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L’usine Northvolt ou la puissance de l’industrie automobile

13 février 2024, par Colin Pratte — , , ,
D'ici 2035, la vente de voitures à essence sera interdite au Québec, tout comme dans plusieurs juridictions du monde. La survie de l'industrie automobile dans une planète en (…)

D'ici 2035, la vente de voitures à essence sera interdite au Québec, tout comme dans plusieurs juridictions du monde. La survie de l'industrie automobile dans une planète en transition dépend de sa capacité à créer et entretenir le mythe de la voiture électrique verte. À ce jour, l'industrie peut crier victoire, comme en témoigne au Québec la pluie de fonds publics que reçoit la filière batterie de même que l'absence de toute évaluation environnementale digne de ce nom par le biais d'un BAPE pour les projets liés à cette industrie. Quels sont les leviers qui permettent à l'industrie automobile de continuer de structurer et d'infléchir les systèmes de mobilité à travers le monde ?

9 février 2024 |tiré de la lette de l'IRIS
https://iris-recherche.qc.ca/blogue/environnement-ressources-et-energie/puissance-industrie-automobile/?utm_source=Liste+de+diffusion&utm_campaign=3b3a0a42c5-INFOLETTRE+du+vendredi_membre&utm_medium=email&utm_term=0_831b3c6b78-3b3a0a42c5-126405189

Les leviers économiques

Le poids économique de l'industrie automobile mondiale est considérable. Elle compte pour 3,65% du PIB mondial. Les quelque 85 millions de nouvelles voitures produites dans le monde chaque année stimulent entre autres l'extraction minière et la production d'énergie fossile et électrique. Avec sa production annuelle d'environ 1,5 million de voitures, le Canada est un chef de file de l'industrie automobile. Exportant 95% des véhicules assemblés au pays, le Canada a été le troisième pays exportateur d'automobiles durant la période 1997-2016, derrière le Japon et l'Allemagne, mais devant les États-Unis. Évidemment, l'importante contribution économique d'une industrie est souvent tributaire d'un appui politique à son modèle d'affaires.

Les leviers fiscaux

Le processus d'électrification de l'industrie automobile donne à voir la capacité historique de ce secteur à se ménager un cadre fiscal hautement favorable. À elles seules, les usines de batteries de Volkswagen et de Northvolt, affiliée à Volvo, cumuleront des subventions publiques de près de 25 milliards $. En retour, les entreprises multinationales de cette industrie n'hésitent pas à élaborer des stratégies d'évitement fiscal. Par exemple, le groupe Volkswagen a déclaré dans les 10 dernières années 18,7 milliards $CAN de profits nets au Luxembourg, diminuant ainsi ses contributions fiscales aux trésors publics des pays où elle mène des activités réelles.

Les impôts impayés de cette industrie s'ajoutent à tous les manques à gagner fiscaux qui découlent de la diminution de moitié du taux d'imposition des entreprises au Canada depuis les années 1980. Cette tendance amenuise la capacité financière des États à investir dans des infrastructures de transition, par exemple des projets de transport en commun structurants. En parallèle, le gouvernement semble prendre désormais l'habitude de recourir à la Caisse de dépôt et placement pour financer ses projets de transport en commun, tout en soutenant généreusement le transport par automobile par le biais des subventions à l'achat de voitures électriques. Celles-ci grimpent à 12 000 $ en comptant la part du palier fédéral. Autrement dit, la faiblesse du développement du transport en commun au pays soulage l'industrie automobile d'une concurrence accrue, tandis que les subventions publiques à l'achat de voitures électriques pérennisent l'hégémonie du transport de personnes par automobile.

Les leviers socioculturels

La voiture représente beaucoup plus qu'un moyen de transport. Elle renvoie à une planification spécifique de nos milieux de vie tout en symbolisant la réussite pour qui parvient à se procurer le modèle dernier cri. Les publicités qui assaillent l'espace public et médiatique en chantent les louanges et participent à sa diffusion et à sa légitimité. Le triomphe de l'automobilité se vérifie par le taux de voitures par habitant au Québec, qui a presque triplé depuis les années 1970. À l'inverse, la part modale du transport en commun plafonne ou diminue, ce qui affecte son développement. On dénombre par exemple 7 fois moins de départs d'autocars interurbains privés au Québec en 2023 qu'en 1981, l'offre ayant fondu de 85%.

Les leviers politiques

L'évolution récente de l'industrie automobile montre que celle-ci a les coudées franches pour créer des modèles de véhicules toujours plus sophistiqués et profitables, mais non moins dommageables pour l'environnement : le poids médian du parc automobile du Québec est 30% plus élevé qu'en 1990 ; la proportion des voitures de luxe du parc automobile est passée de 2% à 7,1% depuis l'an 2000 ; les « avancées » technologiques proposées par les départements de recherche et développement des fabricants automobiles, telles que la voiture sans conducteur ou l'introduction de l'intelligence artificielle comme façon de « redéfinir notre relation avec la voiture », ne rencontrent aucune limite. Le contrôle politique de cette industrie est absent, alors que d'un point de vue écologique, les seuls modèles de voiture circulant sur les routes devraient être issus d'une planification écologique animée par la sobriété et l'atteinte minimale à l'environnement.

Quelle voie de sortie ?

L'industrie de la voiture électrique est en plein essor et entend bien enfermer les systèmes de mobilité du monde dans l'automobilité pour un siècle supplémentaire. L'Agence internationale de l'énergie prévoit qu'en 2030, 90 % des batteries produites dans le monde alimenteront des automobiles individuelles et seulement 3,5 % propulseront des autobus. La voiture électrique n'est toutefois pas plus durable. Sa production requiert trois fois plus de ressources naturelles que la voiture à essence. Les minéraux rares et polluants à extraire ainsi que les usines de batteries entraînent des problèmes écologiques tout aussi préoccupants que le réchauffement planétaire. De plus, 71% de la production mondiale d'électricité est toujours issue de sources non renouvelables. Même si l'industrie automobile pèse de tout son poids économique, politique, fiscal et culturel pour repousser le moment inévitable de son dépassement, le déplacement massif par automobile est une parenthèse historique appelée à se refermer tôt au tard.

Institut Lemkin pour la prévention du génocide : Déclaration sur les récentes menaces sur l’UNRWA et sur le passage d’une possible complicité à un engagement direct dans le crime de génocide contre les Palestiniens de la part de plusieurs pays.

L'Institut Lemkin pour la prévention du génocide est profondément préoccupé par la décision d'une coalition de plusieurs nations – les États-Unis et l'Allemagne, de concert (…)

L'Institut Lemkin pour la prévention du génocide est profondément préoccupé par la décision d'une coalition de plusieurs nations – les États-Unis et l'Allemagne, de concert avec l'Australie, l'Autriche, le Canada, l'Estonie, la France, l'Irlande, l'Italie, le Japon, les Pays-Bas, la Roumanie, la Suisse et le Royaume Uni – de suspendre le financement de l'Agence des Nations Unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens de 1948 et leurs descendants UNRWA).

Cette grave escalade dans la crise à Gaza intervient à la suite du premier jugement de la Cour Internationale de Justice en application de la Convention sur la Prévention et la Punition du Crime de Génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud vs Israël), dont nombreux sont ceux qui en espéraient un ralentissement du génocide. De plus, ce jugement représente un changement de la part de plusieurs pays d'une possible complicité dans le génocide à une implication directe dans la construction de la famine. C'est une attaque sur ce qui reste de sécurité personnelle, de liberté, de santé et de dignité en Palestine.

L'Institut Lemkin pour la Prévention du Génocide (LIGP) reconnaît que cette décision peut avoir été prise à la hâte ou sans que les dirigeants nationaux n'aient été correctement conseillés et, si c'est le cas, nous incitons à une inversion. Si aucune inversion ne s'annonce, nous condamnons la décision de priver l'UNRWA de financement et, ce faisant, nous nous joignons à un consensus croissant de professionnels du droit international et de spécialistes du génocide qui mettent en avant que cette action équivaut à une participation accrue au génocide en cours des Palestiniens à Gaza et constitue à la fois une violation du récent jugement de la CIJ et des responsabilités des nations participantes sous l'égide de la Convention pour la Prévention et la Punition du Crime de Génocide (« la Convention sur le Génocide »). Nous avertissons en outre que le retrait du financement octroyé à l'UNRWA agit comme un point d'appui pour la diffusion d'actes génocidaires contre les Palestiniens de Gaza à d'autres zones critiques, où la vie des Palestiniens est mise en danger. En période de famine, procéder à une annulation permanente ou à une pause dans le financement place potentiellement en violation de la Convention sur le Génocide, des États qui ont précédemment versé des fonds.

Le 26 janvier 2024, l'UNRWA a annoncé avoir reçu et accepté des affirmations sérieuses de la part d'Israël à propos de 12 membres de son personnel. Ces allégations, basées sur diverses formes de renseignement, dont des interrogatoires, avançaient que ces membres du personnel avaient des liens avec le Hamas et d'autres organisations islamistes et avaient été impliqués dans les attaques du 7 octobre. La direction de l'UNRWA a immédiatement licencié 9 de ces membres du personnel. L'un d'eux est décédé. L'identité de deux autres est en attente de clarification. L'UNRWA a instamment demandé des comptes, envisagé des poursuites et engagé une enquête officielle. Plusieurs nations ont répondu aux affirmations d'Israël en retirant leur financement promis à l'ensemble de l'organisation – soit un retrait immédiat de centaines de millions de dollars pouvant aller jusqu'aux deux-tiers du budget total de l'UNRWA. L'UNRWA emploie environ 30 000 personnes en Palestine, dont approximativement 13 000 à Gaza. Actuellement, 10 000 membres gazaouis du personnel de l'UNRWA sont dans l'impossibilité de travailler pour cause d'invalidité ou de déplacement dû aux bombardements d'Israël sur Gaza ; le retrait de ce financement aux 3 000 travailleurs clé restants va conduire à un effondrement opérationnel .

La menace sur l'aide humanitaire de l'UNRWA est sans précédent et donc choquante. Comme le remarque le Commissaire Général de l'UNRWA, son agence a pris rapidement des mesures pour écarter les employés accusés et a commencé une enquête minutieuse par le canal approprié : le Bureau de Contrôle des Services Internes de l'ONU (OIOS en anglais, BCSI en français). Aussitôt, une coalition d'organisations d'aide humanitaire essentielles et respectées – dont Sauvez les Enfants, AFSC, Oxfam et des sections importantes de Médecins du Monde de France, de Suisse, du Canada et d'Allemagne (chacune incitant son gouvernement à revenir sur sa décision) – ont exprimé leur colère aux États donateurs et averti que le retrait de ces fonds menace l'alimentation et la mise à l'abri de plus d'un million de personnes. Les dommages d'une pause dans le financement seront irréparables. Il est en outre choquant que les médias internationaux n'aient pas réagi à ces menaces en lançant une alerte. L'Institut Lemkin exhorte les journalistes et les rédacteurs à rendre des comptes robustes des dimensions humanitaires et juridiques d'un retrait de l'aide humanitaire aux Palestiniens.

Ce n'est pas la première fois que le financement de l'UNRWA est suspendu, mais le retrait actuel est constitutivement différent des suspensions précédentes, non seulement par ses conséquences mais aussi par son caractère. Au titre des suspensions temporaires précédentes du financement de l'UNRWA figure la décision abrupte de l'administration Trump de retirer son aide en 2018, largement considérée comme une tactique de négociation grossière et ratée pour faire pression sur les négociateurs palestiniens afin qu'ils renoncent au Droit au Retour, un droit garanti à tous par nombre d'éléments fondateurs du droit international humanitaire (DIH en français, IHL en anglais), la Quatrième Convention de Genève, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Pacte relatif aux Droits Civils et Politiques et la Convention Internationale pour l'Élimination de Toutes les Formes de Discrimination Raciale, qu'Israël a signées et ratifiées. Cette suspension de l'État donateur a été annulée par le Secrétaire d'État des États-Unis, Anthony Blinken qui, à l'époque, a reconnu la nécessité de financer l'UNRWA pour « l'espoir et la stabilité » de « 500 000 garçons et filles palestiniens ». Les Pays-Bas, la Suisse et la Nouvelle Zélande ont aussi suspendu temporairement leur financement en 2019 – ces suspensions sont apparues comme faisant partie d'une enquête sur la corruption correctement menée, déclenchée par un rapport interne sur l'éthique de l'UNRWA et liée à la mise en œuvre de recommandations du BCSI de l'ONU. Ces circonstances sont certes tellement clairement différentes que la Nouvelle Zélande elle-même reconnaît la différence et que, malgré un compte rendu initial incorrect, elle va poursuivre son accord de financement actuel de trois ans jusqu'en juin pendant l'enquête du BCSI. L'ancien première ministre néo-zélandaise, Helen Clark a directement répondu aux rapports sur la décision de ses collègues australiens de suspendre leur aide en répétant : « Ce n'est pas le moment de suspendre le financement », et en qualifiant cette décision de tentative inappropriée de mutiler financièrement l'UNRWA, par des « impacts dévastateurs pour les familles vivant à Gaza ».

Comme le note Francesca Albanese, Rapporteure Spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés, si ces actions sont effectivement menées, elles « seront ouvertement un défi aux mesures préventives ordonnées dans la procédure Afrique du Sud contre Israël – et entraîneront soit « des obligations juridiques, soit la disparition du système juridique international ». L'avocat international Francis Boyle, conseil dans la procédure 91 à la CIJ (Bosnie et Herzégovine contre Serbie et Monténégro), qui a assuré la mise en œuvre des mesures destinées à empêcher un génocide contre les Musulmans de Bosnie, a immédiatement publié une déclaration dont voici un extrait :

(si ces actions sont menées à bien), le cas n'est plus celui d'États qui aident et encouragent le génocide israélien contre les Palestiniens en violation de l'article 3 (e) de la Convention sur le Génocide qui incrimine la « complicité » de génocide. Ces États violent également directement l'article 2 (c) de la Convention sur le Génocide : « infligeant délibérément au groupe concerné des conditions de vie calculées pour conduire à sa destruction physique totale ou partielle… »

Le Dr Alonso Gurmendi Dunkelberg, expert international de l'Université d'Oxford, a fait remarquer que dans la décision récente de la CIJ, la majorité a estimé que des mesures préventives étaient justifiées et que des actes génocidaires doivent être traduits en justice « précisément (parce que) Israël sait que ses restrictions d'aide humanitaire infligent des conditions de vie qui conduiront à la destruction physique d'innombrables Palestiniens ». Il établit en outre que ces menaces sur le financement – ce qu'il appelle le désastre de l'UNRWA – sont désormais partie intégrante du débat crucial sur « l'intention » au sujet de l'application de la Convention sur le Génocide à la politique d'Israël à Gaza. Au-delà du transfert d'armes et de fonds, ces nations se rejoignent maintenant dans l'imposition de ces conditions de vie qui conduiront à la destruction physique des Palestiniens.

Outre les morts par bombardements, tirs de snipers, guerre chimique et armes autonomes, la faim domine la Bande de Gaza. Cela n'a rien d'exceptionnel : dans la Convention sur le génocide, la famine est mentionnée spécifiquement comme méthode et indicateur du crime de génocide. Raphael Lemkin, le « père de la Convention sur le génocide », était très préoccupé par l'utilisation délibérée de la famine lorsqu'il a créé le terme de génocide et fait campagne en faveur d'une codification du génocide dans le droit international. Dans son livre Axis Rule in Occupied Europe, il cite le Generalfeldmarschall von Rundsted, haut personnage nazi, qui fait l'éloge des politiques de « sous-alimentation organisée », et il note les observations de von Rundsted à l'École militaire de la Wehrmacht, selon lesquelles la création de situations de famine serait « préférable aux mitrailleuses » comme technique d'anéantissement. De fait, la soumission délibérée de populations à la famine est une tactique que les armées les plus brutales de l'histoire ont utilisée pour atteindre des objectifs stratégiques, et son incrimination constitue une pierre angulaire du droit international humanitaire. Ces décisions récentes de suspension du financement de l'UNRWA représentent une attaque concertée de cette norme.

Tandis que la situation se détériorait à Gaza, plusieurs parties concernées ont activé les protocoles de la Integrated Food Security Phase Classification (IPC, Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire), dont le Famine Review Committee (comité d'examen de la famine) a constaté en janvier 2024 que 500 000 Gazaouis avaient été conduits aux niveaux “catastrophiques” de faim définis par la Phase 5 – risque imminent de famine massive et de mort. Cela correspond largement à 80% des personnes dans le monde entier qui risquent actuellement de mourir de faim. Chaque enfant dénutri, chaque famille affamée, chaque camp de réfugiés privé d'accès à la nourriture sont des tragédies – au niveau collectif, c'est un crime, dont sont responsables ceux qui empêchent l'accès activement et en connaissance de cause. Arif Husain, économiste en chef du PAM, le Programme alimentaire mondial, a lancé au début de 2024 une mise en garde sans précédent : « De ma vie, je n'ai jamais rien vu de pareil en termes de gravité, d'ampleur, et à une telle vitesse. »

La radio Voice of America a confirmé qu'il y a aux portes de Gaza pour un mois d'approvisionnement alimentaire, qui ne peut pas y entrer. L'aide humanitaire qui parvient à franchir le siège israélien a besoin du système logistique de l'UNRWA pour atteindre ceux dont les besoins sont les plus grands. L'UNRWA fournit également des services d'une importance essentielle et de l'alimentation dans d'autres régions de Palestine et pour la diaspora, notamment Jérusalem-Est, la Jordanie, le Liban, la Syrie et la Cisjordanie. Les nations auxquelles nous nous adressons représentent plus de 60% du budget de l'UNRWA pour l'alimentation, l'éducation et le logement. La perturbation de l'aide inflige des souffrances à tous les Palestiniens, et elle est assimilable à un châtiment collectif motivé par des allégations portées contre 12 employés de l'ONU.

La mise en garde et la condamnation exprimées par le Lemkin Institute sont à l'unisson des paroles d'intellectuels, de militants, d'humanitaires et de nations préoccupées dans le monde entier. Contournant la censure par l'armée israélienne de la presse de ce pays, Aeyal Gross, expert en droit international à l'université de Tel Aviv, a dit explicitement que l'UNRWA devrait être « soutenue », et non privée de financements, soulignant que l'UNRWA joue « un rôle humanitaire important dont les gens dépendent, répondant à des besoins qui continueront à exister ». Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a décrit ces actes comme un châtiment collectif, et a demandé avec insistance aux pays qui ont suspendu leurs versements de revenir sur leur décision. La Norvège a réprimandé ses alliés de l'OTAN et sa voisine la Finlande, déclarant qu'elle continuerait ses versements afin de « sauver des vies et de sauvegarder des besoins et des droits fondamentaux ». Espen Barth Eide, ministre norvégien des Affaires étrangères, a fait appel à la conscience de ses collègues, leur demandant de « réfléchir aux conséquences plus vastes d'une suppression du financement de l'UNRWA en cette période de détresse humanitaire extrême », qualifiant la décision de la Norvège de choix, par principe, de ne pas participer à une coalition qui cherche à « punir collectivement des millions de personnes ». L'Irlande, elle aussi, a formulé une déclaration ferme d'opposition, exprimant « une pleine confiance » en la direction de l'UNRWA. De façon réconfortante, l'Union européenne tient bon face aux abandons coordonnés, annonçant qu'elle suivra les protocoles d'enquête en vigueur, que « les engagements de financement de l'UE ont été honorés et que les versements n'ont pas été suspendus », et, avec le Haut représentant Josep Borrell, notant spécifiquement que la réponse appropriée à la révélation d'agissements illicites consisterait à renforcer les contrôles internes. Nous espérons que davantage de pays, d'organisations, de personnalités uniront leurs voix à celles-ci pour protéger la vie de Palestiniens vulnérables.

Le Lemkin Institute constate avec inquiétude que le moment où survient cette action peut faire penser à des représailles contre l'ordonnance de la CIJ relative à des mesures de prévention dans la procédure Afrique du Sud contre Israël. Assurément, elle contribue à réaliser un objectif de longue date des éléments israéliens qui espèrent priver de leur statut de réfugiés les populations auxquelles s'adresse l'UNRWA. Tania Hary, directrice générale de Gisha, une organisation de défense des droits humains basée à Tel Aviv, a dénoncé sans tarder la coalition internationale, avertissant la communauté internationale que cet acte représentait une partie du plan d'un gouvernement israélien extrémiste, auteur de destructions et de souffrances sans limites, et résolu à éliminer les aspirations palestiniennes à l'autodétermination, ou même à la survie. Cela n'a rien à voir avec telle ou telle allégation.

Pour aller dans ce sens, le Lemkin Institute rappelle aux lecteurs que Noga Arbell, ancienne haute fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères et actuellement à la tête de la fondation de droite Kohelet, a demandé instamment au gouvernement de crise israélien, au début de janvier, d'agir rapidement pour affaiblir l'UNRWA, affirmant : « Il sera impossible de gagner la guerre si nous ne détruisons pas l'UNRWA, et cette destruction doit commencer immédiatement. »

C'est à la suite des remarques d'Arbell que l'Agence de sécurité d'Israël (ISA, connue sous le nom de Shin Bet) a fait connaître ses allégations contre le personnel de l'UNRWA. Selon des médias israéliens, les dires de l'ISA étaient fondés en grande partie sur des aveux extraits d'interrogatoires de combattants capturés le 7 octobre. Qu'il soit vrai ou faux que les allégations étaient fondées sur des “aveux”, il est important de noter qu'Israël torture régulièrement ses captifs palestiniens, une méthode dont on a pu constaterqu'elle produit des renseignements inexacts et non fiables. Après les attaques du 7 octobre, le gouvernement de crise israélien a priset renouvelé plusieurs mesures pour légaliser une politique d'internement massif et de torture institutionnalisée des détenus. La Commission des affaires des prisonniers et ex-prisonniers palestiniens a fait une comparaison directe entre la prison de Ktzi'ot et Abu Graib. Euro-Med Monitor a comparé à Guantanamo Bay le site de Sdeh Teiman, où des prisonniers palestiniens auraient été tués en masse, et qui pourrait être défini comme un centre potentiel d'exécution en raison d'allégations d'exécutions sommaires non déclarées et de la confirmation par Israël de morts des suites de torture. Selon certaines informations, le camp d'Antot et la prison de Damon sont placés sous un régime de violences et des sévices sexuels y seraient pratiqués en représailles contre des Palestiniennes. Tous ces établissements se voient imputer spécifiquement des violations de l'Article (7)(1)(I) du Statut de Rome, définissant le crime de disparition forcée, par l'ONG palestinienne Addameer Prisoner Support and Human Rights Association (association pour le soutien aux prisonniers et les droits humains). Avant ces mesures, on savait même en Israël que le Shin Bet avait recours à la torture pour obtenir de faux aveux. Israël a systématiquement refusé au Comité international de la Croix-Rouge d'avoir accès aux détenus. Euro-Med Monitor a demandé au Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et au Groupe de travail sur la détention arbitraire d'enquêter sur le traitement des détenus par Israël, Israël ayant potentiellement entrepris, selon la requête formulée, d'effectuer leur “liquidation”.

Les États qui ont choisi de suspendre leurs versements à l'UNRWA doivent comprendre les conditions d'interrogation en Israël. Aux termes du droit international, les aveux extorqués sous la torture ne peuvent pas être retenus comme preuves, Amnesty International soulignant que cette interdiction est absolument “intangible” – « c'est-à-dire qu'elle ne peut souffrir aucune dérogation, même dans des circonstances exceptionnelles ». Le Lemkin Institute for Genocide Prevention demande donc instamment aux pays suivant : Allemagne, Australie, Autriche, Canada, Estonie, États-Unis, Finlande, France, Islande, Italie, Japon, Pays-Bas, Roumanie, Royaume-Uni, Suisse, d'examiner leur règlementation nationale d'interdiction de la torture.

Alors que les éléments publiés initialement par les médias ne mentionnaient que les 12 employés accusés – neuf licenciés, un mort, deux dont les identités n'étaient pas claires – [la journaliste du Times of Israel] Carrie Keller-Lynn a indiqué que l'administration Biden n'avait pas réagi à cette information accessible au grand public, mais à un dossier de renseignement privé fourni par les services israéliens de renseignement. Selon le Wall Street Journal, le dossier du Shin Bet est basé sur des renseignements électromagnétiques, des documents provenant de cadavres et des interrogatoires menés par des agences israéliennes de renseignement, et contient l'affirmation suivante : certes, 6 employés pouvaient être rattachés à un soutien logistique ou direct des attaques du 7 octobre, mais potentiellement 10% des salariés de l'UNRWA pourraient avoir des liens à plusieurs éléments de la résistance palestinienne. Selon toute apparence, l'existence de ces liens est démontrée par des moyens extrêmement tendancieux, notamment en invoquant les relations familiales. On considère la légalisation de la punition familiale (kin punishment) comme une étape importante dans la construction du régime d'apartheid d'Israël : c'est un présupposé de culpabilité collective qui est condamné en vertu du droit international humanitaire (DIH). Selon l'Observation générale 29 sur l'article 4 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, il est clair que même un état d'urgence ne peut pas justifier les violations du DIH coutumier, entre autres la Règle 103 (interdiction des peines collectives), qui s'applique non seulement aux actions militaires, mais aussi aux sanctions pénales, policières et administratives. Les actions israéliennes, particulièrement dans le passé, ont pris soin de formuler nettement la position selon laquelle cette garantie est applicable à « tous les individus, quel que soit leur statut ou la catégorie de personnes à laquelle ils appartiennent » à l'intérieur ou à l'extérieur des zones de conflit, indépendamment d'un état d'urgence.

La révélation que le président Biden et potentiellement d'autres pays de la coalition se sont appuyés sur des briefings des services de renseignement israéliens, qui restent cachés au public, pour prendre une décision aussi importante, souligne la nécessité d'être à la fois transparent et prudent. L'Institut Lemkin rappelle à ses lecteurs le rapport Brom, préparé pour le Centre Jaffee d'études stratégiques de l'Université de Tel Aviv, dans lequel le général de brigade israélien Shlomo Brom mettait en garde contre la probabilité que « des organes gouvernementaux ont manipulé fallacieusement des renseignements afin d'obtenir un soutien » pour une invasion de l'Irak grâce aux « relations entre services de renseignement [israéliens] et décideurs de haut niveau », présentant aux journalistes et aux partenaires de l'État « une évaluation exagérée », qui était basée sur un « tableau des services de renseignements [qui] a été manipulé ». Ce rapport a été publié pour éviter que des erreurs similaires ne se reproduisent. Plusieurs exemples de données des services de renseignements surévaluées ou incorrectes au cours des représailles israéliennes contre Gaza ont conduit certains analystes à avertir publiquement que la « crédibilité d'Israël est mise à mal« . L'Institut Lemkin cherche à souligner que, compte tenu de ces préoccupations concernant la recevabilité, la crédibilité et le calendrier, une précipitation dans le jugement, au lieu d'une confiance dans le protocole d'une enquête méthodique comme le demande instamment l'Union européenne, peut s'avérer être une erreur aux conséquences fatales.

La sécurité et le caractère sacré du statut de réfugié dans la région ont été régulièrement violés par Israël – il ne s'agit plus d'une allégation, mais d'un élément essentiel du plaidoyer sud-africain devant la CIJ. Prendre des mesures contre l'UNRWA dans son ensemble représente une intensification des actes anti-réfugiés, y compris pour les 58 camps de réfugiés qui sont tributaires du financement de l'UNRWA, de ses responsabilités premières et de ses activités courantes. Le Dr Nicola Perugini, spécialiste du droit international et grand expert des boucliers humains dans les conflits et de la destruction intentionnelle des hôpitaux, note que cette « tentative de liquider l'UNRWA est clairement une tentative de détourner l'attention de l'ordonnance de la CIJ sur le génocide….. Détruire l'UNRWA révèle précisément l'intention génocidaire : Les efforts calculés d'Israël pour intensifier la famine à Gaza ». L'Institut Lemkin est d'accord, avertissant sans équivoque que les menaces sur le financement des opérations de l'UNRWA suggèrent l'intention de détruire, en tout ou en partie, le peuple palestinien, par la destruction de la bouée de sauvetage fournie par l'UNRWA.

Au moment de la rédaction de cette déclaration, la situation est fluide et active – l'un des principes clés de la prévention des génocides est d'anticiper et d'empêcher les actes destructeurs de la vie. Les trois piliers de la Responsabilité de Protéger devraient guider toutes les nations, et GenPrev invite tout le monde à agir. La famille du ministre canadien du Développement International, Ahmed Hussen, après son choix de participer directement à l'aggravation des conditions de famine des Palestiniens, l'a publiquement blâmé dans une lettre émouvante, en utilisant notamment une traduction de la phrase somalienne dhiiga kuma dhaqaaqo : ton sang ne bouge-t-il pas ?

Pour un avenir plein d'espoir, nous rappelons à nos lecteurs la lettre de démission publique de Craig Mokhiber. Il a écrit qu'il avait trouvé une force et une voie à suivre dans la position de principe adoptée dans des villes du monde entier ces derniers jours, alors que des masses de personnes se dressent contre le génocide, même au risque d'être battues et arrêtées. Les Palestiniens et leurs alliés, les défenseurs des droits de l'homme de tous bords, les organisations chrétiennes et musulmanes et les voix juives progressistes qui disent « pas en notre nom », tous et toutes ouvrent la voie. Il ne nous reste plus qu'à les suivre.

Bien que tous les auteurs de génocide donnent des justifications à leurs actes, ceux-ci ne sont pas pour autant justes ou légitimes. Lemkin a notamment mis en garde contre le fait que le génocide peut être considéré comme la transformation d'une « barbarie ancienne en principe de gouvernement », composée d'actes empreints d'une « finalité sacrée », qui s'attaquent au fil du temps aux fondements essentiels de la vie des groupes nationaux, de sorte que ces derniers s'étiolent et meurent comme des plantes victimes de dépérissement. Le but peut être atteint par la désagrégation forcée des institutions politiques et sociales, de la culture du peuple, de sa langue, de ses sentiments nationaux et de sa religion. Elle peut se faire en supprimant toute base de sécurité personnelle, de liberté, de santé et de dignité.

Les techniques de génocide mentionnées par Lemkin ci-dessus sont toutes présentes dans les actions d'Israël contre les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, et sont maintenant appuyées par la coalition visant à défaire l'UNRWA. Célébrant ces actions, Noga Arbell a exhorté les Israéliens à aller plus loin, en condamnant Aharon Barak pour ses votes à la CIJ et en contestant l'autorité même de la CIJ pour faire appliquer la Convention sur le génocide. Selon elle, Israël devrait expulser l'UNRWA des territoires occupés et de Gaza parce qu'il « permet à des terroristes de naître ». Le ministre israélien des affaires étrangères, Israël Katz, a tweeté le 27 janvier non seulement pour féliciter le Canada de s'être joint aux États-Unis pour supprimer le financement de l'UNRWA, mais aussi pour faire pression en faveur de la suppression totale de l'UNRWA, afin de ne pas perpétuer « la question des réfugiés », c'est-à-dire les demandes de réparation formulées par le groupe national palestinien après la Nakba. Il a écrit : « Sous ma direction, le @IsraelMFA vise à promouvoir une politique garantissant que l'@UNRWA ne fera pas partie du jour d'après…. Nous nous efforcerons d'obtenir un soutien bipartisan aux États-Unis, ainsi que des soutiens dans l'Union européenne et d'autres pays du monde, pour cette politique visant à mettre fin aux activités de l'UNRWA à Gaza ».

L'Institut Lemkin exhorte les acteurs internationaux à ne pas oublier les êtres humains qui vont être touchés par le dé-financement punitif de l'UNRWA. Yamen Hamad, père de quatre enfants, a échappé aux bombes israéliennes qui ont détruit sa maison en octobre. Lui et ses enfants ont survécu, et ils dépendent maintenant de l'UNRWA pour la nourriture, ce qui reste de leur famille s'abritant dans un bâtiment scolaire reconverti de l'UNRWA à Deir Al-Balah, le plus petit camp de l'organisation. Pour lui et ses enfants, la situation est claire. « Les pays qui ont suspendu l'aide à l'UNRWA, déclare-t-il, se sont déclarés partenaires [d'] … une guerre de la faim contre nous ».

Il n'existe pas encore de dénomination pour la coalition des nations qui retirent leur financement à l'UNRWA, ce qui entraîne une certaine maladresse dans la désignation de ce groupe d'États ad hoc. Le Dr Ghassan Abu Sitta, de Médecins Sans Frontières, un vétéran de l'humanitaire qui a travaillé au Yémen, en Irak et en Syrie, qui a témoigné sur les crimes de guerre, et qui est un expert de premier plan dans la récupération des blessures subies par les enfants après les massacres, a fait une suggestion brutale à la suite de l'annonce de M. Biden et de ses collègues : « Avec la suppression du financement de l'UNRWA, un clair Axe du Génocide est apparu. Les individus, les institutions et les pays doivent décider : êtes-vous avec l'Axe du Génocide, ou contre lui ? »

Nous demandons instamment aux dirigeants des États qui ont décidé de retirer leur aide à l'UNRWA de faire marche arrière. Nous exhortons également les populations du monde entier à prendre des mesures préventives pour s'assurer que leurs pays agissent conformément aux exigences de la Convention sur le génocide. Enfin, nous demandons instamment aux instances judiciaires internationales de poursuivre tous les dirigeants qui ont choisi de participer au génocide contre les Palestiniens de Gaza, en plus de ceux qui sont responsables de complicité dans ce crime.

https://www.lemkininstitute.com/statements-new-page/statement-on-recent-threats-to-unrwa-and-the-shift-between-potential-complicity-and-direct-involvement-in-the-crime-of-genocide-against-palestinians-by-several-nations
traduction SF, SK, SM pour l'Aurdip
https://aurdip.org/declaration-sur-les-recentes-menaces-sur-lunrwa-et-sur-le-passage-dune-possible-complicite-a-un-engagement-direct-dans-le-crime-de-genocide-contre-les-palestiniens-de-la-part-de-plus/

Publication initiale dans : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/02/08/nous-avons-besoin-de-mesures-innovantes-contre-les-genocidaires-autres-textes/

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5 Tracts et 10 affichettes pour la grève féministe du 8 mars 2024 - #UnJourSansNous

13 février 2024, par Confédération Général du Travail (CGT) — , ,
Pour préparer la grève féministe du 8 mars #UnJourSansNous, retrouvez ici les revendications de la CGT pour gagner l'égalité avec 4 tracts thématiques à télécharger. Tiré (…)

Pour préparer la grève féministe du 8 mars #UnJourSansNous, retrouvez ici les revendications de la CGT pour gagner l'égalité avec 4 tracts thématiques à télécharger.

Tiré du site CGT
https://www.cgt.fr/actualites/france/interprofessionnel/egalite-femmehomme/tracts-pour-la-grevefeministe-8-mars-2024
Publié le 2 fév. 2024

Campagne égalité femmes hommes 8 mars

Le 8 mars n'est ni la fête de la femme, ni la fête des mères ou encore moins la Saint-Valentin.

C'est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une journée de grève féministe de toutes et tous pour revendiquer et gagner l'égalité réelle au travail et dans la vie.
C'est aussi une journée de solidarité avec les femmes du monde entier et de lutte contre les idées d'extrême droite sexistes et patriarcales.

Toujours un quart en moins

Dans toutes les entreprises et administrations où elles sont présentes, y compris dans les métiers à prédominance masculine, les femmes subissent des inégalités de carrière et de revenus –avec un impact supplémentaire de la maternité, sur le déroulement de leur carrière.
De plus, les tâches domestiques et familiales leur incombent toujours, et les violences sexistes et sexuelles persistent.
#UnJourSansNous

Le 8 mars prochain, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, la CGT, avec d'autres organisations syndicales et féministes en France et à travers la planète, appelle à une grève féministe afin de rendre visible ce que serait un jour sans femmes au travail.

Car un travailleur sur deux est une travailleuse et elles sont jusqu'à neuf sur dix dans de nombreux secteurs et métiers à prédominance féminine, si elles s'arrêtent, tout s'arrête !

Crèches, écoles, hôpitaux, Ehpad, commerces et services… fermés. Dans chaque entreprise et administration, plus de secrétariat, plus de compta, ni de service paie… L'économie serait de fait totalement à l'arrêt !
1 jour, 5 tracts, 10 affiches

À l'occasion du 8 mars, la CGT partage ses revendications pour gagner l'égalité entre les femmes et les hommes dans 1 tract généraliste et 4 tracts thématiques à lire et télécharger ici ⤵️ Au verso, vous pouvez imprimer des affichettes parmi une sélection de 10 visuels dans deux styles graphiques différents.

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Service public : les moyens de nos besoins

13 février 2024, par Clémentine Autain — , ,
Quelques jours après le colloque qu'elle a organisé à l'Assemblée Nationale sur les services publics, la députée Clémentine Autain revient sur l'urgence qu'il y a à les (…)

Quelques jours après le colloque qu'elle a organisé à l'Assemblée Nationale sur les services publics, la députée Clémentine Autain revient sur l'urgence qu'il y a à les remettre au premier plan dans leur globalité. Si les besoins ont évolué et augmenté, les moyens, eux, n'ont pas du tout suivi, le fossé s'est creusé entre les besoins de la population et la réponse de l'État, laissant ainsi une place croissante au privé.

5 février 2024 | tiré d'AOC media
https://aoc.media/opinion/2024/02/05/service-public-les-moyens-de-nos-besoins/

Quand j'étais adolescente, la France pour moi c'était les trains qui arrivent à l'heure. On savait quand on partait et quand on arrivait. À la minute près. C'était notre modèle, loin de celui de Reagan/Thatcher.

La privatisation des chemins de fer anglais avait été une telle catastrophe qu'il avait fallu renationaliser. Et nous, nous semblions résister à cette marchandisation du monde. J'étais fière. Cette France-là s'est effondrée. Contrairement à ce que je fantasmais, à l'idée que je me faisais de mon pays, elle n'a pas tenu bon.

C'est aujourd'hui l'éléphant dans la pièce. À gauche, alors que nous sommes de toutes les mobilisations pour empêcher une maternité, une classe d'école ou un bureau de poste de fermer, nous ne mettons pas au premier plan l'enjeu des services publics dans leur globalité – et pas seulement pour exiger plus de moyens. Cet angle est pourtant essentiel si l'on veut déjouer les logiques capitalistes et organiser la réponse à nos besoins. Le service public est une clé qui ouvre plusieurs portes. À condition de décloisonner, de ne pas laisser enfermer chaque secteur dans son couloir de nage mais d'embrasser la totalité du sujet. Car ce sont les mêmes maux qui appellent les mêmes changements profonds.

Le choix néolibéral conduit partout à la casse des biens communs. La pensée dominante, avec ses déclinaisons gouvernementales depuis des décennies, part de l'idée que le privé serait plus efficace que le public. Les fonctionnaires seraient trop nombreux[1]. La dépense publique serait un coût. Le management privé, avec sa politique du chiffre, ses primes, son « reporting » et ses tableaux Excel, serait plus efficace que le temps pour la relation humaine et la coopération.

Jusqu'au sommet de l'État qui se rue désormais sur les agences de conseil pour orienter ses choix, avec des haut fonctionnaires toujours plus à l'affût de pantouflage, l'esprit public est dilapidé. Il nous faut mieux et plus de services publics. C'est un moyen d'agir pour une répartition primaire des richesses, et pas seulement pour la redistribution. C'est également un ferment de cohésion sociale car les services publics ont vocation à répondre à toutes et tous, sans distinction, dans un souci d'égalité. Ma conviction est qu'à gauche, nous avons le devoir et la légitimité de porter cette voix. Haut et fort.

S'emparer du service public, c'est relier « les tours et les bourgs », pour reprendre l'expression de François Ruffin, qui a raison d'alerter sur l'adéquation entre notre discours et les attentes des catégories populaires habitant dans les sous-préfectures. Depuis la crise des gilets jaunes, j'ai l'obsession de trouver ce qui peut fédérer le monde populaire des banlieues, comme celles de chez moi en Seine-Saint-Denis, et des territoires ruraux, périurbains. Car je me méfie des soustractions. S'il fallait arrêter de batailler contre les violences policières ou le racisme au motif que cela n'intéresserait pas voire rebuterait dans la Creuse ou en Baie de Somme, je crois profondément que nous ferions fausse route. C'est pourquoi les services publics m'apparaissent comme un élément fédérateur.
La macronie a massacré les services publics : quand va-t-elle les réparer ? Évidemment jamais, car la « Start'up Nation » est engluée dans les normes du marché, loin de l'esprit public.

Quand je vais à Pamiers ou à Guingamp, on m'interpelle sur les retards de train, la maternité désormais à plus de 45 minutes, le manque de places en Ehpad… À Sevran, si les questions se posent parfois différemment – ce n'est par exemple pas pareil d'avoir un RER souvent en panne que pas de train du tout –, elles sont de même nature : lignes de bus qui disparaissent, urgences d'hôpitaux fermées la nuit, manque d'AESH…

Le sentiment de déclassement ne se joue pas que dans le travail qui ne permet plus de vivre dignement, la désindustrialisation, l'inflation et les bas salaires. Il a également à voir avec l'espace public qui recule, le dépérissement de tout ce qui permet le lien social, le creusement des inégalités territoriales. Nous avons là un fil potentiellement mobilisateur et unifiant. Ici et là, le service public est au cœur des préoccupations quotidiennes. Il n'est pas toujours identifié comme tel. Comme il fut longtemps décrié, l'expression elle-même de service public a été sortie des radars, avant de réapparaître progressivement notamment à la faveur de la crise Covid.

Si je suis convaincue que les services publics doivent (re)devenir un identifiant majeur à gauche, c'est aussi en écho à l'une de mes préoccupations anciennes, le processus d‘individuation. Ce concept forgé par le sociologue Georg Simmel, que j'ai découvert dans les travaux de Bernard Stiegler, dit la relation indispensable entre l'individu et le collectif : l'interaction entre le « je » et le « nous » est un facteur majeur de l'émancipation humaine. Or aujourd'hui, c'est le « nous » qui est malade. L'épanouissement individuel se trouve empêché par l'étiolement du lien social, l'effondrement de l'égalité et de la fraternité. Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal a asséné aux jeunes : « tu casses, tu répares ». Après d'autres, la macronie a massacré les services publics : quand va-t-elle les réparer ?

Évidemment jamais, car la « Start'up Nation » est engluée dans les normes du marché, loin de l'esprit public.

Mon engagement ne relève pas de la seule construction intellectuelle. Quelque chose vient des tripes. Du cœur. De la rage intérieure. Dans ma circonscription, il y a bien longtemps que je vais soutenir les luttes au grand hôpital Robert Ballanger. Mais ce qui est nouveau, c'est qu'à chaque fois désormais, ou presque, je vois des femmes pleurer en évoquant leur situation et parfois des hommes au bord des larmes – la dimension de genre est passée par là. Maintenant ce sont aussi les enseignants qui pleurent. On me raconte qu'en période de rentrée scolaire, dans les collèges de mon secteur, il ne se passe pas une semaine sans qu'un jeune nouvellement affecté craque en salle des profs.

Les usagers aussi sont à bout. Dans le RER B, coincé à une station faute de personnel de maintenance suffisant, j'ai vu des femmes pleurer parce qu'elles n'arriveront pas à temps pour chercher leur bébé à la crèche. Dans le Paris-Clermont, il y aussi de quoi bouillir. L'autre jour, ma collègue Marianne Maximi me racontait qu'une panne de train avait conduit à l'arrêt sur les voies pendant une nuit entière, laissant les passagers sans chauffage en plein hiver et sans toilettes. C'est la Croix-Rouge qui a apporté des couvertures de survie et de l'eau !

Et comment ne pas penser à ces personnes qui meurent sur des brancards dans les couloirs des urgences alors qu'ils auraient pu être sauvés s'il y avait eu suffisamment de moyens et de personnel ? Ou à ces femmes qui accouchent dans leur voiture parce que la maternité a fermé[2] et qu'elles doivent se rendre à plus de 45 minutes de leur domicile ? À ces nouvelles victimes des algorithmes de la CAF qui traquent les pauvres[3] ? Aux déçus des maisons France services, qui hurlent ou crachent au visage des personnels incapables d'apporter une solution à leur problème – ils n'en ont pas la compétence, ni le pouvoir ?

D'intensités variables, toutes ces souffrances d'agents et d'usagers sont insupportables parce qu'elles relèvent directement de choix politiques dogmatiques et irresponsables.

Pour tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Le sabotage pour ouvrir des marchés au privé a été méthodiquement organisé depuis les années 1980-1990. Le discours de mépris à l'égard des fonctionnaires et de dénigrement des services publics s'est ancré dans notre pays, ouvrant la voie aux vagues successives de privatisations, initiées par Pinochet au Chili[4]. Le tournant néolibéral s'est affirmé, adossé progressivement à l'obsession de la dette ainsi qu'à l'instauration du « New Public Management », qui distille la notion de rentabilité dans le public – un contre-sens total. L'État a organisé son propre délitement. À ce rythme, nous finirons peut-être comme dans Les Furtifs d'Alain Damasio où la ville d'Orange se voit rachetée par l'entreprise du même nom… La dystopie nous rattrape.

Il est temps d'augmenter les recettes de l'État et des collectivités, et donc de taxer les grands groupes et les hyper-riches pour financer les biens communs.

« La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un autre résultat », disait Einstein. À nous d'affirmer un autre chemin. L'État doit être garant des intérêts collectifs, et non un allié du privé. Il faut d'urgence bâtir un nouvel esprit public de gouvernement pour partir des besoins pour organiser la société – une révolution ! Dans cette optique, il ne s'agit pas seulement de défendre les services publics mais d'en conquérir de nouveaux. Avec l'urgence écologique, la hausse de l'espérance de vie, et donc des soins, ou encore l'augmentation du nombre de bacheliers, et donc des places dans l'enseignement supérieur, les besoins ont évolué et augmenté. Or les moyens, eux, n'ont pas du tout suivi. Comme l'a remarquablement documenté le collectif « Nos services publics », le fossé s'est creusé entre les besoins de la population et la réponse de l'État, laissant ainsi une place croissante au privé[5].

En s'emparant des services publics, c'est l'impôt que l'on peut réhabiliter. Car c'est l'occasion de dire qu'il est temps d'augmenter les recettes de l'État et des collectivités, et donc de taxer les grands groupes et les hyper-riches pour financer les biens communs[6]. En prenant à bras-le-corps les services publics, nous affronterons le pouvoir du capital car ils représentent autant d'incursions dans la propriété privée. C'est un véritable mouvement de démarchandisation que nous pouvons enclencher. Pourquoi Doctolib, qui collecte nos données personnelles, devrait-il être privé ? Pourquoi laisserions-nous 3 000 gares en France gérées par une filiale de la SNCF qui les transforme en centres commerciaux quand nous pourrions y installer des espaces culturels, des guichets administratifs, des salles de sport ou des locaux associatifs ?

Le mot « public » dans la Rome antique désignait les choses qui ne devaient appartenir à personne et placées de fait hors commerce. Le service public est l'occasion de repenser la place de l'État car il ne s'agit aucunement d'en revenir au Gosplan. À l'État, avec les collectivités locales, revient la mission essentielle d'organiser le débat démocratique sur la définition de nos besoins, qui ne sont pas figés une fois pour toutes et qui supposent des compromis entre différentes nécessités, et de planifier les réponses concrètes[7]. Mais cela ne veut pas dire que tout service public doit être administré par l'État, ni même par les villes, départements ou régions.

Les associations, les mutuelles, l'économie sociale et solidaire ont vocation à participer de ce mouvement de renforcement des services publics. En revanche, ce qu'il faut affirmer, c'est le caractère non-lucratif de l'entité qui assume ces missions. Ce qu'il nous faut aussi inventer, c'est une place pour les usagers dans la conduite de ces services.

L'enjeu, c'est d'avancer vers le commun, comme le proposent Pierre Dardot et Christian Laval[8]. Ainsi nous pourrons imaginer de nouvelles formes de propriétés. Des biens et services pourraient devenir inaliénables – et s'ils n'appartiennent à personne, alors on ne pourra plus les vendre ! À la fin, peut-être comprendrons-nous que, comme le chante Barbara[9], on peut être riche de la dépossession.

Clémentine Autain
DÉPUTÉE

Notes

[1] Pour comprendre l'ancienneté de ce discours : Emilien Ruiz, Trop de fonctionnaires ! Histoire d'une obsession française, Fayard, 2021.
[2] Le nombre de maternités est passé de 816 à 478 entre 1995 et 2020, soit une diminution de 42 %.
[3] Voir article Le Monde.
[4] Laurent Mauduit, Prédations. Histoire des privatisations des biens publics, La Découverte, 2020.
[5] Nos services publics, Rapport sur l'état des services publics, Équateurs Documents, 2024.
[6] Ces mesures de financement sont comprises dans notre récent appel à 13 mesures d'urgence pour les services publics.
[7] Razmig Keucheyan, Les besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, La Découverte, 2019 (réédité en poche).
[8] Pierre Dardot et Christian Laval, Commun. La révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014 (réédité en poche).
[9] Dans sa chanson Perlimpinpin.

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Gaza : Au Royaume-Uni, les blocages d’usines d’armement se multiplient

En France, la parole et l'action en soutien aux victimes du nettoyage ethnique actuellement en cours à Gaza sont invisibilisées ou criminalisées. Au Royaume-Uni, le mouvement (…)

En France, la parole et l'action en soutien aux victimes du nettoyage ethnique actuellement en cours à Gaza sont invisibilisées ou criminalisées. Au Royaume-Uni, le mouvement anti-colonial est puissant et s'en prend depuis plusieurs mois aux usines qui produisent des pièces d'avion, des missiles et des armes à destination de l'armée israélienne. Olly Haynes s'est rendu dans plusieurs villes d'Angleterre où des manifestations ont eu lieu. Une source d'inspiration pour la France ?

7 février 2024 | tiré du site Frustrations
https://www.frustrationmagazine.fr/gaza-armement/

Le 8 décembre dernier, dès 7h du matin, la petite ville de Wimborne, dans le sud de l'Angleterre, est réveillée par des slogans entonnés tels que « arrêtez d'armer Israël » ou « pas de travailleur à l'intérieur, pas d'arme à l'extérieur ». Ce jour-là, 600 syndicalistes et militants ont rejoint Wimborne pour bloquer les entrées de l'usine d'Eaton Mission Systems, une entreprise possédant un « permis d'exportation ouvert » pour ses pièces d'avion de combat F-35 actuellement utilisées par Israël pour bombarder Gaza.

« Je suis médecin et je suis ici pour faire fermer une usine d'armes qui fournit des pièces essentielles [sonde de ravitaillement] pour des avions de guerre israéliens, les mêmes qui sont utilisés pour tuer en Palestine. Nous ne pouvons pas accepter ça, ça se passe sur notre propre sol, nous sommes ici pour la faire fermer et nous reviendrons encore jusqu'à ce que l'usine soit fermée pour de bon » explique Harriet, une manifestante.

Ce blocus marque la troisième action d'une série menée par le groupe Workers for Palestine (WFP), une coalition de syndicalistes et de militants. Lors de la première action, environ 150 personnes s'étaient réunies lors du blocus de Instro Precision, une filiale de Elbit Systems, entreprise d'armes Israéliennes implantée dans le Kent, une département britannique. La deuxième action avait réuni cette fois 400 activistes pour bloquer les portes de BAE Systems, entreprise d'armes britannique également fabricante de pièces pour les F-35. Cette troisième action à Wimborne est menée en coordination avec d'autres blocus d'usines à Glasgow, Lancashire et Brighton, réunissant quant à eux un millier de personnes.

“Les travailleurs et travailleuses ont un pouvoir très spécifique et différent du pouvoir qu'on obtient quand on rassemble tout le monde dans la rue.”
AMELIA HORGAN, MANIFESTANTE À WIMBORNE

Pourquoi ce mode d'action ? Amelia Horgan, une manifestante, m'informe qu'une partie du raisonnement derrière cette tactique de réunir des syndicalistes devant les portails de l'usine repose sur l'idée que « la législation autour des syndicats au Royaume-Uni est parmi les plus régressives d'Europe. Elle limite les raisons pour lesquelles un syndicat peut faire grève et empêche ainsi une action secondaire ». Cela signifie donc que faire grève pour montrer sa solidarité avec la Palestine est illégal. Cette situation est donc similaire à celle que l'on observe en France. En effet, il est difficile pour les ouvrier.es de déclencher une grève si celle-ci n'a pas de lien direct avec leur situation. Cela n'est pas le cas dans d'autres pays d'Europe comme la Suède, le Danemark, la Grèce ou encore la Belgique où les grèves de solidarité et les grèves politiques sont légales.

En revanche, selon Horgan, une partie de la stratégie de Workers for Palestine consiste à parler avec les ouvriers en conflit de travail avec leurs dirigeants dans ces usines afin de leur apporter du soutien et essayer de les convaincre de la nécessité de cette solidarité matérielle avec la Palestine.

Blocage des portes d'une Usine BAE System dans le Kent

Elle ajoute que bien qu'elle pense que les grandes manifestations à Londres soient importantes, « la pensée de notre organisation repose sur le fait que les travailleurs et travailleuses ont un pouvoir très spécifique et différent du pouvoir qu'on obtient quand on rassemble tout le monde dans la rue. Nous essayons ainsi de bâtir un pouvoir de manière plus durable et à long terme en menant ces actions ciblées ».

Les manifestants à Wimborne ont en effet essayé de se montrer convaincants : j'ai suivi un groupe dont le but était de sonder l'opinion des riverains à propos de leur manifestation. Quelques habitant.e.s étaient hostiles, d'autres se sont montrés plus réceptifs, et beaucoup n'avaient aucune idée de ce qu'il se passait dans l'usine à côté de chez eux.

Une habitante, Laura, me dit : “je soutiens totalement [la manifestation]. Je ne savais pas ce qu'il se passait ce matin quand j'ai entendu le vacarme, et je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait dans cette usine. Maintenant que je sais, je soutiens complètement”. Une autre riveraine, Sophie, ajoute qu'elle non plus ne savait pas que l'usine fabriquait des composants d'armes et partait du principe que le complexe était une université ou une usine plus classique.

Le blocus de Wimborne s'est déroulé en même temps que trois autres actions au Royaume-Uni, mais également en parallèle d'un blocus contre le groupe Exxelia à Paris, ainsi que celui de TERMA Group au Pays Bas et au Danemark. Les groupes ont publié une déclaration commune, annonçant que « Les manifestant.e.s de tous groupes, syndicats et frontières nationales ont uni leurs forces en solidarité avec le peuple palestinien. Appelés à l'action par Workers for Palestine, des militant.e.s du monde entier ont imposé l'arrêt immédiat du commerce et de l'exportation d'armes vers les forces d'occupation. Cette situation d'urgence et l'éradication du peuple palestinien ne peuvent être évitées que par une augmentation massive de la solidarité mondiale avec le peuple palestinien, capable de freiner l'occupation israélienne. »

Ils déclarent également qu'« un composant militaire fabriqué par Exxalia [l'entreprise notamment implantée à Paris] a permis aux forces israéliennes de guider avec précision un missile qui a frappé le toit de la maison familiale Shuheibar le 17 juillet 2014”. Le missile a tué trois enfants et gravement blessé deux autres

“Appelés à l'action par Workers for Palestine, des militant.e.s du monde entier ont imposé l'arrêt immédiat du commerce et de l'exportation d'armes vers les forces d'occupation. Cette situation d'urgence et l'éradication du peuple palestinien ne peuvent être évitées que par une augmentation massive de la solidarité mondiale avec le peuple palestinien, capable de freiner l'occupation israélienne.“

DÉCLARATION COMMUNE DES BLOCUS D'USINES AU ROYAUME-UNI, DANEMARK, FRANCE ET PAYS-BAS, DÉCEMBRE 2023

Chaque week-end depuis le 7 octobre, les rues des grandes villes du Royaume-Uni s'emplissent davantage de manifestant.e.s exigeant un cessez-le-feu. Par la suite, une partie de cette foule a commencé à occuper les gares afin de causer plus de perturbations. En plus de ces manifestations et des différents blocus organisés par WFP, d'autres actions ont vu le jour ciblant directement les ventes d'armes en Israël.

Cela résulte d'un processus d'apprentissage de près de 20 ans au sein du mouvement anti-guerre britannique. En effet, bien que près d'1,5 million de personnes aient manifesté en 2003 contre la guerre en Irak, cela n'avait pas produit l'effet escompté, étant donné la poursuite de l'engagement du Royaume-Uni dans ce conflit. Mesh Pillay, un des manifestants qui bloquait Eaton Mission Systems à Wimborne, me raconte :

“Ce qui me paraît être plus puissant aujourd'hui qu'à l'époque de la guerre en Irak, c'est une meilleure connaissance du système international qui engendre des conflits, ainsi que la manière dont nous pouvons et devons matériellement empêcher que cela se produise. C'est particulièrement inspirant.”

Blocage de l'usine de Wimborne

Le processus d'apprentissage initié par l'opposition à la guerre en Irak est également perceptible au sein du groupe Palestine Action. Ce mouvement est né en 2020, mais a vu « accroître la fréquence de ses actions » selon le cofondateur Huda Ammori. Ammori écrit en effet dans The New Arab en 2022, que malgré le nombre important de manifestant.e.s. dans la rue pendant la guerre en Irak, « ceux à qui profitait la guerre, c'est à dire les entreprises d'armes à travers la GB, n'étaient pas touchés. »

“Palestine Action” est quant à elle la faction certes la plus controversée mais aussi peut-être la plus efficace du mouvement. Ses membres utilisent en effet diverses tactiques dont le sabotage, notamment pour perturber les usines de Elbit Systems qui arme Israël au Royaume-Uni.

Ammori m'explique que les actions incluent notamment la dégradation matérielle : jet de peinture, détérioration de la climatisation des bâtiments, destruction d'équipement ou encore, coups de bélier contre les portails. Malgré quelques défaites devant les tribunaux, Palestine Action a connu des victoires majeures comme la fermeture d'une usine de Elbit à Oldham ou encore l'abandon de l'entreprise sous-traitante qui organise le recrutement des ingénieurs, concepteurs de logiciels, et personnel financier d'Elbit.

Ammori ajoute qu'« il faut observer la manière dont les usines d'armes sont dispersées en Europe. La grande partie des usines européennes sont implantées en Angleterre et je pense que c'est à cause des liens politiques et diplomatiques établis depuis 100 ans. Israël voit en effet la Grand Bretagne comme une de ses alliés les plus stratégiques, ce qui a pu donner l'idée aux entreprises Israéliennes qu'elles seront toujours bien accueillies pour fabriquer ces armes, et ce, quel que soit le parti au pouvoir. Mais ce qu'on fait chez Palestine Action c'est montrer que peu importe ce qu'en dit le gouvernement, nous, en tant que peuple, refusons l'implantation des usines dans notre pays, et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les faire fermer ».

Ce type d'actions n'est pas le monopole d'un noyau dur syndicalistes et militants solidaires. D'autres actions se développent aussi dans la vie quotidienne. Leonardo, une entreprise italienne et l'un des principaux exportateurs d'armes vers Israël en est un parfait exemple : Cette entreprise entretenait en effet des liens avec le Luton Sixth Form College (équivalent britannique d'un lycée) que jusqu'à ce que les étudiant.e.s organisent des grèves pour protester contre ses liens avec l'entreprise ; obligeant ainsi le lycée à suspendre ses relations avec Leonardo. Les étudiant.e.s ont déclaré qu'ils continueraient à protester jusqu'à ce qu'ils aient la garantie que le collège romprait définitivement ses liens avec Leonardo.

En plus de ces mouvements étudiants, certains parents ont également commencé à se révolter. Le groupe Parents for Palestine a également occupé le hall de BAE Systems à Londres pour sensibiliser à la tragique situation des enfants de Gaza, victimes des armes produites par BAE Systems, en jouant avec leurs propres enfants.

Manifestants à Wimborne

Ces stratégies ne se limitent pas seulement à la perturbation directe des entreprises d'armement, elles visent également leurs financiers : En 2022, un rapport de plusieurs groupes de campagne affirmait que la banque Barclays avait investi plus d'un milliard dans des entreprises fabriquant et fournissant des armes à Israël et qu'elle aurait également fourni 3 milliards de prêts à ces entreprises (ce que Barclays nie). Depuis le 7 octobre, des manifestations ont donc eu lieu contre plusieurs agences bancaires, mais également contre le siège. Le 27 novembre, Extinction Rebellion a même été jusqu'à bloquer les serrures de 50 agences avec de la super glue, en signe de protestation contre leurs investissements dans l'industrie des armes et des combustibles fossiles.

“En tant que peuple, nous refusons l'implantation des usines dans notre pays, et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les faire fermer”
HUDA AMMORI, COFONDATEUR DU GROUPE PALESTINE ACTION

Pendant ce temps, au sein de l'ONU, le Royaume-Uni s'est abstenu sur la résolution en faveur d'un cessez-le-feu. À Westminster, un député de gauche a présenté une motion visant à mettre fin aux ventes d'armes en Israël, mais la plupart des membres de la classe politique persistent à s'opposer à mettre fin aux violences à Gaza, et ce, malgré le soutien de 76 % de l'opinion publique en faveur d'un cessez-le-feu.

Pendant que les politiciens ne parviennent pas à représenter leur population, les militants quant à eux continueront à trouver des moyens concrets de perturber le fonctionnement de cette machine de guerre. La France, comme le Royaume-Uni , est impliquée dans cette machine de guerre. Selon le Rapport au Parlement sur les exportations d'armement de la France 2023, la France aurait vendu pour 25,6 millions d'euros de matériel militaire à Israël en 2022. Ce chiffre comprend 69 licences pour l'exportation des armes envers Israël. En 2022 la France autorisait l'exportation des produits ML4 à Israël pour un montant 9 151 000 euros. Concrètement, il s'agit de l'exportation de « bombes, torpilles, roquettes, missiles, autres engins et charges explosifs et équipements et accessoires ».

L'information sur quelles entreprises possèdent des licences n'est pas disponible librement, mais on sait que Thales et Dassault collaborent avec Elbit systems pour produire des drones et logiciels pour vendre en Europe. On sait aussi qu'il y a une usine de Nexter produisant des munitions chez La Chapelle-Saint-Ursin et que KNDS, la maison mère de Nexter collabore avec Elbit Systems sur la production des missiles systèmes pour les armées européennes.

Au Royaume-Uni les militant.e.s essaient de construire du pouvoir pour le long terme. “Nous reviendrons, nous n'arrêterons pas”, chantent les manifestants à Wimborne.

Olly Haynes

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8 MARS : journée internationale de lutte pour les droits des femmes

13 février 2024, par Collectif — , ,
Face aux attaques du gouvernement, des droites et extrêmes droites, partout les femmes résistent ! Grève féministe ! Nous appelons à la grève du travail, des tâches (…)

Face aux attaques du gouvernement, des droites et extrêmes droites, partout les femmes résistent !

Grève féministe !

Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques, de la consommation. Parce que seules nos voix, nos cris, nos actions visibles pourront faire bouger la société et le pouvoir pour enfin obtenir l'égalité.

Solidarité avec les femmes du monde entier !

Le 8 mars, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs confrontées aux guerres qui sévissent dans le monde.

En solidarité avec celles qui font face à des bombardements massifs, à l'exode, sont victimes de viols de guerre, peinent à nourrir leur famille et elles-mêmes.

En solidarité avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer leur liberté et leurs droits.

NON à la réaction, NON à l'extrême droite

Les idées d'extrême droite qui prônent la haine de l'autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, remportent des succès électoraux partout dans le monde, se banalisent. En France, le gouvernement et la droite en reprennent à leur compte.

La loi immigration votée en décembre dernier en est un exemple. Même si un tiers des dispositions, comme celles instituant la préférence nationale ont été invalidées par le Conseil constitutionnel, cette loi raciste s'attaque au droit d'asile et à tou·te·s les sans papiers.

Nous réclamons l'abrogation de la loi immigration et la régularisation de tou·te·s les sans-papiers.

Nous voulons vivre et pas survivre !

Les inégalités salariales, les bas salaires et désormais l'inflation dégradent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70% des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue. Certaines en meurent.

Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux.

Du travail et des salaires décents

Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles occupent des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne ¼ inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme.

Nous réclamons l'abrogation de la réforme Macron des retraites, des lois qui pénalisent les chômeurs·euses et les bénéficiaires du RSA. Nous réclamons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, nettoyage…), l'égalité salariale, l'interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI. Nous voulons la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités.

Des services publics au service de nos besoins

L'idéologie libérale vise à casser et à privatiser les services publics : hôpital, école, EHPAD, logement. Ce sont les femmes qui compensent cette carence auprès des enfants comme des plus âgé·e·s, des malades, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé.

Elles assument la grande majorité des tâches domestiques et d'éducation des enfants. Elles portent une charge mentale les obligeant à devoir constamment tout planifier.

Nous voulons des services publics de qualité et réclamons la création de services publics de la petite enfance et de la perte d'autonomie.

Nous voulons du temps pour vivre, un partage égal des tâches, une réduction du temps de travail pour toutes et tous.

Notre corps nous appartient

Le droit à l'avortement est un droit fondamental

Nous réclamons la réouverture de tous les centres d'interruption volontaires de grossesse fermés. Nous voulons inscrire dans la Constitution le droit à l'avortement de façon réellement protectrice.

Macron appelle à un “réarmement démographique », aux relents pétainistes et natalistes, comme si le désir d'enfant dépendait de l'injonction politique et nous prépare

un congé de naissance tout en pointant du doigt des parents « défaillants ».

LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités.

Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l'autonomie, à l'éducation, à l'emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l'accessibilité universelle à l'ensemble de l'espace public et à tous les lieux et bâtiments.

Stop aux violences sexistes et sexuelles

#MeToo est partout, dans tous les milieux. L'impunité persiste, 1% des viols sont condamnés.Macron se permet d' apporter son soutien à Depardieu, mis en examen pour viol et se porte ainsi garant de tout un schéma d'oppression. Les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) sont systémiques et impunies. 9% des femmes se disent victimes de brutalités dans le soin selon le Haut Conseil à l'Égalité. Ce dernier insiste sur la persistance du sexisme chez les plus jeunes.
Quand 56% des victimes de violences sexuelles sont des mineur·e·s et 160 000 enfants victimes par an, Macron décapite la Commission Indépendante sur l'Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants et fait silence sur les 30 000 témoignages recueillis.

Alors que la France accueillera cet été les Jeux Olympiques et Paralympiques, nous demandons la mise en place d'actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme

Nous voulons restaurer la CIIVISE dans son but initial et suivre ses recommandations. Nous réclamons trois milliards pour lutter contre les violences, l'application des lois existantes, le vote d'une loi-cadre contre les violences masculines à l'encontre des femmes, des enfants et des minorités de genre.

Éduquer à l'égalité, un enjeu majeur

Une éducation à l'égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s'exerçant dans notre société.

Nous voulons une éducation non sexiste, la mise en place effective d'une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d'une éducation au consentement et à l'égalité.

Le 8 mars, nous serons en grève contre le patriarcat et ce gouvernement. Nous montrerons le rôle fondamental des femmes dans la société : quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête.

Le 8 mars : grève féministe !

Toutes dans la rue en manifestation !

Premières signataires de l'appel :

Africa 93, Assemblée des femmes, Attac, CGT, Collectif CIVG Tenon, Collectif National pour les Droits des Femmes, Coordination des associations pour le Droit à l'avortement et la contraception, Coordination française pour le lobby européen des femmes , Diplomatie Féministe Femmes d'Avenir, les Effronté-es, Femen, Femmes contre les précarités, le chômage et les discriminations, Femmes Egalité, Femmes Solidaires, Fondation Copernic, FSU, Las Rojas, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Maison des femmes Thérèse Clerc de Montreuil, Marche Mondiale des Femmes France, Mémoire traumatique et victimologie, Mouvement des Femmes Kurdes en France-TJK-F, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans, Osez le Féminisme, Planning Familial, Réseau féministe Ruptures, SKB ( Union des Femmes Socialistes Turquie), Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques, Union étudiante, Union nationale des étudiants de France, Union Nationale des Familles de Féminicides, Union syndicale Solidaires, Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes

En soutien :

Les Écologistes, Ensemble !, France Insoumise, Gauche Démocratique et Sociale, Gauche Ecosocialiste, Génération.s, Jeunes Génération.s, Jeunes socialistes, Nouveau Parti Anticapitaliste, NPA-Nouveau Parti Anticapitaliste Jeunes, Parti Communiste Français, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de Gauche, Parti Socialiste, Place Publique, Pour l'Ecologie Populaire et Sociale, Rejoignons-nous, Union Communiste Libertaire

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Pédocriminalité en ligne : « Nous constatons une inaction révoltante des pouvoirs publics, qui feignent l’ignorance »

Dans une tribune publiée au « Monde » le 17 janvier 2024, un collectif de responsables politiques et associatifs demande au gouvernement français de soutenir le règlement (…)

Dans une tribune publiée au « Monde » le 17 janvier 2024, un collectif de responsables politiques et associatifs demande au gouvernement français de soutenir le règlement européen contre la pédocriminalité en ligne et au portail de signalement Pharos de mener une vraie lutte contre les contenus pédopornographiques.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/02/09/pedocriminalite-en-ligne-nous-constatons-une-inaction-revoltante-des-pouvoirs-publics-qui-feignent-lignorance/

Le 20 novembre 2023, lors de la Journée internationale des droits de l'enfant, Charlotte Caubel, alors secrétaire d'Etat chargée de l'enfance, avait salué le travail de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants et appelé à l'élargissement de son action, en incluant notamment un phénomène qui explose la pédocriminalité en ligne. Au-delà du flou de cette évolution, nous dénonçons l'hypocrisie de ces déclarations au moment même où la France rechigne à soutenir le règlement européen contre la pédocriminalité en ligne.

L'urgence est pourtant majeure : 85 millions de contenus pédocriminels (vidéos et images) ont été détectés en ligne en 2022 avec une augmentation de 6 000% en dix ans, selon la commissaire européenne Ylva Johansson. Une peine de vingt ans de réclusion criminelle a été prononcée, en octobre, par la cour d'assises de la Meuse contre un père qui commettait des viols incestueux en série sur ses enfants et les partageait sur le Web avec d'autres pédocriminels. Mais pour une affaire jugée, combien de millions de vidéos en ligne en toute impunité ? Les solutions, pourtant, existent : elles nécessitent juste une volonté politique.

Au niveau européen tout d'abord, le règlement contre la pédocriminalité doit de façon urgente être soutenu par la France lors du Conseil des ministres des Affaires intérieures et de la Justice du 24 au 26 janvier et être adopté pleinement. Ce règlement impose aux plateformes de détecter, signaler et supprimer les vidéos des crimes sexuels sur mineurs.

En novembre, le Parlement européen a effectué un recul inadmissible qui compromet la sécurité des enfants en ligne : il met fin aux détections volontaires actuelles des plateformes pour scanner uniquement des contenus précis suspectés et exclurait le grooming (les propositions sexuelles faites sur Internet par un majeur à un mineur de 15 ans) du champ d'application des détections. Nous réclamons l'adoption du texte initial, avec une détection systématique jusque dans les messageries privées, qui est un des lieux de partage des viols d'enfants en streaming.

Plus de 60% des contenus pédocriminels sont hébergés par des serveurs européens et 96% des images pédocriminelles affectent des filles, selon le rapport Inhope de 2021. Le retrait des images pédocriminelles est la demande numéro un des survivants et survivantes, car le partage à l'infini de ces crimes est source de « retraumatisation ». Nous devons les protéger.

Interprétation erronée

Au niveau français, nous constatons une inaction révoltante des pouvoirs publics, qui feignent l'ignorance concernant l'illégalité de ce type de contenus en ligne.Pharos, l'organisme qui a un pouvoir de retrait administratif sur la pédopornographie et le terrorisme en ligne,a adopté une interprétation erronée et dangereuse de la définition d'un « contenu pédopornographique », comme le souligne le récent rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes.

La définition de la pédopornographie, telle que spécifiée dans la directive européenne de 2011 transposée à l'article 227-23 du code pénal, est claire : toute « image ou représentation » d'un mineur qui se livre à un comportement sexuellement explicite suffit à caractériser la pédopornographie ; et cet article est applicable aux « images pornographiques d'une personne dont l'aspect physique est celui d'un mineur, sauf s'il est établi que cette personne était âgée de 18 ans ». Nous estimons qu'il suffit que la victime paraisse mineure, mais Pharos a adopté une interprétation restrictive : il cherche à prouver la minorité des personnes filmées en convoquant un collège de trois experts dont le rôle est de statuer sur l'âge de l'enfant filmé en se basant sur son apparence. Notamment les signes manifestes de puberté, comme l'apparition de poils et des seins naissants.

Au-delà de la prépuberté, Pharos étudie les images au cas par cas et conclut le plus souvent à une présomption de majorité. En conséquence, il laisse en ligne des millions de vidéos mettant en scène de jeunes adolescents, ce qui est en contradiction flagrante avec la loi française et européenne. Cette interprétation erronée menace sérieusement le système de protection des mineurs. L'impunité est totale : les plateformes pornographiques pullulent de vidéos ouvertement pédopornographiques aux titres faisant l'apologie de l'inceste et du viol d'enfants. Malgré de nombreux signalements, Pharos, en 2021, n'a retiré aucun contenu pédopornographique de ces plateformes.

Cette prolifération de contenus pédocriminels a des conséquences dramatiques. En plus de la cyberviolence inouïe pour les enfants qui ont été filmés, cette diffusion banalise et encourage la pédocriminalité et l'inceste : Véronique Béchu, cheffe de la section mineurs de l'Office central pour la répression des violences aux personnes, a analysé ce phénomène dans Le Monde : « Tous les commanditaires de live streaming et consommateurs de vidéos et de photos [pédopornographiques] ne passent pas à l'acte. Mais tous ceux qui sont passés à l'acte ont au moins une fois regardé ces images. Dans environ 15% des cas, ils deviennent producteurs, agresseurs ou complices ».

Nous ne ferons pas reculer la pédocriminalité sans nous attaquer à sa diffusion en ligne. En œuvrant à l'adoption pleine et entière, au niveau européen, du règlement contre la pédocriminalité en ligne et en exigeant que Pharos agisse conformément à la loi française sur la pédopornographie, la France agirait dès maintenant contre la pédocriminalité en ligne.

Collectif :

Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de l'égalité femmes hommes, de la jeunesse et de l'éducation populaire ; Anne Clerc, déléguée générale de Face à l'inceste ; Laurence Cohen, sénatrice (PCF) du Val-de Marne (2011-2023) ; Mie Kohiyama, cofondatrice de Be Brave France ; Ursula Le Menn, porte-parole d'Osez le féminisme ! ; Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol ; Laurence Rossignol, sénatrice (PS) du Val-de-Marne et vice-présidente de la délégation des droits des femmes au Sénat ; Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

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Préface de la Dre Muriel Salmona au livre de Lundy Bancroft : « Pourquoi fait-il ça ? Dans l’esprit des conjoints violents et maltraitants »

13 février 2024, par Muriel Salmona — ,
Pourquoi fait-il ça ? de Lundy Bancroft est un livre précieux et salvateur pour les femmes victimes de violences conjugales. Tiré de Entre les lignes et les mots (…)

Pourquoi fait-il ça ? de Lundy Bancroft est un livre précieux et salvateur pour les femmes victimes de violences conjugales.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/02/07/preface-de-la-dre-muriel-salmona-au-livre-livre-de-lundy-bancroft-pourquoi-fait-il-ca-dans-lesprit-des-conjoints-violents-et-maltraitants/
Avec l'aimable autorisation de Muriel Salmona

Il ne se contente pas de répondre aux questions qu'elles peuvent se poser sur leurs conjoints violents ni de les outiller pour mieux s'en protéger, il se met résolument de leur côté avec le souci de leur rendre justice et de remettre le monde à l'endroit en dévoilant l'intentionnalité de nuire et les mensonges des hommes violents. Et cet enjeu est de taille face au déni qui règne dans notre société sur ces violences, déni alimenté par de fausses représentations, des stéréotypes sexistes, et une véritable propagande anti-victimaire qui culpabilise les victimes et dédouane les agresseurs en leur assurant une impunité quasi complète. Les femmes victimes elles-mêmes sont les premières contaminées par ce déni et ont les plus grandes difficultés à se sentir légitimes pour se défendre et pour dénoncer les violences qu'elles subissent. Ce déni contamine également les personnes qui pourraient les secourir, les protéger et les accompagner, leurs proches, les professionnels des secteurs de la police, de la justice, du soin et du social. Tout au long de son livre, fort de sa longue expérience auprès d'hommes violents, Lundy Bancroft s'attaque à ce déni. Dès les premières pages il nous prévient qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant le discours et les justifications des hommes violents, mais toujours les confronter aux témoignages de leurs conjointes, voire de leurs ex-conjointes.

Dans nos sociétés patriarcales, les projecteurs sont presque toujours dirigés sur les femmes victimes pour leur demander des comptes, les questionner sur leurs comportements et les culpabiliser : « Qu'ont-elles bien pu faire pour rendre leur conjoint aussi violent ? ». Lundy Bancroft braque au contraire les projecteurs sur les hommes violents, sur leurs manipulations et leurs mensonges. À l'aide de nombreux exemples étayant une analyse implacable il démontre que les violences conjugales reposent sur une imposture totale. Les hommes violents sont de bons acteurs, ils jouent des rôles tout à tour pour séduire, manipuler, intimider, terroriser, culpabiliser leurs victimes afin de les contrôler et de les exploiter, et de garantir leur impunité. Ils excellent pour mettre en scène l'amour, l'énervement, la contrariété, la colère, la frustration, la jalousie, la perte de contrôle, le désespoir, l'indignation, la vengeance, le déni, le repentir… Les violences psychologiques, physiques et sexuelles qu'ils exercent n'ont pour but que de blesser et traumatiser leur victime. Ils savent bien que les justifications qu'ils donnent sont fausses et injustes, les violences leur sont juste nécessaires pour dominer et mettre en place un contrôle coercitif afin de posséder, asservir et instrumentaliser leurs victimes. Les violences sont un outil terriblement efficace pour détruire la capacité de défense, la confiance en soi et l'estime de soi des victimes, et leur faire croire qu'elles n'ont aucune valeur, aucun droit ni aucune dignité.

Les violences sont toujours présentées par les hommes violents comme dues aux comportements de leur victime : « tu m'as énervé, tu es insupportable, dangereuse, tu fais tout pour me mettre hors de moi, pour me contrarier, me frustrer, etc. », alors qu'ils les fabriquent de toutes pièces pour leurs besoins. Ils peuvent en toute indécence s'autoriser ces mystifications, aidés par les stéréotypes et les fausses représentations que la société véhicule sur l'amour et la sexualité. Ils savent parfaitement qu'ils sont de mauvaise foi, qu'ils mentent de manière éhontée, que ces violences sont illégitimes, injustifiables, et portent atteinte aux droits et à la dignité de la victime, mais ils se permettent de les commettre, particulièrement dans le huis clos d'un couple.

Ce sont ces discours mystificateurs que Lundy Bancroft décrit et analyse sans concession en démontant les innombrables justifications des hommes violents et en démasquant leurs mensonges et mises en scène. Son but est d'aider les femmes à y voir clair, à identifier les stratégies de domination et à détecter les comportements annonciateurs d'une relation toxique afin de s'en libérer le plus tôt possible.

Le déni qui règne sur ces violences conjugales est tel qu'il est essentiel de donner des outils intellectuels pour les penser – comme le fait avec nous Lundy Bancroft – afin d'ouvrir les yeux de tout un chacun sur une réalité effrayante qui touche des femmes de tout âge, de toutes conditions et de toutes origines. Les violences conjugales sont d'une très grande ampleur et ont un caractère systémique. D'après l'Organisation mondiale de la santé, une femme sur trois dans le monde a subi dans sa vie des violences physiques ou sexuelles par son partenaire ou ex-partenaire. En France, une femme sur 4 a subi des violences par un partenaire depuis l'âge de 15 ans. Chaque année d'après l'enquête Cadre de Vie et Sécurité (INSEE – ONDRP – SSMSI, 2012-2019), 213 000 femmes déclarent être victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint (30% ont subi des violences sexuelles) et plus de 40 000 enfants sont directement exposés aux violences conjugales, 120 à 150 femmes sont tuées chaque année par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une tous les 2,5 à 3 jours. Or seules 20% des victimes arrivent à porter plainte, plaintes dont 60% aboutiront à une réponse pénale (infostat Justice, numéro 159, 2018). Pour l'ensemble des femmes victimes de violences conjugales, seules 12% verront leur conjoint ou ex-conjoint violent condamné. Ces violences sexistes s'exercent dans le cadre d'un rapport de domination masculine et dans des situations d'inégalités. Dans toutes les enquêtes, plus les femmes sont jeunes, vulnérables, discriminées plus elles risquent d'en subir, et les femmes en situation de handicap subissent deux fois plus de violences conjugales. Ces violences sont particulièrement traumatisantes pour les femmes et leurs enfants qui en sont victimes, ce qui entraîne de graves répercussions sur leur santé physique et mentale à long terme. Elles ont aussi de lourdes répercussions sociales, elles augmentent les inégalités, la vulnérabilité, les handicaps et sont source de précarité. Ces violences et leurs conséquences psychotraumatiques mettent les victimes en danger de subir de nouvelles violences, et entrainent de graves pertes de chance pour leur santé, si elles ne sont pas protégées et soignées. Or la grande majorité des femmes victimes sont abandonnées à devoir survivre seules avec leurs enfants aux violences et à leurs conséquences psychotraumatiques, sans secours, sans protection ni prises en charge adaptées.

Pour protéger et soigner les victimes de ces violences conjugales il ne peut être question d'attendre qu'elles signalent ce qu'elles subissent, tout s'y oppose : la peur d'être encore plus en danger (plus du tiers des féminicides ont lieu lors d'une tentative de séparation), la peur de ne pas être crues ni soutenues, les mensonges et les stratégies des hommes violents pour les manipuler, leur faire honte et les culpabiliser, et la gravité de leurs traumatismes. Il est nécessaire d'aller vers elles, c'est la responsabilité de tous de poser des questions, et encore bien plus des médecins qui sont considérés par les femmes victimes comme leur premier recours, suivi des policiers. Mais le déni, l'absence de formation spécifique des professionnels de la santé font que le dépistage est loin d'être systématique, de même que l'évaluation du danger couru par les victimes et leur protection, ainsi que l'évaluation de leur état traumatique et leur prise en charge adaptée. Or sans une réelle prise en compte du témoignage des victimes et sans une connaissance des symptômes psychotraumatiques, la réalité des violences est escamotée, la mise en scène des agresseurs et leurs justifications s'imposent alors comme la vérité.

Quand les violences sont reconnues par l'homme violent ou ne peuvent pas être niées (flagrance, témoins des scènes de violences, preuves médico-légales), c'est l'intention de les commettre qui est niée, la victime étant présentée comme à l'origine des violences. Dans ce scénario c'est la victime qui fabriquerait l'homme violent, alors que c'est l'homme violent qui fait la victime, et le plus souvent une série de victimes.

Lundy Bancroft fait bien apparaître que l'intentionnalité d'exercer des violences conjugales, de faire souffrir et de traumatiser les victimes est soigneusement cachée, maquillée sous couvert d'amour (jalousie, contrôle, chantages, violences sexuelles), de nécessité (éducation, responsabilité, impératifs économiques ou sécurité), ou de pertes de contrôle liées à des frustrations, des pulsions, des réactions émotionnelles trop intenses, des symptômes psychiatriques, ou bien à l'emprise de l'alcool ou de la drogue. Les hommes qui ont recours à la violence ne le font pas, comme ils essaient de le faire croire, pour le bien de la victime, pour se défendre, par détresse émotionnelle, sentiment d'abandon, de trahison ou par perte de contrôle, ils le font parce qu'ils se donnent le droit d'exercer une domination et un abus de pourvoir, selon une vision inégalitaire et discriminante du monde. Ils s'arrogent ce privilège afin d'exploiter leurs compagnes pour les mettre au service de leur confort physique, sexuel, psychique, financier, les transformant en esclaves domestiques et sexuelles, en thérapeutes, en « médicament-drogue » pour s'anesthésier, en « figurantes » pour jouer un rôle dans leurs mises en scène. Les violences conjugales sont toujours une affaire de recherche de pouvoir sur l'autre, de satisfaction de ses propres attentes au détriment de l'autre. L'homme violent sait qu'il est de mauvaise foi, qu'il ment, qu'il manipule, que la victime ne peut pas être coupable. Au mieux il peut après coup prendre conscience de conséquences bien plus graves que ce qu'il avait prévu, en être effaré, s'excuser et surtout se faire aider pour renoncer à cette violence, mais Lundy Bancroft nous dit à quel point c'est rare. Et même dans ce cas, le risque est grand que des proches ou des professionnels minimisent la gravité des violences et arrivent à le dédouaner de toute responsabilité. Le plus souvent, il continue à rationaliser et à renvoyer toute la responsabilité de ses accès de violence à sa victime : « regarde dans quel état tu m'as mis ». Peu importe que ces rationalisations soient totalement fausses, incohérentes, indécentes, il a le droit et le privilège d'être totalement injuste, de ne pas se remettre en question, de ne pas réfléchir aux conséquences, de ne pas se sentir responsable ni coupable des violences exercées en raison de la supériorité qu'il s'attribue. Cette supériorité lui permet de considérer ses contrariétés, ses angoisses ou ses frustrations comme bien plus importantes que les souffrances qu'il fait endurer à sa compagne. Dans le système patriarcal injuste et inégalitaire auquel il adhère, il s'arroge plus de valeur et de droits ainsi que le privilège de ne pas se poser de questions ni d'utiliser son intelligence pour analyser la situation avec impartialité. Il a le pouvoir de nier la réalité et de faire fi de toute logique et de toute cohérence. Il a le droit de faire mal, d'injurier, d'humilier et d'exiger malgré tout d'être aimé, désiré et apprécié. Il recrée et renomme le monde à sa convenance. Sa femme doit accepter cet état de fait et considérer qu'elle est là pour servir et subir par décision unilatérale, parce que cela a toujours été comme cela de génération en génération. Ce discours est reproduit sans aucune remise en question. Dans ce système la victime se retrouve toujours fautive, en échec continuel, en situation de dette, toujours nulle, définitivement incapable, tenaillée par la sensation de décevoir en permanence, d'être toujours frustrante, désespérée d'encourir toujours des reproches quels que soient les efforts accomplis. Il est essentiel pour l'homme violent de continuellement faire peser un jugement et un contrôle coercitif sur sa victime, pour renforcer une emprise qui la transforme en « robot », et pour pouvoir exercer quand il en aura besoin des violences qui lui permettront de se dissocier. Ce discours de la faute est indispensable pour justifier les violences. Avec une demande de perfection totalement irréaliste, impossible à atteindre, une exigence complètement décalée par rapport aux situations, exigence que l'agresseur n'aurait jamais pour lui-même, ou vis-à- vis d'autres personnes sur lesquels il n'a pas d'emprise. Jamais il n'irait frapper à son travail un adulte qui l'énerverait, mais sa femme ou son petit enfant sans défense, si ! Il s'agit bien de demander l'impossible pour pousser sa conjointe immanquablement à la faute, et pouvoir sous couvert de colère, quand on en aura besoin, « tomber » sur elle : « je fais semblant de te croire en faute, d'être en colère, afin de pouvoir t'agresser sans en porter la responsabilité, sans paraître coupable ». Les victimes le perçoivent bien quand elles ressentent que ça va bientôt « tomber ». Face aux réactions de détresse de la victime et aux conséquences des violences sur sa santé physique et mentale, l'homme violent manie le déni, la dérision et le mépris. Il minimise la gravité de ses actes, accuse la victime d' exagérer, d'être injuste et de vouloir le culpabiliser. Il se moque des symptômes traumatiques que présente sa conjointe en les déconnectant des violences et en les retournant contre elle : « tu vois bien que tu es folle, nulle, méchante, incapable, trop fragile et douillette, toujours à jouer à la victime ». Dans ce système totalitaire, la victime n'a même plus la possibilité de réagir naturellement : pas le droit de répondre, pas le droit de pleurer, pas le droit de se plaindre, pas le droit de se mettre en colère. Elle doit subir, point. La victime est prise au piège, bien qu'elle soit consciente de l'enfer qu'elle vit, car ses analyses et ses émotions sont continuellement disqualifiées et niées par son conjoint. Il entretient chez elle des sentiments de culpabilité, d'incompétence et de dette, ce qui l'empêche de penser qu'il n'a pas le droit de se conduire ainsi et que son intention est de lui faire mal. De plus, ces violences répétées traumatisent gravement la victime et la dissocient, ce qui l'anesthésie émotionnellement et lui donne une sensation d'irréalité. Elles sont à l'origine également d'une mémoire traumatique qui lui fait brutalement revivre les violences lors de flashbacks et de réminiscences comme si elles se reproduisaient à l'identique. Cette mémoire traumatique se déclenche dès qu'un lien rappelle les violences, elle envahit la victime qui revit à la fois les émotions et les ressentis qu'elle a eu lors des violences : la terreur, la mort imminente (elle peut suffoquer à nouveau si elle a subi une strangulation), la détresse et les douleurs, mais également les cris, les injures, les paroles blessantes et dégradantes, la haine et le mépris de son conjoint. Ces symptômes psychotraumatiques, qui ne sont habituellement pas connus de la victime, l'empêchent de comprendre ses propres réactions et émotions. Elle sait bien qu'il s'agit de violences graves et injustifiables, mais elle en doute car est coupée de ses émotions lors des violences, et a l'impression qu'elle les supporte. D'autre part elle est submergée par des émotions incohérentes et intolérables provenant de sa mémoire traumatique, qui explosent en dehors des violences dès qu'un lien les lui rappellent, et qui lui font craindre d'être folle. C'est un tel enfer qu'elle doit mettre en place de coûteuses stratégies de survie, pour éviter ces explosions ou pour les anesthésier par des conduites à risque (alcool, drogues, mises en danger). De plus, du fait de sa mémoire traumatique, elle est continuellement colonisée par les paroles et les mises en scène de son agresseur qui semblent provenir de sa propre pensée et de ce qu'elle est. Elle va se persuader peu à peu qu'elle est indigne, coupable, mauvaise et qu'elle ne vaut rien. Cet état de doute, d'incertitude, de confusion, ce sentiment de culpabilité et de honte permet à l'homme violent de mettre en place une emprise très efficace, de la manipuler et de lui imposer des pensées et un rôle dans sa mise en scène. Lundy Bancroft démontre très bien avec de nombreux exemples que les mécanismes à l'origine de l'emprise ne viennent pas de la victime mais des violences et de la stratégie de l'homme violent. La victime souffre des conséquences normales et universelles de ces violences. Contrairement à ce qui lui est souvent renvoyé, elle n'aime pas rester avec le conjoint violent, elle n'est pas masochiste, ce n'est pas ce qu'elle veut, elle n'est pas à l'origine de son propre malheur, elle est juste gravement traumatisée et dissociée, et elle cherche à survivre aux violences en empêchant sa mémoire traumatique d'exploser. Nos travaux et notre expérience clinique se rejoignent totalement : ce n'est jamais une femme qui fabrique un homme violent par ses comportements, ses réactions ou sa personnalité, c'est un homme violent qui fabrique de nombreuses femmes victimes. La violence conjugale a pour but de dominer et de soumettre. D'où l'importance de toujours braquer les projecteurs sur l'homme violent et non sur sa victime pour lutter contre le déni. Et d'essayer de comprendre au-delà de ses motivations comment il lui est possible d'être aussi froid, cruel et injuste vis à vis de sa femme, aussi indifférent à sa détresse et aux efforts qu'elle déploie, et aussi peu empathique. L'homme violent est aidé en cela par l'intensité des traumas qu'il cherche à provoquer chez sa victime et aussi chez lui-même avec ses comportements terrorisants et incohérents, très efficaces pour entraîner une sidération et une dissociation traumatique. Du fait de l'état dissociatif de sa conjointe, il est assuré que les proches et les professionnels en contact avec elle, ne risqueront pas de repérer ce qu'elle subit, de prendre en compte le danger qu'elle court, ni de la croire si elle essaie de dénoncer les violences puisqu'elle paraît détachée, voire même indifférente. Lui aussi se retrouve dissocié, et c'est ce qu'il veut car cela lui permet de se débarrasser de tensions et d'émotions gênantes – les violences sont traumatisantes non seulement sur les victimes et les témoins mais également sur les agresseurs. Les mécanismes psychotraumatiques à l'origine de cet état de dissociation sont des mécanismes de sauvegarde mis en place par le cerveau pour échapper au risque vital cardiologique et neurologique que représente le stress extrême généré par des violences sidérantes. Ces mécanismes de sauvegarde s'apparentent à une disjonction qui coupe le circuit émotionnel et interrompt la production d'hormones de stress (adrénaline et cortisol). Cette disjonction s'accompagne d'une production par le cerveau d'un cocktail de drogues aux effets morphine-like et kétamine-like. L'homme violent utilise sa femme comme un fusible pour pouvoir se dissocier à ses dépens grâce aux explosions de violence qu'il lui fait subir, ce qui lui permet d'anesthésier sa propre mémoire traumatique des violences qu'il a subies ou dont il a été témoin le plus souvent dans son enfance, et de toutes les violences qu'il a commises ensuite, et en prime de se débarrasser de son empathie pour assurer sa toute puissance :et sa domination. Sa victime est pour lui une drogue avec les habituels phénomènes de dépendance, de tolérance et d'accoutumance qui entraînent une augmentation inexorable des violences.

De plus, le conjoint violent bénéficie presque toujours d'un formatage antérieur de sa victime à la soumission, à la tolérance et à l'hyper-adaptation à des situations extrêmes, formatage qui remonte à une enfance dans des milieux familiaux violents : antécédents de maltraitance, d'exposition à des violences conjugales, et de violences sexuelles dont on connaît malheureusement la fréquence (1 femme fille sur 5 a subi des violences sexuelles dans son enfance, OMS, 2016). Avoir subi des violences dans l'enfance est un facteur de risque majeur d'en subir à nouveau tout au long de sa vie (OMS, 2010 et 2014, Felitti 2010). Le conjoint violent bénéficie également du fait que sa victime, quelles que soient les violences subies depuis son plus jeune âge, n'a jamais été ni protégée, ni reconnue comme victime, ni soignée, elle a dû grandir en survivant seule aux violences et à leurs conséquences psychotraumatiques. Elle a appris à considérer qu'elle n'avait pas de valeur, aucun droit et que personne ne viendrait à son secours. Il va donc tirer parti des traumas accumulés non traités de sa victime, et des conséquences souvent désastreuses des stratégies de survie qu'elle a du développer, qui sont des facteurs de vulnérabilité et d'absence d'estime de soi. En plus de la complicité avec les systèmes agresseurs du passé de sa victime, l'homme violent bénéficie donc de la complicité ambiante d'une société inégalitaire encore dans le déni face aux violences faites aux femmes et aux filles et à, leur conséquences psychotraumatiques.

La femme victime et l'homme violent ont donc fréquemment subi des violences dans leur enfance ou en ont été témoin. Dans la grande étude pour l'ONU de Fulu en 2017, si une femme a subi des violences physique et sexuelles dans l'enfance, cela multiplie par 19 son risque de subir des violences conjugales et sexuelles à l'âge adulte, et pour un homme cela multiplie par 14 le risque d'en commettre. Cela s'explique principalement par les conséquences psychotraumatiques des violences, pour éviter les conséquences à long terme et le cycle de reproduction des violences de proche en proche et de génération en génération, la mesure la plus efficace est de protéger les enfants victimes et de prendre en charge leurs traumatismes le plus tôt possible.

Le passé traumatique de l'homme violent lui permet d'obtenir de la compassion et de l'aide, sa conjointe se retrouve alors piégée dans le rôle de celle qui l'aide, le comprend, le soigne, l'excuse pour les violences qu'il commet, et lui pardonne le mal qu'il lui fait. Lundy Bancroft nous en montre de nombreux exemples. Si on n'est pas responsable des violences qu'on a subi, ni de leurs conséquences traumatiques, en revanche on a le choix de ses stratégies de survie et on est responsable de celles qui portent atteinte à l'intégrité physique et mentale d'autrui. Or c'est ce que font les hommes violents, ils instrumentalisent leur conjointe afin qu'elle gère à leur place leurs conduites d'évitement et de contrôle, ils les utilisent comme un fusible pour pouvoir se dissocier, ce qui leur permet de s'anesthésier à leurs dépens. Une société inégalitaire où les hommes peuvent facilement mettre en scène une prétendue supériorité au dépens des femmes, facilite le choix de s'autoriser à être violent, en s'identifiant à l'agresseur de son enfance, pour « traiter » une mémoire traumatique qui se réactive souvent dans le cadre de la vie conjugale et familiale, et de la grossesse de sa conjointe.

La violence est un choix et un privilège, elle est l'apanage d'une société inégalitaire et sexiste qui distribue des rôles de dominants aux hommes et de dominés aux femmes, et qui attribue ensuite à chacun une valeur en fonction de la place qu'il occupe dans le système hiérarchique imposé. La violence est totalement inhérente à tout système de domination et nécessaire à sa pérennité. Les hommes violents s'autorisent à transgresser une loi universelle pour imposer une loi traditionnelle qui les arrange ou une loi créée de toutes pièces dans leur propre intérêt, à laquelle les victimes qu'ils se sont choisies doivent se soumettre de force. Ils se revendiquent comme supérieurs, d'une autre essence, ils adhèrent à une idéologie prônant un monde patriarcal profondément inégalitaire où la loi du plus fort pourrait, en toute injustice, régner à leur avantage. Ils font souvent appel à leur liberté pour revendiquer leurs droits à commettre des violences. Cette liberté serait une valeur supérieure, liberté de faire ce que bon leur semble dans leur couple et leur famille, liberté sexuelle. Et limiter cette liberté serait une oppression (discours des masculinistes). Or notre monde, celui de la Déclaration internationale des droits humains et de l'égalité entre les femmes et les hommes s'oppose théoriquement à cette idéologie. De ce fait il est nécessaire de tordre la réalité pour bénéficier du privilège exorbitant d'exercer des violences pour dominer et soumettre, et de créer une véritable propagande sexiste et anti-victimaire pour imposer une culture de la violence qui nie, minimise ou justifie les violences envers les femmes et les enfants, dédouane les hommes violents et responsabilise les victimes. Une telle propagande sexiste charrie des stéréotypes, des idées fausses et des mensonges qui résistent à toutes les grandes avancées dans la connaissance de la réalité de ces violences, et de la gravité de leurs conséquences depuis plus de 20 ans. Cette propagande omniprésente gangrène toutes les institutions, empêche que les victimes soient entendues et prises en compte, et verrouille la mise en place des réformes er des formations nécessaires pour organiser la protection des victimes, prendre en compte leurs psychotraumatismes, et pour leur rendre justice. Pour sortir de cette situation il faut faire respecter et légitimer les droits des femmes, des enfants et ceux spécifiques des victimes.

Cette propagande est continuellement alimentée, elle sert de prêt à penser aux hommes violents pour justifier leurs comportements et accuser leurs conjointes. Cette propagande mensongère et discriminante est d'une grande violence, traumatisante en soi, elle crée un état de sidération et de dissociation qui paralyse et anesthésie ceux qui la subissent. Ces effets impactent également le reste de la société, la rendant tolérante ou indifférente face à ces mensonges, contaminée par les représentations haineuses sexistes qui ont un pouvoir de colonisation de la pensée et peuvent surgir de façon automatique face aux femmes victimes. De plus cette propagande bénéficie de l'incroyable méconnaissance ou de la négation des conséquences psychotraumatiques des violences. Les mythes et les stéréotypes sexistes sont justement construits sur des symptômes psychotraumatiques détournés de leur cause – les violences – et utilisés pour culpabiliser les victimes et décrédibiliser leur parole, leurs témoignages et leurs souffrances. En effet, dans nos sociétés patriarcales et inégalitaires, les rares femmes et filles qui dénoncent les violences masculines conjugales ou sexuelles qu'elles ont subies, en sont le plus souvent tenues pour responsables ou même coupables. Leurs traumas leurs sont reprochés au lieu d'être reconnus comme des conséquences normales et universelles des violences et comme des preuves de ce qu'elles ont vécu. Dans un retournement injuste et cruel leurs symptômes psychotraumatiques et leurs conduites de survie (conduites de contrôle ou d'évitement et conduites dissociantes à risque) sont utilisés pour les discréditer, disqualifier leur témoignage, les psychiatriser, et pour les accuser d'être à l'origine des violences et de leur propre malheur. En fait les stéréotypes sexistes les plus répandus intègrent ces mêmes symptômes psychotraumatiques et leurs conséquences sur la santé et la vie des femmes pour essentialiser ce qu'est une femme, sa personnalité, ses capacités et sa sexualité. Un tel processus mystificateur haineux alimente en cercle fermé les stéréotypes sexistes, les fausses représentations qui rendent les victimes coupables des violences qu'elles subissent, ou même les considèrent comme sans dignité, aimant être violentées et dégradées. À l'inverse, les hommes qui les ont agressées sont habituellement protégés, disculpés, innocentés, leur sexualité violente est normalisée et tolérée comme un besoin, ils peuvent même être considérés comme les « vraies victimes » de ces filles et de ces femmes qui les auraient provoqués, manipulés ou accusés à tort. Le fait qu'ils soient le plus souvent des prédateurs qui ont déjà fait de nombreuses victimes et en feront d'autres est presque toujours invisibilisé.

La méconnaissance des troubles psychotraumatiques et de leurs mécanismes porte donc préjudice aux victimes et représente une grave perte de chance pour elles, d'autant plus, qu'une prise en charge médico-psychologique de qualité est efficace et permet d'éviter la majeure partie des conséquences des violences sur la santé des victimes, sur leur vie affective, sociale, scolaire ou professionnelle, et de minimiser le risque qu'elles subissent à nouveau des violences. Alors que nous disposons depuis plus de 15 ans de très larges connaissances nationales et internationales sur l'ampleur des violences conjugales, et sur la gravité de leur impact sur la santé des victimes, ces violences conjugales et leurs conséquences restent largement sous-estimées. De même, les troubles psychotraumatiques et leur traitement sont actuellement très bien décrits, mais ces connaissances restent peu diffusées auprès des professionnels et du grand public, ce qui bénéficie aux agresseurs. De ce fait, les victimes ne sont pas identifiées, leur trauma n'est pas repéré. Et face aux nombreuses plaintes psychologiques et somatiques de ces femmes et enfants victimes, aucun lien n'est fait avec les violences et des diagnostics sont portés à tort, impliquant des traitements essentiellement symptomatiques et anesthésiants, quand ils ne sont pas maltraitants.

Il est donc évident que laisser des victimes sans soin aux prises avec leur mémoire traumatique est irresponsable et alimente sans fin la production de futures violences. Il suffit qu'une minorité de victimes deviennent des agresseurs, ils feront alors à leur tour d'autres victimes, dont quelques-unes deviendront à leur tour des agresseurs. Les agresseurs choisiront en priorité des proies qui ont déjà été victimes, car plus isolées et moins protégées, plus faciles à terroriser et à soumettre, et alimentant plus efficacement leurs scénarios violents par les violences qu'elles ont déjà subies. Exercer des violences sur une personne déjà blessée et traumatisée permet aussi aux agresseurs de mettre en scène une cruauté et une injustice encore plus grandes, plus impensables et transgressives, ce qui alimente leur toute-puissance. Les anciennes victimes sont donc activement recherchées par les agresseurs et enrôlées de force dans des scénarios qui n'ont de sens que pour eux.

La violence n'est pas une fatalité, l'être humain n'est pas violent par essence. Il le devient d'une part parce qu'il a subi lui-même des violences ou qu'il en a été témoin, le plus souvent très tôt dans son enfance. Il le devient aussi parce qu'il peut s'autoriser à reproduire les violences sur des victimes plus faibles, plus vulnérables ou désignées comme telles, pour soulager sa mémoire traumatique et les tensions qu‘elle provoque. Ce livre de Lundy Bancroft est donc essentiel pour que les femmes victimes de violences conjugales soient informées des manipulations des hommes violents, et pour qu'elles puissent se désolidariser d'une histoire qui n'est pas la leur, refuser d'y jouer le rôle d'esclave et échapper à ce piège. Dans cette optique, la reconnaissance de la réalité des violences subies et de leur impact psychotraumatique, la compréhension des mécanismes neuro-biologiques en jeu et des stratégies des agresseurs sont primordiales pour tous les proches et tous les professionnels en charge de secourir, protéger, accompagner et soigner les victimes : la lecture de ce livre sur sera extrêmement utile.

Dre Muriel Salmona
Muriel Salmona, psychiatre, fondatrice et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie et autrice de plusieurs ouvrages sur le thème des violences conjugales et sexuelles.
Éditions Libre – 24 euros
https://www.editionslibre.org/produit/pourquoi-fait-il-ca-lundy-bancroft/
Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté – N° 427 – 4 février 2024

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Sénégal. Les ferments du coup d’État institutionnel

13 février 2024, par Ousmane Diallo — , ,
En mettant fin de manière unilatérale, et sans base légale, au processus électoral trois semaines avant le premier tour de la présidentielle, Macky Sall a plongé le Sénégal (…)

En mettant fin de manière unilatérale, et sans base légale, au processus électoral trois semaines avant le premier tour de la présidentielle, Macky Sall a plongé le Sénégal dans une crise institutionnelle sans précédent. Depuis qu'il dirige le pays, il n'a cessé d'instrumentaliser la justice à des fins politiques et de réprimer les voix critiques.

Tiré d'Afrique XXI.

Avant le 3 février 2024 et l'annonce par le président Macky Sall du report sine die du scrutin (1), le Sénégal se dirigeait vers une élection présidentielle qui se distinguait de toutes les précédentes pour deux raisons. D'abord, pour la première fois dans l'histoire du pays, le président sortant, Macky Sall, n'était pas candidat, ce qui, théoriquement, devait ouvrir le jeu politique et favoriser un vrai débat sur les options futures. En outre, le principal leader de l'opposition, Ousmane Sonko, n'était pas lui non plus candidat : il a été écarté des joutes électorales à la suite de procédures judiciaires qui ont abouti à sa condamnation et à son inéligibilité pour une durée de cinq ans.

Mais ce 3 février, tout a changé lorsque, dans un discours à la nation, Macky Sall a abrogé le décret fixant le premier tour de la présidentielle au 25 février, prétextant une « crise » entre le Conseil constitutionnel, dont deux des sept membres ont été accusés de corruption, et l'Assemblée nationale, qui a établi une commission parlementaire afin d'enquêter sur ces allégations. C'est un moment inédit dans l'histoire du pays, qui le plonge dans une grande incertitude.

Vingt candidats devaient se présenter au suffrage des citoyens sénégalais. Mais deux candidats majeurs n'en ont pas eu la possibilité, ils ont été exclus de la course : Karim Wade, du Parti démocratique sénégalais (PDS), en raison de sa double nationalité (sénégalaise et française), et ce malgré la publication d'un décret de renonciation d'allégeance à la République française daté du 16 janvier 2024 ; et Ousmane Sonko. Détenu depuis le mois de juin 2023, d'abord chez lui puis à la prison de Sébikotane, le leader du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) a vu son recours rejeté par le Conseil constitutionnel.

La campagne officielle était censée débuter le 4 février et s'étaler sur trois semaines. Mais, dans les faits, elle a commencé depuis longtemps : précisément depuis mars 2021, lorsque Sonko a été accusé de viols et de menaces de morts sur une jeune femme, Adji Sarr, et détenu à la section de recherches de la gendarmerie nationale. Au cœur du débat qui a suivi – que l'on peut résumer ainsi : « le système contre le candidat anti-système » –, plusieurs questions ont été soulevées, telles que la politisation de l'administration publique, l'état de la justice sénégalaise, ou encore les enjeux liés à la corruption et à la gestion des deniers publics. Ces questions étaient déjà centrales lors des élections municipales et législatives de 2022, à l'issue desquelles la coalition de l'opposition avait réussi à percer des lignes et à déstabiliser l'assise de la majorité présidentielle. D'une certaine façon, le 25 février devait être le dernier épisode de ce long feuilleton même si, depuis, des scissions ont eu lieu au sein de l'opposition comme du pouvoir.

Une administration fortement politisée

Au-delà de la justice, tout le processus électoral ayant abouti à la promulgation des candidats définitifs le 20 janvier a été entaché d'accusations d'obstruction et de partialité. Déjà en septembre 2023, le retrait des fiches de parrainage, qui doit permettre aux candidats de se faire sponsoriser par une partie des électeurs (entre 0,8 et 1 % du fichier électoral), des élus locaux ou des parlementaires, a suscité la controverse. En effet, la Direction générale des élections (DGE) a refusé de délivrer des fiches au mandataire d'Ousmane Sonko, arguant du fait qu'il a été radié des listes électorales après sa condamnation pour « corruption de la jeunesse », et son inculpation pour « atteinte à la sûreté de l'État ».

Après ce refus, l'opposition a engagé plusieurs procédures devant les tribunaux du Sénégal et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) pour contester cette mesure administrative. Si la Cour de justice de la Cedeao a estimé, en novembre, que l'État sénégalais n'avait pas violé les droits d'Ousmane Sonko en le radiant des listes et en dissolvant le Pastef, le jugement des tribunaux sénégalais a été plus favorable aux plaidoiries de l'opposition, après moult péripéties.

Lorsque le tribunal de Ziguinchor (Casamance) a contesté la radiation de Sonko et demandé sa réintégration et l'octroi de fiches par la DGE, celle-ci a refusé d'exécuter ce jugement, arguant que l'État allait porter appel – ce en dépit du fait qu'en matière électorale toute décision de justice doit être exécutée immédiatement sans préjudice des recours par les autres parties. Lorsque la Commission électorale nationale autonome (Cena) a interpellé publiquement la DGE et lui a demandé à son tour, en octobre 2023, d'octroyer les fiches de parrainage au mandataire du Pastef, tous les commissaires ont été limogés et remplacés par décret présidentiel. Bien que le mandat des commissaires de la Cena soit échu depuis mai 2021 (2) et que l'opposition ait longtemps critiqué leur maintien illégal, leur limogeage à quatre mois de l'élection n'a fait que renforcer le sentiment de mise au pas des institutions électorales par l'exécutif.

Ces péripéties n'ont pris fin que le 15 décembre, lorsque le tribunal d'instance de Dakar a confirmé le jugement de celui de Ziguinchor. Pourtant, en dépit de ce retournement de situation, le mandataire de Sonko n'a jamais pu récupérer les fiches de parrainage. Comme on pouvait s'y attendre dans un tel contexte, cette candidature a été rejetée, et malgré un ultime recours des avocats de Sonko, le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 20 janvier, a motivé cette exclusion sur la base de la condamnation définitive de Sonko pour « diffamation » et « injures publiques », et non sur l'argument initial de sa condamnation pour « corruption de la jeunesse ».

Un système judiciaire sous pression

Lors de l'inauguration, en janvier 2024, du nouveau palais de justice de Rufisque, une ville de la banlieue de la capitale, l'ancien procureur de la République et actuel premier président de la cour d'appel de Dakar, Amady Diouf, a dénoncé « le mépris envers les juges dont il ne faut jamais rire ou se complaire ». Pour lui, c'est « le signe d'une faillite morale et le début d'un effondrement de la démocratie ». « Force est de souligner que nous exerçons nos offices dans un contexte où les institutions républicaines, particulièrement la justice, subissent des attaques injustifiées et des critiques que nourrissent et entretiennent des positions partisanes et la méconnaissance profonde du mode de fonctionnement de la justice », a-t-il renchéri.

Ce discours traduit un malaise qui n'a fait que monter depuis des années au sein de l'institution judiciaire, laquelle subit des critiques virulentes depuis le début de l'affaire Adji Sarr/Sonko – critiques portant essentiellement sur sa partialité et son inféodation au pouvoir exécutif. Ces questions avaient d'ailleurs entraîné la démission avec fracas d'un membre du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui dénonçait déjà en 2018 le mauvais fonctionnement de la justice.

Les affaires judiciaires qui ont abouti à l'inéligibilité d'Ousmane Sonko ont été marquées par leur caractère politique – qu'il s'agisse de la plainte pour viols et menaces de mort d'Adji Sarr en février 2021, qui a abouti à une condamnation ferme à deux ans de prison pour « corruption de la jeunesse » en juin 2023 ; ou de la plainte pour diffamation et injures publiques du ministre Mame Mbaye Niang, qui s'est conclue par une condamnation à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 200 millions FCFA (près de 308 000 euros).

En parallèle de ces procédures judiciaires, les manifestations politiques ont été fortement réprimées par les forces de sécurité, aboutissant à la mort d'au moins 56 personnes entre mars 2021 et août 2023, selon Amnesty International.

L'incarcération est devenu la norme

Le fait que plusieurs membres du Pastef ont été arrêtés et détenus pour « appels à l'insurrection » après avoir appelé à manifester ou à protester contre ce qu'ils considéraient être des abus de pouvoir n'a fait que renforcer ce sentiment de partialité. Parmi ceux-ci figurent les maires des Parcelles Assainies (Djamil Sané), de Keur Massar-Nord (Adama Sarr), de Keur Massar-Sud (Mohamed Bilal Diatta) et de Sangalkam (Pape Sow) – tous élus en janvier 2022 –, et plusieurs autres élus municipaux.

En avril 2023, le secrétaire national du Pastef, Bassirou Diomaye Faye, qui est aussi le candidat de ce parti à la présidentielle en lieu et place d'Ousmane Sonko, était arrêté à son bureau au ministère des Finances pour avoir dénoncé dans un post Facebook la « clochardisation de la justice » (3). Il était inculpé pour outrage à la magistrature. Ces charges seront plus tard alourdies, lorsqu'il sera accusé, avec Sonko, en juillet 2023, d'« atteinte à la sécurité de l'État, appel à l'insurrection et association de malfaiteurs » à la suite de la dissolution par mesure administrative du Pastef. Quelques semaines plus tôt, Macky Sall avait annoncé sa non-participation à l'élection présidentielle et sa volonté d'être sans réserve dans sa « défense de la République » face à ceux qui voudraient la saper. La répression a été brutale mais n'a pas pu entamer la dynamique politique enclenchée par le Pastef, ni taire les fortes réserves par rapport à l'inféodation de la magistrature aux desiderata de l'exécutif.

En septembre 2023, le comité pour la libération des détenus politiques estimait que plus de 1 000 personnes avaient été arrêtées et emprisonnées depuis mars 2021 dans le cadre de la répression politique liée à ces affaires. L'incarcération est devenue la norme plutôt que l'exception. Au trop-plein de détenus s'ajoute le non-respect de la procédure judiciaire par les chambres d'accusation. Ainsi, des demandes de liberté provisoire ne reçoivent même pas de réponse (ni positive, ni négative), en violation du code de procédure pénale. C'est le cas de Cheikh Oumar Diagne et de Abdou Karim Gueye, deux activistes proches du Pastef, arrêtés en mars 2023 pour « appel à l'insurrection, appel à la violence contre les institutions et atteinte à la sûreté de l'État », et détenus depuis à Rebeuss, la principale prison de Dakar.

Dérive de l'hyper-présidentialisme

Plus récemment, l'exclusion de Karim Wade de la liste des candidats à la présidentielle (après un recours d'une autre candidate, Rose Wardini, sur sa double nationalité franco-sénégalaise) a entraîné une nouvelle salve de critiques contre le Conseil constitutionnel. Dénonçant la « corruption » et les « conflits d'intérêt » de deux juges parmi les sept, ainsi que la fuite du jugement avant même la déclaration publique du Conseil constitutionnel, le PDS a poussé à la création d'une commission d'enquête parlementaire le 31 janvier, avec le soutien d'une partie des députés de la majorité. Cette « crise institutionnelle » fabriquée de toutes pièces entre le pouvoir parlementaire et le pouvoir judiciaire a servi de prétexte à la suspension de tout le processus électoral.

Ces différents retournements de situation illustrent l'instrumentalisation du pouvoir judiciaire par les acteurs politiques, à commencer par l'exécutif – et tout particulièrement durant les deux mandats de Macky Sall (au pouvoir depuis 2012). Il est utile de rappeler qu'avant Sonko deux autres figures de l'opposition, Karim Wade et Khalifa Sall, avaient été exclues de la présidentielle de 2019 à la suite, là aussi, de décisions de justice : ils avaient été condamnés en 2015 et 2018, respectivement pour « enrichissement illicite » et « escroquerie portant sur les deniers publics ».

Mais ce 3 février, l'hyper-présidentialisme sénégalais a franchi un nouveau seuil avec la suspension unilatérale du processus électoral par Macky Sall. En effet, cette décision, qui a été prise avant même que la commission parlementaire ait pu auditionner les membres du Conseil constitutionnel et vérifier les allégations portées par Karim Wade, est davantage la résultante de la volonté d'un homme et de son clan de confisquer le pouvoir et de se prémunir d'éventuelles poursuites que d'un souci réel de protéger les institutions. À bien des égards, cette décision constitue un coup d'État institutionnel par son caractère unilatéral et anticonstitutionnel, lequel risque de générer une crise aux conséquences potentiellement désastreuses pour le pays.

Notes

1- Le 5 février, l'Assemblée nationale a, dans un contexte de grande tension, validé le report au 15 décembre 2024.

2- Les commissaires de la Cena sont élus pour un mandat de six ans, et sa composition est renouvelable par tiers tous les trois ans. Le mandat du président Doudou Ndir était déjà échu en 2021.

3- Il était toujours en prison début février 2024.

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Sahel : le coup d’éclat des militaires

13 février 2024, par Paul Martial — , ,
Victimes des sanctions économiques de la CEDEAO, les trois pays sahéliens quittent cette union économique en critiquant son rôle néfaste pour les populations. Hebdo (…)

Victimes des sanctions économiques de la CEDEAO, les trois pays sahéliens quittent cette union économique en critiquant son rôle néfaste pour les populations.

Hebdo L'Anticapitaliste - 694 (08/02/2024)

Par Paul Martial

Crédit Photo
Capture d'écran France 24

La mise en scène était parfaite. Le dimanche 28 janvier à la même heure, les juntes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso ont lu une déclaration identique à leur télévision nationale annonçant leur départ de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Sanctions et menaces

Fondée en 1975, la CEDEAO avait comme objectif initial la constitution d'un marché unique de la région. Ses prérogatives se sont peu à peu étendues aux domaines politique et juridique. Parmi les 15 pays membres, les pays francophones, à l'exception de la Guinée, sont aussi membres de l'Union économique et monétaire des États d'Afrique de l'Ouest (UEMOA) à laquelle s'ajoute la Guinée-Bissau (ancienne colonie portugaise). Cette structure regroupe les pays ayant comme monnaie le franc CFA.

Les ressortissants des pays de la CEDEAO peuvent circuler et s'installer librement et les marchandises ne sont pas assujetties à des droits de douanes.

Lors des coups d'États au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la CEDEAO a adopté des sanctions économiques particulièrement sévères, notamment vis-à-vis du Niger. Pour celui-ci, elle avait même évoqué la possibilité d'une intervention militaire pour rétablir l'ordre constitutionnel selon la formule consacrée.

Une structure discréditée

Pour justifier leur départ de la CEDEAO, les juntes ont critiqué l'absence de solidarité et d'aide à leur pays confronté aux graves attaques terroristes. Elles lui reprochent de fouler la souveraineté de leur nation en agissant pour le compte de puissances étrangères et enfin, d'avoir abandonné le panafricanisme prêté aux pères fondateurs. Il est certain que les sanctions économiques ont été très mal vécues par les populations qui en sont les premières victimes. D'autant que les chefs d'État de la CEDEAO ayant pris ces décisions sont pour la plupart, soit élus grâce à des fraudes électorales massives, soit par des manipulations constitutionnelles leur permettant de briguer un troisième mandat. Ainsi au Togo, la dynastie Gnassingbé règne depuis plus d'une cinquantaine d'années. Ouattara en Côte d'Ivoire est au pouvoir avec l'aide de l'intervention armée de la France et s'y maintient par un changement de constitution. Quant au Sénégal, Macky Sall a écarté de la course électorale pour les présidentielles les deux principaux concurrents et vient d'ailleurs de reporter l'élection présidentielle à décembre, suscitant la colère de la rue. Les dirigeants de la CEDAO sont loin d'être les parangons de la démocratie.

Évidemment le soutien affiché d'Emmanuel Macron à une éventuelle opération armée de la CEDEAO contre le Niger n'a fait que conforter ce que pense une grande partie de la rue au Sahel, à savoir que cette structure est manipulée par la France.

Vers une sortie du franc CFA

Bien que le départ de la CEDEAO soit annoncé avec effet immédiat, l'article 91 de cette organisation prévoit un délai d'une année. Ainsi les dirigeants se sont dit ouverts à des négociations avec les trois pays qui ont formé quelques mois auparavant une Alliance des États du Sahel (AES). Les inquiétudes sont grandes car les trois pays sont enclavés et le débouché sur la mer reste un impératif. Si pour le Mali, la Guinée, qui elle aussi est sous sanction de la CEDEAO pour coup d'État, est une option, pour le Burkina et le Niger l'accès à la mer via le Togo ou le Bénin est compromis.

Avec le départ de la CEDEAO, la libre circulation sera cependant toujours garantie dans l'espace de l'UEMOA. Mais il n'est pas sûr que les pays de l'AES s'arrêtent en si bon chemin. En effet, la question de la sortie du franc CFA se pose aussi au profit d'une monnaie commune des trois États.

Ces décisions peuvent être considérées comme salutaires et symbolisant la conquête de souveraineté. Cela aurait été recevable si les populations avaient été consultées et donc partie prenante de cette décision. Ce n'est évidemment pas le cas au vu des attaques répétées contre les libertés démocratiques qui ont lieu dans ces trois pays sahéliens.

Paul Martial

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