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Deepfakes visant Julia Mengolini en Argentine : RSF est amicus curiae dans ce dossier judiciaire et alerte sur l’escalade des violences sexistes en ligne
La justice argentine a accepté la demande de Reporters sans frontières (RSF) d'intervenir en tant qu'amicus curiae — un mécanisme permettant à des organisations de soumettre des arguments juridiques et techniques — dans l'affaire portée par la journaliste Julia Mengolini, fondatrice de la radio indépendante Futurock contre plusieurs accusés dont le président Javier Milei.
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/12/deepfakes-visant-julia-mengolini-en-argentine-rsf-est-amicus-curiae-dans-ce-dossier-judiciaire-et-alerte-sur-lescalade-des-violences-sexistes-en-ligne/?jetpack_skip_subscription_popup
RSF dénonce des violences en ligne à caractère sexiste de plus en plus banalisée contre les femmes journalistes en Amérique latine. L'organisation alerte sur des campagnes coordonnées de haine, d'humiliation sexualisée, de désinformation et de harcèlement, utilisées pour réduire au silence les voix critiques et encourager l'autocensure.
Deepfakes à caractère pornographique, menaces de mort et de violences sexuelles, actions judiciaires, attaques diffamatoires… Cette campagne de harcèlement visant la journaliste Julia Mengolini a été menée en juin 2025, par des figures proches du président de la République argentine, Javier Milei. Ce dernier est d'ailleurs lui-même l'auteur de93 publications sur la plateforme X en l'espace de 48 heures, selon la journaliste.
La journaliste, fondatrice de la radio indépendante Futurock, connue pour ses prises de position critiques, venait alors d'évoquer dans une émission télévisée sur la chaîne C5N les relations entre Milei et sa soeur. Julia Mengolini a porté plainte en août 2025, ce qui a conduit, vu l'ampleur de la campagne en ligne, à lamise en examenpar un procureur du président Milei, de membres de son gouvernement et de partisans, pour menaces et harcèlement envers la journaliste.
Après avoir déjà alertésur l'intensification du harcèlement contre les journalistes sous le gouvernement Milei, RSF a fait une demande pour être partie prenante de la procédure judiciaire en cours, en tant qu'amicus curiae. La demande a été acceptée par la justice argentine. Par cette intervention devant les tribunaux, RSF souhaite apporter une perspective internationale en matière de liberté de la presse, de sécurité des journalistes et de violences sexistes faites aux femmes dans les espaces numériques.
« Les attaques contre Julia Mengolini ne sauraient être considérées comme un différend individuel, ni comme une expression légitime dans le débat public. Ce sont de graves entraves à l'exercice du journalisme. Cette affaire montre comment la violence sexiste en ligne est devenue une forme contemporaine de censure. La création et la diffusion de faux contenus à caractère sexiste et sexuel générés par intelligence artificielle, ainsi que les menaces et les campagnes coordonnées de harcèlement, ne visent pas seulement à nuire à une journaliste. Elles sont conçues pour intimider d'autres femmes qui enquêtent, expriment des opinions ou critiquent le pouvoir, en tant que journalistes. La justice argentine doit examiner ces faits sous l'angle de la liberté de la presse et du genre, et reconnaître que de telles attaques affectent directement le droit à être informé. RSF exhorte les autorités et les plateformes numériques à agir contre la production et la diffusion de deepfakes, en particulier lorsqu'ils sont utilisés pour intimider des journalistes ou les exclure du débat public ».Artur Romeu Directeur du bureau Amérique latine de RSF
Julia a été nommée au Prix RSF 2026 dans la catégorie Indépendance, qui récompense les professionnels et les organisations résistant aux pressions politiques, économiques et institutionnelles en défense de la liberté de la presse. Cette nomination souligne l'importance du travail de Julia qui, malgré les pressions, a continué à exercer son activité journalistique et à dénoncer les mécanismes de persécution contre la presse.
Escalade des violences en ligne utilisant l'IA
L'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour fabriquer de faux contenus aggrave l'impact de ces campagnes. Dans une analyse de 100 cas de deepfakes qui ont visé des journalistes dans 27 pays entre décembre 2023 et décembre 2025, RSF a constaté que trois quarts des victimes (74%) étaient des femmes et que 13% d'entre elles avaient été ciblées par des deepfakes à caractère pornographique. Le cas de Julia Mengolini y est d'ailleurs inclus afin d'illustrer l'utilisation de tels contenus pour dégrader, intimider et nuire à la crédibilité professionnelle des femmes journalistes. Cette forme d'attaque a également été documentée par RSF dans son étude exclusive intitulée « Le journalisme à l'ère #MeToo » parue en octobre 2024.
Les insultes, la diffamation et les menacesvisant les journalistes et les médias critiques sont devenues monnaie courante sous l'administration de Javier Milei. Ce contexte inquiétant se reflète dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, oùl'Argentine occupe la 98e place sur 180 pays et territoires, soit une baisse de 11 places par rapport à 2025. En 2023, avant l'arrivée au pouvoir de Javier Milei, le pays occupait la 40e place.
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Portugal : Grève générale
Le fort taux de participation à la grève générale a contraint les hôpitaux et les transports à fonctionner en service minimum, arrêté la production dans de nombreuses entreprises et fermé les écoles et les services publics dans tout le pays.
4 juin 2026
Photo et article tirés de N PA 29
La grève générale convoquée pour ce mercredi par la CGTP, avec le soutien de huit syndicats de l'UGT et de nombreux syndicats indépendants, a démarré avec un taux de participation élevé, notamment dans les secteurs des transports, de la santé et de l'éducation.
« C'est une grande grève générale, les données dont nous disposons pour la période de nuit témoignent de la grande disponibilité des travailleurs à faire de cette journée un grand jour de lutte », a déclaré ce matin le secrétaire général de la CGTP devant l'une des écoles de Lisbonne en grève.
D'après les données collectées jusqu'alors, Tiago Oliveira a indiqué aux journalistes que « les hôpitaux fonctionnent en service minimum, dans la collecte des déchets solides urbains le taux de participation a atteint 100 % dans la majorité des districts, les ports de Setúbal et de Sines sont fermés, les transports connaissent un très fort taux de participation dans le métro de Lisbonne, la Transtejo, la Soflusa, la CP et dans le secteur aérien. Et dans l'industrie, nous avons un grand nombre d'entreprises avec une participation à 100 % ou avec la production à l'arrêt. »
Pour le dirigeant de la CGTP, « l'ampleur de cette journée révèle que les travailleurs ont parfaitement conscience de ce qu'est le paquet social », un projet présenté « avec le tampon du 21e siècle et des mesures du 19e siècle ».
Tiago Oliveira n'attend pas du gouvernement qu'il change de cap, car il « a fait preuve d'arrogance et d'autoritarisme dans la façon dont il a conduit le processus », et les déclarations du Premier ministre à la veille de la grève générale « témoignent d'un manque d'humilité et d'une méconnaissance de la réalité ». C'est pourquoi « ce sont les travailleurs qui vont mettre en échec le paquet social ».
À Lisbonne, les syndicats ont annoncé dès le début de la matinée un taux de participation de 100 % dans les hôpitaux São José et São Francisco Xavier, ainsi qu'à l'hôpital São João de Porto et à Coimbra, et de 90 % à l'hôpital Santa Maria.
Les trains de la CP ne circulent qu'en service minimum, tout comme les principales entreprises de transport public où celui-ci a été décrété. Dans l'aviation, les syndicats font état de 500 vols annulés.
À Porto, le secrétaire général de la Fenprof, Francisco Gonçalves, a indiqué que la fermeture de la majorité des établissements scolaires de la ville était attendue. Le paquet social apporte davantage de difficultés pour les personnels enseignants, et le dirigeant syndical pointe en particulier, comme mesure néfaste, l'instauration d'une banque horaire individuelle, qui « serait un désastre absolu dans la vie personnelle des enseignants, déjà suffisamment désorganisée ».
Après avoir participé la veille à des piquets de grève chez Vidralva, à Marinha Grande, et au métro de Lisbonne, José Mhttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=170#anuel Pureza a commencé la journée avec les travailleurs d'Autoeuropa. « La participation est très forte et, Autoeuropa étant très emblématique, c'est un motif d'espoir », a déclaré le coordinateur du Bloco aux journalistes, soulignant que « ce qui est en jeu est décisif pour mettre fin à cette proposition, qui doit être battue politiquement au Parlement ».
Pureza a ajouté que cette grève générale « est une journée très importante et constitue un motif d'immense espoir pour ceux qui refusent que leur vie et leurs salaires se détériorent davantage et que leur temps de travail s'allonge encore ».
Publié le 3 juin 2026 par Esquerda.net
https://inprecor.fr/
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Violences faites aux femmes au Sénégal : entre avancées sociales et pratiques traditionnelles
Malgré les progrès réalisés en matière de protection des droits des femmes, les violences basées sur le genre et certaines pratiques traditionnelles continuent d'affecter le bien-être de nombreuses femmes au Sénégal. Violences physiques, psychologiques, économiques, mariages précoces ou encore excision demeurent des réalités observées dans plusieurs contextes sociaux. Si des initiatives publiques et communautaires ont permis des avancées importantes, des défis persistent, notamment dans certaines zones où les traditions sociales conservent une forte influence.
Tiré de la page web Journal d'Alter
26 mai 2026
photo : Réunion de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines au Mali. source EQUIPOP https://equipop.org/
Par Isboulah Diouf, correspondant du Sénégal
L'ampleur de ces violences continue de susciter des préoccupations. Selon l'Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes (ENR-VFF), réalisée par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) avec l'appui d'ONU Femmes, 31,9 % des femmes âgées de 15 ans et plus déclarent avoir subi au moins une forme de violence au cours des douze derniers mois. Les violences psychologiques figurent parmi les formes les plus fréquemment rapportées.
Des violences aux formes multiples
Les violences faites aux femmes prennent différentes formes et touchent des femmes de tous âges et de toutes conditions sociales. Elles peuvent être physiques lorsqu'elles se traduisent par des agressions ou des coups, psychologiques à travers les humiliations, intimidations ou menaces, sexuelles lorsqu'elles impliquent des actes imposés sans consentement, mais aussi économiques lorsque certaines femmes se retrouvent privées d'autonomie financière ou exclue de certaines décisions importantes au sein du foyer.
Ces violences demeurent peu dénoncées. La peur des jugements sociaux, les dépendances économiques ou encore certaines pressions familiales peuvent expliquer le silence de nombreuses victimes. Cette réalité complique parfois la prise en charge et limite la visibilité du phénomène dans certaines communautés.
Des pratiques traditionnelles encore présentes dans certains milieux
Au-delà des violences directes, certaines pratiques traditionnelles continuent d'avoir des répercussions importantes sur la santé et le bien-être des femmes. Bien qu'elles soient souvent associées à des normes culturelles ou sociales anciennes, plusieurs d'entre elles font aujourd'hui l'objet de débats croissants en raison de leurs conséquences physiques, psychologiques et sociales.
Le mariage précoce ou forcé constitue l'une des préoccupations souvent évoquées. Dans certaines situations, il peut entraîner un abandon scolaire, une dépendance économique accrue ou une maternité à un âge précoce, limitant parfois les perspectives d'autonomisation des jeunes filles.
La question de l'excision, également appelée mutilation génitale féminine, demeure également un sujet sensible au Sénégal. Bien que cette pratique soit interdite par la loi depuis plusieurs années et que des campagnes de sensibilisation aient contribué à son recul, elle reste observée dans certaines localités du pays, notamment dans des zones où elle est perçue comme un rite social ou culturel. Selon l'UNICEF, près d'une femme sur quatre âgée de 15 à 49 ans aurait subi une forme d'excision au Sénégal, avec des disparités importantes selon les régions. Les taux les plus élevés sont signalés dans certaines parties de Kédougou, Sédhiou, Matam, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor.
Cette pratique est souvent justifiée dans certains milieux par des considérations culturelles, familiales ou liées aux traditions. Toutefois, les professionnel.les de santé et organisations de protection des femmes alertent régulièrement sur les conséquences possibles : douleurs importantes, infections, complications pendant l'accouchement, traumatismes psychologiques ou encore effets durables sur la santé reproductive.
Des conséquences importantes sur le bien-être des femmes
Les violences et les pratiques traditionnelles néfastes peuvent avoir des effets considérables sur la vie des femmes. Sur le plan physique, elles exposent certaines victimes à des blessures, des complications médicales ou des douleurs chroniques. Sur le plan psychologique, elles peuvent entraîner un stress prolongé, une perte de confiance en soi ou des traumatismes émotionnels parfois durables.
Les impacts économiques et sociaux demeurent également importants. Une femme confrontée à des violences répétées ou privée d'éducation en raison d'un mariage précoce peut rencontrer davantage de difficultés à accéder à un emploi stable ou à participer pleinement à la vie économique et sociale. Dans certains cas, ces situations contribuent à renforcer les inégalités déjà existantes.
Une mobilisation croissante pour la protection des femmes
Face à ces réalités, plusieurs initiatives sont mises en œuvre par les autorités publiques, les organisations de la société civile et les structures communautaires afin de renforcer la protection des femmes. Les campagnes de sensibilisation, les programmes d'éducation des filles ainsi que les mécanismes d'accompagnement juridique et psychosocial occupent une place importante dans les stratégies de prévention.
Des organisations internationales comme l'UNICEF et le Fonds des Nations unies pour la population soutiennent également des actions de dialogue avec les familles, les leaders communautaires et religieux afin d'encourager l'abandon progressif des pratiques jugées néfastes au bien-être des femmes. Plusieurs estiment que l'évolution durable des comportements repose autant sur l'éducation et la sensibilisation que sur les mesures légales.
La question des violences faites aux femmes et des pratiques traditionnelles néfastes demeure un enjeu majeur de santé publique et de développement social au Sénégal. Si des progrès sont observés grâce aux politiques publiques et aux actions communautaires, certaines réalités persistent encore dans plusieurs contextes sociaux. La poursuite des efforts de sensibilisation, l'accès à l'éducation ainsi que le renforcement des mécanismes de protection apparaissent comme des leviers importants pour améliorer durablement le bien-être et la dignité des femmes.
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Corée du Sud : Samsung a dû payer !
La mobilisation de dizaines de milliers de travailleurs de Samsung Electronics a marqué les esprits, y compris ici en France.
07 juin 2026
Photo et article tiré de NPA 29
Illustration - Samsung a dû payer
Les images de la journée de mobilisation du 23 avril ont montré près de 40 000 travailleurs rassemblés de façon très organisée, presque militaire, comme c'est de tradition pour les syndicats de Corée du Sud.
Ce rassemblement était d'autant plus marquant qu'il avait lieu non pas à Séoul, capitale du pays, mais dans une ville de province où Samsung Electronics a ses sites de production les plus importants. Et, durant quelques heures, notamment dans la division des puces mémoires, la production a largement été bloquée. Suite à cela, le syndicat, qui est en pleine expansion (ses effectifs sont passés de 6 000 à 75 000 syndiqués en sept mois), a adressé un ultimatum à la direction. Il aurait appellé à une grève totale pour dix-huit jours du 21 mai au 7 juin, si la direction n'acceptait pas de négocier le montant d'une prime annuelle de plusieurs centaines de milliers d'euros.
Ce montant est au niveau des profits du groupe et de l'envolée boursière de ses actions. En effet, la spéculation mondiale dans le domaine de l'intelligence artificielle a fait que Samsung a vu sa capitalisation boursière dépasser les mille milliards de dollars et le prix de son action multiplié par six en un an. Avec sa revendication, le syndicat de Samsung Electronics ne faisait d'une certaine manière que revendiquer que les travailleurs qui sont à la source de toute cette richesse ait « leur part du gâteau ».
Du côté patronal et gouvernemental, il y a eu un matraquage pour dénoncer ces travailleurs qui « en demandaient trop ». Le gouvernement démocrate, qui se prétend à l'écoute des salariés, a mis tout son poids contre les travailleurs de Samsung. Mais il faut croire que la direction de Samsung n'avait pas envie qu'une réelle grève éclate et a préféré reculer plutôt que de tenter la confrontation. Une heure à peine avant la fin de l'ultimatum fixé par le syndicat, la direction a fait un pas en arrière. Cela a suffi pour que le jeune syndicat de Samsung Electronics lève son appel à la grève, empêchant les travailleurs de Samsung de mesurer leur force.
Après négociation, une augmentation de salaire de 6,2 % a été obtenue pour l'ensemble des 130 000 salariés de Samsung Electronics. La direction a aussi cédé une prime de près 300 000 euros pour les 28 000 salariés de la division puces mémoire, de 90 000 euros pour les 50 000 autres salariés de la division semi-conducteurs et enfin une de 3 000 euros pour 52 000 autres salariés des divisions téléviseurs et téléphones mobiles. Diviser pour régner, telle a été sa politique ! Et puis, pour plus de 85 % ces primes seront constituées d'actions Samsung Electronics. Ce qui signifie que si demain la bulle spéculative de l'intelligence artificielle éclate et que cette action s'effondre, la prime se dégonflera automatiquement.
Cela dit, le recul de la direction du plus grand trust sud-coréen, réputée très antisyndicale, est une victoire marquante. Et les travailleurs de Samsung Electronics ont pu l'obtenir parce que, en plus de leur propre mobilisation, ils ont bénéficié du contexte créé par les luttes d'autres travailleurs ces derniers mois.
Au mois de janvier, 18 000 conducteurs de bus de Séoul s'étaient mis en grève deux jours, pour des augmentations de salaire. Mais, surtout, il y a eu la grève des camionneurs contre leur statut de travailleurs indépendants, obligés de travailler 70 heures par semaine pour un revenu mensuel d'à peine 1 200 euros après déduction de leurs frais professionnels. Trois jours avant le rassemblement des travailleurs de Samsung, un épisode dramatique a eu lieu lors d'un piquet de grève des camionneurs qui bloquait un entrepôt.
Ce jour-là, la direction de la chaîne de supermarchés pour laquelle ils travaillent a envoyé des briseurs de grève avec un camion bélier pour forcer le piquet. Un gréviste a été tué et la police présente a empêché les autres de porter secours à leur camarade. Sept jours après ce drame, 9 000 camionneurs se sont rassemblés pour dénoncer ce meurtre et continuer leur combat. Cela a fait céder la direction, qui a accordé 7 % de hausse de salaire et quatre jours supplémentaires de congés payés par an. Voilà le contexte dans lequel la grève de Samsung Electronics a eu lieu.
Et, dans ce pays très industrialisé et très ouvrier, où il existe encore, parmi les travailleurs, la mémoire vivante des grandes luttes ouvrières des années 1980 et 1990 contre la dictature militaire et le grand patronat, la classe dirigeante et le gouvernement ont également cette mémoire. Et le montant de la prime accordée à ceux de Samsung Electronics mesure peut-être leur crainte d'un retour de la combativité des travailleurs de Corée du Sud.
Pierre Royan
https://www.lutte-ouvriere.org/
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Le combat pour l’abolition de l’excision en Égypte
Entre un cadre juridique renforcé mais rarement appliqué, une « médicalisation clandestine » qui sécurise les esprits sans réduire les risques et des traditions patriarcales qui font de cette pratique une condition de « pureté » et de mariage, le combat pour l'abolition de l'excision en Égypte bute sur un mur culturel. Comment faire respecter la loi, se demande le site « The Conversation », quand la famille devient le premier relais de la mutilation, au nom de l'honneur et de l'intégration sociale ?
Par La rédaction de Mondafrique -27 mai 2026
Imad Khillo
Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d'études et de recherche sur la diplomatie, l'administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes
Le 6 février 2026, à l'occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines (MGF, dont l'excision n'est qu'une des formes), une déclaration conjointe de l'Unicef et de l'UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) a rappelé que ces violences concernent des millions de femmes. Chaque année, 4,5 millions de jeunes filles restent exposées au risque de MGF dans le monde, et on estime que plus de 230 millions de femmes et de filles vivantes aujourd'hui ont subi de telles mutilations.
Cette pratique demeure très courante dans plusieurs pays d'Afrique ainsi qu'en Indonésie, en Irak et au Yémen. L'Égypteaffiche l'un des taux les plus élevés du monde : selon les données de l'Unicef, près de 9 femmes sur 10 y ont subi une forme de mutilation génitale.
L'excision est pourtant interdite dans le pays. Mais elle continue de se pratiquer dans des cadres clandestins, ce qui met en lumière les limites des politiques publiques face à des normes sociales profondément enracinées.
Un cadre juridique renforcé, mais limité dans son efficacité
En Égypte, l'excision, principale forme de MGF, constitue une infraction pénale ; elle estinterdite par la loi depuis 2008. Au départ, les sanctions pouvaient aller jusqu'à deux ans de prison et une amende. Face à la persistance de la pratique, les peines encourues ont été alourdies en 2016 : les auteurs risquaient alors entre cinq et sept ans d'enfermement, et les personnes ayant encouragé la commission du crime (par exemple les parents) pouvaient désormais également être sanctionnées.
De nouvelles réformes adoptées au début des années 2020, notamment en 2021, ont encore durci les peines, qui peuvent désormais atteindre jusqu'à vingt ans de prison lorsque l'excision provoque une infirmité permanente ou le décès de la victim
Toutefois, la jurisprudence égyptienne en matière d'excision reste extrêmement limitée et concentrée sur quelques affaires emblématiques. La mort en 2013 de Sohair al-Bataa, âgée de 13 ans, a conduit à la condamnation d'un médecin deux ans plus tard : ce fut la première véritable application de la loi criminalisant l'excision. D'autres affaires, notamment en Haute-Égypte, en 2020–2021, montrent que les poursuites judiciaires interviennent essentiellement en cas de décès, dans un cadre domestique ou médicalisé. Et, malgré le durcissement du droit pénal en 2021, les condamnations restent rares.
Une mobilisation ancienne, des avancées religieuses et institutionnelles
En réalité, la lutte contre l'excision en Égypte s'inscrit dans un processus ancien de mise en avant des droits des femmes dans le débat public. Dès les années 1990 etsurtout dans les années 2000, Suzanne Moubarak, première Dame d'Égypte et présidente du Conseil national de la femme créé en 2000, joue un rôle important dans la médiatisation du sujet. Avec des organisations internationales, elle lance des campagnes dénonçant les mutilations génitales féminines comme une « violence », et non une « pratique culturelle », contribuant ainsi au renforcement de l'interdiction de 2008.
Cette année-là, une évolution importante intervient sur le plan religieux : le grand mufti Ali Gomaa condamne les mutilations sexuelles féminines par une fatwa, tandis quel'université Al-Azhar, qui fait autorité dans l'islam sunnite, affirme que cette pratique n'a « aucun fondement dans la charia ». Ces prises de position participent à la délégitimation religieuse de l'excision : longtemps, certains de ses promoteurs avaient affirmé qu'elle était conforme à l'islam, voire recommandée sur le plan religieux.
L'Église copte orthodoxe (à laquelle se rapportent environ 10 % des Égyptiens) joue également un rôle dans cette dénonciation. Des responsables religieux, comme le pape Shenouda III dans les années 1990 et 2000, expliquent que l'excision ne relève pas de la doctrine chrétienne. Cette position est réaffirmée par le pape Tawadros IIqui, en 2021, soutient des initiatives appelant à l'élimination totale de l'excision et la qualifie de « violation grave des droits humains ».
En 2020, le programme « Safe Women Clinics » a été lancé avec des partenaires gouvernementaux et internationaux dans le cadre de la Stratégie nationale pour les femmes liée aux objectifs de développement durable à l'horizon 2030. Il vise à améliorer l'accès des femmes et des filles à des services de santé adaptés, à mieux prendre en charge les victimes et à prévenir les violences de genre, dont l'excision. Dans ce cadre, l'UNFPA, le Conseil national de la femme et l'hôpital universitaire de Fayoum ont inauguré une nouvelle « Safe Women Clinic » le 10 février 2025.
Malgré ces initiatives, la « médicalisation clandestine » de l'excision reste très préoccupante. Plus de 70 % des excisions en Égypte sont aujourd'hui réalisées – illégalement, on l'aura compris – par des professionnels de santé, souvent dans des cliniques privées. Cette pratique donne une impression de sécurité alors que lesrisques restent graves : infections, complications obstétricales, hémorragies, voire décès de jeunes filles.
Sur le plan médical, les mutilations génitales féminines comprennent plusieurs pratiques non thérapeutiques classées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en quatre types. Le type I correspond à la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du clitoris). Le type II, le plus répandu en Égypte, consiste en l'ablation du clitoris et des petites lèvres, parfois aussi des grandes lèvres. Le type III, ou infibulation, est la forme la plus grave et provoque un rétrécissement presque complet de l'orifice vaginal. Enfin, le type IV regroupe d'autres pratiques comme la perforation, l'incision ou la cautérisation.
Selon l'OMS etl'Unicef, toutes ces formes peuvent entraîner des complications immédiates (douleurs, hémorragies, infections) et des séquelles durables (troubles urinaires, complications obstétricales, traumatismes psychologiques), parfois jusqu'à la mort. Le constat scientifique est sans appel : ces pratiques ne présentent aucun bénéfice médical, mais sont porteuses de très grands dangers.
En outre, la médicalisation de l'excision rend cette dernière plus difficile à détecter et à sanctionner. Car, malgré le durcissement des lois, les poursuites restent limitées : de nombreuses familles hésitent à porter plainte par peur de la stigmatisation, ou parce qu'elles considèrent encore l'excision comme une norme culturelle liée au passage à l'âge adulte féminin.
Ainsi, malgré un cadre juridique qui semble de plus en plus dissuasif, l'excision continue d'être pratiquée dans une relative invisibilité, révélant un écart persistant entre les politiques publiques et les réalités sociales. Cette situation souligne les limites d'une approche essentiellement répressive et met en évidence la nécessité d'un travail plus profond sur les normes sociales et les représentations culturelles qui sous-tendent ce phénomène. Dès lors, il est nécessaire de comprendre les facteurs structurels qui expliquent son maintien.
Une pratique enracinée dans les structures sociales patriarcales
La persistance de l'excision en Égypte s'explique avant tout par des facteurs sociaux et culturels profondément ancrés. Dans de nombreuses familles, elle est considérée comme un rite de passage garantissant la « respectabilité » de la jeune fille et ses chances de mariage. Un cas très récemment médiatisé, le 27 avril 2026, en offre une illustration particulièrement frappante : lors de sa nuit de noces dans un village du gouvernorat de Gizeh, en Égypte, Hind, universitaire de 25 ans, voit son mariage s'effondrerlorsque son mari découvre qu'elle n'est pas excisée. Malgré sa virginité, l'époux refuse de rester avec elle et exige qu'elle subisse une mutilation génitale. Sous la pression familiale (sa mère et sa grand-mère), « craignant la honte », elle est finalement contrainte de subir cette intervention qu'elle avait toujours refusée.
L'excision est en effet étroitement associée à des notions de pureté, de moralité et, surtout, de contrôle de la sexualité féminine, ce qui lui confère une forte légitimité sociale. Elle est ainsi pensée comme un moyen de contenir une sexualité féminine perçue comme « trop forte » ou « difficile à maîtriser », et de préserver la virginité avant le mariage, considérée comme un impératif moral et social dans une société profondément patriarcale.
Cette vision des choses reste particulièrement répandue dans les zones rurales de Haute-Égypte, notamment dans les gouvernorats de Minya, Assiout, Sohag, Qena, Louxor et Assouan, où les taux de prévalence peuvent dépasser 96 %. À l'inverse, dans les grandes villes comme Le Caire ou Alexandrie, les taux sont plus faibles (77 %) grâce à l'urbanisation, à l'éducation et aux campagnes de sensibilisation. Il faut rappeler que la pratique de l'excision remonte à l'Antiquité, bien avant l'apparition des grandes religions monothéistes. Des traces historiques la situent notamment dans l'Égypte ancienne, il y a plus de 2 000 ans, ainsi que dans certaines sociétés d'Afrique subsaharienne et de la vallée du Nil.
Dans ce contexte, les actions menées par l'État, l'OMS et l'UNFPA ont permis certaines avancées, surtout chez les jeunes générations. Le nombre de mères souhaitant faire exciser leurs filles diminue progressivement, même si cette évolution reste lente et inégale selon les milieux sociaux. L'excision demeure difficile à combattre car elle est souvent décidée dans le cadre familial et réalisée dans le cercle domestique, échappant ainsi au contrôle des autorités. Cette réalité est soulignée par uneétude de l'OMS publiée en 2025, qui met en avant le rôle des dynamiques sociales et familiales dans la persistance de la pratique.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le rôle des femmes reste central : ce sont souvent les mères, tantes ou grands-mères qui encouragent l'excision, pensant protéger l'enfant et favoriser son intégration sociale. Cette transmission de génération en génération montre que la persistance de l'excision repose aussi sur l'intériorisation de normes sociales profondément ancrées, tant chez les femmes que chez les hommes, ce qui rend le changement des mentalités particulièrement difficile.
L'émergence timide de la chirurgie réparatrice
Les conséquences dévastatrices de l'excision sont à la fois physiques et psychologiques, ce qui pousse certaines femmes à rechercher des solutions de réparation. Depuis les années 2010, et plus concrètement à partir de 2020, des initiatives de « reconstruction clitoridienne » apparaissent en Égypte.
Au Caire, la clinique Restore FGMa été créée en 2020 par le Dr Amr Seifeldin et la Dr Reham Awwad pour proposer chirurgie, suivi médical et accompagnement psychosexuel. Présentée comme le premier centre multidisciplinaire en Égypte et au Moyen-Orient consacré aux survivantes, cette clinique reste cependant unique et est loin de suffire pour venir en aide aux28 millions de femmes déjà mutilées. L'accès à ces soins demeure limité en raison du coût, du manque de spécialistes et du faible niveau d'information des patientes.
La persistance de l'excision en Égypte montre clairement que la seule réponse juridique reste de loin insuffisante tant que les dimensions culturelles, sociales et économiques ne sont pas pleinement prises en compte. La lutte contre l'excision nécessite un changement durable des mentalités.
Cette socialisation commence dès le plus jeune âge à travers l'éducation, dans un contexte où les manuels scolaires et les contenus pédagogiques peuvent encore véhiculer des stéréotypes sur la pureté ou la sexualité féminine. Par exemple, dans certaines zones rurales, des enseignements traditionnels ou des discours familiaux continuent de présenter l'excision comme une condition de « respectabilité » ou de « bonne moralité » pour les filles.
Dans ce cadre, des actions concrètes continuent d'être mises en place, combinant initiatives internationales et interventions locales. Ainsi, en février 2025, dans le cadre duprogramme conjoint UNFPA–Unicef de lutte contre les mutilations génitales féminines en Égypte, des sessions de sensibilisation ont été organisées dans plusieurs écoles et villages des gouvernorats de Minya et d'Assiout afin d'informer les familles et les élèves sur les risques médicaux et juridiques de l'excision et de déconstruire les normes sociales qui la légitiment. En parallèle, des associations locales, commeTadwein for GenderStudies, poursuivent leurs actions de terrain : en février 2025, cette association a mené des activités de sensibilisation et de formation dans plusieurs communautés du Caire et de ses environs dans le cadre de ses programmes de lutte contre les violences basées sur le genre.
Ainsi, la lutte contre cette pratique, si elle ne peut se limiter à la répression, exige une action collective de long terme impliquant l'État, les communautés, les institutions religieuses et les acteurs de santé, afin que la loi devienne réellement un moyen de protection des jeunes filles. Entre les lois et les silences des traditions, le corps de nombreuses femmes en Égypte demeure un territoire où se joue encore le combat entre héritage culturel et émancipation…
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Un tournant à la « Roe contre Wade » en Inde : une avancée majeure pour les droits reproductifs des femmes
La décision rendue le 24 avril 2026 par la chambre collégiale de la Cour suprême, composée des juges B.V. Nagarathna et Ujjal Bhuyan, dans l'affaire S c. Union indienne, reconnaissant le droit à l'avortement, constitue un arrêt d'une importance historique pour l'autonomie des femmes et leurs droits reproductifs.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Alors que l'héritage historique de la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade a été enterré aux États-Unis, la chambre de la Cour suprême indienne composée des juges B.V. Nagarathna et Ujjal Bhuyan l'a renforcé.
L'affaire a été portée devant la Cour suprême après que la Haute Cour de Delhi eut rejeté la requête de la mère d'une fille mineure, qui s'était avérée enceinte et souhaitait interrompre sa grossesse. La Haute Cour de Delhi a ordonné à l'AIIMS de Delhi de constituer un comité médical et de rendre un avis. L'AIIMS a constitué un comité médical et a rendu un avis selon lequel la grossesse de la fille mineure de la requérante était à un stade avancé et qu'il ne serait pas sûr, d'un point de vue médical, d'interrompre la grossesse. Au vu de ce rapport médical, la Haute Cour de Delhi a rejeté la demande d'avortement.
L'arrêt rendu en 1973 par la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade, qui accordait aux femmes le droit d'interrompre une grossesse non désirée, est considéré comme une affaire célèbre. L'arrêt Roe c. Wade, tout comme l'arrêt historique Brown c. Board of Education (1954) qui a interdit la ségrégation des enfants noir·es et blanc·hes dans les bus scolaires, sont considérés comme deux arrêts phares rendus par la Cour suprême des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale.
Toutes les administrations républicaines se sont efforcées de démanteler le glorieux héritage de Roe c. Wade en nommant des juges conservateurs:conservatrices à la Cour suprême. Les Églises catholiques ont également lancé une attaque frontale contre cet arrêt. Toutes les nominations proposées par les présidents républicains, de Ronald Reagan à Trump, pour pourvoir les postes vacants à la Cour suprême, visaient à renverser l'arrêt Roe. Mais celui-ci a survécu – et s'est même renforcé – dans l'affaire Casey c. Planned Parenthood (1992), et la juge qui a joué un rôle clé dans la consolidation de l'héritage de Roe était la première femme juge de la Cour suprême, Sandra Day O'Connor.
Mais l'actuelle Cour suprême, après trois nominations effectuées par Trump au cours de son premier mandat, qui ont conduit à une majorité de juges conservateurs/conservatrices au sein de l'instance, a annulé l'arrêt Roe c. Wade dans l'affaire Dobbs c. Jackson en juin 2022.
Alors que la Cour suprême des États-Unis a rejeté le droit à l'avortement en annulant l'arrêt Roe, la Cour suprême indienne, présidée par une femme juge qui deviendra la première femme présidente de la Cour suprême en 2027, a renforcé ce droit.
Ce qui fait de l'arrêt rendu vendredi un jalon historique, c'est le rejet de l'avis du conseil médical de l'AIIMS concernant le stade avancé de la grossesse et de la requête du gouvernement indien visant à prendre en charge l'enfant. Mais la Cour suprême a rejeté sans équivoque tant l'avis médical que la position du gouvernement indien. L'absence de recours dans la loi de 1971 sur l'interruption médicale de grossesse n'a pas dissuadé les juges militant·es de refuser le recours constitutionnel en interprétant la santé reproductive des femmes comme un droit fondamental garanti, en estimant que ce droit constitutionnel ne peut être remis en cause en raison de l'absence de recours légal.
L'arrêt rendu par la juge Nagarathna a été prononcé dans une précipitation extraordinaire en raison de l'urgence considérable de l'affaire ; par conséquent, la formation de juges n'a pas eu l'occasion d'approfondir le débat jurisprudentiel opposant le mouvement pro-vie au libre choix, ni d'ancrer ce débat dans les concepts du droit à la vie privée et de la dignité humaine. J'aurais souhaité que la formation présidée par la juge Nagarathna réserve son arrêt pour approfondir ces questions philosophiques et jurisprudentielles après avoir rendu une brève décision sur le fond. Le concept moderne de dignité est associé à la philosophie novatrice du philosophe moraliste Emmanuel Kant. À l'époque contemporaine, c'est Ronald Dworkin, célèbre théoricien du droit et de la politique de l'université de Harvard, qui a établi un lien entre la notion même de droit et la dignité. Dans son ouvrage majeur, Taking Rights Seriously (Harvard University Press, 1977), Dworkin a théorisé que la reconnaissance du droit conduit à l'égalité et, par là même, à la dignité, et que sans droit, il ne peut y avoir de dignité. Il n'existe pratiquement aucun ouvrage universitaire publié au cours des 50 dernières années dans les domaines de la jurisprudence, de la théorie politique, de la philosophie, de l'économie, voire de la sociologie et de l'anthropologie, qui ne fasse référence à la conception du droit et de la dignité de Dworkin.
L'une des faiblesses de l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe, par ailleurs novateur, était que le droit à l'avortement était fondé sur le droit à la vie privée. Bien que cette approche fût la bonne, elle n'était pas suffisante ; elle aurait dû être renforcée par le droit à la dignité, comme l'a fait la Cour suprême d'Allemagne. En Allemagne, le droit à l'avortement est considéré comme une facette de la dignité humaine. Il n'est donc pas étonnant que le droit à l'avortement ait survécu en Allemagne, alors qu'il s'est effondré aux États-Unis, où ce droit avait pourtant vu le jour.
L'arrêt rendu par la chambre présidée par la juge Nagarathna a ouvert de nouvelles perspectives jurisprudentielles en faisant prévaloir le choix de la femme et son droit reproductif sur l'avis médical et les dispositions de la loi de 1971. En cas de conflit entre l'avis médical et l'autonomie et le choix de la femme, ces derniers l'emporteraient sur le premier. À ma connaissance et d'après mes souvenirs, l'arrêt rendu par la chambre présidée par la juge Nagarathna est peut-être le premier dans lequel l'avis médical est subordonné au choix de la femme et à son autonomie décisionnelle. Jusqu'à présent, dans tous les arrêts relatifs à l'euthanasie et à l'avortement, les avis médicaux étaient considérés comme déterminants. C'est extrêmement libérateur. Ce faisant, l'argument pro-vie, fondé sur le droit du fœtus, a été rejeté de manière retentissante. Le fœtus ne peut revendiquer le droit à la vie, comme l'a justement estimé la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade. L'arrêt de la juge Nagarathna a déclaré sans ambiguïté que le droit à la vie n'est garanti qu'aux êtres vivant·es et que le fœtus ne peut revendiquer ce droit.
L'arrêt de la juge Nagarathna dans l'affaire S c. Union of India constitue un jalon majeur pour les droits des femmes, voire pour l'évolution du constitutionnalisme. Cet arrêt émancipateur, ainsi que les arrêts tout aussi libérateurs de la Cour suprême dans les affaires K Puttaswamy (considérant le droit à la vie privée comme un droit fondamental) et Navtej Singh Johar (invalidant une partie de l'article 377 du Code pénal indien qui criminalisait les relations sexuelles consenties entre hommes adultes), ont consolidé le droit à la dignité humaine comme l'un des éléments les plus constitutifs de l'ensemble des droits fondamentaux.
Vijay Kumar, 12 mai 2026
Vijay Kumar, avocat principal à la Cour suprême et auteur du livre récemment publié « The Theory of Basic Structure : Saviour of Constitution and Democracy »
https://www.mainstreamweekly.net/article16718.html
traduit par DE
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Propos de l’enfermement des femmes décrétées « folles »
En 1972, la psychologue Phyllis Chesler a publié *Women and Madness* (Les femmes et la folie, Payot, 1975), un ouvrage fondé sur des entretiens avec des femmes qui avaient été hospitalisées, mises sous traitement ou étiquetées comme malades mentales.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Elle a constaté que les femmes qui rejetaient les rôles qu'on leur imposait, qui s'affirmaient, qui exprimaient leur colère, qui refusaient le mariage et la maternité traditionnelles, ou qui dénonçaient des agressions, étaient disproportionnellement diagnostiquées comme instables.
Ce diagnostic ne passait pas toujours par une évaluation.
Il suffisait souvent qu'une femme mette des gens mal à l'aise.
Au cours du demi-siècle qui a suivi, un nombre croissant de recherches ont approfondi les patterns que Chesler avait commencé à documenter. La philosophe Miranda Fricker a qualifié ce phénomène d'« injustice épistémique », le refus systématique de considérer certaines locutrices comme des témoins crédibles de leur propre expérience. La psychologue Jennifer Freyd a identifié le schéma qu'elle appelle la stratégie du DARVO — Deny, Attack, Reverse Victim and Offender (Nier, Attaquer, Inverser les rôles de la Victime et de l'Agresseur) —, comme réponse institutionnelle prévisible lorsqu'une personne dénonce les agressions perpétrées par une personne en position de pouvoir. La philosophe Kate Manne a écrit sur l'« himpathy » — la manière dont la sympathie va systématiquement à l'homme puissant accusé plutôt qu'à la femme qui l'accuse.
Des chercheuses différentes, des domaines différents, mais partout le même schéma.
Ce schéma est structurel, et non individuel.
Lorsqu'une personne dénonce un harcèlement, des agressions ou des manquements institutionnels, on voit souvent la réponse éviter de porter sur le fond de l'affaire. Elle porte sur la personne qui s'exprime. Était-elle émotive ? Difficile ? Vindicative ? En mauvaise santé mentale ? A-t-elle attendu trop longtemps ? A-t-elle dénoncé les faits trop tôt ? A-t-elle déjà aimé la personne qu'elle accuse aujourd'hui ? A-t-elle déjà bu ? A-t-elle déjà menti à propos d'autre chose ?
La conversation dévie.
Le question initiale s'estompe.
Ce mécanisme fonctionne parce que le coût de la dénonciation est presque entièrement supporté par la personne qui parle. Les personnes qui signalent du harcèlement au travail perdent des emplois et des références. Les lanceurs d'alerte dans les secteurs de la santé, de la finance et de l'armée perdent leur carrière. Les femmes qui signalent des agressions lors de litiges relatifs à la garde des enfants sont très souvent présentées comme des mères aliénantes et perdent l'accès à leurs enfants. Les survivantes qui se manifestent publiquement sont souvent poursuivies pour diffamation par des personnes disposant de ressources bien supérieures aux leurs.
Les institutions impliquées ont rarement besoin d'imposer le silence directement.
Les risques liés à toute prise de parole le font pour elles.
C'est pourquoi le fait de ne pas dénoncer n'est pas un manque de courage personnel. C'est une réaction rationnelle face à un système qui impose des conséquences prévisibles et sévères aux personnes qui disent la vérité et ne leur offre en retour que très peu de protection.
C'est aussi pourquoi les rares moments où la vérité finit par éclater — Anita Hill, les enquêtes du Boston Globe Spotlight, Christine Blasey Ford, Frances Haugen, Tarana Burke et le mouvement devenu#MeToo, Cassie Ventura, Caroline Heldman — nécessitent généralement que ce ne soit pas une seule personne qui s'exprime, mais plusieurs.
Le coût ne diminue que lorsqu'il est partagé.
Si la responsabilité dépend de la divulgation, la question n'est pas seulement de comprendre pourquoi tant de problèmes persistent en silence pendant si longtemps.
La question est d'apprendre ce qu'il arrive aux personnes qui parlent les premières.
Et ce que nous — en tant qu'institutions, tribunaux, lieux de travail, familles et publics — choisirons de faire la prochaine fois que quelqu'une le fera.
The Curiosity Curator, sur sa pageFacebook
https://tradfem.wordpress.com/2026/05/04/a-propos-de-lenfermement-des-femmes-decretees-folles/
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Environnement : l’action libératrice
Je me souviens d'avoir pris conscience pour la première fois des problèmes de pollution à la lecture du magazine jeunesse Vidéo-Presse auquel nos parents nous avaient abonnés en début d'adolescence. C'était la pollution par les déchets, mais ça avait tout de même commencé à m'ouvrir les yeux sur une réalité dont je n'avais jusque-là pas conscience.
(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition de juin du journal Ski-se-Dit.)
Ce n'est que plus tard, une fois adulte, en m'impliquant dans un centre de ressources sur la paix et l'environnement, que j'ai mieux pris conscience des problèmes de pollution et plus généralement de la crise écologique qui se pointait à l'horizon. Nous étions un groupe au sein du centre de ressources qui s'occupait chaque semaine de promouvoir un organisme lié à la paix, à la justice ou à l'environnement dans l'Outaouais et la région d'Ottawa. Nous invitions les citoyens, avec nos moyens plutôt limités, à venir assister à la présentation d'un de ces organismes à des fins de conscientisation et d'éventuelle implication dans l'une ou l'autre de ces causes.
Je ne sais plus de quel organisme il s'agissait ce samedi-là, mais c'était un organisme lié à l'environnement. Le présentateur était dans les quarante ou cinquante ans ; il portait la barbe et il me semble encore parfois me rappeler son visage. Ce dont je me rappelle particulièrement, c'est la clarté de son exposé et la virulence de ses propos à la fin de la présentation. Je peux presque le citer de mémoire, encore aujourd'hui : « Nous fonçons dans un mur, de plus en plus vite, et nous avons de moins en moins de temps pour nous arrêter ! » Ce fut un choc et une prise de conscience pour le jeune homme que j'étais encore !
C'était il y a environ trente-cinq ans. Avant que l'on ne commence à prendre timidement conscience de la gravité de la situation au niveau international avec le timide protocole de Kyoto sur les changements climatiques en 1995. Avant, somme toute, que la question des changements climatiques et des nombreuses autres atteintes à l'environnement ne commencent à prendre timidement place dans nos journaux, à la radio et à la télévision. Personne alors, surtout parmi les plus jeunes, n'entrevoyait la situation angoissante dans laquelle nous nous retrouverions quelque part en 2026.
L'écoanxiété
Les menaces qui pèsent aujourd'hui sur notre planète et les sentiments d'impuissance qui en découlent sont des réalités trop oubliées pour les jeunes générations. S'ajoutent à cela, en contribuant aux problèmes environnementaux, la recrudescence de l'esprit belliciste et des budgets militaires, un peu partout dans le monde, dictés par le gouvernement d'extrême droite des États-Unis, avec les risques immenses qu'ils font peser sur l'humanité.
L'angoisse que nous éprouvons devant de telles réalités est une réaction normale et saine, que même les climatonégationnistes ne pourront occulter qu'un temps. La réaction tout indiquée, face à cette angoisse, est d'agir. Je l'ai mentionné et répété à plusieurs reprises dans mes précédentes chroniques, mais c'est ce que nous avons de mieux à faire, pour nous-mêmes et pour l'environnement. Le pire, et c'est ce qui guette à moyen terme plusieurs jeunes, c'est de sombrer dans la solastalgie, cette détresse psychologique et existentielle provoquée par la perte de réconfort et de points de repères connus provoqués par les changements climatiques et la crise écologique.
Bien plus que l'inaction de nos élites politiques inféodées aux pouvoirs économiques des multinationales et des banques, c'est notre sentiment d'impuissance qui nous angoisse. Sans en être conscients, nous sommes en fait difficilement capables de sortir du cercle de pensée dans lequel nous enferme le discours ambiant. Et c'est en sortant de ce système de pensée étouffant, qui tend à nous réduire à l'insignifiance, et nous tenir à l'écart, et en agissant, que nous pourrons le mieux contrer cette angoisse.
Comment agir ?
Je crois qu'il faut d'abord aborder les questions environnementales avec l'idée que nous ne sommes pas seuls à vouloir changer les choses. Les enquêtes les plus récentes nous indiquent qu'entre 70 et 80 % de la population mondiale est pleinement consciente de la crise écologique en cours et qu'elle est donc, à divers degrés, inquiète quant à l'avenir. Il y a nous, bien sûr, mais il y a aussi les autres.
S'il est essentiel de s'informer, il l'est donc aussi de créer des liens, de rencontrer d'autres gens qui luttent en faveur d'un monde plus écologique, plus juste, et d'unir nos forces aux leurs, de partager avec eux nos joies aussi, nos triomphes, nos combats. Rien n'est plus stimulant et ne saurait mieux contrer nos angoisses et nos sentiments d'isolement et d'impuissance, que la présence de l'autre, que la lutte en commun, que les amitiés et le réseautage en vue de quelque chose d'aussi édifiant que notre bien-être collectif, et notre survie et la survie d'une foule d'autres êtres vivants sur la planète.
Les écueils sont cependant nombreux quand vient le temps d'agir en faveur de causes progressistes, que ce soit pour l'environnement, ou encore pour la justice sociale, la lutte à la pauvreté, le logement abordable ou d'autres encore. Il est important de savoir les reconnaître et de les éviter pour que nos efforts et nos espoirs ne soient pas brisés.
J'aborderai ici quatre de ces écueils.
L'instrumentalisation – Plusieurs groupes d'intérêt, avec leurs alliés objectifs, sont bien sûr réfractaires aux mesures qu'il convient de mettre en place pour faire face aux problèmes environnementaux. On pense d'abord aux entreprises pétrolières, extractivistes et numériques, mais également à toutes celles et à toutes les personnes qui tirent profit de la croissance sans fin du capital – croissance en fin de compte responsable de la destruction de l'environnement. De par leur pouvoir économique, il est par exemple facile aux multinationales et aux riches, avec leur fondations et par d'autres moyens, de neutraliser les efforts de groupes ou d'organismes liés à l'environnement, ce qui a pour effet d'une part d'améliorer grandement leur image publique, et d'autre part de réduire au silence ou presque ces groupes ou organismes en établissant à leur endroit un rapport de dépendance. La Fondation Bill-et-Melinda-Gates est un évident exemple d'une multinationale ayant réduit au silence ou à des demi-mesures nombre d'organismes et de groupes liés à l'environnement ou à d'autres causes progressistes.
Les porte-étandards – De nombreux organismes ou groupes voués à l'environnement ou à d'autres causes progressistes ont pris l'habitude de se choisir des personnalités publiques ou artistiques comme porte-parles pour leur groupe ou organisme. La raison qu'ils en donnent est qu'ils leur offrent beaucoup plus de visibilité dans les médias et auprès de la population. Outre que cette approche est en parfaite contradiction avec l'esprit de corps, d'égalité et d'entraide qui devrait exister au sein de tout organisme progressiste viable, elle concentre finalement les pouvoirs de tous les membres du groupe entre les mains d'une personnalité qui peut en détourner certains objectifs pour préserver ou améliorer son image publique.
Les fausses solutions – Les fausses solutions promues par les grandes entreprises et multinationales des énergies fossiles et extractivistes et leurs alliés pour continuer l'exploitation sans fin du pétrole et d'autres matières polluantes reçoivent, on s'en doute, une oreille attentive des pouvoirs publics. On compte parmi celles-ci : la géo-ingénierie, un ensemble de projets visant à manipuler le climat à grande échelle (ensemencement de nuages, miroirs spatiaux, etc.), qui comportent des risques immenses et imprévisibles ; la capture et le stockage du carbone, pour poursuivre l'extraction des énergies fossiles, technologie coûteuse énergivore et donc elle-même polluante ; le recyclage du plastique à base de pétrole ; et de nombreuses autres encore, parmi lesquelles on devrait bien sûr inclure l'énergie nucléaire. Il importe de s'informer et de rejeter toutes ces fausses solutions qui font elles-mêmes partie du problème.
Les demi-mesures – Il en est des demi-mesures en environnement comme des demi-vérités : elles ne sont que des mensonges ! Nous le savons pourtant, nous ne pouvons en même temps adopter des mesures et des politiques environnementales et préserver des modes de vie consuméristes et polluants. Le passage d'une source d'énergie à une autre, même moins polluante, n'est par exemple qu'une demi-mesure quand il convient de limiter notre consommation d'énergies et de produits et d'appareils de toutes sortes également énergivores et polluants. Les seules mesures qui s'imposent en matière d'environnement, dans l'état actuel des choses, sont des mesures de décroissance globale de la consommation. Nous devons pour se faire sortir du capitalisme, de la croissance sans fin et sans buts du capital.
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Le chemin menant à l’indépendance serait difficile et cahoteux
Cette formule pourrait résumer tout le débat, en fait l'antagonisme, qui s'est établi entre fédéralistes st souverainistes. Les deux camps sont à couteaux tirés depuis l'appartion et le développement du mouvement indépendantiste. S'il occupe tant de place dans les discussions publiques et suscite tant d'espoir pour les uns et de hargne de la part des autres, ce n'est pas par hasard. Bien sûr, le Canada anglais est concerné, mais ce n'est pas lui qui adoptera la décision finale. Elle viendra des Québécois eux-mêmes.
Si l'indépendantisme provoque une si forte opposition de la part de certaines élites politiques du Québec et au sein du Canada anglais, c'est que, même sous sa forme atténuée de souveraineté association d'inspiration « lévesquiste », il mettrait en péril l'existence même de la fédération canadienne dans sa forme actuelle ; en effet, l'émergence du Québec comme comme pays à part entière briserait les arrangements politiques et constitutionnels fondamentaux du Canada. Il remodèlerait le paysage politique canadien en profondeur. En effet, une république du Québec contrôlerait alors le cours du Saint-Laurent de l'Ontario à l'ouest au golfe à l'est. Sa réalisation nécessiterait de longues et pénibles négociations entre le gouvernement du Québec et celui d'Ottawa, et ce pour un résultat bien incertain. En effet, l'importante faction fédéraliste de la classe politique québécoise et toute une partie de la population québécoise, non seulement tient à son identité canadienne-française,mais aussi à défendre ses intérêts économiques et financiers comme on peut s'y attendre.
Si on veut comprendre leur point de vue, imaginons la réaction qu'entraînerait au Québec l'émergence d'un puissant mouvement rattachionniste en Gaspésie qui militerait pour que la Gaspésie rejoigne le Nouveau-Brunswick. La perspective de perdre une part non négligeable de son territoire au profit de la province voisine serait alors considéré comme une insulte par les Québécois, sans oublier la perte de la maîtrise de la côte sud de l'embouchure du Saint-Laurent et d'une bonne partie des rives du golfe lui-même. Au sein de la population gaspésienne, on observerait de vigoureux débat entre tenants rattachionnistes et ceux du maintien de la Gaspésie au sein du Québec, tout attachés qu'ils sont à leur identité québécoise.
Cet exemple est très fantaisiste, mais il donne une idée des raisons de l'acuité des antagonismes qui divisent la société québécoise. L'éventuelle victoire du OUI en faveur de l'option souverainiste entraînerait de fortes tensions et la mise au point de toutes sortes de stratégies plus ou moins risquées tant à Ottawa qu'à Québec pour défendre des intérêts déjà bien établis ou qui espèrent le devenir. La question de l'identité nationale y ajouterait une touche de passion des deux côtés de la barricade.
Non, ce n'est pas verser dans le terrorisme intellectuel d'affirmer que le chemin menant à l'indépendance serait difficile et cahoteux. Il faut savoir que les risques de dérapage sont réels d'un côté comme de l'autre. La population doit en être consciente et la direction des partis souverainistes (le Parti québécois et Québec solidaire) devrait mettre cartes sur table là-dessus, sinon le réveil devant la réalité incontournable risque de s'avérer traumatisante tant pour l'électorat que pour les responsables indépendantistes. Dans ce contexte délicat, voire périlleux, la stratégie la plus valable consiste à dire la vérité au public. C'est une question d'honnêteté politique.
Le respect du peuple commence par là.
Jean-François Delisle
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Les talibans interdisent la stérilisation des femmes afghanes, alors même que la mortalité maternelle augmente
Des femmes souhaitant subir une ligature des trompes se sont vu refuser l'accès à un grand hôpital en Afghanistan, ce qui constitue la dernière preuve en date que les talibans restreignent sévèrement toutes les formes de planning familial dans l'un des pays les plus dangereux au monde pour accoucher.
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https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/20/les-talibans-interdisent-la-sterilisation-des-femmes-afghanes-alors-meme-que-la-mortalite-maternelle-augmente/?jetpack_skip_subscription_popup
La ligature des trompes est une procédure de stérilisation définitive chez les femmes ; elle a longtemps été courante dans certaines régions d'Afghanistan où les moyens de contraception plus accessibles n'étaient pas disponibles, que ce soit pour des raisons culturelles ou économiques. De nombreuses femmes souhaitaient subir cette intervention une fois qu'elles avaient eu le nombre d'enfants qu'elles désiraient.
Mais deux membres du personnel médical de l'hôpital central de Faizabad, capitale de la province de Badakhshan, dans le nord-est du pays, ont déclaré à Rukhshana Media qu'on leur avait ordonné de ne pas pratiquer cette intervention. L'un d'eux, un médecin travaillant depuis environ huit ans au service de gynécologie et d'obstétrique, a déclaré avoir entendu des membres des talibans dire au personnel hospitalier de « laisser la génération musulmane se développer ».
Trois femmes ont déclaré avoir demandé à subir cette intervention et s'être vu refuser. Toutes étaient pauvres, avaient connu des grossesses difficiles par le passé et ont déclaré avoir du mal à nourrir les enfants qu'elles avaient déjà. L'une d'elles a déclaré qu'on lui avait dit que subir cette intervention était « un péché ».
Marzia, dont nous tairons le vrai nom pour la protéger, a déjà huit enfants. Elle avait voyagé pendant environ dix heures pour rejoindre Faizabad, accompagnée d'un nouveau-né et d'un enfant en bas âge. Lorsqu'elle a fait part de son souhait aux médecins, ceux-ci lui ont répondu qu'elle devait obtenir une autorisation écrite des autorités – une autorisation qu'elle savait ne jamais pouvoir obtenir.
« Nous n'avons pas assez à manger, pas de travail, pas de vie digne de ce nom. Que faire avec autant d'enfants ? Ils grandissent tous affamés, assoiffés et pieds nus », a déclaré cette femme de 36 ans, désespérée, tandis que son bébé pleurait à ses côtés.
« J'ai dit (aux médecins) que je n'avais pas le courage de mettre au monde d'autres enfants. Mais les médecins m'ont répondu que les talibans avaient interdit cette opération. Que Dieu punisse les talibans, ils sont aveugles à la souffrance des mères pauvres comme moi. »
La région montagneuse isolée de Kiran wa Munjan, d'où vient Marzia, est pauvre et la plupart des femmes y accouchent encore à domicile, selon un précédent reportage de Rukhshana Media.Les taux de mortalité maternelle et néonatale y sont élevés.
-* « Extrêmement inquiétant »
La ligature des trompes est une intervention chirurgicale sans danger qui consiste à obstruer les trompes de Fallope afin d'empêcher la rencontre entre l'ovule et le spermatozoïde, et donc d'éviter toute grossesse.
Cette intervention a autrefois sauvé la vie de femmes comme Qamar Gul, 35 ans, qui vit à Faizabad avec son mari et ses six enfants. Les temps sont durs, son mari est handicapé et elle souhaite désespérément éviter une nouvelle grossesse.
Il y a trois mois, elle s'est rendue à l'hôpital public pour subir une intervention de contraception définitive, mais les médecins lui ont dit que les talibans l'avaient interdite.
Dans un autre quartier de la ville, une mère de cinq enfants qui gagne sa vie en faisant des lessives et en nettoyant des maisons a déclaré qu'elle souhaitait se faire ligaturer les trompes, mais qu'on l'en avait empêchée.
« Ma plus jeune fille a trois mois. Alors que j'étais sur le point d'accoucher, je me suis rendue à l'hôpital et j'ai demandé à subir l'opération, afin que le bébé naisse et que mes trompes soient ligaturées en même temps. Mais les médecins ont refusé. Ils m'ont dit que cette intervention était désormais illégale », a-t-elle expliqué.
« J'ai mis au monde ces cinq enfants au prix d'immenses difficultés et de traitements médicaux, au péril de ma vie. Mais aujourd'hui, nous n'avons ni les moyens financiers ni la force physique nécessaires. »
Le médecin qui s'est entretenu avec Rukhshana Media a déclaré qu'il existait un besoin évident pour ce service, qui semble avoir été interdit ou restreint dans de nombreuses régions d'Afghanistan sous le régime des talibans.
Sous le gouvernement précédent, un programme national de planification familiale avait été mis en place afin de réduire la mortalité maternelle et néonatale, d'encourager un espacement sain entre les naissances et de prévenir les grossesses répétées à intervalles rapprochés. Des campagnes de sensibilisation du public et la distribution gratuite de contraceptifs dans certains centres de santé publics faisaient partie de cette initiative.
Les reportages de Rukhshana Media suggèrent que cette intervention pourrait encore être pratiquée en secret dans des cliniques privées, mais que la plupart des femmes n'ont pas les moyens de la payer.
« Lorsque les femmes ne sont pas autorisées à prendre des décisions concernant leur propre corps, leurs problèmes de santé physique et mentale se multiplient. Nous constatons que des grossesses répétées sans espacement adéquat mettent en danger la santé des mères et des nouveau-nés, et aggravent les difficultés économiques et sociales des familles », a déclaré le médecin de Faizabad.
« Les restrictions et le manque d'accès des femmes aux contraceptifs font qu'elles ne peuvent même pas recourir à des méthodes préventives ou thérapeutiques simples. Cette situation est extrêmement préoccupante. »
Raha Azad, 16 avril 2026
https://rukhshana.com/en/taliban-ban-sterilisation-for-afghan-women-even-as-maternal-mortality-rises/
Traduction DE
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Regard sur l’IMRF depuis le terrain
Du 5 au 8 mai 2026, les États membres, les organisations de la société civile, les bailleurs de fonds, les ONG internationales, les organisations confessionnelles et seulement un petit nombre de travailleurs/travailleuses migrant·es se sont réuni·es à New York à l'occasion du deuxième Forum international d'examen des migrations (IMRF).
Tiré de Entre les lignes et les mots
Pour de nombreuses personnes issues des pays du Sud, le simple fait de se rendre aux États-Unis pour assister à un tel forum représente un parcours difficile. La complexité des procédures de visa, le manque de moyens financiers, les obstacles sécuritaires, les barrières linguistiques et l'inconnu culturel créent de multiples niveaux d'exclusion pour les organisations de base et les travailleurs/travailleuses migrant·es qui espèrent faire entendre leur voix dans les instances décisionnelles mondiales.
Beaucoup participent à ces forums en portant en elles ou en eux les récits de migrant·es qui continuent de faire face à l'exploitation, à la violence, aux disparitions et à la mort. Pourtant, dans ces espaces internationaux hautement formels, ces réalités deviennent souvent invisibles. Il existe une douloureuse contradiction entre le langage des droits utilisé dans les forums mondiaux et les expériences vécues par les migrant·es sur le terrain.
En 2018, les États membres ont adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (PMSM), s'engageant à examiner les progrès réalisés aux niveaux local, national, régional et mondial dans le cadre d'un processus associant toutes les parties prenantes concernées. Fort de cet engagement, le deuxième Forum international sur la gouvernance des migrations (IMRF) s'est tenu au siège des Nations Unies à New York afin d'évaluer les progrès accomplis et de définir les orientations de la gouvernance des migrations pour les cinq prochaines années.
Cependant, une question importante a persisté tout au long du forum : qui définit réellement l'ordre du jour, et quelles voix occupent le devant de la scène dans ce processus ? Les discussions des États membres ont maintes fois porté sur la gestion des migrations, la sécurité aux frontières et la réduction des risques plutôt que sur les droits, la dignité et la liberté des migrant·es. Lors des consultations avec les parties prenantes, de nombreuses organisations de base dirigées par des femmes, des réseaux de migrant·es et des travailleurs/travailleuses migrant·es ont attendu leur tour pour s'exprimer. Les mains sont restées levées pendant de longues heures, mais de nombreuses voix n'ont jamais été entendues. Le déséquilibre était flagrant. Les États et les bailleurs de fonds ont dominé les discussions, tandis que les migrant·es elles et eux-mêmes sont resté·es en marge des conversations concernant leur propre vie.
Cela reflète une tendance mondiale plus large selon laquelle la migration est de plus en plus considérée comme une question de sécurité plutôt que de droits humains. De telles approches renforcent la criminalisation et justifient un contrôle étatique restrictif. Le Pacte mondial sur les migrations (GCM) reconnaît lui-même la souveraineté des États, mais dans la pratique, ce principe est souvent utilisé pour limiter la mobilité et faire taire les critiques à l'égard des politiques discriminatoires.
Pour des pays comme le Népal, cette réalité est étroitement liée à la vie des travailleuses migrantes. Le Népal continue d'imposer des restrictions et des interdictions à la migration de main-d'œuvre féminine au nom de la protection. Ces politiques s'ancrent dans des idées patriarcales qui visent à contrôler la mobilité, la sexualité et le pouvoir de décision des femmes. Les travailleuses migrantes ont réclamé à maintes reprises de ne plus subir de discrimination et d'avoir le droit de prendre des décisions concernant leur propre vie. Pourtant, la société et l'État continuent de traiter la mobilité des femmes comme une question d'honneur familial et national.
Les conséquences sont dangereuses. Les interdictions de migration n'arrêtent pas la migration ; elles poussent les femmes vers des circuits clandestins et dangereux, augmentant ainsi leur risque d'être victimes de traite, d'exploitation, de violence et d'abus. Lors de l'IMRF, les discussions sur les réalités auxquelles sont confrontées les travailleuses migrantes de retour, les luttes des familles cherchant à obtenir justice pour les femmes décédées à l'étranger, ou les défaillances des systèmes de réintégration ont été très limitées. Les pays d'origine comme les pays d'accueil ont fait preuve d'un engagement politique faible pour s'attaquer à ces problèmes.
Les travailleuses migrantes résistent chaque jour au contrôle patriarcal. En choisissant la migration, en s'organisant collectivement et en revendiquant leurs droits, elles défient les systèmes qui cherchent à les réduire au silence. Dans toutes les communautés, il existe d'innombrables histoires de résilience, de solidarité et de survie. Des migrantes issues de la base sont venues à l'IMRF dans l'espoir d'intégrer ces réalités dans les débats mondiaux.
Au contraire, de nombreuses séances ont principalement consisté à louer le soutien des donateurs/donatrices, à débattre de la sécurité nationale et à renforcer les approches centrées sur l'État. Sous l'emprise d'une idéologie xénophobe, les migrant·es ont trop souvent été traité·es comme des risques à gérer plutôt que comme des titulaires de droits. Cette exclusion n'était pas seulement politique, mais aussi concrète. Les deuxième et troisième jours, les salles de réunion étaient bondées, et certain·es participant·es qui avaient traversé des continents se sont vu demander par le personnel de sécurité de quitter les lieux de manière irrespectueuse. Pour de nombreuses et nombreux participants issus de la base qui avaient eu du mal à obtenir des visas et des financements, cela reflétait un problème plus large d'exclusion et d'inégalité d'accès au sein des espaces de gouvernance mondiale.
Dans le même temps, certains moments ont été porteurs d'espoir. Lors d'une session majeure de l'Assemblée générale, le Secrétaire général des Nations unies s'est prononcé contre la criminalisation des migrant·es. L'intervention percutante d'une travailleuse migrante a démontré la force de l'organisation collective et de la solidarité féministe. Ses paroles ont rappelé au forum que les migrant·es ne sont pas de simples bénéficiaires de politiques, mais des acteurs/actrices politiques doté·es d'autonomie, de connaissances et de leadership. Après des efforts répétés pour s'inscrire et obtenir un temps de parole, Aliza Yuliana, responsable du programme sur les migrations au Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement, a enfin eu l'occasion de s'exprimer. Elle a souligné l'urgence de garantir une participation significative et la prise de parole des femmes migrantes issues des communautés de base dans les discussions sur la migration. Elle a mis en avant les problèmes rencontrés par les migrantes pour cause de mariage et les migrantes de retour, ainsi que les défis liés à la réintégration, et a appelé à ce que ces préoccupations soient traitées de manière significative et inscrites à l'ordre du jour de tous les forums sur la migration.
De même, la déclaration prononcée par Lok Bahadur Thapa, chef de la Mission permanente du Népal auprès des Nations Unies, a souligné la nécessité d'adopter des approches favorisant l'égalité des sexes à toutes les étapes du processus migratoire. De tels engagements n'ont de sens que s'ils débouchent sur des mesures concrètes. Il s'agit notamment de mettre fin aux interdictions discriminatoires en matière de migration, de réviser les politiques migratoires sexistes, de renforcer la responsabilité diplomatique, de garantir des accords bilatéraux sur le travail juridiquement contraignants, d'assurer la réintégration sociale et économique des femmes migrantes de retour au pays et de lutter contre toutes les formes de discrimination à l'égard des travailleuses migrantes.
Le constat général issu du deuxième IMRF est clair : la gouvernance mondiale des migrations ne peut être inclusive sans la participation significative des migrant·es elles et eux-mêmes, en particulier des femmes migrantes issues des communautés de base. Le principe « rien sur les migrant·es sans les migrant·es » doit dépasser le stade de la rhétorique. Les obstacles structurels qui réduisent au silence les travailleuses migrantes — notamment les restrictions en matière de visas, les barrières linguistiques, l'exclusion financière et l'accès inégal aux espaces de prise de décision — doivent être démantelés. Les bailleurs de fonds et les institutions internationales doivent également aller au-delà des approches caritatives et reconnaître la justice migratoire comme une question politique et de droits humains. Le soutien aux organisations dirigées par des migrant·es et aux organisations de base n'est pas une faveur ; il s'inscrit dans un engagement plus large en faveur des droits humains et de la justice sociale.
Une approche féministe et transformatrice de la migration exige plus qu'une simple représentation. Elle nécessite un rééquilibrage des pouvoirs, la mise en avant des expériences vécues et la reconnaissance des femmes migrantes en tant que leaders du changement. Ce n'est qu'alors que des forums comme l'IMRF pourront devenir des espaces véritablement démocratiques où les réalités, les luttes et les visions des migrant·es sont réellement entendues et respectées.
Sunita Mainali
Sunita Mainali est directrice exécutive de WOREC, l'une des principales organisations féministes du Népal qui œuvre en faveur des droits des femmes et de la justice sociale, de la prévention de la violence à l'égard des femmes et de la garantie du bien-être économique, social et culturel des femmes. WOREC est l'un des partenaires de l'APWLD dans le cadre du programme de recherche-action participative féministe (FPAR) pour la période 2022-2024, axé sur la réintégration sociale des travailleuses migrantes de retour au pays.
https://worecnepal.org/looking-at-imrf-from-the-ground/
Traduit par DE
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L’eau, fardeau invisible des femmes
Chaque jour, quelque part, une fillette quitte l'école pour aller chercher de l'eau. Elle marche, attend, porte, revient. Le geste est banal, mais il façonne des existences entières. À l'échelle du monde, ces trajets représentent 250 millions d'heures, chaque jour, consacrées à la collecte de l'eau par les femmes et les filles.
Tiré de Entre les lignes et les mots
28 mars 26
À l'approche de la Journée mondiale de l'eau, qui sera célébrée dimanche, le constat dressé par les Nations Unies est implacable. Derrière la crise hydrique mondiale, qui prive encore 2,1 milliards de personnes d'un accès sûr à l'eau potable et 3, milliards à des services d'assainissement adéquats, se joue une autre crise, plus silencieuse : celle des inégalités de genre.
« L'accès à l'eau n'est ni égal ni équitable », a affirmé jeudi la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock. Dans un monde capable de prouesses technologiques, « personne ne devrait avoir à chercher de l'eau pour boire ou vivre sans assainissement adéquat ». Pourtant, a-t-elle insisté, pour des milliards de personnes, cette réalité demeure quotidienne.
Porter l'eau, sans en décider l'accès
Le paradoxe est au cœur du nouveau Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, publié jeudi. Selon cette étude annuelle, les femmes sont omniprésentes dans les usages de l'eau, mais absentes des lieux où elle se décide.
Dans plus de 70% des foyers ruraux privés d'eau sur place, ce sont elles qui en assurent la collecte. Mais dans les instances de gouvernance, les services publics ou les secteurs techniques, elles restent largement minoritaires. « Malgré leur rôle central », souligne le rapport, « les femmes demeurent systématiquement sous-représentées dans la gouvernance, le financement et la prise de décision ».
Cette dissymétrie a des conséquences concrètes. Moins de temps pour l'école, pour un emploi, pour participer à la vie publique. Plus d'exposition aux risques – blessures, maladies, violences. Dans certaines zones, aller chercher de l'eau signifie traverser des espaces dangereux, s'exposer au harcèlement, voire à l'exploitation.
Interrogé sur ces dangers lors d'un point de presse à New York, Bhanu Neupane, représentant de l'UNESCO, qui publie le rapport pour le compte d'ONU-Eau, a reconnu les limites des réponses actuelles : « Nous connaissons l'ampleur du problème, mais malheureusement nous ne disposons pas encore d'un ensemble de solutions qui puissent aider les femmes dans ces situations ».
Une inégalité enracinée
L'eau ne se limite pas à un point de collecte. Elle traverse les structures mêmes des sociétés : accès à la terre, au logement, au crédit, aux infrastructures. Autant de domaines où les femmes restent désavantagées.
Dans de nombreux pays, les droits à l'eau sont liés aux droits fonciers. Or, les femmes possèdent moins de terres, ou en ont un contrôle limité. Cette dépendance structurelle réduit leur accès à l'eau pour l'agriculture, fragilise leurs moyens de subsistance et accentue les inégalités économiques.
Même dans les villes, l'accès à l'eau dépend souvent de la sécurité du logement. Les populations vivant dans des quartiers informels – où les femmes sont particulièrement vulnérables – sont les premières privées de services fiables.
Le rapport met aussi en cause certaines approches dites « peu coûteuses », qui reposent en réalité sur un travail non rémunéré. Ce qui est présenté comme une solution économique masque souvent une externalisation des coûts – supportés, une fois encore, par les femmes.
Le poids du climat et des crises
À ces inégalités structurelles s'ajoutent les effets du changement climatique. Sécheresses, inondations, catastrophes hydrométéorologiques : les pressions sur les ressources en eau s'intensifient, et avec elles les inégalités.
Le genre, souligne le rapport, est un facteur déterminant de vulnérabilité. Lorsque les ressources se raréfient, ce sont les femmes qui marchent plus loin, portent plus longtemps, renoncent davantage. Une hausse des températures accroît leur charge de travail, réduit leurs revenus, fragilise leur sécurité.
Dans les contextes de crise liés notamment aux conflits et aux déplacements, ces risques se multiplient encore. Les points d'eau deviennent des lieux d'exposition, où la recherche d'une ressource vitale se transforme en danger.
Une question de pouvoir
Pour les Nations Unies, l'enjeu dépasse largement l'accès à une ressource. Il touche à la répartition du pouvoir.
« Trop souvent, celles et ceux qui portent l'eau sont les derniers consultés sur la manière d'en améliorer l'accès », a dénoncé Annalena Baerbock. « Cela doit changer ».
Le rapport appelle à des mesures concrètes : rapprocher l'eau des foyers, investir dans des données sexuées pour rendre visibles les inégalités, lever les obstacles juridiques et financiers, et surtout, renforcer la participation des femmes, non pas de manière symbolique mais effective.
Car les bénéfices sont documentés. Là où les femmes participent aux décisions, les services sont plus équitables, plus efficaces, plus durables.
Rendre visible l'invisible
Au fond, la crise de l'eau révèle une économie cachée. Celle du temps et du travail non rémunéré, qui soutient des systèmes entiers sans jamais apparaître dans les bilans.
Reconnaître cette réalité, c'est changer de perspective et considérer l'accès à l'eau non seulement comme une question d'infrastructures, mais comme une question de justice.
« Pas d'eau, pas de vie », rappelait la biologiste marine Sylvia Earle, citée par Annalena Baerbock. La formule est devenue un slogan. Mais elle pourrait être déclinée autrement : pas d'eau, pas d'école ; pas d'eau, pas de travail ; pas d'eau, pas d'égalité.
Et tant que ces millions d'heures resteront invisibles, l'eau continuera de couler – mais l'injustice, elle, ne s'évaporera pas.
https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158594
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Égypte. Tour de vis pour les syndicats et les travailleurs
Dans un pays déjà fortement assujetti à l'inflation et à des tensions économiques liées au contexte de guerre régionale, le gouvernement égyptien adopte en l'espace de quelques mois, des lois qui contraignent davantage l'expression des droits des employés et de leurs représentants.
Tiré d'Orient XXI.
Depuis plusieurs années, les travailleurs égyptiens voient leurs conditions de travail se dégrader régulièrement. Malgré certaines augmentations nominales des salaires, les revenus réels diminuent sous l'effet de l'inflation tandis que le travail informel, l'emploi précaire et les licenciements arbitraires se multiplient. L'adoption en novembre 2025 de la loi n° 14 sur le travail a accentué cette situation, en proposant un cadre législatif favorisant les investisseurs et les employeurs au détriment des droits des travailleurs. Elle introduit ainsi la possibilité pour l'employeur de modifier temporairement les termes du contrat, notamment en assignant au travailleur des tâches non convenues ou en réduisant son salaire si les conditions économiques sont jugées défavorables (article 238). Elle autorise également les retenues de salaire comme sanction disciplinaire (article 139), tout en limitant fortement les possibilités d'organisation et d'expression des travailleurs. La collecte de dons, la distribution de publications, le recueil de signatures ou encore l'organisation de réunions sur le lieu de travail sans l'accord de l'employeur sont dorénavant prohibés (article 136). Appeler à la grève dans des établissement considérés comme « vitaux » ou durant des « circonstances exceptionnelles » est également interdit (article 234).
Une loi limitant les libertés d'organisation
Quelques mois plus tard, en mai 2026, le Parlement approuve le projet de loi no. 213 du gouvernement visant cette fois à modifier certaines dispositions de la loi sur les organisations syndicales des travailleurs et la protection du droit à l'organisation syndicale (2017).
Les amendements prévoient de prolonger de six mois le mandat actuel des conseils d'administration des syndicats de travailleurs, et la durée du mandat syndical de quatre à cinq ans. Cette décision intervient dans un contexte de crise économique prolongée, aggravée par la situation à Gaza et la guerre contre l'Iran.
Le choix des autorités de limiter davantage les possibilités d'expression des travailleurs en reportant les élections syndicales est d'autant plus problématique que celles-ci sont déjà fortement encadrées. Si, officiellement, les syndicats indépendants sont autorisés depuis le soulèvement de 2011, dans les faits le pouvoir en place depuis 2013 a continuellement cherché à limiter leur capacité d'organisation réelle. En 2017, les autorités ont mené une véritable « campagne punitive contre les travailleurs et les syndicalistes » selon Amnesty international (1), et les arrestations arbitraires de leaders syndicaux se sont poursuivies jusque récemment avec par exemple l‘arrestation de Maher Hezima, ancien membre de la Fédération syndicale égyptienne (ETUF), en 2024. En outre, l'ensemble des syndicats indépendants ont été dissous en mars 2018, puis sommés de se réenregistrer dans un délai de 60 jours selon les nouvelles exigences, largement arbitraires, établies par la loi de 2017 sur les syndicats.
Aussi, en 2021, le régime du président Abdelfattah Al-Sissi a promulgué une nouvelle législation autorisant les administrations publiques à licencier tout fonctionnaire suspecté d'appartenir à des groupes qualifiés de « terroristes » ou de « nuire aux services publics ou aux intérêts économiques de l'État ». Autant de désignations très floues, susceptibles d'interprétations arbitraires et régulièrement utilisées par le passé pour cibler des leaders syndicaux et des opposants politiques. Ainsi, même dans cet espace démocratique réduit, le pouvoir choisit d'accentuer le contrôle des travailleurs, craignant sans doute que les élections deviennent un espace d'expression pour le mécontentement latent d'une partie importante de la population peinant aujourd'hui à vivre dignement.
Fausse augmentation des salaires
Dans ce contexte, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux (ECESR), organisation non gouvernementale luttant depuis 2009 pour l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs égyptiens, a publié début mai 2026 un rapport alarmant sur les conditions de travail de ces derniers (2). Il présente une analyse des mouvements de protestation des travailleurs tout au long de l'année 2025 et montre que plus de 90 % des protestations ont été déclenchées par des questions liées aux salaires, aux primes, aux allocations et au partage des bénéfices.
En 2010, le mouvement ouvrier avait réussi à obtenir une décision judiciaire obligeant l'État à fixer un salaire minimum reflétant le coût de la vie et assurant aux travailleurs un niveau de vie digne. À cette époque, le salaire minimum s'élevait à 400 livres égyptiennes (environ 502 euros au 1er janvier 2010). Il est passé à 1 200 livres en 2014 (environ 125 euros au 1er janvier 2014), pour atteindre 7 000 livres en mars 2025 (132 euros), avec une augmentation programmée à 8 000 livres (134 euros) le 1er juillet 2026. Toutefois, et à cause de l'inflation, le passage de 1 200 à 7 000 livres équivaut en dollars à une baisse de 169,50 à 140 dollars (de 147 euros à 121 euros).
Ainsi, si on le mesure par rapport aux prix des biens de première nécessité tels que du riz, de la viande, de l'huile de cuisson, des bouteilles de gaz, etc., le salaire réel — ou le pouvoir d'achat — a significativement diminué au cours de cette période. Or, et malgré le caractère insuffisant de ce salaire minimum, de nombreux employeurs refusent encore de l'appliquer.
En-dessous du minimum légal
Cette situation, en plus de l'utilisation généralisée des contrats temporaires, a provoqué ces dernières années des dizaines de mouvements de contestation dans le pays, touchant aussi bien le secteur public que le secteur privé.
Par exemple, en mars 2026, environ 3 000 travailleurs temporaires de la société Misr Aluminum, principale entreprise de fabrication d'aluminium en Égypte depuis 1977 et ayant réalisé des bénéfices d'environ 10 milliards de livres égyptiennes (300 millions d'euros) sur l'année 2024/2025, ont annoncé une grève et un sit-in pour exiger leur régularisation, la résiliation de leurs contrats avec les sociétés d'intérim et l'application du salaire minimum. Un technicien en maintenance électrique avec sept ans d'ancienneté en grève a déclaré au média Al-Manassa que les travailleurs temporaires, appelés « main-d'œuvre louée », percevaient des salaires bien en dessous du minimum légal, allant de 2 250 à 3 500 livres (de 38 à 58 euros). Ces travailleurs ont été employés dans l'entreprise pendant une période allant de 7 à 10 ans via des sociétés d'intérim contractées par Misr Aluminum, sans que les travailleurs soient informés des détails de leurs contrats ni n'en reçoivent des copies.
Même chose chez les travailleurs des centrales hydroélectriques du Haut-Barrage d'Assouan 1, d'Assouan 2 et d'Esna, gérées par la Water Power Plants for Electricity Generation Company, qui ont intensifié leur contestation ces derniers mois en organisant des manifestations et des sit-in sur leurs lieux de travail. Outre, là aussi, l'application du salaire minimum, ils réclament l'intégration de toutes les indemnités en attente, l'augmentation de l'indemnité alimentaire à 50 livres par jour (moins d'un euro), le versement des indemnités de risque, la régularisation des qualifications, la réintégration des promotions supprimées, etc.
Les licenciements arbitraires — en particulier de dirigeants syndicaux — constituent la deuxième cause principale de mobilisation des travailleurs au cours de l'année passée. Ainsi, en avril 2025, des dizaines d'employés et de travailleurs de divers services de la Banque agricole d'Égypte ont organisé une manifestation devant la branche principale de la banque à Dokki, dans le gouvernorat de Gizeh, contre le licenciement de 1 200 employés et travailleurs, en violation avec la loi. Les manifestants ont déclaré à Al-Manassa que des décisions de licenciement avaient été prises depuis 2020, la direction envoyant des lettres accusant un certain nombre d'employés de négligence grave sans enquête ni notification préalable.
Les travailleurs licenciés ont signalé au média que la politique de réduction de la masse salariale de l'entreprise visait spécialement les employés qui avaient déposé des recours pour contester un retard dans le versement des allocations et qui avaient obtenu des décisions favorables, ainsi que les employés qui avaient publiquement revendiqué leurs droits via des groupes et pages Facebook. Ces actes ont été qualifiés par des responsables de la banque (idem) de divulgation de secrets professionnels portant préjudice à l'entreprise.
Une crise structurelle
Par ailleurs, depuis le décret n° 1209 de 1964 établissant l'Autorité générale pour l'assurance santé, la classe ouvrière égyptienne bénéficiait d'un système de santé et d'assurance maladie relativement acceptable, bien que déjà critiqué, notamment car il reposait sur un taux de cotisation uniforme de tous les travailleurs, sans imposition progressive. Cependant, avec la promulgation de la Loi n° 2 de 2018 sur l'assurance maladie universelle et sa mise en place progressive dans les gouvernorats, une nette disparité est apparue dans les zones où le nouveau système avait été mis en place (3). Plusieurs modifications sont apparues dans la nouvelle loi et la notion d'ayant droit a par exemple été évincée. Désormais, ce sont les travailleurs qui doivent supporter le coût de l'assurance maladie des membres de la famille, y compris les enfants en bas âge et les conjoints qui ne travaillent pas. La loi a en outre introduit un système de « co-paiement » qui demande aux assurés de payer une partie des soins, lesquels étaient souvent gratuits dans l'ancien système.
Or bénéficier d'une assurance maladie efficace est d'autant plus important dans un pays où les accidents du travail sont extrêmement fréquents. De nombreux incendies ainsi que des accidents de la route ou sur des chantiers sont régulièrement recensés par l'ECESR.
Un secteur informel hors de contrôle
Ces incidents traduisent l'absence de procédures de sécurité civile et de protection de la santé au travail, due notamment à l'importance du secteur informel, qui représenterait entre 30 % et 60 % de l'économie égyptienne selon les estimations (4). Les entreprises qui en relèvent évoluent en dehors du cadre légal, privant leurs travailleurs de toute protection prévue par la législation du travail, aussi maigre soit-elle. Ces employés travaillent ainsi sans salaire minimum, sans assurance, sans retraite, sans protection face aux aléas ou aux chocs économiques. Par ailleurs, ces établissements échappent largement aux contrôles en matière de sécurité et de santé au travail, ce qui contribue à la fréquence élevée des accidents.
Ainsi, la crise à laquelle est confrontée la classe ouvrière égyptienne actuellement n'est pas confinée à un secteur particulier ou à une revendication partielle. C'est une crise globale, structurelle, affectant le cœur même de la relation de travail : les bas salaires s'ajoutent à l'absence de sécurité de l'emploi, le licenciement arbitraire coexiste avec des contrats précaires, la protection de la santé continue de se détériorer alors que les normes de sécurité restent absentes et que les accidents du travail persistent sur les sites de production et sur les routes.
Dans ce contexte, affaiblir légalement et continuellement la représentation syndicale l'empêche de constituer de véritables canaux de négociation collective, nourrit les protestations des travailleurs et augure de nouvelles tensions sociales. Le rapport de l'ECESR peut ainsi être lu comme une tentative d'attirer l'attention sur la situation actuelle qui n'est pas une crise isolée et passagère due aux tensions régionales. Elle demande un examen critique et une réponse sérieuse à même de rétablir l'équilibre entre les parties du processus de production, et de garantir aux travailleurs le droit à une vie digne.
Notes
1- « Égypte. Des attaques incessantes contre les droits des travailleurs et des syndicalistes », Amnesty international, 30 avril 2017.
2- ECESR, « Egypt's Workers in 2025 : From Wages and Arbitrary Dismissal to Occupational Safety », 6 mai 2026.
3- Les premiers gouvernorats concernés sont ceux de Port Saïd, Suez, Ismaïliya, Nord Sinaï, Sud Sinaï et Alexandrie qui bénéficient du nouveau système depuis 2019, tandis qu'il faudra attendre 2032 pour que les gouvernorats de la dernière vague, dont fait partie Le Caire, en bénéficient également.
4- « Situation macroéconomique et financière de l'Égypte », Direction générale du Trésor, 3 avril 2025.

Les menaces des USA sur la santé en Zambie
Pour imposer son protocole d'accord au gouvernement zambien, l'administration Trump envisage de retenir les aides destinées à la lutte contre le VIH, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de patients.
Dès les premiers mois de son second mandat, Donald Trump a mis fin brutalement à l'USAID, plaçant de nombreux pays africains dans des situations difficiles.
Nouvelle politique de l'aide
Désormais la politique d'aide de la Maison Blanche vis-à-vis des pays pauvres se résume à une exigence : chaque dollar dépensé doit avant tout bénéficier aux USA. C'est dans ce cadre que des négociations bilatérales avec plusieurs pays africains ont commencé dans une grande opacité.
Certains éléments ont toutefois été rendus publics. On apprend ainsi que, lors des négociations avec le Kenya et le Zimbabwe, Washington a exigé l'accès aux bases de données de leurs services de santé, ainsi que le partage des échantillons concernant des « pathogènes détectés à potentiel épidémique » pendant vingt-cinq ans, sans offrir aucune garantie à ces pays quant à leur accès aux traitements qui pourraient être développés contre d'éventuelles épidémies. Pour le Nigeria, les États-Unis ont imposé un renforcement de l'aide aux chrétiens victimes de violences, ignorant délibérément les victimes musulmanes.
Le cas de la Zambie
Récemment, l'ONG Health GAP a pu se procurer le protocole d'accord proposé par les États-Unis à la Zambie, pays d'Afrique australe. Première mesure : une réduction de l'aide. Alors que le budget s'élevait à 400 millions de dollars en 2024, il serait ramené à 320 millions, avec une diminution annuelle progressive jusqu'à atteindre 132 millions en 2030.
Dans le même temps, il est exigé que la Zambie recrute 40 000 personnels soignants entre 2026 et 2030, soit une augmentation de près de 50 % par rapport aux 81 000 personnels actuellement en poste. Cette mesure apparaît irréaliste car le FMI exige, dans le cadre de la restructuration d'une dette évaluée à plus de 20 milliards de dollars, soit 124 % du PIB, une politique « d'assainissement budgétaire, de renforcement de la gestion des finances publiques et d'amélioration de la gouvernance ».
Comme pour les autres pays concernés, les États-Unis exigent également un accès aux agents pathogènes, ce qui permettra à leurs laboratoires d'être les premiers à développer des médicaments ou des vaccins.
Le protocole exclut des instances de contrôle des aides, les organisations de la société civile reconnues pour leur compétence. Actuellement, ces ONG zambiennes exercent un contrôle trimestriel sur le programme américain PEPFAR (Plan présidentiel d'urgence de lutte contre le sida).
Des patients pris en otage
Les exigences américaines ne s'arrêtent pas là. Washington réclame également un accès privilégié aux richesses minières du pays. La Zambie est le deuxième producteur de cuivre d'Afrique et le huitième au niveau mondial. Ce minerai est indispensable aux industries liées à la transition énergétique.
Le New York Times a révélé l'existence d'un projet de note du bureau Afrique du département d'État adressé à Marco Rubio afin de contrer la résistance des autorités zambiennes. Ce document envisagerait la suspension des aides destinées à la lutte contre le VIH afin de faire pression sur le gouvernement zambien pour qu'il cède sur la question des ressources minières, que Washington ne souhaite pas voir passer totalement sous l'influence de la Chine.
En Zambie, plus d'un million de personnes dépendant quotidiennement d'un traitement contre le VIH financé par le PEPFAR risquent de voir leur état de santé se dégrader, voire de mourir. Une ignominie de plus imputable à l'administration Trump.
Paul Martial
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Ebola : « Cette épidémie est indissociable de l’exploitation de l’or en RDC »
La propagation du virus Ebola depuis des zones minières aurifères a pour cause la prédation humaine sur les écosystèmes forestiers, explique le directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique, Didier Bompangue
Tiré de Reporterre.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) décomptait, le 2 juin, 330 cas et 49 décès confirmés de la maladie à virus Ebola, qui se répand dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Le 29 mai, l'Africa CDC, l'agence sanitaire de l'Union africaine, dénombrait elle 246 décès probablement liés au virus.
Alors que cette zoonose est souvent présentée comme le fruit de la malchance ou du contact malheureux avec une bête sauvage, l'épicentre de l'épidémie actuelle se trouve dans la province congolaise de l'Ituri, une zone qui connaît une exploitation aurifère intense. Cette activité, extrêmement dommageable pour l'environnement, accroît les risques de propagation, explique Didier Bompangue, directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique.
Reporterre — Cette 17ᵉ flambée d'Ebola, en RDC, a pour épicentre la cité minière de Mongbwalu, en Ituri. De quoi est-ce révélateur ?
Didier Bompangue — On ne peut pas comprendre ce virus sans prendre en compte la problématique de l'exploitation de l'or dans l'est de la RDC. La grande compagnie aurifère internationale Sokimo dispose, à Mongbwalu, d'une de ses bases. Or, il faut raser des parcelles de forêts pour accéder aux mines. Et les machines avec lesquelles l'or est drainé entraînent un remue-ménage sans pareil dans l'écosystème forestier.
Au-delà même de l'activité minière en tant que telle, Mongbwalu et ses alentours ont connu, ces dernières décennies, une très forte croissance démographique. L'industrie y attire des gens de partout, au Congo, en Ouganda, en Centrafrique… Les petits villages deviennent de grandes cités.
En quoi cette activité minière, et la pression démographique qu'elle engendre, sont-elles liées à Ebola ?
Didier Bompangue — Ces deux phénomènes concomitants entraînent des pressions en cascade sur la forêt et ses animaux sauvages. La fragmentation de leur habitat augmente considérablement les contacts entre humains et animaux.
Dans certaines localités, les léopards viennent dévorer des chèvres en bordure de village, car les chasseurs font disparaître les potentielles proies sauvages du félin. Ce rapprochement multiplie fatalement le risque de transmission d'un virus, dont on sait qu'il est d'origine animale.
Comment remédier à ces facteurs de risque ?
Didier Bompangue — Maîtrisez le comportement humain et vous maîtriserez Ebola. Il faut freiner au maximum la déforestation. C'est là-dessus qu'il faut essayer de peser, bien avant d'investir dans la recherche médicale, qui est un chantier de long terme.
À titre d'exemple, le pipeline titanesque que construit TotalEnergies, entre l'Ouganda et le Kenya, est en train de raser des forêts et des villages entiers. Ce genre de projets sont des nids à maladies émergentes.
Mais les minerais et les énergies fossiles ne sont qu'une forme de prédation parmi d'autres. Chaque secteur qui mène à la perturbation des habitats de la faune sauvage doit être amendé, que cela soit la pêche intensive, les plantations et l'agriculture en général, la vente de bois…
Concernant l'accès aux protéines animales, il faut privilégier l'élevage, en opposition à la chasse. Ces moyens de subsistance des populations locales ne sont pas à mettre sur le même plan que les activités industrielles, nettement plus brutales. Néanmoins, sur le long terme, la croissance démographique congolaise est tellement incontrôlée que ces pressions finissent par être dommageables pour l'environnement.
Limiter ces prédations en série permettra de protéger les écosystèmes forestiers naturels. Or, seul un bassin du Congo résilient garantit une distance entre les humains d'un côté, et les animaux et leurs virus de l'autre.
Thomas Ribaud

Conférence de la gauche en Afrique du sud : "Il ne reste plus rien"
La très attendue « Conférence de la gauche » était censée unir les forces progressistes sud-africaines. Au lieu de cela, elle a confirmé une vérité plus amère : la gauche n'a pas besoin d'unité, elle a besoin de se reconstruire.
Tiré d'Afrique en lutte.
la conférence de la « gauche » du week-end dernier est un indicateur de ce que les forces progressistes ont à offrir, l'Alliance démocratique (DA, principal parti d'opposition de centre-droit en Afrique du Sud) peut se rassurer. Les guillemets sont nécessaires car les principaux partis présents ne peuvent en aucun cas être qualifiés de gauche. Leurs voix, les plus fortes, ont donné un ton creux à l'ensemble de la réunion.
Pour un parti qui semble incapable de conserver un de ses hauts responsables plus de deux mois, la délégation de l'uMkhonto weSizwe (MK) paraissait étonnamment bien organisée. Le MK était la branche armée de l'ANC durant l'apartheid ; son nom a été repris par l'ancien président Jacob Zuma en 2023 pour lancer son propre parti dissident après que l'ANC ait engagé des poursuites contre lui pour corruption. Tony « Mercedes » Yengeni, ancien chef de la majorité parlementaire de l'ANC, emprisonné pour fraude après avoir accepté une Mercedes-Benz à prix réduit d'une entreprise d'armement dans le cadre d'un marché public, a pris la parole en leur nom le premier jour. Le lendemain, ils ont tenté, heureusement sans succès, de faire monter Jacob Zuma sur l'estrade.
Zuma a probablement fait plus que quiconque ces trente dernières années pour nuire au bien-être et aux perspectives politiques des Sud-Africains issus de la classe ouvrière. Agissant toujours par intérêt personnel et sans scrupules, il a usé de son pouvoir présidentiel pour confier les fonctions exécutives du gouvernement à une famille criminelle et a donné son feu vert à un pillage généralisé de l'État, ruinant les institutions, paralysant les services publics et anéantissant une décennie de croissance et de création d'emplois. Destitué par son propre parti et confronté à sa chute, il a tenté, sans grand succès, un coup d'État , puis, avec un succès relatif, un soulèvement populaire qui a fait des centaines de morts et a coûté plusieurs milliards de rands à l'économie.
MK est son entourage élargi, un « parti » entièrement à son image et modelé selon ses moindres désirs. C'est un véritable cirque de gangsters et d'escrocs qui se trahissent, se trichent et se volent les uns les autres avec une telle rapacité que ce serait comique si ce n'était pas si tragique. Même les membres de sa famille n'y échappent pas : le plus sordide de ces scandales interminables concerne la fille de Zuma qui aurait fait venir ses propres cousins dans des groupes de mercenaires russes.
L'Umkhonto weSizwe représente la plus profonde dégénérescence morale de la classe politique sud-africaine. Nelson Mandela, Joe Slovo et Walter Sisulu — les figures du mouvement de libération qui ont fondé l'Umkhonto weSizwe originel en 1961 — se retourneraient dans leurs tombes s'ils savaient ne serait-ce que la moitié de ce qui se fait au nom de l'organisation qu'ils ont fondée.
Plusieurs autres figures emblématiques de la corruption se sont illustrées dès le premier jour. Ace Magashule, ancien lieutenant de Zuma et figure de proue de la lutte contre la corruption d'État – qui a dirigé le gouvernement provincial de l'État libre comme un fief personnel pendant une décennie avant d'être suspendu de l'ANC – a pris la parole au nom de son parti, le Congrès africain pour la transformation, qui est en réalité la branche de l'Umkhonto we Sizwe (MK) dans l'État libre.
La présence d'Irwin Jim sur l'estrade était particulièrement inquiétante . Jim est le secrétaire général de longue date du Syndicat national des métallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), qui fut jadis le plus grand et le plus militant syndicat du pays. Il y a un peu plus de dix ans, le NUMSA avait mené une première tentative, vouée à l'échec, d'unir la gauche en dehors de l'ANC.
Les débuts de cette initiative semblaient prometteurs : un Front uni rassemblait syndicats, mouvements communautaires et partis socialistes longtemps isolés sur la scène politique. Mais l'essor de l'auto-activisme démocratique qui s'ensuivit fut fatal au dirigeant syndical. Financé par le milliardaire américain de la tech Roy Singham, Jim étouffa le Front uni et le remplaça par le Parti socialiste révolutionnaire des travailleurs, une avant-garde fantoche bâtie autour de son autorité, qui s'effondra en quelques années. La voix de la « gauche » internationale était représentée le week-end dernier par son fidèle allié dans ces entreprises : Vijay Prashad, agent de Singham.
Il faudrait nuancer notre critique des Combattants pour la liberté économique (EFF), le troisième parti d'Afrique du Sud, mais seulement légèrement. Contrairement à l'Umkhonto we Sizwe (MK), l'idéologie officielle de l'EFF s'inscrit plus fidèlement dans la gauche, même si sa version date surtout du début du XXe siècle. La corruption au sein de l'EFF prend racine au sommet, mais n'a pas encore atteint toute la base. L'organisation compte un nombre non négligeable de militants de base dont l'engagement est bien plus sincère que tout ce que ses dirigeants sont capables de défendre.
Mais la démocratie est l'arme des faibles contre les forts, et ces camarades n'en retirent aucun avantage. L'EFF est, comme tous les autres partis de cette liste, un parti à la solde d'un seul homme. Et cet homme (Julius Malema, son fondateur et chef suprême), comme tous les autres, privilégie les affaires à la politique. C'est un capitaine d'industrie au sein des vastes « économies informelles » de clientélisme et de recherche de rentes qui rongent l'espace politique sud-africain depuis trente ans.
L'inclusion de ces groupes dans l'événement constituait une grave insulte à tous les délégués bien intentionnés qui assistaient à la conférence et aux fières traditions de la politique d'émancipation en Afrique du Sud sur lesquelles ils cherchaient à s'appuyer.
Je n'ai aucune idée précise de ce qui a poussé les organisateurs du Parti communiste sud-africain (SACP) à prendre cette décision. L'interprétation la plus indulgente l'attribuerait à une volonté naïve d'être œcuménique et de ne pas restreindre les frontières de la coalition avant même le vote démocratique. L'interprétation la moins indulgente est que l'écart entre le SACP — lui-même entaché de corruption — et la gauche clientéliste s'est tellement réduit que cette décision a semblé naturelle.
J'espère que c'était la première option. Et je soupçonne que, pour prendre cette décision, les dirigeants du SACP ont peut-être été disposés à mettre de côté leurs réserves par égard pour la force apparente des partis clientélistes.
Ce que nous avons perdu
Mais MK et l'EFF sont faibles sur tous les points essentiels pour la gauche et forts sur tous les sujets qui devraient l'inquiéter. Leur présence a abaissé le niveau des débats et a étouffé la voix des militants de base qui tentaient désespérément de tirer quelque chose d'utile de cette réunion.
On m'a demandé de présenter une introduction à l'une de ces discussions, portant sur la stratégie économique. Il se trouve que j'avais passé une grande partie de la semaine précédente à consulter d'anciens numéros du Shopsteward (la revue du Congrès des syndicats sud-africains) et du South African Labour Bulletin pour un projet de recherche. La période sur laquelle je me concentrais – la fin des années 1980 et le début des années 1990 – correspondait à l'apogée de la gauche sud-africaine.
À l'époque, la Confédération des syndicats sud-africains (COSATU) constituait l'épine dorsale organisationnelle de l'une des populations les plus mobilisées au monde : un mouvement ouvrier de plusieurs millions de membres, doté de solides structures d'organisations syndicales, de liens étroits avec les mouvements sociaux et civiques, et porteur de la confiance d'une classe qui avait vaincu un système d'oppression vieux de 300 ans. Ces atouts se reflètent pleinement dans sa vie intellectuelle : la grande finesse des débats de ces années-là est née d'une confrontation directe avec le pouvoir, menée par des organisations qui, de par leur importance, étaient contraintes de réfléchir sérieusement et dont les idées avaient un réel impact.
J'ai profité de mes propos pour inciter les camarades à se remémorer ce moment de notre histoire et à s'en inspirer pour définir la rigueur stratégique dont ils ont fait preuve. Mes remarques ont été mal accueillies. Le premier à réagir fut un haut responsable de l'EFF. Pourquoi, demanda-t-il, la COSATU avait-elle échoué si elle avait fait preuve d'une telle sophistication stratégique ? Sa réponse fut d'une simplicité désarmante : les stratèges syndicaux avaient oublié l'essentiel, la nécessité de s'emparer des terres et des moyens de production. Voilà ce que devrait être notre stratégie économique.
Cela a donné le ton au débat qui a suivi. De nombreux intervenants se sont demandés pourquoi, selon les termes de l'un d'eux, nous n'étions pas « suffisamment obsédés » par la reconquête des terres. Reprenant cette idée, un autre a avancé avec audace que le « principal problème » auquel sont confrontés les Noirs dans le pays est la constitution (à cause de la terre, sans doute).
Quelques voix tentèrent de recentrer le débat sur la réalité, en demandant quelles revendications concrètes pourraient réellement améliorer les conditions de vie et susciter un soutien populaire. Mais elles étaient minoritaires, non seulement face aux membres des groupes de pression, mais aussi face aux représentants des nombreux partis opportunistes qui constituaient une part importante du reste de la délégation à la conférence.
Ces groupes ne sont pas corrompus comme le sont les MK. Mais ils sont tout aussi déracinés et illusionnés, percevant la réalité exclusivement à travers le prisme des textes bolcheviques écrits à une époque où la plupart des ouvriers n'avaient jamais vu de chaîne de montage.
La grossièreté de cette conversation, contrastant avec la qualité des échanges que j'avais lus dans les revues du début des années 1990, m'a procuré l'un des moments les plus troublants que j'aie vécus en près de vingt ans d'engagement au sein de la gauche sud-africaine.
L'objectif initial de cette conférence me sembla soudain malavisé. Il devint clair que notre véritable tâche n'était pas d'unir la gauche, mais de la reconstruire .
Les défis auxquels nous sommes confrontés à cet égard dépassent largement l'influence du clientélisme. Il y a une trentaine d'années, la gauche sud-africaine s'est scindée en deux. Une moitié a été absorbée par le vaste appareil parti-État qui se mettait en place autour de l'Alliance – l'alliance tripartite officielle entre l'ANC, le SACP et la COSATU qui a gouverné le pays après 1994. L'autre moitié a été reléguée aux marges les plus reculées de l'échiquier politique par cette machine infernale. Trop proches du pouvoir d'un côté, trop éloignées de l'autre, chacune a dégénéré à sa manière.
Pour ne citer qu'un exemple, il ne reste pratiquement plus aucune revue de gauche importante imprimée en 2026.
Chaque ouverture apparente semble nous faire reculer de deux pas. Les mouvements NUMSA ont englouti les quelques structures de coordination dont disposait la « gauche indépendante ». Leur seul héritage fut un creusement des divisions et une union dégradée. Rhodes Must Fall a injecté un radicalisme universitaire à l'américaine dans la culture politique sud-africaine, ne laissant derrière lui que rancœur et médiocrité.
Les slogans pseudo-radicaux que l'EFF et MK ont perfectionnés sont désormais le langage courant d'une frange bien plus large d'activistes autoproclamés. On y croise souvent le leader étudiant qui n'a jamais cultivé plus qu'un pot de fleurs de sa vie, mais qui affirme avec assurance que tous les problèmes de programme et de tactique se résument à la reconquête des terres. Ci-dessous, soit dit en passant, ce que les données révèlent sur cette proposition. Une large majorité soutient toujours la redistribution des terres, mais pratiquement personne – hormis quelques communautés rurales – ne la considère comme une priorité majeure.
Dans l'ensemble, les Sud-Africains issus de la classe ouvrière aspirent aux bienfaits d'une économie industrielle moderne : emplois et revenus stables. Ils ne veulent pas redevenir paysans. Cela devrait être une évidence. Mais essayez donc de l'affirmer devant un auditoire de militants de gauche, et vous n'aurez pas le droit de finir votre phrase. Cette obsession pour la question foncière est le signe le plus flagrant du détachement de la gauche vis-à-vis de la réalité politique et de sa dérive vers une sphère de symboles et de slogans.
Ce que nous allons perdre
Le plus tragique dans tout cela, c'est que les initiatives du SACP arrivent à point nommé et, mieux exécutées, auraient pu aboutir à un tout autre résultat. Comme je l'ai longuement expliqué ailleurs, le déclin de l'ANC libère un immense espace sur la carte politique, un espace qui devrait s'avérer très attractif pour une gauche ambitieuse.
Les raisons de cette situation sont évidentes. Des millions d'électeurs désertent l'ANC en raison d'une économie atone, de services publics défaillants et de la corruption. L'EFF et l'MK, partis dissidents du parti au pouvoir qui incarnent ses pires dérives corrompues, ont peu de chances de devenir le nouveau foyer politique de la plupart d'entre eux.
Mais ils ne sont pas non plus susceptibles de se tourner vers un parti qui prône les privilèges des Blancs et qui s'obstine à nier les réalités politiques les plus évidentes pour les Sud-Africains ordinaires : le poids du passé qui continue de peser sur notre présent. Voici quelques données supplémentaires qui étayent cette affirmation : une très large majorité de Sud-Africains noirs soutient l'intervention de l'État pour réduire les inégalités et surmonter les désavantages historiques, des politiques auxquelles l'Alliance démocratique (DA) s'est toujours opposée.
Tout cela pourrait changer. Les derniers chiffres datent de plusieurs années et sont à la baisse, reflétant peut-être le désenchantement populaire envers les services publics. On observe des signes encourageants indiquant que l'Alliance démocratique (DA), pour la première fois, s'implante de manière significative dans les circonscriptions à majorité noire et atténue son fondamentalisme libéral à mesure qu'elle se développe. Mais il faudra du temps pour tisser des liens de loyauté profonds.
Pour l'instant, le champ politique reste ouvert. Pour la gauche, la formule de base à suivre pour s'y imposer de manière convaincante semble claire : il nous faut un parti qui se positionne entre les deux camps actuellement dominants, partageant avec l'Alliance démocratique (DA) son engagement anticorruption tout en restant fidèle à la transformation économique et à un plan viable pour l'emploi. Les deux volets de cette plateforme sont indissociables : seul un parti capable de restaurer la crédibilité du secteur public peut l'emporter avec un programme économique fondé sur le pouvoir public.
Les formules sont faciles à élaborer, certes ; les appliquer est bien plus complexe. Franchement, j'ignore si le SACP est en mesure de jouer un rôle significatif ici. Son histoire récente n'a rien d'encourageant. Mais grâce à une structure organisationnelle encore en partie intacte et à une certaine expérience, certes limitée, des élections et de la gouvernance, il est sans doute mieux placé que toute autre formation de gauche.
Sauf si elle persiste à privilégier la pseudo-gauche au détriment de la classe ouvrière. C'est ce que je voulais dire plus tôt en affirmant que les partis clientélistes sont défaillants sur les points essentiels. Les discours radicaux et la corruption flagrante ne constituent pas la recette pour assurer au Conseil de la Gauche – l'organe de coordination officialisé par la récente conférence – un large soutien populaire (il suffit de constater la stagnation des résultats électoraux de l'EFF depuis dix ans).
Pourtant, leur force est inquiétante. Ils disposent des moyens organisationnels et financiers nécessaires pour dominer le nouveau front de gauche, comme nous l'avons constaté le week-end dernier.
Cette force ne provient pas des sources traditionnelles de la gauche. Elle ne repose pas sur des militants engagés et instruits. Elle ne s'appuie pas sur de puissantes structures de terrain ou de rue. Elle n'est pas guidée par une clarté idéologique ou un sens stratégique aigu. Elle découle plutôt du clientélisme et du populisme. Elle provient du charisme des hommes forts et des rouages de distribution qui se mettent en place autour d'eux.
C'est là le moteur de MK, et dans une moindre mesure, de l'EFF. Les séquelles de l'attachement de ces partis aux principes de la gauche constituent un obstacle plutôt qu'une aide – en témoigne la position anti-xénophobe de l'EFF, son seul acte de principe notable, mais qui lui a coûté très cher.
Tôt ou tard, cela sera reconnu. Les groupes clientélistes commenceront à comprendre que les fondements traditionnels de la droite – Dieu, la famille et la patrie – s'accordent mieux avec les systèmes de clientélisme que ne le pourrait jamais le faire le vocabulaire émancipateur de la gauche. Le respect de l'autorité, l'ordre patriarcal et le sentiment d'appartenance nationaliste – éléments déjà bien ancrés dans l'idéologie de MK – constituent des expressions beaucoup plus naturelles pour une politique fondée sur une loyauté personnalisée et des faveurs venues d'en haut.
Les chefs de file actuels, fondés sur le clientélisme, évolueront soit naturellement dans leur direction, soit seront supplantés par d'autres moins encombrés par les prétentions du pouvoir populaire.
S'allier avec eux n'est donc pas un moyen rapide de revitaliser la gauche. C'est au contraire le meilleur moyen de la condamner. Cela ne fera que confirmer les propos du chef de l'Alliance démocratique : la distinction gauche-droite perdra rapidement toute signification dans la politique sud-africaine. Le seul clivage pertinent opposera un bloc qui souhaite gouverner en faveur de l'élite en place à un bloc qui ne souhaite absolument pas gouverner et dont la seule ambition est de finir de piller les ruines de l'État sud-africain.
Si le public finit par associer cette image à la gauche, ce sera catastrophique pour notre projet à long terme. Les images du week-end dernier montrant Yengeni, Magashule, Malema et leurs acolytes pontifiant devant une grande banderole « Conférence de la gauche », entourés de dirigeants du SACP, nous ont rapprochés un peu plus de ce scénario. C'était désolant. Si la gauche doit se reconstruire, ce ne sera pas grâce à ceux qui ont contribué à détruire les conditions d'une politique ouvrière.
À propos de l'auteur
Le Dr Niall Reddy est chercheur au Southern Centre for Inequality Studies de Johannesburg.

Dix raisons de renforcer la lutte anti-impérialiste contre le siège de Cuba et la vassalisation du Venezuela
D'un point de vue anti-impérialiste, il est nécessaire d'amplifier la mobilisation internationale et nationale contre le siège et la menace militaire qui pèsent sur Cuba, ainsi que contre toute forme de domination néocoloniale au Venezuela. Nous donnons ici dix raisons pour lesquelles il est impératif de renforcer la lutte anti-impérialiste.
12 juin 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Dix-raisons-de-renforcer-la-lutte-anti-imperialiste-contre-le-siege-de-Cuba-et-la-vassalisation-du
La nouvelle offensive impérialiste de Donald Trump contre l'Amérique latine pose des défis historiques à la classe ouvrière et aux peuples de la région. Washington avance une politique de recolonisation ouverte du continent, reprenant les postulats réactionnaires de la doctrine Monroe. Il les réactualise en formant le projet de former une soi-disant « Grande Amérique du Nord », une conception géopolitique qui vise à réaffirmer l'hégémonie des États-Unis sur l'ensemble de l'hémisphère. Dans des articles et des déclarations publiés par le Réseau international de La Izquierda Diario, nous avons dénoncé l'escalade des sanctions, les blocus et les menaces militaires contre Cuba, ainsi que l'attaque impérialiste du 3 janvier contre le Venezuela : une nuit infâme pendant laquelle Trump a transformé le pays en un protectorat en établissant une tutelle impériale sur des secteurs stratégiques de l'État vénézuélien. Ces événements s'inscrivent dans une stratégie impérialiste plus large destinée à discipliner l'Amérique latine et à reconfigurer la région selon les intérêts de Washington.
D'un point de vue anti-impérialiste, il est nécessaire d'amplifier la mobilisation internationale et nationale contre le siège et la menace militaire qui pèsent sur Cuba, ainsi que contre toute forme de domination néocoloniale au Venezuela. C'est pourquoi, en totale indépendance politique vis-à-vis des gouvernements de la région et dans une perspective ouvrière et internationaliste, nous donnons ici dix raisons pour lesquelles il est impératif de renforcer la lutte anti-impérialiste.
1. C'est le droit des peuples à l'autodétermination qui est en jeu
La première raison est élémentaire : aucun peuple ne devrait accepter qu'une puissance étrangère décide de son destin. L'impérialisme étasunien prétend s'arroger le droit de déterminer qui gouverne en Amérique latine, quel modèle économique doit être appliqué et quelles doivent être les limites de la souveraineté nationale. La menace permanente contre Cuba et les formes de tutelle politique et militaire imposées au Venezuela expriment précisément cela : la négation du droit des peuples à décider de leur propre avenir. La défense de l'autodétermination n'implique aucun soutien politique à un gouvernement. Il s'agit d'une position de principe face aux ingérences impérialistes. Lorsque Washington intervient, ce n'est pas pour libérer les peuples, mais pour les soumettre. Le Venezuela est le laboratoire militaire de ce qui attend Cuba si cette offensive n'est pas arrêtée. La défense de l'autodétermination des peuples constitue une tâche démocratique élémentaire que la classe ouvrière doit assumer en toute indépendance vis-à-vis des gouvernements et des classes dominantes nationales.
2. La menace d'une attaque contre Cuba vise à restaurer un capitalisme néocolonial
Le blocus économique, financier et énergétique imposé par les États-Unis n'a pas pour objectif d'améliorer les conditions de vie du peuple cubain. Comme nous l'avons souligné au sein du Réseau international impulsé par le Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale, l'objectif stratégique que poursuit Trump est de provoquer un effondrement économique et social afin de faciliter une transition contrôlée par le capital étasunien, en s'appuyant sur la collaboration de certains secteurs qui veulent restaurer un capitalisme néocolonial sur l'île. Trump et Marco Rubio ne cachent pas qu'ils recherchent un « changement de régime » favorable à leurs intérêts. La menace militaire et l'étranglement économique visent à accomplir par la force ce que des décennies de blocus n'ont pas permis d'obtenir : la subordination complète de l'économie cubaine aux intérêts du capital impérialiste. Les récentes menaces et le durcissement de l'encerclement économique font partie d'une stratégie destinée à ouvrir la voie à la recolonisation économique de l'île. Le Pentagone et les faucons de Washington cherchent à liquider ce qui subsiste des acquis de la révolution de 1959 et à recoloniser l'île des Caraïbes en y mettant en place, là aussi, un protectorat sur le modèle du Venezuela. Défendre Cuba face à cette agression revient à défendre le droit d'un peuple à ne pas redevenir une colonie à la disposition des États-Unis.
3. Le protectorat imposé au Venezuela crée un précédent extrêmement dangereux pour toute l'Amérique latine
Normaliser l'établissement d'un protectorat néocolonial au Venezuela revient à accepter que les États-Unis puissent établir des régimes sous leur tutelle en Amérique latine chaque fois qu'ils le jugent opportun. L'attaque du 3 janvier constitue une démonstration de force brutale visant à banaliser l'usage de la violence militaire directe dans l'hémisphère afin de renverser des gouvernements ou de provoquer une transition politique conformes aux intérêts de Washington. Par le contrôle des actifs à l'étranger et des ressources stratégiques et par une tutelle directe, Washington dicte actuellement la politique économique et sociale du pays. L'enlèvement du président vénézuélien au cours d'une opération militaire et l'installation d'un gouvernement collaborant politiquement, économiquement et militairement avec Washington constituent une manifestation extrême de cette logique de domination néocoloniale. Cette tutelle impérialiste vise à piller les ressources énergétiques et stratégiques du Venezuela, en ramenant le pays à un statut colonial moderne qui efface d'un trait les conquêtes historiques faites sur le terrain de la souveraineté nationale. Le message est clair : toute nation qui entre en conflit avec les intérêts stratégiques des États-Unis peut être soumise au moyen de pressions économiques, d'opérations politiques, d'interventions militaires ou de mécanismes néocoloniaux qui visent à mettre en place une tutelle étasunienne. Accepter cela reviendrait à ouvrir la voie à une nouvelle époque de vassalisation du continent et de protectorats impériaux en Amérique latine.
4. Trump réactualise la doctrine Monroe dans le cadre de la « stratégie de sécurité nationale » impérialiste des États-Unis
Pendant des décennies, Washington a tenté de masquer ses interventions derrière des discours multilatéraux et humanitaires. Désormais, Trump revendique sans détours le principe selon lequel l'Amérique latine constitue une zone d'influence exclusive des États-Unis. Sous l'administration de Donald Trump, les anciens objectifs réactionnaires de la doctrine Monroe – désormais complétées par le « corollaire Trump » - ont fait leur grand retour. Sans aucune retenue, Trump les réactualise dans le cadre d'un projet géopolitique : former une « Grande Amérique du Nord », soit un plan de subordination absolue visant à transformer toute la région en une arrière-cour de Washington, disciplinée par la force. Les menaces contre Cuba, le protectorat néocolonial au Venezuela et la militarisation croissante des Caraïbes font partie de cette stratégie. Il s'agit d'un véritable projet de domination hémisphérique, d'un programme global de recolonisation destiné à permettre aux États-Unis de mieux concurrencer des puissances comme la Chine ou la Russie, tout en plongeant dans la misère et la soumission les peuples latino-américains. Cependant, des puissances capitalistes comme la Chine ou la Russie ne représentent pas non plus une alternative émancipatrice pour les peuples latino-américains. Leurs relations avec Cuba et celles qu'elles entretenaient avec le Venezuela répondaient à leurs propres intérêts géopolitiques et économiques. On a d'ailleurs constaté qu'aucune des deux n'a élevé la voix face aux actions impérialistes des États-Unis.
5. Derrière la rhétorique de la « démocratie » et de la lutte contre le « narcotrafic » et les agressions impérialistes, se cachent les intérêts des grandes entreprises et des multinationales
Chaque intervention impérialiste vise à défendre d'importants intérêts économiques. Les multinationales de l'énergie, de la finance, de la technologie et de l'agro-industrie considèrent l'Amérique latine comme une source de ressources stratégiques qui doivent être placées sous le contrôle sûr des intérêts américains. Les réserves énergétiques du Venezuela, les ressources minières du continent (minerais critiques et terres rares), les routes commerciales et les marchés latino-américains sont au cœur de cette recherche de contrôle politique, économique et militaire. Lorsque Trump parle de « sécurité » ou de « stabilité », il parle en réalité d'offrir des conditions favorables au capital impérialiste. C'est pourquoi son discours sur la « démocratie » tient de l'imposture. À cela s'ajoute la militarisation du continent, justifiée par la rhétorique de la lutte contre le narcotrafic, qui sert à légitimer l'expansion militaire au nom du combat contre le trafic de drogue et le « terrorisme régional ».
La présence militaire directe des États-Unis se manifeste également à travers les accords conclus avec Noboa en Équateur et avec le gouvernement d'Arévalo au Guatemala, également sous prétexte de lutter contre le narcotrafic. Plus récemment, le Département d'État américain a annoncé que le « Primeiro Comando da Capital (PCC) » et le « Comando Vermelho (CV) » étaient désormais considérés comme des « terroristes mondiaux spécialement désignés », créant ainsi un prétexte pour élargir ses leviers d'ingérence politique et militaire au Brésil. La mobilisation anti-impérialiste est aussi une lutte contre la militarisation croissante de la région. L'expérience montre que ces politiques ne luttent ni contre le narcotrafic ni contre la violence ; elles dotent au contraire les États de nouveaux mécanismes répressifs et renforcent la présence militaire étasunienne sur le continent. La classe ouvrière et les peuples du continent ont le droit de vivre sans la menace permanente d'agressions militaires étrangères et sans une militarisation qui s'intensifie à grande vitesse.
6. L'offensive contre Cuba et la domination du Venezuela constituent une menace pour toute l'Amérique latine
Aucun pays ne peut considérer qu'il est à l'abri. L'histoire montre que chaque victoire impérialiste contre une nation latino-américaine renforce la capacité d'intervention des États-Unis contre le reste du continent. Ce qui se passe aujourd'hui à Cuba avec la menace militaire d'une invasion et le durcissement du siège économique tout comme le protectorat imposé au Venezuela pourraient demain se reproduire dans n'importe quel autre pays qui se trouverait en contradiction avec les intérêts de Washington. Il s'agit d'un avertissement adressé à toute l'Amérique latine : aucun peuple n'est hors de portée des pressions économiques, politiques ou militaires de l'impérialisme américain. C'est pourquoi la défense de Cuba et la lutte contre le protectorat au Venezuela ne relèvent pas seulement de la solidarité internationaliste ; elles représentent également une nécessité stratégique pour la classe ouvrière et pour l'ensemble des peuples latino-américains.
7. L'impérialisme impose aussi sa domination au moyen des droits de douane, du chantage économique et de la dette
L'offensive impérialiste ne se déploie pas uniquement sur le terrain militaire. L'administration Trump utilise les droits de douane, les sanctions économiques, le chantage commercial et les mécanismes financiers comme autant d'instruments de subordination des pays latino-américains. Le Mexique constitue un cas emblématique. Sous la menace de nouveaux droits de douane, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a renforcé la militarisation de la frontière sud et durci les politiques de contrôle migratoire à l'égard de l'Amérique centrale, répondant ainsi aux pressions des États-Unis. Cette subordination s'exprime également à travers la réorganisation des chaînes de production, les relocalisations industrielles impulsées par Washington, le contrôle migratoire et la militarisation des frontières au service des besoins stratégiques des États-Unis. On a également observé ce phénomène au Brésil et en Colombie.
Parallèlement, les États-Unis interviennent ouvertement dans la vie politique des pays latino-américains, en finançant, soutenant ou promouvant des secteurs de droite alignés sur leurs intérêts. En Argentine, cela s'est manifesté de manière particulièrement explicite pendant la campagne de Milei : les États-Unis ont clairement fait comprendre que, si Milei ne remportait pas l'élection, ils refuseraient d'envoyer 40 milliards de dollars d'aides au gouvernement. Cela s'est également produit au Honduras avec l'ultra-conservateur Nasry « Tito » Asfura alors que Washington conditionnait ses aides à sa victoire électorale et à son alignement sur ses intérêts. Cette offensive passe également par les organismes multilatéraux comme le Fonds monétaire international (FMI). La crise de la dette réapparaît comme un mécanisme central de subordination, chaque renégociation ou refinancement étant lié à de nouvelles exigences d'austérité, à des réformes structurelles, à des privatisations et à des attaques contre les droits de la classe ouvrière et des secteurs populaires.
8. L'avancée de l'impérialisme renforce les gouvernements d'extrême droite de la région, qui s'attaquent aux travailleurs et aux classes populaires
L'un des aspects les plus graves de la situation actuelle est l'alignement de nombreux gouvernements latino-américains sur la stratégie étasunienne. Les gouvernements de droite de la région agissent comme des agents directs de la politique des États-Unis et soutiennent ouvertement l'agression contre Cuba ainsi que l'attaque contre le Venezuela. De Milei en Argentine à Noboa en Équateur et Bukele au Salvador en passant par des figures de l'extrême droite continentale comme Kast au Chili, Bolsonaro au Brésil, Keiko Fujimori au Pérou ou De la Espriella et l'uribisme en Colombie, tous se conforment aux exigences de la Maison Blanche, légitiment les sanctions, gardent le silence face aux menaces militaires ou collaborent activement aux plans de Washington. Le gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez sous le protectorat instauré par l'intervention impérialiste au Venezuela apparait particulièrement cynique alors qu'elle participe à l'asphyxie de Cuba dans le cadre de sa soumission complète aux objectifs de Trump, une attitude applaudie par son opposante, María Corina Machado. Cette attitude rappelle les pires moments de subordination du continent et démontre les limites de classes dirigeantes nationales qui demeurent incapables de défendre ne serait-ce que les éléments les plus fondamentaux de la souveraineté nationale. Malheureusement, des gouvernements qui se présentent comme progressistes, comme ceux de Sheinbaum au Mexique, de Lula au Brésil et de Petro en Colombie, ont fini par accepter le blocus pétrolier contre Cuba.
9. La lutte anti-impérialiste est inséparable de la lutte de la classe ouvrière contre ses propres bourgeoisies nationales
Les sanctions, les blocus et les interventions frappent avant tout les travailleurs, les secteurs populaires et la jeunesse. L'expérience montre que ce sont les masses laborieuses qui paient le prix des agressions impérialistes en subissant la pauvreté, le chômage, les pénuries et la destruction des droits sociaux. C'est pourquoi la lutte anti-impérialiste ne peut être séparée de la défense des intérêts de la classe ouvrière et des couches exploitées. Les centrales syndicales, les mouvements sociaux, les organisations étudiantes et populaires ont un rôle décisif à jouer. La véritable résistance anti-impérialiste se construit par en bas, à travers la mobilisation indépendante des masses laborieuses. La lutte contre l'impérialisme demeure incohérente si elle n'affronte pas simultanément les bourgeoisies nationales qui agissent comme des partenaires subalternes de la domination impérialiste. La seule force capable de s'opposer efficacement à l'agression impérialiste est la mobilisation indépendante et internationaliste de la classe ouvrière et des peuples du monde. Dans cette lutte anti-impérialiste, les travailleurs, les paysans, la jeunesse et les peuples autochtones doivent aujourd'hui s'inspirer des extraordinaires mobilisations des masses boliviennes qui se soulèvent résolument contre les plans d'austérité, les pénuries et la misère imposés par le grand capital.
10. Seule la solidarité internationale peut vaincre l'offensive impérialiste
Il est nécessaire de lancer une vaste campagne internationale de solidarité avec Cuba et contre toute forme de protectorat néocolonial au Venezuela. Il est urgent que les centrales syndicales, les mouvements paysans, indigènes et populaires, les associations étudiantes, les organisations de défense des droits humains, les mouvements féministes, la jeunesse militante et toutes les organisations qui réclament de l'anti-impérialisme fassent leurs ces revendications et participent activement à cette lutte. Il faut rejeter l'offensive de Trump, la restauration de la doctrine Monroe et les projets de recolonisation promus par Washington en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Il est fondamental que ceux qui, à l'intérieur même des États-Unis, luttent et se rebellent contre leur propre gouvernement impérialiste considèrent ce combat comme le leur. Une victoire de l'impérialisme contre les peuples opprimés renforce les exploiteurs du monde entier et représente également une défaite pour la classe ouvrière et les secteurs opprimés des États-Unis. De même, la classe ouvrière et la jeunesse d'Europe doivent s'opposer à la complicité de leurs gouvernements dans les agressions impérialistes et dans les politiques qui visent à vassaliser nos peuples.
Mener la lutte anti-impérialiste à l'échelle internationale permet d'unifier les luttes que nous menons en Amérique latine avec les résistances qui émergent au cœur même des pays impérialistes, de rompre ainsi l'isolement et de renforcer une lutte internationaliste capable de vaincre les projets de domination de la Maison Blanche et de ses alliés. La défense de Cuba et la lutte contre toute forme de tutelle impérialiste sur le Venezuela font partie d'un même combat : une lutte pour une Amérique latine libérée des ingérences étrangères, des blocus, des sanctions, des occupations militaires et de toute forme de domination néocoloniale. Cette lutte contre l'impérialisme qui opprime nos pays est indissociable de la lutte contre les bourgeoisies nationales qui agissent comme ses partenaires et ses relais locaux. Seule une perspective d'émancipation sociale, politique et économique de la classe ouvrière et des secteurs exploités pourra mettre définitivement fin à la dépendance, à l'oppression et à l'exploitation capitaliste, ouvrant la voie à une véritable libération de nos peuples.
Non à l'intervention militaire contre Cuba ! À bas le blocus et l'encerclement impérialiste des États-Unis !
Non à l'asphyxie énergétique ! Du pétrole pour Cuba dès maintenant !
Non au protectorat néocolonial imposé au Venezuela !
Impérialisme yankee hors de Cuba, du Venezuela et de toute l'Amérique latine et des Caraïbes !
Pour une grande mobilisation internationale de la classe ouvrière et des
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La crise climatique s’aggrave
Alors que de plus en plus de preuves émergent concernant les impacts dévastateurs et croissants du réchauffement climatique, les climatologues suggèrent que le monde pourrait subir des conséquences bien plus désastreuses que prévu si les températures par rapport à l'ère préindustrielle augmentaient ne serait-ce que de 2 °C. Des hausses bien supérieures à ce niveau étant tout à fait possibles au cours de ce siècle, ces conclusions sont extrêmement inquiétantes et ont des implications désastreuses pour l'humanité.
9 juin 2026
https://socialistproject.ca/2026/06/climate-crisis-deepens/
World Weather Attribution rapporte qu'à partir de « la mi-avril et jusqu'en mai, l'Inde et le Pakistan ont connu des températures extrêmement élevées, avec des températures maximales quotidiennes supérieures à 46 °C dans de nombreuses villes indiennes ». Ces conditions touchant l'une des régions les plus densément peuplées de la planète, cela a signifié « exposer des centaines de millions de personnes à des conditions dangereuses ».
De telles vagues de chaleur brutales sur le sous-continent ne sont « plus rares, avec une période de retour d'environ 5 ans. En d'autres termes, il y a 20 % de chances, au cours d'un mois d'avril donné, de connaître des températures comparables à celles de la période de 15 jours la plus chaude observée en avril 2026. » Pas plus tard qu'en 2022, la chaleur ressentie ce printemps aurait été considérée comme tout à fait exceptionnelle.
L'article affirme également que « le changement climatique a environ triplé la probabilité d'un événement tel que la vague de chaleur de 2026 ». De plus, en ce qui concerne les tendances futures, compte tenu d'« un réchauffement supplémentaire de 1,3 °C, de tels événements deviendront plus de deux fois plus probables et les températures augmenteront encore de 1,2 °C ».
Des répercussions en cascade
Une étude de l'Université d'Oxford publiée en janvier a révélé que « près de la moitié de la population mondiale (3,79 milliards de personnes) vivra dans des conditions de chaleur extrême d'ici 2050 si le réchauffement climatique atteint 2,0 °C au-dessus des niveaux préindustriels – un scénario que les climatologues jugent de plus en plus probable ». Cela représenterait une augmentation considérable de l'exposition à de telles conditions, étant donné que seulement 23 % de la population était confrontée à une chaleur extrême en 2010. Le Dr Jesus Lizana, auteur principal de l'étude, a souligné que « l'étude montre que la plupart des changements dans la demande de climatisation et de chauffage se produisent avant d'atteindre le seuil de 1,5 °C, ce qui exigera la mise en œuvre précoce de mesures d'adaptation importantes ».
Les preuves de l'aggravation rapide de la crise climatique continuent de s'accumuler. Ce mois-ci, le journal The Independent a fait état de recherches scientifiques alarmantes menées par l'Université de Southampton sur la fonte de la banquise antarctique, qui « a chuté à des niveaux sans précédent ». Les chercheurs ont découvert « que de vastes étendues de glace, équivalentes à la superficie du Groenland, ont fondu ». Ils concluent que cette « perte massive de banquise déstabilise les systèmes de courants océaniques mondiaux, réchauffant la planète “bien plus rapidement que prévu” ».
Cependant, l'aspect le plus inquiétant de ces conclusions est peut-être le tableau saisissant des répercussions climatiques en cascade qui en ressort. Les chercheurs mettent en avant « trois événements distincts qui ont perturbé l'équilibre de l'océan Austral environnant, déclenchant une fonte rapide de la glace ».
À partir de 2013 environ, « les vents intensifiés par le changement climatique […] ont commencé à faire remonter vers la surface des eaux chaudes et salées provenant des profondeurs de l'océan ». Par la suite, « en 2015, des vents intenses ont mélangé la chaleur des profondeurs directement à la couche de surface, faisant fondre rapidement la glace de mer ». Enfin, depuis 2018, « le système glace-océan est pris au piège dans un cycle où – avec moins de glace à fondre – la surface reste salée et chaude, empêchant ainsi la glace de se reconstituer ».
Ce processus démontre très clairement à quel point les effets climatiques auxquels nous sommes confrontés sont nombreux, complexes et étroitement liés. Le réchauffement global crée un vaste réseau de causalité dans lequel des effets largement imprévus deviennent les causes de nouvelles perturbations climatiques. Il est facile de comprendre pourquoi, bien que la nature générale des perturbations climatiques soit connue depuis longtemps, la vitesse et l'ampleur de ces changements ont pris tout le monde par surprise. Il y a environ sept ans, le Guardian soulignait qu'« un monde réchauffé de quatre degrés relève du cauchemar, et pourtant, c'est vers cela que nous nous dirigeons d'ici quelques décennies seulement ». Dans le même temps, le journal concluait également qu'« il est hautement improbable que nous restions en dessous de 2 °C (par rapport aux niveaux préindustriels) d'ici la fin du siècle, sans parler de 1,5 °C ». Les développements survenus depuis la rédaction de cet article ne font que renforcer cette conclusion.
Dans ce contexte, alors que le réchauffement se poursuit, il apparaît désormais clairement que les projections réalisées concernant les impacts d'une augmentation de seulement 2 °C n'ont pas suffisamment pris en compte l'éventail des possibilités.
En mars, un article publié dans Carbon Brief a mis en avant une étude qui a révélé que limiter le réchauffement « à 2 °C au-dessus des températures préindustrielles pourrait ne pas suffire à empêcher des « conséquences climatiques mondiales extrêmes ». Il a notamment été établi « que les projections du modèle « pire scénario » dans un monde réchauffé de 2 °C sont souvent plus graves que les scénarios « moyens » dans un monde réchauffé de 3 °C ou 4 °C ».
Jusqu'à présent, la plupart des chercheurs scientifiques et des organismes internationaux influents, y compris le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), ont utilisé une approche dite de « moyenne multimodèle », dans le cadre de laquelle ils « effectuent des simulations à l'aide de plusieurs modèles, puis calculent la moyenne de ces résultats ».
Une telle approche peut toutefois donner une « image trompeuse » qui ne tient pas compte de la probabilité que « les changements que certaines régions pourraient connaître soient « bien, bien plus importants » que la moyenne mondiale ». De plus, compte tenu de la multitude de résultats qui indiquent systématiquement une sous-estimation généralisée de la gravité des impacts climatiques, nous en revenons à la conclusion que les « scénarios climatiques les plus pessimistes » sont bien plus probables qu'on ne l'avait estimé auparavant. Continuer à se fonder sur des prévisions indûment optimistes relève de la folie et ne peut que nuire à l'efficacité de la préparation et de la planification.
Une trajectoire désastreuse
Pourtant, si ceux qui étudient le changement climatique et formulent des recommandations sous-estiment peut-être gravement l'ampleur et l'intensité de la catastrophe qui se profile, la dure réalité est que ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique tracent une trajectoire désastreuse qui ignore tout simplement les preuves facilement accessibles.
Le déni climatique grossier de Donald Trump est bien connu. C'est lui qui s'est présenté devant l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier et qui, comme l'a rapporté PBS, a déclaré : « Ce changement climatique, c'est la plus grande arnaque jamais perpétrée contre le monde, à mon avis. »
Il ne fait aucun doute que l'ignorance délibérée dont fait preuve Trump sur les questions climatiques a encouragé les capitalistes des énergies fossiles à abandonner leurs prétentions écologiques et à s'engager sur une voie encore plus imprudente et destructrice. Cependant, il est très instructif d'examiner la trajectoire politique du premier ministre canadien Mark Carney, ancien défenseur d'un capitalisme respectueux de l'environnement.
Lorsqu'il était envoyé spécial des Nations Unies pour le climat, en 2020, Carney semblait convaincu qu'une gestion responsable de l'environnement et la recherche du profit étaient tout à fait conciliables. Il avait déclaré : « Les entreprises prennent conscience qu'elles ne sont pas des îlots, indépendantes du système social, du système politique, du système économique ou du système climatique… C'est une évolution très positive, car cela peut inciter les entreprises à réaliser des investissements dans le domaine climatique et d'autres domaines nécessaires. »
À peine quelques années plus tard, Carney est désormais à la tête du gouvernement canadien, à un moment où les profits sont mis à mal par les répercussions des mesures de guerre commerciale de Trump, et il a certainement dépassé sa phase « verte ». Son gouvernement va de l'avant avec des efforts sans précédent pour faciliter une véritable frénésie d'investissements dans des projets liés aux combustibles fossiles et à l'exploitation minière. Il le fait en faisant preuve d'un mépris choquant pour les conséquences environnementales et les impacts climatiques.
West Coast Environmental Law a vivement condamné Carney pour avoir fait avancer « une déréglementation des grands projets qui comprend des propositions visant à vider de leur substance nos principaux outils destinés à garantir que les grands projets ne nuisent pas à l'eau, à la nature et au climat dont nous dépendons ». L'organisation accuse ensuite le gouvernement de se livrer à « de loin le pire démantèlement de la législation environnementale de l'histoire du Canada ».
Il existe, bien sûr, des différences politiques importantes entre Trump et Carney, mais elles ne sont pas de nature fondamentale. Issus des ailes conservatrices et libérales de leurs establishment politiques respectifs, ils partagent la conviction que les impératifs de rentabilité du système qu'ils représentent doivent primer sur toute autre considération.
Au fil des mois, la gravité de la crise climatique devient de plus en plus évidente et les preuves à l'appui ne cessent de s'accumuler. Pourtant, les capitalistes des énergies fossiles et leurs complices politiques restent obstinés et continuent, littéralement, à jeter de l'huile sur le feu. Nous ne pouvons que conclure que la lutte pour la justice climatique doit être menée dans une perspective politique anticapitaliste.
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Canicules marines, températures, niveau des mers : les indicateurs climatiques s’emballent
Vagues de chaleur marines en hausse, fonte du budget carbone... Ces indicateurs qui explosent témoignent du rythme sans précédent atteint par le réchauffement planétaire, estiment 73 chercheurs dans un rapport publié le 11 juin.
Tiré de Reporterre.net
12 juin 2026
Par Vincent Lucchese
Le changement climatique s'aggrave, cette aggravation s'accélère et le réchauffement atteint un rythme sans précédent. La température planétaire monte au rythme d'environ 0,27 °C par décennie. À comparer à la moyenne de 0,18 °C par décennie mesurée sur cinquante ans. Au total, le climat de la Terre, mesuré sur la moyenne des dix dernières années, a atteint +1,26 °C par rapport à l'ère préindustrielle.
C'est le constat dressé par un consortium international de 73 chercheurs, issus de 56 instituts dans 17 pays, dans leur rapport annuel sur les Indicateurs du changement climatique planétaire (IGCC — Indicators of Global Climate Change). Publiés dans la revue Earth System Science Data le 11 juin, leurs résultats sont le fruit d'une vaste analyse de plus de 40 ensembles de données mondiaux. Et leurs conclusions alarmantes ne sont malheureusement pas surprenantes puisque les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont, elles aussi, continué à augmenter.
1,5 °C de réchauffement désormais inévitable
Ce rapport annuel sur les « indicateurs clés de l'état du système climatique » est une initiative lancée en 2023 par les scientifiques pour éclairer les choix des décideurs politiques. Le réchauffement évolue si vite qu'il leur paraissait nécessaire de mettre à jour régulièrement ces indicateurs depuis le dernier cycle de rapports du Giec, publiés en 2021 et 2022.
Premier de ces indicateurs : notre budget carbone fond comme neige au soleil. Ce « budget » correspond à la quantité de gaz à effet de serre maximum que l'on peut encore émettre dans l'atmosphère tout en conservant 50 % de chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C. De 500 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2) en 2020, il n'est plus que de 130 GtCO2 début 2026.
« Ce budget carbone sera épuisé avant 2030 aux niveaux actuels d'émissions de CO2. Il est désormais inévitable que le réchauffement planétaire dû aux activités humaines atteigne puis dépasse 1,5 °C », en concluent les auteurs du rapport. Maigre signe d'espoir : si les émissions continuent d'augmenter, le rythme de cette hausse diminue. Dit autrement, les émissions augmentent moins vite que dans les années 2000.
D'autres indicateurs clés mesurent les conséquences de ces émissions. C'est le cas de l'élévation du niveau des mers, qui ne cesse de s'accentuer. En 2025, cette élévation atteint presque les 23 cm par rapport au niveau de 1901, contre à peine 20,2 cm en 2018. Le niveau continuera de monter inexorablement et de plus en plus vite. Sur la période 2006-2025, le rythme atteignait la vitesse moyenne inédite de 3,7 mm par an.
Le rapport IGCC version 2026 intègre aussi un nouvel indicateur : le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marines. Celui-ci a plus que triplé entre 1991 et 2025, notent les scientifiques. L'année 2025 a été particulièrement touchée, enregistrant 65 jours de vagues de chaleur marines.
Ces canicules marines ont des effets dévastateurs sur la biodiversité et perturbent tout l'écosystème marin. Avec par exemple comme autre effet délétère, une possible baisse de la capacité de l'océan à capter le CO2. En moyenne, sur la décennie écoulée (2016-2025), les chercheurs comptabilisent environ 58 jours de vagues de chaleur marines par an, contre 36 sur la décennie précédente, soit une hausse de 60 %.
L'accélération du réchauffement en question
Ces indicateurs qui explosent les compteurs témoignent de la récente accélération du réchauffement planétaire. Sur les cinq dernières années, la hausse a été de 0,17 °C, indique le rapport, ce qui est encore plus rapide que le rythme, déjà record, de 0,27 °C par décennie. L'année 2024 avait en particulier battu tous les records en devenant la première de l'histoire à dépasser le niveau de 1,5 °C. L'année 2025 se situe quant à elle à environ +1,39 °C, d'après les chercheurs de l'IGCC.
Les auteurs sont toutefois extrêmement prudents quant aux conséquences à tirer de cette accélération très récente : ces nouveaux records de chaleur sont incontestablement en partie dus à la hausse des gaz à effet de serre, ainsi qu'à la diminution des émissions de certains aérosols polluants, dont l'effet refroidissant masquait une partie du réchauffement. Mais la variabilité naturelle du climat peut aussi jouer un rôle et il est impossible de dégager une tendance climatique de long terme à partir d'une dynamique observée sur à peine quelques années.
Pour tenter d'appréhender ces changements en cours, un autre indicateur que la température est également mobilisé par les climatologues : le déséquilibre énergétique de la Terre. Mesuré par satellite, celui-ci calcule la différence entre l'énergie qui arrive sur la planète (via le rayonnement solaire) et l'énergie qui en ressort (le rayonnement solaire qui est réfléchi ainsi que le rayonnement infrarouge émis par la Terre).
Le gros problème de notre époque, c'est que l'énergie qui entre sur notre planète est plus élevée que celle qui en sort. Essentiellement à cause de l'accumulation des gaz à effet de serre qui piègent cette énergie. Mais ce déséquilibre énergétique ne se reflète pas immédiatement ni totalement dans l'évolution de la température de surface, car ce surplus d'énergie est aussi stocké ailleurs et notamment dans les océans. D'où l'explosion des jours de vague de canicules marines et l'accélération de la montée des mers, par exemple.
Encore douze ans pour éviter 1,7 °C
Mesurer ce déséquilibre énergétique est donc crucial pour saisir ce qu'il se passe dans le système climatique global. Or, ce déséquilibre augmente depuis les années 1970 et a même doublé depuis les années 2000. En sept ans, depuis le niveau retenu dans le dernier rapport du Giec, et celui observé par ce rapport IGCC, le déséquilibre a augmenté de 40 %.
Autrement dit, l'accumulation d'énergie, et donc de chaleur, se fait à un rythme sans précédent sur Terre. C'est la conséquence des perturbations humaines du climat (gaz à effet de serre, aérosols, déforestation, etc.) ainsi que de la réponse du climat à ces perturbations (fonte des surfaces glacées qui réfléchissent le rayonnement solaire, modification de la couverture nuageuse, etc.).
Lire aussi : « Les scientifiques avaient beau savoir que ça arriverait, on est sur quelque chose de stupéfiant »
La grande question, qui fait l'objet de beaucoup de débats parmi les climatologues, c'est à quel point ce déséquilibre énergétique peut s'accentuer et dépasser ce qu'anticipaient les modèles climatiques. La crainte étant que cela puisse être un signe précurseur d'un réchauffement plus intense que prévu.
« Ce déséquilibre énergétique commence à être à la limite de ce qu'on avait imaginé et de ce qui était simulé. Ce n'est pas encore une source d'inquiétude mais un élément de vigilance. L'évolution des températures reste, elle, parfaitement cohérente avec nos modèles », assure Aurélien Ribes, chercheur au Centre national de recherches météorologiques et coauteur du rapport IGCC.
La seule certitude absolue, c'est l'urgence de sortir des énergies fossiles et de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Chaque dixième de degré de réchauffement évité limitant d'autant les catastrophes de l'atrocité climatique en cours. Les auteurs préviennent : le budget carbone restant pour conserver 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,7 °C est de 500 GtCO2. Soit douze années au rythme d'émissions actuel.
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Profits excessifs des pétrolières : Oxfam appelle les pays du « G6 » à agir
ÉVIAN, le 15 juin 2026 — Une nouvelle analyse d'Oxfam, publiée à la veille du sommet du G7 à Évian, en France, révèle que 41 milliardaires de l'énergie du G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Cela équivaut à plus de 1 000 dollars en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner des yeux.
La flambée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires a des conséquences dévastatrices pour les ménages du monde entier, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire déjà éprouvés par des années de turbulences économiques, de crises de la dette et de chocs climatiques.
Les bénéfices de six grandes sociétés pétrolières devraient grimper de 80 % (68 milliards de dollars) par rapport aux prévisions établies avant la guerre en Iran. Leurs bénéfices cumulés devraient atteindre 152 milliards de dollars en 2026, soit l'équivalent de 416 millions de dollars par jour.
Ces superprofits s'étendent à d'autres secteurs : trois des principales entreprises mondiales d'engrais devraient voir leurs bénéfices bondir de 23 % (928 millions de dollars) par rapport aux estimations d'avant-guerre.
Au total, les bénéfices combinés de certaines des plus grandes entreprises dont le siège se trouve dans un pays du G7 devraient dépasser les prévisions d'avant-guerre de 413 millions de dollars en moyenne.
« Les conflits ravagent des pays et coûtent la vie à d'innombrables personnes, mais pour certains, ils sont extrêmement lucratifs », souligne Amitabh Behar, directeur général d'Oxfam International. « Il s'agit d'un système brutal qui redistribue la richesse vers le haut — des travailleurs et travailleuses aux actionnaires, des plus pauvres aux plus riches, des personnes qui ont le moins de pouvoir à celles qui en ont déjà bien trop. Alors que des familles suppriment des repas et que les gouvernements réduisent radicalement l'aide humanitaire vitale, nous assistons à une grotesque accumulation de richesses au profit des milliardaires. »
Les pays du « G6 » ont le pouvoir d'agir
Cette cinquième crise mondiale majeure depuis 2020 se heurte à une paralysie et à un recul politiques. Contrairement à l'action internationale coordonnée observée au lendemain de la pandémie de COVID-19 et de l'invasion de l'Ukraine par la Russie — lorsque les gouvernements avaient temporairement suspendu le paiement du service de la dette et que le Fonds monétaire international avait fourni des prêts d'urgence —, les dirigeants et dirigeantes du G7 en font moins que jamais pour aider les pays les plus vulnérables.
Oxfam demande aux leaders des pays du « G6 » — le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni — de cesser d'utiliser les actions destructrices de l'administration américaine dans l'économie mondiale et dans l'attisement des conflits comme prétexte à leur propre inaction. Le G6 dispose d'un immense pouvoir d'influence financier et diplomatique qu'il choisit délibérément de ne pas exercer.
« Pour s'assurer la présence du président Trump à ce sommet, le président Macron a accepté d'écarter les discussions sur la crise climatique, l'aggravation des inégalités et la nécessité de réponses coordonnées face à des crises mondiales qui se chevauchent », déplore Amitabh Behar. « Même des mots comme "genre" ou "climat" ont été rayés de l'ordre du jour pour apaiser Washington. Plutôt que de défendre la gouvernance collective, Macron et ses homologues s'accommodent de sa destruction. Cela aura des conséquences qui se mesureront en vies humaines. »
Les pays du « G6 » ne peuvent pas plaider l'impuissance. « Ils peuvent annuler la dette. Ils peuvent taxer les superprofits et les grandes fortunes. Ils peuvent fournir plus d'aide aux pays les plus pauvres. Refuser d'agir au seul motif que Washington ne se joindra pas à eux n'est pas de la diplomatie — c'est de la lâcheté. Cela ne fera qu'accélérer le déclin du "G6" sur la scène internationale », estime le directeur général d'Oxfam International.
Des mesures pour protéger les populations
Oxfam appelle les leaders du G7 — et si nécessaire, celle et ceux du « G6 » agissant de manière indépendante — à mettre immédiatement en œuvre ces mesures pour protéger les populations de la crise :
Taxer les superprofits des entreprises et des individus les plus riches afin de réduire les inégalités.
Suspendre et annuler la dette. S'inspirer des mesures mises en place pendant la COVID-19 en suspendant immédiatement tous les remboursements de la dette bilatérale des pays à revenu faible et intermédiaire, et recourir à des mécanismes législatifs pour contraindre les créanciers privés à faire de même. Annuler la dette insoutenable, qui oblige les gouvernements à appliquer des coupes budgétaires dévastatrices dans les services publics essentiels.
Renforcer l'aide internationale. Respecter les engagements en matière d'aide publique au développement en revenant à l'objectif de 0,7 % du revenu national brut.
Libérer les liquidités mondiales. Soutenir une nouvelle émission immédiate de droits de tirage spéciaux par l'intermédiaire du FMI — dissociée des quotes-parts — afin d'injecter des liquidités indispensables dans les économies en difficulté sans alourdir leur endettement. Parallèlement, les institutions financières internationales doivent proposer des prêts d'urgence sans conditionnalité, à l'image de la réponse déployée pendant la pandémie.
Notes
La fiche d'information et la note méthodologique d'Oxfam (en anglais) peuvent être consultées en suivant ce lien.
Les milliardaires du secteur de l'énergie du G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début de la guerre en Iran. Cela équivaut à 301 millions de dollars par jour, à 3487 de dollars par seconde ou à 1046 de dollars chaque 0,3 seconde (le temps moyen nécessaire pour cligner des yeux).
Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime que la guerre illicite menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran pourrait plonger plus de 30 millions de personnes dans la pauvreté à travers le monde. L'indice des prix alimentaires de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) — qui suit les prix internationaux d'un panier de denrées alimentaires échangées à l'échelle mondiale — a augmenté plus de trois fois plus vite entre février et avril 2026 qu'au cours des mêmes mois en 2025.
Les données relatives à la fortune des milliardaires sont issues d'une analyse réalisée par Oxfam à partir du classement en temps réel des milliardaires établi par Forbes au 18 mai 2026.
Les pays du G7 fournissent environ les trois quarts du budget de l'aide publique au développement (APD).
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La Bolivie au bord du précipice Le soulèvement quechua et aymara face à l’État
En Bolivie, une insurrection populaire exige la démission du président Rodrigo Paz, en poste depuis six mois seulement. L'historien Forrest Hylton analyse le soulèvement de juin 2026 à la lumière de la longue histoire des rébellions indigènes et paysannes du pays. Face à une centaine de barrages routiers dans sept des neuf départements, le gouvernement hésite entre l'état d'exception et le dialogue, conscient du précédent de 2003 — lorsque Sánchez de Lozada fut contraint à la fuite après avoir ordonné l'ouverture du feu sur des manifestants aymara. Les communautés quechua et aymara des hauts plateaux, rejointes par mineurs, enseignants et syndicats, revendiquent le respect de leurs droits constitutionnels dans l'État plurinational — et le retrait d'un président qu'ils ont élu mais qui, selon elles, gouverne au profit des élites de Santa Cruz. [AN]
4 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79000
Lors des insurrections populaires comme celle qui se déroule actuellement en Bolivie — qui exige la démission du président Rodrigo Paz après seulement six mois au pouvoir —, l'expérience du temps et de l'espace se transforme, acquérant une charge extraordinaire au fil des jours, voire des heures. Les insurgés campesinos indigènes ont depuis longtemps caractérisé ces moments comme appartenant à « un autre temps ».
Le rythme des événements s'accélère, avec trop de développements pour en suivre le cours de manière adéquate. Ce fut le cas en 1780-81, lorsque Tomás Katari, Túpac Amaru et Túpac Katari faillirent renverser l'Empire espagnol au Pérou ; lors de la Révolution nationale d'avril 1952 ; et à nouveau en septembre-octobre 2003 et mai-juin 2005. [1]
La compression du temps a son pendant spatial, opposant la citoyenneté urbaine assiégée à la paysannerie de la campagne. Il y a actuellement environ une centaine de barrages, dans sept des neuf départements. La circulation entre les villes est restreinte, et à La Paz, après plus d'un mois de siège, elle est également restreinte à l'intérieur de la ville, les chauffeurs de taxis et de minibus faisant partie de ceux qui sont en grève et les particuliers n'ayant presque plus d'essence.
L'issue de la lutte pour savoir qui gouverne la Bolivie, comment et au profit de qui, sera finalement déterminée par l'endurance et le nombre, et non par la force armée. Selon le Defensor del Pueblo (Médiateur de la République), le pays se trouve « au bord du précipice ». Chaque jour qui passe favorise ceux qui se sont soulevés — principalement les communautés paysannes aymara de vingt provinces du département de La Paz. Elles produisent leur propre nourriture, qu'elles emportent avec elles jusqu'à la capitale. Elles arrivent en minibus et se déplacent dans la ville à pied ou par téléphérique. Comme pour la direction communautaire ou les semailles, elles se relaient pour participer.
La semaine dernière, des dizaines de milliers de personnes — les campesinos rejoints par des mineurs, des ouvriers, des enseignants, des travailleurs des transports et d'autres — ont occupé le centre de La Paz, encerclant le palais présidentiel sans tenter de franchir les trois cordons de policiers anti-émeutes qui l'entouraient. Il n'y eut que vingt arrestations. Comme en 2003, mais contrairement à 2005, l'objectif était de démontrer la force du nombre, en minimisant les affrontements physiques afin de revenir un autre jour en nombre encore plus grand — jusqu'à la démission de Paz. (Son ministre de la Défense a démissionné mardi.)
Dans les coins les plus reculés de la République, de jeunes journalistes citoyens aymara et quechua ont filmé la direction collective locale déclarant son adhésion au communiqué émis le 24 mai par le syndicat paysan CSUTCB (Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia — Confédération syndicale unitaire des travailleurs paysans de Bolivie), condamnant la mort de Víctor Cruz Quispe, 24 ans, à Vilaque, dans la province natale de Túpac Katari, Aroma, aux mains des autorités la veille. Ces dernières étaient supposées être en mission « humanitaire » pour permettre à des médicaments, de l'oxygène et du carburant de circuler entre La Paz et Oruro. Mais il n'y avait aucune trace de la Croix-Rouge ni de l'Église catholique, ni d'aucune tentative d'engager un dialogue avec les manifestants.
La mission était dirigée par le cousin du président Paz, Mauricio Zamora, ministre des Travaux publics, dont les qualifications incluent la possession d'un restaurant huppé à Calacoto, un quartier aisé de La Paz. Il n'a pas réussi à atteindre ses objectifs déclarés — dégager les routes — et a fui vers la ville par des routes secondaires après avoir été pris en embuscade à deux reprises.
Lors de la veillée funèbre de Cruz Quispe, la direction collective a pris la parole à tour de rôle, comme le veut la coutume ; sa veuve était trop accablée de chagrin pour s'exprimer, bien qu'elle se soit exprimée à La Paz lundi, appelant à la justice et à la démission du président. Elle a une fille de deux ans et un bébé de trois semaines. Un rapport préliminaire de la police a suggéré que la mort de son mari était due à des tirs amis, bien que des douilles de 9 mm aient été retrouvées sur place. Les campesinos des hauts plateaux boliviens ne portent pas de pistolets de 9 mm.
Mardi dernier, le Congrès a adopté un projet de loi autorisant le déploiement de l'armée contre les manifestants. Selon leurs propres mots, les législateurs sont « paniqués » et « terrifiés ». Comme lors du coup d'État de 2019, la classe moyenne urbaine projette ses peurs sur un « envahisseur » campesino indigène, ce qui inclut les nombreux citoyens d'origine aymara vivant à El Alto et travaillant à La Paz. [2]
Le Département d'État américain et le gouvernement bolivien affirment que le soulèvement est organisé par l'ancien président Evo Morales et financé par le narco-trafic. Erik Prince, fondateur de Blackwater, a suggéré que des narco-guérilleros colombiens et péruviens seraient impliqués. [3] Ce récit est diffusé par voie d'ondes depuis Miami par José Carlos Sánchez Berzaín, un ancien ministre de la Défense recherché pour extradition en Bolivie en raison de son rôle dans le massacre de 67 personnes, pour la plupart des Aymara, en septembre et octobre 2003. Sánchez Berzaín avait déjà prétendu en 2003 que des Colombiens et des Péruviens étaient des agitateurs extérieurs. Le 2 juin, Paz a affirmé que des étrangers envahissaient la Bolivie et menaçaient son intégrité, et qu'ils seraient donc traqués et expulsés.
Comme Sánchez Berzaín, le candidat présidentiel de droite radicale « Tuto » Quiroga réclame un état d'exception depuis des semaines, prétendant que Morales et des narco-trafiquants dirigent et financent la protestation populaire. Les membres les plus honnêtes de la classe moyenne urbaine admettent qu'un état d'exception conduira l'armée à tirer sur des manifestants non armés, en en tuant au moins quelques-uns, et que les syndicats paysans des hauts plateaux n'obéissent pas à Morales et ne sont pas payés pour manifester.
Le vice-ministre de l'Intérieur a déclaré que, si la législation proclamant un état d'exception est adoptée par l'Assemblée plurinationale, les « missions humanitaires » visant à débloquer les routes commenceront par des efforts pour convaincre les manifestants de se démobiliser. La force sera ensuite utilisée avec discernement, et non de manière indiscriminée. Ostensiblement du moins, ils souhaitent éviter de massacrer des campesinos indigènes non armés.
Sánchez Berzaín et le président Gonzalo Sánchez de Lozada ont fui à Miami en 2003 après avoir proclamé un état d'exception et eu recours à la force létale. Leurs fantômes hantent le président Paz. Tout comme la figure de Jeanine Áñez, qui est parvenue au pouvoir lors d'un coup d'État d'extrême droite en 2019, a proclamé un état d'exception, et, après l'élection de Luis Arce à la présidence en 2020, s'est retrouvée en prison pour le meurtre de manifestants non armés. Elle n'a été libérée que récemment.
La plupart des analystes politiques ne parlent que des souffrances des bons citoyens de La Paz. Cela n'est pas à minimiser : plusieurs personnes sont mortes parce que les barrages les ont empêchées de recevoir des soins médicaux. Mais il y a peu de représentation, voire aucune conscience, des revendications paysannes ou ouvrières — seulement une insistance monothématique sur le « vandalisme », suivant la ligne gouvernementale. Les dirigeants et membres des communautés paysannes disent être furieux d'être qualifiés de « vandales » par ceux qu'ils appellent les véritables vandales : les gens qui possèdent et dirigent la Bolivie, pour la plupart d'origine européenne et basés dans les basses terres orientales.
Le conflit porte sur des droits constitutionnels. Les communautés mobilisées exigent que leurs droits en tant que citoyens indigènes soient respectés, et non piétinés (pisoteado). L'État plurinational leur appartient aussi, et elles ont le droit de manifester et de s'autogouvernenar. Elles veulent être traitées sur un pied d'égalité, et non gouvernées par décret. Elles ont voté pour Paz — il ne serait jamais arrivé au Palacio Quemado sans elles — mais il a trahi leur confiance. Elles le lui ont dit après leur assemblée générale d'avril, et il n'a pas écouté — elles lui ont accordé vingt jours pour répondre, mais n'ont jamais eu de retour. Il est vraiment « espagnol » et non bolivien, et gouverne au profit des grandes entreprises de l'est, à Santa Cruz, avec des lois qui vont à l'encontre des « intérêts de notre classe ». Quand elles manifestent pacifiquement, elles sont gazées aux lacrymogènes, voire tuées au nom de l'aide humanitaire aux paceños (habitants de La Paz).
Il n'y a aucune médiation crédible en vue : l'Église catholique, les organisations boliviennes de défense des droits humains, la Commission interaméricaine des droits de l'homme et le Defensor del Pueblo brillent tous par leur absence, en partie parce qu'ils s'étaient discrédités en 2019. La diplomatie régionale fait également défaut, le président brésilien Lula appelant au dialogue sans comprendre l'intransigeance du gouvernement bolivien, ni les griefs des campesinos indigènes.
Un large éventail de dirigeants souligne à répétition qu'ils suivent les décisions prises en assemblées, et que s'ils ne donnent pas suite aux résolutions, leur base les révoqueront. La direction paysanne quechua et aymara est soumise à la possibilité de révocation. Il en est de même pour les organisations de quartier urbaines et les syndicats ouvriers. Le dirigeant de la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvrière bolivienne — COB), Mario Argollo, leader minier, a émis des communiqués depuis la clandestinité, avant d'apparaître à El Alto cette semaine lors d'un rassemblement massif. Morales fait de même, bien qu'avec peu d'effet au-delà de sa base syndicale de producteurs de coca dans les basses terres tropicales du Chapare, à Cochabamba.
Bien que La Paz et El Alto soient au cœur du soulèvement, les barrages routiers se sont multipliés à Cochabamba, Oruro, dans le nord du Potosí et en Chuquisaca. À l'est, Santa Cruz est coupée du Beni ainsi que de Cochabamba : les contre-mobilisations sont massives, et le dirigeant du Comité Cívico de Santa Cruz (Comité civique de Santa Cruz), Stello Cochamanidis, a déclaré que ses troupes de choc fascistes de l'UJC (Unión Juvenil Cruceñista — Union jeunesse crucénienne) — et ce n'est pas une hyperbole — feront ce que le gouvernement n'a pas fait, en dégageant les routes par la force au nom de la « sécurité, du travail et du développement ». Il n'a pas encore mis ses menaces à exécution. Le 2 juin, dans le nord-ouest de Santa Cruz, des membres de communautés paysannes ont fermé les vannes pétrolières à Santa Rosa del Sara, et la police est intervenue pour procéder à des arrestations. Des barrages avaient été érigés dans le Pando, mais ils ont été levés.
Lundi dernier, la fédération syndicale des producteurs de coca a organisé une caravane motorisée au siège du 9e Bataillon de l'armée à Chimoré, à Cochabamba, et a procédé à l'inspection de la base pour s'assurer qu'aucun personnel de la DEA (Drug Enforcement Administration — Agence américaine antidrogue) ni de l'armée argentine ne s'y trouvait. Des barricades faites de gros rondins taillés en pointe comme des crayons ont été érigées. La base est toujours encerclée. Lorsque les lumières se sont éteintes dans le Chapare le 27 mai, les producteurs de coca ont supposé que les États-Unis pourraient tenter d'enlever Morales comme ils l'avaient fait avec Maduro, et se sont précipités pour encercler l'unité des forces spéciales antidrogue voisine, s'emparant des routes. [4]
Mais ce ne sont ni Morales ni les producteurs de coca — ni la classe moyenne urbaine — qui décideront de l'issue du conflit. Ce sont les paysanneries quechua-aymara des hauts plateaux et des vallées d'altitude, fortes de quatre millions de personnes, et leurs alliés à El Alto et dans les syndicats. Le 3 juin, ils ont annoncé qu'ils marcheraient à nouveau sur La Paz — cette fois pour destituer Paz, qui, le même jour, avait mis en ligne puis supprimé une vidéo appelant les gens à se mobiliser avec la police et l'armée (dont de nombreux conscrits se retrouveraient face à des personnes qu'ils considèrent comme des proches) pour mettre fin aux barrages.
Forrest Hylton, ethnohistorien de l'Amérique latine et des Caraïbes, est professeur associé de sciences politiques à l'Universidad Nacional de Colombia-Medellín. Il est l'auteur de Evil Hour in Colombia (Verso, 2006), traduit en espagnol, français et portugais, et, avec Sinclair Thomson, co-auteur de Revolutionary Horizons : Past and Present in Bolivian Politics (Verso, 2007), traduit en français. [5] Il écrit régulièrement sur la politique latinoaméricaine pour la London Review of Books.
— .
P.S.
https://www.lrb.co.uk/blog/2026/june/bolivia-on-the-edge
Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak
Footnotes
[1] Ces deux crises politiques majeures sont connues sous les noms de « Guerre du gaz » (2003) et de « Guerre du pétrole » (2005). En 2003, au moins 67 personnes — pour la plupart des Aymara — furent tuées lors de la répression ordonnée par le président Gonzalo Sánchez de Lozada, qui fut contraint à la démission et à l'exil. En 2005, Carlos Mesa, son successeur, dut également démissionner face à une nouvelle vague de mobilisations.
[2] Le coup d'État de novembre 2019 renversa le président Evo Morales, contraint à la démission puis à l'exil après que la police et l'armée eurent refusé de le soutenir. Jeanine Áñez, sénatrice de droite, se proclama présidente par intérim. Après l'élection de Luis Arce (MAS — Movimiento al Socialismo, Mouvement vers le socialisme) en octobre 2020, Áñez fut arrêtée et condamnée pour son rôle dans le coup d'État. Sur la période de 2019-2020, voir sur ESSF : « Bolivia's Ongoing Coup », https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article54207 ; et « Statement on Human Rights Violations in Bolivia », https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article51279
[3] Erik Prince est le fondateur de Blackwater (aujourd'hui Academi), société américaine de services militaires privés tristement célèbre pour le massacre de civils irakiens à Bagdad en 2007.
[4] L'enlèvement de Nicolás Maduro, président du Venezuela, par des agents américains s'est produit en avril 2025. Il avait été transféré aux États-Unis pour y être jugé pour narco-terrorisme.
[5] Forrest Hylton, Revolutionary Horizons : Past and Present in Bolivian Politics, avec Sinclair Thomson, Verso, 2007.
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Une transition juste pour sortir des énergies fossiles : propositions politiques à l’échelle mondiale émanant des mouvements paysans dans une perspective de souveraineté alimentaire
La civilisation humaine du XXIe siècle se trouve à un tournant historique. Au cours des deux derniers siècles, depuis la révolution industrielle, l'humanité a réalisé des progrès extraordinaires dans les domaines de la science, de la technologie, de l'industrie et du développement mondial des moyens de communication. L'industrialisation a accru la production, accéléré l'urbanisation, transformé les transports et les modes de communication, et considérablement augmenté l'activité économique à l'échelle mondiale. Ces transformations ont profondément remodelé les sociétés humaines et modifié la relation entre l'homme et la nature.
19 mars 2026 | etiré du site Europe solidaire sans frontières, par ALAM Badrul Alam
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78420
Pourtant, ces réalisations ont également engendré une crise écologique profonde. Le modèle dominant de développement économique s'est fortement appuyé sur l'extraction et la consommation de combustibles fossiles — charbon, pétrole et gaz naturel — qui ont servi de sources d'énergie primaires pour la production industrielle, la production d'électricité, les systèmes de transport et l'agriculture moderne. Les combustibles fossiles ont alimenté les usines, rendu possible le commerce international et stimulé l'expansion économique tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.
Cependant, ce modèle de développement porte en lui des contradictions profondes. Les combustibles fossiles sont des ressources limitées, et leur extraction et leur combustion à grande échelle libèrent d'énormes quantités de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre. Au fil du temps, cette accumulation de gaz à effet de serre a perturbé l'équilibre naturel du système climatique de la planète. En conséquence, le réchauffement climatique et l'instabilité climatique sont apparus comme les défis majeurs de notre époque.
Aujourd'hui, les conséquences de ce modèle de développement sont de plus en plus visibles. La crise climatique ne relève plus d'une prédiction scientifique lointaine ni d'un scénario hypothétique pour l'avenir. Elle est au contraire devenue une réalité immédiate et tangible qui affecte les écosystèmes, les économies et les communautés à travers le monde.
Les phénomènes météorologiques extrêmes s'intensifient tant en fréquence qu'en gravité. Ouragans, cyclones, inondations, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêt perturbent les vies et les moyens de subsistance sur tous les continents. L'élévation du niveau des mers menace les zones côtières et les nations insulaires. Les glaciers fondent à un rythme sans précédent, ce qui modifie les régimes hydrologiques des eaux douces dont dépendent des millions de personnes. Les systèmes agricoles sont soumis à un stress croissant en raison de régimes pluviométriques imprévisibles, de la dégradation des sols et des fluctuations de température.
Ces évolutions soulèvent des questions profondes quant à la durabilité du paradigme de développement actuel. Les sociétés humaines peuvent-elles continuer à accroître leur production et leur consommation tout en s'appuyant sur les combustibles fossiles comme principale source d'énergie ? L'économie mondiale peut-elle maintenir sa trajectoire actuelle sans déstabiliser les systèmes naturels qui soutiennent la vie sur Terre ?
Un nombre croissant de preuves scientifiques indiquent que la réponse est non. La poursuite d'un modèle de développement dépendant des combustibles fossiles menace non seulement la stabilité écologique, mais aussi la survie à long terme de la civilisation humaine elle-même.
Dans ces circonstances, la sortie des combustibles fossiles est devenue l'une des tâches les plus urgentes auxquelles l'humanité est confrontée. Cependant, cette transition ne peut être comprise comme un simple changement technologique d'une source d'énergie à une autre. Elle représente une transformation plus profonde qui touche les systèmes économiques, les structures politiques, les relations sociales et les valeurs culturelles.
Pour des millions de petits agriculteurs, de communautés autochtones, de travailleurs ruraux et de populations marginalisées à travers les pays du Sud, la crise climatique est déjà une réalité vécue. Leurs moyens de subsistance dépendent directement des écosystèmes naturels : sols, eau, forêts et biodiversité. Lorsque ces systèmes sont perturbés par le changement climatique, les conséquences sont immédiates et graves.
Les petits agriculteurs sont confrontés à une baisse des rendements agricoles due à des précipitations irrégulières et à des sécheresses prolongées. Les communautés côtières sont aux prises avec le phénomène de salinisation causé par l'élévation du niveau de la mer. Les éleveurs font face à la réduction des pâturages à mesure que la désertification s'étend. Les pêcheurs subissent une diminution des réserves halieutiques due au réchauffement des océans et à la perturbation des écosystèmes.
Bien qu'elles ne contribuent que très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, ces communautés supportent le plus lourd fardeau de la crise climatique. Cette réalité met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial actuel.
La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit donc être guidée non seulement par des considérations environnementales, mais aussi par les principes de justice sociale, d'équité et de participation démocratique. Les voix de celles et ceux qui sont les plus affecté.e.s par le changement climatique — les petits agriculteurs, les peuples autochtones, les travailleurs, les femmes et les jeunes — doivent être au cœur de l'élaboration des politiques et des stratégies qui définissent cette transition.
Les mouvements paysans et les mouvements pour la souveraineté alimentaire à travers le monde affirment depuis longtemps que les solutions durables à la crise climatique doivent s'attaquer aux causes structurelles de la destruction de l'environnement. Ces causes comprennent la concentration du pouvoir économique, l'expansion de l'agriculture industrielle, la marchandisation des ressources naturelles et la prédominance des intérêts des entreprises dans la prise de décision mondiale.
Dans cette perspective, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles est indissociable des luttes plus larges pour la justice économique, la soutenabilité écologique et la gouvernance démocratique.
La réalité scientifique de la crise climatique
La compréhension scientifique du changement climatique a considérablement progressé au cours des dernières décennies. Des recherches approfondies menées par des climatologues du monde entier ont établi que les activités humaines — en particulier la combustion de combustibles fossiles et la déforestation — sont les principaux facteurs du réchauffement climatique.
Depuis le début de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre a considérablement augmenté. Les relevés effectués sur des carottes de glace, dans des stations de surveillance atmosphérique et à l'aide de modèles climatiques montrent que les niveaux de dioxyde de carbone sont passés d'environ 280 parties par million à l'époque préindustrielle à plus de 420 parties par million aujourd'hui.
Cette augmentation des concentrations en gaz a renforcé l'effet de serre, piégeant davantage de chaleur dans l'atmosphère terrestre et provoquant une hausse des températures mondiales. Selon les évaluations scientifiques, la température mondiale moyenne a déjà augmenté d'environ 1,2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.
Bien que cette augmentation puisse sembler faible en valeur numérique, ses conséquences sont profondes. Même de légères variations de la température moyenne peuvent perturber les systèmes climatiques complexes qui régulent les régimes météorologiques, les courants océaniques et les phénomènes écologiques.
L'un des aspects les plus alarmants du changement climatique est le possible franchissement de points de bascule critiques. Ces points de basculement représentent des seuils au-delà desquels les systèmes naturels peuvent subir des changements rapides et irréversibles. Par exemple, la fonte des calottes polaires pourrait accélérer considérablement l'élévation du niveau de la mer. Le dépérissement des forêts tropicales pourrait libérer dans l'atmosphère d'énormes quantités de carbone stocké. Le dégel du pergélisol dans les régions arctiques pourrait libérer du méthane, un puissant gaz à effet de serre, ce qui intensifierait encore davantage le réchauffement climatique.
Les scientifiques soulignent que si l'augmentation de la température mondiale dépasse 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, les risques de tels changements irréversibles augmenteront considérablement. C'est pourquoi les accords internationaux sur le climat insistent sur l'importance de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et de poursuivre les efforts pour le maintenir en dessous de 1,5 °C.
Cependant, les tendances actuelles des émissions mondiales restent bien supérieures aux niveaux requis pour atteindre ces objectifs. Malgré des décennies de négociations et d'engagements internationaux, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter.
Cet écart entre les recommandations scientifiques et l'action politique représente l'un des plus grands défis à relever pour faire face à la crise climatique.
Impacts visibles du changement climatique
Les répercussions du changement climatique sont déjà visibles dans différentes régions du monde. Ces répercussions varient en fonction des conditions géographiques, des structures économiques et des vulnérabilités sociales, mais plusieurs tendances se dessinent de plus en plus clairement.
L'un des effets les plus visibles du changement climatique est l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Les vagues de chaleur sont de plus en plus longues et intenses dans de nombreuses régions, ce qui expose la population à des risques sanitaires graves et perturbe la production agricole. Les sécheresses touchent de vastes zones d'Afrique, d'Asie et des Amériques, ce qui menace la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en eau.
Parallèlement, les épisodes de pluies intenses se multiplient, provoquant des inondations et des glissements de terrain. Ces catastrophes détruisent des habitations, des infrastructures et des terres agricoles, et déplacent souvent des communautés entières.
Les régions côtières sont confrontées à la menace supplémentaire de l'élévation du niveau de la mer. À mesure que les températures mondiales augmentent, la dilatation thermique de l'eau de mer et la fonte des calottes glaciaires contribuent à la montée du niveau des océans. Les zones côtières de faible altitude et les nations insulaires sont particulièrement vulnérables à ce phénomène.
Pour des pays comme le Bangladesh, qui possède l'une des plus grandes régions de delta au monde, l'élévation du niveau de la mer et les marées de tempête font peser des risques importants sur des millions de personnes qui vivent dans les zones côtières. La salinisation des terres agricoles et des sources d'eau douce affecte déjà la production agricole et la disponibilité de l'eau potable.
Un autre impact majeur du changement climatique est la perturbation des écosystèmes et de la biodiversité. De nombreuses espèces végétales et animales peinent à s'adapter à des conditions environnementales en mutation rapide. Les changements de température et de régimes pluviométriques modifient les habitats, les routes migratoires et les cycles de reproduction.
La perte de biodiversité menace non seulement la faune sauvage, mais compromet également les fonctions écologiques qui soutiennent les sociétés humaines. La pollinisation, la fertilité des sols, la purification de l'eau et la régulation du climat sont toutes étroitement liées à la santé des écosystèmes.
Changement climatique et systèmes alimentaires
L'agriculture est à la fois un facteur qui contribue au changement climatique et l'un des secteurs les plus vulnérables à ses effets. L'agriculture industrielle moderne repose fortement sur les combustibles fossiles pour la mécanisation, la production d'engrais chimiques, les systèmes d'irrigation et le transport de denrées alimentaires sur de longues distances.
Dans le même temps, le changement climatique compromet la stabilité des systèmes de production agricole. La hausse des températures affecte les cycles de croissance des cultures, tandis que les régimes pluviométriques irréguliers créent de l'incertitude pour les agriculteurs qui dépendent des conditions météorologiques saisonnières.
Dans de nombreuses régions, les agriculteurs subissent déjà une baisse des rendements agricoles due à des facteurs de stress liés au climat tels que la sécheresse, les inondations et la dégradation des sols.
Ces changements menacent la sécurité alimentaire mondiale, en particulier pour les populations qui dépendent de l'agriculture à petite échelle tant pour leurs moyens de subsistance que pour leur approvisionnement alimentaire.
L'urgence d'une transition mondiale
Les preuves scientifiques et les expériences vécues par les communautés à travers le monde mènent à une conclusion claire : l'humanité doit s'affranchir des combustibles fossiles afin de stabiliser le système climatique et de protéger les fondements écologiques de la vie.
Cependant, le rythme et la direction que doit prendre cette transition restent très controversés. Les entreprises du secteur des énergies fossiles continuent d'exercer une influence politique et économique considérable, ce qui retarde ou affaiblit souvent les politiques climatiques. Parallèlement, de nombreux gouvernements sont confrontés à des défis économiques complexes en matière de sécurité énergétique, d'emploi et de priorités de développement.
Malgré ces défis, la dynamique en faveur du changement s'amplifie. Les technologies liées aux énergies renouvelables, telles que l'énergie solaire et éolienne, sont devenues de plus en plus abordables et accessibles. Les mouvements sociaux, les institutions scientifiques et les organisations de la société civile réclament des mesures plus fermes pour lutter contre la crise climatique.
Pour les mouvements paysans et les défenseurs de la souveraineté alimentaire, la transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également inclure une transformation des systèmes agricoles, des relations foncières et des structures économiques.
C'est seulement grâce à une telle transformation globale que l'humanité pourra s'orienter vers un avenir durable et juste.
Inégalités mondiales, justice climatique et responsabilité historique des pays industrialisés
La crise climatique ne doit pas être considérée uniquement comme un problème environnemental. Elle est étroitement liée aux structures économiques mondiales, aux modèles historiques d'industrialisation et aux relations de pouvoir inégales entre les pays et les classes sociales. Dès le début de la révolution industrielle, le développement du capitalisme moderne a été étroitement lié à l'extraction et à la consommation de combustibles fossiles. Le charbon a alimenté les premières productions industrielles en Europe, tandis que le pétrole et le gaz sont ensuite devenus essentiels pour les transports, la production d'électricité et les systèmes industriels mondiaux.
Au cours des XIXe et XXe siècles, les pays industrialisés d'Europe et d'Amérique du Nord ont étendu leur puissance économique grâce à une industrialisation à grande échelle. Ces pays ont consommé d'énormes quantités de combustibles fossiles pour construire des usines, des réseaux de transport, des infrastructures militaires et des systèmes urbains. Au fil du temps, ce processus a généré une richesse économique colossale dans les pays du Nord tout en augmentant simultanément la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre.
Les données historiques sur les émissions de carbone montrent clairement que les pays industrialisés sont les principaux responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pendant plus d'un siècle, ces pays ont émis du dioxyde de carbone à des niveaux bien supérieurs à ceux du reste du monde. Même aujourd'hui, les émissions par habitant dans de nombreux pays développés restent nettement plus élevées que celles des pays en développement.
Dans le même temps, de nombreux pays du Sud ont connu un processus d'industrialisation beaucoup plus tardif et à une échelle bien moindre. L'histoire coloniale, les relations commerciales inégales et la dépendance financière ont limité leur capacité à développer des économies industrielles indépendantes. En conséquence, leurs émissions cumulées à l'échelle mondiale restent relativement faibles.
Malgré cette disparité en matière de responsabilité historique, les effets du changement climatique touchent de manière disproportionnée les pays en développement. Bon nombre de ces pays sont situés dans des régions très vulnérables à des risques climatiques tels que les cyclones, les sécheresses, les inondations et l'élévation du niveau de la mer. Leurs économies dépendent également fortement de secteurs sensibles au climat, comme l'agriculture, la pêche et la sylviculture.
Pour les petits agriculteurs et les communautés rurales du Sud, le changement climatique menace à la fois leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire. Lorsque les récoltes sont perdues à cause de la sécheresse ou des inondations, les agriculteurs perdent leurs revenus et les familles ont du mal à se procurer suffisamment de nourriture. Lorsque des tempêtes détruisent les infrastructures rurales, les marchés et les chaînes d'approvisionnement sont perturbés. Ces bouldversements créent des cycles de pauvreté et de déplacement dont il est difficile de sortir.
La répartition inégale des répercussions climatiques met en évidence une injustice fondamentale inhérente au système économique mondial. Ceux qui ont le moins contribué au problème subissent les conséquences les plus graves. Cette situation soulève des questions éthiques et politiques cruciales concernant la responsabilité, le devoir de rendre des comptes et l'équité dans la gouvernance climatique mondiale.
Le concept de justice climatique a émergé en réponse à ces questions. La justice climatique met l'accent sur le fait que la lutte contre le changement climatique nécessite plus qu'une simple réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle exige de s'attaquer aux inégalités historiques et structurelles qui façonnent à la fois les causes et les conséquences de la crise climatique.
Selon les principes de la justice climatique, les pays qui ont historiquement émis les plus grandes quantités de gaz à effet de serre doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et le soutien à l'action climatique mondiale. Cette responsabilité inclut la fourniture de ressources financières, d'un soutien technologique et d'une aide au renforcement des capacités aux pays en développement.
Les négociations internationales sur le climat ont de plus en plus reconnu l'importance de ces principes. Les accords conclus dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) reprennent le concept de « responsabilités communes mais différenciées », qui reconnaît que tous les pays partagent la responsabilité de lutter contre le changement climatique, mais que ces responsabilités doivent varier en fonction des émissions historiques et des capacités économiques.
Cependant, la mise en œuvre de ces principes a souvent été limitée et contestée. Les pays en développement ont souligné à maintes reprises qu'ils avaient besoin d'un soutien financier et technologique pour opérer la transition vers des voies de développement à faible émission de carbone tout en relevant les défis liés à la pauvreté et au développement économique.
L'un des mécanismes les plus importants proposés pour répondre à ces enjeux est le financement climatique. Le financement climatique correspond aux ressources financières fournies par les pays développés pour appuyer les efforts d'atténuation et d'adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Ces fonds peuvent soutenir le développement des énergies renouvelables, les infrastructures résilientes au changement climatique, l'agriculture durable et les programmes de préparation aux catastrophes.
Malgré les engagements internationaux, l'ampleur du financement climatique fourni jusqu'à présent est bien inférieure aux besoins. De nombreux pays en développement continuent de faire face à d'importantes contraintes financières qui limitent leur capacité à investir dans les énergies renouvelables et les programmes d'adaptation au changement climatique. En outre, une grande partie du financement climatique existant est fournie sous forme de prêts plutôt que de subventions, ce qui alourdit le fardeau de la dette de pays déjà vulnérables.
Pour de nombreux pays du Sud, la dette publique représente un obstacle majeur à l'action climatique. Les gouvernements consacrent souvent une grande partie de leur budget national au service de la dette plutôt qu'à l'investissement dans les services sociaux ou la protection de l'environnement. Cette situation restreint la marge de manœuvre budgétaire disponible pour la mise en œuvre des politiques climatiques.
La lutte contre la crise climatique nécessite donc des réformes du système financier mondial. L'allègement de la dette, des accords commerciaux équitables et des mécanismes financiers justes sont nécessaires pour permettre aux pays en développement de s'engager sur la voie du développement durable.
Dans le même temps, la justice climatique doit également s'attaquer aux inégalités au sein des pays. Les effets du changement climatique ne sont pas répartis de manière uniforme entre les différents groupes sociaux. Les particuliers et les entreprises fortunés ont souvent une plus grande capacité à s'adapter aux effets du changement climatique, tandis que les communautés pauvres et marginalisées restent très vulnérables.
Les travailleurs des industries des combustibles fossiles sont confrontés à des incertitudes à mesure que les systèmes énergétiques évoluent vers les sources renouvelables. Sans une planification rigoureuse, l'abandon des combustibles fossiles pourrait entraîner des pertes d'emplois et des bouleversements sociaux dans les régions dépendantes de l'exploitation du charbon, de l'extraction pétrolière ou des industries connexes.
C'est pourquoi le concept de « transition juste » est devenu central dans les discussions sur la politique climatique. Une transition juste, cela signifie que la transition vers des systèmes énergétiques durables doit protéger les travailleurs, soutenir les communautés touchées et créer de nouvelles perspectives économiques. Elle vise à garantir que l'action climatique n'aggrave pas les inégalités sociales mais contribue au contraire à bâtir des économies plus équitables et solidaires.
Les mouvements paysans et les mouvements sociaux ont joué un rôle significatif dans la promotion de l'idée d'une transition juste. Ces mouvements insistent sur le fait que les solutions climatiques doivent donner la priorité aux besoins et aux droits des citoyens ordinaires plutôt qu'aux intérêts des grandes entreprises ou des institutions financières.
Pour les petits agriculteurs, la crise climatique est étroitement liée à des luttes plus larges autour des droits fonciers, de l'accès à l'eau, du contrôle des semences et de conditions de marché équitables. L'agriculture industrielle et l'agro-industrie ont concentré le pouvoir économique entre les mains d'une poignée de multinationales, souvent au détriment des communautés locales.
De nombreux agriculteurs sont confrontés à un endettement croissant en raison de la hausse des coûts des engrais chimiques, des pesticides et des semences hybrides. Parallèlement, la volatilité des marchés mondiaux et les politiques commerciales inéquitables font souvent baisser les prix que les agriculteurs obtiennent pour leurs produits. Ces pressions contribuent à la pauvreté en milieu rural et à l'instabilité sociale.
Le changement climatique aggrave ces difficultés en accroissant l'incertitude qui pèse sur la production agricole. Les agriculteurs doivent faire face à des régimes pluviométriques imprévisibles, à des phénomènes météorologiques extrêmes et à des dynamiques parasitaires en mutation. Sans soutien ni ressources adéquats, de nombreux ménages ruraux peinent à s'adapter.
Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire s'est imposée comme un cadre puissant pour lutter à la fois contre le changement climatique et l'injustice agricole. La souveraineté alimentaire met l'accent sur le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires, à donner la priorité à la production alimentaire locale et à protéger les ressources naturelles.
Contrairement au concept de sécurité alimentaire, qui se concentre souvent principalement sur la garantie d'un approvisionnement alimentaire adéquat, la souveraineté alimentaire met l'accent sur le contrôle démocratique des systèmes alimentaires. Elle souligne l'importance des savoirs locaux, des traditions culturelles et de la durabilité écologique.
Les mouvements pour la souveraineté alimentaire affirment que les petits agriculteurs jouent un rôle crucial dans la protection de la biodiversité et le maintien de systèmes agricoles résilients. Les pratiques agricoles traditionnelles s'appuient souvent sur des systèmes de culture diversifiés, des techniques naturelles de gestion des sols et des variétés de semences adaptées aux conditions locales. Ces pratiques peuvent renforcer la résilience face à la variabilité climatique tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des intrants issus des énergies fossiles.
L'agroécologie est devenue l'un des piliers centraux des mouvements pour la souveraineté alimentaire
L'agroécologie intègre des principes écologiques aux pratiques agricoles afin de créer des systèmes d'agriculture durables qui fonctionnent en harmonie avec les processus naturels. Elle met l'accent sur la biodiversité, la santé des sols, la conservation de l'eau et l'utilisation des savoirs locaux.
Les systèmes d'agriculture agroécologique nécessitent souvent moins d'intrants externes et s'appuient davantage sur des processus biologiques tels que le cycle des nutriments et la lutte naturelle contre les ravageurs. Ils permettent ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant la fertilité des sols et la productivité agricole à long terme.
Outre ses avantages environnementaux, l'agroécologie favorise également la résilience sociale et économique. En réduisant leur dépendance vis-à-vis d'intrants chimiques coûteux, les agriculteurs peuvent diminuer leurs coûts de production et renforcer leur autonomie économique. Les marchés locaux et les structures coopératives peuvent consolider les économies rurales et créer des opportunités de développement communautaire.
La promotion de l'agroécologie et de la souveraineté alimentaire représente donc une voie importante pour lutter à la fois contre le changement climatique et les inégalités rurales. Cependant, ces approches se heurtent souvent à la résistance de puissants intérêts privés qui tirent profit du modèle agricole industriel actuel.
Les grandes entreprises agroalimentaires contrôlent une part importante des marchés mondiaux des semences, de la production d'engrais et des systèmes de distribution alimentaire. Leur influence sur les processus décisionnels peut orienter les politiques agricoles de manière à privilégier la production industrielle et l'agriculture orientée vers l'exportation.
La transformation des systèmes alimentaires dans le contexte de l'action climatique nécessite de s'attaquer à ces déséquilibres structurels. Elle requiert des politiques qui soutiennent les petits agriculteurs, protègent les droits fonciers, favorisent la biodiversité et encouragent les pratiques agricoles durables.
Au niveau mondial, la coopération internationale est essentielle pour faire progresser ces objectifs. Le changement climatique est un défi transfrontalier qui ne peut être relevé par les pays seuls. Des efforts coordonnés sont nécessaires pour réduire les émissions mondiales, protéger les écosystèmes et soutenir les communautés vulnérables.
Cependant, la coopération internationale doit être guidée par des principes d'équité et de participation démocratique. Les processus décisionnels mondiaux devraient inclure les voix des mouvements sociaux, des peuples autochtones, des organisations d'agriculteurs, des travailleurs et des groupes de la société civile.
Trop souvent, les discussions sur les politiques climatiques sont dominées par les gouvernements et les grandes entreprises, tandis que les points de vue des communautés locales restent marginalisés. La création de structures de gouvernance inclusives est essentielle pour garantir que les solutions climatiques reflètent les besoins et les aspirations de populations diverses.
Une autre dimension importante de la justice climatique concerne la protection des droits des peuples autochtones. Les communautés autochtones entretiennent depuis des générations des liens profonds avec leurs territoires et possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion écologique. De nombreux territoires autochtones abritent une biodiversité et des ressources naturelles importantes, cruciales pour la stabilité climatique.
Cependant, ces communautés sont souvent confrontées à des menaces de la part des industries extractives telles que l'exploitation minière, le forage pétrolier et les projets d'infrastructure à grande échelle. La protection des droits fonciers autochtones et la reconnaissance des systèmes de connaissances autochtones sont donc des composantes essentielles de la justice climatique.
La transition vers l'abandon des combustibles fossiles doit également prendre en compte les droits des générations futures. Le changement climatique présente des risques à long terme qui affecteront les enfants et les jeunes bien au-delà du moment présent. Les décisions prises aujourd'hui concernant les systèmes énergétiques, l'utilisation des terres et le développement économique façonneront les conditions environnementales dont hériteront les générations futures.
Partout dans le monde, les mouvements de jeunesse se mobilisent de plus en plus pour exiger une action climatique plus forte. Leurs actions mettent en évidence l'urgence de s'attaquer à la crise climatique et la responsabilité morale des générations actuelles qunat à la protection de la planète pour celles et ceux qui viendront après.
En résumé, la crise climatique est indissociable de questions plus larges d'inégalité mondiale, de responsabilité historique et de justice sociale. Lutter contre le changement climatique nécessite de transformer les systèmes économiques, de redistribuer les ressources et de donner du pouvoir aux communautés qui ont été historiquement marginalisées dans les processus décisionnels.
La section suivante examinera la relation entre la civilisation agricole, l'agriculture industrielle et les causes structurelles de la crise climatique, en accordant une attention particulière au rôle des communautés paysannes dans la construction d'alternatives durables.
Souveraineté alimentaire, agroécologie, terres et droits communautaires dans le contexte de la transition climatique
La crise climatique a mis en évidence les profondes faiblesses structurelles du système alimentaire mondial. Au cours du siècle dernier, l'agriculture a subi une transformation radicale sous l'effet de l'industrialisation, de la mondialisation et de l'influence croissante des grandes entreprises agroalimentaires. Cette transformation a considérablement accru la production alimentaire dans certaines régions du monde mais elle a également engendré de graves problèmes écologiques, sociaux et économiques qui sont les causes directes de l'urgence climatique.
L'agriculture industrielle est fortement dépendante des combustibles fossiles. Ceux-ci sont utilisés à de multiples étapes du système agricole moderne, notamment pour la production d'engrais chimiques et de pesticides, le fonctionnement des machines agricoles, les systèmes d'irrigation, les installations de transformation alimentaire, la réfrigération et le transport sur de longues distances. De ce fait, le système alimentaire mondial actuel est l'un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre.
Les engrais azotés synthétiques, par exemple, sont produits par des procédés industriels à forte intensité énergétique qui reposent largement sur le gaz naturel. Lorsque ces engrais sont épandus dans les champs, ils libèrent du protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le dioxyde de carbone. De même, l'élevage industriel génère des quantités importantes de méthane, un autre puissant gaz à effet de serre.
L'expansion de l'agriculture industrielle s'accompagne également de déforestation, de dégradation des sols, de pollution de l'eau et de perte de biodiversité. Dans de nombreuses régions du monde, les forêts et les écosystèmes naturels ont été défrichés pour faire place à des plantations en monoculture destinées à la production de soja, d'huile de palme, de maïs et d'autres cultures de base destinées principalement aux marchés d'exportation.
. Ces pratiques ont affaibli la résilience des écosystèmes et réduit la capacité des milieux naturels à absorber le carbone de l'atmosphère. La dégradation des sols, en particulier, est devenue une préoccupation environnementale majeure. Des sols sains sont capables de stocker de grandes quantités de carbone et de retenir l'eau pendant les périodes de sécheresse. Cependant, les pratiques agricoles intensives qui reposent fortement sur les intrants chimiques et la monoculture continue dégradent souvent la structure des sols et réduisent leur teneur en matière organique.
Les conséquences environnementales de l'agriculture industrielle sont étroitement liées aux inégalités sociales et économiques. Les grandes entreprises agroalimentaires dominent les chaînes d'approvisionnement alimentaires mondiales, elles contrôlent des secteurs clés tels que la production de semences, les produits agrochimiques, la transformation alimentaire et la distribution au détail. Leur influence croissante a contribué à la concentration des terres et des ressources entre les mains d'un nombre relativement restreint d'acteurs puissants.
Les petits agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les travailleurs ruraux se retrouvent souvent marginalisés au sein de ce système. De nombreux petits agriculteurs sont confrontés à une baisse de leurs revenus, à une hausse des coûts de production et à un accès limité aux marchés. Dans certains cas, ils sont contraints d'abandonner complètement l'agriculture et de migrer vers les zones urbaines à la recherche d'un emploi.
L'accaparement des terres est devenu un problème majeur dans de nombreux pays en développement. De grandes entreprises et des fonds d'investissement ont acquis de vastes étendues de terres agricoles pour l'agriculture d'exportation, la production d'agrocarburants, l'exploitation minière et des projets de développement d'infrastructures. Ces acquisitions se font souvent sans consultation sérieuse des communautés locales et peuvent entraîner des déplacements de population et la perte de moyens de subsistance.
Face à ces problèmes, des mouvements sociaux à travers le monde ont développé des conceptions alternatives pour l'avenir de l'agriculture et des systèmes alimentaires. L'un des principes les plus significatifs développés par ces mouvements est le concept de souveraineté alimentaire.
La souveraineté alimentaire affirme le droit des peuples à déterminer leurs propres systèmes alimentaires et agricoles en fonction de leurs traditions culturelles, de leurs environnements écologiques et de leurs priorités sociales. Elle met l'accent sur le contrôle démocratique de la production, de la distribution et de la consommation alimentaires, plutôt que de laisser ces processus aux mains des marchés mondiaux et des intérêts des grandes entreprises.
Le système de souveraineté alimentaire reconnaît que les petits producteurs jouent un rôle central dans l'alimentation de la population mondiale. Malgré l'expansion de l'agriculture industrielle, des millions de petits agriculteurs continuent de produire une grande partie de l'approvisionnement alimentaire mondial, en particulier dans les pays en développement.
Ces agriculteurs pratiquent souvent une culture diversifiée en s'appuyant sur des savoirs traditionnels et des pratiques agricoles adaptées au contexte local. De tels systèmes peuvent renforcer la résilience face aux variations climatiques tout en préservant la biodiversité et en maintenant la santé des sols.
L'agroécologie s'est imposée comme une approche pratique et scientifique qui correspond bien aux principes de la souveraineté alimentaire. L'agroécologie intègre la science écologique aux savoirs agricoles traditionnels pour créer des systèmes agricoles qui sont durables sur le plan environnemental, équitables sur le plan social et viables sur le plan économique.
Plutôt que de dépendre d'intrants chimiques externes, l'agriculture agroécologique met l'accent sur des processus biologiques tels que le cycle naturel des nutriments, la diversification des cultures, l'agroforesterie et la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces pratiques contribuent à restaurer la fertilité des sols, à préserver les ressources en eau et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Les systèmes agroécologiques impliquent souvent la culture de plusieurs espèces végétales dans un même champ, une pratique connue sous le nom de polyculture. Cette diversité peut réduire la vulnérabilité des cultures aux ravageurs et aux maladies tout en améliorant la productivité globale de l'exploitation. Elle renforce également la résilience des systèmes agricoles face aux variations climatiques, car différentes cultures réagissent différemment aux stress environnementaux.
L'agroforesterie est un autre élément important des systèmes agroécologiques. En intégrant des arbres aux cultures et à l'élevage, les agriculteurs peuvent créer des espaces multifonctionnels qui fournissent simultanément de la nourriture, du combustible, du fourrage et des effets bénéfiques pour l'environnement. Les arbres contribuent à stabiliser les sols, à améliorer la rétention d'eau et à séquestrer le carbone de l'atmosphère.
La diversité des semences est également fondamentale en agroécologie. Les variétés de semences traditionnelles développées par les agriculteurs au fil des générations possèdent souvent des caractéristiques uniques qui leur permettent de s'adapter à des environnements locaux spécifiques. Cependant, l'expansion des marchés commerciaux de semences et des régimes de propriété intellectuelle a menacé de faire disparaître ces variétés traditionnelles.
La protection des droits des agriculteurs à conserver, échanger et développer des semences est donc un aspect essentiel de la souveraineté alimentaire. Les banques de semences communautaires et les programmes de sélection conduits par les agriculteurs sont apparus comme des initiatives importantes pour préserver la biodiversité agricole et renforcer les systèmes alimentaires locaux.
Une autre dimension clé de la souveraineté alimentaire concerne l'accès à la terre et aux ressources naturelles. La sécurité foncière est essentielle pour que les agriculteurs investissent dans des pratiques agricoles durables et la gestion environnementale à long terme. Sans droits fonciers garantis, les agriculteurs peuvent être réticents à adopter des pratiques agroécologiques qui nécessitent du temps et des efforts pour produire des résultats.
Les politiques de réforme agraire ont historiquement joué un rôle important dans la lutte contre les inégalités rurales dans de nombreuses régions du monde. En redistribuant les terres aux agriculteurs sans terre ou aux petits exploitants, ces mesures peuvent contribuer à réduire la pauvreté et à promouvoir un développement rural plus équitable.
Cependant, la réforme agraire reste politiquement contestée dans de nombreux pays. Les grands propriétaires fonciers et les intérêts des entreprises s'opposent souvent aux réformes qui menacent leur contrôle sur des ressources foncières précieuses. En conséquence, les inégalités foncières continuent de constituer un obstacle majeur au développement agricole durable.
Les ressources en eau constituent un autre élément essentiel de la sécurité alimentaire. Le changement climatique modifie les régimes pluviométriques et augmente la fréquence des sécheresses et des inondations dans de nombreuses régions. Des stratégies de gestion durable de l'eau sont donc indispensables pour garantir la résilience agricole.
Les systèmes traditionnels de gestion de l'eau mis en place par les communautés rurales fournissent souvent des enseignements précieux en matière de gestion durable des ressources. Ces systèmes mettent fréquemment l'accent sur la gouvernance collective, l'accès équitable et l'équilibre écologique à long terme.
Les droits communautaires et les processus décisionnels collectifs sont au cœur de nombreuses initiatives agroécologiques et de souveraineté alimentaire. Les coopératives d'agriculteurs, les organisations communautaires et les réseaux locaux peuvent renforcer les économies locales et offrir des plateformes de participation démocratique à la gouvernance des systèmes alimentaires.
Les femmes jouent un rôle particulièrement important dans la production alimentaire et les moyens de subsistance ruraux. Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont chargées de la plantation, de la récolte, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Elles jouent également un rôle clé dans le maintien de la sécurité alimentaire des ménages et la préservation des savoirs traditionnels en matière de semences, de plantes médicinales et de préparation des aliments.
Malgré leurs apports, les agricultrices sont souvent victimes de discrimination en matière d'accès à la terre, au crédit, à la formation et aux possibilités de prise de décision. La lutte contre les inégalités de genre est donc un élément essentiel de la mise en place de systèmes alimentaires durables et justes.
L'engagement des jeunes est un autre enjeu crucial pour l'avenir de l'agriculture. De nombreux jeunes ruraux migrent vers les villes car ils perçoivent l'agriculture comme une activité économiquement précaire ou socialement sous-valorisée. Créer des débouchés pour les jeunes agriculteurs grâce à la formation, à l'accès à la terre et à des politiques de soutien peut contribuer à revitaliser les communautés rurales.
L'éducation et l'échange de connaissances sont essentiels pour faire progresser les pratiques agroécologiques. Les réseaux d'apprentissage entre agriculteurs se sont révélés très efficaces pour diffuser des techniques innovantes et renforcer la solidarité communautaire. Ces réseaux permettent aux agriculteurs de partager leurs expériences, d'expérimenter de nouvelles pratiques et de surmonter collectivement les défis.
Outre les initiatives locales, des politiques publiques favorables sont nécessaires pour développer l'agroécologie et la souveraineté alimentaire. Les gouvernements peuvent promouvoir l'agriculture durable en investissant dans la recherche, les services de vulgarisation, les infrastructures rurales et les marchés locaux.
Les programmes de marchés publics qui privilégient les denrées alimentaires issues de la petite agriculture peuvent renforcer les économies locales tout en améliorant la nutrition dans les écoles, les hôpitaux et autres institutions publiques. De tels programmes peuvent également réduire l'impact environnemental du transport des denrées alimentaires en soutenant les systèmes alimentaires locaux.
Les politiques commerciales jouent également un rôle important dans la configuration des systèmes agricoles. Les accords commerciaux mondiaux privilégient souvent une agriculture axée sur l'exportation et les intérêts des grandes entreprises, parfois au détriment des producteurs alimentaires locaux. Il est essentiel de revoir ces politiques afin de protéger la production alimentaire nationale et les moyens de subsistance ruraux pour faire progresser la souveraineté alimentaire.
Les politiques climatiques doivent donc être étroitement intégrées aux politiques de développement agricole et rural. Le soutien à l'agriculture agroécologique et aux systèmes alimentaires locaux peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant la sécurité alimentaire et la résilience rurale.
La transition vers l'abandon des combustibles fossiles ouvre également des perspectives pour la transformation des systèmes énergétiques agricoles. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'irrigation solaire, les systèmes de biogaz et les réseaux énergétiques décentralisés peuvent soutenir les communautés rurales tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles.
Cependant, l'adoption des technologies d'énergie renouvelable doit être soigneusement conçue pour garantir qu'elles restent accessibles aux petits agriculteurs et ne soient pas accaparées par les grandes entreprises. Les projets énergétiques communautaires peuvent offrir des modèles plus équitables pour le développement énergétique rural.
En fin de compte, la transformation des systèmes alimentaires n'est pas seulement un défi technique, mais aussi le fruit d'un travail politique. Elle nécessite de modifier les rapports de force au sein des économies agricoles et de donner aux communautés les moyens de définir leurs propres voies de développement.
Les mouvements paysans, les organisations autochtones et les mouvements sociaux ruraux ont été à l'avant-garde de ces changements. Grâce à des actions collectives, ils ont remis en cause le soutien apporté à l'agriculture industrielle et promu des visions alternatives fondées sur la durabilité écologique et la justice sociale.
Leurs expériences démontrent que des réponses à la crise climatique sont déjà présentes au sein de nombreuses communautés locales. Ce qu'il faut, c'est une plus grande reconnaissance, un soutien accru et un engagement des pouvoirs publics pour déployer ces solutions à l'échelle nationale et mondiale.
La section suivante examinera le rôle des mouvements sociaux, de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale dans la promotion d'une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles, tout en renforçant la souveraineté alimentaire et la justice climatique.
Mouvements sociaux, coopération internationale et voies vers une transition juste vers l'abandon des combustibles fossiles
La transition mondiale vers l'abandon des combustibles fossiles n'est pas un simple changement technologique des systèmes énergétiques. Il s'agit d'une profonde transformation sociale, économique et politique qui touche tous les secteurs de la société humaine. La production d'énergie, l'agriculture, l'industrie, les transports et les modes de consommation sont étroitement imbriqués dans le modèle économique actuel fondé sur les combustibles fossiles. Aller vers un avenir durable nécessite donc non seulement de nouvelles technologies, mais aussi de nouvelles formes de gouvernance, de coopération et d'action collective.
Dans ce contexte, les mouvements sociaux ont joué un rôle de plus en plus important dans l'orientation des débats mondiaux sur le changement climatique et la durabilité. Des organisations de base, des mouvements paysans, des communautés autochtones, des syndicats, des associations de jeunes, des organisations de femmes et des militants écologistes se sont mobilisés à travers le monde pour réclamer des politiques climatiques plus ambitieuses et des voies de développement plus équitables.
Ces mouvements ont insufflé une perspective critique aux négociations internationales sur le climat, soulignant que l'action climatique doit prendre en compte la justice sociale, les inégalités économiques et les droits humains. Ils ont également remis en cause la prédominance des intérêts des multinationales dans l'élaboration des politiques climatiques et plaidé en faveur d'une participation démocratique aux processus décisionnels.
Les mouvements paysans, en particulier, ont apporté une contribution significative au débat mondial sur le changement climatique. Les organisations qui représentent les petits agriculteurs ont mis en évidence les liens entre l'agriculture industrielle, la dépendance aux combustibles fossiles et la dégradation écologique. Elles soutiennent que des solutions climatiques efficaces doivent transformer les systèmes alimentaires et soutenir des pratiques agricoles durables ancrées dans l'agroécologie et la souveraineté alimentaire.
Le mouvement paysan mondial s'est considérablement développé au cours des dernières décennies, il ar créé des réseaux qui relient les organisations d'agriculteurs à travers les continents. Ces réseaux facilitent l'échange de connaissances, de stratégies et d'expériences liées à l'agriculture durable, aux droits fonciers et au développement rural.
Lors de forums et de campagnes internationales, les organisations paysannes ont défendu des politiques qui protègent les petits agriculteurs contre les pratiques commerciales déloyales, l'expropriation foncière et la destruction de l'environnement. Elles ont également promu l'agroécologie comme une méthode qui permet de réduire les émissions agricoles tout en améliorant les moyens de subsistance en milieu rural.
Les mouvements autochtones ont également souligné l'importance de protéger les terres, les forêts et les écosystèmes naturels. Les communautés autochtones entretiennent souvent des relations de longue date avec leurs territoires, fondées sur des traditions culturelles et des connaissances écologiques développées au fil des générations. Ces communautés jouent fréquemment le rôle de gardiennes de paysages riches en biodiversité qui jouent un rôle vital dans la stabilisation du climat mondial.
Cependant, les peuples autochtones continuent de faire face à des menaces venues des industries extractives, des projets de développement d'infrastructures et de l'accaparement des terres. Le forage pétrolier, les opérations minières et l'expansion agricole à grande échelle ont souvent empiété sur les territoires autochtones, sapant les moyens de subsistance traditionnels et la gestion écologique.
La protection des droits des peuples autochtones et la reconnaissance de leurs systèmes de connaissances sont donc des éléments essentiels de la justice climatique. De nombreuses communautés autochtones possèdent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des terres, de conservation de la biodiversité et de résilience des écosystèmes. L'intégration de ces connaissances dans les stratégies climatiques peut renforcer la protection de l'environnement tout en respectant la diversité culturelle.
Les mouvements de travailleurs jouent également un rôle crucial dans la mise en œuvre de la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Des millions de travailleurs à travers le monde sont actuellement employés dans des industries liées à l'extraction, au traitement et à la distribution des combustibles fossiles. Ces travailleurs et leurs communautés dépendent souvent fortement de ces industries pour leur survie économique.
Une transition rapide et non planifiée vers l'abandon des combustibles fossiles pourrait donc entraîner d'importantes perturbations sociales si d'autres possibilités d'emploi ne sont pas créées. Le concept de « transition juste » met l'accent sur la nécessité de protéger les droits des travailleurs et de veiller à ce que les politiques climatiques créent des emplois décents et des moyens de subsistance durables.
Les stratégies de transition juste peuvent inclure des programmes de reconversion professionnelle, des mesures de protection sociale, des investissements publics dans les industries des énergies renouvelables et des programmes de diversification économique régionale. En impliquant activement les travailleurs et les syndicats dans la planification, les gouvernements peuvent contribuer à garantir que la transition vers des systèmes énergétiques durables profite à la société dans son ensemble.
Les mouvements de jeunesse se sont également imposés comme des voix puissantes dans les actions mondiales pour le climat. Partout dans le monde, les jeunes se sont mobilisés par le biais de grèves scolaires, de manifestations et de campagnes de sensibilisation pour exiger une action urgente de la part des gouvernements et des multinationales. Leur militantisme reflète une prise de conscience croissante du fait que le changement climatique fait peser des risques à long terme sur les générations futures.
Les jeunes activistes soulignent souvent la dimension morale de l'action climatique, affirmant que les dirigeants politiques actuels ont la responsabilité de préserver la planète pour ceux qui en hériteront. Leur énergie et leur détermination ont contribué à placer le changement climatique au premier plan dans le débat public à l'échelle planétaire.
Les mouvements de femmes ont également mis en évidence les dimensions de genre dans la crise climatique. Dans de nombreuses communautés rurales, ce sont les femmes qui sont chargées de subvenir aux besoins en eau, en combustible et en nourriture de leur famille. Les perturbations liées au climat, telles que les sécheresses, les inondations et la pénurie de ressources, peuvent donc imposer des charges supplémentaires aux femmes et aux filles.
Par ailleurs, les femmes possèdent souvent des connaissances précieuses en matière de gestion durable des ressources et de résilience communautaire. L'autonomisation des femmes par l'éducation, les droits fonciers et les possibilités de prendre des responsabilités peut contribuer à la fois à améliorer l'adaptation au changement climatique et à stimuler les efforts en faveur du développement durable.
Le rôle de plus en plus important joué par divers mouvements sociaux a élargi le champ des débats sur le climat au-delà des considérations techniques et économiques. Il a mis en évidence le fait que les solutions climatiques doivent aborder des questions fondamentales relatives au pouvoir, à la justice et à la participation démocratique.
La coopération internationale reste essentielle pour faire face à la crise climatique. Le changement climatique est un problème mondial qui transcende les frontières nationales. Les émissions de gaz à effet de serre rejetées dans un pays peuvent affecter les écosystèmes et les communautés partout dans le monde. Par conséquent, une action internationale coordonnée est nécessaire pour parvenir à des réductions significatives des émissions et protéger les populations vulnérables.
La gouvernance climatique mondiale s'organise principalement à travers des accords et des institutions internationaux. Ces cadres visent à faciliter la coopération entre les gouvernements, à établir des objectifs communs et à mettre en place des dispositifs de suivi des progrès.
Cependant, les négociations internationales sur le climat se heurtent souvent à des difficultés importantes. Les pays ont des priorités économiques, des intérêts politiques et des niveaux de développement différents. Concilier ces intérêts tout en maintenant des engagements climatiques ambitieux nécessite des négociations diplomatiques complexes.
Les pays en développement soulignent fréquemment l'importance de l'équité dans les accords climatiques mondiaux. Ils font valoir que les nations riches ayant une longue histoire d'émissions industrielles doivent assumer une plus grande responsabilité dans la réduction des émissions et fournir un soutien financier et technologique.
Le financement climatique est donc devenu un enjeu central dans les négociations internationales sur le climat. Les pays en développement ont besoin de ressources financières importantes pour mettre en œuvre des projets d'énergie renouvelable, renforcer la résilience climatique et soutenir des Initiatives agricoles durables.
Le financement des mesures d'adaptation est particulièrement important pour les pays qui subissent déjà de graves impacts climatiques. Les régions côtières confrontées à l'élévation du niveau de la mer, les communautés agricoles confrontées à la sécheresse et les petits États insulaires menacés par des phénomènes météorologiques extrêmes ont tous besoin d'investissements substantiels dans les infrastructures et la préparation aux catastrophes.
Le transfert de technologies est un autre élément important de la coopération internationale en matière de climat. De nombreux pays en développement n'ont pas accès aux technologies de pointe qui pourraient soutenir le développement des énergies renouvelables et les stratégies d'adaptation au changement climatique. Le partage des connaissances technologiques et la réduction des obstacles à l'accès aux technologies peuvent accélérer l'action mondiale en faveur du climat.
Des mesures de renforcement des capacités sont également nécessaires pour soutenir la mise en œuvre des politiques climatiques. Les programmes de formation, les collaborations en matière de recherche et les actions de consolidation institutionnelle peuvent aider les pays à acquérir l'expertise nécessaire pour concevoir et gérer des politiques climatiques efficaces.
Si les accords internationaux fournissent des cadres importants pour la coopération, l'action locale reste tout aussi indispensable. Les solutions climatiques doivent être adaptées à des contextes écologiques, culturels et économiques particuliers. Les initiatives communautaires jouent souvent un rôle clé dans la mise en œuvre de solutions concrètes sur le terrain.
Les collectivités locales, les organisations de la société civile et les mouvements populaires mènent fréquemment des projets innovants dans les domaines des énergies renouvelables, de l'agriculture durable, de la conservation des forêts et de l'adaptation au changement climatique. Ces initiatives démontrent qu'une action climatique significative peut être menée à plusieurs niveaux de gouvernance.
Les villes sont de plus en plus reconnues comme des acteurs importants de la politique climatique. Les zones urbaines représentent une part significative de la consommation énergétique mondiale et des émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les municipalités disposent souvent du pouvoir de mettre en œuvre des politiques relatives aux transports, aux normes de construction, à la gestion des déchets et à l'efficacité énergétique.
Les communautés rurales jouent un rôle tout aussi essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Les paysages agricoles, les forêts, les zones humides et les prairies jouent un rôle important dans la régulation du système climatique terrestre. La gestion durable de ces écosystèmes peut contribuer à la séquestration du carbone, à la conservation de la biodiversité et à la résilience climatique.
La transformation des systèmes énergétiques représente l'un des aspects les plus critiques de la transition climatique mondiale. Les technologies d'énergie renouvelable telles que l'énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique constituent des alternatives aux combustibles fossiles susceptibles de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
Ces dernières années, les coûts des technologies renouvelables ont considérablement baissé, ce qui les rend de plus en plus compétitives par rapport aux sources d'énergie fossiles. De nombreux pays investissent désormais massivement dans les infrastructures d'énergie renouvelable dans le cadre de leurs stratégies climatiques.
Cependant, le développement des énergies renouvelables doit également être géré avec soin afin d'éviter de créer de nouvelles formes de dégâts environnementaux et sociaux. Les projets d'infrastructure de grande envergure peuvent parfois affecter les écosystèmes locaux ou déplacer des communautés s'ils sont mis en œuvre sans consultation ni planification adéquates.
Les projets énergétiques renouvelables menés par les communautés offrent des modèles prometteurs pour des transitions énergétiques équitables. En incluant les populations locales dans la propriété et les processus décisionnels, ces initiatives peuvent répartir les bénéfices économiques plus équitablement tout en renforçant le soutien public au développement des énergies renouvelables.
Les mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique jouent également un rôle essentiel dans la réduction des émissions. L'amélioration de l'isolation des bâtiments, la promotion d'appareils électroménagers à faible consommation d'énergie et le développement de systèmes de transport durables peuvent réduire considérablement la demande énergétique globale.
Les réseaux de transports publics, les aménagements cyclables et un urbanisme favorable aux piétons peuvent réduire la dépendance à l'égard des voitures particulières tout en améliorant la qualité de l'air et la santé publique. De telles mesures démontrent que les politiques climatiques peuvent générer simultanément de multiples avantages sociaux et environnementaux.
La transition vers des économies durables nécessite également de repenser les modes de consommation et de production. De nombreux systèmes économiques actuels reposent sur une croissance continue de l'extraction et de la consommation des ressources, ce qui exerce une pression croissante sur les écosystèmes de la Terre.
Les stratégies de développement durable doivent don

Le premier « trillionnaire » de l’histoire deviendra plus riche que la moitié de l’humanité
NEW YORK, le 11 juin 2026 — Avec l'entrée en Bourse de la société Space X prévue vendredi, la fortune personnelle d'Elon Musk devrait dépasser les 1000 milliards de dollars, faisant de lui le premier individu à atteindre un tel niveau de richesse. Il deviendra ainsi plus riche que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,8 milliards de personnes réunies, selon une analyse d'Oxfam.
Si Elon Musk devient effectivement le premier « trillionnaire » de l'histoire, cela signifiera que sa fortune a augmenté de plus de 550 milliards de dollars depuis un an, soit un rythme moyen de plus d'un million de dollars par minute.
Pour Oxfam, une concentration aussi extrême de la richesse est le résultat de décennies de politiques favorables aux milliardaires qui ont permis aux ultrariches de définir les règles économiques pour servir leurs propres intérêts.
« L'ascension d'Elon Musk au rang de "trillionnaire" marque un nouveau sommet de l'oligarchie et un jour sombre pour la démocratie. Mais cette concentration spectaculaire de la richesse n'était pas inévitable. Musk sera un "trillionnaire" soutenu par le gouvernement, dont la fortune s'est nourrie d'une ère de choix politiques régressifs — des décisions façonnées par une poignée d'individus pour enrichir leurs propres fortunes, et largement soutenues par les dirigeants politiques », dénonce Nabil Ahmed, directeur principal chargé de la justice économique chez Oxfam America.
L'analyse d'Oxfam illustre ce que représente une fortune de 1000 milliards de dollars :
Si Elon Musk dépensait 1 million de dollars par jour, il lui faudrait 2740 ans pour dépenser 1000 milliards de dollars.
Avec 1000 milliards de dollars, il pourrait donner 100 dollars à chaque habitant de la planète, et il resterait tout de même l'un des dix milliardaires les plus riches du monde, avec plus de 184 milliards de dollars en poche.
Un impôt de 10 % sur la fortune de 1000 milliards de dollars d'Elon Musk permettrait à plus de 800 millions de personnes de sortir de l'extrême pauvreté pendant un an.
L'influence politique démesurée des ultrariches
Selon un rapport d'Oxfam publié en début d'année, les milliardaires ont 4000 fois plus de chances d'occuper des fonctions politiques que les citoyennes et citoyens ordinaires. Les ultrariches utilisent souvent leur influence pour consolider leur pouvoir et leur contrôle sur les entreprises d'une manière susceptible de nuire à la démocratie. Elon Musk offrait déjà un exemple frappant de cette dynamique néfaste avant même d'atteindre le statut de « trillionnaire » : sa capacité à injecter des fonds dans les campagnes électorales lui a permis d'utiliser sa fortune et son pouvoir d'une manière qui incarne les effets néfastes du contrôle exercé par les milliardaires.
Accaparer les richesses : Non seulement une grande partie de la fortune d'Elon Musk repose sur le soutien passé du gouvernement américain, mais il a également mis à profit son passage au sein de l'administration Trump pour protéger et accroître cette richesse. SpaceX tire un cinquième de ses revenus du gouvernement fédéral américain, bien qu'elle n'ait probablement payé que peu ou pas d'impôt fédéral sur le revenu, grâce à un avantage fiscal accordé aux entreprises dans le cadre de la loi Tax Cuts and Jobs Act du président Trump. Public Citizen a constaté que plus de 70 % des agences ciblées par le DOGE (département de l'Efficacité gouvernementale) présentaient des conflits d'intérêts pour les entreprises de Musk, et des reportages ont révélé que son mandat au sein de l'administration a coïncidé avec l'attribution de contrats lucratifs à ses sociétés, notamment SpaceX et sa filiale Starlink. La récente entrée en bourse de Space X devrait également remplir les poches de responsables gouvernementaux, d'initiés ayant des liens politiques, de sociétés de capital-risque et de hauts dirigeants d'entreprise, notamment Donald Trump Jr., Jared Isaacman (actuel administrateur de la NASA), Peter Thiel et Marc Andressen (le plus grand donateur à ce jour pour les élections américaines de mi-mandat de 2026), entre autres.
Causer du tort : À la tête du DOGE, Elon Musk a démantelé des services gouvernementaux qui venaient en aide aux personnes les plus pauvres et les plus défavorisées aux États-Unis et à travers le monde. Une analyse d'Oxfam a révélé que le démantèlement de l'USAID risque d'entraîner la mort d'un enfant de moins de 5 ans toutes les 40 secondes d'ici 2030.
Diviser et détourner l'attention : Peu après avoir racheté le réseau social X, Elon Musk a commencé à ouvrir la voie à des campagnes de désinformation sur la plateforme, démantelant presque à lui seul les départements « Confiance et sécurité » et « Droits de l'homme » de l'entreprise au cours des premières semaines suivant son rachat. À quelques semaines seulement des élections américaines de 2024, le Center for Countering Digital Hate a constaté que « les affirmations fausses ou trompeuses du milliardaire Elon Musk concernant les élections américaines avaient accumulé 2 milliards de vues sur X ». Une autre étude de l'Université de Californie a révélé que, dans les mois qui ont suivi l'acquisition de X par Elon Musk, les discours haineux y avaient augmenté d'environ 50 %.
Oxfam appelle les gouvernements à agir
« Ce nouvel "Âge d'or" ne prendra pas fin de lui-même. Il s'agit là d'un signal d'alarme qui devrait faire prendre conscience aux gouvernements de la nécessité d'agir. Il n'a jamais été aussi urgent de freiner l'accumulation de richesses extrêmes — en réformant les politiques économiques qui ont non seulement donné naissance à des "trillionnaires" », mais aussi à des milliardaires et à l'inégalité scandaleuse que nous observons aujourd'hui », plaide M. Ahmed.
Oxfam exhorte les gouvernements à répondre aux demandes du public pour faire face à l'urgence des inégalités, notamment en s'attaquant au pouvoir extrême des entreprises et des monopoles, en taxant la fortune des ultrariches, en investissant dans les services publics et en renforçant considérablement les mesures visant à augmenter les salaires et à protéger les droits des travailleurs et des travailleuses.
Notes aux journalistes
Les données sur la fortune d'Elon Musk proviennent du classement en temps réel des milliardaires de Forbes. Le 31 mai 2025, Musk avait une valeur nette de 422,7 milliards de dollars.
Les données sur la fortune personnelle nette proviennent de la World Inequality Database. En 2024, les 46 % les plus pauvres de l'humanité, soit 3,8 milliards de personnes, disposait d'une fortune nette cumulée de 890 milliards de dollars (ajustés aux prix de janvier 2026). Tous les calculs ont été basés sur une valeur nette actuelle de 1000 milliards de dollars.
Les calculs d'Oxfam, basés sur les données de la Banque mondiale, montrent qu'en 2024, le coût de l'éradication de l'extrême pauvreté pour une année s'élevait à 96,2 milliards de dollars. Seulement 10 % de la fortune d'Elon Musk suffirait à mettre fin à l'extrême pauvreté dans le monde. Les seuils de pauvreté et les écarts de pauvreté nationaux proviennent de la Banque mondiale et sont exprimés en parité de pouvoir d'achat (PPA). Pour chaque pays, nous avons converti les deux seuils de pauvreté en dollars américains au taux de change du marché, en utilisant les taux de change du marché et les facteurs de conversion du pouvoir d'achat issus de la World Inequality Database. Le montant nécessaire pour mettre fin à la pauvreté pendant un an est le produit de l'écart de pauvreté, du seuil de pauvreté, de la population et de 365 jours. Nous avons ensuite agrégé les valeurs pour tous les pays.
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60 000 personnes à Genève contre le G7 et son monde !
Le succès de la mobilisation contre le G7 organisée à Genève démontre qu'une opposition déterminée, populaire et internationaliste, existe face aux politiques défendues par les puissances capitalistes occidentales !
Tiré de Inprecor
14 juin 2026
https://inprecor.fr/60-000-personnes-geneve-contre-le-g7-et-son-monde
Par Solidarités, NPA - L'Anticapitaliste
Ces dernières semaines, les autorités genevoises et françaises ont tenté de jouer la carte de la peur pour décourager la population de se joindre à la mobilisation. Le dispositif sécuritaire déployé, les discours alarmistes et les multiples restrictions imposées aux manifestations visaient moins à garantir la sécurité qu'à intimider celles et ceux qui refusent de rester spectateur·icexs des politiques de guerre, d'austérité et de destruction écologique portées par les puissances du G7.
Cette stratégie autoritaire et sécuritaire a échoué : des dizaines milliers de personnes se sont rassemblées à Genève pour affirmer qu'un autre monde est non seulement nécessaire, mais qu'il se construit à travers les luttes sociales, écologistes, féministes, antiracistes et internationalistes. La diversité du cortège et des organisations présentes a démontré la vitalité des résistances face à un ordre impérialiste fondé sur la domination occidentale, la concurrence généralisée, l'exploitation et le pillage des ressources.
Les vrais casseurs : les flics, les entreprises complices et le G7
En fin de manifestation, la police a commencé à gazer à répétition le cortège, coupant celui-ci en plusieurs blocs, sans aucune utilité concrète si ce n'est celle de faire peur aux manifestant·exs. Après de multiples arrêts et reculs provoqués par les gaz lacrymogènes, le cortège est arrivé tant bien que mal à destination. Alors que les autorités avaient validé la présence des manifestant·exs jusqu'à 22:30 dans le parc, la police a multiplié les incursions à grand renfort de lacrymogènes, ne se gênant pas de gazer celles et ceux qui profitaient d'un repas prévu au programme. Face aux menaces de la police, l'organisation à finalement décidé de dissoudre, plus de deux heures en avance, la manifestation. Au moment de quitter les lieux, la police a continué de bloquer les voies d'évacuation et nassé de nombreuses personnes qui cherchaient seulement à quitter les lieux, dont l'intégralité du service d'ordre. Face à ces violences policières, touxtes les manifestant•exs ont été solidaires, en se protégeant les unexs et les autres en ne laissant personne sur le côté.
solidaritéS et le Nouveau Parti Anticapitaliste l'Anticapitaliste saluent le succès de cette mobilisation et remercient la coalition NOG7 et la Grève féministe ainsi que l'ensemble des militant·exs qui l'ont rendue possible. Ce week-end est une première et réjouissante étape dans la reconstruction d'un vaste mouvement social à l'échelle internationale capable d'affronter le pouvoir du capital et ses soutiens fascistes, afin de construire une autre société plus juste pour tou·xtes !
Publié par solidaritéS et le NPA-L'Anticapitaliste le 14 juin 2026
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Instance illégitime au bilan calamiteux, le G7 est une scorie du passé
Le G7 est né du choc pétrolier de 1973. Il a grandi pour « stabiliser » l'économie mondiale et a (mal) vieilli pour essayer d'assurer la domination de ses pays membres. Toujours plus illégitime, au bilan calamiteux, le G7 est une vieillerie diplomatique surannée qu'il faudrait supprimer plutôt que maintenir sous assistance respiratoire.
Tiré du blogue de l'auteur.
Formidable, voilà un G7 ! Sans aucun doute l'instance la plus légitime, la plus pertinente et la plus efficace pour résoudre les grands problèmes mondiaux et remédier aux grands déséquilibres existants. Il n'y a qu'à regarder son bilan depuis plus de 50 pour s'en convaincre :
➡️ le terrorisme international a été éradiqué au sommet de Venise (Italie) de 1980
➡️ la pauvreté a été supprimée à la suite de plusieurs sommets des années 1980 et 1990
➡️ la dette des pays du Sud a disparu suite au sommet de Cologne (Allemagne) en 1999
➡️ le risque nucléaire a été jugulé au sommet de Tokyo (Japon) en 1986, et Moscou (Russie) en 1996
➡️ le réchauffement climatique a été stoppé au sommet de l'Aquila (Italie) de 2009
➡️ les pandémies mondiales ont disparu suite aux engagements des G7 de 2015 à 2019 et ceux qui ont suivi ont permis de préparer nos systèmes de santé aux pandémies suivantes.
➡️ des centaines de milliards de dollars ont été débloqués pour financer des infrastructures durables ces dernière années
Etc
Instance illégitime au bilan calamiteux. le G7 est une scorie du passé qu"il faudrait supprimer.
– Maxime Combes
La liste est longue, sans doute infinie, des engagements pris par les pays du G20 depuis plus de 50 ans … et jamais suivis d'effets. Climat, démocratie, paix, développement, intelligence artificielle : les communiqués regorgent de promesses, d'engagements et d'ambitions. Pourtant, derrière cette mise en scène soigneusement orchestrée, une réalité s'impose : le G7 est devenu une instance aussi illégitime qu'inefficace, un vestige d'un ordre mondial révolu dont l'utilité politique est inversement proportionnelle à sa couverture médiatique.
À lui seul, le G7 incarne le décalage grandissant entre les discours des élites dirigeantes et la réalité du monde. Créé dans les années 1970 pour coordonner les politiques économiques des principales puissances industrielles, il prétend aujourd'hui parler au nom de la communauté internationale alors qu'il ne représente plus qu'une minorité de la population mondiale. Les sept pays qui le composent regroupent moins de 10 % des habitants de la planète. Des puissances majeures comme la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, l'Afrique du Sud ou le Nigeria en sont exclues. À l'heure où le centre de gravité économique et démographique du monde s'est déplacé, cette prétention à fixer les priorités globales relève d'un anachronisme manifeste.
Cette illégitimité serait déjà problématique si le G7 obtenait des résultats. Mais son bilan est tout aussi accablant.
L'exemple du climat est sans doute le plus révélateur. Depuis le sommet de l'Aquila en 2009, les dirigeants du G7 n'ont cessé de proclamer leur volonté de contenir le réchauffement climatique, d'atteindre la neutralité carbone et de financer la transition écologique. Dix ans plus tard, les émissions mondiales continuent d'augmenter, les financements promis aux pays du Sud demeurent largement insuffisants et les investissements dans les énergies fossiles se poursuivent. Derrière les déclarations de principe, les États membres du G7 restent parmi les principaux responsables historiques de l'accumulation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Ils continuent de défendre un modèle économique fondé sur l'extraction intensive des ressources naturelles et la recherche permanente de croissance matérielle.
Et que fait E. Macron ? Il déroule le tapis rouge et invite D. Trump, le plus grand fossoyeur des politiques climatiques mondiales, sous les ors de la République pour un dîner à Versailles. D. Trump a fait sortir les Etats-Unis des négociations climatiques internationales, de l'Organisation mondiale de la santé, a humilié l'UE avec un accord commercial totalement déséquilibré et asymétrique … mais la France, ainsi que les autres Etats européens, se prosternent devant le leader de la Première puissance économique mondiale qui organise et/ou soutiens des guerres aux quatre coins de la planète.
La contradiction est devenue caricaturale. Les mêmes gouvernements qui se présentent comme les champions de la lutte contre le changement climatique subventionnent encore massivement les énergies fossiles, négocient de nouveaux accords commerciaux favorisant l'augmentation des échanges carbonés et refusent toute remise en cause sérieuse du modèle économique à l'origine de la catastrophe écologique. Et on ne compte plus le nombre de G7 dont le communiqué final encourage l'exploitation gésièeLe résultat est connu : records de température, sécheresses, inondations, incendies géants et effondrement accéléré de la biodiversité.
Le traitement réservé à l'Amazonie en fournit une illustration emblématique. Lors du sommet de Biarritz en 2019, Emmanuel Macron avait tenté de faire du G7 le sauveur de la forêt amazonienne. Quelques millions de dollars avaient été annoncés en urgence tandis que les caméras du monde entier étaient braquées sur les incendies. L'opération de communication n'a trompé personne. Les montants engagés étaient dérisoires au regard des enjeux, tandis que les mécanismes économiques favorisant la déforestation demeuraient intacts. Sept ans plus tard, l'accord de libre-échange UE-Mercosur, dont toutes les études montrent qu'il va encourager la déforestation, Le G7 prétendait combattre les conséquences d'un système dont il refuse obstinément de traiter les causes.
Sur le plan économique, le bilan n'est guère plus reluisant. Depuis la crise financière de 2008, puis celle du Covid-19, les inégalités n'ont cessé de se creuser au sein même des pays du G7. La concentration des richesses atteint des niveaux records. Les grandes multinationales continuent de peser davantage sur les décisions publiques que de nombreux États. Les engagements répétés en faveur d'une mondialisation plus juste ou d'une fiscalité internationale plus équitable ont produit des résultats limités, souvent symboliques, loin des transformations structurelles annoncées.
Même en matière de démocratie, domaine dans lequel le G7 aime se présenter comme une référence morale, le contraste entre les principes affichés et les pratiques réelles saute aux yeux. Comment prétendre défendre les droits humains tout en continuant à soutenir des régimes autoritaires lorsqu'ils servent des intérêts stratégiques ? Comment invoquer le droit international tout en appliquant des standards variables selon les conflits ou les régions du monde ? Cette sélectivité nourrit partout la défiance et affaiblit la crédibilité des discours occidentaux.
La guerre en Ukraine a offert au G7 un nouveau rôle : celui de coordinateur politique du bloc occidental face à la Russie. Mais même dans ce domaine, son action ne fait que souligner sa nature véritable. Le G7 n'est plus un directoire économique mondial ; il est devenu une enceinte géopolitique défendant les intérêts d'un groupe restreint de puissances confrontées à la montée d'un monde multipolaire.
Au fond, le principal problème du G7 n'est pas seulement son inefficacité. C'est qu'il entretient l'illusion qu'une poignée de dirigeants pourrait régler les défis du XXIe siècle à huis clos, loin des peuples concernés. Or les enjeux contemporains — climat, biodiversité, pauvreté, fiscalité, santé mondiale, régulation du numérique — exigent au contraire des cadres véritablement universels, démocratiques et représentatifs.
Chaque sommet du G7 produit davantage de déclarations que de résultats. Chaque communiqué promet davantage qu'il n'accomplit. Chaque édition confirme un peu plus le déclin politique d'une institution incapable de répondre à l'urgence écologique, sociale et démocratique.
Le monde de 2025 n'est plus celui de 1975. Le G7, lui, semble ne pas l'avoir compris. Vestige d'une époque révolue, il survit par inertie diplomatique et par habitude médiatique. Son bilan calamiteux et son déficit de légitimité devraient conduire à une conclusion simple : loin d'être une solution aux crises contemporaines, le G7 est devenu l'une des manifestations les plus visibles d'un ordre international en fin de course. Une scorie du passé dont le monde aurait tout intérêt à s'émanciper.
Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015) et co-auteur de « Un pognon de dingue mais pour qui ? L'argent magique de la pandémie » (Seuil, 2022).

Si la société fait preuve d’une forte tolérance envers la violence, celle-ci finira tôt ou tard par « déborder » à l’extérieur
Le mouvement russe « Résistance féministe contre la guerre » est actif depuis le début du conflit en Ukraine, menant une vaste campagne de contre-information sur la condition des femmes russes sous le régime de Poutine.
Son action se déroule sur Internet, mais aussi à travers des groupes informels de rencontre ainsi que par la diffusion, dans les quartiers des villes, d'un bulletin (distribué de nuit) dans les boîtes aux lettres des immeubles.
En raison de ces activités militantes, le groupe a été qualifié par l'État russe d'« agence étrangère ». Des dizaines de ses militantes ont fait l'objet de poursuites pénales et plus d'une centaine ont été condamnées à de lourdes amendes. « Résistance féministe », présente dans plus de 40 villes de Russie, est aujourd'hui l'organisation d'opposition la plus active du pays.
« Résistance féministe contre la guerre » rédige chaque année, depuis le début de la guerre en Ukraine, des rapports sur la situation des femmes en Russie. Ces rapports sont rédigés à partir d'informations provenant de sources ouvertes (médias, centres de recherche) et de signalements envoyés au groupe, avant d'être transmis à des institutions internationales de défense des droits humains, telles que l'ONU ou l'APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe).
Le rapport 2026 — « Les droits des femmes dans un contexte de répression et de militarisation » — présente un intérêt particulier car il met en lumière la tragique détérioration de la condition des femmes en Russie au cours des quatre dernières années.
L'un des aspects les plus inquiétants est la grave restriction du droit à l'avortement. Une tendance que l'on observe malheureusement aussi en Europe, mais qui, en Russie, est directement liée à la situation de guerre.
Nous apprenons ainsi qu'actuellement, dans 29 régions de la Fédération de Russie, des sanctions sont en vigueur pour « incitation à l'avortement ».
C'est en février 2026 que le nombre de ces régions est passé à 29 (dont les territoires ukrainiens occupés par la Russie), alors qu'il était encore de 23 en 2025. De février 2023 à janvier 2026, le nombre de cliniques privées pratiquant des avortements a en outre diminué d'environ 30% (passant de 2 813 à 1 961). Dans 15 régions de Russie, il n'est désormais plus possible de se faire avorter dans une clinique privée.
En 2025, plusieurs régions de Russie ont instauré des amendes pour les étudiantes enceintes qui décident de ne pas mener leur grossesse à terme. Et en mars 2026, la Douma d'État a proposé d'exclure totalement de la protection sanitaire publique obligatoire les avortements non pratiqués sur indication médicale. Il s'agit là de la plus ignoble des restrictions aux services socio-sanitaires que l'on puisse imaginer.
Selon Natalia, l'une des rédactrices du rapport, « la situation est assez claire : tu as 12 semaines pour faire un choix. Tu dois trouver une clinique — et s'il n'y en a pas dans ta région, tu dois aussi trouver l'argent pour te rendre ailleurs. Attendre en file, écouter les conseils de garder [l'enfant], puis on t'envoie à un endroit, puis à un autre, chez le curé, chez le psychologue, et le temps presse. Tu dois insister 25 fois et dire : oui, j'ai fait ce choix. Ensuite, il y a la soi-disant « semaine de silence » et tu arrives à peine à atteindre la douzième semaine ».
Un rôle fondamental dans cette campagne est joué par l'Église orthodoxe, qui ne cesse de se confondre avec l'État, bien que les statistiques démontrent abondamment que l'interdiction de l'avortement entraîne une augmentation de la mortalité féminine.
En 2024, indique encore le « Rapport », le ministère de la Santé a interdit la vente libre de médicaments à base de mifépristone (c'est-à-dire la soi-disant « pilule du lendemain »).
L'école contribue elle aussi à faire reculer la conscience civique : lors des cours de « Conversations sur les choses importantes » (une matière introduite en 2023 dans les écoles primaires où l'on prône les « valeurs traditionnelles » du putinisme), on promeut constamment l'idée que la maternité est « une mission spéciale de la femme ». Actuellement, ce discours dans les écoles offre aux jeunes filles russes la seule alternative au rôle traditionnel de gardienne du foyer : celui de patriote défendant héroïquement son pays.
Cependant, toutes ces restrictions à l'avortement ne feront qu'augmenter le nombre de lieux où l'avortement illégal est pratiqué (parfois dans des conditions dangereuses) et ne résoudront certainement pas la crise démographique russe, alimentée par la mort massive de jeunes hommes au front, l'alcoolisme et le dysfonctionnement du système de santé dans de nombreuses provinces.
La mobilisation et la mortalité disproportionnées dans les républiques ethniques et les régions reculées (Bouriatie, Touva, Daghestan et Kamtchatka) ont fait que des tâches considérées comme masculines dans les communautés traditionnelles sont retombées sur les épaules des femmes : par exemple, la collecte de bois pour l'hiver et la réparation des habitations. Dans des villages comme Sedanka au Kamtchatka et dans les petites localités de Bouriatie, les femmes sont devenues les seules chefs de famille. Dans les régions aux températures extrêmes, l'absence de main-d'œuvre masculine transforme la vie quotidienne en une lutte pour la survie physique.
Outre la vie domestique, les femmes sont contraintes de prendre en charge la gestion de l'économie traditionnelle (élevage de rennes et pêche), qui constitue la principale source de subsistance et de revenus. En somme, comme dans les sociétés primitives, la femme redevient la cueilleuse-chasseuse des sociétés primitives, mais sans bénéficier des privilèges typiques des sociétés matriarcales.
Dans le pays, par ailleurs, l'influence d'associations informelles réactionnaires (par exemple la « Communauté russe ») se renforce ; celles-ci assument les fonctions de « police morale » en dictant ce qui est conseillé ou déconseillé en matière de sexualité, de contraception et de vie sociale.
Le retour du front de nombreux vétérans d'Ukraine, souvent atteints de troubles psychiques et enclins à la consommation de stupéfiants et d'alcool, a accru la violence sociale et domestique. « Plus d'un millier de femmes – signale encore Natalia – ont été victimes de crimes violents commis par des militaires au cours de l'année écoulée. Souvent, ces derniers ne subissent même pas de sanctions et, au lieu de purger leur peine, retournent au front ».
Les hommes qui reviennent du front souffrent souvent de troubles de stress post-traumatique, ce qui met en danger la sécurité de leurs proches. De plus, la Russie a enrôlé dans la guerre de nombreux condamnés pour des crimes violents. À leur retour de la guerre, ces détenus continuent souvent de persécuter leurs anciennes victimes.
L'organisation féministe a lancé un slogan : « La guerre commence à la maison ». On suppose, à juste titre, que si la société fait preuve d'une forte tolérance envers la violence, celle-ci finira tôt ou tard par « déborder » à l'extérieur. Récemment, une nouvelle alarmante a été diffusée : en 2025, le nombre d'appels reçus par la ligne d'assistance nationale pour les femmes victimes de violence domestique a augmenté de 40%. De plus, on sait que dans 60% des cas, lorsqu'un acte de violence domestique est porté devant les tribunaux, les coupables reçoivent la peine minimale : une amende de cinq mille roubles (environ 50 euros).
Le retour à une discrimination et à une violence plus dures envers les femmes dans un pays qui, en 1918, avait eu la première femme Premier ministre (Alexandra Kollontaï) est lui aussi un signe inquiétant de notre époque.
Yurii Colombo
Source : article de Yurii Colombo publié dans Matrioska, mai 2026
https://solidarity-ukraine-belgium.com/post/la-lutte-feministe-aujourdhui-en-russie
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Guerre en Ukraine : le business mortel des recrues africaines
De la Méditerranée au front ukrainien, des milliers de jeunes Africains défient la mort dans l'espoir de fuir la pauvreté sur le continent, en s'engageant dans une guerre qui les utilise le plus souvent comme de la chair à canon. Mor Amar a pu s'entretenir avec un jeune Sénégalais prisonnier en Ukraine.
Tiré de MondAfrique.
Donetsk, avril 2025 : le Sénégal découvre un homme noir capturé au front par l'armée ukrainienne. Il s'appelle Malick Diop ; il a 26 ans ; il est originaire de Keur Mandoumbé dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal). Visiblement éprouvé et à bout de forces, il vient, dans une vidéo rendue virale par ses geôliers, d'exposer les raisons de son engagement. Son objectif, dit-il, était de gagner de l'argent, afin de quitter la Russie pour l'Europe. Au moment de ce témoignage, Malick est obnubilé par sa libération.
Un an plus tard, le discours est tout autre. Le jeune Sénégalais, que nous avons rencontré le 15 mai 2026 à l'occasion d'une visite à Kyiv (Kiev), ne veut plus entendre parler d'un retour au Sénégal. Apparemment en forme, beaucoup plus serein qu'au moment de sa capture, il déclare sur un ton qui ne laisse place à aucune équivoque : “Je préfère mourir plutôt que de rentrer au Sénégal…”
Alors qu'on s'attendait à une déclaration de contrition ou un plaidoyer pour sa libération en vue de regagner sa famille, qui vit un calvaire depuis plusieurs mois, on a entendu un récit renversant, tranchant avec la représentation souvent faite du jeune Africain innocent enrôlé de force dans l'armée russe. Regard figé, déterminé, il persiste et signe : « Je suis un prisonnier de guerre russe, je demande juste à ce que mes droits en tant que prisonnier de guerre soient respectés. Il faut arrêter de nous traiter comme des mercenaires. Nous ne sommes pas des mercenaires.”
« J'ai choisi de m'engager dans l'armée russe »
Comme des milliers d'Africains, Asiatiques et Latino-Américains, Malick, présenté comme un étudiant brillant, avait rejoint la Russie pour y suivre des études de Droit. Il s'est retrouvé dans les geôles ukrainiennes suite à son enrôlement dans l'armée russe, suivi de son envoi au front. Pourquoi son refus catégorique de retourner au Sénégal ? Il s'explique : “Je ne peux rien demander au Sénégal, parce que j'ai choisi de m'engager dans l'armée russe. À la limite, j'ai trahi le Sénégal, qui m'avait donné une bourse d'étude pour la Russie. Et une fois en Russie, j'ai choisi de défendre un autre pays.”
Son cas est loin d'être isolé. Dans la salle, il y avait avec lui un Togolais et un Congolais (Congo Brazzaville) tout aussi déterminés à purger leur peine et à retourner dans leur pays d'adoption, la Russie. En apparence, ils semblent agir en parfaite conscience, sans aucune contrainte. À l'exception peut-être d'un Marocain qui, lui, a le regard noir, perdu dans le vide, comme s'il cherchait une aide qu'il a du mal à trouver dans cette audience et ne semble pas vouloir parler de sa situation. Il est resté muet tout au long de l'entretien réalisé par visioconférence avec la facilitation du Centre ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre.
Ce qui fait courir les jeunes
Pour en savoir davantage, nous avons rencontré à Kyiv des organisations de défense des droits de l'homme qui travaillent sur le sujet. Pour elles, la question est bien plus complexe. En vérité, confient plusieurs sources ukrainiennes, dont l'organisation Truth Hounds qui a enquêté sur le sujet avec la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ces jeunes seraient victimes de “faux espoirs” qu'on leur fait miroiter. Ils pensent, à leur retour en Russie, retrouver leurs avantages : salaires bloqués, indemnités juteuses, nationalités promises, bref, la belle vie à Moscou après de bons et loyaux services… “En sus de leurs salaires qui seraient bloqués dans des comptes, on leur a promis des passeports russes pour eux et pour des membres de leurs familles. Ce qui fait qu'ils ne veulent pas rentrer dans leurs pays d'origine au risque de perdre tous ces avantages”, confirme un représentant du Centre de coordination pour les prisonniers, convaincu qu'une fois en Russie, ces jeunes sont renvoyés au front.
Interpellé sur ce risque, le père de Malick, Sette Diop, dit espérer que ce ne sera pas le cas pour son fils, mais il nourrit de sérieuses inquiétudes. En effet, il a été informé du cas d'un ressortissant de Kaffrine (même région que Malick), engagé avant son fils et qui aurait subi ce triste sort. “Après sa guérison, il [le natif de Kaffrine] est retourné en Russie et a été immédiatement renvoyé au front où il a été tué, moins d'une semaine après son retour”, témoigne Sette Diop, confortant ainsi la version livrée par plusieurs sources. Nous avons essayé d'entrer en contact avec cette famille mais n'avons pas réussi à obtenir ses coordonnées.
La grosse arnaque
Dans cette affaire, tout semble être un mirage : le salaire, la nationalité, les avantages, entre autres promesses. En ce qui concerne l'octroi de la nationalité, il est généralement assorti d'un délai d'un an. Pour le salaire, les jeunes envoyés au front ne peuvent pas immédiatement en profiter. Et ils ont peu de chance d'en voir la couleur puisque beaucoup d'entre eux n'en sortent pas vivants. “Sur le papier, ils ont effectivement signé pour un bon salaire. Mais une fois au front, ils n'ont pas accès à leurs comptes pour vérifier. Du coup, beaucoup ne savent pas s'ils ont reçu des virements ou pas. Et ils ont de grande chance de mourir au front parce que c'est eux qu'on envoie en première ligne alors qu'ils ne sont pas des militaires”, expliquent les experts de Truth Hounds.
Pour ce qui est de Malick, il a signé un contrat de 6 mois renouvelable. Cela fait plus d'un an qu'il croupit en prison dans une ville ukrainienne, loin du front. Son père précise : “On lui a dit que pour les 6 premiers mois, il ne pourrait pas avoir la nationalité. Mais après renouvellement, il obtiendrait la nationalité, des papiers pour son père et sa mère ainsi que pour trois autres personnes de la famille de son choix.” Pour la rémunération, Malick s'attendait à 5 millions FCFA (7600 euros) par mois, assortis d'un montant de 5 millions payés dès la signature.
Dix pour cent d'Africains
Globalement, la Russie recrute chez les étudiants, les migrants étrangers sur place et à travers des campagnes sur les réseaux sociaux. Loin de certaines représentations, l'Afrique n'est pas le seul continent concerné. Sur un total de 28 394 étrangers recensés, 2 982 sont des Africains. Plus de 5 100 de ces combattants ont été tués, dont 486 Africains. Ces chiffres n'embrassent que les personnes formellement identifiées. Les chiffres réels pourraient donc être bien plus élevés.
On recense 19 Sénégalais enrôlés dans l'armée russe formellement identifiés. Six d'entre eux auraient déjà été tués et un, Malick Diop, emprisonné. Selon des sources contactées par Mondafrique, ils seraient beaucoup plus nombreux et les autorités sénégalaises auraient été saisies du problème, sans réaction jusqu'ici. “On sait qu'il y en a beaucoup, mais il est difficile de donner des chiffres exacts. Ceux qui s'engagent le font volontairement. Le ministère des armées n'a jamais contacté les autorités sénégalaises pour les informer”, confie une source basée en Russie. Concernant le mode de recrutement, il indique que des affiches sont apposées sur les murs et un peu partout. “Les jeunes Africains intéressés s'engagent librement. On les considère ici comme des mercenaires”, poursuit notre interlocuteur.
Le silence coupable des autorités
Interpellé, l'ambassadeur du Sénégal en Russie, Sylvain Sambou, a refusé tout commentaire. “Nous ne pouvons communiquer sur ce dossier. Vous pouvez introduire une demande officielle au niveau du ministère des Affaires étrangères ou du secrétariat d'État aux Sénégalais de l'extérieur [l'entretien a eu lieu avant le remaniement gouvernemental qui a supprimé ce poste], pour qu'on puisse parler de manière officielle”, s'est-il excusé. Concernant Malick Diop, il a affirmé que son cas était suivi par la représentation du Sénégal à Varsovie.
Selon plusieurs sources, les jeunes Africains qui s'engagent ne savent pas toujours qu'ils vont être envoyés au front. On leur dit qu'il s'agit de travaux civils et une fois sur le terrain, on les jette au front en première ligne. D'autres, en revanche, se retrouvent du jour au lendemain dans la gueule du loup. L'ONG Truth Hounds et la FIDH donnent en exemple un étudiant marocain parti pour des études de médecine. Arrêté pour des motifs purement administratifs, il a été contraint de choisir entre la prison et un engagement rémunéré dans l'armée. Son seul tort était d'avoir changé d'appartement sans aviser les services compétents, comme le prévoit la loi. “Une fois arrêté pour ce motif purement administratif, on lui a proposé soit de signer un contrat d'engagement dans l'armée soit de rester en prison”, expliquent les experts qui l'ont interviewé en détention.
En ce qui le concerne, Malick Diop dit n'avoir pas été contraint. Il a signé un contrat en bonne et due forme qui prévoyait son envoi en Ukraine. Son père a toutefois apporté quelques précisions. Malick, a-t-il dit, était un peu perturbé et envisageait même de quitter la Russie pour l'Europe : “Il avait obtenu une bourse pour l'Italie. Il lui fallait revenir au Sénégal pour les formalités du visa, mais il n'avait pas l'argent pour financer le voyage. Il en a parlé à une connaissance russe qui lui a conseillé l'opportunité offerte par l'armée. C'est comme ça qu'il a accepté de signer le contrat”. Sette Diop a ajouté que l'ami russe de son fils avait promis de l'appuyer pour qu'il soit affecté au service de santé ou en tant que cuisinier.
L'éloignement et la vulnérabilité
Le point commun de tout ces jeunes, c'est leur situation de vulnérabilité, aggravée par la distance avec leurs proches. Pour les inciter à s'engager, la Russie ne lésine pas sur les moyens. Elle leur promet parfois des bonus pouvant aller jusqu'à 3 millions de roubles, selon leurs régions d'origine et leurs profils, soit 35 000 euros (plus de 22 millions FCFA), affirment plusieurs sources.
Interpellé sur ses motivations, le Congolais détenu avec Malick impute toute la responsabilité aux dirigeants africains et à leurs “complices” occidentaux. “Si nous en sommes là, c'est à cause des Européens qui pillent le continent. Des jeunes Africains meurent tous les jours en mer pour fuir la misère. Nous ne comptons pas retourner dans nos pays pour être confrontés à cette même situation”, fulmine t-il, précisant qu'il a une femme et une famille russe et qu'il a choisi la Russie en toute connaissance de cause. “Dites plutôt aux gouvernants et à leurs complices occidentaux de changer de politique parce que personne ne veut mourir dans la misère”, renchérit-il sur un ton plus politique.
Les subtilités du droit humanitaire international
Alors que les jeunes prisonniers semblent avoir hâte de retourner dans leur pays adoptif, la Russie, elle, ne paraît pas pressée de les récupérer. Depuis le début de la guerre, on dénombre au moins 75 échanges de prisonniers pour un nombre total de prisonniers échangés avoisinant les 19 000. Jusque-là, aucun prisonnier africain n'en a fait partie. Comme s'ils n'intéressaient que leurs familles. Même leurs États d'origine, pour ceux qui sont en prison en Ukraine, ne font absolument rien pour leur libération, ont confié plusieurs sources en Ukraine.
Dans le cadre de cette enquête, nous avons enregistré au moins 29 Africains dans les prisons ukrainiennes. Selon le Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, ils ne sont pas traités comme des mercenaires mais comme des prisonniers de guerre. En tant que tels, les seules voies pour les libérer sont soit une demande du pays pour lequel ils combattaient, soit la fin de la guerre.
L'autre option que n'écartent pas les défenseurs des droits humains, c'est la voie diplomatique, dans le cas où les pays d'origine en feraient la demande. La difficulté, pour Malick, c'est que lui-même ne veut pas que le Sénégal s'implique. “Si la personne concernée dit ne pas vouloir que son pays d'origine intervienne, ce dernier n'a pas d'instrument pour agir, d'après le droit humanitaire international. Mais ici, on sait que la plupart des prisonniers se sont engagés sous la contrainte et ils courent des risques en cas de retour en Russie. Il faut donc des solutions au cas par cas”, a expliqué un expert de Truth Hounds.
Des familles en rade
Par ailleurs, il est reproché à la Russie de ne pas assister les familles. Le père de Malick Diop le confirme tout en précisant qu'il ne s'est jamais rapproché de la Russie pour demander quoi que ce soit : “J'ai jusque-là tout confié à l'État du Sénégal. Je crois que c'est l'État qui doit parler à la Russie et à l'Ukraine s'il le faut, pour que Malick soit libéré. Nous leur avons confié le dossier depuis le début, mais je dois dire que ça n'a pas beaucoup évolué. Nous sommes juste rassurés que Malick se porte bien en prison”.
Il n'y a pas longtemps, les services du ministère sénégalais des Affaires étrangères ont, toutefois, contacté le père de Malick et lui ont conseillé d'introduire une demande de soutien, pour bénéficier de l'appui de la Russie en tant qu'ayant droit. Cela fait cinq mois que Sette Diop a déposé son dossier, mais aucune avancée notoire n'a été enregistrée. “Il y a un mois, l'ambassade du Sénégal à Moscou m'a contacté pour me dire que le dossier était complet mais qu'il y avait un souci avec la banque à cause des sanctions contre la Russie. Ils m'ont suggéré de trouver une personne de confiance basée en Russie, qui pourrait aider à recevoir l'appui financier”, rapporte t-il, espérant que les choses vont se décanter.
Selon les derniers chiffres du Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, le Kenya, l'Égypte, le Cameroun et le Ghana figurent parmi les pays les plus représentés dans l'armée russe, avec respectivement 772, 420, 387 et 337 combattants.
Parmi tous ces pays, le Kenya est l'un des rares à prendre la question très au sérieux. Le pays a entrepris des démarches pour sommer la Russie d'arrêter de recruter ses ressortissants pour aller se battre sur le front. Nairobi a aussi livré des chiffres sur le nombre de Kényans engagés dans ce conflit. Ils seraient au moins un millier. En ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest, outre le Ghana, on recense 215 combattants nigérians, environ 73 Maliens, 60 Gambiens et 27 Nigériens.
Mystère sur des recrutements ukrainiens
Si l'engagement des Africains aux côtés de l'armée russe est assez bien documenté, il y a peu d'éléments probants sur leur enrôlement dans l'armée ukrainienne. Mondafrique a essayé de vérifier l'existence de prisonniers de guerre ukrainiens d'origine africaine dans les prisons russes. Les questions envoyées à l'ambassade de la Russie au Sénégal sont restées sans réponses.
Pour le Président du Mouvement international russophile Souleye Anta Ndiaye, il n'y a aucun doute que l'Ukraine recourt également aux mercenaires : “Aussi bien la Russie que l'Ukraine recrutent des mercenaires. Personnellement, j'ai rencontré à Moscou un jeune Nigérian qui voulait rejoindre l'Ukraine parce que, paraît-il, ils paient mieux.”
Selon le Russophile, ces jeunes ne sont motivés que par l'argent et ils ne connaissent rien des enjeux de cette guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres du continent.“Ce sont des jeunes en quête d'une vie meilleure. Alors, dès qu'une porte s'ouvre, les plus audacieux s'engouffrent dedans”, analyse le spécialiste de la Russie, qui invite les États à prendre leurs responsabilités. “S'il le faut, les États doivent utiliser la force pour empêcher les jeunes d'aller s'employer comme mercenaires dans ces conflits, parce que ça ne produit rien de bon. Ces jeunes vont soit être tués soit être conditionnés en sortant de la guerre. De part et d'autre ils servent de chair à canon, c'est ça la vérité”, soutient Souleye Anta Ndiaye.
Du côté de l'Ukraine, on ne nie pas le recrutement d'étrangers dans l'armée, mais on affirme agir en toute transparence, à travers une plateforme ouverte à cet effet dénommée la légion internationale pour la défense de l'Ukraine. Selon les sources diplomatiques contactées, ceux qui s'engagent dans cette légion le font de manière volontaire et dans le respect des conditions strictes exigées.“Voilà ce qui nous différencie de la Russie : tout est fait de manière transparente, dans des langues que comprennent ceux qui s'engagent. Et tout ce qui arrive à ces volontaires, nous le communiquons à leurs États”, se défend la source diplomatique, qui insiste : “Ce n'est pas comparable avec la Russie qui trompe des innocents en leur faisant croire que c'est pour des activités civiles et qui leur fait signer des contrats qu'ils ne comprennent pas.”
Mondafrique a essayé de recueillir la version de la Russie, à travers sa représentation diplomatique à Dakar, mais sans succès. “Je ferai de mon mieux pour vous recontacter très prochainement”, a dit Maria Pomerantseva le 08 juin 2026. Il nous a finalement été recommandé d'écrire via une adresse disponible sur le site de l'ambassade. Nous avons alors reçu la réponse suivante : “L'ambassade souhaite vous informer qu'elle ne se charge pas du recrutement. De plus, aucun visa n'est délivré aux citoyens sénégalais se rendant pour participer à l'opération militaire spéciale. Pour toutes les questions mentionnées dans votre lettre, nous vous prions de bien vouloir vous adresser au ministère de la Défense de la Fédération de Russie.”
Malick Diop : de Kounghueul à Donetsk
Né en 2000 à Keur Mandoumbé, dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal), Malick Diop a fait toute sa scolarité à Kounghueul. Après le baccalauréat, il est orienté vers l'université de Bambeye, au département de Droit. En 2023, il réussit à décrocher une bourse grâce à la coopération russe. Destination : la Russie, pour un projet d'études en Relations internationales. En première année et au 1er semestre de la 2e année, ses notes sont bonnes.
Si l'on en croit son père, Malick connaît par la suite quelques difficultés et envisage même de quitter la Russie pour l'Europe. Il réussit à décrocher une bourse pour l'Italie et doit revenir au Sénégal pour les formalités du visa. “N'ayant pas l'argent pour financer son voyage, il en a parlé à une connaissance russe, qui lui a fait part de cette opportunité avec l'armée”, rapporte Monsieur Diop, qui se rappelle une conversation avec son fils : “Un jour, il m'a appelé pour me dire qu'il s'était engagé dans l'armée. J'étais surpris, mais il m'a dit que c'était déjà fait et qu'il ne pouvait plus revenir en arrière. Plus tard, environ 20 jours après, il m'a dit que sa formation était terminée et qu'il devait aller en Ukraine, mais pour servir dans les hôpitaux ou comme cuisinier.”
En mars 2025, en plein ramadan, Malick a rappelé son père pour lui signaler qu'il ne serait plus joignable à partir de cet instant. “Vous ne pourrez pas me joindre, parce que les chefs récupèrent nos téléphones. Mais je pourrais vous joindre à chaque fois que de besoin. Ne vous inquiétez surtout pas et priez pour moi”, a-t-il dit. Tout porte à croire qu'il était déjà capturé par l'armée ukrainienne, après quelques jours seulement sur le front.

Guerre et société civile : que peut apprendre l’Europe de l’Ukraine ?
Quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, des civils ukrainiens engagés dans l'effort de guerre témoignent d'une réalité peu analysée : la transformation profonde d'une société libérale face à la guerre. Loin du modèle de mobilisation verticale, l'Ukraine a développé une « civilianisation » de la défense — fondations, start-ups, unités de drones, recrutement civique — enracinée dans une méfiance historique envers l'État et une longue tradition d'action collective depuis le Maïdan. [AN]
11 juin 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/11/guerre-et-societe-civile-que-peut-apprendre-leurope-de-lukraine/#more-105101
« Nous faisons des desserts pour les travailleurs du quartier, et avec l'argent nous achetons des chars pour les soldats. » J'ai rencontré Stanislav Zavertailo dans l'un de ses cafés à Kyiv en février 2024, lors d'une visite organisée avec d'autres journalistes par l'ONG n-ost [1]. Zavertailo est pâtissier et propriétaire des cafés Honey and Zavertailo, élégants et branchés, dans la capitale ukrainienne.
Depuis quatre ans, une partie des recettes des deux cafés sert à acheter du matériel militaire pour l'armée. Quand je l'ai rencontré, Zavertailo m'a dit qu'avec tout l'argent qu'il avait donné au cours des trois dernières années, il aurait pu ouvrir deux boutiques supplémentaires. « J'achète des armes pour tuer des Russes avant qu'ils ne nous tuent. »
Zavertailo emploie environ 400 personnes. Certaines sont parties au front, d'autres sont mortes. Ses deux cafés soutiennent les anciens employés. Bien qu'il ne se soit pas encore engagé, Zavertailo sait qu'il devra le faire dans les prochaines années — dès que son plus jeune enfant sur trois aura l'âge requis. Il s'entraîne déjà. « On est prêts ou on se prépare à l'être. Et vous ? »
L'histoire de Zavertailo est une histoire « ordinaire » dans une Ukraine engagée dans une guerre totale avec la Russie.
Il existe actuellement des dizaines de fondations et des centaines d'initiatives en Ukraine axées sur l'acheminement d'argent, d'armes ou de matériel vers les militaires, ainsi que sur la formation et l'alimentation des soldats. Des civils collectent aussi des fonds pour soutenir des proches, des membres de leur famille ou des brigades spécifiques. Sans oublier les ateliers animés par des bénévoles qui fabriquent des drones.
Les civils mettent également leurs compétences au service de l'effort de guerre. Il existe aujourd'hui plus de deux mille start-ups dédiées à la défense. L'agence de recrutement Lobby X — dirigée par l'entrepreneur kyivien Vladyslav Greziev — a ainsi créé Lobby X Army, un site où chaque brigade peut publier des « offres d'emploi » pour combler les lacunes du service de recrutement de l'armée.
La « civilianisation » de la guerre
« Les analyses stratégiques de la guerre négligent typiquement la question de la société », écrit Anna Colin Lebedev. « C'est dans les sciences sociales […] que l'on trouve une réflexion sur la transformation des sociétés par la guerre (le fardeau pour les victimes et les vétérans, la destruction matérielle, le déplacement des populations, les changements dans les liens et les statuts sociaux, etc.), mais aussi sur la guerre elle-même (la production de discours et d'idéologies, la culture militaire, la réorganisation de l'activité économique, les formes de résistance, etc.). La guerre a un coût matériel quantifiable, mais une approche plus qualitative est nécessaire pour évaluer son coût sociétal et comprendre la profondeur de la transformation sociale qu'exige la conduite de la guerre. »
Chercheuse et maîtresse de conférences, Anna Colin Lebedev travaille sur les relations entre citoyens et État dans les sociétés post-soviétiques. Elle a publié *Jamais frères ?* (Seuil, 2022), une analyse des similitudes et des différences entre les sociétés russe et ukrainienne, et *Ukraine : la force des faibles* (Seuil, 2025), un essai qui reprend et approfondit nombre de ses réflexions sur le sujet.
Avant 2014, la paix était considérée comme une évidence par la plupart des Ukrainiens. Aujourd'hui, c'est la guerre qui fait partie du quotidien. Comme l'explique Colin Lebedev : « Nous vivons dans des sociétés où l'on a considéré depuis de nombreuses décennies qu'il n'est pas nécessaire d'assurer une défense solide, que la priorité c'est le social, l'éducation, le chômage. Je pense que les Ukrainiens avaient la même conviction. Et donc, quand la guerre éclate, l'armée est incapable de faire face. »
En matière de préparation — militaire, mais surtout civile et sociale — la société ukrainienne ressemble aux autres sociétés européennes. « Nous sommes des sociétés politiquement et économiquement libérales, urbanisées, éduquées et connectées » — très différentes des sociétés du passé où, en cas de « guerre de haute intensité, la majorité des citoyens croyaient et acceptaient que c'est à l'État d'assigner les rôles et les devoirs », qu'il était normal « de faire des sacrifices, si l'État vous le dit. »
Comme de nombreux autres pays, l'Ukraine a considérablement réduit la taille de ses forces armées depuis son indépendance en 1991 : le personnel militaire total est passé de 465 000 en 1993 à 165 000 en 2013. Parallèlement, la proportion de soldats sous contrat (c'est-à-dire non enrôlés par conscription obligatoire) est passée de 8% en 2001 à 70% en 2013.
Quand la Russie a lancé son invasion à grande échelle en 2022, la résistance de Kyiv face à cet acte d'agression a stupéfait le monde. Derrière la réponse ukrainienne se trouve un phénomène qui pourrait constituer un défi pour les sociétés européennes. Colin Lebedev parle de la « civilianisation » de la guerre, néologisme forgé par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer [2] pour désigner la manière dont les guerres sont de plus en plus menées et conduites par des civils.
Comme l'explique Colin Lebedev, cela vaut déjà pour les guerres hybrides ou les attaques contre les infrastructures. Mais dans le cas de l'Ukraine, cette dimension est particulièrement prononcée. Depuis 2022, le pays a dû élargir massivement la taille de son armée. Aujourd'hui, « au moins les trois quarts des personnes dans l'armée menaient une vie civile avant 2022. Et ce qui se passe, c'est que lorsqu'ils intègrent les forces armées, bien sûr ils assimilent la culture militaire, mais ils conservent aussi la culture civile et les pratiques, une culture professionnelle civile. » [3]
En fait, c'est l'ensemble de la société ukrainienne qui est impliquée dans la guerre, dans un sens différent de la familière « économie de guerre » qui évoque des images de femmes fabriquant des obus dans les usines pendant la Seconde Guerre mondiale. Au contraire, « les Ukrainiens estiment qu'avec leurs compétences professionnelles, ils ont un rôle à jouer dans la défense du pays. » Certains changent de métier, d'autres « mettent entièrement leurs compétences au service de la défense. »
La structure même de la défense est plus ouverte aux apports civils. Les gens expérimentent des outils et des techniques, et quand ces expérimentations donnent des résultats, ils peuvent « convaincre l'État d'adopter ces techniques ». Cela permet une agilité et une adaptabilité remarquables. La logique « est différente de la nôtre ; ici (en Europe), la défense est descendante. »
Selon Colin Lebedev, cette ouverture aux apports civils est liée à l'histoire de la société ukrainienne. D'un côté, il existe une méfiance sous-jacente envers l'État née de la fin de l'URSS et de l'indépendance. « Les Ukrainiens ont appris à ne pas compter sur l'État, parce qu'il était fragile, parce qu'il y avait de la corruption, parce que l'État providence s'était effondré… »
Du soulèvement du Maïdan à la guerre dans le Donbas, une partie de la société ukrainienne s'est investie dans une défense populaire du pays, à travers une multitude de projets et de groupes [4]. Des civils — pas seulement ceux de la droite politique — ont rejoint l'armée. Des associations ont été créées pour aider les bataillons avec la nourriture ou les approvisionnements, ou pour soutenir les vétérans.
Pourquoi ? « Quand j'ai interviewé des Ukrainiens en 2015 qui s'étaient engagés dans l'armée ou la soutenaient », dit Colin Lebedev, « ils me disaient : « Je sais exactement combien de kilomètres il y a entre l'armée russe et ma ville et ma maison ; je sais que si je ne les arrête pas, ils continueront d'avancer. » »
C'est une réponse simple et pragmatique à une situation tragique. « La menace — pour ta famille et ton foyer — est claire et identifiable, et elle dépasse la question de ton pays. C'est beaucoup plus concret, et cela force tout le monde à se dire : « Je dois faire quelque chose ». Et c'est là une différence majeure entre nous (les Européens) et les Ukrainiens. Nous sommes déjà en guerre avec la Russie, mais cette guerre se déroule au niveau souvent ambigu de la guerre hybride. Ce ne sont pas les forces armées russes qui marchent vers nos villes, mais d'autres types d'attaques. Je pense qu'il est plus difficile pour les Européens de réaliser qu'ils sont menacés. »
« Quand on a des droits, on a aussi des devoirs », m'a dit Alla (je n'indique pas son nom de famille car l'entretien a eu lieu de manière informelle, sans le consentement de son bataillon, qui est requis pour un soldat). « J'aime ma ville natale, Kyiv, et mon ancien mode de vie, j'ai donc quelque chose à défendre. Après l'invasion russe de 2014, j'ai envisagé différents scénarios. »
Quand j'ai rencontré Alla en février 2025, elle était enjouée et légèrement punk. « Je connais l'histoire ukrainienne », m'a-t-elle dit. « Je suis convaincue qu'[les Russes] n'arrêteront jamais d'essayer de nous conquérir. Ce n'était qu'une question de temps. Je ne m'imaginais pas dans l'armée, mais je savais que je serais prête si nécessaire. Parce que je peux le faire, je n'ai pas peur, j'ai quelque chose à défendre. »
Aujourd'hui, Alla a 38 ans. Elle s'est engagée comme volontaire en 2023, après l'invasion à grande échelle. Dans sa vie précédente, elle était journaliste ; aujourd'hui, elle fait partie d'une unité de drones (repérage de cibles, communications avec d'autres unités, travail sur cartes et flux vidéo). « J'ai participé à la Révolution orange de 2004 et à la Révolution de la Dignité de 2013 [5]. J'ai aussi participé à d'importantes manifestations à Kyiv : la marche pour les droits des femmes, la Kyiv Pride, et des protestations contre la démolition de vieux bâtiments. Et beaucoup d'autres. Être soldate, c'est faire partie de quelque chose de très important pour notre avenir. »
Pour Alla, comme pour ses collègues qui étaient avec elle — des hommes et des femmes entre 35 et 40 ans, tous volontaires, tous issus de professions très éloignées de l'armée et du monde militaire (un vidéaste, un écrivain, un professeur de philosophie) — rejoindre l'armée était la continuation d'un parcours commencé bien plus tôt. C'est l'un des choix concrets que la vie présente — et aussi une obligation [6].
« Parfois je pense à différents scénarios : que ferai-je si la guerre finit, ou comment vivrai-je pendant cette guerre ou une guerre encore plus terrible, pour le reste de ma vie. Mais ensuite je reviens à la réalité et je me demande ce que je dois faire maintenant. Je change de rôle au sein de l'armée pour acquérir de nouvelles compétences et être plus efficace ; j'essaie de rester en contact avec mes proches. Et je pense aussi à avoir des enfants. Mais pour l'instant, c'est plutôt un rêve. »
Aujourd'hui, un an après, elle m'a dit : « En regardant ces trois années et plus, je suis devenue une personne bien plus militaire que je ne l'étais en tant que civile. Je ne retournerai peut-être jamais au journalisme parce que je considère mon travail actuel comme plus important pour l'avenir de l'Ukraine. »
Selon une enquête réalisée par le centre d'études de marché et d'analyse Kiss, 54% des Ukrainiens de plus de 18 ans ne servant pas dans l'armée sont « certainement ou assez probablement » prêts à s'enrôler dans les forces armées et à défendre l'Ukraine si nécessaire. Si la mobilisation est largement perçue comme nécessaire, elle doit être « juste », écrit Colin Lebedev, ce qui signifie que « le besoin d'un recrutement socialement équitable » doit se conjuguer à « un déploiement équitable sur les lignes de front ».
Francesca Barca
https://neweasterneurope.eu/2026/05/28/war-and-civil-society-what-can-europe-learn-from-ukraine/
Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78968
Notes
[1] n-ost est un réseau européen de correspondants et de journalistes spécialisés dans l'Europe centrale et orientale, basé à Berlin.
[2] Jean-Baptiste Jeangène Vilmer est politiste et philosophe français, spécialiste des relations internationales et de l'éthique de la guerre. Il a notamment dirigé l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM) à Paris.
[3] Daria Saburova, « Le bénévolat en Ukraine en temps de guerre », Entre les lignes entre les mots, 22 janvier 2026. Disponible sur :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/22/le-benevolat-en-ukraine-en-temps-de-guerre-entretien-avec-daria-saburova/
[4] Sur la dynamique du Maïdan et ses suites jusqu'à la guerre totale de 2022, voir ESSF, « En cette heure de grand danger, en solidarité avec la résistance ukrainienne, reconstruisons le mouvement international contre la guerre »,
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61690
[5] La Révolution de la Dignité (également appelée Euromaïdan) désigne le soulèvement populaire ukrainien de novembre 2013 à février 2014, qui a conduit à la destitution du président Viktor Ianoukovitch après sa décision de suspendre les négociations d'association avec l'Union européenne.
[6] Sur les femmes ukrainiennes engagées dans la résistance armée, voir ESSF, « Ukrainiennes en armes »,
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64079
*-*
Francesca Barca : La société civile et la guerre : qu'est-ce que l'Europe peut apprendre de l'Ukraine ?
Davantage que la stratégie ou la géopolitique, la question militaire raconte nos sociétés, ce qu'elles veulent devenir et ce qu'elles sont vouées à être. Que signifie la guerre dans une société démocratique ? Le conflit en Ukraine invite à réfléchir aux transformations par lesquelles passe un pays engagé dans une lutte pour sa survie.
https://voxeurop.eu/fr/ukraine-armee-guerre-societe-civile-colin-lebedev/
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En Espagne, la régularisation massive dessine un nouvel horizon
La lutte contre l'immigration s'est imposée à l'agenda de la plupart des Etats européens, et semble être devenue une évidence que peu de voix contestent ouvertement. Si il y a bien une “bataille culturelle” que l'extrême droite est en train de gagner, c'est celle-ci : l'idée que l'immigration est un problème que l'on doit traiter, plus ou moins humainement selon sa tendance politique. Or, il nous semble essentiel d'affirmer que l'immigration est un fait positif, que nous sommes en capacité d'accueillir plus de monde et que nous devons le faire. Ce qu'il se passe en Espagne actuellement montre que ce projet est possible et qu'il est porté par toute une partie de la société civile. Ce reportage de notre chroniqueur Pablo Castaño, qui vit à Barcelone, met des visages sur ce qui est trop souvent traité à distance et illustre l'enthousiasmant processus de régularisation, largement issu d'une mobilisation populaire et porté par une bonne partie de la population.
11 juin 2026 | tiré de Frustrations magazine
https://frustrationmagazine.fr/regularisation-espagne
Walter vit depuis cinq ans en Espagne, sans titre de séjour ni travail. Il est colombien, l'une des trois principales nationalités de migrants dans le pays avec les personnes originaires du Maroc ou de Roumanie. Walter fait la queue devant le Teatre Lliure de Barcelone, mais pas pour assister à une pièce : il vient chercher l'attestation de vulnérabilité, nécessaire à la procédure de régularisation exceptionnelle lancée le 16 avril par un décret du gouvernement de Pedro Sánchez. Le café du théâtre est géré par Mescladís, l'une des associations habilitées à délivrer cette attestation. Ce qui amène des centaines de personnes à faire la queue dans ce quartier calme et verdoyant de Montjuïc, où cohabitent habituellement les visiteurs des musées et auditoriums, les touristes qui visitent le château où les troupes franquistes ont fusillé le président de la Catalogne en 1940 et, cachés sous les arbres de la colline, des campements de bidonvilles où survivent difficilement des dizaines de personnes, pour beaucoup de jeunes migrants.
La situation de Walter est différente : il a réussi à gagner sa vie en enchaînant pendant des années des missions de nettoyage, de livraison de colis et dans le bâtiment. Mais dans des conditions inférieures aux minima légaux et, dans certains cas, sans être payé : « Je suis tombé sur différentes personnes mal intentionnées qui profitent de cette situation : voyant qu'il y a des gens sans papiers, elles les font travailler et après, elles ne veulent plus payer le salaire », raconte-t-il, avec une expression plus résignée qu'en colère. Il a déjà tenté de régulariser sa situation par la voie ordinaire, mais n'y est pas parvenu car « sans papiers, on ne vous donne pas de contrat, et sans contrat, on ne vous donne pas de papiers ». Le règlement espagnol sur l'immigration exige un précontrat de 30 heures hebdomadaires sur une durée minimale d'un an pour obtenir un titre de séjour et de travail pour ancrage social. Une condition qui exclut des centaines de milliers de personnes, condamnées à des travaux à temps partiel avec des salaires misérables.
La fondation Funcas estime qu'en 2025, 840 000 personnes vivaient en Espagne en situation administrative irrégulière, dont 9 sur 10 originaires de pays américains. Le gouvernement estime qu'environ 500 000 bénéficieront de la procédure de régularisation exceptionnelle, bien que personne n'ose avancer de chiffre exact. Seule certitude : auront droit à un titre de séjour et un permis de travail toutes les personnes qui vivaient en Espagne avant le 1er janvier 2026 et qui peuvent justifier d'au moins cinq mois de séjour continu dans le pays. En tout, autour de 10 millions de personnes nées à l'étranger résident en Espagne, soit 20% de la population totale.
Une victoire de la mobilisation populaire
La procédure actuelle de régularisation a attiré l'attention internationale dans une Europe qui va dans la direction opposée, celle de mettre des bâtons dans les roues des travailleurs migrants, quitte à gonfler la masse de travailleurs sans droits. Mais le décret adopté le 14 avril dernier par le gouvernement de coalition du Parti socialiste (PSOE) et Sumar ne sort pas de nulle part : il est la conséquence d'un long processus de mobilisation sociale lancé en 2021 par Regularización Ya, une coalition de collectifs antiracistes et de migrants à laquelle se sont joints jusqu'à 900 mouvements et associations de toutes sortes.
« Pendant le confinement de 2020, on a vu clairement que les personnes en situation administrative irrégulière étaient totalement exclues du parapluie social tant vanté par le gouvernement », raconte Redwan Baddouh, l'un des porte-parole de Regularización Ya, en référence à des mesures comme les mécanismes de réduction temporaire d'emploi pour les entreprises touchées par les confinements, qui ont sauvé du chômage des milliers de travailleurs. « Dans ce contexte de pandémie, on a envoyé une lettre au président du gouvernement demandant l'approbation d'une régularisation exceptionnelle. La lettre n'a jamais reçu de réponse. » C'est ainsi qu'a débuté un long périple de lutte dans les rues et dans les couloirs du parlement, qui allait durer cinq ans. Face à l'absence de réponse de Sánchez, la coalition a présenté, avec le soutien des partis à gauche du PSOE, une proposition de loi en faveur de la régularisation, mais celle-ci a été rejetée par le Parti populaire, Vox et le PSOE lui-même. L'Espagne vivait alors une véritable crise sociale à la suite de la pandémie, avec un taux de pauvreté qui a atteint 65 % en 2021 parmi la population migrante originaire de l'extérieur de l'Union européenne.
Après ces premiers revers, l'idée d'une initiative législative populaire (ILP) a émergé parmi les mouvements de migrants. Il s'agit d'un mécanisme de participation directe prévu par la Constitution espagnole de 1978, mais qui a rarement abouti en raison du grand nombre de signatures nécessaires et du fait que les groupes parlementaires peuvent simplement rejeter l'initiative par un vote. Regularización Ya devait relever un défi supplémentaire : « recueillir un demi-million de signatures de citoyens espagnols, c'est-à-dire que les étrangers titulaires d'une autorisation de séjour n'étaient pas autorisés à signer, seuls les citoyens espagnols l'étaient. Nous ne pouvions pas rester dans nos communautés, il fallait aller chercher les signatures des Blancs », raconte Baddouh. Mais, à une époque de montée de l'extrême droite et de xénophobie croissante en Europe, parviendrait-on à faire signer un demi-million d'Espagnols pour régulariser des migrants ?
Le 19 février 2022, la collecte de signatures est lancée publiquement et, en décembre de la même année, Regularización Ya présente au Congrès des députés plus de 700 000 signatures, devenant ainsi l'une des ILP ayant reçu le plus de soutien en presque cinq décennies de démocratie. « Il y avait des moments où l'on se disait qu'on n'y arriverait pas. Mais on y est arrivé, et on a même dépassé l'objectif, c'était impressionnant, se souvient Baddouh. Ce sont les collectifs de migrants qui ont arpenté les rues pour demander des signatures. À Madrid, par exemple, les travailleuses domestiques se sont beaucoup investies. À Barcelone, Top Manta » (un collectif de vendeurs à la sauvette), souligne l'activiste, qui salue également les centaines d'organisations qui ont soutenu l'initiative ainsi que l'Église catholique : « Il faut le dire, ils se sont impliqués, tant dans la collecte de signatures que dans les négociations avec les groupes parlementaires. »
Fernando Redondo, directeur du département des migrations de la Conférence épiscopale espagnole, affirme que « l'Église s'y est jointe à partir des valeurs de l'Évangile, du principe du bien commun et de la dignité des personnes. Pendant la pandémie, beaucoup de ceux qui continuaient à cultiver les champs et à s'occuper des personnes âgées étaient des migrants ». Le porte-parole catholique confirme que « l'Église a poussé le PP à accepter que cette initiative entre au Parlement ». En avril 2024, tous les groupes parlementaires sauf Vox ont voté en faveur de la prise en considération de l'initiative, preuve de la force sociale acquise par le mouvement. L'année précédente, le parti d'extrême droite avait obtenu 12 % des voix aux élections générales, devenant le troisième groupe parlementaire du Congrès, et la xénophobie était entrée de plain-pied dans le débat politique espagnol.
Mais, avec la prise en considération, un autre calvaire parlementaire a commencé. Le manque de consensus dans un parlement fragmenté a bloqué l'initiative pendant plus d'un an. « Le PSOE n'a jamais soutenu l'ILP », précise Baddouh. « Ils disaient que le Pacte européen sur la migration et l'asile ne permettait pas une régularisation exceptionnelle, mais c'était une excuse bon marché ; nous avons interrogé la Commissaire aux affaires intérieures, elle nous a répondu que c'était de la compétence de chaque État membre. » De leur côté, le PP et Junts (parti catalan de centre-droit) avaient voté pour la prise en considération mais refusaient de transformer l'initiative en loi, malgré le soutien à la régularisation de l'Église et du patronat. Finalement, en janvier 2026, Podemos a annoncé un accord avec le gouvernement pour approuver la régularisation par décret. « Un but marqué du milieu du terrain », selon les mots de Vicky Canalla, une autre porte-parole de Regularización Ya.
Et un espoir pour des travailleurs comme Arturo, qui est également en train d'effectuer les démarches pour la régularisation. Péruvien, il travaillait pour un concessionnaire automobile dans son pays, mais à Barcelone, il a travaillé comme livreur avec une camionnette. « Les journées de travail étaient de douze, quinze heures… Vendredi, on m'a dit qu'il n'y avait plus de travail et je me suis retrouvé sans emploi », regrette-t-il. De la régularisation, il espère « un soutien pour vivre tranquille, avoir un travail et ne pas penser qu'un jour on me dise “non”… Avoir des droits. »
Une procédure administrative et citoyenne
Arturo, qui a migré seul à Barcelone et a subi un vol durant ses premiers mois dans la ville, s'est rendu dans l'un des bureaux de la mairie pour obtenir l'attestation de vulnérabilité. En ce jour ensoleillé de mai, personne ne fait la queue devant la Fira, un pavillon qui accueille habituellement des salons commerciaux et qui abrite aujourd'hui les fonctionnaires municipaux chargés de traiter les attestations. Rien à voir avec les premières semaines de la procédure, où de très longues files d'attente s'étaient formées autour des points de traitement des demandes.
La mairie de Barcelone a accueilli plus de 27 000 personnes au cours du premier mois, selon les données fournies par la directrice chargée des Droits sociaux, Marta Clari, qui souligne que la municipalité a créé en janvier « un groupe technique pour préparer le dispositif ». Face à la diversité d'origine des demandeurs – un quart des personnes résidant à Barcelone est d'origine étrangère, plus de 180 nationalités cohabitent dans la ville –, la mairie a fourni des fiches d'information en 6 langues différentes, mais la barrière de la langue reste bien visible dans la queue du bureau municipale de Sant Miquel, dans le centre ville, où certains demandeurs ne parlent ni espagnol ni catalan. Les demandeurs, dont certains attendent depuis trois heures, regardent avec peu d'intérêt les journalistes étrangers qui captent des images et des témoignages d'un processus qui a attiré l'attention de l'Europe.
Malgré les efforts décrits par la fonctionnaire de la mairie, Xavier (nom fictif), travailleur du service municipal d'accueil des immigrés, dénonce lenteur, improvisation et mauvaise gestion au niveau municipal. « Les critères changent toutes les deux minutes, les services ont été submergés, vous allez sur le site web et il est impossible de trouver l'information », dénonce-t-il, furieux contre le manque de préparation et la mauvaise planification qu'il attribue à la mairie. La directrice reconnaît que les premiers jours, « il y a eu beaucoup d'attroupements de personnes » devant les bureaux municipaux et « certaines personnes passaient la nuit sur place ». L'image de centaines de personnes dormant autour des bureaux de l'administration s'est répétée partout en Espagne durant les premiers jours suivant l'adoption du décret, qui fixe un délai de seulement deux mois et demi pour déposer les documents. « Les premières semaines ont été un débordement total », confirme Redwan Baddouh, de Regularización Ya, « les gens ne savaient pas où obtenir l'attestation de vulnérabilité, les associations et les mairies devaient se coordonner ».
La décision du gouvernement espagnol d'exiger au dernier moment un certificat de casier judiciaire n'a pas aidé : son obtention dépend de la diligence des gouvernements des pays d'origine des migrants et des consulats espagnols à l'étranger. Les Algériens comptent parmi ceux qui ont rencontré le plus de difficultés, comme le raconte Miriam, alors qu'elle fait la queue devant le bureau municipal de Sant Miquel. « Cela fait trois ans que je vis à Barcelone. Nous, Algériens, avons beaucoup de problèmes pour le casier judiciaire : il faut aller au tribunal, puis au ministère des Affaires étrangères, puis au consulat d'Espagne en Algérie », raconte-t-elle. Comme elle ne peut pas quitter l'Espagne, elle a dû faire une procuration à un parent. À cela s'ajoute la difficulté d'obtenir un rendez-vous dans les consulats espagnols dans le pays maghrébin, un exemple du parcours du combattant que vivent de nombreuses personnes pour obtenir le tant convoité titre de séjour et de travail. Les vies de Walter, Arturo et Miriam sont très différentes, mais tous affirment avoir eu peur d'être arrêtés par la police, une peur qu'ils espèrent laisser derrière eux d'ici très peu.
La régularisation n'a pas été qu'une procédure administrative, elle est devenue un événement citoyen. Des milliers de bénévoles ont collaboré avec différentes associations – 51 rien qu'à Barcelone – habilitées par l'administration à délivrer les attestations de vulnérabilité. L'une d'elles est Tere, qui collabore avec Mescladís sur la terrasse du Teatre Lliure de Montjuïc, pendant que dans le café attenant un groupe de jeunes migrants reçoit une formation en hôtellerie-restauration. « Je l'ai su par Instagram et je suis venue à une réunion. Je pense que la meilleure façon d'utiliser mon temps est d'aider les gens ; il ne me semblait pas humain qu'on ait inventé un papier à la dernière minute et que cela retarde la procédure et cause de l'angoisse à des gens qui veulent simplement travailler et vivre leur vie », raconte-t-elle pendant une pause de son service de quatre heures, au cours duquel elle recueille les données de dizaines de demandeurs et leur délivre leur attestation, tamponnée par l'association.
L'un d'eux est Walter, qui, après avoir fait la queue devant le bureau municipal installé près de l'ancienne arène Monumental, a vu sa demande refusée parce qu'il n'était pas inscrit au registre municipal à Barcelone. Il a appris par un ami que Mescladís les délivrait aussi, a pris rendez-vous et en quelques minutes est sorti avec le dernier papier qui lui manquait pour faire sa demande. « À Bogota, ma famille avait un atelier de couture ; maintenant, j'aimerais suivre un cours d'électricité », raconte Walter qui, comme beaucoup d'autres demandeurs, a décidé de payer un avocat « pour que ce soit sûr », bien que seule une taxe de 38 euros soit obligatoire pour faire la demande.
Autre barrière rencontrée par les immigrés en situation irrégulière : ils et elles ne disposent pas du certificat électronique nécessaire pour effectuer la démarche en ligne, c'est pourquoi des bénévoles prennent également rendez-vous en leur nom. Les 700 000 signatures recueillies en moins d'un an et l'implication de nombreux citoyens espagnols pour faciliter la régularisation du plus grand nombre possible de travailleurs migrants contrastent avec la présence croissante de la xénophobie dans le débat public. Depuis la fin des années 1980, et surtout pendant le boom immobilier du début des années 2000, sept régularisations exceptionnelles ont été approuvées en Espagne, certaines sous des gouvernements conservateurs. Mais c'était à une époque où l'immigration était peu politisée, alors qu'aujourd'hui les sondages attribuent 17 % des intentions de vote à Vox, qui a fait du racisme son principal axe discursif.
Les impacts politiques et économiques d'une régularisation exceptionnelle
« L'extrême droite se positionne frontalement contre la régularisation, en la liant au concept de priorité nationale, importé de France », explique Guillermo Fernández, professeur à l'université Carlos III spécialisé dans l'extrême droite. « Vox a voulu faire de la régularisation un axe de confrontation après quelques mois où il était en grande difficulté à cause de son lien avec Donald Trump », un personnage considéré comme une menace pour la paix mondiale par 80 % des Espagnols, selon un récent sondage. L'extrême droite a lancé deux rumeurs, selon le chercheur : « l'idée que les personnes régularisées obtiendront automatiquement la nationalité et que la gauche veut remplacer la population espagnole et constituer un nouvel électorat », explique-t-il, alors que les personnes récemment régularisées ne pourront pas voter aux élections générales ni régionales et que le processus d'obtention de la nationalité est beaucoup plus long et complexe.
Mais la régularisation a aussi servi à Pedro Sánchez « à générer un débat international et continuer à se positionner comme le modèle de la gauche européenne », considère Fernández. Un bénéfice politique qui contraste avec le rôle qu'a joué son parti, selon Regularización Ya. « Si cela n'avait tenu qu'au Parti socialiste, cette régularisation n'aurait pas lieu », tranche son porte-parole, Redwan Baddouh, qui critique également le fait que « les syndicats majoritaires ne se sont pas impliqués dans cette ILP ; ni dans la collecte de signatures, ni dans l'exigence de son adoption quand elle était au Congrès. Elle a été approuvée grâce au travail d'influence politique que nous avons mené depuis les mouvements sociaux ». L'activiste fait un parallèle avec le féminisme pour argumenter l'impact politique que peut avoir la régularisation, dans un contexte de croissance de l'extrême droite : « Il n'y a aucune logique à dire qu'il ne faut pas donner de droits aux femmes parce que cela nourrirait l'extrême droite. Les personnes migrantes sont totalement exposées ; plus nous aurons de droits, plus l'extrême droite devra se mordre la langue. »
Ce qui est clair, c'est l'impact économique et social considérable qu'aura le fait que plus d'un demi-million de personnes, qui travaillent souvent illégalement, obtiennent un permis de travail. Liliana Reyes, secrétaire aux migrations du syndicat Commissions ouvrières de Catalogne, défend qu'« il faut permettre et garantir l'accès au travail formel et aux droits. Nous constatons toutes sortes d'abus lorsqu'ils n'ont pas de papiers, dans des secteurs comme le nettoyage, l'agriculture, le bâtiment, le travail domestique et les soins ». Elle exige également « d'accélérer l'homologation des diplômes étrangers », un obstacle auquel sont confrontés de nombreux travailleurs migrants qualifiés. C'est le cas de Miriam, architecte algérienne, qui, après avoir obtenu son permis de travail, devra entamer le long parcours pour faire homologuer son diplôme par l'administration espagnole. La syndicaliste réclame également d'accélérer les procédures ordinaires de régularisation, « qu'elles soient effectuées dans les délais prévus par le règlement et que les ressources soient suffisantes », et juge « discutable » l'exigence de deux ans de résidence avant d'obtenir le permis de séjour et de travail pour ancrage social. Une grève convoquée par le syndicat aux services d'attention à étranger au début de processus de régularisation a provoqué des critiques féroces de la part de Regularización Ya : « Ils ont mis des bâtons dans les roues », dénonce Baddouh.
Même le patronat voit d'un bon œil la régularisation exceptionnelle. Yessika Aguilar, directrice des Relations de travail du patronat catalan Foment del Treball, affirme que « les entreprises ont besoin de la migration comme de l'eau que nous buvons pour maintenir notre économie » et lie « le phénomène migratoire au défi démographique » que représente le vieillissement de la population espagnole. Aguilar espère que la régularisation atténuera « la difficulté que nous avons à couvrir certains profils professionnels ». Selon le Service public de l'emploi, parmi les secteurs où les employeurs ont le plus de mal à trouver des travailleurs figurent le bâtiment et l'hôtellerie-restauration. Alors que dans le bâtiment, les salaires sont plus élevés que la moyenne, l'hôtellerie-restauration est l'un des secteurs les plus précarisés de l'économie espagnole, avec des salaires bas et des contrats qui ne dépassent généralement pas un an.
La Banque centrale européenne attribue 80 % de la croissance du PIB espagnol entre 2019 et 2024 à l'immigration, ce qui explique le soutien généralisé du patronat et des syndicats à la régularisation. Cela ne nuit qu'« aux exploiteurs », conclut la porte-parole des Commissions ouvrières, qui demande qu'à l'issue de la procédure, « les entreprises embauchent dans les conditions prévues par la convention collective de chaque secteur ». Rien ne garantit que tous les travailleurs actuellement contraints de travailler sans contrat et dans des conditions dégradées obtiennent un contrat légal après leur régularisation administrative, car l'Espagne a une économie souterraine de 24 %, le troisième taux le plus élevé de l'Union européenne. Mais, au moins, dans quelques mois, des centaines de milliers de personnes cesseront d'avoir peur d'être arrêtées et expulsées, auront le droit d'entrer et sortir librement du pays et pourront défendre leurs droits depuis la même position légale que le reste des travailleurs, non pas deux marches en dessous.
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Il est temps que l’UE cesse de fermer les yeux sur les agissements illégaux d’Israël en Palestine
« L'Union européenne ne peut rester les bras croisés ». Face aux « horreurs que le gouvernement israélien inflige actuellement aux Palestiniens », pour un ensemble d'anciens premiers ministres de pays membres de l'UE et membres de gouvernements, il faut élargir les sanctions : « il est alarmant de constater que la crédibilité de l'UE aux yeux de ses propres citoyens soit compromise par son incapacité à faire preuve de leadership moral et politique pour faire respecter le droit international. »
10 juin 2026 | tiré du blog des invité-e-s de mediapart | Photo : Des soldats israéliens à l'intérieur d'un complexe de l'UNRWA dans la ville de Gaza. Photo prise lors d'une tournée médiatique organisée par l'armée israélienne le 8 février 2024. © Photo Jack Guez / AFP
https://blogs.mediapart.fr/les-invite-es-de-mediapart/blog/100626/il-est-temps-que-lue-cesse-de-fermer-les-yeux-sur-les-agissements-illegaux-disrael-e
L'Union européenne repose sur l'État de droit, et ses lois ainsi que ses accords internationaux sont contraignants pour les États membres.
Il est alarmant de constater qu'aujourd'hui, la crédibilité de l'UE aux yeux de ses propres citoyens et électeurs – ainsi que de la plupart des pays du monde – est compromise par son incapacité à faire preuve de leadership moral et politique pour faire respecter le droit international et, en particulier, pour faire appliquer les dispositions juridiques de l'accord d'association UE-Israël.
L'article 2 de cet accord d'association stipule que les relations entre l'UE et Israël, ainsi que toutes les dispositions de l'accord lui-même, doivent être fondées sur le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, qui constituent un élément essentiel du traité.
Il est clair que cette condition n'est pas remplie.
Les attaques odieuses perpétrées le 7 octobre 2023 par le Hamas et d'autres groupes armés contre des citoyens israéliens et des ressortissants d'autres pays ne peuvent justifier les actions du gouvernement israélien visant à décimer Gaza et à violer systématiquement les principes fondamentaux du droit international humanitaire et des droits de l'homme. Les attaques militaires israéliennes à Gaza ont fait au moins 73 000 morts, dont plus de 21 500 enfants, depuis octobre 2023. Plus de 900 Palestiniens ont été tués depuis le « cessez-le-feu » d'octobre 2025.
La Cour internationale de justice (CIJ) a déjà établi qu'il existe un risque réel de préjudice irréparable aux droits des Palestiniens au titre de la Convention sur le génocide, tandis que des mandats d'arrêt ont été émis contre des dirigeants israéliens par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Malgré cela, le gouvernement israélien continue d'entraver l'acheminement de l'aide humanitaire nécessaire aux Palestiniens de Gaza, notamment celle fournie par l'UNRWA et les ONG internationales, tout en anéantissant les moyens dont disposent les Palestiniens pour produire de la nourriture et de l'eau, en ravageant leurs terres agricoles et en détruisant les réservoirs et les usines de dessalement. Après avoir contraint les Palestiniens à vivre dans des conditions sordides et inhumaines, le gouvernement israélien prévoit désormais de regrouper l'ensemble de la population de Gaza sur seulement 30 % de son territoire déjà gravement surpeuplé, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur les résidents palestiniens assiégés pour qu'ils abandonnent définitivement leur patrie.
En juillet 2024, la CIJ a déclaré que toutes les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés, qui abritent aujourd'hui au moins 750 000 personnes, sont illégales et doivent être démantelées. Le gouvernement israélien a ignoré cet avis et continue au contraire de promouvoir activement la poursuite de l'annexion de terres palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, notamment en encourageant et en soutenant la recrudescence de la violence perpétrée par des extrémistes qui s'emploient à s'emparer de nouvelles terres et à expulser les Palestiniens de leurs foyers. Pour aggraver encore la situation, le gouvernement israélien prépare de nouvelles saisies de terres dans le district E1 et dans la zone C, dans le but de diviser la Cisjordanie en deux et de compromettre la solution à deux États, soutenue par l'UE et la grande majorité des membres de l'ONU.
Les preuves sont accablantes : le gouvernement israélien agit en toute impunité en procédant à des déplacements forcés pour faire place à des colonies illégales, sans compter d'autres politiques discriminatoires à l'encontre des Palestiniens.
L'Union européenne ne peut rester les bras croisés. Elle doit désormais agir de toute urgence pour mettre en œuvre les recommandations formulées à maintes reprises depuis juillet 2025 dans une série de déclarations publiques par un groupe comptant désormais plus de 460 anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires européens. Concrètement, l'UE doit suspendre l'accès commercial préférentiel d'Israël au titre de l'accord d'association UE-Israël, ce qui affecterait un tiers du commerce total de marchandises d'Israël avec le reste du monde.
Cela nécessite un leadership de la part de la Commission européenne et du Service européen pour l'action extérieure qui, conformément à la pratique antérieure, devraient proposer que ces mesures soient adoptées par un vote à la majorité qualifiée des États membres de l'UE. Dans l'intervalle, l'UE doit agir immédiatement pour empêcher toute exportation en provenance des colonies illégales de Cisjordanie d'entrer sur son territoire. Parallèlement, la liste des ministres, fonctionnaires, personnes et entités israéliens sanctionnés, associés aux colonies et soumis à des interdictions de visa et à des gels d'avoirs, devrait être élargie. L'UE devrait également suspendre la participation d'Israël aux programmes de recherche et autres programmes de l'UE lorsque des entités publiques et privées israéliennes enfreignent le droit international, et mettre un terme au commerce de biens militaires et à double usage.
Pour que l'UE puisse prendre ces mesures, les quelques États membres qui ont systématiquement bloqué toute action contre le gouvernement israélien devraient se rallier à l'opinion majoritaire et permettre l'adoption de ces mesures. En bref, l'UE doit cesser de fermer les yeux sur les horreurs que le gouvernement israélien inflige actuellement aux Palestiniens, en violation flagrante de l'accord d'association UE-Israël. Ne pas agir maintenant ne fera qu'affaiblir davantage la position et l'influence de l'UE sur la scène internationale, à un moment où une Union forte et unie est nécessaire pour défendre l'ordre multilatéral ainsi que les valeurs et les intérêts européens.
Signataires :
Massimo D'ALEMA – ancien Premier ministre italien
Robert GOLOB – ancien Premier ministre slovène
Stefan LÖFVEN – ancien Premier ministre suédois
Romano PRODI – ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne
Leo VARADKAR – ancien Taoiseach (Premier ministre) d'Irlande
Joaquín ALMUNIA – ancien vice-président de la Commission européenne et ancien ministre du gouvernement espagnol
Enrique BARÓN CRESPO – ancien président du Parlement européen et ancien ministre du gouvernement espagnol
Josep BORRELL – ancien président du Parlement européen et haut représentant de l'UE/vice-président, ainsi qu'ancien ministre des Affaires étrangères d'Espagne
Laurens-Jan BRINKHORST – ancien vice-Premier ministre et ministre (divers portefeuilles) des Pays-Bas
Willy CLAES – ministre d'État et ancien vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Belgique
Pat COX - ancien président du Parlement européen et chef du groupe du Parti libéral, démocrate et réformateur européen au Parlement européen
Herta DÄUBLER-GMELIN - ancienne ministre de la Justice de l'Allemagne
Sigmar GABRIEL - ancien vice-chancelier de l'Allemagne et ancien ministre des Affaires étrangères
Slavko GABER - ancien ministre du gouvernement slovène (divers portefeuilles)
Eamon GILMORE - ancien Tánaiste (vice-Premier ministre) et ministre des Affaires étrangères de l'Irlande ; et ancien représentant spécial de l'UE pour les droits de l'homme
Erato KOZAKOU-MARCOULLIS - ancienne ministre des Affaires étrangères de Chypre
Mogens LYKKETOFT - ancien ministre des Affaires étrangères du Danemark, et ancien président de l'Assemblée générale des Nations unies
Poul NIELSON – ancien commissaire européen et ancien ministre du gouvernement danois
Emilija STOJMENOVA DUH – ancienne ministre du gouvernement slovène
Margot WALLSTRÖM – ancienne première vice-présidente de la Commission européenne et ancienne ministre des Affaires étrangères de la Suède
Poul NIELSON – ancien commissaire européen et ancien ministre du gouvernement danois
Emilija STOJMENOVA DUH – ancienne ministre du gouvernement slovène
Margot WALLSTRÖM – ancienne première vice-présidente de la Commission européenne et ancienne ministre des Affaires étrangères de la Suède
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