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L’Étoile du Nord : participez au Grand Débrief 2026, dimanche 1er février !

24 janvier, par L'Étoile du Nord — ,
Participez au Grand Débrief 2026, dimanche 1er février ! L'Étoile du Nord | Montréal La revue de l'année de L'Étoile du Nord revient pour une deuxième édition dimanche (…)

Participez au Grand Débrief 2026, dimanche 1er février !

L'Étoile du Nord | Montréal

La revue de l'année de L'Étoile du Nord revient pour une deuxième édition dimanche prochain le 1er février, au CEDA, à Montréal, dès 10h.

Vous en avez peut-être déjà entendu parler : le Grand Débrief, c'est une journée de rencontres et d'échanges organisée par nos journalistes, quelque part entre une revue de l'année et une discussion collective.

Au fil de la journée, nos journalistes animeront des panels avec des personnes directement impliquées dans les luttes de 2025, suivis de discussions en sous-groupes, orientées vers l'année 2026. Les différentes organisations et militants provenant des syndicats et des mouvements sociaux auront donc l'occasion de partager leurs apprentissages de 2025 et de se préparer pour l'année 2026 qui commence. La journée se terminera par un 5 à 7, pour continuer les échanges de façon plus informelle.

Il y aura aussi une section kiosques pour découvrir la merch et le matériel des différentes organisations présentes.

🗒️ Au programme : Panels : (1) La privatisation, la sous-traitance et les coupures de poste dans le secteur public ; (2) La répression et la mobilisation dans le secteur privé ; (3) Les campements d'itinérants et le combat contre leurs démantèlements ; (4) L'importance croissante du mouvement contre la guerre et l'impérialisme.

Discussions collectives centrées sur les sujets de panels : stratégies futures et collaboration entre les organisations présentes.

Kiosques des organisations présentes (merch, brochures, livres, etc.)

Lieu :
CEDA, 2515 rue Deslisle, Montréal
Date et heure :
Dimanche 1er février, 10h
Horaire :
Ouverture des portes à 9h45
Introduction et panels dès 10h
Dîner vers midi (contribution volontaire, dîner préparé par les journalistes de L'Étoile du Nord)
Discussions en sous-groupes vers 14h30
5 à 7 (lieu à venir)

️ Avec la participation de diverses organisations et militants :
Syndicat du Transport de Montréal - CSN (entretient STM)
Regroupement Information Logement (Pointe-Saint-Charles)
Mouvement de la Jeunesse Palestinenne (PYM)
Alliance Ouvrière
SCFP 5454 (Syndicat de la SQDC)
Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent
Conseil central du Montréal Métropolitain - CSN
Société générale des étudiantes et étudiants du Cégep de Maisonneuve
Comité d'organisation et information du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la poste, section de Montréal
Game Workers Unite
Comité BAILS
Offensive Populaire
Refus Local
Archives Révolutionnaires
La Ligue 33
Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal (SCFP 301)
M Éditeur
Syndicat des professionnels du Cégep de Saint-Laurent
Collectif solidarité Québec-Pérou
Solidarité Québec-Haiti
Science for the People
Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades
Montréal pour un monde sans guerre
Collectif Antigone
...et de nombreux autres en attente de confirmation !

Au plaisir de vous y voir !
Le comité de Montréal de L'Étoile du Nord

Poursuivre la mobilisation et préparer la grève sociale

20 janvier, par Roger Rashi — ,
La démission de François Legault le 15 janvier était devenue inévitable. La baisse catastrophique à 11% dans le sondage Pallas Data publié deux jours avant sa démission, le (…)

La démission de François Legault le 15 janvier était devenue inévitable. La baisse catastrophique à 11% dans le sondage Pallas Data publié deux jours avant sa démission, le pire résultat de l'histoire de la CAQ, combinée aux fissures dans son caucus parlementaire avec le départ fracassant des ministres Carmant et Dubé, sans parler de l'opposition populaire à ses multiples lois liberticides des dernier 8 mois, le rendait littéralement incapable de terminer son mandat. La perspective d'une défaite historique aboutissant à la disparition probable de son parti aux élections générales d'octobre prochain, soulevait la possibilité d'un éclatement du caucus ou d'un putsch interne.

Son départ se veut une façon de calmer le jeu et de tenter de sauver son parti du désastre qui pointe à l'horizon. Mais quels que soient les calculs politiques de Legault, son départ d'ici quelques semaines, le temps que la CAQ lui trouve un successeur, ouvre une fenêtre stratégique pour le mouvement d'opposition syndical et populaire. Il s'agit de profiter de la faiblesse actuelle du gouvernement pour forcer le retrait de ses multiples lois et projets de lois liberticides notamment le projet de constitution affaiblissant les libertés fondamentales connu sous le nom de PL1 et les lois antisyndicales 3 et 9, sans parler des autres projets contestés par de multiples organisations et mouvements populaires. Il faut écarter toute illusion sur la reprise d'un « dialogue social » avec ce gouvernement. Il faut le forcer par la mobilisation à retirer ses projets de lois réactionnaires.

Sachant très bien que le prochain gouvernement risque de perpétuer ces mêmes politiques antisyndicales et antipopulaires, il s'agirait en même temps d'envoyer un signal clair au patronat et aux partis proches des milieux d'affaires comme quoi la résistance ne baissera pas les bras devant toutes tentatives de briser les mouvements sociaux et les contre-pouvoirs démocratiques.

Le coup de grâce asséné à François Legault fut sans aucun doute le succès de la grande manifestation syndicale et populaire du 29 novembre dernier avec plus de 50,000 personnes mobilisées dans les rues de Montréal. C'est cette amorce d'un large front populaire qu'il faut maintenir et accentuer dans les prochains 9 mois. Déjà des voix dans le mouvement syndical et communautaire s'élèvent pour proposer une escalade de moyens de pression aboutissant à des actions plus militantes, possiblement une grève sociale, autour du 1er mai. Certains proposent l'automne, en pleine période pré-électorale, comme l'aboutissement idéal d'une telle mobilisation.

La revendication de base de la mobilisation des prochains mois doit être le retrait des multiples lois liberticides. Aux tentatives de jouer les secteurs populaires l'un contre l'autre, il faut riposter par une politique claire et affichée d'unité populaire.

La clé réside dans la préparation des mobilisations par des campagnes d'éducation populaire à la base dès cet hiver tant dans les syndicats locaux et les milieux de travail que dans les quartiers populaires et les organisations communautaires. Dès le printemps, des actions « dérangeantes » peuvent être lancées dans les milieux qui seraient prêt à le faire. Des mobilisations plus importantes peuvent d'ores et déjà être prévues autour du 1er mai avec des actions nationales ainsi que régionales. Le fil conducteur serait une escalade des moyens de pression aboutissant à une grève sociale mobilisant lieux de travail, quartiers populaires et régions.

La préparation d'une grève sociale et notoirement difficile dans notre contexte légal et notre régime de relations industrielles mais l'ampleur des attaques lancées par la CAQ avec l'objectif clair et affirmé de briser les mobilisation syndicales et populaires doit être contré massivement.

À ces attaques historiques, il faut répondre par une mobilisation tout aussi historique.

Un anti-impérialisme contre les peuples

Fin décembre 2025 ou début janvier 2026, je ne me rappelle plus, j'ai écrit un commentaire en solidarité avec le peuple ukrainien, sur la page Facebook (FB) intitulée « À (…)

Fin décembre 2025 ou début janvier 2026, je ne me rappelle plus, j'ai écrit un commentaire en solidarité avec le peuple ukrainien, sur la page Facebook (FB) intitulée « À gauche » ; une page FB, qui est aussi une chaine YouTube, qui semblent toutes deux suivies par une bonne partie de la gauche Québécoise. Le commentaire a rapidement été supprimé. N'étant pas habitué des réseaux sociaux, j'ai trouvé le procédé curieux. Mais bon, pourquoi pas. Après tout, c'est leur groupe et ils (et elles ?) en font bien ce qu'ils veulent.

Le dimanche 4 janvier 2026, j'ai renvoyé un nouveau commentaire, en solidarité avec les peuples Vénézuélien et Ukrainien cette fois-ci. Depuis j'ai été « banni ». C'est du moins ce que je dois déduire de mes lectures du règlement de FB selon lequel, quand on est « banni » d'un groupe FB, on ne reçoit aucun message pour nous prévenir et il n'est plus possible d'accéder à la page du groupe. C'est mon cas.

Il s'agit peut-être d'erreurs de manipulation et dans tous les cas il n'y a là rien de bien choquant, d'original ou d'intéressant.

Toutefois, le fond de l'affaire mérite qu'on s'y attarde car il renvoie dans tous les cas à une opposition politique radicale sur la manière de lutter contre les impérialismes, sur la conception de la solidarité internationale et, notamment, de la solidarité avec nos camarades des gauches vénézuélienne, ukrainienne voire iranienne. Autant de sujets d'une brulante actualité pour tout·e militant·e de gauche.

Je n'ai pas gardé mon premier commentaire ; je ne pensais pas alors être « censuré ». Mais j'ai gardé le suivant.

De "l'impérialisme de gauche"

Le 4 janvier 2026, "À gauche" a publié un texte intitulé : "Voici comment repérer la gauche impérialiste" disponible ici sur YouTube.

Dans ce texte, "À gauche" s'insurge contre un billet du journaliste Edwy Penel, cofondateur du journal de gauche, Médiapart. Plenel et son journal sont accusés d'être des représentants de « l'impérialisme de gauche », pour avoir mis de l'avant le fait qu'une partie de la population vénézuélienne est très peu solidaire d'un pouvoir « qui la terrorise depuis des années ».

Voici l'intégralité de mon commentaire « censuré » qui commençait par un extrait du texte d'« À gauche » :

  • « En mettant en avant la défiance interne envers le pouvoir [vénézuélien] au moment précis de l'agression, Mediapart fait exactement ce que fait la gauche impérialiste : elle désarme politiquement son camp, elle rend l'ingérence « compréhensible ».
    * AH BON !? Il faudrait donc, comme les fachos ou les staliniens, passer sous silence les dissensions et appeler à l'Union sacrée ? Curieuse façon, pour dire le moins, d'envisager la lutte contre l'impérialisme… Curieuse façon, d'autant plus que « À gauche » ne cesse de « mettre en avant la défiance interne »… à Zelensky, en Ukraine. Deux poids, deux mesures ? Pour quelles raisons ? ».

Certes, le parallèle avec les pratiques des fachos et des staliniens peut froisser. Mais sachant qu'« À gauche » s'autorise à qualifier ses opposant·es « d'impérialistes de gauche », on est en droit de penser que le commentaire n'a pas été retiré pour des questions de politesse.

À l'impérialisme "d'À gauche"

Dans tous les cas, sur le fond, il est incontestable que pour « À gauche », la lutte contre l'impérialisme étatsunien nécessite de mettre en sourdine les revendications et les critiques de nos camarades vénézuélien·nes contre le régime corrompu, liberticide, antisocial, sexiste, transphobe de Maduro et maintenant de celui de la maduriste-trumpiste, Delcy Rodriguez.

Comme si relayer ces revendications étaient incompatibles avec la lutte contre l'impérialisme. Et comme si le retour de Maduro au pouvoir contribuerait d'une quelconque façon à la lutte contre l'impérialisme et à l'émancipation des peuples.

De même qu'« À gauche » passe méthodiquement sous silence les revendications de nos camarades ukrainien·nes qui ne cessent de réclamer des armes pour se défendre contre les drones et les missiles de l'impérialisme Russe.

Comme si relayer cette revendication était incompatible avec la lutte contre l'impérialisme. Et comme si la défaite de l'Ukraine contribuerait à la lutte contre l'impérialisme et à l'émancipation des peuples.

Un anti-impérialisme contre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

De fait, pour « À gauche », les premiers concernés, à savoir nos camarades vénézuélien·nes ou ukrainien·nes, ne méritent pas d'être écouté·es et d'être entendu·es au même titre que les tyrans qui se prétendent anti-impérialistes.

La défense du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est ainsi secondarisée au nom d'une prétendue lutte "anti-impérialiste" définie de très loin par des stratèges qui se qualifient surement de "décoloniaux", mais bien à l'abris de la répression du régime de Maduro et de ses épigones comme des drones et des missiles russes.

Aussi, en taisant ou en mettant en sourdine les revendications de nos camarades socialistes, féministes ou syndicalistes, les responsables d'« À gauche » se rendent de facto complices non seulement de l'impérialisme étatsunien qui, comme eux, appelle à taire les oppositions et à soutenir Delcy Rodriguez, mais également de l'impérialisme russe qui, comme eux, appelle à taire les appels à l'aide et à la résistance de nos camarades ukrainien·nes.

Et en toute logique, "À gauche" devrait nous proposer la même censure des revendications de nos camarades en Iran, au nom de la lutte contre l'impérialisme étatsunien ou israélien cette fois-ci.

Dans ce contexte de mise en sourdine des revendications des peuples en lutte par une partie de la gauche, il nous semble au contraire important de faire connaitre et de diffuser les appels internationalistes, comme, par exemple, l'appel à la solidarité de nos camarades ukrainien·nes de Sotsialny Rukh avec le peuple Vénézuélien ou l'appel unitaire des syndicats français, qui invite à lutter contre « la fascisation actuellement partout dans le monde », c'est-à-dire contre l'Axe Trump/Poutine, contre tous les tyrans et aux côtés de TOUS les peuples, de la Palestine à l'Ukraine, en passant par l'Iran, le Groenland, le Soudan, Taïwan ou le Vénézuéla.

Camile Popinot
camille.popinot@gmail.com

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Introduction de Bernard Duterme à son livre : La touristification du monde

20 janvier, par Bernard Duterme — ,
Encore un pamphlet d'anti-tourisme primaire ? Un réquisitoire facile contre le rouleau compresseur touristique ? Une dénonciation confortable de ses travers et de ses dégâts ? (…)

Encore un pamphlet d'anti-tourisme primaire ? Un réquisitoire facile contre le rouleau compresseur touristique ? Une dénonciation confortable de ses travers et de ses dégâts ? Oui et non. Si le dénigrement des touristes s'impose depuis belle lurette comme l'un des réflexes favoris des touristes eux-mêmes, souvent gênés par leurs semblables (dont ils entendent se distinguer), la critique du tourisme international, l'examen de la logique d'expansion continue de ce secteur d'activités a, elle, moins bonne presse. Et pour cause.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse

Paré de toutes les vertus par ses nombreux promoteurs, auréolé de soleil et d'évasion dans l'imaginaire de ses nombreux clients, le filon des vacances à l'étranger emporte l'adhésion, avec la force de l'évidence. Il crée des emplois et enrichit les pays visités ; il crée du bonheur et enchante les populations visiteuses. Nuancer le tableau ou l'assombrir est affaire de grincheux.

Pourtant, un premier constat fait presque consensus : si le déploiement tous azimuts de l'industrie du tourisme produit de réels bénéfices, il engendre également de multiples coûts. Économiques, écologiques, sociaux, culturels, politiques… De cela, tout le monde est à peu près conscient. Mais là où la lucidité s'étiole, là où la mauvaise foi des principaux acteurs – entrepreneurs ou consommateurs – du tourisme international prend le dessus, c'est face à la très inégale répartition de l'ensemble de ces coûts et bénéfices. Prévalent alors relativisation ou dénégation. Lorsque, sur le plan éthique, les avantages financiers ou récréatifs accumulés par les uns en viennent à justifier les dommages et préjudices subis par les autres. Voire, sur le plan politique, à les reléguer aux oubliettes.

La conscience de l'impossible généralisation du phénomène touristique dans ses formes actuelles devrait pourtant achever de convaincre les moins critiques. Si tant est que son irréalisable démocratisation ne les indiffère pas. Car c'est un fait : l'accès à la mobilité internationale, au loisir et au repos, pourtant consacré par la Déclaration universelle des droits humains, est réservé à moins de 10% de l'humanité. Minorité vernie qui exerce en cela un « privilège » et non plus un « droit ». Heureusement d'ailleurs. La biodiversité et les équilibres climatiques ne survivraient pas à l'égalité face aux vacances. Même l'ONU Tourisme le reconnaît de temps à autre à la faveur de ses outils de suivi qui documentent, au moins en creux, les vulnérabilités et les injustices inhérentes à son industrie fétiche et à ses destinations de masse ou de niche.

Le monde est à disposition

Le monde est à disposition. Sa mise en tourisme, sa « touristification » répond aux attentes gourmandes de celles et ceux – les vacancières et vacanciers en puissance – que l'histoire politique et économique a outillés pour le visiter. Quand la demande ne répond pas elle-même à l'offre. Qui des touristes internationaux ou des opérateurs touristiques se sont mis, les premiers, à considérer les contrées proches ou reculées comme de « grandioses » terrains d'aventure, comme d'« authentiques » lieux de découverte ou comme de « paradisiaques » espaces de plaisance, de divertissement et de prélassement ? Peu importe. On dira que le besoin d'évasion des uns a dopé l'esprit d'entreprise des autres, et réciproquement. Et que la touristification du monde consiste précisément à le mettre aux goûts, moutonniers ou singuliers, des privilégié·es qui se l'offrent. Au mépris le plus souvent de la moindre connaissance, la plus élémentaire, des régions et des populations visitées.

Le tourisme international vit des illusions qui le fondent. Y a-t-il sentiers plus battus que le « hors des sentiers battus » ? Y a-t-il moins inclusif à l'échelle mondiale que la supposée démocratisation du tourisme ? Y a-t-il plus convenu, c'est-à-dire moins différent et moins éloigné que l'exotisme vendu par les tour-opérateurs ? Y a-t-il moins biodégradable que l'impact biodégradant d'un secteur prétendument durable ? Y a-t-il plus factice que l'« authentique en toc » fabriqué par les voyagistes ? Y a-t-il moins mesuré que la gestion des retombées au sein des populations locales ? Y a-t-il plus formaté, plus adapté, plus lissé que la déambulation consumériste en « terres inconnues » ? Y a-t-il moins réglementé que cette industrie qui s'affiche responsable ? Y a-t-il plus couru que la quête d'exclusivité à l'infini ?

Le long de l'Ourthe ou de la Semois

« Merveilleuse terre de vacances » lisait-on déjà, dès les années 1960, aux entrées du… Luxembourg belge.

« Merveilleuse terre de vacances » ! La formule, qui ne pèche pas par sobriété, couvrait-elle alors un intérêt commercial bien compris ? Ou conférait-elle un certain sentiment de fierté aux populations locales ? À l'inverse, instillait-elle un vague ressentiment de dépossession, d'usurpation d'une terre qui, au fond, constituait d'abord leur milieu de vie, leur quotidien plutôt qu'un « merveilleux » terrain de camping estival ? En tout cas, le slogan visait ostensiblement – à la limite de l'autosuggestion positive, méthode Coué – à attirer ou à accueillir, c'est selon, les caravanes du centre et du nord du pays, ainsi que des Pays-Bas voisins qui, à cette époque, venaient volontiers s'installer le long de l'Ourthe ou de la Semois pendant les congés payés.

De cette histoire date peut-être ma sensibilité revêche à la problématique du tourisme. Enfant dans les années 1970 au sein d'une famille modeste qui ne partait jamais en vacances, étudiant-jobiste dans les années 1980 au service des juillettistes ou des aoûtien·nes de balade en Ardenne belge, actif dans la coopération au développement et la solidarité internationale depuis lors, je ne pouvais rester indifférent à la question. Le tourisme est-il accessible à tous et toutes, comme le clament ses promoteurs ? Profite-t-il équitablement aux populations visiteuses et visitées comme à ses entremetteurs ? Est-il « soutenable » en dépit de ses impacts écologiques ? Considère-t-on à raison l'expérience touristique comme dépaysante, bienveillante, apaisante ou envoûtante ? La touristification du monde ne gagnerait-elle pas à être davantage régulée, voire « balisée », pour plus de justice ? C'est à ces innocentes questions que les pages suivantes tentent de répondre. Le plus subjectivement du monde, sur des bases objectives. Et vice versa.

Bernard Duterme : La touristification du monde
Editions Syllepse, Paris 2025, 98 pages, 6 euros
https://www.syllepse.net/la-touristification-du-monde-_r_37_i_1153.html

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Crise du régime politique québécois, impasse des partis traditionnels et nécessité d’une rupture écosocialiste

20 janvier, par Bernard Rioux — ,
La situation politique québécoise devient de plus en plus volatile avec la démission du premier ministre François Legault. La volonté de reconstruire la base de la CAQ par un (…)

La situation politique québécoise devient de plus en plus volatile avec la démission du premier ministre François Legault. La volonté de reconstruire la base de la CAQ par un tournant autoritaire et austéritaire a été un échec complet. Un dernier sondage a placé la CAQ à 11 % des intentions de vote et l'insatisfaction face à la politique du chef du gouvernement a atteint 75 %. Sa démission s'inscrit dans la volonté de permettre, avec un ou une nouvelle chef·fe, d'empêcher le naufrage complet de ce parti.

Les fondements du déclin du gouvernement de la CAQ

Durant la dernière année, l'appui électoral s'est effondré. Selon QC125, la CAQ ne cesse de décliner dans les intentions de vote, passant d'environ 22–24 % en 2024 à 17 % en juin 2025, puis à 11 % au début de janvier 2026.

Aux élections de 2018, puis à celles de 2022, François Legault s'était présenté comme le chef d'un projet « nationaliste » pragmatique, capable de dépasser la polarisation entre le PLQ fédéraliste et le PQ souverainiste, et de défendre un nationalisme pragmatique susceptible d'obtenir des concessions significatives du gouvernement fédéral. Il promettait également une gestion économique rigoureuse menée par une équipe compétente de ministres issus du milieu des affaires.

Mais derrière ce discours se cachait une politique néolibérale : multiplication des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises débouchant sur des échecs industriels (Northvolt, Lion Électrique), ouverture accrue du système de santé au privé, absence de politique de construction de logements sociaux, renforcement des inégalités, refus d'une politique fiscale permettant la redistribution de la richesse, abandon progressif de toute velléité de lutte contre les changements climatiques et attaques contre les droits syndicaux. Les conséquences de ces politiques sont devenues de plus en plus claires pour la majorité de la population : dégradation des conditions de vie, crise du logement, effritement des services publics, insécurité alimentaire.

En arrière-plan, l'impuissance chronique du nationalisme caquiste à arracher des pouvoirs supplémentaires à Ottawa a achevé de le discréditer. Il a été incapable d'empêcher la diminution des transferts en santé. Il a été incapable d'obtenir des transferts de compétences en immigration. Durant les deux mandats de la CAQ, Ottawa a de plus en plus empiété sur les compétences du Québec. Sous couvert de financement et de « programmes nationaux », le gouvernement fédéral a imposé ses priorités dans des domaines relevant pourtant du Québec : santé, petite enfance, logement, environnement. La CAQ a été incapable de s'opposer à cette stratégie de centralisation. Toute sa rhétorique sur sa capacité, par son pragmatisme et sa détermination, d'arracher de nouveaux pouvoirs à Ottawa a démontré sa stérilité.

La course à la chefferie de la CAQ ne vise pas tant à refonder ce bloc qu'à en gérer les débris. Les différents prétendant·es oscilleront entre continuité technocratique, durcissement identitaire et tentatives peu crédibles de relance nationaliste. Mais aucun ne parviendra à recomposer un bloc social cohérent capable de redonner une direction politique à la société québécoise.

La remontée du PQ et ses contradictions

Les contradictions du gouvernement de la CAQ, tant sur le terrain social que national, ont ouvert un espace politique que le Parti québécois a su occuper. Le PQ a connu une remontée qui lui a permis non seulement l'élection de député·es lors de différentes élections partielles, mais aussi d'occuper la première place dans les intentions de vote depuis plus d'un an. Longtemps marginalisé, avec un résultat désastreux aux élections de 2022, il capte aujourd'hui le mécontentement envers la CAQ et remobilise une base indépendantiste en panne de projet depuis 1995. Il occupe depuis plusieurs mois la première place avec des intentions de vote oscillant entre 30 et 35 %, ce qui traduit un réalignement significatif du champ politique québécois.

La dénonciation de l'impuissance de la CAQ à arracher la moindre concession significative au gouvernement fédéral a amené Paul St-Pierre Plamondon, lors de la démission de François Legault, à affirmer que la troisième voie entre le fédéralisme et le souverainisme avait définitivement démontré son échec, et que l'enjeu politique central au Québec redevenait le choix entre souverainisme et fédéralisme. C'est dans ce cadre que sa promesse de tenir un référendum sur la souveraineté dès un premier mandat s'inscrit pleinement.

Mais le nationalisme du Parti québécois s'est profondément transformé. Le PQ de PSPP défend un nationalisme identitaire qui lie immigration, crise du logement et avenir de la langue française, reprenant à son compte la logique de la CAQ sur la réduction de l'immigration, la laïcité d'exclusion et un modèle d'intégration relevant d'une logique assimilationniste. Si le PQ regagne de la force en incarnant une rupture avec l'aplaventrisme du PLQ face à Ottawa et en dénonçant l'incapacité du gouvernement Legault à obtenir des gains significatifs, son projet social et sa conception de l'indépendance, qui n'impliquent aucune rupture avec les logiques de l'impérialisme américain, ne lui permettent pas de développer un projet de société répondant aux besoins de la majorité populaire.

Le Parti québécois cherchera à reconstituer un bloc national modéré, combinant souverainisme institutionnel, conservatisme économique et alignement géopolitique occidental. Son opposition au rapprochement du Canada avec la Chine illustre cette stratégie : afficher une respectabilité internationale, rassurer certaines élites économiques et se démarquer de toute perspective de non-alignement ou de rupture stratégique. Ce positionnement vise à capter les classes moyennes nationalistes déçues de la CAQ, mais révèle aussi une contradiction centrale : prétendre incarner une rupture nationale tout en s'inscrivant dans les cadres géopolitiques, économiques et idéologiques du capitalisme occidental dominant.

Le Parti libéral du Québec et le difficile chemin de sa reconstruction

Le Parti libéral du Québec (PLQ) est en état d'effondrement dans l'ensemble du Québec francophone. Le résultat des élections du 3 octobre 2022 — 14,17 % des voix et 21 sièges concentrés à Montréal — ne constitue pas une simple défaite électorale, mais l'aboutissement logique de son rôle historique : celui d'un parti au service de la bourgeoisie canadienne et des élites québécoises fédéralistes, qui n'a pas hésité à sacrifier des acquis importants de la société québécoise.

Après les années Charest, Philippe Couillard a prolongé la cure d'austérité : coupures massives dans les dépenses sociales, privatisation de pans entiers du système de santé sous Barrette, marchandisation rampante de l'éducation, attaques contre les personnels de soutien scolaire, affaiblissement du réseau de la petite enfance. Chaque réforme libérale a constitué une attaque directe contre les classes populaires, au profit des assureurs, des cliniques privées et des multinationales. Le PLQ n'a pas « géré » l'État : il l'a mis au service des riches, transformant les droits sociaux en occasions d'affaires pour le capital.

Dans le contexte de la remontée de la polarisation souverainisme/fédéralisme, le PLQ tente de se reconstruire. Les conditions de la victoire de Pablo Rodriguez, marquées par de nombreuses irrégularités, ont plongé le parti dans une crise de direction, débouchant sur la démission du chef et une montée de la méfiance populaire. Une nouvelle course à la direction a dû être lancée. Mais s'il est relativement simple d'élire un chef, il est bien plus difficile de redevenir un parti fédéraliste capable de profiter de la crise de la CAQ et de la peur du référendum, tout en apparaissant comme une alternative crédible face aux crises multiples que traverse la société québécoise.

D'autant plus que le fédéralisme canadien doit composer avec les pressions du gouvernement Trump : durcissement des politiques migratoires, réarmement massif, remise en cause de la lutte contre les changements climatiques, pressions en faveur des énergies fossiles. À cela s'ajoutent les politiques tarifaires américaines qui menacent directement la gestion de l'offre, pilier de l'agriculture québécoise garantissant des revenus stables aux producteurs. Ottawa contrôle les frontières et les traités, tandis que le Québec en subit les conséquences. Cette logique illustre les limites du fédéralisme canadien : le Québec produit, Ottawa décide. Défendre la gestion de l'offre, c'est défendre la souveraineté alimentaire et le droit du Québec de choisir son modèle agricole. Dans ce contexte, la défense du fédéralisme canadien devient particulièrement périlleuse.

Le PLQ cherchera d'abord à rassurer : rassurer les marchés, les investisseurs, les institutions fédérales, en promettant le retour à l'ordre, à la prévisibilité et à l'orthodoxie économique, tout en se posant en gardien de l'ordre fédéral face au souverainisme péquiste. Ce bloc social existe, mais il est étroit, sociologiquement minoritaire et politiquement fragile, incapable de produire une hégémonie durable dans une société traversée par de profondes aspirations nationales, sociales et écologiques.

Le rôle du Parti conservateur du Québec ou la normalisation de l'extrême droite

Dans ce paysage, le Parti conservateur du Québec (PCQ) s'impose comme le véhicule politique de l'extrême droite. Sous la direction d'Éric Duhaime, il combine ultralibéralisme économique, privatisation de la santé et de l'éducation, marchandisation des services publics et démagogie réactionnaire inspirée du trumpisme, avec un climatoscepticisme assumé et la promotion des hydrocarbures.
Lors des élections de 2022, cette stratégie lui a permis de récolter plus de 12 % des suffrages à l'échelle nationale. Dans certaines régions, le PCQ a atteint des scores significatifs : plus de 15 % dans plusieurs circonscriptions de la Mauricie et plus de 35 % dans certains comtés de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches.

Cette percée traduit l'implantation d'un courant autoritaire et antisocial, porté par une fraction de la petite bourgeoisie et par des couches populaires séduites par un discours anti-élite et anti-État. Le danger est réel : même sans perspective de pouvoir, le PCQ tire l'ensemble du débat politique vers la droite et contribue à normaliser des positions réactionnaires. Il demeure toutefois incapable de proposer un projet crédible pour la majorité populaire, notamment pour les secteurs organisés de la société.

Aux fondements de la stagnation actuelle de Québec solidaire

Après le saut qualitatif de 2018, où Québec solidaire avait fait élire dix député·es, le parti a connu des résultats décevants en 2022. Ces résultats ne sont pas décevants en soi — 15,4 % des voix et 11 député·es — mais parce que le discours du parti avait laissé espérer une percée vers l'opposition officielle et une possibilité d'accès au pouvoir. Aujourd'hui, QS plafonne autour de 11 % des intentions de vote.

Cette orientation a dilué la spécificité politique du parti et affaibli son image de force de rupture. Le recentrage parlementaire a également amoindri sa capacité à incarner une opposition ferme sur les enjeux sociaux et antiracistes. QS a perdu à la fois son élan militant et la confiance d'une partie de son électorat en quête d'une alternative radicale.

La crise actuelle de Québec solidaire ne relève donc pas de simples aléas électoraux, mais de choix stratégiques et structurels. En s'adaptant aux logiques parlementaires et en misant sur une stratégie électoraliste centrée sur la crédibilité institutionnelle, le parti a affaibli son ancrage social, sa démocratie interne et sa capacité de rupture.

Pour un tournant écosocialiste et écoféministe de Québec solidaire

Face à l'offensive convergente des droites politiques, économiques et idéologiques incarnée par le gouvernement Legault, les luttes fragmentées ne suffisent plus. La période actuelle exige la construction d'un front uni capable de regrouper les forces syndicales, communautaires, féministes, écologistes, étudiantes, autochtones et populaires autour d'un diagnostic commun, d'un programme de rupture et d'une stratégie de confrontation à la hauteur des attaques en cours. Dans ce contexte, la perspective d'une grève sociale prend une importance centrale. Celle-ci ne peut être réduite à un simple arrêt de travail : elle doit devenir une mobilisation large, intégrant le travail salarié et non salarié, le care, les services publics, la culture et les luttes territoriales, afin de rendre visible ce que le capitalisme et l'État tendent à invisibiliser — le rôle central des travailleuses, des communautés et des services publics dans le fonctionnement de la société.

Une telle mobilisation doit porter des revendications claires : arrêt du saccage environnemental, transition écologique juste, défense et extension des droits sociaux, protection du logement, refus de la militarisation de l'économie, respect de l'autodétermination des peuples autochtones et rupture avec le modèle extractiviste et néolibéral. Elle doit aussi affirmer que la crise écologique et sociale actuelle est incompatible avec l'ordre économique dominant et qu'une transformation en profondeur est nécessaire.

Dans ce cadre, Québec solidaire occupe une position stratégique particulière. Issu des mouvements sociaux, porteur d'un projet de justice sociale, écologique et démocratique, il ne peut se contenter d'un rôle d'opposition parlementaire ou de gestion raisonnable du système existant. Sa crédibilité politique dépend de sa capacité à s'ancrer dans les luttes réelles, à soutenir activement la construction du rapport de forces et à devenir le relais politique d'un front social large, sans se substituer aux mouvements qui le composent. Préparer les échéances électorales ne peut se faire indépendamment de cette dynamique : c'est dans l'engagement aux côtés des luttes que peut se construire une alternative politique réelle à la CAQ, au Parti libéral et aux autres forces de la droite.

Mais l'enjeu dépasse la simple résistance. Si le camp populaire veut réellement mettre fin à l'offensive actuelle contre ses conditions de vie, il doit poser la question du pouvoir. Se limiter à interpeller les gouvernements ou à défendre des revendications sectorielles revient à s'enfermer dans une posture défensive. L'expérience a montré les limites de cette stratégie. Pour sécuriser les conditions d'existence, transformer l'économie, renforcer les services publics, lutter efficacement contre la crise climatique et approfondir la démocratie, s'opposer à l'endocolonialisme de l'État fédéral, c'est l'ordre politique lui-même qu'il faut remettre en cause.

C'est pourquoi Québec solidaire doit assumer pleinement sa vocation de débouché politique du camp populaire. Cela implique de rompre avec toute logique d'adaptation au système et de s'engager résolument dans la construction d'un projet écosocialiste et écoféministe. Un tel projet repose sur la fin du pillage des ressources, la planification démocratique de l'économie, l'éradication des rapports de domination patriarcale, la défense des droits des personnes migrantes, le renforcement des services publics, une politique linguistique inclusive, le rejet des usages identitaires de la laïcité et un internationalisme anti-impérialiste assumé. Il suppose également la convocation d'une Assemblée constituante souveraine, seule à même de construire un Québec démocratique et réellement indépendant.

Nous sommes entré·es dans un moment d'interrègne : l'ancien bloc au pouvoir se délite, mais aucun projet hégémonique alternatif ne s'est encore imposé. Dans cette période de flottement et de polarisation, la recomposition politique ne se jouera pas uniquement dans les institutions, mais dans la capacité des forces sociales à donner une cohérence politique aux colères, aux aspirations et aux luttes dispersées. Québec solidaire peut jouer un rôle décisif dans cette recomposition, à condition de se concevoir non comme une simple machine électorale, mais comme un outil au service de la mobilisation populaire et de la transformation sociale.

Face à l'autoritarisme, à l'extractivisme et à la montée des logiques sécuritaires, l'enjeu est celui de la reconquête démocratique, sociale et écologique du Québec. Cela exige une rupture claire avec l'ordre existant et la construction d'un projet capable d'unifier les luttes autour d'un horizon émancipateur. C'est à cette condition que Québec solidaire pourra redevenir le point d'appui politique d'une alternative crédible, offensive et majoritaire.

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La chape de plomb est-elle tombée ?

20 janvier, par Jonathan Durand Folco — ,
Tout le monde s'entend pour dire que François Legault a été un premier ministre marquant pour l'histoire du Québec contemporain, et que son legs est immense. Il a restructuré (…)

Tout le monde s'entend pour dire que François Legault a été un premier ministre marquant pour l'histoire du Québec contemporain, et que son legs est immense. Il a restructuré la vie politique de la province autour de thèmes comme l'identité, la laïcité, le contrôle de l'immigration, la protection de la langue française et des valeurs québécoises. Comme le disent certains, il y aura un avant et un après François Legault. Or, le bilan de huit années de règne majoritaire de la CAQ est-il globalement positif, globalement négatif, ou un mélange des deux ? C'est là que les avis divergeront, en faisant réapparaître le bon vieux clivage gauche/droite

14 janvier 2026 tiré de Métapolitiques | Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel. Source.

À mes yeux, le gouvernement Legault aura eu un impact immense par la "chape de plomb" qu'il a réussi à imposer sur l'ensemble de la société québécoise. Il aura réussi à instaurer un régime néoduplessiste, adapté aux circonstances du XXIe siècle. Même si on s'y oppose, il faut reconnaître ce tour de force.

Les forces de Legault

Durant son premier mandat, Legault a gouverné par hégémonie, c'est-à-dire par sa capacité à susciter le consentement spontané d'une majorité de la population. Son style, authentique, populiste et paternaliste à la fois, suscitait l'adhésion d'une majorité, longtemps habituée aux technocrates et à la langue de bois. Il "parlait vrai", même pour dire parfois des énormités.

Le règne de la CAQ ne venait pas de nulle part ou de l'unique talent de Legault, mais bien d'une dizaine d'années de martelage médiatique sur les enjeux identitaires qui ont bien préparé le terrain en labourant les esprits.

La victoire triomphante de la CAQ est aussi le fruit de l'essoufflement du néolibéralisme gestionnaire qui a régné depuis le gouvernement de Lucien Bouchard et son déficit zéro. Le néolibéralisme est toujours parmi nous, mais revêtu d'un manteau nationaliste conservateur.

La victoire de la CAQ venait aussi d'un épuisement du bipartisme PQ/PLQ qui a dominé la scène politique québécoise depuis les années 1970. Une bonne partie de la population en avait marre du sempiternel débat souverainisme vs fédéralisme, et l'autonomisme de la CAQ a réussi à briser le clivage entre péquistes et libéraux en créant une véritable coalition nationaliste et affairiste.

L'arrivée de la CAQ s'est aussi accompagnée de la remontée de la gauche, et d'une réaction face aux nouvelles revendications des mouvements progressistes contemporains : féminisme, antiracisme, écologisme, luttes autochtones et LGBTQ+. Lorsque Legault traita Gabriel Nadeau-Dubois de "chef des wokes" dans l'enceinte de l'Assemblée nationale en 2021, on voyait là un clivage politique net qui n'existait pas une décennie plus tôt.

Les raisons d'une chute

Or, avec la fin de la pandémie et un épuisement des politiques publiques identitaires (que reste-t-il après la loi 21, la loi 96 et la réduction des seuils d'immigration ?), la CAQ s'est retrouvée les culottes baissées, en mode improvisation. Ses grands projets économiques ont échoué (comme Northvolt), ses va-et-vient sur le Troisième lien ont démobilisé sa base électorale, et ses attaques contre les syndicats, les immigrants et la société civile se sont durcies.

Sans vision stratégique, en dégringolade dans les sondages, la CAQ a perdu sa légitimité, son élan, sa boussole. Le gouvernement Legault a donc décidé de radicaliser son projet de droite populiste, d'imposer des mesures d'austérité, de renforcer encore plus les mesures contre les minorités religieuses et les réfugiés, de limiter les droits individuels et collectifs, et de verrouiller le tout avec un projet de constitution anti-démocratique élaboré en catimini.

Bref, la CAQ ne gouvernait plus par hégémonie ou par consentement, mais de plus en plus par coercition, par répression. Ce n'est pas pour rien que le Barreau du Québec a souligné cet automne qu'on vivait au Québec une érosion de l'État de droit et une dérive autoritaire. Et c'est là au final que se trouve l'héritage de Legault : il aura essayé de maintenir sa chape de plomb à tout prix, en vissant le couvercle sur la marmite, mais ça n'a pas fonctionné.

Soulignons ici le rôle clé des mouvements sociaux dans cette dégringolade spectaculaire des deux dernières années. Il faut rappeler que la CAQ avait remporté haut la main les élections générales de 2022, face au Parti québécois et au Parti libéral du Québec qui ont perdu des plumes, Québec solidaire qui a stagné malgré ses ambitions, et le Parti conservateur du Québec qui n'a pas réussi à faire élire un seul député. Personne n'aurait cru que la CAQ, hégémonique alors, allait s'effondrer aussi vite moins d'un an plus tard.

Si on regarde ce graphique de cet article du journal Le Devoir qui illustre les variations d'intentions de vote sur la longue durée, la chute a commencé au début de l'automne 2023.

La CAQ récolta alors un mécontentement face à plusieurs décisions impopulaires : abandon du 3e lien, hausse majeure du salaire des députés jointe à une subvention de 7 millions pour une game de hockey des Kings de Los Angeles, la réforme Dubé en santé, puis la grève du secteur public qui fut la plus forte mobilisation syndicale des dernières années. Dans son hommage à François Legault suite à sa démission, le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois souligne que malgré leurs divergences politiques, Legault avait à cœur l'éducation :

Je dis que tout nous opposait, mais il y a peut-être une exception : l'éducation. En quittant ses fonctions aujourd'hui, il a eu cette très belle phrase : « les enseignants sont les personnes les plus importantes du Québec, après les parents ». C'est bien vrai, et l'augmentation du salaire des enseignantes est sans doute une des meilleures décisions qu'il ait pris comme premier ministre.

C'est sans doute vrai, et nul ne connaît les intentions réelles ou les expériences subjectives de François Legault. Or, il faut rappeler qu'objectivement, Legault n'aurait jamais augmenté le salaire des enseignant·e·s s'il n'y avait pas eu le soulèvement historique du secteur public de l'automne 2023, ni l'appui massif de la population à l'endroit du corps enseignant et leurs revendications. Comme le dit l'adage : seule la lutte paie.

À l'automne 2025, on assiste aussi à un large soulèvement de la société civile québécoise suite à la batterie de mesures autoritaires du gouvernement Legault : les projets de loi 1, 2, 3, 5, 7, 9 contiennent tous des éléments affaiblissant les contre-pouvoirs et l'autonomie de la société civile face à l'autorité de l'État. On n'assiste pas à une grève générale aussi imposante que celle du secteur public en 2023, mais lorsque 10 000 médecins remplissent le Centre Bell pour protester contre une loi, il y a quand même quelque chose qui se passe.

Le milieu communautaire et les centrales syndicales qui furent attaquées de plein fouet par ces réformes, se soulèvent et menacent d'organiser une grève générale au printemps 2026. On peut encore ajouter les réactions négatives du milieu des affaires face aux annonces de réduction massive de l'immigration, la petite et moyenne bourgeoisie représentant une base électorale importante de la CAQ. Bref, François Legault était encerclé de tous bords tous côtés. Ce n'est pas que les sondages qui déterminent les décisions des gouvernants, mais un mélange complexe de rapports de force dans la société civile.

Mais que va-t-il se passer ensuite ?

La suite

Lorsque Maurice Duplessis décéda le 7 septembre 1959 d'une hémorragie cérébrale, il fut remplacé par Paul Sauvé qui fut premier ministre du 11 septembre 1959 au 2 janvier 1960. Son mandat fut bref, car il a été aussitôt remplacé par le libéral Jean Lesage qui amorça la Révolution tranquille et transforma le Québec de façon substantielle pour les décennies à venir.

Peut-on espérer un même scénario en 2026 ? Rien n'est moins sûr.
Dans un monde hypothétique où Québec solidaire aurait réussi son pari de 2022, en faisant élire une quinzaine de député·e·s à la grandeur du Québec, qu'un dépliant n'aurait pas été volé dans la circonscription de Camille-Laurin, et donc que Paul Saint-Pierre-Plamondon (PSPP) n'aurait pas été élu, cela aurait entraîné la mort du PQ, l'hégémonie de QS à gauche et sur le mouvement souverainiste, et donc le scénario de la gauche solidaire comme opposition officielle devenant un "parti de gouvernement" capable de prendre le pouvoir en 2026. Mais il s'agit ici de politique-fiction.

Le scénario le plus probable aujourd'hui est une prise du pouvoir par le Parti québécois lors des prochaines élections, avec comme prochain premier ministre PSPP. Si celui-ci avait gardé une ligne politique analogue à celle qu'il avait en 2016 lors de sa première course à la chefferie du PQ, alors on aurait pu s'attendre à un projet politique social-démocrate et inclusif, mettant de l'avant la nécessité de l'indépendance du Québec. On aurait eu une sorte de gouvernement Lesage 2.0, légèrement différent mais tout de même assez proche du projet de "gauche pragmatique" de GND, avec un brin de radicalité en moins.

Malheureusement, depuis 2023, PSPP a pris un virage à droite assumé, que ce soit sur la question identitaire où il rivalise avec la CAQ en matière de nationalisme conservateur, de réduction des seuils d'immigration et de guerre anti-woke, ou encore au niveau économique avec un discours de droite visant à rivaliser avec la montée du PCQ qui pourrait aussi bénéficier de l'effondrement de la CAQ. Le prochain PQ gouvernera assurément à droite, autant sinon plus que la CAQ qui se retrouve maintenant sur le respirateur artificiel.

La seule rupture pourrait s'effectuer autour de la question constitutionnelle, ramenant le bon vieux clivage souverainiste/fédéraliste. Si PSPP promet qu'il y aura un référendum sur l'indépendance du Québec dans un premier mandat, et il risque fort bien de tenir sa promesse d'ici là, on ne sait pas s'il se ravisera une fois au pouvoir, que ce soit par pragmatisme compte tenu des tumultes à l'échelle internationale, ou en raison de sondages trop défavorables.

Si PSPP décide de maintenir le cap sur l'indépendance, on sait déjà qu'il privilégie une alliance avec Éric Duhaime et Maxime Bernier, tout en invitant formellement Québec solidaire à la table et en rouspétant contre la "gauche radicale" à la moindre occasion. Le prochain "Camp du Oui", si la campagne référendaire a lieu en 2027 ou 2028, a bien des chances d'être très à droite, surtout dans le contexte politique mondial de remontée des autoritarismes dans lequel nous sommes plongés, qui est à l'exact opposé du contexte des années 196o-1970.

Comme le note à juste titre l'ancien conseiller politique et rédacteur des discours de François Legault, Étienne-Alexandre Beauregard, dont je partage le constat malgré mon désaccord politique profond, le prochain dirigeant du Québec empruntera fort probablement la voie tracée par le gouvernement Legault :

Dans notre culture politique, il y aura un avant et un après François Legault. Désormais, il est impensable de gouverner le Québec si l'on n'est pas un sincère nationaliste, prêt à prendre à bras le corps le déclin du français, une immigration hors de contrôle et la défense des valeurs québécoises. C'est un legs précieux pour lequel notre nation lui doit énormément.

Bref, la chape de plomb instaurée par les deux mandats du gouvernement Legault ne tombera pas magiquement avec le départ de son fondateur. Elle restera bien là, et ce même dans le cas d'une éventuelle victoire de l'indépendance au référendum.

L'épineuse question des relations internationales

Le gouvernement de PSPP pourra dès lors consolider ce régime politique nationaliste-conservateur dans une nouvelle constitution d'un Québec souverain, lequel sera à la fois culturellement homogène, et aligné aux politiques économiques et militaires des États-Unis, selon l'actuel chef du PQ.

Au niveau des relations internationales, selon le camp nationaliste-conservateur, le Québec aurait tout intérêt à craindre davantage le Canada et la Chine que l'impérialisme fasciste de l'administration Trump et ses menaces d'annexion. Cela vous donne un aperçu d'un "Québec indépendant" sous hégémonie péquiste et trumpiste, aligné sur un populisme de droite décomplexé.

Personnellement, je crois que le défi maintenant sera d'attaquer cette "chape de plomb" en tant que telle, qu'elle se manifeste au niveau provincial avec le régime néoduplessiste, à l'échelle fédérale avec le durcissement conservateur du gouvernement Carney, et au niveau international avec une lutte globale contre l'impérialisme américain, mais aussi la multiplication des régimes autoritaires à travers le monde.

Pour 2026, je nous souhaite une bonne dose de solidarités translocales inspirées du municipalisme, de résistances transnationales à l'image des soulèvements récents de la Gen-Z, d'un internationalisme progressiste renouvelé, et d'une cosmopolitique des communs, car nous nous en aurons cruellement besoin. L'indépendance du Québec a peut-être encore un rôle à jouer dans tout ça, mais une indépendance assujettie à la chape de plomb nationale-conservatrice ou au trumpisme, non merci. L'auto-détermination des peuples sera translocale et internationaliste, ou ne sera pas.

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Soulèvement du peuple iranien et menace d’intervention américaine : on appuie ou on appuie pas ?

20 janvier, par Amir Khadir — ,
On part du principe de solidarité entre les peuples et leurs luttes par en bas ? Ou du point de vue du « campisme des bloc contre bloc » et des rivalités par en-haut qui nous (…)

On part du principe de solidarité entre les peuples et leurs luttes par en bas ? Ou du point de vue du « campisme des bloc contre bloc » et des rivalités par en-haut qui nous invite à appuyer le régime devant l'intervention étrangère ?

Pour la version longue voir le premier commentaire avec les références historiques… pour celles et ceux qui veulent bien prendre le temps comme moi d'essayer d'y voir clair et la ont la patience qu'il faut pour comprendre les points de vue qui s'opposent.

Depuis deux semaines le peuple iranien est de nouveau en soulèvement. L'étincelle est venue cette fois du bazar de Téhéran, où les commerçants plus modestes ont lancé la ronde des premières manifestations qui ont rapidement tourné d'abord en révolte contre la cherté du coût de la vie. En quelques semaines, la dévaluation de la monnaie nationale a vu le coût des denrées de base être multiplié par quatre.

J'ai affiché la semaine dernière sur cette page un appel à manifester en solidarité avec le peuple iranien et contre la dictature des mollahs. Plusieurs - dont Khalil, Hussein, Marianne, Caroline et quelques autres – ont soulevé des interrogations pertinentes. Comment se porter en appui à un soulèvement qui semble donner prétexte à une intervention américaine, en parfaite complicité avec Israël ? Comment articuler une solidarité face au mouvement populaire en Iran, dans un contexte où des puissances étrangères hostiles (États-Unis, Israël) pourraient chercher à instrumentaliser cette lutte à leurs propres fins géopolitiques ou même impériales ?

L'approche campiste : le choix d'un « bloc contre un autre » par en haut

Dit simplement, le campisme part d'une analyse des rivalités entre grandes puissances (USA vs. leurs adversaires) et y subordonne toute autre considération.

Face à la situation actuelle en Iran le raisonnement campiste dit : "l'Iran est un pilier de la résistance à l'impérialisme américain et israélien au Moyen-Orient. Par conséquent, critiquer son régime, soutenir les soulèvements internes affaiblit ce 'front' et sert objectivement les intérêts de Washington. Il faut donc soutenir, ou du moins ne pas critiquer, la République Islamique qui fait face à l'ingérence étrangère"

Face au Venezuela, le campisme fonctionne de manière identique. La logique a longtemps été : "le Vénézuela incarne la résistance à l'hégémonie américaine et à ses sanctions criminelles. Soutenir l'opposition vénézuélienne, même de gauche et critique, revient à faire le jeu de la droite locale et de Washington. Il faut donc fermer les yeux sur le virage autoritaire, la répression et la gestion économique désastreuse de Maduro au pouvoir. Il faut le soutenir car il s'oppose à l'hégémonie US" (certains avec un dose de mauvaise foi affirment que ce choix est plus facile dans notre confort ‘'internationaliste'' souvent loti au sein d'une démocratie libérale occidentale… à Montréal, Londre et New-York où nous n'avons pas grand prix à payer pour notre dissidence ;-)

Cette posture sacrifie les peuples sur l'autel de la géopolitique. Elle trahit à mon avis l'internationalisme en refusant la solidarité avec les luttes concrètes pour la démocratie, les droits des femmes, les droits sociaux et la justice. Elle offre un "chèque en blanc" aux régimes autoritaires sous prétexte qu'ils sont dans le "bon camp".

Approche alternative : solidarité avec les luttes d'en bas

Une approche alternative est celle fondée sur la solidarité entre les peuples, un choix qui part des luttes d'en bas. Cette approche inverse la perspective campiste et part des luttes sociales concrètes, des mouvements d'émancipation et considère prioritaire de tenir compte des souffrances des populations.

Le principe de base de cette approche est que la solidarité ne se donne pas à des États, des drapeaux ou des "camps", mais aux peuples en lutte pour leur émancipation. Cela implique un soutien critique mais inconditionnel aux mouvements sociaux, quelles que soient les frontières.

Appliquée à l'Iran, cela revient à soutenir inconditionnellement le soulèvement populaire, en particulier le mouvement étendu en 2022 par les femmes contre l'oppression patriarcale d'État et la dénonciation claire sans atermoiement de la répression brutale du régime, de son caractère théocratique et autoritaire. Cela n'empêche en rien de souligner notre opposition ferme et simultanée à toute intervention militaire ou ingérence impérialiste américaine (ou autre), qui instrumentaliserait la souffrance du peuple iranien pour des objectifs géostratégiques.
Dans cette perspective, la solidarité avec le peuple iranien, nous place à la fois contre le régime et contre les impérialismes qui voudraient exploiter la situation.

Appliquée au Vénézuela, cette solidarité doit se manifester par un soutien aux mouvements sociaux, syndicaux et communautaires qui luttent à la fois contre les effets des sanctions américaines et contre la corruption, l'autoritarisme et les politiques économiques du gouvernement Maduro. C'est la position défendue par la gauche critique vénézuélienne qui ne voit aucune obligation de choisir entre Maduro et l'opposition de droite parrainée par Washington. La solidarité va aux travailleurs, aux communautés indigènes, aux femmes et aux écologistes qui résistent "par en bas".

Il est vrai que cette position de combat sur deux fronts est beaucoup plus inconfortable. Il faut lutter sur deux fronts, lutte contre l'impérialisme américain (sanctions, menaces d'intervention) et lutte contre l'autoritarisme et le capitalisme de copinage des régimes iranien et vénézuelien. Inconfortable et exigeant, pcq qu'il faut se donner la peine de "comprendre les crises dans toute leur complexité. Le campisme ne se complique pas l'existence et va au plus simple – et ici je le simplifie à l'extrême : quel que soit la nature du régime, on l'appuie s'il s'oppose aux USA !

Selon moi, et en dernière analyse, la vision campiste détourne le sens de l'internationalisme et son action nuit aux luttes légitimes des peuples. C'est cependant une réalité encore très présente au sein de la gauche organisée et des courants anti-impérialistes populaires. Une forme d'aveuglement devant la complexité de nos luttes.

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Le meurtre d’une femme de Minneapolis par l’ICE suscite la tristesse, la colère et déclenche des manifestations nationales

20 janvier, par Dan La Botz — ,
Des millions d'Américains sont profondément bouleversés et de plus en plus en colère suite au meurtre de Renée Nicole Good, mère de trois enfants, par l'Immigration and Customs (…)

Des millions d'Américains sont profondément bouleversés et de plus en plus en colère suite au meurtre de Renée Nicole Good, mère de trois enfants, par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE).

Tiré de Inprecor
12 janvier 2026

Par Dan La Botz

Des dizaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations « ICE Out For Good » (ICE, hors de nos vies) dans un millier de villes les 10 et 11 janvier. À New York, les manifestant·es brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Abolissez l'ICE maintenant ! », « À bas les masques ! Non à la police secrète », « Trump doit partir maintenant ». En passant devant la Trump Tower, les manifestant·es ont crié « Fuck Trump ! ».

Les agents de l'ICE ont assassiné Good, une mère blanche de trois enfants âgée de 37 ans, qui était présente sur les lieux d'une opération de l'ICE le 7 janvier 2026 pour manifester sa solidarité avec sa communauté et ses immigrant·es. Lorsqu'elle a été approchée par les agents, elle a tenté de s'enfuir en voiture, mais un agent a tiré trois coups de feu sur le véhicule, la tuant sur le coup. Good, une citoyenne américaine née aux États-Unis, décrite comme une « chrétienne fervente », était écrivaine et poète.

Le président Donald Trump, le vice-président J.D. Vance et la secrétaire du département de la Sécurité intérieure (DHS) Kristi Noem ont tous affirmé de manière absurde que Good attaquait les agents de l'ICE. Noem l'a qualifiée de « terroriste nationale », affirmant qu'elle avait suivi et harcelé les agents toute la journée. Les médias conservateurs et les blogueurs ont amplifié les accusations contre Good, la rendant responsable de son propre meurtre. Après la fusillade, Trump a annoncé qu'il gelait les bons alimentaires dans le Minnesota. Et Noem a déclaré qu'en raison de fraudes présumées commises par des immigrants somaliens à Minneapolis, elle envoyait des centaines d'agents supplémentaires de l'ICE à Minneapolis, une autre provocation qui conduira à davantage de violence. Tout cela a exaspéré les gens autant que le meurtre lui-même.

Les responsables locaux et régionaux ont condamné le meurtre de Good, accusant l'ICE d'avoir semé le chaos, provoqué des violences et causé sa mort. Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a déclaré à la presse : « J'ai un seul mot à dire à l'ICE : foutez le camp de Minneapolis. On ne veut pas de vous ici. » Les autorités locales ont déclaré que l'ICE les empêchait d'enquêter sur le meurtre et ont exigé d'être autorisées à mener leur enquête. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, également démocrate, a qualifié le meurtre de Good de « prévisible » et « inutile ». « Nous avons quelqu'un qui est mort dans sa voiture sans aucune raison. » Il a déclaré que protester contre ce meurtre était « un devoir patriotique ». Il a également déclaré qu'il faisait appel à la Garde nationale de l'État pour protéger la population du Minnesota.

On peut imaginer une confrontation possible entre la Garde nationale commandée par le gouverneur démocrate Walz et l'ICE commandée par Trump.

Une telle confrontation permettrait à Trump d'invoquer la loi sur l'insurrection et d'envoyer l'armée américaine pour contrôler l'État. « Le meurtre de Renee Nicole Good est une abomination, une honte, et le sang est clairement sur les mains des membres de l'administration qui ont poussé une politique extrême qui n'a rien à voir avec l'application des lois sur l'immigration visant à expulser les criminels violents de ce pays », a déclaré le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries.

Le sénateur démocrate Chris Murphy prépare une loi qui obligerait les agents de l'ICE à avoir des mandats d'arrêt et leur interdirait de porter des masques lorsqu'ils mènent des opérations de contrôle, et empêcherait les agents de la police des frontières d'opérer loin de la frontière. Certains démocrates menacent de retirer leur financement à l'ICE. « Les démocrates ne peuvent pas voter pour un budget [du département de la Sécurité intérieure] qui ne limite pas l'anarchie croissante de cette agence », a déclaré Murphy.

Tout cet autoritarisme, cette violence et cette cruauté croissants expliquent les signes et les slogans sombres de la manifestation : SOS, Treizième heure et Le fascisme arrive.

Le 11 janvier 2026

Mise à jour de l'article précédent du 9 janvier New Politics.

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Etats-Unis : comprendre la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » et ses implications

20 janvier, par Éric Toussaint — ,
La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, (…)

La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, autoritaire et idéologiquement réactionnaire. Sous couvert de réalisme stratégique, l'administration Trump assume désormais une logique de domination impériale décomplexée, nourrie de références néofascistes, de déni climatique et de rejet explicite des droits humains et du multilatéralisme.

Tiré du site de la revue Contretemps
12 janvier 2026

Dans cet entretien au long cours réalisé par Contretemps, Éric Toussaint analyse le document en le situant dans son contexte historique, économique et idéologique. Il met en évidence les implications majeures pour les relations internationales, les peuples et les mouvements émancipateurs.

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Contretemps : Peux-tu placer dans son contexte historique la publication par la Maison Blanche de la nouvelle doctrine en matière de politique internationale des États-Unis ?

Éric Toussaint : Il faut situer la publication de ce document [1] début décembre 2025 dans le contexte de ce que Gilbert Achcar appelle la Nouvelle Guerre froide, qu'il a analysé dans son livre qui porte le même « nom » [2]. Gilbert Achcar fait remonter le début d'une nouvelle guerre froide à la fin des années 1990 quand les Etats-Unis se sont lancés dans une expansion de l'OTAN par l'accélération de l'intégration d'anciens pays du bloc de l'Est et par l'extension de son aire d'intervention : des pays de l'ex-Yougoslavie et quelques années plus tard l'Afghanistan.

Gilbert Achcar montre bien que les choix faits par Washington ont fait débat entre stratèges étasuniens et que ce sont les faucons qui l'ont emporté sachant que cela ne pouvait que provoquer des réactions négatives du Kremlin. Vladimir Poutine à la tête de la Russie a développé un chauvinisme grand-russe avec la volonté d'augmenter son aire d'influence ou de contrôle à d'anciennes parties de l'URSS avec des références à la grandeur passée de la Russie des tsars.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison blanche depuis début 2025 pour un nouveau mandat, la politique agressive de Washington appliquée depuis plus de 25 ans prend une tournure encore plus accentuée. L'augmentation dramatique des dépenses militaires qui avait débuté internationalement depuis plus d'une dizaine d'année connaît un saut qualitatif.

Ceux qui à gauche, au cours des dernières décennies, ont affirmé que le système capitaliste mondial avait dépassé le stade classique des impérialismes [3] et qu'on était passé à un super impérialisme conduit principalement par des multinationales, dont les attaches avec leur État d'origine se seraient profondément altérées et distendues, se sont trompés.

L'évolution du monde capitaliste reste dominée par la politique des États les plus puissants. La phase dite de globalisation/mondialisation soi-disant vertueuse (selon la version apologétique mise en vogue notamment par le forum de Davos et la plupart des gouvernements) avec internationalisation des chaînes de production incluant la Chine et les puissances du G7 (et partiellement la Russie intégrée au G8 jusque 2014-2015), l'augmentation du libre-échange, est derrière nous.

De nombreux conflits armés jalonnent l'histoire depuis la seconde guerre mondiale, ils ont y compris existé durant la courte période (une partie de la décennie 1990) ayant suivi la guerre froide et se sont amplifiés durant la nouvelle guerre froide qui a commencé à la fin des années 1990.

Les grandes puissances impérialistes sous la conduite des États-Unis ont repris le chemin qui mène à des guerres internationales, voire mondiales. La Russie, par l'invasion de l'Ukraine en 2022, a apporté des arguments à Washington pour accélérer et accentuer sa politique guerrière.

La Russie dirigée par Vladimir Poutine, puissance capitaliste et impérialiste de second rang mais qui dispose de l'arme nucléaire et d'énormes ressources fossiles, a cru pouvoir profiter des échecs des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan et au Proche Orient pour réussir une invasion massive de l'Ukraine en 2022. Mais il a fait un mauvais calcul de son point de vue et n'a pas prévu que le peuple ukrainien allait massivement résister. Poutine a pensé que le régime de Zelenski (qui est un régime néolibéral appliquant les recettes du FMI et de la Banque mondiale) allait s'effondrer et que les victoires militaires allaient être rapides et irréversibles.

Les puissances impérialistes occidentales ont mis en avant leurs propres intérêts et l'OTAN s'est renforcé grâce à l'adhésion de la Finlande en 2023 et de la Suède en 2024. Par contre, les sanctions contre la Russie ont eu peu d'effets et la guerre qui se poursuit sert de justificatif à une augmentation massive des dépenses militaires des pays d'Europe centrale et occidentale et à une réactivation de dispositifs de combat et de déploiement à l'étranger de leurs armées, le tout sous le leadership incontesté et arrogant de Washington.

De leur côté, les États-Unis, sous la conduite de Trump au cours de son deuxième mandat, ont considéré que leur offensive ne devait pas porter directement contre la Russie mais bien contre la Chine qui représente une puissance concurrente autrement plus puissante économiquement et politiquement que la Russie. Cela est énoncé clairement dans le document de stratégie de sécurité nationale rendu public début décembre 2025 par le gouvernement à Washington.

Contretemps : En quoi les problèmes économiques aiguisent-ils les tensions ?

Éric Toussaint : Le capitalisme à l'échelle mondiale est en crise et n'a pas été capable de retrouver un rythme de croissance soutenu, au point que l'on peut parler comme l'économiste Michael Roberts de longue dépression. Nous ne sommes pas du tout des adeptes de la croissance mais, du point de vue du capitalisme, le fait de ne pas pouvoir renouer avec une croissance soutenue constitue un véritable problème pour garantir l'accumulation massive de profits. Cette crise particulièrement forte dans les anciennes puissances impérialistes (= le G7) exacerbe les tensions entre le bloc dominé par Washington, d'une part, et, d'autre part, la Chine qui maintient une croissance soutenue même si celle-ci décélère.

La préparation (et la réalisation) de conflits armés internationaux fait partie des réponses que les classes capitalistes des différentes puissances utilisent périodiquement pour trouver une réponse aux crises économiques et à la recherche d'expansion ou de maintien de leur influence. On l'a vu à plusieurs reprises au 19e et au 20e siècles.

Contretemps : Que dit le document de stratégie de Trump à propos de l'armée des États-Unis et du recours à la force ?

Éric Toussaint : Trump n'hésite pas à adopter un ton guerrier :

« Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l'armée la plus puissante, la plus meurtrière (« lethal ») et technologiquement la plus avancée au monde pour protéger nos intérêts, dissuader les guerres et, si nécessaire, les remporter rapidement et de manière décisive, avec le moins de pertes possible pour nos forces.

Et nous voulons une armée où chaque militaire est fier de son pays et confiant dans sa mission.

Nous voulons la dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde, ainsi que des systèmes de défense antimissile de nouvelle génération, y compris le Dôme d'or pour le territoire américain, afin de protéger le peuple américain, les intérêts américains à l'étranger et les alliés des États-Unis. » [4] NSS 2025 , p. 3.

A plusieurs endroits du texte, il est indiqué que les États-Unis s'attribue le droit de mener où bon leur semble des opérations militaires et de continuer recourir à la force pour défendre leurs intérêts. Trump se vante d'ailleurs dans l'introduction du document de l'intervention militaire en Iran contre des installations nucléaires civiles. Il écrit « nous avons détruit la capacité d'enrichissement nucléaire de l'Iran » (« we obliterated Iran's nuclear enrichment capacity »).

Au cours de l'année 2025, en violation du droit international, il a eu recours systématiquement à la force que ce soit en mer Caraïbe contre le Venezuela (sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue), au Yémen, en Syrie, au Nigeria,… sans oublier bien sûr le soutien indéfectible à l'armée israélienne et au gouvernement néofasciste de Netanyahu dans l'accomplissement d'un véritable génocide contre le peuple palestinien. Début janvier 2026, il a ordonné une agression militaire de grande envergure contre le Venezuela, a séquestré le couple présidentiel, l'a fait conduire à New York pour le traduire devant la justice des États-Unis pour des accusations fallacieuses et a annoncé qu'il prenait le contrôle des ressources pétrolières du pays.

Quand l'administration Trump aborde la situation dans la région indo-pacifique, on voit très clairement que les États-Unis menacent d'utiliser la force contre la Chine si Washington considère que ses intérêts sont en jeu. On voit qu'il prépare comme un des prétextes possibles pour justifier une action militaire la nécessité de maintenir la libre circulation en mer de Chine ou ailleurs.

Contretemps : Trump n'affirme-t-il pas que les Etats-Unis ont payé la facture de la défense de ses alliés et en particulier des pays membres de l'OTAN ?

Éric Toussaint : Effectivement, Trump adopte une narration tout à fait mensongère quand il écrit que les administrations précédentes : « ont permis à leurs alliés et partenaires de faire supporter le coût de leur défense au peuple américain » (« They allowed allies and partners to offload the cost of their defense onto the American people ») NSS 2025 ,p. 1

C'est factuellement faux et cela sert à justifier la pression exercée par Trump sur ses alliés qu'il traite comme des vassaux pour les amener à accélérer l'augmentation des dépenses militaires qu'ils avaient déjà entamé depuis une dizaine d'années. Dans le NSS 2025 à la page 12, il est affirmé que :

« Le président Trump a établi une nouvelle norme mondiale avec l'Engagement de La Haye, qui engage les pays de l'OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense, engagement que nos alliés de l'OTAN ont approuvé et qu'ils doivent désormais respecter. » [5] NSS 2025 , p. 12

Effectivement, comme le public a pu le constater, le secrétaire général de l'OTAN, l'ancien Premier ministre hollandais Rutte, a déclaré grosso modo devant Trump lors d'un sommet de l'Alliance atlantique à La Haye en juin 2025 : « Papy a raison de se fâcher contre les membres de sa famille quand ils ne se comportent pas bien ».

C'était l'exemple même d'un comportement de vassal européen à l'égard du président des États-Unis. Et un mois plus tard, fin juillet 2025, la présidente de l'UE, Ursula von der Leyen a elle-même fait acte de soumission en se rendant sur les terres de son suzerain en Écosse. Elle s'est réunie avec Trump sur un terrain de golf lui appartenant pour lui promettre que l'UE allait effectivement acheter plus d'énergies fossiles et plus d'armes à l'oncle Tom et pour se soumettre à son bon vouloir en ce qui concerne l'augmentation des tarifs douaniers.

Le fait que les alliés des États-Unis et notamment les membres de l'OTAN auraient profité financièrement de la générosité de Washington est une énorme contre vérité. En effet, les États-Unis entretiennent plus de deux cent vingt grandes bases militaires permanentes hors de leur territoire afin d'exercer leur domination sur une très grande partie de la planète. En tout, selon le Pentagone, les États-Unis disposent de plus de 700 sites militaires dans 80 pays dont plus de 220 bases militaires permanentes avec un nombre conséquent de militaires.

Les bases étasuniennes à l'étranger représentent 80 % des bases étrangères dans le monde. C'est beaucoup plus que tout autre pays. Par exemple, la Russie dispose d'une vingtaine d'installations militaires permanentes à l'étranger soit dans des pays de l'ex-URSS soit en Syrie pour un total de 15 à 20 000 soldats. La Chine dispose d'une seule base militaire permanente à l'étranger, à Djibouti avec officiellement 400 militaires chinois.

Les États-Unis maintiennent en permanence plus de 250 000 militaires en dehors de leur territoire dont plus de 50 000 au Japon, 35 000 en Allemagne, 22 000 en Corée du Sud, 12 000 en Italie, 10 000 en Grande Bretagne,… Comme le personnel effectue des rotations, cela représente un volume beaucoup plus grand. Les grandes entreprises capitalistes des États-Unis en tirent un très grand profit, en particulier celles du complexe militaro-industriel car elles fournissent le matériel militaire et leur entretien.

Trump ment au peuple américain en essayant de lui faire croire que c'est avec l'argent des contribuables des États-Unis que Washington a financé la protection des alliés étrangers. En fait, si on veut calculer le coût net de la présence étatsunienne à l'étranger, il faut prendre en compte ce qui est dépensé réellement par les États-Unis à l'étranger au niveau de sa présence militaire en personnel, en fonctionnement et en armement. En effet, de nombreux pays paient une partie de la présence US sur leur territoire. Le Japon finance à 70% la présence US (ou l'occupation US de son territoire), l'Allemagne prend en charge entre 20 et 30%, l'Italie 30 et 40%, la Grande Bretagne paie de 20 à 25%.

Il est également fondamental de prendre en compte les achats d'armement à des entreprises américaines effectués par les pays où sont présentes les troupes des États-Unis. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm(SIPRI), 64 % des importations d'armement des alliés européens proviennent des États-Unis pour la période 2020-2024 (Source : Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, SIPRI, https://www.sipri.org/publications/2025/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2024 ).

De toute façon, les dépenses militaires américaine à l'étranger servent directement ses intérêts et ne représentent aucune forme de générosité ou de solidarité. Les agressions ou interventions militaires des États-Unis aux quatre coins de la planète ont été multiples et ont toujours été au service des intérêts de ses grandes entreprises privées et de la classe capitaliste étasunienne.

Ces interventions ont servi à renverser ou à tenter de renverser des régimes progressistes (Cuba, Saint Domingue, Vietnam, Grenade,…) ou des gouvernements devenus gênants comme celui de Saddam Hussein en Irak ou des Talibans en Afghanistan. Les interventions militaires des États-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale sont responsables de millions de morts. Elles ont permis aux États-Unis de prendre le contrôle de territoires particulièrement riches en matières premières et notamment en pétrole.

Contretemps : En même temps, comment se fait-il que Trump se présente comme un faiseur de paix ?

Éric Toussaint : Effectivement, Trump se présente comme le président de la paix et cela vaut la peine de partir du passage de son texte où il énumère ses prétendus succès afin de comparer les faits à ses mensonges.

« Le président Trump a consolidé son héritage en tant que président de la paix. Outre le succès remarquable obtenu lors de son premier mandat avec les accords historiques d'Abraham, le président Trump a mis à profit son talent de négociateur pour garantir une paix sans précédent dans huit conflits à travers le monde au cours des huit derniers mois de son second mandat. Il a négocié la paix entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la RDC et le Rwanda, le Pakistan et l'Inde, Israël et l'Iran, l'Égypte et l'Éthiopie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et a mis fin à la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants auprès de leurs familles. »

En réalité, les accords d'Abraham en 2020 ont permis au gouvernement néofasciste de Netanyahu de renforcer, grâce à Washington, sa position internationale par la normalisation de ses rapports avec plusieurs États arabes : les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Cela a permis à Israël de renforcer le régime d'apartheid et d'opprimer encore plus le peuple palestinien avant de passer à la phase du nettoyage ethnique et du génocide.

Alors que le gouvernement néofasciste de Netanyahu est en train de perpétrer un génocide contre le peuple palestinien commencé depuis la fin 2023 avec l'appui total de Washington (cela a commencé sous l'administration de Biden), Trump a le culot d'affirmer qu'il a obtenu la paix à Gaza.

Concernant les autres accords de paix auxquels Trump seraient parvenus, on sait que la paix n'est pas établie ni entre la Thaïlande et le Cambodge, ni entre la RDC et le Rwanda dans la région des Grands lacs, ni entre Israël et l'Iran,… On sait également que l'Inde n'accepte pas le rôle que s'attribue Trump dans la fin provisoire du conflit entre l'Inde et le Pakistan en mai 2025. Et on ne peut pas parler à proprement parler de paix entre l'Égypte et l'Éthiopie car il n'y avait pas de conflit armé entre ces deux pays.

Et dans ce passage Trump n'évoque pas les parties du monde où il est directement responsable d'agressions comme c'est le cas à l'égard du Yémen, du Venezuela, ou au Nigéria… Enfin, il se tait sur la guerre entre l'Ukraine et la Russie alors qu'il avait promis s'il était élu de réaliser la paix en un temps record.

Contretemps : Quelle est la position Trump sur la mondialisation et le libre échange ?

Éric Toussaint : Trump, dès l'introduction, critique les administrations précédentes et ce qu'il appelle « les élites de la politique étrangère américaine » qui « ont fait des paris extrêmement malavisés et destructeurs sur la mondialisation et le soi-disant « libre-échange », ce qui a érodé la classe moyenne et la base industrielle mêmes sur lesquelles repose la prééminence économique et militaire américaine. » [6] NSS 2025, p. 1

Si Trump est à ce point protectionniste et agressif en matière de droits de douane, c'est que l'économie des États-Unis a perdu énormément en compétitivité et que sur le marché mondial et intérieur, les industries locales ne sont plus en mesure de répondre à la concurrence des produits chinois et d'autres pays. La Chine dispose d'avantages compétitifs structurels, notamment des avantages décisifs de coûts (dus en partie aux salaires chinois inférieurs aux salaires aux États-Unis) et d'échelle.

Dans certains secteurs clés, elle a acquis un avantage technologique partiel ou sectoriel (véhicules électriques, par exemple). Ces avantages lui permettent de pratiquer des prix inférieurs à ceux des producteurs étatsuniens. La Chine, dans ses échanges commerciaux avec les États Unis, est gagnante car elle peut placer ses produits à des prix inférieurs à ceux des produits équivalents réalisés aux États-Unis. C'est le cas dans des domaines comme les véhicules électriques, les panneaux solaires, le matériel informatique, etc.

L'OMC est paralysée suite à l'action du président Trump au cours de son premier mandat. Dès 2017, l'administration Trump a refusé de nommer de nouveaux juges pour faire partie de l'organe d'appel (Appellate Body) de l'OMC. Cette sorte de “cour suprême” du commerce international tranche les litiges entre États une fois qu'un premier panel a statué. Comme cet organe est bloqué depuis 2017, l'OMC est mise hors d'état de fonctionner.

De son côté, la Chine est devenue une fervente avocate du libre-échange, des traités de libre commerce, des règles de l'OMC, de la libre concurrence tandis que les États-Unis, suivis par l'UE, la GB, le Canada, sont devenus de plus en plus protectionnistes et utilisent les tarifs douaniers pour rendre les produits chinois et d'autres concurrents plus coûteux.

Contretemps : Quelle position Trump adopte-il par rapport à la crise écologique ?

Éric Toussaint : Alors que la crise écologique et sa dimension climatique prennent des proportions de plus en plus catastrophiques, Trump comme d'autres gouvernements d'extrême-droite est dans le déni pur et simple.

On peut lire dans le NSS 2025 :

« Nous rejetons les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro émission nette » qui ont tant nui à l'Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » NSS 2025, p. 14 [7]

Trump ne met pas des gants et affirme qu'il veut :

« – Restaurer la domination énergétique américaine (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) et relocaliser la production des composants énergétiques clés est une priorité stratégique absolue. Une énergie bon marché et abondante permettra de créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis, de réduire les coûts pour les consommateurs et les entreprises américains, d'alimenter la réindustrialisation et de maintenir notre avantage dans les technologies de pointe telles que l'IA.

L'augmentation de nos exportations nettes d'énergie renforcera également nos relations avec nos alliés tout en limitant l'influence de nos adversaires, protégera notre capacité à défendre nos côtes et, le cas échéant, nous permettra de projeter notre puissance. »NSS 2025, p. 14 [8]

La politique de l'administration Trump, qui a quitté les Accords de Paris et boycotté la COP30 tenue au Brésil en novembre 2025, va aggraver la crise écologique en augmentant l'extraction et la production d'énergies fossiles.

Contretemps : Dans le NSS 2025, Trump se réfère-t-il aux « droits humains » ?

Éric Toussaint : Dans le NSS 2025, on ne trouve aucune référence à la promotion ou au respect des droits humains. C'était déjà le cas dans le NSS 2017 du premier mandat de Trump.

Dans le document NSS 2025, n'apparaît pas une seule fois les mots « droits humains », pas une seule fois « protection sociale », pas la moindre trace des mots « droits sociaux ». Les auteurs de ce document stratégique ont délibérément évacué totalement ces notions du document stratégique.

Il est clair que de manière systématique, les différents gouvernements des Etats-Unis, qu'ils soient démocrates ou républicains ont eu recours au prétexte de la promotion des droits humains pour mener des actions qui piétinaient les droits humains et violaient la charte des Nations unies. A noter que dans le NSS 2015 publié par l'administration de B. Obama, « droits humains » apparaissaient 9 fois et dans le NSS 2022 de Joe Biden, « droits humains » apparaissaient 20 fois.

Dans sa critique de la Chine ou de la Russie, Trump n'utilise plus la rhétorique hypocrite des droits humains. Dans le cas des Etats-Unis, Trump se réfère uniquement aux « droits naturels de ses citoyens, dons de Dieu, » (« the God-given natural rights of its citizens”) (NSS 2025, p. 3). Dans le même sens, plus loin dans le document, il énonce que « tous les êtres humains possèdent des droits naturels égaux donnés par Dieu » (« all human beings possess God-given equal natural rights ») (NSS 2025, p. 9).

Et dans le cas des Monarchies dictatoriales du Golfe, plus question de parler de démocratisation, le NSS 2025 énonce que « cela nécessitera d'abandonner l'expérience malavisée des États-Unis qui consiste à faire pression sur ces nations – en particulier les monarchies du Golfe – pour qu'elles abandonnent leurs traditions et leurs formes de gouvernement historiques » [9] NSS 2025 , p. 28.

En résumé, ce qui est nouveau avec Trump, c'est l'abandon pur et simple de la rhétorique sur la promotion des droits humains, le respect du droit international et des traités internationaux en matière de droits humains,…

C'est d'ailleurs cohérent avec les attaques que le NSS 2025 contient contre les institutions onusiennes… Dès la page 2, du NSS 2025, Trump dénonce les précédentes administrations qui :

« ont lié la politique américaine à un réseau d'institutions internationales, dont certaines sont animées par un anti-américanisme pur et simple et beaucoup par un transnationalisme qui cherche explicitement à dissoudre la souveraineté des États » [10].

Sans qu'elles soient nommées dans ce document, on sait que Trump s'en prend régulièrement dans ses discours à l'ONU, à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l'UNESCO, à l'UNRWA (Agence de secours et de travaux pour les réfugiés palestiniens de l'ONU), à l'OCHA (bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU), au HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), à l'UNICEF (fonds pour l'enfance), à la FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture), au Programme alimentaire mondial (PAM / WFP), au Haut-Commissariat aux droits de l'homme (OHCHR), à la Cour pénale internationale (CPI), à la Cour de justice de La Haye…

Il a d'ailleurs décidé que les Etats-Unis se retiraient de plusieurs de ses institutions, coupaient leur financement et / ou ne reconnaissaient plus leur compétence. Le 7 janvier 2026, Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 organisations onusiennes [11] (Source : White House ).

A noter également que dans le NSS 2025, il n'y a aucune référence aux droits des peuples à l'autodétermination ou aux droits des peuples à exercer leur souveraineté sur les ressources naturelles de leurs territoires car ces droits universels présents dans différents traités des Nations unies sont en contradiction directe avec la politique internationale de Trump.

Contretemps : A propos des droits humains, qu'en est-il de la position de Trump sur les droits des migrant·es ?

Éric Toussaint : Sans surprise, l'administration adopte une position en matière de migration totalement réactionnaire qui est en contradiction complète avec l'esprit de la déclaration universelle des droits humains de 1948.

« Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d'immigration et sur les réseaux de transport par lesquels les personnes entrent dans notre pays, légalement et illégalement. Nous voulons un monde où la migration n'est pas simplement « ordonnée », mais un monde où les pays souverains collaborent pour stopper, plutôt que faciliter, les flux migratoires déstabilisateurs, et exercent un contrôle total sur les personnes qu'ils admettent ou non. » [12] NSS 2025 , p. 3

« L'ère des migrations de masse est révolue – Qui un pays admet sur son territoire – en quel nombre et d'où – définira inévitablement son avenir.

Tout pays qui se considère souverain a le droit et le devoir de définir son avenir. De tout temps, les nations souveraines ont interdit les migrations incontrôlées et n'ont accordé la citoyenneté qu'à de rares occasions aux étrangers, qui devaient également satisfaire à des critères exigeants. L'expérience de l'Occident au cours des dernières décennies confirme cette sagesse ancestrale. Dans de nombreux pays, les migrations de masse ont mis à rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, perturbé le marché du travail et compromis la sécurité nationale. L'ère des migrations de masse doit prendre fin. » [13] NSS 2025 , p. 11

La politique brutale néofasciste de Trump contre les migrant·es et réfugié·es a pris des proportions catastrophiques. Au cours de l'année 2025, les autorités étasuniennes ont procédé à des rafles et à des arrestations massives, débouchant, selon des déclarations de l'administration de Trump, sur plus de 2,5 millions de départs (incluant déportations et départs volontaires) et une augmentation très importante des arrestations et des poursuites pénales pour les délits d'immigration illégale visant à créer un climat de peur, voire de terreur, parmi la population immigrée.

En termes d'expulsions pures et simples, certaines sources indiquent un chiffre supérieur à 600 000 (Source : https://cis.org/Arthur/DHS-600000-Deportations-Inauguration-Day ). Trump utilise des termes racistes et déshumanisants à l'égard des migrant·es qui sont du même registre que ceux utilisés par les ministres du gouvernement néofasciste de Netanyahou à l'égard des Palestinien·nes.

Lors d'une réunion de son Cabinet, Trump a attaqué la communauté somalienne (notamment à Minnesota) avec des propos très durs :

« Nous allons dans la mauvaise direction si nous continuons à accueillir des ordures dans notre pays. Ilhan Omar est une ordure, rien qu'une ordure. Ce sont des gens qui ne font rien d'autre que se plaindre… Nous ne voulons pas d'eux dans notre pays. » [14] (Source : https://www.theguardian.com/us-news/2025/dec/07/trump-immigration-ice)

Il faut savoir Ilhan Omar, née à Mogadiscio (Somalie), est une femme politique américaine, membre du Parti démocrate et représentante du Minnesota au Congrès des États-Unis, depuis les élections fédérales du 6 novembre 2018.

Les agents de l'agence fédérale de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) utilisent des méthodes d'arrestation très violentes lors de descentes sur les lieux de travail, dans les transports en commun ou même près des lieux considérés comme sensibles (écoles, églises, hôpitaux). Le 7 janvier 2026, un agent de l'ICE a tué une femme qui ne représentait aucun danger à Minneapolis.

Depuis plusieurs mois, l'ICE réalise des arrestations massives dans certaines villes. Les conditions d'incarcération sont terribles et régulièrement volontairement inhumaines afin de provoquer la peur et la terreur. Or, il est démontré que la très grande majorité des personnes étrangères incarcérées par l'ICE n'avait pas d'antécédents judiciaires (Source : https://www.theglobalstatistics.com/ice-detention-statistics/ )

A noter, à titre de comparaison, qu'entre le 1er octobre 2023 et le 30 septembre 2024, pendant le mandat de Joe Biden, 271 484 personnes avaient été déportées par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), chiffre en forte augmentation par rapport au début de mandat de Biden. Pendant la durée totale du mandat de Biden (2021-2024) : selon l'ICE, il y a eu 545 252 déportations officielles.

A souligner aussi que durant les deux mandats de Barack Obama le nombre d'expulsions avait été très élevé : 2 749 706 expulsions en 8 ans (2009-2016), soit une moyenne de 942 par jour. Au cours du premier mandat de B. Obama (2009-2012), la moyenne était de 1 088 par jour ; au cours du second (2013-2016), la moyenne quotidienne est tombée à 794[15]. Le site factchequeado.com a publié un résumé détaillé des expulsions réalisées par les différentes administrations qui se sont succédées au pouvoir à Washington depuis 1993, voir : https://factchequeado.com/teexplicamos/20250820/obama-deportations-trump-biden-numbers/

Contretemps : Est-il vrai que le NSS 2025 reprend de fait la théorie complotiste et d'extrême droite de la guerre civilisationnelle ?

Éric Toussaint : Ce document de Trump a un contenu clairement d'extrême-droite. Trump y adopte, sans s'y référer explicitement, la théorie du “grand remplacement” qui est une thèse complotiste d'extrême droite. Aux Etats-Unis, c'est la théorie du « white genocide » [16].

Sous une autre forme, c'est aussi la thèse de Steve Bannon qui a été l'un des principaux architectes idéologiques du trumpisme, en particulier dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d'extrême droite. Steve Bannon parle surtout de « guerre civilisationnelle », de « destruction de l'Occident », d' « immigration de masse comme arme politique » et qui dénoncent les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».

La théorie du grand remplacement a été mise en vogue par des figures politiques françaises comme Éric Zemmour. Selon la théorie du “grand remplacement”, les populations européennes seraient progressivement remplacées par des populations non européennes (souvent musulmanes), du fait de l'immigration, des différences de natalité, et des politiques menées (volontairement ou non) par les élites politiques, économiques et médiatiques.

Cette théorie parle d'un remplacement culturel, civilisationnel et démographique, qu'elle attribue surtout à l'immigration extra-européenne et à l'islam. Elle présente ce phénomène comme une menace existentielle pour l'identité, la culture et la civilisation européenne. C'est ce que reprend le document de Trump publié par la Maison Blanche le 4 décembre 2025.

A propos de l'Europe le document de Trump déclare :

« Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l'Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale. »[17] NSS 2025, p. 5

Trump affirme que le déclin économique de l'Europe :

« est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d'une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l'Europe est confrontée, on peut citer les activités de l'Union européenne et d'autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique (Trump et son administration se réfèrent aux politiques restreignant l'action des partis d'extrême-droite et leur propagande raciste ou et anti immigré·es, note d'Éric Toussaint) et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, (…), l'effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi. » [18].NSS 2025 , p. 25

En résumé dans ces deux passages, on trouve les arguments clés de la théorie conspirationniste d'extrême droite du grand remplacement et de la guerre civilisationnelle.

Le soutien apporté aux partis d'extrême-droite est explicité dans le passage suivant :

« L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l'influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme. » [19] NSS 2025, p. 26

Contretemps : Quelle politique à l'égard de la promotion du droit à la diversité (en matière de race, genre, origine, etc.) ?

Éric Toussaint : Trump s'est fait fort de supprimer les politiques dites de DEI (Diversity, Equity, Inclusion, Diversité, Équité, Inclusion), il a mis cette orientation en pratique en prenant différents décrets (voir notamment : https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/03/fact-sheet-president-donald-j-trump-removes-dei-from-the-foreign-service/ ) et il le répète dans le document stratégique publié début décembre 2025, en affirmant qu'il applique des politiques qui :

« Réinstaurent une culture de la compétence, en éradiquant les pratiques dites « DEI » et autres pratiques discriminatoires et anticoncurrentielles qui dégradent nos institutions » [20] NSS 2025 , p. 6

Les pratiques DEI qu'a supprimées l'administration de Trump peuvent inclure des quotas, des politiques préférentielles, des priorités de recrutement ou de promotion accordées à des groupes “sous-représentés”, des programmes d'“inclusion” ou des formations sur la diversité, etc. Trump a fait interdire dans le recrutement, la promotion, l'embauche ou le maintien dans des services publics (y compris les armées, le corps diplomatique, etc.), toute prise en compte de race, genre, origine, ou toute forme de préférence fondée sur ces critères.

Trump le réaffirme très clairement à propos des forces armées :

« Nous avons éliminé l'idéologie radicale du genre et la folie du wokisme de nos forces armées et avons commencé à renforcer notre armée grâce à un investissement d'un trillion de dollars. » (Introduction signée par Donald Trump, NSS 2025) (“ We got radical gender ideology and woke lunacy out of our Armed forces and began strengthening our military with $ 1 trillion of investment” (Introduction signed by Donald Trump, NSS 2025)

Contretemps : De manière synthétique, Trump annonce quelle politique dans les différentes grandes régions de la planète ?

Éric Toussaint : L'administration de Trump affirme sa volonté de domination totale sur l'hémisphère occidental (c-à-d les Amériques de la Patagonie au Sud, au Canada, au Groenland au Nord) où elle mène des opérations militaires agressives en commençant par prendre pour cible le Venezuela, riche en pétrole. Le NSS 2025 affirme en ce qui concerne l'hémisphère occidental :

« Nous empêcherons nos concurrents non hémisphériques de déployer des forces ou d'autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiques vitaux, dans notre hémisphère. Ce « corollaire Trump » à la doctrine Monroe relève du bon sens et représente une restauration potentielle de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité américains. » [21] ( NSS 2025, p. 15)

Concernant la Chine, le document stratégique de 2025 marque une nouvelle étape : il ne se contente plus de constater la rivalité, mais désigne explicitement l'erreur historique des élites étasuniennes ayant favorisé l'ascension de la Chine. Celle-ci est désormais présentée non seulement comme un concurrent, mais comme une menace directe pour l'économie, la cohésion sociale, les chaînes d'approvisionnement, la sécurité nationale et même la stabilité culturelle des États-Unis.

La conflictualité est ainsi élargie à l'ensemble des sphères économiques, technologiques, idéologiques et sociétales, sans pour autant assumer formellement une option militaire directe. Trump décide d'augmenter sa présence, sa force militaire et ses intérêts économiques dans l'Indo-Pacifique [22], là où il est en confrontation avec la Chine.

Concernant l'Europe, Trump décide d'apporter un soutien appuyé aux partis d'extrême-droite dont certains sont déjà au pouvoir (Italie, Hongrie par exemple) et exige des gouvernements européens qu'ils se comportent en vassaux dociles de Washington notamment en augmentant fortement leurs dépenses miliaires, ce qui bénéficie directement à l'industrie d'armement étatsunienne. Dans ce sens on trouve dans le NSS 2025, la phrase suivante à propos de l'Europe : « Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur passée » [23]. Le choix du terme « aligné » se passe de commentaire.

Concernant le Proche-Orient, Trump prétend que cette région revêt moins d'importance que par le passé et qu'il va respecter les régimes politiques en place dans les monarchies dictatoriales du Golfe.

Concernant la Russie, Trump est favorable à un partage d'influence si Moscou ne prend pas d'initiative hors d'un périmètre qui inclut certains des anciens pays membres de l'URSS dont l'Ukraine. Trump cherche à convaincre la Russie de prendre ses distances par rapport à la Chine.

Pour l'Afrique, Trump lui consacre très peu de place et la considère uniquement comme un continent d'où extraire des matières premières et où protéger les intérêts des États-Unis. Il s'agit « d'exploiter les abondantes ressources naturelles et le potentiel économique latent de l'Afrique » (« harnessing Africa's abundant natural resources and latent economic potential »). NSS 2025, p. 29.

Contretemps : Quelle est la synthèse de conclusion de ton analyse ?

Éric Toussaint : La doctrine de politique internationale rendue publique par la Maison Blanche début décembre 2025 ne constitue pas une simple inflexion conjoncturelle de la politique étrangère des États-Unis, mais l'aboutissement cohérent d'un processus engagé depuis plus d'un quart de siècle dans le cadre de la « nouvelle guerre froide ». Ce document marque une radicalisation qualitative : il assume désormais sans fard une logique de domination impériale, de recours systématique à la force et de rejet explicite du droit international, des institutions multilatérales et des droits humains universels. Sous Donald Trump, cette orientation prend une forme idéologique inédite par son caractère ouvertement prédateur, violent, réactionnaire, autoritaire et néofasciste.

Là où les administrations précédentes combinaient l'exercice de la violence impérialiste avec une rhétorique libérale et humanitaire profondément hypocrite, l'administration Trump rompt avec cette façade. Les droits humains, les droits sociaux, la protection des migrant·es, l'autodétermination des peuples et même la référence minimale au multilatéralisme disparaissent totalement du discours stratégique officiel. Ils sont remplacés par une vision du monde fondée sur les « droits naturels donnés par Dieu », la souveraineté absolue des États dominants, la hiérarchie des civilisations et la légitimation de la coercition militaire permanente.

Cette doctrine s'inscrit dans un contexte de crise structurelle du capitalisme mondial, marqué par une longue dépression, une concurrence exacerbée entre grandes puissances et l'incapacité des anciennes puissances impérialistes du G7 à maintenir leur hégémonie économique. Face au déclin relatif des États-Unis, Washington fait le choix délibéré de la fuite en avant militariste et d'une politique protectionniste brutale. La Chine est désignée comme l'adversaire principal, non parce qu'elle remettrait en cause le capitalisme mondial, mais précisément parce qu'elle s'y est insérée avec succès, contestant la suprématie économique, technologique et géopolitique étatsunienne. La Russie, puissance impérialiste de second rang, sert quant à elle de repoussoir et de justification pour une militarisation accélérée de l'Europe sous tutelle de l'OTAN mais elle n'est plus considérée comme un ennemi.

Le NSS 2025 révèle également une convergence profonde entre impérialisme externe et autoritarisme interne. La dénonciation de la mondialisation libérale s'accompagne non d'un projet d'émancipation sociale, mais d'un nationalisme économique agressif, d'une offensive contre les migrant·es, de l'adoption implicite des thèses complotistes du « grand remplacement » et d'une guerre idéologique contre les politiques d'égalité, de diversité et d'inclusion.

La domination militaire, la prédation économique, le productivisme fossile et le déni climatique forment un tout cohérent, au service des intérêts du complexe militaro-industriel et de la classe capitaliste étatsunienne.

Enfin, loin d'être un « faiseur de paix », Trump apparaît comme l'architecte d'un monde plus instable, plus violent et plus inégalitaire, où la force prime sur le droit et où la guerre devient un instrument ordinaire de gestion de la crise du capitalisme. En ce sens, la nouvelle doctrine de politique internationale des États-Unis ne menace pas seulement les peuples directement visés par l'impérialisme américain — en Palestine, en Amérique latine, en Afrique ou en Asie — mais constitue un danger majeur pour l'ensemble de l'humanité.

Elle renforce le risque de conflits internationaux majeurs, voire d'une conflagration mondiale, dans un contexte où la crise écologique rend déjà l'avenir profondément incertain. Face à cette dérive néofasciste à la tête de la première puissance militaire mondiale, l'enjeu pour les forces progressistes, antimilitaristes, antifascistes, antiracistes, féministes et internationalistes est plus que jamais de reconstruire des solidarités transnationales, de s'opposer à toutes les formes d'impérialisme et de défendre un projet radicalement alternatif fondé sur la paix, l'égalité des droits, la justice sociale, les droits des peuples et la préservation des conditions mêmes de la vie sur Terre.

Notes

[1] The White House, “National Security Strategy of the United States of America November 2025”, publié le 5 décembre 2025, https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf?internal=true

[2] Extrait d'une interview de Gilbert Achcar à propos de son livre et de la signification de l'expression « guerre froide » : « En substance, une « guerre froide » est une situation dans laquelle un pays maintient un état de préparation à la guerre sans être (encore) engagé dans une « guerre chaude ». En d'autres termes, c'est la course aux armements qui a permis à la guerre froide d'être appelée ainsi. J'ai expliqué depuis la fin des années 1990 comment les Etats-Unis avaient décidé de maintenir un niveau de dépenses militaires basé sur le scénario d'une guerre menée simultanément contre la Russie et la Chine. Cette décision était liée à d'autres démarches provocatrices de Washington, ce qui m'a conduit à situer en 1999 le début de ce que j'ai appelé la nouvelle guerre froide. » Source : Interview de Gilbert Achcar par C.J. Polychroniou, publiée par Contretemps le 24 mai 2023, https://www.contretemps.eu/origines-nouvelle-guerre-froide-entretien-achcar/

[3] Analysé par des auteurs comme Lénine, Rudolf Hilferding, Rosa Luxembourg, au début du 20e siècle et actualisé dans la seconde moitié du 20e siècle par Ernest Mandel, Samir Amin, Paul Sweezy et Paul Baran.

[4] “We want to recruit, train, equip, and field the world's most powerful, lethal, and technologically advanced military to protect our interests, deter wars, and—if necessary—win them quickly and decisively, with the lowest possible casualties to our forces. And we want a military in which every single servicemember is proud

of their country and confident in their mission.

We want the world's most robust, credible, and modern nuclear deterrent, plus next-generation missile defenses—including a Golden Dome for the American homeland—to protect the American people, American assets overseas, and American allies.” NSS 2025, p. 3.

[5] “President Trump has set a new global standard with the Hague Commitment, which pledges NATO countries to spend 5 percent of GDP on defense and which our NATO allies have endorsed and must now meet.” NSS 2025, p. 12.

[6] “They placed hugely misguided and destructive bets on globalism and so-called “free trade” that hollowed out the very middle class and industrial base on which American economic and military preeminence depend.”

[7] “We reject the disastrous “climate change” and “Net Zero” ideologies that have so greatly harmed Europe, threaten the United States, and subsidize our adversaries” NSS 2025, p. 14

[8] “Restoring American energy dominance (in oil, gas, coal, and nuclear) and reshoring the necessary key energy

components is a top strategic priority. Cheap and abundant energy will produce well-paying jobs in the United States, reduce costs for American consumers and businesses, fuel reindustrialization, and help maintain our advantage in cutting-edge technologies such as AI.

Expanding our net energy exports will also deepen relationships with allies while curtailing the influence of adversaries, protect our ability to defend our shores, and—when and where necessary—enables us to

project power.” NSS 2025, p. 14

[9] “will require dropping America's misguided experiment with hectoring these nations—especially the Gulf monarchies—into abandoning their traditions and historic forms of government.” NSS 2025, p. 28

[10] “they lashed American policy to a network of international institutions, some of which are driven by outright anti-Americanism and many by a transnationalism that explicitly seeks to dissolve individual state sovereignty.” NSS 2025, p. 2

[11] United Nations Department of Economic and Social Affairs, ECOSOC – Economic Commission for Africa, ECOSOC – Economic Commission for Latin America and the Caribbean, ECOSOC – Economic and Social Commission for Asia and the Pacific, ECOSOC – Economic and Social Commission for Western Asia, International Law Commission, International Residual Mechanism for Criminal Tribunals, International Trade Centre, Office of the Special Adviser on Africa, Office of the Special Representative of the Secretary-General for Children in Armed Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Sexual Violence in Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Violence Against Children, Peacebuilding Commission, Peacebuilding Fund, Permanent Forum on People of African Descent, UN Alliance of Civilizations, UN Collaborative Programme on Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries, UN Conference on Trade and Development (UNCTAD), UN Democracy Fund, UN Energy, UN Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women (UN Women), UN Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), UN Human Settlements Programme (UN-Habitat), UN Institute for Training and Research (UNITAR), UN Oceans, UN Population Fund (UNFPA), UN Register of Conventional Arms, UN System Chief Executives Board for Coordination, UN System Staff College, UN Water, UN University (Source : White House)

[12] “We want full control over our borders, over our immigration system, and over transportation networks through which people come into our country—legally and illegally. We want a world in which migration is not merely “orderly” but one in which sovereign countries work together to stop rather than facilitate destabilizing population flows, and have full control over whom they do and do not admit.” NSS 2025, p. 3

[13] “The Era of Mass Migration Is Over – Who a country admits into its borders—in what numbers and from where—will inevitably define the future of that nation. Any country that considers itself sovereign has the right and duty to define its future. Throughout history, sovereign nations prohibited uncontrolled migration and granted citizenship only rarely to foreigners, who also had to meet demanding criteria. The West's experience over the past decades vindicates this enduring wisdom. In countries throughout the world, mass migration has strained domestic resources, increased violence and other crime, weakened social cohesion, distorted labor markets, and undermined national security. The era of mass migration must end.” NSS 2025, p. 11

[14] « We're going to go the wrong way if we keep taking in garbage into our country. Ilhan Omar is garbage, just garbage. These are people that do nothing but complain… We don't want them in our country. » Source : https://www.theguardian.com/us-news/2025/dec/07/trump-immigration-ice

[15] “2,749,706 deportations in 8 years, an average of 942 per day. During his first term (2009-2012), it averaged 1,088 per day ; in the second (2013-2016), the daily average dropped to 794.” https://factchequeado.com/teexplicamos/20250820/obama-deportations-trump-biden-numbers/

[16] D'ailleurs Trump n'hésite pas à accuser le gouvernement sud-africain de pratiquer un génocide contre les Blancs.

[17] “We want to support our allies in preserving the freedom and security of Europe, while restoring Europe's civilizational self-confidence and Western identity ;” NSS 2025, p. 5

[18] “But this economic decline is eclipsed by the real and more stark prospect of civilizational erasure. The larger issues facing Europe include activities of the European Union and other transnational bodies that undermine political liberty and sovereignty, migration policies that are transforming the continent and creating strife, censorship of free speech and suppression of political opposition, cratering birthrates, and loss of national identities and self-confidence.” NSS 2025, p. 25

[19] “America encourages its political allies in Europe to promote this revival of spirit, and the growing influence of patriotic European parties indeed gives cause for great optimism.” NSS 2025, p. 26

[20] “Re-instilling a culture of competence, rooting out so-called “DEI” and other discriminatory and anti-competitive practices that degrade our institutions and hold us back” NSS 2025, p. 6.

[21] “We will deny non-Hemispheric competitors the ability to position forces or other threatening capabilities, or to own or control strategically vital assets, in our Hemisphere. This “Trump Corollary” to the Monroe Doctrine is a common-sense and potent restoration of American power and priorities, consistent with American security interests.” (NSS 2025, p. 15)

[22] Dans la NSS 2025, l'Indo-Pacifique correspond grosso modo à un arc continu qui d'ouest en est comprend la côte orientale de l'Afrique, l'océan Indien, les points de passage clés : détroit d'Ormuz, Bab el-Mandeb, détroit de Malacca, l'Asie du Sud (avec l'Inde comme pivot), l'Asie du Sud-Est (ASEAN), la mer de Chine méridionale, Taïwan la péninsule coréenne, le Japon. S'y ajoute au sud et à l'est : l'Australie, les archipels et les États insulaires du Pacifique. Cet espace va jusqu'à la côte pacifique des États-Unis. Les Etats-Unis déploient une très grande quantité de soldats dans l'Indo-Pacifique répartis dans 66 bases militaires permanentes auxquelles il faut ajouter quelques dizaines d'installations militaires moins importantes (voir le site officiel du Congrès des Etats-Unis : https://www.congress.gov/crs-product/IF12604 ).

[23] “We want to work with aligned countries that want to restore their former greatness.” NSS 2025, p. 26.

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Contre misère et néofascisme, à gauche toute

20 janvier, par Marc Bonhomme — , ,
La faim et le froid, quand ce ne sont pas les coups de chaleur lors des canicules, deviennent le lot d'une part non négligeable du peuple-travailleur dans ce grand et riche (…)

La faim et le froid, quand ce ne sont pas les coups de chaleur lors des canicules, deviennent le lot d'une part non négligeable du peuple-travailleur dans ce grand et riche pays qui attire pourtant les « damné-e-s de la terre » contre qui on ferme de plus en plus hermétiquement la porte.

L'enrichissement des riches et l'appauvrissement des pauvres que masquent les moyennes statistiques est devenu un cliché de ce monde « austoritaire » en voie de néo-fascisation. Les illégaux vol à l'étalage et occupation des lieux publics en deviennent légitimes à l'encontre des soi-disant légaux (sur-)profits bancaires, technologiques si ce n'est épiciers et de l'expropriation immobilière des quartiers et logements populaires.

Le monde grimpe le long d'une courbe exponentielle vers une accumulation de capitaux se mesurent désormais en billions et non plus en milliards. Selon Forbes Global 2000, ses 2 000 entreprises répertoriées ont généré 4,9 billions de dollars US de profits en 2024 soit plus de deux fois le PIB du Canada. Pendant que cellieux d'en bas sont obsédé-e-s par les fins de mois quand ce n'est pas par leur survie quotidienne, le 1% d'en haut n'est obnubilé que par le cumul accéléré de sa richesse. Qui a le temps de se préoccuper de la chute du monde dans l'enfer de la terre-étuve ?

…les principaux groupes de surveillance climatique et météorologique en Europe et en Amérique ont publié leurs bulletins pour 2025. Celles-ci sont cohérentes avec une accélération du rythme du réchauffement climatique (Je souligne). […] Il existe […] plusieurs pistes de preuve qu'une accélération soutenue du réchauffement est en cours. L'un d'eux est que le problème sous-jacent, les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, en particulier mais pas seulement du dioxyde de carbone, ne se contentent pas de se poursuivre, mais de s'intensifier. (The Economist)

Raison de plus pour Québec solidaire, en processus de se doter d'une plateforme électorale, de presser le citron de la richesse et des profits au bénéfice de cellieux d'en bas en commençant par les sans-abris et les ventre-creux sans oublier l'accueil des réfugié-e-s fuyant misères, guerres et persécutions dont l'impérialisme canadien tire profit en particulier banques et secteur minier. D'ici 2030, ce n'est plus 50 000 logements sociaux écoénergétiques qu'il faut réclamer mais, à la Mamdani, 100 000. Contre la faim, il faut exiger des prix subventionnés et contrôlés des aliments non carnés et non ultratransformés et une taxe pénalisante sur les aliments périmés et jetés par les entreprises à moins de les donner. Pour intégrer au monde du travail et scolaire l'immigration qui bientôt viendra en masse des ÉU il faut ouvrier nos frontières et un soutien dont la francisation afin d'enrichir la culture, le savoir-faire et l'économie du Québec.

Marc Bonhomme, 16 janvier 2026

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Le 14 décembre dernier, les Robins des ruelles s'attaquaient à Métro et à la mafia capitaliste de l'alimentaire en volant pour 3000$ de denrées à l'épicerie Métro du Plateau Mont-Royal afin de les redistribuer. Nous vous partageons ci-dessous une lettre ouverte que les Robins des ruelles ont soumise à tous les médias suite à leur action. Aucun média n'a accepté de publier cette lettre, certains la jugeant trop radicale, cherchant ainsi à contrôler le discours de ce qui est légitime ou non d'exister comme réponse à notre faim.

Les Soulèvements du Fleuve interprètent ce refus de tous les journaux de publier cette lettre comme un aveu : ces gestes et leur approbation générale menacent l'ordre établi. En choisissant de taire la colère partagée, ceeux qui espèrent le silence de la paix sociale doivent se préparer à être déçus. Car l'avenir appartient à celleux qui se soulèvent. […] Lorsqu'ils nous affament pour s'enrichir, la faim justifie les moyens.

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LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS Lettre ouverte des Robins des ruelles

Nous sommes les Robins des ruelles. Lundi soir, nous avons volé pour 3000$ de denrées alimentaires au Métro de la rue Laurier à Montréal, une chaîne d'épicerie ayant enregistré plus d'un milliard de dollars de profits pour l'année 2025. Nous avons déposé les aliments sous un sapin à la Place Simon-Valois dans HochelagaMaisonneuve.

Nous avons frappé là, mais ça aurait pu être ailleurs. Bien sûr, ce Métro est réputé comme étant « le plus cher de l'île », bien sûr les gardiens y frappent au besoin les clients qui volent, bien sûr cette succursale n'a pas hésité à évincer des locataires pour s'installer dans le quartier. Mais nous aurions pu choisir une autre cible. Vous en choisirez d'autres. Nous savons que nous ne sommes pas seul·e·s. N'importe qui peut s'organiser et devenir un Robin des ruelles. Ce geste était avant tout une invitation.

Le président de Métro, Éric Laflèche, s'octroie un salaire avec prime avoisinant les 6,1 millions de dollars, tandis que ses employé·e·s sont payé·e·s au salaire minimum pour surveiller d'autres pauvres en train de scanner leurs articles. Il faut se l'avouer, les caisses en libre-service apparues dans les dernières années n'ont rien de « libre ». Clôturées, gardées et surveillées par un·e employé·e, des gardes de sécurité et des caméras dans tous les angles, difficile de faire plus étouffant.
L'alarme rouge de la caisse se déclenche au moindre poids inexact sur la balance. Mais qu'en est-il du poids de la faim ?

Ce mois-ci, nous avons vu des personnes pleurer à l'épicerie et arrondir leurs fins de mois avec de la nourriture en cannes ; une aînée voler du thon au Dollorama ; au pied d'une personne menottée devant un Maxi, un sandwich préparé en guise de preuve. Les Robins des Ruelles sont à l'image de tous ces gens, pris dans un système qui profite de leurs ventres vides. Un système qui nous rappelle à tous les repas qu'il faut travailler pour vivre. Nous n'avalons rien de cela, c'est en autre chose que nous croyons.

Êtes-vous aussi fatigués que nous ? Nous sommes tannés de travailler jusqu'à l'épuisement seulement pour avoir de la misère à payer nos factures et notre panier d'épicerie. Nous ne voulons pas seulement survivre, nous voulons vivre. Et de cette vie, nous espérons bien plus. Comprenez bien, pas plus d'heures de travail ni plus de factures à payer. La réponse ne se trouve certainement pas dans l'effort palliatif des banques alimentaires et encore moins dans les différentes réformes qui ne font que faire tenir ce système déficient. Elle se trouve d'abord dans notre refus.

Nous répondons donc à l'appel des Soulèvements du Fleuve à riposter. Tant que le profit de quelques-uns primera, nous mangerons mal et trop peu, et n'aurons plus de toit sur nos têtes. Se défaire de l'emprise du marché sur notre subsistance, voilà notre horizon politique. Se défaire du monde de l'économie qui régit nos vies et de la confiance en « nos » institutions dont nous n'attendons plus rien. Donnons-nous les moyens de nos ambitions : exproprions les chaînes d'épiceries, créons des cuisines collectives, changeons les parkings en grands potagers, les champs de monoculture en garde-manger collectif. Ce monde ne leur appartient pas.

Notre horizon doit se lier au tapage de nos pas fermes qui descendent dans la rue. Le prix du pain augmente et l'histoire se répète. Ceux qui espèrent n'entendre dans le présent que le silence de la paix sociale doivent se préparer à être déçus. L'avenir appartient à ceux qui se soulèvent. Nous ne resterons pas affamés bien longtemps.

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