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Entrevue réalisée par Alexis Lafleur-Paiement

Alexis Lafleur-Paiement : D’abord, voudrais-tu me parler de la manière dont le néolibéralisme s’est imposé mondialement au tournant des années 1970-1980, et présenter ses caractéristiques principales ?

Camille Robert : Pour une introduction sur le sujet, je recommanderais le livre de David Harvey, un géographe marxiste qui a écrit une Brève histoire du néolibéralisme. C’est un bon ouvrage pour comprendre comment s’est déployé le néolibéralisme à l’échelle internationale. En fait, les idées néolibérales émergent dès les années 1940, avec la formation de la Société du Mont-Pèlerin qui a regroupé les penseurs néolibéraux à partir de 1947. Mais c’est surtout dans les années 1970 qu’on voit leurs idées s’imposer davantage, dans la foulée de critiques du modèle de l’État-providence et d’une reconfiguration majeure des rapports de force.

Harvey souligne qu’il y a eu de premières expériences néolibérales, par exemple au Chili après le coup d’État du 11 septembre 1973. Celui-ci est à inscrire dans une restructuration néolibérale mondiale, où on voit des gouvernements socialistes ou défendant les intérêts des travailleuses et des travailleurs être remplacés de force par des régimes autoritaires qui mettent en place des programmes antisociaux. Quand on réfléchit aux débuts du néolibéralisme, il faut aussi considérer ces événements, et pas seulement regarder l’Angleterre de Margaret Thatcher ou les États-Unis de Ronald Reagan.

Plus concrètement, je dirais que le néolibéralisme se présente d’abord comme une remise en question de l’État-providence. Rappelons que ce dernier s’était mis en place dans le cadre d’un régime d’accumulation fordiste, caractérisé par une croissance de la productivité, une augmentation de la consommation et par l’intervention de l’État comme régulateur des tensions entre le capital et le travail. L’État-providence a émergé à partir des années 1930-1940 et s’est consolidé après la Deuxième Guerre mondiale aux États-Unis, au Canada, en Angleterre et en France, notamment. L’après-guerre correspond aussi à une période d’avancées importantes pour le mouvement syndical qui obtient généralement des rehaussements salariaux et de meilleures conditions d’emploi. En parallèle, l’État met en place divers services publics et des programmes sociaux universels qui visent à combler, en partie, les revendications ouvrières et à réduire les conflits de travail. Il y a un certain apaisement des tensions entre capital et travail, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de conflits et que tout va bien ! Il y a tout de même plusieurs grèves et d’importants mouvements de revendications.

Dès les années 1960-1970, on commence toutefois à voir un essoufflement du régime d’accumulation fordiste et une baisse du taux de profit des entreprises. La productivité stagne et le secteur industriel connaît des difficultés importantes, ce qui entraîne de premières fermetures et délocalisations d’usines. Puis arrivent des périodes de forte inflation consécutives aux chocs pétroliers des années 1970, entraînant une instabilité économique. Les mesures de protection sociale qui étaient offertes par les États – comme l’assurance-chômage – ou les protections garanties par les conventions collectives – notamment l’indexation des salaires pour protéger le pouvoir d’achat des syndiqué·es pendant les périodes d’inflation –, tout ça commence à être considéré comme trop coûteux par les élites politiques et économiques. Le modèle de l’emploi permanent à temps complet, avec des mesures de protection garanties, représente désormais une contrainte du point de vue patronal.

Progressivement, les mesures keynésiennes liées à l’État-providence sont jugées inefficaces pour redresser l’économie. En contrepartie, les « solutions » néolibérales gagnent en importance, particulièrement à partir des années 1980. David Harvey présente la « néolibéralisation », ou la transition néolibérale, comme un projet politique qui vise à recréer des conditions propices à l’accumulation du capital et à rétablir le pouvoir des élites économiques. Entre les années 1940 et 1970, il y a eu un très relatif (et bref) équilibre dans les rapports de force entre le patronat et les syndicats ; le tournant néolibéral cherche donc à remettre en question ce compromis, au profit des élites politiques et économiques.

Dans leur excellent livre La nouvelle raison du monde, les chercheurs Pierre Dardot et Christian Laval mentionnent que le néolibéralisme n’est pas nécessairement un projet concerté, mais plutôt une série de réactions qui se sont progressivement imposées comme nouvelle norme. Ces actions ne sont pas le fait d’un seul groupe, mais de plusieurs acteurs. Ainsi, le patronat, les autorités financières, les politiciens, les actionnaires ont peu à peu consolidé la rationalité néolibérale, notamment à travers des dynamiques d’affrontement et de répression. On constate d’ailleurs que les dispositifs disciplinaires ont contribué au renforcement des politiques néolibérales, que ce soit par l’autorité des marchés financiers qui ont poussé les États à réduire leurs dépenses sociales, ou avec les lois spéciales contre les syndicats, réduisant leur rapport de force et leur capacité de revendication. On voit finalement que le néolibéralisme, ce n’est pas un processus naturel, mais plutôt un nouveau paradigme qui a été imposé de façon brutale à plusieurs moments. Ce processus a été long et parfois violent, pour éventuellement faire advenir une nouvelle norme… ou une nouvelle rationalité qui s’impose tant aux individus qu’aux institutions et aux États, comme l’avancent Dardot et Laval.

Pour continuer dans le même sens, pourrais-tu me parler de la manière dont le néolibéralisme s’est implanté au Canada, surtout au Québec ?

Au Québec, ça s’est fait assez progressivement. C’est difficile de fixer un moment ou une année qui marquerait le début du tournant néolibéral. Après avoir consulté plusieurs livres et articles sur le sujet, je dirais qu’il n’y a pas vraiment de consensus sur quand le néolibéralisme aurait « débuté » au Québec. Certains auteurs affirment que ça commence avec le deuxième mandat de Robert Bourassa en 1985, alors que circulent des discours ouvertement en faveur de la privatisation et de la déréglementation. Pour d’autres personnes, le néolibéralisme arrive dans les années 1990 avec le projet de « déficit zéro » de Lucien Bouchard. Mais avec mes recherches en archives, je peux dire qu’on voit des signes de l’arrivée du néolibéralisme dès la fin des années 1970. À l’époque, le gouvernement péquiste commence à tenir un discours en faveur d’un « dégraissage de l’État ». Certains services publics sont considérés comme étant inefficaces et coûtant trop cher.

Dans le secteur hospitalier, il y a d’importantes vagues de compressions budgétaires à ce moment. Le ministère des Affaires sociales (aujourd’hui le ministère de la Santé et des Services sociaux) impose par exemple des plans de redressement budgétaire à partir de 1977-1978. Chaque hôpital doit soumettre au ministère un plan détaillé pour se conformer aux compressions demandées. En pratique, ça implique des coupures de milliers de postes, des réductions de services et des déplacements de patientèle, puisque des départements sont fermés dans certains hôpitaux et transférés ailleurs. Évidemment, les syndicats s’y opposent de façon assez vigoureuse. Il y a même certains gestionnaires d’hôpitaux qui refusent carrément de mettre en application les compressions budgétaires – et qui sont éventuellement menacés de congédiement par le ministre des Affaires sociales. On voit qu’à la fin des années 1970, il y a des tensions concernant les ressources qui sont allouées aux soins de santé, et qu’il y a déjà des affrontements.

Au même moment, on voit aussi une volonté du gouvernement de réduire les salaires des employé·es du secteur public pour les ramener au même niveau que ceux du secteur privé. Il faut rappeler que dans les années 1970, il y avait une volonté, de la part des syndicats, que le secteur public serve de « locomotive » pour améliorer globalement les conditions de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs. L’idée, c’était qu’en rehaussant les salaires et les conditions dans le secteur public, ça aurait un effet d’entraînement sur le secteur privé, que ça créerait une pression à la hausse sur le plan salarial. Certains gains issus des grèves du front commun ont eu des retombées positives sur d’autres catégories de travailleuses et de travailleurs, par exemple en matière de congés de maternité. Mais à la fin des années 1970, le gouvernement péquiste veut renverser cette tendance ; il soutient que les employé·es du secteur public gagnent trop cher et qu’il faudrait ramener leur salaire au niveau du secteur privé. Cette posture vise à la fois à réduire l’engagement de l’État-employeur et à limiter, dans le secteur privé, les pressions en vue d’une amélioration des conditions d’emploi.

En 1978, le Conseil du trésor publie deux études où les salaires du secteur public sont comparés à ceux du secteur privé, prétendument pour montrer comment les employé·es de l’État sont privilégié·es. Déjà à l’époque, certaines lacunes surgissent puisque 60 % des emplois dans le secteur public n’ont pas d’équivalent dans le secteur privé, surtout en santé et en éducation. Finalement, le gouvernement compare une minorité d’emplois pour affirmer que tous les salarié·es du secteur public gagneraient 16 % de plus que dans le secteur privé. Cet argumentaire gouvernemental, qui mise sur l’antagonisme public / privé, se construit à partir de la fin des années 1970 et s’amplifie au début des années 1980, dans un contexte de crise des finances publiques. Le gouvernement continue dans la même lignée en prétendant que les employé·es du secteur public sont des « gras dur », des privilégié·es, des gens qui conservent une sécurité d’emploi et qui bénéficient de bonnes conditions de travail en pleine crise économique… alors qu’en pratique, il y a beaucoup de précarité dans le secteur public. Mais le gouvernement cherche quand même à créer une opposition entre les travailleuses et travailleurs du secteur public, et ceux du secteur privé.

Au cours de la période 1981-1983, ces tensions se consolident de manière très évidente. À ce moment, il y a une récession économique globale et le Québec traverse une crise des finances publiques. Le chômage, l’inflation et les taux d’intérêt augmentent considérablement. Ce contexte représente un terreau fertile pour le déploiement du néolibéralisme. Si certains signes étaient présents auparavant, on constate une intensification des réformes, des discours et des mesures disciplinaires à caractère néolibéral au début des années 1980.

Sur le plan budgétaire, le secteur public est soumis à une « opération austérité » en 1981, qui vise à retrancher un milliard de dollars dans l’ensemble des ministères. Au même moment, la fiscalité des particuliers et des entreprises est allégée. Le sommet économique de 1982 représente un autre moment marquant : René Lévesque, devant un important déficit budgétaire, envisage ouvertement de réduire les salaires dans le secteur public… ce qui sera ensuite fait par une loi spéciale. Les représentants du gouvernement insistent sur la nécessité d’améliorer la productivité, la mobilité et la flexibilité des salarié·es de l’État. Les négociations du front commun de 1982-1983 seront donc assez difficiles. Alors que le gouvernement doit négocier avec ses employé·es, il mène une importante campagne médiatique contre les syndicats, avant d’imposer les conditions de travail par décret. La répression de la grève du personnel enseignant sera aussi très dure, mais on y reviendra. En résumé, le gouvernement péquiste, de façon assez claire, tente de « résoudre » la crise par l’imposition de mesures néolibérales. On peut donc avancer que le néolibéralisme émerge à la fin des années 1970, mais se consolide au cours des années 1980.

Manifestation du Front commun, le 29 janvier 1983 à Québec, contre la baisse des salaires et la réduction des conditions de travail. Louise de Grosbois, Le Devoir.

Avant qu’on parle plus en détail du conflit de 1982-1983, pourrais-tu me dire un mot sur la réaction des syndicats face aux premières mesures néolibérales, parce que les centrales syndicales étaient alors très proches du Parti québécois au pouvoir. Comment les syndicats ont réagi en 1980, 1981, 1982, avant qu’il y ait un conflit ouvert ?

Effectivement, il y avait des liens assez étroits entre le Parti québécois et les syndicats. Le PQ, lorsqu’il s’est fait élire, affirmait avoir un préjugé favorable envers les travailleurs. Et c’est vrai qu’il y a eu quelques mesures progressistes lors du premier mandat, comme la loi anti-scabs, mais la lune de miel n’a pas duré longtemps. Les choses se sont compliquées lors du front commun de 1979, où les syndicats du secteur public avaient mis beaucoup de pression sur le gouvernement. En vue du référendum sur la souveraineté, le gouvernement péquiste ne voulait pas qu’il y ait une crise sociale, alors il a offert quelques concessions pour maintenir la paix sociale. Mais il y a une rancœur qui est restée à l’endroit des syndicats, et le gouvernement tentera ensuite de revenir sur les conditions négociées pour la convention collective de 1979-1982.

Selon mes recherches en archives et les entrevues que j’ai menées, je dirais que de 1981 à 1983, il y a eu une cassure par rapport aux liens qu’il y avait entre le PQ et les syndiqué·es. Beaucoup de péquistes qui étaient dans les rangs des syndicats, qui occupaient des fonctions syndicales, ont vécu une grande désillusion politique. Plusieurs d’entre eux ont quitté le milieu syndical, surtout après la répression de la grève de 1983. Cette rupture, ce bris de confiance, a eu un effet très déstabilisateur sur la vie militante à l’interne. Pour les personnes qui étaient plus marxistes ou socialistes, qui avaient déjà une approche plus critique à l’égard du Parti québécois, ce n’était pas une surprise, le choc n’était pas si grand. Mais pour les gens qui étaient péquistes, ça été extrêmement difficile, particulièrement pour ceux qui venaient des rangs de l’enseignement, où la grève a été le plus durement réprimée. Il y a vraiment une… cassure. Quarante ans plus tard, les gens s’en souviennent très clairement. Beaucoup d’enseignantes et d’enseignants n’ont plus jamais voté pour le Parti québécois et ont déchiré leur carte de membre. Ça vraiment été une rupture entre le Parti québécois et les syndicats.

Vote de grève, novembre 1981. Source : FNEEQ.

Parlant de cette cassure, peux-tu me décrire le conflit de travail dans le secteur public en 1982-1983, et me parler de la répression qu’ont subie les travailleuses ?

Pour commencer, il y a un élément que j’aimerais partager, je pense que ça vaut la peine de le souligner. Au départ, je voulais centrer mon projet de thèse sur les grèves. Puis, en faisant des entrevues, je me suis rendu compte qu’à part pour les femmes qui avaient été très impliquées syndicalement, les grèves n’avaient pas été aussi marquantes que je l’avais anticipé. C’est-à-dire que plusieurs travailleuses n’en gardaient pas nécessairement beaucoup de souvenirs. C’est surtout la dégradation de leurs conditions d’emploi au quotidien qui les avait marquées. J’ai donc revu la structure de mon projet. Les grèves sont importantes, mais peut-être pas autant que ce que l’historiographie syndicale a laissé croire. Ça m’a motivée à remettre en question le narratif de l’époque, notamment en relativisant l’idée selon laquelle les années 1980 étaient essentiellement marquées par des défaites, par des reculs et par la perte de combativité du mouvement syndical. On en reparlera.

Pour répondre plus directement à ta question, au sujet du conflit de 1982-1983, je reviens à ce que je mentionnais un peu plus tôt. En avril 1982, il y a un sommet économique à Québec où les centrales syndicales sont conviées. Des représentants du patronat sont aussi présents. À ce moment, le gouvernement annonce qu’il y a un manque à gagner de 700 millions de dollars dans les finances publiques et « consulte », entre guillemets, différents acteurs pour trouver comment résoudre cette crise des finances. Évidemment, la réduction des salaires dans le secteur public est l’une des solutions évoquées, à laquelle s’opposent assez fermement les syndicats. Mais ceux-ci sont prêts à négocier, et même à rouvrir les conventions collectives à certaines conditions, notamment que le gouvernement s’engage à ne pas décréter de façon unilatérale les conditions de travail, ni à modifier les régimes de retraite.

En juin 1982, quelques semaines après le sommet économique, le gouvernement adopte trois lois spéciales. D’abord, le projet de loi 68 modifie unilatéralement les régimes de retraite, ce qui a pour effet de réduire la contribution du gouvernement. Ensuite, il y a le projet de loi 70 qui prolonge la durée des conventions collectives durant trois mois, soit les trois premiers mois de 1983, et qui impose des réductions salariales pouvant atteindre 20 % durant cette période. C’est donc un cinquième du salaire de milliers d’employé·es du secteur public qui est coupé au début de l’année 1983, dans un contexte économique extrêmement difficile pour les ménages. Enfin, le projet de loi 72 remplace le Conseil sur le maintien des services de santé et des services sociaux par le Conseil des services essentiels. En pratique, le gouvernement s’octroie un pouvoir discrétionnaire pour déterminer les services à maintenir en cas de grève, ce qui va avoir des effets sur la portée des conflits dans le secteur hospitalier. Et ces trois lois spéciales sont adoptées pendant les négociations avec les employé·es du secteur public, laissant donc très peu de marge de manœuvre pour les syndicats.

Le 10 novembre 1982, il y a une première journée de grève « illégale » du front commun et le gouvernement réplique avec de nombreuses sanctions. Puis, le 11 décembre 1982, il adopte le projet de loi 105 qui met fin aux négociations et fixe par décret les conditions d’emploi des salarié·es de l’État jusqu’en décembre 1985. Les décrets prévoient plusieurs reculs dans les conditions de travail non seulement sur le plan salarial, mais aussi par rapport à la tâche et à l’autonomie professionnelle. Par exemple, dans le milieu scolaire, il a un alourdissement de la charge de travail avec l’augmentation du nombre d’heures d’enseignement, ou encore le retrait de l’encadrement en matière de ratio enseignante / élèves. Dans le secteur de la santé, plusieurs mesures des décrets facilitent les abolitions et la flexibilisation des postes. La structure de l’emploi est considérablement fragilisée.

C’est évidemment un choc pour le front commun. Malgré la suspension du droit de grève, le personnel enseignant des cégeps et des écoles entre en grève générale illimitée les 26 et 27 janvier 1983. Certains syndicats de la santé et des services sociaux concluent quelques ententes sectorielles, ce qui évite des grèves dans le secteur hospitalier. Assez rapidement, les enseignantes et les enseignants se trouvent donc isolé·es et dans une posture de désobéissance qui est difficile à tenir. Le contexte social et politique est extrêmement tendu. En comparaison, si on regarde la dernière grève des enseignantes en 2023 au Québec, la population appuyait en majorité les revendications des syndicats. Mais pendant la grève de 1983, tout le discours gouvernemental contre les employé·es du secteur public soi-disant privilégié·es, et l’opposition avec le secteur privé, ça fonctionne. Il n’y a pas de mouvement d’appui large derrière les syndicats qui désobéissent. Donc c’est loin d’être évident. Il y a des gens qui essaient de rentrer au travail et de franchir les lignes de piquetage, il y a des affrontements devant les écoles.

Après trois semaines de grève, le 16 février 1983, le gouvernement adopte la loi 111 qui force la reprise du travail sous peine de sanctions extrêmement sévères. Les travailleuses et les travailleurs risquent une perte de trois années d’ancienneté et de deux jours de salaire pour chaque jour de grève. La loi suspend aussi la présomption d’innocence et inverse le fardeau de la preuve en cas de désobéissance. C’est une répression majeure, qui est inédite à l’époque. Pendant quelques jours, les syndicats tentent de la défier, ce qui expose les grévistes à des amendes et à des congédiements.

Finalement, les syndicats de l’enseignement décident de rentrer au travail le lundi 21 février 1983. Par cette trêve, ils espèrent renégocier et renverser certaines dispositions des décrets. Après une conciliation, quelques aménagements mineurs sont apportés, mais dans l’ensemble, les conditions de travail sont imposées de façon unilatérale par le gouvernement. Comme je t’expliquais, c’est un coup extrêmement difficile pour les centrales syndicales et pour le front commun en général. D’ailleurs, lors des grèves suivantes, il n’y aura pas de front commun et les centrales syndicales négocient de façon séparée. Ce n’est donc pas un « happy ending », mais les syndiqué·es n’arrêteront pas pour autant de se battre. Il y a plusieurs luttes très importantes au cours des années suivantes.

Grande manifestation du Front commun devant l’Assemblée nationale le 29 janvier 1983. Source : FNEEQ.

Maintenant qu’on a parlé des restructurations économiques du néolibéralisme et de son imposition par le pouvoir politique au Québec, j’aimerais qu’on discute de la manière dont ces mesures ont affecté les travailleuses et les travailleurs. Dans ta thèse, tu parles d’une taylorisation du travail dans le secteur public, j’ai trouvé que c’était une manière intéressante d’aborder la question. À l’aide de ce terme ou d’autres qui te semblent pertinents, voudrais-tu décrire comment l’imposition du néolibéralisme se réalise concrètement, notamment en éducation et dans la santé ?

Dans le secteur de l’éducation, plusieurs choses se passent en même temps. Au-delà d’une taylorisation, je dirais qu’on assiste surtout à une précarisation de l’emploi, à un alourdissement de la charge de travail, à une complexification de la tâche et à des attaques contre l’autonomie professionnelle. Dès la fin des années 1970, il y a une baisse démographique qui fait en sorte qu’il y a moins d’élèves, et donc, qu’on a besoin de moins d’enseignantes. Une certaine précarité commence à s’installer, mais elle sera ensuite surtout le résultat de l’alourdissement de la tâche qui vient avec les décrets, imposés à partir de 1983. C’est-à-dire que si on augmente le nombre d’élèves par classe, ou encore le nombre de groupes des enseignantes du secondaire, ça crée un « surplus » de personnel qui se trouve ensuite réaffecté à d’autres tâches, ou encore maintenu dans une situation de précarité. Les enseignantes ou les professionnel·les qui commencent leur carrière pendant cette période peuvent connaître une dizaine d’années de précarité, avec des remplacements de plus ou moins longue durée, avant d’avoir une certaine stabilité.

Au début des années 1980, c’est aussi la mise en œuvre des premières politiques d’intégration des élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. Les fondements sont légitimes, c’est-à-dire qu’on ne veut plus que les élèves en difficulté soient marginalisés, exclus ou connaissent un parcours scolaire à part ; on veut qu’ils aient un parcours scolaire le plus « normal » possible. Par contre, c’est implanté en pleine vague de compressions budgétaires. Certains groupes d’adaptation scolaire sont fermés de façon précipitée pour faire des économies. Évidemment, pour les commissions scolaires, ça coûte moins cher que les élèves en difficulté soient dans une classe régulière, avec des ratios de 26 ou 27 élèves par classe, plutôt que dans un groupe spécial où ils sont environ 12 ou 13. Cette intégration entraîne une complexification de la tâche pour les enseignantes qui, au début des années 1980, ne reçoivent pas, ou très peu, de formation pour accompagner les élèves en difficulté. Au même moment, des ressources se font couper, par exemple en orthopédagogie. C’est donc une situation difficile, autant pour les enseignantes que pour les élèves et leurs parents.

À partir de 1982, il y a aussi une refonte des programmes pédagogiques et des méthodes d’évaluation. La pédagogie par objectifs, qui est imposée par le ministère de l’Éducation, vise une évaluation qui est beaucoup plus serrée, plus précise, et qui est donc plus exigeante pour les enseignantes. Les décrets retirent également certaines clauses qui garantissaient une consultation et une autonomie des enseignantes en matière d’outils d’évaluation et de méthodes pédagogiques. C’est certain que l’intégration des élèves en difficulté ou le nouveau régime pédagogique, ce ne sont pas des mesures néolibérales en soi, mais si on les situe dans leur contexte plus large – compressions budgétaires, précarisation, réduction des ressources, décret des conditions d’emploi –, on constate que ça complexifie et ça alourdit la charge de travail de façon importante. D’une certaine façon, l’État peut forcer une plus grande « productivité » chez les enseignantes en leur imposant un plus grand nombre d’élèves – dont les besoins sont plus complexes – et plus d’heures d’enseignement.

Dans le secteur de la santé, il y a aussi une précarisation de l’emploi assez majeure. Beaucoup de postes à temps plein sont abolis au profit de postes à temps partiel, occasionnels ou sur appel. Alors qu’au début des années 1980, on avait une majorité de postes à temps complet dans le secteur hospitalier, à la fin de la décennie, on a une majorité de postes à temps partiel ou occasionnels. Il y a vraiment un basculement. Les équipes soignantes sont de plus en plus instables parce qu’il y a plus de roulement et plus de remplacements, et il y a moins de gens qui sont là de façon permanente. Sur le plan de la charge de travail au quotidien, ça devient beaucoup plus complexe parce qu’il y a moins de stabilité et de prévisibilité. Quand il y a des patients avec des problèmes qui sont plus lourds, le personnel expérimenté doit les prendre en charge, alors que les infirmières ou les préposées qui sont là en remplacement ne peuvent pas nécessairement assurer ce travail complexe.

Dans les hôpitaux, on observe plusieurs mesures de privatisation, de sous-traitance, de taylorisation et de rationalisation du travail. Les services auxiliaires comme la buanderie, l’entretien ménager ou les services alimentaires, sont particulièrement touchés. À partir des années 1980, il y a beaucoup de sous-traitance dans les buanderies. Plutôt que le linge d’hôpital soit nettoyé dans chaque établissement, des appels d’offre sont lancés et ce travail est désormais réalisé dans des centres externes, par des entreprises privées ou par d’autres hôpitaux. On met en compétition les fournisseurs pour réduire les coûts, quitte à diminuer la qualité du travail et les conditions des employé·es. Dans certains cas, ce sont même des prisons qui reçoivent des contrats de buanderie, et donc les prisonniers font ce travail à moindre coût et avec peu d’équipement et de protection face aux risques de contact avec le linge d’hôpital contaminé.

Du côté de l’entretien ménager, certaines administrations hospitalières engagent des firmes externes pour observer et évaluer les préposé·es à l’entretien, puis leur imposer une séquence de gestes pour accélérer leur cadence et nettoyer plus d’espace en moins de temps. Certains outils de travail plus lourds ou plus difficiles à manier sont imposés pour accroître le rythme de travail et la productivité. Dans les services alimentaires, plus d’aliments sont préparés à l’externe, congelés, puis envoyés à l’hôpital, plutôt que d’être apprêtés sur place. Quelques hôpitaux décident d’octroyer des contrats de sous-traitance pour les services de cafétéria ou de casse-croûte. On assume que les hôpitaux sont restés des établissements publics, mais à l’interne, il y a beaucoup de privatisation et de sous-traitance qui s’est faite depuis les années 1980. Il y a même un hôpital qui a été acheté par la firme Lavalin en 1986, c’est toute une histoire.

Certaines techniques « taylorisantes » ont été imposées, par exemple ce que les préposé·es aux bénéficiaires appelaient le système « car wash ». Avec ce système, les patient·es qui avaient besoin d’être lavé·es, par exemple des personnes non autonomes ou en hôpital psychiatrique, passaient par une espèce de « chaîne de montage ». Plutôt que ce soit une seule personne préposée qui lave le patient du début à la fin, il y avait un préposé qui déshabillait, l’autre qui lavait, l’autre qui séchait, l’autre qui rhabillait. C’était comme une chaîne de montage, amenant une déshumanisation dans les services auprès des bénéficiaires. Dans les hôpitaux psychiatriques, les gens qui étaient déjà vulnérables, qui avaient déjà un lien fragile avec les préposé·es, ont vécu ça très durement. C’est déshumanisant, ça brise la confiance et ça ne donne pas un soin de qualité. Cette pratique a évidemment été dénoncée et contestée par les syndicats. Comme je disais plus tôt, on connaît relativement bien les grèves et les lois spéciales des années 1980, mais c’est fondamental de voir ce qui se passe à l’intérieur des écoles et à l’intérieur des hôpitaux. C’est ça qui permet de comprendre l’impact et la violence des réformes néolibérales dans le quotidien des gens, et de voir leurs résistances aussi.

« Dans les années 1980, il y a une crise de la reproduction sociale qui découle de la transition néolibérale. C’est-à-dire que face à un désengagement de l’État dans la prise en charge de certaines responsabilités sociales, les individus, les familles et les communautés sont de moins en moins aptes à répondre à leurs besoins en matière de soins, d’éducation et de soutien.

Les femmes, en particulier, se retrouvent prises en étau entre la nécessité économique de travailler à temps plein, l’absence de sécurité d’emploi, l’accroissement de leurs responsabilités et le manque de services pour les décharger de leur fardeau domestique. Mais cette situation de crise met encore plus de l’avant la nécessité de lutter pour avoir accès à des garderies et à des congés de maternité ou des congés parentaux ; de lutter pour que le travail des femmes cesse d’être dévalué. Les contradictions amènent des luttes, c’est important de le souligner. »

Manifestation du 8 mars 1981. Photo Louise de Grosbois.

Je pense que tu as raison, parce que même si les grèves sont des moments révélateurs, c’est dans le quotidien qu’on saisit les restructurations et leur portée. En ce sens, je voulais te demander, comme tu as procédé à beaucoup d’entrevues, qu’est-ce que les travailleuses enseignantes ou infirmières se rappellent de la décennie ? Comment elles ont vécu cette restructuration du travail ? Puis comment elles y ont résisté ?

C’est sûr que ça été des années extrêmement difficiles. Dans la mémoire syndicale et dans les publications sur le sujet, il y a cette idée que les luttes des années 1960-1970 avaient réussi à amener une certaine stabilité d’emploi et des conditions salariales plus intéressantes, et que dans les années 1980, finalement, il y a vraiment un ressac antisyndical. Il y a effectivement un « backclash ». Le gouvernement du Parti québécois se retourne contre les travailleuses et les travailleurs, mais c’est aussi tout le climat social qui se transforme. Le modèle de l’État-providence est remis en question. La propagande contre les syndicats et contre les employé·es du secteur public est très présente. C’était des années extrêmement difficiles. Pour les femmes qui travaillaient ou luttaient déjà, elles ont vécu les années 1980 comme un recul. Celles qui ont commencé leur carrière pendant cette période ont connu des années de précarité avant d’aspirer à une certaine sécurité d’emploi.

Mais ce que j’ai constaté aussi, c’est que les années 1980 ont été assez déterminantes pour les femmes dans le mouvement syndical. Et ça, c’est quelque chose dont les historiens du syndicalisme, comme Jacques Rouillard, ne parlent pas beaucoup. Dans plusieurs publications, les années 1970 sont souvent idéalisées comme une sorte d’âge d’or du syndicalisme, avec les fronts communs et des grèves majeures. Mais les femmes sont pratiquement absentes des directions syndicales. Quand on pense au front commun de 1972, on voit surtout les trois chefs syndicaux, Marcel Pepin, Louis Laberge et Yvon Charbonneau. On connaît bien certaines figures comme Michel Chartrand ou Norbert Rodrigue, mais les femmes qui forment la majorité des employé·es du secteur public, elles sont pratiquement invisibles. Certes, il y a des comités syndicaux de condition féminine qui sont créés à partir de 1973, mais c’est surtout dans les années 1980 que les revendications des femmes auront plus de visibilité dans le mouvement syndical. Comme une participante à mon étude a expliqué, durant cette période, il fallait non seulement lutter pour conserver des acquis, mais il fallait aussi se battre pour aller chercher de nouveaux gains pour les femmes, comme des congés de maternité, l’accès aux garderies ou l’équité salariale.

La décennie 1980 n’apporte pas que des reculs dans le mouvement syndical ; c’est aussi un moment crucial pour l’entrée des femmes dans certains postes de pouvoir syndicaux et pour l’avancement des revendications féministes. Par exemple, la négociation de 1989 a été très importante en ce qui concerne l’équité salariale. C’est aussi pendant cette période que l’accès aux congés de maternité est élargi, notamment pour les employées à statut précaire. Le leadership syndical se transforme également. L’arrivée de Monique Simard comme vice-présidente de la CSN, en 1983, est assez déterminante. En 1987, les trois fédérations d’infirmières fusionnent pour créer la FIIQ et la nouvelle présidente, Diane Lavallée, va jouer un rôle important dans les négociations suivantes. En 1988, Lorraine Pagé est élue à la tête de la CEQ et devient la première femme présidente d’une centrale syndicale au Québec. C’est donc un changement significatif par rapport aux années 1970, où les chefs syndicaux étaient tous des hommes. À la fin des années 1980, on voit au contraire des femmes qui tiennent tête au gouvernement et qui dénoncent les réformes néolibérales et leur impact sur les femmes. Et il y a beaucoup à dénoncer, car les conséquences sont nombreuses ; pas seulement pour les travailleuses du secteur public, mais aussi pour toutes les femmes en tant qu’utilisatrices des services publics et comme principales bénéficiaires des politiques sociales de l’État.

Par exemple, si le gouvernement coupe les soins à domicile, ce sont des femmes qui s’occupent des personnes vulnérables à la maison. Si le gouvernement n’investit pas dans les garderies, ce sont encore les femmes qui se retrouvent avec des services de mauvaise qualité ou qui sont inaccessibles. Quand on observe les luttes des femmes durant cette décennie, on se rend compte que c’est vraiment une période intéressante pour ça. C’est une période où les femmes ont été très combatives, très mobilisées. Si on regarde la grève des infirmières en 1989, ça prenait du courage pour défier la loi 160 [Loi assurant le maintien des services essentiels dans le secteur de la santé et des services sociaux] qui était en vigueur : les grévistes s’exposaient à la perte de deux ans d’ancienneté par jour de grève. Pour que les infirmières s’engagent dans un conflit comme ça, il leur fallait de la combativité. Autrement dit, c’est vrai que les années 1980 sont marquées par les attaques du patronat et de l’État, mais c’est aussi une période de luttes et de courage des femmes, une époque de revendications féministes très fortes.

La tension monte entre les travailleuses en CPE et le gouvernement

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/04/Screenshot-2025-04-01-at-8.49.55%E2%80%AFPM-1024x689.png2 avril, par L'Étoile du Nord
Pas de répit pour les travailleuses en Centre de la Petite Enfance ce printemps, alors qu'elles entament aujourd'hui une nouvelle grève de trois jours. Le gouvernement refuse (…)

Pas de répit pour les travailleuses en Centre de la Petite Enfance ce printemps, alors qu'elles entament aujourd'hui une nouvelle grève de trois jours. Le gouvernement refuse toujours de répondre de bonne foi aux demandes des 13 000 syndiquées, qui veulent améliorer les services aux enfants et (…)

Des perspectives de la gauche écosocialiste et écoféministe

1er avril, par Bernard Rioux — ,
La nouvelle période est caractérisée par la prise du pouvoir par des partis d'extrême droite dans différentes parties du monde, dont celle du parti de Donald Trump aux (…)

La nouvelle période est caractérisée par la prise du pouvoir par des partis d'extrême droite dans différentes parties du monde, dont celle du parti de Donald Trump aux États-Unis. Cette situation pose une série de défis à la gauche écosocialiste et écofémiste et à l'ensemble de la gauche politique et sociale dans le monde, au Canada et au Québec. Québec solidaire est également confronté à ces défis et doit élaborer un programme, des stratégies et des actions pour y faire face. Pour ce faire, il est important que s'ouvre un large débat dans la gauche politique et sociale, et plus particulièrement au sein de Québec solidaire.

A. La nouvelle situation politique et les fondements de la nécessité d'une orientation écosocialiste

Notre projet politique doit s'inscrire dans une situation politique singulière. Un des éléments essentiels de la conjoncture politique est la victoire de Trump et les nouvelles orientations qu'il met de l'avant : a) des menaces de s'approprier le Groenland et le canal de Panama par une intervention militaire ; b) la multiplication des tarifs contre la Chine et contre des alliés, comme l'Europe et le Canada ; c) la défense des énergies fossiles contribuant à approfondir la crise climatique ; d) une offensive généralisée contre l'État social et les classes ouvrières et populaires des États-Unis et de l'ensemble des pays impérialistes ; e) des mesures favorisant la concentration de la richesse et le démantèlement des services publics ; f) le soutien aux partis d'extrême droite du monde ; g) la consolidation des politiques de prédation des ressources naturelles jusqu'à la remise en cause radicale des relations internationales marquées par le droit ; h) la militarisation des économies et la préparation à des guerres avec les puissances impérialistes concurrentes.

Comme l'écrit Romaric Godin : « Soyons clairs : les États-Unis ne deviennent pas impérialistes avec Trump, mais cet impérialisme change de nature. Il ne laisse plus la place à l'illusion de la souveraineté, il ne s'embarrasse pas de contreparties. Ce que cherche la nouvelle administration, c'est une vassalisation complète où les intérêts économiques des États-Unis seraient sanctuarisés. C'est un impérialisme de prédation. »(Le monde diplomatique, janvier 2025)

La présence d'un parti néofasciste à la tête de la plus grande puissance impérialiste, voisine du Canada, va avoir un impact majeur sur la politique canadienne et sur la politique québécoise. Déjà, les élections fédérales sont déterminées par la question de ce qui rendra possible une résistance aux politiques et aux pressions de Trump sur la politique canadienne. Son gouvernement menace le Canada de tarifs douaniers importants. Il pousse le Canada à fermer hermétiquement ses frontières et à adopter une politique migratoire d'expulsion des migrant-es et des sans-papiers. Il cherche à amener le gouvernement canadien à augmenter son budget militaire. Il a déjà amené le gouvernement libéral à promettre de lever toute restriction au développement de l'industrie pétrolière et gazière. Toutes ces pressions visent à soumettre les politiques du Canada aux intérêts du capital américain.

La politique québécoise sera également impactée par ces politiques et ces pressions. Legault se dit déjà d'accord pour se rendre aux demandes de Trump en ce qui concerne la politique migratoire. La politique de croissance de la production d'énergie et d'extraction minière du gouvernement de la CAQ ne pourra que renforcer la crise climatique. La perspective de souveraineté sera également impactée par les positions que prendra l'administration Trump à cet égard. Où mènera la volonté du PQ de ne pas heurter l'impérialisme de son voisin ? Comment sera posée la perspective de la souveraineté et d'un éventuel référendum dans un tel contexte ? Nous devons approfondir nos discussions à ce niveau.

B. Pour une stratégie écosocialiste et écoféministe de rupture avec la domination capitaliste

La stratégie que la gauche écosocialiste et écoféministe doit défendre s'oppose à une stratégie électoraliste pour la construction d'un parti de gouvernement se voulant réaliste. La stratégie écosocialiste vise à construire le pouvoir dans la société par le renforcement de l'expression démocratique, de la combativité et de l'unité des différents mouvements sociaux antisystémiques.

La ligne de rupture que nous proposons, tant à la gauche sociale qu'à Québec solidaire, vise à rallier une majorité populaire. C'est celle de la lutte pour la mise en route d'un Québec indépendant qui nécessitera :

• la remise en question de l'exploitation de nos ressources naturelles et de notre énergie par des multinationales étrangères ;
• la planification démocratique de nos choix d'investissements pour une transition écologique juste et véritable qui s'oppose au capitalisme vert des gouvernements en place, favorise une décroissance dans l'utilisation des énergies et des ressources et une production centrée sur les besoins et le bien-vivre ;
• la mise en place d'institutions politiques d'un Québec indépendant dépassant la démocratie représentative, ce qui se fera dans le cadre de l'élection d'une constituante visant l'établissement d'une république sociale ;
• la lutte pour une société écoféministe assurant la fin de la domination patriarcale ;
• le développement de nos services publics contrôlés par les usagers et les usagères et les personnes qui y travaillent ;
• le refus de laisser dans la marge des secteurs de la société privés de droits, comme ceux des travailleurs et travailleuses temporaires et des sans-papiers ;
• la liberté de circulation et d'installation de toutes les personnes migrantes ;
• l'éradication du racisme systémique qui touche tant les peuples autochtones que les autres secteurs racisés de la population ;
• une politique linguistique qui défend l'usage du français comme langue commune, mais qui refuse de faire des personnes immigrantes la cause du manque d'attractivité de la langue française ;
• le rejet d'une laïcité identitaire qui essentialise la réalité de la nation et
• la promotion d'un altermondialisme anti-impérialiste et antimilitariste visant l'émancipation des peuples.

C. Pour concrétiser ces perspectives stratégiques

Afin de rendre concrètes ces perspectives, nous devons travailler à l'atteinte d'objectifs politiques centraux s'articulant comme suit :

• Donner la priorité à l'intervention dans les mouvements sociaux comme forces essentielles de transformation sociale et d'émancipation.
• Construire une gauche écosocialiste dans les mouvements sociaux – des ailes gauches des mouvements autour de perspectives précises – mouvement syndical, mouvement écologiste, mouvement féministe et mouvement des jeunes.
• Proposer des orientations précises dans les débats au sein de Québec solidaire pour contrer les perspectives de recentrage du parti, ce qui implique l'élaboration de tout un éventail de propositions (au niveau du programme, de la plate-forme, de campagnes et d'initiatives militantes).

En mettant le cap sur cette orientation et pour atteindre ces objectifs, les médiations organisationnelles qui s'imposent sont les suivantes :

• Appuyer résolument les mobilisations sociales en cours et favoriser leur convergence dans un front uni des luttes contre l'antisyndicalisme, notamment le projet de loi 89, l'austérité et l'extrême droite (voir la résolution du Comité d'action politique provisoire intersyndical au 22e Conseil national de Québec solidaire).
• Faire connaître publiquement les débats qui traversent la gauche politique en tenant des assemblées publiques tenues sur une base régulière en collaboration avec des militant-es de la gauche sociale.
• Regrouper la gauche radicale au sein de Québec solidaire autour de cette lutte programmatique et de la défense de différentes initiatives.

La gauche écosocialiste et écoféministe vise à construire un regroupement de la gauche politique et de la gauche sociale des différents mouvements sociaux. Elle va également proposer une telle orientation à Québec solidaire. Ces perspectives visent à répondre aux défis de la nouvelle période.

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Élections canadiennes : quand les partis parlent dans le vide

1er avril, par Manuel Tapial — ,
J'avoue ma frustration : dans cette campagne électorale, aucun parti ne s'adresse à moi. Leurs messages se perdent dans une masse éthérée, impersonnels, enfermés dans des (…)

J'avoue ma frustration : dans cette campagne électorale, aucun parti ne s'adresse à moi.

Leurs messages se perdent dans une masse éthérée, impersonnels, enfermés dans des slogans stériles et un langage qui fuit la réalité de la rue. Autour de moi, les gens répètent comme un mantra : "Ils se ressemblent tous". Et ils n'ont pas tort. Mêmes costumes, mêmes gestes de courtoisie vide, même défense du système. Les différences sont minimes, comme si le jeu politique consistait à se fondre dans le décor et à laisser les couleurs parler à leur place : bleu, rouge, orange, vert.

Les oranges et les verts - soi-disant progressistes - ont opté pour un ton poli, presque complaisant.
Cette obsession de préserver les apparences m'inquiète quand le monde brûle :

Gaza : plus d'un an et demi de génocide, avec des familles entières qui voient mourir les leurs jour après jour.

Trump : une guerre économique qui menace de laisser des milliers de Canadiens sans emploi.

La crise : emplois précaires, salaires insuffisants, expulsions, vies brisées par un système qui rejette les gens.

Face à la peur et à la frustration populaire, les partis de gauche (orange et vert) persistent à céder du terrain aux rouges libéraux, comme si le respect des élites valait plus que la justice.
Je parle avec mes voisins, avec des travailleurs, avec ceux qui souffrent : ils fuient les partis comme la peste. Pourquoi ? Parce qu'ici règne un consensus tacite de paix sociale, une fiction où le conflit est balayé sous le tapis. Les rues pourraient brûler par nécessité, mais eux continueraient à parler d'"unité" et de "dialogue".

Nous - ceux qui vivons au quotidien dans le conflit - n'avons pas notre place dans ce récit. Ceux qui craignent l'expulsion, qui pleurent les morts de Gaza, du Soudan ou du Congo, qui survivent avec trois jobs et n'arrivent toujours pas à joindre les deux bouts. Pour nous, il n'y a pas de discours.

S'ils voulaient vraiment nous parler, les partis devraient :

Descendre dans la rue : soutenir nos luttes par des actes, pas par des prospectus.
Apprendre notre langage : abandonner le jargon politique et parler clairement, sans filtre.
Se salir les mains : faire partie de notre réalité, pas être des touristes de la souffrance d'autrui.

Un jour, les oranges et les verts comprendront pourquoi ils ne gagnent jamais : nous avons besoin de souris qui défendent les souris, pas de chats déguisés. Je voterai orange, oui, mais mes voisins - crevés et dégoûtés - ne feront même pas l'effort de les distinguer. Et qui pourrait leur en vouloir, quand même les couleurs semblent se dissoudre dans le même brouillard.

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La dimension humaine oubliée

1er avril, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Au Bas-Saint-Laurent, de nombreuses églises rurales connaissent une reconversion notable, comme celle de l’église (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Au Bas-Saint-Laurent, de nombreuses églises rurales connaissent une reconversion notable, comme celle de l’église Saint-Yves de Rimouski-Est, récemment transformée en centre d’escalade. Cette tendance reflète un déclin de la pratique (…)

LA POLITIQUE SEXUELLE DE LA VIANDE

1er avril, par Carol J. Adams — , ,
« Les batteurs de femmes ont souvent employé l'absence de viande comme prétexte pour leurs gestes brutaux. Ce n'est pas le fait que les femmes ne servent pas de chair qui (…)

« Les batteurs de femmes ont souvent employé l'absence de viande comme prétexte pour leurs gestes brutaux. Ce n'est pas le fait que les femmes ne servent pas de chair qui constitue le motif de la violence perpétrée à leur endroit. Les hommes dominateurs l'utilisent, comme ils le font d'autres facteurs, à titre d'excuse pour leur violence. Mais puisque les « vrais » hommes mangent de la viande, les agresseurs disposent d'un symbole culturel duquel tirer parti afin de détourner l'attention de leur besoin de contrôle. »

LA POLITIQUE SEXUELLE DE LA VIANDE
Parution le 1 avril 2025 au Québec

Dans ce livre culte publié en 1990 aux États-Unis, Carol J. Adams propose une analyse percutante de l'intersection entre virilité et exploitation animale. Elle montre que la domination patriarcale repose autant sur le massacre des animaux que sur le contrôle et l'objectivation du corps des femmes.

Ses analyses littéraires, sociologiques, historiques et médiatiques permettent d'élaborer la thèse du « référent absent » et de révéler les structures communes du sexisme, du racisme et du spécisme. Insistant sans détour sur la nécessité de la convergence des luttes, l'autrice nous rappelle qu'il est « plus que temps de nous pencher sur la politique sexuelle de la viande, car elle n'est pas séparée des autres questions urgentes de notre époque ».

Comment combattre l'oppression des femmes et des groupes minorisés si nous sommes incapables d'admettre la violence du régime carné ? Trente-cinq après sa parution originale, ce classique est toujours aussi pertinent.

« Le lien entre domination et consommation de chair ne relève pas du hasard. Depuis des décennies, toute avancée féministe s'accompagne d'une résistance cherchant à réaffirmer un ordre hiérarchique traditionnel – et la viande n'en est qu'un symbole parmi d'autres. »

Extrait de la préface par Élise Desaulniers

CAROL J. ADAMS est militante féministe végane, chercheuse indépendantes et autrices de nombreux essais et articles. Son ouvrage le plus célèbre est sans contredit La politique sexuelle de la viande. Traduit dans plusieurs langues et maintes fois réédité, l'essai célèbre cette année, son 35ᵉ anniversaire.

ÉLISE DESAULNIERS est directrice générale de la Fondation Dépendances Montréal. De 2017 à 2022, elle a été directrice générale de la SPCA de Montréal. Elle est également chercheuse indépendante et l'autrice des essais Je mange avec ma tête (Stanké, 2011), Vache à lait (Stanké, 2013) et Le défi végane 21 jours (Trécarré, 2016) traduits en plusieurs langues et adaptés pour la France. En 2019, elle a publié avec Patricia Martin Tables véganes (Trécarré) qui s'est mérité le Taste Awards d'or du meilleur livre de recettes au Canada (cuisine régionale et culturelle).

Pour marquer la parution des nouvelles éditions francophones de La politique sexuelle de la viande, Élise Desaulniers, éditrice à L'Amorce et préfacière de l'édition québécoise, a pris l'initiative d'inviter Carol J. Adams, autrice de l'ouvrage, et Nora Bouazzouni, préfacière de l'édition française, à partager leurs perspectives. Ces trois voix féministes et véganes, issues de différents horizons, explorent les interconnexions entre patriarcat, carnisme et contrôle des corps. Dans cet échange informel, nourri par une actualité brûlante, elles abordent les stratégies réactionnaires visant à restreindre les droits des femmes et les luttes antispécistes, ainsi que la montée des discours masculinistes et carnistes, et envisagent ensemble des pistes de résistance.

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Québec solidaire doit refuser de se taire durant la campagne électorale fédérale

1er avril, par Bernard Rioux — ,
Le Cahier de propositions en direction du 22e Conseil national devant se tenir les 5 et 6 avril 2025, rappelait la posture traditionnelle du parti : Il est proposé qu'en (…)

Le Cahier de propositions en direction du 22e Conseil national devant se tenir les 5 et 6 avril 2025, rappelait la posture traditionnelle du parti : Il est proposé qu'en prévision des prochaines sélections fédérales et des élections générales qui se tiendront à l'automne :

a) Les instances de Québec solidaire (Comité de coordination national, comités de coordination régionaux et locaux, Aile parlementaire, etc.) n'appuient directement ou indirectement aucun parti ou candidature ;
b) Que ce devoir d'impartialité s'applique également aux personnes élues des instances nationales de Québec solidaire ainsi qu'aux porte-parole des instances locales et régionales ;
c) Qu'aucune ressource humaine, logistique, informationnelle ou financière de Québec solidaire et de ses instances ne soit mise à la disposition d'un parti politique fédéral ;
d) Que les autres membres de Québec solidaire, sur une base individuelle, soient invités à soutenir le parti qui représente le mieux leurs valeurs en s'engageant à y défendre les principes et le projet de société de Québec solidaire ;
e) Que Québec solidaire et ses instances profitent de la campagne fédérale pour inviter les partis fédéraux à se positionner sur différents enjeux en accord avec le programme de Québec solidaire.

Le document ajoutait également : « Il est à noter que, si les élections fédérales sont déclenchées avant le 5 avril 2025, le Comité de coordination national reconduira la posture choisie en 2019 et la communiquera aux associations. » Comme les élections fédérales ont été déclenchées avant le 5 avril 2025, le Cahier de synthèse, publié le 25 mars 2025, faisait remarquer que « la posture du parti relative aux élections fédérales ne figure plus à l'ordre du jour ».

Pourtant, il aurait été utile de discuter des élections fédérales et de discuter et de préciser les nécessaires positionnements sur les différents enjeux dans le cadre de cette campagne électorale, comme l'invité le point e) de la proposition traditionnelle du parti. Au lieu de cela, on a mis de côté ces importantes discussions politiques et Québec solidaire se cantonnant dans son rôle de parti provincial gardant le silence sur l'action de l'État fédéral au Québec. Mais, il n'est pas trop tard pour sortir de cet apolitisme et pour préparer des interventions d'un parti indépendantiste véritable dans le cadre de la campagne électorale actuelle.

Sans remettre en question la posture visant à ne pas prendre position envers un parti lors des prochaines élections fédérales, il apparaît nécessaire que Québec solidaire se prononce sur des enjeux essentiels. Ces prises de position se situent dans le cadre de la défense de l'indépendance du Québec et en solidarité avec la classe ouvrière du Reste du Canada et avec les Premières Nations.

Pour actualiser le point e) et agir politiquement comme un parti indépendantiste dans le cadre de cette campagne, Québec solidaire devrait intervenir pour défendre les principes suivants :

• L'opposition au développement des énergies fossiles et le refus de la construction de pipelines ou de gazoducs.
• Le refus d'abolir les privilèges fiscaux des plus riches et l'affirmation de la nécessité de réformer la fiscalité pour la rendre plus juste et plus redistributive.
• L'opposition à l'augmentation de l'inflation et la revendication d'un contrôle des prix des aliments et des logements.
• La dénonciation de toute remise en question du droit à l'avortement.
• L'exigence de l'éradication des discriminations raciales et la proclamation du droit à l'autodétermination du Québec et des Premières Nations.
• Le refus de l'augmentation des budgets militaires aux dépens des dépenses sociales
• La fin de toute collaboration avec l'administration Trump sur le contrôle des frontières et l'ouverture à la circulation et à l'installation des personnes migrantes.
• La proclamation que c'est par l'indépendance articulée à un projet de société égalitaire que le Québec pourra le mieux défendre les intérêts de la majorité populaire, sa culture et la langue française contre les projets impérialistes de domination économique, politique et culturelle.
• La nécessaire alliance de la majorité populaire du Québec avec les classes ouvrières et populaires du ROC et les nations autochtones.

En intervenant sur ses propres bases, Québec solidaire ferait la preuve qu'il est un véritable parti indépendantiste qui sait lier son projet national d'en finir avec le fédéralisme oppresseur à son projet d'émancipation sociale.

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Une comparaison qui ne trompe pas : Le trumpisme en nazisme de notre temps !

1er avril, par Yorgos Mitralias — , , ,
Malheureusement, la triste réalité est que, grâce surtout à Trump et ses plus proches collaborateurs*, le spectre de Hitler plane de nouveau sur l'Europe et le monde !* (…)

Malheureusement, la triste réalité est que, grâce surtout à Trump et ses plus proches collaborateurs*, le spectre de Hitler plane de nouveau sur l'Europe et le monde !* L'évènement est de taille car imprévu et n'entrant pas dans les calculs de tous ceux (médias, gouvernants, experts et autres « politologues ») qui nous assuraient que leur système avait appris la leçon et était désormais immunisé contre de telles… « folies ».

Cependant, le fait est que même les plus hésitants et incrédules d'eux commencent -enfin- à admettre cette triste réalité et à en parler. On ne peut que s'écrier mieux vaut tard que jamais. Toutefois, la confusion persiste : Trump est-il fasciste seulement parce qu'il prend des poses qui rappellent Mussolini ? Et Musk parce qu'il fait le salut nazi ? Évidemment, tous ces comportements ne sont pas à négliger, mais qualifier quelqu'un de fasciste ou de néonazi est une chose pleine d'implications trop importantes, et demande beaucoup plus que des références aux comportements et aux signes extérieurs de l'intéressé.

Alors, force est de constater que la meilleure preuve du fascisme de Trump et de ses amis, est celle offerte par leurs actes, par ce qu'ils sont en train de faire depuis qu'ils se sont installés à la Maison Blanche. Car, on s'empresse de dire que ce que le triumvirat de Trump, Musk et Vance fait depuis deux mois fait penser à ce qu'ont fait… Hitler, Goering et Goebbels durant leurs deux premiers mois au pouvoir. Et voilà tout de suite de quoi il s'agit à l'aide de l'excellent et tellement utile livre *« Le monde nazi 1919-1945 »(1)* dont les auteurs Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin nous avertissent opportunément que les nazis de 1933 ne sont pas encore les nazis génocidaires qu'ils sont devenus pas la suite, ils ne sont pas encore * « les ordonnateurs de Treblinka et de Birkenau, les concepteurs de Auschwitz…Ce sont des gens fréquentables ».* Alors, ayant cet avertissement préalable bien en tête, comparons ce qui est comparable, les deux premiers mois au pouvoir de Trump et de Hitler.

Tout d'abord, il y a cet extrême empressement, commun à Trump et à Hitler, à frapper simultanément vite et fort sur tous les fronts, afin de créer des faits accomplis et ne pas laisser aux adversaires le temps de s'organiser.

Chez Trump on a une avalanche (plusieurs centaines) des décrets signés et exhibés fièrement par lui-même. Dans le cas de Hitler, on a « *une pluie de décrets-lois qui s'abat sur l'Allemagne* ». Dans les deux cas, on constate le même souci des autocrates de « *mettre au pas* » leurs sociétés, de ne pas leur laisser le temps de comprendre ce qui leur arrive. Et également dans les deux cas, on a ces avalanches de décrets qui transforment déjà radicalement les deux pays au temps record de deux mois (!), à l'initiative du seul chef, et sans que le conseil de ministres se réunisse plus d'une fois en 60 jours ! Et tout ça en violant souvent allégrement toute légalité y inclue celle des constitutions…

Mais, qui sont ceux qui, en toute priorité, se trouvent dans le viseur de ces centaines de décrets-lois tant de Trump que de Hitler ? C'est l'État et ses fonctionnaires qu'il faut purger en masse, par centaines de milliers ! Pourquoi ? Mais, pour éliminer ceux qui sont des « ennemis", les juifs et les « marxistes » et autres gens de gauche pour les nazis. Ou ceux dont l'objet de leur activité professionnelle (changement climatique, genre, droits et libertés démocratiques, sécurité sociale, minorités, humanitaire, …) est jugé incompatible avec le trumpisme. Et aussi, pour mettre au pas les restants, et surtout pour terroriser et paralyser tous les autres, en créant et en propageant un climat de peur et d'insécurité générale !

Si cette véritable purge des fonctionnaires occupe une place de choix dans le projet plus qu'autoritaire des deux autocrates, il faut avouer que Trump et ses fidèles « innovent » et ne suivent pas à la lettre l'exemple des nazis allemands quand ils n'attaquent pas seulement les enseignants mais aussi l'éducation en tant que telle, allant jusqu'à faire disparaître le ministère de l'éducation ! De même avec la recherche et les sciences en général, qui ne sont pas du goût du trumpisme, lequel leur préfère ostensiblement les références…bibliques. *C'est le côté obscurantiste, rustre, inculte et aussi religieux intégriste du trumpisme (et aussi, de Trump lui-même)* qui le différencie des nazis lesquels préféraient endoctriner et embrigader plutôt que licencier les universitaires. C'est d'ailleurs pourquoi les rangs des SS étaient pleins, au moins jusqu'en 1943, de jeunes avocats, juristes, diplômés en sciences et même d'universitaires…

Si Trump se montre tout autant que Hitler empressé de « normaliser » l'armée, les services et les polices, force est de constater qu'il le fait beaucoup plus brutalement que le dictateur allemand. Là où le Führer allemand choisit d'amadouer ses généraux, se limitant à destituer ceux dans la police qui sont très marqués à gauche, Trump préfère purger tout de suite tout l'état-major et l'ensemble des directions des services secrets et du FBI !

D'autre part, à distance de 90 ans, tant le trumpisme que le national-socialisme ont attaqué, en toute priorité et avec la même brutalité, les juges et la justice de leurs pays, foulant aux pieds la séparation des pouvoirs. Mais, là où Hitler a procédé à une grande purge éliminant d'un coup les juges « non-aryens », Trump se limite pour l'instant à attaquer verbalement, mais avec une rare violence, les juges qui lui résistent, toute en destituant ou contraignant à démissionner des dizaines de procureurs et offrant à des milliers d'employés du département de justice des compensations s'ils se décident de démissionner.

Une autre priorité de ces deux régimes liberticides est leur empressement de se retirer des organisations internationales. Hitler l'a fait tout de suite en faisant sortir l'Allemagne nazie de la Société des Nations, tandis que, pour l'instant, Trump préfère retirer son pays de plusieurs traités et organisations internationales (climat, santé, droits humains…), pendant que son bras droit Elon Musk annonce que les Etats-Unis attendent le moment propice pour se retirer de l'ONU et de l'OTAN…

Mais, encore plus révélatrice des affinités électives de deux régimes, est leur *commune haine viscérale pour les droits et les libertés démocratiques* les plus élémentaires, dont la liberté d'expression. C'est ainsi qu'une fois au pouvoir, Trump et Hitler ont attaqué frontalement et en toute priorité les médias, Hitler en occupant leurs locaux, en saisissant leurs rotatives et en licenciant leurs journalistes, et Trump en interdisant à plusieurs d'entre eux l'accès à l'information et en menaçant ouvertement de faire disparaître les autres s'ils ne se soumettent pas à ses désirs.

Tout cela étant dit, *ce qui unit le plus Hitler, Trump et leurs acolytes est leur commun délire raciste ! *Le racisme principalement anti-juif et « accessoirement » anti-gitan et anti-homosexuel pour Hitler, et le racisme principalement anti-migrant et « accessoirement » anti-homosexuel, anti-trans et misogyne pour Trump. C'est ainsi que les juifs pour l'un et les migrants pour l'autre servent de parfaits boucs émissaires pour tous les maux, vrais ou imaginaires, de nos sociétés. Et cela afin de dédouaner d'avance les chefs et leurs régimes de leurs échecs et de leurs responsabilités, mais aussi afin d'offrir les victimes juifs ou migrants de ce racisme d'État en pâture à la base raciste et suprématiste de ces deux régimes. Détail éloquent : Nos gouvernants pourfendeurs du racisme de Trump et de Hitler, refusent d'accueillir les juifs chassés par l'un et les migrants chassés par l'autre. Évidemment, à la grande satisfaction de deux tyrans qui, tout en dénonçant, pour une fois à juste titre, l'hypocrisie de nos libéraux occidentaux…se sentent avoir les mains libres pour déporter et enfermer dans des camps jadis les juifs, et maintenant les migrants.

Et pour terminer, comment ne pas penser que Trump s'inspire de l'exemple hitlérien quand on le voit faire du Canada son… Autriche auquel il veut imposer son…Anschluss, pour l'annexer et le transformer, « par tous les moyens », en 51e état des Etats-Unis d'Amérique ? Ou aussi, quand il remplace le tristement célèbre *lebensraum* (espace vital) hitlérien par ses propres « besoins de la sécurité nationale » des Etats-Unis pour « justifier » ses prétentions sur le Panama ou le Groenland, lesquelles d'ailleurs n'ont rien à envier à celles de Hitler sur la Tchécoslovaquie ou la Pologne ?

Et enfin, que dire du véritable guet-apens tendu à la Maison Blanche au Président Ukrainien Volodymyr Zelensky par Trump et Vance, lequel ressemble comme deux gouttes d'eau à celui tendu en 1939, à la chancellerie de Berlin, au Président de la Tchécoslovaquie *Emil Hacha *par Hitler et Goering ? La seule différence est que tandis que *Zelensky* a résisté aux menaces et à l'humiliation, le pauvre Hacha terrorisé et au bord de la crise cardiaque, a cédé, signant la fin de son pays…

Conclusion : depuis deux mois, tout se fait à la Maison Blanche comme si Trump suivait presque à la lettre les conseils d'un manuel d'action qu'aurait ecrit Hitler lui-meme. C'est d'ailleurs pourquoi ceux qui persistent à nier que Trump, Vance, Musk et leurs amis sont des fascistes pur-sang, font penser de plus en plus à tous ceux qui en 1939, persistaient à dire que « son Excellence le Chancelier Hitler » était peut-être un peu trop remuant mais qu'il allait se calmer, parce qu'en réalité, il ne voulait que la paix. On connaît la suite…

*Notes*

*1.**Le Monde nazi 1919-1945*, p.626, edit.Tallandier

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La gauche approuve l’impartialité de la justice !

1er avril, par Omar Haddadou — , ,
Les Politiques véreux ont un faible pour l'abus du Pouvoir et ses mannes étourdissantes. Comme Sarkozy, Marine le Pen a succombé à la force de sa position et mangé dans le (…)

Les Politiques véreux ont un faible pour l'abus du Pouvoir et ses mannes étourdissantes. Comme Sarkozy, Marine le Pen a succombé à la force de sa position et mangé dans le râtelier des « Ripoux » sur le dos des Européens (es). La figure de proue de l'Extrême Droite a été condamnée à 5 ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics.

De Paris, Omar HADDADOU
Des élus (es) du Peuple se figurant au-dessus de la Loi, se calent les joues jusqu'à l'asphyxie, par la magouille !

La torgnole infligée par la Juge Bénédicte de Pertuis, 63 ans, menacée de mort, selon l'AFP, par des Ultras de l'Extrême Droite, a fait le tour du monde. L'Eurodéputée et ancienne cheffe du Parti, Marine le Pen, n'a pas dérogé au cérémonial des Politiques hors caste, imbus (es) de leur Pouvoir et leur Liberté à extorquer l'argent du contribuable.
Piquer dans la caisse est devenu une Religion pour certains Députés (es) improbes ! La République avance avec ses panaches surfaits et ses souillures aspergées à l'eau bénite. La Gauche et ses Elus (es) en lutte contre les inconduites indécentes et gloutonneries financières de l'extrême Droite, ont contribué à la mise à nu de ces dérives politicofinancière. Des témoignages relayés par les médias publics et privés n'ont cessé de débusquer le train de vie fastueux de Marine le Pen, son entourage et sa famille politique.
Epaulée par la Bourgeoisie, les magnats de l'Industrie française et les médias, Marine le Pen, à l'instar de Sarkozy ( 2 avocats véreux ) est convaincue de ne pas y laisser ses plumes dans ce procès.

C'est avec condescendance qu'elle a quitté la salle d'audience du Tribunal Correctionnel de Paris, ce lundi 31 mars 2025, après l'annonce du jugement. La Cheffe de file du Rassemblement national a été condamnée à une peine de 4 ans de prison dont 2 fermes et 5 ans d'inéligibilité avec application immédiate, ainsi que 100 000 euros d'amende, au procès des assistants parlementaires du Front national.
L'immédiateté de l'application l'empêche de se présenter pour la quatrième fois au Elections présidentielles de 2027. Le Parti est condamné pour avoir profité de plusieurs millions d'euros du Parlement européen en vue de financer son parti le Rassemblement National (RN).

Il est de tradition que les partis politiques français piochent dans la caisse. Mais au niveau européen les dépenses sont très encadrées. D'où la sentence à l'encontre de l'élue qui doit se battre en faisant appel au plus tôt (trop tard selon les Juristes) pour la suspension de l'exécution. Sonnée, Marine le Pen ne s'avoue toutefois pas vaincue et s'en prend à la Justice : « Il tentent d'empêcher par tous les moyens mon accession à l'Elysée. C'est un jour funeste. Je ne vais pas me laisser éliminer. L'Etat de Droit a totalement été violé par la décision judiciaire dans des pratiques réservées aux régimes autoritaires », a-t-elle déclaré. Et le Président du RN, Jordan Bardella, de lui emboiter le pas, se dit « sous le choc d'une décision brutale et antidémocratique ».
Selon un sondage, 57% des Français (es) jugent cette décision normale au vu des faits reprochés. La Gauche a rappelé à ce titre la souveraineté de la Justice. Pour le Député socialiste, Emmanuel Grégoire, l'institution n'a fait qu'appliquer la loi : « Il y a un principe de séparation des pouvoirs. Les Juges sont formés (es) pour porter un jugement et à aucun moment on ne peut s'exonérer du respect de la Loi sous prétexte de légitimité démocratique. Ça n'existe pas ! » Puis son collègue Jérôme Guedj de préciser : « Le problème démocratique, ça a commencé par un détournement de Fonds publics et le non-respect d'une Loi ». Dans la même trajectoire, Alexis Corbière, Député écologiste et social, pointe : « Je rappelle que le RN est une force politique qui se fait connaître dans tous les débats pour que la Loi soit sévère. La Loi est appliquée et s'appliquera à tous et toutes ».
Jean Luc Mélenchon, voyant l'horizon de la Gauche se dégager à pas comptés, reste droit dans ses bottes en déclarant humblement : « LFI battra dans les urnes, le Rassemblement National ! »
Le Pouvoir politique opère des morales et des magies, celles de se nourrir de ses infamies !
O.H

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Donald Trump sème le chaos dans les sciences du climat

1er avril, par Vincent Lucchese — , ,
Travaux censurés, scientifiques empêchés, données inaccessibles... La purge de Donald Trump dans les sciences affecte les chercheurs français et leurs études. Les climatologues (…)

Travaux censurés, scientifiques empêchés, données inaccessibles... La purge de Donald Trump dans les sciences affecte les chercheurs français et leurs études. Les climatologues craignent de ne plus pouvoir travailler.

25 mars 2025 | tiré du site reporterre.net
https://reporterre.net/Donald-Trump-seme-le-chaos-dans-les-sciences-du-climat

C'est un cataclysme qui n'en finit pas de déferler sur la communauté mondiale des climatologues. Les attaques massives menées par le président étasunien Donald Trump contre les sciences dites « de la durabilité », dont celles du climat, ont des conséquences pour la recherche partout dans le monde. En France, de nombreux chercheurs oscillent entre sidération et craintes pour l'avenir.

« La situation m'affecte au niveau personnel : je connais très bien nos collègues aux États-Unis avec qui nous collaborons étroitement sur les cyclones tropicaux et leur lien avec le changement climatique. Ce sont les plus grands spécialistes du sujet, je me suis formé en interagissant avec eux », témoigne Davide Faranda, climatologue, chercheur au CNRS à l'Institut Pierre-Simon Laplace. « Ils sont sous le choc et travaillent dans une situation chaotique. Les menaces de fermetures de programmes ou de licenciements les empêchent de planifier quoi que ce soit. »

Les scientifiques les plus précaires, doctorants ou postdoctorants notamment, comptent parmi les plus menacés par les coupes budgétaires. Mais aucune institution n'est à l'abri, pas même les plus emblématiques : l'Observatoire du Mauna Loa, à Hawaï, qui mesure le CO2 dans l'atmosphère depuis 1958, est sur la sellette. Le gouvernement étasunien envisagerait de fermer en août prochain le bureau qui le gère sur place, selon une note fédérale récupérée par le New York Times.
« Mauna Loa est un site historique, pionnier. C'est celui qui a mis en évidence la hausse du taux de CO2 dans l'atmosphère. Le symbole serait extrêmement douloureux pour les climatologues, c'est comme si on arrêtait de financer le Louvre en France », souligne le climatologue Robert Vautard, coprésident du groupe de travail 1 du Giec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

Sauver la continuité des mesures climatiques

Perdre les capacités d'observer le climat est ce que redoutent le plus les climatologues, tant l'ensemble des sciences du climat dépendent des observations. Elles sont indispensables pour vérifier et améliorer les modèles qui projettent les scénarios climatiques du futur, mais aussi pour comprendre les zones d'ombre restantes sur l'évolution de plusieurs sous-systèmes climatiques, dans un contexte de réchauffement qui ne fait qu'accélérer.

« La continuité des données d'observation est très importante. Même un trou de quelques années peut être dommageable, dit Robert Vautard. Imaginons par exemple que nous n'ayons pas les données des anomalies des années 2023 et 2024, qui ont pulvérisé les records de température : elles sont primordiales pour mieux comprendre les évolutions en cours. »

Or, pour observer l'ensemble du globe, la collaboration internationale est indispensable. Et les États-Unis ont toujours été un acteur majeur en la matière. C'est le cas, par exemple, dans l'observation des océans. Ceux-ci ont jusqu'à présent absorbé plus de 90 % de la chaleur générée par le changement climatique, et la compréhension de leurs mécanismes de régulation constitue un front de science crucial pour la climatologie.

« On préfère ne pas penser au scénario du pire »

Le programme international Argo, qui a permis le déploiement de 4 000 flotteurs sur l'ensemble des océans, récoltant des données abondamment citées dans les rapports du Giec, est ainsi financé à plus de 50 % par les États-Unis. Au travers, entre autres, de l'Agence étasunienne d'observation océanique et atmosphérique (NOAA).

Lorsque celle-ci a reçu l'ordre de Washington de couper tout contact avec ses collègues internationaux, dont ceux de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), les craintes d'une perte d'accès aux données et d'une baisse des financements de la flotte Argo ont été exprimées par le PDG de l'Ifremer.

« Pour l'instant, nous n'avons pas été impactés directement, rassure Claire Gourcuff, responsable scientifique de Euro-Argo, la partie européenne du projet qui finance le quart des 4 000 flotteurs. C'est une des forces d'Argo : les observations sont partagées avec toutes les équipes dans le monde, via deux centres qui centralisent toutes les données, l'un aux États-Unis et l'autre en France. »

Les données continuent — pour l'heure — de circuler, mais quid du renouvellement des flotteurs, dont la durée de vie n'excède pas 5 à 7 ans ? Les Européens, qui gèrent de nombreux flotteurs en Atlantique, pourraient difficilement combler un retrait étasunien du Pacifique. Perdre une partie du réseau de flotteurs serait d'autant plus dommageable que, avant le séisme Trump, l'ambition était au contraire d'augmenter le nombre et la performance des flotteurs, pour répondre aux interrogations des océanographes et des climatologues.

« On préfère ne pas penser au scénario du pire, dit Claire Gourcuff. Pour l'instant, on n'a pas trop de retours de nos collègues américains. Nous en saurons sans doute plus lors de la réunion scientifique annuelle d'Argo qui se tiendra à San Diego, en Californie, en avril. En attendant, tout fonctionne toujours très bien pour Argo. »

La menace des destructions numériques

Les craintes des chercheurs ne concernent pas seulement les nombreuses collaborations autour de l'observation de la Terre. L'étage supérieur, celui des simulations climatiques, est également touché. La construction de modèles dépend de l'accès aux données climatiques.

Les climatologues redoutent que les serveurs où celles-ci sont stockées soient victimes « d'autodafés numériques », de suppressions radicales similaires à celles orchestrées par l'administration Trump dans le domaine de la santé.

« La communauté internationale est en train de se préparer à une éventuelle fermeture des serveurs aux États-Unis. La volonté des collègues américains de répliquer la quasi-totalité des données vers le Royaume-Uni ou Paris démontre qu'il y a une vraie crainte que ces données soient perdues », pointe Roland Séférian, modélisateur du climat au Centre national de recherches météorologiques (CNRM).

Manifestation « Debout pour les sciences » à Paris, en solidarité avec les scientifiques étasuniens, le 7 mars 2025. © Hervé Chatel / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Comme pour les observations, la logique de collaborations internationales est à la fois source de vulnérabilité aux soubresauts étasuniens et source de résilience, car tout ne dépend pas de ce qui se passe outre-Atlantique.

« Pour produire les nombreux modèles climatiques figurant dans les synthèses du Giec, il y a quatre groupes de modélisateurs aux États-Unis, sept en Europe, trois en Chine et de nombreux autres ailleurs dans le monde. Les États-Unis sont leaders, avec de très gros moyens de calcul. L'évolution en cours est bien évidemment dramatique, mais si un ou plusieurs groupes américains étaient empêchés, la production de modèles ne s'effondrerait pas non plus », tempère Roland Séférian.

Observations, échanges et sauvegardes des données, modélisations… L'omniprésence des États-Unis en climatologie leur confère logiquement une place de choix au sein du Giec. À titre d'exemple, sur les 842 auteurs du 6e rapport du Giec (excepté la synthèse finale), publié en 2021 et 2022, 91 travaillaient aux États-Unis, soit plus de 10 %.

Il s'agit, en outre, souvent de scientifiques expérimentés et jouant un rôle important dans le difficile travail de synthèse et d'écriture des rapports du Giec. À l'instar de Katherine Calvin, scientifique en chef à la Nasa et coprésidente du groupe de travail 3 du Giec depuis 2023, licenciée par Donald Trump et empêchée, ainsi que toute son équipe, de se rendre à une réunion de travail du Giec à Hangzhou, en Chine, en février dernier.

Combler les trous… jusqu'à quand ?

Comme souvent, depuis des mois, l'incertitude règne. « Il n'y avait aucun délégué des États-Unis à Hangzhou, mais nous n'avons eu aucune explication officielle. Nous n'avons aucune information suggérant un retrait des États-Unis du Giec », précise Robert Vautard.

Sur le moment, l'absence de l'équipe support étasunienne, qui devait organiser le travail du groupe 3, a été compensée par la solidarité des autres équipes. Pour la suite, les États-Unis permettront-ils à leurs chercheurs de contribuer aux prochains travaux du Giec ?

« Ma crainte est que, si aucun auteur du rapport n'a été validé par les États-Unis, cela leur serve d'argument pour contester la validité de son contenu, voire pour amoindrir la portée du consensus scientifique », dit Roland Séférian.

À défaut de savoir de quoi l'avenir sera fait, chacun continue autant que possible son travail de recherche. Et en appelle au sursaut international. « Nous sommes nombreux à être passés par les États-Unis pour nous former. Plein de collègues vont être au chômage là-bas et pourraient contribuer à la recherche en Europe ou en Asie, mais il faudrait le budget pour cela », plaide sans trop y croire Davide Faranda.

D'autant que l'Europe, avec le programme satellitaire Copernicus qui fournit de précieuses données climatiques, pourrait prendre une part de leadership en cas de réorientation massive de la Nasa en dehors des sciences du climat.

« Je ne suis pas sûr que l'Europe, seule, pourrait combler les trous. Et puis, on ne remplace pas des bateaux qui placent des flotteurs dans l'océan ou des stations de mesures atmosphériques facilement, cela prend du temps », dit Davide Faranda.

La NOAA pourrait prochainement licencier plus de 1 000 autres salariés, annonçait le 21 mars le site d'information Axios, après une première vague quasi similaire en février. Face à un gouvernement étasunien autoritariste et qui s'émancipe de plus en plus du cadre budgétaire supposément défini par le Congrès, le chaos pour la climatologie ne fait sans doute que commencer.

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Le Parti de gauche est dominé par un pacifisme et un anti-impérialisme déconnectés de la réalité

Le parti de gauche (Die Linke) hésite encore à tirer les conséquences nécessaires de l'agression russe contre l'Ukraine. Car une partie du parti sympathise avec les positions (…)

Le parti de gauche (Die Linke) hésite encore à tirer les conséquences nécessaires de l'agression russe contre l'Ukraine. Car une partie du parti sympathise avec les positions de politique étrangère d'un Donald Trump.

13 mars 2025 | tiré du site Europe solidaire sans frontières
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article74177

On aimerait se réjouir que le parti de gauche ait réussi, contre toute attente, à entrer au prochain Bundestag. Avec près de neuf pour cent des votes secondaires, et même six mandats directs. On aimerait s'en réjouir, car l'évolution vers la droite a désormais touché tous les grands partis, les positions de la CDU/CSU sont à peine distinguables de celles de l'AfD sur de nombreux points, et même le SPD et les Verts leur parlent dans le sens quand il s'agit de migration. Face à ce concert consensuel de mépris humain dirigé par l'AfD, il faut une objection de gauche au Parlement, ne serait-ce que pour préserver le souvenir que d'autres positions sont envisageables. Mais la joie ne veut pas venir.

Certes, Heidi Reichinnek, en tant que candidate principale du parti de gauche, a prononcé un discours antifasciste fulminant lorsque Friedrich Merz a fait passer son soi-disant plan en cinq points « pour des frontières sûres et la fin de l'immigration illégale » au Bundestag avec les voix de l'AfD. Avec une impressionnante verve, Reichinnek a opposé à cette motion sa demande de solidarité et de « droits de l'homme pour tous ». Dommage seulement que son parti ne formule de telles revendications bien sonnantes que dans un contexte de politique intérieure, où il continue d'essayer d'occuper le vaste champ de la prévoyance étatique et de la responsabilité sociale, que les sociaux-démocrates, autrefois responsables de ce domaine, ont abandonné il y a des décennies.

Une caractéristique essentielle de cet anti-impérialisme est l'idée que derrière chaque développement au niveau international se cache un plan géostratégique perfide, délibérément camouflé par les médias locaux en complicité intellectuelle.

En matière de politique étrangère, en revanche, on préfère s'en tenir à des constructions idéologiques datant de la guerre froide. Il y a d'une part ce pacifisme impuissant, comme aime à le présenter le président du parti Jan van Aken, lorsque dans des interviews, il condamne certes l'agression russe, mais rejette néanmoins l'aide en armement pour l'Ukraine et transfigure Xi Jinping, l'allié de Vladimir Poutine, en un potentiel artisan d'une « paix juste ». D'autre part, il y a un anti-impérialisme jamais surmonté qui fait obstacle avec une telle inébranlabilité même à la compréhension la plus fondamentale de la situation mondiale en rapide évolution que les interprétations des événements du passé récent et très récent doivent presque inévitablement faire fausse route.

Une caractéristique essentielle de cet anti-impérialisme est l'idée que derrière chaque développement au niveau international se cache un plan géostratégique perfide, délibérément camouflé par les médias locaux en complicité intellectuelle. Les auteurs et bénéficiaires de tous les conflits ainsi encouragés ne sont jamais la Chine ou la Russie, mais toujours les États-Unis, l'OTAN, « l'Occident ».

Anti-impérialisme de gauche, mythes conspirationnistes de droite, absurdités du type terre plate

Si avec cette vision obstruée, on se trompe une fois de manière tout à fait évidente et indéniable, comme dans le cas de l'invasion de l'Ukraine par Poutine, que l'on considérait jusqu'au jour de l'invasion comme une chimère créée par la propagande occidentale, on passe simplement au niveau de conspiration inférieur, selon lequel Poutine a été forcé à cette démarche par l'OTAN.

On passe sous silence à quel point surtout l'Allemagne et la France s'étaient toujours opposées à l'adhésion des États post-soviétiques à l'OTAN, de sorte que l'adhésion de l'Ukraine n'était même plus en discussion. Et oui, conspiration - le terme est choisi délibérément. Car structurellement, les fantômes de l'anti-impérialisme de gauche se distinguent à peine des mythes conspirationnistes de droite ou des absurdités du type terre plate. Il y a toujours une « presse mensongère », qui manipule « le peuple » sur ordre de forces globalistes sinistres (que l'on peut volontiers imaginer comme une caricature antisémite du Stürmer). L'ennemi est toujours à l'ouest.

Ce que les gens de gauche comme de droite n'aiment en revanche pas faire, c'est critiquer offensivement certains régimes autoritaires. Peu importe la brutalité avec laquelle ils traitent leur propre population, les responsables de tous les dysfonctionnements mondiaux sont toujours ces démocraties libérales dans lesquelles les droits de l'homme, la liberté d'opinion et de presse sont au moins postulés comme valeurs fondamentales.

La Chine et la Russie sont peu critiquées

Car tout comme de nombreux extrémistes de droite, la gauche anti-impérialiste place fondamentalement le « droit des peuples à l'autodétermination » (et donc la prétention au pouvoir même du dictateur le plus sanguinaire) au-dessus des droits de l'homme universels, que « l'Occident » n'a de toute façon inventés que pour justifier ses guerres. La différence essentielle entre la gauche et la droite ne réside que dans leur rapport au capitalisme. La droite moderne n'a généralement pas de problème avec cela, la gauche plutôt, du moins lorsqu'il se présente sous une forme démocratique. Le fait que, par exemple, la Chine et la Russie, bien qu'étant elles-mêmes des parties intégrantes de l'ordre mondial capitaliste, soient peu critiquées, suggère que la gauche allemande a moins de difficultés avec le capitalisme en soi qu'avec la démocratie libérale.

Heidi Reichinnek et ses collègues du comité directeur du parti de gauche, qui aiment à discourir vaguement sur le « socialisme démocratique », contesteraient certainement tout cela. Et pourtant, ils ne sont manifestement pas capables (ou désireux ?) de traduire leurs revendications de solidarité et de droits de l'homme pour tous en une politique étrangère adaptée à notre époque. C'est après tout un fait difficile à nier que l'Ukraine perdra la guerre contre la Russie si les livraisons d'armes cessent. Et que les États-Unis sont désormais gouvernés par un groupe de joueurs libertaires de droite et favorables à Poutine, qui tentent actuellement d'abolir à une vitesse fulgurante tout ce qui qualifie encore le pays de république démocratique sur le plan intérieur, tout en essayant de promouvoir le même développement en Europe, est également difficile à ignorer.

Néanmoins, la décision du comité directeur du parti du 1er mars, dans laquelle il annonce vouloir approuver au Bundestag une levée de l'absurde frein à l'endettement allemand, ne parle que de soutien civil financier à l'Ukraine et d'une illusoire « initiative diplomatique avec la Chine et d'autres États BRICS ». Le parti de gauche n'a-t-il donc encore rien perçu de la situation mondiale qui évolue de manière très menaçante et de la situation précaire de l'Europe en son sein ? Était-on simplement trop concentré sur la politique intérieure pendant la campagne électorale, mais se réveillera-t-on bientôt ? Improbable.

Le prochain volte-face dans le pays des merveilles anti-impérialiste des faits alternatifs

Tout comme la direction du parti a tout fait pour empêcher Sahra Wagenknecht de quitter le parti, et a participé en 2022 à opposer des thèmes sociaux de politique intérieure à la solidarité de politique étrangère avec l'Ukraine attaquée, elle tente encore de simplement ne pas trancher certains sujets conflictuels. Car tous les anti-impérialistes et poutinistes obstinés n'ont pas quitté le parti de gauche pour le BSW. Et si l'on ne veut pas encore sombrer dans l'insignifiance, il semble à la direction du parti qu'il faut bien garder ensemble ce « tas en fermentation » (comme Alexander Gauland a un jour qualifié son AfD).

Sur les médias sociaux, il apparaît clairement que de nombreux membres et sympathisants du parti ont depuis longtemps effectué le prochain volte-face profondément dans le pays des merveilles anti-impérialiste des faits alternatifs : ici, les États-Unis ne sont soudainement plus l'ennemi éternel, au contraire. Selon eux, seul l'establishment démocratique libéral serait vraiment mauvais, qui avec son agressif blabla de valeurs sous les présidents Barack Obama et Joe Biden aurait poussé la Russie à la guerre et serait maintenant tout à fait à raison chassé au diable par Donald Trump.

En conséquence, la raillerie sur les médias sociaux a été enthousiaste lorsque Trump et son vice-président J. D. Vance ont récemment réprimandé publiquement le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche. La différence entre les contributions dont les auteurs sont attribuables à l'environnement du parti de gauche et celles des partisans de l'AfD ou du BSW était souvent uniquement reconnaissable au fait que les premiers aiment prétendre qu'ils parlent ainsi également au nom de la « classe ouvrière ukrainienne recrutée de force » (Ingar Solty, Fondation Rosa-Luxemburg), qui se porterait certainement beaucoup mieux sous un régime de terreur établi dans leur pays par Poutine que sous le président démocratiquement élu Zelensky.

Les Ukrainiens ne peuvent probablement espérer à nouveau la solidarité du parti de gauche que lorsqu'ils viendront dans le pays en tant que réfugiés après une victoire de Poutine et deviendront ainsi un sujet de politique intérieure.

En ce qui concerne maintenant la solidarité du parti de gauche et sa revendication de droits de l'homme pour tous : les Ukrainiens ne peuvent probablement l'espérer à nouveau que lorsqu'ils viendront dans le pays en tant que réfugiés après une victoire de Poutine et deviendront ainsi un sujet de politique intérieure. Si cette solidarité les aidera alors est une autre question. Cela dépend de si l'UE réussit encore à préserver sa constitution d'État de droit, ou si ses États membres aspirent à suivre l'exemple américain vers une variante fasciste libertaire de droite, qui s'oriente en politique intérieure comme extérieure uniquement sur le droit du plus fort.

Poutine, Trump et l'AfD sont d'accord sur cette intention. Ce que le parti de gauche ou aussi la gauche allemande dans son ensemble espèrent des autocraties impériales, des hommes de pouvoir libertaires de droite et de leur suite, reste leur secret.

Markus Liske

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P.-S.

Jungle World

https://jungle.world/artikel/2025/11/linkspartei-pazifismus-antiimperialismus-der-feind-steht-immer-im-westen

Traduit pour l'ESSF par Adam Novak

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Ruba Ghazal dénonce le gouvernement de la CAQ comme le lobbyiste en chef de Stablex

1er avril, par Ruba Ghazal — , ,
Toute la nuit qui a précédé l'adoption de la loi bâillon sur Stablex, les député-e-s de Québec solidaire se sont relayés pour dénoncer l'adoption de cette loi (…)

Toute la nuit qui a précédé l'adoption de la loi bâillon sur Stablex, les député-e-s de Québec solidaire se sont relayés pour dénoncer l'adoption de cette loi antienvironnementale. (PTAG)

Mme Ghazal : Merci. Merci, Mme la Présidente. Mme la Présidente, pourquoi est-ce qu'on est ici aujourd'hui ? Pourquoi est-ce qu'on a passé toute la nuit ici à l'Assemblée nationale ? Pourquoi est-ce qu'on n'est pas dans nos familles, avec nos enfants, nos conjoints, nos conjointes ? Pourquoi est-ce qu'on n'est pas dans notre comté, avec nos citoyens et citoyennes ? On n'est pas ici malheureusement... on n'a pas passé toute la nuit ici pour trouver des solutions à la crise du logement, alors que les locataires font face à des augmentations de loyer historiques. On n'a pas passé la nuit, ici, à l'Assemblée nationale, pour régler la crise de l'itinérance, qui est devenue une véritable crise humanitaire. On n'a pas passé la nuit ici à travailler fort pour trouver des solutions pour mettre fin à la faim dans les écoles, alors qu'un enfant sur cinq, un enfant sur cinq arrive à l'école le ventre vide. Dans une société riche comme la nôtre, c'est inacceptable. Si on a passé la nuit ici, c'est encore moins pour aider les gens qui ont de la misère à avoir des soins dans notre système de santé public qui est amoché puis qui doivent se serrer la ceinture pour aller au privé. Mme la Présidente, malheureusement, on n'a pas passé toute la nuit ici à travailler à l'Assemblée nationale pour améliorer la vie des gens, pour prendre soin du monde, pour faire notre travail d'élu, celui pourquoi les gens nous ont élus. Non, Mme la Présidente, on est ici parce que la CAQ a décidé de se mettre à plat ventre devant une entreprise étrangère américaine. On a passé la nuit ici à l'Assemblée nationale parce que la CAQ a décidé de faire une loi sur mesure pour faciliter la vie à Stablex. C'est quoi Stablex ? C'est une entreprise américaine qui enfouit des déchets dangereux à Blainville. Puis, Stablex, ce qu'ils ont demandé... ils ont pris le téléphone puis ils ont demandé à la CAQ d'engrandir leur terrain pour pouvoir enfouir plus de déchets dangereux, dont une bonne partie vient des États-Unis de Trump. Pourtant, Mme la Présidente, tout le monde, tout le monde a dit non. Le BAPE a dit non. La ville de Blainville a dit non au projet de Stablex. Les municipalités, l'UPA, les scientifiques, les groupes écologistes, les citoyens et citoyennes, la société civile en entier a dit non au projet de Stablex. Mais la CAQ, elle, elle a décidé que c'était une bonne idée de saccager notre environnement pour qu'une entreprise américaine puisse faire des économies. La CAQ a décidé de plier au chantage de cette entreprise. Tout le long on a vu comment ce gouvernement-là se comportait, comment la CAQ s'est comportée face à Stablex. C'est à croire s'ils sont devenus le lobby de cette entreprise de l'Arizona.

Voilà pourquoi on n'est pas dans nos familles, on n'est pas avec nos citoyens et nos citoyennes, dans nos comtés. Pourquoi est-ce qu'on est ici, on a passé toute une partie de la soirée hier, de la nuit, et qu'on est ici ensemble aujourd'hui à faire adopter un projet de loi sous le bâillon parce que la CAQ a décidé d'avoir ce projet de loi qui va à l'encontre du bien commun et de l'intérêt collectif, contrairement à ce que le premier ministre avait dit.

Moi, je trouve ça scandaleux, Mme la Présidente. Je trouve ça honteux. C'est indigne. Ça me gêne d'être ici puis de travailler pour... pas pour les citoyens et citoyennes, mais pour répondre au désir de la CAQ de plier au chantage de cette entreprise. Puis je comprends les Québécois et Québécoises, puis il y a des citoyens et citoyennes aussi qui ont passé la nuit avec nous, qui sont en colère, qui sont indignés. Je comprends leur indignation puis je la partage. Ce n'est pas pour ça que moi, je fais de la politique. Ce n'est pas pour ça que mes collègues, ici, de Québec solidaire font de la politique. Ce n'est pas pour ça qu'on met notre temps, qu'on fait des sacrifices personnels sur nos heures de sommeil, dans nos vies personnelles, pour rester ici pour travailler sur un projet de loi fait sur mesure pour cette compagnie étrangère. Ce n'est pas pour céder au chantage de cette entreprise-là. Je trouve ça honteux. Je trouve ça gênant. Puis je sais que les Québécois et Québécoises sont indignés.

Le leader du gouvernement l'a dit : On ne sera pas populaires, on ne sera pas populaires face à la population. Moi, c'est très rare que j'ai vu aussi peu de fierté dans les yeux des membres du gouvernement, dans les yeux des élus de la CAQ lors de l'adoption d'un projet de loi. D'habitude, ils sont beaucoup plus fiers puis ils applaudissent. Pas cette fois. Puis je comprends. Je comprends qu'ils soient gênés. Je comprends qu'ils aient un petit peu honte, avec raison. Il n'y a pas de quoi d'être fier.

Je veux parler d'un élément dont on a peut-être un peu moins parlé. L'entreprise de Stablex, et le gouvernement nous l'a dit, j'ai entendu le ministre de l'Environnement aussi le dire, elle a un procédé qui est écologique, qui est mieux qu'une façon de traiter les déchets dangereux de façon plus écologique. C'est une solution écologique. C'est comme ça que Stablex aussi se présente. Parce que les entreprises, des organismes qui génèrent, qui produisent des déchets dangereux, bien, on veut s'assurer qu'elles puissent en disposer d'une façon qui protège l'environnement et non pas de les mettre n'importe comment. Puis Stablex est supposée être une solution écologique. C'est le marketing que fait l'entreprise. C'est une solution qui date des années 80. Moi, j'ai envie de questionner cette façon-là de faire. Est-ce que c'est le cas ? Est-ce que c'est vraiment une solution écologique à nos déchets dangereux ?

Il y a un groupe de citoyens de Blainville, soutenu par Mères au front et le biologiste bien connu Daniel Green, qui ont détecté des niveaux élevés de nombreux polluants qui peuvent affecter l'environnement. Ils sont allés... des citoyens et citoyennes qui sont allés chercher des échantillons dans les cours d'eau proches du terrain de Stablex, où est-ce qu'elle opère depuis des nombreuses années. Et ils ont vu des dépassements très nombreux pour les contaminants dans les cours d'eau qui sont autour.

Normalement, ce genre de travail là devrait être fait par le ministère de l'Environnement. Est-ce qu'il est fait ? Quand on regarde les rapports que Stablex envoie au ministère de l'Environnement, parce qu'elle doit prendre des échantillons... Moi, c'est un travail que j'ai fait dans les entreprises privées quand... où j'ai travaillé pendant une quinzaine d'années, normalement, on a un permis, on doit faire prendre des échantillons, envoyer ça au ministère de l'Environnement, qui, après ça, va dire si c'est bon ou pas. Puis, des fois, il y a des inspecteurs qui viennent, qui viennent dans l'usine pour prendre des échantillons. Mais, en ce moment, on a l'impression que tout est vert. Tous les rapports que l'entreprise donne au ministère de l'Environnement, tout est beau, tous les contaminants sont beaux. Mais où sont pris les échantillons ? Est-ce que c'est pris à des endroits vraiment stratégiques où est-ce qu'on est sûrs qu'il n'y a pas de contaminants qui se retrouvent dans l'environnement ? Comment ça se fait que les échantillons qui sont pris par les citoyens et citoyennes, il y a des dépassements ?

Moi, j'aimerais ça que le ministère de l'Environnement investigue beaucoup plus. J'ai été porteuse du dossier de l'environnement avant mes collègues, avant que... le collègue député d'Hochelaga-Maisonneuve, pendant longtemps. Et, une des premières questions que je posais au ministre de l'Environnement, c'était : Il y a combien d'inspecteurs ? Est-ce que les inspecteurs et inspectrices du ministère de l'Environnement vont vraiment faire des visites-surprises dans les entreprises pour prendre des échantillons ou est-ce qu'ils viennent accompagnés des représentants de l'entreprise qui leur dit : Voilà où est-ce que vous pouvez prendre des échantillons ? Est-ce qu'ils viennent par surprise, par hasard, prendre des échantillons au bon endroit. C'est des questions très, très importantes et c'est une question dont on n'a pas répondu. Le projet de loi, il va passer sous le bâillon puisqu'ils sont majoritaires, même s'ils ont honte, là. Je ne pense pas qu'ils vont avoir des belles photos qui vont être prises après l'adoption de ce projet de loi, mais ça va être fait. Ça va être un fait passé, malheureusement, ils nous l'ont passé sur la gorge. Mais, après, l'histoire n'est pas finie, les contaminants, ils vont se retrouver encore dans l'environnement. Je ne suis pas sûre, là, que tout est vert, tout est beau, parce que la compagnie dit que tout est beau, tout est vert. On va se retrouver avec l'enfouissement jusqu'en... 2067. Puis pourquoi je pose la question ? Parce qu'avec l'austérité je ne suis pas sûre que le gouvernement, il est en train d'embaucher plus d'inspecteurs, inspectrices.

Des fois, il y a des inspections qui sont faites au téléphone par des stagiaires au ministère de l'Environnement. Puis je vais faire référence à un livre que j'ai lu il y a quelques années de Louis-Gilles Francoeur, qui a été longtemps au Devoir, qui a été aussi au BAPE. Ça s'appelle La caution verte. J'invite d'ailleurs, je ne sais pas si le ministre de l'Environnement l'a lu, je l'invite à le lire. La caution verte, le désengagement de l'État québécois en environnement. Il parle précisément de cette question-là, où est-ce qu'on s'est beaucoup fiés sur les entreprises, tout ce qu'elles nous disent, c'est elles-mêmes qui font des rapports. Il n'y a plus de police verte alors qu'on en a besoin. On a besoin d'une police verte, on a besoin d'équipes d'experts au ministère de l'Environnement qui vont vérifier : Est-ce que, dans les opérations de l'entreprise, est-ce qu'on est sûr qu'il n'y a pas des contaminants qui vont se retrouver dans l'environnement ? Ce n'est pas normal que ce soient les citoyennes et les citoyens qui portent sur leurs épaules ces mesures-là. Et on ne peut pas se fier uniquement sur l'entreprise, sur ses représentants.

Je vous le dis, moi, j'ai travaillé en entreprise, je faisais ce genre de rapport là. On faisait des rapports, des inspections nous-mêmes, des échantillons nous-mêmes. J'avais des fichiers Excel sur les contaminants, que ce soit pour l'air, que ce soit pour l'eau, et on envoyait ça aux inspecteurs, au ministère de l'Environnement. En 15 ans de carrière, en 15 ans de carrière, j'ai eu, savez-vous combien de visites-surprises j'ai eues du ministère de l'Environnement, et j'ai travaillé dans de nombreuses entreprises, savez-vous combien, Mme la Présidente ? Une seule fois, une seule visite-surprise d'un inspecteur du ministère de l'Environnement, qui est venu prendre un échantillon, qui nous a dit : Où sont les endroits, où est-ce qu'on prend des échantillons pour l'eau avant de jeter ça dans les égouts ? Une seule fois. Tout le reste du temps, le ministère de l'Environnement se fiait à ce que l'entreprise disait. Bien, c'est la même chose aussi avec Stablex. Si on fait une demande d'accès à l'information, on va voir que tous les rapports sont au vert, tout est beau, mais qu'est-ce qui nous assure que c'est le cas ?

Il y a aussi une autre question. C'est une solution environnementale pour la gestion de nos déchets dangereux, mais est-ce qu'il y a d'autres solutions ? Parce que cette entreprise-là, avec ses investisseurs qui vient de l'Arizona, même s'ils ont eu une loi sur mesure, ils pourraient, un jour, décider qu'eux ça ne les intéresse plus, ils ne font plus d'argent, puis de fermer quand même, là, malgré le projet de loi fait sur mesure, passé sous le bâillon par le gouvernement de la CAQ. Qu'est-ce qu'on va faire après ça avec les déchets dangereux ? La CAQ a fait adopter... va faire adopter, malheureusement, dans quelques heures, ce projet de loi, parce qu'elle a peur que la compagnie ferme. Et, si la compagnie ferme, qu'est-ce qu'on va faire avec ces déchets dangereux ? Même si le projet de loi est adopté, il y a une autre chose aussi qui devrait être faite, et le gouvernement a refusé, alors que la députée de Sherbrooke n'a pas arrêté de le proposer, il faut qu'il y ait une caractérisation de : C'est quoi, les déchets dangereux qu'on produit ? Combien ? Le rapport du BAPE l'a dit : On ne le sait pas.

Mme la Présidente, on a fait un travail incroyable. Je veux au premier... premièrement, remercier chaleureusement et féliciter le courage de ma collègue, la députée de Sherbrooke, qui a travaillé sans relâche, sans relâche sur ce dossier-là depuis le début. Je veux remercier aussi les députés qui ont participé, de Québec solidaire, tous les députés aussi des oppositions, qui ont travaillé pour contrer ce projet de loi. Et je veux donner aussi... remercier, de façon chaleureuse et très...Un gros, gros, gros merci pour tous les employés, les directions dans nos équipes qui ont travaillé toute la nuit. Ils n'ont pas fait ça pour Stablex. Si on a eu ce courage-là, si nos travailleurs, dans notre formation politique, ont eu ce courage-là de travailler toute la nuit, sans relâche, c'est pour protéger le bien commun, c'est pour protéger l'intérêt collectif, pour protéger l'environnement. C'est ça qui donne un sens à notre travail. Le premier ministre m'a parlé de courage, ce que la CAQ fait n'est pas courageux. Et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas de fierté dans les yeux des députés .de la CAQ en ce moment. Il n'y a pas de fierté à adopter ce projet de loi là, puis je les comprends, mais nous, on est fiers du travail qu'on a fait. On a fait tout ce qu'on a pu pour barrer le chemin de la CAQ qui s'est plié devant une compagnie, une entreprise étrangère américaine, pour enfouir des déchets dangereux, dont une bonne partie vient des déchets de Trump. Nous, on a été mus par ce courage-là. Nos travailleurs, travailleuses ont été mus par ce courage-là. Et on va continuer, Mme la Présidente. Merci.

Transciption : Secrétariat de l'Assemblée nationale

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Le cas Trump | Livre à paraître 8 avril | Enquête inédite pour voir derrière l’écran de fumée | Alain Roy

1er avril, par Alain Roy — ,
Vous pensez connaître Donald Trump ? C'est pire que ça. À l'approche de son 100e jour au pouvoir, voici une enquête inédite et glaçante qui aborde toutes les facettes – (…)

Vous pensez connaître Donald Trump ? C'est pire que ça. À l'approche de son 100e jour au pouvoir, voici une enquête inédite et glaçante qui aborde toutes les facettes – biographique, psychologique et politique – d'un président qui ambitionne de devenir le Poutine de l'Amérique. Et ce
parallèle est à prendre très au sérieux.

L'essai *Le cas Trump - Portrait d'un imposteur*, de l'essayiste Alain Roy, paraîtra en librairie le 8 avril prochain.

En bref : Après son livre *Les déclinistes*, qui a connu un succès critique unanime, Alain Roy revient avec un ouvrage qui nous fait voir derrière l'écran de fumée de Trump et qui attache tous les fils d'un chaos dont on peine à faire sens. À notre connaissance, aucun livre aux États-Unis ou
ailleurs n'offre une vue d'ensemble aussi complète et éclairante du personnage.


Citation :

« *Si Donald Trump peut nous paraître imprévisible, c'est parce
que nous ne cernons pas assez clairement d'où il vient et ce qui le motive.
Lorsqu'on le cerne plus clairement, Donald Trump ne devient pas moins
inquiétant ; mais nous savons un peu mieux à quoi nous attendre et comment
lui faire face.* » - Alain Roy

*À propos du livre*

Si nous avons l'impression de baigner dans la tête de Donald Trump tant il occupe l'espace médiatique avec ses sautes d'humeur quotidiennes, nous peinons à faire sens de ses décisions. Or considérant que la politique américaine a rarement, voire jamais, été réduite à ce point aux aléas de la personnalité du président, il devient crucial de le comprendre. Tel est l'objectif de ce livre : regarder derrière l'écran de fumée, attacher tous les fils et décoder le personnage. À notre connaissance, aucun livre aux États-Unis ou ailleurs n'offre une vue d'ensemble aussi complète.

Qui est donc Donald Trump ? Qu'est-ce qui motive la quête de pouvoir de cet homme que sa propre nièce, psychologue clinicienne, a décrit comme le plus dangereux du monde, et son proche conseiller comme un Hitler américain ?

S'appuyant sur une abondante documentation et sa participation à un rallye trumpiste, Alain Roy offre un portrait saisissant du playboy ayant dilapidé l'immense fortune dont il a hérité de son père. Contrairement à l'image d'homme d'affaires à succès qu'il a projeté tout au long de sa vie et que la téléréalité est venue cristalliser, Trump a fait faillite à maintes reprises. Objet de risée de la part des élites, il s'est fabriqué une identité de « gagnant » pour cacher ses failles et sa honte, jusqu'à se hisser à la tête de la Maison-Blanche. Mais que se passe-t-il lorsque le réel se confronte aux mensonges de l'imposteur ? Jusqu'où peuvent aller sa rage et ses désirs de vengeance ? Alors que s'agite autour de lui une extrême droite triomphante et décomplexée, ses penchants agressifs et transgressifs forment un cocktail explosif.

À travers les prismes du mensonge, de la faille narcissique et de la dangerosité, Alain Roy plonge au cœur de la psyché de Donald Trump afin de cerner la nature de cette figure politique à la fois grotesque et malfaisante, qui force le monde entier à jouer dans un très mauvais film.

*À propos de l'auteur*

Alain Roy est directeur de la revue L'Inconvénient. Il est l'auteur de nombreux livres (roman, nouvelles, essais) et lauréat du Prix du gouverneur général 2012 pour sa traduction de la biographie de Glenn Gould. Il a entre autres publié *Les déclinistes. Ou le délire du « grand remplacement »* (Écosociété, 2023) et *Le cas Trump *(Écosociété, 2025).

Bonjour

Votre article pourrait être publié si elle est en conformité avec les valeurs de Presse toi à gauche.

Nous défendons : l'écosocialisme, la démocratie participative, le partage de la richesse, le socialisme démocratique, le féminisme, les luttes contre toutes discriminations, l'internationalisme, les luttes pour l'indépendance et le droit à l'autodétermination et les luttes pour l'écologie.

Dans ce cadre nous demeurons une presse ouverte et inclusive.

Nous sommes une presse alternative qui fonctionne sur le bénévolat. Nos articles sont tous fournis gratuitement.

Vous pouvez nous faire parvenir l'article à la même adresse.

Merci de vouloir collaborer avec nous

ginette
rédaction Presse toi à gauche

À bas l’impérialisme américain ! Vive la démocratie américaine !

1er avril, par Jean-François Delisle — , ,
Beaucoup d'Occidentaux sont victimes d'un dédoublement de personnalité politique à l'égard des États-Unis et de leur suprématie mondiale ; à gauche surtout, en particulier (…)

Beaucoup d'Occidentaux sont victimes d'un dédoublement de personnalité politique à l'égard des États-Unis et de leur suprématie mondiale ; à gauche surtout, en particulier parmi la gauche social-démocrate. Une bonne partie d'entre elle s'est longtemps dit d'accord avec les communistes sur le capitalisme et l'impérialisme américains tout en affirmant cependant son attachement à la démocratie politique mais soutenant cependant partager leur volonté d'égalitarisme social. Cette orientation se reflétait dans les slogans des deux groupes qui attaquaient tous les deux le capitalisme à des degrés divers, les sociaux-démocrates pour le réformer, les communistes pour l'abattre ; ces derniers adoptaient une analyse beaucoup plus "classiste" que les sociaux-démocrates, qui eux, y apportaient bien des nuances et des bémols.

Les marxistes-léninistes présentaient le système représentatif comme une imposture destinée à manipuler les masses populaires. Malgré des divergences parfois aigues entre sociaux-démocrates et marxistes, beaucoup de ces militants et militantes s'entendaient pour condamner la suprématie des États-Unis dans le monde. Toutefois, ces dernières années déjà, l'audience des groupes et groupuscules communistes occidentaux a subi de sérieux reculs dans des milieux qui, auparavant prêtaient oreille à, leurs thèses. Les principaux partis sociaux-démocrates pour leur part se sont discrédités en raison de leurs compromissions avec le rétrolibéralisme.

Voilà pourtant que tout à coup, avec l'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, tout le monde s'alarme à grands cris de la menace qu'il fait peser sur le système libéralo-électoral américain et sur le commerce international. À droite comme à gauche, on crie au meurtre en dénonçant l'arbitraire et la brutalité trumpistes. Par réaction, on se montre soudainement bien plus attaché qu'on ne le pensait à ce système que certains qualifiaient hier encore de tromperie visant à assurer le pouvoir des nantis sur le prolétariat. Alors qu'on parlait d'intoxication idéologique de la part de classe dominante sur le peuple, aujourd'hui on hurle pour condamner les atteintes du trumpisme aux libertés fondamentales qui n'étaient pourtant censées être qu'une imposture, selon les gauchistes.

Il faudrait définir plus précisément les termes du problème et l'attitude qu'il convient d'adopter pour se positionner face à lui. Dictature du prolétariat ou démocratie électorale et libéralisme ? La suprématie sans compromis du capitalisme ou une autre proposition, mitoyenne, voulant sauvegarder le système électoral tout en prônant des mesures de redistribution économique poussée ? On redécouvre aussi les vertus du système représentatif. "L'électoralisme" et les libertés, toutes formelles soient-elles, ont soudain meilleure presse dans les milieux de gauche qui forment un arc-en-ciel entre les "réalistes", les pragmatiques d'une part, et les plus radicaux de l'autre, dont certains flirtent encore avec le marxisme-léninisme.

Il faudra que la gauche, ou plutôt les gauches se redéfinissent et renouvellent leurs points de repère idéologiques. Le trumpisme en présente peut-être enfin l'occasion.

Jean-François Delisle

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Hold-up ! – Force et honneur à la désobéissance civile et à la révolte !

1er avril, par Gaétan Roberge —
René Descartes déclara : « Je pense donc je suis. », Albert Camus ajouta : « Je me révolte donc nous sommes. » et je complèterai, bien humblement : « Nous sommes donc nous (…)

René Descartes déclara : « Je pense donc je suis. », Albert Camus ajouta : « Je me révolte donc nous sommes. » et je complèterai, bien humblement : « Nous sommes donc nous vaincrons. »

Il est interdit de maitriser son destin

Maîtriser son propre destin et aspirer à un meilleur cadre de vie pour soi et les siens et choisir de vivre et de s'épanouir dans une société juste et égalitaire : voici un singulier exercice d'imagination qui peut s'avérer utopiste et surtout tellement présomptueux.

Il est interdit de chercher le bonheur

Déception et perte de temps précieux, voilà essentiellement ce qui résulte de cette stérile quête perdue d'avance d'un pseudo-bonheur romantique ou philosophique. À ce que l'on sache, aucune étude n'a jamais établi qu'il faille être heureux pour être productif.

Il est interdit de rêver

Que d'attitudes franchement volages et de pensées chimériques engendrées par ces vaines rêvasseries et ces doucereux petits pelletages de nuages suaves. On ne vous l'a pas pourtant bien inculqué sur les bancs d'école que seuls les riches détiennent le droit et les idiots le temps de rêver.

Il est interdit de se plaindre

Depuis fort longtemps et particulièrement depuis l'avènement des sociétés chrétiennes, la souffrance s'est toujours avérée une expérience enrichissante et salvatrice pour toute personne éprouvée.

Il est interdit de manger à sa faim

En fait, à voir la taille de certaines personnes, il n'y a rien de plus sain que de contrôler ses fringales passagères et chasser ses habitudes alimentaires malsaines qui s'avèrent coûteuses en absentéisme en plus de grignoter les profits des entreprises. Prenez donc exemple sur les populations du tiers-monde (trois-quarts monde) où l'on y observe pourtant moins d'obésité.

Il est interdit de partager

Aux yeux des diligents dirigeants, le partage du moindre gain risque d'entraîner l'irréparable au sein des obligés actionnaires et provoquer des bouleversements à hauts risques pour la saine compétitivité et le rayonnement des entreprises. Nous ne devons jamais perdre de vue que la sauvegarde de ces dernières s'avère certes laborieuse, mais ô combien salvatrice pour l'actionnariat et capitale à l'équilibre et au bon fonctionnement de l'économie.

Il est interdit d'exercer un travail de son choix

Veuillez prendre note qu'en aucun cas vous ne devez ignorer que détenir un emploi si nul soit-il à vos yeux, selon votre égoïste et incompétente évaluation, représente néanmoins un immense privilège accordé à la classe laborieuse. D'ailleurs, pensez-y bien car un privilège ne constitue en rien un droit et il peut vous être retirer …

Il est interdit de caresser des projets

Habituellement et grâce à un peu de bonne volonté, l'être humain parvient aisément à chasser ces caprices éphémères et à se passer de ces envies de réaliser des projets aux lendemains souvent incertains et hypothétiquement gratifiants. La société a pourtant tellement de beaux projets construits d'avance pour vous.

II est interdit de se battre pour la paix

Les conflits et les guerres incarnent depuis des millénaires le moteur principal de l'histoire seul capable de générer de la richesse au bénéfice des nations dominantes et de leurs censitaires. Ces conflits favorisent le maintien du capital des nantis, des argentiers et armuriers, des géants du commerce, de l'industrie et de la finance, des marchands de jeux et de rêves, des créateurs de mensonges et des boutiquiers de la propagande du bien-être.

Il est interdit de manifester

Les fondements initiaux du modèle démocratique occidental commandent à toute personne ou à tout groupe de personnes de bien vouloir se fondre à la majorité silencieuse. Et, en aucun temps et pour aucune raison, de ne point troubler la gouvernance et l'ordre établi. Surtout, de ne jamais franchir délibérément les périmètres de sécurité barbelés érigés par les poseurs de barrières et surveillés par les gardiens du pouvoir. D'ailleurs, ne l'oubliez pas, ce pouvoir est souverain et il détient tous les droits et privilèges. Ainsi, il élabore les constitutions, promulgue les chartes, les lois et les mesures de guerre. Il gouverne secrètement ou publiquement par décrets pour son bon plaisir et à l'occasion pour le bien commun, mais toujours dans l'intérêt des ami.e.s du pouvoir … Ô enfants de la Patrie enchaînés à l'arbitraire payroll de la société marchande, pris dans les tourbillons des spas de vos illusions et tétanisés par votre anxiété et lobotomisés dans vos aspirations, souvenez-vous – n'est-ce pas la devise oubliée d'un Québec oublié – que même si on piétine vos droits et vole vos destinées, il est tout de même recommandé de courber l'échine, d'abaisser vos mains et d'annoncer votre parcours de vie et de manifestation. Cela est certes juste et bon pour l'image … Mais, surtout essentiel pour votre propre sécurité.

Il est interdit de contester

Halte-là citoyens et citoyennes de la plèbe ! Ce sont là des comportements rebelles, subversifs et dignes de fieffés terroristes. La contestation porte atteinte à la survie politique des régimes en dérogeant aux dogmes libertariens et en perturbant l'expansion des économies et des zones franches et de libre-échange. En définitive, seule la pensée unique doit être autorisée puisqu'elle souscrit au fonctionnement optimal des régimes et assure leur croissance et leur indispensable stabilité.

Il est interdit de réviser sa citoyenneté

Au nom de la mondialisation, de la sauvegarde des capitaux et du mieux-être des acteurs privilégiés du système, le rôle d'agent économique des citoyens et des citoyennes doit demeurer leur unique prérogative reconnue par les autorités. Ces mêmes autorités agissant sous les bienveillants hospices de l'OMC, du FMI, des banques et des agences de crédit dont les notations confortent les marchés, réconfortent les transnationales et leurs besogneux actionnaires. Elles « maaloxent » également l'anxiété des consciences de ces Merlin enchanteurs du pouvoir et des malins encanteurs de la haute finance. Toutefois, il subsiste une dérogation inscrite dans le Petit livre rouge du néolibéralisme intitulé : « Les Pensées de NÉO ». Cette lénifiante dérogation stipule qu'il est à la fois légitimement et légalement permis de mourir pour son bien-être et celui du système. En effet, cela apparaît socialement acceptable de s'y conformer et parfaitement en accord avec les valeurs du régime. Cependant, cette dérogation spéciale ne peut être accordée qu'en périodes inflationnistes de fusion ou d'acquisition et ne doit pas avoir lieu avant la 17e heure GMT … Pourquoi donc ? Parce que cela perturberait la production en réduisant ainsi les bénéfices et propageant une fort mauvaise image qui laisserait présumer d'une certaine faiblesse de la part d'un patronat pourtant toujours diligent envers sa classe laborieuse. En terminant, veuillez surtout ne pas oublier qu'on vous paie pour travailler et que ce n'est pas le travail qui tue, mais c'est plutôt vous-même qui vous tuez au travail … En conséquence, il nous est donc légalement permis de déclarer officiellement que vous êtes ainsi les seules personnes véritablement responsables de tout ce qui pourrait vous advenir sur les lieux du travail.

Il est interdit de défendre la liberté

Pour la masse, l'impératif ultime se doit de résider dans la ferme obligation de soutenir et bien servir le système en place avant tout. De le faire au moindre coût et dans les meilleurs délais possibles et tout en conservant en tête l'obligation de laisser choir ses bons sentiments dans un grand mouchoir de poche écologique. Le bon peuple a aussi l'obligation d'accrocher sa dissidence, si vertueuse soit-elle, au vestiaire de la bonté et de l'empathie et de ranger ses convictions au plus profond de sa boîte à lunch.
Et vlan dans les dents ma gang de … dixit le pouvoir !

La désobéissance civile au banc des accusé.e.s et au ban de la société

Bien des nations sont pourtant venues au monde ainsi – les États-Unis, la France, Haïti et l'Inde – et d'autres ont survécu ou retrouvée vie – la Pologne, l'Ukraine – grâce à des actions de désobéissance civile avec pour rempart des actions directes et des révoltes légitimes pour contrer les infamies des régimes autoritaires et même de ceux déclarés démocratiques en invoquant « la défense de nécessité ». Chez-nous, pensons au traitement inique réservé aux activistes qui ont escaladé le pont Jacques-Cartier et ceux et celles membres du collectif écologiste Antigone qui ont bloqué le terminal pétrolierValero ou la poursuite et la condamnation insensée de 665 millions de dollars US infligée à Greenpeace aux États-Unis – en appui aux membres de la tribu Sioux de Standing Rock – par le groupe Energy Transfer. Dans ce cas-ci, nous sommes à mon sens en présence d'une réelle et scandaleuse poursuite-bâillon. Sans oublier l'organisation écologiste Just Stop Oil au Royaume-Uni qui a vu ses militant.e.s emprisonné.e.s et soumis.e.s à de fortes amendes. En contrepartie, leurs actions d'éclat ont tout de même entraîné la création d'une politique gouvernementale ce qui en soi constitue une belle victoire, malgré un lourd tribu, que l'on peut attribuer à ces actions de désobéissance civile. En effet, ces actions ont permis des modifications législatives en plus d'alerter et de sensibiliser l'opinion publique aux questions environnementales qui sont d'une importance capitale pour l'humanité et pour la planète. Et comme le déclare si bien Amnesty International : « Il est temps que le monde freine la cupidité des entreprises qui détruisent notre planète et nuisent à tous ses habitant.e.s. ».

Malheureusement, toutes ces manœuvres d'intimidation judiciaire risquent de produire un dramatique effet boule de neige comportant des impacts sérieux et mettant en péril l'existence d'organismes et d'organisations. Comment ? En voulant les réduire au silence et en les épuisant psychologiquement et financièrement. Et surtout, en leur imposant par surcroit une forme insidieuse de censure dans les débats publics et en limitant le droit d'association, de réunion pacifique, de mobilisation citoyenne ainsi que l'essentiel travail terrain – ne serait-ce que pour concevoir et distribuer des tracts au nom de la liberté d'information – des citoyens et citoyennes ainsi que des organisations militantes de divers horizons.

Le sale culte de l'Or noir « sale »

Précisons que le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions de GES ont augmenté depuis 1990. Plus grave encore, il vient tout juste d'approuver un autre prêt de 20 milliards de dollars pour l'oléoduc Trans-Mountain (TMX) pour un faramineux montant total de 50 milliards de dollars de l'argent des contribuables injecté dans ce projet ! Avec un beau gros chèque aux pollueurs : quelle sacré belle façon de lutter contre les difficultés économiques et les catastrophes climatiques qui nous assaillent déjà de toutes parts et qui « maintenant » sans l'ombre d'un doute ne vont aller qu'en s'accentuant … Et pourtant, que de projets bénéfiques, essentiels et structurants pour la population nous pourrions réaliser avec une telle somme ! Quel affreux et sale scandale ! Merci mon beau Ô Canada …

Les invasions barbares

Malheureusement, depuis le nouveau millénaire, de vieux démons sont réapparus pour s'emparer d'un nombre grandissant de gouvernements pour les pousser dans une nouvelle ère d'aveuglement volontaire, de fanatisme, de racisme, d'intolérance idéologique, de violations des droits et de sanctions imposées aux États et ciblant également certaines communautés de la société. Notons également que les changements dramatiques, brutaux, imprévisibles et même haineux de paradigme qui surviennent actuellement dans le monde et notamment au sud de « notre frontière protégée » risquent d'accentuer l'anxiété et la peur, la censure, de semer l'incompréhension, faire germer la discorde et entraîner une déferlante de vagues à la fois de crise et de révolte avec pour réponse aveugle un déchainement de violents épisodes de chantage et de répression. Surtout depuis la montée incessante de la droite radicale fasciste qui en train de semer à tous vents les germes de la bêtise humaine, de la haine et de l'intolérance dans les esprits et chez bon nombre de gouvernements du monde entier. Sans compter le dangereux pingouin-empereur-président-psychopathe-fou – et fou que de lui-même –, ce Trump gravement atteint du syndrome de Caligula dont la morale était : « Si le trésor a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas. » et qui apparaît maintenant littéralement boulonné au siège capitonné du bureau ovale muni de son stylo plume feutre cracheur de décrets – Ô grand malheur ! Serait-ce un Mont-Blanc fabriqué à Hambourg en Allemagne ou un Wing Sung provenant de Guangzhou en Chine… et non pas des USA ? – scotché dans sa main droite et de son lourd poignard tarifaire dans la gauche et en scandaleuse compagnie de sa coterie de frénétiques faucons et insensibles vassaux oligarques issus des complexes tehnologico-industriel et de l'IA. Force est d'admettre que nous subissons présentement une inédite, intempestive et inattendue forme d'invasions barbares. Puisque cette fois-ci les invectives et les attaques à la fois traîtresses et frontales proviennent plutôt de l'intérieur même de nos rangs et menacent de destruction massive les tourelles des remparts de la civilisation.

Vive la désobéissance civile et la révolte !

Mais ces terribles bouleversements orchestrés, ces attaques répétés à la démocratie, ces soubresauts d'autoritarisme violemment affichés au frontispice des pages de la déraison et ces affronts à la liberté d'expression et à nos droits fondamentaux ne doivent pas empêcher la société civile de s'exprimer, de s'indigner et d'agir. Au contraire, la société civile doit manifester sa légitime et essentielle opposition aux injustices, aux dénis de droit et aux errances funestes des nouveaux et dangereux régimes issus de la droite radicale fasciste qui est en train de scrupuleusement de répandre son venin idéologique dans les esprits et au sein de nombreuses formations politiques dans le monde. L'humanité est en péril car un immense chaos géopolitique et climatique frappe de plus en plus fort à ses portes. Nous vivons présentement en situation d'extrême urgence et ne perdons surtout pas de vue que des organismes, des organisations, des institutions et des populations entières courent de grands dangers et vont souffrir davantage et que les enjeux en cause sont multiples, complexes, cruciaux et mondiaux et dont leurs résolutions ou non seront déterminantes pour l'avenir.

« L'histoire d'aujourd'hui nous force à dire que la révolte est l'une des dimensions essentielles de l'homme. Elle est notre réalité … La révolte est souvent légitime, elle est l'expression la plus pure de la liberté et semble revêtir le visage de l'espoir. » Albert Camus


Vers la libération !

À l'évidence, le monde actuel s'enlise dans les marécages boueux de la fuite en avant et de la bêtise et s'éloigne de plus en plus de la paix en tentant d'emprunter les sentiers barbelés de la radicalisation et minés de la militarisation. Cependant, nous ne devons pas commettre l'erreur de plier l'échine et de nous retrancher derrière les barricades de la peur et du silence et de dissimuler nos convictions profondes sous les nuages sombres de la capitulation. Nous devons plutôt ouvrir tous ensemble toutes grandes ces portes de la libération pour empêcher le monde de se fractionner et de penser intimement et collectivement que cette libération n'a rien d'utopique. Bien au contraire. Nous devons nous révolter et manifester haut et fort notre opposition pour mieux affronter et contrer ce péril qui nous assaille de toutes parts et défendre avec force et conviction nos valeurs universelles et faire cesser au nom de la dignité, de la justice et de la paix cet outrageant hold-up de nos droits et libertés. Il y va de nos vies et de celles de nos enfants !

« … l'adjectif « utopique » ne désigne plus ce qui n'a pas de place, dans l'univers historique, mais plutôt ce à quoi la puissance des sociétés établies interdit de voir le jour. » Herbert Marcuse

(À titre d'exemple, pensons à la Palestine qui revendique « depuis 78 ans » déjà son indépendance politique et sa souveraineté sur son territoire.)

Gaétan Roberge

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29 mars 1987 - 29 mars 2025 : Qu’en est-il du respect de la Constitution haïtienne ?

Chaque 29 mars, Haïti marque l'anniversaire de la Constitution de 1987, adoptée par référendum dans un contexte de renouveau démocratique après la chute de la dictature des (…)

Chaque 29 mars, Haïti marque l'anniversaire de la Constitution de 1987, adoptée par référendum dans un contexte de renouveau démocratique après la chute de la dictature des Duvalier. Conçue comme un rempart contre l'autoritarisme et une garantie des libertés fondamentales, cette Constitution devait symboliser un nouvel élan vers un État de droit et une gouvernance transparente. Trente-huit ans plus tard, la question se pose : ce texte a-t-il réellement été respecté, ou a-t-il été vidé de sa substance par des pratiques politiques contraires à ses principes fondamentaux ?

La Constitution de 1987 a été perçue comme un espoir de rupture avec les abus du passé. Elle instaurait un système présidentiel limité, des contre-pouvoirs pour éviter la concentration excessive de l'autorité et un ensemble de droits et libertés pour les citoyens. Pourtant, dès les premières années, des tentatives de modification et de contournement ont affaibli l'application de ses principes.

L'instabilité politique chronique a souvent entraîné des dérives, avec des gouvernements utilisant des stratagèmes divers pour contourner les exigences constitutionnelles. Les décrets gouvernementaux en période de vacance parlementaire, les reports électoraux récurrents et les manipulations pour prolonger des mandats en sont des exemples frappants.

Le respect de la Constitution haïtienne est à géométrie variable. Les articles garantissant les droits fondamentaux des citoyens, notamment en matière de justice, d'éducation et de conditions de vie dignes, restent largement inappliqués. Par contre, certains articles sont invoqués avec zèle lorsqu'ils servent les intérêts des gouvernants ou des groupes d'influence.

L'indépendance du pouvoir judiciaire, prévue par la Constitution, est restée une utopie. La nomination de juges et la gestion des institutions judiciaires sont fréquemment soumises à des influences politiques, rendant l'application de la loi partiale et inéquitable.

Face à ces dérives, des voix s'élèvent régulièrement pour une refonte de la Constitution. Certains prétendent qu'elle est inadaptée aux réalités du pays et qu'une nouvelle version plus pragmatique est nécessaire. D'autres, en revanche, soulignent que le véritable problème n'est pas la Constitution elle-même, mais plutôt l'absence de volonté politique pour la respecter et la faire appliquer dans son intégralité.

L'avenir du respect de la Constitution haïtienne repose donc sur la capacité des acteurs politiques et de la société civile à en faire un véritable outil de gouvernance, plutôt qu'un texte manipulable au gré des intérêts personnels. Ce 29 mars 2025 doit être une occasion de réflexion collective sur la place du droit dans la construction d'un État moderne et d'une société juste et équilibrée.
Le respect de la Constitution ne doit pas être une option, mais une obligation pour tous, au service d'un avenir stable et prospère pour Haïti.

Smith PRINVIL

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« Celui qui lutte peut perdre mais celui qui ne lutte pas a déjà perdu »

1er avril, par Alexis Cukier, Michael Löwy — , ,
Dans Étincelles écosocialistes, paru aux éditions Amsterdam en 2024, le sociologue et philosophe marxiste et écosocialiste Michael Löwy rassemble l'essentiel de ses textes (…)

Dans Étincelles écosocialistes, paru aux éditions Amsterdam en 2024, le sociologue et philosophe marxiste et écosocialiste Michael Löwy rassemble l'essentiel de ses textes récents sur la théorie et la pratique de l'écosocialisme, mouvement et projet politique international à l'émergence duquel il a particulièrement contribué, comme théoricien en co-signant par exemple le Manifeste écosocialiste international de 2001 ou en publiant l'ouvrage de référence Ecosocialisme : l'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Mille et Une Nuits, 2014) et comme militant, notamment dans le cadre de la Quatrième Internationale.

Dans cet entretien avec Alexis Cukier, philosophe et membre de la rédaction de Contretemps, Michael Löwy revient sur la signification théorique et la portée politique du projet écosocialiste, en s'appuyant sur une analyse des luttes sociales et écologiques dans le monde, notamment en Amérique latine, qu'il analyse comme des résistances au capitalisme et au néofascisme écocides, comme des jalons vers une société alternative, et comme des raisons d'espérer que soit actionné à temps le frein d'urgence de la révolution écologique et sociale.

19 mars 2025 | tiré de la revue contretemps.
https://www.contretemps.eu/etincelles-ecosocialistes-entretien-michael-lowy/

Alexis Cukier : Etincelles écosocialistes rassemble des textes de nature et d'objets différents, sur divers auteurs de la théorie marxiste et de l'écologie politique (notamment Walter Benjamin, André Gorz, Joel Kovel, John Bellamy Foster), les luttes écologiques et sociales en particulier au Brésil, des phénomènes spécifiques comme la publicité ou le surréalisme, et sur des propositions politiques comme la décroissance…mais il me semble que l'écosocialisme est plus qu'un fil directeur, c'est un vrai point de vue sur la totalité.

Voici donc deux questions pour commencer : quelle est la spécificité de ton approche de l'écosocialisme, est-ce par exemple la démocratie sur laquelle tu insistes particulièrement ? et dans quel contexte de réception et discussion sur l'écosocialisme le livre s'inscrit-il ?

Michael Löwy : J'insiste sur la démocratie, en effet, mais je pense que ce n'est pas un thème qui est polémique chez les écosocialistes. Il y a un certain consensus : si la planification écologique n'est pas démocratique, elle ne peut pas avoir lieu. Je pense qu'il y a une dynamique positive, un intérêt croissant pour l'écosocialisme partout dans le monde, notamment en France mais aussi aux Etats-Unis, en Amérique latine.

Mon livre est un recueil de textes, mais en effet il y a une cohérence : je pense qu'il est important de convaincre la gauche, les marxistes, les communistes, que l'écologie est décisive – que l'on ne peut plus penser le projet socialiste et le projet communiste sans l'écologie d'une façon centrale. Et de convaincre les écologistes qu'on ne peut pas confronter la crise sans les instruments du marxisme et sans une perspective socialiste, une perspective communiste. C'est cela l'objectif. Et c'est pour cela que mon travail cherche à faire connaître ces discussions, expériences de lutte, en rapport au marxisme. Nous sommes plusieurs à essayer de le faire, des camarades de la Quatrième Internationale, mais pas seulement, qui essayons de faire avancer les idées écosocialistes.

AC : Dans le débat académique, le terme d'écomarxisme (ou marxisme écologique) s'est installé, autour d'auteurs comme John Bellamy Foster ou Kohei Saito. Que penses-tu des théories de ces auteurs ? Dans le livre, tu discutes notamment de l'œuvre de Foster, en soulignant ses apports et aspects positifs, et en proposant une critique, assez discrète, du fait qu'il sous-estime le caractère productiviste de certains passages des Grundrisse de Marx. On pourrait être beaucoup plus critique de cette tendance apologétique chez Foster…

D'où ma question : comment estimes-tu le rôle qu'il joue dans les débats autour du marxisme et de l'écologie, et de l'écosocialisme ?

ML : Je trouve que John Bellamy Foster joue un rôle très positif. Le fait d'avoir mis en route l'écomarxisme, d'avoir commencé à développer une réflexion sérieuse sur les aspects écologiques de la pensée de Marx, a été très important pour aider les marxistes d'aujourd'hui à prendre au sérieux l'écologie.

J'ajouterais que ce que Foster et autres écomarxistes écrivent sur le rôle du capitalisme dans la crise écologique, la nécessité d'une révolution écologique et d'une alternative écosocialiste – c'est au moins aussi important que leurs travaux sur Marx. Et c'est la raison pour laquelle j'ai un avis fondamentalement positif à propos du travail qu'ils font. Mais j'ai aussi quelques critiques.

Concernant Bellamy Foster, effectivement, je pense qu'il a une présentation un peu trop lisse de Marx et d'Engels, comme si il y avait, dès le début, dès la thèse de doctorat de Marx jusqu'à ses derniers écrits, une continuité de préoccupations écologiques. Il a eu le mérite d'avoir mis en relief des aspects de Marx qui étaient sous-estimés ou ignorés, autour de la problématique de la rupture du métabolisme notamment. Il a joué un rôle très positif pour convaincre les marxistes que l'écologie, ce n'est pas quelque chose d'extérieur au marxisme ou d'hostile, mais quelque chose qu'on trouve déjà dans une certaine mesure chez Marx.

Mais je pense qu'il est allé un peu trop loin, parce qu'il y a certains écrits de Marx qui restent encore marqués par le productivisme qui était l'idéologie dominante de son époque. Et surtout la question écologique n'avait pas du tout au XIXᵉ siècle l'importance qu'elle a au XXe siècle – le problème commençait seulement à apparaître. On voyait les premiers signes de destruction de l'environnement par le capitalisme. Mais aujourd'hui, c'est devenu une question de vie ou de mort pour l'humanité. Donc un changement très radical, un changement décisif. Et il est tout à fait normal que pour Marx et Engels, la question écologique n'était pas centrale.

Je rappelle toujours que Marx et Engels n'ont pas écrit un seul livre sur la question écologique, même pas un seul article ou un seul chapitre du Capital. Mais c'est normal parce qu'à leur époque, ce n'était pas encore une question brûlante, au sens propre et au sens figuré. Donc il ne s'agit pas pour moi de critiquer Marx ou de le dénoncer, mais de reconnaître les limites qui sont celles de sa période. Et en même temps, c'est vrai que Marx et Engels ont eu l'intuition de cette contradiction, de cette rupture métabolique. Donc c'est important de sauver ce moment écologique chez Marx. Mais il ne faut pas surestimer l'importance et la cohérence de ce moment au sein de l'œuvre de Marx.

C'est ma principale critique à Bellamy Foster, qui est un ami, et dont je respecte le travail. J'insiste : l'apport de Bellamy Foster n'est pas seulement de relire Marx mais de penser en termes marxistes les problèmes écologiques contemporains. Il a écrit un livre sur la révolution écologique qui est très important.[1] Et il a transformé la Monthly Review qui était une des principales revues de la gauche américaine en une revue éco-marxiste, c'est très important aussi.

AC : Et que penses-tu des derniers ouvrages de Kohei Saito ?

ML : Kohei Saito aussi a joué un rôle très important, très positif. Il a l'avantage sur Bellamy Foster d'avoir analysé la pensée de Marx non comme un système cohérent du début à la fin, mais comme une pensée en mouvement, qui au début reste marquée par une vision productiviste. C'est évident dans le Manifeste communiste qui parle du capitalisme qui a réussi à dompter la nature, etc. Mais aussi de certains passages des Grundrisse qui celèbrent « la mission civilisatrice du capitalisme ».

Saito montre que c'est à partir des années 1860, avec la lecture de Liebig notamment, qu'il y a une prise de conscience chez Marx, de l'épuisement de la fertilité de la terre, de la rupture du métabolisme et aussi, dans une certaine mesure, du problème écologique plus généralement. Cet apport de Saïto, qui consiste à montrer le mouvement de la pensée de Marx, est important. Et je pense que c'est important aussi de montrer que le marxisme, après Marx aussi, est également une pensée en mouvement, qui ne se limite pas à répéter ce que Marx a dit, mais a toujours été obligé à affronter des problèmes nouveaux comme l'impérialisme, le fascisme, le stalinisme et maintenant la crise écologique.

La critique que je fais à Kohei Saito, qui est aussi un ami, quelqu'un que j'aime bien, c'est que, à la fin de son dernier livre, il essaie de démontrer que Marx était déjà pour la décroissance[2]. Helas, ça ne colle pas… Dans un autre livre antérieur, il terminait en disant que pour Marx, le problème écologique était le problème le plus important du capitalisme. Cela n'était pas possible à son époque, de même que Marx ne pouvait pas vraiment penser la décroissance. La question ne se posait pas à son époque. Donc là, je ne suis pas d'accord.

Dans le livre traduit en français, Moins ! La décroissance est une philosophie (2024), la section sur Marx est bonne, sauf cette conclusion qui affirme qu'il était partisan de la décroissance. Je trouve que la proposition de Saïto d'un communisme de la décroissance est une excellente idée. Sauf qu'elle ne se trouve pas chez Marx ! Ce qui n'empêche pas que ce soit une très bonne idée.

AC : En lisant le livre, la présence du concept de réification, et plus largement de la pensée de Georg Lukács, m'a paru remarquable. C'est le cas par exemple des très intéressants articles sur la publicité, ou sur le surréalisme. Je connais tes travaux sur Lukács, sur Max Weber, mais je n'avais pas vu le rapport avec l'écosocialisme. Comment ferais-tu le lien entre la thématique « marxo-wébérienne » de la réification, et l'écologie ?

ML : Le concept de réification, je pense que c'est un des très grands apports de Lukács, et aussi de Lucien Goldmann qui a continué dans cette lignée. Cela permet de comprendre comment tout devient marchandise et la logique marchande domine tout dans la société capitaliste, non seulement l'économie directement, mais aussi la politique, la culture, la religion, l'art…Tout devient marchandise, tout devient une chose qu'on vend, qu'on achète. Les rapports entre les êtres humains deviennent chosifiés, réifiés.

Je pense que c'est un instrument conceptuel fondamental pour comprendre le capitalisme. Et évidemment, cela conduit au rapport à la nature, qui est, elle aussi, complètement chosifiée. La nature est vue uniquement comme un ensemble de choses qui doivent devenir des marchandises. Ce sont des matières premières pour la marchandise. Donc il y a dans le capitalisme une logique de chosification, de marchandisation, de réification de la nature. On pourrait en effet développer une critique Lukácsienne du capitalisme dans son rapport à la nature – ce que je n'ai pas vraiment fait dans le livre, sauf ici ou là, de façon limitée. Mais cela pourrait être une démarche à développer.

Ce n'est pas seulement le concept de réification qu'on peut reprendre de Lukács, mais aussi la méthode, et particulièrement la catégorie de totalité. C'est très important. Lukács a écrit dans Histoire et conscience de classe que ce qui distingue le marxisme de la science bourgeoise, ce n'est pas la prédominance de l'économie, c'est la catégorie dialectique de la totalité. Et c'est très important pour comprendre le problème écologique. On ne peut pas se limiter à l'analyse économique. Il faut voir les choses comme une totalité où il y a l'économie, la politique, la culture, la société, la lutte des classes, c'est une totalité. Et la crise écologique, c'est une totalité, qui concerne toute la vie des humains. Je pense que la catégorie de la totalité est fondamentale. Il y a beaucoup d'apports de Lukács qui sont importants pour la méthode marxiste.

Cela dit, il est vrai que Lukács n'a pas de réflexion sur l'écologie, ou très peu. Il y a un texte de lui où il y a quelques pistes, qui s'appelle Chvostismus und Dialektik (« Dialectique et Spontanéité », on devrait dire plutôt « Dialectique ou Suivisme »). Ce texte de 1925 qu'on a découvert récemment était inédit du vivant de Lukács. C'est une réponse aux critiques d'Histoire et conscience de classe (1923). On y trouve une discussion sur le rapport à la nature, une polémique contre certains marxistes qui ont une vision totalement acritique du rapport de l'industrie et de la technologie à la nature. Donc il y a une piste, mais qui n'est pas vraiment développée par Lukács.

En tout cas, je pense que l'idée de faire une analyse de la crise écologique à la lumière du concept de réification est une bonne idée.

AC : Une des questions qui m'est venue en te lisant concerne la place des expériences de reconversion écologique du travail portée par les travailleurs et travailleuses, ouvrier.e.s, paysan.ne.s et dans d'autres secteurs qui cherchent à rediriger leurs activités pour les décarboner, les dépolluer, répondre à des besoins fondamentaux des êtres humains ou les inscrire dans les cycles de la nature.

Dans le livre, il y a des exemples, notamment l'alliance entre mouvement indigène, paysan et syndical, autour des Seringueiros et de Chico Mendes. Mais il y a une insistance plus grande sur la réduction du temps de travail afin de libérer du temps pour des activités démocratiques et écologiques. Il me semble qu'il faut arriver à tenir les deux, réduction du temps de travail et luttes éco-syndicalistes, pour le dire ainsi. Comment articules-tu ces deux enjeux ?

ML : Il est vrai que dans mon livre, je ne parle pas beaucoup des expériences syndicales de luttes ouvrières écologiques. Mais j'ai publié un recueil de textes avec mon ami Daniel Tanuro sur les luttes socio-écologiques[3] et qui sont effectivement très importantes. Dans le livre on trouve des luttes paysannes, mais aussi des luttes ouvrières, de luttes syndicales. Donc dans cet autre livre, on parle de ces expériences. Mais c'est vrai que dans Étincelles écosocialistes, je n'en parle pas beaucoup.

En même temps, il faut dire que les secteurs en lutte aujourd'hui sur des questions socio-écologiques sont avant tout, par exemple en Amérique latine, les indigènes et les paysans ainsi que, un peu partout dans le monde, les femmes et les jeunes. Ce sont elles et eux qui sont vraiment les premières et les premiers à s'engager massivement dans des luttes, dans les mobilisations. C'est dans le travail du soin (care), effectué par des femmes essentiellement, qu'on trouve le plus de sensibilité aux thèmes écologiques, tandis que le mouvement ouvrier traditionnel, mâle, plus syndicalisé dans l'ensemble, est très en retard, et souvent encore prisonnier du productivisme et surtout du chantage à l'emploi.

On voit cela dramatiquement aujourd'hui, par exemple dans l'industrie automobile, qui est en crise parce que les automobiles se vendent moins bien. Les gens cherchent d'autres moyens de transport et les ouvriers se trouvent au chômage. Que faire ? Ce n'est pas très facile de proposer une reconversion à une usine automobile. Qu'est-ce qu'ils vont faire : produire des trottinettes, des bicyclettes ? Il n'y a rien d'impossible, mais ce n'est pas évident… Donc c'est une vraie difficulté et je n'ai pas de solution simple pour ça.

Mais effectivement, il y a des expériences positives de reconversion écologique au sens large. Notamment des usines en faillite où il y a des expériences intéressantes et il faut en parler, il faut les rendre populaires, il faut les donner comme exemple. Je suis d'accord que c'est très important. Et donc je trouve par exemple que le fait que, en France, un syndicat comme la CGT a fait quelques pas envers l'écologie, même s'il y a eu deux pas en avant et un pas en arrière, c'est quand même très important. Donc c'est une bataille qu'il faut mener.

En même temps, il faut reconnaître qu'aujourd'hui ceux qui sont à l'avant-garde dans les luttes écologiques, ce sont les paysans, les indigènes, les femmes, notamment dans le Tiers-Monde. Et la jeunesse, les mouvements autour de Greta Thunberg. Mais si le mouvement ouvrier ne se rallie pas à un projet écosocialiste, on ne pourra jamais gagner, c'est évident.

AC : Tu viens de mentionner la jeunesse et Greta Thunberg, et je voulais te poser une question sur la nouvelle génération de mouvements écologistes, et notamment les Soulèvements de la Terre.

Je pense que se joue là quelque chose de très important, porteur d'espoir, y compris en termes de renouvellement des pratiques militantes et de la culture politique, plus horizontale et plus dans le faire. On voit là aussi des alliances entre les jeunes et les paysans, notamment la Confédération paysanne, par exemple dans la lutte contre les mégabassines. Et c'était déjà le cas en fait à la ZAD de Notre-Dames-des-Landes, il y avait déjà des rencontres et alliances avec les mondes du travail. On voit aussi qu'émerge à partir de ces expériences une vraie élaboration stratégique.

Comment vois-tu le mouvement de la jeunesse écologiste qui a émergé au niveau international autour de Greta Thunberg, d'une part, et les Soulèvements de la Terre en France, d'autre part ?

ML : Je pense que ce sont deux expériences très importantes. La mobilisation internationale de la jeunesse que Greta Thunberg a réussi à lancer est très radicale, avec le mot d'ordre « changeons le système, pas le climat ». On y trouve une dynamique anticapitaliste. Je pense que c'est vraiment un mouvement formidable, qui connaît des hauts et des bas, évidemment, mais c'est un mouvement formidable.

Et puis effectivement, il y a les Soulèvements de la Terre, que je n'ai pas pris en compte parce qu'à l'époque où j'écrivais les textes du livre, ça n'existait pas encore ou ça a commencé à paraître, mais effectivement aujourd'hui c'est l'expérience socio-écologique la plus importante en France. Il y avait déjà eu Notre-Dame-des-Landes, en effet, où le syndicat CGT local s'était engagé. C'était déjà quelque chose de très important. Mais les Soulèvements de la Terre, c'est vraiment quelque chose de très positif. C'est formidable la façon dont ils ont réussi à rassembler des gens venus d'horizons très divers. Et, comme tu le dis, de façon massive et très combative.

Evidemment, ils ont été victimes d'une répression inouïe et d'une brutalité criminelle de la part de l'Etat, de Macron. Mais la tentative de dissoudre le mouvement a raté, et il est toujours là, très actif. Je pense que c'est un mouvement qui a beaucoup d'avenir. Et c'est un des grands espoirs aujourd'hui en France et en Europe, les Soulèvements de la terre. C'est très important. S'il y a une réédition élargie de mon livre, il faudra absolument que j'inclue un chapitre sur les Soulèvements de la Terre.

C'est évident qu'il faut aller dans cette direction, construire des mobilisations qui soient capables de travailler à cette convergence entre le social et l'écologique, entre le mouvement écologique et la jeunesse, etc. Avec les ONG, Attac, le mouvement social et syndical, la Confédération paysanne notamment, les jeunes…ces convergences concrètes, c'est la bonne stratégie pour avancer, j'en suis tout à fait convaincu.

C'est le thème du livre sur les luttes socio-écologique qu'on a publié avec Tanuro. C'est le seul espoir qu'on puisse changer le rapport de force qui est pour le moment nous est très défavorable : travailler à cette convergence entre le social et l'écologie qui est plus facile, même en France, autour des questions comme l'eau et la terre, et plus difficile au niveau des usines. Mais il faut y aller aussi. Si on n'arrive pas à débloquer la convergence au niveau du travail et des entreprises, on ne pourra pas avancer.

Je veux donner un exemple d'une convergence qui s'est esquissée mais qui n'a pas vraiment réussi, autour du fret ferroviaire. C'est une question fondamentale pour les cheminots, évidemment, parce que le gouvernement est en train de démanteler le fret. Mais c'est aussi une question écologique fondamentale parce que du point de vue des émissions de CO2, il faut en finir avec le tout-camion. C'est un désastre écologique. Le tout-camion est un désastre social, y compris pour les camionneurs, avec les accidents notamment. Il faut en finir avec ça et le seul espoir, c'est le fret.

Donc c'est une lutte écologique aussi. Or il y a eu une déclaration commune il y a quelques mois, d'Attac et de quelques ONG écologistes avec les cheminots, mais ça n'a pas vraiment embrayé dans une vraie mobilisation comme par exemple Les soulèvements de la Terre. Il faut qu'on puisse mobiliser les syndicats et les mouvements écologistes autour des questions comme le fret ferroviaire.

AC : En ce qui concerne les convergences et alliances, nous avons évoqué tout à l'heure les seringueiros, et je voulais revenir sur le chapitre « Au Brésil : le combat de Chico Mendes », en te posant deux questions. D'abord, comment présenterais-tu l'importance des luttes sociales et écologiques latino-américaines pour l'histoire du développement du mouvement écosocialiste au niveau international ? Et aujourd'hui, après Bolsonaro notamment, comment vois-tu la dynamique au Brésil, les possibilités pour l'avenir ?

ML : D'abord il faut dire qu'en effet, en Amérique latine, il y a des expériences très intéressantes de lutte socio-écologique, notamment indigènes et paysannes. On voit cela un peu partout, au Pérou, au Mexique et au Brésil, où il existe un mouvement social très important, peut-être le mouvement social le plus important en Amérique latine : le mouvement des paysans sans terre, le MST. Et il y a un formidable mouvement féministe, par exemple au Chili, c'est le mouvement des femmes qui est à l'avant-garde

Au Brésil, le MST organise des centaines de milliers de paysans. Il mène un combat depuis des années pour la réforme agraire, mais il ne se limite pas à lutter pour faire pression sur le gouvernement, il commence à mettre sur pied concrètement une réforme agraire sur le terrain. Il le fait en occupant des fermes improductives, en occupant des terres, en établissant des communautés paysannes ou des coopératives un peu partout dans le Brésil. Or ce mouvement a fait, il y a une vingtaine d'années, un tournant écologique.

Au début, ça ne les intéressait pas tellement, mais depuis 20 ans, ils ont fait un vrai tournant écologique, qui s'accentue depuis. Là où se trouvent les occupations, leurs coopératives, leurs fermes, ils ont fait un tournant vers la production bio. Et aujourd'hui, ils sont devenus par exemple le plus grand producteur de riz bio au Brésil. Or le riz, c'est la base de la nourriture des Brésiliens avec les haricots noirs. Donc cette expérience est très importante. C'est vraiment une expérience sociale et écologique de masse, avec un mouvement qui est très politique.

La plupart des militant.e.s, des cadres du MST, sont marxistes. Et ils ont une école de formation formidable, où je suis allé avec ma compagne, plusieurs fois, qui s'appelle l'École Nationale Florestan Fernandes, du nom d'un sociologue marxiste très connu. C'est une école où ils forment leurs cadres, leurs militant.e.s, mais aussi des militant.e.s d'autres mouvements sociaux, de toute l'Amérique latine et même du monde entier. C'est vraiment une école de formation marxiste, locale, nationale, latino-américaine et mondiale. Et là aussi, ils commencent à parler d'écologie et d'écosocialisme. C'est quelque chose de très important.

Plus généralement, en Amérique latine, on a ces mobilisations socio-écologiques des paysan.ne.s, des indigènes, qui sont très combatives. Et puis on voit apparaître aussi, mais à une moindre échelle évidemment, un intérêt pour l'écosocialisme, comme ce fut le cas par exemple d'Hugo Blanco, un des grands dirigeants paysans et indigènes de l'Amérique latine, au Pérou, et au Mexique où il est récemment décédé. Il avait l'habitude de dire « Nous les indigènes, nous pratiquons l'écosocialisme depuis cinq siècles ».

Et il y a quelque chose de vrai. Les indigènes ont un rapport à la nature, à la fois communautaire et collectif, qui se caractérise aussi par le respect pour l'eau, la terre, les arbres, la nature. Cela fait partie de leur culture, de leur spiritualité. Donc il y a vraiment une contradiction de leur culture avec le capitalisme, avec la logique réifiée du capitalisme. Il y a non seulement dans ces luttes indigènes et paysannes une question vitale, par exemple défendre l'eau contre l'empoisonnement, mais il y a aussi, disons, une « affinité négative » entre l'esprit indigène et l'esprit du capitalisme.

La question décisive, dans ce domaine, c'est évidemment l'avenir de l'Amazonie. Elle concerne tout d'abord les populations locales, les indigènes, les paysan.ne.s qui habitent là-bas et qui veulent protéger la forêt contre la logique destructive massive du capitalisme, sous la forme d'entreprises minières, notamment d'extraction d'or, qui sont des gangs criminels qui essaient de trouver l'or mais en empoisonnant les rivières avec du mercure. Et surtout contre l'agrobusiness qui détruit la forêt pour remplacer les arbres par les pâturages ou des champs de soja.

Au Brésil, l'agrobusiness est une puissance énorme, ils contrôlent la moitié du Parlement, et aussi les gouvernements locaux. Donc il y a un combat décisif pour sauver l'Amazonie où sont engagés en première ligne les indigènes, les communautés paysannes locales, avec le soutien d'une partie de la gauche, d'une partie importante de l'Église, et évidemment des écosocialistes et des anticapitalistes.

C'est une bataille fondamentale qui concerne évidemment les populations locales, mais aussi l'ensemble du Brésil, parce que c'est de l'Amazonie que viennent les rivières de pluie sans lesquelles le sud du Brésil serait désertifié. Et il concerne aussi toute la planète, parce que l'Amazonie est un des derniers grands puits de charbon qui absorbe une partie importante du CO2. Si l'Amazonie est détruite ou si elle devient une savane, ce qui est un danger très réel si on continue avec les incendies et les destructions, alors le changement climatique deviendra incontrôlable.

Donc c'est une affaire qui concerne tout le monde, qui nous concerne tous, non seulement les indigènes, les Brésiliens mais aussi toute l'humanité. Dans cette bataille très importante, le gouvernement Lula a apporté certaines améliorations, évidemment, par rapport à Bolsonaro qui avait mis en œuvre une dynamique totalement destructrice. Mais on est encore loin du compte.

Il y a notamment un affrontement maintenant autour du projet d'exploitation de pétrole dans l'embouchure de l'Amazone…car à cet endroit, dans la mer, il y a du pétrole, apparemment de grandes quantités, même si on ne sait pas exactement. Et donc il y a une discussion pour savoir si on va exploiter ce pétrole en haute mer ou pas, avec un danger évident : s'il y a un problème comme c'est arrivé au golfe du Mexique, cela inonderait l'Amazonie de pétrole, avec des conséquences dramatiques pour l'environnement. Sans parler du fait que ce pétrole va être exploité, brûlé et contribuer au changement climatique. Donc il y a un débat, y compris au sein du gouvernement de Lula. Cela va dépendre du rapport de force dans la société. C'est une bataille très importante.

Je reviens pour finir à la partie de ta question sur l'écosocialisme en Amérique latine. Son développement est inégal selon les pays. Au Brésil, il existe un réseau écosocialiste depuis quelques années déjà, avec des militant.e.s venu.e.s de tous les horizons de la gauche, de tous les partis de la gauche radicale. C'est un acquis très important. Ils organisent des activités, ils ont publié un manifeste, certain.e.s de leurs militant.e.s sont dans le gouvernement, au ministère de l'écologie. Donc ils ont une certaine influence, limitée, bien sûr, mais l'existence d'un réseau brésilien écosocialiste est un acquis important. Il y a aussi un réseau en Argentine qui a organisé un colloque écosocialiste international à Buenos Aires, en 2024. Et il y a aussi d'autres initiatives, moins développées, qui existent dans d'autres pays.

AC : Tu as parlé de l'agrobusiness et de Bolsonaro…il faut parler de la question du rapport entre écocide et extrême droite ou néofacisme. Nous sommes quelques jours après l'investiture de Trump, dont la formule « drill baby drill » exprime bien le projet extractiviste débridé. On voit partout l'alliance entre néofascistes et néolibéraux, au service d'un projet extractiviste et productiviste très dur, qui passe aussi par la répression des mouvements écologistes.

Comment vois-tu cette montée du néofascisme d'un point de vue écosocialiste ? Est-ce que tu reprends ce terme, parfois employé récemment pour parler des rapports entre écologie et extrême droite, d'écofascisme ?

ML : Je n'utilise pas le terme écofascisme, dont je pense qu'il introduit de la confusion. Les fascistes ne sont pas écologistes, la plupart sont ouvertement négationnistes en ce qui concerne le climat. Quelques-uns essaient maladroitement de jouer un peu avec l'écologie dans un registre nationaliste, mais c'est vide. Le Rassemblement national est un bon exemple : ils essaient de peindre un tout petit peu en vert leur drapeau brun, mais cela n'a aucune consistance. Donc je pense que l'écofascisme est une fausse piste. Par contre nous sommes vraiment confrontés à un fascisme anti-écologique, à 200 % écocide.

Les exemples que tu as cités sont parlants : chez Trump, il y a un refus total de l'écologie, et le même vaut pour Milei et Bolsonaro. Tous ces gens sont complètement aveugles à la crise écologique. Ils font comme si elle n'existait pas et défendent de manière acharnée le pétrole, le charbon et toutes les offensives destructrices de la nature. C'est bien sûr extrêmement inquiétant. C'est notamment le cas de Trump, parce que les dégâts qu'il peut provoquer aux Etats-Unis sont à une échelle infiniment plus grande que Milei en Argentine ou même Bolsonaro au Brésil.

Mais aux Etats-Unis on peut craindre le pire : quatre années de Trump avec l'exploitation intensive du pétrole partout, cette menace d'invasion du Groenland, etc. C'est extrêmement dangereux, extrêmement inquiétant, et bien sûr un développement très négatif du point de vue du combat contre le changement climatique. C'est vraiment un pas en arrière gigantesque.

Mais ça ne sert à rien de se lamenter, il faut organiser la résistance ! Il faut organiser la résistance partout où ces gouvernements néo-fascistes se sont installés. Je dis néo-fascisme parce que ce n'est plus le fascisme des années 1930, ce ne sont pas des Etats totalitaires avec des bandes en uniformes qui défilent, ou la Gestapo… c'est une autre forme, totalement alignée sur le néolibéralisme extrême. Dans le cas de Milei, c'est une espèce d'anarcho-libéral-fascisme, c'est très différent du corporatisme nationaliste du fascisme classique.

Mais il y a des traits communs qui sont le nationalisme, la haine de la gauche, le racisme, la recherche du bouc émissaire responsable de tous les maux. C'étaient les juifs pour les nazis. Ce sont les mexicains pour Trump, ce sont les musulmans en Europe. Cette logique du bouc émissaire est typique de la logique fasciste. De même que le culte du chef, du sauveur : Trump, Bolsonaro… qu'on a appelé au Brésil le Messie. Et Trump se dit envoyé par Dieu. Donc il y a des éléments en commun avec le fascisme classique, mais c'est quand même une forme nouvelle.

Et une de ces caractéristiques nouvelles, c'est justement cette dynamique antiécologique, de destruction forcenée de la nature, d'exploitation à fond des énergies fossiles avec des conséquences dramatiques. Il faut organiser la résistance partout, en partant de secteurs qui sont mobilisés. Le mouvement des femmes, la jeunesse, des secteurs du mouvement paysan, certains courants syndicaux, les écologistes, la gauche… Il faut lutter. Il n'y a pas d'autres moyens que de résister, de lutter. Et il y des possibilités.

Même aux Etats-Unis, par exemple, il y a des Etats qui sont gouvernés par les démocrates, ce n'est pas formidable pour nous, écologistes, mais c'est quand même un peu mieux. Donc ces Etats comme la Californie vont essayer de résister à la politique de Trump jusqu'à un certain point. Mais bien sûr je compte surtout sur les mouvements sociaux. Ces jours-ci, il se passe des choses intéressantes, en termes d'auto-organisation aux Etats Unis : des écoles, des églises, qui déclarent qu'ils vont empêcher les déportations des migrants. Et il y aura aussi des résistances concernant l'écologie.

N'oublions pas qu'il y a eu le grand mouvement contre le pipeline Keystone aux Etats Unis avec la participation notamment des indigènes, les Sioux, soutenus par certains courants syndicaux, par la gauche, par les écologistes. Ils ont réussi à bloquer le pipeline. Donc il y aura des luttes. C'est le seul espoir.

AC : Venons-en à une dernière question, pour finir par de l'espoir, du positif. Une des forces de l'écosocialisme est d'aborder de front la question du projet de société alternative, écologiste, communiste, égalitaire, féministe, antiraciste, internationaliste…Dans le livre cela apparaît nettement dans les derniers textes, et notamment autour de la question de la décroissance écosocialiste, au sujet de laquelle tu as écrit plusieurs textes récemment.

Tu as aussi participé à la rédaction d'un Manifeste de la Quatrième Internationale proposant un programme de transition écosocialiste[4], écrit par des militant.e.s écosocialistes de plusieurs pays. Il y est question des luttes qui articulent questions sociales et écologiques, mais aussi d'un projet écosocialiste, de planification démocratique et d'autogestion, de nouvelles institutions.

Pourrais-tu nous expliquer ce que tu entends par décroissance écosocialiste, et à partir de là développer tes arguments sur l'écosocialisme comme projet de société désirable ?

ML : Oui nous pensons, je pense et mes camarades aussi, qu'il ne suffit pas d'être anticapitaliste, il faut proposer une alternative, sinon on n'est pas crédible. Et cette alternative, c'est l'écosocialisme, c'est le projet, pas simplement de changer les rapports de propriété, mais d'une nouvelle civilisation fondée sur d'autres valeurs et d'autres formes de production et de consommation, une autre façon de vivre.

C'est un projet très ambitieux, dont certains axes sont ceux classiques du socialisme, comme la propriété collective des moyens de production, l'autogestion et la planification démocratique, mais maintenant avec un contenu écologique qui n'était pas tellement présent dans le passé. Et évidemment, ce projet, cette nouvelle civilisation, ne va pas se faire d'un jour à l'autre. Il y aura un processus de transition, le Manifeste que tu as mentionné pense une transition entre le capitalisme et l'écosocialisme.

Bien sûr, l'écosocialisme n'existera jamais si on ne commence pas la lutte pour l'écosocialisme ici et maintenant. Il ne s'agit pas d'attendre que les conditions soient mûres pour agir. Parfois on nous critique en nous disant : « votre projet écosocialiste est bien gentil, mais on ne peut pas attendre, il y a une urgence sur la question écologique, il faut agir dès maintenant ».

Mais nous ne proposons pas du tout d'attendre que la conscience soit mûre pour la révolution mondiale, ce n'est pas du tout cela. Il faut agir ici et maintenant, même pour de petites choses, de petites victoires qui ralentissent la vitesse de la course à l'abîme. Pour reprendre cet exemple, si on peut arrive à sauver le fret ferroviaire en France, ce n'est pas l'écosocialisme, mais c'est un pas très important dans ce combat. Donc il faut commencer la lutte ici et maintenant.

En ce qui concerne la question de la décroissance, il faut dire que jusqu'à il y a quelques années, nous étions assez réservés envers la décroissance, pour deux raisons. Premièrement, certains des partisans de la décroissance ne parlaient pas du capitalisme. Leur ennemi, c'était la croissance en général. Comme s'il pouvait y avoir un capitalisme décroissant. Et puis deuxièmement, nous pensons que la décroissance en soi n'est pas une alternative de société, cela ne dit pas quelle société on veut.

Mais en même temps, nous avons été de plus en plus convaincus que les courants de la décroissance avaient raison de dire qu'on ne peut pas affronter la crise écologique sans une décroissance de la production matérielle. D'abord parce qu'il faut réduire la consommation d'énergie de façon très substantielle, parce que les énergies renouvelables ne peuvent pas totalement remplacer les énergies fossiles. Même les énergies renouvelables demandent des matières premières, des minerais, qui n'existent pas à l'infini…Donc il faut réduire la consommation d'énergie, réduire la production matérielle. On ne peut pas continuer avec cette accumulation.

Donc l'idée de décroissance, nous la trouvons légitime. Mais il faut que ce soit une décroissance anticapitaliste, sans aucune illusion sur la possibilité d'un capitalisme décroissant. Et il faut l'associer à un projet de société qui est l'écosocialisme. C'est pour cela que nous parlons de décroissance écosocialiste. Et heureusement, une partie du mouvement décroissant va aussi dans cette direction, anticapitaliste d'abord, et même pour certains écosocialiste. C'est pour cela que nous avons publié l'année dernière une déclaration commune entre quelques écosocialiste, moi compris, et quelques théoriciens de la décroissance. Sur le mot d'ordre : pour une décroissance écosocialiste.

Donc nous avons intégré, moi et mes camarades, la décroissance dans notre conception de ce qu'est l'écosocialisme, parce que nous sommes convaincus qu'il faut réduire la production matérielle. Alors évidemment, les anti-écologistes disent « Ah, vous voulez affamer les gens ? Vous voulez que les gens ne puissent plus manger, qu'ils ne puissent plus habiter, qu'ils ne puissent pas se transporter ? Vous êtes pour l'écologie punitive ! ». C'est le discours de la droite. Mais pour nous, les écosocialistes, qu'est-ce que la décroissance signifie plus précisément ?

Je dirais, tout d'abord, en finir avec l'obsolescence programmée qui est inhérente au capitalisme. Parce que les produits sont faits pour ne pas être durables. Je donne toujours cet exemple : ma grand-mère avait un frigo qui durait 40 années. Mais pour le capitaliste qui produit le frigo, c'est une très mauvaise affaire…s'il vend un frigo tous les 40 ans, c'est un désastre. Donc il faut qu'il puisse vendre un frigo tous les quatre ans, et il produit des frigos qui, après quatre années, ne marchent plus. C'est la logique du capitalisme, et l'obsolescence programmée est inhérente à la logique du capitalisme. C'est rationnel pour le capitaliste : il faut produire des marchandises qui deviennent obsolètes le plus vite possible.

Il faut mentionner aussi l'obsolescence par la mode. C'est un autre truc : le téléphone portable qui a toujours un nouveau gadget, dont il faut acheter le nouveau modèle. C'est inhérent au capitalisme et cela produit un gaspillage monstrueux, aussi parce qu'on ne peut plus réparer les objets : l'ordinateur qui a un problème, on ne peut pas le réparer, on ne peut même pas l'ouvrir, il faut le jeter et en acheter un autre, tout nouveau. C'est la logique du système et c'est un gaspillage énorme. Donc si on en finit avec l'obsolescence programmée, si on ne produit que des produits durables et réparables, on ferait déjà un pas énorme en direction de la décroissance, en réduisant donc la production de biens rien que par la suppression de l'obsolescence programmée.

Ensuite, il y a aussi la suppression des biens et services inutiles. Il y a une quantité astronomique de biens inutiles et/ou nuisibles. Bien entendu, ce n'est pas le bureau politique qui va décider de ce qui est utile et inutile, c'est aux gens de le faire, démocratiquement. Mais il est évident qu'il y a une quantité de biens qui sont inutiles, et aussi de services totalement inutiles. L'exemple le plus évident est la publicité. A quoi sert la publicité ? C'est nécessaire au capitalisme, mais dans une société rationnelle, la publicité serait totalement inutile. Et c'est un gaspillage énorme d'énergie, de matières premières, de papier, de force de travail. Donc il faut supprimer la publicité. On pourrait multiplier les exemples. Il ne s'agit pas d'une « écologie punitive », mais d'éliminer des choses qui sont totalement inutiles.

Ensuite, il y a des questions qui sont plus compliquées, par exemple celle de la voiture. Il ne s'agit pas de supprimer la voiture : elle a une utilité sociale, mais il s'agit de réduire substantiellement sa place dans toute la société, y compris l'idéologie, la culture, le mode de vie construit autour de la voiture. Tu ne peux pas exister sans voiture. Aux Etats-Unis, la carte d'identité, c'est le permis de conduire, qui remplace la carte d'identité. Si tu n'as pas de voiture, tu n'as pas d'identité, tu n'existes pas.

Donc il faut en finir évidemment avec cette civilisation de la voiture et organiser les villes autrement pour qu'il y ait de la place pour les piétons, pour les bicyclettes et pour les transports publics gratuits. Tout cela réduira beaucoup la place de la voiture, mais on ne va pas supprimer la voiture, ça serait d'arbitraire. Un autre exemple compliqué, c'est la viande.

La viande est un désastre sanitaire : c'est une source de maladies cardiaques. Et c'est un désastre environnemental, parce que sa production, l'élevage, surtout dans les pays du Sud comme le Brésil, détruit les forêts. Et aussi parce que l'élevage produit du méthane qui est un des gaz à effet de serre les plus dangereux. Donc il faut impérativement, du point de vue écologique et du point de vue de la santé publique, réduire la consommation de viande.

Il faut mentionner aussi la souffrance des animaux, c'est un autre argument. Je ne mettrai pas en première place. Je sais que mes amis véganes mettent en première place la souffrance des animaux, et je le respecte, mais je ne mettrai pas en première place parce qu'il y a d'autres animaux qui mangent des animaux, les tigres et les loups mangent aussi d'autres animaux, on ne va pas criminaliser cela. La souffrance des animaux est un argument respectable, mais je mettrais en première place l'argument écologique et l'argument de santé publique, pour dire qu'il faut réduire la consommation de viande, c'est impératif.

Cela étant dit, on ne va pas le faire par décret, on ne va pas rationner, il faut convaincre les gens qu'il faut réduire la consommation de la viande. Il faut mener un combat politique à l'intérieur de la gauche, et notamment en France où le parti communiste fait l'apologie du bifteck français. Il faut mener un combat, qui est difficile parce qu'il y a des habitudes, une culture de la viande, et tout un secteur économique qui dépend de la viande, depuis les éleveurs jusqu'aux bouchers, etc. Donc il faut leur trouver des alternatives, et ce combat n'est pas facile, mais il faut le mener. Réduire la consommation de viande fait partie de la décroissance.

Donc voilà ce qu'est la décroissance pour nous. Moi et mes camarades, nous assumons la décroissance comme un des vecteurs essentiels du projet écosocialiste.

Alors on pourrait dire : tout cela, c'est très bien, mais quel est le rapport de force ? On a Trump. On a tous les fascistes anti-écologistes au pouvoir. Et l'écosocialisme, est quand même encore un mouvement assez minoritaire. Evidemment, il ne faut pas entretenir un optimisme béat. Et effectivement, le rapport de force n'est pas très favorable. Mais il faut éviter de tomber dans le fatalisme pessimiste – par exemple celui des collapsologues qui disent que la catastrophe écologique est inévitable, qu'il faut se préparer pour survivre, etc.

Je suis totalement opposé à cela pour deux raisons. D'abord, si la catastrophe écologique a vraiment lieu, je ne sais pas si on pourra survivre. Et deuxièmement, la bataille n'est pas perdue. Nous pouvons résister et nous pouvons lutter. Je termine avec une citation attribuée à Brecht, que j'aime beaucoup, et qui dit : « Celui qui lutte peut perdre, mais celui qui ne lutte pas a déjà perdu ».

Notes

[1] John Bellamy Foster, The Ecological Revolution. Making Peace with the Planet, Monthly Review Press, 2009.

[2] Kohei Saito, Moins ! La décroissance est une philosophie, Paris, Seuil, 2024.

[3] Michael Löwy et Daniel Tanuro (dir.), Luttes sociales et écologiques dans le monde. Allier le rouge et le vert, Paris, Textuel, 2021.

[4] Projet de « Manifeste du marxisme révolutionnaire à l'ère de la destruction écologique et sociale du capitalisme », en ligne : https://fourth.international/fr/comite-international/866/604

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Le Québec appelle à la résistance et à la solidarité face aux menaces de l’administration Trump

1er avril, par Collectif pour un appel à la résistance et à solidarité face aux menaces de l'administration Trump — ,
Un collectif de citoyennes et de citoyens québécois de toutes allégeances lance aujourd'hui un appel à la résistance et à la solidarité afin de faire front commun contre les (…)

Un collectif de citoyennes et de citoyens québécois de toutes allégeances lance aujourd'hui un appel à la résistance et à la solidarité afin de faire front commun contre les récentes menaces économiques, culturelles et politiques provenant de l'administration Trump.

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Face aux tarifs douaniers injustifiés imposés par les États-Unis et au chantage politique visant à affaiblir la souveraineté économique, numérique, démocratique et culturelle du Québec et du Canada, ce collectif affirme haut et fort qu'il est hors de question de céder aux pressions américaines ou d'envisager toute forme d'annexion aux États-Unis.

Un grand rassemblement aura lieu le 6 avril à 13 h 30 au pied du Mont-Royal, près de la statue de Georges-Étienne Cartier, afin d'exprimer notre solidarité et notre résistance face aux menaces de l'administration Trump.

« Nous sommes profondément attachés aux valeurs démocratiques, culturelles et sociales développées par notre société au fil du temps », souligne le collectif dans une déclaration qui a été signée par plusieurs centaines de personnalités publiques québécoises. « Il est impensable pour nous de reculer sur des enjeux aussi fondamentaux que l'égalité des sexes, les droits des femmes, le droit à l'avortement, l'équité salariale, les droits des personnes LGBTQ+, la lutte contre la discrimination raciale ou encore la préservation de notre système universel de santé et de nos services éducatifs accessibles », rappelle Alain Saulnier, porte-parole du collectif.

Le collectif dénonce vivement l'idée d'importer au Québec et au Canada un modèle américain qui aggrave les inégalités économiques et sociales, compromet les acquis sociaux essentiels, encourage le port d'armes, envisage la réinstauration de la peine de mort ou néglige la lutte contre les changements climatiques.

La protection de la langue française, de la culture québécoise ainsi que des cultures autochtones constitue également une priorité essentielle. Le collectif réaffirme ainsi la nécessité de résister aux géants américains du web et à leur influence croissante.

« Nous lançons un appel à nous unir et à résister face aux pressions exercées par le président Trump et son administration », poursuit Alain Saulnier. « Nous invitons la société civile, les représentants patronaux, syndicaux, communautaires, féministes, environnementaux et culturels à faire front commun pour défendre notre autonomie, notre diversité culturelle et nos acquis sociaux. »

Cette solidarité dépasse les frontières du Québec. Le collectif appelle aussi les Canadiennes et Canadiens des autres provinces à manifester la même détermination. Finalement, nous devrons, au courant des mois et années à venir, approfondir nos liens avec les citoyennes et citoyens américains qui subissent eux aussi les conséquences néfastes des politiques de l'administration Trump et travailler ensemble pour mettre en échec les visées autoritaires de cette administration.

« Face à une menace commune, nous devons nous tenir debout ensemble », conclut le collectif. « Le temps presse, c'est maintenant à nous de jouer. »

Plusieurs centaines de personnes ont déjà signé la déclaration. Notamment : Alain Saulnier, Christine Beaulieu, Christine St-Pierre, Liza Frulla, Louise Beaudoin, Yvon Deschamps, Jacques Godbout, Caroline Senneville (Présidente de la CSN), Éric Gingras (Président de la Centrale des syndicats du Québec / CSQ), Tania Kontoyanni (Présidente de l'Union des Artistes), Alain Saladzius, Alain Vadeboncoeur, Alex Norris, Anaïs Barbeau-Lavalette, Anaïs Larocque, Anne-Marie Cadieux, Ariane Charbonneau, Catherine Durand, Clément Duhaime, Deneault Alain, Destiny Tchehouali, Dominique Legault, Françoise David, Fred Pellerin, Guylaine Tremblay, Jean-Robert Bisaillon, Jean-Robert Choquet, Joanne Liu, Jonathan Durand Folco, Laure Waridel, Lorraine Pintal, Louise Caouette Laberge, Louise Sicuro, Maka Koto, Mariana Gianelli, Michel Lacombe, Michel Rivard, Michelle Chanonat, Monique Simard, Normand Baillargeon, Pierre Trudel, Ségolène Roederer, Simon Brault, Agnès Gruda, André Bélisle, André Noël, Annick Charette, Ariane Roy, Benoit McGinnis, Boucar Diouf, Camil Bouchard, Céline Bonnier, Christian Bégin, Christian Vanasse, Claude Desrosiers, Claude Legault, Claude Meunier, Dominic Champagne, Edith Butler, Édith Cochrane, Emmanuel Bilodeau, Ève Déziel, François Avard, François Delorme, François Girard, Geneviève Rochette, Geoffrey Gaquère (Directeur artistique et codirecteur général du TNM), Isabelle Vincent, Jacqueline Lemay, Janine Krieber, Jean-François Lépine, Jean-François Nadeau, Jean-Sébastien Fournier, Julie Le Breton, Lana Carbonneau, Léa Clermont-Dion, Lise Aubut, Lizann Demers, Lou Vincent Desrosiers, Louise Harel, Louise Richer, Luc Ferrandez, Mani Soleymanlou, Manon Barbeau, Marie Malavoy, Marie-Josée Lacroix, Marie-Pier Boisvert, Marion Dove, Martin Viau, Mélissa Dion, Michel Désautels, Mireille Elchacar (Mères au front), Mona Greenbaum (Fondatrice de la Coalition des familles LGBT+), Monique Savoie, Morgane Gelly, Myriam Perraton Lambert, Pascale Cormier, Patrice Michaud, Paule Baillargeon, Philippe Poullaouec-Gonidec, Pier Paquette, Pierre Curzi, Pierre Martin, Pierre-Michel Tremblay, Rachida Azdouz, Rémi Bourget, René Richard Cyr, Robin Aubert, Salam Yazbeck, Vincent Graton.

Pour apposer sa signature à l'appel à la résistance.

Le collectif pour un appel à la résistance et à solidarité face aux menaces de l'administration Trump rassemble plus de 300 signataires.

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L’Union fait l’avenir : Lancement des États généraux du syndicalisme

1er avril, par Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Fédération des Travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ), Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — ,
C'est avec grande fierté que le coup d'envoi a été donné aux États généraux du syndicalisme. Avec pour thème « L'union fait l'avenir », les neuf principales organisations (…)

C'est avec grande fierté que le coup d'envoi a été donné aux États généraux du syndicalisme. Avec pour thème « L'union fait l'avenir », les neuf principales organisations syndicales québécoises – l'APTS, la CSN, la CSD, la CSQ, la FAE, la FIQ, la FTQ, le SFPQ et le SPGQ – se réunissent afin de réfléchir ensemble aux défis qui attendent les travailleuses et les travailleurs pour les prochaines années, avec en trame de fond un climat social, économique et politique en ébullition, notamment des attaques au droit de grève avec le projet de loi n° 89.

Le mouvement syndical québécois est à un tournant décisif. Les neuf principales organisations syndicales québécoises unissent leurs forces pour amorcer une réflexion collective dans le cadre des États généraux du syndicalisme, une démarche sans précédent au Québec.

Au cœur de cette démarche : une conversation profonde et honnête sur notre avenir collectif, des discussions sur la modernisation des approches syndicales pour mieux répondre aux attentes des travailleuses et des travailleurs et pour renforcer leur pouvoir d'action face aux nouvelles réalités du monde du travail.

Le syndicalisme, ce sont des visages, des voix et des réalités qui méritent d'être entendus. Cette démarche proactive cherche à revitaliser le mouvement syndical, assurer une plus grande justice sociale et bâtir un avenir où les travailleuses et les travailleurs pourront collectivement prendre leur place.

Un engagement pour l'avenir du syndicalisme

« Nos organisations veulent moderniser leurs approches pour mieux répondre aux attentes variées des travailleuses et travailleurs. Depuis toujours, le syndicalisme est une force de changement. À travers luttes et revendications, nous avons façonné le Québec et obtenu des acquis précieux pour l'ensemble de la société. Aujourd'hui, les défis s'accumulent, mais nos valeurs demeurent solides. Avec cette démarche inédite, nous voulons renforcer notre action collective et bâtir un avenir plus juste et solidaire », ont déclaré conjointement les présidences des neuf organisations syndicales : Robert Comeau (APTS), Luc Vachon (CSD), Caroline Senneville (CSN), Éric Gingras (CSQ), Mélanie Hubert (FAE), Julie Bouchard (FIQ), Magali Picard (FTQ), Christian Daigle (SFPQ) et Guillaume Bouvrette (SPGQ).

Un dialogue ouvert sur des enjeux majeurs

Les États généraux permettront d'examiner plusieurs questions essentielles liées à l'avenir du syndicalisme québécois. Ils porteront sur la place du syndicalisme dans la société et son rôle dans l'amélioration du bien-être collectif, ainsi que sur la capacité des syndicats à mobiliser leurs membres et à accroître leur rapport de force. L'évolution des relations intersyndicales sera également abordée, de même que le modèle québécois en relations de travail ainsi que la représentativité et le sentiment d'appartenance des membres. Enfin, les discussions porteront sur les façons de lever les obstacles à la participation des groupes historiquement discriminés afin d'assurer une plus grande inclusion au sein du mouvement syndical.

Un processus en trois grandes étapes

Cette initiative intersyndicale s'étendra sur plus d'un an et demi et comprendra :

1- une période de consultation des travailleuses et travailleurs, ainsi que de spécialistes du monde du travail et de la société civile, en 2025 pour recueillir leurs perspectives ;

2- un colloque au printemps 2026 pour discuter des résultats des consultations et identifier des pistes de solution ;

3- un grand événement au début de 2027 pour clore les États généraux et présenter les conclusions de cette démarche collective.

En engageant un dialogue sans précédent, ces neuf organisations syndicales québécoises souhaitent poser les fondations d'un syndicalisme solide, plus inclusif et adapté aux réalités de demain.

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Votez Palestine

1er avril, par Campagne Votez Palestine — , , ,
Pour ces élections, on soutient la Palestine. Nous sommes une campagne non partisane qui défend les droits et la liberté des Palestinien.ne.s pendant les élections fédérales (…)

Pour ces élections, on soutient la Palestine. Nous sommes une campagne non partisane qui défend les droits et la liberté des Palestinien.ne.s pendant les élections fédérales canadiennes.

UNE PLATEFORME POUR LA PALESTINE

La Plateforme pour la Palestine a été développée en consultation avec la communauté palestinienne et ses partenaires solidaires à travers le Canada. Elle est ancrée dans les obligations du Canada sous le droit national et international.

  • Imposer à l'Israël un embargo bilatéral sur les armes
  • Mettre fin à l'implication du Canada dans les colonies israéliennes illégales
  • Dénoncer le racisme anti-palestinien et protéger la liberté d'expression sur la Palestine
  • Reconnaître l'État de la Palestine
  • Protéger et financier les actions d'aide à Gaza

Pour soutenir cette campagne, visitez le site à l'adresse ci-dessous
https://votepalestine.ca/fr-home

LA PLATEFORME PALESTINE

La Plateforme Palestine présente les demandes unifiées de la communauté palestinienne et des personnes à traves le pays qui considèrent la position du Canada sur la Palestine comme un enjeu électoral majeur. Elle a été élaborée avec la communauté palestinienne et des partenaires solidaires à travers le Canada, et s'appuie sur les obligations du Canada en vertu du droit international, telles qu'elles sont inscrites dans les lois et les politiques nationales.

Les électeurs peuvent utiliser cette plate-forme pour évaluer les candidats dans votre circonscription et vous aider à décider pour qui voter le jour de l'élection. Les candidats peuvent consulter la plateforme pour comprendre les attentes des électeurs canadiens qui soutiennent la justice pour les Palestiniens.

Nous encourageons tous les résidents (électeurs ou non) à parler à leurs candidats locaux et à leur demander leur avis sur ces cinq points du programme. Faites-leur savoir que vous ne soutiendrez qu'un candidat qui défend les droits humains des Palestiniens et le droit international.

Imposer un embargo sur les armes à Israël dans les deux sens

Les marchands d'armes du Canada exportent des armes (y compris des pièces et des composants) ainsi que des technologies militaires et de sécurité vers Israël, à la fois directement et par l'intermédiaire des États-Unis. L'industrie militaire et de défense canadienne achète également des armes et des pièces détachées israéliennes, qui sont testées sur le terrain sur des Palestiniens, finançant ainsi directement les efforts de guerre et l'économie d'Israël. Ces importations et exportations militaires rendent le Canada complice des atrocités commises par Israël dans les territoires palestiniens illégalement occupés. Le gouvernement canadien doit imposer un embargo complet et immédiat sur les armes à destination d'Israël dans les deux sens, ce qui implique de mettre fin au commerce militaire avec Israël par l'intermédiaire des États-Unis ou de tout autre État tiers.

Mettre fin à l'implication du Canada dans les colonies israéliennes illégales

Bien que la politique étrangère canadienne reconnaisse formellement que les colonies israéliennes constituent une violation de la quatrième Convention de Genève, ce qui en fait des crimes de guerre, le Canada n'a pas pris de mesures contre les violations constantes du droit international et le vol des terres palestiniennes par Israël. Le gouvernement canadien peut prendre des mesures immédiates pour mettre fin à sa complicité dans ces crimes, notamment en interdisant tout engagement avec les colonies israéliennes illégales, y compris les investissements financiers, le commerce de biens ou de services et les échanges culturels et universitaires ; en révoquant le statut d'organisme de bienfaisance des organisations caritatives canadiennes qui soutiennent les colonies israéliennes ; et en interdisant la propriété, la vente ou la location de biens immobiliers situés dans les colonies israéliennes illégales à toute personne au Canada.

Lutter contre le racisme anti-palestinien et protéger la liberté d'expression sur la Palestine

La stratégie canadienne de lutte contre le racisme reconnaît que les Palestiniens au Canada sont confrontés à des niveaux de haine sans précédent. Néanmoins, ceux qui s'expriment contre l'occupation illégale et le génocide israéliens sont pris pour cible par la police et font l'objet de poursuites malveillantes ; ils sont dénoncés au Parlement, font l'objet de mesures disciplinaires de la part de leurs employeurs et sont réduits au silence par des institutions publiques telles que les universités. Le gouvernement canadien peut cesser de perpétuer le racisme anti-palestinien et respecter ses engagements en matière de lutte contre le racisme systémique au Canada en reconnaissant pleinement le racisme anti-palestinien dans la Stratégie antiraciste du Canada et en protégeant la liberté d'expression et les droits civils de ceux qui s'engagent dans diverses formes de protestation, y compris les Boycotts, Désinvestissements, et Sanctions (BDS) en faveur des droits des Palestiniens.

Reconnaître l'État de Palestine

L'État de Palestine est actuellement reconnu par plus des trois quarts des États membres des Nations Unies, dont l'Irlande, l'Espagne et la Norvège. Bien que la reconnaissance de l'État palestinien par le Canada soit largement symbolique, elle permettrait d'accroître la pression diplomatique sur Israël pour qu'il mette fin à son occupation illégale du territoire palestinien. Le Canada doit soutenir le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, inscrit dans le droit international.

Financer correctement les efforts de secours à Gaza, y compris l'UNRWA

Depuis octobre 2023, Israël a détruit plus de 85 % des infrastructures de Gaza, y compris les maisons, les hôpitaux et les écoles, laissant la bande de Gaza en ruines. Le Canada doit jouer un rôle substantiel dans les efforts de secours pour aider à reconstruire Gaza, en particulier à la lumière des menaces croissantes de dé-financer les organisations d'aide essentielles. Il s'agit notamment de financer correctement l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), qui a été une bouée de sauvetage pour les réfugiés palestiniens dans le territoire occupé et dans toute la région, mais qui a perdu des millions de dollars de financement en raison du retrait du soutien du gouvernement américain. En assurant un financement adéquat des efforts de secours, y compris de l'UNRWA, le Canada pourrait s'acquitter de sa responsabilité envers la communauté internationale.

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Il est temps de boycotter l’Amérique

1er avril, par John Feffer — ,
L'administration Trump s'est opposée si vigoureusement à un récent discours de l'ambassadeur d'Afrique du Sud qu'elle l'a expulsé des États-Unis. Qu'avait dit Ebrahim Rasool de (…)

L'administration Trump s'est opposée si vigoureusement à un récent discours de l'ambassadeur d'Afrique du Sud qu'elle l'a expulsé des États-Unis. Qu'avait dit Ebrahim Rasool de si répréhensible ? Honnêtement, le discours qu'il a prononcé lors d'un séminaire en ligne parrainé par un institut de recherche sud-africain était plutôt ennuyeux.

24 mars 2025 | tiré du site Entre les lignes entre les mots

Mais il y avait fait cette observation : « Donald Trump lance […] un assaut contre le pouvoir en place, ceux qui sont au pouvoir, en mobilisant le suprémacisme contre le pouvoir en place à l'intérieur du pays. »

Cette phrase demande un peu d'interprétation. Dans ce cas, le « pouvoir en place » est la bureaucratie fédérale, les programmes de diversité, d'équité et d'inclusion au sein de l'administration et des entreprises, les initiatives antiracistes en général, et même les éléments du Parti républicain qui n'ont pas été trumpifiés. Le « suprémacisme », quant à lui, est la suprématie blanche.

En substance, l'ambassadeur souligne que Trump et le MAGA ont lancé une campagne visant à promouvoir la suprématie blanche dans un pays où le mouvement des droits civiques avait réalisé suffisamment de progrès pour être considéré aujourd'hui comme le courant dominant.

Il ne s'agit pas d'une accusation farfelue. Parmi toutes les actions racistes de l'administration actuelle, la plus scandaleuse est peut-être la promesse de Trump d'accélérer l'obtention de la citoyenneté américaine pour les Afrikaaners blancs d'Afrique du Sud qui, selon Trump, sont victimes de discrimination.

Ainsi, alors que l'administration déporte des milliers de Noirs et de Bruns et tente de retirer la citoyenneté de naissance d'encore plus de personnes de couleur, elle propose d'accélérer l'obtention de la citoyenneté pour un groupe de Blancs originaires d'Afrique. Il ne s'agit pas d'un titre du magazine The Onion. Il s'agit de nationalisme blanc. Même si les Afrikaaners étaient victimes de discrimination en Afrique du Sud – ce qui n'est pas le cas – le fait de privilégier leur entrée aux États-Unis par rapport aux Afghans terrifiés à l'idée de retourner sous le joug des talibans, aux Haïtiens fuyant l'effondrement social ou aux Soudanais fuyant la guerre civile serait toujours considéré comme une mesure raciste.

Les ouvertures de Donald Trump en direction des Afrikaaners constituent également un retour surprenant de la politique américaine aux positions favorables à l'apartheid des années 1980, lorsque l'administration Reagan s'est opposée à l'opinion mondiale en maintenant des relations fortes avec le régime de la minorité blanche en Afrique du Sud. À l'époque, aux États-Unis, le mouvement anti-apartheid appelait le monde à boycotter, sanctionner et se désinvestir de l'Afrique du Sud (BDS).

Alors qu'un nationaliste blanc est (à nouveau) devenu président des États-Unis, il est temps de s'inspirer du mouvement anti-apartheid. Alors que l'administration Trump impose des restrictions sur les voyages de 43 pays vers les États-Unis, qu'elle impose des droits de douane à ses alliés comme à ses adversaires, qu'elle s'acoquine avec des autocrates comme le Russe Vladimir Poutine, qu'elle démantèle des programmes fédéraux conçus pour aider les personnes dans le besoin partout dans le monde, alors qu'elle se retire de l'accord de Paris sur le climat et du Conseil des droits humains des Nations unies, alors qu'elle déporte illégalement des milliers de personnes et envoie certaines d'entre elles dans d'horribles prisons au Salvador, alors qu'elle soutient des partis politiques d'extrême droite et néonazis, alors qu'elle menace de s'emparer du Groenland et d'absorber le Canada, il est temps d'appeler le monde à traiter ce pays comme un paria.

C'est ce que vient de faire András Schiff. Le grand pianiste a annoncé cette semaine qu'il annulait ses prochains engagements et qu'il ne se produirait pas aux États-Unis. Cette décision intervient après qu'il ait refusé de jouer en Russie et dans son pays natal, la Hongrie. « C'est peut-être une goutte d'eau dans l'océan ; je ne m'attends pas à ce que beaucoup de musiciens suivent, a déclaré András Schiff, mais cela n'a pas d'importance. C'est pour ma propre conscience. Dans l'histoire, il faut réagir ou ne pas réagir. »

Un tel boycott ne devrait pas être une mise à l'écart permanente, mais une réponse spécifique à des politiques qui violent clairement le droit international et les valeurs universelles de la démocratie et des droits humains. Bien sûr, les États-Unis ont violé ces principes par le passé. Mais cette fois, l'administration Trump a franchi tellement de limites qu'elle menace de renverser le système même du droit international.

Une fois que le gouvernement américain aura abandonné ses politiques de nationalisme blanc, entre autres positions inacceptables, il pourra être accueilli à nouveau au sein de la communauté des nations. En attendant : ne venez pas ici, n'investissez pas ici, n'achetez pas chez Tesla ou Amazon ou toute autre entreprise qui a embrassé l'anneau de Trump. Trump boycotte effectivement le monde en se retirant des institutions internationales et en violant les normes internationales. Le monde devrait lui rendre la pareille.

Isoler l'administration Trump

Les tarifs douaniers aveugles de l'administration Trump ont déjà incité un certain nombre de pays à riposter. Le Canada a imposé 32,8 milliards de dollars de droits de douane aux États-Unis, tandis que l'Europe en a imposé 28 milliards. La Chine a annoncé des droits de douane de 15% sur le charbon et le gaz naturel liquéfié américains, ainsi que des droits de douane de 10% sur d'autres produits, notamment le pétrole brut, les machines et les véhicules agricoles.

Les habitants de ces pays adaptent également leurs plans de voyage en conséquence, une décision que Robert Reich a récemment approuvée. C'est ce que rapporte le Washington Post :

« Les Canadiens font l'impasse sur les voyages à Disney World et les festivals de musique. Les Européens évitent les parcs nationaux américains et les Chinois partent plutôt en vacances en Australie. Selon Tourism Economics, les voyages internationaux à destination des États-Unis devraient diminuer de 5% cette année, contribuant à un manque à gagner de 64 milliards de dollars pour l'industrie du voyage. Cet institut avait initialement prévu une augmentation de 9% des voyages à l'étranger, mais a révisé ses estimations à la fin du mois dernier pour prendre en compte “les politiques et la rhétorique polarisantes de l'administration Trump”. »

La politique de Trump nuit aux États-Unis, qu'il s'agisse de l'industrie du voyage, des instituts de recherche qui perdent des subventions fédérales ou du consommateur moyen qui paie tous les droits de douane par des prix plus élevés.

Certains observateurs recommandent aux autres pays de résister à la tentation de se tirer une balle dans le pied en imposant leurs propres sanctions. L'économiste Dani Rodrik, par exemple, suggère que les tarifs douaniers de rétorsion ne feront que nuire aux pays qui les imposent, de sorte que la meilleure stratégie « consiste à minimiser les dégâts en restant aussi loin que possible de l'intimidateur et en attendant qu'il s'écroule dans un coin ».

L'économiste Gabriel Zucman préconise également d'appliquer des droits de douane aux oligarques américains : « Si Tesla veut vendre des voitures au Canada et au Mexique, Musk lui-même, en tant qu'actionnaire principal de Tesla, devrait payer des impôts au Canada et au Mexique. Imposez-lui un impôt sur la fortune et conditionnez l'accès au marché de Tesla au paiement de cet impôt. »

Modifier les plans de voyage, imposer des droits de douane sur les produits américains, taxer les ploutocrates américains : autant de stratégies potentiellement utiles. Mais elles ne vont pas assez loin.

S'attaquer au nid de frelons

Vous avez déjà entendu ce conseil : ne le contrariez pas, ne l'incitez pas à s'emporter, ne mettez pas davantage en danger les personnes qui l'entourent. Mais les maris violents ne font que poursuivre leur comportement inacceptable face à de telles attentions.

De nombreux dirigeants internationaux espèrent éviter la colère de Trump en le louant, en l'invitant à des défilés militaires ou au moins en faisant profil bas dans l'espoir qu'il ne dirigera pas sa colère dans leur direction.

Le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky, par exemple, a fait de son mieux pour s'attirer les faveurs de Trump, en particulier après la réunion désastreuse qui s'est tenue à la Maison Blanche le mois dernier. Il a ainsi pu relancer l'aide militaire américaine et le partage de renseignements. Mais il est toujours sur le point d'être vendu à la table des négociations si et quand l'administration Trump accepte les conditions strictes de la Russie pour un cessez-le-feu et un accord de paix.

Pourtant, objecterez-vous, aucun pays n'est assez puissant pour remettre Trump à sa place. Et ceux qui pourraient avoir une chance de le faire – la Chine, la Russie – sont plus intéressés à travailler avec Trump pour diviser le monde en sphères d'influence.

Mais il reste encore beaucoup de pays qui peuvent s'unir, comme une armée de Lilliputiens de petite et moyenne taille pour entraver le Gulliver ivre de pouvoir. Il leur suffit de frapper les États-Unis là où ça fait mal. N'achetez pas les produits des entreprises américaines qui soutiennent Trump. Ne permettez pas à ces entreprises d'investir dans vos pays. Réorientez vos transactions monétaires en vous éloignant du dollar.

Ces mesures ne doivent pas être prises en une seule fois. Elles doivent plutôt être mises en place de manière stratégique afin de forcer Trump à revenir sur ses politiques les plus nocives.

Les tactiques de dénonciation ne fonctionnent pas avec les dirigeants qui n'ont pas honte. Il faut le frapper au portefeuille, c'est le seul langage qu'il comprend.

Ces mesures nuiront-elles aux Américains ordinaires ? Probablement. Mais pas plus que ce que nous fait désormais subir Trump. Les droits de douane que les pays ont imposés en représailles aux actions de Trump auront un impact négatif sur près de 8 millions de travailleurs américains, dont la majorité se trouve dans les comtés qui ont voté pour lui. Mais ces coûts ne sont rien comparés à ce que le monde subira à la suite des réductions de l'aide étrangère imposées par Trump, qui tueront probablement des centaines de milliers de personnes par an.

Une dernière recommandation : ne pas couper toute communication avec les États-Unis.

Dans les années 1980, la campagne anti-apartheid a favorisé des contacts considérables entre les États-Unis et l'Afrique du Sud. Mais il s'agissait d'une relation basée sur la solidarité entre les organisations de la société civile. Mes chers amis du Canada, du Mexique, d'Europe, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine : s'il vous plaît, n'assimilez pas Trump aux États-Unis. Oui, beaucoup de gens ici ont voté pour lui. Mais ils commencent à avoir des remords d'acheteur. Joignons nos mains au-delà des frontières et des lignes de parti et disons : « Nous ne tolérerons pas les brutes racistes. »

L'alliance contre le fascisme a fonctionné pendant la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement anti-apartheid a été couronné de succès. Opposons-nous maintenant aux Trump, aux Poutine et aux Netanyahou de ce monde. Ils ne représentent qu'un pour cent et sont largement dépassés en nombre.

John Feffer, 19 mars 2025.
https://fpif.org/its-time-boycott-america/

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États-Unis. Dans les universités, une campagne maccarthyste pour protéger Israël

1er avril, par Sylvain Cypel — ,
Après de fortes mobilisations dans les plus grandes universités américaines contre la guerre que mène Israël à Gaza, vient le temps du retour de bâton, renforcé par (…)

Après de fortes mobilisations dans les plus grandes universités américaines contre la guerre que mène Israël à Gaza, vient le temps du retour de bâton, renforcé par l'administration toute puissante de Donald Trump. Sur les campus, pour les soutiens du peuple palestinien, c'est la chasse aux sorcières, qui n'épargne pas les voix juives.

Tiré de orientxxi
24 mars 2025

Par Sylvain Cypel

Traductions : français فارسى

L'image montre un groupe de policiers en uniforme noir entourant une personne arrêtée. Cette personne est de dos, les mains attachées derrière. Les policiers portent des casques et des protections, et il y a une atmosphère tendue, suggérant une manifestation ou une intervention policière.

Extrait du documentaire The Encampments, réalisé par Michael T. Workman et Kei Pritsker (2025)
Watermelon Pictures, Macklemore‬ et BreakThrough Media

En France, l'autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom) lance une instruction contre le journaliste Jean-Michel Aphatie pour avoir comparé les crimes de l'armée française dans la colonisation de l'Algérie à Oradour-sur-Glane, un crime nazi commis sur le sol français. L'Observatoire juif de France, lui, saisit la justice contre le réalisateur Jonathan Glazer, qui a déclaré qu'aujourd'hui « la Shoah et la sécurité juive sont utilisées pour justifier des massacres et un nettoyage ethnique à Gaza ». Une campagne visant à bannir l'exposé de vérités dérangeantes est engagée.

Aux États-Unis, ce phénomène focalisé sur ce qui touche à la question palestinienne est apparu il y a plus d'une décennie. Il se poursuit avec une ampleur décuplée depuis l'accession de Donald Trump au pouvoir. Une « novlangue » est imposée pour nier le réel, et plus spécifiquement les crimes commis par des autorités coloniales – hier en Algérie, aujourd'hui en Palestine.

Confusion et manipulation

Sur les campus outre-Atlantique, cette bataille fait désormais rage. Un exemple récent parmi cent : le 25 février 2025, Kathy Hochul, gouverneure démocrate de l'État de New York, ordonne au Hunter College d'annuler deux offres d'emploi à des postes d'enseignants en études palestiniennes. Il s'agit là de l'une des universités qui, ensemble, forment la City University of New York (CUNY), composée de 25 campus, 17 000 professeurs et enseignants, 275 000 étudiants. Le profil des postes, voté préalablement par le directoire, demandait aux candidats

un regard critique sur les questions relatives à la Palestine, y compris, mais sans s'y limiter, au colonialisme de peuplement, au génocide, aux droits humains, à l'apartheid, la migration, les dévastations climatiques et infrastructurelles, la santé, la race, le genre et la sexualité.

La gouverneure de l'État a jugé que l'université Hunter devait « supprimer immédiatement ces offres d'emploi et procéder à un examen approfondi pour garantir que des théories antisémites ne soient pas promues en classe » (1).

Entre temps, Jeffrey Wiesenfeld, un ex-administrateur de CUNY, très vigilant sur tout ce qui touche à Israël, avait prévenu Hochul du scandale que susciteraient ces embauches. Pour situer le personnage, Wiesenfeld avait tenté, en 2011, d'empêcher l'allocation d'un prix au scénariste Tony Kushner, un dramaturge juif américain connu, à cause de ses positions critiques envers Israël. Cette fois, il a intimé à la gouverneure de nettoyer ses écuries. Et elle s'y est plié. « La rhétorique haineuse sous toutes ses formes n'a pas de place à l'Université CUNY », a-t-elle tranché. Des études palestiniennes équivaudrait à laisser place à la haine. Professeur à CUNY, Corey Robin s'en est ému. Si les termes « colonisation », « génocide » ou « apartheid », sont jugés « haineux » et interdits sur le campus, autant dire qu'aucune voix pro-palestinienne n'y a plus sa place, a-t-il jugé (2).

Indubitablement, l'antisémitisme progresse sur les campus aux États-Unis. Et bien entendu, on peut constater dans la mouvance défendant les droits des Palestiniens, par ignorance ou en toute connaissance de cause, des expressions d'antisémitisme avérées. Tout comme on peut constater ou pressentir des expressions avérées d'islamophobie ou d'arabophobie parmi les soutiens d'Israël. Le racisme reste, malheureusement, chose courante et au plus haut niveau. Mais ce qui monte beaucoup plus encore, et avec l'aval des autorités publiques, c'est la confusion des termes, la manipulation de l'accusation d'antisémitisme afin de délégitimer toute critique des actes commis par un État, Israël, et de transformer la défense des droits des Palestiniens en manifestation de « haine ».

Toute critique du sionisme est discriminatoire

Cette bataille des mots est menée à partir d'une idée simple et d'une stratégie. L'idée consiste à éluder toute référence à ce qui advient à Gaza et en Cisjordanie, pour faire de l'antisémitisme le seul sujet du débat. La stratégie, elle, se développe sur deux axes. D'abord, les soutiens d'Israël entendent imposer une « nouvelle définition » du mot antisémitisme, celle proposée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA). Pour résumer, depuis la fin du XIXe siècle, l'acception admise du terme l'équivalait à la judéophobie, le racisme anti-juif. Désormais, la « nouvelle définition » l'élargit à la critique de l'État d'Israël. Elle ne le stipule pas explicitement, mais c'est bien à cela qu'elle sert de facto. Dès lors, dire qu'Israël commet des crimes devient antisémite.

Après de longs débats internes, la célèbre université Harvard s'est résolue, en janvier 2025, à adopter ladite « nouvelle définition » de l'antisémitisme. Le résultat est que, par exemple, définir l'État d'Israël comme une « entreprise raciste » sort du champ du débat légitime pour devenir ipso facto susceptible de poursuites. Suite à des plaintes du groupe local Students Against Antisemitism (Étudiants contre l'antisémitisme), qui lui reprochait d'avoir insuffisamment agi pour museler « l'antisémitisme grave et omniprésent sur le campus » – comprendre : les manifestations de soutien aux Palestiniens –, Harvard a trouvé un accord avec les plaignants. L'université devait publier sur son site internet la déclaration suivante :

Pour de nombreux juifs, le sionisme fait partie de leur identité juive. Tout comportement qui contreviendrait à la politique de non-discrimination s'il visait des juifs ou des Israéliens peut également contrevenir à cette politique s'il vise des sionistes (3).

En clair : toute critique du sionisme est discriminatoire.

Instrumentaliser une loi sur les droits civiques

À partir de là, se développe le deuxième axe de la stratégie : les mesures judiciaires pour lutter contre ce « nouvel antisémitisme ». L'affaire montre la dimension de la manipulation. En 1964, le Congrès américain adoptait une loi sur les droits civiques qui mettait fin à la discrimination raciale. Elle visait en priorité à protéger les Noirs, historiquement premiers visés par les agressions racistes, et élargissait son application à toute minorité « ethnoraciale », selon le terme anglo-saxon usuel. Son titre VI portait spécifiquement sur la protection des minorités dans la sphère éducative. Les juifs n'y figuraient pas. Le judaïsme étant perçu comme une religion, la rejet de l'antisémitisme ressortait d'autres espaces juridiques. Cependant, en 2004, le bureau des droits civiques du ministère américain de l'éducation accepta la requête de divers organismes pour que « des groupes présentant des caractéristiques à la fois ethniques et religieuses, comme les Arabes musulmans, les Juifs américains et les Sikhs » soient pris en compte par le titre VI de la loi anti-discrimination (4).

À l'époque, personne n'y vit à redire. Qui pouvait récuser l'inscription de l'antisémitisme dans une catégorie légale commune avec les autres formes de racisme ? Mais à partir des années 2010, constatant une montée d'hostilité au sionisme sur les campus américains, des organismes pro-israéliens commencèrent à voir combien l'insertion des juifs dans ledit titre VI ouvrait de perspectives pour délégitimer toute parole hostile au sionisme et aux actes criminels d'Israël. Si l'antisionisme est « la forme moderne de l'antisémitisme », alors toute critique de l'État sioniste devient une attaque contre tous les juifs. Dès lors, le Parti républicain et une majorité des dirigeants démocrates ont transformé le fameux titre en instrument juridique pour faire taire toute défense de la cause palestinienne, et menacer les universités de plaintes si elles ne prenaient pas des mesures draconiennes pour interdire les « propos antisémites » sur les campus. Motif très prisé des plaignants : la dénonciation des crimes de guerre d'Israël à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban, contribue à « créer un environnement hostile » envers les juifs en général – donc passible de poursuites sous le fameux titre VI. Celui-ci est donc désormais utilisé pour interdire tout débat sur des crimes.

« Du fleuve à la mer »

Les défenseurs des droits civiques et de la liberté d'expression, en particulier l'Union américaine des libertés civiles (American Civil Liberties Unions, ACLU), qui joua un rôle majeur dans l'adoption des lois antiségrégationnistes de 1964, s'étranglent d'indignation. Cela n'empêche pas les poursuites sous le chapeau de ce texte de se multiplier. D'octobre 2023 à octobre 2024, 153 enquêtes ont visé à réprimer les manifestations pro-palestiniennes sur les campus, et 70 affaires ont été déposées devant le Bureau des droits civiques du département de l'éducation, alléguant des « violations du titre VI ». Comme dit Radikha Sainath, juriste de l'association Palestine Legal, ce motif est devenu « un marteau pilon pour réprimer la parole des étudiants soutenants les droits des Palestiniens » (5).

Un des exemples les plus absurdes de cette situation est la caractérisation d'« antisémite » de tout partisan de la cause palestinienne qui utilise l'expression « from the River to the sea » (« du fleuve à la mer », c'est-à-dire, du Jourdain à la Méditerranée, en référence au territoire de la Palestine historique). Les pourfendeurs du « nouvel antisémitisme » y voient un refus caractérisé de « reconnaitre l'existence de l'État d'Israël », passible de poursuites. Or, l'expression « du Jourdain à la mer » est quotidiennement exprimée par d'innombrables dirigeants israéliens et leurs soutiens aux États-Unis pour manifester leur désir de s'emparer en totalité de ce même territoire, souvent accompagné explicitement du désir d'expulser la totalité des Palestiniens qui y résident – et ce, sans être jamais menacés de la moindre sanction.

Le monde universitaire sous pression

Ces attaques atteignent rarement les portes des tribunaux, car elles suffisent généralement pour amener les autorités académiques à se soumettre aux exigences des plaignants. Ceux-ci font alors interdire ici la projection d'un film, là une manifestation, ailleurs un débat, au motif qu'ils constituent un « environnement hostile » à une minorité sur le campus. Peu importe que de nombreux étudiants juifs dénoncent ces méthodes. À Harvard, une pétition a fait interdire la diffusion d'un documentaire intitulé Israelism, portant sur la désaffection des jeunes juifs américains envers le sionisme, au motif qu'elle créerait « un environnement hostile » aux étudiants juifs. En novembre 2024, une quarantaine d'élus de l'État de New York, républicains et démocrates, ont appelé le gouverneur à mettre hors la loi l'association Students for Justice in Palestine, arguant, toujours, que le titre VI l'y oblige.

Les dirigeants et enseignants des universités sont sous pression. On exige leur départ s'ils refusent de prendre les mesures qu'on attend d'eux. Un étudiant alléguant, par exemple, qu'un enseignant a prononcé en cours les termes « État colonial » au sujet d'Israël peut exiger qu'une enquête soit illico diligentée au motif que l'emploi de cette définition constitue un « harcèlement » à son égard. Dès lors, note Geneviève Lakier, professeure de droit à l'université de Chicago, « les administrateurs des universités ont peur du risque. Ils ne veulent pas avoir d'ennuis, perdre le financement de donateurs ou faire l'objet d'une mauvaise publicité. Le plus simple pour eux est de réprimer les discours supposés violer le titre VI » (6).

Quand l'administration Trump s'en mêle

Depuis son entrée à la Maison blanche, Donald Trump multiplie les appels à renforcer la punition des universités rétives. L'Anti Defamation League (ADL), la principale association américaine de lutte contre l'antisémitisme, ou Stand With Us, une association de soutien inconditionnel à Israël, militent pour que la totalité des universités américaines adoptent la définition de l'IHRA et soumettent toute contestation à des poursuites légales sous le titre VI, afin d'« éradiquer définitivement » l'antisionisme aux États-Unis. La grande majorité du Congrès leur est acquise. Le débat pour légiférer sur les sanctions à prendre est désormais sur la table.

Le 3 mars, Trump a annoncé sur son réseau Truth Social que bientôt « tout financement fédéral CESSERA pour les écoles ou les universités qui autorisent des manifestations de protestations illégales », comprendre, critiques d'Israël. « Les agitateurs, a-t-il ajouté, seront emprisonnés ou renvoyés définitivement dans leur pays, les étudiants américains expulsés définitivement ou, selon les délits, incarcérés. BAS LES MASQUES ! ». Son administration a immédiatement annulé 400 millions de dollars (367,74 millions d'euros) de contrats publics et de subventions à l'université de Columbia pour avoir insuffisamment réprimé les manifestations pro-palestiniennes du printemps 2024. Juste après, le leader de ces manifestations, Mahmoud Khalil, un Palestinien détenteur d'un master en relations internationales, était interpellé par l'agence de surveillance de l'immigration et des douanes (ICE) et privé de sa « carte verte » (green card, autorisation décennale de résidence aux États-Unis). Son incarcération a soulevé un tollé dans les cercles académiques, auxquels se sont joint des universitaires et des associations juives – y compris des organismes sionistes tels que J-Street, Zioness ou le Jewish Council for Public Affairs, la plus grande association juive démocrate.

Mais ces réactions restent faibles. Le sentiment d'une administration Trump toute puissante et bénéficiant du soutien des corps constitués — sénat, chambre et Cour suprême — tétanise les autorités universitaires. Avant même que Trump ne dégaine, Columbia avait constitué en secret un comité spécial de discipline, intitulé Bureau de l'équité institutionnelle, destiné à traquer et sanctionner les leaders estudiantins de la mouvance critique d'Israël, au nom de la « protection des étudiants juifs ». Convoqués devant ce bureau, des étudiants ont constaté avec stupeur que leur correspondance avait été espionnée pour y traquer, en particulier, les mots interdits comme « colonial » ou « génocidaire », susceptibles de leur valoir des sanctions allant jusqu'à l'exclusion de l'université. Certains d'entre eux ont indiqué qu'il leur a été demandé de livrer les noms d'autres condisciples « impliqués dans des groupes pro-palestiniens et des manifestations sur le campus ». Et, après avoir vu sa subvention suspendue, l'université de Columbia a accepté le diktat du président.

Le 3 mars, la chercheuse irano-américaine Helyeh Doutaghi, directrice-adjointe d'un laboratoire en économie à l'université de Yale, a été convoquée par sa direction. Celle-ci a reçu un rapport d'une association nommée Jewish Onliner présentant Doutaghi comme une « terroriste » (7). Elle est instantanément mise en congé, son accès informatique à l'université est fermé. Sans enquête préalable, elle passe immédiatement devant une commission de discipline. La chercheuse dénonce un rapport truffé de fausses informations réalisé par une intelligence artificielle. La commission n'en disconvient pas. Mais Doutaghi reconnait volontiers être une militante pro-palestinienne et plus généralement décoloniale. Elle est licenciée en 24 heures.

Une odeur de mccarthysme flotte sur l'université américaine. Elle se répand même au-delà. À Miami, le 13 mars, le maire a licencié le directeur d'un cinéma municipal pour avoir diffusé le documentaire No Other Land, au motif que ce film, réalisé ensemble par le Palestinien Basel Adra et l'Israélien Yuval Abraham, et récipiendaire de l'oscar pour le meilleur documentaire, est « une attaque de propagande unilatérale contre le peuple
juif
» (8).

Notes

1. Arno Rosenfeld, « Hochul orders Hunter College to remove Palestinian studies job listings », The Forward, 26 février 2025.

2. Corey Robin, « Kafka comes to CUNY, coreyrobin.com, 28 février 2025.

3. Vimal Patel : « Harvard adopts a definition of Antisemitism for discipline cases », New York Times, 21 janvier 2025.

4. Alex Kane, « The Civil Rights Law shutting down pro-Palestine speech », Jewish Currents, 15 novembre 2014.

5. ibid.

6. Ibid.

7. elyeh Doughati, « Suspended for pro-Palestine speech : My speech on Yale Law School's embrace of AI-generated smears », MondoWeiss, 13 mars 2023.

8. « Miami Beach mayor moves to evict theater operator for showing Oscar winner “No Other Land” », Jewish Telegraphic Agency, 16 mars 2025.

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Condamnation de Marine Le Pen : une décision logique qui met fin à des années d’impunité

1er avril, par L'APRÈS — ,
La décision de justice concernant Marine Le Pen, d'autres élus et dirigeants du RN est logique d'un point de vue judiciaire et de la gravité des faits reprochés : détournement (…)

La décision de justice concernant Marine Le Pen, d'autres élus et dirigeants du RN est logique d'un point de vue judiciaire et de la gravité des faits reprochés : détournement de fonds publics à hauteur de 4 millions d'euros dans le cadre d'un système de financement de son parti politique ayant duré plusieurs années.

Publié par L'APRÈS le 31 mars 2025

D'après le tribunal, ce détournement a permis indirectement aux dirigeants du RN d'assurer leur train de vie personnel, et constitue un contournement des règles de financement des partis politiques et donc un détournement démocratique.

La décision de justice n'exprime aucun acharnement. C'est l'application de la loi.

Elle n'empêche en rien le RN de défendre ses propositions et de se présenter aux prochaines élections.

En République, la justice doit être la même pour toutes et tous. Elle ne peut être rendue différemment selon le statut politique des citoyens, le mandat qu'on occupe ou celui pour lequel on postule.

Il ne peut exister d'immunité politique. La participation à l'élection présidentielle ne confère aucun privilège.

La 6e République que nous appelons de nos vœux devra être celle de l'honnêteté et du respect de l'éthique.
Publié par L'APRÈS le 31 mars 2025

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Première réaction à la condamnation de Marine Le Pen

31 mars 2025 | par aplutsoc | https://aplutsoc.org/2025/03/31/avant-la-prise-de-parole-de-marine-le-pen-sur-le-plateau-de-tf1-a-20h/

Nota : cette se place avant les propos et arguments que Marine Le Pen tiendra à l'occasion de la séquence avec tapis rouge que lui offre TF1 à partir de 20H.

La décision de justice prise aujourd'hui à l'encontre de Mme Le Pen et d'une bande de dignitaires du RN, parmi lesquels M. Alliot, maire de Perpignan, est, comme le déclare le communiqué de l'APRÈS, une décision logique, et qui n'a en fait que trop attendu : les faits accablants, combinant détournement de fonds publics, enrichissements privés, dans le cadre d'un système organisé initialement par Jean-Marie Le Pen, sont connus depuis treize ans !

C'est une non-condamnation ou une mesure de « clémence » qui aurait été un coup porté à la démocratie. La lettre du droit interdisait au juge de ne pas condamner dans cette affaire. Mais en ne cédant pas aux pressions initialement exercées, au moins implicitement, lors de la mise en place du gouvernement Bayrou, puis lors de la nomination de M. Ferrand par Macron à la tête du Conseil constitutionnel, le tribunal a bel et bien, qu'elle qu'ait été son intention, porté un coup au véritable système anti-démocratique : celui de la V° République, dont le RN est un pilier fondamental. Ce coup rejoint celui porté par les sept ans de prison requis contre le grand délinquant qu'est l'ancien président de la V° République Nicolas Sarkozy.

Fait de la plus haute importance : la toute première réaction au verdict est venue de Moscou, en à peine quelques minutes, rapidement suivi par Victor Orban. L'axe néofasciste fait savoir son mécontentement. S'ils en avaient les moyens, ils programmeraient une « intervention militaire spéciale » contre les « juges fascistes ». A l'heure où sont écrites ces lignes, l'on n'a pas encore connaissance d'éventuelles réactions de l'autre branche de l'Axe, celle du triumvirat Trump/Musk/Vance.

Leur ligne est claire : dénoncer le « gouvernement des juges ». La défense des affairistes et corrompus du RN rejoint le combat de Trump contre tous les tribunaux encore indépendants des États-Unis, comme celui d'Orban, comme celui de Netanyahou contre les normes constitutionnelles israéliennes en relation avec ses projets de déportation et de massacre des Palestiniens. L'existence de normes de droit fondées sur la loi égale pour toutes et tous, et d'une jurisprudence publique et transparente, fait partie, pour les révolutionnaires sérieux, des acquis à défendre et à approfondir. Ce que nous pouvons reprocher au système judiciaire, ce n'est pas de condamner des puissants comme Mme Le Pen, mais de le faire trop rarement en étant trop souvent implacable avec les pauvres.

La ligne générale des pseudo-défenseurs de la démocratie que sont les amis de Mme Le Pen, à savoir les Poutine, les Trump, les Orban et les Netanyahou, ose se réclamer de la démocratie contre le « gouvernement des juges » alors qu'ils ne défendent rien d'autre que la dictature exercée frauduleusement au nom d'un peuple clientélisé et manipulé qui ne peut s'exprimer que dans les conditions de plébiscites contraints.

Dans ces conditions, il faut noter l'équivoque du communiqué de LFI, qui dit « prendre acte » de la décision de justice envers des élus RN corrompus, mais dit aussi s'opposer à l'impossibilité d'un recours, ce qui est faux – le recours est possible, c'est la peine d'inéligibilité qui s'applique sans attendre, de même qu'une suspension de permis de conduire peut s'appliquer avant tout appel ! – puis explique dédaigneusement que LFI n'utilise pas « un tribunal » contre le RN et le battra (toute seule ?!) « dans les urnes et dans la rue ». Toute équivoque est levée par l'explication de texte twittée par J.M. Mélenchon : « … la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple. C'est à cela que devrait servir le référendum révocatoire dans une 6° République démocratique. »

Il se confirme ici que la 6° République de J.L. Mélenchon n'est pas démocratique, mais bonapartiste et présidentielle, et qu'elle aurait recours à des « référendums » n'ayant par ailleurs aucune chance d'aboutir contre le Chef en place, tout en déniant l'exercice de la justice et en préconisant ouvertement ici le fait que les élus, surtout, sans doute, le « président », soient au-dessus des lois. Le terrain de la critique mélenchonienne de la décision de justice contre Mme Le Pen est celui-là même du RN, de M. Retailleau, et derrière eux de l'axe poutinien : contre la démocratie reposant sur la garantie des droits fondamentaux et de l'état de droit, l'ordre plébiscitaire des Chefs « populaires » à poigne.

C'est là cela même avec quoi il faut en finir, et en vue de quoi le jugement d'aujourd'hui est fondamentalement une bonne nouvelle. La VI° République que nous voulons ne sera pas la V° bis, elle n'aura pas de président mais une assemblée constituante et des assemblées à différents niveaux, combinées à la garantie des droits assurée par le judiciaire et la fonction publique.

Les forces démocratiques, la gauche et le mouvement ouvrier sauront-ils exploiter cette bonne nouvelle comme il convient ?

Il faut pour cela qu'elles s'unissent contre la V° République et le déni de démocratie qu'est l'existence même de l'exécutif Macron/Bayrou/Retailleau, en exigeant un gouvernement démocratique qui hausse les salaires, abroge la loi retraites, sauve les services publics, aide l'Ukraine et prenne à bras le corps la question climatique, étape vers une assemblée constituante et un changement de régime.

C'était possible voici quelques mois. Cela ne le serait plus dans le monde de Trump et Poutine ? Alors que le gouvernement Bayrou semble plus fragilisé que jamais ? Alors que le RN va partir en campagne pour sa prétendue « démocratie » contre « les juges » et « le système » ? Inacceptable !

Il va falloir l'imposer, par les luttes sociales, par la démocratie, par l'unité d'action, et par l'indispensable bataille politique de clarification, notamment contre le bonapartisme autoritaire lui-même dans l'union populaire qui doit, pour gagner, s'en débarrasser !

31/03/2025 à 18H45.

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Ni Poilievre, ni Carney, Mères au Front au pouvoir !

1er avril, par Jonathan Durand Folco — , ,
Voilà comment j'envisage la prochaine élection fédérale et le nouveau cycle politique qui s'ouvre sous nos yeux. Face au fascisme qui vient et à l'oligarchie libérale qui (…)

Voilà comment j'envisage la prochaine élection fédérale et le nouveau cycle politique qui s'ouvre sous nos yeux. Face au fascisme qui vient et à l'oligarchie libérale qui prétend nous protéger : Résistons !
Texte trop long, en trois actes.

Acte I : Le courage retrouvé

Hier, j'ai eu eu la chance de participer au rassemblement montréalais des Mères au Front qui a réuni des milliers de personnes sur Ste-Catherine pour souligner la Journée internationale des droits des femmes. Parallèlement, des rassemblements et chaînes humaines avaient lieu dans des dizaines de municipalités au Québec et au Canada, avec un enthousiasme inattendu. Il y a avait de l'énergie, de la joie, de la colère, de la beauté, une atmosphère de résistance.

Maudit que ça fait du bien de vivre ce moment de "bonheur public", comme le souligne Hannah Arendt qui fait de cet affect le cœur de l'action politique.

Cette année, le 8 mars revêtit une signification historique particulière, car ce fut la première et plus importante mobilisation collective au Québec depuis l'élection de Trump.

Les discours étaient hautement politiques, tissant des liens entre les luttes historiques pour les droits des femmes, les menaces du fascisme et de la broligarchie qui prétendent vouloir refaçonner l'ordre du monde, mais aussi un appui aux peuples écrasés par les guerres et les puissances impérialistes (Ukraine, Gaza), des articulations avec la nécessaire transition écologique, le besoin de construire un monde viable pour nos enfants, l'humanité et le vivant.

Face à la léthargie, le sentiment d'impuissance et d'isolement qui nous amène à "doomscroller" la fin du monde sur nos ordis et nos téléphones, on se sort enfin du fatalisme et on retrouve une puissance d'agir. Voilà un ingrédient clé de la résistance.

Bien sûr, cette mobilisation du 8 mars ne changera pas le monde en soi ; mais c'est le début de quelque chose. La Multitude sort dans la rue, non pas sous la bannière d'une seule cause ou d'une revendication centrale, mais de plusieurs causes convergentes, dans un front large et uni.

C'est cet esprit du 8 mars que j'ai retrouvé sous une forme différente et percutante en après-midi à l'Usine C, en allant voir l'étrange pièce "Use et Abuse" des artistes Christian Lapointe et Alix Dufresne qui renouent avec le caractère brut, subversif et radical de la performance, sur fond d'une conférence d'Alain Deneault sur le capitalisme, la gouvernance et les industries culturelles.

C'était beau, brutal, drôle et violent, exprimant de façon crue et cathartique cet aspect "rage" qui nous habite à différents degrés ces temps-ci. Un moment clé fut Alix qui brandit une pancarte qu'elle venait d'écrire au marqueur noir sous le coup de l'improvisation : "8 mars tous les jours tabarnak !". Le public a applaudi.

Une discussion portant sur la soumission du secteur culturel aux impératifs budgétaires et du managérialisme s'en est suivie, exprimant de fortes résonances avec le Front commun pour les arts qui se met en place ces temps-ci. La lutte contre l'austérité en culture, en éducation, en santé, contre les cours de francisation et les initiatives de transition socio-écologique, tout cela converge en ce moment ; ça bouillonne.

L'argent ne manque pas ; ce sont les oligarques, des entreprises comme Northvolt, IBM et SAP (qui ont empoché des millions dans le scandale SAAQclic), Amazon, Tesla et d'autres compagnies contrôlées par des milliardaires qui s'enrichissent actuellement alors que les gens se serrent la ceinture pour l'épicerie, leur logement ou hypothèque. Plusieurs craignent actuellement pour la perte de leur emploi ou leur sécurité à cause d'une guerre tarifaire déclenchée par un tyran qui rêve de faire de nous une succursale des États-Unis.

***

Acte II : Le marasme des élections fédérales

Dans cette conjoncture unique et extrême, Justin Trudeau a démissionné et la course à la chefferie du Parti libéral du Canada vient de couronner son nouveau leader, Mark Carney.

Il devient ainsi le premier ministre du Canada, sans même avoir été élu dans une élection générale. C'est assez hallucinant : le chef d'un État, non-élu par la population, devient maintenant l'homme qui devra tenir tête à Trump... d'ici la prochaine élection qui sera déclenchée sous peu.

Les conservateurs le dépeignent déjà comme un technocrate et un membre de l'élite mondialiste, ce qui est vrai en bonne partie : Carney a été gouverneur de la Banque du Canada (suite à la crise financière de 2008), gouverneur de la banque d'Angleterre (durant la période du Brexit), et un grand partisan du capitalisme vert. Tout l'establishment médiatique le positionne déjà comme le digne successeur de Trudeau, et un "homme fort" capable de répondre aux grandes crises économiques en raison de ses compétences d'économiste.

Il est plus à droite que Trudeau, il fait la promotion de la rigueur budgétaire, plaide pour l'usage de l'IA dans la fonction publique, et commence déjà à concéder une série de choses à l'administration Trump au niveau économique et environnemental. Je ne doute pas de son expérience et de son "expertise", mais face à l'administration Trump, il incarne une sorte de "rempart néolibéral" qui apparaîtra comme un "moindre mal" face au techno-fascisme décomplexé du duo Trump-Musk.

Autrement dit, Carney est un membre de l'oligarchie libérale qui défendra les intérêts de cette oligarchie locale dans le contexte d'une guerre commerciale inédite avec les États-Unis.

Par ailleurs, celles et ceux qui seraient tentés de voter Poilievre pour se débarrasser de l'héritage Trudeau ou du "capitalisme woke" risquent d'être déçus. Le Parti conservateur dirigé par Poilievre est largement aligné sur le plan idéologique et politique avec le trumpisme au Sud de la frontière, avec quelques différences près (Canada Strong, version soft du Make Canada Great Again).

Le triomphe de Poilievre a heureusement été refroidi par l'arrivée de Trump et le carnage qu'il a instauré au niveau domestique et international depuis le 20 janvier 2025. Toute la complexité de la droite radicale canadienne consiste maintenant à se positionner à la fois "contre" Trump et "pour" ses politiques, dans un contexte de tension croissante avec les États-Unis.

Mais dans les deux cas, que ce soit le Parti conservateur de Poilievre qui incarne une broligarchie fascisante semi-décomplexée, puis le Parti libéral sauvé par Carney qui incarne l'oligarchie néolibérale mesurée, avec un chef parlant vaguement français et qui est en bonne partie déconnecté des préoccupations de la population, nous sommes face à un choix déchirant et stratégique.

Certains iront voter pour le moindre mal (Carney), d'autres auront ce ressentiment anti-Trudeau tellement enraciné qu'ils voteront pour Poilievre (malgré les risques), d'autres s'abstiendront, d'autres iront voter NPD, Verts ou pour le Bloc québécois en guise de protestation.

Une partie de moi dit "tout sauf Poilievre", admettant ainsi la légitimité du vote utile et stratégique afin de faire barrage contre l'extrême droite. Personnellement, je comprends les gens qui voteront ainsi, d'autant plus qu'il est faux et dangereux de faire une pure équivalence entre néolibéralisme et fascisme.

Cela dit, je ne peux m'empêcher de penser en même temps aux gens qui ne pourront voter pour le Parti libéral de Trudeau/Carney suite au génocide à Gaza, au projet du pipeline Trans Mountain, et à certaines mesures liberticides que ce gouvernement a mis en place pendant la pandémie.

Le problème principal est que les anti-Trudeau iront se jeter dans les bras de Poilievre (ou encore Maxime Bernier), croyant se battre contre l'autoritarisme et l'oligarchie, sans réaliser qu'ils voteront du même coup pour une version encore pire et autoritaire de cette oligarchie, convergeant avec le délire trumpiste.

Et les gens qui ne veulent ni Trudeau ni Poilievre, espérant un Canada plus progressiste (NPD, Verts) et/ou un Québec indépendant (Bloc), chercheront à obtenir vos votes dans les prochaines semaines, sans avoir une chance réelle de prendre le pouvoir. En termes plus simples, le système politique canadien me semble complètement bloqué.

***

Acte III : Résistons encore

Je ne souhaite pas ici convaincre qui que ce soit pour qui voter, ni même de voter. Mais l'important reste à mes yeux cette donnée fondamentale : ni sous Poilievre, ni sous Carney, nos communautés et nos territoires seront en sécurité. L'un accélère l'annexion du Canada aux États-Unis, l'autre propose d'y mettre un frein par une vassalisation économique du Canada au service de l'oligarchie américaine, canadienne et mondiale.

Dans les deux cas, on aura besoin d'une vigilance extrême, de mouvements sociaux combatifs, d'autonomie collective, de résilience, de réseaux d'entraide locaux, de groupes de résistances clandestins, de luttes territoriales contre l'extractivisme, d'une démocratie forte et vivante à l'échelon municipal et régional. On aura aussi besoin de rebâtir un internationalisme radical, et s'inspirer de luttes de libération nationale qui se sont effectuées dans un cadre plus large contre l'impérialisme et le colonialisme.

Une pseudo-indépendance à la Trump ne fonctionnera pas, ni au Canada ni au Québec. À l'inverse, une belle gouvernance néolibérale du statu quo version Mark Carney ne fera que nous enfoncer dans une impasse, par une prolongation du Canada tel qu'il a existé mais qui ne peut plus durer.

Il faut raviver la gauche et le mouvement écologiste certes, cela ne sera pas d'abord par les urnes. Il faudra dynamiser les mobilisations citoyennes et les solidarités partout, au-delà des cadres établis des partis politiques, trop souvent englués dans leur calendrier électoral et restreint.

Voilà l'esprit des Mères au Front, qui s'incarne aussi dans d'autres mouvements qui prennent forment au Québec comme ailleurs : les Soulèvements du Fleuve, Multitudes, Stand Up For Science, les actions directes contre les concessionnaires Tesla, le mouvement 50501 (50 protests, 50 states, 1 movement), les luttes pour la libération palestinienne, la solidarité avec l'Ukraine, Black Lives Mater, le mouvement féministe, LGBTQ+, et d'autres expressions du mouvement pour la justice climatique.

La transformation sociale passe avant tout par ce changement clair de nos consciences et de cet appel décomplexé à l'action directe, à l'amour, à la rage et à l'espoir qui se ne contente plus d'un sauveur de gauche, du centre ou de droite : résistons ensemble pour la suite du monde.

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Autonomie politique

1er avril, par Guillaume Manningham — , ,
En complément pour la campagne fédérale actuelle, j'aimerais amené tout d'abord quelques éléments concrets sur l'articulation et l'alliance politique existant entre les (…)

En complément pour la campagne fédérale actuelle, j'aimerais amené tout d'abord quelques éléments concrets sur l'articulation et l'alliance politique existant entre les branches provinciales du NPD hors-Québec et le NPD fédéral.

Par Guillaume Manningham, proléterre de la ruracité

1) Sur la Palestine, je salue le courage politique de l'ex-députée ontarienne d'Hamilton-Centre au provincial, Sarah Jama. Le NPD fédéral a pris du temps à prendre position clairement contre l'armement et le soutien politique à la machine coloniale israélienne. Il n'a pas fait de l'enjeu du soutien historique canadien à la colonisation et l'occupation des terres du peuple palestinien de la part du gouvernement fédéral libéral un enjeu qui aurait au minimum mérité un vote de confiance. Et donc de « risquer » d'aller en élections dû à l'arrêt du support néodémocrate au gouvernement libéral depuis 2021. Encore une fois, les gains sociaux partiels comme l'assurance-dentaire ont pesé plus que la place de l'anticolonialisme, de l'anti-impérialisme et de l'antimilitarisme au NPD comme chez une grande majorité de partis sociaux-démocrates du Nord global. Et ce, depuis trop longtemps.

Sarah Jama a pris position le 10 octobre en déclarant son appui à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu'à la fin de toute occupation des terres palestiniennes. Elle affirme alors avec justesse que la violence et les représailles enracinées dans le colonialisme de peuplement ont coûté la vie à beaucoup trop d'innocents. Elle a qualifié la situation dans les territoires palestiniens occupés comme un apartheid, soit un régime politique qui donne délibérément et clairement la priorité aux droits politiques, juridiques et sociaux fondamentaux d'un groupe plutôt qu'à un autre au sein de la même unité géographique sur la base de l'identité raciale, nationale et ethnique de chacun. Elle citait ainsi les travaux du rapporteur spécial de l'ONU Michael Lynk en 2022.

Face à sa prise de parole rapide, courageuse et juste, qui allait à contre-courant du vent médiatique et politique, elle a dû faire face le 23 octobre à une motion de censure du gouvernement « progressiste »-conservateur de Doug Ford. La motion demandait au président de l'Assemblée législative de ne pas reconnaître la présence de la députée en Chambre tant qu'elle n'aura pas retiré officiellement ses propos et qu'elle ne se sera pas excusée à nouveau. Doug Ford a soutenu qu'elle était antisémite depuis longtemps et qu'elle appuyait le viol et le meurtre de juifs innocents.

Surtout, au même moment et s'écrasant sous la pression dans un moment historique critique pour la Palestine, la cheffe du NPD en Ontario, Marit Stiles, a annoncé l'expulsion de Sarah Jama du caucus néo-démocrate ! Elle sera à partir de là députée indépendante et elle se présentera indépendante lors des dernières élections ontariennes recevant 14,9% des votes exprimés, soit près de 5000 votes. Face à l'expulsion du caucus de Marit Stiles, Anthony Marco, président du Conseil du travail de Hamilton et du district, a déclaré que le NPD pouvait considérer sa carte de membre comme révoquée. Fred Hahn, président du Syndicat canadien de la fonction publique, a décrit une journée très triste. Pour lui, l'élue est une voix nécessaire et fortement soutenue. Il s'agissait d'une décision profondément troublante et extrêmement dangereuse, a-t-il déclaré. À ma connaissance, tout le caucus du NPD fédéral n'a pas supporté Sarah Jama à ce moment critique et son silence était complice de branche ontarienne. Pourtant, c'est de plusieurs Sara Jama qu'on aurait besoin comme voix des luttes de libération. Et non des Marit Stiles prête à gouverner le système capitaliste et ses horreurs avec de légères mesures de redistribution du butin impérialiste et colonial à l'interne.

2) Le NPD est au pouvoir depuis 2017 en Colombie-Britannique. D'abord minoritaire et soutenu par le Parti Vert jusqu'aux élections anticipées de 2020 où il est devenu majoritaire avec le premier ministre John Horgan. Est-ce qu'on se souvient de la lutte de défense du territoire Wet'suwet'en contre le gazoduc de CGL traversant leur territoire ancestral de 22 000km2 ? Cela a aboutit à 75 personnes arrêtées à GRC en 2019, 2020 et 2021 en plus d'un harcèlement et des menaces constantes. Le NPD a toujours soutenu ce gazoduc colonial et destructeur et a été complice de la répression et du colonialisme qui se poursuit. Malgré que c'est la première province canadienne a avoir signé en 2019 la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le consentement préalable, libre et éclairé des communautés et de leur gouvernance sur les terres ancestrales non-cédées a été bafoué malgré la Convention 169 sur les peuples autochtones et tribaux de l'Organisation internationale du travail, Convention que le Canada en 2025 n'a toujours pas adopté...et encore moins respecté !

En 2021, John Horgan souffre d'un cancer sévère et doit se retirer avant la fin de son second séjour au pouvoir et une course à la chefferie néodémocrate est déclenchée. Course qui mènera la personne qui gagne au poste ultime de PM. À ce moment, des groupes écologistes de base opposés aux projets capitalistes, patriarcaux, coloniaux extractivistes comme le gazoduc de CGL décident de présenter Anjali Appadurai, une candidate extra-parlementaire qui s'était présentée aux élections pour le NPD en 2020 et avait été défaite. La campagne revigore le membership de base du NPD. Mais cet esprit politique grassroots c'est une menace au train-train quotidien de l'appareil au pouvoir. Un rapport d'Elizabeth Cull, la directrice générale des élections à la direction du NPD, soutient que « Mme Appadurai s'est livrée à une conduite inappropriée grave en travaillant avec des organismes tiers du milieu environnemental pour mener des campagnes d'adhésion en son nom ». Et le NPD de la Colombie-Britannique décide de disqualifier Anjali Appadurai et l'ancien procureur général et ministre David Eby devient l'unique candidat à la direction du parti au pouvoir. Il aura une majorité renouvelée de justesse aux élections de 2024.
C'est un jour triste pour la démocratie, a déclaré Sonia Furstenau, chef du Parti vert lors du couronnement de David Eby. « La campagne de Mme Appadurai a parlé franchement des recoupements entre les soins de santé, le climat et la crise du coût de la vie [...] et de l'échec du gouvernement en place pour faire avancer ces dossiers. Il n'est pas surprenant qu'autant de gens aient été inspirés par son message
. »

Le président du Parti vert, Adam Olsen a déclaré : « Le parti au pouvoir en Colombie-Britannique a ouvert la voie pour que le candidat qu'il a choisi puisse s'installer sans obstacle au plus haut poste de la province. David Eby mènera un gouvernement qui a étouffé les critiques et l'obligation de rendre des comptes en limitant et, même parfois, en empêchant l'accès à l'information. »
J'ai cherché du soutien de la part de député.es du NPD au fédéral ou une déclaration de Jagmeet Singh sur ce coup aux militan.tes de base et je n'ai rien trouvé. J'ai seulement trouvé un appui enthousiasme de M. Singh à David Eby et au NPD provincial dans la campagne de 2024. Comme si ce gouvernement n'était pas concrètement un acteur de la dépossession des communautés autochtones, de la destruction environnemental et de la répression face aux protections des forêts, des lacs, de l'océan et de freiner les changements climatiques. Pourquoi valider le NPD fédéral et espérer qu'il forme un gouvernement au fédéral un jour serait différent ?

En Colombie-Britannique, il existe des portes tournantes entre les compagnies privées et le NPD y compris au niveau des compagnies d'énergie fossile et des minières. Le lobbying au bureau d'Eby et ses ministres est payant pour ces compagnies. Actuellement, Énergie Est et GNL Québec sont très loin d'être de retour avec des compagnies privées prêtent à investir des dizaines de milliards. Tandis que le gouvernement du NPD facilite actuellement l'examen environnemental et le processus décisionnel de dizaines de projets extractivistes dont une mine d'or dans le lot parmi d'autres minéraux critiques (intouchables ?) prétendus nécessaire à la transition énergétique, au développement durable et à la réconciliation avec les Premières Nations...

De nouveaux gazoducs pour exporter du gaz liquéfié comme celui de Prince Rupert (PRGT) sont en chantier ou le seront très bientôt. Et ce, après les canicules, sécheresses, inondations et feux de forêt catastrophiques des dernières années dans les communautés de Colombie-Britannique et qui ont tué beaucoup de monde. Quand il a fait 45 degrés à Vancouver en 2021, j'ai mesuré l'ampleur du désastre mortel actuel qui devrait faire en sorte de freiner d'urgence et transformer rapidement notre système de production, distribution et consommation. En plus, dans le contexte du néofascisme US, ce sont des milliardaires états-uniens qui ont acheté le projet de PRGT. Le milliardaire de Wall Street et principal donateur de Donald Trump, Steve Schwarzman, veut accélérer le projet de transport du gaz de Prince Rupert. Pourquoi ? Parce que sa société financière, Blackstone, est maintenant un investisseur majeur dans le projet et peut faire encore plus d'argent.

L'expansion des activités de fracturation hydraulique en Colombie-Britannique, appuyées par les États-Unis aura pour conséquences :

Augmenter les factures de services publics pour les familles en C.-B.
Donner plus de contrôle sur nos ressources énergétiques aux États-Unis
Défier les collectivités le long du tracé du pipeline qui s'opposent au projet
Détruire l'eau douce, le saumon et les habitats fauniques
Rendre le changement climatique PIRE (le méthane libéré dans l'atmosphère est pire que la combustion du charbon)
Retarder la création de bons emplois dans le secteur des énergies renouvelables
Source et infolettre hebdomadaire super pertinente pour les luttes anticoloniales au soi-disant Canada : https://www.dogwoodbc.ca/
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Je soumet à la réflexion collective le texte plus bas « Pour l'autonomie politique » paru durant la campagne électorale québécoise de 2022 et dont les propositions sont toujours pertinentes pour cette campagne-ci.

Pour l'autonomie politique

Le concours de popularité et de propositions politiques en rafale pour aspirer à gérer le système est sur le point de se terminer. Officiellement nommé élections, ce processus en amène plusieurs à affirmer que c'est LE moment démocratique et même que ce serait notre DEVOIR d'aller voter, peu importe pour qui (!). Souvent cela va jusqu'à dire que si une personne ne vote pas, elle serait privée de la légitimité de s'exprimer et serait politiquement inactive et ignorante. Ça fait pas mal de monde ça. Le taux de participation en 2018 a été le 2e plus bas depuis 1927, soit 66.45%. Et n'oublions pas que le vote est par comté dans un système parlementaire représentatif dont on promet depuis longtemps une réforme du mode de scrutin proportionnel. Comme par hasard, depuis René Lévesque jusqu'à Justin Trudeau et François Legault, toutes ses promesses dans l'opposition se sont évaporées une fois rendues au pouvoir. La CAQ vient de régner sur nous de façon majoritaire, même par décrets, durant 4 ans et ce avec un peu moins de 25% d'appui des personnes inscrites en 2018 !

Ces institutions d'en haut, Parlements et États canadiens et québécois, sont issues du génocide envers les Premiers Peuples qui est toujours en cours faut-il le rappeler. Et « nos » institutions et « nos » États se sont bâties sur la destruction des systèmes de gouvernance qui sont bien plus anciens et légitimes que les conseils de bande. La juridiction et la légitimité de « nos » appareils étatiques au service du monde marchandisé n'ont jamais été décidé démocratiquement. Et par démocratie, j'entends non seulement la majorité populaire, mais peut-être surtout l'auto-détermination et le consentement de tous les peuples qui y vivent depuis des siècles, non pas depuis 1867 ou 1608. Je vous invite à lire Ellen Gabriel, activiste pour les droits humains et environnementaux de la nation Kanien'kehá:ka habitant Kanehsatà:ke près d'Oka dans le territoire qu'on nomme Québec. Son texte écrit l'an dernier avant les élections fédérales est un appel au respect de son droit à ne pas voter dans des institutions coloniales.1 Observons également les Six Nations de la Confédération Haudenosaunee, qui veut dire « peuple des maisons longues ». On y découvrira premièrement un riche système de gouvernance de démocratie participative en lien avec le vivant qui est toujours en cours tandis que moins de 10% des personnes inscrites votent aux élections fédérales canadiennes.

Je crois important de poser le politique en dehors des élections parlementaires et de se rassembler sur nos propres bases politiques autonomes. Que les gens votent ou pas, cela n'est pas central et ne devrait pas nous diviser à coups d'impératif (Allez voter ! Ne votez pas !). La fameuse classe politique protège et défend l'État en affirmant que c'est la seule voie possible de changement et de légitimité démocratique. Cette politique d'en haut c'est celle qui vise à commander le pouvoir d'État, mais peut-être surtout, c'est celle qui considère que les solutions n'ont d'autres chemins et doivent se construire à partir de ou en lien avec les institutions étatiques. Au contraire, la politique d'en bas n'attend rien de ce chemin et des creuses promesses de la classe politique, ni rien à rechercher dans les bureaux du pouvoir. Depuis trop longtemps, l'en bas social se rallie à la politique d'en haut et conçoit l'action politique de façon subordonnée au calendrier électoral et aux partis en présence, à l'opinion publique, aux médias dominants rétrécissant le champ des possibles. Peut-être que la tribune électorale peut servir à des moments choisis, au niveau tactique, pour diffuser un discours et appeler à une pratique autonome d'en bas. Toutefois, cela est assumer clairement dès le départ que ce n'est pas une priorité stratégique et que jamais un.e porte-parole n'aspire à gouverner et être président.e ou PM en chef.fe, ni individuellement ni en tant qu'organisation. Ce serait au contraire un appel à dire que le changement se fera par nous-mêmes, que l'émancipation et la libération seront l'oeuvre des opprimé.es, des exploité.es et de personne d'autre. Dans tous les cas, peu importe le parti élu le 3 octobre, ne comptons que sur nos propres moyens et nos propres luttes pour ouvrir le champ des possibles.

« Pratiquer une démocratie radicale d'autogouvernement et concevoir un mode de construction du commun libéré de la forme État ; démanteler la logique destructrice de l'expansion de la valeur et soumettre les activités productives à des choix de vie qualitatifs et collectivement assumés ; laisser libre cours au temps disponible, à la dé-spécialisation des activités et au foisonnement créatif des subjectivités ; admettre une pluralité des chemins de l'émancipation et créer les conditions d'un véritable échange interculturel : telles sont quelques-unes des pistes qui dessinent les contours d'un anticapitalisme non étatique, non productiviste et non eurocentrique. »

2

Notes
1.Katsi'tsakwas Ellen Gabriel , Respect my right to not vote, Ricochet Media, 14 septembre 2021, https://ricochet.media/en/3776/respect-my-right-to-not-vote
2.Jérôme Baschet, Adieux au capitalisme, Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes, 2017.

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Ressusciter les projets morts

1er avril, par Gérard Montpetit — , ,
Depuis le 20 janvier, la pléthore d'annonces lancées depuis le bureau ovale a causé tout un émoi. Parmi cette inondation de nouvelles parfois loufoques, souvent menaçantes, la (…)

Depuis le 20 janvier, la pléthore d'annonces lancées depuis le bureau ovale a causé tout un émoi. Parmi cette inondation de nouvelles parfois loufoques, souvent menaçantes, la politique du « drill, baby drill » nous démontrait que le lobby des énergies fossiles venait de prendre le pouvoir alors que le rejet de l'Accord de Paris se voulait la négation complète de l'existence des changements climatiques.

De plus, les mauvaises blagues au sujet du « gouverneur du 51e état » ainsi que la proposition d'annexer le canal de Panama et le Groenland laissent présager un Anschluss (annexion de l'Autriche par les nazis en 1938 ) du 21e siècle.

Certes, ces dizaines d'annonces quotidiennes provenant de la Maison-Blanche peuvent donner le vertige. Et il faut réagir ! La « donne politique » a changé du tout au tout depuis janvier. Mais notre réaction doit être logique et rationnelle. Oui, il faut diversifier nos marchés pour ne pas dépendre presqu‘exclusivement de nos exportations aux États-Unis. Malgré l'actuelle tornade trumpienne, notre boussole interne doit toujours maintenir le cap sur la lutte contre les dérèglements climatiques.

Pour diversifier nos exportations, les leaders de 14 compagnies de gaz et de pétrole en profitent pour faire la promotion de nos ressources énergétiques et des pipelines comme la réponse miracle à tous nos problèmes économiques. Dans une lettre adressée à Messieurs Carney, Poilievre, Singh et Blanchet, ces promoteurs des énergies fossiles[1] demandent que l'on déclare une crise canadienne de l'énergie où des projets-clés seraient déclarés être dans « l'intérêt national ». Cette « urgence » permettrait de réduire la réglementation, d'augmenter la production de pétrole et de permettre le début des travaux de projets majeurs en moins de six mois après qu'une demande ait été déposée.[2] Allo, les études d'impacts environnementales !

Plusieurs politiciens s'interrogent ouvertement sur la pertinence de ressusciter l'oléoduc Énergie Est et le gazoduc GNL Québec.[3] Quant à M. Poilievre, qui aspire à devenir Premier ministre lors des prochaines élections, il se lamente du fait que « ...la loi anti-pipeline C-69 est toujours en vigueur… »[4] Depuis deux ans, abolir la taxe carbone a été son mantra. Mais si l'objectif politique du chef conservateur est d'aider le Canada à devenir plus compétitif dans des marchés diversifiés, abolir la taxe carbone pourrait être contreproductif. En effet, l'Union Européenne se prépare à implanter un « mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) », c'est-à-dire un tarif sur les biens qui ont une grosse empreinte carbone.[5]

Dans un communiqué de presse, Équiterre et une centaine d'organisations font remarquer que la résurrection de ces vieux projets n'est qu'un « mirage ». Avec justesse, ils soulignent que « ...la transition socioécologique est la voie à suivre, tant pour assurer la prospérité économique du Québec que pour lutter contre les changements climatiques... »[6] Oui, il faut répondre à une situation politique inusitée, mais temporaire. Bâtir un pipeline géant de 4 600 km, ça prend au moins cinq ans même en coupant les coins ronds. Dans 5 ans, Trump ne sera plus au pouvoir ; mais nous, nous serons pris avec cette patate chaude dispendieuse.

Les promoteurs des énergies fossiles gagnent sur tous les fronts. Aux États-Unis, Trump veut s'enrichir avec le pétrole. Il sort son pays de l'Accord de Paris et éviscère les politiques environnementales. Lee Zeldin, le nouvel administrateur de l'EPA (l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis), explique ainsi cette nouvelle politique sur le site web de l'agence : « ...Nous enfonçons un poignard directement dans le coeur de la religion des changements climatiques pour abaisser les coûts de la vie des Américains, permettre l'épanouissement des énergies américaines… »[7] Tandis qu'au Canada, la réponse des pétrolières, ce serait de construire des infrastructures qui permettront de produire plus de pétrole pendant des décennies.

Pourtant, les scientifiques et le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) sont unanimes. Il faut réduire nos émissions planétaires de carbone. Le Dr James Hansen nous dit que si nous voulons préserver une planète similaire à ce qui a permis à notre civilisation de s'épanouir, il faudrait réduire la concentration de carbone dans l'atmosphère à 350 ppm. Selon lui, si l'humanité continue à brûler des énergies fossiles au même rythme, « ...la jeune génération sera condamnée à un nettoyage gargantuesque et douteux, ou à un accroissement d'impacts climatiques délétères, ou aux deux…. »[8]

M. Trump et les adorateurs du dieu pétrole ressemblent à une horde de lemmings qui s'élancent, tête baissée, vers le précipice d'une mer appelée changements climatiques. S'ils veulent se noyer, c'est leur choix. Mais ont-ils le droit d'imposer ce suicide collectif à la jeune génération ? Les jeunes, nés après l'an 2000, doivent-ils se contenter de vivre avec la possibilité cauchemardesque de faire face à l'apocalypse de la 6e grande extinction des espèces ? Comme le déplorait la jeune Greta Thunberg au siège de l'ONU en septembre 2019 : « ...Vous avez volé nos rêves avec vos paroles creuses….Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent et tout ce dont vous parlez c'est de l'argent et de contes de fées de croissance économique éternelle ! How dare You ?... » (Comment osez-vous ?)[9]

Gérard Montpetit
Membre du CCCPEM
le 24 mars 2025


1] https://www.tcenergy.com/open-letter-to-party-leaders

2] https://www.nationalobserver.com/2025/03/20/news/trump-fossil-fuel-executives-feds-national-energy-emergency ?

3] https://www.nationalobserver.com/2025/02/06/news/lwest-east-oil-pipeline-canada-us-energy-minister-jonathan-wilkinson?utm_source=National+Observer&utm_campaign=dd33073e2a-

4] https://www.nationalobserver.com/2025/02/06/news/lwest-east-oil-pipeline-canada-us-energy-minister-jonathan-wilkinson?utm_source=National+Observer&utm_campaign=dd33073e2a-EMAIL_CAMPAIGN_2025_02_07_02_10&utm_medium=email&utm_term=0_cacd0f141f-dd33073e2a-277064766

5] https://www.nationalobserver.com/2025/03/18/analysis/poilievre-industrial-carbon-pricing-liberal-surge?nih=9bJTuKQpIAQeAGhPro-5oSxgjLKQvyngEbZ8_lBoK6A&utm_source=National+Observer&utm_campaign=92efbdd986-

6] https://www.equiterre.org/fr/articles/les-projets-denergies-fossiles-au-quebec-constituent-des-mirages

7] https://abcnews.go.com/Politics/epa-takes-aim-water-air-toxics-protections-part/story?id=119733125&utm_source=National+Observer&utm_campaign=39dc12f77a-

8] https://www.nationalobserver.com/2025/03/14/analysis/atmospheric-co2-accelerating-upwards?nih=ifxSgvpmlDLt7jrTWeMIeoSFgFd0rO2vu0ZAu2yiQfk&utm_source=National+Observer&utm_campaign=3a98f393af-EMAIL_CAMPAIGN_2025_03_14_12_39&utm_medium=email&utm_term=0_cacd0f141f-3a98f393af-277064766

9] Greta Thunberg par Maëlla Brun édition l'Archipel, 2020, 237 pages. citation à la page 122

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