Revue Caminando
Revue de réflexion et d’engagement social qui diffuse depuis 1980 une information alternative sur les droits humains en Amérique latine.
Éditorial
Cet éditorial a été construit collectivement, en rassemblant les voix de nos collègues de l’équipe du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), chacune apportant son regard, son expérience et son engagement envers la justice sociale, les droits humains et la solidarité internationale.
Rosalinda Hidalgo, anthropologue mexicaine et responsable des actions urgentes depuis juin 2019, allie recherche et militantisme auprès des communautés autochtones et paysannes, ainsi que des mouvements sociaux en Amérique latine, tout en s’impliquant au sein de collectifs de femmes migrantes à Montréal. Annabelle-Lydia Bricault-Boucher, responsable de l’éducation à la citoyenneté mondiale et membre de l’équipe depuis février 2022, met à profit son expérience en relations internationales, droit international, éducation populaire et communication pour accompagner des projets de sensibilisation aux droits humains et à l’extractivisme minier. Roselyne Gagnon, coordonnatrice de la revue Caminando et webmestre depuis juin 2015, a une formation en études latino-américaines et science politique; elle gère les publications, l’infographie et les contenus numériques. Fernanda Sigüenza Vidal, responsable des communications et membre de l’équipe depuis l’automne 2021, développe du matériel éducatif audiovisuel et mène des recherches doctorales en sociologie sur le développement critique, les droits autochtones et la théorie des émotions. Enfin, Marie-Ève Marleau, agente administrative, travaille au CDHAL depuis l’été 2012 et apporte à l’équipe son expérience en éducation relative à l’environnement, recherche participative et mouvements sociaux, ainsi qu’un engagement profond pour la justice sociale et écologique et les droits humains.
Il y a cinquante ans, une graine a été semée.
Une graine fragile, portée par l’indignation face aux injustices et par la conviction qu’une solidarité internationale était possible. Cette graine s’appelait le CDHAL.
Comme le rappelle Rosalinda, la naissance du CDHAL s’inscrivait dans « une manière de répondre aux injustices en tant que société organisée ». Dans un Québec marqué par les luttes sociales et des élans de solidarité ancrés dans l’internationalisme, des citoyennes et citoyens ont décidé de se mobiliser pour soutenir les luttes en Amérique latine. D’autres organisations de solidarité ont également vu le jour à la même époque, notamment Développement et paix, le Comité de solidarité Trois-Rivières et le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), témoignant d’un moment historique où la société civile québécoise cherchait à agir face aux crises politiques et aux violations des droits humains dans la région. Le CDHAL fut l’un des pionniers de ces formes d’organisation et d’action portées par une perspective internationaliste.
Au fil des décennies, la graine a germé.
Roselyne nous rappelle qu’aux débuts, « le CDHAL ne disposait de presque aucun moyen ». Avant l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, les informations circulaient grâce aux réseaux humains et aux déplacements des personnes elles-mêmes : des personnes exilées et militantes, des communautés religieuses, des volontaires revenant d’Amérique latine. C’étaient ces personnes qui rapportaient les nouvelles, les fragments d’histoires, les preuves de résistance. À partir de ces récits, les réseaux de solidarité se tissaient. Aujourd’hui, alors que l’information circule presque instantanément, ces témoignages nous rappellent que la solidarité s’est d’abord construite dans la patience, la confiance et la persévérance.
Cette persévérance continue de nourrir l’arbre que le CDHAL est devenu.
Comme le souligne Annabelle, beaucoup de personnes sont étonnées par l’ampleur du travail accompli : « nous sommes une petite équipe, mais nous faisons beaucoup avec les ressources que nous avons ». Chaque année, des dizaines d’activités d’éducation populaire, des balados, une revue engagée en français et en espagnol, ainsi qu’une participation active dans les espaces de la société civile québécoise permettent de nourrir les réflexions critiques sur l’Amérique latine. Au sein de cet écosystème, le CDHAL s’est aussi démarqué par son expertise sur des enjeux tels que l’extractivisme et les violations des droits humains liées aux entreprises minières canadiennes.
Les racines du CDHAL sont profondément ancrées dans les luttes sociales.
Pour Marie-Ève, l’une des contributions les plus importantes de l’organisation a été sa capacité à se mobiliser autour d’événements marquants et à relayer les voix des mouvements sociaux latino-américains : la disparition des étudiants d’Ayotzinapa, l’assassinat de Berta Cáceres ou encore les dénonciations de l’industrie minière canadienne en Amérique latine, notamment lors du Tribunal permanent des peuples. « Peu d’organisations diffusent ici au Québec des informations directes provenant des mouvements de base en Amérique latine », souligne-t-elle. Le CDHAL agit ainsi comme un relais, transformant les informations venues du terrain en matière de réflexion et d’action collective.
Mais une graine ne pousse jamais seule.
Pour Fernanda, le rôle du CDHAL peut se comprendre comme celui d’un pont : « un pont entre le Nord et le Sud, mais aussi entre les Suds ». À Montréal, cet espace est devenu un lieu de rencontre où se croisent des personnes militantes, chercheuses, migrantes et alliées. Dans un contexte marqué par l’individualisme croissant et la fragmentation sociale, cette capacité à renforcer le tissu social devient une forme de résistance en soi. Le CDHAL n’est pas seulement un lieu de diffusion d’information; il est aussi un espace où se cultive une communauté politique et affective.
Aujourd’hui, le jardin dans lequel pousse le CDHAL est exposé à des vents contraires.
La montée de l’extrême droite, la crise climatique, la militarisation des conflits et les reculs en matière de droits humains inquiètent profondément l’équipe. Annabelle souligne que les droits des femmes, des personnes migrantes et des communautés LGBTQIA2S+ sont de plus en plus remis en question à travers le monde. Roselyne ajoute que les conflits à l’échelle internationale éloignent l’attention médiatique de l’Amérique latine, alors que les violations des droits humains y persistent. Dans ce contexte, poursuivre un travail de veille, de documentation et de sensibilisation devient essentiel.
En même temps, ces défis nourrissent de nouvelles formes de solidarité.
Marie-Ève et Fernanda rappellent que les analyses féministes et décoloniales développées par les alliées latino-américaines ont profondément transformé les perspectives du CDHAL. Ces approches ont permis de repenser la solidarité internationale, non pas comme une aide unidirectionnelle, mais comme un échange de savoirs, d’expériences et de luttes. L’un des apprentissages les plus précieux de ces années d’engagement est d’avoir appris à transformer « la colère provoquée par les oppressions sociales en joie militante ».
Cette transformation est également évoquée par Fernanda, qui souligne l’importance d’écouter les critiques venant du Sud global. Les mouvements sociaux latino-américains ont remis en question certains anciens modèles de solidarité internationale, parfois marqués par des dynamiques coloniales. Ces critiques ont permis d’ouvrir de nouveaux chemins : une solidarité plus horizontale, plus critique, et plus attentive aux voix des communautés concernées.
Ainsi, au fil du temps, le CDHAL a appris à cultiver autrement.
Semer des idées.
Entretenir des liens.
Faire circuler des récits de résistance.
Et, parfois, apporter l’engrais et les soins nécessaires pour que des graines puissent s’épanouir sur d’autres terres.
Bien sûr, les défis restent nombreux. Les coupes budgétaires dans les programmes de solidarité internationale, la difficulté de rejoindre les jeunes générations dans un monde saturé d’informations et de désinformation, ou encore la précarité financière des petites organisations rappellent que rien n’est acquis. Mais, comme le souligne Roselyne, malgré toutes ces incertitudes, « le CDHAL est encore vivant 50 ans plus tard ».
Peut-être est-ce là la plus belle preuve que les graines semées il y a cinquante ans continuent de croître.
Car chaque lutte relayée, chaque atelier organisé, chaque balado enregistré, chaque rencontre entre militant·es et communautés fait naître de nouvelles pousses de solidarité.
Semer la résistance.
Semer la mémoire.
Semer des solidarités qui, un jour ou l’autre, fleuriront.
Pour moi, Angiee Liliana Rocha Parra, en tant que membre la plus récente de l’équipe d’éducation à la citoyenneté mondiale depuis l’été 2024, c’est un honneur de recueillir ces mots et ressentis aux côtés de celles et ceux qui portent ce travail depuis longtemps. C’est une grande joie de célébrer ce parcours, de reconnaître les graines de résistance que nous avons aidé à faire germer et de voir comment, à travers chaque action, chaque rencontre et chaque histoire partagée, fleurissent des solidarités qui transcendent les frontières et les générations. Que cet anniversaire soit aussi un rappel que, si l’avenir reste incertain, une chose demeure claire : tant que les injustices persisteront, il faudra continuer à semer, à cultiver et à faire fleurir les solidarités.
Nous remercions chaleureusement toutes les personnes collaboratrices et alliées qui ont accompagné ce parcours; chaque appui, chaque geste et chaque mot a été une graine qui a fait fleurir notre solidarité. Nous vous invitons avec joie à participer à nos activités de célébration et à vivre ensemble cet anniversaire si spécial.
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Gardiennes de l’eau : les femmes Tz’unun Ya’ protègent le lac Atitlán au Guatemala
Au petit matin, sur les rives du lac Atitlán, niché au cœur des montagnes du Guatemala, on aperçoit souvent des femmes en marche. Dans une main, une canette vide, dans l’autre, une bouteille repêchée. Certaines portent des jupes colorées brodées de fleurs, tandis que d’autres un simple foulard noué autour de la taille. Elles s’accroupissent, soulèvent une poignée de plastique, continuent leur chemin. Avant d’entrer dans l’eau, elles la saluent d’un geste. Ici, on dit qu’il faut embrasser la grand-mère-lac avant de s’y plonger.
Depuis plus de 16 ans, ces femmes autochtones tz’utujil, réunies au sein du collectif Tz’unun Ya’, veillent sur Atitlán. On les appelle Las Guardianas del Lago. Elles ramassent les déchets, dénoncent les constructions illégales, éduquent leurs voisins, interpellent les autorités. Leur combat dépasse l’écologie : pour elles, l’eau est une aïeule, source de vie et mémoire du peuple.
Un joyau menacé
Considéré comme l’un des plus beaux lacs du monde, entouré de trois volcans majestueux, Atitlán attire chaque année des milliers de visiteur·euses. Poètes et peintres l’ont décrit comme un miroir des dieux. Mais derrière la carte postale se cache une réalité inquiétante : le lac s’asphyxie.
Depuis 2009, les scientifiques alertent sur la prolifération de cyanobactéries, ces algues bleu-vert qui appauvrissent l’oxygène et bouleversent l’écosystème. La cause? Une eutrophisation accélérée : engrais, pesticides, eaux usées et plastiques s’accumulent dans ses eaux. Les poissons meurent par milliers, les crabes disparaissent. Pour les familles, cela se traduit par des assiettes plus vides et une eau plus dangereuse.
« Nous, les communautés autochtones, majoritairement exposées à la pollution, à la toxicité, aux déchets et aux plastiques, sommes celles qui subissons un système d’oppression institutionnelle », dénonce Nancy González, coordonnatrice du collectif.
Plus de 350 000 personnes, en majorité mayas tz’utujil et kaqchikel, vivent sur les rives du lac depuis des siècles. Si les touristes repartent après un week-end, les peuples autochtones restent, confrontés chaque jour à cette contamination.
Héritage et cosmovision
Pour les communautés mayas, l’eau n’est pas une marchandise. Elle est vivante, et son rôle est sacré. Dans le Popol Vuh, livre fondateur du peuple, le Créateur réside dans l’eau, où le germe de la vie s’est formé. Les rivières y sont décrites comme des veines qui nourrissent la terre.
Nancy se souvient de sa grand-mère, centenaire, issue d’une famille de pêcheurs : « Elle me racontait l’abondance du lac, les poissons qui se piégeaient d’eux-mêmes dans des bassins improvisés dans le sable. L’après-midi, il fallait vendre la prise au marché. Ces récits m’ont façonnée. L’eau fait partie de notre généalogie ».
Ici, le lac est parfois appelé abuela, la grand-mère. On lui parle, on l’embrasse avant de se baigner. Protéger Atitlán, c’est prendre soin d’un être vivant, porteur de mémoire et de savoirs.
Les femmes au premier plan
Si les Guardianas se mobilisent, ce n’est pas par militantisme abstrait, mais par instinct de survie. « Les femmes portent une sensibilité particulière », explique Nancy. « Nous le faisons parce que l’eau, c’est la vie. Sans elle, nous ne pouvons pas survivre ».
Le collectif est né au début des années 2000. Dès 2008, il a lancé des campagnes d’éducation pour apprendre à séparer les déchets. En 2016, San Pedro La Laguna devenait, grâce à leur mobilisation, la première municipalité du Guatemala à interdire les sacs plastiques.
Elles ont aussi développé des solutions locales pour traiter les eaux usées : fosses septiques, puits d’absorption, regards de contrôle. Plutôt que d’attendre de grandes infrastructures jamais financées, elles ont choisi de petites technologies adaptées à chaque foyer.
Ces gestes concrets rappellent que la défense du lac se fait autant par la pédagogie que par la résistance. Souvent, ce sont les enfants qui participent aux nettoyages de berges, apprenant dès leur plus jeune âge que protéger l’eau, c’est protéger leur futur.
Résister à l’extractivisme
Mais la bataille des Guardianas ne se limite pas aux déchets. En 2016, un projet de mégacollecteur a failli transformer le lac en marchandise.
Porté par l’ONG Asociación Amigos del Lago Atitlán (AALA), financée par de grandes entreprises comme Cementos Progreso ou Pollo Campero, le projet promettait de « sauver » le lac en exportant ses eaux usées hors du bassin. En réalité, rien ne garantissait que ces eaux ne seraient pas réutilisées à des fins privées.
Pour imposer leur vision, les promoteurs ont utilisé plusieurs stratégies : gaslighting (« vous êtes contre le lac »), dénigrement (« vos arguments ne sont pas scientifiques »), cooptation de leaders communautaires, et même instrumentalisation des symboles mayas dans leurs campagnes de communication. Nancy se souvient :
« Lors d’une conférence de presse, j’ai dénoncé le mépris envers notre savoir. On m’a répondu : « Où sont vos scientifiques? » Le terme « science » vient du latin « scientia », qui signifie connaissance. Dans nos communautés, un agriculteur, un pêcheur ou une sage-femme sont des scientifiques. Les Guardianas del Lago de San Pedro La Laguna, qui ont compris et observé la souffrance de la grand-mère-lac, les rendent conscientes de sa maladie et de ses souffrances; elles les rendent scientifiques. »
Le collectif, soutenu par des autorités locales et d’autres organisations autochtones, a mené une lutte acharnée. Manifestations, recours juridiques, actions médiatiques… Finalement, le projet de mégacollecteur a été abandonné. Une victoire rare, dans un pays où l’extractivisme minier, hydroélectrique ou agro-industriel continue d’avancer au détriment des Peuples autochtones.
Le poids de l’histoire
Cette résistance s’inscrit dans un héritage douloureux. Depuis la conquête espagnole en 1524, les Peuples autochtones ont été dépossédés de leurs terres et forcés au travail dans les mines d’or et d’argent. Après l’indépendance, l’élite criolla a vendu des terres occupées par les communautés pour développer des plantations de café. Au 20ᵉ siècle, des compagnies étrangères comme la United Fruit Company ont pris le relais, imposant un extractivisme colonial qui persiste aujourd’hui sous de nouvelles formes.
Les luttes actuelles, qu’il s’agisse de bloquer un mégacollecteur ou de protéger une rivière contre un barrage hydroélectrique, prolongent cette longue histoire. Elles rappellent que l’écologie au Guatemala est indissociable de la justice sociale et de la reconnaissance des droits autochtones.
Une loi encore en chantier
En 2024, le gouvernement guatémaltèque a lancé l’initiative « Unis pour l’eau » et ouvert un processus de consultations pour créer enfin une loi nationale sur l’eau, réclamée depuis des décennies.
À Sololá, près du lac, Nancy a participé à ces échanges. « Nous ne nions pas la nécessité d’une loi, mais il faut qu’elle reconnaisse la gestion communautaire. Sinon, elle restera lettre morte », explique-t-elle.
Aujourd’hui, c’est le Conseil des aires protégées qui gère officiellement le bassin d’Atitlán. Mais les décisions sont prises par l’État et les chambres d’entreprises, rarement par les communautés qui vivent au quotidien avec le lac.
« Nous gardons encore l’espoir que les contributions recueillies lors de ces dialogues puissent se refléter dans la loi, à travers une gestion participative et communautaire », ajoute Nancy.
Gardiennes de la vie
Sur les rives d’Atitlán, les Guardianas continuent d’avancer, sac par sac, geste par geste. Leur présence rappelle que l’écologie n’est pas qu’une affaire de chiffres et de lois, mais d’attention quotidienne, de savoirs transmis, de liens spirituels.
« Nos mères et nos grand-mères nous enseignaient qu’avant de se plonger dans l’eau, il fallait la saluer, l’embrasser », raconte Nancy. Ce geste simple contient toute une philosophie : la reconnaissance que l’eau n’est pas un bien à exploiter, mais une alliée à respecter.
Protéger Atitlán, c’est protéger la vie. Face à la contamination, à l’extractivisme et au mépris institutionnel, la persévérance de ces femmes transforme leur territoire. Leur lutte s’inscrit dans un mouvement plus large : celui qui rappelle que sans eau, il n’y a pas d’avenir. Car ici, la grand-mère-lac ne demande qu’à respirer à nouveau.
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La cascade dorée : défendre l’eau face à l’extractivisme en Colombie
Il est tôt le matin quand Rafael vient me chercher à l’hôtel du village, mais les routes sont déjà bondées de motos chargées de mineur·euses en route pour le travail. Il ne faut que quelques minutes pour passer de l’entrée de Providencia aux grilles de Gramalote, le site de ce qui pourrait devenir la plus grande mine d’or à ciel ouvert de Colombie. Nous franchissons un premier poste de contrôle – Rafael lève rapidement le pouce vers le garde – puis nous accélérons à travers un champ envahi par les herbes jusqu’à une autre barrière. De là, un chemin de terre tracé par les motos nous emmène plus profondément dans les collines, jusqu’à la fin du sentier. Puis, nous poursuivons à pied.
Nous longeons des panneaux jaunes de mise en garde et les entrées effondrées de mines artisanales, leurs tunnels bouchés, leur matériel brûlé par la police – vestiges d’une campagne contre « l’extraction illégale » qui détruit des lieux où hommes et femmes travaillaient pour faire vivre leurs familles. Au sommet de la colline, apparaît enfin ce pour quoi nous sommes venu·es : la cascade. Le paysage est grandiose – forêt dense et verte, pics rocheux déchiquetés, torrents d’eau s’écrasant dans la rivière en contrebas. Pourtant, les signes de la compagnie sont partout. Juste au-delà du fleuve s’ouvre l’entrée principale de la propriété de Gramalote; sur la droite, une caserne militaire domine. La plage au pied des chutes est vide. « C’était à nous, notre richesse », murmure Rafael.
Providencia – l’un des plus grands établissements de San Roque, dans le département d’Antioquia – a toujours dépendu des rivières qui traversent ses montagnes. Depuis des générations, les familles y survivaient grâce à la petite exploitation minière et à l’agriculture, leur quotidien étroitement lié à la terre et à l’eau. Au début des années 2000, les habitant·es ont appris que ce même paysage avait été officiellement vendu à l’extraction industrielle, aujourd’hui mené par la société canadienne B2Gold.
Depuis plus d’une décennie, les habitant·es se battent pour défendre leur eau, leurs moyens de subsistance et leur sentiment d’appartenance, menacés d’effacement. La cascade cristallise le cœur de ce conflit. Ce qui suit n’est pas seulement l’histoire d’une mine projetée, mais un récit vivant où l’eau se fait à la fois héritage et creuset de violence – un témoignage qui résonne à travers l’histoire extractive de l’Amérique latine.
L’arrivée de Gramalote
L’histoire de Gramalote à San Roque remonte au milieu des années 1990, lorsque des entreprises minières étrangères reçurent pour la première fois des titres sur ces terres. Mais ce n’est qu’en 2004 que les habitant·es commencent à comprendre l’ampleur du projet. Certain·es l’accueillirent d’abord avec un optimisme prudent.
Avec le temps, cet espoir initial se désagrège. Les dirigeant·es d’ASOMICROPRO, l’association locale des mineur·euses qui participe activement aux négociations avec l’entreprise, commencent à douter de ses intentions. Les discussions sont structurées pour briser la cohésion : les habitant·es sont subtilement encouragé·es à se démarquer de leurs voisin·es afin d’obtenir une compensation ou une place dans un projet. Les promesses de développement sont annoncées, puis retirées. L’attente prudente se durcit en méfiance, puis en résistance.
En 2013, les tensions éclatent : l’ASOMICROPRO organise son premier blocage de la route à l’entrée de la mine. Le cycle se répète pendant des années : promesses de compensation ou de projets productifs, vite abandonnées, tandis que les représentant·es de l’entreprise partent de manière cyclique, forçant les négociations à repartir à zéro. En 2017, la tension bouillonnante explose à nouveau. Pendant 33 jours, l’ASOMICROPRO et ses voisin·es organisent une grève aux portes du projet. Ils et elles ne sont pas accueilli·es par le dialogue, mais par la force : police antiémeute et soldats sont envoyés pour briser le blocus. Dans les semaines qui suivent, plusieurs leaders sont convoqué·es par la brigade locale, tandis que les responsables de l’entreprise stigmatisent les personnes opposantes, les désignant comme pollueur·euses et fauteurs de troubles. Pendant ce temps, Gramalote se prépare à creuser une fosse à ciel ouvert d’une ampleur qui, sans aucun doute, transformerait le paysage à tout jamais.
Appartenance et survie
Quand je suis venue pour la première fois en 2023, le récit que j’ai entendu n’était plus celui du progrès, mais celui de la perte. John Yepes, avocat spécialisé en droits humains et conseiller de l’ASOMICROPRO dans ses recours judiciaires contre Gramalote, m’explique : « Les enfants naissaient dans la montagne avec le chant des oiseaux ; ils pouvaient se baigner dans la rivière et grimper aux arbres. Malgré la précarité économique, la vie se caractérisait par un doux quotidien en harmonie avec la nature. Aujourd’hui, l’équilibre naturel de la forêt est bouleversé par le projet minier. »
L’ampleur et la réalisation du projet provoquent un exode quasi inévitable, tant sur le plan émotionnel que physique. Pour ouvrir la fosse et ses zones de déversement, des quartiers entiers devraient être rasés, sans garantie que les familles puissent continuer leur mode de vie ailleurs. Pour les habitant·es, la lutte ne concerne pas seulement la terre, mais l’arraigo – ce sentiment profond d’appartenance, forgé par des générations de travail, d’agriculture et de mine dans un même lieu. J’ai rencontré Santiago lors d’une visite d’une mine menacée. À l’ombre, après une journée à sortir des pierres de la terre, il m’a confié : « Ce pour quoi nous nous battons, c’est notre patrimoine ancestral. Nous extrayons de l’or depuis l’arrivée des Espagnols. Cela fait partie de notre héritage. »
Violence et extraction
Le conflit autour de Gramalote ne peut être compris sans la violence qui a marqué San Roque bien avant l’arrivée de B2Gold. Entre 1990 et 2006, plus de 8 900 habitant·es furent déplacé·es par la violence paramilitaire. Pendant ces années, les groupes paramilitaires commirent des massacres, assassinèrent des leaders communautaires et consolidèrent leur contrôle sur les terres de la région. L’un des ranchs au centre du projet Gramalote servit même de quartier général paramilitaire – une propriété qui avait appartenu au père de l’ancien président Álvaro Uribe. Pour beaucoup à Providencia, la continuité saute aux yeux : la même violence qui a vidé et réduit au silence le territoire a ouvert la voie à l’extraction.
De retour à sa mine, Santiago m’explique comment cette histoire pèse encore. « C’est difficile de faire entendre sa voix », dit-il, « parce que l’entreprise est puissante et contrôle tout – même les forces publiques. » Un jour, il est arrivé sur son site de travail et a découvert une pancarte portant son nom, le désignant comme terroriste. « Ça fait peur », ajouta-t-il doucement. En le regardant – ses joues encore rondes d’adolescent – il était difficile de concilier le garçon devant moi avec l’étiquette qu’on lui collait.
La cascade
La cascade est le décor de ces histoires de violence, de développement et de perte. Pendant des décennies, elle a été le cœur battant de Providencia. De vieilles photos montrent des couples, des familles, des groupes d’amis souriant à l’objectif depuis ses eaux. Même durant les pires années du conflit armé, les voisin·es s’y retrouvaient le week-end, apportant sodas et casse-croûtes, souriant pour la caméra. Aujourd’hui, tout cela a disparu. Le site est fermé par des panneaux de propriété privée, gardé par un bataillon militaire installé au même endroit où se tenaient autrefois les paramilitaires.
Sa fermeture a été une double perte : elle a privé Providencia de l’une de ses deux principales sources d’eau et, dans le même temps, effacé un espace public où les habitant·es se rassemblaient pour nager, cuisiner, célébrer. Sa disparition rappelle combien l’extraction ne transforme pas seulement les paysages physiques, mais aussi le tissu social qui relie les communautés.
Conclusion
À ce jour, Gramalote est sur le point d’avancer. Dans une étude de faisabilité publiée cette année, B2Gold a insisté sur le fait que le projet bénéficie du « plein soutien de la communauté », répétant sa promesse d’une mine modèle en matière d’extraction responsable en Amérique latine. En réalité, le soutien est fracturé, érodé par les promesses rompues et la peur. Certains habitant·es, épuisé·es par les cycles de négociation et de répression, ont cessé de résister. D’autres continuent le combat, au risque de la criminalisation ou pire.
Avant de quitter la cascade ce jour-là, Rafael pointe la pierre sous nos pieds. Même sans œil de mineuse, je vois l’or scintiller dans la roche. « Voilà pourquoi ils veulent la mine ici », dit-il. « Tu imagines tout ça, une fosse à ciel ouvert? » Sa voix s’éteint. Après un long silence, il caresse doucement la roche. « Moi, je la préfère ainsi. »
Traduction par Andréa Enriquez-Lopez
Notes
Certains noms ont été changés.
Références
Comisión para el Esclaremiento de la Verdad, la Convivencia y la no Repetición (2020). San Roque: De La Doctrina Contrainsurgente al Extractivismo. Medellín: ASOVISNA y CJL.
McBride, B. (2025). « Study Bumps Value by 21% at B2Gold’s Gramalote Project in Colombia. » Mining.com.
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Hommage pour ne pas oublier les défenseurs de l’eau au Mexique
En cette année 2025, c’est avec colère et douleur que nous avons fait nos adieux à deux défenseurs des rivières au Mexique. Il s’agit d’une part de Marco Antonio Suategui, leader historique de la lutte contre le projet de barrage de La Parota, sur la côte de l’État de Guerrero, assassiné en avril dernier alors qu’il travaillait. Nous avons également perdu Gilberto Ruiz (Chivis), ancien maire de Jalcomulco (État de Veracruz) et leader pour la défense de la rivière Antigua contre un projet hydroélectrique. Chivis, comme nous l’appelions affectueusement, a disparu à la mi-août et a été retrouvé sans vie deux jours plus tard. Dans les deux cas, aucun coupable n’a été identifié et, jusqu’à présent, ces meurtres restent impunis.
Ces morts nous attristent profondément, non seulement parce que ces compagnons engagés nous étaient chers, mais aussi parce que leur assassinat s’ajoute à ceux d’autres leaders autochtones, entre autres ceux des communautés de l’ejido Paso de Reina, dans l’État d’Oaxaca. À cette liste de victimes, nous ne pouvons manquer d’ajouter Noé Vazquez, artiste et leader communautaire, qui a été assassiné en 2013 dans l’État de Veracruz, quelques heures avant la tenue d’une rencontre nationale du Mouvement mexicain des personnes affectées par les barrages et pour la défense des rivières.
Défendre l’eau est une activité à haut risque au Mexique. Les cas mentionnés ci-dessus nous montrent que l’organisation et la protection communautaires ne suffisent pas à protéger la vie des personnes qui défendent l’eau, pas plus que ne le font les fragiles institutions de l’État en présence de groupes criminels.
Il est plus difficile de considérer l’eau comme un bien commun dans un contexte où les ressources naturelles sont soumises à la privatisation, au profit, à l’accaparement et à la dépossession. La présence de groupes criminels violents a converti certaines régions rurales en zones dangereuses en raison du contrôle qu’ils exercent sur ces territoires. Avec la corruption et les alliances qui existent entre des acteurs puissants, tels que les entrepreneurs, les hommes d’affaires, les tueurs à gages et les autorités corrompues, une véritable opération de spoliation des ressources naturelles a cours dans la terreur et la précipitation.
Ce texte vise à perpétuer la mémoire de personnes qui ont perdu la vie. Les fils qui tissent leurs histoires sont liés aux luttes pour la terre et contre les barrages au Mexique.
Les luttes pour la défense des rivières au Mexique
La tradition des luttes pour la défense de la terre au Mexique est reconnue mondialement. Le slogan « Terre et Liberté », qu’on associe à Emiliano Zapata depuis plus de 100 ans, inspire encore de nos jours des mouvements paysans et autochtones. La défense des biens communs (l’eau, la terre, les forêts, l’air et les territoires) s’inscrit dans les luttes écoterritoriales, dont les peuples autochtones et la paysannerie ont été les porte-drapeaux à l’échelle internationale. Toutefois, au Mexique, l’histoire des luttes pour la défense des rivières a ses particularités. À l’échelle nationale, les grands barrages construits à partir des années 1970 jusqu’à la fin du dernier millénaire ont causé le déplacement de plus de 200 000 personnes, les principales victimes étant les peuples autochtones.
Les conséquences de ces déplacements forcés, du réaménagement des communautés, de l’attribution de terres inhospitalières et de l’absence de réparation des dommages ainsi causés de la part des gouvernements ont enclenché des mobilisations paysannes, dont, parmi les premières, celles des peuples Chatinos et Zoques, situés dans le bassin du fleuve Papaloapan, un des plus importants du Mexique. Dans cette région, 37 ejidos ont été affectés par la construction du barrage Cerro de Oro, localisé dans l’État d’Oaxaca, laquelle a été décrétée dans les années 1970. Les conséquences de cette initiative furent non seulement de nature écologique, mais également sociale, en raison du déplacement de 26 000 personnes autochtones qu’elle a occasionné. La réponse des personnes affectées fut la mobilisation et la défense de leur territoire.
Juan Zamora : 40 ans de lutte pour les personnes affectées par le barrage Cerro de Oro
Juan Zamora fut un leader historique et un ferme opposant à ce projet. Il a été à la tête du mouvement pour les personnes affectées par le barrage pendant 40 ans. Dans les années 1980, il a mobilisé 10 000 Chinantecos et Zoques de la vallée d’Uxpanapa afin d’exiger que leurs demandes soient entendues. Sous son leadership, le Conseil Autochtone d’Uxpanapa (CIUX) a été créé en 1994. En plus de déposer des plaintes et d’effectuer des dénonciations, ce dernier a organisé des mobilisations et des rencontres avec des fonctionnaires. Le mouvement a été réprimé et Juan incarcéré. Même s’il retrouva sa liberté peu de temps après, son combat est devenu un symbole pour les personnes affectées par des barrages. Son cas fut mentionné dans un rapport mondial sur les barrages, tout comme dans d’autres rapports au Mexique et en Amérique latine, comme exemple de violations des droits des populations.
Don Juan, comme nous l’appelions, était pauvre et malade quand son décès est survenu à Xalapa (État de Veracruz) en 2017. Il s’était battu pendant 40 ans dans l’espoir que justice soit faite, mais cela ne s’est jamais concrétisé pour son peuple. Néanmoins, il a laissé en héritage de nombreux apprentissages en égard à la défense des rivières et ils restent gravés dans la mémoire de nombreux peuples qui n’ont plus permis la construction d’autres barrages sur leur territoire.
Marco Antonio Suastegui à la défense du fleuve Papagayo contre le barrage La Parota
En 2003, dans la communauté d’Aguacaliente située sur les rives du fleuve Papagayo, dans la municipalité d’Acapulco (État de Guerrero), lors d’une assemblée convoquée par le Conseil des communautés et ejidos de La Parota (CECOP), naissait le Mouvement mexicain des personnes affectées par les barrages et de la défense des rivières (MAPDER). Constitué de 15 organisations nationales, son cri de ralliement est « L’eau est à nous, les barrages la détournent! ».
Marco Antonio Suategui, leader communautaire et organisateur de cet événement, était un jeune afrodescendant qui se démarquait par son charisme et son courage. En tant que leader de ce mouvement, il a été victime de répression et de harcèlement et a vécu la perte de son patrimoine familial, l’emprisonnement dans un pénitencier à sécurité maximale et la disparition de son frère. Son combat s’est déroulé dans un des États mexicains où le crime organisé a pris de l’expansion et de la force en recourant à des mercenaires financés par les gouvernements en place, qu’ils soient de droite ou de gauche.
Marco a résisté pendant des années; il a dénoncé la cooptation et la corruption sans jamais renoncer à ses valeurs. Il a été assassiné durant la saison des vacances pascales, en plein jour, dans le port d’Acapulco. Le lendemain de son décès, Abel Barrera, directeur du Centre des droits humains de la montagne Tlachinollan, a écrit ce qui suit :
« Dans le Guerrero, ceux qui se battent pour les causes sociales sont forcés de vivre dans l’ombre pour rester en vie. S’ils se placent à la tête des luttes, on les criminalise, emprisonne, menace, fait disparaître et assassine. C’est un destin cruel, ayant une fin tragique, simplement pour avoir élevé la voix, défendu le territoire et lutté pour la justice. Marco Antonio, bien qu’il ait eu l’occasion de travailler en ville ou d’occuper une fonction publique, est toujours resté aux côtés des hommes et des femmes qui défendent la justice au nom des plus pauvres des campagnes. Il a eu le courage d’affronter les gouverneurs en dénonçant leurs abus visant à diviser les communautés et à imposer La Parota par la force. »
Marco, ainsi que tous ceux et celles qui ont défendu la rivière Papagayo, a laissé un important héritage : aucun autre barrage n’a été construit sur le fleuve.
Les défenseurs du Río Verde, sur la côte d’Oaxaca, contre le projet hydroélectrique Paso de la Reina
Fidel Heras Cruz, Noé Robles Cruz, Raymundo Robles Riaño, Gerardo Mendoza Reyes et Jaime Jiménez Ruiz, défenseurs du Río Verde et membres du Conseil des peuples unis pour la défense du Río Verde (COPUDEVER), ont tous été assassinés en moins de deux ans, entre 2021 et 2022, dans la municipalité de Jamiltepec, dans les communautés de Paso de la Reina. Dans un contexte de violence croissante à l’échelle nationale et en plein confinement lors de la pandémie, la criminalisation s’est intensifiée pour les leaders sociaux. L’organisation Educa AC souligne que sur la côte d’Oaxaca, le COPUDEVER a été une épine dans le pied du gouvernement fédéral et de la Commission fédérale de l’électricité, qui avaient pour objectif de construire un barrage hydroélectrique sur la rive du Río Verde. Le COPUDEVER a également été une organisation gênante pour les chefs (caciques) locaux, habitués à imposer leurs conditions et à s’approprier les ressources naturelles des communautés autochtones.
Jusqu’à présent, le projet a été mis sur pause grâce aux mobilisations régionales et à des alliances nationales et internationales.
La mémoire pour ne pas oublier
Face à tant d’impunité et d’injustice, la mémoire est un outil puissant qui habite le cœur des luttes. Nommer ceux qui ont offert leur vie, c’est continuer le combat et se sentir accompagné par leur présence. Nos morts sont nombreux; pas seulement ceux qui ont été assassinés, mais également ceux qui sont morts durant la lutte. C’est pour eux que nous désirons faire connaître leur nom et les luttes qu’ils ont menées pour les rivières.
- Noé Vasquez Ortiz. Il a été assassiné en 2013 à Amatlán de los Reyes, Veracruz, avant une assemblée nationale. Il luttait contre le projet hydroélectrique Naranjal. Ce projet a été mis sur pause, mais est réapparu récemment dans le Plan national pour l’eau.
- Hector Colio Galindo. Il vivait à Tlayacapan, État de Veracruz. Il est mort en 2021 de complications liées à la Covid. Communiste vétéran, membre de l’alliance Bobos-Nautla à la défense du bassin de la rivière Nautla contre divers projets hydroélectriques. Il était un acteur très important pour la défense des rivières dans l’État de Veracruz. En plus d’être sympathique, cet ingénieur et avocat de profession possédait de bonnes connaissances techniques et était un bon communicateur et politicien.
- Gilberto Ruiz. Originaire de Jalcomulco, État de Veracruz, il était surnommé affectueusement Chivis. C’était un médecin, un politicien, un musicien et un leader communautaire. Ses années les plus importantes en tant que militant s’étendent de 2013 à 2015, lors de sa participation à la défense de la rivière Antigua contre le projet Xalapa, mené par la société brésilienne Odebrecht. Le 14 août, il sortit de chez lui et on ne le revit plus. On le retrouva mort après une recherche active.
Pour eux, pour les morts silencieuses qui refusent de tomber dans l’oubli, pour les rivières et les peuples libres, nous offrons cet humble mémorial.
Traduction par Lisa-Caroline Guérin-Marambio
Notes
Comisión Mundial de Represas (2000). Represas y Desarrollo: Un Nuevo Marco para la Toma de Decisiones.
Bibliographie
Barrera Hernández, A. (2025). « El asesinato de Marco Antonio Suástegui », Centro de Derechos Humanos de La Montaña Tlachinollan.
Educa Oaxaca (2022). « Memorial Oaxaca. Historias de vida de defensores del Río Verde ».
Hildago, R. (2023). « Los pueblos y defensores de los ríos, la tierra y la vida. A 10 años del asesinato de Noé », Desinformémonos.
Instituto Mexicano para el Desarrollo Comunitario (IMDEC) (2017). « Muere Líder Indígena Chinanteco Juan Zamora González integrante del MAPDER ».
Rojas Kauffmann, K. (2017) « Las Olvidadas de la presa Cerro de Oro », ElMuroMX.
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Éditorial
Au creux du lit des rivières coulent les luttes et les expériences des peuples et mouvements qui ont joué un rôle essentiel pour la protection de l’eau face à la crise climatique et à l’extractivisme qui menace la vie. Ce numéro de Caminando est dédié aux actions collectives de défense de l’eau qui sont menées autant au Sud qu’au Nord du continent. Grâce à cette publication, Caminando entend honorer et commémorer la mémoire de celles et ceux qui se sont engagé·es en première ligne pour défendre l’eau.
Notre navigation débute par une cartographie d’études de cas de gestion de l’eau et de protection des écosystèmes hydriques, qui rend compte des formes d’organisation politique et institutionnelle rencontrées dans différents contextes socioculturels pour faire valoir le droit des peuples à l’accès à l’eau et à l’assainissement, et pour refuser sa marchandisation.
En suivant l’affluent que forment ces études de cas, la lecture nous débarque ensuite à un port de Colombie, où sont présentés deux exemples des ravages multidimensionnels qu’a laissés derrière lui l’extractivisme canadien. Au nord-est du département d’Antioquia, le travail de terrain d’une chercheuse dépeint le paysage d’un patrimoine naturel menacé par la violence et la progression des entreprises minières canadiennes. Le deuxième exemple est constitué de témoignages qui rendent compte des impacts qu’ont laissés les entreprises pétrolières canadiennes dans les communautés du département de Casanare, situé dans la partie centre-orientale de la Colombie.
Le port suivant nous amène aux fils de l’eau qui connectent l’Argentine rurale aux peuples palestiniens, comme l’écrit la journaliste Ana Chayle. Son article est une lecture actualisée des opérations des entreprises de distribution d’eau à capitaux israéliens en Amérique latine. En lien avec les services municipaux d’accès à l’eau, on y trouve également un texte qui nous parle des communautés bleues, des communautés québécoises engagées pour une gestion de l’eau durable à l’échelle municipale. L’article met aussi en relief les parallèles avec des expériences similaires en Amérique latine.
Depuis les eaux turbulentes du Mexique, deux activistes mexicaines membres du mouvement de défense des rivières nous racontent ensuite leur vécu des luttes historiques depuis 2005, et rendent ainsi hommage à ceux et celles qui ont perdu la vie en défendant l’eau des rivières mexicaines.
En suivant les ruisseaux féminins, nous naviguons maintenant jusqu’au lac Atitlán, où un groupe de femmes gardiennes du lac tient tête au pouvoir local qui cherche à s’emparer du territoire. Bien loin de là, sur les terres de Mendoza en Argentine, l’activiste Silvia Iñigues livre le témoignage de sa lutte contre une entreprise minière.
Dans les eaux andines, le regard à la fois brut et poétique du photoreportage de Juan Manuel Lobatón met à jour la façon dont les peuples du Salar d’Uyuni, en Bolivie, vivent la fragilité de leur existence sur leur territoire face à la crise climatique. Les impacts subis par les populations autochtones déplacées pour la construction de grands ouvrages hydroélectriques sont aussi présentés à travers une analyse littéraire et philosophique.
À l’heure où cette revue sortira, la IVe rencontre mondiale des personnes affectées par les barrages aura déjà été célébrée à Belém, au Brésil. Nous avons donc ajouté un article qui retrace les déclarations et le cheminement du Mouvement des personnes affectées par les barrages en Amérique latine (MAR).
Remerciements
Nous remercions les collaborations poétiques de Mavi Villada, Sarah Lavoie et Maxime Morin, qui nous invitent à nous plonger dans les eaux des émotions et de l’espoir. Nous remercions tous·tes les auteur·rices pour leur temps et leur dévouement tout au long du processus, ainsi que toutes les personnes qui ont offert leur temps et leur collaboration : traducteur·rices, lecteur·rices pour leur révision des textes, illustrateur·rices pour avoir embelli la revue, et bien sûr le comité éditorial, comité responsable de ce travail exigeant.
Nous remercions tout particulièrement celles et ceux qui appuient le financement et la diffusion de la revue, ainsi que l’artiste Liliana Perez pour sa magnifique page de couverture. Nous remercions également le gouvernement du Québec, à travers le Programme Québec sans frontières, pour son soutien à la mission du CDHAL.
Nous invitons nos chères lectrices et nos chers lecteurs à profiter du moment présent en plongeant dans les eaux des pages de Caminando.
Traduction par Virginie Destuynder
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Éditorial
Chères lectrices, chers lecteurs,
Depuis la dernière décennie, nous observons une montée des extrêmes droites à travers le monde, qui s’articule par une multiplication en puissance des discours haineux et une augmentation des pratiques xénophobes face à l’immigration à l’échelle mondiale. Cette réalité provoque une crise de l’hospitalité telle que nous la connaissons actuellement, qui s’exprime notamment par le durcissement des politiques migratoires, le renforcement des contrôles frontaliers par les agences fédérales et policières, la restriction progressive du droit d’asile, ainsi qu’à l’accès aux soins de santé et au logement pour les personnes migrantes, notamment de l’Amérique latine. Celles et ceux qui sont forcé·es de migrer, dans l’espoir d’offrir une vie meilleure à leur famille ou d’échapper à la violence et aux changements climatiques dans leur pays d’origine, sont confronté·es à une exploitation capitaliste et au racisme systémique. D’un côté, les personnes migrantes sont vues comme une marchandise exploitable aux yeux des États et des entreprises, et de l’autre, elles deviennent les boucs émissaires de tous les maux de la société capitaliste pour détourner l’attention de la véritable source des problèmes structurels.
Devant cette fermeture des frontières et les déportations massives, des voix s’élèvent aux quatre coins du continent et se rejoignent pour former ce numéro de Caminando, ainsi que pour dénoncer les politiques migratoires inhospitalières. Cette édition comporte des analyses sur les migrations Sud-Nord et les conséquences des politiques d’hostilité, des récits de vie de personnes migrantes vivant avec un statut précaire ou sans statut, des réflexions sur la discrimination raciale et la criminalisation de la migration. Nous retrouvons également des histoires de résistances, où la solidarité et l’entraide se renforcent face à cette chasse aux personnes migrantes et leur invisibilisation historique.
De nombreux articles présentés dans ce numéro analysent les migrations du Sud vers l’Amérique du Nord. Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, en janvier 2025, a ravivé les inquiétudes concernant les politiques migratoires, en particulier à l’égard des personnes migrantes latino-américaines à la frontière du Mexique. L’histoire nous rappelle toutefois que le racisme et la vision de la personne immigrante comme criminelle existaient bien avant l’arrivée au pouvoir de Trump. Parallèlement au renforcement des frontières, les pays du Nord global ont aussi développé des techniques pour retarder l’arrivée des personnes migrantes, voire les décourager ou les inciter à l’immobilité, en offrant l’option de faire les démarches d’immigration et la demande d’asile sans mettre les pieds sur leur territoire. Les politiques de contention de la migration se retrouvent dans des programmes politiques comme l’application CBP One, mise en place par l’administration Biden, et l’initiative Quedate en México par l’administration Trump. Les casas de migrantes situées à la frontière mexicaine se transforment en lieu d’attente et d’hospitalité pour des milliers de personnes. La plupart de ces refuges ont été mis en place par des organisations de la société civile ou des congrégations religieuses en réponse à l’insécurité et la précarité vécues par les personnes migrantes et demandant l’asile qui attendent de pouvoir entrer légalement aux États-Unis. Dans ce numéro de Caminando, nous pouvons justement en apprendre davantage sur les défis affrontés par les organisations travaillant pour la reconnaissance des personnes migrantes et documenter les violations de droits humains.
Les poèmes sur la frontière Mexique–États-Unis qui accompagnent ce numéro sont à la fois porteurs d’espoir et d’incertitude. La poésie illustre de quelle manière une traversée périlleuse à la frontière transforme rapidement ce fameux « rêve états-unien » en un réel cauchemar.
Quelques articles portent plus particulièrement sur la situation au Québec. On peut lire notamment à propos du durcissement des politiques migratoires sous le gouvernement de François Legault, entre autres par sa tentative d’annuler 18 000 dossiers d’immigration, la fermeture du chemin Roxham ou encore le maintien des permis fermés pour les travailleur·eurs étrangers·ères temporaires. Selon le Regroupement des organismes en hébergement pour les personnes migrantes, les discours anti-immigration se reflètent notamment dans la discrimination en matière d’accès au logement ou au travail, vécue par les personnes nouvellement arrivées. Sur une note plus positive, le Projet accompagnement solidarité Colombie, un collectif anticolonial et féministe basé à Montréal, nous partage leur récente initiative d’éducation populaire qui porte sur la justice climatique afin de sensibiliser les jeunes personnes québécoises au lien entre le racisme environnemental et les injustices liées à la migration.
Quelques articles analysent comment les crises climatiques, politiques et économiques en Amérique latine, ainsi que le renforcement des dynamiques extractivistes impulsées par le Nord global, entraînent des millions de personnes à émigrer dans un pays voisin du Sud global. En Argentine, le président Javier Milei diabolise la migration et affirme que les personnes migrantes profitent du système afin de justifier la hausse des frais migratoires et des procédures pour la résidence temporaire et permanente dans un contexte de chômage et de réduction des politiques sociales. Au Brésil, des personnes migrantes vénézuéliennes sont relocalisées de force dans l’État de Roraima, dans des hébergements temporaires où ont été observées de graves violations de droits humains perpétrées par des autorités locales et internationales. En Colombie, le déplacement forcé du peuple Nasa-Paéz, dans le Département du Cauca, s’inscrit dans un processus colonial et de dépossession du territoire. Cette population autochtone nous offre toutefois un exemple de résistance et de reconstruction du tissu social autour de la préservation de la mémoire collective, de la lutte pour la récupération de leur territoire ancestral et la protection de la Terre-Mère.
Nous aimerions remercier la contribution de toute personne ayant rendu possible le développement, la promotion et la diffusion de la revue : auteur·trices, poètes, illustrateur·trices, traducteur·trices, réviseur·es, membres du comité éditorial, médias alliés québécois, libraires, ainsi que nos partenaires financiers. Enfin, la superbe couverture de ce numéro a été réalisée par Liana Perez Tello et nous la remercions pour sa créativité et son engagement solidaire.
Ce numéro représente une lecture essentielle pour comprendre les enjeux actuels dans les Amériques et la solidarité des organisations qui parviennent à cultiver l’hospitalité dans un environnement de plus en plus restrictif. Nous espérons qu’il générera une discussion sur les inégalités engendrées par la logique de sécurisation des frontières et mobilisera vers des actions concrètes. Le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) reste engagé envers les luttes sociales qui nous unissent depuis bientôt 50 ans. Les liens tissés continueront d’inspirer les générations futures et de renforcer les mouvements sociaux d’ici et d’ailleurs.
Bonne lecture!
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Éditorial
Chères lectrices, chers lecteurs,
Ce numéro de Caminando est bien particulier. Il marque la fin d’un chapitre important dans l’histoire de la solidarité internationale québécoise, avec la fermeture du Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG), après plus de 30 ans de lutte aux côtés des défenseurs et défenseuses des droits humains au Guatemala. Née d’une volonté partagée d’appuyer les communautés confrontées à la violence, à la répression et aux injustices, cette organisation a été bien plus qu’un simple projet : elle a incarné un engagement, une mission de solidarité et de défense des droits qui s’est ancrée dans le cœur de celles et ceux qui y ont contribué.
L’histoire du PAQG est intimement liée à celle de notre revue et du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL). Depuis les années 1970, le CDHAL s’est engagé dans la défense des droits des peuples face à la répression, en réponse aux dictatures et aux conflits armés dans la région. En 1992, le PAQG voit le jour et rejoint les rangs des comités de solidarité d’Amérique latine. Le PAQG a d’abord soutenu le retour des réfugié·e·s guatémaltèques. Depuis 1998, il répond à la demande d’accompagnement international formulée par les organisations et les défenseur·e·s des droits humains qui reçoivent menaces et intimidations du fait du travail qu’ils et elles effectuent. La collaboration entre le CDHAL et le PAQG s’est manifestée au fil des décennies à travers des projets d’éducation à la citoyenneté mondiale et à travers des actions de plaidoyer, s’adaptant aux évolutions des contextes locaux et aux enjeux contemporains tels que le néocolonialisme et les violations des droits liés à l’extractivisme.
Ensemble, nous avons contribué à créer des espaces d’échange et de sensibilisation, renforçant les liens entre les mouvements sociaux des Amériques et plaçant la solidarité internationale au cœur de nos missions. Le CDHAL et le PAQG ont collaboré et se sont alliés fréquemment sur le suivi de dossiers au Guatemala combinant leurs réseaux et savoir-faire pour mettre en lumière le travail de défenseur·e·s guatémaltèques. Partageant une base militante forte, nombreux·ses membres du PAQG ont rédigé pour la revue Caminando notamment sur leur expérience d’accompagnement international. Pour ce numéro, le CDHAL souhaite souligner l’engagement et la trajectoire du PAQG et de ses membres pour la justice au Guatemala. Au-delà du travail du PAQG, ce numéro fait rayonner le travail des défenseur·e·s guatémaltèques, qui malgré de nombreux obstacles, dont la démobilisation de la coopération internationale, continuent à demander justice.
En effet, alors que le Guatemala traverse une période charnière, marquée par l’élection de Bernardo Arévalo et par une mobilisation sociale sans précédent, nous devons garder à l’esprit que le chemin vers une démocratie véritable reste difficile. L’élection d’un candidat issu des mouvements populaires a réveillé les espoirs de changement, mais elle a aussi été suivie d’une répression accrue de la part des élites en place, désireuses de conserver leur pouvoir. C’est un moment critique où les acquis démocratiques sont plus vulnérables que jamais, et où la solidarité internationale reste cruciale.
Ce numéro s’ouvre avec un récit fictif qui contextualise les luttes sociales et politiques des années 1940, en montrant les tensions entre les promesses démocratiques faites par le gouvernement guatémaltèque et la domination économique exercée par des multinationales étrangères. Le texte aborde les défis rencontrés par le Guatemala dans ses efforts de modernisation et de redistribution des richesses.
Les articles suivants traitent du processus de réconciliation nationale et des obstacles à la justice transitionnelle qui persistent encore aujourd’hui. Ils s’inscrivent dans une réflexion plus générale sur les entraves structurelles qui freinent la consolidation d’un véritable État de droit.
Le dossier se poursuit avec une rétrospective sur le rôle du PAQG dans l’accompagnement international et sur les impacts de sa fermeture, dans un contexte de démobilisation de la coopération internationale. Ces contributions montrent comment cet accompagnement a constitué une stratégie essentielle pour protéger et promouvoir les droits humains.
Les derniers articles abordent les dynamiques politiques actuelles, marquées par l’élection de Bernardo Arévalo et par une mobilisation sociale sans précédent. Les analyses exposent les défis d’un gouvernement qui tente de réformer un système corrompu enraciné dans l’impunité, tout en répondant aux demandes de justice des mouvements populaires.
Le numéro se poursuit avec des articles sur les luttes actuelles pour la justice au Guatemala et les efforts pour mettre fin à l’impunité. Enfin, un texte explore les dynamiques migratoires en Amérique centrale. Le numéro se clôt avec un poème qui célèbre la résilience et la solidarité des femmes.
Ce numéro, en plus d’honorer le travail du PAQG, est aussi un appel et un engagement à poursuivre l’esprit de solidarité et de résistance. Les luttes ne s’arrêtent pas, et les liens tissés continueront d’inspirer et de renforcer les mouvements sociaux au Guatemala et au-delà. Nous savons que les militant·e·s et les organisations avec lesquelles le PAQG a travaillé poursuivront ce combat pour la dignité et la justice. De notre côté, au CDHAL, nous restons déterminé·e·s à soutenir ces luttes et à maintenir cet engagement qui nous unit depuis tant d’années.
Nous remercions toutes les personnes ayant participé à la revue pour leur précieuse collaboration : auteurs·trices, poètes, illustrateurs·trices, traducteurs·trices, réviseur·e·s, membres du comité éditorial et du comité de développement, ainsi que nos partenaires financiers et de diffusion. Nous remercions également l’artiste Mateo Pablo pour l’illustration de la couverture de ce numéro.
Bonne lecture!
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Éditorial
Chères lectrices,
chers lecteurs,
Bien que l’élection de Gustavo Petro en Colombie et le retour de Lula da Silva au Brésil ont pu laisser présager un virage à gauche en Amérique latine, l’année 2023 a mis fin à cette illusion. C’est plutôt la tendance au « dégagisme » des élites qui persiste, favorisant l’accession au pouvoir de politiciens « anti-establishment » de droite tels que Daniel Noboa en Équateur, Santiago Peña au Paraguay et Javier Milei en Argentine. L’élection de Bernardo Arévalo au Guatemala, autoproclamé « social-démocrate », confirme la tendance au rejet des figures politiques traditionnelles.
L’année dernière a été marquée par d’importantes confrontations sociales et politiques. Dès janvier, des manifestations ont éclaté contre le gouvernement de Dina Boluarte au Pérou et ont été réprimées sévèrement par les forces de l’ordre. Au Panama, des activistes se sont mobilisés contre le renouvellement d’un contrat d’exploitation minière accordé par le gouvernement à une entreprise canadienne, First Quantum Minerals (Minera Panamá S.A.). Au Guatemala, des milliers de personnes ont manifesté pour réclamer la démission de hauts responsables tentant d’annuler les résultats des élections présidentielles. L’Argentine a également été secouée par des tensions après l’élection du président ultralibéral Javier Milei en novembre, avec une manifestation majeure organisée par le principal syndicat de travailleurs et travailleuses.
Ces mobilisations ont en commun le rejet des classes politiques au pouvoir, tenues responsables de la corruption et de l’insécurité, à l’origine des problèmes économiques et sociaux. C’est dans ce contexte que des figures politiques marginales, le plus souvent sans le soutien d’une infrastructure politique, ont réussi à défier l’hégémonie de partis traditionnels. Plusieurs de ces nouveaux et nouvelles dirigeant·e·s ont fait campagne sur les valeurs de l’ordre, de l’autorité et de la nécessité de combattre le narcotrafic et la criminalité. Mais cette dérive autoritaire préoccupe. En effet, l’Amérique latine a connu la plus forte régression démocratique de toutes les régions depuis le début du siècle.
Face à cette dérive vers l’autoritarisme en Amérique latine et dans les Caraïbes, les réponses sociales qui en émergent et qui se transforment portent sur la résistance, la défense et la reconquête des espaces démocratiques. Dans ce premier numéro du volume 38 de la revue Caminando, différents points de vue nous informent sur le rôle, l’impact, mais aussi les défis des différentes formes de résistance face à l’autoritarisme.
Nous nous penchons sur l’Argentine, qui se retrouve au cœur des débats actuels sur la démocratie et la gouvernance depuis l’élection de Milei. Silva Avalos fait des parallèles dans son article entre ce dernier et le président salvadorien Nayib Bukele, soulignant leur tendance à concentrer le pouvoir et à rejeter des principes démocratiques. L’entrevue avec Dario Aranda, chercheur et journaliste argentin, souligne quant à elle les racines de l’ascension de Milei dans une démocratie défaillante, mettant en évidence les mesures radicales de ce celui-ci qui menacent les droits des peuples autochtones et des communautés paysannes. Puis, le texte de Félix Riopel expose la montée de la droite néolibérale en Argentine, incarnée par Milei, et les défis économiques et sociaux qui en découlent. Ces analyses insistent ainsi sur l’importance d’une résistance continue pour défendre les valeurs démocratiques et les droits fondamentaux en Argentine.
Longtemps dominé par des régimes autoritaires et soumis à l’influence des pays occidentaux, Haïti se trouve à être aujourd’hui un exemple classique d’État failli. Ce pays est omniprésent dans l’actualité depuis la flambée de violence générée par les gangs armés en mars dernier, après l’évasion massive de détenus ayant contraint le gouvernement à déclarer l’état d’urgence. Ce numéro inclut deux textes sur Haïti, mettant en lumière le rôle de l’histoire néocoloniale, de la présence d’organisations internationales et de la pluralité d’acteurs locaux, entre autres, dans la situation politique actuelle du pays.
Nous examinons aussi dans ce numéro comment la transition démocratique du Chili est encore entachée par les réflexes autoritaires du pinochetisme qui se manifestent notamment lors des mobilisations sociales. Le résultat du plébiscite chilien de 2022 sur le démantèlement de la Constitution mise en place durant la dictature militaire d’Augusto Pinochet fut une défaite importante pour les femmes mapuches, qui continuent de lutter pour leurs droits à travers les mouvements sociaux.
Au Mexique, le zapatisme fait son retour dans les sphères médiatiques et publiques. Le mouvement a récemment annoncé l’adoption de nouvelles formes organisationnelles, tout en maintenant une présence armée dissuasive pour protéger les territoires zapatistes et promouvoir des solutions politiques et pacifiques aux problèmes sociaux et économiques du Chiapas.
Plusieurs articles traitent de problèmes socioéconomiques étroitement liés à l’augmentation de l’insécurité qui contribue à légitimer les dirigeants autoritaires. L’article d’Alexis Legault explore les impacts sociaux et écologiques de la croissance économique, tels que l’accroissement des inégalités socioéconomiques, et propose le rôle crucial d’une éducation à l’engagement écocitoyen. Les thèmes de la migration et des droits des femmes sont aussi abordés ; dans son texte, Gladys Calvopiña rend hommage à Ana Karen, décédée en tentant de traverser la frontière canado-américaine à pied. Le poème inspirant de Mavi Villada, quant à lui, insiste sur l’importance d’unir nos voix et lutter pour que les femmes puissent un jour profiter de la liberté et de leurs droits.
Nous remercions toutes les personnes ayant généreusement contribué de diverses manières à ce numéro : auteurs·trices, illustrateurs·trices, traducteurs·trices, réviseur·e·s, ainsi que les membres du comité éditorial. La magnifique illustration de la couverture de ce numéro a été réalisée par Liana Perez, à qui nous sommes reconnaissantes pour son dévouement et sa créativité. Nous tenons également à remercier tous nos partenaires qui soutiennent financièrement la revue ou nous aident à la promouvoir et à la diffuser.
Nous espérons que ce numéro vous plaira et stimulera votre désir de solidarité envers les peuples et les mouvements sociaux.
Bonne lecture !
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Offre d’emploi : Adjoint·e à la coordination de la Revue Caminando
ESSENTIEL : Être admissible à une subvention salariale d’Emploi-Québec
Description de l’organisme
La Revue Caminando est une revue de réflexion et d’engagement qui diffuse depuis 1980 une information alternative sur les luttes sociales et les droits humains en Amérique latine. Caminando publie des articles portant un regard critique sur les grands enjeux qui animent la vie sociopolitique latino-américaine et sur les luttes pour la défense des droits et pour l’autodétermination menées en Amérique latine, mais aussi Québec et au Canada. La revue publie également des récits et des poèmes, de même que des illustrations et photographies portant sur les thématiques abordées dans chaque numéro. Caminando paraît deux fois l’an en français en format papier. www.caminando.ca
La revue est publiée par le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), une organisation de solidarité qui travaille à la défense et à la promotion des droits humains en réciprocité avec les mouvements sociaux et les communautés d’Amérique latine, dans la lutte en faveur d’une justice sociale, environnementale, économique et culturelle. www.cdhal.org
Description du mandat
La Revue Caminando est à la recherche d’une personne pour joindre son équipe. Le mandat sera de collaborer à l’édition et la production du prochain numéro prévu en mai 2024, ainsi que de contribuer au développement et au rayonnement de la Revue. Vous avez de fortes compétences linguistiques et vous avez un intérêt pour la justice sociale ? Cette opportunité est pour vous !
Principales tâches
Production du numéro de mai 2024 :
- Appuyer la personne responsable pour les suivis avec les auteurs et autrices des articles, la graphiste et les collaborateur.trice.s de la revue ;
- Participer à la correction et la révision linguistique des articles ;
- Effectuer la mise en forme des articles et la préparation du dossier pour la graphiste ;
- Participer aux réunions du Comité Caminando ;
- Participer à l’organisation d’un événement de lancement de la revue.
Développement et rayonnement de la Revue :
- Participer à la conception et à la mise en œuvre de la stratégie promotionnelle de la revue Caminando ;
- Assurer la visibilité et la distribution de la revue auprès de la communauté et des partenaires ;
- Actualiser le site Web de la revue ;
- Mettre à jour les réseaux sociaux de la Revue ;
- Participer à la vie collective du CDHAL ;
- Autres tâches connexes.
Le mandat sera ajusté en fonction du candidat ou de la candidate sélectionné.e.
Exigences
- Études en communication, linguistiques, sciences sociales ou tout autre domaine pertinent
- Bonne capacité d’analyse, de synthèse, de rédaction et de révision
- Excellente maîtrise du français parlé et écrit
- Très bonne maîtrise de l’espagnol écrit
- Intérêt pour la justice sociale et la solidarité internationale
- Bonne maîtrise du Web et des logiciels informatiques (Excel, Word, Outlook, Internet, Google Drive)
- Aisance pour travailler en équipe et de façon autonome
- Esprit critique
Conditions
Durée de l’emploi : 30 semaines (35 heures/semaine), du 22 janvier 2024 au 16 août 2024
Salaire à discuter
Date limite pour postuler : 7 janvier 2024
Emploi en télétravail avec possibilité de travail au bureau à Montréal. Bonne conciliation travail-famille-étude.
ESSENTIEL : Être admissible à une subvention salariale d’Emploi-Québec
Comment postuler
Toute personne intéressée à soumettre sa candidature doit faire parvenir son curriculum vitae accompagnée d’une lettre de présentation par courriel à : à caminando@cdhal.org. Les entrevues auront lieu dans les semaines du 8 et du 15 janvier 2024. Seules les personnes sélectionnées pour une entrevue seront contactées.
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Description de l’organisme
La Revue Caminando est une revue de réflexion et d’engagement qui diffuse depuis 1980 une information alternative sur les luttes sociales et les droits humains en Amérique latine. Caminando publie des articles portant un regard critique sur les grands enjeux qui animent la vie sociopolitique latino-américaine et sur les luttes pour la défense des droits et pour l’autodétermination menées en Amérique latine, mais aussi Québec et au Canada. La revue publie également des récits et des poèmes, de même que des illustrations et photographies portant sur les thématiques abordées dans chaque numéro.
La revue est publiée par le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), une organisation de solidarité qui travaille à la défense et à la promotion des droits humains en réciprocité avec les mouvements sociaux et les communautés d’Amérique latine, dans la lutte en faveur d’une justice sociale, environnementale, économique et culturelle. www.cdhal.org
Description du mandat
La Revue Caminando est à la recherche d’une personne stagiaire pour joindre son équipe. Le mandat sera de collaborer à la promotion, au développement et au rayonnement de la Revue. Vous avez de fortes compétences en communication et vous avez un intérêt pour la justice sociale ? Cette opportunité est pour vous !
Principales tâches
- Participer à la conception et à la mise en œuvre de la stratégie promotionnelle de la revue Caminando ;
- Mettre en place de nouvelles stratégies pour promouvoir et développer la revue Caminando ;
- Représenter la Revue lors de divers événements et auprès de divers partenaires ;
- Assurer la gestion des réseaux sociaux de la Revue ;
- Participer aux réunions du Comité Caminando ;
- Participer à la vie collective du CDHAL ;
- Autres tâches connexes.
Le mandat sera ajusté en fonction du candidat ou de la candidate sélectionné.e.
Exigences
- Études en communication, relations publiques, marketing, sciences sociales ou tout autre domaine pertinent
- Autonomie, débrouillardise, rigueur, entregent
- Excellente maîtrise du français parlé et écrit
- Bonne maîtrise de l’espagnol (un atout)
- Intérêt pour la justice sociale et la solidarité internationale
- Bonne maîtrise des outils numériques (Internet, Google Drive, Canva, Facebook, Instagram)
- Aisance pour travailler en équipe et de façon autonome
- Esprit critique
Conditions
Durée du stage : 3 à 4 mois, avec un minimum de 15 heures par semaine
Date limite pour postuler : 29 juin 2026
Stage non-rémunéré.
Stage en télétravail, excellente conciliation stage-famille-étude.
Comment postuler
Toute personne intéressée à soumettre sa candidature doit faire parvenir son curriculum vitae accompagnée d’une lettre de présentation par courriel à : à caminando@cdhal.org. Les entrevues auront lieu dans les semaines du 29 juin et 6 juillet 2026. Seules les personnes sélectionnées pour une entrevue seront contactées.
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