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Conceptions autochtones de la famille
Dimanche, 18 h. Tout le monde est là. On est toujours une bonne vingtaine à se rassembler chaque semaine, pour le rituel souper chez « gramma ». C'est ici que j'ai appris ce que ça signifie, faire partie d'une famille autochtone.
Texte traduit de l'anglais par Arianne Des Rochers.
Ma belle-mère, la femme la plus âgée de la famille, prend ses responsabilités au sérieux – garder la famille tissée serrée. Elle nous rassemble chez elle tous les dimanches pour souper : ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, nièces, neveux, et n'importe qui qui passe par là. On ne manque jamais de nourriture, de rires, d'histoires, de gloussements d'enfants. Je serai toujours reconnaissante envers elle, pour m'avoir transmis l'importance du lien.
C'est ça, la famille en contexte autochtone : tout le monde est relié. Nos tantes, nos oncles, nos cousins, éloignés, sont aussi importants que nos propres enfants, nos frères et sœurs et nos parents. Tout le monde a sa place, et ce ne sont pas les liens du sang qui importent, mais les rôles que l'on joue dans la vie les uns des autres.
On ne se rassemble pas juste pour souper le dimanche. On passe luncher plusieurs fois par semaine chez gramma, qui, de plus en plus à l'aise avec la technologie, nous texte qu'elle a fait de la soupe, ou encore qu'on célèbre l'anniversaire de quelqu'un. En retour, on se tient au courant sur Messenger de ce qui se passe dans notre quotidien. Ce dimanche, en plus des trois anniversaires qu'on va souligner, on fera les derniers préparatifs pour notre voyage en Italie, où ma partenaire a une compétition sportive. Il s'agit d'un événement important pour elle, et dans la tradition autochtone, c'est une bonne partie de la famille – sept d'entre nous – qui l'accompagneront pour l'encourager.
La famille, synonyme de résilience
Parfois, cette vision de la famille entre en conflit avec les valeurs occidentales de l'autonomie, de l'individualisme et de la singularité. On ne laisse jamais les autres autour de nous seul·es ; on est toujours entouré·es. Les professionnels de la santé sont frustrés quand ils voient des groupes débarquer dans leur cabinet ; les directeurs d'école sont médusés quand on leur demande vingt-cinq billets pour la cérémonie de graduation d'un·e seul·e élève ; les ressources humaines ne comprennent pas pourquoi un employé·e prendrait du temps pour faire le deuil de quelqu'un qui n'est pas de la famille « immédiate ».
Cette forme d'organisation familiale remonte aux façons dont les peuples autochtones vivaient dans le passé. Pour les Haudenosaunee – y compris les Kanienkeh'aka – , nous avons un système de clans matriarcaux. Traditionnellement, les gens qui faisaient partie du même clan (Ours, Loup, Tortue) étaient reliés et vivaient dans la même maison longue, sous les conseils des mères de clan. Pour les Inuit, les communautés traditionnelles étaient composées de plusieurs familles qui vivaient, voyageaient et chassaient ensemble. Idem pour les nations autochtones partout dans le monde : nous savons que c'est ensemble qu'on survit.
La relation est une forme de résilience qui a permis aux peuples autochtones de survivre à des siècles de tentatives coloniales d'effacement. Les colonisateurs le savaient, et c'est pourquoi ils ont adopté des lois qui limitaient le pouvoir et l'importance des femmes (les créatrices et les fondations mêmes de nos communautés) et imposé des systèmes de gouvernance et des institutions scolaires qui visaient à séparer et à isoler nos collectivités. Par exemple, la Loi sur les Indiens de 1876 a imposé le patriarcat aux collectivités autochtones, en assujettissant l'identité des femmes à celle de l'homme dominant dans sa vie, son père ou son mari. Le système des pensionnats a aussi renforcé les valeurs patriarcales en apprenant aux garçons à être les maîtres de leur foyer, y compris par la force. De nouveaux organes politiques ont été créé afin de remplacer les gouvernements traditionnels et la structure matriarcale des clans, déclarés illégaux. Malgré tout ça, les peuples autochtones sont encore là.
Une affaire de communauté
Ainsi, traditionnellement, les collectivités autochtones étaient de grandes familles étendues. Les enfants, qui sont notre avenir, étaient la priorité. Tout le monde s'entraidait afin d'assurer que les enfants et celles qui en prenaient soin avaient tout ce dont iels ont besoin pour continuer de grandir et de devenir des membres responsables de la famille/du clan/de la collectivité. Les rôles étaient transmis aux enfants par les gens qui les entouraient : mères, tantes, grand-mères, grandes-tantes, aîné·es et éducateur·rices. Les enfants savaient qu'iels étaient aimé·es et important·es et qu'iels pouvaient compter sur tout leur cercle familial.
Chaque rôle au sein de la famille était respecté, valorisé et maintenu. Les hommes s'occupaient de fournir la nourriture, les abris et la protection nécessaires. Les autres accomplissaient une foule de tâches visant à maintenir la vie au sein de la communauté. Lorsque quelqu'un quittait la collectivité, d'autres personnes se portaient volontaires pour remplir son rôle. Les personnes bispirituelles, en raison de leurs dons, remplissaient différents rôles selon les besoins de la collectivité : iels pouvaient être à la fois des guerriers, des chasseuses, des cueilleurs, des tantes, des mères, des éducateur·rices... On s'assurait que personne ne manquait de rien pour vivre.
Les orphelins n'existaient pas. Dans une perspective autochtone, les enfants ne sont pas des biens qui appartiennent à leurs parents, mais un cadeau à toute la communauté. Si un enfant perdait ses parents biologiques, des pratiques naturelles (par opposition à juridiques) d'adoption avaient lieu et l'enfant restait dans la communauté, adopté par des proches. Ces pratiques s'observent encore aujourd'hui. Ce n'est pas le sang qui détermine la parenté, mais la relation. Ma partenaire et moi sommes passées de tantes à mères pour deux de nos enfants lorsque leur mère biologique est décédée, et aujourd'hui, nous sommes fières d'être les grands-parents de six petits êtres merveilleux.
Vivre ensemble, mourir ensemble
L'importance des liens familiaux vient pour nous avec la responsabilité et le privilège d'accompagner nos proches à chaque étape de leur vie, y compris dans la mort. Lorsque notre tante Karrie a reçu un diagnostic du cancer du poumon, la famille s'est réunie pour planifier comment on les accompagnerait, elle et ses enfants, pendant ses derniers mois de présence physique avec nous. Elle voulait mourir à la maison, et nous avons élaboré un horaire détaillé qui garantissait qu'au moins un membre de la famille serait avec elle et sa fille en tout temps. Pendant des mois, on s'est alterné·es dans nos visites. On a parlé, ri, et oui, pleuré avec elle. On a partagé des histoires et des souvenirs, accueilli tous ceux qui sont venus lui dire au revoir. On s'est entraidé·es quand le deuil devenait difficile. Les enfants n'ont jamais été exclus de tout ça ; la mort est un stade de la vie, pas quelque chose dont il faut avoir peur. Quand l'esprit de notre tante a quitté son corps physique, elle était entourée de l'amour de ses proches.
Son corps a été exposé au salon funéraire de la communauté, qui est resté ouvert pendant 24 heures pour que tous les proches puissent venir faire leurs au revoir. Son esprit est resté en bonne compagnie jusqu'à son enterrement. Un festin de nourriture et la présence constante de proches a permis à toute la communauté de faire son deuil ensemble. Nous avons tenu des cérémonies et des festins, de façon à nourrir son esprit tandis qu'il voyageait vers sa prochaine destination. Nous avons appris, ensemble, à vivre sans sa présence physique.
C'est ça, la famille : le miracle de liens réciproques et profonds, les uns avec les autres. Je suis honorée d'en faire partie.
Je dédie ce texte à ma belle-mère, Vera Goodleaf, et à Nakomish, Jane Middelton-Moz. Merci à vous deux pour ces merveilleuses leçons de vie. Nia:wen kówa.
Diane Labelle est une chercheure et éducatrice de Kahnawake.
Texte traduit de l'anglais par Arianne Des Rochers.
Illustration : Natascha Hohmann

Droits parentaux : une arme contre les jeunes queers
En 2023, le Nouveau-Brunswick a été la première province canadienne à adopter des dispositions législatives anti-trans. Comme partout au pays, on y justifie les discours et les politiques transphobes en ayant recours à l'imaginaire dominant de la famille nucléaire et traditionnelle, selon lequel il faudrait « protéger » les enfants. Mais qu'est-ce que cette conception de la famille protège, au juste ?
En juin 2023, le gouvernement progressiste-conservateur provincial a introduit des changements discriminatoires et transphobes à la politique 713, une politique initialement conçue pour protéger les jeunes 2ELGBTQIA+ dans les écoles de la province. Essentiellement, ces modifications retirent aux jeunes de moins de 16 ans la possibilité d'affirmer leur identité de genre (en utilisant le prénom et les pronoms de leur choix) à l'école sans l'accord préalable et explicite de leurs parents. Cela les prive d'exprimer librement leur identité à l'école, en toute sécurité, sans avoir à en informer les parents.
Les changements à la politique 713 ont immédiatement provoqué une controverse. Des manifestations ont eu lieu, des débats ont fait rage dans les médias, et une poursuite judiciaire a été conjointement intentée par l'Association canadienne des libertés civiles et l'organisme Alter Acadie. Selon Kelly Lamrock, avocat au Bureau du défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, certaines des nouvelles dispositions de la politique 713 peuvent mener à une violation des droits protégés par la Loi canadienne sur les droits de la personne. Pour beaucoup, la version précédente de la politique 713 était en place pour protéger les élèves dont les parents n'affirmaient pas l'identité de genre.
Le gouvernement néobrunswickois, notamment le premier ministre Higgs et le ministre de l'Éducation Bill Hogan, a annoncé les nouvelles dispositions transphobes sous prétexte de vouloir protéger et affirmer les « droits des parents ».
L'idée veut que les changements rétablissent le rôle central des parents dans la vie de leurs enfants. Mais dans quelle mesure un conservatisme traditionnel est-il en train de s'immiscer dans l'espace privé et scolaire ? Quelle est donc la vraie motivation derrière l'affirmation de ces « droits parentaux » ?
La famille au service de l'hétéropatriarcat
Derrière l'idée des « droits des parents » se cache une vision rigide de la famille nucléaire hétéronormative, qui vise à maintenir des rôles genrés traditionnels et une structure patriarcale. Dans cette conception, les enfants sont perçus comme des extensions de l'autorité parentale. Les défenseurs de cette doctrine, sous prétexte de vouloir « protéger les enfants » de la queerness, ont souvent d'autres revendications : bannir les drag queens, interdire les livres LGBTQIA+ dans les écoles, ou encore soutenir des législations du type « don't say gay ». Blaine Higgs lui-même a déclaré qu'il ne savait pas si l'on naissait homosexuel ou non, alimentant ainsi la croyance rétrograde que l'on apprend à être queer à l'école.
Le phénomène n'est pas nouveau. Il trouve son origine dans des mouvements ultra conservateurs américains ; on peut penser à la tristement célèbre campagne « Save Our Children » (« Sauvons nos enfants ») d'Anita Bryant dans les années 1970 en Floride, où un mélange de patriotisme et de zèle religieux affirmait que l'homosexualité était une « menace » pour la survie des familles et, par extension, de la nation américaine. Mais le cadre juridique canadien est bien différent. Contrairement aux États-Unis, le Canada a ratifié la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, qui reconnaît le droit des jeunes à exprimer librement leur identité, notamment leur identité de genre. Restreindre ces droits pour protéger les « droits parentaux » est non seulement contraire à nos valeurs fondamentales, mais aussi à nos obligations internationales.
Et les droits pour des enfants dans tout ça ?
Le discours des « droits parentaux » repose sur plusieurs mythes qu'il est essentiel de déconstruire. L'idée selon laquelle les parents devraient avoir un contrôle absolu sur l'identité de genre de leurs enfants est en contradiction directe avec la Convention des Nations Unies, qui affirme que les enfants ont droit à l'autonomie dans les décisions qui les concernent. Les « droits des parents » à tout savoir et à tout contrôler sur la vie de leurs enfants repose sur l'idée que les enfants appartiennent à leurs parents, une idée dangereuse qui nie l'agentivité et l'autonomie des enfants en tant que personnes à part entière.
Les enfants ont aussi le droit d'être protégés contre toute forme de violence, qu'elle soit physique ou mentale, et ont le droit de grandir dans un environnement sain et affirmatif. Des études ont montré que les environnements non affirmatifs, qui nient ou invalident l'identité des jeunes 2ELGBTQIA+, augmentent les risques de problèmes de santé mentale comme la suicidalité. Or, pour certains jeunes, la famille est l'environnement non affirmatif par excellence. Il faut donc résister à l'idée selon laquelle les parents sont l'autorité absolue en matière de protection et de sécurité de leurs enfants.
Dans un monde idéal, chaque enfant se sentirait en sécurité pour parler de ses sentiments à ses parents. Cependant, toutes les maisons ne sont pas sécuritaires pour les enfants queers. Les dispositions précédentes de la politique 713 concernaient surtout les jeunes dont la vie peut littéralement être mise en danger s'ils révèlent leur identité à leur famille. Avec sa réfome, le gouvernement Higgs met des jeunes en danger et refuse de garantir à chaque enfant le respect et la dignité qu'iel mérite.
Enfin, les enfants ont droit à la vie privée, un droit bafoué par les modifications à la politique 713, qui obligent désormais les enseignant·es à « outer » les enfants à leurs parents. Cette situation crée un climat de peur et d'exclusion, exacerbant la détresse psychologique chez ces jeunes. Le taux de tentative de suicide chez les jeunes trans est sept fois plus élevé que chez leurs pair·es cisgenres. Les résultats d'un récent sondage du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick révèlent des chiffres alarmants : 85 % des jeunes non binaires ont présenté des symptômes d'anxiété ou de dépression au cours de la dernière année. Les modifications à la politique 713 ne font qu'aggraver leur situation, l'école ne pouvant plus être un refuge.
Un équilibre à trouver
Les « droits des parents » peuvent sembler défendables à première vue. Cependant, sous couvert de protéger les enfants des prétendues « influences nuisibles » liées au genre et à la sexualité ils cachent un objectif plus inquiétant : contrôler et surveiller l'identité des enfants plutôt que de les protéger.
Le respect des droits des jeunes trans et queers ne doit pas être perçu comme une menace aux droits des parents. Il s'agit plutôt de trouver un équilibre. Les parents jouent un rôle crucial dans le soutien de leurs enfants, mais cela ne doit jamais se faire au détriment des droits fondamentaux des jeunes, de leur liberté à être elleux-mêmes. Les discours transphobes, eux, refusent cette nuance et cherchent à imposer un contrôle total sur l'identité des enfants, notamment en censurant l'expression des identités queers dans les écoles.
En réalité, la rhétorique des « droits parentaux » ne protège pas les enfants, elle sert à maintenir des structures familiales de contrôle et d'exclusion. Ce que l'on cherche à protéger en mobilisant ainsi l'imaginaire de la famille nucléaire et traditionnelle et en instrumentalisant la soi-disant sécurité des enfants, c'est plutôt l'ordre social hétéronormatif et patriarcal. Chez Alter Acadie NB, nous croyons qu'il est crucial de résister à ces arguments, et de défendre bec et ongles l'autonomie des jeunes trans et queers et de leur offrir l'espace et le soutien nécessaires pour s'épanouir. La famille doit être un lieu de sécurité et d'amour, pas un instrument de contrôle.
Alex Arseneau est directeur d'Alter Acadie, un organisme de défense des droits des communautés franco-queer du Nouveau-Brunswick.
Illustration : Natascha Hohmann

Familles LGBT+ : Lutter pour la reconnaissance
La Coalition des familles LGBT+ est un organisme communautaire de défense des droits qui vise la reconnaissance sociale, juridique et institutionnelle des familles issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres. À babord ! s'est entretenu avec Mona Greenbaum de la Coalition des familles LGBT+. Propos recueillis par Caroline Brodeur.
À bâbord ! : Commençons par le commencement. Comment la Coalition définit-elle la « famille » ?
Mona Greenbaum : Ça tombe peut-être sous le sens, mais pour nous, la famille a une définition très large. Il y a d'abord la famille choisie : les personnes significatives pour nous, celles qui sont toujours là. Il y a également la famille d'« origine », pour parler plus en termes de « constellation familiale ». Notre idée de ce qu'est une famille est multiple, créative et constamment en évolution.
Les façons de fonder une famille ont également changé. À l'époque, on pensait parfois à la coparentalité entre couple gai et couple lesbien. Aujourd'hui, il y a une multitude de possibilités, dont la pluriparentalité (familles avec plus de deux parents) et les familles amiparentales (où des ami·es mènent à terme un projet parental). Nous souhaitons que l'ensemble de ces configurations du projet parental soient représentées et légitimisées sur les plans juridique et institutionnel.
Je crois que la communauté LGBTQ+ est à l'avant-garde pour ce qui est de l'élargissement du concept de famille. Cela vient possiblement de la profondeur de la réflexion nécessaire quand vient le temps pour nous de fonder une famille. Il faut réfléchir à des choses que d'autres tiennent souvent pour acquises. Par exemple, on doit réfléchir à qui sera inclus dans notre noyau familial, puisqu'il y a souvent une tierce partie impliquée. Cela a un impact sur nos manières de concevoir et de vivre la vie familiale.
ÀB ! : Vous êtes la fondatrice de la Coalition, pourriez-vous nous résumer l'historique de l'organisme ?
M.G. : La Coalition a été fondée en 1998, pour la simple et bonne raison que ma conjointe et moi avions de la difficulté à fonder notre famille. Les blocages étaient nombreux en termes d'accès à la parentalité.
Notre première réunion a eu lieu quand mon premier enfant avait six semaines. Très tôt dans la parentalité, il est devenu évident qu'il ne serait pas facile pour ma conjointe d'être reconnue comme parent de nos enfants. Fondamentalement, il était question de notre droit d'exister : de la question centrale de la reconnaissance légale et institutionnelle de nos familles.
L'organisme s'est donc rapidement transformé en organisme de défense de droits pour l'accès à la parentalité, y compris l'accès aux soins en matière de fertilité, pour les futurs parents LGBTQ+. Au début des années 2000, il n'était pas vraiment question d'adoption, ni de gestation par autrui, et on n'avait même pas accès aux cliniques de fertilité ! Il y avait toujours la possibilité de mener des inséminations « maison », mais cela venait avec la peur constante qu'un donneur de sperme pouvait revendiquer ses droits comme « père » de l'enfant…
Nous nous sommes concentré·es sur deux types d'actions : tout d'abord, un effort de sensibilisation et de mobilisation auprès de la population pour, dans un deuxième temps, s'engager et mettre de la pression au niveau législatif. Ce travail — mené de concert avec d'autres organisations — a débouché, en 2002, sur l'adoption de la Loi instituant l'union civile et établissant les nouvelles règles de filiation, qui a permis la légalisation de l'union civile ainsi que la reconnaissance légale de deux conjoint·es de même sexe à titre de parents du même enfant.
ÀB ! : Quelles sont les luttes dont vous êtes le plus fière en 25 ans ?
M.G. : Sans aucun doute la victoire de 2002, que je viens de mentionner, qui a établi de nouvelles règles de filiation pour les parents de même sexe.
Une autre grande victoire a été celle de l'accès aux cliniques de fertilité pour les personnes LGBTQ+ par le biais d'un amendement au projet de loi qui est devenu la Loi fédérale sur la procréation assistée, en 2004. Il s'agit ici d'avoir lutté pour l'ajout d'un simple libellé qui précisait que tout le monde se doit d'avoir accès aux cliniques, et ce, sans égard à leur orientation sexuelle ou leur statut conjugal. À l'époque, les personnes LGBTQ+ se faisaient refuser en clinique de fertilité sous le prétexte qu'elles n'étaient pas mariées. Cet amendement — qui peut paraître insignifiant — a rendu possible le projet parental de nombreuses familles.
Je pense également au travail que nous avons fait devant les commissions parlementaires et les tribunaux afin de revendiquer la possibilité pour les personnes trans de modifier leurs documents officiels. Nous avons également travaillé à l'ajout de l'identité et l'expression de genre comme motif reconnu de discrimination à la Charte des droits et libertés de la personne. Nous avons été parties prenantes à de nombreux recours judiciaires, notamment en matière de frais en fertilité et de reconnaissance légale des parents non-binaires.
Nous avons travaillé à tout cela, en militant, en menant des campagnes de sensibilisation, en rédigeant des mémoires et en rencontrant des personnalités politiques, en plus de recourir aux tribunaux dans le cadre de litiges stratégiques. Nous sommes d'ailleurs en attente d'une décision de la Cour supérieure afin de faire reconnaître légalement les familles pluriparentales.
ÀB ! : Comment se traduisent vos victoires politiques et législatives sur le terrain, pour les membres de la Coalition ?
M.G. : Les avancées législatives ne suffisent pas : il faut également s'assurer que les mesures adoptées soient concrètement appliquées et accessibles dans la vie de tous les jours. Ce n'est pas parce que deux parents du même genre sont reconnus comme parents d'un enfant à partir de 2002 qu'ils n'auront aucun souci administratif dans l'exercice de leurs droits par la suite. Au contraire ! Chaque gain nécessite une mobilisation et un accompagnement en continu, un travail de soutien des personnes désirant se prévaloir de nouvelles prérogatives.
La Coalition développe aussi des ressources et des formations, qui visent les professionnel·les qui travaillent avec les familles et les jeunes LGBTQ+. Chaque année, la Coalition forme entre cinq et sept mille professionnel·les sur les réalités de notre communauté. L'éducation populaire est tout aussi cruciale que le reste dans la grande marche à l'affirmation de nos droits.
ÀB ! : On a l'impression que la Coalition, c'est aussi une communauté. À quel point la communauté, voire la société est-elle centrale pour les familles LGBTQ+ ?
M.G. : Je crois sincèrement que ma plus grande fierté est le changement d'attitude à l'égard des familles de la communauté LGBTQ+ au fil des années. Il y a 25 ans, un sondage sur l'acceptation sociale des familles homoparentales affirmait que seulement 10 % des personnes répondantes étaient à l'aise avec le phénomène. Aujourd'hui, on parle de 85 à 90 %. Voir ce niveau de changement dans les attitudes, sur le plan de l'acceptabilité sociale, sur une si courte période, c'est absolument incroyable. Nous ne sommes pas les seul·es à y avoir travaillé, mais nous y avons certainement contribué.
Nous exerçons notre travail militant dans un contexte social qui a donc beaucoup évolué. De ce travail est née une communauté — communauté qui a permis à de nombreuses familles de vivre leur vie librement, ouvertement. Ces familles, vivant ouvertement leur réalité familiale LGBTQ+ ont, à leur tour, permis la sensibilisation de leur entourage, de leur quartier.
Cet effet boule de neige me donne l'impression d'avoir contribué à une société dans laquelle ma réalité et celles de différents membres de ma communauté est possible et acceptée. C'est ça, ma vraie fierté.
Illustration : Natascha Hohmann

Les oublié·es de la réforme du droit de la famille
Le système législatif est plus souvent à la remorque des réalités sociales qu'il n'est moteur de changement et d'avant-gardisme. La réforme du droit de la famille proposée par la CAQ depuis 2022 en est un bon exemple. Un regard attentif peut rapidement apercevoir les laissé·es pour compte de la démarche.
La réforme du droit de la famille au Québec, attendue depuis plus d'une décennie, a nourri de nombreuses attentes. Maintenant que les trois projets de loi au cœur de celle-ci ont été adoptés et sanctionnés, force est d'admettre que la CAQ n'a pas saisi l'opportunité d'insuffler une nouvelle représentation institutionnelle de la famille dans la législation. Courte analyse du sujet par le biais des notions de pluriparentalité et d'union libre.
Une famille, un couple avec enfant(s) ?
Il y a plus de dix ans maintenant, l'affaire Éric c. Lola, jugement rendu par la Cour suprême du Canada, déclenchait un véritable débat de société. Éric et Lola formaient un couple non marié, avec trois enfants. Éric possède les résidences ainsi que la majorité des actifs du couple. Lorsqu'ils se séparent, Lola, faute de contrat de vie commune, se retrouve sans partage des avoirs. Seuls les époux ont une protection automatique inscrite au code civil en cas de divorce. Elle allègue alors que sa situation découle d'une discrimination fondée sur le statut matrimonial.
L'objectif pour Lola, et pour certains intervenants à la Cour suprême, était de faire déclarer son exclusion au régime de patrimoine familial comme étant discriminatoire puisqu'elle empêchait nombre de personnes – souvent des femmes s'étant occupé des enfants – de bénéficier des avoirs communs, y compris de l'enrichissement du conjoint durant les années où ils formaient un couple.
À l'époque, le dossier « parle » à beaucoup puisqu'au Québec, plus de 40 % des couples sont en union libre. En 2013, la Cour ne donne pas raison à Lola. Par conséquent, onze ans plus tard, les conjoints de fait ne bénéficient toujours pas du partage du patrimoine familial, ni des protections et obligations découlant des articles du Code civil du Québec qui portent sur la famille.
C'est en quelque sorte en réponse à cette décision de la Cour suprême que la CAQ a développé son concept d'union parentale. Cette espèce de « patrimoine familial édulcoré » s'ouvre dès que « que des conjoints de fait deviennent les père et mère ou les parents d'un même enfant. […] » (texte du PL56). Ils constituent alors un patrimoine commun pris en compte advenant une séparation.
Cela a plusieurs implications. D'abord, le critère d'ouverture d'une protection pour les conjoints de fait repose sur la concrétisation d'un projet parental. Or, une protection pour des conjoints de fait sans enfants aurait été la bienvenue : pour l'exemple, un conjoint s'occupant d'un parent vieillissant, encaissant des sacrifices financiers et personnels, n'aura pas les mêmes protections que celui qui s'occupe d'enfants. Il n'est pas non plus question du rôle de beaux-parents ou de l'élargissement de l'union parentale à des modèles plus variés tels que ceux issus de la recomposition familiale.
Cet aspect de la réforme crée donc une protection (de base) pour les conjoints de faits parents d'un enfant, mais laisse plusieurs cas de figure de côté.
Une famille, obligatoirement composée d'au plus deux parents ?
La question de la gestation pour autrui (GPA) est un aspect important de la réforme proposée par le ministre Jolin-Barette, qui en profite pour encadrer le phénomène et faciliter les liens de filiation des parents d'intention.
Bien que ce ne soient pas toutes les mères porteuses impliquées qui souhaitent participer activement en tant que parent dans la vie d'un enfant à naître, la GPA aurait été une occasion à saisi question d'ouvrir le concept juridique de famille à davantage de modèles. D'ailleurs, la GPA n'est prévue que pour les personnes seules ou les conjoints (au sens de la loi), ce qui exclut nombre de configurations familiales.
Dans un même ordre d'idée, la CAQ a officiellement fermé la porte à la reconnaissance juridique d'une cellule familiale pluriparentale. La pluriparentalité consiste à mener un projet parental à trois personnes ou plus. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'il y a une relation amoureuse entre les membres de la cellule familiale, une pléthore de configurations relationnelles étant possibles.
Campée sur l'idée qu'une famille repose sur la biparentalité d'une part, et que l'ajout d'une – ou de plusieurs – personne(s) viendrait mettre à mal la stabilité et la sécurité de l'enfant d'autre part, la décision de la CAQ semble relever davantage de préconçus idéologiques et de mythes entourant le concept de famille que de réels fondements scientifiques ou éthiques.
D'abord, la vision monogame de la conjugalité semble revêtir un caractère de supériorité morale aux yeux des législateurs, vu sa prédominance dans le portrait des familles de notre société. Il aurait cependant fallu éviter de tomber dans un syllogisme du type : la « monogamie étant le modèle familial le plus courant, la monogamie des parents est donc dans l'intérêt supérieur de l'enfant ».
Ensuite, aucune étude ne démontre que la pluriparentalité est nocive pour le développement des enfants issus de ce type de projet parental. D'aucuns prétendent que la pluriparentalité ajoute un risque de précarité à l'entité familiale, à la stabilité de l'enfant, ainsi qu'à la difficulté des arrangements en cas de rupture. Cependant, avec près de 25 % des enfants québécois ayant vécu la séparation de leurs parents monogames au cours de l'enfance [1]], il est difficile d'affirmer que la biparentalité est un gage de stabilité relationnelle au sein de la cellule familiale.
Pour ce qui est des conflits entre les parents et des modalités advenant une séparation, tant l'Association des juristes progressistes que la Coalition des familles LGBT+ affirment que les encadrements légaux prévoient déjà les outils nécessaires, et qu'il vaut mieux encadrer ce qui n'est pas déjà prévu. La décision de refuser d'encadrer la réalité des familles pluriparentales met à risque les enfants issus de ces familles – tout comme les enfants issus de famille mono- ou biparentales seraient à risque si des protections entourant l'autorité parentale ou les pensions alimentaires n'étaient pas applicables à leur cas d'espèce. C'est d'ailleurs dans l'objectif de protéger les enfants – tous les enfants, peu importe la forme que prend leur famille – que la Colombie-Britanique a reconnu légalement la pluriparentalité il y a plus de dix ans. À notre connaissance, aucune décision faisant état de conflit entre parents pluriparental n'a été rendue depuis.
Pour une Loi au service de toutes les familles
Les familles pluriparentales sont aussi reconnues légalement en Ontario et en Saskatchewan. Elles existent en ce moment au Québec. Cette réforme nous informe sur la manière qu'à l'État de concevoir la famille. Au lieu d'un travail de prescription du possible, la société québécoise aurait été en droit d'attendre une ouverture et un encadrement des réalités existantes, et ce, dans toute sa diversité.
La réforme du droit de la famille, attendue depuis plusieurs années, a étendu les principes de reconnaissance légale et sociétale à un nouveau mode d'organisation familial (gestation pour autrui), en plus de donner des outils supplémentaires à ceux issus d'un modèle en dehors du mariage (création de l'union parentale). Or, la réforme laisse pour l'heure de nombreuses familles sans protections ni encadrement, notamment les couples sans enfants et les familles pluriparentales. Bien que la réforme du ministre Jolin-Barette n'ait pas rencontré beaucoup d'opposition, ce qui en ressort s'apparente davantage à un rattrapage qu'à un texte reflétant une vision audacieuse et particulièrement inclusive de la famille.
[1] Les statistiques changent selon les années étudiées. Combien d'enfants au Canada ont vécu la séparation ou le divorce de leurs parents ? Résultats de l'Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019. En ligne : www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-627-m/11-627-m2022018-fra.htm
Illustration : Natascha Hohmann

Familles noires et DPJ. Quand le système blesse sous couvert de protection
La surreprésentation des enfants Noir·es dans les systèmes de protection de la jeunesse révèle une injustice alarmante, mais souvent passée sous silence. Protégeons-nous réellement les enfants et les familles Noires ou leur causons-nous du tort à travers un processus discriminatoire ?
Cet article propose une réflexion critique basée sur une recherche récente portant sur la surreprésentation des enfants Noir·es signalé·es à la DPJ. Au Québec, malgré que l'enjeu soit bien documenté depuis des décennies, une perspective antiraciste reste presque totalement absente des débats entourant le traitement des familles issues des communautés Noires. Or, la protection de la jeunesse ne devrait pas fermer les yeux sur les dynamiques de pouvoir et les biais structurels qui imprègnent les pratiques institutionnelles, y compris au sein de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).
Un système daltonien
Le système de protection de la jeunesse se présente comme neutre et objectif dans son traitement des enfants et des familles, mettant de l'avant l'intérêt de l'enfant comme seul critère décisionnel. Cependant, les recherches révèlent un tout autre portrait. Les études menées au Québec montrent que les enfants Noir·es sont victimes de surreprésentation à toutes les étapes du processus de la DPJ, de la signalisation initiale à l'ordonnance du tribunal et à la prise en charge par l'État, en passant par l'évaluation de la sécurité et du développement compromis. La surreprésentation désigne la présence disproportionnée d'un groupe dans un contexte spécifique (ici, les services de protection de la jeunesse) par rapport à sa proportion dans la population générale.
À mesure que les enfants Noir·es progressent dans le système de protection de la jeunesse, leur surreprésentation reste assez stable à travers différentes étapes du processus. C'est notamment lorsqu'ils ont été identifiés comme ayant un problème de compromission (sécurité et développement compromis, ou SDC), c'est-à-dire que des allégations de maltraitance ont été confirmées après une évaluation. Cette étape signifie que l'enfant recevra donc des services continus. Ensuite, ils sont surreprésentés dans le cadre des mesures judiciaires, entreprises lorsque les familles ne sont pas d'accord avec la décision de compromission. Enfin, les enfants Noir·es subissent plus fréquemment une récurrence, où ils sont à nouveau pris en charge par la protection de la jeunesse après un premier signalement. Dans le système de justice pénale pour les jeunes (LSJPA), leur proportion est encore plus élevée.
Cela démontre que les enfants Noir·es sont surreprésenté·es à la fois dans le système de protection de la jeunesse et dans le système judiciaire. Il apparaît que l'expérience de ces enfants dans le système de protection de la jeunesse est marquée par une double vulnérabilité : en plus des traumatismes émotionnels liés à la séparation de leurs parents, ces enfants doivent naviguer dans un système où ils sont souvent confrontés à des discriminations raciales – qu'elles soient explicites ou implicites.
Un constat s'impose donc : le système de protection de la jeunesse n'est visiblement pas exempt des biais raciaux qui traversent toutes les autres institutions publiques. En effet, bien que le discours public sur la protection de la jeunesse évite souvent la question du racisme, les études démontrent que les familles Noires vivent des expériences bien différentes au sein de ces systèmes comparativement à leurs homologues blanches. La race est donc un facteur prédictif du traitement différentiel reçu par les enfants racisés.
La continuité du racisme institutionnel
Pour comprendre pleinement la surreprésentation des enfants Noir·es dans le système de protection de la jeunesse, il est essentiel de situer cette problématique dans une perspective historique. Les communautés Noires du Québec portent le fardeau de siècles de discrimination systémique, d'exclusion et de violence coloniale. Ces dynamiques de domination, traduites historiquement par l'exploitation et la marginalisation des personnes Noires, se perpétuent aussi sous des formes plus subtiles, y compris au sein des systèmes dits de « protection ». La doctrine de « sauvetage des enfants » permet aux travailleurs sociaux de justifier la centralité de la suprématie blanche et, selon Cindy Blackstock qui a étudié ce phénomène au sein de communautés autochtones, permet aux personnes travaillant avec des enfants, formées avec l'intention de faire du « bien », à ne jamais être perçues comme capables de causer du mal.
Ancré dans une longue tradition de contrôle et de surveillance des corps Noirs, le racisme anti-Noir·es contribue à cibler et à criminaliser ces familles sous le prétexte de la protection de la jeunesse. Le racisme systémique opère ici à travers des politiques et des pratiques qui ont pour effet de maintenir des rapports de pouvoir inégalitaires, où les familles Noires sont perçues comme déficientes et dangereuses. Compte tenu des discours d'anti-Blackness qui dépeignent les personnes Noires comme violentes, ainsi que des recherches qui les ont principalement représentées comme déficientes, il existe une narration omniprésente qui renforce des stéréotypes nuisibles. Ces récits créent un environnement social où les individus et les familles Noires sont souvent perçus à travers un prisme de méfiance et de négativité.
Conséquemment, elles font l'objet d'une pathologisation dans le système de protection de la jeunesse, c'est-à-dire qu'on les perçoit souvent comme problématiques, sans reconnaître le rôle de l'État dans les difficultés qu'elles rencontrent. Ce phénomène provient des inégalités structurelles auxquelles ces familles sont confrontées, telles que la pauvreté, le manque de logements stables et l'accès limité à des services de santé et sociaux. En ignorant ces inégalités, l'État se déresponsabilise, et fait porter les impacts du racisme anti-Noir·es aux familles Noires.
Le profilage racial des enfants Noir·es
Le profilage racial n'est donc pas uniquement l'apanage des forces de l'ordre. L'une des formes les plus visibles dans laquelle il se manifeste au sein du système de la protection de la jeunesse est la tendance à surestimer les risques de SDC chez les enfants issus de familles Noires, souvent perçues à travers le prisme de la criminalisation et de la pauvreté. Les intervenants de la DPJ, qu'ils soient bien intentionnés ou non, ne sont pas immunisés contre les préjugés implicites et les stéréotypes associés aux familles Noires. Ces différences de traitement s'expliquent en partie par un regard biaisé sur leur culture, leur comportement et leurs circonstances socio-économiques.
Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le profilage racial dans les services de protection de la jeunesse est bel et bien une réalité pour les enfants Noir·es. Le profilage racial désigne toute action prise par des personnes en position d'autorité, comme les travailleurs sociaux, qui repose sur des facteurs tels que la race ou l'origine ethnique, sans motif réel. Ce phénomène conduit à un traitement différentiel des enfants Noir·es, les exposant à des mesures plus sévères et fréquentes. Le profilage racial se traduit donc par une surveillance accrue des familles Noires par d'autres institutions comme les écoles, les systèmes policiers et les services de santé mentale, qui sont souvent à l'origine des signalements à la DPJ. Ce lien entre la stigmatisation des familles et les signalements fréquents constitue un cercle vicieux où les familles Noires sont davantage ciblées par l'État, ce qui conduit à leur surreprésentation au sein du système, nourrissant et « validant » par le fait même le biais raciste commandant davantage de surveillance à cette communauté.
La CDPDJ souligne que d'autres facteurs jouent également un rôle clé dans cette surreprésentation. Les enfants Noir·es présentent des besoins plus importants car iels sont souvent plus exposé·es à des situations de précarité socio-économique, les rendant plus vulnérables aux interventions de la protection de la jeunesse. Cependant, il est important de reconnaître que la race et la pauvreté sont souvent imbriquées. Le racisme anti-Noir·es contribue à perpétuer cette précarité, avec des taux de chômage plus élevés et des niveaux de pauvreté plus importants dans les communautés Noires. Celles-ci ont souvent un accès limité aux services disponibles au sein de leur communauté pour répondre à leurs besoins. Cette iniquité structurelle, résultat de la discrimination systémique, ne peut donc être dissociée du profilage racial.
En bref, les enfants Noir·es sont confronté·es à des préjugés raciaux liés aux pratiques discriminatoires des professionnels et aux dynamiques organisationnelles. Le profilage racial va donc au-delà des actions intentionnelles des personnes en position d'autorité. Les enfants Noir·es sont souvent perçu·es comme étant plus susceptibles d'adopter des comportements problématiques, ce qui justifie une surveillance accrue. Cette pensée déficitaire, qui porte à blâmer les caractéristiques personnelles des individus pour leurs difficultés vécues, contribue à justifier l'intervention de la protection de la jeunesse. Ces justifications se focalisent sur les supposées lacunes, incapacités ou comportements problématiques des individus Noir·es, sans tenir compte des contextes sociaux, économiques, ou structurels qui influencent leurs situations.
La protection ou le préjudice ?
Les effets du profilage racial dans le système de protection de la jeunesse sont multiples et souvent désastreux pour les enfants Noir·es et leurs familles. En effet, en observant les enfants signalés dans la région de Montréal entre 2004 et 2012, cette population était en moyenne presque quatre fois plus susceptible d'être signalée à la DPJ. De plus, ils sont plus souvent placés hors de leur milieu familial. Cette séparation, bien qu'elle soit souvent présentée comme une mesure temporaire, peut avoir des répercussions profondes et durables pour les enfants Noir·es, notamment en exacerbant les traumatismes liés à la rupture familiale. Des études ont montré que les enfants Noir·es pris en charge par la DPJ sont souvent placés dans des foyers ou des centres où ils se trouvent isolés de leur communauté et de leur culture. Cela peut exacerber leur sentiment de marginalisation et d'aliénation et les priver de connexions essentielles à leur communauté, à leurs traditions et à leur langue, nuisant à leur construction identitaire, leur estime de soi et leur bien-être.
D'autre part, il s'avère que ces derniers sont le plus souvent signalés par les écoles et les services de police, tandis que les enfants blancs ont plus de chances d'être signalés par un membre de la famille ou de leur entourage. Ce constat met en lumière les mécanismes de surveillance différenciée appliqués aux enfants Noir·es, considérés comme plus à risque par les institutions publiques, et faisant l'objet d'une surveillance accrue. Ces institutions, investies d'une autorité étatique, tendent à exercer un contrôle social plus strict sur les communautés Noires, ce qui conduit à une surreprésentation des signalements d'enfants Noir·es par ces mêmes institutions. En revanche, les enfants blancs, bénéficiant souvent de plus de ressources et d'une perception moins négative au sein de la société, sont plus susceptibles d'être signalés par des membres de leur famille ou de leur entourage, ce qui reflète une approche moins institutionnalisée et moins coercitive.
Vers une justice raciale dans la protection de la jeunesse
Il est clair qu'une réforme en profondeur du système de protection de la jeunesse est nécessaire. Premièrement, il est impératif de reconnaître et de nommer le racisme anti-Noir·es comme une dimension centrale du traitement différentiel des enfants Noir·es à la DPJ. Cette reconnaissance doit être accompagnée d'une formation obligatoire pour tous les acteurs de la protection de la jeunesse sur les préjugés implicites et les dynamiques raciales. Deuxièmement, il est crucial de mettre en place des mesures qui favorisent une meilleure représentation des professionnel·les s Noir·es au sein des équipes de la DPJ. Finalement, les interventions de la protection de la jeunesse doivent prioriser un renforcement des liens entre les familles Noires et leurs communautés. L'importance d'une approche culturellement appropriée ne peut être sous-estimée, en particulier dans les cas où des enfants Noir·es sont retirés de leur famille. Enfin, il est essentiel que les voix des familles Noires soient davantage entendues et intégrées dans les processus décisionnels de la DPJ. Cela inclut non seulement des consultations directes avec les familles concernées, mais aussi la création de mécanismes de surveillance indépendants pour examiner les cas de discrimination raciale dans le système.
Les familles Noires ont trop longtemps été invisibilisées dans les discussions autour de la protection de la jeunesse. Il est temps de donner une voix à ces familles et de s'assurer que le système dans lequel elles évoluent soit véritablement un facteur de protection, et non pas un vecteur de répression.
Alexandra H. Borrelli est membre du Centre de recherche sur l'enfance et la famille de l'Université McGill. Alicia Boatswain-Kyte est professeure adjointe à l'École de travail social de l'Université McGill.
Illustration : Natascha Hohmann
Sénégal : durcissement du code pénal sur l’homosexualité
L’extrême droite au pouvoir en Colombie
L’Histoire noyée dans la Léthé | Chroniques buissonnières (Montréal, 2026)

Compromis
Un vieil adage définit la politique comme « l'art du compromis ». Idéalement, ce « donnant-donnant » permet d'arriver à une situation où toutes les parties y trouvent leur compte. Mais il arrive parfois une situation où une partie donne tout et ne reçoit rien en contrepartie.
C'est sans doute ce qui a amené l'environnementaliste Steven Guilbault à démissionner comme ministre, puis bientôt comme député.[1] « Le député libéral serait déçu de l'orientation imposée au gouvernement par le premier ministre Mark Carney, qui mise davantage sur le développement des ressources que sur les enjeux climatiques. … Depuis l'élection de Mark Carney, l'ancien militant écologiste semblait avaler compromis après compromis. ».[2]
Au Québec, des compromis de M. Guilbault, tel le pipeline Trans-Mountain ou le projet Baie du Nord, ont amené le mouvement environnemental à voir son bilan comme étant très, très mitigé. Mais à l'autre bout du pays, il était devenu le mouton noir, la tête-de-Turc de tout le mouvement ultraconservateur pro-pétrole de l'Alberta. David Clemenhaga du journal The Tyee affirme que ceux-ci souffrent d'un « cas grave de ‘Syndrome de dérangement anti-Guilbault'. »[3] La tentative de rapprochement avec la Première ministre albertaine, Mme Danielle Smith, par M. Carney est un cadeau pour l'industrie des énergies fossiles.
On comprend et on accepte que M. Carney veuille diversifier nos marchés face à la guerre tarifaire de Trump. Son discours de Davos a été acclamé pour sa lucidité car les puissance intermédiaires, comme le Canada, doivent désormais « lever les coudes » :« Lorsqu'on n'est pas à la table, on figure au menu » a dit Mark Carney à tous les pays qui ont l'impression de se faire dévorer par Donald Trump.[4]
Face à l'ogre, il faut réagir ! Mais dans une guerre, jusqu'où doit-on compromettre nos principes et notre avenir à long terme pour survivre ? Et en réagissant à la menace immédiate des tarifs trumpiens, est-ce qu'à long terme, on ne risque pas d'aggraver les changements climatiques ? Tout un dilemme !
En 2017, M. Carney, en tant que gouverneur de la banque d'Angleterre, avait mis les magnats de la finance en garde contre les coûts des changements climatiques, des coûts dont la croissance exponentielle pourrait ébranler les colonnes du temple économique.[5] Une décennie plus tard, les années de chaleur record se succèdent. Et les climatologues sont presque certains que nous entrons dans une année El Niño. Comme le dit Chris Hatch du National Observer :« Bien que le phénomène El Niño ne soit pas directement lié aux changements climatiques, il arrivera dans un monde où les températures mondiales sont gonflées à bloc. Nous n'avons jamais vu un El Niño frapper une planète surchauffée à ce point par la pollution au carbone. »[6]
Pourtant, il y aurait une autre solution, plus constructive. Le 4 avril 2025, en pleine campagne électorale, plus de 120 élus municipaux, dont Mme Valérie Plante, mairesse de Montréal, et M. Richard Ireland, maire de Jasper en Alberta dont la ville avait été frappée par un grave incendie, demandaient aux candidats des cinq partis politiques d'investir massivement dans les infrastructures municipales. Leur plan en cinq points pourrait être mis en oeuvre pour « créer un véritable boom d'emplois et répondre à l'urgence climatique. »[7] Malheureusement, ce plan a été ignoré.
L'industrie pétrolière et Trump sont des acteurs de mauvaise foi qui nous menacent de plusieurs manières.[8] Quel compromis doit-on faire pour contrer les dangers à court terme que les tarifs trumpiens imposent à notre économie par opposition aux dangers à long terme pour le climat causés par la combustion effrénée des énergies fossiles ?[9] M. Guilbeault semble dire « assez de couleuvres » alors que M. Carney semble encore enclin à serrer la main du diable. Mais mon père, avec son gros bon sens terrien, disait :« Plus le diable en a, plus il en veut ». Peut-on apaiser l'ambition insatiable de l'industrie des combustibles fossiles ?
Celle-ci et ses alliés politiques font le pari qu'ils peuvent utiliser les fonds publics et « l'intérêt national » pour construire des infrastructures qui assureront leur avenir pendant une génération avant que la transition énergétique mondiale déjà amorcée les force sur la voie d'évitement de l'histoire, tout comme le cheval et le boghei au 20e siècle. C'est un bon pari pour ces dinosaures énergétiques ! Mais pour nous ? Pour la génération montante ; celle qui à l'instar de Greta Thunberg crie « How dare you ! ». [10] Pour faire face à Trump, M. Carney mise sur le développement des resources énergétiques fossiles. Par rapport à son discours devant la Lloyd's de Londres en 2017, ce pari risqué est-il un compromis inacceptable pour un homme qui veut changer le cour de l'histoire, car il faut être de la trempe de Churchill ou de de Gaulle, deux hommes qui ont poursuivi leur idéal contre l'agresseur sans compromis ?
Gérard Montpetit
La Présentation
le 14juin 2026
2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2256917/steven-guilbeault-depart-vie-politique
4] https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier (20 jan. 2026)
7] https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-04-11/face-a-la-crise-tarifaire-et-climatique/
8] https://www.nationalobserver.com/2026/06/11/opinion/carney-carbon-capture-and-storage-oil-industry
10] Greta Thunberg, la voix qui secoue la planète, par Maëlle Brun, ed L'archipel, 2020 237 pages. Extrait de son discours aux Nations Unies le 23 sept. 2019. Citation à la page 122
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Démocraties sous pression : comment Trump et l’extrême droite cherchent à peser sur l’avenir de l’Amérique latine

Les grandes manœuvres du Commissaire au lobbyisme
Dans de nombreuses sorties sur la place publique, le commissaire au lobbyisme Jean-François Routhier ne cesse de répéter qu'il faut réformer la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (LTEML). Datant de 2002, cette loi demande en effet de sérieux ajustements. Mais ceux-ci ne doivent surtout pas être ce que demande le commissaire.
Dans un “Rapport spécial”, celui-ci propose carrément de remplacer l'actuelle loi par une suggestion de son cru, à l'intention du prochain gouvernement du Québec. Cette proposition soulève de nombreuses interrogations quant à son contenu et à sa forme. En proposant un projet de loi, le Commissaire se substitue aux membres de l'Assemblée nationale dans un contexte qui n'engage pas un vrai débat démocratique sur la pratique du lobbyisme. De plus, le commissaire se place en situation d'apparence de conflit d'intérêts, puisqu'il propose des modifications à la loi qui définit et encadre sa propre fonction, allant même jusqu'à se donner davantage de pouvoir.
Le rapport Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité est remarquable par sa langue de bois et son refus de nommer clairement les choses. Les propositions mises de l'avant par le commissaire incluent des changements majeurs aux définitions applicables dans le cas de la LTEML, qui auraient d'importantes conséquences. Dans son projet de loi, les mots « lobbyisme » et « lobbyiste » sont remplacés par « représentation d'intérêts », « titulaires de charges publiques » par « agents publics » et « entreprise et organisation » par « entité ». Cela ferait de plus disparaître les différentes catégories de lobbyistes. Même le nom actuel de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme y passerait pour devenir la « Loi sur la représentation d'intérêts ».
Tout est placé sur un même niveau : les intentions poursuivies, les moyens financiers des interlocuteurs, le type d'organisation, le fait qu'il s'agisse d'entreprises privées à but lucratif ou d'organismes sans but lucratif. Les démarches effectuées derrière les portes closes seraient traitées comme l'appel au grand public, alors que celui-ci est une pratique démocratique de mobilisation très visible. Une multinationale aux moyens considérables et un petit organisme environnemental de quartier deviendraient ainsi de simples « entités », sans égard aux profondes inégalités de financement et d'actions qui les séparent.
Ce rapport correspond en fait à une nouvelle tentative du commissaire — la septième en tout ! — d'assujettir les OSBL à la Loi. Bien que le Commissaire précise que les organismes communautaires ne seraient pas touchés, cela est faux. Cette simili-exclusion ne permettrait de protéger que de rares organisations ne se définissant pas comme autonomes, mais comme des extensions des services publics. En effet, tous les autres OSBL seraient considérés comme des organisations faisant du lobbyisme. Des milliers de groupes, de coalitions et de regroupements seraient assimilés à des lobbyistes, alors qu'ils sont les porte-voix que la population s'est donnés pour représenter ses revendications sociales.
Le commissaire cherche visiblement à améliorer la réputation du lobbyisme. On peut se demander ce qui vaut cette faveur à cette profession dont les stigmates ne sont pas le fruit du hasard. Les lobbyistes ont en effet donné depuis longtemps une très mauvaise image d'eux-mêmes en déployant d'énormes moyens pour accroître les bénéfices d'actionnaires, d'entreprises ou de sociétés. En effet, le lobbyisme auprès des gouvernements est au cœur de plusieurs controverses, depuis des décennies : la vente de pesticides toxiques et de cigarettes, l'exploitation sans limites des hydrocarbures, la déréglementation tous azimuts de l'industrie numérique, pour ne citer que quelques exemples. Il faut aussi rappeler que l'adoption de la LTEML répondait à un scandale lié à cette pratique, alors que la compagnie Oxygène 9 permettait des accès privilégiés au gouvernement.
Même les mesures ayant le potentiel d'améliorer la pratique et la surveillance du lobbyisme sont insuffisantes pour parvenir à la transparence souhaitée par le commissaire. Celui-ci propose, par exemple, d'imposer une période de restriction aux élus et aux hauts fonctionnaires avant qu'ils puissent exercer des activités de lobbyisme, mais la période est bien trop brève pour avoir une réelle incidence sur le phénomène des portes tournantes.
Le rapport du commissaire reste surtout pour nous un coup de force, un refus du dialogue social et une nouvelle manœuvre pour faire passer ce qui a toujours été rejeté, tant du niveau politique que de la société civile. En proposant de nouveau d'assimiler les OSBL à des lobbyistes et de considérer l'appel au grand public comme du lobbyisme, le commissaire fait fi des consensus exprimés à la suite de chacune de ses tentatives.
Il est essentiel de retenir d'autres propositions pour plus de transparence en matière de lobbyisme, tout en garantissant que la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme. En février dernier, 114 organisations diversifiées ont justement endossé 29 propositions en ce sens. Une loi aussi importante pour l'avenir de notre démocratie doit faire l'objet d'une véritable consultation publique, notamment auprès des OSBL et des utilisateurs et utilisatrices du registre des lobbyistes.
Thibault Rehm est coordonnateur de Vigilance OGM.
Mercédez Roberge est coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles et s'exprimer au nom de la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.
Claude Vaillancourt et Camille Charbonneau sont président et analyste à ATTAC-Québec, respectivement.
Photo : Me Jean-François Routhier, Lobbyisme Québec
Des centrales syndicales et des groupes de la société civile exigent que la CDPQ retire 26,4 milliards $ dans des entreprises complices des crimes d’Israël en Palestine
Hausse des tarifs du transport en commun, quand se déplacer devient un luxe
Le 1ᵉʳ juillet prochain, le prix de la carte mensuelle de la STM passera de 104,50 $ à 110 $. Le billet unitaire, lui, coûtera désormais 3,75 $. À ce prix-là, la capacité de se déplacer pour répondre à ses besoins et vaquer à ses activités de la vie courante devient carrément impossible pour bien des personnes.
Nous dénonçons les tarifs trop élevés des transports en commun depuis longtemps. Nous dressons, année après année, le sombre portrait de la hausse du coût de la vie auquel s'ajoutent les frais de transport : les loyers explosent, l'épicerie est hors de prix, les factures augmentent, les revenus ne suivent pas l'inflation, sans parler des prestations d'aide sociale qui maintiennent les personnes dans une grande pauvreté. Les gens s'appauvrissent et plusieurs n'ont plus de marge de manœuvre. Chaque dollar compte, tout coûte de plus en plus cher, des choix s'imposent : de quoi va-t-on se priver ?
Évidemment que dans ce contexte, c'est le budget transport qui écope souvent en premier. Pour plusieurs, la carte mensuelle est trop chère à payer d'un coup. L'ironie, c'est que payer ses déplacements à l'unité coûte aussi très cher, 7,50$ pour un aller-retour, disons que c'est un pensez-y bien quand notre budget est restreint ! Résultat : des gens limitent leurs déplacements, s'isolent ou renoncent à certains besoins essentiels en coupant sur le budget d'épicerie par exemple. Concrètement, ça signifie de reporter des rendez-vous médicaux, d'annuler des activités familiales ou communautaires, de compter ses déplacements pour les activités de la vie courante, pour des démarches de recherche d'emploi, etc.
Pouvoir se déplacer n'est pas un luxe et ne devrait jamais être un privilège. La capacité de se déplacer est essentielle et permet d'exercer ses droits : travailler, étudier, se loger, se nourrir, recevoir des soins, maintenir des liens sociaux, participer pleinement à la société. Le prix n'est d'ailleurs pas le seul obstacle à la mobilité. De nombreuses personnes vivent aussi d'autres barrières : machines et applications numériques devenues incontournables, difficulté à se repérer dans le réseau, obstacles insurmontables pour les personnes en fauteuil ou avec une marchette, problèmes dans le transport adapté, sentiment d'insécurité vécu notamment par les femmes et les personnes issues des minorités. Ajouter des hausses tarifaires ne fait qu'exclure davantage des personnes qui l'ont déjà difficile.
Pourtant le transport en commun est un service public. Par définition, il devrait donc répondre aux besoins de la population, assurer le respect des droits, permettre l'inclusion sociale et réduire les inégalités. Dans l'état des choses, alors qu'on fait porter une part importante du financement du réseau sur les épaules de la population qui l'utilise, pourquoi le gouvernement ne le traite pas comme tel ? Faut-il rappeler que les investissements publics favorisent largement l'automobile. Ce déséquilibre a des conséquences bien réelles sur la vie des gens. Les routes sont gratuites, alors pourquoi le transport en commun ne l'est pas aussi ?
Chaque hausse envoie aussi un drôle de message. Les élus répètent sans cesse qu'ils veulent réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuer la congestion et encourager le transport collectif, mais on rend celui-ci toujours plus cher et moins accessible. Cherchez l'erreur !
Le transport collectif est essentiel. Il permet à la ville de fonctionner. Il réduit les inégalités sociales et contribue à la transition écologique. Pourtant, ce sont encore les personnes qui ont le moins de moyens qui doivent absorber les augmentations.
Chaque hausse est une hausse de trop ! Nous demandons le gel des tarifs et la mise en place d'une tarification sociale basée sur le revenu, dans une perspective de gratuité. C'est une question de justice sociale et environnementale !
ll est temps de cesser de considérer le transport collectif comme une dépense dont la population doit assumer une part toujours plus grande. Nous avons besoin d'un réseau de transport en commun accessible, juste et inclusif, financé publiquement à la hauteur des besoins de tout le monde ; parce que pouvoir se déplacer, c'est un droit qui ne devrait pas dépendre de la taille de son portefeuille.
Signée par :
Julie Corbeil, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal
Isabelle Mailloux- Béique, Association coopérative d'économie familiale du Nord de Montréal
Frédéric Vachon, Exaequo
Dominic Palladini, Regroupement des usagers·ères du transport adapté
Alexia Fauvre, Centre communautaire Radisson
Nicolas Lemieux, Mouvement pour un transport public abordable
Rédaction Presse toi à gauche
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Nous sommes une très petite équipe de bénévoles. Si nous ne voulons pas nous épuiser, nous devons améliorer notre fonctionnement.
Dans cet objectif, nous apprécierions que vos articles nous parviennent avant jeudi midi pour publication le mardi suivant….sinon ce sera au mardi suivant.
Merci de votre compréhension.
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Bonjour
Scénario de la pause d'été pour PTAG
Dernière réunion du comité de rédaction avant la pause estivale Dernière édition de la session printemps-été
11 juin 16 juin
Première réunion du comité de rédaction après la pause estivale Première édition de la session automne-hiver
13 août 18 août
Merci de nous avoir fait parvenir vos textes.
Voici le lien de la publication
https://www.pressegauche.org/Petion-Ville-Haiti-16-Juin-2026-L-Organisme
N'hésitez pas à nous en faire parvenir d'autres
Merci de collaborer avec Presse toi à gauche
Ginette rédaction Presse toi à gauche

L’indépendance ne pourra se réaliser sans un projet de société
La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions à l'indépendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix.
Le texte de Jimmy Thibodeau [1] repose sur une inversion politique assez grossière : il accuse la gauche indépendantiste de poser des conditions à l'indépendance, alors que la véritable pression vient de ce qu'il défend lui-même. Tout accepter au nom de l'unité nationale. Accepter les discours qui ciblent les personnes immigrantes, racisées, musulmanes, juives, LGBTQ ou issues de minorités religieuses. Accepter que le rapport de nation à nation avec les Premiers Peuples soit remis à « plus tard ». Accepter que des mouvements identitaires associés à l'extrême droite, comme Nouvelle Alliance, gravitent dans la nébuleuse souverainiste sans que le camp nationaliste ne s'y offusque [2].
Ce dernier point ne peut pas être esquivé. Nouvelle Alliance véhicule un nationalisme d'exclusion fondé sur la suspicion envers les personnes immigrantes et les minorités religieuses. Laisser ce discours occuper de l'espace sans le nommer, c'est envoyer un message clair à toutes les personnes qu'il cible : ce projet n'est pas pour vous. Et tant que ce message persiste, la majorité référendaire restera hors de portée. On ne bâtit pas un pays en tolérant ceux qui en excluent une partie avant même qu'il existe. Quand un mouvement qui prétend parler au nom du peuple québécois refuse de se distancer d'un courant qui en exclut une partie, il faut se demander de quel peuple il parle.
Voilà le véritable souverainisme conditionnel : conditionner l'unité indépendantiste au silence de la gauche, des minorités et des Premiers Peuples.
Poser des exigences démocratiques à un projet politique ne revient pas à le refuser. C'est le prendre au sérieux. Le faux dilemme de la droite nationaliste consiste à dire : soit vous signez sans lire, soit vous n'êtes pas vraiment souverainistes. Mais l'indépendance n'est pas un contrat d'adhésion. Elle ne peut pas exiger le silence de celles et ceux qui veulent justement en faire un projet de libération.
Deux référendums. Deux défaites. Recommencer sans tirer les leçons, sans proposer un projet de société capable de convaincre une majorité, c'est condamner l'indépendance à la dormance pour une autre génération. Ce projet mérite une nouvelle démarche à la hauteur de son ambition.
Cette démarche existe. C'est la démarche constituante. Elle n'est pas une esquive ni une condition supplémentaire. Elle est une réponse offensive à la faiblesse stratégique la plus profonde du mouvement souverainiste : l'absence d'un projet visible et approprié par la population. Sans projet clair, l'indépendance reste une promesse abstraite que le camp fédéraliste transforme en épouvantail à chaque cycle électoral. Avec un processus constituant ouvert et démocratique, elle devient une proposition concrète. La question nationale n'appartient pas à un seul parti ni à l'Assemblée nationale.
Elle appartient à toute la population. C'est précisément ce que propose Québec solidaire : une vaste démarche de démocratie participative pour que ce débat soit celui de tout le monde. Plutôt que de défendre l'indépendance contre la peur, on construit le pays contre l'immobilisme. Ce n'est pas reculer. C'est changer de terrain pour gagner. Cette approche est unique, et c'est le seul parti à la porter.
Ce déplacement est d'autant plus nécessaire que même les organisations souverainistes le reconnaissent. Le rapport récent des OUI Québec, issu d'une vaste consultation de la société civile, est sans équivoque : des inquiétudes persistent face aux discours nationalistes parmi les personnes issues de l'immigration, et proposer un véritable projet de société apparaît comme presque incontournable.
Quand les propres alliés du mouvement tirent cette conclusion, ignorer le diagnostic relève de l'entêtement, pas de la stratégie. On ne peut pas plaider l'unité souverainiste tout en rejetant les seules propositions capables de construire une majorité réelle.
La droite nationaliste peut bien accuser la gauche de tous les maux souverainistes. Mais qu'elle commence par reconnaître les conditions qu'elle impose elle-même : le silence devant les dérives identitaires, le refus d'un projet débattu, l'idée que le monopole du projet national lui appartiendrait de droit.
Il ne lui appartient pas. Québec solidaire porte depuis des décennies un projet, une stratégie et une vision de ce pays. Il suffirait d'un peu de maturité politique pour l'écouter.
L'indépendance ne se construira pas malgré une partie du peuple. Elle se construira avec tout le peuple. Ou elle ne se fera pas.
Signataires :
André Frappier — ex-co-porte-parole de Québec solidaire
Geru Schneider — Candidat pour Québec solidaire à Chomedey et militant
Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026 L’Organisme...
Pétion-Ville, Haïti, 16 Juin 2026
L'Organisme de Défense des Droits Humains stupéfie par la défaillance de la politique de sécurité et aux violations systémiques des droits humains en Haïti
L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH condamne fermement la recrudescence des enlèvements en Haïti, qui constituent une violation flagrante des droits humains fondamentaux.
L'enlèvement récent du professeur James Boyard, cadre de la police nationale et chef de cabinet au ministère de la Défense, illustre l'échec critique de la politique de sécurité actuelle. Quand les acteurs chargés de planifier l'ordre public deviennent eux-mêmes des cibles, cela démontre l'inefficacité des mesures étatiques et l'impunité dont jouissent les réseaux criminels. Cette crise met en lumière l'incapacité ou le manque de volonté politique des dirigeants pour réformer la politique de sécurité et démanteler l'économie du kidnapping.
En fait, la passivité des autorités face à cette terreur quotidienne prive la population de ses droits humains les plus élémentaires, à commencer par le droit à la vie et à la sûreté. Pourtant, la sécurité est une obligation régalienne garantie à la fois par la Constitution haïtienne et par les traités internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l'État.
L'Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH estime que l'inaction systématique des gouvernants face à ce droit inaliénable soulève dès lors de graves questions sur leur responsabilité politique et leur respect des engagements juridiques.
Pour toute information complémentaire ou pour établir un partenariat, veuillez nous contacter à :
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𝐀̀ 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬 𝐝𝐞 𝐄𝐂𝐂𝐑𝐄𝐃𝐇𝐇
L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est une organisation dédiée à la promotion et la défense des droits humains, à l'éducation et à la recherche en Haïti. Elle œuvre pour une société plus juste et inclusive à travers des actions concrètes et des partenariats stratégiques.
D’or et d’os
*Par la voie des airs : Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé
Liban : préserver les semences pour survivre à la guerre

Le pouvoir de pirater les esprits
L'article analyse les utilisations de l'intelligence artificielle comme instrument de contrôle social par les grandes entreprises technologiques. Les impacts, réels et potentiels, de l'intelligence artificielle (IA) sur la société suscitent une préoccupation et une inquiétude croissantes.
7 juin 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
Plusieurs études indiquent que, par exemple, en raison de la conception actuelle des systèmes d'IA, leur fonctionnement détériore des institutions civiques fondamentales (comme les universités, le droit, le journalisme, la démocratie), en érodant l'expérience, en court-circuitant le processus décisionnel et en isolant les individus les uns des autres. Cela risque même d'entraîner sa destruction.
Le discours culturel dominant dans le domaine de l'IA porte atteinte à la diversité et à l'altérité, dans une sorte de « piratage cognitif » des identités, des valeurs et des croyances culturelles et sociales. Il a également été démontré que la difficulté à distinguer les informations vraies des fausses entraîne une méfiance générale envers les institutions et la démocratie.
Les mesures visant à atténuer ces impacts tendent à mettre l'accent sur la nécessité d'établir des codes de déontologie et des normes législatives afin d'encadrer leur développement. Des mesures sans aucun doute nécessaires, mais manifestement insuffisantes pour inverser la tendance actuelle. Il est évident que ces impacts ne sont pas simplement dus à des négligences ou à des accidents résultant du développement accéléré de la technologie, auxquels des mesures appropriées pourraient remédier, mais qu'ils font partie intégrante du modèle économique lui-même.
Historiquement, chaque avancée scientifique et technologique ouvre de multiples perspectives, mais son développement, sa diffusion et ses utilisations sont principalement déterminés par les normes imposées par les centres de pouvoir. Aujourd'hui, du moins en Occident, ce développement est concentré entre les mains des méga-entreprises numériques américaines (les bigtech), qui, depuis près de trois décennies, consolident, avec le soutien du capital financier, non seulement leur modèle économique, mais aussi, grâce à leur étroite collaboration avec l'État, le cadre géopolitique et la structure institutionnelle qui le sous-tend. C'est ce que Shoshana Zuboff appelle le « capitalisme de surveillance ». Ce cadre englobe, entre autres, les politiques publiques qui leur sont favorables, la gouvernance en matière de libre circulation des données, les traités commerciaux, les accords conclus par des institutions internationales et les infrastructures militaires de surveillance.
Attention captive
La condition sine qua non pour que les grandes entreprises technologiques puissent réaliser des bénéfices et consolider leur pouvoir est l'extraction constante de données. Si, au départ, l'objectif était d'améliorer ses services, cela a rapidement permis de générer des profils et des prévisions comportementales vendus à des annonceurs, des services de sécurité, etc., pour ensuite intégrer des mécanismes visant à influencer ces comportements. De plus, ces données servent de matière première aux modèles d'apprentissage de l'IA : ils doivent donc capter l'attention des utilisateurs afin que ceux-ci interagissent en permanence avec leurs systèmes et fournissent un éventail de données de plus en plus large (sur leurs goûts, leurs habitudes, leurs achats, leurs relations, voire leur vie intime), tout en étant exposés à la publicité. Afin de perfectionner ces techniques, des ressources considérables sont investies dans la recherche sur le fonctionnement du cerveau humain (notamment les neurosciences et les neurotechnologies), dans le but, entre autres, de pouvoir manipuler les individus plus efficacement.
Comme le résume l'organisation Friends of Attention : « Les systèmes d'intelligence artificielle utilisent aujourd'hui toute leur intelligence (et toutes nos données) pour découvrir comment manipuler, séduire et corrompre, dans le but de maximiser la “participation” humaine, c'est-à-dire l'attention quantifiée. Et ils y parviennent […] Ces systèmes ne sont généralement pas réglementés, ils opèrent aussi bien pour les enfants que pour les adultes et visent constamment à manipuler ce que nous voyons et désirons ; ils constituent donc rien de moins qu'un bio-piratage à l'échelle mondiale. »
À cet égard, certaines études montrent que la dispersion de l'attention humaine résultant d'une présence constante dans le monde virtuel affecterait les capacités cognitives elles-mêmes, en particulier chez les jeunes, avec le risque de voir émerger des générations dotées d'une capacité de réflexion critique moindre.
IA et guerre hybride
Cependant, certains éléments indiquent qu'aujourd'hui ce système entre dans une nouvelle phase où l'exploitation de nos données à des fins lucratives passe au second plan, tandis que prévaut la recherche d'un contrôle social stratégique des structures politiques, des réalités sociales et des esprits, par le biais d'une guerre culturelle et cognitive qui, par persuasion ou intimidation, vise à éliminer toute résistance ou obstacle à ce projet des grandes entreprises technologiques. Cette offensive allie idéologie et techniques militaires, transformant l'intelligence artificielle elle-même en arme.
Non pas que la guerre culturelle soit une nouveauté. Tout projet de pouvoir cherche à imposer sa vision du monde comme culture dominante afin de s'établir comme norme, de gré ou de force, ou par une combinaison des deux. Ainsi, pendant plusieurs décennies, nous avons vu comment le néolibéralisme, un projet idéologique de domination incapable de se légitimer par lui-même, a cherché à se présenter comme inévitable à travers des constructions symboliques trompeuses, sans exclure la coercition, afin de promouvoir l'individualisme, le libre marché, la réduction de l'État, etc., en symbiose totale avec « l'industrie culturelle ».
À cet égard, il convient de rappeler qu'à la fin des années 80, le Conseil pour la sécurité interaméricaine a adopté le rapport Santa Fe II intitulé « Une stratégie pour l'Amérique latine dans les années 90 », qui, dans le but de contrer ce qu'il a appelé « étatisme », établit comme nécessaire pour combattre les groupes et initiatives qui favorisent la prise de conscience, dans un esprit de solidarité et de critique vis-à-vis des pouvoirs établis (en référence au communisme gramscien, à la théologie de la libération et même à l'éducation et à la communication populaires). À cette fin, il propose une politique de conflits de faible intensité (CFI), dont l'élément fondamental est une stratégie militaire qui, au-delà de l'anéantissement physique, vise à soumettre l'ennemi en conquérant « les cœurs et les esprits » de la population ; et lorsque cela s'avère impossible, en brisant le dernier atout qui lui reste : l'espoir. Une formule qui vise à allier la force et le consensus pour dominer, avec les conséquences néfastes que nous subissons actuellement.
Ces derniers temps, ce projet de domination a pris des formes plus subtiles, s'immisçant dans la vie quotidienne de la population par le biais des technologies numériques, et il est désormais renforcé par l'intelligence artificielle, avec le soutien direct des grandes entreprises technologiques. Gaza en est un exemple frappant, mais cette logique s'applique également aux autres pays lorsque le pouvoir l'exige.
Il existe déjà de nombreux témoignages indiquant que Palantir a fourni à Israël une technologie permettant d'espionner, à l'aide de l'IA, des membres potentiels du Hamas à Gaza, en prélude à des massacres. Des techniques similaires sont désormais utilisées aux États-Unis pour surveiller et intimider (notamment à l'aide de drones) des militants qui s'opposent à la répression et à l'arrestation des migrants par le Service de l'immigration et des douanes (ICE), ou même ceux qui s'opposent simplement à ces mesures de surveillance, au nom de la protection de la vie privée.
Parmi les voix les plus critiques à l'égard de ces faits, on trouve plusieurs anciens employés de ces mêmes géants de la tech qui ont démissionné, ou ont été licenciés, en raison de leurs divergences d'opinion. L'un d'entre eux, Juan Sebastián Pinto, qui a travaillé chez Palantir (entreprise de big data liée à des opérations d'espionnage), affirme : « Lorsque les armées dépendent autant des données et de l'automatisation, la mise en place de réseaux de surveillance à grande échelle devient rapidement une priorité absolue. Les efforts visant à cartographier le monde à l'aide de satellites, de drones et de données, dans le but de repérer des cibles et de prévoir les résultats, conduisent finalement à la surveillance et à la cartographie de ce que les militaires appellent le “domaine cognitif”. Cela implique de cartographier l'opinion publique, les réseaux sociaux, l'influence et la réputation comme un champ de bataille à part entière. » Et c'est précisément pour cette raison que « l'Internet est devenu un lieu où se livrent de véritables guerres aux conséquences mortelles », où « un tweet peut déterminer la cible d'une attaque par drone et tuer des civils à l'autre bout du monde » et où « le succès dépend en grande partie de la capacité à exercer le pouvoir de l'information dans le but de tromper, de désinformer ou d'effrayer ses ennemis ».
Les experts militaires appellent ce phénomène de « guerre de génération » (5GW selon l'acronyme anglais) ou de « guerre hybride ». Il s'agit d'une forme de guerre qui repose en grande partie sur la surveillance par le biais de l'intelligence artificielle, le contrôle du discours et la désinformation, l'exploitation des réseaux sociaux, voire sur la mise au point de méthodes de plus en plus inhabituelles et cruelles de punition et d'assassinat. Il vise généralement à inverser l'ordre politique ou à produire des changements culturels, souvent en utilisant des méthodes occultes, afin que la population ne comprenne pas ce qui se passe. Et Pinto ajoute que « le pire effet secondaire de la guerre 5 GW est qu'elle transforme tout le monde, tant dans le pays qu'à l'étranger, en cible de guerre ».
Et s'il subsiste encore des doutes quant aux intentions d'entreprises telles que Palantir, il suffit de lire ce qu'en a dit le PDG de cette société, Alex Karp, lors d'une interview : « Le meilleur moyen d'instaurer la paix dans ce monde est d'effrayer nos adversaires lorsqu'ils se réveillent, lorsqu'ils s'endorment et lorsqu'ils sont avec leurs amants (…) Le moyen le plus efficace d'obtenir un changement social est d'humilier l'ennemi et de l'appauvrir. »
Construire des narratives alternatives
Alors, comment pouvons-nous riposter à ces offensives de guerre culturelle et de guerre hybride ? Bien qu'il n'y ait pas de réponse simple ou uniforme, il existe sans aucun doute des conditions indispensables. La première étape consisterait à étudier et à comprendre ce qui se passe dans chaque contexte, puis à diffuser largement ces connaissances. La deuxième consiste à renforcer la solidarité et à construire un discours qui s'oppose au discours dominant : un discours qui démontre, par exemple, que le modèle actuel de développement des technologies numériques et de l'IA n'est pas le seul possible, et que nous pouvons le réorienter pour qu'il serve l'intérêt général. Pour cela, il sera également important de nouer des alliances avec les gouvernements et les acteurs politiques qui partagent ces préoccupations. Des alliances, par exemple, pour développer la souveraineté numérique, défendre les droits fondamentaux ou soumettre des propositions aux instances internationales qui fonctionnent encore. Enfin, nous pouvons choisir, dans la mesure du possible, d'utiliser des technologies libres qui ne transmettent pas nos données aux grandes entreprises et ne contribuent pas à enrichir ces dernières.
Sally Burch, 28/05/2026 |
Sally Burch est une journaliste anglo-équatorienne, membre de l'Agence Latino-Américaine d'Information (ALAI). Ce texte a été initialement publié dans le magazine América Larina emMovimento nº559, en février 2026.
https://capiremov.org/fr/analyse/le-pouvoir-de-pirater-les-esprits/
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La FIFA expose les tensions de classe en Colombie-Britannique

Québec solidaire : le débouché politique du camp populaire
Le paysage politique québécois est traversé par une crise profonde. Les partis qui se sont succédé au pouvoir ont tous, à des degrés divers, servi les intérêts de la classe dominante au détriment de la majorité populaire. L'impasse des partis néolibéraux explique la volatilité des intentions de vote. La majorité populaire est à la recherche d'une alternative. Il est plus important que jamais que Québec solidaire réponde à cette aspiration et que le camp populaire se regroupe derrière ce parti de la gauche québécoise.
La CAQ, un bilan antipopulaire sur toute la ligne
Le gouvernement de la CAQ, malgré ses promesses de « troisième voie », a mené une politique résolument néolibérale : cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, ouverture du système de santé au privé, détérioration profonde des services publics, absence de politique de logement social, et creusement des inégalités sociales. Il s'est attaqué au droit de grève et a cherché à réduire la portée de l'action syndicale à la seule gestion des conventions collectives.
Il a abandonné toute ambition sérieuse en matière de transition écologique. Il a affaibli les protections environnementales et repoussé les cibles de réduction des émissions de GES ainsi que de réduction de l'utilisation des voitures thermiques.
Incapable d'arracher la moindre concession significative à Ottawa, il a cherché à masquer ses échecs en désignant les personnes immigrantes comme boucs émissaires, attisant les divisions et normalisant la discrimination envers les personnes racisées, arabes et musulmanes.
Le Parti québécois, une dérive droitière assumée
Le Parti québécois, en dépit de sa domination dans les sondages, ne représente pas une alternative. Sur le plan économique, le PQ de PSPP se positionne clairement à droite du spectre social-démocrate qu'il a longtemps incarné. Ces derniers mois, le PQ s'est engagé à réformer le système d'aides publiques pour alléger le fardeau administratif et fiscal des PME. La promesse d'un Québec « riche » s'inscrit dans les cadres géopolitiques de l'impérialisme américain, adossée à un programme économique qui ne fait aucune place à une redistribution sérieuse de la richesse, et qui demeure muet sur les grandes questions de justice sociale, écologique et démocratique.
Son nationalisme identitaire, qui lie immigration, crise du logement et avenir du français, reproduit la même logique d'exclusion que la CAQ. PSPP l'a lui-même affirmé : un Québec souverain devrait aligner ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis. Une indépendance sans rupture avec le néolibéralisme ni avec l'impérialisme n'est pas une indépendance — c'est un changement d'enseigne qui, excluant les populations issues de l'immigration, divisera le Québec et n'aura aucune chance de réussir. [1]
Le Parti libéral du Québec, une longue tradition de soumission aux intérêts du patronat
Le Parti libéral du Québec, quant à lui, est en état d'effondrement dans le Québec francophone, et pour cause : ses années au pouvoir ont été marquées par des coupures massives dans les services sociaux, la privatisation du système de santé sous Barrette, l'affaiblissement du réseau de la petite enfance et des attaques répétées contre les classes populaires au profit des entrepreneurs, des cliniques privées et des multinationales.
Le PLQ cherchera d'abord à rassurer : rassurer les marchés, les investisseurs, les institutions fédérales, en promettant le retour à l'ordre, à la prévisibilité et à l'orthodoxie économique, tout en se posant en gardien de l'ordre fédéral face au souverainisme péquiste. Ce bloc social existe, mais il est étroit, sociologiquement minoritaire et politiquement fragile, incapable de produire une hégémonie durable dans une société traversée par de profondes aspirations nationales, sociales et écologiques.
Le Parti conservateur ou la normalisation de la droite extrême
Enfin, le Parti conservateur du Québec achève ce portrait en poussant l'ensemble du débat vers la droite : ultralibéralisme économique, climatoscepticisme assumé et promotion des hydrocarbures, démagogie anti-État inspirée du trumpisme. Même sans perspective réelle de pouvoir, il contribue à normaliser des positions réactionnaires et dangereuses pour les droits de la majorité populaire.
Québec solidaire comme seule alternative crédible
Dans ce contexte de recomposition politique, Québec solidaire occupe une position stratégique unique. Issu des mouvements sociaux, porteur d'un projet articulant justice sociale, transition écologique et approfondissement démocratique, il est le seul parti à refuser l'alignement sur les droites économiques et identitaires qui dominent le débat politique. Sa plateforme, qui soutient la redistribution de la richesse, la défense des locataires, l'élargissement des services publics, la protection des droits des travailleuses et travailleurs et les revendications des femmes, répond concrètement aux besoins de la majorité populaire là où les autres partis ne proposent que des variantes du même modèle néolibéral.
Bien sûr, la plateforme de Québec solidaire ne trace pas encore la voie d'une réelle contre-offensive, tant en ce qui a trait à la nationalisation et à la socialisation des richesses naturelles qu'à la perspective d'une véritable planification écologique basée sur l'extension de la démocratie économique. Mais Québec solidaire défend clairement les acquis, rejette les logiques néolibérales et constitue un levier réel pour les luttes populaires — ce qu'aucun autre parti ne peut honnêtement revendiquer.
La prochaine élection ne sera pas une élection ordinaire. Nous sommes dans un moment d'interrègne : l'ancien bloc au pouvoir se délite, aucun projet hégémonique alternatif ne s'est encore imposé. Dans cette période de flottement et de polarisation, la recomposition politique se jouera dans le cadre de ces élections, mais également dans la capacité des mouvements sociaux à donner une cohérence politique aux colères, aux aspirations et aux luttes dispersées. C'est précisément là que Québec solidaire peut jouer un rôle décisif — à condition de se concevoir non comme une simple machine électorale, mais comme un outil au service de la mobilisation populaire.
Un appel aux militantes et militants des mouvements sociaux
Des militantes et des militants du mouvement syndical, du mouvement des femmes et des mouvements écologistes, populaires et étudiants ont lancé Québec solidaire pour défendre un projet de société visant à définir le Québec que nous voulons.
Face aux attaques prévues par les partis néolibéraux, Québec solidaire propose rien de moins que la défense des conditions de vie de la population et un projet social et écologique à la hauteur des défis que nous traversons. Québec solidaire peut et doit être le débouché politique de la résistance aux politiques réactionnaires des partis néolibéraux.
Se limiter à interpeller les gouvernements, à défendre des revendications sectorielles ou à « mettre tous les partis dans le même sac » revient à s'enfermer dans une posture défensive que l'histoire a maintes fois démontrée insuffisante. Si le camp populaire veut réellement mettre fin à l'offensive actuelle contre ses conditions de vie et nos droits démocratiques, il doit poser la question du pouvoir — et y répondre.
Cela signifie concrètement : s'engager dès maintenant dans la campagne électorale aux côtés de Québec solidaire. Les militantes et militants des syndicats, des groupes communautaires, des mouvements féministes, écologistes, étudiants et de défense des droits ont la responsabilité d'investir le terrain électoral, de porter le projet d'un Québec égalitaire et solidaire jusque dans leurs milieux, leurs quartiers, leurs lieux de travail.
Il ne s'agit pas de dissoudre l'autonomie des mouvements dans un projet partisan, ni de subordonner leurs mandats à des impératifs électoraux. Il s'agit, tout en préservant cette autonomie, de reconnaître que la lutte pour le pouvoir politique est inséparable de la lutte sociale — et que laisser ce terrain à nos adversaires de classe serait une erreur historique.
Québec solidaire peut et doit être le point d'appui d'une alternative offensive et majoritaire. Mais cette alternative ne se construira pas sans nous. L'heure est à la mobilisation.
[1] Pour une discussion sur les stratégies de lutte pour l'indépendance du Québec voir l'article suivant : Retour sur les débats stratégiques au coeur de la lutte pour l'indépendance du Québec
Alain Bihr présente L’écocide capitaliste
Dénoncer l'écocide capitaliste présuppose de prendre la mesure de ce dernier. Dans ce but, ce premier tome commence par un état des lieux de la catastrophe écologique planétaire dans laquelle le capitalisme nous a engagés : changement climatique, atteintes multiples aux milieux naturels globaux (océans, zones humides, forêts), dégradation des éléments (terre, eaux, air, énergie), appauvrissement de la biodiversité, menaces réitérées sur la santé humaine.
Ce constat alarmant, déjà dressé aux débuts des années 1970 par le rapport Meadows sur« les limites à la croissance », nous avait alors valu la promesse d'un « développement durable ». Ce tome en établit le bilan peu glorieux, illustré notamment par l'échec manifeste de la « lutte » contre le changement climatique conduite sous l'égide de l'ONU qui, de procrastination en sabotage, n'aura fait que servir de paravent à l'augmentation continue des émissions des gaz à effet de serre.
Tout aussi inefficaces s'avèrent les solutions faisant appel au marché (marchés du carbone, marchés de compensation écologique) ou aux innovations techniques (énergies « renouvelables », captage et stockage du carbone, biocarburants, voitures électriques, etc.), qui au mieux ne sont pas à la hauteur des problèmes qu'elles prétendent résoudre, quand elles ne les aggravent pas purement et simplement. Ne reste plus alors qu'à s'adapter à la catastrophe ou à en dénier l'existence, ou encore à attendre cyniquement que son œuvre mortifère s'accomplisse en espérant en réchapper. (L'édocide capitaliste, quatrième de couverture, Volume 1/3)
La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul

Voici le programme de parutions des Éditions Écosociété d’août à novembre 2026
Bonjour à tous et à toutes,
Voici le programme de parutions des Éditions Écosociété d'août à novembre 2026.
Travail essentiel, travailleurs jetables – Migrations, capitalisme et classes sociales / 19 août
Mostafa Henaway / Traduction de Nicolas Calvé / Préface de Harsha Walia / Hors série
– Le temps des « ange-gardiens » n'aura été qu'une parenthèse. D'Amazon à Dollarama, des élevages de poulets à Uber, un essai fouillé et émouvant sur l'exploitation des travailleurs migrants et leur quête de justice.
Jeunes et communistes – Vélo-recherche le long du Rideau de fer / 26 août
Pascale Dufour / Collection Parcours
– Alors que de nombreux jeunes se tournent vers le conservatisme, est-ce encore possible d'être jeune et... communiste ? Pascale Dufour est partie à vélo le long de l'ancien Rideau de fer pour rencontrer la première génération de communistes née après la chute du Mur. Entre le lourd héritage soviétique de leur pays et les enjeux climatiques actuels, ils témoignent de leur idéal révolutionnaire.
Planète plastique – Voyage sur les traces d'une matière envahissante / 2 septembre
Rémy Bourdillon / Collection Parcours
– Le journaliste Rémy Bourdillon est parti autour du monde pour suivre le chemin du plastique. À la fois carnet de voyage, enquête journalistique et essai de vulgarisation, Planète plastique tisse un portrait complet et saisissant du système plastique, de son histoire à sa production, de ses effets sur les écosystèmes à son impact sur la santé.
Migrations, frontières, exil / 15 septembre
Fredy Linus Bouchen et Stéphanie Garneau / Collection Radar (15 ans et plus)
– À 21 ans, Fredy a risqué sa vie en traversant cinq pays. Une fois arrivé, son périple n'était pourtant pas terminé. Avec Stéphanie Garneau, il raconte comment les frontières transforment l'exil en péril et nous invite à repenser la migration pour que nos pays deviennent des terres d'accueil.
Les glaces / 16 septembre
Rébecca Déraspe et Yoakim Bélanger / Collection Ricochets (bande dessinée)
– Que fait-on quand un « grand dégel » fait apparaître une vérité trop dure, trop grave ? Une bande dessinée toute en nuances sur la culture du viol, adaptée de la pièce de théâtre éponyme qui a connu un immense succès. Pour rappel, le 17 septembre est la Journée d'action contre la violence sexuelle faite aux femmes.
Les éboueurs du capital – À qui sert l'innovation sociale ? / 23 septembre
Yves-Marie Abraham / Collection Polémos
– Paix sociale à rabais pour l'État et avantages fiscaux pour les compagnies et les riches ? Une charge frontale contre le concept d'innovation sociale et sa possible récupération.
Inutile de mourir pour disparaître – Carnets d'itinérance / 14 octobre
Laurent Lavaste / Collection Ricochets (bande dessinée)
– Laurent Lavaste s'est retrouvé à la rue pendant deux mois et demi, à Montréal. Alors que la crise du logement persiste, ses carnets d'itinérance nous tendent un miroir bouleversant et sans fard de la réalité de ceux et celles que la société abandonne à ses marges. Pour rappel, la Nuit des sans-abris aura lieu le 16 octobre.
Mycologie politique – Ce qui pousse après la chute / 21 octobre
Wladimir Schall / Hors série
– Allié des sans-pouvoir, éclaireur des marges, signe que rien n'est jamais définitif, le champignon nous apprend la stratégie de l'ombre pour résister aux pouvoirs en place. Un livre délicieux qui s'étend, comme un rhizome, de la philosophie politique à l'écologie, en passant par la satire, la prose poétique et la science.
Renouer avec l'autonomie collective - Récit militant sur les impasses et possibles du Bâtiment 7 / 28 octobre
Marcel Sévigny / Collection Régulière
– Un regard de l'intérieur, sans complaisance, sur l'une des expériences militantes les plus inspirantes des dernières années à Montréal. Un récit critique pour que l'utopie demeure bien vivante !
Fabriquer la menace – Agents provocateurs au service de l'État canadien [Nouvelle édition] / 4 novembre
Alexandre Popovic / Collection Régulière
– En créant sa propre menace, l'État invente du même coup le besoin de sécurité : il s'autojustifie. Le Canada ne fait pas exception, la provocation policière y existe depuis longtemps. Voici la nouvelle édition revue et augmentée d'un livre qui documente rigoureusement les actions illégales des services secrets canadiens.
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La plume éplorée
– Plume auréolée de Prix.
- Cœur en quête de Salut.
– Ecris ! dit la voix, et signe tes papiers en bas !
– Mon cœur s'épuise, geint la Plume – Couche sur papier, je te réserve de belles surprises.
– Mon cœur s'éreinte, j'vous dis.
– Chasse tes élégies, le Peuple affectionne tes écrits. – Le rythme a raison de moi. J'en perds ma voix. – T'es à la Une ! Belle Plume. Visibilité et renommée, rien que pour toi ! – Mon cœur bat la chamade, à force de noircir le « Papier Bifteck ». – Débarrasse-toi de la cellulose ! Je t'offre un Ordi high Tech.
– Mon cœur s'essouffle. Besoin de soins.
– Ecris ! Voilà une mission vers l'Afrique qui tombe à point.
– Je souffre dans ma chair, où sont les confrères (sœurs) ? - Tiens ! Une couverture à Yaoundé, ça te change les idées.
– Je n'ai plus d'énergie, il y va de ma vie !
– Ecris et consigne tes lettres de Noblesse à l'envi ! - Mon cœur capitule.
– Ecris ! Tu réveilles des émules.
– Ecoutez ma détresse, moi qui rédige sans cesse !
– Oh ! Tes tournures pleines de peines et d'allégresses.
– 17 ans de supplice, entés d'indifférence intense. - Ecris ! ! La consécration te fait la part belle et de la révérence.
– Une prise en charge ! De grâce ! -
Ecris !
– (…)
- Réponds ! Qu'est-ce qui se passe ? - (…)
Omar HADDADOU Paris 2026
NB : Texte dédié à mon confrère et regretté Mohamed Bouchama, compagnon de route au « Soir d'Algérie ». Je me garde de consigner l'affliction par des tournures pathétiques qui ne sauraient cerner sa Dignité ni sa « Hauteur » ! J'étais en contact permanent avec lui et son sens désopilant me déconcertait, lui qui luttait seul contre la maladie. « Il est où Tchikoula noir ? » se plaisait-il à me le répéter, chaque semaine. Inlassable, il suait eau et sang pour l'amour de son métier de Journaliste.
Il couchait 2 papiers par jour et recevait, dans le même temps, des gens de tout le territoire national, qui le sollicitaient. La corruption, le clientélisme, la domination, la conspiration, l'incompétence et l'incurie et un rythme effréné de l'investissement, ont eu raison de sa santé. Oublié de son vivant, encensé par les tartufes, après sa mort.
Ses ordonnances et sa carte professionnelle demeureront dans mon portefeuille, tant qu'Allah me prête vie. Mes condoléances à l'épouse et toute la famille !
Repose en paix, le Balzac de la rubrique sportive !
« A Dieu nous appartenons, à Lui nous retournons »

Aéroport de Saint-Hubert : une soumission au lobby de l’industrie aéronautique
Longueuil, le 15 juin 2026. À l'occasion de l'ouverture du terminal de Porter à l'aéroport de Longueuil–Saint-Hubert, la Coalition Halte Air Saint-Hubert tient à réaffirmer son opposition ferme et définitive à ce projet d'expansion aéroportuaire. Ce projet a été imposé en 2023 à la population. Les conclusions des consultations publiques de 2022 ont été bafouées.
La Coalition déplore que les impacts de cette expansion n'aient jamais fait l'objet d'une évaluation rigoureuse et indépendante de la part des promoteurs du projet, de Transport Canada, du ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ainsi que de l'agglomération de Longueuil. Selon la Coalition, ce projet constitue un contresens sur les plans économique, environnemental, climatique et sanitaire. Vu l'amateurisme avec lequel s'est réalisé ce projet, la Coalition n'a aucun doute que les prétendues retombées économiques annoncées ne compenseront en rien les coûts qui seront assumés par la population. Des dizaines de milliers de résidents et résidentes de l'agglomération subiront une augmentation du bruit
aérien, une détérioration de leur qualité de vie, de la congestion routière, des risques accrus pour leur santé ainsi qu'une possible dévaluation de leur patrimoine immobilier.
La Coalition rappelle également que, contrairement aux affirmations de certaines personnes élues, il n'y a jamais eu de véritable collaboration entre la Ville de Longueuil et les promoteurs du projet Porter. Ce qui a été présenté comme une collaboration s'est en réalité traduit par une soumission au lobby de l'industrie aéronautique, au détriment des préoccupations exprimées par les citoyens et les citoyennes. Cette soumission s'est également manifestée dans certains médias, où un représentant et lobbyiste de l'aéroport a bénéficié d'une tribune lui permettant, à 17 reprises, de présenter sa vision du projet sans véritable mise en perspective contradictoire.
La Coalition estime également que ce projet met en lumière le silence préoccupant des élus et élues de la Coalition Avenir Québec et du Parti libéral du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La contradiction entre leurs engagements climatiques affichés et les décisions concrètes prises sur le terrain mérite d'être dénoncée. L'ouverture du terminal aujourd'hui ne met pas fin au débat. Cet aéroport est sous perfusion d'argent public. Nous en sommes convaincus, le projet Porter ne pourra survivre sans un apport continuel de l'argent des contribuables. La Coalition Halte Air Saint-Hubert poursuivra ses démarches afin que les impacts réels de ce projet soient pleinement documentés et que les décideurs aient à rendre des comptes à la population pour les conséquences de leurs choix.
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« Les droits humains entre nos mains » : un dossier à lire dans Droits et libertés
« Le système mondial des droits humains est en danger » Tel est le cri d'alarme lancé dans le dernier Rapport mondial de Human Rights Watch. Alors que l'on assiste à une multiplication de lois liberticides au Québec et au Canada, doublée d'un effritement de la démocratie, le système local nous semble aussi en péril.
Source : Ligue des droits et libertés
Face aux forts relents d'autoritarisme qui accompagnent la précarisation du précieux édifice des droits humains, comment analyser la situation et continuer de nous mobiliser pour les défendre ? La question est au centre du dossier proposé dans le nouveau numéro de la revue Droits et libertés sur le thème « Face à la montée de l'autoritarisme et de l'extrême droite – Les droits humains entre nos mains ».
Dans ce numéro
Éditorial
L'espoir qui peut naître du doute->https://liguedesdroits.ca/revue-lespoir-qui-peut-naitre-du-doute/]
Alexandre Petitclerc
Chroniques
La Ligue à Québec
La normalisation tranquille de l'exclusion scolaire
Patrice Lemieux Breton
Le monde de l'environnement
Face au projet minier La Loutre : défendre le droit à un environnement sain
Léanne Rheault
Ailleurs dans le monde
Guerre au Soudan : le Canada impliqué
Umniya Najaer
Yousuf Abubakr
Un monde de lecture
Un manuel de défense face au « fascisme tranquille »
Catherine Guindon
DOSSIER
Présentation
Face à la montée de l'autoritarisme et de l'extrême droite - Les droits humains entre nos mains
Laurence Guénette
La nation contre les droits ? Un faux dilemme
Jean-Pierre Couture
Instaurer un contre-feu face au feu de forêt autoritariste
Louis-Philippe Lampron
Réaffirmons la puissance des droits humains
Laurence Guénette
Victoires devant les tribunaux pour l'accès aux garderies
Louis-Philippe Jannard
Maryse Poisson
PL1 : pourquoi l'avis des instances de l'ONU compte
Karine Millaire
La Fédération internationale pour les droits humains interpelle le Québec
L'impasse du droit international et le défi d'une réforme radicale
Entrevue avec Monique Chemillier-Gendreau
Réalisée par Mouloud Idir
Quand la solidarité avec le peuple palestinien devient une menace
Safa Chebbi
Montée autoritariste : le Canada n'y échappe pas !
Tim McSorley
Comment nous avons rapidement appris à nous battre aux États-Unis
Vince Warren
Apprendre de nos solidarités internationales
Amélie Nguyen
Criminaliser la solidarité n'est pas une solution
Diane Lamoureux
Quelles solidarités possibles à notre frontière ?
Entrevue avec Wendy Ayotte
Réalisée par Louis-Philippe Jannard
Idées et stratégies pour contrer la désinformation
Sarah Dubuc
Élodie Fournier
Christiane Forget
Résistances : l'expérience de l'Observatoire des profilages
Jacinthe Poisson
Continuer nos luttes, la seule chose digne à faire
Table ronde avec Véronique Laflamme, Bertrand Guibord et Jess Legault
Réalisée par Stéphanie Mayer
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Pour la sécurité économique des femmes handicapées
Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R
10 juin 2026
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDznDJxJbsZVHRqnPTdqtdXDLwMSrpfzKFrZtCkTNqtdVXWfcKgPhXSXzLtmZDHNG
Les femmes handicapées comptent parmi les personnes les plus touchées par la pauvreté et la violence entre partenaires intimes au Canada. Actuellement, on pénalise les personnes handicapées qui tentent de travailler, d'épargner ou de former des relations. Les pénalités financières, les règles rigides et la surveillance constante peuvent les enfermer dans des cycles d'insécurité économique. Un revenu garanti suffisant permettrait de donner aux femmes handicapées une plus grande liberté pour prendre des décisions concernant leur vie, plaident l'ANFD et ses partenaires dans un rapport intitulé Dignité, sécurité et revenu de base garantisuffisant, aussi offert en anglais.
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Jean Ziegler (1934-2026) : Un insoumis dans « le cerveau du monstre »
Jean Ziegler ne nous a pas quittés, c'est la mort qui nous l'a enlevé à l'âge de 92 ans, ce 10 juin 2026. Restons fidèles à son sourire, à son optimisme, à son enthousiasme et à sa douce ironie pour affronter les temps difficiles qui s'annoncent.
11 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr
Suisse -les nôtres
En 2007, les Nestlé de Marseille, au cœur d'une lutte syndicale de près de deux ans, avaient fait appel à lui pour qu'il popularise leur combat. Il les avait reçus chez lui à Genève, avait immédiatement accepté de rédiger une préface à leur livre (Café amer) et participé à une soirée de soutien. Je me souviens de la surprise et de l'émotion que sa simplicité et sa solidarité sans réserve avaient suscitées auprès de ces travailleurs.
Jusqu'à la fin, il n'aura cessé d'appeler au soulèvement des consciences — Der Aufstand des Gewissens, le titre allemand de son discours censuré de Salzbourg (2011) — et à soutenir les luttes populaires, refusant d'injurier l'avenir au nom du sordide présent. En témoignent les titres de deux de ses derniers livres : Chemins d'espérance (2016) et Où est l'espoir ? (2024).
En même temps, il était obsédé par la transmission des valeurs qui inspiraient ses combats. Deux de ses ouvrages l'attestent : La faim dans le monde expliquée à mon fils (2000) et Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin) (2018).
Souvenons-nous que nos luttes pour la justice sociale et la dignité humaine, contre la misère, l'exploitation et toutes les formes d'oppression, ne concernent pas que les vivants. Car si la barbarie triomphe, comme l'expliquait Walter Benjamin, même nos disparus ne seront plus en sécurité.
Dans Les vivants et la mort (1980), Jean nous rappelait que les défunts demeurent des acteurs symboliques des communautés humaines, un rôle capital leur était ainsi dévolu, mis en cause aujourd'hui par l'individualisme ravageur et l'amnésie collective cultivés par le monde capitaliste.
Son plaidoyer incessant en faveur de l'insoumission continuera à nous guider. Rappelons-nous de certains de ses titres aux allures de manifestes : Retournez les fusils ! (1980), Les rebelles contre l'ordre du monde (1997), Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui résistent (2002).
Saisissons le témoin de ses incessants cris d'alarme pour l'Afrique, épicentre des turpitudes du capitalisme, et contre le scandale de la faim. De Main basse sur l'Afrique (1978) à Destruction massive. Géopolitique de la faim (2011), en passant par L'Empire de la honte (2005). Des préoccupations essentielles trop souvent délaissées par la gauche.
Au retour d'une mission effectuée pour l'ONU, il avait aussi dénoncé les camps de réfugiés grecs dans Lesbos, la honte de l'Europe (2020). Il y stigmatisait la politique migratoire de l'Union européenne en en montrant les conséquences tragiques : la surpopulation, la précarité des abris, l'insalubrité, la carence des soins médicaux, la souffrance psychologique.
Enfin, n'oublions jamais sa dénonciation de la discrète Helvétie — « cerveau du monstre » pour Che Guevara — dans Une Suisse au-dessus de tout soupçon (1976) ou dans La Suisse lave plus blanc (1990), de même que sa remise en cause de sa complicité économique avec l'Allemagne nazie, dans La Suisse, l'or et les morts (1997). Ces travaux lui ont valu la haine des élites de ce pays et de coûteuses poursuites judiciaires.
Une indignation qui appelle à l'action, une ténacité à toute épreuve en dépit de nombreuses déconvenues, un engagement sans relâche aux côtés des damnés de la terre constituent autant de précieux héritages que Jean Ziegler lègue à notre camp. En dépit des désaccords que la gauche radicale a pu avoir avec ce militant atypique du Parti socialiste suisse, défendre une telle ligne de conduite est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre aujourd'hui et demain.
Publié le 10 juin 2026 par Marx 21
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Michel Feher - Redevenir juif : La fin d’un pacte de blanchiment réciproque
La jeunesse juive étatsunienne s'éloigne de plus en plus du sionisme. Cette distanciation se traduit notamment par un regain d'intérêt pour des mouvements historiques tels que le Bund, qui prônait un judaïsme diasporique à l'opposé des dogmes de « l'État juif ». En France, un élan similaire, bien qu'encore timide, voit le jour. Le dernier livre de Michel Feher Redevenir juif s'en fait l'écho.
7 mai 2026 | tiré d'Orient XXI |Illustration : Détail d'une affiche électorale du Bund, à Kiev, vers 1917. En yiddish : « Là où nous vivons, c'est là notre pays ! »
Wikimedia Commons
https://orientxxi.info/Redevenir-juif-pour-s-emanciper-du-sionisme
On assiste dans la jeunesse juive américaine à une distanciation importante à l'égard de l'État d'Israël. Elle avait lentement commencé de progresser dès le début des années 2000, mais après le massacre du 7 octobre 2023 elle a littéralement explosé, au vu de la cruauté du comportement des gouvernants israéliens à l'égard des Palestiniens. L'une des manifestations les plus marquantes de cet éloignement est que le terme « sioniste » est devenu une insulte pour une partie de ces jeunes juifs.
Une des formes étonnantes de cette désaffection se manifeste dans le regain progressif de l'intérêt que porte une partie non négligeable d'entre eux à l'histoire du Bund, une organisation juive née à la fin du XIXe siècle. Ainsi, en avril 2026, l'autrice américaine Molly Crabapple a bénéficié d'un succès littéraire important avec la publication d'un livre titré Here where we live is our country (Là où nous vivons est notre pays). Son livre, qui raconte l'histoire du Bund, est resté plusieurs semaines parmi les meilleures ventes des best-sellers du New York Times.
Un judaïsme « diasporique »
Pourquoi ce soudain intérêt pour une organisation ouvrière et culturelle juive qui tenait à la fois du parti, du syndicat et de l'association communautaire ? Née à la fin du XIXe siècle dans la « zone de résidence juive » de l'Europe de l'Est1 elle a disparu à la fin des années 1940. L'intitulé du livre de Crabapple résume tout : les juifs n'ont pas besoin d'aller ailleurs que là où ils sont pour s'émanciper. Et certainement pas d'aller prendre la terre des autres. Ce qui caractérisait particulièrement le Bund2, c'était son progressisme et son antisionisme radical. Il se disait marxiste et prônait l'autonomie culturelle. En octobre 1938, son principal dirigeant, Henrik Erlich, écrivait :
Si un État juif est un jour fondé en Palestine, son climat spirituel sera le suivant : une peur éternelle de l'ennemi extérieur (les Arabes), une lutte sans fin contre l'ennemi intérieur (les Arabes) pour chaque petit lopin de terre, pour le moindre poste de travail. Est-ce là le genre de climat dans lequel la liberté, la démocratie et le progrès peuvent s'épanouir ? N'est-ce pas au contraire le climat dans lequel prospèrent le chauvinisme et les tendances réactionnaires ?3
Bref, pour vivre dans un monde meilleur, les juifs n'avaient pas besoin d'établir un État en expulsant ses habitants. Cette idée mènerait au pire.
C'est ce « climat » désormais porté jusqu'à son paroxysme génocidaire par le sionisme qui amène les jeunes juifs américains à s'intéresser à ce que fut le Bund. Non parce ce parti pourrait aujourd'hui se régénérer : il a disparu dans le génocide juif, et ses quelques dirigeants qui sont restés, Joseph Staline s'est occupé de les assassiner. Mais le regain actuel d'intérêt pour le Bund incarne la possibilité d'une vie juive autre que guidée par le messianisme, le suprémacisme ethnique juif et le culte de « Tsahal, l'armée la plus morale au monde ». Ce regain aspire, à l'inverse, à pouvoir vivre un judaïsme « diasporique » intrinsèque. Sait-on qu'un phénomène identique se développe désormais aussi en France, certes à un niveau beaucoup moins développé, mais réel et croissant ? Le livre du philosophe Michel Feher, Redevenir juif, est l'un des premiers, en France, à poser les jalons d'une réflexion sur un possible nouveau « diasporisme » émancipé du poids du sionisme, après le manifeste du collectif Tsedek ! publié en février 2026.
Une proximité idéologique entre sionistes et antisémites
On a là affaire à un livre savant. Autant sur le passé du mouvement sioniste que sur son actualité. Par exemple sur les liens qui unissent la droite sioniste américaine aux diverses fractions de Maga, et tout particulièrement celles qui entretiennent des propensions antisémites ; sur le pourquoi de ces étonnantes alliances, mais aussi sur les tensions internes qu'elles suscitent. Lorsque l'influenceur de premier plan de la mouvance Maga Charlie Kirk est assassiné, « Candace Owens, l'enfant terrible du mouvement, fait courir le bruit que Kirk a été liquidé… par le Mossad », note Feher. Le vice-président américain J. D. Vance, pour sa part, promet à ses partisans qu'ils vivront bientôt « dans une nation chrétienne où ils n'auront plus jamais à s'excuser d'être blancs ». Voilà qui va rassurer les juifs américains… C'est cette atmosphère ambivalente de liens de grande proximité idéologique entre le sionisme et le régime de Donald Trump — c'est-à-dire le suprémacisme blanc, le mépris pour le droit international, l'ethnonationalisme religieux, etc. —, proximité liée à une poussée antisémite importante qui ne ressort pas des milieux « islamo-gauchistes », mais précisément du sein même de Maga — « pour les amateurs de complots (…), les juifs demeurent des objets de phobie difficilement remplaçables », écrit Feher — c'est donc bien cette atmosphère nauséabonde, validée par les plus hauts dirigeants israéliens, qui amène les jeunes juifs américains à chercher aujourd'hui une alternative au dogme sioniste.
La dernière partie de l'ouvrage est consacrée au débat autour de la figure du juif comme paria. On y retrouve entre autres, mais sans surprise, le rapport de Hannah Arendt à cette thématique, et celle d'un précurseur moins connu : Bernard Lazare, un juif français « assimilé » que l'affaire Dreyfus transforme initialement en militant très actif de la lutte contre l'antisémitisme, puis en porte-voix du sionisme. Il prend la parole au deuxième Congrès sioniste en 1898, avant… de s'en détourner et de rompre avec son fondateur, Theodor Herzl. Dans les deux cas, il s'agit de deux intellectuels juifs qui, attirés un premier temps par le sionisme, en viennent à manifester à son égard le plus grand scepticisme. Cette rupture est souvent celle dans laquelle s'engagent de plus en plus de jeunes juifs américains.
Dans son livre exceptionnel Le Siècle juif (La Découverte, 2008), qui traite du destin des juifs d'Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe, Yuri Slezkine divise l'humanité entre les « apolliniens » et les « mercuriens ». Les premiers symbolisent l'enracinement dans la glaise, l'ethnicisme, la pensée grégaire. Les seconds sont des passeurs : passeurs de frontières, passeurs d'idées. Les juifs qu'il étudiait étaient révolutionnaires, cosmopolites et universalistes, et il les voyait comme l'incarnation du type mercurien. Slezkine se préoccupait peu des sionistes, champions du nationalisme ethniciste.
Cinq ans plus tard, Enzo Traverso consacrait un ouvrage à « la fin de la modernité juive » (La Découverte, 2013). Le succès du sionisme comme celui de l'insertion des juifs aux États-Unis avaient consacré, selon lui, leur transition de la révolution vers le conservatisme.
Feher induit que Traverso pourrait bien s'être trompé. Les campus américains sont désormais remplis de jeunes juifs en passe de rupture radicale avec Benyamin Nétanyahou et consorts. Mais parviendront-ils à leurs fins ? Réussiront-ils à élargir leurs rangs au-delà des États-Unis ? L'auteur ne tranche pas, les temps présents étant plus qu'incertains. En attendant, il craint visiblement que « le coming out spartiate » d'Israël proclamé par Nétanyahou récemment ne conduise à une nouvelle « déportation massive des Palestiniens », une idée dont il constate qu'elle « fait l'objet d'un large consensus » dans la population juive israélienne. « Redevenir juif » pourrait prendre du temps.
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gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.












