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Une nouvelle manière de concevoir des festivals

11 juillet, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Le festival Archipel de Kamouraska a démontré la possibilité de concevoir des festivals qui respects les lieux et (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Le festival Archipel de Kamouraska a démontré la possibilité de concevoir des festivals qui respects les lieux et l’environnement. En effet, les évènements artistiques se construisaient autour d’une même volonté, celles de créer des liens (…)

L’usine Ineos de Sarnia annonce sa fermeture à la suite d’une fuite toxique de benzène

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/Sarnia_Chemical_Valley-e1720639502122-1024x510.jpg11 juillet, par Southern Ontario Committee
Quelques semaines après la fermeture temporaire de l'usine Ineos Styrolution de Sarnia, en Ontario, en raison d'une fuite de benzène, l'entreprise a annoncé qu'elle mettrait (…)

Quelques semaines après la fermeture temporaire de l'usine Ineos Styrolution de Sarnia, en Ontario, en raison d'une fuite de benzène, l'entreprise a annoncé qu'elle mettrait définitivement fin à ses activités d'ici juin 2026. Un nombre important de personnes perdront leur emploi, car (…)

Tandis que Ford donne des fonds publics aux entreprises, des travailleurs veulent protéger leur emploi

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/qAe8Lnix.webp10 juillet, par Southern Ontario Committee
Depuis minuit le 5 juillet, plus de 9 000 travailleurs de la LCBO représentés par le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO) sont en grève, dans (…)

Depuis minuit le 5 juillet, plus de 9 000 travailleurs de la LCBO représentés par le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO) sont en grève, dans l'ensemble de la province. Les travailleurs ont voté à 97% en faveur d'un arrêt de travail pour réclamer une augmentation de (…)

Rien ne change pour les femmes incarcérées

9 juillet, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Rien ne change pour les femmes incarcérées

Joane Martel, professeure titulaire retraitée, École de travail social et de criminologie, Université Laval Des écrits scientifiques et des enquêtes gouvernementales de toutes sortes traitant de l’emprisonnement des femmes ont documenté, depuis le milieu du XIXᵉ siècle, la situation désastreuse et les besoins spécifiques des femmes emprisonnées au Canada. Or, malgré des appels répétés à une réforme émancipatrice, l’emprisonnement des femmes demeure stable et tenace. Cette durabilité s’inscrit dans l’émergence et la pérennisation d’une dépendance. [caption id="attachment_20057" align="alignright" width="330"] Femmes incarcérées : Inertie institutionnelle dans l’emprisonnement au Canada et au Québec Québec, Presses de l’Université Laval, 2023.[/caption]

L’acharnement carcéral du fédéral

Avant la fin du XVIIIᵉ siècle, les prisons hébergeaient les vagabond-e-s, les débitrices et débiteurs et autres malheureuses et malheureux en attente de leur punition officielle : leur châtiment corporel ou leur exécution. Plus tard, leur vocation devient, en soi, punitive. Dans le cadre de cette transformation, plusieurs versions de la prison moderne émergent, mais la plupart sombrent sous les émeutes, les évasions, les incendies et le désordre. Dans la première moitié du XIXᵉ siècle, le nouveau modèle de la prison de la ville d’Auburn dans l’État de New York fondera une toute nouvelle école de pensée sur l’emprisonnement. La nouvelle conception carcérale d’Auburn repose notamment sur le travail collectif (de type industriel) le jour, l’isolement la nuit venue et l’instruction religieuse. Se diffusant rapidement entre 1822 et 1860, le modèle carcéral auburnien devient le nouvel archétype aux États-Unis (Rubin, 2019). Il marque un moment décisif dans l’histoire des réformes pénales et son essor façonnera les innovations correctionnelles pendant des décennies. La plupart des prisons construites par la suite ont principalement été des variations du même modèle. L’ancrage graduel du système auburnien limita l’habileté des décisionnaires correctionnels à penser en dehors de la boîte.
Les femmes y endurent des conditions déshumanisantes telles que l’absence de rideaux de douche, la vermine et le manque d’accès aux produits d’hygiène et aux effets personnels [des conditions] condamnées par les universitaires, les groupes de défense et les médias comme étant des violations des droits humains.
La Prison des femmes (1934) située à Kingston en Ontario est le seul pénitencier fédéral destiné aux femmes jusqu’en 1995. Il a été érigé sur la base des connaissances du modèle auburnien qu’avait acquises la direction du pénitencier de Kingston destiné aux hommes (ouverture en 1835) ainsi qu’à partir des expertises ouvrières développées par les prisonniers ayant eux-mêmes participé partiellement à sa construction. On assiste ici à un effet d’entraînement, où les autorités correctionnelles font quelque chose parce que d’autres autorités correctionnelles, ailleurs, le font également. Dès l’avènement de la prison moderne au XIXᵉ siècle, maintes enquêtes publiques et gouvernementales soulignent, au Canada et ailleurs, les délits mineurs, l’absence de dangerosité et la faible récidive d’une grande majorité de femmes incarcérées. On y dénonce aussi les conditions de vie insalubres des espaces où elles sont détenues. Néanmoins, ce n’est qu’en 1990 qu’une deuxième période de remous institutionnels se produit, des remous similaires à ceux qui engendrent la prison de type auburnien dans la première moitié du XIXᵉ siècle. En 1990, ce nouveau tournant invite les services correctionnels à imaginer l’emprisonnement des femmes à l’extérieur du sillon déjà tracé par le modèle auburnien. Le rapport fédéral La création de choix proposa, pour les femmes, la construction d’établissements décentralisés, à sécurité minimale et de style cottage (maisonnettes). Leur gestion devait être fondée sur des principes féministes, holistiques et discordants du modèle auburnien. La création de choix inaugure une toute nouvelle trajectoire correctionnelle, un éloignement des sentiers battus. Pourtant, des incohérences apparaissent entre la vision proposée dans La création de choix et sa mise en œuvre. Parmi ces incohérences, on note la construction d’unités à sécurité maximale au sein d’établissements originalement prévus comme étant à sécurité minimale, et la négligence des stratégies communautaires, pourtant l’un des cinq principes porteurs de la vision de La création de choix. Ainsi, bien que La création de choix ait constitué un éloignement du sentier qui dominait depuis le XIXᵉ siècle, sa mise en œuvre atrophiée a maintenu l’emprisonnement des femmes dans l’attraction gravitationnelle du sentier auburnien alors hégémonique.

L’acharnement carcéral du Québec

Les autorités correctionnelles québécoises ont développé une dépendance au sentier auburnien similaire à celle des autorités fédérales. En 2015, dans une décision unilatérale et inattendue, le ministère de la Sécurité publique du Québec annonce la fermeture de l’établissement Tanguay, sa plus grande prison provinciale destinée aux femmes, en raison de sa décrépitude. Dès 2016, les prisonnières sont déplacées vers l’établissement Leclerc, un ancien pénitencier pour hommes à sécurité moyenne, que les autorités correctionnelles fédérales avaient fermé en raison de son délabrement. Les femmes y endurent des conditions déshumanisantes telles que l’absence de rideaux de douche, la vermine et le manque d’accès aux produits d’hygiène et aux effets personnels. Ces conditions d’incarcération seront condamnées par les universitaires, les groupes de défense et les médias comme étant des violations des droits humains. Depuis 2016, comptes-rendus et rapports abondent sur les mauvaises conditions subies par les prisonnières à la prison Leclerc. Une vingtaine d’années auront suffi pour que le traitement réservé aux femmes à la prison Leclerc se loge à l’extérieur de l’attraction gravitationnelle de l’innovation fédérale qu’était La création de choix (1990). Les autorités correctionnelles québécoises ne furent alors pas animées par son paradigme ni par l’enthousiasme intellectuel et politique qui en découla. Or, le transfert vers la prison Leclerc constituait un aménagement temporaire duquel un projet plus permanent devait naître. Il avait donc le potentiel de bouleverser le modèle d’emprisonnement hégémonique dans lequel les services correctionnels étaient verrouillés et de bifurquer vers un imaginaire sortant des sentiers battus. Le ministère de la Sécurité publique aurait pu 1) emprunter au passé et construire une prison inspirée du type auburnien ou des principes de La création de choix ; 2) dupliquer le présent en reproduisant, dans une future installation, les conditions carcérales actuelles à la prison Leclerc ; 3) imaginer une avenue réformiste projetant des appartements satellites ou des services professionnels bien pourvus en matière de surveillance en collectivité ; ou 4) envisager son propre désengagement au profit d’organismes communautaires offrant, en amont de l’incarcération, des services en relation d’aide tels des centres de traitement ou des centres de jour multidisciplinaires.
Les autorités correctionnelles maintiennent donc leur dépendance envers la prison, qu’elle soit de style auburnien ou cottage.
Au Québec, en 2020-2021, un peu plus de 50 % des femmes ont reçu, cumulativement, une peine de moins d’un mois de prison, et près de 80 % une peine de moins de six mois pour des délits tels que le défaut de se conformer à une ordonnance de probation, l’omission de respecter un engagement et la possession de stupéfiants dans le but d’en faire le trafic. Un tel état de situation aurait pu susciter une remise en question de l’incarcération même de ces femmes. Or, les autorités correctionnelles québécoises encouragent plutôt la construction d’une nouvelle infrastructure carcérale, bien qu’inspirée du style cottage, sans périmètre de sécurité et centrée sur les femmes, telle que promue dans La création de choix. Estimée à 400 millions de dollars, la nouvelle prison ne doit ouvrir ses portes qu’en 2030, laissant, dans l’intervalle, les femmes sans mesures d’atténuation de leurs conditions d’incarcération à l’établissement Leclerc. La nouvelle prison provinciale serait axée sur la responsabilisation et l’insertion sociale, comme le suggérait déjà La création de choix en 1990. Toutefois, elle comprendrait un périmètre de sécurité et des technologies numériques contribuant au maintien des liens familiaux, mais facilitant, du même souffle, la surveillance. Les autorités correctionnelles maintiennent donc leur dépendance envers la prison, qu’elle soit de style auburnien ou cottage. L’emprisonnement demeure une valeur confortable et largement partagée. La croyance tenace dans la capacité de la prison à produire des résultats, en dépit des déceptions récentes et passées, semble solidement ancrée dans la légitimation de ce mythe durable et gêne la promotion de politiques de décarcération ou même l’abolition de l’emprisonnement des femmes.
Référence Ashley T. Rubin, The birth of the penal organization : Why prisons were born to fail, in Rosann Greenspan, Hadar Aviram and Jonathan Simon (eds.), The Legal Process and the Promise of Justice : Studies Inspired by the Work of Malcom Feeley. Cambridge, Cambridge University Press, 2019.

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Une campagne de sociofinancement pour Moisson Rimouski-Neigette

8 juillet, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative du journalisme local Moisson Rimouski-Neigette élargit ses offres de cours de cuisine par son projet d’ouvrir un un volet unique destiné (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative du journalisme local Moisson Rimouski-Neigette élargit ses offres de cours de cuisine par son projet d’ouvrir un un volet unique destiné aux jeunes de 15-29 ans. Leur finalité est la lutte contre l’insécurité alimentaire sur le territoire de la MRC (…)

Votes de grève à venir dans l’hôtellerie au Québec

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Alors que la saison estivale commence, les 3500 travailleurs de 30 hôtels du Québec affiliés à la CSN sont dans un bras de fer avec leurs patrons pour obtenir des conditions de (…)

Alors que la saison estivale commence, les 3500 travailleurs de 30 hôtels du Québec affiliés à la CSN sont dans un bras de fer avec leurs patrons pour obtenir des conditions de travail décentes. Au début du mois de juin, les moyens de pression ont commencés dans la 11e négociation coordonnée de (…)

Le repli, un documentaire alarmant sur la crise identitaire et la restriction des libertés en France

7 juillet, par Klara Alkalla
Klara Alkalla, collaboratrice Au cœur de l’actualité, l’extrême droite aux portes du pouvoir en France : le Rassemblement national obtient 33 % des votes ! Nombreux.ses se (…)

Klara Alkalla, collaboratrice Au cœur de l’actualité, l’extrême droite aux portes du pouvoir en France : le Rassemblement national obtient 33 % des votes ! Nombreux.ses se questionnent : comment en est-on arrivé là ? Alors que la vague d’extrême droite surfe sur l’Europe depuis plusieurs années, (…)

Tunisie — comment l’extractivisme alimente le chômage !

7 juillet, par Rédaction-coordination JdA-PA
Safiya Abdi, stagiaire à Alternatives en Tunisie ­Les jeunes tunisien·nes sont confronté·es à un chômage généralisé ! Beaucoup sont incapables de trouver un emploi après avoir (…)

Safiya Abdi, stagiaire à Alternatives en Tunisie ­Les jeunes tunisien·nes sont confronté·es à un chômage généralisé ! Beaucoup sont incapables de trouver un emploi après avoir terminé leurs études universitaires. Alors que l’économie du pays profite largement des activités extractivistes, le (…)

Une première victoire pour les locataires face à la CAQ

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/IMG_50051_20230920_143927-2-1024x576.jpg6 juillet, par Comité de Montreal
La CAQ s'est vantée, en juin, d'avoir adopté un moratoire de 3 ans sur les évictions pour supporter la population face à la crise du logement. Selon Marie-Frédérique (…)

La CAQ s'est vantée, en juin, d'avoir adopté un moratoire de 3 ans sur les évictions pour supporter la population face à la crise du logement. Selon Marie-Frédérique Saint-Onge, coordonnatrice du Comité d'action des citoyennes et citoyens de Verdun (CACV)​​​​​​​, ce serait plutôt les (…)

Le maire d’arrondissement blâme les citoyens pour les coupures de service

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/vidanges.jpg5 juillet, par Comité de Montreal
Lors de la séance du conseil de l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, dans l'est de Montréal, le 2 juillet dernier, un organisme communautaire a remis une pétition (…)

Lors de la séance du conseil de l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, dans l'est de Montréal, le 2 juillet dernier, un organisme communautaire a remis une pétition dénonçant les coupures dans les services de cueillette des ordures. En réponse aux plaintes concernant le débordement des (…)

Lettre collective à la CDPQ

4 juillet, par Coalition Québec Urgence Palestine, Diane Lamoureux, Raymond Legault — , ,
À : Monsieur Jean St-Gelais, président du conseil d'administration, CDPQ Monsieur Charles Émond, président et chef de la direction, CDPQ Messieurs et mesdames, Jean-François (…)

À : Monsieur Jean St-Gelais, président du conseil d'administration, CDPQ
Monsieur Charles Émond, président et chef de la direction, CDPQ
Messieurs et mesdames, Jean-François Blais, Ivana Bonnet-Zivcevic, Florence Brun-Jolicoeur, Alain Côté, René Dufresne, Olga Farman, Nelson Gentiletti, Lynn Jeanniot, Wendy Murdock, Audrey Murray, Ghislain Parent et Marc Tremblay, membres du Conseil d'administration, CDPQ

Cc : Monsieur Éric Girard, ministre des Finances
Monsieur Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie
Madame Martine Biron, ministre des Relations internationales et de la Francophonie
Monsieur François Legault, premier ministre du Québec

Bonjour,

Nous vous écrivons au nom de la Coalition du Québec URGENCE Palestine, qui regroupe 46 organisations de la société civile québécoise, pour vous signifier notre profond désaccord concernant certains investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui la place objectivement dans une position de complicité avec les violations du droit international et des droits humains du peuple palestinien par Israël, voire dans une position de complicité avec le génocide que commet présentement Israël contre la population palestinienne de Gaza.

Le caractère très préoccupant de ces investissements a déjà été soulevé publiquement à plusieurs reprises. Récemment, le campement populaire Al Soumoud, qui a été érigé au Square Victoria, a ramené cette question dans l'actualité.

Vous trouverez, ci-joint, une lettre produite par notre coalition, en appui aux revendications du campement, qui demande que la CDPQ retire immédiatement ses 14 milliards $ d'investissement dans les 87 entreprises identifiées comme complices du génocide, de l'occupation et de la colonisation israéliennes et des violations des droits du peuple palestinien. En quelques jours seulement, dans une période de longs weekends et de début de vacances, cette lettre a été signée par près d'une soixantaine de groupes d'un peu partout au Québec, une indication claire d'une réelle préoccupation de la société civile québécoise concernant ces investissements de la CDPQ.

Nous avons trouvé inadéquate la brève réponse publique qu'a faite la Caisse aux demandes publicisées par le campement.

Nous sollicitons donc une rencontre avec la direction de la CDPQ, pour pouvoir discuter plus à fond des investissements spécifiques que nous mettons en cause et qui engagent la responsabilité légale de la Caisse.

Au vu de l'assaut génocidaire d'Israël contre Gaza, qui se poursuit quotidiennement, nous espérons une réponse dans les plus brefs délais.

Sincèrement,

Diane Lamoureux et Raymond Legault, porte-parole de la Coalition du Québec URGENCE Palestine.

*****
La CDPQ doit cesser d'être complice des crimes d'Israël contre le peuple palestinien

Samedi, le 22 juin dernier, dans la foulée des nombreux campements étudiants qui ont vu le jour sur des campus universitaires au Québec et ailleurs, des militant.e.s regroupés dans le collectif Désinvestir pour la Palestine, ont érigé un nouveau campement au Square Victoria à Montréal. Situé à proximité des bureaux de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le campement Al-Soumoud dénonce plus particulièrement des investissements de la Caisse totalisant 14,2 milliards dans 87 entreprises dont certaines activités économiques les rendent légalement complices de violations de droits et de crimes commis par Israël contre le peuple palestinien.

Les investissements en cause

Une étude duMouvement pour une Paix Juste (MPJ), basée sur le rapport de fin d'année de la CDPQ au 31 décembre 2023, identifie les investissements en cause.

D'une part, la CDPQ a investi 1,5 milliard de dollars dans sept entreprises figurant dans la base de données des Nations Unies sur les entreprises impliquées dans certaines activités en lien avec les colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé (TPO).

D'autre part, la CDPQ a investi plus de 12 milliards de dollars dans 72 autres entreprises identifiées par leprojet Investigate de l'American Friends Service Committee comme étant impliquées dans des violations spécifiques des droits humains dans le cadre de l'occupation israélienne.

Finalement, la CDPQ gère aussi des investissements totalisant 731 millions de dollars dans huit autres entreprises participant à l'armement de l'armée israélienne selon l'organisme World Beyond War.

La complicité de la CDPQ dans les crimes d'Israël

Les colonies israéliennes dans le TPO ont été déclarées contraires au droit internationalpar la Cour internationale de justice (CIJ) en 2004. La résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité des Nations unies a réaffirmé que la création par Israël de ces colonies constitue une violation flagrante du droit international. En 2024, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a estimé qu'il s'agit d'un crime de guerre susceptible d'engager la responsabilité pénale individuelle des personnes impliquées.

Au cours de la dernière année, Charles Emond, PDG de la Caisse, a été interpellé à plusieurs reprises au sujet de ces investissements, notamment par M. Haroun Bouazzi, député de Québec Solidaire, en Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale du Québec le 2 mai 2023 et le 24 avril 2024.

Le 22 novembre 2023 et, à nouveau, le21 mai 2024, Me Paul Fauteux, avocat montréalais spécialisé en droit international, publiait dans Le Devoir deux lettres, co-signées par six experts de classe mondiale de ce domaine. Ces experts ont clairement affirmé « qu'investir dans des compagnies qui opèrent dans les colonies israéliennes rend la Caisse complice de violation du droit international et de crimes de guerre ».

D'autre part, les investissements de la CDPQ dans des entreprises impliquées dans l'armement de l'armée israélienne pourraient aussi la rendre complice des innombrables crimes commis par Israël, dans son assaut généralisé contre Gaza, qui dure depuis bientôt neuf mois.

Dans la présentation de son rapport au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, les 18 et 19 juin dernier, laCommission internationale indépendantechargée d'enquêter là-dessus concluait « que les autorités israéliennes sont responsables de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme, notamment d'extermination, de meurtre ou d'homicide volontaire, d'utilisation de la famine comme méthode de guerre, de transfert forcé, de persécution sexiste visant les hommes et les garçons palestiniens, de violences sexuelles et sexistes assimilables à de la torture et de traitements cruels ou inhumains ».

D'autre part, alors que la CIJ n'a pas encore statué sur le fond de la plainte de l'Afrique du Sud contre Israël, rappelons que Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme dans le TPO, a conclu dans son dernier rapport, intitulé Anatomie d'un génocide, « qu'il existe des motifs raisonnables de croire que le seuil indiquant qu'Israël a commis un génocide est atteint. »

Nous exigeons la fin de cette complicité

La CDPQ est un mandataire de l'État et a pour mission de gérer l'épargne collective des Québécois.es. Il est inadmissible que la Caisse dévoie cette responsabilité en investissant dans des entreprises complices de crimes de guerre et de génocide israéliens et qu'elle continue de prétendre, dans les horribles circonstances actuelles, qu'elle adhère aux plus hauts standards éthiques en matière d'investissement. Cette honteuse complicité doit cesser.
C'est pourquoi nous, organisations soussignées, faisons aujourd'hui nôtres les revendications du campement Al-Soumoud en exigeant que la CDPQ :
• Retire immédiatement ses 14 milliards $ d'investissement dans les 87 entreprises identifiées comme complices du génocide, de l'occupation et de la colonisation israéliennes et des violations des droits du peuple palestinien ;
• Mette en place un processus transparent de contrôle pour garantir qu'aucune entreprise dans laquelle elle investira à l'avenir n'est associée à des violations des droits humains et du droit international.

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Montréal en crise : le cauchemar de l’accès au logement

4 juillet, par Rozana Ryan
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Rozana Ryan, correspondante À l’occasion du 1er juillet et de la période des déménagements, nous publions un article d’une stagiaire au journal au cours des derniers mois, sur l’enjeu du logement au Québec, un sujet d’actualité partout sur la planète, malgré son angle plus local. – NDLR La crise (…)

L’activisme digital — un moteur des mouvements sociaux en Malaisie

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Tunisie : la population migrante subsaharienne n’est pas la bienvenue

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La CDPQ doit cesser d’être complice des crimes d’Israël contre le peuple palestinien

3 juillet, par Collectif
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Lettre de la Coalition du Québec URGENCE Palestine en appui au campement Al-Soumoud (lien avec les 63 groupes signataires) Samedi, le 22 juin dernier, dans la foulée des nombreux campements étudiants qui ont vu le jour sur des campus universitaires au Québec et ailleurs, des militant.e.s (…)

Le syndicat rejette « l’offre insuffisante » de Bombardier

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/Untitled1.png3 juillet, par Southern Ontario Committee
1350 travailleurs de l'aviation poursuivent leur grève après avoir rejeté ce que leur syndicat qualifie d'« offre finale » de Bombardier. Unifor affirme que l'offre est (…)

1350 travailleurs de l'aviation poursuivent leur grève après avoir rejeté ce que leur syndicat qualifie d'« offre finale » de Bombardier. Unifor affirme que l'offre est insuffisante pour ses membres. « En conséquence, la grève aux installations de Bombardier se poursuivra », a déclaré l'équipe (…)

Un autre soi-même

3 juillet, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Un autre soi-même

Catherine Guindon, enseignante, Cégep de Saint-Laurent
L’essai Nous, les autres1 de la journaliste et chroniqueuse québécoise Toula Drimonis, publié dans sa version originale anglaise2 en 2022 et récemment traduit en français, s’inscrit dans le contexte d’une montée de la rhétorique anti-immigration circulant au Québec et au Canada, comme un peu partout à travers le monde. L’autrice est née de parents d’origine grecque qui, dans les années 1960, se sont installés à Montréal. Ils ont trimé dur – le père était dans la restauration, la mère dans une manufacture de vêtements – pour assurer un avenir plus confortable à leurs enfants. C’est en partant de sa propre expérience comme immigrante de seconde génération que Toula Drimonis élargit son point de vue à l’accueil et à l’intégration des nouvelles-arrivantes et nouveaux-arrivants au Québec et au Canada. On pourrait formuler la thèse générale de l’ouvrage ainsi : le discours anti-immigrant marginalise les groupes minoritaires, ce qui nuit au sentiment d’appartenance de ces derniers à la société et à la cohésion sociale en général. Il importe de reconnaître qu’il n’existe pas une seule façon de s’identifier comme Québécois-e ou Canadien-ne. L’identité des immigrant-e-s est complexe, évolutive, multifacette. Aussi, on ne peut leur demander d’« abdique[r] une partie de qui ils sont de manière à être acceptés par l’ensemble3 ». Le livre Nous, les autres adopte une perspective multiculturaliste assumée : il est légitime que les allophones, tout comme les anglophones du Québec, conservent leurs « repères identitaires pluriels tout en faisant partie intégrante de l’ensemble4 ». Il importe de permettre aux immigrant-e-s de conserver leur langue et culture. Elles et ils ne doivent pas être vus comme des personnes qui « diluent l’identité francophone5 » et qui menacent la langue française et la culture québécoise. Dans son ouvrage, la journaliste ratisse large. Elle aborde la question de l’accueil et de l’intégration des immigrant-e-s au Canada depuis le 18e siècle, l’importance de s’efforcer de bien prononcer leur nom, leur droit de critiquer les politiques de leur société d’accueil, la pression qui est mise sur le dos de la nouvelle-arrivante ou du nouvel-arrivant pour devenir l’immigrant-e modèle, etc. Il serait périlleux de tenter de résumer de façon exhaustive les très nombreux sujets abordés au fil de son essai. Mais la critique exprimée sur certaines mesures aménagées par la Coalition avenir Québec (CAQ) a particulièrement retenu notre attention. En effet, l’autrice dénonce avec vigueur les politiques de la CAQ s’inscrivant dans le courant du nationalisme identitaire, c’est-à-dire basées sur les origines « ethniques ». Cet ethnonationalisme est, aux yeux de la journaliste, « tribal, replié et centré sur lui-même6 ». La Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21) interdisant le port de signes religieux par des personnes de la fonction publique en position d’autorité en est un exemple. Elle est jugée par l’autrice comme trop restrictive et intolérante, participant au processus d’altérisation. En effet, requérant l’application de la clause dérogatoire à la Charte canadienne des droits et libertés7, la Loi 21 ne fait que marginaliser et précariser l’Autre. Toula Drimonis dit défendre la liberté de choix pour les gens, et plus encore pour les femmes, particulièrement touchées par cette loi. Un second exemple de mesure de la CAQ abordée est celui de la récente Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (Loi 14) jugée trop restrictive8, plaçant injustement les droits linguistiques au-dessus des droits humains. L’essayiste souhaite que l’on veille à une juste intégration des immigrant-e-s, en respectant la durée – parfois longue – que peut prendre ce processus. Les nouvelles-arrivantes et nouveaux-arrivants ne sont pas une menace pour le Québec. Effectivement, ces personnes sont de plus en plus nombreuses à savoir communiquer en français, et elles permettent de maintenir le poids démographique du Québec en compensant la chute des taux de natalité et la hausse de la mortalité chez les personnes aînées. Ainsi, elles participent à la prospérité économique et à la vitalité culturelle et linguistique au Québec. Le multilinguisme qui se manifeste notamment à Montréal ne met donc pas en péril la survie du français, soutient l’autrice. Il est indéniable qu’il s’agit d’un livre nuancé et l’angle plus personnel adopté par l’autrice permet à la lectrice ou au lecteur de se mettre à la place de l’Autre. Il s’agit donc d’un essai plus que pertinent à l’heure où le discours de stigmatisation des immigrant-e-s est en recrudescence tout autour du globe.
1. Traduction de Mélissa Verreault, Montréal, Éditions Somme toute, 2024. 2. Ouvrage original : We, the Others : Allophones, Immigrants and Belonging in Canada, Montréal, Linda Leith Publishing, 2022. 3. Drimonis, T. Nous, les autres, p. 231. 4. Ibid., p. 11. 5. Ibid., p. 233. 6. Ibid., p. 176. 7. On pourrait aussi ajouter aux propos de l’autrice qu’en outre, la Loi 21 nécessite la suspension des articles 1 à 38 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. 8. Cette loi, adoptée en 2022 et connue auparavant sous le nom de projet de loi no 96, affirme notamment que l’accès aux services publics dans une langue autre que le français est limité aux six premiers mois suivant l’installation de la nouvelle-arrivante ou du nouvel-arrivant au Québec.

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L’organisation Mères au front de Rouyn-Noranda et des citoyen-ne-s luttent pour exiger le droit à vivre dans un environnement sain et sécuritaire.

Fonderie Horne : une allégorie de l’opacité

3 juillet, par Ligue des droits et libertés
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L’organisation Mères au front de Rouyn-Noranda et des citoyen-ne-s luttent pour exiger le droit à vivre dans un environnement sain et sécuritaire.

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Fonderie Horne : une allégorie de l’opacité

Laurence Guénette, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés Alors que le droit à un environnement sain se développe avec de plus en plus de netteté en droit international, que la Charte des droits et libertés de la personne du Québec le reconnait depuis 2006 et que l’adoption du projet de loi S-5 en juin 2023 en a consacré la reconnaissance dans la loi fédérale, que voit-on sur le terrain ? Des cas comme celui de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda, désespérément emblématique de l’opacité des industries, dont se font complices les gouvernements. La présente chronique attrape au bond la balle lancée par Mireille Elchacar lors de son allocution le 10 décembre dernier, à l’occasion de l’évènement de la LDL soulignant le 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mme Elchacar est présidente de Mères au front, un organisme regroupant des mères, des grands-mères et leurs allié-e-s qui exigent une meilleure justice climatique pour nos enfants. Elle nous rappelait en décembre 2023 que la fonderie, propriété de Glencore, et en activité depuis 1927, rejette des composants toxiques dangereux dans l’air, les sols et les eaux de la région depuis plusieurs décennies. En accord avec l’autorisation octroyée par le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, les quantités émises sont considérablement plus élevées que les taux permis selon les normes en vigueur dans le reste de la province. Prenons l’exemple frappant de l’arsenic. Pendant longtemps, la fonderie pouvait rejeter jusqu’à 200 nanogrammes par mètre cube (ng m³) en vertu de l’exemption octroyée par le gouvernement, alors que la norme québécoise est de 3 ng m³. À partir de 2021, cette exemption a été réduite à 100 ng m³, ce qui reste 33 fois plus élevé que la norme provinciale. « L’arsenic est un poison, il n’y a pas de seuil où il est inoffensif », souligne Mme Elchacar. L’exemption pour la fonderie  sera  graduellement  abaissée  à 15 nanogrammes d’ici 2027, ce qui demeurera cinq fois plus élevé que la norme québécoise, et c’est sans tenir compte des 23 autres contaminants libérés par la fonderie, dont on ne connait pas les effets combinés. Les liens entre certains composants toxiques rejetés par la fonderie et les risques de problèmes pulmonaires, neurologiques et de cancers sont avérés1. Les habitant-e-s de Rouyn-Noranda décèdent en moyenne six ans plus tôt que les autres habitant-e-s du Québec, nous rappelle Mme Elchacar.

Une lutte citoyenne — victorieuse — pour le droit à l’information

Les craintes pour la santé des habitant-e-s de Rouyn-Noranda — et les dénonciations des impacts de la fonderie — existent depuis belle lurette ; on n’a qu’à penser au documentaire Noranda réalisé en 1984 par Daniel Corvec et Robert Monderie avec une narration de Richard Desjardins. Cependant, au fil des décennies, les citoyen-ne-s n’ont pas eu accès à toutes les données disponibles. L’opacité était entretenue tant du côté du gouvernement que de l’entreprise, pour qui les intérêts économiques semblaient prédominer sur la santé des habitant-e-s. [caption id="attachment_20037" align="aligncenter" width="448"]L’organisation Mères au front de Rouyn-Noranda et des citoyen-ne-s luttent pour exiger le droit à vivre dans un environnement sain et sécuritaire. Crédit photo : Maude Desbois[/caption] En 2019, alors que Glencore et le gouvernement du Québec renégociaient les taux des rejets de contaminants permis pour la Fonderie Horne, une annexe a été discrètement retirée d’un rapport de la santé publique, ce qui n’a pas manqué de faire scandale par la suite. Mme Elchacar souligne avec ironie que cette annexe « aurait été drôlement pertinente pour prendre les bonnes décisions puisqu’elle concerne les taux de cancer liés à l’arsenic ». Il s’agit là d’un enjeu de droit à l’information, qui se transforme souvent en obstacle très concret dans les luttes sociales et environnementales. Le droit à l’information est un droit humain consacré à l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP) comme une composante essentielle de la liberté d’expression. Il est aussi reconnu à l’article 44 de la Charte québécoise. Le cadre juridique en vigueur permet d’accéder à des informations, mais propose aussi divers motifs de refus dont peuvent se prévaloir les tiers industriels ou commerciaux et les organismes publics comme les ministères. Ainsi, accéder à certaines informations pourtant d’intérêt public se transforme parfois en véritable lutte. En 2020, Marc Nantel, porte-parole du Réseau Vigilance mines Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT), a formulé une demande d’accès à l’information pour obtenir les données sur les différentes émissions atmosphériques provenant de la Fonderie Horne pour l’année précédente. La Fonderie Horne s’est opposée à la divulgation de ces données. Plus de deux ans plus tard, la Commission d’accès à l’information (CAI), saisie du dossier, a tranché que Glencore devait fournir les informations demandées. La multinationale s’est acharnée à refuser, portant en appel du jugement de la CAI, mais la Cour du Québec a confirmé en décembre 2023 que les citoyen-ne-s étaient en droit d’avoir accès à ces données. Tant la CAI que la Cour du Québec ont rejeté les arguments de Glencore qui invoquait que la divulgation de ces données lui ferait perdre un avantage concurrentiel, et ont plutôt confirmé le droit du public d’accéder aux informations demandées. La Cour du Québec a également souligné que l’accès aux informations ne suffit pas pour respecter le droit à l’information, il faut également qu’elles soient accessibles en temps utile pour que les citoyen-ne-s puissent en tenir compte avant que les décisions susceptibles de les impacter soient prises. On peut lire dans la décision de décembre 2023 : « Il parait évident dans la mécanique envisagée par le législateur que les demandes d’accès devraient être traitées et tranchées avec diligence et qu’inversement, il soit compris que des informations ou des renseignements qui ne sont transmis qu’au terme d’interminables procédures, perdront soit leur pertinence, soit leur utilité. Autrement dit, dans ces domaines, bien souvent, le seul écoulement du temps équivaut à un déni d’accès2 ».

Ce que nous dit le droit à un environnement sain

En vigueur depuis 2001, la Convention sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (Convention d’Aarhus) établit les éléments de procédure essentiels à l’exercice de notre droit à un environnement sain. Ces éléments démocratiques sont : l’accès à l’information, la participation du public aux processus décisionnels et l’accès à la justice et à des recours utiles. Selon la Convention d’Aarhus, le public a droit d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques, et cet accès doit être large et facilité autant que possible. Les autorités publiques doivent collecter et diffuser toutes les informations requises en temps utile. La transparence doit être la règle, et le refus de transmettre des informations doit demeurer une exception. Bien entendu, la participation du public aux processus décisionnels ne peut s’exercer pleinement sans un Il est aussi urgent de permettre une réelle participation du public aux processus décisionnels. Mme Elchacar nous rappelle que les autorités ont fait fi des consultations lorsqu’elles ont décidé de déplacer plus de 80 habitations pour créer une zone tampon autour de la fonderie. Elle ajoute que la communauté Anichinabé avoisinante, dont les territoires sont également impactés par les activités de la fonderie, n’est pas non plus consultée. Sachant que tous les droits sont interdépendants, le cas de Rouyn-Noranda met en relief les liens entre le droit à l’information, la possibilité pour le public de prendre part aux processus décisionnels et la réalisation du droit à un environnement sain. Et bien entendu, il expose les liens étroits entre le droit à un environnement sain et la possibilité d’exercer son droit à la santé, c’est-à-dire d’atteindre le meilleur état de santé physique, mental et social possible. Le droit à un environnement sain et l’ensemble des droits humains imposent aussi de remettre les gouvernements face à leurs obligations plutôt qu’à rejeter sur les individus le fardeau d’agir seuls sur leur situation. Mme Elchacar est sans équivoque :

« Le droit à un environnement sain ne doit pas être de la responsabilité individuelle. Ce n’est pas en demandant aux mères de Rouyn d’empêcher leurs enfants d’aller jouer dans la neige, ou en demandant à des mères de famille de recycler et de faire du compost qu’on va changer la situation. On doit avoir des mesures fortes qui soient prises par les gouvernements et les entreprises, et le gouvernement doit passer toutes ses décisions au crible de l’environnement ».

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Le sionisme honteux de Joe Biden : « { Le Hamas est le seul à vouloir que la guerre se poursuive »}

3 juillet, par Ovide Bastien — , , ,
Ovide Bastien, auteur de Chili : le coup divin Alors qu'il y a presque 38 000 victimes et 89 000 blessés... que les Gazaouis souffrent d'une famine utilisée comme arme de (…)

Ovide Bastien, auteur de Chili : le coup divin

Alors qu'il y a presque 38 000 victimes et 89 000 blessés... que les Gazaouis souffrent d'une famine utilisée comme arme de guerre... que Gaza est tellement détruite qu'elle est inhabitable... qu'Israël est de plus en plus dénoncé à travers le monde - Assemblée générale de l'ONU, ONGs de droits de la personnes, Cour de justice internationale, Cour pénale internationale ; campements universitaires étudiants... que l'ONU vient d'ajouter Israël, le 7 juin, à sa liste d'États et groupes armés commettant des violations à l'encontre d'enfants... que Save the Children vient d'alléguer, le 24 juin, que 21 000 enfants seraient portés disparus dans le chaos de la guerre à Gaza... que ce même 24 juin on voit un Palestinien blessé attaché au capot d'une jeep militaire israélienne qui passe entre deux ambulances lors d'un raid d'arrestation dans la ville de Jénine, en Cisjordanie occupée...
Alors que cette tragédie incommensurable s'accentue de jour en jour, le président Joe Biden affirmait hier soir, dans son débat avec Donald Trump, que « Le Hamas est le seul à vouloir que la guerre se poursuive ».

Quelle absence de connaissances historiques et quel sionisme honteux ! Quelle absence de cohérence logique de la part d'un leader qui, le jour même où il attribuait une proposition de cessez-le-feu permanent à Israël, se voyait carrément contredit par le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou lui-même !

Les Britanniques appuyaient les Juifs qui s'installaient massivement en Palestine dans les années 1930s, nous rappelle Rashid Khalidi dans The Hundred Years' War on Palestine (2020). Ils leur fournissaient armes et entrainement militaire intensif, et leur enseignaient les techniques de répression qu'ils avaient perfectionnées au cours de plusieurs décennies de guerres coloniales.

Lorsque les Palestiniens se révoltaient, en1936, contre les colonisateurs britanniques et leur appui au projet sioniste, ces derniers, affirme Khalidi, les écrasaient impitoyablement, faisant intervenir une centaine de milliers de leurs soldats et des escadrons de bombardiers. Non seulement exécutaient-ils sommairement un très grand nombre de Palestiniens, souvent à l'issue de procès sommaires devant des tribunaux militaires, mais ils détenaient aussi, sans possibilité de procès, de milliers de Palestiniens, et démolissaient les maisons des exécutés et détenus, ou de rebelles présumés.

Et lorsque les Palestiniens résistaient en tendant des embuscades aux véhicules blindés britanniques et faisant exploser leurs trains, les Britanniques avaient recours à une stratégie qu'ils avaient inaugurée lorsqu'ils tentaient d'écraser la résistance des Irlandais pendant leur guerre d'indépendance de 1919 à 1921. Comme vient de faire l'armée israélienne à Jénine, ils attachaient des prisonniers devant leurs véhicules blindés et trains, les utilisant comme boucliers humains.

Telle fut la répression, affirme Khalidi, qu'à la fin de la révolte en 1939, environ 17 % de la population palestinienne adulte masculine se trouvait tuée, blessée, emprisonnée ou exilée.

Un retour historique, et ce qui se passe à Gaza ces derniers mois, nous démontrent que les fondateurs d'Israël ont fort bien appris les leçons que leur donnaient les Britanniques.
Le 10 mars 1948, le futur Premier ministre d'Israël David Ben-Gourion se réunissait avec dix autres leaders sionistes chevronnés et quelques jeunes officiers militaires juifs afin de peaufiner un plan. Le soir même, il faisait parvenir des ordres, dont le caractère « nettoyage ethnique » est on ne peut plus clair, aux unités sur le terrain, précisant les endroits que chacune devait attaquer ainsi que les méthodes à employer : intimidation à grande échelle ; siège et bombardement de villages et villes ; expulsion de Palestiniens et incendie et démolition de leurs maisons, propriétés et biens ; pose de mines parmi les décombres afin d'empêcher tout retour des habitants expulsés.

Quelques mois plus tard, après que 750 000 Palestiniens et Palestiniennes furent brutalement expulsés de leurs terres et villes, plusieurs milliers ayant été tués lors de véritables massacres, on déclarait la fondation d'Israël.

Ce n'est pas étonnant que l'attaque du Hamas le 7 octobre dernier, où 1 200 Israéliens furent atrocement exécutés et 250 pris en otage, provienne de cette grande prison qu'est Gaza, où une bonne partie des descendants de ces exécutés et expulsés se trouvent aujourd'hui. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dénonçait ces atrocités, mais rappelait, contrairement à Biden, la profonde injustice historique dont souffre depuis des décennies le peuple palestinien, et qui a donné naissance à cette attaque.

Le 13 janvier 1947, Ben-Gurion écrivait à son bras droit sioniste, Moshe Sharett, qu'il était d'accord avec l'idée que ce dernier lui proposait, c'est-à-dire « de faire subir aux Palestiniens tout ce que nous voulons, incluant les faire mourir de faim. » Et il poursuivait : « Ils seront ainsi à notre merci. »

Benjamin Nétanyahou, de toute évidence, semble partager cette idée de son prédécesseur. Car, comme le monde entier le constate depuis neuf mois, il la met présentement en pratique à Gaza.

En janvier 1948, Ben-Gurion qualifiait les pertes de ses troupes « les victimes d'un second Holocauste ». Et les Palestiniens qui résistaient au projet sioniste, il les appelait « les nouveaux Nazis ». Il faisait cela, affirme Khalidi, pour s'assurer que, trois ans après l'Holocauste, ses soldats ne perdent pas courage lorsqu'ils recevaient l'ordre de nettoyer villes et villages palestiniens, de détruire, et de tuer des êtres humains.

Cette façon de faire se poursuit aujourd'hui. Le 17 octobre dernier, Benjamin Nétanyahou, lors d'une conférence de presse tenue aux côtés du chancelier allemand Olaf Scholz, qualifiait le Hamas de "nouveaux nazis". Et il répète constamment ce message, insistant que le Hamas veut l'extermination de tous les Juifs !

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Richelieu a de l’argent pour s’agrandir, mais pas pour ses travailleurs

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2024/07/Rich1-696x458-1.png3 juillet, par Comité de Montreal
Depuis le 24 juin dernier, 130 travailleurs d'entrepôt du plus important centre de distribution des Quincailleries Richelieu sont en grève. Cette action fait suite à sept mois (…)

Depuis le 24 juin dernier, 130 travailleurs d'entrepôt du plus important centre de distribution des Quincailleries Richelieu sont en grève. Cette action fait suite à sept mois de négociations qui ont abouti à une proposition refusée par 71 % des travailleurs. Le contrat proposé n'offrait que 3 $ (…)

J.O Paris 2024 Quand compétition rime avec business et domination

2 juillet, par Omar Haddadou — , ,
Galvaudée ! La compétition des Jeux olympiques, apanage de la bourgeoisie dans les années 30, susciterait aujourd'hui moins d'engouement. L'évènement planétaire est hélas ! (…)

Galvaudée ! La compétition des Jeux olympiques, apanage de la bourgeoisie dans les années 30, susciterait aujourd'hui moins d'engouement. L'évènement planétaire est hélas ! gangréné par les enjeux financiers et hégémoniques entre les Puissances.

De Paris, Omar HADDADOU

Un cache-misère malvenu pour les gagne-petits, une aubaine pour le Capital ! Le divertissement sportif planétaire du 26 juillet au 8 août 2024 valant la chandelle pour l'exécutif, 9 milliards d'euros dont 3 de l'argent public sont débloqués à cet effet. Dans la Galaxie des initiés (es) du profit et de la suprématie, on se pique de connaitre les retombées financières et politiques.
Qu'importe si les inégalités se creusent !

Depuis l'Exposition universelle de 1900, Paris ne s'offusque jamais de dépenser sans compter quand des ventres creux implorent quelque main tendue. Il y va de son prestige, de son rayonnement qui l'éperonne depuis la mise en branle de sa conquête coloniale. A ce paradigme, Macron en proie à son impopularité à force de se focaliser sur la politique extérieure, son aura et sa propension à fonder un nouvel Empire, faisant fi du profond mal être social, tire les conséquences du naufrage de la Démocratie en France et la percée suffocante de l'Extrême Droite avec ses 34% de voix.
La dissolution de l'Assemblée nationale, pari risqué du Président, a exacerbé davantage les dissensions et l'ire de la Gauche. L'heure est grave !
Quelle saveur auront donc ces Jeux Olympiques et paralympique de 2024 ? Celle du profit et la délectation d'une minorité !
Tiré par les cheveux à cause des retards accusés dans le cahier des charges et le manque criant de coordination entre sociétés et sous-traitants dont les ouvriers font face à une pression indicible, l'évènement sportif est devenu un business et une vitrine sur le plan géopolitique.

Tous les acteurs ne s'en cachent pas : Booster le chiffre d'affaires ! Tel est leur leitmotiv. La voracité capitaliste prend, sans aménité aucune, le pas sur l'idéal fédérateur et les recrues pour la circonstance sont mises à rude épreuve, filmées SVP, avec insolence lors du débriefing :

« Les gars ! demain, comme hier, réveil 3 heures du matin. On va continuer à installer les bassins artificiels pour les Athlètes et toute la panoplie destinée aux tests. On a prévu des toboggans, un agencement pour des activités au public, etc. Je compte sur vous pour être à la hauteur ? » martèle un responsable au groupe de jeunes filles et garçons en manque de sommeil, mobilisés pour un menu pécule.
En Seine Saint-Denis, comme à Paris, à l'approche de l'échéance, les ouvriers vivent une situation anxiogène. Le chantier du prolongement du tramway et du métro s'active jour et nuit, dans la douleur. Certaines Collectivités ne savent plus où donner de la tête. Itinéraires et habitudes sont bousculés.
Les coulisses des J.O, ce sont surtout les milliards d'euros à brasser sur fond les rivalités opposant les partenaires potentiels de grandes enseignes commerciales et des Assurances pour s'offrir la première loge, et partant s'assurer une Visibilité en vue de « réchauffer la marque », comme on dit dans le jargon de la concurrence.
Conscients de l'impact de l'évènementiel, le Comité Olympique propose des formules à tarifs variés aux partenaires, dont celle baptisée « Premium » à hauteur de 100 et 150 millions d'euros. Les entreprises et lesdites marques ont chacune leur part de gâteau dans le marketing sportif.

Pour gagner en notoriété, elles recourent à leur force de frappe sur un terrain où s'affrontent les mastodontes, tels que LVMH, Coca-Cola, Total Energies, Alliance... Suivront évidemment les moins influents.
Vitrine par excellence pour le monde entier, le rendez-vous olympique promeut de façon imparable la vente de produits et de services à travers la publicité mise en relief par les célébrités sportives payées grassement - comme le rugbyman Antoine Dupont - artistiques, voire politiques (L'argent n'a pas d'odeur). Dans cette course « systémique » vers l'oseille, les médias audiovisuels sont sur le pied de guerre et ne cachent pas leur jubilation quand la compétition sportive épouse les contours d'une place boursière. Ils en tirent insolemment leur épingle du jeu par la réclame facturée avec un taux de « salinité » très élevé. C'est dire l'hystérie financière qui affecte la compétition et l'engouement déclinant auprès d'un nombre considérable de citoyens (es).

La folle vente débridée des produits dérivés, témoigne du caractère cupide que revêt la manifestation internationale pluridisciplinaire.
Les multinationales comme les start-up mettent à contribution les réseaux sociaux et autres plateformes dans le souci dévorant de cibler une clientèle épandue pendant les compétitions.
Les J.O, convenons-en, restent une opportunité de gain véloce et potentiel ! Les Nations s'y affrontent loin de l'esprit effectif de fraternité fédératrice. Lever le voile sur les inimitiés, les incohérences et les impacts négatifs qui en découlent, faute de maturité, de tolérance au sein de certaines communautés, est une autre histoire.
Décidemment, notre monde ne saurait recouvrer son équilibre que dans la culture de ses paradoxes.

Les J.O ne seraient-ils pas un gage de Puissance et d'Hégémonie sur la scène internationale ?
O.H

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Réforme en éducation et mobilisation en Colombie : victoire du mouvement étudiant à l’UNAL

2 juillet, par Sabine Bahi
Après presque trois mois de grève ininterrompue dans plusieurs campus de l’Université Nationale de Colombie (UNAL), le mouvement étudiant de la plus grande université publique (…)

Après presque trois mois de grève ininterrompue dans plusieurs campus de l’Université Nationale de Colombie (UNAL), le mouvement étudiant de la plus grande université publique du pays a obtenu sa principale revendication : le retrait du recteur désigné en mars dernier et son remplacement par le (…)

Nous n’avons pas les mêmes moyens d’agir pour changer les choses !

1er juillet, par Amaru Gil Barbosa
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Nous présentons la réflexion d’Amaru, un jeune de 16 ans de famille d’origine colombienne, qui est né et a grandi au Québec, et qui a accompagné des proches dans l’aventure des stagiaires du journal à New York. Il a accepté de se rendre aux exigences de communication que les autres devaient (…)

ISRAËL – Les raisons de l’état d’exception permanent

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Par Yves Rochon, militant de la cause palestinienne et membre du collectif Archives Révolutionnaires « On s’habitue à tout Sauf à ces oiseaux de plomb Sauf à leur haine de (…)

Par Yves Rochon, militant de la cause palestinienne et membre du collectif Archives Révolutionnaires

« On s’habitue à tout
Sauf à ces oiseaux de plomb
Sauf à leur haine de ce qui brille
Sauf à leur céder la place »

Paul Éluard, 1936


Alors que la guerre fait rage à Gaza, pas facile de s’y retrouver en regardant les nouvelles à la télé et en lisant les journaux. Encore moins de savoir quoi faire pour contribuer à ce que pareille folie prenne fin. Le texte qui suit ne prétend pas résoudre ces problèmes à lui seul. Il vise simplement à faire connaître un certain nombre d’événements passés et leurs soubassements économiques, trop souvent négligés à mon avis, y compris par les mouvements de solidarité avec la cause palestinienne. Évidemment, l’analyse des facteurs économiques ne saurait, à elle seule, épuiser la complexité du fait colonial israélien, mais l’ignorer nous éloignerait considérablement de certains intérêts fondamentaux qui ont créé la situation actuelle. Les principales lectures ayant alimenté ma réflexion sont mentionnées à la fin du texte.

Israël, une exception ?

Bien sûr, chaque situation sociale a ses particularités. Mais admettons qu’il n’est pas besoin d’être un expert en relations internationales pour constater qu’Israël est dans une classe à part, en particulier quant aux faveurs que lui apportent les gouvernements et les grands médias occidentaux. Donnons quelques exemples de gestes posés par les dirigeants de ce pays et pour lesquels n’importe quel autre gouvernement dans le monde aurait été condamné depuis longtemps par la supposée communauté internationale.

Des soldats sont mandatés officiellement par le gouvernement israélien pour protéger des gens qui démolissent des maisons et volent des terres appartenant à d’autres personnes, au seul motif que ces dernières ne sont pas juives. Ce même gouvernement ne donne la citoyenneté sur son territoire qu’à des personnes prouvant qu’elles sont d’ascendance juive. Il construit un mur de 600 km pour contrôler les allées et venues d’autres personnes, au seul motif (là encore) qu’elles ne sont pas juives, ou pas israéliennes, ce qui revient un peu au même dans ce cas-ci. Ou pas exactement : toute personne non palestinienne, de quelque culture soit-elle, peut aller et venir à sa guise sur le territoire d’Israël, mais pas les Palestiniens, peu importe l’endroit où ils sont nés. Toutes ces mesures de contrôle s’appliquent même si aucune frontière légale n’existe à cet endroit entre deux pays officiels, comme c’est le cas ailleurs dans le monde. C’est parce qu’il s’agit d’une occupation illégale de territoires, selon les critères établis par l’ONU et respectés partout ailleurs sur la planète.

Je ne mentionnerai pas les nombreux gestes immoraux et illégaux ayant cours à Gaza depuis l’automne 2023, puisqu’ils sont plus frais à notre mémoire. Ce genre de choses est dénoncé par la plupart des gouvernements du monde, sauf par ceux d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest. Ceux-ci, quelle que soit la tendance politique de leur gouvernement, sont des défenseurs inconditionnels d’Israël, et ce, depuis des décennies. Entre Obama, Trump et Biden, il y a bien une distinction de vocabulaire, mais le même support concret se perpétue, militaire en particulier. Idem de Mulroney à Trudeau, dans le cas du Canada, et de Mitterrand à Macron dans le cas de la France. Un pareil support est visible également dans tous les grands médias, avec plus ou moins de subtilité. Pas étonnant, dans ces circonstances, qu’une grande partie de la population des pays occidentaux accorde le bénéfice du doute aux discours et aux gestes d’Israël, dans ce qu’ils perçoivent comme une « chicane de religions » ou un conflit entre deux visions du monde antagoniques.

Les lignes qui suivent tentent de montrer que ce n’est pas le cas. La religion n’est pas la cause première du conflit, et l’exception israélienne n’est pas récente du tout. Cette dernière fonde la stratégie économique et politique occidentale dans la région depuis un siècle.

Source : Monde diplomatique

De l’Empire ottoman au mandat britannique

Entre les XVIe et XXe siècles, la Palestine était une des nombreuses régions faisant partie de l’Empire ottoman. Une grande portion de sa population avait certaines caractéristiques culturelles communes avec les autres groupes intégrés à cet empire. Parmi ces caractéristiques communes se trouvaient la langue arabe et la religion musulmane. Mais d’autres segments des populations de ce territoire avaient des antécédents culturels différents, au point d’y avoir parfois fondé des villes et des villages distincts, incluant des lieux spécifiques de rassemblement et de culte pour leurs membres. C’était le cas de certaines communautés de tradition chrétienne ainsi que d’autres, de tradition juive.

Plusieurs récits historiques existent au sujet de la genèse de cette communauté juive. Mais si l’on met de côté les récits ayant une justification strictement religieuse, puis ceux que le mouvement sioniste créera plus tard pour des raisons dont nous reparlerons, l’histoire de cette communauté n’avait jusque-là rien d’exceptionnel : de tout temps et sur tous les continents, il avait existé et il existait encore à cette période des centaines de petites communautés ayant une langue et des rites différents de ceux des communautés voisines. Sur tous les continents, à ce que nous en disent les anthropologues, il s’était produit des exodes de plusieurs de ces communautés, provoqués soit par des causes économiques (pénuries alimentaires, catastrophes naturelles ou autres), soit par des expulsions dues à des voisins mieux armés, soit pour fuir des guerres qui ne les concernaient pas directement.

Dans le cas de la communauté juive, de tels facteurs ont contribué à provoquer des épisodes de départs collectifs de plusieurs de ses membres vers divers endroits, d’abord dans l’ancien Empire romain, puis dans les royaumes médiévaux de l’Afrique du Nord ou de l’Europe de l’Ouest et, plus tard, vers l’Europe de l’Est où existaient alors les empires austro-hongrois et tsariste. Au Moyen Âge, la diaspora juive se heurtait à de très fortes discriminations dans les royaumes chrétiens. L’antisémitisme trouvait ses racines profondes dans l’antijudaïsme véhiculé par le christianisme qui, parmi un certain nombre d’arguments scolastiques, accusait les membres de la communauté juive d’être responsables de la crucifixion du Messie. En raison de ce dogme religieux, les juifs étaient, en Europe chrétienne, exclus de la plupart des activités économiques : on leur interdisait de constituer des guildes et des corporations de métier, et des décrets – comme les Conciles de Latran (1123 et 1215) en France – leur restreignaient l’accès à la propriété de la terre. Alors que la papauté condamnait la pratique de l’usure pour les chrétiens, les juifs n’étaient, en revanche, pas soumis à cette contrainte. Les activités commerciales et bancaires sont donc rapidement apparues comme les seuls secteurs économiques viables pouvant être exercés par les juifs européens. L’antijudaïsme chrétien, au-delà de l’exclusion structurelle des juifs, s’exprimait aussi sous des formes de persécution directe. L’inquisition espagnole, par les voies de la menace, de la torture et des pogroms, a forcé la conversion des juifs au christianisme, avant d’ordonner leur expulsion du territoire quelques années plus tard avec le décret de l’Alhambra de 1492. L’inquisition a marqué un tournant décisif : la conversion des juifs est dès lors considérée impossible en raison d’une supposée « impureté » de leur sang. Cette caractéristique raciale a été renforcée par l’idéologie du racisme scientifique du XIXe siècle, émergeant dans un monde colonial en quête de légitimation dans le domaine de la science. L’antisémitisme a progressivement convergé avec une vision pseudoscientifique, permettant l’identification des juifs, non plus simplement comme un peuple pratiquant une « religion impie », mais aussi comme d’une « race inférieure ». Et cela, bien avant que le nazisme allemand n’en fasse un de ses canalisateurs de foules… Des gouvernements de pays qui se targuent aujourd’hui de pourfendre l’antisémitisme, tels que ceux de France et d’Angleterre, ont alors encouragé presque officiellement les comportements antisémites de leurs citoyens et ont, durant la même période, refusé d’accueillir les Juifs qui fuyaient l’Europe de l’Est, là où cet antisémitisme était encore plus généralisé et cruel.

Cartes de la Palestine entre 1920 et 2000

Source : Monde diplomatique

Capitalisme britannique et pétrole moyen-oriental (années 1920-1950)

Dans les années 1920-1930, plusieurs nations commencent à obtenir le statut d’État indépendant, alors que plusieurs autres demeurent des colonies (surtout en Asie et en Afrique). La Palestine se retrouve dans cette deuxième catégorie. La grogne se répand dans les pays du Sud et le risque que l’exemple du bolchévisme russe s’y propage devient trop important aux yeux des élites économiques européennes. Le nouveau défi des capitalistes est donc le suivant : comment contrôler l’extraction des ressources premières dont ils ont besoin, mais sans que cela ne paraisse trop ouvertement ? Plusieurs formules sont expérimentées, dont certaines existent encore aujourd’hui : corruption, dictatures, manipulation d’élections… Mais, dans un premier temps, cela allait passer par la répartition des zones d’influence et par la création de pays officiellement indépendants les uns des autres, ainsi que de leurs anciens conquérants, du moins en apparence. De nouvelles frontières sont dessinées, y compris dans la région située à l’est de la Méditerranée, qui prendra l’appellation de Moyen-Orient. La plupart de ces nouveaux territoires sont placés sous mandat européen, sans consulter les populations locales. L’avis du peuple n’était pas non plus demandé ailleurs sur la planète lorsque pareilles subdivisions apparaissaient, mais ce sera encore moins le cas pour les populations jusque-là chapeautées par l’Empire ottoman. En effet, ce dernier avait commis l’erreur de choisir l’Allemagne comme allié durant la Première Guerre mondiale et se retrouvait donc parmi les perdants. Les nouvelles frontières à l’intérieur de cet ancien empire, de même que le nouveau mode de gouvernance qui y prévaudra, puis le choix des nouveaux dirigeants en remplacement des anciens « gouverneurs de Sa Majesté », tout cela est décidé lors de réunions entre le premier ministre anglais et le président français, vainqueurs de la guerre, ou entre banquiers lors de parties de poker[1]. Le cycle de décolonisation qui s’ouvre lors de la période suivante modifiera les relations impériales qui unissent l’Europe au Moyen-Orient, où les déclarations d’indépendance se multiplient (Arabie Saoudite, 1932 ; Liban, 1943 ; Syrie, 1946 ; Jordanie, 1946 ; Irak, 1958).  

Contrairement à ce que de nombreux acteurs sociaux et politiques de la région s’attendaient, le territoire désigné traditionnellement du nom de Palestine ne devient pas un pays à ce moment-là. Ce territoire reste dans les limbes du concert des Nations. Il restera dans ce flou de 1922 jusqu’à la création de l’État israélien en 1948, en étant désigné comme territoire « sous mandat britannique supervisé par la Société des Nations » (ancêtre de l’ONU). Pourquoi en a-t-il été ainsi ? Le pétrole devient alors le nouveau moteur du capitalisme. Les industriels en ont besoin pour produire davantage de marchandises, pour les faire circuler et pour les faire consommer. Ils envoient leurs prospecteurs partout où la rumeur court qu’il se trouve du pétrole, ainsi que cela s’était fait pour l’or quelques siècles auparavant. Les agents commerciaux leur apprennent que le sous-sol du Moyen-Orient recèle beaucoup de ce pétrole, de bonne qualité et pas trop compliqué à extraire. Se constituent alors en Angleterre et aux Pays-Bas les premières compagnies spécialisées dans l’extraction et le raffinage du pétrole. Elles seront rejointes, quelques décennies plus tard, par des compagnies allemandes, françaises et américaines.

Or, s’il ne se trouve pas de pétrole dans le sous-sol du territoire de la Palestine comme tel, (du moins pas en quantité suffisamment importante selon l’avis des prospecteurs) les capitalistes et les politiciens anglais ne prennent pas beaucoup de temps pour réaliser que cet endroit est névralgique afin d’assurer son acheminement une fois qu’il est extrait des puits situés à l’est. Une compagnie comme la British Petroleum (BP), par exemple, veut s’assurer que le canal de Suez, qu’elle a fait creuser quelques années auparavant dans le cadre d’un partenariat anglo-français, sera bien protégé. C’est en effet le chemin le plus direct, donc le moins coûteux, pour transporter « son » pétrole vers l’Europe et l’Amérique du Nord. La British Petroleum, mais également les compagnies qui lui sont à la fois concurrentes et alliées, telles la Standard Oil et Shell, veulent s’assurer que ce canal ne servira jamais d’objet de chantage de la part de mouvements d’autonomie locaux, qu’ils soient panarabes, communistes ou autres. Le dilemme de ces compagnies est de trouver un moyen de protéger leur pétrole tout au long du trajet qu’il parcoure sur mer, mais également sur terre (par des oléoducs, des trains ou d’autres moyens). Elles cherchent à faire cela sans revenir au « protectorat », une formule alors en voie d’être dépassée sur le plan diplomatique et social.

Pendant que les dirigeants de ces compagnies de pétrole, ainsi que leurs fidèles serviteurs au sein du gouvernement britannique, cherchent ardemment comment gérer ce dilemme, une occasion se présente à eux : le mouvement sioniste. D’où est venu ce mouvement, pourquoi est-il resté si peu influent, y compris parmi les juifs européens eux-mêmes, durant ses premières années de formation, à la fin du XIXe siècle, et pourquoi l’est-il devenu tout à coup quelques années plus tard, à compter de la décennie 1920 ? Réponse : parce que les propriétaires des compagnies de pétrole et leurs politiciens de service ont choisi de cautionner ce projet politiquement et diplomatiquement risqué, qui était celui de créer de toutes pièces un « foyer national juif » sur un territoire où des gens vivaient déjà, situé au cœur d’une région dont les populations, à majorité musulmane, étaient fragilisées par les perturbations récentes qu’elles venaient de subir suite à la dissolution de l’Empire ottoman[2]. Ce projet était également jugé risqué par le modèle qu’il prônait : donner en exclusivité un territoire à une communauté au seul motif qu’il s’agissait de ses terres ancestrales. En effet, le pari des nations occidentales d’appuyer le mouvement sioniste impliquait le risque de voir d’autres mouvements de réclamation territoriale s’affirmer.

Malgré de nombreuses hésitations, les politiciens et les capitalistes britanniques vont finalement de l’avant, car ils ont besoin d’un allié fidèle (Israël) au Moyen-Orient. Ils font un accord avec le mouvement sioniste de l’ordre suivant : « Vous allez nous aider à faire de l’argent avec le pétrole des régions qui entourent la Palestine et nous allons vous aider à faire de l’argent avec le territoire de la Palestine lui-même. À y faire de l’argent en volant les terres des gens qui y habitent, ainsi qu’en finançant les voyages de Juifs d’Europe jusqu’à ces terres pour leur donner. Et même en créant officiellement un nouveau pays, pourquoi pas ! Un pays dont vous ferez bien ce que vous voulez à l’interne, pourvu que ce soit nous autres, depuis nos bureaux de Londres et de New York, qui aient le dernier mot sur ce que vous faites à l’extérieur. Cela nous permettra de garder un pied solide dans la région sans pour autant nous faire accuser de colonialisme – comme c’est le cas de la Palestine mandataire jusqu’en 1948 –, puisque ce projet de nouveau pays ne sera pas sous l’égide d’une puissance impériale, ni impérialiste (ce terme qui commence alors à se propager dangereusement…), mais plutôt sous l’égide d’une minorité ayant elle-même été victime d’oppression dans le passé. Nous dirons donc que nous supportons votre projet au nom d’une décolonisation, en quelque sorte. » C’était les grandes lignes de l’idée.

Ce projet du mouvement sioniste tombait également au bon moment pour une autre raison. Il permettait aux capitalistes et aux politiciens des pays d’Europe d’espérer résoudre du même coup un autre « problème », soit ce qu’on désignait comme la « question juive ». En effet, autant les gouvernements occidentaux que leur société civile ont fait preuve d’un antisémitisme virulent, et ce même après la Shoah. Réalité trop peu connue, les pays occidentaux ont systématiquement refusé d’accueillir chez eux les victimes d’antisémitisme, alors qu’il s’agissait pourtant d’une demande claire portées par celles-ci. On peut facilement imaginer que ces Juifs et ces Juives auraient préféré continuer à vivre dans leurs villages et quartiers d’avant la Deuxième Guerre mondiale (dans la mesure où les gouvernements auraient garanti leur sécurité), plutôt que de déménager dans un endroit aussi éloigné de leurs repères sociaux que pouvait l’être la Palestine, où le seul avantage réel était qu’on leur garantissait des terres et des maisons, tout en leur faisant croire que personne ne s’y trouvait déjà. Voici donc quelques chiffres méconnus à ce sujet :

« … La démographie de la Palestine allait changer radicalement dans les années 1930. La montée au pouvoir des nazis en Allemagne a entraîné une augmentation spectaculaire du nombre de Juifs fuyant les persécutions. Malgré les appels à l’aide, pas un seul pays du monde occidental, grand ou petit, n’a montré le moindre enthousiasme à accueillir ces gens. La seule porte qui leur était offerte était bien souvent celle de se rendre en Palestine.

… Jusqu’en mars 1939, seuls 19 000 réfugiés juifs furent autorisés à entrer en Grande-Bretagne. Le bilan de certains des plus grands pays du monde était tout aussi mauvais : les États-Unis en 1935 ont accueilli 6 252 immigrants juifs, l’Argentine 3 159, le Brésil 1 758, l’Afrique du Sud 1 078 et le Canada 624 (!). La même année, le nombre d’immigrants juifs légaux en Palestine était de 61 854.

… Entre 1922 et 1931, les immigrants juifs sur le territoire palestinien ont augmenté de 110 pour cent.

… Pendant ce temps, le désir britannique de maintenir une position hégémonique sur le territoire de la Palestine restait plus déterminé que jamais. Le souci d’assurer un passage sécuritaire de leurs navires vers l’Inde, ajouté à la découverte récente de pétrole en Irak et ailleurs dans la région, avait convaincu des capitalistes britanniques et le gouvernement Whitehall de cette période de considérer ce territoire comme étant d’une importance majeure dans ses plans impériaux ».[3]

Les antisémites occidentaux semblent ainsi partager le même constat que les sionistes : la cohabitation entre la communauté juive et chrétienne serait supposément « impossible » en Europe, d’où l’importance d’un État juif séparé.

Source : Statista

Du pétrole à la militarisation (années 1950-2000)

La période qui suit est marquée, dans la région, par le même enjeu économique central que la précédente : celui du pétrole. Mais, progressivement, il s’en ajoute un nouveau, celui du marché des armes. Dans ces deux secteurs industriels cruciaux, comme en de nombreux autres, on constate une montée en flèche de compagnies basées aux États-Unis plutôt qu’en Europe, comme c’était le cas auparavant. Sur le plan démographique, la période est marquée par l’arrivée massive d’immigrants juifs européens en terre palestinienne. Sur le plan politique, elle l’est par la création d’un nouvel État, celui d’Israël. Enfin, sur le plan social, ce sont les répercussions de ces deux derniers événements sur les Palestiniens et les Palestiniennes qui frappent le plus. Commençons par l’aspect économique, puisque c’est l’objet principal de notre papier et parce qu’il s’agit de celui qui est le plus caché dans les récits historiques sur la Palestine et sur Israël, centrés principalement sur ses aspects moraux.

Premier fait marquant : la part des États-Unis dans la production de pétrole au Moyen-Orient passe de 14 % en 1938 à un peu plus de 55 % en 1948. Cette proportion ira en augmentant sans cesse jusqu’à ce qu’on appelle le « choc pétrolier » de 1973. En quoi le comportement des capitalistes américains renforce-t-il le caractère exceptionnel d’Israël ?En quoi en fait-il un cas de plus en plus particulier sur l’échiquier mondial ? Contrairement à l’attitude de « flexibilité pragmatique » adoptée ailleurs dans le monde, dans le cas de l’enjeu Israël-Palestine, les compagnies américaines (et leur gouvernement) ne dérogent jamais de leur objectif prioritaire initial, quels que soient les risques de perturbation dans la région. Cela est aussi vrai, peu importe qui sont les politiciens en place à Washington et à Tel-Aviv, copié par les gouvernements au Canada, dans les pays européens et en Océanie. L’objectif demeure le même que celui des Britanniques au début du siècle : assurer le transport du pétrole vers la Méditerranée en toutes circonstances.

Un mot sur la nouvelle répartition des tâches qui s’instaure entre les compagnies étrangères et la nouvelle bourgeoisie arabe des pays riches en pétrole, ainsi qu’avec la bourgeoisie qui s’installe graduellement en Israël. Cette division des tâches pourrait se résumer ainsi : les élites arabes assurent l’extraction du pétrole et elles font ce qu’elles veulent avec l’argent tiré de sa revente aux compagnies. Ces dernières, en revanche, contrôlent les décisions et les profits relatifs au transport, au raffinage et à la distribution du pétrole en produits finis (essence pour véhicules routiers, combustion servant à alimenter des usines en chauffage et machineries, ou autres). Quant à la bourgeoisie israélienne, son mandat est en quelque sorte d’être le douanier de ce transport : s’assurer que rien n’empêche les oléoducs et les trains d’acheminer le pétrole jusqu’aux côtes de la Méditerranée et via le canal de Suez. Pour ce faire, la bourgeoisie israélienne a besoin de latitude, y compris celle de provoquer régulièrement des conflits armés. Cela se traduit par de nombreuses guerres, certaines à l’occasion de tentatives par des pays arabes de poursuivre leur décolonisation, d’autres lors de tentatives des Palestiniens de résister à l’occupation israélienne. D’autres encore sont déclenchées à l’initiative d’Israël lui-même, par exemple avec la décision arbitraire de répartir la population palestinienne en deux territoires, la Cisjordanie et Gaza, avec une bande de terre israélienne entre les deux. Sans compter l’appui économique et militaire accordé aux colons israéliens pour démolir des maisons palestiniennes et accaparer leurs terres, y compris sur des territoires prévus pour constituer un État palestinien dans la résolution de l’ONU de 1947. Nous ne décrirons pas ici tous ces épisodes de violence, ce serait trop long. Nous allons seulement en énumérer quelques-uns pour en donner un aperçu :

  • 1937-1939 : Un soulèvement populaire de cultivateurs palestiniens qui s’opposent au pillage de leurs terres est réprimé à la fois par des milices sionistes et par l’armée britannique, laquelle essaie de retarder son départ du territoire devant l’impatience des colons juifs récemment débarqués d’Europe, mais sans risquer une quelconque emprise arabe sur le trafic pétrolier dans la région. Il y aura au moins 20 000 morts palestiniens.
  • 1946 : Des milices sionistes s’impatientent et, pour accélérer la prise de possession des terres palestiniennes, s’en prennent aux militaires britanniques qui sont encore en place. En conséquence, le Royaume-Uni rapatrie ses dernières troupes, s’étant vu retirer par l’ONU (et donc par le gouvernement américain qui en a pris le contrôle) le mandat qu’il s’était vu confier dans les années 1930 pour essayer de trouver une sortie honorable à ce fouillis, qu’il avait lui-même initié en cautionnant le mouvement sioniste par sa célèbre Déclaration Balfour.
  • 1947 : Suite aux pressions de la part des États-Unis, en particulier à l’égard des pays du Sud qui y ont droit de vote, l’Assemblée générale de l’ONU adopte une proposition de partage du territoire palestinien entre deux nouveaux États. Israël doit en prendre possession à 56 %, dont les terres les plus fertiles, pendant qu’un État palestinien aurait à gérer les populations arabes majoritaires sur l’autre 44 % du territoire. Les représentants politiques palestiniens, ainsi que les pays arabes avoisinants refusent cette option. Des Palestiniens expriment leur refus dans les rues avec le peu d’armes dont ils disposent. Ils ne font pas le poids face aux anciennes milices sionistes, devenues une armée structurée et bien équipée. Pas plus que ne font le poids les pays arabes qui ont osé voter contre cette résolution à l’ONU. Le résultat de cette courte guerre est qu’Israël promulgue une répartition encore plus inéquitable que celle suggérée par l’ONU : 78 % du territoire relèvera de lui, au lieu du 55 % prévu. Il ne reste aux Palestiniens que la Cisjordanie et Gaza. Après la guerre, Israël mène une (autre) opération militaire, qu’on désigne depuis du nom de « Nakba ». Selon les estimations de la nouvelle génération d’historiens ayant fouillé le sujet depuis vingt ans, plus de 800 000 membres de familles palestiniennes sont expulsés de leurs maisons et de leurs villages, pour se retrouver ensuite dans des camps de réfugiés, soit dans les pays avoisinants, soit en Cisjordanie ou à Gaza[4].

Les autres épisodes guerriers les plus spectaculaires ont été les suivants :

  • 1956 : La guerre dite du « canal de Suez ». Cet épisode maintient la nationalisation de ce canal promulguée par le gouvernement Nasser en Égypte, mais n’entraîne aucun recul israélien sur l’enjeu de la Palestine. La même année, la France vend un réacteur nucléaire à Israël…
  • 1967 : La guerre dite « des Six jours ». Bombardements massifs de l’armée israélienne sur des villes égyptiennes et syriennes. Ces bombardements sont dits préventifs en raison de la montée du nationalisme panarabe au Moyen-Orient et de ses implications éventuelles sur l’avenir de la Palestine. Conséquences pratiques de cette démonstration de forces israéliennes : deux régions supplémentaires sont annexées par Israël, soit le Golan et la péninsule du Sinaï, malgré le fait qu’elles appartenaient jusque-là à deux États souverains et membres de l’ONU, en l’occurrence la Syrie et l’Égypte. Tout l’Occident applaudit que son batailleur sportif préféré ait donné un aussi bon spectacle…
  • 1978 : Première invasion du Liban, au motif d’y « démanteler l’infrastructure des terroristes qui s’y seraient cachés » (cela vous rappelle-t-il une ligne des articles de journaux québécois actuels ?). Des milliers de civils libanais et palestiniens sont tués, notamment dans les camps de réfugiés supervisés par l’ONU.
  • 1982 : Deuxième invasion du Liban, encore plus sanglante et plus étendue que la première.

Depuis ce temps, l’action militaire d’Israël se déploie avec moins d’ampleur dans les pays environnants, ceux-ci ne se hasardant pas à des gestes militaires d’envergure, sachant très bien qu’ils ne sont « pas de taille » en la matière. Certains cherchent à l’occasion une manière d’aider les Palestiniens sans provoquer un désastre au sein de leur propre population, comme au Liban. Ainsi, l’action militaire israélienne a surtout suivi deux modes d’emploi depuis ce temps : provoquer régulièrement et par toutes sortes de moyens des confrontations violentes avec les Palestiniens qui habitent encore le territoire (en l’occurrence à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem) et devenir une plaque tournante du marché mondial des armes, notamment en testant ses innovations technologiques sur la population palestinienne. À ce sujet, il faut mentionner l’évolution de l’approvisionnement de l’armée israélienne, des années 1940 aux années 1980. D’abord, cet approvisionnement n’a cessé de croître durant cette séquence. Ensuite, il a changé de fournisseur principal : les compagnies américaines ont pris la relève des marchands d’armes britanniques (sans compter la vente discrète par la France de réacteurs nucléaires). Aussi, bien qu’il s’agisse a priori de deux domaines économiques distincts, le marché du pétrole et celui des armes ont un certain nombre d’objectifs communs, dont celui de faire « rouler l’économie ». Sans compter que pour garantir l’acheminement du pétrole, vaut mieux avoir un allié surarmé dans la région. Il est donc normal qu’il se soit développé des atomes crochus entre ces deux secteurs, y compris dans la composition des conseils d’administration de leurs compagnies.

Rappelons que, durant la période d’expansion du mouvement sioniste et de la consolidation d’Israël, il y a eu des résistances de la population palestinienne. Celle-ci a pris plusieurs formes, aussi bien politiques que diplomatiques et militaires, collectives (telles les intifada) ou individuelles (comme les attentats suicides). Les appels au soutien étranger ont pris la forme de tentatives de négociation diplomatique avec l’aide de tiers (accords d’Oslo et autres), la voie juridique (résolutions de l’ONU, tribunal international et autres), ou l’appel au boycottage international des produits israéliens, inspiré du modèle ayant porté fruit auparavant contre l’Afrique du Sud ségrégationniste. Bref, s’il y a eu de nombreuses exceptions historiques dans le conflit Israël / Palestine, celle du manque de résistance et d’imagination de la part des opprimés n’en est pas une. Non plus d’ailleurs que les nombreux gestes de solidarité posés par des milliers de gens à travers le monde. Cependant, tout cela n’a jusqu’à présent rien changé à la situation de fond, il faut bien le reconnaître en cet été 2024.

Un champ d’oliviers rasé par Israël

Le XXIe siècle, la fuite vers l’avant meurtrière

Ce que nous désignons comme la troisième période de l’évolution du projet israélien, qui va grosso modo de la décennie 2000 à aujourd’hui, est caractérisée par deux nouvelles exceptions (ou plutôt par l’intensification spectaculaire de ces exceptions qui avaient germé durant les périodes précédentes). Il s’agit d’abord de la complaisance absolue des gouvernements d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord envers celui d’Israël. Il s’agit ensuite du rôle majeur joué par les entreprises et gouvernements israéliens dans le cycle de fabrication et de distribution de matériel militaire à travers le monde. Sur ce dernier volet, citons une des rares études qui s’y attarde. Cela aide à comprendre comment et pourquoi l’armée d’un petit pays comme Israël arrive à disposer de suffisamment de matériel militaire pour détruire Gaza au complet en six mois.

« L’économie israélienne a connu deux vagues de restructuration durant son intégration graduelle au capitalisme mondial. La première, dans les années 1980 et 1990, a vu la transition d’une économie agricole et industrielle traditionnelle vers une économie basée sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) : télécommunications de pointe, technologie du web et autres. Tel-Aviv et Haïfa sont devenus les « avant-postes moyen-orientaux » de la Silicon Valley. En 2000, 15 % du PIB israélien et la moitié de ses exportations provenaient du secteur de la haute technologie. Puis, à partir de 2001, et plus particulièrement à la suite de l’effondrement de la bulle Internet et de la récession mondiale de 2000, suivis des événements du 11 septembre 2001 et de la militarisation rapide de la politique mondiale, Israël a connu une nouvelle évolution vers un complexe mondial de technologies militaires, de sécurité, de renseignement, de surveillance et de « lutte contre le terrorisme ». Les entreprises technologiques israéliennes ont été les pionnières de l’industrie dite de la sécurité intérieure. En effet, Israël s’est mondialisé spécifiquement par la militarisation high-tech de son économie. Les instituts d’exportation israéliens estiment qu’en 2007, quelque 350 sociétés transnationales israéliennes se consacraient aux systèmes de sécurité, de renseignement et de contrôle social, lesquelles sont encore aujourd’hui au centre de l’économie israélienne, et de sa politique il va sans dire.

Dans le domaine de la défense, les exportations du pays ont atteint un niveau record de 3,4 milliards de dollars en 2006 (comparativement à 1,6 milliard en 1992). Israël est donc le quatrième marchand d’armes en importance au monde. À ce chapitre, le pays dépasse même le Royaume-Uni. Israël a plus de titres technologiques cotés au NASDAQ que tout autre pays étranger, une grande partie de ces titres étant rattachés au domaine de la sécurité. Il détient davantage de brevets technologiques inscrits aux États-Unis que la Chine et l’Inde réunies. Son secteur de la technologie, axée en grande partie sur la sécurité, compte aujourd’hui pour 60 % de ses exportations.

En d’autres termes, l’économie israélienne en est venue à se nourrir de la violence, des conflits et des inégalités aux niveaux local, régional et mondial. Ses plus grandes entreprises sont devenues dépendantes de la guerre et des conflits en Palestine, au Moyen-Orient et dans le monde. Elles les initient et soufflent sur ces conflits par leur influence sur le système politique et sur l’État israélien.[5] 

Voilà qui devrait être suffisant, me semble-t-il, pour inciter nos faiseurs d’opinions, au Québec comme ailleurs, à fouiller cette piste d’explication sur ce qui se passe actuellement à Gaza, plutôt que celle d’un complot international sous la gouverne de quelques fanatiques de Mahomet. Ce marché des armes, tout comme celui de tous les autres secteurs économiques à travers le monde, est de plus en plus centralisé entre les mains d’un très petit nombre de corporations gigantesques, dont l’organigramme est tellement complexe qu’il devient impossible de savoir qui y prend les décisions sur tel ou tel aspect. Chose certaine, nous n’en sommes plus à l’époque où c’est un monsieur qui inventait ce matériel dans son garage ou dans son sous-sol ! Les noms de ces compagnies de mort sont connus. Il faut cependant prendre avec un grain de sel les drapeaux qui accompagnent ces noms : une compagnie comme Lockheed, la première en haut de la liste, inclut deux citoyens britanniques sur son conseil d’administration, un milliardaire mexicain, un Canadien et six Américains, sans compter que ses investisseurs principaux sont une banque chinoise, une pétrolière nationalisée du Qatar et un fonds de pension québécois… Mais cela serait le sujet d’un autre dossier, que nous laissons à d’autres la tâche de fouiller.

Principaux pays exportateurs d’armes majeures de 2017 à 2021

Pays% des exportations mondiales
États-Unis39
Russie19
France11
Chine4,6
Allemagne4,5
Italie3,1
Royaume-Uni2,9
Corée du Sud2,8
Espagne2,5
Israël2,4
Source : Stockholm International Peace Research Institute, p. 13.

Quel est donc le rôle spécifique de l’État et de l’armée israélienne dans ce processus, dans les gestes quotidiens posés par ces compagnies ? L’hypothèse la plus plausible est la suivante : celui de servir de sous-traitant pour tester l’armement, en l’occurrence sur la population palestinienne, mais également pour servir de distributeurs en gros de ce matériel militaire vers d’autres armées dans le monde. Bref, Israël est devenu, ces dernières décennies, une sorte d’entrepôt Amazon pour les compagnies transnationales d’armes. D’où la consigne qui est aujourd’hui donnée, pour ne pas dire imposée, aux gouvernements des pays où habitent la majorité des actionnaires de ces compagnies (dont nous, petits Québécois) : n’empêchez pas Israël, sous aucun prétexte, de réaliser son mandat crucial et particulier à l’intérieur de cette chaîne de montage et de profits que constitue le marché contemporain des armes. Vous pouvez chicaner Israël de temps à autre, oui, mais ne l’empêchez jamais d’agir dans le cadre de cette mission, laquelle se situe bien au-delà de la « défense de la démocratie et de celle de population d’Israël ». Ceci dit, une grande partie de la population israélienne profite de ce deal, tout comme les partisans du mouvement sioniste l’ont fait au XXe siècle[6].

Quant à l’enjeu du pétrole, il continue d’être déterminant pour tout ce qui se passe dans cette région. Malgré les appels lancés pour stopper la consommation de ce produit (pourtant l’une des sources les plus importantes de la crise écologique, comme tout le monde sait), sa production mondiale massive se poursuit et près du tiers de cette production provient toujours du Moyen-Orient[7]. Du pétrole aux armes pour défendre le pétrole à la guerre permanente pour vendre des armes, l’économie de mort a toujours de beaux jours devant elle en Israël.

Source : Monde Diplomatique

Pour (ne pas) conclure

Ce qui se passe actuellement en Palestine occupée a peu à voir avec la religion, une dette morale datant de millénaires ou des camps de concentration nazis, une chicane de clôture entre voisins ou d’une divergence philosophique du genre « ma civilisation est meilleure que la tienne ». L’explication est plutôt à chercher du côté de l’argent qu’il y avait et qu’il y a toujours à faire, dans cette région du monde, pour les compagnies pétrolières et pour celles qui fabriquent des armes. Ceux qui entretiennent la catastrophe sont les richissimes de la planète, mais également une partie d’entre nous qui habitons dans les pays européens et d’Amérique du Nord, notamment via nos fonds de pension et de placements, aussi involontaire cette complicité soit-elle. Si c’est le cas, il reste à trouver comment nous pouvons concourir à ce que cela cesse au plus sacrant. Que faire pour mettre fin à la machine de guerre israélienne, pour contribuer à la libération du peuple palestinien ? Ce sera l’objet d’autres échanges. Pour l’instant, je me contente de lancer les pistes suivantes :

  1. Chercher à priver Israël de matériel militaire futur, et ce le plus rapidement possible, pour contribuer à égaliser le rapport de forces. Cette égalisation du rapport de forces est la condition première pour que Palestiniens et Israéliens trouvent un terrain d’entente. L’option d’augmenter la capacité militaire des Palestiniens étant exclue pour toutes sortes de raisons, morales mais également pratiques, il ne reste que celle de faire diminuer le matériel de mort dont dispose Israël. De lui retirer ce privilège majeur, exceptionnel, que les bourgeoisies occidentales lui ont accordé avec le temps.
  2. Ici, au Québec, en 2024, notre plus importante, quoique modeste contribution à ce mouvement, serait à mon avis de faire en sorte que nos fonds de pension, qui financent cette production d’armes israéliennes, arrêtent cette complicité dès maintenant.

Repères statistiques

  • Population palestinienne estimée, en 2023 : Cisjordanie, 2,8 millions ; Gaza, 2,2 millions ; en territoire israélien, 1,7 million ; dans des camps de réfugiés de pays avoisinants ou dispersés ailleurs dans le monde, contre leur gré ; 7,2 millions.
  • Population juive israélienne : 7,1 millions. Population juive ailleurs dans le monde, mais ayant le droit de devenir citoyen israélien sans autre condition qu’une preuve d’ancêtres juifs : 7 millions.
  • Revenu moyen des citoyens israéliens d’origine juive : 54 111 $
  • Revenu moyen des Palestiniens vivant en Cisjordanie, à Gaza ou en Israël : 3 514 $
  • Nombre de colons israéliens vivant actuellement dans ce qui est considéré, même par l’ONU, comme des terrains appartenant légalement à des Palestiniens : 700 000[8]

Références

BENSOUSSAN, Georges. Les origines du conflit israélo-arabe (1870-1950), Paris, Presses universitaires de France, 2023.

BOUCHÉ, Jean-Pierre. Palestine, plus d’un siècle de dépossession, Hœnheim, Scribest, 2017.

CHOMSKY, Noam et Ilan PAPPÉ. Palestine, Montréal, Écosociété, 2014.

DUPREY, Élie. « Judéité, sionisme, colonialisme : sur une cécité », 22 décembre 2023, sur Contretemps (en ligne) : https://www.contretemps.eu/judeite-sionisme-colonialisme-cecite/

PAPPÉ, Ilan. Une terre pour deux peuples, Paris, Fafard, 2014.

PAPPÉ, Ilan. « Il fait sombre avant l’aube, mais le colonialisme israélien touche à sa fin », 27 février 2024, sur Contretemps (en ligne) : https://www.contretemps.eu/colonialisme-israel-sionisme-palestine-pappe/

REGAN, Bernard. The Balfour Declaration: Empire, the Mandate and Resistance in Palestine, New York, Verso, 2018.

ROBINSON, William. « La structure économique d’Israël derrière sa politique de colonisation », 31 octobre 2023, sur Presse-toi à gauche (en ligne) : https://www.pressegauche.org/La-structure-economique-d-Israel-derriere-sa-politique-de-colonisation

TONOLLI, Frédéric. L’inavouable histoire du pétrole, Paris, Éditions de la Martinière, 2012.


Notes

[1] Voir à ce sujet le premier chapitre de l’excellent livre de Bernard Regan, mentionné à la fin de ce texte.

[2] Sur les hésitations occidentales à endosser le projet sioniste, voir les documents d’archives cités dans le livre de Bernard Regan, plus particulièrement dans les chapitres 5 et 6.

[3] Il s’agit d’extraits du livre de Regan, The Balfour Declaration, qui se trouvent à la page 188 (ma traduction).

[4] Voir en particulier le livre d’Ilan Pappé, Une histoire pour deux peuples, mentionné en référence.

[5] Extraits du texte de William Robinson mentionné dans les références.

[6] Les chiffres sur les revenus mentionnés dans la section « repères démographiques » indiquent clairement cela.

[7] Voir notamment le site Internet suivant : https://www.hgsempai.fr/atelier/?p=4696

[8] Ces données sont celles publiées par la revue française Manière de Voir, dans le numéro de février 2024.

Dans les crocs de l’exrême droite !

1er juillet, par Omar Haddadou — , ,
Le populisme assène un K.O à la Démocratie ! Accaparé par la crise ukrainienne et l'agenda européen, Emmanuel a laissé le champ libre aux ultras du RN de promouvoir leur (…)

Le populisme assène un K.O à la Démocratie ! Accaparé par la crise ukrainienne et l'agenda européen, Emmanuel a laissé le champ libre aux ultras du RN de promouvoir leur idéologie, paradant dans Paris avec des tenues nazies. La lame de fond frappera la Gauche de plein fouet. Bardella savoure les 34% du premier tour.

De Paris, Omar HADDADOU

Coup de tonnerre ! Séisme électoral ! Point de bascule ! L'Extrême Droite est en tête dans plusieurs pays européens dont la France qui voit ses valeurs républicaines s'étioler, cédant la place au néofascisme, haineux de l'autre.

Les résultats de ce premier tour des Législatives 2024 donnent des sueurs froides.
La Démocratie risque de se voir obligée de se signer une dernière fois : Le Rassemblement National (RN) de Bardella et Marine le Pen est crédité de 34 % des intentions de vote. Talonné par le Nouveau Front Populaire Divers Gauche 29,6 %, Ensemble et Divers 22,4 %, les Républicains Divers Droite de 10 %, Autres 3,8 %. A noter que 39 Députés (es) RN et ses alliés, en phase d'obtenir la majorité, sont élus dès le premier tour, contre 32 de la Gauche (NFP).Fait marquant de cette échéance, le taux d'abstention historique à hauteur de 66, 71 %. Du jamais vu depuis 40 ans dans la Vème République.

Des figures du Macronisme sont battus, y compris à Paris !Fédéraliste, Européen invétéré, le Président sortant a laissé un espace libre à la dynamique RN
De 2017 à 2023, on est passé d'une variable à une autre où le chef de l'Etat se complaisait à se valoriser et dans le même temps à s'inscrire dans la politique ancienne qui a précarisé davantage la France.

Aujourd'hui, le pays est entré dans une phase chaotique. Le Président, a beau lancer un cri d'alarme exhortant les Français (es) à aller aux urnes en masses, il reste discrédité. Catastrophé, il tente de circonscrire les flammes qui lèchent les fenêtres de la République. Conscient de sa bévue, il entreprend de crier haro sur le péril RN, ameutant toutes les forces politiques y compris l'ancien Président François Hollande, le Nouveau Front Populaire comme fer de lance, les Syndicats et les Artistes.

C'est un moment fort de l'Histoire française, empreint de vives tensions et de basculement
Il suffit de sortir prendre le frais pour mesurer l'intensité de l'inquiétude qui camisole les Immigrés (es). Dans les cafés, les commentaires battent leur plein. Mais pour les adeptes de « J'y suis, j'y reste ! », l'Extrême droite est un colosse aux pieds d'argiles. Sans l'immigration, la France succombera sous les encombrants et les poubelles.

Oui la France est dans le nihilisme, la dénégation et l'amnésie.Pauvre Altérité ! Les tags sur la Place de la République, les façades haussmanniennes de la capitale, n'y changeront rien. Le racisme institutionnalisé, s'émancipe en mode décomplexé. Le pays des Droits de l'Homme est plus que jamais divisée. Piégé par son outrecuidance aveugle de locomotive et de puissance, il tourne le dos au malaise social, la précarité et voit ses fondamentaux voler en éclats.La chasse à l'étranger ne saurait tarder. Lui, dont les aïeux ont combattu dans les tranchées, a droit à une OQTF et une prise de conscience que les ressources de son pays sont le butin du prédateur occidental.

Macron a bien vu le tsunami extrémiste enflé, mais imbu de son égo de Président du Monde, l'a laissé enfler. Sa focalisation sur l'International lui sera fatale. Les journalistes et nombre de ténors politiques le tiennent pour responsable de ce désastre électoral. D'autres le pousse à la sortie.

Profitant de ce tohu-bohu, les QG de Bardella et Marine (vus à l'œuvre), misent sur la Communication et la propagande rappelant la stratégie de Goebbels, en vue de frapper les esprits. Ils rallient à leur combat, jeunes désespérés, femmes en détresse, chefs d'entreprise, avocats, étudiants, agriculteurs, propriétaires fonciers, un régiment de l'aristocratie parisienne et de la finance, des défenseurs des valeurs chrétiennes, etc
La lame de fond du Rassemblement National sera-elle dévastatrice ? Les brèves vidéos du chef de file, Jordan Bardella, et ses lieutenants sur les réseaux sociaux pour une offensive fulgurante, sont glaçants. D'où l'appel à la mobilisation et au sursaut des divers groupes de la Gauche pour faire barrage à cette vague « bleu- marine » au second tour. Eric Ciotti, le vil transfuge gaulliste, s'est jeté à corps perdu dans le giron de ses maîtres xénophobes, au lendemain des Européennes, espérant quelque portefeuille ministériel.

En désignant les Immigrés (es) comme les principaux coupables des maux de la France, l'Extrême Droite aura réussi un tour de force : Dézinguer Macron et prendre le pouvoir.
La Gauche écrira -t- elle une autre page d'Histoire en sauvant la République ?
O.H

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Les croisades modernes : l’extrême droite et la rhétorique chrétienne

29 juin, par John Olympio
John Olympio – correspondant – Les actualités sont nombreuses à décrire la hausse de l’instabilité et des tensions tant au niveau national qu’international. Et si c’était lié ? (…)

John Olympio – correspondant – Les actualités sont nombreuses à décrire la hausse de l’instabilité et des tensions tant au niveau national qu’international. Et si c’était lié ? Une des causes potentielles à cette période de récession politique a été évoquée par l’un des conférenciers, Dominic (…)

Dernière heure : des militant-e-s de Montréal bloquent un chemin de fer utilisé pour transférer des biens entre le Canada et "Israël"*

29 juin, par Collectif ad-hoc d'action directe BDS — , ,
Montréal, le 29 juin 2024 – Des militant-e-s anti-coloniaux bloquent un chemin de fer au sud de Montréal, près de St-Bruno, , *fermant une artère vitale pour les échanges entre (…)

Montréal, le 29 juin 2024 – Des militant-e-s anti-coloniaux bloquent un chemin de fer au sud de Montréal, près de St-Bruno, , *fermant une artère vitale pour les échanges entre le
Canada et l'état sioniste.* Des biens circulent entre Montréal et Halifax sur des trains de marchandise du Canadien National (CN) et ensuite vers Haifa à bord de bateaux appartenant à Zim Integrated Shipping Services Ltd..

*#boycottZim #desinvestir4Palestine #blocktherails #FreePalestine
#PalestineLibre*

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"L'état sioniste ne pourrait pas continuer sa violente occupation sans soutien matériel des états occidentaux. *Tout le commerce avec soi-disant Israël, pas seulement l'exportation d'armes, soutient la violence génocidaire et doit être arrêté.* Des biens et capitaux canadiens rendent le génocide possible en Palestine : que ce soit des produits industriels
envoyés pour compenser la plus faible production car des réservistes qui travaillent en usine sont appelés à combattre à Gaza, ou encore le capital envoyé pour acheter des oranges qui sont vendues partout au Québec. Ce blocage vise à interrompre temporairement les échanges commerciaux, à attirer l'attention sur le soutien matériel du Canada, et à inspirer d'autres actions directes de boycott, désinvestissements et sanctions
(BDS)
", a dit Fadwa Tuqan.

"En mai, nous avons vu des Montréalais-e-s mener la lutte BDS vers des nouveaux sommets, les étudiant-e-s ayant construit des campements pour pousser leurs universités à désinvestir et boycotter. Le mouvement des campements s'est maintenant élargi pour demander que la CDPQ désinvestisse et que Québec ferme le bureau Québec-Israël", a dit Dominique Gagnon du blocage. "*Nous continuons de faire des pressions stratégiques pour que l'état et des institutions adoptent le BDS, mais nous faisons également des
actions directes pour faire appliquer le boycott nous-même*
."

"Le monde entier se contente de regarder alors que l'agresseur sioniste bombarde, tire, enterre, affamme et refuse de l'aide médicale vitale aux Palestinien-ne-s, détruisant simultanément toutes les infrastructures et empoisonnant la terre. Nous devons soutenir la Palestine de manière concrète", a dit Dominique Gagnon, un organisateur/une organisatrice/ un-e organisataire du blocage. "Nous avons fait des pétitions, des
déclarations, et des résolutions, et ça n'a pas marché.* Nous bloquons aujourd'hui les rails utilisés pour transférer des biens entre le Canada et l'entitié sioniste parce que la classe politique en entier a laissé tomber la Palestine.
*"

Le CN est un acteur clé dans l'établissement et le mantien du colonialisme canadien. Zim a été fondé en 1945 en tant que projet sioniste pour soutenir la colonisation de la Palestine et la création de l'état sioniste, trois ans avant que soi-disant Israël ne soit reconnu par les états occidentaux suite à leur massacre et leur déplacement des Juif-ve-s européen-ne-s.

Jusqu'au début des années 2000, Zim était était encore partiellement détenue par l'État. Dans le contexte de l'escalade actuelle, son PDG s'est engagé <https://theloadstar.com/zim-warns-o...> à ce que ses bateaux "soient dirigés, avec la plus grande priorité, pour transférer de la marchandise de n'importe où dans le monde vers Israël, selon les demandes et les besoins du Ministère de la Défense et du
gouvernement d'Israël."

"Le Canada soutient le génocide et l'occupation de manière diplomatique et matérielle", a dit Hannah Omini. "Son alliance ferme avec Israël n'est pas surprenant, vu que c'est également un état colonial et qu'il s'appuie sur les ressources, la terre et le travail volés aux peuples colonisée ici et autours du monde. Nous appelons à plus d'actions directes BDS pour arrêter le génocide, mettre fin à l'occuptation, et libérer la Palestine."

Source :
Collectif ad-hoc d'action directe BDS

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Queen Omega en spectacle au Festival international des Nuits d’Afrique le 13 juillet !

29 juin, par Luna Choquette Loranger
Elle s’appelle Queen Omega, elle est originaire de Trinidad et fait de la musique reggae. Un peu comme Tiken Jah Fakoly, elle aborde des thèmes de justice sociale et (…)

Elle s’appelle Queen Omega, elle est originaire de Trinidad et fait de la musique reggae. Un peu comme Tiken Jah Fakoly, elle aborde des thèmes de justice sociale et environnementale. Le reggae étant un genre musical dominé majoritairement par des hommes, c’est vraiment intéressant d’avoir une (…)

Le capitalisme, c’est mauvais pour la santé

Anne Plourde, Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé, Écosociété, 2021, 288 p. Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé a comme fil conducteur l'évolution des (…)

Anne Plourde, Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé, Écosociété, 2021, 288 p.

Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé a comme fil conducteur l'évolution des Centres locaux de services communautaires (CLSC), que l'autrice décrit comme « un modèle socialiste dans une société capitaliste ». Chercheuse postdoctorale à l'Université York et à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), Anne Plourde dresse un portrait éclairant et édifiant des mal aimés CLSC, de leur implantation dans les années 70 à la suite de la Commission Castonguay-Nepveu, qui les destinait à devenir la principale porte d'entrée du système de santé, jusqu'à la réforme Barrette de 2015 qui abolira « les derniers vestiges de démocratie qui pouvaient encore exister dans le système public de santé et de services sociaux » (p. 214).

Pour mieux nous faire comprendre les mérites du modèle initial des CLSC, caractérisé par une équipe multidisciplinaire inspirée des cliniques populaires des années 50 et la participation active des citoyens, Plourde s'intéresse d'abord à l'histoire des luttes contre les effets délétères du capitalisme. Pour l'autrice, la création du réseau public de la santé au Québec, dont l'instauration d'une assurance maladie complète et universelle est le cheval de bataille, apparaît comme l'une des plus éclatantes victoires des mouvements ouvriers, syndicaux et communautaires de l'histoire récente des Amériques, favorisant le passage du Québec d'un « État social sous-développé » à un État social avant-gardiste en Amérique du Nord.

Mais la contre-offensive capitaliste des années 70 et de la vague néolibérale des années 80 et 90 empêcheront le Québec d'opérer véritablement les cinq virages proposés par la Commission Castonguay-Nepveu (1967) qui reprochait déjà au système de Santé d'être « centré sur la médecine curative, l'hôpital et les médecins » (p. 109). Anne Plourde déploie alors une critique rigoureuse et implacable d'un demi-siècle de politiques complaisantes envers tous ceux à qui profite un système hospitalo-centrique comme le nôtre. Cela explique, selon l'autrice, l'incapacité de notre système de santé à répondre adéquatement à la pandémie de la COVID 19.

Dans un dernier chapitre lumineux et pénétrant, Anne Plourde avance six solutions « pour préparer l'après-pandémie en santé et services sociaux ». Elle explique avec éloquence comment le financement du réseau à hauteur des besoins actuels et à venir doit s'accompagner d'un élargissement de la couverture publique à plusieurs services médicaux de première ligne (des soins à domicile à la dentisterie) et du retour du pouvoir décisionnel des « travailleuses de la santé ». Elle souligne aussi l'importance des milieux communautaires dans la transformation « d'un système hospitalo-centrique à un système centré sur la prévention et la première ligne » (p. 263) afin que les services de première ligne soient efficaces et permettent de réduire les dépenses en santé.

« Le retour à un modèle d'établissement inspiré de celui des CLSC est au cœur de cette triple proposition de nationalisation, décentralisation et redémocratisation » (p. 256) du système de santé et de services sociaux. Les propositions d'Anne Plourde paraissent révolutionnaires auprès des timides mesures annoncées par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Mais n'est-ce pas inévitable alors que l'on sait que les changements climatiques auront des répercussions importantes sur notre santé et causeront, par conséquent, une pression croissante sur les infrastructures de santé publique ?

Dans la prochaine réforme de la santé, dont nous avons eu un avant-goût au printemps dernier, il y a fort à parier que la « conception capitaliste de la santé », à l'écoute des gestionnaires d'hôpitaux, continuera de mettre à mal le réseau sociosanitaire québécois.

Ville féministe

Leslie Kern, Ville féministe. Notes de terrain, Éditions du remue-ménage, 2022, 250 pages. Une ville pensée pour toutes et tous, est-ce possible ? Une ville pensée par (…)

Leslie Kern, Ville féministe. Notes de terrain, Éditions du remue-ménage, 2022, 250 pages.

Une ville pensée pour toutes et tous, est-ce possible ? Une ville pensée par toutes et tous, l'est-ce aussi ? Voici les deux grandes questions que pose Leslie Kern dans cet essai-récit qui se lit de bout en bout, sans prendre de pause.

La professeure de géographie et d'environnement, originaire de la banlieue de Toronto et vivant aujourd'hui au Nouveau-Brunswick nous fait découvrir, dans ce texte écrit au « je », les angles morts de l'urbanisme, sexistes et trop nombreux. Cet essai-récit s'appuie sur le vécu de Kern ainsi que sur son analyse féministe et son expertise de géographe. Les diverses réflexions étayées sont issues de ses expériences de la ville à titre d'adolescente, de jeune femme adulte, de femme enceinte, de mère, de travailleuse et de militante impliquée au sein de divers mouvements sociaux.

Elle nous fait constater que la ville, peu importe laquelle, où une femme réside, mange, dort, travaille et aime, est une ville conçue, imaginée et régie par des hommes, une ville qui exacerbe les inégalités entre les genres puisque l'expérience de ces derniers dans la ville est très différente de celle des femmes. Pourquoi ? Parce que la division entre espace public et espace privé a été prépondérante dans la conception de l'urbanisme en général. Les femmes sont reléguées à l'espace privé, aux hommes l'espace public. Ce qui explique que les rapports des hommes avec la ville ne sont pas entachés par un sentiment d'insécurité qui est le quotidien des femmes et des autres populations marginalisées socialement et plus vulnérables.

Kern pose les bonnes questions en nous invitant à repenser les espaces urbains et en dépassant le clivage espace privé/femmes et espace public/hommes. La ville féministe proposée par Kern est un projet inspirant et ambitieux, où toutes et tous sont aux commandes. Cette ville féministe va au-delà du béton : c'est vivre différemment, c'est vivre mieux et de façon plus juste et collective.

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