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Le congrès de Québec solidaire de mai 2026 : un simple recentrage ?
Les 6, 9 et 10 mai 2026, Québec solidaire tenait son congrès préélectoral à Montréal pour d'élaborer sa plate-forme en vue des élections d'automne. Les débats ont porté sur le salaire minimum, le logement, la fiscalité des grandes fortunes, la lutte climatique, l'école, le système de santé, l'indépendance, droits des femmes, des personnes migrantes et les droits démocratiques. Dans un premier article, il s'agit de présenter ici les principales résolutions adoptées et certaines de celles qui ont été rejetées pour en tirer les premières leçons.
Quelles perspectives de lutte pour contrer l'offensive néolibérale ?
La première question qui devrait animer a priori la direction d'un parti de gauche est comment construire un rapport de force pour changer cette société et en faire une société égalitaire et respectueuse de l'environnement. Il s'agit inévitablement de construire un rapport de force qui ne peut se limiter au travail parlementaire. Pour changer cette société contrôlée par les conglomérats industriels, les multinationales et leurs serviteurs politiques, nous devons mobiliser et construire un rapport de force.
Est-ce que la démarche du débat de la plateforme correspond à cet objectif ? Le fait que nous ne mettons pas en perspective la situation politique globale, qui inclut la montée de la droite et de l'extrême droite, l'augmentation de la violence faite aux femmes, l'accélération des changements climatiques, permet difficilement de mesurer l'importance et l'urgence du combat que nous devons mener.
Pour changer cette société il faut aussi être en mesure d'identifier les raisons de la détérioration de l'environnement et de l'appauvrissement de la population.
Coût de la vie et redistribution de la richesse
Adoptée — Pour leur permettre de mener une vie digne, un gouvernement solidaire augmentera le salaire minimum à 20 $ de l'heure, et l'indexera annuellement au coût de la vie pour protéger le pouvoir d'achat des personnes à bas salaire.
Rejetée — Plusieurs instances avaient proposé des mesures plus complètes : l'augmentation à 25 $ de l'heure ; l'indexation à l'indice le plus favorable aux personnes salariées ; ou encore la présentation de cette politique comme une mesure de transition vers le revenu minimum garanti. Une proposition rejetée proposait également qu'un gouvernement solidaire assure l'indexation de tous les salaires à l'inflation.
Adoptée — Tant pour les personnes ultrariches que pour les entreprises aux moyens disproportionnés, notre régime pénal ne réussit pas à jouer son rôle de sanction-dissuasion. Un gouvernement solidaire instaurera le principe des amendes proportionnelles à leurs moyens afin qu'elles respectent nos lois, notamment en matière d'environnement, de travail et de non-discrimination.
Adoptée — Un gouvernement solidaire réformera la fiscalité des grandes entreprises, des industries polluantes et des grands patrimoines pour assurer la progressivité de l'impôt et une juste contribution, tout en luttant fermement contre l'évitement fiscal, les échappatoires fiscaux et les paradis fiscaux.
Adoptée — Un gouvernement solidaire révisera les paliers d'imposition pour les particuliers, afin d'augmenter la contribution des plus riches et de protéger les travailleuses et travailleurs et la classe moyenne.
Adoptée — Afin d'assurer une distribution plus équitable de la richesse et le financement approprié de nos services publics, un gouvernement solidaire instaurera une taxe progressive sur la part des grandes fortunes excédant 25 millions de dollars.
Rejetée — Un gouvernement solidaire instaurera une taxe progressive sur la part des grandes fortunes excédant 5 millions de dollars, sans toucher aux fermes familiales exploitées, aux outils de travail non spéculatifs et à l'épargne-retraite ordinaire. Un gouvernement solidaire tiendra des États généraux sur la fiscalité et la richesse pour refonder notre système d'imposition et de taxation.
Logement et habitation
Adoptée – Face à la hausse spectuclaire des loyers, un gouvernement solidaire mettre en place dans la première année de son mandat un gel des loyers à l'inflation.
Rejetée — biffer à l'inflation et défendre un gel des loyers.
Adoptée — Un gouvernement solidaire enlèvera le fardeau des épaules des locataires en exigeant des propriétaires d'obtenir une autorisation auprès du TAL pour pouvoir augmenter un loyer au-delà de l'indice annuel.
Adoptée — Un gouvernement solidaire rétablira le droit des locataires de céder leur bail en empêchant les propriétaires de refuser sans motif sérieux.
Adoptée — Un gouvernement solidaire visera l'ajout de 50 000 logements sociaux et communautaires dans un premier mandat, soit par la construction, le rachat ou la rénovation du parc actuel, pour qu'ils représentent, d'ici 2050, 20 % du parc locatif.
Rejetée — Un gouvernement solidaire viserait l'ajout de 100 000 l9gements sociaux et communautaires dans un premier mandat…
Adoptée — Un gouvernement solidaire investira en logement dans les communautés autochtones ainsi que pour les Autochtones vivant en milieu urbain en s'assurant de leur totale participation, du respect de leurs spécificités culturelles et de la réponse à leurs besoins spécifiques.
Environnement, transition socioécologique et transports
Adoptée — Un gouvernement solidaire s'engagera à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 37,5 %, et idéalement de 45 %, d'ici 2030. Un gouvernement solidaire s'engagera également à atteindre la carboneutralité au plus tard d'ici 2050.
Rejetée — Un gouvernement solidaire s'engagera à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici 2030 et à atteindre la carboneutralité au plus tard d'ici 2040.
Adoptée — Afin de freiner les dommages de la crise forestière qui affectent les régions du Québec, un gouvernement solidaire lancera un vaste processus de concertation afin de repenser le modèle de gestion de nos forêts et d'en assurer la pérennité dans une perspective de co-gestion par et pour les communautés.
Adoptée — Un gouvernement solidaire travaillera à augmenter la proportion d'investissements dans les transports collectifs au-delà de 50 % des dépenses publiques en transport.
Adoptée — Afin d'aider les productrices et les producteurs agricoles à faire évoluer leur production pour se conformer aux normes internationales en environnement et en bien-être animal, un gouvernement solidaire les soutiendra pour moderniser leurs installations et leurs pratiques.
Rejetée — Afin de mieux protéger les animaux d'élevage, un gouvernement solidaire adoptera des codes de pratique obligatoires et confiera la responsabilité de la protection animale à une instance autonome au sein du ministère de la Justice.
Adoptée — Un gouvernement solidaire interdira tout nouveau projet d'exploration, d'extraction, de transformation et de transport des énergies fossiles au Québec, incluant les gaz de schiste.
Rejetée — Afin de protéger notre territoire face à l'appétit croissant pour nos minéraux à des fins militaires, un gouvernement solidaire soumettra l'industrie minière à une étroite surveillance publique et nationalisera certains minéraux stratégiques.
Santé et services sociaux
Adoptée — Un gouvernement solidaire créera jusqu'à 400 points d'accès de services en première ligne, principalement via les CLSC, pour simplifier l'accès au réseau pour la population. Mettons fin à la recherche interminable de rendez-vous !
Adoptée — Un gouvernement solidaire prendra également des mesures en vue d'améliorer l'accès à des soins de santé spécialisés de qualité pour toutes les régions du Québec.
Rejetée – Un gouvernement solidaire transformera le statut des médecins omnipatriciens de celu d'entpreneurs privés à celui d'employé de l'État, reverra leur mode de rémunération en abolissant le paiement à l'acte et en introduisant le salariat, tel que pratiqué en CLSC.
Éducation
Adoptée — Québec solidaire entend rétablir un réseau scolaire commun dans lequel les écoles privées qui le souhaitent pourront être subventionnées par l'État si elles acceptent d'être non sélectives et gratuites, et où l'accès aux programmes particuliers sera gratuit et non conditionnel aux résultats scolaires.
Adoptée - Pour nourrir nos jeunes, créera un programme de dîners universels gratuits fondé sur les initiatives déjà en place, l'économie sociale, des normes de qualité élevées et valorisant les aliments sains issus de l'agriculture locale.
Adoptée — Un gouvernement solidaire lancera un chantier majeur afin de bâtir, rénover et d'assurer l'entretien adéquat de tous les établissements scolaires reconnus par le gouvernement du Québec, incluant les écoles populaires et la formation professionnelle et continue.
Rejetée — Afin de soutenir les parents dans leurs conciliations famille-études/travail, un gouvernement solidaire développera le réseau des CPE, notamment par les « micro-CPE ».
Indépendance inclusive, féminisme, vivre ensemble et amour du Québec
Adoptée – D'ici la création de l'État du Québec, un gouvernement solidaire mènera une action internationale forte et autonome dans tous les domaines relevant de ses priorités nationales.
Rejetée – D'ici la création de l'État du Québec, un gouvernement solidaire mènera une action internationale forte et autonome fondée sur la solidarité entre les peuples, la paix, le respect du droit international, l'autodétermination des peuples et la coopération internationale.
Adoptée — Québec solidaire mettra en place une passe-culture pour toutes et tous les jeunes de 12 à 18 ans vivant au Québec.
Adoptée — Un gouvernement solidaire agira pour mettre fin aux féminicides, notamment en rendant disponibles les antécédents judiciaires des conjoints violents, en renforçant leur surveillance et en instaurant 10 jours d'absence rémunérée pour quitter une situation de violence conjugale.
Adoptée — Un gouvernement solidaire reconnaîtra l'État palestinien et fermera le bureau du Québec à Tel-Aviv. De plus, un gouvernement solidaire n'octroiera pas de fonds publics aux compagnies privées complices des crimes du gouvernement israélien et interdira aux sociétés d'État, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et la Société des alcools du Québec (SAQ), de faire affaire avec celles-ci.
Adoptée — Il respectera les traités internationaux en matière de droits des réfugiés. Il mettra fin aux permis de travail fermés et donnera accès à la RAMQ aux titulaires de permis de travail ouverts. Il s'assurera que les normes minimales de travail soient appliquées à l'ensemble des personnes salariées.
Rejetée — Un gouvernement solidaire adoptera une Charte des droits des personnes résidentes permanentes, garantissant l'accès effectif et sans discrimination aux mêmes droits sociaux, économiques et culturels que l'ensemble de la population québécoise.
Démocratie et droit du travail
Adoptée — Il imposera aux ancien·nes élu·es une carence de 5 ans avant d'exercer des activités de lobbyisme auprès d'institutions étatiques.
Adoptée — Un gouvernement solidaire reverra la fiscalité des municipalités pour réduire leur dépendance envers les taxes foncières et leur donner les moyens nécessaires à la réalisation de leurs mandats.
Adoptée — Un gouvernement solidaire réformera le Code du travail afin de protéger et d'élargir les droits des travailleuses et des travailleurs, notamment en facilitant la syndicalisation, en renforçant la protection syndicale, en consolidant les lois anti-briseurs de grève et en interdisant les lockouts, et en reconnaissant le droit aux grèves politiques et de solidarité.
Rejetée — Pour améliorer réellement la qualité de vie de la population et la conciliation famille-travail, un gouvernement solidaire réduira le temps de travail à 35 heures par semaine sans perte de salaire et reconnaîtra le droit au télétravail volontaire.
Adoptée — Un gouvernement solidaire annulera les dispositions liberticides des lois adoptées par les gouvernements précédents qui sont antidémocratiques ou qui enfreignent la Charte des droits et libertés du Québec. Il abrogera donc le projet de loi 1 sur la Constitution et retirera les dispositions liberticides des lois 21 et 94 sur la laïcité, entre autres.
Adoptée — Un gouvernement solidaire renforcera la Charte des droits et libertés québécoise, la protégera de la clause dérogatoire et évitera toute modification de celle-ci par un simple vote majoritaire de la députation.
Des comparaisons avec la plateforme de 2018
La plateforme de 2018 avait une position concernant la solidarité internationale. C'est la grande absente des débats du congrès, dans une situation pourtant extrêmement grave pour l'avenir de la démocratie et de la survie de la planète.
Voici quelques éléments de la plateforme de 2018 où, faut-il le rappeler, nous avons fait élire 10 personnes à l'Assemblée nationale.
Québec solidaire développera des relations de collaboration avec des partis et des mouvements sociaux sur le plan international, notamment avec la Marche mondiale des femmes, basées sur des principes d'équité, de solidarité et de respect de l'environnement. Il permettra la poursuite pour des exactions commises à l'étranger, notamment des compagnies minières, suivant les législations du Québec. Un gouvernement de Québec solidaire défendra la paix et luttera contre l'impérialisme. Dans ce but, Québec solidaire rejettera toute politique militariste canadienne et étrangère ; mettra en place un programme de transition de l'industrie de l'armement dans le but d'éliminer la production et la vente d'armes. Il remettra en question le principe du remboursement intégral et inconditionnel de la dette par la mise en place d'audits et l'annulation partielle de la dette des pays surendettés.
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Enceintes et endettées : la réalité des femmes migrantes sans couverture médicale

No Music For Genocide – Appel au boycott de l’Eurovision
En raison du maintien d'Israël dans l'Eurovision, un appel au boycott de ce concours a été lancé par des artistes internationaux. Nous le publions ici, et appelons à appliquer le boycott de l'Eurovision, dans le cadre du nécessaire boycott culturel, sportif, économique et politique d'Israël jusqu'à la libération de la Palestine.
Tiré du site de la revue Contretemps.
En mai prochain, des millions de téléspectateurs.trices suivront la 70ème édition du Concours Eurovision de la chanson. Pour la troisième année consécutive, ils et elles verront Israël célébré sur scène, malgré le génocide que l'État israélien perpétue à Gaza. Et ce, alors que la Russie reste bannie pour son invasion illégale de l'Ukraine.
En tant que musicien.ne.s et travailleurs.euses culturels, dont beaucoup vivent dans la zone couverte par l'Union européenne de radio-télévision (UER), nous refusons que l'Eurovision soit utilisé pour blanchir et normaliser le génocide, le siège et l'occupation militaire brutale des Palestinien.ne.s par Israël.
Nous sommes solidaires des appels lancés par les Palestinien.ne.s aux diffuseurs publics, aux artistes, aux organisateur.trice.s de soirées de projection, aux équipes techniques et aux fans pour qu'iels boycottent l'Eurovision jusqu'à ce que l'UER interdise le diffuseur israélien KAN qui s'est rendu complice des crimes contre l'humanité commis par Israël.
Nous saluons le retrait des diffuseurs espagnols, irlandais, islandais, slovènes et néerlandais, ainsi que celui de nombreux finalistes des sélections nationales qui se sont engagés à refuser de participer à l'Eurovision. Tout comme les artistes s'étaient opposés à l'oppression en Afrique du Sud, nous sommes aujourd'hui unis.
Le président de l'apartheid israélien, Isaac Herzog – cité dans la requête déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice pour incitation au génocide – a joué un rôle de premier plan dans le lobbying auprès des diffuseurs pour qu'ils n'excluent pas Israël du concours, l'événement musical le plus regardé au monde.
Les réponses hypocrites de l'UER face aux crimes de la Russie et d'Israël ont ôté toute illusion quant à la prétendue « neutralité » de l'Eurovision. En 2022, l'UER a déclaré que la présence de la Russie « jetterait le discrédit sur le concours ».
Pourtant, plus de 30 mois de génocide à Gaza – en parallèle au nettoyage ethnique et au vol de terres en Cisjordanie occupée – ne sont pas considérés comme suffisants pour appliquer les mêmes principes à Israël.
Comment un.e artiste ou un.e fan de l'Eurovision peut-iel en toute conscience participer à la prochaine édition du concours en Autriche alors que les États-Unis et Israël prévoient de créer des camps de concentration hyper-surveillés dans ce qu'ils nomment le « nouveau Gaza » ? Alors que nous vivons une période très sombre, le silence et la passivité ne sont pas une option.
Nous refusons de nous taire alors que la violence génocidaire d'Israël étouffe et réduit au silence la vie des Palestinien.ne.s. Alors que des enfants dans les prisons israéliennes sont battus pour avoir fredonné une mélodie. Alors que tout ce qui reste de quasiment toutes les scènes, studios, librairies et universités de Gaza, sont des tas de décombres sous lesquels des corps massacrés attendent toujours d'être récupérés et enterrés dignement.
En tant qu'artistes, nous reconnaissons notre pouvoir d'action collectif et notre pouvoir de refus. Nous refusons de nous taire. Nous refusons d'être complices. Nous appelons les autres acteurs.trices de notre secteur à se joindre à nous. Et nous sommes solidaires de toute démarche dans tous les secteurs basée sur des principes et qui a pour but de mettre fin à la complicité.
Pas de scène pour un génocide. #BoycottEurovision.
Les premiers signataires incluent : Brian Eno, Massive Attack, Sigur Rós, Nadine Shah, Idles, Young Fathers, Kneecap, Erika de Casier, Mogwai, Mechatok, Laurel Halo, Black Country New Road, AITANA, Paul Weller, Smerz, Nemahsis, Macklemore, Roger Waters, Peter Gabriel, Primal Scream, Ólafur Arnalds, Of Monsters And Men, Paloma Faith, Salute, David Holmes, Dry Cleaning, Hot Chip, Midland, Olof Dreijer from The Knife, Lido Pimienta and former Eurovision winners Emmelie de Forest and Charlie McGettigan.
Cliquer ici pour signer l'appel.
*
Appel initialement publié sur le site suivant : https://nomusicforgenocide.org/eurovision
Illustration : Wikimedia commons.
CONTRE le projet de loi 23 : Quand Agir devient vital, diversifier les approches face à la souffrance humaine

Ce que François ne comprend pas, une liste
1. La politesse
Québec solidaire représente un collectif d'individus de divers horizons. François Lambert ne représente que sa propre personne . Il somme un groupe entier de se taire parce qu'il n'aime pas ce que nous disons. Pire, il considère que de nommer son nom en congrès est de la diffamation. On lui rappellera que diffamer une personne est faire une atteinte injuste à sa réputation. Donc, de lui suggérer de ne pas être inquiet de la qualité du vin qu'il pourrait (ou non) boire le vendredi soir n'entre définitivement pas dans cette catégorie. D'affirmer que s'il a plus de 25 millions de fortune et qu'il pourrait se voir imposé davantage en fonction d'une proposition de plateforme est un exemple factuel. En contrepartie, les réquisitoires pleins de procès d'intention à l'égard d'un groupe de gens qui, bénévolement, essaient de réfléchir à des solutions pour améliorer les services publics, c'est pour le moins impoli. Dire que les personnes et les entreprises devraient contribuer, selon leurs revenus, était un des principes de base l'équité en matière d'impôts avant que le néolibéralisme ne s'y attaque. Je ne crois pas que personne au congrès n'ait traité les entrepreneurs de parasites, on a seulement suggéré qu'ils devraient payer leur juste part, exactement comme les citoyens ordinaires.
2. La fiscalité équitable
L'État canadien imposait jusqu'à 52% les entreprises dans les années 50, lorsqu'on additionnait l'impôt provincial et fédéral. Aujourd'hui ce chiffre est de la moitié, soit moins de 26% en 2012 (je sais que mes chiffres datent quelque peu, mais je ne crois pas que la tendance des baisses d'impôts pour les entreprises ait radicalement changé en faveur de l'État, au contraire…) Justement, la thésaurisation des grandes entreprises a augmenté de 4 à 11% entre 1990 et 2012. En économie, on qualifie cette avarice entrepreneuriale, pour le dire gentiment, « d'argent mort ». Alors, clairement, François ne se renseigne pas avant de nous imposer ses opinions pas très judicieuses. De prétendre que l'argent des compagnies ne « dort » pas est tout simplement statistiquement faux.
3. La géologie
Il n'y a pas de quantité suffisante pour une exploitation rentable du pétrole au Québec. « Le record du débit le plus élevé au Québec revenait au puits Haldimand numéro 1 de Pétrolia, à Gaspé, qui avait produit 40 barils par jour pendant trois jours en novembre 2011, après l'injection de pétrole sous pression. Il avait donc fallu le stimuler tellement la pression était faible. » C'est sûr qu'avec notre consommation quotidienne de 340 000 barils dans la province, nous allons faire toute une percée avec Pétrolia, qui, s'il faut le mentionner, a été rachetée et n'existe plus. Super rentable.
4. Les OBNL financés par le gouvernement
Québec solidaire n'a rien à voir ni de près ni de loin avec le Panier bleu. Cette entreprise, sans but lucratif, a été créée par le Gouvernement du Québec en 2020. Qui gouvernait à ce moment ? Un autre François, grand entrepreneur, Legault. Le Panier bleu a été financé à hauteur de 20 millions de dollars. De ce point de vue, l'ancien PDG d'Air Transat a fait particulièrement mauvaise figure sur le plan de la gestion, bien qu'issu de la filière des entrepreneurs - ceux qui sont supposés connaitre l'économie réelle -, il a accumulé les fiascos économiques. Des exemples : SAAQ cliq, Norvolt, Lion électrique. « Sans entrepreneurs, sans investisseurs et sans gens qui prennent des risques, il n'y a pas de richesse à redistribuer », conclut notre politicologue dilettante. Sans vouloir user de mauvais jeu de mots, il semble qu'à cause d'entrepreneurs, qui prennent des risques avec les investissements publics, il n'y a plus de richesse à redistribuer serait une conclusion plus juste.
5. Celles qui bâtissent
Les selfs made men pensent toujours qu'ils se sont autocréés. Cependant, ils sont plutôt myopes. Ils oublient que leur mère leur a donné naissance et leur a inculqué leur première langue, elle les a nourris, habillés, protégés jusqu'à ce qu'ils soient autonomes. L'école les a éduqués jusqu'à ce qu'ils puissent se débrouiller pour avoir un travail rémunéré. L'hôpital les a soignés et a vaccinés à chaque fois qu'ils en ont besoin pour qu'ils ne meurent pas de rougeole ou de bronchite dans leur enfance. Il y a beaucoup de femmes, car elles ont majoritairement la charge du domaine du care. Ces femmes, ce sont elles qui permettent la véritable création de la richesse, car elles amènent la jeune génération à l'âge adulte et lui permettent de réaliser son plein potentiel. Elles le font, bien souvent, soit en travail invisible (la mère et la ménagère), soit en travaillant pour l'État (l'enseignante, l'infirmière, la technicienne de garde). Sans elles, pas de travailleurs, pas d'entrepreneurs, pas de têtes brûlées qui prennent des risques avec des investissements privés ou publics, pas non plus d'inventeurs de boîtes de centres d'appel spécialisées en externalisation et délocalisation. Vous savez, ces génies qui ont permis aux grosses compagnies, comme Bell de se délester de leurs employées (encore une fois, majoritairement des femmes) et de confier leur service à la clientèle à des télémarketeurs, souvent de nouveaux arrivants avec une maîtrise approximative de la langue et, bien sûr, payés au salaire minimum. C'était un premier jalon dans ce que nous appelons aujourd'hui l'Uberisation du service à la clientèle. Le sacrifice des employés et les décisions « intelligentes » des gestionnaires de grosses compagnies, qui ont détruit la satisfaction et le sentiment de sécurité des consommateurs pour le profit des actionnaires, voilà une des contributions de monsieur Lambert.
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Introduction au dossier Bilan Porto Alegre
PTAG publie ici un texte de Catherine Samary qui appuie les arguments avancés par les camarades de la Coordination ENSU concernant les modalités et les objectifs de la participation du RESU/ENSU — le Réseau européen de coordination avec l'Ukraine — à la Conférence de Porto Alegre (POA), en réponse aux camarades de la Fédération syndicale Solidaires qui ont contesté cette décision.
Nous publions également un texte de Christian Zeller - Front unique antifasciste international – contre qui ? – L'auteur interpelle le comité organisateur du forum et particulièrement les éléments de gauche internationaliste et conclue qu'il n'est stratégiquement et tactiquement pas judicieux de rechercher la coopération avec des forces qui ont manifestement une appréciation complètement différente des alliés et des adversaires.
Enfin, nous publions un troisième texte signé par Antoine Larrache – Les chemins tortueux de la résistance - une analyse de la conférence antifasciste dans une perspective de construction d'un internationalisme de mobilisation à partir de l'unification des luttes.
Ces trois textes sont interreliés. Le texte de Catherine Samary et celui d'Antoine Larache répondent directement ou indirectement aux positions avancées par les auteurs des deux premiers textes. Malgré des similitudes, il est important de discerner les différences entre le texte de la Fédération syndicale Solidaires (FDS) et celui de Christian Zeller. La FDS a refusé de participer à la conférence, ce qui la rend moins crédible quant aux critiques qu'elle émet.
Selon Christian Zeller, la construction d'un front unique stratégique présuppose un accord sur certaines questions centrales – à commencer bien sûr par celle de savoir qui sont réellement les adversaires et les partenaires. Une unité stratégique avec les staliniens et les campistes est impossible. Au contraire, il est important de construire une force alternative qui rompe avec ces composantes réactionnaires au sein d'une gauche de plus en plus en décomposition.
La question se pose donc, comment construire un mouvement de lutte internationaliste dans un contexte de recul de la gauche et de montée de l'extrême droite.
À cette question complexe Antoine Larrache confirme cette difficulté et donne l'exemple de la participation d'un représentant du régime iranien sur une tribune de la conférence. Mais il fait une mise en garde : « La tentation est grande, y compris dans la gauche internationaliste, de tourner le dos à la conférence pour ces raisons, et d'effacer tout ce qu'elle produit de positif… les batailles ne manquent pas, mais paradoxalement, la multiplicité des enjeux semble rendre plus difficiles les convergences. »
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Front unique antifasciste international – contre qui ?
Du 26 au 29 mars, environ 4 000 personnes se sont réunies à Porto Alegre pour une grande conférence internationale contre la montée du fascisme dans le monde et contre l'impérialisme.[1]. Christian Zeller soutient que le contenu et les résultats de cette conférence ne suffisent pas pour construire un front antifasciste et anti-impérialiste global. Pour y parvenir, il est indispensable d'engager des processus de clarification politique.
21 avril 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78610
La marche d'ouverture a rassemblé environ 7 000 personnes et a rappelé les mobilisations passées du mouvement altermondialiste et du Forum social mondial. Onze tables rondes thématiques, un forum réunissant des représentants·e·s de gouvernements et des parlementaires, ainsi que 150 activités auto-organisées ont eu lieu. Les participant·e·s et les représentant·e·s d'organisations venaient d'une quarantaine de pays.
La conférence a vu le jour grâce à la collaboration de différentes forces : le Parti pour le socialisme et la liberté (PSOL) dans le Rio Grande do Sul et le Parti des travailleurs (PT) de Porto Alegre, le Parti communiste brésilien (PCdoB), le Mouvement des sans-terre (MST), l'ONG Andes, la fondation « Lauro Campos et Marielle Franco », la Fondation Rosa Luxemburg et le Mouvement de la Gauche socialiste (MES, une tendance au sein du PSOL, membre de la Quatrième Internationale depuis 2025).[2] Le Comité pour l'annulation de la dette illégitime (CADTM) a établi des liens sur le plan international.[3] Un appel à la création d'un front antifasciste international a servi de support à la mobilisation pour cette conférence.[4]
Des organisations importantes venues de toute l'Amérique latine, mais aussi de nombreux autres pays du monde, ont participé à la conférence, notamment les Democratic Socialists of America, France Insoumise (avec des parlementaires), le NPA-A (Nouveau Parti anticapitaliste), Attac, ainsi que des député.es du Parti des travailleur·euse·s de Turquie ; une délégation de près de 200 personnes venues d'Argentine (principalement du Movimiento Socialista de los Trabajadores, MST), des camarades d'Afrique du Sud ainsi que de la Socialist Alliance et de Green Left d'Australie.
Cette 1re Conférence internationale antifasciste a constitué un événement majeur.[5] Les organisateurs souhaitent lutter contre la paralysie qui règne actuellement au sein de la gauche. Ils encouragent l'organisation d'autres conférences antifascistes, par exemple en Argentine, en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, les comptes rendus des participant·e·s à cette conférence, l'appel à la formation d'un front antifasciste international[6] et la déclaration finale de cette conférence[7] révèlent que les fondations posées à Porto Alegre ne sont pas suffisantes pour véritablement renforcer et rassembler la résistance antifasciste à l'échelle mondiale. L'appel lancé se limite à dénoncer la montée de l'autoritarisme et du fascisme en Amérique du Nord et du Sud ainsi qu'en Europe, et le génocide perpétré par Israël contre la population palestinienne. Le régime fasciste de Poutine,[8] qui non seulement agresse quotidiennement la population ukrainienne, mais soutient depuis de nombreuses années les mouvements d'extrême droite en Europe et dans le monde entier et s'appuie sur une répression extrême et la fragmentation de sa propre population, n'est même pas mentionné.
La déclaration finale réaffirme et renforce cette ligne malgré les critiques et les controverses. Elle dresse une liste avec plusieurs guerres et agressions impérialistes mais omet de manière frappante de mentionner tant la guerre menée par la Russie que la résistance ukrainienne.
Cette lacune a été voulue par les organisateurs. Éric Toussaint, porte-parole du CADTM, a expliqué dans un texte de bilan : « Si on avait cité l'agression impérialiste russe contre l'Ukraine, il est clair qu'une grande partie des forces de gauches latino-américaines, d'Amérique du Nord, certaines forces de gauches européennes ou asiatiques auraient refusé de signer. »[9] Les organisateurs ont donc délibérément et ouvertement déclaré préféré entretenir un partenariat avec des staliniens et des campistes réactionnaires comme Vijay Prashad plutôt que de rechercher l'unité avec les populations menacées par l'impérialisme russe ou chinois ou par la dictature en Iran. Si cela pourrait encore se comprendre d'un point de vue limité à Amérique latine, c'est toutefois une position erronée, cynique et à courte vue dans une perspective mondiale.
Le fait que les représentant·e·s d'organisations ukrainiennes – l'organisation socialiste Sotsialnyi Ruch, la fédération syndicale FPU et le syndicat des travailleurs·euses indépendants·es et migrant·e·s – ainsi que les socialistes russes en exil n'aient pas été autorisé·es à prendre la parole lors des séances plénières centrales est révélateur du caractère politiquement limité et unilatéral pris de la conférence. Les organisateurs ont toutefois permis à Hossein Khaliloo, du Centre de dialogue Iman Al Mahdi, un représentant officieux du régime iranien au Brésil, d'exposer et de justifier ses positions lors d'une séance plénière de première importance en présence de membres dirigeant.es du PT, du PCdoB et du PSOL.[10] C'est inacceptable.
Grâce au soutien du MES, de la Quatrième Internationale, de la LIS-ISL et du Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine (ENSU/RESU), des forums auto-organisés et très fréquentés se sont tenus avec les camarades ukrainien.es et russes. L'ENSU/RESU a distribué aux participant·e·s de la conférence, avec l'invitation à la rencontre avec la délégation ukrainienne, une déclaration expliquant pourquoi la double solidarité avec la résistance ukrainienne contre l'armée d'occupation russe et les luttes des salarié·e·s contre le gouvernement néolibéral de Zelenski est importante.[11]Il était bien sûr judicieux que les petites délégations de socialistes ukrainiens et russes participent à la conférence, puissent présenter leurs positions devant un large public et nouer des contacts importants. Leurs bilans montrent à quel point il est important d'engager partout et en permanence la lutte contre les courants campistes et de la mener sans compromis.[12] Par ces interventions, les forces mentionnées ont démontré qu'il existe aussi un antifascisme et un anti-impérialisme qui ne conaît ni frontières ni limites.
La composition et l'orientation dominante de la conférence montrent toutefois que les critiques formulées avant celle-ci étaient justifiées. La Gauche Anticapitaliste de Belgique a mis en évidence, dans une brève prise de position, les aspects problématiques de la conférence, et je partage leur analyse.[13] L'organisation Solidarity aux États-Unis et le groupe français « Arguments pour la lutte sociale » ont également émis des critiques. En avançant des arguments similaires à ceux exposés ici, l'Union syndicale Solidaires de France a expliqué pourquoi elle n'avait pas participé à la conférence et pourquoi elle ne participerait pas non plus à l'avenir à des conférences sur cette orientation.[14]
La déclaration finale de la conférence manifeste que celle-ci vise un antifascisme et un anti-impérialisme purement sélectifs, bien qu'elle souligne de manière générale l'opposition à tous les impérialismes et revendique le droit à l'autodétermination de tous les peuples. Sur la base de cette déclaration finale, je soulève trois questions stratégiques essentielles qui dépassent les résultats immédiats de la conférence et qui sont décisives, surtout en Europe et probablement aussi dans plusieurs régions d'Asie, pour construire un front unique continental sans limites contre l'autoritarisme et le fascisme qui se renforcent sous des formes diversifiées.
1. La déclaration finale stigmatise à juste titre les États-Unis et l'OTAN comme impérialistes et prend le parti des opprimé.es et de leur résistance dans plusieurs guerres et conflits. Il est bien sûr juste de renforcer la résistance contre l'impérialisme états-unien de plus en plus autoritaire et contre les gouvernements européens hypocrites qui soutiennent le génocide et la terreur quotidienne exercés par l'État d'Israël contre la population palestinienne. Cependant, tant l'invitation à la conférence que la déclaration finale réaffirment une vision géopolitique qui divise le monde en camps (campisme) et fait de la résistance à l'impérialisme des États-Unis et de ses alliés sa préoccupation exclusive. Elles ne font pas référence à la lutte défensive de l'Ukraine, elles ne prennent pas position non plus contre l'impérialisme russe. Ni l'appel ni la déclaration finale ne mentionnent en aucune manière le fait que l'administration Trump cherche à nouer une alliance stratégique avec le régime de Poutine et que ce dernier reconnaît en Trump un partenaire idéologique. La Russie et l'Ukraine sont délibérément omises dans ces documents. Dans la même logique, les déclarations passent également sous silence l'opposition démocratique en Iran.
La déclaration finale marque tout de même son opposition, même si cela reste vague à « tous les impérialismes ». Ce qui a d'ailleurs incité le PC do Brasil, qui ne s'oppose qu'à l'impérialisme américain, à exprimer une prise de position critique. De même, l'affirmation du droit à l'autodétermination pour tous les peuples reste une coquille vide lorsque, par exemple, l'Ukraine et Taïwan ne sont pas mentionnées, alors qu'une longue liste de luttes contre l'impérialisme des États-Unis est énumérée. Un front international antifasciste et anti-impérialiste sur cette base est impossible. Comment pouvons-nous rallier à un tel front les représentant·e·s des sociétés et des nationalités menacées et opprimées par la Russie ? Comment pouvons-nous rallier les populations en révolte en Iran si elles ont l'impression qu'une grande partie de la gauche internationale considère la dictature comme un interlocuteur légitime ? Comment serait-il possible de s'adresser à une grande partie de la population taïwanaise, qui souhaite préserver son État indépendant, sans dénoncer les intérêts impérialistes de la Chine ? Comment pouvons-nous rallier les populations musulmanes d'Asie centrale si la gauche nie, voire justifie, la répression exercée par l'État chinois contre la population ouïghoure ? Il va de soi qu'il est juste de se prononcer en faveur de la défaite des États-Unis et d'Israël dans la guerre contre l'Iran. Mais il est tout aussi juste de militer pour la défaite de la Russie, en solidarité avec la résistance ukrainienne.
2. La déclaration finale ne formule pas la moindre critique à l'égard des gouvernements populistes dits progressistes d'Amérique latine. C'est pour cette raison que la confédération syndicale militante CSP-Conlutas (Central Sindical e Popular) n'a pas participé à la conférence. La Liga Internacional Socialista et le MST argentin ont formulé une critique similaire.[15] Le gouvernement Lula a pour objectif déclaré de faire du Brésil une superpuissance pétrolière mondiale. Il étend résolument l'exploration et l'exploitation pétrolières et poursuit systématiquement le pillage de la nature. Sa stratégie repose sur une alliance avec des secteurs clés du capital, au détriment des droits et de la participation des salarié·e·s, des pauvres et des peuples autochtones. Bien avant le coup d'État mené par les États-Unis contre Maduro, le Venezuela était déjà devenu un régime répressif qui bafoue les intérêts des salarié·e·s et des paysan·e·s. L'ancien gouvernement péroniste en Argentine a préparé le terrain pour la victoire du réactionnaire Milei avec sa politique antisociale. Un mouvement antifasciste large et démocratique ne peut se développer qu'en totale indépendance vis-à-vis de ces gouvernements qui ne sont que prétendument progressistes – mais liés à des secteurs clés du capital. Il doit partir sans compromis des intérêts de classe sociaux, politiques et écologiques des pauvres, des paysan.nes et des salarié.es.
3. Il est tout simplement tragique et absolument impardonnable que la déclaration finale ne fasse aucune mention de la menace particulière que représentent le réchauffement climatique et le capital lié aux énergies fossiles. Ce n'est pas un hasard. Le gouvernement du PT au Brésil est lui-même étroitement lié au capital fossile de la société Petrobras et continue avec une grande détermination sur la voie du développement fossile.[16] Le gouvernement vénézuélien n'a pu se maintenir au pouvoir que grâce au contrôle et à la redistribution de la rente pétrolière. La déclaration finale évoque l'écocide de manière générale et non contraignante, sans exiger un abandon des énergies fossiles.
Une sortie des énergies fossiles rendrait impossibles les perspectives de développement capitaliste des gouvernements dits progressistes et ne pourrait être mise en œuvre sans une expropriation du capital. La déclaration finale ne dit pas un mot non plus sur le fait que les stratégies répressives d'adaptation inégale et sélective au réchauffement climatique qui constituent une caractéristique centrale du nouveau fascisme.[17] Le déni face aux conséquences du réchauffement climatique est un élément central du nouvel autoritarisme et du fascisme. Sur le plan écologique, la déclaration finale n'est pas meilleure que les déclarations non contraignantes des conférences COP sur le climat, qui ne font qu'orchestrer le « retour de bâton fossile ». C'est extrêmement maigre et cela révèle que le « fossil backlash » ronge également la gauche. Le terme « écosocialiste » repris dans la déclaration se réduit à une formule creuse.
Il est bien sûr évident que la situation politique en Amérique latine diffère de celle qui prévaut en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et ailleurs. Compte tenu de l'expérience historique et quotidienne de l'impérialisme des États-Unis et de son soutien, depuis des décennies, aux dictatures réactionnaires, il est tout à fait compréhensible que non seulement les organisations de gauche, mais aussi de larges pans de la population d'Amérique latine considèrent les États-Unis comme leur ennemi principal. Mais il est tout aussi évident que de larges pans de la population en Europe de l'Est et dans certaines régions d'Asie centrale perçoivent la Russie comme une menace ancienne. Le peuple ouïghour du Xinjiang est opprimé par l'État chinois et la population de Taïwan vit sous la menace d'une annexion de son île et de sa société par la République populaire.
C'est délibérément que ces questions sont laissées dans le flou par la déclaration finale. Je n'affirme pas qu'il était erroné de participer à cette conférence. En revanche, il aurait été envisageable, par le biais d'une déclaration finale alternative – même si celle-ci était restée minoritaire –, de faire apparaître les questions litigieuses dans le débat international sur les défis à venir. Cela aurait également permis de jeter les bases pour de futurs événements et coopérations qui rassembleraient les forces désireuses de construire un mouvement antifasciste et anti-impérialiste global.
Tant que la gauche ne sera pas capable de partir, par principe, des intérêts des opprimé.es et des exploité.es, indépendamment de la formation de blocs géopolitiques et des constellations changeantes, elle ne sera pas en mesure de construire une alternative internationalement viable face à la montée de l'autoritarisme et du fascisme.
Comment construire un large front unique antifasciste alors qu'on ne sait même pas clairement contre qui ce front est dirigé ? Qui sont les ennemis ? Le large front antifasciste à construire doit-il se diriger exclusivement contre les dérives autoritaires et les forces fascistes en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, ainsi que contre l'impérialisme américain, Israël et leurs alliés impérialistes européens et océaniens, ou également contre la Russie fasciste, qui soutient depuis de nombreuses années les mouvements réactionnaires en Europe et ailleurs ?
Un front unique antifasciste international est impossible tant qu'on ne sait pas clairement contre qui il doit se diriger. D'un point de vue plus fondamental, la question se pose de savoir s'il est stratégiquement et tactiquement judicieux de rechercher la coopération avec des forces qui ont manifestement une appréciation complètement différente des alliés et des adversaires, ainsi qu'une conception fondamentalement différente de l'organisation sociale souhaitée. Bien sûr, il peut être approprié, à certains moments, de conclure des alliances tactiques avec des forces très différentes telles que les sociaux-démocrates, les Verts, les libéraux et les conservateurs, ou encore la gauche « campiste », mais la construction d'un front unique stratégique présuppose un accord sur certaines questions centrales – à commencer bien sûr par celle de savoir qui sont réellement les adversaires et les partenaires. Une unité stratégique avec les staliniens et les campistes est impossible. Au contraire, il est important de construire une force alternative qui rompe avec ces composantes réactionnaires au sein d'une gauche de plus en plus en décomposition.
Je salue expressément le projet d'organiser des conférences antifascistes régionales ou continentales. Celles-ci contribueraient à contrer la tendance, présente dans de nombreux pays, à sous-estimer la fascisation en tant que phénomène national. En Europe, une telle conférence devrait mettre à l'ordre du jour, de manière offensive, la vision d'un continent social et écologique, à la fois au-delà et contre l'UE, ainsi que contre les impérialismes nationaux.[18]Ce n'est qu'en réussissant à combiner, dans un esprit de solidarité mondiale, la sécurité sociale, écologique et militaire au sein de luttes concrètes que nous aurons une chance d'opposer à la fascisation ainsi qu'aux menaces fascistes internes et externes un projet alternatif de « bonne vie ».[19]
Ces conférences devraient être portées par des forces qui souhaitent, premièrement, résister à tous les impérialismes et fascismes ; deuxièmement s'organiser en totale indépendance vis-à-vis des gouvernements populistes et nationalistes (parfois qualifiés de progressistes) et des forces bourgeoises ; et troisièmement faire de la résistance contre le capital fossile et le réchauffement climatique, ainsi que contre l'adaptation inégale et sélective au réchauffement climatique et à ses catastrophes, telle qu'elle est imposée par les gouvernements, un axe central de leur activité. Sur cette base, nous devrions construire une unité aussi large que possible, incluant également des forces qui n'ont pas encore été atteintes jusqu'à présent.
21 avril 2026
Christian Zeller
Notes
[1] Call for Participation https://antifas2026.org/en/call/
[2] Manuel Rodriguez Banchs, Penelope Duggan, Israel Dutra, Antoine Larrache, João Machado, Reymund de Silva et Eric Toussaint : The Anti-Fascist and Anti-Imperialist Conference in Porto Alegre : Great achievements, challenges and opportunities. 4 April 2026 https://fourth.international/en/latin-america/760 ; Israel Dutra : First International Anti-Fascist Conference : A political victory. LINKS, 5 April 2026. https://links.org.au/first-international-anti-fascist-conference-political-victory
[3] Entretien avec Eric Toussaint : Contretemps 17 avril 2026 https://www.contretemps.eu/porto-alegre-2026-une-convergence-antifasciste-et-anti-imperialiste-entre-succes-inedit-et-obstacles-majeurs/
[4] International call to strengthen antifascist and anti-imperialist action. LINKS, 21 January 2026. https://links.org.au/statement-international-call-strengthen-antifascist-and-anti-imperialist-action
[5] Declaration of the Fourth International : Against Neo-Fascist Authoritarianism and All Forms of Imperialism. https://fourth.international/en/755
[6]Voir note 4.
[7] Porto Alegre Declaration : Unity against Fascism and for the sovereignty of peoples. March 29, 2026 https://antifas2026.org/en/porto-alegre-declaration-unity-against-fascism-and-for-the-sovereignty-of-peoples/
[8] Budraitskis, Ilya (2022) : Putinismus : Eine neue Form von Faschismus. emanzipation 6 (2), S. 73–93. https://emanzipation.org/2022/11/putinismus-eine-neue-form-von-faschismus/ ; Budraitskis, Ilya (2023) : Dieses Regime lässt sich nicht weiterentwickeln. emanzipation - Zeitschrift für ökosozialistische Strategie 17. Mai 2023. https://emanzipation.org/2023/05/dieses-regime-laesst-sich-nicht-weiterentwickeln/.
[9]Éric Toussaint : Porto Alegre 2026 : an anti-fascist and anti-imperialist convergence, between unprecedented success and major obstacles. CADTM, 10 April 2026 https://www.cadtm.org/Porto-Alegre-2026-an-anti-fascist-and-anti-imperialist-convergence-between-unprecedented-success-and-major-obstacles ; Éric Toussaint : Porto Alegre 2026 : une convergence antifasciste et anti-impérialiste entre succès inédit et obstacles majeurs. CADTM, 8 avril 2026 ; https://www.cadtm.org/Porto-Alegre-2026-une-convergence-antifasciste-et-anti-imperialiste-entre
[10] Program of the 1st international anti-fascist conference for the sovereignty of peoples. March 26–29, 2026 – Porto Alegre, Brazilhttps://antifas2026.org/en/program/
[11]ENSU/RESU : Antifascism must fight all tyrannies, 28 March 2026 https://drive.google.com/file/d/1swk_obzKysI8_9CmTDaCZoCgEcvmdyUd/view?pli=1
[12] Oleksandr Kyselov : Instagram post. 1 April 2026. https://www.instagram.com/p/DWmUuk_jlaf/?igsh=MXNtdXpzOGQ0ZGJ0OA%3D%3D ; Alfons Bech : Notes on the First International Antifascist Conference of Porto Alegre A Step Forward for Anti-Campist Solidarity with Ukraine. 3 April 2026 https://europe-solidaire.org/spip.php?article78468
[13]Quel internationalisme pour lutter contre le fascisme ?27 mars 2026 https://www.gaucheanticapitaliste.org/dossier-quel-internationalisme-pour-lutter-contre-le-fascisme/
[14] Ivan Drury Zarin : Three general characteristics of the new era of fascism. Solidarity, March 28, 2026 https://solidarity-us.org/three-general-characteristics-of-the-new-era-of-fascism/ ;
Porto Alegre : sur un bilan d'autosatisfaction et ses « limites » 7 avril 2026. https://aplutsoc.org/2026/04/07/porto-alegre-sur-un-bilan-dautosatisfaction-et-ses-limites/ ; Union syndicale Solidaires (France) : The European/International Network of Solidarity with Ukraine and its outreach to Latin America. 20 April 2026.
[15] International Socialist League : Porto Alegre Antifascist Conference. Conclusions and perspective. 6 April 2026 https://lis-isl.org/en/2026/04/porto-alegre-antifascist-conference-conclusions-and-perspective/
[16] Stott, Michael ; Pooler, Michael und Daniels, Joe (2025) : Why Latin America can't quit oil. Financial Times, November 6. https://www.ft.com/content/f85a5c80-6a06-4883-b784-223af5467f36 ; Mooney, Attracta ; Mychasuk, Emiliya und Pooler, Michael (2025) : Brazil's UN climate summit chief defends Petrobras oil expansion. Financial Times, July 4.https://www.ft.com/content/4b8caca7-265d-4f34-ab6b-3a391520e6a2 ; Pooler, Michael : Petrobras aims to transform Brazil into global energy power. South American nation set to join world's top crude producers by end of decade. Financial Times Weekend, November 19, 2023. https://www.ft.com/content/76a1ccb0-8534-4513-8fb5-5eb5e07773bd
[17]Zeller, Christian (2026) : Zur Barbarei ? Klima, Krieg und ökosozialistische Dilemmata der Sicherheit. emanzipation - Zeitschrift für ökosozialistische Strategie 10 (1), S. 129-160.
[18]Zeller, Christian (2024) : Eine kontinentale Gegenmacht gegen das fossile Kapital aufbauen. emanzipation - Zeitschrift für ökosozialistische Strategie 8 (2) 9. Oktober 2024, S. 197-226 ; Samary, Catherine und Zeller, Christian (2025) : Europäische Strategien : von den konkreten Erfahrungen ausgehen. emanzipation- Zeitschrift für ökosozialistische Strategie 8 (2), S. 227–246.
[19] Zeller, Christian (2026) : Ökosozialistische Strategie der sozialen, ökologischen und militärischen Sicherheit. emanzipation– Zeitschrift für ökosozialistische Strategie 10 (1), S. 190–203.
P.-S.
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro

Effet Allié est en marche : Marche citoyenne le 17 mai
Effet Allié est en marche. Et vous ?
Le 17 mai, on marche. Ensemble.
La Fondation Émergence vous invite à la 3e édition de sa marche citoyenne, dans le cadre de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie.
🗓 Date : 17 mai 2026
🕐 Heure : 13h
📍 Lieu : Place des Festivals (métro Place-des-Arts), Montréal
Par qui : Fondation Émergence et Conseil québécois LGBT
Dans un contexte marqué par une montée des discours haineux et des reculs de droits, il est plus important que jamais de se rassembler et d'occuper l'espace public.
👉 Cette année, l'Effet Allié est en marche.
Parce qu'être allié·e, ce n'est pas seulement soutenir.
👉 C'est se lever.
👉 C'est marcher.
👉 C'est agir.
Ami.e.s, familles, collègues, voisin.e.s :
Venez marcher aux côtés des communautés LGBTQ+ pour :
✔️ dénoncer la haine
✔️ refuser les reculs
✔️ affirmer notre solidarité
✔️ faire avancer les droits
✨ Pourquoi participer ?
Parce que chaque présence compte.
Parce que la visibilité fait une différence.
Parce que le changement passe par l'action collective.
🔥 Le 17 mai, faisons-nous entendre.
Effet Allié est en marche.
Nous embarquons dans l'Effet Allié le 17 mai prochain. Et vous ?
J'embarque : https://tinyurl.com/marche17mai2026
Page Facebook%2C%22ref_notif_type%22%3Anull%7D]
L'Effet Allié est en marche : la Fondation Émergence invite la population à faire front commun contre la haine le 17 mai prochain
MONTRÉAL, le 5 mai 2026 — À l'occasion de la 24e édition de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, qui se tient le 17 mai de chaque année, la Fondation Émergence annonce sa campagne ainsi que sa marche citoyenne sous le slogan « l'Effet Allié est en marche ».
Cette édition survient dans un contexte particulièrement préoccupant. Les discours hostiles, la haine et les attaques envers les personnes LGBTQ+ sont en hausse, autant en ligne que dans l'espace public. Plusieurs rapports récemment publiés au Québec témoignent d'une augmentation marquée des propos haineux et d'un climat qui nuit au bien-être et à la dignité des personnes LGBTQ+.
« Plus que jamais, la présence, l'écoute et le soutien des allié·e·s sont essentiels pour faire face aux reculs. Aujourd'hui, 61 % des Canadien·ne·s se considèrent comme des allié·e·s : notre campagne vise à traduire cette solidarité en actions concrètes. Participer à la campagne et marcher le 17 mai, c'est poser des gestes clairs et affirmer que nous choisissons d'agir collectivement pour continuer d'avancer vers une société plus inclusive », explique Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence.
L'Effet Allié est en marche
Cette année, la Fondation Émergence veut rassembler le Québec autour d'un message fort de solidarité et d'engagement. À travers des témoignages, des prises de positions de plusieurs personnalités publiques, la distribution de matériel et une vague de messages positifs, l'organisme invite la population à se mobiliser sur https://effetallie.ca/. Face au contexte actuel, chaque geste compte et chaque voix fait une différence.
Comme il n'y a pas d'arc‑en‑ciel sans pluie ni soleil, il n'y a pas de véritable inclusion sans la présence active des personnes alliées. L'organisme appelle les allié·e·s à se tenir fièrement aux côtés des communautés LGBTQ+ pour donner de l'ampleur à ce mouvement et rappeler que la majorité choisit la solidarité, le respect et l'inclusion. La campagne culminera le 17 mai prochain avec sa marche citoyenne, où la population est invitée à se joindre massivement pour affirmer collectivement que la haine n'a pas sa place.
Informations pratiques sur la marche
Date : Dimanche 17 mai 2026.
Heure de début : Arrivée des participant·e·s dès 13h, discours à 13h30, début de la marche à 14h.
Lieu de départ de la marche : Place des Festivals, 1499 Rue Jeanne-Mance, Montréal, QC H2X 2J4.
Fin de la marche : 16h30, au coin des rues Alexandre-DeSève et Sainte-Catherine Est.
À propos de la Fondation Émergence
Fondée en 2000, la Fondation Émergence est une organisation québécoise pionnière dédiée à la sensibilisation, l'éducation et la défense des droits des personnes issues de la diversité sexuelle et de genre. Reconnue pour son approche inclusive et accessible et pour la variété de ses programmes, la Fondation agit concrètement pour bâtir une société où chaque personne, peu importe son orientation sexuelle, son identité ou expression de genre, peut vivre pleinement dans la dignité, le respect et l'acceptation.
À propos de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie (JICHT)
En 2003, à l'initiative de Laurent McCutcheon, la Fondation Émergence lançait la toute première Journée nationale de lutte contre l'homophobie. Depuis, cette journée est devenue internationale, s'est élargie à la lutte contre la transphobie et est désormais célébrée chaque 17 mai dans plus de 60 pays. La Fondation Émergence mène chaque année une campagne de sensibilisation d'envergure pour faire avancer les droits des personnes LGBTQ+ et mobiliser les allié·e·s de tous les milieux.

L’accueil de la Banque de la défense au Canada, des milliards pour les armes, des miettes pour le climat
Le Canada a été choisi pour accueillir le siège social de la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR), un nouvel outil financier multilatéral visant à accroître les dépenses militaires des pays membres. Il reste maintenant à déterminer quelle ville — parmi Montréal, Ottawa, Toronto et Vancouver — sera retenue pour l'héberger. Les autorités municipales et les gouvernements provinciaux concernés se sont aussitôt mobilisés pour défendre leur candidature. Au Québec, le gouvernement de la CAQ, la mairesse de Montréal, les partis d'opposition à l'Assemblée nationale et les organisations patronales ont tous exprimé le souhait que cette banque s'installe à Montréal.
Quels sont les objectifs de cette Banque de défense ?
La Banque de défense a pour mission de faciliter le financement à faible coût des initiatives d'investissement dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement militaires et de la recherche en matière de sécurité. Ce financement profitera à la fois aux gouvernements membres et aux entreprises du secteur de la défense. L'objectif est de créer une institution capable de lever des milliards de dollars pour financer des projets de défense et de remilitarisation de l 'économie. Ce sont d'abord les pays d'Amérique du Nord, de l'Union européenne et les membres de l'OTAN qui entendent ainsi faciliter leurs investissements militaires dans le cadre de leur course aux armements face à des puissances comme la Chine et la Russie.
L'invitation de cette banque au Canada s'inscrit dans la politique de sécurité du gouvernement Carney
Le Canada s'est engagé à atteindre dès 2025-2026 le seuil de 2 % du PIB exigé par l'OTAN, avec l'ambition de porter ces dépenses à 5 % du PIB d'ici 2035, soit environ 150 milliards de dollars par an et plus de 500 milliards sur une décennie. Ces investissements visent à moderniser l'armée canadienne en acquérant de nouveaux équipements : navires, avions, sous-marins, drones, radars et technologies de surveillance.
Le gouvernement Carney entend par ailleurs réduire sa dépendance aux achats militaires américains en accordant 70 % de ses contrats à des entreprises canadiennes d'ici dix ans, contre seulement 29 % actuellement. Les secteurs de l'aérospatiale, de la cybersécurité et des technologies de défense sont appelés à croître significativement, et des entreprises comme Bombardier, CAE et les Chantiers maritimes Davie sont bien positionnées pour en bénéficier.
Pour concrétiser ces ambitions, le Canada a obtenu le siège social de la nouvelle Banque DSR, dont la charte a été négociée à Montréal en avril 2026 avec une vingtaine de pays alliés. Cette institution multilatérale offrira un financement à long terme et à faible coût pour soutenir les industries de défense des pays membres, comblant des lacunes critiques dans les chaînes d'approvisionnement militaires que les marchés privés ne financent pas aisément.
Cette stratégie s'inscrit dans un contexte de réarmement généralisé des pays de l'OTAN face aux tensions internationales : guerre en Ukraine, rivalités sino-américaines et pressions de l'administration Trump. Le Canada entend ainsi assumer une part croissante du fardeau collectif de la défense occidentale.
Pourquoi les partis politiques souhaitent-ils l'installation de cette banque ?
La compétition est vive, notamment entre Montréal et Toronto, et les motivations politiques sont multiples. L'enjeu est aussi économique : le siège social de cette banque pourrait générer jusqu'à 3 500 emplois.
Sur la scène fédérale, la question divise les libéraux eux-mêmes : les députés québécois appuient Montréal tandis que leurs homologues ontariens se rangent derrière Toronto, plaçant le premier ministre Mark Carney devant une décision politiquement délicate.
En Ontario, Toronto défend l'argument qu'elle offre une stabilité politique et une fiabilité mondialement reconnues. Les promoteurs torontois vont jusqu'à évoquer la promesse référendaire du Parti québécois comme un facteur d'instabilité économique et politique susceptible de nuire à Montréal — argument que le gouvernement du Québec et les partis politiques québécois qualifient unanimement d'« arguments de peur ».
Refuser d'aborder le fond de la question pour mieux esquiver le débat
Les militantes et militants qui rejettent la thèse voulant que la relance de l'économie passe par les investissements dans les industries militaires se doivent également de rejeter l'implantation d'une Banque de défense pilotée par les pays de l'OTAN. Toutes celles et ceux qui font de la lutte aux changements climatiques et la protection de la biodiversité leur combat principal ne peuvent que s'opposer aux prises de position des partis politiques et des organisations patronales qui cherchent à attirer cette institution à Montréal. La métropole québécoise, qui a connu certaines des plus importantes mobilisations anti-guerre de la dernière décennie, ne peut pas, pas plus que le reste du Québec, devenir le siège d'une institution financière vouée à financer les industries d'armement. Soyons clairs : cette banque dite « de la défense, de la sécurité et de la résilience » a pour vocation d'augmenter les dépenses militaires des États membres.
Les partis politiques québécois s'inscrivent dans une logique militariste
Au Québec, on fait valoir que Montréal est la seule ville canadienne à abriter le siège d'une agence spécialisée de l'ONU — l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) — et qu'elle accueille des dizaines d'organisations internationales, ce qui en ferait l'endroit idéal pour accueillir la Banque DSR.
Hormis Québec solidaire, les partis politiques québécois ont dans l'ensemble défendu la politique de défense de Carney et accueilli avec enthousiasme la perspective de l'installation de cette banque à Montréal. François Legault a soutenu que l'économie du Québec pourrait se relancer en s'intégrant à la filière de l'industrie militaire, tandis que la première ministre Christine Fréchette a salué son collègue de l'Économie, Bernard Drainville, qui a déclaré faire de l'obtention d'une part des hausses de dépenses militaires fédérales l'une de ses priorités.
Le Parti libéral du Québec s'est joint à ce concert sans hésiter à reprendre à son compte la rhétorique ontarienne, selon laquelle la perspective d'un référendum créerait un climat d'instabilité préjudiciable à la candidature de Montréal.
Le Parti québécois, pour sa part, appuie la candidature de Montréal et rejette avec véhémence l'utilisation de la promesse référendaire comme argument défavorable. Cela n'a rien de surprenant pour un parti qui souhaite qu'un Québec indépendant puisse adhérer à l'OTAN. Le député péquiste Pascal Paradis a qualifié d'hypothétiques et non fondés les arguments sur l'instabilité que créerait la tenue éventuelle d'un référendum.
Quant à Sol Zanetti, de Québec solidaire, il n'a pas abordé lors de son point de presse la signification et les conséquences réelles de l'installation de la Banque DSR. Il s'est contenté de réfuter les arguments ontariens, soulignant que l'instabilité, les Québécoises et Québécois la vivent déjà, le fédéralisme les privant du pouvoir de prendre leurs propres décisions.
Opposer à la venue de la Banque de défense la nécessité d'un financement massif de la lutte aux changements climatiques
On aurait pu espérer que le porte-parole de Québec solidaire oppose à la venue d'une banque destinée à nourrir les investissements militaires la mise sur pied d'une institution vouée au développement des énergies renouvelables, à la lutte aux changements climatiques et à la protection de la biodiversité. C'est précisément l'absence d'une telle institution multilatérale, dotée d'une capitalisation massive, qui alimente régulièrement les débats dans les sommets climatiques internationaux comme la COP, où les grandes puissances refusent de reconnaître leurs responsabilités dans le dérèglement climatique et de fournir les investissements adéquats aux pays du Sud — ceux-là mêmes qui subissent de plein fouet les conséquences d'une crise dont ils ne sont pas responsables.
Une capitulation collective face à la logique de guerre
Ce qui frappe dans ce débat, c'est moins la compétition entre Montréal et Toronto que l'absence quasi totale de remise en question de la logique qui la sous-tend. Les partis politiques québécois — CAQ, PLQ et PQ en tête — et les organisations patronales comme le Conseil du patronat et les chambres de commerce ont choisi de s'engouffrer dans la course aux retombées militaires sans jamais poser la question fondamentale : est-ce vraiment le type d'économie que le Québec veut construire ?
En se battant pour accueillir la Banque DSR, ces acteurs valident implicitement le virage belliciste du gouvernement Carney, abandonnant toute prétention à une vision économique alternative. Ils transforment Montréal — ville qui s'est longtemps distinguée par ses mobilisations pour la paix — en candidate enthousiaste au statut de capitale financière du réarmement occidental.
Le porte-parole de QS, de son côté, plutôt que de proposer une contre-offensive politique claire — exiger, par exemple, la création d'une banque multilatérale dédiée au financement de la lutte aux changements climatiques — a préféré s'attarder sur les arguments des fédéralistes, esquivant le fond d'un débat pourtant crucial.
Le véritable enjeu n'est pas de savoir si c'est Montréal ou Toronto qui abritera cette institution. C'est de refuser collectivement qu'une banque dédiée à financer la course aux armements s'installe au cœur de nos villes, pendant que les fonds nécessaires à la lutte contre la crise climatique continuent de manquer cruellement. Face à ce choix de société, le silence complice des partis établis et le ralliement empressé des milieux d'affaires constituent une abdication politique dont les générations futures paieront le prix.

Les syndicats ne sont pas responsables de l’inflation
Nous transcrivons ci-dessous l'éditorial de Caroline Senneville, présidente de la CSN qui explique que les causes réelles de l'inflation qui touche le logement, l'essence, l'alimentation, ne sont pas liées aux revendications syndicales mais au fonctionnement même de l'économie dans la période actuelle. (PTAG)
Non, ce n'est pas la faute du syndicat. Si c'était la faute du syndicat, l'inflation serait pas mal plus basse aux États-Unis qu'au Canada parce qu'aux États-Unis, le taux de syndicalisation est en bas de 10 % et le taux d'inflation est beaucoup plus élevé qu'au Canada.
Vous m'avez entendu dernièrement parler d'inégalité sociale et ça a suscité beaucoup de réactions. Une des réactions que ça a suscité, c'était de dire que les syndicats étaient fautifs encore parce que c'est à cause de nous, quand on va chercher des augmentations salariales plus importantes, c'est nous qui causons l'inflation.
C'est ce mythe-là que je veux absolument démolir aujourd'hui. D'abord, l'inflation sur le logement. Les quatre dernières années, l'inflation du logement, c'est entre 25 et 50 % du coût du logement selon la Ville du Québec que vous habitez. Ce ne sont pas les salaires qui ont fait augmenter le coût du logement. Ce qui fait augmenter le coût du logement, c'est le sous-investissement massif du fédéral, du provincial dans le logement social, dans le logement à but non lucratif depuis des décennies. C'est l'absence de mesures, par exemple, sur la transparence des prix du bail précédent. C'est le fait qu'on puisse plus céder le bail. Tout ça, ça a un effet sur le logement.
Autre poste financier qui a beaucoup, beaucoup augmenté, c'est l'essence. Bien oui, l'essence. Guerre en Ukraine, guerre au Moyen-Orient, ce n'est pas la faute aux syndicats, ça. Il faut comprendre aussi que le prix du carburant, le prix du transport, ça a un effet aussi sur toutes les marchandises qu'on transporte, y compris la nourriture. Donc, effectivement, ce n'est pas la faute aux syndicats si le carburant augmente.
L'alimentation. C'est vraiment fulgurant. L'alimentation, le taux d'inflation de l'alimentation est beaucoup plus élevé que le reste, je dirais, de ce qu'on achète généralement. Puis, effectivement, encore une fois, il y a eu la pandémie, il y a eu la guerre en Ukraine, il y a eu, je vous ai parlé du carburant tout à l'heure, et il y a eu aussi le cartel du pain. Ça vous dit-tu quelque chose, ça ?
En 2020 et en 2021, de grandes bannières se sont entendues pour fixer le prix du pain. Résultat, on aurait payer 1,50$ trop cher par miche de pain, c'est la conclusion du Bureau de la concurrence.
Alors, non, ce n'est pas la faute du syndicat. Si c'était la faute du syndicat, bien, l'inflation, elle serait pas mal plus basse aux États-Unis qu'au Canada, parce qu'aux États-Unis, le taux de syndicalisation est en bas de 10 % et le taux d'inflation est beaucoup plus élevé qu'au Canada.
Nous, les syndicats, ce qu'on fait, là, c'est d'aller chercher des salaires pour survivre à l'inflation. Puis, quand on réussit à faire ça, bien, on aide des familles à vivre dignement, puis on aide l'économie aussi. Parce que si tu as un peu plus d'argent dans la fond de tes poches à la fin du mois, à la fin de la semaine, une fois que tu as payé justement ton loyer et ton épicerie, bien, peut-être que tu peux aller faire un tour au restaurant, peut-être que tu peux aller chez la coiffeuse ou le coiffeur. Et ça, ce sont tous des commerces qui bénéficient du fait que les gens ne font pas juste survivre, mais qu'ils ont un salaire décent.
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Haïti : le travail au prix du chômage
Le Gouvernement haïtien vient d'ajuster le salaire minimum à 1 000 gourdes (5.57 US) dans le secteur de la sous-traitance pour une journée de huit heures à raison de 125 gourdes ( 0,94 US) par heure. Une décision dite de compromis mais en Haïti, c'est simple : avoir un emploi, c'est juste une autre façon d'être au chômage, avec un horaire fixe.
Après des semaines de négociations, les syndicats, qui exigeaient 3 000 gourdes, se heurtent à la muraille érigée par les maitres du système. En face, l'État et le patronat parlent de « réalisme économique » dans un contexte de crise. Mais de quel réalisme s'agit-il lorsque le fruit d'une journée entière de travail ne permet même pas de se nourrir dignement ?
Ce salaire est loin d'être un revenu : c'est une ration de survie octroyée à des indigents. Il ne peut leur permettre de satisfaire leurs besoins, de prendre soin de leur famille. Déjà, Karl Marx avertissait : « le travailleur devient d'autant plus pauvre qu'il produit plus de richesse ». En Haïti, cette formule trouve sa parfaite consécration. L'ouvrier produit, mais ne consomme pas ; il travaille, mais ne vit pas. Il végète dans cercle vicieux de la pauvreté.
Ce que révèle ce salaire minimum, ce n'est pas seulement une faiblesse économique, mais une structure d'exploitation assumée. Car, comme l'écrit Marx, « la plus-value est le travail non payé du travailleur ». Chaque gourde non versée correspond à une richesse captée ailleurs : dans les marges des entreprises, dans les circuits du capital national ou transnational, dans un système où une classe d'hommes est soumise à la dégradation matérielle et morale.
L'État, loin d'arbitrer dans cette éternelle opposition entre patronat et salariés, s'inscrit dans cette mécanique. Il ne corrige pas les exploitations, il les structure. Il ne protège pas le travailleur, il garantit les conditions de son exploitation. Derrière le discours technocratique de la bande à Fils-Aimé au pouvoir se cache une réalité plus crue : le pouvoir public cautionne l'exploitation outrancière de la classe ouvrière.
Pour Marx, le salaire a une fonction minimale : assurer la reproduction de la force de travail. « Le salaire n'est que le moyen de maintenir le travailleur en vie comme travailleur ». Mais que reste-t-il lorsque même cette fonction n'est plus remplie ? Lorsque se nourrir, se loger, se soigner deviennent inaccessibles. En Haïti sous le gouvernement de facto de Didier Fils-Aimé, le système ne permet plus de reproduire la force de travail, il l'anéantit face à un taux d'inflation de 20,6% consécutif à l'augmentation des prix du carburant le mois dernier.
Le salaire minimum haïtien n'est donc pas simplement insuffisant, il est révélateur d'un ordre économique où l'ouvrier est condamné à produire sans jamais sortir de la survie. Il est révélateur d'un contrat social rompu, où travailler ne signifie plus vivre, mais seulement retarder la mort par la faim.
Dans un contexte électoral, ce débat devrait être passionnant mais la classe politique fait silence. Les acteurs politiques se taisent. Les potentiels candidats esquivent cette scène hideuse et tournent leurs regards vers d'autres horizons. Où sont les partis qui se disent proches des masses ? Où sont les partis qui prétendent être de la gauche ? Si ceux qui sollicitent nos voix refusent de défendre notre pain, que valent leurs promesses une fois au pouvoir ?
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Etats-Unis-Iran. Débat. « Impasse alors que l’on parle d’un accord »
Le golfe Persique est actuellement à peu près aussi stable qu'un château de cartes pris dans un ouragan. Le temps de terminer la lecture de ces lignes – si vous n'avez pas déjà été déconcentré par la crise suivante –, la situation aura encore changé. Mais, au 6 mai, au moment où j'écris ces lignes, nous assistons tous au chef-d'œuvre stratégique de Donald Trump que constitue la « pause » ou l'« annulation » du « Projet Freedom ».
Tiré d'À l'encontre.
Après que la marine états-unienne a réussi à escorter héroïquement un total de deux navires marchands battant pavillon américain (plus un dépendant de l'armateur danois Maersk) à travers le détroit d'Ormuz, Donald Trump a décidé de mettre effectivement fin à l'opération. Apparemment, le passage de trois navires suffit pour crier victoire avant de revendiquer de « grands progrès » dans les négociations. Des centaines d'autres navires commerciaux sont toujours bloqués là-bas.
Cela ne signifie pas que les États-Unis aient soudainement perdu leur supériorité militaire : la puissance navale états-unienne reste écrasante. Mais cela montre les limites de cette puissance, lorsque l'escalade militaire menace d'entraîner des perturbations économiques plus vastes, des chocs sur les prix du carburant, des pressions politiques internes et la possibilité d'une guerre régionale plus large. Une superpuissance peut envoyer des navires de guerre dans le détroit : ce qu'elle ne peut pas faire facilement, c'est garantir qu'une telle initiative permettra à la fois de rétablir la circulation commerciale normale, de mettre au pas l'Iran, de rassurer les marchés, de conserver le soutien des alliés et de préserver le cessez-le-feu. En ce sens, ce revirement n'est pas le signe d'un effondrement américain, mais d'un étirement excessif de l'empire : Washington est assez fort pour menacer et intervenir, mais pas assez pour imposer un règlement net et sans ambiguïté. Le fait que Trump ait dû présenter ce recul comme un progrès diplomatique par l'intermédiaire du Pakistan souligne ce revirement.
Pakistan
Le week-end dernier, Trump a déclaré publiquement qu'il n'était « pas satisfait » de la dernière proposition de l'Iran, bien qu'il ait ajouté qu'il ne l'avait pas lue ! Selon des informations en provenance du Pakistan, l'Iran a désormais envoyé plusieurs réponses aux modifications proposées par Washington, mais les détails n'ont pas été rendus publics. Selon Al Jazeera, la dernière proposition iranienne semble porter principalement sur la réouverture du détroit, le report des négociations sur le nucléaire, ainsi que la levée des sanctions, des garanties contre de nouvelles attaques et d'autres concessions. Dans l'ensemble, cela suggère que Washington tente de façonner un accord selon des conditions qu'il peut accepter, tandis que Téhéran continue de négocier par le biais de sa propre contre-proposition, bien que, selon le ministre des Affaires étrangères du pays (Abbas Araghtchi), les négociations se poursuivaient toujours au Pakistan (au 6 mai).
Selon le Financial Times, le monde est pris dans une course entre deux blocus : les États-Unis limitant les revenus pétroliers de l'Iran ; et l'Iran menaçant le détroit d'Ormuz, par lequel transite une part considérable du pétrole mondial. Les marchés sont restés relativement calmes, car l'offre de pétrole était abondante avant la crise, les stocks restent confortables et les prix à terme indiquent que les opérateurs s'attendent que les perturbations s'atténuent. Mais si l'impasse perdure, l'impact sera bien plus grave. Bien que l'économie mondiale consomme moins de pétrole par unité de production que par le passé, cela ne rend pas la situation plus sûre. Le pétrole est désormais davantage concentré dans des usages essentiels liés au transport et au fret qui ne peuvent être facilement remplacés, de sorte qu'une perturbation pourrait frapper fort et soudainement. En ce sens, les économies modernes sont plus vulnérables qu'elles n'en ont l'air. Cependant, la capacité de l'Iran à atténuer la « douleur » économique est également remise en question, même s'il a souvent réussi à surmonter les épreuves en combinant des subventions aux partisans du régime et la répression des manifestations socio-économiques.
Ceux qui suivent les publications sur les réseaux sociaux de la frange de la gauche iranienne qui était ou est devenue des partisans inconditionnels de la République islamique, ainsi que les partisans à travers le monde du régime iranien et de son « Axe de la résistance », connaissent très bien les citations de deux universitaires américains : Jeffrey Sachs et John Mearsheimer [membre de l'école dite réaliste des relations internationales]. Jeffrey Sachs présente la guerre en Iran comme le symptôme d'un changement historique plus large : selon lui, elle révèle « les limites de la puissance des Etats-Unis » et s'inscrit dans un processus plus long, au cours duquel l'hégémonie occidentale n'a cessé de décliner depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la période unipolaire de la guerre froide. Mearsheimer avance un argument complémentaire, mais plus opérationnel, affirmant que la guerre « ne se passe pas bien pour les États-Unis », que Washington ne dispose pas d'une « porte de sortie » crédible et qu'aucune victoire décisive n'a été remportée. Il décrit donc le conflit comme tendant vers une guerre d'usure plutôt que vers un succès américain net. Considérées dans leur ensemble, ces remarques suggèrent que le conflit doit être compris moins comme une démonstration de la domination états-unienne que comme la preuve d'un étirement stratégique excessif, de la résilience iranienne et de l'érosion de la capacité de Washington à imposer un règlement rapide ou décisif. D'autres, comme Robert Pape [professeur de sciences politiques à l'université de Chicago], évoquent l'émergence de l'Iran en tant que quatrième puissance mondiale contrôlant le détroit d'Ormuz !
Le problème avec de telles affirmations est qu'en réalité la situation peut changer rapidement et de manière spectaculaire. Washington ne bat pas en retraite parce qu'il s'est affaibli sur le plan militaire : il est contraint de le faire parce qu'une escalade militaire entraîne désormais de graves coûts économiques et politiques. La survie de l'Iran jusqu'à présent ne doit pas être interprétée comme une victoire. De telles analyses ignorent la situation interne désastreuse après des semaines de guerre et un nouveau blocus susceptible de changer radicalement la donne. Le secteur de l'emploi en Iran est confronté à la vague de licenciements et à la hausse du chômage les plus catastrophiques de son histoire récente. La combinaison d'un grave ralentissement économique, d'actifs industriels ruinés, de coupures numériques prolongées et d'une chute vertigineuse de la demande de consommation a contraint de nombreuses entreprises à réduire leurs effectifs ou à cesser complètement leurs activités.
Économie
De plus, les perspectives économiques sont très sombres. Selon un rapport d'avril 2025 du Centre statistique d'Iran, le taux d'inflation annuel vient de grimper à 53,7%. Ce fardeau est ressenti le plus vivement par les personnes aux revenus les plus faibles, qui sont confrontées à un taux de 58,2%, tandis que les prix des denrées alimentaires ont explosé de plus de 115%. Des rapports provenant des zones industrielles et du secteur technologique suggèrent que la combinaison des conflits militaires, de l'inflation et de la rupture des voies commerciales a déclenché un effet domino de licenciements et de faillites tant au sein des grandes entreprises que des petites structures.
Ahmad Meydari, ministre du Travail, a indiqué début mai 2025 que plus de 150'000 personnes avaient déposé une demande d'allocations chômage en l'espace de quelques semaines. Alireza Mahjoub, de la Chambre du travail, a évoqué la perte de 700'000 emplois, précisant que 130'000 étaient directement liés aux frappes militaires, tandis que 600'000 étaient des victimes indirectes du conflit. Présentant un tableau encore plus sombre, Gholamhossein Mohammadi, vice-ministre du Travail, a estimé que la guerre avait directement détruit plus d'un million d'emplois, le nombre total de travailleurs touchés – tant directement qu'indirectement – atteignant environ deux millions.
Le site de recherche d'emploi JobVision a enregistré le chiffre stupéfiant de 318'000 candidatures en une seule journée, soit une hausse de 50%. Dans le même temps, le système d'assurance chômage est en train de céder. Hassan Sadeghi, du Syndicat des anciens combattants de la communauté du travail, a observé que, depuis le début des attaques, le nombre de demandeurs d'emploi a bondi vers le million, submergeant un fonds qui ne couvrait auparavant que 180'000 personnes. En réponse, l'État a lancé l'initiative « Réduire les licenciements », qui accorde un nouveau crédit au fonds d'assurance et des allègements fiscaux temporaires aux entreprises qui évitent de nouvelles réductions d'effectifs. Les données d'après-guerre révéleront un paysage fragmenté en matière d'emploi en Iran. Alors que certaines régions sont en état de choc, d'autres ont maintenu un certain niveau de stabilité.
Les provinces occidentales sont les plus durement touchées, les missiles et les bombes ayant principalement frappé ces régions. Les responsables de Kermanshah [à l'ouest à quelque 80 km de la frontière irakienne] font état d'un taux de chômage de 15,2%, suivis par le Kurdistan à 13,7% et le Khuzestan à 13,3%. Ces régions, déjà confrontées à des problèmes structurels, ont été encore plus gravement touchées par les dégâts portés aux infrastructures et les défaillances de la chaîne d'approvisionnement. Le Lorestan [au milieu des monts Zagros au nord-ouest de la ville d'Ispahan] affiche un taux de chômage de 11%. À l'inverse, le Mazandaran [dans le nord du pays, délimitée par la mer Caspienne] et Yazd [située sur le plateau central] ont fait preuve d'une plus grande résilience (attribuée à la diversité agricole du Mazandaran et aux secteurs minier et manufacturier de Yazd). Cependant, même ici, la baisse du taux d'emploi suggère que de nombreux travailleurs découragés quittent tout simplement le marché du travail.
La flambée du chômage résulte de la conjonction entre des faiblesses structurelles de longue date et le choc soudain de la guerre. Au-delà des dommages directs liés aux combats, les échecs des politiques gouvernementales – notamment en matière de stabilité de l'approvisionnement en électricité et de coupures persistantes d'Internet – ont joué un rôle significatif. Les pôles industriels signalent que les coupures de courant ont rendu l'activité intenable pour les industries lourdes, qui constituent l'épine dorsale de la chaîne d'approvisionnement nationale.
Mehdi Ghodsi, économiste à l'Institut de Vienne pour les études économiques internationales, estime que l'économie iranienne souffre à la fois d'inflation et de récession. Il souligne que la destruction de secteurs « en amont » comme la sidérurgie a provoqué un effet domino, privant les unités « en aval » de fournitures et les contraignant à fermer. Mehdi Ghodsi met également l'accent sur cette atmosphère de « ni guerre ni paix ». Cette impasse politique a poussé tant les investisseurs que les consommateurs à se retirer, plongeant l'économie dans une situation critique qui ne pourra probablement être résolue que par une désescalade et une réouverture de l'environnement économique.
Les petites et moyennes entreprises sont peut-être les plus durement touchées. Des rapports provenant de villes industrielles telles que Pakdasht et Alborz indiquent que les employeurs préparent des listes de licenciements dès la fin des vacances. La coupure d'Internet a particulièrement dévasté les commerçants en ligne et les travailleurs indépendants, réduisant pratiquement à néant leurs revenus. Même des géants comme Digikala auraient licencié des centaines d'employé·e·s dans les secteurs administratif et logistique. Le secteur des médias n'a pas été épargné : l'agence de presse ILNA est passée à un modèle exclusivement freelance après avoir licencié son personnel permanent, reflétant une tendance plus large chez les médias qui font face à une fermeture imminente. Des manifestations d'euphorie à propos de la guerre ont eu lieu dans la rue de la part des partisans du régime, mais tout cela peut changer rapidement si la crise économique s'aggrave.
Depuis plus de quatre décennies, les États-Unis utilisent les sanctions contre l'Iran comme un moyen de pression, une pratique qui a débuté en 1979 et s'est intensifiée au fil de vagues successives. Dans la pratique, ces mesures ne se contentent pas de « punir » un État : elles touchent d'abord les citoyens ordinaires, alimentant l'inflation, les pénuries, la pauvreté et les tensions sociales. Elles créent également un terrain propice aux profiteurs, aux réseaux du marché noir et aux élites se nourrissant de position rentière qui s'enrichissent grâce à la pénurie, tandis que le reste de la société est plongé dans une misère toujours plus grande. Ces inégalités croissantes engendrent du ressentiment, de la colère, des manifestations et, parfois, des troubles. C'est pourquoi les sanctions sont souvent perçues non seulement comme une guerre économique, mais aussi comme s'inscrivant dans une stratégie plus large de déstabilisation pouvant être exploitée à des fins de changement de régime, même si cet objectif n'a pas encore été atteint. Personne ne devrait présumer que cela ne pourrait jamais arriver.
Le problème n'est donc pas que l'Iran soit en train de gagner, ni que les États-Unis soient simplement en train de perdre. Une telle interprétation réduirait une situation contradictoire à de la propagande. La capacité de l'Iran à résister à la pression, à perturber les calculs régionaux et à survivre à l'escalade militaire ne constitue pas une victoire, alors que sa propre société est enfoncée toujours plus profondément dans la spirale inflationniste, le chômage, la répression et l'incertitude. De même, le recul de Washington face à un règlement militaire ou diplomatique clair ne signifie pas la fin de la puissance états-unienne. Les États-Unis restent militairement dominants, mais ils sont de plus en plus contraints d'exercer cette domination par le biais de sanctions, de blocus, de menaces et de déstabilisation plutôt que par un leadership stable.
Ce à quoi nous assistons est donc une crise de la forme même du pouvoir impérial : un basculement d'une hégémonie confiante vers une gestion coercitive du déclin. C'est pourquoi le conflit immédiat dans le Golfe doit être replacé dans la structure plus large de l'impérialisme, du contrôle énergétique et de la rivalité intercapitaliste.
L'impérialisme
L'histoire de la puissance mondiale ne suit pas une ligne droite allant de la force à l'effondrement. Elle évolue de manière inégale, à travers le déclin, l'adaptation et la réorganisation. Les États-Unis restent l'État le plus puissant au monde, mais la forme de leur pouvoir a changé.
Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein expliquent tous deux pourquoi le déclin ne se présente pas nécessairement comme un effondrement soudain. L'analyse d'Arrighi lie le déclin des États-Unis à la financiarisation et à un étirement excessif de leur présence militaire, tandis que Wallerstein soutient que les États-Unis « perdent de leur influence en tant que puissance mondiale » depuis la fin de la guerre du Vietnam. Le point important est que le déclin ne met pas fin à un empire d'un seul coup : il pousse souvent cet empire vers des méthodes de domination plus coercitives. En ce sens, la crise de l'hégémonie ne supprime pas le pouvoir impérial : elle en modifie la forme. Cela importe si l'on considère l'impérialisme non pas comme un stade final et anormal du capitalisme, mais comme un système intégré au fonctionnement normal du capitalisme, dépendant des États, de la hiérarchie et de la concurrence entre des entités politiques. L'impérialisme n'est donc pas seulement marqué par un signe de déclin tardif : c'est un mode par lequel le capitalisme gère la crise et se reproduit à travers des territoires inégaux.
L'impérialisme moderne n'est pas motivé par un seul facteur : il opère à travers plusieurs systèmes interconnectés. Les échanges inégaux transfèrent de la valeur des régions les plus pauvres vers les plus riches par le biais du commerce, des investissements et des chaînes d'approvisionnement. La puissance du dollar permet aux États-Unis de discipliner d'autres États par le biais de la finance, des sanctions et de la dette. La portée militaire sécurise les bases, les voies de communication et les points d'étranglement. La crise écologique est également repoussée vers l'extérieur, les coûts de l'extraction et de la pollution étant répercutés sur les pays du Sud. Dans le cadre théorique de David Harvey, cela s'inscrit dans la logique plus large de « l'accumulation par dépossession », tandis qu'Ellen Meiksins Wood soutient que le capitalisme crée une nouvelle forme de domination par des « moyens purement économiques », parallèlement à un « militarisme illimité ».
La question énergétique s'inscrit dans cette structure. L'argumentation de Timothy Mitchell dans Carbon Democracy. Political power in the age of oil (Verso, 2013) est particulièrement utile ici. Il montre que le pétrole du Moyen-Orient a permis aux puissances occidentales de s'appuyer sur une « énergie bon marché et abondante », et que cela a contribué à produire un ordre politique devenu « dépendant d'un Moyen-Orient non démocratique ». Le point essentiel n'est pas que le pétrole importe uniquement en tant que marchandise : il importe parce que le contrôle de l'énergie contribue à façonner l'organisation plus large du pouvoir, de la production et de la dépendance. Dans le contexte actuel, il est par exemple bien plus important de priver la Chine de l'accès au pétrole bon marché.
À mesure que l'hégémonie américaine s'affaiblit, la « multipolarité » a été présentée comme une alternative – et parfois comme une alternative positive. Samir Amin a fait valoir que les pays les plus pauvres ont besoin de la capacité de « rompre les liens avec les principaux mécanismes de la domination impériale ». Selon lui, cela exigeait de se « désolidariser » de la logique du marché mondial, afin que le développement national puisse devenir prioritaire et qu'un monde plus pluriel puisse créer un espace pour un développement autonome. Ses arguments trouvent un certain écho au sein de certains secteurs de la gauche iranienne, d'où la nécessité de les contester.
Tout d'abord, la multipolarité n'est pas synonyme d'anticapitalisme. Même si une nation se « déconnecte » du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale dominés par les États-Unis, elle reste prisonnière de la loi internationale de la valeur. Si un pays du Sud « se détache », mais continue d'organiser son économie nationale autour du profit et de la production de marchandises, il reste soumis à la même pression systémique. La concurrence entre les « pôles » (par exemple, les États-Unis contre la Chine) conduit souvent à un « nivellement par le bas » en matière de droits du travail et de normes environnementales, chaque pôle cherchant à surpasser l'autre en termes de production. La multipolarité n'est pas la fin de l'impérialisme : c'est la localisation de l'exploitation.
En réalité, un monde pluriel n'est un monde libéré que si cette pluralité existe sous la forme d'une coopération socialiste, et non d'une accumulation compétitive – la vision de Samir Amin d'un « développement autonome » est impossible sous le capitalisme mondial. Le capital étant international, tout État « déconnecté » qui tenterait de construire un système socialiste, voire un système social-démocrate indépendant, serait immédiatement confronté à une fuite des capitaux, à des sanctions ou à des crises de « ciseaux » (où le coût des technologies importées augmente, tandis que le prix des matières premières exportées baisse). La question clé n'est pas de savoir si la puissance des Etats-Unis est en déclin, mais quel type d'ordre la remplace. Actuellement, la Chine est un rival potentiel et rien n'indique l'émergence de pôles multipolaires. Cependant, même si un tel scénario devait se produire, cela ne signifierait pas un monde meilleur et plus égalitaire.
Zone stratégique
L'escalade vers la guerre avec l'Iran doit être comprise dans ce contexte plus large. Il ne s'agit pas de technologie nucléaire ni de l'influence régionale de l'Iran. Il s'agit du contrôle stratégique de l'énergie dans une période de rivalité accrue entre les États-Unis et la Chine. La question de fond n'est pas le pétrole en soi, mais qui peut s'assurer un accès à une énergie bon marché, à quelles conditions et sous quelle protection. Dans une économie mondiale encore dominée par les hydrocarbures, cette question a des effets directs sur la croissance industrielle et le pouvoir à long terme.
C'est pourquoi le Moyen-Orient conserve une place centrale. Il s'agit d'une zone stratégique, où se rencontrent production énergétique, voies maritimes, bases militaires et puissance financière. Le contrôle de cette région est important car il détermine les conditions dans lesquelles d'autres puissances peuvent se développer. Sous cet angle, l'hostilité envers l'Iran n'est pas simplement une réponse au comportement d'un État : elle s'inscrit dans une tentative plus large de maintenir la région dans l'orbite stratégique des États-Unis et d'empêcher la Chine de s'assurer un accès stable et bon marché à l'énergie à des conditions favorables. Telle est la véritable signification politique de la « sécurité énergétique ».
En ce qui concerne la Chine et la guerre actuelle au Moyen-Orient, nous sommes ici en présence d'un cas classique où un avantage géopolitique à court terme se heurte à une vulnérabilité économique à long terme. La Chine a tiré un certain avantage stratégique et diplomatique de ce conflit : l'attention et les ressources militaires de Washington ont été davantage mobilisées au Moyen-Orient, tandis que Pékin s'est efforcé de se présenter comme un médiateur avisé, notamment grâce à son rôle en coulisses pour encourager l'Iran à participer aux pourparlers de cessez-le-feu d'avril. Mais ce même conflit a également mis à nu la plus grande faiblesse structurelle de la Chine : sa dépendance vis-à-vis des importations d'énergie et des voies maritimes traversant le Golfe. La guerre a détourné l'attention des États-Unis de la région indo-pacifique, du moins temporairement, réduisant ainsi quelque peu la pression exercée sur la Chine concernant Taïwan et la mer de Chine méridionale.
Cependant, la Chine a également perdu. Le conflit a durement frappé sa sécurité énergétique : les importations de pétrole brut du pays ont atteint un record de 11,6 millions de barils par jour en 2025, et plus de 70% de sa consommation de pétrole dépend des importations. Les risques économiques plus larges sont également bien réels. La hausse des prix du pétrole, les perturbations du transport maritime et l'affaiblissement de la demande en Europe et aux États-Unis menacent tous le modèle de croissance de la Chine axé sur les exportations. Les marchés chinois et hongkongais ont déjà montré leur sensibilité au conflit. Selon des informations parues en mars, les actions hongkongaises ont fortement chuté, les investisseurs s'inquiétant de la stagflation, des prix du pétrole et de l'affaiblissement de la demande. L'instabilité des marchés pourrait transformer une opportunité géopolitique en un handicap économique.
Par ailleurs, si le conflit entraînait un changement de régime à Téhéran ou l'avènement d'un gouvernement iranien fortement pro-occidental, Pékin perdrait un important fournisseur d'énergie soumis à des sanctions ainsi qu'un partenaire stratégique opérant en partie en dehors du système financier dominé par les États-Unis.
L'Iran se trouve donc au cœur de plusieurs contradictions qui se recoupent. Pour Washington, il s'agit d'un levier de pression dans la lutte pour préserver la domination régionale et restreindre l'accès de la Chine à une énergie bon marché et sûre. Pour Pékin, c'est à la fois un partenaire stratégique utile et une source d'exposition dangereuse à l'instabilité du Golfe.
Mais pour le peuple iranien, ce conflit n'est ni le symbole d'une résistance « multipolaire » héroïque, ni simplement un coup de poker dans la rivalité entre grandes puissances. Il se traduit par des sanctions, l'inflation, le chômage, des fermetures d'usines, des coupures d'Internet, la répression et la menace constante d'une guerre plus vaste. La survie de la République islamique sous pression ne doit pas être confondue avec une victoire, tout comme les limites de la puissance américaine ne doivent pas être confondues avec une émancipation.
La seule alternative véritablement progressiste consiste à s'opposer à l'agression impérialiste, tout en refusant d'idéaliser l'État iranien, et à placer les besoins sociaux, les droits démocratiques et la lutte indépendante des travailleurs et travailleuses d'Iran au centre de la politique anti-guerre.
*Article publié par Weekly Worker le 7 mai 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre.

La Cour suprême américaine s’attaque au droit de vote
Ce jugement constitue un vent dévastateur. Les États se sont organisé en fonction de cela depuis un bon moment. Et comme nous le savons, D. Trump a demandé aux États comme au Texas et à d'autres, d'arranger leurs cartes de telle façon à ce que les Républicains aient une garantie de résultats (positifs) de telle sorte qu'ils puissent assurer leur majorité à la Chambre des représentants et au Sénat.
Democracy Now, 30 avril 2026
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr
Nermeen Shaikh : Nous débutons l'émission d'aujourd'hui avec le dépouillement d'une partie de la Voting Rights Act de 1965 par la Cour suprême. Mercredi, (29 avril 2026) par une décision de 6 contre 3, elle a rejeté la carte électorale préparée par la Louisiane et qui visait à créer un district électoral de plus en faveur de la minorité de couleur dans l'État. Cette population a depuis longtemps été frappée par la ségrégation raciale et a dû affronter les entraves à son droit de vote. Les six juges conservateurs et conservatrices du tribunal ont décrété que la proposition reposait trop sur les facteurs raciaux et favorisaient indûment l'électorat noir par rapport au blanc.
La juge Elena Kagan a présenté sa dissidence en écrivant : « (c'est) le dernier chapitre de la démolition complète de la Voting Rights Act opéré par la majorité ». Elle souligne que ce jugement va donner aux États le pouvoir de préparer des cartes électorales fédérales qui vont priver l'électorat noir de son droit de vote. « L'électorat minoritaire pourra maintenant être évacué du processus électoral ».
Amy Goodman : Les politiciens.nes républicains.es se sont vite emparé de ce jugement. Un reportage du Washington Post informe que le gouverneur de la Louisiane, M. Jeff Landry, a annoncé aux candidats.es à des sièges à la Chambre des représentants qu'il prévoyait suspendre les primaires du 16 mai prochain pour donner le temps aux élus.es de l'État d'adopter une nouvelle carte électorale. Pendant ce temps, lors d'une session spéciale mercredi, les élus.es en Floride ont approuvé une nouvelle version de la carte électorale fédérale de l'État qui pourrait donner aux Républicains quatre sièges supplémentaires à la Chambre des représentants lors de la prochaine élection de mi-mandat en novembre prochain.
Mercredi, les membres du Black Caucus du Congrès se sont réunis et ont condamné le jugement de la Cour suprême. Voici la prise de parole de Mme Terri Sewell représentante de l'Alabama :
Rep. T. Sewell : Aujourd'hui, l'extrême droite de la Cour suprême a fait souffler un vent dévastateur sur notre démocratie et sur la Voting Rights Act de 1965. Il pave la voie à la plus vaste réduction de l'électorat noir et des autres minorités depuis les années suivant la Reconstruction. (Années consécutives à la fin de la guerre civile, fin 18ième siècle. N.d.t.). Cette décision d'aujourd'hui rend plus facile la réduction au silence des électeurs.trices noires par les acteurs.trices malfaisants.es dans les États et rend plus difficiles les contestations devant les tribunaux.
Avec cette décision, les extrémistes de la Cour suprême ont complété leur croisade dévastatrice contre la Voting Rights Act de 1965. En toute connaissance de cause les précédents légaux acquis par des générations sont détruits comme les intentions du Congrès et la volonté de la population américaine. Cela donne en plus le feu vert aux partisans.es de D. Trump avec leurs machinations en faveur de (cette) suppression d'électeurs.trices, plutôt que de répondre aux vœux de la population et de changer la situation. D. Trump et les Républicains tentent d'éroder notre démocratie en supprimant des votes pour échapper à la responsabilité venant des urnes. Ils cherchent à voler les élections. Nous, le Black Caucus du Congrès, disons NON !
(…) Pas sans nous battre. Je suis une fille de Selma, d'Alabama et j'ai grandi dans l'ombre du mouvement pour les droits civiques. Ceux et celles qui ont marché sur ce pont étaient mes voisins, mes voisines, les membres de mon église, des paroissiens.nes comme moi, les gardiennes de mes enfants. Je suis ici pour vous dire que les progrès obtenus par ces marcheurs.euses ont été effacés sous nos yeux. Et nous disons NON ! Pas tant que nous sommes là.
(…)
A.G. : (…) Mme Maya Wiley se joint à nous. Elle est présidente et p.d.g. de la Leadership Conference on Civil and Human Rights et elle a été pendant longtemps une avocate des droits civiques.
Maya, merci beaucoup d'être avec nous. Pouvez-vous vous adresser à notre auditoire, parler de la signification de la Voting Rights Act et du jugement d'hier ?
Maya Wiley : D'abord, merci Amy pour votre invitation et merci de l'occasion de cette conversation.
(Ce jugement) est au cœur de notre volonté ou non de maintenir une démocratie multiraciale dans ce pays avec une place conséquente pour la population noire, d'origine latine, pour les amérindiens et celles d'origine asiatique qui doivent avoir une véritable possibilité de dire qui nous gouverne. C'est aussi simple que ça.
Mettons tout ça en contexte. Vous n'êtes pas les seuls.es à avoir entendu la représentante Sewell. Elle est une leader étonnante dans la lutte pour le droit de vote. Elle parle depuis l'endroit où le peuple noir a marché avec ses alliés.es blancs.hes. Cela a valu à ces militants.es non seulement des attaques mais des menaces de mort, des hospitalisations pour avoir tout simplement marché paisiblement en faveur de leur droit de vote. J'insiste parce que c'est en mettant leurs corps en jeu que la Voting Rights Act a été adoptée en 1965. La Leadership Conference on Civil and Human Rights, la plus grande organisation et la coalition la plus diversifiée du pays de lutte en faveur du droit de vote, a aidé à cette victoire. Cela a permis de nous sortir de la quasi absence de représentation au Congrès ou dans les législatures des États. Car dans beaucoup d'États comme l'Alabama, la Louisiane et tant d'autres où il y avait de grandes proportions de population noire, d'origine latine et au fur et à mesure de l'augmentation de la population générale des américains.es d'origine asiatique et aussi là où il y avait une forte présence d'Améridiens.nes, ces États donc, n'avait aucune responsabilité envers le vote, ils pouvaient simplement découper la carte électorale sans tenir compte des intérêts des communautés ou de ce qu'elles pouvaient demander qui leur aurait permis de se rassembler et choisir leurs représentants.es, qui allaient résoudre leurs problèmes, allaient se lever pour parler de leurs besoins.
Nous avons changé cela essentiellement ; le Congrès a fait quelque chose d'extrêmement important. Il a dit : « Vous savez quoi ? La discrimination intentionnelle, oui nous le savons, c'est non constitutionnel. Mais nous sommes dans un pays qui a ségrégué sa population sur la base de la race. Nous sommes dans un pays qui a si longtemps dans son histoire, dissimulé sa capacité à voler le pouvoir des noirs.es et des personnes d'origine latine de toutes sortes de façon qui n'ont même pas à être nommées clairement. Nous allons examiner les impacts (de cette situation). Si les impacts sur la décision de voter, sur l'organisation du mode de scrutin mènent à ce qu'une grande partie de la population noire, d'origine latine ou qui que ce soit d'autre identifié selon sa race, soient privées de l'opportunité de décider de qui va nous diriger, cela enfreint la Voting Rights Act ». Mais, jamais dans la réalité électorale, les obstacles érigés contre le vote des Noirs.es, par exemple dans le sud, n'étaient clairement et ouvertement présentés.
Donc, voici ce que disent le juge Alito et la majorité d'extrême droite radicalisée (dans ce tribunal) : « Parce que nous pensons que nous ne devons pas nous exprimer à propos de la politique partisane, nous n'allons pas créer qu'une échappatoire. Nous allons creuser un lieu où essentiellement, n'importe lequel politicien qui contrôle les politiques de son État, pourra dire qu'il ne discrimine pas qu'il ne veut que gagner. Qu'il va y arriver seulement si l'électorat noir n'a pas de district attitré qui lui donnerait la capacité de dire qui va diriger la population ».
Plutôt que de faire face à la compétition électorale, plutôt que de construire des coalitions de volontaires capables d'inventer des solutions aux problèmes qui nous affectent tous et toutes, ils vont simplement chercher un moyen de rester au pouvoir. Cela revient à créer des législatures d'États sur la base de la race. De même pour les directions des districts scolaires. Cela s'applique aussi à savoir qui nous dirige dans ce pays. Que nous ayons ou non un Congressional Black Caucus qui plaide en faveur des droits civiques autant que'en faveur d'autres problèmes comme l'accès aux soins de santé, ou un caucus des élus.es d'origine latine où nous avons le pouvoir de dire : « Vous ne pouvez pas ignorer la manière avec laquelle on nous a traités.es ». La Cour suprême de son côté dit : « Non seulement nous allons regarder ailleurs mais nous aurons les yeux grands ouverts pour demander si vous pouvez le prouver ».
N.S. : Maya, l'article le plus important de cette loi sur le droit de vote est l'article 2. C'est cette partie qui a été démolie (par la majorité de la Cour suprême). Pouvez-vous nous expliquer la teneur de cet article ?
M.W. : Oui, c'est ce que je viens de présenter sommairement. Permettez-moi d'abord dire … pour tous vos auditoires dans le monde et ici, le contexte qu'a exposé la représentante Sewell, soit les décennies de combats que cela a pris pour nous retirer nos droits de choisir qui nous représente, qui soient un peu comme nous, la Cour suprême a commencé par retirer l'article 5 de cette loi sur le droit de vote. Cet article stipulait qu'à cause de la quantité affolante de moyens mis en œuvre pour bloquer le vote des minorités raciales, il fallait que les États fassent approuver leurs listes électorales. Si vous avez, (comme État), une longue histoire de discrimination raciale, vous devez demander au Département de la justice une authentification de la portée légale de votre carte électorale ou de votre organisation électorale incluant le vote anticipé et la localisation de vos bureaux de vote. En 2013, la Cour suprême a jugé que la situation avait tant changé dans le pays, que nous faisions un tel travail positif, que ces dispositions de la loi n'étaient plus nécessaires. Cela a ouvert les vannes pour que la participation aux élections soit terriblement affectée parce que de plus en plus d'obstacles au droit de vote pouvaient être remis en place, en premier lieu le redécoupage des cartes électorales. Donc, il y a des États où la véritable population n'est pas représentée.
Mais l'article 2 reste l'article 2 parce que vous pouvez toujours vous défendre devant les tribunaux. Si un État fait quoique ce soit pour rendre plus difficile (l'expression du droit de vote) d'avoir une vraie chance de choisir qui va nous diriger, de participer au processus électoral, nous communautés noires, d'origine latine ou amérindienne, peuvent toujours poursuivre cet État devant les tribunaux. Si clairement vous en subissez les impacts alors il faudra dire NON. Il faudra dire que c'est discriminatoire.
Le jugement de la Cour suprême revient à dire : « C'est vraiment difficile de démontrer qu'il y a une intention (derrière la discrimination électorale). De fait, c'est si difficile de prouver l'intention que même si le Congrès déclare que vous n'avez pas besoin de démontrer que quelqu'un.e vous déteste, vous n'avez pas à démontrer que les politiciens.nes prétendent que leur intention est d'empêcher les Noirs.es de voter. Leur position sera de dire qu'il est correct d'empêcher qu'un grand nombre de noirs.es soit représenté ou de rendre plus difficile à un grand nombre de personne d'origine latine et Amérindiens.nes l'accès aux bureaux de vote. On va vous répondre que c'est exact sauf si vous pouvez prouver que vous avez affaire à un ou une indécrottable raciste. Et même le Congrès dira (qu'il ne s'agit pas de racisme) qu'il ne s'agit que des effets, des résultats (de l'organisation des élections).
Donc, ce que les Juges de la Cour suprême ont fait mercredi, c'est de « donner (aux États) un laisser-passer pour discriminer » comme le dit la Juge Kagan dans son jugement dissident. Cela implique que tout l'avantage va aux Républicains. Je dis cela parce que c'est ce qui a cour en ce moment : la révision tous azimuts des cartes électorales. Les Démocrates vont le faire, c'est commencé. C'est le déclenchement d'une nouvelle guerre civile ; qui veut le plus votre vote ? Et si vous voulez prendre le contrôle d'une législation dans un État, vous n'avez qu'à discriminer. Vous pourrez vous réjouir, tout ça c'est au bénéfice de votre parti.
G.S. : Le New York Times rapporte, et c'est en lien avec les élections de mi-mandat plus tard cette année, que sitôt après le jugement, la législature de la Floride a approuvé une nouvelle carte électorale qui donnerait aux Républicains quatre nouveaux sièges à la Chambre des représentants et que d'autres États s'apprêtent à en faire autant. Pouvez-vous nous en parler ?
M.W. : Oui, c'est ainsi que ce jugement constitue un vent dévastateur. Les États se sont organisé en fonction de cela depuis un bon moment. Et comme nous le savons, D. Trump a demandé aux États comme au Texas et à d'autres, d'arranger leurs cartes de telle façon à ce que les Républicains aient une garantie de résultats (positifs) de telle sorte qu'ils puissent assurer leur majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. C'était flagrant n'est-ce pas ? Donc, qu'est-ce que cela signifie pour les gens de couleur ? Les cartes sont dessinées en enfermant ou divisant les communautés de couleur. C'est de la discrimination raciale. Il y a des communautés composées principalement de personnes d'une certaine couleur. Elles ne sont pas sans une certaine diversité mais ce sont des populations dont les membres vivent près des uns des autres et qui ont des intérêts communs.
Donc, les Républicains ont commencé à préparer leurs cartes et dans certains cas les ont même déjà adoptées. C'est ça qui a provoqué cette poursuite légale d'abord et avant tout. Et comme nous l'avons vu ils ne faisaient qu'attendre la permission de se dire : « C'est la politique. C'est partisan ». La Floride avait une longueur d'avance dans cette affaire.
En passant, n'oublions pas … plusieurs dans votre audience ne se souviennent peut-être pas qu'après l'élection de B. Obama en 2008 et en approchant des élections de 2012, tout-à-coup des invocations de fraudes ont surgies prétendant que des immigrants.es sans droit de vote, avaient quand même voté. Donc qu'il fallait rendre beaucoup plus difficile l'exercice du vote, qu'il fallait prouver son droit à voter légalement. Cela a mené à l'évacuation d'un grand nombre de personnes de couleur de l'exercice.
Les directions du parti républicain en Floride et en Pennsylvanie ont déclaré silencieusement ou non : « Nous pouvons organiser l'élection de cette manière ». Ça n'est donc pas surprenant si la Floride, la Louisiane ou l'Alabama, que n'importe lequel de ces États déclarent : « Le jeu est ouvert. Maintenant nous allons nous assurer que de larges segments de notre population qui n'est pas blanche ne comptent plus ».
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Iran : pour en finir avec le campisme
Somayeh Rostampour est sociologue. Originaire du Kurdistan iranien, ses recherches portent sur le Kurdistan, l'Iran, le Rojava et la Turquie : elle est l'autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du militantisme kurde à la Jineolojî (Agone, 2025) et poursuit son engagement en tant que chercheuse et féministe. Elle est membre active de plusieurs collectifs internationalistes, féministes, et issue de l'exil. Nous publions son analyse limpide et documentée de ce qu'est le campisme, que l'on peut définir comme une grille de lecture des évènements internationaux qui, sous prétexte de dénoncer l'impérialisme du nord, invisibilise et exclut les résistances internes aux régions du sud.
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
L'Iran traverse une phase d'une violence et d'une intensité exceptionnelles. Depuis le soulèvement de 2022, suite au meurtre policier de la jeune Jina Amini, la République islamique n'a cessé de chercher, dans chaque guerre et dans chaque crise géopolitique, les moyens de restaurer une part de l'autorité et de la respectabilité qu'elle avait perdues. La guerre menée par le colonisateur génocidaire israélien contre les Palestiniens, après le 7 octobre 2023, puis la première attaque israélo-américaine contre l'Iran en juin 2025, lui ont offert un premier cadre de recomposition. Le massacre de janvier 2026, au cours duquel des milliers de manifestants iraniens ont été tués en seulement quelques jours par les forces du régime théocratique, et ce pour avoir protesté contre la crise économique et la dictature politique, a cependant rouvert une crise aiguë de légitimité – à la fois interne et internationale.
Alors que l'Iran était encore en deuil et que nombre de familles n'avaient même pas pu récupérer les corps de leurs proches, les États-Unis et Israël ont déclenché, le 28 février 2026, une nouvelle invasion impérialiste. Plus violente encore. Elle a, paradoxalement, aidé le régime à regagner une partie de son crédit perdu par la répression sanglante du mois précédent. En ce sens, cette attaque américano-israélienne doit être comprise non comme l'antithèse de la violence du régime iranien, mais comme l'un des moments par lesquels cette violence trouve les conditions de sa reproduction politique. Ces événements ne constituent ni des séquences distinctes, ni deux violences opposées – l'une répressive et l'autre prétendument libératrice –, mais les moments successifs d'un même processus contre-révolutionnaire. Autrement dit : la guerre extérieure a prolongé et approfondi la contre-révolution intérieure, tout en permettant au régime iranien de resserrer la cohésion interne et d'étouffer, une fois de plus, la contestation populaire.
Le reconnaître ne minimise en rien le fait que l'Iran a été, et demeure, la cible d'une agression impérialiste et coloniale. Cela implique au contraire de lire cet assaut dans sa fonction politique profonde : d'une part, une entreprise de destruction meurtrière des vies civiles, des corps, des infrastructures et des territoires (menée sous de faux prétextes), prolongeant l'entreprise génocidaire menée à Gaza et la destruction du Liban ; et, d'autre part, la mise à disposition, pour la République islamique, de nouvelles ressources au service de sa reconstitution.
Qu'est-ce que le campisme ?
L'agression israélo-américaine renforce la militarisation de l'Iran, la répression et l'écrasement des soulèvements venus d'en bas. Elle accentue, en prime, une polarisation politique mortifère. D'un côté : une partie de l'opposition, notamment monarchiste, a salué les bombardements impérialistes au nom de son hostilité au régime théocratique. De l'autre côté : une partie des forces politiques est retombée dans l'orbite de la République islamique au nom de l'anti-impérialisme et du refus de la guerre.
Une impasse, donc.
Si la nature réactionnaire du premier courant pro-Israël et pro-génocide fait relativement consensus, celle du second demeure bien plus rarement interrogée. Elle est pourtant tout aussi réactionnaire. L'ambiguïté n'en persiste pas moins. C'est dans cette impasse que la question du campisme resurgit avec une acuité toute particulière.
Héritage de la guerre froide, le campisme réduit le monde à deux « camps » : l'impérialisme (États-Unis, OTAN, Israël et ses alliés) contre la « résistance » (Iran, Russie, Chine, Syrie d'Assad…). Toute force située hors de ces deux camps – des projets comme le Rojava aux soulèvements démocratiques – est écartée comme suspecte ou comme « cheval de Troie de l'ennemi ». Toute critique des dictateurs est aussitôt disqualifiée comme « complicité avec l'impérialisme ». Quant aux mobilisations populaires, elles se voient réduites à un simple « relais de l'Occident » ou se voient instrumentalisées (dès lors qu'elles peuvent servir un camp). La logique « l'ennemi de mon ennemi » se transforme en alibi : elle excuse la domination interne et détourne les luttes – y compris les manifestations contre les bombardements ou les sanctions occidentales – en les enrôlant dans une bataille géopolitique. Résultat : la solidarité internationale se retrouve paralysée, incapable de tenir ensemble l'anti-autoritarisme et l'anti-impérialisme. Sous prétexte de prévenir toute « exploitation impérialiste » des révolutions, les campistes tendent à privilégier une gauche structurellement marginalisée, « prudente » et parfois condamnée à la défaite perpétuelle. Il s'agit d'un un argument également développé par Gilbert Achcar et que Rohini Hensman mettait en lumière dans sa critique de la rhétorique pseudo-anti-impérialiste publiée en 2018.
Cet « anti-impérialisme identitaire » privilégie la loyauté envers les États « anti-occidentaux » plutôt que l'analyse du capitalisme mondial. Il justifie par là même la répression, le patriarcat, l'homophobie et le colonialisme interne « au nom de la résistance ». Les victimes deviennent des « dommages collatéraux » ; la priorité absolue va à la lutte contre l'impérialisme occidental. L'essayiste irlandais Fred Halliday qualifie ce type de pensée d'« anti-impérialisme des imbéciles » : un terme qu'il a utilisé pour critiquer la séquestration des diplomates américains à l'ambassade des États-Unis, à Téhéran (1979–1981). Au nom de son hostilité aux États-Unis, cette posture renforce violemment, en pratique, un régime de type théocratique qui réprime les gauches, les minorités nationales, les féministes et les conseils populaires. Ce concept a ensuite été repris par la militante syrienne Leila Al-Shami dans son livre Burning Country pour désigner les partisans de Bachar al-Assad, lors de la révolution arabe des années 2010. Du Budapest de 1956 à nos jours, cet anti-impérialisme des imbéciles n'en finit pas de masquer la violence et l'écrasement des révoltes par les États.
Une tendance similaire s'observe au sein de certains segments de la gauche blanche occidentale, mais aussi du mouvement décolonial. Elle relève de ce que l'on pourrait appeler le « blanchiment anti-impérialiste » (anti-imperialism-washing) : un usage stratégique de la rhétorique anti-impérialiste pour masquer, justifier ou minimiser les formes d'autoritarisme et de violence fasciste exercées à l'intérieur des frontières nationales – notamment lorsque ces régimes sont présentés comme des adversaires du pouvoir hégémonique occidental. Ce qui est rejeté n'est pas tant la logique coloniale elle-même que l'identité de ceux qui l'exercent. Car si ces discours dénoncent le colonialisme des puissances occidentales, ils restent largement aveugles, et même complices, au « colonialisme interne » – c'est-à-dire à la manière dont des peuples minorisés (comme les Kurdes) décrivent leur rapport au pouvoir étatique iranien. Cette pratique s'accompagne également souvent d'un gaslighting racial. Le “gaslighting” désigne à l'origine la manipulation d'une femme par la mise en doute de sa parole et de son état mental par l'époux. Devenu un mot-clé de la psychologie puis un outil critique du féminisme, il englobe désormais un type de langage politique mensonger et violent, voire négationniste. Autrement dit l'invalidation épistémique des savoirs subalternes : des communautés ayant historiquement subi la domination impériale et la répression interne se voient « enseigner », depuis des positions de privilège relatif, la « bonne » interprétation de l'impérialisme et de la résistance. Cette posture condescendante ne se contente pas de réinscrire les hiérarchies coloniales du savoir : elle délégitime les analyses et les expériences vécues de celles et ceux qui sont soumis à des systèmes de violence imbriqués.
Les conséquences sont pour le moins tangibles. La République islamique d'Iran instrumentalise ce discours pour externaliser ses contradictions internes, qualifier les manifestants de « terroristes » et durcir son appareil coercitif. Cette logique contribue aussi à justifier les politiques discriminatoires menées contre les migrants afghans : en les érigeant en menace intérieure, le régime déplace sur eux la responsabilité de difficultés qui relèvent en réalité de sa propre crise politique, sociale et économique.
Un régime en guerre contre le peuple
Après le génocide de Gaza et l'agression militaire d'Israël et des États-Unis contre l'Iran en juin 2025, cette logique campiste a dominé une partie de la gauche radicale mondiale. Aussi bien en Occident qu'en Amérique latine, en Afrique et dans le monde arabe. Elle a réduit la politique iranienne à un duel « Iran contre l'axe américano-israélien ». Les soulèvements populaires, réprimés dans le sang depuis 2017, ont été soit passés sous silence, soit redéfinis par le discours officiel : « infiltration du Mossad », « révolution colorée », « complot occidental », etc. Une telle saisie transforme les mouvements sociaux en menace sécuritaire et légitime la répression – de la violence de rue aux exécutions –, sous prétexte d'« état d'urgence » ou de « moment inopportun ». Ce « campisme stratégique » (dont la critique est menée notamment ici) accepte dans les faits le conservatisme au nom de la survie, et fait du peuple insurgé l'ennemi principal. Il se révèle pour ce qu'il est : profondément contre-révolutionnaire.
La dynamique géopolitique récente a offert aux campistes davantage de marges de manœuvre encore. Lors de la brève guerre d'Israël contre l'Iran en juin 2025, souvent désignée comme la « guerre des Douze jours », l'expérience concrète de la destruction a renforcé les tendances anti-guerre en Iran. Cependant, après le massacre sanglant de janvier 2026 commis par le régime, une partie de la société, épuisée et confrontée à l'impasse, a envisagé l'intervention étrangère comme un moyen de renversement et un « souffle d'espoir à court terme » – toutes les voies internes ayant été testées et le régime ne cédant sous aucune sorte de pression. Le massacre est largement perçu par la population comme une « guerre intérieure du régime contre le peuple », au cours de laquelle les manifestant·es ont été visé·es par des balles réelles. Il est souvent mis en parallèle avec la guerre Iran-Irak (1980-1988). Alors que ce conflit aurait coûté en moyenne 500 vies par jour (contre environ 100 lors de la guerre des Douze jours), le régime aurait tué en 2026, en deux nuits, « des dizaines de milliers » de manifestant·es. Un médecin reconnu a fait savoir qu'« au moins mille » interventions chirurgicales auraient été nécessaires, en une seule nuit et dans un seul hôpital, à Téhéran, pour tenter de sauver la vie des manifestant·es. Condamner la guerre extérieure ou l'intervention impérialiste sans dénoncer explicitement cette guerre intérieure constitue dès lors une rhétorique campiste, en plus d'un contresens politique complet.
Une trahison des mémoires du Sud
Depuis la contre-révolution islamique de 1979, une partie de la gauche nationale et internationale a subordonné l'analyse de classe et de genre à l'anti-impérialisme. Les protestations des femmes contre le port obligatoire du voile ont par exemple été marginalisées, contribuant involontairement à la consolidation de l'ordre religieux et patriarcal : celui-ci s'est vu présenter comme un gage d'« authenticité culturelle », un signe de distinction de l'Occident et un marqueur d'indépendance nationale. Une narration s'est imposée : elle considère la Révolution iranienne sous l'angle exclusif de l'anti-occidentalisme et, de ce fait, efface les forces séculières, féministes, queers, kurdes et socialistes. Notons que cet anti-impérialisme viriliste se montre structurellement incapable de reconnaître la légitimité des luttes internes au sein des régimes anti-occidentaux. Les expériences vécues, les mémoires collectives et les subjectivités politiques des groupes subalternes, femmes, minorités ethniques, communautés queer et classes populaires, sont systématiquement rejetées comme des agents de l'Occident ou des distractions insignifiantes. Cette violence épistémique, que Spivak a qualifiée d'« effacement du subalterne », constitue un trait récurrent des discours de la gauche mondiale qui n'a pas réussi à décoloniser ses propres cadres analytiques.
Après l'effondrement de l'URSS, en 1991, cette orientation a perduré sous la forme d'un tiers-mondisme étatiste : la loyauté des populations a été transférée vers les États « anti-américains », et les droits des femmes, des personnes queers et des minorités ont été subordonnés à l'« authenticité culturelle » et à l'« unité anti-impérialiste ». Cette approche, à la fois eurocentrée et orientaliste, ignore la subjectivité des peuples non occidentaux. Elle ne considère la violence comme sérieuse que lorsqu'elle émane de l'Occident. Elle refuse de reconnaître que les populations du Sud global peuvent lutter pour des droits et libertés démocratiques existant en Occident. Elle condamne uniquement les puissances « au label occidental » et occulte la domination non occidentale ; elle réduit volontiers les empires régionaux à un rôle de « supplétifs de l'Occident ». « L'unité anticoloniale » se transforme purement et simplement en autoritarisme nationaliste. Elle accompagne ainsi la logique d'« état d'urgence permanent » : priorité au pouvoir national, à la sécurité et aux leviers géopolitiques (exemple : « Nous combattons en Syrie pour ne pas combattre à Téhéran »).
Le campisme convertit la mémoire anticoloniale en instrument de légitimation des États postcoloniaux autoritaires. Il fait de l'État le sujet de la résistance et dépossède les peuples de leur légitimité comme de leur subjectivité politique. Ce faisant, il trahit des mémoires subalternes souvent constituées contre l'État lui-même. Paradoxalement, ces États, comme l'Iran, sont présentés comme « indépendants du capitalisme mondial » alors qu'ils demeurent des machines d'exploitation interne et de militarisme, soucieux, précisément, de s'intégrer au capitalisme global.
C'est très précisément dans son rapport aux marges colonisées de l'Iran que cette logique révèle le plus clairement sa violence. Car le campisme ne se contente pas d'effacer la pluralité des forces d'opposition iraniennes : il reconduit des hiérarchies internes, en reléguant au second plan, voire en disqualifiant, les luttes kurdes. À cet égard, il s'est souvent montré plus hostile aux Kurdes encore qu'aux Iraniens eux-mêmes, minimisant ou marginalisant la légitimité de leurs résistances. Ces violences symboliques s'inscrivent dans une histoire plus longue, aggravée par le soutien actif, ou le silence, d'acteurs du monde arabe et de certains segments d'une gauche se réclamant de l'anti-impérialisme ou de la décolonialité. Le génocide d'Al-Anfal, mené par Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak et ayant coûté la vie à environ 180 000 Kurdes en raison, simplement, de leur identité, illustre cette dynamique : au traumatisme lui-même s'ajoute le sentiment de trahison, renforcé par le soutien d'une partie du monde arabe et le silence ou la négation du fait par des intellectuels.
Plus récemment, en 2018, l'occupation d'Afrin, au Rojava, par l'armée turque a entraîné des violences systématiques, des déplacements et des destructions. Le Hamas a alors célébré cette occupation par la voix de Khaled Mashaal, cadre dirigeant historique : « La victoire à Afrin est un symbole de la volonté de la Turquie. Si Dieu le veut, nous produirons de grandes épopées pour aider notre peuple. » , avant de louer le leadership du président turc Erdoğan et de son parti au pouvoir depuis plus de 20 ans, l'AKP. Les événements ont malheureusement durablement rompu les liens entre les luttes kurdes et les luttes du monde arabe ou perse, ainsi qu'avec certaines parties de la gauche auto-proclamée anti-impérialiste, lesquelles ont trop souvent échoué à reconnaître et soutenir la lutte kurde – alors même que les mouvements kurdes ont historiquement soutenu la libération palestinienne et activement participé aux mouvements révolutionnaires régionaux.
L'instrumentalisation étatique des sanctions occidentales
Dans l'analyse campiste de l'économie politique iranienne – qu'elle soit le fait des intellectuels ou des figures décoloniales –, tout se réduit aux « sanctions » occidentales. Les protestations populaires sont interprétées comme de simples « mécontentements économiques » et la crise est entièrement attribuée aux pressions extérieures, occultant le rôle central des politiques du régime. La pauvreté découle en réalité de l'économie rentière et de la monopolisation des importations, que le régime instrumentalise. Les politiques sécuritaires et régionales ne sont pas de simples réactions à l'extérieur : elles relèvent de la logique de survie du régime, orientant les ressources vers les institutions coercitives et les projets idéologico-militaires – tandis que la population, elle, reste exsangue. Les sanctions contribuent ainsi à accroître la concentration des richesses au sein de l'oligarchie tout en consolidant les structures de pouvoir : transfert des coûts vers les plus vulnérables, justification de la répression et renforcement la richesse de l'oligarchie. Les politiques de choc économique (fluctuations du dollar, suppression du taux préférentiel) apparaissent comme des mesures calculées de « survie »dans un contexte de vulnérabilité.
Lorsque ce récit centré sur les sanctions est relayé par des médias proches du régime, le discours anti-sanctions se transforme en justification de la répression. La violence du régime contre le peuple est effacée. Et les meurtres, les tortures, les exécutions, les tirs sur les blessés dans les hôpitaux et les attaques contre des cérémonies du deuil sont légitimés. Cet anti-impérialisme autoritaire vide le langage de l'émancipation de tout contenu réel. C'est là une « gauche sans sujet de libération », comme le décrit la philosophe étasunienne Susan Buck-Morss.
Ces discours bénéficient, hors de France pour le moment, de relais médiatiques naguère incarnés par Russia Today ainsi que de soutiens directs émanant de réseaux liés à Roy Singham. Présenté comme un financeur transnational de médias, de réseaux et d'organisations de la gauche radicale aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Inde et ailleurs, Singham est également associé à Code Pink, un mouvement pro-palestinien et anti-guerre. Il facilite ainsi la diffusion de récits favorables à Pékin et à Téhéran. La présence récente de Code Pink à un congrès anti-guerre à Londres, aux côtés de figures campistes, de même que les interviews qui lui sont accordées sans mention explicite de son tropisme pro-chinois ou pro-iranien, illustrent les ambiguïtés politiques de ces circulations militantes. Lors de leur visite en Iran en 2008, les membres de ce groupe ont repris à leur compte le récit officiel en imputant la souffrance de la population aux seules sanctions occidentales. Leurs rencontres avec des responsables étatiques tels que Javad Zarif et leurs apparitions sur des médias liés au pouvoir (à l'instar de Fars News, notoirement associé à la diffusion d'aveux forcés) montrent comment la solidarité internationale peut être captée et mobilisée pour neutraliser la portée subversive du langage des droits humains. L'anti-impérialisme identitaire désarme les instruments critiques mêmes qu'ils prétendent défendre.
Arrêter de juger une cause à sa « récupération »
La diffusion du campisme autoritaire passe aujourd'hui largement par les réseaux sociaux. S'y entremêlent légitimation de régimes autoritaires, anti-occidentalisme réducteur et, dans certains cas, antisémitisme et schèmes conspirationnistes.
Malgré des asymétries objectives entre Israël (soutenu par l'Occident) et la République islamique (sous sanctions occidentales), des mécanismes politico-symboliques similaires opèrent : drapeaux américains/israéliens dans certains rassemblements « pro-Iran » ; drapeaux du régime iranien et portraits de Khamenei dans certaines mobilisations pro-palestiniennes. Autant de gestes susceptibles de transformer des luttes légitimes en justification de violence – tout en discréditant les résistances iranienne et palestinienne. La même logique vaut pour le désormais célèbre slogan « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî). Récupéré par l'extrême droite occidentale ou diasporique iranienne ainsi que par des courants pro-génocide, il peut être instrumentalisé en vue d'appuyer la violence militarisée.
Les mouvements progressistes et radicaux du Sud global finissent trop souvent, une fois relayés en Occident, par être récupérés par la droite : on ne le sait que trop. Mais ce processus, que l'on pourrait qualifier d'« extractivisme de la résistance » par les pays occidentaux, reflète en miroir l'« extractivisme colonial ». On ne saurait évidemment conclure à l'abandon du devoir de solidarité. Le cas du mouvement queer l'illustre exemplairement : le pinkwashing n'annule ni sa portée libératrice, ni la nécessité de la solidarité. La légitimité d'une résistance ne dépend que de son contenu émancipateur et de son ancrage parmi les opprimés. Jamais de sa récupération.
Le campisme contribue très concrètement au maintien des injustices historiques et contemporaines. Il crée un vide politique par dispersion et fragmentation, progressivement comblé par la droite et l'extrême droite, dans la région comme dans le monde. L'extrême droite diasporique iranienne occupe ce vide en simplifiant la Révolution et en diabolisant l'« anti-impérialisme ». Elle peut du même coup se présenter comme la seule force de changement. En homogénéisant artificiellement des populations (« Tous les Ukrainiens résistants à la Russie sont nazis / Tous les révolutionnaires syriens sont djihadistes / Tous les Iraniens en révolte soutiennent Israël ou les monarchistes »), le campisme se fait tragiquement le complice de la montée des forces impérialistes et réactionnaires.
L'extrême droite est partout l'extrême droite
En France, aucune gauche conséquente n'accepterait de se ranger sous les drapeaux de l'extrême droite au motif qu'une puissance ennemie attaquerait le pays. Pourtant, lorsqu'il s'agit de l'Iran, certain·es jugent acceptable d'exiger des Iraniens qu'ils s'effacent derrière des forces réactionnaires, nationalistes, voire fascisantes. Une telle asymétrie implique, en creux, que les peuples du Sud devraient se satisfaire d'un choix entre domination impériale et barbarie intérieure. Or la République islamique constitue précisément un régime qu'il faut nommer pour ce qu'il est : une formation de type fasciste, une extrême droite non occidentale.
Si le critère est le nombre de crimes commis, alors allons jusqu'au bout : le régime iranien, en 40 ans, a commis bien plus de crimes que l'extrême droite française. La cohérence politique impose donc de refuser, pour les Iraniens comme pour tout autre peuple, la moindre injonction à composer avec le fascisme au nom du « moindre mal » géopolitique. Ne demandons pas aux Iraniens d'accepter politiquement ce que nous refuserions absolument pour nous-mêmes, ici, en France. Nous ne marchons ni avec les fascistes, ni sous leurs bannières : nous les combattons, y compris lorsqu'ils s'approprient le lexique de la liberté pour en inverser le sens.
À l'instar de l'expérience soviétique, qui a largement contribué à discréditer le socialisme, le campisme en Iran fragilise la gauche et favorise l'extrême droite. Il accentue, en même temps, le fossé Nord-Sud et légitime la répression des mouvements anti-tyranniques dans le Sud. Le résultat est l'isolement des forces émancipatrices, la défiance des exilés envers la gauche du Nord (même celle des décoloniaux) et l'effondrement de la solidarité internationale. Alors que des prisonnières féministes kurdes, condamnées à mort dans la prison d'Evin, sont capables d'exprimer leur solidarité avec la résistance palestinienne – au risque de perdre une partie de leur soutien en Iran –, les anti-impérialistes autoritaires et identitaires se montrent incapables, depuis leur confort en Occident ou ailleurs, de manifester une solidarité comparable avec les luttes populaires en Iran. Parfois, et de manière encore plus grave, l'ensemble de leurs souffrances est nié ou mis en doute, générant des traumatismes sérieux qui vont s'entrelaçant aux traumatismes historiques. La solidarité régionale et mondiale s'en trouve lourdement affaiblie.
En un mot : il est urgent de dépasser le campisme.
Sans quoi, c'est simple : nous ne parviendrons pas à reconstruire une gauche véritablement émancipatrice ni à revitaliser un internationalisme véritablement populaire. L'anti-impérialisme n'est authentique que s'il combat toutes les formes de domination, partout et pour tous.
Somayeh Rostampour
⁂
L'autrice tient à remercier Joseph Andras pour sa relecture
• Frustration Magazine. 26/03/2026

A l’heure de la guerre américano-israélienne en Iran : Des confusions entre discours d’extrême droite et de gauche se développent au niveau international
Un appel international contre la guerre américano-israélienne en Iran, intitulé « Une déclaration à la conscience de l'Humanité » et signé par 175 « personnalités » issues de 30 pays a circulé récemment sur différents blogs et réseaux sociaux. Sa publication, le 10 avril sur le site américain CounterPunch, accompagnée d'une introduction complaisante, lui a donné davantage d'écho. Cette initiative pourrait annoncer une phase plus internationalisée du confusionnisme politique.
2 mai 2026, par CORCUFF Philippe Corcuff
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78713
De larges interférences rhétoriques se sont en effet développées en France à partir du milieu des années 2000 entre des discours d'extrême droite, de droite et de gauche, sur la base du recul du clivage gauche/droite. Ces confusions ont contribué à renforcer la présence d'idées d'extrême droite dans les débats publics et à dérégler davantage les boussoles de gauche.
Pour mieux comprendre ce processus, j'ai emprunté à L'archéologie du savoir, de Michel Foucault (Gallimard, 1969), la notion de « formation discursive ». Le confusionnisme peut ainsi être lu comme une formation discursive, au sens d'un espace rhétorique composite, en mouvement et sans pilote : il est alimenté par des interlocuteurs divers, voire opposés, peu conscients qu'ils consolident par là des évidences partiellement partagées. Ce n'est pas seulement un phénomène français : dans un article de la Boston Review publié le 12 janvier 2021, les chercheurs William Callison et Quinn Slobodian ont mis en évidence des phénomènes analogues, qu'ils nomment « diagonalisme », soit une diagonale reliant des pôles éloignés, en comparant les situations allemande et américaine.
L'appel international auquel j'ai fait référence décrit un monde où les Etats-Unis sont du côté du mal et l'Iran du côté du bien, selon une vision géopolitique dualiste et essentialiste ou, comme l'aurait dit le philosophe Daniel Bensaïd, un « anti-impérialisme des imbéciles ». Les Etats-Unis, « pendant 249 ans – soit toute son existence depuis 1776 » incarnerait essentiellement le crime et le génocide, sans contradictions, ni transformations au cours du temps. Une essence qui, depuis son origine, se déploierait imperturbable : « le ver est dans le fruit », pourrait-on dire… Face à cela, le texte glorifie l'ancien Guide suprême iranien, Ali Khamenei, « reconnu internationalement comme une voix contre l'arrogance et le terrorisme », et le régime qu'il a dirigé : « Sa continuité civilisationnelle et son unité sociale ont fusionné en une force unique et inébranlable ».
Ecraser le souci de la nuance
Rien n'est dit de l'oppression théocratique et sanguinaire propre à cette République islamique. Comme si on ne pouvait pas condamner en même temps la guerre américaine et israélienne frappant les civils iraniens et libanais, la dictature iranienne et la violence du Hezbollah. Comme si on ne pouvait pas manifester tout à la fois en solidarité avec les Ukrainiens agressés, avec les Israéliens massacrés le 7-Octobre, avec les Gazaouis affectés par un processus génocidaire, avec les Libanais bombardés et avec les Iraniens doublement meurtris. Comme si l'oppression était une et non pas plurielle. Comme si le manichéisme devait écraser au sein de la pensée critique le souci de la nuance et donc de l'intersection de logiques de domination diversifiées, et parfois contraires.
Le confusionnisme de l'appel réside encore davantage dans ses signataires. Prenons seulement quelques exemples significatifs. Du côté gauche, le sociologue Boaventura de Sousa Santos, figure des « épistémologies du Sud », le sociologue américain d'origine portoricaine Ramón Grosfoguel, vedette de la pensée décoloniale latino-américaine, l'historien indien Vijay Prashad, se réclamant du marxisme et du mouvement queer. Côté extrême droite, plusieurs Français, parmi lesquels le fondateur de « la nouvelle droite » Alain de Benoist, l'humoriste antisémite et négationniste Dieudonné et le dirigeant néonazi et pro-Poutine Yvan Benedetti. Pour le reste, pas mal de conspirationnistes, positionnés, voire circulant, entre le plus à droite et le plus à gauche.
Conspirationnisme
Quant au site le plus reconnu ayant publié l'appel, CounterPunch, il n'est pas à son coup d'essai en matière confusionniste. Il s'agit d'un magazine situé à la gauche de la gauche issu d'une newsletter créée en 1993. Le 2 mars 2003, il est décrit dans The Guardian comme « un des sites politiques les plus influents » d'Amérique. Dès 2004, il publie toutefois un article complaisant à l'égard du négationnisme. Le bouillard s'épaissit surtout dans les années 2010 avec des textes conspirationnistes. Durant cette époque, des auteurs antisémites, comme Israel Shamir et Gilad Atzmon, s'y expriment régulièrement, ainsi que Paul Craig Roberts, ancien sous-secrétaire d'État dans l'administration Reagan, qui a évolué vers un suprémacisme blanc. Et cela au milieu de nombreux auteurs étiquetés à gauche.
Dans un premier temps, un tel appel juxtapose simplement des personnes qui ne sont pas nécessairement en rapport entre elles. Cela constitue ensuite une base susceptible d'activer les circulations internationales de mots-balises et leurs traductions réciproques dans des contextes nationaux différents.
Face au défi national et international du confusionnisme et de l'extrême droitisation, la gauche a devant elle un travail en profondeur : retisser des liens de proximité avec les milieux populaires, les couches moyennes et les mouvements sociaux, réinventer un imaginaire émancipateur commun et un nouvel internationalisme sur le mode d'une galaxie polyphonique.
Philippe Corcuff }
P.-S.
• « Des confusions entre discours d'extrême droite et de gauche se développent au niveau international ». Left Renewal Blog. 4 mai 2026 :
• Cette tribune est initialement parue dans Le Monde le 2 mai 2026.
• Philippe Corcuff est professeur de science politique à Sciences Po Lyon et membre du Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l'antisémitisme (CLARA). Il est l'auteur de ‘La grande confusion. Comment l'extrême droite gagne la bataille des idées‘ (Textuel, 2021).
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Iran : Guerre, dictature et crises multiples
[Transcription de l'intervention de Mazdak Kafaï de Solidarité Socialiste pour les travailleurs en Iran-SSTI lors d'une réunion publique « pour l'arrêt de la guerre en Iran et au Moyen-Orient », organisée par la CGT, la FSU, l'Union syndicale Solidaires et SSTI, le 10 avril à la Bourse du travail de Paris.]
Tiré de A l'Encontre
6 mai 2026
Par Mazdak Kafaï
Mazdak Kafaï lors de son intervention le 10 avril 2026 à la Bourse du travail.
***
Depuis l'annonce du cessez-le-feu le 7 avril, les Etats-Unis comme la République islamique d'Iran claironnent avoir remporté une victoire. Ce sont les peuples d'Iran qui sont les principales victimes de cet affrontement. Sans oublier les Libanais qui subissent une agression militaire et l'occupation israélienne du sud-Liban.
Une trêve incertaine dans un contexte explosif
Si cette trêve constitue un répit important pour les populations civiles, il faut lutter, notamment dans les pays du nord, pour que la guerre ne reprenne pas. De ce point de vue, notre réunion publique revêt un caractère important.
Pour l'instant, les termes de la négociation ne sont pas clairement établis et acceptés par les deux parties, ce qui rend cette trêve fragile. Trump s'inscrit dans la longue histoire des ingérences et guerres impérialistes pour le contrôle des ressources de la région. C'est son but de guerre, en tant que représentant des majors pétroliers et militaires états-uniens. C'est également son but à titre personnel, puisque lui et ses proches ont des intérêts directs dans le pétrole
Netanyahou a quant à lui son propre agenda, comme il le montre en poursuivant son agression contre le Liban.
Une stratégie de destruction à grande échelle
Les conséquences de cette guerre pour l'Iran sont considérables. Au-delà des milliers de victimes civiles, les bombardements ont visé des infrastructures essentielles :
– hôpitaux, écoles et universités,
– zones résidentielles,
– installations industrielles et pharmaceutiques,
– sites pétrochimiques et gaziers,
– routes et ponts.
L'objectif de cette guerre est d'affaiblir durablement les capacités productives de l'Iran, et faire que cet État soit incapable de peser dans la région, au prix d'un effondrement social durable.
Le but de guerre pour Israël est de rendre l'Iran inoffensive dans la région, et s'octroyer durablement le monopole de la puissance et de la violence au Moyen-Orient. Un Iran réduit à l'état actuel de la Syrie, l'Irak, le Yémen ou l'Afghanistan. Les exemples ne manquent pas dans la région.
Cette guerre impérialiste a été applaudie par les monarchistes iraniens qui représentent l'extrême-droite autoritaire, violente et ultra-libérale. Les peuples d'Iran s'en souviendront.
La guerre de juin 2025 avait déjà mis un coup d'arrêt momentané aux mobilisations sociales en cours, notamment l'importante grève des camionneurs qui intervenait après un mouvement national de contestation mené par les infirmières et infirmiers.
Nous étions un certain nombre à dire à la fin de l'agression militaire de juin 2025 que la guerre reprendrait certainement à moyen terme, et que les mouvements sociaux aussi referaient surface. En effet, les conditions de vie ne cessent de se dégrader en Iran, le poids de la dictature est de plus en plus insupportable, le régime avait perdu une grande partie de sa base sociale et de sa légitimité notamment après le soulèvement « Femme, vie liberté » de 2022.
Le soulèvement de fin décembre 2025-début janvier 2026 a été massif. Il a été noyé dans le sang par le régime. Selon diverses estimations, il y aurait eu plus de 30 000 mort·s, des milliers de blessé·es, des arrestations massives et des disparitions. A la faveur de la guerre, a également eu lieu une accélération des exécutions et condamnations à morts. Le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohsen Ejeï réclame aujourd'hui des condamnations rapides et sévères contre les manifestant·es.
C'est cette dictature sanglante que soutiennent certains réseaux militants campistes qui pensent que la lutte légitime contre l'ordre israélo-étatsunien dans la région passe par un alignement sur la République islamique d'Iran. Au lieu de construire des convergences entre les classes populaires de la région contre les dominations réactionnaires, impérialistes et coloniales, ces campistes opposent les peuples entre eux, et se rangent du côté des dictatures.
Une société déjà profondément fragilisée
Cette guerre intervient alors que la société iranienne est frappée par des crises multiples et par la violence de la dictature : crise économique et sociale, crise environnementale, structures autoritaires dictatoriales et patriarcales de la République Islamique, racisme « grand Perse » à l'égard des minorités nationales, et traitement colonial de régions périphériques du pays (par exemple au Baloutchistan et au Kurdistan). Tout ceci forme un substrat hautement inflammable. Les mouvements sociaux éclatent à intervalles de plus en plus rapprochés, ils sont de plus en plus puissants, et s'affrontent de plus en plus violemment au pouvoir. À chaque fois, la base sociale du régime se réduit davantage et la République Islamique d'Iran se trouve toujours plus fragilisée et contrainte de réprimer encore plus violemment les aspirations légitimes de la population.
Le dernier soulèvement n'a pas explosé dans un ciel serein. Il fait suite à des vagues de contestations sociales et démocratiques à répétition, dont celles marquantes de 2009 contre la réélection frauduleuse d'Ahmadinejad, celle de 2017-2018 et de novembre 2019 contre la vie chère et l'explosion des prix du carburant, et bien sûr le soulèvement « Femme, vie, liberté » suite au meurtre de Mahsa Jina Amini par la police des mœurs. A chaque fois a eu lieu une extension de la géographie de la lutte, et la répression du régime a été toujours brutale.
Mais les 8 et 9 janvier derniers le régime a organisé un black-out total en coupant internet pour commettre un massacre de masse, dépassant de loin par son ampleur les répressions contre les précédents mouvements. Depuis, internet est toujours coupé et les communications très difficiles avec l'intérieur. A mesure que la République islamique d'Iran s'affaiblit, sa violence à l'égard de la population se fait plus forte. Le pouvoir ne tient que par la force et la brutalité de sa répression.
Le fossé entre le régime et la population s'était déjà profondément creusé avec le mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022. A l'issu de la répression du soulèvement des 8 et 9 janvier dernier, puis de la guerre américano-israëlienne, la population est plus que jamais dans une détestation massive du pouvoir en place.
Le soulèvement « Femme, vie liberté », a mis en lumière à l'échelle mondiale, les processus sociaux endogènes qui sont les vecteurs de changements, et qui doivent conduire au renversement de la République islamique d'Iran. En occident, beaucoup ont trop souvent tendance à analyser l'Iran à partir des enjeux géopolitiques, en négligeant l'agentivité des peuples d'Iran, de la jeunesse, des femmes et des travailleurs/euses.
La mort de Jina Mahsa Amini le 16 septembre 2022, assassinée par ce qui est appelé la « Police des mœurs », a été l'étincelle qui a mis le feu aux poudres.
Un peu comme la mort par immolation du jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, a été en 2011 l'élément déclencheur de la révolution tunisienne et des printemps arabes.
L'assassinat de Jina, jeune femme kurde, concentrait en lui un grand nombre de facteurs d'oppressions croisées que la République Islamique fait subir aux peuples d'Iran. L'oppression à l'égard des jeunes, celle à l'égard des femmes, et bien sûr celle à l'égard minorités nationales et religieuses.
Tout ceci dans une société où, à mesure que la misère explose, la surexploitation devient de plus en plus violente.
Le soulèvement « Femme, vie liberté » qui était une mobilisation sur l'ensemble du territoire, rassemblant femmes et hommes, a lui aussi été réprimé terriblement par le pouvoir. Au Baloutchistan et au Kurdistan, les modes de répression relevaient de la répression coloniale et les forces du régime n'ont pas hésité à tirer à balle réelle sur les manifestant.es. Ce mouvement, il faut le rappeler dans le contexte occidental, n'était pas un mouvement contre le voile, mais bien un mouvement contre le voile imposé. Il portait aussi en lui une colère et une détestation du régime dans son ensemble, y compris des sommets du pouvoir. Plus personne ne croît à des réformes, les manifestant.es réclament désormais la chute du régime.
Le soulèvement qui a commencé fin décembre 2025 a eu pour facteur déclenchant la question de la survie économique et sociale d'une immense majorité des Iraniens et Iraniennes, qui doivent faire face aux privations et à la dégradation de leurs conditions de vie.
Et à la moindre occasion, de nouveaux soulèvements éclateront. Car l'ensemble des facteurs qui ont poussé aux différents mouvements se sont aggravés.
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Un bilan catastrophique
Le bilan économique, social et environnemental de l'Iran est catastrophique. Bien sûr, les sanctions internationales y sont pour quelque chose. Et la ré-instauration des sanctions européennes en septembre dernier, qui se sont ajoutées à celles imposées par Washington ont augmentées les difficultés de la population.
Du fait de ces sanctions, l'Iran qui est un des pays les plus riches en ressources pétrolières et gazières, vend son pétrole à la Chine à un prix très inférieur à celui pratiqué sur le marché mondial.
Avant cette guerre, l'Iran qui détient la deuxième réserve mondiale de gaz, importait 300 millions de mètres cubes de gaz naturel de Russie, tout ceci pour pallier ses pénuries, dû à un sous-investissement chronique. C'est le cas aussi pour l'essence qui est importé par manque de capacités de raffinage !
La République Islamique qui n'hésite pas à employer une rhétorique anti-impérialiste est en fait complètement dépendante économiquement des impérialismes chinois et russe.
Le pouvoir cherche à utiliser les sanctions et la guerre pour masquer ses échecs, les problèmes de fond, la crise profonde et chronique, le fossé croissant entre l'État et la société, le mécontentement croissant des couches populaires, l'échec de l'administration, la corruption structurelle et l'affaiblissement des institutions.
L'été dernier, comme le précédent, une série d'explosions, de coupures d'électricité et d'eau généralisées dans plusieurs villes ont une fois de plus mis en évidence la faiblesse évidente de l'appareil étatique dans la gestion des crises. Ces crises sont récurrentes et s'approfondissent.
Mais, les coupures d'électricité et d'eau dans les villes du nord et du centre, la pollution généralisée des nappes phréatiques, la destruction des forêts primaires (les forêts hyrcaniennes) et des ressources agricoles, par exemple, démontrent l'incapacité de l'État à gérer efficacement les ressources.
Enfin, l'Iran est particulièrement frappé par les effets du réchauffement climatique et par la sécheresse. Les politiques destructrices de l'environnement menées par le régime et notamment par les entreprises liées aux Gardiens de la révolution ont aggravé la situation. A tel point qu'à l'automne dernier, les dirigeants de la République islamique d'Iran ont envisagé de faire évacuer Téhéran !
Ces crises mettent également en lumière le poids de la corruption, du clientélisme et l'économie de prédation. Des élites politico-religieuses et les Gardiens de la révolution accaparent les ressources, tout en maintenant une majorité de la population dans une situation de dépendance et de précarité.
Sur le plan économique, le pays est frappé depuis plusieurs années par une hyperinflation, et la monnaie nationale se déprécie constamment. En 10 ans, selon les chiffres officiels, la monnaie iranienne s'est dépréciée d'environ 94% face au dollar.
Selon le Centre Statistique d'Iran, en 2018-2019, l'inflation était de 26,9% ; et de 34,8% en 2019-2020. Cette situation s'est aggravée pour atteindre 45,8% en 2022-2023. Aujourd'hui nous sommes au-dessus des 100% d'inflation et les prévisions de la Chambre de commerce de Téhéran prévoyaient une inflation de 65% pour la fin de l'année. Avec la guerre, la situation s'est bien sûr détériorée.
Et encore une fois il ne s'agit là que de statistiques officielles. En fait, les prix alimentaires ont explosé bien au-delà, et cette tendance était en place bien avant la guerre. Par exemple, le prix du pain a été multiplié par deux en juillet 2025.
Le PIB est en déclin du fait notamment de la baisse des revenus des exportations pétrolières. Pour donner une idée comparative dans la région, en 2023 la Turquie avec 85 millions d'habitants avait un PIB de 1118 milliards de dollars, celui de l'Iran avec 92 millions d'habitants atteint à peine 405 milliards de dollars la même année. Celui-ci devrait chuter aux alentours des 341 milliards en 2026.
Aujourd'hui, les salaires des travailleurs/euses, sont tombés sous le seuil de pauvreté. D'ailleurs, certains secteurs comme celui de la construction ont établi des minima salariaux inférieurs au seuil de pauvreté. Des millions d'Iranien.nes vivent désormais dans des conditions de pauvreté relative ou absolue. Plus de 60% de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté.
En 2024, le coût du panier de subsistance était estimé à 583 dollars alors que selon les estimations les plus hautes, le salaire moyen était de 220 dollars. Le loyer mensuel d'un logement moyen varie entre 600 et 1 300 dollars pour une chambre.
Avec la guerre, ce sont des dizaines de milliers de travailleurs/euses qui se sont retrouvé·es sans salaire du jour au lendemain. Ils/elles sont nombreux et nombreuses à avoir perdu leur emploi. Le chômage et la misère explosent. Selon Donyae Eghtesad, le principal journal économique d'Iran, l'appareil productif est à l'arrêt, il y a une pénurie des produits de première nécessité et une réduction drastique des importations.
Un pouvoir totalement délégitimé
Parallèlement à ces enjeux quotidiens, le régime est frappé par une crise de légitimité politique atteignant des niveaux inégalés. Dans ce contexte, les divergences au sein du régime filtrent régulièrement. C'est le cas notamment ces derniers jours entre ceux qui souhaitent un compromis avec Trump, et ceux qui souhaitent poursuivre la confrontation.
La direction des Gardiens de la révolution et les élites du régime profitent largement des sanctions internationales, notamment par l'organisation du marché noir, ainsi que par leur mainmise sur la rente pétrolière et sur les produits des ventes de pétrole à la Chine.
Ils font partie des grandes fortunes du Moyen-Orient. Leur mainmise sur les ressources et l'économie iranienne sont notoires, notamment par le biais du contrôle des ports du sud du pays. Ils ont par ailleurs le contrôle des Fondations (Bonyad) qui font partie des grandes holdings de la région. Ces Fondations ne sont pas imposables. Officiellement leurs responsables ne rendent de compte qu'au Guide et détiennent des pans entiers de l'économie iranienne (de l'agriculture aux hydrocarbures, en passant notamment par l'import-export, les ports et les compagnies aériennes. Quasiment rien ne leur échappe.
Parallèlement, avec la guerre, la structure politico-militaire de l'État a été mise sous pression. L'élimination de dirigeants militaires, politiques et religieux de premier plan, a reconfiguré la façade du régime. Celui-ci est désormais ouvertement dirigé par les Gardiens de la révolution, marginalisant davantage des figures comme celle du président de la République Pezeshkian.
Le régime en place adopte une politique encore plus dure à l'égard de la population. Il justifie cela par la guerre et la chasse aux collaborateurs et aux espions. Le pouvoir a profité de la guerre pour instaurer un climat sécuritaire étouffant : check point et quadrillage des villes, arrestations massives, pendaisons, menaces contre d'éventuel.les contestataires, etc.
Ce qui est certain, c'est que pour la République islamique d'Iran, « la guerre est une bénédiction divine ». C'est comme cela que Khomeiny qualifiait la guerre Irak-Iran. La guerre contre l'Irak lui avait permis de consolider son pouvoir et d'écraser la génération militante qui avait mené la révolution de 1979. A la signature du cessez-le-feu avec l'Irak, Khomeiny avait dit que pour lui c'était « boire un calice de poison ».
Aujourd'hui, le pouvoir en place cherche à utiliser la guerre pour écraser davantage la population, afin d'empêcher toutes les contestations sociales et mettre sous pression les secteurs militants de la société.
La nécessaire solidarité internationaliste
Malgré la dictature et la répression, les luttes referont surface. Rien qu'en 2024, moins de deux ans après l'écrasement du mouvement « Femme, vie, liberté », 2400 manifestations et 170 grèves dans 31 provinces et 70 villes ont été recensées. Avec la censure, ces chiffres sont bien sûr en dessous de la réalité.
Ce qui est certain, c'est que les mouvements de révolte et les soulèvements se sont enchaînés à des rythmes de plus en plus rapprochés ces dernières années. Il y a fort à parier que quand la guerre s'éloignera, le pays connaîtra d'autres explosions sociales encore plus profondes et plus massives.
Notre tâche ici, est évidemment de porter la voix de celles et ceux qui luttent en Iran contre la République islamique et les interventions impérialistes. De celles et ceux qui luttent pour la justice sociale et l'égalité.
Cela implique notamment dans l'immédiat de :
• dénoncer la guerre et ses conséquences,
• soutenir les mouvements sociaux en Iran,
• lutter contre la peine de mort,
• exiger la libération des prisonnier.es politiques,
• refuser toutes les ingérences étrangères et toute solution par en haut,
• soutenir le droit à l'auto-détermination des peuples d'Iran et du Moyen-Orient, contre tous les impérialismes, le colonialisme et la dictature.
C'est le sens de l'action de Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran (SSTI).
C'est en ce sens qu'il faut faire du 1er mai une date de mobilisation internationaliste.
C'est aussi le sens que nous donnons à notre mobilisation européenne à Genève le 5 juin prochain contre la participation de la délégation officielle iranienne à la réunion annuelle de l'OIT (Organisation internationale du travail). Cette délégation iranienne ne représente absolument pas les travailleurs et travailleuses d'Iran. Il s'agit d'une délégation du régime qui participe à la négation des droits sociaux et démocratiques des travailleuses et travailleurs.
C'est aussi le sens que nous donnons à la mobilisation anti-impérialiste et internationaliste contre le G7 qui se tiendra à Evian les 13 et 14 juin prochain.
Enfin, dans la situation actuelle nous devons accélérer les campagnes de solidarité avec les réseaux militants, notamment syndicaux, existant en Iran. Cela se traduit notamment par des campagnes de soutien financier, ainsi que la popularisation des publications militantes.
Et plus que jamais il est nécessaire de mener des campagnes de solidarité contre la peine de mort en Iran, et d'exiger la libération de l'ensemble des détenu.es politiques et d'opinion en Iran. Ce qui guette aujourd'hui les détenu·es c'est en effet une vague d'exécutions massives, comme celle commise par la République islamique d'Iran à l'été 1988. (10 avril 2026)
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La conférence de Porto Alegre et au-delà — Quelques réflexions
Je partage les arguments avancés par les camarades de la Coordination ENSU concernant les modalités et les objectifs de la participation du RESU/ENSU — le Réseau européen de coordination avec l'Ukraine — à la Conférence de Porto Alegre (POA), en réponse aux camarades de la Fédération syndicale Solidaires qui ont contesté cette décision.
25 avril 2026, par SAMARY Catherine
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78631
« La décision de participer à la conférence de Porto Alegre, qui a reçu un large soutien au sein du réseau, a été prise uniquement en raison de l'opportunité précieuse qu'elle offrait aux milliers de militant.es présents d'entendre directement la délégation ukrainienne composée de syndicalistes et de militants de gauche. Ceux qui ne connaissent que peu, voire pas du tout, la réalité en Ukraine ont pu découvrir sa double lutte – contre l'envahisseur russe et contre les politiques néolibérales du gouvernement – grâce à des militant.es pleinement engagés dans ce combat. »
Je voudrais souligner ici deux séries de points liés aux évaluations manifestement nécessaires de cette conférence de Porto Alegre – qui sont importantes pour les décisions futures.
1) Les objections les plus radicales à notre participation s'accompagnaient d'une prédiction/crainte que notre présence et celle de nos camarades ukrainiens et russes soient purement exploitées par les factions pro-gouvernementales et pro-régime. Cependant, même si elles étaient clairement minoritaires, ces présences et interventions ont compté et ont en partie influencé la déclaration finale, même si ce texte reste, pour nous, manifestement insatisfaisant quant à la condamnation explicite de l'agression de la Russie contre l'Ukraine.
2) Nous devons tenir compte des aspects évolutifs et imprévisibles de cette conférence :
• en particulier, nous devons bien sûr critiquer la présence inattendue, lors d'une table ronde de cette conférence « antifasciste », d'un représentant du régime iranien — une évolution clairement catalysée par l'intensification des positions campistes dans le contexte de la récente flambée de violence en Iran.
• Notre critique de cette présence ne précise pas explicitement ce que nos camarades auraient dû faire sur place : quitter la tribune ? Ou intervenir, comme ils l'ont fait en critiquant explicitement ce régime et en soutenant les luttes menées contre lui et contre tous les régimes oppressifs.
• Nous devons tenir compte du manque de consensus et de clarté dans les débats (au sein des courants de gauche et progressistes) concernant les « concepts » et les notions, et même concernant l'analyse d'un contexte « chaotique », en évolution rapide et confus. D'où l'importance des exigences pratiques : 1) l'indépendance vis-à-vis de tout pouvoir étatique dans l'organisation des futures conférences : d'où l'importance des liens de base avec des organisations progressistes égalitaires dans les pays concernés. 2) Conditions pour des débats pluralistes : nous devons évaluer concrètement si une coalition est envisageable dans le cadre d'une conférence éclectique où nous cherchons à faire valoir nos points de vue sans rester « parmi les convaincus ».
• Nous devons organiser des débats ad hoc sur ce qu'impliquent aujourd'hui les divers régimes d'extrême droite et fascistes ainsi que toutes les formes de néocolonialisme « impérialiste », en nous appuyant sur des analyses concrètes qui donnent la priorité aux voix des représentant.es des populations opprimées plutôt que de partir de débats « conceptuels ». Le critère pour les fronts et les conférences-débats n'est en effet pas un accord préalable sur des « concepts », mais avant tout l'indépendance vis-à-vis des pouvoirs étatiques et la dénonciation de leur répression des associations et mouvements égalitaires.
• Une analyse concrète des convergences et des liens entre les régimes réactionnaires à l'échelle internationale doit être menée, de manière pluraliste, dans le cadre de ces rassemblements internationalistes de la résistance populaire, indépendants de tout pouvoir étatique, contre toutes les formes de « campisme » : « de l'Ukraine à la Palestine, en passant par l'Iran, l'occupation est un crime ». Nous préconisons une telle approche soit comme base pour de futures conférences, soit comme plateforme de collaboration au sein de conférences plus éclectiques où nous estimons que les débats sont possibles et utiles.
Catherine Samary

Investissements de 26 milliards $ de La Caisse en 2025 : le bas de laine des Québécois·es toujours complice des crimes en Palestine
Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le jeudi 7 mai 2026 – La Coalition du Québec URGENCE Palestine et Just Peace Advocates/Mouvement pour une paix juste (JPA) rendent publique leur analyse préliminaire du rapport annuel 2025 publié hier par la Caisse de dépôt et placement du Québec (La Caisse). L'analyse révèle qu'au 31 décembre 2025, le bas de laine des Québécois·es investissait 25,6 milliards $ dans 80 entreprises* complices du génocide, de l'occupation, de la colonisation et des violations des droits du peuple palestinien, ce qui représente 4,9 % de son actif total. Après avoir été épinglée dans un rapport de l'ONU, « D'une économie d'occupation à une économie de génocide », en juin 2025, La Caisse maintient largement sa complicité. La Coalition et JPA exigent une action immédiate concernant ces investissements.
Ces entreprises sont dans l'une ou plusieurs des six (6) listes reconnues qui fournissent des informations concernant des entreprises ayant des activités économiques en lien avec les crimes commis par Israël en Palestine : (1) base de données des Nations unies sur les entreprises engagées dans certaines activités de colonisation israélienne dans le Territoire palestinien occupé, mise à jour le 26 septembre 2025 ; (2) AFSC Investigate, incluant Companies Profiting from the Gaza Genocide ; (3) Canada : Stop Arming Israel de World Beyond War ; (4) Who Profits Database of Complicit Companies ; (5) Don't Buy Into Occupation ; (6) Campaign Against Arms Trade.
Investissements complices dans L3Harris et Caterpillar
Au 31 décembre 2025, La Caisse investissait 153,7 millions $ dans L3Harris Technologies, presque 7 fois plus que l'an dernier. L3Harris fabrique des composants qui sont intégrés dans de nombreux systèmes d'armes de l'armée israélienne, notamment dans les bombes air-sol et dans ses avions, chars et navires de guerre. Ces armes ont été utilisées lors d'attaques contre des zones civiles densément peuplées, faisant des milliers de morts à Gaza et au Liban. L3Harris possède plusieurs succursales au Canada, dont une à Mirabel.
La Caisse investit également 377 millions $ dans la compagnie Caterpillar. Cette entreprise a été la cible de campagnes d'Amnistie Internationale et Human Rights Watch pour son implication dans la destruction de milliers de maisons et la construction de colonies illégales en Palestine occupée. Plus récemment, les bulldozers blindés D-9 de Caterpillar ont servi à raser des quartiers et des villes entières lors de l'assaut génocidaire israélien contre Gaza.
WSP aurait quitté Israël
La Caisse est le principal actionnaire de WSP, une multinationale québécoise de génie-conseil, avec un investissement de 4,6 milliards $ en 2025. Pendant de nombreuses années, WSP a été complice des crimes que constituent le maintien et l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Jusqu'à récemment, elle supervisait directement la réalisation de l'extension du train léger de Jérusalem vers les colonies israéliennes illégales de Jérusalem-Est.
En septembre dernier, le magazine d'affaires israélien Globes a annoncé que WSP quittait Israël. Puis, en décembre, la filiale israélienne de WSP a changé de nom, passant de « WSP Consulting Engineers Israel LTD » à « PBIL Consulting Engineers LTD », ou simplement « PB Israel ». Ces changements ne sont évidemment pas sans lien avec la mobilisation locale et internationale visant WSP et La Caisse depuis des années. Toutefois, des zones d'ombre subsistent (voir article Pivot, 24 février 2026). La Coalition et le Mouvement pour une paix juste exigent que WSP et La Caisse fassent preuve d'une complète transparence envers les Québécois·es quant à la cessation complète de toute activité qui viole les prescriptions du droit international en Palestine. Nous demandons aussi à WSP de prendre des mesures concernant les violations des droits humains commises dans le cadre de sa participation à des projets en Palestine occupée, comme le prévoit sa politique en matière de droits humains.
Larges appuis à la campagne de désinvestissement
Depuis le lancement de la campagne Sortons la Caisse des crimes en Palestine le 17 mars 2025, plus de 20 organisations syndicales locales et nationales, dont la CSN et la FAE, ont adopté des résolutions demandant à La Caisse de désinvestir des entreprises complices, en solidarité avec la lutte de libération du peuple palestinien. Cette mobilisation se poursuit et prend de l'ampleur. Des municipalités se sont aussi jointes au mouvement, dont celles de Price, Saint-Cuthbert, Saint-Germain-de-Kamouraska, Saint-Valérien et Sainte-Angèle-de-Mérici.
Citations
« Le droit international interdit de fournir des armes, de la machinerie, de l'équipement, des matériaux, des produits et des services de quelque nature que ce soit qui contribuent au génocide à Gaza, à l'établissement, au maintien ou à l'expansion des colonies israéliennes, au régime d'apartheid israélien et à l'occupation militaire en Palestine. Quand la CDPQ prendra-t-elle au sérieux les activités criminelles des compagnies dans lesquelles elle investit notre argent ? » déclare Raymond Legault, porte-parole de la Coalition du Québec URGENCE Palestine.
« Ce qu'on voit avec la vente par WSP de sa filiale israélienne, c'est que la pression fonctionne. Depuis 2024, la pression ne fait que s'accroître sur la Caisse, et nous allons poursuivre nos actions jusqu'à ce que le bas de laine des Québécois-es coupe tous ses liens avec l'occupation et le génocide en Palestine. » déclare Benoît Allard, porte-parole du collectif Désinvestir pour la Palestine qui a organisé un campement au Square-Victoria, à Montréal, à l'été 2024 pour exiger le désinvestissement de La Caisse.
« Alors qu'Israël continue d'intensifier ses violences génocidaires en Palestine occupée, dans le Golan syrien occupé et au Liban, La Caisse continue de financer ses crimes. Il est grand temps de désinvestir des entreprises qui soutiennent les crimes d'Israël. Même si La Caisse aime à prétendre qu'elle est « indépendante » des activités réelles de ces entreprises complices, elle peut et doit être tenue responsable de ses investissements. Il ne s'agit pas d'un appel moral, mais d'une exigence juridique », déclare Becca Steckle, porte-parole de Just Peace Advocates.
Demandes de la campagne
Nous exigeons que La Caisse entreprenne sans délai les démarches nécessaires pour mettre fin à tous ses liens avec des entreprises complices de violations des droits humains en Palestine. Concrètement, cela signifie :
Exiger de l'ensemble des entreprises ciblées qu'elles cessent toutes leurs activités liées à des violations des droits de la personne en Palestine ;
Advenant un refus, retirer l'ensemble des investissements de La Caisse de ces entreprises.
Nous exigeons également que La Caisse se dote d'un processus transparent de contrôle pour s'assurer qu'aucun de ses investissements présents ou futurs ne soit lié à des violations des droits humains et du droit international. La mise en place d'un tel processus doit se faire en concertation avec la société civile.
Ligne du temps
Ligne du temps complète
30 avril 2025. Analyse du rapport annuel 2024 de la CDPQ par la Coalition et JPA : 27,4 milliards $ dans 76 entreprises complices des crimes contre les Palestinien-nes par Israël.
30 juin 2025. Rapport « D'une économie d'occupation à une économie de génocide », Conseil des droits humains, 57e session, A/HRC/59/23, La Caisse mentionnée au par. 77.
15 juillet 2025. Lettre ouverte de 125 enseignant·es, syndicalistes, étudiant·es et citoyen·nes, Sortez nos caisses de retraite de « l'économie du génocide » (La Presse).
15 juillet 2025. Lettre ouverte de Charles Émond, président et chef de la direction de La Caisse, Nous nous préoccupons de la crise humanitaire en Palestine (La Presse).
16 juillet 2025. Lettre ouverte de 15 expert·es en droit international, Palestine : pourquoi l'ONU a raison et la CDPQ a tort (Le Soleil).
12 mai 2026. Charles Émond répond aux questions des oppositions – Étude des crédits budgétaires 2026-2027 du ministère des Finances, volet Finances, La Caisse.

La Caisse de dépôt : un déshonneur pour tout le Québec !
Lettre ouverte à Monsieur Charles Emond, président et chef de la direction
La Caisse de dépôt : un déshonneur pour tout le Québec !
En tant qu'enseignante retraitée du secteur public en Outaouais, je ne souscris pas à ce que mon épargne-retraite soit liée de quelque manière que ce soit, ne serait-ce que par un seul boulon, au génocide palestinien, génocide actuellement exécuté, comme jamais, à ciel ouvert, à la face du monde entier et en toute impunité. J'ai un haut le cœur à encaisser mon chèque de pension en sachant qu'une portion, soit-elle minime, de mes dividendes, proviendrait d'investissements qui serviraient à construire une cité sur la souffrance incommensurable d'un peuple en cendre ; je refuse qu'un seul sous de l'argent que j'ai investi durant toutes ces années, pour mes vieux jours, puisse aujourd'hui servir à éteindre toute lueur dans les yeux d'humains entassés dans un coin de leur propre terre à Gaza, devenue prison, lieu de famine et de détresse infinie, où une folie sans nom s'est emparée d'un agresseur qui fait subir à l'autre la même horreur qu'ont subi ses propres ancêtres. J'ai le droit d'exiger que la Caisse de dépôt replace immédiatement mon argent ailleurs et je m'attends à ce que la Caisse obtempère. La Caisse de dépôt, jadis notre fierté, est aujourd'hui devenue, pour nous tous et toutes au Québec, un véritable déshonneur.
À noter que tous les enseignant.es du secteur public au Québec, soient-ils retraité.es ou en exercice, se trouvent dans ce même triste bateau, comme nous partageons le même fonds d'épargne-retraite (le RREGOP), géré par ladite Caisse, et ce, à hauteur de quelque 6,5 millions d'autres Québécois.es.
Claire Charron
Enseignante retraitée du Centre de service scolaire des Portages-de-l'Outaouais (2022), La Pêche, Qc
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Chronique d’une gauche en tension
Il y a une polémique au Québec qui m'étonne profondément. Le samedi 2 mai, des milliers de personnes sont descendues dans la rue à l'appel des principaux syndicats pour commémorer le 1er mai. Lors de cette manifestation, un groupe de militant·e·s sous la bannière d'Alliance Ouvrière a défilé avec une guillotine, simulant la décapitation d'un mannequin représentant le ministre de l'Économie.
Les médias se sont rapidement emparés du geste en le qualifiant d'acte violent, et la porte-parole d'un parti de gauche, Québec solidaire, l'a immédiatement dénoncé, ainsi que « toute violence politique ». Aujourd'hui, la Centrale des syndicats du Québec, très présente dans le secteur public, s'est exprimée dans le même sens.
Mais qui sont Alliance Ouvrière ? Il s'agit d'un collectif militant combatif, ancré dans des traditions plus radicales de lutte ouvrière et dans des formes d'action directe. En somme, une organisation qui s'inspire — du moins en théorie et en pratique — de celles et ceux qui ont conquis les droits dont nous bénéficions aujourd'hui.
Alors pourquoi cette critique de leur action symbolique ? Ce qui se passe au Québec reflète une fracture de plus en plus nette entre deux lignes d'action populaire qui ne cessent de s'éloigner. D'un côté, les institutions — syndicats et partis politiques compris — qui recherchent la respectabilité à travers des tactiques modérées, mais dont les résultats concrets sont souvent nuls ou insignifiants. De l'autre, un renouveau des mouvements sociaux qui optent pour la confrontation directe : occupation d'entreprises, soutien aux locataires menacés d'expulsion, recours à des performances provocatrices pour rendre visibles les conflits et porter des messages clairs.
Ces actions ne se traduisent peut-être pas aujourd'hui en victoires législatives, mais elles démontrent une grande capacité à attirer et former de nouveaux militants, en élargissant une base sociale qui s'organise, se politise et apprend à défendre ses droits dans la pratique.
La polémique de la guillotine n'est que l'expression de cette tension. D'un côté, la respectabilité exigée par l'establishment, à laquelle se conforment Québec solidaire et la CSQ pour préserver leur légitimité dans les limites acceptables du système. De l'autre, l'irrévérence de celles et ceux qui confrontent directement les responsables de leurs conditions matérielles, en recherchant non pas l'approbation des élites, mais la légitimité auprès de celles et ceux qui vivent ces réalités.
Les partis de l'establishment, ainsi que les syndicats qui se sont joints à cette chasse aux sorcières contre les jeunes militant·e·s, agissent non seulement contre leurs propres intérêts, mais se couvrent également de ridicule. Se désolidariser de sa base, c'est se placer face à elle — et montrer clairement au grand public qu'on n'est pas digne de confiance. Imaginez que de telles personnes, qui prétendent vous défendre, accèdent un jour au pouvoir : gouverneraient-elles pour la majorité sociale ou selon les diktats de l'opinion médiatique ?
Dans ce spectacle, l'élite est toujours gagnante. Mais peut-être que les militant·e·s le sont aussi : face à ces prises de distance, ils et elles ont suscité des sympathies bien au-delà des cercles restreints où ils étaient jusque-là connus.
Manuel Tapial
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Un PQ au pouvoir perdrait le référendum
Le Parti québécois de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) va sans doute accéder au pouvoir le 5 octobre prochain, à moins d'un retournement des intentions de vote de dernière minute, fort improbable.
Il sera suivi de près par le Parti libéral de Charles Milliard. On ne peut exclure l'hypothèse d'un gouvernement péquiste minoritaire, surtout si l'on tient compte de la force actuelle du parti conservateur du Québec (14% d'intentions de vote, selon le dernier sondage Léger), ce qui devrait se traduire par un certain nombre de députés à l'Assemblée nationale. Dans ce tableau, Québec solidaire fait piètre figure avec ses 8%.
Par contre, lors du référendum promis par PSPP, une majorité d'électeurs et d'électrices va sans doute voter NON à l'indépendance. Depuis l'introduction de la stratégie référendaire par René Lévesque en 1974, laquelle consiste à séparer l'accès au pouvoir du Parti québécois de sa raison d'être, la souveraineté, le parti a perdu son pari de gagner une majorité d'électeurs à sa cause lors des référendums de mai 1980 et d'octobre 1995, quoique dans ce dernier cas, de peu. Une troisième défaite de l'option souverainiste en 2028 ou 2029 paraît probable, vu le déclin au moins apparent de « l'Option ». Bref, PSPP a toutes les chances de gagner ses élections mais aussi de perdre son référendum.
En dépit de la polémique parfois très vive et qui a entraîné bien des soubresauts politiques entre fédéralistes et indépendantistes depuis 1968, ces défaites paraissent indiquer, en dépit de l'adhésion d'une importante minorité de la population à l'idéal souverainiste, la persistance d'un vieux fond majoritaire canadien-français au sein de l'électorat. Le qualificatif de Québécois aujourd'hui couramment utilisé par les gens du Québec pour se désigner n'implique pas pourtant que ces derniers se voient comme exclusivement québécois au sens de citoyens et citoyennes du Québec. On discerne encore la vieille mentalité canadienne-française qui se profile sous ce terme.
Évidemment, dans le refus majoritaire d'appuyer l'indépendance entrent bien des appréhensions sociales et économiques causées par la crainte d'un conflit majeur et prolongé avec Ottawa en cas de victoire indépendantiste ; et ce d'autant plus que depuis 1981, le Parti québécois, comme la plupart des autres formations politiques représentées à l'Assemblée nationale, adhère au néolibéralisme et donc aux politiques qui en découlent : équilibre budgétaire à tout prix, même au prix de compressions douloureuses et lutte forcenée contre la dette, toujours présentée comme une menace majeure pour l'avenir du Québec. On note une nette coupure entre les attentes des gens sur le plan social et économique d'un côté, et l'orientation budgétaire restrictive, à divers degrés, de la classe politique de l'autre.
Mais conserver l'identité canadienne-française ne signifie toutefois pas adhérer au trudeauisme, avec son nationalisme canadien exalté et sa vision d'un Canada formé d'une mosaïque de minorités, dont les francophones. Il faudrait apporter bien des nuances à l'identité canadienne-française, qui vont d'un nationalisme proche de l'indépendance, à un nationalisme presque canadien. Donc, parmi les adhérents au nationalisme canadien-français il existe bien des divergences qui vont d'une augmentation marquée de l'autonomie du Québec au sein de la fédération au statu quoi constitutionnel. Les indépendantistes n'ont pas le monopole des divisions profondes, il y en a aussi chez les fédéralistes.
Mais les deux options n'en demeurent pas moins incompatibles. Lors du prochain et sans doute dernier référendum sur la question, le résultat sera décisif. La souveraineté-association ne se relèvera pas d'une éventuelle troisième défaite, en tout cas pas dans un avenir prévisible. Toutefois, le long débat indépendantisme-fédéralisme aura marqué l'histoire du Québec et s'incrustera dans la mémoire collective pour longtemps. Et puis, sait-on jamais, il ressurgira peut-être beaucoup plus tard, à un moment inattendu. Les retournements de l'histoire...
Jean-François Delisle
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Début de la commission parlementaire sur le PL23 : les voix des personnes premières concernées ne seront pas entendues
Gatineau, 6 mai 2026— Les audiences publiques de la Commission parlementaire sur le projet de loi 23, Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l'état mental pourrait représenter un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, s'ouvrent ce matin. Les inscriptions se sont faites sur invitation seulement, et les personnes premières concernées par les enjeux discutés n'ont pas été convoquées.
Le collectif des personnes survivantes de la P-38 est une nébuleuse composée uniquement de personnes premières concernées par les services en santé mentale, mise sur pied à leur initiative. L'intention derrière le collectif est de permettre que la voix des personnes premières concernées soit entendue, et que l'on prenne leur perspective sur les soins et services en santé mentale au sérieux. Elles réclament plus d'écoute, d'accompagnement, d'accueil et de soutien : pas plus de répression et de mesures coercitives.
« L'hospitalisation forcée est très traumatisante. Depuis que je l'ai vécue, j'hésite à demander de l'aide quand j'en ressens le besoin » - une personne du Collectif.
Le projet de loi 23 risque d'augmenter la stigmatisation des personnes qui vivent avec des troubles de santé mentale, en renforçant l'association fautive entre santé mentale et violence. Plutôt que de proposer plus de soins et de services en santé mentale, d'investir dans le système de santé et le milieu de l'action communautaire autonome, d'offrir des alternatives à l'hospitalisation et des suivis dans la communauté, le gouvernement investi dans la répression.
« On veut plus de soins, pas des soins forcés » - une personne du Collectif.
Le Collectif des personnes survivantes de la P38
Droits-Accès de l'Outaouais
ReprésentACTION santé mentale Québec[1]
[1] ReprésentACTION santé mentale Québec est une structure provinciale qui soutient, régionalement, la participation active des personnes utilisatrices de services en santé mentale, en préconisant une prise de parole collective issue d'un processus démocratique.
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Indexation des subventions : Consternation chez les OCASSS
Montréal, le 4 mai 2026 - Le 1er mai, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles a appris avec consternation que les subventions du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC)
pour la mission globale ne seraient indexées que de 1.8% pour l'année 2026-2027.
Cette nouvelle crée une grande indignation chez les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS), ainsi que dans l'ensemble du mouvement communautaire. En plus d'être insuffisante pour maintenir la valeur des subventions, ce qui est l'objectif d'une indexation, cette annonce pose plusieurs questions importantes quant à la méthode utilisée et au manque de transparence de l'opération.
Pour mémoire, la Table a obtenu pour la première fois, en 2021, que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dévoile, dans le cadre de l'étude des crédits budgétaires, la méthode utilisée pour établir l'indexation annuelle des subventions du PSOC. Depuis, les cahiers des réponses du MSSS fournissent la base de calcul du taux d'indexation versé aux OCASSS, la référence statistique utilisée et le calcul effectué par le ministère des Finances. Cela a révélé que celui-ci procède à différents calculs et projections à partir de l'Indice des prix à la consommation (IPC) uniquement, alors que les groupes ne sont pas des ménages.
Les taux d'indexations versés ces dernières années correspondaient de fait à l'évaluation de l'inflation, inscrite dans la Mise à jour économique déposée par le ministre des Finances. Or, ce document de l'automne 2025 permettait d'anticiper un taux de 2.1% et non de 1.8%[1]. « La Table veut connaitre la référence statistique utilisée, le calcul effectué, le nom de l'instance l'ayant établi, ainsi que les raisons ayant mené à la décision de fixer à 1.8% le taux d'indexation appliqué aux subventions du PSOC. Il serait inadmissible de revenir au temps où le taux d'indexation relevait d'une décision arbitraire, qu'elle soit prise par le ministère ou par Santé Québec » s'insurge Stéphanie Vallée, présidente de la Table.
Si la méthode du ministère des Finances a toujours été hautement questionnable, puisque causant l'appauvrissement des groupes, elle était appliquée dans la transparence, ce qui est loin d'être le cas avec le taux de 1.8% récemment annoncé. Pourtant, ces derniers ont à maintes reprises réitéré une proposition des plus pertinentes.
Les OCASSS revendiquent depuis plusieurs années que les subventions soient indexées selon l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC), indice qui a été créé en 2023 grâce à un partenariat entre leSAC-UQAM et la TRPOCB. Reconnue par le monde politique, notamment par le Conseil du trésor et la ministre Chantal Rouleau, en vue d'une application à tous les programmes, l'utilisation de cet indice maintiendrait la valeur des subventions, soit l'objectif d'une indexation. « L'ICFC est calculé à partir de statistiques fiables et transparentes et il tient compte des dépenses des OCASSS, dont la majeure partie est constituée de la masse salariale. Le calcul produit un taux de 4% pour les subventions de 2026-2027 », souligne Karine Robinette du comité de coordination de la campagne CA$$$H. « Appliquée sur la subvention moyenne attribuée aux OCASSS, qui environne les 207 000$, la différence entre le 4% d'indexation, selon l'ICFC, et 1.8% est de 4 500 $, ce qui ne couvre même pas la moitié de l'ICFC », dénonce madame Robinette.
La Table demande des explications au ministre responsable des Services sociaux et de la lutte à l'itinérance, Monsieur Lionel Carmant, de même qu'au ministre des Finances, Monsieur Éric Girard et à la Vice-présidente Opérations et Coordination Santé et services sociaux, pour Santé Québec, Madame Maryse Poupart.
Dans une lettre datée du 4 mai, la Table s'adresse à ces trois entités, afin de connaitre les contributions spécifiques de chacune d'elles dans cette décision. « La Table y demande de recevoir sans délai les raisons du rejet de l'ICFC comme base de calcul, ainsi que la référence statistique utilisée, le calcul effectué, le nom de l'instance l'ayant établi, ainsi que les raisons ayant mené à la décision de fixer à 1.8% le taux d'indexation. Faudra-t-il transmettre une deuxième mise en demeure pour obtenir de la transparence » questionne Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table.
L'annonce d'une indexation si réduite créé une onde de choc au sein des OCASSS au moment où ils élaborent leurs prévisions budgétaires pour 2026-2027. Les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux sont non seulement en droit de savoir à quoi s'en tenir, mais aussi d'obtenir une indexation qui empêche leur appauvrissement.
SOURCE Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)
Pour consulter ce communiqué de presse en ligne : trpocb.org/reactions-taux-indexation-2026-2027/
À propos
● Stéphanie Vallée est co-coordonnatrice de l'R des Centres de femmes du Québec et présidente de la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles
● Karine Robinette est directrice générale du Regroupement des popotes roulantes du Québec et membre du comité de coordination de la campagne CA$$$H.
● Mercédez Roberge est coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles
Fondée en 1995, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) est formée de 47 regroupements nationaux,rejoignant plus de 3 000 groupes communautaires autonomes à travers le Québec. Ce sont, par exemple, des maisons de jeunes, des centres de femmes, des cuisines collectives, des maisons d'hébergement, des groupes d'entraide, des centres communautaires, des groupes qui luttent contre des injustices ayant des répercussions sur la santé. Ceux-ci représentent les ¾ des organismes communautaires autonomes du Québec et abordent la santé et les services sociaux sous différentes perspectives (femmes, jeunes, hébergement, famille, personnes handicapées, communautés ethnoculturelles, sécurité alimentaire, santé mentale, violence, périnatalité, toxicomanie, etc.).
La Table coordonne de plus la campagne CA$$$H (Communautaire autonome en santé et services sociaux — Haussez le financement). Lancée le 17 octobre 2017, cette campagne vise l'amélioration substantielle du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), au bénéfice de plus de 3 000 organismes communautaires autonomes subventionnés par le MSSS. Les revendications de la campagne CA$$$H sont : l'atteinte de l'équité de financement et de traitement partout au Québec, notamment par l'application de seuils planchers communs et adaptés aux OCASSS, l'indexation annuelle des subventions en fonction de l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC) et l'ajout de 1,7 G$ à l'enveloppe annuelle du PSOC (mission globale)
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La plupart des entreprises publicitaires canadiennes refusent les annonces sur le droit à l’avortement
NATIONAL — Un sondage informel mené par la Coalition pour le droit à l'avortement Canada (CDAC) révèle que la majorité des entreprises de publicité au Canada refusent de diffuser une annonce affirmant que « l'avortement est un soin de santé ».
45 % ont refusé et 30 % n'ont pas répondu
Sur 33 entreprises sondées, 15 ont refusé l'annonce et 10 n'ont pas répondu aux demandes. Seulement 8 entreprises ont accepté de la diffuser.
Le sondage a été réalisé à l'automne 2025, en lien avec une campagne publicitaire lancée en mars 2026, comprenant des annonces en français et en anglais (voir le communiqué du 12 avril).
La CDAC a publié uncourt rapport (en anglais) présentant les résultats du sondage ainsi que les réponses de chaque entreprise.
« Nous avons choisi de contacter un grand nombre d'entreprises publicitaires, car il était difficile d' en trouver une prête à diffuser notre annonce », explique Joyce Arthur, directrice générale de la CDAC. « On nous a dit que notre message était trop controversé ou qu'il risquait d'être vandalisé. Une entreprise a même soutenu que les annonces liées à l'avortement créaient un « environnement de marque non sécuritaire » pour sous clients. »
« Neuf entreprises qui ont refusé notre annonce ont précisé qu'elles n'acceptent pas non plus de publicités anti-avortement », ajoute Arthur. La plus grande entreprise d'affichage extérieur au Canada, Pattison Outdoor, a déclaré à la CDAC : « Notre expérience démontre que l'acceptation de messages provenant de l'un ou l'autre côté de cet enjeu entraîne souvent des défis et des disputes qui exigent beaucoup de temps et de ressources à gérer. »
Par ailleurs, plusieurs entreprises ont indiqué être liées par des ententes avec des municipalités ou des propriétaires fonciers qui interdisent les publicités de nature militante ou liées à l'avortement.
« De façon générale, les réponses négatives montrent que plusieurs entreprises souhaitent éviter les complications ou les tensions publiques pouvant découler de ce type d'annonce. Cela reflète la stigmatisation persistante de l'avortement », affirme A.J. Lowik, à la présidence de la CDAC. « Bien que nous soyons reconnaissants envers les huit entreprises qui ont accepté de diffuser notre message, il est préoccupant de constater que tant d'entreprises, ou leurs clients, hésitent à présenter une annonce simple qui énonce un fait. L'avortement est un soin de santé. C'est aussi un droit fondamental que notre société devrait reconnaître ouvertement. »
Abortion Rights Coalition of Canada | Coalition pour le droit à l'avortement au Canada
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Discours d’ouverture : protéger les femmes exige plus que des annonces
À la suite du discours d'ouverture prononcé aujourd'hui par la première ministre Christine Fréchette, L'R des centres de femmes du Québec salue la volonté gouvernementale d'agir pour mieux protéger les femmes victimes de violence, notamment par l'annonce d'une future loi Gabie Renaud inspirée de la loi Clare.
Cependant, L'R rappelle qu'aucune loi ne pourra, à elle seule, mettre fin aux violences faites aux femmes si le gouvernement refuse d'investir sérieusement dans la prévention, le travail de proximité et les conditions concrètes permettant aux femmes de reprendre du pouvoir sur leur vie.
Depuis des décennies, les centres de femmes du Québec travaillent en prévention, en sensibilisation, en accompagnement et en intervention féministe. Chaque jour, ils accueillent des femmes vivant de la violence conjugale, sexuelle, économique, psychologique ou institutionnelle. Ce travail essentiel demeure pourtant sous-financé et insuffisamment reconnu.
« Si le gouvernement veut réellement protéger les femmes, il doit reconnaître que la prévention sauve des vies. Les centres de femmes sont en première ligne depuis longtemps. Il est temps que ce travail soit pleinement financé », affirme Julie Drolet, présidente de L'R.
L'R rappelle également qu'il est impossible de parler de sortie de la violence sans parler de logement. Les ressources d'hébergement jouent un rôle crucial, mais elles ne constituent qu'une étape temporaire. Pour quitter durablement une situation de violence, les femmes doivent pouvoir accéder à des logements disponibles, sécuritaires et réellement abordables.
« Une femme ne peut pas reconstruire sa vie si elle n'a nulle part où aller ensuite. La crise du logement fragilise directement la sécurité des femmes et limite leurs possibilités de quitter des milieux violents. » - Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice de L'R.
Enfin, L'R des centres de femmes du Québec demande au gouvernement de respecter pleinement les processus démocratiques parlementaires. Dans un contexte social et politique préoccupant, le recours au bâillon pour le projet de loi no 1 ou tout autre projet de loi constituerait un recul démocratique important.
Les enjeux qui touchent les droits, les conditions de vie et la sécurité des femmes méritent des débats complets, transparents et démocratiques.
À propos de L'R des centres de femmes du Québec
L'R des centres de femmes du Québec regroupe des centres de femmes présents dans toutes les régions du Québec. Les centres de femmes agissent avec les femmes pour améliorer leurs conditions de vie, lutter contre les violences et les inégalités, et bâtir une société plus juste et égalitaire.
Source :
L'R des centres de femmes du Québec
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La prochaine est toujours en vie
La Mouvance et ses membres se sont réunis une fois de plus pour dénoncer le dixième féminicide survenu au Québec depuis le début de l'année 2026. En moins de cinq mois, la violence faite aux femmes continue de frapper avec une intensité alarmante. Nous rendons hommage à cette femme tuée dans un contexte conjugal ou post-conjugal et réaffirmons l'urgence d'agir.
Féminicides : l'inaction gouvernementale tue
– Dix féminicides en moins de cinq mois au Québec.
– Dix femmes assassinées, dont neuf par un conjoint ou ex-conjoint violent.
– Dix familles brisées. Des enfants orphelins. Des proches endeuillés.
Ces morts ne sont pas des tragédies imprévisibles. Elles sont le résultat direct de choix politiques, d'une inaction répétée de l'État et d'un sous-financement chronique des ressources dédiées à la prévention et à la protection des femmes.
Qu'attend le gouvernement pour agir concrètement ?
Combien de femmes devront encore mourir avant la mise en place de mesures structurantes, durables et contraignantes ?
Combien d'alertes faudra-t-il encore pour que la sécurité des femmes devienne une véritable priorité politique, au-delà des discours de circonstance ?
Aujourd'hui, une lettre signée par des femmes fréquentant notre organisme a été remise en main propre au bureau de notre député. Après dix féminicides, il était impératif d'intensifier nos actions. Le silence et l'attentisme ne sont plus acceptables.
Dans notre territoire, faute de maison d'hébergement ou par manque de places disponibles, notre centre de femmes a accompagné cette année 40 femmes victimes de violence conjugale ou post-séparation. Quarante femmes vivant avec des traumatismes, de la peur et des conséquences qui les marqueront parfois toute leur vie. Cet accompagnement repose sur seulement deux intervenantes. Deux femmes qui portent une charge humaine immense, dans un contexte d'épuisement chronique et de sous-financement structurel.
Agir maintenant
Soyons claires : tant que des femmes continueront d'être assassinées, nous continuerons de nous mobiliser. Nous continuerons de dénoncer publiquement l'inaction gouvernementale. Nous exigerons des changements profonds au système de justice, qui échoue trop souvent à protéger les femmes malgré des signaux clairs de danger. Nous réclamerons des investissements majeurs, récurrents et adéquats dans les organismes communautaires œuvrant en prévention, en accompagnement et en protection des victimes de violence.
Depuis quelques semaines, notre organisme participe à une mobilisation régionale lors de chaque féminicide. À chaque nouvelle tragédie, une chaise blanche sera déposée à côté de notre monument. Ce symbole deviendra un marqueur fort de notre région. Nous invitons la population et les commerçants à faire de même.
Il faut continuer de dire haut et fort : PAS UNE DE PLUS.
gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.












