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Des JO d’Hitler au Mondial de Trump : une filiation qui en dit long sur l’état de notre monde !

16 juin, par Yorgos Mitralias — ,
La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, (…)

La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936.

Par Yorgos Mitralias

La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936. Car, malgré les 90 ans qui les séparent, les affinités électives des JO d'Hiller et du Mondial de Trump crèvent les yeux : même exploitation propagandiste de l'évènement sportif par les mêmes régimes autoritaires, racistes et liberticides dirigés par des chefs suprêmes mégalomanes dépourvus de scrupules moraux et démocratiques.

Ceci étant dit, ce sont précisément ces similitudes et ces affinités électives qui nous permettent de mieux comprendre et d'évaluer les différences qui existent entre les JO d' Hitler et le Mondial de Trump. Et la première d'elles a trait aux réactions populaires et autres qu'ils ont suscitées. Pratiquement aucune en 2026, tout au moins de la part des États et des organisations internationales. Et seulement quelques -plutôt rares- protestations et critiques par-ci, par-là de la part des ONG et des mouvements sociaux. En somme, une apathie qui trahit l'acceptation résignée de l'événement au nom du très fataliste « que peut-on faire contre tout ce cirque gigantesque ? ».

La différence avec ce qui s'est passé avant et durant les JO de Berlin saute aux yeux. À l'opposé de la résignation régnant en 2026, des mouvements pour le boycott des JO de 1936, qui faisaient descendre dans la rue des milliers de manifestants, avaient vu le jour aux Etats-Unis, en France, en Grande Bretagne, en Hollande, en Suède et en Tchécoslovaquie. Ces mouvements n'ont pas pu empêcher la tenue des JO de Berlin, mais ils ont expliqué largement leur cause antifasciste, alertant les populations, mobilisant des avant-gardes antiracistes en bataillant sur une ligne de classe contre les partisans des JO et autres admirateurs d'Hitler. (1)

Par contre, l'Espagne du Front Populaire a boycotté les JO de Berlin, et encore mieux, le gouvernement Catalan de gauche du premier ministre Lluís Companys (exécuté plus tard par les fascistes de Franco) a organisé l'Olympiade des Peuples, à laquelle devaient participer 6.000 athlètes de 49 pays. Finalement, ces JO alternatifs n'ont jamais eu lieu parce que leur ouverture le 19 juillet 1936 a coïncidé avec l'éclatement du coup d'état de Franco. Plusieurs de ces athlètes mais aussi des journalistes sportifs envoyés à Barcelone pour couvrir les JO alternatifs, se sont engagés et battus dans les milices de gauche (comme l'auteur de « 1984 » George Orwell dans celles du POUM) et certains ont laissé leur vie au combat antifasciste...

La comparaison des réactions populaires face aux JO d' Hitler et au Mondial de Trump est très éloquente et en dit long sur l'actuel état (misérable) de la gauche internationale et des mouvements populaires. Et c'est probablement cet état consternant du camp progressiste qui fait que Trump sente avoir les mains plus ou moins libres pour faire que son Mondial soit bien plus ouvertement raciste, répressif, foncièrement antidémocratique et au service des ultra-riches que les JO de Hitler ! En effet, tandis que le régime nazi avait pris soin durant les JO de paraitre presque ...libéral en enlevant tout ce qui pourrait trahir son antisémitisme pathologique ainsi que ses « excès » antidémocratiques et répressifs, Trump et son régime exhibent presque fièrement leur racisme décomplexé, leur mépris pour l'humanité pauvre et...basanée, leur chasse impitoyable aux migrants (même dans les stades !) et leur suprématisme blanc. Et tout ça en se foutant éperdument des règlements et de ses propres promesses, allant jusqu'à interdire l'entrée aux Etats-Unis des supporters des équipes du Tiers Monde, et même de leur staff (!) ou des arbitres africains choisis pour arbitrer des rencontres du Mondial !

Cependant, force est de constater que ni Hitler, ni Trump n'auraient pu faire tout ça sans le soutien enthousiaste des dirigeants du sport international. Et si Trump jouit du soutien indéfectible du président de la FIFA Gianni Infantino, dont la servilité presque comique concurrence celle du secrétaire de l'OTAN Mark Rutte, connu pour avoir appelé Trump... »Daddy », Hitler a eu son propre Infantino en la personne du célèbre baron de Coubertin ou de Avery Brundage. En effet, le notoire colonialiste, raciste, antisémite et misogyne « père des JO modernes » baron de Coubertin n'a jamais caché son admiration tant pour son « ami » Adolphe Hitler, qu'il a célébré comme « l'un des plus grands bâtisseurs de notre époque », et le régime nazi, dont il faisait l'éloge, que pour les JO de Berlin qu'il a défendu avec toutes ses forces. Quant à l'américain raciste, suprématiste et antisémite Avery Brundage qui a dirigé, pendant presque un demi-siècle, le tristement célèbre Comité International Olympique, ce repaire des princes et autres aristocrates déchus, des millionnaires ultraréactionnaires et des professionnels de l'anticommunisme, il a tout fait pour faire échouer le boycott des JO de Berlin en tant que président du Comité Olympique américain. Et si aujourd'hui, l'inénarrable Infantino appelle l'opinion publique internationale profondément choquée par le refoulement des Etats-Unis de l'arbitre somalien Abdulkadir Artan, a... « se calmer et à relaxer » (chill and relax), Avery Brundage qualifiait en 1936 de... « complot juhttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&id_article=71351#if » le mouvement de boycott et tous ceux qui dénonçaient la persécution des juifs par les nazis. Un Avery Brundage qui était à l'époque membre d'une organisation isolationniste et sympathisante du nazisme, au nom évocateur... America First ! Décidément, Trump n'a rien inventé...

Comme d'ailleurs, ce Mondial en cours, qualifié justement de « Mondial du fric », n'a rien inventé de nouveau à l'exception de son gigantisme et de sa domination totale par les forces du grand capital. Ces forces qui évidemment n'ont rien à redire ni au racisme décomplexé, ni a la manie répressive de ce Caligula nazifié qu'est Donald Trump. Et si tout ça nous ramène presque un siècle en arrière, nous rappelant imperceptiblement l'époque des JO de Berlin célébrés alors par les mêmes élites qui célèbrent aujourd'hui le Mondial de Trump, alors il n'y a rien qui puisse étonner et choquer ceux qui gouvernent ce monde. Comme par exemple, cet éternel bastion réactionnaire qu'est le Comité International Olympique (CIO) qui vient de reproduire et mettre sur le marché un t-shirt portant l'affiche officielle des JO de 1936 à la gloire du Troisième Reich !

Raison de plus pour que nous prenions au sérieux la menace mortelle que représentent tous ces nostalgiques d'un passé pas du tout révolu, et que nous réagissions en conséquence...

Note

1. Pour les JO de Berlin, voir notre texte Jusqu'à quand l'escroquerie de la "flamme olympique" ? La flamme olympique, une merveilleuse idée du Dr. Goebbels » ! : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/220424/la-flamme-olympique-une-merveilleuse-idee-du-dr-goebbels

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Coupe du monde de football 2026. L’édition de l’exclusion

16 juin, par Florian Lefèvre — ,
Reportage · Prix des billets, coût de la vie sur place, politique discriminatoire mise en place par Trump... La Coupe du monde de football, qui a démarré le 11 juin et qui se (…)

Reportage · Prix des billets, coût de la vie sur place, politique discriminatoire mise en place par Trump... La Coupe du monde de football, qui a démarré le 11 juin et qui se déroule principalement aux États-Unis, se jouera presque sans aucun supporters africains, sans que la Fifa y trouve à redire.

Tiré d'Afrique XXI.

Alignés en rang d'oignons, sept hommes arborent des lettres géantes peintes sur leur torse nu. Ils s'appellent Modou, Babacar, Abdou ou encore Samba, l'un est commerçant, l'autre cameraman, il y a aussi un agent municipal, et même un maçon. Leur mission ? Former le mot « S-E-N-E-G-A-L » avec leur corps dans les stades de football. La chorégraphie donne une image spectaculaire à chaque Coupe d'Afrique des nations (CAN).

Mais ce 16 juin, lors du match qui verra leur pays affronter la France, durant le premier tour de la Coupe du monde masculine 2026, ils seront absents des tribunes. Les membres du « 12e Gaindé (1) » ont été victimes d'un filtrage aux frontières des États-Unis, l'un des trois pays hôtes de la compétition avec le Canada et le Mexique. « Nous n'allons pas déplacer de supporters de Dakar aux États-Unis », a annoncé la ministre sénégalaise des Sports, Khady Diène Gaye, à l'antenne de la radio Sud FM début mai.

Sacré paradoxe : avec dix formations qualifiées sur quarante-huit, il n'y a jamais eu autant d'équipes nationales africaines en lice en Coupe du monde, mais, dans le même temps, les conditions économiques et administratives de cette édition sont les plus excluantes de l'histoire presque centenaire du tournoi, qui se tient du 11 juin au 19 juillet.

Alafé Wakili dirige le quotidien L'Intelligent d'Abidjan, l'un des seuls médias ivoiriens capables de financer deux envoyés spéciaux pour couvrir les cinq semaines de compétition. « Pour un journal ivoirien comme le nôtre, le coût global est compris entre 15 000 et 20 000 euros minimum par reporter », explique-t-il. Et encore, ce sera pour suivre une fraction des 104 rencontres.

Prix exorbitants et expulsions de masse

Au Qatar, en 2022, les stades étaient regroupés dans une ville. Cette année, ils seront dispersés à l'échelle d'un continent. « À cause du coût global, j'ai dû renoncer. Seuls les privilégiés pourront y aller », regrette Benson Amoua, journaliste ivoirien pour le site SportZone-ci, présent lors de la dernière CAN, au Maroc, en décembre et janvier derniers.

Au budget élevé des transports, du logement et du coût de la vie sur place s'ajoutent, pour les supporters, les prix exorbitants des places. La grande majorité des sept millions de tickets ont été mis en vente plusieurs centaines de dollars l'unité par la Fédération internationale de football association (Fifa). Et les prix s'envolent pour la finale à plus de 6 000 dollars, selon les chiffres compilés par le journal The Athletic.

Une autre donnée est venue compliquer la venue des supporters africains. Donald Trump avait promis à ses électeurs la « plus grande opération d'expulsion de masse » de l'histoire des États-Unis, en désignant des « millions de migrants » comme des « ennemis de l'intérieur ». En 2025, l'administration d'extrême droite a expulsé environ 310 000 personnes non états-uniennes, selon le think tank Brookings Institution (2).

Haïtiens et Iraniens strictement interdits

Les ressortissants de huit pays qualifiés pour le tournoi sont de fait discriminés dans l'attribution de visas temporaires. Les demandes des Algériens, des Cap-Verdiens, des Ivoiriens, des Sénégalais et des Tunisiens ont été soumises à l'obligation d'une caution pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars par personne. Une barrière infranchissable pour beaucoup, malgré les effets d'annonce des organisateurs, dont le lancement du Fifa Pass début février, censé accélérer le traitement des demandes de visa (3), et la dérogation à l'obligation de caution à la mi-mai. Mais celle-ci concerne uniquement les personnes qui, au 15 avril, avaient à la fois acheté des billets pour la Coupe du monde et opté pour le Fifa Pass. Or de nombreux supporters ont pu être dissuadés d'acheter des billets avant le 15 avril car ils pensaient devoir payer jusqu'à 15 000 dollars de caution.

Les Haïtiens et les Iraniens sont, eux, strictement interdits de voyager dans le principal pays hôte du Mondial, en vertu d'un décret présidentiel publié le 4 juin 2025 afin de « protéger les États-Unis contre les terroristes étrangers », sauf, en théorie, à disposer d'une double nationalité et à l'exception des membres des délégations. Néanmoins, en pleine guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, les joueurs iraniens ont été contraints d'établir leur camp de base à Tijuana, au Mexique, plutôt qu'en Arizona.

Enfin, l'administration Trump a annoncé, dans un communiqué publié le 18 mai sur le site du département d'État, la « suspension » des procédures de visa pour les citoyens de la République démocratique du Congo, compte tenu de l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans l'est du pays.

« J'ai des amis qui ont tout payé (les billets de matchs, l'hôtel, l'avion aller-retour), mais ils ne pourront finalement pas se déplacer », déplore Brusny Mabanza, un supporter congolais rencontré en mars à Guadalajara, au Mexique, à l'occasion du mini-tournoi de repêchage pré-Mondial.

Le meilleur arbitre africain refoulé

Ce jour-là, les prix des places étaient plafonnés à 300 pesos (environ 15 euros). La qualification des Léopards a été une grande fête, même si une partie des supporters manquait à l'appel, faute de visa. « J'ai échangé mon maillot avec un supporter mexicain, raconte Brusny, venu de Kinshasa dans un avion affrété par le gouvernement. Pour lui, ce genre de moments montre que le sport dépasse les frontières et crée une émotion collective très forte. »

Pour les journalistes et les spectateurs africains, le parcours d'obstacles ne s'arrête pas là. « On nous a remis un visa pour les États-Unis avec une seule entrée », signale par exemple Abdoulaye Thiam, journaliste sénégalais à Sud Quotidien et président de la branche africaine de l'Association internationale de la presse sportive (AIPS). Or les Lions de la Teranga vont commencer la compétition par deux matchs à New York, avant de rallier Toronto pour une rencontre, sûrement décisive, face à l'Irak. « En l'état, si nous allons au Canada, nous ne pourrons pas revenir aux États-Unis », explique Abdoulaye Thiam.

Plusieurs événements sont déjà venus entacher la compétition. Début mai, RFI annonçait que six dirigeants de la Fédération sénégalaise de football s'étaient vu refuser leur demande de visa à l'ambassade états-unienne de Dakar. Le 6 juin, l'attaquant vedette de l'équipe irakienne, Aymen Hussein, a, lui, été interrogé pendant près de sept heures à l'aéroport de Chicago, quand le photographe officiel de l'équipe, Talal Salah, a été carrément renvoyé par les autorités des États-Unis. De son côté, l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, désigné meilleur arbitre africain en 2025 et sélectionné pour arbitrer le Mondial, s'est vu refuser l'entrée sur le territoire (alors qu'il disposait d'un visa en règle, selon une source ministérielle somalienne à l'AFP). La Fifa a finalement pris acte de cette décision et annoncé que l'arbitre ne pourrait pas officier pendant le tournoi.

Les supporters sont déjà sur place

Même l'entrée au Mexique reste compliquée : à onze jours de disputer le match d'ouverture, l'équipe nationale d'Afrique du Sud a, elle, dû reporter son départ vers son camp de base mexicain, en raison de plusieurs problèmes de visa. Ces dernières années, sous la pression de son voisin, Mexico joue de plus en plus le rôle de seconde frontière des États-Unis. Après le Congo-Jamaïque du 31 mars à Guadalajara, l'avion du retour pour Kinshasa avait d'ailleurs été immobilisé à l'aéroport, les autorités locales prenant soin de compter le nombre de passagers, soucieuses que personne ne reste sur place clandestinement.

Pour sa première participation à la Coupe du monde, le Cap-Vert ne comptera quasiment pas de soutien venu de l'archipel. « La plupart des supporters sont de la diaspora, soit européens, soit américains », témoigne la Franco-Cap-Verdienne Andreia Levy, cofondatrice du groupe « 12 Tubaron », qui se déplacera à Atlanta, Miami et Houston. Son association a obtenu 450 billets et, après la lutte menée par le syndicat Football Supporters Europe contre la politique tarifaire antisociale de la Fifa, elle a pu en proposer 100 à 60 dollars.

Même son de cloche du côté de la Fédération tunisienne de football. « La majorité des supporters qui pourront assister aux rencontres seront surtout des Tunisiens vivant déjà en Europe, au Canada ou aux États-Unis », confirme Ahmed Salhi, attaché de presse des Aigles de Carthage, qui joueront à Monterrey et Kansas City, des deux côtés du mur érigé par les États-Unis.

« Il faudra qu'ils rentrent chez eux »

Comment la Fifa justifie-t-elle ces discriminations visant de nombreux voyageurs originaires de pays qualifiés pour la compétition ? Ni l'instance ni les fédérations concernées n'ont donné suite aux demandes d'interview d'Afrique XXI. « Nous vous invitons à vous adresser aux autorités compétentes », a répondu par mail le service communication de la Fifa. Contacté par Afrique XXI, le département d'État états-unien n'a pas répondu. Les fédérations concernées ont préféré, elles aussi, esquiver le sujet.

« Je sais que nous aurons des visiteurs, de près de cent pays probablement. On veut qu'ils viennent, qu'ils profitent, qu'ils assistent aux matchs. Mais quand ce sera terminé, il faudra qu'ils rentrent chez eux », avait prévenu en mai 2025 le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, au cas où les choses n'auraient pas été assez claires.

Pour d'autres, la politique de l'administration Trump produit un effet repoussoir face au risque, pour les voyageurs non blancs, de subir des détentions arbitraires et des déportations (4). « Même si j'avais reçu des billets gratuitement, je ne serais pas parti aux États-Unis, soutient André Silver Konan, fondateur du journal Ivoir'Hebdo. Un beau matin, vous sortez sans vos papiers et la police de l'immigration vous arrête… Je n'ai pas envie d'aller me faire humilier. »

En mars 2017, Gianni Infantino, président de la Fifa, lançait, bravache : « Il va de soi que, dans le cadre des compétitions de la Fifa, toute équipe, y compris ses supporters et ses officiels, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays hôte, sans quoi il n'y a pas de Coupe du monde. »

À Kinshasa, « tout le monde va être dehors »

Cette déclaration publique a très mal vieilli. Les années ont passé, Donald Trump a été réélu à la Maison-Blanche, et il peut désormais compter sur « l'assentiment servile », selon les mots du chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) Pascal Boniface, d'Infantino : en décembre 2025, le second a offert au premier un obscène « prix de la paix », décerné au nom de la Fifa, lors du tirage au sort du tournoi.

« Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis », promettait encore Infantino il y a quelques mois, peu après avoir inauguré un nouveau bureau de la Fifa… au sein de la Trump Tower, à New York.

Le manque d'accessibilité aux Coupes du monde de football n'est pas nouveau et a été tout relatif ces dernières décennies. « Elle est devenue un produit mondialisé destiné à une élite mobile », rappelait en février, dans le mensuel français Le Monde diplomatique, Abderrahim Bourkia, sociologue marocain, en référence à l'inflation du prix des places depuis l'édition 2002.

Cinquante-deux ans après la dernière qualification des Léopards, leur grand retour sur la scène internationale se fêtera donc principalement au pays. Rédacteur en chef de Leopardsfoot, portail du foot congolais sur les réseaux sociaux, Louis Mukoma Fargues fait le pari qu'à Kinshasa « tout le monde va être dehors pour regarder les matchs devant la télévision : dans les restaurants, les bars ou entre voisins ». En mars, ils étaient déjà des centaines de milliers dans les rues pour réserver un retour triomphal aux joueurs, après leur qualification lors du tournoi de repêchage.

Notes

1- « Gaindé » signifie « lion » en wolof, une référence au surnom de l'équipe nationale du Sénégal : les Lions de la Teranga.

2- Retrouver les chiffres ici.

3- Ce pass fonctionne pour un très petit nombre de voyageurs : seulement 17 000 personnes à travers le monde début mai, a révélé The Athletic ici, les nationalités les plus représentées parmi les inscriptions étant alors celles de l'Ouzbékistan, de la Chine, de l'Inde, de la Turquie, du Mexique et de la Colombie.

4- Plusieurs ONG ont largement documenté ces pratiques, comme Amnesty International et Human Rights Watch.

Pourquoi le racisme n’est‑il pas considéré comme un risque professionnel dans le soccer ?

16 juin, par Maame De-Heer, Taylor McKee — ,
Lorsqu'un partisan du Tottenham Hotspur a lancé une peau de banane qui a atterri près de l'attaquant d'Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d'un match entre les deux grands (…)

Lorsqu'un partisan du Tottenham Hotspur a lancé une peau de banane qui a atterri près de l'attaquant d'Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d'un match entre les deux grands rivaux londoniens, un photographe a immortalisé la scène. Cette image est devenue l'un des symboles les plus marquants du racisme dans le soccer.

Tiré de The conversation. Légende de la photo : Le défenseur nigérian Benjamin Fredrick et l'attaquant vedette gabonais Pierre-Emerick Aubameyang se disputent le ballon lors de la demi-finale des barrages de la zone Afrique pour la Coupe du Monde FIFA 2026 à Rabat, au Maroc, le 13 novembre 2025. (AP Photo)

L'intention derrière cet acte a été largement reconnue et condamnée par l'ensemble du monde du soccer. Indignés, les dirigeants du club ont publiquement dénoncé cet acte, tandis que l'entraîneur d'Arsenal, Unai Emery, a souligné que « personne n'accepte » de tels incidents.

Le supporter a été condamné à une amende de 500 livres sterling (plus de 900 dollars canadiens) et interdit de stade pendant quatre ans. Cette même saison, les droits télévisés de la Premier League, la première division anglaise, s'élevaient à 5,1 milliards de livres sterling (plus de 9 milliards de dollars canadiens).

La persistance des incidents racistes, conjuguée à des sanctions inégales et à des réponses qui s'attaquent aux symptômes plutôt qu'aux causes, révèle un cadre de gouvernance incapable de protéger les joueurs ou de dissuader les auteurs de tels actes.

Dans certains cas, les joueurs victimes d'insultes racistes ont été encouragés – par des supporters, des commentateurs et des officiels – à considérer ces comportements comme une réalité regrettable du sport. Plus troublant encore, les victimes ont parfois été tenues pour responsables d'avoir provoqué ou alimenté les insultes qu'elles subissaient. De telles réactions non seulement banalisent le racisme, mais détournent également la responsabilité des auteurs et des institutions chargées de garantir des environnements sportifs sûrs et inclusifs.

En 2019, après que des joueurs anglais ont subi des insultes racistes en Bulgarie, l'Union des associations européennes de football (UEFA) a infligé une amende de 75 000 euros (121 000 dollars canadiens) à la Fédération bulgare de football. Au regard des ressources financières considérables du soccer, cette sanction n'avait rien de dissuasif et ne témoignait d'aucun engagement institutionnel sérieux.

Les instances dirigeantes du soccer ont passé des décennies à élaborer et à promouvoir des initiatives antiracistes très visibles et symboliquement puissantes. Ces démarches comprennent souvent des campagnes de sensibilisation, des déclarations publiques, des cérémonies d'avant-match et des messages disciplinaires destinés à afficher un engagement en faveur de l'inclusion. Si de telles mesures peuvent sensibiliser le grand public et témoigner d'une certaine préoccupation institutionnelle, elles ont été critiquées pour leur incapacité à produire des changements structurels réels ou à réduire sensiblement les comportements racistes dans le sport.

Ce que la caméra ne montre pas

Sous le vernis respectable de la Premier League, des réseaux de centres de formation expédient des adolescents noirs et métis vers l'Europe, avec un minimum de surveillance et encore moins de protection.

Dès 2008, The Observer rapportait l'existence d'environ « 500 “académies” de soccer non agréées rien qu'à Accra, la [capitale du Ghana] », la plupart dirigées par des personnes incapables de fournir la moindre preuve d'expérience professionnelle.

Au Mali, les familles versaient en moyenne de 2000 à 3000 euros, souvent l'équivalent de toutes leurs économies, parfois réunies en vendant leur maison, à des agents promettant des essais en Europe qui ne se concrétisaient jamais.

Le racisme dans les stades permet à des institutions comme la FIFA et la Premier League de se poser en solution à un problème qu'elles traitent comme venant de l'extérieur, plutôt que d'admettre qu'il est ancré dans leurs propres structures.

Il est bien plus difficile de mener campagne contre ce type de problème, précisément parce qu'il est déjà inscrit au cœur même de l'institution. Les instances sportives ne peuvent pas lancer un mot-clic contre leurs propres politiques de migration de main-d'œuvre.

Ce que révèlent réellement les recherches

Une étude de 2024 a révélé que plus de la moitié des 101 joueurs de soccer professionnel interrogés déclaraient souffrir de détresse psychologique, le racisme étant identifié parmi les facteurs de stress psychosocial contribuant à l'épuisement et à la dégradation de la santé mentale.

Ces conclusions ne sont pas nouvelles. Un article publié en 2020 dans le British Journal of Sports Medicine établissait que les modèles de santé mentale dans le soccer professionnel ignorent systématiquement le racisme en tant que problème structurel, le traitant plutôt comme une série d'incidents isolés. Les fédérations ont accès à ces données. Certaines contribuent même au financement de la recherche. Ce qui leur manque, c'est la volonté structurelle de traiter le racisme comme un enjeu de sécurité au travail plutôt que comme un problème d'image.

Le racisme dans le soccer est depuis longtemps présenté comme un problème éthique. C'est aussi un problème de santé au travail. Les insultes racistes ne sont pas qu'une succession d'affronts isolés : elles produisent les mêmes traces biologiques que n'importe quel autre agent toxique en milieu professionnel.

Une exposition chronique à la discrimination élève le taux de cortisol et les marqueurs inflammatoires. Les chercheurs appellent cela la « charge allostatique », ce qui se traduit concrètement par une prévalence accrue de l'hypertension, des troubles du sommeil et un vieillissement cellulaire prématuré.

Ces risques touchent les personnes qui évoluent professionnellement dans des environnements hostiles sur le plan racial.

Les footballeurs en sont un exemple trop souvent ignoré. Une enquête de 2024 menée par la FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs, a révélé que 83 % des syndicats de joueurs signalaient que les abus et la violence contribuaient directement aux problèmes de santé mentale de leurs membres, et que 88 % jugeaient que la menace de violence avait des répercussions négatives sur les performances en match.

Pourtant, aucune fédération ne classe les insultes racistes parmi les conditions dangereuses nécessitant des mesures d'atténuation systématiques. Il existe des protocoles pour les ruptures ligamentaires et les commotions cérébrales. Il n'en existe aucun équivalent pour les joueurs qui reçoivent des menaces de mort en ligne la veille d'un match.

Qui protège les joueurs ?

La Coupe du monde de la FIFA 2026, comme celles qui l'ont précédée, comportera des dangers que la FIFA ne prend pas en compte.

Des milliers de joueurs, de membres du personnel et de supporters issus de minorités racialisées entreront dans des stades dont les dispositifs de sécurité ne sont pas conçus pour faire face au poids cumulatif d'environnements racistes.

Le Cadre des droits de la personne de la FIFA promet l'inclusion. Il ne promet pas de surveillance axée sur la santé. Les fédérations connaissent les données scientifiques. Ce qu'elles n'ont pas fait, c'est traiter le racisme comme le problème de sécurité au travail qu'il est réellement.

La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord apportera les promesses habituelles : unité, respect et responsabilité. Elle se présentera comme une célébration des cultures. Ce qu'elle n'apportera presque certainement pas, c'est un bilan honnête sur qui tire profit du travail des athlètes noirs et de couleur, et qui les protège quand les abus commencent.

La question pour 2026 n'est pas de savoir si un autre joueur sera pris pour cible. C'est de savoir si quelqu'un, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, nommera enfin le système qui rend cela inévitable.

Tant que ce ne sera pas le cas, les campagnes ne sont pas un échec. Elles font exactement ce pour quoi elles ont été conçues : soigner les apparences pendant que la structure, elle, demeure inchangée.

La FIQ réclame des engagements des élu-e-s | Prendre soin sans être soutenues : la réalité quotidienne des professionnelles en soins

16 juin, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , , ,
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec—FIQ vient de mener une action de visibilité près de l'Assemblée nationale afin de sensibiliser les élu‑e‑s à l'urgence (…)

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec—FIQ vient de mener une action de visibilité près de l'Assemblée nationale afin de sensibiliser les élu‑e‑s à l'urgence d'implanter des ratios sécuritaires dans le réseau de la santé et d'obtenir de leur part des engagements fermes en ce sens. À cette occasion, des militantes de la Fédération ont remis aux député-e-s une trousse d'information comprenant des données terrain, des témoignages et des propositions concrètes pour améliorer l'organisation des soins et mieux protéger à la fois les patient-e-s et le personnel soignant. Par cette initiative, la FIQ souhaite faire des ratios sécuritaires un enjeu incontournable en vue de la prochaine campagne électorale et amener les formations politiques à se positionner clairement.

Pour la Fédération, le constat est sans équivoque : partout au Québec, les professionnelles en soins sont confrontées à une surcharge de travail majeure, qui compromet directement la qualité et la sécurité des soins offerts à la population, faute de temps pour exercer selon les plus hauts standards. « On demande aux professionnelles en soins d'être toujours plus agiles, plus performantes, plus silencieuses… mais sans ressources supplémentaires. Cette recette mène droit à l'épuisement, à la perte d'expertise et à des soins fragilisés », dénonce la présidente de la FIQ, Julie Bouchard.

Des Laurentides à l'Abitibi-Témiscamingue, de la Montérégie à l'Estrie, en passant par Montréal, Lanaudière, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Mauricie–Centre-du-Québec, le constat est le même : des plans de contingence qui s'inscrivent dans la durée, un non-remplacement systématique du personnel absent, une surcharge de travail chronique, un nombre de patient-e-s trop élevé (notamment en CHSLD, en urgence, en santé mentale et en soutien à domicile) ainsi que des professionnelles en soins contraintes de renoncer à leurs pauses et repas. À cela s'ajoutent une peur grandissante de dénoncer et une perte de confiance envers des gestionnaires qui multiplient les discours rassurants sans livrer de résultats.

Dans plusieurs milieux, les membres se mobilisent : pétitions, affichage, plaintes en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, manifestations, collectes de données et interpellations publiques. Ces actions ont parfois permis d'obtenir des gains ciblés — matériel essentiel, ajustements organisationnels, reconnaissance de problèmes réels — mais, trop souvent, l'ajout de personnel n'est pas au rendez-vous. « Les équipes de soins ne sont pas dupes. Elles entendent les promesses, mais vivent la réalité sur le terrain. Et cette réalité, c'est une organisation du travail qui ne tient plus. Les directions connaissent très bien la situation, mais continuent de faire la sourde oreille. Il est urgent de prendre le virage vers des ratios sécuritaires assurant un nombre adéquat de patient-e-s par professionnelle en soins », souligne Mme Bouchard.

Ailleurs au Canada : le virage vers les ratios bien amorcé

Les expériences menées ailleurs au Canada montrent que l'implantation de ratios sécuritaires produit des résultats concrets : en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, on observe une meilleure rétention du personnel, liée à une charge de travail plus soutenable, ainsi qu'une amélioration de la qualité des soins. Au Manitoba, le gouvernement s'est engagé dans une démarche législative pour encadrer ces ratios, tandis qu'en Ontario, plusieurs études en recommandent l'adoption en raison de leurs effets positifs sur la sécurité des patient-e-s et la réduction de l'épuisement professionnel.

Ces constats confirment que les ratios constituent une solution éprouvée pour renforcer le réseau public de santé, comme le démontrent depuis longtemps la Californie et plusieurs États australiens. Dans ce contexte, la FIQ s'interroge : pourquoi le Québec tarde-t-il toujours à implanter des ratios sécuritaires, alors même que leurs bénéfices sont largement reconnus ?

La FIQ interpelle donc directement les candidat-e-s qui souhaitent former le prochain gouvernement ainsi que Santé Québec. « Les soins ne peuvent pas reposer uniquement sur la bonne volonté et le sacrifice des professionnelles en soins. Des engagements concrets sont nécessaires, de même que des ressources humaines suffisantes, une organisation du travail sécuritaire et un respect réel de l'expertise clinique », conclut la dirigeante syndicale.

Deepfakes visant Julia Mengolini en Argentine : RSF est amicus curiae dans ce dossier judiciaire et alerte sur l’escalade des violences sexistes en ligne

16 juin, par Reporters sans frontières (RSF) — , ,
La justice argentine a accepté la demande de Reporters sans frontières (RSF) d'intervenir en tant qu'amicus curiae — un mécanisme permettant à des organisations de soumettre (…)

La justice argentine a accepté la demande de Reporters sans frontières (RSF) d'intervenir en tant qu'amicus curiae — un mécanisme permettant à des organisations de soumettre des arguments juridiques et techniques — dans l'affaire portée par la journaliste Julia Mengolini, fondatrice de la radio indépendante Futurock contre plusieurs accusés dont le président Javier Milei.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/12/deepfakes-visant-julia-mengolini-en-argentine-rsf-est-amicus-curiae-dans-ce-dossier-judiciaire-et-alerte-sur-lescalade-des-violences-sexistes-en-ligne/?jetpack_skip_subscription_popup

RSF dénonce des violences en ligne à caractère sexiste de plus en plus banalisée contre les femmes journalistes en Amérique latine. L'organisation alerte sur des campagnes coordonnées de haine, d'humiliation sexualisée, de désinformation et de harcèlement, utilisées pour réduire au silence les voix critiques et encourager l'autocensure.

Deepfakes à caractère pornographique, menaces de mort et de violences sexuelles, actions judiciaires, attaques diffamatoires… Cette campagne de harcèlement visant la journaliste Julia Mengolini a été menée en juin 2025, par des figures proches du président de la République argentine, Javier Milei. Ce dernier est d'ailleurs lui-même l'auteur de93 publications sur la plateforme X en l'espace de 48 heures, selon la journaliste.

La journaliste, fondatrice de la radio indépendante Futurock, connue pour ses prises de position critiques, venait alors d'évoquer dans une émission télévisée sur la chaîne C5N les relations entre Milei et sa soeur. Julia Mengolini a porté plainte en août 2025, ce qui a conduit, vu l'ampleur de la campagne en ligne, à lamise en examenpar un procureur du président Milei, de membres de son gouvernement et de partisans, pour menaces et harcèlement envers la journaliste.

Après avoir déjà alertésur l'intensification du harcèlement contre les journalistes sous le gouvernement Milei, RSF a fait une demande pour être partie prenante de la procédure judiciaire en cours, en tant qu'amicus curiae. La demande a été acceptée par la justice argentine. Par cette intervention devant les tribunaux, RSF souhaite apporter une perspective internationale en matière de liberté de la presse, de sécurité des journalistes et de violences sexistes faites aux femmes dans les espaces numériques.

« Les attaques contre Julia Mengolini ne sauraient être considérées comme un différend individuel, ni comme une expression légitime dans le débat public. Ce sont de graves entraves à l'exercice du journalisme. Cette affaire montre comment la violence sexiste en ligne est devenue une forme contemporaine de censure. La création et la diffusion de faux contenus à caractère sexiste et sexuel générés par intelligence artificielle, ainsi que les menaces et les campagnes coordonnées de harcèlement, ne visent pas seulement à nuire à une journaliste. Elles sont conçues pour intimider d'autres femmes qui enquêtent, expriment des opinions ou critiquent le pouvoir, en tant que journalistes. La justice argentine doit examiner ces faits sous l'angle de la liberté de la presse et du genre, et reconnaître que de telles attaques affectent directement le droit à être informé. RSF exhorte les autorités et les plateformes numériques à agir contre la production et la diffusion de deepfakes, en particulier lorsqu'ils sont utilisés pour intimider des journalistes ou les exclure du débat public ».Artur Romeu Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Julia a été nommée au Prix RSF 2026 dans la catégorie Indépendance, qui récompense les professionnels et les organisations résistant aux pressions politiques, économiques et institutionnelles en défense de la liberté de la presse. Cette nomination souligne l'importance du travail de Julia qui, malgré les pressions, a continué à exercer son activité journalistique et à dénoncer les mécanismes de persécution contre la presse.

Escalade des violences en ligne utilisant l'IA

L'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour fabriquer de faux contenus aggrave l'impact de ces campagnes. Dans une analyse de 100 cas de deepfakes qui ont visé des journalistes dans 27 pays entre décembre 2023 et décembre 2025, RSF a constaté que trois quarts des victimes (74%) étaient des femmes et que 13% d'entre elles avaient été ciblées par des deepfakes à caractère pornographique. Le cas de Julia Mengolini y est d'ailleurs inclus afin d'illustrer l'utilisation de tels contenus pour dégrader, intimider et nuire à la crédibilité professionnelle des femmes journalistes. Cette forme d'attaque a également été documentée par RSF dans son étude exclusive intitulée « Le journalisme à l'ère #MeToo » parue en octobre 2024.

Les insultes, la diffamation et les menacesvisant les journalistes et les médias critiques sont devenues monnaie courante sous l'administration de Javier Milei. Ce contexte inquiétant se reflète dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, oùl'Argentine occupe la 98e place sur 180 pays et territoires, soit une baisse de 11 places par rapport à 2025. En 2023, avant l'arrivée au pouvoir de Javier Milei, le pays occupait la 40e place.

https://rsf.org/fr/deepfakes-visant-julia-mengolini-en-argentine-rsf-est-amicus-curiae-dans-ce-dossier-judiciaire-et

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Portugal : Grève générale

16 juin, par Esquerda.net — , ,
Le fort taux de participation à la grève générale a contraint les hôpitaux et les transports à fonctionner en service minimum, arrêté la production dans de nombreuses (…)

Le fort taux de participation à la grève générale a contraint les hôpitaux et les transports à fonctionner en service minimum, arrêté la production dans de nombreuses entreprises et fermé les écoles et les services publics dans tout le pays.

4 juin 2026
Photo et article tirés de N PA 29

La grève générale convoquée pour ce mercredi par la CGTP, avec le soutien de huit syndicats de l'UGT et de nombreux syndicats indépendants, a démarré avec un taux de participation élevé, notamment dans les secteurs des transports, de la santé et de l'éducation.

« C'est une grande grève générale, les données dont nous disposons pour la période de nuit témoignent de la grande disponibilité des travailleurs à faire de cette journée un grand jour de lutte », a déclaré ce matin le secrétaire général de la CGTP devant l'une des écoles de Lisbonne en grève.

D'après les données collectées jusqu'alors, Tiago Oliveira a indiqué aux journalistes que « les hôpitaux fonctionnent en service minimum, dans la collecte des déchets solides urbains le taux de participation a atteint 100 % dans la majorité des districts, les ports de Setúbal et de Sines sont fermés, les transports connaissent un très fort taux de participation dans le métro de Lisbonne, la Transtejo, la Soflusa, la CP et dans le secteur aérien. Et dans l'industrie, nous avons un grand nombre d'entreprises avec une participation à 100 % ou avec la production à l'arrêt. »

Pour le dirigeant de la CGTP, « l'ampleur de cette journée révèle que les travailleurs ont parfaitement conscience de ce qu'est le paquet social », un projet présenté « avec le tampon du 21e siècle et des mesures du 19e siècle ».

Tiago Oliveira n'attend pas du gouvernement qu'il change de cap, car il « a fait preuve d'arrogance et d'autoritarisme dans la façon dont il a conduit le processus », et les déclarations du Premier ministre à la veille de la grève générale « témoignent d'un manque d'humilité et d'une méconnaissance de la réalité ». C'est pourquoi « ce sont les travailleurs qui vont mettre en échec le paquet social ».

À Lisbonne, les syndicats ont annoncé dès le début de la matinée un taux de participation de 100 % dans les hôpitaux São José et São Francisco Xavier, ainsi qu'à l'hôpital São João de Porto et à Coimbra, et de 90 % à l'hôpital Santa Maria.

Les trains de la CP ne circulent qu'en service minimum, tout comme les principales entreprises de transport public où celui-ci a été décrété. Dans l'aviation, les syndicats font état de 500 vols annulés.

À Porto, le secrétaire général de la Fenprof, Francisco Gonçalves, a indiqué que la fermeture de la majorité des établissements scolaires de la ville était attendue. Le paquet social apporte davantage de difficultés pour les personnels enseignants, et le dirigeant syndical pointe en particulier, comme mesure néfaste, l'instauration d'une banque horaire individuelle, qui « serait un désastre absolu dans la vie personnelle des enseignants, déjà suffisamment désorganisée ».

Après avoir participé la veille à des piquets de grève chez Vidralva, à Marinha Grande, et au métro de Lisbonne, José Mhttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=170#anuel Pureza a commencé la journée avec les travailleurs d'Autoeuropa. « La participation est très forte et, Autoeuropa étant très emblématique, c'est un motif d'espoir », a déclaré le coordinateur du Bloco aux journalistes, soulignant que « ce qui est en jeu est décisif pour mettre fin à cette proposition, qui doit être battue politiquement au Parlement ».

Pureza a ajouté que cette grève générale « est une journée très importante et constitue un motif d'immense espoir pour ceux qui refusent que leur vie et leurs salaires se détériorent davantage et que leur temps de travail s'allonge encore ».

Publié le 3 juin 2026 par Esquerda.net

https://inprecor.fr/
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Violences faites aux femmes au Sénégal : entre avancées sociales et pratiques traditionnelles

Malgré les progrès réalisés en matière de protection des droits des femmes, les violences basées sur le genre et certaines pratiques traditionnelles continuent d'affecter le (…)

Malgré les progrès réalisés en matière de protection des droits des femmes, les violences basées sur le genre et certaines pratiques traditionnelles continuent d'affecter le bien-être de nombreuses femmes au Sénégal. Violences physiques, psychologiques, économiques, mariages précoces ou encore excision demeurent des réalités observées dans plusieurs contextes sociaux. Si des initiatives publiques et communautaires ont permis des avancées importantes, des défis persistent, notamment dans certaines zones où les traditions sociales conservent une forte influence.

Tiré de la page web Journal d'Alter

26 mai 2026

photo : Réunion de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines au Mali. source EQUIPOP https://equipop.org/

Par Isboulah Diouf, correspondant du Sénégal

L'ampleur de ces violences continue de susciter des préoccupations. Selon l'Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes (ENR-VFF), réalisée par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) avec l'appui d'ONU Femmes, 31,9 % des femmes âgées de 15 ans et plus déclarent avoir subi au moins une forme de violence au cours des douze derniers mois. Les violences psychologiques figurent parmi les formes les plus fréquemment rapportées.

Des violences aux formes multiples

Les violences faites aux femmes prennent différentes formes et touchent des femmes de tous âges et de toutes conditions sociales. Elles peuvent être physiques lorsqu'elles se traduisent par des agressions ou des coups, psychologiques à travers les humiliations, intimidations ou menaces, sexuelles lorsqu'elles impliquent des actes imposés sans consentement, mais aussi économiques lorsque certaines femmes se retrouvent privées d'autonomie financière ou exclue de certaines décisions importantes au sein du foyer.

Ces violences demeurent peu dénoncées. La peur des jugements sociaux, les dépendances économiques ou encore certaines pressions familiales peuvent expliquer le silence de nombreuses victimes. Cette réalité complique parfois la prise en charge et limite la visibilité du phénomène dans certaines communautés.

Des pratiques traditionnelles encore présentes dans certains milieux

Au-delà des violences directes, certaines pratiques traditionnelles continuent d'avoir des répercussions importantes sur la santé et le bien-être des femmes. Bien qu'elles soient souvent associées à des normes culturelles ou sociales anciennes, plusieurs d'entre elles font aujourd'hui l'objet de débats croissants en raison de leurs conséquences physiques, psychologiques et sociales.

Le mariage précoce ou forcé constitue l'une des préoccupations souvent évoquées. Dans certaines situations, il peut entraîner un abandon scolaire, une dépendance économique accrue ou une maternité à un âge précoce, limitant parfois les perspectives d'autonomisation des jeunes filles.

La question de l'excision, également appelée mutilation génitale féminine, demeure également un sujet sensible au Sénégal. Bien que cette pratique soit interdite par la loi depuis plusieurs années et que des campagnes de sensibilisation aient contribué à son recul, elle reste observée dans certaines localités du pays, notamment dans des zones où elle est perçue comme un rite social ou culturel. Selon l'UNICEF, près d'une femme sur quatre âgée de 15 à 49 ans aurait subi une forme d'excision au Sénégal, avec des disparités importantes selon les régions. Les taux les plus élevés sont signalés dans certaines parties de Kédougou, Sédhiou, Matam, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor.

Cette pratique est souvent justifiée dans certains milieux par des considérations culturelles, familiales ou liées aux traditions. Toutefois, les professionnel.les de santé et organisations de protection des femmes alertent régulièrement sur les conséquences possibles : douleurs importantes, infections, complications pendant l'accouchement, traumatismes psychologiques ou encore effets durables sur la santé reproductive.

Des conséquences importantes sur le bien-être des femmes

Les violences et les pratiques traditionnelles néfastes peuvent avoir des effets considérables sur la vie des femmes. Sur le plan physique, elles exposent certaines victimes à des blessures, des complications médicales ou des douleurs chroniques. Sur le plan psychologique, elles peuvent entraîner un stress prolongé, une perte de confiance en soi ou des traumatismes émotionnels parfois durables.

Les impacts économiques et sociaux demeurent également importants. Une femme confrontée à des violences répétées ou privée d'éducation en raison d'un mariage précoce peut rencontrer davantage de difficultés à accéder à un emploi stable ou à participer pleinement à la vie économique et sociale. Dans certains cas, ces situations contribuent à renforcer les inégalités déjà existantes.

Une mobilisation croissante pour la protection des femmes

Face à ces réalités, plusieurs initiatives sont mises en œuvre par les autorités publiques, les organisations de la société civile et les structures communautaires afin de renforcer la protection des femmes. Les campagnes de sensibilisation, les programmes d'éducation des filles ainsi que les mécanismes d'accompagnement juridique et psychosocial occupent une place importante dans les stratégies de prévention.

Des organisations internationales comme l'UNICEF et le Fonds des Nations unies pour la population soutiennent également des actions de dialogue avec les familles, les leaders communautaires et religieux afin d'encourager l'abandon progressif des pratiques jugées néfastes au bien-être des femmes. Plusieurs estiment que l'évolution durable des comportements repose autant sur l'éducation et la sensibilisation que sur les mesures légales.

La question des violences faites aux femmes et des pratiques traditionnelles néfastes demeure un enjeu majeur de santé publique et de développement social au Sénégal. Si des progrès sont observés grâce aux politiques publiques et aux actions communautaires, certaines réalités persistent encore dans plusieurs contextes sociaux. La poursuite des efforts de sensibilisation, l'accès à l'éducation ainsi que le renforcement des mécanismes de protection apparaissent comme des leviers importants pour améliorer durablement le bien-être et la dignité des femmes.

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Corée du Sud : Samsung a dû payer !

La mobilisation de dizaines de milliers de travailleurs de Samsung Electronics a marqué les esprits, y compris ici en France. 07 juin 2026 Photo et article tiré de NPA 29 (…)

La mobilisation de dizaines de milliers de travailleurs de Samsung Electronics a marqué les esprits, y compris ici en France.

07 juin 2026
Photo et article tiré de NPA 29

Illustration - Samsung a dû payer

Les images de la journée de mobilisation du 23 avril ont montré près de 40 000 travailleurs rassemblés de façon très organisée, presque militaire, comme c'est de tradition pour les syndicats de Corée du Sud.

Ce rassemblement était d'autant plus marquant qu'il avait lieu non pas à Séoul, capitale du pays, mais dans une ville de province où Samsung Electronics a ses sites de production les plus importants. Et, durant quelques heures, notamment dans la division des puces mémoires, la production a largement été bloquée. Suite à cela, le syndicat, qui est en pleine expansion (ses effectifs sont passés de 6 000 à 75 000 syndiqués en sept mois), a adressé un ultimatum à la direction. Il aurait appellé à une grève totale pour dix-huit jours du 21 mai au 7 juin, si la direction n'acceptait pas de négocier le montant d'une prime annuelle de plusieurs centaines de milliers d'euros.

Ce montant est au niveau des profits du groupe et de l'envolée boursière de ses actions. En effet, la spéculation mondiale dans le domaine de l'intelligence artificielle a fait que Samsung a vu sa capitalisation boursière dépasser les mille milliards de dollars et le prix de son action multiplié par six en un an. Avec sa revendication, le syndicat de Samsung Electronics ne faisait d'une certaine manière que revendiquer que les travailleurs qui sont à la source de toute cette richesse ait « leur part du gâteau ».

Du côté patronal et gouvernemental, il y a eu un matraquage pour dénoncer ces travailleurs qui « en demandaient trop ». Le gouvernement démocrate, qui se prétend à l'écoute des salariés, a mis tout son poids contre les travailleurs de Samsung. Mais il faut croire que la direction de Samsung n'avait pas envie qu'une réelle grève éclate et a préféré reculer plutôt que de tenter la confrontation. Une heure à peine avant la fin de l'ultimatum fixé par le syndicat, la direction a fait un pas en arrière. Cela a suffi pour que le jeune syndicat de Samsung Electronics lève son appel à la grève, empêchant les travailleurs de Samsung de mesurer leur force.

Après négociation, une augmentation de salaire de 6,2 % a été obtenue pour l'ensemble des 130 000 salariés de Samsung Electronics. La direction a aussi cédé une prime de près 300 000 euros pour les 28 000 salariés de la division puces mémoire, de 90 000 euros pour les 50 000 autres salariés de la division semi-conducteurs et enfin une de 3 000 euros pour 52 000 autres salariés des divisions téléviseurs et téléphones mobiles. Diviser pour régner, telle a été sa politique ! Et puis, pour plus de 85 % ces primes seront constituées d'actions Samsung Electronics. Ce qui signifie que si demain la bulle spéculative de l'intelligence artificielle éclate et que cette action s'effondre, la prime se dégonflera automatiquement.

Cela dit, le recul de la direction du plus grand trust sud-coréen, réputée très antisyndicale, est une victoire marquante. Et les travailleurs de Samsung Electronics ont pu l'obtenir parce que, en plus de leur propre mobilisation, ils ont bénéficié du contexte créé par les luttes d'autres travailleurs ces derniers mois.

Au mois de janvier, 18 000 conducteurs de bus de Séoul s'étaient mis en grève deux jours, pour des augmentations de salaire. Mais, surtout, il y a eu la grève des camionneurs contre leur statut de travailleurs indépendants, obligés de travailler 70 heures par semaine pour un revenu mensuel d'à peine 1 200 euros après déduction de leurs frais professionnels. Trois jours avant le rassemblement des travailleurs de Samsung, un épisode dramatique a eu lieu lors d'un piquet de grève des camionneurs qui bloquait un entrepôt.

Ce jour-là, la direction de la chaîne de supermarchés pour laquelle ils travaillent a envoyé des briseurs de grève avec un camion bélier pour forcer le piquet. Un gréviste a été tué et la police présente a empêché les autres de porter secours à leur camarade. Sept jours après ce drame, 9 000 camionneurs se sont rassemblés pour dénoncer ce meurtre et continuer leur combat. Cela a fait céder la direction, qui a accordé 7 % de hausse de salaire et quatre jours supplémentaires de congés payés par an. Voilà le contexte dans lequel la grève de Samsung Electronics a eu lieu.

Et, dans ce pays très industrialisé et très ouvrier, où il existe encore, parmi les travailleurs, la mémoire vivante des grandes luttes ouvrières des années 1980 et 1990 contre la dictature militaire et le grand patronat, la classe dirigeante et le gouvernement ont également cette mémoire. Et le montant de la prime accordée à ceux de Samsung Electronics mesure peut-être leur crainte d'un retour de la combativité des travailleurs de Corée du Sud.
Pierre Royan
https://www.lutte-ouvriere.org/

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Le combat pour l’abolition de l’excision en Égypte

Entre un cadre juridique renforcé mais rarement appliqué, une « médicalisation clandestine » qui sécurise les esprits sans réduire les risques et des traditions patriarcales (…)

Entre un cadre juridique renforcé mais rarement appliqué, une « médicalisation clandestine » qui sécurise les esprits sans réduire les risques et des traditions patriarcales qui font de cette pratique une condition de « pureté » et de mariage, le combat pour l'abolition de l'excision en Égypte bute sur un mur culturel. Comment faire respecter la loi, se demande le site « The Conversation », quand la famille devient le premier relais de la mutilation, au nom de l'honneur et de l'intégration sociale ?

Par La rédaction de Mondafrique -27 mai 2026

Imad Khillo

Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d'études et de recherche sur la diplomatie, l'administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

Le 6 février 2026, à l'occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines (MGF, dont l'excision n'est qu'une des formes), une déclaration conjointe de l'Unicef et de l'UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) a rappelé que ces violences concernent des millions de femmes. Chaque année, 4,5 millions de jeunes filles restent exposées au risque de MGF dans le monde, et on estime que plus de 230 millions de femmes et de filles vivantes aujourd'hui ont subi de telles mutilations.

Cette pratique demeure très courante dans plusieurs pays d'Afrique ainsi qu'en Indonésie, en Irak et au Yémen. L'Égypteaffiche l'un des taux les plus élevés du monde : selon les données de l'Unicef, près de 9 femmes sur 10 y ont subi une forme de mutilation génitale.

L'excision est pourtant interdite dans le pays. Mais elle continue de se pratiquer dans des cadres clandestins, ce qui met en lumière les limites des politiques publiques face à des normes sociales profondément enracinées.

Un cadre juridique renforcé, mais limité dans son efficacité

En Égypte, l'excision, principale forme de MGF, constitue une infraction pénale ; elle estinterdite par la loi depuis 2008. Au départ, les sanctions pouvaient aller jusqu'à deux ans de prison et une amende. Face à la persistance de la pratique, les peines encourues ont été alourdies en 2016 : les auteurs risquaient alors entre cinq et sept ans d'enfermement, et les personnes ayant encouragé la commission du crime (par exemple les parents) pouvaient désormais également être sanctionnées.

De nouvelles réformes adoptées au début des années 2020, notamment en 2021, ont encore durci les peines, qui peuvent désormais atteindre jusqu'à vingt ans de prison lorsque l'excision provoque une infirmité permanente ou le décès de la victim

Toutefois, la jurisprudence égyptienne en matière d'excision reste extrêmement limitée et concentrée sur quelques affaires emblématiques. La mort en 2013 de Sohair al-Bataa, âgée de 13 ans, a conduit à la condamnation d'un médecin deux ans plus tard : ce fut la première véritable application de la loi criminalisant l'excision. D'autres affaires, notamment en Haute-Égypte, en 2020–2021, montrent que les poursuites judiciaires interviennent essentiellement en cas de décès, dans un cadre domestique ou médicalisé. Et, malgré le durcissement du droit pénal en 2021, les condamnations restent rares.

Une mobilisation ancienne, des avancées religieuses et institutionnelles

En réalité, la lutte contre l'excision en Égypte s'inscrit dans un processus ancien de mise en avant des droits des femmes dans le débat public. Dès les années 1990 etsurtout dans les années 2000, Suzanne Moubarak, première Dame d'Égypte et présidente du Conseil national de la femme créé en 2000, joue un rôle important dans la médiatisation du sujet. Avec des organisations internationales, elle lance des campagnes dénonçant les mutilations génitales féminines comme une « violence », et non une « pratique culturelle », contribuant ainsi au renforcement de l'interdiction de 2008.

Cette année-là, une évolution importante intervient sur le plan religieux : le grand mufti Ali Gomaa condamne les mutilations sexuelles féminines par une fatwa, tandis quel'université Al-Azhar, qui fait autorité dans l'islam sunnite, affirme que cette pratique n'a « aucun fondement dans la charia ». Ces prises de position participent à la délégitimation religieuse de l'excision : longtemps, certains de ses promoteurs avaient affirmé qu'elle était conforme à l'islam, voire recommandée sur le plan religieux.

L'Église copte orthodoxe (à laquelle se rapportent environ 10 % des Égyptiens) joue également un rôle dans cette dénonciation. Des responsables religieux, comme le pape Shenouda III dans les années 1990 et 2000, expliquent que l'excision ne relève pas de la doctrine chrétienne. Cette position est réaffirmée par le pape Tawadros IIqui, en 2021, soutient des initiatives appelant à l'élimination totale de l'excision et la qualifie de « violation grave des droits humains ».

En 2020, le programme « Safe Women Clinics » a été lancé avec des partenaires gouvernementaux et internationaux dans le cadre de la Stratégie nationale pour les femmes liée aux objectifs de développement durable à l'horizon 2030. Il vise à améliorer l'accès des femmes et des filles à des services de santé adaptés, à mieux prendre en charge les victimes et à prévenir les violences de genre, dont l'excision. Dans ce cadre, l'UNFPA, le Conseil national de la femme et l'hôpital universitaire de Fayoum ont inauguré une nouvelle « Safe Women Clinic » le 10 février 2025.

Malgré ces initiatives, la « médicalisation clandestine » de l'excision reste très préoccupante. Plus de 70 % des excisions en Égypte sont aujourd'hui réalisées – illégalement, on l'aura compris – par des professionnels de santé, souvent dans des cliniques privées. Cette pratique donne une impression de sécurité alors que lesrisques restent graves : infections, complications obstétricales, hémorragies, voire décès de jeunes filles.

Sur le plan médical, les mutilations génitales féminines comprennent plusieurs pratiques non thérapeutiques classées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en quatre types. Le type I correspond à la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du clitoris). Le type II, le plus répandu en Égypte, consiste en l'ablation du clitoris et des petites lèvres, parfois aussi des grandes lèvres. Le type III, ou infibulation, est la forme la plus grave et provoque un rétrécissement presque complet de l'orifice vaginal. Enfin, le type IV regroupe d'autres pratiques comme la perforation, l'incision ou la cautérisation.

Selon l'OMS etl'Unicef, toutes ces formes peuvent entraîner des complications immédiates (douleurs, hémorragies, infections) et des séquelles durables (troubles urinaires, complications obstétricales, traumatismes psychologiques), parfois jusqu'à la mort. Le constat scientifique est sans appel : ces pratiques ne présentent aucun bénéfice médical, mais sont porteuses de très grands dangers.

En outre, la médicalisation de l'excision rend cette dernière plus difficile à détecter et à sanctionner. Car, malgré le durcissement des lois, les poursuites restent limitées : de nombreuses familles hésitent à porter plainte par peur de la stigmatisation, ou parce qu'elles considèrent encore l'excision comme une norme culturelle liée au passage à l'âge adulte féminin.

Ainsi, malgré un cadre juridique qui semble de plus en plus dissuasif, l'excision continue d'être pratiquée dans une relative invisibilité, révélant un écart persistant entre les politiques publiques et les réalités sociales. Cette situation souligne les limites d'une approche essentiellement répressive et met en évidence la nécessité d'un travail plus profond sur les normes sociales et les représentations culturelles qui sous-tendent ce phénomène. Dès lors, il est nécessaire de comprendre les facteurs structurels qui expliquent son maintien.

Une pratique enracinée dans les structures sociales patriarcales

La persistance de l'excision en Égypte s'explique avant tout par des facteurs sociaux et culturels profondément ancrés. Dans de nombreuses familles, elle est considérée comme un rite de passage garantissant la « respectabilité » de la jeune fille et ses chances de mariage. Un cas très récemment médiatisé, le 27 avril 2026, en offre une illustration particulièrement frappante : lors de sa nuit de noces dans un village du gouvernorat de Gizeh, en Égypte, Hind, universitaire de 25 ans, voit son mariage s'effondrerlorsque son mari découvre qu'elle n'est pas excisée. Malgré sa virginité, l'époux refuse de rester avec elle et exige qu'elle subisse une mutilation génitale. Sous la pression familiale (sa mère et sa grand-mère), « craignant la honte », elle est finalement contrainte de subir cette intervention qu'elle avait toujours refusée.

L'excision est en effet étroitement associée à des notions de pureté, de moralité et, surtout, de contrôle de la sexualité féminine, ce qui lui confère une forte légitimité sociale. Elle est ainsi pensée comme un moyen de contenir une sexualité féminine perçue comme « trop forte » ou « difficile à maîtriser », et de préserver la virginité avant le mariage, considérée comme un impératif moral et social dans une société profondément patriarcale.

Cette vision des choses reste particulièrement répandue dans les zones rurales de Haute-Égypte, notamment dans les gouvernorats de Minya, Assiout, Sohag, Qena, Louxor et Assouan, où les taux de prévalence peuvent dépasser 96 %. À l'inverse, dans les grandes villes comme Le Caire ou Alexandrie, les taux sont plus faibles (77 %) grâce à l'urbanisation, à l'éducation et aux campagnes de sensibilisation. Il faut rappeler que la pratique de l'excision remonte à l'Antiquité, bien avant l'apparition des grandes religions monothéistes. Des traces historiques la situent notamment dans l'Égypte ancienne, il y a plus de 2 000 ans, ainsi que dans certaines sociétés d'Afrique subsaharienne et de la vallée du Nil.

Dans ce contexte, les actions menées par l'État, l'OMS et l'UNFPA ont permis certaines avancées, surtout chez les jeunes générations. Le nombre de mères souhaitant faire exciser leurs filles diminue progressivement, même si cette évolution reste lente et inégale selon les milieux sociaux. L'excision demeure difficile à combattre car elle est souvent décidée dans le cadre familial et réalisée dans le cercle domestique, échappant ainsi au contrôle des autorités. Cette réalité est soulignée par uneétude de l'OMS publiée en 2025, qui met en avant le rôle des dynamiques sociales et familiales dans la persistance de la pratique.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le rôle des femmes reste central : ce sont souvent les mères, tantes ou grands-mères qui encouragent l'excision, pensant protéger l'enfant et favoriser son intégration sociale. Cette transmission de génération en génération montre que la persistance de l'excision repose aussi sur l'intériorisation de normes sociales profondément ancrées, tant chez les femmes que chez les hommes, ce qui rend le changement des mentalités particulièrement difficile.

L'émergence timide de la chirurgie réparatrice

Les conséquences dévastatrices de l'excision sont à la fois physiques et psychologiques, ce qui pousse certaines femmes à rechercher des solutions de réparation. Depuis les années 2010, et plus concrètement à partir de 2020, des initiatives de « reconstruction clitoridienne » apparaissent en Égypte.

Au Caire, la clinique Restore FGMa été créée en 2020 par le Dr Amr Seifeldin et la Dr Reham Awwad pour proposer chirurgie, suivi médical et accompagnement psychosexuel. Présentée comme le premier centre multidisciplinaire en Égypte et au Moyen-Orient consacré aux survivantes, cette clinique reste cependant unique et est loin de suffire pour venir en aide aux28 millions de femmes déjà mutilées. L'accès à ces soins demeure limité en raison du coût, du manque de spécialistes et du faible niveau d'information des patientes.

La persistance de l'excision en Égypte montre clairement que la seule réponse juridique reste de loin insuffisante tant que les dimensions culturelles, sociales et économiques ne sont pas pleinement prises en compte. La lutte contre l'excision nécessite un changement durable des mentalités.

Cette socialisation commence dès le plus jeune âge à travers l'éducation, dans un contexte où les manuels scolaires et les contenus pédagogiques peuvent encore véhiculer des stéréotypes sur la pureté ou la sexualité féminine. Par exemple, dans certaines zones rurales, des enseignements traditionnels ou des discours familiaux continuent de présenter l'excision comme une condition de « respectabilité » ou de « bonne moralité » pour les filles.

Dans ce cadre, des actions concrètes continuent d'être mises en place, combinant initiatives internationales et interventions locales. Ainsi, en février 2025, dans le cadre duprogramme conjoint UNFPA–Unicef de lutte contre les mutilations génitales féminines en Égypte, des sessions de sensibilisation ont été organisées dans plusieurs écoles et villages des gouvernorats de Minya et d'Assiout afin d'informer les familles et les élèves sur les risques médicaux et juridiques de l'excision et de déconstruire les normes sociales qui la légitiment. En parallèle, des associations locales, commeTadwein for GenderStudies, poursuivent leurs actions de terrain : en février 2025, cette association a mené des activités de sensibilisation et de formation dans plusieurs communautés du Caire et de ses environs dans le cadre de ses programmes de lutte contre les violences basées sur le genre.

Ainsi, la lutte contre cette pratique, si elle ne peut se limiter à la répression, exige une action collective de long terme impliquant l'État, les communautés, les institutions religieuses et les acteurs de santé, afin que la loi devienne réellement un moyen de protection des jeunes filles. Entre les lois et les silences des traditions, le corps de nombreuses femmes en Égypte demeure un territoire où se joue encore le combat entre héritage culturel et émancipation…
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Un tournant à la « Roe contre Wade » en Inde : une avancée majeure pour les droits reproductifs des femmes

La décision rendue le 24 avril 2026 par la chambre collégiale de la Cour suprême, composée des juges B.V. Nagarathna et Ujjal Bhuyan, dans l'affaire S c. Union indienne, (…)

La décision rendue le 24 avril 2026 par la chambre collégiale de la Cour suprême, composée des juges B.V. Nagarathna et Ujjal Bhuyan, dans l'affaire S c. Union indienne, reconnaissant le droit à l'avortement, constitue un arrêt d'une importance historique pour l'autonomie des femmes et leurs droits reproductifs.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Alors que l'héritage historique de la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade a été enterré aux États-Unis, la chambre de la Cour suprême indienne composée des juges B.V. Nagarathna et Ujjal Bhuyan l'a renforcé.

L'affaire a été portée devant la Cour suprême après que la Haute Cour de Delhi eut rejeté la requête de la mère d'une fille mineure, qui s'était avérée enceinte et souhaitait interrompre sa grossesse. La Haute Cour de Delhi a ordonné à l'AIIMS de Delhi de constituer un comité médical et de rendre un avis. L'AIIMS a constitué un comité médical et a rendu un avis selon lequel la grossesse de la fille mineure de la requérante était à un stade avancé et qu'il ne serait pas sûr, d'un point de vue médical, d'interrompre la grossesse. Au vu de ce rapport médical, la Haute Cour de Delhi a rejeté la demande d'avortement.

L'arrêt rendu en 1973 par la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade, qui accordait aux femmes le droit d'interrompre une grossesse non désirée, est considéré comme une affaire célèbre. L'arrêt Roe c. Wade, tout comme l'arrêt historique Brown c. Board of Education (1954) qui a interdit la ségrégation des enfants noir·es et blanc·hes dans les bus scolaires, sont considérés comme deux arrêts phares rendus par la Cour suprême des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale.

Toutes les administrations républicaines se sont efforcées de démanteler le glorieux héritage de Roe c. Wade en nommant des juges conservateurs:conservatrices à la Cour suprême. Les Églises catholiques ont également lancé une attaque frontale contre cet arrêt. Toutes les nominations proposées par les présidents républicains, de Ronald Reagan à Trump, pour pourvoir les postes vacants à la Cour suprême, visaient à renverser l'arrêt Roe. Mais celui-ci a survécu – et s'est même renforcé – dans l'affaire Casey c. Planned Parenthood (1992), et la juge qui a joué un rôle clé dans la consolidation de l'héritage de Roe était la première femme juge de la Cour suprême, Sandra Day O'Connor.

Mais l'actuelle Cour suprême, après trois nominations effectuées par Trump au cours de son premier mandat, qui ont conduit à une majorité de juges conservateurs/conservatrices au sein de l'instance, a annulé l'arrêt Roe c. Wade dans l'affaire Dobbs c. Jackson en juin 2022.

Alors que la Cour suprême des États-Unis a rejeté le droit à l'avortement en annulant l'arrêt Roe, la Cour suprême indienne, présidée par une femme juge qui deviendra la première femme présidente de la Cour suprême en 2027, a renforcé ce droit.

Ce qui fait de l'arrêt rendu vendredi un jalon historique, c'est le rejet de l'avis du conseil médical de l'AIIMS concernant le stade avancé de la grossesse et de la requête du gouvernement indien visant à prendre en charge l'enfant. Mais la Cour suprême a rejeté sans équivoque tant l'avis médical que la position du gouvernement indien. L'absence de recours dans la loi de 1971 sur l'interruption médicale de grossesse n'a pas dissuadé les juges militant·es de refuser le recours constitutionnel en interprétant la santé reproductive des femmes comme un droit fondamental garanti, en estimant que ce droit constitutionnel ne peut être remis en cause en raison de l'absence de recours légal.

L'arrêt rendu par la juge Nagarathna a été prononcé dans une précipitation extraordinaire en raison de l'urgence considérable de l'affaire ; par conséquent, la formation de juges n'a pas eu l'occasion d'approfondir le débat jurisprudentiel opposant le mouvement pro-vie au libre choix, ni d'ancrer ce débat dans les concepts du droit à la vie privée et de la dignité humaine. J'aurais souhaité que la formation présidée par la juge Nagarathna réserve son arrêt pour approfondir ces questions philosophiques et jurisprudentielles après avoir rendu une brève décision sur le fond. Le concept moderne de dignité est associé à la philosophie novatrice du philosophe moraliste Emmanuel Kant. À l'époque contemporaine, c'est Ronald Dworkin, célèbre théoricien du droit et de la politique de l'université de Harvard, qui a établi un lien entre la notion même de droit et la dignité. Dans son ouvrage majeur, Taking Rights Seriously (Harvard University Press, 1977), Dworkin a théorisé que la reconnaissance du droit conduit à l'égalité et, par là même, à la dignité, et que sans droit, il ne peut y avoir de dignité. Il n'existe pratiquement aucun ouvrage universitaire publié au cours des 50 dernières années dans les domaines de la jurisprudence, de la théorie politique, de la philosophie, de l'économie, voire de la sociologie et de l'anthropologie, qui ne fasse référence à la conception du droit et de la dignité de Dworkin.

L'une des faiblesses de l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe, par ailleurs novateur, était que le droit à l'avortement était fondé sur le droit à la vie privée. Bien que cette approche fût la bonne, elle n'était pas suffisante ; elle aurait dû être renforcée par le droit à la dignité, comme l'a fait la Cour suprême d'Allemagne. En Allemagne, le droit à l'avortement est considéré comme une facette de la dignité humaine. Il n'est donc pas étonnant que le droit à l'avortement ait survécu en Allemagne, alors qu'il s'est effondré aux États-Unis, où ce droit avait pourtant vu le jour.

L'arrêt rendu par la chambre présidée par la juge Nagarathna a ouvert de nouvelles perspectives jurisprudentielles en faisant prévaloir le choix de la femme et son droit reproductif sur l'avis médical et les dispositions de la loi de 1971. En cas de conflit entre l'avis médical et l'autonomie et le choix de la femme, ces derniers l'emporteraient sur le premier. À ma connaissance et d'après mes souvenirs, l'arrêt rendu par la chambre présidée par la juge Nagarathna est peut-être le premier dans lequel l'avis médical est subordonné au choix de la femme et à son autonomie décisionnelle. Jusqu'à présent, dans tous les arrêts relatifs à l'euthanasie et à l'avortement, les avis médicaux étaient considérés comme déterminants. C'est extrêmement libérateur. Ce faisant, l'argument pro-vie, fondé sur le droit du fœtus, a été rejeté de manière retentissante. Le fœtus ne peut revendiquer le droit à la vie, comme l'a justement estimé la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Roe c. Wade. L'arrêt de la juge Nagarathna a déclaré sans ambiguïté que le droit à la vie n'est garanti qu'aux êtres vivant·es et que le fœtus ne peut revendiquer ce droit.

L'arrêt de la juge Nagarathna dans l'affaire S c. Union of India constitue un jalon majeur pour les droits des femmes, voire pour l'évolution du constitutionnalisme. Cet arrêt émancipateur, ainsi que les arrêts tout aussi libérateurs de la Cour suprême dans les affaires K Puttaswamy (considérant le droit à la vie privée comme un droit fondamental) et Navtej Singh Johar (invalidant une partie de l'article 377 du Code pénal indien qui criminalisait les relations sexuelles consenties entre hommes adultes), ont consolidé le droit à la dignité humaine comme l'un des éléments les plus constitutifs de l'ensemble des droits fondamentaux.

Vijay Kumar, 12 mai 2026
Vijay Kumar, avocat principal à la Cour suprême et auteur du livre récemment publié « The Theory of Basic Structure : Saviour of Constitution and Democracy »
https://www.mainstreamweekly.net/article16718.html
traduit par DE

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