Presse-toi à gauche !
Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Propos de l’enfermement des femmes décrétées « folles »
En 1972, la psychologue Phyllis Chesler a publié *Women and Madness* (Les femmes et la folie, Payot, 1975), un ouvrage fondé sur des entretiens avec des femmes qui avaient été hospitalisées, mises sous traitement ou étiquetées comme malades mentales.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Elle a constaté que les femmes qui rejetaient les rôles qu'on leur imposait, qui s'affirmaient, qui exprimaient leur colère, qui refusaient le mariage et la maternité traditionnelles, ou qui dénonçaient des agressions, étaient disproportionnellement diagnostiquées comme instables.
Ce diagnostic ne passait pas toujours par une évaluation.
Il suffisait souvent qu'une femme mette des gens mal à l'aise.
Au cours du demi-siècle qui a suivi, un nombre croissant de recherches ont approfondi les patterns que Chesler avait commencé à documenter. La philosophe Miranda Fricker a qualifié ce phénomène d'« injustice épistémique », le refus systématique de considérer certaines locutrices comme des témoins crédibles de leur propre expérience. La psychologue Jennifer Freyd a identifié le schéma qu'elle appelle la stratégie du DARVO — Deny, Attack, Reverse Victim and Offender (Nier, Attaquer, Inverser les rôles de la Victime et de l'Agresseur) —, comme réponse institutionnelle prévisible lorsqu'une personne dénonce les agressions perpétrées par une personne en position de pouvoir. La philosophe Kate Manne a écrit sur l'« himpathy » — la manière dont la sympathie va systématiquement à l'homme puissant accusé plutôt qu'à la femme qui l'accuse.
Des chercheuses différentes, des domaines différents, mais partout le même schéma.
Ce schéma est structurel, et non individuel.
Lorsqu'une personne dénonce un harcèlement, des agressions ou des manquements institutionnels, on voit souvent la réponse éviter de porter sur le fond de l'affaire. Elle porte sur la personne qui s'exprime. Était-elle émotive ? Difficile ? Vindicative ? En mauvaise santé mentale ? A-t-elle attendu trop longtemps ? A-t-elle dénoncé les faits trop tôt ? A-t-elle déjà aimé la personne qu'elle accuse aujourd'hui ? A-t-elle déjà bu ? A-t-elle déjà menti à propos d'autre chose ?
La conversation dévie.
Le question initiale s'estompe.
Ce mécanisme fonctionne parce que le coût de la dénonciation est presque entièrement supporté par la personne qui parle. Les personnes qui signalent du harcèlement au travail perdent des emplois et des références. Les lanceurs d'alerte dans les secteurs de la santé, de la finance et de l'armée perdent leur carrière. Les femmes qui signalent des agressions lors de litiges relatifs à la garde des enfants sont très souvent présentées comme des mères aliénantes et perdent l'accès à leurs enfants. Les survivantes qui se manifestent publiquement sont souvent poursuivies pour diffamation par des personnes disposant de ressources bien supérieures aux leurs.
Les institutions impliquées ont rarement besoin d'imposer le silence directement.
Les risques liés à toute prise de parole le font pour elles.
C'est pourquoi le fait de ne pas dénoncer n'est pas un manque de courage personnel. C'est une réaction rationnelle face à un système qui impose des conséquences prévisibles et sévères aux personnes qui disent la vérité et ne leur offre en retour que très peu de protection.
C'est aussi pourquoi les rares moments où la vérité finit par éclater — Anita Hill, les enquêtes du Boston Globe Spotlight, Christine Blasey Ford, Frances Haugen, Tarana Burke et le mouvement devenu#MeToo, Cassie Ventura, Caroline Heldman — nécessitent généralement que ce ne soit pas une seule personne qui s'exprime, mais plusieurs.
Le coût ne diminue que lorsqu'il est partagé.
Si la responsabilité dépend de la divulgation, la question n'est pas seulement de comprendre pourquoi tant de problèmes persistent en silence pendant si longtemps.
La question est d'apprendre ce qu'il arrive aux personnes qui parlent les premières.
Et ce que nous — en tant qu'institutions, tribunaux, lieux de travail, familles et publics — choisirons de faire la prochaine fois que quelqu'une le fera.
The Curiosity Curator, sur sa pageFacebook
https://tradfem.wordpress.com/2026/05/04/a-propos-de-lenfermement-des-femmes-decretees-folles/
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Environnement : l’action libératrice
Je me souviens d'avoir pris conscience pour la première fois des problèmes de pollution à la lecture du magazine jeunesse Vidéo-Presse auquel nos parents nous avaient abonnés en début d'adolescence. C'était la pollution par les déchets, mais ça avait tout de même commencé à m'ouvrir les yeux sur une réalité dont je n'avais jusque-là pas conscience.
(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition de juin du journal Ski-se-Dit.)
Ce n'est que plus tard, une fois adulte, en m'impliquant dans un centre de ressources sur la paix et l'environnement, que j'ai mieux pris conscience des problèmes de pollution et plus généralement de la crise écologique qui se pointait à l'horizon. Nous étions un groupe au sein du centre de ressources qui s'occupait chaque semaine de promouvoir un organisme lié à la paix, à la justice ou à l'environnement dans l'Outaouais et la région d'Ottawa. Nous invitions les citoyens, avec nos moyens plutôt limités, à venir assister à la présentation d'un de ces organismes à des fins de conscientisation et d'éventuelle implication dans l'une ou l'autre de ces causes.
Je ne sais plus de quel organisme il s'agissait ce samedi-là, mais c'était un organisme lié à l'environnement. Le présentateur était dans les quarante ou cinquante ans ; il portait la barbe et il me semble encore parfois me rappeler son visage. Ce dont je me rappelle particulièrement, c'est la clarté de son exposé et la virulence de ses propos à la fin de la présentation. Je peux presque le citer de mémoire, encore aujourd'hui : « Nous fonçons dans un mur, de plus en plus vite, et nous avons de moins en moins de temps pour nous arrêter ! » Ce fut un choc et une prise de conscience pour le jeune homme que j'étais encore !
C'était il y a environ trente-cinq ans. Avant que l'on ne commence à prendre timidement conscience de la gravité de la situation au niveau international avec le timide protocole de Kyoto sur les changements climatiques en 1995. Avant, somme toute, que la question des changements climatiques et des nombreuses autres atteintes à l'environnement ne commencent à prendre timidement place dans nos journaux, à la radio et à la télévision. Personne alors, surtout parmi les plus jeunes, n'entrevoyait la situation angoissante dans laquelle nous nous retrouverions quelque part en 2026.
L'écoanxiété
Les menaces qui pèsent aujourd'hui sur notre planète et les sentiments d'impuissance qui en découlent sont des réalités trop oubliées pour les jeunes générations. S'ajoutent à cela, en contribuant aux problèmes environnementaux, la recrudescence de l'esprit belliciste et des budgets militaires, un peu partout dans le monde, dictés par le gouvernement d'extrême droite des États-Unis, avec les risques immenses qu'ils font peser sur l'humanité.
L'angoisse que nous éprouvons devant de telles réalités est une réaction normale et saine, que même les climatonégationnistes ne pourront occulter qu'un temps. La réaction tout indiquée, face à cette angoisse, est d'agir. Je l'ai mentionné et répété à plusieurs reprises dans mes précédentes chroniques, mais c'est ce que nous avons de mieux à faire, pour nous-mêmes et pour l'environnement. Le pire, et c'est ce qui guette à moyen terme plusieurs jeunes, c'est de sombrer dans la solastalgie, cette détresse psychologique et existentielle provoquée par la perte de réconfort et de points de repères connus provoqués par les changements climatiques et la crise écologique.
Bien plus que l'inaction de nos élites politiques inféodées aux pouvoirs économiques des multinationales et des banques, c'est notre sentiment d'impuissance qui nous angoisse. Sans en être conscients, nous sommes en fait difficilement capables de sortir du cercle de pensée dans lequel nous enferme le discours ambiant. Et c'est en sortant de ce système de pensée étouffant, qui tend à nous réduire à l'insignifiance, et nous tenir à l'écart, et en agissant, que nous pourrons le mieux contrer cette angoisse.
Comment agir ?
Je crois qu'il faut d'abord aborder les questions environnementales avec l'idée que nous ne sommes pas seuls à vouloir changer les choses. Les enquêtes les plus récentes nous indiquent qu'entre 70 et 80 % de la population mondiale est pleinement consciente de la crise écologique en cours et qu'elle est donc, à divers degrés, inquiète quant à l'avenir. Il y a nous, bien sûr, mais il y a aussi les autres.
S'il est essentiel de s'informer, il l'est donc aussi de créer des liens, de rencontrer d'autres gens qui luttent en faveur d'un monde plus écologique, plus juste, et d'unir nos forces aux leurs, de partager avec eux nos joies aussi, nos triomphes, nos combats. Rien n'est plus stimulant et ne saurait mieux contrer nos angoisses et nos sentiments d'isolement et d'impuissance, que la présence de l'autre, que la lutte en commun, que les amitiés et le réseautage en vue de quelque chose d'aussi édifiant que notre bien-être collectif, et notre survie et la survie d'une foule d'autres êtres vivants sur la planète.
Les écueils sont cependant nombreux quand vient le temps d'agir en faveur de causes progressistes, que ce soit pour l'environnement, ou encore pour la justice sociale, la lutte à la pauvreté, le logement abordable ou d'autres encore. Il est important de savoir les reconnaître et de les éviter pour que nos efforts et nos espoirs ne soient pas brisés.
J'aborderai ici quatre de ces écueils.
L'instrumentalisation – Plusieurs groupes d'intérêt, avec leurs alliés objectifs, sont bien sûr réfractaires aux mesures qu'il convient de mettre en place pour faire face aux problèmes environnementaux. On pense d'abord aux entreprises pétrolières, extractivistes et numériques, mais également à toutes celles et à toutes les personnes qui tirent profit de la croissance sans fin du capital – croissance en fin de compte responsable de la destruction de l'environnement. De par leur pouvoir économique, il est par exemple facile aux multinationales et aux riches, avec leur fondations et par d'autres moyens, de neutraliser les efforts de groupes ou d'organismes liés à l'environnement, ce qui a pour effet d'une part d'améliorer grandement leur image publique, et d'autre part de réduire au silence ou presque ces groupes ou organismes en établissant à leur endroit un rapport de dépendance. La Fondation Bill-et-Melinda-Gates est un évident exemple d'une multinationale ayant réduit au silence ou à des demi-mesures nombre d'organismes et de groupes liés à l'environnement ou à d'autres causes progressistes.
Les porte-étandards – De nombreux organismes ou groupes voués à l'environnement ou à d'autres causes progressistes ont pris l'habitude de se choisir des personnalités publiques ou artistiques comme porte-parles pour leur groupe ou organisme. La raison qu'ils en donnent est qu'ils leur offrent beaucoup plus de visibilité dans les médias et auprès de la population. Outre que cette approche est en parfaite contradiction avec l'esprit de corps, d'égalité et d'entraide qui devrait exister au sein de tout organisme progressiste viable, elle concentre finalement les pouvoirs de tous les membres du groupe entre les mains d'une personnalité qui peut en détourner certains objectifs pour préserver ou améliorer son image publique.
Les fausses solutions – Les fausses solutions promues par les grandes entreprises et multinationales des énergies fossiles et extractivistes et leurs alliés pour continuer l'exploitation sans fin du pétrole et d'autres matières polluantes reçoivent, on s'en doute, une oreille attentive des pouvoirs publics. On compte parmi celles-ci : la géo-ingénierie, un ensemble de projets visant à manipuler le climat à grande échelle (ensemencement de nuages, miroirs spatiaux, etc.), qui comportent des risques immenses et imprévisibles ; la capture et le stockage du carbone, pour poursuivre l'extraction des énergies fossiles, technologie coûteuse énergivore et donc elle-même polluante ; le recyclage du plastique à base de pétrole ; et de nombreuses autres encore, parmi lesquelles on devrait bien sûr inclure l'énergie nucléaire. Il importe de s'informer et de rejeter toutes ces fausses solutions qui font elles-mêmes partie du problème.
Les demi-mesures – Il en est des demi-mesures en environnement comme des demi-vérités : elles ne sont que des mensonges ! Nous le savons pourtant, nous ne pouvons en même temps adopter des mesures et des politiques environnementales et préserver des modes de vie consuméristes et polluants. Le passage d'une source d'énergie à une autre, même moins polluante, n'est par exemple qu'une demi-mesure quand il convient de limiter notre consommation d'énergies et de produits et d'appareils de toutes sortes également énergivores et polluants. Les seules mesures qui s'imposent en matière d'environnement, dans l'état actuel des choses, sont des mesures de décroissance globale de la consommation. Nous devons pour se faire sortir du capitalisme, de la croissance sans fin et sans buts du capital.
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Le chemin menant à l’indépendance serait difficile et cahoteux
Cette formule pourrait résumer tout le débat, en fait l'antagonisme, qui s'est établi entre fédéralistes st souverainistes. Les deux camps sont à couteaux tirés depuis l'appartion et le développement du mouvement indépendantiste. S'il occupe tant de place dans les discussions publiques et suscite tant d'espoir pour les uns et de hargne de la part des autres, ce n'est pas par hasard. Bien sûr, le Canada anglais est concerné, mais ce n'est pas lui qui adoptera la décision finale. Elle viendra des Québécois eux-mêmes.
Si l'indépendantisme provoque une si forte opposition de la part de certaines élites politiques du Québec et au sein du Canada anglais, c'est que, même sous sa forme atténuée de souveraineté association d'inspiration « lévesquiste », il mettrait en péril l'existence même de la fédération canadienne dans sa forme actuelle ; en effet, l'émergence du Québec comme comme pays à part entière briserait les arrangements politiques et constitutionnels fondamentaux du Canada. Il remodèlerait le paysage politique canadien en profondeur. En effet, une république du Québec contrôlerait alors le cours du Saint-Laurent de l'Ontario à l'ouest au golfe à l'est. Sa réalisation nécessiterait de longues et pénibles négociations entre le gouvernement du Québec et celui d'Ottawa, et ce pour un résultat bien incertain. En effet, l'importante faction fédéraliste de la classe politique québécoise et toute une partie de la population québécoise, non seulement tient à son identité canadienne-française,mais aussi à défendre ses intérêts économiques et financiers comme on peut s'y attendre.
Si on veut comprendre leur point de vue, imaginons la réaction qu'entraînerait au Québec l'émergence d'un puissant mouvement rattachionniste en Gaspésie qui militerait pour que la Gaspésie rejoigne le Nouveau-Brunswick. La perspective de perdre une part non négligeable de son territoire au profit de la province voisine serait alors considéré comme une insulte par les Québécois, sans oublier la perte de la maîtrise de la côte sud de l'embouchure du Saint-Laurent et d'une bonne partie des rives du golfe lui-même. Au sein de la population gaspésienne, on observerait de vigoureux débat entre tenants rattachionnistes et ceux du maintien de la Gaspésie au sein du Québec, tout attachés qu'ils sont à leur identité québécoise.
Cet exemple est très fantaisiste, mais il donne une idée des raisons de l'acuité des antagonismes qui divisent la société québécoise. L'éventuelle victoire du OUI en faveur de l'option souverainiste entraînerait de fortes tensions et la mise au point de toutes sortes de stratégies plus ou moins risquées tant à Ottawa qu'à Québec pour défendre des intérêts déjà bien établis ou qui espèrent le devenir. La question de l'identité nationale y ajouterait une touche de passion des deux côtés de la barricade.
Non, ce n'est pas verser dans le terrorisme intellectuel d'affirmer que le chemin menant à l'indépendance serait difficile et cahoteux. Il faut savoir que les risques de dérapage sont réels d'un côté comme de l'autre. La population doit en être consciente et la direction des partis souverainistes (le Parti québécois et Québec solidaire) devrait mettre cartes sur table là-dessus, sinon le réveil devant la réalité incontournable risque de s'avérer traumatisante tant pour l'électorat que pour les responsables indépendantistes. Dans ce contexte délicat, voire périlleux, la stratégie la plus valable consiste à dire la vérité au public. C'est une question d'honnêteté politique.
Le respect du peuple commence par là.
Jean-François Delisle
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Les talibans interdisent la stérilisation des femmes afghanes, alors même que la mortalité maternelle augmente
Des femmes souhaitant subir une ligature des trompes se sont vu refuser l'accès à un grand hôpital en Afghanistan, ce qui constitue la dernière preuve en date que les talibans restreignent sévèrement toutes les formes de planning familial dans l'un des pays les plus dangereux au monde pour accoucher.
Tiré de entre les ligneset lesm ots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/20/les-talibans-interdisent-la-sterilisation-des-femmes-afghanes-alors-meme-que-la-mortalite-maternelle-augmente/?jetpack_skip_subscription_popup
La ligature des trompes est une procédure de stérilisation définitive chez les femmes ; elle a longtemps été courante dans certaines régions d'Afghanistan où les moyens de contraception plus accessibles n'étaient pas disponibles, que ce soit pour des raisons culturelles ou économiques. De nombreuses femmes souhaitaient subir cette intervention une fois qu'elles avaient eu le nombre d'enfants qu'elles désiraient.
Mais deux membres du personnel médical de l'hôpital central de Faizabad, capitale de la province de Badakhshan, dans le nord-est du pays, ont déclaré à Rukhshana Media qu'on leur avait ordonné de ne pas pratiquer cette intervention. L'un d'eux, un médecin travaillant depuis environ huit ans au service de gynécologie et d'obstétrique, a déclaré avoir entendu des membres des talibans dire au personnel hospitalier de « laisser la génération musulmane se développer ».
Trois femmes ont déclaré avoir demandé à subir cette intervention et s'être vu refuser. Toutes étaient pauvres, avaient connu des grossesses difficiles par le passé et ont déclaré avoir du mal à nourrir les enfants qu'elles avaient déjà. L'une d'elles a déclaré qu'on lui avait dit que subir cette intervention était « un péché ».
Marzia, dont nous tairons le vrai nom pour la protéger, a déjà huit enfants. Elle avait voyagé pendant environ dix heures pour rejoindre Faizabad, accompagnée d'un nouveau-né et d'un enfant en bas âge. Lorsqu'elle a fait part de son souhait aux médecins, ceux-ci lui ont répondu qu'elle devait obtenir une autorisation écrite des autorités – une autorisation qu'elle savait ne jamais pouvoir obtenir.
« Nous n'avons pas assez à manger, pas de travail, pas de vie digne de ce nom. Que faire avec autant d'enfants ? Ils grandissent tous affamés, assoiffés et pieds nus », a déclaré cette femme de 36 ans, désespérée, tandis que son bébé pleurait à ses côtés.
« J'ai dit (aux médecins) que je n'avais pas le courage de mettre au monde d'autres enfants. Mais les médecins m'ont répondu que les talibans avaient interdit cette opération. Que Dieu punisse les talibans, ils sont aveugles à la souffrance des mères pauvres comme moi. »
La région montagneuse isolée de Kiran wa Munjan, d'où vient Marzia, est pauvre et la plupart des femmes y accouchent encore à domicile, selon un précédent reportage de Rukhshana Media.Les taux de mortalité maternelle et néonatale y sont élevés.
-* « Extrêmement inquiétant »
La ligature des trompes est une intervention chirurgicale sans danger qui consiste à obstruer les trompes de Fallope afin d'empêcher la rencontre entre l'ovule et le spermatozoïde, et donc d'éviter toute grossesse.
Cette intervention a autrefois sauvé la vie de femmes comme Qamar Gul, 35 ans, qui vit à Faizabad avec son mari et ses six enfants. Les temps sont durs, son mari est handicapé et elle souhaite désespérément éviter une nouvelle grossesse.
Il y a trois mois, elle s'est rendue à l'hôpital public pour subir une intervention de contraception définitive, mais les médecins lui ont dit que les talibans l'avaient interdite.
Dans un autre quartier de la ville, une mère de cinq enfants qui gagne sa vie en faisant des lessives et en nettoyant des maisons a déclaré qu'elle souhaitait se faire ligaturer les trompes, mais qu'on l'en avait empêchée.
« Ma plus jeune fille a trois mois. Alors que j'étais sur le point d'accoucher, je me suis rendue à l'hôpital et j'ai demandé à subir l'opération, afin que le bébé naisse et que mes trompes soient ligaturées en même temps. Mais les médecins ont refusé. Ils m'ont dit que cette intervention était désormais illégale », a-t-elle expliqué.
« J'ai mis au monde ces cinq enfants au prix d'immenses difficultés et de traitements médicaux, au péril de ma vie. Mais aujourd'hui, nous n'avons ni les moyens financiers ni la force physique nécessaires. »
Le médecin qui s'est entretenu avec Rukhshana Media a déclaré qu'il existait un besoin évident pour ce service, qui semble avoir été interdit ou restreint dans de nombreuses régions d'Afghanistan sous le régime des talibans.
Sous le gouvernement précédent, un programme national de planification familiale avait été mis en place afin de réduire la mortalité maternelle et néonatale, d'encourager un espacement sain entre les naissances et de prévenir les grossesses répétées à intervalles rapprochés. Des campagnes de sensibilisation du public et la distribution gratuite de contraceptifs dans certains centres de santé publics faisaient partie de cette initiative.
Les reportages de Rukhshana Media suggèrent que cette intervention pourrait encore être pratiquée en secret dans des cliniques privées, mais que la plupart des femmes n'ont pas les moyens de la payer.
« Lorsque les femmes ne sont pas autorisées à prendre des décisions concernant leur propre corps, leurs problèmes de santé physique et mentale se multiplient. Nous constatons que des grossesses répétées sans espacement adéquat mettent en danger la santé des mères et des nouveau-nés, et aggravent les difficultés économiques et sociales des familles », a déclaré le médecin de Faizabad.
« Les restrictions et le manque d'accès des femmes aux contraceptifs font qu'elles ne peuvent même pas recourir à des méthodes préventives ou thérapeutiques simples. Cette situation est extrêmement préoccupante. »
Raha Azad, 16 avril 2026
https://rukhshana.com/en/taliban-ban-sterilisation-for-afghan-women-even-as-maternal-mortality-rises/
Traduction DE
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Regard sur l’IMRF depuis le terrain
Du 5 au 8 mai 2026, les États membres, les organisations de la société civile, les bailleurs de fonds, les ONG internationales, les organisations confessionnelles et seulement un petit nombre de travailleurs/travailleuses migrant·es se sont réuni·es à New York à l'occasion du deuxième Forum international d'examen des migrations (IMRF).
Tiré de Entre les lignes et les mots
Pour de nombreuses personnes issues des pays du Sud, le simple fait de se rendre aux États-Unis pour assister à un tel forum représente un parcours difficile. La complexité des procédures de visa, le manque de moyens financiers, les obstacles sécuritaires, les barrières linguistiques et l'inconnu culturel créent de multiples niveaux d'exclusion pour les organisations de base et les travailleurs/travailleuses migrant·es qui espèrent faire entendre leur voix dans les instances décisionnelles mondiales.
Beaucoup participent à ces forums en portant en elles ou en eux les récits de migrant·es qui continuent de faire face à l'exploitation, à la violence, aux disparitions et à la mort. Pourtant, dans ces espaces internationaux hautement formels, ces réalités deviennent souvent invisibles. Il existe une douloureuse contradiction entre le langage des droits utilisé dans les forums mondiaux et les expériences vécues par les migrant·es sur le terrain.
En 2018, les États membres ont adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (PMSM), s'engageant à examiner les progrès réalisés aux niveaux local, national, régional et mondial dans le cadre d'un processus associant toutes les parties prenantes concernées. Fort de cet engagement, le deuxième Forum international sur la gouvernance des migrations (IMRF) s'est tenu au siège des Nations Unies à New York afin d'évaluer les progrès accomplis et de définir les orientations de la gouvernance des migrations pour les cinq prochaines années.
Cependant, une question importante a persisté tout au long du forum : qui définit réellement l'ordre du jour, et quelles voix occupent le devant de la scène dans ce processus ? Les discussions des États membres ont maintes fois porté sur la gestion des migrations, la sécurité aux frontières et la réduction des risques plutôt que sur les droits, la dignité et la liberté des migrant·es. Lors des consultations avec les parties prenantes, de nombreuses organisations de base dirigées par des femmes, des réseaux de migrant·es et des travailleurs/travailleuses migrant·es ont attendu leur tour pour s'exprimer. Les mains sont restées levées pendant de longues heures, mais de nombreuses voix n'ont jamais été entendues. Le déséquilibre était flagrant. Les États et les bailleurs de fonds ont dominé les discussions, tandis que les migrant·es elles et eux-mêmes sont resté·es en marge des conversations concernant leur propre vie.
Cela reflète une tendance mondiale plus large selon laquelle la migration est de plus en plus considérée comme une question de sécurité plutôt que de droits humains. De telles approches renforcent la criminalisation et justifient un contrôle étatique restrictif. Le Pacte mondial sur les migrations (GCM) reconnaît lui-même la souveraineté des États, mais dans la pratique, ce principe est souvent utilisé pour limiter la mobilité et faire taire les critiques à l'égard des politiques discriminatoires.
Pour des pays comme le Népal, cette réalité est étroitement liée à la vie des travailleuses migrantes. Le Népal continue d'imposer des restrictions et des interdictions à la migration de main-d'œuvre féminine au nom de la protection. Ces politiques s'ancrent dans des idées patriarcales qui visent à contrôler la mobilité, la sexualité et le pouvoir de décision des femmes. Les travailleuses migrantes ont réclamé à maintes reprises de ne plus subir de discrimination et d'avoir le droit de prendre des décisions concernant leur propre vie. Pourtant, la société et l'État continuent de traiter la mobilité des femmes comme une question d'honneur familial et national.
Les conséquences sont dangereuses. Les interdictions de migration n'arrêtent pas la migration ; elles poussent les femmes vers des circuits clandestins et dangereux, augmentant ainsi leur risque d'être victimes de traite, d'exploitation, de violence et d'abus. Lors de l'IMRF, les discussions sur les réalités auxquelles sont confrontées les travailleuses migrantes de retour, les luttes des familles cherchant à obtenir justice pour les femmes décédées à l'étranger, ou les défaillances des systèmes de réintégration ont été très limitées. Les pays d'origine comme les pays d'accueil ont fait preuve d'un engagement politique faible pour s'attaquer à ces problèmes.
Les travailleuses migrantes résistent chaque jour au contrôle patriarcal. En choisissant la migration, en s'organisant collectivement et en revendiquant leurs droits, elles défient les systèmes qui cherchent à les réduire au silence. Dans toutes les communautés, il existe d'innombrables histoires de résilience, de solidarité et de survie. Des migrantes issues de la base sont venues à l'IMRF dans l'espoir d'intégrer ces réalités dans les débats mondiaux.
Au contraire, de nombreuses séances ont principalement consisté à louer le soutien des donateurs/donatrices, à débattre de la sécurité nationale et à renforcer les approches centrées sur l'État. Sous l'emprise d'une idéologie xénophobe, les migrant·es ont trop souvent été traité·es comme des risques à gérer plutôt que comme des titulaires de droits. Cette exclusion n'était pas seulement politique, mais aussi concrète. Les deuxième et troisième jours, les salles de réunion étaient bondées, et certain·es participant·es qui avaient traversé des continents se sont vu demander par le personnel de sécurité de quitter les lieux de manière irrespectueuse. Pour de nombreuses et nombreux participants issus de la base qui avaient eu du mal à obtenir des visas et des financements, cela reflétait un problème plus large d'exclusion et d'inégalité d'accès au sein des espaces de gouvernance mondiale.
Dans le même temps, certains moments ont été porteurs d'espoir. Lors d'une session majeure de l'Assemblée générale, le Secrétaire général des Nations unies s'est prononcé contre la criminalisation des migrant·es. L'intervention percutante d'une travailleuse migrante a démontré la force de l'organisation collective et de la solidarité féministe. Ses paroles ont rappelé au forum que les migrant·es ne sont pas de simples bénéficiaires de politiques, mais des acteurs/actrices politiques doté·es d'autonomie, de connaissances et de leadership. Après des efforts répétés pour s'inscrire et obtenir un temps de parole, Aliza Yuliana, responsable du programme sur les migrations au Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement, a enfin eu l'occasion de s'exprimer. Elle a souligné l'urgence de garantir une participation significative et la prise de parole des femmes migrantes issues des communautés de base dans les discussions sur la migration. Elle a mis en avant les problèmes rencontrés par les migrantes pour cause de mariage et les migrantes de retour, ainsi que les défis liés à la réintégration, et a appelé à ce que ces préoccupations soient traitées de manière significative et inscrites à l'ordre du jour de tous les forums sur la migration.
De même, la déclaration prononcée par Lok Bahadur Thapa, chef de la Mission permanente du Népal auprès des Nations Unies, a souligné la nécessité d'adopter des approches favorisant l'égalité des sexes à toutes les étapes du processus migratoire. De tels engagements n'ont de sens que s'ils débouchent sur des mesures concrètes. Il s'agit notamment de mettre fin aux interdictions discriminatoires en matière de migration, de réviser les politiques migratoires sexistes, de renforcer la responsabilité diplomatique, de garantir des accords bilatéraux sur le travail juridiquement contraignants, d'assurer la réintégration sociale et économique des femmes migrantes de retour au pays et de lutter contre toutes les formes de discrimination à l'égard des travailleuses migrantes.
Le constat général issu du deuxième IMRF est clair : la gouvernance mondiale des migrations ne peut être inclusive sans la participation significative des migrant·es elles et eux-mêmes, en particulier des femmes migrantes issues des communautés de base. Le principe « rien sur les migrant·es sans les migrant·es » doit dépasser le stade de la rhétorique. Les obstacles structurels qui réduisent au silence les travailleuses migrantes — notamment les restrictions en matière de visas, les barrières linguistiques, l'exclusion financière et l'accès inégal aux espaces de prise de décision — doivent être démantelés. Les bailleurs de fonds et les institutions internationales doivent également aller au-delà des approches caritatives et reconnaître la justice migratoire comme une question politique et de droits humains. Le soutien aux organisations dirigées par des migrant·es et aux organisations de base n'est pas une faveur ; il s'inscrit dans un engagement plus large en faveur des droits humains et de la justice sociale.
Une approche féministe et transformatrice de la migration exige plus qu'une simple représentation. Elle nécessite un rééquilibrage des pouvoirs, la mise en avant des expériences vécues et la reconnaissance des femmes migrantes en tant que leaders du changement. Ce n'est qu'alors que des forums comme l'IMRF pourront devenir des espaces véritablement démocratiques où les réalités, les luttes et les visions des migrant·es sont réellement entendues et respectées.
Sunita Mainali
Sunita Mainali est directrice exécutive de WOREC, l'une des principales organisations féministes du Népal qui œuvre en faveur des droits des femmes et de la justice sociale, de la prévention de la violence à l'égard des femmes et de la garantie du bien-être économique, social et culturel des femmes. WOREC est l'un des partenaires de l'APWLD dans le cadre du programme de recherche-action participative féministe (FPAR) pour la période 2022-2024, axé sur la réintégration sociale des travailleuses migrantes de retour au pays.
https://worecnepal.org/looking-at-imrf-from-the-ground/
Traduit par DE
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L’eau, fardeau invisible des femmes
Chaque jour, quelque part, une fillette quitte l'école pour aller chercher de l'eau. Elle marche, attend, porte, revient. Le geste est banal, mais il façonne des existences entières. À l'échelle du monde, ces trajets représentent 250 millions d'heures, chaque jour, consacrées à la collecte de l'eau par les femmes et les filles.
Tiré de Entre les lignes et les mots
28 mars 26
À l'approche de la Journée mondiale de l'eau, qui sera célébrée dimanche, le constat dressé par les Nations Unies est implacable. Derrière la crise hydrique mondiale, qui prive encore 2,1 milliards de personnes d'un accès sûr à l'eau potable et 3, milliards à des services d'assainissement adéquats, se joue une autre crise, plus silencieuse : celle des inégalités de genre.
« L'accès à l'eau n'est ni égal ni équitable », a affirmé jeudi la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock. Dans un monde capable de prouesses technologiques, « personne ne devrait avoir à chercher de l'eau pour boire ou vivre sans assainissement adéquat ». Pourtant, a-t-elle insisté, pour des milliards de personnes, cette réalité demeure quotidienne.
Porter l'eau, sans en décider l'accès
Le paradoxe est au cœur du nouveau Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, publié jeudi. Selon cette étude annuelle, les femmes sont omniprésentes dans les usages de l'eau, mais absentes des lieux où elle se décide.
Dans plus de 70% des foyers ruraux privés d'eau sur place, ce sont elles qui en assurent la collecte. Mais dans les instances de gouvernance, les services publics ou les secteurs techniques, elles restent largement minoritaires. « Malgré leur rôle central », souligne le rapport, « les femmes demeurent systématiquement sous-représentées dans la gouvernance, le financement et la prise de décision ».
Cette dissymétrie a des conséquences concrètes. Moins de temps pour l'école, pour un emploi, pour participer à la vie publique. Plus d'exposition aux risques – blessures, maladies, violences. Dans certaines zones, aller chercher de l'eau signifie traverser des espaces dangereux, s'exposer au harcèlement, voire à l'exploitation.
Interrogé sur ces dangers lors d'un point de presse à New York, Bhanu Neupane, représentant de l'UNESCO, qui publie le rapport pour le compte d'ONU-Eau, a reconnu les limites des réponses actuelles : « Nous connaissons l'ampleur du problème, mais malheureusement nous ne disposons pas encore d'un ensemble de solutions qui puissent aider les femmes dans ces situations ».
Une inégalité enracinée
L'eau ne se limite pas à un point de collecte. Elle traverse les structures mêmes des sociétés : accès à la terre, au logement, au crédit, aux infrastructures. Autant de domaines où les femmes restent désavantagées.
Dans de nombreux pays, les droits à l'eau sont liés aux droits fonciers. Or, les femmes possèdent moins de terres, ou en ont un contrôle limité. Cette dépendance structurelle réduit leur accès à l'eau pour l'agriculture, fragilise leurs moyens de subsistance et accentue les inégalités économiques.
Même dans les villes, l'accès à l'eau dépend souvent de la sécurité du logement. Les populations vivant dans des quartiers informels – où les femmes sont particulièrement vulnérables – sont les premières privées de services fiables.
Le rapport met aussi en cause certaines approches dites « peu coûteuses », qui reposent en réalité sur un travail non rémunéré. Ce qui est présenté comme une solution économique masque souvent une externalisation des coûts – supportés, une fois encore, par les femmes.
Le poids du climat et des crises
À ces inégalités structurelles s'ajoutent les effets du changement climatique. Sécheresses, inondations, catastrophes hydrométéorologiques : les pressions sur les ressources en eau s'intensifient, et avec elles les inégalités.
Le genre, souligne le rapport, est un facteur déterminant de vulnérabilité. Lorsque les ressources se raréfient, ce sont les femmes qui marchent plus loin, portent plus longtemps, renoncent davantage. Une hausse des températures accroît leur charge de travail, réduit leurs revenus, fragilise leur sécurité.
Dans les contextes de crise liés notamment aux conflits et aux déplacements, ces risques se multiplient encore. Les points d'eau deviennent des lieux d'exposition, où la recherche d'une ressource vitale se transforme en danger.
Une question de pouvoir
Pour les Nations Unies, l'enjeu dépasse largement l'accès à une ressource. Il touche à la répartition du pouvoir.
« Trop souvent, celles et ceux qui portent l'eau sont les derniers consultés sur la manière d'en améliorer l'accès », a dénoncé Annalena Baerbock. « Cela doit changer ».
Le rapport appelle à des mesures concrètes : rapprocher l'eau des foyers, investir dans des données sexuées pour rendre visibles les inégalités, lever les obstacles juridiques et financiers, et surtout, renforcer la participation des femmes, non pas de manière symbolique mais effective.
Car les bénéfices sont documentés. Là où les femmes participent aux décisions, les services sont plus équitables, plus efficaces, plus durables.
Rendre visible l'invisible
Au fond, la crise de l'eau révèle une économie cachée. Celle du temps et du travail non rémunéré, qui soutient des systèmes entiers sans jamais apparaître dans les bilans.
Reconnaître cette réalité, c'est changer de perspective et considérer l'accès à l'eau non seulement comme une question d'infrastructures, mais comme une question de justice.
« Pas d'eau, pas de vie », rappelait la biologiste marine Sylvia Earle, citée par Annalena Baerbock. La formule est devenue un slogan. Mais elle pourrait être déclinée autrement : pas d'eau, pas d'école ; pas d'eau, pas de travail ; pas d'eau, pas d'égalité.
Et tant que ces millions d'heures resteront invisibles, l'eau continuera de couler – mais l'injustice, elle, ne s'évaporera pas.
https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158594
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Égypte. Tour de vis pour les syndicats et les travailleurs
Dans un pays déjà fortement assujetti à l'inflation et à des tensions économiques liées au contexte de guerre régionale, le gouvernement égyptien adopte en l'espace de quelques mois, des lois qui contraignent davantage l'expression des droits des employés et de leurs représentants.
Tiré d'Orient XXI.
Depuis plusieurs années, les travailleurs égyptiens voient leurs conditions de travail se dégrader régulièrement. Malgré certaines augmentations nominales des salaires, les revenus réels diminuent sous l'effet de l'inflation tandis que le travail informel, l'emploi précaire et les licenciements arbitraires se multiplient. L'adoption en novembre 2025 de la loi n° 14 sur le travail a accentué cette situation, en proposant un cadre législatif favorisant les investisseurs et les employeurs au détriment des droits des travailleurs. Elle introduit ainsi la possibilité pour l'employeur de modifier temporairement les termes du contrat, notamment en assignant au travailleur des tâches non convenues ou en réduisant son salaire si les conditions économiques sont jugées défavorables (article 238). Elle autorise également les retenues de salaire comme sanction disciplinaire (article 139), tout en limitant fortement les possibilités d'organisation et d'expression des travailleurs. La collecte de dons, la distribution de publications, le recueil de signatures ou encore l'organisation de réunions sur le lieu de travail sans l'accord de l'employeur sont dorénavant prohibés (article 136). Appeler à la grève dans des établissement considérés comme « vitaux » ou durant des « circonstances exceptionnelles » est également interdit (article 234).
Une loi limitant les libertés d'organisation
Quelques mois plus tard, en mai 2026, le Parlement approuve le projet de loi no. 213 du gouvernement visant cette fois à modifier certaines dispositions de la loi sur les organisations syndicales des travailleurs et la protection du droit à l'organisation syndicale (2017).
Les amendements prévoient de prolonger de six mois le mandat actuel des conseils d'administration des syndicats de travailleurs, et la durée du mandat syndical de quatre à cinq ans. Cette décision intervient dans un contexte de crise économique prolongée, aggravée par la situation à Gaza et la guerre contre l'Iran.
Le choix des autorités de limiter davantage les possibilités d'expression des travailleurs en reportant les élections syndicales est d'autant plus problématique que celles-ci sont déjà fortement encadrées. Si, officiellement, les syndicats indépendants sont autorisés depuis le soulèvement de 2011, dans les faits le pouvoir en place depuis 2013 a continuellement cherché à limiter leur capacité d'organisation réelle. En 2017, les autorités ont mené une véritable « campagne punitive contre les travailleurs et les syndicalistes » selon Amnesty international (1), et les arrestations arbitraires de leaders syndicaux se sont poursuivies jusque récemment avec par exemple l‘arrestation de Maher Hezima, ancien membre de la Fédération syndicale égyptienne (ETUF), en 2024. En outre, l'ensemble des syndicats indépendants ont été dissous en mars 2018, puis sommés de se réenregistrer dans un délai de 60 jours selon les nouvelles exigences, largement arbitraires, établies par la loi de 2017 sur les syndicats.
Aussi, en 2021, le régime du président Abdelfattah Al-Sissi a promulgué une nouvelle législation autorisant les administrations publiques à licencier tout fonctionnaire suspecté d'appartenir à des groupes qualifiés de « terroristes » ou de « nuire aux services publics ou aux intérêts économiques de l'État ». Autant de désignations très floues, susceptibles d'interprétations arbitraires et régulièrement utilisées par le passé pour cibler des leaders syndicaux et des opposants politiques. Ainsi, même dans cet espace démocratique réduit, le pouvoir choisit d'accentuer le contrôle des travailleurs, craignant sans doute que les élections deviennent un espace d'expression pour le mécontentement latent d'une partie importante de la population peinant aujourd'hui à vivre dignement.
Fausse augmentation des salaires
Dans ce contexte, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux (ECESR), organisation non gouvernementale luttant depuis 2009 pour l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs égyptiens, a publié début mai 2026 un rapport alarmant sur les conditions de travail de ces derniers (2). Il présente une analyse des mouvements de protestation des travailleurs tout au long de l'année 2025 et montre que plus de 90 % des protestations ont été déclenchées par des questions liées aux salaires, aux primes, aux allocations et au partage des bénéfices.
En 2010, le mouvement ouvrier avait réussi à obtenir une décision judiciaire obligeant l'État à fixer un salaire minimum reflétant le coût de la vie et assurant aux travailleurs un niveau de vie digne. À cette époque, le salaire minimum s'élevait à 400 livres égyptiennes (environ 502 euros au 1er janvier 2010). Il est passé à 1 200 livres en 2014 (environ 125 euros au 1er janvier 2014), pour atteindre 7 000 livres en mars 2025 (132 euros), avec une augmentation programmée à 8 000 livres (134 euros) le 1er juillet 2026. Toutefois, et à cause de l'inflation, le passage de 1 200 à 7 000 livres équivaut en dollars à une baisse de 169,50 à 140 dollars (de 147 euros à 121 euros).
Ainsi, si on le mesure par rapport aux prix des biens de première nécessité tels que du riz, de la viande, de l'huile de cuisson, des bouteilles de gaz, etc., le salaire réel — ou le pouvoir d'achat — a significativement diminué au cours de cette période. Or, et malgré le caractère insuffisant de ce salaire minimum, de nombreux employeurs refusent encore de l'appliquer.
En-dessous du minimum légal
Cette situation, en plus de l'utilisation généralisée des contrats temporaires, a provoqué ces dernières années des dizaines de mouvements de contestation dans le pays, touchant aussi bien le secteur public que le secteur privé.
Par exemple, en mars 2026, environ 3 000 travailleurs temporaires de la société Misr Aluminum, principale entreprise de fabrication d'aluminium en Égypte depuis 1977 et ayant réalisé des bénéfices d'environ 10 milliards de livres égyptiennes (300 millions d'euros) sur l'année 2024/2025, ont annoncé une grève et un sit-in pour exiger leur régularisation, la résiliation de leurs contrats avec les sociétés d'intérim et l'application du salaire minimum. Un technicien en maintenance électrique avec sept ans d'ancienneté en grève a déclaré au média Al-Manassa que les travailleurs temporaires, appelés « main-d'œuvre louée », percevaient des salaires bien en dessous du minimum légal, allant de 2 250 à 3 500 livres (de 38 à 58 euros). Ces travailleurs ont été employés dans l'entreprise pendant une période allant de 7 à 10 ans via des sociétés d'intérim contractées par Misr Aluminum, sans que les travailleurs soient informés des détails de leurs contrats ni n'en reçoivent des copies.
Même chose chez les travailleurs des centrales hydroélectriques du Haut-Barrage d'Assouan 1, d'Assouan 2 et d'Esna, gérées par la Water Power Plants for Electricity Generation Company, qui ont intensifié leur contestation ces derniers mois en organisant des manifestations et des sit-in sur leurs lieux de travail. Outre, là aussi, l'application du salaire minimum, ils réclament l'intégration de toutes les indemnités en attente, l'augmentation de l'indemnité alimentaire à 50 livres par jour (moins d'un euro), le versement des indemnités de risque, la régularisation des qualifications, la réintégration des promotions supprimées, etc.
Les licenciements arbitraires — en particulier de dirigeants syndicaux — constituent la deuxième cause principale de mobilisation des travailleurs au cours de l'année passée. Ainsi, en avril 2025, des dizaines d'employés et de travailleurs de divers services de la Banque agricole d'Égypte ont organisé une manifestation devant la branche principale de la banque à Dokki, dans le gouvernorat de Gizeh, contre le licenciement de 1 200 employés et travailleurs, en violation avec la loi. Les manifestants ont déclaré à Al-Manassa que des décisions de licenciement avaient été prises depuis 2020, la direction envoyant des lettres accusant un certain nombre d'employés de négligence grave sans enquête ni notification préalable.
Les travailleurs licenciés ont signalé au média que la politique de réduction de la masse salariale de l'entreprise visait spécialement les employés qui avaient déposé des recours pour contester un retard dans le versement des allocations et qui avaient obtenu des décisions favorables, ainsi que les employés qui avaient publiquement revendiqué leurs droits via des groupes et pages Facebook. Ces actes ont été qualifiés par des responsables de la banque (idem) de divulgation de secrets professionnels portant préjudice à l'entreprise.
Une crise structurelle
Par ailleurs, depuis le décret n° 1209 de 1964 établissant l'Autorité générale pour l'assurance santé, la classe ouvrière égyptienne bénéficiait d'un système de santé et d'assurance maladie relativement acceptable, bien que déjà critiqué, notamment car il reposait sur un taux de cotisation uniforme de tous les travailleurs, sans imposition progressive. Cependant, avec la promulgation de la Loi n° 2 de 2018 sur l'assurance maladie universelle et sa mise en place progressive dans les gouvernorats, une nette disparité est apparue dans les zones où le nouveau système avait été mis en place (3). Plusieurs modifications sont apparues dans la nouvelle loi et la notion d'ayant droit a par exemple été évincée. Désormais, ce sont les travailleurs qui doivent supporter le coût de l'assurance maladie des membres de la famille, y compris les enfants en bas âge et les conjoints qui ne travaillent pas. La loi a en outre introduit un système de « co-paiement » qui demande aux assurés de payer une partie des soins, lesquels étaient souvent gratuits dans l'ancien système.
Or bénéficier d'une assurance maladie efficace est d'autant plus important dans un pays où les accidents du travail sont extrêmement fréquents. De nombreux incendies ainsi que des accidents de la route ou sur des chantiers sont régulièrement recensés par l'ECESR.
Un secteur informel hors de contrôle
Ces incidents traduisent l'absence de procédures de sécurité civile et de protection de la santé au travail, due notamment à l'importance du secteur informel, qui représenterait entre 30 % et 60 % de l'économie égyptienne selon les estimations (4). Les entreprises qui en relèvent évoluent en dehors du cadre légal, privant leurs travailleurs de toute protection prévue par la législation du travail, aussi maigre soit-elle. Ces employés travaillent ainsi sans salaire minimum, sans assurance, sans retraite, sans protection face aux aléas ou aux chocs économiques. Par ailleurs, ces établissements échappent largement aux contrôles en matière de sécurité et de santé au travail, ce qui contribue à la fréquence élevée des accidents.
Ainsi, la crise à laquelle est confrontée la classe ouvrière égyptienne actuellement n'est pas confinée à un secteur particulier ou à une revendication partielle. C'est une crise globale, structurelle, affectant le cœur même de la relation de travail : les bas salaires s'ajoutent à l'absence de sécurité de l'emploi, le licenciement arbitraire coexiste avec des contrats précaires, la protection de la santé continue de se détériorer alors que les normes de sécurité restent absentes et que les accidents du travail persistent sur les sites de production et sur les routes.
Dans ce contexte, affaiblir légalement et continuellement la représentation syndicale l'empêche de constituer de véritables canaux de négociation collective, nourrit les protestations des travailleurs et augure de nouvelles tensions sociales. Le rapport de l'ECESR peut ainsi être lu comme une tentative d'attirer l'attention sur la situation actuelle qui n'est pas une crise isolée et passagère due aux tensions régionales. Elle demande un examen critique et une réponse sérieuse à même de rétablir l'équilibre entre les parties du processus de production, et de garantir aux travailleurs le droit à une vie digne.
Notes
1- « Égypte. Des attaques incessantes contre les droits des travailleurs et des syndicalistes », Amnesty international, 30 avril 2017.
2- ECESR, « Egypt's Workers in 2025 : From Wages and Arbitrary Dismissal to Occupational Safety », 6 mai 2026.
3- Les premiers gouvernorats concernés sont ceux de Port Saïd, Suez, Ismaïliya, Nord Sinaï, Sud Sinaï et Alexandrie qui bénéficient du nouveau système depuis 2019, tandis qu'il faudra attendre 2032 pour que les gouvernorats de la dernière vague, dont fait partie Le Caire, en bénéficient également.
4- « Situation macroéconomique et financière de l'Égypte », Direction générale du Trésor, 3 avril 2025.

Les menaces des USA sur la santé en Zambie
Pour imposer son protocole d'accord au gouvernement zambien, l'administration Trump envisage de retenir les aides destinées à la lutte contre le VIH, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de patients.
Dès les premiers mois de son second mandat, Donald Trump a mis fin brutalement à l'USAID, plaçant de nombreux pays africains dans des situations difficiles.
Nouvelle politique de l'aide
Désormais la politique d'aide de la Maison Blanche vis-à-vis des pays pauvres se résume à une exigence : chaque dollar dépensé doit avant tout bénéficier aux USA. C'est dans ce cadre que des négociations bilatérales avec plusieurs pays africains ont commencé dans une grande opacité.
Certains éléments ont toutefois été rendus publics. On apprend ainsi que, lors des négociations avec le Kenya et le Zimbabwe, Washington a exigé l'accès aux bases de données de leurs services de santé, ainsi que le partage des échantillons concernant des « pathogènes détectés à potentiel épidémique » pendant vingt-cinq ans, sans offrir aucune garantie à ces pays quant à leur accès aux traitements qui pourraient être développés contre d'éventuelles épidémies. Pour le Nigeria, les États-Unis ont imposé un renforcement de l'aide aux chrétiens victimes de violences, ignorant délibérément les victimes musulmanes.
Le cas de la Zambie
Récemment, l'ONG Health GAP a pu se procurer le protocole d'accord proposé par les États-Unis à la Zambie, pays d'Afrique australe. Première mesure : une réduction de l'aide. Alors que le budget s'élevait à 400 millions de dollars en 2024, il serait ramené à 320 millions, avec une diminution annuelle progressive jusqu'à atteindre 132 millions en 2030.
Dans le même temps, il est exigé que la Zambie recrute 40 000 personnels soignants entre 2026 et 2030, soit une augmentation de près de 50 % par rapport aux 81 000 personnels actuellement en poste. Cette mesure apparaît irréaliste car le FMI exige, dans le cadre de la restructuration d'une dette évaluée à plus de 20 milliards de dollars, soit 124 % du PIB, une politique « d'assainissement budgétaire, de renforcement de la gestion des finances publiques et d'amélioration de la gouvernance ».
Comme pour les autres pays concernés, les États-Unis exigent également un accès aux agents pathogènes, ce qui permettra à leurs laboratoires d'être les premiers à développer des médicaments ou des vaccins.
Le protocole exclut des instances de contrôle des aides, les organisations de la société civile reconnues pour leur compétence. Actuellement, ces ONG zambiennes exercent un contrôle trimestriel sur le programme américain PEPFAR (Plan présidentiel d'urgence de lutte contre le sida).
Des patients pris en otage
Les exigences américaines ne s'arrêtent pas là. Washington réclame également un accès privilégié aux richesses minières du pays. La Zambie est le deuxième producteur de cuivre d'Afrique et le huitième au niveau mondial. Ce minerai est indispensable aux industries liées à la transition énergétique.
Le New York Times a révélé l'existence d'un projet de note du bureau Afrique du département d'État adressé à Marco Rubio afin de contrer la résistance des autorités zambiennes. Ce document envisagerait la suspension des aides destinées à la lutte contre le VIH afin de faire pression sur le gouvernement zambien pour qu'il cède sur la question des ressources minières, que Washington ne souhaite pas voir passer totalement sous l'influence de la Chine.
En Zambie, plus d'un million de personnes dépendant quotidiennement d'un traitement contre le VIH financé par le PEPFAR risquent de voir leur état de santé se dégrader, voire de mourir. Une ignominie de plus imputable à l'administration Trump.
Paul Martial
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Ebola : « Cette épidémie est indissociable de l’exploitation de l’or en RDC »
La propagation du virus Ebola depuis des zones minières aurifères a pour cause la prédation humaine sur les écosystèmes forestiers, explique le directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique, Didier Bompangue
Tiré de Reporterre.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) décomptait, le 2 juin, 330 cas et 49 décès confirmés de la maladie à virus Ebola, qui se répand dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Le 29 mai, l'Africa CDC, l'agence sanitaire de l'Union africaine, dénombrait elle 246 décès probablement liés au virus.
Alors que cette zoonose est souvent présentée comme le fruit de la malchance ou du contact malheureux avec une bête sauvage, l'épicentre de l'épidémie actuelle se trouve dans la province congolaise de l'Ituri, une zone qui connaît une exploitation aurifère intense. Cette activité, extrêmement dommageable pour l'environnement, accroît les risques de propagation, explique Didier Bompangue, directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique.
Reporterre — Cette 17ᵉ flambée d'Ebola, en RDC, a pour épicentre la cité minière de Mongbwalu, en Ituri. De quoi est-ce révélateur ?
Didier Bompangue — On ne peut pas comprendre ce virus sans prendre en compte la problématique de l'exploitation de l'or dans l'est de la RDC. La grande compagnie aurifère internationale Sokimo dispose, à Mongbwalu, d'une de ses bases. Or, il faut raser des parcelles de forêts pour accéder aux mines. Et les machines avec lesquelles l'or est drainé entraînent un remue-ménage sans pareil dans l'écosystème forestier.
Au-delà même de l'activité minière en tant que telle, Mongbwalu et ses alentours ont connu, ces dernières décennies, une très forte croissance démographique. L'industrie y attire des gens de partout, au Congo, en Ouganda, en Centrafrique… Les petits villages deviennent de grandes cités.
En quoi cette activité minière, et la pression démographique qu'elle engendre, sont-elles liées à Ebola ?
Didier Bompangue — Ces deux phénomènes concomitants entraînent des pressions en cascade sur la forêt et ses animaux sauvages. La fragmentation de leur habitat augmente considérablement les contacts entre humains et animaux.
Dans certaines localités, les léopards viennent dévorer des chèvres en bordure de village, car les chasseurs font disparaître les potentielles proies sauvages du félin. Ce rapprochement multiplie fatalement le risque de transmission d'un virus, dont on sait qu'il est d'origine animale.
Comment remédier à ces facteurs de risque ?
Didier Bompangue — Maîtrisez le comportement humain et vous maîtriserez Ebola. Il faut freiner au maximum la déforestation. C'est là-dessus qu'il faut essayer de peser, bien avant d'investir dans la recherche médicale, qui est un chantier de long terme.
À titre d'exemple, le pipeline titanesque que construit TotalEnergies, entre l'Ouganda et le Kenya, est en train de raser des forêts et des villages entiers. Ce genre de projets sont des nids à maladies émergentes.
Mais les minerais et les énergies fossiles ne sont qu'une forme de prédation parmi d'autres. Chaque secteur qui mène à la perturbation des habitats de la faune sauvage doit être amendé, que cela soit la pêche intensive, les plantations et l'agriculture en général, la vente de bois…
Concernant l'accès aux protéines animales, il faut privilégier l'élevage, en opposition à la chasse. Ces moyens de subsistance des populations locales ne sont pas à mettre sur le même plan que les activités industrielles, nettement plus brutales. Néanmoins, sur le long terme, la croissance démographique congolaise est tellement incontrôlée que ces pressions finissent par être dommageables pour l'environnement.
Limiter ces prédations en série permettra de protéger les écosystèmes forestiers naturels. Or, seul un bassin du Congo résilient garantit une distance entre les humains d'un côté, et les animaux et leurs virus de l'autre.
Thomas Ribaud

Conférence de la gauche en Afrique du sud : "Il ne reste plus rien"
La très attendue « Conférence de la gauche » était censée unir les forces progressistes sud-africaines. Au lieu de cela, elle a confirmé une vérité plus amère : la gauche n'a pas besoin d'unité, elle a besoin de se reconstruire.
Tiré d'Afrique en lutte.
la conférence de la « gauche » du week-end dernier est un indicateur de ce que les forces progressistes ont à offrir, l'Alliance démocratique (DA, principal parti d'opposition de centre-droit en Afrique du Sud) peut se rassurer. Les guillemets sont nécessaires car les principaux partis présents ne peuvent en aucun cas être qualifiés de gauche. Leurs voix, les plus fortes, ont donné un ton creux à l'ensemble de la réunion.
Pour un parti qui semble incapable de conserver un de ses hauts responsables plus de deux mois, la délégation de l'uMkhonto weSizwe (MK) paraissait étonnamment bien organisée. Le MK était la branche armée de l'ANC durant l'apartheid ; son nom a été repris par l'ancien président Jacob Zuma en 2023 pour lancer son propre parti dissident après que l'ANC ait engagé des poursuites contre lui pour corruption. Tony « Mercedes » Yengeni, ancien chef de la majorité parlementaire de l'ANC, emprisonné pour fraude après avoir accepté une Mercedes-Benz à prix réduit d'une entreprise d'armement dans le cadre d'un marché public, a pris la parole en leur nom le premier jour. Le lendemain, ils ont tenté, heureusement sans succès, de faire monter Jacob Zuma sur l'estrade.
Zuma a probablement fait plus que quiconque ces trente dernières années pour nuire au bien-être et aux perspectives politiques des Sud-Africains issus de la classe ouvrière. Agissant toujours par intérêt personnel et sans scrupules, il a usé de son pouvoir présidentiel pour confier les fonctions exécutives du gouvernement à une famille criminelle et a donné son feu vert à un pillage généralisé de l'État, ruinant les institutions, paralysant les services publics et anéantissant une décennie de croissance et de création d'emplois. Destitué par son propre parti et confronté à sa chute, il a tenté, sans grand succès, un coup d'État , puis, avec un succès relatif, un soulèvement populaire qui a fait des centaines de morts et a coûté plusieurs milliards de rands à l'économie.
MK est son entourage élargi, un « parti » entièrement à son image et modelé selon ses moindres désirs. C'est un véritable cirque de gangsters et d'escrocs qui se trahissent, se trichent et se volent les uns les autres avec une telle rapacité que ce serait comique si ce n'était pas si tragique. Même les membres de sa famille n'y échappent pas : le plus sordide de ces scandales interminables concerne la fille de Zuma qui aurait fait venir ses propres cousins dans des groupes de mercenaires russes.
L'Umkhonto weSizwe représente la plus profonde dégénérescence morale de la classe politique sud-africaine. Nelson Mandela, Joe Slovo et Walter Sisulu — les figures du mouvement de libération qui ont fondé l'Umkhonto weSizwe originel en 1961 — se retourneraient dans leurs tombes s'ils savaient ne serait-ce que la moitié de ce qui se fait au nom de l'organisation qu'ils ont fondée.
Plusieurs autres figures emblématiques de la corruption se sont illustrées dès le premier jour. Ace Magashule, ancien lieutenant de Zuma et figure de proue de la lutte contre la corruption d'État – qui a dirigé le gouvernement provincial de l'État libre comme un fief personnel pendant une décennie avant d'être suspendu de l'ANC – a pris la parole au nom de son parti, le Congrès africain pour la transformation, qui est en réalité la branche de l'Umkhonto we Sizwe (MK) dans l'État libre.
La présence d'Irwin Jim sur l'estrade était particulièrement inquiétante . Jim est le secrétaire général de longue date du Syndicat national des métallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), qui fut jadis le plus grand et le plus militant syndicat du pays. Il y a un peu plus de dix ans, le NUMSA avait mené une première tentative, vouée à l'échec, d'unir la gauche en dehors de l'ANC.
Les débuts de cette initiative semblaient prometteurs : un Front uni rassemblait syndicats, mouvements communautaires et partis socialistes longtemps isolés sur la scène politique. Mais l'essor de l'auto-activisme démocratique qui s'ensuivit fut fatal au dirigeant syndical. Financé par le milliardaire américain de la tech Roy Singham, Jim étouffa le Front uni et le remplaça par le Parti socialiste révolutionnaire des travailleurs, une avant-garde fantoche bâtie autour de son autorité, qui s'effondra en quelques années. La voix de la « gauche » internationale était représentée le week-end dernier par son fidèle allié dans ces entreprises : Vijay Prashad, agent de Singham.
Il faudrait nuancer notre critique des Combattants pour la liberté économique (EFF), le troisième parti d'Afrique du Sud, mais seulement légèrement. Contrairement à l'Umkhonto we Sizwe (MK), l'idéologie officielle de l'EFF s'inscrit plus fidèlement dans la gauche, même si sa version date surtout du début du XXe siècle. La corruption au sein de l'EFF prend racine au sommet, mais n'a pas encore atteint toute la base. L'organisation compte un nombre non négligeable de militants de base dont l'engagement est bien plus sincère que tout ce que ses dirigeants sont capables de défendre.
Mais la démocratie est l'arme des faibles contre les forts, et ces camarades n'en retirent aucun avantage. L'EFF est, comme tous les autres partis de cette liste, un parti à la solde d'un seul homme. Et cet homme (Julius Malema, son fondateur et chef suprême), comme tous les autres, privilégie les affaires à la politique. C'est un capitaine d'industrie au sein des vastes « économies informelles » de clientélisme et de recherche de rentes qui rongent l'espace politique sud-africain depuis trente ans.
L'inclusion de ces groupes dans l'événement constituait une grave insulte à tous les délégués bien intentionnés qui assistaient à la conférence et aux fières traditions de la politique d'émancipation en Afrique du Sud sur lesquelles ils cherchaient à s'appuyer.
Je n'ai aucune idée précise de ce qui a poussé les organisateurs du Parti communiste sud-africain (SACP) à prendre cette décision. L'interprétation la plus indulgente l'attribuerait à une volonté naïve d'être œcuménique et de ne pas restreindre les frontières de la coalition avant même le vote démocratique. L'interprétation la moins indulgente est que l'écart entre le SACP — lui-même entaché de corruption — et la gauche clientéliste s'est tellement réduit que cette décision a semblé naturelle.
J'espère que c'était la première option. Et je soupçonne que, pour prendre cette décision, les dirigeants du SACP ont peut-être été disposés à mettre de côté leurs réserves par égard pour la force apparente des partis clientélistes.
Ce que nous avons perdu
Mais MK et l'EFF sont faibles sur tous les points essentiels pour la gauche et forts sur tous les sujets qui devraient l'inquiéter. Leur présence a abaissé le niveau des débats et a étouffé la voix des militants de base qui tentaient désespérément de tirer quelque chose d'utile de cette réunion.
On m'a demandé de présenter une introduction à l'une de ces discussions, portant sur la stratégie économique. Il se trouve que j'avais passé une grande partie de la semaine précédente à consulter d'anciens numéros du Shopsteward (la revue du Congrès des syndicats sud-africains) et du South African Labour Bulletin pour un projet de recherche. La période sur laquelle je me concentrais – la fin des années 1980 et le début des années 1990 – correspondait à l'apogée de la gauche sud-africaine.
À l'époque, la Confédération des syndicats sud-africains (COSATU) constituait l'épine dorsale organisationnelle de l'une des populations les plus mobilisées au monde : un mouvement ouvrier de plusieurs millions de membres, doté de solides structures d'organisations syndicales, de liens étroits avec les mouvements sociaux et civiques, et porteur de la confiance d'une classe qui avait vaincu un système d'oppression vieux de 300 ans. Ces atouts se reflètent pleinement dans sa vie intellectuelle : la grande finesse des débats de ces années-là est née d'une confrontation directe avec le pouvoir, menée par des organisations qui, de par leur importance, étaient contraintes de réfléchir sérieusement et dont les idées avaient un réel impact.
J'ai profité de mes propos pour inciter les camarades à se remémorer ce moment de notre histoire et à s'en inspirer pour définir la rigueur stratégique dont ils ont fait preuve. Mes remarques ont été mal accueillies. Le premier à réagir fut un haut responsable de l'EFF. Pourquoi, demanda-t-il, la COSATU avait-elle échoué si elle avait fait preuve d'une telle sophistication stratégique ? Sa réponse fut d'une simplicité désarmante : les stratèges syndicaux avaient oublié l'essentiel, la nécessité de s'emparer des terres et des moyens de production. Voilà ce que devrait être notre stratégie économique.
Cela a donné le ton au débat qui a suivi. De nombreux intervenants se sont demandés pourquoi, selon les termes de l'un d'eux, nous n'étions pas « suffisamment obsédés » par la reconquête des terres. Reprenant cette idée, un autre a avancé avec audace que le « principal problème » auquel sont confrontés les Noirs dans le pays est la constitution (à cause de la terre, sans doute).
Quelques voix tentèrent de recentrer le débat sur la réalité, en demandant quelles revendications concrètes pourraient réellement améliorer les conditions de vie et susciter un soutien populaire. Mais elles étaient minoritaires, non seulement face aux membres des groupes de pression, mais aussi face aux représentants des nombreux partis opportunistes qui constituaient une part importante du reste de la délégation à la conférence.
Ces groupes ne sont pas corrompus comme le sont les MK. Mais ils sont tout aussi déracinés et illusionnés, percevant la réalité exclusivement à travers le prisme des textes bolcheviques écrits à une époque où la plupart des ouvriers n'avaient jamais vu de chaîne de montage.
La grossièreté de cette conversation, contrastant avec la qualité des échanges que j'avais lus dans les revues du début des années 1990, m'a procuré l'un des moments les plus troublants que j'aie vécus en près de vingt ans d'engagement au sein de la gauche sud-africaine.
L'objectif initial de cette conférence me sembla soudain malavisé. Il devint clair que notre véritable tâche n'était pas d'unir la gauche, mais de la reconstruire .
Les défis auxquels nous sommes confrontés à cet égard dépassent largement l'influence du clientélisme. Il y a une trentaine d'années, la gauche sud-africaine s'est scindée en deux. Une moitié a été absorbée par le vaste appareil parti-État qui se mettait en place autour de l'Alliance – l'alliance tripartite officielle entre l'ANC, le SACP et la COSATU qui a gouverné le pays après 1994. L'autre moitié a été reléguée aux marges les plus reculées de l'échiquier politique par cette machine infernale. Trop proches du pouvoir d'un côté, trop éloignées de l'autre, chacune a dégénéré à sa manière.
Pour ne citer qu'un exemple, il ne reste pratiquement plus aucune revue de gauche importante imprimée en 2026.
Chaque ouverture apparente semble nous faire reculer de deux pas. Les mouvements NUMSA ont englouti les quelques structures de coordination dont disposait la « gauche indépendante ». Leur seul héritage fut un creusement des divisions et une union dégradée. Rhodes Must Fall a injecté un radicalisme universitaire à l'américaine dans la culture politique sud-africaine, ne laissant derrière lui que rancœur et médiocrité.
Les slogans pseudo-radicaux que l'EFF et MK ont perfectionnés sont désormais le langage courant d'une frange bien plus large d'activistes autoproclamés. On y croise souvent le leader étudiant qui n'a jamais cultivé plus qu'un pot de fleurs de sa vie, mais qui affirme avec assurance que tous les problèmes de programme et de tactique se résument à la reconquête des terres. Ci-dessous, soit dit en passant, ce que les données révèlent sur cette proposition. Une large majorité soutient toujours la redistribution des terres, mais pratiquement personne – hormis quelques communautés rurales – ne la considère comme une priorité majeure.
Dans l'ensemble, les Sud-Africains issus de la classe ouvrière aspirent aux bienfaits d'une économie industrielle moderne : emplois et revenus stables. Ils ne veulent pas redevenir paysans. Cela devrait être une évidence. Mais essayez donc de l'affirmer devant un auditoire de militants de gauche, et vous n'aurez pas le droit de finir votre phrase. Cette obsession pour la question foncière est le signe le plus flagrant du détachement de la gauche vis-à-vis de la réalité politique et de sa dérive vers une sphère de symboles et de slogans.
Ce que nous allons perdre
Le plus tragique dans tout cela, c'est que les initiatives du SACP arrivent à point nommé et, mieux exécutées, auraient pu aboutir à un tout autre résultat. Comme je l'ai longuement expliqué ailleurs, le déclin de l'ANC libère un immense espace sur la carte politique, un espace qui devrait s'avérer très attractif pour une gauche ambitieuse.
Les raisons de cette situation sont évidentes. Des millions d'électeurs désertent l'ANC en raison d'une économie atone, de services publics défaillants et de la corruption. L'EFF et l'MK, partis dissidents du parti au pouvoir qui incarnent ses pires dérives corrompues, ont peu de chances de devenir le nouveau foyer politique de la plupart d'entre eux.
Mais ils ne sont pas non plus susceptibles de se tourner vers un parti qui prône les privilèges des Blancs et qui s'obstine à nier les réalités politiques les plus évidentes pour les Sud-Africains ordinaires : le poids du passé qui continue de peser sur notre présent. Voici quelques données supplémentaires qui étayent cette affirmation : une très large majorité de Sud-Africains noirs soutient l'intervention de l'État pour réduire les inégalités et surmonter les désavantages historiques, des politiques auxquelles l'Alliance démocratique (DA) s'est toujours opposée.
Tout cela pourrait changer. Les derniers chiffres datent de plusieurs années et sont à la baisse, reflétant peut-être le désenchantement populaire envers les services publics. On observe des signes encourageants indiquant que l'Alliance démocratique (DA), pour la première fois, s'implante de manière significative dans les circonscriptions à majorité noire et atténue son fondamentalisme libéral à mesure qu'elle se développe. Mais il faudra du temps pour tisser des liens de loyauté profonds.
Pour l'instant, le champ politique reste ouvert. Pour la gauche, la formule de base à suivre pour s'y imposer de manière convaincante semble claire : il nous faut un parti qui se positionne entre les deux camps actuellement dominants, partageant avec l'Alliance démocratique (DA) son engagement anticorruption tout en restant fidèle à la transformation économique et à un plan viable pour l'emploi. Les deux volets de cette plateforme sont indissociables : seul un parti capable de restaurer la crédibilité du secteur public peut l'emporter avec un programme économique fondé sur le pouvoir public.
Les formules sont faciles à élaborer, certes ; les appliquer est bien plus complexe. Franchement, j'ignore si le SACP est en mesure de jouer un rôle significatif ici. Son histoire récente n'a rien d'encourageant. Mais grâce à une structure organisationnelle encore en partie intacte et à une certaine expérience, certes limitée, des élections et de la gouvernance, il est sans doute mieux placé que toute autre formation de gauche.
Sauf si elle persiste à privilégier la pseudo-gauche au détriment de la classe ouvrière. C'est ce que je voulais dire plus tôt en affirmant que les partis clientélistes sont défaillants sur les points essentiels. Les discours radicaux et la corruption flagrante ne constituent pas la recette pour assurer au Conseil de la Gauche – l'organe de coordination officialisé par la récente conférence – un large soutien populaire (il suffit de constater la stagnation des résultats électoraux de l'EFF depuis dix ans).
Pourtant, leur force est inquiétante. Ils disposent des moyens organisationnels et financiers nécessaires pour dominer le nouveau front de gauche, comme nous l'avons constaté le week-end dernier.
Cette force ne provient pas des sources traditionnelles de la gauche. Elle ne repose pas sur des militants engagés et instruits. Elle ne s'appuie pas sur de puissantes structures de terrain ou de rue. Elle n'est pas guidée par une clarté idéologique ou un sens stratégique aigu. Elle découle plutôt du clientélisme et du populisme. Elle provient du charisme des hommes forts et des rouages de distribution qui se mettent en place autour d'eux.
C'est là le moteur de MK, et dans une moindre mesure, de l'EFF. Les séquelles de l'attachement de ces partis aux principes de la gauche constituent un obstacle plutôt qu'une aide – en témoigne la position anti-xénophobe de l'EFF, son seul acte de principe notable, mais qui lui a coûté très cher.
Tôt ou tard, cela sera reconnu. Les groupes clientélistes commenceront à comprendre que les fondements traditionnels de la droite – Dieu, la famille et la patrie – s'accordent mieux avec les systèmes de clientélisme que ne le pourrait jamais le faire le vocabulaire émancipateur de la gauche. Le respect de l'autorité, l'ordre patriarcal et le sentiment d'appartenance nationaliste – éléments déjà bien ancrés dans l'idéologie de MK – constituent des expressions beaucoup plus naturelles pour une politique fondée sur une loyauté personnalisée et des faveurs venues d'en haut.
Les chefs de file actuels, fondés sur le clientélisme, évolueront soit naturellement dans leur direction, soit seront supplantés par d'autres moins encombrés par les prétentions du pouvoir populaire.
S'allier avec eux n'est donc pas un moyen rapide de revitaliser la gauche. C'est au contraire le meilleur moyen de la condamner. Cela ne fera que confirmer les propos du chef de l'Alliance démocratique : la distinction gauche-droite perdra rapidement toute signification dans la politique sud-africaine. Le seul clivage pertinent opposera un bloc qui souhaite gouverner en faveur de l'élite en place à un bloc qui ne souhaite absolument pas gouverner et dont la seule ambition est de finir de piller les ruines de l'État sud-africain.
Si le public finit par associer cette image à la gauche, ce sera catastrophique pour notre projet à long terme. Les images du week-end dernier montrant Yengeni, Magashule, Malema et leurs acolytes pontifiant devant une grande banderole « Conférence de la gauche », entourés de dirigeants du SACP, nous ont rapprochés un peu plus de ce scénario. C'était désolant. Si la gauche doit se reconstruire, ce ne sera pas grâce à ceux qui ont contribué à détruire les conditions d'une politique ouvrière.
À propos de l'auteur
Le Dr Niall Reddy est chercheur au Southern Centre for Inequality Studies de Johannesburg.












