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Vélo non mixte. Balade à Trois-Rivières
Le vélo est sans équivoque le moyen de transport le plus écologique qui soit. En revanche, sa pratique est parfois limitée par l'absence ou l'inadéquation des infrastructures. C'est pour cela qu'est née la Cyclerie. Ce groupe communautaire basé à Trois-Rivières a créé le programme « Toutes à vélo », afin de permettre d'apprendre à faire du vélo en milieu urbain. À bâbord ! s'est entretenu avec Aline Crédeville, citoyenne cycliste et bénévole à la Cyclerie. Propos recueillis par Isabelle Bouchard.
À bâbord ! : Qu'est-ce qu'exactement la Cyclerie ?
Aline Crédeville : C'est un organisme communautaire qui est né de la volonté de neuf personnes fondatrices souhaitant promouvoir la culture « vélo », dont deux anciens élus de la ville. Ça se traduit concrètement par une communauté gravitant autour d'un atelier de réparation et d'entretien mécanique de vélo ouvert aux membres et autour de projets événementiels ou saisonniers qui assoient et promeuvent le transport à vélo urbain.
ÀB ! : Les conditions pour la pratique du vélo comme moyen de transport sont-elles réunies à Trois-Rivières ? En quoi la Cyclerie participe-t-elle à la rencontre de ces conditions ?
A. C. : Il y a plusieurs facteurs qui sont à réunir pour que le vélo passe d'une pratique récréative à un véritable moyen de transport pour une large communauté de personnes. L'absence d'autonomie « mécanique » est un frein important à la pratique, d'où la création de l'atelier de réparation et d'entretien où des personnes plus ferrées viennent partager leur expertise à d'autres, désireuses de ne pas se retrouver penaudes devant une crevaison inopportune. Mais il n'y a pas que la mécanique pour être autonome ou plutôt « vélonome ». Il y a aussi le fait de savoir être cycliste en ville dans des conditions parfois hostiles : partage inéquitable de la route, infrastructures routières inadaptées, et le climat qui peut aussi faire faiblir la volonté.
La Cyclerie organise et réalise des actions visant à encapaciter les personnes via des formations et événements axés sur l'expérience de la mobilité cycliste : vélo d'hiver, essai de vélos-cargo, ou encore des balades urbaines (dont la participation aux masses critiques [1] – édition trifluvienne). Enfin, pour devenir cycliste, l'appartenance à une communauté est cruciale, afin d'échanger autour de notre pratique de cyclistes urbain·es. En cela, la Cyclerie permet ce lieu d'échanges et d'existence.
ÀB ! : Certains limitent les retombées du vélo à des améliorations en termes de santé et d'environnement. Vous semblez partager une vision plus holistique des retombées sociales du vélo ?
A. C. : Oui la santé, oui l'environnement, mais effectivement je crois aussi beaucoup en la capacité d'autonomie que le transport à vélo permet. Le temps et l'espace défilent différemment à vélo. On est en contact constant avec notre environnement immédiat. L'échange avec celui-ci n'est non seulement pas coupé, mais il est « sublimé ». Je veux dire : quel plaisir de se mouvoir dans l'espace, sentir le vent sur sa peau. Comme dirait l'une des participantes de « Toutes à vélo », c'est comme voler ! C'est aussi pouvoir dire salut aux personnes que tu connais, t'arrêter et repartir. Aller d'un endroit à un autre, efficacement. Il y a un fort sentiment d'autonomie, de liberté, mais aussi d'appartenance au lieu et aux personnes qui partagent ce mode de transport. Aussi, on retrouve toute sorte de monde à vélo. Pas forcément les mêmes vélos c'est certain, toutefois, tout le monde pédale. Et un vélo c'est bien plus beau qu'un char. Esthétiquement, on est ailleurs. Écologiquement aussi. Socialement, c'est évident. Le vélo remet les pédales à l'heure...d'aujourd'hui.
ÀB ! : Comment est venue l'idée géniale des balades non mixtes ? Quel bilan en tirez-vous ?
A. C. : Les balades non mixtes ont commencé avec l'idée de faire une édition trifluvienne de « Toutes à vélo » (programme développé par Vélo Québec destiné aux femmes par des femmes pour apprendre à faire du vélo). Les objectifs étaient de donner l'occasion (1) d'apprendre ou de réapprendre le vélo, (2) de comprendre comment se déplacer en ville à vélo, (3) de le faire entre femmes sans mexplication [2], à leur rythme, en sécurité et dans la bienveillance.
En parallèle des séances, on a aussi organisé une garderie pour que les femmes puissent venir et faire garder leurs enfants le temps des séances. La balade, un coup de pédale à la fois. D'abord une pédale, puis les deux. Voir le sourire aux premiers coups de pédales, les éclats de rire quand soudainement, oui, il faut freiner…avant le mur. Une franche camaraderie parmi cette dizaine de femmes de tous âges, et de toutes expériences. Faire le circuit routier en milieu urbain, apprendre à tourner aux intersections, indiquer sa direction, savoir quand on a priorité, se positionner légitimement sur la voie, et oui, répondre aux incivilités et à des comportements dangereux d'automobilistes.
Leurs motivations ? Parmi celles qu'elles nous ont dites : « Ne pas dépendre des horaires des bus », accompagner leurs enfants à vélo au lieu d'être sur le bord à tenir les sacs et les gourdes. À refaire ? Elles étaient unanimes. Des ajustements, certainement. Le bilan est positif, très positif. Ce fut un franc succès : sur les 15 personnes inscrites, 12 sont venues, et régulièrement.
ÀB ! : Vous avez aussi tenu des balades réservées aux femmes issues de l'immigration ? Quelles ont été les retombées ?
A. C. : On a ajouté le volet « nouvelles arrivantes » parce que justement on croit au fait que permettre aux femmes nouvelles arrivantes de faire du vélo en ville pouvait les affranchir et faciliter leur autonomie en matière de mobilité. On pense refaire plusieurs fois cette expérience, mais sous une forme moins concentrée dans le temps, destinée à d'autres groupes de personnes, comme les personnes étudiantes étrangères, et pas uniquement en non-mixité.
On a aussi l'idée de proposer des balades aux personnes ayant suivi le programme, sous la forme de mentorat afin de consolider les acquis et la confiance. Pour les prochaines éditions, on s'organise aussi de manière à avoir davantage de bénévoles. Nous n'étions pour cette édition que deux à avoir suivi la formation « Cycliste avertie » de Vélo Québec, ce qui est limitant : nous seules pouvions assurer la sécurité des sorties sur route.
ÀB ! : Quelles sont les prochaines activités de la Cyclerie ? Quel avenir pour le vélo à Trois-Rivières ?
A. C. : De manière récurrente, tous les jeudis soir l'atelier de mécanique est ouvert sur rendez-vous, et les deuxièmes samedis du mois, nous tenons l'atelier de mécanique vélo non mixte : Les Maniv'elles. L'idée, c'est de s'offrir un temps et un espace par des femmes pour des femmes et autres personnes non-cis, pour apprendre la mécanique vélo. En parallèle de cette mission mécanique, la deuxième collecte de vélos se profile à la mi-octobre. S'ensuit ensuite la formation de vélo d'hiver avec un don d'équipement de 200$ pour les personnes cyclistes participant à notre programme. La conversion aux conditions hivernales en est bien facilitée ! Notre but ? Le pont Laviolette à vélo ! Mais plus sérieusement, à long terme : améliorer l'image du transport à vélo urbain et périurbain, augmenter la fréquentation cycliste, obtenir de meilleures infrastructures, et augmenter l'accessibilité à ce mode de transport, pour tous et toutes, à Trois-Rivières.
[1] Une masse critique est une mobilisation de cyclistes dans l'espace public duquel les automobilistes sont exclus. Ce mouvement mondial, à la fois festif et revendicatif, vise à réclamer l'espace urbain, développer la sociabilité entre cyclistes et promouvoir les transports alternatifs et écoresponsables.
[2] Francisation du concept féministe anglais de « mansplaining »
Photo : Aline Crédeville
Relancer les luttes écologiques au Québec
Le mouvement écologiste est à la fois fragile et bien implanté au Québec. Des années de luttes ont mené à des avancées significatives, tant en termes de positionnement que d'organisation. Mais les nombreuses difficultés à faire adopter des mesures conséquentes et l'inaction persistante des États montrent aussi que les gains actuels restent insuffisants. D'autant plus qu'avec l'élection de Donald Trump aux États-Unis et celle probable de Pierre Poilièvre à Ottawa, cette stagnation risque de se transformer en un ressac considérable.
Mini-dossier coordonné par Nicolas Lacroix, Louise Nachet et Claude Vaillancourt
D'où notre initiative de faire le point sur les luttes écologistes. Ce mini-dossier, prélude à des développements ultérieurs, lance quelques pistes : évaluer les reculs et les avancées, penser le fatalisme qui touche une partie du mouvement et mettre de l'avant de nouveaux collectifs (les Soulèvements du fleuve) qui participent de la relance des luttes.
Les COP sur le climat, neutralisées et décrédibilisées par le rôle qu'y joue désormais l'industrie fossile, ainsi que le climatoscepticisme de la nouvelle administration étatsunienne annoncent des années difficiles pour le mouvement écologiste. Il importe par conséquent de renforcer nos résistances et de leur donner une nouvelle impulsion. Cela commence par une reconnaissance de l'état de nos luttes.

Les Soulèvements du fleuve : construire un nouveau rapport de force
Né de la rencontre et de l'agrégation de plusieurs luttes locales au Québec, le récent collectif Les Soulèvements du fleuve entend participer de manière plus radicale et créative à la résistance contre le complexe industriel, colonial et extractiviste. Cibler les véritables responsables, densifier le réseau de résistance et reprendre du terrain, tels sont leurs objectifs immédiats. À bâbord ! s'est entretenu avec eux. Propos recueillis par Nicolas Lacroix.
À bâbord ! : Pouvez-vous expliquer ce que sont les Soulèvements du fleuve ?
Les Soulèvements du fleuve : Les Soulèvements du fleuve sont nés de la nécessité de dépasser nos luttes et nos situations locales pour composer un mouvement capable de désarmer ceux qui aménagent la dépossession et la destruction. À travers les rencontres et les débats, nous en sommes venu·es au constat que la simple addition de nos résistances n'est pas suffisante pour faire face au niveau de coordination et de planification d'un projet comme le Projet Saint-Laurent du gouvernement Legault. Les Soulèvements du fleuve rassemblent et densifient ainsi les initiatives qui germent un peu partout afin de résister collectivement au développement extractiviste et industriel en cours. Puisqu'aucun gouvernement n'est en mesure de répondre à la catastrophe actuelle, il nous revient de nous imposer pour construire un monde nouveau. Les Soulèvements du fleuve ne sont donc ni organisation ni groupe particulier, mais bien la composition de ces résistances. Évidemment, les hypothèses, les forces et les limites des Soulèvements de la Terre français sont une inspiration à la fois pratique et théorique pour l'avenir de nos mouvements.
ÀB ! : Comment l'action des Soulèvements du fleuve s'inscrit-elle dans le contexte du Québec, notamment eu égard aux dynamiques coloniales qui y sont à l'œuvre ?
LSF : Si notre tentative part effectivement des communautés allochtones, nous avons comme objectif de dépasser les frontières. S'opposer aux pratiques extractivistes et destructrices des terres et de ses populations s'inscrit selon nous dans une logique de résistance aux logiques coloniales d'accaparement des terres pour l'extraction. Dans notre volonté d'amplifier la force et la voix des résistances et des alternatives face à la destruction du monde, nous cherchons activement à soutenir et à participer aux mouvements de restitution des territoires autochtones (Land Back). Plus largement, notre hypothèse est d'impulser un mouvement de rébellion contre les architectes de la fin du monde en construisant des réseaux de luttes locales qui traversent les différentes communautés. Évidemment, les grandes distances géographiques qui nous séparent, les barrières culturelles et les fractures raciales complexifient ce travail. Mais nous savons qu'une piste de solution se trouve dans la rencontre réelle, le partage et l'écoute, et c'est ce à quoi nous travaillons.
ÀB ! : L'opposition au « projet Saint-Laurent » de l'actuel gouvernement caquiste apparaît comme l'un des principaux moteurs de l'action des Soulèvements du fleuve. Pouvez-vous expliquer ce en quoi consiste le « projet Saint-Laurent » et pourquoi les Soulèvements du fleuve s'y opposent ?
LSF : Faisant suite au Plan Nord, le projet Saint-Laurent s'illustre par la poursuite d'un développement techno-industriel, énergétique, extractiviste, portuaire et routier sans limite entrepris par le gouvernement pour supposément répondre à la crise climatique. Il incarne la réponse capitaliste par excellence face à ses propres défaillances écologiques et sociales : exploiter plus, creuser plus profond, re-industrialiser, marchandiser le vivant et approfondir le ravage. Mais ce renouveau du développement techno-industriel décomplexé n'est pour nous qu'un point de départ. L'exploitation des territoires dépasse le projet Saint-Laurent et son impopulaire filière batterie. L'exploitation forestière, l'agro-industrie ou le passage d'oléoducs pétroliers ne seront pas en reste. Ces complexes étant régis par les mêmes logiques destructrices de dépossession et d'extraction, le projet des Soulèvements du fleuve se doit de considérer le problème dans sa totalité.
ÀB ! : Comment les Soulèvements du fleuve conçoivent-ils leur rôle dans la relance des luttes écologistes ? Quels sont ses rapports avec les autres mobilisations et organisations écologistes ?
LSF : Il nous faut à notre avis devenir une force politique capable de construire et maintenir un rapport de force permettant de faire fléchir ceux que nous nommons les architectes de la destruction. Cela passe par une composition entre groupes en
tout genre : ONG, syndicats, groupes citoyens, écologistes, groupes autonomes, coopératives de solidarité, alternatives paysannes, naturalistes, amoureux·euses des boises, etc., en combinant et dépassant nos perspectives et nos moyens d'actions propres. Il s'agit donc pour nous maintenant de s'organiser dans des lieux et des moments donnés, de dessiner des trajectoires communes. Nous mettons au jeu l'hypothèse de la composition : nous ne considérons pas qu'une vision ou une forme d'intervention doit primer sur une autre, mais envisageons plutôt la musicalité de l'ensemble. Suivant cette métaphore, les Soulèvements du fleuve ne prennent pas le rôle de chef d'orchestre, mais se font plutôt les technicien·ne.s qui s'assurent dans l'ombre que chacun·e soit capable de jouer du mieux qu'il ou elle le peut.
ÀB ! : Quels sont les objectifs à plus ou moins long terme des Soulèvements du fleuve ?
LSF : Un peu partout, une évidence est partagée : il est aujourd'hui nécessaire de reprendre l'offensive, de gagner du terrain à la fois symboliquement et matériellement. C'est-à-dire, d'une part, de contrer les discours dominants sur l'économie, la croissance et leur caractère indépassable. Se rencontrer, discuter, travailler les imaginaires, inventer d'autres possibles. Mettre de l'avant d'autres discours que celui de notre extinction assurée. Ce mouvement doit, d'autre part, être aussi celui d'une offensive matérielle. Partout où des territoires sont menacés, nous appelons à ce que tous les efforts soient faits pour les défendre afin qu'ils soient restitués aux communautés concernées, habités de nouvelles pratiques écologiques, occupés d'usages collectifs, ou simplement laissés vagues. Nous défendons à la fois la possibilité que des terres puissent demeurer improductives – que tout ne soit pas réduit à sa valeur, son travail, son rendement, que des choses puissent exister telles quelles – mais aussi l'invention de nouveaux usages, la création d'infrastructures qui nous permettent de résister et de se réinventer dans le temps. Si nous avons comme objectifs immédiats l'arrêt des projets ravageurs spécifiques, nous savons que la victoire réelle dépend de notre capacite à inventer de nouveaux rapports aux un·e·s et aux autres, à nous-même, à la Terre et à toutes les formes de vie qui la peuplent.

Où en sont les luttes écologiques ?
Depuis les grandes manifestations de 2019, la lutte pour l'environnement semble ralentir, ou connaître un important ressac. Avec la montée de l'extrême droite, l'application contestée de mesures environnementales et une certaine lassitude, l'environnement ne semble plus occuper une place aussi marquante. Mais est-ce vraiment le cas ?
Chose certaine, la planète continue de se réchauffer et les catastrophes naturelles s'accumulent… Et bien sûr, les grandes manifestations ne sont pas le seul mode de pression pour inciter les gouvernements et les populations à se lancer de façon plus significative dans la transition écologique. Mais si on les considère comme un important barème, il devient évident que celles qu'on a tenté de relancer après le grand sommeil des années de la covid-19 n'ont eu ni l'ampleur ni la couverture médiatique qu'elles auraient pourtant dû obtenir.
Le réchauffement climatique ne crée plus le même effet de stupeur, ses conséquences n'ont plus l'impact de la nouveauté. Il se développe au contraire une forme de résignation et de défaitisme devant les constats terrifiants du GIEC et des groupes environnementalistes. À force de les entendre sans réelles modifications, leurs propos ne parviennent plus à alarmer autant. Mais comment pourraient-ils se renouveler si la situation ne change pas ?
Le déni se renforce
La montée de l'extrême droite partout dans le monde devient un des principaux obstacles à la transition écologique. Ne reculant pas devant les raccourcis démagogiques, celle-ci parvient à faire croire que les politiques environnementales se retournent contre les citoyen·nes qu'elle prétend défendre. C'est au nom du peuple qu'elle s'oppose à la taxe sur le carbone au Canada, aux éoliennes en France, et qu'elle soutient l'exploitation sans limites des hydrocarbures aux États-Unis.
Quitte à mentir effrontément, comme Pierre Poilievre, lorsqu'il prétend que la taxe sur le carbone affame la population, alors que grâce à une ristourne, elle donne plus d'argent qu'elle en prend pour huit Canadiens sur dix, selon le directeur parlementaire du budget. Le populisme de droite est parvenu à faire de la protection de l'environnement un épouvantail lui permettant d'attirer les votes. Un enjeu que la droite cherche à rendre impopulaire, si bien que les partis centristes et libéraux cherchent à l'éviter, comme on l'a constaté lors du débat présidentiel entre Donald Trump et Kamala Harris, où la question climatique a été à peine abordée.
L'indifférence de nombreuses personnes provient aussi de l'illusion créée par l'adoption de certaines mesures présentées comme efficaces, mais qui, dans le fond, ne le sont pas. La population est rassurée : le gouvernement agit, même s'il est loin de le faire convenablement. Ainsi, le projet de loi 69 sur l'énergie (PL69), devant assurer « la gouvernance responsable des ressources énergétiques », ne propose aucune mesure de décarbonation et prévoit un large plan pour produire toujours plus d'électricité, peu importe les effets nuisibles sur l'environnement et les coûts élevés de cette transformation — qui seront par ailleurs absorbés par la population.
Parfois aussi, certaines bonnes mesures, prises ou présentées inconsidérément, déclenchent une réaction provoquant de véritables reculs. La taxe sur le carburant en France, décrétée par le gouvernement Macron, non progressive et suivant une importante baisse d'impôt pour les riches, a déclenché la juste indignation des Gilets jaunes. Devant cette réaction très forte, l'écofiscalité, même responsable et bien modulée, est devenue sulfureuse pour plusieurs gouvernements. Au Québec, la présentation maladroite de Québec solidaire de sa taxe sur les voitures polluantes a écarté toute idée de bonus-malus sur l'achat d'autos, visant à récompenser les bonnes pratiques et pénaliser les mauvaises. Devant des échecs de ce type, le risque de l'impopularité de nombreuses mesures pro-environnementales rend craintives les personnes exerçant le pouvoir. Les politiques environnementales deviennent risquées pour elles.
Les pressions constantes des lobbys industriels auprès des gouvernements et de l'opinion publique créent une importante stagnation, quand il ne s'agit pas de reculs. Ces pressions se font sentir à tous les niveaux de gouvernement : dans le monde par des délégations importantes de représentant·es des compagnies d'hydrocarbures dans les conférences sur le climat ; par des rencontres très nombreuses avec des élu·es et fonctionnaires auprès du gouvernement fédéral tel que le révèle le registre des lobbyistes ; dans les audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi sur l'énergie au Québec (PL69) où les grandes entreprises privées sont fortement majoritaires.
Un mouvement en pleine évolution
Si les grandes manifestations sont toujours nécessaires pour convaincre les personnes d'agir plus fermement en faveur de la transition écologique, il existe plusieurs autres moyens d'atteindre ce but. Depuis plusieurs années, des progrès ont été accomplis en multipliant les initiatives de toutes sortes, pas toujours spectaculaires, mais efficaces chacune à leur manière.
Plusieurs municipalités font davantage leur part, notamment au Québec, où aux dernières élections, le mouvement citoyen Vire au vert a favorisé la victoire de plusieurs conseillers municipaux écologistes. Cela a permis des changements souvent très visibles, comme à Montréal : verdissement des rues, développement de pistes cyclables sécuritaires, réduction des places de stationnements, planification de quartiers écologiques (tout en se montrant incapable de bloquer des projets de promoteurs immobiliers allant à contresens comme Royalmount et Maestria).
Les groupes citoyens sont maintenant beaucoup mieux outillés pour mettre en branle la transition. Ils ont conçu leurs propres documents décrivant précisément les pistes à suivre (les Chantiers de la Déclaration d'urgence climatique, les 101 idées pour le climat du Pacte pour la transition et la volumineuse Feuille de route du Front commun pour la transition énergétique). Ces connaissances acquises permettent de mieux réagir devant les initiatives gouvernementales défavorables à l'environnement même si des coups de force comme l'installation de Northvolt ou le PL69 restent difficiles à contrer.
De nombreuses initiatives citoyennes ont été mises en place, visant à encadrer la transition écologique à une échelle locale par une série d'initiatives variées. Les Collectivités ZéN (zéro émission nette), déployées dans huit régions et municipalités du Québec, ou le projet de Transition juste en milieu de travail ne sont que deux exemples parmi une constellation d'initiatives dans les villes et les régions, portées par des citoyen·nes mobilisé·es en grand nombre pour protéger l'environnement. Leur travail, souvent dans l'ombre, crée de véritables transformations.
D'autres choisissent de combattre l'inertie des gouvernements et d'une partie de la population en renouant avec les actions et discours radicaux, avec la remise en cause d'un capitalisme à bout de souffle. Les 11 brefs essais pour la justice climatique, sous la direction de Zoyanne Côté et Sandrine Giérula1, reflètent bien la réaction de jeunes autrices indignées, décidées à nourrir leurs actions de leur colère comme le disent les directrices de l'ouvrage :
« “ Amour et rage ”, “ Résister et fleurir ”. Ces slogans nous rappellent qu'une part de nous doit s'opposer à ce qui est érigé pour que l'autre puisse faire germer la suite. Résister par amour. Fleurir par rage. Il faut oser le dire et s'activer : nous devons détruire notre système économique ; notre société impérialiste doit s'effondrer. Cela ne veut pas dire que nous sombrerons avec elle. Ayons de l'ambition révolutionnaire. »
Le mouvement Extinction Rebellion, fondé en 2018, se distingue toujours par de spectaculaires actions dérangeantes. Dans son sillon, plusieurs groupes reprennent des tactiques semblables, comme Rage climatique et Dernière génération, ce dernier groupe ayant notamment barré l'accès à un débarcadère de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau en pleine période des vacances l'été dernier. L'inaction climatique risque de multiplier ce genre d'interventions qui seront de plus en plus facilement justifiées.
Les luttes environnementales se déclinent donc aujourd'hui, encore plus qu'auparavant, dans un large prisme d'approches. Peut-être est-il plus difficile d'en faire un portrait global et de déterminer avec conviction si elles progressent ou si elles stagnent. Chose certaine : les gouvernements et les individus en position de pouvoir n'en font toujours pas assez et sont les vrais responsables des insuffisantes avancées en matière de protection de l'environnement. D'où la nécessité de continuer à exercer toujours plus de pression sur eux.
Illustration : Elisabeth Doyon

De quoi Doomer est-il le nom ?
Un défaitisme malsain toucherait le mouvement écologiste contemporain. Selon un nombre croissant de commentateurs, le doomism, doomerism ou « catastrophisme », serait le nouveau danger qui guette l'écologie. Sous couvert de combattre l'inaction et une nouvelle forme de déni, on confond pourtant perte de foi envers le capitalisme et enthousiasme pour la fin du monde.
Dans de nombreux textes relayés par les grands médias occidentaux, on harangue la société civile pour la convaincre que son désespoir croissant face à la catastrophe climatique n'est pas fondé. On nous dit que la stratégie des petits pas que le capitalisme vert nous propose devrait nous donner des raisons d'être optimistes et que nous devrions taire notre accablement face aux échecs toujours plus nombreux de nos décideur·euses car celui-ci serait porteur d'apathie et d'inaction.
Il peut sembler inconvenant de faire la critique d'une position qui entend « redonner espoir » mais en y regardant de plus près, on découvre que ce discours sur le « catastrophisme », bien en vogue depuis les dernières années, émane d'un segment très particulier de l'écologie occidentale. Ce à quoi il entend faire barrage est beaucoup plus complexe que le simple désespoir.
À la rescousse du capitalisme vert
Il est difficile de ne pas voir une forme de panique morale dans les formulations des journalistes et des chroniqueur·euses qui s'affolent à propos des « prophètes de malheur » sur internet. Les doomers seraient partout. À en croire certain·es, ils et elles mettraient en péril notre avenir collectif et même nos enfants par leur pessimisme contagieux. Or, à la question « Mais qui sont donc ces doomers ? », la réponse reste toujours assez nébuleuse.
Les doomers feraient partie de ces nouveaux négationnistes qui acceptent enfin la réalité des changements climatiques, mais qui refusent les solutions pour y remédier. L'accusation collerait également aux collapsologues de tout acabit, et aux analystes parfois partisan·nes des théories de l'effondrement (dont le défaitisme n'est pourtant pas toujours aussi clair qu'il n'y paraît. Pire, la génération Z au grand complet en souffrirait également, si bien qu'elle risquerait d'arrêter de militer. On évoque parfois même des partisan·nes de la décroissance qui adopteraient ce même ton !
Ces amalgames qui tendent à présenter ces discours comme irrationnels et désespérément défaitistes n'ont rien d'anodins, et possèdent un caractère dépolitisant. Comme dans nombre de cas de panique morale, cet affolement à propos de l'influence des doomers a pour but de protéger un certain point de vue hégémonique.
Le discours sur le catastrophisme et ses confusions peut être vu comme une réponse plutôt désordonnée à la perte de confiance croissante envers les institutions censées mener la transition. Ce qui se présente comme un simple appel au réalisme et à l'optimisme tend en fait à protéger une certaine interprétation de l'écologie politique. Il traduit aussi une ferme aversion à l'idée que certain·es soit désillusionné·es face à la situation.
Écomodernisme et statut quo
Dans la myriade d'articles et de chroniques qui font écho à ce discours anti-catastrophiste, on cite à profusion Hannah Ritchie, statisticienne environnementale dédiée à la cause de l'anti-catastrophisme, dont les propos sont d'ailleurs repris avec enthousiasme par Bill Gates.
Pour elle, nous avons de nombreuses raisons d'être optimistes. Le coût des énergies vertes serait en train de diminuer drastiquement, tout comme le nombre de victimes de catastrophes naturelles. Surtout, nous nous dirigerions vers un « découplage de l'économie », soit une situation où les avancées technologiques (comme la géo-ingénierie et la capture carbone) permettraient à nos économies de continuer à croître sans affecter l'environnement. Cet idéal d'un capitalisme vert est l'apanage d'une certaine faction de l'écologie politique qu'on appelle « l'écomodernisme ». [1] Depuis sa naissance, ses partisan·nes s'évertuent à discréditer les autres approches qui remettent plus profondément en cause le rôle de la croissance et du capitalisme dans la crise climatique.
Il ne s'agit pas de dire que chaque article qui parle de catastrophisme fait partie d'un grand plan écomoderniste orchestré pour faire taire des voix écologistes dissidentes, ni même de dire que la critique du catastrophisme est inutile. Il va évidemment de soi que l'inaction n'est pas bénéfique au mouvement écologiste, et que le défaitisme est un enjeu réel au sein du mouvement. Néanmoins, il est nécessaire de mettre en garde contre l'utilisation outrancière de cette accusation, car celle-ci cache souvent, sous le couvert du « réalisme » et de la « lutte à l'apathie », une tentative subtile de protéger les institutions et systèmes actuels.
Éloge du pessimisme
Sous une vidéo dans laquelle apparaît Hannah Ritchie, les commentaires se ressemblent un peu tous. L'un d'entre eux, ovationné par 3400 mentions « J'aime », déclare : « Je ne suis pas fataliste parce que ces problèmes sont irrémédiables. Je suis fataliste parce que nos dirigeant·es refusent d'y remédier et parce que nous sommes impuissant·es à les obliger de prendre actions » [2].
Partout on désespère. Non pas parce qu'il n'y a plus rien à faire, mais bien parce que ce qui devrait être fait est ignoré par celles et ceux qui ont le pouvoir de changer quelque chose. Nous ne sommes pas résigné·es autant que nous sommes en colère, et le pessimisme qui nait de notre hargne ne nous condamne pas forcément à l'inaction, précisément parce que celui-ci n'est jamais loin de se transformer en révolte.
Ainsi ce n'est pas sur celles et ceux qui succombent au défaitisme devant un monde qui refuse de les écouter qu'il faut mettre le blâme du « fléau » catastrophiste. Il faut plutôt le reporter sur les décideur·euses condescendant·es qui font mine d'être préoccupé·es par l'environnement tout en refusant d'agir efficacement devant la gravité de la crise.
Pour paraphraser une citation déjà trop entendue [3], la conclusion désolante de toute cette affaire semble être qu'il est encore aujourd'hui plus facile d'assumer que l'on n'a plus foi en le monde, que de réaliser que l'on n'a plus foi en le capitalisme.
[1] « I don't feel doomed because these problems are unsolvable. I feel doomed because the people in charge refuse to solve them and people are disenfranchised and powerless to hold the people in charge accountable. », commentaire par @Elleh42 sur « What the news won't tell you about climate change | Hannah Ritchie, PhD » par Big Think. En ligne : www.youtube.com/watch ?v=3XNQFqUwCnU&t=267s
[2] Charlier, Dorothée, et Florian Fizaine. « Decoupling gross domestic product and consumption of raw materials : A macro-panel analysis ». Sustainable Production and Consumption 36 (1 mars 2023) : 194-206. doi.org/10.1016/j.spc.2022.12.020.
[3] Mark Fisher, Capitalist realism : Is there really no alternative ?, Zero Books, Londres, 2010, Ch.1.
Antoine Morin-Racine est journaliste et étudiant à la maîtrise en sociologie à l'Université Laval.
Illustration : Elisabeth Doyon

Portraits de familles dans l’histoire du Québec
Qu'est-ce que la famille ? Comment se caractérisaient les familles du passé et comment se comparent-elles à celles du présent ? La famille a-t-elle à ce point changé ? Ces questions et bien d'autres encore continuent de nous interpeller, comme elles ont interpellé nos ancêtres, et aussi les sociologues, les démographes et les historiens et historiennes. Petit tour d'horizon sur l'histoire de la famille au Québec qui nous apprend que la pluralité des formes que peut prendre la famille ne date pas d'hier.
La famille, institution centrale à toute société, est aussi au cœur de l'expérience humaine, ce qui explique que l'on s'en préoccupe autant. Aujourd'hui associée à la sphère privée et au domaine de l'intime, la famille a de tout temps fait l'objet de règles religieuses, juridiques ou culturelles qui cherchaient à en dessiner les contours et à en façonner toutes les dimensions. Quitte à déplorer une « crise » de la famille quand les réalités familiales ne s'accordaient plus aux normes prescrites, ce qui est arrivé souvent au cours de l'histoire du Québec.
La multiplicité des modèles familiaux, d'hier à aujourd'hui
Il peut nous sembler que le portrait des familles actuelles est plus diversifié que jamais, les familles nucléaires hétérosexuelles, celles composées d'un père, d'une mère et de leurs enfants généralement peu nombreux ne constituant désormais qu'un modèle familial parmi d'autres. Depuis les années 1970, en effet, on a assisté à une explosion du nombre des familles monoparentales, très majoritairement à chef féminin, en raison de la multiplication des séparations et des divorces, qui a conduit également à une forte augmentation des familles recomposées. Au tournant du XXIe siècle, on a aussi assisté à un accroissement du nombre des familles homoparentales, les conjoints et conjointes de ces familles pouvant, depuis 2002, contracter une union civile et même, depuis 2004, se marier. Plus récemment, le recours à la fécondation assistée et à la gestation pour autrui a aussi alimenté des revendications pour la reconnaissance de familles à trois parents, transformant encore une fois le portrait de la famille contemporaine.
Une telle multiplicité des modèles familiaux est certainement un phénomène caractéristique de notre époque, mais il ne faudrait pas croire que les familles d'autrefois étaient homogènes ni fort éloignées de certains de nos modèles actuels. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la famille nucléaire a toujours été le modèle dominant dans les sociétés occidentales préindustrielles, car si les vieux parents habitaient le plus souvent avec l'un de leurs enfants jusqu'à leur mort, formant ainsi une famille « souche » ou étendue, tous les membres de la fratrie n'avaient pas à assumer cette responsabilité et formaient donc des familles à deux générations plutôt que trois.
Il faut dire cependant que les « ménages », c'est-à-dire l'ensemble des personnes habitant sous un même toit, pouvaient être beaucoup plus complexes qu'aujourd'hui : au noyau familial venaient en effet s'ajouter des serviteurs et des servantes, voire même des esclaves à l'époque de la Nouvelle-France, ou encore des ouvriers agricoles dans les zones rurales et, dans les villes, de jeunes apprentis, pensionnaires ou chambreurs. Que ce soit pour de brèves périodes ou pour de longues années, toutes ces personnes cohabitaient dans des conditions qui favorisaient rarement l'intimité de chacun, sauf peut-être chez les élites qui bénéficiaient de plus grands espaces de vie. Vivre seul, comme c'est aujourd'hui le cas pour près de 20% de la population québécoise, aurait été impensable à l'époque, notamment en raison de la quantité de travail nécessaire pour assurer sa survie et de la division genrée des tâches quotidiennes qui déterminait de manière plutôt rigide lesquelles étaient dévolues à chacun des deux sexes.
La famille au gré des changements historiques
L'industrialisation et l'urbanisation qui l'a accompagnée ont bien sûr modifié la composition et la vie familiale, mais les changements ont été plus ou moins graduels selon les classes sociales. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, par exemple, il n'était pas rare que les familles ouvrières aient encore une demi-douzaine d'enfants, ou même plus, et qu'elles accueillent des pensionnaires, histoire d'arrondir les fins de mois, tout en hébergeant les grands-parents. C'est vraiment à partir de l'après-guerre que la famille nucléaire de deux à quatre enfants est devenue un idéal promu, désiré et atteint par le plus grand nombre.
Alors que dans les années 1920, l'Église s'était opposée au programme de pensions de vieillesse initié par le gouvernement fédéral sous prétexte que le bien-être des personnes âgées relevait de la responsabilité de leurs enfants, dans les années 1950, les psychologues, nouveaux experts autoproclamés de la famille, estimaient pour leur part que seul le repli sur le noyau familial pouvait garantir une vie conjugale épanouie et des rapports parents-enfants sains, c'est-à-dire moins autoritaires et sans interférences de la part de tiers. L'éducation plus libérale des enfants prônée par ces spécialistes exigeait par ailleurs des familles moins nombreuses, ce qu'a facilité le recours à des moyens de contraception comme le coït interrompu et les condoms, connus depuis longtemps, et la méthode Ogino-Knaus, tolérée par l'Église catholique et diffusée à partir des années 1930 dans les cours de préparation au mariage qu'elle patronnait. Avoir moins d'enfants était aussi un prérequis pour leur assurer un meilleur niveau d'éducation et donc un meilleur avenir, tout comme une famille plus restreinte permettait de participer à la société de consommation de masse alors en plein essor.
Cette société fordiste, fondée sur le couple pourvoyeur-ménagère, ne survivra cependant pas aux années 1960 et 1970. Pendant que l'étiolement de l'État-providence et la montée du néolibéralisme grugeaient les revenus des familles à pourvoyeur unique, la résurgence du féminisme contestait la domination masculine dans la famille et la société et encourageait l'autonomie des femmes, notamment sur le plan économique, si bien qu'en quelques décennies, les familles à deux pourvoyeurs sont devenues la nouvelle norme. Le plus souvent, au détriment des femmes qui encore maintenant assument une plus grande part des tâches ménagères et parentales et, surtout, de la charge mentale qui les accompagnent, tout en se retrouvant sur le marché de l'emploi.
Les familles monoparentales à l'époque préindustrielle
Les familles monoparentales n'étaient pas inconnues dans les villes préindustrielles. Dirigées la plupart du temps par les femmes, il s'agissait de veuves qui, elles aussi, devaient composer avec le double rôle de ménagère et de pourvoyeuse. Sauf pour une brève période à l'époque de la Nouvelle-France, les veuves trouvaient en effet plus difficilement à se remarier que les veufs. Ces derniers avaient en outre plus tendance que les veuves à confier leurs jeunes enfants à des parents ou même à des institutions s'ils ne trouvaient pas une nouvelle compagne, mais cette stratégie de survie était aussi utilisée par les veuves chargées de très jeunes enfants. Les longues heures de travail et les bas salaires féminins, de même que la lourdeur des tâches domestiques, rendaient en effet presque impossible la conciliation travail-famille à cette époque ; pour y arriver, il fallait que les enfants soient assez vieux pour apporter leur contribution au revenu familial et aux corvées ménagères.
C'est pourquoi les orphelinats étaient remplis de « faux » orphelins (jusqu'à 70%) c'est-à-dire de jeunes enfants « placés » là par leur père ou leur mère en attendant qu'ils soient assez vieux pour les reprendre et les mettre au travail. La « circulation » des orphelins à l'intérieur de la famille élargie était aussi un phénomène courant à l'époque, des enfants étant élevés, sur une base temporaire ou permanente, par des adultes apparentés à leur père ou leur mère décédée ou incapable de s'en occuper. Si, de nos jours, la plupart des adoptions se concrétisent à la suite de démarches formelles (et complexes) à l'échelle internationale, autrefois, c'étaient souvent les proches qui s'occupaient des enfants nécessitant une prise en charge, sans que cette substitution parentale soit nécessairement légitimée par la loi.
Divorces, séparations, couples illégitimes : le pouvoir de l'Église
Il est à toutes fins utiles impossible d'obtenir le divorce au Québec avant les années 1960 à moins de s'adresser au Parlement fédéral, une procédure longue, coûteuse et fermement condamnée par l'Église catholique, religion que pratiquait la majorité de la population québécoise d'alors. Seule la séparation « de corps et de biens » était reconnue par le Code civil et tolérée, dans les cas extrêmes, par les autorités religieuses, mais il faut noter qu'une séparation ne signifie pas que les liens sacrés du mariage soient rompus. Les personnes séparées ne pouvaient donc pas se remarier ; celles qui étaient divorcées le pouvaient, mais jusqu'à l'instauration du mariage civil, dans les années 1960, seuls les cultes protestants acceptaient de sanctionner ces unions. L'opprobre qui frappait les personnes séparées ou divorcées était tel que bien des femmes toléraient l'intolérable, la violence conjugale et domestique notamment, plutôt que de quitter leur conjoint. Il faut dire que les maigres salaires féminins ne leur permettaient pas de bien gagner leur vie, encore moins celle de leurs enfants, ce qui contribuait à les enfermer dans des unions délétères.
Malgré les difficultés économiques anticipées, ce sont néanmoins plus souvent les femmes qui quittaient leur conjoint que l'inverse, comme le montrent les procès en séparation de corps qui ont survécu. C'est d'ailleurs toujours le cas. Mais, si aujourd'hui divorces et séparations sont devenus des plus habituels, banals même puisqu'ils touchent une union sur deux, avant les années 1970, ils étaient le fait d'une minorité, honteuse de vivre une telle situation au point de le cacher. Des témoignages révèlent en effet que les femmes séparées préféraient se dire veuve plutôt que d'avouer au voisinage qu'elles ne vivaient plus avec leur mari. Plusieurs de ces « veuves » n'étaient d'ailleurs pas officiellement séparées, leur mari les ayant tout simplement abandonnées, sans prendre la peine de passer par les tribunaux pour sanctionner leur séparation. Le phénomène, bien avéré, demeure toutefois impossible à quantifier. De la même façon, les couples non mariés préféraient taire leur situation plutôt que d'être accusés de concubinage et ostracisés à cause de leur « péché ».
Quelques scandales ayant conduit à des procès témoignent aussi de l'existence de couples de femmes, dont certaines sont même parvenues à convoler en justes noces avant d'être démasquées. Tout comme les « fausses veuves » et les « concubins », ces unions homosexuelles, condamnées à la clandestinité par les autorités morales et civiles de l'époque, sont malheureusement, du fait même, très difficiles à identifier. Évaluer leur ampleur est donc illusoire, même si on peut présumer qu'il s'agit de cas plutôt anecdotiques.
La famille, à la fois institution sociale et champ des possibles
Depuis la fin du XXe siècle, il ne fait pas de doute que le portrait de la famille québécoise est devenu beaucoup plus composite. La libéralisation des mœurs, de même que les luttes sociales et politiques menées par les groupes féministes et homosexuels, gais et lesbiens, depuis les années 1960, sans compter les revendications récentes des personnes non binaires ou transgenres, ont toutes, chacune à leur manière, contribué à ouvrir le champ des possibles en ce qui concerne la conjugalité et la parentalité, entraînant du même coup une diversification des structures familiales.
Si aujourd'hui comme hier, la famille nucléaire est demeurée le modèle dominant, sinon majoritaire, il reste qu'on assiste depuis quelques décennies à une nette augmentation des modèles familiaux qui s'en distinguent et qui doivent souvent composer avec des défis de tous ordres, notamment sur les plans juridiques et culturels. Pour autant, force est de constater que la famille d'hier n'était pas non plus totalement homogène : à côté de la famille « souche », considérée à tort comme universelle, venait se greffer la famille nucléaire, la plus répandue, mais aussi des familles monoparentales et recomposées, résultat d'un veuvage ou même d'une séparation. Aujourd'hui comme hier, c'est donc à la pluralité des formes de la famille qu'il faut songer quand on tente d'en faire le portrait, cette institution sociale, cible de nombreuses prescriptions normatives, demeurant néanmoins malléable pour mieux s'adapter aux besoins de ses membres.
Denyse Baillargeon est professeure émérite au Département d'histoire de l'Université de Montréal.
Illustration : Natascha Hohmann
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Fusillade à Côte-des-Neiges : la FTQ dénonce la violence antiféministe et masculiniste
MONTRÉAL, le 23 juin 2026 - La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) tient à exprimer ses plus sincères condoléances aux familles, aux proches et aux collègues des personnes tuées ou blessées lors de la fusillade survenue hier dans le quartier Côte-des-Neiges. Nous saluons également le travail des premiers répondants et de l'ensemble des intervenant-es qui ont porté secours aux victimes dans des circonstances extrêmement difficiles.
Au-delà de l'émotion et de l'indignation que suscite cet acte de violence, la FTQ estime qu'il est essentiel de nommer ce qui semble avoir motivé le passage à l'acte. Selon les informations rendues publiques, le tireur adhérait à l'idéologie incel et a laissé un manifeste marqué par la haine des femmes, l'antiféminisme et l'appel à la violence.
« Nous refusons de traiter cette attaque comme une tragédie sans cause ni contexte. Les discours antiféministes, masculinistes et haineux qui circulent de plus en plus ouvertement dans l'espace public et en ligne ont des conséquences bien réelles. Ils alimentent la radicalisation, banalisent la violence et menacent la sécurité des femmes ainsi que la cohésion sociale. Derrière cette haine se cache souvent un projet de recul social plus large, qui remet en question l'égalité entre les femmes et les hommes, leur autonomie économique et leur pleine participation au marché du travail. La FTQ demeurera aux côtés de celles et ceux qui combattent ces idéologies et qui défendent une société fondée sur l'égalité, le respect et la solidarité », déclare la présidente de la FTQ, Magali Picard.
La FTQ rappelle que l'égalité entre les femmes et les hommes, le respect de la diversité et la lutte contre toutes les formes de violence constituent des valeurs fondamentales du mouvement syndical.
« Comme hommes, nous avons aussi une responsabilité. Il ne suffit pas d'affirmer que tous les hommes ne partagent pas ces idées. Nous devons dénoncer activement les discours qui banalisent la misogynie, remettre en question les modèles de masculinité fondés sur la domination et contribuer à bâtir des milieux de travail et de vie où le respect et l'égalité ne sont jamais négociables », ajoute le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière.
Face à la montée des discours haineux et à la banalisation de la violence envers les femmes, la FTQ réaffirme son engagement à promouvoir l'égalité, la solidarité et la justice sociale.
Fusillade à Montréal : une attaque contre les femmes et contre l’égalité
MONTRÉAL, le 23 juin 2026 - La Fédération des femmes du Québec (FFQ) exprime ses plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes ainsi que sa solidarité à toutes les personnes dont la vie a été bouleversée par cet acte de violence.
Ce qui s'est passé hier n'est pas un fait divers. Ce n'est pas l'acte isolé d'un homme perturbé. Sur la base des informations disponibles à ce stade, dont un manifeste explicitement antiféministe, la FFQ nomme cet acte pour ce qu'il est : une attaque contre les femmes et contre l'égalité.
Une idéologie, pas une détresse individuelle
Le manifeste de l'auteur de cette attaque relève du mouvement incel (célibataires involontaires). Ce mouvement idéologique repose sur la conviction que les femmes sont responsables de la solitude masculine, que l'égalité entre les femmes et les hommes est une aberration, et que la violence contre les femmes constitue une réponse légitime. Son manifeste prône explicitement un retour à un ordre social où les femmes seraient réduites à un rôle reproductif et appelle à une révolution armée.
Selon Vé Mikaelian, responsable du dossier de l'antiféminisme à la FFQ, « Ce n'est pas la pensée d'un homme seul dans sa chambre. C'est une idéologie structurée, documentée et en croissance rapide, qui produit des victimes réelles. Réduire cet acte à celui d'un loup solitaire ou d'un problème de santé mentale est troublant et dangereux. »
Des chiffres qui auraient dû déclencher l'alarme
Selon Annvor Seim Vestrheim, autrice de l'essai Les incels : du clic à l'attentat, des attaques commises au nom de l'antiféminisme ont causé au moins 15 morts depuis 2014 au Canada. Des recherches démontrent que le volume des messages publiés dans la manosphère a plus que doublé en dix ans, et que les propos ouvertement hostiles aux femmes ont augmenté de plus de 60 %.
Ces données étaient connues. Les signaux d'alerte n'étaient ni faibles ni ambigus.
La normalisation est aussi une violence
« L'antiféminisme ne se limite pas aux forums extrémistes. Il circule dans des discours présentés comme raisonnables, voire humoristiques. On parle de crise de la masculinité. On dépeint l'égalité comme un excès. Les comportements misogynes en milieu scolaire sont en hausse. Ces réalités et leur normalisation ne sont pas sans lien avec ce qui s'est passé hier. » a indiqué Janic Galibois, coordonnatrice générale de la FFQ
Les discours qui banalisent la haine des femmes créent l'environnement dans lequel les idées extrêmes deviennent pensables, puis acceptables, puis actionnables.
Ce que nous exigeons
La FFQ demande que les gouvernements du Canada et du Québec prennent des mesures concrètes et urgentes pour contrer la radicalisation misogyne et s'engagent dans un travail de fond sur le continuum de violences masculinistes.
Les libéraux étouffent le débat sur une loi controversée
Fusillade à Montréal : prévenir la violence exige plus que des réponses après les drames
Montréal, le 23 juin 2026. À la suite de l'événement tragique survenu hier à Montréal, l'R des centres de femmes du Québec souhaite avant tout exprimer sa solidarité envers les personnes touchées, leurs proches et l'ensemble de la communauté éprouvée par cet acte de violence.
Sans commenter l'enquête en cours ni les circonstances particulières de ce drame, nous croyons qu'il est essentiel de rappeler certains enjeux de fond qui exigent notre attention collective.
Selon les informations rendues publiques jusqu'à maintenant, le manifeste attribué au tireur ferait référence à l'idéologie dite « incel ». Les faits devront être établis avec rigueur. Une chose doit déjà d'être dite clairement : nous ne pouvons pas réduire ces phénomènes à un problème individuel ou à une question de santé mentale.
« Lorsqu'un acte violent est associé à une idéologie de haine, nous avons la responsabilité collective de regarder au-delà du geste lui-même. Le danger ne commence pas au moment du passage à l'acte : il commence lorsque certaines idées de domination se normalisent sans être prises au sérieux. » - Josée Larouche, membre du comité de coordination de l'R et coordonnatrice du centre Ressource pour femmes de Beauport
Le masculinisme est une idéologie qui présente les avancées vers l'égalité comme une menace, transforme des frustrations en ressentiment et qui, dans ses formes les plus radicalisées, peut contribuer à légitimer des gestes violents.
Reconnaître ces phénomènes, c'est comprendre que les idéologies de haine ne naissent pas dans le vide et que la radicalisation ne commence pas au moment où quelqu'un passe à l'acte.
« Nous devons prendre au sérieux les manifestations de la radicalisation antiféministe. Comme d'autres formes de radicalisation, elles se nourrissent de discours haineux, de l'isolement et de la normalisation de la violence. Les reconnaître et les prévenir constituent une responsabilité collective. » - Isabelle Garreau, responsable des dossiers politiques et des communications à l'R
Des recherches en sciences sociales documentent la montée de discours antiféministes en ligne, notamment dans des communautés comme la mouvance « incel », et leur rôle dans des dynamiques de radicalisation et de normalisation de la misogynie, qui peuvent projeter ou légitimer des formes de violence.
Ces idées ne sont pas anodines : elles témoignent d'un recul de l'égalité et nous refusons de les traiter comme de simples provocations.
Bien sûr, toute réflexion sur une fusillade doit inclure la question du contrôle des armes à feu. Réduire l'accès aux moyens de commettre des actes violents est nécessaire. Mais cela ne nous dispense pas d'agir sur les causes.
Prévenir la violence exige d'investir durablement dans l'éducation, l'égalité, la prévention des violences et les ressources communautaires autonomes qui travaillent en amont.
Depuis plus de 40 ans, les centres de femmes effectuent ce travail : briser l'isolement, prévenir les violences, développer le pouvoir d'agir et construire une société plus égalitaire. La campagne « La prochaine est encore en vie » porte ce message : nous n'avons pas à attendre qu'un drame survienne pour agir.
« Nous ne pouvons pas continuer à investir après les drames. Si l'égalité entre les femmes et les hommes est réellement une priorité, alors il faut financer la prévention avec le même sérieux que nous finançons les réponses d'urgence », ajoute Josée Larouche.
Le gouvernement et les partis politiques affirment que l'égalité entre les femmes et les hommes est une priorité. Il est temps de le prouver.
À propos de L'R des centres de femmes du Québec
L'R des centres de femmes du Québec regroupe des centres de femmes présents dans toutes les régions du Québec. Les centres de femmes agissent avec les femmes pour améliorer leurs conditions de vie, lutter contre les violences et les inégalités, et bâtir une société plus juste et égalitaire.
Source :
L'R des centres de femmes du Québec
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Conceptions autochtones de la famille
Dimanche, 18 h. Tout le monde est là. On est toujours une bonne vingtaine à se rassembler chaque semaine, pour le rituel souper chez « gramma ». C'est ici que j'ai appris ce que ça signifie, faire partie d'une famille autochtone.
Texte traduit de l'anglais par Arianne Des Rochers.
Ma belle-mère, la femme la plus âgée de la famille, prend ses responsabilités au sérieux – garder la famille tissée serrée. Elle nous rassemble chez elle tous les dimanches pour souper : ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, nièces, neveux, et n'importe qui qui passe par là. On ne manque jamais de nourriture, de rires, d'histoires, de gloussements d'enfants. Je serai toujours reconnaissante envers elle, pour m'avoir transmis l'importance du lien.
C'est ça, la famille en contexte autochtone : tout le monde est relié. Nos tantes, nos oncles, nos cousins, éloignés, sont aussi importants que nos propres enfants, nos frères et sœurs et nos parents. Tout le monde a sa place, et ce ne sont pas les liens du sang qui importent, mais les rôles que l'on joue dans la vie les uns des autres.
On ne se rassemble pas juste pour souper le dimanche. On passe luncher plusieurs fois par semaine chez gramma, qui, de plus en plus à l'aise avec la technologie, nous texte qu'elle a fait de la soupe, ou encore qu'on célèbre l'anniversaire de quelqu'un. En retour, on se tient au courant sur Messenger de ce qui se passe dans notre quotidien. Ce dimanche, en plus des trois anniversaires qu'on va souligner, on fera les derniers préparatifs pour notre voyage en Italie, où ma partenaire a une compétition sportive. Il s'agit d'un événement important pour elle, et dans la tradition autochtone, c'est une bonne partie de la famille – sept d'entre nous – qui l'accompagneront pour l'encourager.
La famille, synonyme de résilience
Parfois, cette vision de la famille entre en conflit avec les valeurs occidentales de l'autonomie, de l'individualisme et de la singularité. On ne laisse jamais les autres autour de nous seul·es ; on est toujours entouré·es. Les professionnels de la santé sont frustrés quand ils voient des groupes débarquer dans leur cabinet ; les directeurs d'école sont médusés quand on leur demande vingt-cinq billets pour la cérémonie de graduation d'un·e seul·e élève ; les ressources humaines ne comprennent pas pourquoi un employé·e prendrait du temps pour faire le deuil de quelqu'un qui n'est pas de la famille « immédiate ».
Cette forme d'organisation familiale remonte aux façons dont les peuples autochtones vivaient dans le passé. Pour les Haudenosaunee – y compris les Kanienkeh'aka – , nous avons un système de clans matriarcaux. Traditionnellement, les gens qui faisaient partie du même clan (Ours, Loup, Tortue) étaient reliés et vivaient dans la même maison longue, sous les conseils des mères de clan. Pour les Inuit, les communautés traditionnelles étaient composées de plusieurs familles qui vivaient, voyageaient et chassaient ensemble. Idem pour les nations autochtones partout dans le monde : nous savons que c'est ensemble qu'on survit.
La relation est une forme de résilience qui a permis aux peuples autochtones de survivre à des siècles de tentatives coloniales d'effacement. Les colonisateurs le savaient, et c'est pourquoi ils ont adopté des lois qui limitaient le pouvoir et l'importance des femmes (les créatrices et les fondations mêmes de nos communautés) et imposé des systèmes de gouvernance et des institutions scolaires qui visaient à séparer et à isoler nos collectivités. Par exemple, la Loi sur les Indiens de 1876 a imposé le patriarcat aux collectivités autochtones, en assujettissant l'identité des femmes à celle de l'homme dominant dans sa vie, son père ou son mari. Le système des pensionnats a aussi renforcé les valeurs patriarcales en apprenant aux garçons à être les maîtres de leur foyer, y compris par la force. De nouveaux organes politiques ont été créé afin de remplacer les gouvernements traditionnels et la structure matriarcale des clans, déclarés illégaux. Malgré tout ça, les peuples autochtones sont encore là.
Une affaire de communauté
Ainsi, traditionnellement, les collectivités autochtones étaient de grandes familles étendues. Les enfants, qui sont notre avenir, étaient la priorité. Tout le monde s'entraidait afin d'assurer que les enfants et celles qui en prenaient soin avaient tout ce dont iels ont besoin pour continuer de grandir et de devenir des membres responsables de la famille/du clan/de la collectivité. Les rôles étaient transmis aux enfants par les gens qui les entouraient : mères, tantes, grand-mères, grandes-tantes, aîné·es et éducateur·rices. Les enfants savaient qu'iels étaient aimé·es et important·es et qu'iels pouvaient compter sur tout leur cercle familial.
Chaque rôle au sein de la famille était respecté, valorisé et maintenu. Les hommes s'occupaient de fournir la nourriture, les abris et la protection nécessaires. Les autres accomplissaient une foule de tâches visant à maintenir la vie au sein de la communauté. Lorsque quelqu'un quittait la collectivité, d'autres personnes se portaient volontaires pour remplir son rôle. Les personnes bispirituelles, en raison de leurs dons, remplissaient différents rôles selon les besoins de la collectivité : iels pouvaient être à la fois des guerriers, des chasseuses, des cueilleurs, des tantes, des mères, des éducateur·rices... On s'assurait que personne ne manquait de rien pour vivre.
Les orphelins n'existaient pas. Dans une perspective autochtone, les enfants ne sont pas des biens qui appartiennent à leurs parents, mais un cadeau à toute la communauté. Si un enfant perdait ses parents biologiques, des pratiques naturelles (par opposition à juridiques) d'adoption avaient lieu et l'enfant restait dans la communauté, adopté par des proches. Ces pratiques s'observent encore aujourd'hui. Ce n'est pas le sang qui détermine la parenté, mais la relation. Ma partenaire et moi sommes passées de tantes à mères pour deux de nos enfants lorsque leur mère biologique est décédée, et aujourd'hui, nous sommes fières d'être les grands-parents de six petits êtres merveilleux.
Vivre ensemble, mourir ensemble
L'importance des liens familiaux vient pour nous avec la responsabilité et le privilège d'accompagner nos proches à chaque étape de leur vie, y compris dans la mort. Lorsque notre tante Karrie a reçu un diagnostic du cancer du poumon, la famille s'est réunie pour planifier comment on les accompagnerait, elle et ses enfants, pendant ses derniers mois de présence physique avec nous. Elle voulait mourir à la maison, et nous avons élaboré un horaire détaillé qui garantissait qu'au moins un membre de la famille serait avec elle et sa fille en tout temps. Pendant des mois, on s'est alterné·es dans nos visites. On a parlé, ri, et oui, pleuré avec elle. On a partagé des histoires et des souvenirs, accueilli tous ceux qui sont venus lui dire au revoir. On s'est entraidé·es quand le deuil devenait difficile. Les enfants n'ont jamais été exclus de tout ça ; la mort est un stade de la vie, pas quelque chose dont il faut avoir peur. Quand l'esprit de notre tante a quitté son corps physique, elle était entourée de l'amour de ses proches.
Son corps a été exposé au salon funéraire de la communauté, qui est resté ouvert pendant 24 heures pour que tous les proches puissent venir faire leurs au revoir. Son esprit est resté en bonne compagnie jusqu'à son enterrement. Un festin de nourriture et la présence constante de proches a permis à toute la communauté de faire son deuil ensemble. Nous avons tenu des cérémonies et des festins, de façon à nourrir son esprit tandis qu'il voyageait vers sa prochaine destination. Nous avons appris, ensemble, à vivre sans sa présence physique.
C'est ça, la famille : le miracle de liens réciproques et profonds, les uns avec les autres. Je suis honorée d'en faire partie.
Je dédie ce texte à ma belle-mère, Vera Goodleaf, et à Nakomish, Jane Middelton-Moz. Merci à vous deux pour ces merveilleuses leçons de vie. Nia:wen kówa.
Diane Labelle est une chercheure et éducatrice de Kahnawake.
Texte traduit de l'anglais par Arianne Des Rochers.
Illustration : Natascha Hohmann

Droits parentaux : une arme contre les jeunes queers
En 2023, le Nouveau-Brunswick a été la première province canadienne à adopter des dispositions législatives anti-trans. Comme partout au pays, on y justifie les discours et les politiques transphobes en ayant recours à l'imaginaire dominant de la famille nucléaire et traditionnelle, selon lequel il faudrait « protéger » les enfants. Mais qu'est-ce que cette conception de la famille protège, au juste ?
En juin 2023, le gouvernement progressiste-conservateur provincial a introduit des changements discriminatoires et transphobes à la politique 713, une politique initialement conçue pour protéger les jeunes 2ELGBTQIA+ dans les écoles de la province. Essentiellement, ces modifications retirent aux jeunes de moins de 16 ans la possibilité d'affirmer leur identité de genre (en utilisant le prénom et les pronoms de leur choix) à l'école sans l'accord préalable et explicite de leurs parents. Cela les prive d'exprimer librement leur identité à l'école, en toute sécurité, sans avoir à en informer les parents.
Les changements à la politique 713 ont immédiatement provoqué une controverse. Des manifestations ont eu lieu, des débats ont fait rage dans les médias, et une poursuite judiciaire a été conjointement intentée par l'Association canadienne des libertés civiles et l'organisme Alter Acadie. Selon Kelly Lamrock, avocat au Bureau du défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, certaines des nouvelles dispositions de la politique 713 peuvent mener à une violation des droits protégés par la Loi canadienne sur les droits de la personne. Pour beaucoup, la version précédente de la politique 713 était en place pour protéger les élèves dont les parents n'affirmaient pas l'identité de genre.
Le gouvernement néobrunswickois, notamment le premier ministre Higgs et le ministre de l'Éducation Bill Hogan, a annoncé les nouvelles dispositions transphobes sous prétexte de vouloir protéger et affirmer les « droits des parents ».
L'idée veut que les changements rétablissent le rôle central des parents dans la vie de leurs enfants. Mais dans quelle mesure un conservatisme traditionnel est-il en train de s'immiscer dans l'espace privé et scolaire ? Quelle est donc la vraie motivation derrière l'affirmation de ces « droits parentaux » ?
La famille au service de l'hétéropatriarcat
Derrière l'idée des « droits des parents » se cache une vision rigide de la famille nucléaire hétéronormative, qui vise à maintenir des rôles genrés traditionnels et une structure patriarcale. Dans cette conception, les enfants sont perçus comme des extensions de l'autorité parentale. Les défenseurs de cette doctrine, sous prétexte de vouloir « protéger les enfants » de la queerness, ont souvent d'autres revendications : bannir les drag queens, interdire les livres LGBTQIA+ dans les écoles, ou encore soutenir des législations du type « don't say gay ». Blaine Higgs lui-même a déclaré qu'il ne savait pas si l'on naissait homosexuel ou non, alimentant ainsi la croyance rétrograde que l'on apprend à être queer à l'école.
Le phénomène n'est pas nouveau. Il trouve son origine dans des mouvements ultra conservateurs américains ; on peut penser à la tristement célèbre campagne « Save Our Children » (« Sauvons nos enfants ») d'Anita Bryant dans les années 1970 en Floride, où un mélange de patriotisme et de zèle religieux affirmait que l'homosexualité était une « menace » pour la survie des familles et, par extension, de la nation américaine. Mais le cadre juridique canadien est bien différent. Contrairement aux États-Unis, le Canada a ratifié la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, qui reconnaît le droit des jeunes à exprimer librement leur identité, notamment leur identité de genre. Restreindre ces droits pour protéger les « droits parentaux » est non seulement contraire à nos valeurs fondamentales, mais aussi à nos obligations internationales.
Et les droits pour des enfants dans tout ça ?
Le discours des « droits parentaux » repose sur plusieurs mythes qu'il est essentiel de déconstruire. L'idée selon laquelle les parents devraient avoir un contrôle absolu sur l'identité de genre de leurs enfants est en contradiction directe avec la Convention des Nations Unies, qui affirme que les enfants ont droit à l'autonomie dans les décisions qui les concernent. Les « droits des parents » à tout savoir et à tout contrôler sur la vie de leurs enfants repose sur l'idée que les enfants appartiennent à leurs parents, une idée dangereuse qui nie l'agentivité et l'autonomie des enfants en tant que personnes à part entière.
Les enfants ont aussi le droit d'être protégés contre toute forme de violence, qu'elle soit physique ou mentale, et ont le droit de grandir dans un environnement sain et affirmatif. Des études ont montré que les environnements non affirmatifs, qui nient ou invalident l'identité des jeunes 2ELGBTQIA+, augmentent les risques de problèmes de santé mentale comme la suicidalité. Or, pour certains jeunes, la famille est l'environnement non affirmatif par excellence. Il faut donc résister à l'idée selon laquelle les parents sont l'autorité absolue en matière de protection et de sécurité de leurs enfants.
Dans un monde idéal, chaque enfant se sentirait en sécurité pour parler de ses sentiments à ses parents. Cependant, toutes les maisons ne sont pas sécuritaires pour les enfants queers. Les dispositions précédentes de la politique 713 concernaient surtout les jeunes dont la vie peut littéralement être mise en danger s'ils révèlent leur identité à leur famille. Avec sa réfome, le gouvernement Higgs met des jeunes en danger et refuse de garantir à chaque enfant le respect et la dignité qu'iel mérite.
Enfin, les enfants ont droit à la vie privée, un droit bafoué par les modifications à la politique 713, qui obligent désormais les enseignant·es à « outer » les enfants à leurs parents. Cette situation crée un climat de peur et d'exclusion, exacerbant la détresse psychologique chez ces jeunes. Le taux de tentative de suicide chez les jeunes trans est sept fois plus élevé que chez leurs pair·es cisgenres. Les résultats d'un récent sondage du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick révèlent des chiffres alarmants : 85 % des jeunes non binaires ont présenté des symptômes d'anxiété ou de dépression au cours de la dernière année. Les modifications à la politique 713 ne font qu'aggraver leur situation, l'école ne pouvant plus être un refuge.
Un équilibre à trouver
Les « droits des parents » peuvent sembler défendables à première vue. Cependant, sous couvert de protéger les enfants des prétendues « influences nuisibles » liées au genre et à la sexualité ils cachent un objectif plus inquiétant : contrôler et surveiller l'identité des enfants plutôt que de les protéger.
Le respect des droits des jeunes trans et queers ne doit pas être perçu comme une menace aux droits des parents. Il s'agit plutôt de trouver un équilibre. Les parents jouent un rôle crucial dans le soutien de leurs enfants, mais cela ne doit jamais se faire au détriment des droits fondamentaux des jeunes, de leur liberté à être elleux-mêmes. Les discours transphobes, eux, refusent cette nuance et cherchent à imposer un contrôle total sur l'identité des enfants, notamment en censurant l'expression des identités queers dans les écoles.
En réalité, la rhétorique des « droits parentaux » ne protège pas les enfants, elle sert à maintenir des structures familiales de contrôle et d'exclusion. Ce que l'on cherche à protéger en mobilisant ainsi l'imaginaire de la famille nucléaire et traditionnelle et en instrumentalisant la soi-disant sécurité des enfants, c'est plutôt l'ordre social hétéronormatif et patriarcal. Chez Alter Acadie NB, nous croyons qu'il est crucial de résister à ces arguments, et de défendre bec et ongles l'autonomie des jeunes trans et queers et de leur offrir l'espace et le soutien nécessaires pour s'épanouir. La famille doit être un lieu de sécurité et d'amour, pas un instrument de contrôle.
Alex Arseneau est directeur d'Alter Acadie, un organisme de défense des droits des communautés franco-queer du Nouveau-Brunswick.
Illustration : Natascha Hohmann

Familles LGBT+ : Lutter pour la reconnaissance
La Coalition des familles LGBT+ est un organisme communautaire de défense des droits qui vise la reconnaissance sociale, juridique et institutionnelle des familles issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres. À babord ! s'est entretenu avec Mona Greenbaum de la Coalition des familles LGBT+. Propos recueillis par Caroline Brodeur.
À bâbord ! : Commençons par le commencement. Comment la Coalition définit-elle la « famille » ?
Mona Greenbaum : Ça tombe peut-être sous le sens, mais pour nous, la famille a une définition très large. Il y a d'abord la famille choisie : les personnes significatives pour nous, celles qui sont toujours là. Il y a également la famille d'« origine », pour parler plus en termes de « constellation familiale ». Notre idée de ce qu'est une famille est multiple, créative et constamment en évolution.
Les façons de fonder une famille ont également changé. À l'époque, on pensait parfois à la coparentalité entre couple gai et couple lesbien. Aujourd'hui, il y a une multitude de possibilités, dont la pluriparentalité (familles avec plus de deux parents) et les familles amiparentales (où des ami·es mènent à terme un projet parental). Nous souhaitons que l'ensemble de ces configurations du projet parental soient représentées et légitimisées sur les plans juridique et institutionnel.
Je crois que la communauté LGBTQ+ est à l'avant-garde pour ce qui est de l'élargissement du concept de famille. Cela vient possiblement de la profondeur de la réflexion nécessaire quand vient le temps pour nous de fonder une famille. Il faut réfléchir à des choses que d'autres tiennent souvent pour acquises. Par exemple, on doit réfléchir à qui sera inclus dans notre noyau familial, puisqu'il y a souvent une tierce partie impliquée. Cela a un impact sur nos manières de concevoir et de vivre la vie familiale.
ÀB ! : Vous êtes la fondatrice de la Coalition, pourriez-vous nous résumer l'historique de l'organisme ?
M.G. : La Coalition a été fondée en 1998, pour la simple et bonne raison que ma conjointe et moi avions de la difficulté à fonder notre famille. Les blocages étaient nombreux en termes d'accès à la parentalité.
Notre première réunion a eu lieu quand mon premier enfant avait six semaines. Très tôt dans la parentalité, il est devenu évident qu'il ne serait pas facile pour ma conjointe d'être reconnue comme parent de nos enfants. Fondamentalement, il était question de notre droit d'exister : de la question centrale de la reconnaissance légale et institutionnelle de nos familles.
L'organisme s'est donc rapidement transformé en organisme de défense de droits pour l'accès à la parentalité, y compris l'accès aux soins en matière de fertilité, pour les futurs parents LGBTQ+. Au début des années 2000, il n'était pas vraiment question d'adoption, ni de gestation par autrui, et on n'avait même pas accès aux cliniques de fertilité ! Il y avait toujours la possibilité de mener des inséminations « maison », mais cela venait avec la peur constante qu'un donneur de sperme pouvait revendiquer ses droits comme « père » de l'enfant…
Nous nous sommes concentré·es sur deux types d'actions : tout d'abord, un effort de sensibilisation et de mobilisation auprès de la population pour, dans un deuxième temps, s'engager et mettre de la pression au niveau législatif. Ce travail — mené de concert avec d'autres organisations — a débouché, en 2002, sur l'adoption de la Loi instituant l'union civile et établissant les nouvelles règles de filiation, qui a permis la légalisation de l'union civile ainsi que la reconnaissance légale de deux conjoint·es de même sexe à titre de parents du même enfant.
ÀB ! : Quelles sont les luttes dont vous êtes le plus fière en 25 ans ?
M.G. : Sans aucun doute la victoire de 2002, que je viens de mentionner, qui a établi de nouvelles règles de filiation pour les parents de même sexe.
Une autre grande victoire a été celle de l'accès aux cliniques de fertilité pour les personnes LGBTQ+ par le biais d'un amendement au projet de loi qui est devenu la Loi fédérale sur la procréation assistée, en 2004. Il s'agit ici d'avoir lutté pour l'ajout d'un simple libellé qui précisait que tout le monde se doit d'avoir accès aux cliniques, et ce, sans égard à leur orientation sexuelle ou leur statut conjugal. À l'époque, les personnes LGBTQ+ se faisaient refuser en clinique de fertilité sous le prétexte qu'elles n'étaient pas mariées. Cet amendement — qui peut paraître insignifiant — a rendu possible le projet parental de nombreuses familles.
Je pense également au travail que nous avons fait devant les commissions parlementaires et les tribunaux afin de revendiquer la possibilité pour les personnes trans de modifier leurs documents officiels. Nous avons également travaillé à l'ajout de l'identité et l'expression de genre comme motif reconnu de discrimination à la Charte des droits et libertés de la personne. Nous avons été parties prenantes à de nombreux recours judiciaires, notamment en matière de frais en fertilité et de reconnaissance légale des parents non-binaires.
Nous avons travaillé à tout cela, en militant, en menant des campagnes de sensibilisation, en rédigeant des mémoires et en rencontrant des personnalités politiques, en plus de recourir aux tribunaux dans le cadre de litiges stratégiques. Nous sommes d'ailleurs en attente d'une décision de la Cour supérieure afin de faire reconnaître légalement les familles pluriparentales.
ÀB ! : Comment se traduisent vos victoires politiques et législatives sur le terrain, pour les membres de la Coalition ?
M.G. : Les avancées législatives ne suffisent pas : il faut également s'assurer que les mesures adoptées soient concrètement appliquées et accessibles dans la vie de tous les jours. Ce n'est pas parce que deux parents du même genre sont reconnus comme parents d'un enfant à partir de 2002 qu'ils n'auront aucun souci administratif dans l'exercice de leurs droits par la suite. Au contraire ! Chaque gain nécessite une mobilisation et un accompagnement en continu, un travail de soutien des personnes désirant se prévaloir de nouvelles prérogatives.
La Coalition développe aussi des ressources et des formations, qui visent les professionnel·les qui travaillent avec les familles et les jeunes LGBTQ+. Chaque année, la Coalition forme entre cinq et sept mille professionnel·les sur les réalités de notre communauté. L'éducation populaire est tout aussi cruciale que le reste dans la grande marche à l'affirmation de nos droits.
ÀB ! : On a l'impression que la Coalition, c'est aussi une communauté. À quel point la communauté, voire la société est-elle centrale pour les familles LGBTQ+ ?
M.G. : Je crois sincèrement que ma plus grande fierté est le changement d'attitude à l'égard des familles de la communauté LGBTQ+ au fil des années. Il y a 25 ans, un sondage sur l'acceptation sociale des familles homoparentales affirmait que seulement 10 % des personnes répondantes étaient à l'aise avec le phénomène. Aujourd'hui, on parle de 85 à 90 %. Voir ce niveau de changement dans les attitudes, sur le plan de l'acceptabilité sociale, sur une si courte période, c'est absolument incroyable. Nous ne sommes pas les seul·es à y avoir travaillé, mais nous y avons certainement contribué.
Nous exerçons notre travail militant dans un contexte social qui a donc beaucoup évolué. De ce travail est née une communauté — communauté qui a permis à de nombreuses familles de vivre leur vie librement, ouvertement. Ces familles, vivant ouvertement leur réalité familiale LGBTQ+ ont, à leur tour, permis la sensibilisation de leur entourage, de leur quartier.
Cet effet boule de neige me donne l'impression d'avoir contribué à une société dans laquelle ma réalité et celles de différents membres de ma communauté est possible et acceptée. C'est ça, ma vraie fierté.
Illustration : Natascha Hohmann

Les oublié·es de la réforme du droit de la famille
Le système législatif est plus souvent à la remorque des réalités sociales qu'il n'est moteur de changement et d'avant-gardisme. La réforme du droit de la famille proposée par la CAQ depuis 2022 en est un bon exemple. Un regard attentif peut rapidement apercevoir les laissé·es pour compte de la démarche.
La réforme du droit de la famille au Québec, attendue depuis plus d'une décennie, a nourri de nombreuses attentes. Maintenant que les trois projets de loi au cœur de celle-ci ont été adoptés et sanctionnés, force est d'admettre que la CAQ n'a pas saisi l'opportunité d'insuffler une nouvelle représentation institutionnelle de la famille dans la législation. Courte analyse du sujet par le biais des notions de pluriparentalité et d'union libre.
Une famille, un couple avec enfant(s) ?
Il y a plus de dix ans maintenant, l'affaire Éric c. Lola, jugement rendu par la Cour suprême du Canada, déclenchait un véritable débat de société. Éric et Lola formaient un couple non marié, avec trois enfants. Éric possède les résidences ainsi que la majorité des actifs du couple. Lorsqu'ils se séparent, Lola, faute de contrat de vie commune, se retrouve sans partage des avoirs. Seuls les époux ont une protection automatique inscrite au code civil en cas de divorce. Elle allègue alors que sa situation découle d'une discrimination fondée sur le statut matrimonial.
L'objectif pour Lola, et pour certains intervenants à la Cour suprême, était de faire déclarer son exclusion au régime de patrimoine familial comme étant discriminatoire puisqu'elle empêchait nombre de personnes – souvent des femmes s'étant occupé des enfants – de bénéficier des avoirs communs, y compris de l'enrichissement du conjoint durant les années où ils formaient un couple.
À l'époque, le dossier « parle » à beaucoup puisqu'au Québec, plus de 40 % des couples sont en union libre. En 2013, la Cour ne donne pas raison à Lola. Par conséquent, onze ans plus tard, les conjoints de fait ne bénéficient toujours pas du partage du patrimoine familial, ni des protections et obligations découlant des articles du Code civil du Québec qui portent sur la famille.
C'est en quelque sorte en réponse à cette décision de la Cour suprême que la CAQ a développé son concept d'union parentale. Cette espèce de « patrimoine familial édulcoré » s'ouvre dès que « que des conjoints de fait deviennent les père et mère ou les parents d'un même enfant. […] » (texte du PL56). Ils constituent alors un patrimoine commun pris en compte advenant une séparation.
Cela a plusieurs implications. D'abord, le critère d'ouverture d'une protection pour les conjoints de fait repose sur la concrétisation d'un projet parental. Or, une protection pour des conjoints de fait sans enfants aurait été la bienvenue : pour l'exemple, un conjoint s'occupant d'un parent vieillissant, encaissant des sacrifices financiers et personnels, n'aura pas les mêmes protections que celui qui s'occupe d'enfants. Il n'est pas non plus question du rôle de beaux-parents ou de l'élargissement de l'union parentale à des modèles plus variés tels que ceux issus de la recomposition familiale.
Cet aspect de la réforme crée donc une protection (de base) pour les conjoints de faits parents d'un enfant, mais laisse plusieurs cas de figure de côté.
Une famille, obligatoirement composée d'au plus deux parents ?
La question de la gestation pour autrui (GPA) est un aspect important de la réforme proposée par le ministre Jolin-Barette, qui en profite pour encadrer le phénomène et faciliter les liens de filiation des parents d'intention.
Bien que ce ne soient pas toutes les mères porteuses impliquées qui souhaitent participer activement en tant que parent dans la vie d'un enfant à naître, la GPA aurait été une occasion à saisi question d'ouvrir le concept juridique de famille à davantage de modèles. D'ailleurs, la GPA n'est prévue que pour les personnes seules ou les conjoints (au sens de la loi), ce qui exclut nombre de configurations familiales.
Dans un même ordre d'idée, la CAQ a officiellement fermé la porte à la reconnaissance juridique d'une cellule familiale pluriparentale. La pluriparentalité consiste à mener un projet parental à trois personnes ou plus. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'il y a une relation amoureuse entre les membres de la cellule familiale, une pléthore de configurations relationnelles étant possibles.
Campée sur l'idée qu'une famille repose sur la biparentalité d'une part, et que l'ajout d'une – ou de plusieurs – personne(s) viendrait mettre à mal la stabilité et la sécurité de l'enfant d'autre part, la décision de la CAQ semble relever davantage de préconçus idéologiques et de mythes entourant le concept de famille que de réels fondements scientifiques ou éthiques.
D'abord, la vision monogame de la conjugalité semble revêtir un caractère de supériorité morale aux yeux des législateurs, vu sa prédominance dans le portrait des familles de notre société. Il aurait cependant fallu éviter de tomber dans un syllogisme du type : la « monogamie étant le modèle familial le plus courant, la monogamie des parents est donc dans l'intérêt supérieur de l'enfant ».
Ensuite, aucune étude ne démontre que la pluriparentalité est nocive pour le développement des enfants issus de ce type de projet parental. D'aucuns prétendent que la pluriparentalité ajoute un risque de précarité à l'entité familiale, à la stabilité de l'enfant, ainsi qu'à la difficulté des arrangements en cas de rupture. Cependant, avec près de 25 % des enfants québécois ayant vécu la séparation de leurs parents monogames au cours de l'enfance [1]], il est difficile d'affirmer que la biparentalité est un gage de stabilité relationnelle au sein de la cellule familiale.
Pour ce qui est des conflits entre les parents et des modalités advenant une séparation, tant l'Association des juristes progressistes que la Coalition des familles LGBT+ affirment que les encadrements légaux prévoient déjà les outils nécessaires, et qu'il vaut mieux encadrer ce qui n'est pas déjà prévu. La décision de refuser d'encadrer la réalité des familles pluriparentales met à risque les enfants issus de ces familles – tout comme les enfants issus de famille mono- ou biparentales seraient à risque si des protections entourant l'autorité parentale ou les pensions alimentaires n'étaient pas applicables à leur cas d'espèce. C'est d'ailleurs dans l'objectif de protéger les enfants – tous les enfants, peu importe la forme que prend leur famille – que la Colombie-Britanique a reconnu légalement la pluriparentalité il y a plus de dix ans. À notre connaissance, aucune décision faisant état de conflit entre parents pluriparental n'a été rendue depuis.
Pour une Loi au service de toutes les familles
Les familles pluriparentales sont aussi reconnues légalement en Ontario et en Saskatchewan. Elles existent en ce moment au Québec. Cette réforme nous informe sur la manière qu'à l'État de concevoir la famille. Au lieu d'un travail de prescription du possible, la société québécoise aurait été en droit d'attendre une ouverture et un encadrement des réalités existantes, et ce, dans toute sa diversité.
La réforme du droit de la famille, attendue depuis plusieurs années, a étendu les principes de reconnaissance légale et sociétale à un nouveau mode d'organisation familial (gestation pour autrui), en plus de donner des outils supplémentaires à ceux issus d'un modèle en dehors du mariage (création de l'union parentale). Or, la réforme laisse pour l'heure de nombreuses familles sans protections ni encadrement, notamment les couples sans enfants et les familles pluriparentales. Bien que la réforme du ministre Jolin-Barette n'ait pas rencontré beaucoup d'opposition, ce qui en ressort s'apparente davantage à un rattrapage qu'à un texte reflétant une vision audacieuse et particulièrement inclusive de la famille.
[1] Les statistiques changent selon les années étudiées. Combien d'enfants au Canada ont vécu la séparation ou le divorce de leurs parents ? Résultats de l'Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019. En ligne : www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-627-m/11-627-m2022018-fra.htm
Illustration : Natascha Hohmann

Familles noires et DPJ. Quand le système blesse sous couvert de protection
La surreprésentation des enfants Noir·es dans les systèmes de protection de la jeunesse révèle une injustice alarmante, mais souvent passée sous silence. Protégeons-nous réellement les enfants et les familles Noires ou leur causons-nous du tort à travers un processus discriminatoire ?
Cet article propose une réflexion critique basée sur une recherche récente portant sur la surreprésentation des enfants Noir·es signalé·es à la DPJ. Au Québec, malgré que l'enjeu soit bien documenté depuis des décennies, une perspective antiraciste reste presque totalement absente des débats entourant le traitement des familles issues des communautés Noires. Or, la protection de la jeunesse ne devrait pas fermer les yeux sur les dynamiques de pouvoir et les biais structurels qui imprègnent les pratiques institutionnelles, y compris au sein de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).
Un système daltonien
Le système de protection de la jeunesse se présente comme neutre et objectif dans son traitement des enfants et des familles, mettant de l'avant l'intérêt de l'enfant comme seul critère décisionnel. Cependant, les recherches révèlent un tout autre portrait. Les études menées au Québec montrent que les enfants Noir·es sont victimes de surreprésentation à toutes les étapes du processus de la DPJ, de la signalisation initiale à l'ordonnance du tribunal et à la prise en charge par l'État, en passant par l'évaluation de la sécurité et du développement compromis. La surreprésentation désigne la présence disproportionnée d'un groupe dans un contexte spécifique (ici, les services de protection de la jeunesse) par rapport à sa proportion dans la population générale.
À mesure que les enfants Noir·es progressent dans le système de protection de la jeunesse, leur surreprésentation reste assez stable à travers différentes étapes du processus. C'est notamment lorsqu'ils ont été identifiés comme ayant un problème de compromission (sécurité et développement compromis, ou SDC), c'est-à-dire que des allégations de maltraitance ont été confirmées après une évaluation. Cette étape signifie que l'enfant recevra donc des services continus. Ensuite, ils sont surreprésentés dans le cadre des mesures judiciaires, entreprises lorsque les familles ne sont pas d'accord avec la décision de compromission. Enfin, les enfants Noir·es subissent plus fréquemment une récurrence, où ils sont à nouveau pris en charge par la protection de la jeunesse après un premier signalement. Dans le système de justice pénale pour les jeunes (LSJPA), leur proportion est encore plus élevée.
Cela démontre que les enfants Noir·es sont surreprésenté·es à la fois dans le système de protection de la jeunesse et dans le système judiciaire. Il apparaît que l'expérience de ces enfants dans le système de protection de la jeunesse est marquée par une double vulnérabilité : en plus des traumatismes émotionnels liés à la séparation de leurs parents, ces enfants doivent naviguer dans un système où ils sont souvent confrontés à des discriminations raciales – qu'elles soient explicites ou implicites.
Un constat s'impose donc : le système de protection de la jeunesse n'est visiblement pas exempt des biais raciaux qui traversent toutes les autres institutions publiques. En effet, bien que le discours public sur la protection de la jeunesse évite souvent la question du racisme, les études démontrent que les familles Noires vivent des expériences bien différentes au sein de ces systèmes comparativement à leurs homologues blanches. La race est donc un facteur prédictif du traitement différentiel reçu par les enfants racisés.
La continuité du racisme institutionnel
Pour comprendre pleinement la surreprésentation des enfants Noir·es dans le système de protection de la jeunesse, il est essentiel de situer cette problématique dans une perspective historique. Les communautés Noires du Québec portent le fardeau de siècles de discrimination systémique, d'exclusion et de violence coloniale. Ces dynamiques de domination, traduites historiquement par l'exploitation et la marginalisation des personnes Noires, se perpétuent aussi sous des formes plus subtiles, y compris au sein des systèmes dits de « protection ». La doctrine de « sauvetage des enfants » permet aux travailleurs sociaux de justifier la centralité de la suprématie blanche et, selon Cindy Blackstock qui a étudié ce phénomène au sein de communautés autochtones, permet aux personnes travaillant avec des enfants, formées avec l'intention de faire du « bien », à ne jamais être perçues comme capables de causer du mal.
Ancré dans une longue tradition de contrôle et de surveillance des corps Noirs, le racisme anti-Noir·es contribue à cibler et à criminaliser ces familles sous le prétexte de la protection de la jeunesse. Le racisme systémique opère ici à travers des politiques et des pratiques qui ont pour effet de maintenir des rapports de pouvoir inégalitaires, où les familles Noires sont perçues comme déficientes et dangereuses. Compte tenu des discours d'anti-Blackness qui dépeignent les personnes Noires comme violentes, ainsi que des recherches qui les ont principalement représentées comme déficientes, il existe une narration omniprésente qui renforce des stéréotypes nuisibles. Ces récits créent un environnement social où les individus et les familles Noires sont souvent perçus à travers un prisme de méfiance et de négativité.
Conséquemment, elles font l'objet d'une pathologisation dans le système de protection de la jeunesse, c'est-à-dire qu'on les perçoit souvent comme problématiques, sans reconnaître le rôle de l'État dans les difficultés qu'elles rencontrent. Ce phénomène provient des inégalités structurelles auxquelles ces familles sont confrontées, telles que la pauvreté, le manque de logements stables et l'accès limité à des services de santé et sociaux. En ignorant ces inégalités, l'État se déresponsabilise, et fait porter les impacts du racisme anti-Noir·es aux familles Noires.
Le profilage racial des enfants Noir·es
Le profilage racial n'est donc pas uniquement l'apanage des forces de l'ordre. L'une des formes les plus visibles dans laquelle il se manifeste au sein du système de la protection de la jeunesse est la tendance à surestimer les risques de SDC chez les enfants issus de familles Noires, souvent perçues à travers le prisme de la criminalisation et de la pauvreté. Les intervenants de la DPJ, qu'ils soient bien intentionnés ou non, ne sont pas immunisés contre les préjugés implicites et les stéréotypes associés aux familles Noires. Ces différences de traitement s'expliquent en partie par un regard biaisé sur leur culture, leur comportement et leurs circonstances socio-économiques.
Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le profilage racial dans les services de protection de la jeunesse est bel et bien une réalité pour les enfants Noir·es. Le profilage racial désigne toute action prise par des personnes en position d'autorité, comme les travailleurs sociaux, qui repose sur des facteurs tels que la race ou l'origine ethnique, sans motif réel. Ce phénomène conduit à un traitement différentiel des enfants Noir·es, les exposant à des mesures plus sévères et fréquentes. Le profilage racial se traduit donc par une surveillance accrue des familles Noires par d'autres institutions comme les écoles, les systèmes policiers et les services de santé mentale, qui sont souvent à l'origine des signalements à la DPJ. Ce lien entre la stigmatisation des familles et les signalements fréquents constitue un cercle vicieux où les familles Noires sont davantage ciblées par l'État, ce qui conduit à leur surreprésentation au sein du système, nourrissant et « validant » par le fait même le biais raciste commandant davantage de surveillance à cette communauté.
La CDPDJ souligne que d'autres facteurs jouent également un rôle clé dans cette surreprésentation. Les enfants Noir·es présentent des besoins plus importants car iels sont souvent plus exposé·es à des situations de précarité socio-économique, les rendant plus vulnérables aux interventions de la protection de la jeunesse. Cependant, il est important de reconnaître que la race et la pauvreté sont souvent imbriquées. Le racisme anti-Noir·es contribue à perpétuer cette précarité, avec des taux de chômage plus élevés et des niveaux de pauvreté plus importants dans les communautés Noires. Celles-ci ont souvent un accès limité aux services disponibles au sein de leur communauté pour répondre à leurs besoins. Cette iniquité structurelle, résultat de la discrimination systémique, ne peut donc être dissociée du profilage racial.
En bref, les enfants Noir·es sont confronté·es à des préjugés raciaux liés aux pratiques discriminatoires des professionnels et aux dynamiques organisationnelles. Le profilage racial va donc au-delà des actions intentionnelles des personnes en position d'autorité. Les enfants Noir·es sont souvent perçu·es comme étant plus susceptibles d'adopter des comportements problématiques, ce qui justifie une surveillance accrue. Cette pensée déficitaire, qui porte à blâmer les caractéristiques personnelles des individus pour leurs difficultés vécues, contribue à justifier l'intervention de la protection de la jeunesse. Ces justifications se focalisent sur les supposées lacunes, incapacités ou comportements problématiques des individus Noir·es, sans tenir compte des contextes sociaux, économiques, ou structurels qui influencent leurs situations.
La protection ou le préjudice ?
Les effets du profilage racial dans le système de protection de la jeunesse sont multiples et souvent désastreux pour les enfants Noir·es et leurs familles. En effet, en observant les enfants signalés dans la région de Montréal entre 2004 et 2012, cette population était en moyenne presque quatre fois plus susceptible d'être signalée à la DPJ. De plus, ils sont plus souvent placés hors de leur milieu familial. Cette séparation, bien qu'elle soit souvent présentée comme une mesure temporaire, peut avoir des répercussions profondes et durables pour les enfants Noir·es, notamment en exacerbant les traumatismes liés à la rupture familiale. Des études ont montré que les enfants Noir·es pris en charge par la DPJ sont souvent placés dans des foyers ou des centres où ils se trouvent isolés de leur communauté et de leur culture. Cela peut exacerber leur sentiment de marginalisation et d'aliénation et les priver de connexions essentielles à leur communauté, à leurs traditions et à leur langue, nuisant à leur construction identitaire, leur estime de soi et leur bien-être.
D'autre part, il s'avère que ces derniers sont le plus souvent signalés par les écoles et les services de police, tandis que les enfants blancs ont plus de chances d'être signalés par un membre de la famille ou de leur entourage. Ce constat met en lumière les mécanismes de surveillance différenciée appliqués aux enfants Noir·es, considérés comme plus à risque par les institutions publiques, et faisant l'objet d'une surveillance accrue. Ces institutions, investies d'une autorité étatique, tendent à exercer un contrôle social plus strict sur les communautés Noires, ce qui conduit à une surreprésentation des signalements d'enfants Noir·es par ces mêmes institutions. En revanche, les enfants blancs, bénéficiant souvent de plus de ressources et d'une perception moins négative au sein de la société, sont plus susceptibles d'être signalés par des membres de leur famille ou de leur entourage, ce qui reflète une approche moins institutionnalisée et moins coercitive.
Vers une justice raciale dans la protection de la jeunesse
Il est clair qu'une réforme en profondeur du système de protection de la jeunesse est nécessaire. Premièrement, il est impératif de reconnaître et de nommer le racisme anti-Noir·es comme une dimension centrale du traitement différentiel des enfants Noir·es à la DPJ. Cette reconnaissance doit être accompagnée d'une formation obligatoire pour tous les acteurs de la protection de la jeunesse sur les préjugés implicites et les dynamiques raciales. Deuxièmement, il est crucial de mettre en place des mesures qui favorisent une meilleure représentation des professionnel·les s Noir·es au sein des équipes de la DPJ. Finalement, les interventions de la protection de la jeunesse doivent prioriser un renforcement des liens entre les familles Noires et leurs communautés. L'importance d'une approche culturellement appropriée ne peut être sous-estimée, en particulier dans les cas où des enfants Noir·es sont retirés de leur famille. Enfin, il est essentiel que les voix des familles Noires soient davantage entendues et intégrées dans les processus décisionnels de la DPJ. Cela inclut non seulement des consultations directes avec les familles concernées, mais aussi la création de mécanismes de surveillance indépendants pour examiner les cas de discrimination raciale dans le système.
Les familles Noires ont trop longtemps été invisibilisées dans les discussions autour de la protection de la jeunesse. Il est temps de donner une voix à ces familles et de s'assurer que le système dans lequel elles évoluent soit véritablement un facteur de protection, et non pas un vecteur de répression.
Alexandra H. Borrelli est membre du Centre de recherche sur l'enfance et la famille de l'Université McGill. Alicia Boatswain-Kyte est professeure adjointe à l'École de travail social de l'Université McGill.
Illustration : Natascha Hohmann
Sénégal : durcissement du code pénal sur l’homosexualité
L’extrême droite au pouvoir en Colombie
L’Histoire noyée dans la Léthé | Chroniques buissonnières (Montréal, 2026)

Compromis
Un vieil adage définit la politique comme « l'art du compromis ». Idéalement, ce « donnant-donnant » permet d'arriver à une situation où toutes les parties y trouvent leur compte. Mais il arrive parfois une situation où une partie donne tout et ne reçoit rien en contrepartie.
C'est sans doute ce qui a amené l'environnementaliste Steven Guilbault à démissionner comme ministre, puis bientôt comme député.[1] « Le député libéral serait déçu de l'orientation imposée au gouvernement par le premier ministre Mark Carney, qui mise davantage sur le développement des ressources que sur les enjeux climatiques. … Depuis l'élection de Mark Carney, l'ancien militant écologiste semblait avaler compromis après compromis. ».[2]
Au Québec, des compromis de M. Guilbault, tel le pipeline Trans-Mountain ou le projet Baie du Nord, ont amené le mouvement environnemental à voir son bilan comme étant très, très mitigé. Mais à l'autre bout du pays, il était devenu le mouton noir, la tête-de-Turc de tout le mouvement ultraconservateur pro-pétrole de l'Alberta. David Clemenhaga du journal The Tyee affirme que ceux-ci souffrent d'un « cas grave de ‘Syndrome de dérangement anti-Guilbault'. »[3] La tentative de rapprochement avec la Première ministre albertaine, Mme Danielle Smith, par M. Carney est un cadeau pour l'industrie des énergies fossiles.
On comprend et on accepte que M. Carney veuille diversifier nos marchés face à la guerre tarifaire de Trump. Son discours de Davos a été acclamé pour sa lucidité car les puissance intermédiaires, comme le Canada, doivent désormais « lever les coudes » :« Lorsqu'on n'est pas à la table, on figure au menu » a dit Mark Carney à tous les pays qui ont l'impression de se faire dévorer par Donald Trump.[4]
Face à l'ogre, il faut réagir ! Mais dans une guerre, jusqu'où doit-on compromettre nos principes et notre avenir à long terme pour survivre ? Et en réagissant à la menace immédiate des tarifs trumpiens, est-ce qu'à long terme, on ne risque pas d'aggraver les changements climatiques ? Tout un dilemme !
En 2017, M. Carney, en tant que gouverneur de la banque d'Angleterre, avait mis les magnats de la finance en garde contre les coûts des changements climatiques, des coûts dont la croissance exponentielle pourrait ébranler les colonnes du temple économique.[5] Une décennie plus tard, les années de chaleur record se succèdent. Et les climatologues sont presque certains que nous entrons dans une année El Niño. Comme le dit Chris Hatch du National Observer :« Bien que le phénomène El Niño ne soit pas directement lié aux changements climatiques, il arrivera dans un monde où les températures mondiales sont gonflées à bloc. Nous n'avons jamais vu un El Niño frapper une planète surchauffée à ce point par la pollution au carbone. »[6]
Pourtant, il y aurait une autre solution, plus constructive. Le 4 avril 2025, en pleine campagne électorale, plus de 120 élus municipaux, dont Mme Valérie Plante, mairesse de Montréal, et M. Richard Ireland, maire de Jasper en Alberta dont la ville avait été frappée par un grave incendie, demandaient aux candidats des cinq partis politiques d'investir massivement dans les infrastructures municipales. Leur plan en cinq points pourrait être mis en oeuvre pour « créer un véritable boom d'emplois et répondre à l'urgence climatique. »[7] Malheureusement, ce plan a été ignoré.
L'industrie pétrolière et Trump sont des acteurs de mauvaise foi qui nous menacent de plusieurs manières.[8] Quel compromis doit-on faire pour contrer les dangers à court terme que les tarifs trumpiens imposent à notre économie par opposition aux dangers à long terme pour le climat causés par la combustion effrénée des énergies fossiles ?[9] M. Guilbeault semble dire « assez de couleuvres » alors que M. Carney semble encore enclin à serrer la main du diable. Mais mon père, avec son gros bon sens terrien, disait :« Plus le diable en a, plus il en veut ». Peut-on apaiser l'ambition insatiable de l'industrie des combustibles fossiles ?
Celle-ci et ses alliés politiques font le pari qu'ils peuvent utiliser les fonds publics et « l'intérêt national » pour construire des infrastructures qui assureront leur avenir pendant une génération avant que la transition énergétique mondiale déjà amorcée les force sur la voie d'évitement de l'histoire, tout comme le cheval et le boghei au 20e siècle. C'est un bon pari pour ces dinosaures énergétiques ! Mais pour nous ? Pour la génération montante ; celle qui à l'instar de Greta Thunberg crie « How dare you ! ». [10] Pour faire face à Trump, M. Carney mise sur le développement des resources énergétiques fossiles. Par rapport à son discours devant la Lloyd's de Londres en 2017, ce pari risqué est-il un compromis inacceptable pour un homme qui veut changer le cour de l'histoire, car il faut être de la trempe de Churchill ou de de Gaulle, deux hommes qui ont poursuivi leur idéal contre l'agresseur sans compromis ?
Gérard Montpetit
La Présentation
le 14juin 2026
2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2256917/steven-guilbeault-depart-vie-politique
4] https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier (20 jan. 2026)
7] https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-04-11/face-a-la-crise-tarifaire-et-climatique/
8] https://www.nationalobserver.com/2026/06/11/opinion/carney-carbon-capture-and-storage-oil-industry
10] Greta Thunberg, la voix qui secoue la planète, par Maëlle Brun, ed L'archipel, 2020 237 pages. Extrait de son discours aux Nations Unies le 23 sept. 2019. Citation à la page 122
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Démocraties sous pression : comment Trump et l’extrême droite cherchent à peser sur l’avenir de l’Amérique latine

Les grandes manœuvres du Commissaire au lobbyisme
Dans de nombreuses sorties sur la place publique, le commissaire au lobbyisme Jean-François Routhier ne cesse de répéter qu'il faut réformer la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (LTEML). Datant de 2002, cette loi demande en effet de sérieux ajustements. Mais ceux-ci ne doivent surtout pas être ce que demande le commissaire.
Dans un “Rapport spécial”, celui-ci propose carrément de remplacer l'actuelle loi par une suggestion de son cru, à l'intention du prochain gouvernement du Québec. Cette proposition soulève de nombreuses interrogations quant à son contenu et à sa forme. En proposant un projet de loi, le Commissaire se substitue aux membres de l'Assemblée nationale dans un contexte qui n'engage pas un vrai débat démocratique sur la pratique du lobbyisme. De plus, le commissaire se place en situation d'apparence de conflit d'intérêts, puisqu'il propose des modifications à la loi qui définit et encadre sa propre fonction, allant même jusqu'à se donner davantage de pouvoir.
Le rapport Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité est remarquable par sa langue de bois et son refus de nommer clairement les choses. Les propositions mises de l'avant par le commissaire incluent des changements majeurs aux définitions applicables dans le cas de la LTEML, qui auraient d'importantes conséquences. Dans son projet de loi, les mots « lobbyisme » et « lobbyiste » sont remplacés par « représentation d'intérêts », « titulaires de charges publiques » par « agents publics » et « entreprise et organisation » par « entité ». Cela ferait de plus disparaître les différentes catégories de lobbyistes. Même le nom actuel de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme y passerait pour devenir la « Loi sur la représentation d'intérêts ».
Tout est placé sur un même niveau : les intentions poursuivies, les moyens financiers des interlocuteurs, le type d'organisation, le fait qu'il s'agisse d'entreprises privées à but lucratif ou d'organismes sans but lucratif. Les démarches effectuées derrière les portes closes seraient traitées comme l'appel au grand public, alors que celui-ci est une pratique démocratique de mobilisation très visible. Une multinationale aux moyens considérables et un petit organisme environnemental de quartier deviendraient ainsi de simples « entités », sans égard aux profondes inégalités de financement et d'actions qui les séparent.
Ce rapport correspond en fait à une nouvelle tentative du commissaire — la septième en tout ! — d'assujettir les OSBL à la Loi. Bien que le Commissaire précise que les organismes communautaires ne seraient pas touchés, cela est faux. Cette simili-exclusion ne permettrait de protéger que de rares organisations ne se définissant pas comme autonomes, mais comme des extensions des services publics. En effet, tous les autres OSBL seraient considérés comme des organisations faisant du lobbyisme. Des milliers de groupes, de coalitions et de regroupements seraient assimilés à des lobbyistes, alors qu'ils sont les porte-voix que la population s'est donnés pour représenter ses revendications sociales.
Le commissaire cherche visiblement à améliorer la réputation du lobbyisme. On peut se demander ce qui vaut cette faveur à cette profession dont les stigmates ne sont pas le fruit du hasard. Les lobbyistes ont en effet donné depuis longtemps une très mauvaise image d'eux-mêmes en déployant d'énormes moyens pour accroître les bénéfices d'actionnaires, d'entreprises ou de sociétés. En effet, le lobbyisme auprès des gouvernements est au cœur de plusieurs controverses, depuis des décennies : la vente de pesticides toxiques et de cigarettes, l'exploitation sans limites des hydrocarbures, la déréglementation tous azimuts de l'industrie numérique, pour ne citer que quelques exemples. Il faut aussi rappeler que l'adoption de la LTEML répondait à un scandale lié à cette pratique, alors que la compagnie Oxygène 9 permettait des accès privilégiés au gouvernement.
Même les mesures ayant le potentiel d'améliorer la pratique et la surveillance du lobbyisme sont insuffisantes pour parvenir à la transparence souhaitée par le commissaire. Celui-ci propose, par exemple, d'imposer une période de restriction aux élus et aux hauts fonctionnaires avant qu'ils puissent exercer des activités de lobbyisme, mais la période est bien trop brève pour avoir une réelle incidence sur le phénomène des portes tournantes.
Le rapport du commissaire reste surtout pour nous un coup de force, un refus du dialogue social et une nouvelle manœuvre pour faire passer ce qui a toujours été rejeté, tant du niveau politique que de la société civile. En proposant de nouveau d'assimiler les OSBL à des lobbyistes et de considérer l'appel au grand public comme du lobbyisme, le commissaire fait fi des consensus exprimés à la suite de chacune de ses tentatives.
Il est essentiel de retenir d'autres propositions pour plus de transparence en matière de lobbyisme, tout en garantissant que la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme. En février dernier, 114 organisations diversifiées ont justement endossé 29 propositions en ce sens. Une loi aussi importante pour l'avenir de notre démocratie doit faire l'objet d'une véritable consultation publique, notamment auprès des OSBL et des utilisateurs et utilisatrices du registre des lobbyistes.
Thibault Rehm est coordonnateur de Vigilance OGM.
Mercédez Roberge est coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles et s'exprimer au nom de la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.
Claude Vaillancourt et Camille Charbonneau sont président et analyste à ATTAC-Québec, respectivement.
Photo : Me Jean-François Routhier, Lobbyisme Québec
Des centrales syndicales et des groupes de la société civile exigent que la CDPQ retire 26,4 milliards $ dans des entreprises complices des crimes d’Israël en Palestine
Hausse des tarifs du transport en commun, quand se déplacer devient un luxe
Le 1ᵉʳ juillet prochain, le prix de la carte mensuelle de la STM passera de 104,50 $ à 110 $. Le billet unitaire, lui, coûtera désormais 3,75 $. À ce prix-là, la capacité de se déplacer pour répondre à ses besoins et vaquer à ses activités de la vie courante devient carrément impossible pour bien des personnes.
Nous dénonçons les tarifs trop élevés des transports en commun depuis longtemps. Nous dressons, année après année, le sombre portrait de la hausse du coût de la vie auquel s'ajoutent les frais de transport : les loyers explosent, l'épicerie est hors de prix, les factures augmentent, les revenus ne suivent pas l'inflation, sans parler des prestations d'aide sociale qui maintiennent les personnes dans une grande pauvreté. Les gens s'appauvrissent et plusieurs n'ont plus de marge de manœuvre. Chaque dollar compte, tout coûte de plus en plus cher, des choix s'imposent : de quoi va-t-on se priver ?
Évidemment que dans ce contexte, c'est le budget transport qui écope souvent en premier. Pour plusieurs, la carte mensuelle est trop chère à payer d'un coup. L'ironie, c'est que payer ses déplacements à l'unité coûte aussi très cher, 7,50$ pour un aller-retour, disons que c'est un pensez-y bien quand notre budget est restreint ! Résultat : des gens limitent leurs déplacements, s'isolent ou renoncent à certains besoins essentiels en coupant sur le budget d'épicerie par exemple. Concrètement, ça signifie de reporter des rendez-vous médicaux, d'annuler des activités familiales ou communautaires, de compter ses déplacements pour les activités de la vie courante, pour des démarches de recherche d'emploi, etc.
Pouvoir se déplacer n'est pas un luxe et ne devrait jamais être un privilège. La capacité de se déplacer est essentielle et permet d'exercer ses droits : travailler, étudier, se loger, se nourrir, recevoir des soins, maintenir des liens sociaux, participer pleinement à la société. Le prix n'est d'ailleurs pas le seul obstacle à la mobilité. De nombreuses personnes vivent aussi d'autres barrières : machines et applications numériques devenues incontournables, difficulté à se repérer dans le réseau, obstacles insurmontables pour les personnes en fauteuil ou avec une marchette, problèmes dans le transport adapté, sentiment d'insécurité vécu notamment par les femmes et les personnes issues des minorités. Ajouter des hausses tarifaires ne fait qu'exclure davantage des personnes qui l'ont déjà difficile.
Pourtant le transport en commun est un service public. Par définition, il devrait donc répondre aux besoins de la population, assurer le respect des droits, permettre l'inclusion sociale et réduire les inégalités. Dans l'état des choses, alors qu'on fait porter une part importante du financement du réseau sur les épaules de la population qui l'utilise, pourquoi le gouvernement ne le traite pas comme tel ? Faut-il rappeler que les investissements publics favorisent largement l'automobile. Ce déséquilibre a des conséquences bien réelles sur la vie des gens. Les routes sont gratuites, alors pourquoi le transport en commun ne l'est pas aussi ?
Chaque hausse envoie aussi un drôle de message. Les élus répètent sans cesse qu'ils veulent réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuer la congestion et encourager le transport collectif, mais on rend celui-ci toujours plus cher et moins accessible. Cherchez l'erreur !
Le transport collectif est essentiel. Il permet à la ville de fonctionner. Il réduit les inégalités sociales et contribue à la transition écologique. Pourtant, ce sont encore les personnes qui ont le moins de moyens qui doivent absorber les augmentations.
Chaque hausse est une hausse de trop ! Nous demandons le gel des tarifs et la mise en place d'une tarification sociale basée sur le revenu, dans une perspective de gratuité. C'est une question de justice sociale et environnementale !
ll est temps de cesser de considérer le transport collectif comme une dépense dont la population doit assumer une part toujours plus grande. Nous avons besoin d'un réseau de transport en commun accessible, juste et inclusif, financé publiquement à la hauteur des besoins de tout le monde ; parce que pouvoir se déplacer, c'est un droit qui ne devrait pas dépendre de la taille de son portefeuille.
Signée par :
Julie Corbeil, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal
Isabelle Mailloux- Béique, Association coopérative d'économie familiale du Nord de Montréal
Frédéric Vachon, Exaequo
Dominic Palladini, Regroupement des usagers·ères du transport adapté
Alexia Fauvre, Centre communautaire Radisson
Nicolas Lemieux, Mouvement pour un transport public abordable
Rédaction Presse toi à gauche
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Nous sommes une très petite équipe de bénévoles. Si nous ne voulons pas nous épuiser, nous devons améliorer notre fonctionnement.
Dans cet objectif, nous apprécierions que vos articles nous parviennent avant jeudi midi pour publication le mardi suivant….sinon ce sera au mardi suivant.
Merci de votre compréhension.
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Bonjour
Scénario de la pause d'été pour PTAG
Dernière réunion du comité de rédaction avant la pause estivale Dernière édition de la session printemps-été
11 juin 16 juin
Première réunion du comité de rédaction après la pause estivale Première édition de la session automne-hiver
13 août 18 août
Merci de nous avoir fait parvenir vos textes.
Voici le lien de la publication
https://www.pressegauche.org/Petion-Ville-Haiti-16-Juin-2026-L-Organisme
N'hésitez pas à nous en faire parvenir d'autres
Merci de collaborer avec Presse toi à gauche
Ginette rédaction Presse toi à gauche

L’indépendance ne pourra se réaliser sans un projet de société
La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions à l'indépendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix.
Le texte de Jimmy Thibodeau [1] repose sur une inversion politique assez grossière : il accuse la gauche indépendantiste de poser des conditions à l'indépendance, alors que la véritable pression vient de ce qu'il défend lui-même. Tout accepter au nom de l'unité nationale. Accepter les discours qui ciblent les personnes immigrantes, racisées, musulmanes, juives, LGBTQ ou issues de minorités religieuses. Accepter que le rapport de nation à nation avec les Premiers Peuples soit remis à « plus tard ». Accepter que des mouvements identitaires associés à l'extrême droite, comme Nouvelle Alliance, gravitent dans la nébuleuse souverainiste sans que le camp nationaliste ne s'y offusque [2].
Ce dernier point ne peut pas être esquivé. Nouvelle Alliance véhicule un nationalisme d'exclusion fondé sur la suspicion envers les personnes immigrantes et les minorités religieuses. Laisser ce discours occuper de l'espace sans le nommer, c'est envoyer un message clair à toutes les personnes qu'il cible : ce projet n'est pas pour vous. Et tant que ce message persiste, la majorité référendaire restera hors de portée. On ne bâtit pas un pays en tolérant ceux qui en excluent une partie avant même qu'il existe. Quand un mouvement qui prétend parler au nom du peuple québécois refuse de se distancer d'un courant qui en exclut une partie, il faut se demander de quel peuple il parle.
Voilà le véritable souverainisme conditionnel : conditionner l'unité indépendantiste au silence de la gauche, des minorités et des Premiers Peuples.
Poser des exigences démocratiques à un projet politique ne revient pas à le refuser. C'est le prendre au sérieux. Le faux dilemme de la droite nationaliste consiste à dire : soit vous signez sans lire, soit vous n'êtes pas vraiment souverainistes. Mais l'indépendance n'est pas un contrat d'adhésion. Elle ne peut pas exiger le silence de celles et ceux qui veulent justement en faire un projet de libération.
Deux référendums. Deux défaites. Recommencer sans tirer les leçons, sans proposer un projet de société capable de convaincre une majorité, c'est condamner l'indépendance à la dormance pour une autre génération. Ce projet mérite une nouvelle démarche à la hauteur de son ambition.
Cette démarche existe. C'est la démarche constituante. Elle n'est pas une esquive ni une condition supplémentaire. Elle est une réponse offensive à la faiblesse stratégique la plus profonde du mouvement souverainiste : l'absence d'un projet visible et approprié par la population. Sans projet clair, l'indépendance reste une promesse abstraite que le camp fédéraliste transforme en épouvantail à chaque cycle électoral. Avec un processus constituant ouvert et démocratique, elle devient une proposition concrète. La question nationale n'appartient pas à un seul parti ni à l'Assemblée nationale.
Elle appartient à toute la population. C'est précisément ce que propose Québec solidaire : une vaste démarche de démocratie participative pour que ce débat soit celui de tout le monde. Plutôt que de défendre l'indépendance contre la peur, on construit le pays contre l'immobilisme. Ce n'est pas reculer. C'est changer de terrain pour gagner. Cette approche est unique, et c'est le seul parti à la porter.
Ce déplacement est d'autant plus nécessaire que même les organisations souverainistes le reconnaissent. Le rapport récent des OUI Québec, issu d'une vaste consultation de la société civile, est sans équivoque : des inquiétudes persistent face aux discours nationalistes parmi les personnes issues de l'immigration, et proposer un véritable projet de société apparaît comme presque incontournable.
Quand les propres alliés du mouvement tirent cette conclusion, ignorer le diagnostic relève de l'entêtement, pas de la stratégie. On ne peut pas plaider l'unité souverainiste tout en rejetant les seules propositions capables de construire une majorité réelle.
La droite nationaliste peut bien accuser la gauche de tous les maux souverainistes. Mais qu'elle commence par reconnaître les conditions qu'elle impose elle-même : le silence devant les dérives identitaires, le refus d'un projet débattu, l'idée que le monopole du projet national lui appartiendrait de droit.
Il ne lui appartient pas. Québec solidaire porte depuis des décennies un projet, une stratégie et une vision de ce pays. Il suffirait d'un peu de maturité politique pour l'écouter.
L'indépendance ne se construira pas malgré une partie du peuple. Elle se construira avec tout le peuple. Ou elle ne se fera pas.
Signataires :
André Frappier — ex-co-porte-parole de Québec solidaire
Geru Schneider — Candidat pour Québec solidaire à Chomedey et militant
Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026 L’Organisme...
Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026
L'Organisme de Défense des Droits Humains stupéfie par la défaillance de la politique de sécurité et aux violations systémiques des droits humains en Haïti
L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH condamne fermement la recrudescence des enlèvements en Haïti, qui constituent une violation flagrante des droits humains fondamentaux.
L'enlèvement récent du professeur James Boyard, cadre de la police nationale et chef de cabinet au ministère de la Défense, illustre l'échec critique de la politique de sécurité actuelle. Quand les acteurs chargés de planifier l'ordre public deviennent eux-mêmes des cibles, cela démontre l'inefficacité des mesures étatiques et l'impunité dont jouissent les réseaux criminels. Cette crise met en lumière l'incapacité ou le manque de volonté politique des dirigeants pour réformer la politique de sécurité et démanteler l'économie du kidnapping.
En fait, la passivité des autorités face à cette terreur quotidienne prive la population de ses droits humains les plus élémentaires, à commencer par le droit à la vie et à la sûreté. Pourtant, la sécurité est une obligation régalienne garantie à la fois par la Constitution haïtienne et par les traités internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l'État.
L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH estime que l'inaction systématique des gouvernants face à ce droit inaliénable soulève dès lors de graves questions sur leur responsabilité politique et leur respect des engagements juridiques.
Pour toute information complémentaire ou pour établir un partenariat, veuillez nous contacter à :
Email : eccredhh12@gmail.com
(509) 36203405
36 513668
42823678
𝐀̀ 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬 𝐝𝐞 𝐄𝐂𝐂𝐑𝐄𝐃𝐇𝐇
L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est une organisation dédiée à la promotion et la défense des droits humains, à l'éducation et à la recherche en Haïti. Elle œuvre pour une société plus juste et inclusive à travers des actions concrètes et des partenariats stratégiques.
gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.












