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« Nettoyage social » et « pillage » par Coca-Cola : la réalité du Mondial au Mexique
Alors que la Coupe du monde de football débutera le 11 juin dans la capitale mexicaine, de nombreux habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d'accaparement par les géants Coca-Cola et Airbnb.
Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Les militants anti-fifa dénoncent la touristification de Mexico avec la Coupe de monde de football. Au fond, le stade Banorte. Julien Delancourt / reporterre.
Devant l'esplanade fraîchement rénovée du stade Banorte, dans le sud de Mexico, un match de foot un peu particulier s'improvise. Sous les klaxons d'automobilistes agacés de la fermeture d'une portion de l'avenue du stade Azteca — nom original du lieu resté dans l'inconscient collectif —, quelques dizaines de militants ont peint les limites approximatives d'un terrain entre des graffiti « Anti-Fifa ». Aucun arbitre mais, au mégaphone, une commentatrice baptise les deux camps : « l'équipe contre la touristification », face à « l'équipe contre les expulsions ».
Le stade célèbrera le match d'ouverture de la Coupe du monde de football le 11 juin avec l'affiche Mexique-Afrique du Sud. La capitale mexicaine est une des seize villes hôtes de la compétition, organisée conjointement avec le Canada et les États-Unis. Avec 5 millions de touristes attendus à Mexico, le gouvernement y voit une promesse de développement économique et affiche son slogan « Le ballon rentre à la maison » sur tous les lampadaires jusqu'à Guadalajara et Monterrey — les deux autres sièges mexicains du Mondial. Mais de nombreux capitalinos (surnom des habitants de Mexico) ne partagent pas cet enthousiasme.
Le « pillage » par Coca-Cola
« Nous sommes des communautés en résistance », dit Natalia Laratrejo après avoir déserté les cages du stade improvisé. Casquette de la révolution cubaine sur la tête, elle est la coordinatrice du groupe Action communautaire de Santa Úrsula Coapa, quartier collé au stade Azteca. « Les mûrs sont à nous, alors dessinez vos idées pour qu'on les colle à l' “anti-fresque” de la résistance », explique-t-elle au mégaphone.
En plus des matchs de rue, le collectif utilise l'art et les symboles locaux dans sa lutte. Une trentaine de participants est donc invitée à composer une fresque qui sera exposée devant le stade quelques jours avant le début du Mondial, même si ces affichages sont souvent retirés en moins de 24 heures par la police. « On observe un processus de nettoyage visuel et social, alors on apporte un contre-récit, précise Natalia Laratrejo. L'eau est une des principales inquiétudes, donc on met des messages contre le pillage de Coca-Cola, qui a une concession d'eau souterraine pas loin d'ici. »
La marque étasunienne de soda, principale partenaire de la Coupe, est devenue un des symboles du mécontentement. Coca-Cola n'est pourtant pas le seul acteur privé à pomper les sous-sols de Mexico. La société Televisa, détentrice majoritaire du stade Banorte, exploite dans son enceinte un puits de 350 mètres de profondeur. L'eau étant un bien commun, l'entreprise s'est entendue avec le gouvernement local pour en reverser une partie aux riverains. Mais ces derniers s'inquiètent tout de même de l'assèchement de leurs puits.
Un « monstre capitaliste »
Sur un banc en marge du rassemblement, Guadalupe Castillo et María Estela Pérez font les comptes. Les deux voisines habitent Santa Úrsula Coapa depuis plus de trente ans. « Mettons qu'il y ait 100 000 personnes dans le stade [capacité réelle de 87 500], qu'on multiplie par 4 litres d'une chasse d'eau, calcule approximativement María Estela Pérez. Ça fait 400 000 litres par événement ! »
En ajoutant d'autres variables comme l'entretien de la pelouse, les besoins du stade s'élèveraient à plus de 2 millions de litres par match, soit près de la consommation journalière des 11 000 habitants du quartier. « C'est la réalité de vivre près de ce monstre capitaliste », ajoute Guadalupe Castillo.
Si les deux voisines reçoivent suffisamment d'eau en ce moment, leur municipalité aurait averti d'une réduction de l'approvisionnement à partir d'octobre. 83 % des 132 millions de Mexicains expérimenteraient des coupures d'eau à répétition, selon le Congrès international de la durabilité, qui réunit des chercheurs, des experts et des universitaires.
Avec Airbnb, « tout devient trop cher »
Victor, 30 ans, confirme ce constat. Concentré sur son dessin de géranium typique du quartier, il confie que l'eau vient souvent à lui manquer et que les points d'approvisionnement se font parfois siphonner par des camions-citernes privés. Mais son véritable combat, c'est la gentrification : « Les prix augmentent considérablement, s'indigne-t-il. J'ai déjà dû déménager pour aller vers le sud, toujours plus en périphérie parce que tout devient trop cher. » Pourtant fan de foot avec son maillot de l'Argentine floqué de l'iconique numéro 10 de Maradona, Victor déplore l'« industrialisation et la capitalisation » de ce sport.
Au Mexique, la Fédération internationale de football association (Fifa) cristallise des tensions grandissantes qui sont apparues avec le surtourisme. « Ça a explosé depuis la pandémie [de Covid-19], explique Vicente Moctezuma Mendoza, spécialiste de ces questions à l'Université autonome du Mexique. On voit de plus en plus de visiteurs du Nord global, beaucoup de “nomades numériques” en télétravail, qui cherchent à louer pour de courtes périodes. »
« Une explosion des prix du foncier »
Bouleversement de la vie communautaire, interdiction progressive des vendeurs de rue, hausse générale des prix… Souvent qualifié de « nettoyage social », ce processus est bien connu des habitants du centre de Mexico, où certaines zones ont vu les loyers augmenter jusqu'à 70 % en un an. Avec la Coupe du monde, la gentrification s'accélère aussi dans le sud de la ville.
« Après le Mondial au Brésil et les Jeux olympiques de Paris, on a vu une nette augmentation du nombre d'offres sur Airbnb dans ces endroits, observe Vicente Moctezuma Mendoza. On a assisté à une explosion des prix du foncier. » La plateforme de location de logements serait un moteur de la « touristification », une transformation des quartiers populaires en lieux pensés autour du tourisme.
60 expulsions par jour
Si Santa Úrsula Coapa est connu pour être le quartier ayant déjà résisté à deux Coupes du monde (1970 et 1986), la lutte des riverains est constante contre les mégaprojets. Depuis 2021, le groupe Action communautaire se bat contre une extension de 354 000 m² du domaine du stade pour construire hôtels, boutiques et stationnements. Pour les riverains, un tel projet est synonyme de menaces d'expulsion.
Hugo Torres, conseiller municipal de Benito Juárez, un arrondissement du centre de la capitale, affirme que 60 expulsions ont lieu quotidiennement à Mexico. Il a fait de la lutte contre les « cartels immobiliers » sa spécialité. « Tout commence par l'expulsion illégitime et parfois violente d'immeubles, ensuite par un réseau de corruption pour rendre les logements conformes aux plateformes de vente ou de location et cela aboutit à la gentrification. »
Pour le conseiller, il est clair que la plupart des expulsions récentes sont liées au Mondial. La maire de Mexico, Clara Brugada, affiche pourtant sa volonté de développer un « tourisme qui ne serait pas synonyme de déplacements ou d'expulsions ». Plusieurs lois d'encadrement des loyers, dont la hausse est limitée à l'inflation, et de déclaration obligatoire des Airbnb ont récemment été votées. « Il aurait pu y avoir plus de concertation citoyenne, mais c'est encourageant, estime Hugo Torres. On a également réussi à faire condamner certains policiers corrompus. »
Dernièrement, la cheffe du gouvernement capitalino a pourtant davantage communiqué autour d'une campagne, jugée de « cache-misère » par les militants anti-Fifa, visant à repeindre certaines façades et à embellir les rues.
Des tramways flambant neufs ont aussi été mis en service, revêtus de motifs d'axolotl, petit amphibien endémique de Mexico et symbole de la ville. Alors que les tramways s'enchaînent en face du stade, Natalia Laratrejo ne peut s'empêcher d'y voir de l'ironie : « On voit des axolotls peints sur tous les murs alors que son habitat, la zone lacustre, se meurt. » Un énième rappel, selon l'activiste, que ce Mondial est de toute façon inaccessible à la plupart des Mexicaines et Mexicains.

Deux petits livres décapants qui retiennent l’attention
Autour de 100 pages chacun, ils se lisent vite et vont à l'essentiel. Dans des registres parfaitement complémentaires, ils développent des points de vue très argumentés et salutaires. Le premier est de Sophie Bessis, le second a été écrit par Meriem Laribi. L'une décode le consentement occidental aux monstruosités du sionisme tandis que l'autre explique que ce consentement est insupportable pour les colonisés.
Tiré de France Palestine Solidarité.
La civilisation judéo-chrétienne, anatomie d'une imposture [1]
Sophie Bessis est historienne, spécialiste des relations nord-sud. Ancienne rédactrice en chef de Jeune Afrique elle est aujourd'hui chercheuse à l'IRIS. Dans ce livre, elle dénonce un dogme, celui de la civilisation judéo-chrétienne. Ce dogme n'a qu'une quarantaine d'années d'existence, pourtant il a pratiquement réussi à s'imposer comme éternel. Sophie Bessis démontre que cet « accouplement indécent » a pour fonction première de jeter un voile hypocrite sur deux millénaires de haine et de racisme antisémite. Il se fonde sur une double stratégie : soutenir l'État d'Israël en le décrétant définitivement innocent et glorifier le « judéo-chrétien » pour s'exonérer du long passé antisémite occidental. Cette imposture a une deuxième fonction : c'est une machine à expulser l'Orient, et tout particulièrement l'islam (bien qu'il soit la 3e religion du « livre ») en niant les apports de la civilisation arabe à la culture occidentale. L'auteure souligne que le rejet de l'Orient est au cœur de la vision sioniste : le projet de Theodor Herzl était exclusivement européen et méprisait les « juifs arabes », tandis que pour Netanyahou, « l'Europe se termine en Israël », avant-poste de la civilisation contre la barbarie. Comment s'étonner du succès de la formule en occident quand on sait que le refoulé colonial des Européens soutient un État qui les venge de la décolonisation tandis que les USA sont fondés sur l'extermination d'un peuple. Mais pour Sophie Bessis, ce qui est tout autant insupportable c'est la continuation de l'exceptionnalité juive : une fois de plus, le juif n'est pas un être humain normal puisque d'éternel coupable il devient éternel innocent. Elle se réjouit cependant d'un séisme en cours : pour l'opinion internationale, Israël est devenu le bourreau et on assiste enfin à une césure entre le juif et le « néo-hébreu ». Elle utilise ce terme pour différencier l'Israélien et la culture juive, considérant qu'un nombre grandissant de juifs dans le monde dénonce une assimilation identitaire devenue insupportable et rejette Israël, enfermé plus que jamais dans un ethnocentrisme belliqueux. Enfermement qui pourrait signifier à terme la fin d'une vérité alternative : l'imposture judéo-chrétienne.
Palestine, le droit à l'existence [2]
Meriem Laribi, journaliste indépendante, écrit régulièrement dans le Monde diplomatique et Orient XXI. Après Ci-gît l'humanité : Gaza, le génocide et les médias publié en 2025, elle invite dans ce nouvel ouvrage le lecteur européen à décaler son regard. Meriem Laribi a grandi à Alger et est imprégnée du point de vue du colonisé. Dès l'avant-propos elle précise : « les récits familiaux qui ont nourri mon enfance racontaient l'injustice et la ségrégation, la cruauté et le racisme, […] sous le joug colonial ». Pour elle, le postulat de l'État refuge qui justifie que les Palestiniens payent pour ce qui a été fait en Europe est irrecevable. Elle n'est absolument pas opposée à la présence juive en Palestine, mais refuse de toutes ses forces un État colonial. Dès lors, elle s'attaque au dogme politique et médiatique occidental : la « solution à deux États ». Présentée comme LA solution de paix, cette formule valide en réalité la colonisation et rend impossible toute réparation de l'injustice subie par le peuple palestinien. Or, il n'y aura pas de paix possible sans justice, et tant que cet ordre perdurera aucun État palestinien digne de ce nom ne pourra exister. Dans cette perspective, « les juifs israéliens devront renoncer à leurs prérogatives coloniales ou en être déchus par la coercition ». Pour autant, il ne s'agit en rien de « haine des Juifs qu'on voudrait jeter à la mer », car « Israéliens et Palestiniens vivent de fait côte à côte en Cisjordanie, cette situation ne serait donc pas nouvelle ». Simplement, ils auront les mêmes droits. En refermant ce livre on pense à l'Afrique du Sud. Vient alors une question terrible : comment se fait-il que l'occident soit à ce point incapable d'entendre ce point de vue ? Peut-être faut-il lire Sophie Bessis pour le comprendre !
Notes
[1] Sophie Bessis, La civilisation judéo-chrétienne, anatomie d'une imposture, Les liens qui libèrent, décembre 2025
[2] Meriem Laribi, Palestine, le droit à l'existence, Éditions critiques, janvier 2026

Comptes rendus de lecture du mardi 2 juin 2026
Fascisme tranquille
Jonathan Durand Folco
Jonathan Durand Folco nous offre dans « Fascisme tranquille » un essai exhaustif sur la montée de l'extrême droite, de l'autoritarisme et du fascisme dans le monde, et plus particulièrement au Québec, aux États-Unis et en France. Il y analyse les différents stades qui nous mènent – tranquillement – au fascisme et y décrit les impasses de la gauche contemporaine face à cette montée de l'extrême droite. Même s'il m'est parfois apparu trop nuancé quant aux différents stades menant au fascisme, cet essai fait admirablement le tour de la question et nous propose des moyens de résistance réalistes pour affronter cette nouvelle vague autoritaire. Les chapitres sur la guerre culturelle au Québec et le technofascisme aux États-Unis valent grandement la peine d'être lus.
Extrait :
Certes, un régime libéral est préférable à un régime autoritaire, mais cela vaut-il la peine de préserver ce qui « fonctionnait à moitié », en générant de grandes inégalités qui alimentent la crise climatique ? Non seulement ce projet ne risque pas de mobiliser les foules, mais il va maintenir en place les structures de domination et les facteurs qui ont engendré cette récidive fasciste. Pour le meilleur et pour le pire, ce basculement autoritaire est une opportunité pour réinventer en profondeur notre modèle de civilisation, nos institutions, nos imaginaires et nos modes de vie.
Du coeur au combat : Françoise David en cinq temps
Lisa-Marie Gervais
Ce livre m'a été offert pour mon anniversaire, avec plusieurs autres, par nos amis Alain et Hélène. J'ai beaucoup d'estime pour cette grande féministe et femme de gauche qu'est Françoise David, et j'ai donc dévoré ce recueil d'entretiens avec la journaliste Lisa-Marie Gervais. Le premier paragraphe en quatrième de couverture est éloquent à son sujet : « Au Québec, Françoise David fait certainement partie des personnes qui se sont le plus engagées socialement au cours des 50 dernières années. De ses premières luttes dans les quartiers populaires jusqu'aux combats qu'elle a menés à l'Assemblée nationale, son dévouement à la cause des femmes et à la justice sociale est salué de toutes parts. »
Extrait :
Nous sentions que la lourdeur du néolibéralisme et de la mondialisation avait engendré un certain défaitisme. Même si les gens nous trouvaient sympathiques, plusieurs demeuraient sceptiques. Nous devions convaincre l'électorat qu'il est non seulement possible de changer d'horizon politique, mais qu'il est aussi possible d'imaginer un autre monde.
Putain
Nelly Arcan
Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, s'est suicidée par pendaison en septembre 2009. « Putain », son œuvre la plus connue et la plus significative, en partie autobiographique, avait été publiée huit ans plus tôt. C'est le récit fait par une jeune étudiante de son travail d'escorte, de ses relations avec ses clients, ses parents et son psychanalyste. L'auteure y décrit avec lucidité le cercle vicieux de la jeunesse, de la beauté, du sexe, de l'argent pour rester la plus belle, satisfaire les clients et tout le reste. Un livre qui révèle une grande détresse, dont le ton cru et les révélations saisissantes lèvent le voile sur la condition des femmes, de bien des jeunes femmes, dans notre société.
Extrait :
Et je ne saurais pas dire ce qu'ils voient lorsqu'ils me voient, ces hommes, je le cherche dans le miroir tous les jours sans le trouver, et ce qu'ils voient n'est pas moi, ce ne peut pas être moi, ce ne peut être qu'une autre, une vague forme changeante qui prend la couleur des murs, et je ne sais pas davantage si je suis belle ni à quel degré, si je suis encore jeune ou déjà trop vieille, on me voit sans doute comme on voit une femme, au sens fort, avec des seins présents, des courbes et un talent pour baisser les yeux, mais une femme n'est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d'autres, c'est donc toute une armée de femmes qu'ils baisent lorsqu'ils me baisent, c'est dans cet étalage de femmes que je me perds, que je trouve ma place de femme perdue.
Prendre soin
Alain Vadeboncoeur
L'urgentologue Alain Vadeboncoeur, qui s'est toujours fait l'ardent défenseur de notre système de santé public, traite dans ce petit essai publié l'an dernier des nombreux aspects et enjeux de ce système. Il nous y parle de façon simple de l'accès aux soins de santé, de la prévention et du dépistage, des outils informatiques, des médicaments, du financement public, des ententes professionnels du personnel médical… Un bon petit bouquin fort éclairant !
Extrait :
Je ne changerais de métier pour rien au monde, mais je ne suis pas naïf : même si je suis persuadé que la majorité de ce qui se fait dans le système de santé comprend beaucoup plus de positif que de négatif, je vois les problèmes comme tout le monde. Je les vis comme soignant ou en accompagnant des proches malades, je comprends ceux qui critiquent le système et je suis déçu de voir que nous nous éloignons souvent, pour une foule de raisons complexes, des approches qui permettent les meilleurs soins — cela, malgré la bonne volonté des soignants.
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Un Québec pour nous et avec nous !
Le mouvement souverainiste québécois ressemble aujourd'hui à un chantier où tout le monde affirme vouloir construire la même maison, mais où les ouvriers passent désormais plus de temps à débattre de la liste des invités qu'à poser les briques. À force de se soupçonner entre eux, certains semblent avoir oublié qu'à ce rythme, personne n'emménagera avant longtemps.
Autrefois, le Oui était une immense tente. On y trouvait des syndicalistes, des nationalistes, des progressistes, des conservateurs, des rêveurs, des pragmatiques, des gens qui voulaient un pays pour protéger la langue, d'autres pour bâtir une société plus juste. C'était un joyeux bazar idéologique tenu ensemble par une idée simple. On se chicane plus tard. Faisons d'abord le pays.
Aujourd'hui, on a modernisé le concept. On se chicane avant, pendant en prenant le risque de manquer l'après.
Le Oui contemporain est devenu un étrange laboratoire politique où deux tribus se regardent désormais comme des espèces exotiques dans un documentaire animalier. D'un côté, les souverainistes progressistes parlent diversité, inclusion, pluralisme, climat et ouverture. Ils veulent un Québec indépendant, accueillant et tourné vers l'avenir.
De l'autre côté, une frange plus conservatrice et identitaire voit la souveraineté comme un dernier rempart civilisationnel. Le pays n'est plus seulement un projet politique. C'est une forteresse culturelle. On parle davantage d'immigration, de cohésion nationale et de frontières. On défend l'identité avec l'énergie d'un propriétaire qui aperçoit quelqu'un marcher trop près de sa clôture.
Le problème, c'est qu'à force de se définir contre quelque chose, on finit parfois par oublier ce qu'on voulait construire. Cela étant dit, difficile de reprocher aux souverainistes progressistes leur malaise actuel.
Depuis quelques années, certains discours prennent une tournure qui inquiète. Non pas parce qu'il devient illégitime de parler de langue, de culture ou de cohésion nationale. Ces débats sont normaux. Ils sont même essentiels au Québec. Mais parce qu'une partie du discours identitaire semble de plus en plus glisser vers quelque chose de plus anxieux, de plus dur, de plus fermé.
Quand des progressistes lèvent la main pour dire qu'ils perçoivent des réflexes qui flirtent dangereusement avec des imaginaires d'exclusion ou des accents de plus en plus fascisants, on leur répond souvent avec une indignation théâtrale, "Moi. Fermé ? Voyons donc ». Puis le débat sur l'immigration reprend de plus bel.
Le récent rapport de OUI Québec, à la suite de consultations auprès de la société civile, a justement soulevé un malaise difficile à ignorer. Plusieurs participants ont évoqué l'idée qu'une crispation identitaire, notamment autour de l'immigration, complique aujourd'hui la capacité du mouvement souverainiste à rassembler largement.
La réaction du chef du PQ a quelque chose de drôle. Paul St-Pierre Plamondon a expliqué que ce rapport ne concernait pas particulièrement le Parti Québécois. Une prouesse politique fascinante. C'est un peu comme recevoir les résultats d'une prise de sang inquiétante et répondre au médecin, « Je comprends. Mais j'aimerais préciser que ces résultats ne me visent pas personnellement.
À un moment donné, un examen de conscience devient difficile à éviter. Surtout lorsque d'anciens péquistes progressistes eux-mêmes commencent à exprimer publiquement leur inquiétude. Quand ceux qui habitaient la maison disent qu'ils reconnaissent de moins en moins la décoration intérieure, on ne peut pas toujours accuser les voisins d'exagérer.
L'obstination du Parti Québécois et de son chef à maintenir le même ton sur les questions d'immigration risque surtout de confirmer un malaise déjà présent chez plusieurs souverainistes progressistes. Il existe une différence entre protéger une identité et transformer l'inquiétude identitaire en moteur politique permanent.
Et ce n'est pas parce qu'on recrute soudainement une candidate issue de l'immigration maghrébine qu'on règle le problème de fond. Une ouverture politique ne se mesure pas à la diversité d'une affiche électorale, mais à la diversité réelle des idées qu'on accepte d'entendre.
Dans ce cas précis, l'impression laissée est plus ambiguë. Le Parti Québécois n'a pas simplement accueilli une citoyenne ayant un parcours migratoire particulier. Il semble surtout avoir trouvé une voix dont certaines expériences personnelles, certains traumatismes et certaines lectures du vivre ensemble s'inscrivent déjà confortablement dans sa propre vision actuelle de la laïcité et de l'identité. Quand un parti semble chercher moins à élargir sa vision qu'à trouver des preuves humaines qu'il a déjà raison, l'exercice devient intellectuellement curieux pour ne pas dire douteux. S'agit-il réellement d'ouverture ou simplement d'une stratégie consistant à donner un nouveau visage à un vieux discours ? La maison qu'on veut construire ne devient pas soudainement plus accueillante parce qu'on change la personne qui tient la porte. Elle le devient lorsqu'on change aussi la manière de l'ouvrir.
Une nation n'est pas une maison dont on verrouille les portes en regardant nerveusement par les fenêtres. Une nation, c'est une idée collective. Une histoire qu'on propose. Un récit auquel les gens choisissent d'appartenir. C'est peut-être là que les souverainistes progressistes posent aujourd'hui des questions importantes.
Quel est exactement le pays proposé ? Pour construire quoi ? Pour accueillir qui ? Pour rêver quoi ?
Dans mon texte Le goût du pays, publié dans Voir en janvier 2012, je posais déjà quelques questions qui, manifestement, n'ont pas pris une ride. Certaines semblent aujourd'hui encore plus urgentes :
"Comment prétendre renforcer le goût du pays en faisant abstraction de tous les mouvements de libération, de résistance et d'émancipation que tant de nouveaux Québécois portent déjà dans leur mémoire ?
Pourquoi le mouvement souverainiste québécois se nourrit-il si peu de ces histoires, de ces combats et de ces blessures que des milliers de nouveaux Québécois transportent avec eux ?
Dans un contexte où les divisions du camp souverainiste inspirent davantage l'amertume et le cynisme que l'élan collectif, comment transmettre le goût du pays à des gens qui ont parfois connu ailleurs d'autres manières de rêver, de lutter ou de bâtir une nation ?
Quand ce sont parfois des souverainistes eux-mêmes qui infligent les blessures les plus profondes à la souveraineté, comment demander aux autres d'y croire ?
Quand la souveraineté cesse d'être un projet collectif pour devenir une stratégie électorale ou une marque politique, comment demander qu'on la prenne encore au sérieux ?
La crispation identitaire dans laquelle certains souverainistes semblent s'enfermer n'est-elle pas devenue la manière la plus efficace de tuer le goût du pays chez ceux qu'on prétend vouloir rallier ?
Et au fond, la question demeure toujours la même.
Pour qui construit-on un pays ?
Pour NOUS contre les AUTRES ?
Pour NOUS avec les AUTRES ?
Ou pour NOUS avec NOUS, si l'on accepte enfin l'idée que les AUTRES n'ont peut-être jamais été autre chose qu'une autre façon de dire NOUS ? "
Pendant des décennies, le souverainisme cherchait à convaincre le Québec qu'il devait croire davantage en lui-même. Aujourd'hui, certaines voix semblent raconter exactement l'inverse. Le monde extérieur deviendrait une menace permanente. Les nouveaux arrivants représenteraient un problème avant d'être une possibilité. La diversité deviendrait une inquiétude avant d'être une richesse humaine.
À force de parler comme une société assiégée, on finit parfois par agir comme une société qui doute profondément d'elle-même. C'est là que le camp du Non devient presque secondaire dans cette histoire. Parce que le Non observe le spectacle avec le calme d'un spectateur déjà installé au cinéma avec un très grand sac de popcorn.
Pourquoi intervenir quand les adversaires font eux-mêmes le travail ? Pourquoi débattre contre la souveraineté lorsque le Oui organise sa propre guerre civile ?
Le drame, c'est que le Oui semble parfois plus passionné par ses guerres civiles que par son indépendance. Et un mouvement qui passe davantage de temps à débattre de qui appartient au pays qu'à expliquer pourquoi il devrait exister risque un jour de découvrir une vérité douloureuse. On ne perd pas toujours un référendum contre le Non. Parfois, on le perd contre soi-même.
Et peut-être qu'avant même de se demander si le Québec doit se séparer du Canada, une autre question s'impose. Peut-il d'abord se réconcilier avec lui-même ? Peut-il retrouver une certaine sagesse, un équilibre, un compromis valable pour assurer d'abord un vivre-ensemble ? Peut-être que la racine d'une souveraineté ne se trouve pas dans une frontière ni dans un réflexe défensif. Peut-être qu'elle commence dans un effort d'imagination.
Peut-être qu'elle commence dans une ouverture suffisamment grande pour permettre à des gens différents de se reconnaître dans une même histoire.
Le véritable ennemi de la souveraineté n'est peut-être pas le camp du Non. C'est parfois cette étrange haine de soi qu'une partie du mouvement cultive à force de raconter un Québec fragile, menacé, perpétuellement sur le point de disparaître.
Avant de se séparer du Canada, le Québec a peut-être une responsabilité historique plus urgente. Se séparer de ses discours les plus fermés. Parce qu'on ne bâtit jamais un pays avec des portes verrouillées.
Un Québec pour nous et avec nous parce que les autres, c'est nous aussi !
Mohamed Lotfi
27 Mai 2026
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Qui est Sophia Huang Xueqin, la journaliste persécutée qui a contribué à déclencher le mouvement #MeToo en Chine ?
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/30/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persecutee-qui-a-contribue-a-declencher-le-mouvement-metoo-en-chine/?jetpack_skip_subscription_popup
La Chine est la plus grande geôle de professionnels de l'information au monde, avec 121 journalistes actuellement emprisonnés. L'un des cas les plus emblématiques est celui de Sophia Huang Xueqin, qui a passé près de cinq ans dans des conditions de détention extrêmement abusives ayant gravement détérioré sa santé, uniquement pour avoir enquêté sur les violences sexistes et les violations des droits humains. Pour comprendre pourquoi son histoire est si importante, Reporters sans frontières (RSF) s'est entretenue avec une amie proche de la journaliste, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité. Alors que sa date de libération approche, RSF appelle la communauté diplomatique internationale à se mobiliser pour qu'elle retrouve une liberté totale, car elle restera privée de certains droits politiques, notamment de sa liberté de circulation, et continuera à faire l'objet d'une surveillance étroite des autorités.
Figure majeure du mouvement #MeToo en Chine, Sophia Huang Xueqinest depuis longtemps ciblée par les autorités en raison de son travail journalistique. Âgée de 37 ans, elle a commencé sa carrière à l'agence de presse d'État China News Service avant de se tourner vers le journalisme indépendant, pour échapper à la censure étatique. En 2015, elle rejointle Southern Metropolis Weekly, un journal régional de la province du Guangdong réputé pour avoir révélé d'importants scandales politiques et sociaux, en tant que journaliste d'investigation.
« Pour Sophia, le journalisme n'a jamais été simplement un métier, c'était indissociable de son sens du devoir envers les personnes dont elle racontait les histoires », se remémore son amie. En 2018, son enquête intitulée « Une étude sur le harcèlement sexuel des femmes journalistes sur leur lieu de travail en Chine », publiée par le Guangzhou Gender and Sexuality Education Center (GSEC), a apporté des données et des témoignages précis sur les violences sexistes dans le secteur des médias. Elle a ainsi offert une tribune aux victimes et brisé le silence profondément enraciné autour de ces violences, contribuant à accélérer le mouvement #MeToo en Chine. Ses reportages ultérieurs sur le harcèlement sexuel d'une étudiante universitaire ont conduit le ministère chinois de l'Éducation à mettre en œuvre des réformes à l'échelle nationale.
Sophia a compris que son travail journalistique jouait un rôle essentiel dans le soutien aux survivantes de harcèlement sexuel. « Elle passait de longues heures à parler avec les victimes et les intégrait dans des espaces communautaires, tels que des groupes de lecture, ou des événements, afin qu'elles puissent trouver du soutien et de la solidarité », explique son amie.
Détenue, torturée et condamnée pour avoir dit la vérité
Son travail a rapidement provoqué des représailles. Sophia a été arrêtée une première fois en octobre 2019 à Guangzhou, dans le sud du pays, et a étédétenue pendant trois mois sous l'accusation d' « attiser des querelles et de provoquer des troubles à l'ordre public ». La raison ? Sa couverture des manifestations à Hong Kong, dans laquelle elle dénonçait la répression violente exercée par les autorités contre les manifestants. Après trois mois de prison, elle a été libérée sous caution sans qu'aucune accusation ne soit finalement retenue.
En septembre 2021, elle a de nouveau été arrêtée par la police de Guangzhou sous l'accusation « d'incitation à la subversion du pouvoir de l'État », aux côtés du militant syndical Wang Jiabing, depuis libéré. Cetteaccusation est liée aux réunions régulières auxquelles elle participait pour discuter des difficultés rencontrées par la société civile, ainsi qu'à son travail journalistique.
Depuis lors, elle est restée derrière les barreaux et, selon ses proches, les autorités lui ont infligé des méthodes d'interrogatoire brutales, notamment l'utilisation de la « chaise du tigre », un dispositif de torture tristement célèbre. Elle a été placée à l'isolement pendant cinq mois sans accès à ses avocats et a subi des interrogatoires répétés, souvent au milieu de la nuit. Elle a perdu énormément de poids, aurait cessé d'avoir ses règles et souffre désormais d'une grave carence en calcium, d'hypoglycémie et d'hypotension.
Le 14 juin 2024, elle a été condamnée à cinq ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l'État ». Depuis, les autorités maintiennent un secret presque total autour de sa situation – un « silence insoutenable », selon son amie. « C'est quelqu'un qui s'épanouit dans la communication et le lien humain », ajoute-t-elle. « L'absence totale de contact nous inquiète énormément quant à son état de santé. »
Malgré les abus incessants, Sophia n'a pas cédé. « Elle refusait de se laisser intimider », raconte son amie. « Lors des interrogatoires en 2019, lorsque les agents lui disaient qu'elle avait tort, elle répliquait : « En quoi ai-je tort ? Existe-t-il une loi qui stipule cela ? » Elle débattait de justice, de liberté et même de philosophie politique avec les agents de la sécurité d'État. »
Bientôt libérée, mais toujours pas libre
« La peine de Sophia prendra fin le 18 septembre 2026, en tenant compte du temps passé en détention avant le verdict. Toutefois, elle sera privée de ses droits politiques pendant quatre années supplémentaires, notamment de sa liberté de la presse, et de sa liberté de circulation, y compris le droit de voyager à l'étranger. Et elle restera sous surveillance des autorités. Pour des personnes comme Sophia, sortir de prison ne signifie pas retrouver la liberté », explique son amie. « Cela signifie souvent passer d'une petite prison à une plus grande. »
Malgré les risques et la probabilité d'une répression continue, son amie pense qu'elle poursuivra son travail d'information et continuera à tenir le public informé. « Connaissant la résilience, la chaleur humaine et le sens inébranlable du devoir de Sophia, je crois qu'elle trouvera un moyen de continuer, quelle qu'en soit la forme. Elle a déjà montré, à maintes reprises, qu'on ne peut pas la réduire au silence. »
« Malgré une persécution continue, Sophia Huang Xueqin incarne l'esprit du journalisme en transformant les injustices dont elle a été témoin en récits capables de provoquer un véritable changement. Son cas se distingue par son incroyable capacité à dire la vérité au pouvoir, mais il s'inscrit aussi dans une tendance terrible : le Parti communiste chinois cherche systématiquement à réduire au silence des journalistes sérieux et dignes de confiance parce qu'à l'origine de révélations sur les aspects les plus sombres de la société chinoise. Nous appelons la communauté diplomatique internationale à rester vigilante quant à la situation de Sophia Huang Xueqin et à maintenir sa sécurité au premier plan dans les relations avec Pékin, afin d'envoyer un message clair : museler brutalement les journalistes a des conséquences. Elle doit retrouver sa pleine liberté à l'issue de cette condamnation injuste. »Aleksandra Bielakowska Responsable du plaidoyer du bureau Asie-Pacifique de RSF
La répression massive contre la presse chinoise
Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le dirigeant chinois Xi Jinping mène une croisade contre le journalisme, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières du pays, comme détaillé dans le rapport de RSF intitulé « Le grand bond en arrière du journalisme en Chine » paru en 2021. RSF surveille également les efforts du régime visant à imposer le nouvel ordre mondial chinois dans l'espace informationnel international à travers son projet Propaganda Monitor.
La Chine est la plus grande prison du monde pour les journalistes, avec 121 détenus actuellement, et occupe le 178e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.
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La crise des droits des femmes en Afghanistan est une catastrophe humanitaire
Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l'exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu'une urgence. La question n'est plus seulement de savoir comment rétablir ce qui a été perdu, mais de savoir si les systèmes qui dépendaient autrefois de la participation des femmes peuvent encore être reconstruits.
Tiré de The Conversation
Published : May 25, 2026 10.33am EDT
Quel est l'un des pires endroits au monde pour une femme ? L'Afghanistan.
C'est ce que la plupart des gens pensent lorsqu'on aborde la question de la crise des droits des femmes sous le régime des talibans. Mais cela ne reflète qu'une partie de la réalité.
En mettant l'accent sur le mot « droits », on occulte un aspect bien plus grave : la manière dont les gens vivent au quotidien dans ce pays. Ce qui se passe actuellement en Afghanistan n'est pas seulement une crise des droits des femmes, mais une véritable catastrophe humanitaire.
Cela a des répercussions sur l'accès aux soins de santé, à l'éducation, aux systèmes alimentaires et aux aides de base, et remet en question la capacité de ces systèmes à fonctionner lorsque la moitié de la population en est exclue. Les femmes n'ayant qu'un accès limité à l'emploi et aux services, la vulnérabilité économique et sociale des ménages s'en trouve grandement aggravée.
Les talibans ont progressivement écarté les femmes des espaces publics, notamment du monde du travail, des soins de santé et de l'éducation. À titre d'exemple, des travailleuses du secteur de la santé ont récemment été bloquées aux portes d'un bureau des Nations unies et se sont vu refuser l'accès aux locaux par les autorités talibanes.
Le régime actuel met en place un système qui détermine qui a le droit d'exister, de fournir de l'aide ou d'en recevoir.
La situation en Afghanistan ne se limite pas à la discrimination fondée sur le genre, il s'agit de l'exclusion totale d'un genre des systèmes publics. La dure réalité des femmes afghanes est moins un problème social qu'une crise structurelle qui influence les institutions et la vie quotidienne.
Apartheid de genre
C'est la raison pour laquelle on parle de plus en plus d' « apartheid de genre » plutôt que de crise des droits des femmes. L'exclusion des femmes montre la manière dont les institutions sont structurées et dont elles fonctionneront à l'avenir.
Leterme apartheid de genre décrit un contexte dans laquelle des personnes se voient interdire l'accès à certains espaces ou activités en raison de leur identité de genre.
Cette pratique discriminatoire et violente a été largement documentée et relayée par les médias, mais la situation ne cesse de se détériorer.
Ces effets sont en outre cumulatifs, chaque restriction renforçant les autres et aggravant la crise générale. Ces violations systémiques des droits seraient de plus en plus difficiles à inverser, même en cas de changement soudain des instances politiques et du gouvernement en place.
L'exclusion des femmes des milieux professionnels se traduit par une pénurie de personnel enseignant dans les écoles, d'employées qualifiées dans les hôpitaux, et par une perte d'accès pour les réseaux d'aide à la moitié de la population. Cette situation, qui n'a rien de temporaire, restreint la capacité des systèmes à répondre aux besoins croissants de la population.
Lorsque les femmes sont exclues des institutions, le problème ne se limite pas à la dégradation des prestations de services et des performances de ces organismes. Cela entraîne également une perte de mémoire institutionnelle : les compétences, les connaissances professionnelles et l'expérience ne sont plus transmises aux générations futures.
Avec le temps, des institutions diminuent ou suspendent certains services en raison d'une pénurie de personnel féminin. À mesure que les services se réduisent, d'importantes lacunes apparaissent dans les réseaux de soins et de soutien, privant ainsi de nombreux groupes d'un accès à l'aide dont ils ont besoin.
Blocage de l'aide
Le refus des talibans de laisser entrer lestravailleuses dans les bureaux de l'ONU et de l'UNICEF constitue une des nombreuses actions qui empêchent des femmes qualifiées d'accéder à des lieux où elles pourraient apporter des soins et une aide d'urgence.
Cette répression des droits des femmesentrave la fourniture d'un soutien dont la société a désespérément besoin.
Comme les hommes sont limités dans la façon dont ils peuvent venir en aide aux patientesen raison des normes et des restrictions imposées par les talibans, il n'est pas possible de leur confier le soutien offert aux femmes. Cette situation a des répercussions sur plusieurs aspects de l'aide humanitaire, notamment les soins de santé, la distribution alimentaire et les systèmes de protection.
Le poids de ces besoins non satisfaits pèse alors sur les ménages, où les femmes doivent assumer un travail non rémunéré et des responsabilités en matière de soins.
Le régime taliban retarde ou empêche ainsi des interventions vitales pour les femmes et les enfants, ce qui constitue une violation du droit à la vie.
Les femmes se voient non seulement interdire l'accès aux bureaux de l'ONU et de l'UNICEF, mais aussi à d'autres organisations humanitaires, hôpitaux, écoles et institutions publiques, dans le cadre d'une érosion généralisée des droits. Les talibans ont mis en place un réseau de violations des droits de la personne à travers tout le système humanitaire.
L'aide humanitaire dépend également de l'accès à des informations et à des données fiables permettant d'identifier les personnes qui souffrent de la faim, qui sont en danger et qui ont besoin de protection. En Afghanistan, où les femmes sont limitées dans leurs contacts et où le personnel féminin est largement absent des actions de sensibilisation, des enquêtes et des visites à domicile, ces informations sont incomplètes.
Des données incomplètes peuvent entraîner une distribution insuffisante de l'aide et une répartition inadaptée des ressources. Les populations les plus vulnérables peuvent ainsi passer inaperçues dans les évaluations officielles.
Cette invisibilité touche notamment les ménages dirigés par des femmes et ceux vivant dans des zones reculées ou rurales, où l'accès aux services est déjà limité.
Normalisation des crises
Les conséquences de l'apartheid de genre en Afghanistan ne sont peut-être pas visibles pour les gens qui n'y vivent pas, mais le fait est que les systèmes humanitaires vont bientôt s'effondrer.
Les futures générations de femmes professionnelles n'existeront tout simplement pas, car les talibansinterdisent aux filles d'aller à l'école.
Selonl'UNICEF, cette interdiction pourrait coûter à l'Afghanistan 25 000 enseignantes et professionnelles de santé. Dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de se faire soigner par des prestataires de santé masculins, exclure les femmes de l'enseignement et des soins de santé crée une grave crise médicale.
L'expertise universitaire, l'exigence journalistique
Avec le temps, les systèmes seront repensés sans inclure les femmes en tant que professionnelles, alors qu'elles restent au cœur du dispositif en tant que bénéficiaires. Pendant que les discriminations fondées sur le genre entravent la circulation des ressources, des connaissances et des soins, la capacité à fournir des services diminue de jour en jour, malgré la forte demande. De nombreuses femmes sont contraintes de se tourner vers un travail informel, précaire, caché, et exposé à l'exploitation et aux abus.
Reconnaître l'apartheid de genre ne suffira pas à y mettre fin. Nommer cette terreur systémique ne l'éliminera pas, et sans action concrète, l'exposition répétée à la crise peut au contraire la banaliser, en raison d'une usure de compassion. Les organisations humanitaires sont aujourd'hui confrontées à un choix difficile : poursuivre leurs activités dans des conditions restrictives, au risque de les légitimer, ou se retirer et laisser les populations sans soutien.
Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l'exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu'une urgence. La question n'est plus seulement de savoir comment rétablir ce qui a été perdu, mais de savoir si les systèmes qui dépendaient autrefois de la participation des femmes peuvent encore être reconstruits.
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Quand la justice entrave la parole des victimes
Une militante féministe martiniquaise a été condamnée pour diffamation pour avoir relayé des témoignages de violences sexuelles. Un ensemble de féministes et d'organisations la soutiennent et appellent au renforcement de la protection des lanceuses d'alerte et des moyens alloués à la lutte contre les violences, notamment dans les territoires ultramarins.
Tiré de Entre les lignes et les mots
En France, les violences sexistes et sexuelles demeurent massives et largement sous-déclarées. D'après le ministère de l'Intérieur, en 2023, 94 000 plaintes pour viols et tentatives de viols sur des femmes ont été portées devant les forces de l'ordre, et plus de 270 000 plaintes pour violences conjugales. Par ailleurs, les enquêtes de victimation montrent qu'à peine une victime sur dix porte plainte. L'énorme majorité des violences reste donc invisible.
Dans les territoires dits ultramarins, dont la Martinique, ces réalités prennent une acuité particulière. En 2023, pour 360 000 habitants, plus de 1 000 femmes ont déclaré des violences d'après l'OVIFEM, l'observatoire territorial des violences faites aux femmes. Les violences intrafamiliales y sont deux à trois fois plus importantes que dans le territoire national (jusqu'à 2,4 victimes pour 1 000 habitants en Martinique contre 1,4 au niveau national) et 80% des victimes de violences sexuelles intrafamiliales sont des femmes. Ces données, déjà alarmantes, ne reflètent qu'une part des violences réellement subies.
Ce silence généralisé s'inscrit dans un système encore structuré par des rapports de pouvoir et de domination patriarcaux, mais aussi par des inégalités sociales, territoriales et postcoloniales qui renforcent, en contexte ultramarin, les obstacles à l'accès aux droits et à la justice.
Dans ce système, la parole des femmes est plus facilement mise en doute que la réputation des hommes mis en cause.
C'est précisément pour contourner ces freins qu'ont émergé dans les espaces numériques des mobilisations comme #MeToo ou #BalanceTonPorc. Ces initiatives traduisent l'insuffisance persistante des cadres institutionnels à entendre et protéger les victimes. Elles ont permis à certaines femmes de rendre publiques des expériences longtemps tues, de trouver une forme de reconnaissance et soutien, et de rompre l'isolement. Mais cette prise de parole s'accompagne aussi d'expositions multiples (harcèlement, campagnes de discrédit, menaces, répercussions professionnelles, économiques et sociales durables) qui participent à un climat d'intimidation et renforcent le coût de la parole.
Dans notre réalité martiniquaise, la proximité sociale, les réseaux d'interconnaissance et les inégalités d'accès aux ressources renforcent les freins et les coûts potentiels de la prise de parole. Ce qui constitue un obstacle ailleurs devient ici un verrou.
C'est dans ce cadre qu'une militante féministe martiniquaise, connue sous le nom d' « Alfounisme », a été condamnée pour diffamation le 20 avril 2026 par le tribunal correctionnel de Fort-de-France, pour avoir relayé sur les réseaux sociaux des témoignages de violences sexuelles. Cette condamnation intervient alors même que des menaces graves à son encontre ont été signalées et sont restées sans suite.
Au-delà du cadre judiciaire, cette décision envoie un signal grave, adressé à toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, hésitent à parler ou à soutenir. Dans cet espace de tension, l'interdiction de la diffamation joue un rôle structurant. Conçu pour encadrer la liberté d'expression, il peut produire un effet dissuasif lorsqu'il est mobilisé à la suite de prises de parole relatives à des violences sexistes et sexuelles. Sans contester sa légitimité, il convient d'interroger ses effets concrets lorsqu'il s'inscrit dans des rapports sociaux inégalitaires structurels.
Ce phénomène est aujourd'hui documenté à l'échelle internationale sous le terme de procédures-bâillons (SLAPP), reconnues comme un enjeu démocratique majeur. Dès lors, l'enjeu n'est pas seulement de libérer la parole des victimes, mais d'en garantir les conditions d'existence et sa soutenabilité.
Nous sommes face à un mécanisme de dissuasion de la parole, voire de silenciation. Nous assistons à un renversement de la culpabilité : celles qui parlent, ou qui soutiennent, se retrouvent exposées, mises en cause, parfois sanctionnées, tandis que les violences dénoncées peinent encore à être reconnues.
Ces enjeux dépassent largement le territoire martiniquais.
À l'échelle internationale, ONU Femmes souligne que la sous-déclaration des violences constitue un obstacle majeur à leur prévention et à leur sanction.
À l'échelle européenne, la Convention d'Istanbul rappelle l'obligation de garantir un environnement sûr pour les victimes. Dans plusieurs pays, les débats sur les procédures dites « bâillons » illustrent une préoccupation croissante : celle de voir des cadres juridiques instrumentalisés pour dissuader l'expression sur des enjeux d'intérêt public. L'Union européenne a ainsi adopté en 2024 une directive visant à lutter contre les procédures-bâillons (SLAPP), reconnaissant leur effet dissuasif sur la participation au débat public. Toutefois, ce cadre reste partiel et ne couvre pas pleinement les situations nationales ni les spécificités des violences sexistes et sexuelles.
Dans ces conditions, nous, militantes, organisations féministes, associations de terrain et acteur·ices de la société civile, appelons à des mesures concrètes :
– Le renforcement de la protection des victimes et des lanceuses d'alerte qui les soutiennent, notamment par un accès effectif à un accompagnement juridique et psychologique ;
– L'application effective des cadres anti-SLAPP (procédures-bâillons), aux situations de violences sexistes et sexuelles, conformément aux engagements européens récents ;
– L'accès facilité et sécurisé à une aide juridictionnelle pour les personnes poursuivies dans le cadre de prises de parole sur des violences ou des sujets d'intérêt général ;
- Le renforcement des moyens alloués à la lutte contre les violences, en particulier dans les territoires ultramarins ;
Ce qui est en jeu dépasse une situation individuelle.
C'est la possibilité, pour les femmes, de parler sans s'exposer à des représailles, y compris lorsqu'elles agissent par solidarité C'est la capacité de notre société à rendre visibles des violences encore trop souvent invisibilisées.
Car lorsque le coût de la parole devient trop élevé, le silence s'impose.
Et ce silence protège toujours les agresseurs·ses.
C'est une responsabilité des pouvoirs publics et une exigence démocratique.
Liste des premièr·es signataires :
– Béatrice Bellay, députée socialiste de Martinique et féministe
– Sarah Durocher, Co-présidente du Planning Familial
– Nadia Chonville, autrice féministe
– Adeline Rapon, artiste photographe
– Culture Égalité, association féministe de Martinique
– L'Union des Femmes de Martinique
– Karine VARASSE, co-porte-parole des insoumis-es de Martinique
– Lavinia Ruscigni, Directrice d'Antilles & d'Ailleurs, Mouvement du Nid
– Association Information Droits des Femmes Martinique (IDFM)
– Corinne SAINTE–LUCE, membre de la DIRCO de l'association KOUMBIT FANM KARAYIB
– Ornella Cabras, médecin co-responsable et présidente de la Maison des Femmes Martinique
– Marie Ozier Lafontaine, coach et créatrice du podcast « Les voix qui Oz »
– Alexandra Harnais, fondatrice et Directrice Générale de la Fédération Amazones
– Zaka Toto, président de la Fabrique Décoloniale et fondateur de la revue « Zist »
– Association la Fabrique Décoloniale
– Sonia DERIAU-REINE , membre de la direction collégiale du Koumbit Fanm Karayib
– Julienne Traventhal, Présidente de JTA – membre du, Koumbit Fanm Karayib
– Anne-Laure Ferraty, militante féministe
– Annabelle Lengronne, actrice
– Clara Elmira journaliste et présentatrice
– Sharlen Sezestre, militante féministe Black Feminist Fund
– Collectif Nous Toutes Guadeloupe
– Collectif metoo Guadeloupe
– Florence Naprix, Politik féminis
– Laurence Maquiaba, Politik féminis – NousToutes Marne
– Association Féministes contre le cyberharcèlement
– Tsippora, fondatrice de Tant que je serai noire
– Rana HAMRA, Directrice Générale Humanity Diaspo
– Nasteho Aden, Directrice de Carré citoyen
– Noustoustes93Antiracistes
– NousToutes 9-10-18
– NousToutes 49
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La Cour suprême du Canada reconnaissant officiellement un nouveau délit civil lié à la violence entre partenaires intimes
Le 15 mai 2026, la Cour suprême du Canada a rendu son arrêt historique dans l'affaire Ahluwalia c. Ahluwalia, reconnaissant officiellement un nouveau délit civil lié à la violence entre partenaires intimes dans le droit canadien.
Dans un arrêt historique rendu à 6 voix contre 3, la Cour a reconnu que la violence entre partenaires intimes va au-delà des incidents isolés de violence physique et inclut le contrôle coercitif, la violence psychologique, les restrictions financières, l'intimidation, la surveillance et les comportements dominateurs qui portent atteinte à l'autonomie et à la dignité de la survivante.
Pour les femmes musulmanes, cette décision revêt une importance capitale.
Au Conseil canadien des femmes musulmanes, nous savons que de nombreuses femmes musulmanes victimes de violence conjugale se heurtent à des obstacles multiples et croisés lorsqu'elles cherchent à obtenir justice. Les survivantes peuvent être confrontées à la stigmatisation culturelle, à la dépendance financière, à l'insécurité liée à l'immigration, aux barrières linguistiques, à l'isolement communautaire, à l'islamophobie et à la crainte des systèmes institutionnels qui ont historiquement failli aux communautés racialisées et musulmanes. Trop souvent, les abus psychologiques, coercitifs, spirituels ou liés au contrôle financier sont minimisés parce qu'ils ne correspondent pas à une conception étroite de la violence.
Cette décision change la donne.
En reconnaissant les comportements coercitifs et dominateurs comme un préjudice juridique distinct, la Cour suprême a validé les réalités vécues par d'innombrables victimes dont les expériences étaient auparavant difficiles à cerner dans les cadres juridiques traditionnels. La Cour a affirmé que la violence entre partenaires intimes est souvent cumulative, répétitive et ancrée dans le pouvoir et le contrôle, des réalités que de nombreuses femmes musulmanes et victimes issues de minorités ethniques identifient depuis longtemps, mais qu'elles peinaient à faire reconnaître officiellement au sein du système juridique.
Cette décision pourrait avoir un impact transformateur pour les femmes musulmanes en :
• élargissant les voies de recours civil contre les partenaires violents ;
• reconnaissant les formes non physiques de violence, y compris le contrôle coercitif et la manipulation financière ;
• renforçant une compréhension de la violence centrée sur les survivantes au sein du droit canadien ;
• aidant les tribunaux à mieux comprendre les dynamiques systémiques et relationnelles de la violence ;
• encourageant des approches de la justice plus adaptées à la culture et tenant compte des traumatismes.
Le Conseil canadien des femmes musulmanes salue le courage de Kuldeep Kaur Ahluwalia, dont l'affaire a redéfini le droit canadien et créé un précédent important pour les survivantes à l'échelle nationale. Nous rendons également hommage aux décennies de mobilisation menées par les organisations féministes, les défenseurs de la lutte contre la violence, les juristes et les survivantes qui ont fait pression pour que le système juridique évolue en réponse aux réalités de la violence conjugale.
Bien que cette décision représente un progrès significatif, la reconnaissance juridique seule ne suffit pas. Les survivantes, en particulier les femmes musulmanes, immigrées, noires, autochtones et racialisées, doivent également avoir accès à une représentation juridique abordable, à des soutiens adaptés à leur culture, à un logement, à des services tenant compte des traumatismes subis et à des protections communautaires.
Le CCMW reste déterminé à militer en faveur de réponses centrées sur les survivantes, équitables et accessibles face à la violence sexiste partout au Canada.
*-*
Notre action
Au Conseil canadien des femmes musulmanes, notre action vise à promouvoir l'équité, la justice et l'égalité des chances pour les femmes et les filles musulmanes partout au Canada. Grâce à des projets de recherche nationaux, des programmes menés par les communautés, des initiatives de plaidoyer et des actions de sensibilisation du public, nous nous attaquons aux obstacles systémiques dans les domaines de l'emploi, de la sécurité, du leadership et de la participation civique, créant ainsi un impact durable tant au niveau local qu'au niveau des politiques publiques.
Nos projets ont touché des milliers de membres de la communauté à l'échelle nationale, ont soutenu les survivantes grâce à des ressources adaptées à leur culture et ont éclairé les politiques publiques par le biais de recherches fondées sur des données probantes et d'actions de plaidoyer.
À notre sujet
Le Conseil canadien des femmes musulmanes (CCMW) est une organisation qui se consacre à l'autonomisation, à l'égalité et à l'équité de toutes les femmes musulmanes au Canada. Notre mission consiste à affirmer l'identité des femmes musulmanes canadiennes et à promouvoir leurs expériences vécues par le biais de l'engagement communautaire, des politiques publiques, de la mobilisation des parties prenantes et d'une sensibilisation accrue aux injustices sociales que subissent les femmes et les filles musulmanes au Canada, tout en défendant leurs divers besoins et en dotant les sections locales du CCMW des ressources nécessaires pour maximiser les efforts nationaux et mobiliser les communautés locales afin qu'elles se joignent au mouvement.
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Mission d’information sur le coût des violences sexistes et sexuelles et l’accompagnement des victimes
Le Syndicat de la magistrature a été entendu le 30 avril 2026 par la mission d'information de l'Assemblée Nationale sur le coût des violences sexuelles et sexistes et l'accompagnement des victimes.
Tiré de Entre les lignes et les mots
12 mai 2026
Notre organisation syndicale a été la seule a directement interrogé l'institution judiciaire sur son propre rapport aux violences sexuelles et sexistes dans le cadre d'une enquête qu'elle a réalisée auprès des magistrat·es [1].
Lors de notre dernier Congrès en 2024, nous avons voté une motion sur l'orientation féministe du Syndicat de la magistrature et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en ces termes : Le SM « lutte contre les violences sexistes et sexuelles en tant que manifestation des rapports de domination systémiques que notre organisation s'attache à dénoncer depuis sa création ».
Il nous apparaissait indispensable de le rappeler car l'approche féministe est nécessaire pour analyser le phénomène des violences sexuelles et sexistes sous le prisme des dominations de genre.
Si des progrès ont été réalisés ces dernières années dans le traitement des violences intrafamiliales et notamment des violences conjugales, de nombreuses améliorations sont encore largement possibles pour que la réponse judiciaire soit à la hauteur de l'ampleur du phénomène.
Rappelons en effet, que les infractions d'agression sexuelle et de viols sont très largement classées sans suite (83% dans les affaires d'agression sexuelle, 94% pour les viols [2]), la plupart au motif que l'infraction est insuffisamment caractérisée.
Il y a également lieu de souligner que la mobilisation, certes indispensable, de l'institution judiciaire en matière de VSS demeure nécessairement insuffisante, puisque la justice intervient par essence trop tard, lorsque tous les dispositifs de prévention en amont ont échoué. Il est donc essentiel de développer une vision politique globale pour lutter efficacement contre le phénomène par l'investissement dans une réelle politique publique de prévention des violences intrafamiliales et l'engagement d'un profond changement sociétal qui reposerait sur des politiques publiques volontaristes (en matière d'éducation, de prévention, de formation, d'accueil des victimes).
Enfin, le Syndicat de la magistrature estime que l'amélioration du traitement des VSS ne doit pas passer par une nouvelle modification de la loi pénale en la matière venant aggraver la répression de ces faits mais par une allocation significative de moyens dédiés ainsi qu'une véritable volonté politique de priorisation de traitement de ces procédures et de formation de l'ensemble des acteur·rices en la matière.
[1] Note sur les violences sexuelles et sexistes au sein de la magistrature, décembre 2024.
https://www.syndicat-magistrature.fr/toutes-nos-publications/nos-guides-et-livrets/note-vss-2024/
[2] Note de l'institut des politiques publiques, N°107, avril 2024, Maëlle Stricot, ISSN1959-0199
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Les températures devraient se situer « à des niveaux records ou proches de ceux-ci » au cours des cinq prochaines années
La moyenne des températures de surface jusqu'en 2030 devrait dépasser l'objectif de 1,5°C
Tiré de A l'Encontre
28 mai 2026
Bilan de l'Organisation météorologique mondiale.
Paru sur le site Climate & Capitalism
Le Bilan climatique mondial annuel et décennal (WMO Global Annual to Decadal Climate Update 2026-2025) est publié chaque année par l'Organisation météorologique mondiale (WMO). Il présente une synthèse des prévisions mondiales annuelles à décennales établies par le WMO et d'autres centres contributeurs.
Le dernier rapport, publié cette semaine, indique que les températures moyennes mondiales devraient se maintenir à des niveaux records ou proches de ceux-ci au cours de la période quinquennale 2026-2030. La température moyenne mondiale à la surface du sol, calculée en moyenne annuelle pour chaque année entre 2026 et 2030, devrait être supérieure de 1,3°C à 1,9°C à la moyenne préindustrielle de la période 1850-1900.
Parmi les autres prévisions, on peut citer :
. Il est très probable (91% de probabilité) que la température moyenne mondiale à la surface dépasse de 1,5°C les niveaux moyens de la période 1850-1900 pendant au moins une année entre 2026 et 2030. Il est également probable (75% de probabilité) que la moyenne sur cinq ans de la période 2026-2030 dépasse de 1,5°C la moyenne de 1850-1900.
. Il est probable (86% de probabilité) qu'au moins une année entre 2026 et 2030 établisse un nouveau record annuel (actuellement 2024). Il est extrêmement improbable (<1 %) qu'une année quelconque dépasse 2°C de réchauffement au cours des cinq prochaines années.
. La température moyenne prévue sur cinq ans dans la région Niño 3.4 dans l'océan Pacifique par rapport à l'ensemble des tropiques indique une prédominance des conditions El Niño, en particulier en 2027 et 2028.
. Les températures arctiques au cours des cinq prochains hivers prolongés (novembre-mars) devraient être supérieures de 2,8°C aux températures moyennes de la période 1991-2020, soit une anomalie plus de trois fois et demie supérieure à celle de la température moyenne mondiale sur la même période.
. Les prévisions décennales de la température près de la surface pour 2026-2035 sont similaires à celles observées dans les projections climatiques. Cependant, les prévisions indiquent des anomalies de réchauffement plus importantes que les projections au-dessus de l'Amazonie, de l'Afrique du Nord, du nord de la Scandinavie et de la mer du Groenland.
. Les prévisions concernant la banquise arctique pour mars 2026-2035 suggèrent de nouvelles réductions de la concentration de la banquise dans la mer de Barents, la mer de Béring et la mer d'Okhotsk.
. Les régimes de précipitations prévus pour mai-septembre 2026-2030 suggèrent que des anomalies humides au Sahel, en Europe du Nord, en Alaska et en Sibérie, ainsi que des anomalies sèches au-dessus de l'Amazonie, sont plus probables au cours de cette saison.
Des prévisions régionales sont établies pour toutes les régions de la WMO. À titre d'exemple, les hivers récents ont été anormalement secs dans la région de l'Europe du Sud-Est selon le SEECOF. La prévision régionale suggère que la période 2026-2030 devrait à nouveau connaître des précipitations anormalement élevées. (Article publié sur le site Climate & Capitalism le 28 mai 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
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