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Iran - Une troisième voie contre la guerre d’agression et la dictature religieuse
Certains appuient la guerre
Les factions de l'opposition monarchiste, basées à l'étranger, ont ouvertement exprimé leur soutien à la guerre. Mais aussi, d'innombrables autres membres de la diaspora iranienne — et, de toute évidence, de nombreux Iraniens qui endurent l'enfer des bombes écrasant leurs foyers et leurs quartiers — y compris dans les cercles progressistes, libéraux et nationalistes de l'opposition, hésitent à condamner l'intervention étrangère : ils voient dans cette guerre d'agression contre l'Iran, malgré toute sa laideur, la seule voie restante pour le peuple iranien de se libérer de la tyrannie de la dictature religieuse.
10 mars 10
Ma ligne d'argumentation contre cette vision fataliste peut se résumer ainsi :
· Légitimité nationale : l'autorité politique ne peut pas se construire par un alignement avec une puissance militaire étrangère. Une légitimité née de l'occupation ou de l'invasion est difficilement durable, bien que des exceptions existent.
· Responsabilité humanitaire : Les campagnes de bombardement ne font pas de distinction. Elles tuent des civils et détruisent les infrastructures sociales — écoles, hôpitaux, habitations — érodant ainsi les fondations mêmes sur lesquelles toute future société démocratique devrait être bâtie.
· Réalisme stratégique : L'histoire montre que l'agression extérieure renforce souvent les régimes autoritaires. Elle leur fournit un prétexte pour rallier le sentiment nationaliste, réprimer la dissidence interne et consolider leur pouvoir sous la bannière de la défense nationale. Il faut admettre que pour le régime actuel cette marge de manœuvre est bien bien mince.
Mais ici, je souhaite prendre du recul et offrir une perspective plus globale, sur ce qui est vraiment en jeu dans cette guerre dévastatrice — une guerre entre trois régimes aux relents fascistes qui, au final, ne peut qu'apporter la ruine au peuple iranien et déstabiliser davantage une région déjà fracturée.
Une guerre à trois camps
La situation géopolitique qui se déploie aujourd'hui au Moyen-Orient ne peut se réduire à l'habituelle opposition entre un axe occidental et un axe dit de la résistance. Ce qui se joue en Iran aujourd'hui— et qui embrase plus largement de la Palestine au Golfe — est une confrontation triangulaire entre deux systèmes de pouvoir qui, malgré leurs antagonismes apparents, partage une même logique structurelle : celle du fascisme. Et à l'autre pointe du triangle les peuples de la région, dont le peuple iranien qui subit la plus récente des violentes conséquences.
D'un côté, le fascisme impérial américain sous Trump, qui apporte son soutien inconditionnel au fascisme colonial israélien, lequel étend ses politiques génocidaires et racistes à toute la région — Palestine, Liban, Syrie, et désormais l'Iran dans sa ligne de mire.
De l'autre, le fascisme religieux qui a instauré une théocratie despotique massivement rejetée par sa propre population. Et entre ces deux feux, meurtri et affaibli, le troisième camp : celui des peuples de la région, de Beyrouth à Téhéran en passant par Gaza et Damas.
C'est dans cet espace étouffant que prend tout son sens l'émergence, le 1er mars 2026, du Conseil Stratégique des Républicains à l'intérieur de l'Iran — une alternative démocratique, laïque et populaire, née des entrailles mêmes du pays, y compris de ses prisons.
Anatomie de trois fascismes
Les trois fascismes à l'œuvre — théocratique en Iran, colonial en Israël, impérial aux États-Unis — partagent la même architecture structurelle : pouvoir sans limites, guerre comme valeur fondatrice, discrimination des minorités comme ciment identitaire. Leurs antagonismes de surface servent en réalité à se légitimer mutuellement, condamnant les peuples de la région à choisir entre des bourreaux.
Le fascisme théocratique iranien
Le régime de la République islamique présente avec une clarté troublante les trois piliers constitutifs du fascisme.
Le premier pilier — le pouvoir exceptionnel sans limites ni contre-pouvoirs — est incarné par l'institution du Guide Suprême, dont l'autorité transcende toute légitimité électorale ou juridique. C'est l'état d'exception permanent que Carl Schmitt théorisait : celui qui suspend le droit ordinaire au nom d'une souveraineté absolue. En Iran, cette souveraineté se drape du manteau divin pour mieux échapper à toute contestation.
Le deuxième pilier — la guerre comme valeur fondatrice — se lit dans la militarisation profonde de la société iranienne : quelque 800 000 membres des forces de l'ordre sous diverses formes (Pasdaran, Basidji, milices multiples), une jeunesse endoctrinée sur les plans religieux et militaire, un culte du martyre et du sacrifice guerrier institutionnalisé depuis quatre décennies.
Le troisième pilier — la discrimination violente des minorités comme mécanisme de cohésion interne — frappe les sunnites, les Kurdes, les Azéris, les Baloutches, et plus généralement toute opposition qualifiée d'apostate. L'ennemi intérieur est constitutif du système : sans lui, la mobilisation permanente s'effondre.
Le fascisme colonial israélien
Pour Israël, la démonstration requiert quelques détours mais ne laisse aucun doute. La cohérence fasciste du système mis en place par Israel n'en est pas moins réelle. L'État israélien s'est arrogé, par l'impunité que lui confèrent les puissances occidentales, le droit de décider unilatéralement de l'état d'exception qui encadre toutes ses actions contre ses voisins — exactement au sens donné par Carl Schmitt, théoricien nazi, à l'État d'exception qui est à l'origine du pouvoir en dictature fasciste : ‘'est souverain celui qui décide de l'état d'exception''. L'état d'exception permanent conféré par l'impunité que s'est arrogé Israel, adossée à la puissance de frappe américaine, lui permet d'exercer une domination, voire une tyrannie régionale totale.
La guerre n'est pas une politique circonstancielle pour Israël : elle est constitutive de sa fondation et de sa légitimation permanente. Son projet d'espace sécuritaire — le Grand Israël — n'est pas sans rappeler la notion nazie d'espace vital ou l'empire méditerranéen rêvé par Mussolini. L'expansionnisme a besoin de l'ennemi extérieur pour maintenir la mobilisation interne.
Enfin, la discrimination violente des Palestiniens et des populations arabes de la région — poussée aujourd'hui jusqu'au génocide à Gaza — fonctionne comme mécanisme de cohésion nationale israélienne. Ce n'est pas une simple théocratie militarisée : c'est un système total et cohérent de domination régionale dont les trois piliers s'alimentent mutuellement.
Le fascisme impérial américain
Sous l'administration Trump, les USA connaissent une montée fasciste dont de nombreux analystes ont fait la démonstration depuis un an. Sur le plan géopolitique, le soutien inconditionnel à Israël révèle une même logique : pouvoir exceptionnel exercé sans égard au droit international, actions militaires permanentes, et désignation d'ennemis — l'Iran, les migrants, les minorités intérieures — comme ciment d'une identité nationale belliqueuse. Ce fascisme impérial ne combat pas le fascisme théocratique iranien par souci des libertés iraniennes : il l'utilise comme prétexte pour consolider sa propre domination régionale.
La troisième voie : alternative démocratique de l'intérieur
C'est précisément dans cet espace que l'émergence d'alternatives démocratiques et populaire à l'intérieur de l'Iran sont porteur d'une lueur d'espoir pour le peuple iranien et ses multiples composantes ethniques.
La création du Conseil Stratégique des Républicains à l'intérieur de l'Iran en est un exemple récent qui revêt une signification politique importante. Formé de 35 personnalités de l'opposition — dont des prisonniers politiques — se positionne explicitement comme une troisième voie, distincte à la fois de la théocratie et des monarchistes de l'exil souvent alignés sur Washington et Tel Aviv.
Ses orientations programmatiques méritent d'être soulignées dans leur globalité : une république séculière, décentralisée, fondée sur la démocratie représentative et les décisions d'une Assemblée constituante ; la reconnaissance pleine et entière de toutes les ethnies, religions et courants de pensée dans l'immense diversité iranienne ; une constitution élaborée sur la base de la Déclaration universelle des droits de l'homme ; et une diplomatie fondée sur l'indépendance nationale et les intérêts mutuels — non sur la subordination aux puissances extérieures.
Ce positionnement est crucial : en refusant de s'aligner sur l'agression militaire américano-israélienne tout en combattant la théocratie, ce conseil refuse de choisir entre deux fascismes. Il incarne la logique du mouvement Femme-Vie-Liberté — issu des profondeurs de la société iranienne — que ni Khamenei ni Netanyahu ni Trump ne peuvent récupérer.
La désignation de Shilan Mirzaei, militante laïque progressiste d'origine kurde, comme porte-parole provisoire de cette initiative nationale symbolise également la continuité avec les luttes des femmes iraniennes qui ont été à l'avant-garde de la résistance depuis 2022.
Pourquoi cette alternative est stratégiquement décisive
Le maintien de l'anonymat des 35 membres principaux et des 35 membres du cercle secondaire n'est pas une faiblesse : c'est une adaptation lucide aux conditions de la clandestinité dans un régime répressif. La communication via des porte-parole à l'étranger, les contacts formels déjà établis avec la diplomatie occidentale, et la rédaction en cours d'une constitution provisoire montrent une organisation sérieuse, qui pense la transition et non seulement la protestation.
L'enjeu dépasse les frontières iraniennes. Si les peuples de la région sont aujourd'hui pris en étau entre trois formes de domination fascisante, l'émergence d'une alternative démocratique ancrée dans la société civile iranienne — non téléguidée de l'extérieur — constitue un précédent et un espoir pour l'ensemble du Moyen-Orient. Elle démontre que la résistance au fascisme théocratique n'implique pas de se jeter dans les bras du fascisme impérial ou colonial.
Les trois fascismes à l'œuvre — théocratique en Iran, colonial en Israël, impérial aux États-Unis — partagent la même architecture structurelle : pouvoir sans limites, guerre comme valeur fondatrice, discrimination des minorités comme ciment identitaire. Leurs antagonismes de surface servent en réalité à se légitimer mutuellement, condamnant les peuples de la région à choisir entre des bourreaux.
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Ces vivants qui marchent
J'admets que j'aime les titres saugrenus, ils constituent un appel au lecteur, une invitation intrigante. Qu'est-ce que ce texte peut bien raconter pour être couronné d'un tel entête ? Une fois l'attention captée, il faut la maintenir. Je me lance : qu'est-ce qui distingue une manifestation pacifique d'une tribu de zombies ?
Pour bien comprendre la raison de cette question, il faut remonter dans le temps. La décennie 2010 à 2020 a constitué une période faste pour les démonstrations spectaculaires : Occupy Wall Street, le Printemps arabe, le Printemps érable, les foules monstres lors des Jours de la terre. Je ne compte le nombre de fois où, en compagnie de mes camarades, j'ai défilé pour des causes qui me tenaient à cœur. Mieux, l'impression générale était qu'être dans la rue pourrait conduire à des changements politiques et sociaux. Paradoxalement, une des séries télévisuelles à succès, dans la même décennie, se nommait The Walking Dead. C'était une dystopie postapocalyptique mettant en scène de petits groupes de survivants toujours menacés par la horde. Dans cet univers, les morts-vivants se regroupaient en larges groupes pour marcher sans raison ni direction précise. S'ils croisaient des vivants, ils s'empressaient soit de les dévorer, soit de les tuer pour les transformer en d'autres marcheurs. Comme il s'agit d'une série américaine, cela se voulait sans doute une métaphore peu subtile de l'individu héroïque qui lutte contre l'assimilation au collectif anonyme et uniforme.
Puis le monde, le vrai, s'est soudainement rapetissé, tous sont rentrés chez eux pour se protéger d'un virus qui a fait le tour du monde, notre lien au monde médiatisé par le petit écran et par les outils informatiques. Chacun dans sa bulle à frissonner en regardant des séries de fin du monde et à rêver de la fin de la pandémie pour enfin pouvoir sortir. Y a-t-il des séquelles durables à cette atomisation forcée ? Parfois, je m'inquiète que nous ne soyons plus capables de nous représenter comme un collectif.
Néanmoins, depuis, nous avons recommencé à militer : pour la Palestine, contre le PEQ, pour le 8 mars, journée internationale des droits de la femme. Quand on aime marcher, il y a presque toujours une bonne cause. On se retrouvera quelques centaines, parfois quelques milliers de marcheurs. Nous sommes très loin des 500 000 personnes à marcher pour la planète, comme en 2019. Pire, ces rassemblements sont très peu couverts dans les médias. Ce qui me ramène abruptement à la question du début. Bien sûr, la tournure était facétieuse, mais le questionnement fondamental demeure : à quoi sert une manifestation si l'ordre établi n'en prend pas ou peu conscience ? À partir de quelle masse une manifestation recommence-t-elle à faire une pression politique sur les élus ? En novembre dernier, à l'invitation des syndicats, 50 000 personnes ont marché dans le centre-ville. Est-ce que cela a capté l'attention ? L'exercice se voulait un premier jalon.
Un calendrier du printemps en trois étapes.
Durant le mois de mars, beaucoup de syndicats locaux vont tenter de faire adopter par leurs membres un mandat pour une grève sociale. Cela peut sembler banal, mais il faut se rappeler que de faire la grève pendant qu'une convention collective n'est pas échue est extrêmement rare. Les centrales syndicales sont généralement très frileuses face à ces situations, pour qu'elles y pensent, c'est que l'heure est grave.
Du 23 mars jusqu'au 2 avril, un autre phénomène rare risque de se produire : les organismes communautaires font faire une grève rotative. C'est le mouvement « Le communautaire à boutte » qui regroupe des milliers de travailleurs et travailleuses communautaires. Ils et elles refusent d'être considérées comme le cheap labor de l'empathie, dernier rempart contre la désintégration du filet social.
Finalement, le point culminant sera les activités autour du 1er mai, la journée internationale des travailleurs. Cette date est proche de la fin de la session parlementaire à l'Assemblée nationale, où on peut craindre l'adoption sous le bâillon d'une série de lois qui vont attaquer durablement les droits collectifs des citoyens et citoyennes. Le gouvernement s'attaque à plusieurs contrepouvoirs, comme le droit de manifester sans se faire fouiller, le droit de recourir aux tribunaux en présence de règles ou de lois que l'on juge arbitraires, le droit des organismes communautaires de revendiquer pour la justice sociale, et tant d'autres.
Et que fait QS pendant ce temps ?
Le 21 février, lors du Conseil national, nous avons adopté une proposition pour « Une campagne nationale pour la démocratie participative, l'État de droit et contre les lois liberticides du gouvernement Legault ». Deux semaines plus tard, une éternité en politique, il ne semble y avoir rien de fait sur ce plan. Il y a eu des envois sur le 20e anniversaire – un party d'appels de financement, une demande d'appui pour lutter contre la violence en ligne en soutenant – financièrement – le mouvement. On peut espérer un projet de loi sur le sujet quand QS va être au pouvoir. Et on a aussi reçu une invitation pour joindre la manifestation du 8 mars en compagnie des porte-paroles. C'est ainsi depuis un moment, on apporte nos pancartes et on suit la foule. Nous semblons errer sans but. Pourquoi, alors, ne pas miser sur ce que les membres de la base, connectés dans les milieux et essayant de rester mobilisés, ont suggéré ? Cette proposition a quand même été votée à majorité.
A-t-on pensé à la publication d'un tract ou créé une affiche sur le sujet de la grève sociale ? Quelque chose qu'on pourrait faire circuler dans nos organisations syndicales ? Va-t-on planifier des meetings publics et inviter des syndicalistes pour développer un réseau de mobilisation ? Une tournée des régions pendant la grève rotative des groupes communautaires ? Il y a aura des mobilisations dans toute la province. Ce serait le moment de faire preuve de leadership. De se distinguer parmi la foule et de recommencer à jouer le rôle que nous avions dans les années prépandémie. Si QS prend une part active et visible dans ce mouvement, les gens vont s'en souvenir en octobre.
Qu'est-ce qui distingue une manifestation pacifique d'une tribu de zombies ? La capacité de tirer profit d'un momentum pour diriger la foule où elle doit aller, c'est-à-dire de créer une pression politique pour influencer le gouvernement. C'est le moment d'être bien vivants.
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Champion de papier
Le gouvernement fédéral a déposé le 23 février dernier son Plan d'action canadien pour des emplois durables 2026-2030, sous le titre ambitieux « Bâtir un avenir prospère pour les travailleurs et les communautés ». À lire les 90 pages du document, le mouvement syndical aurait de quoi se réjouir : travail décent, dialogue social, investissements massifs, crédits d'impôt, projets structurants, protection des travailleurs et travailleuses, carboneutralité. Sur papier, le Canada serait déjà champion mondial de la transition juste.
Pourtant, plus on avance dans la lecture, plus une impression persiste : le gouvernement reprend le vocabulaire de la transition juste, mais évite de mettre en place les structures qui permettraient de la réaliser.
Le Plan définit « l'emploi durable » comme un emploi compatible avec la carboneutralité et reflétant le travail décent, incluant le revenu équitable, la sécurité d'emploi, la protection sociale et le dialogue social. Voilà une définition conforme aux principes directeurs de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et revendiquée par la FTQ depuis plus de 10 ans. Mais définir n'est pas mettre en œuvre.
Pour construire son plan, le gouvernement affirme avoir reçu environ 80 mémoires et s'appuyer sur le Conseil du partenariat pour des emplois durables. La loi impose une reddition de comptes, mais aucune obligation de résultat. Le gouvernement peut donc manquer ses cibles sans avoir à se justifier. La transition juste, telle qu'inscrite dans l'Accord de Paris et consolidée dans les principes directeurs de l'OIT, repose sur un pilier fondamental : le dialogue social structuré, permanent et décisionnel. Ce n'est ni une consultation ponctuelle, ni un appel de mémoires, ni une table sectorielle sans véritable pouvoir.
Dans le Plan fédéral, le dialogue social est présenté comme un principe. Il n'est toutefois pas institutionnalisé afin de faciliter l'adoption de politiques publiques de façon cohérente. Aucune architecture claire de gouvernance tripartite n'est imposée aux grands projets ni aux stratégies sectorielles. On parle de collaboration, mais on ne parle pas de réel partage du pouvoir.
Plus encore, le Plan repose sur une logique d'attractivité du capital et de compétitivité industrielle. Le social y apparaît comme variable d'ajustement. Or, dans une transition juste authentique, c'est la sécurité économique des travailleurs et des travailleuses qui devrait structurer l'investissement, et non l'inverse.
Le Plan annonce des dizaines de milliards pour des projets nucléaires, miniers, d'infrastructures, de captage du carbone et de transport. Oui, certaines exigences salariales et d'apprentissage sont prévues pour bénéficier des crédits d'impôt. Mais réduire la transition juste à des conditions de salaire courant et à quelques obligations d'apprentissage constitue une lecture minimaliste du travail décent.
Où sont les mécanismes obligatoires de planification sectorielle tripartite ? Les garanties de maintien de revenus négociées collectivement ? Les fonds permanents de transition financés par les secteurs à fortes émissions ? Les cadres contraignants d'équité et de protection sociale ?
Le Plan présente une accumulation impressionnante de mesures et d'investissements. Or, il ne précise aucun indicateur social mesurable permettant d'évaluer si ces investissements amélioreront réellement la qualité des emplois et la résilience économique ou s'ils réduiront les inégalités. Sans cibles sociales claires, sans indicateurs publics, la transition juste risque de demeurer un exercice déclaratoire plutôt qu'un engagement vérifiable.
On investit massivement dans les industries, mais sans cible spécifique concernant la réduction des GES ou l'amélioration des conditions de travail. On prévoit des mesures d'assurance-emploi temporaires et des fonds de requalification face aux chocs commerciaux. Ces mesures sont nécessaires, mais elles relèvent de la gestion de crise, et non d'une stratégie de transformation planifiée.
Une transition juste exige d'anticiper les mutations industrielles, de négocier les trajectoires de décarbonation sectorielles et de sécuriser les parcours professionnels. Elle exige également des données probantes robustes permettant d'évaluer de manière transparente les impacts sectoriels et régionaux sur les emplois.
Il apparaît également clair que le Canada souhaite demeurer une superpuissance énergétique, propre, mais aussi conventionnelle. Or, on ne peut simultanément revendiquer ce statut et prétendre incarner un modèle mondial de transition juste sans démontrer clairement la trajectoire de transformation, les échéanciers et les mécanismes de protection pour les travailleuses et les travailleurs concernés.
Finalement, la question n'est pas de savoir si des emplois seront créés grâce au Plan. Il s'agit plutôt de savoir qui décide de la trajectoire, qui bénéficie réellement des retombées et qui assume les risques.
Nous n'avons plus le luxe d'improviser derrière un vocabulaire consensuel. La transition s'accélère, les investissements explosent et les tensions géopolitiques augmentent.
Une transition juste ne se proclame pas. Elle s'institutionnalise. Elle se négocie. Elle se mesure. Elle se finance. Elle se planifie.
À défaut de quoi, elle demeure un slogan.

Carney modifie la position du Canada alors que Trump ne parvient pas à justifier la guerre contre l’Iran
Peter Hegseth, l'ancien animateur de télévision que le président américain Trump décrit de manière illégitime comme son secrétaire à la Guerre, a dit la vérité lorsqu'il a déclaré que les États-Unis ne faisaient pas la guerre à l'Iran pour encourager la démocratie et les droits de l'homme.
4 mars 2026 | tiré de rabble.ca | Photo : Mark Carney s'adressant aux membres des Forces canadiennes. Crédit : Mark Carney / X
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/carney-shifts-canadas-position-as-trump-fails-to-justify-war-against-iran/
Mark Carney et Donald Trump n'ont pas grand-chose en commun.
L'un est un économiste calme et rationnel. L'autre, un dictateur en herbe impulsif et avide de pouvoir.
Mais Carney semble reprendre l'une des caractéristiques propres à Trump : une capacité exaspérante à être incohérent.
Lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une attaque non provoquée contre l'Iran le samedi 28 février, Carney a presque immédiatement réagi en exprimant ce qui semblait être un soutien inconditionnel.
Le premier ministre canadien a publié une déclaration dans laquelle il affirmait :
« Le Canada soutient les mesures prises par les États-Unis pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationales. » Carney avait précédé cette déclaration d'une description de l'Iran comme « la principale source d'instabilité et de terreur dans tout le Moyen-Orient, [avec] le pire bilan au monde en matière de droits de l'homme ». Il a ajouté : « [L'Iran] ne doit jamais être autorisé à se doter ou à développer des armes nucléaires. »
D'autres membres de l'univers libéral canadien n'ont pas tardé à marquer leur désaccord avec le premier ministre.
L'ancien ambassadeur des Nations unies Bob Rae a souligné les antécédents douteux de Netanyahu en Israël et de Trump aux États-Unis.
Au cours de son premier mandat, a noté Rae, Trump a fait voler en éclats l'accord nucléaire avec l'Iran que son prédécesseur Barack Obama et d'autres dirigeants occidentaux avaient conclu.
Puis, il y a quelques mois à peine, Trump et Netanyahu ont déclaré avoir réussi à « anéantir » la capacité nucléaire de l'Iran.
Apparemment, a écrit M. Rae, l'anéantissement peut être de courte durée.
Bob Rae a conseillé à M. Carney que, compte tenu du contexte général, ce n'était pas le moment pour le Canada de se mettre au garde-à-vous et de dire « prêt, feu, partez » aux États-Unis.
L'ancien ministre libéral des Affaires étrangères Lloyd Axworthy a exprimé un point de vue similaire, tout comme le député libéral de Victoria, Will Greaves, dans une vidéo YouTube publique.
Greaves a déclaré qu'il exprimait fidèlement l'opinion claire de ses électeurs.
Il n'est donc pas surprenant que, quelques jours après le début des bombardements, la ministre des Affaires mondiales de Carney, Anita Anand, ait présenté un point de vue plus nuancé.
Mme Anand a déclaré que le Canada soutenait les objectifs des États-Unis et d'Israël (à savoir un Iran non nucléaire), mais préférait une « solution diplomatique ».
Mme Anand n'a pas précisé comment on pourrait atteindre diplomatiquement l'un des nombreux objectifs souvent changeants que Trump a énoncés pour cette guerre : le changement de régime en Iran.
Il est difficile d'imaginer une tactique diplomatique qui pourrait convaincre les dirigeants islamiques iraniens de renoncer volontairement au pouvoir.
Puis, le mardi 3 mars, Carney a interrompu sa mission commerciale en Australie pour pousser encore plus loin la modification apportée par Anand à sa déclaration initiale.
Il a déclaré que le Canada préférait non seulement la diplomatie à la guerre, mais a ajouté que les actions des États-Unis et d'Israël pourraient être « incompatibles avec le droit international ».
Il s'agit d'un revirement à 180 degrés par rapport au soutien presque servile que Carney avait offert le premier jour de cette guerre.
Le premier ministre canadien ne semble manifestement pas préoccupé par l'observation faite il y a plus d'un siècle et demi par Ralph Waldo Emerson, à savoir que « la cohérence est le spectre des petits esprits ».
« Pas de construction de la démocratie », déclare un secrétaire clé du cabinet Trump
En quelques jours depuis son début, cette guerre a fait des centaines de victimes, dont 168 enfants dans une école primaire. Beaucoup d'autres mourront avant qu'elle ne prenne fin.
Malgré tout ce bain de sang, certains Iraniens de la diaspora se réjouissent.
Lors de manifestations au Canada et dans d'autres pays occidentaux, les manifestants ont brandi des portraits de Donald Trump et le drapeau israélien.
D'autres Iraniens, tant dans leur pays qu'à l'étranger, sont plus circonspects. Pour la plupart, ils restent silencieux, pour l'instant. Mais dans l'ensemble, ils sont plus craintifs que jubilatoires.
De nombreux Iraniens, qui ne sont pas partisans de leur régime théocratique brutal et répressif, doutent néanmoins qu'il soit possible de transformer le système politique d'un pays en le bombardant sans pitié.
Et même les Iraniens qui applaudissent aujourd'hui l'offensive américano-israélienne devraient prêter attention à l'expression de colère et de réprobation du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, qui a ainsi résumé le point de vue américain sur cette guerre :
« Pas de règles d'engagement stupides, pas de bourbier de reconstruction nationale, pas d'exercice de construction de la démocratie, pas de guerres politiquement correctes », a déclaré M. Hegseth. « Nous nous battons pour gagner, et nous ne perdons pas de temps... Comme l'a averti le président, une opération de cette envergure entraînera des pertes humaines. »
Ce que M. Hegseth dit au monde, sans trop de subtilité, c'est que quels que soient les objectifs des Américains – et ils ne les ont pas encore clairement énoncés –, la promotion de la démocratie et des droits de l'homme en Iran n'en fait pas partie.
Nous ne devons pas oublier que, lorsqu'il était candidat, l'actuel président américain s'est fermement opposé aux projets de reconstruction nationale des présidents précédents.
Trump était particulièrement critique à l'égard de la guerre en Irak lancée par George W. Bush en 2003. À l'époque, les décideurs américains affirmaient que le conflit serait terminé en quelques semaines. Il s'est prolongé pendant de nombreuses années.
George W. Bush et ses acolytes se vantaient que l'Irak deviendrait rapidement un modèle de démocratie occidentale pour toute la région du Moyen-Orient, de l'Asie occidentale et de l'Afrique du Nord.
En réalité, l'Irak est devenu le théâtre d'une guerre sanglante presque sans fin, attisant et engageant divers types de fondamentalistes armés dans toute la région.
Trump méprisait l'objectif de Bush de changer le régime et s'était engagé à ne jamais se lancer dans des aventures aussi téméraires.
Au lieu de cela, le milliardaire devenu politicien populiste a promis de faire revivre l'isolationnisme américain qui caractérisait les années 1920, incarné par le slogan « America First ».
Cependant, dès sa deuxième investiture, des indices indéniables montraient que Trump avait d'autres modèles que les isolationnistes tels que Harding et Coolidge, qui avaient occupé le devant de la scène aux États-Unis après la Première Guerre mondiale.
Dans son discours d'investiture de 2025, Trump a évoqué un apôtre de l'impérialisme américain de la fin du XIXe siècle, le président William McKinley, qui a étendu l'hégémonie américaine à une grande partie de l'Amérique latine, du Pacifique et de l'Asie.
Trump a déclaré qu'il allait, comme McKinley, étendre le territoire des États-Unis.
D'où les menaces d'annexion de ce pays, du Canada, du Groenland et d'une partie du Panama.
Faire irruption en Iran avec des bombes et des discours grandiloquents s'inscrit dans cette attitude expansionniste et conquérant.
Les justifications de la guerre sonnent creux
Lorsqu'il a déclaré cette guerre (sans l'appeler ainsi), Trump a invité le peuple iranien à prendre le contrôle de son gouvernement, comme par magie.
En fait, Trump a pratiquement exhorté les Iraniens à agir rapidement, car, selon ses propres termes, cela « pourrait être leur dernière chance avant longtemps ».
Remarquez bien qu'avant de se soulever pour prendre le pouvoir, le président a conseillé au « grand peuple iranien » de se réfugier chez lui, afin d'éviter d'être tué ou mutilé par les bombes, les missiles et les drones armés américains et israéliens.
Le régime actuel en Iran est oppressif et violent envers son propre peuple. Ceux qui dénoncent le règne des mollahs n'ont pas tort.
Mais le régime iranien n'est pas le seul à avoir des penchants antidémocratiques et violents.
Prenons par exemple les régimes de Birmanie, du Soudan, d'Égypte, d'Arabie saoudite, des Philippines de l'ancien président Duterte, et même des États-Unis dirigés par Trump, tous connus pour leurs violations des droits humains.
Il y a ensuite l'autre grande accusation portée par Trump et ses alliés contre l'Iran : celui-ci s'ingère dans les affaires de ses voisins, en particulier ses voisins arabes.
Là encore, en matière d'ingérence, les Iraniens sont en bonne compagnie.
Dans cette région, les Israéliens mènent une véritable campagne de nettoyage ethnique en Cisjordanie palestinienne. Parallèlement, sans aucun motif stratégique légitime, ils ont tué des dizaines de milliers de civils sans défense (dont beaucoup d'enfants) à Gaza.
De plus, les Saoudiens s'ingèrent activement dans les affaires du Yémen depuis des années, tandis que les Égyptiens et d'autres pays s'immiscent imprudemment dans le conflit qui déchire le Soudan et le Soudan du Sud.
En fin de compte, comme le Premier ministre Carney a mis plusieurs jours à le comprendre, aucune loi internationale ne justifie la guerre d'agression actuellement menée contre l'État souverain d'Iran.
Et, dans le cas des Américains, cette guerre de facto est également contraire à leur propre
constitution, qui stipule que le président ne peut pas déclencher une guerre seul, mais doit obtenir le consentement et l'accord du Congrès.
Les Américains ne se précipitent pas pour soutenir la guerre de Trump
En règle générale, lorsque les présidents américains ont précipité des guerres à l'étranger, cela a eu pour effet de rallier la population autour du drapeau.
Ce n'est pas le cas cette fois-ci.
La plupart des politiciens républicains se rangent derrière leur leader, mais pas tous.
La députée sortante de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, a déclaré, en apprenant le bombardement de l'école primaire : « Je n'ai pas signé pour ça ».
Il est toutefois difficile de trouver un seul démocrate qui se soit senti poussé par son patriotisme à soutenir le président en cette période de troubles.
Lorsque George W. Bush a lancé sa guerre en Irak, la plupart des membres démocrates de la Chambre des représentants et du Sénat l'ont soutenu. Ils ont adhéré à l'argument fallacieux selon lequel l'Irak développait des armes de destruction massive.
Ce soutien ne s'est pas concrétisé cette fois-ci.
Les déclarations contradictoires de Trump et de ses secrétaires d'État ne servent pas leur cause.
Outre l'aveu sans détour de Hegseth selon lequel les États-Unis n'ont aucun intérêt à promouvoir la démocratie en Iran, le secrétaire d'État Marco Rubio a fait valoir que les États-Unis avaient été contraints d'agir parce qu'Israël était sur le point d'attaquer l'Iran de son propre chef.
Au mieux, cela semblait être une justification peu plausible pour la guerre – et elle n'a pas duré longtemps.
Trump a rapidement exprimé un point de vue diamétralement opposé à celui de Rubio. Le président a déclaré qu'il avait décidé de lancer la guerre, de son propre chef, en se basant uniquement sur son intuition.
Trump a déclaré avoir lu le langage corporel des participants à ce qui s'est avéré être de fausses négociations sur le contrôle nucléaire et, sans aucun élément tangible, avoir conclu que l'Iran se préparait à attaquer en premier. Trump a donc déclaré avoir décidé de les couper dans leur élan.
Trump a insisté sur le fait que les États-Unis n'avaient pas suivi Israël. C'était l'inverse, a-t-il déclaré. Nous, les Américains, avons forcé la main à Israël.
On peut peut-être comprendre l'impulsion initiale de Mark Carney de soutenir Trump à un moment où le Canada est engagé dans des négociations délicates avec les États-Unis.
Pourquoi irriter inutilement les Américains ? Le premier ministre canadien a peut-être raisonné ainsi. Après tout, ils ne demandent rien au Canada en termes de soutien tangible.
Quoi qu'il en soit, les Américains, au mieux, nous ignoreraient si nous critiquions leur guerre. Au pire, ils pourraient essayer de nous punir. (Des droits de douane, peut-être ?)
Mais compte tenu de l'incohérence et de l'inconsistance des explications fournies par Trump et son équipe pour justifier cette guerre imprudente, Carney serait bien avisé de se tenir aussi loin que possible de cette folie.
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Revue de presse des mémoires pré-budgétaires d’organisations syndicales et populaires
Voici un assemblage des communiqués émis en vue du dépôt du budget Girard le 18 mars prochain. Des mémoires peuvent encore être publiés et peut-être que certains ont été oubliés. Si le vôtre ne figure pas dans ce document, vous pouvez nous le faire parvenir à redaction@pressegauche.org
Mémoire du FRAPRU dans le cadre des Consultations prébudgétaires 2026-2027 (extraits
Introduction
UNE CRISE DU LOGEMENT CHER Dans plusieurs municipalités, la pénurie de logements semble sur le point de se résorber. La crise est pourtant loin d'être finie puisque ce sont les logements les plus chers qui sont disponibles. Depuis 2018, soit le début de la pénurie de logements à l'échelle provinciale, le loyer moyen a augmenté de 62 % au Québec. Les records de mises en chantier de logements locatifs sont applaudis, mais force est de constater que les logements neufs contribuent pour beaucoup à l'explosion des loyers. Dans les logements existants, le loyer augmente généralement plus vite que l'inflation et les revenus. Bien que le moratoire sur certains types d'éviction ait pu temporairement atténuer la pression pour les locataires, il demeure largement insuffisant. De nombreux propriétaires ont adapté leurs stratégies pour obtenir l'éviction de leurs locataires, et tout laisse craindre que le moratoire puisse être levé avant 2027.
Les logements disponibles à la location sont pour leur part beaucoup plus chers que les loyers moyens. Cette situation rend la recherche de logement extrêmement difficile pour de nombreux ménages qu'ils s'agissent de familles qui s'agrandissent, se séparent ou se recomposent, de femmes victimes de violence conjugale, de jeunes adultes qui quittent le nid familial ou la DPJ, d'immigrants·es ou d'autres locataires qui espèrent simplement améliorer leurs conditions de logement. Par exemple, dans la RMR de Montréal, le dernier rapport de la SCHL sur le marché locatif indique que le loyer moyen d'un logement inoccupé toutes typologies confondues était de 1628 $ à l'automne 2025 et de 2 141 $ pour un logement familial de 3 chambres à coucher et plus.
Dans ce contexte, les besoins des locataires ne diminuent pas. L'itinérance continue de prendre de l'ampleur. L'insécurité alimentaire touche maintenant un locataire sur trois, selon une récente étude de l'Observatoire québécois des inégalités1. Les demandes pour nonpaiement de loyer, dont la plupart se concluent par une éviction, sont en hausse. En parallèle, le nombre de personnes et de familles sans-logis demeure élevé toute l'année durant. De plus en plus de locataires qui ne pensaient jamais avoir besoin d'un logement social en ont désormais besoin, de toute urgence. Plus les prix des loyers augmentent, plus le revenu maximal pour bénéficier d'un supplément au loyer est relevé, ce faisant, le nombre de locataires admissibles augmente lui aussi. Plus de ménages sont admissibles aux logements subventionnés dont les logements sociaux publics sont les plus grands pourvoyeurs, mais ce sont précisément ces logements que l'on construit le moins ! Résultat : au moment de la perte du logement, les locataires constatent à leurs dépens l'absence de filet social. Des milliers de personnes et de familles sont condamnées à patienter sur des listes d'attente et à se retrouver dans des situations de précarité parce que l'État faillit à ses obligations.
L'analyse des taux d'inoccupation ventilés par quartile de loyers démontre pourtant qu'il y a une disponibilité de logement dans les braquettes supérieures de loyers. Une simple stratégie basée sur l'augmentation de l'offre sans égards aux coûts ne fonctionnera pas pour s'attaquer au problème central : le coût des loyers. Cette politique de l'offre néglige également la typologie des logements construits : les logements familiaux de trois chambres et plus demeurent très rares, puisqu'ils sont moins rentables pour le secteur privé. Pour s'attaquer à l'inabordabilité, au-delà de l'encadrement du marché privé, il faut se fixer des objectifs de construction de logements sociaux moins chers que le loyer moyen du marché. C'est la seule manière de tirer vers le bas le prix des loyers et de répondre aux besoins déjà non répondus par ce même marché privé. Les aides financières à la personne et les programmes soutenant des logements dits « abordables » ou « hors marché » n'y parviennent pas.
Pour répondre aux besoins des milliers de personnes et de familles du Québec qui subissent mois après mois les conséquences désastreuses de la cherté des loyers, il faut plus que jamais du logement social. Tant son nombre et sa proportion sur le parc locatif n'auront pas significativement augmenté, c'est à ce type de logement qu'il faut consacrer les investissements publics québécois, afin de s'attaquer réellement à la crise de l'abordabilité.
(...)
Recommandations
En prévision du prochain budget, le FRAPRU recommande au ministre des Finances :
1. Le financement d'au moins 10 000 logements sociaux : a. accessibles financièrement, dont les loyers sont significativement moins chers que le loyer médian du marché ; b. via des programmes gouvernementaux complets, pérennes et dédiés au logement social, incluant en priorité la mise en place d'un programme québécois de logements publics de type HLM ; c. avec un nombre suffisant de logements subventionnés pour répondre aux besoins des collectivités ; d. incluant des logements adaptés ou adaptables, par l'entremise d'un financement adéquat du Programme d'adaptation à domicile.
2. L'utilisation à des fins de logement social de l'entièreté des sommes fédérales estimées à 3 milliards $ que le Québec pourrait se voir attribuer par Maisons Canada. Ces fonds doivent évidemment s'ajouter aux investissements provinciaux en logement social et non les remplacer.
3. Des mécanismes permettant d'assurer un contrôle démocratique, impliquant les locataires et les communautés locales, pour tout financement public destiné au logement social, hors marché ou sans but lucratif, afin d'en assurer la pérennité.
4. De réserver les fonds publics insuffisants destinés à la réalisation de nouveaux logements pour des logements servant l'intérêt public et contribuant à lutter contre l'inabordabilité. Conséquemment, nous recommandons le retrait du financement public accordé : a. à des catégories de logements « abordables » dont les loyers sont supérieurs aux loyers moyens du marché qui contribuent à la hausse du loyer moyen plutôt que la ralentir ; b. à des logements dont la propriété sera privée, puisque non seulement l'abordabilité de ceux-ci n'est pas pérenne, mais ils ne contribuent pas à grossir le patrimoine collectif du logement social sans but lucratif pour les générations futures. Ils contribuent à enrichir des intérêts privés et à creuser les inégalités de patrimoine.
5. Que les programmes qui permettent le développement de logements sociaux prévoient l'arrimage du financement du Soutien communautaire en logement social et communautaire (SCLSC) et que ce financement soit à la hauteur des besoins, pour atteindre annuellement au moins 50 millions $, comme le demandent plusieurs regroupements du milieu de l'itinérance et de l'habitation sociale, comme le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec, la Fédération des locataires de HLM du Québec et le Regroupement des Offices d'Habitation du Québec.
6. De lutter davantage contre la pauvreté, le mal-logement et l'itinérance en agissant sur les revenus : a. en augmentant les prestations sociales pour qu'elles couvrent l'ensemble des besoins de base et en élargissant les modalités du programme de Revenu de base à l'ensemble des personnes assistées sociales, incluant celles sans contraintes sévères à l'emploi ; b. en modernisant la notion de vie maritale pour les prestataires de l'aide sociale en administrant un chèque par personne et que celui-ci puisse couvrir les besoins de base en établissant les prestations sans tenir compte du revenu de la personne conjointe et en établissant le statut de vie maritale seulement lorsque les personnes se déclarent conjointes et abolir les critères tels que l'entraide et la vie commune renommée ; c. en augmentant le salaire minimum à au moins 20 $ de l'heure.
7. La mise en place d'un impôt sur le patrimoine du 1 % des plus riches et la pleine imposition des gains en capital, afin de rétablir une plus grande justice fiscale et de financer notamment un plan de développement du logement sur plusieurs années, dans l'objectif d'en doubler le nombre d'ici 2040.
8. Nous appuyons la demande portée par le Réseau québécois de l'action communautaire autonome d'investir 2,6 milliards de dollars supplémentaires pour assurer un financement de base stable et prévisible des organismes d'action communautaire autonome, incluant les 155 millions $ pour la DCD revendiqués par le Regroupement des organismes en défense collective des droits. L'insuffisance du filet social et les crises sociales, dont celle du logement et de l'itinérance, augmentent les besoins et la charge de travail de la majorité des groupes d'action communautaire autonome, particulièrement ceux de défense collective des droits (DCD) dont fonts partis les groupes membres participants du FRAPRU, il est plus pressant que jamais d'augmenter le soutien à la mission globale des groupes d'action communautaire autonome, incluant ceux de défense collective des droits (DCD) et d'inclure un mécanisme permanent d'indexation.
Pour lire l'intégral du rapport
Mémoire prébudgétaire 2026-2027 du Collectif pour un Québec sans pauvreté
Par le Collectif pour un Québec sans pauvreté
En 2002, l'Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. L'objet de cette loi, adoptée à l'unanimité, est de « guider le gouvernement et l'ensemble de la société québécoise vers la planification et la réalisation d'actions pour combattre la pauvreté, en prévenir les causes, en atténuer les effets sur les individus et les familles, contrer l'exclusion sociale et tendre vers un Québec sans pauvreté ».
Presque vingt-cinq ans plus tard, et après quatre plans de lutte contre la pauvreté, un constat ressort : aucun des gouvernements successifs n'a pris au sérieux l'objet de cette loi, qui est d'aspirer à éliminer la pauvreté au Québec.
Pour espérer « tendre vers un Québec sans pauvreté », le gouvernement devra inévitablement changer de discours et reconnaître que la pauvreté est inacceptable, car elle constitue un déni des droits et libertés ainsi qu'une atteinte au respect et à la protection de la dignité des personnes qui la subissent.
Ce mémoire porte neuf recommandations regroupées en trois catégories :
Recommandations visant à améliorer le revenu des personnes en situation de pauvreté :
– Hausser les protections publiques de façon à assurer à tous les ménages un revenu au moins égal à la Mesure du panier de consommation (MPC).
– Augmenter le salaire minimum pour qu'une personne seule qui travaille 35 heures par semaine vive hors de la pauvreté.
– Recommandations visant à alléger le fardeau financier des personnes en situation de pauvreté :
Adopter une politique globale en habitation, basée sur la reconnaissance du droit au logement.
– Adopter une loi-cadre sur le droit à l'alimentation.
– Interdire le privé en santé et élargir la couverture du régime public d'assurance maladie à un plus grand nombre de soins de santé.
– Assurer la gratuité et l'accès universel à l'éducation, des centres de la petite enfance aux études supérieures.
Recommandations visant à réformer la fiscalité afin de la rendre plus progressive et ainsi accroître la marge de manœuvre du gouvernement :
– Faire passer de 4 à 8 le nombre de paliers d'imposition pour les particuliers.
– Instaurer un impôt sur le patrimoine.
– Imposer la totalité des gains en capital des particuliers.
Document PDF : mémoire prébudgétaire 2026-2027 : https://www.pauvrete.qc.ca/wp-content/uploads/2026/02/Memoire-prebudgetaire-2026-2027.pdf
53 maisons d'aide et d'hébergement devant l'Assemblée nationale : protéger les femmes et les enfants doit être une réelle priorité politique
Par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugaale
À l'initiative du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, une coalition de 53 maisons ont mené une action éclair devant l'Hôtel du Parlement aujourd'hui, pour interpeller les députés de toutes les formations politiques à faire de la lutte contre la violence conjugale une réelle priorité politique.
« Face aux nombreux féminicides et à la demande d'aide qui explose, il n'est plus possible que le gouvernement maintienne le statut quo. Le sur-place budgétaire des trois dernières années met en péril la santé et la vie des femmes et des enfants victimes de violence conjugale » alerte Annick Brazeau, présidente du Regroupement.
Dans ce rassemblement silencieux, une centaine de travailleuses de maisons tenaient des silhouettes de femmes et d'enfants grandeur nature sur lesquelles on pouvait lire le prénom, l'âge et les impacts concrets de la violence sur leur vie : des bambins anxieux, des ados en souffrance, des femmes présentant des blessures, des dépressions, des douleurs chroniques.
« Au-delà des féminicides, il y a des milliers de femmes et d'enfants dont la violence affecte la santé, physique et mentale. Ces conséquences sont parfois invisibles et s'étendent sur des années. En investissant contre la violence conjugale, le gouvernement peut non seulement sauver des vies humaines, mais aussi des coûts sociaux et des coûts de santé faramineux » souligne Nathalie Villeneuve, coordonnatrice de la Maison Hina en Montérégie.
Malgré un rattrapage financier important entre 2020 et 2022, les investissements du gouvernement de Monsieur Legault ne suffisent plus à répondre à l'urgence. Rencontrée à la toute fin de la semaine dernière, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Madame Bélanger, s'est montrée sensible au sort des victimes. Les besoins, aujourd'hui, nécessiteraient un investissement de 50,2 millions de $ pour la centaine de maisons qui existent.
« Ne pas investir pour lutter contre la violence conjugale coûte bien plus cher à la société qu'investir. La ministre Bélanger saura-t-elle convaincre son collègue des Finances de délier les cordons de la bourse ? » s'inquiète Annick Brazeau.
La délégation menée par le Regroupement a remis 125 cahiers de demandes à des députées membres du Cercle des femmes parlementaires, avec l'espoir que chacune et chacun des député.e.s portera, dans un esprit transpartisan, ces préoccupations dans l'enceinte de l'Assemblée nationale pour voter un budget 2026 à la hauteur des besoins des femmes et de leurs enfants.
Des milliards que le gouvernement doit aller récupérer
Par la CSN
Au moment où l'économie québécoise est secouée par la guerre tarifaire américaine et où les services publics sont en crise, le gouvernement Legault doit récupérer les sommes astronomiques dont il se prive afin de redresser les finances publiques et répondre aux besoins de la population.
C'est le message envoyé aujourd'hui par la CSN, qui rencontrera, avec les autres centrales syndicales cet après-midi, le ministre des Finances, Éric Girard, dans le cadre des consultations prébudgétaires menées par celui-ci.
« Au cours des sept dernières années, le gouvernement de François Legault a fait des choix budgétaires qui ont gravement nui à la société québécoise », rappelle la présidente de la CSN, Caroline Senneville. « Des baisses d'impôts, qui ont profité surtout aux mieux nantis, une ouverture toujours plus grande au secteur privé qui englouti des sommes colossales, des millions perdus dans la filière batterie sans même qu'un seul emploi ne soit créé, sans parler de cet entêtement à rembourser la dette du Québec coûte que coûte, malgré les indicateurs révélant que celle-ci est sous contrôle… Ces choix ont un coût, et ce sont les travailleuses et les travailleurs qui en font les frais. »
« Alors qu'il termine son dernier tour de piste, le premier ministre Legault a l'occasion de réparer certaines erreurs de son gouvernement. Qu'il la saisisse », ajoute la leader syndicale.
Dans le mémoire qu'elle présentera au ministre Girard, la CSN rappelle que la baisse d'impôt octroyée dans le budget de 2023, qui a surtout favorisé les contribuables gagnant plus de 100 000 $, représente aujourd'hui un manque à gagner annuel de 1,8 G$. En vue du prochain budget du Québec, la CSN met de l'avant plusieurs recommandations : un renforcement de la progressivité de l'impôt sur les revenus des particuliers, une amélioration de la fiscalité sur le patrimoine et l'interruption des versements au Fonds des générations.
Ces sommes doivent être dévolues à la consolidation de nos réseaux publics, notamment en matière de santé et d'éducation. Rappelant que l'interruption du recours aux agences de placement a permis d'économiser près de 700 millions en un peu plus d'un an, la CSN invite le gouvernement à freiner l'ouverture toujours plus grande au secteur privé mise de l'avant par Santé Québec.
Alors que les établissements de santé et d'enseignement font couramment les manchettes en raison de leur vétusté, le gouvernement doit accroître ses investissements dans les infrastructures publiques. Cependant, l'aventure électoraliste du 3e lien, qui a déjà mené à la perte de millions en deniers publics et qui pourrait engloutir jusqu'à 11 milliards de dollars, ne reflète aucunement les besoins réels du Québec et doit être rayée du prochain budget, estime la CSN.
D'autres mesures figurent dans le mémoire présenté par la centrale syndicale : le retour à 2030, plutôt qu'à 2035 pour l'atteinte des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, jumelé à une augmentation des budgets alloués au transport collectif, permettront au Québec de faire face aux défis posés par la crise climatique.
Enfin, la CSN urge le gouvernement du Québec à mettre en place une politique structurante pour sauver l'industrie des médias et de la culture, ainsi qu'une seconde pour le secteur forestier, qui a déjà coûté des milliers d'emplois en région. La mise en branle d'un plan ambitieux de chantier en habitation, priorisant le logement social, lui permettrait de faire d'une pierre deux coups, estime la centrale syndicale.
Des groupes sociaux haussent le ton face à l'austérité et aux attaques antidémocratiques du gouvernement Legault
Par la Coalition Main rouge et la Coalition régionale pour la justice climatique et sociale
Dans le cadre de la Journée mondiale pour la justice sociale, des centaines de manifestantEs des groupes sociaux, communautaires et syndicaux de Québec et de Chaudière-Appalaches ont envahi l'édifice Marie-Guyart. Les manifestant·e·s haussent le ton face au retour à l'austérité, au virage antidémocratique et aux reculs en matière environnementale. Les groupes de Québec et de Chaudière-Appalaches répondaient ainsi à l'appel à l'action lancé par la Coalition Main Rouge.
Pour Véronique Laflamme, porte-parole de la Coalition Main Rouge, la forte mobilisation des groupes n'est pas une surprise : « Alors que le gouvernement tente de diviser la société, le retour à l'austérité renforce les solidarités. Des dizaines d'organismes de plusieurs régions ont répondu à notre appel et se mobilisent aujourd'hui pour des solutions basées sur une meilleure répartition de la richesse. »
L'annonce du départ de François Legault et de plusieurs ténors du gouvernement ne calme en rien l'insatisfaction qui gronde dans la population. « Malgré la démission du premier ministre, le gouvernement de la CAQ a réussi à coaliser la société civile en opposition à sa vision de notre société », dénonce d'emblée Françoise Proulx-Duperré, du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
« Après les attaques antisyndicales, la CAQ s'attaque à tous les contre-pouvoirs à travers une série de projets de loi qui tendent à centraliser les pouvoirs. Pour la CSN, c'est clair, il faut faire front contre les projets radicaux de ce gouvernement qui n'a plus la légitimité pour poursuivre ses réformes », poursuit le porte-parole.
« Nous sommes scandalisé·e·s par les compressions annoncées dans les services publics et les programmes sociaux. Le gouvernement dilapide nos impôts et c'est notre filet social qui se fissure, c'est tellement injuste. Avec le budget qui s'en vient, nous sommes vraiment inquiet·e·s des conséquences du sous-financement sur la qualité de nos services de santé, d'éducation, et sur l'ensemble de notre filet social », dénonce à son tour Élodie Dubois, porte-parole étudiante pour la manifestation.
« Les étudiant·e·s s'alarment également de voir le gouvernement faire marche arrière sur à peu près toutes les mesures environnementales des dernières années. Sommes-nous en train de sacrifier notre avenir au nom d'une pensée à très court terme qui ne favorise que les élites économiques ? », poursuit-elle.
Les groupes sociaux promettent de talonner la CAQ jusqu'à l'abandon des réformes autoritaires et l'annulation des compressions budgétaires dans les services publics et les programmes sociaux. Ils demandent à l'État de réinvestir dans le filet social et de rétablir les mesures de transition environnementale.
Consultations prébudgétaires 2026-2027 - Réviser les choix budgétaires et mettre en place un financement stable et suffisant des réseaux publics pour une plus grande équité sociale
Par la CSQ
Le financement des réseaux publics à la hauteur des besoins est possible si on a le courage politique d'améliorer notre régime fiscal, a fait valoir la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), lors d'une rencontre avec le ministre des Finances, Éric Girard, dans le cadre des consultations prébudgétaires.
« La dernière année a amené son lot d'incertitudes et d'inquiétudes pour les Québécoises et les Québécois : la saga des mesures tarifaires et les politiques du président américain, la crise du logement ainsi que celle de l'itinérance, la surinflation alimentaire, etc. Autant de défis auxquels le Québec devra continuer de faire face dans les mois à venir. Et pour stimuler l'économie d'ici, nos réseaux publics et l'éducation demeurent des leviers de premier choix pour contribuer à stabiliser l'économie et participer à la création de la richesse », fait valoir Éric Gingras, président de la CSQ.
La CSQ insiste sur le fait que l'éducation, la santé, les services sociaux, la petite enfance et les programmes sociaux, notamment, forment un moteur économique crucial. Ils sont aussi nécessaires pour répondre aux besoins croissants de la population québécoise.
« Nos réseaux publics sont considérés comme des dépenses et c'est un problème. On peut faire autrement avec la volonté politique d'améliorer le régime fiscal. Il faut que la politique budgétaire reflète mieux ce rôle de l'État et permette de financer durablement les réseaux d'éducation et de santé, notamment, sans alourdir le fardeau de la classe moyenne. On peut d'ailleurs commencer en corrigeant des choix fiscaux récents et en renforçant l'équité salariale », insiste Éric Gingras.
La CSQ rappelle que depuis 2018, les différentes baisses de contributions fiscales ont entrainé une perte de revenus d'au moins 4 milliards de dollars, sans compter l'effet des crédits d'impôt élargis. De plus, la réforme fiscale de 2023, qui a coûté plus de 1,8 milliard de dollars par année depuis, bénéficie davantage aux contribuables à haut revenu qu'à la classe moyenne.
Dans son mémoire présenté au ministre des Finances, la CSQ présente 14 propositions détaillées, articulées autour de la fiscalité des contribuables, des taxes responsables, de la fiscalité des entreprises et d'une réduction des dépenses. Au nombre des pistes mises de l'avant par la Centrale, on compte notamment :
– Que le gouvernement du Québec développe le réseau des CPE et finance la transformation des garderies non subventionnées en centres de la petite enfance (CPE). Cela aurait pour effet de garantir la pérennité et la qualité des services éducatifs à la petite enfance et de maintenir la place prépondérante des CPE dans le réseau.
– Que le gouvernement du Québec s'engage à consacrer minimalement 5 % du PIB aux dépenses des portefeuilles du réseau scolaire et des cégeps.
– Que l'augmentation du budget du réseau de la santé et des services sociaux pour l'année 2026-2027 soit de 5 % au minimum.
– Que le gouvernement du Québec instaure une pause temporaire de trois ans pour les versements des revenus consacrés au Fonds des générations.
– Que le gouvernement du Québec augmente le quatrième palier d'imposition afin de renforcer la progressivité du régime fiscal.
– Que le gouvernement du Québec instaure une taxe spécifique de 30 cents par litre sur les boissons sucrées et édulcorées afin d'en réduire la consommation et d'améliorer la santé de la population, tout en allouant les revenus générés à des programmes de prévention en santé.
– Que le gouvernement du Québec augmente le salaire minimum à 20 $ l'heure. Cette mesure améliorerait non seulement les conditions de vie de quelque 300 000 travailleuses et travailleurs, mais elle permettrait aussi de récupérer 500 millions de dollars grâce à une augmentation des revenus fiscaux et à un réaménagement de certains transferts sociaux.
– Que le gouvernement augmente de façon substantielle, récurrente et pluriannuelle les crédits budgétaires consacrés au logement hors marché, dans le but de permettre la réalisation rapide d'un nombre suffisant de logements sociaux, coopératifs et communautaires pour répondre à la crise actuelle et stabiliser le marché locatif.
Pour la CSQ, il est clair que les inégalités sociales et scolaires commencent avant l'entrée à l'école, par l'accès insuffisant à des services de garde éducatifs de qualité. Les familles les moins fortunées ont plus de difficulté à obtenir une place en CPE que celles en meilleure situation financière. De plus, il faut s'assurer ensuite de consolider tout le parcours éducatif. De la petite enfance jusqu'au cégep, les besoins augmentent beaucoup plus rapidement que les budgets. Si le Québec souhaite réellement placer l'éducation au haut de ses priorités, il doit investir autant que les pays qui sont leaders en la matière.
À l'heure actuelle, l'objectif de financement des dépenses militaires du Canada est de 5 % du PIB. « Pour une mission aussi fondamentale de l'État qu'est l'éducation, il me semble qu'on devrait s'assurer d'avoir des objectifs de financement dignes de ce nom. Alors pourquoi le gouvernement du Québec ne s'engagerait-il pas à consacrer au moins 5 % du PIB aux dépenses d'éducation et du réseau collégial ? Plus qu'un filet social, nos réseaux publics sont le tissu de notre cohésion sociale », conclut le président de la CSQ, tout en ajoutant que 5 % du PIB pour l'éducation est aussi le seuil qui nous permettrait de rejoindre les leaders du financement de l'éducation dans le monde.
Le mémoire de la CSQ déposé auprès du ministre des Finances est disponible ici.
Consultations prébudgétaires 2026-2027 - La FTQ demande à la CAQ de mettre fin à ses politiques d'austérité
Par la FTQ
La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), dans le cadre des consultations prébudgétaires, rencontre ce lundi le ministre des Finances du Québec, Eric Girard. La FTQ estime que le prochain budget doit contenir des mesures pour réduire les inégalités sociales ; financer adéquatement les services publics ; mettre en place une politique industrielle ambitieuse tout en soutenant les travailleurs et travailleuses face à l'incertitude économique ; apporter des solutions à la crise de l'habitation ; soutenir la lutte contre les changements climatiques.
« Le gouvernement de la CAQ doit mettre à profit ce dernier exercice budgétaire avant les élections pour adopter des mesures concrètes visant à réduire les inégalités sociales qui ont explosé et adopter des mesures pour mieux soutenir les travailleurs et travailleuses, ainsi que les entreprises impactées par la guerre tarifaire. En clair, le gouvernement doit mettre fin aux distractions avec des projets de loi et des lois dont le seul objectif est de diviser la société », déclare le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière.
Dans son mémoire, la FTQ souligne que le Québec a la responsabilité de veiller au bien-être et à l'épanouissement de sa population. « Nous avons besoin d'un filet social tissé serré et de services publics de qualité, particulièrement en santé et éducation. Québec doit renoncer à tout scénario de compression. Longtemps niée par le gouvernement de la CAQ, la crise du logement frappe durement la population, et cela c'est sans parler de la crise de l'itinérance et des banques alimentaires de plus en plus fréquentées par des travailleurs et travailleuses. On ne peut plus rester les bras croisés en espérant que le temps va tout arranger », ajoute le secrétaire général.
« Par ailleurs, Québec ne peut mettre de côté la lutte contre les changements climatiques. Mais cela doit se faire de manière équitable tout en prenant soin des travailleurs et travailleuses avec une politique de transition juste. Enfin, la FTQ tend la main au gouvernement et l'invite à reprendre le dialogue social afin de travailler ensemble à faire du Québec une société plus juste, plus démocratique et plus verte », conclut le secrétaire général, Olivier Carrière.
Pour consulter le mémoire de la FTQ : ftq.qc.ca/memoire-consultations-prebudgetaires-26-27/
Prioriser notre santé et notre bien-être : et si on osait pour vrai ? L'APTS propose un bouclier budgétaire pour protéger le réseau public
Par l'Alliance du Personnel professionnel et Technique de la Santé
À l'approche du dépôt du prochain budget du Québec et dans le cadre de l'édition Agenda 2026 de sa campagne Un réseau fort : et si on osait pour vrai ?, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dévoile son deuxième thème de l'année : Prioriser notre santé et notre bien-être : et si on osait pour vrai ? Au cœur de cette proposition : la mise en place d'un bouclier budgétaire afin d'assurer un financement stable, prévisible et suffisant du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS).
Depuis plus de 30 ans, le Québec s'est doté de lois budgétaires parmi les plus restrictives au pays, notamment en matière d'équilibre budgétaire et de réduction de la dette. Résultat : malgré l'augmentation constante des besoins de la population, le réseau public est régulièrement soumis à des compressions qui fragilisent l'accès, la continuité et la qualité des soins et des services.
« On demande au réseau de faire toujours plus, avec toujours moins. En 2025-2026 encore, le financement accordé ne couvrait même pas l'évolution des besoins. Ce n'est pas une question de structure ; c'est un problème de priorités politiques », affirme Robert Comeau, président de l'APTS.
En février : faire de la santé une priorité non-négociable
L'APTS rappelle que le Québec traverse actuellement une troisième période d'austérité budgétaire en 30 ans, sous couvert de gestion « responsable » des finances publiques. Cette année encore, le personnel du réseau devra répondre aux besoins croissants de la population sans que le financement accordé par le ministère des Finances ne soit à la hauteur.
Pour le seul budget 2025-2026, l'APTS évalue à 1,1 G$ l'écart entre le financement réel du réseau et ce qui aurait été nécessaire pour mitiger l'impact de la croissance et du vieillissement de la population, de l'inflation et de l'évolution des pratiques cliniques. Un sous-financement qui se traduit directement par des services fragilisés, des listes d'attente qui s'allongent et une pression accrue sur le personnel.
Face à ce constat, l'APTS propose l'instauration d'un bouclier budgétaire : un cadre légal obligeant le gouvernement à financer la santé et les services sociaux à la hauteur des besoins réels de la population. Concrètement, ce bouclier repose sur trois piliers :
· l'évaluation annuelle de l'impact budgétaire de l'évolution des besoins, en tenant compte des changements démographiques, des pratiques cliniques et des projections d'inflation ;
· l'attribution de ce mandat à une instance indépendante, comme le bureau de la Vérificatrice générale ;
· l'obligation pour le ministère des Finances de rendre disponibles, à chaque budget, les sommes identifiées comme nécessaires.
« Instaurer un bouclier budgétaire, c'est envoyer un message clair : au Québec, la santé et le bien-être de la population ne sont pas des variables d'ajustement. Ce sont des priorités absolues, qui doivent être protégées contre les cycles d'austérité », souligne Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente de l'APTS.
Et si on osait pour vrai ?
Pour l'APTS, il est temps de sortir du faux dilemme entre rigueur budgétaire et qualité des services. Si le Québec accepte depuis des décennies de se doter de règles strictes pour encadrer le déficit et la dette, il doit désormais faire preuve de la même rigueur pour protéger l'accès aux soins et aux services.
« Oser pour vrai, c'est reconnaître que la santé et le bien-être de la population méritent au minimum le même niveau de protection que les impératifs financiers. Le bouclier budgétaire est un choix politique clair, responsable et nécessaire », conclut Robert Comeau.

Quelques objections à Johann Chapoutot sur le front unique antifasciste
Dans une interview récente accordée à L'Actu en vidéo de L'Humanité, l'historien Johann Choupoutot, dont je partage une grande partie des analyses, me semble aller un peu vite en besogne, lorsqu'il considère que « l'historiographie trotskyste » se serait « mise d'accord » avec l'historiographie de droite pour nier les responsabilités monstrueuses du SPD dans la division du mouvement ouvrier allemand (à partir de la minute 15:18 de la vidéo ci-dessous).
2 mars 2026 | tiré de marx21
https://marx21.ch/reponse-a-johann-chapoutot-sur-le-front-unique-antifasciste-suivi-du-temoignage-derich-wollenberg/
Pour lire le témoignage de Derich Wollenberg, cliquez sur le lien ci-dessus
Pourtant, Trotsky n'a eu de cesse de dénoncer la social-démocratie depuis son vote des crédits de guerre d'août 1914. En janvier 1932, il écrit ainsi :
Si la social-démocratie n'avait pas mené une politique de trahison de classe, Hitler, sans parler du fait qu'il n'aurait jamais acquis la force qu'il a aujourd'hui, se serait accroché au gouvernement de Brüning comme à une bouée de sauvetage (Œuvres, janvier 1932)
Avec Lénine, il avait bien compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer les trahisons de la social-démocratie. Encore fallait-il se montrer capable d'unifier la classe ouvrière dans sa lutte contre la bourgeoisie et le fascisme. C'est ce que s'efforçait de faire l'opposition de gauche communiste, qu'animait son fils, Léon Sedov, en Allemagne, au début des années 1930. Elle se battait ainsi pour que le KPD adopte une politique communiste de front unique contre la montée du nazisme.
Pourquoi ? Parce que la majorité des travailleurs allemands se méfiait des divisions et faisait encore confiance aux directions du SPD et des syndicats sociaux-démocrates. Or, la seule façon de les démasquer par des faits (et non par des phrases), c'était de leur proposer l'unité dans l'action pour la défense de leurs intérêts face au patronat, aux autorités et aux nazis.
Il s'agissait bien sûr d'un appel au front unique du sommet à la base, tandis que le KPD en proposait une caricature : « le front unique à la base ». Il se contentait ainsi au mieux, quand il ne les dénonçait pas, d'appeler les travailleurs sociaux-démocrates à se détourner de leurs directions « traîtres » pour rejoindre les communistes dans l'action. Cela revenait à vider la politique du front unique de son sens.
LA POLITIQUE DU FRONT UNIQUE
Le Parti communiste allemand avait conçu très tôt une politique adaptée à sa position minoritaire au sein du mouvement ouvrier dans une période de reflux de la montée révolutionnaire. Dès janvier 1921, il adressait une lettre ouverte publique aux directions de toutes les organisations ouvrières — politiques et syndicales — pour les appeler à des actions communes en défense du niveau de vie des travailleurs, pour leur auto-défense armée et pour la libération des prisonniers politiques. Cette initiative avait eu un grand écho dans les syndicats et les entreprises.
Une telle innovation tactique avait provoqué d'abord de fortes oppositions au sein du Parti allemand et à la tête de l'Internationale communiste. À contre-courant, Lénine l'avait défendue comme « une initiative politique modèle ». Elle finira par être adoptée, après d'âpres débats, par le IIIe (juin-juillet 1921), et surtout par le IVe Congrès de l'IC (novembre-décembre 1922). C'était la politique du « front unique ouvrier ».
Les communistes italiens l'ont ignorée dans la lutte contre le fascisme, refusant de participer au large mouvement populaire antifasciste des Arditi del popolo, parce qu'il n'était pas communiste, alors qu'il comptait une vingtaine de milliers de membres à l'été 1921. Cette erreur tragique sera vertement critiquée dans une lettre de l'IC au Parti italien, probablement rédigée par Boukharine, à la fin de l'année 1921.
Les communistes avaient donc une méthode pour appeler à l'unité contre l'ennemi de classe, a fortiori, contre les bandes fascistes : maintenir leur organisation propre et leur droit de critique, mais inviter systématiquement toutes les organisations ouvrières à lutter ensemble. La politique du front unique sera pourtant abandonnée après la mort de Lénine, dès le Ve Congrès de l'IC (juin-juillet 1924).
De façon explicite, le 4 octobre de la même année, au présidium de l'exécutif de l'IC, prenant appui sur un discours de Staline du 20 septembre, le président de l'IC, Grigori Zinoviev, commencera à défendre que la social-démocratie était devenue « une aile du fascisme », une « théorie » aux conséquences tragiques…
Un exemple précis. L'appel du KPD du 25 avril 1932 : « Nous sommes prêts à combattre ensemble avec chaque organisation dans laquelle les travailleurs sont rassemblés, et qui veulent réellement mener le combat contre les baisses de salaire ». La formulation est ambiguë et Johann Chapoutot a voulu y voir la preuve que les communistes allemands avaient effectivement mené une politique de de front unique de la base au sommet envers les directions sociales-démocrates.
Pourtant, le secrétariat du KPD lui-même ne tardera pas à dissiper tout malentendu par rapport à son appel du 25 avril 1932. Le 14 juillet de la même année, il expliquera qu'il a été mal interprété par certains, mais qu'il ne proposait aucune discussion en vue d'une action commune avec les directions sociales-démocrates, ceci en dépit « des aspirations des masses, aujourd'hui disponibles pour une unité à tout prix » [1].
Chapoutot, qui fournit par ailleurs des informations précieuses sur le ralliement des élites allemandes au fascisme, se trompe factuellement, lorsqu'il prétend que « les communistes proposaient l'alliance, non seulement à la base mais aussi au sommet » à la social-démocratie allemande (minute 13:15–13:20 – vidéo ci-dessous) et qu'il mentionne justement l'appel du 25 avril à l'appui de cette thèse (minute 18:46–19:11).
Il tend aussi, me semble-t-il, à minimiser l'importance cruciale de ce front uni du mouvement ouvrier en concluant : « Quand bien même les marxistes auraient-ils été majoritaires et unis, jamais… jamais… le président Hindenburg n'aurait appelé un chancelier social-démocrate au pouvoir » (minute 19.41-19:52). Or, Trotsky répond précisément à cet argument :
Les sociaux-démocrates, alliés aux communistes, ne pourraient pas s'emparer du pouvoir. […] La social-démocratie et le Parti communiste ont à eux deux environ 40 % des voix, sans tenir compte du fait que les trahisons de la social-démocratie et les erreurs du Parti communiste rejettent des millions d'ouvriers dans le camp de l'indifférence ou même dans celui du national-socialisme. Le seul fait pour ces deux partis de mener des actions communes accroîtrait considérablement la force politique du prolétariat, tout en offrant de nouvelles perspectives aux masses. (Œuvres, janvier 1932)
En effet, le potentiel d'un large front social du monde du travail et des classes populaires agissant au coude à coude peut défier les arithmétiques politiciennes les plus subtiles. Nous avons pu nous en rendre compte récemment en France, au printemps 2025, lorsque les résultats des listes du Nouveau front populaire ont donné tort à tous les instituts de sondage. Pourtant, il ne s'agissait que d'un front électoral…
Les ravages de la « théorie du social-fascisme »
Le terme « social-fasciste » a été banalisé par le VIe Congrès de l'IC (juillet-septembre 1928). Et Chapoutot a raison d'expliquer qu'il a pu se répandre en Allemagne, en particulier à la suite de la répression sanglante de la manifestation communiste du 1er Mai 1929 par le chef social-démocrate de la police de Berlin, Karl Zörgibel (33 mort et 192 blessés graves).
En revanche, je crois qu'il a tort de justifier l'usage de ce terme par le KPD à l'égard des sociaux-démocrates en expliquant que cela « pouvait s'argumenter dans la mesure où les sociaux-démocrates, le SPD, avait fait le choix d'une politique de droite » (minute 17:49-18:37 de la vidéo). Avec un tel raisonnement, le Parti socialiste français pourraît tout aussi bien être traité aujourd'hui de « social-fasciste ».
On peut en effet comprendre que cette politique de la terre brûlée des dirigeants du SPD ait apporté de l'eau au moulin à la politique ultra-sectaire de la direction du Parti communiste allemand qui menait une lutte à couteaux tirés sur deux fronts — contre les sociaux-fascistes (les socialistes) et contre les nazis.
Le KPD faisait alors littéralement la chasse aux socialistes. Le 22 février 1930, on pouvait ainsi lire dans son organe de presse, Le Drapeau Rouge : « Celui qui appartient encore au SPD est pourri et doit être viré des entreprises et des syndicats ».
Le 24 août 1930, le KPD publiait enfin son « Programme pour la libération nationale et sociale de l'Allemagne », qui s'adressait à « l'aile gauche » du camp nazi (la scission d'Otto Strasser et de ses nationaux-socialistes révolutionnaires datait du 4 juillet). On pouvait y lire notamment que les sociaux-démocrates étaient des « agents volontaires des impérialistes français et polonais » (!)
Le Parti communiste allemand ira même jusqu'à soutenir le référendum de l'extrême droite nationaliste et des nazis pour renverser le gouvernement social-démocrate de Prusse — 62% de la population du Reich —, qui échouera en votation populaire le 9 août 1931 (Johann Chapoutot situe cet événement et la note qui s'y rapporte en août 1930 — il s'agit évidemment d'une coquille — cf. Les irresponsables, 2025, p. 96).
Le 20 juillet 1932, le gouvernement ultra-réactionnaire du baron von Papen prendra finalement l'initiative de dissoudre le gouvernement de Prusse par ordonnance présidentielle et de suspendre par la même voie les libertés démocratiques dans le Grand-Berlin et le Brandenburg, soumis à la loi martiale.
Pour les nazis, c'était une répétition générale. Devant l'absence de réaction des deux principaux partis du mouvent ouvrier. Goebbels exultait : « Les rouges ont raté leur chance. Elle ne reviendra jamais ». C'est dans ce contexte que le Parti nazi va obtenir son plus important score électoral aux élections législatives du 31 juillet 1932, avec 37,3% des suffrages. Il perdra du terrain aux élections du 6 novembre, avec 33,1% des voix, moins de trois mois avant son accession au pouvoir.
En réalité, il ne fait guère de sens de se demander qui des sociaux-démocrates ou des communistes ont fait le plus résolument obstacle à l'unité d'action du mouvement ouvrier contre le fascisme. Les deux portent une lourde responsabilité à ce sujet. La social-démocratie, d'abord, en se mettant à la remorque d'une bourgeoisie impérialiste, guerrière, anti-ouvrière et antidémocratique ; en cherchant son salut dans la défense désespérée de la République de Weimar ; en renvoyant nazis et communistes dos à dos ; en acceptant les politiques antisociales et autoritaires du gouvernement Brüning. En même temps, l'Internationale communiste stalinienne et la direction du Parti communiste allemand lui ont grandement facilité la tâche en taxant les sociaux-démocrates de « sociaux-fascistes » et en refusant de se battre pour une politique de front unique antifasciste du sommet à la base.
Cette leçon ne doit pas être oubliée ! Bien sûr, une politique de front unique pose aujourd'hui des problèmes très différents que durant l'entre-deux-guerres, ne serait-ce que parce que le monde du travail est infiniment moins organisé. On notera cependant que la question du front unique antifasciste ne se posait déjà pas dans les mêmes termes en Italie (1920-1921) et en Allemagne (1930-1932). Mais il n'en reste pas moins que la volonté de rassembler le monde du travail, les couches populaires et leurs organisations dans le combat contre l'extrême-droite et les politiques autoritaires d'États de plus en plus répressifs nécessite aujourd'hui une politique d'unité en dépit des profondes divergences qui les traversent. En aucun cas, la radicalité légitime des secteurs les plus combatifs ne doit s'opposer à la volonté constante de développer l'unité d'action de la base au sommet.
Jean Batou, 2 mars 2026
Note :
[1] Gilles Vergnon, « Face à Hitler ? Le KPD de 1930 à 1933 », Cahiers Léon Trotsky, 36,1988, p 19.
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La guerre contre la République islamique : « Le sec et l’humide brûlent ensemble »
« Le sec et l'humide brûlent ensemble » est une expression persane utilisée lorsqu'un incendie se propage sans discrimination. Une fois que le feu a pris, les distinctions s'effacent : entre le combustible et l'humide, le coupable et l'innocent, les auteurs et les victimes.
Tiré de A l'Encontre
4 mars 2026
Par Eskandar Sadeghi-Boroujerdi
Illustration d'Al Jazeera, 4 mars 2026.
La guerre lancée contre l'Iran par les États-Unis et Israël est une guerre de choix et d'arrogance. Il n'y a même pas la moindre prétention qu'elle ait été motivée par des preuves d'une course iranienne à la bombe ou d'une attaque imminente. De telles affirmations ne résistent pas à un examen minutieux ; elles résistent à peine à être répétées. Nous assistons à la réalisation d'une ambition de longue date, un rêve néoconservateur fiévreux que Benyamin Netanyahou a défendu, sous une forme ou une autre, pendant des décennies. Ce que les sanctions n'ont pas pu accomplir, ce que les opérations secrètes, les assassinats et la cyberguerre n'ont pas réussi à réaliser, la force militaire directe va désormais l'accomplir, avec l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei comme pièce maîtresse.
Trump et Netanyahou ont clairement affiché leurs objectifs maximalistes dès le début. Il s'agirait d'un « changement de régime ». Le type de régime qui succéderait restait flou, laissant le reste du monde spéculer avec inquiétude. Il s'agit d'une politique destructrice et vouée à l'échec que Trump avait autrefois promis d'abandonner définitivement. À l'instar de ses promesses mensongères de redonner sa dignité à la classe laborieuse des Etats-Unis, cet engagement a été abandonnée dès son entrée en fonction.
Dans une reconstitution grotesque du scénario de la guerre en Irak, on nous a dit que la République islamique s'effondrerait comme un château de cartes. Mais contrairement à 2003, peu d'efforts ont été faits pour convaincre le reste du monde, ou même le Congrès des Etats-Unis. Le travail rhétorique qui avait accompagné l'invasion de l'Irak, aussi imparfait et malhonnête fût-il, a été largement abandonné. Même les hauts responsables militaires américains ont eu du mal à expliquer comment les objectifs de la campagne seraient atteints rapidement et de manière décisive. L'hypothèse de l'inévitabilité a remplacé le poids de l'argumentation.
L'absence de justification n'est pas fortuite. C'est un symptôme morbide d'un système international en crise. Les certitudes de la gestion hégémonique par les États-Unis de « l'ordre international fondé sur des règles » ont été déformées au point d'être méconnaissables par le génocide de Gaza, mais aucune architecture alternative n'a pris sa place. Au contraire, on assiste à une politique d'impérialisme gangster qui ne bénéficie ni de l'approbation internationale ni du consentement national.
***
La prémisse de la guerre repose sur une profonde méconnaissance de la République islamique. Malgré toutes ses fissures internes et sa légitimité mise à mal, ce n'est pas une dictature personnalisée fragile comme l'Irak de Saddam Hussein ou la Libye de Mouammar Kadhafi. L'expérience formatrice de l'Iran a été le conflit de huit ans avec l'Irak [septembre 1980-août 1988], pendant lequel il était isolé diplomatiquement et militairement surpassé, mais a survécu grâce à une combinaison de mobilisation idéologique [voir le rôle de la milice chiite créée par Khomeini : le corps des Gardiens de la révolution] et d'adaptation asymétrique. Depuis lors, le régime a investi dans des structures de commandement décentralisées, des capacités en matière de missiles et de drones, et des réseaux régionaux conçus précisément pour le scénario qui se déroule actuellement : une confrontation avec des adversaires conventionnellement supérieurs. La question de savoir s'il pourra survivre à une guerre totale avec le plus grand pourvoyeur de violence organisée au monde reste ouverte, mais il était peu probable qu'il s'effondre dès les premiers jours du conflit.
L'objectif de l'Iran semble désormais être non pas d'obtenir une victoire, mais de faire grimper le coût de la guerre à des niveaux prohibitifs. Il considère ce conflit comme une question existentielle. Si le changement de régime est l'objectif déclaré, alors le compromis n'est pas une option. Il s'ensuit une stratégie d'endurance et d'usure. La République islamique se prépare depuis longtemps à l'éventualité d'une confrontation directe avec les États-Unis et Israël.
L'assassinat de Khamenei a peut-être modifié les calculs internes. Pendant des années, même ses détracteurs au sein du système le considéraient comme quelqu'un qui cherchait prudemment à trouver un équilibre entre les centres de pouvoir rivaux. Sa mort élimine une figure qui, malgré toute sa rigidité, agissait parfois comme un frein aux impulsions les plus aventureuses, telles que l'élargissement des représailles aux États du Golfe qui font partie de l'archipel impérial états-unien. Cette stratégie pourrait encore se retourner contre ses auteurs. Mais pour l'instant, le Corps des gardiens de la révolution islamique, qui tient fermement les rênes, semble déterminé à la poursuivre.
***
Cela ne nie en rien la profonde polarisation de la société iranienne. Beaucoup de gens éprouvent une haine profonde et viscérale à l'égard du régime. Des années de mauvaise gestion économique, de corruption, de répression massive et d'opportunités gâchées ont corrompu le dit contrat social. Les bouleversements de ces dernières années, notamment les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Jina Amini en septembre 2022 et le massacre horrible de plusieurs milliers de manifestant·e·s en janvier 2026, ont révélé des divisions générationnelles, de classe et idéologiques qui pourraient s'avérer insurmontables.
La guerre modifie la psychologie politique de manière rarement linéaire. Ceux qui détestent l'establishment clérical peuvent encore reculer devant le spectacle des avions étrangers dans le ciel iranien et la déclaration explicite que leur État doit être démantelé. Une attaque extérieure n'efface pas les griefs internes, mais elle peut les réorganiser. La colère contre le régime peut être temporairement subordonnée à la colère contre l'agresseur. Ce qui, en temps de paix, apparaît comme une fracture irréconciliable peut, sous les bombardements, prendre la forme d'une solidarité fragile. La capacité de la République islamique à mobiliser la population a diminué depuis son apogée révolutionnaire, mais elle n'a pas complètement disparu. Elle reste habile à recoder le conflit en termes civilisationnels et défensifs, en utilisant une rhétorique de souveraineté, de martyre et de résistance qui a été cultivée pendant des décennies et qui acquiert une force renouvelée lorsque les missiles tombent [1].
L'héritage de Khamenei était loin d'être assuré. À 86 ans, il a présidé à une époque de sécurisation croissante : l'étouffement des courants réformistes et dissidents, l'écrasement du Mouvement vert en 2009, la répression brutale du soulèvement de Mahsa Jina Amini en 2022-2023 et une longue accumulation de griefs qui défient toute énumération. L'autonomie stratégique et la dissuasion ont été privilégiées au détriment des libertés civiles, du pluralisme politique et des réformes internes, tandis que le régime avançait une vision conservatrice qui dénonçait « l'agression culturelle » (tahajom-e farhangi) venue de l'extérieur. Sa préoccupation centrale était la survie – du régime, de l'État, de l'indépendance de l'Iran – dans une région où le sort de l'Irak, de la Libye et de la Syrie servait d'avertissement constant. Pour de nombreux Iraniens, cette doctrine donnant la priorité à la sécurité avait un coût intolérable, et ils l'ont rejetée sans ambiguïté.
***
Mais dans la théologie politique chiite, le martyre revêt une force particulière. Le souvenir de Karbala [qui signifie étymologiquement « Terre de souffrance et du croisement des sabres »] et la mort de l'imam Hussain en 680 ne sont pas des motifs abstraits, mais font partie d'un langage politique et d'une pratique religieuse vivants, dans lesquels la souffrance infligée par un pouvoir injuste acquiert une autorité morale. Être tué par un ennemi extérieur ne se limite pas à éliminer un dirigeant, cela peut le transformer. Aucun chef d'État iranien moderne n'a connu une telle fin. Naser al-Din Shah a été assassiné en 1896 par un radical national [Mirza Reza Kermani, partisan de l'activiste politique Jamal Al Din Al Afghani, considéré comme un des penseurs panislamiste père du salafisme]. Les derniers monarques Qajar sont morts à l'étranger, à Paris et à San Remo [la dynastie Qajar est destituée par le parlement en 1925 ; Reza Khan, son premier ministre a mené le coup d'Etat, a contraint le parlement à voter la destitution et a fondé la dynastie Pahlavi la même année]. Les Pahlavi ont fini leurs jours en exil, à Johannesburg [Reza Chah Pahlavi, en 1941] et au Caire [Mohammad Reza Pahlavi en juillet 1981]. En revanche, la mort de Khamenei sera présentée par les médias officiels du régime comme le sacrifice ultime face à une agression étrangère. Dans la mort, il pourrait acquérir une limpidié et une cohérence qui lui ont fait défaut dans la vie.
De nombreux Iraniens, et bon nombre de Syriens, ont ouvertement célébré sa mort, y voyant la fin d'un héritage national sinistre et d'une politique régionale qui a contribué à entretenir la guerre civile catastrophique en Syrie. Mais ses partisans – et ils ne sont pas peu nombreux – le considéraient comme plus qu'une simple figure politique. Pour eux, il était un marja' al-taqlid (« source d'émulation »). Son statut n'était pas comparable à celui du grand ayatollah Sistani en Irak [Iranien d'origine, résidant en Irak, âgé de 95 ans], mais son autorité s'étendait bien au-delà des frontières iraniennes à des millions de fidèles chiites. La manière dont il est mort pourrait sauver, voire rehausser, un héritage qui était devenu très contesté dans son pays et qui suscitait du ressentiment à l'étranger.
Certains des slogans les plus marquants de la dernière décennie le visaient directement : « Mort à Khamenei » ; « Mort au dictateur » ; « C'est l'année du sang, Sayyid Ali sera renversé ». La colère était personnalisée. Khamenei n'était pas seulement un homme politique (doté d'un pouvoir personnel considérable et d'un penchant pour la microgestion), mais l'incarnation patriarcale du système. Si l'intention de Trump était d'écarter Khamenei de la scène politique, il l'a peut-être au contraire ancré dans celle-ci, le présentant aux yeux de ses fidèles comme une figure sacrificielle plutôt que comme un échec.
La politique étrangère de Trump oscille depuis longtemps entre un discours de repli et des démonstrations de force maximalistes soudaines. Dans ce cas précis, les instincts paléoconservateurs semblent s'être fusionnés avec le zèle néoconservateur. L'influence de Netanyahou n'est pas fortuite [2]. Depuis des décennies, il insiste sur le fait que seule une action militaire décisive peut garantir la domination régionale incontestée d'Israël. La dégradation du Hezbollah et l'effondrement d'Assad ont été interprétés à Tel-Aviv comme la preuve que la position régionale de l'Iran avait été fatalement compromise. Il y avait du vrai dans cette analyse : ces deux événements ont porté un coup sérieux à Téhéran, et Washington et Tel-Aviv ont rapidement réagi pour exploiter la situation. Mais la dissuasion de l'Iran ne se réduisait pas à ses alliances, dont beaucoup avaient été forgées dans le creuset de la surenchère états-unienne et israélienne. La stratégie du régime était également nationale, stratifiée, décentralisée et ancrée à l'intérieur du pays. L'espoir [de Washington et Tel-Aviv] qu'une pression suffisante entraînerait l'effondrement du régime confondait l'usure avec l'épuisement, et la vulnérabilité avec la capitulation.
Les conséquences se font déjà sentir : échanges de missiles, attaques contre des bases, des hôtels et des ports, activation de réseaux alliés dans toute la région du Golfe. Les responsables états-uniens admettent désormais leur incertitude quant à la durée et à la portée de la campagne militaire, voire quant à leur volonté d'engager des troupes terrestres dans cette entreprise téméraire. Il ne s'agit pas d'une opération limitée aux résultats prévisibles. Il s'agit d'une confrontation qui s'étend et dont les limites sont de plus en plus difficiles à définir.
La guerre ne rétablira pas l'équilibre. Elle réorganisera la région de manière violente et imprévisible. La République islamique en sortira probablement transformée ou affaiblie d'une manière qui n'est pas encore visible. Mais l'idée qu'elle se dissoudrait simplement sous la pression a toujours été fantaisiste. Les États formés par la révolution et endurcis par un siège prolongé ne cèdent pas facilement aux diktats extérieurs.
Le sec et l'humide brûlent ensemble. Cent soixante-cinq tombes ont été creusées à Minab, dans la province d'Hormozgan, pour ceux qui ont été tués lorsque des missiles américains ou israéliens ont frappé l'école Shajareh Tayyebeh samedi matin 28 février, au début des cours. La plupart des victimes étaient des filles âgées de sept à douze ans. Washington et Tel-Aviv ont cherché à se distancier du carnage, mais les photos de la désolation restent.
Trump a évoqué une campagne qui durerait plusieurs semaines. Les dirigeants actuels de la République islamique ont juré de continuer à se battre. Les guerres choisies se limitent rarement à leurs cibles initiales. Elles épuisent non seulement les combattants, mais aussi les hypothèses qui les animent. Ce qui a commencé comme une tentative de modifier l'équilibre régional pourrait au contraire accélérer l'érosion de l'ordre qui impliquait la possibilité de pouvoir intervenir en toute impunité. (Article publié dans la London Review of Books le 3 mars 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
[1] A cette martyrologie, un secteur nationaliste chrétien états-unien, incarné par l'actuel secrétaire d'Etat à la Défense, Pete Hegseth, développe un discours qui lui fait écho. Ainsi, The New Republic du 3 mars 2026, sous la plume d'Ellie Quinlan Houghtaling, écrit : « En l'absence de message clair de la Maison Blanche concernant l'objectif de la guerre contre l'Iran, les commandants militaires américains se sont tournés vers Jésus, affirmant apparemment aux troupes américaines que cette guerre est “sanctionnée par la Bible”… Selon Jonathan Larsen [un journaliste indépendant reconnu], la Military Religious Freedom Foundation [cette ONG fondée en 2005 doit assurer que les membres des forces armées puissent pratiquer leur croyance religieuse sans être discriminés ; mais elle se bat aussi pour assurer la séparation entre l'Etat et la religion dans l'armée] avait été “submergée” de plaintes… L'une de ces plaintes comprenait une anecdote rapportée par un sous-officier, qui a déclaré que leur commandant “nous avait exhortés à dire à nos troupes que tout cela faisait partie du plan divin de Dieu” et qu'il avait spécifiquement fait référence à de nombreuses citations du Livre de l'Apocalypse faisant allusion à l'Armageddon et au retour imminent de Jésus-Christ”. »
Dans sa plainte – déposée au nom de 15 soldats, dont 11 chrétiens, un musulman et un juif – le sous-officier déclare : « Il [le commandant] a déclaré que “le président Trump a été oint par Jésus pour allumer le feu de la guerre en Iran afin de provoquer l'Armageddon et marquer son retour sur Terre”… Il avait un large sourire aux lèvres lorsqu'il a dit tout cela, ce qui rendait son message encore plus fou.” »
« Il ne serait pas exagéré d'attribuer certaines des violations flagrantes de la Constitution au secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui a maintes fois évoqué Dieu et le nationalisme chrétien depuis qu'il est à la tête du Pentagone. Hegseth a repris à son compte les opinions de Douglas Wilson, un théologien conservateur qui prônait la domination chrétienne sur le gouvernement et la société. Il a mis ces idées en pratique en instaurant des services de prière réguliers au quartier général de l'armée américaine. Il est également entré en fonction avec plusieurs symboles chrétiens déjà gravés sur sa peau : une croix de Jérusalem et la phrase « Deus vult », que Hegseth a décrites comme les emblèmes de la “croisade chrétienne américaine moderne”. » (Rédaction A l'Encontre)
[2] L'insistance et l'intervention de Bibi Netanyahou, et les exigence stratégiques d'Israël (qui reflète une fuite en avant complètement folle par ailleurs) ont joué un rôle central dans la décision de Trump. Ca ne me surprend pas outre mesure, mais il est intéressant de le voir confirmer par le NYT, qui tend systématiquement en général à euphémiser et minimiser le rôle néfaste d'Israël dans ces questions.
Dans le New York Times du 2 mars 2026, un collectif de journalistes met en relief le rôle de Netanyahou dans la décision d'engager l'offensive militaire : « La décision du président Trump d'engager une action militaire en Iran a été motivée par un dirigeant israélien déterminé à mettre fin aux négociations diplomatiques. Peu de conseillers du président ont exprimé leur opposition. »
Ce qui donne lieu à une interprétation fort bien fondée sur la différence d'objectifs entre Tel-Aviv et Washington, quand bien même l'opération militaire – dont l'ampleur n'était pas définie initialement, ce qui est propre à ce type d'initiative militaire – est menée conjointement. C'est ce qui conduit un ancien dirigeant de la CIA, James Brennan, à déclarer sur MS Now, 2 mars : « C'est la deuxième fois au cours de ce siècle [après la décision de 2003 sur l'Irak] que les États-Unis commettent une grave erreur en s'engageant dans un conflit au Moyen-Orient. » (Réd. A l'Encontre)
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France : Le fascisme est une tempête morale
Le fascisme n'est pas une opinion mais une dévastation morale et politique qui renverse les valeurs. S'il emporte tout, les urnes ne feront qu'entériner sa victoire.
Tiré de regards.fr
27 février 2026
Par Alain Bertho
« Les hommes qui utilisent ces moyens contre d'autres hommes se voient contraints d'anéantir aussi moralement ces autres hommes, leurs victimes et leurs objets. Ils sont forcés de déclarer criminel et inhumain dans son ensemble le camp adverse, d'en faire une non-valeur totale, sous peine d'être eux-mêmes des criminels et des monstres. La logique de la valeur et de la non-valeur déploie sa pleine rigueur destructrice et contraint à des discriminations, à des criminalisations et à des dépréciations toujours nouvelles, toujours plus profondes, jusqu'à l'extermination de tout sujet sans valeur, indigne de vivre. »
– Carl Schmitt, Théorie du partisan
La minute de silence de l'Assemblée nationale pour la mort d'un néonazi est une insulte à toutes les victimes de l'extrême droite. Celles tombées en France ces dernières années dans une indifférence gênée. Et toutes les autres depuis des décennies.
Pendant plusieurs jours de cette victimisation institutionnelle et quasi unanime, il fut bien difficile de parler librement, voire de penser librement.
Un seuil sinistre a été franchi.
Certes, tout le monde voit bien qu'il ne « s'agit pas de condamner la violence en politique mais d'en faire le prétexte à une sorte d'intimidation médiatique et institutionnelle ». Mais chacune et chacun qui trouve un profit à la diabolisation de LFI peut y jouer sa partition. La droite extrême affiche un portrait géant de Quentin Deranque sur l'Hôtel de Région à Lyon et enjoint la mairie à faire de même. Certain.es rêvent d'interdire LFI. D'autres (censément de gauche) voient un prétexte supplémentaire pour réaffirmer leur rupture… avec une gauche de gauche. Voire ne manquent pas de rappeler leur opposition à la « brutalité » de LFI…
Certes, quelques sursauts collectifs ont rappelé l'urgence réelle de l'heure. Le 20 février, 180 personnalités derrière Annie Ernaux affirment l'antifascisme comme « devoir du moment ». D'autres, parfois les mêmes, cinq jours plus tard, « réaffirment la nécessité de l'antifascisme aujourd'hui » le 25 février et dénoncent « une fable utile à l'extrême droite » qui « n'est pas un simple emballement » : mais une « méthode », celle de « l'inversion de la réalité » comme « pratique courante des fascismes ».
Des responsables politiques, des journalistes qui éventuellement se pensent antifascistes et par ailleurs sincèrement sidéré.es par le déferlement trumpiste de 2025, ont participé sans frémir au succès foudroyant de l'hystérie inquisitoriale.
La peste gagne et trouble les consciences. Et nous n'en sommes qu'au début. Le fascisme n'est pas un simple danger électoral pour 2027 : Il est une tornade morale et politique immédiate à laquelle il faut faire face sans faillir.
Abolir les conditions politiques de la démocratie
« Le fascisme n'est pas le contraire de la démocratie
mais son évolution par temps de crise »
Citation attribuée à Bertolt Brecht
« Produire du commun dans le lynchage », est une des dimensions principales du fascisme. Pas seulement du fascisme comme régime politique, mais du fascisme comme dynamique collective ici et maintenant, comme « suspension de la politique y compris dans le respect formel du jeu démocratique ». Danièle Bleitrach, sociologue et militante communiste, développant ainsi en 2012 la fameuse phrase de Brecht ajoutait : « Le fascisme commence quand l'on ne pense plus et quand la procédure a pris le pas sur la pensée. » Quand, par exemple, l'injonction à la « condamnation » réduit à néant toute volonté timide de « comprendre ».
Nous avons déjà eu quelques poussées de fièvre. L'hystérisation des débats qui ont suivi en France, le massacre du 7 octobre 2023, a fonctionné selon la même logique. Il y a deux ans, il s'agissait de réduire au silence toute critique du gouvernement fasciste d'Israël jusqu'à nier l'évidence du génocide à Gaza et de retourner contre LFI et les soutiens de la Palestine l'accusation d'antisémitisme.
Aujourd'hui il s'agit de réduire au silence toute alternative politique de gauche et de retourner contre LFI et tout mouvement antifasciste l'accusation de violence politique. Les nouveaux (Anti)fascistes (NDLR, il y a une barre transversale sur le mot "Anti"), titre l'hebdomadaire Marianne le 19 février 2026 avec en Une les portraits de Raphaël Arnault, Rima Hassan et Jean-Luc Mélenchon. Quod erat demonstrandum.
Dans leur pays, les antifascistes ne sont honoré.es que lorsqu'ils ont vaincu : nous ne comprenons vraiment qu'aujourd'hui l'expérience que nos parents ou grands-parents ont transmis à notre génération : dans l'obscurité et l'âpreté du combat qui précède la victoire, le maquisard n'est qu'un terroriste et l'agent de liaison est déporté sur dénonciation familiale.
Rien à voir nous dira-t-on ! Nous vivons encore en démocratie ! Tout va bien, disait la grenouille, l'eau est encore tiède. Telle est bien là l'erreur terrible d'une partie de la gauche française qui pense pouvoir sortir de la casserole dans une élection présidentielle apaisée. Mais la température monte plus vite que leur irresponsabilité. Car dans la période trouble qui précède l'arrivée formelle au pouvoir d'État, le fascisme fait déjà son œuvre comme une tornade morale qui dévaste les conditions politiques de la démocratie. Cette tornade entrelace la promotion d'un commun purificateur, de la police publique de la pensée, de la déshumanisation des ennemis politiques et la tentation insidieuse du silence voire de la collaboration.
Faire du commun dans l'abject
« La faiblesse fondamentale de la civilisation
occidentale est l'empathie »
Elon Musk dans une interview sur le podcast de Joe Rogan
Il faut croire que nul n'échappe à l'angoisse de l'époque, à l'abolition de l'avenir, à la disparition de la politique comme intelligence politique collective des possibles. L'angoisse historique est le terrain rêvé des imprécateurs, des purificateurs, des allumeurs de bûchers, des leaders de pogroms. Après la Grande peste noire de 1347, la fin du Moyen Âge a été un moment privilégié pour faire « de l'effroi de l'enfer et du purgatoire l'un des motifs les plus puissants de la prédication aux foules ». La peur trouve son bouc émissaire avec une flambée européenne d'antisémitisme meurtrier.
Entre le traumatisme mondial toujours présent du COVID et les effets de plus en plus dévastateurs du dérèglement climatique, nous vivons un moment exceptionnel de paniques croisées et antagoniques.
La première des paniques est celle des classes dirigeantes qui comprennent que leur survie passe par l'abandon de toute empathie pour le sort commun de l'humanité. La deuxième est celle des classes moyennes qui tremblent de devoir perdre leur style de vie. La troisième, celle des nations qui pensent non pas survivre seules, mais survivre en écrasant les autres. Reste le sort des classes populaires de plus en plus précarisées qui subissent directement le chaos climatique. Restent les peuples qui subissent ce chaos et les ravages d'un capitalisme colonial.
En matière de panique, le ruissellement fonctionne. Le « chacun pour soi et les plus forts d'abord » des puissants a des effets en chaîne. On trouve toujours moins fort que soi. Préférence nationale, peur du « grand remplacement », racismes, haine des « parasites », tout est bon pour légitimer ce sauve-qui-peut inégalitaire. La peur engendre la haine et des foules populaires partent en 2024 à l'assaut des résidences de migrant.es dans les villes anglaises. Ces sinistres mobilisations gagnent en 2025 l'Irlande, l'Espagne, les Pays- Bas…..
Le fascisme surfe sur ce mouvement de fond, crée du commun dans la destruction de l'autre, rassemble dans l'abjection, pousse au bout la recherche purificatrice d'un Âge d'or de l'ordre blanc patriarcal, quand les indigènes, les femmes, les musulman.es, les homosexuel.les et tant d'autres êtres inférieurs savaient « rester à leur place ».
En ce sens le fascisme est moins un projet politique qu'une pratique immédiate et violente de dévalorisation absolue de ses ennemis, « déclarant criminel et inhumain dans son ensemble le camp adverse », en faisant « une non-valeur totale. (…) jusqu'à l'extermination de tout sujet sans valeur, indigne de vivre » (Carl Schmitt).
Substituer la guerre à la politique
« La distinction spécifique du politique, à laquelle
peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques,
c'est la discrimination de l'ami et de l'ennemi. »
Carl Schmitt, La notion de politique
Le fascisme substitue la guerre à la politique. L'ennemi doit être anéanti. La force se substitue au droit. Dans les relations internationales, dans les relations sociales, dans les relations politiques, dans les relations personnelles.
On enlève, on emprisonne et on juge un chef d'État pour mettre la main sur le pétrole du pays comme on brûle le domicile du maire de Saint-Brévin-les-Pins en 2023 pour empêcher un centre d'accueil pour demandeurs d'asile.
On massacre un peuple quand on est à la tête d'une des plus puissantes armées du monde comme, en février 2025, on poignarde un syndicaliste lors de l'attaque contre l'association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie.
Tout est une question d'échelle, de degré, d'opportunité. La logique de déshumanisation de l'ennemi est la même. L'impunité aussi.
Cette stratégie de terreur rend un peu dérisoires les condamnations abstraites de la « violence politique » renvoyant dos à dos fascistes et antifascistes comme le fait l'éditorial du Monde du 17 février qui conclut : « Recourir à la violence, c'est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence. »
Oui nous sommes confronté.es à une stratégie de la violence de la part des ennemi.es de la démocratie, de la liberté, de l'humanité. Mais cette stratégie n'est pas abstraite. Elle n'est pas qu'un concept journalistique ou philosophique. Elle est palpable, physique, dangereuse, parfois mortelle. Elle surgit sans crier gare comme le 31 mai 2025 au bar le Prolé d'Alès, en pleine feria, où des militants communistes sont sauvagement agressés par trois membres du « Bloc montpelliérain ».
Face à cette violence-là, il n'y a pas d'autres choix que de se protéger. Avec les risques que cela comporte. Car le danger physique n'est pas le seul face à la logique de guerre. Comme disait Kafka : « un des moyens de séduction du mal les plus efficaces est la provocation au combat » (Les aphorismes de Zürau). Face à un tel ennemi déclaré, la tentation est toujours présente de déshumaniser à son tour l'adversaire. Telle était la bascule possible affrontée par les protagonistes de la pièce de Tiago Rodriguez en 2020, « Catarina et la beauté de tuer des fascistes ».
Cette déshumanisation est toujours une victoire du fascisme.
Collectivement la Jeune garde n'y a jamais cédé. Mais chacune et chacun peut y être confronté dans la violence extrême de certaines situations. Il est alors crucial de distinguer la responsabilité individuelle et la responsabilité collective. Cette dernière, quelle que soit la victime, quel que soit celui qui a porté le coup, est toujours du côté de celles et ceux qui ont fait de la destruction de l'ennemi politique le cœur de leur stratégie.
Faire dire plus que faire taire
« Le fascisme, ce n'est pas d'empêcher de dire,
c'est d'obliger à dire »
Roland Barthes, Leçon inaugurale au Collège de France de 1977
Pourquoi cette évidence est-elle si difficile à dire ? Pourquoi faut-il que tout commentaire, toute réaction, voire toute déclaration antifasciste doive être accompagnée durant plusieurs jours par une formule condamnant le geste meurtrier, s'horrifiant de la violence, dépolitisant la victime dans un contexte sur-politisé. Même l'appel (bienvenu) du 20 février qui « affirme l'antifascisme comme devoir du moment » doit en passer par là et déclarer : « La mort violente d'un jeune de 23 ans est toujours inacceptable, et nous sommes horrifiés par elle. »
Comprenons-nous bien : la question n'est pas de savoir si on est ou non horrifié, sidéré par la mort d'un jeune. La question n'est pas de le dire ou non. La question qui se pose ici est : pourquoi se sent-on obligé.es de le dire ? Comme s'il fallait par avance réfuter des accusations. Comme si tout un chacun.e désirant dire quelque chose sur la gravité de la situation d'un point de vue politique et démocratique était présumé.e coupable, présumé.e complice.
Mais coupable de quoi ? Coupable de ne pas adhérer au narratif victimaire de l'extrême droite. Et nous voilà obligé.es de compter les morts dans un comparatif macabre. Comme si la mort de Quentin Deranque n'était pas elle-même le résultat de l'engrenage de violence initié par des groupes fascistes.
Il ne s'agit de jeter la pierre à personne. Nous subissons toutes et tous cette pression sur notre propre parole, voire sur notre propre pensée. Il est juste temps que nous en prenions collectivement la mesure.
Nous nous sommes trop habitué.es à ces journalistes enjoignant des élu.es ou des responsables de « condamner » tel acte ou telle organisation, d'utiliser les mots qu'ils leur imposent et aucun autre, de réagir à des énoncés hors contexte, de transformer les interviews en interrogatoires de police.
L'imprécation se substitue à la pensée. Et la pensée est persécutée en tant que telle. L'administration Trump s'est attelée à la destruction de ses lieux universitaires, de ses bases de données, à l'interdiction des mots mêmes. On entend bien en France l'impatience de celles et ceux qui ne rêvent que de l'imiter puisque finalement « expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser » comme l'a si bien dit Manuel Valls.
Voici plusieurs années que le débat public se mue en dispositif de contrôle du narratif dominant, de ses mots, de ses énoncés. Voici plusieurs années que nous sommes enjoint.es à dire plus encore qu'à nous taire.
Du conformisme électoral à la déroute morale
« À la fin, nous ne nous souviendrons pas
des paroles de nos ennemis,
mais du silence de nos amis »
Martin Luther King, sermon de 1968
Si une part de ce dispositif est contrôlé par l'empire Bolloré, pour le reste, il semble fonctionner en auto-allumage sous la pression d'un conformisme politique et médiatique de plus en plus lourd.
Certes, le rapport de force politique et institutionnel est ce qu'il est. L'extrême droite a été banalisée. Une droite sans projet républicain est en plein dérapage. L'extrême centre est de plus en plus extrême et le pouvoir macronien multiplie les signes d'allégeance idéologique. Nous savons tout cela.
Mais nous n'en tirons pas toutes et tous les mêmes leçons. Je ne peux m'empêcher de penser ces derniers jours à mon professeur d'Histoire de terminale, George Lefranc, normalien, historien reconnu, militant socialiste dès le lycée, animateur de la tendance « Révolution constructive » au sein de la SFIO dans les années 1930, syndicaliste CGT, pacifiste. Devant le désastre de 1939-1940, devant la défaite de ses espérances, il soutient l'entrée de René Belin (CGT) ministre de la Production industrielle et du Travail au gouvernement de Pétain et choisit de soutenir Vichy.
Une partie de la gauche a aujourd'hui les yeux rivés sur la présidentielle comme on regarde un radeau après le naufrage du social-libéralisme. En pensant peut-être que céder aux éléments de langage voire partager des anathèmes est une bonne stratégie électorale et permettra de gagner leur radeau sans trop d'encombres. Mais pas d'éviter leur naufrage ni d'éviter de saborder ce qui reste d'espérance et de résistance dans ce pays.
On ne combat pas le fascisme qui monte en collaborant à l'hallali politique contre LFI, la Jeune Garde et tout avenir de justice et de solidarité. Le conformisme politique et idéologique est une pente tragique, une déroute assurée.
On ne combat pas le fascisme en alimentant la tempête morale et politique qui fait sa force.
On n'arrêtera pas le fascisme sur un malentendu.
Pierre Rousset
le 2 mars 2026 à 12:29
Je suis évidemment d'accord pour faire front contre le fascisme et l'inversion des valeurs, mais pas du tout sur l'affirmation selon laquelle on ne doit de ce fait pas revenir sur la mort de Quentin D. qui n'aurait pas dû être. Cette mort nous interpelle et nous devons y réfléchir et en tirer des leçons. Nous le devons pour nous-même, par pour se « dédouaner ».
Je m'en explique ici :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78189
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Guerre américano-israélienne : « Une guerre impérialiste criminelle »
La guerre américano-israélienne visant à « changer le régime » en Iran ouvre un nouveau chapitre catastrophique au Moyen-Orient. Cette guerre –totalement illégale au regard du droit des Etats-Unis et international – est une aventure impérialiste aux conséquences internationales imprévisibles.
Tiré de A l'Encontre
3 mars 2026
Par la rédaction d'Against the Current
Carte d'Al Jazeera, 2 mars 2026.
Les peuples de la région en paieront le prix fort, et il apparaîtra clairement que cette guerre est indissociable de la guerre que mène actuellement le régime Trump contre les droits de la population états-unienne et des pays des Amériques.
Alors que l'attention des médias et des politiques se détourne de la Palestine, le génocide israélien qui se poursuit à Gaza et le nettoyage ethnique militaire et colonial de la Cisjordanie ne feront qu'accélérer la destruction du peuple palestinien dans sa terre natale. Cette guerre est également destinée à donner un nouveau souffle à la coalition gouvernementale d'extrême droite de Netanyahou et à la dérive néofasciste d'Israël.
Le peuple iranien, massacré par un régime meurtrier et étranglé par les sanctions impérialistes, ne sera pas « libéré » par les bombes et les missiles Tomahawk des Etats-Unis et d'Israël.
Si la « République islamique » venait à s'effondrer après l'assassinat du « guide suprême » Khamenei et d'autres hauts responsables – le sort du régime est imprévisible à ce stade préliminaire –, son remplacement pourrait prendre différentes formes, allant du chaos et de la guerre civile qui ont suivi l'invasion américaine de 2003 en Irak, à un régime monarchiste ou militaire client soutenu par Washington, ou encore à la fragmentation du pays, comme semblent le préconiser certains idéologues israéliens. Dans ce dernier scénario, des forces telles qu'Al-Qaïda et l'État islamique pourraient gagner de nouveaux espaces d'opération.
Si le régime iranien venait à survivre, il deviendrait probablement encore plus brutal. Rien de tout cela n'apporterait la liberté et la démocratie pour lesquelles tant d'Iraniens et Iraniennes courageux sont descendus dans la rue.
Les répercussions de la guerre sur les États instables et divisés que sont l'Irak, la Syrie et le Liban, déjà soumis à des bombardements israéliens constants et à une occupation partielle, pourraient également être dévastatrices.
Et malgré toutes les fanfaronnades triomphantes de Trump, les États-Unis pourraient ne pas être en mesure de contrôler les résultats. Si la guerre s'éternise et que l'Iran décide de bloquer le détroit d'Ormuz, par exemple, les royaumes du Golfe pourraient être entraînés dans un conflit régional plus large.
Mais cette guerre impérialiste criminelle va-t-elle au-delà de l'ambition personnelle démesurée de Trump de « refaire le Moyen-Orient » (et de récolter d'énormes profits pour sa famille et ses acolytes) ? Dans une certaine mesure, nous pensons que oui : Éliminer l'Iran en tant que facteur stratégique, laissant Israël comme puissance régionale incontestée, pourrait consolider l'alliance d'Israël avec l'Arabie saoudite et les royaumes du Golfe et permettre aux priorités politiques des Etats-Unis de « pivoter » ailleurs.
Pourtant, cette guerre elle-même pourrait entraîner les États-Unis, pendant très longtemps, dans le chaos du Moyen-Orient créé par Washington. Nous avons vu d'autres exemples où l'intervention impérialiste crée des contradictions mortelles qu'elle ne peut résoudre.
Nous savons que cette guerre en Iran est liée à des événements plus proches de chez nous. Après avoir pris le contrôle du Venezuela et proposé maintenant une « prise de contrôle amicale » de Cuba, Trump, à la manière d'un chef de gang, cherche à paralyser l'indépendance nationale de tous les pays des Amériques, de la Colombie et du Mexique au Canada (tout en cédant l'Ukraine à Vladimir Poutine). Cela marque un moment particulièrement dangereux dans un nouveau partage du monde.
Dans le même temps, le règne de terreur de la bande de Trump contre les communautés immigrées et sa guerre contre les droits démocratiques de la population états-unienne se poursuivent. La guerre contre l'Iran vise également à étayer la base intérieure chancelante de cette administration, ainsi que ses manoeuvres pour truquer les élections de mi-mandat au moyen de la suppression massive des électeurs et électrices et d'une violence militaire et mafieuse potentielle.
Défendre nos droits chez nous et s'opposer à cette guerre impérialiste font partie de la même lutte. Les deux doivent être au cœur des mobilisations du 28 mars, « No Kings Day », et du 1er mai.
Les États-Unis doivent cesser de s'immiscer dans les affaires des peuples d'Iran et du Moyen-Orient, de Cuba et d'Amérique du Sud, ainsi que dans celles de nos communautés et des affaires relevant de nos droits civils ! (Publié dans Against the Current, le 1er mars 2026, publication soutenue par l'organisation Solidarity. Parmi la rédaction, on retrouve Robert Brenner, David Finkel, Alan Wald, Susan Weissman, Dianne Feeley… Traduction rédaction A l'Encontre)
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Ni 2006 ni 2024 : quelle guerre Israël mènera-t-il au Liban cette fois ci ?
La « doctrine Dahyé » signe-t-elle son retour ? Jeudi, le porte-parole de l'armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé l'ensemble des habitants de la banlieue sud de Beyrouth – zone densément peuplée qui est par ailleurs un bastion du Hezbollah – à évacuer. Ce déplacement forcé, qui concerne des centaines de milliers de personnes, fait craindre le retour à cette doctrine, mise en œuvre par l'armée israélienne lors de la guerre de juillet 2006, qui l'opposait à la milice chiite. Elle consiste à mener des bombardements aériens intensifs contre les infrastructures publiques, mais surtout à Dahyé (la banlieue sud en arabe) afin d'en faire une zone inhabitable, avec pour objectif de terroriser la population et la retourner contre le Hezbollah, afin qu'il fléchisse.
Tiré d'À l'encontre.
En 2024, Israël a eu recours à une stratégie similaire dans la bande de Gaza, au cours de la guerre contre le Hamas – quoique de manière beaucoup plus intense, au point d'être accusé de génocide par de nombreux experts. Au Liban, si les villages frontaliers avaient également été rasés, le tableau restait différent dans la banlieue sud de Beyrouth. Non seulement parce que les Israéliens, sous pression américaine, avaient épargné les infrastructures publiques, mais aussi parce qu'ils avaient privilégié les frappes ciblées. Feront-ils de même cette fois-ci ? Jeudi, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a donné le ton, promettant que « la banlieue sud de Beyrouth sera le nouveau Khan Younès ».
Une mort lente ?
Depuis le début du conflit cette semaine, les Israéliens semblent frapper plus fort et avancer plus vite que la dernière fois, ce qui suggère une escalade similaire à celle de 2006. Mais, comme en 2024, le recours aux assassinats ciblés reste privilégié. Pour Khaled Hamadé, général à la retraite et stratège, la guerre en cours ne ressemblera « ni à celle de 2006 ni à celle de 2024 ». Et d'ajouter : « Chaque guerre est différente, et la stratégie qu'Israël va employer au Liban doit dépendre de nombreux facteurs. » Après le déplacement massif de la population jeudi, les Israéliens ont mené une dizaine de frappes destructrices dans la banlieue sud. Si nous sommes loin de l'Armageddon qui s'annonçait, il reste un détail important à souligner : Avichay Adraee n'a pas donné le feu vert pour le retour des habitants. « Ce n'est que le début, craint le général. Tant que la guerre continue, les Israéliens vont continuer à mener des frappes, détruisant petit à petit la banlieue sud de Beyrouth. » Or, le temps peut jouer en faveur des Israéliens dans ce cas-là.
Pour l'heure, le Hezbollah n'a, en effet, pas pu provoquer [en Israël] une vague de déplacements de l'autre côté de la frontière. Alors qu'au Liban, les derniers chiffres (publiés avant l'ordre d'évacuation massif) faisaient état de 95'773 déplacés internes. Et c'est justement sur cela que les Israéliens parient. Les ordres d'évacuation ont pour objectif de terroriser la population et d'avoir le champ libre pour opérer comme ils le souhaitent au Sud, dans la Békaa, et dans la banlieue sud. D'un côté, la base populaire (chiite) du Hezbollah, qui ne s'est même pas encore remise du conflit de 2024, peine à comprendre la décision de ce dernier de se lancer dans une guerre de soutien à l'Iran dont elle paiera le principal prix. De l'autre, ce déplacement intervient dans un contexte où la solidarité intercommunautaire se heurte rapidement à ses limites. Les communautés d'accueil craignent d'abord que des cadres du Hezbollah – pouvant être visés à tout moment par une frappe – ne se cachent parmi les déplacés. D'autant qu'Israël vise également des responsables de formations alliés, à l'instar de la Jamaa islamiya ou du Jihad islamique. Ensuite, dans un contexte de polarisation politique accrue, les actes de provocation des différents côtés peuvent vite déraper. Enfin, la pression sur les ressources accentue tous ces problèmes, l'arrivée d'une nouvelle vague de déplacés ayant entraîné une hausse des prix et des loyers. « On pourrait se retrouver avec un million de déplacés à terme », craint une source sécuritaire.
Et les infrastructures de l'État ?
Dans la même logique, l'armée israélienne finira-t-elle, cette fois-ci, par frapper également les infrastructures étatiques ? Un risque d'autant plus grave que les Israéliens répètent que, plus d'un an après le cessez-le-feu de novembre 2024, le pouvoir au Liban a montré « qu'il n'était pas digne de confiance », ayant échoué à désarmer la milice chiite et à récupérer la décision de guerre et de paix. « Pour le moment, il n'y a pas de risque imminent de frappes contre l'aéroport ou les autoroutes », indique le général Hamadé, rejoint par la source sécuritaire. Mais dans les milieux diplomatiques, on se montre prudent. « Le problème, c'est que cette fois-ci, les Américains sont occupés par la guerre en Iran, ce qui donne aux Israéliens une marge de manœuvre plus grande », affirme un diplomate occidental. Et d'ajouter : « Pour éviter un tel scénario si le conflit se prolonge, il faut que l'État libanais se montre ferme face au Hezbollah. »
En parallèle des bombardements, Israël pourrait continuer à avancer sur le terrain. Dans son ordre d'évacuation de jeudi, Avichay Adraee a prévenu les habitants de Dahyé contre tout déplacement vers le Liban-Sud, ce qui semble être un moyen d'empêcher l'arrivée de combattants du Hezbollah dans cette région, déjà vidée de sa population. Une invasion israélienne permettrait aux Israéliens de réaliser un double objectif. D'abord, obtenir une importante carte de négociations qu'ils peuvent utiliser contre le Hezbollah et l'État libanais. Ensuite, créer une zone tampon qui leur permettrait de se prémunir contre une opération d'infiltration similaire à celle menée par le Hamas le 7 octobre 2023 (et que la milice libanaise a longtemps menacé de répliquer). Les Israéliens pourraient aller jusqu'à une dizaine de kilomètres à l'intérieur des frontières, selon les informations disponibles. « Pour le moment, l'armée israélienne mène des incursions pour détruire des cibles, des infrastructures et même les habitations dans les villages frontaliers, explique le général Hamadé. En tout cas, s'ils veulent une zone tampon, ils n'auront même pas besoin d'occuper la bande frontalière, ajoute-t-il. Les drones, moins onéreux que les chars, peuvent très bien faire l'affaire. »
Malgré cette menace, le parti chiite – et derrière lui, les gardiens de la révolution – semble camper sur ses positions, refusant toute concession sur son arsenal, comme le montre le dernier discours du secrétaire général, Naïm Kassem. En face, rien n'indique que les Israéliens – qui, de l'aveu même du Hezbollah, sont bien plus puissants – renonceront à réaliser les objectifs de la guerre : désarmer la milice, éliminer l'influence iranienne et sécuriser la frontière nord. Partant, le conflit semble loin d'avoir touché à sa fin. « Les Israéliens vont augmenter la pression au fur et à mesure en rendant inhabitables toutes les régions qui portent la signature du Hezbollah, à moins que l'État ne parvienne à séparer le Liban de la République islamique. » Dans tous les sens du terme. (Article publié par L'Orient-Le Jour le 6 mars 2026)












