Recherche · Dossiers · Analyses
Toujours au devant

Les médias de gauche

Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

Derniers articles

À qui appartient la mairie de Winnipeg ?

9 mars, par Manitoba Committee
Après le succès d’une récente campagne visant à faire annuler un projet de règlement anti-manifestation, les habitants de Winnipeg se demandent comment une motion aussi (…)

Après le succès d’une récente campagne visant à faire annuler un projet de règlement anti-manifestation, les habitants de Winnipeg se demandent comment une motion aussi antidémocratique a pu être présentée.… Source

Guerres, impunité et résistances : pourquoi le féminisme doit défier la guerre et le capitalisme ?

8 mars, par Isabel Cortés
par Isabel Cortés, correspondante basée à Québec Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles (…)

par Isabel Cortés, correspondante basée à Québec Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles sont en première ligne d’une violence qui dépasse de beaucoup les champs de bataille. Déjà en 2025, le rapport Les (…)

Occupation d’usine en Italie : la lutte pour une alternative

8 mars, par Jan Torras Griso
par Jan Torres correspondant basé à Paris Depuis cinq ans, les travailleurs de l’usine GKN à Florence se battent contre État et patronat pour garder leur emploi. Leur lutte (…)

par Jan Torres correspondant basé à Paris Depuis cinq ans, les travailleurs de l’usine GKN à Florence se battent contre État et patronat pour garder leur emploi. Leur lutte redéfinit la synergie entre mouvements ouvriers et écologistes, révélant que les alternatives sont possibles tant qu’on est (…)

Femmes palestiniennes : la force de tenir dans un quotidien brisé

8 mars, par Lyna Zorgane
En Palestine, les restrictions de mouvement et l’affaiblissement des services publics réduisent l’espace de vie des femmes : se soigner, travailler, étudier ou demander de (…)

En Palestine, les restrictions de mouvement et l’affaiblissement des services publics réduisent l’espace de vie des femmes : se soigner, travailler, étudier ou demander de l’aide dépend d’accès intermittents, souvent imprévisibles. Circuler sous contrainte En Cisjordanie, se déplacer n’a rien (…)

CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS ?

8 mars, par Marc Simard
Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le (…)

Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying. Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire: CONTRÔLE : (…)

Sous les JO, le ravage

Les Jeux olympiques (JO) de Paris auront fait jaser, bien au-delà de la cérémonie d'ouverture, de la qualité de l'eau de la Seine ou de l'apparence des mascottes. L'illusoire (…)

Les Jeux olympiques (JO) de Paris auront fait jaser, bien au-delà de la cérémonie d'ouverture, de la qualité de l'eau de la Seine ou de l'apparence des mascottes. L'illusoire trêve olympique a vite été balayée par des affrontements politiques variés, que ce soit à propos des personnes transgenres et intersexes, du port du voile, du corps des femmes, du racisme dans le sport ou bien de la Palestine. Mais le sujet du « nettoyage social » qui se poursuit a trop vite été mis de côté une fois les épreuves commencées.

Autrefois considéré comme un événement merveilleux qui apporterait prospérité et prestige à la ville organisatrice, il est désormais clair pour beaucoup que les JO sont surtout synonymes de déplacements de population, de gentrification, de renforcement des services de police et de tractations antidémocratiques en coulisses, ce qui a considérablement entamé leur popularité. La dernière édition dans la capitale française ne fait pas exception.

Le podium de la honte

Depuis plusieurs années, la préparation des JO de Paris a donné lieu à une vaste opération de « nettoyage social » largement dénoncée par les associations, et touchant les plus vulnérables : étudiant·es précaires, itinérant·es, réfugié·es, migrant·es, sans-papiers, Roms, ou encore travailleur·euses du sexe. L'ampleur du phénomène est vertigineuse. Plus de 3000 étudiant·es en résidences universitaires ont vu leur logement réquisitionné pour être mis à disposition du personnel déployé pour les Jeux. Les démantèlements et expulsions de campements et de squats, comme celui de l'ancienne cimenterie Unibéton qui abritait 400 personnes, se sont multipliés. Depuis avril 2023, près de 15 000 expulsions ont été prononcées.

Afin de vider la capitale de ses itinérant·es, une dizaine de « sas d'hébergement » temporaire d'urgence ont été mis en place à travers la France dans des villes comme Toulouse, Bordeaux ou Strasbourg [1]. Des centaines de sans-abris ont été ainsi redirigés vers ces centres et transportés en bus à des centaines de kilomètres, dans des villes qu'ils ne connaissent pas, pour souvent se retrouver à nouveau à la rue, faute de place et d'initiative politique. En effet, cette solidarité territoriale imposée passe mal du côté des élu·es des municipalités concernées, et s'accompagne parfois de propos discriminants et déshumanisants comme ceux du maire d'Orléans dont la ville « n'a pas vocation à accueillir la colline du crack de Paris ». Plus généralement, les sas en région ont été un échec. La plupart des expulsé-es ont souhaité être relocalisé-es ailleurs en Île-de-France pour rester proche de leurs familles, de leurs ami·es et des associations qu'iels connaissent. D'autres sans-abris et marginalisé-es, craignant les contrôles de police et les expulsions, n'ont plus osé sortir ou se déplacer, et se sont ainsi privé-es de distribution alimentaire ou de soins. Par ailleurs, la préfecture de Paris a même brièvement tenté d'interdire la distribution alimentaire dans certains arrondissements, avant de faire marche arrière à la suite de mobilisations auprès du tribunal administratif.

Du côté des travailleur·euses du sexe, le harcèlement policier s'est aussi intensifié, les poussant à limiter leurs sorties et à réduire leurs revenus. Le Syndicat du travail sexuel (STRASS) estime d'ailleurs que les JO servent de prétexte pour expulser les personnes sans-papiers, avec l'appui de la répressive loi sur l'immigration adoptée en décembre 2023 [2]. Les JO ont ainsi fonctionné comme un véritable état d'urgence, justifiant des politiques de contrôle et de surveillance ainsi qu'un déferlement de violence sociale visant à détruire les liens et les solidarités tissés entre les indésirables.

La ville-vitrine de la start-up France

Habituellement, une saison estivale dans la Ville Lumière ne provoque pas de tels efforts de la part du gouvernement et des autorités publiques dans leur guerre de classe. Comme dans toutes les villes hôtes précédentes, les JO constituent une occasion idéale de renforcer le pouvoir de la bourgeoisie. Nous ne regardons pas seulement une compétition sportive, mais aussi une campagne publicitaire élaborée. Une publicité qui rend impératif le nettoyage de la ville-vitrine de la start-up France. Le résultat est un Paris artificiel et aseptisé à la Emily in Paris, celui des pubs de parfums, plus que jamais un parc d'attractions pour les touristes. Moins remarqués que les chefs d'État, une quarantaine de grands patrons, dont Elon Musk, ont été accueillis par le président Macron à l'Élysée pour parler affaires et être rassurés sur les orientations fiscales et économiques du pays. De même, l'omniprésence des groupes de luxe tels que LVMH dans le déroulement des Jeux illustre bien la contamination de l'olympisme par les intérêts capitalistes.

Les grands gagnants économiques des JO ne sont pas les petits commerçants, affectés par le départ de nombreux francilien·nes pendant les épreuves, les contraintes à la mobilité imposées par le dispositif sécuritaire et un plus faible nombre de touristes [3]. Ce sont plutôt les partenaires officiels choisis par le Comité international olympique (CIO) tels que AirBnB, Alibaba, Allianz, Coca-Cola, Samsung, Toyota ou Visa. Ce sont aussi les géants du bâtiment comme Vinci et Effage, les agences de sécurité privées, et bien évidemment les sociétés de logiciels comme Wintics et son système de vidéosurveillance algorithmique.

La soumission de l'espace public aux intérêts privés et sécuritaires est intimement liée à la gentrification accélérée et à l'expulsion massive des plus démunis qui a eu et continue d'avoir lieu. Un dispositif supposément temporaire mais que certain·es souhaiteraient voir permanent. Le 12 août, Emmanuel Macron a ainsi déclaré : « Nous qui avons vécu pendant plus de deux semaines dans un pays où on avait le sentiment que quelque chose avait changé […] on n'a pas envie que la vie reprenne ses droits. Parce qu'au fond, la vie, c'est ce qu'on a vécu ces dernières semaines. C'est ça la vraie vie […] et donc ça doit continuer. C'est ça le vrai visage de la France ».

Face aux critiques, le pouvoir et ses soutiens ont opposé une injonction à s'amuser sous peine d'être suspecté d'antipatriotisme. Les grands médias ont joué un rôle important dans la construction de cette parenthèse euphorisante et anesthésiante, se succédant pour faire l'éloge des Jeux et vanter leur capacité à réparer les fractures du pays, à rassembler. Un discours vite endossé par l'extrême droite qui n'a cessé de se donner des airs populaires en célébrant joyeusement les victoires françaises. Tout le long, nationalisme et capitalisme ont fait bon ménage.

Des Jeux, sans le pain

Malgré des discours initialement très défiants et combattifs, dans un contexte de fortes tensions post-élections législatives, force est de constater que les oppositions ne sont pas parvenues à résister efficacement contre les JO. Si les syndicats comme la CGT se félicitent d'avoir amélioré la sécurité sur les chantiers et régularisé certains travailleurs sans-papiers, il s'agit tout de même d'un cache-misère. Face aux 35 000 policiers et gendarmes mobilisés, aux caméras de surveillance, aux barrières installées partout et aux interdictions de manifester, les quelques initiatives de protestation comme celles des mineurs isolés et sans-abris sur la place de la Bastille ou celles de collectifs comme Saccage 2024 n'avaient aucune chance de réussir. Il aurait fallu que se lève un mouvement massif, impossible à ignorer, ce qui n'est tout simplement pas arrivé.

En effet, les mobilisations anti-JO de Paris ont été particulièrement peu audibles, y compris par rapport aux mobilisations précédentes des Jeux de Londres ou de Tokyo. La peur de la répression, l'opportunisme ou la persistance d'une certaine aura positive autour des Jeux semblent avoir clairement empêché un plus large sursaut au sein du peuple de gauche. Alors que les collectifs étatsuniens s'organisent déjà pour contrer les prochains JO à Los Angeles, la transmission de la mémoire militante semble plus que nécessaire pour apprendre de ces échecs.


[1] Rappelons pourtant que près de 20 % des logements à Paris sont vides ou occupés occasionnellement comme résidence secondaire (soit 262.000 logements).

[2] 90 % des prostituées de rue en France seraient étrangères selon un rapport parlementaire de 2011.

[3] L'État a d'ailleurs dû se résoudre à créer un fond de dédommagement.

Pour aller plus loin
Paris 2024 : Une ville face à la violence olympique, Jade Lindgaard, Éditions Divergences, 2024, 168 p.
NOlympians - Inside the Fight Against Capitalist Mega-Sports in Los Angeles, Tokyo and Beyond, Jules Boykoff, Fernwood Publishing, 2020, 196 p.

Trente ans d’insurrection au Chiapas

L'année 2024 marque le trentième anniversaire du soulèvement zapatiste au Chiapas, l'un des États les plus pauvres du Sud du Mexique. Initié en 1994 lors de l'entrée en (…)

L'année 2024 marque le trentième anniversaire du soulèvement zapatiste au Chiapas, l'un des États les plus pauvres du Sud du Mexique.

Initié en 1994 lors de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ce soulèvement se présente comme « l'une des premières manifestations de la résurgence des luttes sociales et de la pensée critique [1] » à l'orée du XXIe siècle. Il survient dans un contexte alors marqué par la consolidation de l'ordre néolibéral que consacrent l'effondrement de l'URSS et la restructuration des économies nord-américaines sous l'égide des gouvernements Reagan, Mulroney et de la Madrid et Salinas de Gotari (Mexique).

Dans la nuit du 1er janvier 1994, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), composée pour l'essentiel de militant·es autochtones, déclare la guerre au gouvernement fédéral du Mexique et occupe temporairement les villes d'Altamirano, de Chanal, de Las Margaritas, d'Ocosingo et de San Cristobal de Las Casas. L'action de l'EZLN apparaît alors comme l'aboutissement d'un processus de luttes et de revendications initié par les mobilisations autochtones et paysannes qui ont émergé au Chiapas au cours des années 1970 et qui s'inscrivent dans le prolongement de l'histoire de la résistance au colonialisme. « Nous sommes le produit de 500 ans de lutte » déclarent les Zapatistes dans leur premier communiqué. À la différence d'autres mouvements de guérilla, l'EZLN cherche moins à prendre le pouvoir qu'à impulser par le bas une transformation radicale de l'organisation politique, sociale et économique de la société. Si l'État fédéral choisit d'y répondre en se livrant à une guerre de basse intensité contre l'EZLN et ses bases d'appui, le mouvement zapatiste parvient néanmoins à entamer un processus de construction de l'autonomie à même les communautés où il est implanté, et contribue à redéfinir la place des peuples autochtones au sein de la société mexicaine.

Cette « révolution invisible », qui s'étend sur un territoire de 35 000 km2, continue encore aujourd'hui de s'opposer à l'État fédéral mexicain et de nouer des liens avec celles et ceux qui luttent contre le capitalisme à travers le monde. Alors que persiste la menace de violence de la part des forces armées et des groupes paramilitaires, le mouvement zapatiste doit également composer avec la relance de projets de développements de grande ampleur et leurs impacts sociaux et écologiques, et avec l'emprise grandissante des cartels sur la région. En espérant que le Chiapas insurgé saura y faire face.


[1] Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2019 (2005), p. 14.

Photo : León Muñoz Santini

L’inaction face au génocide de la Palestine, un acte de complicité

Nous entrons maintenant dans le dixième mois du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien assiégé et occupé. Ce génocide est une extension de plus de sept (…)

Nous entrons maintenant dans le dixième mois du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien assiégé et occupé. Ce génocide est une extension de plus de sept décennies de dépossession coloniale et d'apartheid infligés aux Palestinien·nes.

Nous entrons maintenant dans le dixième mois du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien assiégé et occupé. Le génocide est une extension de plus de sept décennies de dépossession coloniale et d'apartheid infligés aux Palestinien·nes. Au cours de ces derniers mois, les Palestinien·nes ont subi d'horribles pertes en vies humaines, avec plus de 38 800 morts documentés et des milliers restant sous les décombres, la dévastation de près de 70 % des logements de Gaza et la destruction d'institutions et d'infrastructures essentielles au maintien de la vie, allant des établissements de santé aux écoles en passant par les systèmes d'assainissement, d'eau et d'électricité. Dans l'ombre de cette oblitération et du renforcement du siège de Gaza, en Cisjordanie, le nettoyage ethnique, l'accaparement des terres et les attaques violentes des forces d'occupation israéliennes et des colons armés ont atteint des niveaux sans précédent.

L'exemple de deux camps de réfugié·es urbains dans le nord de la Cisjordanie soulève de nombreuses questions sur la complicité du Québec et du Canada dans la violence infligée aux Palestinien·nes. Face à cela, le mouvement de solidarité mondiale peut jouer un rôle essentiel pour mettre fin à ce violent système de peuplement colonial.

Violences coloniales et destructions

Alors que les yeux du monde sont rivés sur Gaza, en Cisjordanie, les forces d'occupation israéliennes ont accéléré l'expropriation de terres avec le vol de 2370 hectares en 2024, ont étendu les colonies de peuplement illégales, ont construit de nouveaux postes de colonisation – entraînant le déplacement de 19 communautés – et ont exacerbé le confinement et l'isolement des communautés palestiniennes par l'utilisation, entre autres, de barrières en fer. Cet enfermement est aggravé par le nombre croissant de points de contrôle qui entravent la mobilité des Palestinien·nes. Les Forces d'occupations israéliennes (FOI) et les colons armés ont intensifié leurs attaques contre les Palestinien·nes depuis octobre 2023, causant le meurtre de plus de 550 Palestinien·nes, l'emprisonnement de plus de 9500 personnes et l'accélération de la démolition de maisons.

Il y a eu des raids militaires quasi quotidiens contre les communautés palestiniennes dans toute la Cisjordanie, mais le ciblage des camps de réfugié·es palestinien·nes a été particulièrement vicieux. Les FOI utilisent régulièrement des bulldozers D9 et des véhicules blindés pour envahir les camps et détruire les infrastructures comme les routes, les conduites d'eau et d'égouts, les lignes électriques ainsi que des sites culturels et patrimoniaux. Les camps de réfugié·es, établis après la Nakba de 1948 comme hébergements temporaires jusqu'à ce que les réfugié·es puissent retourner sur les terres et les maisons d'où ils et elles avaient été déplacé·es de force, ont été particulièrement ciblés dans le but d'écraser leur résistance et leur lutte pour le retour. L'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), qui a été créé pour superviser les camps et garantir les droits des réfugié·es, y compris le droit au retour, n'a pas été épargné par l'offensive. Les attaques d'Israël contre l'UNRWA représentent une attaque directe contre les droits des Palestinien·nes.

Lors de notre visite dans les camps de réfugié·es de Jénine et de Nur Shams à la fin de juin et au début de juillet 2024, nous avons été témoins de la destruction qui reflète ce que les résidents locaux appellent la « petite Gaza ». Le camp de réfugié·es de Jénine, qui a été rasé lors de la deuxième Intifada en 2002 et reconstruit à nouveau, a été soumis à plusieurs reprises à la violence des FOI, notamment lors des massacres de janvier et juillet 2023. Depuis octobre dernier, plus de 80 raids militaires ont laissé le camp en ruines. La plupart des habitant·es ont été déplacé·es, leurs maisons ont été incendiées, bombardées, ou partiellement à entièrement détruites. Bien que ce camp s'étende sur moins de 0,5 km² et qu'il dispose déjà de deux cimetières complets, en janvier 2024, un troisième cimetière a été construit sur un terrain initialement destiné à l'agrandissement du Théâtre de la Liberté de Jénine.

Lors de notre promenade dans le camp de réfugié·es de Nur Shams juste après l'un des raids militaires d'Israël, nous avons été horrifiées par l'ampleur des destructions, qui comprenaient des dizaines de maisons bombardées ou incendiées, des magasins, une garderie, une salle de sport, ainsi qu'un centre de l'UNRWA. Les rues – y compris l'intégralité de la rue principale – ont été détruites par des bulldozers. Les conduites d'eau souterraines ont été perforées et les réservoirs d'eau ont été détruits ou percés par des impacts de balles. Les affiches des martyrs se trouvaient sur presque toutes les structures verticales qui restaient encore debout. Une semaine seulement après notre visite, les FOI ont de nouveau envahi le camp, causant des destructions encore plus importantes, laissant 300 familles sans abri.

Au cours de ces raids, les camps sont attaqués non seulement par les forces terrestres, les véhicules blindés et les tireurs embusqués, mais aussi par des hélicoptères et des drones. Les habitant·es des camps ont témoigné que des drones armés et de surveillance survolent régulièrement leur espace aérien. Alors que certains drones émettent des bruits irritants 24 heures sur 24, d'autres sont silencieux et mortels et sont utilisés pour assassiner des Palestinien·nes. L'une des façons les plus illégales et les plus trompeuses par lesquelles l'armée s'infiltre dans les communautés palestiniennes est l'utilisation de « Musta'ribeen », des unités spéciales israéliennes qui se déguisent en Palestinien·nes, comme dans le cas de l'hôpital Ibn Sina à Jénine, où ils se sont déguisés en personnel hospitalier et en civils.

Dans ces conditions de confinement, de surveillance et de raids militaires, les Palestinien·nes continuent d'exercer leur droit à l'autodéfense en utilisant tous les moyens disponibles. Cela comprend l'utilisation de pierres et d'explosifs artisanaux, le blocage des rues avec des blocs de ciment et la couverture des allées étroites des camps avec des tissus ou des bâches pour bloquer la vision des drones.

Complicité des gouvernements

Alors que le monde regarde en direct le massacre des Palestinien·nes par Israël à Gaza et en Cisjordanie, les gouvernements du Québec et du Canada sont non seulement indifférents, mais aussi complices du génocide en cours à plusieurs niveaux : par le silence des fonctionnaires, la couverture politique, le soutien matériel (y compris les pièces d'armes) et l'alimentation du racisme anti-palestinien à travers le pays. Ici, au Québec, le premier ministre François Legault a récemment annoncé que, malgré la violence actuelle, il irait de l'avant avec son projet d'ouvrir un bureau à Tel-Aviv afin de renforcer les liens avec Israël. De plus, le Régime de rentes du Québec, géré par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) investit actuellement 14,2 milliards de dollars dans 87 entreprises liées à Israël, dont le fournisseur d'armes Lockheed Martin. Le Canada considère depuis longtemps Israël comme un allié central au Moyen-Orient. Et bien que le Canada ait récemment voté en faveur d'un cessez-le-feu à l'ONU et se soit engagé à imposer un embargo sur la vente d'armes à Israël, il continue de donner suite aux contrats d'armement qui avaient déjà été approuvés. De plus, l'embargo n'inclut pas l'achat d'armes à Israël. Le Canada favorise également les investissements financiers par le biais de l'Accord de libre-échange Canada-Israël (ALÉCI), qui comprend des avantages pour les entreprises situées dans les colonies illégales de Cisjordanie. Enfin, les allégements fiscaux accordés aux organisations caritatives qui soutiennent directement la construction illégale de colonies israéliennes constituent une autre forme de soutien matériel.

Une telle complicité n'est pas surprenante compte tenu des pratiques coloniales, suprémacistes et impérialistes des gouvernements sur l'île de la Tortue. Mais un mouvement massif est en cours pour contester cet ordre violent. De nombreux observateurs ont soutenu que le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine a atteint des sommets en termes de portée et d'échelle. La persistance des manifestations, des campements d'étudiant·es et des actions de solidarité depuis octobre 2023 ainsi que la diversité des acteurs·rices impliqués mettent en lumière l'injustice du système juridique international. Iels ont aussi mis en évidence la complicité de la plupart des gouvernements occidentaux dans le génocide et le rôle des grands médias dans la suppression de la parole palestinienne et l'amplification des mensonges israéliens au mépris de la déontologie journalistique. Ce mouvement de solidarité mondial aspire non seulement à une Palestine libre du fleuve à la mer pour tous·tes les habitant·es du territoire, mais aussi à mettre fin au système plus large qui continue de coloniser, d'exploiter, de monopoliser et de détruire des vies humaines et non humaines ainsi que l'environnement.

L'histoire nous a appris que les actions collectives des peuples peuvent réaliser ce que les puissances militaires destructrices ne peuvent pas faire. La solidarité mondiale avec la lutte des Sud-Africains contre le système de l'apartheid, par exemple, a réussi à faire pression sur les États pour qu'ils cessent de fournir des armes à ce régime et imposent des sanctions économiques, ce qui a conduit à la fin du système de l'apartheid.

Le récent arrêt de la Cour internationale de justice déclarant que les pratiques israéliennes en Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza sont illégales et doivent cesser, constitue une preuve supplémentaire du potentiel d'un tel mouvement. Notre défi, cependant, est de poursuivre cette lutte par le biais d'une solidarité collective et intersectionnelle constante capable de soutenir le mouvement actuel et de servir de base à la justice en Palestine, sur l'île de la Tortue et au-delà.

Rehab Nazzal est une artiste multidisciplinaire d'origine palestinienne basée à Tiohtiake/Montréal et à Bethléem, en Palestine. Son travail traite des effets de la violence coloniale sur le corps et l'esprit des peuples colonisés, sur la terre et sur d'autres vies non humaines.

Photos : Un enfant du camp de réfugiés de Nur Shams hissant le drapeau de la Mohawk Warrior Society, juin 2024 (Crédit : Rehab Nazzal) ; Le lieu de sépulture des deux frères, Mohammad et Ayman Gazawi, qui ont été assassinés par les FOI dans leurs lits d'hôpital. Enterrés ensemble dans le nouveau cimetière du camp de réfugiés de Jénine, 2024 (Crédit : Rehab Nazzal) ; Un enfant du camp de réfugiés de Nur Shams hissant le drapeau de la Mohawk Warrior Society, juin 2024 (Crédit : Rehab Nazzal)

Une coopérative d’habitation en milieu rural : une solution aux défis d’accès au logement en région ?

8 mars, par Rédaction

Ce texte traite du projet d’une coopérative d’habitation dont la genèse prend racine dans le territoire gaspésien, il y a de cela un peu plus de 18 ans, soit en 2007. Six fondatrices et fondateurs et leurs trois enfants, plus motivés les uns les autres, se lancent dans l’aventure d’une communauté intentionnelle s’articulant autour de l’autonomie, de la convivialité et de l’entraide.

Le contexte

De prime abord, je dois admettre ne pas être ferrée en matière de logement social. J’apporterai plutôt une perspective rurale et régionale à la réflexion globale, telle une bûche de plus dans la corde de bois qu’on prépare en vue d’un hiver gaspésien… Même si la réalité est tout autre hors des grands centres urbains, la population qui vit en région est de plus en plus soumise aux pressions de l’immobilier, que ce soit en raison de la rareté des logements offerts, des phénomènes de tourisme rapide (fast tourism) et des plateformes numériques qui mettent à la porte des familles du marché de base en haute et en basse saison, sans parler du phénomène de rachat de maisons pour une location à des motoneigistes assoiffés de conditions hivernales palpitantes. Bref, lorsqu’un logis est disponible, les locataires doivent souvent faire des compromis sur l’hygiène et la salubrité du lieu de vie ou s’inventer une flexibilité hors du commun pour quitter un logement en haute saison et le récupérer une fois que les voyageurs ont rempli leur cœur et leur appareil photo. En parallèle au tourisme, la crise de l’immobilier s’est certainement amplifiée par la récente pandémie de COVID-19. On a vu un exode vers les campagnes s’intensifier depuis cinq ans, et cela a eu des répercussions assez imposantes sur la vente de maisons en région et, de surcroit, sur la spéculation foncière.

Pour détailler le cliché et le simplifier légèrement, des gens en provenance de régions urbaines en raison d’un marché immobilier plus féroce, profitant de possibilités décuplées de télétravail et davantage de moyens financiers, convoitent les maisons du marché gaspésien. Par opposition, les citoyennes et citoyens locaux composent souvent difficilement avec la question de l’habitat, des moyens financiers, de l’accès à la propriété, etc. De prime abord, je me dois de situer mon point de vue, qui est celui d’une personne d’origine caucasienne, arrivée dans la région depuis 25 printemps et qui est perçue par les gens de la place comme néorurale. Les «  néos  », comme on nous appelle amicalement, sommes souvent débrouillards et débrouillardes de par nos activités financières indépendantes ou coopératives et nos réseaux – constitués majoritairement de néos également. J’ajouterais que, bien que la présence de néos contribue au dynamisme, à l’économie et à la vie sociale de la région, très palpables dans l’une des MRC les plus dévitalisées du Québec, il n’en demeure pas moins que cette horde de néos a contribué à un certain embourgeoisement. On ne peut passer sous silence les effets de l’arrivée graduelle de néopaysans sur le territoire et sur l’accès aux biens fonciers (terres, maisons, logements) pour les Gaspésiens et Gaspésiennes. Ce phénomène n’est donc pas nouveau, mais il s’est certainement accéléré au cours des cinq dernières années.

Le collectif d’habitation

Dès le départ, la copropriété a constitué le véhicule juridique choisi par les membres du collectif pour réaliser l’éventuel projet de coopérative d’habitation et ainsi accéder rapidement à la terre et à sa modeste maison. Le projet n’est donc pas né en réaction à l’anticipation d’une crise du logement, bien que certains membres aient galéré lors de leur atterrissage dans la région. Durant les 10 premières années, l’idéal d’autonomie a poussé plusieurs membres à vivre dans une certaine précarité. En effet, la rapidité d’implantation qu’un habitat temporaire permettait – on peut penser ici à la yourte ainsi qu’à des cabanes sommairement isolées sans eau ni électricité – a donné un accès rapide et a permis de vivre sur les lieux à temps plein. Le groupe valorisait ardemment cette formule d’accès rapide à un habitat modeste, car comme le dit la devise de l’un des membres fondateurs  : «  Un écovillage, ça ne se fait pas avec les personnes qui en parlent, mais avec celles qui le font  ». C’est ainsi qu’une majorité des membres ont séjourné souvent durant plusieurs années dans ces habitations temporaires avant d’être en mesure d’amasser ressources, temps et compétences pour se construire une habitation permanente. Longtemps, ce «  sacrifice  » a été perçu comme une étape nécessaire afin de commencer à vivre sur les lieux le plus vite possible, à tester le laboratoire humain, à s’investir ensemble. À cet effet, le processus d’accueil et d’intégration imposait même aux membres aspirants de vivre 12 mois sur les lieux pour démontrer leur intérêt à joindre le projet. Il est certain que plusieurs membres toujours actifs du collectif ont vécu cette période de transition comme des moments éprouvants. Une partie de nos troupes est ressortie éreintée de cette période précaire, fermement révolue, espérons-le.

Au fil des années, les thématiques de l’habitat et de l’autonomie alimentaire ont pris de plus en plus de place au cœur du groupe, et les activités ont eu vite fait d’attirer de nouveaux enthousiastes  ! Des six fondateurs et fondatrices, 18 ans plus tard, quatre sont toujours partie prenante, ce qui constitue tout de même une moyenne très intéressante. Plusieurs joueuses et joueurs se sont joints au projet, certaines et certains de façon plus éphémère, mais on peut attester d’un noyau dur qui s’est peu modifié depuis 2015 environ. Les membres, dont le nombre tourne autour de treize, présentent un portrait qui s’est modulé avec le temps  : toutes et tous sont caucasiens, âgés de 30 à 60 ans, en excluant les enfants  ; quelques membres sont issus de la communauté LGBTQ2+.

La gouvernance

Pour répondre aux besoins de logements et d’activités personnelles ou professionnelles des troupes grandissantes, la volonté de trouver une structure juridique plus flexible s’est avérée capitale, l’idée étant de mieux protéger le futur du lieu, malgré les aléas des mouvements humains. Ainsi, année après année, le groupe s’est rencontré sur une base hebdomadaire de façon à défricher les différentes structures juridiques offertes au Québec. Une étude approfondie des divers modèles, des sessions de travail avec un juriste et de longues réunions ont permis d’aboutir en 2016 à la création d’une coopérative d’habitation avec baux d’usufruit. On peut décrire le droit d’usufruit comme un droit de jouissance prioritaire d’un lieu, de son usage, sans toutefois en être le ou la propriétaire. La recherche visait un modèle souple de manière à préserver la liberté de l’habitat de chacune et chacun tout en assurant une cohérence harmonieuse et globale. Encore à ce chapitre, il a fallu sortir des ornières traditionnelles et réintégrer la posture de pionnières et pionniers, car aucun modèle similaire n’existait, du moins dans les réseaux connus du groupe. Fort·e·s de l’expérience entrepreneuriale collective de plusieurs des membres actifs, soit celle d’une coopérative de solidarité, la structure coopérative s’est avérée le choix tout indiqué pour passer à la prochaine étape.

En 2016, la coop a fini par voir le jour, inspirée par la vision et les valeurs actualisées du groupe, que l’on peut résumer ainsi  : mode de vie sain et alternatif, expérimentation harmonisée entre individu et collectif, harmonie avec la nature, recherche d’autonomie, épanouissement, habitat sain et sobre. Une coop d’habitation en milieu rural a donc été fondée dans les règles de l’art avec régie interne, assemblée de fondation et constitution officielle auprès du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.

Après moult réflexions, un seul statut de membre a été conservé. L’intégration de membres temporaires n’ayant pas été retenue, chaque membre est donc égal par rapport à la gouvernance et à la prise de décision  : une voix par membre. Dans un autre ordre d’idées, bien que cela puisse sembler cohérent avec les valeurs du collectif, et même si plusieurs membres sont individuellement mobilisé·e·s, voire même militants ou militantes de certaines causes politiques ou environnementales externes, la coopérative d’habitation se concentre sur ses activités sans être devenue membre d’une fédération ou d’une confédération nationale de coopératives d’habitation. Comme l’autogestion est déjà complexe à plus de dix individus, le choix d’administrer cette coopérative par l’entremise de l’assemblée générale où chaque membre est de facto membre du conseil d’administration est suffisamment exigeant pour justifier de s’y consacrer pleinement.

Ainsi, chaque membre de la coopérative d’habitation devient prioritaire pour l’accès au logement et s’implique par le biais de réunions hebdomadaires et des corvées afin d’ajouter sa couleur particulière au tableau en constante cocréation. En plus d’accéder à un habitat écologique, avec un voisinage sympathique et dans un lieu enchanteur, étant donné la nature du milieu de vie, les membres partagent plusieurs projets et autres dimensions du quotidien  : agriculture de subsistance, élevage, entretien des bâtiments communs, sentiers pédestres en forêt, pistes de ski, sauna en forêt, moulin à bois pour le sciage, caveau pour l’entreposage de la nourriture, atelier commun, outils, salle de lavage, bloc sanitaire estival, espaces de stockage, de congélation, et tellement de savoir-faire  ! Ceci ne constitue pas une liste exhaustive puisque le côté relationnel n’est pas quantifiable. Or, l’amitié, la convivialité, l’organisation d’activités artistiques, les célébrations, les partages à caractère spirituel font définitivement partie du laboratoire collectif au quotidien  !

Avec les années, plus les besoins des membres se sont précisés, plus des structures administratives se sont imposées. Ainsi, afin de répondre efficacement aux besoins et aux valeurs, divers éléments organisationnels ont été mis sur pied  : processus d’accueil et intégration des membres, grille d’évaluation des habitats, reconnaissance d’investissement sous forme de parts privilégiées, lotissement et arpentage des terrains constructibles, etc. Ces étapes structurantes ont permis au fil des années la construction de logements supplémentaires afin d’accueillir de façon plus durable les membres du collectif, tout en sécurisant leur investissement financier. Ainsi, la coopérative inclut à présent huit maisons de type unifamilial, à saveur écologique, en plus de la maison plain-pied acquise à l’achat de la terre. À cela s’ajoutent deux habitats temporaires, utilisés surtout de façon saisonnière ou sporadique.

L’autoconstruction et l’usage usufruitier du terrain

L’autoconstruction a longtemps été le mode préconisé pour concrétiser les nouveaux habitats. Fort de l’expérience des premiers chantiers, le processus menant à la construction d’un bâtiment s’est beaucoup affiné avec le temps… Une fois qu’un membre est en règle et qu’il souhaite se doter d’un nouvel habitat, si aucun n’est vacant par exemple, il se voit allouer une parcelle usufruitière sur laquelle il ou elle peut amorcer réflexion et idéation de son projet. La parcelle est offerte selon un bail de type locatif, sans qu’il n’y ait aucune notion de propriété foncière. La coopérative demeure propriétaire de l’ensemble de la propriété indivise. Afin de mener son projet de construction à terme, le ou la membre doit fournir différents éléments au groupe des mois avant la période de chantier projetée, afin que tous valident la faisabilité du projet. Ainsi, au cours des réunions régulières où les décisions sont prises au consensus, l’usufruitier ou l’usufruitière[1] présente le projet détaillé et laisse libre cours au processus collectif d’idéation, de conseils, de révision de plans, de montage financier, de recherche de main-d’œuvre s’il y a lieu (parmi le groupe ou à l’extérieur), de recherche de matériaux, d’échéancier, etc. Une fois le projet bien structuré, le chantier reçoit l’aval du groupe et les travaux se déploient souvent sur une ou deux années, voire plus.

Le financement et la mutualisation

Un autre défi de taille auquel la coopérative d’habitation a dû faire face est la question du mode de financement. Ce thème refait surface à chaque nouvelle construction ou lorsque vient le temps de réaliser des travaux majeurs d’entretien ou de rénovation d’un logis. En fait, comme la coop est relativement jeune et que l’acquisition de la terre s’est d’abord faite par un emprunt hypothécaire, les moyens du groupe demeurent limités. Depuis 18 ans, différents essais et explorations ont été étrennés afin de mutualiser le financement de certaines infrastructures, surtout celles d’utilité communautaire (sauna, bloc sanitaire, salon et cuisine d’été, etc.). Toutefois, à ce jour, l’accès à des sources de financement pour l’habitation unifamiliale ou individuelle repose principalement sur les épaules de l’usufruitier ou l’usufruitière et n’est absolument pas équitable, dans la mesure où l’accès à un capital familial ou personnel est très variable en fonction de l’âge, du métier, de l’expérience passée, etc. Cela peut rimer avec une lourde pression financière sur une seule personne. En outre, le financement d’un logis à usage individuel peut entrainer des disparités et désavantager certaines ou certains membres moins «  privilégiés  » à la base. Le modèle est donc encore imparfait, bien que ces angles morts soient également pris en compte le cas échéant, lors des étapes préliminaires d’un nouveau projet de construction.

La souplesse du modèle

Au fil du temps, d’autres irritants ont été rencontrés. Ainsi, certains contextes font en sorte que les besoins en matière d’habitat ont pu se modifier avec les années. À titre d’exemple, on peut penser aux séparations conjugales, aux changements de format relationnel, au départ d’une ou d’un membre adulte ou adolescent pour faire des études supérieures, aux périodes d’absence prolongée pour recevoir des soins médicaux, pour une résidence artistique à l’extérieur, etc. Certains logis n’offrent pas toujours la flexibilité pour s’adapter aux besoins qui changent parfois dans le temps. Dans certains cas, il peut s’agir de la capacité même des membres à modifier l’habitat en fonction de leurs besoins qui est en jeu. Aussi, les membres n’ont pas tous les mêmes compétences pour procéder à l’entretien ou à la réfection des bâtiments  ; cette disparité est parfois amplifiée selon le type de bâtiment et selon sa localisation géographique. Ainsi, les défis de construction sont plus grands si l’habitat est hors réseau par opposition à d’autres qui ont un accès privilégié à l’électricité et à l’eau. D’autres facteurs viennent aussi influencer les capacités de certains, que l’on songe à l’expérience et aux compétences en matière de construction, de rénovation, d’entretien paysager, ou encore à la santé physique et mentale, aux moyens financiers, etc.

Comme les configurations relationnelles se sont beaucoup transformées dans les dernières années, des réflexions sont en cours afin de repenser le format d’habitation en dehors des balises habituelles. À cet effet, bien que la majorité des membres ait vécu dans une habitation unifamiliale selon un modèle plus traditionnel de «  couple  », la colocation semble revenir au goût du jour. Un dynamique comité est à pied d’œuvre pour explorer diverses possibilités d’habitation  : de la «  garde partagée  » de l’habitat (par exemple, de plusieurs mois pour l’un, puis plusieurs mois pour l’autre), de rachat des parts d’usufruit par un membre après une séparation ou le retrait d’un membre actif d’un habitat, en passant par la permutation de deux logis pour une période de courte ou de longue durée, la modification d’habitats afin d’accommoder des membres dont les besoins se sont transformés avec le temps, etc. Cette étape de rebrassage des cartes est cruciale et la créativité des troupes est nécessaire afin de s’adapter aux changements et aux nouveaux besoins.

Enfin, en parallèle à ces réflexions, un plan d’aménagement global est en cours d’élaboration. À la suite des nombreuses phases de développement des 18 dernières années, il est en quelque sorte venu le temps des bilans. Ce plan d’aménagement comprend un travail de consultation auprès des membres, un processus piloté par une firme externe spécialisée en architecture paysagère. C’est donc dans un esprit de préservation des valeurs paysagères et de la qualité de vie des membres, tout en mesurant les nouvelles avenues de développement possibles, que cette vision d’aménagement se déploie. Les futures étapes de développement découleront de cet exercice rassembleur et créatif.

En résumé, voilà la présentation d’une coopérative d’habitation en milieu rural à travers la loupe de l’une de ses résidentes et fondatrices, qui y vit à présent à temps partiel, et ce, depuis quatre ans. Cette initiative est somme toute assez unique et ancrée dans le territoire gaspésien, avec une réglementation souple qui a permis son plein essor. Bien que difficile à reproduire dans les détails, puisse ce modèle continuer à inspirer l’alternative, la recherche et l’autogestion dans d’autres milieux, tant ruraux qu’urbains. La vie en communauté intentionnelle comporte autant de magie que de défis, restons réalistes  ! Toutefois, face aux gargantuesques modèles dominants et aux pénibles conséquences de la vie moderne capitaliste sur la perte de biodiversité, sur les écarts grandissants entre les habitants du Nord et ceux du Sud, sur les discriminations de plus en plus aigües dans les rapports sociétaux, la vie en commun continue de nourrir l’espérance, la foi dans l’avenir, l’ancrage significatif dans ce territoire unique, et l’humilité d’être un élément parmi le vivant. Malgré que cette vision puisse sembler un peu idéaliste, voire même naïve pour certains, elle continue de porter ses fruits. Cette maxime toujours actuelle du dessinateur français Gébé continue d’être une source d’inspiration quotidienne pour faire face aux aléas de la vie collective  : «  L’utopie, ça réduit à la cuisson, c’est pourquoi il en faut énormément au départ  ». Pour conclure, je souhaite longue vie aux initiatives citoyennes et humaines, horizontales et hors norme, sous toutes leurs formes. Continuons à nous laisser surprendre par le génie et l’organisation des humains et incarnons à présent les artisans et les artisanes d’une société autre, plurielle, à échelle humaine…

Par Valérie Allard, cofondatrice et résidente du Hameau 18


  1. Personne qui détient l’usage et le droit de jouissance d’un bien, comme un logement ou un bien immobilier, sans en avoir la pleine propriété.

 

La seule réponse à l’itinérance : un toit pour toutes et tous !

7 mars, par Rédaction

À la suite du discours d’ouverture à l’Assemblée nationale du premier ministre François Legault, le 15 octobre 2025, différents regroupements d’organismes communautaires dont le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ), le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTRGFQ) et la Table nationale des Corporations de développement communautaire (TNCDC) dénonçaient la déconnexion du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de la réalité vécue par les personnes en situation de pauvreté et les organismes communautaires qui les soutiennent. Le constat de ces regroupements est implacable  : «  La hausse du coût de la vie frappe de plein fouet les personnes en situation de pauvreté et une partie de la classe moyenne  ; la crise du logement abordable s’intensifie, les loyers flambent et l’accès à un logement décent devient un luxe  ; la pire crise de l’itinérance jamais connue touche aujourd’hui toutes les régions du Québec[1]  ».

Au Québec, le dénombrement de 2022[2] recensait 10 000 personnes en situation d’itinérance (PSI)[3]. On peut s’attendre à ce que ce nombre ait augmenté[4]. Aujourd’hui, ce sont des milliers de personnes de différentes régions du Québec et au profil diversifié qui ont en commun de vivre l’insécurité et la précarité résidentielles. Outre de vivre des sentiments de peur, de stress et d’anxiété, la condition d’itinérance signifie aussi le plus souvent l’exclusion  : l’exclusion du milieu familial, du marché du travail[5], de différents réseaux qui, autrement, pourraient leur offrir du soutien, des services, et surtout leur procurer un sentiment de dignité ou encore un sentiment d’appartenance par l’intégration à un groupe, à une communauté.

Face à l’importance que prend ce phénomène ces dernières années au Québec, il est opportun de se demander si l’itinérance ne produit pas l’effet d’un miroir grossissant d’une société, fragmentée par les inégalités socioéconomiques, qui tolère cette forme de rejet sociétal, de négation du droit au logement comme si cela était «  naturel  ». Dans un pays riche comme le nôtre, l’existence même de l’itinérance n’est-elle pas l’aveu d’un échec collectif ou du moins d’un renoncement à construire un projet collectif où chacune et chacun aurait sa place ainsi que les conditions permettant de s’épanouir et de s’émanciper  ?

Au Québec, s’il existe un consensus clair du côté du mouvement pour le droit au logement et des organisations de défense de droits, c’est que, bien que multidimensionnelle, l’itinérance est liée au logement, ou plutôt à l’absence d’accès à un logement. Le fait de vivre dans la rue ou d’avoir des problèmes de logement n’est en rien lié à des choix individuels, mais relève d’abord et avant tout du manque de logements accessibles à des coûts décents. En d’autres termes, l’itinérance découle directement de l’échec des décideurs publics à rendre accessible du logement social ou du logement hors marché[6]. Les réponses apportées par des PSI lors de la nuit du dénombrement de 2022 le confirment  : l’expulsion est la raison le plus souvent rapportée pour expliquer la perte du dernier logement (23  %)[7]. Dès lors, on comprend à quel point la crise de l’itinérance est directement liée à la crise du logement.

L’absence d’un logement convenable provoque une insécurité physique et psychologique (ou l’absence d’une sécurité ontologique pour reprendre les termes de Madden et Marcuse[8]), qui constitue ainsi une contrainte majeure, pour les personnes concernées, à la prise en charge de leurs propres besoins et à l’exercice de leur citoyenneté au sens d’une participation pleine et entière à la société. Le logement social, en raison de ses caractéristiques, demeure donc la clé principale pour résorber le phénomène de l’itinérance qui a pris de l’ampleur au cours des années 2000, bien que d’autres types de ressources soient nécessaires pour mieux accompagner les PSI. Nous connaissons donc les moyens pour prévenir et contrer l’itinérance. Mais la volonté est-elle au rendez-vous  ? Ne nous revient-il pas collectivement de s’assurer du respect du droit au logement pour toutes et tous, un droit pourtant reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels adopté par les Nations unies  ?

Dans ce texte, nous allons d’abord tracer un bref portrait des personnes en situation d’itinérance au Québec afin de cerner les contours et l’ampleur du phénomène pour déterminer les besoins en matière de logement ou d’hébergement. Puis, très brièvement nous passerons en revue les principales ressources existantes pour les PSI. Par la suite, nous discuterons de deux «  formules  » de logement qui sont en émergence ici et là. Nous terminons par une brève discussion sur ces options, mettant en lumière les enjeux entourant chacune de ces formules hors marché.

Quelques considérations en matière d’itinérance

  • L’itinérance est un phénomène social, mais il est vécu par des individus qui ont chacun leur propre histoire, leur propre parcours. Les recherches montrent qu’au cours de leur vie, les personnes en situation d’itinérance ont vécu des événements qui les ont menées à un «  décrochage  » ou à une désaffiliation institutionnelle (la famille, l’école, le marché du travail, etc.), ce qui augmente leurs chances de se retrouver à la rue. Ce type d’événements n’est cependant pas de nature déterministe, car les individus sont dotés d’agentivité. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une personne a vécu des problèmes familiaux, a connu des échecs sur le marché du travail ou est en instance de divorce qu’elle va se retrouver à la rue. Mais chose certaine, ces événements contribuent à accroitre sa précarité résidentielle.
  • Alors que le système politico-économique dans lequel la société s’inscrit change, nos représentations du logement et de l’itinérance changent aussi. Dans le contexte actuel d’économie mondialisée, financiarisée et néolibérale, l’approche de l’État n’est plus celle qui prévalait durant la période fordiste-keynésienne. Au cours de cette période, entre 1945 et 1970, voire les années 1980, l’État a investi à la fois dans la production et la régulation de logements, dans la création de programmes de logement social, de même que dans son financement. Le logement a, en quelque sorte, constitué un mécanisme de redistribution et de croissance économique, et un instrument de cohésion sociale. Dans la période néolibérale en cours, les élites au pouvoir voient le logement comme un actif financier et estiment que le sort de chaque individu relève de sa propre responsabilité. À titre d’exemple, l’ancienne ministre responsable de l’Habitation, France Élaine Duranceau de la CAQ, a évoqué l’idée de donner des formations aux locataires pour améliorer leur comportement vis-à-vis des propriétaires, comme si les rénovictions ou les hausses de loyer relevaient du fait qu’il y a de bons et mauvais locataires  ! Au cours de cette période, l’État réorganise les programmes de financement du logement, pour y introduire la logique du marché de façon plus importante qu’avant, et accorde un rôle plus actif au secteur privé qui s’immisce tant dans la construction du logement social que dans son financement[9].
  • Comme en témoignent les deux derniers dénombrements, en 2018[10] et 2022[11], le profil des PSI change dans le temps et reflète certaines transformations de la société. En effet, la désinstitutionalisation psychiatrique, la montée des inégalités sociales, les violences contre les femmes et leur pauvreté, les mutations du travail, la migration autochtone vers les villes et la présence immigrante ont contribué à diversifier le profil des PSI. Aujourd’hui, même si les hommes blancs constituent encore le groupe majoritaire des personnes vivant dans la rue, il demeure qu’on retrouve aussi des femmes, des personnes trans, des personnes s’identifiant aux groupes LGBTQ+, des jeunes, des Autochtones et des personnes racisées[12]. Bref, l’itinérance n’est pas qu’une histoire de rapport de classes, elle relève d’autres types d’oppression ou de rapports de pouvoir comme le colonialisme, le racisme et le patriarcat. Le profil des itinérants et itinérantes a donc différentes facettes et différentes couleurs. L’approche intersectionnelle, adoptée par les professionnel·le·s du gouvernement, permet de tracer un portrait plus fin des PSI que celui qui a longtemps été associé à la figure emblématique du clochard, du vagabond ou du marginal. Cela ne se traduit toutefois pas dans les ressources allouées. Par exemple, les ressources en hébergement pour les femmes sont encore insuffisantes  : selon le dénombrement de 2022, il y avait 2 900 femmes sans abri pour 144 places entre 2019-2020. La situation serait semblable pour les jeunes et les Autochtones[13].
  • Reconnaitre cette diversité des PSI permet de considérer qu’il ne peut y avoir de solution mur à mur pour répondre à leurs besoins. Cela implique de penser à une diversité d’options en matière de logement. Une fois dit cela, pour le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), «  le logement social […] demeure, et de loin, la solution pour bon nombre de personnes[14]  ».
  • Dans sa politique sur l’itinérance[15] adoptée en 2014, l’État québécois adopte une approche qualifiée de «  globale, partenariale et axée sur la prévention  » qui repose sur la concertation d’un certain nombre d’acteurs dont les organismes communautaires et les fondations philanthropiques. Les organismes communautaires et les regroupements qu’ils ont créés représentent le cœur de l’écosystème de l’itinérance au Québec. Non seulement ils sont en contact direct avec les PSI, mais ils travaillent aussi avec elles et pour elles. Bref, les organisations communautaires tentent de rendre la dignité et leur citoyenneté aux PSI  ; ils les incitent à prendre une part active dans la recherche de solutions et la mobilisation pour la défense de leurs droits auprès du gouvernement. Pourtant, le sous-financement de ces organisations qui sont au centre de la stratégie de l’État demeure chronique. Pour leur part, les centres d’hébergement d’urgence, les centres intermédiaires ou les maisons de transition, gérés par des organismes communautaires, constituent les principales ressources qui accueillent les sans-abri, et leur offrent un certain nombre de services de soutien ou d’accompagnement. Ces centres souffrent également d’un sous-financement chronique. Même les organismes qui gèrent les centres d’hébergement les plus importants de Montréal sont sous pression et doivent menacer de fermer leurs portes pour obtenir du financement supplémentaire. Au Québec, la réponse offerte par l’État est donc nettement insuffisante. Les ressources allouées ne répondent pas à la demande qui ne cesse d’augmenter[16]. Malgré cela, le gouvernement de la CAQ persiste avec son discours austéritaritariste qui le caractérise depuis son arrivée au pouvoir.

L’itinérance, un phénomène qui prend de l’ampleur.

Le dénombrement des PSI en 2018, puis en 2022[17] dans les principales villes du Québec a permis de constater que le nombre de personnes vivant dans la rue – celui constaté le soir de l’exercice du dénombrement – ne reflète pas l’ampleur du phénomène dans la mesure où plusieurs PSI se débrouillent pour trouver un sofa chez une ou un ami, un lit chez un membre de la famille, ou se mettent à l’abri des regards et de la violence. L’itinérance se vit donc dans la rue mais elle comprend aussi une facette cachée, c’est-à-dire que nombreuses sont les personnes qui adoptent des stratégies de survie afin d’éviter les violences de la rue ou celles pouvant être vécues dans les centres d’hébergement (violences verbale, sexuelle, psychologique, racisme, stigmatisation, etc.). Ces pratiques sont le plus souvent celles de femmes, mais pas exclusivement. Les personnes des groupes marginalisés comme les Autochtones, les personnes LGBTQ+, les personnes immigrantes et racisées y auraient également recours. Cette particularité du phénomène de l’itinérance (une composante visible et une composante cachée), rend plus difficile l’exercice d’évaluation de leur nombre exact

Le rapport du dénombrement de 2022 révèle que le soir du 11 octobre 2022, 10 000 personnes se trouvaient en situation d’itinérance visible dans les 13 régions participantes, dont 4 690 à Montréal, ce qui constitue une augmentation de 33  % par rapport au démembrement de 2018. Selon les organismes qui travaillent dans le domaine de l’itinérance ou dans celui du logement social, il ne serait pas étonnant que les données de 2025 indiquent elles aussi une augmentation du nombre de PSI.

Dans la population itinérante, le nombre de femmes vivant dans la rue, donc des personnes visibles, a augmenté  : leur part est passée d’environ 22  % de la population itinérante visible en 2018 à 29  % en 2022 à Montréal. Ces dernières ont souvent vécu de la violence conjugale ou d’autres types de violence avant de se retrouver à la rue. Une fois qu’elles sont sans abri, elles font à nouveau face à différentes formes de violence, d’où le fait que bon nombre d’entre elles préfèrent les centres d’hébergement non mixte ou les centres d’hébergement pour femmes victimes de violence.

Toujours dans l’ensemble de la population itinérante, on constate une surreprésentation des Autochtones qui constituent environ 12  % des personnes itinérantes à Montréal, alors qu’ils représentent à peine 0,6  % de la population générale de la ville. Et parmi les Autochtones itinérants montréalais, les Inuits sont les plus nombreux et nombreuses, soit 25  %, malgré leur petite proportion dans la population autochtone.

Enfin, au Québec, près de 20  % des PSI sont âgées de moins de 30 ans. À Montréal, les jeunes de moins de 18 ans en représentent 0,5  % et les jeunes de 19 à 29 ans 15,8  %. Elles et ils seraient portés à vivre davantage d’épisodes d’itinérance intermittents et récurrents.

L’État, des ressources insuffisantes et un manque d’options disponibles et accessibles

Dans nombre de pays occidentaux, l’État, représenté par les gouvernements, demeure l’acteur principal chargé de la responsabilité de l’itinérance, bien qu’au Québec, il y ait aujourd’hui de nombreux autres acteurs dont les municipalités, les organisations communautaires et des regroupements d’organismes. Ces deux derniers groupes jouent un rôle majeur dans la mobilisation des acteurs publics et privés, et plus largement dans la société, où ils se font les défenseurs des droits et des intérêts des PSI, en plus d’offrir des services directs à la population itinérante. En d’autres mots, les organismes communautaires sont devenus en quelque sorte des passeurs de connaissances et d’expertise qu’ils ont accumulées depuis un bon nombre d’années.

Ce n’est qu’en 2014 que le gouvernement du Québec adoptait une Politique nationale de lutte à l’itinérance[18] qui dotait le Québec d’une vision globale sur l’itinérance. Elle était suivie d’un premier Plan d’action interministériel, 2015-2020, puis d’un deuxième Plan interministériel pour la période de 2021-2026. Il adoptait aussi une Stratégie d’accès aux services de santé et aux services sociaux pour les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir. Pour sa part, la Ville de Montréal a adopté un plan intitulé Solidarité, équité et inclusion pour 2021‑2025[19], dans lequel figure explicitement la population en situation d’itinérance comme groupe prioritaire. La Ville finance des organisations qui travaillent auprès des PSI, mais elle est critiquée par des organisations de défense de droits pour certaines de ses pratiques, dont celles de profilage social et racial, de même que pour des pratiques répressives comme la criminalisation et le démantèlement des campements.

En novembre 2024 se tenaient les quatrièmes États généraux de l’itinérance auxquels 450 personnes de différents milieux ont assisté  : élu·e·s des paliers fédéral, provincial et municipal, ministères et institutions publiques, groupes communautaires et de recherche, regroupements nationaux et personnes qui ont vécu l’itinérance. Cet événement, d’une durée de trois jours, a permis aux participantes et participants de dégager une vision commune de l’itinérance, mettant notamment l’accent sur la diversité du portrait de l’itinérance dans les régions du Québec, la portée de la crise du logement, le sous-financement chronique des organismes communautaires qui travaillent dans le domaine de l’itinérance et la nécessité de mieux se concerter entre acteurs et actrices. À la suite de l’événement, une déclaration commune intitulée Renverser la tendance, un devoir collectif a été «  coconsruite  » et signée par les personnes qui ont assisté aux États généraux. Cette déclaration présente l’itinérance comme une responsabilité partagée qui concerne l’ensemble de la société. Comme le souligne la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui a pris part aux États généraux  : «  Dans ce document, on relève notamment le manque d’options pour combler les besoins fondamentaux des personnes vulnérabilisées et l’invisibilisation de leur vécu singulier comme “des obstacles majeurs dans l’identification des besoins et l’accès à des services spécialisés, sécuritaires et adaptés”[20]  ». Le sous-financement chronique du secteur communautaire et le manque de reconnaissance de son expertise sont également notés de façon spécifique comme des obstacles au droit au logement et à la dignité pour les PSI, de même que «  les violations multiples de leurs droits qui surviennent largement dans l’espace public compromettent la sécurité et la dignité des personnes concernées[21]  ».

La Déclaration commune met de l’avant des propositions et des engagements. Elle prône la collaboration et la concertation entre les divers acteurs gouvernementaux, municipaux et communautaires en vue d’offrir «  un accès garanti à un logement et à un revenu décent, mais aussi l’accès à des soins de santé, à l’éducation et à l’exercice de la citoyenneté  ».

À la lumière des États généraux et de la lecture de la Déclaration commune, force est de constater que les solutions pour mieux prévenir et répondre aux besoins des PSI sont connues. Pourtant, sur le terrain, la situation reste tragique. Comment justifier que le revenu à l’aide sociale ne permette pas de se loger de façon décente  ? Comment se fait-il que le salaire minimum maintienne les travailleuses et travailleurs dans la pauvreté  ? Pourquoi l’État s’entête-t-il à ne pas accorder davantage de ressources aux municipalités afin qu’elles soient réellement partie prenante de stratégies de lutte à l’itinérance  ? Et pourquoi ne pas créer des programmes de financement récurrent des organisations communautaires qui font un travail essentiel auprès des PSI  ?

Un toit, mais pas pour toutes et tous

Au Québec, les principales ressources disponibles pour offrir un lit aux PSI demeurent les centres d’hébergement d’urgence et les maisons de transition[22] qui sont, la grande majorité du temps, opérées par des organismes communautaires avec l’appui financier de différents acteurs, dont le gouvernement et, parfois, des organismes philanthropiques. On recense 623 points de service offrant de l’hébergement et des logements de transition aux personnes en situation d’itinérance pour un nombre total de 12 451 places dans ces ressources, dont 8 666 places dans 460 points de service exclusivement pour des personnes en itinérance, et 3 785 places dans 163 points de service desservant à la fois des personnes en situation de stabilité résidentielle et des personnes en itinérance[23]. Ajoutons qu’une bonne proportion de femmes fréquente les maisons pour femmes victimes de violence.

Rappelons que, selon le dénombrement de 2022, il y aurait 10 000 personnes en itinérance visible dans l’ensemble des régions du Québec. Il n’est donc pas exagéré de conclure que le nombre de lits offerts ne suffit pas à répondre à la demande.

Ces centres d’hébergement d’urgence n’offrent pas un logement, mais bien une nuitée dans un dortoir. Ils ouvrent leurs portes à partir d’une certaine heure, offrent un lit, parfois un repas et l’accès à une douche. Bien qu’ils soient plus nombreux dans une grande ville comme Montréal, ces centres n’arrivent pas à répondre favorablement à la demande. Le soir venu, le manque de places les contraint à refuser des PSI. Par ailleurs, les PSI doivent s’engager à respecter les règlements imposés par les centres, ce qui explique que certaines personnes préfèrent rester dans la rue. Parmi les mesures jugées irritantes, il y a les couvre-feux imposés, l’absence d’espaces réservés aux couples ou l’insuffisance de tels espaces, et le refus des animaux de compagnie. Enfin, loin d’être une réponse à tout, le centre d’hébergement demeure une ressource temporaire. Il est impossible pour les PSI de s’y établir, ne serait-ce que pour quelques nuits consécutives. Cela fait en sorte que les personnes sont dans la rue ou à l’extérieur presque toute la journée.

En hiver, lors des grands froids ou lors de la pandémie de COVID-19, certaines villes comme Montréal n’ont eu d’autres choix que de déclarer une situation d’urgence. Dès lors, les élu·e·s municipaux ont annoncé des mesures exceptionnelles et temporaires  : ouverture de centres d’urgence et d’hôtels pour héberger les sans-abri, tolérance des PSI dans les stations de métro, etc. Malgré cela, chaque année l’hiver fait des victimes.

Toujours est-il que l’urgence de cette crise inégalée en itinérance se manifeste notamment par l’apparition de campements spontanés dans certains parcs ou le long de certains boulevards. Ces sites où des PSI érigent leurs tentes ne sont pas dotés d’infrastructures comme des toilettes, des cuisines collectives, etc. Les autorités publiques municipales y voient des lieux insalubres et à risque d’incendie, où sont aussi commises des incivilités. Chaque printemps, depuis quelques années, des tentes réapparaissent à travers la ville de Montréal. Elles sont tolérées pour un court laps de temps pour être ensuite démantelées par les forces policières, le plus souvent avec brutalité et sans respect pour les affaires personnelles des PSI.

Ces campements suscitent de nombreux débats. De leur côté, un certain nombre d’intervenantes et intervenants communautaires ou militantes et militants du mouvement pour le droit au logement estiment que les campements ne devraient pas être démantelés dans la mesure où il s’agit là d’une réponse des PSI elles-mêmes face à une situation où les autorités publiques ne remplissent pas leurs obligations. L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM)[24] a aussi recommandé à la Ville de tolérer la présence des campements d’itinérants et de leur assurer un accès à des services de base, dont de l’eau potable, de l’électricité ou encore des endroits d’entreposage. Ce sont des espaces collectifs d’entraide et d’auto-organisation qui assurent une certaine protection aux plus vulnérables. Les élu·e·s qui se prononcent en font une histoire de sécurité publique et de salubrité. Il arrive souvent que des résidentes et résidents des quartiers environnants se plaignent de méfaits, de bruit, et demandent le démantèlement de ces sites. De plus, avec l’augmentation de l’itinérance, le débat public tend à se polariser autour des questions de cohabitation et de sécurité (la campagne électorale municipale de cet automne en est un exemple), et donc à se dépolitiser. L’insistance sur les questions sécuritaires relègue au second plan, si ce n’est occulte, le fait que le droit au logement et à la sécurité est fondamental et que les PSI sont des citoyens et citoyennes à part entière. Au-delà des désaccords que suscitent ces campements, tous conviennent qu’ils ne constituent en rien une solution idéale et permanente qui s’inscrit dans le droit au logement. Bref, le Québec est toujours en quête de solutions et de moyens concrets pour faire face à la crise aigüe de l’itinérance.

Pour la suite, sur le plan des hypothèses de solution, nous aborderons brièvement deux formules d’hébergement relativement nouvelles au Québec, soit l’urbanisme transitoire et les minimaisons.

Urbanisme transitoire  : le temporaire peut-il se pérenniser  ?

Ces dernières années, on entend de plus en plus parler d’urbanisme transitoire, une pratique qui implique l’occupation et l’usage de terrains en friche ou de bâtiments vacants auxquels on souhaite redonner vie tant que son usage futur n’est pas déterminé ou en attendant qu’il soit transformé. Cette approche, qui gagne en popularité sur le plan international, est considérée «  comme une stratégie prometteuse qui permet de tirer profit de l’inoccupation des bâtiments. Le défi  : développer des mécanismes souples, flexibles et agiles pouvant devenir des catalyseurs de développement à long terme, tout en maximisant l’usage et l’entretien des bâtiments entre-temps[25]  ». L’urbanisme transitoire ne vise pas nécessairement à offrir de l’hébergement supplémentaire aux PSI. Les bâtiments peuvent être utilisés pour des projets collectifs ou culturels par exemple. Mais il demeure que certains bâtiments comme les anciens centres hospitaliers ou les anciens couvents peuvent facilement être affectés avec relativement peu de travaux, à l’hébergement des PSI. Pour Sanschagrin, ce type de bâtiment est particulièrement propice à une réaffectation temporaire en hébergement d’urgence[26].

L’objectif de l’urbanisme transitoire consiste donc à prendre parti de sites ou de bâtiments vacants qu’on retrouve dans différents quartiers de la ville, et à les transformer dans la durée. En Île-de-France, 62 sites d’urbanisme transitoire ont vu le jour depuis 2012. Au Canada et au Québec, cette pratique est plus récente, mais des élu·e·s ont compris le potentiel qu’elle représente pour répondre aux besoins des PSI. À titre d’exemple, à l’été 2024, la députée d’Outremont, représentante du ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités du Canada et le ministre responsable des services sociaux du Québec, Lionel Carmant, annonçaient «  un financement conjoint de 57,5 millions de dollars par année, pour les années 2024-2025 et 2025-2026, afin de soutenir et de développer 51 projets d’hébergement d’urgence et transitoire destinés aux personnes en situation d’itinérance[27]  ». Dans leur communiqué de presse, on souligne que grâce à ce financement, le nombre de places d’hébergement d’urgence et de transition serait augmenté de 521 places à Montréal d’ici 2026. Cela constituerait une augmentation de 30  % si l’on considère les 1 526 places qu’il y avait en décembre 2023.

La Ville de Montréal s’intéresse aussi à cette approche. En 2016, on comptait 894 immeubles publics ou privés qui étaient inoccupés. On pense à d’anciens centres hospitaliers, couvents ou institutions religieuses qui sont dotés de chambres, d’espaces communautaires et d’infrastructures. Ces sites comptent de nombreux avantages. Pour la Ville, l’occupation de ces sites ou immeubles vacants permettrait notamment la protection et la mise en valeur de patrimoine bâti, l’amélioration de la sécurité d’un site et la réduction des risques de vandalisme ou d’incendie. De plus, elle réduirait les coûts d’entretien de ces bâtiments. Cette approche fait appel à l’implication d’une diversité d’acteurs dans le processus de conservation du bâtiment et l’identification d’usages potentiels ou durables pour la collectivité[28].

L’urbanisme transitoire aurait donc le mérite de pouvoir augmenter la capacité d’hébergement des PSI, dans la mesure où certains des sites peuvent être transformés en centres d’hébergement d’urgence ou de transition. L’organisme communautaire montréalais Entremise s’y intéresse de près et a amorcé des projets dans ce sens. Selon Sanschagrin qui travaille chez Entremise, et qui a aussi rédigé un mémoire de maitrise sur cette question, l’urbanisme transitoire offre de nombreux avantages pour les autorités publiques dans la mesure où la transformation des bâtiments, même s’ils nécessitent des travaux pour répondre aux normes, entraine des coûts moindres qu’une nouvelle construction et, surtout, les travaux prennent beaucoup moins de temps à être réalisés pour être en mesure d’héberger des PSI.

Bien que l’urbanisme transitoire offre des avantages pour les autorités publiques dans la production d’hébergement d’urgence, à moindre coût, il demeure qu’il ne s’agit pas de solutions permanentes.

Des sites de minimaisons

La deuxième formule d’habitation qui semble se populariser auprès des autorités publiques au Québec est celle des minimaisons. Sans doute influencées par l’expérience menée dans certaines villes étatsuniennes, des municipalités du Québec planifient la création de sites de minimaisons ou ont commencé à en implanter. On pense à Gatineau qui est la première ville du Québec à avoir mis en place un site sur lequel des conteneurs de 20 pieds ou de 40 pieds ont été aménagés pour accueillir des PSI. Appelé «  Village Transitiôn[29]  », ce site a été prévu pour accueillir 85 maisons conteneurs. Chaque unité a une douche, une toilette, et est chauffée l’hiver et climatisée l’été. Les PSI qui y vivent paient entre 25 et 35  % de leurs revenus. Aujourd’hui, la ville de Québec a un projet dans le secteur d’Estimauville. Drummondville, Victoriaville et Montréal ont également de tels projets en cours ou annoncés.

Cette formule est apparue dans certaines villes de la côte ouest des États-Unis où des PSI ont pris l’initiative de créer, sur leur propre base, des villages. Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de campements de tentes mais de minimaisons établies sur un même site où certaines infrastructures collectives comme des toilettes, des douches et un endroit où cuisiner sont mises en place. Les premiers sites de minimaisons sont apparus vers la fin des années 1990 dans quelques villes étatsuniennes. Ces villages reposent sur l’auto-organisation, l’autogestion et la participation des PSI dans la vie collective du groupe. Devant le succès de cette formule qui coûte très peu aux autorités publiques, on a vu ce modèle s’institutionnaliser. En effet, d’autres villages de minimaisons sont apparus ici et là, mais la plupart du temps, ces projets relèvent des municipalités qui les financent. Pour Magier[30] qui les a étudiées, ces projets pilotés par les municipalités répondent aux besoins des PSI, mais leur institutionnalisation leur fait perdre ou atténue leur nature politique. Car les premiers projets peuvent être comparés aux squats, dans la mesure où les réponses apportées proviennent des personnes qui vivent l’itinérance. Ces pratiques et initiatives témoignent de l’agentivité des PSI, à tout le moins de celles qui sont en mesure de prendre part à de tels projets collectifs. Rappelons que la crise du logement est tellement importante aux États-Unis qu’un nombre de plus en plus important de personnes de la classe moyenne n’arrive plus à payer son loyer et se retrouve à la rue. Ces personnes constituent, en quelque sorte, une nouvelle catégorie de PSI. Or, les projets de minimaisons qui sont mis sur les rails au Québec sont portés par des partenariats qui comprennent les municipalités, des organisations communautaires et parfois des acteurs du secteur privé. Les municipalités sont des acteurs clés du fait qu’elles contrôlent le zonage, les permis de construction et l’aménagement du territoire. Dans certains reportages diffusés à la télévision, les PSI interviewées semblent assez satisfaites d’avoir un petit cubicule dans lequel elles se sentent en sécurité et où elles retrouvent leur intimité, dans l’attente d’avoir accès à un «  vrai  » logement. Mais pour le moment, en l’absence d’études, il est difficile de se prononcer sur la portée de ce modèle.

En guise de conclusion

Comme on l’a vu, l’itinérance est un phénomène directement lié à l’absence d’accès au logement, et en particulier au logement social ou hors marché. Jusqu’à maintenant, les ressources investies par l’État et ses partenaires dans l’offre d’hébergement d’urgence dans les refuges et les ressources intermédiaires sont nettement insuffisantes pour répondre aux besoins. Il semble de plus en plus clair qu’un tournant majeur doit être effectué en matière de logement, et en matière d’itinérance pour rendre le droit au logement effectif et réel.

Par Anne Latendresse, professeure au département de géographie de l’UQAM


  1.  Collectif pour un Québec sans pauvreté, Communiqués de presse, Un gouvernement déconnecté  : la pauvreté, l’itinérance et le logement absents du discours d’ouverture, communiqué, 5 octobre 2025.
  2. Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Dénombrement des personnes en situation d’itinérance visible au Québec. Rapport de l’exercice du 11 octobre 2022. Tout le monde compte, 2023.
  3. Cette donnée est sous-estimée parce que les PSI qui ne sont pas dans la rue ou dans un refuge le soir de l’exercice ne sont pas prises en compte dans le dénombrement.
  4. Un dénombrement a eu lieu au printemps 2025, mais les données ne sont pas encore rendues publiques à l’heure où nous rédigeons ce texte.
  5. Selon des intervenantes et intervenants, on commence à voir certaines personnes qui ont un emploi se retrouver en situation d’itinérance. Aux États-Unis, ce phénomène est déjà connu.
  6. Voir dans ce numéro des NCS l’article de Patricia Viannay et Robert Pilon «  Les HLM, une vieille recette qui loge son monde  », de même que celui de Véronique Laflamme et François Saillant «  Sauvegarder les acquis du logement social  » et celui de Louis Gaudreau «  La remarchandisation discrète du logement social dans le logement abordable et hors marché  ».
  7. Comme autres raisons, il y a, par ordre de fréquence, un problème de consommation de substances (21  %), un revenu insuffisant (17  %) et un conflit avec une conjointe ou un conjoint (14  %).
  8. David Madden et Peter Marcuse, Défendre le logement. Nos foyers, leurs profits, Montréal, Écosociété, 2024.
  9. Voir dans ce numéro des NCS l’article de Louis Gaudreau «  La remarchandisation discrète du logement social dans le logement abordable et hors marché  ».
  10. Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Dénombrement des personnes en situation d’itinérance au Québec le 24  avril 2018. Ensemble pour éviter l’itinérance, mieux comprendre, mieux agir, 2019.
  11. MSSS, Dénombrement 2022, op. cit. Au moment de rédiger ce texte, les données du dernier dénombrement qui a eu lieu en avril 2025 ne sont toujours pas rendues publiques.
  12. Le rapport du dénombrement des personnes en situation d’itinérance de 2022 présente les données par groupes sociaux (hommes cisgenres, femmes, Autochtones, etc.).
  13. Logement, Infrastructures et Collectivités Canada, Rapport sur la capacité d’hébergement 2023, Ottawa, 2024.
  14. Voir le site Web du RAPSIM  : <https://rapsim.org/dossiers/#logement>.
  15. Ministère de la Santé et des Services sociaux, Politique nationale de lutte à l’itinérance. Ensemble, pour éviter la rue et s’en sortir, Québec, 2014.
  16. Logements, Infrastructures et Collectivités Canada, Rapport sur la capacité d’hébergement 2023, op. cit.
  17. Le dénombrement de 2025 a eu lieu au printemps de la même année, mais le rapport n’est toujours pas disponible.
  18. MSSS, Politique nationale de l’itinérance, 2014, op. cit.
  19. Ville de Montréal, Solidarité, équité et inclusion. Plan d’action 2021‑2025, octobre 2025.
  20. Commission des droits de la personne et de la jeunesse, L’itinérance  : une responsabilité partagée par l’ensemble de la société, 22 janvier 2025.
  21. Ibid.
  22. Ministère de la Santé et des Services sociaux, Itinérance hébergée au Québec. Rapport de l’exercice d’énumération du 23 avril 2024, Québec, 2024.
  23. Ibid., p. 3.
  24. OPCM, Itinérance et cohabitation sociale à Montréal, Rapport de consultation publique, Montréal, 27 juin 2025.
  25. Montréal transitoire, Rapport d’événement. Réflexion collective sur les usages temporaires sur les bâtiments vacants, Montréal, 2017.
  26. Marie-Lou Sanschagrin, L’occupation de bâtiments vacants comme réponse aux besoins en hébergement des personnes en précarité résidentielle, en particulier les jeunes adultes  : conditions de mise en oeuvre selon les·acteur·rice·s de l’hébergement communautaire, mémoire de maitrise, département de géographie, UQAM, 2025. Sera déposé prochainement sur le site Archipel de l’UQAM.
  27. Ministre du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités du Canada, 57,5 millions $ pour soutenir 51 projets d’hébergement d’urgence et transitoire à Montréal, communiqué.
  28. Ville de Montréal. Montréal Transitoire. Rapport d’événement. Réflexion collective sur les usages temporaires dans les bâtiments vacants.
  29. Transition Québec, Une communauté bâtie sur une fondation de dignité.
  30. Antonin Magier, «  L’essor des tiny home villages pour sans-abri à Portland  : institutionnalisation ou informalisation des politiques publiques ?  », Annales de géographie du Québec, vol. 6, n° 748, 2022.

 

Iran : nouvelle agression israélo-étasunienne, nouvelle position honteuse du Canada

6 mars, par Collectif Échec à la guerre
Communiqué de presse du Collectif Échec à la guerre ! Tiohtià:ke/Montréal, le 3 mars 2026 – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé contre l’Iran leur deuxième guerre (…)

Communiqué de presse du Collectif Échec à la guerre ! Tiohtià:ke/Montréal, le 3 mars 2026 – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé contre l’Iran leur deuxième guerre d’agression en moins d’un an, guerre d’agression à laquelle le Canada a encore une fois donné son appui inconditionnel. (…)

Une coalition de travailleurs immigrés réclame l’accès à la résidence permanente

6 mars, par Southern Ontario Committee
Malgré le vent violent et la pluie battante qui s’abattaient vendredi dernier sur Brampton, en Ontario, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le bureau du député (…)

Malgré le vent violent et la pluie battante qui s’abattaient vendredi dernier sur Brampton, en Ontario, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le bureau du député et ministre… Source

Action rapide en ligne : dites à Carney votre refus de l’agression illégale contre l’Iran

4 mars, par Collectif de Québec pour la paix — , , ,
Pour envoyer une lettre au PM Carney en quelques secondes Dites à Carney votre refus de l'agression illégale contre l'Iran « Les États-Unis et Israël ont lancé une (…)

Pour envoyer une lettre au PM Carney en quelques secondes

Dites à Carney votre refus de l'agression illégale contre l'Iran

« Les États-Unis et Israël ont lancé une attaque illégale contre l'Iran qui a tué plus de 780 Iraniens au cours des premiers jours et déclenché une guerre régionale dévastatrice. Les Nations unies ont condamné cette attaque pour violation de la Charte des Nations unies et atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

L'opération de changement de régime, menée par les criminels de guerre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, est un acte d'agression dangereux et illégal qui a saboté les négociations sur le programme nucléaire iranien.

Malgré l'illégalité flagrante de cette guerre, le premier ministre Carney a toutefois exprimé son soutien inconditionnel aux attaques américano-israéliennes, déclarant que « le Canada soutient les États-Unis dans leurs efforts pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire et empêcher son régime de menacer davantage la paix et la sécurité internationales ».

Alors que Trump et Netanyahu entraînent la région dans la guerre, le Canada les encourage de manière honteuse. Le Canada devrait être une voix en faveur de la désescalade, et non un promoteur de l'agression américano-israélienne.

Joignez-vous à nous pour envoyer un courriel au premier ministre Carney et à la ministre des Affaires étrangères Anand afin de leur demander de retirer leur soutien aux attaques illégales des États-Unis et d'Israël contre l'Iran et d'imposer des sanctions à Israël. »

Abonnez-vous à la lettre
'>https://fr-cjpme.nationbuilder.com/carney_iran

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

8 mars : Vive les femmes en lutte contre l’extrême droite !

4 mars, par Comité international (CI) de la Quatrième Internationale — ,
Partout dans le monde, les femmes mettent en place des réseaux de solidarité, des moyens de protection et de dénonciation contre toutes les formes de violence, qu'elle soit (…)

Partout dans le monde, les femmes mettent en place des réseaux de solidarité, des moyens de protection et de dénonciation contre toutes les formes de violence, qu'elle soit domestique, militaire impérialiste ou fasciste. Les femmes construisent des résistances sur leurs territoires contre la faim, la pauvreté, les guerres, l'extractivisme, l'effondrement climatique et la privation de droits.

C'est dans ce cadre que la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes aura lieu avec l'occupation des rues et des territoires du monde entier contre l'autoritarisme fasciste. Nous marcherons inspirées par les luttes anti-impérialistes, socialistes, antiracistes, antipatriarcales et écosocialistes du monde entier. Nos voix résonneront contre les multimillionnaires et leurs sociétés transnationales qui exploitent de plus en plus le travail des femmes pour augmenter leurs profits. C'est pourquoi nous clamons haut et fort que toutes les vies et les biens communs de la nature valent plus que les profits du capital.

Nous marcherons :

Contre l'impérialisme américain de Donald Trump, qui persécute les immigrant·es, les personnes noires, les femmes et la population LGBTQIAPN+ aux États-Unis et dans le monde ;

Contre le régime tout aussi misogyne, homophobe et sanguinaire de Poutine et son invasion de l'Ukraine ;

Contre le régime meurtrier et brutal de l'Iran ;

Contre le génocide du peuple palestinien perpétré par Netanyahou et Trump, avec la complicité des gouvernements européens.

Nous marcherons pour défendre l'Amérique latine et les Caraïbes, en dénonçant le blocus criminel imposé au peuple cubain et l'intervention politico-militaire au Venezuela. Contre les grandes entreprises technologiques et le complexe militaro-industriel étatsunien qui attaquent la souveraineté des peuples du monde entier en contrôlant les plateformes numériques des réseaux sociaux qui propagent les idées d'extrême droite, le conservatisme, le racisme et la misogynie.

Nous marcherons pour la justice reproductive, pour la dépénalisation de l'avortement, pour un avortement sûr, légal et gratuit. Pour la libération de nos corps, l'autodétermination et la liberté de choisir notre orientation sexuelle et notre identité de genre.

Nous marcherons en comprenant l'importance de la grève des femmes comme outil qui met en évidence le rôle du travail productif et reproductif dans le maintien de la société et la préservation de toutes les formes de vie. Nous marcherons pour l'autodétermination des peuples, pour la paix et la démilitarisation de la vie, et nous lutterons contre toutes les guerres en cours dans le monde.

Nous sommes solidaires des femmes palestiniennes, vénézuéliennes, cubaines, russes, ukrainiennes, iraniennes, kurdes, afghanes, soudanaises et congolaises, ainsi que de toutes les femmes du monde qui résistent aux occupations et aux conflits armés. Nous exigeons la paix et la fin des interventions impérialistes qui pillent les territoires, violent nos corps et maintiennent les privilèges des plus riches.

Motion adoptée par le Comité international de la Quatrième Internationale.
25 février 2026

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Changement de culture : Je sais rien faire

4 mars, par Marc Simard
Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de (…)

Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de l’empreinte environnementale, impossible de la bouder. Je connaissais aussi la sensibilité écologique de Korine Côté, (…)

Comparutions virtuelles, droits virtuels ?

4 mars, par mobilisation

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Comparutions virtuelles, droits virtuels ?

Me Khalid M’Seffar, Me Nicolas Lemelin et Me Ludovick Whear-Charrette Bureau d’Aide Juridique de St-Jérôme
Le virage virtuel en justice devait renforcer l’exercice des droits des personnes accusées en ce qui concerne les enquêtes de remise en liberté et les conditions de comparution ; de sérieuses limites sont constatées depuis l’implantation des technologies.
La détention provisoire ou préventive est le temps passé sous garde par une personne accusée d’une infraction, en attente de sa remise en liberté ou du déroulement des procédures criminelles. Dans l’arrêt R. c. Summers, la Cour suprême du Canada a reconnu en 2014 que les conditions de détention provisoire sont souvent plus difficiles que celles vécues par les personnes purgeant une sentence. En effet, les prisons qui servent de lieux de détention provisoire n’offrent généralement pas les programmes d’enseignement, de recyclage ou de réinsertion sociale, rendant ainsi la détention provisoire « plus pénible » en raison de « la surpopulation, du renouvellement constant des détenue-s, des conflits de travail et d’autres éléments ». De plus, la Cour reconnaît que « les délinquants vulnérables et démunis ont moins accès à la libération sous caution », en raison d’enjeux d’accès aux garanties considérées nécessaires à assurer leur remise en liberté. À la lumière du virage virtuel qui s’est institué pendant la pandémie de la COVID-19, réfléchissons sur la comparution d’une personne arrêtée, surtout l’impact des comparutions virtuelles sur la détention et la remise en liberté des personnes vulnérables ainsi que sur le travail de leurs avocat-e-s de l’aide juridique. Si l’implantation de certains outils technologiques dans les mécanismes de la justice criminelle avait pour but de renforcer le respect des droits des accusé-e-s, force est de constater que ces mesures n’atteignent pas toujours leur cible et répondent d’autant plus à des impératifs de réduction des coûts et des effectifs attribués aux déplacements des détenu-e-s entre poste de police, tribunaux et prisons. Dans la foulée de la décision Garneau c. R., en 2020, un système de comparution à distance panquébécois a été instauré les fins de semaine. Un tel système existait déjà à Montréal depuis plusieurs années. L’objectif recherché était alors le respect du délai de comparution de 24 heures que prévoit l’article 503 du Code criminel. La pandémie de la COVID-19 a également entraîné des conséquences significatives sur les comparutions des personnes détenues en Chambre criminelle et a donné un coup d’envoi aux procédures virtuelles. Auparavant, lorsqu’une personne comparaissait détenue, elle était amenée physiquement au palais de justice. Or, depuis la pandémie, la présence par visioconférence des personnes détenues est devenue la règle et la présence physique, l’exception. Un-e avocat-e de la défense doit faire la demande au tribunal afin qu’un-e détenu-e soit amené-e physiquement à la cour ; ce qui implique des délais supplémentaires aux démarches de remise en liberté. La relation virtuelle entre la personne prévenue et sa ou son défenseur-e-s impose plusieurs obstacles. Pour obtenir la libération de son ou sa client-e, l’avocat-e de la défense doit obtenir des garanties suffisamment sérieuses afin de rassurer le tribunal ou le Ministère public. Le fait que le premier contact entre le ou la client-e et son avocat-e se fasse de façon téléphonique et non en personne complique grandement cet exercice. Il est difficile de reprocher aux accusé-e-s vulnérables, notamment ceux et celles ayant des problèmes de santé mentale, des collaborations ardues avec un-e avocat-e qu’ils ou elles ne connaissent pas et qu’ils ou elles ne sont pas en mesure de rencontrer. En fait, la relation virtuelle fait obstacle à la préparation efficace de l’enquête sur la remise en liberté pour plusieurs raisons : l’impossibilité de faire signer des autorisations pour communiquer avec les intervenant-e-s d’une personne prévenue (tel un travailleur ou une travailleuse social-e, un-e psychiatre, ou un-e proche aidant-e); la difficile obtention de services et d’informations nécessaires pour établir le profil et les besoins de la personne prévenue ; ou encore les limites à la possibilité d’expliquer et de faire comprendre à la personne prévenue les enjeux liés à sa remise en liberté. Les conséquences de cet accès insuffisant à différentes ressources sur les droits des prévenu-e-s sont importantes. Rappelons qu’en vertu du paragraphe 11e de la Charte canadienne des droits et libertés, « tout inculpé a droit de ne pas être privé sans juste cause d’une mise en liberté assortie d’un cautionnement raisonnable ». Intimement lié à la présomption d’innocence, le droit au cautionnement raisonnable consacre le principe selon lequel la remise en liberté est la norme et la détention préventive l’exception. Concrètement, la remise en liberté d’un-e accusé-e dépendra toutefois des garanties que cette personne est en mesure d’offrir au tribunal en lien avec sa présence à la cour, la protection du public ou le maintien de la confiance du public envers l’administration de la justice. Par exemple, l’accusé-e pourra proposer un changement d’adresse, l’hébergement dans un centre de thérapie ou l’implication d’une caution (un tiers qui se porte garant du respect des conditions). Or, les nombreux obstacles qui se trouvent sur le chemin de la personne détenue pour accéder aux ressources qui lui permettront d’offrir des garanties suffisantes ont pour effet direct de prolonger indûment leur détention. Bien souvent, la remise en liberté d’une personne repose sur sa capacité à loger un appel téléphonique fructueux. Parfois, il s’écoule plusieurs jours avant que cela puisse se concrétiser. D’intérêt particulier est l’omniprésence des téléphones cellulaires dont nous sommes largement dépendant-e-s : nos client-e-s ne connaissent plus les numéros de téléphone de leurs proches ou de leurs garant-e-s. Il leur est également difficile de faire des appels à frais virés lors de leur incarcération, alors qu’ils et elles n’ont par ailleurs pas droit à leur téléphone et leur répertoire de contacts. Pour cette raison, la recherche de thérapie fermée afin de traiter une problématique de  consommation est parfois pratiquement impossible, même lorsqu’un-e juge émet cette recommandation. Devant l’impasse que peut provoquer ce manque d’accès aux ressources, certain-e-s accusé-e-s en viennent à prendre des décisions aux conséquences importantes et ce, de manière précipitée. Lorsque la détention provisoire déjà purgée a atteint ou dépasse la peine que risque l’accusé-e en cas de verdict de culpabilité, l’incitatif à renoncer à la tenue de son procès est à la fois fort et pernicieux. Si l’implantation des technologies peut être utile, il demeure que le système de justice criminelle ne doit pas perdre de vue les conséquences sur les droits des prévenu-e-s, et que celui-ci doit s’assurer que les mesures prises ne sont pas efficaces seulement pour le tribunal, mais aussi pour les personnes détenues et leurs défenseur-e-s.

L’article Comparutions virtuelles, droits virtuels ? est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.

Courtes peines ou recours excessif à l’incarcération

4 mars, par mobilisation

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

Courtes peines ou recours excessif à l'incarcération

Jean Claude Bernheim Criminologue et membre du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes en détention, Ligue des droits et libertés
Les courtes peines doivent être remises en question puisqu’elles sont contreproductives à la réhabilitation et contribuent même à la récidive. Le système de jour-amende est une mesure à explorer, tout comme des changements au niveau du Code criminel pour réduire le recours à l’incarcération.
En attendant de remettre en question le Code criminel et son contenu, il y aurait lieu de préconiser une mesure qui pourrait exclure les souffrances dues à l’emprisonnement et amorcer une réflexion sur les peines de prison proprement dites, et plus particulièrement les courtes peines. Examinons comment se traduit, dans les faits, la somme de ces jugements rendus au Canada et au Québec. Globalement, au Canada, environ 50 % des personnes incarcérées purgent une peine d’un mois ou moins, et 75 % de six mois ou moins. Les peines de deux ans et plus comptent pour aussi peu que 3,5 % (Sécurité publique Canada, 2023). Au Québec, pour les cinq années qui précèdent la pandémie (2015 à 2020), entre 25 % et 30 % des peines étaient d’un mois ou moins, un seuil inférieur à la moyenne canadienne. Cependant, le taux de peines de 6 mois ou moins est d’environ 66 %, ce qui se rapproche de celui du Canada, tout en demeurant inférieur (Statistique Canada, 2023). Les courtes peines de prison sont régulièrement l’objet d’analyses et de constatations, et ce, depuis le 19e siècle ! Un bref historique s’impose.

Bref historique

À l’occasion de l’International Penitentiary Congress, tenu à Londres en 1872, le Comte italien A. de Foresta, posait déjà la question :

« Est-il possible de remplacer les courtes peines […] ? Bien qu’il n’y ait pas le temps d’instruire ou de réformer (les personnes condamnées à une courte peine d’emprisonnement), elles trouvent malheureusement le temps de se corrompre. D’autre part, le nombre de ces prisonniers étant très important, ils coûtent très cher à l’État. En outre, pendant leur détention, leurs familles souffrent et sont souvent elles-mêmes conduites à la criminalité » (Wines, 1873, p. 155, traduction dans Snacken, 1986, p. 363).

Lors de la séance de clôture du Congrès pénitentiaire international de Rome, tenue le 24 novembre 1885, M. Ferdinand Dreyfus, avocat à la Cour d’appel de Paris, résume :

« Tout le monde, parmi les hommes qui se sont préoccupés de la réforme pénitentiaire, repousse les condamnations à l’emprisonnement pour les cas de courtes peines. En effet, la peine de prison applicable aux petits délits dépasse souvent la mesure. Elle est inefficace ou dangereuse, si elle est subie en commun ; loin de corriger le condamné, elle le perd : il en sort pire qu’il n’y est entré » (p. 660).

Comme le dit si bien Cuche au début du 20e siècle, « on s’accorde à reconnaître dans l’emprisonnement de courte durée une des causes principales de la récidive » (Cuche, 1905, p. 195).

Système de jour-amende

C’est ainsi que ces constatations sont en partie à l’origine de la mise en place du système de jour-amende, pour la première fois en Suède, en 1905. Le système de jour-amende (j/a) consiste en l’imposition d’une condamnation, excluant l’emprisonnement, basée sur la gravité de l’infraction et le degré de responsabilité, déterminant ainsi le nombre de jours-amendes qui doivent être imposés lors de la sentence ; la deuxième partie de la sanction concerne le montant pour chaque jour-amende imposé. Celuici est déterminé en fonction du revenu de la personne condamnée au moment de la sentence et des obligations qui lui incombent. Le montant d’un j/a, tout comme le nombre de j/a, varie entre un minimum et un maximum fixé par la loi. En aucun cas, la sentence ne peut être convertie en emprisonnement par un-e juge, les personnes condamnées ayant l’opportunité de payer la somme due dans un délai à fixer avec le greffier de la cour. Grebing[1] explique que « Dans l’amende, telle qu’elle est conçue dans le système des j/a, on semble pouvoir trouver un substitut adéquat qui réponde aussi aux exigences de prévention de la réaction pénale, et qui puisse également s’appliquer au domaine de la criminalité moyenne ; en outre ce système des j/a peut être considéré comme un élément de la réaction sociale globale à une infraction » qui pourrait s’appliquer également, par exemple, aux professionnel-le-s qui contreviennent aux normes de leur ordre.

Situation actuelle au Canada

En 1997, dans un article percutant, le juge William J. Vancise[2] écrit :

« On envoie trop de monde en prison pour des infractions pour lesquelles l’emprisonnement n’est pas la peine appropriée […]. Nous avons un système où l’on incarcère des personnes qui ne constituent pas un danger pour la société, un système où l’emprisonnement n’est pas utilisé en dernier ressort et seulement pour les délinquants les plus dangereux, les délinquants violents, les criminels de profession — un système donc, où l’emprisonnement est considéré comme la norme. Voilà où nous en sommes ! ».

Dans un jugement de la Cour d’appel de la Saskatchewan, le juge Vancise, alors qu’il est dissident, rend compte de l’efficacité, plutôt, de l’inefficacité du recours à l’emprisonnement, dans ces termes :

« Nombre d’enquêtes et de commissions ont été tenues dans ce pays pour examiner, entre autres choses, l’efficacité du recours à la peine d’incarcération. Depuis 1914, chaque décennie a vu au moins une commission ou une enquête sur le recours à l’emprisonnement… Une constante se dégage de l’examen des recommandations de ces rapports : il faut éviter l’emprisonnement autant que possible et réserver cette sanction pour les infractions les plus graves, particulièrement les infractions avec violence.  Tous recommandent que l’incarcération soit utilisée avec retenue, reconnaissant que la prison n’a pas permis de réduire le taux de criminalité et qu’on ne devrait y recourir qu’avec prudence et modération. L’emprisonnement n’a pas rempli la fonction de base du système judiciaire canadien que le Rapport du Comité canadien de la réforme pénale et correctionnelle, intitulé Justice pénale et correction : un lien à forger (rapport Ouimet, 1969), avait ainsi défini : « protéger la société du crime d’une manière qui commande le respect du public tout en évitant de porter inutilement préjudice au contrevenant »[3].

M. Lalande (2019) de la direction des programmes du ministère de la Sécurité publique du Québec, constate que

« Pour les hauts administrateurs et les gestionnaires correctionnels, il s’agit d’un casse-tête de gestion sans fin des places, des admissions, des libérations et des coûts que tout cela engendre […]. Outre les casse-têtes d’ordre administratif, il y a aussi les difficultés liées à la réinsertion sociale des personnes condamnées à ces courtes peines, puisque les courtes peines sont tout simplement contre-productives et qu’elles peuvent même augmenter les risques de récidive ».

D’autant plus que « Le recours excessif à l’incarcération est un problème de longue date dont l’existence a été maintes fois reconnue sur la place publique mais que le Parlement n’a jamais abordé de façon systématique.[4] » Tout porte à croire que, malgré des prises de position critiques, même de la part de la magistrature, la situation n’a pas bougé d’un iota depuis le début du 21e siècle.

Conclusion

L’implantation du système de jour-amende n’aura de sens que si le Parlement canadien révise en profondeur sa définition de ce qui constitue un crime et la manière la plus appropriée de protéger la société notamment en adoptant une approche axée sur la justice sociale. La formule répressive basée sur l’incarcération est souvent la plus courante pour les gouvernements. Mais à moyen et à long terme, comme le démontrent fort éloquemment la plupart des recherches en criminologie, l’approche démagogique dénuée de fondement scientifique s’avère contre-productive parce qu’elle porte finalement atteinte aux droits humains dont ceux des victimes, en plus de dilapider des fonds publics de loin plus utiles s’ils étaient consacrés à la réinsertion sociale et au respect des droits économiques et sociaux.
[1] G. Grebing, L’amende : Journée de l’association allemande de droit comparé, Séance de droit pénal comparé (Hambourg, 1973). Revue de science criminelle et de droit pénal comparé 29 (3), 1974. [2] William J. Vancise, La détermination de la peine : une réforme pour hier ou pour demain, Institut canadien d’administration de la justice, 1997. En ligne : https://ciaj-icaj.ca/fr/bibliotheque/textes-et-articles/droit-penal/ [3] R. c. McDonald, 1997, traduction dans R. c. Gladue, 1999. [4] R. c. Proulx, 2000, p. 79

L’article Courtes peines ou recours excessif à l’incarcération est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.

La justice transformatrice, une voie pour guérir

4 mars, par mobilisation

Retour à la table des matières Droits et libertés, printemps / été 2024

La justice transformatrice, une voie pour guérir

Propos recueillis par Laurence Lallier-Roussin, anthropologue, membre du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes détenues, Ligue des droits et libertés.
La justice transformatrice émerge comme une alternative au système pénal traditionnel. Cet article explore cette approche en marge du système judiciaire à travers le témoignage d’Elian, mettant en lumière son rôle dans la réparation des torts et une possible transformation sociale.
Bien qu’elle ne soit pas institutionnalisée et donc moins visible, la justice transformatrice est bien vivante au Québec. Elle est alimentée par des réflexions abolitionnistes et critiques du système pénal. La justice transformatrice existe au sein de communautés et de regroupements informels qui lisent, écrivent, réfléchissent et mettent en application ses principes, et ce à l’extérieur des institutions. Ci-dessous, nous avons recueilli les propos d’Elian, qui raconte son processus personnel face aux violences qu’iel a subies. La démarche relatée s’inscrit pour les personnes concernées dans le paradigme de la justice transformatrice. Il s’agit ici d’une démarche entièrement menée par une communauté affinitaire ; elle n’est pas passée par le système judiciaire, ni par les programmes de justice réparatrice. « J’ai vécu une situation de violence sexuelle dans une relation de couple il y a dix ans. À l’époque, il y avait beaucoup de dénonciations sur les réseaux sociaux. Mais parce que j’aimais la personne, même si je vivais de la violence sexuelle de manière vraiment claire, je ne voulais pas le dénoncer parce que j’avais peur de la culture de cancellation. J’avais peur que ça détruise sa vie et j’avais surtout peur de perdre le contrôle sur la situation et sur mon expérience. Alors, j’ai gardé le silence et j’ai enterré l’histoire. « Puis, il y a un an, ça a commencé à ressortir dans le cadre de ma thérapie et j’ai commencé à avoir des grosses réponses traumatiques à ce gars-là. Il travaillait dans un endroit où j’allais souvent et je me suis mis-e à ne plus pouvoir y aller. « Éventuellement, j’ai voulu entamer une démarche de justice transformatrice qui impliquerait aussi de la responsabilisation et de la réparation. Je me suis entouré-e de gens qui voulaient nous soutenir dans le processus. Il fallait une médiatrice ou un médiateur qui ait une relation de confiance avec les deux personnes impliquées. Il fallait aussi des ami-e-s pour me soutenir et des ami-e-s pour le soutenir lui aussi. C’est un processus qui est toujours en cours. « Je pense que c’est important que toutes et tous consentent au processus. « De son côté, les gens avec lui vont l’aider à deal ses shits, vont l’accompagner. À partir de mon témoignage et de ce qu’il vit, iels vont l’aider à travailler sur ses enjeux à lui, pour transformer ses patterns. Je sais que je ne vais pas le changer complètement, mais certains patterns qui sont à la racine de la violence sont identifiés et il travaille dessus avec un engagement que ça soit transformé. « De mon côté, mon objectif, c’est de stabiliser ma réaction traumatique. Je ne peux pas effacer ce que j’ai vécu, mais je peux diminuer l’impact que ça a sur ma vie. C’est aussi de recevoir de la reconnaissance et des excuses sincères de sa part dans un moment où j’ai la capacité de le faire. La thérapie, ça aide. En fait, j’aimerais ça qu’il paye pour la thérapie que je fais. Pas nécessairement au complet, je ne veux pas créer de violence économique, mais une contribution à la mesure de ses capacités. « La violence, ça crée de la honte, ça crée le silence. Pouvoir en parler et être soutenu-e, ça fait déjà beaucoup. Ça aide d’avoir des gens qui créent un cadre autour de soi. Au niveau de la communauté, les gens autour apprennent beaucoup aussi. J’aimerais qu’on puisse toutes et tous grandir et guérir de ça. « Notre société est remplie de violences. Comment est-ce qu’on peut adresser la violence d’une manière qui ne la reproduit pas ? Comment est-ce qu’on peut diminuer la violence en adressant autant les expériences des personnes qui l’ont vécue que celles des personnes qui la commettent ? Les personnes qui commettent de la violence en ont souvent vécu elles-mêmes. C’est un gros nœud qu’il faut défaire. Comment mettre un terme aux cycles de la violence et démarrer des cycles de responsabilité et de soins ?

Mise en contexte : la justice réparatrice et la justice transformatrice

La justice réparatrice est une forme de justice participative qui vise à permettre aux contrevenants de « réparer les torts qu’ils ont causés[1] » et qui, contrairement au modèle punitif ou de réhabilitation qui domine le système pénal, prend en compte les besoins de la victime. Au Canada, la justice réparatrice a été institutionnalisée et intégrée dans le système de justice. Elle a donné naissance à différents programmes qui agissent comme complément à la justice pénale. On peut penser à la mise en place dans les années 1990 de pratiques alternatives spécifiques aux Autochtones, comme les cercles de guérison et les cercles de sentence, qui ont été intégrés dans le Code criminel en 1996. Au Québec, il existe le Centre de services de justice réparatrice du Québec, fondé en 2001 et aujourd’hui financé par les ministères de la Justice québécois et canadien. Le ministère de la Justice du Québec a également mis en place le Programme de mesures de rechange générales (PMRG), pris en charge par l’organisme Équijustice. Il s’agit d’un programme déjudiciarisation axé sur la réparation des torts causés aux victimes d’actes criminels et à la collectivité. Récemment, l’organisme Hoodstock a créé Justice hoodistique, un projet-pilote de justice réparatrice pour les personnes afrodescendantes accusées, qui vise à être intégré dans le PMRG. La justice réparatrice, comme les différentes formes de justice alternatives, sont sous-tendues par des perspectives diverses : « la perspective managériale, dont les objectifs sont principalement liés à l’administration de la justice, notamment l’engorgement des tribunaux » ; la réhabilitation, soit « la réinsertion des contrevenant-e-s »; la perspective victimologique, qui vise à « éviter de cantonner la victime au rôle de témoin et lui permettre de prendre action tout au long du processus judiciaire » ainsi que la perspective abolitioniste du milieu carcéral ou pénal, considéré comme lieu de maintien des inégalités sociales et de discrimination[2] ». Les formes de justice réparatrice destinées aux personnes afrodescendantes et autochtones permettent également de tenir compte des particularités de ces populations, surreprésentées devant les tribunaux. La justice transformatrice, pour sa part, « s’est en partie développée en réaction à l’utilisation croissante de la justice réparatrice par les systèmes pénaux[3] », selon l’autrice abolitionniste Gwenola Ricordeau. Elle se fonde sur la réparation émotionnelle et physique des victimes de violence, mais aussi sur la transformation des causes sociales menant à cette violence. Le paradigme de la justice transformative se démarque donc en ce qu’il tient compte les rapports de domination et leur caractère structurant dans la perpétuation des violences. Il ne s’agit pas seulement d’un individu personnellement responsable d’avoir commis un acte de violence envers une victime; la collectivité a un rôle à jouer dans les torts causés. Pensons par exemple au rôle joué par la culture du viol dans le cas des violences sexuelles.
[1] Équijustice. Programmes. En ligne : https://equijustice.ca/fr/services-de-justice-reparatrice/programmes-lsjpa-pmrg-et-travaux-compensatoires [2] Chanel Gignac, Dominique Bernier et Nancy Zagbayou, Justice hoodistique : à l'intersection de la justice réparatrice et transformative par et pour les communautés noires, Rapport de recherche, août 2023. UQÀM et Hoodstock. [3] Gwenola Ricordeau, Pour elles toutes. Femmes contre la prison, Lux Éditeur, 2019.  

L’article La justice transformatrice, une voie pour guérir est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.

Non à la complicité du premier ministre Mark Carney avec Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur guerre contre l’Iran !

3 mars, par Bernard Rioux — , ,
I. Une guerre criminelle et des prétextes fallacieux Le 28 février 2026, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché une attaque militaire massive contre l'Iran, tuant, (…)

I. Une guerre criminelle et des prétextes fallacieux

Le 28 février 2026, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché une attaque militaire massive contre l'Iran, tuant, dès les premiers jours, au moins 555 personnes en Iran, dont plus de 150 enfants — des enfants assassinés dans une école à Minab.

Le prétexte avancé — et repris par Mark Carney —, empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, relève d'une hypocrisie criante. Ce même argument, mot pour mot, fut utilisé en 2003 par George W. Bush et Tony Blair pour justifier l'invasion de l'Irak, prétendant que Bagdad pouvait frapper des cibles occidentales avec « 45 minutes de délai ». L'Iran avait par ailleurs consenti à des concessions sur son programme d'enrichissement et proposé d'ouvrir ses ressources pétrolières et gazières aux marchés américains.

Cette guerre doit être comprise pour ce qu'elle est : une agression impérialiste inscrite dans le virage ouvertement colonialiste des États-Unis, dirigés par un néofasciste, dans un contexte de concurrence accrue entre puissances pour l'accès aux ressources. L'enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela, les menaces contre le Groenland, le génocide en cours contre les Palestinien·nes, l'annexion de la Cisjordanie et, maintenant, les bombes sur Téhéran s'inscrivent dans un même continuum : la violence érigée en instrument de domination géopolitique.

II. Mark Carney : l'ombre de Davos et les réponses des partis d'opposition

Il y a moins de deux mois, Mark Carney montait à la tribune du Forum économique mondial de Davos pour dénoncer un ordre international brisé. Il déclarait solennellement que son gouvernement serait guidé par des « valeurs fondamentales » : la souveraineté et l'intégrité territoriale, « l'interdiction du recours à la force sauf dans les conditions prévues par la Charte des Nations unies », ainsi que le respect des droits de la personne. Il fustigeait l'intimidation des « puissances hégémoniques » — allusion transparente à Trump — et appelait les États à se regrouper contre elles.

Le 28 février 2026, depuis Mumbai, ce même Mark Carney déclarait : « Le Canada appuie les mesures prises par les États-Unis pour empêcher l'Iran de se doter d'une arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationales. » Il réaffirmait également « le droit d'Israël de se défendre » — formule creuse servant à cautionner une guerre offensive menée sans mandat onusien, sans autorisation du Congrès américain, en violation flagrante de l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui stipule qu'un État ne peut agir militairement que pour se défendre d'une attaque armée effective ou avec l'autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU. Téhéran ne disposait d'aucune arme nucléaire opérationnelle ni de missiles à longue portée capables de frapper les États-Unis.

En reprenant les thèses de Trump — l'Iran comme « principale source d'instabilité et de terreur au Moyen-Orient », la nécessité d'agir pour la « sécurité internationale » — Carney n'a pas seulement trahi ses engagements de Davos : il a fourni une caution démocratique et une respectabilité à une aventure guerrière. D'un trait, il a effacé la ligne qui distinguait le Canada des va-t-en-guerre de Washington.

Pendant ce temps, les conservateurs de Pierre Poilievre se sont contentés de se réjouir de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei et d'applaudir les bombes américaines. Aucune surprise. Mais la véritable trahison politique vient d'un premier ministre qui prétendait incarner une autre voie — pragmatique et fondée sur des principes, disait-il. Ces principes n'auront pas tenu deux mois.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), lui, a condamné sans équivoque. Le chef adjoint Alexandre Boulerice a dénoncé « une dangereuse escalade qui risque d'emporter toute la région dans un conflit majeur », déplorant la décision de Carney « d'appuyer de façon aveugle cette aventure dangereuse ». Le chef Don Davies a souligné la contradiction flagrante avec le discours de Davos : « Approuver l'illégalité, la violence et la destruction plutôt que le dialogue et une résolution pacifique n'est pas ce qui a été promis aux Canadiens ni ce qu'ils soutiennent. »

Yves-F. Blanchet, chef du Bloc québécois, tout en présentant l'Iran comme une « menace persistante pour la sécurité de la région et la liberté des Iraniens », a tout de même exprimé une certaine inquiétude quant au recours à la force militaire sans l'appui préalable du Congrès américain, des alliés européens et asiatiques ainsi que du Canada. Une caution des attaques semble ainsi prématurée : tant Donald Trump que le régime iranien manquent de considération pour la vie des civils. Le droit international doit prévaloir, et la négociation ainsi que les sanctions demeurent les voies à privilégier. Comme condamnation de l'agression militaire contre l'Iran, comme défense du droit international, cela demeure pour le moins timoré.

III. Pas de libération par les bombes américaines

Certain·es, aveuglés par leur haine légitime du régime théocratique des mollahs, pourraient être tentés de saluer cette attaque comme une opportunité de changement. Ce serait une grave erreur. Nul ne devrait croire que les États-Unis ou Israël, dont les mains sont tachées du sang de Gaza et d'ailleurs, se soucient réellement de la liberté ou du bonheur du peuple iranien.

Derrière les frappes se profile un objectif clair : le contrôle des réserves d'énergie fossile et l'affirmation d'une hégémonie régionale. L'histoire récente est sans appel : Irak, Libye, Afghanistan. Partout où la machine de guerre des puissances dominantes est intervenue, les infrastructures vitales ont été détruites, les classes ouvrières dispersées, les mouvements sociaux étouffés et de nouvelles forces réactionnaires propulsées au pouvoir.

Le peuple iranien lutte depuis des années pour renverser le régime théocratique. Les femmes iraniennes ont été à l'avant-garde de ces combats — le mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022 en est un témoignage éclatant. La classe ouvrière iranienne, ses syndicats et ses étudiant·es ont payé un lourd tribut dans cette lutte courageuse. C'est leur combat, pas la guerre de Trump ni celle de Netanyahou. Le renversement du régime iranien est la tâche du peuple iranien — et de lui seul.

IV. Contre la guerre, pour le droit international et la solidarité des peuples

Nous disons non à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Cette guerre n'a rien à voir avec la libération du peuple iranien. Elle constitue une agression impérialiste menée par des puissances dont les mains sont tachées du sang de Gaza, du Liban et de la Cisjordanie occupée.

Nous exigeons que le Canada revienne à une politique étrangère fondée sur le droit international, le refus des guerres d'agression et la défense réelle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes — pas seulement dans des discours à Davos, mais dans les actes. Nous demandons au gouvernement Carney de retirer son soutien à cette opération militaire illégale et de porter la voix du droit international et de la diplomatie dans toutes les instances internationales.

États-Unis / Israël : cessez toute intervention en Iran !
Pas de libération par les bombes américaines !
Solidarité avec le peuple iranien dans sa lutte pour la liberté !
Halte à l'impérialisme américain et au colonialisme israélien !
Le Canada doit respecter le droit international — pas cautionner des guerres d'agression !

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les travailleurs communautaires en C.-B. vont refuser tout recul

3 mars, par West Coast Committee
Quatre mois après un vote de grève historique de 92,3%, l’association représentant 26 000 travailleurs communautaires de la Colombie-Britannique a conclu une entente de (…)

Quatre mois après un vote de grève historique de 92,3%, l’association représentant 26 000 travailleurs communautaires de la Colombie-Britannique a conclu une entente de principe la semaine dernière. Des membres… Source

FSM 2026 à Cotonou : les mouvements sociaux du monde s’organisent pour participer au grand rendez-vous mondial des altermondialistes

3 mars, par Serigne Sarr
Serigne Saar, correspondant à Dakar Dans le cadre de la mobilisation pour la 16e édition du Forum Social Mondial prévue du 4 au 8 août 2026 à Cotonou au Bénin, des rencontres (…)

Serigne Saar, correspondant à Dakar Dans le cadre de la mobilisation pour la 16e édition du Forum Social Mondial prévue du 4 au 8 août 2026 à Cotonou au Bénin, des rencontres sont en train de se dérouler dans plusieurs pays africains et d’Amérique latine. À travers des concertations bilatérales, (…)

L’inquiétant essor du Parti conservateur du Québec

3 mars, par Bernard Rioux — , ,
Il y a quelque chose d'instructif dans la trajectoire du Parti conservateur du Québec depuis qu'Éric Duhaime en a pris les rênes en avril 2021. Ce n'est pas l'histoire d'un (…)

Il y a quelque chose d'instructif dans la trajectoire du Parti conservateur du Québec depuis qu'Éric Duhaime en a pris les rênes en avril 2021. Ce n'est pas l'histoire d'un parti qui surgit du néant — c'est l'histoire d'une droite qui se réorganise, se professionnalise et cherche à occuper l'espace que la Coalition avenir Québec, empêtrée dans ses contradictions et ses déficits records, commence à laisser vacant. Pour celles et ceux qui se battent pour un Québec égalitaire, écologique et indépendant, ignorer la montée de ce parti serait une erreur politique grave.

D'une marginalité organisée à une force électorale réelle

Quand Duhaime remporte la chefferie avec 95 % des voix en avril 2021, il hérite d'un parti qui reste marginal sur la scène électorale : 1 % dans les sondages, 200 dollars dans le compte de banque, à peine trois ou quatre cents membres. Quatre ans plus tard, il dirige une formation qui revendique 63 000 membres, des millions dans ses coffres et 15 % dans les intentions de vote. La transformation est spectaculaire.

En 2018, le PCQ avait récolté un misérable 1,46 % des suffrages. Aux élections du 3 octobre 2022, après dix-huit mois d'agitation autour des mesures sanitaires, de la liberté individuelle et du pouvoir d'achat, le parti engrange 530 786 voix, soit 12,9 % de l'électorat — rivalisant avec le Parti québécois (14,6 %), Québec solidaire (15,4 %) et le Parti libéral (14,3 %). Sans siège à l'Assemblée nationale à cause du mode de scrutin uninominal à un tour — ce mode de scrutin que la gauche réclame depuis longtemps de réformer précisément parce qu'il fausse la représentation —, mais avec une présence réelle dans l'électorat.

La concentration géographique du vote conservateur est révélatrice de sa nature sociale. Les appuis les plus solides se trouvent dans la région de Québec, en Chaudière-Appalaches et dans certaines circonscriptions rurales ou semi-urbaines. Dans Arthabaska, lors de la partielle d'août 2025, le parti passe de 25 % à 41 % d'appuis déclarés. À Chicoutimi, il est parvenu à occuper le deuxième rang, juste après le PQ de PSPP en obtenant plus de 26 % des suffrages. C'est la carte du Québec des automobilistes des banlieues, des travailleurs et travailleuses inorganisés des régions éloignées, de ceux que l'inflation a appauvris et que les discours technocratiques sur la transition écologique ont aliénés. C'est une colère réelle, instrumentalisée par une droite habile.

L'agenda économique : le vieux rêve néolibéral avec un accent québécois

Sur le plan économique, le programme du PCQ ne surprend personne qui a suivi les aventures de l'ADQ de Mario Dumont — dont Duhaime a été conseiller. Il s'agit de la même recette : baisser les impôts des particuliers et des entreprises, réduire la taille de l'État, privatiser les services publics, affaiblir les contre-pouvoirs syndicaux et laisser le « marché » décider.

La réduction du nombre de fonctionnaires, la simplification des procédures d'embauche de travailleurs et travailleuses étrangers pour satisfaire les employeurs, la liquidation du Fonds de développement économique, la suppression du marché du carbone et du Fonds vert : tout cela dessine un État qui se retire, laissant les classes ouvrières et populaires face aux forces du marché.

Pour le secteur de la santé, le PCQ ne cache pas ses ambitions. Dès le congrès de novembre 2021, les membres votent pour instaurer une assurance maladie privée, financer les hôpitaux selon le nombre de patients traités afin de créer de la compétition entre les établissements, et étendre le recours au secteur privé.

L'écologie comme ennemi : le parti des combustibles fossiles

Si le PCQ se distingue des autres partis québécois sur un point, c'est bien là : c'est le seul parti de l'Assemblée nationale - ou qui vise à y entrer - qui assume pleinement son hostilité aux politiques climatiques. Et cette position n'est pas accidentelle — elle est constitutive de son identité.

Le Parti conservateur de Duhaime veut exploiter le gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent, relancer GNL Québec, explorer le pétrole en Gaspésie, dans le golfe du Saint-Laurent, et ne « fermer la porte à rien » concernant l'île d'Anticosti. Il s'oppose à l'objectif d'interdire la vente de véhicules à essence neufs en 2035 —« mon char, mon choix »—, au marché du carbone, à la taxe carbone, et globalement à toute mesure qui contraindrait les émissions de gaz à effet de serre au nom d'une liberté de consommer que seuls les plus aisés peuvent se permettre pleinement.

Au congrès de janvier 2026, les militant·es vont encore plus loin : ils battent une proposition qui aurait redirigé une partie des revenus de l'exploitation gazière vers l'environnement, qu'une candidate qualifie de « culpabilité verte ». C'est une posture climatosceptique à peine voilée. Et ce n'est pas sans rappeler les propos d'un membre du congrès de 2021 qui avait soutenu que les changements climatiques étaient « complètement faux ». Duhaime ne l'a pas repris, mais le courant continue de circuler dans les veines du parti.

La question nationale : l'autonomisme comme paravent fédéraliste

Sur la question de l'indépendance du Québec, le PCQ est clair : non au référendum, non à la souveraineté, oui à l'autonomisme dans le cadre canadien. Duhaime défend un Québec qui négocie mieux sa place dans la fédération, qui récupère des pouvoirs, mais qui demeure résolument dans le giron d'Ottawa.

Cette position n'est pas neutre. Un Québec souverain aurait pleine maîtrise de sa politique sociale, de son immigration, de ses ressources naturelles, de sa politique étrangère. Le cadre fédéral impose des contraintes structurelles à tout projet de transformation sociale progressiste. L'autonomisme que prône Duhaime, c'est la promesse de mieux gérer l'existant sans jamais le remettre en question fondamentalement. C'est un conservatisme constitutionnel qui correspond parfaitement à son conservatisme économique.

Au congrès de novembre 2023, un militant a proposé un amendement évoquant l'indépendance comme recours ultime si Ottawa ne respectait pas les demandes du Québec. Il a été battu. Le signal est limpide : le PCQ choisit le Canada.

Sur les questions sociales, l'ambiguïté est stratégique. En matière de droits reproductifs, le parti évite l'affrontement frontal tout en tolérant des courants hostiles à l'autonomie des femmes, maintenant ainsi une porte entrouverte à de possibles reculs. Sur l'immigration, le discours se construit autour de la peur — frontières, intégration, « capacité d'accueil » — et détourne l'attention des véritables causes de la précarité : austérité, exploitation du travail, sous-financement des services publics. Quant à la question nationale, l'autonomisme revendiqué sert de paravent à un fédéralisme assumé : refus de l'indépendance, refus du référendum, acceptation d'un cadre canadien qui limite toute transformation sociale ambitieuse.

La question du droit à l'avortement : l'ambiguïté calculée

Sur le droit à l'avortement, Duhaime personnellement se réclame d'un libertarisme qui, en principe, devrait le rendre favorable à l'autonomie corporelle des femmes. Mais le parti qu'il dirige est traversé de courants différents. Le site Campagne Québec-Vie,
organisation ouvertement anti-avortement, décrit avec soin les candidats du PCQ qui seraient « pro-vie » et « pro-famille », et appelle à voter pour eux au cas par cas. L'organisation note avec satisfaction que le programme du PCQ contient des propositions favorables à la natalité et à la « primauté parentale », sans engagement clair en faveur du droit à l'avortement. Cette ambiguïté n'est pas anodine : elle permet au parti de capter à la fois les libertariens et une frange plus conservatrice socialement, sans froisser ni les uns ni les autres. C'est une posture électoraliste qui laisse la porte ouverte à des reculs sur les droits reproductifs si la composition d'un gouvernement l'exigeait.

Les axes de la riposte : organiser la contre-offensive

La progression du Parti conservateur du Québec d'Éric Duhaime ne peut être combattue par de simples dénonciations morales. Elle exige une riposte politique structurée, ancrée dans les réalités sociales et assumée sur le terrain de la lutte de classes.

1. Reprendre le terrain du coût de la vie

La colère qui traverse les régions, les banlieues et les quartiers populaires n'a rien d'irrationnel. Inflation, loyers abusifs, salaires stagnants, services publics fragilisés : cette colère est légitime. Si la droite la capte, c'est parce qu'elle occupe le vide laissé par l'absence d'un projet offensif à gauche. Il faut opposer au PCQ un programme clair : gel des loyers, hausse substantielle du salaire minimum, fiscalité réellement progressive, investissements massifs dans les services publics.
Les baisses d'impôt promises par la droite ne profitent ni aux plus pauvres ni aux travailleurs précaires. Elles favorisent les revenus plus élevés et affaiblissent délibérément les finances publiques pour justifier ensuite des compressions. C'est une stratégie éprouvée : réduire l'État pour ouvrir la voie au privé.

2. Défendre sans compromis les services publics

Chaque avancée du privé affaiblit le commun. Une clinique privée qui ouvre, c'est un réseau public qui est affaibli. Une école privée subventionnée, c'est une école publique appauvrie. Le Parti conservateur du Québec présente la privatisation comme une solution d'efficacité. L'expérience internationale démontre le contraire : les systèmes à deux vitesses aggravent les inégalités, enrichissent les investisseurs et détériorent les conditions de travail. Le mouvement syndical, communautaire et la gauche politique doivent mener une bataille idéologique et pratique pour réaffirmer que la santé et l'éducation sont des droits, pas des marchés.

3. Porter une écologie de justice sociale et de rupture anticapitaliste

La critique populaire du marché du carbone ne doit pas être abandonnée à la droite. Oui, les travailleuses et travailleurs paient à la pompe pendant que les grandes industries négocient des exemptions. Mais la solution est plutôt de faire à la lutte aux changements climatiques, à la protection de l'environnement et de la biodiversité un priorité.

Il faut que cette lutte permette de créer des emplois, grâce au développement du transport collectif en région, au développement de chantiers publics favorisant l'utilisation des énergies et fasse payer les véritables responsables : multinationales extractives, industries lourdes, grands pollueurs. L'écologie qui se contente de situer son action qu'au niveau des comportements individuels ne convaincra jamais ; l'écologie visant une transformation sociale, une transition juste et la planification démocratique de l'économie, oui.

Les promesses d'Éric Duhaime d'exporter davantage de gaz en Europe sous prétexte de remplacer le charbon relèvent du mirage. La lutte au dérèglement climatique ne peut se contenter d'utiliser les mécanismes du marché.

4. Élargir la démocratie économique

Face aux projets d'affaiblissement syndical et de réduction de la fonction publique, le mouvement syndical et les différents mouvements sociaux doivent renforcer leurs alliances sociales et politiques. Il faut aller plus loin et revendiquer une véritable démocratie économique : droit de regard des travailleurs et des travailleuses sur les décisions stratégiques, contrôle public des secteurs clés et planification écologique. La liberté du marché pour quelques-uns signifie la précarité pour la majorité.

5. Articuler la question nationale à l'émanciation sociale

L'indépendance ne peut être dissociée de l'émancipation sociale. Elle n'est pas un symbole abstrait, mais un levier pour rompre avec les contraintes d'un fédéralisme canadien structuré au service des grandes puissances économiques.

Face à un Parti conservateur qui choisit l'alignement sur Ottawa et le capital, la gauche indépendantiste doit proposer un projet national ancré dans la justice sociale, la transition écologique et la démocratisation des institutions. La souveraineté populaire n'a de sens que si elle transforme les rapports de pouvoir.

Le Parti conservateur du Québec n'est pas un phénomène marginal. Il dispose de ressources, d'une stratégie de communication et d'une cohérence idéologique : réduire l'impôt des plus favorisés, fragiliser l'État social, nier la crise climatique et défendre l'exploitation des hydrocarbures. La liberté d'exploiter les travailleurs, les travailleuses et la nature est au cœur de son programme.

La riposte consiste à organiser la colère populaire autour d'un projet clair : redistribution des richesses, défense des biens communs, transition écologique planifiée et souveraineté démocratique de la société québécoise.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Solidarité avec Cuba

Depuis le 3 janvier 2026, date de l'enlèvement du président du Venezuela, Cuba ne reçoit plus le pétrole nécessaire aux transports et à la génération d'électricité. Québec, (…)

Depuis le 3 janvier 2026, date de l'enlèvement du président du Venezuela, Cuba ne reçoit plus le pétrole nécessaire aux transports et à la génération d'électricité.

Québec, 20 février 2026

OBJET : Campagne de solidarité avec le peuple cubain

Ceci a mis à mal son industrie touristique, une source de devises importante pour les habitants et habitantes de l'île. Il faut se rappeler qu'il existe un embargo états-unien contre Cuba dure depuis 66 ans. Malgré cela, Cuba a réussi un développement social impressionnant. Mais aujourd'hui, avec la politique de Trump le peuple cubain est assiégé au niveau économique. L'embargo empêche des réalisations sociales et économiques au bénéfice de Cubaines et Cubains et met en danger leur vie.

Le CAPMO a un volet de solidarité internationale qui nous permet d'agir rapidement. À la demande d'amies, amis et membres du CAPMO, nous avons convenu de faire appel à votre générosité pour venir en aide à la population cubaine qui subit un embargo sans précédent de la part des États- Unis d'Amérique interdisant le commerce avec Cuba. Cette campagne de solidarité est aussi appuyée par CASA latino-américaine de Québec,

En allant sur le site du CAPMO au www.capmo.org, vous pouvez faire un don en inscrivant dans les commentaires, Solidarité Cuba. Un reçu de charité sera automatiquement remis par Canadon et sera envoyé à votre adresse courriel. Les montants recueillis seront versés à la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba qui a la capacité d'acheminer de l'aide matérielle à Cuba. Votre solidarité est importante et essentielle.

Yves Carrier, coordonnateur
CAPMO
Cecilia Valdebenito
CASA Latino-américaine
Emilia Castro
Militante féministe
Victor H. Ramos
Cercle Gabriel-García-Márquez

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Haïti : l’instrumentalisation continue de la violence à des fins politiques

3 mars, par Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l'occupation d'Haïti (REHMONCO) — , ,
Nous dénonçons et condamnons l'attitude irresponsable du gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé de poursuivre la même politique d'instrumentalisation de la violence des gangs (…)

Nous dénonçons et condamnons l'attitude irresponsable du gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé de poursuivre la même politique d'instrumentalisation de la violence des gangs pour défendre des intérêts politiques mesquins.

Il est frappant de constater comment, au cours des mois de décembre et de janvier, la police a fait preuve d'une grande capacité d'intervention dans plusieurs fiefs de la coalition Viv-Ansanm. Ces interventions ont fait beaucoup de victimes dans les quartiers sous l'emprise des gangs. Certains membres de la coalition ont été tués, ainsi que des personnes de la population civile selon les données disponibles. Ces interventions de la police ont apparemment affecté le morale des gangs puisque les porte-paroles de ces derniers sont depuis lors moins présents sur les réseaux sociaux.

Soulignons également que ces interventions de la police coïncidaient avec la fin du mandat des conseillers-présidents, ce qui a permis au premier ministre Didier Fils-Aimé de devenir l'unique chef du pouvoir exécutif à travers le conseil des ministres.

Après la passation de pouvoir, il est frappant de constater que la police change d'attitude. Il n'est plus question d'intervention dans les territoires des gangs de façon ininterrompue. La récurrence des interventions est remplacée par la propagande creuse selon laquelle la police est déterminée à combattre les gangs. Le discours de la propagande est toujours là, mais on constate qu'il y a de moins en moins d'interventions musclées contre les gangs.

Cette pratique d'instrumentaliser la violence des gangs pour garder le pouvoir est une pratique ancienne de l'État haïtien et de la bourgeoisie. Dans les 10 dernières années, le président autocrate Jovenel Moise a été celui qui a mené cette logique jusqu'à son paroxysme. Il a ouvertement procédé à la remobilisation des gangs pour casser toute mobilisation populaire contre la corruption.

Après l'assassinat crapuleux de Moise, Ariel Henri a suivi la même logique en évitant de rétablir la sécurité publique, de désarmer et de juger les chefs de gangs. En les tolérant, il voulait se servir du climat d'insécurité pour rester au pouvoir en renvoyant toutes joutes électorales aux calandres grecques. Cette politique s'est soldée par des massacres en cascades. Les gangs dans les quartiers populaires continuaient à étendre leur territoire, renforçant ainsi leur puissance de frappe.

Après avoir perdu le soutien de Washington en mars 2024, le premier ministre Ariel Henri a été contraint de signer sa lettre de démission et a été remplacé par le Conseil présidentiel de transition (CPT), une instance formée par des représentants de différentes organisations politiques, chargée de nommer le Premier ministre et de préparer les élections.

Ce pouvoir bicéphale, au lieu de rectifier le tir, a poursuivi la même politique d'instrumentalisation de la violence en laissant les gangs s'étendre encore plus dans de nombreux quartiers de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, dont Nazon, Delmas 30, Solino, etc. Cette politique cynique est devenue une évidence à tel point que la primature a décidé ouvertement de priver au directeur de la Police, de l'époque, Normil Rameau, de moyens logistiques opérationnels. Des drones et autres équipements contrôlés par le task force, organisme créé par le gouvernement pour combattre le banditisme, n'ont pas été mises à la disposition des policiers, alors que ces derniers, sur le terrain, avaient un besoin criant de soutiens aériens dans leurs opérations.

Après le départ du CPT, plus d'un s'attendaient à la poursuite des opérations policières intensives initiées depuis le mois de décembre 2025. Au lieu de procéder à l'arrestation et jugement des chefs de gangs, l'autocrate Didier Fils Aimé, érigé en chef suprême de l'État par le gouvernement étatsunien, a déjà changé de logique. Les opérations policières intensives ont déjà considérablement ralenti, voire suspendu. À la place de la chasse aux gangs, le moment est à la consolidation du pouvoir de l'homme fort du pouvoir exécutif.

La signature du Pacte de stabilité s'inscrit dans cette logique de se conforter au pouvoir alors que la majorité de la population de l'aire métropolitaine, du département de l'Artibonite et de la ville de Mirebalais meurent quotidiennement sous l'emprise des gangs. Massacrés ou kidnappés au quotidien, les résidents constatent une fois de plus que le gouvernement continue à se servir de l'insécurité pour atteindre des objectifs politiques.

En fonction des besoins politiques du moment, il choisit soit de permettre une intensification des opérations policières contre les gangs, soit de permettre aux malfrats d'occuper plus de territoire, et ainsi de procéder à plus de kidnappings. Tout indique que pour Fils-Aimé, il est important de ne pas vaincre les gangs pour ne pas se trouver dans l'obligation de mettre un terme à la transition. Ce comportement montre clairement que l'insécurité ambiante, loin d'être un problème de manque de moyens, est en réalité une affaire d'État.

Les contradictions de Québec solidaire : la désorientation d’un parti qui ne défend pas sa stratégie de lutte pour l’indépendance du Québec

3 mars, par André Frappier, Bernard Rioux — ,
Face à la montée d'un Parti québécois qui se drape dans les oripeaux de l'indépendance tout en trahissant les fondements d'une authentique libération nationale, Québec (…)

Face à la montée d'un Parti québécois qui se drape dans les oripeaux de l'indépendance tout en trahissant les fondements d'une authentique libération nationale, Québec solidaire révèle ses difficultés à défendre de façon offensive sa stratégie de lutte pour l'indépendance du Québec. Les discours de Sol Zanetti et Ruba Ghazal sur la participation au camp du OUI ne peuvent masquer les faiblesses stratégiques profondes d'un parti qui se contente d'une critique superficielle du Parti québécois et qui doit expliquer que le camp du OUI que QS veut construire sera celui d'un référendum portant sur un projet de société (une constitution) élaboré par une démarche radicalement démocratique, concrétisée par la mise en marche d'une constituante.

Un argumentaire insuffisant sur l'indépendance

Lors de son point de presse du 25 février dernier, Ruba Ghazal a défendu la position indépendantiste de QS en insistant sur la nécessité d'une large consultation populaire et d'une assemblée constituante. Elle a reconnu les craintes de la population, particulièrement dans un contexte de crise du logement et d'appauvrissement. Mais là où son discours révèle ses limites, c'est dans son incapacité à affirmer clairement que l'indépendance n'est pas qu'un processus institutionnel : c'est un projet de société plus égalitaire et plus écologiste. C'est précisément ce caractère transformateur qui peut rallier une majorité populaire à l'indépendance, et QS doit le dire haut et fort.

Quant à la question d'un éventuel référendum tenu par le PQ, la réponse de Ghazal — que QS « sera dans la barque d'un Québec indépendant » — est révélatrice d'un flou stratégique. Être pour l'indépendance, ce n'est aucunement assumer la stratégie référendaire du PQ. Car le bilan du PQ au pouvoir a systématiquement étouffé la force mobilisatrice nécessaire à la réalisation d'un projet de libération nationale : déficit zéro de Bouchard et Parizeau, fermetures d'hôpitaux et élimination de 1 200 postes d'infirmières, restrictions de Pauline Marois ciblant l'aide sociale, le transport adapté et le logement. La crise environnementale et sanitaire nous confronte aujourd'hui à une réalité incontournable : nous ne pouvons plus laisser la classe capitaliste dicter l'avenir de nos sociétés.

Le PQ vide l'indépendance de son contenu émancipateur

C'est cette faiblesse fondamentale du PQ — son refus de lier indépendance et transformation sociale — que QS doit critiquer ouvertement et sans détour. Alors que QS proclame vouloir un pays « enraciné dans les luttes sociales, écologiques, féministes, syndicales, antiracistes et autochtones », le PQ de Paul St-Pierre Plamondon dissocie méthodiquement l'indépendance de toute émancipation collective. Sol Zanetti lui-même le reconnaît implicitement lorsqu'il affirme que « le camp du Oui va être diversifié » — sans jamais préciser quels intérêts sociaux portent les différentes composantes de ce camp, et si cette diversité tend à unir ou à neutraliser les forces populaires pour l'indépendance.

Cette abdication est d'autant plus grave que le PQ courtise ouvertement une alliance avec la droite nationaliste et conservatrice, qui voit dans l'indépendance l'occasion d'enrichir les plus riches et d'imposer un programme néolibéral sous couvert de souveraineté nationale. Face à cette dérive, QS se limite à des protestations morales sur l'« inclusion », sans jamais articuler une critique systématique du projet de société capitaliste que représente le PQ.

La question migratoire : approfondir la critique du nationalisme divisif du Parti québécois

QS critique le « nationalisme divisif » du PQ et sa fermeture à la diversité culturelle. Ruba Ghazal craint avec justesse qu'avec le PQ, le camp du Oui devienne « un camp qui exclut ». Mais ces critiques n'attaquent jamais les racines structurelles du nationalisme identitaire et conservateur péquiste. Au lieu de démontrer comment le capitalisme québécois utilise la division entre travailleurs et travailleuses immigrés et natifs pour maintenir sa domination, QS s'en tient à des appels abstraits à l'« inclusion ». L'immigration internationale doit être présentée comme un phénomène incontournable à notre époque de chaos et de crise climatique.

Cette approche qui reconnaît la réalité actuelle de l'immigration permettra de construire une véritable alliance de classe entre toutes les travailleuses et tous les travailleurs du Québec, quelle que soit leur origine. La rupture avec la logique des quotas, avec la fumeuse notion des « capacités d'accueil » et avec une conception utilitariste de la politique migratoire permettrait à QS de présenter l'indépendance comme une société d'élargissement des droits pour les personnes migrantes. La lutte contre l'abolition du Programme de l'expérience québécoise le démontre : un Québec défendant la liberté de circulation et d'installation ouvrirait la possibilité d'un ralliement populaire majeur à l'indépendance. Les discours de PSPP, qui attribue aux personnes migrantes les problèmes de logement, d'accès aux services publics et la montée de l'itinérance sont irresponsables et nuisent à la défense de l'indépendance du Québec.

La constituante : l'outil central de la mobilisation populaire

QS refuse toujours de critiquer ouvertement la stratégie référendaire du PQ — cette illusion qu'un simple référendum, dans le cadre d'une seule campagne électorale, pourrait suffire à réaliser l'indépendance. Que signifie l'affirmation de Zanetti qu'« il va y avoir plusieurs autobus du OUI », sinon que la multiplication des véhicules compenserait l'absence de direction claire ? Il est temps de mettre fin à l'ambiguïté entre un OUI issu d'une assemblée constituante sur la constitution d'un Québec indépendant et un OUI à un référendum péquiste dont la question est élaborée en vase clos.

Pour s'imposer comme le véritable champion de l'indépendance, QS doit affirmer sans équivoque que la démarche du PQ exclut la majorité populaire du processus. Le PQ écarte complètement l'idée d'une constituante comme élément central de la lutte pour l'indépendance. Il lui préfère un processus vertical et technocratique — une « constitution provisoire » élaborée en cercle fermé, un référendum déclenché au « moment propice » par la direction du parti, ou indéfiniment reporté comme ce fut le cas pendant des décennies. Paul St-Pierre Plamondon parle d'être « intelligent », « responsable » et « raisonnable » : autant de codes pour dire qu'il attendra passivement que les conditions se réunissent d'elles-mêmes.

QS, qui se veut le parti de la démocratie participative, doit l'affirmer clairement : une assemblée constituante n'est pas un exercice technique. C'est le processus par lequel un peuple se constitue comme sujet politique, élabore collectivement son projet de société, et construit, dans ce mouvement même, la majorité indépendantiste. Ce processus pourrait s'enclencher dès l'élection d'une majorité de députés indépendantistes, par une loi à l'Assemblée nationale, et déboucher sur un référendum gagnant. C'est par la lutte, par la mobilisation, par la constituante elle-même que se forge cette majorité — non par l'attentisme.

Les OUI Québec : le degré zéro de la stratégie

Les OUI Québec, qui prétendent incarner la société civile indépendantiste, sont devenus un instrument pour « mousser une indépendance sans contenu ». Depuis l'abandon de la constituante de leurs plans d'action, ils se limitent à des initiatives communicationnelles déconnectées des organisations populaires de base. Aucune mobilisation réelle, aucune construction d'un rapport de force.

QS doit se donner comme objectif la construction d'un véritable front de lutte pour une constituante : un front qui rassemble syndicats, organisations étudiantes, groupes écologistes, féministes et populaires autour d'une démarche radicalement démocratique. Sa campagne « Nouveau Québec », aussi sympathique soit-elle, ne constitue pas ce front : des rencontres citoyennes et des affiches ne remplacent pas l'organisation de la base populaire pour imposer une assemblée constituante.

L'aveuglement sur la dimension anti-impérialiste de l'indépendance

La lutte pour l'indépendance du Québec s'inscrit historiquement dans le contexte de l'oppression nationale par l'État capitaliste canadien et dans la continuité de l'élimination des droits des peuples autochtones et de leur expropriation territoriale. Réduire l'indépendance au simple rapatriement de pouvoirs, c'est accepter de reproduire les mêmes schèmes que le capitalisme canadien, mais sous contrôle québécois — c'est précisément ce que proposent le PQ et le Bloc québécois. La récente déclaration du député bloquiste Patrick Bonin, réclamant une part plus grande des contrats militaires pour le Québec en est la démonstration.

QS doit faire une critique systématique de la volonté du PQ d'intégrer un Québec indépendant dans l'OTAN. Prétendre lutter pour la libération nationale tout en gardant le silence sur un projet d'indépendance néocoloniale arrimée à l'impérialisme américain est une contradiction insurmontable. Le rejet, au dernier congrès, de la proposition visant à affirmer explicitement qu'un Québec indépendant ne ferait pas partie de l'OTAN n'a pas préparé QS à affronter cette question pourtant centrale.

L'indépendance du Québec n'est pas qu'une affaire québécoise : c'est un coup porté à l'édifice impérialiste canadien dans son ensemble. Elle exige une politique d'alliance avec le mouvement ouvrier du Canada anglais et avec les nations autochtones de tout le Canada — des alliés naturels qui n'ont aucun intérêt objectif à défendre un État anti-écologiste, guerrier et anti-populaire. On ne construit pas une alliance anti-impérialiste authentique en refusant de reconnaître le caractère colonial de l'État canadien et la nécessité d'une lutte commune contre celui-ci.

Conclusion : QS doit défendre l'implication du peuple dans la lutte pour l'indépendance

En refusant de critiquer radicalement le PQ, en acceptant son cadre stratégique d'un référendum élaboré par un gouvernement dont la méthode a démontré son échec en 1980 et en 1995, QS se prive de se présenter comme une alternative crédible. L'assemblée constituante et la mobilisation populaire dans la définition d'un projet de société indépendantiste constituent cette alternative — QS doit l'assumer pleinement.

Le Parti québécois est dirigé par des élites nationalistes et technocratiques qui aspirent à gérer leur propre État, intégré à l'empire américain, construit sur une logique identitaire qui exclut de son projet les personnes immigrantes et les Premières Nations. Face à ce projet qui ne s'inscrit pas dans une véritable logique de libération nationale, QS a une responsabilité historique : construire un mouvement indépendantiste de masse, ancré dans les luttes populaires, porteur d'une transformation sociale radicale, articulé autour d'une assemblée constituante démocratique et d'alliances anti-impérialistes continentales.

L'heure n'est pas aux compromis avec le PQ. L'heure est à la construction d'un mouvement indépendantiste militant qui lie indissolublement libération nationale et émancipation sociale, qui mobilise le peuple travailleur dans toute sa diversité, qui reconnaît les exigences de l'indépendance face à la crise climatique et au patriarcat, qui forge des alliances anti-impérialistes — et qui ose affronter l'État canadien et l'empire américain.

Les militantes et militants de QS, comme l'ensemble du mouvement indépendantiste de gauche, doivent tirer les leçons des échecs du PQ et présenter au peuple québécois, dans toutes ses composantes, une véritable stratégie de libération nationale et sociale. Car l'indépendance implique des ruptures majeures : rupture avec l'État fédéral, rupture avec la classe dominante québécoise qui s'est accommodée, dans sa majorité, de cet État et a participé à l'expropriation du peuple de son droit à décider librement de son avenir.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

8 mars : Mobilisations et grèves à l’ordre du jour

3 mars, par Chloé Matte Gagné — ,
La conjoncture politique et sociale inquiète tout le monde y compris les groupes féministes.Les lois liberticides pleuvent, les violences augmentent, les féminicides augmentent (…)

La conjoncture politique et sociale inquiète tout le monde y compris les groupes féministes.Les lois liberticides pleuvent, les violences augmentent, les féminicides augmentent et tout retombe dans la cour du communautaire et des groupes de femmes.

Comment arrêter d'être à la défensive et passer en mode gagner des victoires et conserver les acquis ?

Les groupes communautaires à boutte d'un financement inadéquat et peu stable ont décidé que assez c'est assez de pas payer et de pelleter les coupures en santé et en éducation dans leur cour. Une campagne de mobilisation est en cours. Du 23 mars au 2 avril, le communautaire fait actions, grèves, coupures de certains services. Le tout culmine le 2 avril par une manif nationale à Québec. Les gens s'organisent, se mobilisent d'abord à partir des groupes locaux dans des cellules de travail au lieu de passer comme avant par les regroupements provinciaux. Une autre approche, une autre façon de travailler mais l'unité est là et le bouillonnement risque cette fois de ne pas passer inaperçu.

Les groupes de femmes sont associées à cette semaine d'actions. Plusieurs vont tenter d'organiser des actions féministes.

Mais le 8 mars s'organise à part, à côté de toute cette préparation parce que le 8 mars c'est aussi la participation des centrales syndicales.

Le 8 mars : Générations debout

Le 8 mars 2026 a comme thème « Générations debout ». En mémoire de « Québécoises debout » slogan des années 70. Il souligne aussi la présence de plusieurs générations de femmes dans la mouvance féministe que ce soit dans le mouvement syndical, étudiant ou communautaire.

Cette présence est exigeante. Plusieurs groupes de femmes connaissent des remises en question, des questionnements sinon des affrontements montrant les clivages générationnels. Les femmes de différentes époques issues de différents milieux militants ont vécu différemment les questionnements féministes que ce soit l'égalité au travail, le harcèlement sexuel ou les violences conjugales-domestiques. Elles ont des expérience différentes, analysent les situations différemment.
Comment concilier tout cela. C'est ce que le thème de cette année pose comme défi. Il est essentiel de travailler toutes ensembles dans le contexte d'extrême droitisation actuel.


Le projet de loi 1

Autre mobilisation importante : les revendications contre le Projet de Loi 1.Le mouvement des femmes a obtenu du gouvernement Legault de retirer la clause sur l'avortement contenu dans le projet de loi. C'est une victoire. Il fallait éviter d'ouvrir une porte à des mesures de restrictions de l'accès à l'avortement en l'instituant dans la constitution.

Mais d'autres points demeurent critiques pour le communautaire et qui touche l'autonomie des groupes qui, si financés par l'État, ne pourraient plus prendre position contre certaines lois. Le gouvernement refuse de reconnaître avoir fait sa constitution derrière une porte close, refuse de partager ces réflexions et veut l'imposer comme un projet de loi ordinaire alors qu'un projet de constitution partout dans le monde se fait avec le peuple. La démocratie en prend un coup.

Conclusion

La situation est à la fois mobilisante : 8 mars et grève du communautaire mais est à la fois bien fragile.

Le gouvernement Legault semble bien décidé à poursuivre ses attaques tout azimut contre les droits. Comment le faire reculer ? Sur l'avortement les groupes féministes ont réussi mais sur l'ensemble du Projet de Loi 1 tout demeure encore en place malgré plusieurs oppositions de la société civile (Ligue de droits et liberté, Barreau du Québec etc.). C'est là que la mobilisation prend de l'importance. La grève du communautaire surtout si elle est très suivie (plus de 3000 groupes à travers le Québec) devraient avoir son impact. Déjà que cela a fait la une du Devoir. La participation à la fois des groupes et des personnes utilisatrices des services de ces groupes devra être développer. C'est la société au complet qui doit reconnaître tout le travail fait par l'implication communautaire et citoyenne.

La grève dans le communautaire est en fait une grève féministe. Les intervenantes de ce secteur sont majoritairement des femmes. C'est comme les grèves dans le secteur public. Mais ça n'apparaît pas comme ça au premier abord. Au 8 mars, on parlera donc de grève du communautaire pas de grève féministe.

Il faudra donc continuer à développer des solidarités, à consolider les liens entre les groupes et à obtenir le soutien des centrales syndicales.

Chloé Matte Gagné

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Avi Lewis répond au questionnaire de Rabble sur la direction du NPD

3 mars, par Avi Lewis — ,
Rabble pose à chacun des candidats à la direction du NPD sept questions sur la stratégie du parti, les questions autochtones, les relations avec Donald Trump et plus encore. (…)

Rabble pose à chacun des candidats à la direction du NPD sept questions sur la stratégie du parti, les questions autochtones, les relations avec Donald Trump et plus encore. Voici les réponses d'Avi Lewis.
Avi Lewis lors d'un événement de campagne. Crédit : Avi Lewis / X

23 février 2026 | tiré de Rabble.ca
https://rabble.ca/politics/canadian-politics/avi-lewis-answers-rabbles-ndp-leadership-questionnaire/

Veuillez indiquer à nos lecteurs trois politiques que vous défendriez en tant que chef du NPD.

En tant que chef du NPD, je défendrai la création d'options publiquesdans tous les secteurs de notre économie où le marché est défaillant. Alors qu'un Canadien sur quatre vit dans un foyer en situation d'insécurité alimentaire et que le recours aux banques alimentaires explose, Galen Weston, propriétaire de Loblaws, vaut 18 milliards de dollars. Il s'agit là d'un échec classique du marché, qui montre qui profite et qui souffre de notre économie actuelle, où chaque secteur est dominé par une poignée d'entreprises qui s'entendent entre elles. C'est pourquoi notre campagne propose une option publique pour les téléphones cellulaires, Internet, les services bancaires postaux et les produits alimentaires. Imaginez Costco géré comme un service public : un réseau public de 50 épiceries à travers le pays offrirait des prix alimentaires 30 à 45 % moins chers et coûterait 300 millions de dollars par an à gérer. Cela ne représente que la moitié d'un pour cent du budget de la défense.

Deuxièmement, nous nous engageons en faveur d'un Green New Dealvisant à créer plus d'un million d'emplois syndiqués bien rémunérés dans tout le pays en investissant 2 % du PIB canadien dans la lutte contre l'urgence climatique, créant ainsi des décennies d'emploi pour les travailleurs du commerce, les aides-soignants, les travailleurs des transports, les jeunes, les scientifiques, les travailleurs du secteur des énergies fossiles, etc. Ce travail sera soutenu par une nouvelle génération d'entreprises publiques vertes telles que les services publics de quartier, les fabricants et installateurs de pompes à chaleur, l'économie des soins (les soins sont une activité à faible émission de carbone !), les usines de bus électriques, etc.

Troisièmement, un plafonnement national des loyers qui redonnera le pouvoir aux locataires et mettra fin aux hausses de loyer excessives. Ce plafonnement signifiera que les loyers ne pourront pas être augmentés au-delà du taux d'inflation dans chaque province ou territoire, y compris pour les logements vacants, de sorte que les propriétaires ne pourront pas augmenter les loyers entre deux locataires. Le gouvernement fédéral peut y parvenir en mettant en œuvre une législation de soutien qui renforce les contrôles provinciaux et territoriaux des loyers.

Quelles initiatives législatives du gouvernement Carney modifieriez-vous, si vous le pouviez, et de quelle manière ?

Tout d'abord, j'abrogerais les dispositions relatives aux grands projets du projet de loi C-5. Ce projet de loi permet au gouvernement fédéral d'approuver des projets, y compris des infrastructures liées aux combustibles fossiles, sans passer par des consultations et des évaluations environnementales. C'est le genre de projet de loi qui ferait rougir Stephen Harper, car il ignore les droits des Autochtones et méprise de manière flagrante le fait que nous sommes en situation d'urgence climatique. Nous avons besoin de lignes électriques, pas de pipelines, surtout s'ils sont mis en place à la hâte malgré les objections des communautés qui tentent de protéger notre air, notre eau et nos terres.

De plus, le projet de loi C-12 porte atteinte aux droits fondamentaux des migrants, des réfugiés et de tous les citoyens canadiens. Plutôt que de nous protéger, ce projet de loi crée une machine à expulser qui nous rapproche toujours plus des horreurs qui se produisent aux États-Unis. Cette loi ouvre la voie à une nouvelle vague de violations des droits humains et déchire le tissu social des communautés. Nous devrions abandonner cette loi et suivre l'exemple de l'Espagne, qui accorde un statut légalà un demi-million de travailleurs migrants.

Enfin, je suis profondément préoccupé par les dispositions du projet de loi C-9 qui restreignent notre droit constitutionnel de manifester pacifiquement. Le projet de loi C-9 est une atteinte à nos libertés civiles et à nos droits garantis par la Charte. Il vise à limiter la liberté d'expression et la capacité des gens à s'organiser et à s'exprimer pour la justice, y compris et en particulier ceux qui s'organisent pour la justice en Palestine. Je soutiens la coalition multiconfessionnelle d'organisations à l'échelle nationale, qui comprend denombreux groupes de la société civile et le Congrès du travail du Canada, qui demandent au gouvernement fédéral de retirer cette dangereuse législation.

Comment lutteriez-vous contre le séparatisme au Québec et en Alberta ?

L'attisement du séparatisme en Alberta par Danielle Smith, qui a ouvert la voie à la tenue d'un référendum, est une évolution dangereuse. Cette cause semble être alimentée par l'ingérence étrangère américaine, les responsables de l'administration Trump ayant rencontré les principaux séparatistes. Nous devons rejeter fermement ces efforts et faire tout notre possible pour aider Naheed Nenshi à remporter les prochaines élections provinciales. Lors de ma rencontre avec M. Nenshi, j'ai souligné que je ferais tout mon possible pour y parvenir et je l'ai remercié pour son travail constant et celui du NPD de l'Alberta dans leur opposition au gouvernement le plus à droite de ce pays.
En plus d'être dangereux, cela détourne l'attention du programme de coupes budgétaires et de privatisation de Danielle Smith. Le gouvernement de l'UCP a récemment adopté le projet de loi 11, qui prévoit la mise en place d'un système de santé à deux vitesses à l'américaine en Alberta. Il s'agit d'une invitation ouverte aux compagnies d'assurance maladie américaines à venir cannibaliser notre précieux système de santé public. Nous ne devons pas laisser cela se produire. C'est pourquoi le gouvernement fédéral doit commencer à appliquer rigoureusement la Loi canadienne sur la santé, afin de mettre fin à cette vente de l'assurance maladie.

En ce qui concerne le séparatisme québécois, la clé pour y remédier, selon le NPD, est de démontrer que nous sommes une option viable pour la majorité progressiste du Québec. Cela implique d'avoir un leader qui soit non seulement capable de communiquer avec les Québécois en français, mais aussi un leader qui comprenne la culture et la politique uniques du Québec. Cela signifie défendre la Déclaration de Sherbrooke et établir des liens avec les Québécois sur la base de valeurs et d'idées sociales-démocrates communes. Je suis fier de bénéficier du soutien de Charles Taylor, qui a maintenu la flamme du NPD au Québec pendant des décennies avant la vague orange. La tâche de renouer avec le Québec serait fondamentale si j'avais l'honneur d'occuper le poste de chef.

Quelles seraient vos conditions pour soutenir un gouvernement libéral minoritaire ?

Si le NPD détient un équilibre clair du pouvoir sous ma direction, je voudrais n'avoir qu'une seule exigence : la représentation proportionnelle. Pas un engagement à l'étudier plus avant, à le faire plus tard, à organiser un référendum ou tout autre moyen pour les libéraux de se dérober à leur engagement, mais sa mise en œuvre complète après une assemblée citoyenne chargée de décider du type exact de système électoral. C'est la réforme qui déclenche toutes les autres réformes et qui mettra fin une fois pour toutes au phénomène du « vote stratégique », où les gens se sentent obligés de voter contre quelque chose plutôt que de voter pour le parti ou le candidat qui correspond vraiment à leurs valeurs.

Elle est également essentielle pour éviter les fausses majorités, où un parti qui remporte 36 % des voix exerce un pouvoir presque absolu. Que se passera-t-il si Poilievre remporte les prochaines élections dans un tel scénario ? Tous les progrès réalisés par le NPD au cours de la dernière législature, des soins dentaires aux premières étapes de l'assurance-médicaments, seront remis en question. C'est pourquoi la réforme électorale est si importante. Plutôt que de présenter une liste de revendications, le NPD devrait poser une condition claire la prochaine fois, à savoir la représentation proportionnelle.

Si vous étiez responsable des relations entre le Canada et les États-Unis, quelle serait votre stratégie pour traiter avec l'administration Trump ?

Nous avons besoin d'une politique étrangère indépendante qui vise à établir des alliances avec un ensemble de pays partageant les mêmes idées. L'union fait la force, et nous devrions donner la priorité à l'approfondissement des liens avec les gouvernements progressistes, notamment le Mexique, le Brésil, la Colombie et l'Espagne, afin de nous opposer collectivement à Trump. Tous ces pays n'ont pas hésité à tracer leur propre voie sur la scène internationale, notamment en condamnant le génocide en Palestine et en s'opposant à l'intimidation des petites nations de l'hémisphère occidental par l'administration Trump. Le gouvernement Carney est resté silencieux sur ces questions, et le NPD doit être une voix de principe pour les droits de l'homme et la justice, sans exception. En outre, nous ne devrions pas chercher à approfondir l'intégration militaire avec les États-Unis, comme le système de défense antimissile « Golden Dome », que le premier ministre Carney continue d'envisager.

Outre une politique étrangère indépendante, nous devons également bâtir une économie nationale indépendante et résiliente, capable de résister aux chocs des droits de douane imposés par Trump. Notre économie est devenue beaucoup trop interdépendante et dépendante de notre voisin du sud. C'est pourquoi nous proposons un plan visant à étendre la propriété publique, en créant de nouvelles sociétés d'État canadiennes afin de fournir des services abordables, allant des produits alimentaires aux télécommunications en passant par les services bancaires postaux. Enfin, nous devons riposter aux droits de douane en imposant une taxe sur les exportations de pétrole et de gaz vers les États-Unis, ce qui contribuera également à financer la création d'emplois durables et la transition vers les énergies propres dont nous avons désespérément besoin.

Quelles mesures prendriez-vous pour réduire les inégalités économiques croissantes au Canada ?

Notre campagne propose un plan fiscal complet pour les 99 % afin de lutter contre les inégalités et de collecter les fonds nécessaires pour financer correctement nos services publics. Les inégalités dans ce pays ont atteint des niveaux inimaginables. Les 1 % les plus riches possèdent près d'un quart de la richesse nette du Canada. Parallèlement, les six plus grandes banques ont engrangé 70 milliards de dollars de bénéfices l'année dernière. Des sources de richesse sont générées, mais elles ne profitent pas aux travailleurs, elles restent concentrées au sommet. Nous avons besoin d'un gouvernement qui ait le courage et la volonté politique de s'attaquer enfin à ce problème.

C'est exactement ce que propose notre plan. Son élément central est un impôt sur la fortune de 1 % pour les 1 % les plus riches, qui passe à 3 % pour les plus grandes fortunes. Une telle taxe n'aurait d'impact que sur un petit nombre de personnes, mais elle pourrait générer 40 milliards de dollars par an de nouvelles recettes. En outre, nous demandons que les revenus provenant des gains en capital soient traités de la même manière que les revenus d'emploi, qu'une taxe soit prélevée sur les successions supérieures à 5 millions de dollars, qu'une nouvelle tranche d'imposition soit créée pour les Canadiens les plus riches, qu'une taxe soit prélevée sur les bénéfices excédentaires des entreprises et que l'ARC dispose des ressources nécessaires pour lutter contre la fraude fiscale.

En matière de soutien au revenu, nous sortirions les gens de la pauvreté en augmentant considérablement le soutien au revenu pour les personnes handicapées (en portant la Prestation canadienne pour personnes handicapées à 2 150 dollars par mois), les personnes âgées, les familles avec enfants et les adultes à faible revenu. Nous créerions également un cadre national pour un revenu de base garanti, comme le propose Leah Gazan dans le projet de loi C-223, afin d'établir un seuil social en dessous duquel personne ne peut tomber.

Quelles mesures sont nécessaires pour autonomiser les communautés autochtones au Canada et assurer leur prospérité ?

L'autonomisation et le soutien des communautés autochtones sont présents à plusieurs niveaux dans notre programme électoral, depuis notre vision d'une révolution des bus électriques qui reconnecte les communautés et améliore la sécurité sur toutes les routes de l'espoir de ce pays, jusqu'à l'investissement dans l'économie des soins, y compris les services de garde d'enfants et de soins aux personnes âgées adaptés à la culture, en passant par la garantie que les communautés autochtones touchées bénéficient de la richesse générée par l'exploitation minière sur les territoires traditionnels.
En ce qui concerne le développement des terres autochtones, le principe du consentement libre, préalable et éclairé énoncé dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones doit être pleinement respecté et honoré. Cela nécessite une consultation véritable et significative en partenariat et en collaboration avec les gouvernements des Premières Nations, des Métis et des Inuits, y compris avec les systèmes et structures de gouvernance traditionnels. Une consultation significative implique de veiller à ce que toutes les voix communautaires qui souhaitent participer soient incluses dans le processus officiel des projets, mais aussi que les communautés puissent maintenir un dialogue avec le gouvernement fédéral si de nouvelles questions se posent pendant le développement et l'exploitation des projets.

Un autre élément absolument crucial est l'adoption d'une stratégie de logement « pour les Autochtones, par les Autochtones ». La crise du logement qui touche les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis est une urgence nationale. Près d'un Autochtone sur six vit dans un logement nécessitant des réparations importantes et considéré comme inadapté au nombre de personnes qui y vivent. Il s'agit d'une violation des droits humains fondamentaux, qui a des conséquences désastreuses sur la santé et le bien-être des personnes. Cette stratégie permettrait de combler le fossé entre les communautés autochtones et non autochtones en matière de logement, grâce à des investissements massifs dans des projets de logement urbains, ruraux et nordiques, en collaboration avec les dirigeants autochtones.

Enfin, je tiens à saluer le plan de Tanille Johnston pour la réconciliation et l'autonomisation des Autochtones, un document remarquable que je soutiens pleinement.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

États-Unis/Israël, cessez toute intervention en Iran ! Pas de libération par les bombes américaines !

3 mars, par Bureau exécutif de la IVe Internationale — ,
Quatrième Internationale 28 février 2026 Par le Bureau exécutif de la Quatrième internationale 1. Après que divers gouvernements américains, pendant de nombreuses années, (…)

Quatrième Internationale
28 février 2026

Par le Bureau exécutif de la Quatrième internationale

1. Après que divers gouvernements américains, pendant de nombreuses années, aient menacé l'Iran d'une attaque militaire, les États-Unis, alliés à Israël, ont lancé des frappes de missiles et des bombardements contre le pays. Trump a sommé les militaires iraniens de capituler sous peine de « mort certaine ». L'Iran a riposté par des frappes sur des bases militaires américaines dans le Golfe, et la menace d'une guerre régionale plus étendue plane désormais.

2. Le prétexte de cette guerre est l'échec des négociations sur le programme nucléaire iranien et l'affirmation de Trump selon laquelle l'Iran développerait des missiles à longue portée capables de frapper l'Europe, voire les États-Unis. Ce même argument avait été utilisé par George W. Bush et Tony Blair en 2003, lorsque ces derniers prétendaient que l'Irak pouvait frapper des cibles occidentales avec seulement « 45 minutes de délai ». L'hypocrisie des plus grandes puissances militaires est flagrante : elles, qui sont dotées de forces de frappe globales et de l'arme nucléaire, prétendent que l'Iran représente une menace réelle pour des populations aussi éloignées que celles New York. L'Iran avait consenti certaines concessions concernant son programme d'enrichissement d'uranium et s'était engagé à ouvrir ses gisements de gaz et de pétrole aux marchés américains. Cela n'a pas suffi à un tyran belliciste comme Trump, qui exige une soumission et une obéissance totales, tant sur le plan personnel que géopolitique.

3. Les actions militaires doivent être comprises dans le contexte du virage ouvertement agressif et colonialiste des États-Unis – dirigés par un néofasciste – dans le cadre d'une concurrence accrue entre les puissances impérialistes pour l'accès direct aux ressources, à mesure que l'ordre néolibéral et mondialisé se désintègre. L'enlèvement de Nicolas Maduro et de Cilia Flores au Venezuela et la prise de contrôle du gouvernement qui s'en est suivie, les menaces de Trump contre le Groenland, le génocide en cours contre les Palestinien·nes et le projet de « reconstruction » de Gaza, l'annexion de la Cisjordanie et, maintenant, les bombardements sur Téhéran, s'inscrivent dans ce nouvel ordre mondial. Les premiers missiles ont été lancés par Israël, avant d'être suivis par des frappes militaires américaines menées depuis ses navires de guerre et ses porte-avions dans la région. Cela démontre une fois de plus les liens militaires et politiques étroits qui unissent les deux pays.

4. Si cette dernière agression s'inscrit dans la continuité du mépris affiché par les administrations Trump pour le droit international, la souveraineté des nations et le recours aux menaces et à la violence pour servir ce qu'elles considèrent comme les intérêts américains, l'attaque de Trump envers l'Iran n'est que le dernier chapitre d'une longue histoire d'agressions américaines contre l'Iran et son peuple. Les États-Unis n'ont jamais pardonné à l'Iran d'avoir renversé le régime répressif du Shah, soutenu par les États-Unis, lors de la révolution populaire de 1979 qui a mis fin à la monarchie Pahlavi. Depuis lors, tous les présidents américains ont eu recours à des boycotts économiques et, occasionnellement, à des actions militaires contre le pays. Tous ont cyniquement prétendu soutenir le peuple iranien contre la dictature des mollahs, un prétexte fallacieux pour dissimuler leur volonté de contrôler la région et ses ressources pétrolières.

5. Le récent soulèvement populaire contre le gouvernement iranien et la répression brutale dont il a fait l'objet par le régime théocratique iranien pourraient inciter certains à soutenir l'attaque américano-israélienne, dans l'espoir d'un changement de régime. Saisissant une opportunité de revenir au pouvoir, les frappes militaires ont été saluées par les partisans de Reza Pahlavi, fils du Shah, dirigeant royaliste iranien en exil, dont la famille a été renversée lors de la révolution de 1979. Pahlavi s'est rendu en Israël en avril 2023 pour discuter d'un changement de régime en Iran et n'a jamais caché son espoir que Netanyahou puisse l'aider dans ses projets de restauration.

6. Au moment où les bombes commençaient à tomber, Trump a déclaré au peuple iranien : « L'heure de votre liberté est proche ». Cette attaque n'a rien à voir avec la libération, et nul ne devrait croire que les États-Unis ou Israël, dont les mains sont tachées de sang à Gaza et ailleurs, se soucient de la liberté ou du bonheur de l'humanité. Il s'agit d'une considération stratégique géopolitique de la part des forces de l'impérialisme américain visant à asseoir leur contrôle sur la région. Comme nous l'avons déclaré le 5 janvier : « Nous rejetons les projets de « régime change » de Trump et Netanyahou qui tentent d'imposer une solution par en haut en finançant le courant monarchiste et en menaçant d'une nouvelle intervention militaire contre l'Iran. Derrière les projets de Trump se cache l'objectif explicite de mettre la main sur les réserves d'énergie fossile, tel qu'il l'a clairement exprimé au sujet du Venezuela » (Contre le régime théocratique et autoritaire de l'Iran et les ingérences impérialistes : solidarité avec la lutte des peuples d'Iran).

7. Le peuple iranien lutte depuis des années pour renverser le gouvernement théocratique iranien. Les Iraniennes, en particulier, ont été à l'avant-garde de ces mouvements, notamment lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022. L'Iran possède une importante classe ouvrière et des syndicats actifs, notamment dans le secteur pétrolier. Récemment, des manifestations étudiantes massives ont eu lieu après le massacre de milliers de personnes par le régime en janvier. Le gouvernement iranien est faible et ne tient qu'à la violence et à la peur.

8. Le renversement du régime iranien est la tâche du peuple iranien, et la Quatrième Internationale soutient les forces démocratiques, anti-impérialistes et de lutte des classes dans leur combat.

Pour des mobilisations mondiales contre la guerre !

Non à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran !

Solidarité avec le peuple iranien !

Halte à l'impérialisme américain et au colonialisme israélien !

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Halte à l'impérialisme américain et au colonialisme israélien !

Trump, l’Europe et l’internationale néofasciste : du soutien idéologique à la coordination politique

3 mars, par Éric Toussaint — ,
Par rapport à son premier mandat, la position de Trump et du gouvernement états-unien vis-à-vis de l'Europe a connu une rupture. Critiquant de manière virulente l'Union (…)

Par rapport à son premier mandat, la position de Trump et du gouvernement états-unien vis-à-vis de l'Europe a connu une rupture. Critiquant de manière virulente l'Union européenne et la plupart des dirigeants européens, ils affirment la volonté de soutenir les partis et gouvernements d'extrême droite en Europe, renforçant la construction d'une Internationale néofasciste.

Tiré de la revue Contretemps
26 février 2026

Par Eric Toussaint

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la politique étrangère des États-Unis à l'égard de l'Europe a connu une inflexion majeure. Alors que, lors de son premier mandat, l'administration Trump continuait officiellement à s'inscrire dans le cadre de l'alliance transatlantique entre les puissances européennes et les États-Unis, le second mandat marque une rupture profonde, assumée et théorisée.

Cette rupture ne consiste pas en une critique conjoncturelle de l'Union européenne (UE), mais en une volonté d'intervention directe et systématique dans les rapports de force politiques internes aux pays européens, au bénéfice des partis ou des gouvernements d'extrême droite et néofascistes.

Le document de « Stratégie de sécurité nationale » publié en décembre 2025 (NSS 2025) constitue à cet égard un texte clé. Sous couvert de défense de la « civilisation occidentale » et de l' « identité européenne », l'administration Trump y désigne explicitement ses véritables « alliés » en Europe : non pas les États membres de l'UE ni leurs institutions, mais les forces politiques nationalistes, autoritaires et réactionnaires que Washington regroupe sous l'appellation de « partis européens patriotiques ».

Cette orientation s'accompagne d'une rhétorique complotiste, raciste et démographique — reprise de la théorie du « grand remplacement » et de la « guerre civilisationnelle » — et d'un soutien politique direct, assumé et parfois spectaculaire à ces forces.

Cet article analyse cette mutation stratégique, ses fondements idéologiques et ses implications concrètes. Il montre comment Trump et son entourage sont favorables à la montée électorale de l'extrême droite en Europe pour tenter de recomposer l'ordre politique européen, affaiblir l'Union européenne et promouvoir un bloc international néofasciste articulé autour du trumpisme et des intérêts des grandes entreprises privées étasuniennes.

Éric Toussaint montre à quel point l'extrême-droite européenne exprime, jusqu'ici, sa sympathie et son soutien au trumpisme tout en cherchant à le copier. À travers l'examen du NSS 2025, du cas allemand, de la progression institutionnelle de l'extrême droite au sein de l'UE et des réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, Éric Toussaint met en lumière la cohérence et la dangerosité de cette offensive politique globale.

***

Du premier mandat de Trump en 2017 à celui de 2025, un important changement concernant l'Europe

En 2017, dans le document de stratégie de sécurité nationale, D. Trump était positif à l'égard de l'Europe :

« Les États-Unis restent fermement engagés envers leurs alliés et partenaires européens. L'alliance de l'OTAN, qui regroupe des États libres et souverains, est l'un de nos grands avantages sur nos concurrents, et les États-Unis restent attachés à l'article V du Traité de Washington. Nos alliés et partenaires européens renforcent notre portée stratégique et nous donnent accès à des bases avancées et à des droits de survol pour nos opérations mondiales. Ensemble, nous faisons face à des menaces communes. Les nations européennes fournissent des milliers de soldats pour aider à combattre les terroristes djihadistes en Afghanistan, stabiliser l'Irak et lutter contre les organisations terroristes en Afrique et au Moyen-Orient. » NSS 2017, p. 48

Dans la partie sur l'Europe, aucune critique n'était formulée à l'encontre des gouvernements européens et de la Commission européenne. Le contraste entre 2017 et 2025 est énorme. Dans le document de stratégie de sécurité nationale publié début décembre 2025 [1], Trump a pris un virage tout à fait explicite.

Trump s'immisce explicitement dans les affaires intérieures européennes et appuie sans aucune retenue les partis et les gouvernements d'extrême droite. Il critique durement la Commission européenne qui irait à l'encontre de la souveraineté des États. Face aux attaques de Trump, la Commission européenne a adopté une attitude de vassal docile :

. À propos des tarifs douaniers imposés par Trump ;
. Sous la forme de promesse d'augmentation des importations de gaz liquéfié et autres énergies fossiles fournies par les Etats-Unis ;
. En acceptant d'augmenter très fortement les dépenses militaires et les achats d'armes étasuniennes ;
. Dans la complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou et l'État d'Israël, soutenu indéfectiblement par Trump dans la poursuite du génocide contre le peuple palestinien.

Les prétentions de Trump en ce qui concerne le Groenland confirment l'inflexion majeure de sa position à l'égard des pays de l'UE. L'attitude de soumission des dirigeant·es européen·nes sur toute une série de dossiers a encouragé Trump à accroître ses exigences. Les dirigeants européens sont dans une position défensive, même si au niveau rhétorique, ils affichent une posture de résistance à propos du Groenland et sur quelques autres sujets.

La volonté de prendre possession du Groenland et de ses richesses naturelles est clairement dans la droite ligne de l'orientation du NSS 2025 en ce qui concerne l'hémisphère occidental (qui pour Trump s'étend du Canada et du Groenland à la Patagonie au Sud), sur lequel Trump affirme sans la moindre gêne sa détermination à exercer une domination complète. Elle est cohérente avec l'agression militaire contre le Venezuela et la décision de Trump de prendre le contrôle total sur le pétrole du pays ainsi que les menaces concernant le Canal de Panama, le Canada et Cuba.

Revenons au document de sécurité nationale qui ne mentionnait pas explicitement la volonté de Trump d'annexer de fait ou d'acheter le Groenland. A propos de l'Europe le document NSS 2025 de Trump déclare :

« Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l'Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale. » [2] NSS 2025 , p. 5

Il ne faut pas se méprendre sur ce que veut dire l'administration de Trump quand elle affirme qu'il faut soutenir « nos alliés ». Les « alliés » dont elle parle ne sont pas les pays d'Europe en général. Les « alliés » sont les partis d'extrême droite ou néofascistes européens, que Trump appelle les « partis européens patriotiques ». Selon le document officiel de l'administration de Donald Trump, ces « partis européens patriotiques » sont réprimés par les autorités européennes et les gouvernements souvent minoritaires des pays européens (ils pensent certainement au gouvernement en France et en Espagne pour ne donner que deux exemples).

Le soutien de Washington aux partis d'extrême-droite et néofascistes en Europe apparaît clairement dans la phrase suivante :

« L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l'influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme. »

Ajoutons que Trump, comme nous l'avons déjà montré antérieurement, soutient de fait la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement, en prétendant qu'une partie des pays d'Europe ne seront plus européens à l'avenir suite aux flux migratoires. Aux Etats-Unis, c'est la théorie du « white genocide » [3]. Steve Bannon, qui a été l'un des principaux architectes idéologiques du trumpisme, en particulier dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d'extrême droite, invoque la « guerre civilisationnelle », la « destruction de l'Occident », l' « immigration de masse comme arme politique » et dénonce les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».

Tous ces éléments se retrouvent dans le document de Trump quand il se réfère à l'Europe et affirme que le déclin économique de l'Europe [4]

« est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d'une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l'Europe est confrontée, on peut citer les activités de l'Union européenne et d'autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique [Trump et son administration se réfèrent ici aux politiques restreignant l'action des partis d'extrême droite et leur propagande raciste ou et anti immigré·es / Note d'Éric Toussaint] et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, la censure de la liberté d'expression et la répression de l'opposition politique, l'effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi » (NSS 2025, p. 25).

La théorie conspirationniste du grand remplacement apparaît aussi de manière transparente dans cette phrase :

« À long terme, il est plus que plausible que d'ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l'OTAN deviennent majoritairement non européens » [5]

L'Allemagne : un exemple évident du soutien de Trump et de son administration à l'extrême droite néofasciste

Lors de la campagne électorale allemande du début de l'année 2025, Donald Trump a directement appuyé le parti néofasciste AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l'Allemagne)par l'intermédiaire de son conseiller Elon Musk et de son vice-président J.D. Vance. Il s'agissait des élections fédérales anticipées (Bundestagswahl) en Allemagne, dont le scrutin a eu lieu le dimanche 23 février 2025.

L'ingérence et le soutien de ces figures américaines se sont manifestés principalement comme suit : fin 2024 – début 2025, Elon Musk a publiquement et explicitement exprimé son soutien à l'AfD sur son réseau social X (anciennement Twitter) en attaquant le Chancelier social-démocrate Olaf Scholz et en déclarant que « seule l'AfD peut sauver l'Allemagne ». Il a également organisé une discussion en direct avec la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, en janvier 2025.

S'ajoute à cela qu'à la mi-février 2025, J. D. Vance est intervenu lors de la Conférence de Munich sur la sécurité (tenue du 14 au 16 février 2025) en exhortant les partis traditionnels allemands à mettre fin au « cordon sanitaire » (le « firewall ») contre l'AfD. Cela a été largement perçu par le gouvernement allemand comme une ingérence directe dans la campagne électorale en cours.

Rappelons aussi que le 20 janvier 2025, en pleine campagne électorale en Allemagne, lors de l'investiture de Donald Trump, Elon Musk, depuis la scène sur laquelle il se trouvait pour y prononcer un discours, a fait un geste où il se frappe le cœur avant de tendre son bras droit, paume vers le bas et doigts serrés, un mouvement qui a été largement interprété par de nombreux observateur·ices, historien·nes et médias comme s'apparentant au salut nazi ou au salut fasciste romain. Beaucoup y ont vu un message codé de Musk comme conseiller de Trump envers les communautés d'extrême droite, étant donné le soutien de Musk à l'AfD en Allemagne.

L'orientation néofasciste de l'AfD est nette : elle milite ouvertement pour l'expulsion massive des migrant·es présent·es en Allemagne. La sympathie affichée à l'égard du nazisme est telle dans l'AfD que le Rassemblement National de Marine Le Pen a décidé d'expulser l'AfD du groupe Identité et Démocratie qu'elle dirigeait dans le Parlement européen entre 2019 et 2024.

La montée de l'extrême-droite en Europe et sa participation au pouvoir

Il est utile de rappeler que l'extrême-droite a fortement progressé électoralement en Europe au cours des 15 dernières années. À quelques rares exceptions près, tous les partis d'extrême droite ou néofascistes en Europe expriment leur sympathie pour les positions de Trump. Un nombre important de leurs dirigeant·es veut s'afficher avec Trump et adopte son style de communication.

L'extrême droite est au gouvernement dans plusieurs pays : Italie, Hongrie, Belgique (le premier ministre est de la NVA), Slovaquie, République tchèque, Finlande, Croatie, sans oublier la Suède (où l'extrême-droite, sans faire partie du gouvernement minoritaire le soutient). L'extrême droite a réussi à devenir la première force politique en Italie (Frères d'Italie), en France (RN), en Hongrie (Fidesz-Union civique hongroise) et en Autriche (FPÖ).

En Flandre (Belgique), Le Vlaams Belang (néofasciste) a été le parti qui a eu le plus de voix lors des élections européennes de juin 2024. Il a devancé le parti flamand d'extrême-droite la NVA. Aux Pays-Bas, le PVV (Partij voor de Vrijheid- Parti de la Liberté) de Geert Wilders, qui était devenu le premier parti [6], a reculé aux élections d'octobre 2025. Il est devenu le deuxième parti derrière D66 qui avait mené campagne contre l'extrémisme du PVV.

La présidence de la Commission européenne (la conservatrice allemande Ursula Von Der Leyen) a passé un accord avec le groupe parlementaire d'extrême droite dirigé par Giorgia Meloni d'Italie, ce qui a permis à ce groupe parlementaire d'extrême-droite d'obtenir un poste de vice-président exécutif de la Commission européenne [7] et de trois présidences de commissions [8].

Cela a une grande importance parce que les trois commissions que le groupe parlementaire européen de Meloni a obtenues sont l'agriculture, le budget et les pétitions. Par conséquent les pétitions qui surgissent des populations européennes, les tentatives d'obtenir un référendum par exemple, vont être gérées par une commission qui est présidée par l'extrême droite.

Dans le parlement européen, il y a trois groupes parlementaires d'extrême-droite : ECR, le groupe autour de Meloni au PE qui compte 79 parlementaires [9], le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orbanqui en a 86 [10] et le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne qui en a 27 [11]. Si ces trois groupes s'unissaient, l'extrême-droite serait en première position dans le Parlement européen avec 192 parlementaires, soit 5 europarlementaires de plus que le groupe le plus important dans le parlement, le groupe conservateur, de plus en plus à droite, du Parti Populaire européen qui en compte 187 [12].

Le groupe parlementaire des partis sociaux-démocrates et socialistes compte 136 europarlementaires. Le Groupe RENEW, qui comprend notamment le parti d'Emmanuel Macron et le parti MR de droite extrême belge francophone de Georges-Louis Bouchez, compte seulement 75 europarlementaires car il a perdu 23 sièges en 2024 par rapport aux élections de 2019, principalement en faveur de l'extrême droite. Le groupe européen des Verts compte 53 europarlementaires, il a perdu 17 sièges en 2024 par rapport à 2019. Vient ensuite le groupe de la gauche au parlement européen The Left avec 46 europarlementaires (en progrès par rapport aux 37 europarlementaires élus en 2019).

Les partis d'extrême-droite ou/et néofascistes sont donc en très gros progrès au Parlement européen, dans les instances européennes et dans les gouvernements d'une partie importante des pays membres de l'UE. Sauf sur la question du Groenland, ils sympathisent très fortement avec l'orientation néofasciste et impérialiste de Donald Trump et d'autres dirigeants néo-fascistes ou d'extrême-droite ailleurs dans le monde, en particulier le gouvernement de Netanyahu en Israël, le gouvernement de Javer Milei en Argentine, le nouveau président chilien José Antonio Kast au Chili, l'ancien président du Brésil, Jair Bolsonaro.

Dans la liste qui suit, nous allons décrire les principales forces d'extrême droite ou/et néofascistes européennes et leur affinité avec Trump. Liste non exhaustive des partis d'extrême-droite ou néofascistes en Europe qui bénéficient de la sympathie de l'administration de Trump et qui expriment leur affinité avec celui-ci

1. Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne qui a obtenu 20,8 % des voix aux élections fédérales du 23 févr. 2025. C'est le second parti en termes de voix. L'AfD a multiplié les contacts et visites aux États-Unis. Comme indiqué plus haut, elle a reçu l'appui direct d'Elon Musk quand il était conseiller de Trump et de J.D. Vance, vice-président des EU pendant la campagne électorale de janvier février 2025.

Au sein du Parlement européen, l'AFD dirige un des trois groupes parlementaires d'extrême droite. Le groupe s'appelle l'Europe des Nations souveraines et compte 27 europarlementaires (dont 15 sont de l'AfD). Des représentant·es et des figures de l'AfD, dont Christine Anderson (ancienne députée européenne) ou d'autres membres de la direction, ont été invité·es et ont participé à la Conférence d'Action Politique Conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC) aux États-Unis avec Trump, avec une partie importante de l'extrême-droite européenne et latino-américaine, notamment les éditions de 2023 et 2024. À la fin de cette liste, pour ne pas l'encombrer, nous reviendrons sur les structures et les rendez-vous internationaux de l'extrême-droite néofasciste.

2. Rassemblement National (RN) en France. Le RN a 142 sièges à l'Assemblée Nationale depuis les élections législatives de juin 2024. Le RN et ses alliés ont obtenu 33 % au premier tour des élections parlementaires de 2024. Jordan Bardella, probable futur candidat à la présidence de la France en 2027, a félicité Trump après la publication du NSS 2025 en décembre 2025. Il a pris ses distances avec Trump le 20 janvier 2026 en ce qui concerne le Groenland. On verra dans les semaines qui viennent si cette prise de distance se confirme. Jordan Bardella préside les Patriotes pour l'Europe, le plus grand groupe d'extrême droite et de néofascistes dans le Parlement européen qui compte 86 europarlementaires dont 30 sont du RN.

3. Fidesz en Hongrie. C'est le parti dominant, il dispose d'une large majorité au Parlement (victoire en 2022, il gouverne avec une super-majorité). Viktor Orbán est un allié idéologique de Trump sur les politiques anti-migration, sur l'opposition aux droits à la diversité, à l'égalité , à l'inclusion et dans les critiques de l'UE. Il y a eu des rencontres bilatérales récentes en 2025. Viktor Orbán est un des pères fondateurs des « Patriotes pour l'Europe », présidé par Jordan Bardella. Fidesz compte 11 europarlementaires. A noter que jusque mars 2021, les eurodéputés de Fidesz siégeaient dans le groupe du Parti Populaire Européen même si les tensions étaient très fortes depuis 2019.

4. Vox en Espagne oscille entre 10 et 12 % des voix. Il a 33 député·es au parlement espagnol et 6 au parlement européen. Vox a clairement exprimé son admiration pour le style politique de Trump et multiplie les rencontres avec des envoyé·es de Trump en Europe et en Amérique latine. En 2024, Vox a quitté le groupe ECR de Meloni et a rejoint le groupe Patriotes pour l'Europe présidé par Bardella en signe de radicalisation vers des positions encore un peu plus néofascistes. En janvier 2026, Vox a soutenu avec enthousiasme l'agression militaire des Etats-Unis contre le Venezuela. Vox garde jusqu'ici le silence sur Trump et le Groenland.

5. Frères d'Italie / Fratelli d'Italia (FdI) en Italie. C'est le parti majoritaire dans la coalition gouvernementale (FdI a obtenu 26 % voix aux élections de 2022 et 29% aux européennes de 2024). Giorgia Meloni a cultivé des contacts publics avec Trump (visite à Mar-a-Lago, présence à l'inauguration de la présidence en janvier 2025). Le parti de Meloni dirige le groupe ECR dans le parlement européen, qui compte 79 europarlementaires dont 24 sont de son parti.

6. La Lega (La Ligue) dirigée par Matteo Salvini fait partie du gouvernement italien présidé par Giorgia Meloni. Matteo Salvini est vice-président du Conseil des Ministres. La Lega fait partie du groupe Patriotes pour l'Europe auquel il apporte 8 europarlementaires.

7. Droit et justice (PiS) en Pologne. C'est un grand parti de gouvernement : ultra-conservateur, ultra-nationaliste et patriarcal. Le PiS, aujourd'hui dans l'opposition, entretient des convergences avec la rhétorique nationaliste et a souvent salué certaines positions de l'administration Trump sur la souveraineté et la sécurité. C'est le seul parmi tous les partis de cette liste à émettre des réticences concernant la politique de Trump à l'égard de la Russie, que le PIS considère trop conciliante. Le PIS est le deuxième grand parti dans le groupe ECR dirigé par Meloni, il a 20 europarlementaires.

8. Le Parti de la Liberté (FPÖ) en Autriche a obtenu un score élevé dans des scrutins récents (FPO a atteint jusque 29 % en 2024). Ses dirigeants adressent régulièrement des félicitations publiques à Trump depuis 2016 et adopte les mêmes positions sur l'immigration. Le FPÖ apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.

9. Vlaams Belang (Intérêt Flamand) en Belgique (Flandre). Aux élections européennes de juin 2024, le VB néofasciste est venu en tête juste avant la N-VA d'extrême-droite, du premier ministre Bart de Wever. Le Vlaams Belang fait partie de Patriots for Europe, le groupe de Jordan Bardella et Viktor Orban. Le Vlaams Belang a félicité régulièrement Trump depuis 2016 et entretient un discours raciste anti-immigration proche des thèmes MAGA. Le Vlaams Belang apporte 3 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.

10. La Nieuw-Vlaamse Alliantie (Nouvelle alliance flamande, N-VA) est membre du groupe ECR de G. Meloni au parlement européen. La N-VA est relativement discrète dans son soutien à Trump vu qu'elle dirige le gouvernement du royaume de Belgique mais Theo Francken, l'un de ses dirigeants les plus en vue et ministre de la défense, a exprimé de manière plus ouverte et régulière sa sympathie et son soutien pour Donald Trump, depuis la première administration de 2017-2021, lors des élections de 2024 jusqu'à aujourd'hui. Comme ministre de la Défense, il est totalement aligné sur les exigences des Etats-Unis, notamment en termes d'achat d'armement d'origine étasunienne, par exemple l'achat de chasseurs-bombardiers F35. La N-VA apporte 3 europarlementaires au groupe ECR dirigé par Giorgia Meloni.

11. PVV (Partij voor de Vrijheid – Parti pour la Liberté) aux Pays-Bas dirigé par Geert Wilders. Importants succès électoraux jusque 2023, participation au gouvernement puis a enregistré une perte de voix en 2025 et n'est plus dans le gouvernement[13]. Geert Wilders se présente comme le “Trump néerlandais”. Le PVV apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban. Le PVV a soutenu l'agression militaire de Washington contre le Venezuela.

12. Sweden Democrats (Sverigedemokraterna) en Suède. Après avoir franchi la barrière des 4 % en 2010, leur score n'a cessé d'augmenter, atteignant 20,5 % des voix aux élections de 2022, devenant le deuxième parti en terme électoral. Les SD jouent un rôle important dans la recomposition de la droite suédoise, tout en se maintenant en dehors du gouvernement, il a signé en 2022 un pacte avec les 3 partis de droite qui le constituent. Les SD ne sont pas au gouvernement, mais ils sont indispensables à la survie de la coalition gouvernementale minoritaire et exercent une influence idéologique et politique sans précédent sur la direction du pays, en particulier sur les questions d'immigration et de répression. Les SD adoptent un discours anti-immigration et souverainiste proche des thèmes trumpiens. Les 3 eurodéputés des SD font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

13. En République tchèque, les trois partis qui constituent, depuis fin 2025, le gouvernement sont proches des positions de Trump. Il s'agit de ANO (Action des citoyens insatisfaits, 34,5 % des voix aux élections de 2025) dirigé par le milliardaire Andrej Babiš qui est devenu premier ministre, de Liberté et Démocratie Directe (Freedom and Direct Democracy – SPD — Svoboda a přímá demokracie, 7,8 % des voix en 2025) et le parti AUTO (Automobilistes pour eux-mêmes – Motoristé sobě en tchèque, 6,8% en 2025). ANO (7 europarlementaires) et AUTO (2 europarlementaires) font partie du groupe parlementaire européen Patriotes pour l'Europe, dirigé par Jordan Bardella et Viktor Orban, respectivement. Le parti néofasciste Liberté et Démocratie Directe soutient le groupe Europe des Nations Souveraines dirigé par l'AfD d'Allemagne mais n'a pas d'eurodéputé.

14. En Roumanie, l'Alliance pour l'Union des Roumains (AUR / Alianța pentru Unirea Românilor) s'est imposé comme une force significative dans le Parlement roumain après les élections législatives et la présidentielle 2025 où son candidat est arrivé en tête au premier tour avant d'être battu au second par un candidat pro-UE. Le principal leader, souvent décrit comme “pro-Trump” en Roumanie, est George Simion. Des médias internationaux comme le Guardian, le décrivent comme admirateur de Donald Trump qui transpose des éléments du style ou du mouvement MAGA dans le contexte roumain. Simion est considéré comme un ”allié naturel de Trump”. Les 5 europarlementaires de l'AUR font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

15. CHEGA au Portugal. Chega a connu une croissance rapide depuis sa création en 2019, passant de 1,3 % des voix en 2019 à environ 22,6 % aux élections législatives anticipées du 18 mai 2025, où il a obtenu 60 sièges sur 230. Ce score en fait la deuxième force politique au Parlement portugais et la principale force d'opposition, dépassant le Parti socialiste. Depuis les élections européennes de 2024, les deux europarlementaires de Chega siègent au Parlement européen dans le groupe Patriotes pour l'Europe de J. Bardella et V. Orban. Lors du premier tour de l'élection présidentielle portugaise du 18 janvier 2026, André Ventura, leader du parti d'extrême droite Chega, s'est classé deuxième avec environ 23,5 % des voix, derrière le candidat socialiste António José Seguro qui a obtenu 31 % ; il a perdu au 2nd tour en obtenant environ 33% des voix.

Les grands lieux de rendez-vous des trumpistes et de l'extrême droite néofasciste européenne et latino-américaine

Au-delà des soutiens idéologiques et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée à des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.

Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), grand rendez-vous annuel de l'extrême droite étasunienne, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement national, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance, Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite.

La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale, où sont diffusés et harmonisés les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité à l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, climato-scepticisme et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.

Cette internationalisation s'est encore renforcée avec la participation active de Javier Milei, président de l'Argentine, de Jair Bolsonaro et de ses réseaux, ainsi que de José Antonio Kast, dirigeant de l'extrême droite chilienne, récemment élu président du Chili. Ces figures latino-américaines sont systématiquement mises en avant par Trump comme des modèles de « résistance au socialisme » et de restauration de l'ordre autoritaire.

Les rencontres CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine, Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington, certaines capitales européennes et l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.

Parallèlement à la CPAC, le parti Vox en Espagne joue un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, lancé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid rassemble des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels Milei, Bolsonaro, Kast, ainsi que des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou de partis d'Europe centrale.

Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de courroie de transmission entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement contre la gauche, les féminismes, l'écologie, les droits humains et toute forme de souveraineté populaire qui ne soit pas autoritaire. Bien qu'il s'agisse d'une juxtaposition de forces nationales, l'extrême droite apparaît comme un bloc idéologique international cohérent, dont Donald Trump constitue aujourd'hui le principal pôle politique, médiatique et symbolique.

Trump à Davos en janvier 2026

Le 21 janvier 2026, un mois et demi après la publication du NSS 2025 et quasiment un an jour pour jour après le début de son mandat, Trump a tenu des propos suprémacistes blancs et racistes à Davos devant un parterre de milliardaires et de chefs d'États et de gouvernement qui l'ont applaudi. Voici quelques extraits :

« Écoutez, je suis originaire d'Europe, plus précisément d'Écosse et d'Allemagne. Ma mère est 100 % écossaise et mon père est 100 % allemand. Nous croyons profondément aux liens qui nous unissent à l'Europe en tant que civilisation. » (…) « L'explosion de prospérité, la conclusion et les progrès qui ont bâti l'Occident ne sont pas le fruit de nos codes fiscaux, mais bien de notre culture très particulière. C'est là l'héritage précieux que partagent l'Amérique et l'Europe. Nous le partageons. Nous devons le préserver. Nous devons devenir plus forts, plus prospères et plus performants que jamais. Nous devons défendre cette culture et redécouvrir l'esprit qui a sorti l'Occident des profondeurs du Moyen Âge pour l'élever au sommet des réalisations humaines » (Source : WEF).

Il a répété ses insultes racistes à l'égard de la députée au Congrès des Etats-Unis, Ilhan Omar, d'origine somalienne, élue dans l'État du Minnesota, à l'égard de la Somalie comme pays, à l'égard de toute la communauté somalienne aux États-Unis et plus largement des civilisations africaines :

« Et puis nous avons cette fausse députée, dont la fortune est estimée à 30 millions de dollars, selon les derniers rapports. Vous y croyez ? Ilhan Omar parle de la Constitution qui me protège… Elle vient d'un pays qui n'est pas un pays, et elle nous dit comment diriger l'Amérique. Elle ne s'en tirera pas longtemps comme ça, croyez-moi ».

« La situation dans le Minnesota nous rappelle que l'Occident ne peut pas importer en masse des cultures étrangères qui n'ont jamais réussi à construire une société prospère. Je veux dire, nous accueillons des gens de Somalie, et la Somalie est un pays en faillite… ce n'est pas une nation, il n'y a pas de gouvernement, pas de police, pas d'armée… il n'y a rien.. ».

Trump ne manie pas que l'insulte, il utilise aussi la flagornerie à l'égard de ceux et celles qui le soutiennent et qui étaient présents à Davos :

« Beaucoup d'entre vous ici sont de véritables pionniers. Vous êtes vraiment brillants, des gens brillants. Le simple fait d'avoir obtenu un billet (d'entrée ici) est brillant, car il y a environ 50 personnes pour chaque place. (…) Mais vous êtes dans cette salle, et certains d'entre vous sont les plus grands leaders au monde. Vous êtes les plus grands cerveaux au monde. Et l'avenir est illimité. Et c'est en grande partie grâce à vous, ou plutôt parce que nous devons vous protéger et vous chérir ».

Conclusion

Le second mandat de Donald Trump ne se limite pas à une remise en cause de l'Union européenne : il organise un soutien idéologique, politique et opérationnel aux forces d'extrême droite et néofascistes en Europe. Le NSS 2025, l'ingérence électorale, l'appui public à l'AfD, au RN, à Fidesz ou à Vox, ainsi que la structuration de réseaux transnationaux comme la CPAC et le Foro Madrid, témoignent d'une stratégie cohérente visant à affaiblir l'UE et à promouvoir un bloc international autoritaire articulé autour du trumpisme.

Toutefois, les prétentions de Trump sur le Groenland introduisent une contradiction majeure. En remettant ouvertement en cause la souveraineté d'un territoire relevant d'un État européen membre de l'OTAN, Trump révèle la nature profondément impérialiste et agressive de son projet. Cette orientation est susceptible de créer des tensions durables avec les gouvernements européens et de fragiliser, à terme, les relations entre Trump et les partis d'extrême droite européens eux-mêmes, pris entre leur alignement idéologique sur le trumpisme et la défense proclamée de la souveraineté nationale.

Cette contradiction constitue l'un des points de fracture potentiels de l'internationale néofasciste en construction.

Notes

[1] Une version en français est disponible sur le site du Grand Continent : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

[2] “We want to support our allies in preserving the freedom and security of Europe, while restoring Europe's civilizational self-confidence and Western identity ;” NSS 2025, p. 5

[3] D'ailleurs Trump n'hésite pas à accuser le gouvernement sud-africain de pratiquer un génocide contre les Blancs.

[4] L'économiste Gabriel Zucman a relativisé le constat volontairement négatif exprimé par Trump concernant la situation économique de l'Europe face à celle des Etats-Unis. Lire en open source : « Le mythe du décrochage européen » https://gabrielzucman.substack.com/p/le-mythe-du-decrochage-europeen publié le 15 décembre 2025.

[5] « Over the long term, it is more than plausible that within a few decades at the latest,

certain NATO members will become majority non-European.” NSS 2025, p. 27

[6] En 2023, la PVV d'extrême-droite avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En 2025, le parti subit une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépassé le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.

[7] Le groupe ECR a obtenu qu'un de ses membres, Raffaele Fitto (Italie) du parti de Meloni (Fratelli di Italia), soit nommé vice-président exécutif de la Commission européenne (mandat de la Commission « von der Leyen II », entrée en fonction le 1er décembre 2024) pour le portefeuille « Cohésion et Réformes ».

[8] Johan Van Overtveldt (membre du groupe ECR de Meloni au Parlement Européen et du parti N-VA en Belgique) a été élu président de la commission « Budget » (BUDG). Veronika Vrecionová (ECR, Tchéquie) a été élue présidente de la commission « Agriculture et Développement rural » (AGRI). Bogdan Rzońca (ECR, Pologne) a été élu président de la commission « Pétitions » (PETI) du Parlement.

[9] Depuis les élections de juin 2024, ECR a gagné un membre supplémentaire depuis juin 2024 et compte 79 MEP janvier 2026, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7037&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[10] Le groupe des Patriotes pour l'Europe de Marine Le Pen et de Victor Orban a également gagné 2 sièges supplémentaire entre les élections de juin 2024 et octobre 2025. Il a 86 membres dans son groupe au PE, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7150&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[11] Le groupe de l'Europe des Nations Souveraines formé autour de l'AFD d'Allemagne est passé de 25 à 27 MEP entre juin 2024 et le moment où paraît cet article : https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7151&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 25 janvier 2026)

[12] Selon la recherche effectuée sur le site du PE le 25 janvier 2026, l'addition des sièges des 3 groupes d'extrême droite atteindrait 192 soit 5 de plus que le groupe du Parti Populaire européen qui en compte 187.

[13] Au Pays-Bas, l'extrême-droite (= le PVV de Geert Wilders) n'est plus dans le gouvernement depuis juin 2025. Et suite aux résultats des élections du 29 octobre 2025 au cours desquelles les résultats de ce parti ont fortement baissé un nouveau gouvernement va se constituer probablement sans la participation du PVV. En 2023, la PVV avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En octobre 2025, le PVV a subi une correction importante avec une perte d'environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépasser le PVV d'environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent ! Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !

3 mars, par Collectif — ,
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s'arrête ! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire (…)

Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s'arrête ! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l'égalité. Nous sommes solidaires des femmes et des populations subissant de plein fouet les conséquences dramatiques du changement climatique, aggravé par les politiques productivistes et capitalistes.

TIré de Entre les lignes et les mots

Solidarités internationales

A l'heure des guerres génocidaires, des coups d'Etat, des impérialismes démultipliés, de l'Iran à l'Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l'Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d'Amérique latine, d'Iran, du Groenland, sous menace d'une intervention impérialiste directe par les Etats-Unis de Trump. De l'Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s'opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières. En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes ; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l'exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique – 80% des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l'insécurité alimentaire et l'exploitation des multinationales ; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.

Pas d'instrumentalisation des luttes féministes par l'extrême droite, pas d'extrême-droite dans la rue, pas une voix pour l'extrême droite.

L'extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l'extrême-droite étend sa sphère d'influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l'autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d'un projet politique xénophobe. Nous réclamons l'abrogation de la loi immigration et la régularisation de tous-tes les sans-papiers. Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l'extrême droite dans plusieurs villes, l'enjeu est celui d'une opposition unie et radicale et la formation d'un front antifasciste !

De l'argent, il y en a !

A l'heure du financement d'un porte avion de dix milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement , nous refusons de nous taire. Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d'adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail. Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70% des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d'une famille monoparentale sur trois, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue. Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux. L'arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.

Du travail, un temps de travail, des retraites et des salaires pour vivre et pas survivre
Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne 1/4 inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulons la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d'annuités et des pensions décentes. Nous réclamons l'abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l'abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs-euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage…), l'égalité salariale, l'interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l'application du principe d'une même rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur égale ».

Pour un réel partage du travail domestique !

80% des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36% des hommes. 63% des personnes qui s'occupent tous les jours d'enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d'un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales. Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d'être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l'activité économique. C'est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà. Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l'un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales. Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.

Pour plus d'égalité et de justice, plus de services publics !

Le démantèlement des services publics de la santé, de l'éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé-es, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé. Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l'autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du quatrième âge. Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.

Notre corps nous appartient !

47000 femmes dans le monde meurent chaque année d'un avortement clandestin. Nous réclamons la réouverture de tous les centres d'interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l'IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins. LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis. Nous voulons l'ouverture de la PMA pour toutes ! Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s'en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle. Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes. Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l'autonomie, à l'éducation, à l'emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l'accessibilité universelle à l'ensemble de l'espace public et à tous les lieux et bâtiments.

Stop aux violences sexistes et sexuelles (VSS)Près d'une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde. Nous continuons à compter nos mortes car il n'y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. L'impunité persiste, 1% des viols sont condamnés. Nous refusons que les enfants violé-es, maltraité-es, incesté-es continuent le plus souvent à être abandonné-es à leur sort ! Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l'ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre. Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l'industrie pornocriminelle. Nous demandons la mise en place d'actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes. Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les trois milliards nécessaires pour l'accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.

Éduquer à l'égalité, un enjeu majeur, du plus jeune âge à l'Université

Une éducation à l'égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s'exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles. Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d'une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d'une éducation au consentement et à l'égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre. Les inégalités se vivent aussi à l'université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c'est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis. Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS… Éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle pour toutes et tous maintenant ! Le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l'éducation à la sexualité à l'école, doit être mis en œuvre.

Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l'extrême droite.

Signataires
: ActionAid France, Alliance des femmes pour la démocratie, Amicale du Nid,APEL-Egalité, Association Place des femmes 59, Attac France, CNT-Solidarité, Ouvrière éducation, Collectif 11 Droits des Femmes, Collectif IVG Tenon Paris 20, Collectif National pour les Droits des Femmes, Confédération Générale du Travail (CGT), Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Crldht Comité pour les libertés et les droits de l'homme en Tunisie, En avant toute(s), FEMEN FRANCE, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Force Féministe 57, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), FTCR Fédération Tunisiens Citoyen des 2 Rives, Genre et Altermondialisme, LDH (Ligue des droits de l'Homme), Le Planning familial , Le Planning familial des Côtes-d'Armor, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie-LFID, Maison des Femmes Thérèse Clerc , Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement de la Paix, Mouvement des femmes kurdes en France, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans (OST), Réussir l'égalité femmes-hommes, Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques – StopVOG, UNEF le syndicat étudiant, Union syndicale Solidaires, VISA, Women Without Violence.

En soutien : Commission Féminisme les Écologistes, Ecoféminisme PEPS, Egalités, Génération·s, Jeunes Socialistes, L'APRES, La France insoumise, Les Jeunes Génération.s, NPA-l'Anticapitaliste, Parti Communiste, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de Gauche, Parti socialiste, PEPS Ecoféminisme, Réseau Coopératif Gauche Alternative, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Victoires Populaires.

Le 30 janvier 2026

VOIR L'APPEL EN PDF

https://www.ldh-france.org/journee-internationale-de-lutte-pour-les-droits-des-femmes-en-solidarite-avec-les-femmes-du-monde-entier-8-mars/

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

9999 résultat(s).
Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

En savoir plus

Membres