Souverains anonymes, j'ai laissé derrière moi une petite bibliothèque. Rien d'imposant. Des rayonnages construits avec patience, alimentés par des dons, par des passages, par des mains successives. Avant de partir, elle est restée là, comme un point fixe dans un lieu où tout est transitoire. Quelques semaines avant mon départ à la retraite, Pénélope McQuade m'avait confié des centaines de livres. La petite bibliothèque n'était pas là pour décorer. Les livres circulaient. Ils passaient de cellule en cellule. Ils ouvraient des brèches discrètes.

On dit souvent que la lecture ne sauve pas une vie. Pourtant, en prison, elle a parfois fait dévier des trajectoires. Lire, c'est introduire du temps dans un lieu qui en est saturé. C'est créer un espace intérieur là où l'espace physique est contraint.

Le cas de Léo Levesque me revient souvent. Un ancien détenu devenu dramaturge, reconnu, joué, adapté. On le présente volontiers comme une exception. Ce qu'il est sans doute. Il savait à peine écrire son nom à son arrivée en prison. Oui, une exception Léo. Mais une exception n'apparaît pas dans le vide. Elle suppose un environnement minimal. Des livres accessibles et des bibliothécaires qui conseillent, qui guident, qui proposent. Retirez ces conditions et l'exception cesse d'être improbable. Elle devient impossible.

Une bibliothèque en prison ne se résume pas à un inventaire de titres. C'est un point de contact. Des auteurs, des idées, des mondes qui entrent en collision avec des parcours souvent étroits, souvent heurtés. Pour certains, c'est une première rencontre avec une langue, avec une pensée, avec une autrice ou un auteur, avec une forme de narration qui dépasse l'expérience immédiate.

Pierre Ouellet, auteur de Barbelés, a longtemps été détenu. Des idées suicidaires le tourmentaient. À un moment, après une visite de sa mère, il a décidé de vivre pour ne pas lui faire de la peine. En retournant vers sa cellule, il croise le bibliothécaire. L'échange est bref. Une proposition de livre. Une proposition qui a réconforté sa décision. Lire un livre à la fois et vivre. Rien qui s'inscrive dans un programme structuré. Rien qui relève d'une politique publique. Et pourtant, c'est ce type d'interaction qui persiste. Un livre tendu au bon moment par un bibliothécaire à un détenu.

Ces scènes ne produisent pas de chiffres solides. Elles ne s'agrègent pas facilement en indicateurs. Elles ne permettent pas de démontrer un rendement immédiat. En face, les budgets de sécurité et de défense avancent avec des données, des projections, des tableaux. Ils s'appuient sur des logiques de prévention du risque, sur des modèles de contrôle.

Les budgets consacrés à la réhabilitation, eux, travaillent sur un autre terrain. Ils n'empêchent pas directement un acte. Ils déplacent lentement des comportements, des perceptions, des possibilités. Ils s'inscrivent dans une temporalité longue, souvent incompatible avec les impératifs de résultats rapides. La réhabilitation d'une personne incarcérée, ce n'est apparemment pas payant politiquement. N'est-ce pas, Monsieur le Premier ministre du Canada ?

Couper des postes de bibliothécaires ne désorganise pas immédiatement un établissement. Supprimer des cours collégiaux ne provoque pas de rupture visible du jour au lendemain. Les murs tiennent. Les portes se ferment. Le système continue de fonctionner. Mais quelque chose se raréfie. Moins de circulation d'idées. Moins d'occasions de bifurcation et de réhabilitation.

La comparaison des budgets ne produit pas seulement un contraste quantitatif. Elle révèle une hiérarchie. D'un côté, ce qui protège à court terme. De l'autre, ce qui transforme à long terme. Entre les deux, il n'y a pas de neutralité. Il y a des choix qui s'additionnent année après année jusqu'à dessiner une orientation claire.

Je terminerai ce billet sur un mot dit par Rony, ancien détenu. Il s'adressait à Serge Bouchard après avoir lu son livre Les yeux tristes de mon camion. Rony était déjà libéré quand Bouchard est venu rencontrer les Souverains. Mais il a tenu à dire l'effet de cette lecture sur lui alors qu'il était encore détenu.

« Bonjour Monsieur Bouchard, je m'appelle Ronald. J'aurais tellement aimé être présent à cette rencontre. Je ne voulais pas partir avant de vous laisser un petit témoignage. Au moment où vous regardez ces images, je suis sûrement en train de conduire un camion. Un camion dont les yeux ne sont pas tristes. Un camion qui a encore beaucoup de chemin à faire, des paysages à admirer, des terres à explorer, des hommes et des femmes à embarquer, des parkings de motels pour se reposer. Un camion qui a encore beaucoup d'amour à donner. Un camion qui me mènera au sud. Là où je vais me refaire la peau. Là où je vais retrouver ma couleur.

Mon cher Serge, tu viens de remporter le prix du Gouverneur général pour ton livre Les yeux tristes de mon camion. J'ai ton livre entre les mains. Comment ne pas aimer un livre qui commence avec ces phrases. Tu donneras vie aux barreaux de ta prison, tu t'évaderas par la fenêtre ouverte de ton imaginaire, rien ne peut t'empêcher de te recueillir devant une pierre humide, devant une clôture de broche, rien ne t'interdit de résister jusqu'au dernier coup d'œil. Ces mots me vont droit au cœur parce que je les entends. C'est de moi que tu parles, Serge. Si je résume ces mots, Serge, tu es en train de me dire que tu as été un jour Souverain, à toi de le rester pour toujours. »

La réaction de Serge Bouchard à ce témoignage, ici :
https://www.souverains.qc.ca/serge-bouchard <https://www.souverains.qc.ca/serge-...>

Mohamed Lotfi
20 Avril 2026

— -


Des livres et des Souverains :
https://www.youtube.com/watch?v=rklbfo7-4vc <https://www.youtube.com/watch?v=rkl...>
Lire :
https://www.youtube.com/watch?v=5l5fUgrgh6A <https://www.youtube.com/watch?v=5l5...>
Court-métrage :
https://www.youtube.com/watch?v=FZZVyDcovAo

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

9999 résultat(s).
Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

En savoir plus

Membres