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La Méditerranée orientale, un front ignoré de la recomposition régionale

Tel-Aviv ne cache pas ses ambitions de redessiner les frontières du Moyen-Orient. Cette volonté s'étend à la Méditerranée orientale où intérêts énergétiques et stratégiques (…)

Tel-Aviv ne cache pas ses ambitions de redessiner les frontières du Moyen-Orient. Cette volonté s'étend à la Méditerranée orientale où intérêts énergétiques et stratégiques contribuent à la consolidation d'un front entre Israël, Chypre et la Grèce.

Tiré d'Orient XXI.

Le 2 mars 2026, deux jours après le début de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran, les bases militaires britanniques à Chypre ont été la cible d'attaques de drones. Si les dégâts matériels ont été limités, les personnels militaires et de localités environnantes ont été évacués.

L'Iran a d'abord été accusé, mais d'autres sources ont évoqué l'implication du Hezbollah libanais. En juin 2024, Chypre avait été directement menacé de représailles par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, du fait de son emploi au service d'Israël.

Le Premier ministre britannique Keith Starmer a nié que des bombardements américains aient été lancés à partir des bases de Chypre. Pourtant, il est indéniables que celles-ci assurent un soutien logistique majeur à Israël qui va au-delà de seules « opérations défensives ».

Face à cette escalade contre un territoire européen, différents gouvernements de l'Union européenne ont annoncé un renforcement de leur présence militaire en Méditerranée orientale. La France, la Grèce et le Royaume-Uni, notamment, ont mobilisé des bâtiments supplémentaires et des effectifs militaires renforcés. Côté turc, des renforts ont aussi été déployés dans la partie nord de Chypre.

Très critique à l'encontre de la réaction de Londres, jugée tardive et molle, le président chypriote Nikos Christodoulides a déploré son incapacité à empêcher l'attaque de drones. Un début de débat sur l'avenir de ces bases héritées de l'empire colonial britannique s'est même ouvert sur l'île. Lancée au printemps 2025, une campagne transnationale « Bases hors de Chypre » (Bases off Cyprus) a été lancée autour d'un ensemble d'organisations locales, américaines et britanniques pour réclamer non seulement la fermeture de ces bases et un embargo sur les armes, mais aussi la remise des preuves accumulées lors des vols de surveillance et de reconnaissance au-dessus de Gaza à la justice internationale chargée de juger les responsabilités et les complicités de crimes de guerre.

Les bases militaires britanniques mobilisées

Hormis quelques évocations dans la presse britannique généraliste, ces bases militaires étaient restées largement dans l'ombre. Cette discrétion a été encouragée par un mémo gouvernemental adressé à la presse. Pourtant, ces bases occupent un rôle central dans les opérations américaines et britanniques au Moyen-Orient. Dès octobre 2023, elles ont rempli un rôle logistique majeur dans les opérations militaires contre Gaza. Elles ont assuré une ligne d'approvisionnement vitale pour l'armée américaine, tout en permettant le lancement de plus de 650 missions de surveillance et de reconnaissance au-dessus de Gaza, avec un partage des données avec Israël. Plus précisément, les numéros et durées des vols – coïncidant souvent avec d'importantes opérations israéliennes – suggèrent un degré de coopération dépassant largement le cadre officiel du « sauvetage d'otages israéliens » (1).

Cette coopération militaire a été renforcée par un accord secret de défense mutuelle entre Londres et Tel-Aviv visant à « contrer l'activité régionale déstabilisatrice de l'Iran et du Hezbollah », selon des documents déclassifiés (2).

Cette centralité stratégique de l'île n'est pas nouvelle. Dès l'été 2017, l'armée israélienne l'a utilisée à diverses reprises pour des exercices simulant des combats au Sud-Liban, mobilisant un nombre sans précédent de soldats israéliens déployés à l'étranger. Ce territoire avait été choisi à cause de la similitude topographique avec le Liban.

Un axe Grèce, Chypre et Israël

Le rôle de ces bases ne peut être compris indépendamment d'une transformation plus large de la Méditerranée orientale, où la militarisation accélérée est directement connectée à des projets énergétiques et stratégiques. Récemment, le rapprochement entre la Grèce, Chypre et Israël s'est progressivement transformé en une véritable alliance structurée autour de trois axes interconnectés : des accords économiques, une coopération énergétique centrée sur le gaz naturel et le renforcement des liens militaire et sécuritaire.

Cette convergence est alimentée par des rivalités autour du tracé des frontières maritimes et des ressources énergétiques en Méditerranée orientale. Il s'est accéléré après la découverte de gisements importants de gaz naturel en 2011, dont six déjà identifiés dans la zone économique exclusive (ZEE) de Chypre. Ces découvertes ont à la fois aggravé les rivalités maritimes avec la Turquie et renforcé la coopération sécuritaire avec Israël afin de sécuriser les infrastructures énergétiques et les routes maritimes.

Une manne pour les firmes israéliennes de défense

Depuis l'occupation turque du nord de Chypre, la zone tampon entre les deux parties de l'île (ou « zone verte ») a été équipée de matériels technologiques de surveillance développés par des entreprises israéliennes pour assurer le contrôle des passages migratoires. Dans le même temps, la Grèce a équipé ses camps de réfugiés en mer Égée d'outils technologiques de surveillance et de contrôle développés par des entreprises israéliennes. Un moment suspendus, ces projets ont repris en octobre 2025, avec l'annonce d'un « cessez-le-feu » à Gaza.

Approuvé par le Parlement grec en décembre 2025, cette coopération inclut l'achat de 36 systèmes de lancement précis de roquettes (PULS) pour un montant de 758 millions de dollars (646 millions d'euros), dans le cadre d'un investissement plus large d'environ 3 milliards d'euros visant à créer un système de défense antimissile pour la mer Égée, comparable au Dôme de fer israélien. Ce plan intègre un programme de modernisation militaire de 28 milliards de dollars (24 milliards d'euros) lancé par la Grèce.

De son côté, Chypre s'est également doté d'un système de défense antimissile. Le 22 décembre 2025, lors d'un sommet trilatéral, les trois pays ont annoncé l'intensification des manœuvres conjointes, une coordination renforcée de la planification sécuritaire mais aussi la création d'une force militaire commune mobilisable lors de crises.

Un corridor maritime jusqu'à l'Inde

Sécurisés par ces accords militaires, les projets énergétiques constituent l'un des piliers de cette alliance. Parmi eux, figure le Great Sea Interconnectore (GSI) visant à relier le réseau électrique de Chypre et de la Grèce, avec un élargissement prévu à Israël. Promu pour mettre fin à l'isolement énergétique de Chypre et l'intégrer au marché européen, le projet vise à renforcer aussi la sécurité énergétique régionale en limitant la dépendance au gaz russe. Présenté sous couvert d'une « transition verte » et de la diversification des routes énergétiques, le projet reflète une réorganisation plus large en Méditerranée orientale, fondée sur la normalisation et l'intégration régionale d'Israël.

Lors du sommet, les trois pays ont annoncé leur volonté de se relier au Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC). Sous patronage américain, celui-ci vise à raccorder le marché européen et l'Asie du Sud par des infrastructures de transport et de commerce et des coopérations énergétiques, étendu de l'Inde jusqu'à la Grèce et Chypre, en passant par les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël.

Pour le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, ce projet représente le « squelette » d'un corridor stratégique destiné à intégrer Israël dans ces réseaux économiques et énergétiques. Soutenu par l'UE, il vise aussi à contrer le projet de la Chine des Nouvelles routes de la soie (BRI). Toujours dans ses phases préliminaires, ce projet s'est renforcé grâce à des accords entre l'Inde et les Émirats arabes unis confirmés lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi aux Émirats arabes unis le 15 mai.

L'alignement sur les États-Unis

La guerre contre Gaza forme ainsi le prélude à une reconfiguration plus large du Moyen-Orient. Au-delà de sa fonction logistique dans les opérations militaires, Chypre est présente dans certaines projections politiques au sujet du futur des Palestiniens. En janvier 2025, différents États sont évoqués comme sites potentiels de « relocalisation » pour les Palestiniens : l'Égypte, la Jordanie, la Somalie ou l'Ouganda. Plus inattendu, Chypre figurait comme site possible d'aménagement de vastes camps appelés zones de transit humanitaire (HTA) dans certaines ébauches préliminaires (3).

Dans un plan en six points présenté lors du sommet de Charm el-Cheikh le 13 octobre 2025 en Égypte, le président Christodoulides s'est aligné sur la vision étatsunienne. Pour justifier cette position, il a argué de la proximité géographique de l'île avec le théâtre de la guerre qui entraînerait, selon lui, des obligations pour Chypre (4).

Cette localisation exceptionnelle permettrait d'assurer une assistance humanitaire « neutre » présentée comme utile dans le cadre d'un conflit extérieur. Dès octobre 2023, l'administration chypriote a constamment défendu un rôle présenté comme purement humanitaire, notamment à travers le corridor maritime vers Gaza opéré depuis le port de Limassol.

Mais ces arguments occultent la fonction de plateforme logistique de Chypre, dont les infrastructures visent à sécuriser les corridors maritimes régionaux et affermir le cadre international de gestion du territoire palestinien.

Finalement, Chypre et la Grèce ont intégré le Conseil de la paix de Donald Trump — censé superviser la reconstruction de Gaza — en tant que « membres observateurs » au moment où Nicosie assure jusqu'au 1er juillet la présidence du Conseil de l'UE. De son côté, la Grèce a accepté de participer à la Force internationale de stabilisation (FIS), chargée de sécuriser et démilitariser l'enclave palestinienne, en fournissant du personnel médical, du personnel technique et une composante de patrouilles de sécurité.

La Turquie en ligne de mire

Tandis que l'occupation israélienne du Sud-Liban représente une escalade majeure du projet de « grand Israël », les coopérations militaires et énergétiques entre Israël, la Grèce et Chypre consolident un alignement stratégique visant à renforcer l'intégration de Tel-Aviv dans la région.

Ce développement est observé de près par la Turquie, avec laquelle les tensions alimentent la possibilité d'un affrontement direct. Lors du sommet trilatéral fin décembre 2025, Nétanyahou avait averti que « ceux qui s'imaginent pouvoir rétablir leurs empires et leur domination sur nos terres » feraient bien d'« oublier ça » (5) en référence à l'Empire ottoman.

Face à cette recomposition, d'autres alliances semblent émerger. Ainsi la Turquie explore-t-elle un rapprochement avec le pacte de défense mutuelle saoudien-pakistanais, créant un bloc concurrent à Israël et ses partenaires.

Ces rivalités régionales se jouent sur différents théâtres, notamment en Syrie. Dès décembre 2024, après la chute du régime de Bachar Al-Assad, la reconstruction du pays est devenue un terrain de compétition stratégique. Là où la Turquie défend un État unifié aligné sur ses intérêts, Israël préfère une configuration fragmentée et durablement minée par l'occupation militaire illégale et les bombardements répétés.

Dans une logique de blocs, Benyamin Nétanyahou a reformulé fin février 2026 ce projet : « Dans la vision qui s'offre à moi, nous créerons un système entier, en substance un 'hexagone' d'alliances autour ou à l'intérieur du Moyen-Orient. Cela inclut l'Inde, les nations arabes, les nations africaines, les pays méditerranéens (la Grèce et Chypre), ainsi que des pays d'Asie que je ne détaillerai pas pour le moment » (6).

Cet axe serait destiné à contrer ce qu'il appelle des « axes radicaux » qu'il assimile à la fois à « l'axe chiite » (l'ennemi iranien) et à un « axe sunnite émergent » (le régime turc). En Israël, la classe politique et économique adopte pleinement ces objectifs de normalisation. C'est devenu évident en mai 2024, lorsque Nétanyahou a présenté son plan intitulé « Gaza 2035 », imaginant la transformation de l'enclave en plateforme économique régionale. Ce projet affichait la création d'une zone de libre-échange articulée à des infrastructures de transport, d'oléoducs et de corridors commerciaux destinés à intégrer le territoire aux routes d'approvisionnement régionales et globales. Dans cette vision, Gaza est décrite comme un espace à rebâtir « à partir de rien », comme une espèce de table rase à réaménager en pôle d'investissement et de production.

Comme l'observent Adam Hanieh, Robert Knox et Rafeef Ziadah (7) ce type de projection importe moins par sa faisabilité directe que par la fonction idéologique qu'il remplit : celle de projeter un avenir où l'intégration économique régionale d'Israël s'accompagnerait de la disparition de la résistance palestinienne et de la transformation des Palestiniens en force de travail servile.

Notes

1- Iain Overton, « US flew spy flights for UK months before MoD admitted it », Declasssified, 12 août 2025.

2- John McEvoy, « Britain's secret defence plan with Israel », Declassified, 9 octobre 2024,

3- Jonathan Landay et Aram Romston, « Exclusive : Proposal outlines large-scale 'Humanitarian Transit Areas' for Palestinians in Gaza, » Reuters, 11 juillet 2025.

4- Tom Cleaver, « Cyprus offers ‘operational support' for Trump's Gaza plan », Cyprus Mail, 23 Octobre 2025.

5- Nava Freiberg, « Netanyahu met en garde la Turquie contre ses désirs présumés de rétablir son empire », The Times of Israël, 22 décembre 2025

6- « Narendra Modi attendu en Israël mercredi, Benyamin Nétanyahou affirme vouloir bâtir de 'nouvelles alliances' », AFP, 23 février 2025.

7- La Palestine au cœur du capitalisme mondial, éditions Amsterdam, 2026.

Carney appuie le plus grave affaiblissement de la législation environnementale

16 juin, par The Energy Mix Staff — , ,
Le gouvernement fédéral a répondu aux « réactions de milliers de personnes » en reportant une série de mesures d'assouplissement environnemental de grande envergure et en (…)

Le gouvernement fédéral a répondu aux « réactions de milliers de personnes » en reportant une série de mesures d'assouplissement environnemental de grande envergure et en prolongeant la période de consultation sur les modifications réglementaires proposées du 7 juin au 22 juillet.

9 juin 2026

Photo tirée de DEZALB/goodfreephotos.com

https://ecosocialistsvancouver.org/article/carney-backs-worst-gutting-environmental-law

Cette décision fait dérailler le projet du gouvernement de déposer un projet de loi dès la semaine du 8 juin. C'était avant que les propositions « ne suscitent la colère des Premières Nations et ne mobilisent les organisations de la société civile », rapporte la CBC.

De hauts responsables gouvernementaux ont été véritablement surpris par l'ampleur et la véhémence de la réaction, a appris The Energy Mix.

« Parmi l'ensemble des mesures figuraient la désignation de zones de développement pré-approuvées dans certaines "zones économiques fédérales" et l'octroi au Cabinet fédéral d'un pouvoir limité pour exempter des projets du "test de mise en péril" pour les espèces en péril », écrit la CBC. L'Assemblée des Premières Nations a répondu que les changements proposés constituaient « une pratique d'exclusion ».

La directrice générale d'Ecojustice, Kimberly Shearon, a ajouté dans un communiqué que « en vidant de leur substance les lois qui garantissent les protections environnementales fondamentales, ce gouvernement ne fera qu'accélérer des dommages évitables — et dans certains cas irréversibles — aux communautés et aux écosystèmes ».

L'une des principales préoccupations est que les mesures proposées repousseraient l'évaluation des impacts majeurs des mégaprojets énergétiques et miniers de la phase d'approbation à celle de l'octroi du permis définitif — moment où les décisions importantes concernant la conception du projet seraient déjà prises et considérées comme irréversibles.

« On ne peut pas à la fois précipiter le développement et protéger la nature de cette manière — si on fait mal les deux, les deux échouent », a déclaré Sandra Schwartz, directrice générale de la Société pour la protection des parcs et de la nature sauvage du Canada. « J'ai travaillé sur les lois qui protègent le droit des Canadiens à un environnement sain, et les voir affaiblies alors que des espèces comme le caribou sont poussées vers l'extinction est profondément frustrant. Une fois que la nature a disparu, on ne la récupère pas. »

Dans un communiqué de presse annonçant le report, le gouvernement a déclaré avoir « reçu des commentaires précieux de la part de milliers de parties prenantes, de groupes autochtones et de membres du public à travers le pays, soulignant l'importance de ces enjeux pour les Canadiens ».

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a déclaré que les Canadiens « ont manifesté un vif intérêt pour ces réformes proposées », tout en reconnaissant que ces changements « ont le potentiel de façonner la manière dont nous réalisons les grands projets et renforçons notre économie pour les années à venir ». Prolonger la période de consultation, a-t-il ajouté, « nous permettra d'entendre encore plus de Canadiens et nous aidera à élaborer des réformes qui reflètent les points de vue et les priorités des gens partout au pays ».

Le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a ajouté que « pour bâtir une économie canadienne plus forte et mieux connectée, nous devons être à l'écoute des gens et des collectivités qu'elle dessert ».

Alex Cool-Fergus, spécialiste des affaires gouvernementales, a donné une interprétation plus cynique sur LinkedIn.

« Le gouvernement fédéral vient de prolonger la période de consultation sur le projet de déréglementation jusqu'au milieu de l'été, soit précisément le moment où les Canadiens y prêtent le moins attention », a-t-elle écrit. « Pourquoi ? Probablement parce qu'on se rend compte que les mesures de déréglementation proposées sont profondément impopulaires auprès des électeurs, quelle que soit leur affiliation partisane. La nature compte et constitue une question identitaire fondamentale pour presque chacun d'entre nous. Supprimer les protections essentielles qui assurent la sécurité de notre environnement naturel et de nos communautés au nom d'une simplification de la vie des entreprises est politiquement risqué. »

Avec les élections partielles prévues cet automne, le gouvernement « devra démontrer qu'il est du côté des petits », a ajouté Mme Cool-Fergus. « C'est la preuve, pour ceux d'entre nous qui désespèrent de l'état des affaires climatiques et environnementales dans ce pays, que les gens s'en soucient encore. Il y a des leçons à tirer de tout cela.

La veille, des groupes de défense du climat, de l'énergie et de la nature s'étaient rassemblés devant le Parlement pour exhorter le gouvernement à faire marche arrière sur le démantèlement des politiques environnementales.

Des représentant-es de 16 groupes ont tenu une conférence de presse pour affirmer qu'Ottawa était allé trop loin dans l'affaiblissement des politiques environnementales et climatiques, a rapporté la Presse canadienne. Leurs appels ont été lancés en prévision de rencontres prévues avec la ministre de l'Environnement, Julie Dabrusin, et des hauts fonctionnaires du Cabinet du premier ministre.

« Le premier ministre (Mark) Carney propose le plus grave affaiblissement de la législation environnementale de l'histoire du Canada, garantissant ainsi que le pays sera laissé pour compte dans la transition énergétique », a déclaré Tim Gray, directeur général d'Environmental Defence Canada. « Ce sont les Canadiens qui en paieront le prix, et les dommages pourraient perdurer pendant des générations. »

Ottawa a publié deux documents de travail le mois dernier qui proposaient, entre autres, d'approuver des projets avant même qu'ils ne soient examinés et d'exempter certains projets des lois visant à protéger les espèces en péril.

Le gouvernement a également proposé de retirer à l'Agence fédérale d'évaluation des impacts la responsabilité d'examiner les projets de pipelines, de lignes de transport d'électricité et d'énergie renouvelable en mer, pour la confier à l'Office de régulation de l'énergie du Canada.

À l'époque, Anna Johnston, avocate chez West Coast Environmental Law, qui a largement participé à l'élaboration de la Loi sur l'évaluation des impacts du gouvernement Trudeau, a déclaré que ces changements seraient « bien pires que ce qui s'est passé sous le gouvernement du premier ministre Harper en 2012 ». L'ancien ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault, partageait cet avis.

Le gouvernement fédéral a déclaré que l'industrie lui avait fait savoir que le niveau d'expertise en matière de projets énergétiques dont dispose l'Office de régulation de l'énergie du Canada n'existait pas au sein de l'Agence d'évaluation des impacts, rapporte la Presse Canadienne.

Ces propositions s'inscrivent dans la volonté d'Ottawa de se positionner comme un fournisseur d'énergie fiable, alors que la guerre américano-israélienne contre l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz font grimper les prix de l'énergie à l'échelle mondiale.

Depuis des années, les dirigeants de l'industrie pétrolière et gazière demandent à Ottawa de supprimer les obstacles réglementaires qui, selon eux, entravent le développement, notamment la Loi sur l'évaluation d'impact et l'interdiction des pétroliers sur la côte ouest.

Ils ont déclaré que la complexité des processus réglementaires canadiens compromettait les possibilités d'assurer une plus grande sécurité énergétique mondiale.

Trevor Ebl, président des activités de gazoducs au Canada chez TC Energy, une société de transport par pipeline basée à Calgary, a déclaré l'année dernière que des entreprises comme la sienne étaient en concurrence avec des rivaux américains et mexicains pour attirer des investissements en capital.

Il a comparé le gazoduc Coastal GasLink de TC en Colombie-Britannique, achevé en 2024 après 10 ans de travaux, au projet Southeast Gateway de TC au Mexique, qui a été mis en service l'année dernière après seulement trois ans de développement.

Les groupes environnementaux ont déclaré qu'il n'y avait aucune preuve suggérant que les lois canadiennes empêchent le développement.

« Bien sûr qu'ils diront ça. L'industrie a une longue histoire de lobbying en faveur de la déréglementation environnementale », a déclaré M. Gray aux journalistes.

« Le gouvernement du Canada a l'obligation envers ses citoyen-nes de présenter et de divulguer les preuves sur lesquelles il s'appuie, s'il compte démanteler 50 ans de réglementation environnementale qui protège l'intérêt public. De notre point de vue, aucune preuve n'existe. »

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L’itinérance des femmes commence souvent avant la rue

16 juin, par Mélanie Fournier — , ,
Nous reconnaissons l'itinérance lorsqu'elle se donne à voir dans la rue : un corps dehors, exposé, sans adresse fixe. Cette image nous arrange presque autant qu'elle nous (…)

Nous reconnaissons l'itinérance lorsqu'elle se donne à voir dans la rue : un corps dehors, exposé, sans adresse fixe. Cette image nous arrange presque autant qu'elle nous inquiète. Elle permet de croire que le problème commence là où le domicile s'arrête. Or les trajectoires des femmes déjouent ce scénario. Elles se logent souvent dans des espaces privés, derrière des formes de stabilité apparente, là où le danger se retire du regard sans disparaître.

Tiré de The conversation.

Pour plusieurs, le dedans n'a jamais été ce sanctuaire que célèbrent nos fictions domestiques. Il a parfois été le lieu même où la menace s'installe et devient ordinaire. Avoir un toit, dans ces conditions, ne suffit pas à être en sécurité ; encore faut-il que ce lieu puisse être habité sans reconduire ce dont il devait protéger.

Dans mes recherches doctorales en psychologie, menées auprès de femmes ayant connu l'itinérance et le relogement, j'étudie cet écart entre être logée et pouvoir habiter. Il invite à penser l'itinérance féminine au-delà de l'absence de logement, à partir d'une fragilisation du rapport au refuge lui-même.

Hors de la rue, mais pas à l'abri

Elle passe d'un divan à l'autre, accepte une chambre provisoire, reste parfois dans une relation violente ou compose avec une hospitalité qui exige quelque chose en retour. Elle n'est pas dehors. Elle n'est pourtant nulle part chez elle.

C'est ce qu'on appelle l'itinérance cachée : non pas l'absence complète de toit, mais l'impossibilité de disposer d'un lieu à soi. Cette forme d'itinérance tient souvent à une présence tolérée chez les autres, révocable, conditionnelle. Et puisqu'elle se déroule dans des espaces privés, elle demeure plus difficile à reconnaître.

Ce retrait tient aussi à une stratégie de survie. Si plusieurs femmes évitent la rue, ce n'est pas parce que leur situation serait moins grave, mais parce que l'espace public et certains refuges peuvent devenir des lieux d'exposition accrue. Les recherches documentent des risques importants de victimisation, de harcèlement et d'agression dans ces contextes. La fuite vers des espaces privés fragiles constitue alors moins une solution qu'un déplacement de l'insécurité.

Dans une étude sur la spirale de l'itinérance au féminin, une participante résumait brutalement ce choix piégé : devoir aller « chez un [homme] qui te maltraite, qui te fait tous les temps, pour avoir une adresse ». La formule est dure, mais elle dit ce que les catégories administratives peinent à saisir : l'adresse peut parfois être obtenue au prix de sa propre sécurité.

Un tiers des sans-abris recensés sont des femmes

Cette invisibilité a des effets très concrets. Les femmes apparaissent moins nombreuses dans les dénombrements de l'itinérance visible, mais elles sont fortement présentes dans ses formes cachées. Ce qui échappe au regard public échappe aussi plus facilement aux mécanismes de reconnaissance et d'intervention.

L'invisibilité devient alors une forme de preuve contre celles qu'elle efface.

Un angle mort d'autant plus préoccupant que même la part visible de l'itinérance féminine augmente. À Montréal, la proportion de femmes recensées en situation d'itinérance visible est passée de 23 % à 29 % en quatre ans. Si ce chiffre ne rend pas compte de tout le phénomène, il suffit pourtant à rappeler que cette réalité n'a rien de marginal.

Dépendance et dette implicite

Cette sous-reconnaissance tient aussi à une attente sociale persistante : une femme devrait pouvoir être accueillie quelque part. Comme si les liens familiaux, amoureux ou amicaux formaient naturellement autour d'elle un filet de protection. Tant qu'elle peut dormir chez quelqu'un, sa situation reste difficile à nommer. Or cette aide apparente peut masquer une dépendance fragile, une dette implicite, une impossibilité de choisir vraiment où rester.

Ces trajectoires correspondent rarement à une rupture nette. Elles prennent plutôt la forme d'arrangements qui semblent provisoirement tenir, jusqu'à ce qu'ils cèdent. L'itinérance féminine se loge souvent dans ce délai : avant la rue, avant l'urgence visible, au moment même où la survie dépend encore du maintien de liens parfois coûteux.

Violence dans l'enfance, départ précoce

Bien avant la rue, certaines violences s'installent dans l'espace même qui aurait dû faire abri. Une femme rencontrée dans une recherche sur le sens du chez-soi résume cette fracture précoce : « Aucun des endroits où j'ai vécu avec mes parents ne ressemblait à un chez-moi ». Elle évoque ensuite une intervention policière dans sa chambre d'enfant, au milieu de ses jouets. Ce type de récit montre que la maison peut cesser très tôt d'être associée à la protection, pour devenir un lieu d'intrusion, d'alerte ou d'exposition.

Les données québécoises vont dans le même sens : environ une personne sur 13 déclare avoir subi de la violence sexuelle de la part d'un adulte avant l'âge de 15 ans. Dans près de 9 cas sur 10, l'incident le plus grave avait été commis par une personne connue de la victime. Les départs précoces du domicile prennent alors un autre sens. Certaines filles ne quittent pas la maison par désir d'autonomie, mais parce que rester devient impossible.

La maison, censée protéger, devient le lieu du danger

Cette exposition ne disparaît pas à l'âge adulte. Après l'âge de 15 ans, une femme sur quatre rapporte avoir subi au moins une agression sexuelle — sans compter les agressions commises par un partenaire intime, qui sont comptabilisées séparément. Au Québec, 40 % des femmes de 18 ans et plus ayant déjà été dans une relation intime ou amoureuse rapportent avoir subi au moins une forme de violence par un partenaire intime au cours de leur vie. La violence conjugale et familiale devient ainsi l'un des chemins par lesquels l'espace domestique peut précipiter vers l'itinérance.

Le problème n'est pas seulement que certaines femmes subissent de la violence à la maison. C'est que cette violence vient précisément brouiller la fonction symbolique du domicile : le lieu censé protéger devient celui dont il faut se protéger.

L'itinérance féminine apparaît alors moins comme une sortie brutale hors du domicile que comme la conséquence d'un abri progressivement retourné contre celles qu'il devait protéger.

Avant l'appartement autonome, il faut des lieux de transitions

Ces réalités obligent à penser l'itinérance des femmes comme un continuum, et non comme un simple passage de la rue au logement. Avant même l'accès à un appartement autonome, il faut multiplier les lieux de transition, les centres de jour et les espaces non mixtes où les femmes peuvent retrouver un minimum d'apaisement. Ces lieux ne sont pas des solutions de second ordre : ils représentent parfois le premier espace où le corps n'a plus à demeurer continuellement en alerte.

Mais la réponse ne peut pas s'arrêter au seuil de l'appartement. Pour plusieurs femmes, l'accès à un lieu à soi ne met pas fin à l'insécurité ; il exige un accompagnement capable de reconnaître ce que l'espace domestique peut réveiller. Le logement social avec soutien communautaire, les suivis à long terme et les approches fondées sur la santé relationnelle ne sont donc pas des ajouts périphériques aux politiques d'habitation. Ils conditionnent souvent la possibilité même de rester quelque part.

Autrement dit, il ne suffit pas de demander si une femme est logée. Il faut aussi se demander ce que ce lieu rend possible — ou impossible. Peut-elle y demeurer sans peur, sans emprise, sans disparaître à nouveau du regard social ? La rue n'est pas toujours le point de départ du danger : elle en est parfois la forme la plus visible.

Haroun Bouazzi 1, Simon Jolin-Barrette 0

16 juin, par Mohamed Lotfi — ,
Il existe des victoires qui ne se mesurent ni en sièges, ni en pourcentages, ni même en manchettes. Des victoires qui n'ont rien d'électoral et tout de démocratique. Elles (…)

Il existe des victoires qui ne se mesurent ni en sièges, ni en pourcentages, ni même en manchettes. Des victoires qui n'ont rien d'électoral et tout de démocratique.

Elles ne font pas descendre les foules dans la rue. Elles ne provoquent pas de grands élans patriotiques. Pourtant, elles laissent une trace profonde parce qu'elles rappellent à ceux qui gouvernent que le pouvoir n'est jamais absolu et que la démocratie n'est jamais un simple exercice de gestion.

À Rabat, installé dans un café populaire où les conversations, les rires et le bruit des tasses accompagnaient les images du Mondial 2026 diffusées sur un écran accroché au mur. Comme partout dans le monde ce soir-là, les regards étaient tournés vers le match opposant le Mexique à l'Afrique du Sud. Je suivais le ballon, les mouvements des joueurs et les promesses de suspense qui accompagnent toujours une Coupe du monde.

Puis une notification est venue interrompre ce moment de football. En quelques secondes, mon attention a quitté les stades pour se tourner vers une autre compétition. Une compétition beaucoup moins spectaculaire, mais infiniment plus importante. Une confrontation entre deux visions du Québec.

D'un côté, une conception du pouvoir qui semblait considérer qu'une majorité parlementaire suffisait à légitimer à peu près tout. De l'autre, une conception plus exigeante de la démocratie, fondée sur le débat, la consultation et le respect des contre-pouvoirs.

Ce soir-là, le score m'est apparu avec une clarté presque sportive. Haroun Bouazzi 1. Simon Jolin-Barrette 0.

Bien sûr, il ne s'agit pas ici d'un véritable score. La politique n'est pas un match de football et les idées ne se comptent pas comme des buts. Pourtant, il est difficile de ne pas voir dans l'issue de cette bataille une victoire nette de celles et ceux qui ont refusé d'accepter sans discussion un projet présenté comme une évidence.

La nouvelle était sans équivoque. Le gouvernement caquiste venait d'annoncer l'abandon de son projet de constitution du Québec, le fameux projet de loi 1. Simon Jolin-Barrette, qui portait ce chantier depuis des mois avec l'ambition de doter le Québec de sa propre constitution, reconnaissait finalement que le texte ne pourrait pas être adopté. Faute d'appuis suffisants. Faute de consensus. Faute d'avoir réussi à convaincre au-delà de son propre camp. Après des mois de débats et de controverses, ce qui devait devenir la « loi des lois » du Québec allait tout simplement mourir au feuilleton législatif.

Cette marche arrière constitue bien davantage qu'un revers parlementaire. Elle représente le rappel salutaire qu'une constitution ne peut être imposée comme une réforme ordinaire. Une constitution appartient à l'ensemble de la société. Elle exige un niveau d'adhésion et de légitimité supérieur à celui requis pour les lois habituelles. C'est précisément parce qu'elle touche aux fondements mêmes du contrat social qu'elle ne peut être l'œuvre exclusive d'un gouvernement, aussi majoritaire soit-il.

Ce qui rend cette séquence particulièrement remarquable, c'est que Haroun Bouazzi n'est précisément pas le personnage que certains rêveraient de voir entrer dans un moule. Depuis son arrivée en politique, on lui a souvent demandé implicitement de se faire plus discret, plus conforme, plus rassurant. Comme si la légitimité d'un élu devait passer par une forme d'effacement de soi.

Pourtant, ceux qui continuent de le décrire uniquement à travers le prisme du militant qu'il fut passent à côté d'une réalité essentielle. En peu de temps, Haroun Bouazzi a appris les règles parfois cruelles et souvent complexes de la politique parlementaire. Il a appris à manier le verbe politique avec davantage de précision. Il a appris à transformer une indignation en argument, une conviction en stratégie, une dénonciation en rapport de force. Il est devenu moins militant dans la forme, sans jamais renoncer à ses principes de fond. Il est devenu plus politique.

Ne pas lui reconnaître cette évolution, c'est lui refuser ce que l'on accorde pourtant à tant d'autres élus. C'est nier sa capacité à apprendre, à convaincre et à faire bouger les lignes. Cette victoire n'est pas seulement celle d'un parti ou d'une coalition circonstancielle. Elle est aussi celle d'un député qui a démontré qu'il pouvait contribuer concrètement à modifier le cours des choses.

Haroun Bouazzi a déjà annoncé son retrait de la politique active. Je sais que plusieurs le regretteront. Le Québec perdra une voix singulière, passionnée et profondément engagée dans les débats de son époque. Mais les militants ne disparaissent jamais vraiment. Ils changent simplement de terrain. Qui sait si Haroun Bouazzi n'a pas encore quelques chapitres à écrire dans la vie publique québécoise. Cela étant dit, pour un député que certains persistent à juger inassimilable, cette séquence politique devrait les inviter à un sérieux réexamen.

Ce qui s'est joué autour de ce projet de constitution dépasse d'ailleurs largement sa personne. Dès le départ, les critiques sont venues de toutes parts. Les partis d'opposition ont multiplié les objections. Les syndicats ont exprimé leurs inquiétudes. Les Premières Nations ont dénoncé l'absence d'une reconnaissance à la hauteur de leur statut et de leurs droits. Plusieurs organismes ont également soulevé des préoccupations concernant certains droits fondamentaux.

La mobilisation qui s'est construite contre ce projet était remarquable par sa diversité. On y retrouvait les Premières Nations, la Fédération des femmes du Québec, le Barreau du Québec, la Ligue des droits et libertés, des universitaires, des artistes, des militants et des intellectuels comme Roméo Bouchard et Christian Lapointe. Tous ne partageaient pas la même vision du Québec. Beaucoup étaient même en désaccord sur de nombreuses questions. Pourtant, ils se retrouvaient autour d'un principe simple. Une constitution ne peut être écrite par un seul gouvernement pour ensuite être présentée à la société comme un fait accompli.

C'est probablement là la véritable leçon de cette histoire. La démocratie ne se résume pas au pouvoir de la majorité. Elle repose aussi sur la capacité d'une société civile à se lever lorsque les enjeux fondamentaux sont en cause. Cette fois-ci, elle l'a fait. Et elle a été entendue.

Alors oui, pendant qu'à Rabat les amateurs de football avaient les yeux rivés sur la pelouse où s'affrontaient le Mexique et l'Afrique du Sud, un autre match se jouait à des milliers de kilomètres de là. Un match moins bruyant, moins spectaculaire, mais autrement plus important pour l'avenir des institutions québécoises. Et lorsque le coup de sifflet final a retenti, ce n'est pas un homme qui avait gagné contre un autre.

C'est l'idée même de la démocratie, au Québec, qui a marqué un but.

Mohamed Lotfi

11 Juin 2026

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LGBTI : nouvelles politiques répressives au Niger

16 juin, par Lalla F. Colvin — , ,
Le durcissement des lois anti-LGBTI en Afrique de l'Ouest continue à présent au Niger. Le 11 juin 2026, le gouvernement nigérien a publié son nouveau Code pénal. Sa réforme (…)

Le durcissement des lois anti-LGBTI en Afrique de l'Ouest continue à présent au Niger. Le 11 juin 2026, le gouvernement nigérien a publié son nouveau Code pénal. Sa réforme avait été lancée par Mohamed Bazoum, l'ancien président du pays, renversé par un coup d'État en juillet 2023. Le pays est désormais dirigé par le général Abdourahamane Tiani.

Tiré de Inprecor
14 juin 2026

Par Lalla F. Colvin

Une criminalisation désormais explicite

Un nouveau cap est donc franchi dans le cadre de la répression de la communauté LGBTI, avec l'apparition dans le nouveau Code pénal de plusieurs articles criminalisant explicitement les relations entre personnes de même sexe.

Cette décision marque une rupture : jusqu'ici, les relations homosexuelles n'étaient pas explicitement interdites dans le pays, bien que fortement stigmatisées.

Dorénavant, « commettre ou tenter de commettre un acte ou une pratique indécent·e ou contre nature LGBTQIA+ (lesbienne, gay, bisexuel·le, transgenre, queer, intersexe ou asexuel·le) » est passible de cinq à dix ans de prison et de lourdes amendes (environ 150 000 euros), tandis que les mariages et leurs participant·es (organisateurs, témoins, etc.) peuvent être punis de dix à vingt ans d'emprisonnement. Une peine similaire sera mise en vigueur pour « toute personne qui gère, dirige, fait fonctionner, finance ou qui participe à des clubs, des sociétés, des organisations ou associations pour homosexuels ou LGBTQIA+ ».

C'est donc en vérité toute la communauté LGBTI qui est visée, car, bien qu'officiellement aucune loi ne soit passée contre la transidentité, la transition de sexe et de genre fait bel et bien partie intégrante de l'abréviation « LGBTQIA+ » et est, à ce titre, tout aussi visée par ce nouveau Code Pénal.

Un durcissement autoritaire dans un contexte politique instable

Loin d'être une mesure isolée, cette criminalisation s'inscrit dans un contexte de durcissement autoritaire depuis le coup d'État de 2023. La Constitution est en effet suspendue par la junte, le 26 juillet 2023. Dans le même temps, les frontières sont fermées et les institutions (gouvernement civil, institutions de la 7ᵉ République, parlement et assemblées…) suspendues. La constitution, depuis 2025, est remplacée par une charte de transition.

Ce pas en arrière du Niger est d'autant plus inquiétant qu'il s'inscrit dans une dynamique plus large qui prend place depuis quelques années en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États ont récemment renforcé leurs législations anti-LGBTI. En effet, plus de 30 sur 54 pays du continent africain criminalisent les relations homosexuelles. Des pays comme le Sénégal ou la Tanzanie peuvent aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement, cinq ans au Burkina Faso. D'autres, comme l'Ouganda ou la Somalie, les punissent de la peine de mort.

Ces politiques répressives peuvent être attribuées à des pressions religieuses conservatrices. Mais aussi et surtout à un discours anti-occidental instrumentalisé afin de servir un but conservateur : depuis son arrivée au pouvoir, le général Tiani échoue à s'opposer aux djihadistes nigériens. L'homosexualité, très tabou au Niger, peut donc être vue comme une façon d'apaiser certaines populations du pays et d'illustrer la nouvelle position gouvernementale.

La lutte contre ces politiques ne peut être abandonnée ni aux puissances occidentales, ni aux institutions internationales, qui ne s'intéressent qu'à soumettre les peuples d'Afrique et à piller leurs richesses. Elle doit s'inscrire dans un mouvement internationaliste en soutien aux communautés LGBT, porté par tous les peuples et opprimés.

Défendre les pays en lutte contre l'impérialisme ne doit pas nous conduire à fermer les yeux sur les oppressions subies par les opprimés dans leur pays, et ne doit pas nous détourner du retour ou de l'apparition de lois archaïques visant à étouffer la liberté de vivre de chacun, et d'expression de tous.

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Le compte à rebours vers la criminalisation des personnes LGBT+ au Ghana est engagé

16 juin, par Maëlle Jenn — , ,
Le parlement du Ghana a adopté la loi la plus répressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitulée « projet de loi sur les droits sexuels de (…)

Le parlement du Ghana a adopté la loi la plus répressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitulée « projet de loi sur les droits sexuels de l'homme et les valeurs familiales », elle prévoit trois ans d'emprisonnement pour les personnes LGBT+, cinq ans pour toute personne faisant « la promotion, le parrainage ou le soutien délibéré d'activités LGBT+ ». Mais cela ne s'arrête pas là.

Tiré de Le Journal d'Alter
3 juin 2026

Par Maëlle Jenn

Carte du Ghana aux couleurs LGBT+ @ DarwinekGay - 6 September 2011 CC BY-SA 3.0 via wikicommons

Maëlle Jenn, collaboration spéciale

La loi va encore plus loin dans la criminalisation en prévoyant condamner jusqu'à dix ans de prison les activités de promotions LGBT+ destinées à la jeunesse ghanéenne. Elle prévoit toutefois que les avocats, les médecins et les médias pourront toujours effectuer leur tâche de défense et de protection à leurs égards. La loi attend désormais la signature du président John Dramani Mahama, le même qui avait déjà déclaré le 18 novembre 2025 devant le Conseil chrétien du Ghana promettre de signer le texte si le parlement l'adoptait.

Un parcours de cinq ans

Ce projet n'est pas nouveau. Il avait été proposé pour la première fois en 2021 et adoptée à l'unanimité en février 2024, sans toutefois recevoir la signature de l'ancien président, Nana Akufo-Addo. Adoptant une posture internationale se montrant favorable aux droits humains, il subissait les pressions financières du Fonds monétaire international (FMI) pour ne pas consentir à le signer, malgré les appels en ce sens au Ghana.

Selon Africanews, la loi compromettait le « financement de plusieurs milliards de dollars de la Banque mondiale » et pouvait possiblement « faire dérailler un programme de prêts de trois milliards de dollars du FMI ». L'ancien président était resté prudent et en retrait. Son refus de signer avait permis d'empêcher la promulgation de la loi selon le principe de caducité des projets de loi de la constitution ghanéenne.

Or, dès mars 2025, deux mois après la prise de fonction du nouveau chef d'État, plusieurs députés ont réintroduit le texte de loi comme proposition de loi privée. De fil en aiguille, après un an de procédure, le parlement l'a finalement de nouveau adoptée le 29 mai avec le soutien du président.

Le symptôme d'une homophobie prépondérante au Ghana

Ce projet conservateur est symptomatique d'une homophobie taboue, mais prépondérante au Ghana. La première loi criminalisant l'homosexualité avait été promulguée en 1861 par l'Empire britannique dans l'ensemble de ses colonies. Depuis, l'héritage colonial de l'homophobie se manifeste surtout dans l'influence du pouvoir moral des Églises évangéliques, en particulier celle de la Pentecôte. Elles attirent plus de 40 % de la population ghanéenne. C'est dans ce terreau fertile que des organisations chrétiennes occidentales ont largement investi. Selon une enquête menée par openDemocracy, des organisations nord-américaines ont dépensé plus de cinquante-quatre millions de dollars depuis 2007 sur le continent africain dans des opérations de lobbying auprès des gouvernements locaux pour y insuffler une lutte conservatrice en échec sur leur propre territoire.

Le député ougandais et ministre d'État au commerce, à l'industrie et aux coopératives, David Bahati, est à l'origine de la loi anti-homosexualité draconienne « Kill the Gays » de 2009 dans ce pays. Il était associé à la Fellowship Foundation, une organisation états-unienne chrétienne opaque. Le Ghana s'inscrit dans ce même réseau d'influence conservateur d'extrême droite occidentale.

L'historien et politologue spécialiste du Ghana, Jeffray Haynes, montre que les organisations qui opèrent dans ce pays, la Family Wach International états-unienne et le Christian Council International hollandais, jouent un rôle de catalyseur d'une homophobie déjà régnante. Elles organisent des conférences, des activités éducatives. Elles financent des projets qui ont pour but de protéger des valeurs hétéronormées de la famille traditionnelle et de la souveraine africaine.

Trump, US Aid et le climat politique conservateur

La concordance entre le retour de Donald Trump en janvier 2025 et la réintroduction du texte de loi n'est pas fortuite. La pression financière du FMI, qui constituait le principal obstacle à l'adoption de la loi, n'est plus à craindre, selon John Ntim Fordjour. Le député ghanéen, co-signataire de la loi, a déclaré en mars 2025 que « le climat politique mondial est favorable aux valeurs conservatrices comme en témoignent les déclarations conservatrices audacieuses du président Donald Trump ».

Le renforcement des politiques conservatrices à l'international depuis le retour de Trump traduit à la fois le rayonnement d'une idéologie radicalisée et l'usage de la domination financière états-unienne comme instrument de puissance faisant du contrôle des flux d'aide un nouveau vecteur d'impérialisme normatif. Là où Trump décide de laisser couler, il peut couper net. Depuis 2025, le gouvernement des États-Unis a décidé de geler une partie des aides étrangères de l'United States Agency for International Development (USAID) qui ont particulièrement touché le secteur de la santé, dont les services de VIH destinés aux personnes LGBT+. Cela laisse d'autant plus de zones vulnérables dans lesquels les réseaux philanthropiques ultraconservateurs vont s'engouffrer.

La loi aura pour effet de réprimer celles et ceux qui étaient déjà largement marginalisé.es et discriminé.es dans la société ghanéenne. Rappelons qu'aujourd'hui, environ 96 % de la population ghanéenne est contre l'homosexualité, perçue généralement comme modernisation occidentale impropre aux traditions africaines. Il s'agit d'un environnement d'hostilité et de forte stigmatisation sociale qui engendre une vulnérabilité des personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenre ou queer. Une étude statistique anglo-ghanéenne de 2020a révélé que 47 % des jeunes LGBT+ ghanéens c'étaient déjà automutilé.es au moins une fois au cours de leur vie, contre 23 % pour les jeunes hétérosexuel.les. L'étude rapporte aussi une consommation de drogues et de substances en hausse. La stigmatisation sociale pèse déjà lourdement sur la santé mentale des personnes concernées. L'institutionnalisation de leur marginalisation laisse présager une aggravation d'une situation déjà trop critique.

Ce mardi 2 juin, William Nyarko, directeur exécutif de l'Africa Center for International Law and Accountability (ACILA) a annoncé que le texte de loi de 2026 pourrait faire face à des contestations constitutionnelles. Selon Rightify Ghana, une organisation de défense LGBT+, le Parlement ne s'est pas conformé aux conditions du quorum constitutionnel : sur les 276 députés, seulement 34 auraient été présents. Or, la Constitution de 1992 stipule que la moitié des membres doit être présente à la Chambre. Ce chiffre, nuançant l'unanimité de l'adhésion parlementaire au projet, est encore à ce jour à vérifier. Ce recours présente lui-même des limites, car il n'empêche pas le parlement de revoter le texte avec le quorum requis ni que le président se décide à signer avant la procédure.

On peut encore soutenir l'opposition à la signature de la loi, en cliquant ici.

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« Rapport spécial » du Commissaire au lobbyisme : une nouvelle manœuvre pour faire passer des propositions ayant toujours été rejetées, tant du niveau politique que de la société civile

16 juin, par Attac Québec, Mon OSBL n'est pas un lobby, Vigilance OGM — ,
Montréal, le 10 juin 2026. Les organisations ayant initié la campagne « Lobby : Halte aux dérapages » dénoncent le contenu et la forme du « Rapport spécial » du commissaire au (…)

Montréal, le 10 juin 2026. Les organisations ayant initié la campagne « Lobby : Halte aux dérapages » dénoncent le contenu et la forme du « Rapport spécial » du commissaire au lobbyisme du Québec publié le 28 mai par Jean-François Routhier. Pour Attac Québec, la coalition Mon OSBL n'est pas un lobby et Vigilance OGM, le Commissaire fait fi, encore une fois, des consensus exprimés. Pourtant, en février dernier, 114 organisations représentant divers milieux ont endossé 29 propositions pour garantir que la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme.

Dans Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité, le Commissaire propose carrément de remplacer l'actuelle Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (LTEM) par une suggestion de son cru. Si les idées du Commissaire ne sont pas nouvelles, les diffuser sous la forme d'un projet de loi à l'intention du prochain gouvernement du Québec est pour le moins inusité. « Non seulement c'est le rôle des membres de l'Assemblée nationale de déposer un projet de loi, mais en proposer un alors qu'il ne reste que quelques jours de travaux parlementaires d'ici aux prochaines élections générales brouille les cartes, sans qu'il soit possible de faire un véritable débat public sur son contenu. De plus, le commissaire se place en situation d'apparence de conflit d'intérêts, puisqu'il propose des modifications à la loi qui définit et encadre sa propre fonction, allant même jusqu'à se donner davantage de pouvoir », souligne Claude Vaillancourt, président d'Attac Québec.

Le rapport est remarquable par sa langue de bois et son refus de nommer clairement les choses. Les propositions mises de l'avant par le commissaire incluent des changements majeurs aux définitions applicables dans le cas de la LTEML, qui auraient d'importantes conséquences. « Dans son projet de loi, les mots « lobbyisme » et « lobbyiste » sont remplacés par « représentation d'intérêts », « titulaires de charges publiques » par « agents publics » et « entreprise et organisation » par « entité ». Cela ferait de plus disparaître les différentes catégories de lobbyistes. Même le nom actuel de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme y passerait pour devenir la Loi sur la représentation d'intérêts » signale Thibault Rehn, directeur général de Vigilance OGM.

Tout est placé sur un même niveau : les intentions poursuivies, les moyens financiers des interlocuteurs, le type d'organisation, le fait qu'il s'agisse d'entreprises privées à but lucratif ou d'organismes sans but lucratif. Les démarches effectuées derrière des portes closes seraient traitées de la même façon que l'appel au grand public, alors que celui-ci est une pratique démocratique de mobilisation très visible. Une multinationale aux moyens considérables et un petit organisme environnemental de quartier deviendraient ainsi de simples « entités », sans égard aux profondes inégalités de financement et d'actions qui les séparent.

Ce rapport correspond en fait à une nouvelle tentative du commissaire — la septième en tout ! — d'assujettir les OSBL à la Loi. « Bien que le Commissaire précise que les organismes communautaires ne seraient pas touchés, cela est faux. Cette simili-exclusion ne permettrait de protéger que de rares organisations ne se définissant pas comme autonomes, mais comme des extensions des services publics. En effet, tous les autres OSBL seraient considérés comme des organisations faisant du lobbyisme. Des milliers de groupes, de coalitions et de regroupements seraient assimilés à des lobbyistes, alors qu'ils sont les porte-voix que la population s'est donnés pour représenter ses revendications sociales » s'insurge Mercédez Roberge, pour la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.

Le commissaire cherche visiblement à améliorer la réputation du lobbyisme. On peut se demander ce qui vaut cette faveur à cette profession dont les stigmates ne sont pas le fruit du hasard. Les lobbyistes ont en effet donné depuis longtemps une très mauvaise image d'eux-mêmes en déployant d'énormes moyens pour accroître les bénéfices d'actionnaires, d'entreprises ou de sociétés. Le lobbyisme auprès des gouvernements est au cœur de plusieurs controverses depuis des décennies : la vente de pesticides toxiques et de cigarettes, l'exploitation sans limites des hydrocarbures, la déréglementation tous azimuts de l'industrie numérique, pour ne citer que quelques exemples. Il faut aussi rappeler que l'adoption de la LTEML répondait à un scandale lié à cette pratique, alors que la compagnie Oxygène 9 permettait des accès privilégiés au gouvernement.

Même les mesures ayant le potentiel d'améliorer la pratique et la surveillance du lobbyisme sont insuffisantes pour parvenir à la transparence souhaitée par le commissaire. Celui-ci propose, par exemple, d'imposer une période de restriction aux élus et aux hauts fonctionnaires avant qu'ils puissent exercer des activités de lobbyisme, mais la période est bien trop brève pour avoir une réelle incidence sur le phénomène des portes tournantes.

Le rapport du commissaire est surtout un coup de force, un refus du dialogue social et une nouvelle manœuvre pour faire passer ce qui a toujours été rejeté, tant du niveau politique que de la société civile. En proposant de nouveau d'assimiler les OSBL à des lobbyistes et de considérer l'appel au grand public comme du lobbyisme, le commissaire fait fi des consensus exprimés à la suite de chacune de ses tentatives.

Une loi aussi importante pour l'avenir de notre démocratie doit faire l'objet d'une véritable consultation publique, notamment auprès des OSBL et des utilisateurs et utilisatrices du registre des lobbyistes. Le prochain gouvernement ne doit pas transformer les propositions du Commissaire dans un projet de loi. Il doit plutôt veiller à ce que toute modification à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme protège la liberté d'association et contrôle la recherche de profit.

Sources :

Attac Québec(Action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et écologique) Attac Québec œuvre pour la justice fiscale, sociale et écologique. Notre association citoyenne, appuyée par une trentaine d'organismes membres, se mobilise sur les enjeux majeurs soulevés par la mondialisation, de la croissance des inégalités aux conséquences environnementales de notre modèle économique.

Mon OSBL n'est pas un lobbycoalise environ 150 organisations opposées à l'assujettissement de tous les OSBL à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Formée en 2014 à l'initiative de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles, les actions de la coalition ont notamment permis d'obtenir l'abandon du projet de loi 56 (2018) lequel aurait grandement nuit au droit d'association des OSBL québécois.

Vigilance OGM est un organisme à but non lucratif, qui forme un réseau regroupant des groupes et des individus de divers horizons : agriculteurs-trices, environnementalistes, consommateurs-trices, citoyen-ne-s, tous-tes préoccupé-e-s par ce que l'on met quotidiennement dans notre assiette et par l'impact des modes de production des cultures génétiquement modifiées et des pesticides sur la santé humaine et environnementale.

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Le PL1 aux oubliettes : une victoire de la société civile

16 juin, par Ligue des droits et libertés — ,
La Ligue des droits et libertés apprend avec satisfaction la "mort au feuilleton" du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. C'est la fin de la session (…)

La Ligue des droits et libertés apprend avec satisfaction la "mort au feuilleton" du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. C'est la fin de la session parlementaire qui aura eu raison de ce projet dénué de légitimité et qui aura vaincu l'entêtement incompréhensible du ministre de la Justice, monsieur Simon Jolin-Barrette.

Toutefois, sans la mobilisation sans relâche de la société civile depuis neuf mois, le PL1 aurait sans doute déjà été adopté. Il importe ainsi de saluer les individus, les organisations et les parlementaires qui ont assuré une vigilance face aux attaques aux droits et libertés et à la démocratie et qui sont demeuré•es fermes dans leur mobilisation.

Dès son dépôt à l'Assemblée nationale, le 9 octobre 2025, le projet de "constitution" a soulevé l'indignation : attaque contre la démocratie et l'État de droit, affaiblissement du régime de protection des droits et libertés, perpétuation d'une logique coloniale niant le droit des peuples autochtones à l'autodétermination, affaiblissement des contre-pouvoirs, etc.

Immédiatement, une coalition large de près de soixante organisations communautaires, syndicales et de défense des droits humains s'est mise sur pied, bientôt rejointe par des associations de juristes et des organisations autochtones. Des interventions dans la sphère publique ont été coordonnées, lesquelles ont culminé par la publication d'une déclaration appuyée par plus de 800 groupes réclamant le retrait pur et simple du PL1.

Bien qu'elle se réjouisse de la disparition de la menace que constituait le PL1 sur la démocratie au Québec, la LDL n'est pas contre le principe de l'adoption d'une loi constitutionnelle. Encore faut-il que cela se fasse par une démarche ouverte et inclusive permettant la pleine participation de la société civile et de l'ensemble de la population, loin de l'unilatéralisme et de la précipitation qui ont caractérisé la tentative avortée du gouvernement de la CAQ.

L'abandon forcé du PL1 est une victoire majeure pour l'État de droit et les droits humains. C'est une victoire qui force l'admiration envers la vitalité de la société québécoise et de ses ressorts démocratiques.

La Ligue des droits et libertés tient à remercier sincèrement toutes les organisations et tous les individus ayant contribué à cette mobilisation historique et les appelle à demeurer vigilant•es face à de nouvelles attaques aux droits.

SOURCE : Ligue des droits et libertés

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Homo- et hétéronationalisme à l’heure des catastrophes

16 juin, par Laure Horlait, Madeleine Vibert — ,
Le terme d'homonationalisme a connu une importante fortune théorique ces deux dernières décennies dans les analyses queer, en permettant notamment de comprendre la manière dont (…)

Le terme d'homonationalisme a connu une importante fortune théorique ces deux dernières décennies dans les analyses queer, en permettant notamment de comprendre la manière dont la prétendue défense des droits LGBT+ a pu servir de prétexte pour les Etats-Unis, Israël et certains pays européens pour justifier des interventions impérialistes et néocoloniales. L'accélération d'un capitalisme de plus en plus autoritaire qui accompagne le développement préoccupant de l'extrême droite aux quatre coins du monde, et l'émergence d'hégémons globaux et régionaux contestant la domination étatsunienne du monde nous obligent aujourd'hui à replacer le phénomène homonationaliste dans une dynamique de fascisation, pour en tirer des leçons pour des luttes queers véritablement émancipatrices et internationalistes.

Tiré de Gauche anticapitaliste
2 juin 2026

https://www.gaucheanticapitaliste.org/homo-et-heteronationalisme-a-lheure-des-catastrophes/

Par Laure Horlait et Madeleine Vibert

1. Néolibéralisme « progressiste » et intégration des LGBT dans l'ordre capitaliste

Le phénomène homonationaliste s'inscrit dans un paradigme plus large, que la philosophe et féministe étatsunienne Nancy Fraser condense sous le terme de « néolibéralisme progressiste », une configuration politique et idéologique prépondérante dans de nombreux pays occidentaux depuis au moins les années 2000. Le cœur de la logique de ce néolibéralisme « progressiste » est de « combiner des politiques économiques régressives, libéralisantes et des politiques de reconnaissance apparemment progressistes » (1). Son économie politique s'appuie sur un nœud financiarisation-mondialisation, à travers une déréglementation financière d'une part, et l'hégémonie du « libre échange » (en réalité la libre circulation des capitaux) d'autre part, qui permet de mettre en concurrence les classes travailleuses des différents pays. Parallèlement, la reconnaissance des minorités est centrée sur une compréhension libérale du multiculturalisme, qui ne met en avant que l'obtention de droits formels ou la valorisation superficielle des identités dominées, sans rompre avec les soubassements matériels des dominations.

Le phénomène trouve sans doute son expression la plus évidente dans le discours des dirigeant·es politiques (y compris les plus à droite) à l'approche des mois de fiertés. Les gouvernements qui organisent toute l'année l'offensive contre les salaires et les allocations, le démantèlement des droits sociaux, la flexibilisation du marché du travail, qui s'en prennent en particulier aux plus vulnérables (les personnes sans emploi, les racisé·es) et qui accroissent la répression des mouvements sociaux, ceux-là mêmes viennent un mois par an se parer des couleurs de l'arc-en-ciel et rappeler leur attachement à la liberté d'être qui l'on est. Ces mêmes dirigeant·es responsables de la précarisation de la société et de nos communautés et qui n'hésitent parfois pas à agiter l'épouvantail du « wokisme » pour faire avancer leur projet réactionnaire instrumentalisent alors nos luttes pour redorer leur image. Ils et elles montrent par-là que le néolibéralisme le plus agressif est tout à fait compatible avec une conception de l'émancipation basée sur l'inclusion formelle des minorités (de genre, de race, de sexualité) au système capitaliste.

Sur le plan des luttes LGBTI, cette volonté d'intégration à l'ordre capitaliste a d'une certaine manière constitué la réponse des classes dominantes aux grandes luttes queers des années 1970, selon la logique d'une métabolisation minimale des revendications initialement radicales. Le phénomène est connu : pour apaiser les contestations et surmonter des crises, la classe dominante désosse les revendications de leurs aspects les plus radicaux de sorte à les rendre compatibles avec l'ordre social. Sur le plan des luttes LGBTI, cela a consisté à effacer les exigences de justice économique et la contestation des hiérarchies de genre et de sexualité pour ne conserver que les demandes formelles de reconnaissance et l'intégration aux normes cis-hétérosexuelles. Cette idéologie s'est progressivement imposée dans de nombreux pays du Nord global, et la Belgique en est certainement une représentation emblématique, elle qui se plaît à rappeler sa tolérance culturelle aux LGBTI, ou son avant-gardisme législatif sur les droits LGBTI, tout en s'inscrivant depuis des décennies dans un néolibéralisme brutal et de plus en plus autoritaire (2).

2. Zenith et crépuscule de l'homonationalisme

2.1. Qu'est-ce que l'homonationalisme ?

C'est dans ce bain politique et idéologique de ce néolibéralisme « progressiste » qu'émerge le phénomène d'homonationalisme, dont le concept a été forgé en 2007 par la théoricienne queer en études culturelles Jasbir Puar, par la contraction de deux termes : d'une part l'homonormativité, qui désigne entre autre l'assimilation d'idéaux hétéronormatifs dans la culture LGBTI+ et l'identité individuelle, et d'autre part le nationalisme, soit une forme d'exaltation du sentiment national, qui conduit à revendiquer une supériorité de sa nation sur les autres. L'homonationalisme se définit ainsi par un double mouvement, résumé par Gianfranco Rebucini dans la préface à la nouvelle édition en français d'Homonationalisme : « d'une part, l'intégration partielle et conditionnelle de certaines subjectivités LGBTQIA+ (notamment gays et lesbiennes) dans la norme nationale ; d'autre part, l'exclusion concomitante d'autres figures – le/la migrant·e, le/la musulman·e, le/la terroriste, la femme voilée, le/la queer ou trans pauvre et/ou non blanche » (3).

Si les classes dominantes en viennent à défendre la reconnaissance des identités LGBTI tout en mettant en place des politiques violemment réactionnaires sur le plan socio-économique, c'est d'une part, et de manière assez triviale, parce qu'une telle idéologie a fonction de diversion : la précarisation extrême subie par les LGBTI+ se voit en quelque sorte symboliquement « compensée » par une exaltation des identités queers et par la reconnaissance de quelques droits formels via leur intégration dans la communauté nationale ; d'autre part, et plus fondamentalement, cette articulation entre reconnaissance sexuelle et souveraineté nationale permet la production d'un nouveau sujet national. L'instauration d'une nouvelle norme nationale cherche à construire l'idée d'une supériorité morale et civilisationnelle de l'Occident, définie comme telle au regard des pays à majorité musulmane. Une telle conception peut également avoir pour fonction de légitimer les offensives à l'égard des populations musulmanes (ou assimilées comme telles) au sein des frontières des pays occidentaux. C'est ainsi que l'homonationalisme servira en partie à justifier la politique interventionniste étatsunienne au Moyen Orient, qui va marquer la période de la « guerre contre le terrorisme » (4). De ce point de vue, on peut comprendre que l'homonationalisme soit parfois défini comme une « instrumentalisation par les Etats des droits LGBTI+ pour justifier des politiques extérieures racistes » ; c'est vrai, mais insuffisant pour décrire l'ampleur du phénomène.

En effet, l'homonationalisme ne se restreint en effet pas aux actions du seul Etat : si c'est bien sûr dans les agendas étatiques que le phénomène se donne à voir avec le plus de clarté, en particulier dans les interventions extérieures, la configuration homonationaliste ne peut prendre corps que par un accord tacite avec une partie de la société civile LGBTI, qui peut soit appuyer directement de tels politiques, soit les tolérer en considérant que cela permet tout de même de faire avancer les droits de sa base sociale (les LGBTI blanc·hes de classe moyenne). Comme l'indique Rebucini : « L'homonationalisme n'est pas une imposition verticale, mais un réseau de complicités et de co-productions entre Etats, médias, marché et militantisme réformiste. Il implique non pas le pouvoir et les minorités, mais le pouvoir avec les minorités. Le libéralisme fabrique du progrès civilisationnel à travers la participation même des acteurs de l'émancipation » (5).

Une dernière idée centrale pour bien saisir ce concept d'homonationalisme, c'est son caractère historiquement situé : le terme a été produit dans les années 2000 notamment pour comprendre l'évolution de la politique extérieure étatsunienne et israélienne, et est consubstantiel d'une époque marquée par un libéralisme triomphant en plein cœur de la « mondialisation heureuse » (6). Or, la période actuelle semble laisser place au « début de la fin » de la contre-réforme néolibérale au profit d'un capitalisme prédateur, autoritaire et plus ouvertement impérialiste, qu'il est encore difficile de nommer et de caractériser définitivement (7), d'autant que cette bascule s'opère de manière géographiquement différenciée (8). Assez logiquement donc, le phénomène homonationaliste n'a plus tout à fait la place prépondérante qu'il pouvait avoir dans les années 2000 et 2010 dans l'agenda des puissances occidentales, et cohabite par ailleurs aujourd'hui avec un phénomène hétéronationaliste, sur lequel nous reviendrons.

En résumé, nous pouvons définir l'homonationalisme par quatre caractéristiques :

1. Le phénomène émerge dans le contexte d'un « néolibéralisme progressiste », qui combine une politique socio-économique réactionnaire et une politique de reconnaissance des minorités sexuelles, en particulier gays et lesbiennes sur fond de libéralisme triomphant qui attribue aux marchés des vertus en termes d'égalité et d'inclusivité ;

2. L'homonationalisme désigne plus précisément l'intégration partielle et conditionnelle d'une partie des LGBT (principalement les gays et lesbiennes des classes moyennes) dans la norme nationale, et exclut de manière concomitante d'autres figures, en particulier les queers marginaux et les racisé·es. L'homonationalisme est ainsi parfaitement compatible avec des politiques trans- ou queerphobes, comme c'est parfois le cas aujourd'hui (cf. Trump) ;

3. Le phénomène homonationaliste trouve une expression paradigmatique dans la politique étrangère de plusieurs pays occidentaux dans les années 2000-2010 (et en particulier les Etats-Unis et Israël) qui justifient des interventions impérialistes par des valeurs progressistes sur les enjeux LGBT (ou féministes(9)) ;

4. Cette configuration est le produit d'un réseau de complicités entre les Etats et certains acteurs de la société civile, en particulier les grosses ONG et les grands médias queer.

2.2. Israël, apogée de la politique homonationaliste

Un exemple contemporain frappant est le cas d'Israël, qui construit et utilise politiquement une image « gay friendly » tout en continuant et intensifiant son colonialisme meurtrier à Gaza et en Cisjordanie. En quelques années, la ville de Tel Aviv est devenue une destination majeure du tourisme LGBTQ+, présentée comme moderne, festive et tolérante. Cette opération de pinkwashing se déploie largement à l'international et en particulier à l'égard des touristes gays occidentaux à travers des campagnes de communication, des événements comme la Gay Pride, des voyages sponsorisés pour des influenceurs et tout cela avec un budget important pour y parvenir.

Cette image doit pourtant être nuancée (10) : un écart existe entre cette vitrine internationale et la réalité sociale et politique. Si des libertés existent réellement, notamment dans certains espaces urbains comme Tel Aviv, la situation est plus contrastée à l'échelle du pays. Le poids des institutions religieuses, l'absence de mariage civil et les discriminations persistantes montrent que les droits LGBTI+ restent limités et inégalement appliqués. Surtout, ce narratif contribue à l'invisibilisation de la situation des Palestinien·nes, y compris LGBTI+. L'hypocrisie est de taille : en se plaçant comme « havre des LGBTI+ » sous une forme notamment de supériorité morale vis-à-vis du peuple palestinien et des pays voisins, un élément non négligeable semble être omis… aucune émancipation réelle des Palestinien·nes LGBTI+ n'est possible sous l'occupation et sous les bombardements.

Au-delà du marketing touristique, une stratégie politique coordonnée claire est à l'œuvre. Ainsi, l'Etat colon tente d'une part de faire oublier la politique colonialiste et génocidaire qu'il mène à l'égard des peuples du Moyen Orient, et dans le même temps de se présenter comme une démocratie libérale et progressiste, notamment en contraste avec ses voisins. Cette mise en scène contribue à renforcer un récit opposant un Israël « moderne » à un environnement régional décrit comme plus conservateur ou répressif. En utilisant les droits LGBTI+ pour renforcer son discours nationaliste et sécuritaire, Israël est une incarnation complète d'homonationalisme.

2.3. La crise du capitalisme met l'homonationalisme sous pression

Si dans les années 2000 et 2010 l'homonationalisme se trouvait partagé dans les pays capitalistes par un large bloc politique, de la gauche modérée à la droite libérale jusqu'à une partie de l'extrême droite, la radicalisation de l'ensemble du champ politique place aujourd'hui la rhétorique homonationaliste sous pression. En effet, le développement et les succès d'un discours de plus en plus ouvertement LGBTIphobe, notamment à l'égard des personnes trans et en particulier des femmes, fait de la lutte contre le « wokisme » un cheval de bataille du fascisme tardif (11) pour affaiblir la gauche en général, mais également les partis de la droite dite traditionnelle. Si le discours anti-woke est le plus souvent explicitement dirigé contre les queers et les personnes racisées et non contre les gays et lesbiennes, il est par définition perméable à l'expression d'une homophobie plus classique.

Or, sous la pression des extrêmes droites (et notamment celles qui se réclament plus ouvertement d'une ascendance fasciste), une partie de la droite traditionnelle, délégitimée par les ratés de la solution néolibérale, se trouve aujourd'hui tentée de converger vers les discours les plus réactionnaires vis-à-vis des populations queers (12) pour conserver leur domination sur le champ politique. Cette extrême droite plus ouvertement LGBTI+phobe abîme ainsi le consensus homonationaliste. En effet, ces vingt dernières années, de nombreuses extrêmes droites en pleine tentative de dédiabolisation avaient saisi le momentum homonationaliste pour apparaître comme modernes et moins radicales en défendant les droits des gays et des lesbiennes (13). Ce faisant, cette extrême droite avait non seulement attiré le vote des populations gays et lesbiennes déjà à droite dans le champ électoral, mais elle s'était également vue progressivement intégrée à la norme nationale et devenait « fréquentable ». Cette conversion de l'extrême droite à l'homonationalisme ne s'était cependant pas faite sans contradictions (14), en raison des racines historiques LGBTIphobes de l'extrême droite (notamment dans sa variante nazi), et de potentiels conflits avec une base sociale beaucoup plus homophobe que sa direction. Ces contradictions non résorbées s'expriment aujourd'hui par l'émergence et le développement de nouvelles forces politiques qui assument un discours de plus en plus ouvertement LGBTphobe, qui met l'unité homonationaliste à droite à l'épreuve. L'exemple-type d'un tel phénomène est la création de Reconquête en France, un parti qui se situe à la droite du Rassemblement national et assume notamment un discours ouvertement plus LGBTphobe, y compris à l'égard des gays et des lesbiennes.

Cette tendance reflète la dynamique de brutalisation du monde sur fond de crise d'ampleur du capitalisme. L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux. D'une certaine manière, la dimension de reconnaissance politique (toujours partielle et conditionnelle) des identités que Fraser attribuait au néolibéralisme se trouve désormais reléguée au rang d'état d'âme sentimentaliste dans ce nouvel âge du capitalisme. Dans ce modèle, nul besoin de draper une intervention militaire d'oripeaux arc-en-ciel dont l'homonationalisme obligeait jadis à se parer : Donald Trump peut décréter la légitimité de son offensive sur l'Iran en février 2026 de la manière la plus cynique qui soit, en réclamant la soumission du pays pour asseoir les intérêts économiques des Etats-Unis. Plus précisément, Trump peut alterner les registres avec un discours attrape-tout qui change d'angle idéologique, et invoquer un jour la défense des droits des femmes pour justifier son intervention en Iran, et un autre jour ironiser sur la prétendue homosexualité du nouveau dirigeant iranien tout en dénonçant le fait que l'Iran jette les gays du haut des buildings. L'imprévisibilité dont Trump a fait sa stratégie empêche d'en tirer des considérations politiques stables, mais l'intervention des Etats-Unis en Iran indique assez clairement que le discours homonationaliste passe clairement au second plan par rapport à ce qui a pu se jouer pendant la décennie 2000.

L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux.

Si l'homonationalisme est aujourd'hui loin d'être mort, les évolutions récentes le rendent plus dispensables à la droite et à l'extrême droite pour justifier leurs politiques racistes. Dans un monde qui se brutalise, le recours à la force contre les marges de la société peut de plus en plus s'appuyer sur la seule déshumanisation des personnes racisées. La différence avec ce que nous pourrions appeler l'homonationalisme classique, c'est que cet homonationalisme tardif renforce encore davantage la frontière entre les gays et lesbiennes respectables (qui votent à droite ou à l'extrême droite, qui ne s'affichent pas trop en public, etc.), et le reste des populations queers marginalisées.

3. L'hétéronationalisme : l'autre face de la médaille homonationaliste

Si l'homonationalisme trouve sa naissance et son apogée dans la promotion du néolibéralisme mondialisé qui se déployait encore sous hégémonie étatsunienne, et en particulier à partir des années 2000, nous pourrions dire que l'émergence et le renforcement de l'hétéronationalisme accompagne la période qui marque la fin de la « mondialisation heureuse » et le déclin relatif de la domination étatsunienne. A l'inverse de l'homonationalisme, le phénomène hétéronationaliste définit le sujet national comme hétérosexuel, et procède à l'exclusion des gays et lesbiennes de la communauté nationale. Par conséquent, les personnes LGBTI sont au mieux tolérées (mais invisibilisées), au pire éliminées, car considérées parasitaires dans la communauté nationale. Cette cohabitation entre un homonationalisme affaibli mais toujours structurant dans de nombreuses puissances occidentales, et un hétéronationalisme qui se déploie de plus en plus est le propre de notre époque de bascule, marqué par l'émergence de plusieurs candidats au partage du monde : la stagnation séculaire du taux de profit et le déclin de la supervision étatsunienne du monde constituent en effet l'arrière-fond d'une bataille brutale pour l'hégémonie, qui prend parfois des allures de guerre de civilisations dans laquelle la sexualité joue un rôle de marqueur culturel.

La montée en puissance de la Chine (dont l'économie tutoie maintenant les performances étatsuniennes (15)) au cœur de cette reconfiguration du capitalisme contemporain s'accompagne ainsi d'un durcissement sur les questions LGBTI. Le règne de Xi Jinping, à la tête du pays depuis 2013, s'est ainsi accompagné d'une invisibilisation de plus en plus importante des questions LGBTI+ dans l'espace public, mais également par la censure des médias (16). Dans sa tentative de se poser en alternative à la domination étatsunienne, la Chine exalte un sentiment national dans lequel la cis-hétérosexualité constitue une dimension cruciale. Soucieux d'apparaître comme une alternative crédible aux Etats-Unis, l'Empire du Milieu évite les discours ouvertement LGTBI+phobes, et privilégie l'invisibilisation et la censure.

C'est du côté des impérialismes régionaux qu'on peut retrouver la défense d'un hétéronationalisme beaucoup plus explicite, répondant directement à l'homonationalisme présent ou passé de leur adversaire étatsunien. On trouve aujourd'hui l'expression paradigmatique de cette politique dans la Russie de Vladimir Poutine, mais également dans le régime des mollahs en Iran, chez Javier Milei en Argentine, lors des seize années de règne de Viktor Orban en Hongrie, ou de façon parfois plus diffuse dans la politique familialiste lesbophobe de Giorgia Meloni, par exemple. L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin. Il suffit d'écouter un discours de Poutine ou d'Orban raillant la dégénérescence des pays occidentaux faisant la promotion de la liberté de genre pour voir cette logique à l'œuvre. Il faut également noter que l'acmé de cette prétendue dégénérescence est régulièrement pointée dans le phénomène de « féminisation des hommes », identifiée comme le cœur du déclin, auquel s'opposerait la figure de l'homme viril (où l'on voit donc l'articulation forte entre genre et sexualité). Il ne faut pas non plus exclure l'influence de l'idéologie nativiste (née au 19e siècle) d'Etats travaillés par un bellicisme certain : pour mener une guerre, il faut des « hommes virils qui sachent se battre et faire des enfants » et par conséquent, les personnes LGBTI deviennent un obstacle à la constitution de cette force.

L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin.

Ce type de discours s'accompagne d'ailleurs souvent de l'idée que les identités LGBTI seraient une importation de l'Occident, une sorte d'impérialisme culturel mis en œuvre pour saper les traditions d'une société qui serait intrinsèquement hétérosexuelle. C'est ainsi par exemple que le régime russe parvient à justifier la répression féroce des LGBTI dans son pays comme une manœuvre anti-impérialiste de sécurité nationale. Il ne s'agit pas de dire ici que l'homonationalisme serait la cause de l'hétéronationalisme : Poutine ou Orban peuvent s'appuyer sur certaines traditions LGBTI+phobes au sein de leur propre pays pour justifier leur politique. Néanmoins, les politiques extérieures homonationalistes légitiment aux yeux des populations une réponse hétéronationaliste, qui peut alors se présenter sous la forme d'une défense civilisationnelle.

L'hétéronationalisme n'est pas le contraire de l'homonationalisme, mais en quelque sorte l'autre face d'une même médaille. La logique qui relie la sexualité à l'identité nationale est la même, et s'inverse simplement. D'ailleurs, les deux catégories ne sont pas étanches, et les intérêts des régimes qui s'appuient sur l'homonationalisme et l'hétéronationalisme peuvent tout à fait converger sur le dos des peuples, comme l'illustre l'alliance entre Trump et Poutine pour sacrifier l'Ukraine et se partager l'Europe en sphères d'influence vassalisées.

4. Une politique de l'opprimé·e, antiraciste et internationaliste

Prendre la mesure des dangers et impasses de l'homonationalisme et de l'hétéronationalisme implique de nombreuses conséquences pour des luttes queers véritablement émancipatrices. La première, la plus évidente, revient à refuser cette liaison dangereuse entre sexualité et identité nationale, pour défendre une politique véritablement internationaliste, qui fait de l'émancipation de toustes les LGBTI la condition pour l'émancipation de chacun·e des LGBTI. Sacrifier les populations d'autres pays, et par conséquent également les personnes queers parmi ces populations, finira toujours par se retourner contre nous, sous la forme de l'accélération autoritaire des démocraties occidentales, ou d'un retour de bâton hétéronationaliste.

Une telle orientation nous place évidemment à distance de l'homonationalisme néolibéral, mais également des errements d'une certaine gauche dite « décoloniale », dont certaines des figures phares dessinent aujourd'hui une ligne potentiellement proche de l'hétéronationalisme. En effet, ces forces ont passé des années à condamner durement le mouvement LGBTI, accusé d'être dès l'origine marqué du sceau de la domination blanche et de défendre un agenda étranger aux préoccupations des personnes racisées. L'argument-phare de cette approche consiste à considérer que les enjeux de genre et de sexualité seraient une importation occidentale imposée aux populations racisées, reprenant par là non sans une certaine ironie l'idée-clef de l'homonationalisme, mais pour la déprécier. Aujourd'hui, ces mêmes « décoloniaux » réhabilitent l'idée de nation, dans une tentative confuse et dangereuse de donner un signifiant prétendument désirable aux luttes pour l'émancipation à travers un chimérique « patriotisme internationaliste » (17).

Cette mouvance va parfois essayer de minimiser ou justifier des politiques de criminalisation des personnes LGBTQI en s'alignant sur des positions gouvernementales : depuis 2020, on a vu de nouvelles lois criminalisantes émerger dans des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Ghana, le Kenya, le Niger, l'Ouganda ou le Mali (18). Paradoxalement, il y avait eu à la fin du 20e et au début du 21e un mouvement de dépénalisation en Afrique subsaharienne, qui était parfois motivé par des arguments décoloniaux visant à rappeler que ce sont d'abord les administrations coloniales qui ont introduit la criminalisation des relations homosexuelles(19). Nombre de ces pays sont influencés par l'hétéronationalisme russe ou étasunien à travers les mouvements des églises évangéliques.

Ces deux orientations combinées (l'exclusion des luttes LGBTI d'une politique de l'opprimé et l'exaltation de la nation comme signifiant désirable) prennent le risque de donner naissance à un bloc national hétérosexuel, certes « transrace » mais profondément LGBTphobe. Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.

Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.

Ce refus tant de l'homo- que de l'hétéronationalisme doit également orienter notre travail de solidarité internationale. Par exemple, cela signifie que le soutien à la résistance ukrainienne dans la guerre aux accents génocidaires enclenchée par la Russie après l'annexion de la Crimée 2014 et à grande échelle en 2022 est une nécessité absolue pour toutes les luttes queer. Aujourd'hui, la population ukrainienne se bat au péril de sa vie face à un régime fasciste qui enferme des personnes LGBTI dans des camps de travail jusqu'à la mort, et qui justifie d'ailleurs son invasion en partie par des motifs religieux anti-LGBTI+ (20). La situation plus que préoccupante des personnes LGBTI dans les territoires occupés par l'armée russe (21) doit d'ailleurs nous servir d'avertissement : une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers. Notre solidarité doit se diriger en particulier vers les personnes LGBT qui ont décidé de rejoindre la résistance face à l'invasion, sur le front en rejoignant l'armée, ou par un travail de solidarité dans la société civile.

Une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers.

De la même manière, notre solidarité doit aujourd'hui se diriger vers les luttes féministes et queer en Iran, en particulier le mouvement Femmes, Vie, Liberté, qui se bat depuis 2022 contre le régime sanguinaire et réactionnaire des mollahs, et qui s'oppose aujourd'hui à l'agression impérialiste des Etats-Unis et Israël. Toute ambiguïté à l'égard du régime de Téhéran, tout sacrifice des intérêts des personnes queers au profit d'un agenda géopolitique qui glorifie la lutte d'un prétendu « axe de la résistance » nous décrédibilise aujourd'hui complètement dans nos luttes pour l'émancipation de tous et de toutes. La chute de la République islamique d'Iran est un objectif pour les personnes LGBTI, non pas à travers une intervention impérialiste qui ne se pare même plus du drapeau de l'homonationalisme, mais par la lutte des travailleur·euses, des femmes, des queers, des minorités ethniques, contre l'exploitation et toutes les oppressions.

Laure Horlait et Madeleine Vibert, mai 2026
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Notes

1. https://alter.quebec/combattre-le-neoliberalisme-progressiste/

2. Voir :https://www.revuepolitique.be/decoder-larizona-lacceleration-dun-neoliberalisme-aux-accents-autoritaires/

3. Jasbir K. Puar, Homonationalisme. Contre la normalisation LGBT, Paris, Editions Amsterdam, 2026, p. 14

4. Le livre de Puar est écrit en 2007, et revient ainsi très largement sur la période post-attentats de 2001, afin de montrer comment l'homonationalisme s'est construit et renforcé durant cette période.

5. Jasbir K. Puar, op.cit., p. 18

6. Bien entendu, la mondialisation n'a jamais été heureuse, puisque seuls les capitaux ont eu l'heur de traverser les frontières sans entrave, à une époque de raidissement politique sur les questions migratoires. Du reste, la guerre n'a pas disparu du globe après la chute de l'URSS : la guerre du Golfe en 1991, le génocide rwandais en 1994, les trente ans de guerres en RDC, l'invasion russe de la Tchétchénie en 1999, pour ne parler que de la dernière décennie du siècle. Enfin, cette idée d'un capitalisme triomphant avant la grande crise de 2008 est largement démentie par les économistes marxistes, qui notent que le capitalisme mondial n'a jamais véritablement récupéré sa dynamique pré-crise de 1973.

7. De nombreux auteurs tentent aujourd'hui de fournir des clefs explicatives pour comprendre cette nouvelle période. Notons de manière non exhaustive : Arnaud Orain, Le monde confisqué. Le capitalisme de la finitude, Paris, Flammarion, 2024 ; Quinn Slobodian, Le capitalisme de l'apocalypse, Paris, Seuil, 2025 ; Romaric Godin, Le problème à trois corps du capitalisme, Paris, La Découverte, 2026.

8. S'il est aujourd'hui clair que Trump tente de sortir les Etats-Unis de la fange néolibérale pour les inscrire dans une politique (néo)mercantiliste matinée d'idéologie libertarienne, l'Europe est pour sa part encore fortement inscrite dans le modèle néolibéral, en partie parce que son essence même (les fameux traités qui encadrent sa création et son fonctionnement) repose sur les idéaux néolibéraux.

9. Voir Sara R. Farris : Au nom des femmes. « Fémonationalisme » : les instrumentalisations racistes du féminisme, Paris, Syllepse, 2021

10. Voir : Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv, Paris, Libertelia, 2017

11. Alberto Toscano, Fascisme tardif, Paris, La Tempête Editions, 2025

12. En Belgique, la campagne « anti-woke » de Bart De Wever (N-VA), ou la publicité de David Clarinval (MR) pour le torchon transphobe Transmania illustrent bien cette tendance.

13. Rappelons ici que dans la plupart des cas, les extrêmes droites représentées aux différents parlements se sont opposées à l'acquisitions de droits pour les LGBTI, notamment le droit à faire famille (cf. 2003 en Belgique). La défense des gays et lesbiennes relevaient bien plutôt d'un processus rhétorique que d'une réelle adhésion idéologique.

14. Voir notamment : L'extrême-droite, les personnes LGBTIQ et une stratégie de résistance enjeu central

15. Il faut bien sûr nuancer ce point : les gigantesques taux de croissance chinois tendent à baisser depuis quelques années, en particulier après la crise immobilière de 2021 ; ensuite, la Chine reste en retard sur certains secteurs-clés, notamment l'intelligence artificielle, en partie en raison des contraintes à l'exportation imposéss par les USA à leurs alliés ; enfin, l'outil productif, avec sa surproduction structurelle qui oblige le pays a exporté l'essentiels de ses biens, se trouvent menacé par le zeitgeist protectionniste et les guerres commerciales.

16. https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_LGBT_en_Chine

17. https://www.contretemps.eu/rever-ensemble-patriotisme-internationaliste-houria-bouteldja/

18. https://www.la-croix.com/international/homosexualite-l-afrique-dans-un-mouvement-de-criminalisation-20260225

19. https://www.ritimo.org/L-homophobie-africaine-et-les-racines-coloniales-du-conservatisme-africain

20. Ainsi le Patriarche Kirill qui présente la guerre comme une juste lutte contre un Occident dépravé par l'homosexualité. Voir : https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/02/26/guerre-en-ukraine-pourquoi-le-discours-du-patriarche-kirill-s

21. https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article66848

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Les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec sont désormais documentées

16 juin, par Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL, Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) — , , ,
Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en (…)

Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.

Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R
10 juin 2026

Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.

En novembre 2022, le premier rapport de recherche Consentement libre et éclairé et stérilisations imposées des Premières Nations et Inuit au Québec visait à pallier l'absence de données sur les cas de stérilisations imposées chez les femmes des Premières Nations et Inuit au Québec. Au total, 35 témoignages d'actes de violence survenus entre 1980 et 2019 ont été recueillis, parmi lesquels on comptait 22 stérilisations imposées.

Pour donner la parole aux femmes des Premières Nations et continuer à documenter leurs réalités, une deuxième phase de la recherche a été lancée. Cette fois-ci, trois fois plus d'actes de violence ont été rapportés entre 1956 et 2023, pour un total de 97 témoignages.

« Les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) vécues par les femmes des Premières Nations sont un traumatisme grave, laissant des marques profondes sur leur santé, leur spiritualité, leur féminité, leur famille et leur vie entière. Elles s'inscrivent dans un continuum de violence coloniale, au même titre que les pensionnats, les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que les enfants disparus ou décédés à la suite de leur admission dans des établissements de santé et de services sociaux. Les VOG, y compris les stérilisations imposées, doivent être reconnues comme des traumatismes subis par les femmes des Premières Nations. Des actions concrètes doivent être mises en œuvre pour éradiquer toute forme d'acte médical discriminatoire fondé sur l'origine ethnique », a déclaré Francis Verreault-Paul, chef de l'APNQL.

« La publication de ce rapport marque une étape décisive pour les femmes des Premières Nations au Québec. Derrière chaque témoignage se trouvent des histoires portées avec courage et résilience — celles de mères, de sœurs, de filles et de grands-mères. En prenant la parole, elles tracent le chemin vers des soins de santé et des services sociaux plus dignes et sécuritaires pour elles et pour toutes les générations qui suivront », poursuit Derek Montour, président du conseil d'administration de la CSSSPNQL.

Pour sa part, Suzy Basile, chercheuse et professeure à l'UQAT, rapporte les circonstances troublantes dans lesquelles les cas de stérilisations imposées ont eu lieu : « communications et services d'escorte médicale et d'interprétation déficients, procédure stérilisante sans consentement libre et éclairé, information erronée au sujet du clippage et du déclippage. Plusieurs des femmes rencontrées ont appris leur stérilisation beaucoup plus tard, lors d'une consultation pour comprendre la raison de leur infertilité ou pour d'autres raisons de santé »

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Pour consulter le rapport, cliquez ici.
Quelques faits saillants du rapport :

Le rapport fait état d'une forme de traitement différentiel entre femmes autochtones et allochtones, mais étant très similaire d'une Première Nation et d'une région à l'autre, ce qui démontre la présence de racisme systémique dans le réseau de la santé au Québec.

Les témoignages rapportent que la relation de pouvoir entre le personnel soignant et les femmes des Premières Nations ne permet aucunement à ces dernières de fournir un consentement préalable, libre et éclairé.

Parmi les 55 cas de stérilisations imposées documentés dans la phase II, plusieurs participantes rapportent ne pas avoir signé de formulaire de consentement ou ne sont pas certaines de l'avoir fait. D'autres l'ont signé dans des circonstances préoccupantes : sous la pression, en plein travail d'accouchement, persuadées que l'intervention était réversible ou avec la main soutenue par le personnel soignant.

Des violences de nature discriminatoire en fonction de l'origine ethnique ont aussi été rapportées à plusieurs reprises : signalements à la naissance, suspicion de maltraitance en présence de la tache mongoloïde, prise de sang sur le bébé sans consentement et avortements imposés.

Soutien
Il existe du soutien pour les survivantes, notamment la ligne d'écoute du Cercle des survivantes pour la justice reproductive, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1-877-386-0750 (poste 113 pour obtenir un service en français). La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être est aussi accessible par téléphone, au 1-855-242-3310, ou par clavardage.

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