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Politiser la grève : la lutte étudiante au printemps 2012

Le 14 avril 2012, à la tête d’une manifestation organisée par la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), jeunes et moins jeunes tiennent une bannière sur laquelle on peut lire : « La grève est étudiante, la lutte est populaire ». Dans une ambiance familiale, étudiantes et étudiants côtoient retraité·e·s, parents, enfants, professeur·e·s, militantes et militants issus de groupes de défense de droits collectifs pour démontrer que les enjeux de la lutte dépassent la condition étudiante. Malgré les efforts organisationnels, l’élargissement de la lutte relève, à ce moment-là, davantage du slogan, d’un rêve militant. Un mois plus tard, le 22 mai, en défiance à la loi 12[1], se déploient aux quatre coins de la province des manifestations locales, tandis que convergent dans les rues de Montréal pas moins de 250 000 personnes qui s’engagent dans un acte de désobéissance civile, faisant advenir un mouvement réellement populaire. Les manifestations de soir ainsi que le mouvement des casseroles concrétisent l’élargissement de la lutte étudiante et l’enracinement politique du message qu’elle porte. Loin de surgir de manière spontanée, ce mouvement social est le fruit d’un travail de politisation mené par la CLASSE, en amont de la grève, notamment, et qui traduit par ailleurs les rapports de force internes du mouvement étudiant entre ses franges combative et concertationniste. Si la grève étudiante de 2012 peut paraitre de prime abord « corporatiste » en raison de sa visée – annuler la hausse des frais de scolarité –, mon objectif sera de démontrer en quoi elle constitue dans ses fondements une grève politique ou, du moins, comment la CLASSE a réussi à mettre en place les conditions pour en faire surgir les dimensions politiques.
La grève comme instrument de lutte politique
Une grève politique se distinguerait par la nature de ses revendications en sortant du domaine strictement économique. La quasi-totalité des grèves syndicales au Québec, centrées le plus souvent sur des enjeux salariaux, n’entreraient en ce sens pas dans cette définition. Le cadre des relations de travail en Amérique du Nord limite grandement la capacité du mouvement syndical à organiser un tel type d’action, bien que quelques cas récents du syndicalisme québécois témoignent des ouvertures possibles, comme la grève des syndicats de professeur·e·s de cégep le 1er mai 2015 contre l’austérité ainsi que les grèves climatiques du 27 septembre 2019 et du 23 septembre 2022. M’inscrivant dans une perspective sociologique, je m’éloignerai d’une distinction qui me semble superficielle entre économique et politique pour me centrer sur la notion de politisation, puisque toute revendication économique implique des enjeux politiques qu’il est possible ou non d’actualiser. Par politisation, j’entends le processus par lequel un mouvement cherche à dénaturaliser un ordre social, à en démontrer le caractère socialement construit, donc non immuable, et par le fait même comme le résultat de rapports de force[2]. C’est donc la capacité à relier des enjeux individuels – corporatistes – à des enjeux collectifs et à révéler les rapports sociaux qui les produisent qui détermine le caractère politique d’une grève.
Ainsi, des revendications économiques (salaires, régimes de retraite, congés, etc.) ont une portée politique, du moment qu’elles sont inscrites dans des dynamiques sociales plus larges dont la contestation est susceptible de rallier des masses d’individus à un projet de transformation sociale. À ce compte, la grève étudiante de 2012 porte en elle, dès le départ, les graines d’une mobilisation politique en canalisant les frustrations de la population autour de réformes néolibérales impopulaires. Alors qu’en arrière-plan se déploie une critique de la marchandisation de l’éducation, de la tarification et de la privatisation des services publics, bloquer la hausse des frais de scolarité devient une porte d’entrée pour ceux et celles qui contestent plus largement le néolibéralisme, dont le gouvernement libéral de Jean Charest se fait alors le porte-étendard. Ce qui se joue dans les rapports de force au printemps 2012 dépasse rapidement la condition étudiante, comme en témoignent l’enlisement du conflit et l’élargissement progressif des alliances.
La politisation de la grève est rendue possible par le rapport de force favorable dans lequel se retrouve, à ce moment-là, la frange combative du mouvement étudiant face à la frange concertationniste. Le syndicalisme de concertation tend vers une dépolitisation du conflit, en masquant les rapports de pouvoir qui structurent les relations avec le patronat et l’État. En effet, les stratégies concertationnistes reposent sur le présupposé d’une relation d’égal à égal entre le syndicat et ses adversaires politiques, ce qui rend possible la négociation d’un compromis favorable aux deux parties. La reconnaissance de « l’État non seulement comme acteur légitime, mais aussi comme dépositaire de l’intérêt général de la société[3] » est une condition essentielle à l’établissement d’une telle relation, limitant du même coup le rapport de force vis-à-vis de ce dernier. Si le syndicalisme de concertation se permet de rompre ponctuellement sa relation d’entente avec l’État ou le patronat, la résolution du désaccord passe avant tout par le rétablissement de la relation entre les parties et de leur reconnaissance mutuelle, ce qui implique de minimiser la conflictualité. Or, c’est dans le conflit que se révèlent les rapports de pouvoir. Freiner celui-ci empêche les individus de prendre conscience de leurs positions dans les rapports sociaux et des intérêts qui y sont rattachés. Comme le montre Marx, la conflictualité est par ailleurs nécessaire à la transformation sociale.
« D’inspiration marxiste, le syndicalisme de combat présuppose que les différentes parties ont des intérêts inconciliables vu la nature des rapports de domination inscrits dans les institutions économiques et sociales[4] », ce qui engendre une conflictualité dans l’ordre social. La construction d’un rapport de force permanent vis-à-vis de l’État/patronat s’avère en ce sens la seule manière « d’arracher » aux classes dominantes des gains symboliques et matériels. Contrairement au syndicalisme de concertation, le syndicalisme de combat engage, par ses stratégies combatives et démocratiques, les individus dans la conflictualité afin de leur faire prendre conscience des rapports de force qui structurent la société.
Se réclamant du syndicalisme de combat, l’ASSÉ se positionna de manière stratégique à l’orée du printemps 2012, ayant appris notamment des grèves de 2005 et de 2007, face à la frange concertationniste du mouvement étudiant incarnée par les fédérations étudiantes. Si, en apparence, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) jouissent d’un rôle d’avant-plan dans les médias, dans les faits, elles « ont joué un rôle somme toute mineur dans la dynamique des actions de la grève[5] ». La CLASSE s’est imposée dès le départ comme la bougie d’allumage du mouvement, prenant le contrôle du plan d’action et même du discours, politisant la lutte et posant les bases d’une grève que l’on peut qualifier de politique. Dans les sections qui suivent, j’identifierai quelques éléments discursifs et pratiques qui sont, à mon sens, cruciaux dans la politisation du printemps 2012, éléments dont pourrait s’inspirer le mouvement syndical dans le contexte actuel, marqué par une montée du fascisme et de l’extrême droite. Loin d’être exhaustive, cette analyse est également socialement située, en raison de mon engagement au sein de la grève et de son impact sur mon éveil politique.
La politisation du discours
D’entrée de jeu, il est nécessaire de s’attaquer aux enjeux relatifs au répertoire revendicatif. La visée de la grève, bloquer la hausse des frais de scolarité, ne revêt pas de dimension politique explicite. Elle peut même être considérée comme corporatiste, plaçant les « intérêts étudiants » au cœur de la lutte. Le défi de toute organisation se réclamant du syndicalisme de combat réside dans la nécessité de rallier des masses d’individus pour construire son rapport de force, sans pour autant perdre de sa radicalité. Si des positions trop réformistes empêchent de politiser les masses, des positions radicales rendent difficile le fait de les rallier. Il s’agit d’un équilibre précaire que l’ASSÉ a tenté de trouver en 2012. Comme l’explique Arnaud Theurillat-Cloutier, les expériences de 2005 et de 2007 ont montré aux militantes et militants « qu’il était impossible de mettre de côté la question de la gratuité scolaire sans dévoyer l’essence même de l’ASSÉ […] [mais] que cette revendication ne pouvait pas servir d’assise à un large mouvement de grève[6] ». La position de ralliement consista à s’opposer à la hausse des frais de scolarité dans une perspective de gratuité scolaire. L’adoption d’une telle position en assemblée générale était une condition d’adhésion pour les associations étudiantes souhaitant rejoindre la CLASSE, ce qui permit d’ouvrir une discussion collective sur les rapports de force qui traversaient le système d’éducation et en détournaient la mission, tout en mobilisant les membres pour un objectif qui leur paraissait plus réaliste et plus ancré dans leurs préoccupations immédiates.
Sur le plan symbolique, ce choix stratégique permit à la CLASSE de présenter l’annulation de la hausse des frais de scolarité non pas comme une fin en soi, mais comme une étape d’une lutte plus large visant l’atteinte de la justice sociale. Elle a ainsi pu faire intervenir dans le débat des enjeux politiques, tels que la marchandisation de l’éducation, la privatisation et la tarification des services publics, la redistribution de la richesse, etc. Soulignons également qu’une telle revendication ne se limite pas à la contestation d’une mesure néolibérale, mais contient en son sein une proposition de transformation sociale. À quoi pourrait ressembler une société avec un système d’éducation public et gratuit ? C’est la réflexion à laquelle était conviée la population. Loin d’être cachée, la position en faveur de la gratuité scolaire faisait partie du discours mis de l’avant par la CLASSE, comme en témoigne, par exemple, la manifestation thématique organisée lors du Salon Plan Nord, une foire de l’emploi qui a eu lieu le 20 avril 2012 : « Non à la gratuité minière ! Oui à la gratuité scolaire ! » L’ASSÉ poursuivit également la lutte pour la gratuité scolaire à l’issue de la grève, relativement à l’indexation des frais de scolarité proposée par le gouvernement péquiste.
De manière générale, si la visée à court terme de la grève était claire – bloquer la hausse –, les militantes et militants la faisaient vivre en s’appuyant sur un répertoire revendicatif varié, qui exposait les ramifications sociopolitiques de la hausse des frais de scolarité. Loin des manifestations homogènes du mouvement syndical avec ses fanions en série affichant les allégeances de chacun, 2012 se caractérise par l’aménagement d’un espace de contestation marqué par une hétérogénéité des revendications, des slogans et du visuel militant. La CLASSE participe à la construction de cet espace politique en reprenant à son compte ce répertoire revendicatif dans le cadre d’actions thématiques. Parmi celles-ci, soulignons par exemple différentes manifestations pour dénoncer la « sale hausse sexiste[7] », pour revendiquer le droit à l’éducation, pour dénoncer l’appauvrissement de la population et pour réclamer une société plus juste et égalitaire[8]. L’ASSÉ dénonçait aussi le néolibéralisme[9] et la brutalité policière. La hausse des frais de scolarité devient ainsi le prétexte d’une discussion plus large sur les inégalités sociales.
Cette politisation du discours s’appuie sur un travail continu de formation, d’information et de mobilisation par les militantes et militants de la CLASSE. Ce travail, réalisé avec peu de moyens, est incomparable à ce qu’on observe dans le mouvement syndical : pas en termes de grandeur, mais en termes d’impact politique. Les camps de formation ponctuels sont, par exemple, l’occasion de transmettre des savoirs militants aux recru·e·s[10] et de les exposer à divers débats et enjeux politiques[11] qui favorisent l’apprentissage, tout en faisant prendre conscience de l’hétérogénéité du mouvement étudiant lui-même. En effet, la confrontation ritualisée des « tendances politiques » qui s’y déploie est particulièrement formatrice pour les novices, qui découvrent l’existence de diverses idéologies contestataires. Ces espaces de formation sont en même temps des espaces affectifs où se nouent des relations par lesquelles se prolonge la formation militante. La production continue de matériel d’information (tracts, pamphlets, journaux, revues, argumentaires) participe également de cette politisation du discours, dans la mesure où elle est utilisée comme stratégie de mobilisation permanente. La diversification du format favorise en outre l’accessibilité aux débats politiques. Le recrutement de militantes et militants à l’échelle locale pour participer à la rédaction des textes représente une stratégie efficace qui favorise leur engagement au sein du mouvement, ainsi que leur formation politique.
Enfin, il m’apparait incontournable de traiter des stratégies médiatiques de la CLASSE, bien qu’elles n’occupent pas un aspect central dans la politisation du mouvement de grève. En effet, les éléments discursifs identifiés précédemment s’avèrent efficaces, dans la mesure où ils s’appuient sur des pratiques politiques concrètes. Or, le discours médiatique place plutôt les individus dans une posture passive. Néanmoins, il est vrai que la position stratégique qu’a réussi à occuper la CLASSE dans l’espace public pendant la grève a permis de soutenir plus largement la frange combative du mouvement étudiant et d’appuyer l’orientation politique qu’elle cherchait à donner à la grève. La justice sociale, le néolibéralisme et l’économie du savoir, par exemple, faisaient partie du répertoire discursif des porte-paroles de la CLASSE, bien que le cadre médiatique rende difficile l’approfondissement de ce type d’enjeux. Le contenu médiatique est avant tout déterminé par une temporalité de l’instantanéité au détriment des débats de fond, dont les fameux « clips » recherchés par les intervenantes et intervenants médiatiques. Malgré ces limites inhérentes, la simple présence de la CLASSE dans l’espace médiatique a permis d’exposer les rapports de pouvoir qui traversent cette institution ainsi que sa relation de proximité avec les classes dominantes. La couverture tendancieuse du conflit a été un révélateur pour les grévistes, dont l’expérience s’écartait radicalement de l’interprétation qu’en faisaient les médias. Sur le plan de la violence, plus particulièrement, la représentation des manifestantes et manifestants ne cadrait pas avec la brutalité policière dont elles et ils faisaient constamment les frais.
De plus, en raison précisément de leur positionnement idéologique, les médias ont déplacé – à leurs dépens ? – le débat sur le terrain politique. Par exemple, reprenant à leur compte la stratégie du gouvernement, les médias présentent la grève comme un boycottage, cherchant « à dépolitiser le conflit et à réduire la population étudiante à un simple bassin de consommateurs plutôt qu’à un sujet politique collectif[12] ». En minimisant la légitimité du mouvement de grève, ils en révèlent en fait la portée politique. Ce débat sémantique ouvre par ailleurs la porte à une discussion plus large sur la démocratie étudiante, alors que la CLASSE se voit intimer de légitimer son fonctionnement. L’opposition entre démocratie directe, illégitime, et démocratie représentative, légitime, qui traverse le discours médiatique, participe dans les faits à la dénaturalisation de l’ordre social et à la révélation des formes démocratiques alternatives. Il s’agit d’une véritable leçon politique médiatisée qui n’est sans doute pas étrangère à l’émergence d’assemblées populaires d’initiative citoyenne aux quatre coins du Québec à l’été 2012. Plus largement, le fonctionnement démocratique de la CLASSE déstabilise les médias : la lenteur de la démocratie directe, d’une part, et le système de porte-parolat, d’autre part, s’arriment mal à la temporalité de l’instantanéité qui structure le travail médiatique. Finalement, c’est par la construction d’un rapport de force matériel et symbolique que la CLASSE a su résister aux injonctions médiatiques, a su ne pas trahir son fonctionnement démocratique et, par le fait même, a su utiliser sa présence médiatique au service de la mobilisation.
La politisation par la pratique
Après avoir examiné les éléments plus symboliques, je m’attarderai sur la politisation du mouvement de grève par l’intermédiaire de la mise en action des participantes et participants. Bien que cette mise en action ne soit pas propre au syndicalisme de combat, la pratique politique qui s’y rattache favorise l’engagement des individus dans la conflictualité, laquelle est la seule susceptible de dénaturaliser l’ordre social et de révéler les rapports de pouvoir qui le structurent. La mise en action des individus dans le syndicalisme de combat repose en effet sur le postulat que seule la construction d’un rapport de force (matériel et symbolique) avec son adversaire est apte à lui faire faire des concessions. La construction de ce rapport de force passe par une escalade des moyens de pression dont la grève générale illimitée est l’ultime recours – escalade des moyens qui permet en outre de légitimer la radicalisation de l’action et de politiser progressivement les forces vives du mouvement.
La pratique politique qui s’est déployée au sein de la CLASSE s’appuyait à mon sens sur deux éléments centraux : démocratie directe et action directe. D’une part, l’action directe permettait aux grévistes de se confronter à l’État et à ses sbires, d’autre part, la démocratie directe favorisait la confrontation à l’interne du mouvement. Tout mouvement social est par nature hétérogène : sa première tâche est de construire et de maintenir une forme d’unité[13]. Malgré les coups de ses adversaires, la CLASSE a réussi à maintenir son unité pendant la grève, non pas au détriment du débat interne, mais en l’encourageant. Le fonctionnement démocratique de la CLASSE, tout en étant imparfait, se démarquait de celui des fédérations étudiantes « par une structure beaucoup plus égalitaire et un pouvoir accru de la base[14] ». L’horizontalité de son fonctionnement favorisait l’engagement des associations étudiantes dans les débats internes. La normalisation de la conflictualité au sein de l’organisation favorisait la politisation des membres en leur donnant des perspectives différenciées sur un même enjeu tout en révélant les rapports de pouvoir qui la traversaient également. En effet, tout mouvement progressiste est aussi habité par les rapports de pouvoir qui structurent la société, puisqu’un tel mouvement n’évolue pas en vase clos. Ma propre expérience au sein de la CLASSE est marquée par une prise de conscience de ma position dans les rapports sociaux de sexe qui a émergé de ce rapport dialectique entre théorie et pratique, et que rendaient possibles ces espaces démocratiques.
De manière générale, l’unité du mouvement et son efficacité dépendent de l’engagement des associations étudiantes au sein de sa structure démocratique. Le syndicalisme de combat exige donc une mise en action des membres « de la base », notamment par des assemblées générales fréquentes. Pour les mêmes raisons que je viens d’évoquer, ces assemblées locales ont constitué des espaces de politisation cruciaux tout au long de la grève, favorisant le développement d’un esprit critique et l’apprentissage de l’expression politique. Bien plus qu’un mode de fonctionnement, la démocratie directe constitue une stratégie de mobilisation, puisqu’elle engage les militantes et militants dans la prise de décisions de l’organisation. Se faire imposer un plan d’action par le « haut » n’a pas le même effet d’engagement sur les militantes et militants que lorsque ce plan a cheminé depuis les assemblées locales. La démocratie directe est en ce sens plus susceptible de se traduire par une mise en action des membres, par leur engagement dans une pratique politique.
Le syndicalisme de combat place également les individus dans une situation de confrontation directe avec le pouvoir par la mise en œuvre d’actions de perturbation. Si les actions plus symboliques, comme les grandes manifestations ou les rassemblements, sont nécessaires pour légitimer le « mouvement tant à l’interne (parmi la population étudiante) qu’à l’externe (parmi la population en général)[15] », les actions de perturbation forcent les classes dominantes à réagir. Le recours aux actions de perturbation, dont la grève, implique d’accepter la prémisse d’un ordre social fondé sur des rapports de pouvoir. Convaincre des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants de rejoindre le mouvement, comme l’a fait la CLASSE au printemps 2012, c’est d’abord les convaincre de ce cadrage politique. À l’inverse, la frilosité des fédérations étudiantes à l’égard du recours à la grève – les amenant à rejoindre le mouvement à rebours – témoigne bien du caractère dépolitisant du syndicalisme de concertation.
C’est à travers la confrontation directe que se révèlent le plus aisément les rapports de force qui sous-tendent l’ordre social, puisqu’elle vise à les exposer : les réactions du pouvoir sont instructrices de leur existence. En effet, qu’il s’agisse de l’intransigeance du gouvernement, de la complaisance des médias ou de la violence des forces policières, la perturbation et la confrontation directe sont nécessaires pour générer des formes d’éveil politique. Me vient à l’esprit ma propre « naïveté », au début de la grève, qui s’est rapidement fracassée au bout d’une matraque, remettant en question ma conception de l’ordre social qui prévalait jusqu’alors. Les réactions du pouvoir ont été particulièrement violentes lors du printemps 2012 ; en même temps, elles ont favorisé l’émergence d’un mouvement politique qui dépassait la condition étudiante. Il est clair que l’intransigeance des institutions politiques quant aux revendications du mouvement étudiant a joué en notre faveur en alimentant la conflictualité, légitimant du même coup la radicalisation des moyens d’action et, plus largement, le syndicalisme de combat. Les actions de perturbation participaient également de la politisation du mouvement par la diversité des cibles choisies. Le blocage de hauts lieux de pouvoir économique, tels que la tour de la Bourse ou le port de Montréal, ou la perturbation d’événements du même genre, tels que la foire de l’emploi Salon Plan Nord ou le Grand Prix de Formule 1 du Canada, reposent sur une analyse politique en termes de classes sociales, dans laquelle élites politiques et économiques partagent des intérêts semblables. Ainsi, s’en prendre à ces institutions économiques n’a pas le même effet politique que d’occuper le bureau d’un député. S’engager dans de telles actions entame bien davantage une réflexion politique.
Enfin, le désir de s’éloigner d’une lutte corporatiste s’est traduit par la mise en œuvre de différentes alliances avec les mouvements sociaux dans un combat plus large pour la justice sociale. La « solidarité syndicale avec toute lutte internationale progressiste visant le mieux-être de la société » est un principe de base de l’ASSÉ, qui s’est actualisé à travers le mouvement de grève. L’investissement de l’ASSÉ au sein de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (Coalition Main rouge) est un exemple de cette orientation politique. Le rôle structurant qu’y a joué l’ASSÉ et les liens étroits qu’elle entretenait avec les groupes les plus militants, dont le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), ont servi le mouvement de grève. Des événements plus ponctuels, comme la participation à la manifestation en soutien aux lockouté·e·s de Rio Tinto Alcan à Alma ou l’organisation de manifestations de solidarité internationale, sont d’autres exemples qui témoignent de la mise en œuvre d’une solidarité large durant la grève. La publication du manifeste Nous sommes avenir et la tournée des assemblées populaires d’initiative citoyenne lors de la période estivale, afin d’aller à la rencontre de la population – et de souffler sur les braises de la transformation du mouvement de grève en mouvement populaire – montrent bien que, pour la CLASSE, la lutte n’a jamais été qu’étudiante. Sur une note plus personnelle, cette tournée a été l’occasion de prendre conscience de l’impact politique de la grève à travers le Québec. Notre mouvement a suscité la mise en action de milliers de personnes, même dans les régions les plus excentrées, qui ne bénéficiaient pas toujours d’un pôle étudiant dynamique auquel se rattacher. Des personnes m’ont témoigné avoir tapé sur leur casserole dans leur rang, leur isolement ne les empêchant pas de se sentir partie prenante du mouvement. La profonde gratitude qui nous a été exprimée à travers ces rencontres fut particulièrement touchante : nous avions éveillé l’espoir d’un monde nouveau.
À quand un printemps 2012 pour le mouvement syndical ?
Dans un contexte marqué par un virage fascisant et extrêmement préoccupant de la classe politique mondiale, il devient plus que jamais essentiel de construire des mouvements sociaux combatifs, capables de renverser la tendance. À l’heure où la popularité du gouvernement caquiste est au plus bas, on se demande ce qu’il faudrait pour que le mouvement syndical se mette en action. Depuis 2012, le « succès » de la grève a fait l’objet d’analyses diverses, afin de pouvoir reproduire cette mobilisation historique. Or, rien ne sert de se « réinventer », il suffit de retourner aux bases du syndicalisme de combat : démocratie, solidarité, combativité[16].
Sans nier que le mouvement syndical constitue un outil essentiel pour défendre les intérêts des syndiqué·e·s et qu’il joue un rôle important dans la société, des changements politiques considérables sont toutefois nécessaires pour faire de celui-ci un outil de transformation sociale. Comme le montre ce texte, c’est la visée politique de la grève qui a permis au mouvement de prendre de l’ampleur. Toute lutte doit être envisagée comme une occasion de politisation s’inscrivant dans un mouvement historique de renversement des rapports sociaux. Comme l’a montré le printemps étudiant, des objectifs à caractère réformiste peuvent tout à fait servir cette finalité. Or, à l’heure actuelle, le mouvement syndical se caractérise plutôt par une dépolitisation de ses luttes, en particulier par la distinction qui est opérée entre les « luttes économiques » et les « luttes sociales ». La séparation entre le premier et le deuxième front à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en est un exemple flagrant ; bien qu’historiquement, elle ait pu servir à légitimer l’action politique des organisations syndicales, elle tend insidieusement à dépolitiser les rapports au travail. Cette dépolitisation du travail se traduit notamment par la relégation de la lutte féministe au second front, comme si le travail ne constituait pas l’enjeu principal des rapports sociaux de sexe. On se questionne, par le fait même, très peu syndicalement sur la manière de transformer la division sexuelle du travail, ce qui participe de facto à la naturaliser.
De manière générale, la division organisationnelle entre la négociation et la mobilisation politique empêche de penser le renouvellement des conventions collectives comme des opportunités de déstabilisation et de transformation de l’ordre social. Ainsi, le mouvement syndical n’a de cesse de passer à côté d’occasions de politiser la grève, comme en font foi les dernières négociations du secteur public (2023-2024), lors desquelles la protection du filet social qui sous-tendait les revendications syndicales a été reléguée à une ligne de communication au lieu de s’incarner dans la pratique politique. Plus récemment, la grève des employé·e·s de soutien de la Société de transport de Montréal (STM) aurait pu s’inscrire dans une lutte plus large pour le financement du transport collectif et la transition écologique, ce qui aurait pu renforcer davantage la solidarité au sein de la population.
Le mouvement syndical en est à un point de bascule, alors que ses franges plus combatives en appellent à une grève sociale pour faire front contre les dérives autoritaires, les attaques antidémocratiques et les reculs sociaux sans précédent entrepris par le gouvernement caquiste, et appelés à lui survivre. Il est clair que la confrontation politique suscite certaines inquiétudes pour un mouvement dont la « reproduction institutionnelle » prend le pas sur la transformation politique. Les risques sont par ailleurs plus considérables pour les syndiqué·e·s que pour les étudiantes et étudiants qui avaient moins à perdre en 2012. Néanmoins, c’est en se mettant en marche que l’on apprend comment le pouvoir fonctionne. Levons-nous !
Par Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) en 2012 et professeure de sociologie au Collège Ahuntsic
- La loi 12, loi spéciale adoptée le 18 mai 2012, comprend différentes mesures assurant le retour en classe des étudiants et étudiantes et prévoit des amendes élevées pour les individus, les associations étudiantes et les syndicats qui entravent la tenue des cours. Cette mesure d’exception restreint le droit de manifester, ce qui va à l’encontre des droits et libertés garantis par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. ↑
- Vincent Gay (animateur), « Syndicats, mouvements sociaux et partis politiques : marcher séparément ou lutter ensemble ? », Spectre, saison 1, épisode 26, 2024. ↑
- Arnaud Theurillat-Cloutier, Printemps de force. Une histoire engagée du mouvement étudiant au Québec (1958-2013), Montréal, Lux Éditeur, 2017, p. 25. ↑
- Ibid., p. 27. ↑
- Ibid., p. 321-322. ↑
- Ibid., p. 322. ↑
- L’importance de mobiliser un argumentaire féministe dans les interventions médiatiques des porte-paroles de la CLASSE a fait l’objet de plusieurs discussions et de prises de position en congrès. ↑
- Sous le slogan « Tout est à nous, rien n’est à eux ! », la CLASSE convie les grévistes à poser une action de perturbation pour dénoncer les inégalités sociales. Sur la page Facebook de l’événement, on peut lire : « Celle-ci vise à rappeler aux riches de ce monde que s’ils et elles sont riches, c’est parce qu’ils et elles nous maintiennent pauvres. Dénonçons l’appauvrissement de la population et réclamons une société plus juste et égalitaire. Ensemble, bloquons le recul social ! ». ↑
- Le rendez-vous du 22 juillet 2012 a lieu sous la thématique « Les néolibéraux… DEHORS ! ». On remarque la volonté de s’éloigner du parlementarisme comme « solution » au conflit social. Ce choix habile de mots permet à la fois de canaliser la colère de la population contre le Parti libéral et de replacer son programme politique dans des dynamiques plus larges qui ne sont pas propres à ce parti. ↑
- Des ateliers pratiques, tels que l’abc de la mobilisation, de la production de matériel d’information, des négociations et des protocoles de grève, de l’organisation d’actions, des médias, de la sécurité dans les manifestations, etc., permettent la transmission de savoirs militants. ↑
- Parmi les sujets à l’ordre du jour du camp de formation précédant l’amorce de la grève, on trouve : le syndicalisme de combat, la gratuité scolaire, la crise du capitalisme, le féminisme, la solidarité internationale, etc. ↑
- Marcos Ancelovici et Francis Dupuis-Déri (dir.), Un printemps rouge et noir. Regards croisés sur la grève étudiante de 2012, Montréal, Écosociété, 2014, p. 9. ↑
- Lilian Mathieu, Comment lutter ? Sociologie et mouvements sociaux, Paris, Textuel, 2004, p. 18. ↑
- Ancelovici et Dupuis-Déri, 2014, op. cit., p. 92. ↑
- Ibid., p. 60. ↑
- Il s’agissait du slogan de l’ASSÉ. ↑
L’art à Cuba, refuge et tranchée

Là où le NOUS commence
Créée par Sarah-Jeanne Morency avec le comité rayonnement de la Journée nationale des centres de femmes (JN), qui a lieu chaque premier mardi d'octobre, cette vidéo montre qu'il y a des centres partout au Québec. Ensemble, nous formons un grand Nous qui travaille à l'amélioration des conditions de vie des femmes et poursuit notre projet féministe vers une société plus juste et égalitaire.
Pour trouver le centre de femmes le plus près de chez vous, consulter cette section de notre site web. Contactez-le pour vous informer sur ce que le centre organise pour souligner la JN2026.
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Le vent de droite ne passera pas : syndicalisme de combat ! »
Le 3 octobre, la Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale(CRUES) organisait à Montréal et à Québec des manifestations pour dénoncer la précarité étudiante et la détérioration des conditions d'études. À travers ces actions, les manifestant.e.s ont réitéré l'importance d'une réforme de l'aide financière aux études et un réinvestissement en éducation. La CRUES invite la société civile et les personnes étudiantes à se mobiliser au-delà du vote et à continuer la mobilisation après les élections : « Les urnes changeront le gouvernement, mais nous on fera changer les choses ! »}
5 octobre 2026 | envoi du Cercle des ami·es de l'A.I.T,
Manifestation de la CRUES de samedi dernier dans la ville de Québec
Discours du MEPACQ et de la CRUES devant la statue de Félix Leclerc dans le Parc La Fontaine à Montréal samedi dernier
À Québec, une centaine de personnes venues d'aussi loin que Rimouski se sont rassemblées au Jardin Jeanne d'Arc, sur les Plaines d'Abraham. Après des discours critiquant le cirque électoral et les positions de plus en plus réactionnaires des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, les manifestant.e.s ont pris la rue, serpentant sur la Grande-Allée, le boulevard René-Lévesque et la rue St-Jean. Soulignons l'esprit revendicateur et combatif de la marche, à laquelle participaient également plusieurs membres des groupes populaires de la région de Québec.
La manifestation de Montréal marchant sur la rue Sherbrooke en direction du centre-ville
À Montréal, c'est un peu moins de mille personnes qui se sont rassemblées dans le Parc La Fontaine. Les discours du Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MEPACQ) et de la CRUES ont rappelé l'importance de s'organiser contre l'austérité budgétaire que nous sert la classe politique depuis plusieurs décennies. Fidèle à son slogan « Pour gagner, grèvons », la CRUES a alors annoncé son intention d'organiser une semaine de grève du 9 au 13 novembre cette année et une grève générale illimitée à l'hiver 2027. Après avoir pris la rue en scandant des slogans, la manifestation a cheminé derrière différentes bannières étudiantes, communautaires, P !nk Bloc, anticapitalistes et antifascistes jusqu'au centre-ville. Tout au long du chemin, des manifestant.e.s se sont amusé.e.s à arracher et gribouiller des pancartes électorales.
La manif s'est terminée sur l'espoir que le mouvement étudiant puisse être l'étincelle d'une mobilisation plus large à venir.

La députation de Québec solidaire (2026 - ...)
Nous reprenons ici les biographies fournies des candidatures pour les neuf député·es de Québec solidaire. Nous pouvons donc voir ici d'un coup d'oeil les personnes qui forment la députation du parti de gauche.
Alexandre Boulerice | Gouin
Alexandre Leduc | Hochelaga-Maisonneuve
En 2007, Alexandre Leduc s'est installé dans Hochelaga-Maisonneuve, où il a construit sa vie, nourri son engagement et fondé sa famille. Ces huit dernières années, à l'Assemblée nationale, il a non seulement défendu infatigablement les familles et les travailleuses et travailleurs, mais aussi exprimé une voix forte pour les gens de sa circonscription. Député de terrain présent pour les citoyennes et citoyens, Alexandre est toujours à l'écoute des organismes communautaires. Il veut continuer à avancer vers un objectif simple, celui de bâtir un quartier plus solidaire, inclusif et à l'écoute des réalités de chacun et chacune.
Andrés Fontecilla | Laurier-Dorion
Andrés Fontecilla porte la voix des gens de Laurier-Dorion pour défendre la justice sociale, le droit au logement et les droits des personnes immigrantes. À l'Assemblée nationale, il fait valoir des solutions concrètes pour une société plus solidaire, une transition écologique ambitieuse et un Québec inclusif où chaque personne peut vivre dignement. Député de terrain incontournable dans Villeray et Parc-Extension, toujours à l'écoute et prêt à aider les organismes communautaires, Andrés veut poursuivre en octobre l'engagement d'une vie pour la justice sociale.
Ruba Ghazal | Mercier
Si Ruba Ghazal veut devenir première ministre du Québec, c'est pour bâtir un pays plus juste, inclusif et durable. Fière défenseure de la langue française, de la démocratie et de la justice sociale, elle porte la vision d'un Québec rassembleur où chaque personne peut contribuer pleinement à la société. Forte d'une longue expérience au privé dans le secteur de la santé, de la sécurité et de l'environnement, elle porte pour Québec solidaire une vision ancrée dans le réel et connectée aux aspirations des gens. C'est ce projet qu'elle incarne depuis huit ans à l'Assemblée nationale et qu'elle veut mener pour l'ensemble du Québec.
Gisèle Pouhe Njall | Rosemont
Après des études en journalisme, Gisèle Pouhe Njall a choisi de s'engager dans le milieu communautaire, où elle travaille depuis plus d'une décennie. Que ce soit en s'impliquant auprès d'organismes jeunesse ou en dirigeant un organisme de lutte contre les violences sexuelles, elle a toujours cherché à mobiliser les communautés et à faire entendre des voix trop souvent oubliées. Pour enrichir son expérience de terrain, Gisèle a mené des études universitaires en développement économique communautaire. Citoyenne engagée résidant à Rosemont, elle comprend et partage les préoccupations des résidentes et des résidents de son quartier et elle souhaite porter un engagement rassembleur pour construire un Québec plus solidaire, où chaque personne peut contribuer pleinement à la société et vivre dignement.
Roxane Milot | Sainte-Marie-Saint-Jacques
Roxane Milot est une femme engagée portée par la solidarité et la défense des droits humains. Ayant vécu un parcours qui a mis en évidence l'importance du filet social, elle œuvre depuis des années pour une société plus juste, ici comme à l'international, notamment à l'ONU sur des enjeux de justice et de paix. Aujourd'hui, elle veut prendre le relais de Manon Massé pour représenter Sainte-Marie–Saint-Jacques avec cœur et conviction. Résidente du quartier et fière membre de la communauté 2ELGBTQIA+, Roxane porte une vision inclusive d'un Québec où personne n'est laissé de côté.
Stéphanie Vachon | Sherbrooke
Stéphanie Vachon est une militante engagée qui souhaite continuer à porter la voix des citoyennes et citoyens de Sherbrooke. Éducatrice à l'enfance et représentante du secteur des CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux-CSN, elle défend depuis plusieurs années de meilleures conditions de travail pour celles et ceux qui prennent soin de nos tout-petits. Forte de son expérience syndicale et de son engagement pour les services publics, elle veut contribuer à bâtir un Québec plus juste où l'on protège la santé, l'éducation et les services sociaux. Pour Stéphanie, la politique doit servir à prendre soin des gens et ne laisser personne derrière.
Etienne Grandmond | Taschereau
Élu comme député de Taschereau en 2022, Etienne Grandmont est un militant de longue date engagé depuis près de 20 ans dans les luttes sociales et environnementales à Québec. Avant de faire de la politique, il a contribué à la lutte contre la pauvreté et fait la promotion du droit au logement au sein du Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur, puis a dirigé pendant dix ans l'organisme Accès transports viables, où il a défendu une mobilité durable et accessible. Depuis quatre ans, il porte fièrement la voix des gens de Taschereau à l'Assemblée nationale, où il met à profit son expertise en transports, en environnement et en solidarité sociale pour bâtir un Québec plus juste, vert et inclusif.
Sol Zanetti | Jean-Lesage
Depuis 8 ans, Sol Zanetti se bat pour le monde de Jean-Lesage à l'Assemblée nationale. Et ces luttes, ce ne sont pas des postures abstraites et déconnectées. Quand il porte la voix des gens de sa circonscription, il porte la voix de ses voisins, de ses commerçants, de son quartier. Ancien professeur de philosophie, il est convaincu que les grandes idées prennent tout leur sens dans le dialogue avec les gens. Sur le terrain comme à l'Assemblée nationale, il défend une politique plus proche du monde et tournée vers le bien commun, avec en tête un Québec plus libre.
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Une campagne pour la Palestine fait pression sur les candidats municipaux

Un nouveau gouvernement, une attente claire : mieux financer les organismes communautaires famille autonomes
Sainte-Adèle, 6 octobre 2026 — Le Regroupement des organismes communautaires famille autonomes des Laurentides (ROCFAL) souhaite féliciter notre nouveau premier ministre Monsieur Paul St-Pierre Plamondon du Parti Québécois.
Se joindront, à l'Assemblée nationale du Québec, les 11 député·es élu·es dans les circonscriptions des Laurentides, qui sont tous et toutes du Parti Québécois : Pierre Nantel dans Argenteuil, Audrey Bujold dans Bellefeuille, Alexandre Girard-Duchaine dans Bertrand, Nadine Le Gal dans Blainville, Linda Vaillant dans Deux-Montagnes, Marie-Claude Sarrazin dans Groulx, Catherine Drouin dans Labelle, Dieudonné Ella Oyono dans Les Plaines, Geneviève Couture dans Mirabel, Anne Nguyen dans Prévost et Sandrine Michon dans Saint-Jérôme. Sincères félicitations à tous et à toutes.
Le ROCFAL déplore cependant le manque de financement à la mission, octroyé par le Ministère de la Famille aux organismes communautaires famille autonomes (OCF). Le ROCFAL rappelle au nouveau gouvernement qu'en 2026-2027, la somme allouée aux OCF est de 190 000 $, alors que la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FQOCF) revendique le montant de 260 000 $ pour 2026-2027, 280 000 $ pour 2027-2028 et par la suite, un financement adéquat, stable et prévisible répondant à leurs besoins grandissants.
Selon les rapports d'activités annuels 2025-2026 de nos membres, plus de 2359 familles des Laurentides ont bénéficié des services des OCF membres de la région, tant dans les milieux urbains que dans les communautés rurales. Derrière ce nombre se trouvent des familles et des communautés aux réalités parfois différentes, mais unies par des besoins réciproques : être soutenues et accompagnées par des OCF suffisamment financés et ancrés dans leur milieu.
À propos : le ROCFAL est un organisme à but non lucratif qui existe depuis 2003. Sa mission est de soutenir, rassembler et promouvoir les organismes communautaires famille autonomes des Laurentides afin de favoriser la réalisation de leur mission. Financé à la mission par le Ministère de la Famille depuis 2025, le regroupement fédère actuellement 12 membres OCF des Laurentides. www.rocfal.org
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Lettre ouverte à toute la jeunesse
Chers jeunes d'Haïti,Jeunes femmes et jeunes hommes de toutes nos communes, de nos sections communales et de la diaspora, Je vous adresse aujourd'hui cette lettre avec beaucoup de respect, mais aussi avec une profonde préoccupation pour l'avenir de notre pays.
Notre génération doit ouvrir les yeux et comprendre que l'avenir d'Haïti ne peut pas être construit uniquement par ceux qui ont déjà occupé les espaces de pouvoir. L'avenir appartient également à celles et ceux qui se préparent, qui travaillent, qui étudient et qui veulent servir leur pays avec honnêteté.
Pendant des années, des hommes et des femmes issus de différentes couches de la société ont accédé aux fonctions de député, sénateur, ministre et président. Pourtant, malgré les nombreuses promesses, notre jeunesse continue de faire face au chômage, au manque d'opportunités, à la faiblesse de notre système éducatif, aux difficultés de notre système de santé, au manque d'infrastructures et à l'insuffisance des investissements dans l'agriculture.
Nous devons donc avoir le courage de poser les bonnes questions :
Pourquoi tant de jeunes sont-ils obligés de quitter leur pays pour chercher un avenir ailleurs ?
Pourquoi nos jeunes diplômés ont-ils autant de difficultés à trouver un emploi ?
Pourquoi notre pays ne donne-t-il pas encore à sa jeunesse les conditions nécessaires pour étudier, travailler, entreprendre et vivre dignement ?
Ces questions ne sont pas dirigées contre une génération. Elles concernent notre avenir collectif.
Chers jeunes,
Lorsque certains d'entre nous décident aujourd'hui de s'engager dans la vie publique et de présenter leur candidature aux élections, on entend parfois : « Vous êtes trop jeunes. Vous manquez d'expérience. Vous êtes pauvres. »
Mais posons-nous une question simple :
Où les jeunes vont-ils acquérir de l'expérience si on refuse constamment de leur donner une chance ?
L'expérience est importante. La compétence est indispensable. La formation est nécessaire. L'intégrité est fondamentale.
Mais la jeunesse ne doit pas être condamnée à rester spectatrice de la vie nationale.
Nous devons nous préparer, nous former, étudier les problèmes du pays et proposer des solutions concrètes.
Notre jeunesse ne doit pas avoir honte de ses origines. Elle ne doit pas avoir honte de ses difficultés. Elle doit avoir confiance en sa capacité à construire.
Ne laissez personne vous faire croire que votre valeur dépend de votre richesse.
La véritable richesse d'un jeune, c'est son éducation, son intelligence, son travail, son intégrité, sa volonté et son amour pour son pays.
Chers jeunes,
Méfions-nous également des pratiques qui ont trop longtemps affaibli notre démocratie : l'achat des votes, les promesses sans lendemain, la manipulation, l'utilisation de l'argent pour influencer les électeurs et l'utilisation des institutions publiques à des fins personnelles.
Notre vote ne doit pas être à vendre.Notre conscience ne doit pas être à vendre.Notre dignité ne doit pas être à vendre.L'avenir d'Haïti ne doit pas être à vendre.
Nous devons apprendre à juger les candidats sur leurs compétences, leurs projets, leur intégrité, leur vision et leur capacité à servir la population.
Je lance donc un appel particulier à tous les jeunes hommes et à toutes les jeunes femmes qui ont une formation, une volonté de servir et une vision pour leur pays :
Préparez-vous.Organisez-vous.Participez.Engagez-vous.Présentez vos idées.Entrez dans le processus démocratique.
Ne laissez pas les discours destinés à vous décourager vous arrêter.
Nous ne devons pas avoir peur de prendre nos responsabilités.
Nous ne sommes pas contre les personnes âgées. Nous sommes contre toute pratique qui empêche injustement le renouvellement et la participation de la jeunesse.
Nous devons construire une société où l'expérience des aînés et l'énergie de la jeunesse peuvent travailler ensemble au service de la nation.
Notre objectif doit être clair : construire une Haïti où chaque jeune peut étudier, travailler, entreprendre, créer une famille et vivre dignement dans son propre pays.
Chers jeunes d'Haïti,
Le moment est venu d'ouvrir les yeux, de prendre conscience de notre responsabilité et de participer à la construction de notre avenir.
Ne laissons personne décider de notre avenir à notre place.
Notre génération doit être une génération de responsabilité, de compétence, d'intégrité et de service.
Nous devons croire en Haïti.
Nous devons croire en notre jeunesse.
Nous devons croire qu'un autre avenir est possible si nous sommes prêts à travailler pour le construire.
Nouveau joueur.
Jeunesse solidaire de la jeunesse.
Une nouvelle génération pour une nouvelle Haïti.
La corruption et nous, c'est le lait et le citron.
Haïti ne périra pas.
À toute la jeunesse haïtienne : levons-nous, préparons-nous, organisons-nous et prenons notre responsabilité dans la construction de notre pays.
Pour Haïti, pour notre génération et pour celles qui viendront après nous.
Un jeune. Une compétence. Un engagement. Un avenir.
NOUVEAU JOUEUR — JEUNESSE SOLIDAIRE DE LA JEUNESSE.
René RobensonPorte Parole de la Jeunesse
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Les hommes ne semblent pas pouvoir s’empêcher de proférer de fausses accusations. Ils ont tort.
Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller en sursaut à cause d'un cauchemar, puis, lorsque vous vous rendormez, de replonger immédiatement dans ce même cauchemar ? C'est horrible, n'est-ce pas, quand ça arrive ? Eh bien, nous vivons exactement le contraire : nous nous couchons et nous nous réveillons sans cesse dans le même cauchemar.
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/10/06/a-propos-des-soi-disantes-fausses-allegations-concernant-jane-doe/
6 octobre 2026
Le président étasunien a fait une déclaration au sujet de l'affaire des viols à Cornell. Il a dit qu'il se sentait vraiment désolé pour ces garçons. Je n'ai jamais été aussi contente d'être canadienne.
La semaine dernière, j'ai écrit quelques lignes pour replacer les viols de Cornell dans leur contexte, car je savais que cette affaire serait présentée comme un problème lié à l'université, aux fraternités, à l'alcool et à la drogue, ou encore comme un problème de « garçons riches », et je tenais à apporter des précisions indispensables.
Il n'a pas fallu longtemps pour que trente-deux hommes se retrouvent dans le pétrin.
Les hommes en colère sur Internet perdent la tête à propos de Jane Doe. Fausse accusation, fausse accusation, c'est une menteuse, souvenez-vous de Duke, bla, bla, bla, quel baratin. Je vais donc recommencer. Je veux apporter un peu de contexte, ce qui fait cruellement défaut.
Pas sur le viol en général, comme dans le dernier article. Mais sur Jane Doe.
Un jour ou deux après ce cauchemar de sept heures, Jane Doe a vu des gens parler de son viol collectif dans un chat. Elle a fait une capture d'écran de la conversation et l'a envoyée à l'un des connards (Matthew Ingalls) qui l'avait violée, en ajoutant en dessous ???
Trois points d'interrogation.
« C'est ridicule », a-t-il répondu. « Je vais signaler ça. »
C'était un mensonge éhonté. Saviez-vous que quelqu'un avait posté une vidéo ?
Elle avait des flashs de mémoire. Elle se souvenait d'avoir essayé de se couvrir avec des couvertures. Elle se souvient d'avoir giflé un type qui lui touchait le sexe. Elle se souvient qu'ils lui avaient pris son téléphone et elle se souvient d'avoir essayé de repousser quelqu'un qui tentait de l'embrasser alors qu'elle ne le voulait pas.
Mais l'horreur de ce qu'ils lui avaient fait, elle l'a vue dans le chat et elle a été horrifiée.
Je voudrais que vous réfléchissiez un instant au traumatisme que cela représente.
Lire sur un écran de chat ce qu'ils vous ont fait.
Voir les messages. Voir la vidéo. De vous.
*-*
Vous vous souvenez de cette « académie du viol » ? Des hommes qui donnaient des drogues à leurs femmes et à leurs copines pour pouvoir les violer pendant leur sommeil sans qu'elles s'en rendent compte. Si un homme voulait faire ça à une femme, la kétamine serait un bon choix de drogue. La plonger dans un « k-hole ».
J'ai lu un message d'un ambulancier qui expliquait à quoi sert la kétamine sur le plan médical.
D'un point de vue médical, la kétamine est un anesthésique dissociatif.
Elle provoque une dissociation. De plus, elle engourdit la douleur liée à ce qu'on vous fait subir.
Dans un contexte médical, si vous devez faire subir quelque chose d'horrible à un être humain, vous lui administrez de la kétamine. Vous devez intuber quelqu'un·e alors qu'elle ou il est conscient ? La kétamine. Son visage a été déchiqueté par un chien et vous devez le recoudre ? La kétamine.
Vous voulez violer collectivement une fille pendant sept heures d'affilée ? La kétamine.
Une personne en état de « k-hole » n'est pas en mesure de donner son consentement. L'ambulancier a expliqué que lorsqu'on administre de la kétamine à quelqu'un·e, les lumières sont allumées mais il n'y a personne à la maison.
Ils lui ont administré de la kétamine. Pas seulement une fois. À plusieurs reprises, tout au long de ce viol collectif qui a duré sept heures. Puis ils ont posté sur le chat : « Chatte gratuite. Il suffit d'entrer et de le sortir. »
*-*
Elle s'est rendue au poste de police du campus et a passé des heures à parler à un agent. Elle a expliqué ce qui s'était passé, à savoir qu'elle avait été violée pendant des heures. Elle a reconnu avoir des trous de mémoire, mais a affirmé que ce qui lui était arrivé n'était pas consensuel. Elle n'avait pas donné son consentement pour subir un viol collectif.
La police du campus a rédigé un compte-rendu de son interrogatoire, qui a duré plusieurs heures, et l'a transmis au bureau du procureur. Le procureur a lu le compte-rendu et a déclaré qu'il ne contenait pas de preuves permettant de poursuivre pénalement un crime, conformément à la loi de l'État de New York. Il a donc classé l'affaire.
Certaines personnes affirment qu'elle aurait dû s'adresser à la police municipale plutôt qu'à la police du campus, mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. La ville d'Ithaca compte 32 108 habitant·es et dispose d'une force de police. Cornell compte 26 793 habitant·es. C'est presque aussi grand que la ville dans laquelle il se trouve. Cornell dispose de sa propre force de police. Les délits commis à Cornell sont signalés à la police de Cornell. C'est ainsi que cela fonctionne.
Elle a donc respecté les règles. Elle a signalé le viol. Le procureur a classé l'affaire.
Le 14 septembre 2026, elle a déposé une plainte de 100 pages. Elle intente un procès.
Les hommes crient : « Fausse accusation, fausse accusation, c'est une menteuse et une traînée. » Parce que le procureur a déjà statué sur cette affaire et déclaré qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre.
Voici ce que beaucoup de personnes ne comprennent pas.
La loi de l'État de New York donne une définition juridique très claire de l'incapacité légale. Selon l'État de New York, être légalement incapable signifie être inconscient·e, avoir été drogué e contre son gré ou sans le savoir.
Si aucun de ces cas ne s'applique, vous n'êtes pas juridiquement incapable selon l'État de New York. Si une personne boit ou consomme volontairement des drogues au point d'en être altérée, elle ne répond pas à la définition légale d'« incapacité mentale » prévue par le droit pénal new-yorkais.
La jeune fille que Brock Turner a violée ? Elle était inconsciente, elle répond donc à la définition.
Jane Doe était ivre lorsqu'elle est arrivée à la soirée de la fraternité. Ils l'ont entraînée dans une pièce, lui ont mis de la poudre blanche sous le nez et lui ont dit de la sniffer. Elle était ivre, je le répète. Elle a sniffé. La poudre blanche n'était pas de la cocaïne, c'était de la kétamine.
Les lumières étaient allumées, mais il n'y avait personne à la maison.
Mais selon la définition légale, elle n'était pas inconsciente, car elle les repoussait et leur donnait des gifles. Elle n'a pas été droguée contre son gré ni à son insu, puisqu'elle a sniffé la drogue quand ils le lui ont demandé.
Donc, selon la définition légale, elle n'était pas hors d'état d'agir.
Par conséquent, si elle n'était pas hors d'état d'agir selon la définition juridique, alors elle n'était pas trop hors d'état d'agir pour donner son consentement. Ce n'était donc pas non consensuel. Légalement.
La loi a tort.
Parfois, lorsque les lois ont tort, celles et ceux qui ont raison se retrouvent du mauvais côté de la loi. Les lois se sont déjà trompées par le passé.
Jusqu'en 1865, l'esclavage était légal.
Jusqu'en 1920, la violence conjugale était légale.
Jusqu'en1993, le viol conjugal était légal.
En substance, la loi stipule que si une victime a consommé de la drogue ou de l'alcool de son plein gré, elle n'est pas légalement incapable et son consentement est donc présumé. En substance, cela rend le viol légal.
C'est tellement tordu que ça en est écœurant. Les lois ne devraient pas légaliser le viol.
C'est pourquoi les législateurs:législatrices new-yorkais es et des organisations comme RAINN militent en faveur de projets de loi tels que le projet de loi S10632 du Sénat, visant à modifier la loi pour qu'elle se concentre sur la question de savoir si la victime était trop altérée pour donner son consentement, plutôt que sur le fait qu'elle ait accepté ou non de prendre ces drogues.
Consentir à sniffer de la « white power » ne revient pas à consentir à subir un viol collectif pendant sept heures.
Quant à l'incapacité, si quelqu'un·e donnait de la kétamine à ce procureur, il comprendrait très vite ce que signifie « incapacité ». Si quelqu'un·e donnait de la kétamine aux hommes qui crient à la « fausse accusation », ils comprendraient eux aussi ce que signifie « incapacité ».
Les lumières sont allumées, mais il n'y a personne à la maison. Ce n'est pas du consentement.
C'est l'effet de la kétamine. C'est ainsi que fonctionne la kétamine. Elle était hors d'état de se défendre. La loi n'a pas suivi l'évolution des drogues utilisées pour violer les femmes.
*-*
Voici ce que ces hommes en colère ignorent, ne comprennent pas ou dont ils se fichent complètement.
La grande majorité des victimes de viol ne portent pas plainte, et la raison pour laquelle elles ne le font pas est qu'elles pensent que rien n'arrivera au violeur. Elles n'ont pas tort. Sur 1 000 agressions sexuelles aux États-Unis, 975 auteurs s'en tirent sans aucune sanction.
Selon RAINN, qui tire ses statistiques du gouvernement fédéral, 73% des viols et des agressions sexuelles ne sont pas signalées. Près des trois quarts. Pourquoi une femme s'infligerait-elle le traumatisme d'une accusation et d'un procès alors que l'agresseur va tout simplement s'en tirer à bon compte ? Pourquoi s'infligerait-elle un traumatisme supplémentaire de cette manière ? Et ce n'est pas tout.
Selon le Service de recherche du Congrès (CRS), jusqu'à 400 000 kits de prélèvement en cas de viol restent en attente de traitement à travers les États-Unis à tout moment. Pourquoi ? Parce que les hommes censés les analyser ne croient pas les femmes. Les femmes mentent, vous ne le saviez pas ?
Celles-là sont une minorité. Les femmes qui sont allées faire réaliser un kit de prélèvement en cas de viol constituent une minorité. 73% des viols ne sont pas signalés. Les kits de prélèvement sont une minorité. Des centaines de milliers d'entre eux restent en attente d'analyse à tout moment. Parce que les hommes refusent de les analyser.
Pour chacun de ces kits de prélèvement en attente d'analyse, trois femmes n'ont pas signalé les faits. Elles vivent simplement en silence avec ce cauchemar et tentent de le mettre derrière elles.
Jane Doe fait partie de ces femmes – une sur quatre – qui a porté plainte. Elle s'est rendue à la police. Elle a consulté un médecin. Elle a déclaré : « Cela m'est arrivée et je souhaite porter plainte pour viol. » On lui a opposé un refus, non pas parce qu'elle n'avait pas été violée, mais en raison de la formulation des lois.
Parlons donc de la réalité des fausses accusations.
Y a-t-il des fausses accusations ? Bien sûr que oui. La question est de savoir à quelle fréquence.
Pour qu'une accusation soit qualifiée de fausse, il ne suffit pas qu'une enquête ne parvienne pas à trouver suffisamment de preuves pour engager des poursuites. Selon les normes établies par le FBI et le Centre national de ressources sur les violences sexuelles (NSVRC), une plainte pour viol est considérée comme « fausse » si une enquête complète et approfondie apporte la preuve définitive qu'aucun crime n'a été commis ni tenté. Savez-vous à quelle fréquence cela se produit ? Un pourcentage à un chiffre.
L'étude Lisak (2010) a révélé un taux de fausses accusations de 5,9%
Une étude menée à Los Angeles (2014) a révélé un taux de fausses accusations de 4,5%
L'analyse de Ferguson & Malouff (2016) a révélé que les fausses accusations représentaient 5,2%
Permettez-moi de préciser ce que cela signifie. Cela signifie que lorsque les procureurs ont réellement mené une enquête pour déterminer ce qui s'était réellement passé dans le cadre d'une plainte pour viol, ils ont constaté que dans 5 à 9% des cas, aucun viol n'avait eu lieu et que l'allégation était fausse.
Dans 91 à 95% des cas, une enquête approfondie a prouvé qu'un viol avait bien eu lieu.
Additionnez toutes ces femmes. Celles qui ont été violées ou agressées sexuellement et qui n'ont pas porté plainte, ainsi que celles qui ont porté plainte, mais dont les kits de prélèvement n'ont pas été analysés.
Voilà pourquoi votre fil d'actualité est inondé de publications intitulées « Je suis Jane Doe ».
Selon l'État de New York, si une femme consomme une substance de son plein gré, elle n'est pas légalement considérée comme trop incapable de donner son consentement. Par conséquent, elle a donné son consentement. C'est la logique du violeur. C'est ainsi que l'on en arrive à une situation où un tiers des femmes de la planète ont été violées, tandis que le président déclare publiquement qu'il a de la peine pour ces garçons.
Je suppose qu'il n'a pas regardé la vidéo qu'ils ont publiée sur le chat.
Je suppose que le procureur non plus.
Si les hommes ne veulent pas changer les lois, peut-être faut-il que ce soient les femmes qui les élaborent.
Mes articles sur les questions liées aux femmes sont financés par mes lectrices et lecteurs. Je n'ai pas de sponsor et je ne diffuse pas de publicités. N'hésitez pas à faire un don de 5 $ par mois ou de 50 $ par an pour soutenir mon travail, ou à vous abonner gratuitement et à partager mes articles pour m'aider à toucher davantage de lectrices et de lecteurs. Merci ! xo
Linda Caroll, 3 octobre 2026
https://historyofwomen.substack.com/p/more-context-on-jane-doe-false-allegations
Traduit et adapté par DE
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Quelles perspectives pour un gouvernement péquiste minoritaire ? Quels défis pour la gauche sociale et politique ?
1. Le Parti québécois obtient 59 député·es et forme un gouvernement avec 28,02 % des votes.
2. La Coalition Avenir Québec est rayée de la carte malgré ses 13,35 % d'appui.
3. Le Parti conservateur du Québec entre au parlement avec 19 député·es et 20,67 % des votes, dans une base régionale bien définie.
4. Québec solidaire conserve 9 député·es dans 3 grandes villes du Québec avec 12,43 % des votes.
5. Le Parti libéral du Québec obtient 40 député·es, 24,22 % des votes et fait des gains en dehors de Montréal.
...
6 octobre 2026 | Source : Élections Québec
6 octobre 2026 | Source : Élections Québec
Un gouvernement péquiste doublement minoritaire, tant en nombre de député·es qu'au niveau de son faible soutien électoral.
Quelles seront ses marges de manœuvre ?
Quelles politiques mettra-t-il d'abord de l'avant ? Quelles politiques sociales ? Quelles politiques migratoires ? Quelles politiques sur les services publics, sur les droits des travailleuses et des travailleurs, sur la lutte aux changements climatiques ? La réforme du mode de scrutin se posera-t-elle de nouveau ?
Quelles alliances avec les autres partis politiques voudra-t-il nouer pour faire adopter ses politiques ?
Quels positionnements les partis d'opposition adopteront-ils face à ces différents enjeux ?
Comment Québec solidaire pourra-t-il construire le front de gauche pour s'opposer aux politiques d'austérité qui sont à l'agenda des autres partis ?
Quelles sont les perspectives de la tenue d'un référendum dans un tel contexte ? Et, plus largement, de la lutte pour une majorité indépendantiste ?
Quelles orientations adopter face au gouvernement fédéral et à ses politiques de plus en plus conservatrices ?
Ce ne sont là que quelques-unes des questions sur lesquelles Presse-toi à gauche ! compte intervenir dans les prochains jours et les prochaines semaines. Nous comptons sur votre collaboration pour partager vos analyses et réflexions afin d'aider à dégager les orientations permettant de faire face à la complexité de la situation et aux défis qui se dressent devant la gauche sociale et politique au Québec. Écrivez-nous !
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Revue de presse des réactions à l’élections québécoise 2026
Voici les réactions des organisations syndicales, féministes, écologistes et de la jeunesse. Les communiqués seront publiés au fur et à mesure de leur publication, du plus récent au plus ancien.
Élections provinciales 2026 - La présidente de la FIPEQ-CSQ réagit à l'élection provinciale
MONTRÉAL, le 6 oct. 2026 - La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) tient à féliciter le nouveau gouvernement du Parti Québécois pour son élection et souhaite rapidement amorcer le dialogue pour que ce nouveau mandat soit l'occasion de travailler concrètement à renforcer le réseau des services éducatifs à la petite enfance, premier maillon de notre système d'éducation.
La FIPEQ-CSQ rappelle que le réseau repose sur deux secteurs essentiels et complémentaires : les centres de la petite enfance (CPE) et les services éducatifs en milieu familial régis et subventionnés. Les deux doivent être pris en compte pour le développement de notre réseau.
« Nous comprenons le besoin de créer des places, mais le développement doit répondre aux besoins réels du terrain. Dans certains milieux, des responsables en services éducatifs en milieu familial (RSE) peinent déjà à combler leurs places, alors que certaines régions font face à une pénurie de main-d'œuvre criante. Avant de développer de nouvelles places en CPE, il faut donc procéder à une véritable analyse des besoins des places, dans chaque région du Québec. Nous demandons également que les enfants ayant des besoins particuliers (EBP) deviennent une priorité du nouveau gouvernement. Le plafonnement du financement en deçà des besoins a fragilisé les ressources disponibles pour les accompagner et entraînera des conséquences directes sur les services offerts. Nous sommes d'avis que les enfants ne devraient jamais faire les frais d'une logique d'austérité », souligne Anne-Marie Bellerose, présidente de la FIPEQ-CSQ.
« Nous sommes ouvertes et prêtes à travailler en collaboration avec le nouveau gouvernement. Nous l'avons déjà fait par le passé et notre volonté de contribuer à l'amélioration du réseau n'a pas changé. Ce nouveau gouvernement a l'occasion de faire les choses autrement : miser sur l'expertise terrain, analyser réellement les besoins du réseau et reconnaître l'importance du travail de chaque intervenante travaillant en petite enfance, autant en CPE qu'en milieu familial régi et subventionné. Nous avons des solutions pour répondre aux enjeux du réseau, pourquoi ne pas commencer ce nouveau mandat en consultant celles qui le portent à bout de bras ? », réclame la leader syndicale.
La présidente de la FIPEQ-CSQ réitère sa pleine et entière collaboration au nouveau gouvernement du Parti Québécois, afin de régler concrètement les enjeux en matière de petite enfance au Québec.
FADOQ : Après les élections, passons à l'action pour les 50 ans et plus
MONTRÉAL, le 6 oct. 2026 - Les enjeux touchant les personnes de 50 ans et plus ont pris une place importante durant la campagne électorale. Les 127 députés nouvellement élus devront rapidement se mettre au travail pour contribuer à bâtir une société plus inclusive, solidaire et adaptée aux réalités d'aujourd'hui et de demain.
Les électeurs et électrices ont fait confiance au Parti Québécois. Comme plus grande organisation de personnes de 50 ans et plus au Québec, la FADOQ a transmis ses félicitations au Premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, tout en lui rappelant les engagements que son parti a pris envers les personnes aînées.
Parmi ceux qui ont retenu l'attention, nous pouvons nommer :
– L'augmentation de 50 % du budget en soins à domicile ;
– La bonification de 10 M$ par année du Programme d'adaptation de domicile ;
– L'accès facilité au crédit d'impôt pour le maintien à domicile ;
– Le dépôt d'un projet de loi pour le maintien de l'autonomie des aînés.
« La FADOQ interpellera régulièrement le gouvernement du Québec pour qu'il concrétise ces engagements, tout en l'invitant à aller plus loin afin de mieux répondre aux besoins des 50 ans et plus, et de favoriser un vieillissement actif et digne », affirme le président de la FADOQ, Yves Bouchard.
Avant même le déclenchement de la campagne électorale, la FADOQ a fait connaître ses priorités grâce à sa plateforme électorale. Elle présentait nos solutions concrètes, qui portaient notamment sur l'accès aux soins et services de santé, un enjeu prioritaire pour l'ensemble de la société, le vieillissement actif, les conditions pour permettre aux personnes aînées de vieillir chez elles et l'aide financière aux 50 ans et plus.
« Le vieillissement de la population, la transformation du système de santé et la hausse du coût de la vie nécessitent des actions concrètes et rapides dans les premiers mois de ce nouveau mandat », demande M. Bouchard.
Les Québécoises et Québécois ont élu un gouvernement minoritaire. Pour la FADOQ, cette réalité renforce l'importance du dialogue et de la collaboration entre les différentes formations politiques afin de faire progresser les dossiers qui préoccupent les personnes aînées.
En terminant, la FADOQ aimerait féliciter toutes les personnes qui se sont portées candidates durant cette élection et remercier toutes celles qui ont travaillé dans un bureau de vote afin de permettre la tenue de cet exercice démocratique.
L'AREQ félicite le nouveau gouvernement et l'invite à faire du vieillissement une priorité
QUÉBEC, le 6 oct. 2026 - Au lendemain des élections générales québécoises, l'AREQ (CSQ), le mouvement des personnes retraitées CSQ, félicite M. Paul St‑Pierre Plamondon et le Parti Québécois pour leur victoire, ainsi que l'ensemble des personnes élues qui représenteront la population à l'Assemblée nationale.
L'AREQ rappelle que le vieillissement de la population constitue l'une des grandes transformations sociales auxquelles le Québec devra répondre au cours des prochaines années. Les personnes aînées occupent une place essentielle dans la société québécoise. Elles contribuent à la vitalité de leurs communautés, soutiennent leurs proches, s'engagent bénévolement et participent activement à la vie sociale, économique et démocratique du Québec.
« Les personnes aînées ne sont pas simplement des bénéficiaires de services. Elles sont des citoyennes et des citoyens engagés qui possèdent une expérience et une connaissance de leur milieu dont le Québec doit continuer de bénéficier. Nous félicitons le nouveau gouvernement et lui tendons la main pour travailler ensemble à relever les défis qui nous attendent », souligne Micheline Germain, présidente de l'AREQ (CSQ).
De la campagne électorale à l'action
Au cours de la campagne, le Parti Québécois a pris plusieurs engagements pour les personnes aînées. L'AREQ salue notamment sa volonté d'effectuer un virage majeur vers le soutien à domicile, avec une hausse de 50 % du budget qui y est consacré, ainsi que son engagement à adopter une loi sur l'autonomie des personnes aînées et une stratégie nationale en la matière.
Cette hausse constitue un pas important, mais l'ampleur des besoins commande d'aller encore plus loin. À cet effet, l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) estime qu'un véritable virage vers le soutien à domicile nécessiterait de faire passer les investissements annuels d'environ 3 milliards à entre 7 et 11 milliards de dollars. L'AREQ invite donc le nouveau gouvernement à mettre tout en œuvre pour réussir ce changement de modèle attendu depuis des décennies.
Par ailleurs, l'AREQ suivra de près les engagements visant à renforcer les CLSC et les services de première ligne, à favoriser des milieux de vie abordables et adaptés, à protéger le pouvoir d'achat des personnes retraitées et à mieux prévenir et à combattre la fraude envers les personnes aînées, notamment par davantage de prévention et de ressources consacrées aux enquêtes.
« La hausse annoncée en soutien à domicile est un signal encourageant, mais nous savons que les besoins sont immenses. Cette fois, il faut réussir le virage. Les personnes aînées doivent pouvoir choisir où elles vieillissent, avoir accès aux services dont elles ont besoin et pouvoir vivre dignement dans leur communauté », affirme Micheline Germain.
L'AREQ, une alliée présente partout au Québec
Avec plus de 60 000 membres répartis à travers la province, l'AREQ souhaite également réaffirmer sa volonté de collaborer avec le nouveau gouvernement et l'ensemble des parlementaires.
Grâce à sa présence dans toutes les régions du Québec et à son contact direct avec les personnes retraitées, l'Association constitue une interlocutrice privilégiée pour témoigner des réalités vécues sur le terrain et contribuer à l'élaboration de politiques publiques adaptées aux besoins d'une population vieillissante.
« L'AREQ souhaite être une alliée du gouvernement, en faisant entendre la réalité des personnes aînées aux quatre coins du Québec, mais aussi en contribuant à la recherche de solutions. Le vieillissement de la population nous concerne collectivement et exige que nous travaillions ensemble dès maintenant », conclut Micheline Germain.
La FTQ commente l'élection d'un gouvernement minoritaire - « Le nouveau gouvernement et l'ensemble des élus doivent travailler ensemble pour le bien commun » ‒ Magali Picard, présidente de la FTQ
MONTRÉAL, le 5 oct. 2026 - La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) prend acte de l'élection d'un gouvernement minoritaire du Parti québécois et invite l'ensemble des élus, les oppositions, à se mettre au travail rapidement et à oeuvrer ensemble pour le bien commun de tous les Québécois et Québécoises, et ce, peu importe les allégeances politiques. La guerre tarifaire, la hausse du coût de la vie, la crise du logement et de l'itinérance, la violence envers les femmes, les changements climatiques et les défis démographiques ne sont que quelques-uns des dossiers qui doivent faire l'objet d'une attention immédiate.
« Les Québécoises et Québécois restent profondément attachés à une société qui prend soin de son monde dans un Québec où tout le monde peut vivre dignement. Nos réseaux publics ont certainement besoin d'attention, mais ce n'est pas une surenchère de coupes qui fera en sorte que la population obtiendra de meilleurs services à un meilleur coût », déclare la présidente de la FTQ, Magali Picard.
Pour ce faire, le gouvernement québécois doit reprendre le dialogue social avec la société civile incluant les organisations syndicales. « Le verdict de cette élection démontre clairement que les politiques de division et d'opposition de l'ancien gouvernement ont été rejetées par les Québécoises et les Québécois. La FTQ rappelle que les sociétés les plus démocratiques sont les sociétés qui ont les plus hauts taux de syndicalisation. C'est entre autres grâce à la qualité du dialogue social que le Québec moderne s'est construit et c'est en poursuivant dans cette veine que nous pourrons relever les défis devant nous », ajoute la présidente de la FTQ, Magali Picard.
La FTQ demande aux élus de se mettre au travail rapidement. « Le nouveau gouvernement doit abroger les lois adoptées sans consultations et qui s'attaquent aux travailleuses et travailleurs. Ici, on parle plus particulièrement de la Loi 14, qui brise l'équilibre des forces lors de négociations de conventions collectives en limitant le droit de grève, et la Loi 4 sur la gouvernance, qui s'ingère dans la vie démocratique des syndicats », réclame le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière.
Le gouvernement doit également s'attaquer, en collaboration avec l'ensemble des acteurs de la société civile, à la mise en place d'une véritable politique industrielle québécoise misant sur nos forces et nos valeurs. Pour la FTQ, le gouvernement du Québec doit agir comme chef d'orchestre et miser sur les ressources et les atouts du Québec afin de nous affranchir de notre dépendance envers les États-Unis.
« Le résultat de cette élection confirme également, qu'il est grand temps de réformer le mode de scrutin afin que tous et toutes puissent être représentés équitablement à l'Assemblée nationale selon le pourcentage des votes obtenus par chacune des formations. Lorsqu'un gouvernement renie sa parole, comme ce fut trop souvent le cas dans ce dossier, c'est le cynisme de la population à l'endroit des élus qu'il entretient », concluent les leaders syndicaux.
Élections québécoises : Unifor Québec appelle le nouveau gouvernement à protéger les emplois et les droits des travailleuses et travailleurs
MONTRÉAL, le 6 oct. 2026 - Au lendemain des élections québécoises, Unifor Québec appelle le nouveau gouvernement à ouvrir un véritable dialogue avec les travailleuses et travailleurs. Dans un contexte où le secteur manufacturier et la foresterie sont durement éprouvés, le syndicat souhaite des mesures concrètes pour protéger les emplois et un engagement clair à respecter les droits syndicaux.
« Le nouveau gouvernement a l'occasion de changer le cap et de rebâtir une relation de confiance avec les travailleuses et travailleurs. Nos membres veulent pouvoir vivre de leur travail, avoir confiance en l'avenir de leur emploi et être entendus dans les décisions qui les touchent. Protéger nos industries, respecter les droits syndicaux et travailler avec les partenaires sociaux : c'est là-dessus que nous souhaitons des gestes concrets et nous offrons notre pleine et entière collaboration au nouveau gouvernement dans l'atteinte de ses objectifs. » a déclaré Daniel Cloutier, directeur québécois d'Unifor.
Face à la guerre commerciale et aux pratiques de dumping, Unifor Québec réclame une politique industrielle élaborée par acteurs des secteurs concernés, incluant les syndicats. Les achats publics et ceux des sociétés d'État doivent soutenir la fabrication au Québec, préserver notre savoir-faire et développer des emplois de qualité. Le gouvernement doit également soutenir les travailleuses et travailleurs touchés par les mises à pied et les fermetures et intervenir rapidement pour préserver les possibilités de relance des usines.
En foresterie, le syndicat réitère sa demande d'une véritable concertation nationale réunissant les Premières Nations, le gouvernement et les acteurs du milieu forestier. La modernisation du régime forestier doit s'accompagner d'une stratégie industrielle pour maintenir les usines en activité, développer la transformation du bois au Québec et assurer un avenir durable aux communautés forestières.
Unifor Québec demande aussi au nouveau gouvernement de rétablir un dialogue constructif avec le mouvement syndical et de revenir sur les mesures qui ont affaibli les droits syndicaux. Le respect de la liberté d'association, du droit de grève et de la négociation collective, ainsi que l'accès à des services publics de qualité, doivent guider son action pour améliorer les conditions de vie de la population.
Le syndicat souhaite rencontrer rapidement le nouveau gouvernement pour discuter de ces priorités et des mesures à mettre en œuvre.
APTS : Après les promesses, place à l'action : Le nouveau gouvernement doit faire preuve d'audace pour la santé et les services sociaux
LONGUEUIL, QC, le 6 oct. 2026 - Au lendemain de l'élection d'un gouvernement du Parti Québécois, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) demande au premier ministre désigné de s'engager à faire une priorité de la décentralisation et du renforcement du réseau public, ainsi qu'à abroger les lois discriminatoires et antisyndicales adoptées sous la CAQ.
« Nos services publics font face à une crise systémique, nourrie par des décennies de sous-financement, de centralisation et de privatisation. Il est encore possible de changer de cap. Pour remettre le réseau public sur pied, le nouveau gouvernement devra s'appuyer sur l'expertise des gens qui travaillent dans le réseau », explique Robert Comeau, président de l'APTS.
Faire le choix du public
Au cours des derniers mois, l'APTS a mis de l'avant 9 propositions pour offrir à la population québécoise des soins et des services accessibles et de qualité, qui misent sur la prévention, et ce, dans toutes les régions.
L'organisation syndicale invite le nouveau gouvernement à s'inspirer de cette feuille de route dès le début de son mandat et à collaborer avec les organisations qui portent la voix du terrain pour développer le réseau dont la population a grandement besoin.
« Les professionnel•le•s et les technicien•ne•s membres de l'APTS sont déterminé•e•s à protéger notre réseau contre toute nouvelle vague d'austérité. Les difficultés du réseau ne sont pas une fatalité mais une question de volonté politique. En faisant le choix du public, le nouveau gouvernement peut changer la donne », ajoute Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente de l'APTS.
Mettre fin aux lois discriminatoires et antisyndicales
Droit de grève, démocratie syndicale et mécanismes de participation et prévention en santé et sécurité du travail : les derniers instants du gouvernement Legault ont été tristement marqués par l'adoption de plusieurs lois creusant des brèches dans la liberté d'association et la protection des travailleur•se•s. L'APTS demande au nouveau gouvernement d'abroger ces dispositions législatives dès la reprise des travaux de l'Assemblée nationale afin de renforcer ces droits fondamentaux, en cohérence avec les positions prises par le caucus péquiste au moment de leur adoption.
Pas de carte blanche
Prenant acte du mandat minoritaire confié par la population, l'APTS invite le gouvernement péquiste à gouverner dans un esprit d'ouverture et de concertation.
« Un gouvernement minoritaire se doit d'œuvrer en faveur de politiques rassembleuses et profitables à tou•te•s. Les défis auxquels fait face le Québec exigent des politiques publiques élaborées en collaboration avec les organisations syndicales et communautaires, ainsi que les autres acteurs de la société civile. L'heure est au dialogue social pour renforcer nos services publics et répondre aux besoins de la population », conclut le président de l'APTS.
CSN ; Élection d'un gouvernement du Parti québécois - Le devoir de rassembler
MONTRÉAL, le 5 oct. 2026 - Pour la présidente de la CSN, Caroline Senneville, l'élection du Parti québécois est une occasion de renouer avec une gouvernance qui mise sur la consultation et la concertation auprès de toutes les parties prenantes de la société québécoise.
« De toute évidence, les Québécoises et les Québécois attendent de leur gouvernement qu'il puisse travailler avec toutes les parties prenantes. Notre plus grand souhait est d'être un véritable partenaire dans les grandes décisions qui forgent notre économie, notre société, explique-t-elle. C'est certain que nous aurons des désaccords politiques. Toutefois, c'est dans le débat et les échanges respectueux que nous pourrons trouver les solutions les plus porteuses pour l'ensemble de la société. En ce sens nous appelons à la mise au rancart des lois antisyndicales imposées par la CAQ ».
Devant la montée de la droite et du Parti conservateur du Québec, la CSN entend redoubler de vigilance. La privatisation des services publics et le rétrécissement du rôle de l'État dans l'économie affaibliraient les protections dont dépend l'immense majorité de la population. Face aux crises et à la volatilité de l'économie, les Québécoises et les Québécois ont besoin d'un État fort.
Faire front pour le Québec qu'on veut
Sous le thème « Faire front pour le Québec », la CSN porte six grandes revendications qui définissent le Québec qu'on veut.
Sur la question de la défense des droits des travailleuses et des travailleurs, la CSN réitère son appel à retirer les lois 4 et 14, imposées par la CAQ.
En matière de redistribution de la richesse, la CSN s'inquiète des discours tenus par plusieurs partis politiques durant la campagne électorale. Ceux-ci annoncent des coupes draconiennes dans les services publics et le retour à des politiques d'austérité, alors que bien peu de propositions visent un système d'imposition plus progressif.
En santé et services sociaux, la CSN poursuivra sa lutte contre la privatisation des soins et des services. La centrale syndicale appuiera les propositions visant à décentraliser le réseau public. À cet égard, le Parti québécois entend valoriser le rôle des CLSC, miser davantage sur la prévention et développer le soutien à domicile. Pour la CSN, ce sont là des pistes d'action prometteuses.
Afin de favoriser l'égalité des chances, de la petite enfance à l'université, un financement adéquat sera déterminant. Or, le Parti québécois propose des compressions budgétaires massives dans l'appareil étatique, alors que les réseaux des CPE, de l'éducation et de l'enseignement supérieur souffrent déjà d'un sous-financement chronique.
Pour une économie durable et des emplois de qualité, la CSN appelle à une réelle politique industrielle ainsi qu'à une stratégie de formation continue.
Enfin, la lutte contre les changements climatiques a fait couler bien peu d'encre durant la campagne. C'est pourtant le plus grand défi de notre siècle. La CSN demande notamment une politique structurante pour le secteur forestier ainsi qu'une bonification du financement public du transport en commun urbain et interurbain. À cet égard, la centrale syndicale accueille favorablement la proposition du PQ d'instaurer une passe unique pour l'ensemble du Québec.
Réformer le mode de scrutin
Pour la CSN, il faut que cette élection soit la dernière au scrutin uninominal à un tour. Ce mode de scrutin introduit des distorsions : les voix ne sont pas toutes représentées adéquatement. Le Parti québécois s'est engagé à modifier le mode de scrutin. La CSN l'invite à faire preuve de courage politique et à aller de l'avant.
Souveraineté du Québec
Rappelons que la CSN actualisera sa position sur la souveraineté du Québec, conformément à une résolution adoptée en mai dernier lors du 68e Congrès. Tous les syndicats affiliés seront appelés à participer à cette réflexion.
Élections provinciales - Réaction de la CSQ - La CSQ en appelle à un mandat sous le signe du dialogue social
MONTRÉAL, le 5 oct. 2026 - La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) félicite le nouveau gouvernement du Parti Québécois pour son élection et livre une première réaction à chaud.
« Alors que les Québécoises et les Québécois ont exprimé leur voix, nous souhaitons rappeler au nouveau gouvernement que des choix audacieux, en faveur de meilleurs services à la population, sont possibles. C'est une question de volonté politique. Il aura somme toute été bien peu question de nos réseaux publics — petite enfance, éducation, enseignement supérieur, santé — et du milieu communautaire au cours de cette campagne électorale, si ce n'est que pour en parler en termes de coupes et de compressions. On peut faire les choses autrement, et à ce chapitre, si telle est son intention, le nouveau gouvernement pourra compter sur la CSQ.
« Un des messages importants que je souhaite livrer aujourd'hui, c'est que nous ne cherchons pas l'affrontement, loin de là. Je pense que l'on peut s'entendre sur le fait que beaucoup d'énergie a été perdue et gaspillée, dans les dernières années, à faire de nombreux appels à la collaboration, sans succès. Pour ce mandat qui débute, nous en appelons à un véritable dialogue social, dans l'intérêt de tout le Québec. Ce nouveau gouvernement aura besoin d'élargir l'éventail de partenaires, et nous serons au rendez-vous, prêts à proposer des solutions et à travailler au consensus. » - Éric Gingras, président de la CSQ.
États généraux en éducation
La CSQ porte une demande pour la tenue d'états généraux en éducation depuis plus de deux ans maintenant. Elle se réjouit donc de voir une grande réflexion collective au programme des priorités des 100 premiers jours. D'autant que cette initiative est aussi appuyée par deux autres partis et portée par un nombre grandissant de voix.
« La CSQ assume un leadership dans ce dossier depuis plusieurs mois et nous sommes déjà à l'œuvre, à revoir notre plateforme de propositions. Chose certaine, nous serons prêts à mener les travaux, à proposer des solutions et à faire émerger des consensus. Le Québec a besoin d'un projet collectif, d'une vision sociale. Quel meilleur point de départ que de s'occuper réellement d'éducation — de la petite enfance à l'enseignement supérieur — pour construire l'avenir ?
« D'ailleurs, quand on parle de cohésion sociale, il nous apparait important aussi de saluer les intentions du gouvernement à s'attaquer rapidement aux enjeux d'itinérance » - Éric Gingras, président de la CSQ.
Le président de la CSQ est également disponible pour réagir aux résultats des élections et accorder des entrevues.

Décentralisation, financement des municipalités et développement éolien
Le mot décentralisation a été prononcé une quantité impressionnante de fois par les candidats présents lors du débat qui s'est tenu au Témiscouata, dans le Bas-Saint-Laurent, le 24 septembre.
Bien que, personnellement, j'estime cette décentralisation nécessaire dans bien des domaines, cette orientation, notamment en ce qui concerne le développement éolien, soulève néanmoins des questions complexes, dont celle du financement.
Les municipalités et les MRC rurales connaissent déjà une augmentation des responsabilités, alors que le financement ne suit pas le même rythme. Le résultat : des élus, dans ma région comme dans bien d'autres, prêts à industrialiser et à céder des pans du territoire qu'ils ont pourtant le devoir de protéger… pour une, et une seule, raison : l'argent... évidemment. Le développement éolien représente des coûts à l'échelle de la province. En 2024, l'IREC, l'institut de recherche en économie contemporaine, indiquait que « depuis 2009, les consommateurs québécois ont payé plus de 6,09 G$ pour la priorité accordée au développement de la filière éolienne par des investisseurs privés ». Malgré cela, l'éolien trouve preneur dans les conseils municipaux et de comté des régions « pour arrondir les fins de mois » et donner une marge de manœuvre pour payer différentes initiatives qui répondent (ou pas…) aux besoins locaux. Décisions à courte vue, pourtant, car les coûts sociaux, environnementaux et économiques pour les régions ainsi industrialisées ne sont pas mesurés. C'est pratique, quand même, de ne regarder que la colonne des revenus sans regarder celle des coûts pour les décennies à venir. Pratique ou insidieux, car lorsqu'on peine à remplir le frigo, on n'a pas le loisir d'investir dans sa retraite.
Quel est ce Québec qui demande aux citoyens ruraux d'accepter une transformation de leur milieu de vie, de la qualité de vie qu'ils ont choisi, de l'identité collective forgée par les paysages et l'utilisation du territoire ? Pour quoi au juste ? Alimenter de nouveaux centres de données, continuer de gaspiller, exporter… en prétextant que c'est pour la transition énergétique, vraiment ?! (Cherchez, vous ne trouverez pas de cadre réglementaire permettant de s'assurer que la nouvelle production servira la décarbonation. Il n'y a aucune reddition de compte.)
Demande-t-on à la ville de Québec de sacrifier son patrimoine pour payer son service de transport en commun ? Non, parce que c'est insensé. Son patrimoine, c'est sa signature, la fierté des résidents et, au passage, il est rentable ce patrimoine. J'habite le Témiscouata et le nôtre, notre patrimoine, c'est la nature, nos montagnes et nos nombreux lacs et cours d'eau, la possibilité de voir les étoiles, d'écouter le silence. Des joyaux. Et au passage, il est rentable, ce patrimoine, cette forêt, ces grands espaces. L'emploi de plusieurs d'entre nous y est lié.
Sans parler des enjeux de sécurité publique pour les utilisateurs du territoire (risque de projection de glace) et, plus largement, pour les villages à proximité avec une incapacité à utiliser la force de frappe des avions-citernes de la SOPFEU en cas de feu de forêt. Le territoire forestier bas-laurentien est parsemé de petites municipalités… Déjà, elles sont desservies par des pompiers volontaires. Comment, au Québec en 2026, différents paliers de gouvernement peuvent-ils prendre la décision d'affaiblir notre protection ? Aurait-on idée de demander à la ville de Montréal de réduire ses effectifs du service incendie pour réduire les coûts ?
Quand a-t-il été jugé acceptable, pour notre avenir collectif, que le territoire des régions serve les intérêts de multinationales du secteur éolien et qu'il soit façonné par elles ? Que les municipalités n'avaient qu'à déléguer leurs pouvoirs ? À garantir des emprunts faramineux avec la valeur foncière de leurs citoyens ? À créer des sociétés en commandite pour contourner la loi au Québec qui interdit aux municipalités d'être des promoteurs et des investisseurs dans des entreprises privées ? À traiter les régions comme des colonies desquelles ont extrait des ressources, ici de l'électricité à transporter vers les centres urbains du Québec ?
« Colonie ». Vous trouvez le mot trop fort ? Une multinationale, pour s'installer, promet quelques dollars aux élus et à quelques propriétaires terriens, sans leur donner toutes les informations pertinentes. Devant les questions citoyennes, les élus répondent qu' « il n'y a pas de projet » et hésitent à adopter une réglementation pour protéger les zones habitées et réduire les risques de sécurité publique. Il ne faudrait quand même pas nuire à un projet, non ? Les citoyens apprennent au téléjournal que leur MRC fait partie d'une entente pour un méga parc éolien. Hydro-Québec consulte pour des décisions déjà prises. J'ai mis longtemps à identifier, puis à accepter de nommer ce sentiment qui m'était jusque-là inconnu, jusqu'à ce soir où un promoteur éolien quittait notre domicile après plus de deux heures de discussion. Après avoir fini par comprendre que son projet, c'est d'éparpiller des éoliennes dans la municipalité, la transformer en parc éolien elle-même. J'ai senti que notre communauté était traitée comme une colonie, voilà. Comme si nous n'avions pas d'avenir par nous-mêmes. Malheureusement, ce portrait s'applique à un nombre grandissant de municipalités rurales.
Alors quand j'entends les candidats aux élections parler de décentralisation, je veux les entendre s'engager à ajuster en conséquence les transferts aux municipalités. Je veux l'assurance qu'ils engagent autant leur responsabilité envers la population rurale que celle des centres en mettant fin au mode déguisé de financement des municipalités que sont les développements éoliens. Jamais les Québécois, ruraux comme urbains, n'ont consenti à la privatisation du financement des municipalités.
Tina Daudelin
Co-porte-parole comité citoyen Éoloin
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Réaction de l’ACME à la désignation du pipeline pétrolier de la côte Ouest, rebaptisé Pacific Link, comme projet d’intérêt national
Edmonton / Territoire visé par le Traité no 6 et territoire traditionnel de la Nation métisse, 1er octobre 2026 — En réaction à la décision du premier ministre Mark Carney de désigner le projet de pipeline pétrolier de la côte Ouest, rebaptisé Pacific Link, comme projet d'intérêt national, la Dre Julia Sawatzky, médecin résidente en médecine d'urgence, membre du conseil d'administration de l'ACME et coprésidente de l'ACME Alberta, a déclaré.
« Accélérer la réalisation d'un nouveau pipeline pétrolier de grande envergure vers la côte Ouest met en péril les droits des peuples autochtones, la santé des collectivités et la sécurité climatique. Cela signifie davantage d'exploitation des sables bitumineux, davantage de bassins de résidus toxiques et davantage de pollution. Une fois de plus, ce sont les communautés autochtones et les collectivités en aval qui sont exposées aux plus grands risques pour la santé. Dans ce contexte, il est profondément ironique que le gouvernement fédéral fasse cette annonce à peine un jour après la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
La prévention est au cœur d'un système de santé efficace : plutôt que d'enfermer les collectivités dans des décennies de pollution liée aux combustibles fossiles et de dommages climatiques, le Canada devrait investir dans les énergies renouvelables, qui peuvent créer de bons emplois et générer des retombées économiques durables sans sacrifier la santé de la population ni l'environnement. Un véritable projet d'intérêt national devrait contribuer à bâtir un avenir plus sain et plus sûr, et non à renforcer notre dépendance aux combustibles qui alimentent la crise climatique. »

Oka, Saint-Joseph-du-Lac et Pointe-Calumet réaffirment leur opposition au développement d’activités minières sur leur territoire
Oka, Saint-Joseph-du-Lac et Pointe-Calumet, le 2 octobre 2026 – Les maires d'Oka et de Saint-Joseph-du-Lac, Patrick Hardy et Benoît Proulx, ainsi que la mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine, souhaitent réaffirmer publiquement leur position concernant le projet minier associé au gisement d'Oka : les trois municipalités ne souhaitent pas voir se développer d'activités minières dans ce secteur.
Alors que l'entreprise Nio Métaux Stratégiques poursuit le développement de son projet, les élus des trois municipalités jugent important de faire entendre une position commune sur un enjeu dont les répercussions pourraient dépasser les frontières de chacune d'elles.
Cette prise de position s'appuie notamment sur des préoccupations liées à la protection de l'environnement, aux ressources en eau, aux activités agricoles, à la qualité de vie des citoyens ainsi qu'à l'avenir du territoire.
Par cette démarche concertée, les conseils municipaux souhaitent également encourager une mobilisation régionale plus large autour de cet enjeu et invitent les autres acteurs du milieu à se pencher sur le dossier.
Cette position est appuyée par les membres de leurs conseils municipaux respectifs.
Nio Métaux Stratégiques poursuit actuellement le développement de son projet associé au gisement d'Oka et indique publiquement vouloir travailler avec les différentes parties prenantes afin de faire progresser son projet.
Devant la poursuite de ces démarches, les élus d'Oka, de Saint-Joseph-du-Lac et de Pointe-Calumet considèrent nécessaire de clarifier leur position et de faire entendre une voix régionale sur cet enjeu.
« Notre message est simple. Nous avons une responsabilité envers notre territoire et envers les générations qui vont nous suivre. Pour le conseil municipal d'Oka, le développement d'une activité minière ne correspond pas à la vision que nous avons de l'avenir de notre municipalité », affirme Patrick Hardy, maire d'Oka.
Pour les trois municipalités, cette position s'inscrit notamment dans une réflexion plus large sur l'aménagement du territoire, la protection de l'environnement, les ressources en eau, les activités agricoles, la qualité de vie des citoyens et la vocation à long terme de ce secteur.
« Ce dossier ne s'arrête pas aux limites administratives d'une seule municipalité. Ce qui se passe dans ce secteur peut entraîner des répercussions sur les communautés voisines. C'est pourquoi Saint-Joseph-du-Lac considère important de prendre position aux côtés d'Oka », souligne Benoît Proulx, maire de Saint-Joseph-du-Lac.
La mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine, souligne pour sa part l'importance de la solidarité entre les municipalités lorsqu'un enjeu susceptible d'avoir une portée régionale se présente.
« Nos municipalités sont voisines et partagent un même territoire, des ressources naturelles communes ainsi qu'une responsabilité collective envers nos citoyens. Lorsqu'un enjeu aussi important que le développement potentiel d'activités minières se présente dans notre région, nous croyons qu'il est de notre devoir de nous tenir ensemble. Le conseil municipal de Pointe-Calumet souhaite donc appuyer Oka et Saint-Joseph-du-Lac et faire entendre clairement sa position dans ce dossier », affirme Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet.
Les trois élus souhaitent maintenant que cet enjeu fasse l'objet d'une mobilisation régionale plus large.
Ils invitent les autres municipalités membres de la MRC de Deux-Montagnes ainsi que la MRC à examiner le dossier et à considérer l'adoption d'une position commune en appui aux municipalités qui se sont déjà prononcées.
« Lorsque vient le temps de déterminer l'avenir de notre territoire, les municipalités doivent pouvoir faire entendre clairement la vision portée par leurs citoyens et leurs élus. L'appui de Saint-Joseph-du-Lac et de Pointe-Calumet démontre que cette préoccupation dépasse maintenant les frontières d'Oka. Nous souhaitons que cette voix puisse continuer de grandir à l'échelle régionale », ajoute le maire Hardy.
Oka, Saint-Joseph-du-Lac et Pointe-Calumet entendent poursuivre leurs démarches auprès des instances concernées afin de faire connaître leur position et de suivre attentivement toute évolution du dossier.

Arrêtez le projet d’oléoduc de la Côte-Ouest. Même les sociétés pétrolières ne le réclament pas.
Cette déclaration de l'organisme Seniors for Climate Action Now ! (SCAN !), exhorte le gouvernement Carney à rejeter le projet d'oléoduc de la côte Ouest avant la date limite du 1er octobre.
Photo tirée de canadiandimension.org, Jason Woodhead, Flickr
28 septembre 2026
Cher premier ministre Carney,
Le 2 juillet, alors que vous vous rendiez d'Ottawa à Calgary pour annoncer le nouveau pipeline pétrolier de la Côte-Ouest, des tempêtes vous ont contraint à rester au sol. Vous avez qualifié ces conditions météorologiques de « bibliques ». Peut-être était-ce la Terre Mère qui vous demandait d'y réfléchir à deux fois. D'ici le 1er octobre, votre gouvernement doit décider s'il va accélérer la mise en œuvre de ce pipeline en le classant comme projet d'intérêt national.
Le dérèglement climatique qui touche actuellement la planète n'est pas un événement biblique. Selon le consensus scientifique, il est causé par l'être humain — principalement par les combustibles fossiles, responsables de plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Depuis le début de l'année, 4 800 feux de forêt ont ravagé le Canada. Le mois dernier, des dizaines de milliers de personnes ont fui la région de l'Okanagan, en Colombie-Britannique ; auparavant, plus de 2 800 membres des Premières Nations du nord-ouest de l'Ontario ont été déplacés — ce qui s'inscrit dans une tendance nationale d'évacuations disproportionnées touchant les Premières Nations. Vous avez remercié les pompiers et déclaré que vos pensées allaient aux personnes évacuées. Ces collectivités n'ont pas été déplacées par une catastrophe naturelle. Elles ont été déplacées par un monde qui se réchauffe — un monde que cet oléoduc, ainsi que l'expansion des combustibles fossiles à laquelle vous engagez les Canadien⸱nes, ne feront que réchauffer davantage.
Nous sommes nombreux⸱es à avoir voté pour votre gouvernement après avoir lu ce que vous aviez écrit avant de vous présenter aux élections : que les changements climatiques constituent « la trahison ultime de l'équité intergénérationnelle », imposant aux générations futures des coûts que la génération actuelle n'a aucun intérêt à régler. Vous avez mis en garde contre une « tragédie de l'horizon » : lorsque les conséquences deviendront la préoccupation principale des décideur⸱euses, il sera peut-être trop tard pour les enrayer.
Nous sommes des aîné⸱es. Nous avons vu cela se produire. L'horizon que vous avez décrit est devenu réalité, et ce que nous pouvons déjà entrevoir d'ici nous horrifie. Bon nombre d'entre nous ne vivront pas assez longtemps pour en voir le pire. Nos enfants et les générations à venir, eux, le verront. Les pipelines et les terminaux de GNL construits aujourd'hui continueront de générer des revenus jusque dans les années 2060. C'est là la tragédie de l'horizon qui se concrétise — avec l'argent public, par votre propre gouvernement.
Et rien ne justifie ce projet.
Il n'y a aucun argument économique. Les sociétés pétrolières qui transporteraient leur pétrole par cet oléoduc ne sont pas à l'origine du projet et ne le financent pas. Les gouvernements assumeraient environ 90 % des coûts, que l'Alberta estime entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars. Si l'on ajoute le projet de capture du carbone Pathways et l'engagement concernant le port de Roberts Bank, l'engagement public avoisine les 100 milliards de dollars — soit environ une décennie d'assurance-médicaments universelle pour chaque Canadien⸱ne. Une nouvelle analyse indépendante révèle que l'oléoduc n'est même pas nécessaire : les extensions existantes, moins coûteuses, peuvent acheminer la production prévue, et ses droits de passage aggraveraient la situation des expéditeurs, ce qui représenterait un fardeau annuel de 2,2 à 3,2 milliards de dollars pour l'industrie elle-même. Si ce projet avait un sens sur le plan économique, ce serait l'industrie qui en prendrait l'initiative.
Il n'y a aucun argument moral en sa faveur. On estime que les quatre plus grands producteurs de sables bitumineux sont détenus à environ 73 % par des intérêts étrangers, dont environ 60 % par des intérêts américains. Ces mêmes entreprises ont enregistré un bénéfice après impôts de 13,3 milliards de dollars en un seul trimestre cette année, alors que la guerre au Moyen-Orient faisait grimper les prix — une aubaine pour les actionnaires, tandis que les Canadien⸱nes paient plus cher à la pompe et pour tout le reste. On nous demande de faire passer les rendements des actionnaires étrangers avant notre coût de la vie, notre santé, notre sécurité et notre avenir.
Il n'y a pas d'argument en faveur de la réconciliation. Les Premières Nations situées le long du tracé affirment qu'elles n'ont pas été consultées comme il se doit — ce qui constitue une responsabilité légale et un manquement moral. Le consentement libre, préalable et éclairé n'est pas un obstacle procédural ; c'est la loi. Un projet traversant des terres autochtones sans consentement n'est pas de la réconciliation — c'est tout le contraire.
Et il n'y a pas non plus d'argument en faveur du climat. Non seulement cet oléoduc augmentera les émissions au Canada, mais il contribuera aussi de manière significative aux émissions mondiales, étant donné que 70 à 80 % des émissions sur le cycle de vie proviennent de la combustion du combustible lui-même, et non de son extraction. Le pétrole décarboné n'existe pas.
Monsieur le premier ministre, avant cette décision du 1er octobre, nous vous demandons trois choses.
Mettez fin au projet d'oléoduc de la côte Ouest, et cessez de considérer l'expansion du GNL comme compatible avec les engagements climatiques du Canada — ou avec l'image d'un pays bienveillant et visionnaire auquel nous aspirons.
Respectez les cibles d'émissions du Canada — rétablissez, au lieu de démanteler, les politiques qui nous permettront d'y parvenir.
Élaborez une stratégie nationale de résilience à la hauteur de l'urgence qui est déjà là : préparation aux feux de forêt, infrastructures résilientes, protection de toutes les collectivités.
Vous avez fait valoir qu'une société de marché confond le prix et la valeur. Nous sommes d'accord. Ce qu'un pays construit avec les fonds publics reflète ses priorités. Nous vous demandons de construire pour les Canadien⸱nes qui subissent déjà des feux de forêt, des inondations et des phénomènes météorologiques extrêmes, ainsi que pour celles et ceux qui viendront après nous — et non pour les bilans financiers d'entreprises qui ne sont pas disposées à risquer leur propre capital dans ce projet.
Monsieur le premier ministre, l'avenir n'est pas encore tracé — c'est à vous de le choisir.
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France : Des salles de classe aux rues, espoir et résistance
En France, depuis la fin du mois dernier, les lycéens sont descendus dans la rue pour dénoncer les problèmes rencontrés dans l'enseignement, la crise majeure que traverse le système éducatif et pour faire entendre leurs revendications. Si les manifestations ont d'abord éclaté dans les lycées des banlieues proches de Paris où vivent des familles immigrées (généralement à faibles revenus, en situation de précarité ou touchant le salaire minimum) — notamment à Créteil et à Saint-Denis —, elles ont désormais commencé à s'étendre à l'ensemble du pays.
Depuis le 1er octobre 2026, les étudiants ont pris une part active aux actions organisées par les lycéens pour réclamer l'amélioration de leurs conditions d'enseignement. Ces mobilisations ne constituent en aucun cas une grève générale des étudiants. Au contraire, ces manifestations constituent une forme d'action par laquelle les étudiants défendent leurs établissements d'enseignement et expriment les difficultés rencontrées tant par ces établissements qu'en leur propre nom. Ces mobilisations servent uniquement à faire entendre les griefs et les revendications des lycéens concernant le système éducatif.
POURQUOI SE RÉVOLTENT-ILS ?
La colère qui éclate aujourd'hui dans les lycées et les universités ne tient pas uniquement à la détérioration sans précédent des conditions d'enseignement ces dernières années. Les jeunes qui descendent dans la rue sont, pour la plupart, les enfants de citoyens français qui, confrontés à un gel des salaires, à la dégradation des services publics, à la hausse vertigineuse de l'inflation et des coûts de l'énergie, voient leur budget plus que jamais mis à mal et peinent à joindre les deux bouts.
Les mouvements qui alimentent cette colère ont été déclenchés par les problèmes concrets et actuels qui s'accumulent dans les écoles publiques, notamment dans les quartiers populaires où vivent les familles à faibles revenus, en situation de précarité ou issues de l'immigration. Parmi ces problèmes, les plus importants sont les suivants :
• Un grave manque de personnel : les élèves dénoncent non seulement l'absence prolongée d'enseignants dont les postes ne sont pas pourvus, mais aussi le manque de personnel administratif (adjoints de direction), de personnel de santé (infirmières scolaires) et d'accompagnateurs d'élèves en situation de handicap.
• La dégradation des infrastructures : les jeunes protestent contre l'état d'abandon de nombreux bâtiments (bâtiments inadaptés aux conditions climatiques, coupures d'électricité, toilettes insalubres, etc.).
• Surpeuplement des classes : la fermeture de certaines sections ou le manque d'effectifs entraîne une augmentation excessive du nombre d'élèves par classe. Cette situation nuit à la qualité de l'enseignement.
• Inégalité de traitement : La révolte, qui a éclaté dans les banlieues parisiennes où vivent les populations défavorisées et les immigrés, met en lumière une grande inégalité en matière de traitement et de ressources par rapport aux lycées des centres-villes, qui bénéficient d'une situation plus privilégiée.
QUELLES SONT LES REVENDICATIONS ?
Au cours des derniers mois du mandat du président Emmanuel Macron, le traitement extrêmement violent infligé à ces jeunes, qui ne demandaient rien d'autre que de pouvoir vivre et étudier dans la dignité, s'est traduit par des violences policières, des accusations forgées de toutes pièces, ainsi que par la garde à vue et l'arrestation forcées de milliers d'élèves. Malheureusement, les revendications les plus fondamentales des lycéens et des étudiants ont été accueillies par un recours excessif à la violence de la part des forces gouvernementales.
Les manifestations organisées par les lycéens, qui réclamaient uniquement l'amélioration des conditions d'enseignement et la possibilité de suivre des cours dans des conditions humaines, ont également reçu le soutien des étudiants universitaires. Les syndicats représentant les lycéens et les étudiants, tels que le Syndicat des lycéens et l'Union des étudiants, réclament les changements structurels suivants :
• En ce qui concerne les ressources et le budget du secteur, une augmentation significative du budget alloué au ministère de l'Éducation nationale à partir des recettes nationales.
• La rénovation et la remise en service urgente des anciens bâtiments scolaires.
• Le comblement définitif et sans délai des postes d'enseignants vacants, ainsi que le recrutement immédiat de personnel administratif.
• Mettre immédiatement fin au système de « sélection », considéré comme un outil de discrimination entre les classes sociales, et l'abolir définitivement.
• Pour les étudiants, mettre définitivement fin au processus de sélection sur la plateforme « Mon Master », car il engendre des inégalités.
• Dans l'enseignement supérieur, il faut supprimer définitivement l'augmentation des frais d'inscription à l'université pour les étudiants étrangers (jugée discriminatoire) et mettre fin à la pratique des tarifs différenciés.
• Il faut remédier à la précarité financière des étudiants et améliorer de manière significative leurs conditions de vie sur le campus.
RECOURS À LA VIOLENCE PAR LE GOUVERNEMENT
L'approche choisie par le gouvernement Sébastien Lecornu pour réprimer dès le départ le mouvement des lycéens montre clairement qu'il opte systématiquement pour la répression et la violence comme seule réponse aux revendications sociales, d'où qu'elles viennent. On sait bien que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, est un véritable expert en la matière. En effet, c'est l'un des architectes du plan de maintien de l'ordre, connu pour son attitude extrêmement répressive et fascisante à l'égard des « gilets jaunes » et des opposants à la réforme des retraites.
Entre-temps, les réactions politiques se poursuivent sans relâche. Le Premier ministre, en réponse à cette crise, a mis en place une cellule de crise interministérielle tout en s'efforçant d'établir un dialogue par le biais de plateformes de consultation en ligne. Au centre-droit, des partis tels que Les Républicains, Horizons et Renaissance, ainsi que les partis d'extrême droite, racistes et fascistes que sont le Rassemblement national et Reconquête, qualifient ces manifestations, au cours desquelles les étudiants expriment leurs revendications, d'actes terroristes et s'y opposent.
Le bloc de gauche — La France Insoumise, le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts, ainsi que les syndicats d'enseignants et de travailleurs, les organisations de masse démocratiques — accusent le gouvernement Macron, au lieu de prendre en compte et de répondre aux revendications des étudiants, de recourir à la violence pour intercepter et placé en garde à vue des étudiants innocents. Les enseignants affirment se tenir aux côtés de leurs élèves et soutiennent activement les manifestations au cours desquelles ceux-ci expriment leurs revendications.
PRÉCURSEUR D'UNE EXPLOSION SOCIALE
Cette génération a grandi à une époque marquée par la pandémie de COVID-19 et les mesures de confinement. Aujourd'hui, sur fond de guerre et de crise mondiale qui affectent directement le quotidien des familles pauvres, à faibles revenus et issues de l'immigration, qui ont du mal à joindre les deux bouts, ces jeunes vivent dans l'angoisse provoquée par le changement climatique. Une grande partie de ces jeunes, sans projet d'avenir, se sentent désespérés, pessimistes et tentent de s'accrocher à la vie tout en s'inquiétant de ce que l'avenir leur réserve.
Alors que les coupes budgétaires annoncées le 24 septembre plongent davantage le peuple français dans la précarité afin de préserver les privilèges des super-riches et des grandes entreprises, cette révolte des lycéens et des étudiants pourrait être le signe avant-coureur d'une explosion sociale. Rappelons que dans de nombreux pays d'Europe et en France, les premières revendications de la « génération 68 » portaient notamment sur les problèmes liés à l'éducation, la liberté et la participation aux processus décisionnels en matière d'enseignement.
Aujourd'hui encore, les revendications des lycéens et des étudiants ne diffèrent en rien de celles formulées par la « génération 68 ». Ces revendications légitimes doivent être satisfaites de toute urgence. Si le gouvernement ne répond pas à ces revendications et continue de recourir à la violence policière, il semble probable que les mouvements étudiants ne cessent de prendre de l'ampleur et finissent par englober les ouvriers, les travailleurs et l'ensemble des salariés.
Ali Arayici
Ecrivain et universitaire
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La portée politique de la résistance aux expulsions
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé, lundi 5 octobre, la convocation d'élections anticipées le 29 novembre, après le rejet au Parlement des mesures pour protéger les locataires présentées par son gouvernement. La portée politique de la résistance aux expulsions est donc parvenue à provoquer la démission du gouvernement Sanchez. La question qui est devant nous est celle à savoir si cette portée permettra de bloquer la route aux partis de la droite et de l'extrême-droite qui sont aujourd'hui en avance dans les sondages.
27 septembre 2026 | tiré du site marx21
https://marx21.ch/madrid-la-portee-politique-de-la-resistance-aux-expulsions/
Mercredi dernier, le 23, a eu lieu l'expulsion de María del Carmen Abascal, connue sous le nom de Maricarmen, une femme de 87 ans qui vivait depuis des décennies dans un logement locatif. Les détails de cette expulsion et de la brutalité dont a fait l'objet une femme manifestement vulnérable, ainsi que les personnes qui se sont rassemblées aux côtés du Syndicat des locataires pour tenter de l'empêcher, sont bien connus ; mais ce qui n'est pas encore clair, c'est l'ampleur de son impact social et politique.
Il ne fait aucun doute que cette affaire ébranle la scène politique espagnole. Il s'agit donc d'anticiper et d'évaluer les répercussions que ce bouleversement pourrait susciter. La droite, qui se voit en passe d'accéder au pouvoir en comptant sur l'usure du gouvernement Sánchez, y voit un obstacle, car cela détourne l'attention des scandales que les juges et le PSOE lui-même lui fournissent chaque jour. Son rôle au service des classes dominantes et du capital ne lui permet pas d'agir avec agilité dans une affaire comme celle-ci, où elle n'a d'autre marge de manœuvre que de défendre les grands détenteurs de fortune tout en essayant d'éviter d'être associée à l'inhumanité que représente l'expulsion d'une personne âgée. La quadrature du cercle à laquelle s'efforcent les dirigeants du Parti populaire semblerait difficile si l'attention n'était pas braquée sur le camp progressiste, qui doit relever un défi encore plus grand : pourquoi, après huit ans au pouvoir, n'a-t-il pas été capable d'apporter la moindre solution à une catastrophe sociale annoncée ?
Le syndicat des locataires en première ligne
Une rhétorique débridée et sans vergogne qui faisait dire à Sánchez et à Podemos, que leur gouvernement au pouvoir était le plus progressiste de l'histoire, ne les aide pas non plus. Ces derniers jours, en effet, circulent des images de Sánchez affirmant que les expulsions ont pris fin, ainsi que de ministres et de dirigeants qui ont fait du logement leur cheval de bataille, mais qui aujourd'hui n'ont pas réussi à empêcher l'expulsion la plus brutale depuis des années, et encore moins à s'attaquer sérieusement au problème du logement. Comme en 2008, lorsque la grande crise a éclaté, c'est le mouvement social qui rend aujourd'hui visible la tension à laquelle sont soumises les classes populaires et qui offre une résistance face à un pouvoir économique incontrôlé, qui se sentait plus à l'aise en exerçant sa domination à l'abri des regards, mais qui ne cessera d'agir ainsi, même s'il doit le faire au vu et au su de toutes et tous.
Dans ce cycle, le rôle de fer de lance autrefois assumé par la PAH [Plateforme des personnes affectées par les crédits hypothécaires, NDT] est désormais principalement joué par le Syndicat des locataires, mais dans les deux cas, la mission centrale est la même : grâce à un travail militant, à une constance stratégique et à la lutte sociale, ils ont tenté et tentent d'endiguer les expulsions et de mettre en lumière le problème du logement. Ainsi, le drame de Maricarmen – tout comme celui de David, un habitant de Vallecas expulsé le même jour sans bénéficier d'une telle couverture médiatique, ainsi que les 4 005 expulsions du premier trimestre 2026 et les 25 540 de 2025 – s'impose comme un événement significatif, comme un moment politique mobilisateur, et la question est de savoir si, par son ampleur, il peut arriver à marquer un tournant et le point de départ d'un nouveau cycle au sein de l'État.
Impuissance et culpabilité du social-libéralisme
La force principale des socio-libéraux, du moins en Europe, a reposé sur leur capacité à encercler l'ensemble de la gauche, en prenant la direction de tout le spectre politique qui ne se situait pas à droite. Cependant, ce même succès a son revers. Prendre la responsabilité de la gauche à partir de positions expressément sociales-libérales implique, pour le dire simplement, d'admettre que son seul rôle est de redistribuer les excédents du capital tant que tout va bien, et uniquement dans la mesure où cette redistribution n'affecte pas ses intérêts. Cela comporte des limites évidentes, qui sont apparues de manière presque théâtrale au cours des mandats de Zapatero, lorsqu'on est passé de la croissance et de la répartition des bénéfices à une capitulation totale face à la Troïka et à la convocation d'élections qui, comme tout le monde pouvait le prévoir, se sont transformées en une promenade de santé pour la droite.
La politique de Sánchez est légèrement différente : plus audacieux dans son discours, ses gouvernements ont admis que leur rôle consistait à promouvoir activement l'activité économique et que cela passait par l'acceptation du fait que le logement était et reste l'un des moteurs de la croissance. Le logement, pour le dire clairement, n'a jamais été un droit réel pour les classes populaires, mais un bien de consommation au sein du système capitaliste. Il convient toutefois de souligner, que depuis la crise de 2008, le rôle du logement en tant qu'actif économique a pris une ampleur considérable, notamment dans le cadre du tourisme et de l'économie des plateformes.
Ainsi, la crise qui, dans le cas de Zapatero, était apparue comme un moment dramatique, se présente dans le cycle actuel comme une crise latente, d'usure, dans laquelle le progressisme n'a d'autre choix que de déplorer sa propre impuissance. Les dirigeants du PSOE ne semblent pas avoir eu de mal à l'accepter et nous avons dû assister au spectacle pénible d'une ministre du Logement affirmant que le fonds vautour mis en cause se moque des administrations, comme si elle-même n'était pas la principale responsable de la politique du logement au niveau national. Pénible, mais pas plus que les partenaires de la coalition qui ressassent les vieux slogans qui n'ont conduit à aucun progrès en huit ans, ou que le gouvernement annonçant qu'il va ressortir le décret sur le logement qu'il avait rangé dans un tiroir il y a trois mois.
Cependant, cette démonstration d'impuissance ne saurait nous amener à justifier la situation, loin de là. Il est clair que la politique de subordination au capital est inefficace, mais il est tout aussi clair qu'un dirigeant peut et doit en être conscient. Le gouvernement progressiste, tant le PSOE que ses partenaires, est responsable de s'être mis aux commandes de l'État sur la base de principes politiques qui ruinent les classes populaires et travailleuses, et celles-ci doivent lui en faire payer le prix sur le plan politique.
Et maintenant, où allons-nous ?
Personne n'ignore que nous vivons un moment critique de la politique espagnole : nous faisons face à une année électorale où la plupart des sondages prévoient un effondrement des forces au pouvoir au profit d'une droite fragmentée, dans un contexte social très difficile et marqué par de fortes contradictions. D'un côté, le travail s'intensifie ; de l'autre, les conditions des travailleuses et des travailleurs ne cessent de se détériorer.
Les classes populaires sont confrontées au dilemme de retirer leur soutien à un gouvernement progressiste qui nous impose un travail toujours plus dur dans des conditions de plus en plus déplorables. La question du logement devient ainsi centrale et une politique correcte à ce sujet pourrait être le levier nécessaire pour faire monter en puissance un combat social qui réunisse deux caractéristiques décisives : la légitimité et le soutien social. Le Syndicat des locataires a réussi à combiner ces deux éléments – qui ne vont pas toujours de pair ; pensons, par exemple, à l'énorme légitimité dont jouit la lutte du peuple sahraoui et à son faible poids social. Il s'agit désormais de leur donner une dimension politique.
Nous vivons une époque vertigineuse où, comme l'expliquait Daniel Bensaïd, des bonds politiques équivalents au travail de plusieurs décennies peuvent se produire. Le problème que nous n'avons pas toujours à l'esprit, à gauche, c'est que la droite tire elle aussi parti de cette époque de changements rapides, et qu'au cours de la dernière décennie, elle l'a fait davantage et mieux que nous. Il s'agit donc de renverser cette tendance grâce à une politique qui s'ancre dans l'urgence du logement et des besoins des classes populaires afin d'intensifier la confrontation et de lui donner une orientation radicale en s'appuyant sur le bon sens des majorités : baisse des loyers ; baux à durée indéterminée ; indexation des hausses non pas sur l'IPC (l'Indice des prix à la consommation) mais sur la croissance moyenne des salaires ; expropriation des logements détenus par les fonds vautours et les banques ; plafonnement des loyers à 20 % des salaires.
Qu'on ne puisse pas vous expulser de chez vous, que votre logement ne coûte pas plus cher que ce que vous gagnez, que les fonds géants ne spéculent pas sur les logements dont nous avons besoin pour vivre. Ce sont là des revendications que le gouvernement progressiste actuel ne peut accepter, ne peut mettre en œuvre, mais qui expriment la logique partagée par les classes populaires, une logique qui s'impose actuellement de manière claire, s'affirme et fait sentir son poids. C'est ce qui commence aussi à se produire par rapport à la question palestinienne : au début, nous étions très peu nombreux et nombreuses à parler de génocide ; aujourd'hui, la vérité s'est frayé un chemin, même si elle semblait difficile à défendre au premier abord.
Si cette logique ne trouve pas sa place dans l'action politique de ce gouvernement, qu'un autre prenne sa place. La priorité doit être donnée au travail politique d'une gauche engagée dans la lutte pour les besoins collectifs et à une radicalité démocratique qui revendique la satisfaction des besoins : comme le disait le vieux Marx, de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. Les forces qui ne sont pas capables de porter de tels objectifs doivent lâcher les rennes : il y a de la place pour un projet politique qui réponde aux aspirations populaires.
* Cet article est paru sur le site de la revue en ligne Viento Sur, le 26 septembre 2026.
Juan Roch et Bea P. de la Cuerda sont membres d'Anticapitalistas à Madrid
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États-Unis : Les Democratic socialists à la croisée des chemins
L'organisation Democratic Socialists of America (DSA) a connu une rapide croissance depuis la campagne de Bernie Sanders aux primaires présidentielles du parti démocrate en 2016. DSA compte maintenant 120000 cotisant·es. C'est la plus grande organisation socialiste aux États-Unis depuis un siècle. La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York sur la liste démocrate en 2025, les débats autour des élections législatives de novembre 2026 et ceux des présidentielles de 2028 l'emmènent à un carrefour historique où la question de son rapport avec le parti démocrate est centrale.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
18 septembre 2026
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79831
Par Kay Mann
Photo : Bernie Sanders et des membres des DSABernie Sanders entouré de militant·es de DSA lors d'un grand meeting « Tax the rich », New York, 29 mars 2026. Alexandra Chan.
DSA n'est pas une organisation centralisée. Il y a des courants et des contre-courants sur beaucoup de questions – réformistes et révolutionnaires – et une majorité trop neuve pour se positionner sur ces questions. Néanmoins on voit actuellement le renforcement de certains tendances réformistes et électoralistes ainsi qu'une orientation politique qui transformerait les DSA dans une aile du parti démocrate si elle était menée jusqu'au bout. Ce qui représenterait une faillite historique.
Les enjeux sont énormes pour le sort du mouvement socialiste au moment où Trump tente d'imposer sa vision néofasciste sur le monde. L'organisation DSA deviendra-t-elle l'aile gauche du parti démocrate, l'un des deux grand partis bourgeois qui domine le champ électoral et les leviers de l'État ? Ou alors deviendra-t-il une force politique indépendante qui représentera une alternative aux deux partis capitalistes ?
Exceptionnalisme étasunien et l'indépendance de classe
La question de l'indépendance de la classe ouvrière par rapport aux deux grands partis bourgeois est au cœur de toute stratégie socialiste révolutionnaire aux USA. L'absence d'un parti de masse représentant la classe ouvrière et ses allié·es, lié au mouvement syndical comme c'est le cas des partis travaillistes, socialistes, ou communistes ailleurs dans le monde, est un bel exemple d'exceptionnalisme étasunien.
La grande alliance mis en place sous le président Franklin Delano Roosevelt dans les années 1930 entre syndicats et organisations noires a servi à lier les travailleur·ses et les communautés racialisées au parti démocrate pendant des décennies. La bureaucratie syndicale a toujours trouvé cette alliance utile, même si les démocrates défendaient peu les intérêts des syndicats.
Mais dans les dernières décennies, la mise en place des politiques néolibérales par les démocrates a remis en cause le soutien électoral des couches ouvrières et populaires à ce parti. Jusqu'au point où, au Michigan, berceau du syndicat UAW [United Auto Worker, un des plus grands et puissant syndicat étasunien, ndlr], cinquante pourcent des syndicalistes ont voté pour Trump lors des élections présidentielles de 2024.
Le parti démocrate a donc du mal à se présenter comme un parti progressiste digne du soutien de la classe ouvrière et des couches populaires. Cette situation devrait ouvrir une place à gauche pour un parti anticapitaliste de masse. La construction d'un parti de masse centrée sur la classe ouvrière est un pas indispensable pour tout projet anticapitaliste qui vise à construire une société socialiste. C'est une idée fondamentale de stratégie et programme socialiste qui remonte aux origines du mouvement socialiste. Dans le Manifeste du parti communiste, Marx et Engels déclaraient que la formation d'un parti ouvrier et indépendant était un pas indispensable pour l'émancipation des travailleur·ses.
L'expérience Mamdani
La victoire de Zohran Mamdani lors des primaires du parti démocrate a assuré sa victoire ultérieure à l'élection générale pour la mairie de New York. La stratégie de se présenter aux primaires du parti démocrate a le vent en poupe depuis. Mais pour se faire élire, Mamdani avait besoin du soutien politique et financier des démocrates et, derrière elles et eux, des milliardaires qui contrôlent le parti. La gouverneure centriste de New York Kathy Hochul avait bien soutenu Mamdani. Mais un tel soutien crée des dépendances vis-à-vis des forces bourgeoises qui finiront par obliger ce dernier à faire des concessions aux dépens des intérêts populaires.
Les récentes victoires électorales de candidat·es soutenu·es par DSA secouent aussi le parti démocrate. Un débat fait rage en son sein sur la direction du parti et la place des progressistes. Il oppose les « modéré·es », souvent lié·es aux grands soutiens financiers qui pèsent beaucoup dans le parti, aux éléments plutôt de l'aile gauche autour de Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez. Les premier·es se sentent menacée·s par les progressistes et affirment qu'un profil politique trop à gauche risquerait d'aliéner des électeur·ices modéré·es. En revanche, Sanders et même quelques modéré·es éclairé·es envisagent le parti comme un « grand chapiteau », c'est-à-dire un parti qui regrouperait une variété des positions politiques et idéologiques.
Or, la proposition du parti du grand chapiteau tente certains éléments des DSA. Par exemple, lors de la récente campagne des primaires du parti démocrate pour l'élection au siège de gouverneur du Wisconsin, Francesca Hong, députée démocrate et membre du DSA, était soutenue par les organisations locales de DSA de Milwaukee et Madison (les deux plus grandes villes de cet État). Elle a ouvertement pris position en faveur du grand chapiteau et d'une manière qui fait croire qu'elle soutiendra un tel projet.
D'autres voix au sein des DSA semblent tentées par la possibilité que leur organisation puisse obtenir une place à la table du parti démocrate afin de pouvoir peser sur les choix du parti.
DSA ne soutenait aucun·e candidat·e dans les présidentielles jusqu'à maintenant, mais des membres de sa direction semblent être favorables au soutien de DSA à un·e candidat·e pour les élections de 2028. Iels sont en train de tester le terrain pour voir s'ils peuvent proposer que DSA soutienne une candidate comme AOC dans les primaires du parti démocrate.
Primauté de l'électoralisme
Au-delà de la question de la participation dans les primaires du parti démocrate, l'électoralisme semble prendre de plus en plus d'espace au sein des DSA. Depuis quelques années, l'organisation consacre beaucoup de forces pour soutenir des candidat·es aux élections à divers postes. Presque tou·tes les candidat·es se présentaient sur des listes du parti démocrate. Les sections locales des DSA mènent souvent des campagnes impressionnantes, mobilisant des centaines, même des milliers de bénévoles qui font du porte-à-porte dans des quartiers stratégiquement choisis. Cette forme de militantisme prend ainsi une place démesurée dans la vie de l'organisation, aux dépens du militantisme sur d'autres champs politiques, dont les mouvements sociaux, les manifestations de rue, et la participation dans des collectifs avec d'autres forces de gauche. En bref, dans la construction d'une démarche de front unique.
On entend aussi, dans les réunions locales de l'organisation, de jeunes militant·es entretenir des illusions sur la possibilité de parvenir à de vraies transformations sociales et anticapitaliste par la voie électorale. Cette orientation réformiste est la même que la social-démocratie allemande prônait à la fin du dix-neuvième siècle.
Les Primaires ou pas ?
La question du rapport au parti démocrate divise depuis très longtemps la gauche radicale étasunienne. Aujourd'hui, on débat de l'utilisation de l'étiquette du parti démocrate lors les élections.
D'un côté, on défend un soi-disant [dit ?] dirty break : l'idée que, puisque le système électoral rend très difficile la participation des partis tiers, on doit se servir de l'étiquette du parti démocrate pour obtenir une place sur les bulletins et ainsi pouvoir gagner des élections.
De l'autre, les partisan·es du clean break s'opposent à cette politique parce qu'elle va à l'encontre de la lutte pour l'indépendance de classe. Les militant·es de gauche radicale expérimenté·es qui défendent cette orientation ne se font pas d'illusions sur la possibilité de prendre le contrôle du parti démocrate et d'y mener une politique indépendante des capitalistes qui le contrôlent. Malgré tout, les illusions sur la possibilité de transformer le caractère de classe du parti démocrate sont très répandues chez les militant·es DSA jeunes et peu expérimenté·es.
L'horizon morbide du parti démocrate
Le système politique étasunien, centré sur deux partis capitalistes institutionalisés et comportant des barrières à la participation de partis tiers, enracine l'illusion de deux partis qui seraient très différents, alors qu'au fond ils défendent le même système capitaliste. Le profil conservateur et ouvertement procapitaliste du parti républicain contribue aussi à la fausse illusion que le parti démocrate est un parti qui défend les intérêts des classes populaires, ce qui lui permet de cacher son caractère capitaliste, raciste, et impérialiste.
Depuis la grande coalition des syndicats et des organisations noires américaines, le parti démocrate sert à intégrer, et donc cantonner, la classe ouvrière dans les institutions de l'État bourgeois.
La perspective politique des socialistes qui imaginent s'intégrer au parti démocrate pour trouver une « place à la table », peser sur ses orientations, voire en prendre le contrôle est illusoire. Pire, une perspective d'intégration au parti démocrate avec l'électoralisme comme activité politique principale gâcherait l'énorme potentiel et l'opportunité historique d'aider la classe ouvrière et les communautés racialisée à rompre avec le parti démocrate.
Où va le DSA ?
DSA se trouve donc à un carrefour historique. Sa rapide croissance depuis dix ans fait preuve de la possibilité de construire une grande organisation socialiste aux États-Unis. Les DSA continueront-ils à tenir une place subordonnée au sein du parti démocrate, ou traceront-ils un chemin qui aidera la classe ouvrière et tou·tes les opprimé·es à sortir de la mainmise des démocrates et trouver une voix indépendante vers un parti ouvrier de masse ? La seconde voie semble être un pas indispensable pour tout projet de transformation sociale anticapitaliste. Les DSA seront-t-ils prêt à sauter le pas ?
Kay Mann
membre de Solidarity, section de la IVe Internationale aux États-Unis
• Paru dans le n° 469 de solidaritéS. 18 septembre 2026 :
https://solidarites.ch/journal/469-2/les-democratic-socialists-a-la-croisee-des-chemins/
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L’indépendance n’est pas une promesse de campagne !
L'indépendance, c'est choisir la maison où l'on veut vivre pour les cent, deux cents, mille prochaines années. Une élection, c'est choisir qui tondra la pelouse pendant quatre ans. Or, depuis 1970, on a mis les deux sur le même bulletin de vote !
Quand la cause a épousé un parti, dont le métier est de gagner des élections, elle a dû apprendre à vivre avec le recrutement, le financement, les sondages et les chefs. Le pouvoir est devenu un moyen, puis, sans qu'on s'en aperçoive, un but. En 1976, bien des gens ont voté pour le PQ d'abord pour changer d'air, pas pour faire un pays. Faut-il rappeler qu'il faut beaucoup plus de voix pour faire un pays que pour élire un parti ? Depuis, le rêve monte et descend avec la cote du gouvernement, et une défaite électorale passe pour un échec de l'idée elle-même. On a fini par ranger la souveraineté avec les promesses sur les nids-de-poule.
Après 1980 et 1995, on a analysé chaque défaite comme un problème de tactique, qu'il s'agisse de la question, du moment ou de la campagne. On s'est rarement demandé si la nature même de la cause supportait d'être portée par une machine partisane.
Certains répondront qu'un pays ne se fait pas sans passer par les urnes. Mais la question n'est pas de savoir si les urnes sont nécessaires, c'est de savoir à quel moment elles interviennent et ce qui doit les précéder.
Regardons comment des peuples sont réellement devenus indépendants. Presque toujours, le vote est venu au terme d'une longue maturation, de plusieurs décennies et parfois d'un siècle, qui a largement dépassé les partis et les calendriers électoraux. La Norvège a bâti son identité tout au long du XIXᵉ siècle, de sa constitution de 1814 à son renouveau linguistique et culturel, au sein de l'union avec la Suède. Quand elle l'a dissoute en 1905, le référendum a confirmé à plus de 99 % une décision déjà prise et scellé ce qui était acquis dans les esprits. L'Islande a suivi un chemin semblable. Près d'un siècle après les combats de Jón Sigurðsson, plus de 95 % des électeurs ont approuvé la république en 1944. Personne n'a découvert l'idée le jour du scrutin.
L'Irlande a pris son temps, elle aussi, et a payé cher. Avant les urnes, il y a eu la Ligue gaélique, fondée en 1893 pour faire revivre la langue et la culture, puis des décennies de débats et un soulèvement en 1916. Quand les Irlandais ont voté en 1918, le Sinn Féin a remporté 73 des 105 sièges d'Irlande. Le vote a confirmé une idée que le peuple s'était déjà appropriée. Le chemin est resté douloureux, avec une guerre d'indépendance, un traité contesté et une guerre civile avant l'État libre de 1922, mais le parti est arrivé au bout du travail, pas à son début. Le Timor oriental raconte la même chose dans des conditions plus dures. Vingt-quatre ans de résistance, portée par Xanana Gusmão et par tout un peuple, ont précédé le référendum de 1999, remporté par environ 78 % des voix. Même l'Inde n'a pas été faite en une campagne. Le Congrès existait depuis 1885, et c'est Gandhi qui, dès les années 1920, en a fait un mouvement de masse, jusqu'à l'indépendance de 1947.
L'Écosse nous offre la leçon inverse. Le Parti national écossais a remporté 69 des 129 sièges à Holyrood en 2011, une majorité que bien des partis lui envieraient. Cela a mené au référendum de 2014, où le Non l'a emporté par 55,3 % contre 44,7 %. Un mandat électoral n'a pas suffi à créer le consensus.
Chaque fois, la recette tient en trois ingrédients. Il y a une idée assez claire pour être partagée, un peuple qui se la raconte et se l'approprie, et des leaders qui l'incarnent sans la confondre avec leur propre ascension. Aucun de ces pays n'est né d'un slogan lancé en début de campagne, puis rangé au printemps avec les cônes orange. Et quand la maturation manque, cela donne la Catalogne de 2017, où un vote tenu sans consensus n'a mené nulle part.
S'il faut une institution pour mener au pays, construisons-la en dehors des programmes électoraux. Le PQ pourrait cesser de promettre un référendum qu'il n'est pas sûr de pouvoir tenir et s'engager plutôt à créer un organisme indépendant et non partisan, chargé de mener de vrais états généraux sur l'avenir politique du Québec. Ses membres seraient nommés aux deux tiers de l'Assemblée nationale, pour un mandat de plusieurs années, avec l'obligation de rendre des comptes publiquement. On y ferait délibérer des citoyens tirés au sort, à l'image de l'Assemblée citoyenne irlandaise, plutôt que des militants. Le gouvernement ne serait plus le maître d'œuvre de la cause, seulement le garant du cadre.
Promettre un référendum dès un premier mandat, alors que la souveraineté plafonne autour de 30 %, n'est pas qu'une erreur tactique. Cela corrompt le processus en le soumettant au calendrier d'une campagne, et cela corrompt ceux qui prétendent le réaliser, forcés de choisir entre tenir une promesse vouée à l'échec et la trahir. Le PQ le fait beaucoup plus que QS. Chez ce dernier, l'indépendance est une conviction qu'on affiche, pas un appât principal. Au PQ, la souveraineté est la marque de commerce, le logo sur la camionnette, et il est bien tentant de la sortir du garage à chaque scrutin, de la faire reluire, puis de la ranger si les sondages ne suivent pas.
Il faut être deux pour danser ce tango-là. Il y a le vendeur de rêve, bien sûr, mais aussi l'acheteur. Les partis ne font que répondre à une demande, et si la promesse d'un pays revient à chaque campagne, c'est qu'elle fait son effet. Mais une belle histoire reste une histoire tant que personne n'a fait le travail de la rendre vraie, c'est-à-dire de convaincre, de débattre et de bâtir un consensus qui ne se décrète pas un soir d'élection. Les électeurs ne sont pas des dupes, ce sont des clients, et un client averti peut toujours demander à voir les plans avant de signer. Le jour où assez de gens auront cette exigence, la cause cessera d'être un argument de vente et pourra redevenir ce qu'elle aurait toujours dû être, une affaire de citoyens avant d'être une affaire de partis.
Mohamed Lotfi
30 septembre 2026
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Vous avez dit « laïcité » ?
En cette période électorale, la question de la laïcité, ou plutôt du port de signes religieux est sur toutes les lèvres. Elle s'est même invitée sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle dimanche dernier, où, parmi les questions « ludiques » posées aux chef•fes des cinq principaux partis politiques, figurait celle du droit - ou de l'interdiction - de porter un hijab dans l'espace public. Pourtant, une réalité fondamentale échappe au débat : la discussion actuelle ne concerne plus, même de loin, la laïcité de l'État.
Josyanne Proteau, Coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés - Section de Québec
Mélina Chasles, Présidente de la Ligue des droits et libertés - Section de Québec
La laïcité, en effet, ne consiste pas à limiter la liberté de religion. Il s'agit, au contraire, d'un cadre adopté par les sociétés pluralistes qui permet la cohabitation des différentes convictions religieuses et protège leur libre pratique afin de garantir les droits et libertés de toutes les personnes. La séparation des pouvoirs religieux et politiques ainsi que la neutralité religieuse de l'État en constituent les deux principes fondamentaux. Le premier renvoie à l'absence d'ingérence de l'Église dans les affaires de l'État, et vice versa ; le second, au fait que l'État ne favorise (ni ne défavorise) aucune religion et qu'il traite les citoyen•nes de façon égale, sans égard à leurs croyances religieuses.
Ainsi, la laïcité n'implique pas l'effacement de la religion de la sphère publique. Au cours des dernières décennies de débats houleux sur la laïcité au Québec, la Ligue des droits et libertés (LDL) a tenu à distinguer la laïcité de l'État, protectrice des droits de la personne, du laïcisme, un courant qui s'inscrit plutôt en porte-à-faux avec les droits humains. Cette idéologie va directement à l'encontre de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, joyau national issu d'un fort consensus politique et social qui est au fondement de notre univers juridique et politique. Elle attaque de front la liberté de conscience, la liberté de religion et le droit à l'égalité.
Choisir la voie du laïcisme, c'est donc accepter un recul historique en matière de droits humains.
C'est à ce recul que s'oppose la Coalition contre l'instrumentalisation de la laïcité, dont la LDL fait partie. Réitérant leur attachement à la laitité de l'État, les quelque 150 organisations et 1900 individus participants dénoncent le détoumement et l'instrumentalisation de cette notion pour légitimer l'exdusion de certains groupes de Québécois et Québécoises (en particulier les femmes musulmanes) de la vie publique.
Lorsque des mesures attentatoires aux droits et libertés de la personne sont valorisées au nom de la laïcité, c'est la nature même de la laïcité de l'État qui est trahie. La laïcité qui nous protège toutes et tous est celle qui assure que toute personne soit traitée également devant la loi, indépendamment de ses croyances et de ses pratiques religieuses.
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Le PQ est-il encore péquiste ?
L'attente a duré trois ans. Depuis ce jour de novembre 1986 où l'on m'avait remis, solennellement, ma citoyenneté canadienne, je ne rêvais que d'une chose, voter pour le Parti québécois.
Réélire mon député, Gérald Godin, le poète élu de Mercier, celui qui avait délogé Robert Bourassa de sa propre circonscription en 1976. Et, par-dessus tout, je rêvais de quitter le Canada en devenant citoyen d'un nouveau pays, la République du Québec.
Nous étions le 25 septembre 1989. J'avais vingt-neuf ans et je votais pour la première fois de ma vie. Ma croix tracée, mon bulletin déposé au fond de l'urne, je suis ressorti dans la lumière fraîche de cet automne avec un besoin irrépressible de partager ma joie. Personne ne m'attendait avec un micro, je me suis tourné vers la file. Une quarantaine de citoyens attendaient leur tour, l'œil rivé sur leurs bottes.
- Je viens de voter pour la première fois de ma vie ! Ai-je lancé, comme on annonce une naissance.
Un silence poli a parcouru la file. Puis un monsieur, casquette de laine et sourire en coin, s'approcha de moi, me regarda fixement et me dit à voix basse :
- Laisse-moi deviner, tu as voté libéral. Un petit silence précéda la suite de sa phrase. Comme tous les immigrants.
D'une voix toute aussi basse, j'ai répliqué :
- Monsieur, un, j'ai voté pour un pays. Deux, je ne suis pas immigrant.
Sur quelques visages, on affichait la même expression, « Tiens, un Québécois qu'on n'a pas vu venir ? ».
Le soir même, les libéraux de Bourassa remportaient une confortable majorité. Le PQ de Jacques Parizeau progressait modestement. Mais Godin, lui, était réélu. J'avais voté du bon côté de l'espoir.
Tant que le PQ était péquiste, je n'ai voté pour nul autre parti. Puis un jour, le PQ a cessé de l'être, et j'ai cessé de voter pour lui. Je ne suis d'ailleurs pas le seul. D'anciens péquistes ont déserté sans bruit, comme on quitte sa maison.
C'est pourtant au PQ que je dois d'avoir entendu parler du Québec. C'était le 15 novembre 1976. Je n'avais que seize ans, et les nouvelles de la radio, en français, annonçaient la victoire d'un parti indépendantiste. Quelque part dans le nord d'un continent du nord, il existait une province francophone appartenant au Canada, et son peuple venait de porter René Lévesque et sa gang au pouvoir.
J'ignorais qu'un jour j'y vivrais, que j'y fonderais une famille, que j'y aurais des enfants et un petit-enfant. Je savais seulement qu'un parti indépendantiste venait de prendre le pouvoir dans une province, cela avait de quoi charmer un jeune homme de Rabat. Assez pour me pousser jusqu'à la grande bibliothèque générale, à la recherche de tout ce qu'on savait des francophones du Canada.
Ce qui était à la source de mon rapport au Québec, c'était un parti souverainiste arrivé au pouvoir. Dans la tête du jeune garçon que j'étais, la souveraineté de cette province était à portée de main. Si les Québécois avaient porté un parti indépendantiste au pouvoir, c'est qu'ils étaient prêts à cette indépendance. C'est ainsi que je suis tombé amoureux du Québec.
Le Maroc avait conquis son indépendance en 1956, mais la soif de s'affranchir d'une domination était devenue chez nous une culture de famille, un héritage qu'on se transmet à table. Mon vote de 1989 prolongeait, sur une autre rive de l'Atlantique, ce qui avait été entrepris dans mon premier pays.
Trente-sept ans plus tard, le PQ que j'ai connu à mon arrivée n'existe plus. Depuis vingt ans au moins, il s'est transformé, lentement mais sûrement, jusqu'à devenir un parti comme les autres, ordinaire, administratif, un parti de gouvernance.
La souveraineté, qui fut jadis une flamme, une étoile qu'on suivait au prix des défaites, n'est plus qu'un slogan. Elle n'est plus l'horizon vers lequel on marche, mais l'appât qu'on agite pour attraper des électeurs dont la plupart sont restés fidèles à leur conviction souverainiste. Ces votes n'ont plus qu'une destination, le pouvoir, pourvu qu'il soit le pouvoir.
Or on ne peut pas servir deux maîtres. Un parti qui veut gouverner doit gérer les hôpitaux, les routes, les budgets, l'humeur des sondages. Un mouvement qui veut fonder un pays doit convaincre, patiemment, un peuple entier. Quand le premier avale le second, il ne reste de l'idéal que le drapeau et de la ferveur de la nostalgie.
Le plus cruel est peut-être que, à force de repousser le grand soir à un « moment opportun » qui n'arrive jamais, le parti a fini par s'habituer à l'attente. Il a fait de l'espérance une rente.
Le problème avec le PQ version PSPP, ce n'est même pas que la souveraineté plafonne autour de 30 % d'appuis. Ce n'est pas de sa faute. Non, le problème, c'est qu'il sait très bien qu'il ne pourra jamais tenir sa promesse de référendum, et qu'il carbure quand même à coup de sparages sur l'immigration, comme si c'était le supplément vitaminé dont son projet de pays avait besoin. Un genre de Red Bull électoral.
Alors on se demande pourquoi s'entêter à brandir l'épouvantail migratoire, avec ce petit refrain récurrent sur les dangers de l'immigration, comme un oncle qui commence sa phrase par « je ne suis pas raciste mais... ». Logement, santé, langue, on colle tous les maux au seuil d'immigration, en confondant, avec une constance suspecte, immigration et seuil d'immigration. Cette confusion se trahit à force de répétition. Quand l'argument tourne en boucle, comme une pub, c'est qu'il vise autre chose qu'un débat rationnel. Et pour boucher les trous, on invite les Québécois de faire plus d'enfants, comme si un problème de logement se réglait à la maternité. Petites manipulations, grosses ficelles, mais hélas, ça marche. La fibre identitaire, ça se titille comme une corde de guitare, et le PQ de PSPP sait, apparemment, très bien en jouer.
D'après les sondages, ça marche. Ça fait des votes, des manchettes et des clips de trente secondes. Mais ça trahit, à peu de frais, toute la sincérité du projet souverainiste. Si le pays était vraiment l'objectif ultime, le PQ n'aurait pas le choix d'intégrer les immigrants dans l'aventure. On ne fonde pas un pays en excluant une partie du monde qui devra voter oui au référendum. Sans eux, il n'y a tout simplement pas de majorité possible. Le pays a besoin de bras, de votes, de familles, pas d'un carré de sable réservé aux descendants de la Nouvelle-France.
Donc quand un parti souverainiste passe son temps à agiter le spectre migratoire, ce n'est pas un dérapage malheureux. C'est un aveu, écrit en néons clignotants, que l'objectif réel n'est pas le pays, mais la province. Dans un Québec-province, on peut se permettre de trier le monde entre « nous autres » et « eux autres ». Mais dans un Québec-pays, il n'y a plus de « eux ». Tout le monde est Québécois, un point c'est tout. Les québécois issus de l'immigration ne sont pas une menace pour le pays. C'est une des seules choses qui pourrait encore le rendre possible.
Idéalement, la souveraineté ne devrait pas être une politique partisane. Aucun parti désireux d'arriver au pouvoir ne devrait l'inscrire à son programme. Elle pervertit les débats, puisqu'on ne discute plus du pays à construire ni des fondations à lui donner, mais de la date du référendum qu'on promet ou qu'on n'ose plus promettre. Cela ne veut surtout pas dire qu'il faut abandonner l'idée. J'ai la conviction qu'une fois libérée des idéologies partisanes, la souveraineté cessera d'être une marque de commerce. C'est ce qu'elle est devenue, un logo, un label, une étiquette. Tous les Québécois en sont prisonniers, condamnés à choisir entre ceux qui l'exploitent et ceux qui la redoutent, sans jamais pouvoir la penser pour elle-même.
Mon premier pays m'a appris autre chose. Le Maroc n'est pas devenu indépendant par la grâce d'un parti. Il l'a été par un peuple, uni derrière son sultan, Mohammed V, que la France exila à Madagascar en 1953 et que la rue exigea de revoir. Il y eut bien un parti, l'Istiqlal, dont le nom même signifie « indépendance ». Ce parti n'était pas une machine électorale mais l'instrument d'une idée qui le dépassait.
Une fois l'objectif d'indépendance a été atteint, l'Istiqlal est devenu aujourd'hui, lui aussi, un parti comme les autres, avec des ministères à se partager et des portefeuilles à défendre. Deux ans après l'indépendance du pays, le parti s'est divisé, son aile gauche forma un autre parti progressiste. Le PQ, lui, a fait le chemin inverse. Il a perdu son âme sans avoir jamais atteint son but.
Voilà la leçon que j'ai rapportée de Rabat jusqu'à Montréal. Une indépendance ne se gagne pas dans les urnes d'un parti, mais dans la conscience d'un peuple. Les partis peuvent l'accompagner, la servir, la porter un temps. Ils ne peuvent pas la posséder. Le jour où les Québécois l'auront reprise à ceux qui en ont fait leur fonds de commerce, ce jour-là seulement, elle cessera d'être un slogan pour redevenir ce qu'elle était, pour un garçon de seize ans, un soir de novembre 1976, la plus belle des nouvelles.
Mohamed Lotfi
28 septembre 2026
PS : Dans son dernier texte adressé au chef du PQ, Christian Vanasse conclut avec cette phrase qui en dit long, « Tu vas peut-être bien gagner la province, mais tu vas nous faire perdre le pays ». C'est cette phrase qui m'a inspiré ce texte. Merci Vanasse.
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Climat Québec dévoile le Train régional de l’Estuaire pour relier Matane et le Bas-Saint-Laurent à Québec
Un réseau ferroviaire moderne, rapide et écologique de 350 M$ à 1 G$ sur les rails existants, générant jusqu'à 2 milliards de dollars de retombées économiques indirectes.
Élections 2026
RIMOUSKI, le jeudi 1er octobre 2026 – Poursuivant le déploiement de son grand plan de connectivité ferroviaire pour les régions du Québec, Climat Québec dévoile aujourd'hui le Train de l'Estuaire. Ce projet structurant de transport collectif de personnes reliera l'ensemble des communautés du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie maritime et de Chaudière-Appalaches jusqu'à Québec, en réhabilitant et en modernisant les infrastructures ferroviaires existantes sur la rive sud du Saint-Laurent.
Évalué à un coût sobre et pragmatique situé entre 350 M$, le Train de l'Estuaire permettra de désenclaver la région, d'offrir une véritable alternative à l'automobile et de stimuler l'économie régionale sans exproprier un seul hectare de terre agricole.
« Le rail fait partie intégrante de l'ADN du Bas-Saint-Laurent et de la péninsule gaspésienne. Trop longtemps, les gouvernements traditionnels ont abandonné nos voies ferrées au profit du tout-à-l'asphalte et des coupures de services. Le Train de l'Estuaire, c'est la renaissance économique et écologique que nos citoyens attendent depuis des décennies. Selon les experts, le gouvernement fédéral s'apprête à investir jusqu'à 150 milliards de fonds publics dans un train Québec/Toronto qui serait en fonction au milieu du siècle. Or, le Québec indépendant représentera plus de 20% de l'économie canadienne actuelle et à ce niveau d'investissement il pourrait investir jusqu'à 30 milliards dans les transports par rail. Les projets de trains régionaux de Climat Québec exigeront une petite fraction de ce montant pour requalifier les corridors existants et ils accompliront dix fois plus pour le Québec que le projet fédéral qui, lui, s'approprierait les revenus du corridor Québec/Montréal et ruinerait les transports collectifs régionaux du Québec. Le Train de l'Estuaire est un projet concret, prêt à démarrer, qui redonne à Rimouski et à nos municipalités leur rôle de carrefour régional dynamique. » — Gilles Gagné, candidat de Climat Québec dans Rimouski.
Deux services intégrés pour irriguer tout le territoire
Le Train de l'Estuaire s'articule autour de deux volets complémentaires, totalisant 37 gares, haltes et arrêts sur demande :
Un service interurbain rapide (Matane–Québec) : Reliant directement les pôles majeurs de Matane, Mont-Joli, Rimouski, Trois-Pistoles, Rivière-du-Loup, La Pocatière, Montmagny et Québec, avec des pointes de vitesse pouvant atteindre 180 km/h ;
Un service régional de proximité (La Pocatière–Matane) : Desservant finement l'ensemble des villes et des villages côtiers, avec des arrêts sur demande pour les plus petites localités afin d'assurer une mobilité universelle aux étudiants, travailleurs et aînés.
Le réseau misera sur une flotte initiale de 6 à 10 rames modernes hybrides batterie–diesel (de type Stadler FLIRT) adaptées au climat québécois et conçues pour évoluer vers une électrification complète.
« Dans Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques, nos citoyens ont besoin d'options de transport efficaces pour aller étudier, travailler ou recevoir des soins spécialisés. Avec ses arrêts bien pensés et ses haltes dans nos villages, le Train de l'Estuaire renforce notre tissu social, combat l'exode des jeunes et revitalise nos cœurs villageois. De plus, les déplacements rapides entre les plus grands centres facilitent l'accès pour le travail et les études. C'est le bien commun en action. »— Carole Sierpien, candidate de Climat Québec dans Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques.
Des retombées économiques majeures : jusqu'à 2 milliards $ d'impact indirect
Selon l'étude détaillée préparée pour Climat Québec par l'urbaniste et consultant en aménagement du territoire Anthoni Barbe, le projet générera des bénéfices tangibles dès sa mise en chantier :
Emplois : Création de 600 à 2 500 emplois-années en phase de réhabilitation et construction, et de 50 à 100 emplois directs permanents en exploitation ;
Achalandage et économies : Entre 150 000 et 300 000 déplacements par an, permettant d'éviter 50 000 à 80 000 trajets en automobile et d'économiser des millions en carburant et entretien ;
Tourisme et vitalité locale : De 2 à 15 M$ par année en dépenses touristiques directes quatre saisons (accès facilité au parc national du Bic, aux jardins de Métis, au littoral et à la Gaspésie) ;
Levier économique : S'appuyant sur des études internationales reconnues où chaque 1$ de dépenses et d'investissements privés autour des gares, le Train de l'Estuaire représente un potentiel de retombées indirectes pouvant atteindre jusqu'à 2 milliards de dollars (2 G$) pour le développement économique et immobilier du Bas-Saint-Laurent.
« Le Train de l'Estuaire illustre parfaitement la vision de Climat Québec : des projets à échelle humaine, rigoureux sur le plan technique, 100 % au service des régions et livrables rapidement pour une fraction du coût des mégaprojets centralisateurs d'Ottawa. Avec la République du Québec, nous prendrons le plein contrôle de nos infrastructures de transport pour reconnecter nos territoires de façon moderne, sobre et durable. »— Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec
À propos de l'étude
Le rapport technique complet « Train de l'Estuaire : Projet pour un transport ferroviaire de personnes entre Matane et Québec » a été élaboré par Anthoni Barbe, consultant en aménagement du territoire, pour Climat Québec (septembre 2026). Le document détaille le tracé, les devis de réfection des voies, les coûts du matériel roulant ainsi que la méthodologie d'évaluation des impacts socio-économiques. Il est disponible sur le site Climat.Quebec et sur demande auprès de notre équipe des communications.
À propos de Climat Québec : Climat Québec est un parti politique indépendantiste dédié à la justice climatique qui propose que l'État de la République du Québec prenne toutes ses décisions à travers le prisme du climat dans une perspective d'équité sociale et économique.
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L’indépendance version péquiste
Le Parti québécois, sous la direction de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP), a remis l'accession du Québec à souveraineté comme objectif premier de sa formation et ce, contre vents et marées. Voici longtemps qu'on n'avait vu un leader péquiste la promouvoir avec autant de ténacité et par conséquent, promettre de tenir un troisième référendum sur la question. Mais quelque chose cloche dans ce projet. Quoi donc ?
Pour le comprendre, il faut remonter au début des années 1980, plus précisément durant le dernier mandat du gouvernement Lévesque. C'est à cette époque que l'idéologie néolibérale et les pratiques qui en découlent prirent leur envol. À la surprise et à la contrariété générale, le premier ministre Lévesque administra la crise avec un remède de cheval, imposant des compressions budgétaires d'une brutalité sans précédent. Il tentait aussi de réaliser son vieux rêve secret : rallier « nos entrepreneurs » à la cause sacrée de l'indépendance, un objectif qu'il ne pouvait pas trop claironner au cours de la décennie 1970, vu la puissante gauche qui peuplait alors son parti et la proximité référendaire à partir de 1976. À parti de 1980, Il a constaté la diminution des revenus de l'État et s'est senti obligé d'administrer un traitement de choc à la fonction publique à grand renfort de compressions budgétaires, avec une ampleur jamais vue depuis la Révolution tranquille.
Il faut souligner que ce ne sont pas les « affreux libéraux » qui ont lancé ce bal des compressions budgétaires, mais bien le « vertueux » Parti québécois. Sa direction a rompu avec ses alliés syndicaux et communautaires pour essayer de se rapprocher du monde des affaires. Sans succès. Il a donc subi une défaite retentissante lors du scrutin de 1985. Pour ses partisans, ce brusque retournement, imprévu en faveur du conservatisme budgétaire et social était d'autant plus choquant que Lévesque et consorts avaient soigneusement dissimulé leurs intentions durant la campagne électorale du printemps 1981. La surprise et la déception furent totales.
Par la suite, le parti a essentiellement continué sur cette lancée. Le discours social-démocrate qu'il tenait cachait mal son orientation néolibérale concernant la gestion des finances publiques. Après la quasi victoire du OUI à la souveraineté lors du référendum d'octobre 1995 sous Jacques Parizeau, l'occasion était belle de renouer avec des politiques redistributives plus larges et de dépasser le cadre étroit et contraignant du conservatisme budgétaire.
Mais le premier ministre Parizeau a démissionné et Lucien Bouchard l'a remplacé. C'était un ancien ministre conservateur à Ottawa ; Bernard Landry a pris sa succession en 2001. Sans surprise, ils ont repris les politiques budgétaires restrictives en vigueur depuis le commencement de la décennie 1980. Lucien Bouchard a expliqué, pour justifier ses compressions, que l'électorat québécois serait plus susceptible d'appuyer l'option indépendantiste lors d'une autre éventuelle troisième consultation populaire sur le sujet que les finances publiques publiques seraient « équilibrées », un raisonnement bien conservateur, ce qui contribua beaucoup à la défaite péquiste de 2003, mais aussi à la fondation de Québec solidaire en 2006. En effet, la gauche en avait plus qu'assez de la duplicité péquiste sur le plan de la justice redistributive et de son chantage à l'indépendance. Au début d'ailleurs, dans le programme du nouveau parti, l'accession du Québec à l'indépendance n'occupait qu'une place très secondaire, étant reléguée en queue de liste. Son objectif premier était de revamper la social-démocratie.
Avec l'arrivée de PSPP à la tête du Parti québécois, l'objectif souverainiste est redevenu central, mais pour l'essentiel, l'adhésion au néolibéralisme est demeuré, quoique tempéré dans un contexte où l'opinion publique se méfie désormais de « l'austérité ». Il faut souligner que l'objectif indépendantiste a pris du galon aussi chez Québec solidaire depuis la fusion d'Option nationale de Sol Zanetti avec Québec solidaire au début de 2018.
Plamondon va devoir se livrer à un jeu d'équilibriste entre l'imposition de mesures restrictives d'une part, et d'autre part la promotion de l'indépendance, et ce d'autant plus que l'état des finances publiques est effectivement plus précaire qu'auparavant, vu le contexte économique plutôt déprimé qui prévaut actuellement. Les gens vont-ils accepter de « se serrer la ceinture » dans un but d'équilibre budgétaire alors que les besoins augmentent à une vitesse vertigineuse ? Oseront-ils opter pour la souveraineté ? La question demeure posée.
Si le Parti québécois a adopté le néolibéralisme à divers degrés depuis si longtemps,ce n'est pas seulement par opportunisme mais parce que sa direction y adhère sincèrement, à l'instar de la plupart des formations social-démocrates occidentales. Elles tiennent un discours de centre-gauche mais pratiquent des politiques de centre-droit. Au Québec, seul Québec solidaire s'affiche clairement de gauche.
Dans ce contexte, pourquoi une majorité d'électeurs et d'électrices appuieraient-ils la lutte souverainiste version péquiste ? Ce dernier n'a pas imposé ces politiques réactionnaires seulement par opportunisme, mais aussi par adhésion idéologique.
Au delà du problème du statut national du Québec, il faut se demander dans quel genre de société nous voulons vivre.
Jean-François Delisle
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