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FSM 2026 à Cotonou : les mouvements sociaux du monde s’organisent pour participer au grand rendez-vous mondial des altermondialistes

L’inquiétant essor du Parti conservateur du Québec
Il y a quelque chose d'instructif dans la trajectoire du Parti conservateur du Québec depuis qu'Éric Duhaime en a pris les rênes en avril 2021. Ce n'est pas l'histoire d'un parti qui surgit du néant — c'est l'histoire d'une droite qui se réorganise, se professionnalise et cherche à occuper l'espace que la Coalition avenir Québec, empêtrée dans ses contradictions et ses déficits records, commence à laisser vacant. Pour celles et ceux qui se battent pour un Québec égalitaire, écologique et indépendant, ignorer la montée de ce parti serait une erreur politique grave.
D'une marginalité organisée à une force électorale réelle
Quand Duhaime remporte la chefferie avec 95 % des voix en avril 2021, il hérite d'un parti qui reste marginal sur la scène électorale : 1 % dans les sondages, 200 dollars dans le compte de banque, à peine trois ou quatre cents membres. Quatre ans plus tard, il dirige une formation qui revendique 63 000 membres, des millions dans ses coffres et 15 % dans les intentions de vote. La transformation est spectaculaire.
En 2018, le PCQ avait récolté un misérable 1,46 % des suffrages. Aux élections du 3 octobre 2022, après dix-huit mois d'agitation autour des mesures sanitaires, de la liberté individuelle et du pouvoir d'achat, le parti engrange 530 786 voix, soit 12,9 % de l'électorat — rivalisant avec le Parti québécois (14,6 %), Québec solidaire (15,4 %) et le Parti libéral (14,3 %). Sans siège à l'Assemblée nationale à cause du mode de scrutin uninominal à un tour — ce mode de scrutin que la gauche réclame depuis longtemps de réformer précisément parce qu'il fausse la représentation —, mais avec une présence réelle dans l'électorat.
La concentration géographique du vote conservateur est révélatrice de sa nature sociale. Les appuis les plus solides se trouvent dans la région de Québec, en Chaudière-Appalaches et dans certaines circonscriptions rurales ou semi-urbaines. Dans Arthabaska, lors de la partielle d'août 2025, le parti passe de 25 % à 41 % d'appuis déclarés. À Chicoutimi, il est parvenu à occuper le deuxième rang, juste après le PQ de PSPP en obtenant plus de 26 % des suffrages. C'est la carte du Québec des automobilistes des banlieues, des travailleurs et travailleuses inorganisés des régions éloignées, de ceux que l'inflation a appauvris et que les discours technocratiques sur la transition écologique ont aliénés. C'est une colère réelle, instrumentalisée par une droite habile.
L'agenda économique : le vieux rêve néolibéral avec un accent québécois
Sur le plan économique, le programme du PCQ ne surprend personne qui a suivi les aventures de l'ADQ de Mario Dumont — dont Duhaime a été conseiller. Il s'agit de la même recette : baisser les impôts des particuliers et des entreprises, réduire la taille de l'État, privatiser les services publics, affaiblir les contre-pouvoirs syndicaux et laisser le « marché » décider.
La réduction du nombre de fonctionnaires, la simplification des procédures d'embauche de travailleurs et travailleuses étrangers pour satisfaire les employeurs, la liquidation du Fonds de développement économique, la suppression du marché du carbone et du Fonds vert : tout cela dessine un État qui se retire, laissant les classes ouvrières et populaires face aux forces du marché.
Pour le secteur de la santé, le PCQ ne cache pas ses ambitions. Dès le congrès de novembre 2021, les membres votent pour instaurer une assurance maladie privée, financer les hôpitaux selon le nombre de patients traités afin de créer de la compétition entre les établissements, et étendre le recours au secteur privé.
L'écologie comme ennemi : le parti des combustibles fossiles
Si le PCQ se distingue des autres partis québécois sur un point, c'est bien là : c'est le seul parti de l'Assemblée nationale - ou qui vise à y entrer - qui assume pleinement son hostilité aux politiques climatiques. Et cette position n'est pas accidentelle — elle est constitutive de son identité.
Le Parti conservateur de Duhaime veut exploiter le gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent, relancer GNL Québec, explorer le pétrole en Gaspésie, dans le golfe du Saint-Laurent, et ne « fermer la porte à rien » concernant l'île d'Anticosti. Il s'oppose à l'objectif d'interdire la vente de véhicules à essence neufs en 2035 —« mon char, mon choix »—, au marché du carbone, à la taxe carbone, et globalement à toute mesure qui contraindrait les émissions de gaz à effet de serre au nom d'une liberté de consommer que seuls les plus aisés peuvent se permettre pleinement.
Au congrès de janvier 2026, les militant·es vont encore plus loin : ils battent une proposition qui aurait redirigé une partie des revenus de l'exploitation gazière vers l'environnement, qu'une candidate qualifie de « culpabilité verte ». C'est une posture climatosceptique à peine voilée. Et ce n'est pas sans rappeler les propos d'un membre du congrès de 2021 qui avait soutenu que les changements climatiques étaient « complètement faux ». Duhaime ne l'a pas repris, mais le courant continue de circuler dans les veines du parti.
La question nationale : l'autonomisme comme paravent fédéraliste
Sur la question de l'indépendance du Québec, le PCQ est clair : non au référendum, non à la souveraineté, oui à l'autonomisme dans le cadre canadien. Duhaime défend un Québec qui négocie mieux sa place dans la fédération, qui récupère des pouvoirs, mais qui demeure résolument dans le giron d'Ottawa.
Cette position n'est pas neutre. Un Québec souverain aurait pleine maîtrise de sa politique sociale, de son immigration, de ses ressources naturelles, de sa politique étrangère. Le cadre fédéral impose des contraintes structurelles à tout projet de transformation sociale progressiste. L'autonomisme que prône Duhaime, c'est la promesse de mieux gérer l'existant sans jamais le remettre en question fondamentalement. C'est un conservatisme constitutionnel qui correspond parfaitement à son conservatisme économique.
Au congrès de novembre 2023, un militant a proposé un amendement évoquant l'indépendance comme recours ultime si Ottawa ne respectait pas les demandes du Québec. Il a été battu. Le signal est limpide : le PCQ choisit le Canada.
Sur les questions sociales, l'ambiguïté est stratégique. En matière de droits reproductifs, le parti évite l'affrontement frontal tout en tolérant des courants hostiles à l'autonomie des femmes, maintenant ainsi une porte entrouverte à de possibles reculs. Sur l'immigration, le discours se construit autour de la peur — frontières, intégration, « capacité d'accueil » — et détourne l'attention des véritables causes de la précarité : austérité, exploitation du travail, sous-financement des services publics. Quant à la question nationale, l'autonomisme revendiqué sert de paravent à un fédéralisme assumé : refus de l'indépendance, refus du référendum, acceptation d'un cadre canadien qui limite toute transformation sociale ambitieuse.
La question du droit à l'avortement : l'ambiguïté calculée
Sur le droit à l'avortement, Duhaime personnellement se réclame d'un libertarisme qui, en principe, devrait le rendre favorable à l'autonomie corporelle des femmes. Mais le parti qu'il dirige est traversé de courants différents. Le site Campagne Québec-Vie,
organisation ouvertement anti-avortement, décrit avec soin les candidats du PCQ qui seraient « pro-vie » et « pro-famille », et appelle à voter pour eux au cas par cas. L'organisation note avec satisfaction que le programme du PCQ contient des propositions favorables à la natalité et à la « primauté parentale », sans engagement clair en faveur du droit à l'avortement. Cette ambiguïté n'est pas anodine : elle permet au parti de capter à la fois les libertariens et une frange plus conservatrice socialement, sans froisser ni les uns ni les autres. C'est une posture électoraliste qui laisse la porte ouverte à des reculs sur les droits reproductifs si la composition d'un gouvernement l'exigeait.
Les axes de la riposte : organiser la contre-offensive
La progression du Parti conservateur du Québec d'Éric Duhaime ne peut être combattue par de simples dénonciations morales. Elle exige une riposte politique structurée, ancrée dans les réalités sociales et assumée sur le terrain de la lutte de classes.
1. Reprendre le terrain du coût de la vie
La colère qui traverse les régions, les banlieues et les quartiers populaires n'a rien d'irrationnel. Inflation, loyers abusifs, salaires stagnants, services publics fragilisés : cette colère est légitime. Si la droite la capte, c'est parce qu'elle occupe le vide laissé par l'absence d'un projet offensif à gauche. Il faut opposer au PCQ un programme clair : gel des loyers, hausse substantielle du salaire minimum, fiscalité réellement progressive, investissements massifs dans les services publics.
Les baisses d'impôt promises par la droite ne profitent ni aux plus pauvres ni aux travailleurs précaires. Elles favorisent les revenus plus élevés et affaiblissent délibérément les finances publiques pour justifier ensuite des compressions. C'est une stratégie éprouvée : réduire l'État pour ouvrir la voie au privé.
2. Défendre sans compromis les services publics
Chaque avancée du privé affaiblit le commun. Une clinique privée qui ouvre, c'est un réseau public qui est affaibli. Une école privée subventionnée, c'est une école publique appauvrie. Le Parti conservateur du Québec présente la privatisation comme une solution d'efficacité. L'expérience internationale démontre le contraire : les systèmes à deux vitesses aggravent les inégalités, enrichissent les investisseurs et détériorent les conditions de travail. Le mouvement syndical, communautaire et la gauche politique doivent mener une bataille idéologique et pratique pour réaffirmer que la santé et l'éducation sont des droits, pas des marchés.
3. Porter une écologie de justice sociale et de rupture anticapitaliste
La critique populaire du marché du carbone ne doit pas être abandonnée à la droite. Oui, les travailleuses et travailleurs paient à la pompe pendant que les grandes industries négocient des exemptions. Mais la solution est plutôt de faire à la lutte aux changements climatiques, à la protection de l'environnement et de la biodiversité un priorité.
Il faut que cette lutte permette de créer des emplois, grâce au développement du transport collectif en région, au développement de chantiers publics favorisant l'utilisation des énergies et fasse payer les véritables responsables : multinationales extractives, industries lourdes, grands pollueurs. L'écologie qui se contente de situer son action qu'au niveau des comportements individuels ne convaincra jamais ; l'écologie visant une transformation sociale, une transition juste et la planification démocratique de l'économie, oui.
Les promesses d'Éric Duhaime d'exporter davantage de gaz en Europe sous prétexte de remplacer le charbon relèvent du mirage. La lutte au dérèglement climatique ne peut se contenter d'utiliser les mécanismes du marché.
4. Élargir la démocratie économique
Face aux projets d'affaiblissement syndical et de réduction de la fonction publique, le mouvement syndical et les différents mouvements sociaux doivent renforcer leurs alliances sociales et politiques. Il faut aller plus loin et revendiquer une véritable démocratie économique : droit de regard des travailleurs et des travailleuses sur les décisions stratégiques, contrôle public des secteurs clés et planification écologique. La liberté du marché pour quelques-uns signifie la précarité pour la majorité.
5. Articuler la question nationale à l'émanciation sociale
L'indépendance ne peut être dissociée de l'émancipation sociale. Elle n'est pas un symbole abstrait, mais un levier pour rompre avec les contraintes d'un fédéralisme canadien structuré au service des grandes puissances économiques.
Face à un Parti conservateur qui choisit l'alignement sur Ottawa et le capital, la gauche indépendantiste doit proposer un projet national ancré dans la justice sociale, la transition écologique et la démocratisation des institutions. La souveraineté populaire n'a de sens que si elle transforme les rapports de pouvoir.
Le Parti conservateur du Québec n'est pas un phénomène marginal. Il dispose de ressources, d'une stratégie de communication et d'une cohérence idéologique : réduire l'impôt des plus favorisés, fragiliser l'État social, nier la crise climatique et défendre l'exploitation des hydrocarbures. La liberté d'exploiter les travailleurs, les travailleuses et la nature est au cœur de son programme.
La riposte consiste à organiser la colère populaire autour d'un projet clair : redistribution des richesses, défense des biens communs, transition écologique planifiée et souveraineté démocratique de la société québécoise.
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Solidarité avec Cuba
Depuis le 3 janvier 2026, date de l'enlèvement du président du Venezuela, Cuba ne reçoit plus le pétrole nécessaire aux transports et à la génération d'électricité.
Québec, 20 février 2026
OBJET : Campagne de solidarité avec le peuple cubain
Ceci a mis à mal son industrie touristique, une source de devises importante pour les habitants et habitantes de l'île. Il faut se rappeler qu'il existe un embargo états-unien contre Cuba dure depuis 66 ans. Malgré cela, Cuba a réussi un développement social impressionnant. Mais aujourd'hui, avec la politique de Trump le peuple cubain est assiégé au niveau économique. L'embargo empêche des réalisations sociales et économiques au bénéfice de Cubaines et Cubains et met en danger leur vie.
Le CAPMO a un volet de solidarité internationale qui nous permet d'agir rapidement. À la demande d'amies, amis et membres du CAPMO, nous avons convenu de faire appel à votre générosité pour venir en aide à la population cubaine qui subit un embargo sans précédent de la part des États- Unis d'Amérique interdisant le commerce avec Cuba. Cette campagne de solidarité est aussi appuyée par CASA latino-américaine de Québec,
En allant sur le site du CAPMO au www.capmo.org, vous pouvez faire un don en inscrivant dans les commentaires, Solidarité Cuba. Un reçu de charité sera automatiquement remis par Canadon et sera envoyé à votre adresse courriel. Les montants recueillis seront versés à la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba qui a la capacité d'acheminer de l'aide matérielle à Cuba. Votre solidarité est importante et essentielle.
Yves Carrier, coordonnateur
CAPMO
Cecilia Valdebenito
CASA Latino-américaine
Emilia Castro
Militante féministe
Victor H. Ramos
Cercle Gabriel-García-Márquez
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Haïti : l’instrumentalisation continue de la violence à des fins politiques
Nous dénonçons et condamnons l'attitude irresponsable du gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé de poursuivre la même politique d'instrumentalisation de la violence des gangs pour défendre des intérêts politiques mesquins.
Il est frappant de constater comment, au cours des mois de décembre et de janvier, la police a fait preuve d'une grande capacité d'intervention dans plusieurs fiefs de la coalition Viv-Ansanm. Ces interventions ont fait beaucoup de victimes dans les quartiers sous l'emprise des gangs. Certains membres de la coalition ont été tués, ainsi que des personnes de la population civile selon les données disponibles. Ces interventions de la police ont apparemment affecté le morale des gangs puisque les porte-paroles de ces derniers sont depuis lors moins présents sur les réseaux sociaux.
Soulignons également que ces interventions de la police coïncidaient avec la fin du mandat des conseillers-présidents, ce qui a permis au premier ministre Didier Fils-Aimé de devenir l'unique chef du pouvoir exécutif à travers le conseil des ministres.
Après la passation de pouvoir, il est frappant de constater que la police change d'attitude. Il n'est plus question d'intervention dans les territoires des gangs de façon ininterrompue. La récurrence des interventions est remplacée par la propagande creuse selon laquelle la police est déterminée à combattre les gangs. Le discours de la propagande est toujours là, mais on constate qu'il y a de moins en moins d'interventions musclées contre les gangs.
Cette pratique d'instrumentaliser la violence des gangs pour garder le pouvoir est une pratique ancienne de l'État haïtien et de la bourgeoisie. Dans les 10 dernières années, le président autocrate Jovenel Moise a été celui qui a mené cette logique jusqu'à son paroxysme. Il a ouvertement procédé à la remobilisation des gangs pour casser toute mobilisation populaire contre la corruption.
Après l'assassinat crapuleux de Moise, Ariel Henri a suivi la même logique en évitant de rétablir la sécurité publique, de désarmer et de juger les chefs de gangs. En les tolérant, il voulait se servir du climat d'insécurité pour rester au pouvoir en renvoyant toutes joutes électorales aux calandres grecques. Cette politique s'est soldée par des massacres en cascades. Les gangs dans les quartiers populaires continuaient à étendre leur territoire, renforçant ainsi leur puissance de frappe.
Après avoir perdu le soutien de Washington en mars 2024, le premier ministre Ariel Henri a été contraint de signer sa lettre de démission et a été remplacé par le Conseil présidentiel de transition (CPT), une instance formée par des représentants de différentes organisations politiques, chargée de nommer le Premier ministre et de préparer les élections.
Ce pouvoir bicéphale, au lieu de rectifier le tir, a poursuivi la même politique d'instrumentalisation de la violence en laissant les gangs s'étendre encore plus dans de nombreux quartiers de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, dont Nazon, Delmas 30, Solino, etc. Cette politique cynique est devenue une évidence à tel point que la primature a décidé ouvertement de priver au directeur de la Police, de l'époque, Normil Rameau, de moyens logistiques opérationnels. Des drones et autres équipements contrôlés par le task force, organisme créé par le gouvernement pour combattre le banditisme, n'ont pas été mises à la disposition des policiers, alors que ces derniers, sur le terrain, avaient un besoin criant de soutiens aériens dans leurs opérations.
Après le départ du CPT, plus d'un s'attendaient à la poursuite des opérations policières intensives initiées depuis le mois de décembre 2025. Au lieu de procéder à l'arrestation et jugement des chefs de gangs, l'autocrate Didier Fils Aimé, érigé en chef suprême de l'État par le gouvernement étatsunien, a déjà changé de logique. Les opérations policières intensives ont déjà considérablement ralenti, voire suspendu. À la place de la chasse aux gangs, le moment est à la consolidation du pouvoir de l'homme fort du pouvoir exécutif.
La signature du Pacte de stabilité s'inscrit dans cette logique de se conforter au pouvoir alors que la majorité de la population de l'aire métropolitaine, du département de l'Artibonite et de la ville de Mirebalais meurent quotidiennement sous l'emprise des gangs. Massacrés ou kidnappés au quotidien, les résidents constatent une fois de plus que le gouvernement continue à se servir de l'insécurité pour atteindre des objectifs politiques.
En fonction des besoins politiques du moment, il choisit soit de permettre une intensification des opérations policières contre les gangs, soit de permettre aux malfrats d'occuper plus de territoire, et ainsi de procéder à plus de kidnappings. Tout indique que pour Fils-Aimé, il est important de ne pas vaincre les gangs pour ne pas se trouver dans l'obligation de mettre un terme à la transition. Ce comportement montre clairement que l'insécurité ambiante, loin d'être un problème de manque de moyens, est en réalité une affaire d'État.

Les contradictions de Québec solidaire : la désorientation d’un parti qui ne défend pas sa stratégie de lutte pour l’indépendance du Québec
Face à la montée d'un Parti québécois qui se drape dans les oripeaux de l'indépendance tout en trahissant les fondements d'une authentique libération nationale, Québec solidaire révèle ses difficultés à défendre de façon offensive sa stratégie de lutte pour l'indépendance du Québec. Les discours de Sol Zanetti et Ruba Ghazal sur la participation au camp du OUI ne peuvent masquer les faiblesses stratégiques profondes d'un parti qui se contente d'une critique superficielle du Parti québécois et qui doit expliquer que le camp du OUI que QS veut construire sera celui d'un référendum portant sur un projet de société (une constitution) élaboré par une démarche radicalement démocratique, concrétisée par la mise en marche d'une constituante.
Un argumentaire insuffisant sur l'indépendance
Lors de son point de presse du 25 février dernier, Ruba Ghazal a défendu la position indépendantiste de QS en insistant sur la nécessité d'une large consultation populaire et d'une assemblée constituante. Elle a reconnu les craintes de la population, particulièrement dans un contexte de crise du logement et d'appauvrissement. Mais là où son discours révèle ses limites, c'est dans son incapacité à affirmer clairement que l'indépendance n'est pas qu'un processus institutionnel : c'est un projet de société plus égalitaire et plus écologiste. C'est précisément ce caractère transformateur qui peut rallier une majorité populaire à l'indépendance, et QS doit le dire haut et fort.
Quant à la question d'un éventuel référendum tenu par le PQ, la réponse de Ghazal — que QS « sera dans la barque d'un Québec indépendant » — est révélatrice d'un flou stratégique. Être pour l'indépendance, ce n'est aucunement assumer la stratégie référendaire du PQ. Car le bilan du PQ au pouvoir a systématiquement étouffé la force mobilisatrice nécessaire à la réalisation d'un projet de libération nationale : déficit zéro de Bouchard et Parizeau, fermetures d'hôpitaux et élimination de 1 200 postes d'infirmières, restrictions de Pauline Marois ciblant l'aide sociale, le transport adapté et le logement. La crise environnementale et sanitaire nous confronte aujourd'hui à une réalité incontournable : nous ne pouvons plus laisser la classe capitaliste dicter l'avenir de nos sociétés.
Le PQ vide l'indépendance de son contenu émancipateur
C'est cette faiblesse fondamentale du PQ — son refus de lier indépendance et transformation sociale — que QS doit critiquer ouvertement et sans détour. Alors que QS proclame vouloir un pays « enraciné dans les luttes sociales, écologiques, féministes, syndicales, antiracistes et autochtones », le PQ de Paul St-Pierre Plamondon dissocie méthodiquement l'indépendance de toute émancipation collective. Sol Zanetti lui-même le reconnaît implicitement lorsqu'il affirme que « le camp du Oui va être diversifié » — sans jamais préciser quels intérêts sociaux portent les différentes composantes de ce camp, et si cette diversité tend à unir ou à neutraliser les forces populaires pour l'indépendance.
Cette abdication est d'autant plus grave que le PQ courtise ouvertement une alliance avec la droite nationaliste et conservatrice, qui voit dans l'indépendance l'occasion d'enrichir les plus riches et d'imposer un programme néolibéral sous couvert de souveraineté nationale. Face à cette dérive, QS se limite à des protestations morales sur l'« inclusion », sans jamais articuler une critique systématique du projet de société capitaliste que représente le PQ.
La question migratoire : approfondir la critique du nationalisme divisif du Parti québécois
QS critique le « nationalisme divisif » du PQ et sa fermeture à la diversité culturelle. Ruba Ghazal craint avec justesse qu'avec le PQ, le camp du Oui devienne « un camp qui exclut ». Mais ces critiques n'attaquent jamais les racines structurelles du nationalisme identitaire et conservateur péquiste. Au lieu de démontrer comment le capitalisme québécois utilise la division entre travailleurs et travailleuses immigrés et natifs pour maintenir sa domination, QS s'en tient à des appels abstraits à l'« inclusion ». L'immigration internationale doit être présentée comme un phénomène incontournable à notre époque de chaos et de crise climatique.
Cette approche qui reconnaît la réalité actuelle de l'immigration permettra de construire une véritable alliance de classe entre toutes les travailleuses et tous les travailleurs du Québec, quelle que soit leur origine. La rupture avec la logique des quotas, avec la fumeuse notion des « capacités d'accueil » et avec une conception utilitariste de la politique migratoire permettrait à QS de présenter l'indépendance comme une société d'élargissement des droits pour les personnes migrantes. La lutte contre l'abolition du Programme de l'expérience québécoise le démontre : un Québec défendant la liberté de circulation et d'installation ouvrirait la possibilité d'un ralliement populaire majeur à l'indépendance. Les discours de PSPP, qui attribue aux personnes migrantes les problèmes de logement, d'accès aux services publics et la montée de l'itinérance sont irresponsables et nuisent à la défense de l'indépendance du Québec.
La constituante : l'outil central de la mobilisation populaire
QS refuse toujours de critiquer ouvertement la stratégie référendaire du PQ — cette illusion qu'un simple référendum, dans le cadre d'une seule campagne électorale, pourrait suffire à réaliser l'indépendance. Que signifie l'affirmation de Zanetti qu'« il va y avoir plusieurs autobus du OUI », sinon que la multiplication des véhicules compenserait l'absence de direction claire ? Il est temps de mettre fin à l'ambiguïté entre un OUI issu d'une assemblée constituante sur la constitution d'un Québec indépendant et un OUI à un référendum péquiste dont la question est élaborée en vase clos.
Pour s'imposer comme le véritable champion de l'indépendance, QS doit affirmer sans équivoque que la démarche du PQ exclut la majorité populaire du processus. Le PQ écarte complètement l'idée d'une constituante comme élément central de la lutte pour l'indépendance. Il lui préfère un processus vertical et technocratique — une « constitution provisoire » élaborée en cercle fermé, un référendum déclenché au « moment propice » par la direction du parti, ou indéfiniment reporté comme ce fut le cas pendant des décennies. Paul St-Pierre Plamondon parle d'être « intelligent », « responsable » et « raisonnable » : autant de codes pour dire qu'il attendra passivement que les conditions se réunissent d'elles-mêmes.
QS, qui se veut le parti de la démocratie participative, doit l'affirmer clairement : une assemblée constituante n'est pas un exercice technique. C'est le processus par lequel un peuple se constitue comme sujet politique, élabore collectivement son projet de société, et construit, dans ce mouvement même, la majorité indépendantiste. Ce processus pourrait s'enclencher dès l'élection d'une majorité de députés indépendantistes, par une loi à l'Assemblée nationale, et déboucher sur un référendum gagnant. C'est par la lutte, par la mobilisation, par la constituante elle-même que se forge cette majorité — non par l'attentisme.
Les OUI Québec : le degré zéro de la stratégie
Les OUI Québec, qui prétendent incarner la société civile indépendantiste, sont devenus un instrument pour « mousser une indépendance sans contenu ». Depuis l'abandon de la constituante de leurs plans d'action, ils se limitent à des initiatives communicationnelles déconnectées des organisations populaires de base. Aucune mobilisation réelle, aucune construction d'un rapport de force.
QS doit se donner comme objectif la construction d'un véritable front de lutte pour une constituante : un front qui rassemble syndicats, organisations étudiantes, groupes écologistes, féministes et populaires autour d'une démarche radicalement démocratique. Sa campagne « Nouveau Québec », aussi sympathique soit-elle, ne constitue pas ce front : des rencontres citoyennes et des affiches ne remplacent pas l'organisation de la base populaire pour imposer une assemblée constituante.
L'aveuglement sur la dimension anti-impérialiste de l'indépendance
La lutte pour l'indépendance du Québec s'inscrit historiquement dans le contexte de l'oppression nationale par l'État capitaliste canadien et dans la continuité de l'élimination des droits des peuples autochtones et de leur expropriation territoriale. Réduire l'indépendance au simple rapatriement de pouvoirs, c'est accepter de reproduire les mêmes schèmes que le capitalisme canadien, mais sous contrôle québécois — c'est précisément ce que proposent le PQ et le Bloc québécois. La récente déclaration du député bloquiste Patrick Bonin, réclamant une part plus grande des contrats militaires pour le Québec en est la démonstration.
QS doit faire une critique systématique de la volonté du PQ d'intégrer un Québec indépendant dans l'OTAN. Prétendre lutter pour la libération nationale tout en gardant le silence sur un projet d'indépendance néocoloniale arrimée à l'impérialisme américain est une contradiction insurmontable. Le rejet, au dernier congrès, de la proposition visant à affirmer explicitement qu'un Québec indépendant ne ferait pas partie de l'OTAN n'a pas préparé QS à affronter cette question pourtant centrale.
L'indépendance du Québec n'est pas qu'une affaire québécoise : c'est un coup porté à l'édifice impérialiste canadien dans son ensemble. Elle exige une politique d'alliance avec le mouvement ouvrier du Canada anglais et avec les nations autochtones de tout le Canada — des alliés naturels qui n'ont aucun intérêt objectif à défendre un État anti-écologiste, guerrier et anti-populaire. On ne construit pas une alliance anti-impérialiste authentique en refusant de reconnaître le caractère colonial de l'État canadien et la nécessité d'une lutte commune contre celui-ci.
Conclusion : QS doit défendre l'implication du peuple dans la lutte pour l'indépendance
En refusant de critiquer radicalement le PQ, en acceptant son cadre stratégique d'un référendum élaboré par un gouvernement dont la méthode a démontré son échec en 1980 et en 1995, QS se prive de se présenter comme une alternative crédible. L'assemblée constituante et la mobilisation populaire dans la définition d'un projet de société indépendantiste constituent cette alternative — QS doit l'assumer pleinement.
Le Parti québécois est dirigé par des élites nationalistes et technocratiques qui aspirent à gérer leur propre État, intégré à l'empire américain, construit sur une logique identitaire qui exclut de son projet les personnes immigrantes et les Premières Nations. Face à ce projet qui ne s'inscrit pas dans une véritable logique de libération nationale, QS a une responsabilité historique : construire un mouvement indépendantiste de masse, ancré dans les luttes populaires, porteur d'une transformation sociale radicale, articulé autour d'une assemblée constituante démocratique et d'alliances anti-impérialistes continentales.
L'heure n'est pas aux compromis avec le PQ. L'heure est à la construction d'un mouvement indépendantiste militant qui lie indissolublement libération nationale et émancipation sociale, qui mobilise le peuple travailleur dans toute sa diversité, qui reconnaît les exigences de l'indépendance face à la crise climatique et au patriarcat, qui forge des alliances anti-impérialistes — et qui ose affronter l'État canadien et l'empire américain.
Les militantes et militants de QS, comme l'ensemble du mouvement indépendantiste de gauche, doivent tirer les leçons des échecs du PQ et présenter au peuple québécois, dans toutes ses composantes, une véritable stratégie de libération nationale et sociale. Car l'indépendance implique des ruptures majeures : rupture avec l'État fédéral, rupture avec la classe dominante québécoise qui s'est accommodée, dans sa majorité, de cet État et a participé à l'expropriation du peuple de son droit à décider librement de son avenir.
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8 mars : Mobilisations et grèves à l’ordre du jour
La conjoncture politique et sociale inquiète tout le monde y compris les groupes féministes.Les lois liberticides pleuvent, les violences augmentent, les féminicides augmentent et tout retombe dans la cour du communautaire et des groupes de femmes.
Comment arrêter d'être à la défensive et passer en mode gagner des victoires et conserver les acquis ?
Les groupes communautaires à boutte d'un financement inadéquat et peu stable ont décidé que assez c'est assez de pas payer et de pelleter les coupures en santé et en éducation dans leur cour. Une campagne de mobilisation est en cours. Du 23 mars au 2 avril, le communautaire fait actions, grèves, coupures de certains services. Le tout culmine le 2 avril par une manif nationale à Québec. Les gens s'organisent, se mobilisent d'abord à partir des groupes locaux dans des cellules de travail au lieu de passer comme avant par les regroupements provinciaux. Une autre approche, une autre façon de travailler mais l'unité est là et le bouillonnement risque cette fois de ne pas passer inaperçu.
Les groupes de femmes sont associées à cette semaine d'actions. Plusieurs vont tenter d'organiser des actions féministes.
Mais le 8 mars s'organise à part, à côté de toute cette préparation parce que le 8 mars c'est aussi la participation des centrales syndicales.
Le 8 mars : Générations debout
Le 8 mars 2026 a comme thème « Générations debout ». En mémoire de « Québécoises debout » slogan des années 70. Il souligne aussi la présence de plusieurs générations de femmes dans la mouvance féministe que ce soit dans le mouvement syndical, étudiant ou communautaire.
Cette présence est exigeante. Plusieurs groupes de femmes connaissent des remises en question, des questionnements sinon des affrontements montrant les clivages générationnels. Les femmes de différentes époques issues de différents milieux militants ont vécu différemment les questionnements féministes que ce soit l'égalité au travail, le harcèlement sexuel ou les violences conjugales-domestiques. Elles ont des expérience différentes, analysent les situations différemment.
Comment concilier tout cela. C'est ce que le thème de cette année pose comme défi. Il est essentiel de travailler toutes ensembles dans le contexte d'extrême droitisation actuel.
Le projet de loi 1
Autre mobilisation importante : les revendications contre le Projet de Loi 1.Le mouvement des femmes a obtenu du gouvernement Legault de retirer la clause sur l'avortement contenu dans le projet de loi. C'est une victoire. Il fallait éviter d'ouvrir une porte à des mesures de restrictions de l'accès à l'avortement en l'instituant dans la constitution.
Mais d'autres points demeurent critiques pour le communautaire et qui touche l'autonomie des groupes qui, si financés par l'État, ne pourraient plus prendre position contre certaines lois. Le gouvernement refuse de reconnaître avoir fait sa constitution derrière une porte close, refuse de partager ces réflexions et veut l'imposer comme un projet de loi ordinaire alors qu'un projet de constitution partout dans le monde se fait avec le peuple. La démocratie en prend un coup.
Conclusion
La situation est à la fois mobilisante : 8 mars et grève du communautaire mais est à la fois bien fragile.
Le gouvernement Legault semble bien décidé à poursuivre ses attaques tout azimut contre les droits. Comment le faire reculer ? Sur l'avortement les groupes féministes ont réussi mais sur l'ensemble du Projet de Loi 1 tout demeure encore en place malgré plusieurs oppositions de la société civile (Ligue de droits et liberté, Barreau du Québec etc.). C'est là que la mobilisation prend de l'importance. La grève du communautaire surtout si elle est très suivie (plus de 3000 groupes à travers le Québec) devraient avoir son impact. Déjà que cela a fait la une du Devoir. La participation à la fois des groupes et des personnes utilisatrices des services de ces groupes devra être développer. C'est la société au complet qui doit reconnaître tout le travail fait par l'implication communautaire et citoyenne.
La grève dans le communautaire est en fait une grève féministe. Les intervenantes de ce secteur sont majoritairement des femmes. C'est comme les grèves dans le secteur public. Mais ça n'apparaît pas comme ça au premier abord. Au 8 mars, on parlera donc de grève du communautaire pas de grève féministe.
Il faudra donc continuer à développer des solidarités, à consolider les liens entre les groupes et à obtenir le soutien des centrales syndicales.
Chloé Matte Gagné
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Avi Lewis répond au questionnaire de Rabble sur la direction du NPD
Rabble pose à chacun des candidats à la direction du NPD sept questions sur la stratégie du parti, les questions autochtones, les relations avec Donald Trump et plus encore. Voici les réponses d'Avi Lewis.
Avi Lewis lors d'un événement de campagne. Crédit : Avi Lewis / X
23 février 2026 | tiré de Rabble.ca
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/avi-lewis-answers-rabbles-ndp-leadership-questionnaire/
Veuillez indiquer à nos lecteurs trois politiques que vous défendriez en tant que chef du NPD.
En tant que chef du NPD, je défendrai la création d'options publiquesdans tous les secteurs de notre économie où le marché est défaillant. Alors qu'un Canadien sur quatre vit dans un foyer en situation d'insécurité alimentaire et que le recours aux banques alimentaires explose, Galen Weston, propriétaire de Loblaws, vaut 18 milliards de dollars. Il s'agit là d'un échec classique du marché, qui montre qui profite et qui souffre de notre économie actuelle, où chaque secteur est dominé par une poignée d'entreprises qui s'entendent entre elles. C'est pourquoi notre campagne propose une option publique pour les téléphones cellulaires, Internet, les services bancaires postaux et les produits alimentaires. Imaginez Costco géré comme un service public : un réseau public de 50 épiceries à travers le pays offrirait des prix alimentaires 30 à 45 % moins chers et coûterait 300 millions de dollars par an à gérer. Cela ne représente que la moitié d'un pour cent du budget de la défense.
Deuxièmement, nous nous engageons en faveur d'un Green New Dealvisant à créer plus d'un million d'emplois syndiqués bien rémunérés dans tout le pays en investissant 2 % du PIB canadien dans la lutte contre l'urgence climatique, créant ainsi des décennies d'emploi pour les travailleurs du commerce, les aides-soignants, les travailleurs des transports, les jeunes, les scientifiques, les travailleurs du secteur des énergies fossiles, etc. Ce travail sera soutenu par une nouvelle génération d'entreprises publiques vertes telles que les services publics de quartier, les fabricants et installateurs de pompes à chaleur, l'économie des soins (les soins sont une activité à faible émission de carbone !), les usines de bus électriques, etc.
Troisièmement, un plafonnement national des loyers qui redonnera le pouvoir aux locataires et mettra fin aux hausses de loyer excessives. Ce plafonnement signifiera que les loyers ne pourront pas être augmentés au-delà du taux d'inflation dans chaque province ou territoire, y compris pour les logements vacants, de sorte que les propriétaires ne pourront pas augmenter les loyers entre deux locataires. Le gouvernement fédéral peut y parvenir en mettant en œuvre une législation de soutien qui renforce les contrôles provinciaux et territoriaux des loyers.
Quelles initiatives législatives du gouvernement Carney modifieriez-vous, si vous le pouviez, et de quelle manière ?
Tout d'abord, j'abrogerais les dispositions relatives aux grands projets du projet de loi C-5. Ce projet de loi permet au gouvernement fédéral d'approuver des projets, y compris des infrastructures liées aux combustibles fossiles, sans passer par des consultations et des évaluations environnementales. C'est le genre de projet de loi qui ferait rougir Stephen Harper, car il ignore les droits des Autochtones et méprise de manière flagrante le fait que nous sommes en situation d'urgence climatique. Nous avons besoin de lignes électriques, pas de pipelines, surtout s'ils sont mis en place à la hâte malgré les objections des communautés qui tentent de protéger notre air, notre eau et nos terres.
De plus, le projet de loi C-12 porte atteinte aux droits fondamentaux des migrants, des réfugiés et de tous les citoyens canadiens. Plutôt que de nous protéger, ce projet de loi crée une machine à expulser qui nous rapproche toujours plus des horreurs qui se produisent aux États-Unis. Cette loi ouvre la voie à une nouvelle vague de violations des droits humains et déchire le tissu social des communautés. Nous devrions abandonner cette loi et suivre l'exemple de l'Espagne, qui accorde un statut légalà un demi-million de travailleurs migrants.
Enfin, je suis profondément préoccupé par les dispositions du projet de loi C-9 qui restreignent notre droit constitutionnel de manifester pacifiquement. Le projet de loi C-9 est une atteinte à nos libertés civiles et à nos droits garantis par la Charte. Il vise à limiter la liberté d'expression et la capacité des gens à s'organiser et à s'exprimer pour la justice, y compris et en particulier ceux qui s'organisent pour la justice en Palestine. Je soutiens la coalition multiconfessionnelle d'organisations à l'échelle nationale, qui comprend denombreux groupes de la société civile et le Congrès du travail du Canada, qui demandent au gouvernement fédéral de retirer cette dangereuse législation.
Comment lutteriez-vous contre le séparatisme au Québec et en Alberta ?
L'attisement du séparatisme en Alberta par Danielle Smith, qui a ouvert la voie à la tenue d'un référendum, est une évolution dangereuse. Cette cause semble être alimentée par l'ingérence étrangère américaine, les responsables de l'administration Trump ayant rencontré les principaux séparatistes. Nous devons rejeter fermement ces efforts et faire tout notre possible pour aider Naheed Nenshi à remporter les prochaines élections provinciales. Lors de ma rencontre avec M. Nenshi, j'ai souligné que je ferais tout mon possible pour y parvenir et je l'ai remercié pour son travail constant et celui du NPD de l'Alberta dans leur opposition au gouvernement le plus à droite de ce pays.
En plus d'être dangereux, cela détourne l'attention du programme de coupes budgétaires et de privatisation de Danielle Smith. Le gouvernement de l'UCP a récemment adopté le projet de loi 11, qui prévoit la mise en place d'un système de santé à deux vitesses à l'américaine en Alberta. Il s'agit d'une invitation ouverte aux compagnies d'assurance maladie américaines à venir cannibaliser notre précieux système de santé public. Nous ne devons pas laisser cela se produire. C'est pourquoi le gouvernement fédéral doit commencer à appliquer rigoureusement la Loi canadienne sur la santé, afin de mettre fin à cette vente de l'assurance maladie.
En ce qui concerne le séparatisme québécois, la clé pour y remédier, selon le NPD, est de démontrer que nous sommes une option viable pour la majorité progressiste du Québec. Cela implique d'avoir un leader qui soit non seulement capable de communiquer avec les Québécois en français, mais aussi un leader qui comprenne la culture et la politique uniques du Québec. Cela signifie défendre la Déclaration de Sherbrooke et établir des liens avec les Québécois sur la base de valeurs et d'idées sociales-démocrates communes. Je suis fier de bénéficier du soutien de Charles Taylor, qui a maintenu la flamme du NPD au Québec pendant des décennies avant la vague orange. La tâche de renouer avec le Québec serait fondamentale si j'avais l'honneur d'occuper le poste de chef.
Quelles seraient vos conditions pour soutenir un gouvernement libéral minoritaire ?
Si le NPD détient un équilibre clair du pouvoir sous ma direction, je voudrais n'avoir qu'une seule exigence : la représentation proportionnelle. Pas un engagement à l'étudier plus avant, à le faire plus tard, à organiser un référendum ou tout autre moyen pour les libéraux de se dérober à leur engagement, mais sa mise en œuvre complète après une assemblée citoyenne chargée de décider du type exact de système électoral. C'est la réforme qui déclenche toutes les autres réformes et qui mettra fin une fois pour toutes au phénomène du « vote stratégique », où les gens se sentent obligés de voter contre quelque chose plutôt que de voter pour le parti ou le candidat qui correspond vraiment à leurs valeurs.
Elle est également essentielle pour éviter les fausses majorités, où un parti qui remporte 36 % des voix exerce un pouvoir presque absolu. Que se passera-t-il si Poilievre remporte les prochaines élections dans un tel scénario ? Tous les progrès réalisés par le NPD au cours de la dernière législature, des soins dentaires aux premières étapes de l'assurance-médicaments, seront remis en question. C'est pourquoi la réforme électorale est si importante. Plutôt que de présenter une liste de revendications, le NPD devrait poser une condition claire la prochaine fois, à savoir la représentation proportionnelle.
Si vous étiez responsable des relations entre le Canada et les États-Unis, quelle serait votre stratégie pour traiter avec l'administration Trump ?
Nous avons besoin d'une politique étrangère indépendante qui vise à établir des alliances avec un ensemble de pays partageant les mêmes idées. L'union fait la force, et nous devrions donner la priorité à l'approfondissement des liens avec les gouvernements progressistes, notamment le Mexique, le Brésil, la Colombie et l'Espagne, afin de nous opposer collectivement à Trump. Tous ces pays n'ont pas hésité à tracer leur propre voie sur la scène internationale, notamment en condamnant le génocide en Palestine et en s'opposant à l'intimidation des petites nations de l'hémisphère occidental par l'administration Trump. Le gouvernement Carney est resté silencieux sur ces questions, et le NPD doit être une voix de principe pour les droits de l'homme et la justice, sans exception. En outre, nous ne devrions pas chercher à approfondir l'intégration militaire avec les États-Unis, comme le système de défense antimissile « Golden Dome », que le premier ministre Carney continue d'envisager.
Outre une politique étrangère indépendante, nous devons également bâtir une économie nationale indépendante et résiliente, capable de résister aux chocs des droits de douane imposés par Trump. Notre économie est devenue beaucoup trop interdépendante et dépendante de notre voisin du sud. C'est pourquoi nous proposons un plan visant à étendre la propriété publique, en créant de nouvelles sociétés d'État canadiennes afin de fournir des services abordables, allant des produits alimentaires aux télécommunications en passant par les services bancaires postaux. Enfin, nous devons riposter aux droits de douane en imposant une taxe sur les exportations de pétrole et de gaz vers les États-Unis, ce qui contribuera également à financer la création d'emplois durables et la transition vers les énergies propres dont nous avons désespérément besoin.
Quelles mesures prendriez-vous pour réduire les inégalités économiques croissantes au Canada ?
Notre campagne propose un plan fiscal complet pour les 99 % afin de lutter contre les inégalités et de collecter les fonds nécessaires pour financer correctement nos services publics. Les inégalités dans ce pays ont atteint des niveaux inimaginables. Les 1 % les plus riches possèdent près d'un quart de la richesse nette du Canada. Parallèlement, les six plus grandes banques ont engrangé 70 milliards de dollars de bénéfices l'année dernière. Des sources de richesse sont générées, mais elles ne profitent pas aux travailleurs, elles restent concentrées au sommet. Nous avons besoin d'un gouvernement qui ait le courage et la volonté politique de s'attaquer enfin à ce problème.
C'est exactement ce que propose notre plan. Son élément central est un impôt sur la fortune de 1 % pour les 1 % les plus riches, qui passe à 3 % pour les plus grandes fortunes. Une telle taxe n'aurait d'impact que sur un petit nombre de personnes, mais elle pourrait générer 40 milliards de dollars par an de nouvelles recettes. En outre, nous demandons que les revenus provenant des gains en capital soient traités de la même manière que les revenus d'emploi, qu'une taxe soit prélevée sur les successions supérieures à 5 millions de dollars, qu'une nouvelle tranche d'imposition soit créée pour les Canadiens les plus riches, qu'une taxe soit prélevée sur les bénéfices excédentaires des entreprises et que l'ARC dispose des ressources nécessaires pour lutter contre la fraude fiscale.
En matière de soutien au revenu, nous sortirions les gens de la pauvreté en augmentant considérablement le soutien au revenu pour les personnes handicapées (en portant la Prestation canadienne pour personnes handicapées à 2 150 dollars par mois), les personnes âgées, les familles avec enfants et les adultes à faible revenu. Nous créerions également un cadre national pour un revenu de base garanti, comme le propose Leah Gazan dans le projet de loi C-223, afin d'établir un seuil social en dessous duquel personne ne peut tomber.
Quelles mesures sont nécessaires pour autonomiser les communautés autochtones au Canada et assurer leur prospérité ?
L'autonomisation et le soutien des communautés autochtones sont présents à plusieurs niveaux dans notre programme électoral, depuis notre vision d'une révolution des bus électriques qui reconnecte les communautés et améliore la sécurité sur toutes les routes de l'espoir de ce pays, jusqu'à l'investissement dans l'économie des soins, y compris les services de garde d'enfants et de soins aux personnes âgées adaptés à la culture, en passant par la garantie que les communautés autochtones touchées bénéficient de la richesse générée par l'exploitation minière sur les territoires traditionnels.
En ce qui concerne le développement des terres autochtones, le principe du consentement libre, préalable et éclairé énoncé dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones doit être pleinement respecté et honoré. Cela nécessite une consultation véritable et significative en partenariat et en collaboration avec les gouvernements des Premières Nations, des Métis et des Inuits, y compris avec les systèmes et structures de gouvernance traditionnels. Une consultation significative implique de veiller à ce que toutes les voix communautaires qui souhaitent participer soient incluses dans le processus officiel des projets, mais aussi que les communautés puissent maintenir un dialogue avec le gouvernement fédéral si de nouvelles questions se posent pendant le développement et l'exploitation des projets.
Un autre élément absolument crucial est l'adoption d'une stratégie de logement « pour les Autochtones, par les Autochtones ». La crise du logement qui touche les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis est une urgence nationale. Près d'un Autochtone sur six vit dans un logement nécessitant des réparations importantes et considéré comme inadapté au nombre de personnes qui y vivent. Il s'agit d'une violation des droits humains fondamentaux, qui a des conséquences désastreuses sur la santé et le bien-être des personnes. Cette stratégie permettrait de combler le fossé entre les communautés autochtones et non autochtones en matière de logement, grâce à des investissements massifs dans des projets de logement urbains, ruraux et nordiques, en collaboration avec les dirigeants autochtones.
Enfin, je tiens à saluer le plan de Tanille Johnston pour la réconciliation et l'autonomisation des Autochtones, un document remarquable que je soutiens pleinement.
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États-Unis/Israël, cessez toute intervention en Iran ! Pas de libération par les bombes américaines !
Quatrième Internationale
28 février 2026
Par le Bureau exécutif de la Quatrième internationale
1. Après que divers gouvernements américains, pendant de nombreuses années, aient menacé l'Iran d'une attaque militaire, les États-Unis, alliés à Israël, ont lancé des frappes de missiles et des bombardements contre le pays. Trump a sommé les militaires iraniens de capituler sous peine de « mort certaine ». L'Iran a riposté par des frappes sur des bases militaires américaines dans le Golfe, et la menace d'une guerre régionale plus étendue plane désormais.
2. Le prétexte de cette guerre est l'échec des négociations sur le programme nucléaire iranien et l'affirmation de Trump selon laquelle l'Iran développerait des missiles à longue portée capables de frapper l'Europe, voire les États-Unis. Ce même argument avait été utilisé par George W. Bush et Tony Blair en 2003, lorsque ces derniers prétendaient que l'Irak pouvait frapper des cibles occidentales avec seulement « 45 minutes de délai ». L'hypocrisie des plus grandes puissances militaires est flagrante : elles, qui sont dotées de forces de frappe globales et de l'arme nucléaire, prétendent que l'Iran représente une menace réelle pour des populations aussi éloignées que celles New York. L'Iran avait consenti certaines concessions concernant son programme d'enrichissement d'uranium et s'était engagé à ouvrir ses gisements de gaz et de pétrole aux marchés américains. Cela n'a pas suffi à un tyran belliciste comme Trump, qui exige une soumission et une obéissance totales, tant sur le plan personnel que géopolitique.
3. Les actions militaires doivent être comprises dans le contexte du virage ouvertement agressif et colonialiste des États-Unis – dirigés par un néofasciste – dans le cadre d'une concurrence accrue entre les puissances impérialistes pour l'accès direct aux ressources, à mesure que l'ordre néolibéral et mondialisé se désintègre. L'enlèvement de Nicolas Maduro et de Cilia Flores au Venezuela et la prise de contrôle du gouvernement qui s'en est suivie, les menaces de Trump contre le Groenland, le génocide en cours contre les Palestinien·nes et le projet de « reconstruction » de Gaza, l'annexion de la Cisjordanie et, maintenant, les bombardements sur Téhéran, s'inscrivent dans ce nouvel ordre mondial. Les premiers missiles ont été lancés par Israël, avant d'être suivis par des frappes militaires américaines menées depuis ses navires de guerre et ses porte-avions dans la région. Cela démontre une fois de plus les liens militaires et politiques étroits qui unissent les deux pays.
4. Si cette dernière agression s'inscrit dans la continuité du mépris affiché par les administrations Trump pour le droit international, la souveraineté des nations et le recours aux menaces et à la violence pour servir ce qu'elles considèrent comme les intérêts américains, l'attaque de Trump envers l'Iran n'est que le dernier chapitre d'une longue histoire d'agressions américaines contre l'Iran et son peuple. Les États-Unis n'ont jamais pardonné à l'Iran d'avoir renversé le régime répressif du Shah, soutenu par les États-Unis, lors de la révolution populaire de 1979 qui a mis fin à la monarchie Pahlavi. Depuis lors, tous les présidents américains ont eu recours à des boycotts économiques et, occasionnellement, à des actions militaires contre le pays. Tous ont cyniquement prétendu soutenir le peuple iranien contre la dictature des mollahs, un prétexte fallacieux pour dissimuler leur volonté de contrôler la région et ses ressources pétrolières.
5. Le récent soulèvement populaire contre le gouvernement iranien et la répression brutale dont il a fait l'objet par le régime théocratique iranien pourraient inciter certains à soutenir l'attaque américano-israélienne, dans l'espoir d'un changement de régime. Saisissant une opportunité de revenir au pouvoir, les frappes militaires ont été saluées par les partisans de Reza Pahlavi, fils du Shah, dirigeant royaliste iranien en exil, dont la famille a été renversée lors de la révolution de 1979. Pahlavi s'est rendu en Israël en avril 2023 pour discuter d'un changement de régime en Iran et n'a jamais caché son espoir que Netanyahou puisse l'aider dans ses projets de restauration.
6. Au moment où les bombes commençaient à tomber, Trump a déclaré au peuple iranien : « L'heure de votre liberté est proche ». Cette attaque n'a rien à voir avec la libération, et nul ne devrait croire que les États-Unis ou Israël, dont les mains sont tachées de sang à Gaza et ailleurs, se soucient de la liberté ou du bonheur de l'humanité. Il s'agit d'une considération stratégique géopolitique de la part des forces de l'impérialisme américain visant à asseoir leur contrôle sur la région. Comme nous l'avons déclaré le 5 janvier : « Nous rejetons les projets de « régime change » de Trump et Netanyahou qui tentent d'imposer une solution par en haut en finançant le courant monarchiste et en menaçant d'une nouvelle intervention militaire contre l'Iran. Derrière les projets de Trump se cache l'objectif explicite de mettre la main sur les réserves d'énergie fossile, tel qu'il l'a clairement exprimé au sujet du Venezuela » (Contre le régime théocratique et autoritaire de l'Iran et les ingérences impérialistes : solidarité avec la lutte des peuples d'Iran).
7. Le peuple iranien lutte depuis des années pour renverser le gouvernement théocratique iranien. Les Iraniennes, en particulier, ont été à l'avant-garde de ces mouvements, notamment lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022. L'Iran possède une importante classe ouvrière et des syndicats actifs, notamment dans le secteur pétrolier. Récemment, des manifestations étudiantes massives ont eu lieu après le massacre de milliers de personnes par le régime en janvier. Le gouvernement iranien est faible et ne tient qu'à la violence et à la peur.
8. Le renversement du régime iranien est la tâche du peuple iranien, et la Quatrième Internationale soutient les forces démocratiques, anti-impérialistes et de lutte des classes dans leur combat.
Pour des mobilisations mondiales contre la guerre !
Non à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran !
Solidarité avec le peuple iranien !
Halte à l'impérialisme américain et au colonialisme israélien !
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Trump, l’Europe et l’internationale néofasciste : du soutien idéologique à la coordination politique
Par rapport à son premier mandat, la position de Trump et du gouvernement états-unien vis-à-vis de l'Europe a connu une rupture. Critiquant de manière virulente l'Union européenne et la plupart des dirigeants européens, ils affirment la volonté de soutenir les partis et gouvernements d'extrême droite en Europe, renforçant la construction d'une Internationale néofasciste.
Tiré de la revue Contretemps
26 février 2026
Par Eric Toussaint
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la politique étrangère des États-Unis à l'égard de l'Europe a connu une inflexion majeure. Alors que, lors de son premier mandat, l'administration Trump continuait officiellement à s'inscrire dans le cadre de l'alliance transatlantique entre les puissances européennes et les États-Unis, le second mandat marque une rupture profonde, assumée et théorisée.
Cette rupture ne consiste pas en une critique conjoncturelle de l'Union européenne (UE), mais en une volonté d'intervention directe et systématique dans les rapports de force politiques internes aux pays européens, au bénéfice des partis ou des gouvernements d'extrême droite et néofascistes.
Le document de « Stratégie de sécurité nationale » publié en décembre 2025 (NSS 2025) constitue à cet égard un texte clé. Sous couvert de défense de la « civilisation occidentale » et de l' « identité européenne », l'administration Trump y désigne explicitement ses véritables « alliés » en Europe : non pas les États membres de l'UE ni leurs institutions, mais les forces politiques nationalistes, autoritaires et réactionnaires que Washington regroupe sous l'appellation de « partis européens patriotiques ».
Cette orientation s'accompagne d'une rhétorique complotiste, raciste et démographique — reprise de la théorie du « grand remplacement » et de la « guerre civilisationnelle » — et d'un soutien politique direct, assumé et parfois spectaculaire à ces forces.
Cet article analyse cette mutation stratégique, ses fondements idéologiques et ses implications concrètes. Il montre comment Trump et son entourage sont favorables à la montée électorale de l'extrême droite en Europe pour tenter de recomposer l'ordre politique européen, affaiblir l'Union européenne et promouvoir un bloc international néofasciste articulé autour du trumpisme et des intérêts des grandes entreprises privées étasuniennes.
Éric Toussaint montre à quel point l'extrême-droite européenne exprime, jusqu'ici, sa sympathie et son soutien au trumpisme tout en cherchant à le copier. À travers l'examen du NSS 2025, du cas allemand, de la progression institutionnelle de l'extrême droite au sein de l'UE et des réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, Éric Toussaint met en lumière la cohérence et la dangerosité de cette offensive politique globale.
***
Du premier mandat de Trump en 2017 à celui de 2025, un important changement concernant l'Europe
En 2017, dans le document de stratégie de sécurité nationale, D. Trump était positif à l'égard de l'Europe :
« Les États-Unis restent fermement engagés envers leurs alliés et partenaires européens. L'alliance de l'OTAN, qui regroupe des États libres et souverains, est l'un de nos grands avantages sur nos concurrents, et les États-Unis restent attachés à l'article V du Traité de Washington. Nos alliés et partenaires européens renforcent notre portée stratégique et nous donnent accès à des bases avancées et à des droits de survol pour nos opérations mondiales. Ensemble, nous faisons face à des menaces communes. Les nations européennes fournissent des milliers de soldats pour aider à combattre les terroristes djihadistes en Afghanistan, stabiliser l'Irak et lutter contre les organisations terroristes en Afrique et au Moyen-Orient. » NSS 2017, p. 48
Dans la partie sur l'Europe, aucune critique n'était formulée à l'encontre des gouvernements européens et de la Commission européenne. Le contraste entre 2017 et 2025 est énorme. Dans le document de stratégie de sécurité nationale publié début décembre 2025 [1], Trump a pris un virage tout à fait explicite.
Trump s'immisce explicitement dans les affaires intérieures européennes et appuie sans aucune retenue les partis et les gouvernements d'extrême droite. Il critique durement la Commission européenne qui irait à l'encontre de la souveraineté des États. Face aux attaques de Trump, la Commission européenne a adopté une attitude de vassal docile :
. À propos des tarifs douaniers imposés par Trump ;
. Sous la forme de promesse d'augmentation des importations de gaz liquéfié et autres énergies fossiles fournies par les Etats-Unis ;
. En acceptant d'augmenter très fortement les dépenses militaires et les achats d'armes étasuniennes ;
. Dans la complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou et l'État d'Israël, soutenu indéfectiblement par Trump dans la poursuite du génocide contre le peuple palestinien.
Les prétentions de Trump en ce qui concerne le Groenland confirment l'inflexion majeure de sa position à l'égard des pays de l'UE. L'attitude de soumission des dirigeant·es européen·nes sur toute une série de dossiers a encouragé Trump à accroître ses exigences. Les dirigeants européens sont dans une position défensive, même si au niveau rhétorique, ils affichent une posture de résistance à propos du Groenland et sur quelques autres sujets.
La volonté de prendre possession du Groenland et de ses richesses naturelles est clairement dans la droite ligne de l'orientation du NSS 2025 en ce qui concerne l'hémisphère occidental (qui pour Trump s'étend du Canada et du Groenland à la Patagonie au Sud), sur lequel Trump affirme sans la moindre gêne sa détermination à exercer une domination complète. Elle est cohérente avec l'agression militaire contre le Venezuela et la décision de Trump de prendre le contrôle total sur le pétrole du pays ainsi que les menaces concernant le Canal de Panama, le Canada et Cuba.
Revenons au document de sécurité nationale qui ne mentionnait pas explicitement la volonté de Trump d'annexer de fait ou d'acheter le Groenland. A propos de l'Europe le document NSS 2025 de Trump déclare :
« Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l'Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale. » [2] NSS 2025 , p. 5
Il ne faut pas se méprendre sur ce que veut dire l'administration de Trump quand elle affirme qu'il faut soutenir « nos alliés ». Les « alliés » dont elle parle ne sont pas les pays d'Europe en général. Les « alliés » sont les partis d'extrême droite ou néofascistes européens, que Trump appelle les « partis européens patriotiques ». Selon le document officiel de l'administration de Donald Trump, ces « partis européens patriotiques » sont réprimés par les autorités européennes et les gouvernements souvent minoritaires des pays européens (ils pensent certainement au gouvernement en France et en Espagne pour ne donner que deux exemples).
Le soutien de Washington aux partis d'extrême-droite et néofascistes en Europe apparaît clairement dans la phrase suivante :
« L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l'influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme. »
Ajoutons que Trump, comme nous l'avons déjà montré antérieurement, soutient de fait la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement, en prétendant qu'une partie des pays d'Europe ne seront plus européens à l'avenir suite aux flux migratoires. Aux Etats-Unis, c'est la théorie du « white genocide » [3]. Steve Bannon, qui a été l'un des principaux architectes idéologiques du trumpisme, en particulier dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d'extrême droite, invoque la « guerre civilisationnelle », la « destruction de l'Occident », l' « immigration de masse comme arme politique » et dénonce les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».
Tous ces éléments se retrouvent dans le document de Trump quand il se réfère à l'Europe et affirme que le déclin économique de l'Europe [4]
« est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d'une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l'Europe est confrontée, on peut citer les activités de l'Union européenne et d'autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique [Trump et son administration se réfèrent ici aux politiques restreignant l'action des partis d'extrême droite et leur propagande raciste ou et anti immigré·es / Note d'Éric Toussaint] et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, la censure de la liberté d'expression et la répression de l'opposition politique, l'effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi » (NSS 2025, p. 25).
La théorie conspirationniste du grand remplacement apparaît aussi de manière transparente dans cette phrase :
« À long terme, il est plus que plausible que d'ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l'OTAN deviennent majoritairement non européens » [5]
L'Allemagne : un exemple évident du soutien de Trump et de son administration à l'extrême droite néofasciste
Lors de la campagne électorale allemande du début de l'année 2025, Donald Trump a directement appuyé le parti néofasciste AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l'Allemagne)par l'intermédiaire de son conseiller Elon Musk et de son vice-président J.D. Vance. Il s'agissait des élections fédérales anticipées (Bundestagswahl) en Allemagne, dont le scrutin a eu lieu le dimanche 23 février 2025.
L'ingérence et le soutien de ces figures américaines se sont manifestés principalement comme suit : fin 2024 – début 2025, Elon Musk a publiquement et explicitement exprimé son soutien à l'AfD sur son réseau social X (anciennement Twitter) en attaquant le Chancelier social-démocrate Olaf Scholz et en déclarant que « seule l'AfD peut sauver l'Allemagne ». Il a également organisé une discussion en direct avec la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, en janvier 2025.
S'ajoute à cela qu'à la mi-février 2025, J. D. Vance est intervenu lors de la Conférence de Munich sur la sécurité (tenue du 14 au 16 février 2025) en exhortant les partis traditionnels allemands à mettre fin au « cordon sanitaire » (le « firewall ») contre l'AfD. Cela a été largement perçu par le gouvernement allemand comme une ingérence directe dans la campagne électorale en cours.
Rappelons aussi que le 20 janvier 2025, en pleine campagne électorale en Allemagne, lors de l'investiture de Donald Trump, Elon Musk, depuis la scène sur laquelle il se trouvait pour y prononcer un discours, a fait un geste où il se frappe le cœur avant de tendre son bras droit, paume vers le bas et doigts serrés, un mouvement qui a été largement interprété par de nombreux observateur·ices, historien·nes et médias comme s'apparentant au salut nazi ou au salut fasciste romain. Beaucoup y ont vu un message codé de Musk comme conseiller de Trump envers les communautés d'extrême droite, étant donné le soutien de Musk à l'AfD en Allemagne.
L'orientation néofasciste de l'AfD est nette : elle milite ouvertement pour l'expulsion massive des migrant·es présent·es en Allemagne. La sympathie affichée à l'égard du nazisme est telle dans l'AfD que le Rassemblement National de Marine Le Pen a décidé d'expulser l'AfD du groupe Identité et Démocratie qu'elle dirigeait dans le Parlement européen entre 2019 et 2024.
La montée de l'extrême-droite en Europe et sa participation au pouvoir
Il est utile de rappeler que l'extrême-droite a fortement progressé électoralement en Europe au cours des 15 dernières années. À quelques rares exceptions près, tous les partis d'extrême droite ou néofascistes en Europe expriment leur sympathie pour les positions de Trump. Un nombre important de leurs dirigeant·es veut s'afficher avec Trump et adopte son style de communication.
L'extrême droite est au gouvernement dans plusieurs pays : Italie, Hongrie, Belgique (le premier ministre est de la NVA), Slovaquie, République tchèque, Finlande, Croatie, sans oublier la Suède (où l'extrême-droite, sans faire partie du gouvernement minoritaire le soutient). L'extrême droite a réussi à devenir la première force politique en Italie (Frères d'Italie), en France (RN), en Hongrie (Fidesz-Union civique hongroise) et en Autriche (FPÖ).
En Flandre (Belgique), Le Vlaams Belang (néofasciste) a été le parti qui a eu le plus de voix lors des élections européennes de juin 2024. Il a devancé le parti flamand d'extrême-droite la NVA. Aux Pays-Bas, le PVV (Partij voor de Vrijheid- Parti de la Liberté) de Geert Wilders, qui était devenu le premier parti [6], a reculé aux élections d'octobre 2025. Il est devenu le deuxième parti derrière D66 qui avait mené campagne contre l'extrémisme du PVV.
La présidence de la Commission européenne (la conservatrice allemande Ursula Von Der Leyen) a passé un accord avec le groupe parlementaire d'extrême droite dirigé par Giorgia Meloni d'Italie, ce qui a permis à ce groupe parlementaire d'extrême-droite d'obtenir un poste de vice-président exécutif de la Commission européenne [7] et de trois présidences de commissions [8].
Cela a une grande importance parce que les trois commissions que le groupe parlementaire européen de Meloni a obtenues sont l'agriculture, le budget et les pétitions. Par conséquent les pétitions qui surgissent des populations européennes, les tentatives d'obtenir un référendum par exemple, vont être gérées par une commission qui est présidée par l'extrême droite.
Dans le parlement européen, il y a trois groupes parlementaires d'extrême-droite : ECR, le groupe autour de Meloni au PE qui compte 79 parlementaires [9], le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orbanqui en a 86 [10] et le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne qui en a 27 [11]. Si ces trois groupes s'unissaient, l'extrême-droite serait en première position dans le Parlement européen avec 192 parlementaires, soit 5 europarlementaires de plus que le groupe le plus important dans le parlement, le groupe conservateur, de plus en plus à droite, du Parti Populaire européen qui en compte 187 [12].
Le groupe parlementaire des partis sociaux-démocrates et socialistes compte 136 europarlementaires. Le Groupe RENEW, qui comprend notamment le parti d'Emmanuel Macron et le parti MR de droite extrême belge francophone de Georges-Louis Bouchez, compte seulement 75 europarlementaires car il a perdu 23 sièges en 2024 par rapport aux élections de 2019, principalement en faveur de l'extrême droite. Le groupe européen des Verts compte 53 europarlementaires, il a perdu 17 sièges en 2024 par rapport à 2019. Vient ensuite le groupe de la gauche au parlement européen The Left avec 46 europarlementaires (en progrès par rapport aux 37 europarlementaires élus en 2019).
Les partis d'extrême-droite ou/et néofascistes sont donc en très gros progrès au Parlement européen, dans les instances européennes et dans les gouvernements d'une partie importante des pays membres de l'UE. Sauf sur la question du Groenland, ils sympathisent très fortement avec l'orientation néofasciste et impérialiste de Donald Trump et d'autres dirigeants néo-fascistes ou d'extrême-droite ailleurs dans le monde, en particulier le gouvernement de Netanyahu en Israël, le gouvernement de Javer Milei en Argentine, le nouveau président chilien José Antonio Kast au Chili, l'ancien président du Brésil, Jair Bolsonaro.
Dans la liste qui suit, nous allons décrire les principales forces d'extrême droite ou/et néofascistes européennes et leur affinité avec Trump. Liste non exhaustive des partis d'extrême-droite ou néofascistes en Europe qui bénéficient de la sympathie de l'administration de Trump et qui expriment leur affinité avec celui-ci
1. Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne qui a obtenu 20,8 % des voix aux élections fédérales du 23 févr. 2025. C'est le second parti en termes de voix. L'AfD a multiplié les contacts et visites aux États-Unis. Comme indiqué plus haut, elle a reçu l'appui direct d'Elon Musk quand il était conseiller de Trump et de J.D. Vance, vice-président des EU pendant la campagne électorale de janvier février 2025.
Au sein du Parlement européen, l'AFD dirige un des trois groupes parlementaires d'extrême droite. Le groupe s'appelle l'Europe des Nations souveraines et compte 27 europarlementaires (dont 15 sont de l'AfD). Des représentant·es et des figures de l'AfD, dont Christine Anderson (ancienne députée européenne) ou d'autres membres de la direction, ont été invité·es et ont participé à la Conférence d'Action Politique Conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC) aux États-Unis avec Trump, avec une partie importante de l'extrême-droite européenne et latino-américaine, notamment les éditions de 2023 et 2024. À la fin de cette liste, pour ne pas l'encombrer, nous reviendrons sur les structures et les rendez-vous internationaux de l'extrême-droite néofasciste.
2. Rassemblement National (RN) en France. Le RN a 142 sièges à l'Assemblée Nationale depuis les élections législatives de juin 2024. Le RN et ses alliés ont obtenu 33 % au premier tour des élections parlementaires de 2024. Jordan Bardella, probable futur candidat à la présidence de la France en 2027, a félicité Trump après la publication du NSS 2025 en décembre 2025. Il a pris ses distances avec Trump le 20 janvier 2026 en ce qui concerne le Groenland. On verra dans les semaines qui viennent si cette prise de distance se confirme. Jordan Bardella préside les Patriotes pour l'Europe, le plus grand groupe d'extrême droite et de néofascistes dans le Parlement européen qui compte 86 europarlementaires dont 30 sont du RN.
3. Fidesz en Hongrie. C'est le parti dominant, il dispose d'une large majorité au Parlement (victoire en 2022, il gouverne avec une super-majorité). Viktor Orbán est un allié idéologique de Trump sur les politiques anti-migration, sur l'opposition aux droits à la diversité, à l'égalité , à l'inclusion et dans les critiques de l'UE. Il y a eu des rencontres bilatérales récentes en 2025. Viktor Orbán est un des pères fondateurs des « Patriotes pour l'Europe », présidé par Jordan Bardella. Fidesz compte 11 europarlementaires. A noter que jusque mars 2021, les eurodéputés de Fidesz siégeaient dans le groupe du Parti Populaire Européen même si les tensions étaient très fortes depuis 2019.
4. Vox en Espagne oscille entre 10 et 12 % des voix. Il a 33 député·es au parlement espagnol et 6 au parlement européen. Vox a clairement exprimé son admiration pour le style politique de Trump et multiplie les rencontres avec des envoyé·es de Trump en Europe et en Amérique latine. En 2024, Vox a quitté le groupe ECR de Meloni et a rejoint le groupe Patriotes pour l'Europe présidé par Bardella en signe de radicalisation vers des positions encore un peu plus néofascistes. En janvier 2026, Vox a soutenu avec enthousiasme l'agression militaire des Etats-Unis contre le Venezuela. Vox garde jusqu'ici le silence sur Trump et le Groenland.
5. Frères d'Italie / Fratelli d'Italia (FdI) en Italie. C'est le parti majoritaire dans la coalition gouvernementale (FdI a obtenu 26 % voix aux élections de 2022 et 29% aux européennes de 2024). Giorgia Meloni a cultivé des contacts publics avec Trump (visite à Mar-a-Lago, présence à l'inauguration de la présidence en janvier 2025). Le parti de Meloni dirige le groupe ECR dans le parlement européen, qui compte 79 europarlementaires dont 24 sont de son parti.
6. La Lega (La Ligue) dirigée par Matteo Salvini fait partie du gouvernement italien présidé par Giorgia Meloni. Matteo Salvini est vice-président du Conseil des Ministres. La Lega fait partie du groupe Patriotes pour l'Europe auquel il apporte 8 europarlementaires.
7. Droit et justice (PiS) en Pologne. C'est un grand parti de gouvernement : ultra-conservateur, ultra-nationaliste et patriarcal. Le PiS, aujourd'hui dans l'opposition, entretient des convergences avec la rhétorique nationaliste et a souvent salué certaines positions de l'administration Trump sur la souveraineté et la sécurité. C'est le seul parmi tous les partis de cette liste à émettre des réticences concernant la politique de Trump à l'égard de la Russie, que le PIS considère trop conciliante. Le PIS est le deuxième grand parti dans le groupe ECR dirigé par Meloni, il a 20 europarlementaires.
8. Le Parti de la Liberté (FPÖ) en Autriche a obtenu un score élevé dans des scrutins récents (FPO a atteint jusque 29 % en 2024). Ses dirigeants adressent régulièrement des félicitations publiques à Trump depuis 2016 et adopte les mêmes positions sur l'immigration. Le FPÖ apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.
9. Vlaams Belang (Intérêt Flamand) en Belgique (Flandre). Aux élections européennes de juin 2024, le VB néofasciste est venu en tête juste avant la N-VA d'extrême-droite, du premier ministre Bart de Wever. Le Vlaams Belang fait partie de Patriots for Europe, le groupe de Jordan Bardella et Viktor Orban. Le Vlaams Belang a félicité régulièrement Trump depuis 2016 et entretient un discours raciste anti-immigration proche des thèmes MAGA. Le Vlaams Belang apporte 3 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.
10. La Nieuw-Vlaamse Alliantie (Nouvelle alliance flamande, N-VA) est membre du groupe ECR de G. Meloni au parlement européen. La N-VA est relativement discrète dans son soutien à Trump vu qu'elle dirige le gouvernement du royaume de Belgique mais Theo Francken, l'un de ses dirigeants les plus en vue et ministre de la défense, a exprimé de manière plus ouverte et régulière sa sympathie et son soutien pour Donald Trump, depuis la première administration de 2017-2021, lors des élections de 2024 jusqu'à aujourd'hui. Comme ministre de la Défense, il est totalement aligné sur les exigences des Etats-Unis, notamment en termes d'achat d'armement d'origine étasunienne, par exemple l'achat de chasseurs-bombardiers F35. La N-VA apporte 3 europarlementaires au groupe ECR dirigé par Giorgia Meloni.
11. PVV (Partij voor de Vrijheid – Parti pour la Liberté) aux Pays-Bas dirigé par Geert Wilders. Importants succès électoraux jusque 2023, participation au gouvernement puis a enregistré une perte de voix en 2025 et n'est plus dans le gouvernement[13]. Geert Wilders se présente comme le “Trump néerlandais”. Le PVV apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban. Le PVV a soutenu l'agression militaire de Washington contre le Venezuela.
12. Sweden Democrats (Sverigedemokraterna) en Suède. Après avoir franchi la barrière des 4 % en 2010, leur score n'a cessé d'augmenter, atteignant 20,5 % des voix aux élections de 2022, devenant le deuxième parti en terme électoral. Les SD jouent un rôle important dans la recomposition de la droite suédoise, tout en se maintenant en dehors du gouvernement, il a signé en 2022 un pacte avec les 3 partis de droite qui le constituent. Les SD ne sont pas au gouvernement, mais ils sont indispensables à la survie de la coalition gouvernementale minoritaire et exercent une influence idéologique et politique sans précédent sur la direction du pays, en particulier sur les questions d'immigration et de répression. Les SD adoptent un discours anti-immigration et souverainiste proche des thèmes trumpiens. Les 3 eurodéputés des SD font partie du groupe ECR de Meloni au PE.
13. En République tchèque, les trois partis qui constituent, depuis fin 2025, le gouvernement sont proches des positions de Trump. Il s'agit de ANO (Action des citoyens insatisfaits, 34,5 % des voix aux élections de 2025) dirigé par le milliardaire Andrej Babiš qui est devenu premier ministre, de Liberté et Démocratie Directe (Freedom and Direct Democracy – SPD — Svoboda a přímá demokracie, 7,8 % des voix en 2025) et le parti AUTO (Automobilistes pour eux-mêmes – Motoristé sobě en tchèque, 6,8% en 2025). ANO (7 europarlementaires) et AUTO (2 europarlementaires) font partie du groupe parlementaire européen Patriotes pour l'Europe, dirigé par Jordan Bardella et Viktor Orban, respectivement. Le parti néofasciste Liberté et Démocratie Directe soutient le groupe Europe des Nations Souveraines dirigé par l'AfD d'Allemagne mais n'a pas d'eurodéputé.
14. En Roumanie, l'Alliance pour l'Union des Roumains (AUR / Alianța pentru Unirea Românilor) s'est imposé comme une force significative dans le Parlement roumain après les élections législatives et la présidentielle 2025 où son candidat est arrivé en tête au premier tour avant d'être battu au second par un candidat pro-UE. Le principal leader, souvent décrit comme “pro-Trump” en Roumanie, est George Simion. Des médias internationaux comme le Guardian, le décrivent comme admirateur de Donald Trump qui transpose des éléments du style ou du mouvement MAGA dans le contexte roumain. Simion est considéré comme un ”allié naturel de Trump”. Les 5 europarlementaires de l'AUR font partie du groupe ECR de Meloni au PE.
15. CHEGA au Portugal. Chega a connu une croissance rapide depuis sa création en 2019, passant de 1,3 % des voix en 2019 à environ 22,6 % aux élections législatives anticipées du 18 mai 2025, où il a obtenu 60 sièges sur 230. Ce score en fait la deuxième force politique au Parlement portugais et la principale force d'opposition, dépassant le Parti socialiste. Depuis les élections européennes de 2024, les deux europarlementaires de Chega siègent au Parlement européen dans le groupe Patriotes pour l'Europe de J. Bardella et V. Orban. Lors du premier tour de l'élection présidentielle portugaise du 18 janvier 2026, André Ventura, leader du parti d'extrême droite Chega, s'est classé deuxième avec environ 23,5 % des voix, derrière le candidat socialiste António José Seguro qui a obtenu 31 % ; il a perdu au 2nd tour en obtenant environ 33% des voix.
Les grands lieux de rendez-vous des trumpistes et de l'extrême droite néofasciste européenne et latino-américaine
Au-delà des soutiens idéologiques et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée à des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.
Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), grand rendez-vous annuel de l'extrême droite étasunienne, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement national, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance, Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite.
La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale, où sont diffusés et harmonisés les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité à l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, climato-scepticisme et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.
Cette internationalisation s'est encore renforcée avec la participation active de Javier Milei, président de l'Argentine, de Jair Bolsonaro et de ses réseaux, ainsi que de José Antonio Kast, dirigeant de l'extrême droite chilienne, récemment élu président du Chili. Ces figures latino-américaines sont systématiquement mises en avant par Trump comme des modèles de « résistance au socialisme » et de restauration de l'ordre autoritaire.
Les rencontres CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine, Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington, certaines capitales européennes et l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.
Parallèlement à la CPAC, le parti Vox en Espagne joue un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, lancé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid rassemble des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels Milei, Bolsonaro, Kast, ainsi que des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou de partis d'Europe centrale.
Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de courroie de transmission entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement contre la gauche, les féminismes, l'écologie, les droits humains et toute forme de souveraineté populaire qui ne soit pas autoritaire. Bien qu'il s'agisse d'une juxtaposition de forces nationales, l'extrême droite apparaît comme un bloc idéologique international cohérent, dont Donald Trump constitue aujourd'hui le principal pôle politique, médiatique et symbolique.
Trump à Davos en janvier 2026
Le 21 janvier 2026, un mois et demi après la publication du NSS 2025 et quasiment un an jour pour jour après le début de son mandat, Trump a tenu des propos suprémacistes blancs et racistes à Davos devant un parterre de milliardaires et de chefs d'États et de gouvernement qui l'ont applaudi. Voici quelques extraits :
« Écoutez, je suis originaire d'Europe, plus précisément d'Écosse et d'Allemagne. Ma mère est 100 % écossaise et mon père est 100 % allemand. Nous croyons profondément aux liens qui nous unissent à l'Europe en tant que civilisation. » (…) « L'explosion de prospérité, la conclusion et les progrès qui ont bâti l'Occident ne sont pas le fruit de nos codes fiscaux, mais bien de notre culture très particulière. C'est là l'héritage précieux que partagent l'Amérique et l'Europe. Nous le partageons. Nous devons le préserver. Nous devons devenir plus forts, plus prospères et plus performants que jamais. Nous devons défendre cette culture et redécouvrir l'esprit qui a sorti l'Occident des profondeurs du Moyen Âge pour l'élever au sommet des réalisations humaines » (Source : WEF).
Il a répété ses insultes racistes à l'égard de la députée au Congrès des Etats-Unis, Ilhan Omar, d'origine somalienne, élue dans l'État du Minnesota, à l'égard de la Somalie comme pays, à l'égard de toute la communauté somalienne aux États-Unis et plus largement des civilisations africaines :
« Et puis nous avons cette fausse députée, dont la fortune est estimée à 30 millions de dollars, selon les derniers rapports. Vous y croyez ? Ilhan Omar parle de la Constitution qui me protège… Elle vient d'un pays qui n'est pas un pays, et elle nous dit comment diriger l'Amérique. Elle ne s'en tirera pas longtemps comme ça, croyez-moi ».
« La situation dans le Minnesota nous rappelle que l'Occident ne peut pas importer en masse des cultures étrangères qui n'ont jamais réussi à construire une société prospère. Je veux dire, nous accueillons des gens de Somalie, et la Somalie est un pays en faillite… ce n'est pas une nation, il n'y a pas de gouvernement, pas de police, pas d'armée… il n'y a rien.. ».
Trump ne manie pas que l'insulte, il utilise aussi la flagornerie à l'égard de ceux et celles qui le soutiennent et qui étaient présents à Davos :
« Beaucoup d'entre vous ici sont de véritables pionniers. Vous êtes vraiment brillants, des gens brillants. Le simple fait d'avoir obtenu un billet (d'entrée ici) est brillant, car il y a environ 50 personnes pour chaque place. (…) Mais vous êtes dans cette salle, et certains d'entre vous sont les plus grands leaders au monde. Vous êtes les plus grands cerveaux au monde. Et l'avenir est illimité. Et c'est en grande partie grâce à vous, ou plutôt parce que nous devons vous protéger et vous chérir ».
Conclusion
Le second mandat de Donald Trump ne se limite pas à une remise en cause de l'Union européenne : il organise un soutien idéologique, politique et opérationnel aux forces d'extrême droite et néofascistes en Europe. Le NSS 2025, l'ingérence électorale, l'appui public à l'AfD, au RN, à Fidesz ou à Vox, ainsi que la structuration de réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, témoignent d'une stratégie cohérente visant à affaiblir l'UE et à promouvoir un bloc international autoritaire articulé autour du trumpisme.
Toutefois, les prétentions de Trump sur le Groenland introduisent une contradiction majeure. En remettant ouvertement en cause la souveraineté d'un territoire relevant d'un État européen membre de l'OTAN, Trump révèle la nature profondément impérialiste et agressive de son projet. Cette orientation est susceptible de créer des tensions durables avec les gouvernements européens et de fragiliser, à terme, les relations entre Trump et les partis d'extrême droite européens eux-mêmes, pris entre leur alignement idéologique sur le trumpisme et la défense proclamée de la souveraineté nationale.
Cette contradiction constitue l'un des points de fracture potentiels de l'internationale néofasciste en construction.
Notes
[1] Une version en français est disponible sur le site du Grand Continent : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/
[2] “We want to support our allies in preserving the freedom and security of Europe, while restoring Europe's civilizational self-confidence and Western identity ;” NSS 2025, p. 5
[3] D'ailleurs Trump n'hésite pas à accuser le gouvernement sud-africain de pratiquer un génocide contre les Blancs.
[4] L'économiste Gabriel Zucman a relativisé le constat volontairement négatif exprimé par Trump concernant la situation économique de l'Europe face à celle des Etats-Unis. Lire en open source : « Le mythe du décrochage européen » https://gabrielzucman.substack.com/p/le-mythe-du-decrochage-europeen publié le 15 décembre 2025.
[5] « Over the long term, it is more than plausible that within a few decades at the latest,
certain NATO members will become majority non-European.” NSS 2025, p. 27
[6] En 2023, la PVV d'extrême-droite avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En 2025, le parti subit une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépassé le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.
[7] Le groupe ECR a obtenu qu'un de ses membres, Raffaele Fitto (Italie) du parti de Meloni (Fratelli di Italia), soit nommé vice-président exécutif de la Commission européenne (mandat de la Commission « von der Leyen II », entrée en fonction le 1er décembre 2024) pour le portefeuille « Cohésion et Réformes ».
[8] Johan Van Overtveldt (membre du groupe ECR de Meloni au Parlement Européen et du parti N-VA en Belgique) a été élu président de la commission « Budget » (BUDG). Veronika Vrecionová (ECR, Tchéquie) a été élue présidente de la commission « Agriculture et Développement rural » (AGRI). Bogdan Rzońca (ECR, Pologne) a été élu président de la commission « Pétitions » (PETI) du Parlement.
[9] Depuis les élections de juin 2024, ECR a gagné un membre supplémentaire depuis juin 2024 et compte 79 MEP janvier 2026, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7037&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)
[10] Le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orban a également gagné 2 sièges supplémentaire entre les élections de juin 2024 et octobre 2025. Il a 86 membres dans son groupe au PE, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7150&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)
[11] Le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne est passé de 25 à 27 MEP entre juin 2024 et le moment où paraît cet article : https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7151&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)
[12] Selon la recherche effectuée sur le site du PE le 25 janvier 2026, l'addition des sièges des 3 groupes d'extrême droite atteindrait 192 soit 5 de plus que le groupe du Parti Populaire européen qui en compte 187.
[13] Au Pays-Bas, l'extrême-droite (= le PVV de Geert Wilders) n'est plus dans le gouvernement depuis juin 2025. Et suite aux résultats des élections du 29 octobre 2025 au cours desquelles les résultats de ce parti ont fortement baissé un nouveau gouvernement va se constituer probablement sans la participation du PVV. En 2023, la PVV avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En octobre 2025, le PVV a subi une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépasser le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.
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Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent ! Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !
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A l'heure des guerres génocidaires, des coups d'Etat, des impérialismes démultipliés, de l'Iran à l'Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l'Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d'Amérique latine, d'Iran, du Groenland, sous menace d'une intervention impérialiste directe par les Etats-Unis de Trump. De l'Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s'opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières. En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes ; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l'exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique – 80% des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l'insécurité alimentaire et l'exploitation des multinationales ; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.
Pas d'instrumentalisation des luttes féministes par l'extrême droite, pas d'extrême-droite dans la rue, pas une voix pour l'extrême droite.
L'extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l'extrême-droite étend sa sphère d'influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l'autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d'un projet politique xénophobe. Nous réclamons l'abrogation de la loi immigration et la régularisation de tous-tes les sans-papiers. Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l'extrême droite dans plusieurs villes, l'enjeu est celui d'une opposition unie et radicale et la formation d'un front antifasciste !
De l'argent, il y en a !
A l'heure du financement d'un porte avion de dix milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement , nous refusons de nous taire. Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d'adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail. Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70% des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d'une famille monoparentale sur trois, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue. Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux. L'arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.
Du travail, un temps de travail, des retraites et des salaires pour vivre et pas survivre
Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne 1/4 inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulons la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d'annuités et des pensions décentes. Nous réclamons l'abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l'abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs-euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage…), l'égalité salariale, l'interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l'application du principe d'une même rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur égale ».
Pour un réel partage du travail domestique !
80% des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36% des hommes. 63% des personnes qui s'occupent tous les jours d'enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d'un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales. Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d'être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l'activité économique. C'est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà. Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l'un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales. Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.
Pour plus d'égalité et de justice, plus de services publics !
Le démantèlement des services publics de la santé, de l'éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé-es, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé. Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l'autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du quatrième âge. Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.
Notre corps nous appartient !
47000 femmes dans le monde meurent chaque année d'un avortement clandestin. Nous réclamons la réouverture de tous les centres d'interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l'IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins. LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis. Nous voulons l'ouverture de la PMA pour toutes ! Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s'en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle. Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes. Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l'autonomie, à l'éducation, à l'emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l'accessibilité universelle à l'ensemble de l'espace public et à tous les lieux et bâtiments.
Stop aux violences sexistes et sexuelles (VSS)Près d'une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde. Nous continuons à compter nos mortes car il n'y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. L'impunité persiste, 1% des viols sont condamnés. Nous refusons que les enfants violé-es, maltraité-es, incesté-es continuent le plus souvent à être abandonné-es à leur sort ! Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l'ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre. Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l'industrie pornocriminelle. Nous demandons la mise en place d'actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes. Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les trois milliards nécessaires pour l'accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.
Éduquer à l'égalité, un enjeu majeur, du plus jeune âge à l'Université
Une éducation à l'égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s'exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles. Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d'une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d'une éducation au consentement et à l'égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre. Les inégalités se vivent aussi à l'université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c'est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis. Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS… Éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle pour toutes et tous maintenant ! Le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l'éducation à la sexualité à l'école, doit être mis en œuvre.
Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l'extrême droite.
Signataires : ActionAid France, Alliance des femmes pour la démocratie, Amicale du Nid,APEL-Egalité, Association Place des femmes 59, Attac France, CNT-Solidarité, Ouvrière éducation, Collectif 11 Droits des Femmes, Collectif IVG Tenon Paris 20, Collectif National pour les Droits des Femmes, Confédération Générale du Travail (CGT), Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Crldht Comité pour les libertés et les droits de l'homme en Tunisie, En avant toute(s), FEMEN FRANCE, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Force Féministe 57, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), FTCR Fédération Tunisiens Citoyen des 2 Rives, Genre et Altermondialisme, LDH (Ligue des droits de l'Homme), Le Planning familial , Le Planning familial des Côtes-d'Armor, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie-LFID, Maison des Femmes Thérèse Clerc , Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement de la Paix, Mouvement des femmes kurdes en France, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans (OST), Réussir l'égalité femmes-hommes, Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques – StopVOG, UNEF le syndicat étudiant, Union syndicale Solidaires, VISA, Women Without Violence.
En soutien : Commission Féminisme les Écologistes, Ecoféminisme PEPS, Egalités, Génération·s, Jeunes Socialistes, L'APRES, La France insoumise, Les Jeunes Génération.s, NPA-l'Anticapitaliste, Parti Communiste, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de Gauche, Parti socialiste, PEPS Ecoféminisme, Réseau Coopératif Gauche Alternative, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Victoires Populaires.
Le 30 janvier 2026
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De Gaza à l’Iran, la loi du plus fort s’impose
Pour la deuxième fois en moins d'un an, Israël et les États-Unis attaquent l'Iran. Pour la deuxième fois, ils le font alors que des négociations étaient en cours en vue d'arriver à un accord entre Washington et Téhéran. « Dernière chance pour éviter le scénario de la guerre », répétaient ces derniers jours certains confrères, laissant penser qu'une guerre serait légitime en cas d'échec des pourparlers. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président étatsunien Donald Trump n'auront même pas pris la peine d'attendre jusque-là.
Tiré d'Orient XXI.
Pourtant, la veille de ces offensives, le ministre omanais des affaires étrangères Badr Albusaidi, invité de l'émission « Face the Nation » sur la chaîne étatsunienne CBS News, se disait « confiant dans la manière dont les négociations se déroulent » (1). Celui dont le pays assure la médiation entre la République islamique et les États-Unis assurait qu'un « accord de paix est à notre portée si l'on permet à la diplomatie d'y arriver ». Il évoquait alors les concessions historiques faites par l'Iran, notamment le renoncement définitif à la détention de matériel nucléaire pouvant servir à fabriquer une bombe — chose qui n'avait pas été acquise dans l'accord signé sous Barack Obama, en 2015 et que Trump avait unilatéralement abandonné. Cela n'a pas empêché Israël — qui n'est pas signataire du traité de non-prolifération et qui détient, quant à lui, effectivement, l'arme nucléaire — d'attaquer dès le lendemain. Quel message cela envoie-t-il, si ce n'est de dire que, à l'image du droit international, la diplomatie est, elle aussi, une voie sans issue ? Albusaidi, pourtant peu bavard et habituellement soucieux de l'image de neutralité que cultive son pays, s'est dit « consterné » par les bombardements contre l'Iran.
« La guerre c'est la paix »
On le sait depuis la « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush déclenchée en 2001, mais encore davantage depuis le génocide à Gaza : le droit international n'est même plus un principe dans lequel se drapent les puissances occidentales. Les réactions des chancelleries européennes face à l'agression israélo-étatsunienne ne sont pas d'ailleurs sans rappeler ce qu'il en est depuis le lendemain du 7 octobre 2023 : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron, s'affichent en professionnels de l'inversion accusatoire. L'une est prompte à condamner « les attaques injustifiées de l'Iran contre [nos] partenaires dans la région », sans un mot à l'adresse de Tel-Aviv et Washington ; l'autre somme le régime iranien « d'engager une négociation de bonne foi », dans une négation totale de tout ce qui se déroulait entre Mascate et Genève ces dernières semaines. « La guerre c'est la paix », proclamait Big Brother (2). Comme pour Gaza aussi, de rares pays européens — les mêmes — ont parlé d'une voix courageuse et dissonante, à l'image de l'Espagne qui a condamné « l'usage de la force » par Israël et les États-Unis, ou la Norvège qui a critiqué le discours israélien parlant d'une « attaque préventive », alors qu'il n'y avait, rappelle Oslo, « aucune menace imminente » de la part de l'Iran.
Le nouvel ordre mondial qui s'implante depuis la guerre contre Gaza ne se limite pas au champ politique. Médiatiquement aussi, le cortège accompagne la propagande officielle, et les mêmes procédés sont à l'œuvre : remise en question du nombre de victimes iraniennes avec un « selon le régime iranien », qui rappelle le « selon le Hamas » ; tentatives de justification et d'inversion de la réalité quand une école pour filles est bombardée dans le sud du pays, faisant plus de 100 morts. Comme au moment du bombardement de l'hôpital Al-Ahli en octobre 2023 à Gaza, des chroniqueurs se transforment en experts militaires sur les plateaux de télévision pour expliquer que ce sont des missiles iraniens qui ont provoqué la tragédie. Comme pour Gaza, les mêmes chroniqueurs sont aux abonnés absents quand Israël bombarde des hôpitaux, comme les trois établissements ciblés à Téhéran. Sans doute nous dira-t-on bientôt qu'ils abritaient des membres des Gardiens de la révolution, comme ceux de Gaza abritaient ceux du Hamas. Nous devrons alors les croire sur parole, malgré tous leurs mensonges précédents, et tant pis, encore une fois, si le droit international interdit cela en toute circonstance.
Aucune promesse de lendemains meilleurs
Quel destin attend l'Iran ? Sera-t-il à son tour livré au chaos qui a accompagné toutes les tentatives de « changement de régime » dans la région ? Et quelles répercussions l'inconséquence israélo-étatsunienne aura-t-elle sur la région ? Sur X, Bernard-Henri Lévy, qui en sait quelque chose quand il s'agit de semer le chaos, ordonne de ne pas faire le parallèle avec l'invasion de l'Irak en mars 2003, car il n'est pas question ici pour Donald Trump et Benyamin Nétanyahou de « parachuter la démocratie » (sic !), mais de répondre aux appels à l'aide des Iraniens. Outre que nous pouvons, sans trop prendre de risque, douter que le bien-être des Iranien·ne·s soit au cœur de l'entreprise israélo-étatsunienne, BHL a raison sur un point : ce qui se passe aujourd'hui n'est pas comparable à l'Irak 2003. Certes, les tentatives de recouvrir une opération impérialiste du vernis de la libération des femmes et de la démocratie — avec le succès que l'on connaît en Afghanistan — font encore florès chez une partie de la classe politique, notamment la droite pro-israélienne. Mais le subterfuge qu'avait été le recours au Conseil de sécurité des Nations unies, dont avait usé George W. Bush pour se donner une caution — même si c'est pour se passer de son accord —, est désormais superflu. Pourquoi s'encombrer de formalités quand on peut agir en toute impunité ?
Comme à chacune des interventions étatsuniennes dans la région, celle-ci ne peut porter aucune promesse de lendemains meilleurs pour la population iranienne. En Afghanistan, les talibans sont revenus au pouvoir. En Irak, le peuple paye, plus de deux décennies après le déclenchement de la guerre, un lourd tribut à la kleptocratie confessionnelle mis en place par Washington. Et, comme à chacune des opérations israéliennes, l'on sait que le seul souci de Tel-Aviv est de semer le chaos autour de lui pour s'assurer une hégémonie régionale, comme il continue à le faire au Liban et en Syrie, en dépit des tous les cessez-le-feu qu'il signe. Quant à ceux qui font de la haine du régime iranien, oppresseur et massacreur de son peuple, la grille de lecture exclusive des événements, il est bon de se rappeler que la mort d'un dictateur ne peut être réjouissante quand elle est l'œuvre d'un criminel de guerre inculpé par la Cour pénale internationale.
Notes
1- « Omani Foreign Minister Badr Albusaidi tells « Face the Nation » a U.S.-Iran deal is « within our reach » », CBS News, 27 février 2026.
2- Dans le roman dystopique 1984 de George Orwell.

Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer
Depuis plus de deux semaines, l'Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s'atténuer. Ce qui a commencé le 28 décembre comme une protestation contre l'effondrement économique s'est rapidement transformé en soulèvement politique ouvert. Les rues se sont remplies, les slogans se sont durcis, et le régime a répondu comme toujours lorsque sa survie est menacée : par les tirs, les arrestations massives et, depuis le 8 janvier, la coupure numérique et des communications téléphoniques. Le régime reconnaît plus de 2000 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus élevé.
Tiré de The conversation. Photo : Une manifestante fume une cigarette après l'avoir allumée sur une affiche en feu représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, une image deveune le symbole de la révolte actuelle, lors d'un rassemblement en soutien aux manifestations antigouvernementales en Iran, à Yalova, en Turquie, le 16 janvier 2026. (AP Photo/Emrah Gurel)
Le blackout numérique n'est pas seulement de la censure. Il crée un espace où l'on peut tuer sans témoins ni mémoire et dominer le seul narratif qui sort du pays.
Pourtant, ce qui se joue n'est pas un simple retour à une séquence cyclique de contestation. Il s'agit de la poursuite de la rupture féministe amorcée en 2022 avec « Femme, Vie, Liberté », aujourd'hui confrontée à deux forces décidées à la neutraliser : la République islamique et ses alternatives patriarcales et militaristes.
Doctorante en études féministes, d'origine iranienne, et engagée depuis de nombreuses années dans les luttes féministes et les mobilisations transnationales liées à l'Iran, je suis sans nouvelles, depuis la coupure d'Internet, de plusieurs membres de ma famille et de nombreux amis là-bas. Seuls quelques appels très brefs ont parfois pu passer, uniquement pour nous dire qu'ils étaient en vie. Cette position structure mon regard sur ce qui se joue aujourd'hui.
Les femmes, des objets politiques à discipliner
Des décennies de répression ont appris aux femmes que leurs corps constituent le premier terrain du pouvoir d'État : voile obligatoire, surveillance publique, patrouilles de la moralité, aveux forcés, violences sexuelles en détention, menaces d'exécution contre de jeunes femmes.
Les femmes sont au cœur de cette machine répressive. Sous la République islamique, leurs corps sont gouvernés comme des objets politiques à discipliner. Les mobilisations précédentes l'ont montré clairement : en attaquant les symboles mêmes de la domination, les Iraniennes ont affirmé leur agentivité politique. Elles ont arraché des victoires sur la visibilité, mais le régime juridique fondé sur la charia est resté intact. C'est cette tension qui structure la révolte actuelle.
Figure centrale de l'opposition monarchiste en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, multiplie les interventions publiques, parlant « de crimes contre l'humanité » et se positionnant comme un futur dirigeant.
Qu'annonce ce possible retour ? Rien pour rassurer les Iraniennes, selon moi. En effet, sur ses plates-formes tout récemment, Reza Pahlavi a supprimé toute allusion au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».
Je crois qu'il envoie un message clair : une nouvelle révolution peut exister, mais sans les femmes. Comme en 1979, le pouvoir est prêt à les utiliser pour gagner, puis à les écarter.
Ni République islamique ni bombes étrangères
Ce mouvement des femmes est aussi pluriel. Il ne porte pas une seule voix iranienne, mais une constellation de groupes opprimés qui se reconnaissent mutuellement. Femmes kurdes, baloutches, arabes, azéries et persanes ont toutes façonné cette révolte.
Plusieurs de ses voix les plus radicales sont aujourd'hui en prison. Parmi elles, la militante kurde Verisheh Moradi, qui a récemment fait sortir deux lettres depuis sa cellule. Elle y refuse le faux choix imposé aux Iraniens. Nous ne voulons pas de la République islamique, écrit-elle, mais nous ne voulons pas non plus de bombes étrangères.
Ce n'est pas de la neutralité. C'est une position féministe et anticoloniale, ancrée dans la conscience que dictature et intervention militaire détruisent d'abord les femmes.
Ce refus est essentiel. Lorsque des soldats israéliens ont inscrit « Femme, Vie, Liberté » sur des missiles pendant la guerre de juin 2025, une insurrection féministe a été vidée de son sens pour devenir un slogan colonial de domination. « Jin, Jiyan, Azadi » est né de l'assassinat de Jina Mahsa Amini, une jeune kurde tuée par la police des mœurs. Il est né des corps des femmes en révolte, pas des armées.
Une machine de domination fondée sur l'humiliation des femmes
Les publics occidentaux interprètent souvent ce combat comme un conflit culturel contre la religion. Mais la République islamique est une théocratie militarisée qui utilise le droit islamique comme arme institutionnelle.
La charia y cautionne la surveillance, la punition et la violence sexualisée. Lorsque les Iraniennes s'attaquent au voile obligatoire, elles ne le font pas contre une croyance. Elles démantèlent une machine de domination fondée sur leur humiliation et leur mort.
La révolte actuelle s'appuie sur cette expérience accumulée. En persistant à s'organiser, à témoigner et à tenir malgré les exécutions, la torture et le blackout, les femmes ne formulent pas de simples revendications. Elles affirment un nouvel ordre politique où la vie, et non l'obéissance, devient la valeur centrale.
« Jin, Jiyan, Azadi » ne s'est pas contenté de s'opposer au régime. Il a déplacé en profondeur le récit de l'autorité qui structure la politique iranienne depuis un siècle.
C'est précisément ce que la République islamique et ses prétendus successeurs tentent aujourd'hui d'annuler.
Un blackout numérique qui appauvrit les femmes
Le régime considère sa propre population comme un ennemi. Les manifestants sont qualifiés de terroristes, d'agents du Mossad ou d'éléments de type Daech.
Dans un système juridique où la moharebeh محاربه, « la guerre contre Dieu », est passible de la peine de mort, ce langage autorise les exécutions avant même les procès. Le blackout numérique total vient ensuite verrouiller cette violence. Sans Internet indépendant, sans images ni témoignages, la réalité elle-même est effacée.
Cette guerre numérique a des effets profondément genrés. Des milliers de femmes iraniennes survivent grâce à des microentreprises en ligne, du tutorat, des services de beauté, de l'artisanat, du commerce informel. Quand Internet disparaît, leurs revenus disparaissent aussi. Lorsque l'inflation et les sanctions frappent, elles n'ont aucun filet de sécurité. L'effondrement économique devient une autre forme de punition contre l'autonomie des femmes.
Le militarisme n'est jamais neutre
À cela s'ajoute la répression sexualisée. Le viol et la torture sexuelle ne servent pas seulement à extorquer des aveux, ils détruisent les liens sociaux, les mariages, les projets d'avenir. Les femmes qui sortent des prisons portent des traumatismes médicaux, psychiques et sociaux durables. Leurs corps continuent de porter la guerre bien après que les tirs cessent.
C'est pourquoi les théories féministes de la guerre insistent sur le fait que le militarisme n'est jamais neutre. Cynthia Enloe politologue féministe américaine et figure majeure des études sur le militarisme, a montré comment les conflits reposent sur le travail invisible des femmes, qui prennent en charge les blessés, les familles, les communautés quand les hommes sont tués ou emprisonnés.
Carol Cohn, chercheure féministe et spécialiste des discours de sécurité et des études stratégiques, a analysé comment le langage de la sécurité efface la souffrance des femmes en transformant les corps en cibles abstraites. La guerre exige que certaines vies soient traitées comme jetables, et les femmes figurent presque toujours parmi les premières sacrifiées.
Les Iraniennes le savent. Leur refus à la fois de la dictature et des sauveurs étrangers n'est pas de la naïveté. C'est de l'intelligence politique.
Qui écrira l'après-révolution ?
Les Iraniennes ont déjà accompli quelque chose d'extraordinaire. Elles ont fissuré les fondements d'un ordre politique bâti sur leur subordination.
La République islamique craint « Femme, Vie, Liberté » parce qu'elle ne peut l'absorber. Les monarchistes le craignent parce qu'il ne peut être plié à un pouvoir dynastique. Les militaristes le craignent parce qu'il rejette la logique du sacrifice.
Ce qui se joue aujourd'hui en Iran n'est pas seulement la question du pouvoir. C'est la définition même de la révolution. Sera-t-elle encore une fois l'histoire d'hommes s'emparant de l'avenir sur le dos des femmes, ou bien, cette fois, les femmes qui ont organisé, résisté et verser leur sang pourront enfin façonner l'après ?
La question n'est pas de savoir si la révolte est terminée. Elle est de savoir qui pourra écrire l'après. Si l'histoire se répète, les femmes risquent d'être une fois de plus reléguées après avoir porté le combat. Or l'avenir de l'Iran ne peut se construire sans celles qui ont fait de leur vie même un acte de résistance. Le lendemain de la chute de ce régime leur appartient aussi. Et tant que cette évidence sera contestée, « Femme, Vie, Liberté » restera une ligne de fracture, et non un slogan du passé.

La riposte iranienne continue de cibler les intérêts américains dans les pays du Golfe : Téhéran promet de venger la mort de Ali Khamenei
Au deuxième jour de la guerre provoquée par les Etats-Unis et l'entité sioniste contre l'Iran, la région du Golfe continue d'être le théâtre de la confrontation. Téhéran n'a pas cessé de cibler les intérêts américains dans la région à mesure que les bombardements américains et israéliens se poursuivaient.
Tiré d'El Watan.
La confirmation dans la matinée d'hier par la télévision iranienne de la mort du Guide suprême de la révolution, Ali Khamenei, a été suivie par l'annonce des hautes autorités du pays de « frappes sans précédent » contre Israël et les Etats-Unis. Téhéran parle de vengeance !
« La République islamique d'Iran considère comme son devoir et son droit légitime de venger le sang et de punir les auteurs et commanditaires de ce crime historique, et elle s'engagera pleinement à accomplir cette grande responsabilité et obligation », a averti Massoud Pezshkian, président iranien nommé au sein du triumvirat devant assurer la transition après la mort de Ali Khaminei. L'ayatollah Alireza Arafi, directeur des séminaires islamiques d'Iran, ainsi que Gholamhossein Mohseni Ejeï, chef du pouvoir judiciaire, feront partie du trio devant assurer la transition politique.
Tout en annonçant 40 jours de deuil, Téhéran a envoyé des salves de missiles sur Israël ainsi que les pays du Golfe. A la mi-journée d'hier, les Gardiens de la révolution iraniens affirment avoir lancé une attaque « de grande envergure contre l'ennemi » avec huit vagues de l'opération « Promesse sincère 4 ». Il s'agira de « l'offensive la plus féroce de l'histoire des forces armées de la République islamique d'Iran contre les territoires occupés et les bases terroristes américaines », indiquent les Gardiens de la révolution sur Telegram.
Plusieurs milliers d'Iraniens ont investi les rues de Téhéran et d'autres villes d'Iran pour manifester contre l'agression américano-israélienne et réclamer vengeance après la mort du Guide suprême iranien. Le secrétaire du Conseil national de sécurité, Ali Laridjani, assure que « les groupes qui cherchent à diviser l'Iran doivent savoir que nous ne le tolérerons pas ». Ceci et d'affirmer : « Hier (samedi), des missiles iraniens ont été tiré vers les Etats-Unis et Israël, et c'était douloureux. Aujourd'hui, ils seront tirés de manière encore plus douloureuse. »
Le porte-avions Abraham Lincoln touché ?
Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé avoir pris pour cible le porte-avions américain Abraham Lincoln à l'aide de quatre missiles balistiques. Selon la télévision iranienne, « 27 bases américaines dans la région, ainsi que le quartier général de l'armée israélienne et un complexe industriel de défense à Tel-Aviv figurent parmi les cibles visées par la réplique iranienne ».
Au moins huit morts ont été comptabilisés hier dans le centre d'Israël et l'effondrement d'un bâtiment touché par un missile iranien. Plusieurs autres explosions ont eu lieu dans différentes localités des Territoires occupés, dont Jérusalem, alors que les sirènes antimissiles n'ont pas cessé de retentir. Le porte-parole de l'armée israélienne a déclaré que « malgré le déploiement étendu des systèmes de défense aérienne de l'armée israélienne, ceux-ci ne sont pas infaillibles ». Le ministère de la Santé de l'entité sioniste a, à son tour, annoncé que des centaines de personnes ont été hospitalisées, dont certaines en soins intensifs, depuis le début de l'attaque contre l'Iran.
Le ciel au Moyen-Orient est marqué de constellations de missiles, semant inquiétudes et craintes parmi les populations. Alors que des explosions ont aussi retenti hier dans la capitale saoudienne Doha, Manama, Abu Dhabi et Dubaï ont continué de recevoir des salves de raids iraniens. Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a recensé la mort de trois personnes et 58 autres blessées depuis samedi. Les trois victimes sont de nationalités pakistanaise et bangladaise. Des médias ainsi que des vidéos filmées par des citoyens signalaient de fortes explosions dans différents lieux des villes émiraties, notamment à l'aéroport et au port d'Abu Dhabi, ainsi qu'à Dubaï où un hôtel de luxe, Burj El Arab, a été pris pour cible. La ville de Sharjah n'a pas été en reste, puisque sa zone industrielle a été attaquée par l'aviation iranienne. Les EAU, meilleur allié d'Israël dans la région, ont été visés par 137 missiles et 209 drones iraniens.
Des déflagrations et retentissements de sirènes habillent la ville de Manama. Après les frappes ayant touché l'hôtel Crowne Plaza, l'ambassade des Etats-Unis à Bahreïn a exhorté hier les ressortissants américains d'éviter les hôtels de la capitale Manama pouvant devenir des cibles futures potentielles. Des immeubles résidentiels et gratte-ciel à Manama sont pour rappel, la cible depuis samedi de la riposte iranienne.
Alors qu'il a été épargné samedi par les frappes iranienne, Oman, médiateur clé dans les pourparlers américano-iraniens, a recensé hier une première attaque par drones ciblant son port. L'ambassade des Etats-Unis a de suite demandé à son personnel de rester confiné ainsi qu'à tous les ressortissants américains se trouvant sur le territoire omanais. Un mort et plus de 32 blessés ont enregistrés hier par le ministère de la Santé koweïtien dans les frappes ayant ciblé le pays, notamment la base militaire Al Salim abritant du personnel américain.
Dans le pays voisin, l'Irak, où un deuil national de trois jours a été décrété après la mort du Guide suprême iranien, des détonations ont été entendues près de l'aéroport d'Erbil dans un lieu abritant des troupes de la coalition antidjihadiste dirigée par les Etats-Unis dans la région autonome du Kurdistan irakien.
A Baghdad, des manifestants ont tenté, rapportent des médias, de prendre d'assaut la zone ultra sécurisée hébergeant l'ambassade des Etats-Unis, en guise de protestation contre l'assassinat de Ali Khamenei. Le gouvernement irakien, qui avait condamné « l'agression injustifiée » contre l'Iran, a mis en garde contre toute utilisation de l'espace aérien et du territoire irakien pour ces opérations.
Au Pakistan, les mêmes scènes de protestation ont été enregistrées devant le consulat américain à Karachi. Au moins huit personnes ont été tuées et 20 autres blessées par balle, lors des échauffourées devant le consulat américain.
La Chine et la Russie, membres des BRICS comme l'Iran, ont fermement condamné la mort de Ali Khamenei. Pour Pékin, « cette mort constitue une violation grave de la souveraineté et de la sécurité de l'Iran, un piétinement des objectifs et principes de la Charte des Nations unies et des normes fondamentales des relations internationales. La Chine s'y oppose fermement et la condamne fermement », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères chinois, en appelant à l'arrêt immédiat des actions militaires.
Le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé à son tour « une violation cynique de la morale et du droit international ».
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Présentation succincte de la République islamique d’Iran
La République islamique d'Iran n'appartient ni à la catégorie des dictatures classiques, ni même à celle des fascismes classiques : il s'agit d'un fascisme religieux spécial. Pour comprendre la nature du régime au pouvoir en Iran, il est indispensable de connaître le chiisme, ses fondements historico-sociaux en Iran, ainsi que le processus par lequel Khomeiny est arrivé au pouvoir, la manière dont le régime de la République islamique s'est consolidé et les objectifs qu'elle poursuit. Voici une introduction synthétique à ces éléments.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
1er février 2026
Par S. Borhan
L'islam s'est scindé en deux grandes branches — sunnite et chiite — immédiatement après la mort du prophète Mahomet en 632, à la suite d'un désaccord sur sa succession. Les sunnites estimaient que le chef religieux de la communauté (le calife) devait être choisi parmi les compagnons du Prophète par consensus. Les chiites, en revanche, considéraient que Mahomet avait désigné son cousin et gendre Ali comme successeur.
Alors que l'autorité sunnite (le « califat ») repose de manière pragmatique sur la communauté et son consensus, l'autorité chiite (l'« imamat ») tire sa légitimité du caractère sacré et héréditaire de l'Imam, issu de la lignée d'Ali et des descendants de Mahomet. Le chiisme comprend plusieurs branches, toutes reconnaissant Ali comme premier Imam.
Les chiites d'Iran, d'Irak, du Liban, de Syrie et du Yémen sont majoritairement des chiites duodécimains. Ils reconnaissent douze Imams, tous descendants masculins d'Ali et de Fatima (fille du Prophète), considérés comme « infaillibles ». L'imamat prend fin avec le douzième Imam, le Mahdi, entré en occultation. Les chiites duodécimains attendent son retour, moment où, selon la croyance, lorsque l'injustice aura atteint son paroxysme, il apparaîtra pour instaurer la justice sur terre par l'épée, au prix d'un bain de sang.
La théorie politique du Velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien)
Pour les chiites duodécimains, le Velayat-e faqih désigne le gouvernement de Dieu sur ses serviteurs par l'intermédiaire du représentant de l'« Imam occulté » durant sa disparition. Il en découle l'obligation religieuse d'une obéissance absolue de la communauté au Guide suprême. Toute opposition au Velayat-e faqih est assimilée à une guerre contre Dieu (moharebeh) et passible de la peine de mort — une accusation aujourd'hui invoquée par l'appareil judiciaire de la République islamique pour justifier juridiquement et religieusement la répression sanglante des protestations en Iran.
Du concept à la réalité du pouvoir
L'Islam est entré en Iran au VIIᵉ siècle. Le chiisme duodécimain est devenu religion officielle de l'Iran au XVIᵉ siècle. Jusqu'à la révolution de 1979, les gouvernements iraniens n'étaient pas directement dirigés par le clergé, mais s'appuyaient sur lui. De la Révolution constitutionnelle de 1906 jusqu'en 1979, selon la Constitution un comité constitué de cinq ayatollahs disposait d'un droit de veto sur les lois votées par le Parlement afin de vérifier leur conformité avec l'Islam.
Le Velayat-e faqih, (gouvernement du docte) c'est-à-dire la domination politique directe du clergé chiite duodécimain, est devenu pour la première fois une réalité historique après la révolution de 1979, avec la prise du pouvoir politique par Khomeiny et les religieux chiites.
Cette théorie était pourtant ancienne et largement tombée dans l'oubli. De nombreux ayatollahs y étaient opposés, estimant que le clergé ne devait pas gouverner directement. Pendant des siècles, les Rois d'Iran s'étaient appuyés sur le clergé, et celui-ci soutenait en retour la monarchie. Khomeiny lui-même, jusqu'à son exil en Irak en 1963, soutenait le régime monarchique de Mohammad Reza Shah et entretenait avec lui une relation critique mais réformatrice. Sa critique la plus radicale se limitait à conseiller au Shah de s'éloigner des Bahaïs, considérés par les chiites comme des apostats.
Son exil nourrit une rancœur personnelle envers le Shah. Depuis Bagdad, il intensifia sa propagande par l'envoi de tracts et de cassettes audio, diffusées clandestinement par un cercle restreint de partisans. Le fait qu'il ait été l'un des rares religieux de haut rang à s'opposer au Shah lui conféra ultérieurement un capital politique, à la fin du mouvement révolutionnaire de 1979.
Jusqu'aux derniers mois avant le chute du monarchie (11 février 1979), Khomeiny était peu connu du grand public et n'était pas perçu comme une figure politique majeure. Lorsque, sous la pression du président américain Jimmy Carter, des prisonniers politiques — majoritairement de gauche ou membres des Moudjahidine du peuple — furent libérés et que les grèves ouvrières du secteur pétrolier prirent de l'ampleur, les puissances impérialistes s'inquiétèrent. La France et le Royaume-Uni mirent alors Khomeiny en avant en lui faisant quitter l'Irak, puis l'accueillir en région parisienne, à Neauphle-le-Château. Ses discours y étaient enregistrés, puis diffusés depuis Londres par la radio en persan de la BBC. Khomeiny y affirmait notamment que « les religieux ne doivent pas gouverner » et qu'une fois revenu en Iran, il se retirerait à la ville sainte de Qom pour enseigner.
La conférence de la Guadeloupe
Suite à la conférence de la Guadeloupe réunissant les chefs d'Etat de France, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d'Allemagne de l'Ouest (4 au 7 janvier 1979), Khomeiny fut reconnu par les grandes puissances occidentales comme successeur du Shah. Les Etats-Unis demandèrent à l'armée iranienne de se rallier à lui. Khomeiny fut également sacralisé : il reçut le titre d'« Imam », son visage fut « vu dans la lune », et des foules chiites imprégnées de superstition le perçurent comme le représentant de l'Imam occulté.
Helmut Schmidt, Jimmy Carter, Valéry Giscard d'Estaing et James Callaghan en Guadeloupe (4 au 7 janvier 1979)
La révolution changea alors brutalement de direction.
Lors de la rédaction de la nouvelle Constitution (adoptée en octobre 1979), Khomeiny profita de l'autorité exceptionnelle que lui avaient conférée les puissances occidentales et des omets illusionnées pour imposer le Velayat-e faqih comme pilier central du régime. Après sa mort en 1989, une révision constitutionnelle transforma ce principe en Velayat-e faqih absolu — une autocratie religieuse totale.
Les objectifs de la République islamique
Les objectifs fondamentaux de la République islamique d'Iran ont été :
1. L'imposition de la charia islamique à tous les aspects de la vie en Iran ;
2. La création d'un quasi-empire chiite centré sur l'Iran, englobant les chiites d'Irak, du Liban, de Syrie et du Yémen.
L'idéologie de la République islamique
Contrairement à l'idéologie socialiste ou communiste, l'idéologie islamique n'est pas anthropocentrique. Elle ne reconnaît pas à l'être humain d'autre valeur que celle de serviteur d'Allah. Les droits humains n'y ont aucune place, puisque tous les droits appartiennent à Dieu et que l'être humain n'a face à Lui que des devoirs. Revendiquer des droits devient donc un crime ; la critique est assimilée à un affaiblissement du régime, l'opposition au Velayat-e faqih à une guerre contre Allah.
L'égalité est perçue comme une injustice, car Allah n'aurait pas créé les êtres humains égaux. Les inégalités sociales seraient conformes à l'ordre divin. Dans cette idéologie, lutter contre les discriminations équivaut à nier la justice divine. La culture chiite exalte le sang, la mort et le martyre, et accorde peu de valeur à la vie humaine : coupable ou innocent, la mort est justifiée.
La mission de la République islamique n'est pas le bien-être des citoyen-nes, mais le service d'Allah et l'expansion de la charia chiite. C'est au nom de cette vision que le régime a appauvri la population iranienne pour financer des armements lourds et l'expansion de son empire chiite régional. Le fait qu'un régime porté au pouvoir à la faveur d'un soulèvement des masses populaires soit aujourd'hui assiégé par la colère de la majorité et recourt à la répression sanglante pour survivre est le produit direct de cette idéologie obscurantiste et anti-humaine.
L'anti-impérialisme revendiqué par la République islamique ne comporte aucune critique du capitalisme ; il se limite à une hostilité envers la culture et la modernité occidentales. Son antagonisme avec Israël procède à la fois d'une idéologie antisémite et de son projet impérial chiite.
Conclusion
Un clergé chiite, arrivé au pouvoir à la faveur d'une révolution de masse au XXᵉ siècle, s'emparant d'un pays immense aux ressources considérables et utilisant les technologies modernes pour consolider sa domination, n'a jamais été disposé à renoncer à une telle position historique. Il est prêt à sacrifier jusqu'au dernier citoyen pour préserver le régime.
Ce n'est ni une dictature classique ni un fascisme ordinaire : c'est l'une des formes les plus sanglantes et inhumaines de fascisme religieux.
Dès les premiers jours, Rafsandjani, l'un des architectes du régime, déclarait : « Le Shah a reculé, nous l'avons chassé. Nous ne commettrons pas la même erreur. » Khomeiny décrétait quant à lui que « La survie du régime prime sur celle de l'islam lui-même, et même plus que la vie de l'Imam du Temps (Mahdi) ».
Khamenei agit aujourd'hui dans la même logique : un seul principe, un seul objectif — la survie du régime à n'importe quel prix.
S. Borhan
P.-S.
• Bulletin d'informations sur le mouvement ouvrier en Iran Février 2026 N° 27
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Le monde en péril La fin de la Pax Americana
un essai de Charles-Philippe David
En librairie le 17 mars
Comprendre Trump 2.0 pour saisir les bouleversements du monde actuel
La politique étrangère américaine, telle que nous la connaissons depuis huit décennies, appartient désormais au passé. On aurait pu croire que Trump 1.0 n'était qu'une parenthèse dans l'histoire politique des États-Unis. C'est tout le contraire qui se dessine avec Trump 2.0 : un retour à la « normale » est hautement improbable, tant en politique intérieure que dans les rapports des États-Unis avec le reste du monde.
Une année après le retour du chef de la Maison-Blanche, l'ordre international est plus fragile que jamais : le monde semble maintenant en péril, alors que les décisions du président américain se font plus agressives, plus incohérentes et plus conséquentes que lors de sa première présidence.
Un des plus grands spécialistes de la politique américaine propose ici une analyse fouillée de cette nouvelle phase de la présidence – une lecture lucide, inquiétante, troublante mais indispensable pour comprendre les trajectoires du monde contemporain et la marge de
L'auteur
Charles-Philippe David est professeur titulaire de science politique, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, et président de l'Observatoire sur les États-Unis à l'Université du Québec à Montréal. Chevalier de l'Ordre national du Québec en juin 2023, l'auteur a signé des dizaines d'ouvrages, plus d'une centaine d'articles et prononcé plus de 300 conférences portant sur les enjeux géopolitiques du monde et sur la politique extérieure des États-Unis. Il a été professeur invité dans de nombreuses universités en Europe et aux États-Unis. Il a gagné plusieurs prix et distinctions, dont celui de l'enseignement en science politique en 2023.
Extrait - Le monde en péril
« La crise actuelle de la gouvernance des relations internationales offre une opportunité pour les puissance moyennes, telles le Canada et d'autres, de rebâtir les fondations d'un multilatéralisme en mesure de contrer l'unilatéralisme des grandes puissances. La coopération doit être renforcée et elle peut l'être, comme notre suggestion que le Canada devienne un partenaire plus étroit de l'Union européenne. Le reste du monde ne doit pas accepter son partage en sphères d'influence comme le souhaite Trump, Xi et Poutine. Le monde post-américain n'a pas à être anti-américain mais exister sans les Américains. Cela prendra du temps et, qui sait par un effet boomerang, faire réaliser à ceux-ci que les États-Unis étaient bien mieux avant que Trump ne devienne président. Si un retour en arrière n'est pas possible, ce qui fait apparemment consensus, il nous faut alors envisager l'avenir au-delà des États-Unis, « survivre à Trump et continuer d'avancer » – ce que nous n'avons jamais imaginé auparavant. C'est là le défi des trois prochaines années trumpiennes. »
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Charles-Philippe David

10 leçons de vie de philosophes
Collectif sous la direction de Normand Baillargeon
Essai
Collection La philosophie
En librairie le 10 mars
Pour saisir ce que la philosophie fait au réel.
Dans ce livre, dix philosophes nous présentent d'abord, en termes compréhensibles, la pensée d'un ou d'une philosophe important·e de la tradition philosophique, un ou une philosophe auquel chacun d'eux a consacré de nombreux travaux. Ensuite, et surtout, chacun nous explique comment, par leurs exemples et par leurs pensées, ce ou cette philosophe peuvent nous aider à mener une vie plus riche, plus belle, meilleure. Au total, on montre ainsi que la philosophie, contrairement à l'idée qu'on s'en fait parfois, a toujours eu des conséquences pratiques et peut, si on prend le temps de les rappeler, aider très concrètement à mener une vie meilleure, plus belle.
Avec des textes de Louis-André Dorion (Socrate) ; Gregory B. Sadler (Aristote) ; Massimo Pigluicci (Épictète) ; Thierry Pauchant (Adam Smith) ; Marceline Morais (Emmanuel kant) ; Éric Martin (G.W F Hegel) ; Emmanuel Blondel (Alain) ; Normand Baillargeon (Bertrand Russell) ; Maya Ombasic
(Maria Zambrabo) et A. Alexander Antonopoulos (Simone de Beauvoir).
Le directeur
Le directeur de l'ouvrage, Normand Baillargeon, a signé, édité, traduit et édité plus de 80 ouvrages traitant de philosophie, d'éducation, d'arts, de littérature et de question d'actualité. Il a collaboré à une quarantaine d'autres ouvrages et signé autant de préfaces. Il a remporté plusieurs prix (Québec Sceptique ; Pierre-Vadebocoeur ; Saveurs du Canada ; Léon-Guindon ; Hibou). Il a aussi publié environ un millier de chroniques et textes divers dans Le Devoir et dans des revues. Il est membre émérite de l'Ordre de l'excellence en éducation. Il dirige la nouvelle collection La philosophie aux éditions Somme toute.
Extrait - 10 leçons de vie de philosophes
« Normalement, j'aurais été très contrarié par l'humiliation d'avoir été volé dans ma propre ville, et irrité d'avoir à gérer les conséquences de cet événement. Au lieu de cela, mon esprit s'est automatiquement tourné vers Épictète : "Qu'est-ce qui, ici et maintenant, dépend de moi et ne dépend pas de moi ?" La réponse était claire : je ne pouvais rien faire pour récupérer mes biens, mais heureusement, les voleurs n'avaient pas pris mon téléphone portable, que j'ai immédiatement utilisé pour appeler la banque et annuler les cartes de crédit volées, puis pour me rendre sur le site web du Department of Motor Vehicles afin de signaler la perte de mon permis de conduire et en demander un nouveau. Et ainsi de suite.
Lorsque je suis arrivé à ma destination et que je suis descendu du train pour retrouver mon frère, j'avais fait tout ce que je pouvais pour minimiser l'impact négatif du vol et j'avais l'esprit tranquille, prêt à passer une agréable soirée avec ma famille. »
Massimo Pigluicci.
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Comptes rendus de lecture du mardi 3 mars 2026
Les damnés de la terre
Frantz Fanon
Il y a longtemps que je voulais lire « Les damnés de la terre », cette analyse exhaustive du colonialisme, de l'aliénation et des guerres de libération à laquelle on fait souvent référence dans les luttes d'indépendance nationales. C'est un bouquin bien plus éclairant et percutant que je ne me l'étais vaguement imaginé. Quand il écrit les premières lignes de ce qui deviendra cette œuvre magistrale, en mai 1961, Fanon se sait déjà condamné par la leucémie. L'ouvrage sera publié de son vivant, quelques jours seulement avant sa mort en décembre de la même année.
Extrait :
Cela nous amène à envisager le rôle du parti politique dans un pays sous-développé. Nous avons vu dans les pages précédentes que très souvent des esprits simplistes, appartenant d'ailleurs à la bourgeoisie naissante, ne cessent de répéter que dans un pays sous-développé la direction des affaires par un pouvoir fort, voire une dictature, est une nécessité. Dans cette perspective on charge le parti d'une mission de surveillance des masses. Le parti double l'administration et la police et contrôle les masses non pour s'assurer de leur réelle participation aux affaires de la nation mais pour leur rappeler constamment que le pouvoir attend d'elles obéissance et discipline. Cette dictature qui se croit portée par l'histoire, qui s'estime indispensable aux lendemains de l'indépendance symbolise en réalité la décision de la caste bourgeoise de diriger le pays sous-développé d'abord avec le soutien du peuple, mais bientôt contre lui. La transformation progressive du parti en un service de renseignements est l'indice que le pouvoir se tient de plus en plus sur la défensive. La masse informe du peuple est perçue comme force aveugle que l'on doit constamment tenir en laisse soit par la mystification soit par la crainte que lui inspirent les forces de police. Le parti sert de baromètre, de service de renseignements. On transforme le militant en délateur. On lui confie des missions punitives sur les villages. Les embryons de partis d'opposition sont liquidés à coup de bâton et à coups de pierres. Les candidats de l'opposition voient leurs maisons incendiées. La police multiplie les provocations. Dans ces conditions, bien sûr, le parti est unique et 99,99 % des voix reviennent au candidat gouvernemental. Nous devons dire qu'en Afrique un certain nombre de gouvernements se comportent selon ce modèle. Tous les partis d'opposition, d'ailleurs généralement progressistes donc qui ouvraient pour une plus grande influence des masses dans la gestion des affaires publiques, qui souhaitaient une mise au pas de la bourgeoisie méprisante et mercantile ont été par la force des matraques et des prisons condamnés au silence puis à la clandestinité.
Les cahiers de Dachau
Collectif
Principalement traduit de l'allemand
Ce recueil de témoignages de rescapés et témoins du camp de concentration de Dachau, que j'ai grandement apprécié, m'a été offert par ma sœur Luce. Inauguré en mars 1933, Dachau fut le premier camp de concentration nazi à voir le jour. Les témoignages de prisonniers sont aussi révélateurs les uns que les autres : « Le 29 avril 1945 : la libération du camp de concentration de Dachau » par Barbara Distel ; « Entre la libération et le retour au pays » par Wolfgang Benz ; « Theresienstadt, Auschwitz, Varsovie, Dachau » par Max Mannheimer ; « Journal de camp » par Arthur Haulot ; « Le travail dans le système des camps de concentration » par Hermann Langbein ; « Une jeune Française dans la guerre » par Anise Postel-Vinay ; « A l'ombre des héros » par Barbara Distel ; « Les cultures de plantes médicinales dans les camps de concentration » par Robert Sigel ; « La station expérimentale de malaria dans le camp de concentration de Dachau » par Eugène Ost ; « Le docteur en médecine » par Sigmund Rascher et Wolfgang Benz ; « Le "Auffang-Lager" Breendonk » par Paul M.G. Lévy ; « Le Dachau français » par Werner Thalheim ; et « "L'acte de souvenir" dans la vie politique de tous les jours » de Rita Süssmuth.
Extrait :
J'aperçois Mme Tillion dans cette colonne de la mort, bien gardée par les SS et les policiers du camp. Elle me fait un joli signe de la main…
Les Souffrances du jeune Werther
Johann Wolfgang von Goethe
Traduit de l'allemand
Ce court roman publié en 1774, qui fit connaître Goethe partout en Europe, est reconnu comme l'un des romans fondateurs du romantisme en littérature. L'exaltation amoureuse de son jeune protagoniste marqua toute une génération de jeunes Allemands et son suicide à la suite d'amours déçus entraîna une vague de suicides similaires dans la population qui amena l'Église à demander l'interdiction du livre en Europe. On donnera plus de deux cents ans plus tard le nom d'« effet Werther » à ce phénomène d'entraînement qui pousse certaines personnes, à la suite d'un événement déclencheur, à commettre un acte qu'elles n'auraient sinon pas eu la volonté de commettre. Un roman qu'on se doit de lire.
Extrait :
C'est une chose résolue, Charlotte, je veux mourir, et je te l'écris sans aucune exaltation romanesque, de sang froid, le matin du jour où je te verrai pour la dernière fois. Quand tu liras ceci, ma chère, le tombeau couvrira déjà la dépouille glacée du malheureux qui ne sut pas trouver de repos et qui ne connaît pas de plaisir plus doux, pour les derniers moments de sa vie, que de s'entretenir avec toi. J'ai eu une nuit terrible, mais quelle nuit bienfaisante ! Elle a fixé, affermi ma résolution. Je veux mourir ! Quand je m'arrachai hier d'auprès de toi, dans l'atroce révolte de tous mes sens, quel serrement de cœur ! Comme ma vie, se consumant près de toi sans joie, sans espérance, me glaçait et me faisait horreur ! Je pus à peine arriver jusqu'à ma chambre. Je me jetai à genoux, tout hors de moi ; et ô Dieu ! tu m'accordas une dernière fois le soulagement des larmes les plus amères. Mille projets, mille idées se combattirent dans mon âme ; et enfin il n'y resta plus qu'une seule idée, bien arrêtée, bien inébranlable : je veux mourir ! Je me couchai, et ce matin dans tout le calme du réveil, je trouvai encore dans mon cœur cette résolution ferme et inébranlable : je veux mourir ! Ce n'est point désespoir, c'est la certitude que j'ai fini ma carrière, et que je me sacrifie pour toi. Oui Charlotte, pourquoi te le cacher ?
Paris brûle-t-il ?
Dominique Lapierre et Larry Collins
Le jeune protagoniste de l'excellent roman de Blaise Ndala, « Sans capote ni kalachnikov », faisant référence au film qui en a été tiré, m'a rappelé cet excellent documentaire sur la libération de Paris qu'est « Paris brûle-t-il ? ». L'ouvrage, publié en 1964, nous fait revivre la lutte du Paris occupé pour sa liberté à travers le récit des journées pendant lesquelles Paris échappa à la destruction à laquelle l'avait condamnée Hitler. On y retrouve les conflits politiques qui entourèrent sa libération et opposèrent publiquement Charles de Gaulle, ses alliés américains et ses compatriotes communistes...
Extrait :
La cloison de briques venait de tomber. Les uns après les autres, les hommes se glissèrent par la brèche, entrèrent jusqu'à la taille dans l'eau fétide et se mirent en marche. Charles Caillette portait sur son dos André Guérin, un ancien de Verdun. Quelques minutes plus tôt, dans le bureau du maire, la jambe de bois de Guérin avait été arrachée par un éclat d'obus. « Dieu merci, s'était exclamé Guérin, ils arrachent toujours la même ! »
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Cabaret féministe de QS 7 mars 2026
Dans le cadre de la Journée internationale des droits des Femmes, le Comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale-Nationale vous invite à une toute nouvelle édition du Cabaret féministe qui aura lieu le samedi 7 mars 2026 de 14 h à 16 h 30 à La Korrigane - Brasserie artisanale.
🎤📝 Venez partager vos textes, chansons, slams, danses ou autres.
💪 Cette année, notre Cabaret sera un espace de parole et de réflexion autour des violences faites aux femmes. Les sous-thèmes suggérés mais non restrictifs sont : écoféminisme, femmes migrantes et immigrantes, femmes autochtones, violences obstétricales, travailleuses essentielles, charge mentale, pauvreté, etc.
📋 Préinscription recommandée pour celles et celleux qui souhaitent contribuer au micro-ouvert non-mixte (pour les personnes s'identifiant comme femme ou non-binaire). La priorité sera accordée aux pré-inscriptions pour la prise de parole lors de l'évènement. Voici l'adresse courriel pour vous inscrire au micro-ouvert : comitedesfemmesqsqc@hotmail.com
➡️ Évènement mixte, mais participation au micro-ouvert non-mixte
📍 Où ? La Korrigane - Brasserie artisanale
380 Rue Dorchester, Québec, QC G1K 6A7
📆 Quand ? Le samedi 7 mars de 14 h à 16 h 30
Lien facebook de l'événement : https://www.facebook.com/share/181H92Gp4E/
Au plaisir de vous voir en grand nombre !
Émilie, Ginette, Marie-Anne et Marie-Ange
Comité organisateur du Cabaret féministe 2026
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Gaza à Saint-Luc. Montréal
Il fallait oser. Faire entrer la guerre par la porte principale d'une école, lui mettre un badge culturel et lui offrir une chaise pliante. Depuis l'automne 2023, à quatorze reprises, des soldats israéliens sont venus donner des conférences dans des écoles privées religieuses juives financées par des fonds publics, ici même à Montréal. Les écoles Herzliah et Bialik, de Côte-Saint-Luc
Mais rassurez-vous. Ils étaient désarmés. Les bombes sont restées ailleurs. Les avions de chasse ont eu la délicatesse de ne pas stationner dans la cour. L'essentiel est sauf. On parle d'échanges culturels. Le très sérieux Centre consultatif des relations juives et israéliennes l'a confirmé. « Échanges Culturels », nous dit-on.
On imagine donc ces membres de Tsahal transformés en ambassadeurs des arts. Une petite danse classique entre deux anecdotes, un chant d'opéra pour adoucir les angles, un extrait de William Shakespeare pour rappeler l'universalité de la condition humaine, un passage de Molière pour la satire, un clin d'œil à Michel Tremblay pour honorer l'art local. Et bien sûr, moment d'élévation suprême, les soldats qui ont participé à un génocide à Gaza ont chanté, Quand les hommes vivront d'amour de Raymond Lévesque.
Il fallait oser. Faire de la culture tout en appartenant à une armée engagée dans un conflit qui dévore encore des vies à Gaza. C'est une performance artistique en soi. Une œuvre conceptuelle digne d'un musée. L'ironie poussée à son point de perfection.
J'imagine que pour approfondir cet échange culturel, des élèves des écoles voisines ont été invités. Question de partager le message d'amour. Question d'ouvrir les horizons. Question d'apprendre aux élèves que Raymond Levesque a écrit la plus belle chanson.
Un enfant se leva. Il s'approcha et demanda à un soldat au moment où ce dernier poussait la voix « Les soldats seront troubadours ». « Pourquoi vos yeux sont rouges de sang ? ». Question déplacée. Question que le programme n'avait pas prévue. On devait parler culture. On devait parler dialogue. Pas des yeux rouges. Pas de sang. Pas de ruines. Pas de décembres. Pas de ravages. Pas d'enfants amputés. Pas de morts. Pas de génocide.
— -
Ce qui choque dans cette nouvelle, n'est pas seulement la présence de soldats. C'est la facilité avec laquelle l'extraordinaire devient banal. Quatorze visites. Quatorze fois où l'on a trouvé normal que des militaires étrangers interviennent dans des établissements financés par l'État. Quatorze occasions de répéter que tout cela est pédagogique. Que tout cela est enrichissant. Que tout cela est parfaitement compatible avec nos valeurs. Au moment même où le ministre Jean-François Roberge dans une commission parlementaire, faisait preuve de grande inculture sur le concept de laïcité, la culture de la haine et de la guerre sévissait dans une de nos écoles.
Pourquoi cela ne m'étonne pas qu'une telle horreur soit arrivée chez nous. Je réfléchis. Je cherche. Et finalement me revient l'attitude officielle de nos deux gouvernements respectifs. Le fédéral qui a fermé les yeux sur les livraisons d'armes canadiennes en Israël en plein génocide. Le provincial qui a maintenu l'ouverture d'un bureau du Québec à Tel Aviv.
Non mais tant qu'à y être, pourquoi ne pas les avoir reçus, ces soldats d'amour, directement à l'Assemblée nationale du Québec et au Parlement du Canada. Puisque la mission est culturelle, ces soldats auraient pu chanter Quand les hommes vivront d'amour devant les élus du peuple. J'imagine très bien François Legault pousser la chansonnette à côté d'un Mark Carney esquissant quelques pas. Un grand moment d'unité nationale. Un gala diplomatique. Une célébration de la culture. De la paix.
Tout cela fera l'objet de films plus tard. Et ce ne sera pas des comédies. Ce ne sera pas drôle.
En attendant, les soldats israéliens continuent de tuer à Gaza, même après le cessez le feu.
Mohamed Lotfi
27 Février 2026
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Soirée projection et présentation de recherche
Québec, 24 février 2026 - Le Regroupement des femmes sans emploi du Nord de Québec (ROSE du Nord) et l'Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain (ADDSQM) ont organisé une soirée de projection et de présentation de recherche. Ces deux groupes distincts se sont alliés afin de sensibiliser le grand public à une réalité bien trop souvent mise aux oubliettes : celle des femmes assistées sociales.
Dans le cadre de leur comité Arts et Solidarité, les militantes actives de ROSE du Nord ont créé un film documentaire, « J'existe », mettant en lumière les impacts du système d'assistance sociale au Québec. Des violences institutionnelles à l'aide sociale, il y en a ! Préjugés, lourdes charges administratives, accusation de fraude sans fondement, intrusion dans la vie privée, les différentes dimensions de la violence vécues par les femmes à l'aide sociale sont décortiquées dans le documentaire laissant le public indigné. « On s'habitue à un système, on normalise le fait de vivre pauvre alors qu'on devrait pas ! » s'exclame Mélanie, prestataire de l'aide sociale après avoir visionné « J'existe » pour la première fois.
Non seulement cet espace de partage et de création a permis aux militantes de dénoncer les injustices qu'elles subissent, mais d'amplifier leurs voix pour revendiquer de meilleures conditions de vie. Les militantes mentionnent également la portée que l'utilisation de l'art a eu dans la reprise de leur pouvoir.
De leur côté, le comité femmes de l'ADDSQM a travaillé sur un projet de recherche portant sur le parcours des femmes avant et pendant l'aide sociale. En effet, une première recherche réalisée auprès de personnes de tout genre à l'aide sociale a permis d'identifier le vécu différencié des femmes et des hommes qui sont prestataires d'aide sociale. Dans cette recherche-ci appelé « Osons un nouveau regard, écoutons les femmes assistées sociales », le vécu de 11 femmes assistées sociales est approfondi mettant en lumière la résilience de ces femmes qui sont confrontées à : des sacs à dos qui se remplissent tout le temps, des portes d'espoir qui se referment, des labyrinthes qui les font monter des escaliers roulants à l'envers, la lourdeur des procédures, des attitudes d'agents et d'agentes remplis de préjugés, des mesures d'appauvrissement et d'exclusion et un sentiment de honte qui parsème tout leur parcours. Le comité femmes de l'ADDSQM tient à souligner l'implication des femmes rencontrées et le travail d'analyse de Léa Valérie Morin Perron et Marietou Niang.
Lors de cette soirée, ROSE du Nord et le comité femmes de l'ADDSQM ont profité de l'occasion pour rappeler que les violences et les injustices vécues par les femmes à l'aide sociale sont évitables notamment en augmentant le montant des prestations versées pour qu'elles couvrent les besoins de base. Elles en appellent à la solidarité envers toutes celles qui tentent de survivre avec une prestation d'aide sociale et dans de déplorables conditions.
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La fin du PEQ : une décision qui rappelle le traitement injuste des migrants chinois du début du 20e siècle
La fin du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) décrétée par la CAQ chamboule les plans de vies de milliers de personnes. Cette décision, qualifiée par plusieurs d'injuste et insensible, rappelle une page d'histoire sombre des politiques migratoires du Québec et du Canada qui, au tournant du 20e siècle, a marqué la communauté chinoise.
24 février 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS
https://iris-recherche.qc.ca/blogue/immigration/traitement-migrants-chinois/?utm_source=Liste+de+diffusion&utm_campaign=d843cac3df-sous_la_loupe_20241114_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_831b3c6b78-d843cac3df-126405189
Construire un chemin de fer et repartir ?
Durant la seconde moitié du 19e siècle et dans la foulée de la ruée vers l'or dans l'Ouest états-unien et canadien, des Chinois·es d'origine cantonaise immigrent en Amérique du Nord. Une partie d'entre eux travailleront à la construction du chemin de fer transcanadien et suite à cet ouvrage, s'établiront dans différentes métropoles du pays, dont Montréal.
L'intégration sociale et économique des Chinois·es est alors parsemée d'embûches. D'abord, l'accès au marché du travail est entravé par une forte discrimination à l'embauche. On estime qu'à compétence égale, un ouvrier chinois reçoit un salaire deux fois moindre qu'un ouvrier blanc. Ce contexte d'exclusion stimule la naissance des quartiers chinois partout en Amérique du Nord, où les membres de la communauté chinoise créent leur propre économie et lieu de résidence. Ils investissent d'abord le secteur de la blanchisserie, créent leur propre système communautaire de microcrédit, accèdent à la propriété, et parviennent ce faisant à constituer des leviers de développement économique au sein des quartiers chinois naissants.
Au Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux mettent en place diverses politiques de nature à décourager l'établissement des Chinois·es au pays, malgré leur contribution majeure à l'infrastructure critique qu'est le chemin de fer. Le gouvernement fédéral instaure d'abord une taxe à l'entrée sur le territoire canadien spécifique aux Chinois·es afin d'entraver la réunification familiale. Plusieurs hommes chinois avaient en effet immigré en Amérique du Nord en laissant leur famille derrière. En 1903, une personne voulant immigrer au Canada depuis la Chine doit débourser 500$, soit environ 15 000 $ en valeur d'aujourd'hui.
Aux niveaux provincial et municipal, des taxes annuelles spécifiques totalisant 100 $ sont imposées aux blanchisseurs à la main , ce qui représentait une fortune pour ces travailleurs en quasi-totalité d'origine chinoise dont le revenu brut d'une semaine de 80 heures de travail avoisinait en moyenne 12 $. Cette taxe visait spécifiquement la communauté cantonaise, puisque des commerces comparables tels que les boulangeries ou les épiceries n'avaient à défrayer qu'environ 8$ en taxe annuelle. En mars 1900, quelque 70 buandiers chinois montréalais ayant refusé de payer ces taxes sont traînés en justice, et 10 d'entre eux seront emprisonnés suite à leur refus de payer l'amende encourue.
Le 1er juillet 1923, le gouvernement fédéral, qui juge que ses politiques de taxation à l'entrée n'ont pu freiner suffisamment l'immigration chinoise, vote une loi interdisant pratiquement l'immigration chinoise sur le territoire canadien. Cette loi, qui a été en vigueur jusqu'en 1946, est l'aboutissement du racisme du gouvernement fédéral à l'égard des Sinocanadien·ne·s. En 1882, le premier ministre John A. Macdonald avait en effet déclaré à la Chambre des communes, dans la foulée de la construction du chemin de fer : « Les immigrants chinois n'ont aucun intérêt commun avec nous […] Leur valeur est la même que celle d'une moissonneuse-batteuse, ou de tout autre outil agricole. Il sera tout à fait acceptable d'exclure la main-d'œuvre chinoise lorsque nous pourrons la remplacer par de la main-d'œuvre blanche. Mais tant que cela n'est pas fait, il vaut mieux avoir de la main-d'œuvre chinoise que pas de main-d'œuvre du tout. [traduction libre] » Quelques années plus tard, le futur Premier ministre Robert Laird Borden renchérira : « Le parti conservateur soutient un Canada blanc, la protection des travailleurs blancs et l'exclusion absolue des Asiatiques. »
En 2006, le gouvernement fédéral a officiellement présenté ses excuses à la communauté chinoise pour les politiques migratoires racistes du 20e siècle, qui ont notamment eu pour effet de séparer des familles durant des décennies.
L'approche rétrograde de la CAQ
Le parcours migratoire d'une travailleuse ou d'un travailleur du réseau de la santé qui a œuvré durant la pandémie rappelle celui du migrant chinois du 19e siècle qui a concouru à l'érection du chemin de fer transcanadien. Tous deux se sont butés à des politiques publiques d'immigration entravant l'accès à la résidence permanente au pays, malgré leur contribution importante à celui-ci.
Les chauffeurs et chauffeuses de taxi contemporain, qui sont dans une proportion de 55% des immigrant·e·s de première génération, ont également quelque chose en commun avec le blanchisseur cantonais du 20e siècle indûment taxé. Chacun de ces groupes a vu le gouvernement adopter des approches minant leur activité économique respective. Rappelons à cet égard la libéralisation du marché du taxi sous la CAQ, qui a été catastrophique pour les travailleurs et travailleuses de cette industrie, majoritairement issu·e·s de l'immigration.
La fin du PEQ s'inscrit dans une approche où la personne immigrante, pourtant pleinement intégrée sur le plan linguistique et économique, tend à être vue comme une nuisance pour la société. Aujourd'hui, on dira que « la capacité d'accueil a été dépassée » pour justifier une telle politique, un vocabulaire épuré qui met néanmoins en doute comme hier la contribution des personnes immigrantes à leur nouveau pays. Or, comme les Cantonnais·es du 20e siècle, les personnes arrivées au pays grâce au PEQ ou en vertu d'autres programmes enrichissent la société de leur culture, tout en participant au développement du Québec.
Pour en apprendre davantage sur l'histoire de l'immigration chinoise au pays, on peut visionner l'un des documentaires de la réalisatrice Karen Cho, disponible sur le site de l'ONF.
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Le référendum à tout prix ou le pouvoir à tout prix ?
Cette question a la vie dure. On la croyait pourtant soigneusement classée dans les archives jaunies du Parti québécois, depuis la promesse solennelle et résolue de son nouveau chef pour qui, il y a encore quelques jours à peine, le référendum sur la souveraineté du Québec dès le premier mandat relevait de l'évidence. La conviction était affirmée sans détour. La trajectoire semblait rectiligne, presque chevaleresque. Puis, fidèle à ses habitudes, la politique a rappelé qu'aucune ligne n'est jamais parfaitement droite bien longtemps. L'engagement semblait gravé dans le marbre. Et voilà, suite à une victoire du PQ dans des élections partielles, que le marbre révèle une certaine souplesse.
Depuis sa fondation, le PQ vit avec ce nœud gordien : L'indépendance du Québec est elle une fin en soi, un horizon indépassable, une promesse presque mystique ? Ou bien est elle un levier, un moyen d'agréger des forces et de conquérir le pouvoir ? La question n'est pas théorique. Elle structure tout. Elle décide du ton, du calendrier, de la ferveur ou du calcul.
Pour justifier ce changement de cap, le chef invoque l'inquiétude ambiante. Le monde tremble depuis le retour fracassant de Donald Trump à l'avant scène. Les marchés tanguent. Les alliances se fissurent. Les certitudes s'effritent. Bref, le chef n'est plus sûr de plonger le Québec dans l'inconnu.
L'argument a de l'allure. Il respire la responsabilité. Mais il a aussi quelque chose de commode. Parce que les inquiétudes n'ont pas attendu Trump pour s'installer. Crises financières, pandémies, guerres commerciales, urgences climatiques. Le monde moderne n'a jamais été un lac tranquille. Pourquoi alors cette soudaine retenue ?
À mon sens, la réponse se trouve moins à Washington qu'à Québec.
Le chef de la CAQ a annoncé son départ. François Legault sait comme tout chef lucide que certains partis tiennent ou ne tiennent pas d'abord par la force ou la faiblesse de leur figure centrale. Avec lui, la CAQ risque de s'évaporer comme un parti circonstanciel ayant accompli sa mission. On a vu ailleurs des formations s'effondrer dès que le chef quittait la scène.
Même scénario du côté fédéral. Justin Trudeau a lui aussi compris que l'usure du pouvoir finit par devenir un handicap plus qu'un atout.
Dans ce contexte, un plan audacieux pour ne pas dire malicieux a été dessiné par les stratèges de la CAQ. Reproduire le scénario Mark Carney. Une personnalité issue du monde des affaires et de la finance. Une figure rassurante pour les marchés. Un visage neuf en politique. Une compétence technocratique qui promet stabilité et sérieux. Et pourquoi pas une femme ?
Et c'est ici qu'entre en scène Christine Fréchette. Femme d'affaires, profil économique affirmé, droite libérale assumée. Une sorte de Carney au féminin, version québécoise. Son passé politique est vierge. Elle n'est associée à aucune querelle partisane, à aucun vieux dossier embarrassant, contrairement à Drainville, son adversaire. Elle peut parler croissance sans être soupçonnée de dogmatisme. Elle peut séduire les milieux économiques sans effrayer l'électeur moyen.
Ajoutons à cela une position ouverte sur l'immigration, notamment la volonté de rétablir le programme PEQ. Voilà une promesse susceptible de rallier une partie importante des nouveaux arrivants, souvent sensibles aux signaux d'inclusion économique et sociale.
En somme, une libérale sans l'étiquette du Parti libéral du Québec. Et donc sans le poids d'une image ternie par les scandales du passé. Stratégiquement, l'idée est redoutable.
Si une telle candidature émergeait à la tête de la CAQ, le paysage serait bouleversé. Un gouvernement minoritaire deviendrait plausible, qu'il soit caquiste ou péquiste. Et dans un contexte minoritaire, la promesse d'un référendum s'évanouit automatiquement. Les compromis remplacent les élans. Les budgets priment sur les rêves nationaux. La stabilité parlementaire devient la priorité.
Les stratèges du PQ ne sont pas naïfs. Ils savent qu'un électorat inquiet pourrait se tourner vers une figure économique rassurante plutôt que vers l'aventure référendaire. Ils savent aussi que l'opinion publique fluctue vite lorsque surgit une personnalité perçue comme compétente et neuve.
Dès lors, la déclaration du chef péquiste prend un autre relief. Il ne s'agirait pas seulement de tenir compte des turbulences mondiales. Il s'agirait surtout de désamorcer un déplacement possible de l'électorat vers une CAQ renouvelée et incarnée par une figure forte. En atténuant l'urgence référendaire, il cherche à rassurer, à élargir sa base, à neutraliser la peur d'un saut dans le vide. Surtout, il cherche à couper l'herbe sous les pieds d'une CAQ renouvelée, prête pour un troisième mandat.
Ironie de l'histoire. Le parti fondé pour faire l'indépendance se retrouve encore une fois à moduler son ardeur pour préserver ses chances électorales. Le référendum devient variable d'ajustement stratégique. La finalité se fait discrète pour ne pas compromettre le moyen.
Alors me voilà déçu, je dois l'admettre. Je m'étais même surpris à me demander si l'occasion n'exigerait pas un complet bleu républicain ou quelque chose de plus audacieux, une djellaba, un tarbouche et une babouche, juste pour être à la hauteur de l'Histoire. Je m'imaginais pendant quelques secondes, le regard légèrement embué, avant de glisser fièrement mon bulletin OUI comme on signe un autographe à la postérité. Je pensais à Miron, à Godin, à Lévesque, à Parizeau et à Falardeau. C'est aussi pour honorer leur mémoire que j'allais voter OUI.
Bref, j'avais presque répété la scène devant le miroir. Il faudra sans doute encore attendre avant de sortir le costume du grand jour, celui de la naissance d'un nouveau pays.
En attendant, mon attention se tourne vers un ancien. Un pays qui, pendant presque toute son histoire, a réussi à n'être occupé par aucune puissance étrangère. Aujourd'hui l'Orient et l'Occident en ont fait leur champ de bataille. L'Iran. Toute la question mériterait une autre analyse. Un autre texte.
Souverain ou pas, le sort du Québec et du monde ne dépend-t-il pas, en fin de compte, du sort de l'Iran ?
Mohamed Lotfi
25 Février 2026
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Salaire minimum une hausse qui ignore la réalité des salarié∙es à faibles revenus
Le gouvernement du Québec a annoncé le mois dernier une hausse du salaire minimum de 0,50$ à compter du 1er mai, ce qui le fera passer de 16,10$ à 16,60$ l'heure. Dans son communiqué de presse, le ministre du Travail, Jean Boulet, affirme que, « dans le contexte économique actuel », le salaire minimum doit évoluer de « manière équilibrée » pour à la fois préserver le pouvoir d'achat des salarié∙es et ne pas nuire à la compétitivité des entreprises.
Tiré de l'Infoletre La soupe au caillou no 468 2026
Un contexte commode
Le contexte économique est une notion bien commode pour un ministre du Travail :
morose, il sert à justifier une faible hausse du salaire minimum ; dynamique, il sert encore
à justifier une faible hausse. Car d'un côté, il ne faudrait pas fragiliser les entre-prises
quand elles en arrachent et, de l'autre, il ne faudrait pas les ralentir quand elles roulent
à plein régime… La belle affaire ! 300$. Ce qui équivaut à 6 $ par semaine,
à peine de quoi s'acheter un demi-kilo de bœuf haché, s'il est en rabais dans la circulaire. Le ministre est-il au courant que, l'an passé, une personne sur cinq ayant eu recours aux services d'une banque alimentaire déclarait avoir un salaire comme principale source de revenus ?
Un discours déphasé
Peu importe leur couleur, tous les gouvernements répètent qu'occuper un emploi constitue la voie royale pour sortir de la pauvreté. Cette affirmation a-t-elle déjà eu un fond de vérité ? C'est peu probable. Mais chose certaine, aujourd'hui, elle ne reflète pas la réalité. En 2025, il fallait un revenu annuel de 25 200$ à une personne vivant seule à Montréal pour uniquement couvrir ses besoins essentiels : se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer. Or, le nouveau taux
général de 16,60$ l'heure ne permet de dépasser ce seuil que d'environ 2400$. L'équilibre qu'invoque le ministre est une fiction : il sert d'abord les profits des entre prises. Sinon, comment expliquer une aussi faible augmentation cette année, alors que le prix des aliments et celui des loyers continuent de grimper et d'accabler les ménages les moins nantis ?
Avec cette augmentation de 0,50 $, une personne seule qui travaille 35 h par semaine toute l'année verra son revenu disponible annuel augmenter d'à peine N'ayons donc pas peur des mots : un travail leur ou une travailleuse au salaire minimum est pauvre. Car vivre hors de la pauvreté ne se limite pas à couvrir ses besoins de base.
Il faut aussi disposer d'une certaine marge de manœuvre budgétaire pour être en mesure de faire des choix et de composer avec les imprévus. Selon l'Institut de recherche et d'informations économiques, pour disposer d'une telle marge de manœuvre, une personne vivant seule à Montréal devait, en 2025, avoir un revenu disponible de 40000$. Pour y
parvenir, elle devait toucher un salaire de 28$ l'heure.
Le ministre Boulet fait remarquer dans son communiqué que, de 2019 à aujourd'hui, la
hausse du salaire minimum a été supérieure à l'inflation. Soit. Mais le problème de fond
demeure : le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté. L'écart entre le revenu
qui est nécessaire pour sortir de la pauvreté et le revenu que procure le salaire minimum
(en incluant les transferts gouvernementaux) est au bas mot de 13000$. Le fossé entre
les besoins réels et le salaire minimum actuel est immense.
Il n'y a pas de magie. La manière la plus simple et la plus durable de sortir les travail
leurs et travailleuses au bas de l'échelle de la pauvreté, c'est d'augmenter notablement
leur salaire. C'est pourquoi le gouvernement doit planifier dès maintenant des hausses
importantes sur plus d'une année, en gardant toujours à l'esprit ce principe : travailler
à temps plein doit aussi vouloir dire être à l'abri de la pauvreté.
Une tournée pour se préparer
Le Collectif a entrepris l'automne dernier une tournée dans les différentes régions du
Québec. Son objectif est double. D'une part, mettre en lumière et déconstruire les pré
jugés, mythes et demi-vérités véhiculés dans le discours ambiant et qui freinent l'adoption
de politiques progressistes visant à améliorer les conditions de vie des personnes en
situation de pauvreté. D'autre part, porter dans l'espace public des revendications
allant en ce sens, afin de pouvoir en débattre avec les candidat∙es aux prochaines élec
tions provinciales, prévues à l'automne prochain. Il sera question plus longuement
de cette tournée dans un prochain numéro. D'ici là, vous pouvez, si ce n'est pas déjà fait,
prendre connaissance du manifeste et du cahier de revendications qui en forment le
cœur :https://www.pauvrete.qc.ca/manifeste/
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Plus de cent OSBL déposent des propositions afin de garantir que la liberté d’association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme
Montréal, le 26 février 2026. Pas moins de 107 organisations sans but lucratif de divers secteurs d'activités posent un geste fort en rendant publiques leurs 29 propositions de modification à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (Ci-après appelée « la Loi »).
S'inscrivant dans le cadre de la campagne Lobby Halte aux dérapages, l'objectif de ces recommandations est de mieux encadrer l'activité du lobbyisme tout en garantissant la liberté d'association. Par ce geste, elles veulent s'assurer que leurs demandes soient prises en compte lorsqu'un projet de loi sera déposé, ainsi que par les plateformes électorales des partis aspirant à siéger à l'Assemblée nationale.
Malgré un contexte démocratique discutable, le gouvernement étant en fin de mandat et en attente du résultat d'une course à la chefferie, le ministre responsable des institutions démocratiques, Monsieur Jean-François Roberge, pourrait prochainement déposer un projet pour répondre aux appels insistants du Commissaire au lobbyisme du Québec. Que ce soit avant ou après les prochaines élections, les OSBL feront entendre leurs propositions, l'appel aux signatures se poursuivant d'ailleurs jusqu'à la tenue d'une Commission parlementaire sur le sujet.
Endossées par des organisations très variées, dont une soixantaine d'associations et regroupements réunissant des milliers d'organismes à travers le Québec, les propositions abordent deux volets interreliés. Environ la moitié des propositions visent à garantir la liberté d'association des organisations sans but lucratif qui défendent, dans la transparence, les intérêts collectifs reliés au bien commun, tandis que l'autre moitié vise à contrôler le pouvoir des lobbys des entreprises, dont les intérêts commerciaux vont trop souvent à l'encontre de ceux de la population.
Depuis l'entrée en vigueur de la Loi en 2002, un règlement stipule que les OSBL composés majoritairement d'autres OSBL n'y sont pas assujettis. Malgré cela, sept tentatives ont été menées pour considérer les OSBL comme des lobbyistes. Responsable de la presque totalité de ces tentatives, le Commissaire au lobbyisme du Québec est revenu à la charge en novembre dernier lors du lancement d'une campagne de publicité intitulée « Vous méritez plus », qui fait la promotion de l'importance d'actualiser la Loi. Cette campagne établit clairement le désir, une nouvelle fois, d'assujettir les organismes à but non lucratif à la Loi. Non seulement le manque de transparence n'est pas le fait des OSBL, mais les inclure dans la Loi les mettrait en péril, puisqu'ils ne pourraient demeurer des lieux démocratiques d'exercice de la liberté d'association, et ainsi poursuivre leurs interventions visant des améliorations sociales.
« Grâce aux actions collectives des 15 dernières années, aucun gouvernement n'a encore cédé aux pressions du Commissaire, de même qu'à celles des lobbyistes du secteur privé. L'insistance à chercher à assimiler les OSBL à des lobbyistes vise clairement à contrer la mauvaise image publique des lobbyistes et cela doit cesser ; la loi n'a pas été conçue pour les OSBL et ils n'en ont jamais eu besoin pour agir dans la transparence. La Loi doit clairement affirmer qu'elle s'applique uniquement aux communications dont le but est de hausser les profits des sociétés ou des entreprises, ou d'accroître les dividendes d'actionnaires. Les OSBL réunissant majoritairement d'autres OSBL n'ont évidemment pas d'intentions lucratives et cette différence doit compter » affirme Mercédez Roberge, de la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.
Enjeu démocratique majeur pour les signataires, toutes leurs propositions visent à ce que toute réforme de la Loi réponde aux intérêts de la population et non aux intérêts économiques de quelques-uns, en s'appliquant là où elle le devrait et de la manière dont il le faudrait.
« Que ce soit dans les prochains jours ou suite aux prochaines élections, il importe de recentrer la Loi pour servir la démocratie en surveillant mieux le monde politique et celui des entreprises à but lucratif. Il ne suffit pas de souhaiter l'encadrement du lobbyisme, il importe de bien définir la nature de ce qui doit être surveillé. Ce qui caractérise le lobbyisme, ce n'est pas seulement l'activité exercée, mais l'intérêt lucratif qui motive la démarche. Les lobbyistes-conseils et les lobbyistes d'entreprises profitent d'ailleurs de moyens financiers leur permettant d'influencer l'opinion en leur faveur tout en ayant facilement accès aux titulaires de charges publiques » souligne Camille Charbonneau, analyste chez ATTAC-Québec.
Les propositions abordent notamment la manière d'améliorer la transparence des interventions des lobbyistes, par exemple en fournissant davantage de détails sur les types d'activités entreprises, mais également sur les démarches et les résultats obtenus. Le registre doit contenir l'information que la population n'obtiendrait pas autrement, être accessible sans restriction pour cause de concurrence et en données ouvertes, ce qui n'est pas le cas actuellement.
« Les scandales financiers faisant régulièrement la manchette résultent bien souvent d'actions faites sous de fausses représentations et du phénomène des « portes tournantes », qui permettent à des personnes élues de devenir trop rapidement lobbyistes après leurs mandats, et vice-versa. Pour que cessent les scandales d'influences révélés par le rapport Gallant sur SAAQclic, les malversations d'Oxygène 9, qui menèrent à l'adoption de la Loi en 2002, ou des entreprises de la construction documentées par la Commission Charbonneau (2015), la Loi doit agir sur ceux qui en sont responsables : les entreprises à but lucratif » insiste Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM.
Les organisations signataires appellent à une réforme guidée par l'intérêt de la population, et capable de répondre aux enjeux du siècle présent, sans restreindre la liberté d'association, en protégeant les institutions publiques contre l'influence indue, en valorisant l'intégrité, et en renforçant la capacité de la société civile à exercer un réel contrôle démocratique. La Loi et le Code de déontologie des lobbyistes ont un rôle à jouer, mais certaines dérives se résoudraient surtout par d'autres instruments. Certaines de nos propositions interpellent donc la Loi sur la fonction publique, le Règlement sur l'éthique et la discipline dans la fonction publique, la Loi sur la publicité, la Loi sur la protection du consommateur, le Registre des entreprises et même l'Autorité des marchés financiers.
Les 29 propositions résultent du leadership d'ATTAC-Québec, de la coalitionMon OSBLn'est pas un lobby et de Vigilance OGM, dans l'objectif de concrétiser les principes de la déclaration Lobby :Halte aux dérapages. Visant à contrôler la recherche de profit et garantir le droit d'association, cette déclaration a reçu près de 2 200 appuis depuis l'automne 2023, dont ceux de plus de 345 organisations sans but lucratif. La récolte de signatures se poursuit autant pour cette déclaration que pour les propositions déposées aujourd'hui.
Lien de téléchargement : Propositions « Lobby : Halte aux dérapages » - Toute modification de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme doit garantir la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit
Sources :
ATTAC-Québec (Association québécoise pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action Citoyenne)mène des actions variées visant la reconquête, par les citoyennes et citoyens, du pouvoir démesuré que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Nous défendons l'action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et environnementale.
Mon OSBL n'est pas un lobby coalise environ 150 organisations opposées à l'assujettissement de tous les OSBL à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Formée en 2014 à l'initiative de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles, les actions de la coalition ont notamment permis d'obtenir l'abandon du projet de loi 56 (2018) lequel aurait grandement nuit au droit d'association des OSBL québécois.
Vigilance OGM est un organisme à but non lucratif, qui forme un réseau regroupant des groupes et des individus de divers horizons : agriculteurs-trices, environnementalistes, consommateurs-trices, citoyen-ne-s, tous-tes préoccupé-e-s par ce que l'on met quotidiennement dans notre assiette et par l'impact des modes de production des cultures génétiquement modifiées et des pesticides sur la santé humaine et environnementale.
Annexe : Liste des sujets abordés par les 29 propositions :
● une exclusion claire des OSBL œuvrant dans l'intérêt public du champ d'application de la loi ;
● l'encadrement du lobbyisme connexe ou indirect, en créant une nouvelle catégorie d'activités de soutien à inscrire au registre ;
● des mesures concrètes contre les portes tournantes, y compris un élargissement des interdictions post-mandat et un meilleur contrôle des conflits d'intérêts ;
● une empreinte législative qui détaille les rencontres des élu.es et lobbyistes ;
● une obligation de déclaration des communications réelles, incluant les dates, personnes rencontrées et objectifs précis, comme c'est le cas au fédéral ;
● une meilleure traçabilité de l'influence sur la recherche publique ;
● un éclaircissement quant au rôle de commissaire, précisant qu'il doit travailler pour protéger la population des excès du lobbyisme et ne pas promouvoir le lobbyisme.
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L’innombrable petite monnaie de la pauvreté
La mendicité est partout désormais : dans la métro et à l'entrée des supermarchés. On n'avait jamais vu autant de mendiants et de mendiantes depuis la Grande Dépression économique des années 1930. Ce phénomène illustre bien le magistral échec du régime économique et financier actuellement dominant à assurer la sécurité matérielle d'une partie croissante de la population.
Cette réalité pourtant omniprésente laisse indifférent le gouvernement caquiste de François Legault, qui n'en traite jamais dans ses discours, mais met plutôt l'accent sur l'effort requis pour rétablir l'équilibre budgétaire, un thème usé qui revient périodiquement depuis quarante ans. On traverse en fait une crise du capitalisme, lequel se transforme en profondeur sur le plan de la réorganisation (restrictive) du marché de l'emploi et entraîne l'abaissement d'une partie importante de la classe moyenne. On assiste à un net recul des politiques redistributives d'inspiration keynésienne et l'hégémonie des politiques néolibérales se maintient. On est entrés pour de bon dans une nouvelle phase de l'économie capitaliste.
La multiplication des sans domicile fixe (SDF) et des sans-abris révèle une grave crise des revenus et par conséquent, de l'accessibilité au logement, cette crise du logement étant due, comme on sait, à la spéculation immobilière effrénée qui s'est accentuée depuis environ une douzaine d'années sous l'oeil complice de nos gouvernements. En particulier, le cabinet Legault n'a rien fait d'efficace pour contrer cette tendance, préférant la mettre sur le compte (ou entérinant implicitement ce discours) des « immigrants ». Mais vu sa complaisance envers les promoteurs immobiliers, elle se serait produite de toute façon, immigrants ou pas.
Une bonne partie de ce qu'on nomme par convention « la classe moyenne » est lourdement affectée par la crise économique. Le taux de chômage officiel est bas au Québec, mais vu l'inflation et la difficulté à se trouver un logement convenable à prix abordable, même des gens qui travaillent à temps plein et qui ne touchent qu'un salaire modeste ou bas en arrachent. Tout cela sans même parler de plusieurs retraités qui n'ont pas pu accumuler beaucoup de fonds faute d'une véritable carrière et qui doivent se contenter d'une maigre pension de vieillesse.
La pauvreté de la classe moyenne se voit moins que celle des marginaux, ses victimes ne quêtant pas au coin des rues, mais elles sont innombrables. Elles doivent couper dans diverses dépenses pourtant essentielles comme la nourriture et le vêtement pour payer le loyer afin qu'elles mêmes et leurs enfants aient un toit sur la tête. Les banques alimentaires sont débordées, elles ne fournissent plus à la demande. Certains de leurs permanents eux-mêmes n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois.
Pendant ce temps, condos et appartements de luxe pullulent.
La pauvreté rampante se traduit par des inégalités sociales croissantes. Conduiront-elles à un pic avant de s'atténuer éventuellement ?
Comme tout régime économico-politique, le néolibéralisme connaît ses hauts et ses bas. Ses effets sont plus supportables à certains moments, plus difficile à endurer à d'autres.
Ce qu'on appelle la crise de la classe moyenne n'a pas débuté avec la pandémie de 2020, mais bien avant, en fait depuis la fin des années 1970 et surtout le début de la décennie suivante. Durant la récession majeure de 1982 -1985, près d'un million de Québécois et de Québécoises ont perdu leur emploi, en partie à cause des compressions budgétaires sauvages et non annoncées du cabinet Lévesque, seconde et dernière manière (1981-1985). Tout cela a provoqué l'effondrement d'une partie de la classe moyenne. L'emploi précaire (temporaire, à temps partiel, à contrat, ou à la pige) qui était jusque là plutôt marginal, a alors pris son envol au point d'occuper depuis une place importante sur le marché du travail. Avec diverses fluctuations, la crise de l'emploi s'est continuée, les directions des différents partis politiques s'étant rallié au néolibéralisme, même lorsqu'elles se réclamaient de la social-démocratie.
On a assisté à un phénomène qu'on pourrait qualifier d'auto-intoxication idéologique : leurs responsables ont presque toujours présenté les nouvelles formes d'organisation du travail comme allant de soi, inévitables et ont incité la population à accepter « l'austérité », au nom d'une croissance équilibrée à plus long terme. Les dépenses de l'État ont été qualifiées de gaspillage, et lutter contre la bureaucratie devint une priorité, car on la considérait comme inhibitrice de l'esprit d'initiative nécessaire à la réussite de l'entreprise privée. Le cas du Parti québécois est particulièrement éclairant là-dessus : il tenait un discours social-démocrate mais pratiquait pour l'essentiel des politiques néolibérales. L'État demeurait aussi lourd, mais sa vocation de protection sociale avait diminué. Même chose pour les libéraux fédéraux.
Que nous réserve l'avenir ? Difficile à dire, mais il se situera principalement dans la foulée des tendances lourdes actuelles, tout comme le keynésianisme a assez largement façonné les politiques sociales et économiques des années 1945-1975. À moins que les partis de gauche ne réinventent une forme nouvelle de keynésianisme. Encore faut-il qu'ils sortent de leur torpeur actuelle. Le NPD à Ottawa et Québec solidaire à Québec connaissent d'importantes difficultés. Le second est peut-être même en voie de disparition. Pourtant, un important espace politique s'ouvre pour la gauche, vu la droitisation des grands partis à vocation de pouvoir. Est-ce que les véritables partis sociaux-démocrates sauront en profiter ? Affaire à suivre...
Jean-François Delisle
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La loi canadienne permet la destruction de lacs pour y déverser des déchets miniers, ça doit arrêter !
Nos lacs et rivières sont au cœur de notre identité collective. Leur sauvegarde, comme celle de l'environnement, sont des valeurs fondamentales et prioritaires pour nous tous et toutes.
Malgré cela, la loi canadienne permet actuellement la destruction complète et totale de lacs et cours d'eau par des compagnies minières qui souhaitent les utiliser comme poubelle pour leurs déchets miniers. Le gouvernement présente cette mesure comme exceptionnelle et envisagée uniquement lorsqu'aucune autre solution n'est applicable, pourtant, 100% des demandes de destruction de plans d'eau déposées par des compagnies minières à ce jour ont été autorisées.
Cette situation est complètement absurde et inacceptable, d'autant plus qu'il est quasiment impossible pour la population de connaître l'ampleur réelle de cette dévastation. Sans pouvoir connaître le total exact, il est question de centaines de lacs et plans d'eau qui auraient été ou seront détruits à la demande de l'industrie minière.
Des solutions de rechange existent pourtant et permettent d'éviter la perte de ces plans d'eau naturels. Renvoyer les déchets miniers dans les fosses et les galeries de ces mêmes mines est certainement la plus simple de ces solutions. Mais ces options sont systématiquement écartées par l'industrie qui refuse toute diminution, aussi minime soit-elle, de ses profits. En autorisant cette destruction insensée de plans d'eau, le gouvernement va à l'encontre de ses engagements pour assurer la sécurité et la protection de l'eau douce au pays.
Nous demandons au gouvernement fédéral :
1- d'abroger l'article 5(1) du Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants de la Loi sur les pêches qui permet aux plans d'eau d'être détruits pour y enfouir des résidus miniers ;
2- d'obliger les exploitants de mines à remblayer systématiquement les excavations minières plutôt que d'utiliser des plans d'eau.
Les lacs et cours d'eau du Canada ne doivent pas servir à enfouir des déchets miniers. Demandez aux ministres responsables d'arrêter cette pratique insensée dès maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

La filière éolienne au Québec : qui sont les véritables opposants ?
Nous sommes en 1998. Le premier parc éolien, Le Nordais, est mis en service, marquant le début de la filière éolienne industrielle au Québec. L'accouchement est difficile et laissera des séquelles permanentes : chaos, improvisation et pertes marqueront tout le processus d'implantation jusqu'à aujourd'hui. La production éolienne sera confiée à des promoteurs privés, en totale contradiction avec la nationalisation de l'électricité, réalisée en 1963, qui faisait de l'hydro-électricité une richesse collective appartenant à tous les Québécois.
La Régie de l'Énergie, nouvellement créée, rejette cette stratégie, estimant que l'intégration de l'éolien dans le réseau engendrera des coûts trop élevés. Le président d'Hydro-Québec redoute lui aussi de transférer l'énergie éolienne vers le privé aux frais des abonnés d'Hydro-Québec. Le projet est aussi sévèrement critiqué par les commissaires du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui recommandent d'éviter de construire en milieu habité.
Tous les voyants sont au rouge, mais le gouvernement, au nom du développement régional et par opportunisme politique, déploiera néanmoins cette filière qui jouit alors d'un fort capital de sympathie. La Gaspésie, après de nombreux revers économiques, sera au centre de ce nouveau créneau industriel. Elle sera rapidement suivie par les régions plus au Sud, ciblées pour l'implantation d'éoliennes géantes.
Qu'en est-il aujourd'hui ? Ironiquement, la production des nombreux parcs éoliens de la Gaspésie est toujours enclavée faute de lignes de transport. Quant au développement régional, à part les retombées de la construction des éoliennes, il n'y a aucune incidence sur la revitalisation des territoires, ni aucun effet de levier sur leur économie.
Hydro-Québec, forcée par décrets d'acheter de l'énergie excédentaire, revend l'électricité à perte, avec pour conséquence une hausse notable des tarifs pour les consommateurs. La société d'État maintient ainsi sous perfusion financière des promoteurs qui, dans une économie de libre-marché, feraient tous faillite. Ceux-ci ratissent tous les paliers de gouvernement pour vendre une énergie réputée verte, pendant que leurs sbires ratissent les campagnes à la recherche non pas de forts vents, mais d'élus faibles pour implanter leurs turbines.
Mais qui sont ces gens qui, par excès et convoitise, finiront par nuire à la réputation de l'éolien, une énergie qui, certes, a ses limites, mais qui, déployée de façon réfléchie, a sa place dans le bouquet énergétique du Québec ?
Qui sont ces gens qui s'opposent à ce que l'énergie éolienne soit de propriété publique pour assurer la cohésion de la filière et la prospérité collective ?
Qui sont ceux qui refusent que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) enquête sur l'ensemble de la filière éolienne pour en cerner les impacts et les enjeux sur l'occupation du territoire en particulier, et sur la société québécoise en général face à son avenir énergétique ?
Qui sont ceux qui s'opposent à la tenue de référendums sur l'opportunité ou non d'implanter des éoliennes industrielles sur le territoire, par respect pour les citoyens qui veulent choisir et non subir ?
Qui sont ceux qui s'opposent à ce que les éoliennes industrielles de grande puissance soient implantées hors des territoires agricoles et des milieux habités ? À ce qu'on exploite plutôt les meilleurs gisements éoliens, qui sont situés près des lignes de transmission et des réservoirs d'Hydro-Québec (Baie James, Manic, etc.) ?
Qui sont ceux qui refusent l'adoption d'une distance minimale de protection entre les éoliennes et les habitations pour en diminuer les nombreuses nuisances ?
Qui se moquent de voir les milieux ruraux se transformer en zones industrielles ?
Qui sont ceux qui bafouent la majorité des principes de la Loi sur le développement durable ?
Qui sont-ils, ces opposants ? Ce sont ceux qui empochent l'argent public, ceux qui décident pour les autres, ceux qui vivent loin des éoliennes.
Les citoyens, indignés, les dénoncent. Ils dénoncent les promoteurs, leurs ententes secrètes, leurs mensonges, leurs manipulations. Ils dénoncent certains élus, leur opacité, leurs conflits d'intérêts, leurs agissements anti-démocratiques. Ils dénoncent les gouvernements qui, plutôt que d'enrichir, appauvrissent les régions : pertes en milliards de dollars, pertes de qualité de vie, paysages saccagés, impacts psycho-sociaux. Ils dénoncent Hydro-Québec qui se soumet au pouvoir en place. Ils dénoncent notre société d'État qui renie sa mission sociale et son mandat d'offrir à ses abonnés une source d'électricité sécuritaire, stable et à juste prix, qui renonce à la maîtrise pleine et entière de l'énergie au Québec.
Les citoyens des milieux ruraux abhorrent ces manipulateurs qui ont transformé l'éolien en une source de conflits, et demandent qu'on mette fin à ce traumatisme national, à cette honte. Ces citoyens occupent des régions façonnées par des siècles de vivre-ensemble, en relative harmonie avec un milieu offrant une riche diversité de gens et d'usages. Ils sont le cœur et l'âme de la communauté. Ce sont les gardiens du territoire et ils portent cet héritage qu'ils souhaitent transmettre aux générations futures.
Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus
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Une résolution emballante pour 2026 : reprenons possession des barrages de la Péribonka
Posons un geste de respect de nous-mêmes et d'indépendance.
En ce début d'année 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay1, avec l'appui d'associations, des partis politiques Québec solidaire et Climat Québec, ainsi que de personnalités publiques, tel M. Robert Bouchard, ancien député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord, invite la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean à mettre de la pression sur son élite politique pour qu'elle favorise un grand geste d'indépendance économique et politique en exigeant du gouvernement Legault la fin du bail de location des forces hydrauliques de la Péribonka et qu'il applique la clause qui permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.
Texte tiré de L'Action Nationale, février 2026
Le 31 décembre 2025 était le dernier jour de l'échéance sans cesse retardée, pour que Rio Tinto, anciennement Alcan, complète l'engagement pris lors du renouvellement du bail de la Péribonka en 1984, à savoir la construction de trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques).
En 1984, l'échéance pour construire ces trois usines était de 25 ans. En 2006, on a repoussé cette échéance au 31 décembre 2015, puis au 31 décembre 2020, pour finalement en ajouter une troisième fixée au 31 décembre 2025. À l'heure actuelle, deux usines (Laterrière et Alma) ont été construites et on en est à la deuxième phase de construction de l'usine d'Arvida permettant d'atteindre 200 000 tonnes métriques, soit la moitié de l'objectif.
Nous en sommes donc là. La deuxième moitié de l'usine n'est pas seulement absente des plans, elle semble de toute évidence abandonnée, si l'on se fie à l'entrevue donnée à La Presse+ par Jérôme Pécresse à la fin du mois d'octobre.
Il est primordial de le rappeler, les emplois liés à Rio Tinto anciennement Alcan ont diminué drastiquement, passant de 12 000 au début des années 1980 et seront à environ 3 000 à la suite de la fermeture des cuves précuites en 2026. Le privilège d'être dispensé de nationalisation et de posséder ses barrages pour Alcan en retour de l'emploi, tel était le pacte social au début des années 1960.
Manifestement, ce pacte n'est plus respecté. Avec le bail de Péribonka, nul besoin de nationalisation, puisqu'on parle de location liée à des conditions. De toute évidence, ces conditions ne sont pas respectées et, selon le livre publié en 2025 par d'anciens cadres (L'exploitation de notre eau par Rio Tinto), la puissance publique est en droit d'agir.
Dans ce livre, les auteurs sont très clairs : « Les trois délais ont été accordés par décret alors que le bail de Péribonka est une loi. En termes juridiques, une loi a préséance sur un décret. Les engagements pris par Rio Tinto en 2006 sont toujours valides. La dernière échéance pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025. Ce non-respect doit avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de ses engagements dans l'entente de 2006, comme il est précisé dans le renouvellement du bail de Péribonka. »
Le 1er janvier 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay a interpellé la ministre de l'Énergie, Mme Christine Fréchette, afin que le gouvernement du Québec signifie à Rio Tinto que l'entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu'il entend, en 2033, reprendre possession des trois barrages de la Péribonka (Chute-du-Diable, Chute-à-la-Savane et Chutedes- Passes), ainsi que les installations les accompagnant.
Pour Denis Trottier, porte-parole, « Ne rien faire signifierait qu'on accepte l'inacceptable, soit de prolonger indument une entente avec une compagnie qui a refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20 ans, dont elle a bénéficié. »
Nous invitons donc la population et les élites politiques de la région à mettre de la pression pour que le gouvernement du Québec pose ce geste d'indépendance et de respect de ses engagements en prenant possession des trois barrages sur la rivière Péribonka, en conformité avec le bail du même nom.
Porte-parole du mouvement Onésime-Tremblay. Pour rejoindre le Mouvement Onésime Trembley, vous pouvez communiquer avec son porte-parole, M. Denis Trottier : (418-618-3010, dtrottier62@gmail. com), 347 rue Plante, Péribonka, G0W 2G0.
La revue L'Action nationale consacrera un numéro double aux enjeux énergétiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui paraîtra à l'été 2026.
1 Créé dans la foulée d'un colloque (1926-2026 : cent ans d'occupation par Alcan et Rio Tinto, le bilan s'impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux communautaires, écologistes, universitaires, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-Tremblay a pour objectifs : 1- de favoriser l'expression et la diffusion d'un point de vue axé sur le bien commun face à l'impact des actions passées, présentes et futures d'Alcan et Rio Tinto. 2- De contribuer à la reprise en main de nos ressources naturelles dans l'intérêt de la collectivité.
tiré de Facebook
https://www.facebook.com/reel/1051227470531613

Pour un réseau public sans discrimination : protéger la population, c’est aussi protéger celles qui la soignent
En ce 1er mars, la Journée zéro discrimination nous rappelle une chose essentielle : l'égalité doit être réelle, pas symbolique. Dans le réseau public de santé, cela vous concerne directement. Un système qui protège moins bien celles qui soignent ne peut pas se dire pleinement juste.
Pourtant, avec la Loi 28, le gouvernement a modifié les règles en santé et sécurité du travail. Et ce sont, entre autres, les professionnelles en soins qui en subissent les conséquences.
Concrètement, cela crée deux niveaux de protection. Dans certains secteurs, les mécanismes de prévention sont plus complets et plus structurés.
Mais dans la santé et l'éducation, les règles sont moins exigeantes.
Cela veut dire moins de prévention avant que la situation ne se détériore. Et quand elle se détériore, ce sont les professionnelles en soins qui en paient le prix : épuisement, arrêts de travail, exposition accrue à la violence physique et verbale.
Bref, vous pourriez être moins protégées que d'autres travailleuses au Québec, alors même que vos milieux sont parmi les plus exigeants.
Vous le vivez déjà : surcharge, pression constante, risques psychosociaux élevés. Réduire les mécanismes de prévention dans ce contexte n'est pas un détail administratif. Ce sont des protections concrètes qui s'affaiblissent dans un environnement déjà fragile.
C'est pourquoi, le 23 février dernier, avec d'autres organisations syndicales des réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation, nous avons déposé une contestation constitutionnelle devant la Cour supérieure. Nous estimons que certaines dispositions de la Loi 28 créent une inégalité de traitement et contreviennent au droit à l'égalité.
La discrimination ne se limite pas aux paroles ou aux gestes. Elle peut aussi se retrouver dans les lois. Lorsqu'un cadre légal protège moins un secteur majoritairement féminin, il perpétue une injustice qu'il faut corriger.
Un réseau réellement universel commence par reconnaître votre rôle essentiel et par vous offrir des protections pleines et entières. Protéger la population, c'est aussi protéger celles qui la soignent.
Julie Bouchard , Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ

Laïcité dans le réseau de l’éducation : le personnel de soutien scolaire affecté par l’application de la Loi
Des travailleuses du soutien scolaire sont renvoyées dans le cadre de l'application de la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions législatives (la Loi). Cette situation, vivement dénoncée par la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN), touchait au moins 12 salariées du Centre de services scolaire des Mille-Îles (CSSMI) au moment d'écrire ces lignes. Ce nombre est cependant appelé à augmenter alors que d'autres centres de services scolaires ont entamé les travaux en vue de se conformer à la Loi.
26 février 2026 | tiré du site de la CSN
« D'abord, c'est épouvantable sur le plan humain de forcer des femmes à choisir entre leur gagne-pain et leurs croyances personnelles, s'insurge la présidente du Secteur soutien scolaire de la FEESP–CSN, Annie Charland. S'attaquer au prosélytisme, c'est une chose. Jeter des femmes à la rue, des travailleuses qui s'occupent de nos enfants avec cœur et conviction, sans le moindre remord et sans réfléchir aux impacts, c'est un geste qu'on croirait posé par des compagnies comme Amazon, pas par le gouvernement du Québec et les centres de services scolaires ! »
« Mais, en plus du drame humain qui se joue, en agissant de la sorte, le CSSMI risque de provoquer une crise, poursuit Annie Charland. Pour le moment, on parle de quelques écoles, d'une partie du CSSMI et ça touche déjà 12 salariées qui s'occupent chacune de 20 à 45 enfants, selon les contextes. On parle donc de 240 à 540 enfants pour lesquels on doit trouver de nouvelles travailleuses. C'est déjà difficile d'embaucher dans ce secteur à la rentrée… en plein hiver, oubliez ça ! Soit la charge va retomber sur les collègues déjà au bout du rouleau, soit on tombera en bris de service. J'aimerais que ce soient les ministres de la CAQ qui expliquent ça aux parents ; qu'ils doivent venir chercher leur enfant pour le dîner. »
Comme d'autres centres de services scolaires, le CSSMI a récemment envoyé une lettre à toutes les membres visées de son personnel de soutien pour leur demander de se conformer, dans un court délai (5 à 7 jours ouvrables selon les cas), à la Loi, sous peine de congédiement. Les 12 cas de cessation d'emploi, au CSSMI, sont les premiers qui ont été signalés aux syndicats de la FEESP–CSN, mais, les démarches étant encore en cours, de nombreuses autres situations sont à prévoir.
« On avait prévenu les ministères concernés que l'application de la Loi serait un problème, rappelle le président de la FEESP–CSN, Frédéric Brun, que ça entrainerait de nombreux départs de salariées et que ça provoquerait des bris de services. Mais, comme pour de nombreux autres dossiers qui touchent à des droits fondamentaux, la CAQ fonce tête baissée dans un mur. Un gouvernement ne peut pas opérer des changements de société sur un coup de tête. Ça prend de la réflexion, des débats, de la préparation et une longue période d'adaptation. On explique même aux enfants que ce genre de comportement est inacceptable, qu'on ne peut pas isoler ou mettre à part des personnes du groupe pour leurs différences. Tu parles d'un exemple… »
Pourtant, la FEESP–CSN avait proposé de nombreuses solutions pour que la Loi soit appliquée de façon à en limiter les impacts sur le personnel de soutien déjà à l'emploi.
« Reporter l'application de la clause grand-père au 30 octobre plutôt qu'au 19 mars pour préserver le personnel embauché pour l'année scolaire 2025-2026 ; permettre au personnel de soutien de conserver cette clause lors d'un changement de poste au sein de la même grande catégorie de personnel pour faciliter la mobilité ; aviser le personnel de l'entrée en vigueur de la Loi, mais n'appliquer les cessations d'emploi qu'à la fin de la présente année scolaire pour assurer la stabilité pour les membres, les enfants et les parents ; appliquer la clause grand-père jusqu'à celles qui étudient actuellement dans le domaine pour étaler l'impact dans le temps… On a proposé une dizaine d'idées, explique Frédéric Brun. Mais les ministres de la CAQ n'en font qu'à leur tête et propulsent, une fois de plus, le réseau de l'éducation vers une énième crise depuis qu'ils sont au pouvoir. »
Pour conclure, la FEESP–CSN demande à Mme Sonia LeBel, ministre de l'Éducation, d'intervenir promptement pour mettre un frein au dérapage en cours et pour évaluer adéquatement la situation afin de trouver des solutions qui réduiront les impacts pour le personnel de soutien, mais aussi pour les enfants et leurs parents.
À propos
La Fédération des employées et employés de services publics représente environ 69 000 membres dans près de 425 syndicats, dont 36 000 travailleuses et travailleurs de soutien dans le réseau scolaire dans 37 syndicats regroupés au sein de notre Secteur soutien scolaire, ce qui fait de la FEESP–CSN l'organisation représentant la vaste majorité du personnel de soutien au Québec.
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gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.















