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Un Conseil national sans boussole

24 février, par Geru Schneider — ,
Le dernier Conseil national du 21 février de Québec solidaire devait clarifier la stratégie du parti à l'aube d'un cycle électoral crucial. Au lieu de décisions concrètes, les (…)

Le dernier Conseil national du 21 février de Québec solidaire devait clarifier la stratégie du parti à l'aube d'un cycle électoral crucial. Au lieu de décisions concrètes, les délégué·e·s ont été invités à consulter et discuter, tandis qu'une exemption controversée dans la circonscription de Gouin illustrait l'urgence électorale prenant le pas sur les principes. Retour sur un week-end qui en dit long sur les tensions internes et la fragilité de la démocratie interne du parti.

Quand discuter remplace décider à Québec solidaire

Le dernier Conseil national de Québec solidaire devait être un moment de clarification politique. À l'approche d'un cycle électoral incertain, alors que le gouvernement multiplie les projets de loi liberticides et que plusieurs associations locales vivent un essoufflement militant bien réel, nous avions besoin d'une chose simple : une discussion franche sur la conjoncture, une orientation stratégique assumée et des décisions claires.

Ce ne fut pas le cas.

Au terme d'une journée compressée, ce qui est déjà inhabituel pour une instance nationale, le sentiment dominant n'est pas celui d'un parti qui se dote d'une boussole, mais celui d'une organisation qui consulte beaucoup, échange longuement, puis reporte les choix politiques à plus tard. Un parti qui parle de stratégie, mais hésite à en décider une.

Trois éléments ont particulièrement cristallisé ce malaise : l'absence de véritable plan de rapport de force face aux offensives de la Coalition avenir Québec, la transformation progressive des instances décisionnelles en espaces de discussion sans mandat réel, et, surtout, la suspension d'une résolution démocratiquement adoptée concernant la circonscription de Gouin au nom d'une logique électoraliste.

Pris ensemble, ces épisodes ne relèvent pas de simples désaccords tactiques. Ils révèlent une tendance plus profonde : la dépolitisation de nos propres lieux de décision et un glissement vers une culture de gestion plutôt que de confrontation politique.

Une opposition parlementaire sans stratégie de rapport de force

Face à la multiplication des lois autoritaires, plusieurs délégué·e·s espéraient entendre une orientation claire de l'aile parlementaire. Quelle est notre stratégie pour bloquer ou ralentir ces projets de loi ? Y aura-t-il des tactiques d'obstruction ? Une coordination avec les syndicats et les mouvements sociaux ? Une articulation entre travail parlementaire et mobilisation populaire ?

Bref : comment construisons-nous un rapport de force réel ?

Les réponses sont demeurées étonnamment modestes autant de la part du caucus, mais aussi de l'exécutif (CCN). Pas de filibuster. Pas de plan pour ralentir systématiquement les travaux. Pas d'effort structuré de convergence avec les luttes sociales. La posture avancée relevait plutôt d'une logique d'« amélioration » : déposer des amendements, bonifier les textes, limiter les dégâts.

Il serait toutefois injuste de ne voir dans ce Conseil national qu'un enchaînement de reculs. L'adoption, à majorité, de la proposition d'urgence visant à lancer une campagne nationale contre le virage autoritaire du gouvernement de la CAQ et contre ses lois liberticides constitue l'un des rares moments politiques clairs de la fin de semaine. En appelant à dénoncer ces attaques, à construire un front social de résistance et à faire de QS un pôle d'appui aux luttes populaires, les délégué·e·s ont montré qu'une combativité subsiste un peu toujours dans le parti. Malgré la fatigue et les frustrations, la base militante ne demande pas moins d'ambition : elle demande un parti qui assume pleinement son rôle d'alternative et de rapport de force. Dès qu'on lui offre un mandat concret, elle répond présente. En espérant que l'exécutif du parti écoute et agisse dans cette direction…

Cette approche est compréhensible sur le plan technique. Mais politiquement, elle est insuffisante.

Quand un gouvernement gouverne à coups de bâillon et impose un « package deal » de réformes régressives, se contenter d'amender revient à accepter le terrain de l'adversaire. Sans stratégie assumée de confrontation, l'opposition parlementaire se transforme en gestionnaire critique. Elle accompagne le processus plus qu'elle ne le conteste.

Pour un parti qui s'est toujours présenté comme un relais des luttes sociales à l'Assemblée nationale, cette déconnexion est lourde de sens. Elle donne l'impression d'un repli institutionnel, d'une prudence défensive, comme si l'objectif premier n'était plus de changer le rapport de force, mais de paraître responsable.

Or, l'histoire des avancées sociales nous enseigne exactement l'inverse : sans pression extérieure, sans mobilisation, sans conflit assumé, les institutions ne cèdent rien.

Discuter sans décider : des instances vidées de leur sens

Le malaise ne se limitait pas à la stratégie parlementaire. Il traversait aussi la manière même dont le Conseil national était organisé.

Traditionnellement, ces instances servent à délibérer collectivement et à trancher des orientations politiques. Or, le seul véritable moment de « participation » proposé aux délégué·e·s aura été un atelier de 55 minutes pour parler de l'environnement politique au Canada, au Québec, du parti et des co-porte-parole : une consultation éclatée en une dizaine de salles, où les délégués ont été dispersés pour répondre à des questions larges, souvent vagues, sans mécanisme clair pour transformer ces échanges en décisions concrètes, contraignantes ou mandatées.

On nous parlait d'« espaces de dialogue », de « consultations », de « retours ». Mais sans mandat. Sans vote. Sans échéancier. Sans reddition de comptes. Un exercice d'expression, pas un exercice de pouvoir.

Le contraste était frappant : alors que cette brève parenthèse consultative se voulait participative, la matinée, elle, s'est surtout résumée à une succession de rapports — du Comité de coordination national, de l'aile parlementaire, des différentes instances — souvent descriptifs, rarement politiques, presque jamais suivis de prises de position ou de décisions. Beaucoup d'information, très peu de délibération. Certes nécessaire pour l'administration du parti, mais dérisoire face à l'ampleur de la tâche qui devait être devant nous.

À une question posée par certains militant.e.s sur un espace ou une instance décisionnelle et mandataire sur la stratégie électorale et sur la conjoncture politique devant nous.
La réponse, franchement décevante et balayant du revers de la main une question hautement pertinente : « On prend en note ».

À force, le décalage devient évident. Discuter n'est pas décider. Consulter n'est pas mandater. Informer, ce n'est pas écouter. Un parti politique ne peut pas fonctionner durablement sur la seule impression d'avoir été entendu.

Ce glissement transforme progressivement la démocratie interne en exercice symbolique. Les membres parlent, l'exécutif décide. Les instances deviennent des lieux d'expression, plus que des lieux de pouvoir.

Or, la fatigue militante ne vient pas d'un excès de démocratie. Elle vient du sentiment que notre implication ne change rien. Quand débattre ne mène pas à décider, l'engagement s'étiole.

Gouin : le moment où nos principes ont été testés

C'est toutefois sur la question de Gouin que ce malaise a pris une forme politique beaucoup plus nette.
En juin dernier, le parti adoptait une résolution visant à favoriser la représentation des femmes et des personnes non binaires dans certains contextes électoraux. Une mesure concrète, imparfaite sans doute, mais qui cherchait à traduire en actes notre engagement féministe.
Cette résolution devait maintenant être appliquée pour la première fois.

C'était un test.

Allions-nous respecter une règle adoptée démocratiquement, même si cela compliquait nos calculs électoraux ? Ou allions-nous la suspendre dès la première difficulté ?

L'exécutif a demandé une exemption, invoquant une « situation critique » et la possibilité d'une candidature d'envergure qui n'est toujours pas confirmée, mais pressentie — celle d'Alexandre Boulerice.

La question, pourtant, n'était pas la valeur d'une personne. Elle n'était pas de savoir si ce candidat serait compétent ou populaire. Elle était beaucoup plus fondamentale : une candidature, aussi forte soit-elle, justifie-t-elle de suspendre une règle adoptée collectivement pour promouvoir l'égalité ?

Car c'est précisément dans les moments difficiles que l'on teste ses principes.

S'ils tiennent seulement quand ils ne coûtent rien, ce ne sont plus des principes. Ce sont des slogans.

En ouvrant la porte à cette exception, nous avons créé un précédent. Chaque circonscription pourra désormais invoquer sa « situation particulière ». Chaque campagne pourra plaider l'urgence stratégique. À force de multiplier les dérogations, la règle perd toute crédibilité.

Le message envoyé est lourd. Lourd pour les militantes et les personnes non binaires qui envisageaient une candidature. Lourd pour les associations locales qui se voient déposséder de leur processus. Lourd pour l'image du parti, qui prétend vouloir faire « de la politique autrement », qui se dit féministe et qui affirme vouloir transformer la politique, mais plie ses engagements dès que la pression électorale augmente.

Plus encore, cette décision nourrit une culture de personnalisation. Elle laisse entendre que certaines candidatures valent plus que les règles communes, que la notoriété peut justifier des exceptions, que les « vedettes » priment sur le travail militant.

C'est exactement l'inverse de ce qui a toujours fait la force de QS.

Ironiquement, même sur le terrain électoral, le calcul est douteux. La logique des « candidatures vedettes » a déjà été testée par le passé, avec des résultats mitigés et peu d'enracinement durable. On ne remplace pas une organisation militante vivante par un nom connu.

Gouin est souvent présentée comme une circonscription vitrine, un château fort symbolique du parti. Mais un château fort ne se défend pas en suspendant ses principes. Il se défend en renforçant la confiance de celles et ceux qui y militent.

Au fond, cette décision révèle quelque chose de plus large : quand la base réclame des espaces décisionnels, on lui offre des consultations. Quand l'exécutif veut modifier une règle, on trouve rapidement les mécanismes pour leur vote.

Ce deux poids, deux mesures mine la confiance.

Et sans confiance, aucune stratégie électorale ne tient longtemps.

Quand la démocratie devient un « problème logistique »

Dans la foulée, la proposition de créer une instance nationale spécifiquement consacrée à la conjoncture et à la stratégie électorale a été rejetée.

Les arguments avancés : la lourdeur, les coûts, la fatigue des militant·e·s.

Soyons sérieux. La démocratie n'est pas un irritant administratif. C'est la raison d'être d'un parti militant.

On nous répond que ces discussions pourront avoir lieu au prochain congrès. Mais ce congrès sera, légitimement, consacré à l'adoption de la plateforme électorale. Un travail déjà immense : débats, amendements, arbitrages programmatiques. C'est normal et nécessaire.

Dire que nous y « discuterons aussi de stratégie » sans que cet espace soit décisionnel revient à déplacer le problème. On promet un débat qui ne pourra pas trancher. On reporte les choix vers un moment qui n'est pas conçu pour cela.

Autrement dit : encore de la discussion, peu de décisions.

Ce n'est pas la démocratie qui épuise. C'est l'absence de pouvoir réel.

Les membres ne se déplacent pas pour échanger des impressions. Ils se déplacent pour décider ensemble.

Un signal politique préoccupant

Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait sembler anecdotique. Ensemble, ils dessinent un portrait beaucoup plus clair.

Ce Conseil national révèle : une centralisation accrut des décisions, une multiplication d'espaces consultatifs au détriment d'instances décisionnelles, une priorité donnée à l'électoralisme défensif, et un affaiblissement du lien organique avec les luttes sociales.

Le parti qui se voulait un outil de mobilisation populaire risque de devenir une machine électorale prudente, cherchant avant tout à limiter les pertes plutôt qu'à transformer le rapport de force.

Cette tension existe depuis la fondation de QS. Mouvement ou parti institutionnel ? Outil de lutte ou formation gestionnaire ? Mais ce week-end, la balance a clairement penché d'un côté.

Et ce côté n'est pas le plus mobilisateur.

Retrouver le sens politique de nos instances

Ces débats ne relèvent pas de querelles internes. Ils touchent à notre crédibilité collective.

Un parti qui ne respecte pas ses propres résolutions aura du mal à convaincre qu'il respectera ses engagements une fois élu. Un parti qui hésite à débattre franchement de stratégie aura du mal à mobiliser. Un parti qui relègue ses principes féministes au second plan au nom de l'urgence électorale perd ce qui le distingue fondamentalement des autres.

Si nous voulons être autre chose qu'une version plus sympathique de la politique traditionnelle, nous devons faire l'inverse : redonner du pouvoir réel à nos instances, assumer des choix stratégiques clairs, tenir nos principes même lorsque cela complique la route.

La gauche ne gagnera pas en se montrant plus prudente que ses adversaires. Elle gagnera en étant plus démocratique, plus cohérente et plus fidèle à celles et ceux qui la font vivre.

Parce qu'au bout du compte, un parti qui ne décide plus collectivement finit toujours par subir les décisions prises ailleurs.

Et ce n'est certainement pas pour cela que nous avons choisi de militer.

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La victoire du PQ dans Chicoutimi, un indice de la volatilité de la scène électorale

24 février, par Bernard Rioux — , ,
Si le PQ connaît une septième victoire dans des élections partielles, il serait erroné de croire que l'électorat a clairement défini ses choix et que les prochaines élections (…)

Si le PQ connaît une septième victoire dans des élections partielles, il serait erroné de croire que l'électorat a clairement défini ses choix et que les prochaines élections québécoises ne seront qu'une formalité. En fait, les élections dans Chicoutimi ont montré des glissements importants dans les allégeances du corps électoral. Face aux crises qui multiplient les difficultés vécues par la majorité populaire et qui ancrent des angoisses profondes, la volonté d'en finir avec cette situation ouvrira une période d'importants débats et de redéfinition des loyautés. Les élections qui viennent poseront donc d'importants défis aux partis, et particulièrement à la gauche politique.

Des résultats qui illustrent des changements politiques profonds

La victoire du Parti québécois dans Chicoutimi marque indéniablement un moment politique fort, à la fois symbolique et révélateur. Avec 45,35 % des voix (6 999 votes), Marie-Karlynn Laflamme permet au PQ de reconquérir un ancien bastion perdu en 2018 et confirme une quatrième victoire consécutive en élection partielle depuis 2022. Elle a dû remonter une pente importante, car le PQ avait alors dû se contenter de 14,2 % des votes. Ce retour s'inscrit dans un rejet clair du statu quo caquiste.

Le scrutin a d'abord valeur de sanction. La Coalition avenir Québec, qui avait récolté plus de 62 % des voix en 2022 dans Chicoutimi, s'effondre à 11,97 % (1 848 votes). Il s'agit d'un véritable effondrement. Comme l'écrit Philippe J. Fournier de QC125 : Lors de l'élection partielle d'Arthabaska, l'été dernier, la CAQ s'est complètement effondrée, perdant 44 points par rapport à son résultat de 2022. À Chicoutimi, la CAQ termine avec 12 % des voix, soit 50 points de moins qu'en 2022. Cette chute vertigineuse traduit l'usure d'un gouvernement perçu comme déconnecté, brouillon et miné par les scandales, et dont les politiques ont aggravé les crises concrètes vécues par la population : logement, itinérance, accès aux soins, surcharge du réseau de la santé, crise de l'école publique et irresponsabilité face aux changements climatiques. L'absence de figures nationales caquistes sur le terrain et l'ambiance de fin de régime autour du candidat illustrent un parti en perte de légitimité, bien au-delà d'un simple accident électoral.

La véritable percée de la soirée est celle du Parti conservateur du Québec, qui termine deuxième avec 26,07 % (4 023 votes), triplant ses appuis par rapport à 2022, où il avait recueilli 8,43 % des voix. Cette montée de la droite populiste doit inquiéter. Elle capte une colère réelle — contre l'inflation, l'insécurité économique, l'abandon régional — mais la détourne vers des solutions idéologiques régressives, individualistes et souvent hostiles aux solidarités collectives et aux mouvements sociaux. Le fait que ce vote conservateur dépasse largement celui de la CAQ indique que le rejet du gouvernement sortant ne se traduit pas mécaniquement par un déplacement vers la gauche du champ politique. C'est plutôt le constat inverse qui tend à s'imposer.

Dans ce contexte, la situation de Québec solidaire est particulièrement préoccupante. Avec 5,59 % (862 votes), QS poursuit un recul entamé depuis 2018, malgré un terrain objectivement favorable à un discours de gauche : circonscription urbaine, présence d'un cégep, d'une université, d'un milieu communautaire actif et d'un bassin important de travailleuses et travailleurs du secteur public. En 2022, Québec solidaire avait obtenu plus de 12 % du vote. Le fait que QS ne capte aucun des votes libérés par l'effondrement caquiste souligne l'absence d'un rapport de force social suffisamment structuré pour porter ses propositions contre la vie chère, pour des services publics accessibles, pour des logements abordables et pour un avenir vert, mais aussi une difficulté stratégique et organisationnelle profonde, qui reste à surmonter face aux élections générales à venir.

Le Parti libéral du Québec, avec 9,13 % (1 409 votes), améliore son score famélique de 2022, soit 3,04 %, sans pour autant redevenir un acteur crédible. Sa progression est davantage mathématique que politique et ne constitue en rien une alternative pour les classes populaires ou les régions. Même s'il est vrai que la crise qu'a connue récemment ce parti et le manque de notoriété de son nouveau chef ont pu jouer un rôle certain dans la nature de ses résultats.

Les leçons politiques tirées par Paul St-Pierre Plamondon

Du côté du PQ, le discours de victoire de Paul St-Pierre Plamondon révèle une tension centrale. Tout en réaffirmant l'engagement de tenir un référendum dans un premier mandat, il reconnaît explicitement que le contexte géopolitique — notamment l'imprévisibilité de l'administration américaine et la figure de Donald Trump — alimente une peur réelle dans l'électorat. Le porte-à-porte qu'il a effectué dans le comté a été pour lui révélateur de la peur de nombre de ses concitoyen·nes face à la situation géopolitique. Le chef péquiste a tenté de rassurer en parlant d'une « fenêtre de quatre ans » avant la tenue d'un éventuel référendum, du départ de Trump d'ici là et de la protection des PME face aux risques de représailles économiques qu'un gouvernement péquiste devrait assurer. Ces propos rassurants posent toutefois une question fondamentale : peut-on relancer un projet d'indépendance sans affronter frontalement les rapports de force économiques, commerciaux et sociaux qui structurent déjà la dépendance du Québec, en se contentant d'éviter les provocations envers notre puissant voisin ?

Des élections qui expriment le désir d'un changement réel

D'un point de vue de gauche, la victoire péquiste exprime un désir de changement réel, une lassitude envers un gouvernement technocratique et autoritaire, et une volonté de redonner un rôle politique aux régions. Mais les politiques mises de l'avant par la direction de PSPP ne garantissent pas que le Québec pourra dépasser les multiples crises auxquelles il doit actuellement faire face. Le faible taux de participation (34,22 %) rappelle que cette victoire repose sur une mobilisation limitée et que de larges segments de la population demeurent à distance du jeu électoral.

En somme, Chicoutimi « revient à la maison » péquiste, mais la maison elle-même reste à définir, et ce ne sont pas les maigres réflexions offertes jusqu'ici par le Livre bleu qui permettent d'être rassurés. Sans un projet clairement arrimé à la justice sociale, à la redistribution de la richesse, à la transition écologique, à l'élargissement réel de la démocratie et à une conception pluraliste de l'indépendance, le risque demeure que le désir de changement profite autant — sinon davantage — à une droite conservatrice en quête de légitimité qu'à une transformation émancipatrice du Québec.

Illustration : Qc-125

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Dispersés aux quatre vents : la gauche anti-guerre russe entre exil et résistance

Dispersés aux quatre vents : la gauche anti-guerre russe entre exil et résistance La plupart des Russes commencent par dire ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais il ne (…)

Dispersés aux quatre vents : la gauche anti-guerre russe entre exil et résistance
La plupart des Russes commencent par dire ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais il ne faut pas longtemps pour découvrir des critiques

12 février 2026 | tiré du site Solidarité Ukraine Belgique | Photo : "Paix pour l'Ukraine, liberté pour la Russie" - une manifestation à Moscou le 24 février 2022
Feb 12, 2026 - Source : article publié en anglais par Morten Hammeken dans "Jacobin" | Traduit en français par Adam Novak, Europe, Solidarités Sans Frontières, 7 février 2026
https://solidarity-ukraine-belgium.com/post/disperses-aux-quatre-vents-la-gauche-anti-guerre-russe-entre-exil-et-resistance?fbclid=IwdGRleAP8BlxleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZA8xNzM4NDc2NDI2NzAzNzAAAR6tqYlgKqytbu1qOE4QJyR1eSFgfH969hlbHSKmDctwk0G1C7sK056wEE_V2w_aem_AlU5IaO4DM8uWpWkZEg0lw

Danemark : quand les dissidents russes de gauche se retrouvent Dispersés aux quatre vents : la gauche antiguerre russe entre exil et résistance

‍L'État russe a contraint de nombreux militants de gauche antiguerre à l'exil, les coupant des Russes ordinaires. Mais les activistes savent bien que le changement en Russie doit venir de l'intérieur, en mobilisant les gens autour de leurs propres intérêts.

« Veuillez vérifier auprès de chaque participant s'il est d'accord pour être photographié. »

Après avoir pris une photo d'une diapositive pendant l'une des présentations, un homme s'approche de moi. C'est Mikhaïl Lobanov [1], un socialiste russe, qui me rappelle gentiment qu'il s'agit d'un panel où les intervenants ne doivent pas être rendus publics. Je le rassure en lui disant que je ne publierais jamais rien sans consentement. Mikhaïl accepte avec un sourire et retourne à sa place.

J'ai été invité à « La lutte contre la guerre de la Russie et le régime autoritaire », une conférence organisée par le Réseau Démocratie Radicale (Radical Democracy Network) [2], une large coalition de dissidents et de militants antiguerre russes. Les organisateurs précisent qu'il ne s'agit pas d'une réunion ordinaire. Des prospectus informent les participants que nous ne sommes pas autorisés à rendre public quoi que ce soit sur l'événement du jour pour des raisons de sécurité. Un embargo de cinq jours est imposé sur tous les articles de presse. Il s'agit d'empêcher les services de renseignement russes de suivre et de cartographier les activités des invités --- mais aussi de passer sous les radars de la police danoise. Les invités sont souvent traités avec suspicion par les services de sécurité occidentaux.

Cette préoccupation compréhensible rappelle également aux autres participants les contraintes sous lesquelles vivent les militants russes. Deux des intervenants du jour sont présentés avec un rappel de ne pas filmer ni mentionner de noms, car cela pourrait compromettre leurs réseaux en Russie. De nombreux Russes présents figurent déjà sur la liste gouvernementale des « extrémistes représentant une menace pour la sécurité nationale ».

« Cet événement n'est pas un séminaire public, mais une tentative de rassembler les bonnes personnes dans la même salle. Je pense que nous y sommes parvenus », déclare Bjarke Friborg du Dansk Magisterforening (Association danoise des diplômés) [3]. Son syndicat a contribué à organiser l'événement par l'intermédiaire du tout récent Réseau Europe de l'Est (Eastern Europe Network), tandis que leurs collègues du syndicat des professionnels de l'informatique PROSA [4] ont accepté d'accueillir l'événement. Le plus grand syndicat du Danemark, 3F [5], ainsi que l'Association des journalistes danois ont cofinancé les frais de déplacement.

Les Russes sont arrivés à Copenhague de toute l'Europe, où ils vivent depuis 2022. Marina Simakova réside dans une ancienne république soviétique, Mikhaïl Lobanov en France, tandis que Denis Leven est venu de Berlin. La plupart n'ont pas revu leur pays depuis au moins quatre ans et vivent dans l'incertitude et l'exil.

Felix, organisateur de Démocratie Radicale, lance les travaux en présentant une vision destinée à séduire autant ses compatriotes que le public occidental.

« L'opposition russe à la guerre est souvent rendue invisible ou considérée avec suspicion. Pour renforcer notre travail, nous devons unir les militants russes, les féministes et les militants syndicaux et combler nos divisions. »

Pour ce jeune universitaire, tout est question de créer un récit nouveau, ou peut-être plus nuancé, du mouvement antiguerre russe.

« Les gens en Occident soutiennent généralement la lutte ukrainienne contre l'oppression. Mon espoir est que nous puissions canaliser une partie de ce soutien vers notre propre lutte contre Vladimir Poutine. »

Lutter pour quelque chose de différent

Après une conférence introductive sur Démocratie Radicale et la gauche russe [6], les questions sur la guerre en Ukraine commencent à filtrer. Lors de la séance de questions-réponses sur le féminisme contemporain en Russie, un Danois dans le public change de sujet. Il veut savoir si Démocratie Radicale a publié un communiqué condamnant la guerre en Ukraine, vers lequel il pourrait orienter les gens. La question est bien intentionnée, mais elle doit sembler légèrement offensante pour les critiques de Poutine réunis à Copenhague, qui ont sacrifié une grande partie de leur existence pour combattre son administration. Le militant syndical Denis Leven répond :

« Nous condamnons sans équivoque l'invasion impérialiste de l'Ukraine par notre pays et faisons tout notre possible pour que cela soit clair. À Berlin, où je réside, nous travaillons avec la communauté ukrainienne pour organiser des manifestations antiguerre. Mais nous nous concentrons sur le travail pratique pour assurer la défaite de notre régime, pas simplement sur des mots creux au sujet de la guerre », dit-il.

L'opposition libérale se bat pour la même Russie avec un nouveau chef d'État. Nous, nous luttons pour quelque chose de différent.

Cette dernière remarque est aussi un coup de griffe à la partie plus libérale-conservatrice de l'opposition russe, qui reçoit le plus d'attention des médias occidentaux. Cela inclut des figures comme Garry Kasparov [7], Vladimir Kara-Murza [8], l'assassiné Alexeï Navalny et sa veuve, Ioulia Navalnaya. Bien qu'ils puissent tous s'accorder sur l'opposition à la guerre de Poutine, beaucoup de militants estiment que l'objectif ultime de l'opposition libérale manque de profondeur.

« Ils se battent pour la même Russie avec un nouveau chef d'État. Nous, nous luttons pour quelque chose de différent », dit Leven.

Comme souvent, la lutte s'accompagne de contraintes financières. Par rapport à l'opposition bourgeoise, partiellement financée par des oligarques d'opposition comme Mikhaïl Khodorkovski [9], l'argent est rare pour le réseau militant, et les caisses se vident chaque mois, surtout pour ceux qui continuent d'opérer à l'intérieur de la Russie. Mais comment collecter des fonds efficacement tout en évitant de se faire repérer par le gouvernement ? La réunion d'aujourd'hui vise aussi à résoudre ce casse-tête.

« Notre travail à l'intérieur de la Russie est plus efficace si nous restons discrets », dit Anna.

Soutenir l'équipe locale

Plus tard dans l'après-midi, nous abordons une autre question que tout le monde a en tête : que pensent réellement les Russes ordinaires de la guerre et de la direction que prend le pays ? C'est compliqué, explique le sociologue Oleg Jouravlev [10].

« Les sondages officiels montrent des niveaux élevés de soutien à la guerre ; cependant, des enquêtes indépendantes et des études plus approfondies --- comme les recherches menées par le Laboratoire de sociologie publique --- suggèrent un tableau différent. La guerre n'est pas populaire ni véritablement soutenue par le public. De plus, le gouvernement fait tout son possible pour permettre à la plupart des Russes de vivre sans remarquer la guerre. En même temps, l'économie de guerre contribue à maintenir la stabilité, voire crée de nouvelles opportunités pour beaucoup de gens. En conséquence, de nombreuses personnes éprouvent un sentiment d'implication dans la Russie en guerre, même si elles s'opposent au conflit et sont indifférentes à Poutine. Cela dit, il ne faut pas oublier ceux qui souffrent de la guerre économiquement, psychologiquement et physiquement --- et leur nombre ne cesse de croître. »

Les sondages officiels montrent des niveaux élevés de soutien à la guerre ; cependant, des enquêtes indépendantes et des études plus approfondies suggèrent un tableau différent.

Jouravlev compare le sentiment de certains Russes à celui des Américains qui critiquaient les guerres en Irak et en Afghanistan tout en « soutenant les troupes ». Beaucoup de gens se sentent obligés de soutenir l'équipe locale, même s'ils ne sont pas d'accord avec les décisions du capitaine. La présentation de Jouravlev met également en vedette le seul intervenant non russe de la journée, l'ethnographe et anthropologue politique britannique Jeremy Morris, en visioconférence. Morris examine la Russie à travers un prisme post-soviétique et publie nombre de ses conclusions sur le blog au nom évocateur Postsocialism [11]. Ses recherches lui offrent un aperçu unique des véritables sentiments des Russes ordinaires.

Un membre du public veut savoir qui sont les partisans les plus fervents de la guerre. Les plus pauvres sont souvent présentés comme les plus vulnérables aux justifications revanchistes et fortement nostalgiques de l'époque soviétique du pouvoir. Le professeur Morris n'est pas d'accord.

« Si Poutine s'appuie effectivement sur une base nationaliste de droite, on en trouve partout dans le monde --- y compris ici au Danemark. Ce qui préoccupe les Russes ordinaires est la même chose que tout le monde : l'éducation de leurs enfants, le prix du logement et le coût des voitures. Sur ces paramètres, le régime échoue actuellement », dit Morris.

Bien que les sondages montrent toujours des niveaux élevés de soutien à Poutine au sein de la société russe, cela peut aussi être trompeur, explique Morris.

« La plupart des Russes commencent par dire ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais il ne faut pas longtemps pour découvrir des critiques sévères de l'État. »

« Les sondages d'opinion en provenance de Russie ne sont pas inutiles, mais il faut les prendre avec prudence », ajoute Oleg Jouravlev [12].

Pureté idéologique

Les militants de Démocratie Radicale espèrent exploiter le mécontentement qui couve sous la surface. Mais construire une opposition forte capable de contester l'emprise du parti Russie unie [13] sur la politique exige l'unité. Les groupes tentent donc d'éviter les « tests de pureté idéologique », comme Denis Leven les appelle, en se concentrant sur l'union d'un large éventail d'opinions et de divers mouvements sociaux sous la même bannière. La construction de coalitions larges est essentielle si le mouvement veut développer un véritable pouvoir dans la politique russe, explique Lobanov --- renvoyant à de précédentes interviews dans Jacobin et Meduza [14].

Pour beaucoup de militants, cela signifie mettre leur idéologie politique au second plan au profit d'une approche plus pragmatique. Denis Leven mentionne un numéro d'assistance téléphonique pour les travailleurs, qu'il a contribué à créer, comme exemple de la façon dont ils tentent d'atteindre les Russes ordinaires et de les conseiller sur le droit du travail ou de leur apporter un soutien professionnel.

Néanmoins, certains principes fondamentaux restent nécessaires.

« Bien que nous représentions une variété d'opinions, nous sommes d'accord sur certaines choses fondamentales. Nous n'allons pas réintroduire les goulags le premier jour, et probablement pas le deuxième non plus », dit Denis.

« Démocratie Radicale a le potentiel d'unir et de diffuser des idées qui sont déjà massivement populaires en Russie », dit Lobanov.

Ancien professeur de mathématiques à l'Université d'État de Moscou, Lobanov est parmi les vétérans de l'opposition de gauche russe, et ses paroles pèsent auprès des participants. Il a contribué à organiser les enseignants et les scientifiques lors des immenses manifestations contre le gouvernement de 2011—2013, familièrement appelées la « révolution des neiges » [15].

Lobanov, qui se décrit comme un socialiste démocratique dans la lignée de Bernie Sanders et Jeremy Corbyn, illustre l'ampleur du mouvement. Lorsqu'il s'est présenté aux élections législatives de 2021, il a été soutenu à la fois par des syndicats indépendants et par le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR) [16], bien qu'il fût candidat indépendant. Sa victoire électorale convaincante dans le quartier de Kountsevo à Moscou a été annulée par la commission électorale contrôlée par Russie unie, qui a déclaré vainqueur son adversaire, le propagandiste gouvernemental de premier plan Ievgueni Popov. Après de multiples arrestations, des menaces et une étiquette d'agent de l'étranger, Lobanov a quitté la Russie en 2023.

La conférence accueille également l'ancien conseiller municipal de Moscou Ievgueni Stoupine, dont la critique de la guerre lui a rapidement valu l'étiquette d'agent de l'étranger. Comme la plupart des dissidents, il a aussi été exclu du PCFR en raison de sa position antiguerre et a quitté la Russie en 2023. Il réside actuellement en Allemagne, où il anime une chaîne YouTube comptant plus de neuf cent mille abonnés.

L'effondrement

Une présentation sur l'économie russe donne à Denis Leven et « Anna » l'occasion d'approfondir les sombres perspectives économiques évoquées par Morris et Jouravlev.

« L'invasion de l'Ukraine a accéléré un démantèlement néolibéral du marché du travail qui dure depuis des décennies », dit Anna. En tant qu'avocate spécialisée dans les droits humains représentant plusieurs Russes actuellement poursuivis en justice, son vrai nom ne peut être révélé.

Le chômage est bas, même si le chiffre officiel de 1 pour cent est probablement un mensonge, dit Denis Leven. Mais ce n'est qu'une partie de l'histoire.

« Depuis la guerre, les conditions de travail se sont fortement dégradées en Russie. Conjuguées au taux d'inflation élevé, la plupart des gens ont moins d'argent en poche, malgré les augmentations de salaires », explique Anna.

L'invasion de l'Ukraine a accéléré un démantèlement néolibéral du marché du travail qui dure depuis des décennies.

Les militants dressent un tableau sombre. De moins en moins d'emplois russes répondent aux critères de travail décent de l'Organisation internationale du travail [17]. Les heures supplémentaires ne sont plus payées pour de nombreux travailleurs, tandis que de nouveaux logiciels sont utilisés pour surveiller les salariés. Le seuil du travail des enfants a été abaissé à quatorze ans, et le travail forcé, en particulier au sein du système pénitentiaire russe, gagne du terrain comme moyen de trouver une main-d'œuvre bon marché pour les plus grandes entreprises [18].

Si beaucoup de ces problèmes peuvent avoir un écho familier pour un public occidental, la situation en Russie semble exacerbée. Parallèlement au démantèlement des droits des travailleurs, un nombre croissant de personnes sont également employées dans des emplois précaires sans heures garanties. Face à de fortes baisses des ventes, des entreprises comme AvtoVAZ et Kamaz [19], les plus grands constructeurs automobiles de Russie, ont également commencé à réduire les heures de leurs employés dans un exercice de réduction des coûts déguisé, explique Denis Leven. Le contexte est une forte baisse des ventes automobiles, mettant certains des plus grands fabricants russes au bord de la faillite.

« En Occident, la semaine de quatre jours fait l'objet d'un vaste débat. Eh bien, en Russie, c'est déjà devenu la réalité pour beaucoup --- même si le contexte est un peu différent », ajoute-t-il en plaisantant.

Je demande au panel son avis sur une récente information révélant des projets d'importation d'un million de travailleurs en provenance d'Inde. Comment ce besoin apparemment désespéré de main-d'œuvre supplémentaire s'inscrit-il dans l'équation ?

« L'État russe a toujours compté sur l'importation de main-d'œuvre bon marché. Depuis la guerre en Ukraine, moins de personnes des pays d'Asie centrale comme le Tadjikistan et l'Ouzbékistan sont enclines à migrer pour travailler, préférant d'autres pays comme le Kazakhstan. Ils essaient donc de combler ce vide avec des travailleurs d'Inde. Cela met encore plus de pression sur les droits du travail », dit Denis Leven.

« Cela s'applique aussi aux territoires occupés et à la périphérie russe. L'État russe exploite cyniquement les peuples colonisés et opprimés pour une main-d'œuvre bon marché », ajoute la chercheuse féministe Alexandra Talaver. « Nous voyons aussi la citoyenneté russe utilisée comme levier contre les travailleurs, avec la menace d'expulsion planant au-dessus des têtes, même pour des personnes nées citoyennes. »

Talaver mentionne l'homme politique d'opposition Ilia Iachine comme exemple récent. L'ancien protégé du leader d'opposition assassiné Boris Nemtsov [20] a été déclaré apatride en septembre 2025, après avoir été condamné à huit ans et demi de prison en décembre 2022 pour avoir dénoncé la guerre. Iachine a été libéré en août 2024 dans le cadre de l'échange de prisonniers qui incluait également les journalistes américains Alsu Kurmasheva et Evan Gershkovich [21].

Dispersés aux quatre vents

Le programme officiel est terminé. Pour les dissidents russes, avoir pu se rencontrer en personne est déjà une petite victoire.

« Nous sommes dispersés aux quatre vents. Le mieux que nous puissions faire dans cette situation est de poursuivre le travail depuis nos nouveaux foyers », me dit Katya Chouvalova autour d'une pizza dans la cuisine. Elle vit en Allemagne depuis 2019 et n'est pas retournée en Russie depuis 2021. Dans son nouveau pays, elle travaille à l'éducation civique et à la culture médiatique --- ce qui passe aussi par la lutte contre la désinformation russe.

« C'est grave en Allemagne. Beaucoup de gens gobent les faux récits du Kremlin là-bas », dit-elle.

Comme beaucoup dans la salle, l'historienne Marina Simakova n'a pas mis les pieds dans son pays depuis bientôt quatre ans. Elle s'appuie sur ses travaux pour expliquer comment l'agression russe a pris forme. Elle partage ces analyses avec les militants antiguerre pour clarifier ce qui se passe au pays et ce qui peut être fait.

Pour la journaliste Maria Menchikova (ou « Macha »), le choix de rester éloignée de la Russie est tout aussi évident. Elle a mis les pieds en Russie pour la dernière fois en novembre 2021, et a été condamnée par contumace à sept ans de prison en septembre 2024 pour apologie du « terrorisme ».

« Je n'avais en fait rien fait. Le magazine dont je faisais partie, Doxa [22], avait publié deux messages sur VKontakte [23] en soutien aux prisonniers politiques. Mais ils avaient besoin d'un bouc émissaire, et comme j'étais inscrite en tant qu'administratrice, j'étais une cible facile », dit Macha avec un sourire résigné.

Vitaly Bovar raconte la même histoire. Ancien conseiller municipal de Saint-Pétersbourg pour le parti libéral Iabloko [24], il a été suspendu en mai 2021 après avoir assisté à une conférence déclarée illégale pour violation du confinement lié au COVID-19. Bovar risque trois ans de prison s'il retourne en Russie.

« Je me suis échappé de Russie le jour du verdict. J'ai simplement hélé un taxi et je suis parti. Les autorités étaient probablement contentes de me voir partir, ce qui fait que c'était étonnamment facile de sortir », dit-il.

L'effondrement ne viendra pas de la pression extérieure ni du résultat de développements stratégiques en Ukraine. Pour que la Russie change, sa classe ouvrière doit se relever.

Les histoires de Marina, Macha et Vitaly illustrent les contraintes sous lesquelles opèrent les opposants. La pression est encore aggravée par les difficultés auxquelles ils font face dans leur nouvelle vie en Europe, où de nombreux militants antiguerre sont traités avec suspicion et peinent à se construire une existence stable.

Felix dit qu'il est actuellement menacé d'expulsion du Danemark, où il réside avec sa femme depuis deux ans et demi. Il cherche actuellement à faire prolonger son permis de séjour mais craint que sa demande ne soit rejetée, étant donné la position restrictive des autorités migratoires danoises envers les ressortissants russes. Elles exigent aussi qu'il trouve un emploi suffisamment rémunéré pour justifier un séjour prolongé, ce qui est plus facile à dire qu'à faire.

« Si mon permis de séjour européen n'est pas prolongé, la prochaine étape pour moi sera probablement l'Arménie. Ce qui créerait une grande incertitude pour moi et ma famille. Les services de sécurité russes ratissent large dans les anciennes républiques soviétiques », dit-il.

La fissure dans l'armure

Aujourd'hui, la question sur toutes les lèvres est de savoir si le règne de Poutine pourrait s'effondrer sous le poids de ses ambitions impérialistes. Pour les dissidents réunis à Copenhague, cette question a des implications pour tout leur avenir. Denis Leven et Alexandra Talaver voient tous deux des signes que 2026 pourrait être un tournant.

S'agit-il d'une évaluation lucide ou d'un rêve de lendemains meilleurs ?

Leven revient une fois de plus sur les sombres perspectives économiques de la Russie. Bien que le gouvernement ait fait preuve de résilience face aux sanctions [25], les opposants estiment que des fissures commencent à apparaître dans son armure apparemment solide. Le fonds souverain, le trésor de guerre de Poutine, s'épuise, les actifs liquides comme l'or étant vendus à un rythme record. La surproduction a fait chuter les prix du pétrole de près de 20 pour cent en 2025, entamant sérieusement l'une des principales sources de revenus de l'État. Même les propres projections de croissance du Kremlin, d'environ 1 pour cent, annoncent des difficultés, tandis que les hausses d'impôts telles que celles récemment appliquées aux appareils électroniques, aux smartphones et aux luminaires seraient malvenues pour n'importe quelle population.

Bien que ces problèmes s'accumulent clairement, les militants s'accordent à dire que l'effondrement ne viendra pas de la pression extérieure ni du résultat de développements stratégiques en Ukraine. Pour que la Russie change, sa classe ouvrière doit se relever et se débarrasser du despote.

« Nous sommes du bon côté de l'histoire. Tous les bons élèves du marxisme savent qu'un régime comme celui de la Russie est voué à s'effondrer --- une fois de plus », dit Leven, concluant sa présentation sur une note combative.

« Quand cela arrivera, nous devrons être prêts. »

Morten Hammeken est un historien et auteur danois. Il est spécialisé dans la désinformation en ligne et la politique européenne contemporaine, et rédige le bulletin d'information hebdomadaire EuropaNyt.

P.-S.
https://jacobin.com/2026/02/russia-ukraine-putin-antiwar-opposition

Traduit pour ESSF par Adam Novak

Notes

[1] Mikhaïl Lobanov est un socialiste démocratique russe, ancien professeur de mathématiques à l'Université d'État de Moscou et figure de proue de l'opposition de gauche en Russie. Il a été renvoyé de son poste universitaire, déclaré « agent de l'étranger » par les autorités russes, et a quitté la Russie en 2023 après de multiples arrestations. Voir Federico Fuentes et Mikhail Lobanov, « Russian socialist Mikhail Lobanov : 'We are sure that at this election, millions will cast a protest vote' », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2024. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article70183

[2] Le Réseau Démocratie Radicale (Radikalnaya Demokratiya) est une large coalition de dissidents de gauche et de militants antiguerre russes, dont beaucoup sont aujourd'hui en exil, cherchant à unir les divers mouvements progressistes contre le régime de Poutine.

[3] Le Dansk Magisterforening (DM) est un syndicat danois représentant les travailleurs diplômés de l'enseignement supérieur, en particulier dans les secteurs académique, culturel et de la communication.

[4] PROSA est un syndicat danois des professionnels de l'informatique, fondé en 1968.

[5] 3F (Fagligt Fælles Forbund) est le plus grand syndicat du Danemark, représentant environ 260 000 membres dans de nombreux secteurs dont le transport, la construction et l'industrie.

[6] Sur le développement de l'opposition de gauche russe, voir la collection d'articles sur le site d'Europe Solidaire Sans Frontières, « A gauche (Russie) ». Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?rubrique1792

[7] Garry Kasparov est un grand maître d'échecs russe et figure de l'opposition, critique de longue date de Poutine depuis des positions libérales-conservatrices. Il vit en exil depuis 2013.

[8] Vladimir Kara-Murza est un militant d'opposition russo-britannique et journaliste qui a survécu à deux empoisonnements présumés. Il a été condamné à 25 ans de prison en avril 2023 pour trahison et diffusion de « fausses informations » sur l'armée russe, avant d'être libéré en août 2024 dans le cadre d'un échange de prisonniers.

[9] Mikhaïl Khodorkovski est un homme d'affaires russe et ancien dirigeant de la compagnie pétrolière Ioukos. Autrefois l'homme le plus riche de Russie, il a été emprisonné de 2003 à 2013 pour des accusations de fraude largement considérées comme politiquement motivées. Il vit depuis lors en exil, finançant diverses activités de l'opposition russe.

[10] Oleg Jouravlev est un sociologue russe travaillant au sein du Laboratoire de sociologie publique (PS Lab), un groupe de recherche qui mène des enquêtes qualitatives indépendantes sur la vie sociale et politique en Russie, notamment les mouvements de protestation et les attitudes du public envers la guerre. Voir « Today's Russian Protest Movements are Younger, Poorer, and More Left Wing », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article48598

[11] Postsocialism est un blog universitaire tenu par Jeremy Morris, explorant la vie quotidienne, le travail et les attitudes politiques dans la Russie post-soviétique.

[12] Sur l'opinion publique russe et les limites des sondages, voir Oleg Shein, « Russia : Reaction, cynicism and division three years after the invasion of Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, mai 2025. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article74720

[13] Russie unie (Iedïnaïa Rossiïa) est le parti politique dominant en Russie, étroitement aligné sur le président Poutine. Il détient une supermajorité à la Douma d'État (parlement) et contrôle la plupart des gouvernements régionaux.

[14] Meduza est un média indépendant en langue russe basé à Riga, en Lettonie, fondé en 2014. Il a été déclaré « organisation indésirable » par les autorités russes et bloqué en Russie, mais continue d'atteindre des millions de lecteurs grâce à des solutions techniques de contournement.

[15] La « révolution des neiges » (également connue sous le nom de manifestations de Bolotnaïa) fut une vague de grandes manifestations à Moscou et dans d'autres villes russes, déclenchée par la fraude électorale généralisée lors des élections législatives de décembre 2011. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour ce qui est devenu les plus grandes manifestations en Russie depuis les années 1990. Voir « Appel à des actions de solidarité avec les militants anti-guerre en Russie », Europe Solidaire Sans Frontières, janvier 2023. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article65142

[16] Le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR, Kommounistitcheskaïa partiïa Rossiïskoï Federatsii) est le deuxième parti à la Douma d'État. Bien que nominalement dans l'opposition, il est largement considéré comme un parti d'opposition « systémique » soutenant globalement les politiques clés du Kremlin, y compris la guerre en Ukraine. Voir Mikhaïl Lobanov et al., « Russie : Résolution de la table ronde anti-guerre des forces de gauche », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2022. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61341

[17] L'Organisation internationale du travail (OIT) est une agence des Nations unies qui fixe les normes internationales du travail, promeut les droits des travailleurs et les conditions de travail décentes. Le « travail décent » est défini par l'OIT comme un travail productif dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité humaine.

[18] Sur l'impact de la guerre sur l'économie et les dépenses sociales en Russie, voir Nikolay Sukhanov, « Russia : Guns Instead of Butter », Europe Solidaire Sans Frontières, novembre 2023. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article68705

[19] AvtoVAZ est le plus grand constructeur automobile russe, produisant la marque Lada. Kamaz est un important fabricant de camions et de véhicules lourds, basé à Naberejnyé Tchelny, au Tatarstan.

[20] Boris Nemtsov était un homme politique libéral d'opposition russe et ancien vice-premier ministre. Critique éminent de Poutine, il a été abattu à proximité du Kremlin en février 2015. Son assassinat reste controversé, les critiques alléguant une implication de l'État.

[21] Alsu Kurmasheva est une journaliste russo-américaine de Radio Free Europe/Radio Liberty. Evan Gershkovich est un reporter du Wall Street Journal. Tous deux ont été détenus en Russie pour des accusations largement condamnées comme politiquement motivées, avant d'être libérés lors d'un important échange de prisonniers en août 2024.

[22] Doxa est un média étudiant indépendant russe fondé en 2017, spécialisé dans la justice éducative, la lutte contre la propagande et la répression politique. Plusieurs de ses rédacteurs ont été poursuivis par les autorités russes. Voir « The resistance movement is being built on a scorched field. Conversation with DOXA, oppositional Russian media », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique1794

[23] VKontakte (VK) est le plus grand réseau social russe, souvent décrit comme l'équivalent russe de Facebook. Il est détenu par une entreprise étroitement liée au Kremlin.

[24] Iabloko est un parti libéral démocrate russe fondé en 1993. Il s'oppose à la guerre en Ukraine et a été de plus en plus marginalisé sous le régime de Poutine.

[25] Sur l'impact des sanctions occidentales sur l'économie russe, voir Lutz Brangsch, « Russia : Are Sanctions Working ? », Europe Solidaire Sans Frontières, octobre 2022. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article64314

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Les groupes femmes employabilité en péril : le CIAFT lance une pétition nationale

24 février, par Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) — , ,
Montréal, le 17 février 2026 — Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) lance une pétition nationale afin de réclamer un financement à la mission (…)

Montréal, le 17 février 2026 — Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) lance une pétition nationale afin de réclamer un financement à la mission pour les groupes femmes employabilité. En l'absence de ce soutien structurel, le seul secteur qui travaille au quotidien à l'autonomie économique

Un réseau en voie d'extinction

De 40 à 15 aujourd'hui, les groupes femmes employabilité continuent de disparaître. Un autre, le Jalon, a dû fermer ses portes en juin dernier. Désormais, ils ne sont plus que 15, et ceux qui tiennent encore debout sont à bout de souffle.

L'employabilité, c'est bien plus que de refaire un CV

Chaque année, ces groupes accompagnent des milliers de femmes, dans un contexte où les inégalités de genre continuent de marquer l'ensemble des parcours professionnels. Leur expertise couvre aussi les discriminations qui s'y ajoutent — pauvreté, violences, discrimination, responsabilités de conciliation — et qui accentuent l'éloignement de certaines femmes du marché du travail.

« Avant même de parler d'emploi, plusieurs femmes que nous accompagnons doivent se reconstruire. Retrouver leur confiance, reconnaître leurs compétences, reprendre du pouvoir sur leur parcours. D'autres doivent apprivoiser un marché du travail qui a changé pendant leurs années consacrées à la famille ou après des périodes marquées par la précarité ou la violence. Ce travail invisible peut durer quelques semaines, plusieurs mois, parfois plus d'un an. C'est une étape essentielle, mais trop souvent méconnue », explique Nathalie Cloutier, porte-parole du Comité Femmes Employabilité du CIAFT.

L'autonomie économique des femmes est reconnue comme un pilier de l'égalité réelle par l'État québécois. Pourtant, ces groupes demeurent exclus du financement à la mission, malgré l'augmentation globale des budgets en emploi et en action communautaire. Ce décalage entre les engagements publics et les choix budgétaires fragilise un maillon essentiel du filet social et compromet durablement la lutte contre la pauvreté des femmes.

Lien vers la pétition : https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-12003/index.html

À propos du CIAFT : Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) œuvre pour l'amélioration des conditions de travail et l'accès équitable des femmes au marché du travail, tout en défendant leurs droits et en favorisant une société inclusive et égalitaire.

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Journée internationale des droits des femmes 2026

24 février, par Collectif 8 mars —
Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à (…)

Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à se faire entendre malgré les interdits de l'époque. Être deboutte, ce n'est pas une posture physique : c'est une position politique. Plus qu'un slogan, c'est un appel à l'action, un cri de ralliement pour une société plus juste, plus égalitaire et plus libre.I

Le thème de la campagne 2026 : GÉNÉRATIONS DEBOUTTE !

Aujourd'hui encore, les forces économiques, politiques et sociales divisent, oppressent, et cherchent à restreindre nos droits, à freiner nos avancées, à semer la peur et la haine. D'une génération à l'autre, nos appels se répondent, nos luttes s'entrelacent et nos victoires se tissent ensemble vers l'égalité. Le féminisme se renouvelle, s'enracine et se nourrit de la diversité. Pour contrer ces courants réactionnaires, allons puiser dans nos forces féministes vivantes, solidaires et multiples. Reprenons cet élan, ne tolérons aucun recul : Générations deboutte !

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La nécessité de construire un vaste mouvement antimilitariste contre la Stratégie industrielle de défense du gouvernement Carney

24 février, par Bernard Rioux — ,
La Stratégie industrielle de défense du Canada, annoncée en février 2026 par le gouvernement de Mark Carney, ne constitue pas une simple mise à jour des politiques de sécurité (…)

La Stratégie industrielle de défense du Canada, annoncée en février 2026 par le gouvernement de Mark Carney, ne constitue pas une simple mise à jour des politiques de sécurité nationale. Elle marque un tournant historique vers une véritable économie de guerre. Elle intervient à un moment où le gouvernement se détourne de ses objectifs environnementaux (le « capitalisme vert ») et promeut le développement de l'exploitation des énergies fossiles. Plus que jamais, le développement d'un mouvement anti-guerre est essentiel pour s'opposer à une politique qui présente une dimension clairement écocidaire.

1. Les grands objectifs de la Stratégie industrielle de défense

Comme l'explique le document du gouvernement fédéral, cette stratégie vise à rebâtir et à moderniser l'armée canadienne en investissant dans de nouveaux équipements (navires, avions, sous-marins, radars, drones, technologies de surveillance, etc.) et à augmenter les dépenses militaires. L'explosion des dépenses militaires constitue le pilier central de cette réorientation. Le Canada atteindra dès 2025-2026 le seuil de 2 % du PIB exigé par l'OTAN, avant de viser 5 % du PIB d'ici 2035, soit environ 150 milliards de dollars par an. Sur une décennie, plus de 500 milliards de dollars seront aspirés vers la machine militaire.

Cette stratégie vise également à réduire la dépendance aux achats militaires américains en privilégiant l'acquisition d'équipements fabriqués au Canada ou en partenariat avec des alliés, et à renforcer la présence militaire dans le Nord du pays (Arctique) afin de protéger la souveraineté canadienne sur cette portion de son territoire.

Comme l'écrit Marie Vastel dans son éditorial Sur la ligne de défense : « Plutôt que de continuer à verser 71 % du montant des achats militaires au sud de la frontière, le gouvernement canadien projette d'accorder d'ici dix ans 70 % de ses contrats à des entreprises du pays. La priorité de cette philosophie de dépenses militaires historiques sera donc l'acquisition auprès de compagnies canadiennes ; à défaut, le Canada privilégiera des partenariats de production en Europe ou dans la région indo-pacifique, sinon acquiescera, en tout dernier lieu, à des achats à l'étranger. »

Pour parvenir à ces objectifs, l'État canadien mettra consciemment sa puissance financière, réglementaire et politique au service du capital militaro-industriel. Les industries aérospatiale et de la cybersécurité, ainsi que d'autres secteurs, seront ainsi en mesure d'accroître leurs activités afin d'augmenter leurs ventes au pays et auprès de partenaires étrangers, créant des emplois dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement de la défense. L'État garantira la demande, financera la recherche, sécurisera l'accès aux ressources et allégera les contraintes environnementales, tandis que les bénéfices seront captés par une minorité d'entreprises intégrées aux chaînes impérialistes occidentales. Il cherchera également à augmenter les effectifs de l'armée.

2. Ce tournant s'inscrit dans le cadre de l'augmentation généralisée des budgets militaires aux États-Unis et en Europe

Ce renforcement passera par l'augmentation de la production d'armes, de technologies de surveillance et d'infrastructures militaires, tout en subordonnant les besoins sociaux, écologiques et démocratiques de la population aux exigences de l'impérialisme américain. Le renforcement du complexe militaro-industriel canadien ne répond pas à une menace réelle pesant sur le Canada, mais découle des pressions exercées par les États-Unis et leurs alliés afin que le Canada assume une part croissante du fardeau industriel, logistique et financier de la militarisation occidentale.

En mettant de l'avant cette politique de « sécurité nationale », le gouvernement Carney subordonne les besoins sociaux, écologiques et démocratiques de la population canadienne aux exigences de l'impérialisme américain et de l'OTAN.

3. Derrière le prétexte de la nouvelle réalité géopolitique : une militarisation garante de l'accumulation capitaliste

Le prétexte invoqué est désormais bien rodé : chaos géopolitique, montée des tensions entre blocs, guerre en Ukraine, rivalités sino-américaines, instabilité au Proche-Orient, incertitudes quant à la fiabilité future de l'allié américain. La perspective d'une éventuelle offensive de la Russie contre le Canada, à l'heure où ce pays est embourbé dans son offensive impérialiste contre l'Ukraine, manque totalement de fondements.

Derrière cette rhétorique sécuritaire se cache une réalité plus brutale : la militarisation devient un instrument central de gestion du capitalisme en crise. Loin de chercher à prévenir les conflits, l'État canadien choisit de s'y préparer activement et d'en tirer profit sur les plans économique, industriel et géopolitique.

Cette stratégie vise essentiellement à sécuriser l'accès aux matériaux stratégiques indispensables à l'économie de guerre contemporaine — minéraux critiques, aluminium, terres rares, énergie — et à protéger, par des moyens militaires, diplomatiques et sécuritaires, les intérêts des entreprises minières canadiennes opérant à l'étranger, souvent au cœur de territoires marqués par la dépossession, la destruction environnementale et les conflits sociaux.

Dans ses multiples déclarations, le premier ministre Carney a souligné sa volonté de renforcer l'exportation des armes produites par les entreprises canadiennes à l'échelle internationale. Ces exportations ne pourront qu'alimenter les conflits et accroître les risques de guerres généralisées. Chaque arme exportée participe potentiellement à la destruction de sociétés entières et à la perpétuation d'un ordre mondial fondé sur la violence et la domination.

4. Les impacts de cette politique sur le renforcement de l'unité canadienne

Sur le plan idéologique, la peur de la guerre sera mobilisée pour restreindre les droits démocratiques : surveillance accrue, criminalisation des mouvements sociaux, répression des luttes écologistes, autochtones, antiracistes et ouvrières. La militarisation de l'économie s'accompagne d'une militarisation intérieure des politiques sécuritaires.

Alors que Carney se plie aux demandes de l'administration Trump en matière d'augmentation des dépenses militaires, de développement des énergies fossiles et de politiques migratoires de plus en plus restrictives, le premier ministre parvient néanmoins à apparaître comme le défenseur de la souveraineté canadienne face aux menaces des États-Unis, tant en ce qui concerne les tarifs douaniers que les velléités d'annexion fréquemment évoquées. Ce battage idéologique vise à renforcer l'unité canadienne et à permettre une centralisation accrue de l'État fédéral.

Cet objectif est renforcé par le fait que le gouvernement Legault salue cette militarisation de l'économie canadienne. Le premier ministre Legault présente cette politique comme une nouvelle stratégie de développement économique, liant l'avenir du Québec à l'aéronautique militaire, à l'extraction minière de matériaux stratégiques et aux technologies de défense. Le Québec, grâce à des entreprises comme Bombardier, CAE, ou les Chantiers maritimes Davie, pourrait, selon lui, construire des avions de combat, des appareils de surveillance, des drones, des brise-glaces et des sous-marins.

Le Conseil du patronat et la Fédération des chambres de commerce accueillent également avec enthousiasme cette économie de guerre. Leurs seules préoccupations portent sur le fait que les grandes entreprises recevant l'essentiel des fonds fédéraux permettent aux PME québécoises de bénéficier de certaines retombées de cette manne.

Le tournant militariste de la bourgeoisie canadienne est un tournant nationaliste et impérialiste. Il s'est accompagné d'un abandon de toutes velléités de lutte contre les changements climatiques, d'un rejet de plus en plus assumé de toute autodétermination collective des peuples et des nations opprimés dans l'État canadien, que ce soit les Premières Nations, les Inuit ou les Québécois·es. La lutte pour l'indépendance et l'autodétermination du peuple québécois doit s'inscrire dans le combat contre les changements climatiques et dans la lutte pour la remise en cause des politiques de l'État canadien, de plus en plus liées à des stratégies écocidaires. L'indépendance du Québec peut et doit devenir un levier pour mettre en place des politiques climatiques ambitieuses, adaptées au territoire et orientées vers le bien commun plutôt que vers les intérêts du complexe militaro-industriel.

Réagissant au dévoilement de la Stratégie industrielle de défense d'Ottawa, les député·es du Bloc québécois ont exigé du gouvernement libéral qu'il réclame la part qui revient au Québec des contrats de cette nouvelle stratégie fédérale, longtemps réclamée par le Bloc québécois, participant ainsi à apporter leur contribution au renforcement de l'unité canadienne.

5. Le choix du renforcement de l'économie de guerre : un choix écocidaire

Les promesses de création d'emplois évitent de questionner la pertinence de créer ce type d'emplois plutôt que des emplois répondant réellement aux besoins de la majorité populaire. Produire des marchandises orientées vers la destruction, la surveillance et la mort, qui ne répondent à aucun besoin réel, ne peut conduire à une amélioration des conditions de vie de la majorité.

De plus, ces investissements en soutien au complexe militaro-industriel représentent autant de fonds qui ne seront plus disponibles pour faire face aux conséquences déjà visibles des changements climatiques — feux de forêt dévastateurs, inondations, destruction de terres agricoles, pénuries d'eau et insécurité alimentaire. L'économie de guerre détourne ainsi des ressources matérielles, politiques et financières qui devraient être consacrées à la lutte contre le réchauffement climatique et l'effondrement de la biodiversité.

Pourquoi investir dans des avions de combat plutôt que dans des bombardiers d'eau pour lutter contre les feux de forêt, ou dans des travaux d'aménagement des rives face à la montée prévue des eaux ?

À l'heure où les manifestations de la crise climatique multiplient les désastres, le gouvernement Carney réduit les sommes consacrées à la lutte contre cette crise, affaiblit les protections environnementales avec sa loi C-5 concernant les projets d'intérêt nationalet soutient le développement de l'exploitation des énergies fossiles.

Cette politique écocidaire, qui augmentera les émissions de gaz à effet de serre, reléguera aux calendes grecques les investissements essentiels dans la lutte contre les changements climatiques et fera de la production et de l'exportation d'armements l'un des piliers de l'économie canadienne, créera une situation particulièrement catastrophique pour les populations du Sud global. Les migrations internationales sont donc appelées à se développer.

Face à ces dynamiques, les grandes puissances d'Amérique du Nord et d'Europe accompagnent la militarisation de leur économie d'une logique de forteresse assiégée. Devant les migrations climatiques à venir, provoquées par la crise climatique et l'exploitation impérialiste des pays du Sud, les États capitalistes avancés optent pour la militarisation de leurs frontières, la construction de murs, la surveillance, la répression et, dans certains cas, les expulsions de masse, comme on peut l'observer aux États-Unis et dans plusieurs pays européens.

L'économie de guerre devient ainsi un instrument de gestion autoritaire des crises sociales et écologiques, transformant les victimes du système en menaces sécuritaires.

6. Une stratégie anti-impérialiste et écosocialiste face au tournant militariste des grandes puissances

Nous reprenons ici essentiellement les thèses développées par Alexis Cukier dans son texte « Guerre impérialiste, militarisme environnemental et stratégie écosocialiste à l'heure du capitalisme des catastrophes », publié sur le site Contretemps.eu.

Face à la trajectoire destructrice imposée par le capitalisme militarisé, une stratégie écosocialiste de défense n'est pas une option parmi d'autres : elle est une nécessité politique et sociale. Elle commence par une rupture nette avec la logique de réarmement permanent portée par les États impérialistes, qu'elle prenne la forme de l'OTAN ou d'alliances similaires. Cette rupture implique la sortie des cadres militaires impériaux, le refus des objectifs de hausse des dépenses militaires, le rejet sans concession des armes nucléaires et la lutte active pour leur abolition. Elle suppose aussi de dénoncer la guerre pour ce qu'elle est dans le capitalisme contemporain : un marché lucratif et un instrument de domination au service du profit.

Un tel projet ne peut aboutir qu'à travers la construction d'un vaste mouvement antimilitariste transnational, capable de s'opposer à la remilitarisation austéritaire en cours au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ce mouvement doit s'attaquer au cœur idéologique du militarisme : une conception de la sécurité réduite à l'accumulation d'armes, de budgets militaires et d'infrastructures de guerre. À l'inverse, il s'agit de promouvoir une sécurité véritablement émancipatrice, fondée sur la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux : un système de santé public fonctionnel, une éducation accessible, des emplois dignes, un logement garanti, un accès démocratique à l'énergie, des services sociaux renforcés et une réponse radicale à la crise climatique dans une perspective écosocialiste.

Cette transformation ne peut se faire sans celles et ceux qui travaillent aujourd'hui dans les secteurs concernés. L'antimilitarisme que nous défendons repose sur l'implication active des travailleuses et des travailleurs de l'industrie de l'armement, sur le soutien à leurs luttes syndicales et sur la reconversion des emplois et des savoir-faire vers des productions socialement utiles. Transports collectifs, infrastructures écologiques, énergies renouvelables, santé publique : la reconversion écosocialiste de l'appareil productif passe par le démantèlement des armes les plus destructrices, la réduction drastique de certaines productions et la socialisation d'autres, y compris dans le secteur militaire.

Mais cet antimilitarisme ne peut être ni abstrait ni strictement pacifiste. Il ne s'agit pas d'ignorer la violence impérialiste ni de laisser seuls les peuples contraints de se défendre pour survivre. Une stratégie écosocialiste de défense s'inscrit dans un antimilitarisme anti-impérialiste clair, qui distingue la guerre menée par les puissances dominantes des luttes d'autodéfense des peuples opprimés. Soutenir les résistances face à l'agression impérialiste — en Ukraine, en Palestine et ailleurs — y compris par la fourniture de moyens matériels pour leur autodéfense, n'est pas une contradiction, mais une exigence politique et morale. Si certaines armes doivent être abolies sans compromis, notamment les armes nucléaires et les systèmes offensifs, d'autres peuvent être mises au service des luttes anti-impérialistes et antifascistes afin de défendre concrètement les populations agressées.

Enfin, seule la convergence des luttes écologistes, anti-impérialistes, antiracistes, féministes, antifascistes et ouvrières peut faire échec à la stratégie de guerre permanente du capital. Cela implique de ne pas abandonner la question de la défense aux forces réactionnaires, de reconnaître les liens entre les peuples en résistance armée et les mouvements sociaux confrontés à une répression toujours plus militarisée, et de construire une sécurité fondée non sur la domination, mais sur la justice sociale, l'autodétermination des peuples et la préservation des conditions matérielles de la vie.

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Le Canada doit agir pour empêcher Israël d’annexer la Cisjordanie

24 février, par Coalition du Québec URGENCE Palestine — ,
*Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 17 février 2026* – La Coalition du Québec URGENCE Palestine dénonce les mesures prises récemment par le gouvernement israélien, qui préparent (…)

*Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 17 février 2026* – La Coalition du Québec URGENCE Palestine dénonce les mesures prises récemment par le gouvernement israélien, qui préparent le terrain à l'annexion illégale des Territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, et demande aux gouvernements canadien et québécois de poser immédiatement des actions
fortes pour dénoncer de telles politiques et exiger qu'elles soient renversées.

Le Cabinet de sécurité israélien a pris, le 8 février 2026, une série de décisions qui soustraient des portions importantes du Territoire de la Cisjordanie à l'Autorité palestinienne. Rappelons que les Accords d'Oslo de 1993 divisaient la Cisjordanie en trois zones (A, sous contrôle
palestinien ; B, sous contrôle sécuritaire israélien et administratif palestinien et C, sous contrôle exclusif israélien ; la zone C représentant 60 % du territoire). Au nombre des mesures adoptées : l'autorisation pour les Israélien·nes d'acheter des terres en Cisjordanie sans avoir à demander un permis de transaction à l'Autorité palestinienne, l'extension du pouvoir décisionnel israélien dans les zones A et B, ce qui pourrait accélérer la destruction de maisons palestiniennes, et la prise de contrôle israélienne du Caveau des patriarches à Hébron et du Tombeau de Rachel à Bethléem.

Le 15 février 2026, le gouvernement israélien a aussi approuvé une proposition visant à enregistrer de vastes zones de la Cisjordanie occupée comme « propriété de l'État », une première depuis le début de l'occupation du territoire en 1967.

De plus, le parlement israélien étudie actuellement un projet de loi visant à transférer la gestion des sites archéologiques de Cisjordanie au ministère israélien du Patrimoine.

Tout ceci s'ajoute à l'expulsion de 694 Palestinien·nes de leur domicile pour le seul mois de janvier 2026 et aux attaques incessantes des colons qui empêchent les Palestinien·nes de cultiver leurs terres et tuent plusieurs d'entre eux.

Ces mesures rendent possible l'annexion pure et simple de la Cisjordanie, comme s'en sont vantés le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Défense, Israël Katz. Une telle politique est contraire à la Charte de l'ONU (qui interdit l'acquisition de territoires par la force), aux conventions de Genève (qui interdisent le transfert de population d'une
puissance occupante dans le territoire occupé), aux résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU, de même qu'à l'avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024 qui déclarait illégales l'occupation et la colonisation israéliennes des Territoires palestiniens conquis en 1967.

La Coalition du Québec URGENCE Palestine demande au gouvernement canadien, qui a reconnu l'État palestinien, d'adopter immédiatement des sanctions à l'encontre d'Israël, dont la révocation de l'Accord de libre-échange Canada-Israël. Elle demande aussi au gouvernement québécois de fermer son bureau à Tel Aviv. Le Canada et le Québec doivent marquer fermement leur désaccord avec la volonté clairement exprimée de l'État d'Israël de s'emparer de l'ensemble du territoire de Palestine et ainsi s'associer aux divers pays qui accentuent leurs pressions politiques et économiques sur Israël afin d'exiger le respect du droit international et du droit à l'autodétermination du peuple palestinien.

*Citations :*

« Il est important que le Canada concrétise son engagement en faveur d'un État palestinien et agisse immédiatement pour empêcher Israël de procéder à l'annexion de la Cisjordanie, après avoir rasé Gaza ».

– Diane Lamoureux, Coalition du Québec URGENCE Palestine

« Par son inaction, le Canada est complice non seulement du génocide à
Gaza, qui est toujours en cours, mais aussi de la dépossession violente du
peuple palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui s'est grandement
accélérée depuis octobre 2023 ».

– Raymond Legault, Coalition du Québec URGENCE Palestine

*La Coalition du Québec URGENCE Palestine*, constituée en février 2024, compte 54 organismes membres (groupes de défense des droits, syndicaux, citoyens et communautaires), représentant des centaines de milliers de Québécois·es. La Coalition vise à rendre visible l'indignation de la société civile québécoise devant le génocide à Gaza et à rassembler les organisations qui réclament la fin de l'occupation en Palestine, de la
dépossession et de l'extermination des Palestinien·nes.

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Mi-figue, mi-raisin

24 février, par Marie-Ève Mathieu — ,
À qui appartient un parti politique ? À ses fondatrices ? À ses employées ? À ses membres ? À ses donatrices ? À ses députées ? À ses porte-paroles ? Dans ce texte, une fois (…)

À qui appartient un parti politique ? À ses fondatrices ? À ses employées ? À ses membres ? À ses donatrices ? À ses députées ? À ses porte-paroles ? Dans ce texte, une fois n'est pas coutume, le féminin l'emportera sur le masculin, une petite douceur féministe en ces temps difficiles pour la cause des femmes. Juridiquement, je ne sais pas, ce doit être une réponse compliquée.

Bien sûr, en régime capitaliste, la réponse la plus habituelle à cette question est que la personne qui paie est la propriétaire. Donc, le parti appartiendrait à ses membres et à ses donatrices. Depuis 2024, je ne fais plus de contributions annuelles, sans doute cela m'enlève-t-il de la légitimité pour me plaindre. Ou, au contraire, le fait de ne pas contribuer porte le message que je suis mécontente des orientations du parti. Je ne suis pas la seule. Je me suis retirée en périphérie et j'attends.

Je parle de la propriété du parti, mais véritablement, j'aimerais savoir à qui appartient la légitimité de la parole dans QS ? Pour bien des journalistes, une des personnes qui compte, c'est Renaud Poirier-St-Pierre. Comme dans un article de L'actualité paru la semaine dernière : « Renaud Poirier-St-Pierre, directeur de cabinet de Gabriel Nadeau-Dubois durant près de quatre ans, estime, lui aussi, que le modèle de QS a des limites. « Au sein du Comité de coordination national [sorte de conseil d'administration de QS], les porte-paroles n'ont qu'un vote chacun », souligne celui qui est maintenant directeur pour l'agence de communication TACT. » [1] Ainsi, même après avoir quitté son emploi et, apparemment, résisté à la culture du parti pendant tout ce temps, c'est à lui qu'on demande d'analyser ce qui ne fonctionne pas chez nous. L'existence du Comité de coordination national, de même que l'absence de chef n'est pas exactement une nouveauté, quiconque décidant de venir travailler ou militer dans QS devrait respecter la structure que les militantes se sont collectivement donnée. Poirier-St-Pierre était un des tenants de la « gauche pragmatique », il a participé à la tentative de changer les structures vers une formation politique plus traditionnelle. Cela a partiellement échoué. Inévitablement, son récit est celui qu'on privilégie dans les médias qui, semble-t-il, peinent toujours à comprendre que l'on veuille faire de la politique autrement après vingt ans d'existence de Québec solidaire.

De même, dans les pages du Devoir, Guillaume Boivin, celui-là, ancien président du syndicat des employées de QS, somme certaines militantes de la base de quitter ou de se rallier. Dans une publication de Meta en complément de sa lettre parue la semaine dernière, il affirme : « Pour le dire crûment : Christine Labrie ne peut faire du Christine Labrie en même temps que Haroun Bouazzi fait du Haroun Bouazzi et penser que le parti aura de la cohérence d'action nécessaire pour progresser. » Étrangement, le Conseil national (CN) du 21 février lui donne tort. D'un côté, on aura adopté l'exception dans Gouin, faisant montre d'un sens de la realpolitik qui devrait rendre les partisanes des urnes contentes ; de l'autre côté, on soutiendra la lutte contre les lois liberticides de la CAQ, comme le veulent plusieurs mouvements sociaux qui s'acheminent tranquillement, mais résolument vers une grève sociale. Cerise sur le sundae, une motion d'urgence pour soutenir Haroun Bouazzi, à nouveau dans la tourmente, a été votée par le Conseil national. Les militantes l'ayant soutenu lors de la dernière crise contre des parlementaires, qui voulaient le jeter sous l'autobus, sont surprises de ce changement de ton.

Revenons sur ce que dit, maladroitement, Boivin. Il faudrait, selon lui, se décider entre une approche pragmatique (et parlementaire) de collaboration avec les instances officielles, comme celle de l'Assemblée nationale, le temps d'arriver à se faire élire pour ne pas contredire l'opinion publique de manière frontale. L'ennui, c'est que je pense qu'il se trompe là aussi : personne ne sait ce qu'elle pense l'opinion publique, ou le peuple, ou la majorité silencieuse. Tout ce qu'on peut en connaitre est filtré par les agences de sondage, comme Léger, puis les empires médiatiques concentrés qui les publient, entre autres Quebecor. La version non filtrée, ce sont les mouvements sociaux. Qu'est-ce qu'ils disent en ce moment ? Ils sont fortement irrités des lois liberticides de la CAQ, les groupes communautaires ne veulent pas voir leur parole étouffée et les syndicats non plus.

Depuis deux ans, les militantes de la base ont subi une traversée du désert en marche forcée : démission d'Émilise, réforme des statuts, réécriture du programme et pseudo-consultation pour la plateforme, le tout pour normaliser le parti, le rendre professionnel, comme les autres, aux yeux des journalistes et de la population. Nous sommes pris dans cette vision même si plusieurs de ses artisanes ont quitté le navire ou sont sur le point de le faire. Nous avons donc un programme javellisé et récuré de ses éléments plus radicaux qui sera porté par le sauveur. Ce dernier ne pourra que redonner de l'envergure et la notoriété au parti : il connait la job, c'est un professionnel ! Enfin, c'est ce que laisse penser la prise de décision de cette exception dans Gouin. On se gardera d'être cynique et de penser que c'est un autre politicien opportuniste, qui, soit traverse la chambre des communes soit change de palier de gouvernement pour conserver sa job.

Les membres du Parti de la rue croient que l'on doit continuer à accepter le tiraillement et la contradiction au sein de QS. C'est le coût démocratique. Ainsi, on devrait plutôt se dire qu'il faut : défendre ses principes, délibérer, être dissident quand c'est nécessaire, critiquer, être transparent et, finalement, se rallier aux décisions prises en assemblée, même si elles nous mécontentent. Car, quelle est l'alternative ? Quitter le parti après y avoir investi toute cette énergie ? La gauche est mal en point, elle va avoir besoin de militantes.

En définitive, je pense que nous allons apprendre bientôt à qui appartient le parti : à ses électrices. Et quand je dis électrices, ce n'est pas un effet de style : notre électorat est porté davantage par des femmes que des hommes. Ce sont elles qui auront, en octobre, le pouvoir final d'approuver ou non cette nouvelle version de QS.


Quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine : déclaration du collectif éditorial Posle

24 février, par Martin Gallié, POSLE — , ,
Alors que la gauche et les syndicats québécois continuent d'ignorer magistralement les appels à l'aide de nos camarades Ukrainien·nes, voire pour certain·es reprennent sans (…)

Alors que la gauche et les syndicats québécois continuent d'ignorer magistralement les appels à l'aide de nos camarades Ukrainien·nes, voire pour certain·es reprennent sans honte, mot à mot, la propagande et les revendications des autorités russes, nous publions ici le communiqué de Posle, un collectif d'opposants Russes.

Une telle déclaration de solidarité provenant de militant·es Russes, qui met clairement en avant la complicité de Trump et de Poutine, contre le peuple d'Ukraine, tranche avec l'absence totale de solidarité du Collectif échec à la guerre (dont font partie Québec solidaire et de nombreux syndicats Québécois), incapable d'adopter une seule déclaration de solidarité avec nos camarades ukrainiennes qui ne cessent d'appeler à l'aide (contre les drones, les missiles ou simplement pour se chauffer). À croire que pour le Collectif, seul l'impérialisme états-unien existe et que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est à géométrie variable.

Martin Gallié

Présentation de Posle :

POSLE : Après l'invasion russe en Ukraine, la vie dans les deux pays ne sera plus jamais la même. Mais pour pouvoir continuer à vivre et à agir, nous devons trouver des réponses à certaines questions cruciales. Pourquoi cette guerre a-t-elle commencé ? Pourquoi est-il si difficile d'y mettre fin ? À quoi ressemblera l'avenir après la guerre ?

Posle (« après » en russe) tente de répondre à ces questions. En tant que communauté d'auteurs partageant les mêmes idées, nous condamnons la guerre qui a déclenché une catastrophe humanitaire, causé des destructions colossales et entraîné le massacre de civils en Ukraine. Cette même guerre a provoqué une vague de répression et de censure en Russie. En tant que membres de la gauche, nous ne pouvons pas considérer cette guerre indépendamment des immenses inégalités sociales et de l'impuissance de la majorité des travailleurs. Bien sûr, nous ne pouvons pas non plus ignorer l'idéologie impérialiste qui s'efforce de maintenir le statu quo et se nourrit du discours militariste, de la xénophobie et du sectarisme.

Déclaration :

Le quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie est marqué par les bombardements les plus intenses et les plus destructeurs des villes ukrainiennes depuis le début de la guerre. Plus de 1,2 million de foyers se retrouvent sans chauffage ni électricité en plein hiver rigoureux, et des centaines de milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des conditions inhumaines. Les frappes de représailles ukrainiennes ont, à leur tour, entraîné des coupures d'électricité et des perturbations du chauffage à Belgorod. Pendant ce temps, les pertes russes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis le début de la guerre, bien que l'armée russe n'avance que d'environ 15 mètres par jour. Selon les estimations de Mediazona, au moins 200,186 soldats Russes ont été tués depuis le 24 février 2022. Ce décompte ne comprend que les noms qui ont été confirmés ; le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. Néanmoins, il y a peu de raisons de croire que ces pertes, voire des pertes plus importantes, affaibliront la détermination du régime de Poutine à poursuivre la guerre.

Dans le même temps, le Kremlin considère le fossé grandissant entre l'UE et les États-Unis, ainsi que la volonté de l'administration Trump de conclure un accord bilatéral, comme une opportunité d'atteindre les « objectifs de l'opération militaire spéciale ». Lorsque les troupes russes ont envahi l'Ukraine en février 2022, la réaction mondiale a été sans équivoque : il s'agissait d'une guerre d'agression injustifiable, et la résistance de l'Ukraine était fondée non seulement sur le droit international, mais aussi sur les principes fondamentaux de moralité et de justice, des idées que l'humanité semblait avoir intériorisées après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, quatre années de carnage ont non seulement causé la mort de centaines de milliers de personnes, mais ont également entraîné un changement moral plus large. Les pourparlers initiés par l'administration Trump traitent la guerre comme « absurde » pour les deux parties — quelque chose à qui il faut mettre fin non pas en réaffirmant le droit international, mais en établissant un nouvel équilibre des pouvoirs. Dans cette vision du monde, il n'y a ni victimes ni agresseurs, ni bien ni mal — seulement les forts et les faibles, l'« équilibre » étant assuré par les concessions des seconds.

Ce changement moral dans l'opinion publique mondiale est peut-être la plus grande réussite de Poutine à ce jour. S'il devient le nouveau consensus, il ouvrira très certainement la voie à de nouvelles guerres plus destructrices, alimentées par le redécoupage des frontières des petits États et la réaffirmation du contrôle des grandes puissances sur leurs anciennes colonies. C'est pourquoi tout véritable mouvement anti-guerre doit aujourd'hui se tenir fermement et sans réserve aux côtés des victimes de l'agression. Il ne s'agit plus seulement de défendre le droit de l'Ukraine à l'indépendance, c'est le seul moyen crédible d'empêcher le monde d'être entraîné dans une spirale de conflits croissants.

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Etats-Unis. « Bannon appelle l’ICE à intimider les électeurs lors des élections de mi-mandat »

24 février, par Sasha Abramsky — ,
Le 3 février, alors que Donald Trump redoublait d'efforts pour « nationaliser » les élections, Steve Bannon, le Raspoutine de MAGA, a promis à l'auditoire de son podcast War (…)

Le 3 février, alors que Donald Trump redoublait d'efforts pour « nationaliser » les élections, Steve Bannon, le Raspoutine de MAGA, a promis à l'auditoire de son podcast War Room que des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) seraient déployés pour envahir les bureaux de vote lors des prochaines élections de mi-mandat le 3 novembre [1].

Tité de A l'Encontre
6 février 2026

Par Sasha Abramsky

(Capture d'écran)

« Vous pouvez être sûrs que l'ICE encerclera les bureaux de vote en novembre », a averti Bannon de manière inquiétante. « Nous n'allons pas rester les bras croisés et vous laisser voler à nouveau le pays. »

Pour être tout à fait clair, ni les propositions de Donald Trump ni celles de Bannon ne sont légalement recevables (ni fondées sur des faits). La loi interdit d'intimider les électeurs et électrices lorsqu'ils votent, et il est difficile de voir comment la présence d'agents armés et masqués appartenant à une organisation paramilitaire – qui n'a montré aucun scrupule à kidnapper et à tuer des personnes – pourrait avoir un quelconque autre objectif. De plus, la Constitution donne aux États le contrôle de leurs propres processus électoraux, ce qui contredit directement le souhait de Trump, exprimé dans une interview avec Dan Bongino, personnalité médiatique conservatrice, de voir le Parti républicain « prendre le contrôle » [« nationaliser les élections »] des systèmes électoraux d'au moins 15 États (The Hill, 2 février 2026).

Pourtant, Bannon et Trump sont très sérieux. Pour eux, toute élection qui ne se déroule pas comme ils le souhaitent est illégitime, et tous deux sont prêts à utiliser leurs vastes plateformes médiatiques pour inciter à des interventions armées dans les bureaux de vote. Tous deux sont apparemment indifférents aux normes démocratiques et prêts à pousser le système constitutionnel à ses limites pour arriver à leurs fins lors des élections de mi-mandat.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a répondu à la rhétorique enflammée de Bannon en niant que l'ICE envahirait les bureaux de vote en novembre, mais il a déclaré que si l'ICE visait des individus particuliers, il pourrait les arrêter à proximité des bureaux de vote. Les détracteurs de l'ICE n'ont guère été apaisés par cette déclaration et, en milieu de semaine, beaucoup ont demandé que tout accord de financement du Congrès pour le DHS [dirigé par Kristi Noem] et l'ICE inclue des interdictions spécifiques concernant les opérations de l'agence dans les bureaux de vote ou à proximité.

Si Bannon avait simplement parlé à brûle-pourpoint, il aurait été possible de rejeter sa menace pesant les bureaux de vote comme étant simplement une hyperbole de la « War Room » (cellule de crise). Mais le moment choisi pour ses propos, après des semaines pendant lesquelles Trump a intensifié ses déclarations autour des « élections volées » et de la « fraude » dans les bureaux de vote, suggère que les stratèges de Trump mènent une action coordonnée pour saper la confiance dans les élections de novembre.

Trump a récemment déclaré qu'il regrettait de ne pas avoir ordonné à la Garde nationale de saisir les urnes après les élections de 2020. Après avoir ruminé cette idée pendant plus de cinq ans, le président a ordonné la semaine dernière au FBI de se rendre dans le comté de Fulton, en Géorgie, pour perquisitionner les bureaux électoraux à la recherche de « preuves » attestant que les élections de 2020 avaient été entachées de fraude. Étonnamment, les agents du FBI étaient accompagnés de la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, qui a par la suite reconnu que Trump lui avait ordonné d'être présente pendant la perquisition. Plus étonnant encore, Tulsi Gabbard a ensuite appelé Trump sur son téléphone portable, lui a laissé un message et, lorsqu'il l'a rappelée, lui a fait parler directement avec les agents sur le terrain. Il s'agissait, a-t-elle déclaré plus tard aux journalistes, d'un bref appel, semblable à un discours d'encouragement de la part d'un entraîneur.

Vous vous souvenez de l'indignation suscitée lorsque les Clinton ont rencontré la procureure générale de l'époque, Loretta Lynch, sur le tarmac d'un aéroport pendant la campagne présidentielle de 2016, alors qu'Hillary Clinton faisait l'objet d'une enquête pour son utilisation d'un serveur de messagerie privé ? Vous vous souvenez des voix du Parti républicain qui réclamaient une enquête et exigeaient de savoir si les Clinton avaient fait pression sur Loretta Lynch pour qu'elle abandonne l'enquête ? Ce que Trump a fait en s'adressant aux agents du FBI dans le comté de Fulton (Géorgie) était bien plus inapproprié : il a essentiellement utilisé tout le poids de sa fonction pour pousser les agents à trouver des preuves d'un crime que de nombreuses enquêtes et procédures judiciaires antérieures n'avaient pas réussi à identifier. Et pourtant, les dirigeants républicains au Congrès sont restés totalement silencieux à ce sujet.

Le passé est bien sûr souvent le présage de l'avenir. La volonté de Trump de lancer le département de la Justice (DoJ) et le FBI à la poursuite des responsables électoraux de Géorgie et de saisir les bulletins de vote de cette élection (ainsi que la volonté de Pam Bondi du DoJ et Kash Patel du FBI de se prêter à cette sordide entreprise) suggère qu'il n'hésiterait pas à ordonner la saisie des urnes en novembre s'il pensait que le Parti républicain se dirigeait vers la défaite. Après tout, Trump sait que sans la majorité républicaine au Congrès, la protection dont il a bénéficié au cours de l'année écoulée disparaîtra et qu'il devra très probablement faire face à une troisième procédure de destitution.

Un nombre croissant de démocrates ont commencé à tirer la sonnette d'alarme à propos de ce scénario, suggérant une sérieuse inquiétude quant au fait que Trump n'acceptera tout simplement pas les résultats électoraux qui lui seront défavorables. Les récentes tentatives du département de la Justice d'accéder aux listes électorales des États à majorité démocrate n'ont fait qu'alimenter cette inquiétude. À ce jour, l'administration a poursuivi 24 États en justice afin de les contraindre à lui remettre des données électorales sensibles (State Democracy Research Initiative, 2 février).

Dans ce contexte, le soutien de Bannon à l'intimidation des électeurs revient à jeter de l'huile sur le feu. Le stratège en chef du MAGA, l'homme qui se vantait de « noyer la presse sous la merde » pour déstabiliser les médias et ses adversaires politiques, proclame que les républicains sont prêts à s'ingérer dans les élections de mi-mandat en intimidant les électeurs si nécessaire. Alors que de plus en plus de personnes réclament le « retrait de l'ICE de nos villes », elles pourraient bientôt devoir exiger le « retrait de l'ICE de nos bureaux de vote ». Pour préserver ce qui reste des élections libres et équitables, il est impératif que les électeurs et électrices ne se laissent pas intimider par ces manoeuvres autoritaires. (Article publié sur le site Truthout le 5 février 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)


[1] The Guardian du 6 février indique que : « Le sénateur démocrate de l'Arizona Ruben Gallego a appelé les Américains à organiser une grève générale qui “paralyserait le pays” au cas où Donald Trump tenterait de saboter les élections de mi-mandat. En effet, au début de la semaine, le président a appelé les républicains à « prendre le contrôle » et à « nationaliser » le vote dans au moins 15 régions non précisées, répétant ses fausses allégations selon lesquelles les élections seraient entachées de fraudes généralisées. Ruben Gallego a déclaré que les citoyens devaient se préparer au “pire scénario” lors des élections de novembre, comme l'arrêt du dépouillement des votes ou la saisie des urnes. Que signifie « nationaliser » le vote ? La Constitution américaine confère à chaque État la responsabilité de gérer ses élections. Trump semble demander au gouvernement fédéral d'organiser les élections, présentant cela comme un moyen d'empêcher les immigrants sans papiers de voter. L'affirmation selon laquelle les non-citoyens ont voté en nombre suffisant pour influencer une élection est un mensonge. » (Réd. A l'Encontre)

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