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La victoire du PQ dans Chicoutimi, un indice de la volatilité de la scène électorale
Si le PQ connaît une septième victoire dans des élections partielles, il serait erroné de croire que l'électorat a clairement défini ses choix et que les prochaines élections québécoises ne seront qu'une formalité. En fait, les élections dans Chicoutimi ont montré des glissements importants dans les allégeances du corps électoral. Face aux crises qui multiplient les difficultés vécues par la majorité populaire et qui ancrent des angoisses profondes, la volonté d'en finir avec cette situation ouvrira une période d'importants débats et de redéfinition des loyautés. Les élections qui viennent poseront donc d'importants défis aux partis, et particulièrement à la gauche politique.
Des résultats qui illustrent des changements politiques profonds
La victoire du Parti québécois dans Chicoutimi marque indéniablement un moment politique fort, à la fois symbolique et révélateur. Avec 45,35 % des voix (6 999 votes), Marie-Karlynn Laflamme permet au PQ de reconquérir un ancien bastion perdu en 2018 et confirme une quatrième victoire consécutive en élection partielle depuis 2022. Elle a dû remonter une pente importante, car le PQ avait alors dû se contenter de 14,2 % des votes. Ce retour s'inscrit dans un rejet clair du statu quo caquiste.
Le scrutin a d'abord valeur de sanction. La Coalition avenir Québec, qui avait récolté plus de 62 % des voix en 2022 dans Chicoutimi, s'effondre à 11,97 % (1 848 votes). Il s'agit d'un véritable effondrement. Comme l'écrit Philippe J. Fournier de QC125 : Lors de l'élection partielle d'Arthabaska, l'été dernier, la CAQ s'est complètement effondrée, perdant 44 points par rapport à son résultat de 2022. À Chicoutimi, la CAQ termine avec 12 % des voix, soit 50 points de moins qu'en 2022. Cette chute vertigineuse traduit l'usure d'un gouvernement perçu comme déconnecté, brouillon et miné par les scandales, et dont les politiques ont aggravé les crises concrètes vécues par la population : logement, itinérance, accès aux soins, surcharge du réseau de la santé, crise de l'école publique et irresponsabilité face aux changements climatiques. L'absence de figures nationales caquistes sur le terrain et l'ambiance de fin de régime autour du candidat illustrent un parti en perte de légitimité, bien au-delà d'un simple accident électoral.
La véritable percée de la soirée est celle du Parti conservateur du Québec, qui termine deuxième avec 26,07 % (4 023 votes), triplant ses appuis par rapport à 2022, où il avait recueilli 8,43 % des voix. Cette montée de la droite populiste doit inquiéter. Elle capte une colère réelle — contre l'inflation, l'insécurité économique, l'abandon régional — mais la détourne vers des solutions idéologiques régressives, individualistes et souvent hostiles aux solidarités collectives et aux mouvements sociaux. Le fait que ce vote conservateur dépasse largement celui de la CAQ indique que le rejet du gouvernement sortant ne se traduit pas mécaniquement par un déplacement vers la gauche du champ politique. C'est plutôt le constat inverse qui tend à s'imposer.
Dans ce contexte, la situation de Québec solidaire est particulièrement préoccupante. Avec 5,59 % (862 votes), QS poursuit un recul entamé depuis 2018, malgré un terrain objectivement favorable à un discours de gauche : circonscription urbaine, présence d'un cégep, d'une université, d'un milieu communautaire actif et d'un bassin important de travailleuses et travailleurs du secteur public. En 2022, Québec solidaire avait obtenu plus de 12 % du vote. Le fait que QS ne capte aucun des votes libérés par l'effondrement caquiste souligne l'absence d'un rapport de force social suffisamment structuré pour porter ses propositions contre la vie chère, pour des services publics accessibles, pour des logements abordables et pour un avenir vert, mais aussi une difficulté stratégique et organisationnelle profonde, qui reste à surmonter face aux élections générales à venir.
Le Parti libéral du Québec, avec 9,13 % (1 409 votes), améliore son score famélique de 2022, soit 3,04 %, sans pour autant redevenir un acteur crédible. Sa progression est davantage mathématique que politique et ne constitue en rien une alternative pour les classes populaires ou les régions. Même s'il est vrai que la crise qu'a connue récemment ce parti et le manque de notoriété de son nouveau chef ont pu jouer un rôle certain dans la nature de ses résultats.
Les leçons politiques tirées par Paul St-Pierre Plamondon
Du côté du PQ, le discours de victoire de Paul St-Pierre Plamondon révèle une tension centrale. Tout en réaffirmant l'engagement de tenir un référendum dans un premier mandat, il reconnaît explicitement que le contexte géopolitique — notamment l'imprévisibilité de l'administration américaine et la figure de Donald Trump — alimente une peur réelle dans l'électorat. Le porte-à-porte qu'il a effectué dans le comté a été pour lui révélateur de la peur de nombre de ses concitoyen·nes face à la situation géopolitique. Le chef péquiste a tenté de rassurer en parlant d'une « fenêtre de quatre ans » avant la tenue d'un éventuel référendum, du départ de Trump d'ici là et de la protection des PME face aux risques de représailles économiques qu'un gouvernement péquiste devrait assurer. Ces propos rassurants posent toutefois une question fondamentale : peut-on relancer un projet d'indépendance sans affronter frontalement les rapports de force économiques, commerciaux et sociaux qui structurent déjà la dépendance du Québec, en se contentant d'éviter les provocations envers notre puissant voisin ?
Des élections qui expriment le désir d'un changement réel
D'un point de vue de gauche, la victoire péquiste exprime un désir de changement réel, une lassitude envers un gouvernement technocratique et autoritaire, et une volonté de redonner un rôle politique aux régions. Mais les politiques mises de l'avant par la direction de PSPP ne garantissent pas que le Québec pourra dépasser les multiples crises auxquelles il doit actuellement faire face. Le faible taux de participation (34,22 %) rappelle que cette victoire repose sur une mobilisation limitée et que de larges segments de la population demeurent à distance du jeu électoral.
En somme, Chicoutimi « revient à la maison » péquiste, mais la maison elle-même reste à définir, et ce ne sont pas les maigres réflexions offertes jusqu'ici par le Livre bleu qui permettent d'être rassurés. Sans un projet clairement arrimé à la justice sociale, à la redistribution de la richesse, à la transition écologique, à l'élargissement réel de la démocratie et à une conception pluraliste de l'indépendance, le risque demeure que le désir de changement profite autant — sinon davantage — à une droite conservatrice en quête de légitimité qu'à une transformation émancipatrice du Québec.
Illustration : Qc-125
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La Communauté Milton Parc

L’histoire de Milton Parc est avant tout celle d’un quartier ancien et délabré situé à la périphérie du centre-ville de Montréal et composé de belles maisons victoriennes en pierre grise. Menacés d’expulsion par un grand promoteur immobilier, les voisines et voisins s’organisent pour la survie du quartier et réussissent à partir des années 1970, et dans les années qui suivent, à en faire une communauté coopérative démocratique unique au Québec et au Canada. Les résidentes et résidents ont créé 22 organismes sans but lucratif pour gérer leurs logements. Ils ont consacré au moins un million d’heures aux finances, à l’entretien, à la sélection des nouveaux et nouvelles locataires et aux comités de gouvernance de ces organismes. Ils y ont élevé leur famille. Ils ont siégé aux conseils d’administration pour aider les personnes âgées vulnérables ainsi que les femmes et les hommes menacés d’itinérance qui ont eu la chance de vivre dans ce quartier Milton Parc, dans des maisons de chambres et des foyers sûrs et abordables pour personnes âgées. Ils ont pris de nombreuses initiatives sociales, économiques et écologiques axées sur la justice, l’égalité des genres et la protection des personnes vulnérables. Ce texte en est la présentation.
L’histoire de Milton Parc
| Années 1960 | Années 1970 | Années 1980 | Années après 1980 |
| – Des promoteurs ont acheté la plupart des immeubles dans six îlots de maisons du centre-ville de Montréal, près du campus de l’Université McGill.
– 250 maisons sont démolies. – Il y a le développement d’un hôtel, d’un immeuble de bureaux, de 3 tours résidentielles et d’un centre commercial souterrain. |
– La communauté se bat, menée par des résidentes et résidents intéressés par le logement abordable, les coopératives et la préservation.
– La communauté se rattache au mouvement patrimonial montréalais et au mouvement politique communautaire progressiste. |
-La communauté prend le contrôle de son quartier en formant l’un des plus grands projets coopératifs du pays.
– Elle apprend à gérer des coopératives et d’autres entreprises à but non lucratif. – Elle supervise la rénovation de leurs maisons. |
– La copropriété à vocation sociale est mise en place et la Communauté Milton Parc en devient la gardienne, sous contrôle local, des buts et objectifs de la communauté.
-Les résidentes et résidents se battent pour plus d’habitation coopérative, des solutions écologiques et la justice sociale. – Ils veulent créer des endroits pour les sports, la récréation et l’éducation, ainsi qu’une taverne communautaire. Ils veulent aider les personnes vulnérables. |
Contexte du réaménagement de la communauté Milton Parc
Ce projet n’aurait pas pu voir le jour sans une communauté forte qui s’est mobilisée contre les stratégies de réaménagement de la Ville de Montréal. Il fallait arrêter la démolition des maisons de Milton Parc par le projet immobilier de La Cité.
Dès le départ, deux amies montréalaises ont partagé leurs forces et leurs convictions pour transformer Milton Parc. Il s’agit de l’architecte Phyllis Lambert[3] et de la travailleuse sociale Lucia Kowaluk[4]. Quant à lui, le Groupe de ressources techniques Milton Parc (GRT) – l’équipe professionnelle chargée de réaménager les immeubles, d’assurer la liaison avec le gouvernement et les institutions financières et de renforcer les capacités locales – a travaillé sans relâche et n’a ménagé aucun effort pour atteindre ses objectifs.
Le projet Milton Parc a constitué un tournant dans les stratégies de rénovation urbaine de la Ville de Montréal : on ne démolit pas des quartiers anciens bien situés même s’ils sont délabrés pour les remplacer par des tours commerciales et résidentielles et ainsi déloger les anciens habitants et habitantes qui n’avaient plus les moyens d’y vivre.
Par le projet Milton Parc, on a sauvegardé le tissu physique, social et économique de la communauté où les résidentes et résidents sont très engagés avant, pendant et après le réaménagement, où ils forment des coopératives et des organismes sans but lucratif, gèrent les rénovations, où ils sont propriétaires – à but non lucratif – de leur logement et où les droits d’occupation après les travaux restent abordables.
Buts et objectifs de Milton Parc
Les buts et objectifs de Milton Parc élaborés en 1979 ont été consacrés dans le Plan d’action de Milton Parc, préparé par James McGregor du Conseil de développement de logement communautaire, en étroite collaboration avec la Communauté Milton Parc et le Groupe de ressources techniques communautaires Milton Parc. Les différents éléments de ces buts et objectifs témoignent du caractère communautaire et démocratique du projet.
1. Aucun résidant ne sera expulsé pour des raisons économiques.
2. Les immeubles seront détenus et administrés sans but lucratif.
3. Le contrôle ultime de la communauté sera entre les mains des résidents.
4. De petits groupes seront formés pour posséder et administrer les immeubles.
5. Aucun membre du projet ne sera expulsé parce qu’il n’est pas impliqué dans l’administration de l’immeuble dans lequel il réside.
6. Les bâtiments seront rénovés.
7. Des fonds gouvernementaux de tous les niveaux seront utilisés.
8. Les ressources et les compétences nécessaires à l’accomplissement des objectifs du projet seront fournies.
9. Les ressources existantes dans le projet et dans la communauté seront utilisées.
10. Afin d’atteindre les objectifs financiers ainsi que l’objectif de contrôle par les résidents, la propriété des immeubles sera transférée d’ici mai 1982.
Stratégies gagnantes d’une communauté forte
La communauté Milton Parc porte des convictions progressistes et est audacieuse. Elle se réunit pour établir un consensus sur des stratégies gagnantes à l’origine d’une liste impressionnante de réalisations inhabituelles et innovantes :
1. Une avance de fonds pour l’achat des immeubles est permise.
2. Le programme de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), adapté pour Milton Parc, reconnait les droits acquis des locataires, de sorte que les loyers après les rénovations restent abordables, non seulement dans Miton Parc, mais à travers toute la ville.
3. Les maisons de chambres sont reconnues comme éligibles aux subventions.
4. Le supermarché Steinberg décide de ne pas construire un dépanneur sur un terrain vacant adjacent aux maisons.
5. La Cour accorde une injonction pour arrêter la démolition de l’annexe de l’école secondaire D’Arcy McGee pour en faire un stationnement.
6. La Ville accepte de ne pas démolir de logements afin de faciliter la circulation à l’angle de la rue Jeanne Mance et de l’avenue des Pins.
1979-1988 : mise en place des structures organisationnelles qui ont permis le réaménagement de Milton Parc
La mise en œuvre de ce projet d’envergure a nécessité la création de plusieurs organismes « hors marché », une démarche unique à ce processus.
Il y a d’abord la Société d’amélioration Milton Parc (SAMP), un organisme cadre sans but lucratif qui était propriétaire des immeubles de Milton Parc pendant le réaménagement. La présidente Phyllis Lambert a réuni au sein du conseil d’administration un groupe diversifié d’administrateurs et d’administratrices possédant des compétences et une expérience solides dans les domaines du droit, de l’urbanisme et du développement communautaire, de la finance, de l’immobilier et du renforcement des capacités.
J’ai occupé le poste de directeur général de la SAMP ainsi que du GRT. Mon expérience d’avocat du premier bureau de l’aide juridique à Pointe-Saint-Charles et Petite-Bourgogne, a été précieuse[5].
Pour sa part, l’aide du Groupe de ressources techniques Milton Parc a permis de renforcer les capacités des 21 coopératives et organismes sans but lucratif qui ont été créés : 15 coopératives d’habitation et 6 organismes sans but lucratif contrôlés par des résidentes et résidents et des représentantes et représentants sociaux, communautaires et religieux. En outre, un organisme sans but lucratif a été mis sur pied pour gérer 12 bureaux et espaces commerciaux répartis dans la communauté.
Le groupe a offert des services d’architecture dirigés par l’architecte Pierre Beaupré[6] et, conjointement avec des chargés de projet[7], des services pour négocier et obtenir les autorisations techniques de la SCHL, de la Ville de Montréal et de la Société d’habitation du Québec, pour obtenir des prêts assurés par la SCHL et des prêts à long terme des institutions financières.
Quelques faits saillants du réaménagement
Le nombre de bâtiments, leur typologie, les revenus des résidentes et résidents ainsi que les coûts et les sources de financement sont les éléments clé de cette démarche.
Il y avait 133 bâtiments répartis sur six îlots comprenant des immeubles qui ont été construits au début du siècle avec des façades en pierre grise. Ces bâtiments ont été convertis en maisons familiales et en 24 maisons de chambres ; certains ont constitué un bloc d’appartements – un des premiers blocs d’appartements de Montréal –, d’autres une tour de six étages et 12 bureaux et espaces commerciaux.
Les logements, autour de 600, sont de plusieurs types : 118 chambres ; 69 studios ; 175 unités ayant 1 chambre à coucher ; 109 ayant 2 chambres à coucher ; 98 ayant 3 chambres à coucher ; 21 ayant 4 chambres à coucher ; 7 ayant 5 chambres à coucher ou plus.
Le revenu moyen des ménages vivant dans les coopératives et autres OSBL contrôlés par des résidents était de 14 860 dollars ($) en 1982, alors que 66 % des ménages vivant dans des immeubles pour personnes âgées et des maisons de chambres gagnaient en 1981 moins de 7 000 $ et 30 % gagnaient entre 7 000 et 15 000 $.
Les coûts totaux des investissements sur la période de développement 1979-1988 se sont élevés à 30,7 millions de dollars. Les subventions d’investissement ont été accordées par le fédéral (2,2 M$), Québec (1,6 M$), Montréal (2,2 M$) et la SCHL. Le prêt accordé par cette société fédérale l’a été en vertu d’un programme annuel de réduction des taux d’intérêt, d’une durée de 35 ans : la première année, la SCHL a donné une subvention de 4 M$[8].
Le financement de la SCHL pour l’achat des immeubles de Milton Parc comportait l’obligation de préparer un plan d’action viable en dedans de six mois. Le défi a été relevé et cela a permis la création d’un quartier « hors marché » durable comportant 133 bâtiments appartenant à 21 coopératives et OSBL.
Mise en place d’une copropriété à vocation sociale
La Communauté Milton Parc et la Société d’amélioration Milton Parc, propriétaire des immeubles, souhaitaient trouver un mécanisme juridique pour protéger les caractéristiques physiques, sociales, économiques et architecturales à long terme du quartier de Milton Parc.
Elles devaient aussi disposer d’une structure où la communauté pourrait se réunir pour discuter des problèmes rencontrés. De plus, les coopératives et les autres organismes sans but lucratif impliqués devaient être propriétaires de leurs immeubles. Certains membres auraient préféré une propriété privée plutôt que collective, mais les programmes de subvention ne pouvaient pas servir pour l’accession à la propriété.
La Société d’amélioration Milton Parc et des conseillers juridiques ont mené un processus participatif exigeant avec les résidentes et résidents, les coopératives et les organismes sans but lucratif. Les représentantes et représentants des 22 organismes coopératifs et sans but lucratif récemment constitués se sont rencontrés chaque semaine pendant six mois.
La communauté s’est regroupée autour de trois objectifs principaux :
- empêcher la spéculation sur les immeubles ;
- sélectionner les futurs résidents et résidentes en fonction de leur revenu faible ou modéré ;
- protéger les caractéristiques architecturales.
Les craintes de voir l’association communautaire devenir un forum de débats politiques ont été levées : l’association devait se limiter à son rôle de gardienne des trois objectifs centraux.
La communauté a discuté de plusieurs mécanismes juridiques, y compris des formes de bail, de vente avec restrictions et de charges hypothécaires ; ces mécanismes ne satisfaisaient pas aux besoins, mais, ce faisant, ces discussions ont permis de clarifier la structure voulue, et la copropriété à des fins sociales s’est avérée la structure juridique la plus appropriée. Bien que similaire à l’idée américaine de « land trust », elle va au-delà en ce qu’elle empêche la spéculation pour toujours.
On peut dire que le processus qui a mené à cet accord de copropriété et à sa mise en œuvre a été le fruit d’un effort multilatéral de la part des principales parties prenantes internes et externes.
Arguments pour l’utilisation des règles sur la copropriété
Plusieurs juristes spécialisés en droit immobilier ont été consultés. C’est le notaire François Frenette, professeur de la Faculté de droit de l’Université Laval qui a proposé l’utilisation très novatrice du droit de la copropriété divise.
Le concept juridique utilisé pour la copropriété tient compte de la qualité des caractéristiques physiques des différents types de logements, du degré de confort, de l’emplacement et du quartier où sont situés les immeubles, de la situation sociale des occupantes et occupants, des raisons pour lesquelles les copropriétaires ont acheté leur immeuble et de la nécessité de protéger les intérêts généraux des copropriétaires. La beauté du concept de copropriété réside dans le fait qu’il crée une communauté autonome qui peut formuler et respecter ses propres règles, dont celle d’un processus de décision collective.
Dans le modèle choisi, les règles qui avaient été le plus souvent utilisées par les propriétaires à revenu élevé pouvaient également être utilisées pour atteindre les objectifs collectifs et individuels des ménages à revenu faible et modéré.
Le fonctionnement de la copropriété de Milton Parc
Propriété, charges et vote
Dans Milton Parc, chaque copropriétaire – ici il ne s’agit pas d’un individu, mais d’une coopérative ou d’un organisme sans but lucratif – est propriétaire de son bâtiment et du terrain sur lequel il est bâti. Chaque copropriétaire est également propriétaire d’une partie des cours, allées et chemins environnants, en copropriété indivise avec tous les autres copropriétaires.
Cependant, les charges communes, qui sont réparties entre tous les copropriétaires, sont établies en fonction de la valeur des actifs de chaque copropriétaire en tant que pourcentage de la valeur de l’ensemble des immeubles de Milton Parc.
Lors des assemblées de l’ensemble des copropriétaires, chaque copropriétaire dispose d’une voix.
La clause de destination
Les règles sont inscrites dans une clause appelée « clause de destination » et ne peuvent être modifiées sans le consentement unanime des copropriétaires. Ces règles résument les trois objectifs principaux déjà énoncés et les rendent contraignants à perpétuité[9]. Soulignons la règle qui empêche la spéculation : les copropriétaires ne peuvent jamais vendre leurs immeubles pour réaliser une plus-value.
Les règles de copropriété n’avaient jamais été utilisées auparavant pour empêcher la spéculation et dédier l’utilisation des immeubles à des occupants et occupantes à faible revenu. Le recours à la copropriété était très novateur et allait permettre de protéger le sol et les bâtiments contre la spéculation et l’embourgeoisement.
La Communauté Milton Parc : un syndicat de copropriété unique en son genre
La Communauté Milton Parc (CMP) est un syndicat de copropriété unique en son genre, créé en 1987 par l’Assemblée nationale du Québec. La CMP est régie par sa Déclaration de copropriété[10] qui se distingue parce qu’elle contient des restrictions liées à la responsabilité sociale et à la non-spéculation. Il y a une similitude avec les restrictions sur la collectivité qui se trouvent dans une fiducie foncière (land trust), mais celles-là sont moins contraignantes. La raison d’être de la CMP est de rassembler les intérêts des copropriétaires par l’entremise de leurs délégué·e·s et de gérer les espaces collectifs. Cela comprend la mutualisation des besoins (ex. les primes d’assurance des immeubles), les espaces communs (ex. les trois ruelles) et toutes autres orientations qui sont pour le bien-être collectif des copropriétaires et qui sont en lien avec la Déclaration de copropriété.
Les créanciers hypothécaires
Les créanciers hypothécaires devaient être rassurés, sinon aucune institution financière n’allait prêter aux copropriétaires.
Un accord a finalement été conclu avec la SCHL, l’assureur de tous les prêts hypothécaires. Les créanciers hypothécaires qui saisiraient les biens devaient être liés par les mêmes conditions que les autres copropriétaires – ce qui les inquiétait –, mais comme la SCHL s’est engagée à assurer entièrement les prêts, toutes les inquiétudes concernant la protection de leur investissement ont été dissipées. Soulignons que même la SCHL est liée par lesdites conditions.
Un projet de loi d’intérêt privé adopté unanimement par l’Assemblée nationale
À l’époque, il n’était pas possible de créer des copropriétés à partir d’immeubles locatifs existants sans l’approbation de la Régie du logement du Québec, devenue le Tribunal administratif du logement. Or, la Régie du logement ne pouvait donner son accord car il n’existait pas encore de règlement lui donnant des critères d’approbation. Pour sortir de l’impasse, la Communauté Milton Parc a soumis un projet de loi d’intérêt privé à l’Assemblée nationale, qui a été présenté par le député local, Jacques Chagnon. Le consentement de tous les partis était requis pour les projets de loi de cette nature.
Le projet de loi, adopté le 23 juin 1987[11], prévoit que le ministre autorisera la Déclaration de Milton Parc s’il est convaincu qu’elle favorise l’accès à des logements de qualité pour les ménages à revenu faible ou moyen, qu’elle préserve le tissu urbain et l’unité architecturale et socioéconomique du quartier et qu’elle prévoit des mécanismes de prévention de la spéculation.
Le développement communautaire de Milton Parc depuis les années 1980
Que s’est-il passé depuis ? Forts de leur victoire qui leur assurait un logement adéquat, abordable et sûr, les citoyennes et citoyens de Milton Parc ont réalisé toutes sortes de projets socioéconomiques, écologiques et coopératifs novateurs et rassembleurs, dont voici quelques exemples.
La Société de développement communautaire Milton-Parc
Créée en 1982, la Société de développement communautaire Milton-Parc (SDC), un organisme sans but lucratif dont les administratrices et administrateurs sont des représentants des organismes de Milton Parc, a pris en charge la gestion des locaux commerciaux en 1987. « Son objectif est de créer un quartier où les besoins de toutes et tous sont pris en compte et où les liens sociaux et l’économie solidaire sont privilégiés. En tant que copropriétaire du Syndicat de copropriété Communauté Milton-Parc, la SDC travaille de concert avec des coopératives et des organismes sans but lucratif pour promouvoir l’économie solidaire dans ses actions, une mission qui répond aux besoins sociaux du quartier[12] ».
La mise sur pied de la SDC a permis d’intégrer 12 bureaux et locaux commerciaux adjacents aux coopératives. Ces entreprises locales participent à l’économie du quartier, répondent aux besoins de la communauté et renforcent le tissu social. À titre d’exemple, citons le Centre d’écologie urbaine de Montréal, cofondé par Lucia Kowaluk et Dimitri Roussopoulos, qui a occupé les locaux de la SDC pendant plusieurs années. La SDC a aussi financé d’importants travaux pour soutenir la coopérative de solidarité du Bar Milton-Parc. Le financement de la SDC provient de façon importante de la Caisse d’économie solidaire Desjardins.
L’Association récréative Milton-Parc
L’Association récréative Milton-Parc (ARMP) a été créée à partir d’initiatives de personnes résidentes et d’intéressé·e·s qui désiraient offrir, à des prix abordables, des activités et des services aux résidentes et résidents ainsi qu’aux travailleuses et travailleurs du quartier Milton-Parc. L’organisme a été inscrit au Registre des entreprises en mars 1984 par Cindy Cook qui demeure dans la Communauté Milton Parc.
Forte de ce mandat et à l’écoute des besoins de la population, l’ARMP a mis en place des activités récréatives et des programmes éducatifs. Elle offre aujourd’hui ses activités au Centre de loisirs multiethnique Saint-Louis sur la rue Saint-Urbain, aux Galeries du Parc, à l’école Au-Pied-de-la-Montagne (pavillons Jean-Jacques-Olier et Saint-Jean-Baptiste) en plus de gérer les sept terrains de volleyball de plage au parc Jeanne-Mance, des programmes de camp de jour, de plein air interculturel et de soccer récréatif[13].
La Banque alimentaire Milton-Parc
La Banque alimentaire Milton-Parc est « un groupe communautaire offrant des repas chauds et des paniers alimentaires d’urgence. […] Coordonnée et administrée par des bénévoles, la banque alimentaire est en mesure de distribuer plus de 100 repas une fois par semaine, en se servant des ressources de l’église luthérienne St. John’s[14] ».
La coopérative de solidarité du Bar Milton Parc
La coopérative est détenue et gérée par des membres travailleurs et travailleuses qui ont choisi de s’organiser pour mieux servir leur communauté. Elle fournit des boissons brassées localement, un lieu pour les événements et la culture, et des repas abordables grâce à un programme de repas solidaires[15]. La coopérative a mis en place un programme de sécurité alimentaire pour venir en aide aux personnes vulnérables.
Le Comité des citoyen·ne·s de Milton Parc
Le Comité des citoyen·ne·s de Milton Parc (CCMP) existe depuis plus de 50 ans. Il a été fondé par Lucia Kowaluk et Dimitri Roussopoulos en 1968 dans le cadre de la lutte contre la démolition du quartier Milton Parc. Organisme sans but lucratif non partisan, il vise à développer une démocratie populaire et une autonomie collective. Ses projets sont axés sur l’entraide, l’écologie urbaine, l’éducation populaire, la justice du logement et la démocratie directe. Le CCMP gère deux jardins collectifs, une banque alimentaire, une bibliothèque communautaire et un immeuble de trois étages. Parmi ses activités récentes, on retrouve la lutte pour la transformation de l’hôpital Hôtel-Dieu et de l’ancien Hôpital Royal Victoria en espaces communautaires répondant notamment aux besoins en matière de logement[16].
Malgré son orientation vers le développement communautaire, la communauté Milton Parc doit parfois faire face à des problèmes complexes qui peuvent la diviser. C’est le cas de la présence de sans-abri sur l’avenue du Parc, les ruelles et le centre Open-Door au sous-sol de l’Église Notre-Dame-de-la-Salette qui offre de la nourriture et des espaces pour dormir. Cela a des répercussions significatives sur les personnes qui circulent et habitent le quartier.
La communauté est partagée : les uns nourrissent les sans-abri, les autres veulent qu’on les chasse en poursuivant la Ville et plusieurs autres instances impliquées pour qu’elles s’en chargent.
Conclusion
Il ne faut jamais dire que les défis sont insurmontables. Le projet Milton Parc est l’histoire remarquable de citoyennes et citoyens qui ont sauvé des immeubles et la communauté qui y habitait des démolisseurs et trouvé un nouveau mécanisme pour en assurer la pérennité. Ils se sont battus contre la mairie et ont affronté les promoteurs. Un juriste chevronné a eu l’idée d’adapter la loi sur la copropriété pour préserver le caractère physique, architectural et socioéconomique du quartier. Un projet de loi d’initiative privée a été adopté par l’Assemblée nationale. La spéculation est interdite pour toujours. Tout cela a donné naissance à un écosystème communautaire unique, dynamique, autosuffisant et démocratique qui vit collectivement dans des logements hors marché.
Par Robert Cohen, avocat impliqué étroitement dans le projet Milton Parc
- Un grand merci à ma conjointe, Me Susan Altschul, pour sa contribution à ce document ainsi que pour le développement de Milton Parc. ↑
- Robert Cohen a été entre autres directeur du Groupe de ressources techniques Milton Parc (1980-1988). Il a créé les structures juridiques et sociales qui continuent de gouverner le quartier. Il a également été directeur et vice-président de la Société d’amélioration Milton Parc. ↑
- Phyllis Lambert, architecte québécoise, est la fondatrice du Centre canadien d’architecture. De nombreux prix soulignent la qualité de ses travaux. ↑
- Lucia Kowaluk, travailleuse sociale, militante, intervenante et leader, a cherché à préserver le patrimoine bâti. Elle a aussi reçu plusieurs reconnaissances. ↑
- Les autres membres du conseil d’administration étaient : Lucia Kowaluk, Me Adele Mardoche, James McGregor, Me Daniel Mettarlin, Richard Phaneuf, James Raymond, Dimitrios Roussopoulos, Jeanne Wolfe. ↑
- L’équipe d’architecture comprenait : Douglas Alford, Guy Giguère. André Laverdière, John Mumme, Colin Munro, Robert Paradis. Elizabeth Shapiro. ↑
- Mentionnons surtout : Marie-France Bélanger, John Bradley, Joanne Du Temple, John Gardiner, Gisèle Gingras, Sue Moorhead, Luba Serge, Linda Tremblay. ↑
- Lucia Kowaluk et Carolle Piché-Burton, Communauté Milton-Parc. L’histoire d’hier et le fonctionnement d’aujourd’hui, 2012. ↑
- La clause de destination indique que l’immeuble servira « d’une part à favoriser à perpétuité à la fois un contrôle de l’ensemble des titres aux fractions de l’immeuble et un accès à des unités d’habitation de qualité pour des gens à revenu modéré et à faible revenu pour ainsi promouvoir les intérêts des résidents actuels et futurs dudit immeuble, et, d’autre part, pour le même temps et la promotion des mêmes intérêts, à préserver le caractère et l’unité à la fois physique architecturale et socio-économique du quartier Milton Parc, auxquelles fins du reste l’immeuble dans son ensemble et tel que défini dans ses parties composantes, est affecté en exclusivité. La destination ainsi imprimée à l’immeuble vise à assurer le maintien en état, de façon aussi intégrale que possible, des différents traits du microcosme dans lequel cet immeuble se situe. Diverses restrictions imposées par la présente déclaration aux droits et à l’exercice des droits des copropriétaires tendent à garantir le respect de cette déclaration dans le quotidien des actes que ces derniers sont appelés à poser. Au détail comme dans leur ensemble, ces restrictions se justifient à ce titre et à nul autre ». ↑
- Voir Kowaluk et Piché-Burton, 2012, op. cit. ↑
- Voir : Projet de loi 224, Loi concernant la conversion en copropriété par déclaration de l’immeuble appartenant à la Société d’Amélioration Milton Parc Inc., 1987, annexe du document de Kowaluk et Piché-Burton, op. cit. ↑
- <https://sdcmiltonparc.org/>. ↑
- <https://www.miltonpark.org/>. ↑
- <https://www.miltonparc-foodhub.org/fr>. ↑
- <https://bmp.coop/>. ↑
- <https://ccmp-mpcc.com/>. ↑

Dispersés aux quatre vents : la gauche anti-guerre russe entre exil et résistance
Dispersés aux quatre vents : la gauche anti-guerre russe entre exil et résistance
La plupart des Russes commencent par dire ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais il ne faut pas longtemps pour découvrir des critiques
12 février 2026 | tiré du site Solidarité Ukraine Belgique | Photo : "Paix pour l'Ukraine, liberté pour la Russie" - une manifestation à Moscou le 24 février 2022
Feb 12, 2026 - Source : article publié en anglais par Morten Hammeken dans "Jacobin" | Traduit en français par Adam Novak, Europe, Solidarités Sans Frontières, 7 février 2026
https://solidarity-ukraine-belgium.com/post/disperses-aux-quatre-vents-la-gauche-anti-guerre-russe-entre-exil-et-resistance?fbclid=IwdGRleAP8BlxleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZA8xNzM4NDc2NDI2NzAzNzAAAR6tqYlgKqytbu1qOE4QJyR1eSFgfH969hlbHSKmDctwk0G1C7sK056wEE_V2w_aem_AlU5IaO4DM8uWpWkZEg0lw
Danemark : quand les dissidents russes de gauche se retrouvent Dispersés aux quatre vents : la gauche antiguerre russe entre exil et résistance
L'État russe a contraint de nombreux militants de gauche antiguerre à l'exil, les coupant des Russes ordinaires. Mais les activistes savent bien que le changement en Russie doit venir de l'intérieur, en mobilisant les gens autour de leurs propres intérêts.
« Veuillez vérifier auprès de chaque participant s'il est d'accord pour être photographié. »
Après avoir pris une photo d'une diapositive pendant l'une des présentations, un homme s'approche de moi. C'est Mikhaïl Lobanov [1], un socialiste russe, qui me rappelle gentiment qu'il s'agit d'un panel où les intervenants ne doivent pas être rendus publics. Je le rassure en lui disant que je ne publierais jamais rien sans consentement. Mikhaïl accepte avec un sourire et retourne à sa place.
J'ai été invité à « La lutte contre la guerre de la Russie et le régime autoritaire », une conférence organisée par le Réseau Démocratie Radicale (Radical Democracy Network) [2], une large coalition de dissidents et de militants antiguerre russes. Les organisateurs précisent qu'il ne s'agit pas d'une réunion ordinaire. Des prospectus informent les participants que nous ne sommes pas autorisés à rendre public quoi que ce soit sur l'événement du jour pour des raisons de sécurité. Un embargo de cinq jours est imposé sur tous les articles de presse. Il s'agit d'empêcher les services de renseignement russes de suivre et de cartographier les activités des invités --- mais aussi de passer sous les radars de la police danoise. Les invités sont souvent traités avec suspicion par les services de sécurité occidentaux.
Cette préoccupation compréhensible rappelle également aux autres participants les contraintes sous lesquelles vivent les militants russes. Deux des intervenants du jour sont présentés avec un rappel de ne pas filmer ni mentionner de noms, car cela pourrait compromettre leurs réseaux en Russie. De nombreux Russes présents figurent déjà sur la liste gouvernementale des « extrémistes représentant une menace pour la sécurité nationale ».
« Cet événement n'est pas un séminaire public, mais une tentative de rassembler les bonnes personnes dans la même salle. Je pense que nous y sommes parvenus », déclare Bjarke Friborg du Dansk Magisterforening (Association danoise des diplômés) [3]. Son syndicat a contribué à organiser l'événement par l'intermédiaire du tout récent Réseau Europe de l'Est (Eastern Europe Network), tandis que leurs collègues du syndicat des professionnels de l'informatique PROSA [4] ont accepté d'accueillir l'événement. Le plus grand syndicat du Danemark, 3F [5], ainsi que l'Association des journalistes danois ont cofinancé les frais de déplacement.
Les Russes sont arrivés à Copenhague de toute l'Europe, où ils vivent depuis 2022. Marina Simakova réside dans une ancienne république soviétique, Mikhaïl Lobanov en France, tandis que Denis Leven est venu de Berlin. La plupart n'ont pas revu leur pays depuis au moins quatre ans et vivent dans l'incertitude et l'exil.
Felix, organisateur de Démocratie Radicale, lance les travaux en présentant une vision destinée à séduire autant ses compatriotes que le public occidental.
« L'opposition russe à la guerre est souvent rendue invisible ou considérée avec suspicion. Pour renforcer notre travail, nous devons unir les militants russes, les féministes et les militants syndicaux et combler nos divisions. »
Pour ce jeune universitaire, tout est question de créer un récit nouveau, ou peut-être plus nuancé, du mouvement antiguerre russe.
« Les gens en Occident soutiennent généralement la lutte ukrainienne contre l'oppression. Mon espoir est que nous puissions canaliser une partie de ce soutien vers notre propre lutte contre Vladimir Poutine. »
Lutter pour quelque chose de différent
Après une conférence introductive sur Démocratie Radicale et la gauche russe [6], les questions sur la guerre en Ukraine commencent à filtrer. Lors de la séance de questions-réponses sur le féminisme contemporain en Russie, un Danois dans le public change de sujet. Il veut savoir si Démocratie Radicale a publié un communiqué condamnant la guerre en Ukraine, vers lequel il pourrait orienter les gens. La question est bien intentionnée, mais elle doit sembler légèrement offensante pour les critiques de Poutine réunis à Copenhague, qui ont sacrifié une grande partie de leur existence pour combattre son administration. Le militant syndical Denis Leven répond :
« Nous condamnons sans équivoque l'invasion impérialiste de l'Ukraine par notre pays et faisons tout notre possible pour que cela soit clair. À Berlin, où je réside, nous travaillons avec la communauté ukrainienne pour organiser des manifestations antiguerre. Mais nous nous concentrons sur le travail pratique pour assurer la défaite de notre régime, pas simplement sur des mots creux au sujet de la guerre », dit-il.
L'opposition libérale se bat pour la même Russie avec un nouveau chef d'État. Nous, nous luttons pour quelque chose de différent.
Cette dernière remarque est aussi un coup de griffe à la partie plus libérale-conservatrice de l'opposition russe, qui reçoit le plus d'attention des médias occidentaux. Cela inclut des figures comme Garry Kasparov [7], Vladimir Kara-Murza [8], l'assassiné Alexeï Navalny et sa veuve, Ioulia Navalnaya. Bien qu'ils puissent tous s'accorder sur l'opposition à la guerre de Poutine, beaucoup de militants estiment que l'objectif ultime de l'opposition libérale manque de profondeur.
« Ils se battent pour la même Russie avec un nouveau chef d'État. Nous, nous luttons pour quelque chose de différent », dit Leven.
Comme souvent, la lutte s'accompagne de contraintes financières. Par rapport à l'opposition bourgeoise, partiellement financée par des oligarques d'opposition comme Mikhaïl Khodorkovski [9], l'argent est rare pour le réseau militant, et les caisses se vident chaque mois, surtout pour ceux qui continuent d'opérer à l'intérieur de la Russie. Mais comment collecter des fonds efficacement tout en évitant de se faire repérer par le gouvernement ? La réunion d'aujourd'hui vise aussi à résoudre ce casse-tête.
« Notre travail à l'intérieur de la Russie est plus efficace si nous restons discrets », dit Anna.
Soutenir l'équipe locale
Plus tard dans l'après-midi, nous abordons une autre question que tout le monde a en tête : que pensent réellement les Russes ordinaires de la guerre et de la direction que prend le pays ? C'est compliqué, explique le sociologue Oleg Jouravlev [10].
« Les sondages officiels montrent des niveaux élevés de soutien à la guerre ; cependant, des enquêtes indépendantes et des études plus approfondies --- comme les recherches menées par le Laboratoire de sociologie publique --- suggèrent un tableau différent. La guerre n'est pas populaire ni véritablement soutenue par le public. De plus, le gouvernement fait tout son possible pour permettre à la plupart des Russes de vivre sans remarquer la guerre. En même temps, l'économie de guerre contribue à maintenir la stabilité, voire crée de nouvelles opportunités pour beaucoup de gens. En conséquence, de nombreuses personnes éprouvent un sentiment d'implication dans la Russie en guerre, même si elles s'opposent au conflit et sont indifférentes à Poutine. Cela dit, il ne faut pas oublier ceux qui souffrent de la guerre économiquement, psychologiquement et physiquement --- et leur nombre ne cesse de croître. »
Les sondages officiels montrent des niveaux élevés de soutien à la guerre ; cependant, des enquêtes indépendantes et des études plus approfondies suggèrent un tableau différent.
Jouravlev compare le sentiment de certains Russes à celui des Américains qui critiquaient les guerres en Irak et en Afghanistan tout en « soutenant les troupes ». Beaucoup de gens se sentent obligés de soutenir l'équipe locale, même s'ils ne sont pas d'accord avec les décisions du capitaine. La présentation de Jouravlev met également en vedette le seul intervenant non russe de la journée, l'ethnographe et anthropologue politique britannique Jeremy Morris, en visioconférence. Morris examine la Russie à travers un prisme post-soviétique et publie nombre de ses conclusions sur le blog au nom évocateur Postsocialism [11]. Ses recherches lui offrent un aperçu unique des véritables sentiments des Russes ordinaires.
Un membre du public veut savoir qui sont les partisans les plus fervents de la guerre. Les plus pauvres sont souvent présentés comme les plus vulnérables aux justifications revanchistes et fortement nostalgiques de l'époque soviétique du pouvoir. Le professeur Morris n'est pas d'accord.
« Si Poutine s'appuie effectivement sur une base nationaliste de droite, on en trouve partout dans le monde --- y compris ici au Danemark. Ce qui préoccupe les Russes ordinaires est la même chose que tout le monde : l'éducation de leurs enfants, le prix du logement et le coût des voitures. Sur ces paramètres, le régime échoue actuellement », dit Morris.
Bien que les sondages montrent toujours des niveaux élevés de soutien à Poutine au sein de la société russe, cela peut aussi être trompeur, explique Morris.
« La plupart des Russes commencent par dire ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais il ne faut pas longtemps pour découvrir des critiques sévères de l'État. »
« Les sondages d'opinion en provenance de Russie ne sont pas inutiles, mais il faut les prendre avec prudence », ajoute Oleg Jouravlev [12].
Pureté idéologique
Les militants de Démocratie Radicale espèrent exploiter le mécontentement qui couve sous la surface. Mais construire une opposition forte capable de contester l'emprise du parti Russie unie [13] sur la politique exige l'unité. Les groupes tentent donc d'éviter les « tests de pureté idéologique », comme Denis Leven les appelle, en se concentrant sur l'union d'un large éventail d'opinions et de divers mouvements sociaux sous la même bannière. La construction de coalitions larges est essentielle si le mouvement veut développer un véritable pouvoir dans la politique russe, explique Lobanov --- renvoyant à de précédentes interviews dans Jacobin et Meduza [14].
Pour beaucoup de militants, cela signifie mettre leur idéologie politique au second plan au profit d'une approche plus pragmatique. Denis Leven mentionne un numéro d'assistance téléphonique pour les travailleurs, qu'il a contribué à créer, comme exemple de la façon dont ils tentent d'atteindre les Russes ordinaires et de les conseiller sur le droit du travail ou de leur apporter un soutien professionnel.
Néanmoins, certains principes fondamentaux restent nécessaires.
« Bien que nous représentions une variété d'opinions, nous sommes d'accord sur certaines choses fondamentales. Nous n'allons pas réintroduire les goulags le premier jour, et probablement pas le deuxième non plus », dit Denis.
« Démocratie Radicale a le potentiel d'unir et de diffuser des idées qui sont déjà massivement populaires en Russie », dit Lobanov.
Ancien professeur de mathématiques à l'Université d'État de Moscou, Lobanov est parmi les vétérans de l'opposition de gauche russe, et ses paroles pèsent auprès des participants. Il a contribué à organiser les enseignants et les scientifiques lors des immenses manifestations contre le gouvernement de 2011—2013, familièrement appelées la « révolution des neiges » [15].
Lobanov, qui se décrit comme un socialiste démocratique dans la lignée de Bernie Sanders et Jeremy Corbyn, illustre l'ampleur du mouvement. Lorsqu'il s'est présenté aux élections législatives de 2021, il a été soutenu à la fois par des syndicats indépendants et par le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR) [16], bien qu'il fût candidat indépendant. Sa victoire électorale convaincante dans le quartier de Kountsevo à Moscou a été annulée par la commission électorale contrôlée par Russie unie, qui a déclaré vainqueur son adversaire, le propagandiste gouvernemental de premier plan Ievgueni Popov. Après de multiples arrestations, des menaces et une étiquette d'agent de l'étranger, Lobanov a quitté la Russie en 2023.
La conférence accueille également l'ancien conseiller municipal de Moscou Ievgueni Stoupine, dont la critique de la guerre lui a rapidement valu l'étiquette d'agent de l'étranger. Comme la plupart des dissidents, il a aussi été exclu du PCFR en raison de sa position antiguerre et a quitté la Russie en 2023. Il réside actuellement en Allemagne, où il anime une chaîne YouTube comptant plus de neuf cent mille abonnés.
L'effondrement
Une présentation sur l'économie russe donne à Denis Leven et « Anna » l'occasion d'approfondir les sombres perspectives économiques évoquées par Morris et Jouravlev.
« L'invasion de l'Ukraine a accéléré un démantèlement néolibéral du marché du travail qui dure depuis des décennies », dit Anna. En tant qu'avocate spécialisée dans les droits humains représentant plusieurs Russes actuellement poursuivis en justice, son vrai nom ne peut être révélé.
Le chômage est bas, même si le chiffre officiel de 1 pour cent est probablement un mensonge, dit Denis Leven. Mais ce n'est qu'une partie de l'histoire.
« Depuis la guerre, les conditions de travail se sont fortement dégradées en Russie. Conjuguées au taux d'inflation élevé, la plupart des gens ont moins d'argent en poche, malgré les augmentations de salaires », explique Anna.
L'invasion de l'Ukraine a accéléré un démantèlement néolibéral du marché du travail qui dure depuis des décennies.
Les militants dressent un tableau sombre. De moins en moins d'emplois russes répondent aux critères de travail décent de l'Organisation internationale du travail [17]. Les heures supplémentaires ne sont plus payées pour de nombreux travailleurs, tandis que de nouveaux logiciels sont utilisés pour surveiller les salariés. Le seuil du travail des enfants a été abaissé à quatorze ans, et le travail forcé, en particulier au sein du système pénitentiaire russe, gagne du terrain comme moyen de trouver une main-d'œuvre bon marché pour les plus grandes entreprises [18].
Si beaucoup de ces problèmes peuvent avoir un écho familier pour un public occidental, la situation en Russie semble exacerbée. Parallèlement au démantèlement des droits des travailleurs, un nombre croissant de personnes sont également employées dans des emplois précaires sans heures garanties. Face à de fortes baisses des ventes, des entreprises comme AvtoVAZ et Kamaz [19], les plus grands constructeurs automobiles de Russie, ont également commencé à réduire les heures de leurs employés dans un exercice de réduction des coûts déguisé, explique Denis Leven. Le contexte est une forte baisse des ventes automobiles, mettant certains des plus grands fabricants russes au bord de la faillite.
« En Occident, la semaine de quatre jours fait l'objet d'un vaste débat. Eh bien, en Russie, c'est déjà devenu la réalité pour beaucoup --- même si le contexte est un peu différent », ajoute-t-il en plaisantant.
Je demande au panel son avis sur une récente information révélant des projets d'importation d'un million de travailleurs en provenance d'Inde. Comment ce besoin apparemment désespéré de main-d'œuvre supplémentaire s'inscrit-il dans l'équation ?
« L'État russe a toujours compté sur l'importation de main-d'œuvre bon marché. Depuis la guerre en Ukraine, moins de personnes des pays d'Asie centrale comme le Tadjikistan et l'Ouzbékistan sont enclines à migrer pour travailler, préférant d'autres pays comme le Kazakhstan. Ils essaient donc de combler ce vide avec des travailleurs d'Inde. Cela met encore plus de pression sur les droits du travail », dit Denis Leven.
« Cela s'applique aussi aux territoires occupés et à la périphérie russe. L'État russe exploite cyniquement les peuples colonisés et opprimés pour une main-d'œuvre bon marché », ajoute la chercheuse féministe Alexandra Talaver. « Nous voyons aussi la citoyenneté russe utilisée comme levier contre les travailleurs, avec la menace d'expulsion planant au-dessus des têtes, même pour des personnes nées citoyennes. »
Talaver mentionne l'homme politique d'opposition Ilia Iachine comme exemple récent. L'ancien protégé du leader d'opposition assassiné Boris Nemtsov [20] a été déclaré apatride en septembre 2025, après avoir été condamné à huit ans et demi de prison en décembre 2022 pour avoir dénoncé la guerre. Iachine a été libéré en août 2024 dans le cadre de l'échange de prisonniers qui incluait également les journalistes américains Alsu Kurmasheva et Evan Gershkovich [21].
Dispersés aux quatre vents
Le programme officiel est terminé. Pour les dissidents russes, avoir pu se rencontrer en personne est déjà une petite victoire.
« Nous sommes dispersés aux quatre vents. Le mieux que nous puissions faire dans cette situation est de poursuivre le travail depuis nos nouveaux foyers », me dit Katya Chouvalova autour d'une pizza dans la cuisine. Elle vit en Allemagne depuis 2019 et n'est pas retournée en Russie depuis 2021. Dans son nouveau pays, elle travaille à l'éducation civique et à la culture médiatique --- ce qui passe aussi par la lutte contre la désinformation russe.
« C'est grave en Allemagne. Beaucoup de gens gobent les faux récits du Kremlin là-bas », dit-elle.
Comme beaucoup dans la salle, l'historienne Marina Simakova n'a pas mis les pieds dans son pays depuis bientôt quatre ans. Elle s'appuie sur ses travaux pour expliquer comment l'agression russe a pris forme. Elle partage ces analyses avec les militants antiguerre pour clarifier ce qui se passe au pays et ce qui peut être fait.
Pour la journaliste Maria Menchikova (ou « Macha »), le choix de rester éloignée de la Russie est tout aussi évident. Elle a mis les pieds en Russie pour la dernière fois en novembre 2021, et a été condamnée par contumace à sept ans de prison en septembre 2024 pour apologie du « terrorisme ».
« Je n'avais en fait rien fait. Le magazine dont je faisais partie, Doxa [22], avait publié deux messages sur VKontakte [23] en soutien aux prisonniers politiques. Mais ils avaient besoin d'un bouc émissaire, et comme j'étais inscrite en tant qu'administratrice, j'étais une cible facile », dit Macha avec un sourire résigné.
Vitaly Bovar raconte la même histoire. Ancien conseiller municipal de Saint-Pétersbourg pour le parti libéral Iabloko [24], il a été suspendu en mai 2021 après avoir assisté à une conférence déclarée illégale pour violation du confinement lié au COVID-19. Bovar risque trois ans de prison s'il retourne en Russie.
« Je me suis échappé de Russie le jour du verdict. J'ai simplement hélé un taxi et je suis parti. Les autorités étaient probablement contentes de me voir partir, ce qui fait que c'était étonnamment facile de sortir », dit-il.
L'effondrement ne viendra pas de la pression extérieure ni du résultat de développements stratégiques en Ukraine. Pour que la Russie change, sa classe ouvrière doit se relever.
Les histoires de Marina, Macha et Vitaly illustrent les contraintes sous lesquelles opèrent les opposants. La pression est encore aggravée par les difficultés auxquelles ils font face dans leur nouvelle vie en Europe, où de nombreux militants antiguerre sont traités avec suspicion et peinent à se construire une existence stable.
Felix dit qu'il est actuellement menacé d'expulsion du Danemark, où il réside avec sa femme depuis deux ans et demi. Il cherche actuellement à faire prolonger son permis de séjour mais craint que sa demande ne soit rejetée, étant donné la position restrictive des autorités migratoires danoises envers les ressortissants russes. Elles exigent aussi qu'il trouve un emploi suffisamment rémunéré pour justifier un séjour prolongé, ce qui est plus facile à dire qu'à faire.
« Si mon permis de séjour européen n'est pas prolongé, la prochaine étape pour moi sera probablement l'Arménie. Ce qui créerait une grande incertitude pour moi et ma famille. Les services de sécurité russes ratissent large dans les anciennes républiques soviétiques », dit-il.
La fissure dans l'armure
Aujourd'hui, la question sur toutes les lèvres est de savoir si le règne de Poutine pourrait s'effondrer sous le poids de ses ambitions impérialistes. Pour les dissidents réunis à Copenhague, cette question a des implications pour tout leur avenir. Denis Leven et Alexandra Talaver voient tous deux des signes que 2026 pourrait être un tournant.
S'agit-il d'une évaluation lucide ou d'un rêve de lendemains meilleurs ?
Leven revient une fois de plus sur les sombres perspectives économiques de la Russie. Bien que le gouvernement ait fait preuve de résilience face aux sanctions [25], les opposants estiment que des fissures commencent à apparaître dans son armure apparemment solide. Le fonds souverain, le trésor de guerre de Poutine, s'épuise, les actifs liquides comme l'or étant vendus à un rythme record. La surproduction a fait chuter les prix du pétrole de près de 20 pour cent en 2025, entamant sérieusement l'une des principales sources de revenus de l'État. Même les propres projections de croissance du Kremlin, d'environ 1 pour cent, annoncent des difficultés, tandis que les hausses d'impôts telles que celles récemment appliquées aux appareils électroniques, aux smartphones et aux luminaires seraient malvenues pour n'importe quelle population.
Bien que ces problèmes s'accumulent clairement, les militants s'accordent à dire que l'effondrement ne viendra pas de la pression extérieure ni du résultat de développements stratégiques en Ukraine. Pour que la Russie change, sa classe ouvrière doit se relever et se débarrasser du despote.
« Nous sommes du bon côté de l'histoire. Tous les bons élèves du marxisme savent qu'un régime comme celui de la Russie est voué à s'effondrer --- une fois de plus », dit Leven, concluant sa présentation sur une note combative.
« Quand cela arrivera, nous devrons être prêts. »
Morten Hammeken est un historien et auteur danois. Il est spécialisé dans la désinformation en ligne et la politique européenne contemporaine, et rédige le bulletin d'information hebdomadaire EuropaNyt.
P.-S.
https://jacobin.com/2026/02/russia-ukraine-putin-antiwar-opposition
Traduit pour ESSF par Adam Novak
Notes
[1] Mikhaïl Lobanov est un socialiste démocratique russe, ancien professeur de mathématiques à l'Université d'État de Moscou et figure de proue de l'opposition de gauche en Russie. Il a été renvoyé de son poste universitaire, déclaré « agent de l'étranger » par les autorités russes, et a quitté la Russie en 2023 après de multiples arrestations. Voir Federico Fuentes et Mikhail Lobanov, « Russian socialist Mikhail Lobanov : 'We are sure that at this election, millions will cast a protest vote' », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2024. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article70183
[2] Le Réseau Démocratie Radicale (Radikalnaya Demokratiya) est une large coalition de dissidents de gauche et de militants antiguerre russes, dont beaucoup sont aujourd'hui en exil, cherchant à unir les divers mouvements progressistes contre le régime de Poutine.
[3] Le Dansk Magisterforening (DM) est un syndicat danois représentant les travailleurs diplômés de l'enseignement supérieur, en particulier dans les secteurs académique, culturel et de la communication.
[4] PROSA est un syndicat danois des professionnels de l'informatique, fondé en 1968.
[5] 3F (Fagligt Fælles Forbund) est le plus grand syndicat du Danemark, représentant environ 260 000 membres dans de nombreux secteurs dont le transport, la construction et l'industrie.
[6] Sur le développement de l'opposition de gauche russe, voir la collection d'articles sur le site d'Europe Solidaire Sans Frontières, « A gauche (Russie) ». Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?rubrique1792
[7] Garry Kasparov est un grand maître d'échecs russe et figure de l'opposition, critique de longue date de Poutine depuis des positions libérales-conservatrices. Il vit en exil depuis 2013.
[8] Vladimir Kara-Murza est un militant d'opposition russo-britannique et journaliste qui a survécu à deux empoisonnements présumés. Il a été condamné à 25 ans de prison en avril 2023 pour trahison et diffusion de « fausses informations » sur l'armée russe, avant d'être libéré en août 2024 dans le cadre d'un échange de prisonniers.
[9] Mikhaïl Khodorkovski est un homme d'affaires russe et ancien dirigeant de la compagnie pétrolière Ioukos. Autrefois l'homme le plus riche de Russie, il a été emprisonné de 2003 à 2013 pour des accusations de fraude largement considérées comme politiquement motivées. Il vit depuis lors en exil, finançant diverses activités de l'opposition russe.
[10] Oleg Jouravlev est un sociologue russe travaillant au sein du Laboratoire de sociologie publique (PS Lab), un groupe de recherche qui mène des enquêtes qualitatives indépendantes sur la vie sociale et politique en Russie, notamment les mouvements de protestation et les attitudes du public envers la guerre. Voir « Today's Russian Protest Movements are Younger, Poorer, and More Left Wing », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article48598
[11] Postsocialism est un blog universitaire tenu par Jeremy Morris, explorant la vie quotidienne, le travail et les attitudes politiques dans la Russie post-soviétique.
[12] Sur l'opinion publique russe et les limites des sondages, voir Oleg Shein, « Russia : Reaction, cynicism and division three years after the invasion of Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, mai 2025. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article74720
[13] Russie unie (Iedïnaïa Rossiïa) est le parti politique dominant en Russie, étroitement aligné sur le président Poutine. Il détient une supermajorité à la Douma d'État (parlement) et contrôle la plupart des gouvernements régionaux.
[14] Meduza est un média indépendant en langue russe basé à Riga, en Lettonie, fondé en 2014. Il a été déclaré « organisation indésirable » par les autorités russes et bloqué en Russie, mais continue d'atteindre des millions de lecteurs grâce à des solutions techniques de contournement.
[15] La « révolution des neiges » (également connue sous le nom de manifestations de Bolotnaïa) fut une vague de grandes manifestations à Moscou et dans d'autres villes russes, déclenchée par la fraude électorale généralisée lors des élections législatives de décembre 2011. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour ce qui est devenu les plus grandes manifestations en Russie depuis les années 1990. Voir « Appel à des actions de solidarité avec les militants anti-guerre en Russie », Europe Solidaire Sans Frontières, janvier 2023. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article65142
[16] Le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR, Kommounistitcheskaïa partiïa Rossiïskoï Federatsii) est le deuxième parti à la Douma d'État. Bien que nominalement dans l'opposition, il est largement considéré comme un parti d'opposition « systémique » soutenant globalement les politiques clés du Kremlin, y compris la guerre en Ukraine. Voir Mikhaïl Lobanov et al., « Russie : Résolution de la table ronde anti-guerre des forces de gauche », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2022. Disponible à : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61341
[17] L'Organisation internationale du travail (OIT) est une agence des Nations unies qui fixe les normes internationales du travail, promeut les droits des travailleurs et les conditions de travail décentes. Le « travail décent » est défini par l'OIT comme un travail productif dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité humaine.
[18] Sur l'impact de la guerre sur l'économie et les dépenses sociales en Russie, voir Nikolay Sukhanov, « Russia : Guns Instead of Butter », Europe Solidaire Sans Frontières, novembre 2023. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article68705
[19] AvtoVAZ est le plus grand constructeur automobile russe, produisant la marque Lada. Kamaz est un important fabricant de camions et de véhicules lourds, basé à Naberejnyé Tchelny, au Tatarstan.
[20] Boris Nemtsov était un homme politique libéral d'opposition russe et ancien vice-premier ministre. Critique éminent de Poutine, il a été abattu à proximité du Kremlin en février 2015. Son assassinat reste controversé, les critiques alléguant une implication de l'État.
[21] Alsu Kurmasheva est une journaliste russo-américaine de Radio Free Europe/Radio Liberty. Evan Gershkovich est un reporter du Wall Street Journal. Tous deux ont été détenus en Russie pour des accusations largement condamnées comme politiquement motivées, avant d'être libérés lors d'un important échange de prisonniers en août 2024.
[22] Doxa est un média étudiant indépendant russe fondé en 2017, spécialisé dans la justice éducative, la lutte contre la propagande et la répression politique. Plusieurs de ses rédacteurs ont été poursuivis par les autorités russes. Voir « The resistance movement is being built on a scorched field. Conversation with DOXA, oppositional Russian media », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique1794
[23] VKontakte (VK) est le plus grand réseau social russe, souvent décrit comme l'équivalent russe de Facebook. Il est détenu par une entreprise étroitement liée au Kremlin.
[24] Iabloko est un parti libéral démocrate russe fondé en 1993. Il s'oppose à la guerre en Ukraine et a été de plus en plus marginalisé sous le régime de Poutine.
[25] Sur l'impact des sanctions occidentales sur l'économie russe, voir Lutz Brangsch, « Russia : Are Sanctions Working ? », Europe Solidaire Sans Frontières, octobre 2022. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article64314
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Les groupes femmes employabilité en péril : le CIAFT lance une pétition nationale
Montréal, le 17 février 2026 — Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) lance une pétition nationale afin de réclamer un financement à la mission pour les groupes femmes employabilité. En l'absence de ce soutien structurel, le seul secteur qui travaille au quotidien à l'autonomie économique
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De 40 à 15 aujourd'hui, les groupes femmes employabilité continuent de disparaître. Un autre, le Jalon, a dû fermer ses portes en juin dernier. Désormais, ils ne sont plus que 15, et ceux qui tiennent encore debout sont à bout de souffle.
L'employabilité, c'est bien plus que de refaire un CV
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L'autonomie économique des femmes est reconnue comme un pilier de l'égalité réelle par l'État québécois. Pourtant, ces groupes demeurent exclus du financement à la mission, malgré l'augmentation globale des budgets en emploi et en action communautaire. Ce décalage entre les engagements publics et les choix budgétaires fragilise un maillon essentiel du filet social et compromet durablement la lutte contre la pauvreté des femmes.
Lien vers la pétition : https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-12003/index.html
À propos du CIAFT : Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) œuvre pour l'amélioration des conditions de travail et l'accès équitable des femmes au marché du travail, tout en défendant leurs droits et en favorisant une société inclusive et égalitaire.
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Journée internationale des droits des femmes 2026
Il y a plus de 50 ans, le journal Québécoises deboutte ! faisait vibrer les rues et les consciences. Par ces deux mots, il portait la voix d'un féminisme émergeant déterminé à se faire entendre malgré les interdits de l'époque. Être deboutte, ce n'est pas une posture physique : c'est une position politique. Plus qu'un slogan, c'est un appel à l'action, un cri de ralliement pour une société plus juste, plus égalitaire et plus libre.I
Le thème de la campagne 2026 : GÉNÉRATIONS DEBOUTTE !
Aujourd'hui encore, les forces économiques, politiques et sociales divisent, oppressent, et cherchent à restreindre nos droits, à freiner nos avancées, à semer la peur et la haine. D'une génération à l'autre, nos appels se répondent, nos luttes s'entrelacent et nos victoires se tissent ensemble vers l'égalité. Le féminisme se renouvelle, s'enracine et se nourrit de la diversité. Pour contrer ces courants réactionnaires, allons puiser dans nos forces féministes vivantes, solidaires et multiples. Reprenons cet élan, ne tolérons aucun recul : Générations deboutte !
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Collectif 8 mars. Club Sexu. Illustratrice : Alex Bilodeau
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La nécessité de construire un vaste mouvement antimilitariste contre la Stratégie industrielle de défense du gouvernement Carney
La Stratégie industrielle de défense du Canada, annoncée en février 2026 par le gouvernement de Mark Carney, ne constitue pas une simple mise à jour des politiques de sécurité nationale. Elle marque un tournant historique vers une véritable économie de guerre. Elle intervient à un moment où le gouvernement se détourne de ses objectifs environnementaux (le « capitalisme vert ») et promeut le développement de l'exploitation des énergies fossiles. Plus que jamais, le développement d'un mouvement anti-guerre est essentiel pour s'opposer à une politique qui présente une dimension clairement écocidaire.
1. Les grands objectifs de la Stratégie industrielle de défense
Comme l'explique le document du gouvernement fédéral, cette stratégie vise à rebâtir et à moderniser l'armée canadienne en investissant dans de nouveaux équipements (navires, avions, sous-marins, radars, drones, technologies de surveillance, etc.) et à augmenter les dépenses militaires. L'explosion des dépenses militaires constitue le pilier central de cette réorientation. Le Canada atteindra dès 2025-2026 le seuil de 2 % du PIB exigé par l'OTAN, avant de viser 5 % du PIB d'ici 2035, soit environ 150 milliards de dollars par an. Sur une décennie, plus de 500 milliards de dollars seront aspirés vers la machine militaire.
Cette stratégie vise également à réduire la dépendance aux achats militaires américains en privilégiant l'acquisition d'équipements fabriqués au Canada ou en partenariat avec des alliés, et à renforcer la présence militaire dans le Nord du pays (Arctique) afin de protéger la souveraineté canadienne sur cette portion de son territoire.
Comme l'écrit Marie Vastel dans son éditorial Sur la ligne de défense : « Plutôt que de continuer à verser 71 % du montant des achats militaires au sud de la frontière, le gouvernement canadien projette d'accorder d'ici dix ans 70 % de ses contrats à des entreprises du pays. La priorité de cette philosophie de dépenses militaires historiques sera donc l'acquisition auprès de compagnies canadiennes ; à défaut, le Canada privilégiera des partenariats de production en Europe ou dans la région indo-pacifique, sinon acquiescera, en tout dernier lieu, à des achats à l'étranger. »
Pour parvenir à ces objectifs, l'État canadien mettra consciemment sa puissance financière, réglementaire et politique au service du capital militaro-industriel. Les industries aérospatiale et de la cybersécurité, ainsi que d'autres secteurs, seront ainsi en mesure d'accroître leurs activités afin d'augmenter leurs ventes au pays et auprès de partenaires étrangers, créant des emplois dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement de la défense. L'État garantira la demande, financera la recherche, sécurisera l'accès aux ressources et allégera les contraintes environnementales, tandis que les bénéfices seront captés par une minorité d'entreprises intégrées aux chaînes impérialistes occidentales. Il cherchera également à augmenter les effectifs de l'armée.
2. Ce tournant s'inscrit dans le cadre de l'augmentation généralisée des budgets militaires aux États-Unis et en Europe
Ce renforcement passera par l'augmentation de la production d'armes, de technologies de surveillance et d'infrastructures militaires, tout en subordonnant les besoins sociaux, écologiques et démocratiques de la population aux exigences de l'impérialisme américain. Le renforcement du complexe militaro-industriel canadien ne répond pas à une menace réelle pesant sur le Canada, mais découle des pressions exercées par les États-Unis et leurs alliés afin que le Canada assume une part croissante du fardeau industriel, logistique et financier de la militarisation occidentale.
En mettant de l'avant cette politique de « sécurité nationale », le gouvernement Carney subordonne les besoins sociaux, écologiques et démocratiques de la population canadienne aux exigences de l'impérialisme américain et de l'OTAN.
3. Derrière le prétexte de la nouvelle réalité géopolitique : une militarisation garante de l'accumulation capitaliste
Le prétexte invoqué est désormais bien rodé : chaos géopolitique, montée des tensions entre blocs, guerre en Ukraine, rivalités sino-américaines, instabilité au Proche-Orient, incertitudes quant à la fiabilité future de l'allié américain. La perspective d'une éventuelle offensive de la Russie contre le Canada, à l'heure où ce pays est embourbé dans son offensive impérialiste contre l'Ukraine, manque totalement de fondements.
Derrière cette rhétorique sécuritaire se cache une réalité plus brutale : la militarisation devient un instrument central de gestion du capitalisme en crise. Loin de chercher à prévenir les conflits, l'État canadien choisit de s'y préparer activement et d'en tirer profit sur les plans économique, industriel et géopolitique.
Cette stratégie vise essentiellement à sécuriser l'accès aux matériaux stratégiques indispensables à l'économie de guerre contemporaine — minéraux critiques, aluminium, terres rares, énergie — et à protéger, par des moyens militaires, diplomatiques et sécuritaires, les intérêts des entreprises minières canadiennes opérant à l'étranger, souvent au cœur de territoires marqués par la dépossession, la destruction environnementale et les conflits sociaux.
Dans ses multiples déclarations, le premier ministre Carney a souligné sa volonté de renforcer l'exportation des armes produites par les entreprises canadiennes à l'échelle internationale. Ces exportations ne pourront qu'alimenter les conflits et accroître les risques de guerres généralisées. Chaque arme exportée participe potentiellement à la destruction de sociétés entières et à la perpétuation d'un ordre mondial fondé sur la violence et la domination.
4. Les impacts de cette politique sur le renforcement de l'unité canadienne
Sur le plan idéologique, la peur de la guerre sera mobilisée pour restreindre les droits démocratiques : surveillance accrue, criminalisation des mouvements sociaux, répression des luttes écologistes, autochtones, antiracistes et ouvrières. La militarisation de l'économie s'accompagne d'une militarisation intérieure des politiques sécuritaires.
Alors que Carney se plie aux demandes de l'administration Trump en matière d'augmentation des dépenses militaires, de développement des énergies fossiles et de politiques migratoires de plus en plus restrictives, le premier ministre parvient néanmoins à apparaître comme le défenseur de la souveraineté canadienne face aux menaces des États-Unis, tant en ce qui concerne les tarifs douaniers que les velléités d'annexion fréquemment évoquées. Ce battage idéologique vise à renforcer l'unité canadienne et à permettre une centralisation accrue de l'État fédéral.
Cet objectif est renforcé par le fait que le gouvernement Legault salue cette militarisation de l'économie canadienne. Le premier ministre Legault présente cette politique comme une nouvelle stratégie de développement économique, liant l'avenir du Québec à l'aéronautique militaire, à l'extraction minière de matériaux stratégiques et aux technologies de défense. Le Québec, grâce à des entreprises comme Bombardier, CAE, ou les Chantiers maritimes Davie, pourrait, selon lui, construire des avions de combat, des appareils de surveillance, des drones, des brise-glaces et des sous-marins.
Le Conseil du patronat et la Fédération des chambres de commerce accueillent également avec enthousiasme cette économie de guerre. Leurs seules préoccupations portent sur le fait que les grandes entreprises recevant l'essentiel des fonds fédéraux permettent aux PME québécoises de bénéficier de certaines retombées de cette manne.
Le tournant militariste de la bourgeoisie canadienne est un tournant nationaliste et impérialiste. Il s'est accompagné d'un abandon de toutes velléités de lutte contre les changements climatiques, d'un rejet de plus en plus assumé de toute autodétermination collective des peuples et des nations opprimés dans l'État canadien, que ce soit les Premières Nations, les Inuit ou les Québécois·es. La lutte pour l'indépendance et l'autodétermination du peuple québécois doit s'inscrire dans le combat contre les changements climatiques et dans la lutte pour la remise en cause des politiques de l'État canadien, de plus en plus liées à des stratégies écocidaires. L'indépendance du Québec peut et doit devenir un levier pour mettre en place des politiques climatiques ambitieuses, adaptées au territoire et orientées vers le bien commun plutôt que vers les intérêts du complexe militaro-industriel.
Réagissant au dévoilement de la Stratégie industrielle de défense d'Ottawa, les député·es du Bloc québécois ont exigé du gouvernement libéral qu'il réclame la part qui revient au Québec des contrats de cette nouvelle stratégie fédérale, longtemps réclamée par le Bloc québécois, participant ainsi à apporter leur contribution au renforcement de l'unité canadienne.
5. Le choix du renforcement de l'économie de guerre : un choix écocidaire
Les promesses de création d'emplois évitent de questionner la pertinence de créer ce type d'emplois plutôt que des emplois répondant réellement aux besoins de la majorité populaire. Produire des marchandises orientées vers la destruction, la surveillance et la mort, qui ne répondent à aucun besoin réel, ne peut conduire à une amélioration des conditions de vie de la majorité.
De plus, ces investissements en soutien au complexe militaro-industriel représentent autant de fonds qui ne seront plus disponibles pour faire face aux conséquences déjà visibles des changements climatiques — feux de forêt dévastateurs, inondations, destruction de terres agricoles, pénuries d'eau et insécurité alimentaire. L'économie de guerre détourne ainsi des ressources matérielles, politiques et financières qui devraient être consacrées à la lutte contre le réchauffement climatique et l'effondrement de la biodiversité.
Pourquoi investir dans des avions de combat plutôt que dans des bombardiers d'eau pour lutter contre les feux de forêt, ou dans des travaux d'aménagement des rives face à la montée prévue des eaux ?
À l'heure où les manifestations de la crise climatique multiplient les désastres, le gouvernement Carney réduit les sommes consacrées à la lutte contre cette crise, affaiblit les protections environnementales avec sa loi C-5 concernant les projets d'intérêt nationalet soutient le développement de l'exploitation des énergies fossiles.
Cette politique écocidaire, qui augmentera les émissions de gaz à effet de serre, reléguera aux calendes grecques les investissements essentiels dans la lutte contre les changements climatiques et fera de la production et de l'exportation d'armements l'un des piliers de l'économie canadienne, créera une situation particulièrement catastrophique pour les populations du Sud global. Les migrations internationales sont donc appelées à se développer.
Face à ces dynamiques, les grandes puissances d'Amérique du Nord et d'Europe accompagnent la militarisation de leur économie d'une logique de forteresse assiégée. Devant les migrations climatiques à venir, provoquées par la crise climatique et l'exploitation impérialiste des pays du Sud, les États capitalistes avancés optent pour la militarisation de leurs frontières, la construction de murs, la surveillance, la répression et, dans certains cas, les expulsions de masse, comme on peut l'observer aux États-Unis et dans plusieurs pays européens.
L'économie de guerre devient ainsi un instrument de gestion autoritaire des crises sociales et écologiques, transformant les victimes du système en menaces sécuritaires.
6. Une stratégie anti-impérialiste et écosocialiste face au tournant militariste des grandes puissances
Nous reprenons ici essentiellement les thèses développées par Alexis Cukier dans son texte « Guerre impérialiste, militarisme environnemental et stratégie écosocialiste à l'heure du capitalisme des catastrophes », publié sur le site Contretemps.eu.
Face à la trajectoire destructrice imposée par le capitalisme militarisé, une stratégie écosocialiste de défense n'est pas une option parmi d'autres : elle est une nécessité politique et sociale. Elle commence par une rupture nette avec la logique de réarmement permanent portée par les États impérialistes, qu'elle prenne la forme de l'OTAN ou d'alliances similaires. Cette rupture implique la sortie des cadres militaires impériaux, le refus des objectifs de hausse des dépenses militaires, le rejet sans concession des armes nucléaires et la lutte active pour leur abolition. Elle suppose aussi de dénoncer la guerre pour ce qu'elle est dans le capitalisme contemporain : un marché lucratif et un instrument de domination au service du profit.
Un tel projet ne peut aboutir qu'à travers la construction d'un vaste mouvement antimilitariste transnational, capable de s'opposer à la remilitarisation austéritaire en cours au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ce mouvement doit s'attaquer au cœur idéologique du militarisme : une conception de la sécurité réduite à l'accumulation d'armes, de budgets militaires et d'infrastructures de guerre. À l'inverse, il s'agit de promouvoir une sécurité véritablement émancipatrice, fondée sur la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux : un système de santé public fonctionnel, une éducation accessible, des emplois dignes, un logement garanti, un accès démocratique à l'énergie, des services sociaux renforcés et une réponse radicale à la crise climatique dans une perspective écosocialiste.
Cette transformation ne peut se faire sans celles et ceux qui travaillent aujourd'hui dans les secteurs concernés. L'antimilitarisme que nous défendons repose sur l'implication active des travailleuses et des travailleurs de l'industrie de l'armement, sur le soutien à leurs luttes syndicales et sur la reconversion des emplois et des savoir-faire vers des productions socialement utiles. Transports collectifs, infrastructures écologiques, énergies renouvelables, santé publique : la reconversion écosocialiste de l'appareil productif passe par le démantèlement des armes les plus destructrices, la réduction drastique de certaines productions et la socialisation d'autres, y compris dans le secteur militaire.
Mais cet antimilitarisme ne peut être ni abstrait ni strictement pacifiste. Il ne s'agit pas d'ignorer la violence impérialiste ni de laisser seuls les peuples contraints de se défendre pour survivre. Une stratégie écosocialiste de défense s'inscrit dans un antimilitarisme anti-impérialiste clair, qui distingue la guerre menée par les puissances dominantes des luttes d'autodéfense des peuples opprimés. Soutenir les résistances face à l'agression impérialiste — en Ukraine, en Palestine et ailleurs — y compris par la fourniture de moyens matériels pour leur autodéfense, n'est pas une contradiction, mais une exigence politique et morale. Si certaines armes doivent être abolies sans compromis, notamment les armes nucléaires et les systèmes offensifs, d'autres peuvent être mises au service des luttes anti-impérialistes et antifascistes afin de défendre concrètement les populations agressées.
Enfin, seule la convergence des luttes écologistes, anti-impérialistes, antiracistes, féministes, antifascistes et ouvrières peut faire échec à la stratégie de guerre permanente du capital. Cela implique de ne pas abandonner la question de la défense aux forces réactionnaires, de reconnaître les liens entre les peuples en résistance armée et les mouvements sociaux confrontés à une répression toujours plus militarisée, et de construire une sécurité fondée non sur la domination, mais sur la justice sociale, l'autodétermination des peuples et la préservation des conditions matérielles de la vie.

Le Canada doit agir pour empêcher Israël d’annexer la Cisjordanie
*Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 17 février 2026* – La Coalition du Québec URGENCE Palestine dénonce les mesures prises récemment par le gouvernement israélien, qui préparent le terrain à l'annexion illégale des Territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, et demande aux gouvernements canadien et québécois de poser immédiatement des actions
fortes pour dénoncer de telles politiques et exiger qu'elles soient renversées.
Le Cabinet de sécurité israélien a pris, le 8 février 2026, une série de décisions qui soustraient des portions importantes du Territoire de la Cisjordanie à l'Autorité palestinienne. Rappelons que les Accords d'Oslo de 1993 divisaient la Cisjordanie en trois zones (A, sous contrôle
palestinien ; B, sous contrôle sécuritaire israélien et administratif palestinien et C, sous contrôle exclusif israélien ; la zone C représentant 60 % du territoire). Au nombre des mesures adoptées : l'autorisation pour les Israélien·nes d'acheter des terres en Cisjordanie sans avoir à demander un permis de transaction à l'Autorité palestinienne, l'extension du pouvoir décisionnel israélien dans les zones A et B, ce qui pourrait accélérer la destruction de maisons palestiniennes, et la prise de contrôle israélienne du Caveau des patriarches à Hébron et du Tombeau de Rachel à Bethléem.
Le 15 février 2026, le gouvernement israélien a aussi approuvé une proposition visant à enregistrer de vastes zones de la Cisjordanie occupée comme « propriété de l'État », une première depuis le début de l'occupation du territoire en 1967.
De plus, le parlement israélien étudie actuellement un projet de loi visant à transférer la gestion des sites archéologiques de Cisjordanie au ministère israélien du Patrimoine.
Tout ceci s'ajoute à l'expulsion de 694 Palestinien·nes de leur domicile pour le seul mois de janvier 2026 et aux attaques incessantes des colons qui empêchent les Palestinien·nes de cultiver leurs terres et tuent plusieurs d'entre eux.
Ces mesures rendent possible l'annexion pure et simple de la Cisjordanie, comme s'en sont vantés le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Défense, Israël Katz. Une telle politique est contraire à la Charte de l'ONU (qui interdit l'acquisition de territoires par la force), aux conventions de Genève (qui interdisent le transfert de population d'une
puissance occupante dans le territoire occupé), aux résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU, de même qu'à l'avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024 qui déclarait illégales l'occupation et la colonisation israéliennes des Territoires palestiniens conquis en 1967.
La Coalition du Québec URGENCE Palestine demande au gouvernement canadien, qui a reconnu l'État palestinien, d'adopter immédiatement des sanctions à l'encontre d'Israël, dont la révocation de l'Accord de libre-échange Canada-Israël. Elle demande aussi au gouvernement québécois de fermer son bureau à Tel Aviv. Le Canada et le Québec doivent marquer fermement leur désaccord avec la volonté clairement exprimée de l'État d'Israël de s'emparer de l'ensemble du territoire de Palestine et ainsi s'associer aux divers pays qui accentuent leurs pressions politiques et économiques sur Israël afin d'exiger le respect du droit international et du droit à l'autodétermination du peuple palestinien.
*Citations :*
« Il est important que le Canada concrétise son engagement en faveur d'un État palestinien et agisse immédiatement pour empêcher Israël de procéder à l'annexion de la Cisjordanie, après avoir rasé Gaza ».
– Diane Lamoureux, Coalition du Québec URGENCE Palestine
« Par son inaction, le Canada est complice non seulement du génocide à
Gaza, qui est toujours en cours, mais aussi de la dépossession violente du
peuple palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui s'est grandement
accélérée depuis octobre 2023 ».– Raymond Legault, Coalition du Québec URGENCE Palestine
*La Coalition du Québec URGENCE Palestine*, constituée en février 2024, compte 54 organismes membres (groupes de défense des droits, syndicaux, citoyens et communautaires), représentant des centaines de milliers de Québécois·es. La Coalition vise à rendre visible l'indignation de la société civile québécoise devant le génocide à Gaza et à rassembler les organisations qui réclament la fin de l'occupation en Palestine, de la
dépossession et de l'extermination des Palestinien·nes.
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À propos de QS
À qui appartient un parti politique ? À ses fondatrices ? À ses employées ? À ses membres ? À ses donatrices ? À ses députées ? À ses porte-paroles ? Dans ce texte, une fois n'est pas coutume, le féminin l'emportera sur le masculin, une petite douceur féministe en ces temps difficiles pour la cause des femmes. Juridiquement, je ne sais pas, ce doit être une réponse compliquée.
Bien sûr, en régime capitaliste, la réponse la plus habituelle à cette question est que la personne qui paie est la propriétaire. Donc, le parti appartiendrait à ses membres et à ses donatrices. Depuis 2024, je ne fais plus de contributions annuelles, sans doute cela m'enlève-t-il de la légitimité pour me plaindre. Ou, au contraire, le fait de ne pas contribuer porte le message que je suis mécontente des orientations du parti. Je ne suis pas la seule. Je me suis retirée en périphérie et j'attends.
Je parle de la propriété du parti, mais véritablement, j'aimerais savoir à qui appartient la légitimité de la parole dans QS ? Pour bien des journalistes, une des personnes qui compte, c'est Renaud Poirier-St-Pierre. Comme dans un article de L'actualité paru la semaine dernière : « Renaud Poirier-St-Pierre, directeur de cabinet de Gabriel Nadeau-Dubois durant près de quatre ans, estime, lui aussi, que le modèle de QS a des limites. « Au sein du Comité de coordination national [sorte de conseil d'administration de QS], les porte-paroles n'ont qu'un vote chacun », souligne celui qui est maintenant directeur pour l'agence de communication TACT. » [1] Ainsi, même après avoir quitté son emploi et, apparemment, résisté à la culture du parti pendant tout ce temps, c'est à lui qu'on demande d'analyser ce qui ne fonctionne pas chez nous. L'existence du Comité de coordination national, de même que l'absence de chef n'est pas exactement une nouveauté, quiconque décidant de venir travailler ou militer dans QS devrait respecter la structure que les militantes se sont collectivement donnée. Poirier-St-Pierre était un des tenants de la « gauche pragmatique », il a participé à la tentative de changer les structures vers une formation politique plus traditionnelle. Cela a partiellement échoué. Inévitablement, son récit est celui qu'on privilégie dans les médias qui, semble-t-il, peinent toujours à comprendre que l'on veuille faire de la politique autrement après vingt ans d'existence de Québec solidaire.
De même, dans les pages du Devoir, Guillaume Boivin, celui-là, ancien président du syndicat des employées de QS, somme certaines militantes de la base de quitter ou de se rallier. Dans une publication de Meta en complément de sa lettre parue la semaine dernière, il affirme : « Pour le dire crûment : Christine Labrie ne peut faire du Christine Labrie en même temps que Haroun Bouazzi fait du Haroun Bouazzi et penser que le parti aura de la cohérence d'action nécessaire pour progresser. » Étrangement, le Conseil national (CN) du 21 février lui donne tort. D'un côté, on aura adopté l'exception dans Gouin, faisant montre d'un sens de la realpolitik qui devrait rendre les partisanes des urnes contentes ; de l'autre côté, on soutiendra la lutte contre les lois liberticides de la CAQ, comme le veulent plusieurs mouvements sociaux qui s'acheminent tranquillement, mais résolument vers une grève sociale. Cerise sur le sundae, une motion d'urgence pour soutenir Haroun Bouazzi, à nouveau dans la tourmente, a été votée par le Conseil national. Les militantes l'ayant soutenu lors de la dernière crise contre des parlementaires, qui voulaient le jeter sous l'autobus, sont surprises de ce changement de ton.
Revenons sur ce que dit, maladroitement, Boivin. Il faudrait, selon lui, se décider entre une approche pragmatique (et parlementaire) de collaboration avec les instances officielles, comme celle de l'Assemblée nationale, le temps d'arriver à se faire élire pour ne pas contredire l'opinion publique de manière frontale. L'ennui, c'est que je pense qu'il se trompe là aussi : personne ne sait ce qu'elle pense l'opinion publique, ou le peuple, ou la majorité silencieuse. Tout ce qu'on peut en connaitre est filtré par les agences de sondage, comme Léger, puis les empires médiatiques concentrés qui les publient, entre autres Quebecor. La version non filtrée, ce sont les mouvements sociaux. Qu'est-ce qu'ils disent en ce moment ? Ils sont fortement irrités des lois liberticides de la CAQ, les groupes communautaires ne veulent pas voir leur parole étouffée et les syndicats non plus.
Depuis deux ans, les militantes de la base ont subi une traversée du désert en marche forcée : démission d'Émilise, réforme des statuts, réécriture du programme et pseudo-consultation pour la plateforme, le tout pour normaliser le parti, le rendre professionnel, comme les autres, aux yeux des journalistes et de la population. Nous sommes pris dans cette vision même si plusieurs de ses artisanes ont quitté le navire ou sont sur le point de le faire. Nous avons donc un programme javellisé et récuré de ses éléments plus radicaux qui sera porté par le sauveur. Ce dernier ne pourra que redonner de l'envergure et la notoriété au parti : il connait la job, c'est un professionnel ! Enfin, c'est ce que laisse penser la prise de décision de cette exception dans Gouin. On se gardera d'être cynique et de penser que c'est un autre politicien opportuniste, qui, soit traverse la chambre des communes soit change de palier de gouvernement pour conserver sa job.
Les membres du Parti de la rue croient que l'on doit continuer à accepter le tiraillement et la contradiction au sein de QS. C'est le coût démocratique. Ainsi, on devrait plutôt se dire qu'il faut : défendre ses principes, délibérer, être dissident quand c'est nécessaire, critiquer, être transparent et, finalement, se rallier aux décisions prises en assemblée, même si elles nous mécontentent. Car, quelle est l'alternative ? Quitter le parti après y avoir investi toute cette énergie ? La gauche est mal en point, elle va avoir besoin de militantes.
En définitive, je pense que nous allons apprendre bientôt à qui appartient le parti : à ses électrices. Et quand je dis électrices, ce n'est pas un effet de style : notre électorat est porté davantage par des femmes que des hommes. Ce sont elles qui auront, en octobre, le pouvoir final d'approuver ou non cette nouvelle version de QS.

Quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine : déclaration du collectif éditorial Posle
Alors que la gauche et les syndicats québécois continuent d'ignorer magistralement les appels à l'aide de nos camarades ukrainien·nes, voire pour certain·es reprennent sans honte, mot à mot, la propagande et les revendications des autorités russes, nous publions ici le communiqué de Posle, un collectif d'opposants russes.
Une telle déclaration de solidarité provenant de militant·es Russes, qui met clairement en avant la complicité de Trump et de Poutine, contre le peuple d'Ukraine, tranche avec l'absence totale de solidarité du Collectif échec à la guerre (dont font partie Québec solidaire et de nombreux syndicats Québécois), incapable d'adopter une seule déclaration de solidarité avec nos camarades ukrainiennes qui ne cessent d'appeler à l'aide (contre les drones, les missiles ou simplement pour se chauffer). À croire que pour le Collectif, seul l'impérialisme états-unien existe et que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est à géométrie variable.
Martin Gallié
Présentation de Posle :
POSLE : Après l'invasion russe en Ukraine, la vie dans les deux pays ne sera plus jamais la même. Mais pour pouvoir continuer à vivre et à agir, nous devons trouver des réponses à certaines questions cruciales. Pourquoi cette guerre a-t-elle commencé ? Pourquoi est-il si difficile d'y mettre fin ? À quoi ressemblera l'avenir après la guerre ?
Posle (« après » en russe) tente de répondre à ces questions. En tant que communauté d'auteurs partageant les mêmes idées, nous condamnons la guerre qui a déclenché une catastrophe humanitaire, causé des destructions colossales et entraîné le massacre de civils en Ukraine. Cette même guerre a provoqué une vague de répression et de censure en Russie. En tant que membres de la gauche, nous ne pouvons pas considérer cette guerre indépendamment des immenses inégalités sociales et de l'impuissance de la majorité des travailleurs. Bien sûr, nous ne pouvons pas non plus ignorer l'idéologie impérialiste qui s'efforce de maintenir le statu quo et se nourrit du discours militariste, de la xénophobie et du sectarisme.
Déclaration :
Le quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie est marqué par les bombardements les plus intenses et les plus destructeurs des villes ukrainiennes depuis le début de la guerre. Plus de 1,2 million de foyers se retrouvent sans chauffage ni électricité en plein hiver rigoureux, et des centaines de milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des conditions inhumaines. Les frappes de représailles ukrainiennes ont, à leur tour, entraîné des coupures d'électricité et des perturbations du chauffage à Belgorod. Pendant ce temps, les pertes russes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis le début de la guerre, bien que l'armée russe n'avance que d'environ 15 mètres par jour. Selon les estimations de Mediazona, au moins 177 433 soldats russes ont été tués entre le 30 janvier et le 13 février seulement. Ce décompte ne comprend que les noms qui ont été confirmés ; le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. Néanmoins, il y a peu de raisons de croire que ces pertes, voire des pertes plus importantes, affaibliront la détermination du régime de Poutine à poursuivre la guerre.
Dans le même temps, le Kremlin considère le fossé grandissant entre l'UE et les États-Unis, ainsi que la volonté de l'administration Trump de conclure un accord bilatéral, comme une opportunité d'atteindre les « objectifs de l'opération militaire spéciale ». Lorsque les troupes russes ont envahi l'Ukraine en février 2022, la réaction mondiale a été sans équivoque : il s'agissait d'une guerre d'agression injustifiable, et la résistance de l'Ukraine était fondée non seulement sur le droit international, mais aussi sur les principes fondamentaux de moralité et de justice, des idées que l'humanité semblait avoir intériorisées après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, quatre années de carnage ont non seulement causé la mort de centaines de milliers de personnes, mais ont également entraîné un changement moral plus large. Les pourparlers initiés par l'administration Trump traitent la guerre comme « absurde » pour les deux parties — quelque chose à qui il faut mettre fin non pas en réaffirmant le droit international, mais en établissant un nouvel équilibre des pouvoirs. Dans cette vision du monde, il n'y a ni victimes ni agresseurs, ni bien ni mal — seulement les forts et les faibles, l'« équilibre » étant assuré par les concessions des seconds.
Ce changement moral dans l'opinion publique mondiale est peut-être la plus grande réussite de Poutine à ce jour. S'il devient le nouveau consensus, il ouvrira très certainement la voie à de nouvelles guerres plus destructrices, alimentées par le redécoupage des frontières des petits États et la réaffirmation du contrôle des grandes puissances sur leurs anciennes colonies. C'est pourquoi tout véritable mouvement anti-guerre doit aujourd'hui se tenir fermement et sans réserve aux côtés des victimes de l'agression. Il ne s'agit plus seulement de défendre le droit de l'Ukraine à l'indépendance, c'est le seul moyen crédible d'empêcher le monde d'être entraîné dans une spirale de conflits croissants.

Etats-Unis. « Bannon appelle l’ICE à intimider les électeurs lors des élections de mi-mandat »
Le 3 février, alors que Donald Trump redoublait d'efforts pour « nationaliser » les élections, Steve Bannon, le Raspoutine de MAGA, a promis à l'auditoire de son podcast War Room que des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) seraient déployés pour envahir les bureaux de vote lors des prochaines élections de mi-mandat le 3 novembre [1].
Tité de A l'Encontre
6 février 2026
Par Sasha Abramsky
(Capture d'écran)
« Vous pouvez être sûrs que l'ICE encerclera les bureaux de vote en novembre », a averti Bannon de manière inquiétante. « Nous n'allons pas rester les bras croisés et vous laisser voler à nouveau le pays. »
Pour être tout à fait clair, ni les propositions de Donald Trump ni celles de Bannon ne sont légalement recevables (ni fondées sur des faits). La loi interdit d'intimider les électeurs et électrices lorsqu'ils votent, et il est difficile de voir comment la présence d'agents armés et masqués appartenant à une organisation paramilitaire – qui n'a montré aucun scrupule à kidnapper et à tuer des personnes – pourrait avoir un quelconque autre objectif. De plus, la Constitution donne aux États le contrôle de leurs propres processus électoraux, ce qui contredit directement le souhait de Trump, exprimé dans une interview avec Dan Bongino, personnalité médiatique conservatrice, de voir le Parti républicain « prendre le contrôle » [« nationaliser les élections »] des systèmes électoraux d'au moins 15 États (The Hill, 2 février 2026).
Pourtant, Bannon et Trump sont très sérieux. Pour eux, toute élection qui ne se déroule pas comme ils le souhaitent est illégitime, et tous deux sont prêts à utiliser leurs vastes plateformes médiatiques pour inciter à des interventions armées dans les bureaux de vote. Tous deux sont apparemment indifférents aux normes démocratiques et prêts à pousser le système constitutionnel à ses limites pour arriver à leurs fins lors des élections de mi-mandat.
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a répondu à la rhétorique enflammée de Bannon en niant que l'ICE envahirait les bureaux de vote en novembre, mais il a déclaré que si l'ICE visait des individus particuliers, il pourrait les arrêter à proximité des bureaux de vote. Les détracteurs de l'ICE n'ont guère été apaisés par cette déclaration et, en milieu de semaine, beaucoup ont demandé que tout accord de financement du Congrès pour le DHS [dirigé par Kristi Noem] et l'ICE inclue des interdictions spécifiques concernant les opérations de l'agence dans les bureaux de vote ou à proximité.
Si Bannon avait simplement parlé à brûle-pourpoint, il aurait été possible de rejeter sa menace pesant les bureaux de vote comme étant simplement une hyperbole de la « War Room » (cellule de crise). Mais le moment choisi pour ses propos, après des semaines pendant lesquelles Trump a intensifié ses déclarations autour des « élections volées » et de la « fraude » dans les bureaux de vote, suggère que les stratèges de Trump mènent une action coordonnée pour saper la confiance dans les élections de novembre.
Trump a récemment déclaré qu'il regrettait de ne pas avoir ordonné à la Garde nationale de saisir les urnes après les élections de 2020. Après avoir ruminé cette idée pendant plus de cinq ans, le président a ordonné la semaine dernière au FBI de se rendre dans le comté de Fulton, en Géorgie, pour perquisitionner les bureaux électoraux à la recherche de « preuves » attestant que les élections de 2020 avaient été entachées de fraude. Étonnamment, les agents du FBI étaient accompagnés de la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, qui a par la suite reconnu que Trump lui avait ordonné d'être présente pendant la perquisition. Plus étonnant encore, Tulsi Gabbard a ensuite appelé Trump sur son téléphone portable, lui a laissé un message et, lorsqu'il l'a rappelée, lui a fait parler directement avec les agents sur le terrain. Il s'agissait, a-t-elle déclaré plus tard aux journalistes, d'un bref appel, semblable à un discours d'encouragement de la part d'un entraîneur.
Vous vous souvenez de l'indignation suscitée lorsque les Clinton ont rencontré la procureure générale de l'époque, Loretta Lynch, sur le tarmac d'un aéroport pendant la campagne présidentielle de 2016, alors qu'Hillary Clinton faisait l'objet d'une enquête pour son utilisation d'un serveur de messagerie privé ? Vous vous souvenez des voix du Parti républicain qui réclamaient une enquête et exigeaient de savoir si les Clinton avaient fait pression sur Loretta Lynch pour qu'elle abandonne l'enquête ? Ce que Trump a fait en s'adressant aux agents du FBI dans le comté de Fulton (Géorgie) était bien plus inapproprié : il a essentiellement utilisé tout le poids de sa fonction pour pousser les agents à trouver des preuves d'un crime que de nombreuses enquêtes et procédures judiciaires antérieures n'avaient pas réussi à identifier. Et pourtant, les dirigeants républicains au Congrès sont restés totalement silencieux à ce sujet.
Le passé est bien sûr souvent le présage de l'avenir. La volonté de Trump de lancer le département de la Justice (DoJ) et le FBI à la poursuite des responsables électoraux de Géorgie et de saisir les bulletins de vote de cette élection (ainsi que la volonté de Pam Bondi du DoJ et Kash Patel du FBI de se prêter à cette sordide entreprise) suggère qu'il n'hésiterait pas à ordonner la saisie des urnes en novembre s'il pensait que le Parti républicain se dirigeait vers la défaite. Après tout, Trump sait que sans la majorité républicaine au Congrès, la protection dont il a bénéficié au cours de l'année écoulée disparaîtra et qu'il devra très probablement faire face à une troisième procédure de destitution.
Un nombre croissant de démocrates ont commencé à tirer la sonnette d'alarme à propos de ce scénario, suggérant une sérieuse inquiétude quant au fait que Trump n'acceptera tout simplement pas les résultats électoraux qui lui seront défavorables. Les récentes tentatives du département de la Justice d'accéder aux listes électorales des États à majorité démocrate n'ont fait qu'alimenter cette inquiétude. À ce jour, l'administration a poursuivi 24 États en justice afin de les contraindre à lui remettre des données électorales sensibles (State Democracy Research Initiative, 2 février).
Dans ce contexte, le soutien de Bannon à l'intimidation des électeurs revient à jeter de l'huile sur le feu. Le stratège en chef du MAGA, l'homme qui se vantait de « noyer la presse sous la merde » pour déstabiliser les médias et ses adversaires politiques, proclame que les républicains sont prêts à s'ingérer dans les élections de mi-mandat en intimidant les électeurs si nécessaire. Alors que de plus en plus de personnes réclament le « retrait de l'ICE de nos villes », elles pourraient bientôt devoir exiger le « retrait de l'ICE de nos bureaux de vote ». Pour préserver ce qui reste des élections libres et équitables, il est impératif que les électeurs et électrices ne se laissent pas intimider par ces manoeuvres autoritaires. (Article publié sur le site Truthout le 5 février 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
[1] The Guardian du 6 février indique que : « Le sénateur démocrate de l'Arizona Ruben Gallego a appelé les Américains à organiser une grève générale qui “paralyserait le pays” au cas où Donald Trump tenterait de saboter les élections de mi-mandat. En effet, au début de la semaine, le président a appelé les républicains à « prendre le contrôle » et à « nationaliser » le vote dans au moins 15 régions non précisées, répétant ses fausses allégations selon lesquelles les élections seraient entachées de fraudes généralisées. Ruben Gallego a déclaré que les citoyens devaient se préparer au “pire scénario” lors des élections de novembre, comme l'arrêt du dépouillement des votes ou la saisie des urnes. Que signifie « nationaliser » le vote ? La Constitution américaine confère à chaque État la responsabilité de gérer ses élections. Trump semble demander au gouvernement fédéral d'organiser les élections, présentant cela comme un moyen d'empêcher les immigrants sans papiers de voter. L'affirmation selon laquelle les non-citoyens ont voté en nombre suffisant pour influencer une élection est un mensonge. » (Réd. A l'Encontre)
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Défendre LFI, faire front face à la fascisation
Le ministère de l'Intérieur a classé LFI à l'extrême gauche. Quand on milite dans une organisation révolutionnaire, il peut être tentant d'en plaisanter, de « fact-checker », de caractériser ce qu'est l'extrême gauche : la conscience que renverser le capitalisme et mettre fin aux systèmes d'oppression implique un affrontement ; la primauté accordée aux rapports de force par les mobilisations de masse plutôt qu'aux échéances électorales ; l'indépendance de classe plutôt que l'alliance avec des secteurs du patronat ; un internationalisme conséquent, qui ne cède rien au campisme ou à son propre impérialisme…
Hebdo L'Anticapitaliste - 788 (19/02/2026)
Par Olivier Lek Lafferrière
Crédit Photo
Wikimedia Commons
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Mais ce qui se joue ici n'est pas un débat interne à la gauche. La séquence politico-médiatique après les événements du 14 février à Lyon le confirme : l'objectif est de construire des chaînes d'équivalence infamantes : LFI = Extrême gauche = Antifa = Violence ; LFI = Extrême gauche = PropalestinienEs = Antisémitisme ; LFI = Extrême gauche = Islamogauchistes = AntirépublicainEs…
Le danger n'est plus seulement celui de la délégitimation morale. L'État peut dissoudre pour motifs politiques, comme avec le CCIF pour avoir dénoncé l'islamophobie d'État ou la Jeune Garde pour avoir organisé l'autodéfense face aux violences fascistes.
Toute une série de dispositifs permet d'étendre ces interdictions. La procédure contre la Jeune Garde vise LFI par association. La proposition de loi Yadan entend pénaliser des critiques d'Israël pour antisémitisme et, parallèlement, un projet de loi gouvernemental prévoit de rendre inéligible toute personne condamnée pour racisme — et donc avec la loi Yadan potentiellement tous les opposantEs au colonialisme israélien. L'empêchement électoral et légal de LFI devient un risque chaque jour moins invraisemblable.
LFI est au centre de l'offensive en raison de son poids politique et électoral. Mais les mouvements situés à sa gauche — antiracistes, féministes, LGBT, anticapitalistes — le sont plus encore.
Quelles que soient nos divergences, défendre LFI face aux attaques est un impératif. C'est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche combative, tout le mouvement pour l'égalité et l'émancipation dont l'existence même est mise en cause par la fascisation en cours.
Renforcer les solidarités à tous les niveaux et constituer un véritable front unique antifasciste, c'est urgent et vital.
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Débat. « Retour sur 2025 »
Il y a un peu plus d'un mois, nous sommes sortis de l'année 2025 et, en même temps, du premier quart du XXIe siècle. Le monde est criblé de conflits meurtriers, dont les deux plus emblématiques sont l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine et la destruction systématique du peuple palestinien et de son territoire par l'État d'Israël, sans oublier les guerres civiles au Soudan, en Éthiopie, au Yémen, en R.D. du Congo, la régression des droits des femmes en Afghanistan et l'atroce répression en Iran. Les rapports de force internationaux sont chamboulés par l'affrontement entre les plus grandes puissances économiques et militaires, les États-Unis et la Chine, et celle qui voudrait bien être à leur hauteur, la Russie.
Tiré de A l'Encontre
19 février 2026
Par Jean-Marie Harribey
John Wilson Carmichael, The Irwin Lighthouse, Storm Raging, 1851
Le basculement géopolitique se produit au moment où l'édifice démocratique est lui-même ébranlé par la montée des mouvements d'extrême droite arrivant au pouvoir ou s'approchant de celui-ci. Il s'ensuit un affaiblissement général des régulations internationales fonctionnant jusqu'alors tant bien que mal, notamment celles concernant le changement du climat et le système monétaire. Les plaques tectoniques bougent sous l'effet conjugué de forces qui sont à la fois techno-économiques et socio-culturelles. Ces forces prennent des formes variables selon les pays et les régions du monde, mais, au-delà de leur diversité, il faut repérer ce qui leur donne une dimension systémique et structurelle.
Le petit bout de la lorgnette
Commençons par examiner le lieu commun de la plupart des discours économiques et politiques. Le cas de la France est particulièrement éclairant. Elle a connu en 2025 un taux de croissance économique de 0,9 %. Le gouvernement français se réjouit de cet exploit qui, naguère, serait passé pour un désastre. La productivité du travail, lit-on, « se redresse » depuis 2024 et 2025 et le redressement « devrait se prolonger en 2026 » [1]. Or elle n'a fait que retrouver le niveau de 2019 avant la pandémie. Le plein emploi que Macron devait atteindre à la fin de son second mandat ne sera jamais atteint. Le taux de chômage avoisine de nouveau 8 %. Et sa lente décrue de 2012 à 2022 n'était due qu'à la création d'emplois précaires et mal payés et à l'aide à l'apprentissage qui permettait aux jeunes d'avoir un emploi déguisé.
La plupart des commentateurs, et le gouvernement lui-même, répètent inlassablement que la faiblesse, pourtant chronique, de la progression de la productivité du travail, serait due à l'instabilité politique née de la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024 et du résultat des élections législatives suivantes. C'est vraiment regarder la situation par le petit bout de la lorgnette. C'est ne pas comprendre quelles sont les évolutions fondamentales du capitalisme en France, en Europe et dans le monde. Il suffirait de regarder ce qui se déroule en Allemagne pour ouvrir les yeux. Ce pays, présenté jusqu'ici comme le modèle envié, est dans l'impasse. Son modèle exportateur s'effondre dans les secteurs clés qui avaient fait sa force. En 2023 et 2024, son taux de croissance était négatif ; en 2025, il n'était que de 0,2 % [2].
Penser que nous sommes en face d'une crise conjoncturelle, c'est ignorer les transformations profondes du capitalisme qui ont structuré le dernier quart du XXe siècle et le premier quart de celui-ci. On lira avec intérêt l'analyse de Michael Roberts sur l'économie américaine qui confirme l'écart entre « dépenses colossales [d'investissements] et gains de productivité très incertains » ; les premières connaissant une évolution exponentielle depuis 20 ans, pendant que, « sans la technologie, l'économie américaine serait proche de la récession » et que le déficit commercial en biens et services s'est dégradé de 31 % pendant les sept premiers mois de 2025, comparativement à la période analogue de 2024. Hormis les très grandes entreprises, « dans l'ensemble, le secteur des entreprises non financières étatsuniennes commence à voir la croissance de ses bénéfices s'estomper. », ce qui conduit l'auteur à conclure à un « épuisement du modèle » [3].
La trame de la crise capitaliste
La trame des convulsions que traverse le capitalisme actuel est la crise d'un mode de production qui voit se rapprocher à grands pas les limites de son expansion qu'il voulait infinie [4]. Quand le travail prolétaire est malmené et quand s'étend la difficulté à utiliser les ressources naturelles menacées d'épuisement ou de dégradation irréversible, le résultat est un effondrement en cinquante ans de la progression de la productivité du travail, qui reste l'ultime source de la rentabilité du capital [5]. Pendant cette longue période, les idéologues du capital ont répété à l'envi que les nouvelles techniques d'information et de communication, la généralisation de l'usage de l'informatique et des ordinateurs, puis l'automatisation et la robotisation, allaient, d'ici peu, inverser la tendance et refaire partir la machine au galop. Peine perdue ! C'est au tour de l'intelligence artificielle de renouveler la même promesse. Qui y croit encore ? Sans doute pas vraiment les protagonistes de la Silicon Valley. En effet, les géants de la tech comme Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft, annoncent qu'ils investiront 600 milliards de dollars en 2026 pour se doter, entre autres, de gigantesques data centers, en fermant les yeux sur leur rentabilité à venir.
Trois difficultés majeures se dressent qui risquent de perturber gravement la venue du miracle attendu. Premièrement, la rentabilité de ces énormes investissements n'est pour l'instant pas au rendez-vous. L'immense cash détenu par ses géants ne provient pas d'une profitabilité matérielle préalablement accumulée mais plutôt d'une centralisation des rentes récupérées, surtout par le biais de la captation de la publicité [6]. Deuxièmement, les capitaux investis dans l'organisation capitaliste numérique s'entrecroisent et leurs propriétaires s'achètent entre eux les services produits : « lorsque Netflix lui [à Amazon] règle sa facture annuelle – estimée à un milliard de dollars – elle ne verse pas un tribut féodal mais elle achète la machinerie numérique indispensable à son fonctionnement » [7]. On a donc affaire à un « capitalisme incestueux » [8] qui donne l'apparence d'une capacité de relance alors qu'il ne s'agit peut-être que d'une illusion. Troisièmement, le risque d'un éclatement de la bulle IA est devenu la hantise des financiers et des banquiers centraux. Par exemple, en dix jours, l'action Microsoft a perdu 18 %, partiellement regagnés ensuite, mais révélant ainsi la nervosité des spéculateurs sur l'IA. Autre signe : sur les 600 milliards d'investissements projetés en 2026, la moitié serait financée par emprunts. Quelle peut être la garantie de cette dette si la rentabilité réelle n'est pas au rendez-vous ? D'autant que le prix des microprocesseurs et surtout celui des puces à mémoire vive croissent rapidement. À ces contraintes de coûts vont s'ajouter celles au sujet des besoins en eau et en électivité pour faire tourner les centres de données.
Du côté des grands banquiers centraux, c'est le grand écart. La Réserve fédérale états-unienne interrompt la baisse de ses taux directeurs pour contrecarrer la chute du dollar, au grand dam du président Trump. La Banque centrale européenne vient de décider de ne rien faire puisqu'elle estime avoir (trop bien ?) rempli sa mission de réduire à presque zéro l'inflation. Mais cette valse-hésitation des banquiers centraux doit être reliée à leur volonté tardive de créer des monnaies numériques de banque centrale, qui soient à même de parer la tendance à ce que les crypto-actifs supplantent les monnaies souveraines, tendance soutenue par Trump qui y voit l'occasion pour les stablecoins assis sur le dollar de pérenniser encore la suprématie de ce dernier, principale arme économique de l'impérialisme américain [9].
L'impérialisme, vraiment stade ultime ? [10]
En 1902, l'économiste John A. Hobson crée le terme d'impérialisme pour critiquer la domination britannique dans le monde [11]. Le socialiste autrichien Rudolf Hilferding l'utilise en 1910 pour montrer la fusion du capital industriel et du capital bancaire et financier [12]. Lénine s'inspire des deux pour écrire en 1916 L'impérialisme, stade suprême du capitalisme [13] qui tente par l'exportation de capitaux de contrer la baisse tendancielle du taux de profit au fur et à mesure que la création de plus-value par la force de travail évolue moins vite que les investissements matériels. Mais, trois ans auparavant, en 1913, Rosa Luxemburg avait innové par rapport à l'analyse marxiste traditionnelle de Lénine en montrant que l'accumulation du capital [14] exige deux choses : l'anticipation par le crédit bancaire de la plus-value pour que le capital puisse vendre son équivalent de marchandises et le transformer en profit monétaire [15] ; et l'élargissement constant de la sphère du capital en intégrant de gré ou de force des secteurs et des territoires extérieurs à elle-même. De là résultent l'expansion coloniale, qui connaît un bond au XIXe siècle, et les formes modernes de l'impérialisme. Maints historiens ont vu dans cette lutte pour la conquête de nouveaux espaces, notamment entre la France et l'Allemagne, les ferments de la Première Guerre mondiale.
Les fondements de cette analyse sont restés pertinents pendant tout le XXe siècle mais ont intégré le fait que, en plus d'une domination économique des pays capitalistes développés sur les autres, s'exerçait une domination politique et culturelle. Pillage du tiers monde, échange inégal et développement inégal furent ainsi analysés notamment par André Gunther Franck, Arghiri Emmanuel et Samir Amin [16], mais, malgré les luttes anticoloniales, l'impérialisme économique se doublait de l'installation de pouvoirs locaux à la solde de la bourgeoisie impériale.
Aujourd'hui, les contradictions socio-économiques, écologiques et politiques se conjuguent. Poutine est obsédé par la reconquête de territoires de la défunte URSS, Netanyahou élimine Gaza et colonise toute la Cisjordanie, Xi Jinping lorgne sur Taïwan et Trump bombarde Caracas, kidnappe Maduro, incite les pétroliers à reprendre leurs activités profitables au Venezuela, avant peut-être de s'emparer du Groenland et de menacer le Canada, la Colombie et Cuba. Suivant la doctrine Monroe, l'Amérique est une chasse gardée des États-Unis. Le temps des empires est revenu où intérêts économiques et stratégiques se mêlent et aiguisent les tensions géopolitiques.
Partout, les métaux rares, les réserves de ressources dans l'Arctique ou ailleurs et la terre africaine sont convoités par les firmes et États impérialistes. Mais, comme il y a des limites objectives à l'exploitation de la force de travail et à celle de la nature, il s'ensuit que la production de valeur et donc de plus-value s'essouffle au point que les gains de productivité du travail s'érodent. Les palliatifs à cet enchaînement délétère sont l'élargissement de la sphère marchande pour compenser la baisse de la valeur unitaire de chaque marchandise, et la financiarisation pour concentrer la richesse : c'est la fuite en avant productiviste et financière. Et, afin de vaincre les résistances à l'exploitation et la domination générales, il faut jeter par terre l'État de droit et les règles du droit international. Ce n'est pas l'anthropocène, c'est plus que le capitalocène, c'est le capitalobscène.
Au chaos socio-économico-écologique s'ajoute un chaos géopolitique
Quatre années pleines que dure maintenant la guerre impérialiste de la Russie en Ukraine. Aussi longue que la Première Guerre mondiale. Presque autant que la Seconde, et ce n'est hélas pas fini, tant que perdureront la comédie des négociations entre Trump et Poutine et les atermoiements et les velléités des pays européens, surtout d'accord pour ne pas faire grand-chose.
En parallèle, et depuis bien plus longtemps encore, trois quarts de siècle de colonialisme d'une violence extrême de l'État d'Israël en Palestine visent à chasser les Palestiniens qui ne sont pas tués, à détruire leur territoire, et à empêcher définitivement tout projet d'État pour eux. Certaines voix prétendaient que le 7 octobre du Hamas était « une opération militaire d'envergure nécessaire qui a produit une modification brusque et radicale du rapport de force régional en faveur des Palestiniens » [17]. Je pense que, au vu des massacres du 7 octobre et de ceux à tendance génocidaire de la part de l'État d'Israël, le soi-disant « rapport de force en faveur des Palestiniens » était une vue funeste de l'esprit. La gauche et les gauches françaises se sont fracassées sur cette discussion. Ce n'est qu'une illustration de plus de leurs pannes théoriques et stratégiques.
Des pannes d'autant plus désarmantes que l'hypothèse d'une fin de la phase néolibérale du capitalisme devient crédible sans qu'une réponse à la hauteur ne s'esquisse. Les prémisses d'un tournant libertarien sont maintenant visibles. Le symbole est le massacre à la tronçonneuse des protections sociales, des services publics et du maximum de régulations en Argentine et aux États-Unis. Sur le continent européen, le massacre des espaces collectifs se fait avec une scie à main, mais, si c'est moins brutal, cela n'en pas moins d'effets à long terme. Au vu des restrictions apportées aux allocations chômage, du recul de l'âge de la retraite, du délabrement de l'hôpital, de l'école et de l'enseignement supérieur, la France en sait quelque chose. Et, par-dessus tout, la démocratie est remise en cause par les coups de boutoir de l'extrême droite, au pouvoir dans plusieurs pays européens ou sur le point d'y parvenir.
Le monde semble pris au dépourvu par ce chambardement, sinon par ce basculement. Pourtant, nous étions prévenus. Depuis les années 1930-1940, les Schmitt, Von Mises, Lippmann, Hayek et la Société du Mont-Pèlerin avaient défini la finalité ultime : imposer le marché absolu en tous domaines et en tous lieux, au nom d'une prétendue liberté totale des individus, débarrassés de tout enracinement collectif. L'utopie irréaliste parfaite car impossible, déniant aux humains leur caractère d'êtres sociaux [18]. L'anthropologue austro-hongrois Karl Polanyi avait averti que ce délire risquerait de conduire à la mort de la société [19]. Si celle-ci n'est pas advenue, on voit tout de même l'arrivée des « lumières de l'ombre » émises par un courant « néoréactionnaire » [20] qui a désormais pignon sur rue aux États-Unis jusque dans les allées du pourvoir trumpiste.
Répétons-le, on ne peut être certain de la fin d'une période et du début de la suivante qu'après coup. Raison de plus d'être en garde. Le capitalisme change, ce serait étonnant que l'altermondialisme lié à sa phase néolibérale en sorte intact et perdure comme si de rien n'était [21]. (Publié par Jean-Marie Harribey sur son blog sur le site d'Alternatives économiques le 11 février 2026)
Notes
1. Nathalie Silbert, « Portée par le numérique, la productivité de l'économie française se redresse », Les Échos, 10 février 2026.
2. Peter Wahl, « L'économie allemande dans une crise structurelle inouïe », Note pour les Économistes atterrés, février 2026.
3. Michael Roberts, « La bulle de l'IA et l'économie étatsunienne », Contretemps, 27 janvier 2026.
4. Jean-Marie Harribey, « Derrière la crise politique, une convulsion capitaliste », 7 décembre 2024 ; « Le monde penche du mauvais côté », 18 mars 2025.
5. Jean-Marie Harribey, En quête de valeur(s), Vulaines-sur-Seine, Éd. du Croquant, 2024.
6. Jean-Marie Harribey, « Capitalisme productif et/ou capitalisme rentier ? », 2 décembre 2025.
7. Evgeny Morozov, « Controverses sur le techno-féodalisme, Le numérique nous ramène-t-il au Moyen Âge ? », Le Monde diplomatique, août 2025.
8. Le mot se trouve dans Arnaud Leparmentier, « IA : la folle course des géants de la tech », Le Monde, 8 et 9 février 2026.
9. Voir le dossier « Basculement économique, monétaire et financier » dans Les Possibles, n° 43, automne 2025.
10. Ce paragraphe est issu de ma chronique « L'ère du capitalobscène », Politis, n° 1897, 15 janvier 2026.
11. John A. Hobson, Imperialism, A Study, 1902.
12. Rudolf Hilferding, Le capital financier, 1910.
13. Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917.
14. Rosa Luxemburg, L'accumulation du capital, Paris, François Maspero, 1972.
15. Jean-Marie Harribey, « Karl Marx, Charles Dumont et Édith Piaf : « rien de rien » ou la réalisation monétaire de la production capitaliste », 16 mai 2018 dans le blog et Été 2018 dans Les Possibles, n° 17.
16. André Gunder Franck, Le développement du sous-développement, L'Amérique latine, Paris, Maspero, 1972 ; Arghiri Emmanuel, L'échange inégal, Paris, Maspero, 1969 ; Samir Amin, Le développement inégal, Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique, Paris, Ed. de Minuit, 1973.
17. Saïd Bouamama, « Palestine et Moyen-Orient : Buts officiels de guerre et buts réels », 12 mai 2025. La citation rapportée par l'auteur sur son blog dans la présentation de ce texte expliquant le refus de la revue Les Possibles que j'ai signé est exacte, sauf que ce texte n'avait pas été sollicité par les responsables de la revue. Il s'en est suivi une levée de boucliers de la part d'une petite poignée de personnes s'insurgeant contre une « censure », alors que toute direction de revue est en droit d'accepter ou de refuser une proposition. Surtout quand elle contient une bévue aussi tragique. [Voir dans le quotidien Le Monde du 5 février 2026 l'article de bilan critique sur le 7 octobre et ses conséquences fait par un ancien cadre du Hamas vivant à Gaza. – Réd.]
18. Jean-Marie Harribey, « Les racines intellectuelles du libertarisme et de la démocratie dite illibérale », Note pour les Économistes atterrés, octobre 2025.
19. Karl Polanyi, La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, 1944, Paris, Gallimard, 1983.
20. Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard, 2026. Voir aussi Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France, Paris, La Découverte, 2025.
21. Voir le dossier « Où en est l'altermondialisme dans un contexte de crise globale du capitalisme et de montée de l'extrême droite ? », Les Possibles, n° 40, Été 2024.
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L’agression croissante des États-Unis est un symptôme du déclin impérial
Des Amériques au Moyen-Orient, les États-Unis déploient les formes les plus brutales d'agression impériale pour maintenir leur pouvoir. Il s'agit en fin de compte d'un signe de faiblesse plutôt que de force, car les fondations sur lesquelles reposait l'empire américain sont en train de s'effondrer.
22 février 2026 | tiré de la lettre de Jacobin | Photo : Privés de toute grande vision structurante, les impérialistes américains jettent tout ce qu'ils ont sous la main pour voir s'ils peuvent inverser leur dénouement impérial. (Leonard Ortiz / MediaNews Group / Orange County Register via Getty Images)
https://jacobin.com/2026/02/us-imperialism-decline-military-aggression
L'impérialisme américain est en roue libre. Sous Joe Biden, la Maison-Blanche a violé de manière flagrante le droit international en permettant le génocide du peuple palestinien par Israël. Aujourd'hui, Donald Trump est allé encore plus loin dans la même direction.
Jusqu'à présent, son administration a fait chanter les partenaires européens de Washington, lancé des frappes aériennes contre l'Iran, déclaré son intention d'occuper le Groenland et kidnappé le chef de l'État vénézuélien, tout en continuant à soutenir le génocide israélien.
Les États-Unis ont directement attaqué « l'ordre international fondé sur des règles » qu'ils avaient eux-mêmes contribué à établir, en affaiblissant les Nations unies, en se retirant de l'Organisation mondiale de la santé et en imposant des sanctions à la Cour pénale internationale.
Aussi terrifiantes que puissent paraître ces offensives impérialistes, elles sont le signe non pas de la force, mais de la faiblesse. Il ne s'agit pas simplement de la faiblesse des individus actuellement aux commandes, mais de celle des États-Unis dans leur ensemble. Si la sénilité de Biden et l'imprévisibilité de Trump ont certes joué un rôle, la trajectoire effrayante de l'impérialisme américain découle de dynamiques bien plus profondes.
L'imperium américain traverse aujourd'hui une crise grave. Ce que nous observons n'est pas sa résurgence, mais plutôt les symptômes de son déclin frénétique.
L'empire le plus puissant de l'histoire
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs facteurs ont permis aux États-Unis de devenir l'empire le plus puissant de l'histoire. Il y avait bien sûr la domination militaire. Sa marine était plus importante que celles de tous les autres États réunis, il contrôlait un chapelet de bases à travers le monde et, pendant plusieurs années, il fut le seul pays à posséder l'arme nucléaire.
Cependant, la puissance militaire à elle seule ne suffit pas à faire un impérialisme solide. L'empire américain a largement bénéficié de l'avance technologique du pays et de sa puissance économique sans équivalent. À un moment donné, la moitié de tous les biens manufacturés de la planète étaient produits aux États-Unis.
Les États-Unis reposaient également sur de solides fondations de légitimité intérieure. Les deux principaux partis politiques s'accordaient sur la plupart des questions fondamentales et, pendant des années, la majorité des Américains faisait confiance à son gouvernement.
L'imperium américain traverse aujourd'hui une crise grave. Ce que nous observons n'est pas sa résurgence, mais les symptômes de son déclin frénétique.
Un autre facteur vital était le soutien international. Les États-Unis pouvaient agir avec une telle ampleur parce qu'ils commandaient l'allégeance d'un bloc impérial transcontinental relativement uni.
Au cœur de cette alliance se trouvaient les États-Unis. Autour d'eux, un noyau étroit composé du Japon, de l'Allemagne de l'Ouest et de la Grande-Bretagne. Puis venait une autre couche d'États capitalistes européens, rejoints par la suite par d'autres alliés comme l'Iran, Israël, la Corée du Sud et les Philippines. Washington s'engageait à protéger le capitalisme à l'échelle mondiale, et cette alliance impériale lui apportait le soutien nécessaire pour intervenir partout dans le monde afin de réprimer tout mouvement perçu comme une menace pour cet ordre capitaliste global.
Mais ce qui maintenait l'ensemble, c'était la grande vision « civilisationnelle » de l'État américain. Les fractions composant le bloc dirigeant américain ne cherchaient pas simplement à s'enrichir. Beaucoup croyaient que leur pays avait atteint le sommet de la civilisation humaine. La vie américaine était « la belle vie » : un emploi stable, une famille nucléaire, une montagne de biens de consommation abordables, des libertés civiles et des élections tous les quatre ans. Certes, il restait des problèmes, mais ils seraient résolus avec le temps.
De plus, les États-Unis affirmaient que leur modèle était universellement reproductible. Partout, les gens pouvaient eux aussi devenir « américains », pour ainsi dire, s'ils acceptaient de suivre le modèle que l'État américain avait découvert. Ils promettaient également d'aider à atteindre cette belle vie par l'aide, les prêts, les transferts de technologies et la formation dans leurs meilleures universités. Autrement dit, l'objectif de l'État américain n'était pas seulement de maintenir son pouvoir, mais de remodeler le monde à son image.
La réalité, bien sûr, a toujours été différente de ce qui était promis, et de nombreuses personnes à travers le monde détestaient l'impérialisme américain. Bien qu'il prétendît apporter la paix, la liberté et la prospérité, les États-Unis sont devenus le plus grand adversaire des mouvements émancipateurs partout dans le monde. Ils ont renversé des démocraties, soutenu des dictatures, massacré des millions de personnes et détruit toute alternative dès qu'elle apparaissait.
Pourtant, des millions de personnes ont néanmoins accepté volontairement le leadership américain durant les années d'après-guerre, car elles croyaient sincèrement que les États-Unis représentaient le sommet du développement humain. Elles voulaient vivre le « rêve américain ». C'est précisément pour cette raison que l'impérialisme américain était si puissant. Il ne gouvernait pas seulement par la terreur, mais par le consentement international.
Un impérialisme en déclin
Aujourd'hui, l'empire américain n'est plus ce qu'il était. Un à un, les facteurs majeurs qui faisaient autrefois sa puissance ont commencé à s'effriter. Les États-Unis ont perdu leur avance technologique dans de nombreux domaines, et la récente guerre de Trump contre les universités ne fera qu'élargir cet écart, retardant la recherche et le développement américains de plusieurs décennies.
L'économie américaine est également dans un état préoccupant. Le gouvernement accumule un déficit sans précédent, et une grande partie de l'économie est liée à des actifs spéculatifs comme l'immobilier, les actions, les métaux précieux, les cryptomonnaies et une bulle de l'intelligence artificielle. Des rivaux comme la Chine ne se contentent pas de rattraper les États-Unis : ils les dépassent sur des points essentiels. Les principales exportations chinoises vers les États-Unis sont des produits électroniques, tandis que la principale exportation américaine vers la Chine ces dernières années a été le soja.
Parallèlement, la légitimité intérieure de l'État américain s'est effondrée, et la confiance dans les grandes institutions — les médias, les universités, l'État lui-même — est à un niveau historiquement bas. Seuls 17 % des Américains font confiance à leur gouvernement pour « faire ce qui est juste ».
Un à un, les facteurs majeurs qui faisaient autrefois la puissance des États-Unis ont commencé à s'effondrer.
Le tissu de la vie américaine se déchire, avec une explosion du coût de la vie, un système de santé dysfonctionnel, des fusillades de masse incessantes et des descentes de l'ICE (la police de l'immigration). Pour beaucoup, ce pays n'est ni sûr, ni stable, ni agréable à vivre. Selon un sondage, seuls 13 % des jeunes Américains pensent que leur pays va dans la bonne direction.
Si des millions rêvaient autrefois d'émigrer vers la « terre des opportunités », beaucoup hésitent désormais. De nombreux Américains cherchent même à obtenir une double nationalité afin de pouvoir quitter ce navire en train de couler.
Ces problèmes intérieurs expliquent en grande partie pourquoi de nombreux Américains, tous bords politiques confondus, ne soutiennent plus les interventions américaines à l'étranger. Ayant vécu l'échec des guerres récentes, ils en sont venus à la conclusion qu'il est absurde que l'État américain gaspille leurs impôts dans des guerres inutiles à l'étranger alors que la vie intérieure se détériore.
Près de la moitié des Américains souhaitent que le gouvernement réduise son rôle dans le monde. L'époque où la majorité suivait docilement son gouvernement, de la Corée et du Vietnam à l'Afghanistan et à l'Irak, semble révolue.
Un bloc dirigeant fracturé
Malgré la détérioration évidente de la situation intérieure, aucune des principales fractions du bloc dirigeant n'a été disposée à engager de véritables réformes structurelles. Alors qu'autrefois l'État américain cherchait à obtenir le consentement par des programmes sociaux et des politiques économiques améliorant la vie de nombreux Américains, les dirigeants actuels se contentent de changements largement symboliques. Les démocrates ont nommé la première femme à la tête de la CIA et peint des drapeaux arc-en-ciel sur des fourgons de police ; les républicains nous ont offert le golfe d'Amérique et le Département de la guerre.
Dans le même temps, le bloc dirigeant américain est profondément divisé. Les dirigeants d'un camp poursuivent en justice ceux de l'autre, et les camps eux-mêmes sont devenus dangereusement incohérents. La coalition autour de Trump comprend des néoconservateurs qui veulent qu'Israël colonise le Moyen-Orient et des isolationnistes qui souhaitent s'en retirer complètement ; des milliardaires désireux de sabrer l'État social et des populistes voulant l'étendre ; des suprémacistes blancs qui veulent « purifier » le territoire et des immigrés voyant dans le Parti républicain un moyen d'ascension sociale ; des fondamentalistes religieux attendant l'Armageddon et des techno-oligarques athées rêvant de devenir des cyborgs.
Malgré la détérioration évidente de la situation intérieure, aucune des principales fractions du bloc dirigeant n'a été disposée à engager de véritables réformes structurelles.
Les États-Unis ont également gravement compromis leur alliance impériale. Ils ont aliéné leurs alliés européens, de toute façon bien plus faibles qu'ils ne l'étaient dans les années 1950 et 1960. Ils ont tendu leurs relations avec d'autres États alliés comme l'Inde et infligé des dégâts durables à l'ordre international qu'ils avaient construit après la Seconde Guerre mondiale. « Nous sommes au milieu d'une rupture, pas d'une transition », a récemment déclaré le premier ministre canadien Mark Carney à Davos. « Nous savons que l'ancien ordre ne reviendra pas. »
Le principal indicateur du déclin impérial américain est la désintégration de sa vision « civilisationnelle ». Le projet d'après-guerre qui soutenait l'ordre libéral international a disparu, et rien n'est venu combler le vide. Certains membres du bloc dirigeant ont proposé des substituts, mais au lieu de se rallier à une vision unique, ils se disputent autour de projets incompatibles : un État ethno-nationaliste suprémaciste blanc ou un multiculturalisme identitaire ; un capitalisme social rénové ou encore plus de néolibéralisme ; la renaissance des États-Unis comme centre manufacturier mondial ou leur dissolution dans un nouvel ordre post-national dirigé par les entreprises technologiques.
Le problème principal est que la plupart des éléments du bloc dirigeant, démocrates comme républicains, semblent ne même pas disposer d'une vision globale cohérente. Il semble parfois que certains des acteurs les plus importants de ce bloc — de l'initiée de la Bourse Nancy Pelosi au marchand de taudis Trump — veuillent simplement s'enrichir. Ils cherchent à gonfler le marché boursier, à remplir leurs poches avec autant de richesse sociale que possible et à extorquer des tributs à leurs États clients. On dirait que le pays est dirigé par une bande de vandales égoïstes.
Étant donné que l'un des piliers essentiels de l'impérialisme américain était une vision « civilisationnelle » relativement cohérente de l'avenir, partagée par la plupart des fractions du bloc dirigeant, soutenue par ses alliés à l'étranger et acceptée par des millions de personnes à travers le monde, l'absence totale d'une telle vision aujourd'hui ne peut qu'annoncer des difficultés pour l'impérialisme. Convaincus que les États-Unis n'ont plus rien à leur offrir, des millions de personnes se tournent ailleurs.
À terre, mais pas hors-jeu
Les États-Unis conservent encore certains atouts. Ils disposent de l'armée la plus avancée du monde, suffisamment puissante pour raser des pays entiers et massacrer des millions de personnes.
Washington possède également le dollar, qui demeure la monnaie la plus puissante. Il est devenu une arme redoutable contre des adversaires comme l'Iran. Même des rivaux de poids comme la Chine sont tellement imbriqués dans le régime du dollar qu'ils doivent réfléchir à deux fois avant de défier directement la suprématie financière américaine — du moins pour l'instant.
L'État américain est également relativement à l'abri de défis révolutionnaires internes. Historiquement, les troubles intérieurs ont contribué à la chute des empires. Bien qu'il existe un mécontentement généralisé et de nombreuses luttes importantes aux États-Unis, rien ne constitue encore une menace sérieuse pour l'empire américain.
Les États-Unis ne font pas non plus face à de véritables concurrents internationaux. Le Venezuela est en crise et a opposé peu de résistance à la capture illégale de son président. La Russie est empêtrée dans une guerre coûteuse, et ses propres aventures impériales ont sapé sa crédibilité. La République islamique d'Iran a une économie affaiblie et un front intérieur miné par la contestation. Bien que la Chine ait le plus grand potentiel pour déjouer les États-Unis, elle a jusqu'à présent évité toute confrontation directe, espérant que Washington s'épuisera de lui-même dans des engagements stériles, lui ouvrant ainsi la voie pour hériter du monde.
Bien que la Chine ait le plus grand potentiel pour surpasser les États-Unis, elle a jusqu'à présent délibérément évité toute confrontation directe.
Le plus grand avantage de l'impérialisme américain est qu'aucun de ses rivaux ne propose une vision crédible d'un nouvel ordre mondial capable de mobiliser des millions de personnes. Aucun n'a articulé un projet hégémonique véritablement fondateur. Malgré leurs différences réelles, ils représentent tous des variantes d'un même capitalisme autoritaire. Il n'existe pas encore d'alternative organisée.
Comment les empires prennent fin
Le bloc dirigeant sait que l'empire américain est en déclin et qu'il lui reste peu de cartes à jouer. Nombre de ses dirigeants ont conclu qu'il fallait tenter un coup audacieux avant qu'il ne soit trop tard. C'est pourquoi l'impérialisme américain est devenu si imprudent ces dernières années.
Privés de toute grande vision structurante, ou des moyens de la réaliser même s'ils en avaient une, les impérialistes américains lancent tout ce dont ils disposent pour tenter d'inverser leur dénouement impérial : soutien à un génocide, imposition de droits de douane, enlèvement d'un dirigeant étranger, pressions sur les vassaux européens, nouvelle guerre contre la drogue, attaques contre les immigrés, accélération des changements de régime à l'étranger, promotion de la suprématie blanche et destruction de l'ordre international. Aucune de ces manœuvres spectaculaires n'a résolu la crise de l'empire, alors ils continuent de surenchérir.
L'impérialisme américain est en déclin, mais il est loin d'être hors de combat, et ses efforts frénétiques pour se sauver risquent de le rendre encore plus dangereux dans les années à venir. Comme des bêtes acculées, les empires en déclin sont souvent audacieux et vindicatifs, frappant dans toutes les directions, prenant des risques inconsidérés, agissant sans plan cohérent et semant le chaos partout.
Les États-Unis sont l'empire le plus puissant qui ait jamais existé. Leur déclin continuera d'être inégal et prolongé, et il sera probablement destructeur. Pour celles et ceux qui se soucient de l'émancipation, ce processus de déclin fiévreux apporte à la fois des opportunités inédites et des dangers considérables. Le défi consiste à élaborer une stratégie qui reconnaisse simultanément les faiblesses de l'impérialisme américain tout en prenant très au sérieux sa puissance résiduelle

Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais
Quand les autorités assouplissent les normes pour l'industrie, le fardeau retombe sur les citoyens. À Rouyn-Noranda, protéger sa santé est devenu un acte quotidien de vigilance.
17 février 2026 | tiré de The conversation | Photo : Manifestation contre le projet de relocalisation de citoyens qui résident à proximité de la fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, en mars 2023. La Presse canadienne/Stephane Blais
https://theconversation.com/fonderie-horne-quand-les-citoyens-prennent-le-relais-275780
Le 3 février dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelait que des millions de cancers sont évitables, notamment en réduisant l'exposition à des contaminants environnementaux comme l'arsenic. Deux jours plus tard, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a accepté de maintenir l'autorisation de la concentration d'arsenic de la Fonderie Horne à 45 ng/m3 pour 18 mois supplémentaires. Cela malgré les avertissements d'octobre dernier de la Direction régionale de la santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue sur les risques sanitaires liés à ce niveau d'émissions. En modifiant sa position initiale, le gouvernement revient sur les normes imposées en 2023.
Pendant que le débat se cristallise autour d'un chiffre, l'expérience quotidienne des personnes vivant avec ce risque sanitaire s'efface. À Rouyn-Noranda, la gestion du risque ne se joue pas seulement dans les rapports d'experts : elle se déplace dans les cours arrière, les écoles, les corps. Et elle repose de plus en plus sur les citoyens eux-mêmes.
En tant que doctorante à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, je m'intéresse aux violences environnementales et aux formes de care citoyen – c'est-à-dire aux pratiques de vigilance, d'entraide et de protection mises en place par les communautés elles-mêmes – qui émergent face aux défaillances institutionnelles.
Choc citoyen et imprégnation à l'arsenic
En 2019, la population de Rouyn-Noranda apprenait que les enfants du quartier Notre-Dame étaient en moyenne 3,7 fois plus imprégnés à l'arsenic que ceux d'Amos. La toxicité de cette substance est connue depuis des siècles. Pourtant, malgré ces connaissances, la Fonderie a maintenu un seuil d'émission largement supérieur à la norme provinciale.
Les historiens des sciences Erik N. Conway et Naomi Oreskes ont montré comment certaines industries fabriquent le doute pour retarder l'action politique : multiplication d'études, brouillage des certitudes dans les médias, contestation des expertises scientifiques.
C'est ce qui s'est produit dans le cas maintenant célèbre de l'étude écrite par Monsanto sur le glyphosate. Il s'agit également du type de tactiques auxquelles nous semblons avoir assisté lorsque la Fonderie Horne a lancé son programme de biosurveillance sur l'arsenic. L'enjeu avec cette étude, hormis son manque d'indépendance, est qu'elle pourrait servir à contester les données indépendantes de la santé publique.
Lire plus :Fonderie Horne : quel rôle occupent les preuves scientifiques dans la décision politique au Québec ?
Contrôle du dicible
La pression ne se limite pas au terrain scientifique. Le 10 février, une citoyenne dénonçait au conseil municipal les pressions exercées de la part de certaines entreprises pour décourager la prise de parole critique contre la Fonderie Horne.
Quand la communauté d'affaires affirme ne pas croire la santé publique et que des citoyens se sentent surveillés ou rappelés à l'ordre, le signal est clair : certaines critiques dérangent. Dans ce climat, défendre la science et la santé publique devient difficile.
Dans les entretiens que j'ai réalisés avec des citoyens de Rouyn-Noranda, plusieurs dénoncent une forme d'omerta et l'imposition d'une alternative insoutenable. L'un dit :
La violence environnementale, c'est aussi l'omerta, la désinformation et la division de la communauté sur cet enjeu. Quand on proteste, qu'on parle publiquement contre le pollueur, on perd des amis de longue date et des membres de notre famille nous excluent.
L'enjeu est alors réduit à une question d'opinion ou de croyance – être pour ou contre la santé, croire ou non la santé publique. Pendant ce temps, les impacts concrets sur la population, y compris sur les travailleurs, passent au second plan.
Care entravé ou communautaire
Ces impacts s'inscrivent dans des histoires intimes, familiales, intergénérationnelles de problèmes de santé que plusieurs soupçonnent liés aux rejets historiques de contaminants de la Fonderie. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que ce soient principalement des personnes touchées ou en rôles de soin (mères, parents, médecins) qui dénoncent l'injustice environnementale et sanitaire vécue.
Découvrir que l'on a été exposé, ou que ses proches ou ses patients l'ont été, est un bris dans leur relation de soin. Plusieurs parents de Rouyn-Noranda ont d'ailleurs exprimé un sentiment de culpabilité en réalisant avoir exposé leurs enfants sans le savoir. Ce sentiment de trahison fragilise la confiance envers l'État.
Pour les Mères au front, comme Jennifer Ricard Turcotte le développe dans Il en va de notre dignité(2025), se mobiliser pour protéger la santé de sa communauté est un geste d'amour et une nécessité face à un État perçu comme défaillant. Les pratiques de vigilance citoyenne et de sensibilisation du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) et des Mères au front visent alors à pallier aux lacunes des dispositifs institutionnels.
Lire plus : Le rôle stratégique et essentiel des métaux rares pour la santé
Quotidien altéré
Derrière le débat autour des chiffres, de la norme et des emplois se cache un quotidien altéré pour les personnes vivant près de la Fonderie. Prendre conscience du risque sanitaire transforme le quotidien et crée un stress important.
Cette situation impose des choix que la majorité des Québécois ne connaissent pas et ne connaîtront pas. Laisser ou pas son enfant jouer dans sa cour bien que son terrain est contaminé ? Prendre ou non une marche dans son quartier alors que le goût de la mine est présent ? Cette conscience du risque modifie les pratiques quotidiennes et instille une vigilance individuelle et collective.
Ajuster ses habitudes pour limiter l'exposition lorsque le risque est perçu comme plus important, s'avertir entre voisins lorsque les signes de rejets sont présents et alerter les autorités lors d'épisodes extrêmes de contamination, deviennent des mécanismes de protection.
Ce soin contraint, façonné par le risque, s'ajoute à une vigilance face aux stratégies de relations publiques de l'entreprise. Les documents promotionnels envoyés par la Fonderie aux résidents, vantant ses efforts environnementaux, réactivent l'incertitude sur le respect réel de ses engagements. Récemment, l'entreprise a conditionné ses investissements environnementaux à une permission gouvernementale de continuer à dépasser la norme d'arsenic pendant plusieurs années.
Joute politique et risque évitable
Dans les médias, le care communautaire quotidien, assumé par les personnes qui œuvrent à se défendre de l'injustice environnementale, demeure largement invisible. La couverture médiatique se concentre principalement sur la menace de fermeture brandie par la Fonderie, qui lie son avenir à une « prévisibilité » du seuil sur l'arsenic.
Le gouvernement de la CAQ a d'abord semblé tenir tête aux menaces de fermeture de la Fonderie. Mais les concessions récentes laissent planer le doute : cette posture de courage n'était-elle qu'un mirage ?
D'autant plus que cette décision s'inscrit dans une série d'accommodements face aux demandes de la multinationale suisse, dont l'assouplissement en 2022 de la norme sur le nickel. Elle illustre une fois de plus un compromis politique où les intérêts et considérations économiques du secteur industriel et extractif des minéraux critiques semblent avoir primé sur la santé publique, laissant à la communauté le fardeau de se protéger d'un risque connu.
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Mémoire du MQRP sur le projet de loi N° 19 : Le statu quo, à quel coût ?
Au cours des derniers mois, le gouvernement du Québec a multiplié les réformes pour améliorer l'accès aux soins, notamment avec les projets de loi 83, 106, 2 et 19. Bien que le projet de loi 19 adopte un ton plus conciliant et atténue certaines mesures coercitives, suite à l'entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec=AZbMYALuhsr7Y4e88ocs5fB_7zxJfoar-ZHNtKQ61yH6ex8NOQhG59ptqCoKamKL-IBQ9RigwO1gqm-aFxZ23JlaJoGP6Q7_CJBWCO3XkgOhkt5dCuGoBF15PznnIq3YvIxqk6NjS78wsaqw3rleIF1B&__tn__=-]K-R] (FMOQ), il maintient essentiellement la même approche : tenter de résoudre un problème structurel d'accès à la première ligne par des ajustements liés à la rémunération médicale. Or, l'inscription administrative de patients et les primes de performance ne garantissent ni un accès réel aux rendez-vous ni une continuité des soins.
Médecins québécois pour un régime public (MQRP) estime qu'une amélioration durable passe par une réforme organisationnelle en profondeur : revoir le modèle des GMF, mettre fin aux structures à but lucratif en première ligne, renforcer les équipes interdisciplinaires inspirées du modèle public des CLSC et redonner une place aux réalités locales dans la gouvernance. L'accès aux soins exige une vision systémique centrée sur les besoins de la population, et non uniquement sur des incitatifs financiers.
Le mémoire
COMMENTAIRES SUR LE PROJET DE LOI N° 19
Un bref survol de la situation
Pour mieux comprendre le projet de loi, nous souhaitons exposer au lecteur la suite des événements des derniers mois :
● En février 2025, le gouvernement semble commencer à reconnaître l'ampleur des conséquences désastreuses de l'exode des médecins vers le secteur privé. Rappelons que le Québec est la province affichant le plus haut taux de médecins exerçant au privé au Canada : 98,5 % des médecins travaillant au privé au pays se trouvent au Québec, dans un contexte de croissance exponentielle des cliniques privées au cours des 25 dernières années. Christian Dubé présente alors le projet de loi 83, Loi favorisant l'exercice de la médecine au sein du réseau public de la santé et des services sociaux, visant à freiner cet exode et à retenir les médecins au Québec.
Tel que nous l'avons présenté dans notre mémoire en commission parlementaire, de façon étonnante, plutôt que d'utiliser les leviers législatifs déjà existants (dont l'article 30.1 de la Loi sur l'assurance maladie), le gouvernement choisit d'introduire des mesures contraignantes visant principalement à maintenir les nouveaux médecins en pratique au Québec pendant cinq ans. Un mécanisme est également instauré afin de limiter les affiliations et désaffiliations répétées qui fragilisent le réseau public. Toutefois, Santé Québec, responsable de cette gestion, accepte la majorité des demandes au cours de l'année suivante.
● En mai 2025, en pleine période de négociation avec la FMOQ et la FMSQ, le gouvernement dépose le projet de loi 106, Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective et l'imputabilité des médecins quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux. Ce projet de loi vise à corriger les enjeux d'accès aux services médicaux.
De façon surprenante, le gouvernement écarte les conclusions un rapport d'experts sur la première ligne qu'il a lui-même commandé, pour imposer diverses mesures de bonifications et de pénalités financières aux médecins — une méthode qui ne s'est pas révélée particulièrement fructueuse par le passé pour améliorer l'accès aux soins pour les patients.
MQRP témoigne alors en commission parlementaire et dépose un mémoire intitulé Construire plutôt que déstabiliser : propositions alternatives pour une réforme de la première ligne, dans lequel nous nous positionnons en faveur « d'une réforme de la première ligne et d'une refonte du mode et du montant de rémunération, à condition qu'elles favorisent réellement une meilleure prise en charge, par le bon professionnel, au bon moment, pour le bon patient ».
● En octobre 2025, devant l'échec du processus de négociation avec la FMOQ et la FMSQ, le gouvernement dépose le projet de loi 2, Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services. Cette loi spéciale, adoptée sous bâillon, reprend les éléments clés (bonifications et pénalités liées à la performance, emphase sur la capitation) et ajoute des mesures coercitives, suscitant une vive réaction au sein du corps médical.
MQRP réagit en deux temps : nous publions Les angles morts du système public révélés par la loi 2, dans lequel nous mettons en lumière quatre axes de solutions ne reposant pas sur la rémunération médicale, puis nous réagissons à l'entente de principe intervenue entre la FMOQ et Santé Québec dans le texte Tout ça pour ça ? Une entente sans vision, ou quand le statu quo l'emporte sur les soins, mettant en lumière les limites du modèle actuel des groupes de médecine familiale (GMF), notamment le fonctionnement fondé sur la distinction entre patients inscrits et non inscrits.
● En février 2026, à la suite des démissions successives des ministres Lionel Carmant et Christian Dubé dans la foulée de la controverse soulevée par le projet de loi 2, ainsi que du départ annoncé du premier ministre François Legault, un nouveau projet de loi est présenté : le projet de loi 19, Loi visant notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population, déposé par la nouvelle ministre de la Santé, Mme Sonia Bélanger.
Nous l'aborderons plus en détail, mais celui-ci vient essentiellement entériner l'entente intervenue avec la FMOQ en décembre 2025. À noter qu'au moment d'écrire ces lignes, la FMSQ a annoncé être dans une impasse dans ses négociations avec le gouvernement provincial.
Notre analyse du PL19
En tenant compte des événements des derniers mois, le projet de loi 19 semble surtout tenter d'apaiser les tensions créées par la loi 2. En reculant sur les mesures coercitives et sur d'autres aspects contestés de cette dernière (mécanismes de surveillance, pouvoir discrétionnaire du ministre quant à la fixation de la rémunération) et en troquant les pénalités financières pour des primes à la performance, le gouvernement semble vouloir privilégier la carotte plutôt que le bâton.
L'approche change de ton, mais non de logique : on mise toujours sur des incitatifs financiers pour orienter l'organisation des soins. Le gouvernement se réjouit de l'inscription possible de 500 000 patients additionnels, sur une base volontaire, avec des primes à la clé. « ‘'Les cibles restent là, elles sont établies différemment ', a indiqué la ministre, évoquant la mise en place prochaine de tableaux de bord ». Le ministère se félicite également de la modification de la proportion que représentera la capitation dans le futur, laquelle pourrait atteindre jusqu'à 50 % de la rémunération des médecins.
Rappelons que l'inscription administrative d'un patient ne garantit ni l'accès réel à un rendez-vous, ni la continuité de soins, ni leur qualité. Être « inscrit » auprès d'un médecin ou d'un groupe de médecine familiale, ou avoir été « affilié » à un GMF via le GAP, ne signifie pas nécessairement être pris en charge. Le modèle GAP, qui consiste à offrir des primes substantielles aux médecins afin qu'ils libèrent ponctuellement quelques plages horaires pour des patients orphelins, comporte son lot de problèmes : absence fréquente de disponibilité en clinique pour le patient (une seule plage annuelle par patient étant généralement prévue), limitation à un seul enjeu par rencontre, absence de suivi longitudinal et perte d'efficacité systémique, notamment lorsque les patients doivent consulter plusieurs médecins différents pour un même problème.
Nous ne pouvons que demeurer circonspects devant une approche consistant à accorder une rémunération accrue aux médecins en échange de l'inscription de patients sur une liste, sans pour autant leur donner les moyens concrets de voir ces patients. En effet, tout comme le projet de loi 106 et la loi 2, le projet de loi 19 ne prévoit aucune ressource supplémentaire susceptible de favoriser l'accès aux soins, telle que l'ajout de personnel administratif ou le déploiement accru d'autres professionnels de la santé. On ajuste la rémunération sans transformer les conditions réelles de pratique.
Le gouvernement persiste ainsi à traiter un enjeu systémique, l'accès à la première ligne, par un levier essentiellement financier. Or, les expériences récentes démontrent les limites de cette approche. Nous constatons l'absence d'une vision cohérente et structurante pour la première ligne. Nous constatons également que le rapport d'experts commandé par le gouvernement ne semble toujours pas avoir guidé les choix proposés.
Enfin, nous tenons à souligner que cette succession de projets de loi a davantage fragilisé le système public, ce qui accroît les occasions pour le secteur privé de recruter des professionnels de la santé. Cette gestion centralisée, déconnectée des multiples réalités du terrain, reposant sur une approche uniforme et assortie de contraintes souvent impraticables, combinée à une gestion fondée sur les primes et les pénalités et à l'un des cadres législatifs les plus permissifs au Canada en matière de médecine privée, crée un environnement particulièrement propice à la croissance du secteur privé.
CONCLUSION
Médecins québécois pour le régime public (MQRP) déplore la tendance lourde du gouvernement de légiférer à coup de réformes, souvent imposées sous bâillon. Il est préoccupant de constater que deux principes ayant déjà montré leurs limites dans les dernières décennies, au Québec comme ailleurs, continuent d'être privilégiés : la centralisation accrue du système de santé et la modulation de l'accès aux soins par la rémunération médicale.
Certes, le PL19 préserve le statu quo, mais à quel prix ? Peut-on réellement améliorer l'accès aux soins sans revoir en profondeur le modèle de première ligne ? L'organisation actuelle de la première ligne sur le modèle des groupes de médecine familial (GMF), dans sa configuration présente, semble atteindre un plafond structurel.
RECOMMANDATIONS
MQRP ne recommande pas d'amendement spécifique au projet de loi 19, qui rétablit essentiellement le statu quo dans les relations entre la FMOQ et le gouvernement.
Cependant, l'amélioration réelle de l'accessibilité aux soins, particulièrement en première ligne, nécessite des réformes structurelles dépassant la seule question de la rémunération médicale. À cet égard, MQRP formule les recommandations suivantes :
1. Réformer structurellement la première ligne Revoir le modèle des GMF et le système de patients « inscrits/non inscrits », et rétablir une responsabilité populationnelle inspirée du modèle public des CLSC.
2. Sortir d'une logique centrée sur la rémunération médicale Revoir les modes de rémunération pour corriger les incitatifs pervers, découpler le financement des cliniques des actes médicaux et mettre fin aux structures à but lucratif en première ligne.
3. Renforcer le caractère public et la gouvernance locale Accroître l'accès public aux professionnels de la santé et redonner aux équipes locales, incluant soignants et patients, un rôle réel dans l'organisation des soins. Utiliser l'article 30.1 de la LAM pour freiner l'exode des médecins au privé.

S’engager collectivement pour la justice sociale au Québec
Saint-Lin-Laurentides, 20 février 2026 - La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) tient à souligner la Journée mondiale de la justice sociale, qui a lieu aujourd'hui le 20 février, dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, l'aggravation des inégalités et une fragilisation préoccupante de notre démocratie.
Proclamée en 2007 par l'Organisation des Nations Unies, cette journée repose sur des principes clairs : accès équitable aux ressources, respect des droits humains, travail décent, égalité des chances et pleine participation de toutes et tous à la vie économique, sociale et politique.
Or, dans un contexte prébudgétaire où le discours du gouvernement tend vers les coupures
budgétaires et le retour à l'austérité, la CTROC tient à rappeler que la justice sociale passe nécessairement par une véritable justice fiscale et qu'investir dans le communautaire, c'est investir dans la cohésion sociale.
En ce 20 février, la Coalition Main Rouge, dont la CTROC est membre, appelle à des actions dérangeantes partout au Québec. Ces mobilisations, portées dans toutes les régions, rappellent qu'une société équitable ne peut se construire sur l'exclusion, ni sur le désengagement de l'État. Les choix budgétaires ont des conséquences directes sur la vie des personnes et sur la solidité de notre filet social. Son renforcement passe par un réinvestissement massif dans les services publics et les programmes sociaux afin d'agir en amont des inégalités plutôt que d'en assumer les conséquences une fois qu'elles se sont aggravées. À l'inverse, le recours accru à la privatisation et aux compressions, trop souvent présentées comme des solutions, fragilise le tissu social et accentue les écarts.
Un tel réinvestissement doit s'appuyer sur une fiscalité plus juste et plus progressive, d'autant
que des alternatives fiscales existent : augmenter le nombre de paliers d'imposition, accroître la contribution des grandes entreprises, mieux taxer la richesse et certaines activités financières et lutter activement contre l'évitement fiscal.
La Journée mondiale de la justice sociale est l'occasion de reconnaître que la solidarité est un
choix politique et social et que les inégalités ne sont pas des fatalités individuelles, mais des réalités structurelles, qui exigent des réponses collectives.
Le Québec a les moyens de faire plus pour lutter contre les inégalités sociales.
La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) réunit 14 Regroupements régionaux d'organismes communautaires autonomes et représente plus de 3000 organismes enracinés dans toutes les régions du Québec. Elle a comme mission de soutenir les regroupements régionaux et leurs membres, de promouvoir l'action communautaire autonome et d'analyser l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux et ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et
la population. La CTROC est interlocutrice privilégiée des organismes communautaires autonomes intervenants en santé et services sociaux auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.
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Mémoire prébudgétaire 2026-2027 du Collectif pour un Québec sans pauvreté
En 2002, l'Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. L'objet de cette loi, adoptée à l'unanimité, est de « guider le gouvernement et l'ensemble de la société québécoise vers la planification et la réalisation d'actions pour combattre la pauvreté, en prévenir les causes, en atténuer les effets sur les individus et les familles, contrer l'exclusion sociale et tendre vers un Québec sans pauvreté ».
Presque vingt-cinq ans plus tard, et après quatre plans de lutte contre la pauvreté, un constat ressort : aucun des gouvernements successifs n'a pris au sérieux l'objet de cette loi, qui est d'aspirer à éliminer la pauvreté au Québec.
Pour espérer « tendre vers un Québec sans pauvreté », le gouvernement devra inévitablement changer de discours et reconnaître que la pauvreté est inacceptable, car elle constitue un déni des droits et libertés ainsi qu'une atteinte au respect et à la protection de la dignité des personnes qui la subissent.
Ce mémoire porte neuf recommandations regroupées en trois catégories :
Recommandations visant à améliorer le revenu des personnes en situation de pauvreté :
– Hausser les protections publiques de façon à assurer à tous les ménages un revenu au moins égal à la Mesure du panier de consommation (MPC).
– Augmenter le salaire minimum pour qu'une personne seule qui travaille 35 heures par semaine vive hors de la pauvreté.
– Recommandations visant à alléger le fardeau financier des personnes en situation de pauvreté :
Adopter une politique globale en habitation, basée sur la reconnaissance du droit au logement.
– Adopter une loi-cadre sur le droit à l'alimentation.
– Interdire le privé en santé et élargir la couverture du régime public d'assurance maladie à un plus grand nombre de soins de santé.
– Assurer la gratuité et l'accès universel à l'éducation, des centres de la petite enfance aux études supérieures.
Recommandations visant à réformer la fiscalité afin de la rendre plus progressive et ainsi accroître la marge de manœuvre du gouvernement :
– Faire passer de 4 à 8 le nombre de paliers d'imposition pour les particuliers.
– Instaurer un impôt sur le patrimoine.
– Imposer la totalité des gains en capital des particuliers.
Document PDF : mémoire prébudgétaire 2026-2027
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Danielle Smith annonce un référendum anti-immigration pour le 19 octobre
Les référendums de la première ministre de l'Alberta pourraient fonctionner à Ponoka, mais pas à Powell River ou à Peterborough – c'est probablement l'idée.
20 février 2026 | tiré de Rabble.ca | Photo : La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, lors de sa discussion au coin du feu sur l'économie de l'Alberta et ses projets de référendum. Crédit : Gouvernement de l'Alberta
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/danielle-smith-announces-anti-immigration-referendum-for-oct-19/
La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a annoncé hier une série de questions référendaires pour le 19 octobre, exigeant l'ingérence de la province dans les compétences fédérales, la réduction des services aux nouveaux Canadiens et d'autres mesures anti-immigrés, et demandant des changements importants à la Constitution canadienne.
Il y aura cinq référendums politiques verbeux axés sur l'immigration et clairement conçus pour plaire à la base du Parti conservateur uni (UCP), mais formulés de manière à paraître raisonnables à première vue. Quatre questions supplémentaires demanderont aux électeurs d'approuver un effort de négociation de changements constitutionnels majeurs.
Il va sans dire qu'une fois éloigné d'une ou deux frontières des électeurs bien formés du Wild Rose Country, tout cela risque de faire long feu.
Mais si rien ne change dans la structure de la fédération, cela conviendra parfaitement à Mme Smith et à son groupe d'experts politiques. En effet, le plan décrit dans son message télévisé de 13 minutes hier soir à l'heure du dîner est clairement conçu pour réussir dans un premier temps, à savoir être adopté à la majorité par les Albertains qui prendront la peine de voter, puis pour s'enliser dans l'opposition des autres provinces et les complexités de la formule d'amendement de la Constitution canadienne. Cela fera avancer le programme séparatiste du Parti conservateur uni.
En attendant, en pointant du doigt la chute des prix du pétrole et les politiciens libéraux comme responsables de la hausse des coûts et de la réduction des dépenses en Alberta, son intervention télévisée d'hier soir a également été l'occasion de réduire les attentes concernant le budget provincial de jeudi prochain.
Comme l'a fait remarquer hier Keith Brownsey, professeur de sciences politiques à la retraite de l'université Mount Royal, après la diffusion de la vidéo, « nous avons ici une première ministre qui reproche aux immigrants l'incapacité de son gouvernement à maintenir les services de santé, d'éducation et autres services sociaux. Elle a oublié de mentionner que la plupart des « immigrants » en Alberta viennent d'autres régions du Canada. »
« Je peux vous garantir qu'il n'y aura pas de changements constitutionnels », a ajouté M. Brownsey. « Elle semble préparer la province à un vote sur l'indépendance. »
Mme Smith a reconnu que toutes les idées de référendum provenaient des tournées de promotion de la politique « Alberta Next » de son gouvernement, dirigées et remplies de partisans, mais elle a présenté cela comme une bonne chose.
Tout au long de cette discussion au coin du feu, elle a attribué la plupart des problèmes de la province aux prix du pétrole inférieurs aux prévisions, aux immigrants et à Justin Trudeau, sans nécessairement respecter cet ordre. L'accent mis sur l'immigration était largement attendu, en partie grâce à quelques publications intempestives sur les réseaux sociaux de certains de ses conseillers au cours des heures précédentes.
Mme Smith a désigné les politiques d'immigration de l'ère Trudeau comme la cause du manque de places dans les salles de classe pour les enfants des nouveaux Albertains. Peu importe que son gouvernement UCP n'ait pas su planifier la croissance que tout le monde savait depuis des années qu'elle allait arriver, ni la financer.
Et si elle a à peine mentionné le manque de capacité des hôpitaux de l'Alberta, qui les a plongés dans le chaos ces derniers mois, elle a passé sous silence le fait que cela fait plus de 40 ans qu'aucun nouvel hôpital n'a été construit à Edmonton, alors que la population de la capitale de l'Alberta a plus que doublé. Il aurait été difficile de nier que Trudeau a été premier ministre pendant moins d'un quart de cette période.
Naturellement, Mme Smith n'a pas non plus mentionné les millions de dollars que son gouvernement a gaspillés dans des projets idéologiques et des manœuvres politiques visant à s'approprier les libéraux à Ottawa, comme les 70 millions de dollars dépensés pour acheter du « Tylenot » pour enfants, pratiquement inutilisable, lors d'une brève pénurie nationale d'acétaminophène en 2022.Le Globe and Mail a rapporté hierque l'Alberta venait de dépenser 718 000 dollars supplémentaires pour détruire ce qui restait.
Smith n'a pas non plus mentionné son appel, il y a moins de deux ans, à doubler la population de l'Alberta pour atteindre 10 millions d'habitants, afin de mieux faire valoir notre poids au sein de la Confédération. Ni les campagnes publicitaires réussies de l'UCP appelant les résidents de l'Ontario et de la Colombie-Britannique à s'installer ici. Cela a attiré l'attention de la base MAGA très influente de son propre parti et, à l'été 2024, elle avait rejoint le mouvement anti-immigration.
Son rêve de voir Red Deer, une ville de 100 000 habitants surtout connue comme une halte pour prendre un café et faire le plein d'essence à mi-chemin entre les centres urbains de Calgary et d'Edmonton, atteindre bientôt le million d'habitants devra donc être mis en veilleuse pour longtemps.
« On ne peut plus demander aux contribuables de l'Alberta de continuer à subventionner l'ensemble du pays par le biais de la péréquation et des transferts fédéraux, de permettre au gouvernement fédéral d'inonder nos frontières de nouveaux arrivants et d'accorder ensuite un accès gratuit à nos programmes sociaux, les plus généreux du pays, à toute personne qui s'installe ici », s'est plainte Mme Smith, exploitant la méconnaissance populaire soigneusement entretenue par son gouvernement sur le fonctionnement des transferts fédéraux.
Il s'avère que la croissance démographique qu'elle réclamait il y a peu est « financièrement ruineuse et nuit à la qualité de nos soins de santé, de notre éducation et d'autres services sociaux ». Vous savez, comme les soins de santé publics, que son gouvernement s'efforce de démanteler.
De manière hilarante, la première ministre a assuré à ses auditeurs que malgré la baisse des prix du pétrole et le coût de tous ces immigrants, « les augmentations salariales approuvées pour nos médecins, infirmières et enseignants resteront en vigueur afin que nous puissions continuer à attirer les professionnels qualifiés nécessaires pour rattraper notre retard en matière de croissance ».
C'est bon à savoir. Je me demande qui lui a dit que, contrairement aux États-Unis qu'elle admire tant, même les gouvernements de ce pays doivent respecter les contrats légaux et l'état de droit ? Pouvez-vous imaginer ce qui se serait passé si l'UCP avait tenté de revenir sur les salaires qui venaient d'être négociés avec les professionnels de santé qualifiés ? Cela n'aurait pas été joli.
Voici donc les questions du référendum prévu par Mme Smith, dans ses propres mots :
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta renforce son contrôle sur l'immigration afin de la ramener à des niveaux plus durables, en donnant la priorité à l'immigration économique et en garantissant aux Albertains la priorité pour les nouvelles opportunités d'emploi ?
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi stipulant que seuls les citoyens canadiens, les résidents permanents et les personnes ayant un statut d'immigration approuvé par l'Alberta pourront bénéficier des programmes financés par la province, tels que la santé, l'éducation et d'autres services sociaux ?
- En supposant que tous les citoyens et résidents permanents continuent à bénéficier des programmes d'aide sociale, comme c'est le cas actuellement, êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi exigeant que toutes les personnes ayant un statut d'immigration légal non permanent résident en Alberta depuis au moins 12 mois avant de pouvoir bénéficier des programmes d'aide sociale financés par la province ?
- En supposant que tous les citoyens et résidents permanents continuent d'avoir droit aux soins de santé et à l'éducation publics comme c'est le cas actuellement, êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta impose des frais ou des primes raisonnables aux personnes ayant un statut d'immigration non permanent qui vivent en Alberta pour leur utilisation et celle de leur famille des systèmes de santé et d'éducation ?
- Êtes-vous favorable à ce que le gouvernement de l'Alberta adopte une loi exigeant que les personnes fournissent une preuve de citoyenneté, telle qu'un passeport, un certificat de naissance ou une carte de citoyenneté, pour pouvoir voter aux élections provinciales afin de renforcer la position constitutionnelle et fiscale de l'Alberta au sein d'un Canada uni ?
Il va sans dire que, pour la plupart, ces mesures n'ont guère de sens lorsqu'on les examine de près. Il s'agit pour la plupart de mauvaises politiques qui ne permettraient pas de réaliser des économies et qui, dans certains cas, violeraient la Constitution actuelle. En outre, elles seraient mesquines et souvent cruelles. Le dernier point est une solution à la recherche d'un problème, même si les fantasmes des partisans de MAGA y croient fermement.
En outre, le gouvernement demandera l'autorisation de travailler avec « d'autres provinces volontaires » pour modifier la Constitution canadienne de quatre manières, a déclaré M. Smith. On ne sait pas très bien s'il s'agit d'une seule question référendaire avec quatre points ou de quatre référendums.
- Les gouvernements provinciaux, et non le gouvernement fédéral, devraient-ils sélectionner les juges nommés à la Cour du Banc du Roi et aux cours d'appel provinciales ?
- Abolir le Sénat fédéral non élu.
- Permettre aux provinces de se retirer des programmes fédéraux qui empiètent sur leurs compétences, telles que la santé, l'éducation et les services sociaux, sans perdre le financement fédéral associé à ces programmes pour leurs propres programmes sociaux provinciaux.
- Mieux protéger les droits des provinces contre l'ingérence fédérale en donnant la priorité aux lois provinciales traitant de domaines de compétence constitutionnels provinciaux ou partagés sur les lois fédérales en cas de conflit entre elles.
Toutes ces idées risquent d'être immédiatement rejetées par les autres provinces. Ce qui, comme indiqué précédemment, est probablement le but recherché.
L'opposition néo-démocrate a bêtement décidé d'attendre ce matin, après que l'actualité ait évolué, pour réagir. Cela correspond au souhait du chef Naheed Nenshi de faire de la politique en phrases complètes. Cela ne montre toutefois pas une grande compréhension de la manière dont le discours politique se déroule à notre époque. Je suis sûr que l'UCP s'en est réjoui.
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Le nouveau pays dont rêve la minorité séparatiste de l’Alberta ne serait jamais une véritable démocratie.
Une hypothèse non avouée est très certainement partagée par les futurs dirigeants d'une Alberta « libre » : le nouveau pays qu'ils espèrent créer ne pourrait pas fonctionner comme une démocratie.
En effet, du point de vue des nombreux aspirants pères de la déconfédération (et de celui de la première ministre Danielle Smith, parmi le nombre extrêmement réduit de leurs homologues maternels), le nouveau pays ne doit pas être véritablement démocratique.
17 février 2026 | tiré de Rabble.ca |Photo : Les séparatistes albertains lors de leur grand rassemblement du 25 octobre 2025 – ne blâmez pas les chevaux pour le message grossier inscrit sur les drapeaux ! Crédit : David J. Climenhaga
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/the-new-country-albertas-separatist-minority-is-dreaming-of-would-never-be-a-real-democracy/
Comment pourrait-il en être autrement ? Comme tous les idéologues utopistes, la frange séparatiste américanisée qui contrôle désormais le Parti conservateur uni (UCP) de l'Alberta et domine tous les sous-groupes séparatistes de la province ne reconnaît pas, ne reconnaîtra pas et ne peut véritablement pas reconnaître ou accepter la légitimité des nombreuses philosophies politiques qui sont présentes, et souvent prédominantes, dans toute démocratie saine.
À l'instar des croyants de la seule véritable Église de votre choix, toutes les preuves disponibles indiquent que les partisans du séparatisme albertain partagent universellement le même dogme dystopique associé au mouvement « Make America Great Again » au sud de la plus longue frontière non défendue au monde. Toute opinion divergente est donc considérée comme nulle et non avenue, et quiconque la défend n'a aucun droit au pouvoir, quel que soit le nombre de voix qu'il peut obtenir.
Alors, comment un État peut-il avoir une démocratie qui fonctionne lorsque tous les courants de pensée politique en dehors du culte MAGA doivent être proscrits pour que l'idéologie officielle dominante reste au pouvoir ?
Au sud de la frontière canado-américaine, tout ce qui n'est pas MAGA n'a aucune légitimité politique aux yeux de l'administration Trump. Cela ressort clairement de son comportement. C'est ce qui motive l'invasion du Minnesota par l'ICE, le mépris affiché par les responsables de l'administration à l'égard du Congrès et les menaces de prison et de mort proférées par le président Donald Trump à l'encontre des politiciens démocrates qui s'opposent à ses politiques anticonstitutionnelles.
C'est cette même administration avec laquelle le trio non élu des fanatiques de l'Alberta Prosperity Project (APP) prétend désormais négocier le retrait de l'Alberta de la Confédération, contre la volonté de la grande majorité des Albertains. On peut supposer qu'ils vantent à leurs contacts anonymes à Washington l'accès facile à tout le pétrole, l'eau et les terres rares que le président Trump pourrait désirer.
Cette même administration qui complote pour purgerplus de 20 millions de citoyens américains, dont des millions de femmes mariées qui ont adopté le nom de famille de leur mari, des listes électorales des États en vue de voler les élections législatives de mi-mandat de novembre.
De toute évidence, la démocratie et l'État de droit ne sont pas très respectés dans les cercles MAGA de part et d'autre du 49e parallèle.
En Alberta, comme nous l'avons déjà vu avec l'opposition au gouvernement modéré de la première ministre Rachel Notley de 2015 à 2019, la droite MAGA naissante a avancé de manière stupide que le NPD n'avait pas le droit de mettre en œuvre ses propres promesses électorales.
Le porte-parole du Wildrose Party en matière de finances, Derek Fildebrandt, a déclaré en 2015 que le NPD avait « trompé les électeurs en leur faisant croire qu'il ne pencherait que légèrement à gauche ». (En fin de compte, c'est exactement ce qu'a fait le NPD. Il s'est orienté très légèrement à gauche.)
Fildebrandt publie désormais un site d'information en ligne que l'APP décrit comme un affilié. « Alors que l'APP construit le mouvement sur le terrain, le Western Standard fournit le journalisme percutant qui l'alimente », déclare l'APP sur son site web. Le Western Standard se décrit comme « une source indépendante d'informations et de commentaires » qui « se bat pour un Ouest canadien fort et libre ».
En 2016, le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada, Chris Alexander, a mené une manifestation contre la taxe carbone du NPD en scandant « enfermez-la », la cible étant Notley et son « crime » d'avoir tenté de faire quelque chose contre le changement climatique. Et lorsque l'UCP, dirigé par Jason Kenney, a pris le pouvoir en 2019, promettant un « été d'abrogation », il s'est mis en tête d'abroger toutes les lois du NPD, bonnes ou mauvaises, imitant ainsi les efforts de M. Trump pour effacer l'héritage législatif de Barack Obama.
Tout cela s'est passé bien avant que le mouvement MAGA n'atteigne son niveau actuel de dérangement au sud de la Medicine Line et n'étende ses tentacules jusqu'en Alberta.
Aujourd'hui, en Alberta, la minorité qui souhaite que l'Alberta se sépare du Canada considère que les conservateurs progressistes, les conservateurs sociaux-libéraux et autres déviationnistes de droite n'ont pas plus le droit d'accéder au pouvoir que les néo-démocrates, les vieux démocrates, les simples démocrates ou, Dieu nous en préserve, les sociaux-démocrates !
Du point de vue du MAGA – et la cause séparatiste de l'Alberta est au cœur du MAGA –, aucun des camps politiques dans lesquels la majorité des Albertains se sentiraient à l'aise n'a sa place dans le nirvana idéologique qu'ils entendent construire. (De la même manière, ils ont été furieuxlorsqu'un sondeur a suggéréqu'un grand nombre d'Albertains quitteraient la province si leur projet aboutissait).
Pourquoi pensez-vous que les APP Traitor Tots affirment qu'une Alberta indépendante aurait immédiatement besoin d'une armée ?
Elle n'est pas nécessaire pour se défendre contre le Canada. Le Canada, peut-être imprudemment, s'est engagé dans un processus constitutionnel selon lequel toute province peut se séparer à condition qu'un référendum manifestement équitable soit organisé, que le résultat soit décisif et que les négociations qui s'ensuivent avec le reste du pays aboutissent à un accord sur le partage des actifs et des passifs.
Bien sûr, l'objectif avoué de nombreux séparatistes est de proclamer unilatéralement l'indépendance malgré la volonté de la plupart des Albertains et d'ignorer la constitution et l'état de droit avec le soutien de l'administration Trump. En effet, c'est la seule façon pour eux de réussir.
L'objectif de cette armée albertaine doit donc être de défendre le nouveau gouvernement contre les Albertains.
Pouvez-vous imaginer ce qui se passerait si, lors des premières élections après une déclaration unilatérale d'indépendance, les Albertains élisaient le NPD ? Ou un parti conservateur progressiste ?
Ou tout autre gouvernement engagé à demander la réadmission au Canada ? Eh bien, ces camps de travail et ces centres de déportation ne vont pas se surveiller eux-mêmes, n'est-ce pas ?
Écoutez, si les dirigeants de l'APP avaient un tant soit peu de respect pour la démocratie ou l'État de droit, ils n'auraient jamais franchi la frontière pour tenter de négocier la séparation de notre pays et obtenir un prêt pour financer leur prise de pouvoir.
Ce seul fait nous permet de savoir à quel point une démocratie fonctionnelle serait probable en Alberta après la séparation. Et cela sans tenir compte de leurs fréquentations aux États-Unis !
Donc, si vous soutenez la séparation de l'Alberta, vous avez le droit légal de le faire. Mais s'il vous plaît, n'essayez pas de persuader qui que ce soit que ce serait une démocratie !
Quelques commentaires positifs sur le Canada
Lorsque les séparatistes se sont effondrés à la suggestion d'un sondeur selon laquelle un pourcentage important d'Albertains quitteraient Dodge s'ils réussissaient, leurs robots en ligne n'ont cessé de se plaindre que personne ne présentait d'arguments positifs en faveur du Canada. C'était bien sûr une absurdité, comme beaucoup de propagande séparatiste. Mais le jour de la Saint-Valentin, en réponse à cette plainte, Lisa Young, politologue à [l'université de Calgary, et Duane Bratt, politologue à l'université Mount Royal, ont publié des commentaires en faveur du Canada-
>https://lisayoung.substack.com/p/sorry-not-that]. Le Dr Young a également ajouté un lien vers l'excellent article de la sénatrice Paula Simons, intitulé « The Case for Sticking Around » (Les raisons de rester). Ce sont tous d'excellents articles qui méritent d'être lus.
Cependant, une positivité joyeuse ne suffit pas lorsque les personnes avec lesquelles vous êtes en désaccord ont renoncé à la logique, aux faits et à la pensée critique et ont délibérément adopté la stupidité, la corruption, la malhonnêteté et, dans certains cas, la trahison pure et simple.
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Sans-papiers et étudiant·es, même combat : un statut permanent pour tous et toutes
Tiohtià:ke/Montréal, le 21 février 2026 – Des personnes sans-papiers, des étudiant·es étranger·ères, des refugié·es et leurs allié·es se rassemblent *ce samedi le 21 février à 14h devant le bureau du MIFI à Montréal, situé au 1200 boulevard Saint-Laurent*, pour faire front uni contre les nombreuses politiques anti-migrantes au Québec. Le rassemblement exige un statut permanent pour toutes les personnes sans-papiers et à statut précaire, ainsi que le retrait de l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États Unis.
« Depuis des années, le Québec est gouverné par un populisme dangereux qui accuse les personnes migrantes de tous les maux sociaux. Ce populisme détourne l'attention du véritable problème : le fossé grandissant entre les classes populaires et une élite toujours plus riche et puissante, non seulement au Québec, mais partout au monde. » a dit Molly Connolly, une porte-parole pour Solidarité sans frontières.
« Le populisme de la CAQ se traduit par des politiques xénophobes aux conséquences dévastatrices pour la vie des immigrant·es au Canada et aux États-Unis. C'est la pression des élites du Québec qui a mené le gouvernement fédéral à fermer le chemin Roxham aux réfugié·es, qui sont désormais coincé·es aux États-Unis. Les personnes sans-papiers qui tentent de régulariser leur statut se trouvent dans une impasse à cause des délais interminables du CSQ. Les familles restent séparées à cause de la suspension du programme de parrainage familial. Les coupes dans les programmes sociaux pour les familles réfugiées, dans le contexte des délais ou refus de permis de travail au niveau fédéral, aggravent leur insécurité alimentaire et de logement. La fin des projets-pilotes pour les travailleurs étrangers temporaires, ainsi que la fin du PEQ, ferment la porte à un statut permanent pour beaucoup de personnes déjà installées » a expliqué Connolly. « Ces politiques plongent les migrant·es de la classe populaire et racisé·s dans des situations d'exploitation et de précarité encore plus désespérées dans les champs, les usines et les hôpitaux du Québec. » elle a continué.
« Au lieu d'abandonner le PEQ, le Québec devrait l'élargir pour inclure toutes les personne sans-papiers et à statut précaire au Québec » martèle Farid, un militant sans-papiers avec Solidarité sans frontières. « Voulez-vous de l'expérience québécoise ? Nous, les migrant·es sans-papiers et à statut précaire, possédons une expérience que la plupart des Québécois·es ne peuvent pas même imaginer - dans vos usines, vos champs, vos hôpitaux et CHSLD. La question qui s'impose est : pourquoi notre expérience ne compte-t-elle pas ? »
« Nous rejetons fermement le discours du « bon immigrant » qui oblige les migrant·es à prouver notre valeur. Nous nous unissons au-delà des différentes catégories dans lesquelles les gouvernements nous placent pour dénoncer le populisme déshumanisant et xénophobe du gouvernement de Québec. Tout le monde mérite la dignité, non pas en raison de ses compétences, mais parce que nous sommes des êtres humains avant tout. » a ajouté Connolly.
*Source * :
Solidarité sans frontières (SSF)
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Propulsé par les médias sociaux, le masculinisme sort de l’ombre et trouve un écho dans la sphère publique
En dix ans, le masculinisme est passé de la marge à la visibilité. Ses discours, amplifiés par les réseaux sociaux, façonnent désormais une partie de l'espace public. Léa Clermont-Dion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Tiré de La Conversation
19 février 2026
Par Léa Clermont-Dion
L'autrice est professeure associée en éducation spécialisée en études féministes, Université Concordia.
« Cette liste des femmes à abattre est celle de Marc Lépine vue du ciel. » Cette phrase me revient parfois en boucle. Elle date d'il y a dix ans.
Cette assertion n'a rien de banal. Elle provient d'un homme aux affinités idéologiques proches du mouvement incel — les « célibataires involontaires » — appartenant à la grande mouvance masculiniste. Cet individu s'était cru légitime de la prononcer lorsque la romancière Marie-Hélène Poitras et moi avions publié Les Superbes : une enquête sur le succès et les femmes. Le plaidoyer avait le mérite d'être clair : celles que nous avions interviewées dans ce livre méritaient d'être éliminées.
La haine exprimée par cet homme sur le réseau social Twitter (aujourd'hui X) avait mené à une enquête de la Sûreté du Québec, classée sans suite. Ce commentaire annonçait déjà un environnement en ligne hostile.
Comme chercheuse à l'Université Concordia, j'étudie avec mon équipe les cyberviolences fondées sur le genre et la manosphère — cette constellation de forums, de groupes et d'influenceurs unit par une idéologie masculiniste et participant à l'orchestration d'attaques coordonnées sur les réseaux sociaux.
À lire aussi : « Elle l'a bien cherché » : que disent les incels de la série Adolescence ?
Prolifération des discours masculinistes
Une décennie plus tard, ce commentaire se noierait presque dans la masse des propos masculinistes que nous observons aujourd'hui en ligne tellement ils affluent. Le masculinisme est aussi un vecteur de cyberviolences faites aux femmes tel que démontré par le dernier rapport du Haut Comité sur l'égalité, en France. Doit-on rappeler que, selon une étude majeure publiée par The Economist Intelligence Unit, 85 % des femmes ont vécu de telles violences ?
Depuis la première apparition en ligne de ce type de propos, le masculinisme s'est popularisé. Par exemple, depuis 2016, Andrew Tate est devenu une figure de proue de ce mouvement. Ses vidéos ont été vues plus de 11,4 milliards de fois sur sa page TikTok, notamment par des jeunes de la génération Z. Parmi ses nombreuses déclarations incendiaires, Tate a notamment suggéréde retirer le droit de vote aux femmes parce qu'elles avaient voté en majorité pour Kamala Harris lors de la présidentielle américaine de 2024.
Si ce phénomène est largement répandu, il demeure mal compris. Pour plusieurs, le masculinisme est l'équivalant du féminisme. Il constitue plutôt un contre-mouvement politique qui s'oppose aux avancées des droits des femmes, comme le définissent les chercheurs de l'UQAM Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, invoquant ce qu'il qualifie de « crise de la masculinité ».
Cette « crise » est analysée par les adeptes de ce mouvement comme un recul des rôles masculins traditionnels dans la société. Les hommes y seraient relégués à des positions subalternes, piétinés par les femmes qui occupent une plus grande place dans les sphères de pouvoir et de l'économie. Ce discours victimaire forme le socle idéologique du masculinisme, qui revendique une réappropriation des privilèges et du pouvoir que les hommes auraient, selon ses partisans, perdu au profit des femmes.
À lire aussi : Il faut qu'on parle de la manière dont on parle des incels
Plusieurs adeptes du masculinisme usent de cyberviolences sexistes et racistes pour faire entendre leur voix. Cette violence en ligne a été largement documentée, notamment dans Je vous salue salope (2022), le film que j'ai cosigné avec Guylaine Maroist.
L'élection de Trump, un tournant
Que s'est-il passé depuis dix ans ?
D'abord, l'élection de Donald Trump en 2016 a marqué un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, la principale puissance mondiale s'est retrouvée dirigée par une figure politique qui banalise l'insulte, la désinformation et des propos ouvertement racistes et sexistes. Le fait qu'une telle figure d'autorité puisse tenir ce type de discours a contribué à légitimer certaines formes de haine, en particulier à l'égard des femmes.
Au cours de son mandat, l'invalidation de Roe v. Wade a aussi constitué un recul majeur des droits reproductifs en retirant la protection constitutionnelle du droit à l'avortement. Plus largement, Trump a cristallisé un moment de fragilisation des droits des femmes. Depuis sa réélection en 2024, plusieurs observateurs s'inquiètent d'une dégradation du climat démocratique américain, notamment à la lumière de politiques migratoires répressives et de la montée d'une rhétorique autoritaire.
Dans ma lecture, le mouvement MAGA s'inscrit dans une dynamique masculiniste, une thèse avancée par l'historien Olivier Bourtin. On y retrouve plusieurs traits typiques de ces discours : un appel au rétablissement d'un ordre traditionnel entre les sexes ; la valorisation de la virilité, de la force et de la domination masculine ; une certaine légitimation de la violence symbolique ou réelle ; et enfin une rhétorique nataliste qui renforce l'assignation des femmes à leur rôle reproductif.
Pourtant, plusieurs cherchent encore à faire croire que le masculinisme serait marginal, réduit à des prises de position individuelles. Cette analyse est contestée par plusieurs chercheurs, dont le politologue Tristan Boursier, chercheur à l'UQO. J'estime que le masculinisme constitue un véritable contre-mouvement politique, dont les discours trouvent désormais un écho croissant jusque dans la sphère publique et politique.
Des femmes brandissent des rubans blancs lors d'une manifestation
Manifestation contre la violence faite aux femmes devant le palais de justice, à l'occasion du 22ᵉ anniversaire du massacre de l'École Polytechnique, le mardi 6 décembre 2011 à Montréal. Quatorze étudiantes ont été abattues par Marc Lépine. La Presse canadienne/Ryan Remiorz
Évolution des plates-formes numériques
Le contexte depuis dix ans s'est aussi transformé par le changement de réglementation des grandes plates-formes numériques. Depuis 2022, des réformes ont été menées sur les plates-formes comme X appartenant à Elon Musk ou celle de Meta détenue par Mark Zuckerberg. Au nom de la liberté d'expression, souvent mal interprétée par les « broligarches » de la Silicon Valley, qui ne cachent plus leur orientation libertarienne, on a affaibli sur ces plates-formes la modération humaine, réhabilité des comptes bannis et affaibli la vérification des faits (fact-checking).
À lire aussi : ‘ Adolescence ' est une critique poignante de la masculinité toxique chez les jeunes
Cet effritement de l'encadrement a favorisé la profusion de désinformation et la prolifération de propos haineux impunis. La violence masculiniste s'en est ainsi trouvée légitimée, autorisée et popularisée.
Ce n'est pas par hasard que le Haut Comité sur l'égalité en France a tiré la sonnette d'alarme en affirmant dans son dernier rapport que la menace masculiniste était la plus importante à surveiller au pays en matière d'égalité. Des influenceurs comme Andrew Tate comptent aujourd'hui des millions d'abonnés ; ses contenus sont jugés positivement par 23 % des garçons de 15-16 ans et 56 % des jeunes pères (25-34 ans) au Royaume-Uni. Plus de 60 % des vidéos recommandées sur YouTube Shorts et 35 % sur TikTok contiennent des propos toxiques après quelques interactions avec du contenu masculiniste.
D'autre part, une étude menée auprès d'élèves de plusieurs écoles secondaires à Montréalmontre que 34 % des jeunes adhèrent aux discours masculinistes.
Encadrer la haine
Le contexte est préoccupant et mérite d'être urgemment pris en compte par le gouvernement canadien. En 2023, nous déposions à la Chambre des communes, avec Guylaine Maroist, une pétition de 30 000 signatures réclamant une loi contre les contenus haineux en ligne. Elle est restée sans suite.
Depuis, les débats sur l'encadrement des plates-formes numériques polarisent Ottawa. Le projet de loi C-63 sur les préjudices en ligne, déposé en février 2024, vise à contraindre les plates-formes à limiter les contenus nocifs et à créer une Commission de la sécurité numérique dotée de pouvoirs de sanction. Un comité spécial sur l'antiféminisme, auquel j'ai participé, s'est également tenu en décembre dernier à la Chambre des communes.
Quoiqu'il en soit, le masculinisme doit être considéré pour ce qu'il est : non pas une simple opinion parmi d'autres, mais une idéologie politique qui fragilise notre démocratie, les droits des femmes et réifient les cyberviolences.
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Projet minier Matawinie : un nouveau rapport révèle des impacts sur l’eau de l’exploration pour un minerai « stratégique » dans Lanaudière
Saint-Michel-des-Saints, Montréal, le 27 mai 2025 – Des groupes citoyens et écologistes publient aujourd'hui un important rapport sur les impacts des activités d'exploration minière de la compagnie Nouveau Monde Graphite (NMG) en Matawinie. À la suite d'une campagne indépendante d'échantillonnage citoyen, le rapport identifie de nombreux cas de concentrations en métaux lourds dans les cours d'eau qui dépassent des critères de protection de l'environnement, vraisemblablement attribuables aux activités d'exploration. Le rapport dénonce également des erreurs méthodologiques préoccupantes dans les évaluations environnementales réalisées par NGM. Les organismes demandent au gouvernement provincial de revoir radicalement l'encadrement de l'exploration minière au Québec.
Une mobilisation citoyenne face aux minières
Préoccupés par les impacts de ces activités sur leur environnement et constatant l'absence totale du ministère de l'Environnement en termes de surveillance environnementale des activités d'exploration, des résidents de Saint-Michel-des-Saints, dont plusieurs sont sympathisants de la Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie (COPH), se sont mobilisés pour effectuer une importante campagne d'échantillonnage des cours d'eau bordant le site exploré par la minière. Ces données ont ensuite été traitées par un laboratoire accrédité.
Ces démarches et la rédaction du rapport publié aujourd'hui ont été soutenues par Eau Secours, la Société pour vaincre la pollution (SVP), la Coalition Québec Meilleure Mine (QMM) et MiningWatch Canada.
Des conclusions préoccupantes
Les conclusions du rapport soulèvent notamment deux enjeux préoccupants. Tout d'abord, les évaluations environnementales de NMG présentent des failles méthodologiques préoccupantes au niveau de la caractérisation initiale du milieu. Ce que la compagnie décrit comme un « état initial » des cours d'eau semble plutôt être un état évalué après que ces cours d'eau aient été détériorés par certaines des activités d'exploration de la minière. Ceci engendre donc des risques que l'encadrement environnemental qui en découle s'en trouve faussé.
De plus, des indices clairs pointent dans la direction d'apports en métaux lourds et en soufre dans les cours d'eau bordant le site minier. Les échantillons présentent notamment une concentration inquiétante en cadmium de 0,69 mg/kg dans les sédiments d'un cours d'eau situé juste à proximité des zones forées, alors qu'aucune concentration en cadmium n'a été détectée dans les sédiments de la station de référence. Les ministères de l'Environnement provincial et fédéral estiment pourtant que dès 0,60 mg/kg, des effets néfastes sur la vie aquatique sont attendus.
Face au manque de rigueur et aux risques de détérioration des cours d'eau, les groupes s'inquiètent de la capacité de NMG à développer un projet minier respectueux de l'environnement, d'autant que les impacts attendus lors de la phase d'exploitation d'une mine éventuelle seraient sans commune mesure avec ce qui a été réalisé jusqu'ici.
Un resserrement de la surveillance environnementale nécessaire
S'appuyant sur les constats dressés dans le rapport, les groupes demandent à NMG de prendre acte des cas de détérioration des milieux hydriques identifiés et de mettre en place des mesures véritablement efficaces de contrôle de la pollution que génèrent ses activités. Il est également essentiel que la compagnie corrige ses erreurs méthodologiques identifiées dans le rapport.
À l'heure actuelle, les activités d'exploration échappent complètement aux processus d'évaluation environnementale et, sauf exception, aucune surveillance gouvernementale n'est prévue pour valider l'application de bonnes pratiques par les minières. Celles-ci bénéficient plutôt d'un régime d'auto-régulation qui leur est dangereusement favorable. Les organismes demandent donc au gouvernement provincial de revoir radicalement l'encadrement de l'exploration minière, en assujettissant tous travaux d'exploration minière à des consultations et des évaluations environnementales préalables.
Citations
« Il n'existe pratiquement rien qui documente les impacts observés de l'exploration minière sur les écosystèmes du Québec. Ce rapport est donc unique en son genre, puisqu'il contribue à créer de la littérature sur un sujet sous-évalué et dont les impacts multiples sont largement sous-estimés. » – Daniel Green, Société pour Vaincre la Pollution
« Il n'est pas normal que les citoyen·ne·s doivent prendre le rôle de chien de garde environnemental des minières. Cela témoigne de déficiences inquiétantes au niveau des capacités ou de la volonté du ministère de l'Environnement à jouer son rôle de gardien du territoire. » – Paul Comeau, Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie
« À l'ère où le gouvernement provincial met les gaz à fond dans son « virage vert », la mobilisation citoyenne et écologiste démontre une fois de plus les dérapages d'un projet minier de la « filière batterie ». Sommes-nous donc à nouveau devant un énième projet soutenu davantage par la foi aveugle de notre gouvernement que par des garanties réelles, notamment en matière de protection de l'eau et des milieux naturels ? » – Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers, Eau Secours
« Une chose est sûre : les minéraux critiques et stratégiques n'ont rien de vert. Au lieu de chercher à « alléger le fardeau administratif », le gouvernement devrait renforcer la surveillance des activités minières et sanctionner les contrevenants. Encore plus pour cette filière où des centaines de millions de dollars des contribuables sont en jeu. » – Rodrigue Turgeon, avocat, coresponsable du programme national de MiningWatch Canada et co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine
Bref historique et éléments de contexte du projet
Nouveau Monde Graphite Inc. (NMG) projette l'exploitation d'un gisement de graphite à Saint-Michel-des-Saints dans la région de Lanaudière. L'exploitation du gisement devrait produire annuellement 100 000 tonnes de concentré de graphite, sur une durée de 26 ans.
De 2013 à 2019, NMG a mené de vastes campagnes d'exploration minière. La compagnie minière travaille à y développer ce qui pourrait devenir la plus grosse mine à ciel ouvert de graphite en Amérique du Nord. À ce stade, le projet n'est pas soumis à une évaluation environnementale du gouvernement. En 2020, alors que le projet est soumis aux évaluations du BAPE, Nouveau Monde Graphite réalise une étude d'impact comportant des erreurs méthodologiques préoccupantes.
Le rapport a été envoyé ce matin à la compagnie, au ministère de l'environnement et aux principaux investisseurs du projet minier – Panasonic, General Motors et Investissement Québec. Une présentation du rapport a été donnée à la municipalité de Saint-Michel-des-Saints hier et une invitation a été lancée à la communauté Atikamekw de Manawan.

54 000 000$ pour protéger le boisé ? Vraiment ?
Vous avez peut-être déjà lu cet articlerapportant le discours de la Ville selon lequel 66% du boisé des Châtels sera conservé pour 54 millions de $. Il est nécessaire de déconstruire ce discours.
Bonjour,
Rappelons d'abord que la première mouture du PPU (Plan particulier d'urbanisme) comprenait 2km2. Le PPU adopté comprend 1 km2. 1 km2, c'est 100 hectares ou 1million de m2. Il prévoit principalement la construction industrielle sur des milieux humides et la "protection" de 20% du territoire. Les espaces naturels résiduels seront fragmentés, notamment, par la construction d'un boulevard sud-nord à 4 voies.
L'investissement de 54 millions de $ par la ville comprend :
Secteur est (PPU actuel)
11 millions de $ pour un bassin de rétention. C'est un ouvrage d'ingénierie, destiné à recevoir les trop-plein d'eau, sur lequel on a placé une surface gazonnée ;
18 millions de $ pour 12 hectares, représentant environ7 fois le prix de l'évaluation. Un certain nombre de ces hectares n'étaient pas constructibles de toute façon :
– ligne de transmission d'Hydro-Qc
– abords d'un ruisseau.
– Secteur ouest (non visé depuis le remplacement de l'ancien PPU par la nouvelle version)
25 millions de $. Cela équivaudrait à 17 hectares, si la ville achète à un prix comparable aux 12 hectares dont il est question plus haut.
Pour ce qui est des 15 millions de dollars que le promoteur accorderait à la conservation du côté ouest, vous comprendrez que ça ne couvrira pas non plus une grande surface... Et que la ville les lui a déjà payés. À noter que ce don écologique comportera des avantages fiscaux.
Surtout, la ville a le pouvoir de réglementer pour protéger plutôt que payer et devenir propriétaire, ce qui aurait dû améliorer sa position pour négocier les prix*. En effet, l'article 245 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme protège les villes contre les poursuites reliées à l'atteinte au droit de propriété si l'acte vise la protection de milieux humides ou hydriques (ruisseaux), d'un milieu qui a une valeur écologique importante ou pour assurer la santé ou la sécurité des personnes.
Finalement, lorsque la ville affirme qu'elle protège 66% du boisé des Châtels, elle inclut la partie ouest qui a été exclue du PPU grâce à une forte mobilisation populaire. Mais ce territoire n'a acquis aucun statut de protection. Par contre, des négociations ont lieu entre le promoteur, la Ville et des organismes de conservation.
Cependant, comme la Ville s'est déjà entendue pour payer chèrement des parcelles au promoteur, il sera alors plus coûteux, pour les organismes de conservation, d'acheter d'autres portions du boisé des Châtels.
Ça ne vous tente pas de transmettre cette information au plus grand nombre ?
En action pour protéger le plus longtemps possible, le plus possible...
Des travaux récents nous ont été signalés, ce qui nous a mené à vérifier auprès du 311 si un permis avait été émis par la Ville. Quelques jours plus tard, la réponse était "non", mais la machinerie avait disparu. Voici donc, afin de s'assurer que les travaux cesseront dans des milieux humides (voir la carte), la meilleure démarche à suivre si vous apercevez de la machinerie dans le boisé :
– Demander à l'employé de vous montrer le permis qui l'autorise à entreprendre les travaux ;
S'il refuse ou est dans l'impossibilité de vous le montrer :
– Signaler la situation auprès du 311 en mentionnant que vous voulez porter plainte pour travaux non autorisés au motif que "la situation nécessite une intervention immédiate étant donné qu'elle menace, affecte ou est sur le point de détériorer la qualité de l'environnement" ;
– Rapporter votre démarche auprès du ministère de l'environnement au numéro d'Urgence Environnement 1 866 694-5454, toujours en mentionnant que vous voulez porter plainte pour travaux non autorisés pour la raison indiquée au point précédent, à savoir que "la situation nécessite une intervention immédiate étant donné qu'elle menace, affecte ou est sur le point de détériorer la qualité de l'environnement".
Dans tous les cas, que vous soyez ou non en position de procéder aux points 1 et 2, nous faire part de la situation en donnant le plus de détails possible afin que nous puissions en faire le suivi.
À noter que, dans le cas du boisé des Châtels, un endroit défini comme étant un boisé n'exclut pas qu'il puisse aussi s'agir d'un milieu humide.
Conservez votre vigilance, passez à l'action et informez-nous pour qu'on puisse travailler en synergie. Merci !
Mille et unes raisons de sauvegarder : préserver la beauté, le silence, la fraicheur de la ville + descentaines d'autres !
( * ) Le 18 février 2026, les ventes et échanges de parcelles n'avaient pas été effectuées, sinon les changements de propriétaires auraient dû apparaître au Registre foncier. Cela signifie que les transactions n'ont pas été finalisées. Une piste d'intervention que vous pourriez explorer, surtout que les parcelles en question sont maintenant zonées "récréation" dans le PPU.
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Livre blanc citoyen sur l’éducation
Ce document est une version abrégée du livre blanc citoyen Pour une nouvelle « révolution tranquille » en éducation. Il contient les résumés de mise en contexte ainsi que les revendications et les orientations de la version complète. Les références apparaissent dans cette dernière et sont aussi disponibles dans la médiagraphie exhaustive des documents consultés, qui se trouve sur le site web de Debout pour l'école.
Comité de rédaction : Christine Favreau, Madeleine Ferland,
Maude Jodoin, Madeleine Patenaude, Danielle Séguin, Jean Trudelle
Révision linguistique : François Lépine
Design, illustrations et mise en page : Ariel Borremans
Mise en couleur : Chencheng Cai
Février 2026
Debout pour l'école : https://deboutpourlecole.org
Pour la version intégrale, cliquez sur l'icône ci-dessous :
Revendication 1 – Un réseau scolaire commun
Notre système scolaire est inéquitable. Il ne s'agit pas là d'un énoncé idéologique, car la réalité de ce qu'il est convenu d'appeler une « école à trois vitesses » est tellement documentée qu'il s'agit d'un fait avéré et qu'on peut parler de ségrégation scolaire. Les effets délétères de cette situation sont dramatiques, en particulier pour les jeunes qui peinent à établir un rapport positif avec l'école, mais aussi pour celles et ceux qui sont responsables de les éduquer.
La solution le plus souvent évoquée, dans la situation actuelle, est de cesser le financement public des écoles privées. L'association citoyenne École ensemble a étudié la question et propose une autre option dans un plan détaillé visant la création d'un réseau scolaire commun. Ce plan développe l'idée que les écoles privées qui le souhaitent deviennent des écoles privées conventionnées, c'est-à-dire entièrement financées par l'État, en conservant leur autonomie administrative et en gardant les accréditations syndicales actuelles, mais sans possibilité de sélectionner leurs élèves et d'exiger des droits de scolarité. Les écoles qui le voudraient resteraient entièrement privées.
Revendication 1 – Le réseau scolaire du Québec doit être commun et offrir à tous les élèves les mêmes conditions d'apprentissage de qualité. En conséquence, le gouvernement doit transformer, de manière graduelle, les écoles privées qui le voudront en écoles gratuites et non sélectives, publiques ou privées conventionnées, et cesser le financement des écoles qui choisiront de demeurer privées non conventionnées.
Revendication 2 – Une gouvernance scolaire plus démocratique
Depuis une décennie, le gouvernement du Québec a considérablement centralisé la gestion du système scolaire. Au fil de lois parfois adoptées sous le bâillon, il a notamment élargi les pouvoirs du ou de la ministre, tronqué les mandats de l'organisme indépendant qu'est le Conseil supérieur de l'éducation et toléré, voire encouragé une forme d'omerta au sein des personnels et des administrations du système d'éducation. Pendant ce temps se multiplient sur le terrain les signaux de l'existence d'entraves à une participation active des principaux intéressés aux décisions qui les concernent.
La gestion de l'éducation, si elle doit respecter les champs de compétence de l'ensemble des intervenantes et intervenants (parents, enseignantes et enseignants, personnels professionnels et de soutien, directions, cadres, ministère) doit cependant tendre vers la meilleure démocratie possible. L'éducation est une affaire citoyenne.
Revendication 2 – Pour que la gouvernance du système scolaire soit plus démocratique, il faut :
• réviser les prérogatives de chacun des paliers (national, régional et local) pour rapprocher les lieux de décision des endroits où elles doivent s'appliquer ;
• assurer une gestion participative, respectueuse des rôles et des res-ponsabilités de chacun, en lien avec tous les groupes concernés : personnels scolaires, parents, élèves, organismes communautaires, citoyennes et citoyens ;
• rétablir l'organisme indépendant qu'est le Conseil supérieur de l'édu-cation dans son mandat initial visant le suivi de l'état de l'ensemble de l'éducation au Québec, selon une vision globale et sous toutes ses facettes, dans le but d'éclairer les décideurs des politiques publiques en éducation ; • reconnaitre le droit à la liberté de parole publique du personnel scolaire et que les autorités concernées s'en portent garantes
Revendication 3 – Se donner les moyens d'une éducation de qualité
Les besoins en matière d'éducation augmentent et une société soucieuse de l'avenir de sa jeunesse doit donner à l'école les moyens d'y répondre. Il est inacceptable qu'on laisse se dégrader, depuis si longtemps, les conditions dans lesquelles l'école québécoise tente, du mieux qu'elle peut, de relever les défis actuels.
Les chantiers ne manquent pas. Le nombre d'élèves ayant des besoins particuliers a explosé. Les conditions d'exercice de tous les personnels qui œuvrent à l'école sont devenues difficiles, comme en témoignent les pénuries qui touchent plusieurs corps d'emplois, en particulier celui des enseignantes et enseignants. Les besoins en francisation augmentent, le secteur de l'éducation des adultes ne peut répondre à la demande. Cela sans compter l'état déplorable du parc immobilier des écoles québécoises.Quand l'une des missions fondamentales de l'État est compromise, ce dernier doit envisager des stratégies pour augmenter ses revenus et, peut-être, les répartir différemment. L'éducation au Québec doit être davantage financée : nos enfants méritent mieux.
Revendication 3 – Un gouvernement responsable doit trouver les moyens d'un réinvestissement majeur, nécessaire et urgent en éducation. Ce réinvestissement doit servir notamment à alléger les tâches de tous les personnels scolaires pour rendre plus attractif le travail à l'école, à créer un programme complet de réfection des lieux scolaires, à donner aux centres de services scolaires et aux écoles les moyens de soutenir adéquatement les élèves ayant des besoins particuliers, à combler les besoins en francisation, à augmenter les budgets à l'éducation des adultes pour répondre à la demande et à augmenter les mesures de soutien à la réussite de tous les élèves.
Revendication 4 – Des États généraux sur l'éducation
Parallèlement aux nombreux problèmes, maintes fois relevés, qui persistent dans notre système d'éducation, nous assistons à des bouleversements sociaux qui transforment les attentes à l'égard de l'école. Nous sommes confrontés à l'émergence de nouveaux enjeux, par exemple ceux que posent l'omniprésence du numérique ou l'environnement.
Nous avons besoin d'une discussion collective pour revisiter la mission de l'école, repenser ce que l'on attend d'elle, renouveler la synergie entre les différents acteurs du monde de l'éducation et, finalement, permettre l'adéquation des services scolaires avec les attentes sociales à l'égard de l'école. Tout cela commande une réflexion d'envergure sur notre système d'éducation afin de convenir des changements nécessaires pour que l'école québécoise retrouve le chemin de l'équité, qu'elle soit à la hauteur des défis actuels et que nous puissions en être fiers.
Cette réflexion devrait prendre la forme d'États généraux. Il appartient au gouvernement de mettre en place une formule organisationnelle permettant aux travaux d'être menés en toute indépendance ainsi que de s'engager à donner suite aux recommandations qui découleront d'un tel exercice.
Revendication 4 – Le gouvernement doit rapidement mettre en place un comité indépendant formé de personnes crédibles, expérimentées en éducation et dotées d'expériences variées, qui aurait pour mandat d'organiser des États généraux sur l'éducation tenant compte en particulier des enjeux soulevés dans l'espace public. Le gouvernement doit donner à ce comité les moyens nécessaires pour mener cette réflexion d'envergure et s'engager à donner suite aux recommandations qui en découleront.
Orientation 1 – Socialiser, une mission incontournable pour former les citoyennes et les citoyens du 21e siècle
L'école québécoise doit pouvoir répondre aux défis contemporains tels que la crise écologique, les inégalités sociales, la montée de l'intolérance, la désinformation et les bouleversements technologiques. C'est pourquoi elle doit réaffirmer l'importance de l'axe « socialiser » de sa mission, trop souvent éclipsé par l'obsession de la performance et de la qualification.
Il est aujourd'hui difficile de sous-estimer l'ampleur des défis auxquels l'école est confrontée en matière de socialisation. Parmi ceux-ci, trois sont incontournables : former des citoyens et citoyennes responsables capables de vivre ensemble, d'agir de façon écocitoyenne et d'exercer une citoyenneté numérique éclairée.
Pour l'UNESCO, l'éducation du 21e siècle doit former des apprenants et apprenantes capables de pensée critique et de créativité, avec des compétences de collaboration et de communication qui permettront de penser et d'affronter les problématiques complexes d'aujourd'hui et de demain. Elle doit reposer sur le respect du vivant, la dignité humaine, la justice sociale et notre responsabilité collective de bâtir un avenir viable.
En matière de socialisation, l'absence d'attentes claires à l'égard de l'école empêche de jauger la pertinence et l'ampleur des moyens mis à sa disposition pour s'acquitter de ce volet de sa mission. Il est urgent de clarifier et d'actualiser l'axe « socialiser » de la mission de l'école sur la base d'un consensus social, afin que cette dernière puisse relever les défis qui se présentent à elle.
Orientation 1 – L'école québécoise doit réaffirmer l'importance de l'axe « socialiser » de sa mission et mettre davantage l'accent sur les défis contemporains dans une perspective de vivre-ensemble. Pour y arriver, il faut notamment :
• accorder plus d'importance aux apprentissages liés à la socialisation dans l'ensemble de la formation en assurant, entre autres, un enseignement pertinent, suffisant et systématique des compétences et savoirs socioémotionnels et en les reliant aux compétences du 21e siècle, l'écocitoyenneté et la citoyenneté numérique ;
• mieux définir les attentes, les moyens et les pratiques scolaires souhaités en matière de socialisation et ajuster en conséquence les ressources dévolues aux écoles pour s'en acquitter ;
• donner aux équipes-écoles la latitude nécessaire pour se concerter, pour interagir avec les élèves et pour créer des espaces de parole et de délibération où les élèves peuvent exprimer leurs idées, débattre et prendre part aux décisions collectives ;
• réfléchir collectivement sur le rôle de l'école dans le développement d'une citoyenneté numérique et prévoir des ressources financières et humaines suffisantes pour accompagner le personnel scolaire dans ce domaine.
Orientation 2 – Faire de la maîtrise du français un objectif majeur à l'école
Instruire, c'est amener les élèves, par l'acquisition de connaissances et le développement de compétences, à apprendre à réfléchir, à raisonner, à se questionner. Mais, outre des savoirs et des habiletés spécifiques, l'école développe les instruments de la pensée dont, en premier lieu, une langue, sans laquelle la pensée ne peut se construire ni être communiquée.
Une maitrise suffisante de la langue est un des instruments de base pour tous les apprentissages et la socialisation. C'est aussi une condition nécessaire de l'accès à la culture et de la participation pleine et entière à la vie citoyenne.
Dès le préscolaire, la lecture est un facteur déterminant de la réussite scolaire. C'est pourquoi le développement des compétences en français, particulièrement en lecture, devrait faire l'objet d'interventions ciblées dès le début de la scolarisation. Il faudrait aussi reconnaitre et soutenir le développement des compétences langagières dans toutes les matières, par une approche intégrée et transversale faisant appel à la concertation interdisciplinaire.
La valorisation de la culture québécoise dans toute sa diversité serait également un atout majeur pour l'acquisition de la langue française, que ce soit par la présence accrue de la littérature à l'école ou par le contact avec le milieu artistique et journalistique.
Pour la population immigrante, la connaissance du français demeure la clé d'une intégration réussie. Des services de francisation suffisants et un soutien linguistique approprié doivent être rétablis. L'apprentissage du français doit cependant aussi passer par la reconnaissance et la valorisation de la diversité des langues des élèves.
Orientation 2 – L'école doit s'assurer d'une bonne maitrise de la langue française, indispensable à la réussite éducative de tous les élèves, en favorisant une diversité de moyens pour apprendre. Pour y arriver, il faut :
• privilégier l'intervention précoce en lecture dès le préscolaire et le premier cycle du primaire étant donné que la réussite en lecture est un facteur déterminant de la réussite scolaire ;
• favoriser le développement des compétences langagières — en lecture, en écriture et en communication orale — au moyen d'une approche intégrée et transversale, en les inscrivant dans des contextes variés et signifiants ;
• encourager une concertation interdisciplinaire des enseignantes et des enseignants tant pour l'enseignement que pour l'évaluation du français ;
• rendre la culture québécoise plus présente et plus accessible dans le cadre scolaire.
Orientation 3 – Ramener l'évaluation à une échelle humaine en sortant d'une logique comptable
Le système éducatif québécois est conditionné par la gestion axée sur les résultats (GAR), inspirée du secteur privé, qui réduit l'évaluation à une logique comptable centrée sur la sanction et la performance. Cette approche, censée améliorer les taux de réussite, engendre plutôt des effets pervers tels que l'anxiété et la baisse de l'estime de soi chez les élèves ou la perte d'autonomie et la dévalorisation du rôle professionnel des enseignantes et enseignants.
Ce mode de gestion réduit l'apprentissage à des indicateurs chiffrés, favorise la compétition et la standardisation des pratiques, sans démontrer d'efficacité réelle à long terme sur la réussite. L'évaluation, qui devrait soutenir l'apprentissage en continu, devient un outil de contrôle, orientant l'enseignement vers la réussite aux épreuves ministérielles plutôt que vers le développement global des élèves.
Pour rendre l'évaluation plus humaine et plus équitable, il faut abandonner la GAR, diminuer le poids des évaluations formelles et standardisées et valoriser l'évaluation formative intégrée au processus d'apprentissage. Cette approche permettrait de suivre la progression des élèves, de répondre à leurs besoins diversifiés et de valoriser l'autonomie professionnelle du personnel enseignant.
Orientation 3 – Pour rendre l'évaluation plus humaine et plus flexible, il faut abandonner la gestion axée sur les résultats (GAR) dans nos écoles, ce qui aura pour effet de :
• réduire l'importance accordée aux évaluations formelles et standardisées qui entrave les apprentissages liés à l'ensemble du curri-
• culum, diminue le temps d'enseignement et réduit la réussite au seul résultat scolaire, comme l'épreuve ministérielle ;
• reconnaitre le rôle de professionnel des enseignantes et enseignants en valorisant l'évaluation formative, ce qui diminuera la pression de performance et permettra de suivre en continu la progression des élèves pour s'adapter à leurs besoins, notamment de celles et ceux qui éprouvent des difficultés.
Orientation 4 – Soutenir adéquatement tous les élèves à besoins particuliers
Devant la réalité des inégalités scolaires, les services adaptés peuvent faire toute la différence dans la motivation et la réussite des élèves en difficulté. Un gouvernement doit absolument les considérer comme un aspect essentiel de ce qui constitue l'éducation.
L'inclusion vise à fournir à chaque élève en situation de handicap, en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) les moyens qui répondent à ses besoins particuliers, en privilégiant un lieu d'apprentissage commun (la classe ordinaire) afin qu'il ou elle puisse socialiser avec les autres, s'épanouir et développer son plein potentiel. Parallèlement, certains élèves doivent être intégrés dans une classe spécialisée, adaptée à leurs besoins spécifiques où ils peuvent mieux évoluer et réussir.
Pour répondre adéquatement aux besoins spécifiques de tous les élèves à besoins particuliers, il faut s'en donner les moyens. Déjà, pour mieux réussir l'inclusion dans les classes ordinaires, s'attaquer à l'école à trois vitesses et à la sélection des élèves dans les programmes à projets particuliers permettrait de répartir plus équitablement les élèves HDAA dans toutes les classes. Pour tous les élèves à besoins particuliers, il faudrait aussi agir pour retenir ou ramener les personnels professionnels dans le réseau public et remédier à la lourdeur administrative du traitement de leurs dossiers, qui retarde la prise en charge de leurs besoins, que ce soit dans une classe ordinaire ou spécialisée. Dans les centres de formation professionnelle et à la formation générale des adultes, il faudrait davantage de mesures de soutien concernant l'accueil, l'intégration et l'accompagnement des élèves à besoins particuliers.
Orientation 4 – Il est urgent de donner aux établissements et à leurs personnels les moyens de répondre adéquatement aux besoins spécifiques de tous les élèves à besoins particuliers :
• dans le secteur général Jeunes, notamment en assurant une répartition équilibrée des élèves HDAA dans les classes et les écoles régulières et, dans ces classes comme dans les classes spécialisées d'une école régulière ou dans une école spéciale, en augmentant le personnel et les services professionnels en soutien aux élèves et aux enseignantes et enseignants, en accordant plus de temps aux équipes intervenant auprès des élèves pour se concerter et en corrigeant les rigidités administratives qui compromettent une répartition équitable des ressources et retardent l'accès aux services de soutien ;
• dans les centres de formation professionnelle et à l'éducation des adultes, en augmentant les services en soutien aux élèves ayant des besoins particuliers ;
• en menant une vaste enquête sur la situation des élèves à besoins particuliers dans les établissements scolaires québécois.
Orientation 5 – Encourager, mais encadrer des projets pédagogiques particuliers pour tous les élèves
Depuis plus de deux décennies, le gouvernement laisse s'implanter dans le réseau public des projets particuliers dont plusieurs sont sélectifs et payants. La sélection opérée et les frais afférents exigés dans beaucoup de cas pour la participation à un projet viennent pervertir l'intérêt de la formule en la réservant à une partie seulement des élèves, ce qui accentue la segmentation des effectifs scolaires.
Or, parce qu'ils ont le potentiel d'influer de manière positive sur la motivation et la persévérance scolaires, et parce qu'ils favorisent l'épanouissement et l'engagement des jeunes ainsi que le vivre-ensemble, ils devraient s'adresser à tous les élèves, y compris ceux et celles qui éprouvent des difficultés, être sans sélection et gratuits.
La croissance de l'offre de projets pédagogiques particuliers a aussi contribué à créer un véritable marché de l'éducation. Outre le stress que cela occasionne pour les familles et les élèves, c'est en complète contradiction avec le concept d'école de proximité. Celle-ci présente des avantages sur le plan écologique (moins de transport scolaire) et de la santé (davantage de déplacement à pied ou à vélo) ainsi qu'un encouragement pour les parents et la communauté à s'investir dans l'école de leur milieu de vie.
Le ministère de l'Éducation doit encadrer l'offre des projets pédagogiques particuliers. Leur finalité générale doit faire l'objet d'un consensus avec le milieu scolaire. Les déclinaisons multiples de projets pédagogiques particuliers devraient aussi constituer une raison pour donner aux écoles la flexibilité et le soutien nécessaires afin d'élaborer le modèle qui leur convient le mieux, tout en respectant la latitude permise par le régime pédagogique.
Orientation 5 – Après consultation pour convenir des finalités générales des projets pédagogiques particuliers, le ministère de l'Éducation doit donner aux CSS et aux écoles la latitude, les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires pour mettre en place des projets pédagogiques particuliers gratuits, décidés par l'instance démocratique en place, exempts de pratiques sélectives et ouverts à tous les élèves, y compris celles et ceux qui éprouvent des difficultés.
Orientation 6 – Rapprocher l'école de sa communauté
L'éducation dépasse les murs de l'école. Dans le contexte social actuel, l'école gagnerait à s'appuyer davantage sur les ressources de son milieu, dans une logique de complémentarité et de collaboration. Une école enracinée dans la communauté contribue à développer et à maintenir un sentiment d'appartenance, tant à l'école qu'au milieu de vie. Cela est possible par un maillage avec les ressources locales : CLSC, organismes communautaires, centres de loisirs, bibliothèques, organismes culturels, résidences pour personnes âgées, regroupements de bénévoles, etc.
De nombreux organismes communautaires, partout au Québec, soutiennent les jeunes dans leur parcours éducatif : écoles de la rue, organismes de lutte au décrochage, maisons des jeunes, organismes famille, Carrefours jeunesse emploi, etc. Leur apport à l'éducation doit être reconnu à sa juste valeur, ce qui implique un financement stable, pérenne et suffisant.
Le ministère de l'Éducation doit réaffirmer sa volonté de développer le modèle d'école ancrée dans sa communauté et adopter des mesures concrètes pour soutenir sa mise en œuvre.
Orientation 6 – Pour favoriser le développement d'une école ancrée dans la communauté, il faut :
• réaffirmer l'importance de l'ouverture de l'école sur son milieu et de la collaboration entre l'école, les familles et la communauté ;
• assouplir le cadre scolaire, ce qui va de pair avec l'ajout de ressources humaines et matérielles pour établir un maillage plus serré entre l'école et sa communauté sans alourdir la tâche du personnel scolaire ;
• reconnaitre le rôle indispensable des organismes communautaires en leur accordant les moyens nécessaires au maintien de leur mission et à l'amélioration des conditions de travail de leurs personnels.
Orientation 7 – Mener des actions structurantes pour une réelle valorisation de la formation professionnelle chez les jeunes
Actuellement, la majorité des jeunes préfère suivre le parcours scolaire du secteur général Jeunes menant au diplôme d'études secondaires (DES), plutôt que de s'engager vers un diplôme de formation professionnelle (DEP). Pourtant de nombreux jeunes pourraient se réaliser et être utiles à la société dans un métier appris en formation professionnelle (FP). Il faut leur en faciliter l'accès au secondaire.
On pourrait instaurer, dans un cadre nouveau, un parcours scolaire régulier combinant un programme de FP et des cours de formation générale, parcours qui permettrait d'aller jusqu'à obtenir à la fois le DEP et le DES dans le cadre d'une grille horaire plus souple. L'existence d'une telle option amènerait tous les jeunes du secondaire à envisager la FP comme un nouveau champ d'intérêt possible sans devoir renoncer à poursuivre leur formation générale.
L'attrait de la formation professionnelle tient aussi beaucoup à la possibilité de choisir un métier qui intéresse. C'est pourquoi un gouvernement devrait maintenir une offre de programmes diversifiée dans toutes les régions du Québec et privilégier les programmes menant au DEP plutôt que les formations courtes, qui limitent chez l'élève sa polyvalence et son autonomie professionnelle.
Orientation 7 – En vue d'une réelle valorisation de la FP chez les jeunes, il faut :
• instaurer un parcours scolaire régulier combinant un programme de FP et des cours de formation générale à partir de la 4e secondaire, en encourageant et en facilitant la double diplomation du DES et du DEP, tout en faisant valoir le DEP comme une norme sociale au même titre que le DES ;
• maintenir la diversité de l'offre de programmes en FP et soutenir financièrement les programmes à peu d'effectifs, particulièrement en région, pour éviter leur fermeture ;
• changer le mode de financement à la sanction qui porte préjudice à l'ensemble de la FP ;
• privilégier les programmes menant au DEP plutôt que les formations courtes tout en retrouvant l'équilibre entre les besoins des entreprises et la mission éducative de l'institution scolaire.
Orientation 8 – Lever les obstacles rencontrés par les élèves négligés par le système
Certains groupes de jeunes se heurtent à d'importants obstacles dans leur parcours éducatif. Leurs difficultés se trouvent trop souvent invisibilisées et négligées par le système scolaire.
La proportion d'élèves autochtones quittant le secondaire sans diplôme ni qualification dépasse largement celle de l'ensemble des élèves qui fréquentent le réseau scolaire québécois. L'État doit impérativement mettre en œuvre une stratégie d'intervention pour favoriser la réussite éducative des élèves autochtones, notamment par la valorisation de leurs langues et de leurs cultures.
Pour les élèves nouvellement arrivés, la connaissance du français est essentielle à une intégration réussie, qui doit être aussi culturelle et sociale. C'est pourquoi les services d'accueil et de soutien linguistique sont indispensables aux élèves qui ne connaissent pas suffisamment le français. Il faut en améliorer l'offre et l'accès pour les élèves et leurs parents.
Plusieurs élèves décrochent au secondaire, mais la formation générale des adultes (FGA) leur offre la possibilité de réintégrer le réseau scolaire, à partir de 16 ans, pour suivre une formation de base qui peut les mener au DES ou au DEP. Il en est de même pour les organismes communautaires qui offrent des services de raccrochage scolaire répondant aux besoins des jeunes et des adultes qui n'ont pas les moyens de s'insérer dans un parcours scolaire régulier. L'État a la responsabilité de soutenir ces jeunes raccrocheurs que le système d'éducation n'a pas réussi à scolariser.
Orientation 8 – Le système d'éducation au Québec doit faire davantage pour aider les populations scolaires vulnérabilisées. Il faut en particulier :
• accorder une place plus importante aux cultures autochtones dans les programmes d'enseignement et mettre en œuvre une stratégie d'intervention pour favoriser la réussite éducative des élèves autochtones ;
• améliorer l'offre et l'accès des services de francisation et d'accueil de qualité pour les élèves issus de l'immigration et leurs parents ;
• reconnaitre les contributions essentielles de la formation générale des adultes et des organismes communautaires en raccrochage dans la continuité des parcours scolaires, tout en améliorant le soutien nécessaire à leur bon fonctionnement, et adopter une nouvelle politique gouvernementale d'éducation des adultes qui donne une place déterminante aux jeunes adultes en situation de vulnérabilité ou à risque d'exclusion et qui tient compte de leurs réalités et de leurs besoins spécifiques.
Orientation 9 – Ancrer l'éducation dans les réalités sociales et écologiques du monde contemporain
Face à l'accélération de la crise écologique et à l'inaction persistante des gouvernements, il est impératif de transformer notre système éducatif. Une éducation relative à l'environnement intégrée de façon transversale dans les programmes permettrait de former des citoyennes et citoyens conscients de leur interdépendance avec le vivant et capables d'agir pour un avenir viable. C'est une manière de penser et de vivre l'école qui transforme l'expérience scolaire.
Plus de 50 ans après l'essor de l'éducation relative à l'environnement à l'ONU, le Québec ne possède toujours aucune politique structurante en la matière. Les initiatives actuelles reposent sur la bonne volonté des personnels scolaires, sans soutien institutionnel, ce qui est insuffisant pour répondre à l'urgence. Cette carence contribue à l'écoanxiété des jeunes, les laissant parfois désespérés et fatalistes, alors que l'éducation devrait leur offrir des outils pour comprendre, s'engager et participer à un changement social nécessaire.
Orientation 9 – Pour ancrer l'éducation dans les réalités sociales et écologiques, il faut :
• intégrer les fondements et les pratiques d'une éducation relative à l'environnement comme dimension transversale des programmes ;
• valoriser et soutenir les initiatives d'éducation écologique dans les écoles ;
• développer une culture du partenariat éducatif avec les acteurs du milieu ayant une expertise ou une disponibilité en matière d'éducation relative à l'environnement (musées, parcs, centres de loisirs, bibliothèques, ONG environnementales, parents, etc.).
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Rapport de recherche "Enseigner dans les écoles face à la misogynie, l’homophobie et la transphobie"
Francis Dupuis-Déri, chercheur et professeur à la Faculté de science politique à l'UQAM, a mené, en collaboration avec la FAE, une recherche sur la montée des discours et comportements misogynes, antiféministes, homophobes et transphobes dans les écoles primaires et secondaires du Québec.
Les résultats ont été dévoilés au grand public lors d'une conférence de presse le 23 février 2026. L'étude, basée sur des témoignages d'enseignantes et d'enseignants de différentes régions du Québec, met en lumière des résultats inquiétants. Le constat est clair : il y a une hausse marquée des propos et des gestes haineux dans nos milieux scolaires, et ce, partout au Québec. Par ailleurs, l'analyse des témoignages recueillis démontre que cette hausse n'est pas liée à une origine ethnoculturelle ni à une appartenance religieuse particulière.
« Ce que les témoignages de nos membres ont fait ressortir, c'est toute l'ampleur de la problématique entourant les propos et les gestes homophobes, transphobes et misogynes dans nos établissements scolaires. Plus que jamais, il importe de prendre acte de cette réalité et d'agir. Il faut cesser de banaliser ces formes de violence et il faut outiller les milieux afin d'offrir à toutes les personnes qui œuvrent dans le réseau – élèves et personnel scolaire – un environnement sécuritaire, inclusif et respectueux », a déclaré Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle.
- "Il faut outiller les milieux afin d'offrir à toutes les personnes qui œuvrent dans le réseau – élèves et personnel scolaire – un environnement sécuritaire, inclusif et respectueux."
- Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle
Le personnel enseignant affirme que ces propos sont beaucoup plus présents qu'avant et sont exprimés ouvertement, généralement en groupe et sans gêne. Ceux-ci entraînent des répercussions sur le climat scolaire et fragilisent la dynamique. La hausse des propos problématiques se manifeste sous plusieurs formes : propos sexistes ou antiféministes, attaques verbales contre la diversité sexuelle et de genre, graffitis, intimidation collective, attaques contre des comités ou des activités liées à la diversité, dégradation de drapeaux arc-en-ciel et gestes à caractère haineux, incluant des saluts nazis.
Face à ces résultats, la FAE rappelle l'importance d'agir rapidement et de mettre en place des solutions concrètes afin de préserver un environnement scolaire sain, sécuritaire et inclusif.
Pour consulter la recherche complète, cliquez ici.

Les contre-pouvoirs dans la ligne de mire
Il y a plusieurs mois déjà, le gouvernement caquiste s'est mis à déposer à l'Assemblée nationale des projets de loi qui visent à affaiblir les contre pouvoirs et les libertés fondamentales. Selon l'expert rencontré, il y a lieu de s'inquiéter.
tiré du journal LE.POINT.SYNDICAL- HIVER.2026 | Par Julie Lampron-Lemire et Hubert Forcier
Illustration : Amélie Lehoux
« I l y a un fil rouge qui lie les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. La Coalition avenir Québec (CAQ) complexi f ie la possibilité de s'opposer à la légalité de l'action gouver nementale, et ce, dans tous les secteurs », affirme LouisPhilippe Lampron, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval, lors de son passage au bureau fédéral de la FNCC–CSN. On pourrait ajouter à cette liste la loi 14 (PL 89) et remettre en question le processus démocratique entourant l'adoption de la loi 28 (PL 101).
Selon M. Lampron, le gouvernement fait deux choses. Par son projet de constitution, il tâche de limiter la capacité des tribunaux à interpréter les droits et libertés de la per sonne, de manière à ce que, quand c'est l'As semblée nationale « qui parle », les tribunaux ne puissent intervenir pour remettre en cause les choix établis par l'institution. Ensuite, à travers ses projets de loi, le gouvernement caquiste s'attaque concrètement à la capacité de certains groupes de la société civile et des organisations publiques indépendantes d'assurer leur mission et de contester des lois.
Dans un État de droit comme le nôtre, nul n'est audessus de la loi, pas même le gouverne ment. Ainsi, il existe des contrepouvoirs pour ramener à l'ordre une organisation qui part en roue libre : les tribunaux, la société civile – dont les syndicats –, les organismes indé pendants, les citoyennes et citoyens – par des manifestations et des pétitions, par exemple –, les médias et les partis de l'opposition.
Les contrepouvoirs viennent protéger les droits de la population. Dans la pyramide des lois, il y a tout en haut la Charte des droits et libertés de la personne. Les droits et libertés consignés dans la charte priment toutes les autres législations. Avec ses nouveaux projets de loi, le gouvernement vient démanteler cette pyramide.
Les récentes actions de la CAQ cherchent à empêcher l'expression des travailleuses et des travailleurs comme de l'ensemble de la société civile, où le seul qui aurait son mot à dire sur les affaires de la cité serait le gouvernement.
Inonder la zone
La stratégie de la CAQ, selon M. Lampron, est littéralement d'inonder la zone par trop d'initiatives qui attaquent plusieurs groupes en même temps. Ce qui force une division à la fois des journalistes – qui ne sont pas capables de tout couvrir – et des groupes qui sont attaqués. « Le grand problème, quand on inonde la zone, c'est qu'on prend chacune des initiatives isolément sans voir le portrait global de la situation », croit le professeur.
De plus, le gouvernement ajoute du bruit et du brouillard en accolant des titres racoleurs. Par exemple, le projet de loi 3 : Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. « Qui n'est pas en faveur de la démocratie syndicale ? Entre cette étiquette “ d'appât ”, pour que le projet de loi passe bien dans les médias, et la capacité des syndicats à justement jouer leur rôle dans la société… il y a une marge ! », prévient M. Lampron.
L'effritement de la démocratie
La loi 14, projet de loi 89 déposé par le ministre du Travail Jean Boulet, vient limiter le droit de grève des travailleuses et des travailleurs. En instaurant une nouvelle notion de « service assurant le bienêtre de la population », le Tribunal administratif du travail peut retirer à une partie des membres leur droit de grève et les forcer à revenir au travail, comme c'est le cas des secteurs régis par les services essentiels. Ça réduit considérablement l'effet de la grève en plus d'avantager les patrons.
Par la loi 28, le gouvernement modifie plu sieurs aspects qui encadrent les relations de travail, avec, entre autres, une réforme de l'arbitrage de griefs : nouveaux délais, médiation, divulgation de la preuve. Le gouvernement se défile ainsi des mécanismes de prévention à mettre en place pour protéger ses propres employées dans le secteur de la santé, des services sociaux et de l'éducation. « Dans une démocratie, le gouvernement doit écouter les acteurs du milieu. Dans ce casci, il est allé contre le consensus auquel patrons et syndicats étaient parvenus à la CNESST », soutient la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Avec le projet de loi 1, la « constitution caquiste » comme LouisPhilippe Lampron aime l'appeler, le gouvernement muselle les contrepouvoirs et affaiblit les libertés fon damentales.
Selon le Barreau du Québec, ce projet de loi vient affaiblir le régime québécois de pro tection des droits fondamentaux, mettre à mal la séparation des pouvoirs et l'indépendance des tribunaux, soulever des enjeux constitu tionnels importants en plus de rouvrir le débat sur l'avortement. Rien de moins.
Mais ce qui choque le plus M. Lampron, c'est que le gouvernement normalise le recours à la disposition dérogatoire. Celleci permet aux législateurs de suspendre l'appli cation des droits et libertés. Au Canada, il y a une multiplication des recours à ces dispo sitions. En Alberta, par exemple, Danielle Smith a récemment cassé une grève et imposé un contrat de travail de quatre ans au per sonnel enseignant en utilisant une clause dérogatoire.
Avec le projet de loi 2, le gouvernement a voulu enlever le droit de négocier aux médecins en imposant un contrat de travail par une loi spéciale. Il mettait en place des mécanismes de surveillance « qui n'en finissaient plus ».
Au moment de son adoption en octobre 2025, la CAQ avait instauré « des mesures qui interdisaient de remettre en cause et de critiquer cette loi spéciale et tous ces mécanismes de surveillance. Ces mesures ne s'étendent pas seulement aux médecins, mais aussi à la grandmère, aux voisins, à l'ami ou au prof d'université. Dans ces conditions, on ne pourra contester ce régime sans pos siblement subir des sanctions pécuniaires », affirme M. Lampron.
Dans le projet de loi 3, le gouvernement érige des haies, des obstacles, pour empêcher les syndicats d'agir dans l'espace public. Par exemple, pour contester une loi qui vien drait brimer le droit des travailleuses et des travailleurs, le syndicat devra consulter ses membres. Il faudra convoquer une assemblée générale et atteindre le quorum. Combien de temps ça prendra ? Combien ça coûtera ? Pour LouisPhilippe Lampron, ce sont des haies qui ralentiront et qui empêcheront les syndicats d'agir dans l'espace public. Mais, selon lui, la principale source de difficultés concernant ce projet de loi, c'est l'idée selon laquelle le syndicalisme doit être enfermé dans une stricte case de relations de travail.
Le projet de loi 7 : Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonction naires, vient fusionner et couper des institu tions et des organismes importants à notre démocratie. « Ainsi, on limitera la protection contre la censure institutionnelle et on mettra f in à des obligations de reddition de comptes, préservées notamment par la Loi sur la liberté académique qui s'applique au milieu universitaire », souligne M. Lampron.
Il ajoute : « C'est une perte sèche pour la nature démocratique des décisions gouverne mentales. On a besoin de plus d'organismes avec de l'expertise, dans les différentes sphères où le gouvernement doit trancher, si l'on aspire aux meilleurs choix possibles et pas seulement à “ quelque chose ” qui se décide dans le bureau du premier ministre. »
Finalement, le projet de loi 9 vient, entre autres, étendre l'interdiction des signes reli gieux aux employées des centres de la petite enfance et interdire des pratiques religieuses dans l'espace public. Selon M. Lampron, c'est un cas classique de discrimination : « Parce que ceux qui vont subir les désavantages, ce sont les membres de groupes religieux minoritaires. »
Une mobilisation fondamentale
En plus de faire pression sur le gouverne ment, M. Lampron croit qu'il faut « accentuer la pression politique exercée sur les partis de l'opposition, pour qu'ils s'engagent dès maintenant à abroger des initiatives de cette nature. Ils ne se mouillent pas assez. La manif du 29 novembre, ce n'était pas un soulèvement contre le projet de loi 3, c'en était un contre les projets de loi 1, 2, 3, 7 et 9. Parce que c'est lié ensemble. Cette attaquelà, elle est tous azimuts. » ?
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Santé Québec – Un constat d’échec qui ne surprend personne
Lors de la création de Santé Québec, l'ancien ministre Christian Dubé assurait que la nouvelle agence permettrait de rendre le système de santé plus efficace et d'améliorer l'accessibilité du réseau. Après un peu plus d'un an, les résultats d'un récent sondage Léger rendu public dans La Presse démontrent clairement que le gouvernement et son agence ont échoué sur toute la ligne. Le jugement des Québécoises et des Québécois est sans appel : Santé Québec est un monstre bureaucratique inefficace, centralisateur et inutile.
https://www.csn.qc.ca/actualites/sante-quebec-un-constat-dechec-qui-ne-surprend-personne/
Affamer les services pour enrichir les cadres et le secteur privé
Ce constat d'échec n'est guère surprenant. Plus des trois quarts des personnes interrogées estiment que les soins offerts par les travailleuses et les travailleurs de la santé et des services sociaux sont de bonne qualité, mais que le réseau fonctionne mal. Pourtant, le gouvernement et les têtes dirigeantes de Santé Québec ont plutôt décidé de sabrer dans les services pour ériger une nouvelle mégastructure, lourde et gourmande.
Depuis sa mise en œuvre, Santé Québec impose systématiquement un régime minceur au personnel et aux services directs à la population, tout en multipliant les postes de cadre et les contrats accordés à des firmes privées à but lucratif.
De façon concrète, cela s'articule en un cercle vicieux particulièrement pervers. D'un côté, on abolit des postes sur le terrain et on coupe dans les services à la population, ce qui encourage la main-d'œuvre et la patientèle à migrer vers le secteur privé. De l'autre, on crée des postes de cadre généreusement rémunérés et on ouvre de plus en plus grand la porte aux cliniques privées, qui peuvent désormais s'enrichir sans vergogne en vendant à fort prix les services qui étaient auparavant accessibles gratuitement dans le réseau public.
La boucle est ainsi bouclée. Le réseau public continue de s'appauvrir à mesure qu'on lui impose des compressions et que le secteur privé le vampirise de son personnel et de son expertise. Il n'est alors plus en mesure de fournir les services dont la population a besoin, laissant ainsi toute la place au privé, qui continue de s'enrichir avec la maladie.
Donner un coup de barre avant de frapper l'iceberg
À la lumière de ce constat d'échec et du verdict populaire sans équivoque, il est évident qu'un changement de cap radical s'impose. Heureusement, en ce moment et pour les prochains mois, le contexte politique québécois est propice aux recalibrages et aux prises de positions courageuses et innovantes.
Par conséquent, nous demandons à toute personne et à tout parti politique aspirant à gouverner le Québec de s'engager à écouter la population et à renverser cette tendance qui menace notre système de santé et de services sociaux.
Les Québécoises et les Québécois veulent d'un gouvernement qui investit dans le personnel soignant plutôt que dans les structures administratives. Elles et ils veulent des soins et des services accessibles et gratuits, plutôt que des bris de services et des entreprises qui s'enrichissent grâce à leur maladie.
Donnons-leur maintenant, avant que notre réseau public ne soit réduit à une coquille vide.
David Bergeron-Cyr, vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ;
Françoise Ramel, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ;
Luc Beauregard, secrétaire-trésorier de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ;
Sonia Bureau, présidente par intérim du Conseil provincial des affaires sociales du Syndicat canadien de la fonction publique (CPAS-SCFP) ;
Émilie Charbonneau, première vice-présidente de l'Alliance de personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ;
Réjean Leclerc, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN) ;
Jessica Goldschleger, présidente de la Fédération des professionnèles (FP–CSN) ;
Déreck Cyr, président de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) ;
Sylvie Nelson, présidente du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES) ;
et Martin Trudel, troisième vice-président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
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« La décroissance EST la lutte de classes »
Le vendredi 20 février, le Syndicat de chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM) a accueilli Yves-Marie Abraham pour une discussion sur la décroissance.
Kaveh Boveiri
Le 20 octobre 1968 marque un grand tournant dans la lutte de la classe ouvrière québécoise. Ce jour-là, Marcel Pepin, président de la CSN, livre son discours « Le deuxième front » aux membres de la confédération. Les enjeux immédiats de la lutte de la classe ouvrière étant, entre d'autres, le salaire, les conditions du travail, toutes formes d'assurance, le deuxième front est lié aux éléments qui dépassent cette immédiateté. La grève sociale, la grève solidaire, la solidarité internationale, les droits de minorités, les droits de femmes, les enjeux environnementaux, les enjeux d'ethnicités, toutes les formes de la prise de décision politique se trouvent dans cette catégorie. Cette dichotomie de la lutte de classe étant apparemment valide, le discours de Pepin vise à démontrer qu'une telle dichotomie n'est ni valide ni prometteuse !
Ainsi, Pepin se distingue de syndicats dirigés par ce qui en anglais est exprimé péjorativement Porkchoppers. Ce terme définit un syndicat ou un dirigeant syndical emprisonné dans sa myopie de l'amélioration immédiate de sa vie. Que le coltan dans son cellulaire soit exploité par les enfants de La République démocratique du Congo, que la récolte de son café quotidien soit le résultat de travail des femmes qui subissent un harcèlement sexuel quotidien pour un salaire de quelques dollars par jour, que les entreprises canadiennes jouent un rôle important dans le génocide à , n'intéressent pas aux Porkchoppers.
Malgré l'appui verbal, mais aussi pratique de l'importance des enjeux qui ne sont pas immédiatement liés à la vie syndicale de la part du lu Conseil Central du Montréal Métropolitain, ce n'est pas toujours facile pour un syndicat local de se mobiliser pour un tel enjeu.
Le vendredi 20 février, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM) démontre la possibilité d'une telle mobilisation. Ce jour-là, Yves-Marie Abraham, professeur du département de Management de HEC Montréal, a livré sa présentation sur la décroissance.
Une quarantaine de personnes ont été présentes à cet événement auCafé Bar étudiant La Brunante. Les membres du syndicat, les étudiants, mais aussi les membres de grand public, par hasard présents à l'endroit, écoutaient la présentation.
Le titre de présentation étant « La décroissance OU la lutte de classe », le conférencier vise à développer une thèse diamétralement différente : « la décroissance est la lutte de classe ». Plus précisément, selon Yves-Marie Abraham, la lutte de classe peut être canalisée d'une manière la plus prometteuse dans le cadre général de la lutte décroissanciste. Une question s'impose : comment un tel projet peut-il être concrètement réalisé ? La réponse est donnée par un slogan trinitaire où ces éléments doivent être considérés comme les composants indissociables : « produire moins, partager plus, décider ensemble ».
Le premier volet de slogan, « Produire moins », vise à la dénotation immédiate du terme « décroissance ». Il faut mettre fin à « l'augmentation de la quantité de biens et de services (ayant une valeur monétaire) produits et vendus d'une année sur l'autre par la collectivité ». Articulée, plus brièvement, on peut dire : la croissance est infinie alors que le monde et ses forces sont finis. Un effort pour concilier les deux plans, écologique et économique croissanciste, pour maintenir cette « entreprise monde », est un effort pour concilier un cercle vertueux. Une distinction mérite d'être soulignée : ce slogan n'est pas synonyme ni réductible au « consommer moins ». Ce dernier hyperindividualise un enjeu social et transfère la responsabilité aux individus qui répondent, par la consommation, à leurs besoins.
Le deuxième aspect, « Partager plus », est étroitement lié au premier. Au lieu de continuer la production croissanciste, on peut aussi envisager l'utilisation commune de matériels déjà produits. Ainsi, un volet intersubjectif de l'être humain est également renforcé.
Pour le troisième composant, la décision commune, une transformation sociopolitique s'impose. Les exemples de communs, déjà existants, sont suggérés comme un point de départ prometteur.
Sans prétendre que tout est déjà clair, le conférencier avoue modestement que plusieurs aspects de la décroissance comme une alternative seront clairs à travers la lutte.
Une vingtaine de questions et de commentaires de la part de l'auditoire montre déjà le succès de cet événement.
Pour se familiariser davantage avec l'approche de ce conférencier, la personne lectrice est invitée à lire le livre du conférencier Guérir du mal de l'infini : produire moins, partager plus, décider ensemble (Ecosociété, 2020).
Les initiatives semblables de celle du SCCCUM peuvent nous aider à réaliser la position brillamment dépeinte par Marcel Pepin il y a 58 ans : la dichotomie entre le premier et le deuxième front de la lutte de classes n'est qu'une fiction.
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Les organisations syndicales dénoncent une discrimination envers les travailleuses du Québec
Les organisations syndicales représentant les travailleuses et les travailleurs des réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation déposent aujourd'hui devant la Cour supérieure des contestations constitutionnelles visant à faire invalider les dispositions discriminatoires de la Loi 28, Loi visant l'amélioration de certaines lois du travail, issue du projet de loi 101.
Cette loi exclut les travailleuses et les travailleurs de ces secteurs du régime général de prévention en santé et sécurité du travail, pourtant prévu pour l'ensemble des milieux de travail du Québec, les reléguant à des mesures de prévention inférieures. Les porte-paroles des organisations syndicales dénoncent d'une même voix une décision qui perpétue un désavantage historique envers les femmes, puisque cette exclusion frappe de plein fouet des secteurs où elles sont largement majoritaires.
« Le gouvernement sait très bien que ce sont les travailleuses de ces secteurs qui subissent les risques les plus élevés en santé et sécurité. Le ministre du Travail reconnaissait et dénonçait lui-même cette discrimination historique en 2021. Et pourtant, quatre ans plus tard, il choisit de les exclure du régime général de prévention. Cette discrimination et cette atteinte directe au droit à l'égalité ne peuvent être tolérées », déclarent conjointement les porte-paroles syndicaux Robert Comeau (APTS), Caroline Senneville (CSN), Éric Gingras (CSQ), Mélanie Hubert (FAE), Julie Bouchard (FIQ) et Olivier Carrière (FTQ).
Rappelons qu'en 2021, le Québec avait enfin modernisé son régime de santé et sécurité du travail grâce à la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (LMRSST), permettant aux travailleuses de secteurs historiquement négligés d'obtenir les mêmes protections que celles offertes depuis 1979 aux milieux industriels. Le Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation en établissement devait compléter ce déploiement en 2025, en tenant compte des risques réels et des réalités propres aux femmes. Or, en adoptant la Loi 28, le gouvernement a choisi de retirer les réseaux de la santé, des services sociaux et de l'éducation du régime, les reléguant à des mesures de prévention nettement inférieures, même à celles prévues pour les secteurs les moins à risque de l'économie. Et ce, malgré le fait qu'en 2024, plus du tiers de tous les accidents du travail reconnus au Québec provenaient des secteurs de l'éducation, des soins de santé et de l'assistance sociale. Et pourquoi ? Parce que ça coûterait trop cher au gouvernement.
« Nous refusons que les femmes qui soignent, enseignent, accompagnent et soutiennent notre société soient reléguées à un régime de seconde zone. Nous nous devons de dénoncer, de contester et de nous battre pour les travailleuses que nous représentons, pour notre société, mais aussi pour les patients, les enfants et l'ensemble de la population qui ont besoin de nos réseaux publics. »
Les organisations syndicales réaffirment leur détermination à obtenir justice et à faire reconnaître que l'exclusion imposée par la Loi 28 est non seulement injustifiée, mais qu'elle est aussi inconstitutionnelle. Elles réclament que l'article 46 de la Loi soit invalidé et que les travailleuses de la santé, des services sociaux et de l'éducation bénéficient enfin des protections auxquelles elles ont droit.
Organisations contestant la Loi 28 et prenant part au dépôt coordonné des recours
Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
– Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN)
– Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
– Fédération des professionnèles (FP-CSN)
– Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN)
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
– Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ)
– Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)
– Fédération du personnel professionnel de l'éducation (FPPE-CSQ)
– Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ)
– Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ)
Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ)
Fédération autonome de l'enseignement (FAE)
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
– Syndicat canadien de la fonction publique, SCFP (FTQ)
– Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, SEPB (FTQ)
– Syndicat québécois des employées et employés de service, section locale 298, SQEES-298 (FTQ)
– Union des employés et employées de service, UES 800 (FTQ)

Décès de Jesse Jackson : les hommages affluent du monde entier
Les hommages affluent du monde entier pour le révérend Jesse Jackson, décédé mardi. Cette icône des droits civiques et deux fois candidat à la présidence était âgé de 84 ans. Juan González, de Democracy Now !, raconte son expérience en tant que journaliste ayant accompagné Jackson lors de ses visites à Cuba et à Porto Rico. « Jesse était toujours présent lorsque les gens luttaient pour une forme de justice sociale », explique González. « Parmi tous les dirigeants américains du dernier demi-siècle, je pense qu'aucun n'avait une vision aussi internationale et un engagement aussi fort en faveur de la justice sociale mondiale que Jesse Jackson. »
18 février 2026 | tiré de democrcy now !
L'évêque William Barber, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, a rencontré Jackson il y a 40 ans alors qu'il était étudiant et qu'il avait demandé à travailler avec la campagne étudiante de Jackson lors de sa candidature à la présidence en 1984. Jackson « était quelqu'un qui prenait au sérieux l'union des gens pour sauver l'humanité — PUSHing — qui prenait au sérieux un programme d'amélioration », explique Barber.}
AMY GOODMAN : Les hommages affluent du monde entier pour le révérend Jesse Jackson, décédé mardi. Cette icône des droits civiques et deux fois candidat à la présidence était âgé de 84 ans.
Dans une déclaration, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré : « De Selma, dans le sud des États-Unis, à Soweto en 1979, où il s'est rendu après la mort de Steve Biko, Jesse Jackson a défié les architectes de l'apartheid et les exécutants de la brutalité pour déclarer que tous les êtres humains sont égaux et que la justice finirait par triompher de l'injustice. »
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué Jackson pour son « combat contre le racisme, contre l'apartheid et pour les droits de l'homme ».
L'ancien président Obama a évoqué les campagnes présidentielles de Jackson en 1984 et 1988, déclarant : « Au cours de ses deux campagnes présidentielles historiques, il a jeté les bases de ma propre campagne pour accéder à la plus haute fonction du pays. »
Voici un extrait du discours du révérend Jesse Jackson lors de la Convention nationale démocrate de 1988.
RÉVÉREND JESSE JACKSON : Lorsque vous voyez Jesse Jackson, lorsque mon nom est proposé à la nomination, votre nom est également proposé à la nomination. Je suis né dans un bidonville, mais le bidonville n'est pas né en moi. Et il n'est pas né en vous. Et vous pouvez y arriver. Où que vous soyez ce soir, vous pouvez y arriver. Gardez la tête haute. Bombez le torse. Vous pouvez y arriver. Il fait parfois sombre, mais le matin vient toujours. N'abandonnez pas ! La souffrance forge le caractère. Le caractère forge la foi. Au final, la foi ne vous décevra pas. Vous ne devez pas abandonner. Vous y arriverez peut-être ou peut-être pas, mais sachez simplement que vous en êtes capables, et tenez bon, persévérez. Nous ne devons jamais abandonner. L'Amérique ira de mieux en mieux. Gardez espoir. Gardez espoir ! Gardez espoir ! Demain soir et au-delà, gardez espoir. Je vous aime beaucoup. Je vous aime beaucoup.
AMY GOODMAN : C'était le révérend Jesse Jackson en 1988, lors de sa campagne présidentielle.
Dans un instant, nous serons rejoints par l'évêque William Barber. Mais d'abord, Juan, nous voulons nous tourner vers vous. Juan González couvre Jesse Jackson depuis des décennies. Pouvez-vous nous parler de votre expérience en tant que journaliste couvrant le révérend Jackson ici et dans d'autres pays ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui, Amy. J'ai rencontré Jesse pour la première fois il y a plus de 40 ans, en 1983, alors qu'il préparait sa première campagne présidentielle. J'étais alors un jeune reporter au Philadelphia Daily News, et la première convention présidentielle nationale que j'ai couverte était celle du DNC à San Francisco en 1984, où Jesse a prononcé son premier discours désormais légendaire, exhortant le Parti démocrate à adopter un programme de véritable justice sociale.
Quelques années plus tard, en 1990, lors de la grève historique de cinq mois au New York Daily News, où je présidais le comité de grève du syndicat des journalistes, Jesse a joué un rôle essentiel dans le ralliement du soutien à notre cause. Il s'est joint au gouverneur Mario Cuomo, au cardinal O'Connor et au maire Dinkins pour prendre la parole lors d'un rassemblement massif en soutien à notre grève devant le Daily News.
Plus tard, pendant la semaine de Noël 1993, j'ai voyagé avec Jesse, le leader syndical Dennis Rivera et quelques autres personnes à Cuba, où nous avons rencontré le leader cubain Fidel Castro. Jesse a convaincu Fidel de permettre à sa petite-fille de quitter Cuba et de rejoindre les États-Unis, auprès de sa mère qui avait fait défection. J'ai été stupéfait de voir combien de personnes dans les rues de La Havane ont immédiatement reconnu Jesse et ont voulu lui parler, et il a passé du temps avec elles aussi. Et ma préférée —
AMY GOODMAN : Juan, pouvez-vous — nous montrons une photo, que vous ne pouvez pas voir, de Jesse Jackson assis dans un fauteuil à bascule. Pouvez-vous expliquer ce que c'est ? C'était à Cuba ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui. Oui, c'était... C'est ma photo préférée de lui. Un matin, tôt, je suis descendu... Nous étions dans une maison d'hôtes à La Havane. Je suis descendu vers 7 heures du matin, et Jesse était là, en peignoir, dans un fauteuil à bascule, en train de lire la Bible. Il n'y avait personne d'autre dans la pièce à ce moment-là. Et...
AMY GOODMAN : Je vais maintenant donner la parole au révérend Jesse Jackson, puisque vous parlez de lui... Vous avez couvert Jesse Jackson lors de cette réunion que vous avez tous eue avec Fidel Castro. Voici Jackson s'exprimant à La Havane en 2013.
RÉVÉREND JESSE JACKSON : Nous ne représentons aucune menace sécuritaire rationnelle pour Cuba, puisque nous avons la base de Guantánamo à Cuba. La Russie n'est plus, comme nous la connaissions dans les années 60, à Cuba. Il n'y a pas... Poutine n'est pas là où Khrouchtchev était il y a 60 ans. Et qu'est-ce que cela signifierait pour nous, à part un marché pour les télécommunications, les voitures et le tourisme ? Et qu'est-ce que cela signifierait pour les Cubains ? De la nourriture et du développement. Nous avons tous à gagner à lever les blocus et à construire des ponts. ...
Je suis convaincu que si le pont – si le mur entre l'Afrique du Sud, les Blancs et les Noirs, a pu tomber, si le mur entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest a pu tomber, si nous avons pu recommencer à dialoguer avec l'Iran après 35 ans, alors le moment est venu de faire tomber celui-ci. Il y a un certain esprit diplomatique dans l'air. Nous devrions saisir cette occasion pour faire tomber cette barrière entre Cuba et les États-Unis.
AMY GOODMAN : C'était donc Jesse Jackson à La Havane en 2013, lors d'un de ses nombreux voyages là-bas. Juan l'accompagnait lors d'un de ces voyages. Juan ?
JUAN GONZÁLEZ : Oui. Et puis, en 1999, j'ai de nouveau voyagé avec Jesse dans un petit groupe vers l'île de Vieques, à Porto Rico, où nous avons rencontré les manifestants qui occupaient le champ de tir de la marine américaine à Vieques, exigeant que la marine quitte Vieques. Je me souviens particulièrement d'un moment, car Jesse a fait l'objet d'une grande couverture médiatique sur l'île à l'époque, où le commandant de la base navale de Roosevelt Roads a exigé une rencontre avec Jesse pour lui expliquer le point de vue de la marine. Le commandant n'a cessé de répéter l'importance de Vieques en tant que centre d'entraînement pour l'armée américaine. À un moment donné, Jesse l'a regardé et lui a dit : « Vous ne comprenez pas. Ces gens ne veulent pas de vous ici. Vous êtes comme un homme qui répète sans cesse « oui, oui, oui » à une femme qui lui répond « non, non, non », et vous ne voulez pas l'écouter. C'est fini. Vous devez partir. La marine doit quitter Vieques. » Et, bien sûr, un an ou deux plus tard, c'est finalement le président Bush qui a retiré la marine de Vieques.
En gros, Jesse était toujours là quand les gens se battaient pour une forme de justice sociale. On pouvait toujours compter sur lui pour se montrer et exprimer son soutien public. Et parmi tous les dirigeants américains du dernier demi-siècle, je pense qu'aucun n'avait une vision plus internationale et un engagement plus fort en faveur de la justice sociale mondiale que Jesse Jackson. Ceux d'entre nous qui l'ont connu sont tous meilleurs pour l'avoir connu, et son départ est une perte immense.
AMY GOODMAN : Juan, vous nous parlez depuis Chicago, sa ville natale de longue date. Nous allons maintenant nous rendre en Caroline du Nord pour continuer à parler de la vie et de l'héritage du révérend Jesse Jackson. Nous sommes rejoints par l'évêque William Barber, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, coprésident de la Poor People's Campaign et directeur fondateur du Yale Center for Public Theology and Public Policy.
Même si vous vous joignez à nous aujourd'hui depuis New Haven, vous êtes généralement en Caroline du Nord. Jesse Jackson est né en Caroline du Sud, mais il a fait ses études en Caroline du Nord, tout comme vous. Pouvez-vous nous parler de l'importance, de la vie et de l'héritage de Jesse Jackson, évêque Barber ?
ÉVÊQUE WILLIAM BARBER II : Merci beaucoup, Amy et Juan.
Nous venons de terminer une marche de 80 km en Caroline du Nord, intitulée « It's Time to Love Forward Together : This Is Our Selma » (Il est temps d'avancer ensemble dans l'amour : ceci est notre Selma). À bien des égards, la façon dont nous l'avons organisée correspond à ce que j'ai appris avec Jesse Jackson : large et profonde, noire et blanche et brune, jeune et vieille, gay et hétéro, asiatique et autochtone et axée sur plusieurs politiques.
Jesse Jackson, lorsque je l'ai rencontré il y a 40 ans alors que j'étais étudiant, m'a demandé de travailler avec lui sur sa campagne étudiante lorsqu'il s'est présenté à la présidence en 1984. Ce que nous avons entendu en lui, ce n'était pas un politicien. Ce que nous avons entendu en lui, c'était quelqu'un qui prenait au sérieux l'union des gens pour sauver l'humanité — PUSHing — qui prenait au sérieux un programme d'amélioration. Nous ne l'avons pas entendu critiquer ou dénigrer ses adversaires, un message dont nous avons besoin aujourd'hui. Au contraire, il a donné une vision aux gens. Il a parlé de passer des combats pour les droits civiques à un terrain d'entente économique. Il a parlé de passer à un terrain moralement supérieur. Il a présenté les questions sous un angle moral, en s'appuyant à la fois sur les traditions judéo-chrétiennes et sur la Constitution.
Et Jesse avait une façon, comme l'a dit Juan, de dire : « Si vous pouvez abattre les murs en Allemagne, si vous pouvez abattre les murs en Afrique du Sud, vous pouvez abattre les murs ici à Cuba, vous pouvez abattre les murs qui maintiennent les gens dans la pauvreté et dans les ghettos ici même. » Et c'est ce qui fait son unicité.
Jesse ne se contentait pas de critiquer la question raciale. Il avait une critique raciale, mais il reconnaissait que la critique raciale seule était trop limitée. Il se souvenait de ce que le Dr King avait enseigné en 1965, à la fin de la marche de Selma à Montgomery, à savoir que la plus grande crainte des oligarques avides de ce pays était que les masses de Noirs, de Blancs pauvres et d'autres, les Latinos, s'unissent et forment un bloc électoral capable de modifier fondamentalement l'architecture économique de cette nation. Il nous a poussés, Amy, à connaître la politique, celle de nos adversaires et la nôtre, à connaître les deux côtés, et à ne pas rabaisser nos adversaires. Ce que nous devions faire, c'était donner aux gens une vision d'espoir, et pas seulement des rêves et des vœux pieux, mais le genre d'espoir qui naît de la construction d'un mouvement.
Vous savez, les gens disent qu'il a perdu. En réalité, il n'a pas perdu ces deux élections. Il a attiré 10 millions de nouveaux électeurs. Il a changé les règles au sein du Parti démocrate. Il a mis en avant un programme pour des personnes dont personne ne parlait. Il était l'un des rares candidats à parler ouvertement des pauvres, que ce soit dans l'Iowa, en Alabama, au Mississippi, à New York ou dans le nord de l'État de Connecticut. Où qu'il soit, il soulevait les gens. Et c'est là que réside son génie et le genre d'espoir qu'il a maintenu vivant encore et encore.
Et il n'a jamais cessé, même lorsqu'il est tombé malade. Nous étions au Texas, marchant 34 km pour soutenir les habitants du Texas, et Jesse Jackson est apparu il y a cinq ans, alors que nous étions en pleine pandémie de COVID. Alors que nous nous battions pour que les personnes pauvres et à faibles revenus soient traitées de manière équitable dans le cadre des crédits alloués à la COVID, Jesse Jackson est simplement arrivé un jour. Alors que nous nous battions pour le droit de vote et exigions que le projet de loi sur la COVID et le rétablissement du droit de vote soient adoptés en même temps, et que les politiciens ne voulaient pas le faire, Jesse est arrivé, et nous sommes allés en prison ensemble. Quand nous avons commencé, j'ai été arrêté avec lui.
Lorsque nous avons relancé la Poor People's Campaign, Jesse était maire de Solidarity City. Il est venu et a dit : « Je ne suis même pas ici pour la diriger. Je suis ici pour dire qu'il est grand temps que nous reprenions cela, 50 ans plus tard, et que c'est la bonne chose à faire », car il a compris que nous ne sommes pas actuellement dans une crise de la démocratie ou une crise d'un parti ; nous sommes dans une crise de civilisation. Il y a quelque chose de très malsain lorsque les gens pensent que la seule chose à faire avec le pouvoir est de faire du mal aux gens, de les expulser, de les déporter, de leur retirer leur couverture santé et leur salaire minimum vital. Le message de Jesse est nécessaire aujourd'hui. Je dirais que tout le monde devrait écouter les discours de 1984 et 1988, les écouter et s'en inspirer aujourd'hui afin que nous puissions sortir de la situation que nous vivons actuellement.
JUAN GONZÁLEZ : Et, révérend Barber, je me demande... Vous avez souvent dit que, comme Selma en 1965 et Birmingham en 1963, nous vivons aujourd'hui un moment moral. Pourriez-vous nous expliquer brièvement pourquoi ?
BISHOP WILLIAM BARBER II : Eh bien, vous savez, quand on écoute, par exemple, la fin du discours de Selma à Montgomery, lorsque le Dr King a prononcé son sermon sur les marches du Capitole de l'Alabama, il est intéressant de noter qu'il a élargi le sujet dont il parlait.
Il ne parlait pas seulement du droit de vote des Noirs. Il a exposé ce qui pourrait se passer si nous avions — si nous étendions le droit de vote. Il a expliqué comment cela changerait la démocratie elle-même.
Alors que nous sommes ici en ce moment, Jesse est décédé hier, et lorsque sa famille m'a appelé, son fils m'a appelé, alors que nous priions, alors qu'ils l'emmenaient, sa femme a dit : « Un lion puissant est tombé. » C'est ce que son fils m'a dit. Et je pense que le pouvoir moral de ce lion est à la fois de protéger et d'étendre la fierté. Eh bien, aujourd'hui, nous avons moins de droits de vote qu'au 6 août 1965, lorsque la loi sur le droit de vote a été adoptée pour la première fois. Et Jesse nous enseignait toujours que le droit de vote n'était pas réservé aux Noirs. Il nous enseignait ce qu'il apportait aux femmes blanches, ce qu'il apportait aux travailleurs. Nous n'avons toujours pas de salaire minimum vital, alors que nous créons des trillionnaires, des trillionnaires avides, et que nous donnons de plus en plus d'argent aux milliardaires et aux oligarques. Nous n'avons pas de salaire minimum vital. Plus de 140 millions de personnes sont pauvres et ont un faible salaire. 87 millions de personnes n'ont pas d'assurance maladie ou sont sous-assurées, à une époque où nous adoptons des lois importantes, horribles, mortelles et destructrices qui suppriment les soins de santé.
Nous vivons également à une époque où, même du côté démocrate, les politiciens n'osent pas prononcer le mot « pauvre ». Ils parlent d'accessibilité financière, mais ils n'osent pas dire le mot « pauvre ». Jesse, lui, l'aurait fait. Et il dirait qu'on ne peut pas simplement affirmer que la marée montante aide la classe moyenne et que tout le monde suivra. Il savait que certains bateaux étaient bloqués. Et il savait qu'il fallait remonter depuis le fond, pas vraiment avec la marée montante, mais remonter depuis le fond. Et il avait une méthode, dont nous avons besoin aujourd'hui. Nous devons faire savoir aux gens quelque chose qu'il disait souvent : si vous êtes noir et que vous ne pouvez pas payer votre facture d'électricité parce que vous ne gagnez pas un salaire suffisant pour vivre, ou si vous êtes blanc et que vous ne pouvez pas payer votre facture d'électricité parce que vous ne gagnez pas un salaire suffisant pour vivre, nous sommes tous noirs dans le noir, et la seule façon de sortir de l'obscurité est que tous ceux qui sont dans le noir exercent leur pouvoir.
Nous sommes enfin arrivés, Juan, à un moment moral critique, car 90 millions de personnes — avec tout cet autoritarisme et ce néofascisme qui sont vomis et mis en œuvre dans la politique de l'administration actuelle — 90 millions de personnes sont restées chez elles. Le Congrès actuel est composé comme il l'est à cause de seulement 7 000 voix. Et dans de nombreux États, très nombreux États, la marge de victoire est inférieure à 5 % du nombre de personnes pauvres et à faible revenu qui n'ont pas voté. Et elles ont dit qu'elles n'avaient pas voté parce que personne ne leur avait parlé. Jesse leur aurait parlé, et nous devons le faire aujourd'hui.
AMY GOODMAN : Évêque William Barber, nous tenons à vous remercier infiniment d'être avec nous, président et maître de conférences de Repairers of the Breach, directeur fondateur du Yale Center for Public Theology and Public Policy.
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