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Le parti comme articulateur
Qu’est-ce qu’un parti révolutionnaire et comment doit-il lutter ? C’est la question à laquelle tente de répondre Salar Mohandesi, dans un texte publié initialement chez Viewpoint Magazine. Contre la réduction de la politique aux calculs électoraux ou les groupes persuadés que la pureté de leur programme fera spontanément vibrer le peuple, le texte défend une conception du parti ancrée dans les luttes quotidiennes. Partant des conflits concrets, nés des expériences vécues de l’exploitation et de l’oppression, il vise à unifier des forces sociales dispersées et à transformer des résistances fragmentées en un rapport de force collectif. Le parti apparaît alors comme un outil de politisation et de prise de conscience pour celles et ceux qui luttent. En se construisant à même ces dynamiques, il donne une expression politique cohérente à des mobilisations qui, bien que rarement socialistes à leur origine, contiennent les éléments décisifs d’un projet socialiste à construire. Si le texte ne va pas au bout de la réflexion sur la question du pouvoir, il offre toutefois des outils précieux pour penser l’organisation révolutionnaire à l’ère de la fragmentation sociale, des soulèvements imprévisibles et de la crise durable de l’État.
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L’année dernière, la plus grande organisation socialiste des États-Unis a décidé d’appuyer la candidature de Bernie Sanders; certains de ses membres dirigeants sont allés jusqu’à affirmer qu’en l’absence d’un mouvement de masse radical dans ce pays, la candidature de Sanders s’imposait comme une étape clé d’une avancée socialiste. Accrocher le destin du DSA (Socialistes démocrates d’Amérique) à la candidature à la présidence du septuagénaire social-démocrate signifiait que l’effondrement de la campagne Sanders, ainsi que l’espoir de se saisir des rênes du pouvoir dans un avenir proche, a provoqué un débat important sur le futur du DSA.
Certains ont soutenu que, malgré le résultat, les DSA avaient tout de même beaucoup gagné, et que les socialistes devraient continuer à s’engager au sein du Parti démocrate, en particulier à travers ses lignes électorales, ce qui leur permettrait un jour de détacher une partie de ses soutiens afin de former la base d’un troisième parti. Pour d’autres, toute cette affaire prouvait exactement le contraire : qu’il était grand temps que les socialistes tournent le dos aux démocrates pour construire, le plus rapidement possible, un parti indépendant.
Malgré leurs différences réelles, les deux camps partagent de nombreuses similitudes. Tous deux veulent une organisation indépendante. Tous deux voient cette organisation comme une solution indispensable à leurs problèmes, comme l’horizon de toute réflexion stratégique. Et si l’un pense avant tout en termes d’un organe centralisé de militants disciplinés, prêts pour un scénario final de rupture, tandis que l’autre imagine une sorte de parti de masse démocratique développant lentement ses forces afin de devenir un jour un parti ouvrier indépendant capable de déjouer les manœuvres des démocrates et, à terme, de gouverner, tous deux en sont venus à ressusciter le même mot – « le parti » – pour désigner l’organisation qu’ils ont en tête, confondant ainsi de fait (au moins) deux expériences historiques très différentes. Cependant, les évènements des quelques derniers mois nous ont révélé un point commun entre les deux côtés. Alors qu’ils étaient occupés à débattre de différentes manières de bâtir « le parti » qui saurait diriger les masses, aucun n’a su anticiper le soulèvement, l’un des plus importants de l’histoire du pays, qui a explosé sous leur nez après le meurtre de George Floyd par la police en mai. En fait, il est indicatif que, sauf quelques exceptions notables, la majorité du DSA, surtout au niveau national, a été surprise.
Pendant que des milliers de personnes descendaient dans la rue, certains organisateurs aguerris se demandaient sur Twitter s’il fallait seulement soutenir la révolte. D’autres étaient complètement à côté de la plaque, se contentant de sortir des communiqués maladroits. Et puis il y en avait qui se sentaient tout de suite solidaires, mais qui ne savaient pas trop comment s’y prendre pour se connecter vraiment au mouvement en tant que socialistes assumés.
Au final, aucun de ces débats pourtant riches sur le parti n’avait vraiment préparé l’organisation à s’engager rapidement et efficacement dans le soulèvement. En réalité, je dirais que l’une des principales raisons pour lesquelles tant de socialistes, y compris en dehors des DSA, ont eu du mal, non seulement à lire la conjoncture, mais aussi à s’impliquer dans le mouvement, tient aux limites flagrantes des façons dominantes de penser ce que veut dire « s’organiser ». En particulier, la manière dont les organisations se rapportent à la diversité des mobilisations de masse, au caractère imprévisible du moment politique, et à l’attrait du pouvoir d’État.
Dans ce qui suit, je voudrais proposer une autre manière de penser le parti. Plutôt que de le considérer comme une entité unique et figée cherchant à conquérir le pouvoir d’État, que ce soit par l’insurrection ou par les élections, je propose de voir le « parti » comme une organisation parmi d’autres, définie par sa fonction d’articulation : celle qui met en relation des forces sociales disparates, relie les luttes dans le temps et facilite le projet collectif de construction du socialisme au-delà de l’État.



La composition
L’état fondamental de l’existence dans une société capitaliste est l’atomisation dépolitisée. La plupart des gens passent leur vie à bricoler toutes sortes de stratégies de survie individuelles, souvent en concurrence les unes avec les autres. Quand un problème surgit, il y a de fortes chances que quelqu’un réagisse en travaillant plus dur, en négociant un arrangement, en changeant de boulot ou en déménageant ailleurs.
Cet individualisme n’est pas l’expression d’une quelconque nature humaine, mais une réponse socialement acquise aux défis de la reproduction sociale sous le capitalisme. L’idéologie de l’État naturalise le statu quo au point où bon nombre se résigne à la croyance que rien ne changera jamais. Lorsqu’il y a une lueur d’espoir, nos vies précaires nous nous dissuadent d’entreprendre des actes risqués qui pourraient empirer les choses. Et même lorsque certains sont prêts à accepter ces risques, s’unir autour d’une cause commune exige de concilier tant d’intérêts, de personnalités et d’objectifs différents que plusieurs ont le sentiment que l’effort n’en vaut même pas la peine. Ainsi, lorsqu’il y a résistance, elle tend à rester individualisée : arriver en retard au travail, ou subtiliser quelques fruits à l’épicerie.
Cela dit, il est de ces moments tels que le soulèvement pour George Floyd où les gens changent leurs habitudes. Plutôt que de se considérer comme des individus impuissants, ils se réinventent en agents du changement. Au lieu de rêver à comment les choses devraient être, ils exigent qu’elles soient différentes. Plutôt que de poursuivre leur vieille routine, ils font l’expérience de nouvelles formes d’activités. Au lieu d’accepter passivement les catégories d’identité qu’on leur impose, ils construisent un nouveau type de subjectivité. Plutôt que de résoudre leurs problèmes indépendamment, ils cherchent d’autres personnes pour les aider à affronter un problème commun.
Le processus par lequel les individus se rassemblent en force sociale collective s’appelle la composition. Par le passé, on avait tendance à le voir surtout en termes de classe, en partant du principe que la seule véritable force sociale était celle fondée sur une position de classe objective. Mais la classe n’est pas le seul moyen pour les forces sociales de structurer leur subjectivité. En fait, lorsque les individus se rassemblent en collectif, ils s’agrippent à une multitude de déterminants compositionnels, en d’autres mots, d’aspects de leurs vies dont la majorité est hors de leur contrôle, mais qui peuvent néanmoins être activés subjectivement et réappropriés pour accomplir de nouvelles tâches. Cela peut tout inclure, du genre à la race, de l’occupation à l’âge, de la géographie à la mémoire, aussi bien que toute combinaison de ces déterminants.
En fait, au grand désarroi des socialistes dogmatiques qui ne peuvent penser qu’en termes de « conscience de classe », dans la plupart des cas, les individus ne se rassemblent pas sur la base d’un quelconque sentiment abstrait d’unité de classe. Cela ne les rend pas moins authentiques. Si des jeunes pauvres et noirs, terrorisés par la police, décident de se regrouper pour lutter contre la brutalité policière, et le font principalement sur la base de la race plutôt que de leur origine sociale, qu’il en soit ainsi. La composition se produit, que les socialistes le veuillent ou non. Et elle se produit souvent d’une manière sur laquelle les organisateurs socialistes ont peu de contrôle.
Cela ne veut toutefois pas dire que la composition est spontanée. Comme Rodrigo Nunes l’explique : « Pensez à la manière dont une action ‘spontanée’ se matérialise. Une personne parle à une autre, qui parle à une autre, qui parle à une autre. Soudain, une idée émerge qui circulera probablement avant qu’on puisse la verbaliser. Une assemblée est convoquée, l’idée est présentée : certains quittent la salle, d’autres trouvent des failles, puis quelqu’un propose une nouvelle idée. Un court texte est rédigé, une nouvelle réunion est organisée, et ainsi de suite. Notre exemple démontre que la spontanéité ne signifie pas que des comportements uniformes s’actualisent en même temps chez chacun : la spontanéité commence quelque part ; il y a toujours quelqu’un pour l’organiser. » Et ça ne veut pas dire qu’il faut toujours que ce soient les mêmes qui organisent, ou que cette organisation dépende du génie de quelques individus exceptionnels. La meilleure manière d’envisager ce phénomène provient encore de la microsociologie de Gabriel Tarde : il faut des « inventions » proposées par certains individus pour qu’il se passe quelque chose de nouveau, mais ces inventions ne sont rien d’autre que la recombinaison de tendances déjà présentes autour d’eux.
Autrement dit, la spontanéité pure n’existe pas. Derrière chaque initiative « spontanée » nous retrouvons des multitudes de couches d’organisation cachée. Certaines sont héritées et émulent d’autres modèles organisationnels, alors que d’autres se matérialisent dans le feu de la lutte, ce qui constitue alors des sauts novateurs. Dans tous les cas, les forces sociales sont organisées et fondées dans des organisations. Après tout, les forces sociales ne peuvent qu’exister en action, en lutte, en mouvement vers un but spécifique, en réponse à un problème politique commun. Et la seule manière de coordonner la capacité d’agir, de construire la force nécessaire à concrétiser une solution à ce problème, c’est l’organisation.



L’articulation
Bien sûr, les forces sociales n’existent pas en isolation. À tout moment, il y a des centaines, sinon des milliers, de forces sociales impliquées dans la lutte.
Mais tout comme les individus demeurent cloisonnés, les forces sociales se tiennent aussi à distance les unes des autres. C’est en partie parce qu’elles ont déjà tellement de difficultés à rester unies que même penser à se coordonner avec une autre force distincte dépasse simplement leurs capacités.
Les forces sociales divergent tellement en taille, style, composition, et objectifs qu’au premier coup d’œil elles peuvent sembler étrangères les unes aux autres. Différentes forces sociales peuvent vouloir lutter contre un nouveau projet de développement dans leur quartier, contre la brutalité policière dans leur ville, contre une loi d’état homophobe précise, contre le sexisme quotidien des hommes dans cette communauté, contre la politique d’admission de ce collège, ou encore contre les salaires déplorables de cette entreprise. Qu’est-ce que toutes ces réalités peuvent bien avoir en commun?
Cela dit, malgré l’inertie structurelle qui pousse à la méfiance, à l’atomisation et à la compétition, il arrive que des forces sociales diverses se rassemblent. Cela se produit parfois, par exemple, lorsque différentes forces adoptent des cadres de subjectivation similaires, affrontent un ennemi commun, agissent dans le même lieu, poursuivent des objectifs liés, ou partagent certains membres.
Si la composition désigne la manière dont des individus se rassemblent en forces sociales, l’articulation renvoie aux façons dont ces forces sociales se combinent pour former des unités. Et si la composition est un processus difficile, l’articulation représente un défi encore plus grand. Harmoniser une multitude d’intérêts, d’expériences, de parcours et d’objectifs sur une période prolongée, construire l’unité tout en prenant en compte les différences réelles, est un travail extrêmement ardu. C’est pourquoi ce type d’articulation est assez rare et ne dure souvent pas longtemps. Mais lorsqu’elle se produit, l’unité ainsi articulée accroît considérablement sa capacité à réaliser des transformations profondes.
En fait, ce rassemblement de multiples forces sociales est la plus grande menace à l’ordre capitaliste actuel. Il est plus terrifiant qu’une récession, qu’une pandémie virale, ou qu’une guerre. C’est en quelque sorte la seule chose qui saurait supplanter l’état actuel des choses, et le bloc dirigeant le sait. C’est pourquoi, comme Nicos Poulantzas l’a avancé il y a des années, l’une des fonctions principales de l’État n’est pas seulement d’articuler les forces sociales qui forment le bloc hégémonique, mais de désarticuler toute force sociale qui s’y oppose.
L’État parvient à accomplir cette tâche de toutes sortes de manières. En s’appuyant sur ses ressources supérieures, l’État peut tout simplement attendre que tout passe, en tenant ferme jusqu’à ce que cette unité articulée s’effondre d’elle-même. Mais s’il semble que cette unité des forces sociales s’avère persistante, l’État peut intervenir directement. Il sèmera des divisions entre les forces sociales constituantes en les montant les unes contre les autres, accordant ici des concessions, exerçant là un peu de répression. Il mobilisera toutes ses forces pour isoler le bloc d’opposition, l’empêcher de s’étendre ou de se lier à d’autres forces sociales. Il cultivera les soupçons, brandira le spectre d’agitateurs extérieurs et exacerbera toute division identitaire possible. Il récupérera l’agenda, contrôlera le discours, domestiquera les revendications et fera des promesses creuses, réduisant en définitive la lutte politique autonome à des solutions technocratiques inefficaces.
De ces manières, et plusieurs autres, l’État désarticulera l’unité des forces sociales, et ensuite décomposera les forces sociales elles-mêmes. Là où il y avait déjà une lutte unie, il y aura des forces sociales qui se battront entre elles. Là où il y avait des sujets collectifs luttant pour résoudre des problèmes communs, il n’y aura que des individus cloisonnés. Pour faire bonne mesure, l’État recomposera parfois ces individus atomisés en collectivités factices, telles que la « classe moyenne américaine », la « classe ouvrière blanche » ou encore la « communauté noire ». Contrairement aux forces sociales en lutte, ce sont des entités passives où tout le monde est divisé, où personne n’a de réelle autonomie, et où des leaders désignés par l’État disent aux autres quoi penser et, surtout, comment voter. Ce ne sont pas des groupes de personnes en train de construire de nouvelles subjectivités, mais des individus interpellés par l’État comme une identité statique. Ce ne sont pas des collectifs vivants travaillant à travers leurs différences, mais des abstractions homogènes qui cachent de vraies divisions internes. Les gens sont unis, mais uniquement dans leur séparation.
Voilà le plus important problème politique pour tous ceux qui souhaitent transformer le monde. La seule manière d’apporter des transformations profondes est d’articuler plusieurs niveaux d’unité. L’ordre établi est conçu pour imposer des solutions individuelles à des problèmes d’ordre social, pour décomposer les forces sociales lorsque le peuple s’unit en collectivité, pour désarticuler sans merci toute unité des forces sociales en quête d’un objectif plus large, et pour divertir l’aspiration sincère à une vie commune en catégories passives qui ne font que reproduire le statu quo. Si on laisse les choses suivre leur cours, la désunion, la séparation, l’atomisation et la concurrence deviennent la norme.
Devant cet ardent défi, des générations de socialistes se sont demandé, que faire? La réponse historique à cette question fut : « le parti ».


Le parti
Le « parti » – ou, le plus souvent, les partis – est une organisation comme une autre, mais avec des fonctions particulières.
Alors que toutes les organisations existent pour coordonner la capacité collective d’agir, les partis coordonnent le vaste champ d’organisations créées par l’auto-activité des forces sociales. En tant que facilitateur des efforts organisationnels de ces forces sociales diverses, le parti a été imaginé comme une sorte de méta-organisation. Pour le dire autrement : si l’État est le grand dés-articulateur, le parti est le grand articulateur.
Un parti peut certainement aider à catalyser la formation de forces sociales, mais comme tout organisateur expérimenté vous le dira, à moins qu’il n’y ait déjà un désir de changement, une volonté de se rassembler pour lutter, tout effort d’organisation restera lettre morte. En réalité, dans la plupart des cas, le rassemblement des individus en une force sociale se fait en grande partie indépendamment de tout parti, et dépasse souvent en créativité tout ce qu’un parti aurait pu imaginer. Les soviets, par exemple, n’ont pas été inventés par les Bolcheviks, mais par les forces sociales en lutte.
Pour cette raison, la tâche principale du parti n’est en réalité pas de créer des forces sociales, mais plutôt de faciliter leur regroupement en une unité plus large. Bien sûr, comme je l’ai déjà mentionné, certaines de ces forces sociales peuvent chercher à former des alliances de manière indépendante, mais leur convergence n’est pas automatique, et dans la plupart des cas, les efforts pour se coaliser échoueront. Le parti agit donc comme une sorte d’élément liant, cherchant à trouver un moyen de rassembler des forces sociales diverses et de les maintenir unies, malgré les nombreuses tendances qui les tirent dans des directions opposées. Et différents partis développeront différentes stratégies pour rendre cela possible.
Voilà un dur travail. Le parti doit trouver une manière créatrice d’unifier une énorme diversité d’expériences, de formes de lutte et de buts politiques en une unité qui persiste, tout en préservant les réelles différences. Comment cela est possible dépend de la conjecture spécifique, et il n’y a pas de formule abstraite que nous pouvons copier/coller à plusieurs endroits et moments. Mais une chose est sûre : l’unité ne se crée pas parce que le comité central du parti convoque tous les responsables de ces forces sociales dans une salle de conférence à moitié éclairée pour négocier des accords en coulisses. C’est ainsi que l’État articule un bloc hégémonique.
À l’inverse, l’unité du parti vient d’en bas, et uniquement par la lutte. Comme l’écrivait Amílcar Cabral il y a longtemps, la seule manière d’accroître sa capacité de lutter est de construire l’unité, mais « pour avoir l’unité, il est aussi nécessaire de lutter. » Les forces sociales ne se rejoignent que lorsqu’il y a un enjeu réel, lorsque leurs membres voient que s’allier à une autre force est indispensable pour atteindre leurs objectifs. La lutte forge la confiance, le respect et l’assurance; sans cela, il ne peut jamais y avoir de véritable articulation. Le rôle du parti est d’aider à rendre cette rencontre possible, comme l’agronome mène deux ruisseaux à s’unir en une puissante rivière.
Bien sûr, le parti fait cela en s’impliquant vraiment dans ces différentes luttes. Et par « s’impliquer », je ne parle pas d’entrisme cynique pour recruter, je parle de construire de vraies racines. Si un parti n’a pas d’ancrage, sa tentative d’unifier les forces sociales sera rejetée, et ses organisateurs seront tournés en dérision et expulsés en tant qu’acteurs externes sans emprise sur la réalité. C’est pour ça que, même s’il ne crée pas directement les forces sociales, un parti doit toujours s’engager avec elles, rejoindre leurs luttes, les prendre au sérieux, avec respect et patience, et surtout, apprendre d’elles. Plus un parti est ancré, mieux il comprend ces forces sociales, plus il est lié à des organisations autonomes, plus sa composition deviendra diversifiée, et plus il sera un articulateur efficace.
Et plus un parti est fort, plus sa capacité à articuler des forces à travers de grandes distances sociales est grande, de la ville à la région, jusqu’au pays entier, et à terme à travers plusieurs formations sociales. Après tout, l’articulation n’est pas seulement un problème local, c’est un problème global. Tout comme l’État cherche à désarticuler l’unité sur un terrain politique national inégal, l’impérialisme travaille à démanteler l’unité au-delà des frontières, isolant les mouvements et opposant les luttes les unes aux autres. C’est ça, le vrai sens de l’internationalisme : le processus par lequel des forces sociales distinctes issues de plusieurs formations sociales se rassemblent en une unité, parfois appelée une « internationale ».
La composition est un processus délicat, et les forces sociales sont fragiles, beaucoup d’entre elles apparaissant et disparaissant, comme des châteaux de sable construits le matin pour s’effondrer face au vent sec du soir. En combinant la force de plusieurs forces sociales, les luttes articulées deviennent plus durables, mais elles aussi finissent presque toujours par s’arrêter – atteignant leurs limites, perdant de l’élan, succombant à des tensions internes ou noyées sous une répression vigoureuse.
D’une certaine manière, ce schéma cyclique est à prévoir. « Il ne faut pas imaginer la révolution elle-même comme un acte singulier », écrivait Lénine. « La révolution sera une succession rapide d’explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases de calme plus ou moins profond. » Une insurrection populaire un mois, puis une démobilisation apparemment totale le mois suivant. Les luttes connaissent des va et viens, les organisations apparaissent et disparaissent.
Les forces sociales dominantes dans l’État, elles, cherchent à aller plus loin : non seulement faire échouer ces vagues de contestation, mais les effacer de l’histoire, comme si elles n’avaient jamais existé. Elles mobiliseront des ressources colossales pour réécrire l’histoire, falsifier les preuves, marginaliser tous les récits qui ne correspondent pas à leur version officielle. Leurs efforts sont si impressionnants qu’elles réussiront même à convaincre ceux qui ont participé à ces luttes merveilleuses qu’elles n’ont jamais eu lieu, ou qu’elles visaient des objectifs réformistes, ou qu’elles étaient mauvaises dès le départ. En quelques années, peut-être une décennie, le souvenir de ces exploits disparaîtra. L’histoire des communistes noirs internationalistes, effacée. L’histoire des syndicats ouvriers militants, pleins d’immigrants coopérant dans ce qui sont aujourd’hui des États rouges, effacée. L’histoire des luttes multi-raciales acharnées contre le racisme, effacée.
La deuxième fonction articulatoire du parti, alors, est de combattre cette révision en apportant un degré de continuité entre différentes luttes à travers du temps. Son action, écrivait John Watson, l’un des membres fondateurs de la Ligue des ouvriers noirs révolutionnaires (League of Revolutionary Black Workers), « pourrait offrir un pont entre les sommets d’agitation. » Cela aide à canaliser l’énergie de ces luttes, à préserver leur mémoire, à dresser des bilans, et à créer un espace de réflexion. Le parti est la mémoire historique de ces luttes, un dépositoire de toutes ses formes organisationnelles, un rolodex de ces vastes réseaux de contacts. C’est une archive vivante, remplie d’activistes intrépides qui se sont battus lors des vagues antérieures et qui se préparent pour la prochaine.
Le parti, alors, ne s’occupe pas seulement d’articuler des forces sociales diverses lors d’une montée d’agitation, dans la foulée des coups; il aide à garder le flambeau allumé pour la prochaine. Alors que la plupart des organisations de combat sont éphémères, surgissant pour résoudre un problème puis disparaissant, le parti s’efforce de rester toujours actif, pendant ces explosions où des milliers de personnes se retrouvent soudain à faire de la politique pour la première fois, et pendant ces périodes de relative stabilité, quand les choses reviennent, pour ainsi dire, à la normale.
Le parti joue une fonction d’articulation finale, qui est de donner une voix à un contenu politique précis. L’activité autonome des personnes en lutte identifie des problèmes sociaux importants, crée de nouvelles formes d’organisation, et dans certains cas même une vision positive du changement.
Hélas, dans la plupart des cas, ces formes organisationnelles n’avanceront pas spontanément un contenu socialiste cohérent. Leurs membres ne se sont probablement pas assemblés en tant que socialistes, mais en tant que travailleurs de la construction en colère, en tant que courageux activistes trans, en tant que jeunesse immigrante désespérée, ou en tant que mères inquiètes militant pour des revendications spécifiques.
En fait, si les forces sociales élaborent un projet politique, celui-ci n’est le plus souvent pas de nature socialiste. Les afro-américains peuvent s’insurger du racisme dans leur ville, mais le mouvement peut aussi s’orienter vers le support pour les capitalistes noirs. Les ouvriers d’une manufacture en Ohio peuvent être révoltés par leur licenciement, mais ils peuvent choisir d’en rejeter la faute sur les immigrants. Des immigrants récents peuvent s’unir pour agir face à la criminalité dans leur quartier, mais ensuite décider de soutenir un renforcement de l’intervention policière contre d’autres minorités. Il n’existe donc pas, autrement dit, de lien automatique entre la constitution d’une force sociale et la lutte pour le socialisme.
C’est en grande partie parce que nous n’existons pas dans un vide politique. Des courants concurrents font de leur mieux pour attirer les forces sociales vers leurs propres projets. Et derrière tout cela, les nombreux appareils idéologiques de l’État cherchent constamment, de notre naissance à notre mort, à neutraliser le potentiel politique de toutes les luttes possibles : transformer les initiatives autonomes en marches processionnelles, les revendications audacieuses de changements radicaux en appels modérés à la réforme, la critique systématique des structures en moralisme individualisé, l’auto-activité en simple vote. Un des objectifs centraux de tout cela est de détruire l’idée même de socialisme : la présenter comme de la violence terroriste, ou la domestiquer en assistanat social. Dans ces conditions, il y a peu de raisons pour que quelqu’un devienne automatiquement socialiste.
Le rôle du parti est d’avancer ce projet socialiste contre les tendances politiques concurrentes et, par-dessus tout, contre les méandres idéologiques des forces de l’ordre. À ce point, il est crucial de souligner d’où vient ce contenu socialiste. Il ne vient pas d’intellectuels déconnectés, mais des luttes quotidiennes des forces sociales elles-mêmes. Bien que le programme socialiste n’émerge pas automatiquement, tout prêt, de ces luttes, ses éléments fondamentaux ne peuvent se trouver qu’à cet endroit. La tâche du parti est d’écouter attentivement ces luttes, d’observer cet immense écosystème, d’apprendre profondément de ces nombreuses forces sociales pour en extraire les rudiments d’un programme politique historiquement approprié. Le parti rend ensuite ce contenu explicite, le clarifie, l’approfondit, le transforme en une forme plus systématique, puis le soumet de nouveau à ces forces sociales en lutte pour vérification. À travers leurs luttes, les forces sociales élaborent le programme, le rejettent ici, le révisent là, affinant le contenu que le parti réarticule, avant de le renvoyer à nouveau aux luttes, comme dans une sorte de spirale.
Il est maintenant clair que les trois fonctions articulatoires (rassemblement des forces sociales, la continuité dans le temps et donner voix à un contenu politique commun) sont tous connectées. L’une des principales façons pour un parti d’articuler des forces sociales diverses, par exemple, est d’élaborer un programme qui montre comment leurs luttes sont en réalité interconnectées. Mais la façon dont le parti arrive à articuler un programme cohérent est de le fonder sur les aspirations profondes des nombreuses forces sociales diverses qu’il cherche à aider à unifier.



Un instrument limité
Comme toutes les organisations, les partis n’émergent que par la lutte, et on ne peut donc jamais déterminer de manière abstraite à quoi ils ressembleront, ni comment ils réaliseront concrètement leurs fonctions d’articulation. Mais si l’on imagine le parti de cette manière, comme un articulateur, quelques conséquences s’imposent nécessairement.
Le parti n’est pas une entité fixe, mais la condensation de fonctions d’articulation en constante évolution. Devenir un parti ne consiste pas à franchir une limite numérique, à atteindre des critères structurels particuliers ou à être reconnu comme tel par l’État. Ce n’est pas une déclaration mais un acte.
Et c’est déjà en train de se produire : il y a déjà plusieurs organisations qui réalisent ces fonctions du parti à différent niveaux, même s’il ne se conçoivent pas comme un parti et ne désirent pas en devenir un. Par exemple, le syndicat des enseignants de Chicago ou les chapitres locaux de Black Lives Matter. Le DSA ne monopolise pas cette question à elle-seule.
Le parti ne peut pas s’obstiner à se concentrer sur une seule lutte, force sociale, ou forme organisationnelle. Bien que le parti devrait certainement se sentir libre de juger la conjecture et déterminer d’où émergent les luttes et y mobiliser des ressources, il ne peut pas non plus s’entêter sur une lutte unique, il doit demeurer attentif à toute agitation potentielle. Lénine l’exprimait clairement : « le communisme surgit de tous les points de la vie sociale; il fleurit résolument partout » et parfois « dans les lieux les plus inattendus ».
L’insurrection politique peut avoir une multitude de déclencheurs : des salles de classe sous-financées, le procès d’un violeur, un meurtre policier raciste, la construction d’un oléoduc sur des terres autochtones, la contamination de l’eau dans une ville désindustrialisée, un effondrement boursier, une fusillade dans une école, une pandémie. La vérité est que personne ne peut le savoir à l’avance, le parti doit être prêt à agir à n’importe quel moment. Au lieu d’attendre de manière myope l’émergence d’une lutte parfaite imaginée, ou de tordre les actions autonomes des personnes en mouvement pour les faire entrer dans un cadre préconçu, le parti doit rester à l’écoute du terrain. Comme l’écrivait Louis Althusser : « il ne s’agit pas d’“étendre” la politique existante, mais de savoir écouter la politique là où elle se fait. »
Pour cela, le parti doit demeurer très flexible. Il doit être prêt à abandonner une longue campagne et à se jeter dans une nouvelle explosion si nécessaire. Il doit être prêt à embracer immédiatement de nouvelles formes d’organisation, de nouvelles tactiques, de nouvelles formes de luttes. Il doit être prêt à sacrifier ses idées et en ramasser de nouvelles lorsque les conditions changent. Il doit être prêt à réécrire son programme dès que c’est nécessaire, si les développements l’exigent. Il doit être prêt à faire des compromis, à négocier, à donner aux mouvements sociaux le bénéfice du doute. Il doit être ouvert à toutes les tactiques et méthodes. Comme Daniel Bensaïd le disait pour reprendre Lénine, : « Agitez dans tous les milieux! Soyez à l’affût des solutions les plus imprévisibles! Restez prêts aux changements soudains de formes! Sachez manier toutes les armes! » Mais surtout, le parti doit être disposé à apprendre, à admettre ses erreurs et à réfléchir sur ses propres actions.
Dans ce contexte, bâtir le parti ne revient pas à accumuler graduellement ses forces selon un plan prédéterminé. Il ne s’agit pas d’attendre patiemment que les membres nous joignent et favorisent le partage du vote ainsi que notre influence législative. Cette conception d’une croissance lente suppose un progrès linéaire, une vision du temps selon laquelle on peut espérer que le futur soit plus ou moins le même que le présent, un temps vide, homogène, ponctué de rituels, de cycles électoraux qui porteraient le lent développement du parti. Ce temps du « progrè
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Réconciliation™
Que reste-t-il et qu'adviendra-t-il de la « réconciliation » ? À l'occasion du mois de l'histoire des peuples autochtones, tenons nos gouvernements responsables des détournements sémantiques qui leur servent à faire avancer leurs intérêts économiques et ceux de leurs partenaires de l'industrie extractive.
La Commission de vérité et réconcilitation (CVR), qui s'est tenue de 2008 à 2015, avait pour mandat d'étudier l'héritage des pensionnats autochtones au Canada, d'entendre les témoignages de survivant·es des pensionnats et d'en informer l'ensemble de la population canadienne. Au bout de six années d'audiences, la CVR publie son rapport contenant ses 94 appels à l'action. L'un d'entre eux demandait la tenue d'une enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Huit ans après le dépôt du rapport final de la CVR, seuls 13 des 94 appels à l'action ont été complétés. Devant la stagnation de la situation, le Yellowhead Institute, seul institut de politique publique au Canada à être dirigé par des chercheur·euses autochtones, a annoncé en décembre dernier mettre un terme à sa série de publications annuelles faisant état de la complétion des appels à l'action.
L'Institut dénonce par la même occasion cinq barrières à la réconciliation : le paternalisme des politicien·nes, des bureaucrates et des législateur·rices, la discrimination structurelle envers les Autochtones, le prétexte de « l'intérêt public » pour justifier l'exploitation des territoires autochtones, l'insuffisance des ressources et la montée en popularité d'un discours de la « réconciliation économique ».
Au Québec, il y a lieu d'être vigilant·es devant les déclarations d'Hydro-Québec, qui dit vouloir adopter une démarche de réconciliation économique avec les Premières Nations. Selon le plan d'action 2023 d'Hydro-Québec, cette réconciliation économique prendrait la forme de partenariats financiers et de représentation et de concertation dans le cadre des projets de développements hydroélectriques. Le modèle demeure le même : harnacher de nouvelles rivières, notamment sur la Côte-Nord, ce à quoi bien des communautés innues s'opposent, en vue d'atteindre les objectifs d'électrification promus par la CAQ. C'est le cas des Innu·es d'Unamen Shipu avec la rivière du Petit Mécatina, où Hydro-Québec aurait mené des survols du territoire malgré l'opposition de la communauté.
Si ce discours met de l'avant le développement et le partage des ressources naturelles ainsi que le partage des profits, dans les mots des chercheur·euses du Yellowhead Institute, « il est clair que la réconciliation économique n'est pas une restitution des territoires ni la mise en œuvre du type de réparation significative que demandent la Convention des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ou le Livre rouge du Yellowhead Institute, Cash Back. […] La réconciliation économique est un nouvel outil servant à creuser des oléoducs, des mines, des dépotoirs nucléaires, des bassins de résidus de gaz bitumineux autorisés par des « partenariats » et des « accords de partage de la ressource » avec des Premières Nations et des communautés métis et inuit. »
Photo : André Querry

Un réseau de médias de gauche
En novembre 2022 [1], une dizaine de revues progressistes se sont donné rendez-vous pour constituer le Regroupement des médias critiques de gauche, un réseau de discussion, de partage et de mise en commun par et pour les médias écrits de gauche du Québec. Aujourd'hui, qu'en est-il de cette initiative ? À la découverte de ce projet et de ses activités.
Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Plus particulièrement, il s'intéresse aux enjeux et défis que nos médias rencontrent, ainsi qu'aux stratégies logistiques et politiques à mettre en œuvre au bénéfice du Regroupement et de ses idées. Nous comptons actuellement 15 médias membres participants, auxquels s'ajoutent deux membres observateurs et plusieurs médias alliés faisant partie d'un large réseau de collaborateur·rices. Pour le RMCG, le travail médiatique aspire à une transformation sociale animée par une volonté de mettre fin aux différents systèmes d'exploitation et formes d'oppression, et d'œuvrer pour l'établissement d'une société plus solidaire et égalitaire. Nous concevons que ces valeurs justifient le choix des sujets abordés, la manière dont on les traite et les personnes sollicitées pour les développer. Globalement, les médias du Regroupement s'appuient sur le travail collaboratif de militant·es, professionnel·les des sciences sociales et humaines [2] ainsi que de personnes et communautés directement concernées par les sujets traités, pour la plupart sur une base bénévole.
Notre engagement
Nous pensons que les médias se doivent de fournir les outils de compréhension nécessaires pour transformer nos sociétés. À cet effet, le mythe et le choix de la neutralité journalistique contribuent à faire le lit d'un système qui détruit notre environnement et reproduit les inégalités socio-économiques. Notre vision du journalisme relève du militantisme, et tranche avec la vision établie d'un journalisme prétendant à la neutralité tout en suivant les cadres d'un modèle d'affaires [3]. Notre but est de nourrir le débat public, un principe au fondement d'une mise en œuvre concrète et directe de la démocratie.
Nos projets
On peut déjà le constater : l'existence du Regroupement contribue à dynamiser le réseau des médias critiques du Québec. Il a favorisé, entre autres, la mise en commun de ressources afin de promouvoir les événements des médias membres, la concertation logistique pour la réalisation de nos lancements respectifs, l'échange de réflexions sur les contenus et la mobilisation autour d'enjeux politiques ou de société (notamment autour de la mise à pied des employé·es de la revue Relations). De plus, afin de contrer la censure du groupe Meta sur le contenu généré par les médias canadiens, le RMCG a mis sur pied un site colligeant les publications de nos médias membres (gauche.media). Il agit comme un agrégateur et un carrefour donnant accès à l'ensemble de nos productions médiatiques depuis janvier 2023.
L'avenir du RMCG
Le Regroupement continue de se construire et de se formaliser au gré des rencontres en suivant une philosophie d'organisation collective et démocratique. Depuis mars 2024, le RMCG s'appuie sur un comité de liaison constitué de quatre membres, et dont le mandat vise à développer et à promouvoir les activités du regroupement ainsi qu'à faciliter les communications internes.
Nous entrevoyons la tenue d'un deuxième rendez-vous dans les prochains mois. D'ailleurs, la mobilisation n'est pas terminée : le rôle de catalyseur du RMCG ne fait que commencer. Vous faites partie d'un média qui se définit comme étant à gauche ? On vous invite à nous contacter pour échanger sur vos projets en lien avec nos activités.
Enfin, le Regroupement tient à féliciter tous·tes les membres et bénévoles de la revue À bâbord ! pour sa contribution à la critique sociale au Québec depuis maintenant 20 ans. Bonne continuation au collectif de rédaction de la revue !
[1] À ce propos, nous vous invitons à lire l'article « Rendez-vous des médias critiques de gauche » paru dans le numéro 95 d'À bâbord ! : www.ababord.org/Rendez-vous-des-medias-critiques-de-gauche
[2] Diplômé·es, travailleureuses communautaires, enseignant·es, chercheur·euses, etc.
[3] À ce propos, nous vous invitons à lire notre texte collectif paru dans le numéro 47 de la revue Le Trente publiée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et sous la direction de L'Esprit libre.
Suivez le RMCG sur https://gauche.media
2003-2008 : Retour vers le futur
En relisant les numéros des cinq premières années d'À bâbord !, un certain sentiment d'impuissance pourrait se dégager de l'exercice. À bâbord ! est née en même temps que l'arrivée au pouvoir du gouvernement Charest et sa réingénierie de l'État. Vingt ans plus tard, on pourrait croire qu'on fait du surplace ou qu'on régresse.
En effet, les numéros des cinq premières années d'À bâbord ! abordent les mêmes thèmes qui nous préoccupent aujourd'hui, comme la crise du logement et du système de santé, « l'assaut néolibéral contre l'université », les PPP, les liens entre « Pauvreté et contrôle social », les dangers des « technologies du vivant », les « droits et libertés en péril des personnes réfugiées », le « lobby pro-israélien et la politique étrangère canadienne » et, malheureusement, à pratiquement tous nos numéros, la Palestine…
Il y a vingt ans, À bâbord ! critiquait le « programme néolibéral pur et dur » de l'ADQ, alors qu'aujourd'hui il suffirait de changer une lettre pour que ce soit celui de la CAQ. On analysait la « révolution du bon sens » du gouvernement Harris ; on parle maintenant du « gros bon sens » de Poilièvre. On parlait déjà du « reniement social-démocrate » du PQ et du « virage à droite des élites politiques québécoises » ; on en parle encore. À force de virer à droite, on tourne en rond.
Et pourtant, À bâbord ! ne fait pas qu'analyser ce qui ne va pas. Nous avons aussi combattu les nombreux systèmes de domination, depuis la perspective et avec celles et ceux qui résistent. Si les nombreux virages à droite de nos élites doivent continuellement se répéter, c'est parce que cette résistance est non seulement parvenue à empêcher la privatisation « pure et dure » de nos services publics ou la dépossession de nos richesses naturelles et humaines, mais aussi à potentialiser des projets émancipateurs porteurs d'histoire.
Nous avons cherché à « Démocratiser radicalement la démocratie » en explorant des « alliances entre ‘radicaux' et ‘modérés' ». Nous nous sommes solidarisé·es avec l'historique « Grève étudiante de 2005 », avec le mouvement syndical ou le « mouvement communautaire autonome ». Dans la même veine, nous avons procédé à une « critique sociale des médias et du journalisme » et nous avons exploré les relations entre « Agriculture et souveraineté alimentaire », « Transports, écologie et changement social », ne serait-ce qu'avec « L'énergie du désespoir »…
À la crise du logement, nous avons opposé des mouvements revendiquant le « droit à la ville ». En montrant comment « L'eau, c'est politique », notamment en fonction de sa privatisation, nous avons aussi montré comment les populations de la Bolivie, de Soweto, du Québec ou d'ailleurs sont parvenues à la préserver en tant que « commun ». Nous avons montré comment le « droit à l'hospitalité » des personnes réfugiées peut devenir le vecteur d'une « citoyenneté en marche ». Pour faire un contrepied à l'hégémonie de la droite, nous avons suivi de l'intérieur les développements de l'UFP, de « D'abord Solidaires », de Québec solidaire et de plusieurs autres expériences de « municipalisme libertaire » ou de « démocratie participative ».
C'est dans ce contexte d'une participation organique avec les mouvements sociaux et, en l'occurrence, féministes qu'À bâbord ! a dû faire face à un SLAPP pour l'article de Barbara Legault, « Des hommes contre le féminisme », que nous reprenons dans ce numéro anniversaire, étant donné l'importance que cette judiciarisation de la lutte a eu dans l'histoire de la revue. Heureusement, grâce à la solidarité de tous ces groupes et militants avec qui nous luttions, Andy Srougi perd son procès contre À bâbord ! et Barbara Legault. Respectivement, ces deux textes ont été publiés dans le numéro 16 d'automne 2006 et dans le numéro 18 de l'été 2008.
Dès ses débuts, À bâbord ! se distingue aussi par une volonté de ne pas dissocier la culture de l'analyse sociale et politique. La couverture du premier numéro attirait l'attention par une caricature du premier ministre récemment élu, Jean Charest, visage joufflu et sourire niais. L'endos ne laissait pas sa place, avec une dérision de G.W. Bush, en « virus du nul occidental ». Souvent utilisée pour l'ironie, l'endos de la revue servait aussi à laisser toute la place à des illustrations. La plupart des premiers dessins étaient l'œuvre de Shrü et nous le remercions grandement pour cette collaboration déterminante. D'autres apports comme Charb (de Charlie Hebdo), « les Rémillard » (Louis et Denis), Frédéric Guimont, Charlotte Lambert, Chloé Germain-Thérien et plusieurs autres, ont fini par constituer un petit collectif de dessinateur·trices. Ce collectif informel s'est déstructuré avec le temps, mais il se recompose actuellement sur de nouvelles bases. Pour rendre compte de la place de la culture dans les réflexions de la revue, nous reproduisons à la page 38 un court texte de Ricardo Peñafiel, intitulé « Fétichisme et marchandisation de la culture », paru dans le dossier du numéro 12 (hiver 2006), Les non-lieux de la culture.
Ricardo Peñafiel est professeur associé au département de sciences politiques de l'UQAM et ancien membre du collectif.
Iran : une solidarité sous tension
Ubisoft Halifax a fermé quelques semaines après l’arrivée d’un syndicat
« Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » : Le fantôme de David Graeber peut-il nous aider à comprendre un premier ministre économiste de haute envergure ?

Soulèvement iranien et menace d’intervention américaine
On part du principe de solidarité entre les peuples et leurs luttes par en bas ? Ou du point de vue du « campisme des bloc contre bloc » et des rivalités par en-haut qui nous invite à appuyer le régime devant l'intervention étrangère ?
Je vous avertis : ça sera un peu long… Mais il faut qu'on essaie ensemble d'y voir clair. Et cela demande un peu de patience si on veut comprendre les points de vue qui s'opposent.
Depuis deux semaines le peuple iranien est de nouveau en soulèvement. L'étincelle est venue cette fois du bazar de Téhéran, où les commerçants plus modestes ont lancé la ronde des premières manifestations qui ont rapidement tourné d'abord en révolte contre la cherté du coût de la vie. En quelques semaines, la dévaluation de la monnaie nationale a vu le coût des denrées de base être multiplié par quatre.
J'ai affiché la semaine dernière sur cette page un appel à manifester en solidarité avec le peuple iranien et contre la dictature des mollahs. Plusieurs - dont Khalil, Hussein, Marianne, Caroline et quelques autres – ont soulevé des interrogations pertinentes. Comment se porter en appui à un soulèvement qui semble donner prétexte à une intervention américaine, en parfaite complicité avec Israël ? Comment articuler une solidarité face à un mouvement foncièrement populaire en Iran, dans un contexte où des puissances étrangères hostiles (États-Unis, Israël) pourraient chercher à instrumentaliser cette lutte à leurs propres fins géopolitiques ou même impériales ?
Ce n'est pas depuis deux semaines mais depuis 135 ans que le peuple iranien lutte contre le despotisme monarchique et religieux.
Le peuple iranien possède une longue tradition de lutte pour la liberté et la justice, forgée au cours de plus d'un siècle de confrontations avec des régimes autoritaires. Au XIXe et au début du XXe siècle, la dynastie Qadjare, affaiblie et corrompue, a dû faire face à des mouvements populaires, dont la révolte contre l'octroi du monopole de la production et de la vente du tabac en 1891. Puis la Révolution constitutionnelle de 1905-1911, première révolution majeure du monde musulman, qui a imposé la création d'un parlement et une monarchie constitutionnelle, marquant une aspiration profonde à l'État de droit et à la souveraineté nationale, bien que ses acquis aient été par la suite sans cesse remis en cause par des figures autoritaires monarchiques ( Reza Pahlavi, puis son fils) ou religieuses (Khomeyni et son successeur Khamenei). L'instauration de la dynastie Pahlavi par Reza Chah en 1925 a remplacé le pouvoir féodal prévalent par un État-nation attaché à une modernisation accélérée mais ultra-autoritaire. Son fils, Mohammad Reza Pahlavi, a poursuivi cette politique de modernisation par le haut, réprimant toute opposition politique. Le mécontentement généralisé face à la dictature séculière, à l'injustice sociale, à la corruption et à l'aliénation culturelle a conduit à une coalition hétéroclite autour de la figure Khomeiny.
La Révolution de 1979 a ainsi renversé la monarchie, portée par une mobilisation populaire massive et un idéal de liberté et de justice sociale. Mais le grand Ayatollah et son entourage ont rusé de mille façons pour en détourner le sens. La République islamique a remplacé la dictature séculière par une théocratie autoritaire et répressive. La répression des opposants (gauche, libéraux, nationalistes, Moudjahidine du Peuple), la guerre Iran-Irak (1980-1988) et la mise en place d'un système fondé sur l'autorité suprême du théocrate (velayat faghih) ont verrouillé le pouvoir entre les mains du clergé et des Pasdran (Gardiens de la Révolution) qui exercent une dictature effective. La promesse de liberté s'est estompée au profit d'un contrôle social rigide, d'une idéologie étatique rigoureuse et de la suppression systématique des dissidences. Le peuple se retrouve maintenant devant une théocratie liberticide, économiquement inégalitaire, administrativement incompétente et corrompue à un degré rarement atteint dans l'histoire du pays.
Depuis 47 ans, le peuple iranien n'a cessé de contester ce régime, avec une base de plus en plus large de mécontentement populaire. Les iraniens n'ont eu cesse de démontrer que leur aspiration à la liberté et à la souveraineté populaire n'est pas éteinte. Le mouvement estudiantins de 1999 réprimé dans le sang, notamment par le président actuel du parlement, la vaste révolte "verte" de 2009 suite à une élection truquée, les soulèvements économiques et sociaux en 2017-2018 dont la répression a fait près de 1500 morts, et enfin l'insurrection Femme-Vie-Liberté déclenchée par la mort de Mahsa Amini en 2022, illustrent que le leitmotiv de la révolution de 1979 est toujours vivant : « indépendance – liberté - démocratie » une résilience et une soif de justice et de liberté inébranlables. Et ces mots ne sont pas de veines Chaque génération, à sa manière, reprend le flambeau de la révolte contre l'oppression, qu'elle soit monarchique ou théocratique, poursuivant ainsi son long chemin vers la dignité et la liberté.
La révolution iranienne en 1979 était une révolution d'une ampleur sans précédent dans le but de renverser le régime monarchique du Chah.
Au départ le leitmotiv qui revenaient dans les manifestations était : « Indépendance – Liberté – démocratie ». Quand Khomeyni, exilé en Irak depuis 1963 a trouvé refuge en France en 1978 – la presse occidentale (et particulièrement la BBC) lui a donné une tribune et une couverture inouïe. Khomeyni avait le clergé religieux sous son contrôle et d'immenses ressources financières. Les courants religieux fondamentalistes étaient peu ou pas traqués par la police politique du Chah qui leur avait laissé le champ libre pour mieux saper l'opposition laïque, qu'elle soit nationaliste ou socialiste.
Résultat, la révolution iranienne a subi graduellement une opération de prise de contrôle par Khomeyni à partir de l'été 1978 (et qui a culminé ouvertement avec la conférence de Guadeloupe réunissant les 4 puissances occidentales). Le slogan rassembleur de départ a été modifié – souvent par la répression brutale des groupes islamistes au sein même des cortèges de manifestants - pour imposer la volonté de Khomeyni : « Indépendance – Liberté – République islamique ». Le reste est l'histoire d'une révolution dévoyée, où une large partie de la population a dès le départ manifesté son opposition à ce pouvoir usurpateur. Au cours des 25 dernières années seulement, 5 soulèvements de grande ampleur ont été réprimée dans le sang. Le régime offre sans cesse la même explication : après moi le déluge car il y a menace étrangère (Irak, Israel, USA) !
Le régime est très habile et a bien intégré une rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste car il comprend bien l'utilité et la valeur d'avoir de « bons ennemis que la population déteste » pour justifier sa répression sanglante pour se maintenir au pouvoir. La recette est connue depuis la nuit des temps.
Le peuple iranien avait des raisons historiques de détester l'ingérence américaine dans ses affaires et de se méfier et détester ses alliés que ce soit Israel ou le pouvoir en place en Arabie saoudite. Aujourd'hui, le rejet et la détestation de 47 ans de dictature religieuse en Iran est tel que le sentiment prévalent parmi de larges couches de la population iranienne s'est malheureusement retourné contre le peuple palestinien et des autres peuples victimes de l'impérialisme américain.
L'instrumentalisation de la lutte légitime du peuple palestinien par le régime, son antiaméricanisme primaire motivé surtout par un atavisme anti-occidental obscurantiste et non pas motivé par une véritable opposition de principe à la domination et à l'ingérence étrangère – que le régime a tenté d'exercer lui-même dans la région – tout cela participe à la tragédie politique qui se déroule devant nos yeux : une partie non-négligeable des gens en Iran réclame le retour de la monarchie que nous avons pourtant renversé de nos mains il y a un demi-siècle. Et chose encore plus invraisemblable : d'être indifférent, voir même ouvert à l'idée d'une ingérence étrangère du type soit-disant chirurgical comme le coup contre Maduro au Vénézuela.
Puisque le gouvernement iranien semble être dans “le camp” anti-impérialiste, ne faut-il pas l'appuyer quel que soit l'oppression, la corruption et la désintégration économique qu'il qu'il fait subir à son propre peuple ?
Tout le monde convient que dans l'absolu nous avons le devoir moral, politique, militant - appelez le comme vous le voulez- de soutenir le soulèvement du peuple iranien contre le régime théocratique, sanguinaire et misogyne - effroyablement corrompu - des Ayatollahs en Iran. Mais comment s'opposer au régime des mollahs alors qu'il se présente comme un ennemi d'Israel et des USA ? Puisque je suis moi même dans le camp pro-palestinien et anti-impérialiste, comment se fait-il que j'appelle à une marche de solidarité avec le peuple en soulèvement en Iran ?
Khameneï, le guide suprême est peut être un salopard et un dictateur sanguinaire, mais ses discours anti-sionistes et son opposition à Israël ne suffisent-ils à le pardonner de ses crimes ? Après tout il parait bien se trouver dans notre camp, celui des anti-impérialistes... ou pour paraphraser un président américain qui expliquait pourquoi il appuyait sans condition un fantoche ssanguinaire en Amérique Latine : Khaneneï '' est peut-être un fils de ..., mais c'est notre fils de...'' ! Donc s'il est de notre camp, pourquoi le critiquer ?
Non seulement parce que nous avons des principes et nous ne faisons pas de deux poids deux mesures, mais parce que comme je disais en intro, il y a d'abord un gros gros problème : Ce « camp », il n'y en a point ! C'est une fiction qui n'existe pas en terme concret qui aux yeux des anti-impérialistes devrait normalement dire un « camp socialiste » inspirant, anti-capitaliste ou à tout le moins progressiste et attaché aux principes des droits des peuples à disposer d'eux même et de disposer d'une souveraineté populaire – dont celui de changer leur gouvernement. Or le ‘'camp'' fictif de la résistance aux USA auquel les campistes font référence est de manière plus ou moins définie ou admise soit le BRICS soit une composition variable des membres du BRICS plus ou moins la Corée du Nord, la Syrie d'Assad, etc. Or, ces pays n'ont que des alliances transactionnelles fondées sur leurs intérêts, parfois assez clairement entachés de visées dominatrices. Ce n'est pas une alliance idéologique, encore moins une plateforme antiimpérialiste progressiste (Inde de Modi, Russie de Poutine etc sont des états nationalistes, capitalistes à visées expansionniste et impériale ou carrément raciste bien assumées). Là-dessus il faut absolument lire ''𝙘𝙖𝙢𝙥𝙞𝙨𝙢𝙚 : 𝙪𝙣𝙚 𝙫𝙞𝙨𝙞𝙤𝙣 𝙗𝙞𝙣𝙖𝙞𝙧𝙚 𝙚𝙩 𝙞𝙙𝙚𝙤𝙡𝙤𝙜𝙞𝙦𝙪𝙚 𝙙𝙚𝙨 𝙦𝙪𝙚𝙨𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 𝙞𝙣𝙩𝙚𝙧𝙣𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙖𝙡𝙚𝙨 de Bernard Dreano qui écrivait en 2018 :
𝑆𝑜𝑛𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑖𝑑𝑒𝑟𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 « 𝑎𝑛𝑡𝑖-𝑖𝑚𝑝𝑒́𝑟𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 », 𝑒𝑛 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑜𝑝𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑠𝑢𝑝𝑝𝑜𝑠é𝑒 𝑎̀ 𝑙'𝑖𝑚𝑝𝑒𝑟𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒e 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛́ (𝑠𝑖𝑛𝑜𝑛 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙) : 𝑙𝑎 𝑟𝑒𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒e 𝑖𝑠𝑙𝑎𝑚𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑'𝐼𝑟𝑎𝑛 (𝑒𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑓𝑟𝑜𝑛𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙'𝑎𝑙𝑙𝑖𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑛𝑜-𝑠𝑎𝑜𝑢𝑑𝑜- 𝑖𝑠𝑟𝑎𝑒𝑙𝑖𝑒𝑛𝑛e, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑓𝑎𝑣𝑜𝑟𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑎𝑢 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑛𝑒𝑜𝑙𝑖𝑏𝑒́𝑟𝑎𝑙́, 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑠 𝑖𝑠𝑙𝑎𝑚𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑖𝑖𝑡𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝐿𝑖𝑏𝑎𝑛 𝑜𝑢 𝑒𝑛 𝐼𝑟𝑎𝑘, 𝑙𝑎 𝑅𝑒𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑝𝑜𝑝𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝐶ℎ𝑖𝑛𝑒, « 𝑠𝑡𝑎𝑙𝑖𝑛𝑜-𝑡ℎ𝑎𝑡𝑐ℎ𝑒𝑟𝑖𝑒𝑛𝑛𝑒e » 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑐𝑜𝑛𝑜𝑚𝑖𝑒𝑠́ 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑙𝑎𝑐𝑒𝑒𝑠́𝑒𝑛 𝑏𝑜𝑛 𝑑𝑢 𝑡𝑟𝑒𝑠𝑜𝑟 𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛, 𝑣𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑙'𝐼𝑛𝑑𝑒 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙-ℎ𝑖𝑛𝑑𝑜𝑢𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑑𝑒 𝑀𝑜𝑑𝑖, 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑠 ré𝑔𝑖𝑚𝑒𝑠, 𝑒𝑥-𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑙𝑎𝑡𝑖𝑛𝑜-𝑎𝑚𝑒𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢𝑠, 𝑜𝑢 𝑡𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑖𝑟, 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑜𝑖𝑟𝑠 𝑘𝑙𝑒𝑝𝑡𝑜𝑐𝑟𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑓𝑓𝑖𝑒𝑢𝑥 ; 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑠û𝑟 𝑙𝑒 𝑁𝑖𝑐𝑎𝑟𝑎𝑔𝑢𝑎𝑦𝑒𝑛 𝑙𝑖𝑏𝑒𝑟𝑎𝑙́-𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒𝑟𝑣𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝐷𝑎𝑛𝑖𝑒𝑙𝑙 𝑂𝑟𝑡𝑒𝑔𝑎 𝑒𝑡 𝑅𝑜𝑠𝑎𝑟𝑖𝑜 𝑀𝑢𝑟𝑖𝑙𝑙𝑜 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑙𝑒 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑧𝑢𝑒𝑙𝑎 𝑑𝑒 𝑀𝑎𝑑𝑢𝑟𝑜, 𝑜𝑢 (𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑦𝑠) 𝑞𝑢𝑖 𝑛'𝑜𝑛𝑡 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 été́ 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠, 𝑜𝑢 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑑𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑙𝑜𝑛𝑔𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙𝑒 𝑍𝑖𝑚𝑏𝑎𝑏𝑤𝑒 𝑑𝑒 𝑀𝑢𝑔𝑎𝑏𝑒 𝑜𝑢 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙𝑎 𝑆𝑦𝑟𝑖𝑒 𝑑𝑢 𝑐𝑙𝑎𝑛 𝐴𝑠𝑠𝑎𝑑-𝑀𝑎𝑘ℎ𝑙𝑜𝑢𝑓, 𝑙𝑎 𝐵𝑖𝑒𝑙𝑜𝑟𝑢𝑠𝑠𝑖𝑒 𝑑𝑒 𝐿𝑜𝑢𝑘𝑎𝑐ℎ𝑒𝑛𝑘𝑜 𝑒𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑠𝑢𝑟̂ 𝑒𝑡 𝑎𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑙𝑎 𝑅𝑢𝑠𝑠𝑖𝑒 𝑑𝑒 𝑃𝑜𝑢𝑡𝑖𝑛𝑒…
𝐿𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑑'𝑎𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑑'ℎ𝑢𝑖 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑣𝑖𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑏𝑖𝑛𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑖𝑑𝑒𝑜𝑙𝑜𝑔𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛'𝑒𝑠𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒 𝑛𝑒𝑔𝑎𝑡𝑖𝑓d𝑒 𝑙𝑎 𝑟ℎ𝑒𝑡𝑜𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙𝑒 𝑞𝑢𝑖 « 𝑜𝑝𝑝𝑜𝑠𝑒 𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝 𝑑𝑢 𝐵𝑖𝑒𝑛 (𝑙𝑒𝑠 𝐸𝑡𝑎𝑡𝑠́-𝑈𝑛𝑖𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑚𝑜𝑐𝑟𝑎𝑡𝑖𝑒𝑠 𝑜𝑐𝑐𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑎𝑙𝑙𝑖𝑒𝑠́ 𝑑𝑢 𝑚𝑜𝑚𝑒𝑛𝑡) 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑚𝑝 𝑑𝑢 𝑀𝑎𝑙 », 𝑐'𝑒𝑠𝑡-𝑎̀-d𝑖𝑟𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑥𝑞𝑢𝑒𝑙𝑠 𝑖𝑙 𝑓𝑎𝑢𝑑𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑎𝑝𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑏𝑖𝑒𝑛𝑓𝑎𝑖𝑡𝑠 𝑑𝑢 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑛𝑒𝑜𝑙𝑖𝑏𝑒́𝑟𝑎𝑙́ - 𝑐𝑎𝑝𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑐𝑒𝑠 « 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠 » 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑎𝑛𝑡𝑒 𝑎𝑢 𝑠𝑒𝑖𝑛 𝑑𝑢 𝑠𝑦𝑠𝑡𝑒𝑚𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒. 𝑈𝑛𝑒 𝑎𝑡𝑡𝑖𝑡𝑢𝑑𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛'𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑔𝑎𝑢𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑐𝑎𝑚𝑝𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝑁𝑜𝑟𝑑 𝑜𝑢 𝑑𝑢 𝑆𝑢𝑑 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑢𝑟𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑑𝑟𝑜𝑖𝑡𝑒𝑠 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠, 𝑒𝑢𝑟𝑜𝑝𝑒𝑒𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑑𝑒 𝑀𝑎𝑟𝑖𝑛𝑒 𝐿𝑒 𝑃𝑒𝑛 à 𝑀𝑎𝑡𝑡𝑒𝑜 𝑆𝑎𝑙𝑣𝑖𝑛𝑖, 𝑑𝑒 𝑉𝑖𝑐𝑡𝑜𝑟 𝑂𝑟𝑏𝑎𝑛 𝑎̀ 𝑇ℎ𝑖𝑒𝑟𝑟𝑦 𝑀𝑎𝑟𝑖𝑎𝑛𝑖. 𝐷'𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒 𝑟hé𝑡𝑜𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑒𝑡 𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔é 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑢𝑛𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑠…
Un mot sur le Venezuela de Maduro
La gauche latino-américaine est aujourd'hui profondément divisée sur Maduro : d'un côté, une critique sévère qui considère son régime comme une trahison des idéaux progressistes et une source d'autoritarisme ; de l'autre, un soutien conditionnel motivé par la résistance à l'ingérence étrangère, mais qui peine à défendre la réalité du terrain au Venezuela.
Autrefois considéré comme un représentant de la gauche bolivarienne, Maduro est désormais considéré par une grande partie de la gauche Latina comme un dirigeant ayant abandonné les idéaux progressistes initiaux, notamment en raison de la dérive autoritaire de son régime et de la répression politique accrue. Plusieurs acteurs de la gauche latino-américaine se sont éloingés ou ont critiqué ouvertement son gouvernement, dénonçant une perte des caractéristiques progressistes et une rupture avec les travailleurs et le peuple vénézuélien Cette déception s'accompagne d'une paralysie politique dans la région, où le discrédit de Maduro est tel qu'il freine les actions collectives contre les ingérences impérialistes, tout en alimentant les divisions internes à la gauche latino-américaine. Certains critiques soulignent que la rhétorique de gauche de Maduro ne correspond plus à ses pratiques, qui incluent une alliance étroite avec l'armée et une gestion autoritaire qui marginalise les forces populaires.
Il existe bien sur aussi des segments de la gauche - tout à fait sincères - qui continuent de soutenir Maduro, en insistant sur la nécessité de résister aux pressions et interventions extérieures, notamment des États-Unis, et de défendre une souveraineté nationale menacée. Il y a de quoi être très embêté et tiraillé comme il est souvent arrivé à la gauche prise en tenaille entre deux pouvoirs indéfendables qui se battent sans égard ni l'un ni l'autre pour le sort des peuples en cause. Mais même parmi ces soutiens, le scepticisme grandit face à la situation économique et sociale catastrophique du Venezuela, ainsi qu'à la répression politique. Il y a donc de quoi être très embêté et tiraillé comme il est souvent arrivé à la gauche prise en tenaille entre deux pouvoirs indéfendables qui se battent sans égard ni l'un ni l'autre pour le sort des peuples en cause.
Cette fracture reflète plus largement un moment de recomposition politique à gauche en Amérique latine, où les défis démocratiques, sociaux et géopolitiques s'entremêlent dans un contexte complexe et souvent tragique. Cette complexité est encore plus grande en Iran.
Dit simplement, le campisme part d'une analyse des rivalités entre grandes puissances (USA vs. leurs adversaires) et y subordonne toute autre considération.
Face à la situation actuelle en Iran le raisonnement campiste dit : "l'Iran est un pilier de la résistance à l'impérialisme américain et israélien au Moyen-Orient. Par conséquent, critiquer son régime, soutenir les soulèvements internes affaiblit ce 'front' et sert objectivement les intérêts de Washington. Il faut donc soutenir, ou du moins ne pas critiquer, la République Islamique qui fait face à l'ingérence étrangère"
Face au Venezuela, le campisme fonctionne de manière identique. La logique a longtemps été : "le Vénézuela incarne la résistance à l'hégémonie américaine et à ses sanctions criminelles. Soutenir l'opposition vénézuélienne, même de gauche et critique, revient à faire le jeu de la droite locale et de Washington. Il faut donc fermer les yeux sur le virage autoritaire, la répression et la gestion économique désastreuse de Maduro au pouvoir. Il faut le soutenir car il s'oppose à l'hégémonie US" (certains avec un dose de mauvaise foi affirment que ce choix est plus facile dans notre confort ‘'internationaliste'' souvent loti au sein d'une démocratie libérale occidentale… à Montréal, Londre et New-York où nous n'avons pas grand prix à payer pour notre dissidence ;-)
Cette posture sacrifie les peuples sur l'autel de la géopolitique. Elle trahit à mon avis l'internationalisme en refusant la solidarité avec les luttes concrètes pour la démocratie, les droits des femmes, les droits sociaux et la justice. Elle offre un "chèque en blanc" aux régimes autoritaires sous prétexte qu'ils sont dans le "bon camp".
Une approche alternative est celle fondée sur la solidarité entre les peuples, un choix qui part des luttes d'en bas.
Cette approche inverse la perspective campiste et part des luttes sociales concrètes, des mouvements d'émancipation et considère prioritaire de tenir compte des souffrances des populations.
Le principe de base de cette approche est que la solidarité ne se donne pas à des États, des drapeaux ou des "camps", mais aux peuples en lutte pour leur émancipation. Cela implique un soutien critique mais inconditionnel aux mouvements sociaux, quelles que soient les frontières.
Appliquée à l'Iran, cela revient à soutenir inconditionnellement le soulèvement populaire, en particulier le mouvement étendu en 2022 par les femmes contre l'oppression patriarcale d'État et la dénonciation claire sans atermoiement de la répression brutale du régime, de son caractère théocratique et autoritaire. Cela n'empêche en rien de souligner notre opposition ferme et simultanée à toute intervention militaire ou ingérence impérialiste américaine (ou autre), qui instrumentaliserait la souffrance du peuple iranien pour des objectifs géostratégiques. Dans cette perspective, la solidarité avec le peuple iranien, nous place à la fois contre le régime et contre les impérialismes qui voudraient exploiter la situation.
Appliquée au Vénézuela, cette solidarité doit se manifester par un soutien aux mouvements sociaux, syndicaux et communautaires qui luttent à la fois contre les effets des sanctions américaines et contre la corruption, l'autoritarisme et les politiques économiques du gouvernement Maduro. C'est la position défendue par la gauche critique vénézuélienne qui ne voit aucune obligation de choisir entre Maduro et l'opposition de droite parrainée par Washington. La solidarité va aux travailleurs, aux communautés indigènes, aux femmes et aux écologistes qui résistent "par en bas".
Il est vrai que cette position de combat sur deux fronts est beaucoup plus inconfortable. Il faut lutter sur deux fronts, lutte contre l'impérialisme américain (sanctions, menaces d'intervention) et lutte contre l'autoritarisme et le capitalisme de copinage des régimes iranien et vénézuelien. Inconfortable et exigeant, pcq qu'il faut se donner la peine de "comprendre les crises dans toute leur complexité. Le campisme ne se complique pas l'existence et va au plus simple – et ici je le simplifie à l'extrême : quel que soit la nature du régime, on l'appuie s'il s'oppose aux USA !
Selon moi, et en dernière analyse, la vision campiste détourne le sens de l'internationalisme et son action nuit aux luttes légitimes des peuples. C'est cependant une réalité encore très présente au sein de la gauche organisée et des courants anti-impérialistes populaires. Une forme d'aveuglement devant la complexité de nos luttes.
Sur le campisme et ses dangers : voir cette référence :
TripleW .europe-solidaire.org/spip.php ?article45673#outil_sommaire_2
.pressegauche.org/Le-combat-de-l-internationalisme-contre-le-campisme-le-cas-de-lUkraine
Sur le Venezuela de Maduro voir cette référence
TripleW .mediapart.fr/journal/international/060126/venezuela-une-chute-du-mur-de-berlinpour-la-gauche-latino-americaine
.cetri.be/Un-mur-de-Berlin-pour-la-gauche
.contretemps.eu/venezuela-virage-autoritaire-repression-gauche-critique-entretienedgardo-lander/è
.pressegauche.org/Comprendre-la-crise-au-Venezuela-de-Maduro
.tolerance.ca/Article.aspx ?ID=561978&L=fr
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En proie aux émeutes, Téhéran ne répond plus | Mediapart
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Nul citoyen canadien ne doit être étranger à son propre pays.
À l'autre bout du fil, j'entends sa voix. Derrière elle, le bruit d'une circulation méditerranéenne, un chaos familier. Dans son accent montréalais, je perçois quelque chose de plus lourd qu'une fatigue, une injustice. Lorsqu'il lâche « Chus tanné », l'illusion dure une seconde. Je l'imagine m'appeler du métro Mont Royal ou d'une taverne de l'est de Montréal. Puis la réalité s'impose. Il m'appelle d'Alger centre. Du centre de la capitale d'Algérie. Il pourrait y être plus heureux, peut-être, s'il y était par choix.
À 7000 kilomètres de Montréal, un drame se joue dans le silence. Une injustice sans barreaux, sans menottes, sans procès visible. L'exil d'un homme qui, à 5 ans, n'a pas choisi de quitter sa terre natale et qui, devenu adulte, n'a pas choisi de quitter sa terre d'adoption. D'un territoire à l'autre, Fayçal Yakhou a été déplacé comme un dossier mal classé. Ce va et vient imposé, n'est pas une erreur banale. C'est la forme moderne d'une médiocratie, pour ne pas dire d'une cruauté bureaucratique.
Fayçal m'explique comment il s'est retrouvé privé de son pays d'adoption à cause d'une erreur administrative persistante. Une erreur froide, abstraite, presque invisible. Une erreur qui survit aux appels, aux demandes, aux preuves. Après des années de tentatives pour la corriger, Fayçal lance aujourd'hui un appel. Un appel à la conscience publique.
« Cela va faire 5 ans que je suis séparé de chez moi, de ma famille et de mon pays, je l'ai déjà été pendant 10 ans, jamais par choix ». Fayçal cherche un avocat humaniste et compétent. Quelqu'un capable de rendre au droit sa voix et à un citoyen son pays.
Fayçal est Canadien, québécois. Il le dit d'abord par le sentiment d'appartenance. Il le dit par une vie entière construite au Canada. Il le dit aussi par le droit. Arrivé le sol canadien, alors qu'il n'était encore qu'un enfant, il y a grandi, il y a appris, il s'y est formé. Le Canada et le Québec n'ont jamais été pour lui des lieux de passage. Depuis l'âge de cinq ans, le Canada est le pays de son enfance, de son enracinement, de son apprentissage. C'est aussi là qu'il a appris à cogner sur un ring de boxe.
Son père arrive au Canada en 1988 et devient citoyen canadien en 1993. À cette époque, la loi sur la citoyenneté ne laisse place à aucune ambiguïté. Lorsqu'un parent accède à la citoyenneté, ses enfants mineurs et résidents permanents y sont inclus de plein droit. Fayçal est alors un enfant.
Son identité nouvelle commence avec sa première rencontre avec la neige. Le froid vif qui remplace les sables chauds d'une plage méditerranéenne. Bien avant que son père ne dépose une demande de nationalité, l'hiver est déjà devenu son pays.
En tant qu'enfant mineur et résident permanent, Fayçal est juridiquement inclus dans la naturalisation de son père, conformément à l'article 5 paragraphe 2 de la loi sur la citoyenneté alors en vigueur. Le droit n'a fait que consacrer ce que la vie avait déjà établi.
Les années passent. La vie s'organise autour de cette réalité. Fayçal s'investit dans la société québécoise, notamment par le sport. Il devient champion canadien de boxe. Il remporte plusieurs médailles. Il porte les couleurs du Canada dans les compétitions. En 1997, il joue le rôle de Lex dans le film The kid de John Hamilton. À sa manière, il incarne l'effort, la discipline et la persévérance. Son parcours sportif témoigne d'un attachement profond à ce pays qu'il a représenté avec fierté. Des documents de la Fédération québécoise de boxe olympique (Boxe-Québec) le mentionnent parmi leurs listes de champions. Il est reconnu pour sa résilience et son implication dans le milieu de la boxe.
Les parents de Fayçal divorcent en 2000. Deux ans plus tard, sa mère décède. Ces événements marquent profondément le jeune homme. Il connaît des démêlés avec la justice. Un ordre d'expulsion est émis. Il vit le choc d'apprendre qu'il n'était pas citoyen canadien. En 2004, il choisit de partir volontairement avec l'intention de revenir cinq ans plus tard. Il restera finalement dix ans en Algérie, dans des conditions précaires, souvent sans domicile fixe.
En 2012, son frère Housse-Eddine entre en contact avec lui. Il lui apprend une vérité restée enfouie. Fayçal est canadien. Son père l'avait inclus dans sa demande de citoyenneté en 1992. Fayçal contacte le consulat. Il demande un passeport canadien. Il l'obtient. Il rentre au Canada, chez lui, il retrouve sa famille. Mais le retour est très difficile. Après tant d'années d'exil, l'adaptation est rude. De nouveaux démêlés mineurs avec la justice surviennent.
Mais en recevant un passeport canadien en 2015, Fayçal intègre pleinement sa nouvelle réalité. Il est désormais citoyen canadien. Il vote aux élections fédérales de 2017. Ces gestes ne sont pas anodins. Le droit de vote n'est pas un privilège. Un passeport n'est pas une faveur. Ce sont des reconnaissances solennelles d'appartenance. En remettant ce document, l'État canadien réhabilite officiellement à Fayçal Yakhou son statut de citoyen Canadien.
Puis survient l'absurde. En 2016, alors que Fayçal vit à Montréal, une lettre administrative lui annonce que son dossier de citoyenneté datant de 1993 est introuvable. D'un côté, un passeport valide délivré par le Canada. De l'autre, une administration qui nie l'existence même du droit qu'elle vient de reconnaître. Ce n'est pas une contradiction juridique. C'est une faillite administrative.
En 2020, Fayçal est escorté par des agents d'Immigration Canada jusqu'à l'aéroport d'Alger. Depuis, il est bloqué hors de son propre pays. Séparé de sa famille. Privé de stabilité, de travail, de dignité. Il vit dans un entre deux cruel. Reconnu citoyen un jour. Effacé le lendemain. Aucun texte de loi ne lui retire sa citoyenneté. Pourtant, il est condamné à l'exil.
Fayçal ne nie pas ses démêlés avec la justice. Ils sont mineurs. Jamais il n'a été accusé de terrorisme, la seule accusation pouvant mener à une révocation de citoyenneté. Dans un État de droit, répondre devant la justice ne signifie pas perdre sa nationalité. Aucun citoyen canadien issu de l'immigration ne devient un déporté pour ses fautes. La citoyenneté ne s'annule pas par un casier judiciaire.
Pour avoir travaillé durant 35 ans dans une prison québécoise dans le cadre d'un programme de réhabilitation, j'ai côtoyé des milliers de jeunes Québécois issus de l'immigration et de nationalité canadienne. S'il fallait tous les expulser parce qu'ils ont un casier judiciaire, le Canada ne serait pas le Canada. Parce que le rôle de la justice au Canada, faut-il le rappeler, est de juger des actes, non de bannir des citoyens.
Face à cette situation, une évidence s'impose. Le droit existe. Mais il a besoin d'être porté. Il a besoin d'une voix. D'un engagement humain. L'affaire Fayçal Yakhou appelle aujourd'hui un avocat humaniste. Un juriste capable de rappeler à l'État ses propres lois. Ses propres actes. Sa propre signature apposée sur un passeport canadien.
Cette situation heurte les principes que le Canada affirme défendre sur la scène internationale. Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, nul ne peut être arbitrairement privé du droit d'entrer dans son propre pays. Selon la Convention relative aux droits de l'enfant, les demandes visant à entrer dans son propre pays doivent être traitées avec humanité et diligence. Ces principes engagent l'État qui les a ratifiés.
Dans une lettre, écrite à la main, adressée aux autorités canadiennes, Djilali Yakhou, le père de Fayçal, atteste avoir déposé le dossier de son fils dans sa demande de citoyenneté en 1992. Il affirme que cette démarche a été faite conformément à la loi. Si le dossier a été égaré, cette faute relève de l'administration. Ce témoignage est une déclaration écrite à la main. Il engage un père. Il confirme un droit acquis.
Le cas de Fayçal Yakhou n'est pas une menace pour l'ordre public. Il n'est pas complexe. Il illustre un État qui tarde à réparer sa propre erreur. Dans une démocratie digne de ce nom, l'administration sert le droit. Elle ne l'abolit pas par négligence.
Reconnaître la citoyenneté de Fayçal, lui permettre de rentrer chez lui, ce n'est pas faire preuve de clémence. C'est rétablir la continuité du droit. C'est rappeler que la citoyenneté n'est pas un privilège révocable selon l'état d'un dossier. C'est un lien durable entre une personne et son pays.
Par ce texte, j'interpelle l'opinion publique canadienne et québécoise, les juristes, les avocats, les défenseurs des droits humains. Défendre Fayçal, ce n'est pas seulement défendre un homme. C'est défendre l'idée que le Canada se fait de lui-même. Un pays qui n'abandonne pas les siens à l'étranger. Un pays où le droit, lorsqu'il est porté avec humanité et courage, finit par ramener les citoyens chez eux.
Nul citoyen canadien ne doit être étranger à son propre pays.
Mohamed Lotfi
16 Janvier 2026
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L’Étoile du Nord : participez au Grand Débrief 2026, dimanche 1er févrie
Participez au Grand Débrief 2026, dimanche 1er février !
L'Étoile du Nord | Montréal
La revue de l'année de L'Étoile du Nord revient pour une deuxième édition dimanche prochain le 1er février, au CEDA, à Montréal, dès 10h.
Vous en avez peut-être déjà entendu parler : le Grand Débrief, c'est une journée de rencontres et d'échanges organisée par nos journalistes, quelque part entre une revue de l'année et une discussion collective.
Au fil de la journée, nos journalistes animeront des panels avec des personnes directement impliquées dans les luttes de 2025, suivis de discussions en sous-groupes, orientées vers l'année 2026. Les différentes organisations et militants provenant des syndicats et des mouvements sociaux auront donc l'occasion de partager leurs apprentissages de 2025 et de se préparer pour l'année 2026 qui commence. La journée se terminera par un 5 à 7, pour continuer les échanges de façon plus informelle.
Il y aura aussi une section kiosques pour découvrir la merch et le matériel des différentes organisations présentes.
🗒️ Au programme : Panels : (1) La privatisation, la sous-traitance et les coupures de poste dans le secteur public ; (2) La répression et la mobilisation dans le secteur privé ; (3) Les campements d'itinérants et le combat contre leurs démantèlements ; (4) L'importance croissante du mouvement contre la guerre et l'impérialisme.
Discussions collectives centrées sur les sujets de panels : stratégies futures et collaboration entre les organisations présentes.
Kiosques des organisations présentes (merch, brochures, livres, etc.)
Lieu :
CEDA, 2515 rue Deslisle, Montréal
Date et heure :
Dimanche 1er février, 10h
Horaire :
Ouverture des portes à 9h45
Introduction et panels dès 10h
Dîner vers midi (contribution volontaire, dîner préparé par les journalistes de L'Étoile du Nord)
Discussions en sous-groupes vers 14h30
5 à 7 (lieu à venir)
️ Avec la participation de diverses organisations et militants :
Syndicat du Transport de Montréal - CSN (entretient STM)
Regroupement Information Logement (Pointe-Saint-Charles)
Mouvement de la Jeunesse Palestinenne (PYM)
Alliance Ouvrière
SCFP 5454 (Syndicat de la SQDC)
Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent
Conseil central du Montréal Métropolitain - CSN
Société générale des étudiantes et étudiants du Cégep de Maisonneuve
Comité d'organisation et information du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la poste, section de Montréal
Game Workers Unite
Comité BAILS
Offensive Populaire
Refus Local
Archives Révolutionnaires
La Ligue 33
Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal (SCFP 301)
M Éditeur
Syndicat des professionnels du Cégep de Saint-Laurent
Collectif solidarité Québec-Pérou
Solidarité Québec-Haiti
Science for the People
Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades
Montréal pour un monde sans guerre
Collectif Antigone
...et de nombreux autres en attente de confirmation !
Au plaisir de vous y voir !
Le comité de Montréal de L'Étoile du Nord
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La course à la chefferie de la CAQ : l’ultime manœuvre d’un parti en perdition
La démission de François Legault n'a pas ouvert une simple course à la succession : elle a mis à nu l'état de décomposition avancée de la Coalition avenir Québec. Ce qui se joue aujourd'hui dépasse largement le choix d'un nouveau ou d'une nouvelle chef·fe. C'est l'avenir même du projet caquiste — cette « troisième voie » autonomiste censée dépasser le clivage fédéraliste/souverainiste — qui est désormais en cause. Or tout indique que la course à la chefferie, loin d'offrir une planche de salut, ne fera qu'exposer davantage la profondeur de la crise de ce parti.
L'échec de la troisième voie caquiste
La CAQ s'est construite sur la promesse d'une alternative au fédéralisme libéral et au souverainisme péquiste. Dans les faits, ce projet s'est rapidement cristallisé autour d'un nationalisme conservateur, centré sur la promotion de l'identité, la défense de la langue française et d'une laïcité falsifiée, combiné à une orientation économique profondément néolibérale. Sous François Legault, ce compromis a pris la forme d'un État au service du grand capital, prompt à mobiliser la démagogie identitaire afin de détourner les colères sociales et de désigner les personnes immigrantes comme boucs émissaires des crises structurelles du Québec.
Les scandales et les crises qui ont jalonné les dernières années — l'approfondissement des inégalités, l'échec de Northvolt, le dérapage de SAAQclic, le fiasco de la réforme de la rémunération des médecins, la détérioration des services publics — n'ont pas seulement provoqué la chute de la CAQ : ils en ont révélé l'irréversibilité. Ils ont consolidé une perception déjà bien ancrée, celle d'un gouvernement usé, arrogant, gouvernant d'abord au bénéfice des intérêts économiques dominants plutôt qu'en fonction du bien commun.
Depuis sa fondation, la CAQ repose sur une contradiction centrale : se présenter comme une force « nationaliste » tout en demeurant solidement arrimée aux intérêts du capital et au cadre institutionnel canadien. Le gouvernement Legault n'est parvenu ni à arracher de véritables gains face au fédéralisme canadien ni à empêcher l'empiètement d'Ottawa dans les champs de compétence du Québec. Son nationalisme s'est révélé essentiellement symbolique, incapable de se traduire en souveraineté politique ou économique réelle.
Les grandes politiques de la CAQ en témoignent clairement. Les lois 21 sur la laïcité, 96 sur la langue française et 84 sur l'intégration nationale ont servi à consolider une base nationaliste conservatrice, fondée sur une conception défensive et culturaliste de l'identité québécoise.
En parallèle, sur le plan économique, le gouvernement a poursuivi une stratégie axée sur l'attraction des multinationales, la déréglementation, l'exploitation accrue des ressources et l'intégration du Québec aux chaînes de valeur nord-américaines, notamment à travers la filière batterie et l'électrification. Présentée comme « verte », cette orientation a surtout bénéficié aux grandes entreprises et aux investisseurs, tout en marginalisant la lutte réelle contre les changements climatiques, la justice sociale et la souveraineté énergétique.
La chute vertigineuse dans les intentions de vote, jusqu'à environ 11 % au début de l'année 2026, ne relève donc pas d'un accident conjoncturel, mais d'une rupture politique profonde. Alors que près de 75 % de la population se disait insatisfaite du travail du premier ministre, François Legault a été contraint à la démission.
La course à la chefferie : une entreprise de gestion des dégâts
La course actuelle à la chefferie, loin d'ouvrir une phase de renouvellement, révèle au contraire l'ampleur de la crise du parti. Elle apparaît moins comme un moment de refondation que comme une tentative de gestion des dégâts. L'héritage que Christine Fréchette et Bernard Drainville doivent assumer n'est pas celui d'un gouvernement simplement fatigué, mais celui d'un projet politique arrivé à ses limites historiques.
Christine Fréchette incarne la continuité technocratique du modèle caquiste. Sa candidature se veut rassurante pour les milieux économiques, axée sur la stabilité, la concertation avec le patronat et la poursuite du modèle de croissance actuel. Elle reste pleinement associée aux choix structurants du gouvernement : politique énergétique favorable au privé, absence de remise en question du modèle économique, refus d'un virage écologique ambitieux. Elle se présente elle-même comme une candidate du centre droit, soucieuse de préserver l'équilibre initial du projet caquiste sans en interroger les fondements.
Bernard Drainville, pour sa part, incarne une autre lecture de cet héritage : celle du durcissement idéologique. Il assume plus ouvertement le virage identitaire, la centralité de la nation culturelle, la fermeté en matière de restrictions des droits des personnes immigrantes et un État plus autoritaire dans ses rapports avec les syndicats et la société civile. Là où Fréchette représente la continuité d'une gestionnaire néolibérale, Drainville incarne la radicalisation politique d'un même projet.
Dans les deux cas, le cadre demeure inchangé. Ni l'un ni l'autre ne remettent en cause le cœur du modèle caquiste : un État au service des intérêts patronaux, une conception restrictive de l'identité et une subordination de la transition écologique aux impératifs de croissance. Tous deux rejettent également toute critique de fond du fédéralisme canadien et toute perspective d'émancipation nationale réelle. La course à la chefferie devient ainsi une lutte pour l'interprétation d'un héritage, non pour sa transformation.
La crise actuelle n'est pas une crise de leadership, mais une crise de projet. Elle révèle l'épuisement d'un nationalisme réactionnaire incapable de répondre aux défis sociaux, écologiques et démocratiques du Québec contemporain.
Comme l'écrit la direction de la FTQ dans son bilan de fin d'année : « La population du Québec doit également prendre conscience des dérives démocratiques de ce gouvernement, avec ses projets de loi et ses lois qui n'ont qu'un seul objectif : museler la société civile et les organisations syndicales en s'ingérant dans leur gouvernance et leurs droits de contester des lois arbitraires. Le projet de loi sur la Constitution, écrit sur un coin de table, est un autre exemple de cette dérive. »
Et c'est bien ce programme que les deux candidat·es à la chefferie de la CAQ ont promis de poursuivre.
Christine Fréchette comme Bernard Drainville sont ainsi condamnés à défendre l'héritage d'un parti qui a gouverné au nom de la « fierté » et de la « prospérité », tout en approfondissant les inégalités, en affaiblissant les services publics et en réduisant la politique économique à une redistribution de fonds publics au profit des grandes et moyennes entreprises, au service des intérêts de la classe dominante.
La question n'est donc plus de savoir lequel des deux incarnera le mieux l'avenir de la CAQ. Dans un contexte de recomposition politique profonde, cette course à la chefferie apparaît moins comme un nouveau départ que comme le dernier acte d'un cycle historique arrivé à son terme.

Avi Lewis à la tête du NPD - pour la convergence des luttes anti-fascistes
Dans ce texte je vais expliquer pourquoi j'appelle les progressistes québécois membres du NPD à voter pour Avi Lewis dans la course au leadership de leur parti.
Je sais que ces mots peuvent surprendre. Moi, indépendantiste québécois de longue date, ancien député et porte-parole d'un parti souverainiste de gauche, appuyer un candidat à la tête d'un parti fédéraliste ? La chose mérite explication. Elle ne relève pas d'une contradiction mais d'une nécessité de convergence lucide, dictée par l'urgence du moment.
Amir Khadir est un ex-député de Québec solidaire
Une nouvelle oligarchie détentrice d'une richesse financière et technologique inégalée dans toute l'histoire du capitalisme est aux commandes des USA depuis qu'ils ont coopté Donald Trump à son retour à la Maison Blanche.
Le nom de certains de ces oligarques nous sont désormais familier : Musk, Zuckerberg, Thiel, Bezos, Ellison et quelques autres. Ils sont adeptes d'un pouvoir fort et centralisé alliant technologie et puissance de feu impérialiste. Ils opèrent depuis un an un renversement de l'ordre institutionnel des démocraties libérale-bourgeoises – à l'échelle des USA comme à l'échelle du monde.
Jason Stanley, spécialiste américain du fascisme qui a récemment quitté son poste de professeur à la prestigieuse université Yale pour se réfugier au Canada, parle d'un véritable coup d'état en opération par Trump qui plonge peu à peu les États-Unis vers ce qu'il qualifie de fascisme.
La montée de l'extrême droite au Canada anglais, s'est accélérée depuis le « convoi de la liberté » en 2022 lorsqu'un mécontentement légitime a été détourné et radicalisé en y mêlant des discours ultranationalistes, islamophobes et complotiste du type « Grand Remplacement ». La normalisation de ces idées au sein du Parti conservateur est visible à travers une frange MAGA active au Canada.
Au Québec, Jonathan Durand-Folco, auteur du « Fascisme tranquille », décrit la dérive d'une frange de plus en plus importante de nationalistes québécois vers le conservatisme et l'extrême droite. Mathieu Bock-Côté qui s'inspire de penseurs réactionnaires Français, dont Éric Zemmour, incarne et nourrit cette transformation. Ses interventions omniprésentes constamment relayées par un armada de commentateurs, brouillent ‘'les frontières entre le conservatisme et les courants d'extrême droite''.
Face à cette offensive, l'heure n'est plus aux calculs ni aux postures tièdes. Une riposte claire, courageuse et résolument internationale est nécessaire.
Des personnalités issues d'une cinquantaine de pays de tous les continents viennent de souscrire à un appel international en faveur du renforcement de l'action antifasciste et anti- impérialiste. Il invite à participer à une conférence à Porto Alegre comme à une étape de la construction d'une réponse globale à la montée des fascismes et des impérialismes.
C'est dans ce contexte de lutte urgente et en tant que militant politique convaincu que les frontières de nos combats doivent s'élargir à la mesure des périls qui nous assaillent, que je lance un appel aux militant-es progressistes du Québec qui sont membres du NPD à appuyer la candidature d'Avi Lewis pour la direction du Nouveau Parti démocratique fédéral.
Mon soutien ne repose pas sur une adhésion à un projet constitutionnel commun – le débat sur l'avenir politique du Québec reste entier et nécessaire –, mais sur la reconnaissance d'un front commun à construire d'urgence contre des ennemis qui, eux, ne s'embarrassent pas de nos frontières internes.
Premier motif : l'anti-impérialisme n'est pas un slogan, c'est un combat.
Avi Lewis porte dans cette campagne une voix qui refuse la capitulation morale et politique. Alors que le génocide se perpétue en Palestine sous les bombes et la famine organisée par l'État d'Israël, avec la complicité lâche de trop de gouvernements occidentaux, Lewis a l'audace de nommer les crimes, d'exiger des sanctions et de se tenir du côté du peuple palestinien. Cette clarté est rarissime sur la scène fédérale. Elle est essentielle. L'impérialisme n'est pas une abstraction ; il a un visage, des armes, des sponsors.
Deuxième motif : une réponse radicale à la crise, pas du militarisme en costume vert.
La réponse étriquée et apeurée que l'establishment politique et financier nous propose devant la crise engendrée par un système moribond et le fascisme qui en émerge est une fuite en avant bien illustrée par Carney : davantage de budgets militaires, des alliances entre États-prédateurs, une « transition » confisquée par les grands groupes et payée par les classes populaires. Avi Lewis oppose une tout autre logique : celle de la puissance populaire et de la reconquête collective. Au lieu d'enrôler nos sociétés dans une course aux armements, il propose de réarmer notre capacité productive, nos services publics, nos communautés. De mobiliser les secteurs populaires, non pour faire la guerre, mais pour reconstruire une économie au service de la vie des gens et de la nature.
Troisième motif : le respect, pierre angulaire de toute alliance future.
À l'initiative de Jack Layton en 2005, le NPD a mis de l'avant une position claire sur le statut particulier réservé au Québec dans l'éventualité d'un gouvernement fédéral néo-démocrate. Dans cette Déclaration , le NPD reconnait le plein droit du Québec à l'autodétermination « jusqu'à l'accession à la souveraineté … et reconnaîtrait une décision majoritaire (50%+1) …advenant la tenue d'un référendum ». Alors que Mulcair et Singh ont de diverses manières pris leur distance de ces engagements pris formellement par le Conseil fédéral du NPD – section Québec, Avi Lewis a affirmé sans ambages son adhésion à la Déclaration de Sherbrooke lors du débat tenu au Québec.
C'est un geste politique de reconnaissance. Cette position du NPD ouvre sur le dialogue dans la franchise. Il crée un terrain de confiance minimal, même entre ceux qui, comme Lewis et moi, envisagent des horizons nationaux différents. Soutenir Lewis, c'est soutenir un interlocuteur fédéral qui part du postulat que notre existence collective est une réalité démocratique à respecter.
Ce qui nous reste à construire
La lutte contre la marée brune et le capitalisme écocidaire ne sera pas gagnée dans l'isolement. Les forces du fascisme et de l'impérialisme tissent leurs réseaux à l'échelle mondiale, des think tanks aux plateformes de désinformation. Notre résistance doit être tout aussi transnationale, tout aussi habile à forger des convergences inédites.
Mon appui à Avi Lewis s'inscrit dans cette logique. C'est un appel à dépasser les silos dans lesquels on cherche trop souvent à nous enfermer. Un indépendantiste peut et doit trouver des alliés dans le camp fédéral, dès lors qu'ils combattent les mêmes forces réactionnaires et portent le même projet d'émancipation sociale et de justice climatique. Cette convergence n'efface pas nos différences ; elle les subordonne à l'impératif supérieur de la lutte commune. Avi Lewis incarne, dans le paysage politique fédéral actuel, la possibilité d'un NPD redevenu un fer de lance de la transformation sociale, un rempart contre l'extrême droite, et un partenaire respectueux pour le Québec. Il porte l'espoir d'une gauche canadienne qui regarde les crises en face et propose une voie audacieuse : celle de la démocratie radicale, de la justice réparatrice et de la paix par la solidarité, non par la surenchère militaire.
Je vous invite donc à considérer sérieusement la candidature d'Avi Lewis. Pas comme la fin du chemin, mais comme un pas nécessaire dans la construction de cette large alliance internationale dont nous avons un besoin vital.
Pour un front commun anti-impérialiste, écologiste et solidaire - pour renforcer partout, au Québec comme au Canada, la main de celles et ceux qui luttent, je soutiens Avi Lewis.

Mark Carney, militaire certes et révolutionnaire ? Non !
Ai-je besoin d'attendre le verdict de l'histoire, pour comprendre que le discours de Carney à Davos n'avait rien d'historique, et encore moins d'un moment de rupture.
Depuis le retour de Trump au pouvoir, les grands médias nous ont habitués, jour et nuit, à le présenter comme le fou dangereux qu'il faudrait combattre à tout prix, et sans doute à juste titre. Personne ne verserait une larme si Trump devait tomber malade, et quitter la scène politique. Cette angoisse diffuse, le premier ministre canadien Mark Carney, l'a parfaitement comprise. Comme tout politicien populiste, il a su capter la peur, pour la transformer en promesse. Il nous a servi, ce 20 janvier en Suisse, une pilule rassurante, un discours bien dosé, poli, élégant, rempli de mots choisis avec soin, pour apaiser celles et ceux qui tremblent devant le monstre américain.
Quand il affirme « Si vous n'êtes pas à la table, vous êtes au menu » il nous invite à une union défensive, qui ressemble étrangement à une escalade. La traduction est limpide, « Unissons-nous contre la force brute, en devenant plus forts, plus armés, plus prêts à imposer notre ordre ». Le tout est dit calmement, avec une voix posée, un sang-froid presque olympien, et un vocabulaire que la gauche affectionne, responsabilité, unité, souveraineté. Beaucoup y ont vu un souffle révolutionnaire. Moi, je n'y ai vu qu'un discours habile. Je suis de gauche, et je ne suis pas impressionné. Les mots ne me suffisent pas. Je regarde les actes.
Le propre du populisme est souvent de dire une chose, et faire son contraire. À Davos, Carney parlait de responsabilité historique, de valeurs universelles, de nouvel ordre mondial, alors que son gouvernement annonçait, en novembre dernier, un budget qui raconte une tout autre histoire. Le budget fédéral de 2025 prévoit près de 84,8 milliards de dollars de nouvelles dépenses militaires, sur cinq ans. Il prévoit des investissements lourds dans l'industrie de défense, la création d'une agence dédiée, des fonds spécifiques pour l'Arctique, et même un programme d'un milliard de dollars, pour soutenir les entreprises de sécurité, par des prêts, et du capital-risque. Voilà le réel. Voilà la matière brute, derrière le vernis.
En suivant le modèle européen, Carney organise méthodiquement la militarisation de l'économie canadienne. Il invoque la souveraineté, tout en liant l'avenir industriel du pays à l'armement. Il prétend répondre à Trump, en refusant sa brutalité, mais dans les faits, il adopte exactement la logique qu'il incarne, celle de la puissance, comme valeur centrale. Ce n'est pas une rupture, c'est une continuité maquillée.
Les conséquences économiques sont lourdes. Chaque dollar investi dans l'armement est un dollar qui ne va pas aux hôpitaux, aux écoles, au logement social. On nous dira que ces dépenses créent des emplois. C'est vrai, mais à quel prix, et pour quel type de société. Une économie tirée par la défense est une économie dépendante de la peur de la guerre. Elle a besoin de tensions permanentes, pour se justifier. Elle détourne l'innovation des besoins humains, vers les besoins militaires. Elle organise la rareté ailleurs, pour financer l'abondance des armes.
Les conséquences environnementales sont tout aussi claires. L'industrie militaire est l'une des plus polluantes au monde. Extraction de métaux rares, production d'armements, consommation énergétique massive, tests, destruction de territoires. Comment parler de transition écologique sérieusement, tout en injectant des dizaines de milliards, dans un secteur qui repose sur la destruction, et la préparation de la destruction. Là encore, le discours de Davos, sur la responsabilité globale, se dissout au contact du réel.
Quant aux programmes sociaux, ils deviennent la variable d'ajustement. On nous expliquera qu'il faut faire des choix, que le contexte international l'exige. C'est toujours le même récit. La sécurité avant tout, même si cette sécurité se construit au détriment de la cohésion sociale. Même si elle fragilise les plus précaires. Même si elle transforme la solidarité en luxe.
C'est ici que le discours de Davos révèle sa vacuité. Carney parle d'un monde nouveau, mais il en reproduit les réflexes les plus anciens. Il hiérarchise les priorités, en plaçant la force armée au sommet. Il appelle à l'unité, mais cette unité se construit contre un ennemi désigné, et jamais autour de la justice sociale, ou de la paix réelle. Il parle d'universalisme, tout en acceptant que certaines vies, certaines souffrances, certains territoires, comptent moins que d'autres.
Je n'ai pas besoin d'attendre que l'histoire tranche. Le contraste est déjà là, éclatant. D'un côté, un discours lisse, qui rassure les élites inquiètes. De l'autre, un budget qui prépare le pays à une logique de confrontation durable. Ce n'est pas une révolution. C'est une mise en scène. Une manière élégante de faire accepter l'inacceptable. Et c'est précisément pour cela, que je refuse d'applaudir.
Mohamed Lotfi
22 Janvier 2026
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« ICE dehors » : des dizaines de milliers de personnes manifestent au Minnesota lors d’une grève générale contre les rafles migratoires
Des dizaines de milliers de personnes ont bravé le froid glacial à Minneapolis vendredi pour exiger « ICE dehors ». La marche a été organisée par des responsables religieux et syndicaux, et accompagnée d'appels à un boycott économique. Environ 700 entreprises auraient fermé leurs portes en signe de solidarité. Le journaliste de *Democracy Now !*, John Hamilton, a couvert l'événement sur le terrain. John Reuss, enseignant d'anglais, affirme que ses élèves ont peur. « La peur est tellement palpable, dit-il. Si on ne bloque pas tout maintenant, votre ville sera la prochaine. »
6 janvier 2026 | democracy now !
https://www.democracynow.org/2026/1/26/minnesota_strike_ice_out
AMY GOODMAN :Nous allons conclure avec ces dizaines de milliers de personnes qui ont bravé le froid glacial vendredi pour exiger le départ d'ICE du Minnesota. John Hamilton de Democracy Now ! était sur place.
MANIFESTANTS :ICE dehors ! ICE dehors ! ICE dehors !
JOHN HAMILTON : Il faisait –23 °C vendredi après-midi lorsque des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans le centre-ville de Minneapolis pour exiger qu'ICE quitte le Minnesota. Il s'agissait de la plus grande mobilisation en une seule journée depuis le début de l'affrontement entre les communautés locales et l'administration Trump, après le déploiement, il y a plusieurs semaines, de quelque 3 000 agents de l'ICE, de la police des frontières et d'autres agences fédérales dans le cadre de l'« Opération Metro Surge », semant chaos, peur et violence.
JENNA SHERRICK : Je m'appelle Jenna Sherrick. Je suis originaire du Minnesota, j'ai grandi ici toute ma vie. Ce qui se passe n'est pas normal, et nous devons tous être ici pour dire que ce n'est pas acceptable. Quand la cruauté devient la norme, la compassion devient un acte radical.
SARAH SHEA : Je m'appelle Sarah Shea. Je suis du Minnesota. Je suis ici pour soutenir nos voisins immigrés, nos amis, nos familles, des gens qui ne méritent pas ce qu'ils vivent actuellement. C'est révoltant. Nous sommes frustrés. En colère. Et nous devons être ici pour protéger nos voisins et faire sortir l'ICE de notre ville. ICE dehors. Et nous nous protégeons nous-mêmes, parce qu'en ce moment, c'est tout ce que nous avons : la communauté. Nous sommes les seuls à nous défendre les uns les autres.
MANIFESTANT : Rester sans rien faire n'aide pas. Tout le monde a peur. Tout le monde. Alors il faut parler, il faut agir.
JOHN HAMILTON : La journée d'action a été organisée par des responsables religieux et syndicaux sous la bannière « ICE Out : A Day of Truth and Freedom » (« ICE dehors : une journée de vérité et de liberté »). L'AFL-CIO du Minnesota, qui représente plus d'un millier de syndicats dans l'État, a soutenu la mobilisation, tout comme de nombreuses autres organisations. John Reuss est professeur d'anglais et membre de la Fédération des enseignants du Minnesota.
JOHN REUSS : Nous sommes ici pour tout bloquer. Tous les enseignants, de Minneapolis à Saint Paul, de Duluth à Rochester, nous sommes ici pour tout arrêter, pour nos élèves et leurs familles, et pour chasser l'ICE de nos communautés. Chaque enseignant a aujourd'hui des histoires terribles à raconter.
La semaine dernière, un élève s'est connecté à mon cours en ligne et, en plein milieu de ma leçon — j'enseigne l'anglais — il m'a écrit : « L'ICE est devant chez moi. Que dois-je faire ? » J'ai immédiatement arrêté le cours. Tous les élèves ont entendu. Heureusement, ses voisins étaient dehors et ils ont fait partir les agents. Ils tournaient autour de sa maison depuis le matin. Cela montre à quel point notre communauté est organisée, à quel point nous nous protégeons les uns les autres — y compris cet élève, qui est sain et sauf.
La peur est réelle. Elle est palpable. C'est notre dernier recours. Nous devons tout arrêter. J'appelle donc tous les enseignants de cet État et de ce pays à se joindre à nous. Si nous ne bloquons pas tout maintenant, votre ville sera la prochaine. Nous ne voulons pas que cela arrive. Nous voulons protéger nos élèves et les ramener à l'école. Et la seule façon d'y parvenir, c'est de tout arrêter jusqu'à ce que l'ICE dégage.
JOHN HAMILTON : Parmi les manifestants figuraient des membres de la communauté hmong, comme Julie, dont la famille est arrivée aux États-Unis comme réfugiée après avoir aidé l'armée américaine pendant la guerre secrète au Laos. Elle tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Hmong Against ICE ».
JULIE : C'est terrifiant, parce que, citoyen ou non, ils ne posent pas de questions. Ils supposent que vous êtes illégal, que vous êtes un criminel. Ce n'est pas juste pour les personnes racisées. Mes parents sont citoyens. Moi aussi. Et pourtant, nous vivons tous dans la peur. Mes enfants ont peur d'aller à l'école, parce qu'ils entendent parler d'enfants arrêtés. On nous avait promis la sécurité. On nous avait promis la liberté. Mais aujourd'hui, on voit que ces promesses sont retirées. Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous maintenant ciblés comme des criminels ? Aujourd'hui, nous avons arrêté de travailler, de consommer, d'aller à l'école. Nous sommes tous ici contre l'ICE.
JOHN HAMILTON : Alors que les manifestations paralysaient certaines parties des Twin Cities, plus de 700 entreprises ont fermé leurs portes dans tout l'État dans ce que certains ont appelé une grève générale ou un boycott économique. La brasserie Insight Brewing, à Minneapolis, a fermé ses portes au public mais est restée ouverte pour soutenir les manifestants. Joey Steinbach, responsable marketing, explique :
JOEY STEINBACH : Nous sommes un lieu pour la communauté, et la communauté souffre. Le mieux que nous puissions faire, c'est d'aider directement les familles. Nous avons des bénévoles formidables. On prépare des pancartes, on distribue des collations, des chauffe-mains. On sert d'espace de refuge temporaire.
JOHN HAMILTON : Les manifestants ont également ciblé des entreprises collaborant avec l'ICE, notamment à l'aéroport de Minneapolis–Saint Paul.
MANIFESTANT·ES : À qui l'aéroport ? À nous l'aéroport !
JOHN HAMILTON : Ils protestaient contre les vols de déportation.
MANIFESTANT·ES : Delta, Delta, on te voit ! On voit ton côté ICE !
JOHN HAMILTON : La foule brandissait des pancartes indiquant « Le business as usual ne passe pas » et « Renee Good était bonne ». Des responsables religieux ont témoigné d'arrestations de travailleurs de l'aéroport.
MEMBRE DU CLERGÉ : Nous pensons à Pedro, concierge, qui aidait sa sœur incapable de travailler et qui a été arrêté. Il a choisi de se faire expulser volontairement, car il ne supportait plus les conditions de détention au Texas.
JOHN HAMILTON : Le syndicat des travailleurs de l'aéroport affirme qu'au moins 12 de ses membres ont été arrêtés par l'ICE. Les religieux se sont ensuite donné la main, ont chanté et prié avant que la police n'intervienne et procède à une centaine d'arrestations.
MANIFESTANT·ES : Pour chaque personne arrêtée, mille autres viendront !
JOHN HAMILTON : Selon les organisateurs, plus de 70 000 personnes ont manifesté à Minneapolis vendredi, et plusieurs milliers se sont rassemblées au Target Center. La comédienne et militante originaire du Minnesota, Lizz Winstead, a pris la parole.
LIZZ WINSTEAD : Je suis fière de vous appeler mes voisins. Et oui, nous sommes au Target Center — ce qui est ironique — mais souvenez-vous que ce lieu est financé par nos impôts. Alors répétez avec moi : À qui le stade ?
FOULE : À nous le stade !
LIZZ WINSTEAD : À qui le stade ?
FOULE : À nous le stade !
MANIFESTANTS : Nous sommes nombreux ! Nous sommes un !
JOHN HAMILTON : Le lieu appartient à l'entreprise Target, basée au Minnesota, que les militants accusent d'avoir permis à l'ICE d'opérer sur ses sites et d'arrêter des employés sans mandat.
LIZZ WINSTEAD : Quand cette journée sera terminée, engageons-nous à soutenir les entreprises qui nous ont soutenus, car le silence des grandes entreprises est assourdissant.
JOHN HAMILTON : Les dirigeants syndicaux et religieux ont appelé à poursuivre la mobilisation. Voici Claude Cummings, président du syndicat CWA.
CLAUDE CUMMINGS JR. :Nous faisons face à un dictateur en devenir. Nous nous dressons contre les entreprises et les milliardaires qui financent sa campagne pour démanteler la Constitution. L'histoire montre que lorsque les peuples ont résisté à l'autoritarisme, les syndicats ont joué un rôle central. Comment y parvenir ? En restant unis, en ciblant les entreprises qui rendent le fascisme possible. Notre unité est notre force.
JOHN HAMILTON : Ils ont également rendu hommage à des victimes de la violence de l'ICE.
RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Je veux rappeler le nom de Victor Manuel Díaz, enlevé sur son lieu de travail au Minnesota le 6 janvier et mort en détention au Texas le 14 janvier.
FOULE : Honte !
RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Je veux aussi rappeler le nom de Renee Macklin Good, poète queer, épouse et parent, tuée à Minneapolis le 7 janvier par l'ICE alors qu'elle observait une arrestation dans son quartier.
FOULE : Honte !
RABBI ARIELLE LEKACH-ROSENBERG : Que leur mémoire soit une bénédiction.
JOHN HAMILTON : Le lendemain, un autre habitant du Minnesota, Alex Jeffrey Pretti, a été tué.
Pour Democracy Now !, ici John Hamilton à Minneapolis.
AMY GOODMAN : Des voix venues de cette immense mobilisation au Minnesota, où syndicats et Églises ont organisé un boycott économique contre l'ICE. Merci à John Hamilton et Sam Alcoff, ainsi qu'à notre équipe spéciale à New York.

Fascisation et stratégie. Entretien avec Ugo Palheta
La France vit-elle un processus de fascisation ? C'est la thèse proposée par Ugo Palheta, qui explique dans son dernier livre – Comment le fascisme gagne la France (publié aux éditions La Découverte en 2025) – en quoi le règne d'Emmanuel Macron, et plus généralement le capitalisme néolibéral et racial (et sa crise), préparent les conditions d'avènement d'un fascisme du 21e siècle.
Tiré du site de la revue Contretemps
22 janvier 2026
Par Ugo Palheta
Dans cet entretien, initialement paru en allemand dans la revue de débat stratégique de la fondation Rosa Luxemburg et traduit ici en français, il explicite sa thèse et trace des perspectives stratégiques pour se défendre et reprendre l'offensive.
Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen, Paris, La Découverte, 2025.
L'ère Macron semble toucher à sa fin. Dans votre livre Comment le fascisme gagne la France, vous présentez une analyse pointue du processus de fascisation de l'État capitaliste et de la société française. Vous distinguez « l'actualité du fascisme » de « l'avènement immédiat de dictatures de type fasciste ». Mais le message est clair : les conditions de possibilité du fascisme sont réunies en France et dans d'autres sociétés capitalistes occidentales. La France est-elle en train d'entrer dans une « nouvelle phase » de fascisation ?
Ugo Palheta – Macron s'est inscrit dans la continuité de dynamiques qui étaient présentes dans le champ politique français depuis très longtemps, près de quatre décennies, mais il les a largement accentuées. Non seulement il a accéléré le rythme d'imposition des contre-réformes néolibérales, mais il a aussi largement intensifié les tendances autoritaires, aussi bien la répression policière et judiciaire des contestations que la stigmatisation des minorités (en particulier de la minorité musulmane) et le recul de leurs droits démocratiques, la diabolisation de la gauche, ou encore le contournement des institutions parlementaires et des acteurs de la société civile (syndicats notamment).
Le problème qu'il a rencontré, c'est que son projet était d'emblée minoritaire dans le pays, autrement dit qu'il n'avait pas de base sociale large et solide, et que les classes populaires mais aussi la jeunesse ne sont pas restées l'arme au pied. Macron a donc dû affronter des résistances populaires de masse qui ont retardé l'imposition de son agenda destructeur pour les conquêtes sociales et démocratiques.
Ce sont d'ailleurs ces résistances et la faiblesse de sa base sociale (essentiellement la bourgeoisie et les franges favorisées du salariat) qui l'ont amené à recourir de manière délibérée à une répression beaucoup plus intense que tous les gouvernements qui l'avaient précédé, avec un niveau de violence d'État sans doute jamais atteint en France depuis la guerre d'Algérie, avec cette conséquence : deux morts (Zineb Redouane et Mohamed Bendriss) et plusieurs dizaines de personnes qui ont perdu un œil ou une main pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019 mais aussi durant les révoltes des quartiers populaires et d'immigration en 2023.
Cette intensification de la répression a donc été un produit de la crise d'hégémonie qui s'approfondit dans le pays depuis au moins une vingtaine d'années (à la fois crise idéologique du projet néolibéral, crise de représentation politique, crise des institutions politiques et crise des médiations entre l'État et les citoyens). Mais elle a aussi nettement accentué en retour cette crise d'hégémonie puisqu'elle a donné à voir en pleine lumière le refus absolu de la part des néolibéraux-autoritaires de toute forme de compromis social et le choix de la violence pour pallier le manque de soutien dans la population.
Cela peut rendre difficile à comprendre comment Macron est parvenu à être réélu en 2022, malgré cette faiblesse. On peut mentionner au moins trois raisons distinctes : la peur de l'arrivée au pouvoir du FN/RN et la possibilité pour le candidat de l'extrême-centre de jouer une nouvelle fois (la dernière ?) la comédie du « vote barrage » ; une faiblesse historique de la gauche (dans son périmètre historique conventionnel, c'est-à-dire incluant le PS), dont l'électorat est passé en 10 ans, de 2012 à 2022, d'environ 45 % à 30 % ; et le déclin du parti traditionnel de la bourgeoisie française, Les Républicains, incapable d'apparaître dans le pays comme un relais possible et crédible au macronisme.
Nous en sommes là, et – les mêmes causes produisant les mêmes effets – l'extrême droite sort extrêmement renforcée de la séquence macroniste, si bien que l'option la plus probable pour les années à venir c'est une coalition d'extrême droite sous domination du FN/RN, embarquant avec elle, ou plutôt à sa remorque, une grande partie des droites conservatrice et libérale (LR et Renaissance). Dans ce contexte pourrait s'enclencher la deuxième étape de la fascisation dont je parle dans le livre, qui aura notamment pour fonction de briser les mouvements d'opposition qui se sont développés sous Macron (aussi bien sur le terrain social que politique, donc LFI inclus).
Dans le débat de gauche en Allemagne, il y a beaucoup d'incertitude et de flou autour du diagnostic et de la signification de la « fascisation ». Souvent mal comprise, elle est simplement assimilée à la montée de l'AfD au rang de force dominante de la droite politique ou à une « situation bonapartiste » conduisant à la suspension de l'État libéral-démocratique. Votre approche théorique et analytique est plus complexe, vous analysez la fascisation comme un processus multidimensionnel d'articulation d'éléments/tendances et la triple radicalisation du bloc de pouvoir néolibéral. Quels sont les différents éléments de la fascisation en France et comment pouvons-nous comprendre leur articulation ?
Ugo Palheta – La fascisation désigne minimalement un processus qui précède et surtout prépare, idéologiquement et matériellement, la construction d'un État fasciste, c'est-à-dire un État de guerre ouverte contre l'ensemble des mouvements de contestation, les minorités et les classes populaires, un État cherchant plus profondément à anéantir toute forme de dissidence et tout espace de contre-pouvoir, un État atomisant ainsi sa population et l'encadrant idéologiquement, et un État permettant – ou plutôt promettant – de relancer l'accumulation du capital.
L'hypothèse, c'est ici qu'un État fasciste n'est pas le simple produit de l'arrivée au pouvoir d'un mouvement fasciste s'emparant de l'État capitaliste comme on prend une citadelle, puis le transformant dans un sens fasciste. Même si la construction d'un tel État n'est pas le destin inévitable pour tout État capitaliste en période de crise du capitalisme, ni un processus linéaire, elle est en ce sens un phénomène plus organique, plus étroitement lié à la situation et aux transformations du capitalisme, mais aussi à la politique des classes dominantes (donc à ses représentants politiques traditionnels que sont les partis mainstream, de la droite au centre-gauche), pas la simple conséquence d'une victoire électorale de l'extrême droite ou de leur arrivée au pouvoir dans le cadre d'une coalition.
On peut distinguer les facteurs de cette fascisation de ses vecteurs et de ses acteurs. Les facteurs fondamentaux me semblent renvoyer à la crise d'hégémonie, qui est elle-même un produit complexe de la crise du capitalisme. C'est parce que l'accumulation du capital rencontre des limites et des blocages, parce que le capitalisme stagne de manière durable, que des secteurs identifiables du capital (capital fossile, finance spéculative, agro-business, industries militaires et de surveillance) tendent à radicaliser leur agenda politique et à soutenir (directement ou indirectement) des mouvements d'extrême droite.
C'est aussi en raison de cette stagnation que les partis dominants perdent leur crédit et que se diffuse la peur du déclassement dans de larges franges de la petite bourgeoisie (ancienne et nouvelle) mais aussi dans les strates stabilisées des classes populaires, ces deux groupes sociaux constituant un peu partout les zones de force électorales de l'extrême droite, en particulier du côté des hommes de ces groupes.
La crise d'hégémonie peut déboucher dans certains cas sur une crise pré-révolutionnaire mais ses conséquences sont généralement des formes plus ou moins aiguës d'instabilité gouvernementale et des explosions populaires sans lendemains, c'est-à-dire sans débouchés politiques et sans alternative sociale, sur fond de faiblesse historique de la gauche et du mouvement ouvrier. C'est donc de la crise d'hégémonie que procède la montée de l'extrême droite, se nourrissant des phénomènes évoqués plus haut (stagnation du capitalisme, discrédit des partis dominants, peur du déclassement…), mais aussi de certaines transformations tendancielles de l'État capitaliste et de l'idéologie dominante telle qu'elle est élaborée et diffusée par les appareils idéologiques des classes dominantes (principalement partis et médias).
Comme nous l'avons évoqué plus haut, c'est donc la crise d'hégémonie qui pousse au durcissement autoritaire de l'État capitaliste-néolibéral (centralisation accrue du pouvoir gouvernemental, contournement du Parlement et des acteurs de la « société civile », criminalisation des opposants et répression accrue, renforcement et autonomisation de la police, etc.), mais aussi de la multiplication des campagnes de diabolisation des minorités raciales et de la gauche, parfois mêlés dans un même opprobre (« judéo-bolchévisme » autrefois, « islamo-gauchisme » aujourd'hui).
En Allemagne, la gauche a tendance à opposer le « néolibéralisme autoritaire », axé sur l'austérité, la militarisation et la guerre, au diagnostic de « fascisation ». Vous êtes l'un des premiers chercheurs de gauche à avoir développé une approche théorique et analytique globale pour réfléchir aux continuités et aux discontinuités entre l'État néolibéral (en s'inspirant de l'étatisme autoritaire de Poulantzas) et les projets néofascistes… Comment voyez-vous la relation entre l'étatisme autoritaire néolibéral et la fascisation ?
Ugo Palheta – D'abord, pour clarifier les choses, je pense qu'il est utile de revenir au fait que Poulantzas, lorsqu'il décrit l'émergence de l'étatisme autoritaire néolibéral dès la fin des années 1970, ne le voit pas comme une nouvelle forme de fascisme, ni plus généralement d'État d'exception, ni d'ailleurs comme devant déboucher sur un tel État. Pas plus que Stuart Hall ne voyait dans le « populisme autoritaire » de Thatcher une étape préparatoire au fascisme, une antichambre, et encore moins une variété de fascisme.
Poulantzas et Hall avaient raison, du moins dans le contexte de la première vague néolibérale initiée à la fin des années 1970 avec la victoire de Thatcher au Royaume-Uni. Pour autant, on doit constater au moins trois différences par rapport au contexte dans lequel ils écrivaient, autorisant à voir le durcissement autoritaire en cours différemment et à formuler une hypothèse de fascisation. Autrement dit, dans les conditions présentes, l'autoritarisme néolibéral a de bonnes chances – si la dynamique n'est pas stoppée par les forces d'émancipation – de conduire vers des pouvoirs de type fascistes (ou des dictatures néofascistes si l'on veut être plus précis). Ces éléments sont évidemment connectés les uns aux autres.
– Le premier, c'est évidemment la polycrise du capitalisme, aussi bien sous l'aspect environnemental (basculement climatique, etc.), économique (stagnation séculaire) que politique et idéologique (crise de légitimité, instabilité gouvernementale, etc.). Sous ces deux aspects, la crise est beaucoup plus profonde que dans les années 1970 (malgré un mouvement ouvrier nettement moins puissant partout dans le monde, ce qui est un élément important de l'équation stratégique).
– Le deuxième, c'est la présence de mouvements d'extrême droite puissants, qui se développent d'abord sur le terrain électoral et institutionnel mais aussi, de plus en plus, dans la rue et dans la société (l'exemple de l'Angleterre me semble frappant de ce point de vue, mais les États-Unis ou le Brésil sont d'autres cas suggestifs, sans même parler de l'Inde ou d'Israël).
– La troisième, c'est la disponibilité d'une base sociale de masse – ce qui ne veut pas dire majoritaire – pour cette extrême droite, qui n'est pas prête à ce stade – du moins le plus souvent – à s'enrôler dans ces structures paramilitaires que nous associons spontanément au fascisme (SA, squadristi, etc.), mais inclinée à appuyer, plus ou moins activement, un pouvoir néofasciste et un processus de fascisation de l'État.
La direction du processus ne dépend pas seulement du projet ou de l'idéologie des forces au pouvoir, mais sans doute autant sinon davantage du niveau d'approfondissement à venir de la polycrise du capitalisme, imprévisible dans son intensité sous tous les aspects (effets en chaîne du basculement climatique, montée du militarisme et risque d'un embrasement généralisé, crise économique et financière liée à la spéculation et de la bulle autour de l'IA…), mais aussi de l'intensité des résistances populaires.
Cela est clairement indiqué par la situation française. Si la répression des mouvements populaires y a été aussi brutale ces dernières années et le durcissement autoritaire si marqué, ce n'est pas en raison d'une nature singulière du macronisme – par rapport à d'autres variétés nationales de néolibéralisme – mais parce que le niveau de mobilisation a été bien plus élevé en France que partout ailleurs en Europe, depuis 2016 notamment, mais aussi en raison de la présence d'une gauche de rupture à un niveau relativement élevé (la France insoumise capable d'obtenir des scores de plus 20 % aux élections présidentielles de 2017 et 2022).
Tous ces ingrédients rendent la situation extrêmement inflammable et imprévisible. Prenons l'exemple du traitement des opposants. Une criminalisation des mouvements d'opposition a déjà été engagée en France par la Macronie : dissolution administrative du Collectif contre l'islamophobie en France (l'organisation antiraciste ayant à l'époque le plus d'adhérents dans le pays) mais aussi du collectif Palestine Vaincra, dissolution de la Jeune Garde antifasciste (l'une des principales organisations antifascistes), et annonce de la possible dissolution de la principale organisation de solidarité avec la Palestine (Urgence Palestine). Comment imaginer qu'un pouvoir dirigé par le RN n'irait pas plus loin ? L'ancien chef de la droite traditionnelle, aujourd'hui rallié au RN (Eric Ciotti), a déjà dit qu'il faudrait dissoudre la France Insoumise (la principale organisation de gauche à l'Assemblée nationale)…
Le plus probable, c'est donc qu'une coalition de forces sous domination RN s'engagera à la fois dans un approfondissement des contre-réformes néolibérales, notamment pour asseoir son alliance avec le patronat, et dans le même temps accélérera l'offensive autoritaire pour faire face à une contestation sociale et à une gauche radicale vivaces. Les prétextes sont faciles à imaginer : révoltes dans les quartiers populaires et d'immigration, confrontations avec la police lors de manifestations de rue, meurtre commis par un exilé originaire du Sud global, etc. Il est important d'avoir par ailleurs en tête tout l'arsenal de mesures d'exception d'ores et déjà passées dans le droit commun – donc dans le répertoire ordinaire d'action de l'État (et notamment de la police) – au cours des dix dernières années, et qui sera immédiatement disponible pour une coalition dominée par le RN.
Vous soulignez le rôle du racisme anti-musulman. Quelles sont les relations entre le racisme (anti-musulman) en tant que partie structurelle du capitalisme, les formes organiques du racisme dans la conjoncture du populisme autoritaire néolibéral ( Stuart Hall) et les spécificités du racisme dans une conjoncture de fascisation ? L'islamophobie joue un rôle particulier du point de vue du processus de fascisation, à la manière de l'antisémitisme de la première moitié du XXe siècle.
Ugo Palheta – Il est vrai que les formes idéologiques étaient différentes : on trouvait, dans cet antisémitisme, en particulier tout l'habillage pseudo-biologique du racialisme qui s'était constitué au 19e siècle, mais aussi l'antijudaïsme d'origine chrétienne ou encore certains lieux communs prétendument anticapitalistes concernant le pouvoir ou la richesse des juifs que le dirigeant socialiste allemand Bebel avait nommé en son temps le « socialisme des imbéciles ».
Mais que faisait l'antisémitisme que fait aujourd'hui l'islamophobie ? Eh bien, il radicalise la xénophobie et le racisme que l'on qualifie parfois d'ordinaires, celles qui émergent par exemple des concurrences pour l'emploi, pour leur donner une forme singulière, spécifiquement catastrophiste et conspirationniste.
C'est cette forme qui est propre à l'extrême droite, qui est spécifique dans le sens où il ne s'agit pas simplement de dire qu'il y aurait trop de musulmans et trop d'immigrés, que ces derniers feraient concurrence aux « vrais nationaux », qu'ils poseraient des « problèmes » (d'intégration, de vivre-ensemble, de délinquance, de chômage, de déficits publics, etc.). Le racisme d'extrême droite repose essentiellement sur trois idées :
1-une destruction est en cours (la destruction de la nation française ou de la civilisation « occidentale »), ce qui élève d'emblée les enjeux et justifie la nécessité d'agir urgemment et avec toute la brutalité nécessaire et souhaitable ;
2-cette destruction est liée non seulement à une invasion migratoire mais plus profondément à une volonté de domination qui serait le fait d'un groupe considéré comme radicalement extérieur et étranger ou « allogène » (les juifs hier, les musulmans aujourd'hui) ;
Et 3-si notre nation (ou notre civilisation) souhaite renaître de ses cendres, se libérer de la tyrannie déjà là ou à venir exercée par cette minorité, si elle aspire à retrouver ses racines, son identité profonde et sa grandeur, en un mot si elle veut se régénérer, elle doit se purifier ou s'épurer en combattant ce groupe et en le détruisant d'une manière ou d'une autre (soit par l'expulsion, soit par la destruction physique).
Ce type spécifique de racisme, qui met en scène et qui justifie une lutte à mort, joue un rôle central dans le processus de fascisation, à au moins trois niveaux.
Tout d'abord, au niveau individuel, en s'articulant à la peur du déclassement (qui elle-même est un produit de long terme des politiques néolibérales de précarisation) et en se fondant sur tout un fonds idéologique hérité du colonialisme français et du racisme que celui-ci n'a pas cessé de secréter dans son sillage, l'islamophobie va façonner des émotions, des désirs et des idées allant dans le sens non seulement d'une victimisation blanche et d'un volontarisme national-racial, ou civilisationnel, qui prétend avoir comme visée une libération, quand bien même son principal objectif est l'assujettissement de la minorité perçue à la fois comme responsable de tous les maux et comme cherchant à imposer sa domination.
Ensuite, au niveau de ce que les historiens et sociologues marxistes nomment la formation de classe, et spécifiquement de la formation de la classe travailleuse, on retrouve l'une des fonctions majeures du fascisme, à savoir de disloquer politiquement et idéologiquement la classe travailleuse.
Celle-ci est bien sûr toujours déjà segmentée, différenciée et hiérarchisée – selon des lignes de race, de genre mais aussi de qualification, d'âge, etc. – par le fonctionnement ordinaire du capitalisme. Mais la variété de racisme qu'élabore et diffuse les extrêmes droites et leurs complices vient solidifier ces segmentations, ces différenciations et ces hiérarchies : il creuse des tranchées et il érige des murs, rendant très difficile voire improbable toute forme d'action commune, toute émergence d'une politique de classe : d'une part en isolant, en effrayant et bien souvent en criminalisant de mille manières les franges les plus opprimées et précarisées du prolétariat (en particulier lorsqu'elles passent à l'action) ; et d'un autre côté en conduisant les franges les plus stabilisées de ce prolétariat (ce qu'on appelle souvent la « classe ouvrière blanche ») à s'identifier aux classes dominantes et à l'État, au nom de la défense de la nation menacée dans son intégrité et même sa survie.
Enfin, justement au niveau de l'État, l'islamophobie est une formation idéologique qui va contribuer à la légitimation du recul des libertés publiques et des droits démocratiques élémentaires (mise en place de lois d'exception, de l'état d'urgence, etc.), mais aussi des attaques contre la gauche, les mouvements sociaux, les collectifs antifascistes ou les mobilisations anticoloniales. C'est notamment au prétexte qu'elle aurait pris le parti des « islamistes » que la France insoumise est constamment diabolisée, de même que la solidarité avec la Palestine est délégitimée par le fait qu'il s'agirait d'une lutte « communautariste », complice du « terrorisme islamiste » et toujours soupçonnable d'antisémitisme.
L'islamophobie a ainsi une place de choix, pour ne pas dire la place centrale, dans le répertoire de l'offensive des droites contre la gauche, et en particulier contre la gauche radicale, visant à la disqualifier et à la faire disparaître complètement du champ politique légitime. Elle est un levier fondamental permettant de justifier le durcissement autoritaire de l'État (les lois liberticides au nom de l'anti-terrorisme ou de la lutte contre le prétendu « entrisme islamiste »), la diabolisation de la gauche, la chasse aux migrant-es, mais aussi une manière de légitimer les interventions militaires à l'étranger, que ce soit dans le cas de la France en Afrique subsaharienne ou dans le monde arabe, et donc l'accroissement énorme des dépenses militaires.
À court et moyen terme, il est urgent de mettre en place des stratégies de défense offensives (!) contre les dérives autoritaires, le néolibéralisme autoritaire et la fascisation. Parlons donc de la dialectique entre l'offensive et la défensive (sens de l'antifascisme) dans la conjoncture actuelle.
Ugo Palheta – L'antifascisme est effectivement d'abord une question de défense, et il faut assumer le fait qu'après quatre décennies d'offensive bourgeoise, nous sommes sur la défensive, sans se raconter d'histoires sur le caractère révolutionnaire ou « pré-révolutionnaire » de la situation.
La défense, cela commence par l'auto-défense physique face aux bandes fascistes mais aussi face à une police de plus en plus brutale dans le cadre d'un État en voie de fascisation, ce qui suppose de renforcer l'unité de notre camp, de coordonner les services d'ordre, etc. Cela se poursuit dans le fait de bloquer activement toute initiative de rue des forces d'extrême droite et, à travers cela, d'empêcher le développement d'organisations fascistes implantées dans les villes, les campagnes, les entreprises, les universités, etc. Néanmoins, il me semble que l'antifascisme est trop souvent réduit à ces dimensions, alors qu'il a un potentiel politique beaucoup plus important.
D'abord la défense c'est aussi l'auto-défense politique, donc la mobilisation la plus large et unitaire possible autour de mots d'ordre démocratiques visant à préserver les conquêtes politiques de la classe travailleuse et des minorités opprimées, et à maintenir les formes de contre-pouvoir ou ce qu'on peut appeler les infrastructures de la contestation (syndicats, collectifs de quartier, groupes anti-guerre, etc.), toutes ces formes embryonnaires de pouvoir populaire. Mais cela peut permettre de poser à une échelle large la question démocratique, en avançant des mots d'ordre plus radicaux, concernant les institutions politiques (contestation de tous leurs aspects anti-démocratiques : chambres hautes, modes de scrutin, cours constitutionnelles, etc.), mais aussi le racisme et le rôle de l'État dans l'oppression raciale, la captation capitaliste des médias et l'absence de pluralisme réel qui en découle, etc.
De même, l'antifascisme a toujours posé historiquement la question des moyens de ces batailles défensives, ce qui est signalé dans votre question à travers l'idée de « stratégies offensives de défense ». Il est certain qu'il faut éviter de rester englué sur le terrain strictement institutionnel car, si la bataille est menée sur ce seul terrain, la défaite paraît évidente.
Mais à mon sens, et je crois que je suis dans l'esprit de Poulantzas en disant cela, il est impératif de ne pas opposer d'un côté les moyens électoraux-institutionnels, qui incluent des batailles judiciaires évidemment et tous les points d'appui que l'on peut trouver dans le cadre du droit existant et des institutions démocratiques-bourgeoises (dont on ne doit jamais oublier qu'elles enregistrent, même de manière déformée, certaines conquêtes populaires antérieures), et de l'autre les méthodes propres aux classes exploitées et opprimées, au mouvement ouvrier : grèves, occupations, manifestations de rue, blocages. C'est la combinaison de ces armes qui, seule, peut permettre d'obtenir des victoires démocratiques, de faire reculer l'ennemi fasciste et d'enrayer le processus de fascisation.
Enfin, l'antifascisme a cette vertu particulière de pousser à l'unité l'ensemble des mouvements d'émancipation et peut apparaître de ce point de vue comme un ciment en période (défensive) de fascisation. L'ensemble des mouvements d'émancipation, c'est-à-dire non pas simplement la gauche politique et les syndicats, mais les collectifs antiracistes, de quartiers populaires, féministes, LGBTQI+, anticoloniaux et anti-guerre, écologistes, etc. En somme tous ceux et toutes celles qui se sentent (et sont en effet) directement menacés par les avancées de l'extrême droite et la fascisation. Si on ne parvient pas à mettre en action ce « bloc subalterne », pour reprendre une expression que j'utilise dans le livre, et à le mettre en action non pas seulement sur le terrain électoral-institutionnel (ce qui a été la très grande limite du Nouveau Front populaire), mais aussi par les méthodes de lutte des opprimés, nous n'avons là encore aucune chance face à l'ennemi commun.
Le danger, c'est évidemment que cette unité se fasse dans l'urgence comme un simple coup tactique, donc sans boussole stratégique, et qu'on oublie en particulier ce fait indéniable : toute expérience de gauche qui maintient le statu quo, et a fortiori qui poursuit voire amplifie les politiques néolibérales, racistes, sécuritaires et productivistes, conduira à une nouvelle progression de l'extrême droite. Donc la recherche de l'unité ne doit pas être opposée à la nécessaire bataille politique sur la question du projet : sans maximalisme mais sans renoncement. Dans ce cadre, les forces anticapitalistes et la gauche révolutionnaire peuvent intervenir pour entraîner, mobiliser et clarifier, mais cela ne peut s'opérer que dans l'action unitaire de masse : ni sur le seul terrain électoral et parlementaire (même si celui-ci ne doit pas être laissé aux forces bourgeoises), ni en extériorité dans une posture prétendument avant-gardiste et omnisciente de donneurs de leçons.
Au regard de la situation politique, aussi bien en France qu'à l'échelle continentale et mondiale, c'est très certainement à partir de telles alliances construites d'abord défensivement que l'on peut imaginer un processus conduisant vers un gouvernement d'unité populaire, capable de mettre en œuvre les mesures les plus urgentes de rupture avec les consensus néolibéral, raciste, sécuritaire/autoritaire et productiviste (des réformes encore défensives pour l'essentiel puisqu'il s'agirait de revenir sur des régressions).
Bien entendu, si la gauche se trouvait dans cette situation dans n'importe quel pays, elle serait immédiatement confrontée à une réaction bourgeoise de grande intensité : seule une mobilisation populaire extra-parlementaire d'une intensité supérieure, en défense de l'expérience gouvernementale de rupture, permettrait alors de stopper l'offensive bourgeoise tout en permettant d'envisager de passer à l'offensive, dans le sens d'une rupture avec le capitalisme. Après tout, comme l'écrivait Trotsky, « seul se défend bien celui qui ne se borne pas à la défensive, mais qui, à la première occasion, est décidé à passer à l'offensive ».
*
Illustration : « Chats (perception rayonnante en rose, noir et jaune) », Natalia Goncharova (1881) -WikiCommons.
La version française de cet entretien a d'abord été publiée dans L'Anticapitaliste, le magazine mensuel du NPA-L'Anticapitaliste.
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Appel international au renforcement de l’action antifasciste et anti-impérialiste
L'extrême droite et les forces néofascistes progressent sur tous les continents. La menace prend des formes spécifiques dans chaque pays ou région, mais ses points communs sont faciles à identifier : l'objectif d'anéantir les droits et protections des personnes salariées, l'étouffement des organisations ouvrières, le démantèlement de la sécurité sociale et l'instauration d'un régime de précarité pour les classes populaires, la privatisation des services publics, le déni du changement climatique, le recours au prétexte du niveau élevé de dette publique pour intensifier les politiques d'austérité, l'expropriation des familles paysannes pour favoriser l'agro-industrie, l'intensification des déplacements forcés des peuples autochtones pour promouvoir un extractivisme débridé, le durcissement des politiques migratoires inhumaines et l'augmentation des dépenses militaires.
Tiré du site du CADTM
20 janvier 2026
Photo Haeferl, CC, Wikimedia Commons
Ces politiques nécessitent, pour être mises en œuvre, des restrictions au droit de grève, à la liberté d'expression, à la liberté d'association et à la liberté de réunion ; la censure de la presse et des voix critiques dans les écoles et les universités ; le déni de la science lorsque ses conclusions contredisent ces politiques ; le renforcement des branches et des appareils de répression et de surveillance.
Pour signer l'appel, cliquez ici.
L'extrême droite instrumentalise le mécontentement face aux conséquences désastreuses du néolibéralisme pour accélérer ces politiques. À cette fin, à l'instar du fascisme classique, elle cherche à diriger ce mécontentement contre les groupes opprimés et dépossédés : migrant·es, femmes, personnes LGBTQ+, bénéficiaires de programmes d'inclusion, personnes racisées et minorités nationales ou religieuses. Le nationalisme exacerbé, le racisme, la xénophobie, le sexisme, l'homophobie, l'incitation à la haine et la banalisation de la cruauté accompagnent la progression de l'extrême droite à chaque étape, en fonction du contexte spécifique de chaque pays.
La volonté d'accumuler les richesses entre les mains du capital, la recherche effrénée du profit maximal qui sous-tend les politiques d'extrême droite, se manifeste également par l'intensification des agressions impérialistes pour accaparer des ressources et exploiter des populations. Cela va de pair avec la perpétuation de situations coloniales qui, dans le cas de la Palestine, prend la forme d'un génocide orchestré par l'État d'Israël, avec la complicité de ses alliés impérialistes.
Outre sa complicité avec le gouvernement Netanyahu, l'extrême droite tisse des liens internationaux : congrès, think tanks, déclarations communes, soutien mutuel lors des processus électoraux, collaboration entre podcasters, entre propagandistes et spécialistes de la désinformation. Notre lutte contre la droite et l'agression impérialiste est urgente et, pour être efficace, doit être internationale.
Les forces qui combattent la montée de l'extrême droite, du fascisme et des agressions impérialistes ne sont ni monolithiques ni homogènes. Elles ne l'ont jamais été. Elles sont diverses et présentent des différences indéniables en matière d'analyse, de stratégie et de tactique, de programmes et de politiques d'alliance, ainsi qu'en matière de sensibilités et de priorités. L'expérience nous enseigne que, tout en reconnaissant ces différences, il est essentiel de coordonner la lutte contre des ennemis de plus en plus menaçants. Cette convergence peut et doit inclure toutes les forces disposées à défendre la classe ouvrière, la paysannerie, les migrant·es, les femmes, les personnes LGBTQ+, les personnes racisées, les minorités nationales ou religieuses opprimées et les peuples autochtones ; à défendre la nature contre le capitalisme écocidaire ; à combattre l'agression impérialiste et coloniale, quelle que soit son origine ; et à soutenir la lutte des peuples qui leur résistent, y compris les armes à la main quand c'est nécessaire.
Il est urgent de partager les analyses, de renforcer les liens et de décider des actions concrètes. Ces objectifs ont inspiré l'initiative d'organiser une Conférence internationale antifasciste et antiimpérialiste à Porto Alegre, au Brésil, du 26 au 29 mars 2026 https://antifas2026.org/fr/.
La conférence de Porto Alegre constitue une étape importante sur un chemin beaucoup plus long. Les organisations et individus soussigné·es s'engagent à poursuivre la lutte sans relâche et de la manière la plus unie possible contre la montée de l'extrême droite et l'agression impérialiste, dimension essentielle de notre projet émancipateur, socialiste, écologiste, féministe, antiraciste et internationaliste.
Comme l'écrivait Che Guevara à ses enfants : « Soyez toujours capables de ressentir profondément toute injustice commise contre quiconque, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire. »
20 janvier par CADTM , Eric Toussaint , Collectif , Jean Ziegler , Joao Pedro Stedile , Denis Robert , Yanis Varoufakis , Rafael Bernabe , Zoe Konstantopoulou , Jean-Luc Mélenchon , Gilbert Achcar , Tithi Bhattacharya , Nancy Fraser , Françoise Vergès , Manon Aubry , Leïla Chaibi , Annie Ernaux , Ada Colau
Premiers signataires
Afrique du Sud
1. Mercia Andrews, coordinatrice de l'Assemblée des femmes rurales d'Afrique australe, membre fondatrice de la campagne de solidarité palestinienne et membre actif de BDS Afrique du Sud.
2. Patrick Bond, professeur distingué au département de sociologie de l'Université de Johannesburg, où il dirige le Centre pour le changement social.
3. Samantha Hargreaves, fondatrice et directrice de WoMin.
4. Trevor Ngwane, président, Front uni, Johannesburg.
Allemagne
5. Angela Klein, rédactrice en chef responsable de la revue SOZ.
6. Carola Rackete, biologiste, activiste, capitaine de navire arrêtée en Italie en juin 2019 pour avoir protégé des réfugiés, ancienne membre du Parlement européen.
Argentine
7. Atilio A. Boron, enseignant à l'Université de Buenos Aires et à l'Université nationale d'Avellaneda.
8. Verónica Gago, activiste féministe et chercheuse à l'Université de Buenos Aires.
9. Julio Gambina, Courant politique de gauche, ATTAC Argentine, CADTM AYNA.
10. Claudio Katz, professeur à l'Université de Buenos Aires et chercheur au CONICET.
11. Beverly Keene, Dialogue 2000-Jubilé Sud Argentine et Autoconvocatoria pour la Suspension du Paiement et l'Enquête sur la Dette.
12. Claudio Lozano, président de l'Instrumento Electoral por la Unidad Popular.
13. Jorgelina Matusevicius, coordinatrice de Vientos del Pueblo Frente por el Poder Popular.
14. Felisa Miceli, économiste, ancienne ministre de l'Économie d'Argentine (2005/2007).
15. Martín Mosquera, éditeur de Jacobin Amérique latine (Jacobinlat).
16. María Elena Saludas, membre d'ATTAC- CADTM Argentine, Courant politique de gauche (CPI).
Australie
17. Federico Fuentes, éditeur de LINKShttps://www.femeninorural.com/ International Journal of Socialist Renewal.
18. Pip Hinman, Co-éditrice de Green Left.
19. Susan Price, Co-éditrice de Green Left.
Belgique
20. Vanessa Amboldi, directrice CEPAG mouvement d'éducation populaire.
21. France Arets, professeure d'histoire retraitée, active dans le soutien aux personnes sans-papiers, CRACPE.
22. Eléonore Bronstein, secrétaire fédérale du Mouvement ouvrier chrétien Bruxelles.
23. Céline Caudron, Gauche anticapitaliste, militante syndicale et féministe.
24. Giulia Contes, Co-présidente de la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie (CNAPD).
25. Paul-Emile Dupret, juriste, ancien fonctionnaire de The Left au Parlement européen.
26. Pierre Galand, ancien sénateur, président de l'Association belgo-palestinienne (ABP), président de la Conférence européenne de coordination du soutien au peuple sahraoui (EUCOCO).
27. Corinne Gobin, professeure à l'Université libre de Bruxelles.
28. Henri Goldman, Union des progressistes juifs de Belgique.
29. Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne.
30. Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international.
31. Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE/CSC).
32. Arnaud Zacharie, maître de conférences à l'ULB et à l'ULiège, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD).
Bénin
33. Émilie Atchaka, féministe, présidente de la CADD Bénin.
Bolivie
34. Gabriela Montaño, médecin, ancienne présidente de la Chambre des députés et sénateurs, ancienne ministre de la Santé.
Brésil
35. Ricardo Abreu de Melo « Alemão », FMG.
36. Luana Alves, féministe noire, conseillère municipale PSOL à São Paulo.
37. Frei Betto, écrivain.
38. Sâmia Bomfim, députée fédérale PSOL.
39. Bianca Borges, présidente de l'UNE.
40. Ana Cristina Carvalhaes, Journaliste, revue Inprecor.
41. Raul Carrion, historien, ancien député, membre de la FMG et du Secrétariat aux Relations internationales du PC du Brésil.
42. Rodrigo Dilelio, président du Parti des travailleurs de la ville de Porto Alegre ; Comité organisateur de la conférence antifa de Porto Alegre.
43. Olívio Dutra, ancien gouverneur de l'État du Rio Grande do Sul ; ancien ministre des Villes (PT).
44. Israel Dutra, secrétaire aux Mouvements sociaux du PSOL, membre de la direction nationale du PSOL.
45. Luciana Genro, députée d'État du Rio Grande do Sul et présidente de la Fundação Lauro Campos/Marielle Franco.
46. Tarso Genro, ancien gouverneur de l'État du Rio Grande do Sul ; ancien ministre de la Justice (PT).
47. Socorro Gomes, CEBRAPAZ et du Conseil mondial de la Paix.
48. Amanda Harumy, Analyste internationale et latino-américaniste.
49. Elias Jabbour, géographe et spécialiste de la Chine.
50. Joao Machado, économiste, PSOL.
51. Fernanda Melchionna, députée fédérale PSOL du RS.
52. Maria do Rosário Nunes, députée fédérale ; ancienne ministre des Droits humains (PT).
53. Misiara Oliveira, secrétaire adjointe aux Relations internationales / Commission exécutive nationale (PT).
54. Raul Pont, historien, ancien maire de Porto Alegre, PT.
55. Ana Maria Prestes, historienne, docteure en sciences politiques et secrétaire aux Relations internationales du CC du PC du Brésil.
56. Edson Puchalski, président du PC do B Rio Grande do Sul.
57. Roberto Robaina, conseiller municipal et président du PSOL de Porto Alegre.
58. Miguel Rossetto, chef du PT à l'Assemblée législative du Rio Grande do Sul.
59. Juliana Souza, cheffe du PT au Conseil municipal de Porto Alegre.
60. Joao Pedro Stedile, activiste social, Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST).
61. Gabi Tolotti, présidente du PSOL Rio Grande do Sul.
62. Thiago Ávila, coordination internationale de la Global Sumud Flotilla pour Gaza.
Catalogne
63. Ada Colau, activiste sociale, ancienne maire de Barcelone, présidente de la Fundación Sentit Comú.
64. Gerardo Pisarello, député au Congrès pour Comuns. Professeur de droit. Université de Barcelone.
65. Daniel Raventós, professeur à l'Université de Barcelone. Comité de rédaction de la revue Sin Permiso et président du Réseau pour le Revenu de Base.
66. Carles Riera, sociologue, ancien député et membre du Bureau du Parlement de Catalogne pour la CUP (2016-2024), président de la Fundación FDC, président du Réseau mondial pour les droits collectifs des peuples.
Chili
67. Daniel Jadue, Parti communiste du Chili.
68. Jorge Sharp Fajardo, ancien maire de Valparaiso, membre de Transformer le Chili.
Colombie
69. Wilson Arias, sénateur de la République.
70. Isabel Cristina Zuleta, sénatrice du Pacte historique.
Congo, République démocratique du
71. Yvonne Ngoyi, féministe, présidente de l'Union des femmes pour la dignité humaine (UFDH).
Côte d'Ivoire
72. Solange Kone Sanogo, présidente du Forum national sur les stratégies économiques et sociales (FNSES), Coordination nationale Marche mondiale des femmes.
Cuba
73. Rafael Acosta, écrivain, universitaire et chercheur.
74. Aurelio Alonso, sous-directeur de la revue Casa de las Américas.
75. Katiuska Blanco, écrivaine et journaliste, RedEDH.
76. Olga Fernández Ríos, Institut de philosophie et vice-présidente de l'Académie des sciences de Cuba.
77. Dra. Georgina Alfonso González, directrice de l'Institut de philosophie.
78. Norma Goicochea, présidente de l'Association cubaine des Nations unies, membre du Réseau en défense de l'humanité (REDH).
79. Rafael Hernández, politologue et professeur. Directeur, Revista Temas.
80. Marilín Peña Pérez, éducatrice populaire, Centre Memorial Dr. Martin Luther King (CMLK).
81. Pedro Prada, journaliste, chercheur et diplomate.
82. Abel Prieto, écrivain, ancien ministre de la Culture, député à l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, président de la Casa de las Américas.
83. Rev. Raul Suárez, pasteur émérite de l'église baptiste Ebenezer, fondateur du Centre Memorial Dr. Martin Luther King, Jr.
84. Marlene Vázquez Pérez, directrice du Centre d'études martiniennes.
Danemark
85. Per Clausen, membre du Parlement européen, GUE/NGL, Alliance rouge-verte.
86. Søren Søndergaard, membre du Parlement, Alliance rouge-verte.
Équateur
87. Alberto Acosta, ancien président de l'Assemblée constituante en 2007-2008.
Espagne
88. Fernanda Gadea, coordinatrice d'ATTAC España.
89. Estrella Galán, eurodéputée SUMAR, groupe The Left.
90. Manuel Garí Ramos, économiste écosocialiste, membre du Conseil consultatif de la revue Viento Sur.
91. Fátima Martín, journaliste, éditrice du journal en ligne FemeninoRural.com, membre du CADTM.
92. Vicent Marzà i Ibáñez, député au Parlement européen pour Compromís, Pays valencien.
93. Irene Montero, secrétaire politique de PODEMOS, eurodéputée et ex-ministre de l'Égalité.
94. Jaime Pastor, rédacteur à la revue Viento Sur.
95. Manu Pineda, ancien député au Parlement européen et responsable des Relations internationales du Parti communiste espagnol.
96. Olga Rodríguez, journaliste et écrivaine.
97. Teresa Rodríguez, Porte-parole d'Adelante Andalucía. Professeure de collège et lycée.
98. Isabel Serra Sánchez, députée au Parlement européen de Podemos/The Left.
99. Miguel Urban, ancien eurodéputé, membre du conseil éditorial de la revue Viento Sur.
100. Koldobi Velasco Vázquez, participante de l'Alternative antimilitariste et du Mouvement d'objection de conscience/Action directe non-violente. Enseignante universitaire en travail social, Canaries.
États-Unis
101. David Adler, coordinateur général adjoint de l'Internationale progressiste.
102. Anthony Arnove, éditeur. Magazine Tempest et Haymarket Books.
103. Tithi Bhattacharya, professeure d'histoire, Université Purdue, co-autrice de Féminisme pour les 99% - Un manifeste.
104. Robert Brenner, professeur émérite d'histoire et directeur du Center for Social Theory and Comparative History à l'Université de Californie, Los Angeles (UCLA).
105. Vivek Chibber, professeur de sociologie à l'Université de New York. Éditeur de Catalyst.
106. Olivia DiNucci, organisatrice anti-militarisme et justice climatique basée à Washington D.C. et écrivaine, affiliée à Code Pink, une organisation féministe de base travaillant à mettre fin aux guerres et au militarisme américains.
107. Dianne Feeley, travailleuse automobile à la retraite (UAW Local 235), membre de Solidarity, Metro Detroit DSA et éditrice du magazine Against the Current.
108. Nancy Fraser, professeure émérite, New School for Social Research et membre du comité éditorial de New Left Review, co-autrice de Féminisme pour les 99% - Un manifeste.
109. Michael Hudson, professeur d'économie, émérite, UMKC, et auteur de Super Imperialism.
110. Neal Meyer, membre de DSA et éditeur pour Socialist Call.
111. Christian Parenti, journaliste d'investigation, universitaire, auteur et éditeur collaborateur à The Nation.
112. Jana Silverman, Professeure de Relations Internationales, Université Fédérale de l'ABC (UFABC) et coprésidente, Comité International des Socialistes Démocrates d'Amérique (DSA).
113. Bhaskar Sunkara, rédacteur fondateur de Jacobin, président du magazine The Nation.
114. Suzi Weissman, professeure de sciences politiques au Saint Mary's College de Californie.
France
115. Manon Aubry, co-présidente du groupe de la Gauche (The Left) au Parlement européen.
116. Ludivine Bantigny, historienne.
117. Olivier Besancenot, NPA - l'Anticapitaliste.
118. Leila Chaibi, membre du parlement européen, La France insoumise, The Left.
119. Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine-FAL.
120. Hendrik Davi, député à l'Assemblée nationale du groupe écologiste et social et membre de l'APRES.
121. Penelope Duggan, membre du bureau de la Quatrième Internationale, rédactrice en chef d'International Viewpoint.
122. Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022.
123. Angélique Grosmaire, secrétaire générale de la Fédération Sud PTT.
124. Rima Hassan, membre du parlement européen, LFI.
125. Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise.
126. Michael Löwy, sociologue, écosocialiste.
127. Ugo Palheta, éditeur de la Revue ContreTemps, auteur de « La nouvelle internationale fasciste ».
128. Patricia Pol, universitaire, représentante d'Attac France au Conseil international du Forum social mondial.
129. Raymonde Poncet Monge, sénatrice Les Écologistes.
130. Thomas Portes, député LFI à l'Assemblée nationale.
131. Christine Poupin, porte-parole du NPA - l'Anticapitaliste.
132. Denis Robert, fondateur et directeur de la rédaction de Blast, média d'information indépendant.
133. Catherine Samary, chercheuse en économie politique, spécialiste des Balkans, membre de la QI et de l'ENSU (European Network in Solidarity with Ukraine).
134. Aurélie Trouvé, députée à l'Assemblée nationale, La France insoumise.
135. Cem Yoldas, porte-parole de la Jeune garde antifasciste.
136. Sophie Zafari, syndicaliste FSU.
Galice
137. Ana Miranda, membre du Parlement Européen, Bloque Nacionalista Galego (BNG).
Grèce
138. Zoe Konstantopoulou, avocate, cheffe du Mouvement politique « Trajet de la liberté », membre du Parlement, ancienne présidente du Parlement grec, initiatrice-présidente du Comité de vérité sur la dette publique.
139. Nadia Valavani, économiste et autrice, ministre adjointe des Finances en 2015 et ancienne membre du Parlement grec.
140. Yanis Varoufakis, dirigeant de MeRA25, cofondateur de DiEM25, professeur d'économie – Université d'Athènes.
Haïti
141. Camille Chalmers, professeur à l'université d'État d'Haïti (UEH), directeur de la PAPDA, membre du comité exécutif régional de l'Assemblée des peuples de la Caraïbe (APC), membre du Comité national haïtien pour la restitution et les réparations (CNHRR).
Inde
142. Sushovan Dhar, magazine Alternative Viewpoint, membre du Conseil International du Forum social mondial et de CADTM Inde.
143. Vijay Prashad, directeur, Institut de recherche sociale tricontinental.
144. Achin Vanaik, professeur émérite de l'université de Delhi et membre fondateur de la Coalition pour le désarmement nucléaire et la paix (CNDP).
Indonésie
145. Rahmat Maulana Sidik, directeur exécutif, Indonésie pour la justice mondiale (IGJ).
Irak
146. Noor Salem, journaliste radio.
Irlande
147. Paul Murphy, membre du Parlement.
Italie
148. Eliana Como, membre de l'Assemblée nationale du syndicat CGIL.
149. Nadia De Mond, activiste et chercheuse féministe, Centre d'études pour l'autogestion.
150. Domenico Lucano, maire de Riace en Calabre, membre du Parlement européen (groupe de gauche The Left), persécuté pour sa politique humaniste d'accueil des migrant-es et réfugié-es par le système judiciaire italien et le ministre de l'Intérieur d'extrême-droite M. Salvini, injustement condamné à 13 ans de prison avant de gagner son appel après une longue bataille juridique et grâce à la solidarité.
151. Cristina Quintavalla, professeure de philosophie, militante décoloniale, contre les privatisations et la dette publique.
152. Ilaria Salis, activiste anti-fasciste, injustement emprisonnée à Budapest jusqu'à son élection en juin 2024, membre du Parlement européen (The Left).
Kenya
153. Dr Ikal Angelei, activiste universitaire pour les droits autochtones.
154. David Otieno, coordinateur général, Ligue des paysans kényans et président du groupe de référence de la société civile, membre de La Via Campesina.
La Réunion/France
155. Françoise Vergès, autrice, militante féministe décoloniale.
Liban
156. Sara Salloum, cofondatrice et présidente d'AgriMovement au Liban.
Luxembourg
157. Justin Turpel, ancien député de 'déi Lénk – la Gauche' à la Chambre des députés.
158. David Wagner, membre déi Lénk de la Chambre des députés.
Madagascar
159. Zo Randriamaro, présidente du Mouvement des peuples de l'océan Indien.
Malaisie
160. Jeyakumar Devaraj, président du Parti socialiste de Malaisie.
Mali
161. Massa Kone, du comité organisateur du Forum social mondial 2026 au Bénin.
Maroc
162. Fatima Zahra El Belghiti, membre d'Attac CADTM Maroc.
Martinique/France
163. Mireille Fanon-Mendes-France, co-présidente de la Fondation Frantz Fanon internationale.
164. Fondation Frantz Fanon, https://fondation-frantzfanon.com/
Mexique
165. Armando Bartra, écrivain, sociologue, philosophe et analyste politique.
166. Verónica Carrillo Ortega, membre de la Coalition nationale pour la suspension de la dette publique au Mexique, CADTM AYNA.
167. Ana Esther Ceceña, coordinatrice de l'Observatoire latino-américain de géopolitique et de l'Agence latino-américaine d'information. Universidad Nacional Autónoma de México.
168. Martín Esparza Flores, secrétaire général du Sindicato Mexicano de Electricistas (SME).
169. Diana Fuentes, philosophe et analyste politique, professeure-chercheuse à temps plein à l'Universidad Autónoma Metropolitana.
170. María Auxilio Heredia Anaya, syndicaliste et féministe, Universidad Autónoma de la Ciudad de México (UACM).
171. Sara Lovera Lopez, journaliste/féministe.
172. Ana López Rodríguez, une fondatrice du PRT et dirigeante paysanne Sonora, membre du MSP.
173. Pablo Moctezuma Barragán, politologue, historien et urbaniste ; chercheur à l'Universidad Autónoma Metropolitana, porte-parole du Congrès pour la souveraineté.
174. Massimo Modonesi, historien, sociologue et politologue, professeur Ordinario de la Facultad de Ciencias Políticas y Sociales de la Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM).
175. Humberto Montes de Oca, secrétaire aux Relations extérieures du Sindicato Mexicano de Electricistas (SME).
176. Magdalena Núñez Monreal, députée fédérale au Congrès du Mexique.
177. César Enrique Pineda, sociologue et activiste, professeur à la faculté de politiques sociales à Universidad Nacional Autónoma de México.
178. Mónica Soto Elízaga, féministe et cofondatrice de la Coalition (promotora) pour la suspension du paiement de la dette publique, CADTM AYNA.
179. Paco Ignacio Taibo II, écrivain et directeur de la maison d'édition Fondo de Cultura Económica.
180. Carolina Verduzco Ríos, anthropologue, professeure à l'Institut Polytechnique National, membre du Comité 68.
Nigeria
181. Emem Okon, fondatrice et directrice du Kebetkache Women's Development and Resource Centre.
Pakistan
182. Sheema Kermani, artiste interprète, défenseure des droits humains.
Palestine/France
183. Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, ancien détenu politique pendant 10 ans dans les prisons israéliennes, déporté en France en 2022.
Pays Basque
184. Garbiñe Aranburu Irazusta, coordinatrice générale du syndicat LAB.
185. Igor Arroyo Leatxe, coordinateur général du syndicat LAB.
186. Josu Chueca, ancien professeur à l'EHU. Activiste de la mémoire historique.
187. Irati Jiménez, parlementaire en Navarre, EH Bildu.
188. Mitxel Lakuntza Vicario, secrétaire général du syndicat ELA Sindikatua.
189. Oskar Matute, député au Congrès de l'État espagnol, EH Bildu.
190. Luisa Menendez Aguirre, activiste antiraciste et féministe, Bilbao.
191. Amaia Muñoa Capron-Manieux, secrétaire générale adjointe du syndicat ELA Sindikatua.
192. Anabel Sanz Del Pozo, activiste féministe, Bilbao.
193. Igor Zulaika, parlementaire dans la CAPV, EH Bildu.
Pérou
194. Evelyn Capchi Sotelo, secrétaire à l'Organisation nationale du NUEVO PERÚ POR EL BUEN VIVIR.
195. Jorge Escalante Echeandia, responsable politique du courant SÚMATE, dirigeant national de l'organisation NUEVO PERÚ POR EL BUEN VIVIR.
196. Yolanda Lara Cortez, dirigeante féministe et socio-environnementale de la province de Santa Ancash.
197. Flavio Olortegui, dirigeant de la Fédération nationale des travailleurs du textile du Pérou.
Philippines
198. Walden Bello, co-président du conseil d'administration, Focus on the Global South.
199. Jen Cornelio, présidente d'Inged Fintailan (Organisation de femmes IP/ Mindanao).
200. Dorothy Guerrero, consultante, Alliance Womin africaine ; co-présidente du conseil d'administration du Réseau londonien des mines.
201. Reihana Mohideen, Bureau international, Partido Lakas ng Masa-PLM (Parti des masses laborieuses).
202. Lidy Nacpil, coordinatrice du Mouvement populaire asiatique sur la dette et le développement.
203. Reyna Joyce Villagomez, secrétaire générale du Mouvement des ruraux pauvres.
Portugal
204. Mamadou Ba, chercheur, dirigeant de SOS Racismo Portugal.
205. Jorge Costa, journaliste, membre de la direction nationale du Bloco de Esquerda.
206. Mariana Mortágua, économiste, Bloco de Esquerda.
207. José Manuel Pureza, coordinateur du Bloco de Esquerda.
208. Alda Sousa, ancienne députée européenne du Bloco de Esquerda.
Porto Rico
209. Manuel Rodríguez Banchs, porte-parole de Instituto Internacional de Investigación y Formación Obrera y Sindical. iNFOS.
210. Rafael Bernabe, auteur et professeur universitaire ; ex- sénateur de Puerto Rico pour le Movimiento Victoria Ciudadana.
Royaume Uni
211. Gilbert Achcar, professeur émérite, SOAS, University of London.
212. Jeremy Corbyn, membre du Parlement, co-fondateur de Your Party.
213. Michael Roberts, économiste et auteur.
214. Zarah Sultana, membre du Parlement, co-fondatrice de Your Party.
Senegal
215. Aly Sagne, fondateur et directeur de Lumière Synergies pour le Développement.
Sri Lanka
216. Swasthika Arulingam, présidente de la Fédération unie du travail.
217. Dr. Kalpa Rajapaksha, maître de conférences, département d'économie, Université de Peradeniya.
218. Amali Wedagedara, Centre Bandaranaike d'études internationales.
Suisse
219. Sébastien Bertrand, Enseignant.e.s pour le climat, Syndicat des Services Publics et membre de solidaritéS Genève.
220. Hadrien Buclin, député Ensemble à Gauche au Parlement du Canton de Vaud.
221. Marianne Ebel, Marche Mondiale des Femmes et de solidaritéS Neuchâtel.
222. Jocelyne Haller solidaritéS, ancienne députée cantonale de Genève.
223. Gabriella Lima, membre du CADTM Suisse et de la plateforme Ensemble à Gauche.
224. Mathilde Marendaz, députée Ensemble à Gauche au Parlement du Canton de Vaud.
225. Aude Martenot, chercheuse et coordinatrice associative.
226. Mathieu Menghini, historien de l'action culturelle.
227. Françoise Nyffler, Collectif Grève féministe Suisse.
228. Stefanie Prezioso, ancienne députée, Parlement suisse.
229. Juan Tortosa, porte-parole du CADTM-Suisse et membre de SolidaritéS Suisse.
230. María Wuillemin, militante écoféministe, membre du Colectivo Jaguar.
231. Jean Ziegler, écrivain, ex-parlementaire, ancien Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation.
Syrie
232. Joseph Daher, universitaire et spécialiste de l'économie politique du Moyen-Orient (résidant en Suisse).
233. Munif Mulhen, activiste politique de gauche. Ancien prisonnier politique pendant 16 ans sous le régime de Hafez al-Assad (1970-2000).
Tunisie
234. Imen Louati, militante tunisienne, une des membres fondatrices du réseau souveraineté alimentaire árabe (Siyada).
235. Layla Riahi, membre sur réseau Siyada pour la souveraineté alimentaire.
Venezuela
236. Luis Bonilla-Molina, director de Otras Voces en Educación.
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Démission de François Legault : quand l’hommage contribue à l’effacement d’un nécessaire bilan politique
La démission de François Legault a donné lieu à un déluge de reconnaissance quasi unanime dans l'espace médiatique et politique. Les hommages ont afflué, saluant son « courage », son « sens du devoir », son « travail acharné » et son « attachement sincère au Québec ». Cette mise en récit consensuelle, présentée comme un moment de respect et de décence, mérite pourtant d'être interrogée politiquement.
Commentant la démission de François Legault, Gabriel Nadeau-Dubois affirmait d'entrée de jeu que « François Legault aura consacré plus de 25 ans de sa vie au service public, ce qui constitue, en soi, un engagement remarquable pour la démocratie québécoise ». Il ajoutait : « J'ai toujours cru en sa sincérité lorsqu'il jurait que l'éducation était importante à ses yeux. J'ai été d'autant plus surpris, et fâché, lorsqu'il a autorisé deux vagues de coupures dans nos écoles dans la dernière année. En quittant, il a eu la sagesse de reconnaître le désir de changement des Québécois et Québécoises. C'était la chose à faire. Je lui souhaite, pour la suite, ce qu'il y a de plus précieux : du temps avec sa famille. »
Ce qui se joue ici dépasse la simple reconnaissance humaine. Il s'agit d'une opération de neutralisation du bilan politique. La caractéristique la plus frappante de ces hommages est la dissociation systématique entre la personne de François Legault et les politiques qu'il a menées. On nous invite à suspendre le jugement politique pour célébrer des qualités personnelles abstraites, comme si le courage, l'ardeur au travail ou la sincérité pouvaient être évalués indépendamment des finalités sociales qu'ils ont servies. Or, en politique, il n'existe pas de vertus hors contexte.
Cette lecture édulcorée occulte un bilan marqué par des politiques antisociales favorables aux intérêts corporatifs.
La Loi 21 sur la laïcité a instauré une discrimination institutionnalisée à l'encontre de certaines catégories de travailleuses et travailleurs, notamment dans les écoles. La Loi 31 a affaibli le droit au logement en facilitant le refus de cession de bail par les propriétaires. Les politiques migratoires restrictives, le projet de constitution québécoise visant à ériger une loi fondamentale qui brime les droits de la société civile et méconnait les droits des peuples autochtones, la tentative d'encadrement du financement syndical par le projet de loi 3 et la Loi 14 restreignant le droit de grève s'inscrivent toutes dans une même logique de recentralisation autoritaire. Pendant que les hôpitaux se dégradent, que le personnel est épuisé et aspiré par le privé, le gouvernement a englouti près de 270 millions de dollars dans la maison mère de Northvolt — des fonds aujourd'hui largement considérés comme perdus.
En célébrant le « sens du travail » de François Legault, on évacue les conséquences concrètes de son action : l'affaiblissement durable des services publics, la dégradation des réseaux de la santé et de l'éducation, l'absence de réponse structurelle à la crise du logement, la criminalisation implicite des mouvements sociaux et l'accélération de projets écocidaires au nom du développement économique.
Le courage que l'on salue est souvent celui d'avoir tenu tête à la contestation populaire, d'avoir gouverné par décrets, lois spéciales et procédures d'exception. Or, le courage face à la colère sociale n'est pas une vertu démocratique : il est souvent le symptôme d'un pouvoir qui s'isole et se raidit.
Cette rhétorique de l'hommage repose aussi sur une hiérarchie morale profondément inégalitaire. Lorsqu'il s'agit de travailleurs ou de travailleuses en grève, de militant·es écologistes, de personnes racisées ou de mouvements autochtones, leurs motivations ne sont jamais dissociées de leurs actes. On les accuse d'irresponsabilité, de radicalité ou d'égoïsme. La séparation entre la personne et la politique est un privilège réservé aux élites gouvernantes, une forme d'immunité symbolique qui leur permet de quitter la scène sans rendre pleinement de comptes.
Ces hommages produisent par ailleurs un effet politique précis : ils transforment la fin d'un règne en moment de réconciliation nationale fictive. En exaltant l'homme plutôt que que de se livrer à un bilan concret de ses politiques, on suggère que les conflits ayant traversé la société québécoise relevaient de simples divergences de ton, et non d'oppositions sociales, démocratiques et écologiques profondes. La démission devient un geste noble, plutôt que le résultat d'un rapport de forces défavorable, marqué par la contestation syndicale, la mobilisation citoyenne et l'érosion accélérée de la légitimité de son régime.
Les effets de la respectabilité parlementaire et le rôle de la gauche
Cette logique de respectabilité s'est également manifestée lorsque Haroun Bouazzi a été violemment attaqué pour avoir nommé trop clairement, aux yeux de ses adversaires, la réalité du racisme et des discriminations. L'absence de solidarité politique face à ces attaques révèle les limites d'une stratégie cherchant avant tout l'acceptabilité médiatique.
En adoptant cette posture, on contribue à normaliser un adversaire néolibéral comme s'il s'agissait d'un simple partenaire dans un jeu parlementaire policé. Les politiques antisociales en santé et en éducation, le racisme systémique et les offensives antisyndicales sont alors ramenés au rang de désaccords entre gens raisonnables. Or, ce n'est pas sur cette base que peut se construire la mobilisation nécessaire pour transformer la société.
Refuser cette rhétorique n'est pas un manque de respect. C'est au contraire une exigence démocratique. C'est affirmer que les décisions politiques engagent des vies, des territoires et des avenirs collectifs, et qu'elles doivent être examinées jusqu'au bout — y compris au moment où la personne qui a assumé ces politiques se retire. La démission de François Legault ne devrait pas servir de prétexte à un consensus artificiel, mais constituer le point de départ d'un bilan politique rigoureux, sans indulgence ni animosité, mais sans oubli.

« Ce n’est pas en torpillant le mouvement souverainiste que les militants de QS vont rendre le Québec plus inclusif »
Dans sa chronique publiée le 11 décembre dernier, M. David indiquait que : « Les débats au congrès de QS du mois dernier ont permis de constater que l'hostilité envers le PQ demeure aussi vive qu'elle l'était en 2017, quand les militants avaient rejeté massivement l'alliance qu'il proposait (…) Si le PQ et la CAQ persistent à miser sur l'insécurité des Québécois en présentant les immigrants comme une menace pour le français et comme un poids insupportable sur les services publics, c'est que cela trouve un écho dans l'électorat. Ce n'est pas en torpillant le mouvement souverainiste que les militants solidaires vont contribuer à dissiper cette insécurité. »
Si les populations racisées représentent selon Michel David, une menace pour le français ce qui sous-entend pour l'indépendance également, alors ce n'est certainement pas en appuyant le PQ dans sa vision des choses qu'on va construire un Québec indépendant. Les politiques identitaires du PQ provoqueront un clivage et une défaite. Sans compter les politiques néolibérales auxquelles il nous a habitué lorsqu'il était au pouvoir.
Mais pour répondre plus précisément à la question des « hostilités » de QS envers le PQ, commençons par regarder la situation en 2017.
J'étais à ce moment membre du Comité de coordination national de Québec solidaire (CCN). Les Organisations unies pour l'indépendance (OUI Québec) avec qui nous travaillions avec l'objectif d'examiner les voies possibles pour réaliser l'indépendance. Le OUI Québec proposait deux phases de discussion, la première concernant le mode d'accession à l'indépendance et la deuxième, comment faire élire une majorité de député-e-s indépendantistes à l'Assemblée nationale lors de l'élection de 2018.
Ce n'était pas la première fois que cette question des alliances était portée à l'attention des membres de QS. Nous en avions traité dans les deux congrès précédents et avions rejeté l'option d'alliance avec le PQ. Nous avions cependant accepté un appui réciproque des candidatures de Jean-Martin Aussant d'Option Nationale et de Françoise David de Québec solidaire en n'opposant pas de candidature.
Après la démission de Pierre Karl Péladeau, Jean-François Lisée est élu à la tête du PQ en 2016 en indiquant qu'il ne tiendrait pas de référendum avant un deuxième mandat. La direction du OUI Québec a dû changer son fusil d'épaule. Le 21 octobre 2016, le OUI Québec informait QS qu'avec l'élection de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois, la question d'alliances pour faire élire des indépendantistes ne se posait plus avec la même urgence. Il conservait cependant le thème de discussion concernant la recherche d'un mode d'accession commun à l'indépendance.
La direction de QS a néanmoins poursuivi sa réflexion car nous n'étions pas unanimes sur cette question des alliances. Nous avons donc convenu de nous en remettre à nos membres. Pendant environ 10 mois nous avons tenu des assemblées de cuisine, des conférences en personne et en vidéo à Québec et à Montréal. Andres Fontecilla, alors co porte-parole de QS, défendait l'option pour les alliances et moi celle en faveur de conserver notre autonomie politique face à cette question.
Notre congrès de mai 2017 a voté très majoritairement en faveur de maintenir notre autonomie et de ne pas faire d'entente avec le PQ, positions que je défendais. Ses politiques identitaires et néolibérales ayant déjà discrédité ce parti aux yeux d'un grand nombre de nos membres.
Au lendemain du congrès, Jean-François Lisée avait accusé la direction de QS d'être dirigé par un ‘politburo'. Il faut se demander pourquoi ce dernier avait voulu dans ce cas faire alliance avec d'aussi douteux individus ? Probablement que son plan n'a jamais été de réaliser une alliance avec QS mais plutôt de le neutraliser en vue des élections.
Si QS avait fait l'erreur de se lier au PQ, il aurait sombré avec lui aux élections d'octobre 2018. Au contraire en affirmant sa politique progressiste et inclusive Québec solidaire a réussi à gagner l'appui d'une bonne partie de la population en dynamisant les forces progressistes et a fait un bond en avant, augmentant sa députation de 3 à 10 personnes.
Les populations néo-québécoises de même qu'une majorité de la population anglophone ne sont pas nécessairement attirées par le projet indépendantiste, alors encore moins par celui présenté par le PQ, qui s'enferme dans une logique identitaire hostile aux minorités et à l'immigration.
À la veille du congrès où nous discutions des alliances, le 19 mai 2017, j'écrivais dans Le Devoir que ce dont la population du Québec a besoin, c'est d'un parti qui rassemble ceux et celles qui luttent isolément, les groupes qui perdent leurs espoirs parce qu'ils luttent en ordre dispersé, les communautés qui se sentent exclues. Elle n'a pas besoin qu'on leur offre de s'allier ou de voter pour un parti qui les a menés à la défaite et qui a trahi les aspirations de ceux et celles qui lui avaient fait confiance. Le PQ a appuyé Énergie Est, nous a harnachés à Pétrolia dans un contrat secret d'exploitation pétrolière de l'île Anticosti, a conservé leurs privilèges aux compagnies minières et coupé dans les services publics et l'aide sociale.
Pire, la seule véritable campagne de mobilisation qu'il a faite a porté sur le nationalisme identitaire avec la charte des valeurs. Il s'en est pris aux minorités, aux communautés issues de l'immigration afin de raffermir le « Nous » québécois. C'est la seule leçon qu'il a tirée pour gagner l'élection, raffermir le « Nous » en entretenant les préjugés. Il a appliqué une politique odieuse qui a fracturé le Québec. Ces politiques n'ont de toute évidence pas changé.
La lutte pour l'indépendance doit être le moyen de créer une société égalitaire, environnementaliste et inclusive. Au final nous souhaitons une telle société dans l'ensemble du Canada. Nos dynamiques sont différentes et l'historique de l'oppression nationale au Québec nous place dans une perspective où il est possible de mobiliser la population dans un projet de société égalitaire. Cette dynamique, en travaillant de concert avec nos camarades du Reste du Canada, pourra souhaitons-le, les conduire à une lutte similaire et permettra de nous allier dans une lutte commune contre l'empire capitaliste et néolibéral qui domine au Canada.
La question nationale, ce n'est pas juste un territoire, c'est la construction d'une société dans laquelle on veut vivre de façon égalitaire, ouverte sur le monde en solidarité avec les luttes populaires et féministes.
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Une étape se termine, l’engagement continu
Mes ami·es, alors que nous entamons les derniers mois du mandat de la CAQ, huit années qui laisseront assurément de profondes cicatrices dans notre société, le temps est venu pour moi de vous annoncer ma décision sur la suite de mes engagements.
Face à une conjoncture internationale marquée par des violations répétées du droit international avec la complicité des pays les plus puissants, face aux attaques systématiques de tous les contre-pouvoirs ici au Québec comme ailleurs dans le monde, face aux inégalités qui se creusent de manière obscène, je mesure plus que jamais l'importance de multiplier les espaces de résistance à la montée du fascisme et de construire des alternatives radicales à l'effondrement qui nous est proposé.
J'ai travaillé ces trois dernières années et demie à tenter de prolonger les voix de la société civile jusqu'à l'Assemblée nationale, pour y faire entendre et résonner la justesse de ses engagements multiples pour le bien commun. Ensemble, nous avons mené de nombreuses batailles dans un espace particulièrement hostile à nos aspirations et il nous est arrivé d'en gagner, même provisoirement.
Aux côtés des peuples autochtones courageusement mobilisés, nous avons réussi à faire reculer le gouvernement sur sa réforme du régime forestier qui menaçait l'avenir de nos forêts publiques. Par la pression exercée sur la Caisse pour qu'elle respecte le droit international, des avancées ont été obtenues, notamment la fin des liens avec Policity Ltd, associée aux pratiques répressives de la police israélienne, et avec Claridge Israël pour son implication dans l'industrie de l'armement israélienne. Nous avons également remporté une victoire majeure avec les personnes aînées prestataires d'une rente d'invalidité en abolissant une pénalité financière injuste, ce qui a permis une hausse d'environ 32 % de la rente de retraite du RRQ pour 77 000 personnes. Avec le milieu communautaire de ma circonscription, nous avons réussi à éviter l'expulsion des organismes du centre communautaire Ahuntsic, préservant ainsi des services essentiels pour plus de 25 000 personnes. Après manifestations, pétition, interpellations et discussions avec des ministres fermés au dialogue, nous avons remporté, devant les tribunaux, une première victoire. Un réel soulagement.
Face à la détermination de nos adversaires politiques qui défendent farouchement l'ordre établi, nous avons aussi perdu des batailles en dépit de nos efforts soutenus. Parmi les dossiers sur lesquels mes fonctions parlementaires m'ont amené à m'engager au nom de Québec solidaire, le scandale du projet Northvolt et la réforme énergétique adoptée sous bâillon figurent parmi les pires revers que nous ayons collectivement subis. Il va sans dire que le combat doit continuer.
Pour ma part, le combat continuera à l'Assemblée jusqu'à la fin de mon mandat. Vous pouvez compter sur moi, porte-parole solidaire en matière de justice, pour travailler sans relâche à défendre notre État de droit, notre démocratie, ainsi que nos droits et libertés. À l'heure où nous assistons avec effroi aux conséquences du piétinement de l'État de droit au sud de la frontière et ailleurs dans le monde, l'heure n'est pas à la dédramatisation, mais à la résistance assumée.
Devant les années difficiles qui s'annoncent, notre résistance devra prendre forme et fleurir partout, dans et en dehors des institutions. Je me suis demandé ces derniers mois où je pourrais être le plus utile dans ce contexte. Celles et ceux qui me connaissent savent que tout comme je n'agis jamais seul, je ne prends jamais de décision seul. Après une longue réflexion, et de nombreux échanges, j'ai pris la décision difficile de ne pas me représenter aux prochaines élections provinciales. À partir du 6 octobre prochain, je m'impliquerai entièrement au sein de la société civile pour défendre la justice sociale et porter les luttes qui nous rassemblent. Depuis bien longtemps, j'ai la conviction profonde que tout changement social naît d'une danse à deux entre les mouvements sociaux et les élu·es qui portent leurs revendications à l'Assemblée nationale. Le fil conducteur de mon engagement du dernier quart de siècle est la participation active et consciente à cette danse. Je crois donc toujours à l'importance capitale de l'action parlementaire des partis politiques de gauche, mais pour la période qui s'ouvre, j'estime que ma place est ailleurs. Et, bien sûr, je demeurerai un Solidaire aux côtés de mes camarades, comme je l'étais bien avant d'être élu député.
Enfin, je tiens à remercier les milliers de personnes qui m'ont écrit ou qui m'ont salué dans la rue pendant la tempête de novembre 2024. Vos paroles m'ont conforté et aidé à garder le cap dans mon engagement antiraciste, contre les discours de rejet et de haine. Nous sommes nombreux·ses à penser que, pour le droit à l'égalité de tous·tes les Québécois·es, nous avons le devoir d'y résister. Nous ne courberons pas l'échine et nous ne leur laisserons jamais le champ libre.
À vous, citoyen·ne·s de Maurice-Richard, merci du fond du cœur pour la confiance que vous m'avez accordée. C'est un immense privilège d'être votre député et, avec l'équipe exceptionnelle qui m'accompagne, munie d'un sens des responsabilités de tous les instants, je continuerai à vous servir jusqu'à la fin de mon mandat.
Haroun

Déclaration de la société civile contre le PL1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Joignez le mouvement massif d'organisations de la société civile demandant le retrait complet du projet de loi 1, une attaque frontale à la démocratie, l'État de droit et la justice sociale. Merci d'ajouter le nom de votre groupe et de faire circuler largement dans vos réseaux le lien de la déclaration et l'invitation à la signer.
Déclaration
Le projet de loi No 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, est une attaque contre la démocratie et les droits humains. La démarche est unilatérale et précipitée et elle ne respecte pas les critères démocratiques pour l'élaboration d'une constitution légitime. En outre, elle perpétue une logique coloniale en niant le droit des peuples autochtones à l'autodétermination. Au lieu d'affronter les questions qui préoccupent les citoyen·nes (la santé, l'éducation, le logement, l'environnement, l'égalité des genres, le coût de la vie, etc.), le gouvernement québécois s'attaque aux droits et libertés, aux contre-pouvoirs et à l'État de droit. Par conséquent, les groupes soussignés exigent le retrait complet du PL1.
Organisations signataires
En date du 26 janvier 2026, 488 signataires
1. À nous le Plateau !
2. ABC des Portages
3. Accès transports viables (ATV)
4. Accueil et Intégration BSL (AIBSL)
5. Action Autonomie
6. Action bénévole de la Rouge
7. Action cancer du sein du Québec (ACSQ)
8. Action chômage Kamouraska (ACK)
9. Action DIGNITÉ Lanaudière
10. Action Femmes et handicap
11. Action Logement Pierre-De Saurel ALPDS
12. Action Plus Brome Missisquoi APBM
13. Action-Gardien, CDC de Pointe-Saint-Charles
14. Afro Pride Montreal
15. AGIR Outaouais
16. Aide aux trans du Québec (ATQ)
17. Aile jeunesse du Chantier de l'économie sociale
18. Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
19. Alter Justice
20. Alternatives
21. Ambioterra
22. Amnistie internationale Canada francophone
23. ASFA (Arts & Science Federation of Associations Concordia)
24. Association canadienne des libertés civiles (ACLC)
25. Association coopérative d'économie familiale (ACEF) des Basses-Laurentides
26. Association coopérative d'économie familiale (ACEF) du Nord de Montréal
27. Association coopérative d'économie familiale (ACEF) des Bois-Francs
28. Association coopérative d'économie familiale (ACEF) Rive Sud
29. Association de défense des droits sociaux du Kamouraska
30. Association des groupes d'éducation populaire autonome (AGÉPA) Centre-du-Québec
31. Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)
32. Association des handicapés gaspésiens
33. Association des juristes progressistes (AJP)
34. Association des locataires Centre-du-Québec
35. Association des locataires de l'Abitibi-Témiscamingue (ALOCAT)
36. Association des locataires de Villeray (ALV)
37. Association des personnes avec problèmes auditifs des Laurentides (APPAL)
38. Association des personnes handicapées de la Rive-Sud Ouest (APHRSO)
39. Association des personnes handicapées intellectuelles des Laurentides (APHIL)
40. Association des proches de la personne atteinte de maladie mentale (APPAMM) – Drummond
41. Association des travailleurs et des travailleuses accidentés du Matawin (ATTAM)
42. Association entre tes mains AETM
43. Association féministe d'éducation et d'action sociale (AFEAS)
44. Association générale étudiante du campus à Rimouski de l'UQAR (AGECAR)
45. Association générale étudiante du Cégep du Vieux-Montreal (AGECVM)
46. Association pocatoise des personnes handicapées
47. Association pour l'assurance collective des organismes communautaires du Québec (AACOCQ)
48. Association pour la défense des droits sociaux de Huntingdon (ADDS Huntingdon)
49. Association pour la défense des droits sociaux Québec Métropolitain – ADDSQM
50. Association pour la protection des intérêts des consommateurs de la Côte-Nord – APIC Côte-Nord
51. Association pour la protection des intérêts des consommateurs de la Côte-Nord – APIC Haute Côte-Nord
52. Association québécoise de défense des droits des personne retraitées et préretraitées (AQDR) section Shawinigan
53. Association québécoise de défenses des droits des personnes retraitées et préretraités (AQDR) Val-d'Or
54. Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)
55. Attac Québec
56. Au bas de l'échelle (ABE)
57. Au Panier de Chomedey
58. Auberge du cœur Le Foyer
59. Auberge du cœur Le transit
60. Autismopolis
61. Auto-Psy (Région de Québec)
62. Aux Trois Mâts
63. Avec des Elles
64. Bâtiment 7
65. BENADO, organisme de justice alternative
66. Boisés et écologie – Châteauguay
67. Bonjour Soleil-Regroupement des familles monoparentales et recomposées de la Vallée-du-Richelieu (Bonjour Soleil-RFMRVR)
68. Bureau d'animation et information logement du Québec métro (BAIL)
69. Bureau de Consultation Jeunesse (BCJ)
70. Bureau de ressources des assistéEs sociaux (BRAS)
71. Café La Parenthèse
72. CALACS de Charlevoix
73. CALACS du Saguenay
74. CAPMO
75. Carrefour d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles
76. Carrefour des Femmes du Grand Lachute
77. Carrefour international bas-laurentien pour l'engagement social (CIBLES)
78. CCCACCC
79. Centrale des syndicats démocratiques CSD
80. Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
81. Centre Accalmie
82. Centre Au Coeur des Femmes
83. Centre communautaire Douglas CCD
84. Centre d'action bénévole de Contrecœur
85. Centre d'alphabétisation l'Ardoise
86. Centre d'animation, de formation et d'accompagnement CAFA
87. Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal CÉAF
88. Centre d'intervention budgétaire et sociale (CIBES) Mauricie-Bécancour-Nicolet-Yamaska
89. Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l'Est du Bas-Saint-Laurent
90. Centre de Femmes Au Quatre-Temps
91. Centre de femmes de la Vallée de la Matapédia (CFVM)
92. Centre de femmes du Témiscamingue CDFT
93. Centre de femmes Entre Ailes (CFEA)
94. Centre de femmes Ilot d'Espoir
95. Centre de femmes l'Autonomie en soiE – CFAES
96. Centre de femmes l'Érige
97. Centre de femmes l'Essentielle (CFE)
98. Centre de femmes l'Étincelle
99. Centre de femmes l'Autonomie en soiE (CFAES)
100. Centre de Femmes Les Elles du Nord – CFEN
101. Centre de femmes les Unes et les Autres CDF
102. Centre de Femmes Montcalm CFM
103. Centre de formation populaire CFP
104. Centre de lecture et d'écriture (CLÉ) Montréal
105. Centre de Lecture, d'Écriture et de Formations Mitis-Neigette (CLEF Miits-Neogette)
106. Centre de prévention du suicide de Rouyn-Noranda
107. Centre de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement et à l'écocitoyenneté (Centr'ERE)
108. Centre de santé des femmes de la Mauricie
109. Centre des femmes d'ici et d'ailleurs CDFIA
110. Centre des Femmes de Forestville (CFF)
111. Centre des femmes de Laval (CFL)
112. Centre des femmes de Longueuil
113. Centre des femmes Rivière-des-Prairies
114. Centre des femmes solidaires et engagées (CFSE)
115. Centre des femmes sud asiatique
116. Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI)
117. Centre d'information et de recherche sur la consommation de Charlevoix (CIRCCO)
118. Centre Émersion (Manicouagan)
119. Centre Émilie-Gamelin
120. Centre Entre-Femmes
121. Centre Femmes aux 4 Vents
122. Centre femmes de La Mitis
123. Centre international de solidarité ouvrière (CISO)
124. Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)
125. Centre Solidarité Jeunesse
126. Centre-femmes Catherine-Leblond
127. Centre-Femmes de Bellechasse
128. Centre-femmes du Grand-Portage (CFGP)
129. Centre-femmes Rimouski
130. Cercle citoyen au coeur de la cité
131. Chantelait, groupe de soutien à l'allaitement
132. Chantier de l'économie sociale
133. Club Ami
134. Coalition Climat Montréal (CCM)
135. Coalition d'aide à la diversité sexuelle de l'Abitibi-Témiscamingue
136. Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale (CRUES)
137. Coalition des familles LGBT+ (CF-LGBT)
138. Coalition des organismes communautaires autonomes de formation (COCAF)
139. Coalition des tables régionales d'organismes communautaires (CTROC)
140. Coalition Éducation Environnement Écocitoyenneté
141. Coalition étudiante pour un virage environnemental et social – Université de Sherbrooke (CEVES – UdeS)
142. Coalition Interjeunes
143. Coalition Mobilisations Citoyennes Environnementales de Laval (CMCEL)
144. Coalition pour le droit au logement de l'agglomération de Longueuil (CDLAL)
145. Coalition solidarité santé
146. Collectif hautes études post-croissance (collectif HEPC)
147. Collectif pour le libre choix
148. Collectif pour un Québec sans pauvreté
149. Collectif Soignons la justice sociale
150. Collective PAS UNE DE PLUS
151. Com'femme
152. Comité condition féminine Baie-James (CCFBJ)
153. Comité d'action des citoyens et citoyennes de Verdun (CACV)
154. Comité d'aide alimentaire des Patriotes (CAAP)
155. Comité des travailleurs et travailleuses accidentés de l'Estrie (CTTAE)
156. Comité logement Ahuntsic Cartierville
157. Comité Logement Bas-Saint-Laurent (CLBSL)
158. Comité Logement Beauharnois
159. Comité logement citoyen Saint-Michel – CLCSM
160. Comité logement de Montréal-Nord CLMN
161. Comité logement Petite Patrie
162. Comité logement Rosemont (CLR)
163. Comite logement Saint-Laurent
164. Comité Palestine des Mères au Front
165. Comité populaire Saint-Jean-Baptiste (Compop)
166. Comité pour la défense des droits sociaux
167. Comité pour le droit à la scolarisation
168. Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)
169. Comité régional pour l'autisme et la déficience intellectuelle – CRADI
170. Comité Vert l'Engagement
171. Concert'Actionfemmes Estrie
172. Concertation régionale des organismes communautaires de l'Abitibi-Témiscamingue (CROC-AT)
173. Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN)
174. Confédération des organismes familiaux du Québec
175. Confédération des syndicats nationaux (CSN)
176. Connexion emploi ressources femmes
177. Conseil central du Montréal métropolitain – CCMM-CSN
178. Conseil de la Nation Anishnabe de Lac Simon
179. Conseil québécois LGBT
180. Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT)
181. Conseil régional FTQ Montréal métropolitain (CRFTQMM)
182. Conseil régional FTQ Montréal métropolitain-CRFTQMM
183. Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF)
184. Corporation d'animation l'Ouvre-Boîte du Quartier (OBQ)
185. Corporation de développement communautaire (CDC) Beauharnois-Salaberry (CDC BHS)
186. Corporation de développement communautaire (CDC) de Beauce-Etchemins
187. Corporation de développement communautaire (CDC) de Brome-Missisquoi (CDCBM)
188. Corporation de développement communautaire (CDC) de Côte-des-Neiges
189. Corporation de développement communautaire (CDC) de Drummond
190. Corporation de développement communautaire (CDC) de la Haute-Yamaska (CDCHY)
191. Corporation de développement communautaire (CDC) de L'Érable
192. Corporation de développement communautaire (CDC) de Mirabel CDC
193. Corporation de développement communautaire (CDC) des Grandes Marées
194. Corporation de développement communautaire (CDC) Drummond
195. Corporation de développement communautaire (CDC) du Haut-Saint-Laurent
196. Corporation de développement communautaire (CDC) du Témiscamingue (CDCT)
197. Corporation de développement communautaire (CDC) La Tuque (CDC La Tuque)
198. Corporation de développement communautaire (CDC) Maria-Chapdelaine
199. Corporation de développement communautaire (CDC) Nicolet-Yamaska CDC NY
200. Corporation de développement communautaire (CDC) Plateau-Mont-Royal
201. Corporation de développement communautaire (CDC) Rond Point
202. Corporation de développement communautaire (CDC) Solidarités Villeray (CDCSV)
203. Corporation de développement communautaire Beauharnois-Salaberry (CDC-BHS)
204. Corporation de développement communautaire Beauharnois-Salaberry (CDC-BS)
205. Corporation de développement communautaire Rimouski-Neigette (CDCRN)
206. Co-Savoir
207. CPSM
208. Craque-Bitume
209. Cuisine collective Croc-Ensemble des Basques
210. Cuisines collectives de Cabano
211. Cuisines Collectives de Dégelis
212. Cuisines collectives de Dégelis
213. Danville en transition
214. Défi-Intégration-Développement-Accompagnement (DIDA)
215. Divergenres
216. Droits et recours santé mentale GÎM (DRSM GÎM)
217. Droits-Accès de l'Outaouais (DAO)
218. Eau Secours
219. Éditions de la rue Dorion
220. Emphase
221. En Terre Outaouais
222. Enfantaisie Haute-Gaspésie
223. Entraide Jeunesse Québec (EJQ)
224. Entraide Sein-Pathique
225. Entre Ailes, centre de femmes
226. Espoir Rosalie
227. Ex aequo
228. Fédération autonome de l'enseignement (FAE)
229. Fédération de la santé et des services sociaux-CSN (FSSS-CSN)
230. Fédération des associations des familles monoparentales et recomposées
231. Fédération des communautés culturelles de l'Estrie
232. Fédération des femmes du Québec (FFQ)
233. Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
234. Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
235. Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)
236. Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
237. Fédération québécoise de l'autisme (FQA)
238. Fédération québécoise des centres communautaires de loisir (FQCCL)
239. Femmes d'actions femmes de résultats (FAFR)
240. Fondation rivières
241. Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
242. Front de Résistance Écologique de Défense Autochtone (FREDA)
243. Grand Dialogue régional pour la transition socio-écologique du Saguenay-Lac-St-Jean
244. Grands Amis de la région de Matane
245. Groupe d'entraide maternelle (GEM) de la Petite-Patrie
246. Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ)
247. Groupe de ressources techniques en habitation de Sorel (GRTHS)
248. Groupement pour la défense des droits sociaux de Trois-Rivières (GDDS)
249. Groupe-Ressource du Plateau Mont-Royal
250. GroupMobilisation (GMob)
251. GSP Montréal OBNL
252. Halte la Ressource
253. Halte-famille La Pirouette
254. Inclusion
255. InfoLogis Mauricie
256. Inform'elle
257. Institut F
258. Institut national pour l'équité, l'égalité et l'inclusion pour les personnes en situation de handicap (INÉÉI-PSH)
259. Jardin Éducatif du Pontiac (JEP)
260. Je raccroche, école de rue, Rimouski
261. L'Alliance des femmes
262. L'Assomption en transition (LAT)
263. L'R des centres de femmes du Québec
264. La Chaudronnée de l'Estrie
265. La Collective centre de femmes de Nicolet-Yamaska
266. La Colombe
267. La Cordée RASM
268. La Marie Debout, centre de femmes d'Hochelaga-Maisonneuve
269. La Mouvance, Centre de femmes
270. La Mouvance, centre de femmes
271. La Place des Jeunes L'Intervalle
272. La Véranda, Centre-Femmes
273. Laboratoire de gouvernances alternatives (LAGORA – UQAC)
274. L'Alliance des femmes
275. Le Centre de réfugié
276. Le Fablier, une histoire de familles
277. Le Phare source d'entraide
278. Le Plaisir des Mots PDM
279. Le Plaisir des Mots, groupe en alphabétisation
280. Le Spasme
281. L'Échelon des Pays-d'en-haut
282. L'Écluse des Laurentides
283. Les 3 sex*
284. Les Ami·es de la Terre de Québec
285. Les Ami·es des Boisés de Granby
286. Les cuisines collectives de Francheville
287. Les Parents Partenaires
288. Ligue des droits et libertés
289. Ligue des droits et libertés – Section de Québec (LDL-Qc)
290. L'Ombre-Elle, maison d'hébergement
291. MAF Laurentides – Pays-d'en-Haut
292. Maison CALM
293. Maison d'hébergement jeunesse la Parenthèse
294. Maison d'hébergement l'Aquarelle
295. Maison de jeunes La Traversée 12-18 ans
296. Maison de la famille de la MRC de Coaticook
297. Maison de la famille des Pays-d'en-Haut
298. Maison de thérapie Victoriaville-Arthabaska (La MDTVA)
299. Maison des Familles de Mercier-Est (La MdF de M-E)
300. Maison des femmes des Bois-Francs
301. Maison des jeunes de Causapscal
302. Maison des Jeunes de Mont-Joli
303. Maison des parents d'enfants handicapés des Laurentides
304. Maison d'hébergement jeunesse la Parenthèse
305. Maison La Virevolte
306. Maison Oxygène Laurentides
307. Maison parent-Roback
308. Maison populaire d'Argenteuil
309. Maison Tangente
310. Mamie-Lait
311. Marie-Andrée Lemire
312. Martine Costamagna
313. Médecins du Monde Canada
314. Mères au front – Les Moulins
315. Mères au front – MAF
316. Mères au front – Montréal
317. Mères au front de l'Outaouais
318. Mères au front de Rouyn-Noranda
319. Mères au front des Cantons de l'Est
320. Mères au front du Haut-Richelieu et leurs allié.es (MAFHR)
321. Mères au front Saguenay
322. Mères au front Saint-Jérôme
323. Mères au front Vaudreuil-Soulanges MAFVS
324. Mères au Front-Rive-Sud
325. Mixiso
326. Mobilisation 6600
327. Moelle épinière et motricité Québec
328. Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean
329. Mouvement action-chômage de Montréal
330. Mouvement Action-Chômage de Trois-Rivières
331. Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi
332. Mouvement d'éducation populaire autonome de Lanaudière
333. Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ)
334. Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Saguenay-Lac-St-Jean (MÉPAC SLSJ)
335. Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC)
336. Mouvement pour l'autonomie dans l'enfantement
337. Multitudes
338. Nature Québec
339. Nourri-Source Montréal
340. Observatoire pour la justice migrante (OPLJM)
341. ODDS du Richelieu
342. Organisation d'éducation et d'information logement de Côte-des-Neiges (OEILCDN)
343. Organisation populaire des droits sociaux (OPDS)
344. Organisation populaire des droits sociaux (OPDS) de Valleyfield
345. Oxfam-Québec
346. P.O.P.I.R Comité-logement (Projet d'organisation populaire d'information et de regroupement)
347. Parents pour la déficience intellectuelle (PARDI)
348. Piétons Québec
349. PLAIDD-BF, défense de droit en santé mentale
350. Plaidoyer Victimes
351. Point d'appui, CAPACS
352. Polémos Décroissance
353. Pour nos enfants / For Our Kids Montréal
354. Productions de l'Amarante
355. Pro-Jeune-Est
356. Pro-Jeune-Est
357. Promotion handicap Estrie
358. Quartier des femmes et QDF
359. RCPHL
360. RÉCIF 02 – Table de concertation des groupes de femmes Saguenay–Lac-Saint-Jean
361. Regroupement d'éducation populaire de l'Abitibi-Témiscamingue (RÉPAT)
362. Regroupement d'éducation populaire en action communautaire de Québec et Chaudière-Appalaches (REPAC) 03-12
363. Regroupement des assistées sociales et assistés sociaux du Témiscouata (RASST)
364. Regroupement des Auberges du cœur du Québec (RACQ)
365. Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM)
366. Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec
367. Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)
368. Regroupement des écoles de rue autonomes du Québec (RÉRAQ)
369. Regroupement des Femmes de la Côte-de-Gaspé
370. Regroupement des femmes La Sentin'Elle
371. Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale
372. Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale nationale (RGF-CN)
373. Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale Nationale (RGF-CN)
374. Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ)
375. Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
376. Regroupement des Organismes Communautaires Autonomes Jeunesse du Québec (ROCAJQ)
377. Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ)
378. Regroupement des organismes communautaires de l'Estrie (ROC Estrie)
379. Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL)
380. Regroupement des organismes communautaires et alternatifs en santé mentale du Bas-du-Fleuve (ROCASM-BF)
381. Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal (ROCFM)
382. Regroupement des organismes communautaires québécois pour le travail de rue (ROCQTR)
383. Regroupement des organismes en défense collective des droits (RODCD)
384. Regroupement des organismes en DI/TSA de la Mauricie (RODITSA)
385. Regroupement des organismes en hébergement pour personnes migrantes (ROHMI)
386. Regroupement des organismes ESPACE (ROEQ)
387. Regroupement des popotes roulantes du Québec (RPRQ)
388. Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ)
389. Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de l'île de Montréal (RUTA Montréal)
390. Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM)
391. Regroupement Naissances Respectées (RNR)
392. Regroupement pour les droits des Assistées Sociales Mont-Laurier (RDAS)ociale
393. Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS)
394. Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)
395. Relais La Chaumine
396. Relais-Femmes
397. Réseau Demain le Québec (RDQ)
398. Réseau des femmes des Laurentides (RFL)
399. Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches (RGFCA)
400. Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTRGFQ)
401. Réseau International sur le Processus de Production du Handicap (RIPPH)
402. Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA)
403. Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE)
404. Ressources-Femmes de la région d'Acton
405. Réussite éducative Montcalm
406. Réussite éducative Montcalm (REM)
407. Revue À bâbord !
408. S.O.S. Grossesse
409. Santé mentale Québec Lac-Saint-Jean (SMQLSJ)
410. Sauvegardons la Grande Tourbière de Blainville (SGTB)
411. SCCM 3939
412. SCCSTS
413. Service budgétaire Lac-Saint-Jean-Est (SBLSJE)
414. Service budgétaire populaire de La Baie et du Bas-Saguenay
415. Service d'aide aux études (SPAE)
416. Service d'entraide Passerelle (SEP)
417. Services juridiques communautaires de Pointe-Saint-Charles et Petite-Bourgogne
418. Signée Femmes, le centre de femmes
419. Société générale des étudiantes et étudiants du Collège de Maisonneuve (SOGÉÉCOM)
420. Solidarité populaire Estrie
421. Solutions Budget Plus (SBP)
422. Soupe et Compagnie des Pays-d'en-Haut
423. Soupe et Compagnie des Pays-d'en-Haut
424. Soupe et Compagnie des Pays-d'en-Haut
425. Source d'espoir Témis
426. SQUAT Basse-Ville
427. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP)
428. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 1105
429. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 1108
430. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 1340
431. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 1821
432. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 2466
433. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 2729
434. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 2881
435. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 2881
436. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 306
437. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 311 (CIUSS de l'Abitibi-Témiscamingue)
438. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 317
439. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 3247
440. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 3247
441. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 3247
442. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 4475
443. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 4475 du CIUSS Estrie
444. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local 4628
445. Syndicat Canadien de la fonction publique (SCFP) local 4628
446. Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local Québec
447. Syndicat des agents de maîtrise de TELUS
448. Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval (SCCCUL)
449. Syndicat des Cols Bleus regroupés de Montréal (SCFP local 301)
450. Syndicat des employés manuels de la Ville de Baie-Comeau
451. Syndicat des employés manuels de la Ville de Québec (SCFP local 1638) SEMVQ
452. Syndicat des employés manuels de la Ville de Québec (SEMVQ)
453. Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal (SPUQ)
454. Syndicat des professionnelles et professionnels de Laval-Rive-Nord (SPPLRN)
455. Syndicat des professionnels et professionnelles du milieu scolaire du Nord-Ouest (SPPMSNO)
456. Syndicat des travailleurs et des travailleuses de la SAQ et de la Maison des Futailles (STTSAQ SCFP 3535)
457. Syndicat des travailleuses et des travailleurs de la santé et des services sociaux de l'Outaouais-CSN
458. Syndicat Québécois des employées et employés de service. SQEES-FTQ
459. Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie (TCGFM)
460. Table de concertation des groupes de femmes de Lanaudière (TCGFL)
461. Table de concertation des groupes de femmes Saguenay–Lac-Saint-Jean
462. Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiée et immigrantes (TCRI)
463. Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM)
464. Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM)
465. Table de concertation en sécurité alimentaire Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (TCSAGÎM)
466. Table de concertation féministe · Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (TCFGIM)
467. Table de coordination de Laval en condition féminine
468. Table des groupes de femmes de Montréal (TGFM)
469. Table des groupes populaires Côte-Nord
470. Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida (TOMS)
471. Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles TRPOCB
472. Table nationale des Corporations de développement communautaire
473. Table régionale des organismes communautaires (TROC) du Bas-Saint-Laurent
474. Table régionale des organismes communautaires autonomes de Lanaudière (TROCL)
475. Table régionale des organismes communautaires de Chaudière-Appalaches (TROCCA)
476. Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l'Outaouais (TROVEPO)
477. Trajectoire Québec
478. Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC)
479. Troisième Avenue
480. TROVEP Montérégie
481. TROVEP Montréal
482. Union des consommateurs (UC)
483. Union étudiante du Québec (UEQ)
484. Uniphare
485. Vent dans les lettres (VDL)
486. Vigilance OGM
487. Vigile verte
488. Vision Inter-Cultures (VIC)
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Halal et bien-être animal : l’angle mort de notre indignation
Ces dernières semaines, l'espace médiatique québécois s'est enflammé autour de l'offre de viande issue de l'abattage halal dans certains établissements publics et du financement destiné à en soutenir la production au Canada.
Auteur-ices :
Élie Beauchemin, Cégep de Trois-Rivières
Naïma Hamrouni, Université du Québec à Trois-Rivières
La controverse s'est même invitée à l'Assemblée nationale : le projet de loi 9 sur le renforcement de la laïcité prévoit notamment interdire aux institutions publiques d'offrir exclusivement de la nourriture conforme à des préceptes religieux, mettant ainsi (sans le nommer) le halal et le casher dans sa mire.
La méthode d'abattage rituel en question consiste à sectionner, d'un coup de couteau et sans étourdissement préalable, les veines jugulaires et les artères carotides de façon à provoquer une saignée, entrainant l'inconscience puis la mort de l'animal. Cette technique, caractéristique de l'abattage halal pratiqué au sein de la communauté musulmane, mais aussi de l'abattage casher ou judaïque pratiqué par la communauté juive, vise à respecter les prescriptions religieuses encadrant la consommation de viande.
D'après le consensus scientifique, cette méthode entraîne effectivement davantage de souffrance que l'abattage avec étourdissement préalable. Cette dérogation à l'obligation d'étourdissement préalable, qui est par ailleurs imposée par les normes fédérales en matière de bien-être animal, suscite ces dernières semaines critiques et indignation chez plusieurs chroniqueurs à succès, certains y voyant une approbation implicite de la cruauté animale, qui viendrait « hypothéquer nos principes moraux ».
Dans ce texte, nous suggérons qu'en sensationalisant et survisibilisant une pratique minoritaire, cette indignation ciblée contribue à la fabrication de l'altérité musulmane au Québec, tout en entrenant l'illusion d'un engagement moral réel envers le bien-être animal. Offrant bonne conscience à peu de frais, cette indignation morale à géométrie variable nous épargne finalement d'examiner plus sérieusement les violences systémiques inhérentes à l'élevage et à l'abattage conventionnels auxquelles nous contribuons quotidiennement par notre consommation inquestionnée de produits d'origine animale.
Altérisation et « zoonationalisme »
Le retour sous les projecteurs de la polémique du halal depuis la polémique de 2012, alors que se préparait le projet de Charte des valeurs, n'a rien de fortuit. La question resurgit de manière cyclique au Québec, dans un climat politique et social où se multiplient les discours politiques et les dispositifs législatifs sur la laïcité de l'État qui, bien que neutres dans leur formulation, ciblent de facto les communautés musulmanes : cet automne, il s'agissait de la Loi visant à renforcer la laïcité de l'État.
L'éveil moral soudain autour des questions de bien-être animal, qui semble s'activer dès que la communauté musulmane est en cause, s'inscrit dans une dynamique de stigmatisation et d'altérisation de ces communautés qui s'observe tant au Québec qu'au Canada et ailleurs en Europe ces dernières décennies.
D'une part, ce type de discours sur le halal permet de resignifier, dans l'imaginaire social, une pratique religieuse minoritaire comme « barbare », preuve renouvelée d'une incompatibilité civilisationnelle insurmontable. D'autre part, il redéfinit implicitement les pratiques d'abattage majoritaires comme moralement supérieures, civilisées et respectueuses du bien-être animal. Cette indignation morale sélective fonctionne alors comme un dispositif de hiérarchisation symbolique et sociale : le discours sur le « bien-être animal » y sert moins les intérêts des animaux eux-mêmes qu'il ne contribue à fabriquer la figure de l'altérité qu'il s'agit de maintenir à distance.
De la même manière que les causes féministes et 2SLGBTQIA ont été instrumentalisées dans l'histoire récente pour légitimer des projets politiques ou des opérations militaires hostiles à l'islam (des phénomènes que les sociologues Sara Farris et Jasbir Puar ont respectivement qualifié de « fémonationalisme » et d' « homonationalisme »), on assiste aujourd'hui à une mobilisation similaire de la cause animale au service d'un projet politique nationaliste ancré dans un registre conservateur-identitaire. Par analogie, nous suggérons de désigner ce phénomène l'expression de « zoonationalisme ».
Paradoxe de la viande et dissonance cognitive
Le concept de « paradoxe de la viande » —un cas classique de dissonance cognitive en psychologie morale — renvoie à cette tension entre, d'un côté, notre souci éthique pour les animaux et, de l'autre, notre participation à des systèmes qui leur causent du tort.
L'indignation ciblée que suscite actuellement l'abattage rituel illustre l'un des mécanismes possibles de résolution de ce « paradoxe » : attribuer la cruauté à des pratiques religieuses minoritaires permet d'afficher une sensibilité morale pour les animaux, sans avoir à confronter les enjeux éthiques que posent plus généralement les conditions de l'élevage, du transport vers l'abattage et de l'abattage conventionnel qui sont pourtant, elles aussi, caractérisées par de très grandes souffrances, comme nous le verrons dans les prochaines lignes. Recentrer la faute morale ailleurs (sur l'abattage halal en particulier) permet de dissiper la dissonance cognitive et de s'alléger du poids d'une responsabilité autrement lourde à porter.
Souffrance ordinaire de l'exploitation animale
Bien avant l'abattage, le quotidien des animaux d'élevage – dont plus de 2,3 millions sont abattus chaque jour au Canada – est caractérisé par de graves atteintes à leur bien-être, la plupart étant exclus des principales protections légales.
Cette souffrance découle de pratiques routinières de l'industrie dont, faute d'espace, nous ne donnons ici qu'un bref aperçu : confinement dans des espaces restreints (parfois « à peine plus grands que leurs corps »), c'est notamment le cas pour les truies, les poules pondeuses et, contrairement à ce que suggère la très belle publicité qui roule ces jours-ci aux heures de grand écran et au cinéma, c'est aussi le cas pour la plupart des vaches laitières ; séparation précoce des petits veaux de leur mère, entraînant souffrance psychologique et symptômes de détresse ; multiples mutilations de routine pratiquées sans anesthésie qui entraînent douleurs, infections et menant parfois au décès (castration chirurgicale, taille des dents, tatouage, coupe de queue), ébourgeonnage et épilation thermique ; mise à mort par suffocation au dioxyde de carbone ou broyage vivants des poussins mâles, inutiles dans l'industrie des œufs – 30 millions connaissent ce sort chaque année au Canada.
À cela s'ajoutent les incendies d'élevage qui, au Québec, condamnent chaque année en moyenne 60 000 animaux à périr sous les flammes selon les données cumulées par Droit animal Québec. Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec ne compile malheureusement aucune données en la matière.
Ces faits documentés nous placent devant un constat : si nous nous préoccupons de bien-être animal, nous ne pouvons plus faire l'économie d'une réflexion collective sur la question plus large de la souffrance ordinaire inhérente à l'exploitation animale. Mais nous en préoccupons-nous vraiment ?
Un engagement cohérent pour le bien-être animal
Prendre au sérieux le bien-être animal implique de reconnaître ce que les sciences de l'éthologie, de la neurobiologie et de la neurophysiologie nous enseignent : les animaux d'élevage, comme la plupart des autres animaux, vertébrés et certains invertébrés (comme les pieuvres), sont sentients. La sentience des animaux non-humains désigne leur capacité à faire l'expérience subjective et consciente de ce qui leur arrive, à éprouver des sentiments positifs et négatifs et à ressentir le plaisir et la douleur. Parce que les animaux sont sentients, ce qui leur arrive leur importe.
En effet, dans une perspective d'éthique et de droit animal, la sentience confère des intérêts fondamentaux aux animaux, dont celui de ne pas souffrir inutilement, de ne pas vivre en captivité et de ne pas mourir prématurément. À l'heure actuelle, ces intérêts fondamentaux sont brimés tout au long de leur vie, jusqu'au seuil de l'abattoir.
Cette souffrance n'a pourtant rien d'inévitable. Si nous en sommes les principaux responsables, il est aussi en notre pouvoir d'y remédier. Il est déjà scientifiquement établi que la plupart d'entre nous pouvons nous tourner vers des alternatives aux produits d'origine animale sur le plan alimentaire tout en demeurant en excellente santé. C'est la raison pour laquelle tant de philosophes moraux convergent aujourd'hui vers une même conclusion : parce que l'exploitation animale cause de graves préjudices à des êtres sentients sans pour autant être nécessaire, elle devrait être abolie (voir, par exemple, Déclaration de Montréal sur l'exploitation animale).
En somme, si l'abattage rituel soulève des questions éthiques légitimes – comme toutes les formes d'abattage par ailleurs –, la focalisation du débat actuel sur cette seule question fait l'impasse sur des enjeux autrement plus fondamentaux. Elle permet surtout de mettre au jour la fonction symbolique de cette controverse publique : celle d'ériger certaines pratiques musulmanes en problème civilisationnel. Car si ce débat ne servait pas, consciemment ou non, à stigmatiser les musulmans et à figer dans l'imaginaire collectif la figure du « barbare » inassimilable, il n'aurait tout simplement pas l'écho disproportionné qu'on lui accorde dans l'espace public ces dernières semaines.
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Le communautaire se mobilise
Sous-financés depuis des années et privés d'indexation, les organismes en défense collective des droits pressent le gouvernement d'agir. Une vaste mobilisation, qui s'étendra jusqu'au budget de mars 2026, vise à obtenir des engagements financiers jugés essentiels à la survie de leurs missions.
Tiré du Journal Entrée Libre
20 janvier 2026
| Sylvain Bérubé
Les organismes en défense collective des droits (DCD) repartent en campagne afin de dénoncer un sous-financement qu'ils qualifient de « chronique et intenable ». Selon leurs constats, ces groupes n'ont reçu aucune indexation depuis plusieurs années, un recul qui les oblige à multiplier les appels à projets pour compenser, souvent au détriment de leurs missions centrales. Cette situation contribue à la surcharge de travail, à la précarité salariale et à la difficulté de maintenir des services stables.
Face à cet état de fait, les organismes portent trois revendications majeures :
– 155 millions de dollars supplémentaires par année pour financer adéquatement la mission des groupes, incluant des mesures pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles ;
– Un mécanisme permanent d'indexation basé sur les couts réels du communautaire ;
– Un processus transparent pour financer les nombreux groupes encore en attente.
Pour y parvenir, le mouvement adopte une stratégie d'escalade des moyens de pression, structurée en trois phases : mobilisation locale et régionale, actions coordonnées et démarches politiques ciblées auprès des ministres. L'objectif : créer un rapport de force avant le budget préélectoral de mars 2026. La mobilisation inclut également la possibilité de journées de grève communautaire, présentées comme un geste collectif symbolique visant à dénoncer le manque de financement et à rappeler que la défense des droits est un pilier essentiel du filet social québécois.
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Etats-Unis. « L’ICE mène une guerre de classe »
L'Immigration and Customs Enforcement (ICE) n'est pas simplement une agence fédérale chargée de faire respecter les lois sur l'immigration. L'ICE symbolise les contradictions au cœur de la société capitaliste des Etats-Unis, un système qui dépend de la main-d'œuvre immigrée tout en criminalisant et en exploitant ces mêmes travailleurs et travailleuses. Pour comprendre l'ICE, il faut examiner comment l'application des lois sur l'immigration sert les intérêts du capital en perpétuant les divisions au sein de la classe laborieuse et en fonctionnant comme un mécanisme de contrôle social. Cette dynamique nuit en fin de compte à tous les travailleurs et travailleuses, quel que soit leur statut de citoyenneté.
21 janvier 2026 | alencontre.org
https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-lice-mene-une-guerre-de-classe.html
Au cœur du capitalisme se trouve la demande d'une main-d'œuvre à la fois vulnérable et facilement exploitable, souvent fournie par des travailleurs et travailleuses sans papiers. Ces personnes sont largement embauchées dans des secteurs tels que l'agriculture, le conditionnement de la viande, la construction, l'hôtellerie et le travail domestique. Elles reçoivent souvent des salaires inférieurs au minimum légal [le salaire minimum, légalement, se situe à hauteur de 7,25 dollars de l'heure, ce qui peut être plus élevé dans divers Etats avoisinant parfois 15 dollars] et endurent des conditions qui violent les normes du travail établies. La menace constante d'expulsion les empêche de se plaindre du vol d'une partie de leur salaire, des conditions de travail dangereux ou du harcèlement sexuel, ce qui en fait des proies faciles pour l'exploitation.
L'ICE n'existe pas malgré cette exploitation, mais bien à cause d'elle. Cette agence veille à la création et au maintien d'une classe sociale défavorisée permanente de travailleurs et travailleuses qui ne peuvent défendre leurs droits sans risquer la détention ou l'expulsion. Cela profite au capital de deux manières significatives : premièrement, en fournissant aux employeurs une main-d'œuvre bon marché et exploitable ; et deuxièmement, en exerçant une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de l'ensemble de la population laborieuse. La menace d'une intervention de l'ICE limite le pouvoir de négociation de la classe ouvrière, car les employeurs peuvent intimider les travailleurs et travailleuses qui tentent de s'organiser ou les remplacer par d'autres prêts à accepter des conditions et des salaires médiocres.
L'application des lois sur l'immigration comme outil de division
L'application des lois sur l'immigration n'est pas vraiment conçue pour protéger les travailleurs et travailleuses des Etats-Unis de la concurrence. Il s'agit plutôt d'un outil permettant de créer un marché du travail à plusieurs niveaux, où certains travailleurs peuvent être surexploités tandis que d'autres restent précaires et divisés.
Les frontières agissent comme des mécanismes de contrôle de la main-d'œuvre, dictant qui peut participer à la population active et dans quelles circonstances. La création de l'ICE en 2003, qui a suivi la réorganisation des services d'immigration après le 11 septembre 2001, n'a pas marqué le début de l'application des lois sur l'immigration. Elle a plutôt consolidé et militarisé des pratiques anciennes ancrées dans l'histoire, telles que le programme bilatéral Bracero (1942-1964 – qui devait combler le manque de de main-d'oeuvre durant la Seconde Guerre mondiale) qui a fait venir des travailleurs mexicains aux États-Unis [en particulier dans l'agriculture et les chemins de fer] sans leur offrir de voie d'accès à la citoyenneté ou à la garantie du travail. Même après la fin du programme, de nombreux travailleurs sont restés, rejoints par des membres de leur famille et d'autres personnes à la recherche d'opportunités économiques.
La loi sur la réforme et le contrôle de l'immigration de 1986 a offert la légalisation à certains, mais a criminalisé l'emploi de travailleurs et travailleuses sans papiers, les mesures de contrôle visant souvent ces derniers plutôt que les employeurs. Aujourd'hui, l'ICE mène des raids médiatisés qui expulsent les travailleurs et travailleuses, tandis que les employeurs ne subissent généralement que peu ou pas de répercussions. Ce schéma historique montre que l'application des lois sur l'immigration a toujours donné la priorité aux intérêts des entreprises plutôt qu'aux droits fondamentaux ou à la véritable sécurisation des frontières. La véritable fonction du système n'est pas de bloquer l'immigration, mais de garantir que ceux qui arrivent restent exploitables et vulnérables.
L'ICE, un mécanisme de répression étatique
Au-delà de son impact économique, l'ICE fonctionne comme un outil de répression étatique, exerçant des pouvoirs importants qui menacent les libertés civiles de tous. L'agence procède à des arrestations sans mandat, détient des personnes indéfiniment sans procès et gère un vaste réseau de centres de détention qui fonctionnent comme des prisons de facto pour les infractions civiles en matière d'immigration. Bon nombre de ces centres sont privés et gérés par des entreprises qui tirent profit des taux de détention élevés, ce qui les incite à maintenir les établissements pleins [en première ligne il s'agit des deux sociétés GEO Group et CoreCivic, dont les profits ont explosé]. Les conditions dans ces centres violent souvent la dignité humaine fondamentale, avec des cas documentés de soins médicaux inadéquats, d'abus sexuels, de séparation des familles et même de décès. Des enfants ont été enfermés dans des cages, séparés de leurs parents et soumis à des traumatismes aux effets durables. Il ne s'agit pas d'exceptions, mais d'éléments constitutifs d'un système conçu pour instiller la peur et le contrôle au sein des communautés immigrées.
Cette répression sert à discipliner la main-d'œuvre immigrée et à normaliser des pratiques autoritaires qui peuvent ensuite être appliquées à d'autres groupes marginalisés. L'infrastructure de surveillance, de détention et d'expulsion mise en place pour faire respecter les lois sur l'immigration jette les bases d'un contrôle social plus large. Permettre à l'État de traiter un groupe social comme s'il était jetable porte atteinte aux droits de tous les travailleurs.
L'idéologie de l'« illégalité » : diviser la classe ouvrière
Au cœur de la justification de l'ICE se trouve la classification de certaines personnes comme « illégales », une étiquette déshumanisante qui sert des objectifs idéologiques spécifiques. D'un point de vue socialiste internationaliste, l'idée même d'immigration illégale est intrinsèquement erronée. Les travailleurs et travailleuses ne sont pas responsables du chômage ou de la baisse des salaires ; ce sont plutôt les capitalistes qui favorisent ces conditions en payant des salaires bas et en encourageant la concurrence entre tous les travailleurs. La migration est une réponse naturelle aux inégalités socio-économiques mondiales [outre les situations de guerre, de répression et d'effets de la crise climatique] créées par le fonctionnement du capitalisme, car les gens cherchent à survivre et à trouver des opportunités face à l'extraction des ressources par les transnationales, aux pratiques de travail abusives et aux accords commerciaux destructeurs comme l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, modifié en 2020 par l'Accord Canada-Etats-Unis-Mexique ACEUM). Les frontières que l'ICE fait respecter ne sont pas neutres : elles renforcent les dynamiques de pouvoir mondiales en permettant au capital de circuler librement tout en restreignant la mobilité de la main-d'œuvre, ce qui rend plus difficile pour les travailleurs du monde entier de s'unir et d'exiger une rémunération dite équitable.
L'effet le plus néfaste de l'ICE est peut-être son rôle dans la division de la classe ouvrière. En cultivant la peur et le ressentiment envers les immigrants, l'ICE sape la solidarité nécessaire à une organisation syndicale efficace et à un changement politique. Lorsque les travailleurs nés dans le pays accusent les immigrants d'être responsables de l'instabilité économique plutôt que de s'opposer aux employeurs et aux systèmes responsables, leur colère est mal orientée. Cette division est intentionnellement encouragée par les politiciens et les médias qui font des immigrants des boucs émissaires, malgré les preuves que ceux-ci contribuent positivement à leurs communautés. Une telle propagande fracture l'unité de la classe laborieuse et empêche la formation de mouvements sociaux et syndicaux pour la justice économique.
L'histoire a montré que le succès des mouvements syndicaux dépend de la solidarité entre les races, les ethnies et les nationalités. Des organisations telles que les Industrial Workers of the World [IWW – créée en 1905 et très active au début du XXe siècle] et le mouvement des travailleurs agricoles dirigé par César Chávez [particulièrement actif dans les années 1950 et au milieu des années 1960] et Dolores Huerta [animatrice de mouvements sociaux et syndicaux dans les années 1950 et 60, en particulier dans le secteur des travailleurs latino-américains] ont reconnu l'importance d'unir tous les travailleurs, quel que soit leur statut de citoyenneté. L'ICE rend cette unité plus difficile en instillant la peur de l'expulsion, en décourageant la participation aux grèves et aux efforts d'organisation, et en terrorisant les communautés avec des raids. Ces résultats ne sont pas accidentels, mais constituent des caractéristiques fondamentales du système.
Une vision socialiste : solidarité et dignité
Compte tenu de cette analyse, les socialistes affirment que l'ICE est irréformable et doit être abolie [voir sur ce thème l'article de The Intercept publié sur ce site le 20 janvier https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-ice-la-guerre-de-trump-contre-les-droits-fondamentaux.html ]. Cette position s'inscrit dans le cadre de mouvements plus larges visant à abolir des institutions telles que les prisons et la police, affirmant que certains systèmes sont tellement injustes qu'ils ne peuvent être humanisés par des changements progressifs. Abolir l'ICE ne signifie pas ouvrir les frontières au chaos, mais plutôt repenser la politique d'immigration en se basant sur la dignité humaine plutôt que sur la punition et le profit. Cela impliquerait de dépénaliser la migration, de mettre fin à la détention et à l'expulsion comme réponses standard, de créer des voies d'accès à un statut légal pour tous les résidents, d'appliquer la législation du travail de manière équitable et de s'attaquer aux causes profondes de la migration par la solidarité internationale et la justice économique. Cela signifie également rejeter l'industrie lucrative de la détention, qui profite à des entreprises telles que Core Civic et GEO Group, qui tirent profit de la souffrance des immigrant·e·s et font pression pour que des politiques plus sévères soient mises en place.
Les opposants peuvent affirmer que l'abolition de l'ICE est politiquement impossible ou qu'une certaine forme de contrôle de l'immigration est nécessaire. Cependant, les réalités politiques sont façonnées par l'organisation et la lutte. La question clé n'est pas de savoir si un système doit exister, mais si ce système doit être fondé sur la criminalisation et la répression ou sur les droits humains et la justice.
Une approche socialiste de l'immigration reconnaît la liberté de circulation comme un droit humain fondamental et rejette la criminalisation de ceux qui recherchent des opportunités ou la sécurité. Elle s'attaquerait aux inégalités mondiales qui poussent à la migration en remettant en cause l'impérialisme, le commerce déloyal et l'extraction des ressources. Une telle politique étendrait les droits du travail à tous les travailleurs et travailleuses, supprimant ainsi l'incitation pour les employeurs à exploiter la main-d'œuvre « sans papiers ». Des voies d'immigration légales généreuses seraient basées sur les besoins humanitaires et le regroupement familial, et non sur la demande des employeurs en main-d'œuvre bon marché. Enfin, une véritable solidarité internationaliste unirait les travailleurs au-delà des frontières, reconnaissant que la lutte contre l'exploitation est mondiale. Lorsque les travailleurs et travailleuses s'organisent ensemble, quel que soit leur lieu de naissance, ils acquièrent un réel pouvoir.
L'ICE n'est pas simplement une agence défaillante qui a besoin d'être réformée. C'est une institution qui défend les intérêts du capital en créant une main-d'œuvre vulnérable, en divisant les travailleurs et travailleuses et en normalisant la répression étatique. L'application actuelle des lois sur l'immigration représente une violence organisée contre les travailleurs, affaiblissant leur pouvoir collectif. Un véritable changement nécessite plus que des ajustements politiques : il exige de repenser la société afin de donner la priorité aux besoins et à la dignité des êtres humains plutôt qu'au profit et au contrôle. L'abolition de l'ICE est une étape nécessaire vers un monde où tous les travailleurs et travailleuses pourront vivre en sécurité et dans la dignité. Il ne s'agit pas d'un rêve utopique, mais d'une exigence pratique pour construire le pouvoir de la classe laborieuse grâce à la solidarité et au démantèlement des institutions qui nous divisent et nous maintiennent dans la peur. (Article publié sur le site Tempest le 14 janvier 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
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Générations Deboutte !
Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à se faire entendre malgré les interdits de l'époque. Être deboutte, ce n'est pas une posture physique : c'est une position politique. Plus qu'un slogan, c'est un appel à l'action, un cri de ralliement pour une société plus juste, plus égalitaire et plus libre.
Tiré de l'infolettre de la Fédération des Femmes du QUébec
22 janvier 26
Aujourd'hui encore, les forces économiques, politiques et sociales divisent, oppressent, et cherchent à restreindre nos droits, à freiner nos avancées, à semer la peur et la haine. D'une génération à l'autre, nos appels se répondent, nos luttes s'entrelacent et nos victoires se tissent ensemble vers l'égalité. Le féminisme se renouvelle, s'enracine et se nourrit de la diversité. Pour contrer ces courants réactionnaires, allons puiser dans nos forces féministes vivantes, solidaires et multiples. Reprenons cet élan, ne tolérons aucun recul : Générations deboutte !
On est très fébriles de vous dévoiler la thématique qui guidera la suite : rassembler les générations d'hier, d'aujourd'hui et de demain pour faire circuler nos forces féministes.
C'est une invitation à se retrouver à travers les trajectoires, les savoirs, les élans et les héritages. À reconnaître que nos luttes ne commencent pas avec nous... et qu'elles ne s'arrêtent pas non plus ici.
Cette thématique, c'est un espace de rencontres entre celles qui ont ouvert la voie, celles qui la tiennent, et celles qui la transforment déjà. Et on a vraiment hâte de la faire vivre avec vous !!
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Réprimer, enfermer, tuer : la politique migratoire belge
Le mouvement de lutte palestinien à Bruxelles est mené par la jeune diaspora palestinienne et leurs proches. Les luttes menées par la jeunesse, dont une grande partie est racisée, sont réprimées de manière constante par la police. Philippe Close, bourgmestre PS de la commune de Bruxelles, met les jeunes militant·es sous surveillance et mobilise un important appareil policier tous les jours, qui vient avec son lot de violences policières : intimidations, coups et blessures, arrestations.
15 janvier 2026 | tiré de la gauche anticapitaliste
https://www.gaucheanticapitaliste.org/reprimer-enfermer-tuer-la-politique-migratoire-belge/
Une répression politique ciblée
Ces derniers mois, l'appareil répressif est passé à un stade supérieur, Close s'alliant à Van Bossuyt (ministre de l'Asile et de la Migration) pour procéder purement et simplement à des kidnappings. La police a enlevé des militant·es chez elleux, dans la rue, dans le métro et même, comble de l'indignité, devant le CGRA (le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, organe fédéral qui, d'après sa propre présentation, « offre une protection aux étrangers qui craignent des persécutions, un conflit armé ou des violences dans leur pays d'origine »), avant de les arrêter pour les enfermer en centre fermé.
Police, Office des étrangers : une même chaîne répressive
Ne nous méprenons pas, Close est la main armée de l'Office des étrangers, enfermant des militant·es à cause de leur engagement politique. En effet, la majorité des personnes enfermées sont en procédure d'asile. Cela signifie que l'État leur doit accueil et protection ; à la place, elles sont enfermées sur la seule base de leur engagement. Les autorités utilisent les « troubles à l'ordre public », c'est-à-dire les manifestations, comme motif premier de leur enfermement. Ensuite, l'Office des étrangers applique la politique migratoire européenne raciste en voulant renvoyer les militant·es vers leurs premiers pays de transit, c'est-à-dire presque tout le temps la Grèce ou l'Italie.
On est face à un double mépris : l'Office des étrangers utilise la terreur pour priver du droit de manifestation des personnes victimes d'un génocide et pour appliquer plus rapidement sa politique migratoire toujours plus inhumaine.
Rafles, enfermement, politique migratoire raciste
Cette course à l'enfermement ne concerne pas que la diaspora palestinienne. L'État semble organiser des rafles par nationalités ; les Marocain·es, les Afghan·es et les Congolais·es ont d'ailleurs été massivement visé·es par ces rafles, la police embarquant même des personnes ayant leurs papiers par « inadvertance ». Ces techniques sont similaires à celles employées par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police migratoire aux États-Unis, et par nos voisins français, qui, sous la houlette de Retailleau, organisent des rafles de migrant·es dans toute la France depuis plusieurs mois.
La politique migratoire raciste de l'Union européenne a institutionnalisé la vente de morts. En effet, la politique migratoire européenne fait tout pour obliger les demandeur·euses d'asile à rester dans les pays de transit, donc nécessairement des pays ayant une frontière extérieure avec des pays hors de l'Union européenne. Ces pays n'ont ni les infrastructures ni la volonté politique de fournir un accueil digne aux demandeur·euses d'asile. Beaucoup ont déjà été condamnés pour leur traitement inhumain et dégradant.
Au lieu de permettre une répartition égale des demandeur·euses d'asile, l'Europe impose la pression aux frontières et se dédouane avec une obligation de contribution financière ridicule face aux sommes nécessaires pour mettre en place des infrastructures dignes de ce nom. Ces fonds peuvent en outre être dépensés à la guise de gouvernements capitalistes qui investissent plutôt dans des projets néolibéraux.
En parallèle, la Belgique renforce le mécanisme européen avec de nouveaux projets de loi qui traitent les demandes de personnes ayant transité par des pays de l'Union européenne comme des demandes ultérieures, c'est-à-dire que, sauf « éléments nouveaux », elles seront refusées. Ces projets marchent complètement sur le droit international en supprimant purement et simplement le droit à l'accueil pour les personnes dans cette situation.
On assiste ici à la rencontre d'un projet de répression des mouvements de lutte toujours plus grand, cristallisé par la loi Quintin, et d'une politique migratoire raciste qui ne respecte aucune de ses obligations internationales. Une politique qui s'est intensifié depuis la formation du gouvernement Arizona.
Torture, isolement, mort : la réalité des centres fermés
L'enfermement en centre fermé porte mal son nom, il s'agit ni plus ni moins de prison et l'État belge y pratique aussi régulièrement la torture comme outil de gestion des masses. En effet, plusieurs détenu·es nous ont fait état de traitements qui ne peuvent s'apparenter qu'à de la torture : coups répétés, personnes battues au point de perdre connaissance, sédations forcées, refus du droit à un·e médecin, placements en isolement, insultes et violences sexuelles. Les témoignages sont insoutenables, les conséquences sont prévisibles : le 7 octobre 2025, Mahmoud Farjallah, jeune Palestinien de 26 ans, est retrouvé sans vie dans sa cellule au 127 bis.
Son décès intervient après quatre tentatives de suicide, qui toutes ont été réprimées par un placement arbitraire en isolement et donc par une privation de soins. La détresse de Mahmoud n'a été accompagnée tout au long de son incarcération que de mépris et de violence. Sédaté de force, et ce même après une overdose, sans accès à des soins psychologiques et isolé, son décès n'est pas un drame humain comme le dit Van Bossuyt, mais la conséquence logique d'un système raciste qui déshumanise l'étranger et le tue, en toute impunité.
Cette opacité est bien organisée : tout se passe derrière des murs et des barreaux, avec un accès limité au public, y compris aux député·e·s qui, par droit constitutionnel, doivent pouvoir entrer dans les centres sans rendez-vous et sans prévenir. Or, il s'avère que lorsque plusieurs député·e·s se sont présenté·e·s devant les portes du 127bis, iels ont dû attendre plusieurs heures. Ce qui laisse le temps de dissimuler tout ce qui ne devrait pas être vu, et qui pourrait être perçu comme illégal et déshumanisant par un·e député·e.
Un État qui bafoue les droits humains
Les kidnappings, l'enfermement et les conditions de détention violent le devoir de protection de l'État belge, qui constitue un principe fondamental du droit international humanitaire et des droits humains. Ils portent atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment :
- le droit à la vie, et donc l'obligation pour l'État de ne pas porter atteinte à la vie et de porter assistance à des personnes en danger ;
- le droit à l'accueil prévu par la Convention de Genève ;
- l'interdiction des traitements inhumains et dégradants et de la torture ;
- le droit à la vie privée ;
- le principe d'égalité, c'est-à-dire que toute personne soit traitée de manière égale par la loi ;
- le principe de légalité, c'est-à-dire que toute action des pouvoirs publics repose sur une base légale, sans discrimination arbitraire ;
- le droit de manifestation ;
- le droit à l'accès aux soins et à la consultation d'un·e médecin.
Un État qui hiérarchise les vies
Si les 18 000 condamnations de l'État belge pour non-respect de décisions de justice ne nous avaient pas mis la puce à l'oreille, l'État belge a manifestement décidé que l'État de droit ne s'appliquait pas aux personnes dites étrangères. Entre les arrestations arbitraires, les traitements inhumains et dégradants, les meurtres policiers légalisés, les projets de loi liberticides, les déclarations de ministres affirmant ne plus payer les astreintes liées aux décisions migratoires, ou encore notre Premier ministre qui signe une tribune demandant à la Cour européenne des droits de l'homme de ne pas « embêter les États souverains avec les droits humains en matière de migration », le constat est clair.
L'État, dans un projet profondément raciste, hiérarchise les humains et décide de retirer le bénéfice des droits fondamentaux à une partie de sa population. Nous n'avons plus besoin de l'histoire pour comprendre les dangers de cette politique : elle tue, ici, aujourd'hui et demain, toujours plus de personnes. Pour sortir de la complicité, une seule solution : l'organisation.
Face à cette politique de répression, d'enfermement et de mort, nos revendications sont claires :
- Liberté de circulation pour toustes
- Fermeture de tous les centres fermés
- Régularisation de tous les sans-papiers
- le respect des droit et libertés fondamentales de toustes
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