Presse-toi à gauche !

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Le communautaire a-t-il encore le droit de manifester à Montréal ?

2 juin, par Table des centres de femmes Montréal Laval — , ,
Le 1er mai, un rassemblement festif, familial et pacifique organisé par le FRACA a été accueilli par l'anti-émeute, la cavalerie et l'intimidation policière. Des familles, des (…)

Le 1er mai, un rassemblement festif, familial et pacifique organisé par le FRACA a été accueilli par l'anti-émeute, la cavalerie et l'intimidation policière. Des familles, des personnes aînées, des personnes en situation de handicap et plusieurs femmes ont quitté les lieux parce qu'elles ne se sentaient plus en sécurité.

Alors que les femmes sont en première ligne dans les groupes communautaires et parmi celles qui subissent le plus durement l'austérité, l'appauvrissement et le démantèlement des services publics, c'est par la répression qu'on répond à leur mobilisation.

Quel message la ville de Montréal envoie-t-on lorsqu'un événement communautaire est encerclé par l'anti-émeute ?

Nous refusons de nous taire, de nous laisser intimider et de banaliser la répression policière. Défendre nos communautés n'est pas un crime.

🔥✊ On agit maintenant :

🔁 Partage

✍️ Signe la lettre ouverte : https://tinyurl.com/tz42vh8x

📲 Suis le FRACA Montréal=AZaweTXxm_LMAhsexka6QV5zWsNKPgbA0Q3wWOcvz1UcPjCg8-HnmGwcwoy-Lrdc4Oe3SNl1NVlUVSZ0fo1P7ersEmrsQlYv0pUataGqnaxEFzauLhGzkU1gpD7hc1TZYzWRCbCI-x6ijvsKZXKk5qhxzkSXoG0oc0GxrVRY71171oJq3rZPnsjglX4LZd30Nsw&__tn__=-]K-R] pour la suite

La conjoncture et la réponse du mouvement CSN

2 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
CAMARADES CONGRESSISTES, Il y a des moments dans l'histoire d'un mouvement où les mots doivent être à la hauteur de ce que vivent les gens. Le 68e Congrès de la CSN est l'un (…)

CAMARADES CONGRESSISTES,

Il y a des moments dans l'histoire d'un mouvement où les mots doivent être à la hauteur de ce que vivent les gens. Le 68e Congrès de la CSN est l'un de ces moments.

https://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2026/05/fr_exe_csn_congres-68e_vf_28avril_web.pdf

INTRODUCTION

Nous nous réunissons à Québec dans une conjoncture que nous n'aurions pas imaginée il y a trois ans à peine. Le monde a basculé. Pas graduellement, pas imperceptiblement ; il a basculé avec fracas, avec arrogance, avec une brutalité qui laisse peu de place à l'illusion. L'ordre international – certes imparfait – qui a prévalu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui est basé sur le droit, la solidarité entre nations et le respect de la dignité humaine, est attaqué de front par des puissances qui ont fait de l'intimidation leur doctrine et de l'impunité leur étendard.

Ici, au Québec, nous avons vécu pendant ce mandat sous un gouvernement qui a fait de l'attaque aux droits des travailleuses et des travailleurs son programme.

Un affront que plusieurs employeurs ont repris à leur compte pour tenter de faire plier leurs employé-es. De lock-out en lock-out, de projet de loi en projet de loi, les droits durement acquis par des générations de militantes et militants ont été pris pour cible. Mais à chaque attaque, le mouvement CSN a répondu présent. Avec force. Avec unité. Avec cette comba tivité qui constitue l'ADN de la Confédération des syndicats nationaux depuis plus de cent ans.

C'est de ce mandat que nous venons rendre compte devant le congrès. Un mandat difficile, oui. Un mandat marqué par les vents contraires, les offensives législatives, les pressions économiques et les incertitudes politiques. Mais aussi – et surtout – un mandat marqué par la résilience, la mobilisation et la fierté.

Nous avons tenu le flambeau.

Dans les rues, dans les milieux de travail, en négociation, en commission parlementaire, dans les médias, jusque dans les instances internationales du mouvement syndical. Nous avons tenu le flambeau parce que c'est ce que font les syndicalistes depuis toujours face à l'adversité : ils se lèvent, ils se serrent les coudes, et ils avancent.

Au nom des membres du comité exécutif de la CSN, bienvenue à ce 68e Congrès !

Bienvenue à celles et ceux dont c'est le tout premier congrès : vous entrez dans une maison vivante, combative et fière. Bienvenue à tous les délégué-es, militantes et militants qui ont porté le mouvement sur leurs épaules pendant ce mandat. Ce rapport vous appartient. Il est le reflet de votre travail, de vos luttes, de vos victoires. Il est aussi une invitation à regarder vers l'avant, vers le prochain mandat qui s'ouvre devant nous, plus exigeant que jamais, mais porteur d'un espoir que rien ni personne ne peut nous enlever. Comme notre ADN :

CONJONCTURE INTERNATIONALE

Mais avant de plonger au cœur de nos actions sur le terrain, les événements qui se bousculent, tant sur les scènes internationale et nationale nous obligent à brosser un portrait général de la conjoncture dans laquelle s'est inscrit ce dernier mandat.

Nous faisons face à une bascule historique, à une offensive d'un pouvoir qui puise ses sources dans une forme de fascisme et d'obscurantisme, un pouvoir fondamentalement suprémaciste dans son idéologie. Ce pouvoir met à bas tout ce qui unissait, dans le sursaut de l'après-Seconde Guerre mondiale, l'idéal démocratique : des valeurs et des principes universels au-dessus des États et des nations. Ce sont ces valeurs qui, rappelons-le, avaient mené à la création de l'Organisation des Nations unies, à l'avènement du droit international, ainsi qu'à l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en 1948. Cette déclaration stipule dans son premier article que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Aujourd'hui, avec Trump, Poutine, Netanyahou et autres dictateurs sans âme, c'est le retour à la loi du plus fort, à la loi de la jungle. C'est une bascule d'où ne peuvent découler que des désastres, que de nouvelles menaces, voire un ébranlement profond de nos économies ! Comme travailleuses et travailleurs, comme citoyens, nous sommes concernés par ces bouleverse ments majeurs. Et comme nous sommes en première ligne, nous devons faire front pour dire non collectivement à cette démesure et à cette arrogance de la toute-puissance américaine.

Le retour en force de l'impérialisme

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025 aura constitué l'événement déclencheur de cette rupture.

Depuis son investiture, le 47e président américain a multiplié les gestes d'une politique étrangère ouvertement impérialiste. Il a évoqué l'annexion du Canada, avec la création du fameux 51e État, celle du Groenland ou encore du canal de Panama ; il a orchestré une opération militaire au Venezuela pour capturer le président Nicolás Maduro ; il a clairement affirmé que le Venezuela ne serait probablement pas le dernier pays frappé par une intervention américaine, plaçant aussi dans son viseur Cuba, la Colombie, le Mexique et, plus récemment, l'Iran. 6 Cette posture traduit la détermination de Trump à traiter l'hémisphère occidental, et même au-delà, comme une sphère d'influence exclusive des États-Unis, piétinant ainsi les accords et les alliances pourtant en vigueur jusqu'ici, et usant désormais de la coercition économique, notamment avec l'imposition tous azimuts de droits de douane, comme outil de cet impérialisme.

Sur le plan interne, c'est encore plus inquiétant : radicalisme identitaire, dérive autoritaire et désengagement quasi total de l'État fédéral sur le plan social et économique.

Dans ce contexte, le Canada n'est pas épargné. Au-delà des menaces d'annexion, les pressions tarifaires et le discours hostile à notre égard représentent une réalité nouvelle avec laquelle nous devrons composer dans le prochain mandat. Ce que le monde a constaté au fil des mois, c'est qu'il faut prendre au pied de la lettre les affirmations de Trump, et ce n'est pas de bon augure.

La fragilisation de l'ordre mondial

Cette montée de l'unilatéralisme américain s'accompagne d'une fragmentation accélérée de l'ordre mondial. Il n'y a jamais eu autant de conflits armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les guerres en Ukraine et à Gaza ont traversé, sans résolution, l'entièreté du mandat. Après plus de quatre ans de conflit en Ukraine, la Russie poursuit son avancée malgré la résistance tenace de Kiev, alors que les États-Unis sous Trump ont considérablement réduit leur soutien au gouvernement ukrainien et que les violents combats sur le terrain ne diminuent pas en intensité. À Gaza, après quinze mois de bombardements israéliens intensifs, un accord de cessez-le-feu a été annoncé en janvier 2025, mais la situation humanitaire demeure catas trophique. La Cour pénale internationale a lancé des mandats d'arrêt contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour crimes de guerre et génocide. Une décision historique qui illustre à la fois la gravité des violations commises, mais aussi, tristement, les limites de la justice internationale face aux responsables de telles catastrophes sur le plan humain.

Parallèlement, dès son retour à la présidence en janvier 2025, Donald Trump a repris sa politique de retrait des engagements multilatéraux. C'est ainsi qu'il a déchiré l'Accord de Paris sur le climat et la Convention-cadre des Nations Unies sur les change ments climatiques, en plus de claquer la porte de l'UNESCO et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des décisions très lourdes de conséquences, tant sur le plan environnemental qu'en termes d'impact humain.

Pendant ce temps, les grands blocs de puissance – États-Unis, Chine, Russie – se livrent une compétition acharnée pour les ressources stratégiques, les voies de passage et les zones d'influence. L'Arctique, le Moyen-Orient, l'Afrique subsaharienne : partout, les populations et les travailleurs paient le plus lourd tribut de ces ambitions impériales, avec des morts qui se comptent par dizaines de milliers, des viols qui se multiplient, des famines et des épidémies qui font des ravages.

La montée des droites et des extrêmes♀

Ce contexte géopolitique nourrit et, en retour, est alimenté par une vague de fond idéologique : la montée des droites autoritaires et des extrêmes partout dans le monde.

Aux quatre coins du globe, on observe une accélération du recul démocratique. En Europe, les partis d'extrême droite sont présents dans presque tous les États membres de l'Union et totalisent environ le quart des sièges au Parlement européen.

Fait nouveau et particulièrement préoccupant : cette droite radicale bénéficie désormais des ressources colossales et de l'influence des oligarques de la Silicon Valley. Les grands patrons de la tech et des GAFAM – Jeff Bezos, Tim Cook, Mark Zuckerberg, et surtout Elon Musk – se sont ralliés à Donald Trump depuis son élection. Par conviction ou simple opportunisme, ces oligarques du numérique apparaissent désormais comme de nouveaux alliés de l'extrême droite, contribuant à la propagation de ses idées et épousant ses thèses d'aversion des régulations collectives et de méfiance envers l'État et les insti tutions représentatives.

Cette nouvelle classe de « seigneurs de la technologie » exerce une influence incommensurable sur l'opinion publique, sur les algorithmes des plateformes et, directement, sur les gouvernements. Ils incarnent une forme de pouvoir concentré, non élu, non redevable, qui constitue une incroyable menace pour les acquis démocratiques et pour les droits des travailleurs et travailleuses à l'échelle mondiale.

La solidarité internationale : une réponse syndicale nécessaire

Face à cette conjoncture, la CSN n'est pas restée passive. Fidèle à ses valeurs et à sa tradition de solidarité, la Confédération a maintenu et renforcé ses liens avec le mouvement syndical international au cours du dernier mandat.

Notre collaboration avec le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) s'est poursuivie et intensifiée, conformément à la résolution adoptée lors du 67e Congrès.

La participation de représentantes et représentants de la CSN au congrès de la Confédération syndicale des travailleurs et travailleuses des Amériques (CSA) a également permis de resserrer les liens de solidarité avec nos frères et sœurs du continent. De plus, la Confédération syndicale internationale (CSI) a exprimé récemment son appui à la CSN par l'envoi d'une lettre au gouvernement du Québec dénonçant vertement les attaques antisyndicales – un geste qui témoigne de la reconnaissance envers notre combat au sein du mouvement syndical mondial.

La conjoncture internationale n'est pas une abstraction. Elle se traduit concrètement dans la vie de nos membres : incertitude économique, pressions sur les emplois industriels liés aux guerres tarifaires, attaques aux droits fondamentaux, rétrécissement des espaces démocratiques dans lesquels le syndicalisme respire. C'est pourquoi, dans le prochain mandat, la CSN devra plus que jamais maintenir sa vigilance, sa solidarité et sa voix sur la scène internationale.

IMPACTS AU CANADA ET CONJONCTURE SUR LA SCÈNE FÉDÉRALE

La guerre tarifaire et ses conséquences sur les travailleuses et travailleurs

Nul autre pays n'a été frappé de plein fouet par la politique commerciale de l'administration Trump, comme le Canada.

Depuis le début 2025, des droits de douane oscillant entre 25 % et 50 % ont été imposés sur un nombre important de produits canadiens exportés aux États-Unis, notamment sur l'acier, l'alu minium et le bois d'œuvre. Cette offensive tarifaire a redéfini en quelques mois des décennies d'intégration économique nord-américaine et a exposé de manière brutale la vulnérabilité de notre tissu industriel face aux caprices d'une administration imprévisible.

Les conséquences pour les travailleuses et travailleurs ont été immédiates et concrètes. On a observé une multitude de pertes d'emploi, en particulier dans l'industrie forestière, où nos membres sont présents en grand nombre.

Les investissements dans les secteurs manufacturier, forestier et agroalimentaire ont chuté drastiquement.

L'incertitude, plus encore que les tarifs, agit comme un frein brutal à la croissance : les entreprises gèlent leurs investissements, retardent leurs projets et hésitent à embaucher. Ce sont, là encore, les travailleuses et travailleurs qui en paient le prix.

Le Canada a répliqué avec des contre-tarifs sur des milliards de dollars de produits américains, et le gouvernement fédéral a mis en place des mesures de soutien aux entreprises et des assouplissements temporaires à l'assurance-emploi. La CSN, de concert avec ses alliés syndicaux, a néanmoins inter pellé le gouvernement Carney pour exiger un renforcement de l'assurance-emploi afin que les prestations soient plus acces sibles et adéquates pour tous les travailleurs. Il s'agit d'une situation inacceptable qui perdure depuis trop longtemps déjà. La CSN entend redoubler d'ardeur dans ce dossier afin de rectifier le tir dans les meilleurs délais au profit des milliers de travailleuses et de travailleurs qui bénéficient de cette protection financière névralgique.

La fin de l'ère Trudeau, l'arrivée de Carney

C'est dans ce contexte de crise commerciale que la scène politique fédérale a été secouée par un séisme majeur. Après plus de neuf ans au pouvoir, miné par une impopularité record, la crise du logement, l'inflation et le retrait de l'appui du NPD, Justin Trudeau a annoncé sa démission en janvier 2025.

Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de la Banque d'Angleterre, lui a succédé à la tête du Parti libéral avant de déclencher des élections générales le 23 mars suivant.

Les attaques verbales répétées de Trump à l'encontre du Canada avaient totalement changé la donne dans les intentions de vote, faisant basculer une élection qui semblait acquise aux conservateurs de Pierre Poilievre. Finalement, le Parti libéral a remporté 169 sièges sur 343, formant un gouver nement minoritaire à 3 sièges de la majorité, une situation qui est sur le point de basculer vers une majorité claire au moment d'écrire ces lignes.

Méfiance face au gouvernement Carney

Si la victoire libérale représente un certain soulagement par rapport à la perspective d'un gouvernement conservateur sous Pierre Poilievre, la CSN aborde le nouveau mandat de Carney avec méfiance et vigilance.

Le premier ministre Carney a posé des gestes importants face à Trump, se présentant comme le défenseur de la souveraineté canadienne. Mais derrière le discours de résistance, plusieurs signaux sont préoccupants pour le mouvement syndical. Sur le plan fiscal, le gouvernement s'est orienté vers des baisses d'impôt et l'abandon du rehaussement de l'imposition sur les gains en capital, en plus d'opérer un virage budgétaire qui inquiète quant à la pérennité des services publics.

En matière d'immigration, Carney prône une approche dite « ciblée » du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui, dans les faits, maintient des travailleuses et des travailleurs, liés à un employeur unique, dans une situation de précarité et de vulnérabilité chronique.

Les contraintes liées aux permis de travail, la fin du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) et les restrictions croissantes à l'immigration permanente frappent de plein fouet des milliers de personnes qui ont contribué à notre économie et à notre société. La CSN a notamment multiplié les prises de parole publiques pour exiger la fin des permis de travail fermés pour les TET, qui s'apparentent à une forme d'esclavagisme moderne, selon les dires d'un rapporteur de l'ONU.

Le gouvernement Carney a également opéré un virage spectaculaire en matière de dépenses militaires. Après des années à repousser cet engagement, le Canada est finalement parvenu à consacrer environ 2 % de son PIB à la défense en 2025 – une première depuis la fin des années 1980. Ce virage s'accompagne d'une stratégie d'approvisionnement qui entend favoriser l'industrie canadienne, dont certains milieux de travail de nos membres pourraient directement bénéficier – à l'image du chantier maritime Davie à Lévis, désormais intégré dans la stratégie navale du Canada, qui s'est vu confier des contrats majeurs de construction de navires pour la Garde côtière canadienne, créant des centaines d'emplois de qualité dans la région de Québec.

Cela dit, un État qui consacre une part croissante de ses revenus à la défense dispose nécessairement de moins de marge pour investir dans les services publics, le logement, la transition climatique et les programmes sociaux dont dépendent les travailleuses et travailleurs. Pour la CSN, il est clair que la militarisation des finances publiques canadiennes ne doit pas se faire au détriment des missions sociales de l'État.

Que ce soit sous Trudeau ou sous Carney, une réalité demeure : les syndicats, et la CSN en particulier, doivent demeurer au cœur du débat politique fédéral pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs, maintenir la pression sur les dossiers qui nous touchent directement, et s'assurer que la crise tarifaire ne sert pas de prétexte à des reculs sociaux.

L'horizon 2026 : un tournant pour le Québec et la Confédération canadienne

L'automne 2026 s'annonce comme une période charnière, à la fois pour la Confédération canadienne et pour l'avenir du Québec.

Le renouvellement de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) approche, avec des négociations commerciales cruciales qui détermineront l'avenir de pans entiers de notre économie. En Alberta, la première ministre Danielle Smith attise les braises du ressentiment de l'Ouest avec la perspective d'un référendum sur les relations avec Ottawa. Et au Québec, les élections générales du 5 octobre 2026 – avec le Parti québécois en tête des intentions de vote au moment d'écrire ces lignes – s'annoncent comme un rendez-vous décisif.

L'éventualité d'un gouvernement péquiste majoritaire promettant la tenue d'un référendum aurait pour effet de ramener la question nationale au premier plan de la politique québécoise. Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais bien à la population québécoise et à elle seule, incluant les Premières Nations.

C'est pourquoi la société civile, y compris le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. La CSN compte faire entendre sa voix, comme elle l'a toujours fait, sur les grands enjeux qui touchent notre avenir collectif. C'est pourquoi la CSN proposera de mener, au cours des prochains mois, des consultations auprès de ses membres afin d'actualiser sa position à l'égard de la souveraineté. En ce sens, le 68e Congrès constitue un jalon important dans cette démarche.

CONJONCTURE QUÉBÉCOISE

Gouvernement de la CAQ : une offensive sans précédent contre les droits des travailleuses et travailleurs

Si les conjonctures internationale et fédérale ont été marquées par des bouleversements majeurs, c'est sur la scène québécoise que nos membres ont ressenti les impacts les plus directs et les plus quotidiens au cours de ce dernier mandat.

Le deuxième mandat de la Coalition avenir Québec a constitué une période de confrontation sans précédent avec le mouvement syndical, caractérisée par une série d'attaques législatives ciblées qui ont tenté, l'une après l'autre, de rogner les droits durement acquis des travailleuses et travailleurs du Québec.

Cette offensive a pris trois formes principales, que nous qualifions sans détour de bombes antisyndicales.

La première, et la plus emblématique est la loi 14 – projet de loi 89, adopté le 29 mai 2025 par une majorité de 94 voix contre 17 à l'Assemblée nationale, entré en vigueur le 30 novembre 2025. Cette loi permet au ministre du Travail de s'octroyer le pouvoir de contrôler le droit de grève, sans même qu'il soit question de services essentiels.

Derrière le discours gouvernemental sur la soi-disant « protection du bien-être de la population », cette loi pourrait s'appliquer à presque tous les conflits de travail. La CSN, aux côtés des autres organisations syndicales du Québec, a dénoncé avec force cette loi qui brime le droit de grève des travailleurs et remet trop de pouvoirs entre les mains du ministre. Les organisations syndicales se sont tournées vers les tribunaux pour la contester.

Mais le plus odieux dans cette histoire, c'est qu'il n'y a eu aucune forme de consultation pour ce projet de loi comme pour celui concernant la gouvernance syndicale. Pas même un appel de courtoisie en amont pour nous aviser des intentions du ministre du Travail, Jean Boulet. C'est d'autant plus sournois pour quelqu'un qui se réclamait pourtant du dialogue social sur toutes les tribunes…

La deuxième attaque est survenue avec le projet de loi 101, adopté en octobre 2025, qui introduit un régime à deux vitesses en matière de santé et sécurité du travail (SST). Ce projet de loi réduit les pouvoirs des comités et des représen tantes et représentants en santé et sécurité dans les réseaux de l'éducation, de la santé et des services sociaux, décotant ainsi les protections des travailleuses et travailleurs de ces secteurs névralgiques.

La troisième bombe, et peut-être la plus insidieuse, est le projet de loi 3, déposé à l'automne 2025, toujours sans consul tation préalable, et adopté le 17 mars 2026 – soit en toute fin de législature, par un gouvernement sans premier ministre et en l'absence de la population. Les neuf principales organisations syndicales québécoises l'ont dénoncé d'une même voix : « Il s'agit d'un recul historique pour les droits des travailleuses et travailleurs, et d'un legs honteux laissé au Québec par le gouver nement Legault. » Ce projet de loi a été adopté sans consensus social et malgré toutes les mises en garde émises par les organisations syndicales, les organisations de la société civile et les spécialistes universitaires, qui ont pourtant démontré avec rigueur ses nombreuses failles.

Concrètement, le projet de loi 3 impose un vote annuel des membres sur les cotisations syndicales dites « facultatives » et retire aux syndicats le droit de contester des lois devant les tribunaux – un droit qui serait retiré uniquement aux syndicats, et à nul autre lobby patronal. Si une loi spéciale était adoptée pour mettre fin à des moyens de pression, ou encore si un décret gouvernemental imposait unilatéralement des condi tions de travail, les syndicats seraient contraints de recourir à une cotisation facultative pour pouvoir la contester – un processus délibérément long, coûteux et paralysant. C'est un carcan administratif aussi inutile qu'insensé qui attend nos organisations et nos milieux de travail, et la CAQ devra en porter l'entière responsabilité.

Cette attaque s'inscrit dans un tableau d'ensemble parti culièrement sombre : elle s'ajoute à l'atteinte au droit de grève, aux compressions draconiennes dans les services publics et aux nombreuses atteintes aux droits fondamentaux commises tout au long de ce mandat. La CSN, avec l'ensemble du mouvement syndical québécois, évaluera tous les recours possibles et inter pellera les principaux partis politiques pour qu'ils s'engagent à abroger ces lois qui bafouent les droits des travailleuses et travailleurs en vue des élections d'octobre 2026. Nous ne baisserons pas les bras.

L'érosion des services publics

Parallèlement à ces attaques directes contre le mouvement syndical, le gouvernement de la CAQ a laissé se détériorer les services publics à un rythme alarmant.

C'est particulièrement le cas dans le secteur de la santé et des services sociaux, où la porte grande ouverte au privé sape les bases de notre réseau public, ainsi que dans les domaines de l'éducation et de l'enseignement supérieur.

La réforme de la santé encadrée par le projet de loi 15 et l'arrivée de Santé Québec le 1er décembre 2024, ont constitué un premier test d'importance pour les syndicats de ce secteur. Le mouvement CSN a répondu avec force, unité et solidarité à ce test, en réussissant notamment à éviter le maraudage suivant la répartition des emplois en six « nouvelles » catégories. Cela constitue une victoire de taille pour notre mouvement face au rouleau compresseur caquiste.

Par ailleurs, les gels d'embauche, les coupures massives en éducation et en enseignement supérieur, les atteintes à la liberté académique et la vétusté des infrastructures constituent autant de signaux d'un gouvernement qui a sacrifié la qualité des services à la population sur l'autel d'une gestion comptable à courte vue.

La multiplication des crises non résolues a fini par dessiner le portrait accablant d'un gouvernement décon necté des besoins réels de la population : crise du logement sans précédent, avec l'explosion des loyers et la montée de l'itinérance, crise du coût de la vie qui se poursuit, crise en immigration avec la fin du PEQ et crise du transport collectif.

Sur le plan économique, le bilan est tout aussi cinglant : les déboires de la filière batterie – Northvolt, Lion Électrique –, les subventions étatiques à risque et l'échec lamentable de la réforme du secteur manufacturier (projet de loi 97) ont mis à mal la prétention de la CAQ d'être « le parti de l'économie ».

La privatisation rampante de nos sociétés d'État

Dans un registre qui touche directement à l'identité économique du Québec, le gouvernement de la CAQ a également laissé progresser, souvent en catimini, une logique de privatisation de certains de nos fleurons collectifs.

À la Société des alcools du Québec, la direction s'est engagée dans une stratégie d'expansion du réseau privé – 475 agences privées, 100 nouvelles mini-agences dans des commerces en milieu urbain, recours à la multinationale américaine Uber pour la livraison – pendant que l'on fermait des succursales rentables. La CSN a dénoncé avec vigueur cette privatisation en douce.

Du côté d'Hydro-Québec, c'est le projet de loi 69 – adopté sous bâillon en juin 2025, au milieu de la nuit – qui a ouvert une brèche significative dans le monopole public de distribution d'électricité. Ce projet de loi permet désormais à une entreprise privée de vendre de l'électricité qu'elle produit à d'autres entre prises, sans avoir à passer par Hydro-Québec, amorçant ainsi ce que l'opposition et la société civile n'ont pas hésité à qualifier de dénationalisation tranquille de notre société d'État.

La CSN a cosigné avec de nombreuses organisations une déclaration commune dénonçant cette adoption marquée par l'improvisation et le contournement des processus démocratiques, rappelant que l'avenir énergétique du Québec méritait un véritable débat public, et non un vote express à 4 h 30. La CSN continuera de défendre le caractère public de nos sociétés d'État avec la même détermination au cours des prochaines années.

Une dérive autoritaire qui s'accentue

Depuis le remaniement ministériel de septembre 2025, la dérive autoritaire du gouvernement s'est encore accentuée, avec une série de projets de loi préoccupants pour les droits et libertés.

Le projet de loi 1 – un projet de constitution québécoise – a été déposé sans aucune forme de consultation au préalable, en excluant de surcroît les Premières Nations, avec des dispo sitions sur le droit à l'avortement qui, après avoir soulevé de vives inquiétudes, ont fini par être retirées. Il n'en demeure pas moins qu'une constitution devrait rassembler plutôt que diviser et inclure plutôt qu'exclure. Le projet de loi, dont la CSN et plusieurs groupes de la société civile ont exigé le retrait, fait tout le contraire.

Sinon, il y a eu également le projet de loi 2, qui a imposé de force aux médecins un nouveau contrat par un bâillon parle mentaire. Les projets de loi 9 et 94 ont pour leur part élargi l'interdiction du port de signes religieux, au mépris des droits fondamentaux de travailleuses qui ont perdu leur emploi. Le tout s'inscrit dans une logique de construction de l'Autre, d'attaques répétées contre les minorités et d'un recul de l'État de droit que la CSN a dénoncé sans relâche. 1

La fin de l'ère Legault et l'année électorale

Le 14 janvier 2026, François Legault, cofondateur de la CAQ et premier ministre depuis 2018, a annoncé sa démission alors que son parti était au plus bas dans les sondages, avec des intentions de vote oscillant entre 11 % et 19 %.

Une course à la direction a été enclenchée, opposant Christine Fréchette et Bernard Drainville. Les Québécoises et Québécois ont eu raison de porter un jugement sévère sur l'ère Legault : sa performance a été jugée largement insatisfaisante par plus des deux tiers de la population, avec des priorités qui étaient tout sauf en phase avec ses besoins.

Mais attention : la fin de Legault ne signifie pas la fin du « caquisme ». Les deux candidats qui se sont opposés durant la course à la direction ont tous deux promis de maintenir certaines des orientations les plus problématiques du gouver nement, y compris les lois les plus liberticides.

Après une course qui aura duré près de 3 mois, c'est finalement l'ex-ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Christine Fréchette, qui a été désignée par moins de 10 000 membres de la CAQ pour succéder à François Legault à la tête du gouvernement le 12 avril dernier. Si, dans de telles circonstances, la tradition veut qu'on laisse la chance au coureur, le scepticisme s'impose malgré tout, considérant les dommages engendrés par la CAQ depuis son arrivée au pouvoir en 2018.

Dans tous les cas, la CAQ, même sous une nouvelle cheffe, demeurera un adversaire à surveiller, tout comme les autres formations politiques que la CSN gardera à l'œil en vue des prochaines élections.

L'année 2026 est une année électorale décisive pour le Québec. Avec les élections générales du 5 octobre, c'est l'occasion pour la population québécoise de se prononcer sur le bilan des huit années de gouvernance caquiste et sur le Québec qu'elle veut construire. La CSN, fidèle à sa mission, sera présente dans ce débat de manière entièrement non partisane, portant la voix des travailleuses et des travailleurs, défendant les services publics et réclamant un Québec plus juste, plus solidaire et plus combatif.

LA RÉPONSE DU MOUVEMENT CSN

Devant une conjoncture aussi hostile – attaques législatives répétées, recul des droits, dégradation des services publics, offensive idéologique de la droite –, le mouvement CSN n'a pas reculé d'un pas. Bien au contraire. Le mandat 2023-2026 aura été celui de la résilience, de la mobilisation et de la combativité. C'est le bilan dont nous sommes fiers de rendre compte devant ce 68e Congrès.

Volet mobilisation
La CSN dans la rue et dans les milieux

La mobilisation a été au cœur de notre action tout au long du mandat. Dans nos syndicats, dans nos conseils centraux, dans nos fédérations et à la Confédération, nos militantes et militants ont répondu présents, encore et encore, avec une énergie et une détermination qui forcent l'admiration. Plusieurs campagnes confédérales majeures ont marqué ce mandat, à commencer par Vraiment public, qui était basée sur les quatre grandes revendications pour notre système de santé, à savoir : la déprivatisation, la décentralisation et la démocratisation, incluant la valorisation des déterminants sociaux.

La campagne Pas de profit sur la maladie a suivi peu de temps après pour se concentrer sur le volet de la déprivati sation du réseau. Cette dernière a été lancée en grande pompe en janvier 2024 et a donné naissance à une incroyable mobili sation au sein du mouvement CSN pour promouvoir un réseau de la santé et des services sociaux Vraiment public. Trois reven dications étaient au cœur de cette campagne :
— Déprivatiser le réseau de la santé et des services sociaux en mettant fin à l'octroi de permis pour l'ouverture de cliniques privées ;
— Demander un moratoire sur tout octroi de contrats vers le privé touchant les tâches accomplies par les travailleuses et travailleurs du réseau ;
— Mettre fin à l'exode des médecins vers le privé.

La campagne a culminé avec le grand rassemblement du 23 novembre 2024 au Colisée Vidéotron de Trois-Rivières, un moment fort et historique pour la CSN. Quelque 4 000 syndi qué-es, tous secteurs confondus, accompagnés de leurs proches, ont convergé vers Trois-Rivières depuis les quatre coins du Québec pour livrer un message clair et sans équivoque au gouvernement : « Personne ne devrait s'enrichir sur la maladie ! »

Ce grand rendez-vous a marqué un point de bascule dans la mobilisation contre la privatisation, ouvrant la voie aux actions qui ont suivi tout au long du mandat.

La CSN et sa Fédération nationale des communications et de la culture ont également fait entendre leurs voix dans un dossier qui touche à la fois la démocratie et les conditions de travail de leurs membres : la crise des médias d'information. Lancée en 2024, la campagne L'information, un bien public a donné lieu à une vaste tournée de consultations dans une douzaine de villes à travers le Québec, réunissant journalistes, propriétaires de médias, élu-es, représentantes et représen tants de la société civile.

Le constat sans appel : le système par lequel l'accès à l'information était assuré est rompu.

Les revenus publicitaires ont été aspirés par les géants du numérique, contraignant les médias à des compressions, des faillites et des fermetures, laissant des régions entières dans des déserts d'information locale. Face à cette réalité, la CSN a formulé des solutions concrètes : renforcement des crédits d'impôt à la masse salariale des salles de rédaction, politique d'achat publicitaire gouvernemental responsable et orientée vers les médias locaux, création d'un fonds dédié à l'information financé par une taxe sur les appareils numériques, éducation aux médias dès le primaire.

Cette mobilisation a porté ses fruits récemment : le budget du Québec 2026-2027, déposé en mars dernier, annonçait la création d'un crédit d'impôt remboursable pour les médias d'information québécois qui inclut désormais les salles de nouvelles des médias électroniques.

La CSN continuera de se mobiliser sur ces enjeux névral giques au cours du prochain mandat, car une démocratie sans journalisme de qualité, c'est une démocratie en danger.

En réponse à la loi 14, la CSN a organisé de nombreuses actions terrain tout au long du printemps 2025 devant les bureaux de député-es partout au Québec, ainsi que plusieurs manifestations, dont certaines intersyndicales.

Devant ces attaques, la CSN et ses organisations affiliées ont adopté un plan de travail afin d'assurer la cohérence et la cohésion des différentes actions et mobilisations du mouvement. Une coordination des campagnes a alors été mise sur pied afin de faire converger, à l'automne 2025, les luttes confédérales vers une grande campagne visant à en découdre avec les attaques du gouvernement envers les droits des travailleuses et des travailleurs.

C'est ainsi qu'a vu le jour la campagne Faire front, en octobre 2025, où près de 250 délégué-es ont adopté en conseil confédéral, un plan d'action articulé autour de 3 grandes revendications prioritaires : la défense du droit d'association et de la liberté syndicale ; la préservation et l'amélioration de l'État social québécois ; ainsi que les enjeux environnementaux et la transition juste.

À la veille de l'entrée en vigueur des restrictions au droit de grève imposées par le gouvernement de la CAQ, une grande manifestation nationale a été convoquée dans les rues de Montréal, en alliance avec l'ensemble des organisations syndi cales, pour envoyer un message clair : ce n'est pas vrai que les travailleuses et les travailleurs vont laisser leur rapport de force s'amenuiser.

Le 29 novembre 2025, ce message a été entendu avec une force retentissante. Tambours, slogans et trompettes ont résonné le long du boulevard René-Lévesque depuis la Place du Canada, où débutait la marche.

Nous étions plus de 50 000 personnes à manifester dans les rues de Montréal pour dénoncer la déconcertante dérive de la CAQ et exiger un véritable changement de direction.

Des délégations des quatre coins du Québec marchaient ensemble, rejointes par des représentantes et représentants de la société civile et de nombreuses organisations qui défendent la démocratie et les droits fondamentaux. Comme l'a rappelé la CSN, ce rassemblement mémorable n'était pas un point final – c'était un point de départ. En effet, la campagne Faire front s'est poursuivie en 2026 avec une phase d'escalade des moyens de pression, incluant d'importantes réflexions concernant la grève sociale, qui ont convergé autour du 1er mai. Cette deuxième phase de la campagne s'est articulée autour de six axes de revendications soumis à toutes les formations politiques :
— Redistribuer la richesse par un système d'imposition juste ;
— Protéger les droits des travailleuses et des travailleurs ;
— Lutter contre la privatisation du réseau de la santé et des services sociaux ;
— Favoriser l'égalité des chances de la petite enfance à l'université ;
— Développer une économie durable et des emplois de qualité ;
— Mettre en œuvre la transition juste pour lutter contre la crise climatique.

Sinon, toujours en matière de mobilisation, la CSN, grâce à la campagne Uni-es pour l'école, a également remporté une victoire concrète et symboliquement importante, en faisant reculer le ministre de l'Éducation, Bernard Drainville, sur des coupes annoncées de plus d'un demi-milliard de dollars dans le réseau scolaire. C'est la preuve, s'il en fallait une, que la mobilisation paie. Une mobilisation significative a aussi été menée par une vaste coalition pour réclamer minimalement une clause de droits acquis pour les personnes orphelines du PEQ, démontrant que la CSN défend toutes les travailleuses et tous les travailleurs, quel que soit leur statut.

La défense des emplois industriels en région a également été au cœur des préoccupations de la CSN dans le dossier de la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, la seule fonderie de cuivre au Canada.

Face à la menace réelle de fermeture liée au débat sur les normes d'émissions d'arsenic, la CSN s'est mobilisée à plusieurs reprises pour exiger du gouvernement une solution qui concilie resserrement des exigences environnementales et protection des quelque 400 emplois à la fonderie. La CSN a interpellé directement le premier ministre Legault pour qu'il établisse une cible d'émission d'arsenic atteignable et mette fin à l'incertitude qui pesait sur les travailleuses, les travailleurs et la population de la région. Ce dossier illustre parfaitement la position que la éfend depuis toujours : la transition environnementale doit être une transition juste, qui ne sacrifie pas les emplois ni les collectivités.

Mentionnons également l'apport important des repré sentations juridiques de la CSN dans le développement de la jurisprudence en droit du travail et dans le rapport de force syndical. L'expertise du mouvement est déterminante dans l'analyse des lois, des politiques publiques et des projets de réforme, lui permettant d'intervenir de manière rigoureuse et crédible dans l'espace public. La rédaction de mémoires, les prises de position politiques et les représentations lors des commissions parlementaires démontrent une action syndicale cohérente, bien argumentée et socialement influente, contribuant ainsi à la défense et à l'amélioration des conditions de travail et de la justice sociale.

Fidèle à ses habitudes, la CSN a également maintenu sa présence à chaque moment fort du calendrier militant : le 8 mars pour les droits des femmes, le 28 avril pour les victimes de lésions professionnelles, le 1er mai pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, et lors de la Semaine nationale de la santé et de la sécurité au travail. Ces rendez-vous annuels ne sont pas des rituels – ils sont des rappels constants que le mouvement syndical continue de militer et d'avancer.

Mais la CSN a aussi multiplié sa participation à de nombreuses manifestations populaires pour dénoncer la hausse inquiétante des féminicides, de l'homophobie et de la transphobie, ou encore pour appuyer le mouvement pro-choix, autant de réponses à la montée de la droite au Québec et ailleurs dans le monde.

La formation militante a aussi constitué un pilier de notre mobilisation continue. L'École féministe syndicale et l'École de la relève syndicale ont permis de former et de rassembler la prochaine génération de militantes et militants, assurant ainsi le renouvellement et la vitalité du mouvement pour les années à venir.

Mais au-delà des grandes campagnes et des rassemblements nationaux, la mobilisation de la CSN, c'est aussi et surtout une présence humaine, constante et incarnée dans les milieux de travail.

Tout au long du mandat, les membres du comité exécutif ont été au rendez-vous partout où leur présence était attendue et nécessaire : sur les lignes de piquetage des syndicats en conflit, par solidarité avec les travailleuses et travailleurs qui tiennent le front dans les négociations difficiles ; lors des barbecues syndicaux durant la période estivale ; dans les milieux de travail, pour des visites en matière de santé et de sécurité qui rappellent que la prévention des accidents et des maladies professionnelles est une priorité non négociable ; sans oublier les soirées d'anniversaire des syndicats, pour célébrer les histoires, les luttes et les victoires qui font la richesse de notre mouvement.

Cette présence constante sur le terrain constitue le ciment qui lie toutes les composantes de la CSN. Elle dit, mieux que n'importe quel discours, que le comité exécutif fait partie, pleinement et fièrement, du mouvement CSN.

VOLET NÉGOCIATION
Des gains concrets dans la vie des gens

C'est dans la négociation que la CSN produit ses résultats les plus tangibles – ceux qui changent directement le quotidien de nos membres.

Et le bilan du dernier mandat est éloquent.

Sur le front du secteur public, la stratégie Front commun a permis d'arracher des gains majeurs pour les quelque 420 000 travailleuses et travailleurs des réseaux de la santé et de l'éducation. La grande manifestation du 23 septembre 2023 – un franc succès porté par un appui populaire remarquable – a démontré la force de la mobilisation intersyndicale. Au bout du compte, les travailleuses et travailleurs ont obtenu un rattrapage salarial de 17,4 %, assorti d'une clause d'indexation à l'inflation, remportée à la toute fin grâce à la détermination de la CSN. En somme, il s'agit là de gains historiques qui ont rétabli en partie la dignité salariale dans nos services publics, tout en réaffirmant le leadership de la CSN lorsqu'il est question de négocier dans le secteur public.

Soulignons au passage que ce mandat aura également été marqué par une avancée législative significative sur le plan du régime de négociation dans le secteur public. La sanction du projet de loi 100, le 6 juin 2025, est venue abroger la loi 37 – que la CSN contestait depuis plus de 30 ans – et moderniser en profondeur le cadre de négociation des conventions collec tives dans les secteurs public et parapublic.

Pour la CSN, trois éléments constituent des avancées importantes : la confirmation qu'il n'y aura pas de fusion des accréditations ; le retrait des entraves au droit de négociation sur certaines matières locales que nos syndicats revendiquaient depuis des années ; et la modernisation de la loi afin de mieux refléter les réalités d'aujourd'hui. Le projet de loi 100 redonne aux employé-es de l'État leur droit de négocier pleinement sur les matières locales, et élimine le passage obligatoire vers un processus de conciliation pour obtenir le droit de grève – un droit fondamental enfin rétabli.

Mentionnons au passage l'attitude d'ouverture de l'ex-présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, qui tranche radicalement avec celle de son collègue Jean Boulet. Mme LeBel nous a consultés en amont, puis sincèrement écoutés en commission parlementaire. On peut dire que le projet de loi 100 a été en quelque sorte le dernier projet de loi mené sous l'égide du dialogue social.

Au chapitre de la coordination des négociations, le comité de coordination générale des négociations (CCGN) a mené avec succès la revendication du salaire minimum à 18 $, puis à 20 $ l'heure dans les conventions collectives CSN. Les résultats sont éloquents : sur 597 conventions signées entre le 1er janvier et le 11 décembre 2025, 97 % n'ont aucun salaire horaire sous 20 $ à l'échéance de leur nouvelle convention, et 96 % de celles qui étaient sous ce seuil ont corrigé la situation. Pour les taux d'entrée, le taux de succès est de 92 %. Ce sont des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs dont les conditions de vie ont été améliorées concrètement grâce à cette coordination syndicale.

Le comité intersyndical du secteur privé (CISP) s'est quant à lui coordonné autour d'une revendication prioritaire en matière de déjudiciarisation du régime de griefs et d'arbitrage – une réponse directe à l'alourdissement des délais qui pénalise nos membres. Des gains ont été obtenus dans de nombreuses conventions, notamment par l'ajout de procédures de médiation arbitrale, de clauses sur l'arbitrage accéléré et par l'assouplis sement des délais pour le dépôt des griefs. Le XVe Colloque Gérard-Picard, tenu sous le thème Que le rapport de force soit avec nous, a été un moment fort de réflexion collective sur les stratégies de négociation, rappelant que l'analyse du rapport de force doit être vivante et constamment réajustée tout au long du processus.

VOLET SYNDICALISATION
L'avant-front du mouvement

La syndicalisation, c'est l'oxygène du mouvement. Sans nouveaux membres, sans nouvelles accréditations, pas de croissance, pas de renouvellement, pas de force.

Au cours du mandat 2023-2026, la CSN a accueilli 13 300 nouveaux membres. Au total, 285 requêtes en accré ditation ont été déposées au Tribunal administratif du travail. Fait significatif : 73 % des nouvelles accréditations proviennent de champs libres, c'est-à-dire des travailleuses et travailleurs qui n'étaient auparavant représentés par aucune organisation syndicale. Et 53 % des nouvelles accréditations comptent moins de 20 salarié-es : preuve que la CSN n'abandonne pas les petits milieux de travail, souvent les plus vulnérables.

Parmi les dossiers marquants, le cas d'Amazon mérite bien évidemment d'être souligné. Dans un contexte où le géant du commerce en ligne déploie des ressources colossales pour contrer toute tentative de syndicalisation, l'accréditation obtenue par des travailleuses et travailleurs affiliés à la CSN a constitué une victoire symbolique et stratégique d'une impor tance considérable pour l'ensemble de notre mouvement malgré les revirements éhontés provoqués par la fermeture sauvage des 7 entrepôts d'Amazon au Québec, engendrant plus de 4 000 mises à pied.

Dans les jours qui ont suivi cette annonce, la CSN a lancé sa campagne Délivrons-nous d'Amazon : pas d'achat, pas de contrat afin que les gouvernements du Canada, du Québec, les municipalités et les organismes publics cessent de s'approvisionner chez Amazon et mettent fin à leur contrat infonuagique avec la multinationale. Une grande manifestation s'est également tenue à la mi-février 2025 pour sensibiliser la population à l'égard de cette vaste campagne de boycottage.

Parallèlement, suivant les mises à pied effectuées en janvier 2025, la CSN a entrepris d'importants recours juridiques contre Amazon afin de demander au tribunal d'ordonner la reprise des activités dans ses sept entrepôts du Québec. Dans la requête déposée, la CSN réclame également que chaque employé-e reçoive plus d'un an de salaire en guise d'indemnité, en plus de dommages moraux et exemplaires. Au moment d'écrire ces lignes, le procès est toujours en cours.

Rappelons à nouveau que le mouvement a fait preuve d'une belle cohésion pour contrer la menace du maraudage en santé qui, finalement, n'a pas eu lieu, et a obtenu une victoire politique importante en évitant la fusion des accréditations dans le secteur des services de santé et services sociaux.

Dans le prochain mandat, les priorités en matière de syndicalisation seront claires : faire face aux maraudages appréhendés, notamment dans le secteur de la construction, assurer un suivi rigoureux de l'état de santé des syndicats post-accréditation, intensifier les efforts dans les champs libres, consolider le réseau des agentes et agents multiplicateurs de syndicalisation (AMS) et renforcer les alliances communautaires et internationales.

LA CSN S'ADAPTE FACE AUX NOUVELLES RÉALITÉS

Le monde du travail se transforme à un rythme sans précédent. Transition climatique, révolution numérique, nouvelles réalités en santé et sécurité, avenir du syndicalisme : autant de défis qui exigent que notre mouvement soit non seulement combatif, mais aussi agile, visionnaire et en constante adaptation.

Le mandat 2023-2026 aura été celui où la CSN a posé des jalons importants pour préparer l'avenir, tout en continuant à mener les luttes du présent.

Transition climatique et transition juste

La résolution adoptée au 67e Congrès faisait de la transition écologique juste l'une des priorités de la CSN pour le mandat. Nous avons honoré cet engagement.

La création d'une coordination confédérale dédiée aux enjeux d'environnement et de développement durable et la tenue de journées thématiques sur l'environnement ont concrétisé notre volonté d'ancrer la transition juste au cœur de l'action syndicale. Car la transition climatique ne peut pas se faire sur le dos des travailleuses et travailleurs : elle doit se faire avec eux, dans le respect de leurs emplois, de leurs communautés et de leur dignité.

Dans ce contexte, la CSN a également accompagné les syndicats dont les membres sont les plus exposés aux transfor mations induites par les nouvelles normes environnementales, en collaboration avec les fédérations, pour identifier les secteurs à risque et développer des stratégies de protection et de trans formation des emplois. L'enjeu de la transition juste demeurera à l'ordre du jour du prochain mandat, alors que les pressions climatiques et économiques continuent de s'intensifier.

Transition numérique et intelligence artificielle

L'intelligence artificielle n'est plus une abstraction futuriste, elle est déjà dans nos milieux de travail, et ses impacts sur l'emploi, les conditions de travail et l'organisation du travail sont réels et croissants.

La CSN a pris ce défi à bras-le-corps au cours du dernier mandat.

Des travaux ont été entrepris pour analyser les enjeux que soulève l'IA dans les milieux de travail représentés par nos syndicats, pour outiller nos militantes et militants face aux trans formations numériques, et pour développer une vision cohérente de la position de la CSN en la matière. Bien qu'on ne puisse nier les avancées spectaculaires et les effets bénéfiques engendrés par l'IA, des risques importants sont aussi à craindre dans nos milieux de travail, alors que l'arrivée de cette fulgurante technologie peut entraîner une dégradation de la qualité des emplois, porter atteinte à l'autonomie professionnelle, nuire à la capacité de jugement critique ou encore accroître les mécanismes de surveillance et de contrôle. Évidemment, face au risque d'automatisation et de robotisation, l'avenir des emplois demeurera au centre de nos préoccupations.

Une résolution sera d'ailleurs soumise au 68e Congrès afin de réclamer un encadrement législatif et éthique de l'intelligence artificielle, la mise sur pied d'une stratégie de souveraineté numérique, ainsi que des dispositions qui vont en ce sens lors de la négociation de nos conventions collectives.

Nous abordons ce chantier avec sérieux et lucidité et avec la conviction que la technologie doit être au service des travail leuses et des travailleurs – jamais l'inverse.

Santé et sécurité du travail : bilan et perspectives

La nouvelle législation en matière de santé et sécurité du travail – la loi 27 – a constitué un chantier majeur du dernier mandat.

Pour faire le point collectivement sur les changements légis latifs et élaborer les stratégies à préconiser, à l'initiative de la CSN, le Sommet SST a été organisé en avril 2025, de concert avec les autres organisations syndicales et les groupes populaires. Cette démarche rassembleuse a permis d'analyser en profondeur les impacts de la réforme et de dégager des pistes d'action communes.

Le bilan est nuancé. Des gains importants ont été réalisés, notamment la reconnaissance de secteurs comme l'hôtellerie, les entrepôts et l'agroalimentaire, entraînant l'obligation d'avoir des représentantes et représentants en santé et en sécurité dans ces milieux. Le maintien des acquis pour l'industrie manufacturière représente également une victoire défensive importante. En revanche, le projet de loi 101 a réduit les protec tions dans les secteurs de la santé et de l'éducation, et la CSN continuera de dénoncer ce recul.

Sur le terrain, le Service de santé-sécurité et d'environ nement de la CSN a traité quelque 6 200 dossiers de lésions professionnelles entre le 1er juin 2023 et aujourd'hui – on estime qu'il y en aura 6 500 à la fin de la période de 3 ans.

En prévention, environ 90 formations ont été données, rejoignant chacune en moyenne 20 participants pour un total d'environ 1 800 personnes formées, en plus de quelque 85 présentations données à différents groupes à travers le Québec.

Les États généraux du syndicalisme

Dans la foulée de la résolution adoptée au 67e Congrès, la CSN a travaillé à créer les conditions favorables à la tenue d'États généraux du syndicalisme.

Une première phase de consultation a été réalisée à l'automne 2025, avec des rencontres tenues dans toutes les régions du Québec pour recueillir les réflexions des militantes et militants afin de dresser un bilan du syndicalisme et un état des lieux. Un colloque centré sur les solutions et les perspectives du renouveau syndical s'est tenu les 31 mars et 1er avril 2026, juste avant ce congrès, pour dégager les grandes tendances et les pistes d'action issues de cette ronde de consultations. Les prochaines étapes de cette démarche se dérouleront dans le cadre du prochain mandat avec, notamment, l'adoption et la mise en œuvre d'un vaste plan d'action – une démarche qui nous appartient collectivement et qui doit nous permettre de nous réinventer pour répondre aux défis de notre époque.

Formation : investir dans nos militantes et militants, nos salarié-es et nos élu-es

La formation des salarié-es, des militantes et des militants ainsi que des élu-es vise à améliorer la compréhension des enjeux et la capacité à les appréhender, à les transformer et à les résoudre. Elle constitue un levier essentiel à la vitalité du mouvement syndical et un outil indispensable pour assurer une relève syndicale forte.

Dans un contexte de renouvellement de la main-d'œuvre, de transformations rapides du monde du travail, de changements technologiques et organisationnels, la formation permet de renforcer les compétences, de développer l'esprit critique et d'assurer une représentation éclairée des membres.

La formation favorise l'appropriation des valeurs syndi cales, soutient l'engagement militant, outille les salarié-es dans leur rôle-conseil et les personnes élues dans l'exercice de leurs responsabilités, contribuant ainsi à l'autonomie collective. En misant sur le développement des savoirs et des capacités d'action, le mouvement se donne les moyens de défendre plus efficacement les droits des travailleuses et travailleurs, de faire progresser la justice sociale et de demeurer un acteur incon tournable de la société civile.

Former nos membres et nos militantes, c'est investir dans la force de notre mouvement. Le Service des ressources humaines et de formation de la CSN, en collaboration avec ses organisa tions affiliées, a offert 865 sessions à travers le Québec au cours du présent mandat. Ce sont près de 10 000 participantes et participants qui ont bénéficié d'un transfert de connaissances.

Ces formations se répartissent en trois grandes catégories :
— Les relations de travail (326 sessions, 4 251 participants)
— La santé et sécurité (234 sessions, 2 651 participants)
— La vie syndicale (305 sessions, 2 900 participants)

Pour les élu-es, bien que beaucoup de travail reste à faire, des formations spécifiques leur ont été offertes, telles que la prise de parole en public, la gestion des comportements difficiles, ainsi qu'une session d'accueil des nouvelles personnes élues.

De plus, près de 450 séances de formation ont été données aux salarié-es du mouvement CSN au cours du dernier mandat, qu'il s'agisse du programme obligatoire ou de sessions de formation continue.

La CSN a également maintenu son financement important dans le programme de mentorat afin de s'assurer du transfert de compétences vers l'importante relève des personnes conseillères syndicales et des employé-es de bureau.

La formation a également pris de nouvelles formes pour s'adapter aux réalités d'aujourd'hui : un guide à l'intention des conseillères et conseillers syndicaux sur les enjeux d'inclusion et d'immigration, un guide sur l'écriture inclusive ainsi qu'un nombre important de formations sur l'informatique et l'intelli gence artificielle.

Le programme de formation s'est également bien arrimé aux orientations du dernier congrès. Les équipes, tant à l'attention des militantes et militants que des salarié-es, ont développé et adapté des formations sur la négociation, le rapport de force et l'organisation de la solidarité.

Dans le prochain mandat, l'offre de formation continuera de s'adapter aux nouvelles réalités ainsi qu'aux nombreux change ments législatifs, notamment avec le déploiement de formations sur l'intelligence artificielle générative et la santé-sécurité, sans oublier la gestion des griefs et le processus d'arbitrage et de médiation.

La CSN dans l'espace public et médiatique

La combativité d'un mouvement syndical se mesure aussi à sa capacité à occuper l'espace public, à faire entendre sa voix et à influencer le débat collectif.

Sur ce front, le bilan du dernier mandat est particulièrement éloquent, et les données le confirment.

La CSN a déployé au printemps 2024 sa campagne de visibilité institutionnelle Le Maillon fort, avec trois objectifs clairs : positionner la CSN comme un acteur majeur dans le paysage syndical, susciter de l'adhésion et de l'intérêt, et consolider le sentiment d'appartenance chez nos membres.

Les retombées de cette campagne, mesurées par la firme Léger, ont dépassé les attentes. La campagne a pu rejoindre plus de 40 % des Québécoises et Québécois francophones – une performance impressionnante et plus que satisfaisante selon Léger pour des campagnes similaires.

De plus, la commandite du grand spectacle de la Fête nationale en 2024 a, quant à elle, généré une portée cumulée estimée entre 1,5 et 2,5 millions de Québécoises et Québécois. Ce partenariat a également été renouvelé en 2025 pour la Fête nationale à Montréal, ce qui a accru sa visibilité avec une portée totale de près de 2,7 millions d'impressions à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur les lieux de l'événement, où ont été distribués des dizaines de milliers d'articles promotionnels à l'effigie de la CSN.

Au chapitre de l'image, la notoriété de la CSN a connu une croissance très appréciable auprès du grand public grâce à la campagne du Maillon fort et au partenariat avec la Fête nationale.

Sinon, une analyse de la couverture médiatique réalisée par Mesure Média pour la période de janvier 2025 à février 2026 vient compléter ce portrait avec des données tout aussi probantes. Sur près de 75 000 retombées médiatiques analysées – dans la presse écrite, les médias numériques, la radio et la télévision –, la CSN a su capter près des deux tiers de la part des voix du mouvement syndical québécois dans les médias pour la première moitié de l'année 2025, et près de la moitié des parts de marché pour la seconde moitié, jusqu'en 2026.

Autre fait d'armes digne de mention qui n'est pas étranger à cette performance médiatique notoire : à deux reprises, nous avons eu l'honneur d'être invités à Tout le monde en parle, et ce, dans une même année. Comme quoi le mouvement CSN, dans ses luttes, dans ses revendications et ses prises de position, demeure au cœur de l'actualité québécoise !

Sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, TikTok, Bluesky, YouTube et LinkedIn, la CSN compte aujourd'hui plus de 55 000 abonné-es sur l'ensemble de ses plateformes, avec une moyenne de 4 publications par jour depuis 3 ans, pour un total de plus de 4 000 publications depuis le dernier congrès.

À cela s'ajoutent 1 052 communiqués de presse, plus de 110 diffusions de l'infolettre En mouvement et 9 éditions du journal Le Point syndical, distribué à plus de 153 000 exemplaires au cours du mandat. Autres faits saillants intéressants du dernier mandat :
— Plus de 200 bannières autopor tantes et 1 000 Coroplasts grand format ont été produits depuis 2025 ; — Près de 12 500 conventions collectives différentes ont été imprimées ;
— Plus de 350 000 envois postaux et 25 000 colis livrés depuis mai 2023 ;
— Et 275 livres ont été acquis, traités et rendus disponibles pour le prêt

Québec est une ville pro-choix et va le rester

2 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Un rassemblement « Riposte pro-choix » se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses organisations féministes, (…)

Un rassemblement « Riposte pro-choix » se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses organisations féministes, le rassemblement se voulait une réponse à la « marche pour la vie », une manifestation contre le droit à l'avortement organisée pour la troisième année consécutive par un groupe intégriste chrétien.

« Il y a quelques semaines, « Campagne Québec Vie » a annoncé qu'elle renonçait à organiser sa manifestation anti-avortement. C'est une grande une victoire pro-choix ! Nous avons quand même décidé de maintenir le rassemblement « Riposte pro-choix » pour célébrer nos victoires et rappeler haut et fort que Québec est une ville pro-choix et va le rester. Si on pouvait leur enlever à jamais l'envie de revenir, ce serait parfait ! » a déclaré Mélanie Pelletier, vice-présidente à la condition féminine du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN).

« N'en déplaise à certains, la question du droit à l'avortement est une question syndicale. Le droit à l'avortement est indissociable du droit au travail des femmes, car pour elles, contrôler sa force reproductrice est une condition cruciale pour atteindre une autonomie réelle et une égalité dans les études, l'emploi ou la carrière ! » rappelle Jessica Goldschleger, la nouvelle secrétaire générale de la CSN tout juste élue mercredi dernier par le congrès de la centrale qui se tenait à Québec. Pour la secrétaire générale, il est essentiel que la CSN, qui représente une majorité de femmes rappelons-le, continue de Faire front pour les droits des travailleuses.

PourquoiJeMeMobilise

2 juin, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , ,
Alors que les professionnelles en soins se mobilisent à travers le Québec pour dénoncer la surcharge de travail et revendiquer des ratios sécuritaires, la Fédération (…)

Alors que les professionnelles en soins se mobilisent à travers le Québec pour dénoncer la surcharge de travail et revendiquer des ratios sécuritaires, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ lance la campagne #PourquoiJeMeMobilise.

Cette initiative vise à donner la parole aux membres afin qu'elles puissent exprimer, avec leurs propres mots, les raisons qui les poussent à se mobiliser.

Des raisons bien concrètes de se mobiliser

Depuis plusieurs semaines, des équipes sur le terrain dénoncent la surcharge de travail qui compromet à la fois leur pratique et la qualité des soins offerts à la population.

Dans ce contexte, la FIQ invite ses membres à témoigner des raisons concrètes pour lesquelles elles se mobilisent, par exemple :

Pour pouvoir prendre le temps de dîner

Pour ne pas tomber en épuisement professionnel

Pour offrir des soins sécuritaires

Une campagne participative

Avec le mot-clic #PourquoiJeMeMobilise, les professionnelles en soins sont invitées à prendre la parole sur les réseaux sociaux et à faire entendre leur réalité.

Afin de soutenir leur participation, la FIQ met à leur disposition une série d'outils, dont :

Des visuels prêts à utiliser

Des modèles Canva personnalisables

Des exemples de phrases à partager

Des conseils simples pour créer une publication avec le logo et les icônes de la campagne

Un formulaire pour transmettre un témoignage directement.

La FIQ met aussi à disposition des affiches pour faire connaître la campagne dans les milieux de travail et mobiliser le plus grand nombre.

Faire entendre la réalité du terrain

Par cette campagne, la FIQ souhaite donner une plus grande visibilité aux conditions d'exercice des professionnelles en soins et sensibiliser la population aux enjeux qui touchent le réseau de la santé.

Avec #PourquoiJeMeMobilise, la FIQ met en lumière une réalité claire : la surcharge de travail empêche les professionnelles en soins de travailler dans des conditions humaines et d'offrir des soins sécuritaires.

Fiers de notre solidarité : Les syndicats du Canada célèbrent les travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ en cette saison de la Fierté de 2026

2 juin, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Dans l'ensemble du pays, les syndicats du Canada s'apprêtent à mettre en vedette leur inébranlables solidarité et soutien à l'égard des travailleuses et travailleurs et des (…)

Dans l'ensemble du pays, les syndicats du Canada s'apprêtent à mettre en vedette leur inébranlables solidarité et soutien à l'égard des travailleuses et travailleurs et des communautés 2SLGBTQI+ au cours de la saison de la Fierté de 2026.

« La solidarité du mouvement syndical se manifeste par la participation aux événements de la Fierté d'un océan à l'autre et la continuation de la célébration et de la défense des communautés 2SLGBTQI+, soit de leurs droits de la personne au travail et dans leur collectivité, à longueur d'année », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada.

Les communautés 2SLGBTQI+ continuent d'être affectées plus que les autres par la crise de l'abordabilité que vivent les travailleuses et travailleurs et leurs familles dans l'ensemble du Canada. Cela tient à plusieurs facteurs, y compris les écarts salariaux persistants, la discrimination en matière d'emploi, l'instabilité du logement, l'augmentation des coûts des soins de santé et des obstacles à l'accès à ces soins ainsi que le taux de pauvreté plus élevé.

En 2025, 46 % des personnes 2SLGBTQI+ trouvaient difficile ou très difficile de répondre à leurs besoins financiers, par rapport à 39 % des personnes ne faisant pas partie des 2SLGBTQI+. Les recherches indiquent également que les communautés 2SLGBTQI+ racialisées ont des écarts de revenus encore plus importants.

Un rapport d'ÉGALE Canada a révélé que 72 % des travailleuses et travailleurs bispirituels, trans et non binaires font l'objet de discrimination au travail et que près de la moitié d'entre eux ont déjà quitté un emploi parce qu'ils n'étaient pas acceptés. Selon le même rapport, 74 % des personnes 2SLGBTQI+ ont indiqué avoir caché ou minimisé leur identité pendant leur recherche d'emploi parce qu'ils craignaient les conséquences de la discrimination répandue.

En dernier lieu, un rapport du CTC sur le harcèlement et la violence au travail souligne le fait que le problème continue de nuire aux travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ plus qu'aux autres, environ le tiers (65 %) des personnes répondantes signalant qu'elles avaient vécu du harcèlement ou de la violence au travail en raison de leur orientation sexuelle, la forme de harcèlement la plus courante étant le harcèlement sexuel (53 %).

La réalité des iniquités dont les communautés 2SLGBTQI+ continuent à faire l'objet souligne l'importance de continuer à militer en faveur des droits des 2SLGBTQI+ au travail et dans nos collectivités.

« Il est utile à tout le monde d'appuyer des lieux de travail inclusifs où toute personne peut se sentir en sécurité et fière d'être elle-même. Et quand les lieux de travail prospèrent, nos collectivités en font autant, et notre économie aussi », soutient madame Bruske.

Les syndicats sont un élément essentiel de l'équation.

Les syndicats s'efforcent de mettre fin à la violence au travail : Nous avons revendiqué et obtenu que le Canada ratifie la C190 de l'OIT en 2023 pour que le monde du travail soit dénué de harcèlement et de violence, y compris la violence fondée sur le genre.

Les syndicats contestent la discrimination : Les représentantes et représentants syndicaux ont recouru à la négociation collective pour établir des dispositions inédites interdisant la discrimination, des politiques anti-harcèlement, la reconnaissance des conjointes et conjoints du même sexe et des familles de 2SLGBTQI+ dans les politiques sur les prestations et les congés ainsi que l'accès à des soins d'affirmation de genre.

Les syndicats défendent notre démocratie : Nous avons dénoncé les gouvernements et les forces de droite conservatrices qui portaient atteinte aux droits de la personne des communautés 2SLGBTQI+ et détournaient notre attention de leur mauvaise gestion économique en faisant des boucs émissaires des plus vulnérables d'entre nous.

-Nous sommes fiers de notre mouvement syndical : Nous continuerons à indiquer haut et fort que nous sommes fiers d'être dirigés et inspirés par des travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ et de lutter pour un Canada sécuritaire, juste et inclusif.

« Que ce soit dans la rue à représenter fièrement notre mouvement syndical pendant des marches et des défilés, à défendre les travailleuses et travailleurs à la table de négociation ou à lutter pour les droits de la personne dans tous les espaces où des décisions sont prises, nous serons là.

Les syndicats du Canada ont un engagement inébranlable à célébrer et à défendre les droits des communautés 2SLGBTQI+ en mettant la solidarité au cœur de notre fierté », dit madame Bruske en terminant.

Fierté Afro-queer : Ce que nous apprennent 17 éditions du Festival Massimadi

2 juin, par Fondation Massimadi — , ,
Chaque année depuis 2009, le Festival Massimadi offre un espace unique à Montréal : celui où être noir·e et queer n'est pas une contradiction, mais une identité à célébrer. En (…)

Chaque année depuis 2009, le Festival Massimadi offre un espace unique à Montréal : celui où être noir·e et queer n'est pas une contradiction, mais une identité à célébrer. En 17 éditions, le festival a projeté plus de 300 films afro-queer venus de près de 46 pays. Que révèle notre programmation après bientôt deux décennies à mettre en lumière nos communautés ?

Fierté Afro-queer : Ce que nous apprennent 17 éditions du Festival Massimadi
Fondation Massimadi

Occuper l'espace, édition après édition

En 2009, la première édition de Massimadi présentait dix films. Ces dernières années, la sélection s'est stabilisée autour d'une trentaine d'œuvres par édition malgré un contexte mondial de plus en plus hostile aux droits des personnes LGBTQ+.

L'augmentation du nombre de films projetés dit quelque chose d'essentiel : la création afro-queer se développe, elle trouve des cinéastes prêts à la porter et des publics prêts à la recevoir. Chaque film de la programmation du festival Massimadi est une preuve que la communauté noire et queer ne se tait pas.

En dix-sept ans, le festival a aussi évolué dans sa forme. D'une programmation essentiellement documentaire à ses débuts, reflet d'une communauté qui devait d'abord témoigner de son existence avant de pouvoir l'inventer, Massimadi présente aujourd'hui une diversité de formats : fictions, courts métrages, séries, performances, documentaires expérimentaux.


La diaspora comme haut-parleur de certains enjeux afro-queer

Depuis 2009, la provenance des films de la programmation du festival Massimadi se répartit comme suit : l'Amérique du Nord domine avec près de la moitié des œuvres, suivie de l'Europe (15%). En face, l'Afrique, les Caraïbes et l'Amérique du Sud ne rassemblent qu'un quart du catalogue global.

Ce déséquilibre s'explique par des contextes politiques hostiles envers les personnes afro-LGBTQ+, comme on a pu le voir récemment dans l'actualité africaine. Aujourd'hui, l'homosexualité demeure criminalisée dans plus de 30 pays africains sur 54. Adopté par le Parlement ghanéen, le Human Sexual Rights and Family Values Bill prévoit jusqu'à trois ans de prison pour les relations entre personnes de même sexe, et de trois à cinq ans pour la promotion ou le soutien d'activités LGBT+. Le Sénégal a franchi un cap majeur en mars 2026 en promulguant une loi qui double les peines de prison (désormais portées de cinq à dix ans), emboîtant le pas au Burkina Faso qui a validé l'interdiction de l'homosexualité en septembre 2025, et au Mali qui l'a criminalisée en décembre 2024. Aux Caraïbes et en Amérique latine, les contextes varient mais demeurent souvent restrictifs, voire dangereux.

Produire des films afro-queer depuis Lagos, Dakar, Kingston ou Ouagadougou n'est pas un choix artistique ordinaire. C'est un acte qui engage directement la sécurité de toutes les personnes impliquées.

Des films qui existent malgré tout

Pourtant, malgré ce climat de répression, les cinéma afro-queer fait preuve de résilience. Depuis 2009, Massimadi a programmé 39 films venus du continent africain, 15 des Caraïbes et 21 d'Amérique du Sud et Centrale. Soixante-quinze films au total, venus de régions où le silence semblait être le seul choix possible.

Parmi ces œuvres, certaines ont bravé les obstacles à l'image de Rafiki de Wanuri Kahiu (Kenya, 2018), d'abord interdit dans son pays d'origine. The Wound / Inxeba (Afrique du Sud, 2017) explore l'initiation rituelle et le désir dans la culture Xhosa, tandis que Call Me Kuchu (Ouganda, 2012) documente l'activisme LGBTQ+ en pleine criminalisation.

Remonter plus loin dans le temps, c'est découvrir Proteus (Afrique du Sud, 2003), drame historique qui brise les tabous coloniaux en racontant une histoire d'amour en prison au XVIIIe siècle, ou Karmen Gei (Sénégal, 2000), où Joseph Gaye Ramaka réinvente Carmen comme une histoire de passion entre deux femmes.

Ces films sont des preuves que la création afro-queer persiste et est nécessaire pour mettre en lumière les différentes réalités vécues par les communautés afro-queer à travers le monde.

Que nous apprennent les 17 années du festival Massimadi ?

Que la fierté afro-queer n'attend pas les conditions idéales pour exister. Elle crée dans les marges et se diversifie en formes. Elle s'affirme géographiquement malgré des conditions de plus en plus difficiles sur le continent africain. C'est pour cela que Massimadi existe : pour que ces voix trouvent leur place.

Dans cet esprit, la Fondation est fière de poursuivre cet automne le programme Momentum : un projet de mentorat dédié à l'accompagnement de créateur·trice·s cinématographiques s'identifiant comme noir·e·s et queer. Sur une période d'environ huit mois, les participant·e·s sélectionné·e·s prennent part à des ateliers et bénéficient du soutien de mentor·e·s afin de réaliser un court trailer de leur projet. Le but ? Donner naissance à une production afro-queer montréalaise et québécoise, en ancrant des projets locaux dans le paysage cinématographique d'ici.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

.

La quête du bonheur ou la récolte du malheur

2 juin, par Gaétan Roberge — , ,
Pour notre bonheur ou notre malheur, cela nous amène à un questionnement existentiel : après 300 000 ans de « sapientia » … serions-nous en train de préparer notre plan de (…)

Pour notre bonheur ou notre malheur, cela nous amène à un questionnement existentiel : après 300 000 ans de « sapientia » … serions-nous en train de préparer notre plan de sortie de l'Univers ?

Prologue

Le bonheur n'est pas et ne sera jamais soluble dans l'argent ou l'or noir. Il s'abreuve à la source de l'amour des siens, de la vie, de la beauté et se nourrit de la magnificence de l'Univers qui nous ensphère.

La quête du bonheur

Moi, le bonheur

Moi, je me plais humblement à humer les fraîches et suaves arômes du matin à l'orée des rayons chaleureux et lumineux du soleil levant comme si l'univers entier émergé de son jardin d'étoiles venait au monde pour la première fois. Tout comme je soupire d'apaisement une fois la nuit réfugiée et douillettement enlacée par les bras réconfortants de Morphée. Je me glisse alors en silence à petits pas d'oie jusqu'aux alcôves ronronnantes de votre précieux et primal souffle. J'aime me blottir tendrement sous l'épiderme de vos palpitations et caresser la peau douce et interdite de vos rêveries les plus intimes. J'en profite également parfois pour me faufiler avec mes légères pattes de candeur feutrées jusqu'à l'épicentre nerveux de vos pleurs de douleur et de vos larmes d'allégresse.

Encore moi, le bonheur

Encore moi, il m'arrive de me dissimuler dans les fosses abyssales de vos aspirations et de vos sentiments à la fois les plus nobles et les plus inavoués. J'ose même m'aventurer à vos côtés sur les hauts plateaux controversés et angoissés de vos émotions et marcher à vos côtés sur les sentiers balisés par vos euphories et vos songeries pour aussitôt replonger avec fracas dans les zones d'échos de vos soucis et même de vos viles fourberies. Certes, je me veux parfois difficile à débusquer, néanmoins, je laisse toujours des empreintes à la fois dans les sables mouvants de vos cœurs et les neiges éternelles de vos imprévisibles pensées. Il revient alors à vous de bien me pister avant que j'ordonne aux grands vents des Chics-Chocs d'effectuer un irrémédiable coup de balai dans les montagnes russes de vos froides angoisses et dans la toundra de vos arides différends.

« Le bonheur est la fin que doivent se proposer toutes les sociétés ». Honoré de Balzac

Toujours moi, le bonheur

Moi, oui moi, le véritable et unique bonheur ; j'évoque ce délicat et magnifique papier de soie qui enveloppe et enjolive soigneusement vos destinées avec amour, passion et compassion. Je vous prie ardemment de prendre un précieux et divin soin de moi car je symbolise en vérité le doux et fin duvet de la tendre peau de pêche de vos éphémères et singulières vies ! Moi, le bonheur, ne me cherchez point ailleurs car je suis toujours là où vous êtes. Je me sens toujours comblé de joie lorsque l'amour et l'amitié règnent souverainement parmi les êtres et les collectivités car cette harmonie représente l'essence première et indispensable à l'aventure humaine. L'amour de la vie et le respect du monde incarnent les principes fondateurs et moteurs de toute civilisation.

« Aimons-nous quand-même, aimons-nous jour après jour. Aimons-nous quand même, aimons-nous malgré l'amour ». Yvon Deschamps

La récolte du malheur

Moi, le malheur

Moi, le malheur, je constate en ces temps de cruelles tourmentes que les trois-quarts des êtres humains peinent à survivre aussi bien à l'intérieur de la quotidienneté des choses tout en évoluant pourtant dans des pays dits développés et d'autres qui sont ébranlés par d'horribles et interminables conflits armés. Ceux-là agonisent écorchés vifs sous les griffes de la cruauté et lâchement abandonnés sous le soleil accablant de la misère par l'indifférence des populations privilégiées. Plusieurs sont contraints de vivre sous le joug tentaculaire de pouvoirs crapuleux et tyranniques. D'autres sont froidement tailladés à la machette sanguinaire des despotes de ce monde et accablés par la bêtise humaine ou carrément morts de maladie, de froid, de faim, de soif ou de torture. Tant d'êtres humains chassés de notre mémoire et ainsi oubliés des temps présents, privés de lendemain et de tout bonheur possible se retrouvent souvent en exil chassés brutalement et injustement de leur terre maternelle par des guerres de convoitise. Ils deviennent alors des apatrides cruellement entassés au fond d'impitoyables cachots froids et lugubres de l'indifférence et de la souffrance. Ils sont tous et toutes là ; enfants, femmes et hommes à mourir avant la mort. Comme écrivait et chantait Léo Ferré : « … et pourtant ils existent ». Ils pleurent, elles prient, ils souffrent, elles ont faim, ils ont soif, elles désespèrent et ces elles et ces ils agonisent anonymement tout juste à cinq pas d'un « resort de rêve », à quatre pas d'un somptueux banquet au Marriott, à trois pas d'une villa sous la riviera et à deux anneaux d'honneur du bonheur, mais aussi à une tête tranchée de la vie et à zéro chance de survie. Mais à plusieurs millions de vues sur toutes les plateformes, les télés et les magazines du monde. – Quelle ironie et quelle lâcheté. –

« Toute injustice, où qu'elle se produise, est une menace pour la justice dans le monde entier ». Martin Luther King

Encore moi, le malheur

Encore moi, le malheur, privé d'espoir et d'espérance, l'estomac gonflé par la faim, le cœur rongé par l'abandon et l'incompréhension, le corps meurtri par les charbons ardents de la cruauté et empoisonné par les raisins de la colère et ostracisé par l'intolérance. Tant d'êtres humains sont ainsi sacrifiés sur l'autel d'une nonchalante et effrénée fuite en avant et abandonnés par leurs semblables obsédés par la quête de richesses et cela qu'importe le lourd tribut à payer. Quant aux damnés de la terre, ils prennent conscience que toutes ces abominations et ces crimes sont commis dans l'unique dessein d'assouvir le pouvoir de despotes et de corrompus qui n'aspirent qu'à s'accaparer de leurs biens, à amonceler d'indécentes fortunes et conquérir par la terreur et la force des ressources d'autrui et envahir des territoires étrangers. Des États voyous qui ne respectent ni les conventions internationales ni le droit international humanitaire et qu'on laisse politiquement agir en fermant les yeux et le corps diplomatique ployant sous le poids coupable de la soumission. Tout cela sans compter les centaines de milliards de dollars amoncelés entre les mains sales de banquiers mal fagotés et sans scrupule et de leurs « obligeants » actionnaires qui financent les conflits et les guerres. Et qui par la suite récoltent encore plus d'argent grâce aux lourdes et injustes dettes fort lucratives découlant des coûteuses reconstructions qui s'en suivent. – Ainsi, les banques gagnent toujours sur tous les tableaux. – Sans oublier les sommes colossales d'argent versées et que nous serons de plus en plus contraints de verser davantage aux industries mortifères de l'armement qui elles aussi ramasseront une fois de plus un pactole de colossaux et avilissants profits. Mironton, Mironton, Mirontaine : tous les Malbrough de ce monde s'en vont-t-en guerre. Cela n'augure rien de bon pour la paix et s'ajoute au grand malheur de millions de personnes innocentes qui n'ont jamais souhaité la guerre et la destruction. Dans notre monde dit civilisé qui jour après jour devient de plus en plus abject : il en coûte moins cher et plus rentable de produire une balle d'arme à feu que de nourrir ne serait-ce qu'une bouche … – C'est à verser des larmes ! –

« La guerre contre un pays étranger ne se produit que lorsque l'élite pense qu'elle pourra en tirer profit ». George Orwell


Toujours moi, le malheur

Oh malheur de civilisation, ultimement, tout est encore fermement mis en œuvre afin d'alimenter et sauvegarder les illusions marchandes d'un insipide bonheur par procuration lié à la vie ostentatoire d'ultra nantis et la glamourisation de célébrités du show-business. Et tous ces automates clientélistes savamment modelés par un système consumériste et aveuglés par la quête et l'étalage de biens matériels n'entrevoient dorénavant leur bonheur et leur destin qu'à travers l'instantanéité du prisme de leurs factices selfies pour combler leur vide existentiel. Et ils sont malheureusement confrontés à une solide mise en œuvre servant à préserver l'impunité des régimes libertariens et autoritaires aussi bien que le pouvoir des systèmes bancaires, financiers, industriels que militaires qui entravent même la conduite des États. Des systèmes redoutablement implacables et volontairement indifférents et aveugles enrichissant des autocrates et contrôlant les Marchés et les économies mondiales. En plus de spolier des populations entières, de ravir des destinées et de priver d'héritage les générations futures en les endettant et scrapant leur planète. Des systèmes d'actionnariat copulant fiévreusement avec les indices boursiers sur les parquets du monde. Ils enchaînent également la destinée des sociétés en imposant la résignation, semant le désespoir et brisant les aspirations légitimes des peuples. En plus d'être sous le courroux de ces autocrates et ces ploutocrates fous de pouvoir et avares de richesses qui imposent leur agenda, n'éprouvent aucune empathie et fauchent brutalement des millions de vies innocentes. Des vies humaines pourtant uniques et sacrées – mais qui ont moins d'importance que les cours du Nasdaq ou du Brent– qui aspirent à vivre en toute liberté et avoir le droit et les moyens de jouir de la paix et de s'épanouir dans la dignité.

« C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ». William Shakespeare

Épilogue

Le bonheur est à mal, le malheur le sait et le diable s'en doute …

Certes, selon le souhait du poète Arthur Rimbaud ; il faut croire qu'il n'est jamais trop tard pour : « Changer la vie ». Par contre, si nous continuons ainsi à laisser se perpétrer toutes ces atroces injustices et ces catastrophiques destructions, moi « le P'tit bonheur », on ne pourra alors plus me ramasser sur le bord d'un fossé. Il n'y aura peut-être plus de fossés le long des chemins de la vie puisqu'ils se seront effondrés dans le chaos. Détruits dans le fracas de nos guerres meurtrières et englouties sous les flots ravageurs de notre bêtise à s'acharner dans une quête insensée et sans partage de richesses. C'est pourquoi nous devons tout tenter afin d'éviter que notre destinée ne se retrouve au feuilleton de « La sixième extinction massive » – disponible sur Netflix dans la capsule temporelle de Mars –. Ainsi, rappelons-nous que l'amour, l'empathie, le pardon et la solidarité représentent les seuls élixirs à pouvoir défier et vaincre les maléfices de la discorde et les affres empoisonnées de la guerre. Les seuls capables de nous conduire sur les chemins d'un monde nouveau et de redonner un sens à l'histoire de l'aventure humaine.

Sagesse autochtone

« Seulement après que le dernier arbre aura été abattu, seulement après que la dernière rivière aura été empoisonnée, seulement après que le dernier poisson aura été péché, alors seulement nous découvrirons que l'argent ne peut être mangé (et le pétrole bu) ». Proverbe de la nation Cree

Gaétan Roberge

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

RENAISSANCE

2 juin, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
RENAISSANCE Dans mon jardin secret en toute confidence une graine se nourrit de mes dépendances grandit à l'abri des regards indiscrets Dans ma cour intérieure, en (…)

RENAISSANCE

Dans mon jardin secret
en toute confidence
une graine se nourrit de mes dépendances
grandit à l'abri des regards indiscrets

Dans ma cour intérieure, en floraison
cultivée au fil des saisons
une semence
s'agrippe à mes rêves en dormance

Dans mon champ de regrets
sur ce terrain miné, en retrait
une souche pousse d'un trait
s'abreuve de mon envie éphémère
de sombrer dans mes chimères

Dans mon verger
une essence
en croissance
à protéger

Dans mon corps victime
s'imprime ce que je réprime
s'enracine ce fruit illégitime

Dans ma clairière dégarnie
privée de lumière
s'étiole ma matière première
trop affaiblie pour éclore de son nid

Dans ma forêt vierge d'écueil
avorter entre les branches qui accueillent
tout ce qui me brime
tout ce qui m'abîme

Dans mon cycle lunaire
quand ma flore intime
se régénère
accoucher le jour ultime

Dans mes rimes
de celle qui s'estime
qui s'affirme
ÊTRE sublime

Zaz pitit Dessalines
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

.

L’inaction du Conseil de la “paix” remplit son objectif

Plusieurs sources révèlent cette semaine que le “Conseil de la paix” se trouve en difficulté financière, un revers dont les Palestinien·nes pourraient être amené·es à payer le (…)

Plusieurs sources révèlent cette semaine que le “Conseil de la paix” se trouve en difficulté financière, un revers dont les Palestinien·nes pourraient être amené·es à payer le prix.

Tiré d'Agence média Palestine.

Après des déclarations tonitruantes et un lancement en grande pompe en janvier dernier à Davos, l'autoproclamé “Conseil de la paix” est au point mort, et pourrait le rester faute de moyens, affirment les informations du Financial Times (FT). En outre, l'AFP a révélé mercredi 27 mai que le Conseil n'a reçu aucun des 17 milliards de dollars promis à sa création en janvier.

En dépit des sollicitations de Donald Trump auprès des États du Golfe afin qu'ils s'engagent à verser des milliards de dollars, le FT rapporte que, quatre mois après sa création, le fonds financier du Conseil mis en place par la Banque mondiale n'avait reçu aucun versement.

Au lieu de cela, le Conseil aurait reçu des dons directement sur un compte bancaire ouvert à la banque américaine JPMorgan Chase, compte qui n'est soumis à aucune exigence de transparence indépendante : un mécanisme lui permettant de ne pas déclarer la source de son financement à ses donateurs, ni à ses 25 États membres. L'absence de transparence sur les financements ouvre la porte à des conflits d'intérêts déjà largement soupçonnés, alors que l'ONU estimait en avril dernier qu'il faudra plus de 71 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour la reconstruction de Gaza.

Plusieurs projets immobiliers visant à transformer Gaza en un pôle technologique de l'IA et en une mégapole ont été présentés officiellement ou révélés par la presse, ce que les critiques ont dénoncé comme une tentative de nettoyage ethnique des Palestiniens.

Récemment, le président indonésien Prabowo Subianto a déclaré que son pays ne paierait pas le milliard de dollars initialement réclamé pour prendre part au Conseil. Et la participation financière effective des autres pays reste incertaine ; les promesses de dons des capitales du Golfe ont toujours été conditionnelles, et l'Arabie saoudite et le Koweït ayant indiqué que leurs versements s'étaleraient sur plusieurs années. Il semble en outre que l'inaction du Conseil ait découragé la participation.

Le FT indique que de petits versements ont permis de payer notamment le bureau du Haut représentant Nikolaï Mladenov. Les Emirats arabes unis ont également accordé 100 millions de dollars pour former une nouvelle force de police à Gaza, mais ces fonds sont gelés.

Cette force de police devait être placée sous l'égide du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), le groupe de technocrates palestiniens chargé de gouverner la bande de Gaza après la guerre, mais dont Israël bloque l'entrée sur le territoire. En outre, le NCAG ne dispose actuellement d'aucun budget de fonctionnement.

Faire payer les Palestinien·nes, encore ?

L'Agence Reuters a révélé, le 15 mai dernier, que le Conseil de la “paix” envisageait de réaffecter à la bande de Gaza une partie des 5 milliards de dollars de recettes douanières retenus à l'Autorité palestinienne (AP) par Israël : une somme gelée, mais qui appartient aux Palestinien·nes vivant en Cisjordanie occupée, que l'AP est censée représenter.

La demande n'étant pas officielle, les réponses ne le sont pas non plus. L'AP a jusqu'ici toujours refusé que ses fonds gelés ne soient utilisés, y compris à des fins qui profiteraient aux civils de Gaza, y voyant une violation de sa souveraineté. Mais selon Mondoweiss, certaines déclarations laissent entendre qu'elle pourrait reconsidérer cette position, amenant la population colonisée à payer pour l'architecture administrative de sa propre dépossession.

Les taxes perçues par Israël sur les marchandises importées à destination des territoires palestiniens (taxes douanières) ont été presque entièrement retenues depuis le printemps 2025. Sur les 10,293 milliards de shekels (3,5 milliards de dollars) de recettes douanières dues pour 2025, Israël n'a transféré que 1,951 milliard de shekels (670 millions de dollars), soit l'équivalent des quatre premiers mois de cette année-là, alors qu'une crise économique sans précédent terrasse la Cisjordanie occupée.

“Cette réserve accumulée de capacité fiscale palestinienne détournée constitue désormais la source de capitaux la plus accessible que Washington puisse identifier pour son architecture d'après-guerre”, explique Ahmed Alqarout. “Cette entité ne peut pas émettre de titres de dette souveraine. Elle n'a pas le pouvoir légal de prélever des impôts. Elle peut toutefois faire pression sur Israël pour que ce dernier débloque les fonds palestiniens selon les conditions fixées par Washington, et c'est précisément ce qui fait actuellement l'objet de discussions.”

Dysfonctionnement, ou objectif rempli ?

Donald Trump promettait que la création du Conseil de la paix serait l'une des « plus importantes » de l'histoire mondiale. Il présentait son Conseil comme un outil pour appliquer le plan de “paix”, avant de multiplier les déclarations laissant entendre que le Conseil étendrait son action jusqu'à imposer un nouvel ordre colonial mondial.

Mais si l'objectif initial du Conseil n'était pas clair, son utilité dans l'application dudit plan de “paix” à Gaza l'est encore moins. Pour rappel, ce plan de “paix” est intervenu alors que la pression internationale, elle-même engagée par une mobilisation internationale de solidarité, dénonçait le génocide commis par Israël à Gaza.

S'il a apporté un relatif répit aux Palestinien·nes, le plan n'a pas été respecté par Israël, outre les échanges de prisonnier·es : les bombardements n'ont pas cessé, l'aide humanitaire est toujours entravée et les troupes israéliennes déplacent leur “ligne jaune” pour étendre leur zone de contrôle.

La semaine dernière, son Haut représentant Nikolaï Mladenov alertait contre le risque qu'un statu quo s'installe dans la situation actuelle, faisant du cessez-le-feu imparfait dans un territoire divisé et ravagé une situation “permanente”.

Dans une déclaration d'une fermeté rare pour cet organisme, Nikolaï Mladenov a affirmé que “la mise en œuvre ne peut pas avancer uniquement grâce au respect des obligations palestiniennes”, enjoignant Israël a respecter ses engagements dans le plan de “paix” en ajoutant que “les meurtres incessants et les restrictions israéliennes qui entravent l'acheminement de l'aide humanitaire ne sont pas des problèmes abstraits.”

Israël, qui figure parmi les pays membres du Conseil de la paix, ne semble pas entendre ces recommandations et n'en subit aucune conséquence. Et la “permanence” contre laquelle avertit Mladenov pourrait justement être son objectif. Par l'occupation et la destruction, Israël crée les conditions irréversibles d'un nettoyage ethnique.

Cette semaine, le président israélien Benjamin Netanyahou a annoncé avoir donné l'ordre à l'armée israélienne de faire fi des termes du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre et de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza. De son côté, le ministre israélien de la Défense a affirmé être déterminé à procéder au nettoyage ethnique de Gaza par le biais d'une migration massive des Palestiniens, dans le cadre des plans d'Israël pour ce territoire prévus de très longue date.

« Nettoyage social » et « pillage » par Coca-Cola : la réalité du Mondial au Mexique

2 juin, par Julien Delacourt — , ,
Alors que la Coupe du monde de football débutera le 11 juin dans la capitale mexicaine, de nombreux habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d'accaparement (…)

Alors que la Coupe du monde de football débutera le 11 juin dans la capitale mexicaine, de nombreux habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d'accaparement par les géants Coca-Cola et Airbnb.

Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Les militants anti-fifa dénoncent la touristification de Mexico avec la Coupe de monde de football. Au fond, le stade Banorte. Julien Delancourt / reporterre.

Devant l'esplanade fraîchement rénovée du stade Banorte, dans le sud de Mexico, un match de foot un peu particulier s'improvise. Sous les klaxons d'automobilistes agacés de la fermeture d'une portion de l'avenue du stade Azteca — nom original du lieu resté dans l'inconscient collectif —, quelques dizaines de militants ont peint les limites approximatives d'un terrain entre des graffiti « Anti-Fifa ». Aucun arbitre mais, au mégaphone, une commentatrice baptise les deux camps : « l'équipe contre la touristification », face à « l'équipe contre les expulsions ».

Le stade célèbrera le match d'ouverture de la Coupe du monde de football le 11 juin avec l'affiche Mexique-Afrique du Sud. La capitale mexicaine est une des seize villes hôtes de la compétition, organisée conjointement avec le Canada et les États-Unis. Avec 5 millions de touristes attendus à Mexico, le gouvernement y voit une promesse de développement économique et affiche son slogan « Le ballon rentre à la maison » sur tous les lampadaires jusqu'à Guadalajara et Monterrey — les deux autres sièges mexicains du Mondial. Mais de nombreux capitalinos (surnom des habitants de Mexico) ne partagent pas cet enthousiasme.

Le « pillage » par Coca-Cola

« Nous sommes des communautés en résistance », dit Natalia Laratrejo après avoir déserté les cages du stade improvisé. Casquette de la révolution cubaine sur la tête, elle est la coordinatrice du groupe Action communautaire de Santa Úrsula Coapa, quartier collé au stade Azteca. « Les mûrs sont à nous, alors dessinez vos idées pour qu'on les colle à l' “anti-fresque” de la résistance », explique-t-elle au mégaphone.

En plus des matchs de rue, le collectif utilise l'art et les symboles locaux dans sa lutte. Une trentaine de participants est donc invitée à composer une fresque qui sera exposée devant le stade quelques jours avant le début du Mondial, même si ces affichages sont souvent retirés en moins de 24 heures par la police. « On observe un processus de nettoyage visuel et social, alors on apporte un contre-récit, précise Natalia Laratrejo. L'eau est une des principales inquiétudes, donc on met des messages contre le pillage de Coca-Cola, qui a une concession d'eau souterraine pas loin d'ici. »

La marque étasunienne de soda, principale partenaire de la Coupe, est devenue un des symboles du mécontentement. Coca-Cola n'est pourtant pas le seul acteur privé à pomper les sous-sols de Mexico. La société Televisa, détentrice majoritaire du stade Banorte, exploite dans son enceinte un puits de 350 mètres de profondeur. L'eau étant un bien commun, l'entreprise s'est entendue avec le gouvernement local pour en reverser une partie aux riverains. Mais ces derniers s'inquiètent tout de même de l'assèchement de leurs puits.

Un « monstre capitaliste »

Sur un banc en marge du rassemblement, Guadalupe Castillo et María Estela Pérez font les comptes. Les deux voisines habitent Santa Úrsula Coapa depuis plus de trente ans. « Mettons qu'il y ait 100 000 personnes dans le stade [capacité réelle de 87 500], qu'on multiplie par 4 litres d'une chasse d'eau, calcule approximativement María Estela Pérez. Ça fait 400 000 litres par événement ! »

En ajoutant d'autres variables comme l'entretien de la pelouse, les besoins du stade s'élèveraient à plus de 2 millions de litres par match, soit près de la consommation journalière des 11 000 habitants du quartier. « C'est la réalité de vivre près de ce monstre capitaliste », ajoute Guadalupe Castillo.

Si les deux voisines reçoivent suffisamment d'eau en ce moment, leur municipalité aurait averti d'une réduction de l'approvisionnement à partir d'octobre. 83 % des 132 millions de Mexicains expérimenteraient des coupures d'eau à répétition, selon le Congrès international de la durabilité, qui réunit des chercheurs, des experts et des universitaires.

Avec Airbnb, « tout devient trop cher »
Victor, 30 ans, confirme ce constat. Concentré sur son dessin de géranium typique du quartier, il confie que l'eau vient souvent à lui manquer et que les points d'approvisionnement se font parfois siphonner par des camions-citernes privés. Mais son véritable combat, c'est la gentrification : « Les prix augmentent considérablement, s'indigne-t-il. J'ai déjà dû déménager pour aller vers le sud, toujours plus en périphérie parce que tout devient trop cher. » Pourtant fan de foot avec son maillot de l'Argentine floqué de l'iconique numéro 10 de Maradona, Victor déplore l'« industrialisation et la capitalisation » de ce sport.

Au Mexique, la Fédération internationale de football association (Fifa) cristallise des tensions grandissantes qui sont apparues avec le surtourisme. « Ça a explosé depuis la pandémie [de Covid-19], explique Vicente Moctezuma Mendoza, spécialiste de ces questions à l'Université autonome du Mexique. On voit de plus en plus de visiteurs du Nord global, beaucoup de “nomades numériques” en télétravail, qui cherchent à louer pour de courtes périodes. »

« Une explosion des prix du foncier »

Bouleversement de la vie communautaire, interdiction progressive des vendeurs de rue, hausse générale des prix… Souvent qualifié de « nettoyage social », ce processus est bien connu des habitants du centre de Mexico, où certaines zones ont vu les loyers augmenter jusqu'à 70 % en un an. Avec la Coupe du monde, la gentrification s'accélère aussi dans le sud de la ville.

« Après le Mondial au Brésil et les Jeux olympiques de Paris, on a vu une nette augmentation du nombre d'offres sur Airbnb dans ces endroits, observe Vicente Moctezuma Mendoza. On a assisté à une explosion des prix du foncier. » La plateforme de location de logements serait un moteur de la « touristification », une transformation des quartiers populaires en lieux pensés autour du tourisme.

60 expulsions par jour

Si Santa Úrsula Coapa est connu pour être le quartier ayant déjà résisté à deux Coupes du monde (1970 et 1986), la lutte des riverains est constante contre les mégaprojets. Depuis 2021, le groupe Action communautaire se bat contre une extension de 354 000 m² du domaine du stade pour construire hôtels, boutiques et stationnements. Pour les riverains, un tel projet est synonyme de menaces d'expulsion.

Hugo Torres, conseiller municipal de Benito Juárez, un arrondissement du centre de la capitale, affirme que 60 expulsions ont lieu quotidiennement à Mexico. Il a fait de la lutte contre les « cartels immobiliers » sa spécialité. « Tout commence par l'expulsion illégitime et parfois violente d'immeubles, ensuite par un réseau de corruption pour rendre les logements conformes aux plateformes de vente ou de location et cela aboutit à la gentrification. »

Pour le conseiller, il est clair que la plupart des expulsions récentes sont liées au Mondial. La maire de Mexico, Clara Brugada, affiche pourtant sa volonté de développer un « tourisme qui ne serait pas synonyme de déplacements ou d'expulsions ». Plusieurs lois d'encadrement des loyers, dont la hausse est limitée à l'inflation, et de déclaration obligatoire des Airbnb ont récemment été votées. « Il aurait pu y avoir plus de concertation citoyenne, mais c'est encourageant, estime Hugo Torres. On a également réussi à faire condamner certains policiers corrompus. »

Dernièrement, la cheffe du gouvernement capitalino a pourtant davantage communiqué autour d'une campagne, jugée de « cache-misère » par les militants anti-Fifa, visant à repeindre certaines façades et à embellir les rues.

Des tramways flambant neufs ont aussi été mis en service, revêtus de motifs d'axolotl, petit amphibien endémique de Mexico et symbole de la ville. Alors que les tramways s'enchaînent en face du stade, Natalia Laratrejo ne peut s'empêcher d'y voir de l'ironie : « On voit des axolotls peints sur tous les murs alors que son habitat, la zone lacustre, se meurt. » Un énième rappel, selon l'activiste, que ce Mondial est de toute façon inaccessible à la plupart des Mexicaines et Mexicains.

Membres