Presse-toi à gauche !
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Jeux de mains
À toi qui attends demain
Pour me tendre la main
Arriveras-tu avant la faim
Qui m'attend au bout du chemin.
À toi qui veut mettre fin
À ma folie de me prendre en main
Pour arriver à tes fins
Tu engages des hommes de main.
À toi qui détiens mon lendemain
Entre tes mains
Tu veux me faire croire que demain
Je mangerai dans ta main.
À toi qui me donne un coup de main
Pour que je rebrousse chemin
Si tu attends que je te baise la main
Ce sera pas pour demain.
Marchons main dans la main
Sur ce périlleux chemin
Avec ceux qui ont le coeur sur la main
Pour un lendemain plus humain.
Zaz pitit Dessalines
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Une nouvelle campagne d’échantillonnage indépendante confirme une contamination avérée de l’eau et du sol
Montréal, vendredi le 12 juin 2026 — Climat Québec et la Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex rendent publics aujourd'hui les résultats d'une campagne d'échantillonnage des eaux et des sédiments réalisée aux abords du site de Stablex.
Les résultats sont sans équivoque : l'eau et les sédiments des cours d'eau qui drainent le site dépassent les normes environnementales en vigueur, parfois de façon très importante. Ces résultats confirment les inquiétudes exprimées de longue date par les citoyens et viennent corroborer les résultats de la campagne d'échantillonnage de 2023.
Une expertise indépendante et rigoureuse
Cette campagne a été planifiée et supervisée par WaterShed Monitoring inc., firme conseil totalement indépendante de Stablex, de la municipalité de Blainville et du ministère de l'Environnement. C'est grâce aux appareils sophistiqués du Centre d'analyse et de caractérisation des nanomatériaux de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal, reconnus pour la précision et la rigueur de leurs méthodes analytiques, que les analyses ont été réalisées. L'ensemble de la démarche a été conduite selon les règles de l'art, de la planification à l'interprétation des résultats et a aussi permis d'adresser une des recommandations faites à la ville de Blainville, dans le rapport de Solmatech (12 décembre 2025), d'utiliser des équipements avec une meilleure limite de détection, notamment pour le cadmium.
Les échantillons ont été prélevés dans les effluents drainant le site, par temps sec et par temps de pluie, afin de capter notamment le phénomène de lessivage lors des premières pluies (first flush).
« La méthodologie utilisée dans cette campagne répond aux standards les plus rigoureux en matière d'échantillonnage environnemental. Les protocoles de prélèvement, la chaîne de traçabilité et les analyses en laboratoire ont été conçus pour produire des données scientifiquement défendables. Les résultats obtenus confirment qu'une analyse exhaustive indépendante est nécessaire pour mieux comprendre les impacts environnementaux réels des installations de Stablex », a déclaré Sonja Behmel, Ph.D., limnologue, WaterShed Monitoring inc.
Une eau contaminée et les sols contaminés par plusieurs métaux toxiques
Les analyses révèlent que le cadmium et le plomb dépassent le seuil de la norme CVAC (critère de protection de la vie aquatique – effet chronique), celui à ne pas franchir sur le long terme pour protéger la vie aquatique — celui au-delà duquel les dommages sur les organismes s'accumulent progressivement et deviennent irréversibles. Plus alarmant encore : les concentrations de cadmium franchissent même le seuil CVAA (critère de protection de la vie aquatique – effet aigu), celui d'urgence immédiate, au-delà duquel les organismes aquatiques peuvent mourir en quelques heures.
Du côté des sédiments, le portrait est encore plus préoccupant. Cinq contaminants, soit le cadmium, l'arsenic, le zinc, le cuivre et le plomb, dépassent tous le premier seuil d'alerte le CER— celui à partir duquel des effets nocifs peuvent être observés chez les organismes vivant dans le fond de l'eau, et où le principe de précaution doit s'appliquer sans délai. Le cadmium franchit également le seuil de la norme CEP, un seuil supérieur, celui où les effets ne sont plus seulement possibles mais attendus : perturbations physiologiques, mortalité.
Quant au chrome, les hautes concentrations de chrome total observées souligne l'importance de mesurer la forme chimique du chrome pour évaluer la présence de chrome VI qui, lui, est cancérigène.
« Les concentrations de cadmium, de chrome et d'arsenic mesurées dans les sédiments sont particulièrement préoccupantes. Ces métaux s'accumulent dans la chaîne alimentaire et persistent dans l'environnement pendant des décennies. À ces niveaux de dépassement, les risques pour les écosystèmes aquatiques sont réels et documentés. Ces résultats justifient pleinement la réalisation d'une étude approfondie et indépendante », ajoute Sébastien Sauvé, Ph.D. en chimie des sols et qualité de l'environnement, Professeur en chimie environnementale à l'Université de Montréal, titulaire de la chaire de recherche du Canada en science citoyenne des contaminants émergents.
Des résultats qui imposent une action immédiate
Les concentrations maximales mesurées illustrent l'ampleur de la contamination :
« Ces résultats confirment ce que les citoyens de Blainville dénoncent depuis des années. Nous avons été ignorés, nos préoccupations ont été balayées du revers de la main. Aujourd'hui, la science nous donne raison. Nos enfants grandissent à proximité de ce site. Nous exigeons l'application du principe de précaution et donc rien de moins que l'arrêt des travaux d'agrandissement de Stablex », déclare Marie-Claude Archambault, Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex.
« La ville et le gouvernement du Québec ne peuvent plus se permettre de fermer les yeux. Des citoyens et un parti politique émergent ont dû financer eux-mêmes, avec des moyens limités, une campagne d'échantillonnage complètement indépendante que la Ville de Blainville et le ministère de l'Environnement auraient dû réaliser depuis longtemps. Les résultats sont sans appel : cadmium, arsenic, plomb, zinc, cuivre clairement au-dessus des normes sans oublier le chrome total qui est très élevé. Ne perdons pas de vue l'essentiel : certains de ces contaminants sont cancérigènes. Mal gérés, ils représentent une menace réelle et sérieuse pour la santé des familles qui vivent à proximité de ce site. Combien de temps encore les autorités publiques vont-elles attendre avant d'agir ? » conclue Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec
Deux demandes fermes
Suite à ces nouveaux résultats de contamination, la Coalition des citoyens de Blainville et Climat Québec exigent, encore une fois et comme nous l'avons recommandé lors de la consultation de la CMM en mai :
Une campagne d'échantillonnage exhaustive et indépendante, couvrant un beaucoup plus grand nombre de points de prélèvement et une plus grande fréquence menée par un tiers indépendant et supervisée par l'ensemble des parties prenantes, incluant des représentants citoyens.
L'application immédiate du principe de précaution : tant que cette campagne exhaustive n'aura pas été réalisée et que la source ou les sources de la contamination n'auront pas été identifiées et contrôlées, toute expansion des activités du site doit être suspendue.
P.j. : Rapport Résultats de la campagne d'échantillonnage effectuée sur des effluents du site de Stablex, WaterShed Monitoring, juin 2026
Cliquez ici pour accéder au rapport
https://drive.google.com/file/d/1bu....
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Coupe du monde : le football est-il condamné à être une industrie insoutenable ?
La Coupe du monde le montre une fois encore : le football professionnel est devenu une industrie insoutenable. Du Brésil à la France, ce sport est aussi, dans les stades ou dans la rue, un bel espace de résistance, comme le narrent ces œuvres.
Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Deux membres des Dégos lors du tournoi pour Toutes organisé par Les Hijabeuses en juin 2021. Par Teresa Suarez.
Le coup d'envoi sera donné jeudi 11 juin. Quarante-huit équipes, trois pays hôtes — Canada, États-Unis, Mexique —, des milliers de kilomètres d'avion entre les sites de compétition, un partenariat de la Fifa avec Aramco, géant pétrolier saoudien, et des profits qui s'annoncent records.
La Coupe du monde 2026 est un cas d'école : avec le Mondial au Qatar en 2022 et ses 6 500 travailleurs migrants morts sur les chantiers, jamais une compétition sportive n'aura autant symbolisé l'insoutenabilité structurelle du sport-spectacle. Ce qu'elle reflète, c'est ce que le football professionnel est devenu en trente ans : une industrie indifférente à la planète qui la supporte.
La révolution libérale, ou comment le foot a été capturé
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter aux années 1990. C'est ce que fait Jérôme Latta dans Ce que le football est devenu — Trois décennies de révolution libérale (Divergences, 2023). Cofondateur des Cahiers du football et chroniqueur au Monde, Jérôme Latta y décrit une « révolution libérale qui a empoisonné le football en le rendant mortellement séduisant » : l'explosion des droits télévisés, qui a reconfiguré les compétitions et leurs calendriers non plus pour le public mais pour les diffuseurs ; la libéralisation du marché des joueurs, réduits à des « actifs spéculatifs » ; la concentration des ressources dans une poignée de clubs, formant une oligarchie dont la puissance financière détermine désormais les résultats sportifs. Les stades sont devenus des « centres de profit », les spectateurs des « consommateurs ».
Une douce chimère que d'espérer changer tout ça ? « Céder au fatalisme, ce serait l'assurance que rien ne change, répond Latta. D'un programme de réformes réalistes à une révolution, tout reste imaginable. »
Un autre football n'a jamais cessé d'exister
Ce que déconstruisent les œuvres suivantes, c'est l'idée que le football populaire serait un paradis perdu. Un autre football coexiste, résiste, s'invente — parfois sur les mêmes pelouses que le foot-business, dans les mêmes tribunes, et depuis bien plus longtemps qu'on ne le croit.
Une histoire populaire du football de Mickaël Correia — publié en 2018 aux éditions La Découverte, puis adapté en bande dessinée avec JC. Deveney et Lelio Bonaccorso chez Delcourt en 2025 — en donne la mesure. Le livre suit le ballon rond « par en bas », et chaque exemple dit quelque chose d'une époque.
Pendant la Première Guerre mondiale, des munitionnières — ces ouvrières des usines d'armement britanniques — ont fondé leurs propres équipes de football, et joué devant des dizaines de milliers de spectateurs. En 1920, 53 000 personnes ont assisté à un match des Dick, Kerr Ladies à Goodison Park. Le 5 décembre 1921, la Fédération anglaise interdisait aux clubs de prêter leurs terrains aux équipes féminines. L'interdiction a duré cinquante ans. Les joueuses ont continué pourtant, dans des parcs improvisés, ou en fondant cinq jours plus tard leur propre ligue.
Puis est venu Matthias Sindelar, attaquant autrichien surnommé le « Mozart du football ». Après l'Anschluss de mars 1938, le régime nazi a organisé un match censé célébrer l'annexion de l'Autriche : les deux équipes devaient se quitter sur un 0-0 fraternel. Devant 60 000 spectateurs au Praterstadion de Vienne, Sindelar s'est appliqué à rater ses occasions… jusqu'à la 70ᵉ minute, où il marqua. Puis il dansa, ostensiblement, devant la tribune des dignitaires nazis. L'Autriche s'imposa 2-0. Sindelar refusa ensuite de porter le maillot du Reich. Il fut retrouvé mort dans des conditions troubles en janvier 1939.
Quarante ans plus tard, c'est au Brésil que le ballon roule contre une dictature. Dans Latéral gauche — Figures du foot politique (Libertalia, 2026), le journaliste et historien du sport Nicolas Kssis-Martov raconte notamment l'expérience de la « démocratie corinthiane » : de 1981 à 1984, le médecin et milieu de terrain Sócrates et ses coéquipiers du Sporting Club Corinthians Paulista inventent une forme d'autogestion totale du club — joueurs, masseurs, chauffeurs de bus votent ensemble toutes les décisions, à égalité. Ils floquent « democracia » dans le dos de leurs maillots, s'engagent dans le mouvement Diretas Já pour des élections libres, et font du terrain une tribune. La dictature s'essouffle. Les Corinthians n'y sont pas pour rien.
Ce fil se prolonge jusqu'à aujourd'hui. En 2022, au Brésil toujours, les torcidas du Corinthians — dont les Gaviões da Fiel avaient déclaré publiquement en 2018 qu'« un Gavião ne vote pas Bolsonaro » — brisent les barrages érigés par des camionneurs bolsonaristes pour empêcher la transition démocratique après la défaite du président sortant. Sur les pelouses, dans les tribunes ou dans la rue, cette histoire populaire du football continue de s'écrire.
Cartographier, proposer, inventer
C'est ce foisonnement que documente l'Atlas du football populaire de Yann Dey-Helle (Terres de feu, 2024), animateur du site Dialectik Football, média au point de vue résolument anticapitaliste sur le ballon rond. Son inventaire est minutieux : des supporters' trusts anglais (ces associations de fans qui, depuis les années 1990, résistent aux propriétaires, reprennent leurs clubs ou en créent de nouveaux) à l'Unionistas de Salamanque, club de troisième division espagnole géré par plus de 5 000 socios sans aucun actionnaire privé ; du Clapton Community FC de Londres (club antifasciste de dixième division, ancré dans l'est populaire de la capitale, qui draine plusieurs centaines de spectateurs à chaque match) au collectif féministe La Nuestra en Argentine, dont les joueuses revendiquent un football libéré des logiques de performance et de compétition.
En France, les alternatives, encore rares, se développent surtout à l'écart du football fédéral classique, dans le giron de la FSGT — Fédération sportive et gymnique du travail —, qui abrite des clubs comme Les Dégos, collectif majoritairement composé de lesbiennes et de personnes trans luttant contre les discriminations dans le sport, ou encore Melting Passes, né de la rencontre entre des mineurs étrangers isolés et des étudiants en droit, dont l'épopée a été documentée dans le film Just Kids.
Le Ménilmontant FC 1871, à Paris, a fait le choix inverse : évoluer au sein de la FFF — dans le district de Seine-Saint-Denis — pour « toucher le plus de personnes possible », selon ses fondateurs. Autogéré, autofinancé, fonctionnant en assemblée ouverte où chaque voix a le même poids, ce club né en 2014 dans le sillage de militants antifascistes et d'ex-ultras parisiens revendique une identité politique affirmée. Son slogan : « Love football, hate fascism ». Le documentaire Notre Ligue des champions donne la parole à ses adhérents.
Ces alternatives ont leurs limites, que Yann Dey-Helle ne dissimule pas. Évoluer dans un système capitaliste impose des compromis. Et le football populaire, même prospère dans les divisions amateurs et dans une fédération à part, peine à faire bouger les instances qui gouvernent le haut niveau.
Contrer, dribbler, inventer
C'est précisément ce plafond que cherche à faire sauter Foot Manifesto — 15 propositions pour sauver le ballon rond de Mickaël Correia et Sébastien Thibault (Divergences, 2026), dont le premier chapitre est vide, intentionnellement. Cette absence de mots est dédiée au silence imposé à Christophe Gleizes, journaliste à So Foot et Society, arrêté au printemps 2024 alors qu'il enquêtait sur la Jeunesse sportive de Kabylie — le plus grand club de football d'Algérie — et condamné à sept ans de prison sous des charges d'apologie du terrorisme criminalisant en réalité un reportage. La rédaction de Reporterre se joint aux auteurs pour réclamer sa libération.
Structuré en trois temps — contrer, dribbler, inventer —, l'ouvrage rassemble journalistes, universitaires, éducateurs et écrivains autour de quinze propositions. Certaines relèvent de la régulation : abolir le Ballon d'or, ce dispositif de starification qui naturalise un ordre du monde capitaliste et eurocentré sous les atours de la méritocratie sportive ; réformer une Fifa que son propre président, Gianni Infantino, a selon eux transformée en monarchie privée.
« L'accaparement du football n'est pas une fatalité »
D'autres relèvent de la démocratisation : instaurer la propriété collective des clubs, garantir la gratuité des retransmissions, organiser la décarbonation des compétitions à l'heure du dérèglement climatique. D'autres encore, plus inattendues : transformer les grands stades — souvent construits sur fonds publics, occupés par des clubs privés et vides les trois quarts du temps — en équipements à mission ouverts aux associations, aux structures d'insertion, aux habitants des quartiers populaires qui en sont trop souvent tenus à l'écart.
« L'accaparement du football par les obsédés de la rentabilité n'est pas une fatalité », écrit Mickaël Correia en préface. Sur ce point, ces œuvres rappellent que pour en finir pour de bon avec le foot-business, c'est bien au capitalisme qu'il faudrait s'attaquer. Le football, lui, survivra, car il « n'a nul besoin de tout cet argent qui se déverse sur lui et qui le corrompt, écrit Jérôme Latta. Ceux qui l'aiment ne l'aimeront pas moins. »
Le Mondial 2026 sera ce qu'il sera : quarante-huit équipes, trois pays, Aramco. Pendant ce temps, ailleurs, le ballon roule autrement.

Un scoop… vieux de cent ans
Bienheureuse Jeanne d'Arc, ça ne vous dit certainement pas grand-chose à part peut-être la fameuse héroïne française qui a joué un rôle décisif dans la guerre de cent ans. C'était pourtant le nom d'un village prospère au lac Saint-Jean au début du siècle dernier.
Numéro spécial de l'Action Nationale sur l'avenir du Saguenay lac Saint-Jean
Germain Dallaire
Personnellement, malgré plusieurs décennies de recherches sur l'histoire du Saguenay lac Saint-Jean, j'ignorais cette histoire et c'est l'idée lumineuse d'un artiste (1) du lac qui m'a révélé son existence.
Comme sa célèbre marraine, le village de Bienheureuse Jeanne d'Arc a eu une vie courte (1916-1931). À l'inverse de celle-ci cependant, il n'est pas péri par le feu mais plutôt enseveli par les eaux lorsqu'Alcan a fermé le vannes de son nouveau barrage d'Iles Malignes à l'embouchure du lac Saint-Jean provoquant ainsi une augmentation permanente de 10 pieds qui allait consacrer par le fait même le passage de son statut de lac à celui de réservoir.
Officiellement, selon les registres provinciaux, Bienheureuse Jeanne d'Arc a été fondée en 1916 et dissoute en 1931. Son territoire qui correspond à la Pointe Taillon actuelle plus l'île Bouliane dont il n'était séparé que par un ruisseau (aujourd'hui c'est un kilomètre d'eau) était déjà occupé avant 1916 et il s'est rapidement vidé de ses habitants après 1926. À partir de 1905, il y avait une ferme industrielle employant jusqu'à 125 personnes et en 1909, cette ferme est arrivée deuxième pour la médaille d'argent du Mérite Agricole au Québec. Soit dit en passant, ces 125 personnes étaient dirigées par un certain Onésime Tremblay.
Il faut dire qu'à l'époque, le lac Saint-Jean portait le titre de « grenier du Québec » et ce n'était pas que « vantardise de bleuet » puisque la région collectionnait les prix agricoles. En 1915, c'est 27 des 39 prix attribués dans l'ensemble du Québec qu'elle a raflé. Le lac draine un bassin hydrographique aussi grand que le Nouveau Brunswick. Avant 1926, sa superficie augmentait du tiers au printemps et son niveau de 20 à 25 pieds. Le débit de la rivière Saguenay atteignait une intensité comparable à celle des Chutes Niagara. Comme pour le Nil, cette crue printanière de deux à trois semaines fertilisait les terres et constituait la base du succès des près de mille agriculteurs qui s'activaient à sa périphérie.
De cette prospérité agricole, Bienheureuse Jeanne D'Arc en était peut-être le fleuron comme en témoigne sa ferme industrielle. D'une superficie de 16 000 acres (plus de 8 000 terrains de football), le village comptait en 1926 pas moins de 352 habitants desservis par trois écoles et deux magasins généraux. Deux fromageries et deux scieries y étaient en opération. Après l'ennoiement, la municipalité a cherché à survivre mais le coût des réparations a vite dépassé les revenus. Comble malheur ou d'injustice (on manque de mots), Alcan devenu le principal propriétaire foncier ne payait même pas ses taxes. La municipalité a été dissoute en 1931.
« Les perdants n'ont pas d'histoire » nous dit l'adage. Bien sûr, la disparition de Bienheureuse Jeanne d'Arc n'est pas un secret au sens strict. Il s'agit plutôt d'un fait volontairement refoulé, occulté, le genre de phénomène que l'historien Yvan Lamonde qualifierait peut-être de « coin dans la mémoire ». Un fait occulté comme l'a été l'excellence agricole de la région avant 1926 et surtout, comme l'a été le vol de la meilleure partie des terres de près de mille agriculteurs. Tout ça, il n'est pas inutile de le rappeler, dans la duperie, le mensonge et la magouille impliquant l'ensemble de la classe dirigeante. Dire qu'il s'agit d'un épisode honteux de notre histoire est un euphémisme.
On a fait tout ça au nom du développement industriel mais surtout au bénéfice des plus puissants intérêts financiers américains. Andrew Mellon, propriétaire d'Alcoa, est celui qui a ramassé la mise en 1926. Cet homme est passé en quelques années d'homme le plus puissant des États-Unis à l'homme le plus détesté lorsqu'on a découvert qu'il s'est servi de son poste de Secrétaire au Trésor (1920 à 1932) pour s'attribuer des avantages fiscaux à lui et ses p'tits copains industriels. Il a terminé sa vie dans la honte et en achetant sa liberté. Aujourd'hui à Arvida, le boulevard principal s'appelle Mellon. Aujourd'hui au Saguenay Lac Saint-Jean, le développement industriel lié à l'aluminium a fait long feu. Il ne reste qu'un peu plus du quart des 12 000 emplois du début des années 60 et le déclin se poursuit. Aujourd'hui, profitant outrageusement de son privilège, Rio Tinto est tranquillement en train d'opérer sa mue vers une compagnie d'électricité et de lithium. Tout ça sans le dire évidemment. Les mauvais coups, ça se fait en silence.
Vous pouvez découvrir la face cachée de ces cent ans de l'industrie de l'aluminium au Saguenay Lac Saint-Jean en commandant la revue à cette adresse :https://action-nationale.qc.ca/produit/mai-juin-2026/. Papier :15$, PDF : 13$ + taxes).
(1) Simon Emond est un artiste de Métabetchouan qui a eu la lumineuse idée de faire revivre le village de Bienheureuse Jeanne d'Arc par un projet d'installation de lumières dans l'eau au-dessus d'une partie submergée du village. Le tout pour commémorer le centième anniversaire de son ennoiement. Son projet avançait bien, il a réussi à récolter environ 60 000$ (sauf erreur) de financement social. En début d'année, il apprenait cependant que le Ministère de l'environnement n'autorisait pas le projet en raison d'enjeux environnementaux. Encore là, les mots nous manquent. Si le Ministère de l'environnement avait seulement le début du commencement de la queue de telles réserves avec le massacre des rives du lac par la gestion de Rio Tinto, on commencerait peut-être à comprendre mais… parlez-en aux résidents de Pointe Langevin.
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Football : Prêts pour une nouvelle coupe du monde de la honte ?
Ce mercredi 11 juin donne le coup d'envoi de la coupe du monde de football. Un mois, 104 matchs répartis entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Pour cette compétition majeure du premier sport planétaire, faut-il tout accepter sans broncher ?
Tiré de la Lettre de Regards. 11 juin 2026
En 2022, la dernière coupe, nous avions eu le Qatar mafieux, ses milliers d'esclaves morts sur les chantiers de stades climatisés et son homophobie en bandoulière ; pour l'édition 2026, nous aurons les États-Unis de Donald Trump avec pour thème principal la xénophobie. Washington avait annoncé la couleur fin 2025 en publiant une liste de pays « blacklistés » dont certains participent à la compétition ! C'est le cas d'Haïti, de l'Iran, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire… Une liste que ressemble à s'y méprendre aux « pays de merde » dont parlait déjà le président américain en 2018.
Un homme a payé cash les frais de cette politique ségrégationniste : l'arbitre international somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre masculin africain 2025. Son pays fait partie de la liste de Trump. Aussi s'est-il fait refoulé à la frontière – malgré son visa diplomatique –, placé en détention plusieurs heures et a subi 11 heures d'interrogatoire. Le tout sans aucune raison autre que sa nationalité – « Je ne peux pas entrer dans les détails, mais ce que je peux vous dire, c'est que c'était pour une très bonne raison », a assuré le très servile Andrew Giuliani, chargé de l'organisation de la Coupe du monde auprès de la Maison-Blanche. Omar Abdulkadir Artan devait être le premier Somalien à arbitrer en coupe du monde. Deux Irakiens, le footballeur Aymen Hussein et le photographe officiel de la sélection, ont eux aussi été retenus de longues heures à l'aéroport. Le photographe s'est fait refouler, malgré un visa valide ainsi qu'une accréditation officielle délivrée par la FIFA.
D'autres scènes ont été particulièrement choquantes. L'arrivée des délégations sénégalaises et ouzbèkes avec fouilles au corps poussées sur le tarmac de l'aéroport. L'équipe nationale d'Iran a encaissé le pire. « Nous ne laisserons pas l'Iran abuser du système pour faire entrer clandestinement des terroristes dans notre pays », osait un membre de l'administration américaine. Du coup, les Iraniens doivent être protégés par la garde nationale mexicaine dans la ville de Tijuana (Mexique) où ils résident ; entraînements fermés au public et à la presse ; suppression de tous les billets auxquels le pays a droit, ce qui rend quasi impossible aux supporters iraniens d'assister aux matchs. Les joueurs ont aussi mis du temps pour obtenir les visas… ce qui n'a pas été le cas de tous les membres du staff. Les joueurs n'ont pas le droit de rester plus de 48 heures sur le sol américain. Or les Iraniens jouent leurs trois matchs de poule à Los Angeles et Seattle. Ils devront donc à chaque fois faire l'aller-retour avec leur camp de base situé à la frontière. N'auraient-ils pas pu jouer au Mexique ? L'Iran en a fait la demande, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a dit « Pas de problème », la FIFA a refusé…
Dans toutes ces affaires, la FIFA a baissé les yeux et baisé les pieds de Donald Trump, indiquant qu'elle n'intervenait pas dans les « procédures d'immigration du pays hôte ». Coupe du monde après coupe du monde, on commence à comprendre que la FIFA ne défend aucune valeur autre que celle de l'argent. Son président Gianni Infantino vient de lancer un « appel à la paix ». On rappelle qu'il a également créé de toute-pièce un « prix de la paix FIFA » dont le premier lauréat est Donald Trump.
Voilà les bases sur lesquelles ces mêmes États-Unis accueilleront les Jeux olympiques l'année prochaine…
Loïc Le Clerc

Mondial 2026 : la coupe du capitalisme fascisant
La Coupe du monde 2026 s'ouvre ce jeudi 11 juin au Canada, au Mexique et surtout aux États-Unis de Trump. Présentée par la FIFA comme une célébration du football et du rapprochement entre les peuples, elle apparaît déjà comme une manifestation des maux du capitalisme contemporain, en voie de fascisation : racisme, restrictions des libertés, catastrophe écologique et marchandisation toujours plus poussée du sport le plus populaire de la planète.
Tiré de l'Anticapitaliste.
Le refoulement de l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan est devenu le symbole de ce Mondial. Considéré comme l'un des meilleurs arbitres africains, il a été empêché d'entrer sur le territoire étasunien par la police de Trump et ne pourra pas officier. La FIFA a validé cette exclusion sans protester. Plusieurs membres de la délégation iranienne se sont vu refuser leur visa, le camp de base de l'Iran a dû être déplacé des États-Unis vers le Mexique, des équipes sont contrôlées sur le tarmac à leur arrivée, l'attaquant irakien Aymen Hussein a été retenu pendant des heures à son arrivée et de nombreux supporters, essentiellement africains, ont été empêchés de se rendre à la compétition. Derrière les discours sur l'universalité du football, cette Coupe du monde est déjà marquée par un racisme débridé.
Des deux côtés de l'Atlantique, la même logique sécuritaire est à l'œuvre. Aux États-Unis, les supporters sont accueillis dans un climat de contrôles, de détentions arbitraires et de peur entretenue par les politiques racistes et anti-immigration de Trump. En France, plusieurs municipalités ont déjà annoncé avoir choisi de répondre aux aspirations populaires par des couvre-feux, comme à Toulouse ou à Clermont-Ferrand. On a vu le soir de la victoire du PSG à quoi mène cette logique répressive, qui accompagne partout la montée de l'autoritarisme et la fascisation du monde.
Cette Coupe du monde sera également la plus polluante de l'histoire. Avec 48 équipes au lieu de 32, 104 matchs répartis sur trois pays et des déplacements aériens massifs, elle devrait générer près de 8 à 9 millions de tonnes de CO₂, soit près du double de l'édition 2022, qui était déjà un record. Les joueurs et les spectateurs vont parfois être exposés à des conditions de chaleur et d'humidité dangereuses. Dans le même temps, la FIFA espère battre tous ses records de revenus grâce à l'explosion du nombre de rencontres et à des billets vendus à des prix exorbitants — un véritable tri social par le ticket d'entrée.
Cette Coupe du monde est en partie organisée aux États-Unis — où la politique de chasse aux immigréEs a atteint des sommets de violence sous le nouveau mandat de Trump, où les atteintes aux libertés démocratiques se multiplient et qui mènent une politique de guerres impérialistes — et au Mexique — marqué par « la guerre à la drogue » dont la population paye le prix fort avec plus de 400 000 mortEs et 100 000 disparuEs au cours des vingt dernières années.
Cette compétition révèle jusqu'à la caricature ce que devient le sport sous le capitalisme. Pour notre part, nous continuerons à défendre un football populaire, accessible à toutes et tous, contre le racisme, l'autoritarisme et la marchandisation du monde.
Montreuil, le 11 juin 2026

Pour comprendre le devenir de la région : revenir sur les 100 ans de l’Alcan.
Mercredi le 17 juin prochain, la revue L'Action Nationale est fière de lancer un numéro spécial (mai-juin) réalisé en collaboration avec le Mouvement Onésime-Tremblay et portant sur les cent ans d'Alcan (Rio Tinto) au Saguenay Lac Saint-Jean d'un point de vue populaire.
Le 24 juin 2026 marquera le centième anniversaire de la fermeture des vannes du barrage d'Iles Malignes et le rehaussement d'une dizaine de pieds du niveau du lac Saint-Jean consacrant ainsi son statut de réservoir. Pour plusieurs centaines d'agriculteurs œuvrant dans ce qu'on appelait le grenier du Québec, c'était une descente aux enfers. Pour Alcan, c'était le début d'une aventure qui allait l'amener au sommet de l'industrie de l'aluminium.
En ce centième anniversaire, la machine de propagande de Rio Tinto bien menée par ses 22 lobbyistes et relationnistes tourne à plein. « On nous présente ces cent ans comme une épopée qui « toujours avance jamais ne recule ». Pour Rio Tinto, on ne doute pas que ce soit le cas. Suffit de regarder leurs profits (16 milliards en 2025) ou encore l'ensemble des avantages dont ils profitent au Québec (l'équivalent de 1,2 milliard par année : avantage comparatif sur l'électricité, exemptions d'impôt et sur les émissions de GES) » déclare Germain Dallaire porte-parole du Mouvement Onésime Tremblay.
Pour la population du Saguenay lac Saint-Jean, c'est autre chose. « L'entreprise est loin d'avoir respecté ses engagements historiques, que ce soit en matière d'emplois, de construction d'usines ou d'efforts de transformation. Pis encore, elle s'apprête à élargir ses activités du côté de la production éolienne. » souligne Robert Laplante, le directeur de l'Action nationale. « Il n'est pas dans l'intérêt du Québec et du développement régional de laisser privatiser la ressource publique qu'est le vent. Ce numéro le montrera. » a-t-il commenté.
Ce numéro spécial de l'Action Nationale présente près d'une vingtaine d'articles rédigés par de multiples collaborateurs. « Les analyses savantes y côtoient les points de vue militants et les témoignages. Ce numéro est d'ores et déjà un document de référence pour comprendre le devenir de la région » a conclu Robert Laplante
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Comptes rendus de lecture du mardi 16 juin 2026
L'empire de la honte
Jean Ziegler
Le réputé sociologue altermondialiste Jean Ziegler nous a quitté mercredi dernier à l'âge de 92 ans. J'ai lu plusieurs de ses bouquins au cours des années, en commençant par « L'empire de la honte » publié en 2005. L'essai portait sur la dette et la faim, deux armes de « destruction massive », dont les maîtres de l'empire de la honte – vous aurez deviné de qui il s'agit – savent admirablement jouer. Par l'endettement, les États abdiquent leur souveraineté aux mains des grandes compagnies privées ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté. Une lecture encore d'actualité, comme l'essentiel des nombreux bouquins que Ziegler aura écrits au cours de sa vie.
Extrait :
La faim est la principale cause de mort sur notre planète. Et cette faim est faite de main d'homme. Quiconque meurt de faim meurt assassiné. Et cet assassin a pour nom la dette.
Avez-vous peur du nucléaire ? - Vous devriez peut-être...
Julie Lemieux
Un très bon bouquin pour en apprendre davantage sur l'affreuse et désastreuse aventure nucléaire, civile et militaire, dans laquelle nous nous sommes lancés, ou plutôt dans laquelle on nous a lancé. L'industrie nucléaire civile est un monde tricoté serré où les experts ont l'habitude de discuter à huis clos. Leur compréhension du danger pour la santé du nucléaire et leur déni des risques d'accident sont aberrants. En plus de générer des déchets toxiques pour une durée difficile à imaginer, cette technologie connaît des ratés régulièrement, partout dans le monde. L'explosion de Tchernobyl a eu lieu il y a quarante ans. On en parle très peu, mais ses effets nocifs sur la santé et l'environnement sont loin d'être terminés. L'histoire post-Tchernobyl est truffée de magouilles et, contrairement à ce qu'on entend parfois, ce n'est pas uniquement parce que ça s'est passé en URSS. Même l'Organisation mondiale de la santé a été muselée dans cette affaire à cause d'une entente secrète méconnue qui la lie à l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Extrait :
Pour quelqu'un qui ne s'y connaît pas, une centrale qui produit de l'électricité à partir d'énergie fossile (charbon, mazout, gaz naturel) ne présente pas une grande différence par rapport à une centrale nucléaire. Certains prétendent même que le nucléaire est plus propre car il ne produit pas de gaz à effet de serre, un argument qui porte en cette époque de réchauffement climatique. Il ne faut cependant pas perdre de vue ce qui distingue fondamentalement le nucléaire de toutes les autres sources d'énergie. Un réacteur nucléaire produit une énergie extrêmement puissante, de nature physique. Le processus qui se déroule dans un réacteur nucléaire « n'a rien de commun avec une combustion, qui est en fait une réaction chimique entre un combustible et de l'oxygène. »
Le promeneur d'Alep
Niroz Malek
Traduit de l'arabe
Niroz Malek est Syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep sous les bombes. « Le promeneur d'Alep » est un beau petit roman de 154 pages, divisé en 55 très courts chapitres, qui relate de façon anecdotique et poétique un peu sa propre vie comme écrivain ayant décidé de rester dans sa ville bombardée. C'est désolant, mais c'est beau à la fois ; c'est aussi très instructif sur ce qu'était alors la vie sous les bombardements.
Extrait :
Assis à ma table, j'ai entendu le bruit des balles folles provenant du barrage près de chez moi. Puis tous les autres barrages dispersés dans le quartier se sont mis à tirer de concert. J'ai lâché, inconsciemment, ce que j'avais en main — un stylo, car j'écrivais. Je me suis précipité vers le couloir pour me mettre à l'abri des balles perdues. Ensuite j'ai entendu le bruit des roquettes et d'autres d'armes dont je ne connais pas les noms.
Quand les cons sont braves
Martin Petit
Martin Petit a emprunté le titre de son livre à une chanson de Brassens. C'est quand les cons sont braves, chantait Brassens, qu'ils commettent les plus grosses bêtises. L'auteur nous raconte son parcours de quatorze ans dans l'armée canadienne. Avec beaucoup d'aplomb, il nous fait revivre l'histoire et les émotions d'un fantassin qui a servi sur de nombreux théâtres d'opération, dans le golfe Persique, en ex-Yougoslavie et en Somalie. Il nous rend sensible l'évolution d'un jeune homme qui s'est engagé par goût de l'aventure et pour voir du pays, comme le claironne la propagande, et qui se retrouve à devoir vivre avec le syndrome de stress post-traumatique. Martin Petit, on le comprend, est devenu pacifiste. S'il brise la loi du silence, c'est qu'il voudrait éviter à d'autres de connaître ces mêmes épreuves.
Extrait :
En dépit du titre de cet ouvrage, ne confondez jamais bravoure et inconscience. Brave est l'homme qui se lève tous les matins pour aller travailler afin de mettre du pain sur la table des siens. Inconscient est le petit mec, attiré par les primes, qui franchit l'océan une arme en main. J'espère que le partage de mes erreurs saura faire réfléchir la jeunesse souvent mal informée de ce qu'est le métier des armes. Je préfère écrire ces lignes n'étant encore qu'un con relativement jeune que de les consigner plus tard, une fois devenu un vieux tout aussi con, mais nostalgique et qui se dit que ses années de sévices, c'était le bon temps, et que les cons sont braves.
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Stratégie fédérale L’IA pour tous : le gouvernement du Canada a oublié les travailleuses et travailleurs
La nouvelle stratégie canadienne en intelligence artificielle se veut ambitieuse. Elle se saisit des enjeux de souveraineté numérique, d'autonomie technologique et de compétitivité internationale liés au développement, à l'implantation et l'usage de l'IA. Sur ces plans, elle comporte des avancées réelles et mérite d'être saluée. Néanmoins, une politique nationale d'une telle portée devrait être élaborée avec les acteurs du milieu du travail. Ce qui n'a pas été fait adéquatement.
Effectivement, le processus de consultation spécifique au monde du travail a été pour le moins expéditif : une seule rencontre de deux heures, organisée fin avril, alors que la stratégie était pour ainsi dire déjà ficelée. Cette absence de dialogue avec les acteurs du monde du travail n'est sans doute pas étrangère à certaines lacunes importantes de la stratégie. En restreignant ses actions à la technologie, la politique oblitère un volet fondamental : les travailleurs et les travailleuses qui seront grandement touchées par ces transformations.
Cet angle mort est majeur.
Pourtant, les effets de l'intelligence artificielle dans les milieux de travail sont déjà bien réels. Transformation des tâches, intensification du travail, modification des rapports hiérarchiques, disparition de certains postes — les impacts sont profonds, s'accélèrent et seront d'autant plus importants sur la jeune génération qui peine à trouver ses repères dans un marché de l'emploi en mutation rapide.
Et pourtant, rien, ou presque, n'est prévu pour encadrer ces changements. Aucun mécanisme clair pour protéger les travailleuses et travailleurs. Aucun réel levier pour leur permettre de participer aux décisions. Aucun plan structuré pour anticiper les chocs.
Ce silence est incompréhensible.
Partout ailleurs, les débats sur l'IA reconnaissent une évidence : ce sont les politiques publiques, les institutions et le dialogue social qui détermineront si l'IA est un progrès partagé… ou un facteur d'inégalités accrues. Le Canada ne peut pas prétendre être à l'avant-garde en laissant de côté ces enjeux.
Pendant qu'on parle d'emplois créés, on évite soigneusement de parler de ceux qui disparaîtront ou seront profondément transformés. Or, ces transformations doivent être anticipées, pas subies.
Avant de parler de requalification, encore faut-il protéger les emplois existants et adapter les milieux de travail de manière équitable. Ce qui est proposé actuellement — des parcours de formation généraux, déconnectés des réalités du terrain — est largement insuffisant. Former, oui. Mais former qui, comment, et à quel moment ?
Et que dire des risques ?
La stratégie reste silencieuse sur des enjeux pourtant centraux : surveillance électronique intrusive, gestion algorithmique du personnel, décisions automatisées biaisées. Ces pratiques existent déjà.
Sans règles claires — transparence des algorithmes, supervision humaine, protection stricte des données — ces outils risquent de fragiliser les droits fondamentaux au travail.
Même constat du côté environnemental.
On reconnaît que la consommation énergétique liée à l'IA explosera, mais rien n'est dit sur les façons de concilier cette réalité avec les engagements climatiques. Alors que les gouvernements du Québec et du Canada se lancent dans une réindustrialisation et que la décarbonation industrielle devrait demeurer une priorité, on évite de parler de la pénurie énergétique qui nous guette.
Si le Canada veut réellement développer une intelligence artificielle au service de la société, il doit cesser d'ignorer celles et ceux qui la feront vivre — et qui en subiront les effets. Sinon, cette transition deviendra un puissant moteur d'inégalités.
Le dialogue social n'est pas un obstacle à l'innovation. C'en est la condition.
Les prochaines étapes de mise en œuvre de cette stratégie offrent une occasion de combler les lacunes de ce premier jalon. Les organisations syndicales sont disponibles et prêtes à s'engager pleinement dans cette démarche pour contribuer à bâtir une stratégie qui soit réellement à la hauteur des défis qui nous attendent, pour les travailleurs et les travailleuses, et pour l'ensemble de la société canadienne.
Signataires
– Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
– Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
– Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
— Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Bilan de santé des laboratoires | OPTILAB, une réforme qui ne passe pas le test
À l'approche du 10e anniversaire de la mise en place d'OPTILAB, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) publie un rapport intitulé Bilan de santé des laboratoires : OPTILAB, une réforme qui ne passe pas le test. Le constat est sans équivoque : non seulement la réforme n'a pas rempli ses promesses, mais elle a en plus contribué à fragiliser un maillon essentiel du réseau public de santé et de services sociaux.
Lancée avec l'objectif d'améliorer l'efficacité des laboratoires de biologie médicale, qui soutiennent près de 85 % des diagnostics, la réforme s'est traduite par une centralisation mal planifiée, une aggravation de la pénurie de personnel et une augmentation des ruptures de services.
« Les laboratoires de biologie médicale sont un pilier essentiel de notre système public de santé. Les transformations des dernières années ont eu des répercussions bien au-delà de leurs murs. À l'APTS, nous croyons qu'une telle réforme doit être évaluée à la lumière de l'ensemble de ses impacts, tant structurels qu'humains. Le bilan que nous présentons aujourd'hui vise à poser un regard lucide sur la situation et à contribuer à une réflexion tournée vers l'avenir. Car sans labos en santé, notre réseau est malade », soutient Robert Comeau, président de l'APTS
Des impacts majeurs sur les services et le personnel
Ce bilan met en lumière une détérioration marquée des conditions dans les laboratoires :
· une baisse de 7 % des effectifs en cinq ans, combinée à une hausse de 15,1 % du volume d'analyses ;
· une explosion du recours au temps supplémentaire depuis 2015 ;
· une pénurie de main-d'œuvre persistante, aggravée par une chute du nombre de personnes diplômées et un faible taux de rétention ;
· des infrastructures vétustes, avec 44 % des équipements jugés en mauvais état ;
· des problèmes importants liés au déploiement du système informatique SIL-P, affectant la continuité des services.
À cela s'ajoute une gestion toujours plus centralisée, déconnectée des réalités régionales, qui complexifie les opérations et nuit aux conditions de pratique.
« Avec ce bilan, nous souhaitons montrer l'envers du décor de cette réforme inachevée. Le résultat, c'est une gestion téléguidée, une pénurie de personnel sans précédent, des équipements en décrépitude et des ruptures de service croissantes. Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec le pire des deux mondes : un système hypercentralisé, incomplet et inefficace. Comme technicien de laboratoire, je peux le dire clairement : on est en mode “survie” », ajoute Carl Verreault, vice-président de l'APTS responsable des laboratoires.
En quête de solutions
L'APTS présente ce rapport pour ouvrir un dialogue constructif avec le gouvernement et sensibiliser la population à l'état préoccupant des laboratoires publics. L'organisation estime qu'il est impératif d'agir rapidement pour inverser la tendance en rétablissant des conditions de pratique viables, en modernisant les infrastructures et les équipements, et en mettant en place des mesures concrètes afin d'attirer et de retenir le personnel. Sans une intervention rapide et structurante, la capacité du réseau à offrir des services publics, accessibles et de qualité, continuera de se détériorer au détriment des personnes usagères.
« Le diagnostic est clair : nos laboratoires ne sont plus en santé. Il est temps de les remettre sur pied », conclut le président de l'APTS.
Consulter le Bilan de santé des laboratoires
Consulter les faits saillants du rapport

















