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Aux États-Unis, des climatosceptiques condamnés à payer 1 million de dollars
Un tribunal des États-Unis a condamné deux personnes le 8 février pour avoir diffamé le climatologue Michael E. Mann. Une pratique récurrente pour décrédibiliser les scientifiques.
13 février 2024 | tiré de reporterre.net
La décision était attendue par la communauté scientifique. Le tribunal de la Cour supérieure de Washington D.C. a condamné le 8 février deux personnes pour diffamation, avec plus de 1 million de dollars (environ 928 000 euros) de dommages et intérêts compensatoires. Rand Simberg et Mark Steyn avaient affirmé que le climatologue Michael E. Mann avait trafiqué ses données et l'avaient comparé à un pédocriminel.
Michael E. Mann est une des figures majeures de la recherche sur le changement climatique depuis sa publication en 1999 d'un graphique surnommé « la crosse de hockey », qui montrait l'augmentation des températures au XXe siècle. Le climatologue avait porté plainte après deux publications sur des blogs.
En 2012, Rand Simberg, un ancien chercheur du groupe de réflexion Competitive Enterprise Institute avait comparé Michael E. Mann à Jerry Sandusky, un entraîneur de football étasunien (qui a travaillé dans la même université que le climatologue) condamné pour avoir sexuellement agressé des mineurs. « Mann pourrait être le Jerry Sandusky du changement climatique, sauf qu'au lieu d'agresser des enfants, il a agressé et torturé des données », avait publié Rand Simberg.
« Une volonté délibérée de nuire »
Ensuite, Mark Steyn, un essayiste d'extrême droite, a repris ces accusations et qualifié les recherches de Michael E. Mann de « frauduleuses », dans un blog publié par le National Review (Michael E. Mann avait porté plainte contre le groupe de réflexion et la revue, mais avait été débouté par la justice).
Au cours du procès, qui a duré quatre semaines, les deux hommes accusés ont maintenu leurs propos. Michael E. Mann a pour sa part affirmé que ces publications lui ont coûté des fonds pour ses recherches et l'exclusion d'au moins un projet. Dans sa décision du 8 février, le jury a estimé que les deux hommes poursuivis ont fait preuve de « méchanceté, dépit, mauvaise volonté, vengeance ou volonté délibérée de nuire ». Cette caractérisation était essentielle pour démontrer que leurs propos dépassaient le cadre de la liberté d'expression.
Après la décision de la justice, l'avocat de Michael E. Mann a affirmé dans un communiqué qu'en plus de rétablir l'intégrité du nom de son client, cette décision est « une grande victoire pour la vérité et les scientifiques [du monde entier] qui consacrent leur vie à répondre à des questions scientifiques vitales avec des conséquences sur la santé humaine et la planète ». Ce n'est pas la première fois que les travaux de Michael E. Mann sont contestés. En 2009, des accusations de manipulations des données ont entraîné des enquêtes judiciaires et universitaires. Toutes ont conclu que ses travaux étaient valides.
Une pratique fréquente des climatosceptiques
La remise en cause de la science est une pratique fréquente des climatosceptiques. « On a vu une augmentation des attaques contre les scientifiques, explique Lauren Kurtz, avocate et directrice du Climate Science Legal Defense Fund, une organisation de défense juridique des chercheurs qui a par le passé aidé le climatologue. Mais il y a désormais une baisse du nombre de débats sur la véracité de leurs recherches au profit d'attaques pour les décrédibiliser de façon plus nébuleuse et plus nocive, en disant que les scientifiques sont biaisés, qu'ils sont des militants ou que leur rôle n'est pas d'éduquer. Michael E. Mann n'est pas le seul à vivre cela, c'est juste qu'il est plus public. »
Dans son livre The New Climate War (2021), Michael E. Mann expose justement la manière dont des chercheurs financés par des entreprises d'énergies fossiles tentent de remettre en cause la science sur le dérèglement climatique pour profiter aux industries polluantes. Dès les premières pages de son livre, l'auteur évoque la responsabilité du Competitive Enterprise Institute, le groupe de réflexion où travaillait Rand Simberg, condamné dans cette affaire.

Iran : Détérioration de l’état de santé de trois membres emprisonnés du Syndicat des salarié.es de la Régie de bus de Téhéran et sa banlieue
Reza Shahabi, Davood Razavi et Hassan Saeidi, trois membres emprisonnés du Syndicat des travailleurs/travailleuses de la compagnie de bus de Téhéran et sa banlieue purgent une peine de cinq ans à la prison d'Evin en raison de leurs activités syndicales et de défense des droits des salarié.es. Ils sont confrontés à de graves problèmes de santé en raison de la négligence des autorités judiciaires et de la prison d'Evin à l'égard de l'aggravation de leurs problèmes de santé.
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
Reza Shahabi a subi des opérations au cou et au dos lors de sa précédente incarcération. Les médecins de la prison et le spécialiste de l'hôpital Taleghani ont confirmé la nécessité d'une opération immédiate et urgente du cou en soulignant les risques graves et irréparables en l'absence d'opération.
Malgré une douleur intense dans la région du cou et son hypertension artérielle, Reza Shahabi attend toujours d'être hospitalisé pour subir une intervention chirurgicale. Il n'a pas bénéficié d'un seul jour de congé médical depuis son arrestation le 12 mai 2022.
Davood Razavi, 63 ans, souffre de maladies gastro-intestinales, de problèmes de vue et de douleurs au genou. Il continue de souffrir de l'absence de traitement médical et de soins.
Davood Razavi a été arrêté le 27 septembre 2022. Il n'a bénéficié depuis d'aucun congé médical, malgré l'aggravation de ses problèmes digestifs et de ses hémorragies, ainsi que de la dégénérescence de sa vue, de ses douleurs au genou et de son arthrite.
Hassan Saeedi a perdu la plupart de ses dents en prison en raison d'une maladie des gencives et de la bouche et de la négligence des autorités pénitentiaires à soigner ses dents. La perte de ses dents a provoqué des troubles digestifs. Il a besoin de toute urgence de faire soigner ses dents à l'extérieur de la prison. Hassan Saeedi est en prison depuis le 18 mai 2022, sans un seul jour de permission de sortie, même après le grave accident de son fils.
Ces trois travailleurs emprisonnés et membres de longue date de notre syndicat ont été condamnés à des peines d'emprisonnement de longue durée injustes en raison de leur opiniâtreté, pendant deux décennies, à défendre les droits des salarié.es, ainsi que celui de s'organiser et de constituer des syndicats.
Après leur arrestation, ils ont été placés à l'isolement et soumis à des interrogatoires pendant des mois, puis condamnés à cinq ans d'emprisonnement, deux ans d'interdiction de séjour dans la région de Téhéran et à l'interdiction d'exercer des activités syndicales et sociales. Ces peines ont été confirmées en appel sans qu'ils aient pu se défendre devant le tribunal.
Nous sommes très préoccupés par l'état physique grave de nos membres emprisonnés, Reza Shahabi, Davood Razavi et Hassan Saeidi, et demandons qu'ils bénéficient immédiatement d'un congé médical. Nous demandons en outre leur libération inconditionnelle, ainsi que celle des autres travailleurs/euses, enseignant.es et étudiant.es emprisonné.es, ainsi que de toutes et tous les prisonnier.es politiques.
Syndicat des travailleurs de la compagnie de bus de Téhéran et de sa banlieue,
9 février 2024
htps ://www.instagram.com/vahedsyndica/
https://twitter.com/VahedSyndicate
vsyndica@gmail.com
Merci d'envoyer des lettres de protestation aux autorités suivantes, avec copie à : vsyndica@gmail.com
Guide de la République islamique d'Iran, Ayatollah Sayed 'Ali Khamenei
contact@leader.ir ; et info_leader@leader.ir ;
Pouvoir judiciaire de la République islamique d'Iran - Haut Conseil des droits de humains
info@humanrights-iran.ir ;
Mission permanente de la République islamique d'Iran auprès des Nations unies
missionofiran@gmail.com ; iranunog@mfa.gov.ir ; iran@un.int @Iran_UN
Ministère des affaires étrangères de la République islamique d'Iran : info@mfa.gov.ir
Ambassades d'Iran :
https://www.embassypages.com/iran
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L’Indonésie, le nickel et la Chine
Avec 21 millions de tonnes, l'Indonésie détient les plus importantes réserves mondiales de nickel. Le pays a fait de ce secteur de transformation du nickel pour la fabrication de batteries électriques la clé de son programme de développement national. Dans l'industrie du nickel dans l'archipel, les entreprises sont principalement chinoises. Pendant les deux mandats de Jokowi, la dépendance de l'Indonésie envers la Chine s'est accrue, alors que les pratiques chinoises en matière de conditions de travail et de droit des travailleurs, de relations avec les populations locales, de protection de l'environnement, vont à l'encontre des efforts des Indonésiens pour construire une société démocratique.
Tiré de Asialyst. Légende de la photo : Selon cette image aérienne prise le 21 septembre 2022, la fonderie de Virtue Dragon Nickel Industry, à Konawe, dans le Southeast Sulawesi. (Courrier international)
Le 24 décembre dernier dans l'île indonésienne de Sulawesi, une explosion dans une fonderie de nickel a fait dix-neuf morts et plusieurs dizaines de blessés. Selon une enquête préliminaire, durant un travail de réparation, un liquide inflammable aurait pris feu et fait exploser des réservoirs d'oxygène à proximité.
Onze des ouvriers étaient indonésiens et huit chinois. L'usine, située dans l'Indonesia Morowali Industrial Park (IMIP) dans la province de Sulawesi central, appartient en effet à l'entreprise PT* Indonesia Tsingshan Stainless Steel (ITSS), filiale du groupe chinois Tsingshan, un producteur d'acier inoxydable. ITSS est le plus important producteur d'acier inoxydable d'Indonésie. Elle a démarré en 2017. Le parc a été inauguré en 2013.
Cet accident mortel n'est pas le premier dans l'industrie du nickel en Indonésie, dont les entreprises sont principalement chinoises. De 2015 à 2022, l'ONG indonésienne Trend Asia, qui travaille sur la transition énergétique et le développement durable, a dénombré 47 morts et 76 blessés sur les sites miniers du nickel dans l'archipel. On soupçonne en outre dix ouvriers chinois de s'être suicidés.
En décembre 2022 notamment, deux employés d'une fonderie à Morosi, dans la province de Sulawesi du Sud-Est, sont morts dans une explosion provoquée par de la poussière de charbon qui avait pris feu. L'une des deux victimes, Nirwana Selle, âgée de 20 ans, est morte brûlée vive. La fonderie, inaugurée en 2021, appartient à la société PT Gunbuster Nickel Industry, une filiale de l'entreprise chinoise Jiangsu Delong Nickel Industry. Elle emploie 11 000 Indonésiens et 1 300 étrangers.
Le nickel dans la stratégie industrielle de l'Indonésie
En avril 2023, de nouveau dans le parc de Morowali, deux ouvriers sont morts ensevelis dans une décharge de déchets provenant de la combustion de ferronickel*. En mai, toujours à Morowali, un incendie s'est déclaré, suivi d'une explosion dans une fonderie qui appartient également à Gunbuster, faisant deux morts. En juin, un autre incendie dans cette même usinea fait un mort et six blessés.
Avec 21 millions de tonnes, l'Indonésie détient les plus importantes réserves mondiales de nickel, près de 24 % du total, dont une partie importante se trouve dans l'île de Sulawesi. Quatre des plus grandes mines de nickel d'Indonésie sont situées à Sulawesi : Sorowako, Asera, Pomalaa et Bahoomahi. La cinquième, Weda Bay, est dans l'île de Halmahera dans les Moluques et est exploitée par Tsingshan, en partenariat avec l'entreprise minière d'Etat indonésienne PT Aneka Tambang et la société minière française Eramet.
En 2020, l'Indonésie a interdit les exportations de minerai non traité. Le pays a fait de ce secteur de transformation du nickel pour la fabrication de batteries électriques la clé de son programme de développement national. D'après l'Agence internationale de l'énergie fondée par l'OCDE, « l'objectif de cette politique est de renforcer les installations de transformation nationales, de ramener la valeur ajoutée de la chaîne d'approvisionnement du nickel dans l'économie indonésienne et de stimuler la création d'emplois et le développement économique en Indonésie. »
*Une telle politique va à l'encontre des règles de l'Organisation mondiale du commerce, dont l'Indonésie est membre. L'Union européenne a annoncé en 2019 qu'elle engageait une procédure auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle considère en effet que l'interdiction d'exporter le minerai de nickel est une entrave à la liberté du commerce et « va gravement nuire au secteur européen de l'acier inoxydable, gros consommateur de nickel ».
En 2022, la ministre indonésienne des Finances Sri Mulyani Indrawati déclarait au World Economic Forum de Davos qu'en tant que plus grande économie de l'ASEAN, l'Indonésie n'entendait pas rester une exportatrice de matières premières sans valeur ajoutée.
La fabrication d'acier inoxydable représente 70 % de la demande mondiale de nickel. L'Indonésie est le troisième producteur mondial d'acier inoxydable derrière la Chine et l'Inde et le premier exportateur.
Outre l'acier inoxydable, le nickel est utilisé dans la fabrication de batteries de véhicules électriques. En décembre 2023, Hong Kong CBL, une filiale du fabriquant de batteries chinois CATL, a pris une participation dans PT Indonesia Battery Corporation, une filiale de la compagnie minière d'Etat indonésienne PT Aneka Tambang, pour la production de telles batteries.
L'Indonésie devient « indispensable pour l'industrie des véhicules électriques ». Elle souhaite bâtir une filière du nickel complète, de l'extraction du minerai, à la transformation et la fabrication de batteries et véhicules électriques.
Depuis 2020, le pays a ainsi signé pour plus de 15 milliards de dollars de contrats avec des entreprises comme les Sud-Coréennes Hyundai et LG et la Taïwanaise Foxconn. Le président Joko Widodo, familièrement appelé Jokowi, essaie de convaincre Elon Musk d'investir dans la production de véhicules électriques ou de batteries.
En décembre 2023, l'Indonésie a annoncé des incitations fiscales pour les constructeurs qui envisagent de produire des véhicules électriques. En janvier 2024, le ministre indonésien des Affaires économiques a annoncé que le plus grand constructeur de véhicules électriques du monde, le Chinois BYD, envisageait d'investir 1,3 billion de dollars pour construire en Indonésie une usine d'une capacité de 150 000 unités par an. En février, un autre constructeur chinois, Chery, s'est engagé à faire de l'Indonésie sa base de production pour l'ensemble de l'Asie du Sud-Est et dans ce but, à augmenter ses investissement dans le pays.
Une dépendance grandissante envers la Chine
La Chine est de loin le premier client de l'Indonésie, représentant plus de 22% des exportations de cette dernière, loin devant les Etats-Unis (11%), le Japon (8%), l'Inde (6%) et Singapour (5%) en 2021 (CIA World Factbook). En 2023, elle est également devenue son deuxième investisseur derrière Singapour et devant Hong Kong, le Japon et la Malaisie.
L'Indonésie est en terme de montant le premier récipiendaire sud-est-asiatique du projet chinois des « Nouvelles routes de la soie » (Belt and Road Initiative ou BRI). Les fonderies de nickel dans l'archipel font partie de la BRI. Dans un discours au parlement indonésien en 2013, le président Xi Jinping a montré l'importance de l'Indonésie dans ce projet.
De son côté, l'Indonésie voit dans les investissements chinois le moyen de développer des infrastructures déficientes qui ne permettent pas d'exploiter au mieux son potentiel de croissance. En particulier, le pays souhaite que la Chine l'aide pour ses projets dans les énergies renouvelables et les infrastructures. Des responsables indonésiens se plaignent de la réticence des pays occidentaux à financer son plan de fermeture des centrales électriques au charbon et des taux d'intérêt qu'elle juge élevés. La BRI a permis de financer notamment le train à grande vitesse, le premier d'Asie du Sud-Est, qui relie Jakarta à Bandung, troisième ville la plus peuplée d'Indonésie, et le développement d'une industrie du nickel.
En 2021, Luhut Binsar Pandjaitan, ministre coordinateur des Affaires maritimes et de l'Investissement, assurait que les investissements chinois répondaient aux besoins du gouvernement et que la Chine « ne dictait rien ».
Néanmoins d'après Bhima Yudhistira Adhinegara, directeur au Center of Economic and Law Studies à Jakarta, dans le cas du nickel, c'est la Chine qui profite le plus des accords qu'elle a passés avec l'Indonésie. Selon lui, « la Chine contrôle 61 % de la production totale nationale de nickel, alors que nos entreprises d'État n'en contrôlent que 5 %. »
Hongyi Lai de l'université de Nottingham, spécialiste des politiques économiques chinoises, explique qu'il existe dans l'opinion indonésienne une suspicion sur la Chine et son influence en Indonésie.
Face à cette suspicion, en mai 2023, malgré les accidents, Luhut affirmait d'une part : « Les investisseurs chinois ont un rôle important, notamment dans le domaine des hautes technologies et du transfert de technologies. » Et d'autre part : « Si [les Chinois] n'existaient pas, nous ne pourrions pas exporter 34 milliards de dollars de dérivés du nickel. »
L'environnement
Dans un rapport publié en janvier 2024, l'ONG Climate Rights International, qui défend les droits des populations en lien avec le changement climatique, constate que l'industrie du nickel menace l'existence et le mode de vie traditionnel des populations locales. En particulier, les activités minières dans l'Indonesia Weda Bay Industrial Park situé dans l'île de Halmahera dans les Moluques du Nord, dont les actionnaires sont trois entreprises chinoises, parmi lesquelles Tsingshan, contribuent à une déforestation massive.
On a donc un paradoxe entre la transition vers des énergies renouvelables dans laquelle s'inscrit l'usage de véhicules électriques et les dégâts causés à l'environnement et les populations locales par l'activité minière nécessaire au fonctionnement de tels véhicules.
Pour Yeta Purnama, chercheur au Center for Economic and Law Studies, un think tank indonésien, si les investissements chinois en Indonésie ne donnent pas la priorité à la santé et à la sécurité, le sentiment anti-chinois risque d'augmenter. En outre, d'autres accidents qui causeraient des victimes pourraient ternir l'image des deux pays dans le monde.
Les risques que présentent les entreprises minières chinoises en Indonésie ne concernent pas seulement le nickel. Le Business & Human Rights Ressources Centre mentionne ainsi un rapport de la Banque Mondiale qui conclut que le développement d'une mine de zinc et de plomb dans le nord de Sumatra par une filiale d'une entreprise d'État chinoise « présente des risques « extrêmes ».
Pour Hendri Yulius Wijaya, spécialiste des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance1 (ESG) du cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) à Jakarta, l'Indonésie risque de manquer des occasions d'investissement dans l'industrie de transformation des minerais si elle ne fait pas suffisamment d'effort pour appliquer ces critères.
Un mouvement de protestation
Les conditions de travail dans les entreprises chinoises de l'industrie du nickel implantées en Indonésie sont de plus en plus dénoncées. En 2020 à Morosi (Sulawesi du Sud-Est), huit cents ouvriers de PT Virtue Dragon Nickel Industry, une autre filiale de Jiangsu qui réclamaient une hausse de salaire et des CDI avaient mis le feu à des équipements lourds et des bâtiments. Il n'y avait pas eu de victime mais cinq manifestants avaient été arrêtés.
En janvier 2023, dans l'usine de Gunbuster à Morowali, des heurts ont eu lieu. Là également, les travailleurs indonésiens protestaient contre leurs conditions de travail et leur salaire, et faisaient grève. Il y a eu deux morts, un ouvrier chinois et un ouvrier indonésien. En mars, ce sont des ouvriers de Virtue Dragon qui se sont mis en grève.
Quelques semaines après ces heurts, des ouvriers chinois travaillant dans la zone industrielle ont porté plainte auprès de la commission indonésienne des droits de l'homme pour leurs mauvaises conditions de travail, déclarant subir « de nombreux dommages physiques, psychologiques et financiers ».
En décembre 2023, de nouveau à Morowali, trois jours après l'accident qui avait fait dix-neuf morts dans l'usine de Tsingshan, quelque trois cents ouvriers ont manifesté pour demander de meilleures conditions de sécurité et de santé au travail.
Rizal Kasli, président de la Perhapi (l'association des professionnels de l'industrie minière d'Indonésie), estime que les heurts entre ouvriers à Gunbuster Nickel Industry sont dus entre autres à une « jalousie sociale des travailleurs locaux envers le traitement par GNI de la main d'œuvre étrangère ».
En fait, les ouvriers chinois en Indonésie travaillent dans des conditions pires que les Indonésiens, qui peuvent se syndiquer et défendre leurs droits. China Labor Watch, une ONG basée à New York qui enquête sur les conditions de travail en Chine, a constaté pour la période 2021-2023 les pratiques suivantes dans les entreprises chinoises : confiscation du passeport, violations de contrat, retenues de salaire, blessures et absence de sécurité au travail, absence de permis de travail indonésien, restriction des déplacements, violence physique pour enfreintes au règlement.
Les conditions de travail sont donc dénoncées non seulement par les travailleurs indonésiens mais aussi chinois. Pour Permata Adinda, une journaliste collectif Project Multatuli interviewée par le China-Global South Project, les ouvriers indonésiens doivent comprendre que c'est un problème de classe et non de nationalité.
Les investissements chinois en Indonésie posent encore d'autres problèmes. En septembre 2023, un millier de personnes ont manifesté devant l'agence gouvernementale chargée du développement de Batam, une île indonésienne qui fait face à Singapour, et de la région. Les manifestants protestaient contre l'expulsion prévue de 7 500 personnes de l'île voisine de Rempang, dans laquelle le verrier chinois Xinyi va construire un parc industriel et investir 11,5 millions de dollars.
Sortie « peu glorieuse »
Ce mercredi 14 février se tient l'élection présidentielle. En 2018 déjà, dans la dernière année du premier mandat de Jokowi, l'essor des investissements chinois en Indonésie et une présence grandissante de travailleurs chinois avait fini par produire un ressentiment à différents niveaux de la population indonésienne.
Prabowo, deux fois perdant face à Jokowi lors des précédentes élections mais nommé ministre de la Défense par ce dernier, va tenter une troisième chance d'être élu. Il a à ses côtés le fils de Jokowi, Gibran, comme candidat à la vice-présidence. Cette situation illustre à quel point la démocratie à reculé sous l'actuel président.
Durant la campagne électorale, Prabowo a déclaré qu'il poursuivrait les programmes de Jokowi.
Pendant les deux mandats de Jokowi, la dépendance de l'Indonésie envers la Chine s'est accrue, alors que les pratiques chinoises en matière de conditions de travail et de droit des travailleurs, de relations avec les populations locales, de protection de l'environnement, vont à l'encontre des efforts des Indonésiens pour construire une société démocratique. On comprend que l'hebdomadaire britannique The Economist qualifie de « peu glorieuse » la sortie de Jokowi.
Par Anda Djoehana Wiradikarta
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La suppression du « droit du sol » à Mayotte : une mesure d’exception dangereuse pour toutes et tous
C'est devenu une habitude : chaque visite ministérielle est l'occasion de déclarations fracassantes au premier rang desquelles figure systématiquement le renforcement de la lutte contre l'immigration. Ainsi pour tenter d'apaiser la colère des habitantes et habitants de Mayotte face à l'insécurité et à la crise migratoire, Gérald Darmanin a tout bonnement réitéré son souhait de supprimer le « droit du sol » en révisant la Constitution.
Tiré du site de la Ligue des droits de l'homme.
Le reniement de ce droit fondamental, qui existe depuis 1804, est le moyen proposé par le ministre de l'Intérieur censé pallier l'abandon de l'Etat et la déshérence de l'ensemble des services publics dans ce département le plus pauvre de France.
Or le droit applicable sur l'île est déjà une somme de dérogations, d'exceptions à la norme, qui entraînent des privations graves des droits fondamentaux. Alors que la LDH dénonçait déjà les aménagements restrictifs à Mayotte (l'acquisition de la nationalité française de tout enfant naissant à Mayotte étant actuellement subordonnée à l'exigence que l'un de ses parents soit en situation régulière depuis au moins trois mois), il s'agit aujourd'hui de porter, de façon ultime, atteinte au droit du sol dans ce département.
Il ne peut y avoir sur le même territoire national deux régimes de nationalité : la suppression pure et simple du « droit du sol » à Mayotte serait donc une fuite en avant répressive contraire au principe constitutionnel d'une République indivisible. Les Mahoraises et Mahorais ont avant tout besoin de la même égalité des droits que celle qui est reconnue dans tous les territoires de la République. Il s'agit également d'une mesure discriminatoire qui risquerait de se retourner contre eux, en ce qu'elle renverrait l'image d'un département différent qui ne répond pas aux mêmes principes que les autres territoires français.
Mais il s'agit également d'une mesure inefficace. Il n'a jamais été démontré que les règles d'accès à la nationalité ont un effet sur les flux migratoires, la limitation du « droit du sol » à Mayotte en est l'exemple même.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer le danger qu'elle cache : cette mesure risque d'ouvrir une brèche dans le droit, une crainte accentuée par le fait que les territoires d'outre-mer sont souvent utilisés comme les laboratoires d'expérimentation des politiques générales.
Alors que nous sortons de mois de débats délétères sur la loi immigration, Gérald Darmanin joue une fois de plus le jeu dangereux de l'extrême droite en reprenant leurs revendications.
La LDH dénonce cette annonce et rappelle que c'est l'instauration, en 1995, d'un visa obligatoire pour les Comoriens qui souhaitent venir dans l'île française, dit visa Balladur, qui a mis fin à la libre circulation entre les différentes îles de l'archipel. Elle demande que soient privilégiées des mesures sociales plutôt que répressives, notamment la défense de l'accès à l'éducation, à un logement digne, à l'eau pour toutes et tous et refuse que les personnes migrantes soient une fois de plus les boucs émissaires de politiques publiques insuffisantes.
Paris, le 12 février 2024
Ligue des droits de l'Homme (LDH)
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Jour d’élections en Indonésie : la danse des élites porte Prabowo Subianto au pouvoir
Le 14 février, l'Indonésie, troisième plus grande démocratie et quatrième nation la plus peuplée, a organisé le plus grand scrutin au monde en une seule journée. Après une série de manigances anti-constitutionnelles, le ticket de Prabowo Subianto soutenu par le Président sortant Jokowi, a revendiqué la victoire aux élections présidentielles.
Tiré du blogue de l'autrice. Légende de la photo (de droite à gauche) : L'ancien gouverneur de Jakarta Anies Baswedan (candidat #1), le ministre de la Défense sortant Prabowo Subianto (candidat #2), et l'ancien gouverneur de Central Java Ganjar Pranowo (candidat #3)
204,8 millions d'Indonésiens, dont plus de la moitié ont moins de 40 ans, étaient en droit de voter pour choisir leur président et vice-président, ainsi que les députés de la Chambre des représentants nationale, des Conseils représentatifs régionaux et enfin la composition des parlements locaux. Une victoire à la présidentielle en un seul tour requiert l'obtention de la moitié des voix (50 % + 1), dans au moins 20 des 33 provinces.
Les problématiques liées aux dynasties politiques en Indonésie est un sujet qui a occupé les pages des médias (principalement locaux mais aussi internationaux, dont un billet par notre équipe) pendant des mois et qui continue d'être un sujet de discussion en cours. La religion avec la participation active de Muhammadiyah et de Nahdlatul Ulama - la plus grande organisation islamique d'Indonésie qui revendique quelque 40 millions de membres - est aussi un thème déjà largement exploré. Ces organisations jouent un rôle important dans l'orientation des décisions des électeurs en faveur d'un candidat qu'elles soutiennent. Dans la pratique, ces organisations deviennent souvent une partie active du processus de décision politique.
Alors que beaucoup a été dit sur les dynasties politiques et la montée depuis 2016-2017 d'un islam conservateur, un autre phénomène, celui de l'insécurité sociale, de l'incertitude sanitaire, de la précarité et de la pauvreté, reste peu analysé. Les tensions sont évidentes alors que ces véritables problèmes qui affligent la nation, couplé au recul de la démocratie, s'aggravent.
L'ancien général Prabowo Subianto a façonné une image politique oscillant entre un nationalisme fervent et un populisme religieux, mêlant une position ferme à une assurance charismatique militaire. Il a perdu face à Joko Widodo (2014-2024), dit Jokowi, lors des deux scrutins précédents, puis il a été intégré au gouvernement en tant que ministre de la Défense. Son co-listier Gibran Rakabuming Raka, est le vice-président le plus jeune de l'histoire de la République. Il est surtout le fils de Jokowi, homme d'affaires qui est passé maître dans l'art de maîtriser le jeu politique. Incarnant l'essence même de la dynastie, le jeune Gibran a commencé sa carrière après avoir terminé ses études au Management Development Institute of Singapore. Il a occupé le poste de maire dans la ville de Surakarta, comme son père l'a été de 2005 à 2012, puis a été propulsé à la vice-présidence, toujours avec le soutien de son père.
L'autre candidat à la présidence était Ganjar Pranowo, une figure qui rappelle Jokowi pendant son premier mandat. Il se déplace sur les marchés, converse avec la population, utilise un langage simple - celui d'un politicien du peuple - direct et sans peur, toujours avec un sourire même quand il est en colère. Le candidat à sa vice-présidence était Mafud, qui joue le rôle d'une figure équilibrante - plus sérieux, pragmatique, au langage tranchant et bien informé sur les questions du pays. Il est aussi très direct, comme démontré lors du dernier débat vice-présidentiel où il a réussi à déstabiliser Gibran.
Enfin, l'outsider Anies Baswedan est une personne qui peut être décrite de nombreuses manières, mais certainement pas comme quelqu'un incapable d'attirer l'attention. En formant des alliances avec des partis et des représentants d'un islam plus strict, l'ancien gouverneur de Jakarta (2017-2022) s'est taillé une place de choix dans le paysage politique national et se présente comme un agent potentiel de changement. Son candidat à la vice-présidence était Muhaimin Iskandar, dit Cak Imin, vice-président du Conseil représentatif du peuple, la chambre basse du Parlement, depuis 2019.
Trois candidats face au problème d'inégalité sociale
L'économie indonésienne a connu un développement significatif au cours des dernières années, avec un taux de croissance qui, bien qu'il ne corresponde pas entièrement aux attentes du gouvernement sous Jokowi, pourrait être considéré comme raisonnablement louable, compte tenu des deux années de la pandémie de COVID-19 qui ont inévitablement entraîné un ralentissement. Cependant, le développement économique et le développement social (qualité de l'emploi, soins de santé et égalité sociale) sont des domaines distincts. Jokowi est affectueusement surnommé "Monsieur Infrastructure" précisément parce que le point focal de son programme politique a été le développement économique infrastructurel. Il a cherché à aborder la Chine avec prudence en politique étrangère, s'alignant sur l'Initiative Ceinture et Route en coordonnant dix projets pour l'Indonésie, un aspect distinctif de son mandat.
Source de la carte
[ Lire notre analyse Mediapart sur la genèse de l'Initiative Ceinture et Route / Belt and Road Initiative (BRI)]
Jokowi est également la figure centrale derrière la loi Omnibus, une réforme du travail représentant la véritable facette de la politique indonésienne basée sur une approche capitaliste axée sur l'accumulation et l'exploitation. C'est l'essence même de la loi Omnibus : une atteinte aux droits des travailleurs et à l'environnement au nom du "développement économique", qui rappelle la "stratégie du choc" administrée à l'Amérique du Sud à partir des années 70, puis à l'Europe de l'Est et finalement l'Asie.
Les données les plus récentes de la Banque mondiale indiquent une réduction de la pauvreté absolue, mais la pauvreté relative a augmenté. Selon les chiffres officiels, l'accessibilité à l'emploi aurait augmenté, et pourtant, le défi imminent de l'Indonésie réside dans la difficile situation des jeunes éduqués qui peinent à trouver du travail. Ainsi, le nombre de nouveaux pauvres, jeunes et précaires, augmente. L'insécurité résultant des bas salaires est un dilemme que les candidats auront du mal à résoudre sans un profond remaniement des priorités économiques.
Face aux manœuvres politiciennes, les programmes sont difficilement audibles. Tout juste les différents débats ont-ils donné l'occasion aux trois candidats de réitérer leurs affinités thématiques : concorde nationale pour Pranowo, piété et solidarités islamiques chez Baswedan, et enjeux de souveraineté et de défense pour Subianto. Les discussions tournent autour des investissements et de l'économie, tandis que la sphère sociale est souvent négligée ou traitée avec parcimonie.
Que fera le prochain dirigeant de l'Indonésie pour le bien-être social du pays ?
Dans son programme, le candidat Subianto avait promis d'augmenter le nombre de médecins dans les villages dépourvus d'une couverture médicale adéquate. Il a également mis l'accent sur la lutte contre le fléau de la corruption et sur la réforme de la bureaucratie pour améliorer le système de santé dans ces régions.
Baswedan avait proposé des règles plus strictes pour les auteurs de crimes contre les femmes, tout en ciblant les jeunes votants en promettant une réforme de l'éducation, telle qu'une diminution des frais de scolarité. Il avait planifié la construction dans différentes régions d'Indonésie de quarante villes offrant des services similaires à la capitale Jakarta, immense mégalopole menacée par la montée des eaux. Cette initiative vise à assurer “une répartition équitable de la population” et à “créer un environnement sain offrant un confort à tous les résidents”.
Ce projet de décentralisation se voulait une réponse à la construction de la nouvelle capitale à Kalimantan, en pleine jungle de Bornéo, méga-projet pour laquelle l'équipe de Subianto, soutenue par l'ancien président Jokowi, veut rester dans l'Histoire. Subianto a également annoncé des mesures de lutte subventionnée contre la pauvreté telles que des repas gratuits dans les écoles et pour les femmes enceintes.
L'Indonésie est un pays qui souffre d'une des plus grandes disparités sociales au monde mais aucun candidat ne semble avoir de plan concret et complet pour s'attaquer aux sources de l'inégalité.
Ces élections sont marquées par l'absence d'un candidat capable de soutenir des politiques visant à réduire ce phénomène, car tous sont issus de la même classe qui perpétue cette disparité sociale. Il est donc surprenant que les votants aient choisi de porter au pouvoir deux représentants de la classe hégémonique, respectivement symboles de la violence d'Etat et du népotisme. L'entrée de Gibran, fils de Jokowi, sur la scène politique semble s'être traduite par un adoucissement de l'image de Subianto, 72 ans, mais hormis pour le fait d'être issu d'une famille illustre, les capacités politiques de Gibran semblent bien faibles. Il semble improbable d'imaginer que Subianto, ancien lieutenant général de l'armée et beau-fils de l'ancien dictateur Suharto, qui a souvent menacé les médias et les journalistes, donnera la priorité aux politiques sociales du pays. Durant les troubles en 1998, il a été renvoyé de l'armée avec déshonneur après avoir été lié à l'enlèvement de plus de 20 étudiants pro-démocratie - dont 13 n'ont jamais été retrouvés.
Selon CBS News, “l'ancien militaire est aussi parvenu à se réinventer en grande partie grâce à TikTok, qu'il a utilisé pour se redonner une image de grand-père câlin, aimant les chats, et qui n'a pas honte de faire quelques pas de danse maladroits sur scène lors de rassemblements. Cette nouvelle image semble avoir conquis un nombre décisif de jeunes électeurs indonésiens, dont beaucoup ne se souviennent peut-être pas de ses précédentes incarnations. Il a toujours nié avoir commis des actes répréhensibles lorsqu'il commandait les forces de sécurité, mais il a également déclaré que l'Indonésie avait besoin d'un dirigeant autoritaire et a suggéré qu'il serait bon d'abolir la limitation du nombre de mandats présidentiels.”
Peut-être est-ce précisément cela qui amène les Indonésiens à percevoir Prabowo Subianto comme un "Mussolini indonésien". Doté de charisme, d'une démarche sévère et d'une attitude intrépide, il a réussi à s'imposer auprès des gens comme l'homme de la situation pour régler à la dure les problèmes d'insécurité et d'inégalité sociales. Dans un pays considéré jusqu'à présent comme le pivot démocratique de la région, les inquiétudes concernant le rôle des dynasties politiques, l'abus des aides sociales et d'autres ressources gouvernementales par le président lui-même et l'appareil d'État, ainsi que le piètre bilan de Subianto en matière de droits de l'homme, remettent en question la force de la démocratie indonésienne.
Dirty Vote est un documentaire réalisé par Dandhy Laksono qui expose la fraude électorale systématique présumée de l'administration du président Joko Widodo et qui est expliquée par trois experts en droit constitutionnel, à savoir Zainal Arifin Mochtar, Feri Amsari et Bivitri Susanti. Il a été téléchargé par plus de cinq millions de personnes en deux jours... puis le réalisateur et trois experts en droit constitutionnel figurant dans le film ont immédiatement été traduits en justice pour diffamation.
Lors d'un panel organisé à Bangkok par SEA-Junction, Lia Sciortino, experte de la politique indonésienne, a rappelé : "Au cours du deuxième mandat de Jokowi, l'opposition a été englobée dans le gouvernement, de sorte qu'il n'y avait plus d'opposition. Tous les partis faisaient partie de la coalition et c'est devenu une pseudo-démocratie. Il y a eu un recul progressif de la démocratie pendant le deuxième mandat de Jokowi, malgré qu'il soit le premier à ne pas être lié aux élites militaires. Le népotisme et la corruption ont été complètement normalisés pour la majorité des Indonésiens. Cette élection est juste une sélection du moindre mal car chaque candidat porte dans son programme une attaque contre la démocratie. Certains généraux qui ont exclu Subianto de l'armée le soutiennent désormais à nouveau.""
Sous couvert de scrutin électoral, ces compromis entre élites politiques, économiques, religieuses et militaires sont communs en Asie du sud-est, particulièrement au Cambodge, aux Philippines, Thaïlande et Malaisie , pour maintenir leur pouvoir respectif et le statu quo. Ces alliances en apparence contre-nature permettent de neutraliser “légalement” toute possibilité de pleine démocratisation des institutions et de véritable représentativité de genre, de classe et d'ethnie.
Galuh Wandita, fondatrice de Asia Justice and Rights (AJAR), a résumé : “Nous avons eu Reformasi [un soulèvement populaire qui a renversé la dictature de Suharto en 1998 ], mais nos rêves étaient bien plus grands que cela. Le sentiment de dégoût, résumé par le mot 'muak', va au-delà des universitaires et des artistes. La société civile est désormais sensibilisée, les freins et les contrepoids sont la clé de la réussite, quel que soit l'élu. Suharto est tombé grâce à la société civile et aux leaders étudiants - il a été poussé par le pouvoir populaire.”
* Cet article a été co-écrit par Aniello Iannone, maître de conférences et chercheur à l'université de Diponegoro, étudiant en sciences politiques spécialiste de l'Indonésie et de la Malaisie, et Laure Siegel, correspondante pour Mediapart en Asie du Sud-est, dans le cadre de l'atelier "Training on Popularizing Research : A cross-sectoral approach on social movements in Southeast Asia" organisé par Alter-Sea et Shape-Sea.
** Pour comprendre le contexte, notre premier article sur l'ouverture de la campagne électorale en Indonésie et l'analyse de Romaric Godin dans Mediapart ]
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À Gaza, l’UNRWA est un témoin gênant », estime Tamara Alrifai, la porte-parole de l’agence onusienne*
La porte-parole de l'agence onusienne, Tamara Alrifai, alerte sur les conséquences des attaques israéliennes contre l'office pour les réfugiés palestiniens, dans un contexte de cataclysme humanitaire.
Par Rosa Moussaoui et Elisabeth Fleury.
Tiré de L'Humanité, France. Mise à jour le 13 février 2024 à 19h58
*Combien d'employés de l'UNRWA ont été tués depuis le 7 octobre ? Combien de vos infrastructures ont été détruites ?*
Au 8 février, nous déplorions la mort de 154 collègues. Plus de 300 incidents ont touché nos infrastructures de façon directe ou indirecte, menant à la destruction de certaines parties de nos abris et à la mort de personnes qui y avaient trouvé refuge.
Depuis le début de la guerre,toutes nos écoles, tous nos bureaux et entrepôts ont dû être transformés en abris <https://www.humanite.fr/monde/bande...> . À Rafah, cela concerne une cinquantaine d'immeubles. Cette ville, située dans la partie la moins développée de la bande de Gaza, est en principe dimensionnée pour 270 000 habitants. Elle accueille aujourd'hui 1,5 million de Gazaouis.
*Israël vous accuse de complicité avec le Hamas, qui contrôlait la bande de Gaza depuis 2006. Que répondez-vous ?*
Nous avons avec le Hamas <https://www.humanite.fr/monde/attaq...> des relations pragmatiques, de type logistique, nécessaires pour mener à bien nos opérations humanitaires, pour acheminer un convoi d'un point A à un point B. Nous accuser de complicité avec le Hamas est un non-sens. J'ai travaillé au Soudan, au Darfour, en Irak… avec le CICR ( Comité international de la Croix-Rouge – N.D.L.R. ), avec d'autres organisations. Pour chaque opération, sur un territoire donné, on traite avec ceux qui y décident.
*Savez-vous précisément ce qui vous est reproché ? Avez-vous vu le rapport des services israéliens accusant 12 de vos employés d'avoir participé aux attaques du 7 octobre ?*
Non. Nous avons juste reçu une liste avec 12 noms, ceux des personnes présumées impliquées dans l'attaque du 7 octobre.La fameuse évaluation des services israéliens <https://www.humanite.fr/monde/bande...> a été partagée avec les médias, pas avec nous. Les pays donateurs l'ont-ils vue ? Je l'ignore. Je rappelle que, tous les ans – la dernière fois, c'était en mai 2023 –, l'UNRWA remet au gouvernement israélien la liste de tous ses employés dans les territoires palestiniens. Dans un esprit de transparence.
S'il y a un problème, on nous en informe. En mai, rien ne nous a été signalé. Le commissaire général a la possibilité de licencier quelqu'un en urgence, s'il estime que c'est dans l'intérêt de l'agence. C'est ce qu'il a fait, à la suite de ces allégations, pour signifier que nous les prenions très au sérieux et rassurer les pays donateurs.
Dans ce même esprit, une enquête indépendante est en cours. Et, troisième chose, nous sommes en train de réviser nos systèmes de prévention, pour éviter les violations de neutralité. En dépit de ces mesures, 17 de nos pays donateurs, dont les 6 plus importants <https://www.humanite.fr/en-debat/ga...> , ont décidé de suspendre leur aide.
*Aviez-vous déjà eu des tensions avec ces pays ?*
Les États-Unis, le Canada, l'Australie, l'Allemagne, les Pays-Bas sont, traditionnellement, très vigilants sur la façon dont est dépensée leur aide et sur les standards de neutralité que nous appliquons. Ils sont particulièrement sensibles aux accusations dont nous sommes l'objet. Mais la rapidité de leur décision nous a surpris, étant donné l'ampleur de la crise humanitaire à Gaza et les possibles répercussions sur toute la région <https://www.humanite.fr/monde/armee...> .
*Pourquoi une telle précipitation ?*
C'est une prise de position politique très dommageable. Nous sommes en pourparlers très proches avec eux pour tenter de les convaincre de revenir sur leur décision. Notamment en leur démontrant tout ce que nous mettons en œuvre. Dans quatre semaines, un rapport préliminaire sera remis surl'enquête indépendante en cours <https://www.humanite.fr/monde/bande...> .
Nous avons invité des centres européens à nous aider à réviser nos systèmes internes. Nous avons licencié les douze personnes mises en cause. Que faire de plus ? Dans n'importe quel système, y compris au sein des gouvernements, il y a des fautes individuelles. Le plus important, c'est de vérifier que nos mécanismes internes permettent de les prévenir.
*Avez-vous eu peur que la France ne vous lâche, elle aussi ?*
Avec la France, sur ce conflit, la coopération est excellente. Financièrement et politiquement.L'appel de Paris à un cessez-le-feu humanitaire <https://www.humanite.fr/monde/bande...> est crucial.
*La concomitance de ces accusations avec la récente décision de la Cour internationale de justice, saisie d'une plainte pour « génocide » par l'Afrique du Sud, vous paraît-elle fortuite ?*
Il est très difficile d'attribuer ces allégations à la seule coïncidence. Et ce, d'autant plus que l'UNRWA est l'une des principales sources citées par la Cour dans cette affaire. La guerre se déroule sur le terrain, mais elle touche aussi au narratif. Nous avons face à nous une armée digitale, qui lance des accusations que les médias reprennent sans les recouper pour en faire des faits.
*Vous avez licencié ces 12 personnes. Les aviez-vous déjà identifiées comme peu fiables ?*
Non. Nous ne les avions pas identifiées comme telles. Ces accusations nous portent un grave préjudice. Si l'enquête indépendante conclut qu'une dizaine ou une vingtaine d'employés de l'UNRWA, sur les 30 000 que compte notre agence, sont impliqués dans l'attaque du 7 octobre, pourquoi accuser l'UNRWA dans son ensemble ? À chaque fois que nous subissons une accusation, nous utilisons nos mécanismes internes pour faire des enquêtes, vérifier leur teneur, prendre des sanctions appropriées.
*Peut-on vraiment enquêter sur un terrain de guerre dont l'accès, de fait, est interdit ?*
Les enquêteurs du secrétariat général de l'ONU sont mobilisés. Plusieurs collègues ont été entendus. Nous comptons, bien sûr, sur la coopération des autorités israéliennes… Et nous n'espérons qu'une chose : que cette enquête se déroule dans les meilleures conditions possible, qu'elle soit transparente, indépendante, que les Nations unies s'en approprient le résultat.
*Comment cette enquête interne va-t-elle s'articuler avec la mission confiée à Catherine Colonna ?*
Il s'agit de deux initiatives différentes qui se complètent. D'un côté, 12 cas précis, qu'il faut analyser. De l'autre, une révision de notre système interne afin de mieux coller aux standards de l'ONU et prévenir les mauvais comportements.
Nous avons des règles très strictes, notamment sur l'usage des réseaux sociaux, mais il n'est pas réaliste de se dire que 100 % du personnel peuvent être à 100 % respectueux des règles. Même au sein du gouvernement américain, c'est impossible.
*Bien avant ces accusations, deux think tanks, Un Watch et Impact-se, vous avaient mis en cause, le second sur les contenus des manuels scolaires utilisés dans vos écoles…*
Nous passons au peigne fin toutes les pages de tous les manuels, jusqu'aux classes de troisième. Nous repérons les passages qui ne sont pas en ligne avec les standards onusiens. Nous mettons en place une pédagogie, une méthodologie permettant d'aborder ces passages de façon critique.
Cela peut toucher à la représentation des femmes, quand elle n'est pas conforme avec le principe d'égalité des sexes. Ou aux cartes de la Palestine, sous lesquelles nous faisons systématiquement préciser à quelle période historique elles correspondent. Il y a des parties avec lesquelles ces think tanks ne sont pas d'accord, mais sur lesquelles les Nations unies ont tranché.Le terme « occupation » <https://www.humanite.fr/monde/armee...> , qui ne leur convient pas, est ainsi admis par les Nations unies. La construction du mur, en Cisjordanie <https://www.humanite.fr/monde/israe...> , a été qualifiée d'illégale par l'ONU.
**
*Quelle sorte de soutien apportez-vous aujourd'hui aux populations de Gaza ?*
Depuis le début de cette guerre, l'UNRWA s'est transformée à 100 % en agence humanitaire. Nous gérons des abris, nous distribuons de la nourriture, nous essayons de fournir de l'eau propre, quand nous avons les moyens de faire fonctionner nos équipements d'assainissement.
Nous avons complètement arrêté nos services continus. Les enfants ne sont plus scolarisés. Sur nos 25 dispensaires chargés du suivi des maladies chroniques ou des femmes enceintes, seuls 8 fonctionnent encore. À temps réduit. Les 3 000 personnes qui continuent à travailler pour nous à Gaza, qui sont des ingénieurs, des instituteurs, sont tous devenus des urgentistes.
*Que se passerait-il si votre action s'arrêtait demain ? Israël y a-t-il même intérêt ?*
Je ne peux pas répondre à la place des autorités israéliennes. Mais ce qui est certain, c'est que si notre action s'arrête, toutes les opérations humanitaires s'arrêtent. Nous sommes non seulement des fournisseurs directs de services à la population, mais aussi des logisticiens au service d'autres organisations humanitaires. Elles ont 20 à 30 employés chacune. Nous en avons 3 000 sur place.
Si nos employés décident de rester dans les abris, demain, c'est toute l'assistance alimentaire, toutes les cliniques mobiles, tout l'acheminement de l'aide qui s'arrêtent. Partout ailleurs, hors de Gaza, ce sont 700 écoles, un demi-million d'enfants, 140 centres de santé primaire, 2 millions de personnes suivies. Tous ces services publics s'arrêteront. Qui prendra en charge ces communautés, qui sont parmi les plus vulnérables, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie, en Syrie ?
*Israël vous accuse de maintenir artificiellement les Palestiniens dans un statut de réfugié. Qu'en pensez-vous ?*
Tous les réfugiés, de toutes les origines, transmettent leur statut à leurs enfants. Les Palestiniens ne sont pas différents des autres, de ce point de vue. Afghans, Syriens, Somaliens… pour ceux qui relèvent du Haut-Commissariat aux réfugiés, des alternatives existent. Soit l'intégration dans le pays d'accueil. Soit un retour volontaire à leur pays d'origine. Soit un pays tiers qui les accepte comme réfugiés.
Ces options n'existent pas pour les Palestiniens. Tant qu'ils sont dans cet état de transition, ils relèvent du statut de réfugié, ainsi que leurs descendants <https://www.humanite.fr/monde/pales...> , jusqu'à ce qu'une solution politique <https://www.humanite.fr/en-debat/co...> soit trouvée. Dans les accords d'Oslo, le droit au retour faisait partie des points de négociation en suspens. Cela n'a pas été réglé. Ce n'est pas l'UNRWA qui maintient les Palestiniens dans ce statut, c'est l'absence de solution politique. C'est pour cela que notre mandat est renouvelé tous les trois ans.
*À Gaza, l'UNRWA est-elle, pour Israël, un témoin gênant ?*
Oui, un témoin très gênant, une source d'information dansla procédure en cours à la Cour internationale de justice <https://www.humanite.fr/monde/afriq...> (CIJ).
*Certains pays ont décidé de continuer à vous soutenir, voire d'augmenter leur aide…*
L'Espagne et le Portugal, notamment. Par ailleurs, beaucoup de groupes intergouvernementaux, de centres de recherche, de personnalités ou de think tanks ont pris position pour défendre l'UNRWA.
Tout un monde de soutien s'est levé. Nous constatons une montée en flèche des donations privées, pour des petits montants, parfois 20 ou 50 euros, jusqu'à 20 000 euros. Cette marque de confiance reflète un soutien fort à notre action humanitaire.
*La semaine prochaine, des dizaines de pays diront, devant la CIJ, quelles sont les conséquences juridiques de l'occupation israélienne dans les territoires palestiniens. Un moment important ?*
Nous suivons de très près cette procédure. À chaque fois que la justice internationale est saisie, cela permet de mettre en lumière les actions de l‘UNRWA, celles des humanitaires. Ce sont des opportunités de positionnement, d'un côté comme d'un autre. Soit pour décrédibiliser le droit international, soit pour le mettre en valeur. Car il ne faut pas s'y tromper : derrière les attaques contre l'UNRWA, ce sont les instances de l'ONU dans leur ensemble qui sont visées.
*L'UNRWA en chiffres*
Budget annuel : 1,1 milliard d'euros en 2022.
Principaux donateurs en 2022 : États-Unis (318 millions d'euros) ; Allemagne (187) ; Union européenne (130) ; Suède (56,5) ; Norvège (31,5) ; Japon (27,8) ; France (26,8) ; Arabie saoudite (25) ; Suisse (24) ; Turquie (23).
En 2023, la contribution de la France a atteint 59 millions de d'euros.
Employés : ingénieurs, médecins, logisticiens, infirmiers, travailleurs sociaux… l'UNRWA compte 30 000 employés au total, dont 13 000 travaillent à Gaza (parmi ces derniers, 154 ont été tués depuis le 7 octobre). Plus de 70 % du personnel de l'agence travaillent dans le secteur éducatif.
Population aidée : on comptait 726 000 réfugiés palestiniens en 1950, au lendemain de la création de l'UNRWA. Ils sont aujourd'hui près de 6 millions, répartis dans une soixantaine de camps (à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie). À Gaza même, l'UNRWA apporte son aide à plus de 1,6 million de réfugiés, dont 540 000 enfants.
« À Gaza, personne ne peut prétendre “Je ne savais pas“ », dénonce le commissaire général de l'UNRWA < www.humanite.fr/monde/bande-de-gaza/a-gaza-personne-ne-peut-pretendre-je-ne-savais-pas-denonce-le-commissaire-general-de-lunrwa <http://www.humanite.fr/monde/bande-...> >
Le 11 février, le siège de l'UNRWA a été visé par des tirs israéliens à Gaza ville.
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"Un génocide sans aucun doute" à Gaza, déclare le rapporteur spécial des Nations unies
La nourriture, l'eau, l'assainissement et d'autres besoins fondamentaux font l'objet d'une pénurie sans précédent pour plus d'un million de Palestiniens qui ont fui la bande de Gaza vers la ville de Rafah, dans le sud du territoire, a déclaré un rapporteur spécial de l'ONU à Anadolu.
Tiré de France-Palestine Solidarité. Article paru à l'origine dans Middle East Monitor. Photo : Novembre 2023, opération de recherche et de sauvetage dans les décombres d'un bâtiment effondré © UNRWA photo.
"Plus d'un million de personnes sont concentrées à Rafah, après avoir fui d'autres parties de Gaza. Elles manquent cruellement des nécessités de base de la vie, qu'il s'agisse de nourriture, d'eau ou d'assainissement, et la menace de maladies dépasse tout ce que nous avons vu dans les conflits des dernières décennies dans le monde, aussi graves qu'aient été ces conflits", a expliqué Balakrishnan Rajagopal, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit au logement. "Il n'y a jamais eu de situation où une population n'a même pas été autorisée à fuir."
M. Rajagopal a souligné que même Israël ne sait pas où ces personnes sont censées aller, rappelant de nombreuses déclarations de sources israéliennes indiquant "un désir de les expulser entièrement de Gaza".
Faisant état d'allégations sérieuses selon lesquelles de hauts fonctionnaires israéliens et d'autres dirigeants prévoient d'éliminer la population palestinienne de Gaza, M. Rajagopal a souligné que ces allégations, considérées par certains comme des "divagations de personnes aléatoires en Israël", ne peuvent être ignorées.
"Malheureusement, tout ce que nous pensions impossible devient de plus en plus possible. Nous devons juger les actions d'Israël non pas en fonction de ce qu'ils disent, mais en fonction de ce qui se passe réellement. Ce qui se passe, c'est que les gens ont été déplacés à plusieurs reprises et qu'ils ont été concentrés à Rafah. Ils sont bombardés maintenant".
Soulignant que les rapporteurs de l'ONU ont rédigé de nombreux rapports sur la dimension "génocidaire" des attaques israéliennes à Gaza, M. Rajagopal a fait remarquer qu'ils avaient mentionné un "risque sérieux de génocide" dans leur rapport initial. Il a ajouté qu'ils avaient publié un autre rapport qui incluait la possibilité d'actes génocidaires en cours, déclarant : "Depuis lors, nous avons confirmé ce fait. Ce qui se passe à Gaza constitue un génocide".
Commentant l'affaire de génocide portée contre Israël devant la Cour internationale de justice (CIJ), M. Rajagopal a déclaré que la décision provisoire de la plus haute juridiction des Nations unies était que l'Afrique du Sud, qui avait porté plainte, avait "largement raison" dans sa requête. "Les actions entreprises par Israël pour créer les conditions dans lesquelles Gaza devient inhabitable pour la population qui y vit constituent, à mon avis, des actes de génocide, sans aucun doute.
Comparant la situation à Gaza à la guerre de Bosnie des années 1990, M. Rajagopal a souligné que la CIJ avait également jugé que le massacre de Bosniaques musulmans par les forces serbes à Srebrenica avait également constitué un génocide. "Pendant la guerre de Bosnie, dans l'ex-Yougoslavie, et dans ce conflit, environ 8 000 à 9 000 personnes ont été tuées. S'il s'agit d'un génocide, j'ai du mal à croire que ce qui se passe à Gaza n'est pas un génocide".
Les attaques israéliennes ont tué plus de 28 000 Palestiniens dans la bande de Gaza, principalement des femmes et des enfants.
Le fait de mettre l'accent sur la question de Gaza, a déclaré le rapporteur spécial, représente un "échec complet" de la communauté internationale. Le mécanisme d'action collective est complètement gelé et la communauté internationale n'a rien fait.
"Le Conseil de sécurité ou l'Assemblée générale des Nations unies ont adopté des résolutions très faibles qui n'ont pas été mises en œuvre. Même de manière formelle, l'arrêt de la Cour internationale de justice, bien que moralement et symboliquement important, n'a rien ordonné de concret qui ait conduit à des actions ou à des inactions spécifiques de la part d'Israël.
"Fondamentalement, sur le plan institutionnel, je pense que le monde a échoué. Il a échoué à Gaza. Et une fois de plus, Israël a montré qu'il était protégé par ce que j'appelle une impunité institutionnalisée. Israël semble être protégé quelle que soit la transgression.
Soulignant que de nombreux bâtiments ont été détruits à Gaza à la suite des attaques, M. Rajagopal a déclaré que les évaluations basées sur des données satellitaires et des rapports de terrain montrent que plus de 70 % des maisons à Gaza ont été détruites ou gravement endommagées, et rendues inutilisables. Il a ajouté que les données concernant des zones telles que Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, indiquent que 82 à 84 % de ces zones pourraient avoir été complètement anéanties.
"Nous parlons d'un très vaste niveau de destruction, du genre de ceux que nous n'avons pas vus dans d'autres conflits, comme par exemple à Mariupol, qui a été la ville la plus gravement détruite par les bombardements russes en Ukraine, ou par les conflits en Syrie."
M. Rajagopal a souligné que les maisons à Gaza n'ont pas seulement été détruites par des bombardements ou des attaques à l'artillerie lourde, mais aussi par les forces israéliennes qui se sont déplacées dans les zones bombardées et ont détruit des maisons et des bâtiments publics.
Il a souligné que la reconstruction de Gaza sera extrêmement difficile et nécessitera des années d'efforts soutenus, établissant un parallèle avec la reconstruction d'autres pays détruits lors de conflits.
"Je me demande combien de temps il faudra pour déblayer les décombres à Gaza. La reconstruction de Rotterdam a pris près de vingt ans. Soit dit en passant, c'était dans des conditions idéales, c'est-à-dire que nous étions prêts à investir beaucoup, beaucoup de ressources et de temps pour reconstruire la ville.
"La deuxième chose est plus importante : il faut s'assurer que les conditions d'une paix durable dans la région sont réunies avant que la reconstruction puisse réellement avoir lieu. Sinon, il n'est pas possible de s'attendre à ce que la reconstruction progresse de manière significative", a-t-il conclu.
Traduction : AFPS
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Les audiences s’ouvriront demain à La Haye : Débat à la CIJ sur les conséquences de la colonisation israélienne
Après avoir rappelé à l'ordre Israël, l'exhortant à mettre en exécution les injonctions qu'elle a prononcées le 26 janvier, la Cour internationale de justice (CIJ), entamera dès demain et jusqu'au 26 du mois en cours, le débat sur les conséquences de l'occupation israélienne des territoires palestiniens.
Tiré d'El Watan.
Des interventions orales de 52 Etats et de 3 organisations sont au menu de ces audiences publiques, qui plongent au cœur même du conflit palestinien, après la plainte pour génocide, déposée par l'Afrique du Sud, auprès de cette juridiction onusienne.
Dès demain et pendant dix jours, la Cour internationale de justice (CIJ) tiendra des audiences publiques sur la demande d'avis consultatif relatif aux « conséquences juridiques des politiques et pratiques d'Israël dans le territoire occupé de la Palestine, qui comprend également celui de Jérusalem-Est. Un débat qui fait plonger cette haute juridiction onusienne dans le cœur même d'un conflit qui dure depuis 75 ans et d'un génocide que l'entité sioniste mène en toute impunité depuis plus de quatre mois.
Au programme de ces dix jours d'audience, au Palais de la Paix à La Haye, les équipes juridiques de 52 Etats et de 3 organisations internationales se succéderont pour exprimer leurs avis devant les 15 juges de la CIJ, dont 6 récemment élus, un nouveau président libanais, Nawaf Salam, connu pour sa défense de la cause palestinienne, mais aussi une nouvelle vice-présidente ougandaise, Julia Sebutinde, devenue célèbre pour avoir voté contre les mesures imposées à Israël, par la CIJ, le 26 janvier dernier.
Tous vont plaider pour l'avis des magistrats sur les conséquences de la colonisation de la Palestine par Israël. Prévue demain, la séance d'ouverture des audiences sera consacrée exclusivement au représentant de la Palestine, qui aura à s'exprimer durant trois heures, suivi le lendemain par les délégués de 11 pays, dont l'Afrique du Sud et de l'Algérie, qui auront chacun 30 minutes pour sa plaidoirie.
La tenue de ces audiences ont été décidées à la suite d'une résolution de l'Assemblée générale de l'Onu (votée par 87 voix sur 193), datant du 30 décembre 2022, (dans le cadre d'une commission d'enquête de l'Onu) demandant à la CIJ, d'émettre un avis consultatif, sur les conséquences de l'occupation israélienne de la Palestine.
Cet avis concerne les conséquences juridiques de l'occupation et de l'annexion, ou encore les mesures visant à modifier la composition démographique, le statut de la ville d'El Qods et l'adoption par l'entité sioniste d'une législation.
Ces audiences interviennent après celles engagées par l'Afrique du Sud, auprès de la même juridiction, au début de cette année, contre Israël, pour prévenir et empêcher des actes de génocide à Ghaza. Dans son volet lié aux « demandes de mesures conservatoires urgentes » (en attendant l'examen au fond), la CIJ a évoqué un « risque potentiel de génocide » à Ghaza et exigé d'Israël « la prise de mesures » pour « l' empêcher et protéger la population ».
Sur le terrain, l'entité sioniste n'a fait qu'intensifier ses opérations militaires dont le bilan a dépassé les 28 000 morts et la destruction massive de la ville de Ghaza, poussant les populations à fuir de plus en plus vers Rafah, où les forces d'occupation ont annoncé leur intention d'étendre leur offensive.
Ce qui a poussé l'Afrique du Sud à revenir à la charge, le 12 février dernier, en demandant à la CIJ de prendre des mesures conservatoires additionnelles urgentes. La CIJ a rejeté la demande, mais rappelé à l'ordre Israël, le sommant « d'exécuter les décisions rendues le 26 janvier 2024, qui consistent, entre autres, à “protéger la population de Ghaza y compris Rafah” ».
Dans son ordonnance, la CIJ décrit la situation à Ghaza et à Rafah, en reprenant les propos du secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres. « Les événements intervenus tout récemment à Ghaza, en particulier à Rafah, entraînent une aggravation exponentielle de ce qui est d'ores et déjà un cauchemar humanitaire aux conséquences régionales insondables », ainsi que l'a indiqué le secrétaire général de l'ONU, avertit la CIJ avant de rappeler à l'ordre l'entité sioniste : « Cette situation alarmante exige la mise en œuvre immédiate et effective des mesures conservatoires indiquées par la cour dans son ordonnance du 26 janvier 2024. »
Pour la plus haute juridiction de l'onu, « ces mesures sont applicables à l'ensemble de la Bande de Ghaza, y compris Rafah et ne nécessitent pas une indication de mesures additionnelles ». Ce qui laisse entendre que les injonctions prononcées le 26 janvier dernier restent pour la CIJ suffisantes pour pousser Israël à protéger la population de Ghaza de tout éventuel acte de génocide.
Or, à dix jours de l'expiration du délai d'un mois (26 janvier au 26 février) pour présenter à la CIJ, un rapport sur les mesures prises pour empêcher tout éventuel acte de génocide et pour protéger la population de tels actes, Israël n'a rien fait sur le terrain. Bien plus grave. Il a intensifié ses raids sur Ghaza et entamé des opérations à Rafah.
Depuis le 26 janvier, le nombre de Palestiniens tués par les bombardements et les tirs de snipers a dépassé les 28 800 et celui des blessés a atteint la barre de 70 000, sans compter près de 8000 personnes encore sous les décombres.
Dans sa réponse à la demande de l'Afrique du Sud, envoyée jeudi dernier à la CIJ, Israël s'est contenté de s'en prendre avec virulence à l'action sud-africaine en « réaffirmant », toute honte bue, son « respect du droit international et de la convention de lutte et de prévention contre le génocide », alors que le monde entier suit en direct les bombardements des hôpitaux, des bâtiments résidentiels, des écoles, des châteaux d'eau, mais aussi les exécutions de civils à l'aide de drones tueurs.
Israël dit « regretter » la demande de l'Afrique du Sud, qui fait référence à l'article 75 du règlement de la Cour, la qualifiant de « particulièrement inappropriée » avant d'accuser Pretoria, de « chercher une fois de plus à abuser de la décision provisoire de la Cour ».
Sans argumenter ses remarques, Israël déclare que l'accusation de génocide contenue dans la saisine sud-africaine du 29 décembre 2023, est « totalement dénuée de fondement, moralement répugnante et constitue un abus à la fois de la Convention sur le génocide et à la Cour elle-même ».
Bien plus, Israël dit « réitérer » son « engagement en faveur du respect du droit international, y compris la Convention sur le génocide et le droit international humanitaire » qui d'après lui, « est inébranlable et s'applique, comme Israël l'a démontré en paroles et en actes, en ce qui concerne la conduite des hostilités actuelles à Ghaza et indépendamment de toute procédure devant la Cour ».
Israël dit « respecter le droit international en acte et en parole »
Pour Israël, il n'y a aucune guerre contre les civils, les infrastructures de base, les hôpitaux, les centres de réfugiés mais aussi la privation des survivants de nourriture, d'eau et de soins. Il précise d'ailleurs, qu'il « convient de noter que, comme la Cour l'a réaffirmé dans son ordonnance du 26 janvier 2024, la décision au stade des mesures conservatoires ne préjuge en rien la question de la compétence de la Cour pour traiter du fond de l'affaire ou de toute question relative à la recevabilité de la requête ou au fond lui-même ».
Selon lui, « les observations ci-dessous sont faites sur cette base et sont sans préjudice de la position d'Israël en ce qui concerne la compétence, l'admissibilité et le fond de l'affaire ». La demande sud-africaine du 12 février dernier, rappelle l'entité sioniste, « est adressée à la Cour en moins de trois semaines après que celle-ci a rendu son ordonnance indiquant des mesures conservatoires, et très peu de temps avant la date limite pour la présentation par Israël d'un rapport conformément à cette ordonnance.
Comme l'indique le titre de sa dernière demande, de l'Afrique du Sud, prétend faire une demande au titre de l'article 75 (1) du Règlement de la Cour. Une telle demande est en contradiction avec les termes de cet article qui concerne l'indication de mesures conservatoires par la Cour proprio motu, plutôt qu'à la demande d'un parti ».
Israël estime que l'invocation sud-africaine de l'article 75 (1) est « inapplicable » et « sa décision de ne pas invoquer l'article 76 (1) du même Règlement (…) suggère que l'Afrique du Sud (…) n'a pas satisfait à la condition prescrite dans cette dernière disposition » c'est-à-dire l'existence d'« un certain changement de la situation (qui) justifie une telle révocation ou modification ».
Israël rappelle dans le dernier point de sa réponse « que dans sa demande initiale de mesures provisoires du 29 décembre 2023, comme également lors de l'audience tenue en janvier de cette année, l'Afrique du Sud a plaidé en faveur d'une série de mesures provisoires que la Cour n'a pas jugé bon d'indiquer.
La principale d'entre elles était l'application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la Bande de Ghaza, tel que cela a été cité dans l'ordonnance du 26 janvier 2024 ». Aucune réponse n'a été donnée par Israël sur son intention d'étendre sa guerre à la région de Rafah, frontalière de l'Egypte.
Les déclarations de l'entité sioniste ont d'ailleurs fait réagir de nombreux chefs d'Etat, mais aussi le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, le haut commissaire des droits de l'homme et le commissaire de l'Unrwa, ainsi que le directeur général de l'Oms.
Tous ont mis en garde contre une « catastrophe humanitaire », en raison de la densité populaire à Rafah, et « la situation désastreuse » de la population qui souffre des maladies et de la famine.
Durant les audiences de cette semaine, bon nombre d'Etats vont mettre la lumière sur les conséquences d'une occupation de 75 ans, qui au fil du temps, a phagocyté une grande partie des territoires palestiniens, envahis par des colons, à laquelle s'ajoute une guerre génocidaire qui dure depuis plus de 4 mois.
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Les Palestiniens de Gaza n’ont nulle part où aller
Le 9 février 2024, le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a déclaré que son armée allait poursuivre son avancée et pénétrer dans Rafah, la seule ville de Gaza à ne pas encore avoir été occupée par les Israéliens. La plupart des 2,3 millions de Palestiniens qui vivent à Gaza ont fui vers la frontière sud bordant l'Égypte après avoir été avertis par les Israéliens, le 13 octobre 2023, que le nord devait être abandonné et que le sud serait une « zone de sécurité ».
Tiré de Canadian Dimension
traduction Johan Wallengren
14 février 2024 / DE : VIJAY PRASHAD
Lorsque les Palestiniens du nord, en particulier ceux de la ville de Gaza, ont commencé leur marche vers le sud, souvent à pied, ils ont été attaqués par les forces israéliennes, qui ne leur ont pas laissé de passage sûr. Les Israéliens ont affirmé que tout ce qui se trouvait au sud du Wadi Gaza, qui divise l'étroite bande de Gaza, serait sûr, mais lorsque les Palestiniens se sont rendus à Deir-al-Balah, Khan Younis et Rafah, ils ont constaté que les jets israéliens les suivaient et que les troupes israéliennes étaient à leurs trousses. Nétanyahou a dernièrement annoncé que ses forces allaient entrer dans Rafah pour combattre le Hamas. Le 11 février, il a affirmé à NBC News qu'Israël assurerait « un passage sûr pour la population civile » et qu'il n'y aurait pas de « catastrophe ».
Catastrophe
L'emploi du terme catastrophe est significatif. Il s'agit de la traduction reconnue du mot Nakba utilisé depuis 1948 pour décrire l'expulsion forcée, cette année-là, de la moitié de la population palestinienne de ses foyers. L'utilisation de ce terme par Nétanyahou intervient alors que de hauts responsables du gouvernement israélien ont déjà parlé d'une « Nakba de Gaza » ou d'une « seconde Nakba », formules figurant dans la requête déposée par l'Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) le 29 décembre 2023, à titre d'« expressions employées par les représentants de l'État israélien pour signifier l'intention génocidaire contre le peuple palestinien ». Un mois plus tard, la CIJ a déclaré qu'il existait des preuves « plausibles » de l'existence d'un génocide à Gaza en s'appuyant sur de tels propos de la part de représentants de l'État israélien. L'un de ces représentants de l'État, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant, a déclaré avoir levé toutes les restrictions aux opérations (« I have released all restraints »), ce qui a été relevé à la fois dans la plainte sud-africaine et dans l'ordonnance de la CIJ.
Le fait que Nétanyahou affirme qu'il n'y aura pas de « catastrophe » alors que plus de 28 000 Palestiniens ont été tués et que deux millions des 2,3 millions de Palestiniens de Gaza ont été déplacés laisse perplexe. Depuis que la CIJ a émis son ordonnance, l'armée israélienne a tué près de 2 000 Palestiniens et son offensive sur Rafah – une ville dont la densité de population se situe présentement à 22 000 habitants par kilomètre carré – a déjà été lancée. À partir du moment où Israël a révélé son intention pénétrer dans Rafah, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) – l'un des rares groupes opérant dans la partie sud de Gaza – a réagi en signalant le potentiel destructeur d'une telle invasion pour le travail humanitaire (« such an invasion could collapse the humanitarian response »). Le NRC a procédé à l'examen de neuf des lieux de refuge de Rafah, qui abritent 27 400 civils, et a constaté que les résidents n'avaient pas d'eau potable. Les lieux de refuge sont occupés à 150 % de leur capacité et des centaines de Palestiniens vivent dans la rue. Dans chaque zone sondée par le NRC, les réfugiés palestiniens étaient en proie à l'hépatite A, à la gastro-entérite, à la diarrhée, à la variole, aux poux et à la grippe. En raison de l'effondrement des activités humanitaires du NRC et des Nations unies, la situation ne pourra aller qu'en se détériorant. De fait, l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) a perdu son financement et subit actuellement les foudres des Israéliens.
Passage sûr
Nétanyahou prétend que son gouvernement offrira un « passage sûr » aux Palestiniens. Pareille litanie est servie aux Palestiniens depuis la mi‑octobre, lorsqu'on leur a dit de continuer à se déplacer vers le sud pour éviter d'être tués par les bombardements israéliens. Personne ne croit ce que dit Nétanyahou. Un travailleur de la santé palestinien, Saleem, m'a dit qu'il ne pouvait imaginer d'endroit sûr à l'intérieur de la bande de Gaza. Il s'est déplacé de Khan Younis au quartier Al Zohour de Rafah, à pied avec sa famille, cherchant désespérément à fuir pour ne plus être à la portée des armes israéliennes. « Où pouvons-nous aller maintenant ? », me demande-t-il. « Nous ne pouvons pas nous rendre en Égypte. La frontière est fermée. Nous ne pouvons donc pas aller vers le sud. Nous ne pouvons pas entrer en Israël parce que c'est impossible. Devrions-nous aller au nord, retourner à Khan Younis et à la ville de Gaza ? »
Saleem se souvient que lorsqu'il est arrivé à Al Zohour, les Israéliens ont pris pour cible la maison du docteur Omar Mohammed Harb, tuant 22 Palestiniens (dont cinq enfants). La maison a été rasée. Le nom du Dr Omar Mohammed Harb est inscrit dans ma mémoire, car je me suis souvenu que deux ans plus tôt, sa fille Abeer devait se marier avec Ismail Abdel-Hameed Dweik. Une frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Shouhada a tué Ismail. Abeer a été assassinée lors de l'attaque de la maison de son père, qui avait servi de refuge à des gens fuyant le nord. Saleem s'est installé dans le quartier de Rafah où tout cela s'est déroulé. Aujourd'hui, il est désorienté. « Où aller ? », demande-t-il.
Domicide
Le 29 janvier 2024, le rapporteur spécial sur le droit à un logement convenable des Nations unies, Docteur Balakrishnan Rajagopal, a publié dans le New York Times un essai percutant intitulé « Domicide : the Mass Destruction of Homes Should be a Crime Against Humanity » (Domicide : la destruction massive de logements devrait être un crime contre l'humanité). Cet article était accompagné d'un reportage photo de Yaqeen Baker, dont la maison a été détruite par des bombardements israéliens à Jabalia (au nord de Gaza). « La destruction d'habitations à Gaza, écrit Madame Baker, est devenue une réalité de tous les instants, aussi omniprésente que le sentiment que « l'important est d'être en sécurité et [que] tout le reste peut être remplacé ». Ce sentiment est partagé par tous ceux qui sont encore en vie dans la bande de Gaza. Mais, comme le dit Dr Rajagopal, la proportion énorme de destruction des habitations à Gaza ne doit pas être considérée comme une fatalité. C'est une forme de « domicide », un crime contre l'humanité.
L'attaque israélienne contre Gaza, écrit Dr Rajagopal, est « bien pire que ce que nous avons vu à Dresde et à Rotterdam pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'environ 25 000 habitations avaient été détruites dans chacune de ces deux villes. Il énonce des chiffres choquants : à Gaza, plus de 70 000 habitations ont été totalement détruites et 290 000 partiellement endommagés, ajoutant qu'au cours des trois mois de tirs israéliens, « 60 à 70 % des structures à Gaza, et jusqu'à 84 % des structures dans le nord de la bande de Gaza, ont été endommagées ou détruites ». En raison de ce domicide, les Palestiniens de Rafah n'ont aucun endroit où aller s'ils se dirigent vers le nord. Leurs maisons ont été détruites. « Cet écrasement de Gaza en tant que lieu, regrette Dr Rajagopal, efface le passé, le présent et l'avenir de nombreux Palestiniens » – réflexion qui ne fait que confirmer qu'un génocide est en cours à Gaza. Alors que je m'entretiens avec Saleem, le bruit de l'avancée israélienne se fait entendre au loin. « Je ne sais pas quand nous pourrons parler à nouveau, dit-il. Je ne sais pas où je serai. »
Vijay Prashad est un historien, éditeur et journaliste indien. Il est chargé de rédaction et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l'institut Independent Media Institute. Il est également le directeur de la maison d'édition LeftWord Books et de l'institut Tricontinental : Institute for Social Research. Le plus récent ouvrage de Vijay Prashad (cosigné avec Noam Chomsky) est The Withdrawal : Iraq, Libya, Afghanistan and the Fragility of US Power (Le Retrait : la fragilité de la puissance des États-Unis : Irak, Libye, Afghanistan, dans sa version française).
Cet article a été produit par Globetrotter.
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À Gaza, les soldats israéliens mettent en scène leurs crimes en vidéo
Si beaucoup de Gazaouis se sont transformés en journalistes reporters d'image pour documenter le massacre en cours, les vidéos ne manquent pas du côté des militaires israéliens, qui eux filment leurs exactions, brandissent leurs forfaits, avec la complicité de leur hiérarchie.
Tiré d'Orient XXI.
Dans toutes les guerres, des militaires exhibent les ennemis tués ou torturés comme autant de preuves de leur supériorité. Chacun se souvient de cette soldate américaine tenant en laisse un prisonnier dans la prison d'Abou Ghraib en Irak. Mais, jusqu'alors ce type d'images était réservé à un cercle restreint et n'arrivait au grand public que grâce à d'autres soldats indignés.
Avec les réseaux sociaux et en raison de la nature même de la guerre d'Israël contre les Palestiniens de Gaza, les bombardements, les destructions, les humiliations, sont mis en scène par des soldats, et les images partagées avec la population. Il n'y a plus d'hommes, de femmes ou d'enfants, mais des « ennemis » à abattre, des « choses » à faire disparaître. Voici quelques exemples parmi les très nombreuses vidéos publiées sur X (ex-Twitter), Instagram, TikTok etc. adressées au grand public israélien que nous avons pu visionner, vérifier, sélectionner. Et faire commenter.
Brûler un camion de provisions
Ce qui frappe en tout premier lieu c'est le nombre de photos et de vidéos venant de militaires heureux, hilares même, totalement inconscients de leurs propres crimes, tel un couple de soldats se demandant en mariage dans une école fraîchement bombardée au nord de Gaza. Ou ce militaire qui célèbre ses fiançailles avec ses camarades, comptant à rebours jusqu'à l'explosion d'une bombe dans un immeuble civil juste derrière lui.
On pourrait citer aussi ce militaire s'amusant avec des affaires abandonnées d'enfants gazaouis (1), ces soldats forçant un coffre-fort dans une maison, et chantant au milieu des ruines en exhibant le rouleau de la Torah, ou encore cette scène invraisemblable à Jénine, en Cisjordanie, où des guerriers au repos fument la chicha, mangent des chips ou l'équivalent, se sentent à l'aise dans la maison de Palestiniens qui apparaissent les yeux bandés et les mains menottées en arrière-plan – le tout dans une atmosphère décalée qui siérait à un groupe de copains revenant de ballade.
Toujours à Jénine, on voit un soldat chanter des prières juives au minbar d'une mosquée (là où se tient l'imam pour le prêche du vendredi). Ici, un autre militaire se vante d'avoir détruit les bâtiments de l'université Al-Azhar dans la ville de Gaza. Là, deux soldats fument une cigarette pendant la destruction d'un bloc entier d'habitations civiles. Il y a aussi cette vidéo montrant deux soldats devant un camion d'aides alimentaires destinées aux civils gazaouis, avec ce commentaire de l'un, tout sourire : « C'est le deuxième jour d'Hanouka [la fête juive des lumières] (...) que tout le monde passe de joyeuses fêtes », avant de mettre le feu aux provisions.
On pourrait être surpris de voir ces images si ardemment publiées, tant elles peignent un tableau peu glorieux de l'armée qui aime à se présenter comme « la plus morale du monde ». Mais au final, il s'agit de présenter la participation à l'écrasement d'un peuple et à l'anéantissement de toute forme d'infrastructure dans l'enclave comme un divertissement. La banalité des crimes de guerre !
Les influenceurs se réinventent
Un deuxième type de publications relève de la mise en scène minutieuse. Ces petits films, de courte durée, scénarisés, soigneusement écrits, montrent par exemple des soldats face caméra préparer des lance-missiles, installer des bombes pour détruire des structures civiles à Gaza sur fond de musique entraînante - mimant des tutoriels et adoptant le langage visuel des vidéos TikTok - et se féliciter de chaque explosion. D'autres s'amusent dans une maison vidée de ses habitants avant d'y mettre le feu, et finissent leur « sketch » par un « restez connectés [pour de prochaines vidéos] ».
Le dernier chic pour les militaires israéliens est de signer avec des messages plus ou moins guerriers un obus. Un geste repris par le président israélien Yitzhak Herzog lui-même, le 25 décembre 2023, lors d'une visite sur le terrain. À la demande, on peut faire dédicacer une frappe de missile à un être cher à son cœur, comme on le ferait d'une chanson à la radio. Ou, comme cette influenceuse, inscrire des messages sur les obus puis accompagner les soldats pendant qu'ils les tirent sur Gaza.
Car ce tableau serait incomplet s'il ne donnait pas à voir le rôle des influenceuses et influenceurs professionnels, dont les comptes sur les réseaux sociaux étaient déjà suivis par des millions de « followers » avant le 7 octobre. Parmi eux, le blogueur-soldat Guy Hochman que l'on peut voir, par exemple, faire un tour dans une maison gazaouie détruite, comme s'il visitait une location sur Airbnb. Sur un ton extrêmement moqueur, il pointe tour à tour le toit en lambeaux, le sol jonché de débris et de sable, les murs tagués de messages anti-palestiniens : « Tout ce séjour est gratuit en utilisant le code ‘FREE PALESTINE' pour réserver vos vacances », ajoute-il avant d'aller se baigner dans la mer de Gaza. « Ce sable, il est à nous. Cette mer, elle est à nous », martèle-t-il dans une autre vidéo toujours filmée à Gaza où le ton est, là, au premier degré.
On peut également suivre cet influenceur populaire, Shita Hakdosha, qui fait des vidéos en anglais, invitant à « profiter » d'un coucher de soleil et d'une glace devant les bombardements à Khan Younès, en compagnie de soldats en jeep. Si l'on en croit ses publications les plus récentes, il se serait enrôlé dans l'armée de terre déployée dans Gaza.
Tout comme la réserviste Natalia Fadeev, créatrice de contenu « confirmée » sur TikTok et Instagram, qui se présente elle aussi dans sa biographie comme « réserviste de l'armée de défense israélienne ». Cette fan de cosplay (2) titre toutes ses stories à la une avec le mot « war » (guerre) et les illustre d'un personnage de manga en tenue militaire israélienne. Si elle ne se filme pas en train de commettre des exactions, ses publications visent plutôt à donner une image « sexy » d'Israël, de son armée et de la guerre génocidaire contre Gaza. Sans surprise, la presse conservatrice israélienne glorifie souvent ces soldats et les présente comme des héros de guerre (3), notamment en les invitant sur les plateaux télé et en leur donnant la parole.
En dehors des cercles médiatiques israéliens, on peut trouver sur les réseaux sociaux des vidéos de personnalités tournées vers un public international, tel que l'influenceur proche de Benyamin Netanyahu, Hananya Naftali, ou le journaliste arabophone Edy Cohen.
La fierté de « raser un pays et sa population »
« Je n'ai pas été surpris que cela émerge du traumatisme du 7 octobre, commente le militant israélien contre l'occupation aujourd'hui installé en Allemagne Nimrod Flaschenberg. Il y a eu un processus rapide de légitimation de l'agressivité et du racisme. C'est ce qui a causé cette atmosphère et a permis aux artistes et aux politiciens de s'exprimer librement dans un langage génocidaire ».
Cette plongée dans la guerre représentée par les guerriers eux-mêmes met à nu ce que le professeur en sociologie politique Yagil Levy nomme la « déshumanisation par mépris » - soit la déshumanisation « passive » par mépris qui s'est installée chez une grande partie de la société israélienne, parallèlement au modèle de déshumanisation « active » vis-à-vis de l'ennemi à éradiquer. Un exemple en est donné par les vidéos qui ont défilé pendant des mois d'Israéliens grimés en Palestiniens, un Minstrel show (4) contemporain se moquant cruellement d'un massacre à quelques kilomètres d'eux.
« Ce qui est troublant, poursuit Nimrod Flaschenberg, c'est qu'ils se filment en train de célébrer le bombardement des universités et des maisons à Gaza. C'est fou le degré de joie et de fierté que ces soldats éprouvent à raser un pays et sa population. Cette déshumanisation est si gangrenée qu'ils ne pensent pas faire quelque chose de mal. » Encore ne voit-on que l'écume, car « l'armée censure et monitore les images qui filtrent du front ». En fait, assure-t-il :
- Dans le psychisme israélien, les Gazaouis n'existent pas. Ce qui arrive aux civils à Gaza n'est pas montré. Seul le Hamas existe, et il est responsable des pertes civiles. En Israël, les gens ordinaires qui ne veulent pas que l'occupation continue, ne sont pas conscients des souffrances causées par les bombardements. La conversation se déroule uniquement dans le confort intra-israélien : « Allons-nous ramener les otages ? Allons-nous mettre fin au règne du Hamas ? » Les Gazaouis ne sont nulle part dans l'équation…
Mais ces images largement diffusées posent une autre question, plus franco-française celle-là. Pourquoi n'en entend-on presque jamais parler en France, alors qu'elles sont accessibles à tous en Israël, et que des journalistes vivant dans la bande de Gaza – ou plutôt survivant quand ils ne sont pas tirés comme des lapins par l'armée israélienne – ont très largement documenté des faits semblables ? Pourquoi les journalistes n'utilisent pas ces données qui circulent en toute liberté sur les réseaux sociaux et dans les médias israéliens, alors que le gouvernement israélien leur interdit l'accès à l'enclave sauf s'ils sont « accompagnés » par l'armée et baladés dans les circuits adéquats ?
Des français se filment aussi à Gaza
Au moins 4 000 Français et Franco-israéliens combattent aux côtés des forces israéliennes, rapportait déjà Europe 1 en octobre 2023 (5). Le député de la France insoumise Thomas Portes a réclamé en décembre 2023 qu'ils soient poursuivis en justice pour participation à des crimes de guerre. Deux combattants français cagoulés, en tenue militaire et portant des obus, lui ont adressé depuis Gaza un message vidéo : « Merci pour votre soutien, joyeux noël khouya [mon frère, en arabe] ».
Au moins deux Français combattant à Gaza figurent dans des vidéos qui pourraient servir de preuve de participation à des crimes de guerre, dont un Franco-israélien de Nice qui a participé à l'enlèvement et à la torture d'ouvriers gazaouis au mois d'octobre. Confronté par plusieurs internautes sur X (ex-Twitter), il a verrouillé ses comptes sur les réseaux sociaux, affirmant qu'il n'a fait que relayer les vidéos d'autres soldats, sans participer lui-même aux actes de torture.
C'est principalement sur ces vidéos et sur les faits documentés par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) que les représentants de l'Afrique du Sud ont appuyé leur plainte à la Cour de justice internationale (CIJ), déposée le 29 décembre 2023, montrant qu'il s'agit « du premier génocide diffusé en direct ».
Malgré les campagnes de signalement dont font l'objet ces vidéos, elles continuent d'être visibles en ligne, alors que les contenus relatant ce qui se passe à Gaza sont régulièrement censurés. L'ONG 7amleh (pour « hamleh », « campagne » en arabe), qui milite pour les droits numériques palestiniens, a interpellé le 7 février 2024 plusieurs plateformes qui hébergent toujours ce type de contenu, dont Meta (Facebook, Instagram et Whatsapp), X (ex-Twitter), Telegram et TikTok. L'organisation signale la prolifération des discours de haine, de déshumanisation et d'incitation à la violence et au génocide contre les Palestiniens. Elle rappelle que l'ordonnance de la CIJ nécessite que les plateformes assument leur responsabilité juridique et morale en matière de respect des droits humains et de prévention de la diffusion de contenus compromettants. Elle rappelle aussi que ces plateformes ont attisé par le passé des discours favorables au génocide en permettant leur diffusion en ligne, notamment en Éthiopie et au Myanmar.
Depuis le 7 octobre, 7amleh compte près de trois millions de contenus haineux ou incitant à la haine des Palestiniens en ligne, contre au moins 4 400 cas de censure côté palestinien, considérés par l'ONG Human Rights Watch comme « systémique ». De son côté, Meta prévoit uniquement de revisiter ses règles en estimant désormais que l'usage des termes « sioniste » et « sionisme » relève du discours haineux à l'encontre de personnes juives ou israéliennes.
Notes
1- « Videos of soldiers acting maliciously in Gaza create new headache for Israel », Los Angeles Times, 13 décembre 2023.
2- Loisir qui consiste à se déguiser – vêtements, coiffure, maquillage – pour ressembler à un personnage de fiction.
3- « The soldiers who became social media stars during the fighting », The Jerusalem Post, 27 octobre 2023.
4- Forme théâtrale américaine répandue durant les XIXe et XXe siècles, dans laquelle des comédiens blancs se grimaient en Noirs, caricature raciste des Afro-américains.
5- « « Quelque chose d'irréel » : le témoignage d'un Français engagé avec l'armée israélienne », Europe 1.
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