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8 mars en Turquie : Les femmes mobilisées pour leurs droits

19 mars 2024, par /kurdistan-au-feminin.fr — , , ,
TURQUIE / KURDISTAN – Les femmes de toute la Turquie se sont mobilisées pour revendiquer leurs droits à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, avec des (…)

TURQUIE / KURDISTAN – Les femmes de toute la Turquie se sont mobilisées pour revendiquer leurs droits à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, avec des manifestations d'Istanbul jusqu'aux régions kurdes. Les femmes ont également bravé les tentatives d'interdiction des marches nocturnes féministes qui ont de nouveau été attaquées par la police turque.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Les femmes du monde entier sont descendues dans la rue vendredi pour revendiquer leurs droits à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes La Turquie, depuis les villes kurdes jusqu'à ses régions occidentales, n'a pas fait exception, avec d'importantes manifestations dans tout le pays.

Certains rassemblements ont été marqués par les tentatives du gouvernement turc de les réprimer, qui se sont heurtées à une forte résistance de la part des femmes.

À Istanbul, les étudiantes de l'Université d'Istanbul se sont rassemblées sur le campus avant de marcher vers la place Beyazıt, scandant en faveur des droits des femmes. Cependant, leur manifestation pacifique s'est heurtée à l'opposition des forces de l'ordre turques, qui ont d'abord tenté d'interdire la marche, puis ont eu recours à la force pour disperser les participantes, ce qui a entraîné l'arrestation violente de nombreuses étudiantes.

À la veille de la Journée internationale de la femme, des femmes se sont rassemblées dans la ville méridionale de Mersin pour pleurer la mort de Merve Bayar, qui a été mortellement agressée par son ex-mari, un policier. Les participantes, qui portaient solennellement le cercueil de Bayar, se sont engagées à demander justice pour sa mort, notamment Perihan Koca, députée de Mersin du parti Égalité des peuples et démocratie (DEM Parti).

Dans la capitale Ankara, un groupe de solidarité formé pour soutenir le candidat co-maire du parti DEM pour la municipalité métropolitaine d'Ankara, la femme politique emprisonnée Gültan Kışanak, a envoyé un message ferme de soutien à toutes les femmes et a réaffirmé l'engagement inébranlable de Kışanak envers la cause.

Les régions à majorité kurde de Turquie ont également connu une large participation aux célébrations du 8 mars, avec des rassemblements et des festivals dans 15 villes attirant de grandes foules. Avant ces rassemblements, les femmes se sont rassemblées lors de festivals dans de nombreux centres pour honorer collectivement l'occasion.

À Diyarbakır (Amed), l'esprit de la Journée internationale de la femme a profondément résonné, le coprésident du parti DEM, Tülay Hatimoğulları, ayant déclaré : « Nous, les femmes, défendrons la vie à Istanbul et à Amed ».

Des villes kurdes telles que Mardin (Merdin), Van (Wan), Kars (Qers), Hakkari (Colemerg), Şırnak (Şirnex) et Şanlıurfa (Riha) ont été témoins de grands rassemblements au cours desquels les intervenantes ont souligné la nécessité de lutter contre la violence à l'égard des femmes et la lutte en cours pour les droits, les libertés et la vie des femmes, soulignant le rôle central du 8 mars dans ces efforts.

Les femmes ont également bravé les tentatives d'interdiction des marches nocturnes féministes qui ont de nouveau été attaquées par la police turque.

https://kurdistan-au-feminin.fr/2024/03/08/8-mars-en-turquie-les-femmes-mobilisees-pour-leurs-droits/

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La tyrannie du productivisme d’État - À propos Congrès national du peuple de Chine de 2024

19 mars 2024, par AU Loong-yu — , ,
Le Congrès national du peuple est actuellement en session à Pékin, au beau milieu d'une forte récession économique qui affecte les conditions de vie de millions de personnes : (…)

Le Congrès national du peuple est actuellement en session à Pékin, au beau milieu d'une forte récession économique qui affecte les conditions de vie de millions de personnes : resserrement du crédit sur le marché immobilier qui s'étend maintenant à d'autres secteurs financiers (voir mon article ici), déflation, ralentissement de l'industrie manufacturière, fuite massive des investissements étrangers, augmentation du chômage, etc. En réponse à ces problèmes, le Premier ministre Li Qiang [1] a présenté un rapport qui n'est rien d'autre qu'une longue liste de mesures définit par ses 26 ministères et qui fait penser à l'inventaire d'une épicerie. Il y a en fait quelque chose de plus : des slogans creux.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
10 mars 2024

Par AU Loong-yu

Le mystère plane toujours sur ce que Li Qiang a dans la tête quant à la stratégie globale à appliquer pour résoudre la crise qui se dessine. Il a reconnu qu'il y avait eu des « difficultés et problèmes entremêlés », mais il a rassuré son auditoire sur le brillant avenir de la Chine : « sous la ferme direction du Comité central du PCC, avec le camarade Xi Jinping à sa tête, le peuple chinois a le courage, l'ambition et la force de relever n'importe quel défi et de surmonter n'importe quel obstacle ». De fait, il a mentionné Xi à 19 reprises, le couvrant d'éloges en tous genres. S'il y a un thème principal qui revient dans l'inventaire de l'épicerie dressé par le Premier ministre, c'est bien le culte du dirigeant suprême.

Le Premier ministre et son inventaire d'épicier

Mais c'est précisément la raison pour laquelle ce rapport doit nous inquiéter. Non pas que le ralentissement économique actuel soit entièrement imputable à Xi. Bien avant son arrivée au pouvoir, les déséquilibres économiques entre l'investissement, la production et la consommation avaient déjà atteint des proportions gigantesques et le jour du bilan approche. Mais le problème de Xi, c'est que ses orientations ont encore aggravé les déséquilibres et que, dans certains domaines, il s'est tout simplement tiré une balle dans le pied, comme l'a montré sa politique du « zéro covid ». Sa politique de répression disproportionnée à Hong Kong a non seulement anéanti l'opposition et les organisations syndicales, mais a aussi largement contribué à tuer la poule aux œufs d'or de l'État-parti – le marché financier de la ville a toujours été la planche à billets de Pékin, mais aujourd'hui Hong Kong c'est « fini », comme l'a annoncé Stephen Roach, ancien président de Morgan Stanley Asia, qui avait commencé à travailler dans cette ville à la fin des années 1980. Certains grands médias occidentaux ont expliqué à Pékin qu'il devrait faire ce que Wen Jiabao, son prédécesseur, avait fait en 2008 et 2009, en lançant un plan de sauvetage de 634 millions de dollars US pour stimuler l'économie stagnante ou, du moins, faire quelque chose pour renforcer la confiance des consommateurs. Même si leurs conseils sont très discutables, le cœur du problème à l'heure actuelle est que Pékin n'a aucune stratégie crédible pour faire face à l'affaissement de l'économie.

Pour mieux comprendre le problème structurel de l'économie chinoise, il nous faut sans doute revenir à l'époque de Mao et, au terme de ce voyage, nos lecteurs comprendront que, malgré toutes les ruptures entre la Chine de Mao et celle de Deng, il y a aussi une grande continuité - l'empressement à « dépasser la Grande-Bretagne et à rattraper les États-Unis » a traversé les deux époques, d'où cette stratégie de croissance fondée sur un taux d'investissement anormalement élevé qui est resté remarquablement le même. C'est tellement évident pour Li Qiang qu'il n'a pas pris la peine de développer ce point. Il lui suffisait de perpétuer la tradition du PCC. Nos lecteurs se doivent cependant de réexaminer cette question dont on ne parle pas assez, mais qui est d'une importance capitale, car cela permettra non seulement de mettre en lumière l'absurdité de la stratégie, mais aussi de mieux cerner le degré de réussite de la politique économique de Pékin.

« La production doit avoir la priorité sur le niveau de vie »

À l'époque de Mao, le programme d'industrialisation rapide du parti a été mis en œuvre par le biais de l'« économie planifiée ». Mais la tension entre le gouvernement central et les bureaucraties provinciales a toujours été l'un des principaux obstacles à une croissance moins déséquilibrée de l'économie. L'« économie à planification centralisée » était tristement connue pour son manque d'efficacité, et les gouvernements provinciaux manquaient toujours de matériel, de main-d'œuvre qualifiée ou simplement de mesures incitatives, ce qui ne tardait pas à contraindre le gouvernement central à recourir périodiquement à l'allocation de ressources et de moyens – non pas aux populations locales, mais à la bureaucratie des provinces. Ces dernières, poussées par leurs propres intérêts, ont toujours été prêtes à saisir toute occasion d'obtenir plus de pouvoir (et donc plus d'intérêts matériels), avant de réaliser que l'heure des comptes n'allait pas tarder à arriver, car la décentralisation provoquait un surinvestissement et un chaos suffisant pour convaincre le gouvernement central de reprendre le pouvoir aux provinces. Ce « cycle » de shou, si, fang et luan [2], ou répétition de la centralisation, de la décentralisation et de la recentralisation, a affecté l'économie dès le départ.

Par l'exploitation impitoyable des surplus de main-d'œuvre, le régime a permis à l'État de financer un taux d'investissement absurdement élevé entre 1958 et 1980, qui a toujours été de près de 30 % (sauf au lendemain de la famine du début des années 1960). Cela s'est traduit non seulement par de nombreux gaspillages, mais aussi et surtout par une baisse du niveau de vie des gens ordinaires. Les salaires ont été gelés pendant toute la période, malgré une croissance économique annuelle moyenne de plus de 4 %. En réponse aux travailleurs mécontents, la propagande du parti a mis en avant le slogan « la production doit avoir la priorité sur les conditions de vie du peuple » [3].

Les quatre décennies de « réforme et d'ouverture » ont été une période où le capitalisme d'État (en partenariat avec le secteur privé) allait remplacer « l'économie planifiée », mais le taux d'investissement absurdement élevé promu par l'État s'est perpétué jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui, il est même beaucoup plus élevé, dépassant les 30 % et se maintenant à plus de 40 % au cours des 20 dernières années, au prix d'une chute brutale de la part relative de la consommation des ménages dans le PIB, qui est passée de plus de 50 % au début des années 1980 à moins de 35 % en 2010. Même si elle a commencé à augmenter depuis lors, elle n'a jamais atteint 40 % au cours des dernières années. La raison principale de cette baisse de la consommation des ménages est la diminution de la part des revenus du travail dans le revenu national.

Deux universitaires chinois ont mis en garde contre cette situation il y a déjà quelques années dans un article dont voici un extrait :

« Le taux d'investissement de la Chine est supérieur de 30 % à la moyenne mondiale, tandis que son taux de consommation est inférieur de 30 % à la moyenne mondiale ... et il en a résulté des capacités de production en excédent qui deviennent de plus en plus sérieuses. »

Exporter les excédents de capacité

Pékin n'avait pas l'intention d'abandonner son obsession productiviste tant qu'elle pouvait continuer à exporter ses capacités excédentaires. L'annonce récente selon laquelle, les ventes de voitures électriques BYD ayant dépassé celles de Telsla, les États-Unis et l'Europe envisagent désormais des mesures de rétorsion, n'est qu'un exemple parmi d'autres de la manière dont l'atelier du monde, qui exporte ses problèmes dans le monde entier, suscite de plus en plus de ressentiment et de mesures de rétorsion de la part des autres pays.

En ce qui concerne le marché intérieur, le PCC n'a pas tenu compte de la contrainte que représente le niveau relativement faible du revenu disponible des ménages parmi la population active, et a continué à encourager les gens à acheter leurs propres maisons, puis leurs résidences secondaires, tout en permettant aux gouvernements locaux d'accumuler des dettes dans le seul but de promouvoir le marché immobilier et leurs projets d'urbanisation. Maintenant, le jour du bilan est arrivé, et le cycle d'expansion a tourné à la débâcle. Xi est bien intervenu pour faire face à la méga-bulle à la fin de 2020 (la politique des trois lignes rouges), mais il était trop tard.

Il a assisté à la croissance rapide de la bulle depuis son arrivée au pouvoir en 2012, mais pendant dix ans, il n'a rien fait de substantiel pour refroidir la spéculation folle, sans même parler de rectifier le tir par rapport aux problèmes structurels que pose le productivisme. « Accumuler, accumuler ! C'est Moïse et les prophètes ! ». Mais le capitalisme victorien de libre marché tel que Marx le décrivait faisait pâle figure face au capitalisme d'État chinois d'aujourd'hui. La vérité dérangeante est cependant qu'il y a toujours une limite à tout, notamment pour ce qui est de la pulsion d'accumulation et de la pulsion d'abus de pouvoir. Dans le cas de la Chine, nous sommes aujourd'hui en grande difficulté parce que ces deux pulsions sont enchevêtrées, comme nous l'a révélé le Congrès national du peuple en cours.

Que faire si le pilote n'a jamais piloté d'avion ?

Cette session du Congrès était très différente des précédentes, car il a été mis fin à la tradition qui voulait que le Premier ministre tienne une conférence de presse à la fin de la session, comme cela avait été le cas chaque année depuis 1993. Cela avait toujours été un moment très important pour permettre aux observateurs extérieurs d'avoir un aperçu de l'équilibre des pouvoirs entre les différentes factions au sommet de l'État. Donner la vedette au Premier ministre est un héritage politique de Deng Xiaoping : « Nous ne permettrons jamais que l'emprise du parti sur le gouvernement se relâche, pas même d'un seul millimètre, mais nous ne permettrons pas non plus le retour à l'autocratie de l'époque de Mao ». Cependant, c'est précisément ce que Xi fait en ce moment, à savoir non seulement en revenir à l'autocratie, mais aussi faire de son abus de pouvoir la nouvelle normalité. Il ne se contente pas de concentrer toutes les instances de pouvoir entre ses mains, il continue également à se placer à la tête d'une douzaine de groupes de travail de haut niveau pour acquérir encore plus de pouvoir. En pleine crise du crédit, Xi a créé en octobre dernier une nouvelle organisation, la Commission financière centrale, en apparence sous les auspices du Comité central du PPC. Bien que le chef de la CFC soit Li Qiang, la présente session du Congrès du peuple a déjà montré clairement qui est le véritable patron de cette CFC. L'intention de Xi semble être d'affaiblir davantage les institutions financières de l'État, telles que les différentes instances de régulation.

Le problème, cependant, est de savoir si Xi sait quoi que ce soit du fonctionnement du capitalisme ou de son marché financier. En janvier dernier, nous avons vu les régulateurs du marché, dans la hâte de prévenir une chute brutale, ordonner aux investisseurs institutionnels de ne pas procéder à des ventes nettes d'actions certains jours. Cela revient à fermer le couvercle d'une marmite en ébullition pour l'empêcher de déborder. Cette mesure ne fait qu'éroder davantage la confiance du marché. Pour être honnête, Li Qiang a annoncé qu'il allait émettre des obligations d'État d'une valeur de mille milliards de RMB (ou 139 milliards de dollars US) afin de lever des fonds pour soutenir une économie en manque de liquidités. Ce montant est minuscule par rapport au risque de défaillance des gouvernements locaux, qui ont une dette de 94 000 milliards de RMB, dont 3 200 milliards arriveront à échéance à la fin de l'année (source). Sans oublier que les promoteurs immobiliers ont également besoin de 2 000 milliards de dollars américains rien que pour liquider leurs stocks (source).

Le professeur Li a quelque chose à vous dire

Ou Xi a-t-il un plan plus radical en tête ? La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c'est que Xi dispose de nombreux leviers pour résoudre la crise émergente. En cas de nouvelles désagréables sur les marchés, il peut tout simplement les faire disparaître en fumée. Après la publication en mai dernier de statistiques montrant que le taux de chômage des jeunes dépassait les 20 %, le gouvernement a tout simplement cessé de publier ces chiffres. Très vite, d'autres statistiques sont venues s'ajouter à la liste des informations censurées : baisse du taux de natalité, chute de la confiance des consommateurs et des marchés financiers, etc. Notre dirigeant avait résolu tous ces problèmes en les balayant simplement sous le tapis.

Le Congrès du peuple a donc fait un excellent travail, une fois de plus, en rappelant à la population qu'avec Xi Jinping à sa tête, personne ne devrait s'inquiéter de quoi que ce soit - il est tellement doué pour éliminer les problèmes en éliminant ceux qui les ont signalés, comme le dit le proverbe chinois. Les lecteurs étrangers se rendent rarement compte du fait que, tout au long des sessions du congrès, des pétitionnaires tentent d'adresser au gouvernement toutes sortes de doléances, parce que leur apparition en public n'est pas autorisée. Les « délégués du peuple » présents dans la grande salle se moquent éperdument de ces pétitionnaires. Il en va de même pour les médias officiels. Parfois, la détresse de ces pétitionnaires est rapportée par un compte privé sur les médias sociaux. Le commentaire suivant sur ce message à propos des pétitionnaires mérite d'être cité :

« Qu'ils ont de la chance d'avoir pu quitter leur province et se rendre à Pékin ! « . (Note de l'auteur : il est courant que les autorités locales empêchent, par la force, les pétitionnaires de se rendre à Pékin pour adresser une pétition au gouvernement central).
« La conséquence désastreuse du lavage de cerveau est que les pétitionnaires ne savent pas que l'Administration nationale des plaintes et des propositions publiques (vers laquelle les pétitionnaires se tournent ) n'est pas autre chose que la collaboratrice de ceux qui leur ont causé des torts ».
« Il n'y a pas d'autre solution que de renverser le Parti communiste ».

Les gens sont privés du droit d'être entendus, tout au plus peuvent-ils exprimer leur mécontentement en privé par l'intermédiaire des médias sociaux, mais même cette possibilité est régulièrement supprimée.

Aujourd'hui, c'est le très connu « Professeur Li » qui « est devenu un organe d'information à lui tout seul et une source essentielle d'informations sur les manifestations en Chine tant pour les personnes qui se trouvent à l'intérieur que pour celles qui se trouvent à l'extérieur du grand pare-feu informatique », comme l'a rapporté [The Nation 6 décembre 2022 - The Twitter User Taking on the Chinese Government]. Le professeur Li est un immigré chinois de 32 ans qui vit en Italie, mais il a suffisamment de contacts chinois pour publier toutes sortes d'informations sur son compte Twitter. Il est devenu célèbre lors du mouvement du Livre blanc à la fin de l'année 2022. Selon des informations récentes, les autorités ont décidé de s'en prendre à lui en harcelant ses abonnés en ligne, dont le nombre s'élève à un million. Les lecteurs étrangers qui souhaitent écouter les voix d'en bas sont invités à suivre « Teacher Li » - mais si vous le faites, surveillez vos arrières.

Au Loong-yu

P.-S.

• Traduction de Pierre Vandevorde pour ESSF avec l'aide de DeepL pro.

Notes

[1] Ne pas confondre Li Qiang avec le précédent Premier ministre Li Keqiang, qui a été mis de côté sans cérémonie en mars 2023.

[2] “一收(權)就死,一死就放(權),一放就亂,一亂就收(權)“

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[3] “先生產,後生活“

Inde. Comment Modi attaque de front les musulmans et les sciences

19 mars 2024, par Simon Pierre — , ,
Jouant sur l'islamophobie occidentale et exploitant le relativisme postmoderne, les nationalistes hindous du premier ministre indien Narendra Modi tentent d'opposer un islam (…)

Jouant sur l'islamophobie occidentale et exploitant le relativisme postmoderne, les nationalistes hindous du premier ministre indien Narendra Modi tentent d'opposer un islam conquérant et oppressif à de sages traditions hindoues. Leur hostilité cible tout autant les sciences naturelles que l'histoire, avec la volonté d'imposer aux musulmans indiens, comme au reste du monde, un nouveau récit national.

Tiré de orientxxi
12 mars 2024

Par Simon Pierre

Ayodhya, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 22 janvier 2024. Le premier ministre indien Narendra Modi porte une offrande alors qu'il se dirige vers les escaliers du temple de Rāma pour le consacrer officiellement.
Bureau indien d'information de la presse (PIB)/AFP

Le 22 janvier 2024, le premier ministre indien Narendra Modi a inauguré une construction kitsch de style néo-classique à l'emplacement précis de la plus ancienne mosquée moghole du sous-continent, détruite en 1992 par des nationalistes hindous. Fondée par Babour, premier sultan de la dynastie ferghanienne, cette relique avait été vandalisée lors d'émeutes, accompagnées d'un massacre impuni de milliers de musulmans.

Le prétexte invoqué est que la mosquée aurait été érigée sur le lieu de naissance du roi divinisé Rāma, un héros védique ayant vécu il y a 4 000 ans. Or, ce saccage intégriste s'inscrit en fait dans l'agenda nationaliste religieux du Bharatiya Janata Party (BJP) de l'actuel premier ministre. L'aspect raciste de cette offensive, justifiée au nom de la foi, du culte, de l'ordre social et de l'identité hindoue, cible principalement les 225 millions de musulmans (contre 220 millions au Pakistan et 155 millions au Bangladesh), constituant 16 % de la population de l'Inde.

Réécrire les sciences naturelles au nom de la décolonisation

En fait, la campagne coordonnée de réécriture contre la vérité scientifique vise tout autant l'histoire naturelle, physique et biologique que l'histoire sociale et politique. Toutes deux contredisent en effet les vérités sacrées sur la création et l'ordonnancement du monde, de même que l'unicité et l'exclusivité hindoue du roman national.

Cet assaut fondamentaliste est justifié par un même argument : la primauté du savoir traditionnel est menacée par les connaissances occidentales, perçues comme coloniales, et toute légitimité prêtée à l'indo-islamité est elle aussi assimilée à une colonisation. Ce retournement de l'argument anticolonial rappelle celui employé par le Japon militariste des années 1920 et 1930. Humilié par un racisme international bien réel, il a prétexté de l'impérialisme européen pour instaurer sa propre hiérarchie ethnique, encore plus oppressive. Ce mécanisme d'exclusion des principes du progrès occidental au nom d'un particularisme national opprimé est d'ailleurs commun au fascisme italien et au nazisme allemand à la même époque.

Réassurer des dominations anciennes

Cet obscurantisme prive avant tout l'accès des collégiens et lycéens indiens à une information impartiale dans les domaines biologique, géologique, astrophysique, sociaux et politiques, alors que la proportion de scolarisation dans le secondaire est passée de 20 % à 70 % en 50 ans. Face à cette massification de la scolarité, le dévoiement de la lutte contre l'hégémonie coloniale et de l'universalisme eurocentré sert bien au contraire à préserver, renforcer et réimposer la domination bien plus archaïque des castes dominantes, présentées comme nationales, en particulier les brahmanes religieux.

La propagande débilitante du BJP est imposée au peuple avant la spécialisation de terminale. Elle a pour effet de maintenir l'ignorance de chacun dans les domaines qui ne sont pas les siens. Ainsi, la réécriture de l'histoire s'appuie sur le lieu commun selon lequel la civilisation indienne daterait de 5 000 ans (ou plus si affinités). L'argument de l'antériorité et de la continuité d'essence justifierait une prétendue supériorité intrinsèque, en empruntant en réalité à un argument de légitimation national récent et occidental. Ce n'est pas le moindre des paradoxes qu'une propagande réactionnaire utilise des outils occidentaux pour prétendre restaurer un ordre pré et antioccidental.

Écriture indigène, pensée européenne

Pour étayer leur argument de l'antériorité, les promoteurs de la réécriture historique affirment, à l'encontre du consensus scientifique, que la civilisation de l'Indus (XXIVe-XVIIIe siècle avant J.-C.) était déjà brahmane et indo-aryenne. Cette assertion ressuscite la thèse (dépassée) voulant que l'Inde soit le berceau des Indo-Européens, une perspective européenne, raciste et coloniale. Cela a l'avantage d'éviter de situer les Turco-Iraniens musulmans (Ghaznévides, Ghourides, Mamelouks, Turco-Afghans, Timourides, Moghols et Afghans) dans une longue suite d'autres envahisseurs antéislamiques (Scythes, Kouchans, Huns et Turcs). Cette succession millénaire de flux de peuples centre-asiatiques sur une plus ou moins vaste portion du nord de l'Inde ne s'achève que du fait du barrage britannique puis américain qui, de 1838 à 1989, s'attache à bloquer la descente de l'empire russe puis soviétique.

Or, ce processus a justement été initié par les premiers envahisseurs historiques venus d'Asie centrale : ces mêmes Indo-Aryens qui, à la fin de l'âge du bronze, fondent la religion védique, organisent les castes des brahmanes et militaires (kshatriya) et exploitent celle des tributaires (vaishya). Inversement, du côté nationaliste, ce discours aryaniste emprunte à une idéologie coloniale européenne qui opposait les « civilisations indo-européennes » glorieuses aux civilisations « sémitiques » ou « tartares » ontologiquement inférieures. Dès lors, ce n'est pas le moindre des paradoxes qu'une telle convocation d'un imaginaire français et britannique colonial vienne soutenir une lutte prétendument anticoloniale.

Une émotion « scientifique » borgne

Ces attaques coordonnées contre l'éducation non conforme à l'hégémonie nationaliste hindoue ont bien suscité quelques réactions, cependant asymétriques et disjointes. D'un côté, le secteur indien des sciences humaines et sociales, notamment sur l'histoire turco-iranienne et islamique, n'a reçu presqu'aucun soutien universitaire international. Inversement, s'il y a bien eu des mobilisations éparses dans les milieux étudiant la biologie et la physique, elles n'ont pratiquement jamais évoqué le cas de l'histoire. Le régime de Modi exploite ces cloisonnements universitaires, en particulier le clivage artificiel entre un monde islamophile, suspecté d'être hostile à tout progrès, et un monde des « sciences dures », suspectant le prosélytisme chez les islamophiles, avec un recul très relatif sur ses propres préjugés culturels et idéologiques.

Ainsi, un article de Science (1) appréhende l'adoption du concept nord-américain et fondamentaliste chrétien d'intelligent design comme une nouveauté, inattendue en contexte non-abrahamique, qui ne serait pas hostile à la théorie de l'évolution (2). Si le mécanisme d'appropriation est valide, la seconde proposition sur l'évolution semble refléter d'emblée les préjugés occidentaux qui tendent à valoriser le polythéisme, et a fortiori les « philosophies orientales », sans avoir à démontrer son hypothèse. Pour autant, les auteurs ont sans doute raison de dire que cette importation repose sur une réécriture ultra-chauvine de l'histoire « prétendant que toutes les grandes découvertes scientifiques peuvent être retracées jusqu'à l'Inde antique », divine et brahmanique. Ainsi, la revue Scientific American (3) évoque la suppression du passage d'histoire contemporaine portant sur « la révolution industrielle ». Son auteur Dyani Lewis y explique que, outre la biologie, les livres scolaires sont amputés de chapitres entiers sur les sources d'énergie, la « démocratie », la « diversité » et les « défis à l'encontre de la démocratie ».

Enfin, Nature (4) observe à juste titre que « l'Inde n'est pas le seul pays postcolonial à se débattre avec la question de la manière d'honorer et de reconnaître les formes de savoir plus anciennes ou autochtones dans ses programmes scolaires ». L'auteur n'a guère que l'exemple du rapport aux Maoris de la Nouvelle-Zélande, pays complètement occidental. Voilà qui limite la portée de l'argument mettant en exergue que là-bas au moins, « on ne supprime aucun contenu scientifique important ».

Cela étant, Science, Nature et Scientific American n'accordent pas une ligne à la question de l'enseignement de l'histoire ancienne, médiévale et moderne. Ils semblent ne pas avoir été informés, ou être incapables de corréler ces attaques avec celles qui ciblent les sciences humaines, l'histoire de l'islam, et finalement les musulmans dont la survie physique, politique et symbolique est menacée, en même temps que l'avenir de la « diversité » et de la « démocratie » de l'Inde toute entière.

Réactions modérées

Comme le résume dans Deutsche Welle (DW) la journaliste Sushmitha Ramakrishnan (5), ni la promotion d'un fanatisme religieux-national, ni l'annihilation de toute compréhension de l'histoire humaine ne semble poser un problème « aigu » aux 2 000 signatures réclamant le retour des théories de l'évolution dans les livres scolaires. Seul importe « le déni de notre compréhension moderne de l'évolution », écrit-elle. Ce dernier est absolument crucial, en effet, mais il est indissociable du discours (a)historique nationaliste hindou qui l'utilise et le sous-tend.

Finalement, dans la moisson de références sur Google, seule une infime partie de la presse (jamais les médias spécialisés en sciences) fait allusion à l'aspect anti-islamique et antimusulman de cette réécriture de l'histoire, toujours dans des paragraphes lapidaires. Ainsi, un article du Financial Times (6) évoque seulement l'effacement de la toute dernière dynastie indienne des Moghols (XVIe-XVIIIe siècle) et « l'indignation des milieux académiques », sèche et réductrice allusion que le Irish Times reproduit à partir de la même dépêche.

Réciproquement, il n'y a dans cette remarque aucun rapprochement fait avec l'enjeu majeur porté aux sciences en général, aucune montée en universalité et en commune humanité concernant les sciences humaines et sociales, et par conséquent aucune mise en perspective de ce que cela implique pour les droits sociaux et politiques des centaines de millions de citoyens musulmans de l'Union indienne.

La préparation méthodique d'un ethnocide

De l'autre côté, la chaîne Al-Jazeera (7) identifie cette focalisation sur les seuls Moghols en ce qui concerne les sciences humaines. Pour autant, le média qatari s'est inquiété dès 2018 des signes avant-coureurs de cette politique anti-islamique, avec le changement de nom de la grande cité d'Allahabad par le gouvernement provincial d'Uttar Pradesh. Cet État-test est en effet à la pointe de cette politique d'hindouisation forcée. Longtemps au cœur des États du sultanat de Delhi et de l'empire moghol, la population musulmane y est en effet la plus importante d'Inde : 20 % de la province, équivalent à 48 millions d'habitants, soit près du quart de tous les musulmans indiens.

Dirigée par un ministre en chef (chief minister) raciste, le « moine » hindou nommé Yogi Adityanath, cette part de la population a déjà perdu la plupart de ses droits. En 2020, ce dirigeant milite plus ou moins ouvertement pour l'expulsion de tous les musulmans vers le Pakistan. Il déclare d'ailleurs à propos des manifestations contre la pénalisation du divorce de droit musulman de décembre 2019 : « S'ils ne comprennent pas les mots, ils comprendront les balles ». Comparable à son homologue birman (et bouddhiste) Ashin Wirathu à l'encontre des Rohingyas, il a notamment préconisé l'enlèvement de musulmanes en représailles (au centuple) pour tout mariage d'une fille hindoue à un musulman.

Une bonne part du récit nationaliste hindou repose sur la vengeance contre une colonisation islamique millénaire des hindous. Un élément clef de ce discours de persécution est celui des dites « conversions forcées ». Mais le simple fait que les hindous soient encore majoritaires montre qu'il s'agit bien d'un fantasme, en outre contredit par le droit musulman (fiqh) qui a habilement projeté sur les hindous le droit théoriquement limité aux seuls monothéistes de conserver leur religion en échange du paiement d'un « cens », ainsi que le pratique des sultanats locaux.

Yogi Adityanath annonce aussi vouloir installer des dieux hindous « dans toutes les mosquées ». On en conclut que s'il se trouve un mouvement hindouiste pour abattre les mosquées et construire des temples polythéistes, c'est précisément parce qu'il n'y a pas eu de conversion forcée en Inde, contrairement au Mexique désormais catholique à 100 %, et où personne ne veut détruire des églises pour ériger des pyramides néo-aztèques.

Modi se garde bien de relayer cet aspect du processus pour éviter les réactions occidentales. Cependant, au niveau fédéral, sa politique s'illustre notamment par le changement du nom officiel du pays, d'« Hindoustan » en persan médiéval (8)
, à « Bharat ».

Les historiens et les islamisants inaudibles

Contrairement à la presse scientifique, les journalistes d'Al-Jazeera ne se contentent pas de parler de mosquées et de dynasties musulmanes. Ils décrivent toute la révision de l'enseignement dans 14 États fédérés, détaillant, en plus du programme des classes de première, les chapitres des classes de seconde et troisième sur l'évolution, la diversité des organismes, et mentionnent la suppression de la deuxième partie du chapitre « Hérédité et évolution ». Ils citent un professeur indien déplorant que ses élèves perdent ainsi le seul « lieu pour débattre et défier les notions religieuses », l'occasion pour un « enseignant d'amener les étudiants à distinguer la "foi comme moyen de savoir" et la "science comme moyen de savoir" » (9).

En somme, la presse islamophile critique clairement la suppression des sciences naturelles irréligieuses dans le secondaire indien, tandis que les médias scientifiques ignorent ou minimisent l'éradication des sciences historiques liées à l'islam. Cette asymétrie avantage l'image internationale du régime indien, qui privilégie la promotion du yoga tout en dissimulant ceux qui, parmi ses troupes, en viennent désormais à menacer ouvertement les symboles universels tels que Gandhi ou le célèbre Taj Mahal.

La dissociation entre la réaction aux atteintes envers les sciences naturelles et les sciences humaines en Inde ne découle pas uniquement des préjugés de biologistes ou physiciens occidentaux. Le silence des milieux universitaires internationaux spécialisés dans les études du sous-continent indien, tant anciennes que modernes, mais aussi des chercheurs en sociétés arabo-musulmanes en général porte une grande part de la responsabilité.

Quand islamophobie se marie avec philo-hindouisme

Les nationalistes hindous progressent justement de l'absence de réaction internationale, en attaquant les vérités biologiques et historiques, mettant en péril la science en général. Les communautés occidentales concernées ont réagi timidement, négligeant l'intersection de leurs disciplines, ce qui a permis à cette menace de croître. Modi adopte volontiers, et de façon réussie, une posture décoloniale avec les hippies, et aryaniste avec les fascistes. Dans ce récit euro-compatible, l'Inde aurait été tout à la fois et successivement un phare scientifique écrasé par l'obscurantisme islamique, puis la victime d'un Occident désanimé.

Le BJP exploite habilement l'islamophobie, l'antidarwinisme, l'anticolonialisme et le philo-hindouisme pour mettre en œuvre son programme de « restauration » réactionnaire, considérant tout apport islamique ou occidental comme des agressions « coloniales » contre l'authenticité et la supériorité ontologique de Bharat.

En activant l'islamophobie occidentale et en exploitant le relativisme postmoderne, Modi et les nationalistes hindous établissent un récit qui peut associer d'une main l'islam à l'oppression et à la régression, et de l'autre les traditions hindoues comme des coutumes et sagesses de peuples premiers à imposer aux droits humains et aux sciences expérimentales. S'ils jouent sur un antagonisme commun envers l'islam, ils s'astreignent à rester discrets sur le bouddhisme - cette autre « philosophie orientale », mais appréciée en Occident -, religion réformée du premier empire indien des Maurya et bannie sous les Gupta, n'ayant dans leur récit que la place du silence gêné.

En conclusion, il parait nécessaire de manifester un tant soit peu de solidarité avec ceux qui luttent sur place pour garder le droit de transmettre les connaissances en biologie, en physique ou en géologie, autant qu'en progrès humain, social et politique dans l'histoire islamique, britannique puis laïque de l'Inde médiévale, moderne et contemporaine.

Notes

1. « Not teaching evolution is an injustice », L.S. Shashidhara et Amitabh Joshi, Science, 23 juin 2023.

2. NDLR. Intelligent design ou le dessein intelligent est une théorie pseudo-scientifique selon laquelle certaines observations de l'univers et du monde du vivant s'expliquent mieux par une cause « intelligente » que par des processus non dirigés tels que la sélection naturelle.

3. « India cuts periodic table and evolution from school textbooks », Dyani Lewis, Scientific American, 1er juin 2023.

4. « Why is India dropping evolution and the periodic table from school science ? », éditorial, 30 mai 2023.

5. « India cuts the periodic table and evolution from school textbooks », DW, 6 février 2023.

6. « India drops evolution and periodic table from some school textbooks », John Reed and Jyotsna Singh, Financial Times, 6 juin 2023

7. « Mughals, RSS, evolution : Outrage as India edits school textbooks », Srishti Jaswal, Al-Jazeera, 14 avril 2023.

8. Dérivé persan de Sindus (d'où le Sind), désignant le fleuve dont le nom latin est conséquemment « Indus ».

9. Le gouvernement justifie également cette révision honteuse ou craintive, en invoquant une « rationalisation » dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

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Impasse militaire à Ghaza et isolement diplomatique : Quand la CIA irrite Netanyahu

19 mars 2024, par Mourad Slimani — , ,
L'Agence note que Benyamin Netanyahu a fait pratiquement le consensus contre lui, en Israël et ailleurs, au fil des près des plus de cinq mois de guerre contre la bande de (…)

L'Agence note que Benyamin Netanyahu a fait pratiquement le consensus contre lui, en Israël et ailleurs, au fil des près des plus de cinq mois de guerre contre la bande de Ghaza.

El-Watan
14 mars 2022

Par Mourad Slimani

Le Premier ministre israélien a essuyé des critiques nombreuses et sévères pour l'incapacité de son gouvernement à anticiper l'offensive du Hamas et à lui faire face - Photo : D. R.

La Central Intelligence Agency (CIA) estime que la carte Netanyahu à la tête du gouvernement israélien est consommée et que la passibilité de le voir camper plus longtemps les premiers rôles politiques au sommet de l'Etat hébreu est de moins en moins « viable ».

Dans son rapport annuel sur les menaces sur la sécurité nationale des Etats-Unis – le rapport, dont un segment non secret a été présenté lundi dernier devant les membres du Congrès – série chaque année les risques et menaces dans le monde susceptible de représenter un danger pour la première puissance internationale, en s'appuyant sur un dense réseau de renseignements.

Selon des médias spécialisés, c'est la première fois que la communauté du renseignement américain lève le caractère confidentialité sur des contenus critiques envers Israël et son personnel politique de premier plan.

Une démarche pas du tout appréciée à Tel-Aviv, selon des médias israéliens. Ledit rapport, selon de larges extraits repris par la chaîne CNN, note que Benyamin Netanyahu a fait pratiquement le consensus contre lui en Israël au fil des près des plus de cinq mois de guerre déclenchée contre la bande de Ghaza, même si la société adhère en majorité à l'objectif d'« anéantir le Hamas ».

Le Premier ministre israélien, dont la cote de popularité n'était pas au beau fixe avant les attaques du 7 octobre, a essuyé des critiques nombreuses et sévères pour l'incapacité de son gouvernement à anticiper l'offensive du Hamas et à lui faire face.

Les critiques sont par ailleurs de plus en plus nombreuses concernant la manière de mener la guerre depuis plus de cinq mois et les doutes tout aussi nombreux sur la possibilité de réaliser ses objectifs. En l'occurrence, l'Agence de renseignement américain ne croit pas trop, pour sa part, à la possibilité d'un anéantissement des capacités d'action du Hamas.

Le document reprend sur ce chapitre ce qui est présenté comme le point de vue de l'administration américaine s'agissant de la lutte contre le « terrorisme », à la base des expériences de lutte contre l'organisation de l'Etat islamique (EI) et Al Qaïda, et selon lequel des ripostes disproportionnées et n'épargnant pas suffisamment les civiles représentaient les meilleurs moyens d'élargir les bases de recrutement des organisations combattues.

Joe Biden avait lui-même conseillé, il y a quelques mois, ses protégés israéliens de ne pas commettre « les erreurs » commises par les Etats-Unis dans leurs interventions en Irak et ailleurs. Les massacres de civils palestiniens se sont, cela dit, poursuivis à Ghaza et cela n'a pas empêché l'administration américaine de continuer à fournir des munitions et des armes à la machine de guerre israélienne.

Lobbying toujours aussi puissant

En tout état de cause, le récent rapport de la mythique CIA suggère que la « menace terroriste » non seulement n'est pas écartée par la guerre contre Ghaza et ses méthodes, mais qu'elle déborde désormais pour s'étendre jusqu'aux Etats-Unis, allié inconditionnel de Tel-Aviv, où l'on signale une augmentation substantielle du risque attentat.

Le scepticisme à l'égard de la capacité de Netanyahu à gouverner s'est aggravé et élargi dans l'opinion publique par rapport aux niveaux déjà élevés d'avant la guerre, statue le rapport de la CIA en substance, ajoutant que le scénario de grandes manifestations exigeant sa démission et de nouvelles élections était plus que plausible à court et moyen terme.

La conclusion table sur l'émergence d'un gouvernement moins extrémiste à Tel-Aviv. Ceci se croise encore avec une préférence née au sein de l'administration américaine, en décembre dernier, sur la nécessité de démanteler l'attelage d'extrême droite qui est aux manettes en Israël pour permettre une marge de manœuvre moins minée pour Washington dans la région du Moyen-Orient.

La présentation du rapport lundi dernier au Congrès a été perçue comme une nouvelle séquence de la tension qui caractérise les relations entre la primature israélienne et la Maison-Blanche depuis des semaines.

La démarche de la CIA a bien entendu fortement déplu à Tel-Aviv : un ministre de l'extrême droite a ainsi répliqué qu'il était attendu des Etats-Unis de démanteler le Hamas et pas le gouvernement israélien.

Le lendemain, Benyamin Netanyahu s'adressant à une réunion des délégués de l'AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), puissant lobby américain créé en 1963 pour soutenir Israël, a signifié, dédaigneux, qu'il ne prêtait pas beaucoup d'attention à l'histoire du désamour présumé de la Maison-Blanche à son égard.

« L'écrasante majorité des Américains et du Congrès sont à nos côtés », a-t-il lancé dans une pique que des médias ont interprétée comme s'adressant en premier lieu à Joe Biden.

La séquence résume parfaitement la conjoncture, ainsi que la nature des liens entre l'Etat hébreu et la puissance américaine. Les acteurs strictement politiques et institutionnels peuvent bien marquer des distances avec les options prises à Tel-Aviv, la puissance des réseaux de lobbying pro-israélien sont là pour en neutraliser les effets.

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Israël demande aux civils d’évacuer après avoir pris le contrôle de l’hôpital al-Shifa dans la ville de Gaza

19 mars 2024, par Helen Livingstone, Jason Burke — , , , ,
Des victimes ont été signalées après des raids sur le complexe, où des centaines de personnes se seraient réfugiées et qui, selon l'armée israélienne, serait utilisé par le (…)

Des victimes ont été signalées après des raids sur le complexe, où des centaines de personnes se seraient réfugiées et qui, selon l'armée israélienne, serait utilisé par le Hamas.

Tiré de France-Palestine Solidarité. Article tiré du quotidien The Guardian. Photo : Il n'y a pas de limite sur l'ampleur des besoins humanitaires pour les gens à Gaza © UNRWA

Les forces israéliennes contrôlent l'hôpital al-Shifa dans la ville de Gaza, après un raid nocturne sur le complexe médical, et ont demandé aux milliers de personnes vivant à proximité d'évacuer vers le sud du territoire palestinien.

Daniel Hagari, porte-parole de l'armée israélienne, a déclaré tôt lundi que les troupes "menaient une opération de haute précision dans des zones limitées de l'hôpital Shifa sur la base ... d'informations de renseignement indiquant l'utilisation de l'hôpital par des terroristes de haut rang du Hamas pour commander des attaques".

Quelques heures plus tard, l'armée israélienne a déclaré avoir pris le contrôle du complexe tentaculaire, affirmant avoir tué ou blessé un nombre non divulgué de militants du Hamas, tout en détenant 80 personnes. Au moins un soldat israélien aurait été blessé.

L'armée israélienne a utilisé des tracts et les médias sociaux pour exhorter les civils autour de Shifa à quitter les environs, leur disant de se diriger immédiatement le long de la route côtière de Gaza vers al-Muwasi, une zone située à 18 miles (30 km) au sud.

Les moyens de transport sont très limités à Gaza, et de nombreux habitants de la ville de Gaza, en particulier les enfants et les personnes âgées, sont affaiblis après des mois sans nourriture adéquate. On ne sait pas encore comment ils pourront se conformer aux instructions israéliennes.

L'armée israélienne a diffusé des images granuleuses prises par des drones lors du raid sur l'hôpital Shifa, montrant les troupes sous le feu d'un certain nombre de bâtiments du complexe hospitalier. L'armée a déclaré que les troupes avaient reçu des instructions sur l'importance d'éviter de blesser les patients, les civils, le personnel médical et l'équipement.

Des témoins ont déclaré que le quartier al-Rimal de la ville de Gaza, où se trouve l'hôpital, avait été touché par des frappes aériennes."

Soudain, nous avons commencé à entendre des bruits d'explosion, plusieurs bombardements et bientôt des chars ont commencé à rouler. Ils venaient de la route ouest et se dirigeaient vers al-Shifa, puis les bruits de tirs et d'explosions ont augmenté", a déclaré à Reuters Mohammad Ali, 32 ans, père de deux enfants, qui vit à un peu plus d'un kilomètre de l'hôpital, par le biais d'une application de messagerie instantanée.

"Nous ne savons pas ce qui se passe, mais il semble qu'il s'agisse d'une nouvelle invasion de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.

Le Hamas a déclaré que l'armée israélienne avait commis un nouveau crime en ciblant directement les bâtiments de l'hôpital sans se soucier des patients, du personnel médical ou des personnes déplacées qui s'y trouvaient.

Le ministère de la santé de Gaza a déclaré que le raid avait provoqué un incendie à l'entrée du complexe, entraînant des cas d'asphyxie parmi les femmes et les enfants déplacés dans l'hôpital.

Il a précisé que les communications avaient été coupées et que des personnes étaient bloquées dans les services de chirurgie et d'urgence de l'un des bâtiments.

"Il y a des victimes, y compris des morts et des blessés, et il est impossible de sauver qui que ce soit en raison de l'intensité de l'incendie et du ciblage de toute personne s'approchant des fenêtres", a déclaré le ministère, qui a accusé les forces israéliennes d'un "autre crime contre les institutions de santé".

Les affirmations des responsables du ministère de la santé, de l'armée israélienne et du Hamas n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Le raid israélien mené en novembre contre Shifa, le plus grand hôpital de Gaza, a suscité une large condamnation internationale et cette nouvelle opération souligne les difficultés auxquelles Israël est confronté dans la bande de Gaza.

Depuis février, l'armée israélienne a repris le combat dans certaines parties du territoire que l'on pensait débarrassées des militants du Hamas après des batailles acharnées l'année dernière. Des habitants de la ville de Gaza ont déclaré au Guardian ce mois-ci que peu de troupes israéliennes étaient stationnées dans les rues en ruine, mais qu'elles s'étaient repliées sur des positions situées à la périphérie et aux principaux carrefours routiers.

Hagari a déclaré qu'il n'était pas nécessaire que les patients ou le personnel médical évacuent Shifa, mais qu'il y aurait "un passage pour que les civils puissent sortir de l'hôpital".

Les combats et la dévastation du nord de la bande de Gaza ont contraint des milliers de Palestiniens à se réfugier à Shifa, vivant dans des tentes de fortune sur le terrain de l'hôpital.

Des informations diffusées sur les réseaux sociaux décrivent des scènes de panique et des images non vérifiées montrent des personnes tentant de fuir le long d'une rue dans l'obscurité au début de l'opération israélienne.

Les forces israéliennes ont effectué des descentes dans plusieurs hôpitaux de Gaza dans le cadre d'une campagne militaire lancée après l'attaque surprise du Hamas dans le sud d'Israël, au cours de laquelle les militants ont tué 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en ont pris environ 250 autres en otage.

L'intensité de l'offensive s'est quelque peu atténuée au cours des dernières semaines, mais le nombre de morts continue de s'alourdir. La campagne israélienne contre le Hamas a tué au moins 31 645 personnes à Gaza, pour la plupart des femmes et des enfants, selon le ministère de la santé du territoire.

La semaine dernière, le Royaume-Uni a demandé une enquête sur le raid israélien contre l'hôpital Nasser à Khan Younis en février, après un rapport indiquant que le personnel médical avait subi des traitements violents et humiliants en détention après l'attaque.

Israël a accusé à plusieurs reprises le Hamas d'utiliser des civils comme boucliers humains en menant des opérations militaires à partir d'hôpitaux et d'autres centres médicaux. Le groupe militant nie ces allégations.

Après son raid de novembre sur Shifa, l'armée israélienne a déclaré avoir trouvé des armes et du matériel militaire cachés dans l'hôpital, ainsi qu'un tunnel de 55 mètres dans le sous-sol. L'armée a diffusé des images prouvant que des otages y étaient détenus, ce que le Hamas nie également.

Les preuves produites par l'armée israélienne ne semblaient pas confirmer les affirmations faites avant le raid selon lesquelles le groupe militant avait construit un centre de commandement bien équipé dans plusieurs bunkers reliés entre eux sous l'hôpital.

Depuis plusieurs semaines, les organisations humanitaires s'efforcent de rétablir les services à Shifa, mais il leur est difficile d'accéder au nord de Gaza pour y acheminer du matériel et des fournitures.

Ce dernier raid intervient alors que l'on espère qu'un accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël pourra être conclu lors d'une nouvelle série de pourparlers qui devrait débuter dans les prochains jours.

Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a déclaré qu'aucune pression internationale n'empêcherait Israël de réaliser son objectif de guerre, à savoir "écraser le Hamas", et s'est engagé à lancer une offensive prévue de longue date à Rafah, la ville la plus méridionale de Gaza, qui abrite désormais plus d'un million de personnes déplacées d'autres parties du territoire.

Traduction : AFPS

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Guerre contre Ghaza : Les vives inquiétudes de l’OMS

Benyamin Netanyahu a fait part une nouvelle fois hier de son intention de lancer une opération d'envergure sur Rafah. En visite dans la région, le chancelier allemand, Olaf (…)

Benyamin Netanyahu a fait part une nouvelle fois hier de son intention de lancer une opération d'envergure sur Rafah. En visite dans la région, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a exprimé, depuis la Jordanie, son opposition à une telle opération qui, a-t-il prévenu, « rendrait la paix régionale très difficile ». M. Scholz, qui s'est entretenu hier avec le roi Abdallah II de Jordanie, a plaidé pour un « cessez-le-feu durable », en soulignant : « Nous devons tout faire pour que la situation ne s'aggrave pas. »

Tiré d'El Watan.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a réitéré dimanche son intention de lancer une grande offensive sur Rafah. « Aucune pression internationale ne nous empêchera d'atteindre tous les objectifs de notre guerre (...).

Nous agirons à Rafah, cela prendra quelques semaines, mais cela aura lieu », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par l'AFP. Netanyahu a approuvé vendredi « les plans d'action » relatifs à cette offensive terrestre. Ces plans prévoient, entre autres, une « évacuation de la population ».

En visite dans la région, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a clairement exprimé son opposition à cette attaque massive. M. Scholz est arrivé samedi soir à Amman. Il s'est entretenu hier avec le roi Abdallah II de Jordanie dans sa résidence privée au port d'Al Aqaba, sur la mer Rouge, avant de se rendre en Israël.

Le chancelier allemand estime qu'une attaque de grande envergure sur la ville de Rafah « rendrait la paix régionale très difficile », indique l'agence Reuters. « Pour le moment, il s'agit de garantir un cessez-le-feu durable. Cela nous permettrait d'empêcher une telle offensive terrestre d'avoir lieu », a encore souligné Olaf Scholz. « Il est très clair que nous devons tout faire pour que la situation ne s'aggrave pas », a-t-il insisté.

Peu avant d'entamer son voyage, M. Scholz a déclaré à la presse : « Il serait important de trouver rapidement un accord sur un cessez-le-feu qui permettrait de libérer les otages et de faire entrer l'aide humanitaire à Ghaza », rapporte l'agence allemande DPA. « Nous sommes inquiets quant à la poursuite de l'évolution militaire.

Le risque qu'une offensive de grande ampleur à Rafah fasse de très nombreuses et terribles victimes civiles est élevé, ce qu'il faut éviter à tout prix », a-t-il prévenu. L'Allemagne, pour rappel, est l'un des soutiens inconditionnels d'Israël dans sa guerre féroce contre la résistance palestinienne.

Berlin a été « l'un des alliés les plus fidèles d'Israël aux côtés des Etats-Unis, soutenant constamment son droit à se défendre, soulignant son devoir de se tenir aux côtés du pays pour expier sa perpétration de l'Holocauste nazi au cours duquel 6 millions de juifs sont morts », note Reuters.

Un enfant sur trois souffre de malnutrition

Olaf Scholz a d'ailleurs tenu à mentionner qu'« Israël a parfaitement le droit de se protéger ». « En même temps, fera-t-il observer dans la foulée, il est impossible que ceux (les civils, ndlr) de Ghaza qui ont fui vers Rafah soient directement menacés par les actions et opérations militaires qui y sont entreprises ».

Reuters signale que « M. Scholz n'a pas répondu directement à la question de savoir si l'Allemagne réagirait à une offensive à grande échelle sur Rafah, par exemple en limitant les exportations d'armes allemandes vers Israël ».

Il convient de noter aussi que sur le plan de l'action humanitaire en faveur des Palestiniens, l'Allemagne a fait également un effort. De fait, la Bundeswehr, l'armée allemande, « a commencé à larguer de l'aide humanitaire pour la population en détresse dans la bande de Ghaza », rapporte l'agence de presse allemande DPA.

« La première livraison, entre autres composée de riz et de farine, a été parachutée samedi par un avion Hercules C-130 au-dessus du nord du territoire palestinien. D'autres livraisons sont prévues », précise la même source.

Réagissant au risque d'un massacre d'une ampleur génocidaire à Rafah, le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait part à son tour de sa vive inquiétude. « Je suis gravement préoccupé par les informations faisant état d'un plan israélien visant à lancer une attaque terrestre contre Rafah », a-t-il posté samedi sur le réseau X.

« Une nouvelle escalade de violence dans cette zone densément peuplée entraînerait encore davantage de morts et de souffrances, en particulier dans un contexte où les établissements de santé sont déjà débordés », a-t-il averti. Et d'ajouter : « 1,2 million de personnes à Rafah n'ont aucun endroit sûr où se réfugier (...).

De nombreuses personnes sont trop fragiles, affamées et malades pour être déplacées à nouveau. » Appelant l'occupant sioniste à la retenue, le directeur général de l'OMS implore : « Au nom de l'humanité, nous appelons Israël à ne pas aller de l'avant et à œuvrer plutôt en faveur de la paix. » L'Unrwa prévient qu'à l'heure actuelle, un enfant de moins de deux ans sur trois souffre de malnutrition aiguë au nord de la bande de Ghaza.

L'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens nous apprend par ailleurs que « la destruction de la bande de Ghaza a produit près de 23 millions de tonnes de débris ». « Il faudra des années pour déblayer les décombres et les munitions non explosées », constate l'Unrwa à travers une publication sur la plateforme X.

De son côté, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Martin Griffiths, a réagi à la tuerie de jeudi dernier commise par l'armée israélienne à un point de distribution de l'aide humanitaire.

Cette boucherie s'est produite, rappelle-t-on, au niveau du rond-point « El Koweït », dans la ville de Ghaza, où 20 personnes ont été tuées et 155 blessées.

M. Griffiths a qualifié cette information de « choquante ». Il a « estimé que ces incidents ne peuvent pas continuer, et que personne ne devrait mourir en essayant de maintenir sa famille en vie », indique ONU-Info.

169 camions par jour au lieu de 500

Selon l'OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, « les autorités israéliennes n'ont facilité que 25% des missions d'aide prévues dans le nord à ce jour ».

« Au cours des 14 premiers jours du mois de mars, une moyenne de 169 camions d'aide par jour ont pénétré dans la bande de Ghaza », affirme l'organisme onusien, avant de faire remarquer : « Ce chiffre reste bien en deçà de la capacité opérationnelle des deux points de passage et de l'objectif de 500 camions par jour, avec des difficultés à la fois à Karem Abou Salem et à Rafah. »

« La sécurité de la gestion des points de passage a été gravement affectée par la mort de plusieurs policiers palestiniens lors de frappes aériennes israéliennes près des points de passage au début du mois de février », déplore l'OCHA.

Et c'est précisément en raison de toutes ces restrictions qui entravent l'acheminement des aides par voie terrestre qu'un couloir maritime a été ouvert entre Chypre et la bande de Ghaza. Mardi dernier, un premier bateau humanitaire a inauguré ce corridor maritime.

Il s'agit d'un navire de l'ONG espagnole Open Arms chargé de 200 tonnes de vivres au profit de la population de Ghaza. Cette opération a été conduite en étroite collaboration avec une autre ONG, World Central Kitchen (WCK), fondée par le chef hispano-américain José Andrés.

Le bateau est arrivé vendredi à Ghaza. « On a réussi ! » s'est félicitée l'ONG Open Arms dans un post publié ce samedi sur sa page Facebook. « Après 20 ans de blocus naval dans la bande de Ghaza, hier (vendredi, ndlr) le navire d'Open Arms, aux côtés de World Central Kitchen, ouvrait ce couloir humanitaire maritime si nécessaire pour soulager la situation extrême de la population (…).

Le chemin jusqu'ici n'a pas été facile, mais la détermination, la volonté et le travail acharné ont transformé quelque chose qui semblait impossible en réalité », écrit l'organisation caritative espagnole.

Sa partenaire américaine, World Central Kitchen, a fait savoir de son côté : « WCK a déchargé près de 200 tonnes de riz, de farine, de protéines et d'autres produits qui sont arrivés par mer plus tôt aujourd'hui (vendredi, ndlr). En même temps que cette cargaison est transportée à terre, notre deuxième navire s'apprête à partir de Chypre avec des centaines de tonnes de nourriture supplémentaires. »

L'ONG précise en outre : « Pendant le Ramadhan, WCK fournit 92 000 boîtes de nourriture à Ghaza – 4,7 millions de repas. Nous offrons tout le soutien possible aux Palestiniens qui observent le Ramadhan dans les circonstances les plus sombres. »

Au 163e jour de la guerre contre Ghaza, au moins 92 Palestiniens ont été tués dans 9 massacres commis en 24 heures, entre samedi soir et dimanche matin, ont affirmé hier les autorités sanitaires locales.

Cela porte à 31 645 le nombre de morts recensés depuis le début de l'offensive israélienne contre la bande de Ghaza, relève la même source, tandis que le nombre de blessés, lui, a grimpé à 73 676. Des dizaines de frappes nocturnes ont été menées par les forces d'occupation israéliennes dimanche soir.

Ces raids intenses ont ciblé notamment Ghaza-Ville, Deir Al Balah, au centre de la bande de Ghaza, ainsi que Khan Younès et Rafah au sud.

12 membres d'une même famille, en l'occurrence la famille Thabet, majoritairement des femmes et des enfants, ont péri dans un bombardement, hier à l'aube, à Deir Al Balah, plus exactement au quartier Bishara, alerte le ministère de la Santé de Ghaza.

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Du « droit de se défendre » d’un Etat colonial

19 mars 2024, par Faris Lounis, Thomas Vescovi — , , , ,
Entretien avec Thomas Vescovi Qu'est-ce qu'un Palestinien déchiqueté par une bombe américaine larguée aveuglément sur un quartier de Gaza au nom de la « lutte contre le (…)

Entretien avec Thomas Vescovi

Qu'est-ce qu'un Palestinien déchiqueté par une bombe américaine larguée aveuglément sur un quartier de Gaza au nom de la « lutte contre le terrorisme » ? Au pire, un « terroriste mis, temporairement ou définitivement, hors de l'état de nuire », au mieux, « un Arabe de moins ». C'est ce que je comprends des énoncés frelatés, complices de l'arrogante barbarie génocidaire en cours contre les Palestiniens, que j'écoute dans certaines radios et télévisions françaises qui expliquent doctement que « les civils gazaouis sont prévenus par des tracts écrits en arabe avant chaque bombardement » ou des niaiseries de Joe Biden et d'Olaf Sholz expliquant que « nous sommes en train d'étudier la protection des civils de Gaza avec notre allié ».

Au nom de l'instrumentalisation la plus scandaleuse du siècle des principes démocratiques et de l'héritage des Lumières, les Etats du « monde libre » mentent éhontément en menant un combat acharné contré la vérité ensanglantée d'une situation coloniale qui perdure depuis presque un siècle. Nous avons bien retenu la leçon depuis longtemps : entre l'inhumanité coloniale des dominants et le « terrorisme » des dominés, le « deux poids, deux mesures » enseigne sans craindre la déchéance morale : « l'humanité des civilisés est dans leur inhumanité ».

Professeur d'histoire-géographie dans le secondaire, historien, chercheur indépendant, , fin connaisseur du conflit israélo-arabe et membre du comité de rédaction de « Yaani », le nouveau blog des jeunes chercheurs de terrain qui propose des « regards critiques sur les contextes israélo-palestiniens, les rapports coloniaux qui les structurent et les oppressions systémiques » des Palestiniennes et des Palestiniens, Thomas Vescovi livre au Matin d'Algérie ses analyse sur la situation coloniale palestinienne et le génocide en cours à Gaza.

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Le Matin d'Algérie : Selon vous, existe-t-il des rapports entre le sionisme, le racisme et le colonialisme ?

Thomas Vescovi : A l'origine, le sionisme devait permettre aux populations juives européennes de s'émanciper, de se libérer de l'antisémitisme. Mais, entendant créer un Etat pour ces juifs stigmatisés et discriminés en Europe sur un territoire peuplé depuis des siècles, la Palestine, où la majorité des gens ne sont pas juifs, ce mouvement va déployer un projet colonial. Et vu que le colonialisme est fondé sur le racisme, logiquement, le sionisme, en tant que projet colonial, va à son tour produire du racisme. Du racisme évidemment contre les Palestiniens, contre les Arabes plus généralement, mais aussi contre les juifs venus du Maghreb et du Machrek. Dès leur arrivée en Israël dans les années 1950-1960, ils vont se retrouver dans l'obligation de mettre de côté leur identité arabe au profit d'une identité juive construite en majeure partie par le nouvel Etat d'Israël et le sionisme, c'est-à-dire une identité fondée sur l'idée que le judaïsme est avant tout une identité nationale.

Le Matin d'Algérie : « Gaza n'est pas un territoire occupé » ; « Gaza aurait pu être un petit Singapour » ; « le retrait d'Israël de la Cisjordanie provoquerait de nouveaux pogroms » ; « Israël a le droit de se défendre ». Dans la presse et l'audio-visuel français, de tels propos se répètent en boucle, dans une indifférence totale vis-à-vis du génocide en cours. Un Etat colonial, a-t-il réellement le « droit de se défendre » des conséquences d'une entreprise coloniale inhumaine qui perdure depuis des décennies ?

Thomas Vescovi : Au niveau du droit international, Israël, en tant qu'Etat reconnu au niveau des Nations Unis, a le droit de se défendre quand une puissance étrangère attaque son sol. Cependant, ce droit à la défense doit respecter des conditions très strictes. Premièrement, la proportionnalité : on ne peut répondre de manière disproportionnée face à une attaque donnée. Deuxièmement, la réponse à une éventuelle attaque doit garantir la protection des population civiles. Ces deux conditions ne sont absolument pas respectées dans la bande de Gaza aujourd'hui. Mais le point le plus important dans ce débat, c'est que le droit à la défense ne peut pas s'appliquer sur des attaques venant d'un territoire occupé. Le peuple palestinien vit sous une oppression et une dépossession coloniale depuis au moins 1967, voire depuis 1948 ou même avant. A partir de cet état de fait, la question peut se poser : quelle validité pour l'argument du « droit de se défendre » que l'Etat d'Israël brandit dans la guerre qu'il mène contre Gaza, ce territoire qu'il occupe aux yeux du droit international ? La réponse est évidente : non ! Le droit international ne réserve pas ce droit à un Etat colonial. De ce fait, « le droit à la défense » qu'Israël évoque depuis le 7 octobre 2023 ne peut pas fonctionner comme argument dans la manière dont son armée se comporte et agit.

Le Matin d'Algérie : Concomitamment à la guerre génocidaire en cours à Gaza, la répression et la colonisation en Cisjordanie n'a pas cessé de s'intensifier depuis le 7 octobre 2023. Pouvez-vous nous donner un aperçu général de ce qui s'y passe ?

Thomas Vescovi : Depuis le 7 octobre 2023, le processus de nettoyage ethnique dans nombre de villages de Cisjordanie, en cours depuis des décennies, s'est brutalement accéléré. Puisque les regards sont tournés vers Gaza, les colons les plus violents, protégés et soutenus par l'armée israélienne, agissent en totale impunité. Il faut rappeler qu'en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, on a plus de 700 000 israéliens installés illégalement sur des terres palestiniennes. Une partie significative d'entre eux agissent afin d'expulser les Palestiniens de toutes les zones rurales pour les obliger de se cantonner dans des zones urbaines. Les colons et l'armée ont dépeuplé, partiellement ou totalement, plusieurs dizaines de communautés villageoises palestiniennes. Les attaques contre les civils se comptent par centaines, des agressions et des violences, avec parfois des meurtres pour inciter les gens de partir. Des milliers d'arrestations arbitraires de militants palestiniens sont aussi enregistrées. Mais l'acmé de la violence coloniale sont les opérations extrêmement violentes dans des camps ou des villes comme Tulkarem, Jénine ou Naplouse où sont encore présents plusieurs groupes armés palestiniens qui tentent d'opposer une forme de résistance à l'armée coloniale israélienne. Pour le dire d'emblée, la situation est extrêmement complexe en Cisjordanie : la population civile, colonisée, désarmée et sans aucune protection, fait face quotidiennement aux incursions de de l'armée et aux attaques criminelles des colons.

Le Matin d'Algérie : Le 7 octobre 2023, l'offensive militaire du Hamas sur des sites de l'armée israélienne a laissé dernière elle quelques centaines de civils israéliens atrocement massacrés. Ces crimes de guerre, annulent-ils le caractère militaire cette offensive ? Quelle est la caractérisation la plus juste de cet événement qui, selon le Hamas et plusieurs courants du mouvement national palestinien, s'inscrit dans le cadre d'une lutte de libération nationale ?

Thomas Vescovi : Concernant le 7 octobre 2023, les chiffres dont on dispose actuellement font état de 1149 victimes israéliennes parmi lesquelles on doit différencier 700 civils, environ 380 soldats et policiers et quelques travailleurs étrangers, notamment asiatiques. Sur la manière de qualifier le 7 octobre 2023, il y a le narratif voulu par les groupes armés palestiniens, notamment le Hamas, mais en termes de droit international, il n'empêche que les images dont on dispose ne peuvent pas contredire le fait qu'on a eu affaire à des crimes de guerre, voire à des crimes contre l'humanité, dès lors que des civils ont été ciblés de manière indiscriminée. Cela étant dit, il faut préciser que si l'attaque du 7octobre est largement soutenue par l'opinion publique palestinienne, cette même opinion considère quasi unanimement qu'il est impensable qu'une telle attaque doit impérativement prendre pour cible des civils désarmés, des femmes et des enfants. La manière dont les groupes armés palestiniens vont présenter le 7 octobre est déterminante pour leur capacité dans l'avenir à pouvoir se présenter comme le représentant le plus légitime du peuple palestinien. Mais, lorsqu'aujourd'hui des ONG ou des juristes parlent de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, il est évident que cela remet en question une partie de la narration du Hamas qui, lui, dit ne pas avoir voulu cibler des populations civiles. En dépit du fait qu'on a eu plusieurs bases militaires attaquées le 7 octobre (les images et les vidéos sont là pour en témoigner), il n'empêche que dans plusieurs kibboutzim et villages entourant la bande de Gaza (la rave-party, par exemple), les images et les vidéos dont nous disposons montrent clairement que des civils ont été ciblés de manière volontaire et indiscriminée.

Le Matin d'Algérie : Nombre de Palestiniens d'Israël subissent de plein fouet la militarisation à marche forcée des médias et des universités après le 7 octobre 2023. Peut-on dire sans naïveté qu'un « camp de la paix » existe toujours dans la « seule démocratie » coloniale du Proche-Orient ? Que représente la gauche anticoloniale qui y appelle à un cessez-le-feu immédiat ?

Thomas Vescovi : En ce qui concerne le « camp de la paix » et la gauche israélienne, il y a bien longtemps qu'elle ne pèse pas grand-chose, puisqu'Israël est un pays qui s'est profondément droitisé dans le sens où, et je l'ai expliqué dans plusieurs articles – notamment dans mon livre L'Echec d'une utopie, Israël étant un pays qui s'est construit sur une base ethnique, c'est-à-dire un pays qui doit garantir des droits à une partie de sa population, tous ceux qui vivent dans ce pays et ne peuvent pas prétendre à ce groupe national, les « non-juifs », sont peu à peu soumis à des discriminations qui ne cessent de se renforcer à mesure que la droite est au pouvoir. Aujourd'hui, la droitisation tous azimuts d'Israël a marginalisé toute une partie de la gauche israélienne, notamment la gauche la plus anticoloniale, celle liée au parti communiste israélien qui est composée, il faut le rappeler, d'Israélien juifs, mais aussi de Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne. Sur ce « camp de la paix », j'ajoute qu'il y a toute une couche très minoritaire de la population israélienne qui manifeste pour demander un cessez-le-feu et le respect des droits des Palestiniens. Ils ont manifesté à plusieurs reprises depuis le 7 octobre 2023, à Haïfa, à Tel-Aviv et à Jérusalem-Ouest. Et même s'ils sont soumis à une forme de répression policière, ces groupes-là demeurent actifs dans la minorité politique qui est la leur.

Le Matin d'Algérie : Dans un Etat orwellien où le colonisé est sans cesse accusé de martyriser son colonisateur, peut-on encore parler sérieusement d'une « solution à deux Etats » ?

Thomas Vescovi : Si, à titre personnel, je pense que la solution à deux Etats n'est plus opérante, je continue de respecter les personnes qui la revendiquent et demandent la création d'un Etat palestinien indépendant et souverain sur les terres de 1967, parce que je sais à quel point c'est un idéal directeur pour beaucoup de personnes aux quatre coins du monde, surtout au Proche-Orient. Cependant, je crois, et pour être tout à fait honnête et sincère, que ceux qui défendent la solution à deux Etats doivent en permanence rappeler que cela n'est possible que sous deux conditions bien précises sans lesquelles tout appel à la résolution de ce conflit serait une hypocrisie. La première : un processus de décolonisation de tous les territoires palestiniens censés devenir le futur Etat de Palestine (décolonisation veut dire forcément réappropriation des ressources naturelles aux Palestiniens, partage des richesses, possibilité d'une souveraineté pleine et entière pour les palestiniens, ce qui actuellement n'est pas prévu du tout) ; la seconde : prendre des sanctions fermes contre l'Etat d'Israël qui colonise, occupe et donc empêche le fait que cette solution advienne. Le pouvoir colonial israélien agit systématiquement contre l'aboutissement de cette solution et cette politique suprémaciste ne prendra fin qu'avec des pressions et des sanctions internationales. Le rapport de force ne peut changer qu'avec la mise en application de ces deux conditions. Sinon, qu'est-ce qui obligerait un Etat colonial et oppresseur de poursuivre un processus constitutif de sa politique intérieure et extérieure depuis sa création ?
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Propos recueillis par Faris LOUNIS
Journaliste indépendant
Bibliographie sélective :
La mémoire de la Nakba en Israël, Paris, L'Harmattan, 2015.
L'échec d'une utopie. Une histoire des gauches en Israël, Paris, La Découverte, 2021.
* Cet entretien a été publié pour la première fois, le 5 mars 2024, dans Le Matin d'Algérie.

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La Question palestinienne et le marxisme

19 mars 2024, par Guillaume Matthey — ,
Dans une brochure claire et concise, notre camarade Joseph Daher prolonge un exercice déjà entamé dans un long article publié dans Contretemps en 2021 : définir une stratégie (…)

Dans une brochure claire et concise, notre camarade Joseph Daher prolonge un exercice déjà entamé dans un long article publié dans Contretemps en 2021 : définir une stratégie politique réaliste pour l'émancipation du peuple palestinien, à partir d'une perspective révolutionnaire et ancrée dans les réalités de la région.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
8 mars 2024

Par Guillaume Matthey

La brochure permet de sortir la tête de la situation immédiate. Un apport salutaire face à la situation catastrophique à Gaza, qui paraît ne jamais avoir de fin. D'abord, parce qu'elle réinscrit la question de la résistance palestinienne et de l'État colonial et d'apartheid qu'est Israël dans l'histoire longue et dans les processus politiques régionaux. Ensuite, parce qu'elle médite les erreurs et impasses stratégiques des luttes passées et actuelles. Enfin, parce qu'elle projette la réflexion dans le temps long et à l'échelle régionale.

La question palestinienne et le marxisme vise à renforcer la solidarité pour la lutte de libération et d'émancipation du peuple palestinien en s'appuyant sur quelques principes : le droit des peuples à la résistance face à un régime d'apartheid et de colonisation, y compris armée, sans le confondre avec le soutien aux perspectives politiques des différents partis politiques palestiniens.

Mais aussi la centralité de la défense des droits fondamentaux comme le droit au retour, le droit à l'autodétermination, la fin de l'apartheid, de l'occupation et de la colonisation, la complète égalité des droits entre Palestinien·nes et Israélien·nes. Et le soutien à la campagne internationale du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Développement inégal et combiné

L'ouvrage permet d'identifier une ligne stratégique réaliste pour la cause palestinienne. Réaliste parce qu'elle s'appuie sur une lecture matérialiste et historique, mais aussi parce qu'elle pense les erreurs du passé et la situation actuelle. Une ligne qui ne se cache pas les difficultés : ainsi l'auteur n'élude pas l'analyse de la faiblesse de la classe travailleuse palestinienne et l'intérêt économique bien compris de la classe travailleuse israélienne, comme son soutien idéologique à son État.

Il en analyse les fondements : l'émergence d'une économie juive qui s'appuie sur les structures coloniales britanniques. Une économie dite « socialiste » mais en réalité à caractère colonial et ethno-racial, organisée dans l'alliance entre un syndicalisme juif et l'Organisation sioniste (OS) sous le slogan « terre juive, travail juif, produit juif ». Avec comme résultat un développement inégal et combiné entre l'économie palestinienne et israélienne ; la première étant maintenue dans un état de dépendance par rapport à la seconde, subissant une dynamique de « dé-développement ».

Daher invite donc à penser le problème non pas comme celui de la couleur politique des dirigeant·es israélien·nes, mais comme un « processus de colonisation continue » qui organise les rapports entre les deux populations.

Daher défait également toute attente envers les principales forces politiques palestiniennes : le Hamas affirme une politique réactionnaire d'islamisation de la société gazaouie et s'allie avec des régimes autoritaires comme l'Iran, le Qatar ou la Turquie. Simultanément, ce mouvement « ne considère pas les masses palestiniennes, les classes ouvrières régionales et les peuples opprimés comme des forces susceptibles d'obtenir leur libération » et défend une économie basée sur le capitalisme et le libre marché.

Joseph Daher rappelle à ce titre que la petite bourgeoisie est la « base sociale historique du fondamentalisme islamique », que ce « projet réactionnaire n'offre aucune solution aux sections de la paysannerie et des salarié·es » qu'il gagne et que pour lui « la lutte des classes est donc considérée comme une chose négative ». De son côté, l'Autorité Palestinienne est définitivement décrédibilisée par sa collaboration avec la puissance occupante.

Vers l'auto-organisation par en bas

Ce qui constitue le caractère paradoxal de sa proposition est qu'elle est aussi implacablement réaliste qu'elle semble lointaine, voire inatteignable. Mais c'est l'horizon stratégique que défend Joseph Daher : la seule stratégique réaliste de libération est une « stratégie révolutionnaire régionale (…) qui passe par l'établissement d'un État démocratique, socialiste et laïque dans la Palestine historique, avec des droits égaux pour les peuples palestinien et juif, au sein d'une fédération socialiste à l'échelle du MOAN. »

C'est-à-dire que les Palestinien·nes doivent construire une « nouvelle direction politique engagée dans l'auto-organisation par en bas » et des alliances avec les forces socialistes et émancipatrices de toute la région.

On regrettera toutefois que cette direction stratégique ne soit pas étayée de quelques propositions politiques de court et moyen terme. L'auteur peine à proposer des pistes où se concrétise la ligne stratégique défendue. Gageons que cela soit l'objet d'une seconde brochure !

Guillaume Matthey

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Célébration du 8 mars à Istanbul : des milliers de femmes défient le pouvoir turc

Manifestation féministe à Istanbul : les femmes turques revendiquent avec détermination leurs droits et s'opposent vigoureusement à l'orientation conservatrice adoptée par (…)

Manifestation féministe à Istanbul : les femmes turques revendiquent avec détermination leurs droits et s'opposent vigoureusement à l'orientation conservatrice adoptée par Erdogan.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/03/14/celebration-du-8-mars-a-istanbul-des-milliers-de-femmes-defient-le-pouvoir-turc/

En cette soirée du 8 mars 2024, quelques milliers de femmes bravent la pluie et les collines d'Istanbul pour se rassembler aux portes de la place Taksim, lieu historique de protestation politique, scrupuleusement gardée par les forces de l'ordre. Les stations de métro desservant la place sont fermées depuis 14 heures.

« Je suis ici pour défendre les droits des femmes, depuis quelques années cet événement est important . Les femmes se rassemblent sans la présence des hommes pour discuter de leurs droits. En Turquie, chaque jour des femmes connaissent une fin tragique, la question de la violence contre les femmes est cruciale. »

Après quelques minutes d'attente, des groupes de femmes parviennent à se frayer un chemin à travers les ruelles de Taksim, entre des policiers effectuant des fouilles de sacs et interrogeant les manifestantes. Elles finissent par se retrouver rue Siraselviler et forment un cortège enthousiaste, prêt à faire valoir ses droits.

« Avec Erdogan, nous sommes en danger »

« L'akp promeut un islam radical, je suis musulmane mais Erdogan se montre parfois plus extrême que l'Arabie saoudite. Avec lui nous sommes en danger », m'affirme une étudiante de 21 ans.

Point de vue partagé par cette médecin généraliste de 65 ans, militante féministe de la première heure, elle explique : « Je pense qu'en Turquie nous sommes confrontés au fascisme islamique. Ils [le pouvoir] sont sous la pression de leurs propres électeurs et tentent de remodeler le mode de vie de la Turquie selon un modèle islamique. Ils se sont retirés de la Convention d'Istanbul et poussent de plus en plus les femmes à retourner à des rôles traditionnels au sein du foyer, plutôt que de les encourager à participer à la vie sociale. »

La convention d'Istanbul, un traité international adopté par la Turquie en 2011 visait à protéger les femmes et les individus LGBT contre toute forme de violence. L'AKP a jugé que cette convention menaçait les valeurs traditionnelles de la famille turque. Fahrettin Altun, le chef de la communication du palais présidentiel, avait alors affirmé que ce texte de loi tentait de « normaliser l'homosexualité (…) » incompatible avec les valeurs sociales et familiales de la Turquie, le gouvernement d'Erdogan avait annoncé le retrait de la Turquie de la convention d'Istanbul en mars 2021.

Mais ce soir la foule est dense et enjouée, les visages sont presque exclusivement ceux de femmes, pour la plupart très jeunes. Leurs corps s'animent au rythme des tambours, des youyous, et des slogans qui résonnent en turc ou en kurde : « La rébellion contre tout ! La liberté contre tout ! » Certains, plus graves, préviennent : « Nous ne nous suicidons pas, nous ne nous taisons pas, nous n'avons pas peur ».

« Je suis fière qu'on me qualifie de terroriste, cela signifie que je les terrorise. »

Les manifestantes sont déterminées à défendre leurs droits qui ne cessent d'être remis en question par un gouvernement qui courtise toujours plus activement les partis les plus conservateurs et nationalistes de la société. Après la convention d'Istanbul, c'est la loi n°6284, également connue sous le nom de « Loi sur la protection des membres de la famille contre la violence » qui est remise en cause.

« Les manifestations sont criminalisées, c'est la manière la plus facile d'étouffer tout mouvement, pas seulement les féministes » déclare la militante.

« Il a peur des femmes, car nous avons un pouvoir considérable. Il y a actuellement beaucoup de policiers que nous n'avions pas vus lors du tremblement de terre. » déplore une jeune femme qui vient tout juste de rentrer dans la vie active. C'est aussi l'avis de l'une des rares présences masculines sur place : « En Turquie, la plupart des hommes ont peur d'aller manifester, ça n'est pas le cas des féministes et cela inquiète le gouvernement ».

En moins de deux heures, nous croisons deux femmes ayants eut des problèmes judiciaires, l'une est journaliste, elle a passé un an en prison ; la seconde vient juste de finir ses études, elle confie : « J'ai des problèmes avec le gouvernement. J'ai été devant le tribunal, je ne peux pas participer à des manifestations ni m'engager dans des activités considérées comme illégales. Je dois conserver un casier judiciaire propre pendant cinq ans, sinon je risque une peine de prison de huit mois. » Ces intimidations la préoccupent, mais ne l'empêchent pas de revendiquer haut et fort des droits pour les femmes. Elle ajoute : « Ils disent que je suis terroriste et j'en suis fière (…) car cela signifie que je les terrorise. »

Pareillement, la journaliste de 54 ans parait résolue à lutter, elle n'a pas peur d'aller manifester « J'ai déjà passé un an en prison pour mon implication dans une autre organisation de jeunesse, donc je suis habituée. Il y a beaucoup de jeunes femmes ici, et elles sont très fortes. »

Dans un pays où les mouvements contestataires se terminent souvent dans le sang, c'est avec admiration pour certains et perplexité pour d'autres que les passants observent le cortège qui se met en marche. Au-dessus de cette foule compacte parsemée de violet, symbole du combat féministe, flottent des drapeaux arc-en-ciel, tandis que des pancartes pailletées sont brandies. Sur l'une d'entre elle on peut lire : « Tu devrais avoir peur car cette foule brûle les hommes et les palais. »

Au même moment, la première dame de Turquie, Emine Erdogan, déclarait au « Sommet du travail des femmes dans l'agriculture » où le gouvernement l'avait mandatée en s'adressant à son auditoire féminin : « D'une part, vous maternez notre nation en nourrissant votre patrie, et d'autre part, vous protégez les droits de nos enfants à naître. » Une autre façon de célébrer le 8 mars…

La foule s'est dispersée à Cihangir presque sans heurts aux alentours de 22 heures. Les forces de l'ordre ont continué à patrouiller pendant plusieurs heures et ont escorté les femmes quittant la manifestation, empêchant ainsi la formation de nouveaux cortèges.

Elsa Galland
https://blogs.mediapart.fr/elsagn999/blog/090324/celebration-du-8-mars-istanbul-des-milliers-de-femmes-defient-le-pouvoir-turc

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Mythes et faillites du privé en santé au Canada

15 mars 2024, par Anne Plourde, Éditions Écosociété — , ,
En pleine mise en oeuvre de la réforme Dubé, qui ouvre la porte au privé, Écosociété est fière d'annoncer la parution d'un essai coup de poing : Santé inc. - Mythes et (…)

En pleine mise en oeuvre de la réforme Dubé, qui ouvre la porte au privé, Écosociété est fière d'annoncer la parution d'un essai coup de poing : Santé inc. - Mythes et faillites du privé en santé, de la chercheuse Anne Plourde. Partout, depuis des dizaines d'années, on nous dit que le privé en santé est bénéfique et complémentaire au système public. Mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? Pas du tout, selon l'autrice. Un livre qui promet de remettre les pendules à l'heure. Voir plus bas pour les détails.

Notre système de santé est en état de crise permanent. Depuis des décennies, nos gouvernements présentent le privé comme une solution. Il serait plus efficace, moins cher, nouveau, bénéfique pour le système public et de qualité. La réforme Dubé va d'ailleurs dans ce sens. Mais au-delà des considérations idéologiques, qu'on soit a priori pour ou contre, est-ce que ça fonctionne, le privé en santé ?

Se basant sur une abondance de données provenant du Québec et d'ailleurs, la chercheuse Anne Plourde a soumis à l'épreuve des faits cinq soi-disant vertus du privé en santé. Son constat est implacable : non, ça ne fonctionne pas. Pas du tout. Le privé en santé fait moins avec plus, ce qui est l'exact contraire de l'effet recherché.

Mais ce n'est pas une fatalité. À rebours des discours officiels, la chercheuse propose une solution pragmatique aux problèmes constatés : choisir l'efficacité et le meilleur rapport qualité-prix en déprivatisant complètement notre système de santé.

Un livre à déposer dans toutes les salles d'attentes !

Mythes et faillites du privé en santé au Canada (en librairie le 19 mars)

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