Recherche · Dossiers · Analyses
Toujours au devant

Les médias de gauche

Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

Derniers articles

Compromis

20 juin, par Gérard Montpetit — , ,
Un vieil adage définit la politique comme « l'art du compromis ». Idéalement, ce « donnant-donnant » permet d'arriver à une situation où toutes les parties y trouvent leur (…)

Un vieil adage définit la politique comme « l'art du compromis ». Idéalement, ce « donnant-donnant » permet d'arriver à une situation où toutes les parties y trouvent leur compte. Mais il arrive parfois une situation où une partie donne tout et ne reçoit rien en contrepartie.

C'est sans doute ce qui a amené l'environnementaliste Steven Guilbault à démissionner comme ministre, puis bientôt comme député.[1] « Le député libéral serait déçu de l'orientation imposée au gouvernement par le premier ministre Mark Carney, qui mise davantage sur le développement des ressources que sur les enjeux climatiques. … Depuis l'élection de Mark Carney, l'ancien militant écologiste semblait avaler compromis après compromis. ».[2]

Au Québec, des compromis de M. Guilbault, tel le pipeline Trans-Mountain ou le projet Baie du Nord, ont amené le mouvement environnemental à voir son bilan comme étant très, très mitigé. Mais à l'autre bout du pays, il était devenu le mouton noir, la tête-de-Turc de tout le mouvement ultraconservateur pro-pétrole de l'Alberta. David Clemenhaga du journal The Tyee affirme que ceux-ci souffrent d'un « cas grave de ‘Syndrome de dérangement anti-Guilbault'. »[3] La tentative de rapprochement avec la Première ministre albertaine, Mme Danielle Smith, par M. Carney est un cadeau pour l'industrie des énergies fossiles.

On comprend et on accepte que M. Carney veuille diversifier nos marchés face à la guerre tarifaire de Trump. Son discours de Davos a été acclamé pour sa lucidité car les puissance intermédiaires, comme le Canada, doivent désormais « lever les coudes » :« Lorsqu'on n'est pas à la table, on figure au menu » a dit Mark Carney à tous les pays qui ont l'impression de se faire dévorer par Donald Trump.[4]

Face à l'ogre, il faut réagir ! Mais dans une guerre, jusqu'où doit-on compromettre nos principes et notre avenir à long terme pour survivre ? Et en réagissant à la menace immédiate des tarifs trumpiens, est-ce qu'à long terme, on ne risque pas d'aggraver les changements climatiques ? Tout un dilemme !

En 2017, M. Carney, en tant que gouverneur de la banque d'Angleterre, avait mis les magnats de la finance en garde contre les coûts des changements climatiques, des coûts dont la croissance exponentielle pourrait ébranler les colonnes du temple économique.[5] Une décennie plus tard, les années de chaleur record se succèdent. Et les climatologues sont presque certains que nous entrons dans une année El Niño. Comme le dit Chris Hatch du National Observer :« Bien que le phénomène El Niño ne soit pas directement lié aux changements climatiques, il arrivera dans un monde où les températures mondiales sont gonflées à bloc. Nous n'avons jamais vu un El Niño frapper une planète surchauffée à ce point par la pollution au carbone. »[6]

Pourtant, il y aurait une autre solution, plus constructive. Le 4 avril 2025, en pleine campagne électorale, plus de 120 élus municipaux, dont Mme Valérie Plante, mairesse de Montréal, et M. Richard Ireland, maire de Jasper en Alberta dont la ville avait été frappée par un grave incendie, demandaient aux candidats des cinq partis politiques d'investir massivement dans les infrastructures municipales. Leur plan en cinq points pourrait être mis en oeuvre pour « créer un véritable boom d'emplois et répondre à l'urgence climatique. »[7] Malheureusement, ce plan a été ignoré.

L'industrie pétrolière et Trump sont des acteurs de mauvaise foi qui nous menacent de plusieurs manières.[8] Quel compromis doit-on faire pour contrer les dangers à court terme que les tarifs trumpiens imposent à notre économie par opposition aux dangers à long terme pour le climat causés par la combustion effrénée des énergies fossiles ?[9] M. Guilbeault semble dire « assez de couleuvres » alors que M. Carney semble encore enclin à serrer la main du diable. Mais mon père, avec son gros bon sens terrien, disait :« Plus le diable en a, plus il en veut ». Peut-on apaiser l'ambition insatiable de l'industrie des combustibles fossiles ?

Celle-ci et ses alliés politiques font le pari qu'ils peuvent utiliser les fonds publics et « l'intérêt national » pour construire des infrastructures qui assureront leur avenir pendant une génération avant que la transition énergétique mondiale déjà amorcée les force sur la voie d'évitement de l'histoire, tout comme le cheval et le boghei au 20e siècle. C'est un bon pari pour ces dinosaures énergétiques ! Mais pour nous ? Pour la génération montante ; celle qui à l'instar de Greta Thunberg crie « How dare you ! ». [10] Pour faire face à Trump, M. Carney mise sur le développement des resources énergétiques fossiles. Par rapport à son discours devant la Lloyd's de Londres en 2017, ce pari risqué est-il un compromis inacceptable pour un homme qui veut changer le cour de l'histoire, car il faut être de la trempe de Churchill ou de de Gaulle, deux hommes qui ont poursuivi leur idéal contre l'agresseur sans compromis ?

Gérard Montpetit
La Présentation
le 14juin 2026

1] https://www.ledevoir.com/politique/canada/983384/steven-guilbeault-est-revenu-chambre-passage-politique-honneur-vie

2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2256917/steven-guilbeault-depart-vie-politique

3] https://thetyee.ca/Opinion/2026/05/28/Steven-Guilbeault-Drove-Alberta-Petro-Politicians-Nuts/?utm_source=edge&utm_medium=email&utm_campaign=290526

4] https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier (20 jan. 2026)

5] https://www.nationalobserver.com/2025/09/29/analysis/carney-climate-speech-finance?nih=ljJq7jqVcUUOL2ZyCZkh7QhHx6BF5HaAbLqQQqATe4Y&utm_source=National+Observer&utm_campaign=0184d7414a-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_27_12_00&utm_medium=email&utm_term=0_cacd0f141f-0184d7414a-277064766

6] https://www.nationalobserver.com/2026/06/08/opinion/el-nino-global-heating-emissions?nih=hNCQs09aqzsaC0LXDq2b83JMygRHeVSn30oukIi6e-A&utm_source=National+Observer&utm_campaign=01f95a6f2e-EMAIL_CAMPAIGN_2026_06_06_01_25&utm_medium=email&utm_term=0_cacd0f141f-01f95a6f2e-277064766

7] https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-04-11/face-a-la-crise-tarifaire-et-climatique/

8] https://www.nationalobserver.com/2026/06/11/opinion/carney-carbon-capture-and-storage-oil-industry

9] https://www.nationalobserver.com/2026/06/11/opinion/canada-clean-energy-transition-government-support?nih=M0ue73Q-p03JK99b1hwUTlRf_DpvoSSxdSgYZetMYdU&utm_source=National+Observer&utm_campaign=e2aa9f429c-EMAIL_CAMPAIGN_2026_06_12_12_05&utm_medium=email&utm_term=0_cacd0f141f-e2aa9f429c-277064766

10] Greta Thunberg, la voix qui secoue la planète, par Maëlle Brun, ed L'archipel, 2020 237 pages. Extrait de son discours aux Nations Unies le 23 sept. 2019. Citation à la page 122

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Démocraties sous pression : comment Trump et l’extrême droite cherchent à peser sur l’avenir de l’Amérique latine

19 juin, par Isabel Cortés
Par Isabel Cortés En un peu plus de quatre décennies, l’Amérique latine et les Caraïbes sont passées d’une région marquée par les dictatures militaires et les régimes (…)

Par Isabel Cortés En un peu plus de quatre décennies, l’Amérique latine et les Caraïbes sont passées d’une région marquée par les dictatures militaires et les régimes autoritaires à un espace où la démocratie s’est largement imposée. Aujourd’hui, près de quatre citoyens sur cinq vivent sous des (…)

Les grandes manœuvres du Commissaire au lobbyisme

Dans de nombreuses sorties sur la place publique, le commissaire au lobbyisme Jean-François Routhier ne cesse de répéter qu'il faut réformer la Loi sur la transparence et (…)

Dans de nombreuses sorties sur la place publique, le commissaire au lobbyisme Jean-François Routhier ne cesse de répéter qu'il faut réformer la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (LTEML). Datant de 2002, cette loi demande en effet de sérieux ajustements. Mais ceux-ci ne doivent surtout pas être ce que demande le commissaire.

Dans un “Rapport spécial”, celui-ci propose carrément de remplacer l'actuelle loi par une suggestion de son cru, à l'intention du prochain gouvernement du Québec. Cette proposition soulève de nombreuses interrogations quant à son contenu et à sa forme. En proposant un projet de loi, le Commissaire se substitue aux membres de l'Assemblée nationale dans un contexte qui n'engage pas un vrai débat démocratique sur la pratique du lobbyisme. De plus, le commissaire se place en situation d'apparence de conflit d'intérêts, puisqu'il propose des modifications à la loi qui définit et encadre sa propre fonction, allant même jusqu'à se donner davantage de pouvoir.

Le rapport Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité est remarquable par sa langue de bois et son refus de nommer clairement les choses. Les propositions mises de l'avant par le commissaire incluent des changements majeurs aux définitions applicables dans le cas de la LTEML, qui auraient d'importantes conséquences. Dans son projet de loi, les mots « lobbyisme » et « lobbyiste » sont remplacés par « représentation d'intérêts », « titulaires de charges publiques » par « agents publics » et « entreprise et organisation » par « entité ». Cela ferait de plus disparaître les différentes catégories de lobbyistes. Même le nom actuel de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme y passerait pour devenir la « Loi sur la représentation d'intérêts ».

Tout est placé sur un même niveau : les intentions poursuivies, les moyens financiers des interlocuteurs, le type d'organisation, le fait qu'il s'agisse d'entreprises privées à but lucratif ou d'organismes sans but lucratif. Les démarches effectuées derrière les portes closes seraient traitées comme l'appel au grand public, alors que celui-ci est une pratique démocratique de mobilisation très visible. Une multinationale aux moyens considérables et un petit organisme environnemental de quartier deviendraient ainsi de simples « entités », sans égard aux profondes inégalités de financement et d'actions qui les séparent.

Ce rapport correspond en fait à une nouvelle tentative du commissaire — la septième en tout ! — d'assujettir les OSBL à la Loi. Bien que le Commissaire précise que les organismes communautaires ne seraient pas touchés, cela est faux. Cette simili-exclusion ne permettrait de protéger que de rares organisations ne se définissant pas comme autonomes, mais comme des extensions des services publics. En effet, tous les autres OSBL seraient considérés comme des organisations faisant du lobbyisme. Des milliers de groupes, de coalitions et de regroupements seraient assimilés à des lobbyistes, alors qu'ils sont les porte-voix que la population s'est donnés pour représenter ses revendications sociales.

Le commissaire cherche visiblement à améliorer la réputation du lobbyisme. On peut se demander ce qui vaut cette faveur à cette profession dont les stigmates ne sont pas le fruit du hasard. Les lobbyistes ont en effet donné depuis longtemps une très mauvaise image d'eux-mêmes en déployant d'énormes moyens pour accroître les bénéfices d'actionnaires, d'entreprises ou de sociétés. En effet, le lobbyisme auprès des gouvernements est au cœur de plusieurs controverses, depuis des décennies : la vente de pesticides toxiques et de cigarettes, l'exploitation sans limites des hydrocarbures, la déréglementation tous azimuts de l'industrie numérique, pour ne citer que quelques exemples. Il faut aussi rappeler que l'adoption de la LTEML répondait à un scandale lié à cette pratique, alors que la compagnie Oxygène 9 permettait des accès privilégiés au gouvernement.

Même les mesures ayant le potentiel d'améliorer la pratique et la surveillance du lobbyisme sont insuffisantes pour parvenir à la transparence souhaitée par le commissaire. Celui-ci propose, par exemple, d'imposer une période de restriction aux élus et aux hauts fonctionnaires avant qu'ils puissent exercer des activités de lobbyisme, mais la période est bien trop brève pour avoir une réelle incidence sur le phénomène des portes tournantes.

Le rapport du commissaire reste surtout pour nous un coup de force, un refus du dialogue social et une nouvelle manœuvre pour faire passer ce qui a toujours été rejeté, tant du niveau politique que de la société civile. En proposant de nouveau d'assimiler les OSBL à des lobbyistes et de considérer l'appel au grand public comme du lobbyisme, le commissaire fait fi des consensus exprimés à la suite de chacune de ses tentatives.

Il est essentiel de retenir d'autres propositions pour plus de transparence en matière de lobbyisme, tout en garantissant que la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme. En février dernier, 114 organisations diversifiées ont justement endossé 29 propositions en ce sens. Une loi aussi importante pour l'avenir de notre démocratie doit faire l'objet d'une véritable consultation publique, notamment auprès des OSBL et des utilisateurs et utilisatrices du registre des lobbyistes.

Thibault Rehm est coordonnateur de Vigilance OGM.

Mercédez Roberge est coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles et s'exprimer au nom de la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.

Claude Vaillancourt et Camille Charbonneau sont président et analyste à ATTAC-Québec, respectivement.

Photo : Me Jean-François Routhier, Lobbyisme Québec

Des centrales syndicales et des groupes de la société civile exigent que la CDPQ retire 26,4 milliards $ dans des entreprises complices des crimes d’Israël en Palestine

18 juin, par Coalition du Québec URGENCE Palestine
Communiqué de presse de la Coalition du Québec URGENCE Palestine et du Mouvement pour une paix juste: Pour diffusion immédiate Tiohtià : ke/Mooniyang/Montréal, le jeudi 18 juin (…)

Communiqué de presse de la Coalition du Québec URGENCE Palestine et du Mouvement pour une paix juste: Pour diffusion immédiate Tiohtià : ke/Mooniyang/Montréal, le jeudi 18 juin 2026 — La Coalition du Québec URGENCE Palestine et Just Peace Advocates/Mouvement pour une paix juste (JPA) rendent (…)

Hausse des tarifs du transport en commun, quand se déplacer devient un luxe

18 juin, par Collectif — , ,
Le 1ᵉʳ juillet prochain, le prix de la carte mensuelle de la STM passera de 104,50 $ à 110 $. Le billet unitaire, lui, coûtera désormais 3,75 $. À ce prix-là, la capacité de se (…)

Le 1ᵉʳ juillet prochain, le prix de la carte mensuelle de la STM passera de 104,50 $ à 110 $. Le billet unitaire, lui, coûtera désormais 3,75 $. À ce prix-là, la capacité de se déplacer pour répondre à ses besoins et vaquer à ses activités de la vie courante devient carrément impossible pour bien des personnes.

Nous dénonçons les tarifs trop élevés des transports en commun depuis longtemps. Nous dressons, année après année, le sombre portrait de la hausse du coût de la vie auquel s'ajoutent les frais de transport : les loyers explosent, l'épicerie est hors de prix, les factures augmentent, les revenus ne suivent pas l'inflation, sans parler des prestations d'aide sociale qui maintiennent les personnes dans une grande pauvreté. Les gens s'appauvrissent et plusieurs n'ont plus de marge de manœuvre. Chaque dollar compte, tout coûte de plus en plus cher, des choix s'imposent : de quoi va-t-on se priver ?

Évidemment que dans ce contexte, c'est le budget transport qui écope souvent en premier. Pour plusieurs, la carte mensuelle est trop chère à payer d'un coup. L'ironie, c'est que payer ses déplacements à l'unité coûte aussi très cher, 7,50$ pour un aller-retour, disons que c'est un pensez-y bien quand notre budget est restreint ! Résultat : des gens limitent leurs déplacements, s'isolent ou renoncent à certains besoins essentiels en coupant sur le budget d'épicerie par exemple. Concrètement, ça signifie de reporter des rendez-vous médicaux, d'annuler des activités familiales ou communautaires, de compter ses déplacements pour les activités de la vie courante, pour des démarches de recherche d'emploi, etc.

Pouvoir se déplacer n'est pas un luxe et ne devrait jamais être un privilège. La capacité de se déplacer est essentielle et permet d'exercer ses droits : travailler, étudier, se loger, se nourrir, recevoir des soins, maintenir des liens sociaux, participer pleinement à la société. Le prix n'est d'ailleurs pas le seul obstacle à la mobilité. De nombreuses personnes vivent aussi d'autres barrières : machines et applications numériques devenues incontournables, difficulté à se repérer dans le réseau, obstacles insurmontables pour les personnes en fauteuil ou avec une marchette, problèmes dans le transport adapté, sentiment d'insécurité vécu notamment par les femmes et les personnes issues des minorités. Ajouter des hausses tarifaires ne fait qu'exclure davantage des personnes qui l'ont déjà difficile.

Pourtant le transport en commun est un service public. Par définition, il devrait donc répondre aux besoins de la population, assurer le respect des droits, permettre l'inclusion sociale et réduire les inégalités. Dans l'état des choses, alors qu'on fait porter une part importante du financement du réseau sur les épaules de la population qui l'utilise, pourquoi le gouvernement ne le traite pas comme tel ? Faut-il rappeler que les investissements publics favorisent largement l'automobile. Ce déséquilibre a des conséquences bien réelles sur la vie des gens. Les routes sont gratuites, alors pourquoi le transport en commun ne l'est pas aussi ?

Chaque hausse envoie aussi un drôle de message. Les élus répètent sans cesse qu'ils veulent réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuer la congestion et encourager le transport collectif, mais on rend celui-ci toujours plus cher et moins accessible. Cherchez l'erreur !

Le transport collectif est essentiel. Il permet à la ville de fonctionner. Il réduit les inégalités sociales et contribue à la transition écologique. Pourtant, ce sont encore les personnes qui ont le moins de moyens qui doivent absorber les augmentations.

Chaque hausse est une hausse de trop ! Nous demandons le gel des tarifs et la mise en place d'une tarification sociale basée sur le revenu, dans une perspective de gratuité. C'est une question de justice sociale et environnementale !

ll est temps de cesser de considérer le transport collectif comme une dépense dont la population doit assumer une part toujours plus grande. Nous avons besoin d'un réseau de transport en commun accessible, juste et inclusif, financé publiquement à la hauteur des besoins de tout le monde ; parce que pouvoir se déplacer, c'est un droit qui ne devrait pas dépendre de la taille de son portefeuille.

Signée par :

Julie Corbeil, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal

Isabelle Mailloux- Béique, Association coopérative d'économie familiale du Nord de Montréal

Frédéric Vachon, Exaequo

Dominic Palladini, Regroupement des usagers·ères du transport adapté

Alexia Fauvre, Centre communautaire Radisson

Nicolas Lemieux, Mouvement pour un transport public abordable

Rédaction Presse toi à gauche

*****

Nous sommes une très petite équipe de bénévoles. Si nous ne voulons pas nous épuiser, nous devons améliorer notre fonctionnement.

Dans cet objectif, nous apprécierions que vos articles nous parviennent avant jeudi midi pour publication le mardi suivant….sinon ce sera au mardi suivant.

Merci de votre compréhension.
*****
Bonjour

Scénario de la pause d'été pour PTAG

Dernière réunion du comité de rédaction avant la pause estivale Dernière édition de la session printemps-été
11 juin 16 juin
Première réunion du comité de rédaction après la pause estivale Première édition de la session automne-hiver
13 août 18 août

Merci de nous avoir fait parvenir vos textes.

Voici le lien de la publication

https://www.pressegauche.org/Petion-Ville-Haiti-16-Juin-2026-L-Organisme

N'hésitez pas à nous en faire parvenir d'autres

Merci de collaborer avec Presse toi à gauche

Ginette rédaction Presse toi à gauche

L’indépendance ne pourra se réaliser sans un projet de société

18 juin, par André Frappier, Geru Schneider — , ,
La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions à l'indépendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix. Le texte de Jimmy Thibodeau (…)

La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions à l'indépendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix.

Le texte de Jimmy Thibodeau [1] repose sur une inversion politique assez grossière : il accuse la gauche indépendantiste de poser des conditions à l'indépendance, alors que la véritable pression vient de ce qu'il défend lui-même. Tout accepter au nom de l'unité nationale. Accepter les discours qui ciblent les personnes immigrantes, racisées, musulmanes, juives, LGBTQ ou issues de minorités religieuses. Accepter que le rapport de nation à nation avec les Premiers Peuples soit remis à « plus tard ». Accepter que des mouvements identitaires associés à l'extrême droite, comme Nouvelle Alliance, gravitent dans la nébuleuse souverainiste sans que le camp nationaliste ne s'y offusque [2].

Ce dernier point ne peut pas être esquivé. Nouvelle Alliance véhicule un nationalisme d'exclusion fondé sur la suspicion envers les personnes immigrantes et les minorités religieuses. Laisser ce discours occuper de l'espace sans le nommer, c'est envoyer un message clair à toutes les personnes qu'il cible : ce projet n'est pas pour vous. Et tant que ce message persiste, la majorité référendaire restera hors de portée. On ne bâtit pas un pays en tolérant ceux qui en excluent une partie avant même qu'il existe. Quand un mouvement qui prétend parler au nom du peuple québécois refuse de se distancer d'un courant qui en exclut une partie, il faut se demander de quel peuple il parle.

Voilà le véritable souverainisme conditionnel : conditionner l'unité indépendantiste au silence de la gauche, des minorités et des Premiers Peuples.

Poser des exigences démocratiques à un projet politique ne revient pas à le refuser. C'est le prendre au sérieux. Le faux dilemme de la droite nationaliste consiste à dire : soit vous signez sans lire, soit vous n'êtes pas vraiment souverainistes. Mais l'indépendance n'est pas un contrat d'adhésion. Elle ne peut pas exiger le silence de celles et ceux qui veulent justement en faire un projet de libération.

Deux référendums. Deux défaites. Recommencer sans tirer les leçons, sans proposer un projet de société capable de convaincre une majorité, c'est condamner l'indépendance à la dormance pour une autre génération. Ce projet mérite une nouvelle démarche à la hauteur de son ambition.

Cette démarche existe. C'est la démarche constituante. Elle n'est pas une esquive ni une condition supplémentaire. Elle est une réponse offensive à la faiblesse stratégique la plus profonde du mouvement souverainiste : l'absence d'un projet visible et approprié par la population. Sans projet clair, l'indépendance reste une promesse abstraite que le camp fédéraliste transforme en épouvantail à chaque cycle électoral. Avec un processus constituant ouvert et démocratique, elle devient une proposition concrète. La question nationale n'appartient pas à un seul parti ni à l'Assemblée nationale.

Elle appartient à toute la population. C'est précisément ce que propose Québec solidaire : une vaste démarche de démocratie participative pour que ce débat soit celui de tout le monde. Plutôt que de défendre l'indépendance contre la peur, on construit le pays contre l'immobilisme. Ce n'est pas reculer. C'est changer de terrain pour gagner. Cette approche est unique, et c'est le seul parti à la porter.

Ce déplacement est d'autant plus nécessaire que même les organisations souverainistes le reconnaissent. Le rapport récent des OUI Québec, issu d'une vaste consultation de la société civile, est sans équivoque : des inquiétudes persistent face aux discours nationalistes parmi les personnes issues de l'immigration, et proposer un véritable projet de société apparaît comme presque incontournable.

Quand les propres alliés du mouvement tirent cette conclusion, ignorer le diagnostic relève de l'entêtement, pas de la stratégie. On ne peut pas plaider l'unité souverainiste tout en rejetant les seules propositions capables de construire une majorité réelle.

La droite nationaliste peut bien accuser la gauche de tous les maux souverainistes. Mais qu'elle commence par reconnaître les conditions qu'elle impose elle-même : le silence devant les dérives identitaires, le refus d'un projet débattu, l'idée que le monopole du projet national lui appartiendrait de droit.

Il ne lui appartient pas. Québec solidaire porte depuis des décennies un projet, une stratégie et une vision de ce pays. Il suffirait d'un peu de maturité politique pour l'écouter.

L'indépendance ne se construira pas malgré une partie du peuple. Elle se construira avec tout le peuple. Ou elle ne se fera pas.

Signataires :
André Frappier — ex-co-porte-parole de Québec solidaire
Geru Schneider — Candidat pour Québec solidaire à Chomedey et militant


Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026 L’Organisme...

18 juin, par 'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) — , ,
Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026 L'Organisme de Défense des Droits Humains stupéfie par la défaillance de la politique de sécurité et aux violations systémiques des droits (…)

Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026

L'Organisme de Défense des Droits Humains stupéfie par la défaillance de la politique de sécurité et aux violations systémiques des droits humains en Haïti

L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH condamne fermement la recrudescence des enlèvements en Haïti, qui constituent une violation flagrante des droits humains fondamentaux.

L'enlèvement récent du professeur James Boyard, cadre de la police nationale et chef de cabinet au ministère de la Défense, illustre l'échec critique de la politique de sécurité actuelle. Quand les acteurs chargés de planifier l'ordre public deviennent eux-mêmes des cibles, cela démontre l'inefficacité des mesures étatiques et l'impunité dont jouissent les réseaux criminels. Cette crise met en lumière l'incapacité ou le manque de volonté politique des dirigeants pour réformer la politique de sécurité et démanteler l'économie du kidnapping.

En fait, la passivité des autorités face à cette terreur quotidienne prive la population de ses droits humains les plus élémentaires, à commencer par le droit à la vie et à la sûreté. Pourtant, la sécurité est une obligation régalienne garantie à la fois par la Constitution haïtienne et par les traités internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l'État.

L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH estime que l'inaction systématique des gouvernants face à ce droit inaliénable soulève dès lors de graves questions sur leur responsabilité politique et leur respect des engagements juridiques.


Pour toute information complémentaire ou pour établir un partenariat, veuillez nous contacter à :

Email : eccredhh12@gmail.com

(509) 36203405
36 513668
42823678


𝐀̀ 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬 𝐝𝐞 𝐄𝐂𝐂𝐑𝐄𝐃𝐇𝐇

L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est une organisation dédiée à la promotion et la défense des droits humains, à l'éducation et à la recherche en Haïti. Elle œuvre pour une société plus juste et inclusive à travers des actions concrètes et des partenariats stratégiques.

D’or et d’os

18 juin, par Marc Simard
Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie. – Julie Hyland, Précis de fantômologie Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans (…)

Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie. – Julie Hyland, Précis de fantômologie Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans concession et féministe aux grands récits de coureurs des bois, où les femmes sont si souvent absentes. Julie Hyland réactualise (…)

*Par la voie des airs : Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé

17 juin, par Marc Simard
Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce (…)

Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce que j’aimais et j’en ai fait tout ce que j’ai pu. » Ce très, très beau livre rend hommage à cinq musiciens traditionnels (…)

Liban : préserver les semences pour survivre à la guerre

17 juin, par Amélie David
Amélie David, correspondante à Beyrouth Au Liban, la guerre a détruit les terres, dispersé les agriculteurs et agricultrices et fragilisé l’accès à l’alimentation. Alors que (…)

Amélie David, correspondante à Beyrouth Au Liban, la guerre a détruit les terres, dispersé les agriculteurs et agricultrices et fragilisé l’accès à l’alimentation. Alors que plusieurs tentent de reconstruire en cultivant des semences locales, un projet de loi sur leur encadrement inquiète : pour (…)

Le pouvoir de pirater les esprits

17 juin, par Sally Burch — , ,
L'article analyse les utilisations de l'intelligence artificielle comme instrument de contrôle social par les grandes entreprises technologiques. Les impacts, réels et (…)

L'article analyse les utilisations de l'intelligence artificielle comme instrument de contrôle social par les grandes entreprises technologiques. Les impacts, réels et potentiels, de l'intelligence artificielle (IA) sur la société suscitent une préoccupation et une inquiétude croissantes.

7 juin 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots

Plusieurs études indiquent que, par exemple, en raison de la conception actuelle des systèmes d'IA, leur fonctionnement détériore des institutions civiques fondamentales (comme les universités, le droit, le journalisme, la démocratie), en érodant l'expérience, en court-circuitant le processus décisionnel et en isolant les individus les uns des autres. Cela risque même d'entraîner sa destruction.

Le discours culturel dominant dans le domaine de l'IA porte atteinte à la diversité et à l'altérité, dans une sorte de « piratage cognitif » des identités, des valeurs et des croyances culturelles et sociales. Il a également été démontré que la difficulté à distinguer les informations vraies des fausses entraîne une méfiance générale envers les institutions et la démocratie.

Les mesures visant à atténuer ces impacts tendent à mettre l'accent sur la nécessité d'établir des codes de déontologie et des normes législatives afin d'encadrer leur développement. Des mesures sans aucun doute nécessaires, mais manifestement insuffisantes pour inverser la tendance actuelle. Il est évident que ces impacts ne sont pas simplement dus à des négligences ou à des accidents résultant du développement accéléré de la technologie, auxquels des mesures appropriées pourraient remédier, mais qu'ils font partie intégrante du modèle économique lui-même.

Historiquement, chaque avancée scientifique et technologique ouvre de multiples perspectives, mais son développement, sa diffusion et ses utilisations sont principalement déterminés par les normes imposées par les centres de pouvoir. Aujourd'hui, du moins en Occident, ce développement est concentré entre les mains des méga-entreprises numériques américaines (les bigtech), qui, depuis près de trois décennies, consolident, avec le soutien du capital financier, non seulement leur modèle économique, mais aussi, grâce à leur étroite collaboration avec l'État, le cadre géopolitique et la structure institutionnelle qui le sous-tend. C'est ce que Shoshana Zuboff appelle le « capitalisme de surveillance ». Ce cadre englobe, entre autres, les politiques publiques qui leur sont favorables, la gouvernance en matière de libre circulation des données, les traités commerciaux, les accords conclus par des institutions internationales et les infrastructures militaires de surveillance.

Attention captive

La condition sine qua non pour que les grandes entreprises technologiques puissent réaliser des bénéfices et consolider leur pouvoir est l'extraction constante de données. Si, au départ, l'objectif était d'améliorer ses services, cela a rapidement permis de générer des profils et des prévisions comportementales vendus à des annonceurs, des services de sécurité, etc., pour ensuite intégrer des mécanismes visant à influencer ces comportements. De plus, ces données servent de matière première aux modèles d'apprentissage de l'IA : ils doivent donc capter l'attention des utilisateurs afin que ceux-ci interagissent en permanence avec leurs systèmes et fournissent un éventail de données de plus en plus large (sur leurs goûts, leurs habitudes, leurs achats, leurs relations, voire leur vie intime), tout en étant exposés à la publicité. Afin de perfectionner ces techniques, des ressources considérables sont investies dans la recherche sur le fonctionnement du cerveau humain (notamment les neurosciences et les neurotechnologies), dans le but, entre autres, de pouvoir manipuler les individus plus efficacement.

Comme le résume l'organisation Friends of Attention : « Les systèmes d'intelligence artificielle utilisent aujourd'hui toute leur intelligence (et toutes nos données) pour découvrir comment manipuler, séduire et corrompre, dans le but de maximiser la “participation” humaine, c'est-à-dire l'attention quantifiée. Et ils y parviennent […] Ces systèmes ne sont généralement pas réglementés, ils opèrent aussi bien pour les enfants que pour les adultes et visent constamment à manipuler ce que nous voyons et désirons ; ils constituent donc rien de moins qu'un bio-piratage à l'échelle mondiale. »

À cet égard, certaines études montrent que la dispersion de l'attention humaine résultant d'une présence constante dans le monde virtuel affecterait les capacités cognitives elles-mêmes, en particulier chez les jeunes, avec le risque de voir émerger des générations dotées d'une capacité de réflexion critique moindre.

IA et guerre hybride

Cependant, certains éléments indiquent qu'aujourd'hui ce système entre dans une nouvelle phase où l'exploitation de nos données à des fins lucratives passe au second plan, tandis que prévaut la recherche d'un contrôle social stratégique des structures politiques, des réalités sociales et des esprits, par le biais d'une guerre culturelle et cognitive qui, par persuasion ou intimidation, vise à éliminer toute résistance ou obstacle à ce projet des grandes entreprises technologiques. Cette offensive allie idéologie et techniques militaires, transformant l'intelligence artificielle elle-même en arme.

Non pas que la guerre culturelle soit une nouveauté. Tout projet de pouvoir cherche à imposer sa vision du monde comme culture dominante afin de s'établir comme norme, de gré ou de force, ou par une combinaison des deux. Ainsi, pendant plusieurs décennies, nous avons vu comment le néolibéralisme, un projet idéologique de domination incapable de se légitimer par lui-même, a cherché à se présenter comme inévitable à travers des constructions symboliques trompeuses, sans exclure la coercition, afin de promouvoir l'individualisme, le libre marché, la réduction de l'État, etc., en symbiose totale avec « l'industrie culturelle ».

À cet égard, il convient de rappeler qu'à la fin des années 80, le Conseil pour la sécurité interaméricaine a adopté le rapport Santa Fe II intitulé « Une stratégie pour l'Amérique latine dans les années 90 », qui, dans le but de contrer ce qu'il a appelé « étatisme », établit comme nécessaire pour combattre les groupes et initiatives qui favorisent la prise de conscience, dans un esprit de solidarité et de critique vis-à-vis des pouvoirs établis (en référence au communisme gramscien, à la théologie de la libération et même à l'éducation et à la communication populaires). À cette fin, il propose une politique de conflits de faible intensité (CFI), dont l'élément fondamental est une stratégie militaire qui, au-delà de l'anéantissement physique, vise à soumettre l'ennemi en conquérant « les cœurs et les esprits » de la population ; et lorsque cela s'avère impossible, en brisant le dernier atout qui lui reste : l'espoir. Une formule qui vise à allier la force et le consensus pour dominer, avec les conséquences néfastes que nous subissons actuellement.

Ces derniers temps, ce projet de domination a pris des formes plus subtiles, s'immisçant dans la vie quotidienne de la population par le biais des technologies numériques, et il est désormais renforcé par l'intelligence artificielle, avec le soutien direct des grandes entreprises technologiques. Gaza en est un exemple frappant, mais cette logique s'applique également aux autres pays lorsque le pouvoir l'exige.

Il existe déjà de nombreux témoignages indiquant que Palantir a fourni à Israël une technologie permettant d'espionner, à l'aide de l'IA, des membres potentiels du Hamas à Gaza, en prélude à des massacres. Des techniques similaires sont désormais utilisées aux États-Unis pour surveiller et intimider (notamment à l'aide de drones) des militants qui s'opposent à la répression et à l'arrestation des migrants par le Service de l'immigration et des douanes (ICE), ou même ceux qui s'opposent simplement à ces mesures de surveillance, au nom de la protection de la vie privée.

Parmi les voix les plus critiques à l'égard de ces faits, on trouve plusieurs anciens employés de ces mêmes géants de la tech qui ont démissionné, ou ont été licenciés, en raison de leurs divergences d'opinion. L'un d'entre eux, Juan Sebastián Pinto, qui a travaillé chez Palantir (entreprise de big data liée à des opérations d'espionnage), affirme : « Lorsque les armées dépendent autant des données et de l'automatisation, la mise en place de réseaux de surveillance à grande échelle devient rapidement une priorité absolue. Les efforts visant à cartographier le monde à l'aide de satellites, de drones et de données, dans le but de repérer des cibles et de prévoir les résultats, conduisent finalement à la surveillance et à la cartographie de ce que les militaires appellent le “domaine cognitif”. Cela implique de cartographier l'opinion publique, les réseaux sociaux, l'influence et la réputation comme un champ de bataille à part entière. » Et c'est précisément pour cette raison que « l'Internet est devenu un lieu où se livrent de véritables guerres aux conséquences mortelles », où « un tweet peut déterminer la cible d'une attaque par drone et tuer des civils à l'autre bout du monde » et où « le succès dépend en grande partie de la capacité à exercer le pouvoir de l'information dans le but de tromper, de désinformer ou d'effrayer ses ennemis ».

Les experts militaires appellent ce phénomène de « guerre de génération » (5GW selon l'acronyme anglais) ou de « guerre hybride ». Il s'agit d'une forme de guerre qui repose en grande partie sur la surveillance par le biais de l'intelligence artificielle, le contrôle du discours et la désinformation, l'exploitation des réseaux sociaux, voire sur la mise au point de méthodes de plus en plus inhabituelles et cruelles de punition et d'assassinat. Il vise généralement à inverser l'ordre politique ou à produire des changements culturels, souvent en utilisant des méthodes occultes, afin que la population ne comprenne pas ce qui se passe. Et Pinto ajoute que « le pire effet secondaire de la guerre 5 GW est qu'elle transforme tout le monde, tant dans le pays qu'à l'étranger, en cible de guerre ».

Et s'il subsiste encore des doutes quant aux intentions d'entreprises telles que Palantir, il suffit de lire ce qu'en a dit le PDG de cette société, Alex Karp, lors d'une interview : « Le meilleur moyen d'instaurer la paix dans ce monde est d'effrayer nos adversaires lorsqu'ils se réveillent, lorsqu'ils s'endorment et lorsqu'ils sont avec leurs amants (…) Le moyen le plus efficace d'obtenir un changement social est d'humilier l'ennemi et de l'appauvrir. »

Construire des narratives alternatives

Alors, comment pouvons-nous riposter à ces offensives de guerre culturelle et de guerre hybride ? Bien qu'il n'y ait pas de réponse simple ou uniforme, il existe sans aucun doute des conditions indispensables. La première étape consisterait à étudier et à comprendre ce qui se passe dans chaque contexte, puis à diffuser largement ces connaissances. La deuxième consiste à renforcer la solidarité et à construire un discours qui s'oppose au discours dominant : un discours qui démontre, par exemple, que le modèle actuel de développement des technologies numériques et de l'IA n'est pas le seul possible, et que nous pouvons le réorienter pour qu'il serve l'intérêt général. Pour cela, il sera également important de nouer des alliances avec les gouvernements et les acteurs politiques qui partagent ces préoccupations. Des alliances, par exemple, pour développer la souveraineté numérique, défendre les droits fondamentaux ou soumettre des propositions aux instances internationales qui fonctionnent encore. Enfin, nous pouvons choisir, dans la mesure du possible, d'utiliser des technologies libres qui ne transmettent pas nos données aux grandes entreprises et ne contribuent pas à enrichir ces dernières.

Sally Burch, 28/05/2026 |

Sally Burch est une journaliste anglo-équatorienne, membre de l'Agence Latino-Américaine d'Information (ALAI). Ce texte a été initialement publié dans le magazine América Larina emMovimento nº559, en février 2026.
https://capiremov.org/fr/analyse/le-pouvoir-de-pirater-les-esprits/

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La FIFA expose les tensions de classe en Colombie-Britannique

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2026/06/image_3.jpeg16 juin, par West Coast Committee
Chaque quatre ans, la Coupe du monde captive les fans de soccer du monde entier. Mais comme pour chaque événement sportif international, les festivités masquent une réalité (…)

Chaque quatre ans, la Coupe du monde captive les fans de soccer du monde entier. Mais comme pour chaque événement sportif international, les festivités masquent une réalité plus sombre: en…

Québec solidaire : le débouché politique du camp populaire

16 juin, par Bernard Rioux, pour le Comité de rédaction de Presse-toi à gauche ! — ,
Le paysage politique québécois est traversé par une crise profonde. Les partis qui se sont succédé au pouvoir ont tous, à des degrés divers, servi les intérêts de la classe (…)

Le paysage politique québécois est traversé par une crise profonde. Les partis qui se sont succédé au pouvoir ont tous, à des degrés divers, servi les intérêts de la classe dominante au détriment de la majorité populaire. L'impasse des partis néolibéraux explique la volatilité des intentions de vote. La majorité populaire est à la recherche d'une alternative. Il est plus important que jamais que Québec solidaire réponde à cette aspiration et que le camp populaire se regroupe derrière ce parti de la gauche québécoise.

La CAQ, un bilan antipopulaire sur toute la ligne

Le gouvernement de la CAQ, malgré ses promesses de « troisième voie », a mené une politique résolument néolibérale : cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, ouverture du système de santé au privé, détérioration profonde des services publics, absence de politique de logement social, et creusement des inégalités sociales. Il s'est attaqué au droit de grève et a cherché à réduire la portée de l'action syndicale à la seule gestion des conventions collectives.

Il a abandonné toute ambition sérieuse en matière de transition écologique. Il a affaibli les protections environnementales et repoussé les cibles de réduction des émissions de GES ainsi que de réduction de l'utilisation des voitures thermiques.

Incapable d'arracher la moindre concession significative à Ottawa, il a cherché à masquer ses échecs en désignant les personnes immigrantes comme boucs émissaires, attisant les divisions et normalisant la discrimination envers les personnes racisées, arabes et musulmanes.

Le Parti québécois, une dérive droitière assumée

Le Parti québécois, en dépit de sa domination dans les sondages, ne représente pas une alternative. Sur le plan économique, le PQ de PSPP se positionne clairement à droite du spectre social-démocrate qu'il a longtemps incarné. Ces derniers mois, le PQ s'est engagé à réformer le système d'aides publiques pour alléger le fardeau administratif et fiscal des PME. La promesse d'un Québec « riche » s'inscrit dans les cadres géopolitiques de l'impérialisme américain, adossée à un programme économique qui ne fait aucune place à une redistribution sérieuse de la richesse, et qui demeure muet sur les grandes questions de justice sociale, écologique et démocratique.

Son nationalisme identitaire, qui lie immigration, crise du logement et avenir du français, reproduit la même logique d'exclusion que la CAQ. PSPP l'a lui-même affirmé : un Québec souverain devrait aligner ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis. Une indépendance sans rupture avec le néolibéralisme ni avec l'impérialisme n'est pas une indépendance — c'est un changement d'enseigne qui, excluant les populations issues de l'immigration, divisera le Québec et n'aura aucune chance de réussir. [1]

Le Parti libéral du Québec, une longue tradition de soumission aux intérêts du patronat

Le Parti libéral du Québec, quant à lui, est en état d'effondrement dans le Québec francophone, et pour cause : ses années au pouvoir ont été marquées par des coupures massives dans les services sociaux, la privatisation du système de santé sous Barrette, l'affaiblissement du réseau de la petite enfance et des attaques répétées contre les classes populaires au profit des entrepreneurs, des cliniques privées et des multinationales.

Le PLQ cherchera d'abord à rassurer : rassurer les marchés, les investisseurs, les institutions fédérales, en promettant le retour à l'ordre, à la prévisibilité et à l'orthodoxie économique, tout en se posant en gardien de l'ordre fédéral face au souverainisme péquiste. Ce bloc social existe, mais il est étroit, sociologiquement minoritaire et politiquement fragile, incapable de produire une hégémonie durable dans une société traversée par de profondes aspirations nationales, sociales et écologiques.

Le Parti conservateur ou la normalisation de la droite extrême

Enfin, le Parti conservateur du Québec achève ce portrait en poussant l'ensemble du débat vers la droite : ultralibéralisme économique, climatoscepticisme assumé et promotion des hydrocarbures, démagogie anti-État inspirée du trumpisme. Même sans perspective réelle de pouvoir, il contribue à normaliser des positions réactionnaires et dangereuses pour les droits de la majorité populaire.

Québec solidaire comme seule alternative crédible

Dans ce contexte de recomposition politique, Québec solidaire occupe une position stratégique unique. Issu des mouvements sociaux, porteur d'un projet articulant justice sociale, transition écologique et approfondissement démocratique, il est le seul parti à refuser l'alignement sur les droites économiques et identitaires qui dominent le débat politique. Sa plateforme, qui soutient la redistribution de la richesse, la défense des locataires, l'élargissement des services publics, la protection des droits des travailleuses et travailleurs et les revendications des femmes, répond concrètement aux besoins de la majorité populaire là où les autres partis ne proposent que des variantes du même modèle néolibéral.

Bien sûr, la plateforme de Québec solidaire ne trace pas encore la voie d'une réelle contre-offensive, tant en ce qui a trait à la nationalisation et à la socialisation des richesses naturelles qu'à la perspective d'une véritable planification écologique basée sur l'extension de la démocratie économique. Mais Québec solidaire défend clairement les acquis, rejette les logiques néolibérales et constitue un levier réel pour les luttes populaires — ce qu'aucun autre parti ne peut honnêtement revendiquer.

La prochaine élection ne sera pas une élection ordinaire. Nous sommes dans un moment d'interrègne : l'ancien bloc au pouvoir se délite, aucun projet hégémonique alternatif ne s'est encore imposé. Dans cette période de flottement et de polarisation, la recomposition politique se jouera dans le cadre de ces élections, mais également dans la capacité des mouvements sociaux à donner une cohérence politique aux colères, aux aspirations et aux luttes dispersées. C'est précisément là que Québec solidaire peut jouer un rôle décisif — à condition de se concevoir non comme une simple machine électorale, mais comme un outil au service de la mobilisation populaire.

Un appel aux militantes et militants des mouvements sociaux

Des militantes et des militants du mouvement syndical, du mouvement des femmes et des mouvements écologistes, populaires et étudiants ont lancé Québec solidaire pour défendre un projet de société visant à définir le Québec que nous voulons.

Face aux attaques prévues par les partis néolibéraux, Québec solidaire propose rien de moins que la défense des conditions de vie de la population et un projet social et écologique à la hauteur des défis que nous traversons. Québec solidaire peut et doit être le débouché politique de la résistance aux politiques réactionnaires des partis néolibéraux.

Se limiter à interpeller les gouvernements, à défendre des revendications sectorielles ou à « mettre tous les partis dans le même sac » revient à s'enfermer dans une posture défensive que l'histoire a maintes fois démontrée insuffisante. Si le camp populaire veut réellement mettre fin à l'offensive actuelle contre ses conditions de vie et nos droits démocratiques, il doit poser la question du pouvoir — et y répondre.

Cela signifie concrètement : s'engager dès maintenant dans la campagne électorale aux côtés de Québec solidaire. Les militantes et militants des syndicats, des groupes communautaires, des mouvements féministes, écologistes, étudiants et de défense des droits ont la responsabilité d'investir le terrain électoral, de porter le projet d'un Québec égalitaire et solidaire jusque dans leurs milieux, leurs quartiers, leurs lieux de travail.

Il ne s'agit pas de dissoudre l'autonomie des mouvements dans un projet partisan, ni de subordonner leurs mandats à des impératifs électoraux. Il s'agit, tout en préservant cette autonomie, de reconnaître que la lutte pour le pouvoir politique est inséparable de la lutte sociale — et que laisser ce terrain à nos adversaires de classe serait une erreur historique.

Québec solidaire peut et doit être le point d'appui d'une alternative offensive et majoritaire. Mais cette alternative ne se construira pas sans nous. L'heure est à la mobilisation.


[1] Pour une discussion sur les stratégies de lutte pour l'indépendance du Québec voir l'article suivant : Retour sur les débats stratégiques au coeur de la lutte pour l'indépendance du Québec

Alain Bihr présente L’écocide capitaliste

16 juin, par Alain Bihr — ,
Dénoncer l'écocide capitaliste présuppose de prendre la mesure de ce dernier. Dans ce but, ce premier tome commence par un état des lieux de la catastrophe écologique (…)

Dénoncer l'écocide capitaliste présuppose de prendre la mesure de ce dernier. Dans ce but, ce premier tome commence par un état des lieux de la catastrophe écologique planétaire dans laquelle le capitalisme nous a engagés : changement climatique, atteintes multiples aux milieux naturels globaux (océans, zones humides, forêts), dégradation des éléments (terre, eaux, air, énergie), appauvrissement de la biodiversité, menaces réitérées sur la santé humaine.

Ce constat alarmant, déjà dressé aux débuts des années 1970 par le rapport Meadows sur« les limites à la croissance », nous avait alors valu la promesse d'un « développement durable ». Ce tome en établit le bilan peu glorieux, illustré notamment par l'échec manifeste de la « lutte » contre le changement climatique conduite sous l'égide de l'ONU qui, de procrastination en sabotage, n'aura fait que servir de paravent à l'augmentation continue des émissions des gaz à effet de serre.

Tout aussi inefficaces s'avèrent les solutions faisant appel au marché (marchés du carbone, marchés de compensation écologique) ou aux innovations techniques (énergies « renouvelables », captage et stockage du carbone, biocarburants, voitures électriques, etc.), qui au mieux ne sont pas à la hauteur des problèmes qu'elles prétendent résoudre, quand elles ne les aggravent pas purement et simplement. Ne reste plus alors qu'à s'adapter à la catastrophe ou à en dénier l'existence, ou encore à attendre cyniquement que son œuvre mortifère s'accomplisse en espérant en réchapper. (L'édocide capitaliste, quatrième de couverture, Volume 1/3)

La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul

16 juin, par Marc Simard
La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec (…)

La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec brio, à l’aide d’éléments visuels créatifs qui embellissent l’univers du personnage principal, Mahin. Le long métrage (…)

Voici le programme de parutions des Éditions Écosociété d’août à novembre 2026

16 juin, par Éditions Écosociété — , ,
Bonjour à tous et à toutes, Voici le programme de parutions des Éditions Écosociété d'août à novembre 2026. Travail essentiel, travailleurs jetables – Migrations, (…)

Bonjour à tous et à toutes,

Voici le programme de parutions des Éditions Écosociété d'août à novembre 2026.

Travail essentiel, travailleurs jetables – Migrations, capitalisme et classes sociales / 19 août
Mostafa Henaway / Traduction de Nicolas Calvé / Préface de Harsha Walia / Hors série

– Le temps des « ange-gardiens » n'aura été qu'une parenthèse. D'Amazon à Dollarama, des élevages de poulets à Uber, un essai fouillé et émouvant sur l'exploitation des travailleurs migrants et leur quête de justice.

Jeunes et communistes – Vélo-recherche le long du Rideau de fer / 26 août
Pascale Dufour / Collection Parcours

– Alors que de nombreux jeunes se tournent vers le conservatisme, est-ce encore possible d'être jeune et... communiste ? Pascale Dufour est partie à vélo le long de l'ancien Rideau de fer pour rencontrer la première génération de communistes née après la chute du Mur. Entre le lourd héritage soviétique de leur pays et les enjeux climatiques actuels, ils témoignent de leur idéal révolutionnaire.

Planète plastique – Voyage sur les traces d'une matière envahissante / 2 septembre
Rémy Bourdillon / Collection Parcours

– Le journaliste Rémy Bourdillon est parti autour du monde pour suivre le chemin du plastique. À la fois carnet de voyage, enquête journalistique et essai de vulgarisation, Planète plastique tisse un portrait complet et saisissant du système plastique, de son histoire à sa production, de ses effets sur les écosystèmes à son impact sur la santé.

Migrations, frontières, exil / 15 septembre
Fredy Linus Bouchen et Stéphanie Garneau / Collection Radar (15 ans et plus)

– À 21 ans, Fredy a risqué sa vie en traversant cinq pays. Une fois arrivé, son périple n'était pourtant pas terminé. Avec Stéphanie Garneau, il raconte comment les frontières transforment l'exil en péril et nous invite à repenser la migration pour que nos pays deviennent des terres d'accueil.

Les glaces / 16 septembre
Rébecca Déraspe et Yoakim Bélanger / Collection Ricochets (bande dessinée)

– Que fait-on quand un « grand dégel » fait apparaître une vérité trop dure, trop grave ? Une bande dessinée toute en nuances sur la culture du viol, adaptée de la pièce de théâtre éponyme qui a connu un immense succès. Pour rappel, le 17 septembre est la Journée d'action contre la violence sexuelle faite aux femmes.

Les éboueurs du capital – À qui sert l'innovation sociale ? / 23 septembre
Yves-Marie Abraham / Collection Polémos

– Paix sociale à rabais pour l'État et avantages fiscaux pour les compagnies et les riches ? Une charge frontale contre le concept d'innovation sociale et sa possible récupération.

Inutile de mourir pour disparaître – Carnets d'itinérance / 14 octobre
Laurent Lavaste / Collection Ricochets (bande dessinée)

– Laurent Lavaste s'est retrouvé à la rue pendant deux mois et demi, à Montréal. Alors que la crise du logement persiste, ses carnets d'itinérance nous tendent un miroir bouleversant et sans fard de la réalité de ceux et celles que la société abandonne à ses marges. Pour rappel, la Nuit des sans-abris aura lieu le 16 octobre.

Mycologie politique – Ce qui pousse après la chute / 21 octobre
Wladimir Schall / Hors série

– Allié des sans-pouvoir, éclaireur des marges, signe que rien n'est jamais définitif, le champignon nous apprend la stratégie de l'ombre pour résister aux pouvoirs en place. Un livre délicieux qui s'étend, comme un rhizome, de la philosophie politique à l'écologie, en passant par la satire, la prose poétique et la science.

Renouer avec l'autonomie collective - Récit militant sur les impasses et possibles du Bâtiment 7 / 28 octobre
Marcel Sévigny / Collection Régulière

– Un regard de l'intérieur, sans complaisance, sur l'une des expériences militantes les plus inspirantes des dernières années à Montréal. Un récit critique pour que l'utopie demeure bien vivante !

Fabriquer la menace – Agents provocateurs au service de l'État canadien [Nouvelle édition] / 4 novembre
Alexandre Popovic / Collection Régulière

– En créant sa propre menace, l'État invente du même coup le besoin de sécurité : il s'autojustifie. Le Canada ne fait pas exception, la provocation policière y existe depuis longtemps. Voici la nouvelle édition revue et augmentée d'un livre qui documente rigoureusement les actions illégales des services secrets canadiens.
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La plume éplorée

16 juin, par Omar Haddadou — ,
– Plume auréolée de Prix. - Cœur en quête de Salut. – Ecris ! dit la voix, et signe tes papiers en bas ! – Mon cœur s'épuise, geint la Plume – Couche sur papier, je te (…)

Plume auréolée de Prix.
- Cœur en quête de Salut.
– Ecris ! dit la voix, et signe tes papiers en bas !
Mon cœur s'épuise, geint la Plume – Couche sur papier, je te réserve de belles surprises.
– Mon cœur s'éreinte, j'vous dis.
– Chasse tes élégies, le Peuple affectionne tes écrits. – Le rythme a raison de moi. J'en perds ma voix. – T'es à la Une ! Belle Plume. Visibilité et renommée, rien que pour toi ! – Mon cœur bat la chamade, à force de noircir le « Papier Bifteck ». – Débarrasse-toi de la cellulose ! Je t'offre un Ordi high Tech.
– Mon cœur s'essouffle. Besoin de soins.
– Ecris ! Voilà une mission vers l'Afrique qui tombe à point.
– Je souffre dans ma chair, où sont les confrères (sœurs) ? - Tiens ! Une couverture à Yaoundé, ça te change les idées.
– Je n'ai plus d'énergie, il y va de ma vie !
Ecris et consigne tes lettres de Noblesse à l'envi ! - Mon cœur capitule.
Ecris ! Tu réveilles des émules.
Ecoutez ma détresse, moi qui rédige sans cesse !
Oh ! Tes tournures pleines de peines et d'allégresses.
17 ans de supplice, entés d'indifférence intense. - Ecris ! ! La consécration te fait la part belle et de la révérence.
– Une prise en charge ! De grâce ! -
Ecris !
(…)
- Réponds ! Qu'est-ce qui se passe ? - (…)

Omar HADDADOU Paris 2026
NB : Texte dédié à mon confrère et regretté Mohamed Bouchama, compagnon de route au « Soir d'Algérie ». Je me garde de consigner l'affliction par des tournures pathétiques qui ne sauraient cerner sa Dignité ni sa « Hauteur » ! J'étais en contact permanent avec lui et son sens désopilant me déconcertait, lui qui luttait seul contre la maladie. « Il est où Tchikoula noir ? » se plaisait-il à me le répéter, chaque semaine. Inlassable, il suait eau et sang pour l'amour de son métier de Journaliste.
Il couchait 2 papiers par jour et recevait, dans le même temps, des gens de tout le territoire national, qui le sollicitaient. La corruption, le clientélisme, la domination, la conspiration, l'incompétence et l'incurie et un rythme effréné de l'investissement, ont eu raison de sa santé. Oublié de son vivant, encensé par les tartufes, après sa mort.
Ses ordonnances et sa carte professionnelle demeureront dans mon portefeuille, tant qu'Allah me prête vie. Mes condoléances à l'épouse et toute la famille !
Repose en paix, le Balzac de la rubrique sportive !
« A Dieu nous appartenons, à Lui nous retournons »

Aéroport de Saint-Hubert : une soumission au lobby de l’industrie aéronautique

16 juin, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, le 15 juin 2026. À l'occasion de l'ouverture du terminal de Porter à l'aéroport de Longueuil–Saint-Hubert, la Coalition Halte Air Saint-Hubert tient à réaffirmer son (…)

Longueuil, le 15 juin 2026. À l'occasion de l'ouverture du terminal de Porter à l'aéroport de Longueuil–Saint-Hubert, la Coalition Halte Air Saint-Hubert tient à réaffirmer son opposition ferme et définitive à ce projet d'expansion aéroportuaire. Ce projet a été imposé en 2023 à la population. Les conclusions des consultations publiques de 2022 ont été bafouées.

La Coalition déplore que les impacts de cette expansion n'aient jamais fait l'objet d'une évaluation rigoureuse et indépendante de la part des promoteurs du projet, de Transport Canada, du ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ainsi que de l'agglomération de Longueuil. Selon la Coalition, ce projet constitue un contresens sur les plans économique, environnemental, climatique et sanitaire. Vu l'amateurisme avec lequel s'est réalisé ce projet, la Coalition n'a aucun doute que les prétendues retombées économiques annoncées ne compenseront en rien les coûts qui seront assumés par la population. Des dizaines de milliers de résidents et résidentes de l'agglomération subiront une augmentation du bruit
aérien, une détérioration de leur qualité de vie, de la congestion routière, des risques accrus pour leur santé ainsi qu'une possible dévaluation de leur patrimoine immobilier.

La Coalition rappelle également que, contrairement aux affirmations de certaines personnes élues, il n'y a jamais eu de véritable collaboration entre la Ville de Longueuil et les promoteurs du projet Porter. Ce qui a été présenté comme une collaboration s'est en réalité traduit par une soumission au lobby de l'industrie aéronautique, au détriment des préoccupations exprimées par les citoyens et les citoyennes. Cette soumission s'est également manifestée dans certains médias, où un représentant et lobbyiste de l'aéroport a bénéficié d'une tribune lui permettant, à 17 reprises, de présenter sa vision du projet sans véritable mise en perspective contradictoire.

La Coalition estime également que ce projet met en lumière le silence préoccupant des élus et élues de la Coalition Avenir Québec et du Parti libéral du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La contradiction entre leurs engagements climatiques affichés et les décisions concrètes prises sur le terrain mérite d'être dénoncée. L'ouverture du terminal aujourd'hui ne met pas fin au débat. Cet aéroport est sous perfusion d'argent public. Nous en sommes convaincus, le projet Porter ne pourra survivre sans un apport continuel de l'argent des contribuables. La Coalition Halte Air Saint-Hubert poursuivra ses démarches afin que les impacts réels de ce projet soient pleinement documentés et que les décideurs aient à rendre des comptes à la population pour les conséquences de leurs choix.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

« Les droits humains entre nos mains » : un dossier à lire dans Droits et libertés

16 juin, par Ligue des droits et libertés – section de Québec (LDL-QC) — , ,
« Le système mondial des droits humains est en danger » Tel est le cri d'alarme lancé dans le dernier Rapport mondial de Human Rights Watch. Alors que l'on assiste à une (…)

« Le système mondial des droits humains est en danger » Tel est le cri d'alarme lancé dans le dernier Rapport mondial de Human Rights Watch. Alors que l'on assiste à une multiplication de lois liberticides au Québec et au Canada, doublée d'un effritement de la démocratie, le système local nous semble aussi en péril.

Source : Ligue des droits et libertés

Face aux forts relents d'autoritarisme qui accompagnent la précarisation du précieux édifice des droits humains, comment analyser la situation et continuer de nous mobiliser pour les défendre ? La question est au centre du dossier proposé dans le nouveau numéro de la revue Droits et libertés sur le thème « Face à la montée de l'autoritarisme et de l'extrême droite – Les droits humains entre nos mains ».

Dans ce numéro

Éditorial

L'espoir qui peut naître du doute->https://liguedesdroits.ca/revue-lespoir-qui-peut-naitre-du-doute/]
Alexandre Petitclerc

Chroniques

La Ligue à Québec

La normalisation tranquille de l'exclusion scolaire
Patrice Lemieux Breton

Le monde de l'environnement

Face au projet minier La Loutre : défendre le droit à un environnement sain
Léanne Rheault

Ailleurs dans le monde

Guerre au Soudan : le Canada impliqué
Umniya Najaer
Yousuf Abubakr

Un monde de lecture

Un manuel de défense face au « fascisme tranquille »
Catherine Guindon

DOSSIER

Présentation

Face à la montée de l'autoritarisme et de l'extrême droite - Les droits humains entre nos mains
Laurence Guénette

La nation contre les droits ? Un faux dilemme
Jean-Pierre Couture

Instaurer un contre-feu face au feu de forêt autoritariste
Louis-Philippe Lampron

Réaffirmons la puissance des droits humains
Laurence Guénette

Victoires devant les tribunaux pour l'accès aux garderies
Louis-Philippe Jannard
Maryse Poisson

PL1 : pourquoi l'avis des instances de l'ONU compte
Karine Millaire

La Fédération internationale pour les droits humains interpelle le Québec

L'impasse du droit international et le défi d'une réforme radicale
Entrevue avec Monique Chemillier-Gendreau
Réalisée par Mouloud Idir

Quand la solidarité avec le peuple palestinien devient une menace
Safa Chebbi

Montée autoritariste : le Canada n'y échappe pas !
Tim McSorley

Comment nous avons rapidement appris à nous battre aux États-Unis
Vince Warren

Apprendre de nos solidarités internationales
Amélie Nguyen

Criminaliser la solidarité n'est pas une solution
Diane Lamoureux

Quelles solidarités possibles à notre frontière ?
Entrevue avec Wendy Ayotte
Réalisée par Louis-Philippe Jannard

Idées et stratégies pour contrer la désinformation
Sarah Dubuc
Élodie Fournier
Christiane Forget

Résistances : l'expérience de l'Observatoire des profilages
Jacinthe Poisson

Continuer nos luttes, la seule chose digne à faire
Table ronde avec Véronique Laflamme, Bertrand Guibord et Jess Legault
Réalisée par Stéphanie Mayer

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Pour la sécurité économique des femmes handicapées

16 juin, par L'R des centres de femmes du Québec — , ,
Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R 10 juin 2026 https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDznDJxJbsZVHRqnPTdqtdXDLwMSrpfzKFrZtCkTNqtdVXWfcKgPhXSXz

Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R
10 juin 2026
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDznDJxJbsZVHRqnPTdqtdXDLwMSrpfzKFrZtCkTNqtdVXWfcKgPhXSXzLtmZDHNG

Les femmes handicapées comptent parmi les personnes les plus touchées par la pauvreté et la violence entre partenaires intimes au Canada. Actuellement, on pénalise les personnes handicapées qui tentent de travailler, d'épargner ou de former des relations. Les pénalités financières, les règles rigides et la surveillance constante peuvent les enfermer dans des cycles d'insécurité économique. Un revenu garanti suffisant permettrait de donner aux femmes handicapées une plus grande liberté pour prendre des décisions concernant leur vie, plaident l'ANFD et ses partenaires dans un rapport intitulé Dignité, sécurité et revenu de base garantisuffisant, aussi offert en anglais.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Jean Ziegler (1934-2026) : Un insoumis dans « le cerveau du monstre »

16 juin, par Jean Batou — , ,
Jean Ziegler ne nous a pas quittés, c'est la mort qui nous l'a enlevé à l'âge de 92 ans, ce 10 juin 2026. Restons fidèles à son sourire, à son optimisme, à son enthousiasme et (…)

Jean Ziegler ne nous a pas quittés, c'est la mort qui nous l'a enlevé à l'âge de 92 ans, ce 10 juin 2026. Restons fidèles à son sourire, à son optimisme, à son enthousiasme et à sa douce ironie pour affronter les temps difficiles qui s'annoncent.

11 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr

Suisse -les nôtres

En 2007, les Nestlé de Marseille, au cœur d'une lutte syndicale de près de deux ans, avaient fait appel à lui pour qu'il popularise leur combat. Il les avait reçus chez lui à Genève, avait immédiatement accepté de rédiger une préface à leur livre (Café amer) et participé à une soirée de soutien. Je me souviens de la surprise et de l'émotion que sa simplicité et sa solidarité sans réserve avaient suscitées auprès de ces travailleurs.

Jusqu'à la fin, il n'aura cessé d'appeler au soulèvement des consciences — Der Aufstand des Gewissens, le titre allemand de son discours censuré de Salzbourg (2011) — et à soutenir les luttes populaires, refusant d'injurier l'avenir au nom du sordide présent. En témoignent les titres de deux de ses derniers livres : Chemins d'espérance (2016) et Où est l'espoir ? (2024).

En même temps, il était obsédé par la transmission des valeurs qui inspiraient ses combats. Deux de ses ouvrages l'attestent : La faim dans le monde expliquée à mon fils (2000) et Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin) (2018).

Souvenons-nous que nos luttes pour la justice sociale et la dignité humaine, contre la misère, l'exploitation et toutes les formes d'oppression, ne concernent pas que les vivants. Car si la barbarie triomphe, comme l'expliquait Walter Benjamin, même nos disparus ne seront plus en sécurité.

Dans Les vivants et la mort (1980), Jean nous rappelait que les défunts demeurent des acteurs symboliques des communautés humaines, un rôle capital leur était ainsi dévolu, mis en cause aujourd'hui par l'individualisme ravageur et l'amnésie collective cultivés par le monde capitaliste.

Son plaidoyer incessant en faveur de l'insoumission continuera à nous guider. Rappelons-nous de certains de ses titres aux allures de manifestes : Retournez les fusils ! (1980), Les rebelles contre l'ordre du monde (1997), Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui résistent (2002).

Saisissons le témoin de ses incessants cris d'alarme pour l'Afrique, épicentre des turpitudes du capitalisme, et contre le scandale de la faim. De Main basse sur l'Afrique (1978) à Destruction massive. Géopolitique de la faim (2011), en passant par L'Empire de la honte (2005). Des préoccupations essentielles trop souvent délaissées par la gauche.

Au retour d'une mission effectuée pour l'ONU, il avait aussi dénoncé les camps de réfugiés grecs dans Lesbos, la honte de l'Europe (2020). Il y stigmatisait la politique migratoire de l'Union européenne en en montrant les conséquences tragiques : la surpopulation, la précarité des abris, l'insalubrité, la carence des soins médicaux, la souffrance psychologique.

Enfin, n'oublions jamais sa dénonciation de la discrète Helvétie — « cerveau du monstre » pour Che Guevara — dans Une Suisse au-dessus de tout soupçon (1976) ou dans La Suisse lave plus blanc (1990), de même que sa remise en cause de sa complicité économique avec l'Allemagne nazie, dans La Suisse, l'or et les morts (1997). Ces travaux lui ont valu la haine des élites de ce pays et de coûteuses poursuites judiciaires.

Une indignation qui appelle à l'action, une ténacité à toute épreuve en dépit de nombreuses déconvenues, un engagement sans relâche aux côtés des damnés de la terre constituent autant de précieux héritages que Jean Ziegler lègue à notre camp. En dépit des désaccords que la gauche radicale a pu avoir avec ce militant atypique du Parti socialiste suisse, défendre une telle ligne de conduite est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre aujourd'hui et demain.

Publié le 10 juin 2026 par Marx 21

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Michel Feher - Redevenir juif : La fin d’un pacte de blanchiment réciproque

16 juin, par Sylvain Cypel — ,
La jeunesse juive étatsunienne s'éloigne de plus en plus du sionisme. Cette distanciation se traduit notamment par un regain d'intérêt pour des mouvements historiques tels que (…)

La jeunesse juive étatsunienne s'éloigne de plus en plus du sionisme. Cette distanciation se traduit notamment par un regain d'intérêt pour des mouvements historiques tels que le Bund, qui prônait un judaïsme diasporique à l'opposé des dogmes de « l'État juif ». En France, un élan similaire, bien qu'encore timide, voit le jour. Le dernier livre de Michel Feher Redevenir juif s'en fait l'écho.

7 mai 2026 | tiré d'Orient XXI |Illustration : Détail d'une affiche électorale du Bund, à Kiev, vers 1917. En yiddish : « Là où nous vivons, c'est là notre pays ! »
Wikimedia Commons
https://orientxxi.info/Redevenir-juif-pour-s-emanciper-du-sionisme

On assiste dans la jeunesse juive américaine à une distanciation importante à l'égard de l'État d'Israël. Elle avait lentement commencé de progresser dès le début des années 2000, mais après le massacre du 7 octobre 2023 elle a littéralement explosé, au vu de la cruauté du comportement des gouvernants israéliens à l'égard des Palestiniens. L'une des manifestations les plus marquantes de cet éloignement est que le terme « sioniste » est devenu une insulte pour une partie de ces jeunes juifs.

Une des formes étonnantes de cette désaffection se manifeste dans le regain progressif de l'intérêt que porte une partie non négligeable d'entre eux à l'histoire du Bund, une organisation juive née à la fin du XIXe siècle. Ainsi, en avril 2026, l'autrice américaine Molly Crabapple a bénéficié d'un succès littéraire important avec la publication d'un livre titré Here where we live is our country (Là où nous vivons est notre pays). Son livre, qui raconte l'histoire du Bund, est resté plusieurs semaines parmi les meilleures ventes des best-sellers du New York Times.

Un judaïsme « diasporique »

Pourquoi ce soudain intérêt pour une organisation ouvrière et culturelle juive qui tenait à la fois du parti, du syndicat et de l'association communautaire ? Née à la fin du XIXe siècle dans la « zone de résidence juive » de l'Europe de l'Est1 elle a disparu à la fin des années 1940. L'intitulé du livre de Crabapple résume tout : les juifs n'ont pas besoin d'aller ailleurs que là où ils sont pour s'émanciper. Et certainement pas d'aller prendre la terre des autres. Ce qui caractérisait particulièrement le Bund2, c'était son progressisme et son antisionisme radical. Il se disait marxiste et prônait l'autonomie culturelle. En octobre 1938, son principal dirigeant, Henrik Erlich, écrivait :

Si un État juif est un jour fondé en Palestine, son climat spirituel sera le suivant : une peur éternelle de l'ennemi extérieur (les Arabes), une lutte sans fin contre l'ennemi intérieur (les Arabes) pour chaque petit lopin de terre, pour le moindre poste de travail. Est-ce là le genre de climat dans lequel la liberté, la démocratie et le progrès peuvent s'épanouir ? N'est-ce pas au contraire le climat dans lequel prospèrent le chauvinisme et les tendances réactionnaires ?3

Bref, pour vivre dans un monde meilleur, les juifs n'avaient pas besoin d'établir un État en expulsant ses habitants. Cette idée mènerait au pire.

C'est ce « climat » désormais porté jusqu'à son paroxysme génocidaire par le sionisme qui amène les jeunes juifs américains à s'intéresser à ce que fut le Bund. Non parce ce parti pourrait aujourd'hui se régénérer : il a disparu dans le génocide juif, et ses quelques dirigeants qui sont restés, Joseph Staline s'est occupé de les assassiner. Mais le regain actuel d'intérêt pour le Bund incarne la possibilité d'une vie juive autre que guidée par le messianisme, le suprémacisme ethnique juif et le culte de « Tsahal, l'armée la plus morale au monde ». Ce regain aspire, à l'inverse, à pouvoir vivre un judaïsme « diasporique » intrinsèque. Sait-on qu'un phénomène identique se développe désormais aussi en France, certes à un niveau beaucoup moins développé, mais réel et croissant ? Le livre du philosophe Michel Feher, Redevenir juif, est l'un des premiers, en France, à poser les jalons d'une réflexion sur un possible nouveau « diasporisme » émancipé du poids du sionisme, après le manifeste du collectif Tsedek ! publié en février 2026.

Une proximité idéologique entre sionistes et antisémites

On a là affaire à un livre savant. Autant sur le passé du mouvement sioniste que sur son actualité. Par exemple sur les liens qui unissent la droite sioniste américaine aux diverses fractions de Maga, et tout particulièrement celles qui entretiennent des propensions antisémites ; sur le pourquoi de ces étonnantes alliances, mais aussi sur les tensions internes qu'elles suscitent. Lorsque l'influenceur de premier plan de la mouvance Maga Charlie Kirk est assassiné, « Candace Owens, l'enfant terrible du mouvement, fait courir le bruit que Kirk a été liquidé… par le Mossad », note Feher. Le vice-président américain J. D. Vance, pour sa part, promet à ses partisans qu'ils vivront bientôt « dans une nation chrétienne où ils n'auront plus jamais à s'excuser d'être blancs ». Voilà qui va rassurer les juifs américains… C'est cette atmosphère ambivalente de liens de grande proximité idéologique entre le sionisme et le régime de Donald Trump — c'est-à-dire le suprémacisme blanc, le mépris pour le droit international, l'ethnonationalisme religieux, etc. —, proximité liée à une poussée antisémite importante qui ne ressort pas des milieux « islamo-gauchistes », mais précisément du sein même de Maga — « pour les amateurs de complots (…), les juifs demeurent des objets de phobie difficilement remplaçables », écrit Feher — c'est donc bien cette atmosphère nauséabonde, validée par les plus hauts dirigeants israéliens, qui amène les jeunes juifs américains à chercher aujourd'hui une alternative au dogme sioniste.

La dernière partie de l'ouvrage est consacrée au débat autour de la figure du juif comme paria. On y retrouve entre autres, mais sans surprise, le rapport de Hannah Arendt à cette thématique, et celle d'un précurseur moins connu : Bernard Lazare, un juif français « assimilé » que l'affaire Dreyfus transforme initialement en militant très actif de la lutte contre l'antisémitisme, puis en porte-voix du sionisme. Il prend la parole au deuxième Congrès sioniste en 1898, avant… de s'en détourner et de rompre avec son fondateur, Theodor Herzl. Dans les deux cas, il s'agit de deux intellectuels juifs qui, attirés un premier temps par le sionisme, en viennent à manifester à son égard le plus grand scepticisme. Cette rupture est souvent celle dans laquelle s'engagent de plus en plus de jeunes juifs américains.

Dans son livre exceptionnel Le Siècle juif (La Découverte, 2008), qui traite du destin des juifs d'Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe, Yuri Slezkine divise l'humanité entre les « apolliniens » et les « mercuriens ». Les premiers symbolisent l'enracinement dans la glaise, l'ethnicisme, la pensée grégaire. Les seconds sont des passeurs : passeurs de frontières, passeurs d'idées. Les juifs qu'il étudiait étaient révolutionnaires, cosmopolites et universalistes, et il les voyait comme l'incarnation du type mercurien. Slezkine se préoccupait peu des sionistes, champions du nationalisme ethniciste.

Cinq ans plus tard, Enzo Traverso consacrait un ouvrage à « la fin de la modernité juive » (La Découverte, 2013). Le succès du sionisme comme celui de l'insertion des juifs aux États-Unis avaient consacré, selon lui, leur transition de la révolution vers le conservatisme.

Feher induit que Traverso pourrait bien s'être trompé. Les campus américains sont désormais remplis de jeunes juifs en passe de rupture radicale avec Benyamin Nétanyahou et consorts. Mais parviendront-ils à leurs fins ? Réussiront-ils à élargir leurs rangs au-delà des États-Unis ? L'auteur ne tranche pas, les temps présents étant plus qu'incertains. En attendant, il craint visiblement que « le coming out spartiate » d'Israël proclamé par Nétanyahou récemment ne conduise à une nouvelle « déportation massive des Palestiniens », une idée dont il constate qu'elle « fait l'objet d'un large consensus » dans la population juive israélienne. « Redevenir juif » pourrait prendre du temps.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Edgar Morin (1921–2026) : complexité, autocritique et refus de choisir

16 juin, par Adam Novak — , ,
Journaliste, philosophe, intellectuel public, Edgar Morin laisse une œuvre qui couvre un siècle d'engagement. Il voyait le marxisme comme fossilisé et développa un cadre (…)

Journaliste, philosophe, intellectuel public, Edgar Morin laisse une œuvre qui couvre un siècle d'engagement. Il voyait le marxisme comme fossilisé et développa un cadre épistémologique de la « complexité » où la contradiction exige une suspension permanente du jugement. Il inspira chercheurs, enseignants, journalistes et militants en quête de vérité dans des environnements complexes.

Mais si son approche suscita une solidarité réelle, elle fut adoptée en priorité par des modérés qui, comme Morin, préféraient le dialogue et la pétition pour des concessions plutôt que l'affrontement. Dans Leçons d'un siècle de vie (2021), il énumère les deux grandes erreurs de sa vie --- son pacifisme d'avant-guerre et son stalinisme. Deux aveux sans risque, qui l'un et l'autre tirèrent leurs conclusions vers le courant dominant, là où il fut fêté et honoré.

Le plus jeune philosophe français Daniel Bensaïd partageait la fascination de Morin pour la complexité et la contradiction. Mais le marxisme révolutionnaire de Bensaïd soutenait que l'incertitude irréductible exige un pari stratégique sur l'option révolutionnaire. [1]

7 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79008

Jeune Juif membre de la Résistance française, Morin [2] adhéra au Parti communiste français (PCF), dont il fut exclu en 1951 après la publication d'un article critique --- épisode qu'il raconta avec sa lucidité caractéristique dans Autocritique (Seuil, 1959). [3]

À partir de 1950, il produisit la sociologie du présent qui constituerait sa contribution intellectuelle la plus durable : le refus de séparer la recherche académique de l'événement, de l'actualité. Les six volumes de La Méthode (1977—2004) furent sa somme encyclopédique, mais son vrai laboratoire fut toujours la chronique de journal, la lettre ouverte, la pétition signée.

Un compte rendu détaillé, quoique peu critique, de ces contributions a été fourni par Edwy Plenel, directeur de Mediapart. [4]

Morin proposa la « pensée complexe » --- une épistémologie qui privilégie l'ouverture méthodologique, refuse la clôture systématique et traite l'incertitude irréductible non comme un problème à résoudre mais comme la condition permanente d'une enquête honnête. Sa valeur anti-réductionniste est réelle. Mais elle incorpore une limitation politique : un cadre qui refuse de hiérarchiser les parties à un conflit est équipé pour y servir de médiateur, non pour y prendre parti. Il produit des conclusions commodes pour les centristes, qui affaiblissent la résistance des opprimés et la recherche d'alternatives révolutionnaires. Une méthodologie qui se présente comme purement épistémologique --- concernée seulement par la manière dont nous connaissons, non par ce que nous devrions faire --- n'échappe pas pour autant à une fonction politique. Elle occupe simplement une position qu'elle se refuse à nommer.

L'Algérie, la modération en toutes choses

En septembre 1960, 121 intellectuels français signèrent la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie --- le Manifeste des 121 --- affirmant le droit des appelés français à refuser de participer à la guerre coloniale et la légitimité de la solidarité avec les Algériens sous occupation. Morin ne signa pas. Il accusa ceux qui signèrent de succomber à la mauvaise conscience. [5] Il parla par la suite de ce qu'il appelait l'idéologie frontiste. [6]

La pétition concernait le droit des appelés français à refuser une guerre coloniale, non la politique intérieure du mouvement nationaliste algérien. Morin se procura lui-même une raison d'éviter de s'opposer à l'impérialisme de son propre pays, et le cadre de la complexité fournit le mécanisme --- le refus d'avaliser sans réserve quelque partie que ce soit à un conflit devint un refus d'agir contre la partie qui colonisait. Morin signa ultérieurement une pétition plus modérée, qui n'était pas explicite sur l'insoumission. [7]

La laïcité, le voile et l'association Ramadan

Morin prit de meilleures positions que beaucoup de gauche française sur les controverses autour du voile qui empoisonnèrent la politique française dans les années 1990 et 2000. Dans un essai de 1990 et à nouveau dans un entretien au Monde de décembre 2003, il soutint que la signification politique accordée aux voiles était disproportionnée au problème réel ; que l'exclusion des filles voilées des écoles laïques était contre-productive ; et que la laïcité française était exploitée pour se régénérer contre une cible anti-islamique. Il reconnut l'appropriation de droite des valeurs républicaines, et exprima sa sympathie pour les protestations des résidents français d'origine musulmane et de certaines parties de la gauche radicale française.

Ce qui compliqua l'engagement de Morin fut sa relation avec l'islamologue suisse Tariq Ramadan. Le cadre dialogique de Morin, qui refuse de réduire toute tradition à ce qu'elle a de pire, l'inspira à s'engager avec Ramadan, qu'il voyait comme l'interlocuteur le plus sophistiqué de l'islam avec la modernité européenne. Ils coécrivirent deux livres --- Au péril des idées (Presses du Châtelet, 2014) et L'urgence et l'essentiel (Don Quichotte, 2015).

Pour lui, l'islam comme le christianisme avait produit dans l'histoire le meilleur et le pire, encore que dans le passé c'est le christianisme qui ait manifesté la pire intolérance. [8]

Sa position évolua d'une laïcité conventionnelle vers une sécularité presque à l'anglaise. C'était cohérent avec ce que l'on pourrait appeler la bienveillance asymétrique inscrite dans l'approche dialogique : un cadre d'ouverture permanente à l'autre tend, en pratique, à s'étendre le plus généreusement vers l'interlocuteur qui se présente comme marginal ou assiégé. Dans le contexte français des années 2000, cela signifiait l'islam. Le mouvement a des fondements de principe --- il corrige un biais réel dans le discours républicain, y compris à gauche --- mais il porta Morin vers Ramadan plutôt que vers les dizaines de femmes que Ramadan agressait.

Lorsque des accusations de viol et d'agression sexuelle contre Ramadan émergèrent en novembre 2017, Morin publia une déclaration. Il reconnut un comportement « imposé par un mâle dominateur obéissant à ses plus violentes pulsions », et écrit que ce qui était à ses yeux incontestable était « la contradiction entre son discours religieux de pureté et de pudeur, et son comportement très profane de séducteur ». [9] Il nomma clairement la contradiction. Il refusa ensuite d'en tirer quelque conséquence que ce soit.

Le mot « pulsions » localise la cause du comportement de Ramadan dans l'impulsion biologique, le détachant entièrement de toute praxis. Pour un penseur qui avait passé des décennies à insister sur le fait que le comportement individuel ne peut se comprendre hors des relations systémiques qui le produisent et l'autorisent, c'était un soudain refus d'analyse. Une analyse structurelle aurait demandé en quoi consistait l'autorité de Ramadan, comment elle était produite, qui l'avait amplifiée, et quel rapport cette autorité entretenait avec le schéma de comportement documenté par de multiples accusatrices sur des années. La formuler aurait exigé de réintroduire l'antagonisme --- entre le pouvoir institutionnel et les femmes qui lui étaient soumises --- dans un cadre qui avait remplacé l'antagonisme par la complémentarité au niveau épistémologique. À un niveau plus concret, cela aurait exigé que Morin admette qu'il avait mal jugé quelqu'un.

À la place, Morin insista sur son « horreur du lynchage médiatique » de Ramadan et sa conviction (justifiée) qu'une campagne politiquement motivée avait précédé et exploitait désormais les accusations pour des raisons sans rapport avec les droits des femmes. Il reconnut avoir été ému par les victimes --- pas moins, écrit-il, que par celles de Weinstein --- mais c'était un mouvement rhétorique qui s'acquittait d'une obligation émotionnelle sans conséquence politique : la solidarité avec les victimes fut déclarée et aussitôt mise entre parenthèses. Il eut recours à la comparaison avec Tartuffe --- chaque religion a ses hypocrites --- ce qui accomplit la même esquive que les « pulsions » : il localise le problème dans l'échec moral individuel plutôt que dans les conditions structurelles de l'autorité de Ramadan, les institutions qui la produisirent, et les personnes qui l'amplifièrent. Les observations de Morin protégeaient l'accusé tout en n'offrant rien aux femmes dont il prétendait trouver les témoignages émouvants. Il promit de réviser sa position si de nouveaux éléments le justifiaient. Il ne le fit jamais. [10]

L'échec est structurel plutôt que simplement personnel. Le cadre de la complexité fournit le mécanisme --- contextualisation permanente, suspension permanente --- et la promesse d'une révision future s'acquitta de l'obligation morale sans le coût d'une révision effective.

L'Ukraine : éthique sincère, symétrie fausse

La lettre ouverte de Morin à Ouest-France en mars 2022 [11] --- et son livre De guerre en guerre (Éd. de l'Aube, 2023) [12] --- produisirent constamment une fausse symétrie. Morin légitima les griefs russes à propos de l'expansion de l'OTAN en citant la formulation même de Poutine sans la soumettre à un examen analytique. Il soutint, sans preuve, que Zelensky, qui avait initialement cherché une solution diplomatique, avait évolué vers la recherche d'une victoire totale sous la pression américaine visant l'affaiblissement durable de la Russie. [13] Cette formulation efface la distinction entre le recouvrement du territoire occupé d'Ukraine et un changement de régime à Moscou ; l'objectif de guerre déclaré par l'Ukraine a constamment été l'intégrité territoriale dans ses frontières internationalement reconnues.

Morin proposa un condominium russo-ukrainien partageant les ressources minières du Donbas entre les deux États. [14]

Il décrivit la politique culturelle ukrainienne comme une « hystérie hypernationaliste antirusse qui a prohibé la langue, la littérature, la musique russes ». [15] La caractérisation est factuellement inexacte. Le ministère ukrainien de l'Éducation retira certains auteurs russes et soviétiques du programme scolaire en juin 2022. [16] Les mesures visent le programme officiel et les importations de publications en provenance de Russie, non la publication, la lecture, la possession ou l'étude privée. [17]

Morin ne s'intéressa pas à l'élimination systématique par la Russie des livres en langue ukrainienne dans les bibliothèques des territoires occupés, à la torture des enseignants qui refusèrent d'appliquer les programmes russes, ni au remplacement de l'ukrainien par le russe comme langue d'enseignement dans les Kherson et Zaporijjia occupés. [18] Il décrivit les médias occidentaux comme « capitulationnistes » pour n'avoir pas défendu plus fortement des concessions ukrainiennes en faveur d'un règlement acceptable pour la force d'invasion. [19] Dans l'usage en temps de guerre, la capitulation est l'acte de la partie qui cesse de résister. Jeune homme dans la résistance française en temps de guerre, il savait ce que ce mot signifiait.

Morin et Bensaïd reconnurent tous deux l'incertitude irréductible comme condition permanente de l'action politique. Leur divergence portait sur ce qu'il fallait en faire. Pour Bensaïd, l'incertitude est de nature stratégique et exige un pari plutôt qu'une méditation : les décisions politiques ne peuvent reposer sur une science de l'Histoire dont le Parti serait le dépositaire incontestable, mais relèvent d'un « art stratégique » de paris raisonnés et d'alliances conjoncturelles dans un contexte d'incertitude irréductible. [20] Pour Morin, la même incertitude était un motif d'ouverture méthodologique soutenue --- un refus de la clôture stratégique. Confronté à la question « de quel côté ? », le cadre de la complexité la dissolvait en complexité irrésoluble.

Le condominium arrive

Le cadre minéralier Trump-Poutine --- selon lequel les ressources minérales ukrainiennes dans les territoires occupés sont réparties entre Washington et Moscou, sans le consentement de l'Ukraine et contre son objection --- est la réalisation historique de la proposition de Morin selon laquelle la Russie et l'Ukraine partageraient les ressources minières du Donbas dans un arrangement de condominium bilatéral. Sans la partie ukrainienne, et avec la faction de l'élite américaine de Donald Trump. [21]

Ce n'est pas de l'ironie. C'est la démonstration la plus claire de ce que le cadre de la complexité ne peut pas faire lorsqu'il est appliqué à une situation dans laquelle une partie est bombardée en morceaux. Morin proposa des solutions partagées entre des parties dont il refusa de hiérarchiser les intérêts fondamentaux. L'Histoire les hiérarchisa sans lui.

Penseur qui intervint dans chaque grande crise d'une vie longue d'un siècle, qui paya des coûts professionnels et personnels pour des positions souvent exactes, Morin mérite l'hommage qui lui a été rendu. Il mérite aussi un bilan qui ne recule pas devant les faits. La cohérence de ses instincts éthiques était sincère. L'était aussi la limite structurelle que son cadre imposait à ces instincts aux moments où l'histoire exigeait non la complexité mais la clarté : qui est l'agresseur, qui résiste, et de quel côté êtes-vous. Son image de soi comme penseur de l'autocritique dissimulait cette vérité simple, aux autres et à lui-même.

Adam Novak

Notes

[1] Sur l'héritage de Bensaïd : Daniel Bensaïd, « Bibliographie (publications en français) », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à l'adresse : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4625

[2] Né Edgar Nahoum à Paris le 8 juillet 1921 dans une famille juive séfarade originaire de Thessalonique.

[3] L'expulsion du PCF marqua une rupture formatrice : Morin refusa ensuite toute discipline de parti tout en restant, comme il l'écrit dans Mes démons (Stock, 1994), en permanence « habité par la politique ». Autocritique (Seuil, 1959) demeure l'un des témoignages les plus honnêtes sur la rupture anti-stalinienne produits par la gauche française.

[4] Edwy Plenel, « Edgar Morin, journaliste à sa manière », Mediapart, 30 mai 2026. Disponible sur ESSF à l'adresse : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78946

[5] Dans un article paru dans France-Observateur le 29 septembre 1960, « Les intellectuels et l'Algérie ».

[6] L'hégémonie du FLN (Front de Libération Nationale) sur le mouvement indépendantiste et son harcèlement des partisans du PPA (Parti du peuple algérien) de Messali Hadj étaient réels. Sur le raisonnement de Morin, voir l'analyse universitaire de Catherine Brun sur les documents du Manifeste des 121 qui documente l'article de France-Observateur du 29 septembre 1960 et la formulation « idéologie frontisante ».

[7] Pétition de la Fédération de l'Éducation nationale.

[8] Edgar Morin, « Tariq Ramadan avant pendant après », novembre 2017. Disponible à l'adresse : https://www.algerie-penser-librement.com/tariq-ramadan-avant-pendant-apres-par-edgar-morin

[9] Edgar Morin, « Tariq Ramadan avant pendant après », novembre 2017 (voir ci-dessus).

[10] En 2019, plusieurs femmes s'étaient manifestées avec des témoignages cohérents sur le comportement systématique de Ramadan. En septembre 2024, un tribunal d'appel suisse condamna Ramadan pour viol et contrainte sexuelle ; le Tribunal fédéral suisse confirma ce verdict en août 2025. La condamnation par la cour d'appel suisse (10 septembre 2024) et la confirmation par le Tribunal fédéral (28 août 2025) sont documentées sur ESSF : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71936. Déclaration du Tribunal fédéral suisse, 28 août 2025 : https://www.france24.com/en/live-news/20250828-swiss-court-rejects-islamic-scholar-ramadan-s-rape-conviction-appeal. En mars 2026, un tribunal correctionnel de Paris condamna Ramadan par contumace pour trois chefs supplémentaires et le condamna à dix-huit ans d'emprisonnement. Ramadan ne comparu pas ; un mandat d'arrêt fut émis. Voir : https://www.malaymail.com/news/world/2026/03/26/paris-court-hands-swiss-islamic-scholar-tariq-ramadan-18-year-sentence-for-rape/213924. Aucune réaction ne vint de Morin, décédé en mai 2026.

[11] « Au bord du gouffre, ou comment faire la guerre à la guerre », disponible à l'adresse : https://najibmikou.com/fr/guerre-en-ukraine-comment-faire-la-guerre-a-la-guerre-la-lettre-ouverte-dedgar-morin/

[12] Le sous-titre de De guerre en guerre est De 1940 à l'Ukraine ; son argument principal porte sur les dangers de l'escalade guerrière, mettant en regard l'expérience de Morin pendant la Seconde Guerre mondiale et le conflit actuel. Recensions : Chemins de non-violence, 8 janvier 2023 : https://alainrefalo.blog/2023/01/08/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/ ; Histoire et société, 16 janvier 2023 : https://histoireetsociete.com/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/ ; Pressenza, 9 janvier 2023 : https://www.pressenza.com/fr/2023/01/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/

[13] Documenté dans : Chemins de non-violence, 8 janvier 2023 (voir ci-dessus).

[14] Le Devoir, « Un compromis de paix est possible, soutient Edgar Morin », juin 2022 : https://www.ledevoir.com/opinion/idees/717501/idees-un-compromis-de-paix-est-possible-plaide-edgar-morin.

[15] Extrait de De guerre en guerre (2023). Documenté dans : Chemins de non-violence et Histoire et société, janvier 2023 (voir ci-dessus).

[16] IMI, 17 juin 2022 : https://imi.org.ua/en/news/pushkin-tolstoy-lermontov-and-other-russian-authors-will-not-be-studied-in-ukrainian-schools-i46266

[17] France 24/AFP, 27 juin 2022 : https://www.france24.com/en/live-news/20220627-kyiv-s-plans-to-ban-works-in-russian-divide-book-lovers

[18] Human Rights Watch, « Ukraine : Forced Russified Education Under Occupation », 20 juin 2024 : https://www.hrw.org/news/2024/06/20/ukraine-forced-russified-education-under-occupation. Rapport complet : https://www.hrw.org/report/2024/06/20/education-under-occupation/forced-russification-school-system-occupied-ukrainian. Aucune correction de ces erreurs ne fut trouvée dans quelque texte ultérieur de Morin.

[19] Documenté dans les recensions de De guerre en guerre (voir ci-dessus).

[20] Daniel Bensaïd, dans Stratégie et parti (Textuel, 2011, dir. Palheta/Salingue). Documenté à l'adresse : https://serpent-libertaire.over-blog.com/2016/07/strategie-et-parti-de-daniel-bensaid-ugo-palheta-et-julien-salingue.html. Sur l'épistémologie politique de Bensaïd : Antoine Artous, « Daniel Bensaïd ou la politique comme art stratégique », Contretemps : https://www.contretemps.eu/bensaid-politique-art-strategique-artous/. Pour la couverture par ESSF de l'héritage de Bensaïd : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77589

[21] Sur le cadre minéralier et ses enjeux pour l'Ukraine, voir : Bill Weinberg, « Trump prepares grab for Ukraine's lithium », ESSF, février 2025 : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73653 ; et « What's so special about Ukraine's minerals ? », ESSF : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73986

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Une médaille pour la police qui dénonce la police !

16 juin, par Mohamed Lotfi — , ,
Imaginez la scène. Un jeune Noir marche tranquillement dans la rue. Il ne conduit pas une voiture, ne commet aucune infraction et ne correspond même pas à la description d'un (…)

Imaginez la scène. Un jeune Noir marche tranquillement dans la rue. Il ne conduit pas une voiture, ne commet aucune infraction et ne correspond même pas à la description d'un suspect recherché. Rien ne justifie raisonnablement une intervention policière. Pourtant, une voiture de police s'arrête. Un agent descend, l'interpelle, le fouille, le questionne et le traite avec mépris. Non pas parce qu'il existe un motif sérieux ou un doute raisonnable, mais simplement parce qu'il sait qu'il peut le faire. À cet instant, il n'y a pour témoin qu'un collègue. L'un démontre à l'autre l'étendue de son pouvoir et l'impunité dont il croit bénéficier.

Certains diront qu'il ne s'agit que de quelques minutes désagréables dans une journée. Ils se trompent. Pour le jeune qui subit cette humiliation, ce n'est pas un simple contrôle. C'est un message. Un message qui lui apprend qu'il est suspect avant même d'être citoyen. Un message qui lui rappelle que sa parole comptera moins que celle de l'autorité qui l'humilie. Un message qui lui fait comprendre qu'il devra constamment prouver son innocence là où d'autres bénéficient spontanément du respect et de la confiance.

À force de recevoir ce message, certains jeunes finissent par perdre confiance en eux-mêmes. D'autres perdent confiance dans la société. D'autres encore cessent de croire à la politique, aux institutions, aux tribunaux et à la police. Lorsqu'un jeune en arrive à la conclusion qu'il n'a pas sa pleine place dans la société, il devient plus vulnérable à ceux qui lui proposent une autre forme d'appartenance. Les gangs de rue, les réseaux criminels et les marchands d'illusions prospèrent précisément là où les institutions échouent à inspirer le respect et la confiance. Ils offrent ce que certains jeunes ont l'impression de ne pas recevoir ailleurs, soit une identité, une reconnaissance et parfois même une famille de substitution.

Je ne justifie rien. Je constate. Je tente de comprendre. Comprendre n'est pas excuser. Comprendre est au contraire la condition nécessaire pour prévenir. Une société qui refuse d'examiner les causes profondes de certains phénomènes sociaux se condamne à en subir éternellement les conséquences.

Durant mes 35 années à la prison de Bordeaux au sein du programme Souverains Anonymes, j'ai rencontré un grand nombre de jeunes qui affirmaient avoir été victimes de profilage policier. J'ai entendu des récits d'interpellations répétées, d'arrestations arbitraires, de remarques blessantes et parfois franchement racistes. J'ai entendu des histoires de fouilles injustifiées, de contrôles incessants et de confrontations humiliantes qui, prises isolément, peuvent paraître anodines mais qui, accumulées au fil des années, finissent par laisser des blessures profondes.

Comble de l'ironie. Un jeune noir m'a confié un jour qu'après avoir été arrêté tant de fois sans raison, il avait fini par se dire qu'il trouverait peut-être un jour une vraie raison de se faire arrêter. Comme si l'injustice répétée cherchait elle-même à fabriquer la culpabilité qu'elle prétendait combattre.

Évidemment, je prenais les témoignages de ces jeunes très au sérieux. Mais, de peur d'encourager un réflexe victimaire, je les invitais plutôt à distinguer les faits des perceptions et à ne pas tomber dans le piège de la haine. Je leur répétais souvent qu'en présence d'une arrestation arbitraire ou d'une intervention injustifiée, la meilleure réponse demeurait de conserver son calme et de se montrer plus grand que ceux qui abusaient de leur autorité. Il m'est même arrivé de conseiller à certains qui possèdent le verbe, qu'avec leur rage, mieux vaut de rapper que de taper.

Je leur rappelais également une chose essentielle. Dans la police comme ailleurs, il existe des femmes et des hommes non corrompus. Tous les policiers ne sont pas pareils. Ça serait injuste de répéter la même injustice que certains policiers corrompus ou mal formés, mettre tout le monde dans le même sac. Certains accomplissent leur devoir avec intégrité, courage et professionnalisme. Certains risquent leur vie pour protéger des citoyens qu'ils ne connaissent même pas. Certains sont des modèles d'humanité. Certains sont même héroïques. Il serait aussi injuste de condamner l'ensemble des policiers pour les fautes de quelques-uns qu'il serait injuste de condamner toute une communauté pour les gestes d'une minorité aussi bruyante et agissante.

Et pour leur donner un exemple, j'ai invité un policier pour rencontrer les détenus autour d'un micro. Une des rencontres les plus touchantes de Souverains anonymes. Jacques de Coninck avait quelque chose de commun avec ces policiers qui ont dénoncé leurs collègues dernièrement au poste 39. Mes Souverains l'ont reconnus en le déclarant Souverain.
https://www.souverains.qc.ca/jacques-de-koninck
Quand d'honnêtes policiers dénoncent des collègues corrompus, ce fait mérite d'être souligné parce qu'il nous rappelle que les mécanismes de correction les plus efficaces naissent parfois de l'intérieur même des institutions.

Il faut un certain courage pour dénoncer un inconnu. Il faut souvent davantage de courage pour dénoncer un collègue. Dans toutes les organisations, la pression du groupe existe. La tentation du silence existe. La peur des représailles existe. La crainte d'être marginalisé ou considéré comme un traître existe également. Malgré cela, certains policiers ont choisi de parler. Ils ont choisi l'intégrité plutôt qu'une fraternité mal fon. Ils ont choisi l'honneur de leur profession plutôt que la protection de comportements qu'ils jugeaient incompatibles avec leur mission.

Voilà pourquoi ils méritent notre respect. Voilà pourquoi, si j'étais député à l'Assemblée nationale du Québec, je leur remettrais symboliquement une médaille, pour avoir défendu ce que la police devrait toujours être. Une institution au service du public. Une institution qui protège les plus faibles. Une institution qui respecte tous les citoyens sans distinction. Une institution qui comprend que l'autorité n'a de valeur que lorsqu'elle s'accompagne d'exemplarité.

Cette affaire soulève évidemment des questions sur les responsabilités individuelles et hiérarchiques. Les enquêtes détermineront qui savait quoi et depuis quand. Elles devront établir les faits avec rigueur et transparence. Mais il existe également une question plus vaste qui dépasse largement le cadre d'un seul poste de quartier.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les révélations de ces derniers jours ne surgissent pas dans le vide. Elles s'inscrivent dans une histoire plus longue qui concerne autant les institutions que les perceptions collectives. Depuis le début des années 2000, Montréal-Nord a souvent été présenté dans l'imaginaire collectif québécois comme un territoire à part. Un quartier dont la diversité culturelle serait synonyme de problèmes. Un quartier constamment associé aux tensions sociales, à la criminalité ou à l'échec de l'intégration.

Cette représentation simpliste a laissé des traces profondes. Elle a été entretenue à différents degrés par certains médias, certains politiciens, certains commentateurs. Je n'oublierais jamais ce samedi matin quand j'ai entendu Joël Lebigot faire un commentaire déplacé pour dire qu'il ne mettrait pas les pieds à Montréal-Nord. Même à la blague, je ne l'aurais jamais dis.

Pourtant, Montréal-Nord n'a jamais été cette république de bananes décrite ou suggérée par tant de discours caricaturaux. Montréal-Nord est aussi un quartier de familles, de travailleurs, d'entrepreneurs, d'enseignants, de bénévoles et de citoyens ordinaires qui aspirent simplement à vivre en paix, à élever leurs enfants et à contribuer à la société québécoise.

L'affaire Fredy Villanueva demeure un moment déterminant de cette histoire collective. Le 9 août 2008, ce jeune homme de 18 ans perdait la vie lors d'une intervention policière à Montréal-Nord. Sa mort provoquait une onde de choc immense, des manifestations, une émeute et surtout une crise de confiance durable entre une partie de la population et les autorités publiques.

Les années ont passé, mais certaines questions demeurent. Les responsables ont-ils été convenablement tenus de rendre des comptes ? Quel message les autorités de l'époque ont-elles laissé derrière elles ? Je me souviens très bien de la manière dont plusieurs responsables politiques et institutionnels ont cherché à rassurer la population tout en minimisant, aux yeux de nombreux citoyens, la portée symbolique de cette tragédie. Le problème n'était pas seulement judiciaire. Il était aussi moral, politique et social.

Quel signal a été envoyé aux futures générations de policiers, particulièrement à ceux qui n'étaient peut-être pas faits pour exercer un métier exigeant autant de maîtrise de soi, de discernement et de respect ? Lorsqu'une société banalise certains abus ou donne l'impression de les banaliser, elle finit toujours par en payer le prix. Lorsqu'elle ferme les yeux trop longtemps, elle finit par être forcée de regarder.

Aujourd'hui, l'ironie est saisissante. Le système qui semblait parfois incapable de se corriger a finalement produit lui-même son propre mécanisme de correction. La police a dénoncé la police. Ce simple fait devrait nous amener à réfléchir. Les véritables défenseurs de l'honneur d'une institution ne sont pas ceux qui ferment les yeux sur ses fautes. Ce sont ceux qui refusent de les cacher.

Pour cette raison, les policiers qui ont trouvé le courage de parler méritent davantage que notre gratitude. Ils méritent notre reconnaissance. Ils nous rappellent qu'une institution ne retrouve sa crédibilité qu'au moment où certains de ses membres acceptent enfin de placer la vérité au-dessus de l'esprit de corps. Ils nous rappellent surtout qu'il n'existe pas de plus grand service à rendre à la police que de l'aider à rester digne de la confiance du public.

Mohamed Lotfi
15 Juin 2026

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Presse-toi à gauche prend une pause

16 juin, par Presse-toi à gauche —
Presse-toi à gauche prend une pause afin de recharger nos batteries et être prêts pour la campagne électorale qui vient. Entretemps, nous vous souhaitons une saison estivale (…)

Presse-toi à gauche prend une pause afin de recharger nos batteries et être prêts pour la campagne électorale qui vient. Entretemps, nous vous souhaitons une saison estivale remplie de découvertes, de belles lectures et d'événements artistiques et culturels. Nous vous retrouverons au mois d'août. D'ici là, seule la section des communiqués sera mise à jour régulièrement. Bon été,

Du "Québec blanc" à "l’inassimilable" ! La dangereuse résonance des mots !

16 juin, par Mohamed Lotfi — ,
Faire un lien entre Shawinigan et le message de Jean François Lisée ne signifie donc pas placer ces deux réalités sur le même plan. Cela signifie observer qu'elles s'inscrivent (…)

Faire un lien entre Shawinigan et le message de Jean François Lisée ne signifie donc pas placer ces deux réalités sur le même plan. Cela signifie observer qu'elles s'inscrivent dans un même climat où la question de l'appartenance est de plus en plus formulée en termes d'exclusion plutôt qu'en termes de citoyenneté.

Faut-il faire un lien entre Shawinigan et les propos de Jean François Lisée ?

Deux faits récents ont provoqué une onde de choc au Québec. D'un côté, la manifestation de Shawinigan où une vingtaine d'individus masqués ont déployé une banderole proclamant « Je me souviens d'un Québec blanc ». Cette démonstration a été largement dénoncée par l'ensemble de la classe politique québécoise comme une manifestation de suprémacisme blanc et de racisme assumé.

De l'autre côté, un message publié sur X par Jean François Lisée à propos du député solidaire Haroun Bouazzi. Réagissant à une discussion sur l'assimilation, l'ancien chef du Parti québécois a écrit que M. Bouazzi était « inassimilable », ajoutant qu'il devrait s'en réjouir.

Ces deux événements sont évidemment de nature différente. La prudence intellectuelle oblige à le rappeler. Rien ne permet d'affirmer que Jean François Lisée partage les idées des groupes d'extrême droite qui se sont affichés à Shawinigan. Une telle accusation serait injuste et infondée.

Mais la question n'est pas là.

La question est de savoir s'il existe un lien politique, culturel ou symbolique entre ces deux épisodes. À mon avis, oui. Non pas un lien d'intention. Non pas un lien d'appartenance. Mais un lien de résonance.

Les mots ont une histoire. Ils portent des imaginaires. Ils dessinent les frontières du possible. Lorsqu'une figure marginale affirme vouloir un « Québec blanc », elle exprime brutalement une vision ethnique de la nation. Elle dit que certains Québécois seraient plus légitimes que d'autres. Elle suggère qu'il existe une essence québécoise dont certains citoyens seraient exclus par leur origine, leur couleur de peau ou leur parcours familial.

Lorsqu'un ancien ministre, ancien chef du Parti québécois, intellectuel respecté et analyste toujours influent qualifie un député québécois élu d'« inassimilable », le registre est différent. Le ton est plus subtil. Le vocabulaire est plus policé. Mais le mot lui-même soulève une question troublante.


Inassimilable à quoi ? Et pourquoi ?

L'assimilation est un terme chargé. Historiquement, il désigne le processus par lequel un individu ou un groupe est censé abandonner une partie de ses caractéristiques culturelles pour se fondre dans une majorité. Dire d'une personne qu'elle est « inassimilable », même sur le ton de la plaisanterie, revient à suggérer qu'il existe quelque chose en elle qui résiste à l'intégration dans le corps collectif. C'est précisément là que les deux événements entrent en résonance.

Car l'idée d'un « Québec blanc » repose sur une prémisse implicite. Certains ne pourront jamais être pleinement des nôtres. Certains demeureront toujours à l'extérieur du cercle. Certains resteront perpétuellement différents.

Bien sûr, Jean François Lisée n'a pas écrit cela. Mais son choix de mots ouvre malgré lui une porte sur cet imaginaire. Il réactive une vieille frontière entre ceux qui appartiennent naturellement à la nation et ceux dont l'appartenance doit toujours être discutée, prouvée ou validée.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Jean François Lisée se retrouve au cœur de controverses liées à l'identité. Depuis son passage à la direction du Parti québécois, il semble souvent attiré par les zones grises du débat public. Il maîtrise l'art du sous-entendu. Il connaît la force des mots. Son instinct de stratège politique demeure intact. Il sait comment lancer une formule qui fera réagir tout en conservant une marge de dénégation. Ce talent, qui peut être une qualité en politique, devient parfois une faiblesse lorsqu'il entretient l'ambiguïté sur des sujets aussi sensibles que l'immigration, l'identité ou l'appartenance nationale.

L'histoire politique regorge pourtant d'exemples montrant que les glissements commencent rarement par des slogans extrêmes. Ils débutent souvent par des mots apparemment anodins. Des distinctions subtiles. Des catégories qui semblent raisonnables. Puis, peu à peu, certaines personnes cessent d'être perçues comme des citoyens à part entière pour devenir des exceptions, des problèmes ou des cas particuliers.

L'écrivain et philosophe Albert Camus écrivait que « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Cette phrase demeure d'une actualité désarmante. Car les mots ne sont jamais neutres. Ils façonnent notre regard sur les autres. Ils peuvent élargir la communauté politique ou la rétrécir.

Faire un lien entre Shawinigan et le message de Jean François Lisée ne signifie donc pas placer ces deux réalités sur le même plan. Cela signifie observer qu'elles s'inscrivent dans un même climat où la question de l'appartenance est de plus en plus formulée en termes d'exclusion plutôt qu'en termes de citoyenneté.

Une démocratie mature doit être capable de condamner sans hésitation les nostalgiques d'un « Québec blanc ». Elle doit aussi pouvoir interroger les mots employés par ses élites lorsqu'ils suggèrent, même indirectement, qu'un citoyen québécois, ayant reçu la confiance des électeurs pour les représenter à l'Assemblée Nationale, pourrait être « inassimilable ».

Parce qu'entre le slogan franchement raciste crié dans la rue et la formule ambigüe lancée sur les réseaux sociaux, il n'y a peut-être pas affinité de pensée. Mais il peut y avoir une proximité d'écho. Et les échos, en politique, comptent parfois autant que les intentions.

Le Québec a besoin de figures capables d'incarner la rencontre entre différentes trajectoires humaines. Il a besoin de responsables politiques qui rappellent que l'identité québécoise n'est pas un héritage figé, mais une communauté politique en constante construction. À cet égard, les élus issus de l'immigration ont souvent un rôle précieux à jouer, non pas comme représentants d'une origine particulière, mais comme preuves vivantes que l'appartenance au Québec peut transcender les origines.

De la même manière qu'il était légitime de demander à Haroun Bouazzi davantage de nuance, de prudence et de sens du rassemblement lorsqu'il avait affirmé, il y a deux ans, que l'Assemblée nationale participait à la « construction de l'Autre », il est légitime aujourd'hui de questionner le choix des mots de Jean François Lisée.

Car la responsabilité des personnalités publiques ne consiste pas seulement à éviter les erreurs factuelles. Elle consiste aussi à mesurer la portée symbolique des mots employés. Certains mots divisent. D'autres rapprochent. Certains enferment les individus dans des catégories. D'autres ouvrent un espace commun. Dans une société démocratique traversée par les débats identitaires, chacun devrait s'efforcer de choisir les seconds plutôt que les premiers.

Je ne demanderais pas à un groupe d'extrême droite de s'excuser d'avoir paradé derrière une banderole ouvertement raciste. Je n'attends rien de ceux qui revendiquent ou tolèrent ce genre de message. En revanche, je me permets d'attendre davantage de Jean François Lisée.

Dans les circonstances, retirer ces propos et présenter des excuses ne serait ni une faiblesse, ni un recul, ni une humiliation. Ce serait au contraire un geste de lucidité et de responsabilité. Ce serait la marque d'un homme capable de placer l'exigence morale au-dessus de l'orgueil. Bref, ce serait une preuve de grandeur.

En persistant à qualifier Haroun Bouazzi d'« inassimilable », Jean François Lisée risque d'enfermer un citoyen et un élu québécois dans une catégorie d'exception, contribuant ironiquement à cette construction de l'Autre !

Mohamed Lotfi

9 Juin 2026
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un règlement avantageux malgré des conditions inéquitables

16 juin, par André Frappier — ,
En décembre 2024 Steven Mackinnon, ancien ministre du Travail, avait rendu une ordonnance qui avait suspendu la grève légale pendant six mois en vertu de l'article 107 du Code (…)

En décembre 2024 Steven Mackinnon, ancien ministre du Travail, avait rendu une ordonnance qui avait suspendu la grève légale pendant six mois en vertu de l'article 107 du Code canadien du travail. Dans son ordonnance, M. MacKinnon demandait au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) d'établir si le STTP et Postes Canada étaient susceptibles de parvenir à une entente négociée avant la nouvelle année. Le CCRI avait établi qu'aucune entente n'était probable. Par conséquent, il a ordonné aux travailleuses et travailleurs des postes des deux unités de négociation de reprendre et de poursuivre leurs fonctions.

15 juin 2026

Un projet de loi ( C-247 ) a été déposé par la députée néo-démocrate Leah Gazan, visant à abroger l'article 107 du Code canadien du travail. Il est actuellement à l'étape de la deuxième lecture à la Chambre des communes. Déposé initialement en octobre 2025, il a fait l'objet de ses premiers débats parlementaires en deuxième lecture le 27 mai 2026.

Le droit de grève a ainsi été affaibli. Poste Canada ainsi que le gouvernement libéral ont de plus joué la carte du déficit du service postal pour mettre de la pression. Comme nous l'avons mentionné dans des articles précédents, ce déficit est causé par la complicité du gouvernement avec les industries privées de livraison du courrier qui s'accaparent de la livraison de colis dans les endroits plus à proximité et donc rentables, laissant à Poste Canada l'obligation de desservir les régions éloignées, moins rentables.

Le STTP était en négociation pour deux conventions collectives distinctes, une couvrant les employéEs de l'exploitation postale urbaine et une autre pour les facteurs et factrices ruraux et suburbains.
En ce qui concerne l'exploitation urbaine, les augmentations salariales augmentent de 6,5% la première année, (en tenant compte de la rétroactivité), 3% la deuxième et indexée à l'indice des prix à la consommation (IPC) pour les 3e, 4e et 5e année. Les FFRS ont obtenu une avancée importante avec l'obtention du salaire horaire. Ils n'ont pas obtenu le droit au véhicules fournis pas Poste Canada et doivent toujours utiliser leur propre véhicule. Il faut prendre en compte qu'ils partaient de loin lorsqu'ils ont eu droit à la syndicalisation après une longue et rude bataille.

L'implantation des Boîtes postales communautaires aura un impact important en remplaçant la livraison à domicile. Pour la grande région de Montréal la Rive sud, Laval et la Rive nord le syndicat prévoit des coupures importantes. Ils seront abolis par attrition, mais constituent des pertes d'emplois tout de même.

Une nouvelle clause dans la convention collective des employéEs de l'exploitation urbaine prévoit un congé pour les victimes de violence familiale, s'il ou elle est victime de violence familiale ou est le parent d'un enfant qui en est victime. Une nouvelle clause également prévoit un congé (non payé) pour pratiques autochtones traditionnelles.

Les employéEs FFRS ont automatiquement droit au paiement d'un maximum de sept (7) jours de congé pour raisons personnelles non utilisés. Ajout de congés pour raisons personnelles urgents doivent être pris pour les raisons suivantes : s'acquitter d'obligations relatives à la santé de tout membre de sa famille ou aux soins à lui fournir ; s'acquitter d'obligations relatives à l'éducation de tout membre de sa famille qui est âgé de moins de dix huit (18) ans.

Plusieurs nouvelles clauses normatives améliorant les conditions de travail font aussi partie de ces nouvelles conventions collectives. Au final ce sont surtout les coupures de postes qui sont le plus néfastes, pas seulement pour le personnel des postes mais pour la société en général. Nous sommes dans une période où les plus riches augmentent leur richesse pendant que la population ouvrière peine souvent à payer le loyer et l'épicerie. Pendant ce temps le gouvernement libéral ouvre la porte à ses amis du privé comme Intelcom afin qu'ils bénéficient du profit qui devrait servir à améliorer le service postal et créer plus d'emplois décents et bien rémunérés.

Il s'agit ici d'un premier compte-rendu du règlement de la convention collective, d'autres textes suivront dans nos prochaines éditions.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Repenser le changement politique en Iran : de la contestation à la guerre

16 juin, par Mohammad Ali Kadivar — ,
Un mois avant que les États-Unis et Israël ne déclenchent, le 28 février 2026, la guerre contre l'Iran, des soulèvements de masse à l'intérieur du pays ont entraîné la (…)

Un mois avant que les États-Unis et Israël ne déclenchent, le 28 février 2026, la guerre contre l'Iran, des soulèvements de masse à l'intérieur du pays ont entraîné la répression la plus sévère de l'histoire moderne du pays. Les manifestations et la répression se sont conjuguées à des appels à une intervention extérieure.

Tiré d'À l'encontre.

Le président américain Donald Trump a déclaré le 2 janvier que les États-Unis étaient « prêts à intervenir » si l'Iran venait à massacrer les manifestant·e·s[1]. Reza Pahlavi, fils du shah renversé et figure de proue de l'opposition hors d'Iran, a déclaré : « Dans des conditions où le peuple iranien est fauché de la manière la plus brutale qui soit, je ne considère pas l'aide à la libération d'une nation comme une agression. »[2] Le 10 janvier, un groupe d'intellectuels et de figures de l'opposition iraniens de premier plan – dont la lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et le cinéaste Mohsen Makhmalbaf – ont écrit directement à Trump, déclarant que « toutes les voies permettant de mettre un terme à la répression et de sauver la vie de nos compatriotes se sont retrouvées dans une impasse » et qu'« une issue à cette situation nécessite une aide internationale ».

Ces appels sont symptomatiques d'un changement plus large dans les perspectives politiques.Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Iran, il existe une perception croissante selon laquelle les efforts de la société iranienne pour provoquer un changement politique ont tous échoué. La révolte a échoué. La réforme a échoué. L'activisme civique a échoué. Cette affirmation a largement circulé parmi les militant·e·s de l'opposition en faveur d'un changement de régime (barandazan : ceux qui cherchent le renversement) et a été considérablement amplifiée au sein de la diaspora par le biais de chaînes satellitaires telles que Iran International [d'orientation monarchiste] et Manoto [basée à Londres] ainsi que par des personnalités de premier plan comme Pahlavi, trouvant un écho à l'intérieur de l'Iran via les réseaux sociaux et les médias en ligne en langue persane. Dans ces derniers, ce sentiment s'est cristallisé dans un refrain commun : « Nous avons emprunté toutes les voies. »[2] Défendant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a invoqué la même logique, affirmant que le monde avait été témoin de « vagues successives de manifestations » qui n'avaient rencontré que le carnage.

L'affirmation selon laquelle rien n'a fonctionné tire sa force d'une histoire de répression. La République islamique a réprimé à maintes reprises les manifestations de masse par des arrestations, des emprisonnements et une violence meurtrière. Les soulèvements de 2017–2018, 2019, 2022 et, plus récemment, janvier 2026 ont tous été violemment réprimés. Mais la conclusion souvent tirée de ces événements – à savoir que l'action collective en Iran a échoué – confond défaite à court terme et échec, et ignore les traces que ces défaites laissent derrière elles : des personnes radicalisées, des relations sociales altérées et les limites de ce que les États peuvent et ne peuvent pas faire. Les récents mouvements de protestation en Iran n'ont pas renversé la République islamique. Ils ont toutefois redéfini les normes sociales, modifié les calculs politiques et élargi le terrain sur lequel se dérouleront les luttes à venir.

Femme, Vie, Liberté

En 2022, le soulèvement connu mondialement sous le nom de mouvement « Femme, Vie, Liberté » a été déclenché par la mort de Mahsa Jina Amini, une jeune femme kurde sunnite dont le meurtre a eu un retentissement bien au-delà des circonstances immédiates de son arrestation pour ne pas avoir porté correctement le voile. Les manifestations se sont étendues à l'échelle nationale, durant plusieurs semaines, et ont fait face à une répression intense : des centaines de personnes ont été tuées pendant les manifestations, des milliers ont été arrêtées et les mois qui ont suivi ont vu une vague de condamnations à mort.[4]

Les manifestations de 2022 se sont distinguées des épisodes antérieurs non seulement par leur ampleur et leur durée, mais aussi par la convergence de différentes formes d'action collective. Le mouvement était à la fois une manifestation anti-régime, un mouvement de femmes et une mobilisation pour les droits ethniques et des minorités[5]. En tant que manifestation anti-régime, son caractère politique était indéniable. Les slogans dominants – « Mort au dictateur » et « Mort à Khamenei » – visaient l'ensemble du système et ses dirigeants, incarnés par la figure du Guide suprême Ali Khamenei, plutôt qu'une politique ou un grief spécifiques. En tant que mouvement de femmes, il a produit certaines de ses images les plus marquantes et les plus largement diffusées : des femmes se coupant les cheveux et brûlant leurs hijabs en public. Ces actes représentaient un rejet du contrôle de l'État sur leur corps et une affirmation de leur autonomie qui a trouvé un écho mondial. En tant que mobilisation pour les droits des minorités ethniques, l'identité d'Amini en tant que femme kurde sunnite a suscité une mobilisation particulièrement intense dans les régions kurdes et sunnites.[6]

Ces manifestations s'inscrivaient également dans le prolongement de ce que le sociologue Asef Bayat [université de l'Illinois aux Etats-Unis] a qualifié de « non-mouvements » : des formes d'action collective diffuses et non coordonnées[7]. Avant même 2022, les Iraniennes s'étaient engagées depuis des années dans une résistance quotidienne qui s'était accumulée en silence avant d'éclater dans les rues. Des millions d'entre elles ont résisté au port obligatoire du hijab par des pratiques quotidiennes, portant leur foulard de manière lâche, laissant apparaître les cheveux et le maquillage.

Au fil du temps, ces actes de désobéissance de plus en plus nombreus ont été ponctués par des formes d'activisme plus organisées. Par exemple, la campagne « Un million de signatures » lancée par des militantes féministes en 2006 pour réformer les lois familiales discriminatoires à l'égard des femmes a impliqué la formation d'une coalition entre des femmes laïques et religieuses et a réussi à bloquer une législation rétrograde. Dans un autre cas, le fait que Vida Movahed se soit dévoilée en public sur l'avenue de la Révolution à Téhéran en 2017 a inspiré une vague d'actes similaires à travers le pays. Le soulèvement de 2022 s'est inscrit dans le contexte de ces décennies de lutte et a entraîné un passage d'une désobéissance partielle à l'abandon généralisé du hijab dans de nombreux espaces urbains.

L'ampleur de cette transformation a été documentée de manière empirique. Une étude portant sur la présence des femmes sur les réseaux sociaux a révélé que, immédiatement après les manifestations du mouvement « Femme, Vie, Liberté », le nombre de femmes apparaissant sans voile avait augmenté de 24%[8]. Malgré le caractère intransigeant de la loi, ce changement populaire a persisté au cours des années suivantes. La même étude a également révélé que la couverture médiatique des manifestations avait modifié la dynamique au sein des familles : dans les zones où l'activité de protestation était plus intense, les dépenses des ménages se sont déplacées des hommes vers les femmes et les enfants – ce qui témoigne d'un changement du rapport de force au sein de la famille –, suggérant que les conséquences du mouvement se sont étendues non seulement à l'espace public, mais aussi aux dispositions domestiques qui régissent la vie quotidienne.

Les manifestations ont également façonné la dynamique au sein de l'élite politique, bien que le cheminement ne se soit pas fait de manière linéaire, de la protestation à la concession. En mai 2024, la mort inattendue du président iranien Ebrahim Raisi dans un accident d'hélicoptère a provoqué des élections anticipées, créant une opportunité que les manifestations seules n'auraient pas pu offrir. Masoud Pezeshkian – ancien ministre de la Santé sous la présidence de Mohammad Khatami [d'août 1997 à août 2005] et représentant de longue date de Tabriz, lui-même d'origine azérie et kurde – avait été disqualifié par le Conseil des gardiens pour se présenter aux élections législatives de mars 2024, avant d'être autorisé à se présenter à la présidence quelques mois plus tard. Ce revirement était en soi significatif. L'organe de contrôle a revu sa position à la suite des manifestations et du décès d'Ebrahim Raisi, autorisant le seul candidat réformiste en lice à se présenter.

Si l'élection a mis en évidence la désillusion de la population – le premier tour a enregistré le taux de participation le plus bas de l'histoire de la République islamique, alors que des personnalités de tous horizons politiques, dont la lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, avaient appelé au boycott –, Pezeshkian s'est qualifié pour un second tour face au candidat de la ligne dure Saeed Jalili. Le taux de participation a légèrement augmenté au second tour pour atteindre un peu moins de 50%, certains de ceux qui avaient boycotté le premier tour s'étant rendus aux urnes afin d'éviter une présidence de Jalili[9]. Pezeshkian a remporté le scrutin avec 54% des voix[10]. Sa campagne avait directement exprimé son soutien aux manifestations « Femme, Vie, Liberté » et s'était engagée à s'opposer aux patrouilles chargées de faire respecter le port obligatoire du hijab, forces responsables de l'arrestation et de la mort de Masha Jina Amini. Le mouvement de protestation a façonné le terrain politique sur lequel s'est déroulée l'élection, même s'il n'a pas pu en déterminer entièrement le résultat.

Pezeshkian a nommé un homme politique kurde sunnite au poste de gouverneur de la province du Kurdistan – le premier gouverneur sunnite depuis les tout débuts de la République islamique – et a désigné Abdolkarim Hosseinzadeh au poste de vice-président chargé du développement rural, le premier sunnite jamais nommé à un tel poste dans l'histoire de la République islamique. Dans une démarche sans précédent qui n'avait jamais été utilisée auparavant contre un député démissionnaire, le parlement, dominé par les partisans de la ligne dure, a voté le rejet de la démission d'Hosseinzadeh de son siège parlementaire, une exigence procédurale lui permettant d'accéder au poste exécutif. Mais Pezeshkian a persisté, et en octobre, le parlement a cédé. Il ne s'agissait pas de concessions faciles, imposées d'en haut. Il s'agissait de gains progressifs obtenus grâce à la pression politique et disputés à chaque étape. Bien qu'elles n'aient pas démantelé le système d'exclusion, elles en ont modifié les limites, établissant de nouveaux précédents que les futurs gouvernements ne pourraient pas facilement ignorer.

En 2023–2024, le parlement conservateur a adopté une nouvelle législation visant à alourdir les sanctions en cas de violation du port obligatoire du hijab – une tentative de réaffirmer son contrôle face au non-respect généralisé de cette obligation par les femmes. Pourtant, lors d'un moment révélateur de réajustement interne, Pezeshkian a refusé de signer le projet de loi, avertissant que son application générerait des tensions sociales susceptibles de mettre en péril la stabilité nationale. Dans la pratique, le régime a fait marche arrière : le port obligatoire du hijab reste formellement en vigueur, mais son application est devenue inégale, sélective et, dans de nombreux contextes – tels que les restaurants et même certains rassemblements pro-gouvernementaux –, effectivement suspendue.

C'est précisément la convergence entre soulèvements ponctuels, mobilisation électorale au sein du système, mouvements organisés et semi-organisés, et désobéissance quotidienne diffuse qui a généré une pression sur plusieurs fronts, forçant le régime à s'adapter d'une manière qu'aucune forme d'action isolée n'aurait pu obtenir à elle seule. De plus, la mort de Raisi, qui a fait disparaître non seulement un président en exercice, mais aussi l'un des principaux candidats à la succession d'Ali Khamenei, a redessiné l'équilibre des pouvoirs entre les factions rivales à un moment où la question de la succession exacerbait déjà les rivalités internes et rendait possibles les ajustements de 2024.

Action collective routinière

Un schéma similaire apparaît dans des formes plus routinières d'action collective. Partout en Iran, les travailleurs, les travailleuses, les enseignant·e·s, les retraité·e·s et les infirmiers et infirmières mènent depuis des décennies des manifestations sectorielles soutenues, souvent hebdomadaires, parfois coordonnées entre plusieurs villes. Ces actions dégénèrent rarement en confrontation directe avec les institutions centrales du régime. Elles se heurtent généralement à des niveaux de répression moins élevés : arrestations, harcèlement, violences occasionnelles, mais pas le recours systématique à la force létale observé lors des soulèvements nationaux. C'est précisément parce qu'elles se situent en deçà du seuil de la « menace existentielle » pour le régime qu'elles créent un espace, aussi restreint soit-il, pour l'organisation et la mise en place de réseaux, de routines et de répertoires d'action susceptibles de se propager d'une localité à l'autre, renforçant ainsi leurs capacités au fil du temps. Les recherches montrent que les districts ayant connu des niveaux plus élevés de manifestations sectorielles antérieures étaient plus susceptibles de participer aux mobilisations anti-régime ultérieures en 2018, 2019 et 2022[11]. La conclusion n'est pas que les mouvements sectoriels se transforment en manifestations anti-régime, mais que l'activité de protestation antérieure dans un district est associée à une mobilisation ultérieure plus importante lorsque des soulèvements plus larges se produisent.

Ces résultats illustrent que différentes formes de protestation peuvent se renforcer mutuellement malgré les tensions et les différences dans leurs objectifs et leurs stratégies. Les manifestants sectoriels – travailleurs, enseignants, retraités – ont largement continué à défendre leurs revendications économiques et professionnelles spécifiques plutôt que de rejoindre les soulèvements anti-régime en tant que blocs organisés. Les grèves des travailleurs du pétrole sous contrat de 2022 en solidarité avec les manifestations pour Mahsa Amini ont constitué une exception notable plutôt que la règle, ce qui s'est vérifié même lors des soulèvements de 2026. Ces manifestants opèrent selon ce que le théoricien politique Steven Klein [professeur au King's College de Londres] et le sociologue Cheol-Sung Lee [université Sogang à Séoul] appellent une « politique d'influence » : ils font pression pour obtenir des revendications concrètes et réalisables – salaires, retraites, liberté d'association, fin des exécutions – tout en évitant délibérément de provoquer les forces de sécurité ou de sombrer dans un affrontement direct avec l'État[12]. Même leurs revendications les plus radicales s'abstiennent d'appeler à la chute immédiate du régime.

L'opposition en faveur d'un changement de régime, en revanche, conçoit sa propre pratique à travers ce que Klein et Lee appellent une « politique d'occupation », c'est-à-dire un mode d'action orienté vers l'escalade, la présence massive dans les rues et la confrontation directe, fondé sur la conviction que le changement nécessite de s'emparer de l'espace politique et de le transformer plutôt que d'exercer une pression depuis l'intérieur de la société civile[13]. Il s'agit là de tactiques différentes qui reflètent des théories fondamentalement différentes sur la manière dont le changement social s'opère. Les manifestants sectoriels peuvent chercher à éviter d'exposer leur mouvement et eux-mêmes à une répression plus sévère en appelant ouvertement au renversement du régime. Ils sont pourtant restés cohérents dans leur critique de la brutalité du régime, en exigeant davantage de libertés et en s'opposant à la fois à la répression intérieure et à l'intervention étrangère et à la guerre.

Reconsidérer l'échec

En Pologne dans les années 1980, ce qui constitue un précédent historique intéressant, le mouvement Solidarnosc n'a pas initialement exigé l'effondrement du régime communiste, non pas parce qu'il acceptait le système, mais parce qu'il reconnaissait les limites imposées par le rapport de force. Sa revendication centrale en 1980 était la légalisation des syndicats indépendants : une concession sans précédent qui a ouvert la voie à des millions de personnes pour s'organiser et pratiquer l'autogestion collective. Bien que ces acquis aient été annulés par la suite, les capacités développées au cours de cette période ont perduré. Lorsque les grèves ont repris en 1989, les réformes négociées ont conduit à des élections qui ont abouti à une victoire décisive, ouvrant la voie à une transformation plus large. À court terme, Solidarnosc aurait pu apparaître comme un échec. Au fil du temps, il est devenu une force centrale de la transition démocratique.

La leçon à en tirer est que des avancées qui ne mènent pas à la chute du régime peuvent être à la fois radicales et déterminantes. Dans le cas de l'Iran, le changement politique pourrait être plus facilement réalisable grâce à l'expansion progressive des forces de la société civile. Lorsque les stratégies fondées sur une escalade immédiate – les guerres à l'étranger en tête – risquent de provoquer une répression, la désescalade, en tant que moyen de préserver et d'étendre les capacités d'action collective, devient une composante essentielle de toute approche viable. Ici, la désescalade n'est pas une démobilisation, mais la promotion de revendications mesurées, le maintien d'une ligne de conduite non violente et le recours à la persuasion plutôt qu'à la coercition. Les militants sectoriels ont adopté cette approche : faire pression pour des revendications importantes – liberté d'expression, Internet libre, liberté de réunion dans les universités et les espaces publics – sans en venir à un affrontement direct avec l'État. Au lieu d'exiger le renversement immédiat du régime, ces mouvements érodent progressivement les conditions qui permettent à l'autoritarisme de perdurer.

De plus, l'exemple polonais illustre pourquoi les mouvements ne devraient pas être évalués uniquement à l'aune de leurs résultats immédiats. Comme le suggèrent à la fois les soulèvements de 2022 et les manifestations sectorielles, l'affirmation selon laquelle rien n'a fonctionné est injustifiée. Définir le succès exclusivement comme l'effondrement immédiat du régime rend invisibles d'autres formes de changement politique, empêchant ainsi des discussions importantes sur la stratégie. Toute stratégie de changement politique doit partir d'une évaluation lucide du régime auquel elle est confrontée. La République islamique n'est pas un système fragile au bord de l'effondrement. C'est un système résilient, doté de la capacité de mobiliser ses partisans et de coordonner sa réponse en temps de crise, caractérisé par une cohésion relativement forte de l'élite et un appareil coercitif à plusieurs niveaux[14]. Ces caractéristiques déterminent la manière dont il réagit à la pression. Dans un tel contexte, une escalade rapide, en particulier si elle est fortement exclusive, est plus susceptible d'entraîner une consolidation qu'une fragmentation, et la guerre actuelle contre l'Iran a peu de chances de faire exception. Au contraire, l'ampleur des destructions causées par la guerre américano-israélienne en cours, ainsi que les formes de militarisation que la guerre tend à engendrer rendent peu probable que la politique iranienne d'après-guerre ressemble à sa trajectoire d'avant-guerre. Les équilibres institutionnels, les alignements sociaux et la marge de manœuvre pour l'action collective pourraient tous être remodelés, probablement de manière plus restreinte.

Et pourtant, les trajectoires passées des manifestations, des mouvements sociaux et de la résistance quotidienne examinées ici restent pertinentes sur les plans analytique et politique. Les mécanismes par lesquels une action collective soutenue remodèle les incitations, repousse les limites et renforce les moyens d'action ne disparaîtront toutefois pas avec le changement des conditions. Quelle que soit la contrainte du contexte d'après-guerre, la question de savoir comment la société iranienne s'organise et construit en vue d'un changement démocratique restera centrale. La réponse ne viendra pas de l'extérieur.


Article publié par Merip-Middle East Research and Information Project le 3 juin 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre

Mohammad Ali Kadivar est professeur associé de sociologie et d'études internationales au Boston College.

Notes

[1] Shola Lawal, “Has Trump confirmed Iran's claim that protesters were US-armed ?,” Al Jazeera, April 6, 2026.

[2] Claire Keenan, “Trump warning over Iran protests ‘reckless' says foreign minister,” BBC, January 3, 2026.

[3] Hossein Razzaq, « Az ‘Hame Rahha ra Raftim' ta ‘Faghat Jang Mande' : Royafurushi-ye Opozisyon-e Bi-Rahbord, » Radio Zamaneh, April 25, 2026. [In Persian]

[4] Human Rights Activists News Agency, Iran Protests 2022—Detailed Report of 82 Days of Nationwide Protests in Iran (2022).

[5] Mahbubeh Moqadam, “Fractal Scaling of Feminist Politics and the Emergence of Woman Life Freedom Movement in Iran,” Social Forces 104/2 (December 2005).

[6] Mohammad Ali Kadivar et al., “Contingency of Structures : Triggers and the Social Geography of Revolutionary Episodes in Iran 2017-2022,” SSRN Electronic Journal.

[7] Asef Bayat. Life as Politics : How Ordinary People Change the Middle East (Stanford : Stanford University Press, 2013).

[8] Avenia Ghazarian, “Veils of Change : The Anatomy of Social Transformation in Post-Protest Iran,” Working paper.

[9] Farnaz Fassihi, “Reformist Candidate Wins Iran's Presidential Election,” The New York Times, July 5, 2024.

[10] Ibid.

[11] Mohammad Ali Kadivar et al., “Contingency of Structures : Triggers and the Social Geography of Revolutionary Episodes in Iran 2017-2022,” SSRN Electronic Journal (December 2025).

[12] Steven Klein and Cheol-Sung Lee, “Towards a Dynamic Theory of Civil Society : The Politics of Forward and Backward Infiltration,” Sociological Theory 37/1 (March 2019).

[13] Ibid.

[14] Steven Levitsky and Lucan Way, Revolution and Dictatorship : The Violent Origins of Durable Authoritarianism (Princeton : Princeton University Press, 2022).

Océans : une Journée mondiale plus motivante cette année ?

16 juin, par Michel Gourd —
Bien qu'en 2025, des dizaines de millions de tonnes de plastiques auraient encore rejoint des océans en perte de biodiversité, se réchauffant et s'acidifiant, de nouvelles (…)

Bien qu'en 2025, des dizaines de millions de tonnes de plastiques auraient encore rejoint des océans en perte de biodiversité, se réchauffant et s'acidifiant, de nouvelles initiatives aident à mieux documenter leur état de santé et à créer des avancées.

La Journée mondiale de l'océan, qui a eu lieu le 8 juin dernier, est la première depuis l'entrée en vigueur le 17 janvier du traité des Nations unies sur la protection de la haute mer. Le thème était Réimaginer : au-delà du monde que nous connaissons, une nouvelle relation avec notre océan.
Le message du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a été sans détour. En ces temps troublés, les océans nous rappellent que nos destins sont liés, affirme-t-il. Selon lui, les pays doivent de toute urgence tisser avec les océans de nouvelles relations fondées sur la science, encadrées par le droit international et bâties sur une responsabilité partagée pour promouvoir le développement durable.

Lancée en 1992, cette Journée met en lumière le rôle essentiel que joue l'océan dans la régulation du climat et le maintien de la vie à l'échelle mondiale. Les mers produisent au moins 50 % de l'oxygène de notre atmosphère, captent 90 % de l'excès de chaleur et absorbent un quart des gaz à effet de serre émis par les humains, ce qui en augmente l'acidification.

La dégradation des mers continue

Pendant cette journée, l'organisation intergouvernementale Mercator Océan a rendu publique la seconde édition de son baromètre créé par une équipe d'une trentaine d'experts provenant d'une quinzaine de pays. Si la première édition présentait des changements, dits alarmants, du système océanique, cette année, c'est l'accélération de phénomènes physiques majeurs qui était scrutée. Le réchauffement des mers aurait atteint un niveau record en 2025 et des vagues de canicules marines intenses en juin en auraient atteint 20 %. Il y aurait 84,4 % des 1 685 espèces marines menacées d'extinction, une augmentation de sept espèces par rapport à 2024, qui en aurait subi les effets. Le changement climatique serait maintenant une menace existentielle pour les récifs coralliens.

Les Nations unies ont aussi publié le 8 juin un rapport scientifique sur l'état des océans, auquel 550 scientifiques de 86 pays auraient œuvré de 2021 à 2025. On y apprend qu'en Arctique, les températures augmentent quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Le rythme d'élévation du niveau de la mer aurait augmenté d'un maximum de 1,9 millimètre par an jusqu'en 2015, jusqu'à 4,3 millimètres par an en 2023. En ce qui concerne les déchets plastiques, il y en aurait 52,1 millions de tonnes qui finiraient en mer chaque année, ce qui toucherait plus ou moins gravement environ 4 000 espèces marines.

Malgré l'opposition formulée par 40 pays à l'exploitation des abysses, plus d'une trentaine de contrats d'exploration minière dans les fonds marins auraient déjà été accordés.
La chercheuse à Mercator Océan, Mahé Butel, affirme que la transformation de l'océan crée des crises humaines dont les coûts grandissants nuisent à l'économie mondiale. Les dommages climatiques causés à l'économie maritime auraient été estimés à 48 dollars par tonne de CO₂, ce qui serait l'équivalent du total des coûts causé aux infrastructures, à l'agriculture et à la santé estime la scientiste.

Des filtres UV de crème solaire auraient été détectés dans la chaîne alimentaire des poissons, jusque dans des dauphins. Certains des ingrédients qu'ils peuvent contenir seraient classés cancérigènes et auraient provoqué une mortalité accrue, des perturbations biologiques et endocriniennes chez certaines espèces marines étudiées dans des aquariums. La chercheuse en écotoxicologie marine à l'Observatoire de Banyuls-sur-Mer, Maëva Giraudo, affirme que certains filtres affecteraient aussi des cultures cellulaires humaines.

Des améliorations malgré tout

D'un autre côté, le retour des grands cétacés montre qu'il est possible d'agir pour améliorer les choses. En un an, la couverture des aires marines protégées aurait passé de 8,3 % à 10 %.
La Polynésie française a annoncé ce 8 juin qu'elle va porter à 1,6 million de kilomètres carrés ses zones marines bénéficiant du plus haut niveau de protection. L'exploitation minière sous-marine est interdite sur l'ensemble de ses eaux. Le président Moetai Brotherson espère que cela puisse inspirer d'autres pays à mieux gérer leur relation à l'océan.

Si en juin 2025, 50 pays avaient ratifié le traité sur la haute mer (BBNJ), un cadre juridique de cet espace jugé jusque-là sans loi et couvrant la moitié de la planète, ce nombre est rendu aujourd'hui à 90 pays signataires. L'ambassadeur français pour les océans et les pôles, Olivier Poivre d'Arvor, affirme qu'il vise 120 pays pour la première COP de l'océan, en janvier prochain.

La ministre de la Transition écologique du gouvernement français, Monique Barbut, a aussi annoncé le 8 juin trois nouvelles aires de protection marine forte, soit dans les terres antarctiques et australes françaises, aux Antilles en Guadeloupe et sur la côte ouest en baie d'Audierne.

Encore beaucoup à faire

L'explorateur océanique et aquanaute Fabien Cousteau affirme que les océans supportent la vie sur la planète. Ils contiennent 97 % de l'eau présente sur Terre, occupent 70 % de sa surface et sont des régulateurs climatiques qui s'épuisent.

Un nouvel équilibre doit être établi pour protéger les océans en changeant les habitudes qui nuisent à leur santé. Au lieu de ne consommer que certaines espèces de grands poissons comme le thon ou le saumon, l'humanité doit en valoriser d'autres moins hautes dans la chaîne alimentaire comme la sardine ou le maquereau.

Il y aurait plus de 171 billions de morceaux de plastique qui flotteraient dans les océans ce qui en ferait la principale menace pour la vie marine, une situation qu'il faudrait corriger le plus rapidement possible.

La plus importante mesure à prendre pour aider les océans serait d'arrêter d'émettre des gaz à effet de serre, ce qui aurait bien été démontré cette année pendant cette journée mondiale. Sans cela, la surface de l'océan Arctique pourrait être libre de glace en été dans moins de 30 ans.

Michel Gourd
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le magouilleur

16 juin, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Pensiez-vous tranquillement aux vacances et comptiez-vous mettre la politique dans votre rétroviseur pour la période estivale ? N'espérez pas trop, elle va vous revenir en (…)

Pensiez-vous tranquillement aux vacances et comptiez-vous mettre la politique dans votre rétroviseur pour la période estivale ? N'espérez pas trop, elle va vous revenir en arrière de la tête, tel un boomerang.

Pour pas que cela n'arrive pas du tout, il ne faudrait pas que vous déménagiez cet été, car vous pourriez grossir les rangs des 2000 familles sans nouveau logement ou, encore pire, atterrir parmi les 12 000 personnes en situation d'itinérance – attention, ce chiffre est très conservateur, j'ai vu des estimations à 14 000 et nous parlons seulement de l'itinérance visible, pas des couch surfers. La bonne nouvelle, si vous êtes chanceux, vous n'appartiendrez pas, non plus, aux insolvables, dont le nombre atteint des records au Canada, pour cause de hausse vertigineuse du coût de la vie. C'est sûr qu'avec un endettement moyen des ménages québécois à l'équivalent 1,70$ pour chaque dollar gagné, il n'y a pas beaucoup de marge de manœuvre.

Peut-être que si vous roulez – en voiture électrique, minimalement – assez loin dans le Nord, vous pourrez échapper à l'inévitable étuve montréalaise (ou celle de n'importe quelle ville moyenne bien bétonnée), ses pittoresques zones de chaleur, avec pas d'arbres, juste de l'asphalte et pas de piscine publique extérieure. Deux prédictions inverses circulent : ce sera un été aussi frais que 2017 ou, au contraire, cela va être aussi brûlant que les trois dernières années qui, individuellement, ont battu de nouveaux records. Dans ce cas, il faudra monter très haut : je suggère la Baie-James, paraît que c'est très venteux. Vous pourriez essayer d'y tremper vos pieds. Oh non ! Vous ne pourrez pas ! Les bassins hydrologiques sont en baisse de 76%. C'est plus ou moins rendu de gros trous d'eau. Aucune inquiétude à avoir pour les prochains pics de consommation de l'hiver prochain, n'est-ce pas ? L'écologie, l'économie ne s'arrêtent pas l'été. Rendus à ce point, il serait plus simple de vous imaginer en vacances au frais, c'est moins cher et cela consomme moins d'énergie.

Si vous ne vous occupez pas de la politique, elle s'occupe de vous néanmoins

Assurément, si nous avions de bons politiciens, nous pourrions nous reposer pendant l'été, mais, malheureusement, nous sommes pris avec de petits magouilleurs. Nous le savons, tellement qu'en sondage, entre tous les chefs de partis, celui en qui on a le plus confiance, à un point près, est Aucun, qui score à 23%. Tout juste devant : à 24%, PSPP. Non content d'avoir glissé de plus en plus bas dans la confiance des électeurs durant la dernière session parlementaire, il se lance dans un mud fest ou, pour les rigoristes de la loi 101, un festival de la grosse bouette. Lors des bilans de fin de session, il a associé le parti libéral de Charles Milliard au crime organisé. Sérieux ? Milliard est prodigieusement ennuyeux. Son nom, lequel aurait été prophétique pour un banquier, est seulement incongru pour un pharmacien de profession ; et, sa stratégie politique qui consiste à bouger le moins possible, tel un blanc lièvre pris dans un banc de neige en plein hiver, l'invisibilise complètement, ou presque, dans le paysage politique. L'associer aux Hell Angels, le vrai crime organisé, relève de l'humour involontaire. Un Milliard, motard tatoué et devenu chef du parti libéral, aurait quelque chose de truculent.

Bien entendu, PSPP n'a aucun don pour la comédie, sauf par accident, donc il ne voulait pas nous réjouir par ses propos. Il était juste en train de nous préparer une petite magouille préélectorale. Ses propos sont à la limite de la diffamation : par crime organisé, il entendait plus un système de prête-noms que la Casa Nostra, pas le restaurant, l'organisation mafieuse sicilienne. Toutefois, à cause de cette association, le Parti Libéral risque de devoir envoyer une mise en demeure pour sauvegarder sa réputation. PSPP, dans un numéro de claquettes prévisible et toujours pas drôle, va refuser de se rétracter et nous danser la petite danse d'Annie l'orpheline, « C'est une vie de coups durs » ( « Its a hard knock life »). J'insère ici une parenthèse : je ne connais rien aux claquettes, le seul film auquel j'ai pu penser, c'est Anny, la version de 1982, où des orphelines, dont une petite rousse frisée, se plaignent de la vie difficile dont elles sont victimes. Par ailleurs, imaginer PSPP en robe rouge et en souliers vernis, ce n'est pas très rafraichissant sur le plan de la température, néanmoins c'est un peu drôle.

En refusant de se rétracter, disais-je, PSPP ne donnera pas le choix au Parti Libéral d'envoyer ladite mise en demeure et il pourra jouer la victime de censure, se faire le défenseur du peuple contre la corruption ignoble du Parti libéral. Sauf que… Le PQ, historiquement, n'est pas sans faute sur le plan de la corruption. Lors de la commission Charbonneau, des responsables de financement du PQ, comme Ginette Boivin et Lucie Papineau, avaient été pointées du doigt. Les hauts placés dans le parti avaient aussi bénéficié d'informations confidentielles sur des contrats à venir auprès des ministères, cela pouvait laisser supposer une volonté de trafic d'influence. Cet avis sur les malversations possibles du PQ avait finalement été abandonné du rapport final.

Autre fait étrange, en 2019, le PQ cumulait 2,4 millions de déficits et, l'année suivante, il se trouvait avec un surplus 1,3 million. Il semble que PSPP soit meilleur en comptabilité que François Legault, mais, de l'aveu même du site du Journal de Montréal, en 2025, le PQ a environ cumulé, comme chaque année depuis que le nouveau chef est là, 900 000$. Je ne fais pas de journalisme d'enquête et je n'ai pas accès aux chiffres, peu nombreux, des grands médias. Comment ont-ils pu générer plus de 3 millions en une année pour se sortir du trou en 2020 ? Cela m'a toujours paru nébuleux. Comme je crains les mises en demeure, c'est si facile de médire dans un média, voici : je n'affirme pas que le PQ a triché sur le plan des finances, j'affirme simplement les limites de ma compréhension.

Je confirme que je ne pense pas que le PQ est lié au crime organisé. C'est une sorte de rétractation anticipée.

Comme est-ce que l'on doit envisager la campagne à l'automne ? J'ai l'impression que cela va être boueux. Va peut-être falloir investir dans les bottes en caoutchouc.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

9999 résultat(s).
Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

En savoir plus

Membres