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La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles est à boutte

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Montréal, le 24 mars 2026 – Au lendemain d'un budget du Québec hautement décevant, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles participe au (…)

Montréal, le 24 mars 2026 – Au lendemain d'un budget du Québec hautement décevant, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles participe au mouvement Le communautaire à boutte et débraie du 23 mars au 2 avril 2026, à l'instar de plus de 1600 organismes communautaires autonomes qui posent un geste lourd de sens.

Elle se joindra également au grand rassemblement du 2 avril devant l'Assemblée nationale. Le tout s'inscrit dans une escalade d'actions, aussi menées sous les couleurs de la campagne CA$$$H – Communautaire autonome en santé et services sociaux – Haussez le financement, pour défendre les intérêts des organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS).

La Table agit en tant qu'interlocutrice du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de Santé Québec pour les 3000 OCASSS, notamment en ce qui a trait au financement du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). Pour la Table, être en grève signifie notamment de ne pas participer aux rencontres avec le MSSS et Santé-Québec, alors que 6 rencontres étaient prévues. De plus, elle réitérera les revendications de la campagne CA$$$H à la ministre responsable des Services sociaux et les communiquera aux ministres responsables des 17 régions. Ces gestes ne sont pas anodins et ils s'additionnent à d'autres actions percutantes. « En juin 2025, pour empêcher le contournement des règles de distribution des fonds annoncés dans le budget pour l'enveloppe annuelle du PSOC pour la mission globale, la Table a fait preuve d'audace en transmettant une mise en demeure au ministre responsable des Services sociaux et à la présidente du Conseil du trésor de l'époque. Si la Table avait déjà mené différentes actions de revendications, la mise en demeure a constitué un changement de ton important et profitable pour les OCASSS, puisque la manœuvre de contournement a été contrée. Participer à la grève avec Le communautaire à boutte est une suite logique permettant de rappeler les solutions concrètes pour répondre aux besoins des OCASSS : financer les missions des groupes à partir de seuils planchers communs en ajoutant 1,7G$ à l'enveloppe et indexer les subventions pour maintenir leur valeur en utilisant l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC). » affirme Anne Lagarde, du comité de coordination de la campagne CA$$$H.

Tout comme les groupes mobilisés avec Le communautaire à boutte, la Table déplore que les conditions de travail se dégradent chez les groupes alors que les demandes de soutien augmentent en nombre et sont de plus en plus complexes. Les équipes, majoritairement des femmes, se retrouvent surchargées et en situation de précarité financière parce que les subventions pour la mission globale du PSOC, le seul financement permettant aux groupes d'agir sur les salaires, ne sont pas adéquatement rehaussées. « Cette année encore, le budget est insuffisant puisqu'il ne contient que 20 millions $ pour augmenter les subventions du PSOC pour la mission globale de 3000 OCASSS. D'ailleurs, contrairement à ce que le gouvernement affirme, il s'agit d'un seul montant de 20M$ qui est affiché 5 fois, l'ajout n'est donc pas de 100M$. Les OCASSS devront bel et bien traverser 2026-2027 avec un rehaussement moyen de 6 500$. Concrètement, cela signifie environ 26$ de plus par jour pour opérer un organisme. C'est famélique et indécent », souligne Stéphanie Vallée, présidente de la Table.

Les organismes font connaitre leurs revendications et leurs propositions de multiples manières. À l'hiver 2026, les OCASSS ayant participé à l'action On s'affirme ! de la campagne CA$$$H ont illustré des besoins non comblés s'élevant en moyenne à 506 000$. Pendant la même période, ce sont plus de 50 mémoires déposées dans le cadre des consultations prébudgétaires qui ont proposé l'adoption de l'ICFC pour indexer correctement les subventions pour la mission globale. « En plus de ne pas répondre aux besoins de rehaussement des groupes, le ministre Girard a refusé d'implanter l'ICFC. L'indexation prévue pour 2026-2027 continuera d'appauvrir les OCASSS puisque ces derniers ne recevront qu'une indexation de 2,1% alors qu'il leur faudrait 4% pour maintenir la valeur de leur subvention », chiffre Mercédez Roberge, coordonnatrice.

La transformation sociale ne se fera pas sans maintenir la pression. Le 2 avril devant l'Assemblée nationale, des milliers de groupes de tous les secteurs d'activités, dont la Table, convergeront pour réclamer avec vigueur une reconnaissance pleine et entière de leur rôle pour la réalisation des droits. À l'approche des élections, elle prévoit multiplier les occasions de faire entendre les revendications de ses membres, des OCASSS et de l'ensemble du milieu communautaire autonome, afin que le prochain gouvernement y réponde adéquatement.

SOURCE Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)

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Coupure de financement majeure dans le communautaire : Co-Savoir, la mémoire historique du milieu est en danger !

24 mars, par Co-Savoir — , ,
Bonjour à l'équipe de Presse toi à gauche, J'espère que vous allez bien. Je me permets de vous contacter au nom de Co-Savoir, un organisme qui outille et forme le milieu (…)

Bonjour à l'équipe de Presse toi à gauche,

J'espère que vous allez bien.

Je me permets de vous contacter au nom de Co-Savoir, un organisme qui outille et forme le milieu communautaire sur des enjeux tels que l'alphabétisation, l'éducation des adultes, l'égalité des genres et la justice numérique. Nous sommes la mémoire vivante du communautaire québécois, accueillant depuis 40 ans un grand nombre de productions et de collections documentaires des organismes québécois et canadiens francophones.

Comme vous le savez, l'ensemble du milieu communautaire au Québec traverse une crise sans précédent et se bat pour sa survie, alors que les instances gouvernementales laissent de nombreux organismes à l'abandon. Une grève historique est d'ailleurs prévue du 23 mars au 2 avril afin de dénoncer des conditions de travail devenues intenables.

Co-Savoir n'échappe pas à cette situation alarmante. En 2024-2025, un financement de plus de 400 000 $ nous a été refusé par le ministère de l'Éducation du Québec. Ce financement, dédié à l'alphabétisation et à l'éducation des adultes était pourtant renouvelé chaque année depuis 2011. Pour l'année 2025-2026, bien qu'elle touche à sa fin, nous sommes toujours en attente d'une réponse. Car, les financements publics du milieu communautaire arrivent généralement à la fin de l'année financière, et non au début.

Nos services sont aujourd'hui gravement fragilisés, des coupures de postes sont à prévoir prochainement, et ce sont des milliers d'adultes à travers le Canada francophone qui en subissent les conséquences.

En tant que média engagé sur les enjeux communautaires et de justice sociale, seriez-vous disponibles pour nous rencontrer et en discuter plus en détail ?

P.S. : Pour en savoir plus sur notre campagne de mobilisation et de soutien : https://interaction.cdeacf.ca/index.php/sdi-espace-alpha/

Merci beaucoup de votre attention !

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Nous sommes avec le peuple cubain – lettre ouverte étudiante

24 mars, par Rédaction-coordination JdA-PA
Nous publions une lettre ouverte appuyée par 356 étudiantes et étudiants du Québec adressée au Gouvernement du Canada pour lui demander d’agir immédiatement en soutien avec (…)

Nous publions une lettre ouverte appuyée par 356 étudiantes et étudiants du Québec adressée au Gouvernement du Canada pour lui demander d’agir immédiatement en soutien avec Cuba. L’initiative est issue d’un groupe étudiant du collège Dawson qui, de retour d’un séjour à Cuba, s’est engagé à agir (…)

L’R des centres de femmes du Québec est à boutte du manque de reconnaissance et de financement

24 mars, par L'R des Centres de femmes — , ,
Montréal, le 23 mars 2026 – L'R des centres de femmes du Québec appuie le mouvement Le communautaire à boutte, qui revendique pour les organismes communautaires autonomes du (…)

Montréal, le 23 mars 2026 – L'R des centres de femmes du Québec appuie le mouvement Le communautaire à boutte, qui revendique pour les organismes communautaires autonomes du financement digne des besoins de la population.

Cette année encore, le budget a laissé le milieu communautaire sur sa faim, alimentant la motivation déjà grande des groupes à mener diverses actions de mobilisations et de grève, telles que prévues du 23 mars au 2 avril prochains. Solidaire de ces revendications et de la campagne CA$$$H (Communautaire autonome en santé et services sociaux – Haussez le financement !), L'R des centres de femmes du Québec recommande des solutions concrètes pour mettre fin au sous-financement chronique des organismes : financer les missions des groupes à partir de seuils planchers communs et adaptés, ainsi qu'indexer les subventions pour maintenir leur valeur en utilisant l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC).

Tout comme Le communautaire à boutte, la campagne CA$$$H, coordonnée par la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles au nom des 3000 OCASSS, déplore que les conditions de travail se dégradent alors que les demandes de soutien augmentent en nombre et sont de plus en plus complexes. Les équipes, composées exclusivement de femmes dans les centres membres de L'R, se retrouvent surchargées et en situation de précarité financière. Cela se produit parce que les subventions pour la mission globale du PSOC, le seul financement permettant aux groupes d'agir sur les salaires, ne sont pas adéquatement rehaussées. Cette année encore, le budget ne contient que 20 millions $pour rehausser l'enveloppe annuelle du PSOC pour la mission globale, du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui pourtant finance plus de 3000 organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux (OCASSS). « Les centres de femmes au Québec, qui offrent du soutien, œuvrent en prévention des différentes violences faites aux femmes et transforment la société pour la rendre le plus égalitaire possible, devront traverser 2026-2027 avec un famélique rehaussement moyen de 6 500$, ce qui est à peine plus de 1% des besoins estimés pour les centres qui composent avec les enjeux de plus en plus grandissants que vivent les femmes de leur communauté », souligne Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec.

Les organismes font pourtant connaître leurs revendications et leurs propositions de multiples manières. En 2026, ce sont plus de 50 mémoires déposés dans le cadre des consultations prébudgétaires qui ont proposé l'adoption de l'ICFC pour indexer correctement les programmes de financement pour la mission globale des OCA. Par ailleurs, les centres de femmes du Québec membres de L'R réclament 42 Millions $ pour bien remplir les missions que leurs membres leur ont données.

Le 2 avril, devant l'Assemblée nationale, plus de 1 500 groupes de tous les secteurs d'activités convergeront pour réclamer avec vigueur une reconnaissance pleine et entière de leur rôle pour la réalisation des droits humains et pour le maintien du filet social.

La transformation sociale ne se fera pas sans maintenir la pression. À l'approche des élections, L'R des centres de femmes du Québec entend multiplier les occasions de faire entendre les revendications de ses membres et de l'ensemble du milieu communautaire autonome, afin que le prochain gouvernement y réponde adéquatement.

L'R des centres de femmes du Québec regroupe 73 membres répartis sur l'ensemble du Québec. Ce sont des milieux de vie ancrés dans leurs communautés, qui travaillent entre autres en violences faites aux femmes.

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La démocratie ne se défendra pas toute seule | Louis-Philippe Lampron

24 mars, par Éditions Écosociété, Louis-Philippe Lampron — , ,
*La démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Les failles légales et constitutionnelles que Donald Trump exploite aux États-Unis pour s'arroger le pouvoir existent aussi (…)

*La démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Les failles légales et constitutionnelles que Donald Trump exploite aux États-Unis pour s'arroger le pouvoir existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Il existe cependant des moyens de renforcer nos démocraties. *

Le livre *La démocratie ne se défendra pas toute seule*, du juriste et professeur de droit Louis-Philippe Lampron, paraîtra *en librairie le 18 mars* prochain. Avec une préface d'Élisabeth Vallet, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean, directrice de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand et chroniqueuse au Devoir.

En bref / Qu'est-ce qui limite les pouvoirs des premiers ministres ? Quelles échappatoires nos dirigeants peuvent-ils utiliser pour contourner les lois et nous imposer leur volonté ? Sommes-nous vraiment à l'abri des abus de pouvoir au Québec ? Le professeur de droit Louis-Philippe Lampron expose les failles des institutions démocratiques québécoises et canadiennes, tout en offrant des moyens de les renforcer.

*À propos du livre*

Selon le professeur de droit Louis-Philippe Lampron et bon nombre de juristes, la démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Si la seconde administration Trump multiplie les attaques frontales contre les institutions démocratiques et tente de réaliser un coup d'État légal, il serait dangereux de nous croire à l'abri d'un tel délitement institutionnel sur la foi d'un quelconque exceptionnalisme québécois ou canadien.

Abus et privilèges de l'exécutif, ligne de parti, pouvoirs d'urgence, échappatoires légales… Les failles légales et constitutionnelles que le président américain exploite aux États-Unis existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Le gouvernement caquiste ne
se prive d'ailleurs pas pour en utiliser : nombreux recours au bâillon, affaiblissement de la Charte québécoise des droits et libertés, contrôle de la branche législative grâce à la ligne de parti dans un contexte de super majorité issue d'une distorsion électorale, possible imposition d'une constitution, limitation de la capacité d'action des syndicats, etc. Si ces actions sont actuellement posées dans le cadre de la légalité – ce qui a de quoi surprendre –, cela ne garantit pas qu'elles soient pour autant légitimes.

Pour éviter de revivre des crises d'octobre ou de jouer dans le même film dystopique que nos voisins du sud, plusieurs réformes et actions concrètes peuvent être menées pour renforcer nos démocraties. Ce n'est plus possible de penser que nos droits fondamentaux sont fondamentaux... parce qu'ils sont fondamentaux. Sans nous, sans pression citoyenne, l'État de droit ne suffit pas. Make democracy great again !

« *Essentiel, cet ouvrage est à la fois une ode à la démocratie, un mode d'emploi de sa consolidation, un appel à l'action. Maintenant. * » - Élisabeth Vallet


*À propos de l'auteur*

Louis-Philippe Lampron est professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). Il est l'auteur, chez Somme toute, de *Maudites chartes !* (2022) et de *En toute collégialité !* (avec Simon Viviers, 2025).

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La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : quelle approche adopter pour une gauche socialiste attachée à ses principes ?

24 mars, par Frieda Afary — , ,
Vous trouverez ci-dessous le texte révisé d'une présentation donnée par Frieda Afary à l'organisation sud-africaine Zabalaza for Socialism le 15 mars 2026. Tiré de Entre (…)

Vous trouverez ci-dessous le texte révisé d'une présentation donnée par Frieda Afary à l'organisation sud-africaine Zabalaza for Socialism le 15 mars 2026.

Tiré de Entre les lignes et les mots

I. Que s'est-il passé depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur dernière guerre contre l'Iran ?

Les États-Unis et Israël ont entamé une nouvelle vague de bombardements contre l'Iran le 28 février. Depuis lors, ils ont bombardé des dépôts de pétrole, des installations pétrolières, l'île de Kharg, qui est la plaque tournante de l'exportation de 90% du pétrole iranien (4 à 5 millions de barils par jour), des sites militaires, des installations de missiles et de drones, des locaux de police, des banques, une école de filles à Minab, des hôpitaux, des immeubles d'habitation, des usines de dessalement d'eau et des sites classés au patrimoine mondial.

Le premier jour des bombardements, Israël a pris pour cible le complexe résidentiel d'Ali Khamenei, le « Guide suprême », le tuant ainsi que sa femme, sa belle-fille, son petit-enfant et divers dirigeants gouvernementaux. Le 17 mars, Israël a tué Ali Larijani, le plus haut responsable de la sécurité nationale iranienne, et Gholamreza Soleimani, le chef de la force paramilitaire Basij. Le 18 mars, il a tué le ministre iranien du Renseignement, Esmaeil Kahtib, lors d'une autre frappe aérienne.

À l'heure actuelle, les États-Unis comptent plus de 50 000 soldats dans la région du Moyen-Orient et viennent d'y envoyer 2 500 marines supplémentaires. Ils ont déployé des chasseurs-bombardiers et des navires d'assaut dans la région. Au cours des six premiers jours, ils ont dépensé 11 milliards de dollars pour cette guerre et continuent d'y consacrer plus d'un milliard de dollars par jour. Trump a également évoqué l'envoi de forces terrestres américaines en Iran.

Israël a recommencé à bombarder le Liban et y envoie des troupes terrestres. Il poursuit sa guerre génocidaire contre les Palestinien·nes à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie.

L'Iran a riposté en tirant des missiles et des drones sur des bases et des installations militaires américaines dans la région. Ses cibles israéliennes étaient initialement des cibles militaires. Aujourd'hui, l'Iran équipe ses missiles balistiques de munitions à fragmentation pour bombarder les habitations, les parcs, les commerces et les routes de Tel-Aviv. L'Iran a également pris pour cible des installations pétrolières, des pétroliers, des hôtels, des aéroports et des usines de dessalement dans la région du Golfe. Il a bloqué le détroit d'Ormuz et a commencé à y poser des mines. Mujtaba Khamenei, le fils d'Ali Khamenei, a été nommé comme nouveau « Guide suprême ». Depuis janvier 2026, le gouvernement iranien a coupé l'accès à Internet pour la population.

Plus de 2 000 civil·es ont été tué·es dans la région à ce jour. Plus de 1 200 d'entre elles et eux sont des Iranien·nes. Les autres victimes civiles se trouvent principalement au Liban. Dans les États du Golfe, les victimes sont principalement des travailleurs et des travailleuses migrantes.

Plus de 3,2 millions de personnes ont été déplacées en Iran et plus d'un million au Liban.

Jusqu'à présent, cette guerre a eu des conséquences non seulement économiques, avec une hausse de 35% du prix du pétrole et le blocage du transit d'autres biens essentiels tels que les denrées alimentaires et les engrais, mais aussi humanitaires. Des dégâts considérables, voire irréversibles, ont été causés aux ressources en eau et à la qualité de l'air, en particulier en Iran où la pollution atmosphérique et la pénurie d'eau étaient déjà graves. Nous avons également constaté des dégâts sur des sites classés au patrimoine mondial, comme le palais du Golestan à Téhéran.

Un langage apocalyptique fondé sur le fondamentalisme chrétien, islamique et juif est utilisé pour motiver et recruter des combattants.

L'intelligence artificielle est utilisée de diverses manières, que ce soit pour les bombardements, le tir de missiles ou la création de fausses vidéos visant à promouvoir la désinformation.

À l'échelle mondiale, le gouvernement russe a tiré profit de cette guerre car le prix du pétrole a augmenté et l'administration Trump a levé les sanctions sur les ventes de pétrole russe. La Russie a également tiré profit du fait que les systèmes antimissiles que l'Ukraine et l'Europe achetaient aux États-Unis pour aider à défendre l'Ukraine contre l'invasion impérialiste brutale de ce pays par la Russie sont désormais acheminés vers le Moyen-Orient. La Russie aide également le gouvernement iranien en partageant des informations secrètes sur des cibles américaines.

Le gouvernement chinois a également tiré profit de cette guerre, car le gouvernement américain accordera moins d'attention à la région du Pacifique et pourrait même permettre à la Chine de poursuivre ses plans visant à prendre le contrôle de Taïwan.

II. Contexte : l'Iran de 1979 à nos jours, les États-Unis, Israël et les changements mondiaux

Depuis sa fondation à la suite de la révolution populaire iranienne de 1979 contre une monarchie brutale et autoritaire, la République islamique a défini sa raison d'être comme l'opposition à Israël et aux États-Unis. Il s'agit d'une entité chiite fondamentaliste religieuse et nationaliste persane qui s'est également fortement appuyée sur la misogynie et le patriarcat. Des slogans anti-impérialistes, voire anticapitalistes et révolutionnaires, ont été utilisés pour promouvoir l'autoritarisme et détruire toute opposition progressiste.

Ainsi, en mars 1979, peu après que la révolution eut renversé la monarchie brutale de Mohammad Reza Pahlavi, l'ayatollah Khomeini et ses partisans ont commencé à réprimer les manifestations de la Journée internationale des femmes contre le port obligatoire du hijab nouvellement imposé. Au cours de ce mois-là, un référendum populaire a proclamé l'Iran République islamique. Le nouveau gouvernement a également commencé à réprimer brutalement un soulèvement des Kurdes en faveur de l'autonomie dans le nord. Une grande partie de la gauche a continué à défendre la République islamique en tant qu'anti-impérialiste au cours des deux premières années qui ont suivi la révolution. La République islamique a toutefois réprimé la gauche et tué et exécuté des milliers de ses membres à partir de 1981. Elle a également tué des milliers d'autres prisonnier·es politiques de gauche après la fin de la guerre Iran-Irak en 1988. Elle a continué à réprimer toute opposition progressiste et a instauré un État policier.

Depuis 2009, l'Iran a connu cinq vagues de manifestations populaires, qui ont toutes été brutalement réprimées. La première, en 2009, à la suite d'une élection frauduleuse, visait à réformer le système. Les autres, en 2017, 2019, 2022 et la dernière en 2026, avaient pour objectif de renverser la République islamique. Le soulèvement de 2022, connu sous le nom de mouvement « Femme, Vie, Liberté », a retenu le plus l'attention du monde entier car il était mené par des femmes brûlant leurs foulards et comportait un fort contenu émancipateur. Il a mobilisé des militant·es Sundicales/syndicaux et des jeunes, ainsi que des minorités nationales telles que les Kurdes, les Baloutches et les Arabes. La dernière vague de manifestations populaires, en 2026, a rassemblé plus d'un million de personnes à travers le pays et a été réprimée de la manière la plus brutale qui soit. En l'espace de trois jours, en janvier 2026, le gouvernement a tué au moins 7 000 personnes, voire 20 000 ou plus.

L'Iran affiche le taux d'exécutions le plus élevé au monde après la Chine et compte de nombreuses et nombreux prisonniers politiques.

Le régime iranien s'est également servi de son discours anti-impérialisme américain et anti-Israël pour écraser l'opposition progressiste dans les pays où il exerce son influence.

Le projet impérialiste régional de l'Iran a débuté au début des années 1980 avec son rôle dans la création du Hezbollah au Liban, puis ses interventions en Irak, en Syrie et au Yémen. Dans le cas de la Syrie, il a soutenu pendant 13 ans le régime brutal de Bachar al-Assad en envoyant des troupes terrestres et en écrasant le soulèvement syrien avec l'aide de la Russie. Il a dépensé des milliards pour financer le Hezbollah, le Hamas et les milices chiites en Irak et en Syrie. Son soutien aux Palestinien·nes se limite à la promotion de ses propres ambitions régionales et n'inclut ni la démocratie ni les droits humains pour le peuple palestinien. Ces dernières années, il a vendu des drones et des missiles à la Russie pour la guerre impérialiste de cette dernière contre l'Ukraine. Il a également soutenu une faction de l'armée soudanaise dans la guerre civile soudanaise. Il soutient actuellement les talibans tout en encourageant la haine contre les réfugié·es afghan·es en Iran.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique a été fondé par l'ayatollah Khamenei en tant qu'armée distincte de l'armée régulière. Après la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, un conflit sanglant et destructeur de huit ans au cours duquel plus d'un million de personnes ont été tuées ou blessées, le CGRI s'est développé et est devenu le plus grand détenteur de capitaux et investisseur d'Iran, ainsi que l'incarnation de l'unité du parti, de l'armée et de l'État. Il compte 180 000 gardes et fait partie de l'armée et des forces de police iraniennes, qui totalisent 1,5 million d'effectifs. L'Iran possède la 8e armée la plus importante au monde.

Le CGRI a consacré une somme inconnue au programme nucléaire iranien. En juin 2025, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a annoncé que l'Iran disposait de suffisamment d'uranium enrichi à 60% pour fabriquer dix bombes. Après la guerre destructrice et illégale menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran en juin 2025, cette capacité nucléaire a été gravement affaiblie.

En ce qui concerne les États-Unis et Israël, il ne fait aucun doute qu'ils poursuivent leurs ambitions impérialistes brutales dans la région. Le gouvernement Netanyahu veut écraser la lutte palestinienne pour l'indépendance et massacre le peuple palestinien. Le gouvernement Netanyahu s'oppose également à tous/toutes les Juifs/Juives israélien·nes qui croient en une coexistence pacifique entre Juifs/Juives et Palestinien·nes fondée sur l'égalité.

Washington a toujours soutenu l'ancien régime monarchique iranien. Les États-Unis sont également responsables des invasions ultérieures de l'Afghanistan et de l'Irak dans la région, qui ont causé la mort et blessé des millions de personnes.

Les États-Unis et Israël se sont tous deux orientés vers le fascisme. Aux États-Unis, avec le deuxième mandat de Trump, nous avons un gouvernement fasciste qui contrôle la présidence, le Congrès et la Cour suprême. Lorsque je parle de fascisme, je me réfère à la définition de Robert Paxton dans L'Anatomie du fascisme. Les caractéristiques distinctives du régime fasciste sont le rejet massif de la raison et de la logique, l'adhésion massive au darwinisme social ou à la croyance en la supériorité de sa propre nation ou race, et la soi-disant « loi du plus fort ». Le régime fasciste a également besoin de la complicité des élites qui s'y soumettent. Le nationalisme extrême et le racisme fascistes s'expriment dans un processus de « purification » interne consistant à diaboliser, déshumaniser, emprisonner et tuer les membres d'un ou de plusieurs groupes considérés comme « l'Autre » ou « l'ennemi intérieur ». Ce processus va de pair avec l'expansion impérialiste/la guerre à l'extérieur, la misogynie, la désinformation, l'effacement de l'histoire et le pouvoir d'un homme fort. À l'aune de ces critères, en Israël aussi, le gouvernement Netanyahu est dirigé par des fascistes.

Les États-Unis et Israël souhaitent tous deux collaborer avec les États du Golfe et la Turquie pour remodeler le Moyen-Orient en une entité capitaliste totalement autoritaire, sans même faire semblant de respecter la démocratie ou les droits humains.

L'administration Trump pensait qu'elle bombarderait l'Iran pendant quelques jours et conclurait un accord avec une partie du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) afin d'instaurer un régime docile en Iran. Le CGRI, cependant, planifie des attaques de représailles depuis de nombreuses années et mise sur l'affaiblissement des États-Unis et d'Israël en prolongeant la guerre. Il compte également sur un monde multipolaire où la Russie et la Chine renforcent leur puissance impérialiste.

Pour la Russie, qui est un État fasciste et impérialiste, l'Iran est un État allié auquel elle vend des centrales nucléaires et des armes, et dont elle obtient des missiles, des drones et des services pour promouvoir la désinformation et la terreur à travers le monde.

Pour l'impérialisme capitaliste chinois, l'Iran est une source de pétrole, de produits pétrochimiques et de minerais bon marché, ainsi qu'un allié autoritaire. La Chine et l'Iran ont signé en 2021 un accord de 25 ans en vertu duquel la Chine obtient pour 400 milliards de dollars de pétrole iranien à un prix fortement réduit en échange de la construction d'installations pétrolières et gazières et d'autres infrastructures pour l'Iran.

Au vu de la doctrine stratégique de l'administration Trump, de son alliance ouverte avec Poutine dans la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine et de son indifférence actuelle face à une éventuelle invasion chinoise de Taïwan, il semble que ces trois superpuissances soient pour l'instant parvenues à un accord sur leurs sphères d'influence. Cela ne signifie pas pour autant que ces sphères d'influence soient éternelles. Le capitalisme n'est pas un système stable. Il s'agit de pôles de capital qui se font concurrence pour l'extraction et l'accumulation de valeur monétaire à partir des êtres humains et de la nature, et qui s'engagent dans des guerres de plus en plus destructrices au cours de ce processus.

Une guerre en cours au Moyen-Orient, qui absorbe les ressources militaires et autres des États-Unis et les affaiblit, est également tout à fait dans l'intérêt de la Russie et de la Chine, qui se concentrent sur leurs propres projets impérialistes et l'exploitation capitaliste de leurs sujets.

Face à cette réalité, il est essentiel de bien comprendre les acquis, les limites et les possibilités des forces progressistes en Iran.

III. Réalisations, limites et perspectives des forces progressistes en Iran

La réalisation la plus importante a été le mouvement « Femmes, Vie, Liberté » d 2022, qui a formulé des revendications émancipatrices explicites concernant les femmes, le travail, l'éducation et les droits des minorités opprimées. Ce mouvement a été brutalement réprimé, avec 20 000 arrestations et l'assassinat de plus de 500 participant·es.

Au cours des vingt dernières années, nous avons assisté à la montée d'une organisation syndicale indépendante en Iran parmi les travailleurs/travailleuses du secteur pétrolier et pétrochimique sous contrat temporaire, les travailleurs/travailleuses de la canne à sucre, les chauffeurs de bus, les enseignant·es et les infirmières.

Les femmes représentent 60% des diplômé·es de l'enseignement supérieur et défendent avec force leurs droits, bien qu'elles vivent sous un gouvernement autoritaire et fondamentaliste religieux et ne détiennent qu'une part de 16% dans l'économie officielle.

Les prisonnier·es politiques s'organisent à l'intérieur des prisons et rédigent des lettres et des manifestes.

Les intellectuel·les iranien·nes ont produit diverses traductions d'ouvrages clés sur la philosophie et la critique de l'économie politique, tels que les Manuscrits économiques et philosophiques de 1844 et Le Capital de Marx dans une nouvelle traduction, ainsi que certains ouvrages importants sur le féminisme. D'autres ouvrages importants sur l'histoire, la sociologie, la politique, les relations entre les sexes et les droits des minorités en Iran ont été rédigés par divers·es intellectuel·les, en particulier à l'étranger où elles et ils disposaient de plus de ressources et de liberté.

Parmi les principales limites des progressistes iranien·nes, on peut citer les suivantes :

Le nationalisme persan s'oppose à toute tentative visant à proposer un projet de reconnaissance et de codification des droits des minorités nationales à l'usage de leur langue et à l'exploitation de leurs ressources naturelles.

Le patriarcat et la misogynie continuent d'entraîner des taux élevés de féminicides, de violences sexistes et d'abus.

La gauche iranienne réduit principalement le concept de socialisme au contrôle étatique de la propriété, sans chercher à s'attaquer à l'aliénation inhérente au mode de production capitaliste lui-même. Elle en reste donc à prôner simplement le remplacement de la propriété privée par la propriété d'État.

Beaucoup de membres de la gauche continuent de réduire l'impérialisme à l'impérialisme occidental uniquement, et refusent d'accorder une attention égale à l'impérialisme russe et chinois, ainsi qu'aux interventions impérialistes régionales menées par le gouvernement iranien lui-même au cours des quatre dernières décennies.

Compte tenu de ces limites, diverses entités rétrogrades ont séduit les masses iraniennes, notamment en recourant à la désinformation sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision par satellite. Ainsi, lors du soulèvement de janvier 2026, alors que plus de 7 000 mort·es avaient été confirmé·es par le régime, de nombreuses personnes, même parmi la classe ouvrière, scandaient des slogans monarchistes et appelaient Reza Pahlavi, le fils du roi déchu, à revenir en Iran pour leur apporter la prospérité. Certaines personnalités intellectuelles progressistes de premier plan, y compris des féministes, ont également déclaré leur alliance avec Reza Pahlavi. Reza Pahlavi, quant à lui, n'a pas seulement soutenu l'invasion militaire américaine et israélienne. Il appelle également depuis plusieurs années le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) à se joindre à lui en échange d'une grâce totale et d'une pleine participation au nouveau régime.

Cinq partis kurdes ont récemment formé une coalition afin de se préparer à la chute du régime. Bien qu'on ignore s'ils envisagent ou non de combattre aux côtés des forces américaines et israéliennes, il est évident qu'ils sont profondément déçus par la prédominance du nationalisme persan dans la société iranienne.

L'Iran compte des intellectuel·les courageuses/courageux et engagé·es dont on n'a pas entendu parler récemment, car elles et ils sont soit en prison, soit assigné·es à résidence, soit en permission de sortie ou en liberté conditionnelle. La plus notable est Nasrin Sotoudeh, une avocate féministe spécialisée dans les droits humains qui est prisonnière politique depuis de nombreuses années et se trouve actuellement en liberté conditionnelle. Pakhshan Azizi, militante kurde iranienne pour les droits des femmes, risque toujours la peine de mort et dénonce ouvertement le régime ainsi que l'intervention militaire américaine. Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023, est une autre militante féministe qui est pour l'instant réduite au silence en prison.

Compte tenu de la guerre brutale et croissante qui sévit actuellement, ainsi que de ces problèmes réels au sein de la société iranienne et de la région, que peuvent faire aujourd'hui les progressistes internationaux ?

IV. Que peuvent faire les progressistes internationaux aujourd'hui ?

Premièrement : Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour mettre fin à cette guerre. Sensibilisez, exprimez-vous, manifestez, faites pression sur vos représentant·es gouvernementaux et sur les intellectuel·les indépendant·es. Aux États-Unis, l'opinion publique est actuellement à 60% contre cette guerre. La plupart des personnes ne veulent pas envoyer leurs enfants se battre au Moyen-Orient. La moitié de la population adulte s'oppose aux attaques de l'administration Trump contre des immigrant·es innocent·es, ainsi qu'à leur détention et à leur expulsion. Il existe également une grande colère face à la manière dont des hommes pour la plupart riches, dont Trump, d'autres politiciens et même des universitaires, ont collaboré avec le réseau de feu Jeffrey Epstein et en ont tiré profit pour le trafic de femmes et de filles à des fins de viol et d'abus sexuels. Toutes ces questions doivent être abordées pour formuler un message anti-guerre.

Deuxièmement : Tendez la main aux progressistes du Moyen-Orient ou aux progressistes originaires du Moyen-Orient vivant à l'étranger. Ne vous limitez pas à ne parler que d'une seule lutte ou d'un seul pays du Moyen-Orient.

Troisièmement : Opposez-vous au « campisme », prenez clairement position contre toutes les puissances capitalistes-impérialistes mondiales et régionales et défendez les droits et l'humanité des peuples que ces puissances oppriment.

Quatrièmement : aborder les questions clés qui freinent nos luttes : la discrimination raciale et ethnique, le patriarcat, l'exploitation capitaliste et l'aliénation capitaliste.

Frieda Afary
18 mars 2026

Publié et traduit en français par : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/21/la-guerre-des-etats-unis-et-disrael-contre-liran-quelle-approche-adopter-pour-une-gauche-socialiste-attachee-a-ses-principes/#more-103362

Coordonnées, blogs et travaux de Frieda Afary

Fafarysecond @yahoo.com
https://iranianprogressives.org/
https://socialistfeminism.org/
Lectures on Humanist Alternatives to Capitalism, Racism, Sexism
https://www.youtube.com/playlist

References :
Afary, Janet. 2009. Sexual Politics in Modern Iran. Cambridge University Press.
BBC Persian. 2025. Pakhshan Azizi's Letter from Prison. October 4. https://www.bbc.com/persian/articles/cqlzx25vzzwo
Kaufman, Jeff and Marcia Ross. 2020. Nasrin. https://www.nasrinfilm.com/
https://www.youtube.com/watch?v=RZ0fQpU0fg8
Keddie, Nikki R. 2003. Modern Iran : Roots and Results of Revolution. Updated ed. New Haven, CT : Yale University Press.
MacFarquhar, Neil. 2026. “Revolutionary Guards Corps : Spine of a Militarized State.” New York Times. March 9.
Northeast Los Angeles Alliance for Democracy. 2025. “What Is Fascism and How to Oppose It ?”
https://www.nelafordemocracy.org/
https://drive.google.com/file/d/1rZu2ZglUA-8djuCih4dKkHHMkL7-wMyJ/view
Paxton, Robert. 2005. Anatomy of Fascism. Vintage
Sanger, David. 2025. “The Missing Chapter in Trump's Security Strategy :
Superpower Competition.” New York Times, December 8.
Ukraine Solidarity Network (U.S.). 2026. “Solidarity with the Iranian Uprising.” February 9.
https://www.ukrainesolidaritynetwork.us/solidarity-with-the-iranian-uprising/

Frieda Afary, 18 mars 2026

Frieda Afary is an Iranian American librarian, translator and author of Socialist Feminism : A New Approach (Pluto Press, 2022). She produces Iranian Progressives in Translation and Socialistfeminism.org.
https://newpol.org/the-u-s-israeli-war-with-iran-what-is-a-needed-approach-for-a-principled-socialist-left/
https://socialistfeminism.org/the-u-s-israeli-war-with-iran-what-is-a-needed-approach-for-a-principled-socialist-left/
Traduction DE

De l'autrice ;
Où mèneront les manifestations en Iran en 2026 ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/11/solidarite-avec-les-populations-en-iran/
« Nous avons besoin d'une alternative humaniste au capitalisme ». Interview de Frieda Afary pour Posle Media
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/26/nous-avons-besoin-dune-alternative-humaniste-au-capitalisme/
Qu'est-ce que le féminisme marxiste ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/20/quest-ce-que-le-feminisme-marxiste/
Tirer les leçons des manifestations à Los Angeles
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/07/10/tirer-les-lecons-des-manifestations-a-los-angeles/
Avec Farooq Sulehria
« Le régime iranien a été affaibli par la guerre, mais la répression s'est intensifiée après le cessez-le-feu. »
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/07/04/le-regime-iranien-a-ete-affaibli-par-la-guerre-mais-la-repression-sest-intensifiee-apres-le-cessez-le-feu/
Qu'est-ce que le fascisme et comment pouvons-nous y résister aux États-Unis ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/05/quest-ce-que-le-fascisme-et-comment-pouvons-nous-y-resister-aux-etats-unis/
Donner un sens à la victoire de Trump et à la résistance nécessaire
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/11/14/donner-un-sens-a-la-victoire-de-trump-et-a-la-resistance-necessaire-et-autres-textes/
L'opposition iranienne face au conflit entre Téhéran et Tel-Aviv. Entretien avec Frieda Afar
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/05/29/lopposition-iranienne-face-au-conflit-entre-teheran-et-tel-aviv-entretien-avec-frieda-afary/
Stop au militarisme israélien & iranien
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/08/12/stop-au-militarisme-israelien-iranien/
Iran entretien avec Frieda Afary [en deux parties]
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/10/17/iran-entretien-avec-frieda-afary-en-deux-parties/
Les syndicats iraniens dans les mobilisations
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/02/15/les-syndicats-iraniens-dans-les-mobilisations/
L'Iran manifeste contre le hijab obligatoire et la violence d'État
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/26/liran-manifeste-contre-le-hijab-obligatoire-et-la-violence-detat/
Avec Kevin Anderson : Femme, vie, liberté : les origines du soulèvement en Iran
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/12/12/femme-vie-liberte-les-origines-du-soulevement-en-iran/

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Doit-on annuler des conférences ?

24 mars, par Jonathan Durand Folco — , ,
Voici quelques réflexions suite à mon commentaire du 17 mars sur Facebook, lequel a suscité de vives réactions et a fait couler beaucoup d'encre. 21 Mars 2026 | tiré de (…)

Voici quelques réflexions suite à mon commentaire du 17 mars sur Facebook, lequel a suscité de vives réactions et a fait couler beaucoup d'encre.

21 Mars 2026 | tiré de Métapolitiques

Pour vous mettre en contexte, j'ai commenté une publication d'un groupe d'étudiantes féministes de l'Université Laval qui revendiquait l'annulation d'une conférence organisée par un comité local du Parti québécois. Celle-ci prévoyait la venue du député Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard, qui auraient "un discours traditionaliste, discriminatoire et voir haineux que nous n'acceptons pas sur nos campus".

J'ai alors émis une critique à l'endroit de la tactique de l'annulation, en mentionnant que cela était contreproductif dans le contexte actuel, et qu'on devrait idéalement utiliser d'autres moyens pour combattre ces idées conservatrices. Mon but n'était pas de condamner moralement cette action, au nom d'un principe abstrait de liberté d'expression, mais d'en appeler à notre réflexion stratégique. J'ai alors dit :

Bref, réinventons nos méthodes pour combattre les discours conservateurs ou d'extrême droite, car les moyens utilisés dans la précédente décennie ont souvent alimenté le backlash antiwoke et le virage autoritaire que nous constatons aujourd'hui. Combattons leurs discours par d'autres moyens, afin de ne pas "s'auto-pelure-de-bananiser".

J'ai alors reçu maintes critiques venant d'ami·e·s, camarades, et personnes inconnues qui ont souligné plusieurs objections, problèmes et angles morts dans mon commentaire. Je voudrais à la fois nuancer mon propos, répondre à certains arguments qui m'ont été adressés, revenir sur certains aspects problématiques de mon intervention, tout en identifiant des pistes de réflexion pour la suite.

Le paradoxe de la tolérance et ses paramètres

Plusieurs personnes ont souligné que mon commentaire risquait de tomber dans le "paradoxe de la tolérance". Selon cet argument développé par le philosophe Karl Popper, il ne faudrait pas tolérer des propos intolérants (discriminatoires, haineux, fascistes ou anti-démocratiques), car cela risque de les normaliser et d'augmenter leur influence. Cela pourrait éventuellement contribuer à la prise du pouvoir de forces autoritaires, qui vont ensuite imposer des limites drastiques à la liberté d'expression qu'on souhaitait défendre initialement. En d'autres termes, la tolérance extrême détruit la tolérance.

Cela dit, on évoque souvent ce paradoxe sans avoir lu Karl Popper, comme si chaque propos intolérant devait être toujours combattu par la force. Or, il s'agit plutôt de réfuter l'argument de la tolérance absolue ou illimitée, afin que la liberté d'expression n'accepte pas les propos les plus extrémistes dans l'espace public. Voici une citation tirée de son livre La société ouverte et ses ennemis :

« … la tolérance illimitée ne peut que conduire à la disparition de la tolérance. Si nous accordons une tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas prêts à défendre une société tolérante contre les assauts des intolérants, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux…

Avec cette formulation, je ne veux pas dire, par exemple, que nous devrions toujours réprimer les philosophies intolérantes ; tant qu'il nous est possible de les contrer par des arguments rationnels et de les tenir en échec grâce à l'opinion publique, les interdire ne serait certainement pas judicieux.

Mais nous avons intérêt à revendiquer le droit de les réprimer si nécessaire, même par la force ; car il se peut fort bien qu'ils n'acceptent pas la confrontation d'arguments rationnels, et dénoncent d'emblée toute argumentation ; ils risquent d'interdire à leurs adeptes d'écouter toute argumentation rationnelle, parce qu'elle serait trompeuse, et de leur apprendre à répondre aux arguments en faisant usage de leurs poings ou de leurs pistolets.

Nous devons donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Nous devrions affirmer que tout mouvement prêchant l'intolérance se place hors la loi, et considérer comme criminelle l'incitation à l'intolérance et à la persécution, de la même manière que nous considérerions comme criminelle l'incitation au meurtre, à l'enlèvement, ou à la relance de la traite des esclaves.

L'argument de Popper est habile ; il évoque la nécessité de se garder des garde-fous si certains discours intolérants ne peuvent être contrecarrés par l'argumentation rationnelle. Il ne revendique pas une interdiction systématique de l'intolérance, mais plutôt le droit, sous certaines conditions, de refuser la simple délibération démocratique. Dans des cas extrêmes, le débat ne peut avoir lieu, surtout quand votre interlocuteur rejette les principes mêmes de la discussion rationnelle, et utilise des menaces, le mensonge, voire la force ou l'intimidation pour vous contraindre. Dans ces circonstances, répliquer par des contre-arguments ne vaut pas la peine, et l'usage de la force est justifié pour se défendre.

Une interprétation simpliste du paradoxe de la tolérance pourrait suggérer qu'il faut toujours interdire les discours intolérants. Popper adopte plutôt une vision nuancée : la préservation du principe de tolérance exige certaines limites sur le plan juridique, moral ou institutionnel, pour éviter des cas extrêmes qui viendraient détruire ce principe. Je le cite encore ici :

Je n'implique pas, par exemple, que nous devions toujours supprimer l'énoncé des philosophies intolérantes ; tant que nous pourrons les contrer par des arguments rationnels et les contrôler par l'opinion publique, la suppression serait très imprudente. Mais nous devons revendiquer le droit de les supprimer si nécessaire, même par la force.

De mon côté, je suis plutôt d'accord avec cette idée de Popper ; il y a des limites à la liberté d'expression, notamment en matière de discours haineux. Mais où doit-on tracer la limite ? Tout ce joue dans les limites ou les paramètres de ce qu'on entend par "discours intolérant". Si on a affaire à un groupe néonazi ou d'extrême droite décomplexé comme Atalante ou le collectif Horizon Québec Actuel, je soutiens sans problème l'idée que l'annulation d'une conférence de leur groupe soit légitime.

Mais est-ce que des personnes comme le député péquiste Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard entrent dans la catégorie des discours néofascistes, de l'extrême droite, ou encore de personnes faisant la promotion de discours haineux ? Où doit-on tracer la ligne entre le conservatisme, qui a fait partie des idées "socialement acceptables" dans le giron de la démocratie libérale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le (néo)fascisme qui menace directement les conditions de la démocratie et de la liberté d'expression ?

Le paradoxe de la tolérance est ici mis à l'épreuve de circonstances particulières, et je crois que cela exige d'exercer notre jugement. Cela veut dire qu'on ne peut pas appliquer un principe de façon directe ou universelle, mais qu'il faut tenir compte du contexte. L'argument du paradoxe de l'intolérance est valide, mais il implique aussi un calibrage, un débat démocratique sur les limites raisonnables à imposer à la liberté d'expression.

Une droite aux contours flous

Pour revenir au trio de Boissonneault, Tremblay et Beauregard, on peut les classer dans la catégorie large de la "droite". Ceux-ci s'identifient peut-être au centre-droit ou à la "droite modérée", mais j'aurais tendance à les définir comme étant carrément à droite. Or, font-ils partie de la famille de l'extrême droite pour autant ? Si on élargit trop la catégorie des discours discriminatoires, alors il faudrait interdire un très grand nombre de conférences de la droite politique, impliquant plusieurs personnes impliquées dans la CAQ, le PQ, le PCQ, etc.

Si les discours de la droite permettent effectivement de normaliser et de justifier, plus ou moins directement, une série d'inégalités et de discriminations, que ce soit en termes de classe, d'origine ethnique, de genre, de citoyenneté, etc., cela veut dit-il que la droite serait ipso facto intolérante, et donc qu'il faudrait toujours annuler leurs conférences ? Bref, où doit-on tracer la ligne ?

À mes yeux, et on peut débattre de la chose, une ligne rouge se trouve au niveau de l'extrême droite et du fascisme. Même si on sait que ces catégories ont des contours parfois flous, il ne faut pas étirer l'élastique à l'infini ; cela revient à tomber dans le piège que je critique au début de mon livre Fascisme tranquille : l'usage abusif de l'étiquette "fasciste" pour disqualifier d'emblée toute personne moindrement à droite. Je cite ici un extrait de mon livre :

À l'autre bout du spectre, nous trouvons une attitude de suspicion généralisée présente dans certains milieux de gauche, une posture à la fois radicale, hypermoralisatrice et épidermique, attribuant l'étiquette fasciste à tout phénomène moindrement conservateur, à toute réflexion soulevant des questions sur l'immigration, les modèles d'intégration, les enjeux liés au genre ou le moindre élan de fierté nationale. Tous les gens critiques du mouvement « woke » seraient ainsi des fascistes en puissance, des relents de l'extrême droite, l'accusation permettant de tracer une frontière nette entre personnes fréquentables et infréquentables. Cette posture immodérée ou polémique représente le miroir de la vision négationniste ; alors que des gens croient que l'extrême droite n'est nulle part, d'autres croient qu'elle est partout, même où on la soupçonne le moins.

Bref, des catégories comme populisme autoritaire, extrême droite ou fascisme restent valides ; mais il faut garder, malgré tout, une certaine prudence dans l'usage de ces concepts, sans quoi ils perdent de leur sens. Il existe toute une gradation des discours de droite allant du nationalisme conservateur, à la droite radicale populiste, puis à la droite extrémiste néonazie. Et le cas d'Étienne-Alexandre Beauregard est révélateur à cet égard.

Le cas particulier d'Étienne-Alexandre Beauregard

Par exemple, on sait qu'Étienne-Alexandre est un ami et protégé de Mathieu Bock-Côté, qui tient un discours national-populiste décomplexé ; mais le discours d'Étienne-Alexandre est moins radical et outrancier que son mentor. Son dernier livre Anti-civilisation critique même le populisme, tout en justifiant un conservatisme social et politique dans la lignée d'Allan Bloom.

On pourrait certes objecter qu'Étienne-Alexandre a un discours plus modéré et nuancé que celui de MBC, tout en partageant avec ce dernier une même vision, et qu'il contribue ainsi à adoucir ou à normaliser ces idées dans l'espace public. Cela est sans doute vrai, mais cela fait-il en sorte qu'Étienne-Alexandre soutient un discours haineux ou qu'il devrait être classé à d'extrême droite ?

À mon avis, il convient de faire encore des nuances dans le continuum ou le spectre de la droite. Il y a une différence entre le nationalisme conservateur (style Étienne-Alexandre Beauregard, ou le jeune Bock-Côté), qui peut ensuite basculer vers le populisme radical autoritaire (style MBC actuel, qui normalise le discours de Trump, Le Pen, Zemmour, etc.), et enfin le stade extrême de la droite, proche des suprématistes blancs ou des néofascistes décomplexés, comme Nick Fuentes aux États-Unis, ou encore le malheureux militant néonazi Quentin Deranque qui est mort à Lyon suite à une rixe le 12 février dernier.

Est-ce que toutes les personnes qui parlent de "capacité d'accueil", "d'immigration incontrôlée" ou de "laxisme législatif canadien" peuvent être automatiquement classées dans la catégorie de propos haineux, racistes et xénophobes ? Dans la famille large de la droite certes, mais encore faut-il préciser le niveau de radicalité auquel on a affaire.

Si on peut s'entendre d'un point de vue de gauche qu'il faut combattre ce genre de discours par différents moyens, quels sont les moyens légitimes ? Si on privilégie l'annulation pour ce genre de discours conservateur, alors il faudrait annuler les conférences de PSPP, de Bernard Drainville et d'Éric Duhaime dans les cégeps et les universités, et de bien d'autres figures politiques et médiatiques qui entrent dans cette catégorie. La liste serait très très longue.

La religion, entre université et agenda politique

Par ailleurs, Étienne-Alexandre travaille actuellement pour l'Institut Cardus, un think tank chrétien conservateur d'origine anglo-canadienne, qui flirte avec des positions anti-avortement, comme dans cet article de 2019 portant sur le féminisme pro-vie. Le chercheur lui-même n'a jamais soutenu une telle position, et il prétend que son organisation ne finance pas de recherche contre l'avortement. Or, l'Institut Cardus apparaît tout de même sur une liste d'organisations anti-choixselon la Abortion Rights Coalition of Canada.

Cela peut évidemment susciter des doutes en matière de défense de droits des femmes. Comme le consensus pro-choix est encore très fort au Québec, contrairement aux États-Unis et dans le Canada anglais, on peut comprendre le niveau de vigilance élevé de groupes féministes qui ne souhaitent pas que ce discours se diffuse en sol québécois, et je soutiens tout à fait cet objectif. Mais peut-on pour autant associer l'individu aux positions de son organisation ? Si c'est parfois le cas, il s'agit d'une question complexe.

Pour donner un exemple concret qui me touche personnellement, je suis professeur à l'Université Saint-Paul depuis maintenant dix ans. Il s'agit d'une université catholique relativement ouverte sur le monde, notamment depuis une quinzaine d'années, en raison du leadership de notre ancienne rectrice Chantal Beauvais, première femme et rectrice laïque à diriger l'Université Saint-Paul depuis sa création en 1848. Dans cette université, je dispose d'une pleine liberté académique, avec des professeur·e·s qui peuvent être chértiens, athées, agnostiques, musulmans, libéraux, conservateurs, féministes, marxistes, etc.

Cette université a été créée par les prêtres Oblats, qui jouent encore un rôle dans la gouvernance de l'Université. Or, cette communauté religieuse a été accusée à maintes reprises d'agressions sexuelles dans les dernières décennies, notamment sur des personnes mineures, et condamnée pour avoir contribué directement au génocide des communautés autochtones, via leur rôle dans les pensionnats à travers le Canada.

Cela veut-il dire que j'endosse personnellement ces faits et gestes, ou encore les positions politiques ou religieuses des frères Oblats ? Aucunement, et l'Université Saint-Paul elle-même a entrepris tout en travail de reconnaissance des torts subis ces dernières années, avec la mise en place de diverses mesures de réconciliation pour tenter de rétablir un minimum de justice. Dans ce cas-ci, il y a une distance entre les actions passées des Oblats qui ont eu des actions répréhensibles et criminelles dans le passé, et les professeur·e·s qui travaillent à l'Université Saint-Paul aujourd'hui.

Cela dit, l'institution dans laquelle je travaille est redevable du passé dont elle a hérité, et l'ensemble de la communauté universitaire doit garder un haut degré de vigilance pour ne pas reproduire les mêmes dynamiques oppressives qu'elle a longtemps ignorées ou acceptées tacitement.

Dans le cas de l'Institut Cardus, l'histoire est plus compliquée. Il ne s'agit pas d'une université, mais d'un think tank qui a pour mandat d'influencer les politiques publiques du pays. Un think tank a toujours une mission orientée sur le plan idéologique, et le chercheur n'a pas la même "liberté académique" que dans une université ; il doit plutôt servir un agenda politique déterminé. Cela ne veut pas dire que chaque membre d'un institut religieux travaille nécessairement dans une optique religieuse, mais que ses orientations sont influencées par les choix stratégiques de son employeur.

Le premier rapport de recherche d'Étienne-Alexandre a d'ailleurs été de justifier le système actuel d'éducation au Québec, qu'il appelle le "modèle québécois de pluralisme éducatif", qu'on appelle parfois "système à trois vitesses". Il a fait maintes sorties médiatiques pour essayer de contredire des discours plus critiques de ce système, comme celui de Christophe Allaire Sévigny qui parle de "ségrégation scolaire" dans son dernier livre Séparés mais égaux.

Jusqu'ici, on n'a pas affaire à un discours anti-avortement, chrétien fondamentaliste ou d'extrême droite, mais plutôt à une posture typiquement conservatrice et néolibérale, qui s'oppose à une vision progressiste de l'éducation. Étienne-Alexandre défend le statu quo, certes inégalitaire, au nom de la "liberté de choix", mais il ne défend pas l'évangélisation du système scolaire. On peut certes s'opposer, critiquer et combattre ces idées, mais encore une fois, on reste dans un débat gauche/droite plutôt classique.

Je ne vise pas ainsi à normaliser le discours d'Étienne-Alexandre, que je considère toujours comme un adversaire politique. Mais je crois qu'il y a une différence entre son discours et celui d'un Alexandre Cormier-Denis par exemple, et qu'il ne faut pas nécessairement utiliser les mêmes tactiques dans les deux cas. On ne combat pas un conservateur et un idéologue d'extrême droite de la même façon.

On entre ici dans le débat complexe sur la "diversité des tactiques", qui implique de se demander quelles sont les actions légitimes ou efficaces pour résister à la normalisation de tels discours, au-delà de la simple discussion démocratique.

La diversité des tactiques, et leur efficacité

En me reprochant de tolérer des discours intolérants, on suppose un faux dilemme entre deux options : 1) soit qu'on tolère des conférences conservatrices, que ce soit en restant les bras croisés ou en prônant un échange serein ; 2) soit qu'on appelle à combattre de tels discours par la force et l'annulation de l'événement. L'une prône une vision libérale (ou absolutiste) de la liberté d'expression, où toute idée intolérante doit toujours être combattue par l'argumentation rationnelle, alors que l'autre considère que toute idée moindrement intolérante doit être interdite par différents moyens coercitifs.

En réalité, entre ces deux positions extrêmes, il existe tout un spectre d'actions possibles. À titre de rappel, la diversité des tactiques est devenue un principe central des mouvements sociaux depuis les années 1990. Selon Wikipédia :

La diversité des tactiques est une pratique stratégique des mouvements sociaux qui consiste à utiliser périodiquement la force à des fins perturbatrices ou défensives, en dépassant les limites de la stricte non-violence, mais en s'arrêtant avant une militarisation totale. Elle a pour but de trouver la stratégie de désobéissance civile la plus efficace pour obtenir des changements sociaux. La diversité des tactiques peut utiliser des méthodes non violentes, la résistance armée ou une gamme de méthodes intermédiaires en fonction du niveau de répression auquel le mouvement fait face.

Pour revenir au cas de la conférence à l'Université Laval, voici diverses possibilités qui me sont venues en tête : dénonciation de l'événement sur les médias sociaux ; mobilisation pour remplir une salle pour poser des questions difficiles et répliquer au discours des adversaires ; actions directes pour perturber la tenue de l'événement ; surveillance et enregistrement des propos tenus durant la conférence, suivi de répliques dans une optique de créer des contre-discours dans l'espace public, etc.

Je ne prône ici aucune de ces tactiques précises. À titre de rappel, nos moyens d'action doivent s'adapter au contexte spécifique d'un événement, à la nature de nos interlocuteurs, à l'évaluation du rapport de forces dans la conjoncture actuelle, à un calcul coûts/bénéfices visant à générer un maximum d'impact et à minimiser les risques pour les gens qui commettent ces actions, mais aussi pour les personnes impliquées (in)directement par celles-ci.

Mon but est seulement de montrer qu'il existe plusieurs façons de ne pas "tolérer" des discours potentiellement intolérants, ou de combattre des idées conservatrices, que ce soit par la confrontation des idées, ou des moyens plus conflictuels, qui ne passent pas nécessairement par l'annulation ou la violence physique. Bref, je crois que la gauche en général doit faire preuve d'imagination pour mieux résister, être imprévisible et déjouer nos adversaires, au lieu d'utiliser des moyens prévisibles que les forces dominantes peuvent facilement neutraliser.

Dans le livre Joyeux Bordel : tactiques, principes et théories pour faire la révolution écrit par Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell, les auteurs donnent une série d'idées et d'exemples de tactiques pour élargir notre répertoire d'action collective : canular, flash mob, occupation, perturbation créatrive, théâtre invisible, intervention préfigurative, etc. Quelles tactiques ou combinaison d'actions devrait-on privilégier dans le cadre de cette conférence du PQ ?

À vrai dire, je ne le sais pas, et je ne suis pas la personne la mieux placée pour répondre. Et c'est sur ce point que la plupart des critiques à gauche ou dans les rangs féministes m'ont été adressées : quelle est la légitimité pour me prononcer, en tant que professeur d'université, homme blanc et relativement privilégié, pour dire quelle action militante est acceptable ou condamnable pour s'opposer à la droite nationaliste ? Et cette question se pose d'emblée dans un contexte où la demande d'annulation vient d'un groupe d'étudiantes féministes.

Une question de légitimité

En gros, je ne peux ignorer ici qu'il y a des enjeux liés à ma position sociale, à ma perspective située qui n'est pas celle des étudiantes féministes militant dans une autre université. Cela implique donc des angles morts de mon côté. À titre d'exemple, je cite un des commentaires qui m'a été transmis sur Facebook :

J'aime beaucoup tes réflexions habituellement Jonathan Durand Folco, mais là je trouve ça limite condescendant envers ces militant.e.s... où est la solidarité et le respect pour la diversité des tactiques ? On peut bien parler efficacité de nos stratégies, mais il y a des endroits et des façons de le faire.

En effet, le respect du principe de diversité des tactiques implique généralement d'éviter de condamner moralement dans l'espace public des tactiques que l'on juge peu efficaces, nuisibles ou contraires à nos convictions. Cela ne veut pas dire qu'il est impossible de débattre sur l'efficacité et la légitimité de nos actions, mais il est préférable d'avoir ce genre de discussions à l'interne, dans une perspective de critique constructive, plutôt que de "laver son linge sale en public". J'entends cet argument, et il est valide à mes yeux, même si le débat public sur nos tactiques et stratégies peut aussi avoir son utilité.

Ensuite, sur les manières de le faire, je crois aussi que mon commentaire était un peu dur. Je mentionnais que "l'idée d'annuler leur conférence me semble une bien mauvaise idée", que cela consistait à "s'auto-pelure-de-bananiser", et j'ai même écrit de façon un peu méprisante sous l'un des commentaires de ma publication que je trouvais cette idée "stupide". J'ai d'ailleurs modifié mon commentaire pour enlever le mot "stupide", qui était de trop et déplacé. Ce n'est pas dans mon habitude, car j'essaie d'écrire de façon posée, critique et nuancée. Mais devant le déferlement de commentaires, j'ai écrit de manière irréfléchie sous le coup de la colère et l'exaspération.

Après avoir écrit mon commentaire de façon plutôt impulsive le 17 mars dernier, sans avoir réfléchi longuement aux impacts d'une telle prise de parole, j'ai aussitôt eu un doute. Une amie féministe dormant chez moi ce soir-là m'a d'ailleurs fait remarquer que même si elle était plutôt d'accord avec moi sur le fond, c'est-à-dire avec le fait que l'annulation n'était peut-être pas la meilleure tactique pour résister à cette conférence précise, ma prise de parole était trop expéditive.

Je me prononçais, comme professeur dans une université en Ontario, sur la justesse d'une tactique adoptée par un groupe d'étudiantes féministes à l'Université Laval, sans connaître tout le contexte. Une foule de commentaires sous ma publication allaient dans la même direction, et je me suis alors dit : "oui c'est vrai, vaut mieux parfois tourner sa langue sept fois avant de parler".

Cela ne veut pas dire qu'il faille systématiquement soutenir toute action de n'importe quel groupe militant progressiste, du simple fait qu'il soit mené par les premières personnes concernées. Cela ne veut pas dire non plus qu'aucun homme ne peut commenter les actions ou revendications d'un groupe féministe, ou inversement. Mais il y a des façons, des lieux et des manières pour le faire adéquatement, de façon intelligente et constructive.

Somme toute, je crois qu'il faut se poser diverses questions pour ne pas condamner moralement, de façon abrupte, des tactiques que l'on juge peu pertinentes pour mener la résistance. On peut en débattre, c'est essentiel, mais il faut essayer d'éviter le piège du "gérant d'estrade", dans lequel on peut facilement tomber. Sur ce point, je m'excuse du ton et du caractère expéditif de mes propos, même si cela a eu le mérite, indirectement, de nourrir un débat stratégique dont la gauche a besoin à mon avis.

Le groupe d'étudiantes féministes de l'Université Laval peut s'organiser comme il le souhaite, je ne souhaite pas dicter leurs actions, et je ne connais pas le contexte précis de cette institution en 2026, même si j'ai été étudiant en philosophie là-bas de 2009 à 2016.

Or, pourquoi ai-je commenté si rapidement cette controverse sur l'annulation d'une conférence de la droite nationaliste à l'Université Laval ? Je me suis posé la question, et j'ai réalisé que je me sentais vivement concerné par cet enjeu. En tant que professeur d'université, un événement similaire aurait pu se produire dans les murs de ma propre université. J'aurais sans doute réagi différemment cela dit, en essayant plutôt de contacter les personnes concernées, plutôt que de m'exprimer publiquement en mode call-out ou dénonciation.

À mon avis, l'annulation de conférences de droite ou d'extrême droite touche la question complexe des limites de la liberté d'expression évoquée plus haut, mais aussi la communauté universtaire dans son ensemble, ainsi que les dynamiques sociales plus larges dans l'espace médiatique et la sphère politique.

Le backlash est déjà là, et il s'intensifie

Pour le dire rapidement, je crains sérieusement les répercussions de tels événements sur la vie universitaire à moyen terme, surtout si le Parti québécois prend le pouvoir aux prochaines élections. Rappelons que PSPP a nommé à quelques reprises les professeurs d'université comme des vecteurs du "wokisme" en les prenant pour cible, qu'il s'inquiète des idéologies de la gauche radicale à l'école, et que le PQ entend serrer la vis sur la violence en milieu scolaire, avec des sanctions plus sévères, ce qui pourrait inclure des incidents du genre.

En toute honnêteté, j'ai peur que le Québec s'inscrive dans la trajectoire des États-Unis et de l'Alberta qui ont commencé à "serrer la vis" contre tout ce qui est moindrement de gauche dans les universités. Le cas le plus flagrant d'un tel backlash se trouve chez nos voisins du Sud. Après de nombreux débats sur la liberté d'expression et l'annulation de conférences sur les campus américains dans les années 2010, plusieurs États (dont la Floride et le Texas) ont multiplié les lois et règlements visant les lieux d'enseignement : retrait de cours sur le genre, bannissement de livres sur la diversité sexuelle, interdiction d'enseigner des "idéologies" en classe, surveillance accrue des professeur·e·s d'université, suppression de la permanence (tenure) pour les profs, etc.

Quand Trump a commencé son deuxième mandat, il a carrément supprimé les mesures EDI, censuré la recherche scientifique, interdit des centaines de mots des sites gouvernementaux, définancé des universités jugées trop "wokes", alors que la droite conservatrice se vantait de défendre la "liberté d'expression". C'était le monde à l'envers, ou plutôt la cancel culture de la droite réactionnaire.

En Alberta, la première ministre Danielle Smith a utilisé la clause dérogatoire en 2025 pour adopter des lois anti-trans : empêcher les élèves de changer de nom ou pronom à l'école, interdire aux filles transgenres de participer à des sports amateurs féminins, et limiter les services de santé liés à l'affirmation de genre. L'année dernière, le Conseil scolaire public d'Edmonton avait publié une liste de 200 livres à bannir, incluant certains classiques tels que La servante écarlate de Margaret Atwood. Après un léger réajustement, 103 livres ont été retirés des écoles de conseils scolaires d'Edmonton et de Calgary.

Le problème, c'est que cette vague de droite autoritaire s'abat aussi sur le Québec, bien que nous soyons légèrement "en retard" comparativement à l'Alberta et aux États-Unis. Si on regarde l'actuelle droitisation du PQ et de la société québécoise, nous risquons d'être les prochains sur la liste.

Mais qu'on me comprenne bien ici : je ne veux pas dire que la montée de la droite et du populisme autoritaire soit causée par des actions de groupes militantes ou de quelques annulations de conférences ici et là, comme si le "wokisme" était le premier responsable de la montée de la droite nationaliste. Ce récit conservateur ne tient pas la route d'un point de vue factuel, car ces actions de résistance face à la droite nationaliste surviennent précisément dans un contexte de montée mondiale de l'autoritarisme.

Cela dit, la droite conservatrice nous voit venir, et des actions prévisibles comme des demandes d'annulation de conférences sont vite récupérées pour disqualifier ces groupes miliants, voire à appeler à les combattre plus intensément. Les anti-wokes raffolent de ce genre de micro-controverses, et ont déjà un playbook pour amplifier ce genre de scandales, pour les transformer en paniques morales. En gros, c'est leur gagne-pain, un modèle d'affaires. On n'a qu'à penser au déferlement de chroniques dans l'écosystème Québecor, dont la chronique de Bock-Côté intitulée La gauche intolérante rêve de censure contre les jeunes péquistes à l'Université Laval. Tout cela était écrit dans le ciel.

Dans ce genre de controverses, la droite en profite pour amplifier la portée de tels événements, comme s'ils étaient l'illustration d'une hégémonie de la gauche radicale dans les campus universitaires, tout en ciblant, sans les nommer, des "idéologues" (comme moi ?) qui alimenteraient de telles actions :

La gauche radicale demeure hégémonique sur les campus, et partout où elle règne, elle impose sa culture de l'annulation, en mélangeant terreur morale et intimidation idéologique, quand elle ne va pas jusqu'à la violence physique, comme on l'a vu sur de nombreux campus occidentaux ces dernières années. Cette gauche radicale, au Québec, est soutenue par quelques idéologues de gauche qui s'agitent sur les réseaux sociaux, surtout Facebook, et qui enferment ceux qui les suivent dans un univers parallèle, où ils se prennent pour de vaillants résistants contre une extrême droite québécoise pourtant fantomatique.

Dans ce contexte, le PQ pourrait profiter de cet incident pour à la fois mousser la popularité de son événement, mais aussi se servir de cette controverse comme d'un exemple concret visant à justifier de nouvelles législations dans le domaine de l'éducation. J'envisage ici l'éventualité où un gouvernement péquiste pourrait décider de "serrer la vis" contre la gauche radicale et aux wokes sur les campus. Est-ce que ce sera le cas ? J'en ai aucune idée, mais le risque est bien réel.

Comment sortir de ce pétrin ?

Sérieusement, je ne sais pas sortir de cette situation, je n'ai pas de recette magique à prescrire. Une intuition qui me vient en tête est qu'on ne combat pas un discours conservateur avec les mêmes méthodes que l'on combat un groupe néofasciste.

Dire qu'il ne faut pas débattre avec l'extrême droite mais la combattre est valide en principe ; mais dire qu'il ne faut pas débattre avec la droite et utiliser les mêmes méthodes m'apparait comme un glissement parsemé d'embûches. Cela vaut autant sur le plan de la légitimité démocratique (et donc de l'opinion publique qui va se braquer contre ces méthodes), que pour l'efficacité de nos actions, en donnant davantage de pouvoir à nos adversaires qu'on souhaite combattre. Que faire dans ce cas ? Je me pose personnellement plusieurs questions, et je crois que les milieux de la gauche doivent réfléchir activement à ce genre d'enjeux stratégiques.

Par ailleurs, j'aimerais terminer en disant que je ne suis pas contre la tactique de l'annulation d'événements en général. Celle-ci peut s'avérer utile dans certains contextes, et contreproductive dans d'autres. Si cette tactique a eu le vent dans les voiles dans la dernière décennie, elle est plus ancienne, comme le rappelle le militant Jaouad Laaroussi dans un commentaire Facebook que je partage ici :

Pourtant l'histoire du féminisme au Québec a été jalonnée d'actions d'éclat contre la parole hégémonique des hommes dans l'espace public prenant la forme d'actions visant à annuler des conférences. Si on se rappelle souvent de la marche "du pain et des roses" en 1995, on oublie qu'elle a été précédée quelques mois avant d'une manifestation pour faire “annuler” une conférence de Human Life International (un groupe religieux anti-avortement) qui a regroupé des milliers de personnes à Montréal. Au début des années 2000, le mouvement féministe a organisé à deux autres reprises des manifestations pour dénoncer et perturber des événements anti-féministe. Au printemps 2005, une manifestation est organisée contre le colloque masculiniste "parole d'homme" et à l'automne de la même année une autre mobilisation à l'appel de la coalition "avortons leur congrès" a pour objectif de faire “annuler” un congrès anti-avortement. Les actions de perturbation à l'égard de la prise de parole groupes masculinistes et réactionnaires a toujours été au coeur des tactiques du mouvement féministe et ne sont pas le produit d'un néo-féminisme ou du wokisme mais de la conflictualité propre à la prise de parole dans un espace public inégalitaire.

Ce rappel historique est essentiel, notamment pour éviter l'erreur d'une pensée abstraite et non-contextuelle, comme si tel ou tel moyen d'action était valable ou condamnable en tout temps. Or, si je crois personnellement que l'annulation d'un congrès anti-avortement est une bonne tactique, tout comme l'annulation d'événements néofascistes, qu'en est-il de l'annulation d'un événement du PQ alors qu'il est aux portes du pouvoir ? S'il apparaît bon d'empêcher la tenue d'événements intolérants alors qu'ils sont encore marginaux dans l'espace public, afin d'éviter leur diffusion, que doit-on faire quand il s'agit le discours d'une droite nationaliste qui est déjà hégémonique dans la société ?

Encore une fois, je n'ai pas de réponse, et je vais arrêter de faire le gérant d'estrade ici. Chaque groupe militant peut s'organiser comme il veut, mais il faudra aussi créer des stratégies qui dépassent la simple diversité des tactiques. Comment lutter contre la droite nationaliste ? Comment empêcher la radicalisation en cours, où un populisme de plus en plus décomplexé qui déferle dans l'espace public ?

Cette question me hante, et c'est précisément celle qui anime les réflexions de ce blogue Métapolitiques.

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Pour sortir PSPP et le PQ de l’ornière MBC

24 mars, par Luc Potvin — , ,
Au fond, je veux simplement dire que je partage l'avis ou plus précisément l'inquiétude de maints commentateurs, dont les excellents confrères de L'aut'journal Mohamed Lotfi et (…)

Au fond, je veux simplement dire que je partage l'avis ou plus précisément l'inquiétude de maints commentateurs, dont les excellents confrères de L'aut'journal Mohamed Lotfi et Pierre Sormany, sur une certaine dérive droitière apparemment en cours au Parti québécois.

16 mars 2026 | tiré de l'Aut'Journal

Le chef, Paul St-Pierre Plamondon, semble être plus ou moins tombé sous l'influence de Mathieu Bock-Côté. Pour sa défense, on dira qu'il a rappelé que le PQ ne se livre aucunement au dénigrement des immigrés, ce qui est vrai et tant mieux (il ne manquerait plus que ça !). Il a même annoncé que le PQ allait avoir plusieurs candidats issus de l'immigration. Ça aussi, c'est tant mieux, mais on verra.

Or, le problème, à mon sens, c'est que, quand il parle d'immigration, c'est toujours de façon plutôt négative et, surtout, un peu ou même pas mal comme le ferait un politicien européen, auquel cas forcément de droite. Il donne ainsi l'impression que, pour lui, l'immigration est un problème en soi. Par exemple, il hésite à peine à y voir la cause principale de la crise du logement. Ce n'est pourtant pas la faute des immigrants si, depuis bon nombre d'années, on construit de moins en moins d'habitations à loyer modique (HLM) et de plus en plus de luxueuses tours à condos.

Jamais (ou alors très rarement) PSPP ne rappelle que c'est plutôt le contexte dans lequel le Québec reçoit des immigrants qui, aujourd'hui comme depuis 1760, constitue un problème. On aura beau se gargariser en parlant du Québec comme d'un « presque-pays », il n'en reste pas moins que, tant que l'indépendance n'est pas faite, les immigrants arrivent dans un pays majoritairement anglophone et dans une ville, Montréal, où les opulentes institutions de langue anglaise, à commencer par McGill, exercent toujours une attraction disproportionnée. Difficile, et même impossible, dans les circonstances, d'en vouloir à ceux d'entre eux qui, malgré certains progrès, continuent de succomber davantage à la culture anglo-américaine qu'à la nôtre.

Il ne convient donc pas de parler d'immigration au Québec sans constamment évoquer notre situation toute particulière, celle d'un peuple colonisé qui, pour ce qui est de l'intégration des nouveaux venus sur son territoire, subit une concurrence comme peu d'autres peuples en connaissent encore.

Un couple d'immigrants péruviens s'installe à Paris. Personne là-bas (pas même les cons d'extrême droite) ne craint ou même n'imagine que, sous l'influence du principal voisin de la France, les enfants ou petits-enfants de ce couple n'y deviennent Allemands de langue et de culture. En revanche, à Montréal, l'anglo-américanisation de ces mêmes enfants et petits-enfants, d'origine péruvienne ou autre, n'a rien d'une hypothèse farfelue, ça demeure au contraire une éventualité des plus sérieuses, hélas conforme à notre expérience historique.

En gardant le silence là-dessus, PSPP donne donc l'impression que, pour lui, ce sont les cultures des pays d'où viennent les immigrants qui menaceraient la nôtre. Un peu comme MBC, qui craint la « désoccidentalisation » du Canada, Québec inclus. Là, non seulement on contribue à alimenter des préjugés, mais, pire encore, on frôle le crétinisme, voire on y sombre corps et biens ! Venant du Parti conservateur d'Éric Duhaime, on en rirait presque, tant ce serait prévisible. Mais venant du PQ, il y a plutôt de quoi en pleurer de rage, tant c'est indigne de lui et de son histoire.

En plus de s'éloigner de MBC, PSPP (qui n'a pas toujours eu une réputation de réactionnaire, il me semble) devrait donc, dans les plus brefs délais, y aller de quelques déclarations qui clarifieraient les choses et montreraient que le PQ ne s'enfonce dans aucune ornière :

1) L'immigration n'est pas et n'a jamais été un problème pour le Québec. Ce qui est un problème, c'est le contexte dans lequel nous recevons les immigrants. Contexte politique surtout, mais aussi socio-économique (des entreprises québécoises qui deviennent ontariennes ou américaines, ça n'aide pas).

2) Les cultures des pays d'où viennent les immigrants ne sont en rien une menace à la culture québécoise. L'attachement qu'ont pour elles les immigrés et leur progéniture est naturel, normal, humain, légitime, en plus d'être susceptible de contribuer à l'élévation du niveau de notre culture générale. Dans un contexte normal, tous les citoyens d'un pays, graduellement, au bout de quelques générations, finissent par partager une même culture, la culture nationale, sans pour autant que celle-ci soit leur seule et unique référence. Ce ne serait certes pas promouvoir notre culture nationale que d'en faire une sorte de prison mentale pour qui que ce soit. Bien au contraire, ça risquerait même de l'achever.

3) Les migrants souvent sans-papiers qui, aujourd'hui, partent en nombre accru des pays du sud et montent au nord, rappellent les nombreux Québécois du XIXe siècle (ou Canadiens français à l'époque) qui, en sens inverse, ont dû quitter le Québec pour, surtout, la Nouvelle-Angleterre. Ils réagissent de la même manière aux mêmes causes, principalement l'exploitation des ressources naturelles de leur pays natal par des puissances capitalistes étrangères, souvent les mêmes. Nous ne saurions donc parler d'eux froidement, sans sympathie ni solidarité. C'est à l'exploitation impérialiste dont ils sont victimes qu'il faut mettre fin et un Québec enfin indépendant ajouterait sa voix à celles des peuples qui déjà plaident en ce sens.

Voilà, à mon sens, les trois principaux ajustements que le PQ, sous la houlette de PSPP, aurait intérêt à apporter, le plus tôt possible, à son discours. Cela rassurerait les indépendantistes qui tiennent à ce que leur mouvement garde la noblesse qui l'anime et le caractérise depuis toujours. De plus, cela éviterait la perte de tout espoir d'un progrès substantiel de l'appui à l'indépendance au sein des minorités issues de l'immigration. Un tel progrès n'a jamais été certain, non. Mais, plus le temps passe, plus il devient nécessaire. Du reste, à l'heure où l'Anglo-Amérique, à l'ouest comme au sud du Québec, montre plus que jamais qu'elle n'a guère de leçons d'ouverture à donner, il y a peut-être bien une chance que l'attraction qu'elle a toujours exercée à nos dépens commence à s'effriter, au moins quelque peu. Cette chance, ne soyons pas assez bêtes pour la négliger, la bouder, la louper.

Fier de sa culture et de son histoire quadri-séculaire, même si celle-ci, comme n'importe quelle autre, ne fut pas toujours épique et peut avoir des zones d'ombre, le Québec souhaite être aimé de tous les humains qu'il accueille. C'est dire qu'il espère trouver une place dans leur cœur. Une place, dis-je. Pas toute la place, non. Une place, une place de choix, une place de qualité, une place, surtout, dont la valeur ne se mesure pas à l'étendue, mais à la solidité.

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Résistance contre l’extrême droite et le fascisme

Une conférence animée par Nima Machouf avec Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise (LFI) et d'autres invité·es 31 mars, 19 h Salle Pierre-Mercure, 300 Boul. de (…)

Une conférence animée par Nima Machouf
avec Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise (LFI)
et d'autres invité·es

31 mars, 19 h
Salle Pierre-Mercure, 300 Boul. de Maisonneuve E., Montréal

Partout sur la planète, avec une ferveur renouvelée, l'extrême droite avance, piétine les droits les plus fondamentaux en introduisant des politiques qui marginalisent, excluent et nourrissent la peur et le mépris des minorités et des personnes migrantes et immigrantes. Comme les dernières convulsions d'un monde en perdition, les crises se multiplient et se conjuguent, les tensions impérialistes s'intensifient et le droit international continue de s'effriter.

Depuis le début du génocide à Gaza en 2023, les mouvements pour les droits du peuple palestinien ont été au cœur de la mobilisation citoyenne internationale contre le fascisme, donnant lieu à de nouvelles formes de résistances qui s'inscrivent dans une histoire plus large d'inégalités, de colonialisme et d'impérialisme.

Lors de cette conférence animée par Nimâ Machouf, Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise, discutera de l'importance de la convergence des luttes et de la solidarité internationale pour contrecarrer le fascisme, en insistant sur le rôle central que jouent les mouvements pour la libération de la Palestine.

Femme politique et juriste française née dans le camp de réfugié·es palestiniens de Neirab en Syrie, Rima Hassan a fondé, en 2019, l'Observatoire des camps de réfugiés, une organisation non gouvernementale consacrée à la protection des camps de réfugiés dans le monde. En août dernier, elle participait à la flottille chargée d'aide humanitaire partie de Barcelone en direction de Gaza (Global Sumud Flotilla) qui a été interceptée par les forces israéliennes d'occupation.

Le refus de condamner la guerre illégale américano-israélienne contre l’Iran met à nu l’hypocrisie du premier ministre canadien, pourtant chantre de « l’ordre fondé sur des règles »

24 mars, par Fareed Khan — ,
Les paroles percutantes de Mark Carney à Davos sonnent désormais creux alors qu'il ne parvient pas à tenir tête aux États-Unis et à Israël après leur attaque illégale contre (…)

Les paroles percutantes de Mark Carney à Davos sonnent désormais creux alors qu'il ne parvient pas à tenir tête aux États-Unis et à Israël après leur attaque illégale contre l'Iran.

16 mars 2026 | Photo : À Minab (Iran), le 5 mars. L'école primaire de filles a été touchée le 28 février par des frappes aériennes. Stringer / Anadolu via AFP
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/refusal-to-condemn-us-israeli-illegal-war-on-iran-shows-the-hypocrisy-of-canadas-rules-based-pm/

Dans le jugement final du Tribunal militaire international de Nuremberg en 1946, les puissances alliées ont rendu un verdict qui résonne encore comme le socle du droit international moderne : « Déclencher une guerre d'agression… n'est pas seulement un crime international ; c'est le crime international suprême, qui ne diffère des autres crimes de guerre qu'en ce qu'il contient en lui-même le mal accumulé de l'ensemble. »

Ce crime international suprême est commis en ce moment même, en temps réel, par les États-Unis et Israël. Le 28 février, ces deux puissances hors-la-loi ont lancé une attaque non provoquée et injustifiée contre le territoire souverain de l'Iran. Alors que les missiles et les bombes s'abattaient, l'une des cibles touchées dès le premier jour fut une école primaire de filles à Minab, massacrant au moins 165 écolières innocentes. Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a également été assassiné, ainsi que plusieurs hauts responsables du régime. Les infrastructures civiles, notamment les dépôts pétroliers, ont été réduites en cendres ; plus de 1 300 personnes ont été tuées à ce jour et plus de 17 000 ont été blessées. Il ne s'agissait pas d'un acte de légitime défense, mais bien d'une agression caractérisée — le crime même que le Tribunal de Nuremberg avait qualifié de mal suprême.

L'histoire du régime iranien actuel n'est pas reluisante. Oui, il a été brutal : il écrase les manifestants, opprime les femmes, emprisonne et torture les dissidents. Cela mérite une condamnation sans équivoque. Mais la brutalité intérieure de l'Iran n'autorise pas d'autres nations à bombarder un État souverain pour le soumettre. L'État de droit n'est pas un buffet. On ne peut pas choisir à la carte quand il s'applique selon le régime que l'on n'aime pas.

C'est pourtant exactement ce que fait Mark Carney. Le premier ministre du Canada a refusé — catégoriquement — d'appeler cette agression par son nom. Il a lancé de tièdes appels à la « retenue » tout en se gardant soigneusement de condamner les deux nations qui ont allumé cet incendie. Il a même exprimé son soutien aux frappes, les présentant comme nécessaires pour empêcher l'Iran d'acquérir des armes nucléaires. La réalité, confirmée par des sources anonymes du renseignement américain, l'Agence internationale de l'énergie atomique et des experts indépendants, est que l'Iran n'était nullement proche d'une arme nucléaire opérationnelle. Aucune menace imminente n'existait. La diplomatie progressait. Les négociations étaient constructives. Puis vinrent les missiles.

Quelques semaines seulement avant l'attaque, Carney s'était rendu au Forum économique mondialde Davos pour y prononcer un discours grandiloquent sur la nécessité pour les « petites nations » de s'unir afin de défendre le droit international, la souveraineté et l'ordre fondé sur des règles. Il avait plaidé avec passion pour que les puissances moyennes défendent l'intégrité territoriale et rejettent la loi de la jungle. À quoi servait donc ce discours s'il cautionner aujourd'hui la chose même qu'il dénonçait ? N'était-ce que de la rhétorique creuse destinée à épater les élites de Davos, tandis qu'il soutenait discrètement les violations mêmes qu'il prétendait combattre en janvier ?

Si le Canada croit véritablement au droit international, pourquoi ce silence lâche quand les acteurs les plus puissants du monde le mettent à feu et à sang ? La question exige une réponse. Carney n'est-il intéressé à défendre le droit international que lorsque cela sert le Canada et ses alliés ? Ou est-il attaché à la souveraineté territoriale de toutes les nations — alliées comme adversaires ?

La réaction initiale de Carney à cette nouvelle guerre crie à l'application sélective. Le Canada était parmi les voix les plus fortes pour condamner l'invasion russe de l'Ukraine comme une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Des sanctions furent imposées au milieu de discours empreints d'indignation. L'« ordre fondé sur des règles » devint un mantra. Pourtant, lorsque les États-Unis et Israël lancent une guerre d'agression illégale contre l'Iran — bombardant des sites civils, assassinant des dirigeants et embrasant une région entière — le Canada offre, au mieux, un soutien « avec regrets », et au pire, une volte-face. Aucune exigence de responsabilité, seulement des platitudes sur la diplomatie pendant que des innocents meurent.

Des experts internationaux dénoncent ce double standard grotesque. Le Rapporteur spécial de l'ONU, Ben Saul, a déclaré sans ambages que les frappes américano-israéliennes « semblent enfreindre l'interdiction d'agression prévue par la Charte des Nations Unies » et sont dépourvues de toute justification juridique valable.

Yusra Suedi, professeure adjointe de droit international à l'Université de Manchester, avertit que les attaques constituent un crime d'agression et exposent la « fragilité qui se désagrège » du droit international — précisément la même fragilité que l'Occident avait soulignée lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, mais qu'il ignore commodément lorsqu'il s'agit de ses propres alliés.

Un article d'Al Jazeera a caractérisé les attaques en ces termes : « Le recours à la force militaire aveugle a contribué à un sentiment d'impunité pour les États puissants et a dégradé le système du droit international. »

Le Centre mondial pour la responsabilité de protéger a documenté la tendance — une condamnation rapide et unanime des actions de la Russie en Ukraine, contrastant avec des excuses, un silence ou un soutien ouvert à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, Gaza, le Liban et au-delà.

Les principaux bénéficiaires du mépris de Washington pour la Charte des Nations Unies sont précisément les acteurs que l'Occident prétend combattre — la Russie, désormais enhardi en Ukraine, et la Chine, qui attend son heure à propos de Taïwan. Le message adressé au monde est clair : le droit international est une arme à brandir contre les adversaires, jamais contre nous-mêmes.

Au lieu de faire preuve d'un leadership de principe, Carney a affiché une hypocrisie éhontée qui déshonore la réputation internationale du Canada. Cela n'est pas surprenant compte tenu du refus de son gouvernement de reconnaître les actions d'Israël à Gaza comme un génocide, malgré les preuves accablantes et les conclusions explicites d'Amnesty International, Human Rights Watch, B'Tselem, Médecins Sans Frontières, l'Association internationale des chercheurs sur le génocide, l'ONU et de nombreuses autres organisations internationales respectées. Au lieu de cela, le Canada continue de s'allier à des nations commettant les crimes internationaux les plus graves et de les protéger politiquement, tandis que l'Iran brûle et que son peuple souffre.

En soutenant — ou au moins en refusant de condamner — cette guerre d'agression, Carney a aligné le Canada sur les forces mêmes qu'il critiquait à Davos, celles qui ignorent l'État de droit, sèment le chaos et la souffrance, pendant que leurs victimes enterrent leurs morts. Nous étions censés avoir laissé cette ère derrière nous après 1945. Et pourtant, nous voici de retour à la loi de la jungle.

Les frappes ont été lancées alors que les négociations sur le programme nucléaire iranien progressaient, selon des informations concordantes. L'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran— négocié sous Barack Obama — fonctionnait jusqu'à ce que Trump le déchire à la demande de Netanyahu. Carney le sait, et pourtant il appelle à la « retenue » maintenant que le génie est sorti de la bouteille. Il condamne les représailles iraniennes mais refuse de nommer les agresseurs originels. Pourquoi ?

Parce que la cohérence exigerait que le Canada prenne position par principe contre de puissants alliés. Parce qu'admettre que l'attaque contre l'Iran viole la Charte des Nations Unies exposerait l'hypocrisie. Parce que la vision tant vantée de Carney à Davos est un théâtre de pose, non destiné à s'appliquer aux crimes des alliés.

Le Canada ne peut prétendre à une autorité morale quand notre premier ministre se dérobe à l'évidence — l'assaut américano-israélien contre l'Iran est illégal, dangereux et constitue une violation directe de la Charte des Nations Unies et de la souveraineté territoriale d'un État membre. Le refus de Carney de le condamner révèle exactement où se situent ses véritables engagements — du côté du pouvoir et des alliances, plutôt que des principes.

Le monde observe. Les petites nations — celles-là mêmes que Carney prétendait défendre à Davos — en prennent note. Si le Canada ne défend pas les règles quand cela compte le plus, face aux violations des plus puissants, alors les paroles de Carney ne valaient rien. Le droit international s'applique à tous, ou il ne s'applique à personne. La honte lui appartient — et à chaque Canadien qui croit encore que son gouvernement représente quelque chose de plus que de l'hypocrisie sélective.

La voie vers l'avenir est l'anarchie à moins que des dirigeants comme Carney ne trouvent le courage de dire la vérité aux puissants — en commençant par nommer le crime suprême pour ce qu'il est. D'ici là, son discours de Davos restera comme un monument à la rhétorique creuse et à la faillite morale.

Note de la rédaction, 17 mars 2026 : Cet article a été corrigé pour indiquer qu'une citation attribuée à Rebecca Inger était en réalité tirée d'un article d'Al Jazeera.

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Budget 2026 : le Québec s’engage de plain-pied dans l’austérité

24 mars, par Guillaume Hébert, Guillaume Tremblay-Boily, Julia Posca — ,
Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd'hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l'incertitude économique à l'échelle internationale et la (…)

Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd'hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l'incertitude économique à l'échelle internationale et la tenue prochaine d'élections. Un contexte préélectoral qui donne lieu à une pléthore de petites mesures qui laissent croire que le gouvernement est à l'écoute des préoccupations de la population québécoise. Elles illustrent toutefois son incapacité à remédier aux crises que traverse le Québec, faute d'une approche structurante et d'un renforcement des missions sociales de l'État.

18 mars 2026 | tiré de la lettre de l'IRIS

Le gouvernement se vante d'avoir remis de l'argent dans les poches des Québécoises et des Québécois, mais les montants dont il se prive en raison de la baisse d'impôt de 2023-2024 et de l'uniformisation de la taxe scolaire depuis 2018-2019 privent le gouvernement de 3,0G$ en 2026-2027 seulement. Un manque à gagner qui fragilise davantage les services publics dont dépend la qualité de vie de la population québécoise.

Cadre budgétaire

Il y a un an, lors de la présentation du plan de retour à l'équilibre budgétaire, plusieurs observateurs étaient frappés de voir la diminution drastique des dépenses qu'il faudrait concrétiser pour atteindre l'objectif d'une résorption du déficit pour l'année 2029-2030. Or, cette année, malgré l'approche de l'échéance électorale et le saupoudrage de mesures, le gouvernement suit bel et bien le plan qu'il avait annoncé et s'engage dans une phase de coupes budgétaires importantes.

Certes, le budget de la santé et des services sociaux (+4,1 %) est tout juste suffisant pour couvrir l'augmentation des coûts du système (estimée par l'IRIS à 4 %). Mais la hausse de 2,4% des dépenses en éducation est insuffisante puisque l'augmentation requise était de 3,8 %.

De façon beaucoup plus drastique, le budget de tous les autres portefeuilles (hors santé et éducation) diminuera de 1,2 % alors qu'il aurait fallu l'augmenter de 2,3 % pour couvrir les coûts du système. En somme, les dépenses de programme du gouvernement québécois augmenteront de 1,6 % alors qu'on aurait eu besoin de 3,2 % pour absorber les coûts du système. Le manque à gagner qui correspond à la différence entre les deux chiffres s'élève à 2,6 G$. Le Québec est en austérité.

Le graphique suivant, qui apparaît à la page F.67 du plan budgétaire, montre la réduction drastique des dépenses que concrétise le gouvernement québécois dans l'exercice budgétaire qui s'amorcera le 1er avril.

Non seulement le gouvernement québécois s'engage à tête baissée dans l'austérité, il le fait même si les finances publiques ont bénéficié d'une embellie considérable au terme de l'exercice budgétaire qui se termine. En effet, lors du dépôt du précédent budget il y a un an, le gouvernement prévoyait enregistrer un déficit comptable de 11,4 G$ en 2025-2026 (1,8 % du PIB). Les chiffres révisés annoncent plutôt un déficit de 7,7 G$ (1,2 % du PIB).

Pour l'exercice 2026-2027, le gouvernement québécois prévoit des revenus de 166 492M$ et des dépenses de 170 757M$, ce à quoi il ajoute une « provision pour éventualités » (une marge de manœuvre en cas d'imprévu) de 2 G$ pour un déficit de 6,3 G$ (0,9 % du PIB). En somme, le déficit se résorbe rapidement, mais cela se fait au prix de coupes drastiques dans les services.

On trouve une petite consolation en constatant à quel point le gouvernement met désormais l'accent sur le déficit comptable plutôt que le déficit après les versements aux Fonds des générations, un indicateur qui biaise l'ampleur du déficit en le gonflant inutilement. Reste à voir si cette évolution positive sera reprise par les médias et, qui sait, le grand public.

Nouvelles dépenses

Le gouvernement annonce 2,1G$ en nouvelles dépenses comparativement à 2,8G$ dans le budget de l'année dernière. Ces nouvelles mesures se déclinent en trois grandes catégories : (1) l'accélération de la transformation économique du Québec, (2) le soutien des grandes missions de l'État et (3) l'appui aux Québécois et aux communautés avec des « gestes ciblés ».

Appuyer les grandes missions de l'État

Santé

Le soutien aux grandes missions s'élève à 910M$ pour 2026-2027. De ce montant, la santé recevra 400M$, dont 162M$ pour une mystérieuse « consolidation de l'offre de soins et services » en santé et services sociaux, 150M$ pour améliorer l'accès aux médicaments à travers une offre accrue de traitements et 40M$ pour réduire les listes d'attente en chirurgie. Toujours en santé, le gouvernement prévoit 10M$ (une somme qui grimpera ensuite à 20 M$ par année) pour accroître l'offre de service par les pharmaciens, 5M$ (qui passera ensuite à 10 M$ par année) pour mettre en œuvre le nouveau mode de rémunération des médecins ainsi qu'un autre 10M$ par année pendant trois ans pour « soutenir la coordination des actions gouvernementales en première ligne ».

Éducation et enseignement supérieur

Le budget prévoit également 165M$ en éducation, dont 50M$ pour aménager des salles modulaires pour combler les besoins urgents d'espace, ce qui, comme le déficit d'entretien, montre la planification déficiente dans ce domaine. Le gouvernement cherchera par ailleurs à réduire la pénurie de main-d'œuvre en favorisant le retour de personnes retraitées (37M$), mais aussi en rendant les postes temporaires moins précaires (15M$). À propos de cette dernière mesure, l'IRIS formulait une proposition de réduction de la précarité du personnel scolaire qui coûterait 300M$ par année, ce qui montre l'aspect pratiquement symbolique de l'approche gouvernementale.

Enfin, en enseignement supérieur et en formation, le budget annonce 105M$ de dépenses en 2026-2027, dont quelques millions en recherche pour le CIRANO, la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke, le Centre sur la productivité et prospérité des HEC et pour l'Institut du Québec… mais rien pour l'IRIS malheureusement. Blague à part, le budget annonce le prolongement de l'allocation d'aide à l'emploi (48M$) qui permet aux personnes en recherche d'emploi de « bénéficier d'une aide financière durant leur participation à certaines mesures d'intégration en emploi » (p. C.30). Il annonce aussi 30 M$ pour la formation de diplômés dans les secteurs « stratégiques » aux yeux du gouvernement caquiste : la défense, l'IA, la cybersécurité et les minéraux critiques.

Sécurité

Enfin, en ce qui a trait aux grandes missions de l'État, il est notable que l'un des plus grands montants annoncés (150M$) pour l'année à venir concerne « les activités de prévention et d'intervention en matière de sécurité », ce qui inclut les dépenses causées par les changements climatiques. Il faut s'attendre à ce que ce chiffre augmente de plus en plus rapidement avec les événements climatiques extrêmes causés par la crise environnementale dont le gouvernement fait peu de cas.

Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés

Le budget prévoit des mesures pour « appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés », qui totalisent 742,3M$ pour 2026-2027.

Services de garde

À cet égard, deux mesures qui coûteront ensemble 89,4M$ en 2026-2027 retiennent l'attention.
Premièrement, l'extension du réseau subventionné des services de garde éducatifs à l'enfance par la conversion de 5000 places non subventionnées, une mesure qui coûtera 22,4M$ cette année. Le financement de places en services de garde vise notamment les régions plus défavorisées, mais ne créant pas de nouvelles places, cette mesure ne pourra combler les besoins pour les parents toujours en attente d'une place ni renforcer le réseau des centres de la petite enfance, qui pâtit depuis des années de la préférence des gouvernements pour le réseau privé. Avec 34 000 nouvelles places créées au 31 janvier 2026, le gouvernement est sous l'objectif d'environ 46 000 qu'il s'était donné en 2021 (p. D8).

Mentionnons également que dans le Plan québécois des infrastructures, on constate une réduction de 33,6% du financement des services de garde éducatifs à l'enfance. Concrètement, cela annonce une réduction des investissements pour rénover les garderies existantes et en construire de nouvelles, alors qu'il y a déjà un manque criant de places pour les enfants. Rappelons que les sommes attribuées à ce secteur avaient été réduites de 18,4% l'année dernière.

Deuxièmement, le maintien du plafonnement de la croissance de la taxe scolaire à 3 % représente une dépense de 67M$ en 2026-2027. Cette mesure bénéficiera aux propriétaires, tout en continuant de priver l'État de revenus provenant d'une des deux seules mesures d'imposition du patrimoine au Québec avec la taxe foncière. En additionnant l'effet de l'uniformisation de la taxe scolaire cette année, c'est 1,2G$ en moins cette année dans les coffres de l'État (p. D9).

Populations vulnérables

Le budget prévoit 60,8M$ en mesures pour l'itinérance et les problèmes de santé mentale. Parmi celles-ci, 5,1M$ permettront en 2026-2027 d'accorder 1 000 nouvelles unités du Programme de supplément au loyer d'urgence en prévision du 1er juillet (et environ 8M$ par année pour les deux années suivantes). Cette mesure doit éviter que des personnes se retrouvent à la rue, mais elle ne permet ni de créer des logements à l'abri de la spéculation et des hausses de loyer, ni aucun nouveau logement social, la seule catégorie de logement réellement abordable.

Le gouvernement Legault continue de faire des efforts pour lutter contre les violences conjugale et sexuelle, en consacrant cette année 55,8M$ à cet objectif. Il est à craindre que les 12,0M$ qui visent à « rehausser le soutien aux maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence » ne seront cependant pas à la hauteur des besoins de ces organismes communautaires qui peinent à offrir de nouvelles places et à améliorer les conditions de travail de leur personnel (p. D15).

Logement

Le budget prévoit 292,3M$ pour soutenir l'accès au logement. De ce montant, 46,1M$ permettront de construire 1000 logements dits abordables dans le cadre du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ). Par contre, on ne retrouve aucune mention d'une préférence pour les organismes à but non lucratif, qui rencontrent des difficultés pour mener à bien des projets à travers le PHAQ depuis sa création.

Les 52,7M$ prévus pour financer le déficit d'exploitation de logements ainsi que le montant de 118,5M$ pour rénover le parc d'habitations à loyer modique sont les bienvenus, bien qu'ils nous rappellent l'absence de sommes pour créer de nouveaux logements sociaux, ce qui est pratiquement une constante depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018.

Organismes communautaires

80,8M$ sont prévus pour renforcer les services aux personnes vulnérables, dont 45,6M$ pour appuyer les organismes communautaires (notamment en soutenant leur mission globale) et 21,0M$ pour l'organisme Les banques alimentaires du Québec. Comme les mesures prévues pour le logement, l'itinérance ou les femmes victimes de violence conjugale, ces sommes montrent que le gouvernement reconnaît l'existence des multiples crises sociales que traverse le Québec, mais échoue à mettre l'effort nécessaire pour y remédier. Le gouvernement se « vante » au contraire de se priver notamment d'un montant de 1,8G$ en 2026-2027 en raison des baisses d'impôt consenties depuis 2018-2019.

Soutien aux communautés

Les 130,9M$ en 2026-2027 pour assurer la résilience des communautés sont répartis entre plusieurs petites mesures qui visent à aider les municipalités et des institutions à entretenir leurs infrastructures, ainsi qu'améliorer certains services comme le transport aérien interrégional, puis, de manière plus marginale, à protéger ou restaurer des écosystèmes, à soutenir les communautés autochtones et à encourager la pratique de sports et loisirs. Le soutien à l'adaptation et à la lutte contre les changements climatiques se voit accorder une somme de 49,2M$ en 2026-2027, essentiellement pour des mesures d'aide à la rénovation et d'efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. Bref, des mesures intéressantes, mais d'une ampleur dérisoire en comparaison avec celle de la crise écologique en cours.

Culture

Les mesures pour faire rayonner la culture et le patrimoine culturel québécois totalisent cette année un maigre 32,3M$. Ce maigre engagement, qui comprend notamment 13,0M$ pour maintenir le financement de la culture à l'école et des sorties scolaires en milieu culturel, montre là encore que le gouvernement est au courant des préoccupations de la population québécoise. Il témoigne cependant d'une incapacité à agir de manière structurante dans un contexte où le milieu culturel a formulé de nombreux avertissements au sujet de la précarité des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des organismes et institutions culturels et artistiques.

Accélérer la transformation économique du Québec

Politiques économiques et aide aux entreprises

Sous prétexte « d'accélérer la transformation économique du Québec », le gouvernement annonce une panoplie de mesures pour aider les entreprises. Il s'agit dans la plupart des cas de crédits d'impôt et de fonds additionnels dans des programmes visant à favoriser « l'innovation », les « secteurs d'avenir » et les « technologies de pointe ». Les secteurs dont il est question incluent notamment l'intelligence artificielle et la défense.

En misant sur ces secteurs, le gouvernement semble jouer à la roulette russe avec l'argent des Québécoises et des Québécois. En effet, dans le premier cas, des rapports récents ont montré que l'intelligence artificielle avait peu contribué à l'amélioration de la compétitivité des entreprises, alors que plusieurs analystes craignent l'éclatement de la bulle de l'IA et que les conséquences environnementales de ce secteur sont bien documentées. Dans le second cas, des études montrent que l'industrie militaire contribue moins à l'économie et à l'emploi que d'autres secteurs plus structurants comme la santé ou la recherche scientifique, tout en ayant des impacts écologiques plus grands.

De manière générale, les mesures d'aide aux entreprises présentées dans ce budget montrent que le gouvernement n'a pas intégré la question écologique à sa conception de l'économie. À titre d'exemple, pour protéger l'industrie forestière menacée par les tarifs américains, le gouvernement se contente de réduire les redevances des entreprises pour « améliorer leur compétitivité ». Il passe ainsi à côté d'une occasion de proposer des mesures pour favoriser la transformation locale et l'aménagement forestier durable.

Transport en commun

En matière de transport, les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures sont essentiellement les mêmes que ceux qui avaient été annoncés l'année dernière. On constate donc un déséquilibre persistant entre le réseau routier et le transport collectif, à la faveur du premier. Le réseau routier reçoit en effet 73,6% des investissements en transport, contre 26,4% pour le transport collectif. Rappelons qu'entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation 10 fois plus élevée que celle du transport en commun (9G$ contre 900M$). En refusant de soutenir davantage le transport en commun, le gouvernement maintient l'hégémonie de l'automobile. Dans le contexte d'incertitude actuel, la dépendance au pétrole expose pourtant le Québec à des risques économiques.

Article mis à jour le 19 mars 2026 à 13h00.

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Les minéraux stratégiques et critiques, un enjeu militaire

24 mars, par Marc Nantel — ,
Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une tempête géopolitique mondiale se dessine dans laquelle les minéraux stratégiques et critiques deviennent un enjeu militaire (…)

Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une tempête géopolitique mondiale se dessine dans laquelle les minéraux stratégiques et critiques deviennent un enjeu militaire

16 mars 2026 | tiré de L'Aut'journal

Trump impose son agenda

En réaction à la hausse des tarifs, le gouvernement Carney fait voter en catastrophe « La Loi sur l'unité de l'économie canadienne ». Cette loi vise à accélérer les grands projets d'infrastructure et d'énergie qui sont d'intérêt national (en l'occurrence les mines).

Pour s'arrimer avec le fédéral, le Québec dépose en 2025 le projet de loi 5 « Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale ». Le gouvernement Legault vise à accélérer la construction d'infrastructures majeures en permettant de contourner certaines lois environnementales et de réduire les consultations publiques.

La pression exercée par le président Trump sur les alliés de l'OTAN pour qu'ils augmentent leurs dépenses allouées à la défense, exigeant désormais 5 % de leur PIB, incite Mark Carney à répondre positivement. Le pays consacrera désormais 5 % de son produit intérieur brut à la défense d'ici 2035.

Objets de convoitise

Finalement, la guerre ouverte de Donald Trump sur différents territoires, comme les frappes sur l'Iran, l'enlèvement de Maduro et les menaces sur d'autres pays, comme Cuba, provoque la croissance de l'industrie militaire américaine et mondiale. Afin de l'alimenter, les minéraux critiques et stratégiques du Canada et du Québec deviennent la convoitise de nos voisins.

Dans ce contexte, l'industrie minière voit une opportunité d'accélérer tous les projets miniers, et non seulement les projets d'intérêt national, en prétextant le besoin d'alimenter les complexes industrialo-militaires au niveau international. Leur nouvelle campagne de marketing devient : il faut répondre rapidement aux besoins afin d'accroitre les capacités de défense, de renforcer la souveraineté technologique et d'augmenter la production de munitions.

Ce sentiment d'urgence et la réduction des exigences légales auront un impact sur la qualité de l'environnement et mettront à mal le droit des autochtones sur leurs territoires non cédés. Malgré tout, le premier ministre Carney cherche à placer le Canada en tête de liste des pays qui vont alimenter l'industrie militaire.

Nos cibles environnementales vont s'effacer sous l'appât du gain et sous le soi-disant pragmatisme assumé de nos élus.

Étude sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux critiques du Canada

Le 9 mars 2026, lors d'une consultation fédérale concernant la défense nationale, Me Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de MiningWatch Canada, a présenté un mémoire [1] à différents partenaires de la scène internationale sur les enjeux provoqués par une ouverture à l'exploitation de nos minéraux critiques dans un contexte de guerre.

Voici quelques extraits du rapport :

Par souci de cohérence, le gouvernement du Canada – comme ceux des provinces et des territoires – devrait faire preuve de transparence et communiquer plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement.

Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada.

(…)

Chose certaine, davantage de dommages à l'environnement et aux droits des peuples autochtones et populations locales sont attendus si le Canada pousse pour une augmentation de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale. En aucun cas nous ne pouvons concevoir que les impacts miniers seront réduits dans un contexte d'expansion de l'industrie minière…

(…)

L'urgence climatique est un danger réel et présent à la sécurité nationale, pas seulement une vague menace géopolitique. Nous ne pouvons pas négocier la paix avec la Nature.

Liste des recommandations déposée par MiningWatch

Recommandation #1 : Que chaque projet de loi déposé devant les différentes assemblées législatives concernant le secteur minier devrait accorder aux autorités de meilleurs leviers sur l'accès et le contrôle des ressources minérales ;

Recommandation #2 : Que le gouvernement du Canada, ainsi que ceux des provinces et territoires, fasse preuve de transparence et communique plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement. Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada ;

Recommandation #3 : Que le gouvernement du Canada s'assure et démontre que ses décisions et plans d'action en matière de défense nationale permettent une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'une diminution des impacts sur la nature en lien avec les minéraux dits critiques ;

Recommandation #4 : Concentrer les investissements, ressources et efforts dans l'atteinte d'une sobriété minérale, tous domaines confondus, y compris dans le secteur de la défense nationale ;

Recommandation #5 : Que la réutilisation et le recyclage des minéraux dits critiques soient privilégiés dans les investissements des gouvernements, à condition que ces mesures ne mettent pas en danger la santé publique ni l'environnement ;

Recommandation #6 : Que le gouvernement du Canada prenne des engagements fermes et mette en place un système transparent et crédible de traçabilité de ses minéraux dits critiques pour assurer la population que ceux-ci ne servent pas à la création ni à la prolifération d'armes utilisées en infraction au droit international, incluant dans des génocides, que ces armes soient employées par le Canada ou un État tiers ;

Recommandation #7 : Que les projets de loi déposés à tous les paliers de gouvernement ne permettent pas d'accélérer la délivrance d'autorisations à des compagnies minières soutenues par toute entité étrangère hostile envers la sécurité nationale du Canada ;

Recommandation #8 : Que les mesures visant à accélérer les projets miniers n'affaiblissent ni ne réduisent les normes environnementales ;

Recommandation #9 : Qu'un bannissement complet des activités minières dans les fonds marins soit mis en œuvre au Canada comme à l'international, en spécifiant que le secteur de la défense nationale n'y fasse pas exception ;

Recommandation #10 : Retirer l'uranium des listes de minéraux dits critiques et éviter d'étendre l'utilisation et la dépendance à l'énergie nucléaire au pays ;

Recommandation #11 : Éviter et minimiser toute activité minière susceptible de causer des atteintes à l'eau douce et à l'air pur ;

Recommandation #12 : Mettre fin au free mining. Mettre pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne le consentement libre, préalable et éclairé, y compris le droit de dire non aux projets miniers ;

À l'évidence, le mouvement environnementaliste a perdu du terrain dans le débat politique. Nous sommes en présence de gouvernements qui sont plus soucieux de l'aspect économique du pays que de la protection de notre environnement.

[1] https://miningwatch.ca/sites/default/files/2026-03-06%20MWC%20-%20Memoire%20au%20Comite%20permanent%20de%20la%20defense%20nationale%20-%20Etude%20sur%20les%20mineeraux%20dit%20s%20critiques.pdf

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Le Monde selon Gaza

24 mars, par Chris Hedges — , , ,
Gaza n'est que le début. Le nouvel ordre mondial est celui où les faibles sont anéantis par les forts, où l'état de droit n'existe pas, où le génocide est un instrument de (…)

Gaza n'est que le début. Le nouvel ordre mondial est celui où les faibles sont anéantis par les forts, où l'état de droit n'existe pas, où le génocide est un instrument de contrôle et où la barbarie triomphe. La guerre contre l'Iran et l'anéantissement de Gaza ne sont qu'un commencement. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L'ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n'y a aucune règle pour les forts, seulement pour les faibles. Si vous vous opposez aux forts, si vous refusez de vous incliner devant leurs exigences capricieuses, vous serez plongés sous une pluie de missiles et de bombes.

19 mars 2026 | tiré de Canadian dimension

Les hôpitaux, les écoles primaires, les universités et les immeubles d'habitation sont réduits en ruines. Des médecins, des étudiants, des journalistes, des poètes, des écrivains, des scientifiques, des artistes et des dirigeants politiques — y compris les chefs des équipes de négociation — sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.

Les ressources — comme le savent les Vénézuéliens — sont ouvertement volées. La nourriture, l'eau et les médicaments, comme en Palestine, sont transformés en armes.

Qu'ils mangent de la terre.

Les organisations internationales telles que les Nations Unies sont une pantomime, des appendices inutiles d'une autre ère. Le caractère sacré des droits individuels, l'ouverture des frontières et le droit international ont disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l'histoire humaine, ceux qui ont réduit des villes en cendres, regroupé des populations captives pour les mener à des sites d'exécution et jonché les terres qu'ils occupaient de charniers et de cadavres, sont de retour avec une force décuplée.

Ils déversent les mêmes tropes hyper-masculins. Ils déversent le même discours vil et raciste. Ils déversent la même vision manichéenne du bien et du mal, du blanc et du noir. Ils déversent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.

Des clowns tueurs. Des bouffons. Des idiots. Ils ont saisi les leviers du pouvoir pour réaliser leurs visions cinglées et caricaturales tout en pillant l'État pour leur propre enrichissement.

« Après avoir été témoin d'un massacre sauvage pendant plusieurs mois, en sachant qu'il avait été conçu, exécuté et cautionné par des gens semblables à eux, qui le présentaient comme une nécessité collective, légitime et même humaine, des millions de personnes se sentent aujourd'hui moins à l'aise dans le monde », écrit Pankaj Mishra dans « Le Monde après Gaza ». « Le choc de cette nouvelle exposition à un mal particulièrement moderne — le mal accompli à l'ère prémoderne uniquement par des individus psychopathes et déchaîné au siècle dernier par les dirigeants et les citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées — ne saurait être surestimé. Pas plus que l'abîme moral auquel nous sommes confrontés. »

Les subjugués sont autant d'objets, des marchandises à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein exposent la maladie et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Présidents d'université. Universitaires. Philanthropes. Titans de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.

Ils se vautrent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d'une assurance maladie privée. Ils vivent dans des bulles auto-référentielles,entourés par des flagorneurs, des attachés de presse, des conseillers financiers, des avocats, des domestiques, des chauffeurs, des gourous du développement personnel, des chirurgiens plastiques et des coachs sportifs personnels. Ils résident dans des domaines fortement gardés et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et sur de colossaux yachts. Ils existent dans une autre réalité, ce que le journaliste du Wall Street Journal Robert Frank appelle le monde du « Richistan », un monde de Xanadus privés où ils tiennent des bacchanales dignes de Néron, concluent leurs marchés perfides, accumulent leurs milliards et rejettent ceux dont ils se servent, y compris des enfants, comme s'ils étaient des déchets. Personne dans ce cercle magique n'est responsable de quoi que ce soit. Aucun péché n'est trop dépravé. Ce sont des parasites humains. Ils éventrent l'État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les « races inférieures de la terre ». Ils éradiquent les dernières et chétives traces de notre société ouverte.

« Il n'y aura ni curiosité, ni jouissance du processus de la vie », écrit George Orwell dans « 1984 ». « Tous les plaisirs concurrents seront détruits. Mais toujours — n'oubliez pas cela, Winston — il y aura toujours l'ivresse du pouvoir, constamment croissante et constamment plus subtile. Toujours, à chaque instant, il y aura le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous voulez une image de l'avenir, imaginez une botte écrasant un visage humain — pour toujours. »

La loi, malgré quelques courageux efforts d'une poignée de juges — qui seront bientôt purgés — est un instrument de répression. Le système judiciaire existe pour mettre en scène des procès pour l'exemple. J'ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir la farce dickensienne de la persécution de Julian Assange. Un Loubianka-sur-la-Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une machine à vengeance.

Des individus masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, y compris des citoyens américains. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour convertir des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils affirment qu'ils n'y hébergeront que les sans-papiers, les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. À leurs yeux, nous sommes de la vermine, soit aveuglément et inconditionnellement obéissants, soit des criminels. Il n'y a rien entre les deux.

Ces camps de concentration, où il n'y a aucune procédure régulière et où les gens disparaissent, sont conçus pour nous. Et par « nous », j'entends les citoyens de cette république morte. Pourtant, nous regardons, stupéfaits, incrédules, attendant passivement notre propre asservissement.
Ce ne sera plus long.

La sauvagerie en Iran, au Liban et à Gaza est la même sauvagerie à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui perpètrent le génocide, le massacre de masse et la guerre non provoquée contre l'Iran sont les mêmes personnes qui démantèlent nos institutions démocratiques.

L'anthropologue social Arjun Appadurai qualifie ce qui se passe de « vaste correction malthusienne mondiale », « conçue pour préparer le monde aux gagnants de la mondialisation, sans le bruit gênant de ses perdants ».

Mais non, disent les critiques, ne soyez pas si sombre. Ne soyez pas si négatif. Où est l'espoir ? Vraiment, ce n'est pas aussi grave que ça.

Si vous croyez cela, vous faites partie du problème, un rouage involontaire dans la machinerie de notre État fasciste en rapide consolidation.

La réalité finira par faire exploser ces fantasmes « optimistes », mais il sera alors trop tard.

Le vrai désespoir n'est pas le résultat d'une lecture précise de la réalité. Le vrai désespoir vient de la capitulation, que ce soit par le biais du fantasme ou de l'apathie, face à un pouvoir malveillant. Le vrai désespoir, c'est l'impuissance. Et la résistance, une résistance authentique, même si elle est presque certainement vouée à l'échec, est une source d'émancipation. Elle confère l'estime de soi. Elle confère la dignité. Elle confère de l'autonomie. C'est la seule action qui nous permette d'utiliser le mot espoir.

Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu'il n'est pas possible d'apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut leur faire confiance. Elles présentent les traits fondamentaux de tous les psychopathes — charme superficiel, grandiosité et importance d'elle-mêmes, besoin d'une stimulation constante, penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation et l'incapacité à ressentir des remords ou de la culpabilité. Elles dédaignent comme de la faiblesse les vertus de l'empathie, de l'honnêteté, de la compassion et du sacrifice. Elles vivent selon le credo du Moi. Moi. Moi.

« Le fait que des millions de personnes partagent les mêmes vices ne fait pas de ces vices des vertus, le fait qu'ils partagent tant d'erreurs ne fait pas de ces erreurs des vérités, et le fait que des millions de personnes partagent les mêmes formes de pathologie mentale ne rend pas ces personnes saines d'esprit », écrit Eric Fromm dans « Société aliénée et société saine ».

Nous sommes témoins du mal à Gaza depuis presque trois ans. Nous l'observons maintenant au Liban et en Iran. Nous voyons comment dirigeants politiques et médias masquent ou excusent ce mal.

Le New York Times, s'inspirant de la novlangue orwellienne, a envoyé un mémo interne demandant aux reporters et aux rédacteurs d'éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé », « nettoyage ethnique » et, bien sûr, « génocide » lorsqu'ils écrivent sur Gaza. Ceux qui nomment et dénoncent ce mal sont calomniés, mis sur liste noire et purgés des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant descend sur nous, le silence de tous les États autoritaires. Si vous manquez à votre devoir, si vous manquez d'encourager la guerre contre l'Iran, votre licence de radiodiffusion sera révoquée, selon la proposition du président de la Commission fédérale des communications, Brendan Carr.

Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ils ne sont pas au Liban. Ils ne sont pas en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils dictent nos vies. Ils sont des traîtres à nos idéaux. Ils sont des traîtres à notre pays. Ils envisagent un monde d'esclaves et de maîtres. Gaza n'est que le début. Il n'existe aucun mécanisme interne de réforme. Nous pouvons faire obstruction ou nous rendre.

Ce sont les seuls choix qui restent.

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Guerres, impunité et résistances : pourquoi le féminisme doit défier la guerre et le capitalisme ?

24 mars, par Isabel Cortés —
Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles sont en première ligne d'une violence qui dépasse (…)

Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles sont en première ligne d'une violence qui dépasse de beaucoup les champs de bataille.

Tiré de Le Journal des alternatives

Par Isabel Cortés -8 mars 2026

photo : Banderole de la marche organisée par la Commission du 8 mars à Cibeles à Madrid @ Jaime Villanueva

Déjà en 2025, le rapport Les femmes, la paix et la sécurité d'António Guterres, secrétaire général de l'ONU, au Conseil de sécurité indiquait en septembre dernier dénombrait que plus de 676 millions de femmes vivaient à moins de 50 kilomètres de zones de conflit mortel. Il s'agit d'une hausse spectaculaire par rapport aux années 90, mais en deçà du niveau actuel depuis l'intervention militaire en Iran.

Les pertes civiles chez les femmes et les enfants ont quadruplé ces dernières années, tandis que la violence sexuelle liée aux conflits a augmenté de 87 %. Ce ne sont pas seulement des chiffres ; c'est un témoignage sombre de la façon dont les guerres amplifient les inégalités existantes, privant d'accès à la justice et érodant les droits gagnés de haute lutte.

Cette montée des conflits mondiaux, des crises prolongées au Soudan aux tensions croissantes au Moyen-Orient et au-delà, croise brutalement les défaillances systémiques des systèmes juridiques internationaux. Les femmes ne jouissent que de 64 % des droits légaux dont bénéficient les hommes, les laissant exposées à la discrimination dans tout, du droit familial aux protections au travail.

Dans les scénarios de conflit, ces écarts deviennent des abîmes, où règne l'impunité et où la justice devient un idéal lointain. Comme l'a exprimé Sima Bahous, directrice exécutive d'ONU Femmes : « Les femmes et les filles sont tuées en nombres records, exclues des tables de négociation et laissées sans protection pendant que les guerres se multiplient ».

Quand la guerre amplifie les inégalités

Soudan 2025 : des femmes du Centre de concentration d'Alazhri discutent avec l'équipe de la Mission conjointe de haut niveau de l'ONU Femmes. Photo Ekram Hamad Fadlalla ONU Femmes
Les conflits ne font pas de discrimination, mais leurs impacts, oui. Dans des zones comme Gaza, le Soudan et l'Ukraine, les femmes font face à des risques accrus de violence sexiste, de déplacement et de ruine économique. Le rapport du secrétaire général de l'ONU souligne un contraste frappant : les dépenses militaires mondiales ont dépassé 2 700 milliards de dollars en 2024, alors que les organisations de femmes dans les zones de conflit n'ont reçu que 0,4 % de l'aide internationale. Cette disparité de financement laisse les groupes de base — souvent dirigés par des femmes — au bord de l'effondrement, incapables d'offrir des services essentiels comme l'aide juridique ou des refuges.

À l'échelle mondiale, 54 % des pays n'ont toujours pas de définitions légales du viol basées sur le consentement, permettant aux auteurs d'échapper à leurs responsabilités même en temps de paix. En guerre, cette impunité explose, les survivantes faisant face à la stigmatisation, à des mécanismes de dénonciation inadéquats et à la peur de représailles. Les mouvements féministes soulignent l'hypocrisie : les puissances occidentales invoquent la « liberté des femmes » pour justifier des interventions dans des pays comme l'Iran, mais ignorent comment les bombardements dévastent des vies civiles, y compris des écoles et des hôpitaux.

Opposons cela aux perspectives des féministes antiguerre, qui soutiennent que le capitalisme et l'impérialisme alimentent ces guerres, touchant de façon disproportionnée les femmes racisées et du Sud mondial. En Afrique, de la République démocratique du Congo aux territoires sahraouis, les industries extractives et les ingérences étrangères aggravent les conflits, déplaçant des communautés et érodant les droits fonciers des femmes.

Justice défaillante : obstacles légaux et normes sociales

L'accès à la justice pour les femmes et les filles est un droit humain fondamental, mais des obstacles profonds persistent. Le rapport de la Commission de la femme de l'ONU de janvier 2026 « Garantir et renforcer l'accès à la justice pour toutes les femmes et les filles » révèle que dans 54 % des pays, le viol n'est pas défini par le consentement, et dans 44 %, il n'existe pas de lois imposant une rémunération égale pour un travail égal. Ces lacunes ne protègent pas seulement ; elles minent la confiance dans les institutions qui devraient défendre l'égalité.

Les normes sociales discriminatoires aggravent le problème. Dans des contextes patriarcaux, les femmes font face à la stigmatisation quand elles dénoncent la violence, et les biais judiciaires limitent leur représentation. L'intersectionnalité ajoute des couches : les femmes autochtones, handicapées ou de minorités sexuelles font face à des barrières cumulées. Dans les conflits, ces facteurs s'intensifient, les systèmes traditionnels de justice — utilisés par 80 % de la population dans les pays en développement — reproduisant souvent les inégalités de genre.

Il y a toutefois des progrès. Plus de 40 pays ont réformé leurs constitutions pour faire avancer les droits de genre dans la dernière décennie, sous l'impulsion de mouvements féministes autonomes. Des lois contre la violence conjugale existent dans 84 % des pays, mais leur application échoue par manque de ressources et à cause de normes persistantes. Le rapport appelle à une approche multidimensionnelle, reconnaissant la justice comme digne de la voix et de l'agence des femmes.

Féminisme antiguerre : voix venues des rues

« Il faut s'allier avec les militantes antiracistes, les environnementalistes, avec les activistes qui luttent pour les droits des migrants et des travailleuses et travailleurs ; c'est seulement ainsi que le féminisme pourra relever le défi de notre époque. »

À l'occasion de la Journée internationale des femmes 2026, des marches mondiales ont réclamé non seulement l'égalité salariale et la fin de la violence machiste, mais aussi l'opposition à la guerre et au fascisme. Les féministes socialistes, se rappelant Clara Zetkin, voient l'oppression des femmes comme enracinée dans le capitalisme, avec des doubles charges de travail et domestiques. « Le vrai féminisme défie l'exploitation de classe », soutiennent-elles, critiquant comment la gauche adopte parfois des idéologies antiféministes en priorisant l'identité de genre sur le sexe biologique.

Au Moyen-Orient, elles dénoncent les interventions des États-Unis et d'Israël en Iran, utilisant une rhétorique de « liberté féminine » pour justifier des bombardements qui tuent des fillettes dans les écoles. En Afrique, elles se solidarisent avec les femmes sahraouies et soudanaises qui résistent au colonialisme et à l'extractivisme. « Il n'y a pas de paix sous oppression systémique », proclament-elles, appelant à des souverainetés populaires et à l'autodétermination.

Des grèves politiques, comme en Italie contre le génocide à Gaza ou aux États-Unis contre les politiques anti-immigrantes de Trump, montrent la voie. Il faut un féminisme de base, anti-impérialiste et révolutionnaire, construit dans les rues, les écoles et les lieux de travail.

Le rapport de l'ONU insiste sur la nécessité de données genrées pour rendre visibles des réalités invisibles. Sans elles, les violations restent non comptabilisées. Il appelle à des résolutions inclusives, à plus de femmes dans les réformes de sécurité et à de meilleurs enregistrements officiels des violations, incluant justice et réparations pour les survivantes.

Les conflits mondiaux ne détruisent pas seulement des vies ; ils perpétuent des injustices de genre qui affaiblissent l'État de droit. Investir dans la paix plutôt que dans la guerre, en priorisant la participation féminine, est essentiel.

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Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l’extrême droite et les agressions impérialistes

24 mars, par CADTM international — ,
Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l'extrême droite - et les guerres impérialistes, c'est l'objectif de la Première conférence (…)

Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l'extrême droite - et les guerres impérialistes, c'est l'objectif de la Première conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples qui se tiendra à Porto Alegre, du 26 au 29 mars. Plusieurs milliers de personnes, venues de plus de 70 pays, y sont attendues.

20 mars 2026 tiré du site du CADTM

L'événement s'ouvrira par une large manifestation dans les rues de la capitale de l'État du Rio Grande do Sul. Durant trois jours, se dérouleront onze conférences plénières thématiques et 150 activités autogérées [1]. Les discussions seront axées sur le renforcement des mouvements sociaux, féministes et syndicaux et de la solidarité internationale dans la lutte contre le fascisme - mais aussi sur les potentialités et les limites de l'action institutionnelle. La solidarité avec Gaza, les luttes contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire, la situation sur le continent américain seront d'autres points forts. En infligeant une défaite à Jair Bolsonaro en 2022, la gauche brésilienne a prouvé qu'il est possible de barrer la voie au danger néofasciste : partis politiques - du PT, social-démocrate, au Psol, gauche radicale en passant par le PC -, mouvements populaires et syndicats ont surmonté leurs désaccords pour faire triompher la candidature de Lula. On retrouve ces acteur·ices au sein du comité unitaire qui organise la conférence.

Si une grande partie des intervenant·es proviendront du continent américain, une large palette d'organisations et mouvements seront représentés à Porto Alegre, berceau du Forum Social Mondial en 2001, et de l'un des principaux mouvements sociaux du continent latino-américain, le Mouvement des sans-terre (MST), dans les années 1980. Plus de 1800 personnalités et militant·es, issu·es des cinq continents, ont signé l'appel international lancé par le CADTM pour inviter à la conférence. On y trouve notamment : les dirigeant·es d'organisations populaires et politiques du continent latino-américain, dont le leader du MST, João Pedro Stédile ; les autrices et militantes féministes Nancy Fraser et Tithi Bhattacharya ; Penelope Duggan, rédactrice en chef de l'International Viewpoint et membre de la direction de la Quatrième Internationale ; Frei Betto, écrivain brésilien et figure de la théologie de la libération ; l'eurodéputée (La France Insoumise) Rima Hassan et Thiago Ávila, participant·es à la Global Sumud Flotilla pour Gaza ; Éric Toussaint, porte-parole du réseau mondial du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM) ; Ada Colau, l'ancienne maire de Barcelone ; Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022 ; l'ex leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn ; le dirigeant de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aux côtés de parlementaires italien·nes, espagnol·es, scandinaves, allemand·es, de Turquie et toute la direction des Socialistes Démocratiques des Amériques (DSA) dont Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York est membre. On y trouve aussi les signatures de Yanis Varoufakis initiateur de l'Internationale progressiste, Zoe Konstantopulou (ex-présidente du parlement grec en 2015), Manon Aubry (LFI), Olivier Besancenot (NPA), Raymonde Ponce (sénatrice Écologiste), Denis Robert, fondateur du média Blast, et bien d'autres.

Internationale néofasciste

Une forme d'internationale néofasciste s'est constituée, notamment sous l'impulsion des Etats-Unis de Donald Trump, et l'extrême droite menace d'accéder au pouvoir dans la plupart des États européens ; en Russie, le régime de Vladimir Poutine a des caractéristiques très proches de celui de Trump ; l'Inde est dirigée par un hindouiste radical et islamophobe, Narendra Modi, tandis qu'en Israël, le gouvernement néofasciste de Benjamin Netanyahou mène un génocide à Gaza depuis plus de deux ans et demi.

Au-delà du soutien idéologique et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée dans des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.

Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), le grand rendez-vous annuel de l'extrême droite américaine, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement National, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance et Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite. La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale où se diffusent et s'harmonisent les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité envers l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, scepticisme climatique et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.

Les réunions de la CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine ou Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington à certaines capitales européennes et à l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.

Parallèlement à la CPAC, le parti Vox joue en Espagne un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, créé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid réunit des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels figurent Milei, Bolsonaro, Kast, des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou encore des partis d'Europe centrale. Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de pont entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement opposé à la gauche, aux féminismes, à l'écologie, aux droits humains et à toute forme de souveraineté populaire non autoritaire.

Agressions impérialistes

En janvier 2026, après avoir agressé militairement le Venezuela et enlevé le président vénézuélien ainsi que son épouse, Trump a menacé Petro d'être le prochain sur la liste. Plusieurs médias ont fait état de ces menaces.

Depuis août 2025, l'armée américaine a attaqué des dizaines d'embarcations dans les eaux internationales des Caraïbes et du Pacifique oriental, au nom de la lutte contre le narcotrafic. Les occupants — plus de 130 personnes au total entre le 2 septembre 2025 et la mi-février 2026 — ont été tués sans qu'aucune preuve de culpabilité ne soit rendue publique et sans le moindre procès. Sur ordre de Trump, l'armée des États-Unis n'a pas abordé ces embarcations, mais les a détruites avec leurs occupants. Sans accusation, sans débat contradictoire, sans décision judiciaire : une simple décision de Trump a suffi pour que son armée exécute des présumés délinquants sans aucun jugement, commettant ainsi de véritables crimes.

Encouragé par le succès de son opération sur le plan militaire et face à des protestations internationales officielles très faibles au regard de la gravité de son action contre le Venezuela, Trump a décidé de radicaliser fortement la politique menée contre Cuba depuis son premier mandat. Depuis la fin janvier 2026, son objectif est d'asphyxier complètement l'économie de l'île en coupant totalement ou presque l'approvisionnement en combustibles indispensables à la production d'énergie.

Le « corollaire de Trump » à la doctrine Monroe marque ainsi une évolution importante par son caractère explicite et par la centralité accordée à l'instrument militaire. Alors que les administrations précédentes privilégiaient généralement les mécanismes économiques, diplomatiques ou clandestins — déstabilisation, entraînement et financement de mercenaires, assassinats non revendiqués —, la Stratégie de sécurité nationale 2025 (NSS 2025) et la Stratégie de défense nationale (NDS 2026) affirment sans détour l'usage des forces armées comme instrument normalisé de gestion régionale. L'opération contre le Venezuela en janvier 2026 et les menaces publiques adressées à d'autres gouvernements — Cuba, Colombie, Mexique, Brésil… — illustrent cette volonté d'intimidation stratégique. À cela s'ajoutent, depuis février 2026, l'agression massive contre l'Iran menée conjointement avec Israël, ainsi que l'agression perpétrée par Israël contre le Liban.

Nécessaire réponse internationale antifa et anti impérialiste

À gauche, la riposte peine à s'internationaliser. Les forces qui combattent le fascisme et les agressions impérialistes sont nombreuses et très diverses, et il n'est pas question de gommer ces différences. Il est essentiel de constituer un front large, à l'échelle globale, contre des ennemis de plus en plus menaçants. Cette convergence doit inclure toutes les forces disposées à défendre la classe ouvrière, la paysannerie, les migrant·es, les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées, les minorités opprimées et les peuples autochtones - tout en défendant la nature et en soutenant les luttes contre l'impérialisme.

La conférence de Porto Alegre tentera d'apporter le début d'une réponse à ce défi. Ensuite, il sera très important de réussir des initiatives antifascistes et anti-impérialistes unitaires par grandes régions du monde : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique et Asie.
Des responsables du CADTM prendront la parole comme panelistes dans plusieurs plénières et dans 9 conférences autogérées dont nous publions le détail.

Il est toujours possible de signer l' Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste en cliquantici.

Notes

[1] Le programme complet des 11 conférences et des 150 activités autogérées est accessible sur https://antifas2026.org/fr/

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Notes sur la guerre en Iran et autour

24 mars, par Vincent Presumey — , ,
La guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran est une guerre aérienne de grande ampleur et dure maintenant depuis 22 jours (28 février 2026). Cette durée est en elle-même (…)

La guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran est une guerre aérienne de grande ampleur et dure maintenant depuis 22 jours (28 février 2026). Cette durée est en elle-même un facteur de première importance. Deux avis sont formulés par les commentateurs, qui semblent contradictoires.

D'une part, les assassinats ciblés de dignitaires du régime des mollahs, menés par ou sous la supervision de l'Etat israélien, à commencer par l'assassinat d'Ali Khamenei en personne dès le premier jour, suivis de la liquidation de dizaines de hauts responsables dont Ali Larijani, souvent présenté comme ayant été le vrai chef de facto de l'Etat, sont supposés avoir mis la République islamique d'Iran au bord de l'effondrement en tant qu'appareil d'Etat.

Mais d'autre part, rien ne montre avec évidence un tel effondrement : au plan intérieur la répression se poursuit et le territoire est tenu, au plan extérieur l'Iran riposte d'une manière indiscriminée, sur l'ensemble des Etats arabes du golfe, sur Israël et jusqu'en direction de Chypre, et « bloque le détroit d'Ormuz », c'est-à-dire qu'il filtre les passages de navires pétroliers, gaziers, et chargés d'engrais, dans le sens de la sortie, et des porte-conteneurs dans le sens de l'entrée.

D'ores et déjà, la fausse « magie » des citées dispendieuses, pôles logistiques dingues telles que Doha, est sans doute cassée, et pour longtemps, ce qui constitue un fait mondial de première importance.

Un appareil d'Etat « normal » serait, estime-t-on généralement, paralysé par une campagne terroriste telle que celle que subit l'appareil d'Etat iranien, éliminant l'essentiel de sa haute hiérarchie, quelle que soit la façon dont il combine homogénéité et décentralisation fonctionnelle. Et les spéculations vont bon train. Mais la plupart du temps, elles oublient un facteur absolument capital : la guerre américano-israélienne a été déclenchée 3 semaines après une terrible défaite physique des peuples d'Iran, de la jeunesse, des prolétaires et des femmes.

C'est une crise révolutionnaire qui se dirigeait tout droit vers le renversement du régime début janvier. Ce n'est pas la détermination ni la volonté politique qui manquaient aux larges masses, mais les armes pour se défendre puis attaquer. L'incertitude à échelle de masse sur ce qui allait se produire a reçu, hélas, sa réponse dans la première semaine de janvier. L'ampleur du massacre est comparable à la répression de la Commune de Paris (1871) ou à celle de Tian-An-Men en Chine (1989).

C'est une défaite du prolétariat, des femmes et des aspirations démocratiques, qui doit être mesurée dans toute sa portée. Il est vrai qu'on ne peut pas dire quelle aurait été, sans guerre, la durée de la résilience de la révolte, étant donné le niveau total de rupture entre la majeure partie de la population et le pouvoir. Fin janvier, des manifestations reprenaient, ce qui est non seulement remarquable, mais admirable, soit dans les universités, soit lors des obsèques des victimes après les périodes de deuil. Ce sont les bombardements américains et israéliens qui y ont mis fin.

Nous touchons là à la question politique centrale et au principal mensonge relatif à cette guerre. La nature de cette guerre est précisément définie par le fait qu'elle s'enchaine directement sur la répression et la favorise. Le discours officiel constant, de Tel-Aviv, et erratique, de Washington et Mar-a-Lago, comporte l'appel au renversement du régime. Mais tout appel de Trump ou de Netanyahou aux masses iraniennes a été et est, directement, un piège mortel et un coup de Jarnac d'assassins envers elles, et elles ont eu hélas l'occasion de s'en rendre compte. Ce n'est ni une guerre de libération côté Etats-Unis/Israël, ni une guerre de résistance anti-impérialiste côté République islamique.

L'expression « guerre impérialiste » est vraie, mais imprécise et permet toutes les interprétations erronées. L'impérialisme étatsunien est engagé dans un cycle d'agressions tous azimuts, depuis le début de l'année : Nigéria, Venezuela, Groenland, Cuba, et l'Iran est la principale à présent. Le pouvoir israélien, sachant très bien que la guerre de 12 jours en juin 2025 n'a en rien détruit le programme nucléaire iranien, veut cette destruction, veut en relation avec cela une mise au pas de l'appareil d'Etat iranien, et à l'ombre de cette opération de grande ampleur, poursuivre ses entreprises d'occupation du Sud-Liban et d'éviction des populations palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie.

En juin 2025 les Etats-Unis avaient relayé Israël pour le brider ; en février 2026, engagés dans la campagne trumpienne mondiale de déstabilisation, ils ont embrayé sur Israël en amplifiant les dégâts, et il est permis de supposer que s'ils ont agi ainsi, outre la dynamique de leurs interventions mondiales en tous sens, c'est parce que l'écrasement sanglant de l'insurrection démocratique révolutionnaire des peuples d'Iran les libérait de la peur de la révolution, la peur de peuples debout voulant prendre en main leur destin.

L'objectif de destruction ou de non-destruction de l'appareil d'Etat et militaro-milicien de la République islamique d'Iran n'a tout simplement jamais été, ni adopté, ni écarté. L'incertitude au sommet, incarnée dans les propos incohérents de Trump, est une donnée structurelle de la situation. Il ne s'agit pas d'une guerre impérialiste du même type que les deux guerres dites du golfe de Bush père puis fils contre l'Irak, en 1991 puis 2003. Nous avons changé de période et être en retard d'une guerre est politiquement mortifère. En 1991 et en 2003, l'impérialisme nord-américain entendait affirmer sa domination planétaire, non contestée. En 2026, s'il est toujours le cœur logistique des mouvements de capitaux, il n'est plus le foyer principal d'extraction et de circulation de la plus-value, qui est en Chine et autour de la Chine. Washington cherche à se rappeler comme puissance de premier plan non par l'ordre, mais par le désordre, dans le cadre d'une situation mouvante marquée par la présence de deux autres impérialismes d'une importance également planétaire, la Chine et la Russie.

Le fait que l'Iran soit attaqué, que son « Guide suprême » soit assassiné, et tout ce qui s'ensuit, le tout sans réaction notable de Beijing ni de Moscou, a pu être interprété comme un affaiblissement des deux autres impérialismes majeurs devant les foucades brutales de l'hégémon n°1. Mais le fait que celui-ci, avec Israël, ne parvienne nullement, pour l'heure, à détruire l'Etat islamique d'Iran, devient, 20 jours après, puis 21 jours, et ainsi de suite, un « contre la montre » qui sape fondamentalement la réaffirmation de puissance de Washington.

La Russie aide l'Iran en matière de renseignement mais ne lui a pas été d'un grand secours, ne payant pas en retour les drones Shahed lâchés sur l'Ukraine. Cependant, elle est économiquement gagnante par la hausse des tarifs du pétrole et du gaz, renforcée par la levée de fait de toute sanction économique de la part de Washington. Pis encore, la Russie est en fait la seule puissance au monde à ne pas être agressée par les tentatives trumpiennes de guerre commerciale et de tarifs douaniers « fous » !

Politiquement affaiblie, et aussi moralement (si l'on peut employer un tel terme s'agissant de Poutine), par l'attaque initiale, elle est ensuite doublement confortée et renforcée en tant qu'impérialisme militaro-étatique et énergétique par la durée de la guerre : l'Etat iranien tient, les prix énergétiques montent, l'Europe est exposée, et l'Ukraine devrait reculer.

Mais en fait l'Ukraine ne recule pas, et gagne même des km carrés par ci par là : la méthode de guerre russe par vagues d'assauts est un échec total. A peine trois semaines de guerre US contre l'Iran ont vu la consommation de plus d'armes que tout ce que les Etats-Unis ont livré à l'Ukraine depuis 2022, et peut-être même depuis 2014. Le premier facteur de la résistance ukrainienne, dans ce qui reste le front militaire antifasciste clef de la planète, reste la mobilisation populaire, devant les livraisons d'armes tant américaines, qui ont cessé, qu'européennes, elles-mêmes mesurées à la peur d'infliger une défaite à la Russie.

L'impérialisme russe est économiquement renforcé par cette guerre, mais il ne parvient pas, malgré l'aide de Trump, à en tirer les bénéfices militaires et politiques. Ceci peut le conduire à des aventures et il convient de suivre avec vigilance ce qui se passe autour de l'opération de cyberguerre d'une prétendue « République populaire de Narva », en Estonie.

En tout cas, l'objectif structurel de l'impérialisme nord-américain porté par Trump, mais ne se limitant pas à lui, consistant à séparer la Russie de la Chine, en livrant l'Ukraine à son occupation et l'Europe à son influence, piétine et n'aboutit pas. La Chine semble attendre, et certains commentateurs l'imaginent en sage paisible, ce qui est totalement contraire à la réalité : les contradictions s'y accumulent.

Mais de fait, le prolongement de l'enlisement US dans le piège qu'il se sont eux-mêmes construit induit objectivement une tendance à la pression tacite d'un bloc sino-russe hostile, aidant simplement la République islamique d'Iran à tenir militairement. Ce qui devient chaque jour plus évident est que le festival trumpien de désordre mondial ne parvient pas à enrayer le déclin de l'impérialisme étatsunien. Et aussi qu'il induit des risques accrus, et immédiats, de dérapage nucléaire et de basculement vers la guerre mondiale, comme fuite en avant devant des contradictions insolubles.

Les impérialismes de second rang, à savoir les puissances européennes membres de l'OTAN, le Japon, l'Australie et le Canada, refusent tous, plus ou moins brutalement ou de façon plus ou moins biaisée, d'aider Washington dans son aventure et dans la gestion des conséquences de son aventure au niveau du golfe arabo-persique et de l'océan Indien. C'est là un fait majeur, qui indique que la cassure causée par la menace d'agression militaire étatsunienne contre le Groenland, et donc contre l'Union Européenne, et contre le Canada, n'est pas réparée.

Du coup Trump hurle qu'il n'en a rien à faire de l'OTAN. C'est aussi l'indication que, précisément, nous ne sommes pas dans la répétition des deux guerres dites du golfe, ni, si ce n'est dans des conditions tout à fait nouvelles, dans la réalisation du vieux projet de G.W. Bush n° 2 d'attaquer l'Iran après l'Afghanistan et l'Irak.

Cependant, les puissances européennes, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, n'offrent aucune orientation alternative au désordre trumpien et à la menace poutinienne : elles en sont structurellement incapables.

Notons, dans ce cadre, le positionnement à part de l'Espagne, seul pays, du coup, où de grandes manifestations contre cette guerre se déroulent bel et bien.

Le rôle d'Israël, pour les raisons propres à la fuite en avant ethno-colonialiste de son gouvernement, est important, y compris bien sûr militairement, mais ne doit pas être surévalué : ce n'est pas Israël le facteur clef du désordre mondial trumpien et de la multipolarité impérialiste conflictuelle, mais ce sont, inversement, ce désordre mondial et cette multipolarité, qui confèrent à un petit Etat surmilitarisé, comme par ailleurs, par exemple, à la Corée du Nord, ou même au Ruanda, un rôle régional surdimensionné.

Comme je l'ai indiqué, les Etats-Unis ont « suivi » Israël pour l'encadrer et en fait, calmer le jeu en chantant victoire (ce qui n'était que propagande), en juin 2025, et à nouveau en février-mars 2026, mais cette fois-ci, étant donné la fuite en avant trumpienne, en rajoutant des destructions et de la frénésie.

Pour autant, les divergences de vues sont apparues à plusieurs reprises, notamment lors du bombardement israélien, les 19 et 20 mars, des zones d'extraction de gaz visant de fait non seulement l'Iran, mais le Qatar. Les Etats-Unis et Trump lui-même ont alors fait savoir qu'ils n'étaient pour rien dans cette initiative et n'avaient même pas été prévenus, ce qui semble techniquement surprenant vu les risques encourus, dont les conséquences économiques de moyen terme pourraient être lourdes.

Le ciblage iranien, ce 21 mars, d'un site nucléaire israélien à Dimona (Israël ayant la bombe, comme chacun est censé l'ignorer !), joue habilement, et dangereusement, sur ce maillon faible.

Aux Etats-Unis, la posture de King Trump n'a pas été renforcée par cette guerre, au contraire. Dans le monde MAGA, l'opposition « pacifiste », et antisémite, grandit, marquée par la spectaculaire démission du responsable nommé par Trump un an auparavant à l'antiterrorisme, Joe Kent – suprématiste blanc, complotiste antisémite, anti-ukrainien acharné – immédiatement objet d'une enquête du FBI ! Cette cassure remonte justement à la première guerre de juin 2025, elle est agrandie par l'affaire Epstein, et une grande partie de la base fascisante du trumpisme est à présent en roues libres.

Heureusement toutefois, l'opposition principale à Trump aux Etats-Unis est la lame de fond de défense des libertés publiques, des droits des migrants et de la démocratie, qui depuis les journées nationales « No King-No Kings » et la bataille de Minneapolis, pose la question, à partir de son propre mouvement démocratique, de la grève générale. Une nouvelle journée anti-Trump est annoncée pour le 28 mars.

Trump et l'exécutif veulent faire passer une loi nouvelle, le Save America Act, qui vise, sous couvert de vérification des identités, à l'éviction du droit de vote de millions de citoyens américains : c'est en effet par ce retour de fait à la ségrégation généralisée que Trump espère éviter la débâcle aux élections législatives de cet automne, l'autre possibilité étant la suspension des élections par la loi martiale. Mais le rapport de force réel se dégrade pour lui.

Les dynamiques guerrières et les luttes sociales sont, on le voit, profondément imbriquées. Si leur potentiel est puissant, les peuples du Moyen Orient ne sont pas, pour l'heure, en mesure de se lancer dans des soulèvements tels que celui qui a été fauché en Iran au début de l'année. Bombardements et répression se cumulent contre eux. En Syrie, où s'est produite leur principale victoire avec le renversement de Bachar el Assad voici un peu plus d'un an, le HTS au pouvoir, refusant des élections libres et se liant à Trump tout en voulant renouer avec Poutine, s'est lancé dans les agressions contre les groupes non sunnites, successivement Alaouites, Druzes, puis Kurdes. La préservation des cadres organisationnels existants, les syndicats indépendants, la clandestinité, la résistance n'excluant pas l'armement, sont les problèmes de l'heure, pas encore le soulèvement.

C'est aux Etats-Unis, d'une part, en Europe d'autre part, que le sort de la vague des guerres de Poutine et de Trump et de la possible guerre mondiale, se jouera. Les puissances impérialistes européennes sont paralysées, terrorisées à la fois par Poutine et par Trump et ne voulant affronter sérieusement et encore moins renverser ni l'un, ni l'autre. Elles réarment, avec les méthodes capitalistes des trusts de l'armement et la place faite au nucléaire notamment en France, mais ce réarmement n'a aucune finalité militaire autre que « faire face à ce qui pourrait arriver » et préserver, dans le cas français, les restes ébréchés de domination impérialiste (Françafrique brisée et Zones Economiques Exclusives procurées par les « outremers »).

De sorte que ce à quoi convergent les influences trumpiennes et poutiniennes, l'arrivée au pouvoir de l'union des droites autour du RN en France, dans la V° République bonapartiste et présidentialiste française, constitue un danger majeur, sans comparaison par exemple avec le post-fascisme au pouvoir dans un cadre parlementaire en Italie. Mais réciproquement, la victoire des larges masses, majoritairement opposées à une telle issue, contre elle en France, ouvrirait un appel d'air à l'échelle européenne.

L'éventualité d'une défaite d'Orban aux législatives en Hongrie, le 12 avril, indiquerait que la victoire et la contre-attaque sont possibles.

Un fait est très frappant envers la guerre contre l'Iran : l'absence de mobilisations de masse, sauf le cas particulier de l'Espagne qui mériterait un examen à part. Les « mobilisations anti-guerre » ou « anti-impérialistes » traditionnelles ne sont d'aucune capacité à faire quoi que ce soit, car il faut à la fois soutenir les peuples d'Iran et la perspective de la révolution en Iran détruisant la République islamique, et combattre la guerre de terreur aérienne des Etats-Unis et d'Israël. Quatre ans après le refus de la majorité de la « gauche » de défendre l'Ukraine, trois ans après une fixation soi-disant « propalestinienne et antisioniste » qui n'a aidé en rien le peuple palestinien, le faux anti-impérialisme pacifiste traditionnel arrive en état de mort cérébrale et de coma avancé. Les grandes messes comme Porto Alegre, où l'Ukraine risque d'être noyée dans plus de 150 forums en tous sens, ne le ressusciteront pas. La question d'un véritable internationalisme est vitale pour gagner et mettre fin aux massacres des peuples, de la Palestine à l'Ukraine et du Soudan à l'Iran.

Précisons : la question d'un véritable internationalisme ne peut pas consister seulement dans le fait d'être « contre le campisme » et de s'opposer aux impérialismes de Beijing et de Moscou comme à ceux de Washington et d'Europe. Cette condition nécessaire n'est pas suffisante. La solidarité reste platonique si elle ne consiste pas en lutte réelle dans chaque pays pour régler la question du pouvoir, renverser Trump et par là stopper toutes ses guerres, empêcher l'union des droites de prendre le pouvoir en France, battre les armées russes en Ukraine tout en y défendant les droits sociaux. Cette lutte réelle, sans laquelle internationalisme et anticampisme resteront éthérés et sans conséquences, impose de discuter de la manière actuelle d'aider les larges masses à affronter le pouvoir pour s'en emparer, et de se saisir des questions militaires, à la fois pour prendre le pouvoir et le garder, et pour affronter et battre les agresseurs impérialistes et fascistes.

Vincent Présumey, le 21 mars 2026.
Publié sur Aplutsoc.

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Résister, c’est déjà gagner : La logique iranienne !

24 mars, par Mohamed Lotfi — , ,
Le régime iranien repose sur une conception du monde profondément différente de celle qui domine en Occident. Cette différence ne tient pas seulement à la politique, mais à une (…)

Le régime iranien repose sur une conception du monde profondément différente de celle qui domine en Occident. Cette différence ne tient pas seulement à la politique, mais à une vision du sens de l'histoire, du sacrifice et de la justice, largement influencée par l'héritage du chiisme.

Dans cette tradition, marquée par la mémoire du martyre de Hussein ibn Ali lors de la bataille de Karbala en 680, la souffrance n'est pas perçue comme un échec, mais comme une preuve de fidélité à une cause juste. Cette lecture du monde ne conduit pas à un rejet de la vie, mais à une redéfinition de la notion de succès. Résister, tenir, ne pas céder face à un adversaire peut constituer, en soi, une forme de victoire. Particulièrement pour le régime des mollahs.

Dans ce cadre, les pertes humaines, les sanctions économiques ou les frappes ciblées, y compris celles menées par Israël ou les États-Unis, ne produisent pas nécessairement l'effet attendu. Elles peuvent même renforcer le récit du régime, qui se perçoit comme assiégé, mais debout. La disparition de figures importantes du pouvoir, loin d'affaiblir automatiquement le système, est intégrée dans une logique de sacrifice et de continuité.

Il convient toutefois d'ajouter un élément central dans la perception iranienne et dans une partie de l'opinion internationale. L'Iran n'a jamais engagé d'attaque directe contre Israël ou les États-Unis, tout en reconnaissant son soutien à des acteurs comme le Hezbollah ou le Hamas. Ce soutien est présenté par Téhéran comme une aide à des populations considérées comme vulnérables. Cette lecture est fortement contestée par de nombreux États occidentaux qui voient dans ce soutien une forme d'appui au terrorisme, alors que, pour l'Iran des mollahs, tout mouvement de libération mérite un appui. C'est évidemment aussi sa façon de consolider ses appuis dans la région.

Dans le même esprit, la question nucléaire alimente une perception de double standard. L'Occident exprime une inquiétude constante face au programme nucléaire iranien, tandis que la possession de l'arme nucléaire par Israël reste en dehors de tout cadre officiel de contrôle international. Cette asymétrie nourrit, dans le discours iranien, l'idée d'une injustice structurelle dans l'ordre mondial. L'injustice peut être perçue comme encore plus grande, à juste titre, si l'on considère que la vraie menace provient plutôt de pays surmilitarisés et sur nucléarisés, qui n'hésitent pas, au mépris de tout droit international, à attaquer un pays qui s'est montré ouvert à des négociations. On est en droit de se demander qui est une menace pour qui ? La seule véritable menace contre Israël, ça ne serait pas Israël ? Sa conception de la victoire risque de conduire ce pays à sa perte.

Cela étant dit, la résilience du régime iranien repose aussi sur des réalités politiques solides. L'appareil sécuritaire, notamment les Gardiens de la Révolution, constitue un véritable pilier du pouvoir, agissant comme un État dans l'État. À cela s'ajoute un nationalisme profond, enraciné dans une histoire plurimillénaire, ainsi qu'une mémoire collective marquée par les ingérences étrangères.

L'histoire contemporaine de l'Iran illustre cette tension. Le renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh en 1953, avec l'implication de puissances occidentales, reste un traumatisme fondateur. Plus tard, la révolution qui a conduit à l'arrivée de Ruhollah Khomeini s'inscrivait initialement dans une dynamique large et hétérogène d'opposition au Shah. Elle a progressivement évolué vers une révolution islamique structurée, portée par une vision politique et religieuse.

Le rôle des puissances étrangères, dont la France, dans l'installation de Ruhollah Khomeini au pouvoir, après la chute du Shah, n'est pas négligeable. Son retour en Iran, en janvier 1979, à bord d'un avion d'Air France, est un symbole marquant de cette séquence historique. Dans le contexte de la guerre froide, certains courants islamistes ont été utilisés comme des contrepoids possibles à l'influence communiste. Cependant, loin de répondre aux attentes extérieures, le nouveau régime en Iran a rapidement affirmé son autonomie. Il a su consolider son pouvoir et transformer la mobilisation initialement diverse en un système politique durable, structuré autour d'institutions révolutionnaires religieuses puissantes et d'un discours de rupture affirmé avec l'Occident.

Aujourd'hui, la situation dépasse largement le cadre iranien. En Occident, les opinions publiques expriment une lassitude croissante face aux conflits au Moyen-Orient. Cette fatigue n'est pas nécessairement liée à une sympathie envers le régime iranien, mais plutôt aux conséquences économiques directes des tensions, notamment après la fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz. La hausse des prix et l'instabilité renforcent cette réalité. Dans ce contexte, l'Iran peut apparaître comme capable d'imposer un coût significatif à ses adversaires, ce qui alimente son sentiment de victoire morale, indépendamment du bilan matériel.

Ces tensions s'inscrivent donc dans un cadre géopolitique plus large, marqué par la montée en puissance de la Chine. Les actions menées contre l'Iran sont considérées par plusieurs observateurs, dont des opposants au régime des mollahs, comme une forme de reconquête coloniale. Une manière de contenir et d'affaiblir une puissance émergente. C'est la deuxième attaque israélo-américaine en une seule année. Pour l'instant, l'effet est paradoxal. En mobilisant leurs ressources dans des conflits régionaux complexes, les puissances occidentales créent un espace stratégique dont la Chine peut tirer profit, sans s'exposer directement. Si l'on devait désigner un gagnant indirect de cette guerre, la Chine apparaît en position très favorable. Sa capacité à tirer profit d'un conflit qu'elle n'a ni initié ni assumé militairement rappelle, ironiquement et dans une certaine mesure, que lors de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, d'abord en retrait, ont su convertir leur engagement en avantage stratégique durable. Aujourd'hui, la Chine adopte une posture plus prudente, moins visible, mais potentiellement tout aussi efficace sur le long terme.

Ainsi, la situation actuelle révèle un décalage profond entre deux manières de penser la victoire. D'un côté, une approche occidentale encore largement fondée sur des résultats visibles, militaires ou économiques. De l'autre, une logique iranienne dans laquelle la capacité à durer, à résister et à transformer les pertes en légitimité constitue déjà une forme de succès.

Si l'Iran se considère comme gagnant selon sa propre définition de la victoire, des interrogations essentielles demeurent. Elles restent ouvertes, sans réponses claires à ce stade, mais elles s'imposent avec force.

Quelle leçon le régime tirera-t-il de cette épreuve qu'il présentera au monde comme une victoire ?
Ce succès revendiqué conduira-t-il à une évolution interne ?
Peut-on envisager un assouplissement du régime au bénéfice de la population ?
Des milliers de prisonniers politiques seront-ils libérés ?
Certaines lois obscurantistes, comme l'obligation faite aux femmes de porter le voile, seront-elles abolies ?
Ou faut-il, au contraire, s'attendre à un durcissement du pouvoir, à un système encore plus fermé et plus rigide ?

En parallèle, d'autres incertitudes majeures concernent l'équilibre régional :

Comment Israël sortira-t-il des ripostes iraniennes plus solides que prévu ?
Autant pour les États-Unis que pour Israël, l'attaque contre l'Iran aura-t-elle un effet de boomerang ?
Quelles leçons les pays du Golfe tireront-ils de la capacité de défense iranienne ?
Leurs relations avec leur principal allié, les États-Unis, en seront-elles durablement affectées ?
Pour combien de temps encore ces pays vont-ils accueillir des bases militaires américaines ?

Au fond, une question domine toutes les autres :

Au-delà de l'interprétation iranienne de l'issue de la guerre, de quelle façon cette intervention israélo-américaine est-elle en train de redessiner, en profondeur, le jeu des alliances au Moyen-Orient et peut-être même dans le monde ?

En attendant d'y voir plus clair, les pertes humaines innocentes ne sont jamais les signes d'une victoire, ni pour l'attaquant ni pour celui qui s'en défend. De ces pertes-là, un fait me paraît évident. Nous ne sommes pas étrangers à la violence et à la folie qui s'emparent du monde.

Des êtres tués sous les explosions là-bas, ils ont des proches ici.
Des bombes explosent là-bas, une bonne partie est fabriquée ici.

Mohamed Lotfi
19 mars 2026

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Le détroit d’Ormuz peut-il être fermé ?

24 mars, par Olivier Da Lage — , ,
Actualisation le 16 mars 2026 : le détroit d'Ormuz est partiellement bloqué par l'Iran dans le cadre de la guerre que lui mène Israël et les États-Unis. Tiré de Orient XXI (…)

Actualisation le 16 mars 2026 : le détroit d'Ormuz est partiellement bloqué par l'Iran dans le cadre de la guerre que lui mène Israël et les États-Unis.

Tiré de Orient XXI
Photo : Carte simple montrant des bateaux dans des vagues près de l'Iran, Émirats Arabes Unis et Oman. © Hélène Aldeguer, 2025.

Depuis les bombardements israéliens et américains sur l'Iran en juin 2025, les dirigeants de Téhéran évoquent la menace d'une fermeture du détroit d'Ormuz.

Ce bras de mer est le débouché du golfe arabo-persique sur l'océan indien et la voie de passage obligée pour les navires se rendant dans le Golfe ou le quittant, et notamment les pétroliers et les méthaniers. La crédibilité de cette menace tient en grande partie à la largeur réduite du détroit (29 milles marins, soit 54 kilomètres) ainsi qu'à sa faible profondeur, de l'ordre de 60 mètres, mais qui peut tomber à 25 mètres du côté iranien du détroit, c'est-à-dire au nord. La profondeur moyenne de 60 mètres permet le passage de superpétroliers dont le tirant d'eau est de l'ordre de 25 mètres. C'est ce qui explique que les voies de navigation se situent plus au sud, du côté proche des rives de la péninsule de Musandam qui appartient au sultanat d'Oman. Elles se trouvent donc pour l'essentiel dans les eaux territoriales omanaises. Les navires entrant dans le Golfe empruntent la voie du nord et ceux qui en sortent celle du sud.

Près de cent pétroliers par jour

Il s'agit de deux rails de navigation, de deux milles nautiques chacun (3,7 kilomètres), eux-mêmes séparés par une zone tampon large de deux milles. Autrement dit, les voies de circulation se limitent à six milles, soit seulement un peu plus de 11 kilomètres sur les 54 que compte le détroit proprement dit.

Le trafic maritime y est intense : chaque jour, ce sont près de cent pétroliers qui transitent par le détroit, avec leur cargaison, au départ du Golfe. Celle-ci représente un peu plus de 20 millions de barils, soit 20 % de la consommation mondiale d'hydrocarbures et près de 30 % des échanges maritimes de gaz et de pétrole. Cette proportion est élevée, mais elle est en chute sensible depuis la fin des années 1970, lorsque l'on estimait à 60 % la part du trafic maritime des hydrocarbures passant par le détroit d'Ormuz.
Cette réduction tient à plusieurs facteurs : d'une part, la découverte de nouveaux gisements ailleurs sur la planète, mais aussi par les infrastructures de contournement lancées voici une quarantaine d'années, lorsque la guerre Irak-Iran (1980-1988) menaçait les exportations de brut en provenance du Golfe. C'est ainsi que les Émirats arabes unis ont déployé un oléoduc court-circuitant le détroit d'Ormuz pour aboutir au port de Foujeirah, l'un des sept émirats de la Fédération, et le seul dont la façade maritime donne sur l'Océan indien. L'Arabie saoudite, de son côté, a posé un oléoduc reliant ses champs pétrolifères de la province orientale, sur le Golfe, au port saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge.

Les pays les plus vulnérables, l'Inde et la Chine

Le caractère stratégique du détroit d'Ormuz — et sa vulnérabilité — sont apparus au lendemain de la guerre israélo-arabe d'octobre 1973, à la suite de l'embargo pétrolier décrété par les pays arabes producteurs de pétrole contre plusieurs pays occidentaux, à qui les premiers reprochaient leur soutien à Israël. Plus tard, en 1984, durant la guerre Irak-Iran, l'aviation irakienne a bombardé le terminal pétrolier de Kharg ainsi que des tankers chargés de pétrole iranien. En représailles, l'Iran a posé des mines dérivantes et fixes dans le sud du Golfe et — déjà ! — menacé de fermer le détroit d'Ormuz. C'est ce que l'on a surnommé la « guerre des pétroliers », qui a duré de 1984 à 1988.

À l'époque, comme on l'a vu, l'économie mondiale était bien davantage dépendante de ce passage, souvent qualifié de « veine jugulaire », que ce n'est le cas aujourd'hui. Les États-Unis, désormais exportateurs d'hydrocarbures grâce notamment à leur pétrole de schiste, sont très peu dépendants du gaz et du pétrole du Golfe. L'Europe l'est davantage, même si elle a sensiblement diversifié ses sources d'approvisionnement depuis les années 1970-1980. Ce sont surtout l'Inde, et davantage encore la Chine, qui hébergent à elles deux plus du tiers de la population mondiale, pour qui les hydrocarbures en provenance du détroit d'Ormuz représentent un besoin vital. Une fermeture, même partielle, déséquilibrerait le marché et provoquerait une forte hausse des cours mondiaux, hausse qui se cumulerait avec celle des primes d'assurance pour les armateurs affrétant des pétroliers naviguant dans cette zone. Les conséquences se feraient donc sentir même dans les pays qui importent peu ou pas d'hydrocarbures du Golfe.

Une arme de dernier recours

Il reste cependant à apprécier la faisabilité d'une fermeture du détroit par l'Iran. C'est difficile, mais pas impossible, du moins pour une durée limitée, avant l'intervention des forces étrangères venues rétablir « la liberté de navigation ». Outre les mines flottantes ou fixes qu'ils pourraient larguer dans le sud du Golfe, les Iraniens pourraient aussi couler des pétroliers traversant le détroit, bloquant le passage pour les suivants. Ils peuvent également décider d'y saborder leur propre flotte.

Se pose dès lors la question de l'intérêt pour Téhéran de le faire. Cela reviendrait en effet à asphyxier leur économie et à commettre un acte hostile à l'encontre de deux pays qui lui sont proches : l'Inde et la Chine. Toutefois, les Iraniens ont toujours affirmé qu'il s'agirait d'une mesure de dernier recours, l'équivalent désespéré de l'emploi d'une bombe atomique dont ils ne disposent pas. Deux cas de figure pourraient permettre d'envisager ce qui relèverait d'une action suicide à l'échelle d'un pays tout entier : une attaque massive contre le territoire iranien ou le risque imminent d'une chute du régime.

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La guerre d’Iran : Kharg, Ormuz et les limites de la puissance américaine

24 mars, par Siyavash Shahabi — , , ,
Les États-Unis ont attaqué Kharg, mais ils n'ont pas touché le terminal d'exportation de pétrole iranien qui s'y trouve. Cette contradiction apparente explique peut-être mieux (…)

Les États-Unis ont attaqué Kharg, mais ils n'ont pas touché le terminal d'exportation de pétrole iranien qui s'y trouve. Cette contradiction apparente explique peut-être mieux la nature de cette guerre que n'importe quelle déclaration officielle. Kharg n'est pas seulement une île. C'est un lieu où la force militaire, le budget de l'État iranien, les routes des pétroliers et les nerfs du marché énergétique mondial se rejoignent tous en un seul petit point.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
17 mars 2026

Lorsque Washington frappe les installations militaires de l'île tout en laissant intacte l'infrastructure pétrolière, il admet en substance que même la plus grande puissance militaire du monde ne peut pas contrôler totalement tout ce qu'elle attaque. Parfois, la cible elle-même est si profondément intégrée à la structure de l'économie mondiale que sa destruction ne ferait pas seulement du tort à l'ennemi, mais déclencherait également une série de crises qui toucheraient tout le monde.

C'est précisément là que réside l'importance de Kharg. Reuters a rapporté qu'environ 90% des exportations pétrolières iraniennes transitent par cette île, qu'elle dispose d'une capacité de stockage d'environ 30 millions de barils et que des dommages importants causés à ses terminaux pourraient réduire l'offre mondiale d'environ 2 millions de barils par jour. Même après le début de la guerre, l'Iran continuait d'exporter entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour depuis Kharg, principalement vers la Chine.

Cela signifie que Kharg n'est pas seulement une installation. C'est l'artère principale qui transforme le pétrole souterrain en liquidités, en recettes publiques, en importations et en survie financière du gouvernement. Les États-Unis le savent, l'Iran le sait, et le marché le comprend mieux que quiconque. C'est pourquoi une attaque contre Kharg, si elle touche le cœur de son système pétrolier, n'est plus seulement une opération tactique. Elle devient une frappe contre un nœud systémique.

Mais Kharg ne peut être compris indépendamment d'Ormuz. La question n'est pas seulement de savoir combien de pétrole l'Iran exporte. La question est que cette guerre se déroule dans un endroit par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Reuters et l'Agence internationale de l'énergie ont décrit cette crise comme la plus grande perturbation de l'approvisionnement de l'histoire moderne.

Le Brent est repassé au-dessus des 100 dollars, des réserves d'urgence ont été mobilisées à une échelle sans précédent, et même cette intervention massive ne fait encore que jouer le rôle d'un analgésique. Une fois que le champ de bataille atteint un véritable point d'étranglement de l'économie mondiale, on ne peut plus avancer avec la simple logique consistant à « bombarder pour en finir ». La guerre cesse d'être un simple conflit militaire et se transforme en une machine à produire des crises sur le marché mondial.

C'est pourquoi le fait de ne pas avoir frappé le terminal pétrolier de Kharg n'est pas un signe de faiblesse totale de la part des États-Unis, mais ce n'est pas non plus le signe d'une liberté d'action illimitée. Washington peut frapper, mais il ne peut pas être certain que les conséquences s'arrêteront là. L'Iran a également clairement averti que des attaques contre ses infrastructures énergétiques pourraient être suivies de représailles contre les infrastructures des pays alliés des États-Unis, et la frappe de drone sur Fujaïrah a rappelé que cette menace n'était pas que des paroles en l'air.

Dans ce contexte, la décision américaine de frapper des cibles militaires tout en évitant la destruction du réseau pétrolier ressemble moins à une retenue morale qu'à l'aveu d'un frein structurel. Ce frein n'est pas l'amour de Washington pour la paix. C'est la crainte d'un choc énergétique, de perturbations dans les assurances et le transport maritime, et de flambées des prix qui frapperaient l'empire lui-même.

Cette guerre n'a pas seulement ébranlé le marché du pétrole brut. Reuters a rapporté que la crise actuelle a frappé les produits raffinés encore plus durement que le brut lui-même. Les prix du diesel à Singapour ont bondi de 57% et ceux du kérosène de 114%. La Chine a immédiatement cessé ses exportations de carburant, et les pays qui dépendent des importations de carburant se sont orientés vers le rationnement, la réduction de l'activité des raffineries et la constitution de stocks d'urgence. C'est là que la question énergétique dépasse le cadre du pétrole brut et touche directement la vie quotidienne, les transports, l'agriculture, l'exploitation minière, l'industrie et les moyens de subsistance de millions de personnes. Lorsque le détroit d'Ormuz est secoué, ce n'est pas seulement le cours du Brent qui grimpe. Les chaînes de distribution de carburant, le prix des marchandises et les perspectives globales de croissance économique sont également ébranlés. Le capitalisme mondial a l'air très moderne, mais il continue de respirer à travers quelques vieux goulets d'étranglement.

Dans le même temps, la Russie n'est ni la sauveuse du marché ni une simple spectatrice en marge des événements. Elle tire un double avantage de cette crise. D'une part, les États-Unis ont accordé une dérogation de 30 jours pour certaines cargaisons de pétrole et de carburant russes déjà en mer, afin d'apaiser le choc sur les marchés. D'autre part, Poutine a déclaré ouvertement qu'une crise énergétique était survenue et que la Russie était prête à collaborer à nouveau avec l'Europe.

Cela signifie que le même pétrole qui, hier encore, était qualifié d'« illégitime » et « sanctionné » commence soudainement à apparaître comme un pétrole « nécessaire » en cette période de crise. Bien sûr, la Russie ne remplace pas Kharg. En 2025, la Russie a elle-même exporté environ 238 millions de tonnes de pétrole, dont 80% vers la Chine et l'Inde, et non vers l'Europe. Mais cela suffit déjà à ouvrir une brèche dans le régime de sanctions et à permettre à Moscou de montrer une fois de plus qu'elle ne peut pas être simplement écartée du jeu.

Dans tout ce scénario, l'Europe est davantage un objet de pression qu'un acteur décisif. Aujourd'hui, l'Union européenne ne façonne pas le terrain. Elle tente d'en contenir les conséquences. Les prix du gaz en Europe ont augmenté d'environ 50% en deux semaines, et le responsable des questions climatiques de l'ONU à Bruxelles a rappelé à tout le monde que l'UE importe toujours plus de 90% de son pétrole et 80% de son gaz.

Dans le même temps, Bruxelles envisage de renforcer la mission navale Aspides, mais tout changement majeur nécessite l'accord des 27 États membres, et l'Allemagne se montre sceptique quant à son extension à Ormuz. Cela signifie que l'Europe n'est pas totalement dépourvue d'action, mais que son action est faible, défensive et fragmentée. C'est un continent doté d'un poids économique énorme, mais d'une colonne vertébrale géopolitique fragile. Plus que de tracer la voie, elle calcule le coût du jeu des autres.

Trump a lui aussi compris cette limite, et c'est pourquoi il utilise la crise du détroit d'Ormuz comme un moyen de mettre ses allié·es au pas. Ces derniers jours, il a ouvertement averti que si les allié·es de l'OTAN et les pays bénéficiant du passage du pétrole et du gaz par Ormuz n'aidaient pas les États-Unis, l'avenir de l'OTAN serait « très sombre ». Le Japon a déclaré pour l'instant qu'il n'avait pas l'intention d'envoyer une mission d'escorte, et l'Europe reste enlisée entre débats, doutes et tergiversations. Il ne s'agit pas seulement de la sécurité du transport maritime.

Le problème est que les États-Unis veulent socialiser le coût de l'ordre énergétique mondial tout en conservant le commandement politique et militaire entre leurs mains. En termes plus simples, Washington dit : tout le monde doit aider à porter le fardeau, mais je garderai les mains sur le volant. Cela montre à lui seul que la puissance américaine dans cette guerre ressemble moins à une volonté claire et unie qu'à une gestion de crise précipitée.

La question principale n'est donc pas de savoir si les États-Unis peuvent détruire davantage l'Iran. Bien sûr qu'ils le peuvent. La question la plus importante est de savoir s'ils peuvent transformer cette destruction en un résultat contrôlé, peu coûteux et gérable sur le plan géopolitique. Jusqu'à présent, la réponse n'est pas claire. Plus la guerre se rapproche de Kharg, d'Ormuz, de Fujaïrah, du GNL du Qatar, de l'assurance des pétroliers et des marchés des carburants raffinés, plus le fossé entre la « capacité à détruire » et la « capacité à contenir les conséquences » devient évident.

C'est précisément là que le mythe d'une victoire rapide commence à s'effriter. Non pas parce que l'Iran serait soudainement devenu invincible, mais parce que le champ de bataille s'est étendu au-delà des frontières iraniennes pour s'immiscer au cœur même du système qui régit l'économie mondiale.

À ce stade, les lecteurs et les lectrices devraient comprendre que la question de la guerre pour le pétrole ne concerne plus vraiment le régime au pouvoir à Téhéran. Plus cette guerre avance, plus il apparaît clairement que sa logique n'a rien à voir avec la sécurité du peuple iranien ou l'avenir de la région. Cette guerre peut blesser l'Iran encore davantage, mais en même temps, elle a mis à nu les limites de la puissance américaine. L'empire peut encore faire pleuvoir le feu, mais il ne peut garantir que ce feu ne brûlera que la maison de l'ennemi.

En fin de compte, Kharg et Ormuz ne sont pas seulement deux noms géographiques. Ce sont les noms d'un moment où la guerre échappe au contrôle de ses planificateurs et se transforme en une crise contre l'ordre énergétique mondial tout entier. Si les États-Unis n'ont pas frappé le terminal pétrolier de Kharg, ce n'est pas par humanité.

Ils ne l'ont pas frappé parce qu'ils savent que cet endroit n'est plus seulement du sol iranien. C'est le point où le pétrole, la guerre, la Russie, l'Europe, le marché et la peur mondiale s'entremêlent. Et c'est la vérité qui se tient toujours là, obstinément, sous tous les slogans de victoire.

Siyavash Shahabi

P.-S.

• Entre les lignes entre les mots. 19 mars 2026 :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/19/iran-entre-les-bombes-et-la-theocratie-et-autres-textes/

• Traduction DE.

Source - The Fire Next Time. 17 mars 2026 :

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https://firenexttime.net/kharg-hormuz-and-the-boundaries-of-u-s-power/

Déclaration des groupes de résistance populaire et d’action sociale au Liban

Ce texte a été rédigé le 9 mars 2026 par un collectif d'associations et d'organisations civiles et politiques au Liban. Les signataires rappellent que la résistance contre la (…)

Ce texte a été rédigé le 9 mars 2026 par un collectif d'associations et d'organisations civiles et politiques au Liban. Les signataires rappellent que la résistance contre la domination coloniale est un droit fondamental. Ils condamnent l'orientation du gouvernement libanais qui criminalise la Résistance menée par le Hezbollah, et appellent les peuples du monde à la solidarité avec le Liban dans la lutte contre la guerre d'agression et l'expansionnisme israéliens.

Tiré du site de la revue Contretemps.

Nous approchons du trentième mois de la guerre génocidaire menée au Liban et en Palestine par l'entité sioniste sous le patronage des États-Unis et avec le soutien inconditionnel d'une communauté internationale complice de notre mise à mort et de la tentative de nous anéantir. En Palestine, en Syrie et au Liban, nous assistons, sous les yeux du monde entier, à l'expansion de l'occupation sous toutes ses formes, tandis que les États, y compris nos propres gouvernements, s'entendent pour criminaliser le droit des peuples à résister et à déterminer leur propre destin, au lieu de s'unir pour demander des comptes à l'occupant et le désarmer afin de renverser et d'éradiquer son système expansionniste et colonialiste. Ces pratiques ne se limitent pas au Machreq ; elles constituent plutôt un modèle despotique par lequel l'Empire hégémonique tente de criminaliser la résistance et les mouvements de libération politique qui s'opposent au génocide et défendent la terre.

Au cours de la période faussement qualifiée de « cessez-le-feu » – un accord unilatéral qui a jeté les bases de l'expansion de l'occupation –, l'entité sioniste a lancé plus de 15 000 attaques aériennes, terrestres et maritimes contre nous au Liban, faisant 397 martyrs et plus de 1 102 blessés. Pendant ce temps, sous les diktats des États-Unis, les priorités du gouvernement libanais consistaient à attaquer les familles des combattants de la Résistance, tenter de les désarmer et déployer des efforts pour imposer des lois qui priveraient le peuple de ses ressources, de son patrimoine et de ses données personnelles, ouvrant ainsi la voie aux multinationales, instrument clé de l'occupation.

Avant l'escalade actuelle, les attaques israéliennes avaient déjà fait plus de 4 000 martyrs, dont 316 enfants et 790 femmes. Les femmes et les enfants représentaient plus d'un quart des victimes, dont 51 % étaient des enfants et adolescents. Ces attaques ont également visé directement 11 journalistes. 222 travailleurs de la santé ont été tués et 330 autres blessés, 158 ambulances et 57 camions de pompiers ont été bombardés, et quelque 90 076 installations ont été endommagées, dont 23 489 ont été détruites. Des postes de l'armée libanaise, des bâtiments municipaux et des hôpitaux ont été pris pour cible (8 hôpitaux ont été fermés de force et 38 autres ont été endommagés). Le personnel de la défense civile et des municipalités a été pris pour cible, en particulier au centre de défense civile de Baalbek (13 morts), ainsi que les employés municipaux et les bâtiments municipaux. Le nombre de détenus libanais est estimé à 22 (dont 11 ont été arrêtés lors de l'invasion terrestre de 2024).

La semaine dernière [semaine du 2 mars], au début de la guerre actuelle, Israël a tué 268 martyrs et causé bien d'autres dégâts supplémentaires. Plus de 500 000 personnes ont été déplacées du Sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth. Elles ont un besoin urgent d'abris, de nourriture, d'eau et d'autres services, compte tenu de la réticence de l'État à dépenser des fonds pour aider la population.

Parallèlement à l'extermination des populations et à la destruction de leurs moyens de subsistance, la destruction systématique de l'environnement a entraîné l'incendie d'environ 10 800 hectares (108 millions de mètres carrés) en raison des obus au phosphore et des frappes aériennes dévastatrices. En outre, plus de 47 000 oliviers centenaires ont été détruits, brûlés ou volés, et 134 hectares d'oliveraies, 48 hectares d'agrumeraies et 44 hectares de bananeraies ont été endommagés. Vingt-six stations publiques de pompage d'eau ont été détruites, et les stations d'al-Wazzani et de Maysat ont été mises hors service, privant 150 000 personnes d'eau. Les pertes dans le secteur de l'eau et de l'irrigation sont estimées entre 171 et 356 millions de dollars.

Durant cette période, l'ennemi a détruit 18 millions de mètres carrés de forêts et de bois (chênes, chênes verts, etc.) et a contaminé les terres avec divers polluants toxiques et mortels en pulvérisant des herbicides et d'autres substances chimiques et biologiques inconnues. Ces polluants détruisent l'écosystème et rendent les sols impropres à l'agriculture pendant de nombreuses années.

Comme d'habitude, des initiatives populaires et collectives ont émergé pour apporter de l'aide et manifester leur solidarité. Cette approche humanitaire est d'une importance capitale ; elle contraste aussi fortement avec le confessionnalisme qui a déformé la société libanaise.

Par ailleurs, il est impossible d'ignorer le fait que la position actuelle du gouvernement libanais non seulement aligne son discours sur les diktats des puissances coloniales passées et présentes, mais s'y conforme également sans remise en question ni considération pour l'intérêt national et le droit des citoyens libanais à repousser ces attaques israéliennes continues. Cela est essentiel pour préserver leur vie et celle de leurs proches, ainsi que pour défendre leur droit de vivre sans crainte d'un ennemi brutal qui commet des atrocités en toute impunité.

Aujourd'hui, l'ennemi se prépare à occuper le Liban, en commençant par le Sud, la vallée de la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth, qui sont les plus touchés par les destructions et les massacres quotidiens. Cette opération s'inscrit dans le contexte d'une guerre féroce menée contre l'Iran et son peuple par l'ennemi sioniste, en alliance avec les États-Unis, dont l'administration fasciste déclare quotidiennement son intention de contrôler le monde et d'utiliser une violence excessive contre quiconque n'adhère pas à son leadership et sa supériorité raciste. Elle s'apparente de surcroît à un retour aux pires époques du colonialisme et de l'oppression.

Cette guerre se déroule parallèlement à des tentatives de restructuration de l'économie politique du pays qui ne font qu'aggraver la dépendance et les inégalités. La crise économique et la destruction continue sont utilisées pour accélérer la restructuration néolibérale, la privatisation des ressources publiques et le transfert des richesses entre les mains des élites nationales et des multinationales.

Au cours de sa première année, le gouvernement libanais, qui a été ouvertement nommé par les ambassades et les émissaires occidentaux, a commencé à proposer une série de lois visant à piller les ressources et le patrimoine agricole et à endommager l'équilibre écologique du pays au profit des multinationales responsables de l'effondrement des systèmes alimentaires dans le monde. Il a adopté une politique de punition collective à l'encontre des populations des zones ciblées par l'occupation, les privant des ressources nécessaires à la reprise et à la reconstruction. Sa soumission aux puissances coloniales se poursuit avec la récente décision visant à criminaliser la Résistance, et à criminaliser le droit du peuple à se défendre face aux institutions de l'État, y compris l'armée, qui manquent à leurs devoirs sur ordre officiel des autorités.

Cette criminalisation s'accompagne d'une guerre médiatique organisée qui fait écho à la propagande israélo-étatsunienne contre le droit à l'autodéfense et à l'autodétermination, employant une rhétorique raciste, confessionnelle, classiste, discriminatoire et de division de la société [libanaise] inacceptable.

Comme lors des crises précédentes, les travailleurs, les petits agriculteurs, les communautés déplacées et les marginalisés des zones urbaines du Liban supportent le coût écrasant de la guerre, des déplacements et de la reconstruction, tandis que les élites politiques et les acteurs financiers cherchent à réorganiser l'économie de manière à préserver leur pouvoir ou à le céder à l'occupant.

Dans ce contexte, et sur la base de notre ferme conviction dans les droits inhérents des peuples, y compris le droit à l'autodétermination et le droit à la résistance, et au regard des tentatives externes et internes visant à forcer la société à se rendre et à accepter l'hégémonie sioniste sur la région, nous, les groupes de résistance populaire et d'action sociale au Liban, affirmons les principes suivants :

– Le droit des peuples à résister et à défendre leur terre et leur souveraineté, en tant que droit humain inhérent et fondamental, est consacré et garanti par les pactes et traités internationaux, au premier rang desquels figurent la Charte des Nations unies et les accords relatifs aux droits des peuples à l'autodétermination. L'exercice de ce droit est l'incarnation de ces principes juridiques qui ne peuvent être interprétés ou abrogés par quiconque.

– Notre rejet catégorique des politiques et des pressions actuelles exercées par le régime libanais qui visent à restreindre ou à contourner ce droit légitime. La protection de la souveraineté nationale ne s'obtient pas par le recul, mais plutôt par le respect des droits historiques et légaux.

C'est pourquoi nous lançons un appel collectif et urgent au peuple de ce pays, à tous les habitants du Liban et à tous les peuples épris de liberté à travers le monde, à agir immédiatement en soutien à cette position de principe en s'opposant au projet du gouvernement, de l'Empire et de l'occupation. Nous devons documenter les violations et résister au black-out médiatique et aux campagnes de désinformation dont est victime le peuple de ce pays alors qu'il résiste et défend sa terre et ses droits légitimes.

Mobilisons-nous à travers le monde pour rejeter la mécanisation des systèmes génocidaires, en nous unissant où que nous soyons pour démanteler le système expansionniste et colonialiste qui cherche à dominer notre planète. Pour ce faire, nous pouvons organiser des manifestations et des sit-in devant les ambassades de la puissance occupante et des États complices afin d'amplifier la voix de la résistance populaire, lancer des campagnes de pétitions à grande échelle pour affirmer le soutien populaire au droit de défendre la terre, nous solidariser avec nos populations déplacées et nous opposer à l'offensive impérialiste par tous les moyens nécessaires.

Nous rejetons tout compromis sur notre droit à l'autodétermination et nous affirmons notre engagement à poursuivre cette lutte, y compris en nous appuyant sur la conscience et la solidarité des peuples pour protéger ce qui reste de notre souveraineté et de notre dignité nationales. Il est temps que les peuples du monde soient libérés de l'Empire et que la souveraineté soit restaurée pour tous les peuples de la terre !

Beyrouth, le 9 mars 2026.

Signataires

Agricultural Movement in Lebanon
Socio-Economic Action Collective (SEAC)
Arab Network for Food Sovereignty
Cartography of Darkness
Seed In A Box
Free Palestine Front
Tafkik
Sikka Saida
Development Movement
Deyer Men Dar
Arab Network for Food Sovereignty
Siyada Network : for a popular sovereignty over food systems and resources
Aatma
Agricultural Committee in Bakhoun Municipality – Al-Miniyeh-Diniya District
Bladi Khadra
Cultural Club of The South – American University of Beirut (AUB)
Mouvement du peuple

***

Illustration : « Inhad », 1982. Tableau du peintre égyptien Hamed Abdalla.

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Une plateforme électorale Solidaire courte, lisible mais affreusement frileuse

24 mars, par Marc Bonhomme — , ,
Rendons à César ce qui lui revient. La proposition de plateforme électorale (PPÉ) de la direction de Québec solidaire n'est pas indigeste. Elle pourrait même être jugée lisible (…)

Rendons à César ce qui lui revient. La proposition de plateforme électorale (PPÉ) de la direction de Québec solidaire n'est pas indigeste. Elle pourrait même être jugée lisible par une bonne partie de l'électorat et non seulement par la militance férue de politique. C'est à souligner. Si on l'analyse en termes d'engagements précis qu'on serait capable d'évaluer précisément à la fin du mandat, on peut en compter une cinquantaine. Un bon tiers des engagements concrets concerne la thématique ajoutée Démocratie et droit du travail dont l'abolition de plusieurs lois scélérates et liberticides de la CAQ sans compter le rétablissement du « Programme de l'expérience québécoise (PEQ) et [l'accélération] la réunification familiale ». Plusieurs concernent l'ajout de temps libre rémunéré. Ces engagements démarquent clairement les Solidaires des autres partis susceptibles d'être présents à la prochaine Assemblée nationale. En termes de stratégie électorale ressort l'engagement traditionnel Solidaire d'« une démarche d'assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution du nouveau pays du Québec indépendant au cours de son premier mandat. Cette proposition de Constitution d'un Québec-pays sera ensuite soumise à la population par voie référendaire pour en confirmer l'adoption démocratique, qui mènera à la Déclaration d'indépendance.

Accompagnant cet engagement stratégique fort, quand même refoulé à la fin de la PPÉ, on trouve des engagements signalant un Québec inclusif et solidaire envers les peuples du monde. On affirme que « le projet d'indépendance » sera fondé « sur les principes de justice, de décolonisation et d'autodétermination des peuples » mais il n'est pas précisé que ces principes eu regard aux peuples autochtones et inuit signifient le droit de se séparer du Québec. Il est fort à propos de déclarer qu'« [a]u lendemain d'un référendum gagnant, un gouvernement solidaire offrira un accès accéléré, volontaire et gratuit au processus de citoyenneté québécoise à toutes les personnes résidentes permanentes ». Pourquoi ne pas avoir plus simplement affirmer que ‘le lendemain d'un référendum gagnant, toutes les personnes résidentes permanentes pourront sans exception devenir citoyennes'.

La formulation choisie laisse planer un doute sur l'aboutissement de la démarche ce qui immanquablement sèmera le doute auprès des personnes racisées concernées. Certains des engagements de francisation sont clairs et testables : l'application de « la loi 101 à l'ensemble des entreprises de dix personnes employées et plus, tout en faisant reposer le fardeau sur les entreprises pour la formation de son personnel. » Qu'en est-il, au-delà des énoncés sans engagements concrets et vérifiables, des autres personnes concernées par la francisation ? À souligner « la politique de lutte au racisme systémique […] et la reconnaissance de l'État palestinien par l'Assemblée nationale et [la fermeture du] bureau du Québec à Tel-Aviv. » N'aurait-il pas fallu aussi reconnaître le génocide sioniste et le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, et dénoncer les guerres et menaces d'invasion de toutes les puissances impérialistes ?

En renonçant à un tournant Mamdani, la plateforme se cramponne au centre-gauche

N'eut été du coup de point stratégique de la démarche indépendantiste, la PPÉ reste une plateforme typique de centre-gauche à des années-lumière de celle plus radicale, en fait conséquemment social-démocrate, du Démocrate de gauche Mamdani membre des Democrat Socialists of America (DSA). Mamdani s'est engagé à hausser « le salaire minimum de NYC à 30 $US/heure d'ici 2030 » contre 20 $CDN pour la PPE. Pendant queMamdani s'est engagé à « mettr[e] en place une garde d'enfants gratuite pour tous les New-Yorkais âgés de 6 semaines à 5 ans », la PPÉ reste silencieuse à propos de la gratuité des garderies. Pendant que Mamdani s'engage à « créer un réseau d'épiceries municipales », la PPÉ ne créera qu'« un projet pilote d'épiceries sans but lucratif ». Pendant que Mamdani s'engage à « éliminer définitivement le tarif sur chaque bus de la ville – et les rendr[e] plus rapides en construisant rapidement des voies prioritaires », la PPÉ ne s'engage qu'à « réduir[e] significativement le prix des titres de transport ». Il n'est plus question de gratuité sur 10 ans comme en 2018 ou à terme comme en 2022. Quant aux voies prioritaires ni vu ni connu.

La PPÉ veut « réformer la fiscalité des grandes entreprises et des grands patrimoines […] instaurer une taxe progressive [combien ?] sur la part des grandes fortunes excédant 25 millions de dollars » soit à peine plus que le dixième d'un pour cent des ménages et, enfin un peu de précision, « imposer également la totalité des gains en capital et des dividendes ». « Le plan de revenus de Zohran augmentera le taux d'imposition des sociétés pour l'aligner sur les 11,5% du New Jersey, générant ainsi 5 milliards de dollars. Et il imposera aux 1% des New-Yorkais les plus riches — ceux gagnant plus de 1 million de dollars annuellement — un impôt fixe de 2% (actuellement, les taux d'imposition sur le revenu de la ville sont essentiellement les mêmes que vous gagniez 50 000 ou 50 millions de dollars). » Les ordres de grandeur paraissent semblables, plutôt modestes. Mais l'administration Mamdani dirige une ville au pouvoir de taxation limité qui compte sur des revenus supplémentaires de l'état… qui ne viendront peut-être pas à moins de pression populaire.

Pendant que Mamdani « gèlera immédiatement le loyer » pour deux millions de locataires, la PPÉ propose bien le gel universel des loyers mais seulement après avoir refilé l'inflation aux locataires ! Pourquoi ne pas faire la promotion, tant qu'à y être, du profit juste si ce n'est injuste étant donné qu'implicitement la PPÉ ne remet pas en question le gonflement postpandémie des loyers. La PPÉ reste fidèle à la revendication du FRAPRU de « 50 000 logements sociaux et communautaires dans un premier mandat » soit 10 000 par année alors que Mamdani, pour une population un peu inférieure à celle du Québec, s'est engagé à construire 20 000 logements à loyer régulé chaque année. Ne tombe-t-il pas sous le sens qu'avec la crise du logement qui s'est gravement empirée depuis la pandémie il ne suffit plus de proposer que seulement environ 20% de la nouvelle construction au Québec soit sociale ? Cet effort ne ferait que répondre à très très petit feu au fait qu'« un locataire sur cinq a eu de la difficulté à payer son loyer au cours de la dernière année [soit à] l'échelle du Québec […] plus de 700 000 personnes. » c'est-à-dire environ 320 000 ménages. En revanche, la PPÉ favorise le soutien à la propriété privée de son logement. Étonnante préoccupation pour un parti de gauche.

L'enjeu de la lutte climatique, enjeu fondamental du XXIe siècle, sombre dans l'insignifiance

Là où le bât blesse et pas à peu près c'est pour la thématique de la lutte climatique baptisée platement « Environnement, transition socioécologique et transports ». Cette thématique qui aborde la grande contradiction du XXIe siècle pour ne pas que l'humanité sombre dans la terreétuve chapotait les plateformes de 2018 et 2022. Ce n'est plus le cas. On se dit que la PPÉ a voulu l'intégrer aux thématiques de 2026 qui retiennent plus l'attention soit le coût de la vie et le logement. Nenni. La plateforme 2022 exigeait « 50 000 logements sociaux écoénergétiques ». On se serait attendu que la PPÉ reprenne la caractérisation « écoénergétique », il est vrai fort peu présente dans le discours Solidaire. La PPÉ aurait pu la concrétiser en spécifiant que ces logements sociaux devraient être à la fine pointe de la technologie de l'isolation thermique sans compter l'ajout de toits verts ou de panneaux solaires. On cherche en vain dans la PPÉ pour une politique de mise à niveau écoénergétique de tous les bâtiments récupérables du Québec à commencer, d'ici 2030, par tous ceux chauffés aux énergies fossiles, en particulier le gaz naturel, en plus de les convertir au chauffage électrique. Une telle politique facile et évidente est pourtant le b-a-ba de toute politique de lutte climatique sans compter un code du bâtiment en conséquence applicable à toutes les constructions neuves. Une mesure plus audacieuse mais indispensable pour en finir avec l'énergivore étalement urbain serait l'interdiction de la construction des maisons individuelles et en rangées par définition ouvertes aux quatre vents. Ce serait la meilleure façon de « favoriser une vision de l'urbanisme ayant à cœur le transport durable, l'accessibilité et la proximité des services. »

Cette déception se conjugue à celle sur le transport en commun dont on a constaté la reculade tant vis-à-vis la gratuité que les voies exclusives pour autobus et tramways dans la trame urbaine. Cette démission signifie la capitulation du parti vis-à-vis l'électrique auto solo, de plus en plus le VUS solo, laquelle par défaut, par la seule force du marché devrait-on dire, se substitue à l'auto solo à essence même si le trumpisme ambiant ralentit le rythme de remplacement. Il faut prendre toute la mesure de cette démission laquelle tient pour acquis le passage de l'extractivisme trumpien des énergies fossiles à l'extractivisme bourgeois bienpensant du tout-électrique. Celui-ci parsème la planète de polluantes et énergivores mines à ciel ouvert et de leurs ribambelles de fonderies et usines de recyclage tout aussi polluantes et énergivores. C'est là d'aller d'un Scylla bien connu et dénoncé à un Charybde qu'on apprend à connaître et dont on prend conscience. Faut-il se surprendre que la PPÉ reste coite face au Plan d'action d'Hydro-Québec qui prévoit des investissements de 200 milliards $ pour hausser de 50% la production électrique de moins en moins en faveur de la filière batterie en chute libre et de plus en plus en faveur des centres de données pour l'intelligence artificielle et l'industrie de guerre. Ce sera le peuple québécois qui paiera ces gargantuesques investissements qui saccageront les bassins versants et chambouleront les forêts soit par la hausse des tarifs d'électricité soit par la baisse des dividendes d'Hydro-Québec à l'État. La plateforme de 2018 qui avait présidé à la percée Solidaire proposait au moins de « [r]apatrier la production hydroélectrique des alumineries et des petits barrages privés ». Quant à l'expropriation du secteur privé de l'éolien dont il était question dans la plateforme 2008, la PPÉ n'en parle plus. Pourtant cette propriété privée explose par la vertu du plan d'expansion d'Hydro-Québec.

Où est la société du soin et du lien qui est au cœur de la justice climatique et sociale ?

Une société québécoise alternative arrêtant net la débandade climatique ne se contente pas d'œuvrer à la nécessaire décroissance matérielle en attaquant frontalement ces deux piliers que sont l'auto solo et la « villa campagnarde » pour le plus grand soulagement du budget des ménages populaires et le plus grand malheur des banques dont l'endettement des ménages est le coussin de leurs profits mirobolants. On s'attendrait à ce que la PPÉ propose une société du soin et du lien en faisant des services publics la base de son économie et non pas les grandes entreprises manufacturières contrôlées par une poignée de transnationales dont les GAFAM sont le fer de lance. La PPÉ ne prend nullement à bras-le-corps cette seconde tâche stratégique.

Il n'est plus question comme dans la plateforme 2018 d'ouvrir les CLSC « 24 heures sur 24 » ou comme dans celle de 2022 d'avoir « un réseau de CLSC ouverts 24h sur 24, sept jours sur sept ». Côté lutte contre la privatisation, il n'est plus question comme en 2018 d'« [i]ntégrer les cliniques réseaux et les GMF aux CLSC » ou en 2022 de « nationalis[er] les CHSLD privés » mais seulement de mettre fin à la dérive de la privatisation sans questionner les acquis du secteur privé sauf à mettre « graduellement fin au financement des cliniques privées » sans préciser d'échéance et sans réclamer leur nationalisation et leur intégration dans le secteur public. La PPÉ met de l'avant la mise à niveau des infrastructures du secteur de la santé qui tombent en ruine et l'embauche de personnel supplémentaire mais ne précise aucune cible, aucun montant et aucune échéance. Idem pour le système scolaire. La PPÉ veut bien réduire le coût des médicaments par la magie d'un futur Pharma-Québec mais elle ne prône pas leur gratuité. Toutefois les soins dentaires seront gratuits… pour les 18 ans et moins. On ne parle plus d'« assurance dentaire publique et universelle » comme en 2018 ou « une assurance dentaire publique, universelle et gratuite » comme en 2022.

La PPÉ dénonce l'école à trois vitesses et prône l'école commune. Comme mesure concrète pour y arriver, elle met de l'avant « l'accès aux programmes particuliers non conditionnel aux résultats scolaires ou à des frais ». Cette mesure inclut-elle l'école privée ou seulement ces programmes au sein de l'école publique ? On ne sait trop. Il n'est pas clair non plus que concerne l'école privée la « gratuité scolaire complète du primaire à l'université » à être implantée que « graduellement » sans fixer d'échéance. En tout cas, on ne parle nulle part de réduire ou supprimer les subventions à l'école privée encore moins de la supprimer. « Le programme de lunchs universel […] valorisant les aliments sains issus de l'agriculture locale » ne fait pas appel aux aliments biologiques. Idem pour les incitations (lesquelles ?) aux épiceries pour favoriser l'achat local. Nulle part dans la PPÉ est-il question d'agriculture biologique et encore moins d'alimentation carnée. Elles sont pourtant l'assise de la transformation de l'agro-industrie vers une agriculture écologique absolument nécessaire pour abaisser les gaz à effet de serre (GES) et améliorer la santé publique alors que pourtant la PPÉ met de l'avant la prévention. Où est le paragraphe sur l'agriculture biologique dans la plateforme 2018 et la référence de 2022 ?

On comprendra qu'avec un si piteux plan d'action pour entreprendre la vitale lutte écologique tant pour le climat que pour la biodiversité, la PPÉ renonce à la cible 2030 de réduction des GES de 55% qui était la sienne dans la plateforme de 2022. Pire, le parti se rallie à la cible gouvernementale de 37.5% que les écologistes bien au fait des rapports du GIEC ont toujours déclaré comme totalement insuffisante. De dire le Front commun pour la transition énergétique dans sa feuille de route Québec Zen, « cette cible n'est pas assez ambitieuse pour permettre au Québec de faire sa juste part dans l'effort planétaire vers la carboneutralité. » Même pour la redistribution de la richesse indispensable non seulement pour la justice sociale mais aussi pour s'attaquer à l'énergivore consommation effarante des riches de ce monde comme l'ont démonté maints rapports d'Oxfam, le compte de la PPÉ n'y est pas. Et encore plus pour contrôler la propriété et canaliser les profits qui en découlent vers cette construction de la société du soin et du lien. Cette société réduit la production matérielle au strictement nécessaire besoins vitaux contemporains et au bon fonctionnement des services publics radicalement approfondis et étendus. Financer ce tournant social majeur mais surtout bloquer les grands projets inutiles et ruineux tels centres de données, filière batterie, industrie de guerre, métros, trains aériens (REM), barrages, champs éoliens exige l'essentielle gestion bancaire publique de l'épargne nationale. Il n'est nullement question dans la PPÉ. Ne pas le faire conduit à « l'austoritarisme » permanent du seul fait de l'inévitable riposte populaire à cette accumulation capitaliste grassement soutenue par l'État et aux dépens des services publics et des programmes sociaux.

Une base sociale Solidaire en dissonance avec le discours ‘travailleuse et travailleur' ?

Étant donné le succès électoral de la radicalité social-démocrate, dite « socialiste » dans le contexte étatsunien, de Zohran Mamdani élu comme maire de New-York, on est éberlué que la direction de Québec solidaire ne suive pas cette voie elle qui n'en a que pour la voie électorale. La leçon politique de l'élection de Mamdani n'est-elle pas que la polarisation socio-économique de la société en est rendue au point qu'elle entraîne sa polarisation politique, en un mot que les centres gauche et droit se vident de leurs électorats. L'évolution du monde est témoin. C'est dire à quel point la direction Solidaire, et une bonne partie de sa base semble-t-il, se conforte au centre-gauche quitte à donner raison aux sondages défavorables. Comment expliquer ce mystère ? Est-ce la composition de la base sociale militante du parti particulièrement celle en haut de la pyramide ? Serait-elle moins travailleuse et travailleur que petite-bourgeoise (et col blanc sécurisé) pas riche mais instruite de ce savoir académique ou administratif qui raffermit le réformisme modéré et rend allergique à la radicalité et aux ruptures ?

L'embêtant est que cette fraction de classe, base du parti, est au Québec tendanciellement indépendantiste, ce qui est une rupture non banale soit celle d'un relativement important pays impérialiste membre du G-7. Il y a une forte contradiction entre le caractère centre-gauche de la PPÉ et son engagement indépendantiste car la réalisation de la PPÉ centre-gauche ne requiert nullement l'indépendance. Une attitude prudente, pour ne pas dire centriste, pour un parti de centre-gauche serait d'ignorer cette tendance ou pour le moins de l'édulcorer dans un discours ronflant mais édenté. C'est peut-être ce que tentera de faire Québec solidaire durant la campagne électorale, malgré sa plateforme, si on en juge par son discours politique actuel quasi silencieux sur cet enjeu. Après tout, une bonne partie de l'électorat Solidaire, à distinguer de sa base, est composé de progressistes non indépendantistes. Sans compter que le trumpisme guerrier raffermit les hésitations de l'électorat sur cet enjeu. Le problème c'est la compétition avec le PQ qui convoite en partie la même base indépendantiste après avoir failli disparaître pour avoir marginalisé l'indépendance. Pourtant, dans la conjoncture actuelle, le PQ pourrait se casser les dents en la prônant. À bon escient, les Solidaires opposeront l'inclusivité à l'identitarisme du PQ. Mais ça ne sera pas suffisant pour que l'électorat embarquer dans un tel projet risqué. Surtout si l'indépendantisme devient la question de l'urne, la navigation à vue du PQ et Solidaire sur une mer turbulente profiteront aux Libéraux et peut-être à la CAQ.

Pour une plateforme de rupture socio-écologique en diapason avec celle indépendantiste

La seule façon de s'en tirer, hors opportunisme qui accorde l'indépendance au trumpisme, serait de faire de la PPÉ une plateforme de rupture écologique et socio-économique en diapason avec celle indépendantiste. Cet indépendantisme de gauche rejette celui vengeur du PQ s'en prenant aux personnes racisées par des allusions mesquines et trompeuses au sujet de l'immigration. Serait en mesure d'accéder à une économie du soin et du lien en décroissance matérielle un Québec inclusif débarrassé du poids mortuaire de l'extractivisme pétrogazier et tout-électrique soutenu par la finance privée de Toronto et celle publique d'Ottawa auxquelles participent les sous-fifres québécois. Le Québec se délesterait de l'auto solo en faveur d'un système de transport en commun mur à mur et d'un complément d'autopartage communautaire. La production nationale de bois, d'aluminium et d'acier sera embrigadée dans une corvéehabitation de mise à niveau écoénergétique du déjà bâti et de construction très majoritaire de logements sociaux à consommation d'énergie quasi zéro. Puisant dans le gisement de « négawatts » des bâtiments rénovés et rejetant les énergivores centres de données pour le nuagique qui accapare les données personnelles et pour l'aliénante intelligence artificielle, il ne sera pas nécessaire d'augmenter de 50 % la production électrique à un coût faramineux sauf marginalement celle solaire couvrant les bâtiments. Ainsi, l'économie du Québec ne sera plus soumise au chantage des affairistes étatsuniens et canadiens. Quant à l'alimentation, soulagée pour l'essentiel de la production carnée et laitière, l'agriculture biologique québécoise sera en mesure de nourrir son monde pour l'essentiel. D'amicaux rapports internationaux avec les pays non impérialistes, surtout du Sud, permettront d'y exporter pour importer ce qui manque.

Marc Bonhomme, 21 mars 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

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Blocage du détroit d’Ormuz et inflation : à quoi s’attendre ici ?

24 mars, par Bruno-Pierre Guillette — , , ,
Depuis le 28 février 2026, Israël et les États-Unis bombardent l'Iran. Le régime iranien y répond par ses missiles et ses drônes. La pression est vive sur les installations (…)

Depuis le 28 février 2026, Israël et les États-Unis bombardent l'Iran. Le régime iranien y répond par ses missiles et ses drônes. La pression est vive sur les installations militaires et économiques dans le golfe Persique et plus particulièrement dans le détroit d'Ormuz où l'armée iranienne paralyse le transport maritime. Des dizaines de cargos ont été attaqués forçant plusieurs armateurs à mettre leurs navires à l'arrêt.

Le détroit d'Ormuz est un passage commercial névralgique pour le commerce mondial. C'est 20% du pétrole, 20% du gaz naturel liquéfié, 1 tiers des fertilisants et 1 tiers de l'hélium, « gaz critique pour les fabricants de puces électroniques » (1), qui transitent par le détroit. Cela impacte également plusieurs autres produits comme l'aluminium.

« Plus importante perturbation de l'offre de toute l'histoire »

Dans son rapport du 12 mars 2026, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) soutient que « la guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l'offre de toute l'histoire du marché pétrolier mondial » (2). Pour tenter d'équilibrer l'offre sur le marché, plusieurs pays se départissent d'une partie de leurs réserves stratégiques pour tenter d'artificiellement maintenir l'offre et éviter la flambée des prix du baril. Cette manœuvre a sans doute ralenti la hausse, mais ne l'empêche pas.

L'impact au Canada se fait déjà ressentir, non seulement par l'augmentation du prix du litre d'essence, mais également sur le prix des engrais. Deux facteurs qui touchent durement les agriculteurs.trices et vont fortement contribuer à alimenter l'inflation alimentaire.

Dans une étude de Desjardins (3), ne tenant pas compte de la guerre en Iran, publiée le 5 mars 2026, l'inflation alimentaire allait rester à la hausse au moins jusqu'à la fin de 2026. Avec la guerre, la poursuite et l'accentuation de l'inflation alimentaire est une certitude.

L'augmentation du prix du pétrole va entraîner à la hausse l'ensemble des prix, mais il est difficile d'en déterminer son ampleur. Lors de la dernière poussée inflationniste, il y avait deux causes majeures : le bouleversement du commerce international dû aux fermetures pendant la pandémie et la guerre en Ukraine forçant une complète réorganisation des chaînes d'approvisionnements pour plusieurs produits clés. Les autorités politiques et économiques avaient été lentes à réagir, endormies par des décennies d'inflation stable.

Cela est différent cette fois-ci et, dès les premiers jours du conflit, les dangers d'une reprise de l'inflation étaient sur toutes les lèvres.

Selon le communiqué de laBanque du Canadadu 18 mars 2026 (4), la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada nuit à la croissance. En février, l'IPC est de 1,8% et est en voie de stabilisation depuis plusieurs mois. Sans le blocage du détroit d'Ormuz causé par la guerre, elle aurait probablement baissé son taux directeur pour stimuler l'économie canadienne. Sa décision de maintenir son taux directeur aujourd'hui s'explique par une crainte de stagflation. C'est-à- dire un ralentissement économique créant du chômage jumelé à une augmentation des prix.

Dans l'histoire récente, toutes les poussées inflationnistes ont été causées par une crise pétrolière (1973, 1979, 2022). Tous les experts s'attendent à voir une poussée inflationniste dans les prochains mois. Le débat ne porte pas sur son arrivée, mais sur sa durée et son ampleur.

Est-ce que le conflit va durer des mois, voire plus ? Combien de temps faudra-il pour sécuriser le détroit après le conflit (les mines) ? Considérant les retards de livraison, combien de temps faudra-t-il pour rattraper le temps perdu ? Les dégâts causés aux installations pétrolières du golfe Persique (incluant en Iran) vont-ils avoir un impact important sur le prix du baril ? Même si la République islamique d'Iran s'écroule rapidement, va–t-il rester des poches de résistance suffisamment organisées pour continuer de menacer les cargos et les installations pétrolières ?

Toutes ces incertitudes, et plusieurs autres, sont en soi inflationnistes. Pour garantir le maintien de leurs marges de profits, les compagnies vont refiler toutes les hausses des intrants réels ou prévisibles sur les prix et d'autres vont, comme en 2022, profiter de la pagaille pour également monter leurs prix pour augmenter leurs profits.

Sans volonté politique ferme pour contrôler les prix, il faut s'attendre à des phénomènes de greedflation, réduflation et de déqualiflation.

« Trump fait des conneries et moi j'en subis les conséquences » (5)

Nous commencions à reprendre notre souffle depuis la dernière poussée inflationniste qu'une autre s'en vient. Cela n'empêche nullement Donald Trump de dormir.

Il a affirmé jeudi le 12 mars que « Les États-Unis sont de loin le plus grand producteur de pétrole au monde, donc lorsque les prix du pétrole augmentent, nous gagnons beaucoup d'argent ». De quel « nous » parle-t-il ? De la classe ouvrière qui va voir, encore, son pouvoir d'achat s'éroder pour une opération militaire, non seulement illégale, mais complètement bâclée, ou les pétrolières américaines et la classe des milliardaires ?

Pour préserver les profits de la bourgeoisie, c'est la classe ouvrière qui doit payer ? Tout cela est normal, il n'y a rien à dire ?

Que faire ?

Certains poussent pour l'abolition de certaines taxes, comme la taxe carbone. Ces taxes sont effectivement plus durement ressenties par la classe ouvrière, mais c'est un couteau à double tranchant.

La classe ouvrière est dépendante des services publics pour survivre. Réduire les revenus de l'État en période de crise limite son action. Le débat doit davantage porter sur une meilleure utilisation de l'argent disponible ou sur la façon d'aller chercher l'argent ailleurs que dans les poches de la classe ouvrière.

Une abolition de taxe a comme effet de permettre aux entreprises de subtilement augmenter leurs prix, comme elles l'ont fait dans le passé (6). De plus, pourquoi l'État devrait-il sacrifier ses revenus pour une crise causée par la bourgeoisie ? C'est de sa faute, c'est elle qui doit payer.

La meilleure campagne à ce sujet en ce moment est la campagne de Québec solidaire pour « faire baisser le prix de l'épicerie », mais sa dernière revendication (« Étudier la possibilité de plafonner les marges de profit des grandes marques d'épicerie ») doit s'harmoniser avec les campagnes des autres partis de gauche dans le monde, tels queLa France insoumise (LFI) et le Parti du Travail de Belgique (PTB), qui demandent aujourd'hui le blocage des prix du carburant. Il faut étendre cette logique et mettre de l'avant une politique de contrôle des prix comme durant la Deuxième Guerre mondiale.

Dans la dernière entente du Front commun du secteur public, une clause d'indexation a été intégrée. Nous allons probablement en avoir besoin cette fois-ci. Belle occasion pour organiser une large mobilisation intersyndicale pour se préparer à faire respecter cette clause, ancrer solidement cette demande chez les membres pour la maintenir en vie lors de la prochaine négociation et populariser cette revendication dans l'ensemble de la classe ouvrière.

Depuis la pandémie, la question environnementale a été reléguée très loin dans les priorités. La hausse des prix du pétrole est une opportunité à saisir pour la remettre à l'avant-plan avec un programme de revendications pour mettre fin à notre dépendance au pétrole par le déploiement d'initiatives visant l'autonomie énergétique et l'électrification du transport de marchandises. Investissements plus positifs pour l'avenir de l'humanité que de s'embarquer dans une hausse de nos dépenses militaires comme c'est le cas en ce moment.

Bruno-Pierre Guillette, 19 mars 2026.


Sources :

1) Le Monde, « Guerre au Moyen-Orient : les fabricants de semi-conducteurs s'inquiètent pour leur approvisionnement en hélium », 12 mars 2026.
2) International Energy Agency (IEA), « Oil Market Report - March 2026 », 12 mars 2026.
3) Desjardins, « L'inflation alimentaire redescendra-t-elle en 2026 ? », 5 mars 2026.
4) Banque du Canada, « La Banque du Canada maintient le taux directeur à 2¼ % », 18 mars 2026.
5) Opinion d'un chauffeur Uber en entrevue avec le Journal de Montréal, « Répercussions de la guerre : en route vers 2$ le litre d'essence », 16 mars 2026.
6) La Presse, « Congé de TPS : la pire fausse bonne idée de l'année », 28 novembre 2024.

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Baisse des cotisations du RQAP : une occasion manquée d’innover

24 mars, par Collectif petite enfance — , ,
Montréal, le 17 mars 2026 - Au moment où un article du Devoir met en lumière certaines décisions récentes entourant le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), le (…)

Montréal, le 17 mars 2026 - Au moment où un article du Devoir met en lumière certaines décisions récentes entourant le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), le Collectif petite enfance rappelle que la diminution répétée des taux de cotisation – pour une baisse totale de 23% ou plus d'un milliard de $ dans les dernières années – représente une occasion manquée d'améliorer un régime qui constitue pourtant l'une des plus importantes innovations sociales du Québec.

Depuis sa création, le RQAP permet à des milliers de familles de mieux concilier parentalité et travail, contribuant directement au développement des tout-petits. Des données récentes démontrent d'ailleurs que le régime fonctionne bien et demeure largement utilisé par les familles québécoises.

En 2023, les familles prestataires du RQAP ont utilisé en moyenne 96 % des semaines de prestations auxquelles elles avaient droit. La proportion de couples partageant les semaines de prestations est quant à elle passée de 26,5 % en 2019 à 44,2 % en 2023. L'implication des pères et des coparents continue donc de progresser. « Ces résultats montrent que les mesures prévues au RQAP sont un succès et qu'elles répondent à un besoin réel des familles québécoises. C'est justement parce qu'il fonctionne bien que nous devons continuer de l'améliorer », affirme Elise Bonneville, directrice du Collectif petite enfance.

Une occasion manquée d'innover

Pour le Collectif petite enfance, la décision de réduire les cotisations au régime limite la capacité du Québec de continuer à faire évoluer cette politique familiale. Il faudrait plutôt geler les cotisations au taux précédent afin d'investir les surplus dans l'amélioration de dimensions importantes du programme, en soutenant davantage les familles qui vivent nécessairement une période de vulnérabilité financière lors de l'arrivée d'un enfant.

« La naissance d'un enfant représente un moment de grande joie, mais aussi un moment de fragilité financière pour plusieurs familles. Plutôt que de réduire les cotisations, nous croyons que ces surplus devraient servir à améliorer le régime afin qu'il réponde encore mieux aux besoins des parents et des tout-petits », souligne Elise Bonneville.


Six pistes pour améliorer le régime

Dans un mémoire récemment préparé sur l'avenir du RQAP, le Collectif petite enfance propose six recommandations visant à renforcer l'impact du régime pour les familles et les tout-petits.

Parmi celles-ci :

Bonifier le montant des prestations pour mieux supporter les familles les plus vulnérables, assurer une meilleure continuité des revenus familiaux et ainsi réduire le choc financier associé au congé parental ;

élargir l'accès au programme pour toutes les familles impliquées dans un projet de naissance, notamment pour les parents vivant un deuil périnatal et pour les familles ne pouvant pas y cotiser.

augmenter le nombre de semaines réservées aux pères ou aux coparents afin d'atteindre la moyenne des pays de l'OCDE, soit dix semaines.

Le Collectif propose également de se donner les moyens de mieux comprendre pourquoi certaines familles n'utilisent pas le régime, d'élargir l'accès au RQAP afin qu'il bénéficie à toutes les familles qui accueillent un enfant, ainsi que de mieux soutenir les parents vivant un deuil périnatal.

« Le RQAP est une réussite et il fait partie intégrante de la politique familiale du Québec. La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il faut le maintenir tel qu'il est, mais plutôt comment nous pouvons continuer à l'améliorer pour mieux soutenir les familles, puis favoriser le mieux-être et le développement du plein potentiel des tout-petits. Rappelons que l'ensemble du Régime, ses prestations et sa gestion, se fait à coût nul pour l'État, puisqu'il est financé par les cotisations des travailleurs et des employeurs », conclut Elise Bonneville.

Des inquiétudes quant à la gouvernance du régime

Le Collectif s'inquiète également des changements souhaités par le gouvernement en ce qui a trait à la gouvernance du régime, notamment, l'abolition du Conseil de gestion de l'assurance parentale (CGAP), visée par le projet de loi no 7. Le CGAP constitue un lieu important pour l'amélioration continue du programme et l'atteinte de consensus au sein de la société civile.

C'est entre autres grâce à cette gouvernance spécifique qui rassemble une diversité d'acteurs – organismes, syndicats, employeurs – que l'on peut considérer le RQAP comme faisant partie des grandes innovations sociales du Québec.

À propos du Collectif petite enfance

Le Collectif petite enfance regroupe 23 organisations partenaires œuvrant auprès des tout-petits et de leurs familles. Il agit comme porte-voix des enfants de 0 à 5 ans au Québec et vise la mise en place des conditions de succès assurant leur développement, leur bien-être et leur avenir, du début de la grossesse jusqu'à l'âge de 5 ans.

www.collectifpetiteenfance.com

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La P-38 n’est pas une loi sur la criminalité

24 mars, par Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) — , ,
MONTRÉAL, 9 mars 2026 — À la suite de l'article de Megan Foy dans La Presse – Des intervenants réclament la révision de la loi p-38[1], l'Association des groupes d'intervention (…)

MONTRÉAL, 9 mars 2026 — À la suite de l'article de Megan Foy dans La Presse – Des intervenants réclament la révision de la loi p-38[1], l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), tient à rappeler le cadre réel de la loi P-38 – Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui est essentiel pour éviter les amalgames qui circulent actuellement dans l'espace public.

Cette loi québécoise n'est pas une loi criminelle et n'a jamais été conçue pour contrôler la criminalité. Elle vise une situation bien précise : permettre l'évaluation psychiatrique d'une personne lorsqu'il existe des motifs sérieux de croire que son état mental représente un danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui.

Les actes criminels, eux, relèvent d'un tout autre cadre juridique, soit celui du Code criminel du Canada. Autrement dit, la P-38 appartient au système de santé et de protection civile, pas au système pénal.

Mélanger violence et santé mentale : une fausse piste

Utiliser un acte criminel violent pour remettre en cause la P-38 revient à confondre deux réalités complètement différentes.

« La P-38 n'a jamais été un outil de prévention du crime. C'est une mesure exceptionnelle qui permet une évaluation psychiatrique urgente. Ce n'est pas une loi pour gérer la violence criminelle » martèle François Winter, porte-parole de l'AGIDD-SMQ.

Cette confusion entretient aussi un problème bien connu : l'association automatique entre santé mentale et violence. Or, dans le débat actuel, on observe presque le phénomène inverse ; parce qu'une personne a un historique de violence, on présuppose qu'elle devait forcément avoir un problème de santé mentale.

« Si on suit cette logique, tous les criminels auraient un problème de santé mentale et tous auraient dû être placés sous P-38 pour prévenir leurs actes. C'est évidemment absurde » relate Nancy Melanson, responsable sociopolitique de l'AGIDD-SMQ.

Un enjeu criminel, pas nécessairement psychiatrique

Les informations rendues publiques dans cette affaire évoquent surtout un historique de comportements violents et criminels. Si des questions doivent être posées, elles concernent possiblement le suivi judiciaire de ces comportements, et non l'absence d'une intervention psychiatrique.

« Transformer un problème de violence criminelle en problème de santé mentale ne règle rien. Cela déplace simplement la question » ajoute François Winter.


L'instrumentalisation des tragédies

Chaque fois qu'un acte violent survient, il devient tentant de l'expliquer par la santé mentale. Pourtant, la violence existe aussi comme phénomène criminel et social, indépendamment des troubles mentaux.

« À chaque drame, on cherche un lien avec la santé mentale sans examiner sérieusement la question de la violence elle-même » ajoute Nancy Melanson.

Dans ce contexte, cet acte de violence tragique, au centre de l'actualité, risque de devenir un exemple instrumentalisé pour soutenir des propositions politiques qui n'ont que peu de lien avec la situation réelle.

« On ne peut pas utiliser chaque tragédie comme prétexte pour élargir des mesures de contrainte en santé mentale. Ce type d'amalgame nous fait reculer vers une logique d'institutionnalisation et de contrôle qui appartient à une autre époque » conclut François Winter.

En terminant, les événements tragiques exigent évidemment des réponses sérieuses. Mais ces réponses doivent s'appuyer sur une compréhension exacte des lois et des réalités en jeu.

La loi P-38 – Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui n'a jamais été un outil de gestion de la criminalité. L'associer à un acte violent relevant du Code criminel du Canada entretient des amalgames nuisibles et contribue à stigmatiser inutilement les personnes vivant avec un problème de santé mentale.

[1]https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-03-15/meurtre-dans-un-depanneur-a-montreal/des-intervenants-reclament-la-revision-de-la-loi-p-38.php?sharing=true

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La défense collective des droits vendue pour 20 000 piastres !

24 mars, par Collectif — , ,
Montréal, le vendredi 13 mars 2026 – Une mobilisation du milieu communautaire a eu lieu ce matin devant le bureau de la ministre responsable de la Solidarité sociale et de (…)

Montréal, le vendredi 13 mars 2026 – Une mobilisation du milieu communautaire a eu lieu ce matin devant le bureau de la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, Mme Chantal Rouleau, pour réclamer un recul immédiat sur le PL 7.

Une lettre signée par près de 300 organismes a aussi été envoyée hier à la Présidente du Conseil du Trésor du Québec, Mme France-Élaine Duranceau, à Mme Rouleau et aux représentant·es des principaux partis politiques, avec le même objectif.

L'adoption de ce projet de loi pourrait porter gravement atteinte à l'indépendance des organismes communautaires autonomes, dont ceux en défense collective des droits (DCD), et miner l'une des plus innovantes expressions de démocratie citoyenne que nous avons au Québec.

Une fusion de fonds qui n'a rien d'anodin

Le 25 février dernier, Mme Duranceau a confirmé sa volonté de poursuivre la fusion du Fonds d'aide à l'action communautaire autonome (FAACA) et du Fonds québécois aux initiatives sociales (FQIS). Présentée comme une banale simplification administrative, cette manœuvre politique est en vérité une grave atteinte à l'autonomie de plus de 350 organismes en défense collective des droits, affaiblissant ainsi l'ensemble de l'action communautaire autonome.

Le FAACA existe depuis 1996. En 2001, la Politique de reconnaissance de l'action communautaire (PRAC) consolide celui-ci dans son mandat de financer la défense collective des droits comme instance indépendante des ministères. Cette indépendance permet aux groupes de défendre les droits de la population et de dénoncer les politiques et les décisions de l'État qui vont à leur encontre.

Le FQIS, lui, relève d'une autre loi, d'une autre mission. Ce n'est pas un outil de protection de l'autonomie politique du communautaire. Fusionner ces fonds, c'est mélanger des objectifs incompatibles.

Aucune écoute

L'absence d'écoute et de collaboration nous interroge sur les réelles motivations du gouvernement. Est-ce qu'il souhaite contrôler le travail quotidien des organismes en faisant fi de leur autonomie ? La question est pertinente étant donné les autres lois déposées ces derniers temps visant à limiter la capacité d'intervention des organismes de la société civile.

Poussée par les questions des partis d'opposition, la ministre a fini par admettre que l'économie réalisée par cette fusion est pratiquement nulle. Un tiers de poste à temps complet par année. Autour de 20 000 $ !

Lors de notre récente semaine de mobilisation pour la défense collective des droits, nous disions que nous valions plus qu'une tape dans le dos afin d'illustrer que l'appui du gouvernement à notre secteur se limite souvent à de belles paroles. La réponse du gouvernement avec ce projet de loi 7 fait l'effet d'une gifle au visage.

Le gouvernement tourne le dos à 30 ans de relations avec le mouvement communautaire autonome — un modèle unique au monde, qui fait l'envie des milieux associatifs de plusieurs pays et permet aux Québécois et Québécoises de défendre leurs droits via des organismes qu'ils ont eux-mêmes créés.

De son côté, la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, Mme Chantal Rouleau, est aux abonnés absents, et ignore toute tentative de dialogue, en refusant coup après coup de rencontrer les instances mandatées. Elle participe à cet effacement d'un pan complet de notre histoire — des acquis obtenus par plus d'une décennie de luttes.

Le PL 7 n'est pas encore adopté. Il n'est pas trop tard pour faire amende honorable. Nous en appelons aussi à la prochaine ou au prochain premier ministre, Mme Fréchette et M. Drainville, mais également à l'ensemble des élus. Nous tenons au respect de notre autonomie !

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Un paradigme fiscal désuet, une fiscalité à réformer

24 mars, par Renée-Claude Lorimier, Wedad Antonius — , , ,
Dans le rapport de janvier 2026 de l'Observatoire québécois des inégalités, Geoffroy Boucher écrivait que les PDG des 21 plus grandes entreprises québécoises « … ont gagné 62 (…)

Dans le rapport de janvier 2026 de l'Observatoire québécois des inégalités, Geoffroy Boucher écrivait que les PDG des 21 plus grandes entreprises québécoises « … ont gagné 62 795 $ en 8,8 heures, soit ce qu'un travailleur ou une travailleuse moyen gagne en une année au Québec. Cette rémunération tient compte des salaires, mais également de différentes primes telles que les bonus en argent et les options d'achat d'actions1. »

Tandis que la richesse se concentre de plus en plus entre quelques mains, la pauvreté s'accroît à un rythme effarant. Des milliers de personnes n'ont plus les moyens de se nourrir adéquatement, de se loger, et de manière générale de répondre à leurs besoins de base et à ceux de leur famille.

Pourquoi une réforme fiscale ?

La fiscalité est un des outils les plus puissants pour renflouer les coffres du gouvernement, afin de maintenir un filet social fort et d'assurer la justice sociale. Cependant, depuis plusieurs décennies, nos décideurs se basent sur trois paradigmes qui s'avèrent aujourd'hui complètement désuets. Le premier suppose qu'en permettant aux riches de s'enrichir, c'est toute la société qui prospère par la magie du « ruissellement » de la richesse de haut en bas… cette théorie s'est avérée avec les années complètement farfelue : les écarts de richesse n'ont jamais été aussi élevés !

Le deuxième paradigme stipule que l'équilibre budgétaire ne peut être atteint que par la baisse des dépenses et surtout pas par l'augmentation des revenus des revenus : « Remettre l'argent dans les poches des Québécois » est le slogan de toute campagne électorale… Dans cet esprit, chaque baisse d'impôt est perçue comme une bonne nouvelle. Toutefois, le manque à gagner qui en résulte conduit le gouvernement à adopter des politiques austéritaires, à réduire les services publics, ce qui entraine l'appauvrissement de la population… De fait, l'IRIS évalue que les baisses d'impôt successives des années 2018-2023 ont entrainé des pertes récurrentes de près de 4,1 milliards de $ pour le gouvernement québécois.2

Selon le troisième paradigme, il suffit d'augmenter la progressivité de l'impôt pour s'attaquer au problème des inégalités… Or, aujourd'hui, les fortunes colossales détenues par les mégariches sont moins liées à leurs revenus qu'aux gains en capitaux qui leur permettent après année d'augmenter leur patrimoine à une vitesse fulgurante. Ainsi, une poignée de rentiers vivent uniquement des dividendes qu'ils peuvent tirer de leurs investissements. D'après l'Observatoire des inégalités : « … les entreprises canadiennes ont versé un total de 341,5 milliards de dollars à leurs actionnaires en 2023, contre 64,4 milliards en 2003. Il s'agit d'une augmentation de 431 % en 20 ans ». Ce même rapport ajoute : « Au Québec, en 2023, les familles faisant partie des 10 % les plus riches captaient, à elles seules, près de la moitié de la richesse (45,6 %), contre seulement 4,3 % pour les 40 % les plus pauvres »3.

Nous croyons, comme le groupe Millionnaires Patriotes, qu'il est temps que les ultrariches contribuent au même titre que tous et toutes au financement de services publics universels, gratuits et de qualité.

Par ailleurs, une réforme de notre politique fiscale s'impose afin de répondre aux multiples crises actuelles : dérèglements climatiques, insécurité alimentaire, pénurie de logements et protection contre le pouvoir des milliardaires qui, de plus en plus, dictent les politiques des États4.

Pistes de solution

Plusieurs organismes5 proposent des mesures qui rendraient notre fiscalité plus équitable et rapporteraient des milliards de dollars dans les coffres du gouvernement. Nous en retiendrons trois :

1 Taxer la fortune : Malgré la croissance fulgurante du patrimoine des ménages les plus aisés ces dernières années6, ni le Canada ni le Québec ne taxent la fortune des plus nantis, contrairement à d'autres pays. Afin que chacun paie sa juste part, il faut, en plus d'imposer les revenus, taxer la richesse. Ceci importe d'autant plus que la situation actuelle permet aux ménages fortunés qui vivent de leurs rentes de réduire pratiquement à néant leur contribution à la richesse collective. L'IRIS propose une taxe progressive qui rapporterait au gouvernement 6,8 milliards de dollars annuellement7.

2 Augmenter la taxe sur les gains en capital pour les entreprises et les particuliers : Actuellement, les gains en capital ne sont imposés qu'à 50 % (alors que les salaires des contribuables sont imposés à 100 %). Le PM Justin Trudeau avait proposé une timide réforme faisant passer à 66,6 % le taux d'imposition de la tranche des gains en capital excédant 250 000 $. Cette mesure, qui aurait généré 19,4 milliards de recettes fiscales fédérales sur 5 ans8, a été annulée par le PM Mark Carney le 21 mars 2025, poussant le Québec à adopter la même politique fiscale. Ceci représente un manque à gagner de quelque 4 milliards pour la population québécoise9.

3 Augmenter les paliers d'imposition afin que les grandes fortunes contribuent à la société à la mesure de leur revenu. Le modèle proposé par l'IRIS, permettrait au gouvernement québécois de récupérer 3,2 G.10

À elles seules, ces trois mesures rapporteraient au Québec près de 14 milliards de dollars de façon récurrente, soit un montant bien supérieur au déficit actuel. Le Québec a les moyens de réaliser ses ambitions de justice sociale, mais il faudrait aller chercher l'argent là ou il se trouve.

Selon nous, ce n'est pas en nous dépossédant de nos services publics et en les privatisant que nous allons sortir de la crise actuelle. Il faut plutot collectiviser le financement, resserrer les mailles de notre filet social, miser sur un renforcement démocratique et favoriser l'égalité entre les citoyens et les citoyennes.

Wedad Antonius et Renée-Claude Lorimier, membres du CA d'Attac Québec

L'Action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et écologique (ATTAC Québec) — à l'origine Association pour la Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens) — est active dans une trentaine de pays à travers le monde et depuis 25 ans au Québec. Née de la volonté de rétablir un contrôle démocratique des marchés financiers et de leurs institutions, Attac Québec mène des actions variées visant la reconquête, par les citoyennes et les citoyens, du pouvoir démesuré que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et écologique.

Notes
1. https://observatoiredesinegalites.com/wp-content/uploads/2025/12/Article-Salaire-des-PDG-2026-1.pdf,
2.https://iris-recherche.qc.ca/communiques/reforme-impot-particuliers/
3.https://observatoiredesinegalites.com/un-tiers-des-actions-des-pdg-suffirait-a-couvrir-les-besoins-de-base/
4.https://oxfam.qc.ca/wp-content/uploads/Resister-au-regne-des-plus-riches-Davos-2026.pdf
5.Au Québec, les syndicats, l'Iris, Oxfam, la quarantaine d'associations membre de la Coalition Main Rouge (dont Attac-Québec) et Québec solidaire réclament haut et fort une réforme de la fiscalité.
6.https://observatoiredesinegalites.com/un-tiers-des-actions-des-pdg-suffirait-a-couvrir-les-besoins-de-base/
7.https://irisrecherche.qc.ca/publications/impotpatrimoine/#Proposition_de_lIRIS_un_nouvel_impot_sur_le_patrimoine
8. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2149481/carney-confirme-abandon-hausse-impot-gains-capital
9. Statistique Canada estime la part de l'économie du Québec à 20 % de celle du Canada.
10.https://www.journaldemontreal.com/2026/03/12/32g-de-recettes-supplementaires-liris-propose-de-taxer-les-plus-riches

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La grisaille politique

24 mars, par Jean-François Delisle — , ,
Le gouvernement caquiste vient de présenter son budget. Celui-ci se situe dans la droite ligne des budgets gouvernementaux d'inspiration néoconservatrice (et managériale), en (…)

Le gouvernement caquiste vient de présenter son budget. Celui-ci se situe dans la droite ligne des budgets gouvernementaux d'inspiration néoconservatrice (et managériale), en vogue depuis plus de quarante ans, avec diverses variations, mais l'austérité en demeure le point central.

Certes, le cabinet Legault va investir dans la rénovation des hôpitaux (qui en ont bien besoin) et appuyer les centres de dépannage alimentaire, mais il ne s'agit là que de diachylons sur des plaies sociales causées par des politiques restrictives et des années de négligence. On n'observe là aucun changement de cap par rapport aux orientations budgétaires antérieures, qu'elles soient péquistes ou libérales. C'est plutôt la consécration des politiques restrictives en vigueur puisque la multiplication des centres de dépannage alimentaire depuis des années et l'état de délabrement des centres hospitaliers sont le résultat de décennies de négligence et d'économies de bouts de chandelle de la part des gouvernements successifs depuis celui de René Lévesque, seconde et dernière manière (1981-1985). Si le Parti québécois de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) arrive au pouvoir le 5 octobre prochain, comme cela semble probable, rien ne changera sur ce plan, ou du moins, pas grand chose. Ce sera le changement dans la continuité. C'est plutôt la polémique fédéralistes-indépendantistes qui va rebondir.

Pourtant, l'écart croissant entre riches et pauvres (précisément illustré par la multiplication des centres de dépannage alimentaire et les friperies aussi) et le vieillissement de la population n'augurent rien de bon pour la suite des choses. En effet, dans ce dernier cas, plusieurs personnes âgées doivent se contenter de maigres prestations de retraite puisque durant les décennies 80 et 90, elles ont perdu leur emploi dans le cadre des compressions budgétaires inaugurées par le gouvernement Lévesque et plusieurs entreprises. Ce fut l'époque de la grande récession de 1982-1984, laquelle a entraîné un remodelage en profondeur et dans la longue durée du marché de l'emploi. La précarisation de l'emploi en effet a provoqué une baisse du niveau de revenu de bien des gens, qui n'ont jamais réussi à trouver ou à retrouver un emploi permanent ou du moins, de longue durée. La pauvreté de l'époque explique celle de certains retraités. Il faudrait donc que le gouvernement québécois se penche sur la question (ou plutôt le problème) de l'insuffisance des prestations provinciales de vieillesse et en rehausse la prestation de base. Cela n'apparaît même pas dans le budget d'Éric Girard, le ministre des Finances caquiste. Le prochain gouvernement s'en préoccupera-t-il ? C'est peu probable, à moins que des associations de personnes âgées ne fassent les pressions politiques nécessaires.

Le seul parti qui rompt avec les politiques néoconservatrices est bien entendu Québec solidaire, mais il est pris dans divers problèmes, surtout internes, ce qui a entraîné une baisse marquée dans les intentions de vote en sa faveur. Après avoir descendu à 6% d'intentions de vote, le dernier sondage indique qu'il est remonté à 9%. Il lui reste du chemin à parcourir avant d'atteindre les 15% d'octobre 2022. Le chemin est long et la pente assez raide encore.

Mais comme le dit le proverbe : « Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Jean-François Delisle

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