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Trump, l’Europe et l’internationale néofasciste : du soutien idéologique à la coordination politique

3 mars, par Éric Toussaint — ,
Par rapport à son premier mandat, la position de Trump et du gouvernement états-unien vis-à-vis de l'Europe a connu une rupture. Critiquant de manière virulente l'Union (…)

Par rapport à son premier mandat, la position de Trump et du gouvernement états-unien vis-à-vis de l'Europe a connu une rupture. Critiquant de manière virulente l'Union européenne et la plupart des dirigeants européens, ils affirment la volonté de soutenir les partis et gouvernements d'extrême droite en Europe, renforçant la construction d'une Internationale néofasciste.

Tiré de la revue Contretemps
26 février 2026

Par Eric Toussaint

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la politique étrangère des États-Unis à l'égard de l'Europe a connu une inflexion majeure. Alors que, lors de son premier mandat, l'administration Trump continuait officiellement à s'inscrire dans le cadre de l'alliance transatlantique entre les puissances européennes et les États-Unis, le second mandat marque une rupture profonde, assumée et théorisée.

Cette rupture ne consiste pas en une critique conjoncturelle de l'Union européenne (UE), mais en une volonté d'intervention directe et systématique dans les rapports de force politiques internes aux pays européens, au bénéfice des partis ou des gouvernements d'extrême droite et néofascistes.

Le document de « Stratégie de sécurité nationale » publié en décembre 2025 (NSS 2025) constitue à cet égard un texte clé. Sous couvert de défense de la « civilisation occidentale » et de l' « identité européenne », l'administration Trump y désigne explicitement ses véritables « alliés » en Europe : non pas les États membres de l'UE ni leurs institutions, mais les forces politiques nationalistes, autoritaires et réactionnaires que Washington regroupe sous l'appellation de « partis européens patriotiques ».

Cette orientation s'accompagne d'une rhétorique complotiste, raciste et démographique — reprise de la théorie du « grand remplacement » et de la « guerre civilisationnelle » — et d'un soutien politique direct, assumé et parfois spectaculaire à ces forces.

Cet article analyse cette mutation stratégique, ses fondements idéologiques et ses implications concrètes. Il montre comment Trump et son entourage sont favorables à la montée électorale de l'extrême droite en Europe pour tenter de recomposer l'ordre politique européen, affaiblir l'Union européenne et promouvoir un bloc international néofasciste articulé autour du trumpisme et des intérêts des grandes entreprises privées étasuniennes.

Éric Toussaint montre à quel point l'extrême-droite européenne exprime, jusqu'ici, sa sympathie et son soutien au trumpisme tout en cherchant à le copier. À travers l'examen du NSS 2025, du cas allemand, de la progression institutionnelle de l'extrême droite au sein de l'UE et des réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, Éric Toussaint met en lumière la cohérence et la dangerosité de cette offensive politique globale.

***

Du premier mandat de Trump en 2017 à celui de 2025, un important changement concernant l'Europe

En 2017, dans le document de stratégie de sécurité nationale, D. Trump était positif à l'égard de l'Europe :

« Les États-Unis restent fermement engagés envers leurs alliés et partenaires européens. L'alliance de l'OTAN, qui regroupe des États libres et souverains, est l'un de nos grands avantages sur nos concurrents, et les États-Unis restent attachés à l'article V du Traité de Washington. Nos alliés et partenaires européens renforcent notre portée stratégique et nous donnent accès à des bases avancées et à des droits de survol pour nos opérations mondiales. Ensemble, nous faisons face à des menaces communes. Les nations européennes fournissent des milliers de soldats pour aider à combattre les terroristes djihadistes en Afghanistan, stabiliser l'Irak et lutter contre les organisations terroristes en Afrique et au Moyen-Orient. » NSS 2017, p. 48

Dans la partie sur l'Europe, aucune critique n'était formulée à l'encontre des gouvernements européens et de la Commission européenne. Le contraste entre 2017 et 2025 est énorme. Dans le document de stratégie de sécurité nationale publié début décembre 2025 [1], Trump a pris un virage tout à fait explicite.

Trump s'immisce explicitement dans les affaires intérieures européennes et appuie sans aucune retenue les partis et les gouvernements d'extrême droite. Il critique durement la Commission européenne qui irait à l'encontre de la souveraineté des États. Face aux attaques de Trump, la Commission européenne a adopté une attitude de vassal docile :

. À propos des tarifs douaniers imposés par Trump ;
. Sous la forme de promesse d'augmentation des importations de gaz liquéfié et autres énergies fossiles fournies par les Etats-Unis ;
. En acceptant d'augmenter très fortement les dépenses militaires et les achats d'armes étasuniennes ;
. Dans la complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou et l'État d'Israël, soutenu indéfectiblement par Trump dans la poursuite du génocide contre le peuple palestinien.

Les prétentions de Trump en ce qui concerne le Groenland confirment l'inflexion majeure de sa position à l'égard des pays de l'UE. L'attitude de soumission des dirigeant·es européen·nes sur toute une série de dossiers a encouragé Trump à accroître ses exigences. Les dirigeants européens sont dans une position défensive, même si au niveau rhétorique, ils affichent une posture de résistance à propos du Groenland et sur quelques autres sujets.

La volonté de prendre possession du Groenland et de ses richesses naturelles est clairement dans la droite ligne de l'orientation du NSS 2025 en ce qui concerne l'hémisphère occidental (qui pour Trump s'étend du Canada et du Groenland à la Patagonie au Sud), sur lequel Trump affirme sans la moindre gêne sa détermination à exercer une domination complète. Elle est cohérente avec l'agression militaire contre le Venezuela et la décision de Trump de prendre le contrôle total sur le pétrole du pays ainsi que les menaces concernant le Canal de Panama, le Canada et Cuba.

Revenons au document de sécurité nationale qui ne mentionnait pas explicitement la volonté de Trump d'annexer de fait ou d'acheter le Groenland. A propos de l'Europe le document NSS 2025 de Trump déclare :

« Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l'Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale. » [2] NSS 2025 , p. 5

Il ne faut pas se méprendre sur ce que veut dire l'administration de Trump quand elle affirme qu'il faut soutenir « nos alliés ». Les « alliés » dont elle parle ne sont pas les pays d'Europe en général. Les « alliés » sont les partis d'extrême droite ou néofascistes européens, que Trump appelle les « partis européens patriotiques ». Selon le document officiel de l'administration de Donald Trump, ces « partis européens patriotiques » sont réprimés par les autorités européennes et les gouvernements souvent minoritaires des pays européens (ils pensent certainement au gouvernement en France et en Espagne pour ne donner que deux exemples).

Le soutien de Washington aux partis d'extrême-droite et néofascistes en Europe apparaît clairement dans la phrase suivante :

« L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l'influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme. »

Ajoutons que Trump, comme nous l'avons déjà montré antérieurement, soutient de fait la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement, en prétendant qu'une partie des pays d'Europe ne seront plus européens à l'avenir suite aux flux migratoires. Aux Etats-Unis, c'est la théorie du « white genocide » [3]. Steve Bannon, qui a été l'un des principaux architectes idéologiques du trumpisme, en particulier dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d'extrême droite, invoque la « guerre civilisationnelle », la « destruction de l'Occident », l' « immigration de masse comme arme politique » et dénonce les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».

Tous ces éléments se retrouvent dans le document de Trump quand il se réfère à l'Europe et affirme que le déclin économique de l'Europe [4]

« est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d'une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l'Europe est confrontée, on peut citer les activités de l'Union européenne et d'autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique [Trump et son administration se réfèrent ici aux politiques restreignant l'action des partis d'extrême droite et leur propagande raciste ou et anti immigré·es / Note d'Éric Toussaint] et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, la censure de la liberté d'expression et la répression de l'opposition politique, l'effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi » (NSS 2025, p. 25).

La théorie conspirationniste du grand remplacement apparaît aussi de manière transparente dans cette phrase :

« À long terme, il est plus que plausible que d'ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l'OTAN deviennent majoritairement non européens » [5]

L'Allemagne : un exemple évident du soutien de Trump et de son administration à l'extrême droite néofasciste

Lors de la campagne électorale allemande du début de l'année 2025, Donald Trump a directement appuyé le parti néofasciste AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l'Allemagne)par l'intermédiaire de son conseiller Elon Musk et de son vice-président J.D. Vance. Il s'agissait des élections fédérales anticipées (Bundestagswahl) en Allemagne, dont le scrutin a eu lieu le dimanche 23 février 2025.

L'ingérence et le soutien de ces figures américaines se sont manifestés principalement comme suit : fin 2024 – début 2025, Elon Musk a publiquement et explicitement exprimé son soutien à l'AfD sur son réseau social X (anciennement Twitter) en attaquant le Chancelier social-démocrate Olaf Scholz et en déclarant que « seule l'AfD peut sauver l'Allemagne ». Il a également organisé une discussion en direct avec la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, en janvier 2025.

S'ajoute à cela qu'à la mi-février 2025, J. D. Vance est intervenu lors de la Conférence de Munich sur la sécurité (tenue du 14 au 16 février 2025) en exhortant les partis traditionnels allemands à mettre fin au « cordon sanitaire » (le « firewall ») contre l'AfD. Cela a été largement perçu par le gouvernement allemand comme une ingérence directe dans la campagne électorale en cours.

Rappelons aussi que le 20 janvier 2025, en pleine campagne électorale en Allemagne, lors de l'investiture de Donald Trump, Elon Musk, depuis la scène sur laquelle il se trouvait pour y prononcer un discours, a fait un geste où il se frappe le cœur avant de tendre son bras droit, paume vers le bas et doigts serrés, un mouvement qui a été largement interprété par de nombreux observateur·ices, historien·nes et médias comme s'apparentant au salut nazi ou au salut fasciste romain. Beaucoup y ont vu un message codé de Musk comme conseiller de Trump envers les communautés d'extrême droite, étant donné le soutien de Musk à l'AfD en Allemagne.

L'orientation néofasciste de l'AfD est nette : elle milite ouvertement pour l'expulsion massive des migrant·es présent·es en Allemagne. La sympathie affichée à l'égard du nazisme est telle dans l'AfD que le Rassemblement National de Marine Le Pen a décidé d'expulser l'AfD du groupe Identité et Démocratie qu'elle dirigeait dans le Parlement européen entre 2019 et 2024.

La montée de l'extrême-droite en Europe et sa participation au pouvoir

Il est utile de rappeler que l'extrême-droite a fortement progressé électoralement en Europe au cours des 15 dernières années. À quelques rares exceptions près, tous les partis d'extrême droite ou néofascistes en Europe expriment leur sympathie pour les positions de Trump. Un nombre important de leurs dirigeant·es veut s'afficher avec Trump et adopte son style de communication.

L'extrême droite est au gouvernement dans plusieurs pays : Italie, Hongrie, Belgique (le premier ministre est de la NVA), Slovaquie, République tchèque, Finlande, Croatie, sans oublier la Suède (où l'extrême-droite, sans faire partie du gouvernement minoritaire le soutient). L'extrême droite a réussi à devenir la première force politique en Italie (Frères d'Italie), en France (RN), en Hongrie (Fidesz-Union civique hongroise) et en Autriche (FPÖ).

En Flandre (Belgique), Le Vlaams Belang (néofasciste) a été le parti qui a eu le plus de voix lors des élections européennes de juin 2024. Il a devancé le parti flamand d'extrême-droite la NVA. Aux Pays-Bas, le PVV (Partij voor de Vrijheid- Parti de la Liberté) de Geert Wilders, qui était devenu le premier parti [6], a reculé aux élections d'octobre 2025. Il est devenu le deuxième parti derrière D66 qui avait mené campagne contre l'extrémisme du PVV.

La présidence de la Commission européenne (la conservatrice allemande Ursula Von Der Leyen) a passé un accord avec le groupe parlementaire d'extrême droite dirigé par Giorgia Meloni d'Italie, ce qui a permis à ce groupe parlementaire d'extrême-droite d'obtenir un poste de vice-président exécutif de la Commission européenne [7] et de trois présidences de commissions [8].

Cela a une grande importance parce que les trois commissions que le groupe parlementaire européen de Meloni a obtenues sont l'agriculture, le budget et les pétitions. Par conséquent les pétitions qui surgissent des populations européennes, les tentatives d'obtenir un référendum par exemple, vont être gérées par une commission qui est présidée par l'extrême droite.

Dans le parlement européen, il y a trois groupes parlementaires d'extrême-droite : ECR, le groupe autour de Meloni au PE qui compte 79 parlementaires [9], le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orbanqui en a 86 [10] et le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne qui en a 27 [11]. Si ces trois groupes s'unissaient, l'extrême-droite serait en première position dans le Parlement européen avec 192 parlementaires, soit 5 europarlementaires de plus que le groupe le plus important dans le parlement, le groupe conservateur, de plus en plus à droite, du Parti Populaire européen qui en compte 187 [12].

Le groupe parlementaire des partis sociaux-démocrates et socialistes compte 136 europarlementaires. Le Groupe RENEW, qui comprend notamment le parti d'Emmanuel Macron et le parti MR de droite extrême belge francophone de Georges-Louis Bouchez, compte seulement 75 europarlementaires car il a perdu 23 sièges en 2024 par rapport aux élections de 2019, principalement en faveur de l'extrême droite. Le groupe européen des Verts compte 53 europarlementaires, il a perdu 17 sièges en 2024 par rapport à 2019. Vient ensuite le groupe de la gauche au parlement européen The Left avec 46 europarlementaires (en progrès par rapport aux 37 europarlementaires élus en 2019).

Les partis d'extrême-droite ou/et néofascistes sont donc en très gros progrès au Parlement européen, dans les instances européennes et dans les gouvernements d'une partie importante des pays membres de l'UE. Sauf sur la question du Groenland, ils sympathisent très fortement avec l'orientation néofasciste et impérialiste de Donald Trump et d'autres dirigeants néo-fascistes ou d'extrême-droite ailleurs dans le monde, en particulier le gouvernement de Netanyahu en Israël, le gouvernement de Javer Milei en Argentine, le nouveau président chilien José Antonio Kast au Chili, l'ancien président du Brésil, Jair Bolsonaro.

Dans la liste qui suit, nous allons décrire les principales forces d'extrême droite ou/et néofascistes européennes et leur affinité avec Trump. Liste non exhaustive des partis d'extrême-droite ou néofascistes en Europe qui bénéficient de la sympathie de l'administration de Trump et qui expriment leur affinité avec celui-ci

1. Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne qui a obtenu 20,8 % des voix aux élections fédérales du 23 févr. 2025. C'est le second parti en termes de voix. L'AfD a multiplié les contacts et visites aux États-Unis. Comme indiqué plus haut, elle a reçu l'appui direct d'Elon Musk quand il était conseiller de Trump et de J.D. Vance, vice-président des EU pendant la campagne électorale de janvier février 2025.

Au sein du Parlement européen, l'AFD dirige un des trois groupes parlementaires d'extrême droite. Le groupe s'appelle l'Europe des Nations souveraines et compte 27 europarlementaires (dont 15 sont de l'AfD). Des représentant·es et des figures de l'AfD, dont Christine Anderson (ancienne députée européenne) ou d'autres membres de la direction, ont été invité·es et ont participé à la Conférence d'Action Politique Conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC) aux États-Unis avec Trump, avec une partie importante de l'extrême-droite européenne et latino-américaine, notamment les éditions de 2023 et 2024. À la fin de cette liste, pour ne pas l'encombrer, nous reviendrons sur les structures et les rendez-vous internationaux de l'extrême-droite néofasciste.

2. Rassemblement National (RN) en France. Le RN a 142 sièges à l'Assemblée Nationale depuis les élections législatives de juin 2024. Le RN et ses alliés ont obtenu 33 % au premier tour des élections parlementaires de 2024. Jordan Bardella, probable futur candidat à la présidence de la France en 2027, a félicité Trump après la publication du NSS 2025 en décembre 2025. Il a pris ses distances avec Trump le 20 janvier 2026 en ce qui concerne le Groenland. On verra dans les semaines qui viennent si cette prise de distance se confirme. Jordan Bardella préside les Patriotes pour l'Europe, le plus grand groupe d'extrême droite et de néofascistes dans le Parlement européen qui compte 86 europarlementaires dont 30 sont du RN.

3. Fidesz en Hongrie. C'est le parti dominant, il dispose d'une large majorité au Parlement (victoire en 2022, il gouverne avec une super-majorité). Viktor Orbán est un allié idéologique de Trump sur les politiques anti-migration, sur l'opposition aux droits à la diversité, à l'égalité , à l'inclusion et dans les critiques de l'UE. Il y a eu des rencontres bilatérales récentes en 2025. Viktor Orbán est un des pères fondateurs des « Patriotes pour l'Europe », présidé par Jordan Bardella. Fidesz compte 11 europarlementaires. A noter que jusque mars 2021, les eurodéputés de Fidesz siégeaient dans le groupe du Parti Populaire Européen même si les tensions étaient très fortes depuis 2019.

4. Vox en Espagne oscille entre 10 et 12 % des voix. Il a 33 député·es au parlement espagnol et 6 au parlement européen. Vox a clairement exprimé son admiration pour le style politique de Trump et multiplie les rencontres avec des envoyé·es de Trump en Europe et en Amérique latine. En 2024, Vox a quitté le groupe ECR de Meloni et a rejoint le groupe Patriotes pour l'Europe présidé par Bardella en signe de radicalisation vers des positions encore un peu plus néofascistes. En janvier 2026, Vox a soutenu avec enthousiasme l'agression militaire des Etats-Unis contre le Venezuela. Vox garde jusqu'ici le silence sur Trump et le Groenland.

5. Frères d'Italie / Fratelli d'Italia (FdI) en Italie. C'est le parti majoritaire dans la coalition gouvernementale (FdI a obtenu 26 % voix aux élections de 2022 et 29% aux européennes de 2024). Giorgia Meloni a cultivé des contacts publics avec Trump (visite à Mar-a-Lago, présence à l'inauguration de la présidence en janvier 2025). Le parti de Meloni dirige le groupe ECR dans le parlement européen, qui compte 79 europarlementaires dont 24 sont de son parti.

6. La Lega (La Ligue) dirigée par Matteo Salvini fait partie du gouvernement italien présidé par Giorgia Meloni. Matteo Salvini est vice-président du Conseil des Ministres. La Lega fait partie du groupe Patriotes pour l'Europe auquel il apporte 8 europarlementaires.

7. Droit et justice (PiS) en Pologne. C'est un grand parti de gouvernement : ultra-conservateur, ultra-nationaliste et patriarcal. Le PiS, aujourd'hui dans l'opposition, entretient des convergences avec la rhétorique nationaliste et a souvent salué certaines positions de l'administration Trump sur la souveraineté et la sécurité. C'est le seul parmi tous les partis de cette liste à émettre des réticences concernant la politique de Trump à l'égard de la Russie, que le PIS considère trop conciliante. Le PIS est le deuxième grand parti dans le groupe ECR dirigé par Meloni, il a 20 europarlementaires.

8. Le Parti de la Liberté (FPÖ) en Autriche a obtenu un score élevé dans des scrutins récents (FPO a atteint jusque 29 % en 2024). Ses dirigeants adressent régulièrement des félicitations publiques à Trump depuis 2016 et adopte les mêmes positions sur l'immigration. Le FPÖ apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.

9. Vlaams Belang (Intérêt Flamand) en Belgique (Flandre). Aux élections européennes de juin 2024, le VB néofasciste est venu en tête juste avant la N-VA d'extrême-droite, du premier ministre Bart de Wever. Le Vlaams Belang fait partie de Patriots for Europe, le groupe de Jordan Bardella et Viktor Orban. Le Vlaams Belang a félicité régulièrement Trump depuis 2016 et entretient un discours raciste anti-immigration proche des thèmes MAGA. Le Vlaams Belang apporte 3 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.

10. La Nieuw-Vlaamse Alliantie (Nouvelle alliance flamande, N-VA) est membre du groupe ECR de G. Meloni au parlement européen. La N-VA est relativement discrète dans son soutien à Trump vu qu'elle dirige le gouvernement du royaume de Belgique mais Theo Francken, l'un de ses dirigeants les plus en vue et ministre de la défense, a exprimé de manière plus ouverte et régulière sa sympathie et son soutien pour Donald Trump, depuis la première administration de 2017-2021, lors des élections de 2024 jusqu'à aujourd'hui. Comme ministre de la Défense, il est totalement aligné sur les exigences des Etats-Unis, notamment en termes d'achat d'armement d'origine étasunienne, par exemple l'achat de chasseurs-bombardiers F35. La N-VA apporte 3 europarlementaires au groupe ECR dirigé par Giorgia Meloni.

11. PVV (Partij voor de Vrijheid – Parti pour la Liberté) aux Pays-Bas dirigé par Geert Wilders. Importants succès électoraux jusque 2023, participation au gouvernement puis a enregistré une perte de voix en 2025 et n'est plus dans le gouvernement[13]. Geert Wilders se présente comme le “Trump néerlandais”. Le PVV apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban. Le PVV a soutenu l'agression militaire de Washington contre le Venezuela.

12. Sweden Democrats (Sverigedemokraterna) en Suède. Après avoir franchi la barrière des 4 % en 2010, leur score n'a cessé d'augmenter, atteignant 20,5 % des voix aux élections de 2022, devenant le deuxième parti en terme électoral. Les SD jouent un rôle important dans la recomposition de la droite suédoise, tout en se maintenant en dehors du gouvernement, il a signé en 2022 un pacte avec les 3 partis de droite qui le constituent. Les SD ne sont pas au gouvernement, mais ils sont indispensables à la survie de la coalition gouvernementale minoritaire et exercent une influence idéologique et politique sans précédent sur la direction du pays, en particulier sur les questions d'immigration et de répression. Les SD adoptent un discours anti-immigration et souverainiste proche des thèmes trumpiens. Les 3 eurodéputés des SD font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

13. En République tchèque, les trois partis qui constituent, depuis fin 2025, le gouvernement sont proches des positions de Trump. Il s'agit de ANO (Action des citoyens insatisfaits, 34,5 % des voix aux élections de 2025) dirigé par le milliardaire Andrej Babiš qui est devenu premier ministre, de Liberté et Démocratie Directe (Freedom and Direct Democracy – SPD — Svoboda a přímá demokracie, 7,8 % des voix en 2025) et le parti AUTO (Automobilistes pour eux-mêmes – Motoristé sobě en tchèque, 6,8% en 2025). ANO (7 europarlementaires) et AUTO (2 europarlementaires) font partie du groupe parlementaire européen Patriotes pour l'Europe, dirigé par Jordan Bardella et Viktor Orban, respectivement. Le parti néofasciste Liberté et Démocratie Directe soutient le groupe Europe des Nations Souveraines dirigé par l'AfD d'Allemagne mais n'a pas d'eurodéputé.

14. En Roumanie, l'Alliance pour l'Union des Roumains (AUR / Alianța pentru Unirea Românilor) s'est imposé comme une force significative dans le Parlement roumain après les élections législatives et la présidentielle 2025 où son candidat est arrivé en tête au premier tour avant d'être battu au second par un candidat pro-UE. Le principal leader, souvent décrit comme “pro-Trump” en Roumanie, est George Simion. Des médias internationaux comme le Guardian, le décrivent comme admirateur de Donald Trump qui transpose des éléments du style ou du mouvement MAGA dans le contexte roumain. Simion est considéré comme un ”allié naturel de Trump”. Les 5 europarlementaires de l'AUR font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

15. CHEGA au Portugal. Chega a connu une croissance rapide depuis sa création en 2019, passant de 1,3 % des voix en 2019 à environ 22,6 % aux élections législatives anticipées du 18 mai 2025, où il a obtenu 60 sièges sur 230. Ce score en fait la deuxième force politique au Parlement portugais et la principale force d'opposition, dépassant le Parti socialiste. Depuis les élections européennes de 2024, les deux europarlementaires de Chega siègent au Parlement européen dans le groupe Patriotes pour l'Europe de J. Bardella et V. Orban. Lors du premier tour de l'élection présidentielle portugaise du 18 janvier 2026, André Ventura, leader du parti d'extrême droite Chega, s'est classé deuxième avec environ 23,5 % des voix, derrière le candidat socialiste António José Seguro qui a obtenu 31 % ; il a perdu au 2nd tour en obtenant environ 33% des voix.

Les grands lieux de rendez-vous des trumpistes et de l'extrême droite néofasciste européenne et latino-américaine

Au-delà des soutiens idéologiques et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée à des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.

Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), grand rendez-vous annuel de l'extrême droite étasunienne, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement national, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance, Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite.

La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale, où sont diffusés et harmonisés les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité à l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, climato-scepticisme et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.

Cette internationalisation s'est encore renforcée avec la participation active de Javier Milei, président de l'Argentine, de Jair Bolsonaro et de ses réseaux, ainsi que de José Antonio Kast, dirigeant de l'extrême droite chilienne, récemment élu président du Chili. Ces figures latino-américaines sont systématiquement mises en avant par Trump comme des modèles de « résistance au socialisme » et de restauration de l'ordre autoritaire.

Les rencontres CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine, Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington, certaines capitales européennes et l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.

Parallèlement à la CPAC, le parti Vox en Espagne joue un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, lancé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid rassemble des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels Milei, Bolsonaro, Kast, ainsi que des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou de partis d'Europe centrale.

Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de courroie de transmission entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement contre la gauche, les féminismes, l'écologie, les droits humains et toute forme de souveraineté populaire qui ne soit pas autoritaire. Bien qu'il s'agisse d'une juxtaposition de forces nationales, l'extrême droite apparaît comme un bloc idéologique international cohérent, dont Donald Trump constitue aujourd'hui le principal pôle politique, médiatique et symbolique.

Trump à Davos en janvier 2026

Le 21 janvier 2026, un mois et demi après la publication du NSS 2025 et quasiment un an jour pour jour après le début de son mandat, Trump a tenu des propos suprémacistes blancs et racistes à Davos devant un parterre de milliardaires et de chefs d'États et de gouvernement qui l'ont applaudi. Voici quelques extraits :

« Écoutez, je suis originaire d'Europe, plus précisément d'Écosse et d'Allemagne. Ma mère est 100 % écossaise et mon père est 100 % allemand. Nous croyons profondément aux liens qui nous unissent à l'Europe en tant que civilisation. » (…) « L'explosion de prospérité, la conclusion et les progrès qui ont bâti l'Occident ne sont pas le fruit de nos codes fiscaux, mais bien de notre culture très particulière. C'est là l'héritage précieux que partagent l'Amérique et l'Europe. Nous le partageons. Nous devons le préserver. Nous devons devenir plus forts, plus prospères et plus performants que jamais. Nous devons défendre cette culture et redécouvrir l'esprit qui a sorti l'Occident des profondeurs du Moyen Âge pour l'élever au sommet des réalisations humaines » (Source : WEF).

Il a répété ses insultes racistes à l'égard de la députée au Congrès des Etats-Unis, Ilhan Omar, d'origine somalienne, élue dans l'État du Minnesota, à l'égard de la Somalie comme pays, à l'égard de toute la communauté somalienne aux États-Unis et plus largement des civilisations africaines :

« Et puis nous avons cette fausse députée, dont la fortune est estimée à 30 millions de dollars, selon les derniers rapports. Vous y croyez ? Ilhan Omar parle de la Constitution qui me protège… Elle vient d'un pays qui n'est pas un pays, et elle nous dit comment diriger l'Amérique. Elle ne s'en tirera pas longtemps comme ça, croyez-moi ».

« La situation dans le Minnesota nous rappelle que l'Occident ne peut pas importer en masse des cultures étrangères qui n'ont jamais réussi à construire une société prospère. Je veux dire, nous accueillons des gens de Somalie, et la Somalie est un pays en faillite… ce n'est pas une nation, il n'y a pas de gouvernement, pas de police, pas d'armée… il n'y a rien.. ».

Trump ne manie pas que l'insulte, il utilise aussi la flagornerie à l'égard de ceux et celles qui le soutiennent et qui étaient présents à Davos :

« Beaucoup d'entre vous ici sont de véritables pionniers. Vous êtes vraiment brillants, des gens brillants. Le simple fait d'avoir obtenu un billet (d'entrée ici) est brillant, car il y a environ 50 personnes pour chaque place. (…) Mais vous êtes dans cette salle, et certains d'entre vous sont les plus grands leaders au monde. Vous êtes les plus grands cerveaux au monde. Et l'avenir est illimité. Et c'est en grande partie grâce à vous, ou plutôt parce que nous devons vous protéger et vous chérir ».

Conclusion

Le second mandat de Donald Trump ne se limite pas à une remise en cause de l'Union européenne : il organise un soutien idéologique, politique et opérationnel aux forces d'extrême droite et néofascistes en Europe. Le NSS 2025, l'ingérence électorale, l'appui public à l'AfD, au RN, à Fidesz ou à Vox, ainsi que la structuration de réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, témoignent d'une stratégie cohérente visant à affaiblir l'UE et à promouvoir un bloc international autoritaire articulé autour du trumpisme.

Toutefois, les prétentions de Trump sur le Groenland introduisent une contradiction majeure. En remettant ouvertement en cause la souveraineté d'un territoire relevant d'un État européen membre de l'OTAN, Trump révèle la nature profondément impérialiste et agressive de son projet. Cette orientation est susceptible de créer des tensions durables avec les gouvernements européens et de fragiliser, à terme, les relations entre Trump et les partis d'extrême droite européens eux-mêmes, pris entre leur alignement idéologique sur le trumpisme et la défense proclamée de la souveraineté nationale.

Cette contradiction constitue l'un des points de fracture potentiels de l'internationale néofasciste en construction.

Notes

[1] Une version en français est disponible sur le site du Grand Continent : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

[2] “We want to support our allies in preserving the freedom and security of Europe, while restoring Europe's civilizational self-confidence and Western identity ;” NSS 2025, p. 5

[3] D'ailleurs Trump n'hésite pas à accuser le gouvernement sud-africain de pratiquer un génocide contre les Blancs.

[4] L'économiste Gabriel Zucman a relativisé le constat volontairement négatif exprimé par Trump concernant la situation économique de l'Europe face à celle des Etats-Unis. Lire en open source : « Le mythe du décrochage européen » https://gabrielzucman.substack.com/p/le-mythe-du-decrochage-europeen publié le 15 décembre 2025.

[5] « Over the long term, it is more than plausible that within a few decades at the latest,

certain NATO members will become majority non-European.” NSS 2025, p. 27

[6] En 2023, la PVV d'extrême-droite avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En 2025, le parti subit une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépassé le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.

[7] Le groupe ECR a obtenu qu'un de ses membres, Raffaele Fitto (Italie) du parti de Meloni (Fratelli di Italia), soit nommé vice-président exécutif de la Commission européenne (mandat de la Commission « von der Leyen II », entrée en fonction le 1er décembre 2024) pour le portefeuille « Cohésion et Réformes ».

[8] Johan Van Overtveldt (membre du groupe ECR de Meloni au Parlement Européen et du parti N-VA en Belgique) a été élu président de la commission « Budget » (BUDG). Veronika Vrecionová (ECR, Tchéquie) a été élue présidente de la commission « Agriculture et Développement rural » (AGRI). Bogdan Rzońca (ECR, Pologne) a été élu président de la commission « Pétitions » (PETI) du Parlement.

[9] Depuis les élections de juin 2024, ECR a gagné un membre supplémentaire depuis juin 2024 et compte 79 MEP janvier 2026, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7037&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[10] Le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orban a également gagné 2 sièges supplémentaire entre les élections de juin 2024 et octobre 2025. Il a 86 membres dans son groupe au PE, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7150&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[11] Le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne est passé de 25 à 27 MEP entre juin 2024 et le moment où paraît cet article : https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7151&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[12] Selon la recherche effectuée sur le site du PE le 25 janvier 2026, l'addition des sièges des 3 groupes d'extrême droite atteindrait 192 soit 5 de plus que le groupe du Parti Populaire européen qui en compte 187.

[13] Au Pays-Bas, l'extrême-droite (= le PVV de Geert Wilders) n'est plus dans le gouvernement depuis juin 2025. Et suite aux résultats des élections du 29 octobre 2025 au cours desquelles les résultats de ce parti ont fortement baissé un nouveau gouvernement va se constituer probablement sans la participation du PVV. En 2023, la PVV avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En octobre 2025, le PVV a subi une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépasser le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.

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Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent ! Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !

3 mars, par Collectif — ,
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s'arrête ! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire (…)

Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s'arrête ! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l'égalité. Nous sommes solidaires des femmes et des populations subissant de plein fouet les conséquences dramatiques du changement climatique, aggravé par les politiques productivistes et capitalistes.

TIré de Entre les lignes et les mots

Solidarités internationales

A l'heure des guerres génocidaires, des coups d'Etat, des impérialismes démultipliés, de l'Iran à l'Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l'Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d'Amérique latine, d'Iran, du Groenland, sous menace d'une intervention impérialiste directe par les Etats-Unis de Trump. De l'Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s'opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières. En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes ; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l'exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique – 80% des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l'insécurité alimentaire et l'exploitation des multinationales ; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.

Pas d'instrumentalisation des luttes féministes par l'extrême droite, pas d'extrême-droite dans la rue, pas une voix pour l'extrême droite.

L'extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l'extrême-droite étend sa sphère d'influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l'autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d'un projet politique xénophobe. Nous réclamons l'abrogation de la loi immigration et la régularisation de tous-tes les sans-papiers. Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l'extrême droite dans plusieurs villes, l'enjeu est celui d'une opposition unie et radicale et la formation d'un front antifasciste !

De l'argent, il y en a !

A l'heure du financement d'un porte avion de dix milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement , nous refusons de nous taire. Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d'adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail. Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70% des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d'une famille monoparentale sur trois, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue. Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux. L'arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.

Du travail, un temps de travail, des retraites et des salaires pour vivre et pas survivre
Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne 1/4 inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulons la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d'annuités et des pensions décentes. Nous réclamons l'abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l'abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs-euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage…), l'égalité salariale, l'interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l'application du principe d'une même rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur égale ».

Pour un réel partage du travail domestique !

80% des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36% des hommes. 63% des personnes qui s'occupent tous les jours d'enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d'un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales. Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d'être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l'activité économique. C'est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà. Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l'un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales. Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.

Pour plus d'égalité et de justice, plus de services publics !

Le démantèlement des services publics de la santé, de l'éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé-es, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé. Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l'autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du quatrième âge. Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.

Notre corps nous appartient !

47000 femmes dans le monde meurent chaque année d'un avortement clandestin. Nous réclamons la réouverture de tous les centres d'interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l'IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins. LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis. Nous voulons l'ouverture de la PMA pour toutes ! Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s'en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle. Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes. Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l'autonomie, à l'éducation, à l'emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l'accessibilité universelle à l'ensemble de l'espace public et à tous les lieux et bâtiments.

Stop aux violences sexistes et sexuelles (VSS)Près d'une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde. Nous continuons à compter nos mortes car il n'y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. L'impunité persiste, 1% des viols sont condamnés. Nous refusons que les enfants violé-es, maltraité-es, incesté-es continuent le plus souvent à être abandonné-es à leur sort ! Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l'ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre. Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l'industrie pornocriminelle. Nous demandons la mise en place d'actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes. Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les trois milliards nécessaires pour l'accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.

Éduquer à l'égalité, un enjeu majeur, du plus jeune âge à l'Université

Une éducation à l'égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s'exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles. Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d'une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d'une éducation au consentement et à l'égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre. Les inégalités se vivent aussi à l'université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c'est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis. Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS… Éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle pour toutes et tous maintenant ! Le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l'éducation à la sexualité à l'école, doit être mis en œuvre.

Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l'extrême droite.

Signataires
: ActionAid France, Alliance des femmes pour la démocratie, Amicale du Nid,APEL-Egalité, Association Place des femmes 59, Attac France, CNT-Solidarité, Ouvrière éducation, Collectif 11 Droits des Femmes, Collectif IVG Tenon Paris 20, Collectif National pour les Droits des Femmes, Confédération Générale du Travail (CGT), Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Crldht Comité pour les libertés et les droits de l'homme en Tunisie, En avant toute(s), FEMEN FRANCE, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Force Féministe 57, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), FTCR Fédération Tunisiens Citoyen des 2 Rives, Genre et Altermondialisme, LDH (Ligue des droits de l'Homme), Le Planning familial , Le Planning familial des Côtes-d'Armor, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie-LFID, Maison des Femmes Thérèse Clerc , Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement de la Paix, Mouvement des femmes kurdes en France, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans (OST), Réussir l'égalité femmes-hommes, Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques – StopVOG, UNEF le syndicat étudiant, Union syndicale Solidaires, VISA, Women Without Violence.

En soutien : Commission Féminisme les Écologistes, Ecoféminisme PEPS, Egalités, Génération·s, Jeunes Socialistes, L'APRES, La France insoumise, Les Jeunes Génération.s, NPA-l'Anticapitaliste, Parti Communiste, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de Gauche, Parti socialiste, PEPS Ecoféminisme, Réseau Coopératif Gauche Alternative, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Victoires Populaires.

Le 30 janvier 2026

VOIR L'APPEL EN PDF

https://www.ldh-france.org/journee-internationale-de-lutte-pour-les-droits-des-femmes-en-solidarite-avec-les-femmes-du-monde-entier-8-mars/

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De Gaza à l’Iran, la loi du plus fort s’impose

Pour la deuxième fois en moins d'un an, Israël et les États-Unis attaquent l'Iran. Pour la deuxième fois, ils le font alors que des négociations étaient en cours en vue (…)

Pour la deuxième fois en moins d'un an, Israël et les États-Unis attaquent l'Iran. Pour la deuxième fois, ils le font alors que des négociations étaient en cours en vue d'arriver à un accord entre Washington et Téhéran. « Dernière chance pour éviter le scénario de la guerre », répétaient ces derniers jours certains confrères, laissant penser qu'une guerre serait légitime en cas d'échec des pourparlers. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président étatsunien Donald Trump n'auront même pas pris la peine d'attendre jusque-là.

Tiré d'Orient XXI.

Pourtant, la veille de ces offensives, le ministre omanais des affaires étrangères Badr Albusaidi, invité de l'émission « Face the Nation » sur la chaîne étatsunienne CBS News, se disait « confiant dans la manière dont les négociations se déroulent » (1). Celui dont le pays assure la médiation entre la République islamique et les États-Unis assurait qu'un « accord de paix est à notre portée si l'on permet à la diplomatie d'y arriver ». Il évoquait alors les concessions historiques faites par l'Iran, notamment le renoncement définitif à la détention de matériel nucléaire pouvant servir à fabriquer une bombe — chose qui n'avait pas été acquise dans l'accord signé sous Barack Obama, en 2015 et que Trump avait unilatéralement abandonné. Cela n'a pas empêché Israël — qui n'est pas signataire du traité de non-prolifération et qui détient, quant à lui, effectivement, l'arme nucléaire — d'attaquer dès le lendemain. Quel message cela envoie-t-il, si ce n'est de dire que, à l'image du droit international, la diplomatie est, elle aussi, une voie sans issue ? Albusaidi, pourtant peu bavard et habituellement soucieux de l'image de neutralité que cultive son pays, s'est dit « consterné » par les bombardements contre l'Iran.

« La guerre c'est la paix »

On le sait depuis la « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush déclenchée en 2001, mais encore davantage depuis le génocide à Gaza : le droit international n'est même plus un principe dans lequel se drapent les puissances occidentales. Les réactions des chancelleries européennes face à l'agression israélo-étatsunienne ne sont pas d'ailleurs sans rappeler ce qu'il en est depuis le lendemain du 7 octobre 2023 : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron, s'affichent en professionnels de l'inversion accusatoire. L'une est prompte à condamner « les attaques injustifiées de l'Iran contre [nos] partenaires dans la région », sans un mot à l'adresse de Tel-Aviv et Washington ; l'autre somme le régime iranien « d'engager une négociation de bonne foi », dans une négation totale de tout ce qui se déroulait entre Mascate et Genève ces dernières semaines. « La guerre c'est la paix », proclamait Big Brother (2). Comme pour Gaza aussi, de rares pays européens — les mêmes — ont parlé d'une voix courageuse et dissonante, à l'image de l'Espagne qui a condamné « l'usage de la force » par Israël et les États-Unis, ou la Norvège qui a critiqué le discours israélien parlant d'une « attaque préventive », alors qu'il n'y avait, rappelle Oslo, « aucune menace imminente » de la part de l'Iran.

Le nouvel ordre mondial qui s'implante depuis la guerre contre Gaza ne se limite pas au champ politique. Médiatiquement aussi, le cortège accompagne la propagande officielle, et les mêmes procédés sont à l'œuvre : remise en question du nombre de victimes iraniennes avec un « selon le régime iranien », qui rappelle le « selon le Hamas » ; tentatives de justification et d'inversion de la réalité quand une école pour filles est bombardée dans le sud du pays, faisant plus de 100 morts. Comme au moment du bombardement de l'hôpital Al-Ahli en octobre 2023 à Gaza, des chroniqueurs se transforment en experts militaires sur les plateaux de télévision pour expliquer que ce sont des missiles iraniens qui ont provoqué la tragédie. Comme pour Gaza, les mêmes chroniqueurs sont aux abonnés absents quand Israël bombarde des hôpitaux, comme les trois établissements ciblés à Téhéran. Sans doute nous dira-t-on bientôt qu'ils abritaient des membres des Gardiens de la révolution, comme ceux de Gaza abritaient ceux du Hamas. Nous devrons alors les croire sur parole, malgré tous leurs mensonges précédents, et tant pis, encore une fois, si le droit international interdit cela en toute circonstance.

Aucune promesse de lendemains meilleurs

Quel destin attend l'Iran ? Sera-t-il à son tour livré au chaos qui a accompagné toutes les tentatives de « changement de régime » dans la région ? Et quelles répercussions l'inconséquence israélo-étatsunienne aura-t-elle sur la région ? Sur X, Bernard-Henri Lévy, qui en sait quelque chose quand il s'agit de semer le chaos, ordonne de ne pas faire le parallèle avec l'invasion de l'Irak en mars 2003, car il n'est pas question ici pour Donald Trump et Benyamin Nétanyahou de « parachuter la démocratie » (sic !), mais de répondre aux appels à l'aide des Iraniens. Outre que nous pouvons, sans trop prendre de risque, douter que le bien-être des Iranien·ne·s soit au cœur de l'entreprise israélo-étatsunienne, BHL a raison sur un point : ce qui se passe aujourd'hui n'est pas comparable à l'Irak 2003. Certes, les tentatives de recouvrir une opération impérialiste du vernis de la libération des femmes et de la démocratie — avec le succès que l'on connaît en Afghanistan — font encore florès chez une partie de la classe politique, notamment la droite pro-israélienne. Mais le subterfuge qu'avait été le recours au Conseil de sécurité des Nations unies, dont avait usé George W. Bush pour se donner une caution — même si c'est pour se passer de son accord —, est désormais superflu. Pourquoi s'encombrer de formalités quand on peut agir en toute impunité ?

Comme à chacune des interventions étatsuniennes dans la région, celle-ci ne peut porter aucune promesse de lendemains meilleurs pour la population iranienne. En Afghanistan, les talibans sont revenus au pouvoir. En Irak, le peuple paye, plus de deux décennies après le déclenchement de la guerre, un lourd tribut à la kleptocratie confessionnelle mis en place par Washington. Et, comme à chacune des opérations israéliennes, l'on sait que le seul souci de Tel-Aviv est de semer le chaos autour de lui pour s'assurer une hégémonie régionale, comme il continue à le faire au Liban et en Syrie, en dépit des tous les cessez-le-feu qu'il signe. Quant à ceux qui font de la haine du régime iranien, oppresseur et massacreur de son peuple, la grille de lecture exclusive des événements, il est bon de se rappeler que la mort d'un dictateur ne peut être réjouissante quand elle est l'œuvre d'un criminel de guerre inculpé par la Cour pénale internationale.

Notes

1- « Omani Foreign Minister Badr Albusaidi tells « Face the Nation » a U.S.-Iran deal is « within our reach » », CBS News, 27 février 2026.

2- Dans le roman dystopique 1984 de George Orwell.

Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer

3 mars, par Mina Fakhravar — , ,
Depuis plus de deux semaines, l'Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s'atténuer. Ce qui a commencé le 28 décembre comme une (…)

Depuis plus de deux semaines, l'Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s'atténuer. Ce qui a commencé le 28 décembre comme une protestation contre l'effondrement économique s'est rapidement transformé en soulèvement politique ouvert. Les rues se sont remplies, les slogans se sont durcis, et le régime a répondu comme toujours lorsque sa survie est menacée : par les tirs, les arrestations massives et, depuis le 8 janvier, la coupure numérique et des communications téléphoniques. Le régime reconnaît plus de 2000 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus élevé.

Tiré de The conversation. Photo : Une manifestante fume une cigarette après l'avoir allumée sur une affiche en feu représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, une image deveune le symbole de la révolte actuelle, lors d'un rassemblement en soutien aux manifestations antigouvernementales en Iran, à Yalova, en Turquie, le 16 janvier 2026. (AP Photo/Emrah Gurel)

Le blackout numérique n'est pas seulement de la censure. Il crée un espace où l'on peut tuer sans témoins ni mémoire et dominer le seul narratif qui sort du pays.

Pourtant, ce qui se joue n'est pas un simple retour à une séquence cyclique de contestation. Il s'agit de la poursuite de la rupture féministe amorcée en 2022 avec « Femme, Vie, Liberté », aujourd'hui confrontée à deux forces décidées à la neutraliser : la République islamique et ses alternatives patriarcales et militaristes.

Doctorante en études féministes, d'origine iranienne, et engagée depuis de nombreuses années dans les luttes féministes et les mobilisations transnationales liées à l'Iran, je suis sans nouvelles, depuis la coupure d'Internet, de plusieurs membres de ma famille et de nombreux amis là-bas. Seuls quelques appels très brefs ont parfois pu passer, uniquement pour nous dire qu'ils étaient en vie. Cette position structure mon regard sur ce qui se joue aujourd'hui.

Les femmes, des objets politiques à discipliner

Des décennies de répression ont appris aux femmes que leurs corps constituent le premier terrain du pouvoir d'État : voile obligatoire, surveillance publique, patrouilles de la moralité, aveux forcés, violences sexuelles en détention, menaces d'exécution contre de jeunes femmes.

Les femmes sont au cœur de cette machine répressive. Sous la République islamique, leurs corps sont gouvernés comme des objets politiques à discipliner. Les mobilisations précédentes l'ont montré clairement : en attaquant les symboles mêmes de la domination, les Iraniennes ont affirmé leur agentivité politique. Elles ont arraché des victoires sur la visibilité, mais le régime juridique fondé sur la charia est resté intact. C'est cette tension qui structure la révolte actuelle.

Figure centrale de l'opposition monarchiste en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, multiplie les interventions publiques, parlant « de crimes contre l'humanité » et se positionnant comme un futur dirigeant.

Qu'annonce ce possible retour ? Rien pour rassurer les Iraniennes, selon moi. En effet, sur ses plates-formes tout récemment, Reza Pahlavi a supprimé toute allusion au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Je crois qu'il envoie un message clair : une nouvelle révolution peut exister, mais sans les femmes. Comme en 1979, le pouvoir est prêt à les utiliser pour gagner, puis à les écarter.

Ni République islamique ni bombes étrangères

Ce mouvement des femmes est aussi pluriel. Il ne porte pas une seule voix iranienne, mais une constellation de groupes opprimés qui se reconnaissent mutuellement. Femmes kurdes, baloutches, arabes, azéries et persanes ont toutes façonné cette révolte.

Plusieurs de ses voix les plus radicales sont aujourd'hui en prison. Parmi elles, la militante kurde Verisheh Moradi, qui a récemment fait sortir deux lettres depuis sa cellule. Elle y refuse le faux choix imposé aux Iraniens. Nous ne voulons pas de la République islamique, écrit-elle, mais nous ne voulons pas non plus de bombes étrangères.

Ce n'est pas de la neutralité. C'est une position féministe et anticoloniale, ancrée dans la conscience que dictature et intervention militaire détruisent d'abord les femmes.

Ce refus est essentiel. Lorsque des soldats israéliens ont inscrit « Femme, Vie, Liberté » sur des missiles pendant la guerre de juin 2025, une insurrection féministe a été vidée de son sens pour devenir un slogan colonial de domination. « Jin, Jiyan, Azadi » est né de l'assassinat de Jina Mahsa Amini, une jeune kurde tuée par la police des mœurs. Il est né des corps des femmes en révolte, pas des armées.

Une machine de domination fondée sur l'humiliation des femmes

Les publics occidentaux interprètent souvent ce combat comme un conflit culturel contre la religion. Mais la République islamique est une théocratie militarisée qui utilise le droit islamique comme arme institutionnelle.

La charia y cautionne la surveillance, la punition et la violence sexualisée. Lorsque les Iraniennes s'attaquent au voile obligatoire, elles ne le font pas contre une croyance. Elles démantèlent une machine de domination fondée sur leur humiliation et leur mort.

La révolte actuelle s'appuie sur cette expérience accumulée. En persistant à s'organiser, à témoigner et à tenir malgré les exécutions, la torture et le blackout, les femmes ne formulent pas de simples revendications. Elles affirment un nouvel ordre politique où la vie, et non l'obéissance, devient la valeur centrale.

« Jin, Jiyan, Azadi » ne s'est pas contenté de s'opposer au régime. Il a déplacé en profondeur le récit de l'autorité qui structure la politique iranienne depuis un siècle.

C'est précisément ce que la République islamique et ses prétendus successeurs tentent aujourd'hui d'annuler.

Un blackout numérique qui appauvrit les femmes

Le régime considère sa propre population comme un ennemi. Les manifestants sont qualifiés de terroristes, d'agents du Mossad ou d'éléments de type Daech.

Dans un système juridique où la moharebeh محاربه, « la guerre contre Dieu », est passible de la peine de mort, ce langage autorise les exécutions avant même les procès. Le blackout numérique total vient ensuite verrouiller cette violence. Sans Internet indépendant, sans images ni témoignages, la réalité elle-même est effacée.

Cette guerre numérique a des effets profondément genrés. Des milliers de femmes iraniennes survivent grâce à des microentreprises en ligne, du tutorat, des services de beauté, de l'artisanat, du commerce informel. Quand Internet disparaît, leurs revenus disparaissent aussi. Lorsque l'inflation et les sanctions frappent, elles n'ont aucun filet de sécurité. L'effondrement économique devient une autre forme de punition contre l'autonomie des femmes.

Le militarisme n'est jamais neutre

À cela s'ajoute la répression sexualisée. Le viol et la torture sexuelle ne servent pas seulement à extorquer des aveux, ils détruisent les liens sociaux, les mariages, les projets d'avenir. Les femmes qui sortent des prisons portent des traumatismes médicaux, psychiques et sociaux durables. Leurs corps continuent de porter la guerre bien après que les tirs cessent.

C'est pourquoi les théories féministes de la guerre insistent sur le fait que le militarisme n'est jamais neutre. Cynthia Enloe politologue féministe américaine et figure majeure des études sur le militarisme, a montré comment les conflits reposent sur le travail invisible des femmes, qui prennent en charge les blessés, les familles, les communautés quand les hommes sont tués ou emprisonnés.

Carol Cohn, chercheure féministe et spécialiste des discours de sécurité et des études stratégiques, a analysé comment le langage de la sécurité efface la souffrance des femmes en transformant les corps en cibles abstraites. La guerre exige que certaines vies soient traitées comme jetables, et les femmes figurent presque toujours parmi les premières sacrifiées.

Les Iraniennes le savent. Leur refus à la fois de la dictature et des sauveurs étrangers n'est pas de la naïveté. C'est de l'intelligence politique.

Qui écrira l'après-révolution ?

Les Iraniennes ont déjà accompli quelque chose d'extraordinaire. Elles ont fissuré les fondements d'un ordre politique bâti sur leur subordination.

La République islamique craint « Femme, Vie, Liberté » parce qu'elle ne peut l'absorber. Les monarchistes le craignent parce qu'il ne peut être plié à un pouvoir dynastique. Les militaristes le craignent parce qu'il rejette la logique du sacrifice.

Ce qui se joue aujourd'hui en Iran n'est pas seulement la question du pouvoir. C'est la définition même de la révolution. Sera-t-elle encore une fois l'histoire d'hommes s'emparant de l'avenir sur le dos des femmes, ou bien, cette fois, les femmes qui ont organisé, résisté et verser leur sang pourront enfin façonner l'après ?

La question n'est pas de savoir si la révolte est terminée. Elle est de savoir qui pourra écrire l'après. Si l'histoire se répète, les femmes risquent d'être une fois de plus reléguées après avoir porté le combat. Or l'avenir de l'Iran ne peut se construire sans celles qui ont fait de leur vie même un acte de résistance. Le lendemain de la chute de ce régime leur appartient aussi. Et tant que cette évidence sera contestée, « Femme, Vie, Liberté » restera une ligne de fracture, et non un slogan du passé.

La riposte iranienne continue de cibler les intérêts américains dans les pays du Golfe : Téhéran promet de venger la mort de Ali Khamenei

Au deuxième jour de la guerre provoquée par les Etats-Unis et l'entité sioniste contre l'Iran, la région du Golfe continue d'être le théâtre de la confrontation. Téhéran n'a (…)

Au deuxième jour de la guerre provoquée par les Etats-Unis et l'entité sioniste contre l'Iran, la région du Golfe continue d'être le théâtre de la confrontation. Téhéran n'a pas cessé de cibler les intérêts américains dans la région à mesure que les bombardements américains et israéliens se poursuivaient.

Tiré d'El Watan.

La confirmation dans la matinée d'hier par la télévision iranienne de la mort du Guide suprême de la révolution, Ali Khamenei, a été suivie par l'annonce des hautes autorités du pays de « frappes sans précédent » contre Israël et les Etats-Unis. Téhéran parle de vengeance !

« La République islamique d'Iran considère comme son devoir et son droit légitime de venger le sang et de punir les auteurs et commanditaires de ce crime historique, et elle s'engagera pleinement à accomplir cette grande responsabilité et obligation », a averti Massoud Pezshkian, président iranien nommé au sein du triumvirat devant assurer la transition après la mort de Ali Khaminei. L'ayatollah Alireza Arafi, directeur des séminaires islamiques d'Iran, ainsi que Gholamhossein Mohseni Ejeï, chef du pouvoir judiciaire, feront partie du trio devant assurer la transition politique.

Tout en annonçant 40 jours de deuil, Téhéran a envoyé des salves de missiles sur Israël ainsi que les pays du Golfe. A la mi-journée d'hier, les Gardiens de la révolution iraniens affirment avoir lancé une attaque « de grande envergure contre l'ennemi » avec huit vagues de l'opération « Promesse sincère 4 ». Il s'agira de « l'offensive la plus féroce de l'histoire des forces armées de la République islamique d'Iran contre les territoires occupés et les bases terroristes américaines », indiquent les Gardiens de la révolution sur Telegram.

Plusieurs milliers d'Iraniens ont investi les rues de Téhéran et d'autres villes d'Iran pour manifester contre l'agression américano-israélienne et réclamer vengeance après la mort du Guide suprême iranien. Le secrétaire du Conseil national de sécurité, Ali Laridjani, assure que « les groupes qui cherchent à diviser l'Iran doivent savoir que nous ne le tolérerons pas ». Ceci et d'affirmer : « Hier (samedi), des missiles iraniens ont été tiré vers les Etats-Unis et Israël, et c'était douloureux. Aujourd'hui, ils seront tirés de manière encore plus douloureuse. »

Le porte-avions Abraham Lincoln touché ?

Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé avoir pris pour cible le porte-avions américain Abraham Lincoln à l'aide de quatre missiles balistiques. Selon la télévision iranienne, « 27 bases américaines dans la région, ainsi que le quartier général de l'armée israélienne et un complexe industriel de défense à Tel-Aviv figurent parmi les cibles visées par la réplique iranienne ».

Au moins huit morts ont été comptabilisés hier dans le centre d'Israël et l'effondrement d'un bâtiment touché par un missile iranien. Plusieurs autres explosions ont eu lieu dans différentes localités des Territoires occupés, dont Jérusalem, alors que les sirènes antimissiles n'ont pas cessé de retentir. Le porte-parole de l'armée israélienne a déclaré que « malgré le déploiement étendu des systèmes de défense aérienne de l'armée israélienne, ceux-ci ne sont pas infaillibles ». Le ministère de la Santé de l'entité sioniste a, à son tour, annoncé que des centaines de personnes ont été hospitalisées, dont certaines en soins intensifs, depuis le début de l'attaque contre l'Iran.

Le ciel au Moyen-Orient est marqué de constellations de missiles, semant inquiétudes et craintes parmi les populations. Alors que des explosions ont aussi retenti hier dans la capitale saoudienne Doha, Manama, Abu Dhabi et Dubaï ont continué de recevoir des salves de raids iraniens. Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a recensé la mort de trois personnes et 58 autres blessées depuis samedi. Les trois victimes sont de nationalités pakistanaise et bangladaise. Des médias ainsi que des vidéos filmées par des citoyens signalaient de fortes explosions dans différents lieux des villes émiraties, notamment à l'aéroport et au port d'Abu Dhabi, ainsi qu'à Dubaï où un hôtel de luxe, Burj El Arab, a été pris pour cible. La ville de Sharjah n'a pas été en reste, puisque sa zone industrielle a été attaquée par l'aviation iranienne. Les EAU, meilleur allié d'Israël dans la région, ont été visés par 137 missiles et 209 drones iraniens.

Des déflagrations et retentissements de sirènes habillent la ville de Manama. Après les frappes ayant touché l'hôtel Crowne Plaza, l'ambassade des Etats-Unis à Bahreïn a exhorté hier les ressortissants américains d'éviter les hôtels de la capitale Manama pouvant devenir des cibles futures potentielles. Des immeubles résidentiels et gratte-ciel à Manama sont pour rappel, la cible depuis samedi de la riposte iranienne.

Alors qu'il a été épargné samedi par les frappes iranienne, Oman, médiateur clé dans les pourparlers américano-iraniens, a recensé hier une première attaque par drones ciblant son port. L'ambassade des Etats-Unis a de suite demandé à son personnel de rester confiné ainsi qu'à tous les ressortissants américains se trouvant sur le territoire omanais. Un mort et plus de 32 blessés ont enregistrés hier par le ministère de la Santé koweïtien dans les frappes ayant ciblé le pays, notamment la base militaire Al Salim abritant du personnel américain.

Dans le pays voisin, l'Irak, où un deuil national de trois jours a été décrété après la mort du Guide suprême iranien, des détonations ont été entendues près de l'aéroport d'Erbil dans un lieu abritant des troupes de la coalition antidjihadiste dirigée par les Etats-Unis dans la région autonome du Kurdistan irakien.

A Baghdad, des manifestants ont tenté, rapportent des médias, de prendre d'assaut la zone ultra sécurisée hébergeant l'ambassade des Etats-Unis, en guise de protestation contre l'assassinat de Ali Khamenei. Le gouvernement irakien, qui avait condamné « l'agression injustifiée » contre l'Iran, a mis en garde contre toute utilisation de l'espace aérien et du territoire irakien pour ces opérations.

Au Pakistan, les mêmes scènes de protestation ont été enregistrées devant le consulat américain à Karachi. Au moins huit personnes ont été tuées et 20 autres blessées par balle, lors des échauffourées devant le consulat américain.

La Chine et la Russie, membres des BRICS comme l'Iran, ont fermement condamné la mort de Ali Khamenei. Pour Pékin, « cette mort constitue une violation grave de la souveraineté et de la sécurité de l'Iran, un piétinement des objectifs et principes de la Charte des Nations unies et des normes fondamentales des relations internationales. La Chine s'y oppose fermement et la condamne fermement », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères chinois, en appelant à l'arrêt immédiat des actions militaires.

Le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé à son tour « une violation cynique de la morale et du droit international ».

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Présentation succincte de la République islamique d’Iran

La République islamique d'Iran n'appartient ni à la catégorie des dictatures classiques, ni même à celle des fascismes classiques : il s'agit d'un fascisme religieux spécial. (…)

La République islamique d'Iran n'appartient ni à la catégorie des dictatures classiques, ni même à celle des fascismes classiques : il s'agit d'un fascisme religieux spécial. Pour comprendre la nature du régime au pouvoir en Iran, il est indispensable de connaître le chiisme, ses fondements historico-sociaux en Iran, ainsi que le processus par lequel Khomeiny est arrivé au pouvoir, la manière dont le régime de la République islamique s'est consolidé et les objectifs qu'elle poursuit. Voici une introduction synthétique à ces éléments.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
1er février 2026

Par S. Borhan

L'islam s'est scindé en deux grandes branches — sunnite et chiite — immédiatement après la mort du prophète Mahomet en 632, à la suite d'un désaccord sur sa succession. Les sunnites estimaient que le chef religieux de la communauté (le calife) devait être choisi parmi les compagnons du Prophète par consensus. Les chiites, en revanche, considéraient que Mahomet avait désigné son cousin et gendre Ali comme successeur.

Alors que l'autorité sunnite (le « califat ») repose de manière pragmatique sur la communauté et son consensus, l'autorité chiite (l'« imamat ») tire sa légitimité du caractère sacré et héréditaire de l'Imam, issu de la lignée d'Ali et des descendants de Mahomet. Le chiisme comprend plusieurs branches, toutes reconnaissant Ali comme premier Imam.

Les chiites d'Iran, d'Irak, du Liban, de Syrie et du Yémen sont majoritairement des chiites duodécimains. Ils reconnaissent douze Imams, tous descendants masculins d'Ali et de Fatima (fille du Prophète), considérés comme « infaillibles ». L'imamat prend fin avec le douzième Imam, le Mahdi, entré en occultation. Les chiites duodécimains attendent son retour, moment où, selon la croyance, lorsque l'injustice aura atteint son paroxysme, il apparaîtra pour instaurer la justice sur terre par l'épée, au prix d'un bain de sang.

La théorie politique du Velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien)

Pour les chiites duodécimains, le Velayat-e faqih désigne le gouvernement de Dieu sur ses serviteurs par l'intermédiaire du représentant de l'« Imam occulté » durant sa disparition. Il en découle l'obligation religieuse d'une obéissance absolue de la communauté au Guide suprême. Toute opposition au Velayat-e faqih est assimilée à une guerre contre Dieu (moharebeh) et passible de la peine de mort — une accusation aujourd'hui invoquée par l'appareil judiciaire de la République islamique pour justifier juridiquement et religieusement la répression sanglante des protestations en Iran.

Du concept à la réalité du pouvoir

L'Islam est entré en Iran au VIIᵉ siècle. Le chiisme duodécimain est devenu religion officielle de l'Iran au XVIᵉ siècle. Jusqu'à la révolution de 1979, les gouvernements iraniens n'étaient pas directement dirigés par le clergé, mais s'appuyaient sur lui. De la Révolution constitutionnelle de 1906 jusqu'en 1979, selon la Constitution un comité constitué de cinq ayatollahs disposait d'un droit de veto sur les lois votées par le Parlement afin de vérifier leur conformité avec l'Islam.

Le Velayat-e faqih, (gouvernement du docte) c'est-à-dire la domination politique directe du clergé chiite duodécimain, est devenu pour la première fois une réalité historique après la révolution de 1979, avec la prise du pouvoir politique par Khomeiny et les religieux chiites.

Cette théorie était pourtant ancienne et largement tombée dans l'oubli. De nombreux ayatollahs y étaient opposés, estimant que le clergé ne devait pas gouverner directement. Pendant des siècles, les Rois d'Iran s'étaient appuyés sur le clergé, et celui-ci soutenait en retour la monarchie. Khomeiny lui-même, jusqu'à son exil en Irak en 1963, soutenait le régime monarchique de Mohammad Reza Shah et entretenait avec lui une relation critique mais réformatrice. Sa critique la plus radicale se limitait à conseiller au Shah de s'éloigner des Bahaïs, considérés par les chiites comme des apostats.

Son exil nourrit une rancœur personnelle envers le Shah. Depuis Bagdad, il intensifia sa propagande par l'envoi de tracts et de cassettes audio, diffusées clandestinement par un cercle restreint de partisans. Le fait qu'il ait été l'un des rares religieux de haut rang à s'opposer au Shah lui conféra ultérieurement un capital politique, à la fin du mouvement révolutionnaire de 1979.

Jusqu'aux derniers mois avant le chute du monarchie (11 février 1979), Khomeiny était peu connu du grand public et n'était pas perçu comme une figure politique majeure. Lorsque, sous la pression du président américain Jimmy Carter, des prisonniers politiques — majoritairement de gauche ou membres des Moudjahidine du peuple — furent libérés et que les grèves ouvrières du secteur pétrolier prirent de l'ampleur, les puissances impérialistes s'inquiétèrent. La France et le Royaume-Uni mirent alors Khomeiny en avant en lui faisant quitter l'Irak, puis l'accueillir en région parisienne, à Neauphle-le-Château. Ses discours y étaient enregistrés, puis diffusés depuis Londres par la radio en persan de la BBC. Khomeiny y affirmait notamment que « les religieux ne doivent pas gouverner » et qu'une fois revenu en Iran, il se retirerait à la ville sainte de Qom pour enseigner.

La conférence de la Guadeloupe

Suite à la conférence de la Guadeloupe réunissant les chefs d'Etat de France, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d'Allemagne de l'Ouest (4 au 7 janvier 1979), Khomeiny fut reconnu par les grandes puissances occidentales comme successeur du Shah. Les Etats-Unis demandèrent à l'armée iranienne de se rallier à lui. Khomeiny fut également sacralisé : il reçut le titre d'« Imam », son visage fut « vu dans la lune », et des foules chiites imprégnées de superstition le perçurent comme le représentant de l'Imam occulté.

Helmut Schmidt, Jimmy Carter, Valéry Giscard d'Estaing et James Callaghan en Guadeloupe (4 au 7 janvier 1979)

La révolution changea alors brutalement de direction.

Lors de la rédaction de la nouvelle Constitution (adoptée en octobre 1979), Khomeiny profita de l'autorité exceptionnelle que lui avaient conférée les puissances occidentales et des omets illusionnées pour imposer le Velayat-e faqih comme pilier central du régime. Après sa mort en 1989, une révision constitutionnelle transforma ce principe en Velayat-e faqih absolu — une autocratie religieuse totale.

Les objectifs de la République islamique

Les objectifs fondamentaux de la République islamique d'Iran ont été :

1. L'imposition de la charia islamique à tous les aspects de la vie en Iran ;

2. La création d'un quasi-empire chiite centré sur l'Iran, englobant les chiites d'Irak, du Liban, de Syrie et du Yémen.

L'idéologie de la République islamique

Contrairement à l'idéologie socialiste ou communiste, l'idéologie islamique n'est pas anthropocentrique. Elle ne reconnaît pas à l'être humain d'autre valeur que celle de serviteur d'Allah. Les droits humains n'y ont aucune place, puisque tous les droits appartiennent à Dieu et que l'être humain n'a face à Lui que des devoirs. Revendiquer des droits devient donc un crime ; la critique est assimilée à un affaiblissement du régime, l'opposition au Velayat-e faqih à une guerre contre Allah.

L'égalité est perçue comme une injustice, car Allah n'aurait pas créé les êtres humains égaux. Les inégalités sociales seraient conformes à l'ordre divin. Dans cette idéologie, lutter contre les discriminations équivaut à nier la justice divine. La culture chiite exalte le sang, la mort et le martyre, et accorde peu de valeur à la vie humaine : coupable ou innocent, la mort est justifiée.

La mission de la République islamique n'est pas le bien-être des citoyen-nes, mais le service d'Allah et l'expansion de la charia chiite. C'est au nom de cette vision que le régime a appauvri la population iranienne pour financer des armements lourds et l'expansion de son empire chiite régional. Le fait qu'un régime porté au pouvoir à la faveur d'un soulèvement des masses populaires soit aujourd'hui assiégé par la colère de la majorité et recourt à la répression sanglante pour survivre est le produit direct de cette idéologie obscurantiste et anti-humaine.

L'anti-impérialisme revendiqué par la République islamique ne comporte aucune critique du capitalisme ; il se limite à une hostilité envers la culture et la modernité occidentales. Son antagonisme avec Israël procède à la fois d'une idéologie antisémite et de son projet impérial chiite.

Conclusion

Un clergé chiite, arrivé au pouvoir à la faveur d'une révolution de masse au XXᵉ siècle, s'emparant d'un pays immense aux ressources considérables et utilisant les technologies modernes pour consolider sa domination, n'a jamais été disposé à renoncer à une telle position historique. Il est prêt à sacrifier jusqu'au dernier citoyen pour préserver le régime.

Ce n'est ni une dictature classique ni un fascisme ordinaire : c'est l'une des formes les plus sanglantes et inhumaines de fascisme religieux.

Dès les premiers jours, Rafsandjani, l'un des architectes du régime, déclarait : « Le Shah a reculé, nous l'avons chassé. Nous ne commettrons pas la même erreur. » Khomeiny décrétait quant à lui que « La survie du régime prime sur celle de l'islam lui-même, et même plus que la vie de l'Imam du Temps (Mahdi) ».

Khamenei agit aujourd'hui dans la même logique : un seul principe, un seul objectif — la survie du régime à n'importe quel prix.

S. Borhan

P.-S.

• Bulletin d'informations sur le mouvement ouvrier en Iran Février 2026 N° 27

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Le monde en péril La fin de la Pax Americana

3 mars, par Charles-Philippe David, Édition Somme toute — , ,
un essai de Charles-Philippe David En librairie le 17 mars Comprendre Trump 2.0 pour saisir les bouleversements du monde actuel La politique étrangère américaine, telle (…)

un essai de Charles-Philippe David
En librairie le 17 mars

Comprendre Trump 2.0 pour saisir les bouleversements du monde actuel

La politique étrangère américaine, telle que nous la connaissons depuis huit décennies, appartient désormais au passé. On aurait pu croire que Trump 1.0 n'était qu'une parenthèse dans l'histoire politique des États-Unis. C'est tout le contraire qui se dessine avec Trump 2.0 : un retour à la « normale » est hautement improbable, tant en politique intérieure que dans les rapports des États-Unis avec le reste du monde.

Une année après le retour du chef de la Maison-Blanche, l'ordre international est plus fragile que jamais : le monde semble maintenant en péril, alors que les décisions du président américain se font plus agressives, plus incohérentes et plus conséquentes que lors de sa première présidence.

Un des plus grands spécialistes de la politique américaine propose ici une analyse fouillée de cette nouvelle phase de la présidence – une lecture lucide, inquiétante, troublante mais indispensable pour comprendre les trajectoires du monde contemporain et la marge de

L'auteur

Charles-Philippe David est professeur titulaire de science politique, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, et président de l'Observatoire sur les États-Unis à l'Université du Québec à Montréal. Chevalier de l'Ordre national du Québec en juin 2023, l'auteur a signé des dizaines d'ouvrages, plus d'une centaine d'articles et prononcé plus de 300 conférences portant sur les enjeux géopolitiques du monde et sur la politique extérieure des États-Unis. Il a été professeur invité dans de nombreuses universités en Europe et aux États-Unis. Il a gagné plusieurs prix et distinctions, dont celui de l'enseignement en science politique en 2023.

Extrait - Le monde en péril

« La crise actuelle de la gouvernance des relations internationales offre une opportunité pour les puissance moyennes, telles le Canada et d'autres, de rebâtir les fondations d'un multilatéralisme en mesure de contrer l'unilatéralisme des grandes puissances. La coopération doit être renforcée et elle peut l'être, comme notre suggestion que le Canada devienne un partenaire plus étroit de l'Union européenne. Le reste du monde ne doit pas accepter son partage en sphères d'influence comme le souhaite Trump, Xi et Poutine. Le monde post-américain n'a pas à être anti-américain mais exister sans les Américains. Cela prendra du temps et, qui sait par un effet boomerang, faire réaliser à ceux-ci que les États-Unis étaient bien mieux avant que Trump ne devienne président. Si un retour en arrière n'est pas possible, ce qui fait apparemment consensus, il nous faut alors envisager l'avenir au-delà des États-Unis, « survivre à Trump et continuer d'avancer » – ce que nous n'avons jamais imaginé auparavant. C'est là le défi des trois prochaines années trumpiennes. »

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Charles-Philippe David

10 leçons de vie de philosophes

3 mars, par Édition Somme toute, Normand Baillargeon — , ,
Collectif sous la direction de Normand Baillargeon Essai Collection La philosophie En librairie le 10 mars Pour saisir ce que la philosophie fait au réel. Dans ce (…)

Collectif sous la direction de Normand Baillargeon
Essai
Collection La philosophie
En librairie le 10 mars

Pour saisir ce que la philosophie fait au réel.

Dans ce livre, dix philosophes nous présentent d'abord, en termes compréhensibles, la pensée d'un ou d'une philosophe important·e de la tradition philosophique, un ou une philosophe auquel chacun d'eux a consacré de nombreux travaux. Ensuite, et surtout, chacun nous explique comment, par leurs exemples et par leurs pensées, ce ou cette philosophe peuvent nous aider à mener une vie plus riche, plus belle, meilleure. Au total, on montre ainsi que la philosophie, contrairement à l'idée qu'on s'en fait parfois, a toujours eu des conséquences pratiques et peut, si on prend le temps de les rappeler, aider très concrètement à mener une vie meilleure, plus belle.

Avec des textes de Louis-André Dorion (Socrate) ; Gregory B. Sadler (Aristote) ; Massimo Pigluicci (Épictète) ; Thierry Pauchant (Adam Smith) ; Marceline Morais (Emmanuel kant) ; Éric Martin (G.W F Hegel) ; Emmanuel Blondel (Alain) ; Normand Baillargeon (Bertrand Russell) ; Maya Ombasic
(Maria Zambrabo) et A. Alexander Antonopoulos (Simone de Beauvoir).

Le directeur

Le directeur de l'ouvrage, Normand Baillargeon, a signé, édité, traduit et édité plus de 80 ouvrages traitant de philosophie, d'éducation, d'arts, de littérature et de question d'actualité. Il a collaboré à une quarantaine d'autres ouvrages et signé autant de préfaces. Il a remporté plusieurs prix (Québec Sceptique ; Pierre-Vadebocoeur ; Saveurs du Canada ; Léon-Guindon ; Hibou). Il a aussi publié environ un millier de chroniques et textes divers dans Le Devoir et dans des revues. Il est membre émérite de l'Ordre de l'excellence en éducation. Il dirige la nouvelle collection La philosophie aux éditions Somme toute.

Extrait - 10 leçons de vie de philosophes

« Normalement, j'aurais été très contrarié par l'humiliation d'avoir été volé dans ma propre ville, et irrité d'avoir à gérer les conséquences de cet événement. Au lieu de cela, mon esprit s'est automatiquement tourné vers Épictète : "Qu'est-ce qui, ici et maintenant, dépend de moi et ne dépend pas de moi ?" La réponse était claire : je ne pouvais rien faire pour récupérer mes biens, mais heureusement, les voleurs n'avaient pas pris mon téléphone portable, que j'ai immédiatement utilisé pour appeler la banque et annuler les cartes de crédit volées, puis pour me rendre sur le site web du Department of Motor Vehicles afin de signaler la perte de mon permis de conduire et en demander un nouveau. Et ainsi de suite.
Lorsque je suis arrivé à ma destination et que je suis descendu du train pour retrouver mon frère, j'avais fait tout ce que je pouvais pour minimiser l'impact négatif du vol et j'avais l'esprit tranquille, prêt à passer une agréable soirée avec ma famille. »

Massimo Pigluicci.

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Comptes rendus de lecture du mardi 3 mars 2026

3 mars, par Bruno Marquis — , ,
Les damnés de la terre Frantz Fanon Il y a longtemps que je voulais lire « Les damnés de la terre », cette analyse exhaustive du colonialisme, de l'aliénation et des (…)

Les damnés de la terre
Frantz Fanon

Il y a longtemps que je voulais lire « Les damnés de la terre », cette analyse exhaustive du colonialisme, de l'aliénation et des guerres de libération à laquelle on fait souvent référence dans les luttes d'indépendance nationales. C'est un bouquin bien plus éclairant et percutant que je ne me l'étais vaguement imaginé. Quand il écrit les premières lignes de ce qui deviendra cette œuvre magistrale, en mai 1961, Fanon se sait déjà condamné par la leucémie. L'ouvrage sera publié de son vivant, quelques jours seulement avant sa mort en décembre de la même année.

Extrait :

Cela nous amène à envisager le rôle du parti politique dans un pays sous-développé. Nous avons vu dans les pages précédentes que très souvent des esprits simplistes, appartenant d'ailleurs à la bourgeoisie naissante, ne cessent de répéter que dans un pays sous-développé la direction des affaires par un pouvoir fort, voire une dictature, est une nécessité. Dans cette perspective on charge le parti d'une mission de surveillance des masses. Le parti double l'administration et la police et contrôle les masses non pour s'assurer de leur réelle participation aux affaires de la nation mais pour leur rappeler constamment que le pouvoir attend d'elles obéissance et discipline. Cette dictature qui se croit portée par l'histoire, qui s'estime indispensable aux lendemains de l'indépendance symbolise en réalité la décision de la caste bourgeoise de diriger le pays sous-développé d'abord avec le soutien du peuple, mais bientôt contre lui. La transformation progressive du parti en un service de renseignements est l'indice que le pouvoir se tient de plus en plus sur la défensive. La masse informe du peuple est perçue comme force aveugle que l'on doit constamment tenir en laisse soit par la mystification soit par la crainte que lui inspirent les forces de police. Le parti sert de baromètre, de service de renseignements. On transforme le militant en délateur. On lui confie des missions punitives sur les villages. Les embryons de partis d'opposition sont liquidés à coup de bâton et à coups de pierres. Les candidats de l'opposition voient leurs maisons incendiées. La police multiplie les provocations. Dans ces conditions, bien sûr, le parti est unique et 99,99 % des voix reviennent au candidat gouvernemental. Nous devons dire qu'en Afrique un certain nombre de gouvernements se comportent selon ce modèle. Tous les partis d'opposition, d'ailleurs généralement progressistes donc qui ouvraient pour une plus grande influence des masses dans la gestion des affaires publiques, qui souhaitaient une mise au pas de la bourgeoisie méprisante et mercantile ont été par la force des matraques et des prisons condamnés au silence puis à la clandestinité.

Les cahiers de Dachau
Collectif
Principalement traduit de l'allemand

Ce recueil de témoignages de rescapés et témoins du camp de concentration de Dachau, que j'ai grandement apprécié, m'a été offert par ma sœur Luce. Inauguré en mars 1933, Dachau fut le premier camp de concentration nazi à voir le jour. Les témoignages de prisonniers sont aussi révélateurs les uns que les autres : « Le 29 avril 1945 : la libération du camp de concentration de Dachau » par Barbara Distel ; « Entre la libération et le retour au pays » par Wolfgang Benz ; « Theresienstadt, Auschwitz, Varsovie, Dachau » par Max Mannheimer ; « Journal de camp » par Arthur Haulot ; « Le travail dans le système des camps de concentration » par Hermann Langbein ; « Une jeune Française dans la guerre » par Anise Postel-Vinay ; « A l'ombre des héros » par Barbara Distel ; « Les cultures de plantes médicinales dans les camps de concentration » par Robert Sigel ; « La station expérimentale de malaria dans le camp de concentration de Dachau » par Eugène Ost ; « Le docteur en médecine » par Sigmund Rascher et Wolfgang Benz ; « Le "Auffang-Lager" Breendonk » par Paul M.G. Lévy ; « Le Dachau français » par Werner Thalheim ; et « "L'acte de souvenir" dans la vie politique de tous les jours » de Rita Süssmuth.

Extrait :

J'aperçois Mme Tillion dans cette colonne de la mort, bien gardée par les SS et les policiers du camp. Elle me fait un joli signe de la main…

Les Souffrances du jeune Werther
Johann Wolfgang von Goethe
Traduit de l'allemand

Ce court roman publié en 1774, qui fit connaître Goethe partout en Europe, est reconnu comme l'un des romans fondateurs du romantisme en littérature. L'exaltation amoureuse de son jeune protagoniste marqua toute une génération de jeunes Allemands et son suicide à la suite d'amours déçus entraîna une vague de suicides similaires dans la population qui amena l'Église à demander l'interdiction du livre en Europe. On donnera plus de deux cents ans plus tard le nom d'« effet Werther » à ce phénomène d'entraînement qui pousse certaines personnes, à la suite d'un événement déclencheur, à commettre un acte qu'elles n'auraient sinon pas eu la volonté de commettre. Un roman qu'on se doit de lire.

Extrait :

C'est une chose résolue, Charlotte, je veux mourir, et je te l'écris sans aucune exaltation romanesque, de sang froid, le matin du jour où je te verrai pour la dernière fois. Quand tu liras ceci, ma chère, le tombeau couvrira déjà la dépouille glacée du malheureux qui ne sut pas trouver de repos et qui ne connaît pas de plaisir plus doux, pour les derniers moments de sa vie, que de s'entretenir avec toi. J'ai eu une nuit terrible, mais quelle nuit bienfaisante ! Elle a fixé, affermi ma résolution. Je veux mourir ! Quand je m'arrachai hier d'auprès de toi, dans l'atroce révolte de tous mes sens, quel serrement de cœur ! Comme ma vie, se consumant près de toi sans joie, sans espérance, me glaçait et me faisait horreur ! Je pus à peine arriver jusqu'à ma chambre. Je me jetai à genoux, tout hors de moi ; et ô Dieu ! tu m'accordas une dernière fois le soulagement des larmes les plus amères. Mille projets, mille idées se combattirent dans mon âme ; et enfin il n'y resta plus qu'une seule idée, bien arrêtée, bien inébranlable : je veux mourir ! Je me couchai, et ce matin dans tout le calme du réveil, je trouvai encore dans mon cœur cette résolution ferme et inébranlable : je veux mourir ! Ce n'est point désespoir, c'est la certitude que j'ai fini ma carrière, et que je me sacrifie pour toi. Oui Charlotte, pourquoi te le cacher ?

Paris brûle-t-il ?
Dominique Lapierre et Larry Collins

Le jeune protagoniste de l'excellent roman de Blaise Ndala, « Sans capote ni kalachnikov », faisant référence au film qui en a été tiré, m'a rappelé cet excellent documentaire sur la libération de Paris qu'est « Paris brûle-t-il ? ». L'ouvrage, publié en 1964, nous fait revivre la lutte du Paris occupé pour sa liberté à travers le récit des journées pendant lesquelles Paris échappa à la destruction à laquelle l'avait condamnée Hitler. On y retrouve les conflits politiques qui entourèrent sa libération et opposèrent publiquement Charles de Gaulle, ses alliés américains et ses compatriotes communistes...

Extrait :

La cloison de briques venait de tomber. Les uns après les autres, les hommes se glissèrent par la brèche, entrèrent jusqu'à la taille dans l'eau fétide et se mirent en marche. Charles Caillette portait sur son dos André Guérin, un ancien de Verdun. Quelques minutes plus tôt, dans le bureau du maire, la jambe de bois de Guérin avait été arrachée par un éclat d'obus. « Dieu merci, s'était exclamé Guérin, ils arrachent toujours la même ! »

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Cabaret féministe de QS 7 mars 2026

3 mars, par Comité des femmes de Québec Solidaire Capitale-Nationale — , ,
Dans le cadre de la Journée internationale des droits des Femmes, le Comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale-Nationale vous invite à une toute nouvelle (…)

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des Femmes, le Comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale-Nationale vous invite à une toute nouvelle édition du Cabaret féministe qui aura lieu le samedi 7 mars 2026 de 14 h à 16 h 30 à La Korrigane - Brasserie artisanale.

🎤📝 Venez partager vos textes, chansons, slams, danses ou autres.

💪 Cette année, notre Cabaret sera un espace de parole et de réflexion autour des violences faites aux femmes. Les sous-thèmes suggérés mais non restrictifs sont : écoféminisme, femmes migrantes et immigrantes, femmes autochtones, violences obstétricales, travailleuses essentielles, charge mentale, pauvreté, etc.

📋 Préinscription recommandée pour celles et celleux qui souhaitent contribuer au micro-ouvert non-mixte (pour les personnes s'identifiant comme femme ou non-binaire). La priorité sera accordée aux pré-inscriptions pour la prise de parole lors de l'évènement. Voici l'adresse courriel pour vous inscrire au micro-ouvert : comitedesfemmesqsqc@hotmail.com

➡️ Évènement mixte, mais participation au micro-ouvert non-mixte

📍 Où ? La Korrigane - Brasserie artisanale
380 Rue Dorchester, Québec, QC G1K 6A7

📆 Quand ? Le samedi 7 mars de 14 h à 16 h 30

Lien facebook de l'événement : https://www.facebook.com/share/181H92Gp4E/

Au plaisir de vous voir en grand nombre !

Émilie, Ginette, Marie-Anne et Marie-Ange

Comité organisateur du Cabaret féministe 2026

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Gaza à Saint-Luc. Montréal

3 mars, par Mohamed Lotfi — , ,
Il fallait oser. Faire entrer la guerre par la porte principale d'une école, lui mettre un badge culturel et lui offrir une chaise pliante. Depuis l'automne 2023, à quatorze (…)

Il fallait oser. Faire entrer la guerre par la porte principale d'une école, lui mettre un badge culturel et lui offrir une chaise pliante. Depuis l'automne 2023, à quatorze reprises, des soldats israéliens sont venus donner des conférences dans des écoles privées religieuses juives financées par des fonds publics, ici même à Montréal. Les écoles Herzliah et Bialik, de Côte-Saint-Luc

Mais rassurez-vous. Ils étaient désarmés. Les bombes sont restées ailleurs. Les avions de chasse ont eu la délicatesse de ne pas stationner dans la cour. L'essentiel est sauf. On parle d'échanges culturels. Le très sérieux Centre consultatif des relations juives et israéliennes l'a confirmé. « Échanges Culturels », nous dit-on.

On imagine donc ces membres de Tsahal transformés en ambassadeurs des arts. Une petite danse classique entre deux anecdotes, un chant d'opéra pour adoucir les angles, un extrait de William Shakespeare pour rappeler l'universalité de la condition humaine, un passage de Molière pour la satire, un clin d'œil à Michel Tremblay pour honorer l'art local. Et bien sûr, moment d'élévation suprême, les soldats qui ont participé à un génocide à Gaza ont chanté, Quand les hommes vivront d'amour de Raymond Lévesque.

Il fallait oser. Faire de la culture tout en appartenant à une armée engagée dans un conflit qui dévore encore des vies à Gaza. C'est une performance artistique en soi. Une œuvre conceptuelle digne d'un musée. L'ironie poussée à son point de perfection.

J'imagine que pour approfondir cet échange culturel, des élèves des écoles voisines ont été invités. Question de partager le message d'amour. Question d'ouvrir les horizons. Question d'apprendre aux élèves que Raymond Levesque a écrit la plus belle chanson.

Un enfant se leva. Il s'approcha et demanda à un soldat au moment où ce dernier poussait la voix « Les soldats seront troubadours ». « Pourquoi vos yeux sont rouges de sang ? ». Question déplacée. Question que le programme n'avait pas prévue. On devait parler culture. On devait parler dialogue. Pas des yeux rouges. Pas de sang. Pas de ruines. Pas de décembres. Pas de ravages. Pas d'enfants amputés. Pas de morts. Pas de génocide.

— -

Ce qui choque dans cette nouvelle, n'est pas seulement la présence de soldats. C'est la facilité avec laquelle l'extraordinaire devient banal. Quatorze visites. Quatorze fois où l'on a trouvé normal que des militaires étrangers interviennent dans des établissements financés par l'État. Quatorze occasions de répéter que tout cela est pédagogique. Que tout cela est enrichissant. Que tout cela est parfaitement compatible avec nos valeurs. Au moment même où le ministre Jean-François Roberge dans une commission parlementaire, faisait preuve de grande inculture sur le concept de laïcité, la culture de la haine et de la guerre sévissait dans une de nos écoles.

Pourquoi cela ne m'étonne pas qu'une telle horreur soit arrivée chez nous. Je réfléchis. Je cherche. Et finalement me revient l'attitude officielle de nos deux gouvernements respectifs. Le fédéral qui a fermé les yeux sur les livraisons d'armes canadiennes en Israël en plein génocide. Le provincial qui a maintenu l'ouverture d'un bureau du Québec à Tel Aviv.

Non mais tant qu'à y être, pourquoi ne pas les avoir reçus, ces soldats d'amour, directement à l'Assemblée nationale du Québec et au Parlement du Canada. Puisque la mission est culturelle, ces soldats auraient pu chanter Quand les hommes vivront d'amour devant les élus du peuple. J'imagine très bien François Legault pousser la chansonnette à côté d'un Mark Carney esquissant quelques pas. Un grand moment d'unité nationale. Un gala diplomatique. Une célébration de la culture. De la paix.

Tout cela fera l'objet de films plus tard. Et ce ne sera pas des comédies. Ce ne sera pas drôle.

En attendant, les soldats israéliens continuent de tuer à Gaza, même après le cessez le feu.

Mohamed Lotfi

27 Février 2026

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Soirée projection et présentation de recherche

3 mars, par Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain-ADDSQM, Rose du Nord — , ,
Québec, 24 février 2026 - Le Regroupement des femmes sans emploi du Nord de Québec (ROSE du Nord) et l'Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain (…)

Québec, 24 février 2026 - Le Regroupement des femmes sans emploi du Nord de Québec (ROSE du Nord) et l'Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain (ADDSQM) ont organisé une soirée de projection et de présentation de recherche. Ces deux groupes distincts se sont alliés afin de sensibiliser le grand public à une réalité bien trop souvent mise aux oubliettes : celle des femmes assistées sociales.

Dans le cadre de leur comité Arts et Solidarité, les militantes actives de ROSE du Nord ont créé un film documentaire, « J'existe », mettant en lumière les impacts du système d'assistance sociale au Québec. Des violences institutionnelles à l'aide sociale, il y en a ! Préjugés, lourdes charges administratives, accusation de fraude sans fondement, intrusion dans la vie privée, les différentes dimensions de la violence vécues par les femmes à l'aide sociale sont décortiquées dans le documentaire laissant le public indigné. « On s'habitue à un système, on normalise le fait de vivre pauvre alors qu'on devrait pas ! » s'exclame Mélanie, prestataire de l'aide sociale après avoir visionné « J'existe » pour la première fois.

Non seulement cet espace de partage et de création a permis aux militantes de dénoncer les injustices qu'elles subissent, mais d'amplifier leurs voix pour revendiquer de meilleures conditions de vie. Les militantes mentionnent également la portée que l'utilisation de l'art a eu dans la reprise de leur pouvoir.

De leur côté, le comité femmes de l'ADDSQM a travaillé sur un projet de recherche portant sur le parcours des femmes avant et pendant l'aide sociale. En effet, une première recherche réalisée auprès de personnes de tout genre à l'aide sociale a permis d'identifier le vécu différencié des femmes et des hommes qui sont prestataires d'aide sociale. Dans cette recherche-ci appelé « Osons un nouveau regard, écoutons les femmes assistées sociales », le vécu de 11 femmes assistées sociales est approfondi mettant en lumière la résilience de ces femmes qui sont confrontées à : des sacs à dos qui se remplissent tout le temps, des portes d'espoir qui se referment, des labyrinthes qui les font monter des escaliers roulants à l'envers, la lourdeur des procédures, des attitudes d'agents et d'agentes remplis de préjugés, des mesures d'appauvrissement et d'exclusion et un sentiment de honte qui parsème tout leur parcours. Le comité femmes de l'ADDSQM tient à souligner l'implication des femmes rencontrées et le travail d'analyse de Léa Valérie Morin Perron et Marietou Niang.

Lors de cette soirée, ROSE du Nord et le comité femmes de l'ADDSQM ont profité de l'occasion pour rappeler que les violences et les injustices vécues par les femmes à l'aide sociale sont évitables notamment en augmentant le montant des prestations versées pour qu'elles couvrent les besoins de base. Elles en appellent à la solidarité envers toutes celles qui tentent de survivre avec une prestation d'aide sociale et dans de déplorables conditions.

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La fin du PEQ : une décision qui rappelle le traitement injuste des migrants chinois du début du 20e siècle

3 mars, par Colin Pratte — , ,
La fin du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) décrétée par la CAQ chamboule les plans de vies de milliers de personnes. Cette décision, qualifiée par plusieurs d'injuste (…)

La fin du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) décrétée par la CAQ chamboule les plans de vies de milliers de personnes. Cette décision, qualifiée par plusieurs d'injuste et insensible, rappelle une page d'histoire sombre des politiques migratoires du Québec et du Canada qui, au tournant du 20e siècle, a marqué la communauté chinoise.

24 février 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS
https://iris-recherche.qc.ca/blogue/immigration/traitement-migrants-chinois/?utm_source=Liste+de+diffusion&utm_campaign=d843cac3df-sous_la_loupe_20241114_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_831b3c6b78-d843cac3df-126405189

Construire un chemin de fer et repartir ?

Durant la seconde moitié du 19e siècle et dans la foulée de la ruée vers l'or dans l'Ouest états-unien et canadien, des Chinois·es d'origine cantonaise immigrent en Amérique du Nord. Une partie d'entre eux travailleront à la construction du chemin de fer transcanadien et suite à cet ouvrage, s'établiront dans différentes métropoles du pays, dont Montréal.

L'intégration sociale et économique des Chinois·es est alors parsemée d'embûches. D'abord, l'accès au marché du travail est entravé par une forte discrimination à l'embauche. On estime qu'à compétence égale, un ouvrier chinois reçoit un salaire deux fois moindre qu'un ouvrier blanc. Ce contexte d'exclusion stimule la naissance des quartiers chinois partout en Amérique du Nord, où les membres de la communauté chinoise créent leur propre économie et lieu de résidence. Ils investissent d'abord le secteur de la blanchisserie, créent leur propre système communautaire de microcrédit, accèdent à la propriété, et parviennent ce faisant à constituer des leviers de développement économique au sein des quartiers chinois naissants.

Au Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux mettent en place diverses politiques de nature à décourager l'établissement des Chinois·es au pays, malgré leur contribution majeure à l'infrastructure critique qu'est le chemin de fer. Le gouvernement fédéral instaure d'abord une taxe à l'entrée sur le territoire canadien spécifique aux Chinois·es afin d'entraver la réunification familiale. Plusieurs hommes chinois avaient en effet immigré en Amérique du Nord en laissant leur famille derrière. En 1903, une personne voulant immigrer au Canada depuis la Chine doit débourser 500$, soit environ 15 000 $ en valeur d'aujourd'hui.

Aux niveaux provincial et municipal, des taxes annuelles spécifiques totalisant 100 $ sont imposées aux blanchisseurs à la main , ce qui représentait une fortune pour ces travailleurs en quasi-totalité d'origine chinoise dont le revenu brut d'une semaine de 80 heures de travail avoisinait en moyenne 12 $. Cette taxe visait spécifiquement la communauté cantonaise, puisque des commerces comparables tels que les boulangeries ou les épiceries n'avaient à défrayer qu'environ 8$ en taxe annuelle. En mars 1900, quelque 70 buandiers chinois montréalais ayant refusé de payer ces taxes sont traînés en justice, et 10 d'entre eux seront emprisonnés suite à leur refus de payer l'amende encourue.

Le 1er juillet 1923, le gouvernement fédéral, qui juge que ses politiques de taxation à l'entrée n'ont pu freiner suffisamment l'immigration chinoise, vote une loi interdisant pratiquement l'immigration chinoise sur le territoire canadien. Cette loi, qui a été en vigueur jusqu'en 1946, est l'aboutissement du racisme du gouvernement fédéral à l'égard des Sinocanadien·ne·s. En 1882, le premier ministre John A. Macdonald avait en effet déclaré à la Chambre des communes, dans la foulée de la construction du chemin de fer : « Les immigrants chinois n'ont aucun intérêt commun avec nous […] Leur valeur est la même que celle d'une moissonneuse-batteuse, ou de tout autre outil agricole. Il sera tout à fait acceptable d'exclure la main-d'œuvre chinoise lorsque nous pourrons la remplacer par de la main-d'œuvre blanche. Mais tant que cela n'est pas fait, il vaut mieux avoir de la main-d'œuvre chinoise que pas de main-d'œuvre du tout. [traduction libre] » Quelques années plus tard, le futur Premier ministre Robert Laird Borden renchérira : « Le parti conservateur soutient un Canada blanc, la protection des travailleurs blancs et l'exclusion absolue des Asiatiques. »

En 2006, le gouvernement fédéral a officiellement présenté ses excuses à la communauté chinoise pour les politiques migratoires racistes du 20e siècle, qui ont notamment eu pour effet de séparer des familles durant des décennies.

L'approche rétrograde de la CAQ

Le parcours migratoire d'une travailleuse ou d'un travailleur du réseau de la santé qui a œuvré durant la pandémie rappelle celui du migrant chinois du 19e siècle qui a concouru à l'érection du chemin de fer transcanadien. Tous deux se sont butés à des politiques publiques d'immigration entravant l'accès à la résidence permanente au pays, malgré leur contribution importante à celui-ci.

Les chauffeurs et chauffeuses de taxi contemporain, qui sont dans une proportion de 55% des immigrant·e·s de première génération, ont également quelque chose en commun avec le blanchisseur cantonais du 20e siècle indûment taxé. Chacun de ces groupes a vu le gouvernement adopter des approches minant leur activité économique respective. Rappelons à cet égard la libéralisation du marché du taxi sous la CAQ, qui a été catastrophique pour les travailleurs et travailleuses de cette industrie, majoritairement issu·e·s de l'immigration.

La fin du PEQ s'inscrit dans une approche où la personne immigrante, pourtant pleinement intégrée sur le plan linguistique et économique, tend à être vue comme une nuisance pour la société. Aujourd'hui, on dira que « la capacité d'accueil a été dépassée » pour justifier une telle politique, un vocabulaire épuré qui met néanmoins en doute comme hier la contribution des personnes immigrantes à leur nouveau pays. Or, comme les Cantonnais·es du 20e siècle, les personnes arrivées au pays grâce au PEQ ou en vertu d'autres programmes enrichissent la société de leur culture, tout en participant au développement du Québec.

Pour en apprendre davantage sur l'histoire de l'immigration chinoise au pays, on peut visionner l'un des documentaires de la réalisatrice Karen Cho, disponible sur le site de l'ONF.

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Le référendum à tout prix ou le pouvoir à tout prix ?

3 mars, par Mohamed Lotfi — , ,
Cette question a la vie dure. On la croyait pourtant soigneusement classée dans les archives jaunies du Parti québécois, depuis la promesse solennelle et résolue de son nouveau (…)

Cette question a la vie dure. On la croyait pourtant soigneusement classée dans les archives jaunies du Parti québécois, depuis la promesse solennelle et résolue de son nouveau chef pour qui, il y a encore quelques jours à peine, le référendum sur la souveraineté du Québec dès le premier mandat relevait de l'évidence. La conviction était affirmée sans détour. La trajectoire semblait rectiligne, presque chevaleresque. Puis, fidèle à ses habitudes, la politique a rappelé qu'aucune ligne n'est jamais parfaitement droite bien longtemps. L'engagement semblait gravé dans le marbre. Et voilà, suite à une victoire du PQ dans des élections partielles, que le marbre révèle une certaine souplesse.

Depuis sa fondation, le PQ vit avec ce nœud gordien : L'indépendance du Québec est elle une fin en soi, un horizon indépassable, une promesse presque mystique ? Ou bien est elle un levier, un moyen d'agréger des forces et de conquérir le pouvoir ? La question n'est pas théorique. Elle structure tout. Elle décide du ton, du calendrier, de la ferveur ou du calcul.

Pour justifier ce changement de cap, le chef invoque l'inquiétude ambiante. Le monde tremble depuis le retour fracassant de Donald Trump à l'avant scène. Les marchés tanguent. Les alliances se fissurent. Les certitudes s'effritent. Bref, le chef n'est plus sûr de plonger le Québec dans l'inconnu.

L'argument a de l'allure. Il respire la responsabilité. Mais il a aussi quelque chose de commode. Parce que les inquiétudes n'ont pas attendu Trump pour s'installer. Crises financières, pandémies, guerres commerciales, urgences climatiques. Le monde moderne n'a jamais été un lac tranquille. Pourquoi alors cette soudaine retenue ?

À mon sens, la réponse se trouve moins à Washington qu'à Québec.

Le chef de la CAQ a annoncé son départ. François Legault sait comme tout chef lucide que certains partis tiennent ou ne tiennent pas d'abord par la force ou la faiblesse de leur figure centrale. Avec lui, la CAQ risque de s'évaporer comme un parti circonstanciel ayant accompli sa mission. On a vu ailleurs des formations s'effondrer dès que le chef quittait la scène.

Même scénario du côté fédéral. Justin Trudeau a lui aussi compris que l'usure du pouvoir finit par devenir un handicap plus qu'un atout.

Dans ce contexte, un plan audacieux pour ne pas dire malicieux a été dessiné par les stratèges de la CAQ. Reproduire le scénario Mark Carney. Une personnalité issue du monde des affaires et de la finance. Une figure rassurante pour les marchés. Un visage neuf en politique. Une compétence technocratique qui promet stabilité et sérieux. Et pourquoi pas une femme ?

Et c'est ici qu'entre en scène Christine Fréchette. Femme d'affaires, profil économique affirmé, droite libérale assumée. Une sorte de Carney au féminin, version québécoise. Son passé politique est vierge. Elle n'est associée à aucune querelle partisane, à aucun vieux dossier embarrassant, contrairement à Drainville, son adversaire. Elle peut parler croissance sans être soupçonnée de dogmatisme. Elle peut séduire les milieux économiques sans effrayer l'électeur moyen.

Ajoutons à cela une position ouverte sur l'immigration, notamment la volonté de rétablir le programme PEQ. Voilà une promesse susceptible de rallier une partie importante des nouveaux arrivants, souvent sensibles aux signaux d'inclusion économique et sociale.

En somme, une libérale sans l'étiquette du Parti libéral du Québec. Et donc sans le poids d'une image ternie par les scandales du passé. Stratégiquement, l'idée est redoutable.

Si une telle candidature émergeait à la tête de la CAQ, le paysage serait bouleversé. Un gouvernement minoritaire deviendrait plausible, qu'il soit caquiste ou péquiste. Et dans un contexte minoritaire, la promesse d'un référendum s'évanouit automatiquement. Les compromis remplacent les élans. Les budgets priment sur les rêves nationaux. La stabilité parlementaire devient la priorité.

Les stratèges du PQ ne sont pas naïfs. Ils savent qu'un électorat inquiet pourrait se tourner vers une figure économique rassurante plutôt que vers l'aventure référendaire. Ils savent aussi que l'opinion publique fluctue vite lorsque surgit une personnalité perçue comme compétente et neuve.

Dès lors, la déclaration du chef péquiste prend un autre relief. Il ne s'agirait pas seulement de tenir compte des turbulences mondiales. Il s'agirait surtout de désamorcer un déplacement possible de l'électorat vers une CAQ renouvelée et incarnée par une figure forte. En atténuant l'urgence référendaire, il cherche à rassurer, à élargir sa base, à neutraliser la peur d'un saut dans le vide. Surtout, il cherche à couper l'herbe sous les pieds d'une CAQ renouvelée, prête pour un troisième mandat.

Ironie de l'histoire. Le parti fondé pour faire l'indépendance se retrouve encore une fois à moduler son ardeur pour préserver ses chances électorales. Le référendum devient variable d'ajustement stratégique. La finalité se fait discrète pour ne pas compromettre le moyen.

Alors me voilà déçu, je dois l'admettre. Je m'étais même surpris à me demander si l'occasion n'exigerait pas un complet bleu républicain ou quelque chose de plus audacieux, une djellaba, un tarbouche et une babouche, juste pour être à la hauteur de l'Histoire. Je m'imaginais pendant quelques secondes, le regard légèrement embué, avant de glisser fièrement mon bulletin OUI comme on signe un autographe à la postérité. Je pensais à Miron, à Godin, à Lévesque, à Parizeau et à Falardeau. C'est aussi pour honorer leur mémoire que j'allais voter OUI.

Bref, j'avais presque répété la scène devant le miroir. Il faudra sans doute encore attendre avant de sortir le costume du grand jour, celui de la naissance d'un nouveau pays.

En attendant, mon attention se tourne vers un ancien. Un pays qui, pendant presque toute son histoire, a réussi à n'être occupé par aucune puissance étrangère. Aujourd'hui l'Orient et l'Occident en ont fait leur champ de bataille. L'Iran. Toute la question mériterait une autre analyse. Un autre texte.

Souverain ou pas, le sort du Québec et du monde ne dépend-t-il pas, en fin de compte, du sort de l'Iran ?

Mohamed Lotfi

25 Février 2026

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Salaire minimum une hausse qui ignore la réalité des salarié∙es à faibles revenus

3 mars, par Collectif pour un Québec sans pauvreté — , ,
Le gouvernement du Québec a annoncé le mois dernier une hausse du salaire minimum de 0,50$ à compter du 1er mai, ce qui le fera passer de 16,10$ à 16,60$ l'heure. Dans son (…)

Le gouvernement du Québec a annoncé le mois dernier une hausse du salaire minimum de 0,50$ à compter du 1er mai, ce qui le fera passer de 16,10$ à 16,60$ l'heure. Dans son communiqué de presse, le ministre du Travail, Jean Boulet, affirme que, « dans le contexte économique actuel », le salaire minimum doit évoluer de « manière équilibrée » pour à la fois préserver le pouvoir d'achat des salarié∙es et ne pas nuire à la compétitivité des entreprises.

Tiré de l'Infoletre La soupe au caillou no 468 2026

Un contexte commode

Le contexte économique est une notion bien commode pour un ministre du Travail :
morose, il sert à justifier une faible hausse du salaire minimum ; dynamique, il sert encore
à justifier une faible hausse. Car d'un côté, il ne faudrait pas fragiliser les entre-prises
quand elles en arrachent et, de l'autre, il ne faudrait pas les ralentir quand elles roulent
à plein régime… La belle affaire ! 300$. Ce qui équivaut à 6 $ par semaine,
à peine de quoi s'acheter un demi-kilo de bœuf haché, s'il est en rabais dans la circulaire. Le ministre est-il au courant que, l'an passé, une personne sur cinq ayant eu recours aux services d'une banque alimentaire déclarait avoir un salaire comme principale source de revenus ?

Un discours déphasé

Peu importe leur couleur, tous les gouvernements répètent qu'occuper un emploi constitue la voie royale pour sortir de la pauvreté. Cette affirmation a-t-elle déjà eu un fond de vérité ? C'est peu probable. Mais chose certaine, aujourd'hui, elle ne reflète pas la réalité. En 2025, il fallait un revenu annuel de 25 200$ à une personne vivant seule à Montréal pour uniquement couvrir ses besoins essentiels : se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer. Or, le nouveau taux
général de 16,60$ l'heure ne permet de dépasser ce seuil que d'environ 2400$. L'équilibre qu'invoque le ministre est une fiction : il sert d'abord les profits des entre prises. Sinon, comment expliquer une aussi faible augmentation cette année, alors que le prix des aliments et celui des loyers continuent de grimper et d'accabler les ménages les moins nantis ?

Avec cette augmentation de 0,50 $, une personne seule qui travaille 35 h par semaine toute l'année verra son revenu disponible annuel augmenter d'à peine N'ayons donc pas peur des mots : un travail leur ou une travailleuse au salaire minimum est pauvre. Car vivre hors de la pauvreté ne se limite pas à couvrir ses besoins de base.

Il faut aussi disposer d'une certaine marge de manœuvre budgétaire pour être en mesure de faire des choix et de composer avec les imprévus. Selon l'Institut de recherche et d'informations économiques, pour disposer d'une telle marge de manœuvre, une personne vivant seule à Montréal devait, en 2025, avoir un revenu disponible de 40000$. Pour y
parvenir, elle devait toucher un salaire de 28$ l'heure.

Le ministre Boulet fait remarquer dans son communiqué que, de 2019 à aujourd'hui, la
hausse du salaire minimum a été supérieure à l'inflation. Soit. Mais le problème de fond
demeure : le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté. L'écart entre le revenu
qui est nécessaire pour sortir de la pauvreté et le revenu que procure le salaire minimum
(en incluant les transferts gouvernementaux) est au bas mot de 13000$. Le fossé entre
les besoins réels et le salaire minimum actuel est immense.

Il n'y a pas de magie. La manière la plus simple et la plus durable de sortir les travail
leurs et travailleuses au bas de l'échelle de la pauvreté, c'est d'augmenter notablement
leur salaire. C'est pourquoi le gouvernement doit planifier dès maintenant des hausses
importantes sur plus d'une année, en gardant toujours à l'esprit ce principe : travailler
à temps plein doit aussi vouloir dire être à l'abri de la pauvreté.

Une tournée pour se préparer

Le Collectif a entrepris l'automne dernier une tournée dans les différentes régions du
Québec. Son objectif est double. D'une part, mettre en lumière et déconstruire les pré
jugés, mythes et demi-vérités véhiculés dans le discours ambiant et qui freinent l'adoption
de politiques progressistes visant à améliorer les conditions de vie des personnes en
situation de pauvreté. D'autre part, porter dans l'espace public des revendications
allant en ce sens, afin de pouvoir en débattre avec les candidat∙es aux prochaines élec
tions provinciales, prévues à l'automne prochain. Il sera question plus longuement
de cette tournée dans un prochain numéro. D'ici là, vous pouvez, si ce n'est pas déjà fait,
prendre connaissance du manifeste et du cahier de revendications qui en forment le
cœur :https://www.pauvrete.qc.ca/manifeste/

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Plus de cent OSBL déposent des propositions afin de garantir que la liberté d’association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme

3 mars, par Collectif — , ,
Montréal, le 26 février 2026. Pas moins de 107 organisations sans but lucratif de divers secteurs d'activités posent un geste fort en rendant publiques leurs 29 propositions de (…)

Montréal, le 26 février 2026. Pas moins de 107 organisations sans but lucratif de divers secteurs d'activités posent un geste fort en rendant publiques leurs 29 propositions de modification à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (Ci-après appelée « la Loi »).

S'inscrivant dans le cadre de la campagne Lobby Halte aux dérapages, l'objectif de ces recommandations est de mieux encadrer l'activité du lobbyisme tout en garantissant la liberté d'association. Par ce geste, elles veulent s'assurer que leurs demandes soient prises en compte lorsqu'un projet de loi sera déposé, ainsi que par les plateformes électorales des partis aspirant à siéger à l'Assemblée nationale.

Malgré un contexte démocratique discutable, le gouvernement étant en fin de mandat et en attente du résultat d'une course à la chefferie, le ministre responsable des institutions démocratiques, Monsieur Jean-François Roberge, pourrait prochainement déposer un projet pour répondre aux appels insistants du Commissaire au lobbyisme du Québec. Que ce soit avant ou après les prochaines élections, les OSBL feront entendre leurs propositions, l'appel aux signatures se poursuivant d'ailleurs jusqu'à la tenue d'une Commission parlementaire sur le sujet.

Endossées par des organisations très variées, dont une soixantaine d'associations et regroupements réunissant des milliers d'organismes à travers le Québec, les propositions abordent deux volets interreliés. Environ la moitié des propositions visent à garantir la liberté d'association des organisations sans but lucratif qui défendent, dans la transparence, les intérêts collectifs reliés au bien commun, tandis que l'autre moitié vise à contrôler le pouvoir des lobbys des entreprises, dont les intérêts commerciaux vont trop souvent à l'encontre de ceux de la population.

Depuis l'entrée en vigueur de la Loi en 2002, un règlement stipule que les OSBL composés majoritairement d'autres OSBL n'y sont pas assujettis. Malgré cela, sept tentatives ont été menées pour considérer les OSBL comme des lobbyistes. Responsable de la presque totalité de ces tentatives, le Commissaire au lobbyisme du Québec est revenu à la charge en novembre dernier lors du lancement d'une campagne de publicité intitulée « Vous méritez plus », qui fait la promotion de l'importance d'actualiser la Loi. Cette campagne établit clairement le désir, une nouvelle fois, d'assujettir les organismes à but non lucratif à la Loi. Non seulement le manque de transparence n'est pas le fait des OSBL, mais les inclure dans la Loi les mettrait en péril, puisqu'ils ne pourraient demeurer des lieux démocratiques d'exercice de la liberté d'association, et ainsi poursuivre leurs interventions visant des améliorations sociales.

« Grâce aux actions collectives des 15 dernières années, aucun gouvernement n'a encore cédé aux pressions du Commissaire, de même qu'à celles des lobbyistes du secteur privé. L'insistance à chercher à assimiler les OSBL à des lobbyistes vise clairement à contrer la mauvaise image publique des lobbyistes et cela doit cesser ; la loi n'a pas été conçue pour les OSBL et ils n'en ont jamais eu besoin pour agir dans la transparence. La Loi doit clairement affirmer qu'elle s'applique uniquement aux communications dont le but est de hausser les profits des sociétés ou des entreprises, ou d'accroître les dividendes d'actionnaires. Les OSBL réunissant majoritairement d'autres OSBL n'ont évidemment pas d'intentions lucratives et cette différence doit compter » affirme Mercédez Roberge, de la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.

Enjeu démocratique majeur pour les signataires, toutes leurs propositions visent à ce que toute réforme de la Loi réponde aux intérêts de la population et non aux intérêts économiques de quelques-uns, en s'appliquant là où elle le devrait et de la manière dont il le faudrait.

« Que ce soit dans les prochains jours ou suite aux prochaines élections, il importe de recentrer la Loi pour servir la démocratie en surveillant mieux le monde politique et celui des entreprises à but lucratif. Il ne suffit pas de souhaiter l'encadrement du lobbyisme, il importe de bien définir la nature de ce qui doit être surveillé. Ce qui caractérise le lobbyisme, ce n'est pas seulement l'activité exercée, mais l'intérêt lucratif qui motive la démarche. Les lobbyistes-conseils et les lobbyistes d'entreprises profitent d'ailleurs de moyens financiers leur permettant d'influencer l'opinion en leur faveur tout en ayant facilement accès aux titulaires de charges publiques » souligne Camille Charbonneau, analyste chez ATTAC-Québec.

Les propositions abordent notamment la manière d'améliorer la transparence des interventions des lobbyistes, par exemple en fournissant davantage de détails sur les types d'activités entreprises, mais également sur les démarches et les résultats obtenus. Le registre doit contenir l'information que la population n'obtiendrait pas autrement, être accessible sans restriction pour cause de concurrence et en données ouvertes, ce qui n'est pas le cas actuellement.

« Les scandales financiers faisant régulièrement la manchette résultent bien souvent d'actions faites sous de fausses représentations et du phénomène des « portes tournantes », qui permettent à des personnes élues de devenir trop rapidement lobbyistes après leurs mandats, et vice-versa. Pour que cessent les scandales d'influences révélés par le rapport Gallant sur SAAQclic, les malversations d'Oxygène 9, qui menèrent à l'adoption de la Loi en 2002, ou des entreprises de la construction documentées par la Commission Charbonneau (2015), la Loi doit agir sur ceux qui en sont responsables : les entreprises à but lucratif » insiste Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM.

Les organisations signataires appellent à une réforme guidée par l'intérêt de la population, et capable de répondre aux enjeux du siècle présent, sans restreindre la liberté d'association, en protégeant les institutions publiques contre l'influence indue, en valorisant l'intégrité, et en renforçant la capacité de la société civile à exercer un réel contrôle démocratique. La Loi et le Code de déontologie des lobbyistes ont un rôle à jouer, mais certaines dérives se résoudraient surtout par d'autres instruments. Certaines de nos propositions interpellent donc la Loi sur la fonction publique, le Règlement sur l'éthique et la discipline dans la fonction publique, la Loi sur la publicité, la Loi sur la protection du consommateur, le Registre des entreprises et même l'Autorité des marchés financiers.

Les 29 propositions résultent du leadership d'ATTAC-Québec, de la coalitionMon OSBLn'est pas un lobby et de Vigilance OGM, dans l'objectif de concrétiser les principes de la déclaration Lobby :Halte aux dérapages. Visant à contrôler la recherche de profit et garantir le droit d'association, cette déclaration a reçu près de 2 200 appuis depuis l'automne 2023, dont ceux de plus de 345 organisations sans but lucratif. La récolte de signatures se poursuit autant pour cette déclaration que pour les propositions déposées aujourd'hui.
Lien de téléchargement : Propositions « Lobby : Halte aux dérapages » - Toute modification de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme doit garantir la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit

Sources :

ATTAC-Québec (Association québécoise pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action Citoyenne)mène des actions variées visant la reconquête, par les citoyennes et citoyens, du pouvoir démesuré que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Nous défendons l'action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et environnementale.

Mon OSBL n'est pas un lobby coalise environ 150 organisations opposées à l'assujettissement de tous les OSBL à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Formée en 2014 à l'initiative de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles, les actions de la coalition ont notamment permis d'obtenir l'abandon du projet de loi 56 (2018) lequel aurait grandement nuit au droit d'association des OSBL québécois.

Vigilance OGM est un organisme à but non lucratif, qui forme un réseau regroupant des groupes et des individus de divers horizons : agriculteurs-trices, environnementalistes, consommateurs-trices, citoyen-ne-s, tous-tes préoccupé-e-s par ce que l'on met quotidiennement dans notre assiette et par l'impact des modes de production des cultures génétiquement modifiées et des pesticides sur la santé humaine et environnementale.

Annexe : Liste des sujets abordés par les 29 propositions :

● une exclusion claire des OSBL œuvrant dans l'intérêt public du champ d'application de la loi ;

● l'encadrement du lobbyisme connexe ou indirect, en créant une nouvelle catégorie d'activités de soutien à inscrire au registre ;

● des mesures concrètes contre les portes tournantes, y compris un élargissement des interdictions post-mandat et un meilleur contrôle des conflits d'intérêts ;

● une empreinte législative qui détaille les rencontres des élu.es et lobbyistes ;

● une obligation de déclaration des communications réelles, incluant les dates, personnes rencontrées et objectifs précis, comme c'est le cas au fédéral ;

● une meilleure traçabilité de l'influence sur la recherche publique ;

● un éclaircissement quant au rôle de commissaire, précisant qu'il doit travailler pour protéger la population des excès du lobbyisme et ne pas promouvoir le lobbyisme.

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L’innombrable petite monnaie de la pauvreté

3 mars, par Jean-François Delisle — , ,
La mendicité est partout désormais : dans la métro et à l'entrée des supermarchés. On n'avait jamais vu autant de mendiants et de mendiantes depuis la Grande Dépression (…)

La mendicité est partout désormais : dans la métro et à l'entrée des supermarchés. On n'avait jamais vu autant de mendiants et de mendiantes depuis la Grande Dépression économique des années 1930. Ce phénomène illustre bien le magistral échec du régime économique et financier actuellement dominant à assurer la sécurité matérielle d'une partie croissante de la population.

Cette réalité pourtant omniprésente laisse indifférent le gouvernement caquiste de François Legault, qui n'en traite jamais dans ses discours, mais met plutôt l'accent sur l'effort requis pour rétablir l'équilibre budgétaire, un thème usé qui revient périodiquement depuis quarante ans. On traverse en fait une crise du capitalisme, lequel se transforme en profondeur sur le plan de la réorganisation (restrictive) du marché de l'emploi et entraîne l'abaissement d'une partie importante de la classe moyenne. On assiste à un net recul des politiques redistributives d'inspiration keynésienne et l'hégémonie des politiques néolibérales se maintient. On est entrés pour de bon dans une nouvelle phase de l'économie capitaliste.

La multiplication des sans domicile fixe (SDF) et des sans-abris révèle une grave crise des revenus et par conséquent, de l'accessibilité au logement, cette crise du logement étant due, comme on sait, à la spéculation immobilière effrénée qui s'est accentuée depuis environ une douzaine d'années sous l'oeil complice de nos gouvernements. En particulier, le cabinet Legault n'a rien fait d'efficace pour contrer cette tendance, préférant la mettre sur le compte (ou entérinant implicitement ce discours) des « immigrants ». Mais vu sa complaisance envers les promoteurs immobiliers, elle se serait produite de toute façon, immigrants ou pas.
Une bonne partie de ce qu'on nomme par convention « la classe moyenne » est lourdement affectée par la crise économique. Le taux de chômage officiel est bas au Québec, mais vu l'inflation et la difficulté à se trouver un logement convenable à prix abordable, même des gens qui travaillent à temps plein et qui ne touchent qu'un salaire modeste ou bas en arrachent. Tout cela sans même parler de plusieurs retraités qui n'ont pas pu accumuler beaucoup de fonds faute d'une véritable carrière et qui doivent se contenter d'une maigre pension de vieillesse.

La pauvreté de la classe moyenne se voit moins que celle des marginaux, ses victimes ne quêtant pas au coin des rues, mais elles sont innombrables. Elles doivent couper dans diverses dépenses pourtant essentielles comme la nourriture et le vêtement pour payer le loyer afin qu'elles mêmes et leurs enfants aient un toit sur la tête. Les banques alimentaires sont débordées, elles ne fournissent plus à la demande. Certains de leurs permanents eux-mêmes n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois.

Pendant ce temps, condos et appartements de luxe pullulent.

La pauvreté rampante se traduit par des inégalités sociales croissantes. Conduiront-elles à un pic avant de s'atténuer éventuellement ?

Comme tout régime économico-politique, le néolibéralisme connaît ses hauts et ses bas. Ses effets sont plus supportables à certains moments, plus difficile à endurer à d'autres.
Ce qu'on appelle la crise de la classe moyenne n'a pas débuté avec la pandémie de 2020, mais bien avant, en fait depuis la fin des années 1970 et surtout le début de la décennie suivante. Durant la récession majeure de 1982 -1985, près d'un million de Québécois et de Québécoises ont perdu leur emploi, en partie à cause des compressions budgétaires sauvages et non annoncées du cabinet Lévesque, seconde et dernière manière (1981-1985). Tout cela a provoqué l'effondrement d'une partie de la classe moyenne. L'emploi précaire (temporaire, à temps partiel, à contrat, ou à la pige) qui était jusque là plutôt marginal, a alors pris son envol au point d'occuper depuis une place importante sur le marché du travail. Avec diverses fluctuations, la crise de l'emploi s'est continuée, les directions des différents partis politiques s'étant rallié au néolibéralisme, même lorsqu'elles se réclamaient de la social-démocratie.

On a assisté à un phénomène qu'on pourrait qualifier d'auto-intoxication idéologique : leurs responsables ont presque toujours présenté les nouvelles formes d'organisation du travail comme allant de soi, inévitables et ont incité la population à accepter « l'austérité », au nom d'une croissance équilibrée à plus long terme. Les dépenses de l'État ont été qualifiées de gaspillage, et lutter contre la bureaucratie devint une priorité, car on la considérait comme inhibitrice de l'esprit d'initiative nécessaire à la réussite de l'entreprise privée. Le cas du Parti québécois est particulièrement éclairant là-dessus : il tenait un discours social-démocrate mais pratiquait pour l'essentiel des politiques néolibérales. L'État demeurait aussi lourd, mais sa vocation de protection sociale avait diminué. Même chose pour les libéraux fédéraux.

Que nous réserve l'avenir ? Difficile à dire, mais il se situera principalement dans la foulée des tendances lourdes actuelles, tout comme le keynésianisme a assez largement façonné les politiques sociales et économiques des années 1945-1975. À moins que les partis de gauche ne réinventent une forme nouvelle de keynésianisme. Encore faut-il qu'ils sortent de leur torpeur actuelle. Le NPD à Ottawa et Québec solidaire à Québec connaissent d'importantes difficultés. Le second est peut-être même en voie de disparition. Pourtant, un important espace politique s'ouvre pour la gauche, vu la droitisation des grands partis à vocation de pouvoir. Est-ce que les véritables partis sociaux-démocrates sauront en profiter ? Affaire à suivre...

Jean-François Delisle

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La loi canadienne permet la destruction de lacs pour y déverser des déchets miniers, ça doit arrêter !

3 mars, par Eau Secours — , ,
Nos lacs et rivières sont au cœur de notre identité collective. Leur sauvegarde, comme celle de l'environnement, sont des valeurs fondamentales et prioritaires pour nous tous (…)

Nos lacs et rivières sont au cœur de notre identité collective. Leur sauvegarde, comme celle de l'environnement, sont des valeurs fondamentales et prioritaires pour nous tous et toutes.

Malgré cela, la loi canadienne permet actuellement la destruction complète et totale de lacs et cours d'eau par des compagnies minières qui souhaitent les utiliser comme poubelle pour leurs déchets miniers. Le gouvernement présente cette mesure comme exceptionnelle et envisagée uniquement lorsqu'aucune autre solution n'est applicable, pourtant, 100% des demandes de destruction de plans d'eau déposées par des compagnies minières à ce jour ont été autorisées.

Cette situation est complètement absurde et inacceptable, d'autant plus qu'il est quasiment impossible pour la population de connaître l'ampleur réelle de cette dévastation. Sans pouvoir connaître le total exact, il est question de centaines de lacs et plans d'eau qui auraient été ou seront détruits à la demande de l'industrie minière.

Des solutions de rechange existent pourtant et permettent d'éviter la perte de ces plans d'eau naturels. Renvoyer les déchets miniers dans les fosses et les galeries de ces mêmes mines est certainement la plus simple de ces solutions. Mais ces options sont systématiquement écartées par l'industrie qui refuse toute diminution, aussi minime soit-elle, de ses profits. En autorisant cette destruction insensée de plans d'eau, le gouvernement va à l'encontre de ses engagements pour assurer la sécurité et la protection de l'eau douce au pays.

Nous demandons au gouvernement fédéral :

1- d'abroger l'article 5(1) du Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants de la Loi sur les pêches qui permet aux plans d'eau d'être détruits pour y enfouir des résidus miniers ;

2- d'obliger les exploitants de mines à remblayer systématiquement les excavations minières plutôt que d'utiliser des plans d'eau.

Les lacs et cours d'eau du Canada ne doivent pas servir à enfouir des déchets miniers. Demandez aux ministres responsables d'arrêter cette pratique insensée dès maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

La filière éolienne au Québec : qui sont les véritables opposants ?

3 mars, par Claude Charron — , ,
Nous sommes en 1998. Le premier parc éolien, Le Nordais, est mis en service, marquant le début de la filière éolienne industrielle au Québec. L'accouchement est difficile et (…)

Nous sommes en 1998. Le premier parc éolien, Le Nordais, est mis en service, marquant le début de la filière éolienne industrielle au Québec. L'accouchement est difficile et laissera des séquelles permanentes : chaos, improvisation et pertes marqueront tout le processus d'implantation jusqu'à aujourd'hui. La production éolienne sera confiée à des promoteurs privés, en totale contradiction avec la nationalisation de l'électricité, réalisée en 1963, qui faisait de l'hydro-électricité une richesse collective appartenant à tous les Québécois.

La Régie de l'Énergie, nouvellement créée, rejette cette stratégie, estimant que l'intégration de l'éolien dans le réseau engendrera des coûts trop élevés. Le président d'Hydro-Québec redoute lui aussi de transférer l'énergie éolienne vers le privé aux frais des abonnés d'Hydro-Québec. Le projet est aussi sévèrement critiqué par les commissaires du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui recommandent d'éviter de construire en milieu habité.

Tous les voyants sont au rouge, mais le gouvernement, au nom du développement régional et par opportunisme politique, déploiera néanmoins cette filière qui jouit alors d'un fort capital de sympathie. La Gaspésie, après de nombreux revers économiques, sera au centre de ce nouveau créneau industriel. Elle sera rapidement suivie par les régions plus au Sud, ciblées pour l'implantation d'éoliennes géantes.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Ironiquement, la production des nombreux parcs éoliens de la Gaspésie est toujours enclavée faute de lignes de transport. Quant au développement régional, à part les retombées de la construction des éoliennes, il n'y a aucune incidence sur la revitalisation des territoires, ni aucun effet de levier sur leur économie.

Hydro-Québec, forcée par décrets d'acheter de l'énergie excédentaire, revend l'électricité à perte, avec pour conséquence une hausse notable des tarifs pour les consommateurs. La société d'État maintient ainsi sous perfusion financière des promoteurs qui, dans une économie de libre-marché, feraient tous faillite. Ceux-ci ratissent tous les paliers de gouvernement pour vendre une énergie réputée verte, pendant que leurs sbires ratissent les campagnes à la recherche non pas de forts vents, mais d'élus faibles pour implanter leurs turbines.

Mais qui sont ces gens qui, par excès et convoitise, finiront par nuire à la réputation de l'éolien, une énergie qui, certes, a ses limites, mais qui, déployée de façon réfléchie, a sa place dans le bouquet énergétique du Québec ?

Qui sont ces gens qui s'opposent à ce que l'énergie éolienne soit de propriété publique pour assurer la cohésion de la filière et la prospérité collective ?

Qui sont ceux qui refusent que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) enquête sur l'ensemble de la filière éolienne pour en cerner les impacts et les enjeux sur l'occupation du territoire en particulier, et sur la société québécoise en général face à son avenir énergétique ?

Qui sont ceux qui s'opposent à la tenue de référendums sur l'opportunité ou non d'implanter des éoliennes industrielles sur le territoire, par respect pour les citoyens qui veulent choisir et non subir ?

Qui sont ceux qui s'opposent à ce que les éoliennes industrielles de grande puissance soient implantées hors des territoires agricoles et des milieux habités ? À ce qu'on exploite plutôt les meilleurs gisements éoliens, qui sont situés près des lignes de transmission et des réservoirs d'Hydro-Québec (Baie James, Manic, etc.) ?

Qui sont ceux qui refusent l'adoption d'une distance minimale de protection entre les éoliennes et les habitations pour en diminuer les nombreuses nuisances ?

Qui se moquent de voir les milieux ruraux se transformer en zones industrielles ?

Qui sont ceux qui bafouent la majorité des principes de la Loi sur le développement durable ?

Qui sont-ils, ces opposants ? Ce sont ceux qui empochent l'argent public, ceux qui décident pour les autres, ceux qui vivent loin des éoliennes.

Les citoyens, indignés, les dénoncent. Ils dénoncent les promoteurs, leurs ententes secrètes, leurs mensonges, leurs manipulations. Ils dénoncent certains élus, leur opacité, leurs conflits d'intérêts, leurs agissements anti-démocratiques. Ils dénoncent les gouvernements qui, plutôt que d'enrichir, appauvrissent les régions : pertes en milliards de dollars, pertes de qualité de vie, paysages saccagés, impacts psycho-sociaux. Ils dénoncent Hydro-Québec qui se soumet au pouvoir en place. Ils dénoncent notre société d'État qui renie sa mission sociale et son mandat d'offrir à ses abonnés une source d'électricité sécuritaire, stable et à juste prix, qui renonce à la maîtrise pleine et entière de l'énergie au Québec.

Les citoyens des milieux ruraux abhorrent ces manipulateurs qui ont transformé l'éolien en une source de conflits, et demandent qu'on mette fin à ce traumatisme national, à cette honte. Ces citoyens occupent des régions façonnées par des siècles de vivre-ensemble, en relative harmonie avec un milieu offrant une riche diversité de gens et d'usages. Ils sont le cœur et l'âme de la communauté. Ce sont les gardiens du territoire et ils portent cet héritage qu'ils souhaitent transmettre aux générations futures.

Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus

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Une résolution emballante pour 2026 : reprenons possession des barrages de la Péribonka

3 mars, par Denis Trottier — , ,
Posons un geste de respect de nous-mêmes et d'indépendance. En ce début d'année 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay1, avec l'appui d'associations, des partis politiques (…)

Posons un geste de respect de nous-mêmes et d'indépendance.

En ce début d'année 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay1, avec l'appui d'associations, des partis politiques Québec solidaire et Climat Québec, ainsi que de personnalités publiques, tel M. Robert Bouchard, ancien député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord, invite la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean à mettre de la pression sur son élite politique pour qu'elle favorise un grand geste d'indépendance économique et politique en exigeant du gouvernement Legault la fin du bail de location des forces hydrauliques de la Péribonka et qu'il applique la clause qui permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.

Texte tiré de L'Action Nationale, février 2026

Le 31 décembre 2025 était le dernier jour de l'échéance sans cesse retardée, pour que Rio Tinto, anciennement Alcan, complète l'engagement pris lors du renouvellement du bail de la Péribonka en 1984, à savoir la construction de trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques).

En 1984, l'échéance pour construire ces trois usines était de 25 ans. En 2006, on a repoussé cette échéance au 31 décembre 2015, puis au 31 décembre 2020, pour finalement en ajouter une troisième fixée au 31 décembre 2025. À l'heure actuelle, deux usines (Laterrière et Alma) ont été construites et on en est à la deuxième phase de construction de l'usine d'Arvida permettant d'atteindre 200 000 tonnes métriques, soit la moitié de l'objectif.

Nous en sommes donc là. La deuxième moitié de l'usine n'est pas seulement absente des plans, elle semble de toute évidence abandonnée, si l'on se fie à l'entrevue donnée à La Presse+ par Jérôme Pécresse à la fin du mois d'octobre.

Il est primordial de le rappeler, les emplois liés à Rio Tinto anciennement Alcan ont diminué drastiquement, passant de 12 000 au début des années 1980 et seront à environ 3 000 à la suite de la fermeture des cuves précuites en 2026. Le privilège d'être dispensé de nationalisation et de posséder ses barrages pour Alcan en retour de l'emploi, tel était le pacte social au début des années 1960.

Manifestement, ce pacte n'est plus respecté. Avec le bail de Péribonka, nul besoin de nationalisation, puisqu'on parle de location liée à des conditions. De toute évidence, ces conditions ne sont pas respectées et, selon le livre publié en 2025 par d'anciens cadres (L'exploitation de notre eau par Rio Tinto), la puissance publique est en droit d'agir.

Dans ce livre, les auteurs sont très clairs : « Les trois délais ont été accordés par décret alors que le bail de Péribonka est une loi. En termes juridiques, une loi a préséance sur un décret. Les engagements pris par Rio Tinto en 2006 sont toujours valides. La dernière échéance pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025. Ce non-respect doit avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de ses engagements dans l'entente de 2006, comme il est précisé dans le renouvellement du bail de Péribonka. »

Le 1er janvier 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay a interpellé la ministre de l'Énergie, Mme Christine Fréchette, afin que le gouvernement du Québec signifie à Rio Tinto que l'entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu'il entend, en 2033, reprendre possession des trois barrages de la Péribonka (Chute-du-Diable, Chute-à-la-Savane et Chutedes- Passes), ainsi que les installations les accompagnant.

Pour Denis Trottier, porte-parole, « Ne rien faire signifierait qu'on accepte l'inacceptable, soit de prolonger indument une entente avec une compagnie qui a refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20 ans, dont elle a bénéficié. »

Nous invitons donc la population et les élites politiques de la région à mettre de la pression pour que le gouvernement du Québec pose ce geste d'indépendance et de respect de ses engagements en prenant possession des trois barrages sur la rivière Péribonka, en conformité avec le bail du même nom.

Porte-parole du mouvement Onésime-Tremblay. Pour rejoindre le Mouvement Onésime Trembley, vous pouvez communiquer avec son porte-parole, M. Denis Trottier : (418-618-3010, dtrottier62@gmail. com), 347 rue Plante, Péribonka, G0W 2G0.

La revue L'Action nationale consacrera un numéro double aux enjeux énergétiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui paraîtra à l'été 2026.

1 Créé dans la foulée d'un colloque (1926-2026 : cent ans d'occupation par Alcan et Rio Tinto, le bilan s'impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux communautaires, écologistes, universitaires, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-Tremblay a pour objectifs : 1- de favoriser l'expression et la diffusion d'un point de vue axé sur le bien commun face à l'impact des actions passées, présentes et futures d'Alcan et Rio Tinto. 2- De contribuer à la reprise en main de nos ressources naturelles dans l'intérêt de la collectivité.

Intervention de Martine Ouellet sur le bail de la Péribonka

tiré de Facebook
https://www.facebook.com/reel/1051227470531613

Pour un réseau public sans discrimination : protéger la population, c’est aussi protéger celles qui la soignent

3 mars, par Julie Bouchard — , , ,
En ce 1er mars, la Journée zéro discrimination nous rappelle une chose essentielle : l'égalité doit être réelle, pas symbolique. Dans le réseau public de santé, cela vous (…)

En ce 1er mars, la Journée zéro discrimination nous rappelle une chose essentielle : l'égalité doit être réelle, pas symbolique. Dans le réseau public de santé, cela vous concerne directement. Un système qui protège moins bien celles qui soignent ne peut pas se dire pleinement juste.

Pourtant, avec la Loi 28, le gouvernement a modifié les règles en santé et sécurité du travail. Et ce sont, entre autres, les professionnelles en soins qui en subissent les conséquences.

Concrètement, cela crée deux niveaux de protection. Dans certains secteurs, les mécanismes de prévention sont plus complets et plus structurés.

Mais dans la santé et l'éducation, les règles sont moins exigeantes.

Cela veut dire moins de prévention avant que la situation ne se détériore. Et quand elle se détériore, ce sont les professionnelles en soins qui en paient le prix : épuisement, arrêts de travail, exposition accrue à la violence physique et verbale.

Bref, vous pourriez être moins protégées que d'autres travailleuses au Québec, alors même que vos milieux sont parmi les plus exigeants.

Vous le vivez déjà : surcharge, pression constante, risques psychosociaux élevés. Réduire les mécanismes de prévention dans ce contexte n'est pas un détail administratif. Ce sont des protections concrètes qui s'affaiblissent dans un environnement déjà fragile.

C'est pourquoi, le 23 février dernier, avec d'autres organisations syndicales des réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation, nous avons déposé une contestation constitutionnelle devant la Cour supérieure. Nous estimons que certaines dispositions de la Loi 28 créent une inégalité de traitement et contreviennent au droit à l'égalité.

La discrimination ne se limite pas aux paroles ou aux gestes. Elle peut aussi se retrouver dans les lois. Lorsqu'un cadre légal protège moins un secteur majoritairement féminin, il perpétue une injustice qu'il faut corriger.

Un réseau réellement universel commence par reconnaître votre rôle essentiel et par vous offrir des protections pleines et entières. Protéger la population, c'est aussi protéger celles qui la soignent.

Julie Bouchard , Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ

Laïcité dans le réseau de l’éducation : le personnel de soutien scolaire affecté par l’application de la Loi

3 mars, par Fédération des employés et employées des services publics (FEESP-CSN) — , ,
Des travailleuses du soutien scolaire sont renvoyées dans le cadre de l'application de la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant (…)

Des travailleuses du soutien scolaire sont renvoyées dans le cadre de l'application de la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions législatives (la Loi). Cette situation, vivement dénoncée par la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN), touchait au moins 12 salariées du Centre de services scolaire des Mille-Îles (CSSMI) au moment d'écrire ces lignes. Ce nombre est cependant appelé à augmenter alors que d'autres centres de services scolaires ont entamé les travaux en vue de se conformer à la Loi.

26 février 2026 | tiré du site de la CSN

« D'abord, c'est épouvantable sur le plan humain de forcer des femmes à choisir entre leur gagne-pain et leurs croyances personnelles, s'insurge la présidente du Secteur soutien scolaire de la FEESP–CSN, Annie Charland. S'attaquer au prosélytisme, c'est une chose. Jeter des femmes à la rue, des travailleuses qui s'occupent de nos enfants avec cœur et conviction, sans le moindre remord et sans réfléchir aux impacts, c'est un geste qu'on croirait posé par des compagnies comme Amazon, pas par le gouvernement du Québec et les centres de services scolaires ! »

« Mais, en plus du drame humain qui se joue, en agissant de la sorte, le CSSMI risque de provoquer une crise, poursuit Annie Charland. Pour le moment, on parle de quelques écoles, d'une partie du CSSMI et ça touche déjà 12 salariées qui s'occupent chacune de 20 à 45 enfants, selon les contextes. On parle donc de 240 à 540 enfants pour lesquels on doit trouver de nouvelles travailleuses. C'est déjà difficile d'embaucher dans ce secteur à la rentrée… en plein hiver, oubliez ça ! Soit la charge va retomber sur les collègues déjà au bout du rouleau, soit on tombera en bris de service. J'aimerais que ce soient les ministres de la CAQ qui expliquent ça aux parents ; qu'ils doivent venir chercher leur enfant pour le dîner. »

Comme d'autres centres de services scolaires, le CSSMI a récemment envoyé une lettre à toutes les membres visées de son personnel de soutien pour leur demander de se conformer, dans un court délai (5 à 7 jours ouvrables selon les cas), à la Loi, sous peine de congédiement. Les 12 cas de cessation d'emploi, au CSSMI, sont les premiers qui ont été signalés aux syndicats de la FEESP–CSN, mais, les démarches étant encore en cours, de nombreuses autres situations sont à prévoir.

« On avait prévenu les ministères concernés que l'application de la Loi serait un problème, rappelle le président de la FEESP–CSN, Frédéric Brun, que ça entrainerait de nombreux départs de salariées et que ça provoquerait des bris de services. Mais, comme pour de nombreux autres dossiers qui touchent à des droits fondamentaux, la CAQ fonce tête baissée dans un mur. Un gouvernement ne peut pas opérer des changements de société sur un coup de tête. Ça prend de la réflexion, des débats, de la préparation et une longue période d'adaptation. On explique même aux enfants que ce genre de comportement est inacceptable, qu'on ne peut pas isoler ou mettre à part des personnes du groupe pour leurs différences. Tu parles d'un exemple… »

Pourtant, la FEESP–CSN avait proposé de nombreuses solutions pour que la Loi soit appliquée de façon à en limiter les impacts sur le personnel de soutien déjà à l'emploi.

« Reporter l'application de la clause grand-père au 30 octobre plutôt qu'au 19 mars pour préserver le personnel embauché pour l'année scolaire 2025-2026 ; permettre au personnel de soutien de conserver cette clause lors d'un changement de poste au sein de la même grande catégorie de personnel pour faciliter la mobilité ; aviser le personnel de l'entrée en vigueur de la Loi, mais n'appliquer les cessations d'emploi qu'à la fin de la présente année scolaire pour assurer la stabilité pour les membres, les enfants et les parents ; appliquer la clause grand-père jusqu'à celles qui étudient actuellement dans le domaine pour étaler l'impact dans le temps… On a proposé une dizaine d'idées, explique Frédéric Brun. Mais les ministres de la CAQ n'en font qu'à leur tête et propulsent, une fois de plus, le réseau de l'éducation vers une énième crise depuis qu'ils sont au pouvoir. »

Pour conclure, la FEESP–CSN demande à Mme Sonia LeBel, ministre de l'Éducation, d'intervenir promptement pour mettre un frein au dérapage en cours et pour évaluer adéquatement la situation afin de trouver des solutions qui réduiront les impacts pour le personnel de soutien, mais aussi pour les enfants et leurs parents.

À propos
La Fédération des employées et employés de services publics représente environ 69 000 membres dans près de 425 syndicats, dont 36 000 travailleuses et travailleurs de soutien dans le réseau scolaire dans 37 syndicats regroupés au sein de notre Secteur soutien scolaire, ce qui fait de la FEESP–CSN l'organisation représentant la vaste majorité du personnel de soutien au Québec.

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L’Ours en colère : la Berlinale face à sa fausse neutralité

Berlin, février 2026. Un festival qui voulait étouffer la politique a fini par la diffuser à plein volume. Les prix de la Berlinale n'ont pas simplement “toléré” la dissidence (…)

Berlin, février 2026. Un festival qui voulait étouffer la politique a fini par la diffuser à plein volume. Les prix de la Berlinale n'ont pas simplement “toléré” la dissidence : ils sont devenus un référendum sur le durcissement des lignes rouges allemandes autour de Gaza — et sur l'habitude grandissante du pays de discipliner la parole en poussant les gens hors du travail, hors des lieux, hors de la vie publique.

Tiré du blogue de l'auteur.

La tentative de dépolitiser la Berlinale de cette année n'avait rien de durable, car la “neutralité”, en temps de massacres de masse — de “génocide”, selon les mots de nombreux artistes en compétition — n'est pas une absence de politique : c'est un choix de camp. Cela s'est vu dès que la direction et le jury du festival ont commencé à signaler que les conférences de presse n'étaient “pas le lieu pour des questions politiques” et que les cinéastes devraient “rester en dehors de la politique.”

Quelle qu'ait été l'intention — protéger l'événement, éviter le scandale, rassurer les sponsors et les responsables politiques — l'effet fut le même : la Berlinale paraissait moins une plateforme pour le cinéma qu'un espace sous contrôle, où certaines réalités sont les bienvenues tandis que d'autres deviennent indicibles (“la guerre comme accusation présente”).

Cette posture a explosé au grand jour. Une lettre ouverte signée par des dizaines de cinéastes et d'artistes a dénoncé ce qu'ils décrivaient comme une culture de silence et de censure autour de Gaza, rappelant que le festival n'avait jamais hésité à prendre des positions morales lorsque l'Europe était victime. Le sous-texte était ravageur : si la Berlinale peut parler clairement de certaines atrocités mais devient allergique au langage lorsque des Palestiniens meurent, alors le discours sur “l'art apolitique” n'est qu'un alibi.

La cérémonie de remise des prix a ensuite accompli ce que les cérémonies font parfois de mieux : elle a exposé l'écart entre le discours institutionnel et la réalité artistique. Le réalisateur palestinien-syrien Abdallah Alkhatib, recevant le prix du Meilleur Premier Film pour *Chronicles of the Siege*, a transformé son moment en une adresse directe au pouvoir, mettant explicitement en cause l'Allemagne comme complice, et refusant l'avertissement familier selon lequel les réfugiés doivent être “prudents” dans leurs paroles. Qu'on partage ou non son cadrage, l'essentiel est qu'il a rendu visible le coût de la parole : il a nommé la pression, puis l'a rejetée.

Le réalisateur turc Emin Alper, Ours d'argent pour son film Salvation (Kurtuluş), est allé plus loin encore dans son discours de remerciement, en dénonçant également la politique d'apaisement de Berlin envers le régime répressif en Turquie :

« La pire des solitudes est de souffrir seul… Palestiniens de Gaza vivant et mourant dans les conditions les plus terribles, vous n'êtes pas seuls. Peuple iranien souffrant sous l'oppression, vous n'êtes pas seuls. Kurdes du Rojava et du Moyen-Orient, qui luttez depuis près d'un siècle pour vos droits, vous n'êtes pas seuls. Enfin, mon peuple, vous n'êtes pas seuls. »

Ce fut l'effet boomerang. Un festival qui voulait fuir la politique est devenu, le temps d'une nuit, la scène politique la plus bruyante du pays — précisément parce que ceux qui font des films sont souvent les premiers à reconnaître la chorégraphie familière de l'intimidation.

Et en 2026, en Allemagne, cette chorégraphie ressemble de plus en plus à ceci : ne bannissez pas la personne, isolez-la ; ne l'enfermez pas, rendez-la inemployable ; ne réfutez pas l'argument, collez-lui une tache morale, afin que les institutions paniquent et coupent les ponts.

Le film du réalisateur turc Ilker Çatak, lauréat de l'Ours d'or avec “Yellow Letters”, offre le pont conceptuel le plus net entre ce qui se passe à l'écran et ce qui se passe aujourd'hui en Allemagne. Le récit ne repose pas sur la violence spectaculaire, mais sur la cruauté administrative : un couple d'artistes — Derya et Aziz — perd leur travail et leur logement après qu'Aziz est pris pour cible à cause d'une parole jugée critique en ligne, et leur fille, Ezgi, assiste impuissante à l'effondrement de l'âge adulte dans la précarité.

Le pouvoir de l'État agit par soustraction. Il retire le revenu, le statut, la sécurité, et finalement le langage lui-même, car ceux qui sont punis pour avoir parlé — et ceux qui les observaient en silence — apprennent à s'autocensurer.

Et la phrase du producteur — “la vraie menace est dehors… les autocrates… les partis d'extrême droite… les nihilistes” — importe parce qu'elle refuse le piège qui surgit toujours : les artistes contre les artistes, les communautés les unes contre les autres, une guerre culturelle où tout le monde est trop occupé à surveiller le ton pour remarquer que le pouvoir resserre son emprise.

L'intuition centrale du film de Çatak, et la raison pour laquelle il frappe si juste à Berlin, est que la répression contemporaine n'a plus besoin d'esthétique dictatoriale. Elle agit à travers les carrières, les contrats, le marché immobilier, la réputation institutionnelle et la terreur sourde de devenir “un problème.”

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, l'Allemagne a connu une vague d'interdictions et de restrictions de manifestations, d'annulations d'événements, de surveillance du langage et de sanctions professionnelles — notamment dans le milieu universitaire et culturel — visant ceux et celles qui expriment leur solidarité avec les Palestiniens ou critiquent la politique du gouvernement israélien.

Depuis octobre 2023, le gouvernement allemand mène l'une des campagnes les plus agressives d'Europe occidentale pour faire taire, institutionnellement, toute parole sur la guerre de Gaza. Toute critique de la conduite militaire d'Israël est spontanément étiquetée antisémite, provoquant une cascade de frilosité dans le monde universitaire, culturel et médiatique.

Les chiffres sont accablants. Plus de 500 manifestations pro-palestiniennes ont été interdites ou restreintes à travers les villes allemandes entre 2023 et 2025. Des universités comme Hambourg, Bochum et la Freie Universität Berlin ont suspendu ou renvoyé des universitaires — y compris des professeurs juifs — pour avoir signé des lettres de cessez-le-feu ou participé à des rassemblements. La directrice d'un centre culturel juif à Berlin a perdu son poste après avoir appelé à la protection des civils à Gaza. Une enquête menée en 2024 a révélé que 40% des universitaires allemands s'autocensurent sur la question Israël-Palestine. Un rapport d'Amnesty International publié en 2025 a conclu que 60% des travailleurs culturels craignaient des représailles professionnelles pour leurs prises de position publiques.

Il n'est pas nécessaire d'invoquer une théorie du complot pour voir le schéma ; il suffit d'observer à quelle vitesse les institutions passent de “nous soutenons la liberté d'expression” à “le sujet est trop sensible”, et à quel point cette “sensibilité” ne fonctionne que dans une seule direction.

Le mécanisme est connu : les accusations d'antisémitisme sont employées si largement qu'elles cessent de fonctionner comme catégorie morale sérieuse et deviennent, à la place, un outil de gestion. Lorsque toute critique sévère de la conduite militaire d'Israël peut être interprétée comme un discours de haine, les institutions optent pour la solution la plus sûre : annuler le débat, retirer l'invitation, prendre leurs distances, rompre le contrat. Le message reçu n'est pas “soyez rigoureux”. C'est “taisez-vous.”

L'histoire de l'Allemagne rend cela particulièrement dangereux, non parce que nous serions en 1933, mais parce que l'Allemagne sait — mieux que quiconque — à quelle vitesse une société démocratique peut normaliser l'exclusion des dissidents. Une société peut commencer par tuer socialement — professionnellement, économiquement, symboliquement — bien avant d'avoir besoin de le faire physiquement.

La confrontation de 2026 n'est pas venue de nulle part ; elle s'appuie sur le scandale de la Berlinale 2024. Cette année-là, le documentaire palestino-israélien “No Other Land” avait remporté le prix du Meilleur Documentaire, et ses auteurs avaient profité de la tribune pour demander un cessez-le-feu et condamner les actions d'Israël. Des responsables politiques allemands avaient alors dénoncé certaines parties de la cérémonie comme “antisémites”. Le co-réalisateur israélien Yuval Abraham expliqua plus tard que cet étiquetage politique avait contribué à déclencher des menaces contre sa famille.

Cet épisode est crucial, car il a établi une règle informelle : la scène de la Berlinale peut être “politique”, mais seulement dans des limites qui protègent le gouvernement allemand de devoir se reconnaître complice. Une fois cette règle posée, chaque édition devient un test d'obéissance. 2026 a échoué à ce test — bruyamment, inévitablement.

Le boomerang a frappé dans deux directions. D'abord, le festival lui-même. La Berlinale voulait se présenter comme un contenant neutre pour le cinéma. Elle est devenue une scène sur laquelle le mythe de la neutralité a été publiquement rejeté — par les lauréats, par les cinéastes, par ceux-là mêmes dont dépend sa légitimité.

Ensuite, il a touché le gouvernement allemand, car la cérémonie a transformé le festival en haut-parleur international pour un murmure intérieur : celui de nombreux Allemands qui répètent depuis longtemps que la politique conduite au nom de la “responsabilité morale” peut basculer dans quelque chose d'erratique, de cynique et de coercitif ; et que la police linguistique autour de Gaza fait résonner un écho glaçant des réflexes les plus sombres de l'histoire allemande — discipline, dénonciation, conformisme — plutôt que ses vertus les plus admirables.

Si Berlin veut vraiment être la capitale de la mémoire, elle ne peut pas traiter la dissidence comme une contamination. Elle doit reconnaître le danger d'une société où l'on apprend à survivre en se taisant. L'art, dans ce qu'il a de meilleur, refuse cette leçon. Cette année, les lauréats de la Berlinale ont forcé l'Allemagne à l'entendre.

Féminicide : Une pluie torrentielle plombe mon ciel

3 mars, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
FEMINICIDE Une pluie torrentielle plombe mon ciel de compléments circonstanciels à chaque fois qu'aux nouvelles l'une d'elle manque à l'appel. Une marée démentielle de (…)

FEMINICIDE

Une pluie torrentielle
plombe mon ciel
de compléments circonstanciels
à chaque fois qu'aux nouvelles
l'une d'elle manque à l'appel.

Une marée démentielle
de données factuelles
déferle sur mon mur virtuel
en images séquentielles
à l'heure actuelle.

Une nuit d'éclipse partielle
surplombe mon aquarelle
quand je dépeins un profil d'elle
un arrière goût de fiel
en tête d'une victime potentielle.

À chaque fois dans les nouvelles
qu'on parle au passé de celles
qui manquent à l'appel

Zaz pitit Dessalines

Course indépendante

3 mars, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Depuis l'élection des nouveaux porte-paroles de QS, Ruba Ghazal, d'abord, puis Sol Zanetti, ensuite, on parle davantage d'indépendance à Québec solidaire. Lors de son élection (…)

Depuis l'élection des nouveaux porte-paroles de QS, Ruba Ghazal, d'abord, puis Sol Zanetti, ensuite, on parle davantage d'indépendance à Québec solidaire. Lors de son élection comme porte-parole masculin, son discours a été centré essentiellement sur ce thème. Cela n'est pas étonnant, compte tenu du parcours de Zanetti, qui appartenait à Option nationale avant sa fusion avec le parti.

À l'automne dernier, on a cru observer une remontée du souverainisme chez les jeunes, ce qui a enthousiasmé plusieurs militants et militantes indépendantistes (autant au PQ qu'à QS). On a remarqué cet engouement principalement dans les réseaux sociaux avec plusieurs vidéos virales, notamment le jeune rappeur québécois KinjiOO, qui affirme que sa fleur préférée : « c'est la fleur de lys » [1]. Les chercheurs de la chaire de recherche sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec, Éric Bélanger et Mireille Lalancette, ont étudié le phénomène de manière scientifique en analysant tous les sondages Léger sur la question de la souveraineté de février 24 à décembre 25. Il apparaît que le groupe des jeunes (18-34 ans) a des opinions volatiles sur la question. Ainsi, en août 24, on remarque un creux avec 25% d'appui, en comparaison du pic de 48%, en août 25. Cette ferveur soudaine ne semble pas vouloir perdurer. L'étude plus systématique place l'appui à la souveraineté chez les jeunes à 35%, ce qui serait analogue à celle de la population générale.

Cette semaine avec l'élection partielle à Chicoutimi, nous apprenons que, malgré la victoire électorale du PQ, l'appui pour cette formation baisse. Il en est de même pour l'option souverainiste : les gens qui s'opposent à l'indépendance et qui diraient « non » lors d'un éventuel référendum sont rendus à 60% ferme. Sans surprise, l'impayable PSPP a semblé commencer à rétropédaler. Ainsi, il est disposé à envisager de repousser le référendum à plus tard, possiblement à un deuxième mandat.

Déjà, des solidaires ont quitté pour aller militer au PQ, je pense à Jimmy Thibodeau et Nadia Poirier. Opportunisme ? Manque de conviction sur la posture de gauche ? On ne saurait en douter. Ensuite, notre déconfiture dans les sondages est balayée sous le tapis par la direction du parti. On semble ne plus avoir de locomotive. On n'a surtout pas de boussole. On lance un Manifeste des travailleurs et des travailleuses. On propose des revendications concrètes, mais molles et floues. Et, on est incapable de tenir un discours clair et précis sur l'indépendance.

Surtout, on parle bien peu des raisons qui devraient motiver notre flamme indépendantiste : un Québec vert, féministe, interculturel, décolonial et équitable socialement. On parle bien peu de constituante et on ne présente pas cette perspective comme une alternative à la stratégie d'un référendum qui risque de mener les indépendantistes dans le mur.

Ce que nous lisons dans La Presse n'est guère rassurant : « Pour réaliser sa « mission historique » de contribuer à une victoire du Oui lors d'un référendum sur l'indépendance, Québec solidaire doit rallier le mouvement souverainiste à une approche inclusive, insiste M. Zanetti. Sur l'indépendance, Québec solidaire doit être un leader, et non pas poser « des conditions » pour participer au projet de pays. » [2], avait affirmé Sol Zanetti après sa nomination en novembre dernier.

Zanetti positionne déjà QS comme participant au camp du « Oui ». Son commentaire se voulait plus dans la perspective de cette participation, mais nous devons aussi comprendre le sous-texte : la démarche de la souveraineté est, pour lui, primordiale, même s'il rappelle « qu'on doit rester fidèle à nos valeurs. » Au Parti de la rue, nous pensons que l'indépendance doit s'articuler autour d'un projet de société mobilisateur, pour créer un Québec égalitaire, féministe, écologiste et pluriel. Le projet de la constituante est vital pour donner la parole à l'ensemble du peuple dans la détermination d'un Québec que souhaite la majorité populaire. La démarche de constituante est un instrument essentiel afin de construire une majorité indépendantiste. Pour bâtir un pays, il nous apparaît essentiel de consulter démocratiquement tous les pans de la société : jeunes, vieux, hommes, femmes, personnes non binaires, riches, pauvres, personnes peu ou, au contraire, très scolarisées, personnes des Premiers peuples et, aussi, les personnes immigrantes et racisées. Nous voulons un pays pour tous et toutes. Un référendum sur un projet de constitution élaborée par une démarche radicalement démocratique, c'est cela créer les conditions de la victoire.

L'électorat est volatil sur la question de l'indépendance, en particulier les jeunes. Il faut les séduire avec un projet inspirant. Disons-le carrément : le projet de pays du PQ est déprimant. Ils veulent un pays francophone ce avec quoi nous sommes d'accord, mais ils mettent de l'avant une laïcité falsifiée qui mène à imposer une série de discrimination, particulièrement contre les femmes musulmanes et qui ne touchent pas les écoles religieuses privées. Ils ne veulent pas trop de nouveaux arrivants, à leur avis, il y en a déjà beaucoup trop. Par ailleurs, ils veulent une politique qui serait alignée avec celle des États-Unis et sans prendre en compte le dialogue de nation à nation avec les Premiers peuples.

Le PQ ne réussira pas à convaincre les personnes immigrantes ni probablement les enfants ou petits-enfants d'immigrants (ceux qu'on nomme les 2 ou 3 générations). Inévitablement, il va se mettre à dos les Premières Nations, très peu de péquistes voient les Autochtones comme faisant partie de la population québécoise. Pire, ils sont parfois vus comme des ennemis à cause de leur « attachement » aux lois canadiennes. Les jeunes, quant à eux, risquent de ne pas vouloir prendre ce train : ils sont très sensibles aux enjeux identitaires et ne voudront sans doute pas sanctionner une démarche qui exclut des groupes minoritaires.

S'associer à une démarche du PQ, de près ou de loin, c'est accepter qu'il n'est pas important de définir un projet de société pour un Québec indépendant, c'est accepter qu'il n'est pas nécessaire de définir un Québec qui fait une priorité à la lutte aux changements climatiques, un Québec qui lutte pour un Québec féministe et égalitaire. C'est accepter que l'appartenance à des alliances militaires comme l'OTAN n'est pas à rejeter. Et cela comporte le risque de s'aliéner les personnes racisées, les personnes musulmanes, les immigrants, les Premières Nations, les anglophones, les minorités sexuelles et beaucoup de jeunes en milieu urbain. Et on compte arriver à 51% ? Jamais dans 100 ans.


[1] Idées | La montée du souverainisme chez les jeunes, effet durable ou effet TikTok ? | Le Devoir

[2] L'indépendance et la fougue pour Sol Zanetti | La Presse

Grèce : Morts sur ordonnance

3 mars, par Andreas Sartzekis — , ,
Deux drames récents, dans une usine et en mer Égée, illustrent une même logique. Celle d'un système où déréglementation sociale et répression migratoire produisent des morts (…)

Deux drames récents, dans une usine et en mer Égée, illustrent une même logique. Celle d'un système où déréglementation sociale et répression migratoire produisent des morts évitables.

21 février 2026 | tiré d'Inprecor.fr
https://inprecor.fr/grece-morts-sur-ordonnance

Ces dernières années, de graves événements mortels ont eu lieu en Grèce, qualifiés de « tragédies » — comme en 2023 le choc de 2 trains à Témbi (57 morts) et le naufrage de Pylos (400 à 700 morts). Ces dernières semaines, deux désastres terribles viennent confirmer que, comme en 2023, derrière la tragédie se manifestent clairement la loi du profit, la déréglementation, la répression, rendant plus urgente que jamais la nécessité d'en supprimer les causes communes.

Victimes de la surexploitation

Le 26 janvier, une explosion de gaz liquide suivie de l'incendie de l'usine a tué cinq ouvrières de la prospère entreprise de biscuiterie Violanta, à Trikala (Grèce centrale), et provoqué plusieurs blesséEs. Les cinq femmes travaillaient de nuit, et au moins l'une d'entre elles avait un autre emploi de jour. Ce drame s'ajoute à la macabre liste des accidents du travail, au moins 201 en 2025 selon les sources syndicales. Il révèle ici le cynisme de la surexploitation : l'absence de sécurité (l'odeur du gaz avait été signalée, mais le directeur a refusé une réparation minime), de légalité (le sous-sol où opéraient les cinq victimes ne figurait pas dans les plans officiels, des portes étaient souvent bloquées...). Sans oublier une politique de terreur : l'Union locale avait réussi à imposer des élections professionnelles, mais la direction avait menacé toutE travailleurE qui irait voter, et, même aujourd'hui, le personnel a peur de s'exprimer, avec chantage à l'emploi dans une région pauvre.

De son côté, le gouvernement a réagi… en niant les chiffres sur les accidents du travail et les difficultés des contrôles (manque criant d'inspecteurs et inspectrices du travail). Certes, la réaction ouvrière a été immédiate : une grève nationale sectorielle, des manifs, avec des centaines de personnes à Trikala à l'appel de l'UL proclamant « ce n'est pas le hasard, ce sont des crimes programmés ». Mais pas de grève générale face à ce drame qui confirme la complicité du patronat et du gouvernement pour une exploitation désormais sans limite des travailleurEs.

Carnage à Chios

Sur les 3 148 morts et disparuEs en mer Égée entre 2015 et 2025, combien ont été victimes de la répression grecque visant à empêcher migrantEs et réfugiéEs de parvenir en Grèce ? Difficile à dire. Le 3 février, quinze migrantEs sont mortEs près de l'île de Chios. Non pas noyéEs mais victimes des blessures dues à la collision avec le bateau des garde-côtes. Ces derniers accusent l'embarcation (surchargée) d'avoir manœuvré contre eux, il semble pour les expertEs plus probable que, une nouvelle fois, les garde-côtes aient foncé pour refouler les migrantEs hors des eaux maritimes grecques. Une horreur encouragée par le ministre des Migrations, le fasciste Plevris, qui déclarait en 2011 : « Les frontières ne peuvent pas être gardées sans dommages, et pour être plus clair, s'il n'y a pas de morts ». Le même fait porter la responsabilité du drame sur les passeurs et les ONG, tout en félicitant les garde-côtes… Toute la gauche dénonce un nouveau crime, mais les manifs de protestation n'ont jusqu'ici pas été suffisamment massives face à l'horreur.

Le comble : ce gouvernement, adoptant la nouvelle ligne européenne d'« immigration choisie », envisage la création d'une agence — passeur officiel ! — faisant venir des migrantEs pour travailler sans droits. Raison supplémentaire si besoin était, d'une bataille unifiée contre la surexploitation et la répression, unissant les travailleurEs grecs et immigréEs.

Publié le 15 février 2026, par L'Anticapitaliste

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Les enjeux de l’intervention impérialiste de Trump au Venezuela

L'attaque contre le Venezuela de début janvier et l'enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle stratégie impériale des États-Unis. Dans le (…)

L'attaque contre le Venezuela de début janvier et l'enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle stratégie impériale des États-Unis. Dans le contexte d'une réorganisation du monde et des rapports de forces inter-impérialistes, cette stratégie agressive passe notamment par un renforcement de la pression économique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Amérique latine.

23 février 2026 | tiré du site de contretemps.eu
https://www.contretemps.eu/lere-des-predateurs-les-enjeux-de-lintervention-imperialiste-de-trump-au-venezuela/

Que s'est-il passé lors de l'enlèvement de Maduro et de sa compagne ?

Franck Gaudichaud : Pas mal d'éléments et de détails nous sont encore inconnus, même plus d'un mois après, mais nous sommes évidemment face à une agression impérialiste de grande envergure et, littéralement, à un coup d'État, qui se sont déroulés dans la nuit du 2 au 3 janvier.

Le Venezuela a été bombardé avec un déploiement militaire inédit (avec plus de 150 avions et hélicoptères en parallèle). C'est la première fois qu'un pays d'Amérique du Sud est bombardé de la sorte (on a toutes et tous en mémoire les dernières interventions dans l'espace Caraïbe et en Amérique centrale, contre le général Noriega au Panama, en 1989 ou encore l'invasion de la Grenade en 1983, précédée de l'arrestation puis l'exécution du Premier ministre Maurice Bishop).

Le présence militaire US était massive dans l'espace Caraïbes depuis plusieurs mois, se traduisant y compris par la présence du plus grand porte-avion au monde, le Gerald Ford et de toute une armada, tout cela au prétexte de la lutte contre le narcotrafic et signifiant plusieurs exécutions extrajudiciaires et le bombardement d'embarcations. La possibilité d'une intervention s'est finalement confirmée. Il y a eu débarquement au sol de forces spéciales le temps de l'intervention et destruction de plusieurs points névralgiques et de défense du Venezuela.

L'absence quasi totale de défense organisée et centralisée, notamment antiaérienne, des Forces armées nationales bolivariennes (FANB) a permis de capturer en un temps record et de séquestrer le président en exercice Nicolás Maduro et sa compagne, la députée Cilia Flores, qui ont donc été « extrait·es » et déporté·es aux États-Unis. Ils ont été présentés à un juge à New York avec des charges fantaisistes, dont celles d'être à la tête d'un « Narco-État ».

Cette opération militaire, qui viole la souveraineté du Venezuela et – bien sûr– toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-être même, la mise en place d'un protectorat sur le moyen terme, si on l'en croit les premières annonces de la Maison Blanche.

Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du déclin de l'hégémonie mondiale des États-Unis et de la réorganisation violente du système inter-impérialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout « l'hémisphère » sous sa coupe, grâce à l'utilisation ou la menace tous azimuts du plus grand arsenal militaro-industriel que l'humanité n'ait jamais construit. Il s'agit, également et plus directement, de reprendre le contrôle du Venezuela bolivarien et de préparer le saccage colonial de l'immense réserve de pétrole lourd du pays.

Selon tes informations, quelle est l'attitude de l'appareil d'État et des couches dirigeantes au Venezuela suite à cette opération ?

Franck Gaudichaud : C'est encore en voie de réorganisation. Ce qu'on constate clairement – et que confirment nos contacts sur place –, c'est que suite à la séquestration du président et de sa compagne, il y a bien continuité de l'appareil d'État maduriste, qui est incarné aujourd'hui par la figure de la présidente intérimaire Delcy Rodríguez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie, les dirigeants du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) et les différentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc… pour l'instant. Bien sûr, ce qui est déterminant ici est et sera l'attitude de l'armée, pilier du mouvement national civico-militaire bolivarien et aussi du contrôle politique de Maduro, particulièrement depuis les crises de 2014 et de 2017-2019.

On voit pour l'instant aux côtés de Delcy Rodríguez les principaux dirigeants de ce qu'était le madurisme au pouvoir depuis le décès de Hugo Chávez, en 2013. À commencer par Diosdado Cabello, qui est l'homme fort du régime, puisqu'il tient la police, a des liens très forts avec l'armée et aussi jusque-là avec la Chine ; le ministre de la Défense et chef d'État-major, l'indéboulonnable Vladimir Padrino López qui affiche son soutien (il n'a pas été limogé malgré la déroute de janvier) ; et le frère de la présidente, Jorge Rodríguez, l'un des hommes clés du chavisme, puis du madurisme, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale. Au sein des gauches critiques mais aussi chavistes (jusque chez des ministres en poste), chez de nombreux analystes, il y a débat sur jusqu'à quel point un secteur ou tout du moins certains membres du régime auraient pu « lâcher » Maduro en amont ; savoir s'il y a eu des « trahisons » ou des défections dans l'entourage proche de Maduro, face à la pression maximale exercée par les États-Unis (et aux récompenses promises), et suite aux échecs répétés des négociations avec Trump déjà menées par le président désormais incarcéré aux États-Unis.

Tout une partie de la bureaucratie en place, et particulièrement les hauts dignitaires militaires, ont des intérêts économiques à sauver dans l'extraction pétrolière et minière, et leur impunité à négocier en cas de changement de régime… Mais avec quelle marge de manœuvre pourront-ils peser aujourd'hui (surtout en l'absence d'un vaste mouvement de résistance populaire et autonome national) ?

Le fait est qu'il n'y a pas eu de capacité de réaction immédiate, politico-militaire, face à une agression du Pentagone, si ce n'est attendue en tout cas possible, et malgré des forces armées supposément en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont été investis avec du matériel russe et chinois, notamment pour protéger Caracas et l'espace aérien, avec une défense anti-aérienne et des radars sophistiqués, au cours des dernières années. Tout semble avoir été neutralisé en amont, peut-être y compris à l'aide d'armes électro-magnétiques et sans aucun doute par un patient travail d'espionnage.

Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n'y a eu aucun mouvement de défense nationale coordonné. Cela signifie-t-il certaines complicités actives ou passives internes à une échelle limitée, une perte de contrôle de la chaine de commandement, une passivité stratégique assumée de l'État-Major en l'attente d'une réorganisation du pouvoir ? Les débats vont bon train à Miraflores, et les rumeurs et fake news sont aussi alimentées avec frénésie par les services de Washington pour garder la main. Ceux et celles qui ont payé le prix fort de cette débâcle sont plus de 110 personnes (civiles et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particulièrement 32 agents cubain·es assassiné·es dans l'affrontement.

Quant à la position de Delcy Rodríguez, au plan interne, elle a tout d'abord confirmé le renforcement de l'État d'exception (on semble donc loin d'une perspective « d'ouverture »), puis elle vient de soutenir une large loi d'amnistie dite de « coexistence démocratique » couvrant la période 1999-2025, qui permettrait – si elle est approuvée par le parlement – la libération – sous conditions – de plusieurs centaines de prisonnier·es politiques.

Ce projet de loi confirme d'ailleurs officiellement l'existence de prisonnier·es d'opinion au Venezuela (détenus pour comisión de delitos políticos ou « critique de fonctionnaires ») ; rappelons que cette loi ne concerne pas les assassinats ou les violences aggravées, notamment commises par l'extrême-droite, ni même la corruption (ce qui est plutôt positif). Ce projet d'amnistie est aussi le produit de l'intense mobilisation de plusieurs collectifs de familles de détenu·es.

Plus globalement, les Rodriguez semblent néanmoins confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fièrement annoncé, dans leur conférence de presse, dès après l'agression : ils seraient disposés à la mise en place d'une nouvelle ère de « coopération » avec les États-Unis, notamment pour faciliter la « reconstruction » de l'industrie pétrolière sous tutelle impérialiste. Les marges de manœuvres sont certes limitées.

La présidente a néanmoins répété qu'il s'agit de sauver la souveraineté du pays, elle demande officiellement la libération immédiate de Maduro et Flores, et prend des accents anti-impérialistes dans ses discours à la TV. Le patron de la CIA, John Ratcliffe a pourtant été reçu à Caracas et même médaillé ! Et Trump a annoncé qu'il annulait toute nouvelle attaque car « les États-Unis et le Venezuela travaillent désormais bien ensemble »… L'accueil enthousiaste et souriant par la présidente intérimaire du ministre du pétrole des États-Unis en ce début février, pour planifier la nouvelle donne impériale, a fait réagir avec consternation de nombreux vénézuéliens et vénézuéliennes attachés à la souveraineté de leur pays.

Jusqu'à quel point pourra s'organiser un « madurisme sans Maduro », sous pression de l'impérialisme et en collaborant avec Trump ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de mobilisations importantes des bases chavistes et populaires ?

Franck Gaudichaud : L'option que l'on pensait être celle de Trump était celle d'un regime change [changement de régime] en plaçant sur le « trône » l'opposition ultraconservatrice néolibérale et pro-États-Unis incarnée par Maria Corina Machado et le candidat présidentiel de 2024 Edmundo Gonzalez, battu suite à une fraude électorale. Mais Machado a été humiliée publiquement et mise de côté par Trump, pour l'instant en tout cas. Et ce n'est pas le cadeau de sa médaille de prix Nobel de la paix à l'autocrate des États-Unis qui y changera grand-chose !

Le pari de Trump est donc clairement de s'appuyer sur l'appareil d'État et le madurisme, en faisant le calcul qu'ils tiennent le pays, constatant qu'ils conservent le soutien essentiel de l'armée et aussi des bases sociales réelles (bien qu'amoindries) : le chavisme populaire dont il convient d'essayer de canaliser les possibles résistances. Ceci en exerçant en parallèle une menace et une contrainte politico-militaire et économique considérables. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo González ne seraient pas capables de réorganiser brutalement le pays, à court terme, sans un appui direct de l'impérialisme, y compris avec des troupes au sol.

Un scénario à l'irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est très critique, que la situation aux États-Unis est sous tension, avec des luttes très importantes en cours (contre ICE notamment) et que les élections de mi-mandat arrivent bientôt (en novembre).

C'est quand même assez surprenant que l'appareil d'État et la « bolibourgeoisie » soient capables d'un tel bouleversement.

Franck Gaudichaud : Tout le monde est dans l'expectative, le gouvernement intérimaire vénézuélien en place, comme je l'ai dit, souffle le chaud et le froid, y compris par rapport à sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une résistance nationale anti-impérialiste massive, alimentée par des années de « Révolution bolivarienne ». C'est la peur et l'incertitude qui dominent à ce stade et s'il y a eu bien eu des manifestations de soutien pour la libération de Maduro, avec quelques dizaines de milliers de personnes, elles sont restées relativement timides et bien peu spontanées.

Ce n'est pas si surprenant d'ailleurs. D'une part, face à l'immense asymétrie militaire et à la pression politique maximale exercée par l'impérialisme US, dans un contexte régional – de plus – adverse. Mais aussi parce qu'on assiste, depuis bien plus d'une décennie, à un délitement autoritaire, à un effondrement politique, à la destruction économique du pays de Chávez et de ce qu'avait pu incarner, dans les années 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire progressiste, « césariste redistributrice » et anti-impérialiste.

Le madurisme a approfondi les points les plus problématiques du chavisme et consolidé une caste bolibourgeoise au pouvoir, nouvelle oligarchie, qui a accumulé par la dépossession et par la corruption les devises issues de l'extraction pétrolière et minière, et certains actifs de l'État. Après avoir réprimé les manifestations (souvent violentes) et les secteurs de l'opposition conservatrice pro-impérialiste, fermé un temps le parlement élu, et concentré les pouvoirs autour de l'exécutif, Maduro a fait de même pour l'opposition de gauche, contre d'anciens alliés d'hier (le PCV [Parti communiste vénézuélien] notamment), emprisonné des syndicalistes ou des ex-dirigeant·es et ministres chavistes.

La situation interne aggravée et même décuplée par des années de blocus des États-Unis et des milliers de sanctions iniques, a provoqué l'exil de 8 millions de Vénézuélien·nes (sur 28 millions d'habitant·es !). Même si dans les dernières années, on assiste à une lente et continue récupération macroéconomique, d'ailleurs incarnée par la gestion très pragmatique de Delcy Rodríguez, notamment chargée de l'extraction du pétrole.

Pourtant, comme le dénoncent plusieurs syndicats vénézuéliens, la politique économique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage à une dystopie néolibérale, à une destruction de tous les droits fondamentaux et à une fuite en avant extractiviste aux conséquences écologiques catastrophiques, qu'à du « socialisme du XXIème siècle »… Un large front syndical avait même prévu de mener des grèves et mobilisations pour la mi-janvier, projet contrecarré par Trump et sa folie guerrière.

Dans cette situation, l'absence des conditions de possibilité d'une résistance anti-impérialiste large, pluri-partisane, avec une base populaire mobilisée derrière un gouvernement national légitime est criante. Et l'administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Chávez subissait un coup d'État, soutenu par la CIA et le patronat local, et fut « sauvé » par les « barrios », par une mobilisation populaire très forte, tandis que les militaires montraient leur disposition à rejeter ce coup d'État pro-impérial.

Y a-t-il néanmoins des pans de l'appareil civico-militaire encore ancrés dans cette perspective nationale-populaire et prêts à résister à la nouvelle tutelle coloniale ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicats et les mouvements sociaux sont considérablement affaiblis, certains démoralisés et d'autres cooptés. Se maintient pourtant une mémoire du chavisme des origines et, çà et là, des expériences collectives communautaires communales toujours debout.

Il semble néanmoins qu'une partie non négligeable de la population, avec beaucoup de résignation, pense que cette nouvelle crise pourrait peut-être desserrer l'étrangement du pays et que l'arrivée des capitaux étatsuniens pourrait amener un rebond économique, voire un retour des millions d'exilé·es…

Va-t-on assister à la mise en place d'une sorte de cogestion forcée entre le capitalisme fossile yankee et la bolibourgeoisie ? Et au plan politique, à une collaboration « pro-impériale » de la part du gouvernement pour – essayer de – sauver ses intérêts et, pour d'autre part, continuer à diriger le pays dans ce contexte de quasi protectorat ? Il n'est pas pour l'instant question de transition, voire d'élections, à court terme. Mais elle est déjà envisagée par tous à moyen terme.

Une réaction nationaliste du pouvoir est-elle envisageable ? En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures défendue par Rodriguez comme une avancée (sic) et qui vient d'être approuvée, approfondit fortement la libéralisation que Maduro avait débutée ces derniers mois. Elle remet en cause radicalement la souveraineté de l'Etat sur la ressource, ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999 au profit des multinationales étatsuniennes. C'est un recul historique ! Les Etats-Unis vont décider de l'extraction. Ils ont annoncé qu'ils commenceraient par confisquer à leur profit 50 millions de barils et qu'une partie des futurs dividendes de l'exploitation pétrolière seraient placés au Qatar et restitués au compte-goutte pour faire fonctionner les services publics vénézuéliens, selon leur bon vouloir…

En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui vient d'être approuvée approfondit fortement ce que Maduro avait débuté ces derniers mois et elle remet en cause radicalement la souveraineté de l'État sur la ressource ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999, au profit des multinationales étatsuniennes. C'est un recul historique ! Quelles seront, dans ces conditions, les capacités de réorganisation autonome des classes populaires pour rejeter à la fois la tutelle de Trump et exiger la démocratisation réelle du pays, dans ce nouveau contexte d'oppression coloniale, après des années d'immense précarité matérielle et de dérives autoritaires ? C'est une question clef.

Trump expliquait qu'il voulait récupérer ce qui avait été soi-disant volé aux États-Unis en termes de ressources pétrolières.

Franck Gaudichaud : Le satrape étatsunien annonce sans périphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contrôle du pays. Historiquement, depuis la découverte du pétrole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l'âge d'or de l'extraction dans les années 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu bénéficier à plein de l'extraction pétrolière, avec des taux de profit gigantesques, démesurés, beaucoup plus par exemple qu'en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.

Ceci est dans l'esprit de l'oligarchie au pouvoir aux États-Unis, et il y a une volonté de revenir à ce type d'accumulation « sauvage » par dépossession. Quand Trump dit qu'ils ont été « écartés », on pourrait penser qu'il parle de la nationalisation de 1976 par la social-démocratie vénézuélienne (sous Carlos Andrés Pérez), mais en fait il se réfère plus directement à 2007 quand Chávez a réorganisé des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalisé une grande partie de l'extraction dans la frange pétrolifère de l'Orénoque, là où se situe la principale réserve actuellement, avec peut-être 300 milliards de barils ! C'est la première réserve prouvée à l'échelle planétaire, mais d'un bitume extra-lourd, très couteux à raffiner.

Ce que voudrait le milliardaire Trump, c'est que cette réserve repasse dans les mailles des filets d'Exxon, de Chevron et des grands groupes étatsuniens, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l'OPEP). Ce n'est pas si facile en réalité, dans un contexte où pour l'instant 80 % des exportations vont vers la Chine, et où l'état de délabrement très avancé des infrastructures pèse sur les capacités d'extraction (avec tout de même 800 000 barils/jour actuellement).

En tout cas, il y a des gros investissements à faire, certains parlent de 60 milliards de dollars, voire de 100 milliards de dollars sur plusieurs années à injecter pour le capital nord-américain. Rien n'est joué car il faudrait réussir à garantir pour ces capitalistes sur une longue durée que la maitrise sociale et politique du pays sera stable et que la Chine sera effectivement écartée ou au moins marginalisée. C'est vraiment une perspective de recolonisation qui pourrait se mettre en place.

En même temps, si l'axe énergétique, pétrolier, saute aux yeux– dans son discours, Trump dit que « l'argent sort du sol au Venezuela » – il faut analyser l'aspect géostratégique qui, à mon sens, est essentiel et qui, d'ailleurs, est exprimé avec brutalité par Marco Rubio : discipliner toute la région, menacer l'Amérique du Sud. Avec en ligne de mire, le Brésil, qui a encore une capacité de relative autonomie géostratégique. Et en même temps, réaligner l'espace des Caraïbes et surtout faire tomber Cuba (l'obsession du clan de Miami de Marco Rubio) comme un « fruit mûr » plutôt que par une intervention.

Cuba qui perd son allié essentiel à Caracas et son approvisionnement en pétrole, alors que l'économie de l'ile est exsangue, dans une situation encore pire que durant la « période spéciale en temps de paix » du début des années 1990. L'ile est très clairement menacée aujourd'hui, cela serait une nouvelle défaite majeure pour la souveraineté latino-américaine. Et de menacer au passage la Colombie et le Mexique, qui sont tous les deux encore gouvernés par des gouvernements progressistes et avec une certaine capacité d'autonomie relative dans l'échiquier régional (les élections sont proches en Colombie et la pression sera forte).

Les documents de la « Nouvelle stratégie de sécurité nationale » (NSSS) de la Maison Blanche, publiés en décembre dernier, confirment une volonté de bouleverser les relations internationales et même de « fascisation » croissante de l'ordre mondial. Éric Toussaint vient d'y consacrer une étude détaillée[1]. On rentre à nouveau dans l'ère des États prédateurs, du gangstérisme impérialiste (qui certes n'a jamais disparu) où seule la force brute compte : l'Amérique latine est leur arrière-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu'il veut à l'échelle européenne (la bourgeoisie européenne est méprisée pour sa faiblesse, sa pusillanimité et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le véritable l'ennemi « systémique » : un Empire du milieu à affaiblir dans la région latino-américaine et à contenir en Asie du Sud Est.

L'administration Trump est en train de redécouper le monde pour faire face au déclin de son Empire autrefois hégémonique. Cette nouvelle phase des relations internationales à l'ère du quatrième âge du capitalisme et des grands basculements climatiques et écologiques est plus dangereuse que jamais ; c'est celle de la remilitarisation des relations inter-étatiques et de conflits guerriers à des échelles continentales. Gilbert Achcar décrit une « nouvelle guerre froide »[2], bloc contre bloc, mais celle-ci est de plus en plus peuplée de conflits ouverts, « chauds » et de violence coloniale, à commencer par le génocide à Gaza.

Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Amérique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Amérique latine ?

Franck Gaudichaud : On voit les conséquences de ce que nous appelons, depuis quelques temps, la « polycrise » du système capitaliste et inter-impérialiste. Les grandes puissances n'ont pas réellement récupéré de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de « stagnation séculaire », avec une réorganisation en cours des chaînes de valeur, et marquée par l'hyperconcentration du capital au plan mondial[3]. Dans cette phase, la première puissance actuelle – les États-Unis d'Amérique – en déclin veut récupérer violemment de l'espace, des ressources, des marchés et de la capacité de projection géostratégique.

En ce sens, revenir aux écrits de Lenine, Rosa Luxemburg, d'Ernest Mandel ou de Samir Amin sur l'impérialisme est très intéressant, sans les lire comme une « vérité révélée » bien sûr ; même chose pour les riches débats sur les rapports centre-périphérie, la théorie du développement inégal et combiné ou encore celle de la dépendance dans les années 70[4]. Les auteurs·trices qui pensaient que l'ère de l'impérialisme était plus ou moins finie, ou encore qu'on allait voir émerger un « super-impérialisme » des multinationales, trans-étatique qui gouvernerait le monde, se sont lourdement trompés : ce qui se confirme est bien un système inter-impérialiste fortement hiérarchisé et concurrent, appuyé avant tout sur des États nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.

Dans ce contexte, l'idée de la « sécurité hémisphérique » et de la doctrine de la sécurité nationale, qui est au cœur de la pensée stratégique étatsunienne pour l'Amérique latine, se réaffirme de manière ultraviolente. La doctrine Monroe, comme corolaire de la présidence Roosevelt et de la politique de la canonnière est revisitée par l'administration de Donald Trump avec fracas et violence en doctrine « Donroe ».

Selon cette vision du monde, le problème est désormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celle des Big tech et les infrastructures monétaires) et de la puissance géopolitique (même si ce n'est pas encore le cas au niveau militaire). Le travail de Benjamin Bürbaumer est éclairant à ce propos : le développement capitaliste de la Chine depuis les années 90 met en péril directement la mondialisation sous hégémonie étatsunienne et celle du dollar, tel qu'elle s'est construite au cours de la seconde moitié du 20e siècle[5].

La Chine est en train de dépasser au plan commercial et économique les États-Unis dans la région latino-américaine : elle est le premier partenaire commercial du Brésil, du Pérou ou du Chili et de l'ensemble de l'Amérique du Sud. Cette dynamique semble presque inaltérable. Même le Mexique, qui est pourtant complètement intégré au réseau et aux chaînes de valeur états-uniennes (via un accord de libre-échange notamment), a pour deuxième partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement installées par l'Empire du milieu à la frontière avec les États-Unis.

Trump l'a dit et le répète : il n'était plus possible que la Chine contrôle les ports pacifiques et atlantiques aux entrées du canal de Panama, et il a réussi à modifier la situation à coup de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous bannière étoilée. Ses outils sont les multiples bases états-uniennes, le déploiement de la quatrième flotte[6], le contrôle très serré au plan militaire, informationnel et toujours économique, alors que la Chine n'a pas de véritables moyens militaires dans la région (à ce stade).

La relation avec la Colombie est à ce propos central, puisque jusque-là, ce pays était la clé de la géostratégie militaire pour la région sud-américaine, via le « plan Colombie » et au prétexte de la lutte contre les guérillas et les « narcos ». Ceci tandis que l'espace centre-américain et des Caraïbes est considéré comme plus aisément maitrisable (bien que Cuba continue à y résister). Cela explique les conflits diplomatiques assez durs de Trump avec le président Petro, même si des négociations sont en cours.

Les résultats de cette bataille de titans sont incertains – même dans l'Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les échanges commerciaux. Il y a donc des aspects géopolitiques et idéologiques : Trump veut renforcer les « siens », les extrême-droites régionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast…, et pratique l'interventionnisme électoral, comme il l'a fait lors des élections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succès au Honduras tout récemment, et il va continuer à s'appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement élu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en Équateur, sur la droite conservatrice libérale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, même très modérés, comme celui de Lula au Brésil, pour dire : « si vous nous résistez, vous serez considérés comme des ennemis, et si vous êtes des ennemis, on vous applique des droits de douane complètement inédits de 40 ou 50 %, ou carrément nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela ».

Ce déploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les États-Unis sont de moins en moins un « hégémon » capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l'adhésion et du consensus : ils représentent désormais la domination brute centrée sur les rapports de forces politico-militaires et les oukases commerciaux, avec en toile de fond la menace de destruction économique ou coloniale contre les « non-alignés », Europe et alliés de l'OTAN y compris si besoin.

Ça doit être très complexe de modifier les chaînes de valeurs et l'organisation internationale du travail, donc cela va nécessiter des gouvernements extrêmement répressifs. Même au Venezuela, ça risque d'être très vite contradictoire avec ce que Trump ou d'autres vont pouvoir présenter comme une supposée ouverture démocratique.

Franck Gaudichaud : Exactement. Il est intéressant de noter les déclarations récentes de figures représentant le capitalisme fossile étatsunien et les grandes majors de l'exploitation des hydrocarbures, qui faisaient part de leurs doutes et réticences sur l'investissement considérable que représenterait la « reconquête » du pétrole au Venezuela à leur profit, et le peu de garanties sur l'avenir qu'ils auraient sans une stabilisation politique toujours difficile (sinon par la mise en place d'un protectorat répressif et couteux). Trump a dû les recevoir et leur réitérer son engagement à leurs côtés. En retour, les dirigeants chinois ont faire part de leur rejet de l'agression contre leur allié vénézuélien, mais ils devront reconnaitre que c'est un coup dur qu'ils viennent de recevoir, alors que leur matériel militaire sur place s'est avéré inefficace.

L'envoyé spécial de Xi Jinping pour l'Amérique latine avait longuement rencontré Maduro à Caracas quelques heures à peine avant le raid de Trump… Néanmoins, ils ont émis de nouveaux documents stratégiques renouvelant leur rejet de l'impérialisme US, leur disposition à la coopération « amicale » et au transfert de technologies avec les pays latino-américains, à rebours de l'attitude guerrière des États-Unis. La Chine a bien compris la menace et elle a un talon d'Achille : sa dépendance énergétique (le pays achète à l'étranger 70 % de ses besoins pétroliers). Les dirigeants chinois vont chercher à consolider leur influence en Amérique latine, au nom du respect mutuel, malgré le revers vénézuélien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l'hémisphère.

Ils affichent un discours « gagnant-gagnant » ; pourtant la relation Chine/Amérique latine reste complètement asymétrique : ils veulent toujours plus de matières premières, de minéraux, de terres arables, d'agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d'investissement dans la région d'ici 2035. Le mégaport de Chancay qui vient d'être inauguré est leur fleuron dans la région pour les « routes de la soie ». Néanmoins, le ralentissement économique affecte également la Chine.

Même si le Parti communiste chinois s'inscrit dans le discours sur le multilatéralisme, la construction des BRICS et du « Sud Global », nombreux sont les militant·es qui ont bien conscience que le capitalisme vorace du géant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative réelle en termes d'émancipation, de développement et, même, en termes diplomatiques d'ailleurs. On l'a vu avec leur silence face aux massacres à Gaza, voire leur soutien à Netanyahou de manière directe ou indirecte. Ils défendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas forcément celui de libération des peuples du Sud[7].

La région latino-américaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un impérialisme dominant, violent et en crise et une hégémonie impériale globale potentiellement en devenir à l'échelle du siècle. À ce stade, les États-Unis dépensent plus de 36 % de l'ensemble des dépenses militaires de la planète. C'est considérable. 250 000 militaires étatsunien·nes sont déployé·es autour du monde, alors qu'il y a quelques centaines de militaires Chinois et peut-être 30 à 35 000 Russes… Trump veut s'appuyer sur cette énorme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des États-Unis comme acteur global global player toujours intouchable.

Est-ce que tu as des éléments sur les résistances à cette offensive en Amérique latine ? Ainsi que l'attitude des gouvernements dits « progressistes » ?

Franck Gaudichaud : Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils dénoncent l'agression contre le Venezuela, l'enlèvement du Président Maduro, la rupture de l'ordre international, la violation de souveraineté d'un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et Gustavo Petro de manière plus claire encore en Colombie, ce qui ne veut pas dire d'ailleurs une adhésion au régime Maduro.

Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de manière assez timorée : il a réclamé une réunion urgente de l'ONU, comme espace légitime de règlement des conflits internationaux, essayé de mobiliser l'Organisation des États américains également, mais il montre en même temps une certaine impuissance, et a redit que selon lui, la libération de Maduro n'était pas la priorité (marquant à nouveau ses distances avec Caracas). Alors que dans les années 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacité forte de coopération et de mise en commun, avec l'UNASUR, la CELAC et même l'ALBA[8] pour essayer de peser sur la scène internationale, on est plutôt face de nouveau à la fragmentation.

On ne parle plus des projets de Banque du Sud, voire d'une monnaie commune alternative . Aujourd'hui, l'idéal de la Patria grande (la grande Patrie latino-américaine de José Martí) est en recul, les nationalismes et les extrêmes droites ont le vent en poupe, l'effondrement de l'expérience bolivarienne pèse sur toute la région, Cuba est asphyxiée et en danger, le Mouvement au socialisme (MAS) bolivien s'entredéchire, l'expérience Boric laisse la place à Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Brésil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement isolés, même si Petro et davantage encore Claudia Sheimbaum ont su consolider une base sociale pluriclassiste et électorale solide.

Le facteur décisif dans un tel contexte sont et seront les résistances « par en bas », les luttes de classes et populaires, féministes, paysannes, autochtones, indépendamment de la position des gouvernements, pour l'auto-détermination et la souveraineté nationale. Une manière d'avoir plus de poids sur la scène régionale et face à Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s'appuyer sur une population mobilisée, revendiquant l'horizon historique anti-impérialiste qui est encore très présent dans les imaginaires et valeurs collectives d'une partie des latino-américain·es.

Pourtant, au Brésil ou chez Boric au Chili, la politique progressiste a plutôt été de désactiver les luttes et les acteurs mobilisés. Sans parler d'ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopté et/ou réprimé les résistances, et ce qu'il n'a pas fait directement, l'effondrement économique et les sanctions s'en sont chargés. Il reste des « communes » et certaines expériences d'auto-organisation courageuses, à soutenir, mais fragiles.

Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas en ce moment même des mobilisations et des résistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsemé de luttes. Au Brésil c'est très clair, on l'a vu dans la dernière période et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgré ces débats internes quant à la relation avec le lulisme. En Équateur aussi face à Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Confédération des nations indigènes d'Équateur, des syndicats urbains, des collectifs écologiques, qui ont réussi à infliger une défaite politique cuisante au gouvernement lors du référendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la réforme autoritaire de la Constitution. Donc dans plusieurs pays, ça bouge.

On pourrait parler de la puissance des mouvements féministes, autochtones et décoloniaux : c'est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de régression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n'y a pas actuellement de mobilisations à une échelle continentale, comme il y a pu en avoir par le passé, par exemple pour affronter le projet de l'ALCA[9], défait en 2005. Un point d'appui qui pourrait être vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le cœur des États-Unis, le mouvement « No King », les luttes contre les violences policières et la police fasciste de l'immigration (ICE), la victoire de Mamdani à New York, la recomposition de la gauche contre l'establishment Démocrate…

Sinon, il faut bien reconnaitre qu'il a un flux montant néo-conservateur, voire réactionnaire, sur de nombreux plans dans la plupart des pays, qui pèse lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les médias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l'État ou des paramilitaires ou celle liée aux migrations forcées. C'est le cas au Chili, que je connais de près. Il est impératif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays d'un grand soulèvement populaire en 2019 (lourdement réprimé) à la victoire massive du néo-pinochetisme de José Antonio Kast en 2025 : c'est fondamental, selon moi, car c'est une défaite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays emblématique du néolibéralisme mondial[10].

Nous traversons un moment où les néofascismes et les extrêmes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une « alternative » aux yeux d'une partie significative des classes populaires. Où les gauches sont décrédibilisées ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des Églises évangéliques conservatrices. Où les gauches anticapitalistes restent faibles, sectaires ou peu crédibles.

Bien sûr, de notre point de vue, les extrêmes-droites sont une « alternative » ultra-régressive au service du capital, de la destruction de l'environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, du technoféodalisme, etc. Et aussi au service de l'impérialisme US dans les Amériques. Ainsi, Kast s'est félicité bruyamment de la séquestration de Maduro et de Cilia Flores. C'est la même chose du côté de Noboa qui a publié des tweets affirmant que l'attaque était une excellente nouvelle pour l'Amérique latine. L'extrême droite brésilienne pense la même chose. Ce sont des « laquais » de Trump.

Alors que les élections vont avoir lieu au Brésil, en Colombie et au Pérou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque réel de voir un retour de la droite. Qu'en sera-t-il au Brésil, avec une gauche institutionnelle toujours dépendante de la figure d'un Lula vieillissant (80 ans) ?

Quelles pistes donnerais-tu comme programme transitoire anti-impérialiste mondial ?

Franck Gaudichaud : C'est très (trop) ambitieux !, car je ne saurai répondre seul à une telle question, qui, de plus, devrait être déclinée selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des élaborations collectives des populations concernées. Ce qu'on peut dire aisément, c'est que ce n'est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d'offensives impériales, de guerres, de génocide de Gaza, d'invasion du Venezuela, de soumissions généralisées des peuples à des gouvernements autoritaires, de répression de masse comme en Iran, de fascisation qu'on va trouver l'issue… Donc comme le disait l'ami Daniel Bensaïd, il faut déjà commencer par dire « non ! » et résister à l'air du temps, surtout quand le fond de l'air est brun[11].

Dans le contexte actuel latino-américain, ce que les gauches militantes et radicales cherchent à construire, c'est déjà une résistance anti-impérialiste la plus large et la plus unitaire possible à une échelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se défendre dès maintenant face à de nouvelles interventions sur le continent. À ce stade, comme nous le disent les compañerxs sur place, la mobilisation continentale reste très en deçà de l'urgence du moment. Ils et elles exigent déjà le retrait immédiat de l'immense armada que les États-Unis maintiennent depuis des mois dans les Caraïbes et la libération immédiate de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, selon le principe clair que c'est au peuple vénézuélien, et seulement lui, de décider qui le gouverne[12].

Dans les pays du « Sud », cela nécessite la création de fronts unis larges pour rejeter les atteintes à la souveraineté, à l'autodétermination. Mais de tels fronts de résistance, ouverts, ne devraient aucunement sacrifier, en même temps, la construction de gauches combatives, indépendantes des bourgeoisies nationales, de toute forme de bonapartisme et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montré toutes leurs contradictions depuis 25 ans.

Cela veut dire aussi un débat clair avec les nombreux courants « campistes » latino-américains, comme au plan international : la « géopolitique » ne saurait conduire à mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes (quels qu'ils soient) et la nécessaire défense inconditionnelle des peuples en lutte contre des impérialismes autres que celui de Trump (à commencer par la Russie). Dans les pays du « Nord global », l'urgence est la construction d'une solidarité internationaliste active et concrète. C'est ce que nous avons commencé, encore timidement, à mettre en place en France autour du Venezuela et qui commence à être pensé à nouveau pour Cuba.

Un internationalisme qui aura aussi comme tâche de dénoncer l'hypocrisie et la responsabilité de nos propres gouvernements dans le désordre du monde et leur soumission à Trump : Gaza est venu le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron également. À court terme, en mars 2026, la conférence antifasciste de Porto Alegre pourrait être un point d'appui à valoriser[13].

On espère qu'elle saura être transformée aussi en conférence internationale anti-impérialiste pour essayer de regrouper autour d'objectifs communs, sans sectarismes, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d'accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT brésilienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et féministes, des mouvements sociaux d'un peu partout.

Concernant les alternatives concrètes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de « guerre à la guerre impérialiste », contre la militarisation folle en cours, tout en soutenant celles et ceux qui mènent courageusement, les armes à la main, des résistances de libération, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-delà de cet aspect « défensif », cela signifie penser collectivement et « en positif », la construction d'alternatives démocratiques dans un contexte d'effondrement climatique, de la biosphère, de la biodiversité, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective à la fois écosocialiste et de la décroissance choisie.

Décroissance évidemment dans les pays riches, mais « juste », différenciée selon des critères intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi décroissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, la planification écologique à plusieurs échelles (du local au global) basées sur la délibération, le communalisme, l'auto-organisation et le contrôle démocratique. Une perspective qui pose la question de l'exploitation et des oppressions qui traversent nos sociétés et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).

Tout cela, on ne saurait le « proclamer » de manière abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires très concrètes qui s'inscrivent dans une stratégie plus générale sur la base de délibérations larges ? De quelles histoires passées nous inspirer et tirer des leçons ? Comment les gauches peuvent-t-elles à nouveau « enchanter le monde », parler aux « affects » de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conquête, sans se renier, ni verser dans le dogmatisme ? Commençons déjà par éviter les réponses toutes faites, le 20e siècle et ses horreurs sont toujours là…

On le sait, il n'y aura pas d'émancipation, s'il n'y a pas une émancipation du travail ; la reconstruction des droits des travailleurs·euses (salarié·es comme précaires) pourrait être une première boussole. Ayons aussi des « antennes », à l'écoute des utopies et expériences pratiques. Par exemple, l'Amérique latine est la terre du zapatisme, de plusieurs processus révolutionnaires, et ces mouvements débattent depuis une vingtaine d'années des chemins pour construire une société du « bien-vivre », qui s'appuie sur une réinterprétation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones. Même chose sur les droits des femmes et toutes les revendications féministes contre le patriarcat[14].

On a vu à quel point le mouvement féministe chilien était capable d'avoir une vision transversale et radicale pour répondre à la « précarisation de la vie », pour affronter le néolibéralisme, favoriser l'accueil digne des migrant·es, défendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de là pour penser les transitions, les décliner pays par pays, mais aussi par la reconstruction de solidarités régionales et internationales. Face au capital mondialisé, il est indispensable de penser aussi à ce niveau-là. Ceci sans céder aux sirènes du « patriotisme » d'une partie de la gauche, y compris décoloniale, en assumant qu'il faut effectivement « rêver » à nouveau, réinventer nos puissances collectives, aider à coconstruire les souverainetés populaires à plusieurs échelles (dont l'échelle nationale, c'est certain)[15].

Nous pensons que la situation est surdéterminée par la catastrophe (déjà en cours) du bouleversement climatique et qu'il faut tout repenser sur cette base si nous voulons éviter un véritable cataclysme. Le fameux « programme de transition » (proposé dès 1938 par Trotsky) doit ainsi être repensé de fond en comble. C'est dans cette perspective que la Quatrième internationale a versé au débat, en plusieurs langues, le Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, fruit d'une élaboration collective internationale de plusieurs années[16]. Les défis sont colossaux : il est urgent de « tirer le frein d'urgence », pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l'ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser. Comme l'écrit Daniel Tanuro, « il est trop tard pour être pessimistes »[17]. Trump, Netanyahu, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !

*

Cet entretien a été mené par Antoine Larrache pour la revue Inprecor (https://inprecor.fr), et actualisé pour Contretemps Web.

Notes

[1] « États-Unis : comprendre la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » et ses implications », Contretemps web, 16 janvier 2026.

[2] La nouvelle guerre froide, Gilbert Achcar, janvier 2024, Éditions du Croquant. Lire aussi « Aux origines de la nouvelle guerre froide. Entretien avec Gilbert Achcar », Contretemps web, 29 avril 2023.

[3] Diogo Machado, Francisco Louçã, « Nouvelles et anciennes oligarchies – Les transformations du régime d'accumulation du capital », Contretemps Web, 13 janvier 2026.

[4] Samir Amin, Le développement inégal, Éd. de Minuit, 1973 et Ernest Mandel, Le troisième âge du capitalisme, Édition 10/18, 1976. Pour une synthèse des débats sur l'impérialisme, voir Benjamin Bürbaumer, Le Souverain et le Marché. Théories contemporaines de l'impérialisme, Ed. Amsterdam, 2020.

[5] Benjamin Bürbaumer, Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La Découverte, 2024.

[6] La quatrième flotte de la marine militaire étatsunienne a été créée en 1943 pour faire face aux sous-marins allemands dans l'océan atlantique, puis dissoute en 1950. Elle a été reconstituée en 2008 pour veiller sur les côtes latino-américaines.

[7] Éric Toussaint, « Pourquoi les BRICS n'agissent pas contre le génocide en cours à Gaza », Contretemps web, 6 octobre 2025.

[8] Les États-Unis sont membres de l'OEA, mais pas de l'Union des nations sud-américaines (UNASUR), de la Communauté d'États latino-américains et caraïbes (CELAC) et de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).

[9] Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA selon la langue).

[10] Karina Nohales, Pablo Abufom Silva, « Kast : la “voie démocratique” vers le pinochetisme », Contretemp Web, 15 décembre 2025.

[11] Daniel Bensaid, Les irréductibles. Théorèmes de la résistance à l'air du temps, Textuel, 2001.

[12] Lire la démarche initiée par des militant·es latino-Américains « Arrêter l'offensive néocoloniale de Trump au Venezuela et en Amérique latine ».

[13] Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : https://antifas2026.org.

[14] Veronica Gago, La puissance féministe ou le désir de tout changer, Ed. Divergences, 2021.

[15] Collectif, « Rêver en matérialistes internationalistes », Contretemps web, 10 mars 2025.

[16] Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et édité par La Brèche.

[17] Daniel Tanuro, Trop tard pour être pessimistes ! Écosocialisme ou effondrement, Textuel, 2020

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Mexique : Déclaration finale du 8e Congrès continental de la CLOC–Via Campesina

Les organisations membres de la Coordination Latino-américaine des Organisations Paysannes (CLOC), courant continental de La Vía Campesina (LVC), plus de 400 délégué·es, (…)

Les organisations membres de la Coordination Latino-américaine des Organisations Paysannes (CLOC), courant continental de La Vía Campesina (LVC), plus de 400 délégué·es, originaires de vingt-et-un pays d'Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que de six pays d'Amérique du Nord, d'Afrique, d'Asie et d'Europe, nous nous sommes réuni·es à Oaxtepec, lieu où le grand dirigeant des Peuples de l'Anáhuac, Moctezuma Xocoyotzin, avait coutume de se rendre pour réfléchir aux problématiques de son époque.

22 février 2026 | tiré du site en les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/22/mexique-declaration-finale-du-8e-congres-continental-de-la-cloc-via-campesina/#more-102569

En renouant avec cet héritage, du 2 au 9 décembre 2025, nous avons tenu notre 8e Congrès continental de la CLOC–VC, afin de réfléchir aux défis, menaces et préoccupations auxquels sont confrontés nos peuples aujourd'hui, dans la recherche d'initiatives, d'actions, d'articulations et de propositions capables de doter nos peuples et nos organisations des outils et des solutions nécessaires pour poursuivre le chemin vers la souveraineté alimentaire et la transformation systémique pour un nouveau monde de justice, de paix et pour la vie de tous les êtres et de la Terre mère. Ce processus a débuté par une cérémonie autochtone réalisée par le groupe Tlahuikayotl, que nous remercions profondément pour nous avoir transmis les énergies de nos ancêtres.

Notre 8e Congrès continental s'est renforcé avec l'intégration officielle de quatre importantes organisations paysannes et autochtones du Mexique. Nous souhaitons ainsi la bienvenue à la CIOAC-JDLD, à l'UFIC, au MST et à la CNPA, qui rejoignent la CLOC–VIA CAMPESINA dans la région mésoaméricaine. Nous leur adressons notre reconnaissance et nos remerciements pour tout le travail accompli, pour l'acte organisé en hommage à notre général Emiliano Zapata et pour les alliances établies avec le gouvernement de la Quatrième Transformation qui ont rendu possible notre événement. Nous saluons également l'intégration de six importantes organisations paysannes et autochtones d'Amérique du Sud.

Cette Déclaration est le fruit d'un processus collectif, construite à partir de plusieurs mois de réflexion au sein de nos organisations, des réflexions de nos Assemblées des Diversités, des Jeunesses, des Femmes, ainsi que des journées de réflexion de notre 8e Congrès continental. Lors de ce Congrès, le rôle des Peuples originaires et des Communautés noires et quilombolas a également été reconnu, pour l'héritage historique qu'ils apportent à nos organisations.

La CLOC–Via Campesina affirme que le système alimentaire industriel est l'un des principaux responsables de la crise écologique mondiale et multidimensionnelle ; on estime qu'entre 44% et 57% de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la chaîne alimentaire industrielle ; l'agro-industrie n'alimente que 30% de la population mondiale tout en accaparant 75% des ressources agricoles disponibles ; la chaîne alimentaire industrielle favorise en outre la consommation de produits transformés au détriment des aliments frais et locaux. Celleux qui subissent le plus durement ses conséquences sont les paysan·nes, les Peuples originaires et les communautés noires, qui résistent à des sécheresses de plus en plus prolongées, à des inondations dévastatrices et à la perte de cultures mettant en danger la vie dans nos territoires.

Sœurs et frères, camarades, nous arrivons à ce 8e Congrès au cœur de crises globales structurelles qui frappent l'humanité et la nature : la crise climatique qui dévaste les territoires ; la crise alimentaire provoquée par le système agroalimentaire corporatif et l'agro-industrie ; la crise démocratique causée par l'avancée du fascisme, du racisme et du patriarcat ; et la crise économique, produit d'un modèle capitaliste qui concentre les richesses entre quelques mains, expulse nos peuples des campagnes et pille les biens communs de la vie.

À ces crises s'ajoute la nouvelle offensive de l'impérialisme nord-américain, qui cherche à recoloniser de vastes régions du monde, en particulier dans notre Amérique. Nous observons avec une immense inquiétude la menace que représente le retour de Donald Trump, qui a déclaré son intention de restaurer la doctrine Monroe, de déclarer la guerre aux Peuples d'Abya Yala et de transformer l'Amérique latine, et en particulier les Caraïbes, en un territoire soumis à un harcèlement militaire permanent. Le déploiement de flottes de guerre dans les Caraïbes vise à faciliter une intervention contre le Venezuela, mettant en péril la paix régionale dans le but de s'approprier le pétrole et les biens communs d'un peuple souverain.

Cette agression ne se limite pas au Venezuela : elle constitue un message adressé à toute la région, une tentative de démanteler tout projet populaire qui conteste le pouvoir et défend son territoire, comme c'est actuellement le cas dans ce grand pays qui nous a accueillis sur ses terres ancestrales. C'est pourquoi nous exprimons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement du Mexique face aux actions belliqueuses qui cherchent à le déstabiliser et à freiner les avancées historiques obtenues jusqu'à présent en faveur du peuple.

Dans ce contexte, cette Déclaration s'érige comme une boussole politique commune pour nos mouvements ; elle dénonce les systèmes du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme qui nourrissent la faim, la guerre et l'effondrement écologique ; elle guide les luttes pour la souveraineté alimentaire, la justice climatique et de genre, ainsi que les droits des peuples, à travers :

Le renforcement de notre capacité de confrontation, d'incidence, d'unité, de mobilisation et de lutte, à travers :

* La souveraineté alimentaire, l'agroécologie, la réforme agraire populaire et la défense des communs fondements du projet politique des paysan·nes, des Peuples originaires, des communautés noires et des diversités.

* La construction de réseaux de protection, de dénonciation et de solidarité continentale pour faire face à la militarisation et à la criminalisation.

* Le renforcement des espaces tels que la CELAC, l'ALBA, la FAO, la Journée continentale pour la démocratie et contre le néolibéralisme, ainsi que les parlements et gouvernements progressistes, afin de disputer les politiques publiques et l'intégration régionale.

* La construction d'un récit continental qui affronte le discours dominant de l'agro-industrie, défende les peuples de la terre et mette en évidence le rôle stratégique du paysannat, des Peuples originaires et des communautés noires face à la crise civilisationnelle.

* L'impulsion de l'Agenda d'Action Politique Commune, en articulation avec d'autres mouvements et plateformes globales présentes en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui luttent pour la justice climatique, l'économie sociale et solidaire, la santé des peuples et pour des alliances populaires avec d'autres organisations de travailleuses et travailleurs des campagnes et des villes.

De la même manière, nous nous engageons à œuvrer pour :

* L'élargissement de la participation et le renouvellement de la militance.

* Le renforcement de l'organicité continentale.

* La consolidation de la coordination continentale.

* L'élargissement et l'approfondissement de la Campagne Stoppons les violences faites aux femmes

* La construction politique et programmatique ainsi que la formation politique et idéologique.

* La durabilité politique, financière et solidaire.

* La réalisation d'actions et de journées de lutte unifiées.

* La communication et la bataille des récits.*L'impulsion de l'unité dans la diversité.

* Le renforcement de l'incidence dans les espaces multilatéraux de confrontation des politiques publiques, auprès des organismes internationaux et des gouvernements progressistes.

La CLOC réaffirme avec force que l'Amérique latine et les Caraïbes sont et doivent continuer d'être des territoires de paix. C'est pourquoi le 8e Congrès appelle toutes les organisations du champ ainsi que nos alliées et alliés à renforcer l'unité continentale et à construire un agenda stratégique de lutte.

Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons faire face aux crises globales, avancer vers la souveraineté alimentaire, le féminisme paysan et populaire, récupérer les savoirs ancestraux de nos Peuples originaires et défendre la vie face à celleux qui cherchent à la marchandiser.

Sœurs, frères, ami·es et camarades :
Face aux crises globales, nous construisons la souveraineté alimentaire !
Contre l'impérialisme et le fascisme, l'Amérique continue la lutte !

Vive la CLOC–Via Campesina !
Vive l'unité continentale !
Zapata vit, la lutte continue !
Mondialisons la lutte, mondialisons l'espoir !

Mexique, 9 décembre 2025
Cette publication est également disponible en Español.
https://viacampesina.org/fr/declaration-finale-du-8e-congres-continental-de-la-cloc-via-campesina/

Solidarité avec le peuple ukrainien

3 mars, par Comité international (CI) de la Quatrième Internationale — , ,
Le 24 février 2026 a marqué le quatrième anniversaire de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine. Le régime de Poutine pensait que ce serait le début d'une opération (…)

Le 24 février 2026 a marqué le quatrième anniversaire de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine. Le régime de Poutine pensait que ce serait le début d'une opération militaire rapide visant à installer un régime fantoche à Kiev. Cependant, la résistance déterminée du peuple ukrainien a contrecarré les plans russes d'une victoire rapide. Quatre ans plus tard, le peuple ukrainien continue de résister malgré d'insurmontables obstacles.

Tiré de Quatrième internationale
26 février 2026

Par Comité international (CI) de la Quatrième Internationale le 25 février 2026.

Ukraine
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La lutte ukrainienne est une lutte pour l'autodétermination d'un peuple historiquement opprimé et une lutte de résistance contre le régime d'extrême droite de Poutine qui vise à reconstruire l'empire russe. C'est une lutte qui mérite la solidarité de toutes celles et ceux qui soutiennent la démocratie et le droit à l'autodétermination.

Tout en étant solidaires du peuple ukrainien, nous restons, à l'instar de la gauche ukrainienne, critiques à l'égard du gouvernement de Volodymyr Zelensky : ses politiques économiques néolibérales et antisyndicales et ses tentatives de saper l'indépendance des principales institutions ukrainiennes de lutte contre la corruption. Comme l'a déclaré le Mouvement social ukrainien, « le principal obstacle à une mobilisation efficace des ressources est la politique néolibérale, qui privilégie la propriété privée avant tout, encourage la spéculation et permet l'accumulation de richesses par des particuliers ». Nous rejetons les politiques qui font peser le poids de la guerre sur les épaules des pauvres et des travailleur·euses, tandis que les riches continuent d'en tirer profit. Les oligarques doivent être contraints de payer.

Même en temps de guerre, la démocratie, les droits de la classe ouvrière et la justice sociale doivent être maintenus et défendus. C'est sur la base de leur propre position de classe et de leurs propres droits que les larges masses de travailleur·euses peuvent être mobilisées. Elles méritent un avenir qui vaut la peine d'être défendu. Il est essentiel d'améliorer les garanties sociales pour les personnes en service militaire, en particulier celles et ceux qui défendent l'Ukraine depuis 2022. Les travailleur·euses qui font fonctionner la société ukrainienne face aux attaques continues de la Russie ont besoin de soutien, tout comme les personnes qui ont fui les régions sous occupation russe.

Aujourd'hui, le régime Trump a redonné à Poutine une légitimité internationale. Il existe une affinité politique évidente entre les régimes américain et russe ; tous deux adoptent ouvertement des politiques impérialistes qui donnent aux grandes puissances les mains libres pour intervenir dans leurs soi-disant « sphères d'influence ». Le régime Trump est prêt à sacrifier l'Ukraine afin d'apaiser Poutine et d'éloigner la Russie de la Chine. Les classes dirigeantes européennes, quant à elles, utilisent la guerre de la Russie contre l'Ukraine comme excuse pour augmenter les dépenses militaires et mettre en œuvre des politiques d'austérité qui attaquent les droits des travailleur·euses et les acquis sociaux. L'impérialisme occidental cherche à imposer des politiques néolibérales et antidémocratiques en Ukraine tout en prétendant hypocritement défendre la liberté.

Nous avons vu comment les politiques de Trump ont alimenté l'agression russe. Les attaques russes visent systématiquement les infrastructures nécessaires pour fournir de l'électricité et du chauffage au peuple ukrainien. La Russie vise à briser la volonté de lutter des Ukrainien·nes. Et pourtant, l'Ukraine continue de résister.

La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine a causé des morts et des destructions à une échelle inimaginable, avec des centaines de milliers de victimes. Une « paix » selon les conditions de Poutine et Trump, négociée sans la participation du peuple ukrainien, ne serait pas une paix durable, mais seulement un pas vers de futures agressions d'une Russie enhardie. Une paix véritable n'est possible que sur la base de l'autodétermination, de la démocratie et de la justice sociale. La solidarité internationale avec le peuple ukrainien, sous forme d'aide pratique et de soutien politique aux organisations qui luttent pour les droits démocratiques et sociaux, reste une nécessité urgente.

Depuis le début, la Quatrième Internationale a soutenu la résistance ukrainienne contre l'impérialisme russe et a appelé les socialistes à organiser la solidarité internationale. Nous avons établi des liens avec des organisations sociales et politiques ukrainiennes, notamment avec nos camarades du Mouvement social. Nous avons également soutenu la lutte de nos camarades en Russie et en exil contre l'impérialisme russe.

À l'occasion du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de la Russie, nous réitérons notre soutien à la lutte ukrainienne et au peuple ukrainien. Nous exigeons le retrait complet des troupes russes et la libération des milliers de civils ukrainien·nes détenu·es dans des centres de détention en Russie et dans les zones de l'Ukraine sous contrôle russe. Nous rejetons le jeu des marchandages inter-impérialistes et appelons à ce que toutes les négociations soient publiques devant le peuple ukrainien.

Déclaration approuvée par le Comité international (CI) de la Quatrième Internationale le 25 février 2026.

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Trump et les nouvelles dynamiques guerrières

3 mars, par Antoine Larrache — , ,
Nigeria, Syrie, Ukraine, Palestine, Congo, Soudan, Venezuela… les zones de guerre se sont multipliées extrêmement rapidement. L'attaque militaire contre le Venezuela marque un (…)

Nigeria, Syrie, Ukraine, Palestine, Congo, Soudan, Venezuela… les zones de guerre se sont multipliées extrêmement rapidement. L'attaque militaire contre le Venezuela marque un saut qualitatif dans l'interventionnisme étatsunien, qu'on ne peut distinguer de l'offensive policière et raciste menée en interne du pays avec l'ICE.

Tiré de Inprecor 741 - février 2026
16 février 2026

Par Antoine Larrache

© The White House

L'offensive de Trump est globale, elle est la réaction face à la perte d'hégémonie, notamment économique, des États-Unis, et face à la crise globale du système. Cette dernière est fondamentalement due à l'incapacité d'augmenter les taux de profit et l'accumulation après les chocs de 2008 et 2020. Les grandes entreprises technologiques veulent, comme Trump, s'approprier les matières premières – le pillage et la spoliation sont le plus court chemin vers plus de profits. C'est un impérialisme (néo)colonialiste et d'expropriation.

Un saut qualitatif dans l'offensive impérialiste

L'enlèvement de Maduro et le deal avec au moins une partie de bolibourgeoisie pour réintégrer le Venezuéla dans la zone de domination américaine constituent un saut qualitatif. C'est une intervention meurtrière et sans précédent depuis plusieurs décennies dans la politique intérieure d'un pays indépendant. Mais cela s'inscrit en cohérence avec les bombardements au Nigeria, l'interventionnisme en Argentine en soutien à Milei, l'alignement de tous les régimes arabes – notamment du nouveau pouvoir en Syrie – sur Israël et les États-Unis, le rôle joué par les États-Unis en RDC, le vote de l'Algérie pour le plan Trump, etc. En bazardant au passage l'ensemble des institutions internationales gérant l'ordre mondial depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans de très nombreux pays du monde, cette reconstruction de la sphère d'influence étatsunienne se réalise par le biais de régimes ultra-autoritaires et libéraux, car la fonction de ces gouvernements est d'imposer aux classes populaires des transferts de matières premières (notamment pour les énergies et l'informatique) à bas prix vers les États-Unis, ainsi que des évolutions dans l'organisation internationale du travail (notamment par le biais des droits de douane de Trump). L'alliance entre Trump et les extrêmes droites mondiales n'est pas principalement idéologique, elle est le produit de besoins économiques et de contrôle.

D'ailleurs, ce processus est comparable aux rapports coloniaux et semi-coloniaux qui ont toujours existé, à ce qu'a fait la France en Afrique pendant des décennies en maintenant au pouvoir des dictatures sanguinaires, et ce que fait la Russie en Biélorussie, ce qu'elle a fait autrefois en Syrie, etc.

Un multi-impérialisme guerrier et autoritaire

L'interventionnisme impérialiste des États-Unis est comparable en de nombreux points à la guerre menée par la Russie en Ukraine et aux grandes manœuvres commerciales menées par la Chine : il s'agit pour chacun des impérialismes de solidifier et élargir ses sphères d'influence.

En ce sens, nous sommes déjà entrés dans une forme de guerre mondiale. Pour une période encore relativement longue, les classes dirigeantes évitent sciemment des affrontements directs entre elles, qu'elles savent destructrices. Sergueï Karaganov, conseiller de Poutine, le formule explicitement : « La situation la plus avantageuse serait de parvenir à une configuration dans laquelle quatre grandes puissances travailleraient de concert à définir les règles de conduite dans le monde à venir. Ces quatre grandes puissances sont la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Inde » (1). Mais il n'est pas interdit d'imaginer que cela puisse changer : en effet, une réponse logique à l'offensive des États-Unis sur le Venezuela serait l'envahissement de Taïwan par la Chine. Quelle sera alors la réaction de Trump ?

Le déclin du « vieux continent »

L'Europe est, dans ce contexte, un agent relativement passif. Son manque d'homogénéité, la faiblesse de sa direction politique et ses difficultés économiques l'empêchent de réagir aux niveaux dont sont capables les grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine. La France est paralysée par sa crise politique et économique et la perte de sa sphère d'influence en Afrique, et la bourgeoisie privilégie à ce jour, comme en Belgique et en Italie, une succession de batailles antisociales – notamment la privatisation de toute la sphère de la reproduction sociale et le démantèlement des services publics – visant à mettre sous perfusion un capital de moins en moins concurrentiel. L'Allemagne tente de jouer sa propre carte, ou du moins de prendre l'ascendant sur la France, par son plan de 1 000 milliards d'investissements militaires, un plan qui sera certainement difficile à tenir du fait des difficultés économiques du pays et de l'Union européenne. Une dislocation, cohérente avec les visées nationalistes des extrêmes droites, n'est plus inimaginable.

Quelques points d'analyse

Dans ce contexte, les peuples et la classe ouvrière sont désorientés, même s'il existe des éléments de réponse, semi-spontanés, sur lesquels nous pouvons nous appuyer.

Un premier bilan de la situation est que le nationalisme sans contenu de classe ne produit pas de dynamique suffisante, sur le plan interne comme dans les rapports de forces internationaux, pour faire face à la réorganisation en cours : le nationalisme des régimes vénézuélien et algérien n'a pas permis de tracer un chemin alternatif, notamment car ils sont incapables de construire une alternative dans le cadre de l'imbrication des échanges commerciaux internationaux. Comme Lula au Brésil, leur politique n'est pas anti-impérialiste, il s'agit plutôt d'une tentative de négocier un espace dans le cadre des nouveaux rapports multi-impérialistes.

Cependant, il nous faut soutenir sans condition les démarches de résistance à l'impérialisme, même limitées, qui existent au niveau étatique, au Mexique, au Brésil, en Colombie, à Cuba, afin d'affaiblir les grandes puissances et de renforcer les dynamiques populaires. La liste est courte, car la chute de l'URSS et la réorganisation néolibérale ont brisé toutes les capacités de résistances dans le cadre d'une économie mondiale très fortement intégrée. La Palestine et le mouvement mondial de solidarité constituent un des symboles de la résistance anti-impérialiste. Les résistances en Ukraine et au Rojava peuvent jouer un rôle similaire. Le soutien inconditionnel à la résistance des peuples opprimés reste notre boussole, mais il n'est pas acritique. En particulier, il faut interroger le rôle de l'État et de la propriété privée dans ce cadre : toute démarche qui se concentre sur des changements par en haut, au détriment de l'auto-activité des classes populaires, en particulier de la classe ouvrière, est vouée à l'échec.

Partout dans le monde – et particulièrement dans les pays impérialistes occidentaux –, les classes populaires font face à l'offensive bourgeoise : les classes dominantes cherchent à briser le mouvement ouvrier, et elles utilisent les extrêmes droites et accentuent les divisions raciales pour défendre des projets nationaux hostiles au reste du monde et surexploiter les personnes racisées. Les réponses collectives contre l'ICE aux États-Unis et les grèves de masse qui existent régulièrement en Europe sont la meilleure réponse à cette offensive.

Discuter et tester des mots d'ordre anti-impérialistes

Pour combiner notre compréhension anti-impérialiste et lutte de classe, nous devons travailler à la formulation d'un programme transitoire répondant au maximum d'enjeux en un nombre limité de points. C'est le sens du Manifeste pour une révolution écosocialiste de la IVe Internationale. Celui-ci doit cependant être adapté et testé au fur et à mesure des évolutions de la situation. Parmi les éléments à tester, on peut trouver :

• Le refus de toute ingérence impérialiste dans les affaires d'un pays dominé, que ce soit par les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, etc. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'arrêt des guerres et de la course aux armements.

• La solidarité entre les peuples contre la concurrence capitaliste concernant les prix, le pillage des matières premières, l'organisation écocide des circulations de marchandises et de gestion de l'énergie. Cela passe notamment par le monopole du commerce extérieur, le refus de sa soumission au privé, et des relations entre les nations équilibrées et démocratiquement surveillées, notamment par la fin du secret bancaire.

• L'abolition des dettes illégitimes, afin de permettre aux États de financer leur développement et leurs dimensions sociales, le dédommagement pour les violences coloniales, depuis l'esclavage jusqu'au génocide de Gaza.

• La liberté d'organisation des partis, des syndicats et de la presse, la libération de tou·tes les prisonnier·es politiques.

• La fin des inégalités de genre, en particulier le droit des femmes à disposer de leur corps, la liberté sexuelle et le refus de toute mesure transphobe.

• La socialisation, notamment dans le cadre de la crise écologique, des sociétés de l'énergie, des transports et des banques.

Préparer les prochains affrontements

On ne peut pas savoir d'où viendront les prochaines grandes crises politiques, voire révolutionnaires. Mais les masses ne laisseront pas sans réaction une offensive généralisée visant à décupler l'exploitation, à spolier les matières premières nationales, à casser la démocratie bourgeoise et à réprimer massivement. Surtout dans le contexte d'une crise écologique croissante et qui accélère toutes les autres. De nombreux pays vivent des mobilisations de masse, parfois inattendues. Il y en aura d'autres, très rapidement.

Cette période est très complexe. Les organisations réformistes, liées par de multiples biais à l'appareil d'État et à leur bourgeoisie, développent des orientations très éloignées des enjeux de la période. Mais elles incarnent, de façon déformée, l'état de conscience des classes populaires. Il est par conséquent plus que jamais nécessaire de combiner une orientation de front unique sur quelques points clés, variables selon les situations, pour mettre en mouvement les masses, avec des explications très radicales, permettant de donner confiance aux franges conscientes pour qu'elles ne se perdent pas dans le gauchisme, le sectarisme et le campisme que certains courants staliniens ou gauchistes tentent de faire prospérer.

À nous de tout faire pour qu'une conscience internationaliste se solidifie, capable de lier les intérêts des peuples et en particulier des classes ouvrières pour mettre en œuvre un programme de rupture anticapitaliste internationaliste.

Le 26 janvier 2026

1. « Un proche de Poutine affirme que les États-Unis n'interviendront pas si la Russie frappe l'Europe », Kyiv Independent, 31 décembre 2025, traduit par Le Grand Continent.

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