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La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : quelle approche adopter pour une gauche socialiste attachée à ses principes ?
Vous trouverez ci-dessous le texte révisé d'une présentation donnée par Frieda Afary à l'organisation sud-africaine Zabalaza for Socialism le 15 mars 2026.
Tiré de Entre les lignes et les mots
I. Que s'est-il passé depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur dernière guerre contre l'Iran ?
Les États-Unis et Israël ont entamé une nouvelle vague de bombardements contre l'Iran le 28 février. Depuis lors, ils ont bombardé des dépôts de pétrole, des installations pétrolières, l'île de Kharg, qui est la plaque tournante de l'exportation de 90% du pétrole iranien (4 à 5 millions de barils par jour), des sites militaires, des installations de missiles et de drones, des locaux de police, des banques, une école de filles à Minab, des hôpitaux, des immeubles d'habitation, des usines de dessalement d'eau et des sites classés au patrimoine mondial.
Le premier jour des bombardements, Israël a pris pour cible le complexe résidentiel d'Ali Khamenei, le « Guide suprême », le tuant ainsi que sa femme, sa belle-fille, son petit-enfant et divers dirigeants gouvernementaux. Le 17 mars, Israël a tué Ali Larijani, le plus haut responsable de la sécurité nationale iranienne, et Gholamreza Soleimani, le chef de la force paramilitaire Basij. Le 18 mars, il a tué le ministre iranien du Renseignement, Esmaeil Kahtib, lors d'une autre frappe aérienne.
À l'heure actuelle, les États-Unis comptent plus de 50 000 soldats dans la région du Moyen-Orient et viennent d'y envoyer 2 500 marines supplémentaires. Ils ont déployé des chasseurs-bombardiers et des navires d'assaut dans la région. Au cours des six premiers jours, ils ont dépensé 11 milliards de dollars pour cette guerre et continuent d'y consacrer plus d'un milliard de dollars par jour. Trump a également évoqué l'envoi de forces terrestres américaines en Iran.
Israël a recommencé à bombarder le Liban et y envoie des troupes terrestres. Il poursuit sa guerre génocidaire contre les Palestinien·nes à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie.
L'Iran a riposté en tirant des missiles et des drones sur des bases et des installations militaires américaines dans la région. Ses cibles israéliennes étaient initialement des cibles militaires. Aujourd'hui, l'Iran équipe ses missiles balistiques de munitions à fragmentation pour bombarder les habitations, les parcs, les commerces et les routes de Tel-Aviv. L'Iran a également pris pour cible des installations pétrolières, des pétroliers, des hôtels, des aéroports et des usines de dessalement dans la région du Golfe. Il a bloqué le détroit d'Ormuz et a commencé à y poser des mines. Mujtaba Khamenei, le fils d'Ali Khamenei, a été nommé comme nouveau « Guide suprême ». Depuis janvier 2026, le gouvernement iranien a coupé l'accès à Internet pour la population.
Plus de 2 000 civil·es ont été tué·es dans la région à ce jour. Plus de 1 200 d'entre elles et eux sont des Iranien·nes. Les autres victimes civiles se trouvent principalement au Liban. Dans les États du Golfe, les victimes sont principalement des travailleurs et des travailleuses migrantes.
Plus de 3,2 millions de personnes ont été déplacées en Iran et plus d'un million au Liban.
Jusqu'à présent, cette guerre a eu des conséquences non seulement économiques, avec une hausse de 35% du prix du pétrole et le blocage du transit d'autres biens essentiels tels que les denrées alimentaires et les engrais, mais aussi humanitaires. Des dégâts considérables, voire irréversibles, ont été causés aux ressources en eau et à la qualité de l'air, en particulier en Iran où la pollution atmosphérique et la pénurie d'eau étaient déjà graves. Nous avons également constaté des dégâts sur des sites classés au patrimoine mondial, comme le palais du Golestan à Téhéran.
Un langage apocalyptique fondé sur le fondamentalisme chrétien, islamique et juif est utilisé pour motiver et recruter des combattants.
L'intelligence artificielle est utilisée de diverses manières, que ce soit pour les bombardements, le tir de missiles ou la création de fausses vidéos visant à promouvoir la désinformation.
À l'échelle mondiale, le gouvernement russe a tiré profit de cette guerre car le prix du pétrole a augmenté et l'administration Trump a levé les sanctions sur les ventes de pétrole russe. La Russie a également tiré profit du fait que les systèmes antimissiles que l'Ukraine et l'Europe achetaient aux États-Unis pour aider à défendre l'Ukraine contre l'invasion impérialiste brutale de ce pays par la Russie sont désormais acheminés vers le Moyen-Orient. La Russie aide également le gouvernement iranien en partageant des informations secrètes sur des cibles américaines.
Le gouvernement chinois a également tiré profit de cette guerre, car le gouvernement américain accordera moins d'attention à la région du Pacifique et pourrait même permettre à la Chine de poursuivre ses plans visant à prendre le contrôle de Taïwan.
II. Contexte : l'Iran de 1979 à nos jours, les États-Unis, Israël et les changements mondiaux
Depuis sa fondation à la suite de la révolution populaire iranienne de 1979 contre une monarchie brutale et autoritaire, la République islamique a défini sa raison d'être comme l'opposition à Israël et aux États-Unis. Il s'agit d'une entité chiite fondamentaliste religieuse et nationaliste persane qui s'est également fortement appuyée sur la misogynie et le patriarcat. Des slogans anti-impérialistes, voire anticapitalistes et révolutionnaires, ont été utilisés pour promouvoir l'autoritarisme et détruire toute opposition progressiste.
Ainsi, en mars 1979, peu après que la révolution eut renversé la monarchie brutale de Mohammad Reza Pahlavi, l'ayatollah Khomeini et ses partisans ont commencé à réprimer les manifestations de la Journée internationale des femmes contre le port obligatoire du hijab nouvellement imposé. Au cours de ce mois-là, un référendum populaire a proclamé l'Iran République islamique. Le nouveau gouvernement a également commencé à réprimer brutalement un soulèvement des Kurdes en faveur de l'autonomie dans le nord. Une grande partie de la gauche a continué à défendre la République islamique en tant qu'anti-impérialiste au cours des deux premières années qui ont suivi la révolution. La République islamique a toutefois réprimé la gauche et tué et exécuté des milliers de ses membres à partir de 1981. Elle a également tué des milliers d'autres prisonnier·es politiques de gauche après la fin de la guerre Iran-Irak en 1988. Elle a continué à réprimer toute opposition progressiste et a instauré un État policier.
Depuis 2009, l'Iran a connu cinq vagues de manifestations populaires, qui ont toutes été brutalement réprimées. La première, en 2009, à la suite d'une élection frauduleuse, visait à réformer le système. Les autres, en 2017, 2019, 2022 et la dernière en 2026, avaient pour objectif de renverser la République islamique. Le soulèvement de 2022, connu sous le nom de mouvement « Femme, Vie, Liberté », a retenu le plus l'attention du monde entier car il était mené par des femmes brûlant leurs foulards et comportait un fort contenu émancipateur. Il a mobilisé des militant·es Sundicales/syndicaux et des jeunes, ainsi que des minorités nationales telles que les Kurdes, les Baloutches et les Arabes. La dernière vague de manifestations populaires, en 2026, a rassemblé plus d'un million de personnes à travers le pays et a été réprimée de la manière la plus brutale qui soit. En l'espace de trois jours, en janvier 2026, le gouvernement a tué au moins 7 000 personnes, voire 20 000 ou plus.
L'Iran affiche le taux d'exécutions le plus élevé au monde après la Chine et compte de nombreuses et nombreux prisonniers politiques.
Le régime iranien s'est également servi de son discours anti-impérialisme américain et anti-Israël pour écraser l'opposition progressiste dans les pays où il exerce son influence.
Le projet impérialiste régional de l'Iran a débuté au début des années 1980 avec son rôle dans la création du Hezbollah au Liban, puis ses interventions en Irak, en Syrie et au Yémen. Dans le cas de la Syrie, il a soutenu pendant 13 ans le régime brutal de Bachar al-Assad en envoyant des troupes terrestres et en écrasant le soulèvement syrien avec l'aide de la Russie. Il a dépensé des milliards pour financer le Hezbollah, le Hamas et les milices chiites en Irak et en Syrie. Son soutien aux Palestinien·nes se limite à la promotion de ses propres ambitions régionales et n'inclut ni la démocratie ni les droits humains pour le peuple palestinien. Ces dernières années, il a vendu des drones et des missiles à la Russie pour la guerre impérialiste de cette dernière contre l'Ukraine. Il a également soutenu une faction de l'armée soudanaise dans la guerre civile soudanaise. Il soutient actuellement les talibans tout en encourageant la haine contre les réfugié·es afghan·es en Iran.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique a été fondé par l'ayatollah Khamenei en tant qu'armée distincte de l'armée régulière. Après la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, un conflit sanglant et destructeur de huit ans au cours duquel plus d'un million de personnes ont été tuées ou blessées, le CGRI s'est développé et est devenu le plus grand détenteur de capitaux et investisseur d'Iran, ainsi que l'incarnation de l'unité du parti, de l'armée et de l'État. Il compte 180 000 gardes et fait partie de l'armée et des forces de police iraniennes, qui totalisent 1,5 million d'effectifs. L'Iran possède la 8e armée la plus importante au monde.
Le CGRI a consacré une somme inconnue au programme nucléaire iranien. En juin 2025, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a annoncé que l'Iran disposait de suffisamment d'uranium enrichi à 60% pour fabriquer dix bombes. Après la guerre destructrice et illégale menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran en juin 2025, cette capacité nucléaire a été gravement affaiblie.
En ce qui concerne les États-Unis et Israël, il ne fait aucun doute qu'ils poursuivent leurs ambitions impérialistes brutales dans la région. Le gouvernement Netanyahu veut écraser la lutte palestinienne pour l'indépendance et massacre le peuple palestinien. Le gouvernement Netanyahu s'oppose également à tous/toutes les Juifs/Juives israélien·nes qui croient en une coexistence pacifique entre Juifs/Juives et Palestinien·nes fondée sur l'égalité.
Washington a toujours soutenu l'ancien régime monarchique iranien. Les États-Unis sont également responsables des invasions ultérieures de l'Afghanistan et de l'Irak dans la région, qui ont causé la mort et blessé des millions de personnes.
Les États-Unis et Israël se sont tous deux orientés vers le fascisme. Aux États-Unis, avec le deuxième mandat de Trump, nous avons un gouvernement fasciste qui contrôle la présidence, le Congrès et la Cour suprême. Lorsque je parle de fascisme, je me réfère à la définition de Robert Paxton dans L'Anatomie du fascisme. Les caractéristiques distinctives du régime fasciste sont le rejet massif de la raison et de la logique, l'adhésion massive au darwinisme social ou à la croyance en la supériorité de sa propre nation ou race, et la soi-disant « loi du plus fort ». Le régime fasciste a également besoin de la complicité des élites qui s'y soumettent. Le nationalisme extrême et le racisme fascistes s'expriment dans un processus de « purification » interne consistant à diaboliser, déshumaniser, emprisonner et tuer les membres d'un ou de plusieurs groupes considérés comme « l'Autre » ou « l'ennemi intérieur ». Ce processus va de pair avec l'expansion impérialiste/la guerre à l'extérieur, la misogynie, la désinformation, l'effacement de l'histoire et le pouvoir d'un homme fort. À l'aune de ces critères, en Israël aussi, le gouvernement Netanyahu est dirigé par des fascistes.
Les États-Unis et Israël souhaitent tous deux collaborer avec les États du Golfe et la Turquie pour remodeler le Moyen-Orient en une entité capitaliste totalement autoritaire, sans même faire semblant de respecter la démocratie ou les droits humains.
L'administration Trump pensait qu'elle bombarderait l'Iran pendant quelques jours et conclurait un accord avec une partie du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) afin d'instaurer un régime docile en Iran. Le CGRI, cependant, planifie des attaques de représailles depuis de nombreuses années et mise sur l'affaiblissement des États-Unis et d'Israël en prolongeant la guerre. Il compte également sur un monde multipolaire où la Russie et la Chine renforcent leur puissance impérialiste.
Pour la Russie, qui est un État fasciste et impérialiste, l'Iran est un État allié auquel elle vend des centrales nucléaires et des armes, et dont elle obtient des missiles, des drones et des services pour promouvoir la désinformation et la terreur à travers le monde.
Pour l'impérialisme capitaliste chinois, l'Iran est une source de pétrole, de produits pétrochimiques et de minerais bon marché, ainsi qu'un allié autoritaire. La Chine et l'Iran ont signé en 2021 un accord de 25 ans en vertu duquel la Chine obtient pour 400 milliards de dollars de pétrole iranien à un prix fortement réduit en échange de la construction d'installations pétrolières et gazières et d'autres infrastructures pour l'Iran.
Au vu de la doctrine stratégique de l'administration Trump, de son alliance ouverte avec Poutine dans la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine et de son indifférence actuelle face à une éventuelle invasion chinoise de Taïwan, il semble que ces trois superpuissances soient pour l'instant parvenues à un accord sur leurs sphères d'influence. Cela ne signifie pas pour autant que ces sphères d'influence soient éternelles. Le capitalisme n'est pas un système stable. Il s'agit de pôles de capital qui se font concurrence pour l'extraction et l'accumulation de valeur monétaire à partir des êtres humains et de la nature, et qui s'engagent dans des guerres de plus en plus destructrices au cours de ce processus.
Une guerre en cours au Moyen-Orient, qui absorbe les ressources militaires et autres des États-Unis et les affaiblit, est également tout à fait dans l'intérêt de la Russie et de la Chine, qui se concentrent sur leurs propres projets impérialistes et l'exploitation capitaliste de leurs sujets.
Face à cette réalité, il est essentiel de bien comprendre les acquis, les limites et les possibilités des forces progressistes en Iran.
III. Réalisations, limites et perspectives des forces progressistes en Iran
La réalisation la plus importante a été le mouvement « Femmes, Vie, Liberté » d 2022, qui a formulé des revendications émancipatrices explicites concernant les femmes, le travail, l'éducation et les droits des minorités opprimées. Ce mouvement a été brutalement réprimé, avec 20 000 arrestations et l'assassinat de plus de 500 participant·es.
Au cours des vingt dernières années, nous avons assisté à la montée d'une organisation syndicale indépendante en Iran parmi les travailleurs/travailleuses du secteur pétrolier et pétrochimique sous contrat temporaire, les travailleurs/travailleuses de la canne à sucre, les chauffeurs de bus, les enseignant·es et les infirmières.
Les femmes représentent 60% des diplômé·es de l'enseignement supérieur et défendent avec force leurs droits, bien qu'elles vivent sous un gouvernement autoritaire et fondamentaliste religieux et ne détiennent qu'une part de 16% dans l'économie officielle.
Les prisonnier·es politiques s'organisent à l'intérieur des prisons et rédigent des lettres et des manifestes.
Les intellectuel·les iranien·nes ont produit diverses traductions d'ouvrages clés sur la philosophie et la critique de l'économie politique, tels que les Manuscrits économiques et philosophiques de 1844 et Le Capital de Marx dans une nouvelle traduction, ainsi que certains ouvrages importants sur le féminisme. D'autres ouvrages importants sur l'histoire, la sociologie, la politique, les relations entre les sexes et les droits des minorités en Iran ont été rédigés par divers·es intellectuel·les, en particulier à l'étranger où elles et ils disposaient de plus de ressources et de liberté.
Parmi les principales limites des progressistes iranien·nes, on peut citer les suivantes :
Le nationalisme persan s'oppose à toute tentative visant à proposer un projet de reconnaissance et de codification des droits des minorités nationales à l'usage de leur langue et à l'exploitation de leurs ressources naturelles.
Le patriarcat et la misogynie continuent d'entraîner des taux élevés de féminicides, de violences sexistes et d'abus.
La gauche iranienne réduit principalement le concept de socialisme au contrôle étatique de la propriété, sans chercher à s'attaquer à l'aliénation inhérente au mode de production capitaliste lui-même. Elle en reste donc à prôner simplement le remplacement de la propriété privée par la propriété d'État.
Beaucoup de membres de la gauche continuent de réduire l'impérialisme à l'impérialisme occidental uniquement, et refusent d'accorder une attention égale à l'impérialisme russe et chinois, ainsi qu'aux interventions impérialistes régionales menées par le gouvernement iranien lui-même au cours des quatre dernières décennies.
Compte tenu de ces limites, diverses entités rétrogrades ont séduit les masses iraniennes, notamment en recourant à la désinformation sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision par satellite. Ainsi, lors du soulèvement de janvier 2026, alors que plus de 7 000 mort·es avaient été confirmé·es par le régime, de nombreuses personnes, même parmi la classe ouvrière, scandaient des slogans monarchistes et appelaient Reza Pahlavi, le fils du roi déchu, à revenir en Iran pour leur apporter la prospérité. Certaines personnalités intellectuelles progressistes de premier plan, y compris des féministes, ont également déclaré leur alliance avec Reza Pahlavi. Reza Pahlavi, quant à lui, n'a pas seulement soutenu l'invasion militaire américaine et israélienne. Il appelle également depuis plusieurs années le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) à se joindre à lui en échange d'une grâce totale et d'une pleine participation au nouveau régime.
Cinq partis kurdes ont récemment formé une coalition afin de se préparer à la chute du régime. Bien qu'on ignore s'ils envisagent ou non de combattre aux côtés des forces américaines et israéliennes, il est évident qu'ils sont profondément déçus par la prédominance du nationalisme persan dans la société iranienne.
L'Iran compte des intellectuel·les courageuses/courageux et engagé·es dont on n'a pas entendu parler récemment, car elles et ils sont soit en prison, soit assigné·es à résidence, soit en permission de sortie ou en liberté conditionnelle. La plus notable est Nasrin Sotoudeh, une avocate féministe spécialisée dans les droits humains qui est prisonnière politique depuis de nombreuses années et se trouve actuellement en liberté conditionnelle. Pakhshan Azizi, militante kurde iranienne pour les droits des femmes, risque toujours la peine de mort et dénonce ouvertement le régime ainsi que l'intervention militaire américaine. Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023, est une autre militante féministe qui est pour l'instant réduite au silence en prison.
Compte tenu de la guerre brutale et croissante qui sévit actuellement, ainsi que de ces problèmes réels au sein de la société iranienne et de la région, que peuvent faire aujourd'hui les progressistes internationaux ?
IV. Que peuvent faire les progressistes internationaux aujourd'hui ?
Premièrement : Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour mettre fin à cette guerre. Sensibilisez, exprimez-vous, manifestez, faites pression sur vos représentant·es gouvernementaux et sur les intellectuel·les indépendant·es. Aux États-Unis, l'opinion publique est actuellement à 60% contre cette guerre. La plupart des personnes ne veulent pas envoyer leurs enfants se battre au Moyen-Orient. La moitié de la population adulte s'oppose aux attaques de l'administration Trump contre des immigrant·es innocent·es, ainsi qu'à leur détention et à leur expulsion. Il existe également une grande colère face à la manière dont des hommes pour la plupart riches, dont Trump, d'autres politiciens et même des universitaires, ont collaboré avec le réseau de feu Jeffrey Epstein et en ont tiré profit pour le trafic de femmes et de filles à des fins de viol et d'abus sexuels. Toutes ces questions doivent être abordées pour formuler un message anti-guerre.
Deuxièmement : Tendez la main aux progressistes du Moyen-Orient ou aux progressistes originaires du Moyen-Orient vivant à l'étranger. Ne vous limitez pas à ne parler que d'une seule lutte ou d'un seul pays du Moyen-Orient.
Troisièmement : Opposez-vous au « campisme », prenez clairement position contre toutes les puissances capitalistes-impérialistes mondiales et régionales et défendez les droits et l'humanité des peuples que ces puissances oppriment.
Quatrièmement : aborder les questions clés qui freinent nos luttes : la discrimination raciale et ethnique, le patriarcat, l'exploitation capitaliste et l'aliénation capitaliste.
Frieda Afary
18 mars 2026
Publié et traduit en français par : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/21/la-guerre-des-etats-unis-et-disrael-contre-liran-quelle-approche-adopter-pour-une-gauche-socialiste-attachee-a-ses-principes/#more-103362
Coordonnées, blogs et travaux de Frieda Afary
Fafarysecond @yahoo.com
https://iranianprogressives.org/
https://socialistfeminism.org/
Lectures on Humanist Alternatives to Capitalism, Racism, Sexism
https://www.youtube.com/playlist
References :
Afary, Janet. 2009. Sexual Politics in Modern Iran. Cambridge University Press.
BBC Persian. 2025. Pakhshan Azizi's Letter from Prison. October 4. https://www.bbc.com/persian/articles/cqlzx25vzzwo
Kaufman, Jeff and Marcia Ross. 2020. Nasrin. https://www.nasrinfilm.com/
https://www.youtube.com/watch?v=RZ0fQpU0fg8
Keddie, Nikki R. 2003. Modern Iran : Roots and Results of Revolution. Updated ed. New Haven, CT : Yale University Press.
MacFarquhar, Neil. 2026. “Revolutionary Guards Corps : Spine of a Militarized State.” New York Times. March 9.
Northeast Los Angeles Alliance for Democracy. 2025. “What Is Fascism and How to Oppose It ?”
https://www.nelafordemocracy.org/
https://drive.google.com/file/d/1rZu2ZglUA-8djuCih4dKkHHMkL7-wMyJ/view
Paxton, Robert. 2005. Anatomy of Fascism. Vintage
Sanger, David. 2025. “The Missing Chapter in Trump's Security Strategy :
Superpower Competition.” New York Times, December 8.
Ukraine Solidarity Network (U.S.). 2026. “Solidarity with the Iranian Uprising.” February 9.
https://www.ukrainesolidaritynetwork.us/solidarity-with-the-iranian-uprising/
Frieda Afary, 18 mars 2026
Frieda Afary is an Iranian American librarian, translator and author of Socialist Feminism : A New Approach (Pluto Press, 2022). She produces Iranian Progressives in Translation and Socialistfeminism.org.
https://newpol.org/the-u-s-israeli-war-with-iran-what-is-a-needed-approach-for-a-principled-socialist-left/
https://socialistfeminism.org/the-u-s-israeli-war-with-iran-what-is-a-needed-approach-for-a-principled-socialist-left/
Traduction DE
De l'autrice ;
Où mèneront les manifestations en Iran en 2026 ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/11/solidarite-avec-les-populations-en-iran/
« Nous avons besoin d'une alternative humaniste au capitalisme ». Interview de Frieda Afary pour Posle Media
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/26/nous-avons-besoin-dune-alternative-humaniste-au-capitalisme/
Qu'est-ce que le féminisme marxiste ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/20/quest-ce-que-le-feminisme-marxiste/
Tirer les leçons des manifestations à Los Angeles
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/07/10/tirer-les-lecons-des-manifestations-a-los-angeles/
Avec Farooq Sulehria
« Le régime iranien a été affaibli par la guerre, mais la répression s'est intensifiée après le cessez-le-feu. »
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/07/04/le-regime-iranien-a-ete-affaibli-par-la-guerre-mais-la-repression-sest-intensifiee-apres-le-cessez-le-feu/
Qu'est-ce que le fascisme et comment pouvons-nous y résister aux États-Unis ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/05/quest-ce-que-le-fascisme-et-comment-pouvons-nous-y-resister-aux-etats-unis/
Donner un sens à la victoire de Trump et à la résistance nécessaire
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/11/14/donner-un-sens-a-la-victoire-de-trump-et-a-la-resistance-necessaire-et-autres-textes/
L'opposition iranienne face au conflit entre Téhéran et Tel-Aviv. Entretien avec Frieda Afar
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/29/lopposition-iranienne-face-au-conflit-entre-teheran-et-tel-aviv-entretien-avec-frieda-afary/
Stop au militarisme israélien & iranien
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/08/12/stop-au-militarisme-israelien-iranien/
Iran entretien avec Frieda Afary [en deux parties]
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/10/17/iran-entretien-avec-frieda-afary-en-deux-parties/
Les syndicats iraniens dans les mobilisations
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/02/15/les-syndicats-iraniens-dans-les-mobilisations/
L'Iran manifeste contre le hijab obligatoire et la violence d'État
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/26/liran-manifeste-contre-le-hijab-obligatoire-et-la-violence-detat/
Avec Kevin Anderson : Femme, vie, liberté : les origines du soulèvement en Iran
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/12/12/femme-vie-liberte-les-origines-du-soulevement-en-iran/

Doit-on annuler des conférences ?
Voici quelques réflexions suite à mon commentaire du 17 mars sur Facebook, lequel a suscité de vives réactions et a fait couler beaucoup d'encre.
21 Mars 2026 | tiré de Métapolitiques
Pour vous mettre en contexte, j'ai commenté une publication d'un groupe d'étudiantes féministes de l'Université Laval qui revendiquait l'annulation d'une conférence organisée par un comité local du Parti québécois. Celle-ci prévoyait la venue du député Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard, qui auraient "un discours traditionaliste, discriminatoire et voir haineux que nous n'acceptons pas sur nos campus".
J'ai alors émis une critique à l'endroit de la tactique de l'annulation, en mentionnant que cela était contreproductif dans le contexte actuel, et qu'on devrait idéalement utiliser d'autres moyens pour combattre ces idées conservatrices. Mon but n'était pas de condamner moralement cette action, au nom d'un principe abstrait de liberté d'expression, mais d'en appeler à notre réflexion stratégique. J'ai alors dit :
Bref, réinventons nos méthodes pour combattre les discours conservateurs ou d'extrême droite, car les moyens utilisés dans la précédente décennie ont souvent alimenté le backlash antiwoke et le virage autoritaire que nous constatons aujourd'hui. Combattons leurs discours par d'autres moyens, afin de ne pas "s'auto-pelure-de-bananiser".
J'ai alors reçu maintes critiques venant d'ami·e·s, camarades, et personnes inconnues qui ont souligné plusieurs objections, problèmes et angles morts dans mon commentaire. Je voudrais à la fois nuancer mon propos, répondre à certains arguments qui m'ont été adressés, revenir sur certains aspects problématiques de mon intervention, tout en identifiant des pistes de réflexion pour la suite.
Le paradoxe de la tolérance et ses paramètres
Plusieurs personnes ont souligné que mon commentaire risquait de tomber dans le "paradoxe de la tolérance". Selon cet argument développé par le philosophe Karl Popper, il ne faudrait pas tolérer des propos intolérants (discriminatoires, haineux, fascistes ou anti-démocratiques), car cela risque de les normaliser et d'augmenter leur influence. Cela pourrait éventuellement contribuer à la prise du pouvoir de forces autoritaires, qui vont ensuite imposer des limites drastiques à la liberté d'expression qu'on souhaitait défendre initialement. En d'autres termes, la tolérance extrême détruit la tolérance.
Cela dit, on évoque souvent ce paradoxe sans avoir lu Karl Popper, comme si chaque propos intolérant devait être toujours combattu par la force. Or, il s'agit plutôt de réfuter l'argument de la tolérance absolue ou illimitée, afin que la liberté d'expression n'accepte pas les propos les plus extrémistes dans l'espace public. Voici une citation tirée de son livre La société ouverte et ses ennemis :
« … la tolérance illimitée ne peut que conduire à la disparition de la tolérance. Si nous accordons une tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas prêts à défendre une société tolérante contre les assauts des intolérants, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux…
Avec cette formulation, je ne veux pas dire, par exemple, que nous devrions toujours réprimer les philosophies intolérantes ; tant qu'il nous est possible de les contrer par des arguments rationnels et de les tenir en échec grâce à l'opinion publique, les interdire ne serait certainement pas judicieux.
Mais nous avons intérêt à revendiquer le droit de les réprimer si nécessaire, même par la force ; car il se peut fort bien qu'ils n'acceptent pas la confrontation d'arguments rationnels, et dénoncent d'emblée toute argumentation ; ils risquent d'interdire à leurs adeptes d'écouter toute argumentation rationnelle, parce qu'elle serait trompeuse, et de leur apprendre à répondre aux arguments en faisant usage de leurs poings ou de leurs pistolets.
Nous devons donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Nous devrions affirmer que tout mouvement prêchant l'intolérance se place hors la loi, et considérer comme criminelle l'incitation à l'intolérance et à la persécution, de la même manière que nous considérerions comme criminelle l'incitation au meurtre, à l'enlèvement, ou à la relance de la traite des esclaves.
L'argument de Popper est habile ; il évoque la nécessité de se garder des garde-fous si certains discours intolérants ne peuvent être contrecarrés par l'argumentation rationnelle. Il ne revendique pas une interdiction systématique de l'intolérance, mais plutôt le droit, sous certaines conditions, de refuser la simple délibération démocratique. Dans des cas extrêmes, le débat ne peut avoir lieu, surtout quand votre interlocuteur rejette les principes mêmes de la discussion rationnelle, et utilise des menaces, le mensonge, voire la force ou l'intimidation pour vous contraindre. Dans ces circonstances, répliquer par des contre-arguments ne vaut pas la peine, et l'usage de la force est justifié pour se défendre.
Une interprétation simpliste du paradoxe de la tolérance pourrait suggérer qu'il faut toujours interdire les discours intolérants. Popper adopte plutôt une vision nuancée : la préservation du principe de tolérance exige certaines limites sur le plan juridique, moral ou institutionnel, pour éviter des cas extrêmes qui viendraient détruire ce principe. Je le cite encore ici :
Je n'implique pas, par exemple, que nous devions toujours supprimer l'énoncé des philosophies intolérantes ; tant que nous pourrons les contrer par des arguments rationnels et les contrôler par l'opinion publique, la suppression serait très imprudente. Mais nous devons revendiquer le droit de les supprimer si nécessaire, même par la force.
De mon côté, je suis plutôt d'accord avec cette idée de Popper ; il y a des limites à la liberté d'expression, notamment en matière de discours haineux. Mais où doit-on tracer la limite ? Tout ce joue dans les limites ou les paramètres de ce qu'on entend par "discours intolérant". Si on a affaire à un groupe néonazi ou d'extrême droite décomplexé comme Atalante ou le collectif Horizon Québec Actuel, je soutiens sans problème l'idée que l'annulation d'une conférence de leur groupe soit légitime.
Mais est-ce que des personnes comme le député péquiste Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard entrent dans la catégorie des discours néofascistes, de l'extrême droite, ou encore de personnes faisant la promotion de discours haineux ? Où doit-on tracer la ligne entre le conservatisme, qui a fait partie des idées "socialement acceptables" dans le giron de la démocratie libérale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le (néo)fascisme qui menace directement les conditions de la démocratie et de la liberté d'expression ?
Le paradoxe de la tolérance est ici mis à l'épreuve de circonstances particulières, et je crois que cela exige d'exercer notre jugement. Cela veut dire qu'on ne peut pas appliquer un principe de façon directe ou universelle, mais qu'il faut tenir compte du contexte. L'argument du paradoxe de l'intolérance est valide, mais il implique aussi un calibrage, un débat démocratique sur les limites raisonnables à imposer à la liberté d'expression.
Une droite aux contours flous
Pour revenir au trio de Boissonneault, Tremblay et Beauregard, on peut les classer dans la catégorie large de la "droite". Ceux-ci s'identifient peut-être au centre-droit ou à la "droite modérée", mais j'aurais tendance à les définir comme étant carrément à droite. Or, font-ils partie de la famille de l'extrême droite pour autant ? Si on élargit trop la catégorie des discours discriminatoires, alors il faudrait interdire un très grand nombre de conférences de la droite politique, impliquant plusieurs personnes impliquées dans la CAQ, le PQ, le PCQ, etc.
Si les discours de la droite permettent effectivement de normaliser et de justifier, plus ou moins directement, une série d'inégalités et de discriminations, que ce soit en termes de classe, d'origine ethnique, de genre, de citoyenneté, etc., cela veut dit-il que la droite serait ipso facto intolérante, et donc qu'il faudrait toujours annuler leurs conférences ? Bref, où doit-on tracer la ligne ?
À mes yeux, et on peut débattre de la chose, une ligne rouge se trouve au niveau de l'extrême droite et du fascisme. Même si on sait que ces catégories ont des contours parfois flous, il ne faut pas étirer l'élastique à l'infini ; cela revient à tomber dans le piège que je critique au début de mon livre Fascisme tranquille : l'usage abusif de l'étiquette "fasciste" pour disqualifier d'emblée toute personne moindrement à droite. Je cite ici un extrait de mon livre :
À l'autre bout du spectre, nous trouvons une attitude de suspicion généralisée présente dans certains milieux de gauche, une posture à la fois radicale, hypermoralisatrice et épidermique, attribuant l'étiquette fasciste à tout phénomène moindrement conservateur, à toute réflexion soulevant des questions sur l'immigration, les modèles d'intégration, les enjeux liés au genre ou le moindre élan de fierté nationale. Tous les gens critiques du mouvement « woke » seraient ainsi des fascistes en puissance, des relents de l'extrême droite, l'accusation permettant de tracer une frontière nette entre personnes fréquentables et infréquentables. Cette posture immodérée ou polémique représente le miroir de la vision négationniste ; alors que des gens croient que l'extrême droite n'est nulle part, d'autres croient qu'elle est partout, même où on la soupçonne le moins.
Bref, des catégories comme populisme autoritaire, extrême droite ou fascisme restent valides ; mais il faut garder, malgré tout, une certaine prudence dans l'usage de ces concepts, sans quoi ils perdent de leur sens. Il existe toute une gradation des discours de droite allant du nationalisme conservateur, à la droite radicale populiste, puis à la droite extrémiste néonazie. Et le cas d'Étienne-Alexandre Beauregard est révélateur à cet égard.
Le cas particulier d'Étienne-Alexandre Beauregard
Par exemple, on sait qu'Étienne-Alexandre est un ami et protégé de Mathieu Bock-Côté, qui tient un discours national-populiste décomplexé ; mais le discours d'Étienne-Alexandre est moins radical et outrancier que son mentor. Son dernier livre Anti-civilisation critique même le populisme, tout en justifiant un conservatisme social et politique dans la lignée d'Allan Bloom.
On pourrait certes objecter qu'Étienne-Alexandre a un discours plus modéré et nuancé que celui de MBC, tout en partageant avec ce dernier une même vision, et qu'il contribue ainsi à adoucir ou à normaliser ces idées dans l'espace public. Cela est sans doute vrai, mais cela fait-il en sorte qu'Étienne-Alexandre soutient un discours haineux ou qu'il devrait être classé à d'extrême droite ?
À mon avis, il convient de faire encore des nuances dans le continuum ou le spectre de la droite. Il y a une différence entre le nationalisme conservateur (style Étienne-Alexandre Beauregard, ou le jeune Bock-Côté), qui peut ensuite basculer vers le populisme radical autoritaire (style MBC actuel, qui normalise le discours de Trump, Le Pen, Zemmour, etc.), et enfin le stade extrême de la droite, proche des suprématistes blancs ou des néofascistes décomplexés, comme Nick Fuentes aux États-Unis, ou encore le malheureux militant néonazi Quentin Deranque qui est mort à Lyon suite à une rixe le 12 février dernier.
Est-ce que toutes les personnes qui parlent de "capacité d'accueil", "d'immigration incontrôlée" ou de "laxisme législatif canadien" peuvent être automatiquement classées dans la catégorie de propos haineux, racistes et xénophobes ? Dans la famille large de la droite certes, mais encore faut-il préciser le niveau de radicalité auquel on a affaire.
Si on peut s'entendre d'un point de vue de gauche qu'il faut combattre ce genre de discours par différents moyens, quels sont les moyens légitimes ? Si on privilégie l'annulation pour ce genre de discours conservateur, alors il faudrait annuler les conférences de PSPP, de Bernard Drainville et d'Éric Duhaime dans les cégeps et les universités, et de bien d'autres figures politiques et médiatiques qui entrent dans cette catégorie. La liste serait très très longue.
La religion, entre université et agenda politique
Par ailleurs, Étienne-Alexandre travaille actuellement pour l'Institut Cardus, un think tank chrétien conservateur d'origine anglo-canadienne, qui flirte avec des positions anti-avortement, comme dans cet article de 2019 portant sur le féminisme pro-vie. Le chercheur lui-même n'a jamais soutenu une telle position, et il prétend que son organisation ne finance pas de recherche contre l'avortement. Or, l'Institut Cardus apparaît tout de même sur une liste d'organisations anti-choixselon la Abortion Rights Coalition of Canada.
Cela peut évidemment susciter des doutes en matière de défense de droits des femmes. Comme le consensus pro-choix est encore très fort au Québec, contrairement aux États-Unis et dans le Canada anglais, on peut comprendre le niveau de vigilance élevé de groupes féministes qui ne souhaitent pas que ce discours se diffuse en sol québécois, et je soutiens tout à fait cet objectif. Mais peut-on pour autant associer l'individu aux positions de son organisation ? Si c'est parfois le cas, il s'agit d'une question complexe.
Pour donner un exemple concret qui me touche personnellement, je suis professeur à l'Université Saint-Paul depuis maintenant dix ans. Il s'agit d'une université catholique relativement ouverte sur le monde, notamment depuis une quinzaine d'années, en raison du leadership de notre ancienne rectrice Chantal Beauvais, première femme et rectrice laïque à diriger l'Université Saint-Paul depuis sa création en 1848. Dans cette université, je dispose d'une pleine liberté académique, avec des professeur·e·s qui peuvent être chértiens, athées, agnostiques, musulmans, libéraux, conservateurs, féministes, marxistes, etc.
Cette université a été créée par les prêtres Oblats, qui jouent encore un rôle dans la gouvernance de l'Université. Or, cette communauté religieuse a été accusée à maintes reprises d'agressions sexuelles dans les dernières décennies, notamment sur des personnes mineures, et condamnée pour avoir contribué directement au génocide des communautés autochtones, via leur rôle dans les pensionnats à travers le Canada.
Cela veut-il dire que j'endosse personnellement ces faits et gestes, ou encore les positions politiques ou religieuses des frères Oblats ? Aucunement, et l'Université Saint-Paul elle-même a entrepris tout en travail de reconnaissance des torts subis ces dernières années, avec la mise en place de diverses mesures de réconciliation pour tenter de rétablir un minimum de justice. Dans ce cas-ci, il y a une distance entre les actions passées des Oblats qui ont eu des actions répréhensibles et criminelles dans le passé, et les professeur·e·s qui travaillent à l'Université Saint-Paul aujourd'hui.
Cela dit, l'institution dans laquelle je travaille est redevable du passé dont elle a hérité, et l'ensemble de la communauté universitaire doit garder un haut degré de vigilance pour ne pas reproduire les mêmes dynamiques oppressives qu'elle a longtemps ignorées ou acceptées tacitement.
Dans le cas de l'Institut Cardus, l'histoire est plus compliquée. Il ne s'agit pas d'une université, mais d'un think tank qui a pour mandat d'influencer les politiques publiques du pays. Un think tank a toujours une mission orientée sur le plan idéologique, et le chercheur n'a pas la même "liberté académique" que dans une université ; il doit plutôt servir un agenda politique déterminé. Cela ne veut pas dire que chaque membre d'un institut religieux travaille nécessairement dans une optique religieuse, mais que ses orientations sont influencées par les choix stratégiques de son employeur.
Le premier rapport de recherche d'Étienne-Alexandre a d'ailleurs été de justifier le système actuel d'éducation au Québec, qu'il appelle le "modèle québécois de pluralisme éducatif", qu'on appelle parfois "système à trois vitesses". Il a fait maintes sorties médiatiques pour essayer de contredire des discours plus critiques de ce système, comme celui de Christophe Allaire Sévigny qui parle de "ségrégation scolaire" dans son dernier livre Séparés mais égaux.
Jusqu'ici, on n'a pas affaire à un discours anti-avortement, chrétien fondamentaliste ou d'extrême droite, mais plutôt à une posture typiquement conservatrice et néolibérale, qui s'oppose à une vision progressiste de l'éducation. Étienne-Alexandre défend le statu quo, certes inégalitaire, au nom de la "liberté de choix", mais il ne défend pas l'évangélisation du système scolaire. On peut certes s'opposer, critiquer et combattre ces idées, mais encore une fois, on reste dans un débat gauche/droite plutôt classique.
Je ne vise pas ainsi à normaliser le discours d'Étienne-Alexandre, que je considère toujours comme un adversaire politique. Mais je crois qu'il y a une différence entre son discours et celui d'un Alexandre Cormier-Denis par exemple, et qu'il ne faut pas nécessairement utiliser les mêmes tactiques dans les deux cas. On ne combat pas un conservateur et un idéologue d'extrême droite de la même façon.
On entre ici dans le débat complexe sur la "diversité des tactiques", qui implique de se demander quelles sont les actions légitimes ou efficaces pour résister à la normalisation de tels discours, au-delà de la simple discussion démocratique.
La diversité des tactiques, et leur efficacité
En me reprochant de tolérer des discours intolérants, on suppose un faux dilemme entre deux options : 1) soit qu'on tolère des conférences conservatrices, que ce soit en restant les bras croisés ou en prônant un échange serein ; 2) soit qu'on appelle à combattre de tels discours par la force et l'annulation de l'événement. L'une prône une vision libérale (ou absolutiste) de la liberté d'expression, où toute idée intolérante doit toujours être combattue par l'argumentation rationnelle, alors que l'autre considère que toute idée moindrement intolérante doit être interdite par différents moyens coercitifs.
En réalité, entre ces deux positions extrêmes, il existe tout un spectre d'actions possibles. À titre de rappel, la diversité des tactiques est devenue un principe central des mouvements sociaux depuis les années 1990. Selon Wikipédia :
La diversité des tactiques est une pratique stratégique des mouvements sociaux qui consiste à utiliser périodiquement la force à des fins perturbatrices ou défensives, en dépassant les limites de la stricte non-violence, mais en s'arrêtant avant une militarisation totale. Elle a pour but de trouver la stratégie de désobéissance civile la plus efficace pour obtenir des changements sociaux. La diversité des tactiques peut utiliser des méthodes non violentes, la résistance armée ou une gamme de méthodes intermédiaires en fonction du niveau de répression auquel le mouvement fait face.
Pour revenir au cas de la conférence à l'Université Laval, voici diverses possibilités qui me sont venues en tête : dénonciation de l'événement sur les médias sociaux ; mobilisation pour remplir une salle pour poser des questions difficiles et répliquer au discours des adversaires ; actions directes pour perturber la tenue de l'événement ; surveillance et enregistrement des propos tenus durant la conférence, suivi de répliques dans une optique de créer des contre-discours dans l'espace public, etc.
Je ne prône ici aucune de ces tactiques précises. À titre de rappel, nos moyens d'action doivent s'adapter au contexte spécifique d'un événement, à la nature de nos interlocuteurs, à l'évaluation du rapport de forces dans la conjoncture actuelle, à un calcul coûts/bénéfices visant à générer un maximum d'impact et à minimiser les risques pour les gens qui commettent ces actions, mais aussi pour les personnes impliquées (in)directement par celles-ci.
Mon but est seulement de montrer qu'il existe plusieurs façons de ne pas "tolérer" des discours potentiellement intolérants, ou de combattre des idées conservatrices, que ce soit par la confrontation des idées, ou des moyens plus conflictuels, qui ne passent pas nécessairement par l'annulation ou la violence physique. Bref, je crois que la gauche en général doit faire preuve d'imagination pour mieux résister, être imprévisible et déjouer nos adversaires, au lieu d'utiliser des moyens prévisibles que les forces dominantes peuvent facilement neutraliser.
Dans le livre Joyeux Bordel : tactiques, principes et théories pour faire la révolution écrit par Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell, les auteurs donnent une série d'idées et d'exemples de tactiques pour élargir notre répertoire d'action collective : canular, flash mob, occupation, perturbation créatrive, théâtre invisible, intervention préfigurative, etc. Quelles tactiques ou combinaison d'actions devrait-on privilégier dans le cadre de cette conférence du PQ ?
À vrai dire, je ne le sais pas, et je ne suis pas la personne la mieux placée pour répondre. Et c'est sur ce point que la plupart des critiques à gauche ou dans les rangs féministes m'ont été adressées : quelle est la légitimité pour me prononcer, en tant que professeur d'université, homme blanc et relativement privilégié, pour dire quelle action militante est acceptable ou condamnable pour s'opposer à la droite nationaliste ? Et cette question se pose d'emblée dans un contexte où la demande d'annulation vient d'un groupe d'étudiantes féministes.
Une question de légitimité
En gros, je ne peux ignorer ici qu'il y a des enjeux liés à ma position sociale, à ma perspective située qui n'est pas celle des étudiantes féministes militant dans une autre université. Cela implique donc des angles morts de mon côté. À titre d'exemple, je cite un des commentaires qui m'a été transmis sur Facebook :
J'aime beaucoup tes réflexions habituellement Jonathan Durand Folco, mais là je trouve ça limite condescendant envers ces militant.e.s... où est la solidarité et le respect pour la diversité des tactiques ? On peut bien parler efficacité de nos stratégies, mais il y a des endroits et des façons de le faire.
En effet, le respect du principe de diversité des tactiques implique généralement d'éviter de condamner moralement dans l'espace public des tactiques que l'on juge peu efficaces, nuisibles ou contraires à nos convictions. Cela ne veut pas dire qu'il est impossible de débattre sur l'efficacité et la légitimité de nos actions, mais il est préférable d'avoir ce genre de discussions à l'interne, dans une perspective de critique constructive, plutôt que de "laver son linge sale en public". J'entends cet argument, et il est valide à mes yeux, même si le débat public sur nos tactiques et stratégies peut aussi avoir son utilité.
Ensuite, sur les manières de le faire, je crois aussi que mon commentaire était un peu dur. Je mentionnais que "l'idée d'annuler leur conférence me semble une bien mauvaise idée", que cela consistait à "s'auto-pelure-de-bananiser", et j'ai même écrit de façon un peu méprisante sous l'un des commentaires de ma publication que je trouvais cette idée "stupide". J'ai d'ailleurs modifié mon commentaire pour enlever le mot "stupide", qui était de trop et déplacé. Ce n'est pas dans mon habitude, car j'essaie d'écrire de façon posée, critique et nuancée. Mais devant le déferlement de commentaires, j'ai écrit de manière irréfléchie sous le coup de la colère et l'exaspération.
Après avoir écrit mon commentaire de façon plutôt impulsive le 17 mars dernier, sans avoir réfléchi longuement aux impacts d'une telle prise de parole, j'ai aussitôt eu un doute. Une amie féministe dormant chez moi ce soir-là m'a d'ailleurs fait remarquer que même si elle était plutôt d'accord avec moi sur le fond, c'est-à-dire avec le fait que l'annulation n'était peut-être pas la meilleure tactique pour résister à cette conférence précise, ma prise de parole était trop expéditive.
Je me prononçais, comme professeur dans une université en Ontario, sur la justesse d'une tactique adoptée par un groupe d'étudiantes féministes à l'Université Laval, sans connaître tout le contexte. Une foule de commentaires sous ma publication allaient dans la même direction, et je me suis alors dit : "oui c'est vrai, vaut mieux parfois tourner sa langue sept fois avant de parler".
Cela ne veut pas dire qu'il faille systématiquement soutenir toute action de n'importe quel groupe militant progressiste, du simple fait qu'il soit mené par les premières personnes concernées. Cela ne veut pas dire non plus qu'aucun homme ne peut commenter les actions ou revendications d'un groupe féministe, ou inversement. Mais il y a des façons, des lieux et des manières pour le faire adéquatement, de façon intelligente et constructive.
Somme toute, je crois qu'il faut se poser diverses questions pour ne pas condamner moralement, de façon abrupte, des tactiques que l'on juge peu pertinentes pour mener la résistance. On peut en débattre, c'est essentiel, mais il faut essayer d'éviter le piège du "gérant d'estrade", dans lequel on peut facilement tomber. Sur ce point, je m'excuse du ton et du caractère expéditif de mes propos, même si cela a eu le mérite, indirectement, de nourrir un débat stratégique dont la gauche a besoin à mon avis.
Le groupe d'étudiantes féministes de l'Université Laval peut s'organiser comme il le souhaite, je ne souhaite pas dicter leurs actions, et je ne connais pas le contexte précis de cette institution en 2026, même si j'ai été étudiant en philosophie là-bas de 2009 à 2016.
Or, pourquoi ai-je commenté si rapidement cette controverse sur l'annulation d'une conférence de la droite nationaliste à l'Université Laval ? Je me suis posé la question, et j'ai réalisé que je me sentais vivement concerné par cet enjeu. En tant que professeur d'université, un événement similaire aurait pu se produire dans les murs de ma propre université. J'aurais sans doute réagi différemment cela dit, en essayant plutôt de contacter les personnes concernées, plutôt que de m'exprimer publiquement en mode call-out ou dénonciation.
À mon avis, l'annulation de conférences de droite ou d'extrême droite touche la question complexe des limites de la liberté d'expression évoquée plus haut, mais aussi la communauté universtaire dans son ensemble, ainsi que les dynamiques sociales plus larges dans l'espace médiatique et la sphère politique.
Le backlash est déjà là, et il s'intensifie
Pour le dire rapidement, je crains sérieusement les répercussions de tels événements sur la vie universitaire à moyen terme, surtout si le Parti québécois prend le pouvoir aux prochaines élections. Rappelons que PSPP a nommé à quelques reprises les professeurs d'université comme des vecteurs du "wokisme" en les prenant pour cible, qu'il s'inquiète des idéologies de la gauche radicale à l'école, et que le PQ entend serrer la vis sur la violence en milieu scolaire, avec des sanctions plus sévères, ce qui pourrait inclure des incidents du genre.
En toute honnêteté, j'ai peur que le Québec s'inscrive dans la trajectoire des États-Unis et de l'Alberta qui ont commencé à "serrer la vis" contre tout ce qui est moindrement de gauche dans les universités. Le cas le plus flagrant d'un tel backlash se trouve chez nos voisins du Sud. Après de nombreux débats sur la liberté d'expression et l'annulation de conférences sur les campus américains dans les années 2010, plusieurs États (dont la Floride et le Texas) ont multiplié les lois et règlements visant les lieux d'enseignement : retrait de cours sur le genre, bannissement de livres sur la diversité sexuelle, interdiction d'enseigner des "idéologies" en classe, surveillance accrue des professeur·e·s d'université, suppression de la permanence (tenure) pour les profs, etc.
Quand Trump a commencé son deuxième mandat, il a carrément supprimé les mesures EDI, censuré la recherche scientifique, interdit des centaines de mots des sites gouvernementaux, définancé des universités jugées trop "wokes", alors que la droite conservatrice se vantait de défendre la "liberté d'expression". C'était le monde à l'envers, ou plutôt la cancel culture de la droite réactionnaire.
En Alberta, la première ministre Danielle Smith a utilisé la clause dérogatoire en 2025 pour adopter des lois anti-trans : empêcher les élèves de changer de nom ou pronom à l'école, interdire aux filles transgenres de participer à des sports amateurs féminins, et limiter les services de santé liés à l'affirmation de genre. L'année dernière, le Conseil scolaire public d'Edmonton avait publié une liste de 200 livres à bannir, incluant certains classiques tels que La servante écarlate de Margaret Atwood. Après un léger réajustement, 103 livres ont été retirés des écoles de conseils scolaires d'Edmonton et de Calgary.
Le problème, c'est que cette vague de droite autoritaire s'abat aussi sur le Québec, bien que nous soyons légèrement "en retard" comparativement à l'Alberta et aux États-Unis. Si on regarde l'actuelle droitisation du PQ et de la société québécoise, nous risquons d'être les prochains sur la liste.
Mais qu'on me comprenne bien ici : je ne veux pas dire que la montée de la droite et du populisme autoritaire soit causée par des actions de groupes militantes ou de quelques annulations de conférences ici et là, comme si le "wokisme" était le premier responsable de la montée de la droite nationaliste. Ce récit conservateur ne tient pas la route d'un point de vue factuel, car ces actions de résistance face à la droite nationaliste surviennent précisément dans un contexte de montée mondiale de l'autoritarisme.
Cela dit, la droite conservatrice nous voit venir, et des actions prévisibles comme des demandes d'annulation de conférences sont vite récupérées pour disqualifier ces groupes miliants, voire à appeler à les combattre plus intensément. Les anti-wokes raffolent de ce genre de micro-controverses, et ont déjà un playbook pour amplifier ce genre de scandales, pour les transformer en paniques morales. En gros, c'est leur gagne-pain, un modèle d'affaires. On n'a qu'à penser au déferlement de chroniques dans l'écosystème Québecor, dont la chronique de Bock-Côté intitulée La gauche intolérante rêve de censure contre les jeunes péquistes à l'Université Laval. Tout cela était écrit dans le ciel.
Dans ce genre de controverses, la droite en profite pour amplifier la portée de tels événements, comme s'ils étaient l'illustration d'une hégémonie de la gauche radicale dans les campus universitaires, tout en ciblant, sans les nommer, des "idéologues" (comme moi ?) qui alimenteraient de telles actions :
La gauche radicale demeure hégémonique sur les campus, et partout où elle règne, elle impose sa culture de l'annulation, en mélangeant terreur morale et intimidation idéologique, quand elle ne va pas jusqu'à la violence physique, comme on l'a vu sur de nombreux campus occidentaux ces dernières années. Cette gauche radicale, au Québec, est soutenue par quelques idéologues de gauche qui s'agitent sur les réseaux sociaux, surtout Facebook, et qui enferment ceux qui les suivent dans un univers parallèle, où ils se prennent pour de vaillants résistants contre une extrême droite québécoise pourtant fantomatique.
Dans ce contexte, le PQ pourrait profiter de cet incident pour à la fois mousser la popularité de son événement, mais aussi se servir de cette controverse comme d'un exemple concret visant à justifier de nouvelles législations dans le domaine de l'éducation. J'envisage ici l'éventualité où un gouvernement péquiste pourrait décider de "serrer la vis" contre la gauche radicale et aux wokes sur les campus. Est-ce que ce sera le cas ? J'en ai aucune idée, mais le risque est bien réel.
Comment sortir de ce pétrin ?
Sérieusement, je ne sais pas sortir de cette situation, je n'ai pas de recette magique à prescrire. Une intuition qui me vient en tête est qu'on ne combat pas un discours conservateur avec les mêmes méthodes que l'on combat un groupe néofasciste.
Dire qu'il ne faut pas débattre avec l'extrême droite mais la combattre est valide en principe ; mais dire qu'il ne faut pas débattre avec la droite et utiliser les mêmes méthodes m'apparait comme un glissement parsemé d'embûches. Cela vaut autant sur le plan de la légitimité démocratique (et donc de l'opinion publique qui va se braquer contre ces méthodes), que pour l'efficacité de nos actions, en donnant davantage de pouvoir à nos adversaires qu'on souhaite combattre. Que faire dans ce cas ? Je me pose personnellement plusieurs questions, et je crois que les milieux de la gauche doivent réfléchir activement à ce genre d'enjeux stratégiques.
Par ailleurs, j'aimerais terminer en disant que je ne suis pas contre la tactique de l'annulation d'événements en général. Celle-ci peut s'avérer utile dans certains contextes, et contreproductive dans d'autres. Si cette tactique a eu le vent dans les voiles dans la dernière décennie, elle est plus ancienne, comme le rappelle le militant Jaouad Laaroussi dans un commentaire Facebook que je partage ici :
Pourtant l'histoire du féminisme au Québec a été jalonnée d'actions d'éclat contre la parole hégémonique des hommes dans l'espace public prenant la forme d'actions visant à annuler des conférences. Si on se rappelle souvent de la marche "du pain et des roses" en 1995, on oublie qu'elle a été précédée quelques mois avant d'une manifestation pour faire “annuler” une conférence de Human Life International (un groupe religieux anti-avortement) qui a regroupé des milliers de personnes à Montréal. Au début des années 2000, le mouvement féministe a organisé à deux autres reprises des manifestations pour dénoncer et perturber des événements anti-féministe. Au printemps 2005, une manifestation est organisée contre le colloque masculiniste "parole d'homme" et à l'automne de la même année une autre mobilisation à l'appel de la coalition "avortons leur congrès" a pour objectif de faire “annuler” un congrès anti-avortement. Les actions de perturbation à l'égard de la prise de parole groupes masculinistes et réactionnaires a toujours été au coeur des tactiques du mouvement féministe et ne sont pas le produit d'un néo-féminisme ou du wokisme mais de la conflictualité propre à la prise de parole dans un espace public inégalitaire.
Ce rappel historique est essentiel, notamment pour éviter l'erreur d'une pensée abstraite et non-contextuelle, comme si tel ou tel moyen d'action était valable ou condamnable en tout temps. Or, si je crois personnellement que l'annulation d'un congrès anti-avortement est une bonne tactique, tout comme l'annulation d'événements néofascistes, qu'en est-il de l'annulation d'un événement du PQ alors qu'il est aux portes du pouvoir ? S'il apparaît bon d'empêcher la tenue d'événements intolérants alors qu'ils sont encore marginaux dans l'espace public, afin d'éviter leur diffusion, que doit-on faire quand il s'agit le discours d'une droite nationaliste qui est déjà hégémonique dans la société ?
Encore une fois, je n'ai pas de réponse, et je vais arrêter de faire le gérant d'estrade ici. Chaque groupe militant peut s'organiser comme il veut, mais il faudra aussi créer des stratégies qui dépassent la simple diversité des tactiques. Comment lutter contre la droite nationaliste ? Comment empêcher la radicalisation en cours, où un populisme de plus en plus décomplexé qui déferle dans l'espace public ?
Cette question me hante, et c'est précisément celle qui anime les réflexions de ce blogue Métapolitiques.
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Pour sortir PSPP et le PQ de l’ornière MBC
Au fond, je veux simplement dire que je partage l'avis ou plus précisément l'inquiétude de maints commentateurs, dont les excellents confrères de L'aut'journal Mohamed Lotfi et Pierre Sormany, sur une certaine dérive droitière apparemment en cours au Parti québécois.
16 mars 2026 | tiré de l'Aut'Journal
Le chef, Paul St-Pierre Plamondon, semble être plus ou moins tombé sous l'influence de Mathieu Bock-Côté. Pour sa défense, on dira qu'il a rappelé que le PQ ne se livre aucunement au dénigrement des immigrés, ce qui est vrai et tant mieux (il ne manquerait plus que ça !). Il a même annoncé que le PQ allait avoir plusieurs candidats issus de l'immigration. Ça aussi, c'est tant mieux, mais on verra.
Or, le problème, à mon sens, c'est que, quand il parle d'immigration, c'est toujours de façon plutôt négative et, surtout, un peu ou même pas mal comme le ferait un politicien européen, auquel cas forcément de droite. Il donne ainsi l'impression que, pour lui, l'immigration est un problème en soi. Par exemple, il hésite à peine à y voir la cause principale de la crise du logement. Ce n'est pourtant pas la faute des immigrants si, depuis bon nombre d'années, on construit de moins en moins d'habitations à loyer modique (HLM) et de plus en plus de luxueuses tours à condos.
Jamais (ou alors très rarement) PSPP ne rappelle que c'est plutôt le contexte dans lequel le Québec reçoit des immigrants qui, aujourd'hui comme depuis 1760, constitue un problème. On aura beau se gargariser en parlant du Québec comme d'un « presque-pays », il n'en reste pas moins que, tant que l'indépendance n'est pas faite, les immigrants arrivent dans un pays majoritairement anglophone et dans une ville, Montréal, où les opulentes institutions de langue anglaise, à commencer par McGill, exercent toujours une attraction disproportionnée. Difficile, et même impossible, dans les circonstances, d'en vouloir à ceux d'entre eux qui, malgré certains progrès, continuent de succomber davantage à la culture anglo-américaine qu'à la nôtre.
Il ne convient donc pas de parler d'immigration au Québec sans constamment évoquer notre situation toute particulière, celle d'un peuple colonisé qui, pour ce qui est de l'intégration des nouveaux venus sur son territoire, subit une concurrence comme peu d'autres peuples en connaissent encore.
Un couple d'immigrants péruviens s'installe à Paris. Personne là-bas (pas même les cons d'extrême droite) ne craint ou même n'imagine que, sous l'influence du principal voisin de la France, les enfants ou petits-enfants de ce couple n'y deviennent Allemands de langue et de culture. En revanche, à Montréal, l'anglo-américanisation de ces mêmes enfants et petits-enfants, d'origine péruvienne ou autre, n'a rien d'une hypothèse farfelue, ça demeure au contraire une éventualité des plus sérieuses, hélas conforme à notre expérience historique.
En gardant le silence là-dessus, PSPP donne donc l'impression que, pour lui, ce sont les cultures des pays d'où viennent les immigrants qui menaceraient la nôtre. Un peu comme MBC, qui craint la « désoccidentalisation » du Canada, Québec inclus. Là, non seulement on contribue à alimenter des préjugés, mais, pire encore, on frôle le crétinisme, voire on y sombre corps et biens ! Venant du Parti conservateur d'Éric Duhaime, on en rirait presque, tant ce serait prévisible. Mais venant du PQ, il y a plutôt de quoi en pleurer de rage, tant c'est indigne de lui et de son histoire.
En plus de s'éloigner de MBC, PSPP (qui n'a pas toujours eu une réputation de réactionnaire, il me semble) devrait donc, dans les plus brefs délais, y aller de quelques déclarations qui clarifieraient les choses et montreraient que le PQ ne s'enfonce dans aucune ornière :
1) L'immigration n'est pas et n'a jamais été un problème pour le Québec. Ce qui est un problème, c'est le contexte dans lequel nous recevons les immigrants. Contexte politique surtout, mais aussi socio-économique (des entreprises québécoises qui deviennent ontariennes ou américaines, ça n'aide pas).
2) Les cultures des pays d'où viennent les immigrants ne sont en rien une menace à la culture québécoise. L'attachement qu'ont pour elles les immigrés et leur progéniture est naturel, normal, humain, légitime, en plus d'être susceptible de contribuer à l'élévation du niveau de notre culture générale. Dans un contexte normal, tous les citoyens d'un pays, graduellement, au bout de quelques générations, finissent par partager une même culture, la culture nationale, sans pour autant que celle-ci soit leur seule et unique référence. Ce ne serait certes pas promouvoir notre culture nationale que d'en faire une sorte de prison mentale pour qui que ce soit. Bien au contraire, ça risquerait même de l'achever.
3) Les migrants souvent sans-papiers qui, aujourd'hui, partent en nombre accru des pays du sud et montent au nord, rappellent les nombreux Québécois du XIXe siècle (ou Canadiens français à l'époque) qui, en sens inverse, ont dû quitter le Québec pour, surtout, la Nouvelle-Angleterre. Ils réagissent de la même manière aux mêmes causes, principalement l'exploitation des ressources naturelles de leur pays natal par des puissances capitalistes étrangères, souvent les mêmes. Nous ne saurions donc parler d'eux froidement, sans sympathie ni solidarité. C'est à l'exploitation impérialiste dont ils sont victimes qu'il faut mettre fin et un Québec enfin indépendant ajouterait sa voix à celles des peuples qui déjà plaident en ce sens.
Voilà, à mon sens, les trois principaux ajustements que le PQ, sous la houlette de PSPP, aurait intérêt à apporter, le plus tôt possible, à son discours. Cela rassurerait les indépendantistes qui tiennent à ce que leur mouvement garde la noblesse qui l'anime et le caractérise depuis toujours. De plus, cela éviterait la perte de tout espoir d'un progrès substantiel de l'appui à l'indépendance au sein des minorités issues de l'immigration. Un tel progrès n'a jamais été certain, non. Mais, plus le temps passe, plus il devient nécessaire. Du reste, à l'heure où l'Anglo-Amérique, à l'ouest comme au sud du Québec, montre plus que jamais qu'elle n'a guère de leçons d'ouverture à donner, il y a peut-être bien une chance que l'attraction qu'elle a toujours exercée à nos dépens commence à s'effriter, au moins quelque peu. Cette chance, ne soyons pas assez bêtes pour la négliger, la bouder, la louper.
Fier de sa culture et de son histoire quadri-séculaire, même si celle-ci, comme n'importe quelle autre, ne fut pas toujours épique et peut avoir des zones d'ombre, le Québec souhaite être aimé de tous les humains qu'il accueille. C'est dire qu'il espère trouver une place dans leur cœur. Une place, dis-je. Pas toute la place, non. Une place, une place de choix, une place de qualité, une place, surtout, dont la valeur ne se mesure pas à l'étendue, mais à la solidité.
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Résistance contre l’extrême droite et le fascisme
avec Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise (LFI)
et d'autres invité·es
31 mars, 19 h
Salle Pierre-Mercure, 300 Boul. de Maisonneuve E., Montréal
Partout sur la planète, avec une ferveur renouvelée, l'extrême droite avance, piétine les droits les plus fondamentaux en introduisant des politiques qui marginalisent, excluent et nourrissent la peur et le mépris des minorités et des personnes migrantes et immigrantes. Comme les dernières convulsions d'un monde en perdition, les crises se multiplient et se conjuguent, les tensions impérialistes s'intensifient et le droit international continue de s'effriter.
Depuis le début du génocide à Gaza en 2023, les mouvements pour les droits du peuple palestinien ont été au cœur de la mobilisation citoyenne internationale contre le fascisme, donnant lieu à de nouvelles formes de résistances qui s'inscrivent dans une histoire plus large d'inégalités, de colonialisme et d'impérialisme.
Lors de cette conférence animée par Nimâ Machouf, Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise, discutera de l'importance de la convergence des luttes et de la solidarité internationale pour contrecarrer le fascisme, en insistant sur le rôle central que jouent les mouvements pour la libération de la Palestine.
Femme politique et juriste française née dans le camp de réfugié·es palestiniens de Neirab en Syrie, Rima Hassan a fondé, en 2019, l'Observatoire des camps de réfugiés, une organisation non gouvernementale consacrée à la protection des camps de réfugiés dans le monde. En août dernier, elle participait à la flottille chargée d'aide humanitaire partie de Barcelone en direction de Gaza (Global Sumud Flotilla) qui a été interceptée par les forces israéliennes d'occupation.

Le refus de condamner la guerre illégale américano-israélienne contre l’Iran met à nu l’hypocrisie du premier ministre canadien, pourtant chantre de « l’ordre fondé sur des règles »
Les paroles percutantes de Mark Carney à Davos sonnent désormais creux alors qu'il ne parvient pas à tenir tête aux États-Unis et à Israël après leur attaque illégale contre l'Iran.
16 mars 2026 | Photo : À Minab (Iran), le 5 mars. L'école primaire de filles a été touchée le 28 février par des frappes aériennes. Stringer / Anadolu via AFP
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/refusal-to-condemn-us-israeli-illegal-war-on-iran-shows-the-hypocrisy-of-canadas-rules-based-pm/
Dans le jugement final du Tribunal militaire international de Nuremberg en 1946, les puissances alliées ont rendu un verdict qui résonne encore comme le socle du droit international moderne : « Déclencher une guerre d'agression… n'est pas seulement un crime international ; c'est le crime international suprême, qui ne diffère des autres crimes de guerre qu'en ce qu'il contient en lui-même le mal accumulé de l'ensemble. »
Ce crime international suprême est commis en ce moment même, en temps réel, par les États-Unis et Israël. Le 28 février, ces deux puissances hors-la-loi ont lancé une attaque non provoquée et injustifiée contre le territoire souverain de l'Iran. Alors que les missiles et les bombes s'abattaient, l'une des cibles touchées dès le premier jour fut une école primaire de filles à Minab, massacrant au moins 165 écolières innocentes. Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a également été assassiné, ainsi que plusieurs hauts responsables du régime. Les infrastructures civiles, notamment les dépôts pétroliers, ont été réduites en cendres ; plus de 1 300 personnes ont été tuées à ce jour et plus de 17 000 ont été blessées. Il ne s'agissait pas d'un acte de légitime défense, mais bien d'une agression caractérisée — le crime même que le Tribunal de Nuremberg avait qualifié de mal suprême.
L'histoire du régime iranien actuel n'est pas reluisante. Oui, il a été brutal : il écrase les manifestants, opprime les femmes, emprisonne et torture les dissidents. Cela mérite une condamnation sans équivoque. Mais la brutalité intérieure de l'Iran n'autorise pas d'autres nations à bombarder un État souverain pour le soumettre. L'État de droit n'est pas un buffet. On ne peut pas choisir à la carte quand il s'applique selon le régime que l'on n'aime pas.
C'est pourtant exactement ce que fait Mark Carney. Le premier ministre du Canada a refusé — catégoriquement — d'appeler cette agression par son nom. Il a lancé de tièdes appels à la « retenue » tout en se gardant soigneusement de condamner les deux nations qui ont allumé cet incendie. Il a même exprimé son soutien aux frappes, les présentant comme nécessaires pour empêcher l'Iran d'acquérir des armes nucléaires. La réalité, confirmée par des sources anonymes du renseignement américain, l'Agence internationale de l'énergie atomique et des experts indépendants, est que l'Iran n'était nullement proche d'une arme nucléaire opérationnelle. Aucune menace imminente n'existait. La diplomatie progressait. Les négociations étaient constructives. Puis vinrent les missiles.
Quelques semaines seulement avant l'attaque, Carney s'était rendu au Forum économique mondialde Davos pour y prononcer un discours grandiloquent sur la nécessité pour les « petites nations » de s'unir afin de défendre le droit international, la souveraineté et l'ordre fondé sur des règles. Il avait plaidé avec passion pour que les puissances moyennes défendent l'intégrité territoriale et rejettent la loi de la jungle. À quoi servait donc ce discours s'il cautionner aujourd'hui la chose même qu'il dénonçait ? N'était-ce que de la rhétorique creuse destinée à épater les élites de Davos, tandis qu'il soutenait discrètement les violations mêmes qu'il prétendait combattre en janvier ?
Si le Canada croit véritablement au droit international, pourquoi ce silence lâche quand les acteurs les plus puissants du monde le mettent à feu et à sang ? La question exige une réponse. Carney n'est-il intéressé à défendre le droit international que lorsque cela sert le Canada et ses alliés ? Ou est-il attaché à la souveraineté territoriale de toutes les nations — alliées comme adversaires ?
La réaction initiale de Carney à cette nouvelle guerre crie à l'application sélective. Le Canada était parmi les voix les plus fortes pour condamner l'invasion russe de l'Ukraine comme une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Des sanctions furent imposées au milieu de discours empreints d'indignation. L'« ordre fondé sur des règles » devint un mantra. Pourtant, lorsque les États-Unis et Israël lancent une guerre d'agression illégale contre l'Iran — bombardant des sites civils, assassinant des dirigeants et embrasant une région entière — le Canada offre, au mieux, un soutien « avec regrets », et au pire, une volte-face. Aucune exigence de responsabilité, seulement des platitudes sur la diplomatie pendant que des innocents meurent.
Des experts internationaux dénoncent ce double standard grotesque. Le Rapporteur spécial de l'ONU, Ben Saul, a déclaré sans ambages que les frappes américano-israéliennes « semblent enfreindre l'interdiction d'agression prévue par la Charte des Nations Unies » et sont dépourvues de toute justification juridique valable.
Yusra Suedi, professeure adjointe de droit international à l'Université de Manchester, avertit que les attaques constituent un crime d'agression et exposent la « fragilité qui se désagrège » du droit international — précisément la même fragilité que l'Occident avait soulignée lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, mais qu'il ignore commodément lorsqu'il s'agit de ses propres alliés.
Un article d'Al Jazeera a caractérisé les attaques en ces termes : « Le recours à la force militaire aveugle a contribué à un sentiment d'impunité pour les États puissants et a dégradé le système du droit international. »
Le Centre mondial pour la responsabilité de protéger a documenté la tendance — une condamnation rapide et unanime des actions de la Russie en Ukraine, contrastant avec des excuses, un silence ou un soutien ouvert à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, Gaza, le Liban et au-delà.
Les principaux bénéficiaires du mépris de Washington pour la Charte des Nations Unies sont précisément les acteurs que l'Occident prétend combattre — la Russie, désormais enhardi en Ukraine, et la Chine, qui attend son heure à propos de Taïwan. Le message adressé au monde est clair : le droit international est une arme à brandir contre les adversaires, jamais contre nous-mêmes.
Au lieu de faire preuve d'un leadership de principe, Carney a affiché une hypocrisie éhontée qui déshonore la réputation internationale du Canada. Cela n'est pas surprenant compte tenu du refus de son gouvernement de reconnaître les actions d'Israël à Gaza comme un génocide, malgré les preuves accablantes et les conclusions explicites d'Amnesty International, Human Rights Watch, B'Tselem, Médecins Sans Frontières, l'Association internationale des chercheurs sur le génocide, l'ONU et de nombreuses autres organisations internationales respectées. Au lieu de cela, le Canada continue de s'allier à des nations commettant les crimes internationaux les plus graves et de les protéger politiquement, tandis que l'Iran brûle et que son peuple souffre.
En soutenant — ou au moins en refusant de condamner — cette guerre d'agression, Carney a aligné le Canada sur les forces mêmes qu'il critiquait à Davos, celles qui ignorent l'État de droit, sèment le chaos et la souffrance, pendant que leurs victimes enterrent leurs morts. Nous étions censés avoir laissé cette ère derrière nous après 1945. Et pourtant, nous voici de retour à la loi de la jungle.
Les frappes ont été lancées alors que les négociations sur le programme nucléaire iranien progressaient, selon des informations concordantes. L'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran— négocié sous Barack Obama — fonctionnait jusqu'à ce que Trump le déchire à la demande de Netanyahu. Carney le sait, et pourtant il appelle à la « retenue » maintenant que le génie est sorti de la bouteille. Il condamne les représailles iraniennes mais refuse de nommer les agresseurs originels. Pourquoi ?
Parce que la cohérence exigerait que le Canada prenne position par principe contre de puissants alliés. Parce qu'admettre que l'attaque contre l'Iran viole la Charte des Nations Unies exposerait l'hypocrisie. Parce que la vision tant vantée de Carney à Davos est un théâtre de pose, non destiné à s'appliquer aux crimes des alliés.
Le Canada ne peut prétendre à une autorité morale quand notre premier ministre se dérobe à l'évidence — l'assaut américano-israélien contre l'Iran est illégal, dangereux et constitue une violation directe de la Charte des Nations Unies et de la souveraineté territoriale d'un État membre. Le refus de Carney de le condamner révèle exactement où se situent ses véritables engagements — du côté du pouvoir et des alliances, plutôt que des principes.
Le monde observe. Les petites nations — celles-là mêmes que Carney prétendait défendre à Davos — en prennent note. Si le Canada ne défend pas les règles quand cela compte le plus, face aux violations des plus puissants, alors les paroles de Carney ne valaient rien. Le droit international s'applique à tous, ou il ne s'applique à personne. La honte lui appartient — et à chaque Canadien qui croit encore que son gouvernement représente quelque chose de plus que de l'hypocrisie sélective.
La voie vers l'avenir est l'anarchie à moins que des dirigeants comme Carney ne trouvent le courage de dire la vérité aux puissants — en commençant par nommer le crime suprême pour ce qu'il est. D'ici là, son discours de Davos restera comme un monument à la rhétorique creuse et à la faillite morale.
*Note de la rédaction, 17 mars 2026 : Cet article a été corrigé pour indiquer qu'une citation attribuée à Rebecca Inger était en réalité tirée d'un article d'Al Jazeera.*

Budget 2026 : le Québec s’engage de plain-pied dans l’austérité
Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd'hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l'incertitude économique à l'échelle internationale et la tenue prochaine d'élections. Un contexte préélectoral qui donne lieu à une pléthore de petites mesures qui laissent croire que le gouvernement est à l'écoute des préoccupations de la population québécoise. Elles illustrent toutefois son incapacité à remédier aux crises que traverse le Québec, faute d'une approche structurante et d'un renforcement des missions sociales de l'État.
18 mars 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS
Le gouvernement se vante d'avoir remis de l'argent dans les poches des Québécoises et des Québécois, mais les montants dont il se prive en raison de la baisse d'impôt de 2023-2024 et de l'uniformisation de la taxe scolaire depuis 2018-2019 privent le gouvernement de 3,0G$ en 2026-2027 seulement. Un manque à gagner qui fragilise davantage les services publics dont dépend la qualité de vie de la population québécoise.
Cadre budgétaire
Il y a un an, lors de la présentation du plan de retour à l'équilibre budgétaire, plusieurs observateurs étaient frappés de voir la diminution drastique des dépenses qu'il faudrait concrétiser pour atteindre l'objectif d'une résorption du déficit pour l'année 2029-2030. Or, cette année, malgré l'approche de l'échéance électorale et le saupoudrage de mesures, le gouvernement suit bel et bien le plan qu'il avait annoncé et s'engage dans une phase de coupes budgétaires importantes.
Certes, le budget de la santé et des services sociaux (+4,1 %) est tout juste suffisant pour couvrir l'augmentation des coûts du système (estimée par l'IRIS à 4 %). Mais la hausse de 2,4% des dépenses en éducation est insuffisante puisque l'augmentation requise était de 3,8 %.
De façon beaucoup plus drastique, le budget de tous les autres portefeuilles (hors santé et éducation) diminuera de 1,2 % alors qu'il aurait fallu l'augmenter de 2,3 % pour couvrir les coûts du système. En somme, les dépenses de programme du gouvernement québécois augmenteront de 1,6 % alors qu'on aurait eu besoin de 3,2 % pour absorber les coûts du système. Le manque à gagner qui correspond à la différence entre les deux chiffres s'élève à 2,6 G$. Le Québec est en austérité.
Le graphique suivant, qui apparaît à la page F.67 du plan budgétaire, montre la réduction drastique des dépenses que concrétise le gouvernement québécois dans l'exercice budgétaire qui s'amorcera le 1er avril.
Non seulement le gouvernement québécois s'engage à tête baissée dans l'austérité, il le fait même si les finances publiques ont bénéficié d'une embellie considérable au terme de l'exercice budgétaire qui se termine. En effet, lors du dépôt du précédent budget il y a un an, le gouvernement prévoyait enregistrer un déficit comptable de 11,4 G$ en 2025-2026 (1,8 % du PIB). Les chiffres révisés annoncent plutôt un déficit de 7,7 G$ (1,2 % du PIB).
Pour l'exercice 2026-2027, le gouvernement québécois prévoit des revenus de 166 492M$ et des dépenses de 170 757M$, ce à quoi il ajoute une « provision pour éventualités » (une marge de manœuvre en cas d'imprévu) de 2 G$ pour un déficit de 6,3 G$ (0,9 % du PIB). En somme, le déficit se résorbe rapidement, mais cela se fait au prix de coupes drastiques dans les services.
On trouve une petite consolation en constatant à quel point le gouvernement met désormais l'accent sur le déficit comptable plutôt que le déficit après les versements aux Fonds des générations, un indicateur qui biaise l'ampleur du déficit en le gonflant inutilement. Reste à voir si cette évolution positive sera reprise par les médias et, qui sait, le grand public.
Nouvelles dépenses
Le gouvernement annonce 2,1G$ en nouvelles dépenses comparativement à 2,8G$ dans le budget de l'année dernière. Ces nouvelles mesures se déclinent en trois grandes catégories : (1) l'accélération de la transformation économique du Québec, (2) le soutien des grandes missions de l'État et (3) l'appui aux Québécois et aux communautés avec des « gestes ciblés ».
Appuyer les grandes missions de l'État
Santé
Le soutien aux grandes missions s'élève à 910M$ pour 2026-2027. De ce montant, la santé recevra 400M$, dont 162M$ pour une mystérieuse « consolidation de l'offre de soins et services » en santé et services sociaux, 150M$ pour améliorer l'accès aux médicaments à travers une offre accrue de traitements et 40M$ pour réduire les listes d'attente en chirurgie. Toujours en santé, le gouvernement prévoit 10M$ (une somme qui grimpera ensuite à 20 M$ par année) pour accroître l'offre de service par les pharmaciens, 5M$ (qui passera ensuite à 10 M$ par année) pour mettre en œuvre le nouveau mode de rémunération des médecins ainsi qu'un autre 10M$ par année pendant trois ans pour « soutenir la coordination des actions gouvernementales en première ligne ».
Éducation et enseignement supérieur
Le budget prévoit également 165M$ en éducation, dont 50M$ pour aménager des salles modulaires pour combler les besoins urgents d'espace, ce qui, comme le déficit d'entretien, montre la planification déficiente dans ce domaine. Le gouvernement cherchera par ailleurs à réduire la pénurie de main-d'œuvre en favorisant le retour de personnes retraitées (37M$), mais aussi en rendant les postes temporaires moins précaires (15M$). À propos de cette dernière mesure, l'IRIS formulait une proposition de réduction de la précarité du personnel scolaire qui coûterait 300M$ par année, ce qui montre l'aspect pratiquement symbolique de l'approche gouvernementale.
Enfin, en enseignement supérieur et en formation, le budget annonce 105M$ de dépenses en 2026-2027, dont quelques millions en recherche pour le CIRANO, la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke, le Centre sur la productivité et prospérité des HEC et pour l'Institut du Québec… mais rien pour l'IRIS malheureusement. Blague à part, le budget annonce le prolongement de l'allocation d'aide à l'emploi (48M$) qui permet aux personnes en recherche d'emploi de « bénéficier d'une aide financière durant leur participation à certaines mesures d'intégration en emploi » (p. C.30). Il annonce aussi 30 M$ pour la formation de diplômés dans les secteurs « stratégiques » aux yeux du gouvernement caquiste : la défense, l'IA, la cybersécurité et les minéraux critiques.
Sécurité
Enfin, en ce qui a trait aux grandes missions de l'État, il est notable que l'un des plus grands montants annoncés (150M$) pour l'année à venir concerne « les activités de prévention et d'intervention en matière de sécurité », ce qui inclut les dépenses causées par les changements climatiques. Il faut s'attendre à ce que ce chiffre augmente de plus en plus rapidement avec les événements climatiques extrêmes causés par la crise environnementale dont le gouvernement fait peu de cas.
Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés
Le budget prévoit des mesures pour « appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés », qui totalisent 742,3M$ pour 2026-2027.
Services de garde
À cet égard, deux mesures qui coûteront ensemble 89,4M$ en 2026-2027 retiennent l'attention.
Premièrement, l'extension du réseau subventionné des services de garde éducatifs à l'enfance par la conversion de 5000 places non subventionnées, une mesure qui coûtera 22,4M$ cette année. Le financement de places en services de garde vise notamment les régions plus défavorisées, mais ne créant pas de nouvelles places, cette mesure ne pourra combler les besoins pour les parents toujours en attente d'une place ni renforcer le réseau des centres de la petite enfance, qui pâtit depuis des années de la préférence des gouvernements pour le réseau privé. Avec 34 000 nouvelles places créées au 31 janvier 2026, le gouvernement est sous l'objectif d'environ 46 000 qu'il s'était donné en 2021 (p. D8).
Mentionnons également que dans le Plan québécois des infrastructures, on constate une réduction de 33,6% du financement des services de garde éducatifs à l'enfance. Concrètement, cela annonce une réduction des investissements pour rénover les garderies existantes et en construire de nouvelles, alors qu'il y a déjà un manque criant de places pour les enfants. Rappelons que les sommes attribuées à ce secteur avaient été réduites de 18,4% l'année dernière.
Deuxièmement, le maintien du plafonnement de la croissance de la taxe scolaire à 3 % représente une dépense de 67M$ en 2026-2027. Cette mesure bénéficiera aux propriétaires, tout en continuant de priver l'État de revenus provenant d'une des deux seules mesures d'imposition du patrimoine au Québec avec la taxe foncière. En additionnant l'effet de l'uniformisation de la taxe scolaire cette année, c'est 1,2G$ en moins cette année dans les coffres de l'État (p. D9).
Populations vulnérables
Le budget prévoit 60,8M$ en mesures pour l'itinérance et les problèmes de santé mentale. Parmi celles-ci, 5,1M$ permettront en 2026-2027 d'accorder 1 000 nouvelles unités du Programme de supplément au loyer d'urgence en prévision du 1er juillet (et environ 8M$ par année pour les deux années suivantes). Cette mesure doit éviter que des personnes se retrouvent à la rue, mais elle ne permet ni de créer des logements à l'abri de la spéculation et des hausses de loyer, ni aucun nouveau logement social, la seule catégorie de logement réellement abordable.
Le gouvernement Legault continue de faire des efforts pour lutter contre les violences conjugale et sexuelle, en consacrant cette année 55,8M$ à cet objectif. Il est à craindre que les 12,0M$ qui visent à « rehausser le soutien aux maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence » ne seront cependant pas à la hauteur des besoins de ces organismes communautaires qui peinent à offrir de nouvelles places et à améliorer les conditions de travail de leur personnel (p. D15).
Logement
Le budget prévoit 292,3M$ pour soutenir l'accès au logement. De ce montant, 46,1M$ permettront de construire 1000 logements dits abordables dans le cadre du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ). Par contre, on ne retrouve aucune mention d'une préférence pour les organismes à but non lucratif, qui rencontrent des difficultés pour mener à bien des projets à travers le PHAQ depuis sa création.
Les 52,7M$ prévus pour financer le déficit d'exploitation de logements ainsi que le montant de 118,5M$ pour rénover le parc d'habitations à loyer modique sont les bienvenus, bien qu'ils nous rappellent l'absence de sommes pour créer de nouveaux logements sociaux, ce qui est pratiquement une constante depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018.
Organismes communautaires
80,8M$ sont prévus pour renforcer les services aux personnes vulnérables, dont 45,6M$ pour appuyer les organismes communautaires (notamment en soutenant leur mission globale) et 21,0M$ pour l'organisme Les banques alimentaires du Québec. Comme les mesures prévues pour le logement, l'itinérance ou les femmes victimes de violence conjugale, ces sommes montrent que le gouvernement reconnaît l'existence des multiples crises sociales que traverse le Québec, mais échoue à mettre l'effort nécessaire pour y remédier. Le gouvernement se « vante » au contraire de se priver notamment d'un montant de 1,8G$ en 2026-2027 en raison des baisses d'impôt consenties depuis 2018-2019.
Soutien aux communautés
Les 130,9M$ en 2026-2027 pour assurer la résilience des communautés sont répartis entre plusieurs petites mesures qui visent à aider les municipalités et des institutions à entretenir leurs infrastructures, ainsi qu'améliorer certains services comme le transport aérien interrégional, puis, de manière plus marginale, à protéger ou restaurer des écosystèmes, à soutenir les communautés autochtones et à encourager la pratique de sports et loisirs. Le soutien à l'adaptation et à la lutte contre les changements climatiques se voit accorder une somme de 49,2M$ en 2026-2027, essentiellement pour des mesures d'aide à la rénovation et d'efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. Bref, des mesures intéressantes, mais d'une ampleur dérisoire en comparaison avec celle de la crise écologique en cours.
Culture
Les mesures pour faire rayonner la culture et le patrimoine culturel québécois totalisent cette année un maigre 32,3M$. Ce maigre engagement, qui comprend notamment 13,0M$ pour maintenir le financement de la culture à l'école et des sorties scolaires en milieu culturel, montre là encore que le gouvernement est au courant des préoccupations de la population québécoise. Il témoigne cependant d'une incapacité à agir de manière structurante dans un contexte où le milieu culturel a formulé de nombreux avertissements au sujet de la précarité des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des organismes et institutions culturels et artistiques.
Accélérer la transformation économique du Québec
Politiques économiques et aide aux entreprises
Sous prétexte « d'accélérer la transformation économique du Québec », le gouvernement annonce une panoplie de mesures pour aider les entreprises. Il s'agit dans la plupart des cas de crédits d'impôt et de fonds additionnels dans des programmes visant à favoriser « l'innovation », les « secteurs d'avenir » et les « technologies de pointe ». Les secteurs dont il est question incluent notamment l'intelligence artificielle et la défense.
En misant sur ces secteurs, le gouvernement semble jouer à la roulette russe avec l'argent des Québécoises et des Québécois. En effet, dans le premier cas, des rapports récents ont montré que l'intelligence artificielle avait peu contribué à l'amélioration de la compétitivité des entreprises, alors que plusieurs analystes craignent l'éclatement de la bulle de l'IA et que les conséquences environnementales de ce secteur sont bien documentées. Dans le second cas, des études montrent que l'industrie militaire contribue moins à l'économie et à l'emploi que d'autres secteurs plus structurants comme la santé ou la recherche scientifique, tout en ayant des impacts écologiques plus grands.
De manière générale, les mesures d'aide aux entreprises présentées dans ce budget montrent que le gouvernement n'a pas intégré la question écologique à sa conception de l'économie. À titre d'exemple, pour protéger l'industrie forestière menacée par les tarifs américains, le gouvernement se contente de réduire les redevances des entreprises pour « améliorer leur compétitivité ». Il passe ainsi à côté d'une occasion de proposer des mesures pour favoriser la transformation locale et l'aménagement forestier durable.
Transport en commun
En matière de transport, les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures sont essentiellement les mêmes que ceux qui avaient été annoncés l'année dernière. On constate donc un déséquilibre persistant entre le réseau routier et le transport collectif, à la faveur du premier. Le réseau routier reçoit en effet 73,6% des investissements en transport, contre 26,4% pour le transport collectif. Rappelons qu'entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation 10 fois plus élevée que celle du transport en commun (9G$ contre 900M$). En refusant de soutenir davantage le transport en commun, le gouvernement maintient l'hégémonie de l'automobile. Dans le contexte d'incertitude actuel, la dépendance au pétrole expose pourtant le Québec à des risques économiques.
Article mis à jour le 19 mars 2026 à 13h00.
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Les minéraux stratégiques et critiques, un enjeu militaire
Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une tempête géopolitique mondiale se dessine dans laquelle les minéraux stratégiques et critiques deviennent un enjeu militaire
16 mars 2026 | tiré de L'Aut'journal
Trump impose son agenda
En réaction à la hausse des tarifs, le gouvernement Carney fait voter en catastrophe « La Loi sur l'unité de l'économie canadienne ». Cette loi vise à accélérer les grands projets d'infrastructure et d'énergie qui sont d'intérêt national (en l'occurrence les mines).
Pour s'arrimer avec le fédéral, le Québec dépose en 2025 le projet de loi 5 « Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale ». Le gouvernement Legault vise à accélérer la construction d'infrastructures majeures en permettant de contourner certaines lois environnementales et de réduire les consultations publiques.
La pression exercée par le président Trump sur les alliés de l'OTAN pour qu'ils augmentent leurs dépenses allouées à la défense, exigeant désormais 5 % de leur PIB, incite Mark Carney à répondre positivement. Le pays consacrera désormais 5 % de son produit intérieur brut à la défense d'ici 2035.
Objets de convoitise
Finalement, la guerre ouverte de Donald Trump sur différents territoires, comme les frappes sur l'Iran, l'enlèvement de Maduro et les menaces sur d'autres pays, comme Cuba, provoque la croissance de l'industrie militaire américaine et mondiale. Afin de l'alimenter, les minéraux critiques et stratégiques du Canada et du Québec deviennent la convoitise de nos voisins.
Dans ce contexte, l'industrie minière voit une opportunité d'accélérer tous les projets miniers, et non seulement les projets d'intérêt national, en prétextant le besoin d'alimenter les complexes industrialo-militaires au niveau international. Leur nouvelle campagne de marketing devient : il faut répondre rapidement aux besoins afin d'accroitre les capacités de défense, de renforcer la souveraineté technologique et d'augmenter la production de munitions.
Ce sentiment d'urgence et la réduction des exigences légales auront un impact sur la qualité de l'environnement et mettront à mal le droit des autochtones sur leurs territoires non cédés. Malgré tout, le premier ministre Carney cherche à placer le Canada en tête de liste des pays qui vont alimenter l'industrie militaire.
Nos cibles environnementales vont s'effacer sous l'appât du gain et sous le soi-disant pragmatisme assumé de nos élus.
Étude sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux critiques du Canada
Le 9 mars 2026, lors d'une consultation fédérale concernant la défense nationale, Me Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de MiningWatch Canada, a présenté un mémoire [1] à différents partenaires de la scène internationale sur les enjeux provoqués par une ouverture à l'exploitation de nos minéraux critiques dans un contexte de guerre.
Voici quelques extraits du rapport :
Par souci de cohérence, le gouvernement du Canada – comme ceux des provinces et des territoires – devrait faire preuve de transparence et communiquer plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement.
Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada.
(…)
Chose certaine, davantage de dommages à l'environnement et aux droits des peuples autochtones et populations locales sont attendus si le Canada pousse pour une augmentation de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale. En aucun cas nous ne pouvons concevoir que les impacts miniers seront réduits dans un contexte d'expansion de l'industrie minière…
(…)
L'urgence climatique est un danger réel et présent à la sécurité nationale, pas seulement une vague menace géopolitique. Nous ne pouvons pas négocier la paix avec la Nature.
Liste des recommandations déposée par MiningWatch
Recommandation #1 : Que chaque projet de loi déposé devant les différentes assemblées législatives concernant le secteur minier devrait accorder aux autorités de meilleurs leviers sur l'accès et le contrôle des ressources minérales ;
Recommandation #2 : Que le gouvernement du Canada, ainsi que ceux des provinces et territoires, fasse preuve de transparence et communique plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement. Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada ;
Recommandation #3 : Que le gouvernement du Canada s'assure et démontre que ses décisions et plans d'action en matière de défense nationale permettent une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'une diminution des impacts sur la nature en lien avec les minéraux dits critiques ;
Recommandation #4 : Concentrer les investissements, ressources et efforts dans l'atteinte d'une sobriété minérale, tous domaines confondus, y compris dans le secteur de la défense nationale ;
Recommandation #5 : Que la réutilisation et le recyclage des minéraux dits critiques soient privilégiés dans les investissements des gouvernements, à condition que ces mesures ne mettent pas en danger la santé publique ni l'environnement ;
Recommandation #6 : Que le gouvernement du Canada prenne des engagements fermes et mette en place un système transparent et crédible de traçabilité de ses minéraux dits critiques pour assurer la population que ceux-ci ne servent pas à la création ni à la prolifération d'armes utilisées en infraction au droit international, incluant dans des génocides, que ces armes soient employées par le Canada ou un État tiers ;
Recommandation #7 : Que les projets de loi déposés à tous les paliers de gouvernement ne permettent pas d'accélérer la délivrance d'autorisations à des compagnies minières soutenues par toute entité étrangère hostile envers la sécurité nationale du Canada ;
Recommandation #8 : Que les mesures visant à accélérer les projets miniers n'affaiblissent ni ne réduisent les normes environnementales ;
Recommandation #9 : Qu'un bannissement complet des activités minières dans les fonds marins soit mis en œuvre au Canada comme à l'international, en spécifiant que le secteur de la défense nationale n'y fasse pas exception ;
Recommandation #10 : Retirer l'uranium des listes de minéraux dits critiques et éviter d'étendre l'utilisation et la dépendance à l'énergie nucléaire au pays ;
Recommandation #11 : Éviter et minimiser toute activité minière susceptible de causer des atteintes à l'eau douce et à l'air pur ;
Recommandation #12 : Mettre fin au free mining. Mettre pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne le consentement libre, préalable et éclairé, y compris le droit de dire non aux projets miniers ;
À l'évidence, le mouvement environnementaliste a perdu du terrain dans le débat politique. Nous sommes en présence de gouvernements qui sont plus soucieux de l'aspect économique du pays que de la protection de notre environnement.
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Le Monde selon Gaza
Gaza n'est que le début. Le nouvel ordre mondial est celui où les faibles sont anéantis par les forts, où l'état de droit n'existe pas, où le génocide est un instrument de contrôle et où la barbarie triomphe. La guerre contre l'Iran et l'anéantissement de Gaza ne sont qu'un commencement. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L'ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n'y a aucune règle pour les forts, seulement pour les faibles. Si vous vous opposez aux forts, si vous refusez de vous incliner devant leurs exigences capricieuses, vous serez plongés sous une pluie de missiles et de bombes.
19 mars 2026 | tiré de Canadian dimension
Les hôpitaux, les écoles primaires, les universités et les immeubles d'habitation sont réduits en ruines. Des médecins, des étudiants, des journalistes, des poètes, des écrivains, des scientifiques, des artistes et des dirigeants politiques — y compris les chefs des équipes de négociation — sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.
Les ressources — comme le savent les Vénézuéliens — sont ouvertement volées. La nourriture, l'eau et les médicaments, comme en Palestine, sont transformés en armes.
Qu'ils mangent de la terre.
Les organisations internationales telles que les Nations Unies sont une pantomime, des appendices inutiles d'une autre ère. Le caractère sacré des droits individuels, l'ouverture des frontières et le droit international ont disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l'histoire humaine, ceux qui ont réduit des villes en cendres, regroupé des populations captives pour les mener à des sites d'exécution et jonché les terres qu'ils occupaient de charniers et de cadavres, sont de retour avec une force décuplée.
Ils déversent les mêmes tropes hyper-masculins. Ils déversent le même discours vil et raciste. Ils déversent la même vision manichéenne du bien et du mal, du blanc et du noir. Ils déversent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.
Des clowns tueurs. Des bouffons. Des idiots. Ils ont saisi les leviers du pouvoir pour réaliser leurs visions cinglées et caricaturales tout en pillant l'État pour leur propre enrichissement.
« Après avoir été témoin d'un massacre sauvage pendant plusieurs mois, en sachant qu'il avait été conçu, exécuté et cautionné par des gens semblables à eux, qui le présentaient comme une nécessité collective, légitime et même humaine, des millions de personnes se sentent aujourd'hui moins à l'aise dans le monde », écrit Pankaj Mishra dans « Le Monde après Gaza ». « Le choc de cette nouvelle exposition à un mal particulièrement moderne — le mal accompli à l'ère prémoderne uniquement par des individus psychopathes et déchaîné au siècle dernier par les dirigeants et les citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées — ne saurait être surestimé. Pas plus que l'abîme moral auquel nous sommes confrontés. »
Les subjugués sont autant d'objets, des marchandises à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein exposent la maladie et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Présidents d'université. Universitaires. Philanthropes. Titans de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.
Ils se vautrent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d'une assurance maladie privée. Ils vivent dans des bulles auto-référentielles,entourés par des flagorneurs, des attachés de presse, des conseillers financiers, des avocats, des domestiques, des chauffeurs, des gourous du développement personnel, des chirurgiens plastiques et des coachs sportifs personnels. Ils résident dans des domaines fortement gardés et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et sur de colossaux yachts. Ils existent dans une autre réalité, ce que le journaliste du Wall Street Journal Robert Frank appelle le monde du « Richistan », un monde de Xanadus privés où ils tiennent des bacchanales dignes de Néron, concluent leurs marchés perfides, accumulent leurs milliards et rejettent ceux dont ils se servent, y compris des enfants, comme s'ils étaient des déchets. Personne dans ce cercle magique n'est responsable de quoi que ce soit. Aucun péché n'est trop dépravé. Ce sont des parasites humains. Ils éventrent l'État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les « races inférieures de la terre ». Ils éradiquent les dernières et chétives traces de notre société ouverte.
« Il n'y aura ni curiosité, ni jouissance du processus de la vie », écrit George Orwell dans « 1984 ». « Tous les plaisirs concurrents seront détruits. Mais toujours — n'oubliez pas cela, Winston — il y aura toujours l'ivresse du pouvoir, constamment croissante et constamment plus subtile. Toujours, à chaque instant, il y aura le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous voulez une image de l'avenir, imaginez une botte écrasant un visage humain — pour toujours. »
La loi, malgré quelques courageux efforts d'une poignée de juges — qui seront bientôt purgés — est un instrument de répression. Le système judiciaire existe pour mettre en scène des procès pour l'exemple. J'ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir la farce dickensienne de la persécution de Julian Assange. Un Loubianka-sur-la-Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une machine à vengeance.
Des individus masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, y compris des citoyens américains. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour convertir des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils affirment qu'ils n'y hébergeront que les sans-papiers, les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. À leurs yeux, nous sommes de la vermine, soit aveuglément et inconditionnellement obéissants, soit des criminels. Il n'y a rien entre les deux.
Ces camps de concentration, où il n'y a aucune procédure régulière et où les gens disparaissent, sont conçus pour nous. Et par « nous », j'entends les citoyens de cette république morte. Pourtant, nous regardons, stupéfaits, incrédules, attendant passivement notre propre asservissement.
Ce ne sera plus long.
La sauvagerie en Iran, au Liban et à Gaza est la même sauvagerie à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui perpètrent le génocide, le massacre de masse et la guerre non provoquée contre l'Iran sont les mêmes personnes qui démantèlent nos institutions démocratiques.
L'anthropologue social Arjun Appadurai qualifie ce qui se passe de « vaste correction malthusienne mondiale », « conçue pour préparer le monde aux gagnants de la mondialisation, sans le bruit gênant de ses perdants ».
Mais non, disent les critiques, ne soyez pas si sombre. Ne soyez pas si négatif. Où est l'espoir ? Vraiment, ce n'est pas aussi grave que ça.
Si vous croyez cela, vous faites partie du problème, un rouage involontaire dans la machinerie de notre État fasciste en rapide consolidation.
La réalité finira par faire exploser ces fantasmes « optimistes », mais il sera alors trop tard.
Le vrai désespoir n'est pas le résultat d'une lecture précise de la réalité. Le vrai désespoir vient de la capitulation, que ce soit par le biais du fantasme ou de l'apathie, face à un pouvoir malveillant. Le vrai désespoir, c'est l'impuissance. Et la résistance, une résistance authentique, même si elle est presque certainement vouée à l'échec, est une source d'émancipation. Elle confère l'estime de soi. Elle confère la dignité. Elle confère de l'autonomie. C'est la seule action qui nous permette d'utiliser le mot espoir.
Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu'il n'est pas possible d'apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut leur faire confiance. Elles présentent les traits fondamentaux de tous les psychopathes — charme superficiel, grandiosité et importance d'elle-mêmes, besoin d'une stimulation constante, penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation et l'incapacité à ressentir des remords ou de la culpabilité. Elles dédaignent comme de la faiblesse les vertus de l'empathie, de l'honnêteté, de la compassion et du sacrifice. Elles vivent selon le credo du Moi. Moi. Moi.
« Le fait que des millions de personnes partagent les mêmes vices ne fait pas de ces vices des vertus, le fait qu'ils partagent tant d'erreurs ne fait pas de ces erreurs des vérités, et le fait que des millions de personnes partagent les mêmes formes de pathologie mentale ne rend pas ces personnes saines d'esprit », écrit Eric Fromm dans « Société aliénée et société saine ».
Nous sommes témoins du mal à Gaza depuis presque trois ans. Nous l'observons maintenant au Liban et en Iran. Nous voyons comment dirigeants politiques et médias masquent ou excusent ce mal.
Le New York Times, s'inspirant de la novlangue orwellienne, a envoyé un mémo interne demandant aux reporters et aux rédacteurs d'éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé », « nettoyage ethnique » et, bien sûr, « génocide » lorsqu'ils écrivent sur Gaza. Ceux qui nomment et dénoncent ce mal sont calomniés, mis sur liste noire et purgés des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant descend sur nous, le silence de tous les États autoritaires. Si vous manquez à votre devoir, si vous manquez d'encourager la guerre contre l'Iran, votre licence de radiodiffusion sera révoquée, selon la proposition du président de la Commission fédérale des communications, Brendan Carr.
Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ils ne sont pas au Liban. Ils ne sont pas en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils dictent nos vies. Ils sont des traîtres à nos idéaux. Ils sont des traîtres à notre pays. Ils envisagent un monde d'esclaves et de maîtres. Gaza n'est que le début. Il n'existe aucun mécanisme interne de réforme. Nous pouvons faire obstruction ou nous rendre.
Ce sont les seuls choix qui restent.

Guerres, impunité et résistances : pourquoi le féminisme doit défier la guerre et le capitalisme ?
Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles sont en première ligne d'une violence qui dépasse de beaucoup les champs de bataille.
Tiré de Le Journal des alternatives
Par Isabel Cortés -8 mars 2026
photo : Banderole de la marche organisée par la Commission du 8 mars à Cibeles à Madrid @ Jaime Villanueva
Déjà en 2025, le rapport Les femmes, la paix et la sécurité d'António Guterres, secrétaire général de l'ONU, au Conseil de sécurité indiquait en septembre dernier dénombrait que plus de 676 millions de femmes vivaient à moins de 50 kilomètres de zones de conflit mortel. Il s'agit d'une hausse spectaculaire par rapport aux années 90, mais en deçà du niveau actuel depuis l'intervention militaire en Iran.
Les pertes civiles chez les femmes et les enfants ont quadruplé ces dernières années, tandis que la violence sexuelle liée aux conflits a augmenté de 87 %. Ce ne sont pas seulement des chiffres ; c'est un témoignage sombre de la façon dont les guerres amplifient les inégalités existantes, privant d'accès à la justice et érodant les droits gagnés de haute lutte.
Cette montée des conflits mondiaux, des crises prolongées au Soudan aux tensions croissantes au Moyen-Orient et au-delà, croise brutalement les défaillances systémiques des systèmes juridiques internationaux. Les femmes ne jouissent que de 64 % des droits légaux dont bénéficient les hommes, les laissant exposées à la discrimination dans tout, du droit familial aux protections au travail.
Dans les scénarios de conflit, ces écarts deviennent des abîmes, où règne l'impunité et où la justice devient un idéal lointain. Comme l'a exprimé Sima Bahous, directrice exécutive d'ONU Femmes : « Les femmes et les filles sont tuées en nombres records, exclues des tables de négociation et laissées sans protection pendant que les guerres se multiplient ».
Quand la guerre amplifie les inégalités
Soudan 2025 : des femmes du Centre de concentration d'Alazhri discutent avec l'équipe de la Mission conjointe de haut niveau de l'ONU Femmes. Photo Ekram Hamad Fadlalla ONU Femmes
Les conflits ne font pas de discrimination, mais leurs impacts, oui. Dans des zones comme Gaza, le Soudan et l'Ukraine, les femmes font face à des risques accrus de violence sexiste, de déplacement et de ruine économique. Le rapport du secrétaire général de l'ONU souligne un contraste frappant : les dépenses militaires mondiales ont dépassé 2 700 milliards de dollars en 2024, alors que les organisations de femmes dans les zones de conflit n'ont reçu que 0,4 % de l'aide internationale. Cette disparité de financement laisse les groupes de base — souvent dirigés par des femmes — au bord de l'effondrement, incapables d'offrir des services essentiels comme l'aide juridique ou des refuges.
À l'échelle mondiale, 54 % des pays n'ont toujours pas de définitions légales du viol basées sur le consentement, permettant aux auteurs d'échapper à leurs responsabilités même en temps de paix. En guerre, cette impunité explose, les survivantes faisant face à la stigmatisation, à des mécanismes de dénonciation inadéquats et à la peur de représailles. Les mouvements féministes soulignent l'hypocrisie : les puissances occidentales invoquent la « liberté des femmes » pour justifier des interventions dans des pays comme l'Iran, mais ignorent comment les bombardements dévastent des vies civiles, y compris des écoles et des hôpitaux.
Opposons cela aux perspectives des féministes antiguerre, qui soutiennent que le capitalisme et l'impérialisme alimentent ces guerres, touchant de façon disproportionnée les femmes racisées et du Sud mondial. En Afrique, de la République démocratique du Congo aux territoires sahraouis, les industries extractives et les ingérences étrangères aggravent les conflits, déplaçant des communautés et érodant les droits fonciers des femmes.
Justice défaillante : obstacles légaux et normes sociales
L'accès à la justice pour les femmes et les filles est un droit humain fondamental, mais des obstacles profonds persistent. Le rapport de la Commission de la femme de l'ONU de janvier 2026 « Garantir et renforcer l'accès à la justice pour toutes les femmes et les filles » révèle que dans 54 % des pays, le viol n'est pas défini par le consentement, et dans 44 %, il n'existe pas de lois imposant une rémunération égale pour un travail égal. Ces lacunes ne protègent pas seulement ; elles minent la confiance dans les institutions qui devraient défendre l'égalité.
Les normes sociales discriminatoires aggravent le problème. Dans des contextes patriarcaux, les femmes font face à la stigmatisation quand elles dénoncent la violence, et les biais judiciaires limitent leur représentation. L'intersectionnalité ajoute des couches : les femmes autochtones, handicapées ou de minorités sexuelles font face à des barrières cumulées. Dans les conflits, ces facteurs s'intensifient, les systèmes traditionnels de justice — utilisés par 80 % de la population dans les pays en développement — reproduisant souvent les inégalités de genre.
Il y a toutefois des progrès. Plus de 40 pays ont réformé leurs constitutions pour faire avancer les droits de genre dans la dernière décennie, sous l'impulsion de mouvements féministes autonomes. Des lois contre la violence conjugale existent dans 84 % des pays, mais leur application échoue par manque de ressources et à cause de normes persistantes. Le rapport appelle à une approche multidimensionnelle, reconnaissant la justice comme digne de la voix et de l'agence des femmes.
Féminisme antiguerre : voix venues des rues
« Il faut s'allier avec les militantes antiracistes, les environnementalistes, avec les activistes qui luttent pour les droits des migrants et des travailleuses et travailleurs ; c'est seulement ainsi que le féminisme pourra relever le défi de notre époque. »
À l'occasion de la Journée internationale des femmes 2026, des marches mondiales ont réclamé non seulement l'égalité salariale et la fin de la violence machiste, mais aussi l'opposition à la guerre et au fascisme. Les féministes socialistes, se rappelant Clara Zetkin, voient l'oppression des femmes comme enracinée dans le capitalisme, avec des doubles charges de travail et domestiques. « Le vrai féminisme défie l'exploitation de classe », soutiennent-elles, critiquant comment la gauche adopte parfois des idéologies antiféministes en priorisant l'identité de genre sur le sexe biologique.
Au Moyen-Orient, elles dénoncent les interventions des États-Unis et d'Israël en Iran, utilisant une rhétorique de « liberté féminine » pour justifier des bombardements qui tuent des fillettes dans les écoles. En Afrique, elles se solidarisent avec les femmes sahraouies et soudanaises qui résistent au colonialisme et à l'extractivisme. « Il n'y a pas de paix sous oppression systémique », proclament-elles, appelant à des souverainetés populaires et à l'autodétermination.
Des grèves politiques, comme en Italie contre le génocide à Gaza ou aux États-Unis contre les politiques anti-immigrantes de Trump, montrent la voie. Il faut un féminisme de base, anti-impérialiste et révolutionnaire, construit dans les rues, les écoles et les lieux de travail.
Le rapport de l'ONU insiste sur la nécessité de données genrées pour rendre visibles des réalités invisibles. Sans elles, les violations restent non comptabilisées. Il appelle à des résolutions inclusives, à plus de femmes dans les réformes de sécurité et à de meilleurs enregistrements officiels des violations, incluant justice et réparations pour les survivantes.
Les conflits mondiaux ne détruisent pas seulement des vies ; ils perpétuent des injustices de genre qui affaiblissent l'État de droit. Investir dans la paix plutôt que dans la guerre, en priorisant la participation féminine, est essentiel.
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Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l’extrême droite et les agressions impérialistes
Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l'extrême droite - et les guerres impérialistes, c'est l'objectif de la Première conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples qui se tiendra à Porto Alegre, du 26 au 29 mars. Plusieurs milliers de personnes, venues de plus de 70 pays, y sont attendues.
20 mars 2026 tiré du site du CADTM
L'événement s'ouvrira par une large manifestation dans les rues de la capitale de l'État du Rio Grande do Sul. Durant trois jours, se dérouleront onze conférences plénières thématiques et 150 activités autogérées [1]. Les discussions seront axées sur le renforcement des mouvements sociaux, féministes et syndicaux et de la solidarité internationale dans la lutte contre le fascisme - mais aussi sur les potentialités et les limites de l'action institutionnelle. La solidarité avec Gaza, les luttes contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire, la situation sur le continent américain seront d'autres points forts. En infligeant une défaite à Jair Bolsonaro en 2022, la gauche brésilienne a prouvé qu'il est possible de barrer la voie au danger néofasciste : partis politiques - du PT, social-démocrate, au Psol, gauche radicale en passant par le PC -, mouvements populaires et syndicats ont surmonté leurs désaccords pour faire triompher la candidature de Lula. On retrouve ces acteur·ices au sein du comité unitaire qui organise la conférence.
Si une grande partie des intervenant·es proviendront du continent américain, une large palette d'organisations et mouvements seront représentés à Porto Alegre, berceau du Forum Social Mondial en 2001, et de l'un des principaux mouvements sociaux du continent latino-américain, le Mouvement des sans-terre (MST), dans les années 1980. Plus de 1800 personnalités et militant·es, issu·es des cinq continents, ont signé l'appel international lancé par le CADTM pour inviter à la conférence. On y trouve notamment : les dirigeant·es d'organisations populaires et politiques du continent latino-américain, dont le leader du MST, João Pedro Stédile ; les autrices et militantes féministes Nancy Fraser et Tithi Bhattacharya ; Penelope Duggan, rédactrice en chef de l'International Viewpoint et membre de la direction de la Quatrième Internationale ; Frei Betto, écrivain brésilien et figure de la théologie de la libération ; l'eurodéputée (La France Insoumise) Rima Hassan et Thiago Ávila, participant·es à la Global Sumud Flotilla pour Gaza ; Éric Toussaint, porte-parole du réseau mondial du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM) ; Ada Colau, l'ancienne maire de Barcelone ; Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022 ; l'ex leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn ; le dirigeant de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aux côtés de parlementaires italien·nes, espagnol·es, scandinaves, allemand·es, de Turquie et toute la direction des Socialistes Démocratiques des Amériques (DSA) dont Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York est membre. On y trouve aussi les signatures de Yanis Varoufakis initiateur de l'Internationale progressiste, Zoe Konstantopulou (ex-présidente du parlement grec en 2015), Manon Aubry (LFI), Olivier Besancenot (NPA), Raymonde Ponce (sénatrice Écologiste), Denis Robert, fondateur du média Blast, et bien d'autres.
Internationale néofasciste
Une forme d'internationale néofasciste s'est constituée, notamment sous l'impulsion des Etats-Unis de Donald Trump, et l'extrême droite menace d'accéder au pouvoir dans la plupart des États européens ; en Russie, le régime de Vladimir Poutine a des caractéristiques très proches de celui de Trump ; l'Inde est dirigée par un hindouiste radical et islamophobe, Narendra Modi, tandis qu'en Israël, le gouvernement néofasciste de Benjamin Netanyahou mène un génocide à Gaza depuis plus de deux ans et demi.
Au-delà du soutien idéologique et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée dans des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.
Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), le grand rendez-vous annuel de l'extrême droite américaine, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement National, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance et Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite. La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale où se diffusent et s'harmonisent les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité envers l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, scepticisme climatique et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.
Les réunions de la CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine ou Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington à certaines capitales européennes et à l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.
Parallèlement à la CPAC, le parti Vox joue en Espagne un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, créé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid réunit des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels figurent Milei, Bolsonaro, Kast, des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou encore des partis d'Europe centrale. Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de pont entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement opposé à la gauche, aux féminismes, à l'écologie, aux droits humains et à toute forme de souveraineté populaire non autoritaire.
Agressions impérialistes
En janvier 2026, après avoir agressé militairement le Venezuela et enlevé le président vénézuélien ainsi que son épouse, Trump a menacé Petro d'être le prochain sur la liste. Plusieurs médias ont fait état de ces menaces.
Depuis août 2025, l'armée américaine a attaqué des dizaines d'embarcations dans les eaux internationales des Caraïbes et du Pacifique oriental, au nom de la lutte contre le narcotrafic. Les occupants — plus de 130 personnes au total entre le 2 septembre 2025 et la mi-février 2026 — ont été tués sans qu'aucune preuve de culpabilité ne soit rendue publique et sans le moindre procès. Sur ordre de Trump, l'armée des États-Unis n'a pas abordé ces embarcations, mais les a détruites avec leurs occupants. Sans accusation, sans débat contradictoire, sans décision judiciaire : une simple décision de Trump a suffi pour que son armée exécute des présumés délinquants sans aucun jugement, commettant ainsi de véritables crimes.
Encouragé par le succès de son opération sur le plan militaire et face à des protestations internationales officielles très faibles au regard de la gravité de son action contre le Venezuela, Trump a décidé de radicaliser fortement la politique menée contre Cuba depuis son premier mandat. Depuis la fin janvier 2026, son objectif est d'asphyxier complètement l'économie de l'île en coupant totalement ou presque l'approvisionnement en combustibles indispensables à la production d'énergie.
Le « corollaire de Trump » à la doctrine Monroe marque ainsi une évolution importante par son caractère explicite et par la centralité accordée à l'instrument militaire. Alors que les administrations précédentes privilégiaient généralement les mécanismes économiques, diplomatiques ou clandestins — déstabilisation, entraînement et financement de mercenaires, assassinats non revendiqués —, la Stratégie de sécurité nationale 2025 (NSS 2025) et la Stratégie de défense nationale (NDS 2026) affirment sans détour l'usage des forces armées comme instrument normalisé de gestion régionale. L'opération contre le Venezuela en janvier 2026 et les menaces publiques adressées à d'autres gouvernements — Cuba, Colombie, Mexique, Brésil… — illustrent cette volonté d'intimidation stratégique. À cela s'ajoutent, depuis février 2026, l'agression massive contre l'Iran menée conjointement avec Israël, ainsi que l'agression perpétrée par Israël contre le Liban.
Nécessaire réponse internationale antifa et anti impérialiste
À gauche, la riposte peine à s'internationaliser. Les forces qui combattent le fascisme et les agressions impérialistes sont nombreuses et très diverses, et il n'est pas question de gommer ces différences. Il est essentiel de constituer un front large, à l'échelle globale, contre des ennemis de plus en plus menaçants. Cette convergence doit inclure toutes les forces disposées à défendre la classe ouvrière, la paysannerie, les migrant·es, les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées, les minorités opprimées et les peuples autochtones - tout en défendant la nature et en soutenant les luttes contre l'impérialisme.
La conférence de Porto Alegre tentera d'apporter le début d'une réponse à ce défi. Ensuite, il sera très important de réussir des initiatives antifascistes et anti-impérialistes unitaires par grandes régions du monde : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique et Asie.
Des responsables du CADTM prendront la parole comme panelistes dans plusieurs plénières et dans 9 conférences autogérées dont nous publions le détail.
Il est toujours possible de signer l' Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste en cliquantici.
Notes
[1] Le programme complet des 11 conférences et des 150 activités autogérées est accessible sur https://antifas2026.org/fr/













