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PGIRE 3. La sobriété, voie de passage de la transition énergétique

2 juin, par Mouvement écocitoyen UNEplanète — , ,
Le 25 mai 2026 — En vertu de la Loi 24 (PL 69), le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie déposera à plus ou moins court terme le tout premier Plan de gestion (…)

Le 25 mai 2026 — En vertu de la Loi 24 (PL 69), le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie déposera à plus ou moins court terme le tout premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec.

Ce document structurant guidera nos choix énergétiques jusqu'en 2050, avec des révisions tous les six ans. La loi précise qu'il devra établir des objectifs en matière de sobriété et d'efficacité énergétiques — un volet intégré sous la pression des partis d'opposition et de la société civile, mais qui n'occupe pas la place qui lui revient dans leRapport préliminaire en vue de l'établissement du PGIRE publié par le MEIE en janvier 2026 et commenté récemment par la Régie de l'énergie et plusieurs experts.

Ce rapport propose trois scénarios de demande : faible (D1), intermédiaire (D2) et forte (D3). Le scénario D2, le seul présenté avec un certain degré de détail, ne prévoit qu'une baisse minime de la demande totale d'énergie entre 2022 et 2050 : les gains réalisés en transport et dans les bâtiments sont presque entièrement annulés par la croissance industrielle. Quant au scénario D1, apparemment trop ambitieux pour le MEIE, il ne prévoit qu'une réduction de 13 % de la demande d'ici 2050 — alors que la simple conversion des énergies fossiles à l'électricité pour la majorité des usages, combinée aux avancées technologiques et à la lutte au gaspillage, devrait conduire à des économies bien supérieures.

Pas de carboneutralité sans sobriété

Le pétrole et le gaz fournissent aujourd'hui plus de la moitié de l'énergie consommée au Québec. Entièrement importés, ces combustibles fossiles sont responsables d'environ 70 % de nos émissions de GES, creusent notre déficit commercial de plus de 10 milliards chaque année et nous exposent aux soubresauts des marchés internationaux. Nous devons nous en affranchir le plus vite possible. Mais sans nier la pertinence de certains projets d'énergies renouvelables, il serait très risqué de tenter de le faire en misant exclusivement sur la construction de nouvelles infrastructures et sur d'hypothétiques technologies de séquestration du carbone : la faisabilité du plan pharaonique qui est présentement envisagé soulève des doutes sérieux, sa désirabilité écologique et sociale est loin de faire l'unanimité.

Les grands chantiers énergétiques — barrages, éoliennes, parcs solaires, lignes de transport, usines de biométhanisation ou de production d'hydrogène — soulèvent d'incontournables enjeux d'acceptabilité sociale et de protection des milieux naturels, agricoles et habités. Leurs coûts sont colossaux : les nouveaux approvisionnements électriques coûteraient près de trois fois plus cher que les anciens et le doublement des capacités d'Hydro-Québec paverait la voie à une explosion tarifaire. Quant aux gaz de sources renouvelables, leurs coûts élevés, la disponibilité incertaine de la biomasse et un bilan climatique et écologique contesté rendent non crédibles les volumes estimés dans le Rapport préliminaire. Enfin, les embûches matérielles et humaines s'avèrent redoutables. L'ex-président d'Hydro-Québec, Michael Sabia, a lui-même reconnu en commission parlementaire que la rareté de la main-d'œuvre qualifiée et la capacité de la chaîne d'approvisionnement constituent des défis majeurs pour réaliser les investissements envisagés de 150 à 185 milliards de dollars.

Face à ces écueils, planifier la transition en priorisant uniquement des mégachantiers d'infrastructures au détriment de la sobriété serait périlleux. Une telle approche risquerait de prolonger notre dépendance aux énergies fossiles bien au-delà des échéances fixées — et de compromettre la transition elle-même.

Jusqu'où peut-on aller ?

L'Europe offre des points de repère utiles. Consciente du rôle essentiel que la sobriété doit jouer dans la transition, l'Union européenne impose à ses États membres des cibles contraignantes afin de réduire de 38 % la consommation d'énergiefinale d'ici 2030 par rapport aux prévisions de 2007. L'Allemagne a inscrit dans une loi sa cible de baisse de laconsommation finale d'énergie de 45 %d'ici 2045, par rapport à 2008. La Francevise une diminution de 50 % de sa consommation d'énergie finaled'ici 2050 par rapport à 2012, tout en poursuivant une réindustrialisation de son économie. Ces ambitions reposent sur des études étoffées démontrant qu'une sobriété réelle est indispensable pour la décarbonation.

Une sobriété conviviale

La sobriété implique des freins à la surconsommation mais ne signifie pas un retour à l'âge de pierre. Déployée de manière à assurer la sécurité et l'épanouissement de toutes et tous, elle peut au contraire améliorer la qualité de vie. Les recherches en sciences sociales suggèrent d'ailleurs qu'une société plus égalitaire et moins orientée vers la consommation est aussi une société plus heureuse. Des quartiers complets et des milieux de vie à échelle humaine réduisent les besoins de déplacement. Des investissements dans le transport actif, collectif et partagé renforcent l'équité sociale. Des politiques publiques qui placent l'humain et la nature au cœur du modèle économique rendent superflues bien des infrastructures énergétiques coûteuses.

Bref, la sobriété est notre véritable voie de passage vers un système énergétique alliant décarbonation, autosuffisance, abordabilité et préservation des territoires. Elle doit figurer en tant que filière numéro un dans le PGIRE — et non pas être cantonnée au rôle de vœu pieux en préambule.

Les signataires représentent 21 organisations de la société civile engagées dans la transition énergétique efficace, respectueuse des écosystèmes, juste et démocratique :

Bruno Detuncq, Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)
André Bélanger, Fondation Rivières
Jean-Pierre Finet, Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)
Yolande Henry, Transition écologique La Pêche
Jean Paradis, Fondation Coule pas chez nous
Karl Janelle, Coalition climat Montréal
Lucie Mayer, Action-environnement Basses-Laurentides
Martin Legault, Mouvement d'action régional en environnement (MARE)
Stéphanie Pelletier, Mères au front
Martin Poirier, Rimouski en transition
Claudia Fiore-Leduc, Réseau québécois de l'action communautaire autonome, RQ-ACA
Carol Saucier, Solidarité Gaspésie
Jacques Benoit, GMob (GroupMobilisation)
Lucie Sauvé, Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec
Claude Vaillancourt, Attac Québec
Sylvie Berthiaume, Solidarité Environnement Sutton
Chloée Guillette, Demain Verdun
Carole Dupuis, Mouvement écocitoyen UNEplanète
Emmanuel Cosgrove, Écohabitation
Jean-François Lefebvre, Imagine Lachine-Est
Valérie Desormeaux, Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)

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PGIRE 1 : Le premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec ne doit pas être bâclé

2 juin, par Mouvement écocitoyen UNEplanète — , ,
Première de trois tribunes sur le tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec dont l'adoption, initialement prévue pour le 1er avril (…)

Première de trois tribunes sur le tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec dont l'adoption, initialement prévue pour le 1er avril 2026, a été reportée. Voir la liste des signataires ci-dessous. Voir aussi : PGIRE 2. Le gaz naturel, l'éléphant dans la politique énergétique du Québec et PGIRE 3. La sobriété, voie de passage de la transition énergétique.

Mouvement écocitoyen UNEplanète
Coalition de groupes citoyens et de personnes pour le climat et la biodiversité.
Publié le 25 mai 2026

Le 25 mai 2026 — À l'exception des spécialistes et des militant·es très vigilant·es, la société civile a, en pratique, été écartée de la réflexion sur l'avenir énergétique du Québec. Des fonds publics dilapidés dans la filière batterie au volte-face en faveur des centres de données, du projet de doublement des capacités d'Hydro-Québec à l'envahissement du privé et à l'introduction surprise du nucléaire et de l'hydrogène bleu parmi les options envisagées : la population est réduite au rôle d'observatrice impuissante des stratégies que le gouvernement improvise en série pour propulser un développement industriel irréfléchi. L'élaboration du tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec aurait dû servir à corriger cette anomalie.

Attendu le 1er avril 2026 en vertu de la Loi 24 (PL 69), le dépôt du PGIRE a déjà été reporté « de plusieurs semaines ». Nous croyons que ce délai devrait être prolongé de plusieurs mois afin d'assurer la robustesse scientifique, sociale et économique du plan tout en observant les processus démocratiques qui lui conféreraient sa légitimité.

Des choix pour longtemps

Sorte de GPS collectif, le PGIRE guidera nos choix énergétiques pour 25 ans, avec des mises à jour tous les six ans. Les décisions qu'il inspirera à court terme auront des répercussions profondes et souvent irréversibles à long terme. C'est sans doute pourquoi la Loi 24 exige que le ministre « consulte la population » et « soumette le plan à la Régie de l'énergie afin qu'elle donne son avis ». Or, l'examen des documents publiés en lien avec ce plan — soit le Rapport préliminaire du ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE), les avis et mémoires transmis à la Régie de l'énergie et enfin, l'avis que la Régie a émis en réponse au Rapport préliminaire du MEIE — révèle que le MEIE a failli à ces obligations. Il démontre aussi qu'à moins de réorientations majeures, le MEIE engagera le Québec vers des choix risqués pour sa décarbonation, sa sécurité énergétique, la santé du territoire, l'abordabilité de l'énergie et le climat social.

Une information fragmentaire et orientée

L'avis de la Régie sur le Rapport préliminaire du MEIE est implacable : en termes polis, il invite carrément le MEIE à refaire ses devoirs. Des experts ne sont guère plus tendres. Parmi eux, le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, juge que le Rapport préliminaire du MEIE « n'est pas le document sur lequel la Régie de l'énergie devrait se pencher selon la loi, puisqu'il n'est pas un plan » . Normand Mousseau, directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal, observe que le Rapport préliminaire « semble ignorer les économies, les gains potentiels directs ainsi que les retombées économiques de la transformation du système énergétique ». LeRegroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec dénonce que « ni les experts dont la Régie a retenu les services ni les participants au processus de consultation ni la Régie elle-même n'auront accès au PGIRE avant qu'il ne soit soumis à l'approbation du gouvernement ». Le PGIRE demeure donc une boîte noire qui, à moins de revirement imprévu, placera encore une fois la population devant le fait accompli.

Les valeurs absentes du débat

Nos choix énergétiques sont indissociables de nos choix de société. La décarbonation est-elle un impératif de sécurité publique et de justice intergénérationnelle ou un prétexte à l'escalade industrielle et numérique ? La surconsommation et la mobilité extrême sont-elles des valeurs cardinales ? L'énergie doit-elle enrichir des investisseurs ou garantir le droit à la chaleur et à la fraîcheur pour toutes et tous ? Ces questions fondamentales doivent faire l'objet d'un vrai débat public — et leurs réponses doivent orienter le PGIRE.

Des stratégies climatiques irréalistes, sans marge de précaution

Les scénarios du Rapport préliminaire visent une réduction d'au moins 80 % des émissions de GES d'ici 2050, par rapport à 1990, et la compensation des émissions résiduelles. Mais les moyens proposés pour y parvenir sont peu convaincants : absence d'effort crédible de sobriété, faible empressement à sortir du pétrole, détour troublant par le gaz naturel pour le camionnage, entêtement à privilégier le gaz naturel pour faire face aux pointes électriques, dépendance à des volumes illusoires de gaz renouvelable et à des technologies incertaines de séquestration du carbone, etc. Cette combinaison de cibles molles et de stratégies irréalistes laisse peu d'espoir quant à l'atteinte de la carboneutralité en 2050.

Se donner le temps de bien faire les choses

Les prétextes pour reporter l'adoption du PGIRE ne manquent pas, notamment la chaise musicale qui a placé trois ministres différents à la tête de son élaboration depuis l'adoption de la Loi 24, il y a onze mois. Le tout nouveau ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Bernard Drainville, doit s'en saisir pour donner à la Régie de l'énergie le temps de jouer le rôle qui lui est dévolu selon la loi et lancer le débat de société si nécessaire et si largement réclamé, quitte à ce qu'un nouveau gouvernement reprenne la balle au bond après les élections d'octobre prochain.

Les signataires représentent 21 organisations de la société civile engagées dans la transition énergétique efficace, respectueuse des écosystèmes, juste et démocratique :

Bruno Detuncq, Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)
André Bélanger, Fondation Rivières
Jean-Pierre Finet, Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)
Yolande Henry, Transition écologique La Pêche
Jean Paradis, Fondation Coule pas chez nous
Karl Janelle, Coalition climat Montréal
Lucie Mayer, Action-environnement Basses-Laurentides
Martin Legault, Mouvement d'action régional en environnement (MARE)
Stéphanie Pelletier, Mères au front
Martin Poirier, Rimouski en transition
Claudia Fiore-Leduc, Réseau québécois de l'action communautaire autonome, RQ-ACA
Carol Saucier, Solidarité Gaspésie
Jacques Benoit, GMob (GroupMobilisation)
Lucie Sauvé, Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec
Claude Vaillancourt, Attac Québec
Sylvie Berthiaume, Solidarité Environnement Sutton
Chloée Guillette, Demain Verdun
Carole Dupuis, Mouvement écocitoyen UNEplanète
Emmanuel Cosgrove, Écohabitation
Jean-François Lefebvre, Imagine Lachine-Est
Valérie Desormeaux, Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)

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Identité et laïcité

2 juin, par Marc Simard
Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus (…)

Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant (…)

PGIRE 2. Le gaz naturel, l’éléphant dans la politique énergétique du Québec

2 juin, par Mouvement écocitoyen UNEplanète — , ,
Deuxième de trois tribunes sur le tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec dont l'adoption, initialement prévue pour le 1er avril (…)

Deuxième de trois tribunes sur le tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec dont l'adoption, initialement prévue pour le 1er avril 2026, a été reportée. Voir la liste des signataires ci-dessous.
Voir aussi : PGIRE 1. Le premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec ne doit pas être bâclé et PGIRE 3. La sobriété, voie de passage de la transition énergétique.

Mouvement écocitoyen UNEplanète
Coalition de groupes citoyens et de personnes pour le climat et la biodiversité.
Publié le 25 mai 2026

Le 25 mai 2026 — Inspirée d'une fable russe, l'expression « l'éléphant dans la pièce » désigne un problème évident que tout le monde choisit d'ignorer pour éviter un malaise. Elle décrit à merveille notre manière collective de ne pas faire face à l'avenir du gaz naturel — qui pourrait bien être le Waterloo de la décarbonation du Québec.

Pour s'en convaincre, il suffit d'assembler les bribes d'information sur le gaz naturel disséminées dans le Rapport préliminaire élaboré par le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE) en vue de l'établissement du tout premier plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du Québec. Les orientations qu'on y trouve mènent à une présence inquiétante de ce combustible dans le mix énergétique québécois jusqu'en 2050 et même au-delà.

Plein gaz sur le gaz

Le Rapport préliminaire du MEIE prévoit que le gaz naturel remplacera le diésel dans le transport lourd, avant d'être à son tour supplanté par l'hydrogène « bleu » — lui-même produit à partir de gaz fossile. Ce choix étonne, la faisabilité de l'électrification des camions lourds étant désormais largement admise pour au moins une grande partie des trajets. De plus, comme le souligne le Comité consultatif sur les changements climatiques, il existe un important potentiel de transfert modal du transport de marchandises vers le train, qui émet en moyenne 92 % moins de GES que le transport routier.

Le MEIE semble par ailleurs vouloir miser sur une prolifération des systèmes biénergie électricité-gaz pour faire face aux pointes de consommation électrique. L'expert Normand Mousseau a calculé que, si le scénario du MEIE se concrétisait, ces systèmes pourraient représenter un ahurissant 25 % du stock de chauffage résidentiel en 2040, soit plus d'un million de logements — alors que seulement 5 % des logements québécois sont actuellement alimentés en gaz. Le Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ) déplore pour sa part que le MEIE ait complètement ignoré les accumulateurs thermiques, décrits comme une « technologie propre, efficace et qui permet de décarboner à meilleur coût que la biénergie » pour la gestion des pointes.

Enfin, le Rapport préliminaire du MEIE n'a rien à proposer pour réduire la consommation industrielle de gaz énergétiques. Il prévoit simplement le remplacement graduel du gaz fossile par des combustibles de substitution, principalement le gaz naturel renouvelable (GNR). Cette hypothèse ne surprend pas car le remplacement éventuel du gaz fossile par le GNR est l'argument généralement invoqué pour justifier l'usage continu du gaz, non seulement en industrie mais aussi dans les autres secteurs.

Le GNR, bouée de sauvetage illusoire

Or, plusieurs spécialistes estiment que l'apport attendu du GNR s'avère physiquement irréaliste, économiquement exorbitant, écologiquement inquiétant et climatiquement douteux. À ce sujet, dans son avis à la Régie de l'énergie, le chercheur Mark Purdon souligne que le MEIE présente le GNR comme un substitut zéro émission sans que soient discuté, notamment, le décalage temporel entre la combustion et la repousse de la biomasse — qui se mesure en décennies dans le cas de la biomasse forestière. L'Association des consommateurs industriels de gaz estime quant à elle que « la place disproportionnée accordée aux bioénergies et au GNR en particulier repose sur une logique de substitution à grande échelle qui se heurte à des limites physiques d'intrants, à des incertitudes technologiques (…) et à des coûts intenables ».

L'enjeu véritable : le démantèlement du réseau gazier
En somme, l'hypothèse de la substitution à grande échelle du gaz fossile par le GNR n'est pas crédible et par conséquent, il est difficile d'expliquer pourquoi les scénarios du MEIE ne prévoient pas un abandon aussi rapide que possible du gaz — à moins de lire entre les lignes que l'objectif réel n'est pas de décarboner le Québec mais bien de protéger le réseau gazier dont certaines industries dépendent tout en retardant l'échouement des actifs d'Énergir. Le Rapport préliminaire du MEIE le dit d'ailleurs explicitement : les scénarios envisagés justifient « le maintien des infrastructures gazières dans la transition énergétique ». Malheureusement, toute démarche sérieuse de décarbonation mène inévitablement, au contraire, au démantèlement progressif de ce réseau.

Une conversation honnête s'impose

Ce démantèlement aura des impacts significatifs sur La Caisse et le Fonds de solidarité FTQ, propriétaires d'Énergir, et plus encore sur les travailleuses et travailleurs et les industries qui dépendent du gaz. Ces enjeux méritent d'être traités avec probité et au grand jour, en prenant les mesures nécessaires pour assurer une transition aussi harmonieuse que possible pour les personnes, industries et communautés touchées. Non pas en concoctant des stratégies boiteuses pour retarder l'inévitable et compromettre ce faisant la décarbonation, mais en affrontant les vraies questions : comment rediriger Énergir vers la nouvelle économie, comment harmoniser le tissu industriel québécois aux réalités du 21e siècle. Le succès de la décarbonation du Québec en dépend, tout comme le sort des personnes et des communautés dont l'avenir est lié à celui du gaz naturel.

Les signataires représentent 21 organisations de la société civile engagées dans la transition énergétique efficace, respectueuse des écosystèmes, juste et démocratique :

Bruno Detuncq, Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)
André Bélanger, Fondation Rivières
Jean-Pierre Finet, Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)
Yolande Henry, Transition écologique La Pêche
Jean Paradis, Fondation Coule pas chez nous
Karl Janelle, Coalition climat Montréal
Lucie Mayer, Action-environnement Basses-Laurentides
Martin Legault, Mouvement d'action régional en environnement (MARE)
Stéphanie Pelletier, Mères au front
Martin Poirier, Rimouski en transition
Claudia Fiore-Leduc, Réseau québécois de l'action communautaire autonome, RQ-ACA
Carol Saucier, Solidarité Gaspésie
Jacques Benoit, GMob (GroupMobilisation)
Lucie Sauvé, Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec
Claude Vaillancourt, Attac Québec
Sylvie Berthiaume, Solidarité Environnement Sutton
Chloée Guillette, Demain Verdun
Carole Dupuis, Mouvement écocitoyen UNEplanète
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Halte au massacre de sijilmassa

2 juin, par Mustapha Saha, YOUSSEF BOKBOT — ,
PAR MUSTAPHA SAHA ET YOUSSEF BOKBOT. Sijilmassa est fondée dans le Tafilalet, en 757, à la lisière du Sahara, sur les rives de l'oued Ziz, par des tribus amazighes zénètes, (…)

PAR MUSTAPHA SAHA ET YOUSSEF BOKBOT.

Sijilmassa est fondée dans le Tafilalet, en 757, à la lisière du Sahara, sur les rives de l'oued Ziz, par des tribus amazighes zénètes, kharijites de tendance sofrite. Les sofrites autogestionnaires sont en révolte permanente contre les pouvoirs arabes. Le kharijisme condamne les privilèges de l'aristocratie qouraychite. Il prône la sobriété, l'égalité, l'équité, l'égalité. Sijilmassa est gérée par la dynastie des Midrarides, aussi appelés Wassoulites. Sa situation géographique à la croisée des routes sahariennes la connecte directement à l'empire ghanéen. Les caravanes y apportent l'or, les minerais précieux, le sel, les tissus, en quantités importantes. Les ateliers de frappe monétaires prospèrent. Le dinar sijilmassien s'exporte dans le monde entier, jusqu'en Chine. La cité est constituée de six-cents kasbahs, qu'on pourrait nommer quartiers. Le marché des négociants est fréquenté par des commerçants de l'ouest africain, de l'Andalousie, de la Palestine, de l'Egypte, de l'Irak. En 1230, Jacques 1er d'Aragon invite les juifs sijilmassi à s'établir en Catalogne, sur l'ile de Majorque notamment, pour instituer un axe commercial entre Barcelone et Sijilmassa ravitaillant en or la péninsule ibérique. L'ouverture de Sijilmassa sur lehttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=15# monde est attestée par le globe-trotteur Ibn Battouta en 1352, dans son récit Les Voyages, traduction française Imprimerie impériale, 1858 : « J'arrive à Sijilmassa, l'une des cités les plus belles. On y trouve des dattes goûteuses en grandes quantités. Elle produit une variété rare, dénommée îrar, qui n'a pas sa pareille ailleurs. J'achète des jeblis, des dromadaires que je nourris de foin. Je repars dans une caravane surchargée de marchandises ». Hassan al-Wazzan, dit Léon l'Africain décrit en 1510 la décadence de Sijilmassa au seizième siècle. Sijilmassa est également un centre coranique, un foyer de confréries d'obédiences diverses, un berceau de lignées chérifiennes, un sanctuaire de tombeaux alaouites, une confluence de pèlerinages et des moussems populaires. La ville est faite de maisons en pisé, de ruelles étroites pour se protéger de la chaleur, de mosquées, d'entrepôts, de marchés. Les matinées sont consacrées aux champs, aux fabriques artisanales, aux commerces. Les pics de chaleur sont propices à la somnolence. Les soirées sont vouées discussions, aux échanges, aux partages. Des dizaines de caravanes arrivent et repartent chaque jour. Leurs convoyeurs stockent de l'eau et des vivres, engagent des guides et des chameliers, prient pour la réussite du voyage. Dans les rues, plusieurs langues se pratiquent. Les idées, les philosophies s'échangent autant que les marchandises.

Sijilmassa, patrimoine de l'humanité, joyau de la mémoire maghrébine, est aujourd'hui prise d'assaut par les pèleteuses, les bulldozers, les grues. S'exécute autoritairement, sans consultation de la population, un projet exubérant, délirant, absurde, une charpente métallique géante en acier, qui anéantira définitivement les vestiges enfouis, les soubassements des palais, des mosquées, des médersas. Le plan prévoit un parc archéologique structuré autour d'une clôture périmétrique, d'un musée, d'un centre de recherche, os à ronger pour scientifiques. C'est surtout une fétichisation touristique avec circuits balisés, boutiques de souvenirs, vente de cartes postales, porte-clefs, magnets. Le prétexte écologique, la protection contre les aléas climatiques, est d'une flagrante aberrance. Les paysages désertiques sont soumis depuis toujours aux amplitudes thermiques, aux griffures caniculaires, aux abrasions cumulatives, aux érosions des structures argileuses. L'architecture proposée est visuellement, physiquement, esthétiquement intrusive. Les éléments greffés introduisent des lumières artificielles, des airs conditionnés, une muséification hors-sol de l'histoire, un parcours scénographique qui empêche une immersion directe, une réminiscence coloniale qui puise ses critères dans le modèle occidental. Au bout du processus, une destruction irréversible. Sijilmassa n'est pas une affaire archéologique épuisée. Ses plus grandes richesses demeurent sous terre. Le chantier imposé par les autorités s'étend sur soixante-dix hectares avec un budget colossal de quinze millions d'euros spécifiquement pour la charpente, seize millions d'euros pour le lot principal attribués à Jet Contractors, une entreprise spécialisée dans les constructions clés en main, en béton armé et tubes d'acier. Un tel budget permettrait à plusieurs équipes archéologiques, marocaines et internationales, d'exhumer la majorité des structures enfouies sous terre, dans un laps de temps réduit, contribuant ainsi à rattraper un retard récurrent dans le dégagement de la ville médiévale la plus célèbre du Maghreb Sijilmassa a besoin de s'actualiser historiquement, culturellement, philosophiquement, exemplairement, mais non de se superficialiser mercatiquement. Il s'agit, en outre, d'une violation évidente de la charte de l'Unesco, de la charte de Venise, de la charte de Lausanne pour l'archéologie, qui prévoient la non intrusion lourde, la préservation in situ, la réversibilité des interventions. L'aménagement projeté augmente l'aridité, brise irrémédiablement les équilibres fragiles. Le désert n'est pas un espace vide. Il est ancestralement peuplé, dynamisé d'activités multiples, fertilisé de cultures diversitaires. Il est impératif de geler toute construction restructurante, de prolonger les fouilles non destructives, de réactiver les réseaux hydrauliques, les khettaras, les fouggaras, de replanter massivement des palmiers dattiers, de faire de Sijilmassa une exemplarité archéologique, écologique, verdoyante.

Mustapha Saha. Sociologue, poète, artiste peinte, auteur de Haïm Zafrani, penseur de la diversité, éditions Maisonneuve & Larose.

Youssef Bokbot, archéologue, Médaillé - Société des Archéologues Africaniste – juin 2016, lauréat, avec son équipe, « Antiquity Award 2025 », décerné par l'Université de Cambridge - juin 2025, pour la découverte du plus vaste et plus ancien village agricole préhistorique en Afrique à Oued Beht (Maroc), Lauréat « Award Field Discovery 2025 », pour la découverte du complexe agricole de l'Oued Beht, délivré par le Forum Mondial d'Archéologie, à Shanghai - décembre 2025.

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Le pouvoir et l’urgence dans la crise écologique

2 juin, par Júlia Martí, Martin Lallana — ,
L'urgence de la crise globale du capitalisme, notamment du fait de la crise écologique, est indéniable. Y répondre nécessite une vision claire de la question du pouvoir et de (…)

L'urgence de la crise globale du capitalisme, notamment du fait de la crise écologique, est indéniable. Y répondre nécessite une vision claire de la question du pouvoir et de la transition vers une autre société.

mai 2026 | tiré d'inprecor.fr | Photo : Militants écologistes. DR.
https://inprecor.fr/le-pouvoir-et-lurgence-dans-la-crise-ecologique

La situation est sans ambiguïté : nous sommes au bord d'un désastre climatique irréversible 1. En 2025 nous avons déjà dépassé sept des neuf limites planétaires 2. Cela a pour effet fondamental l'accélération et l'aggravation de toute la crise écologique. Les records d'émissions globales de CO2 et leur concentration dans l'atmosphère sont battus chaque année. Tant que le robinet est ouvert, le débit ne réduira pas. On a pu observer récemment que la capacité d'absorption des émissions de CO2 des océans se réduisait3. Le même phénomène s'observe pour les forêts : en 2023 et en 2024 la déforestation et les méga-feux ont réduit les absorptions de carbone des forêts au plus bas 4. En Finlande, les forêts n'agissent plus comme pièges à carbone mais comme source de carbone 5 !

Dans le même temps, la chute de la biodiversité atteint une ampleur catastrophique. Depuis 1970, la population d'animaux sauvages a chuté de 73 % 6. Presque un million d'espèces sont menacées d'extinction. La diminution du nombre d'insectes est déjà en train de réduire la production alimentaire. Elle est accompagnée de l'utilisation massive d'engrais chimiques dans l'agro-industrie qui est en train d'épuiser la fertilité des sols cultivables.

Le chaos mondial

De plus, nous ne pouvons pas analyser l'urgence écologique de manière isolée : celle-ci se produit dans un contexte socio-économique et géopolitique mondial instable. L'invasion de l'Ukraine, le génocide en Palestine, les interventions étatsuniennes en Amérique latine, les tensions dans la Mer de Chine méridionale, les révoltes, les coups d'États et les guerres pour les ressources en Afrique, etc., décrivent un désordre mondial. Mais d'un autre côté, l'essor des migrations, des inégalités, l'augmentation du coût de la vie, la droitisation de la société, la répression et la violence (qui ont un impact bien plus important sur les personnes racisées, les femmes, les personnes LGBTQIA+, les activistes, etc.) montrent une série d'urgences accumulées, et dans une large mesure interconnectées, auxquelles nous devons répondre. Même si l'on détourne les yeux, tout ceci continue à se produire. Toujours plus vite, toujours plus grave, toujours plus irréversible. Mais la prise de conscience ne se transforme pas mécaniquement en action contre la catastrophe en cours. La véritable dispute sur la crise écosociale n'est pas le débat scientifique mais la question du pouvoir. C'est dans cette perspective que se situe la réflexion que nous voulons aborder dans cet article : sur le pouvoir et l'urgence.

La question de l'urgence

Dans un tel contexte, les doutes se développent logiquement concernant la stratégie politique à adopter afin de répondre au mieux à l'urgence de la crise écologique. En effet, les échéances pour mettre en place les immenses transformations nécessaires sont d'à peine une à deux décennies. Les conséquences de l'inaction sont de plus en plus catastrophiques. Par conséquent, le manque de certitudes stratégiques donne lieu à des réponses variées, qui partagent la conscience de l'urgence mais adoptent des approches différentes et bien souvent, contradictoires. Nous analyserons celles exerçant une certaine influence dans le contexte de l'État espagnol.

Les intellectuels du « progressisme vert » espagnol ont récemment insisté sur la question des temporalités pour justifier leur projet politique. Emilio Santiago affirme qu'aucun frein à la décarbonisation n'est admissible et que la gauche ne peut plus s'arrêter à des excuses idéologiques comme les inégalités ou les bénéfices des grandes entreprises privées 7. José Luis Rodríguez revendique l'importance d'établir une alliance avec la frange verte du capital 8. Xan López considère que la gauche doit en finir avec ses dogmes et agir dans le capitalisme tel qu'il est pour renforcer la démocratie libérale verte 9. César Rendueles défend que l'actualité de la crise écologique transforme l'héritage du marxisme en fantaisie morbide et politiquement catastrophique10.

Tous insistent sur le même point : il n'est pas réaliste d'espérer la chute du capitalisme pour dépasser la crise climatique. Et à partir de cette position, ils en appellent à un pragmatisme vert qui choisit la gestion verte de l'existant. S'il y a quelques années ils justifiaient cette voie en arguant qu'elle s'inscrivait dans l'air du temps ; ils le justifient maintenant comme la seule voie face à la montée du fascisme fossile.

Du côté des mouvements sociaux, même si la vitalité des mobilisations climatiques pré-pandémie n'a pas été retrouvée, on en a hérité la radicalisation de certains secteurs militants. Des collectifs comme Extinction Rebellion ou Futuro Vegetal ont utilisé les tactiques de désobéissance civile pour attirer l'attention sur l'urgence de la situation. Le mouvement français Les Soulèvements de la terre jouit également d'une influence croissante dans les groupes écologistes autonomes et de défense du territoire. Ceci a mené à l'apparition subite des Revoltes de la Terra en Catalogne. Sans oublier les révoltes paysannes dans toute l'Europe, et qui, malgré le fait que leurs revendications ne soient pas toujours écologiques, mettent cependant en évidence les symptômes de cette crise.

Des membres du collectif portugais Climáximo interrogent les stratégies actuelles des mouvements depuis le prisme de l'urgence 11 et critiquent la manière dont la plupart des organisations multiplient les esquives concernant cette question. Ils considèrent que ni construction progressive d'un pouvoir et d'une organisation communautaire, ni les mobilisations de masses, ni les revendications concrètes et réalistes ne répondent correctement à l'urgence de la crise. En même temps, ils alertent sur le fait que l'ampleur de la menace a bien trop souvent pour réponse le renoncement à la lutte pour le pouvoir et le retranchement vers des projets locaux. Ils affirment que « si l'on veut planifier le démantèlement du capitalisme dans les délais imposés par le changement climatique, nous avons besoin d'une théorie du changement et d'un modèle d'organisation qui soient compatibles avec cette tâche ».

Ils insistent sur l'importance de renforcer l'écosystème des mouvements et organisations engagées dans la rupture révolutionnaire. La proposition est que les organisations se positionnent dans l'état d'esprit d'une guerre face à l'urgence climatique : toute stratégie, tactique et processus interne doit être efficace, doit recourir à des formations rapides et doit être souple.

Pour les « progressistes verts », toute prise de position idéologique sera perçue comme contraire à tout projet révolutionnaire. Ils s'opposent aux positions anticapitalistes, synonymes selon eux d'obstacles à la résolution de la crise écologique, bien que les résultats de leur pragmatisme soient toujours invisibles. De plus, la façon trompeuse dont ils envisagent l'urgence pour imposer leur projet politique fait beaucoup trop écho au fameux « il n'y a pas d'alternative », qui légitime des solutions antidémocratiques et oublie que, sans les individus les plus touchés par cette crise écosociale, nous ne pourrons déclencher les processus radicaux qui sont nécessaires aux transformations ambitieuses dont nous avons besoin.

Si l'on peut se reconnaître dans certains des positionnements de Climáximo, leurs conséquences ne pourront être qu'un excès de volontarisme. Dans la pratique, on peut constater que le choix d'une intensification rapide de la lutte brouille le contexte concret des mouvements et des dynamiques locales qui les traversent. Si la radicalisation reste une conséquence positive de l'urgence, la réalité des mouvements sociaux continue à être bien trop fracturée et dans l'incapacité d'interpeller de larges couches de la société.

On peut ainsi observer des propositions utiles pour la réorganisation et le renforcement des mouvements, mais sans proposition claire pour résoudre la question du pouvoir. Par la suite, nous tenterons d'esquisser notre réponse à la crise écosociale. Nous signalerons quelques lacunes de la pensée écosocialiste et développerons nos réflexions sur le pouvoir et sur l'urgence face à la crise écosociale.

Fertiliser la pensée écosocialiste

Les débats sur la crise écologique dans la pensée marxiste débutent durant la seconde moitié du 20e siècle. Plus d'un demi-siècle de pensée écosocialiste a laissé un héritage précieux et a joué un rôle important autant dans les organisations marxistes que dans le mouvement écologiste. Mais reconnaître cet héritage ne nous empêche pas pour autant de reconnaître et de signaler certaines limites que ces réflexions ont pu avoir.

Dans la majorité des cas, la pensée écosocialiste s'est concentrée uniquement sur la partie écologique du débat. Certaines questions centrales du marxisme n'ont pas été abordées selon ce prisme : sur l'État, la crise et l'organisation ou la transition, de sorte que les apports de cette pensée doivent être complétés par d'autres écoles de pensée marxiste. Malheureusement, un tel puzzle ne génère pas un résultat satisfaisant et cohérent. C'est précisément à cet endroit que la pensée écosocialiste doit se fertiliser. La même question apparaît dans la question des temps politiques. Il existe un riche héritage de débats sur les temps politiques, l'organisation et la stratégie dans le marxisme. Mais une relecture écosocialiste de ce dernier est toujours devant nous.

La réflexion sur les temps politiques et l'organisation du marxisme remonte aux débats à l'intérieur de la IIe Internationale et du parti social-démocrate allemand (SPD). Eduard Bernstein défendait le parlementarisme comme une longue marche vers la conquête progressive du pouvoir. Pour Karl Kautsky, la révolution se résumait à la modification du rapport de forces au sein de l'État et à la croissance des masses ouvrières. C'est ainsi qu'il misait sur une accumulation passive des forces, afin « d'avancer patiemment sur les chemins du pouvoir jusqu'à ce que le pouvoir tombe comme un fruit mûr ». Ces conceptions plaçaient le parti dans un rôle de pédagogue qui cultive et organise la classe laborieuse.

C'est ce que Walter Benjamin accusa de résignation historique12. La social-démocratie allemande prenait le parti d'un temps homogène et vide, un temps de progrès mécanique sans crises ni ruptures. Une temporalité sans événements. Pour Benjamin, ce parti pris avait endormi la vigilance révolutionnaire face aux menaces. Dans sa conception, le temps stratégique de la politique n'est ni linéaire ni vide : c'est un temps discontinu, décousu et fracturé, rempli de nœuds et de faits imprégnés de sens.

Le parti n'et pas un pédagogue qui emmagasine des forces patiemment mais un opérateur stratégique qui réagit avec agilité à la conjoncture. Il doit être toujours prêt à l'imprévu et préparer tous les fronts.

La plus significative des ruptures fut celle formulée par Lénine au travers de deux apports fondamentaux : sa notion de crise révolutionnaire et sa conception du parti. Pour le révolutionnaire russe, le parti n'est pas un pédagogue qui emmagasine des forces patiemment mais un opérateur stratégique qui réagit avec agilité à la conjoncture. La révolution doit se préparer en construisant une organisation capable d'agir dans des circonstances extrêmes, sans être paralysée au moindre défi. C'est en cela que le parti doit toujours être prêt à l'imprévu et préparer tous les fronts. Comme le décrit Daniel Bensaïd, la politique de Lénine est une politique de l'impatience 13. La politique du temps brisé de la stratégie léniniste est un temps rythmé par la lutte et interrompu par la crise. Dans ce temps brisé, le parti agit comme boîte de vitesses de la révolution.

Ces débats offrent-ils une réponse satisfaisante au problème de l'urgence de la crise écologique ? Il serait malhonnête de répondre de façon affirmative. Même si c'est séduisant, on ne peut pas les appliquer mécaniquement au problème des temps politiques de la crise écologique.

Pouvoir, crise et transition

Nous tenterons d'esquisser notre réponse via trois approches : celle du pouvoir, celle de la crise et celle de la transition.

En premier lieu, aborder la question de la prise du pouvoir nous semble fondamental dans un contexte où les mouvements écosociaux l'éludent constamment. Que ce soit sous l'influence du mouvement autonome, par crainte du réformisme, ou simplement par impuissance et incapacité à imaginer des scénarios de rupture, on ne conçoit pas de relation avec l'État qui ne repose pas soit sur une logique de pression et de revendications, soit, au contraire, sur une confrontation qui ne vise pas à transformer le pouvoir, mais simplement à l'affaiblir.

Nous avons besoin d'évoquer la question de comment transformer l'État au regard de l'urgence. Car l'idée selon laquelle nous n'avons pas le temps de mener de grandes transformations et qu'il vaut donc mieux s'adapter et trouver un compromis nous conduit dans une impasse où le capitalisme continue de fonctionner comme si de rien n'était. Éluder ce défi et se concentrer exclusivement sur la construction d'espaces autonomes suppose également d'abandonner les outils d'intervention dans l'économie qui sont nécessaires et urgents.

Ceci étant dit, que signifie prendre le pouvoir pour un projet écosocialiste dans une démocratie libérale occidentale ? La conception de crise révolutionnaire de Lénine se basait sur la dualité du pouvoir et sur une campagne politico-militaire de renversement de l'appareil de domination étatique. Ce modèle est difficilement applicable dans les pays où existe une société civile robuste et établie dans les profondeurs de la société, où l'État exerce une forte hégémonie et jouit d'une forte légitimité.

Dans ces territoires, les débats de l'Internationale Communiste formulèrent d'autres modèles : le gouvernement ouvrier et l'approche transitoire 14. L'on y observait comment la radicalisation sociale de la classe laborieuse se traduisait d'abord par l'aspiration réformiste à un gouvernement démocratique qui répondît aux revendications défendues. Dans ces conditions, l'accès au gouvernement par le biais des urnes par des forces socialistes peut remplir un rôle provisoire et transitoire. Cependant, ce gouvernement devra affronter le sabotage économique des capitalistes, à un sentiment d'impuissance et un découragement croissant, ainsi qu'à une dynamique croissante des conflits de classes. D'où l'approche transitoire : ce gouvernement peut jouer un rôle de pont, mais se doit de dépasser la politique réformiste et renforcer la radicalisation.

Gouvernement ouvrier, contre-pouvoirs et programme de transition

De plus, dans un contexte de crise écosociale, le succès de cette stratégie dépendra particulièrement de la capacité à construire des institutions de contre-pouvoir. Ces institutions sont fondamentales pour renforcer les classes populaires dans un contexte d'appauvrissement et de recrudescence des violences. Mais elles auront aussi à créer une autonomie et à désarmer les chantages du capital, en plus de construire des expériences de construction du pouvoir qui ne passent pas par la délégation – caractéristiques des démocraties libérales –, et à faciliter la radicalisation et le débordement des cadres.

L'instauration d'un gouvernement transitoire avec de fortes structures de contre-pouvoir est une hypothèse qui se transpose facilement en période de crise écologique. Il n'est pas nécessaire de croire en l'abolition du capitalisme à l'échelle mondiale durant la prochaine décennie pour adopter une stratégie révolutionnaire : des revendications transitoires qui font progresser significativement la transition écologique peuvent parfaitement être développées par un gouvernement ouvrier – on entend la « classe ouvrière » au sens large – qui arrive électoralement au pouvoir dans un moment de radicalisation sociale. La nationalisation des entreprises de l'énergie, une réforme agraire agroécologique, l'extension massive des transports en commun, une réduction drastique du temps de travail, la régularisation des personnes exilé·es, l'expropriation des logements appartenant à des entreprises et à des fonds d'investissements ou la fin de la privatisation de la santé. Ces interventions vont rencontrer limites et sabotages, et le renforcement de la stratégie de rupture sera la seule réponse possible. D'un point de vue pragmatique, s'il y a bien une chose que nous apprend le 20e siècle, c'est qu'un programme réformiste significatif n'a été efficace que lorsque la révolution était une menace crédible.

Des réponses socialistes aux crises

En second lieu, quels sont les effets de la crise et des mobilisations sociales ? Dans le temps brisé de la crise écosociale, il s'agit d'éléments centraux, apparaissant de façons variées. Sur le plan économique, nous savons que pendant la prochaine décennie, nous ferons face à une nouvelle crise économique. L'accumulation capitaliste est en mauvaise santé et, depuis les années 70, le Nord Global connait une crise tous les dix ans. Bien loin des analyses gauchistes, elles ne représentent pas une étincelle favorable aux explosions révolutionnaires. En période de crise, les capitalistes rétablissent leurs taux de profit et renforcent leur domination sur la classe laborieuse. Les crises ne sont pas le symptôme d'épuisement catastrophique, elles revitalisent l'accumulation capitaliste.

Ståle Holgersen défend l'idée que l'écosocialisme ne peut ni échapper, ni ignorer les crises 15. Afin d'éviter de reproduire sans fin les mêmes recettes keynésiennes restaurant la compétitivité et la rentabilité du capital, nous devons préparer des stratégies et des programmes socialistes contre la crise. Nous avons besoin de plans d'action concrets pour la gestion immédiate de la crise, afin de minimiser les dégâts sociaux et d'appliquer une politique de classe aux moments du choc. Il s'agit essentiellement de se préparer à l'accélération de la lutte des classes, au moment où, inévitablement, elle entre en conflit avec le profit et la propriété privée. Les structures de contre-pouvoir des classes populaires joueront alors un rôle-clé, tout comme la capacité à articuler des stratégies qui parviennent à transformer l'état d'esprit généré par la nouvelle situation en changements réels.

Crises sociales et crise de direction

D'un autre côté, il y a les mobilisations sociales. Elles se développent indépendamment de la crise économique. La dynamique du siècle dernier positionnait en général le conflit comme précédant la crise. Joshua Clover défend que la forme à travers laquelle s'exprime la lutte des classes dans notre période est l'agitation 16 qu'il définit comme une forme d'action collective qui lutte pour « figer les prix » des biens du marché, et mobilise toujours plus de personnes exclues du marché du travail salarié. Il observe les luttes de masse pour le prix du carburant et des transports en France, au Brésil, au Mexique ou en Haïti. En examinant un phénomène similaire, Vincent Bevins réalise le bilan amer des mobilisations massives de la décennie 2010-2020 17. Des mouvements en Tunisie, en Égypte, en Turquie, au Brésil, en Corée du Sud et au Chili, il conclut que ces actions ont permis de créer des vides politiques, mais qu'elles ont été incapables de profiter des situations révolutionnaires. Alors que les mobilisations de masse, sans direction, n'avaient pas la capacité de prendre le pouvoir, les élites économiques organisées ont su profiter de la vacance du pouvoir pour renforcer leur position.

Les crises, les émeutes et les manifestations de masse sont trois phénomènes qui se produiront dans les années à venir. Ce sont des événements qui fractureront le temps politique. L'urgence écologique est directement liée à notre capacité à intervenir à ces moments-là. Si nos organisations se retrouvent bloquées ou marginalisées, nous aurons perdu une décennie que nous ne pouvions pas nous permettre de perdre. De plus, il est possible que ces événements prennent une tournure contre-révolutionnaire : Richard Seymour décrit, à travers le concept de « nationalisme du désastre », comment l'extrême droite exploite les catastrophes, réelles ou inventées, pour élargir et radicaliser sa base sociale 18, en orientant les aspirations et les émotions dans une direction réactionnaire, en proposant des fantasmes violents comme exutoire à la frustration sociale. Se préparer à intervenir dans les crises et les soulèvements exige d'élargir notre base, de renforcer nos alliances, mais surtout d'être capable de lire la réalité sociale pour anticiper et construire des issues émancipatrices aux frustrations.

Quelles actions concrètes ?

Enfin, quelles sont les conquêtes nécessaires à une transition écosocialiste, à partir de la situation actuelle ? D'un côté, les Soulèvements de la Terre ont popularisé le concept de désarmement comme stratégie défensive pour désarticuler et freiner les infrastructures qui nous dirigent vers l'effondrement 19. Cette stratégie gagnante a su marquer le débat public et freiner certains méga-projets – même s'il faudrait aborder certains débats tactiques sur les formes, le type d'infrastructures à attaquer et les conséquences sur la classe laborieuse pour pouvoir étendre cette stratégie. D'un autre côté, Kai Heron, Keir Milburn et Bertie Russel défendent la construction d'outils de propriété publico-communautaire dans des secteurs clés de la reproduction 20 comme le soin, le logement, l'énergie ou l'alimentation. Cela donne naissance à un cadre institutionnel qui s'appuie sur l'engagement populaire pour répondre aux besoins sociaux et limiter la domination du capital. Ces outils ne sont pas le résultat d'une révolution écosocialiste, mais une approche pour construire un pouvoir populaire et avancer dans la transition écologique. Un projet concret et réalisable dans lequel peuvent converger des forces organisées.

Les conquêtes écosocialistes doivent combiner ce double mouvement destituant-constituant opérant sur les nouvelles formes d'organisation de l'économie et de la société. Améliorer les façons de les combiner pour favoriser leur alimentation réciproque et non leur opposition.

Dans ce cas, nous voyons comment un projet organisationnel écosocialiste peut répondre à l'urgence de la crise écosociale. La consolidation et l'expansion d'institutions de contre-pouvoir, capables d'imposer des revendications transitoires au niveau national, peuvent se comprendre comme la conquête d'outils qui répondent en même temps aux besoins sociaux et à la nécessité d'affaiblir la domination du capital. L'articulation dialectique des processus de luttes sociales et de victoire électorale peut apporter une réponse à l'urgence écosociale. La transformation urgente et l'objectif de faire gagner en puissance les outils populaires ne sont pas des projets en l'air, ils doivent faire concrètement partie de la stratégie de mobilisation des forces révolutionnaires.

Manifestation à Valladolid contre la gestion des récents incendies à Léon, Zamora, Palencia et Salamanque. Photo Miriam Chacon (Ical)

Écosocialisme et barbarie

Les débats sur le pouvoir, la crise et la transition apportent quelques réponses au problème de l'urgence. Les organisations révolutionnaires écosocialistes doivent réagir avec souplesse à la conjoncture, elles doivent avancer des revendications transitoires, élaborer un programme pour affronter les crises, intervenir dans les mouvements sociaux et construire des outils de transition qui satisfassent les besoins sociaux. Elles doivent également utiliser le gouvernement ouvrier comme pont entre les aspirations populaires et l'horizon de la rupture. Tout ceci est lié à la période de crise écologique.

Nous partons d'une conviction : il n'y a pas de raccourcis, mais chaque victoire partielle que nous arrachons possède son importance. Il n'y a de raccourcis ni dans les moyens, ni dans la fin – la prise du pouvoir politique par la classe laborieuse. Mais nous devons cependant entre-temps mener à bien des transformations gigantesques. Il est improbable qu'un programme écosocialiste soit achevé avant les délais fixés pour une réduction drastique du CO2. Il est probable également qu'un programme réformiste pragmatique n'y arrive pas plus car, entre autres, nous sommes déjà en train de dépasser des points de non-retour dangereux.

C'est pourquoi l'expression éculée d'« écosocialisme ou barbarie » se doit d'évoluer en « écosocialisme dans la barbarie ». Ou plutôt, comment construire l'écosocialisme au travers de la barbarie. Nous ne sommes pas face à un scénario du tout ou rien. Nous sommes face à un scénario volatile, toujours plus catastrophique et dans lequel il n'y a pas de futur certain. Nous devons éviter les pires dénouements et c'est pour cela que nous devons renforcer notre pouvoir. Nous savons que la lutte des classes va s'intensifier et que l'organisation populaire sera l'unique possibilité pour obtenir une victoire et éviter les retours en arrière.

C'est essentiel. Comme nous le disions, l'extrême droite est en train de gagner la bataille du leadership de la frustration vers une radicalisation réactionnaire. Ne pas l'inclure dans notre analyse serait une terrible erreur. La propagation sociale des positions réactionnaires et racistes annule toute avancée partielle de la transition écologique. La réponse populaire à la Dana (dépression isolée en haute altitude) au País Valencià21 en offre un exemple. Les personnes impliquées le savent parfaitement : ce qui a déterminé la capacité à répondre à cette situation, c'est l'existence de structures populaires antérieures. En leur absence, la conjonction des catastrophes climatiques et d'une extrême droite forte détruira les liens de solidarité dans les communautés et le mal-être se radicalisera dans le pire des sens.

Tout comme les crises et les explosions sociales, nous pouvons être certains que ce type de catastrophes et d'attaques de l'extrême droite se produiront dans un avenir proche. Voilà pourquoi une organisation écosocialiste qui prend au sérieux l'urgence de la situation doit se préparer à répondre. Une défaite nous ferait perdre des années que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre.

Février 2026

Notes

1. William J. Ripple et collaborateurs, “The 2025 state of the climate report : a planet on the brink” (Le rapport sur l'état du climat en 2025 : une planète au bord du gouffre), BioScience, Volume 75, n°12, 2025.

2. Planetary Boundaries Science (PBScience), 2025, Planetary Health Check 2025. Potsdam Institute for Climate Impact Research (Bilan de santé de la planète 2025. Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam), Potsdam, Allemagne.

3. Müller, Jens D., Gruber, Nicolas ; Schneuwly, Aline, etc. “Unexpected decline in the ocean carbon sink under record-high sea surface temperatures in 2023” (Baisse inattendue du puits de carbone océanique alors que les températures de surface de la mer atteignaient des niveaux records en 2023), Nat. Clim. Chang, 2025.

4. Nancy Harris et Melissa Rose. “World's Forest Carbon Sink Shrank to its Lowest Point in at Least 2 Decades, Due to Fires and Persistent Deforestation” (Le puits de carbone forestier mondial a atteint son niveau le plus bas depuis au moins deux décennies, en raison des incendies et de la déforestation persistante), World Resource Institute, 24 juillet 2025.

5. Natural Resources Institute Finland. 2025. “Preliminary greenhouse gas inventory results for 2023 : Forest land has turned into an emission source because the carbon sink of trees no longer cover emissions from forest soil” (Résultats préliminaires de l'inventaire des gaz à effet de serre pour 2023 : les terres forestières sont devenues une source d'émissions, car le puits de carbone constitué par les arbres ne compense plus les émissions provenant des sols forestiers).

6. WWF, Rapport Planète Vivante, 2024.

7. Emilio Santiago Muiño (2024), “El cronómetro ya es la brújula : por un frentepopulismo climático” (Le chronomètre fait désormais office de boussole : pour un populisme climatique), Critic. Emilio Santiago Muíño est anthropologue climatique et conseiller pour les député·es de la communauté autonome de Madrid et pour le Congrès des député·es de l'État Espagnol (NdT).

8. José Luis Rodríguez (2024), “¿Qué es una alianza ? Apología de la incomodidad” (Qu'est-ce qu'une alliance ? Éloge de l'inconfort), Corriente Cálida.

9. Clemente Álvarez, Xan López, “No es realista esperar a la abolición del capitalismo para superar la crisis climática” (Il n'est pas réaliste d'attendre l'abolition du capitalisme pour surmonter la crise climatique), El País.

10. Cesar Rendueles (2025), “La extinción del marxismo (el marxismo político ante la crisis ecosocial)” (La fin du marxisme (le marxisme politique face à la crise écosociale)), Cuaderno digital de cultura.

11. Mariana Rodrigues et Sinan Eden (2025), All In : a revolutionary theory to stop climate collapse.

12. « Paris, capitale du XIXe siècle », Walter Benjamin, 1939.

13. Daniel Bensaid (2013), « La politique comme art stratégique ».

14. Martín Mosquera (2023). “Lecciones desde lejos : frente único y gobierno obrero en la Internacional Comunista” (Leçons de loin : front unique et gouvernement ouvrier au sein de l'Internationale communiste), viento sur n°186.

15. Ståle Holgersen (2025). Against the Crisis : Economy and Ecology in a Burning World (Face à la crise : économie et écologie dans un monde en feu), Verso.

16. Joshua Clover (2025), Disturbio. Huelga. Disturbio. La nueva era de los levantamientos (Émeute. Grève. Émeute. La nouvelle ère des soulèvements).

17. Vincent Bevins, Si ardemos. La década de las protestas masivas y la revolución que no fue (Si nous brûlons. La décennie des manifestations de masse et de la révolution qui n'a pas eu lieu.), Capitán Swing, 2025.

18. Richard Seymour, Disaster Nationalism : The Downfall of Liberal Civilization, Verso (2024).

19. Stathis Kouvelakis, « Les Soulèvements de la Terre : composition et stratégie de l'action de masse », Contretemps.eu (2023).

20. Kai Heron, Keir Milburn et Bertie Russell, Radical Abundance. How to Win a Green Democratic Future, Pluto (2025).

21. « Espagne. La tempête parfaite », Manuel Garí Ramos, 18 décembre 2024.

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Moi aussi, je me souviens d’un Québec blanc !

2 juin, par Mohamed Lotfi — ,
Blanc de neige. Blanc de silence. Blanc de givres accrochés aux clôtures comme des dentelles de grand-mère. Blanc de souffle dans l'air quand les hommes parlaient dehors en fin (…)

Blanc de neige. Blanc de silence. Blanc de givres accrochés aux clôtures comme des dentelles de grand-mère. Blanc de souffle dans l'air quand les hommes parlaient dehors en fin décembre et que chaque phrase devenait un petit nuage. Blanc de tempête qui faisait disparaître les routes, les maisons, les chars, les certitudes et parfois même les voisins. Je me souviens d'un Québec où l'hiver n'était pas une saison, mais un pays.

Quand je suis arrivé il y a presque quarante-cinq ans, deux jours avant le jour de l'an, le territoire semblait avoir été repassé par les anges eux-mêmes. La lune éclairait le sol comme un vieux cinéma muet. Les chiens aboyaient plus doucement, de peur de salir le paysage. Je regardais cette blancheur immense et c'est plus tard que j'allais comprendre pourquoi certains poètes québécois habitent leur hiver comme un habite un jardin.

Un jour, la voix de Céline Dion traversa un stade olympique comme une lumière dans un vitrail. « Une colombe est partie en voyage, autour du monde elle porte son message ». Ça aussi, c'était le Québec blanc dont je me souviens. Celui des colombes dans le ciel d'été. Celui où les ailes frappaient l'air chaud au-dessus d'un pape rassembleur. Celui où la blancheur n'était pas une frontière, mais un paysage fait de toutes les couleurs.

Aujourd'hui, voilà qu'un groupe de petits soldats de la nostalgie mal dégrossie parade avec une banderole proclamant « Je me souviens d'un Québec blanc ». Comme si la mémoire appartenait à ceux qui crient le plus fort. Comme si la neige avait déjà demandé des papiers d'identité avant de tomber. Ils parlent d'un Québec blanc comme d'autres parlent d'une vieille Buick 1974, d'un cendrier en cristal ou d'un téléphone beige fixé au mur de la cuisine.

Ils regrettent un passé imaginaire, une province mythologique où tout le monde aurait mangé le même pâté chinois, porté les mêmes chemises à carreaux et écouté les mêmes prêches de dimanche sur les ondes de Radio-Canada. Le problème avec les nostalgies ethniques, elles sont toujours écrites par des gens qui ont oublié leurs propres archives.

Parce que bien avant Facebook, avant les radios poubelles, avant les commentaires écrits en majuscules avec trois fautes par mot, il y avait déjà dans cette histoire québécoise un homme noir aux côtés de Samuel de Champlain. Son nom : Mathieu da Costa.

Oui. Mathieu da Costa. Pas un personnage inventé par Netflix. Pas un professeur woke sorti d'un département universitaire en cardigan recyclé. Un vrai homme du début du XVIIe siècle. Interprète. Navigateur. Médiateur. Probablement polyglotte. Compagnon des premiers contacts entre Européens et peuples autochtones. Plusieurs historiens le considèrent comme le premier Noir libre documenté sur le territoire qui deviendra le Canada.

Un dimanche après-midi de l'an 1608. Le fleuve respire lentement sous le froid. Les bottes s'enfoncent dans la neige avec un bruit de miche de pain écrasée. Les arbres ressemblent à des silhouettes de charbon trempées dans le lait. Champlain avance avec cette obstination typiquement française qui consiste à vouloir cartographier le territoire entier tout en se plaignant du froid.

Il veut parler aux peuples autochtones. Il veut commercer, convaincre, négocier. Il comprend rapidement qu'un empire sans traducteur finit souvent dans un canot renversé. Mais Samuel ne connaît pas leur langue. Alors il se tourne vers da Costa.

Le voilà, ce fameux Québec blanc. Au milieu de la neige, le premier pont entre les mondes est un homme noir. Le premier diplomate officieux de cette aventure nord-américaine n'est ni blond, ni roux, ni sorti d'une publicité de sirop d'érable.

Da Costa aurait parlé plusieurs langues européennes et probablement un pidgin utilisé dans les échanges avec certaines nations autochtones. Son rôle d'interprète était essentiel pour les explorateurs français et hollandais.

Pendant ce temps-là, quatre siècles plus tard, des patriotes en rabais agitent une banderole comme si le Québec avait été inventé dans une boîte de Corn Flakes ethnique. On les imagine rentrer chez eux après leur manifestation. Ils enlèvent leurs bottes fabriquées en Chine, ouvrent Facebook sur un téléphone coréen, mangent une pizza grecque garnie de pepperoni italien en expliquant que la diversité détruit l'Occident. Puis ils regardent des vidéos américaines pour apprendre comment être nationalistes québécois.

Le génie du Québec, pourtant, n'a jamais été la pureté. Le Québec a toujours été un chantier. Un grand chantier frigorifié rempli de peuples qui se traduisent mutuellement pour ne pas mourir de froid. Français. Autochtones. Irlandais. Écossais. Haïtiens. Juifs. Libanais. Italiens. Vietnamiens. Maghrébins. Sénégalais. Grecs. Portugais. Même la poutine ressemble à une réunion improvisée de restants culturels.

Les mêmes qui fantasment le passé oublient étrangement les détails. Ils oublient les enfants placés dans les orphelinats religieux. Ils oublient les femmes enfermées dans des rôles minuscules. Ils oublient la pauvreté rurale. Ils oublient les villages où l'on mourait jeune, où l'on travaillait comme des bœufs, où les dents tombaient avant quarante ans et où la diversité la plus exotique consistait à rencontrer quelqu'un de Trois-Rivières.

Ils oublient surtout que l'identité québécoise n'a jamais été un musée de cire. Elle est une rivière. Et les rivières figées deviennent des marécages.

Da Costa, lui, comprenait déjà quelque chose que certains militants identitaires modernes refusent encore de comprendre. Un territoire ne survit pas par fermeture. Il survit par traduction. Traduire une langue. Traduire une peur. Traduire un regard. Traduire un silence. Sans traducteurs, il n'y a que des murs.

Alors oui, moi aussi je me souviens d'un Québec blanc. Blanc comme les hivers de mon arrivée. Blanc comme les traces de raquettes au petit matin. Blanc comme les ailes des colombes dans le ciel de Céline Dion. Blanc comme les plaines gelées éclairées par la lune. Mais jamais blanc au point d'effacer les autres.

Parce que même dans les premiers chapitres de cette histoire québécoise, il y avait déjà, quelque part entre le fleuve, les sapins et les tempêtes, un homme nommé Mathieu da Costa qui avançait dans la neige avec Champlain.

Mais ce serait trop facile de faire porter à ces vingt hommes seuls le poids d'accusations aussi graves que le racisme et le suprémacisme. Ces hommes ne sont pas tombés du ciel. Ils sont de nous. Ils sont le produit d'un long laisser-aller, d'une négligence collective, d'une crispation identitaire que l'on a trop souvent minimisée depuis vingt ans, faute de courage politique pour l'affronter clairement.

Leur banderole n'est pas apparue par enchantement. Ne jouons pas les surpris. Elle a poussé dans l'ombre des ambiguïtés calculées, des sous-entendus tolérés, des peurs banalisées. Elle a poussé aussi dans notre incapacité de nous indigner plus fort, dans tous ces moments où l'on a préféré détourner le regard plutôt que de nommer les choses.

Au fond, cette banderole a poussé dans notre absence de mémoire.

Je ne compte plus sur les médias ni sur les politiciens pour parler des Mathieu da Costa du Québec. Moi, j'en parle souvent.

Je m'en souviens.

Mohamed Lotfi

1 Juin 2026

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Prêts à se battre ? Le Canada laisse le Pentagone prendre des participations « sans précédent » dans des mines canadiennes

2 juin, par Nessie Nankivell, Shiri Pasternak — ,
En accélérant l'exploitation des minéraux critiques, le Canada ne se contente pas de bâtir une économie verte. Il s'intègre davantage à l'industrie de l'armement américaine. (…)

En accélérant l'exploitation des minéraux critiques, le Canada ne se contente pas de bâtir une économie verte. Il s'intègre davantage à l'industrie de l'armement américaine.

22 mai 2026 | tiré de creachmedia.ca
https://breachmedia.ca/elbows-up-canada-is-letting-pentagon-take-unprecedented-stakes-in-canadian-mines/

Alors même que le premier ministre Mark Carney vante ses plans pour protéger la souveraineté économique du Canada, les minéraux critiques du pays se retrouvent dans les armes américaines.

Selon des experts juridiques, les États-Unis prennent des mesures « peut-être sans précédent » pour s'assurer la propriété des mines canadiennes, transformant le Canada — et les Premières Nations sur les terres desquelles ces minéraux sont extraits — en un territoire minier américain. Pendant ce temps, le gouvernement canadien contribue à financer et à accélérer ces projets.

Du niveau provincial au niveau fédéral, le Canada s'est lancé dans une course effrénée pour accélérer l'extraction de minéraux critiques dans son Grand Nord. Ces minéraux ont été qualifiés d'« urgents et indispensables » — d'abord pour la transition vers les énergies propres, puis, face aux menaces d'annexion des États-Unis, pour la sécurité nationale du Canada.

Le nickel, le cuivre, le graphite, le cobalt, le tungstène, le chrome et les éléments de terres rares ne sont pas seulement des composants pour les batteries et les éoliennes. Ils sont également nécessaires à la construction d'avions de chasse, de drones, de missiles, de systèmes radar, de sous-marins, de blindés et de munitions.

Le Canada est depuis longtemps un fournisseur fiable de matières premières pour les guerres menées par les États-Unis. C'est des entrailles du Canada que provenaient l'uranium pour les bombes nucléaires américaines, le nickel pour les blindages de ses cuirassés et l'aluminium pour ses avions de combat.

Mais lorsque les minéraux canadiens sont réservés à la fabrication d'armement étranger, est-ce vraiment dans l'intérêt national du Canada ?

Des batteries ou des bombes ?

Pour s'assurer l'approvisionnement en ces minéraux, les États-Unis ont historiquement offert des subventions et aides soutenues par l'État aux sociétés minières canadiennes. Mais l'escalade de la guerre froide entre les États-Unis et la Chine
pousse le Pentagone à intensifier ses investissements. À partir de 2022, le département américain de la Défense a commencé à injecter des millions de dollars dans les sociétés minières canadiennes extrayant des minéraux critiques.

À l'époque, la nouvelle est passée presque inaperçue au Canada. Au lieu de cela, les journaux titraient sur les promesses fédérales et provinciales selon lesquelles ces mêmes minéraux alimenteraient une révolution des technologies propres faite de véhicules électriques et d'usines de batteries.

Dans le cadre du collectif de recherche 8th Fire Rising, nous avons enquêté sur les nouvelles chaînes d'approvisionnement liées au secteur des minéraux critiques. Nous avons découvert que le dernier financement en date derrière l'engouement du Canada pour les minéraux critiques provient en fait du Pentagone, qui supervise le plus grand émetteur de gaz à effet de serre de la planète : l'armée américaine.

En seulement deux ans, en 2024 et 2025, le Pentagone a investi plus de 78 millions de dollars américains dans des entreprises menant des projets miniers au Canada : Fortune Minerals, Lomiko Metals, Fireweed Metals, Northcliff Resources, Nano One Materials et Electra Battery Materials.

Présenté comme une coopération, cet accord a réorienté les priorités minières canadiennes pour répondre aux besoins de l'armée américaine, et ce même en période de tensions entre les deux pays.

Puis, en 2025, le département de la Défense a dépensé 35,6 millions de dollars américains pour acquérir une participation de 10 % dans la société minière Trilogy Metals, basée à Vancouver, qui prévoit d'extraire du cuivre, du cobalt, de l'or et de l'argent en Alaska. Cette acquisition s'accompagnait d'options permettant d'augmenter sa participation à l'avenir, ainsi que du droit de nommer un membre du conseil d'administration. Le département américain de l'Énergie a également acquis une participation de 5 % dans Lithium Americas, une autre société basée à Vancouver qui développe l'une des plus grandes mines de lithium au monde.

Le fait que le gouvernement fédéral américain soit actionnaire de sociétés minières canadiennes constitue un arrangement « peut-être sans précédent », selon l'avocat internationaliste Lawrence Herman.

Il ne s'agit pas de participations majoritaires, mais l'avocate spécialisée en droit de la concurrence Sandy Walker a mis en garde contre le fait qu'une fois ces mines en exploitation, le gouvernement américain pourrait exiger que les minerais soient exclusivement destinés aux États-Unis.

Le Canada dispose de politiques lui permettant de restreindre les investissements nationaux des gouvernements étrangers, en particulier si ces investissements sont susceptibles de porter « atteinte » à la sécurité nationale du Canada. En 2022, le gouvernement canadien a ordonné à trois entreprises chinoises de se désengager des sociétés minières canadiennes spécialisées dans les minéraux critiques. Aucune mesure de ce type n'a été prise à l'encontre des investissements des États américains dans Trilogy Metals ou Lithium Americas.

Le leurre climatique

Presque tous les projets miniers dans lesquels le Pentagone a investi sont présentés comme des solutions climatiques. Au Québec, Lomiko Metals présente son projet de mine de graphite La Loutre comme faisant partie d'un « écosystème énergétique local et renouvelable ». Elle a obtenu une subvention de 8,4 millions de dollars américains du Pentagone, complétée par une subvention de 4,9 millions de dollars canadiens de Ressources naturelles Canada.

Mais ce projet à ciel ouvert produit du graphite, le matériau le plus couramment utilisé dans l'industrie militaire. Étant donné que les États-Unis ne produisent plus leur propre graphite depuis les années 1950 et restent fortement dépendants de l'approvisionnement chinois, l'investissement du département de la Défense est hautement stratégique.

Bon nombre des minéraux recherchés dans le cadre de ces projets, y compris le graphite, sont à « double usage », ce qui signifie qu'ils peuvent servir à la fois à des applications civiles et militaires. Mais les processus d'évaluation environnementale du Canada ne demandent pas où les minéraux finiront une fois qu'ils auront quitté le site minier. Ils ne demandent pas si les matériaux extraits alimenteront des batteries ou des armes.

Cela importe car les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques sont profondément opaques. Les minéraux sont mélangés, échangés, traités et transformés à travers de multiples juridictions, rendant leur utilisation finale extrêmement difficile à retracer.

Cela devient un problème lorsque l'extraction de ces minéraux est justifiée en premier lieu par l'argument selon lequel le Canada doit mettre en place des solutions locales pour lutter contre le changement climatique.

Selon cet argument, les évaluations environnementales et la consultation des Autochtones sont présentées comme des obstacles inutiles à une action urgente contre le changement climatique. Les promesses de campagne de Carney de « construire, construire, construire » se sont concrétisées dans des lois provinciales et fédérales qui « réduisent les formalités administratives » autour de projets jugés d'« intérêt national ».

Ottawa ne s'est pas contentée de regarder les États-Unis prendre le contrôle des minéraux critiques du Canada, elle contribue à financer cette opération. Comme le montrent les recherches menées pour le Transition Security Project, la quasi-totalité des investissements récents du département américain de la Défense ont été associés à des fonds publics canadiens. Alors que le Pentagone a alloué plus de 78 millions de dollars américains aux six projets canadiens liés aux minéraux critiques mentionnés ci-dessus, le gouvernement canadien a complété ces investissements à hauteur de 69 millions de dollars canadiens, subventionnant ainsi de fait l'influence de l'État américain dans notre secteur des ressources naturelles.

Cette évolution constitue une menace non seulement pour l'indépendance, le climat et l'environnement du Canada, mais aussi pour la souveraineté autochtone. Si des minéraux provenant de territoires autochtones sont extraits pour fabriquer des armes, les Premières Nations locales en sont-elles informées ? Ont-elles le droit de refuser ? On demande aux Premières Nations concernées d'accepter que leurs terres soient endommagées au nom de l'action climatique, alors que l'objectif réel pourrait bien être l'expansion militaire américaine.

La résistance autochtone s'est fait sentir partout au Canada. La mine de graphite de La Loutre a fait face à une forte opposition de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg, ce qui a conduit le Québec à refuser de financer le projet en raison d'un manque d'« acceptabilité sociale ». Les routes minières proposées par Trilogy Metals en Alaska — un levier pour ouvrir l'accès aux gisements de cuivre et de cobalt — ont rencontré une opposition farouche de la part de 40 tribus autochtones d'Alaska.

Au Nouveau-Brunswick, le projet de tungstène Sisson, proposé par Northcliff Resources, a reçu un financement de 15 millions de dollars américains du Pentagone. Le carbure de tungstène, un métal exceptionnellement dur, est utilisé dans les munitions perforantes. Les dirigeants Wolastoqey s'opposent à ce projet depuis des années. L'aînée Alma Brooks a déclaré qu'elle était « absolument et totalement contre tout ce qui soutiendrait l'armée américaine ou canadienne dans ses efforts de guerre ».

La nouvelle stratégie d'investissement du Pentagone devrait susciter un débat public. Le Canada ne se contente pas de bâtir une économie verte. Il s'intègre de plus en plus profondément dans l'industrie de guerre américaine.

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De l’Ukraine au Golfe Persique, les superpuissances ne font plus la loi !

2 juin, par Yorgos Mitralias — , ,
La première grande leçon des guerres en Ukraine et au Golfe Persique crève déjà les yeux : les superpuissances ne font plus la loi ! Malgré leur supériorité militaire (…)

La première grande leçon des guerres en Ukraine et au Golfe Persique crève déjà les yeux : les superpuissances ne font plus la loi ! Malgré leur supériorité militaire écrasante, tant la Russie de Poutine que les Etats-Unis de Trump rencontrent mille difficultés « non-prévues », n'arrivent pas à briser la résistance des pays bien plus faibles, et risquent fortement d'être humiliés, ce qui pourrait bien les plonger dans une crise de tous les dangers.

Par Yorgos Mitralias

Les faits bruts sont éloquents : la guerre contre l'Iran que Trump a qualifié souvent de simple... « courte excursion », et qui devait s'achever après « deux-trois jours », dure déjà depuis trois mois, sans que personne puisse prédire quand et comment elle va prendre fin. Quant à la guerre contre l'Ukraine que Poutine a appelée simple... « opération militaire spéciale » et qui devait s'achever après 4-5 jours avec l'entrée triomphale de l'armée russe dans Kyiv, elle dure déjà depuis plus de quatre ans et ses victimes (militaires et civils morts et blessés) sont désormais près de ...deux millions ! En somme, Trump et Poutine, à vies et idéologies parallèles, bains de sang et désastres parallèles !...

En effet, Trump le magnat de l'immobilier, et Poutine l'agent du KGB, partagent non seulement la même mégalomanie mais aussi la même idéologie et les mêmes pratiques antidémocratiques, racistes, répressives, virilistes et hypernationalistes qui font d'eux des fascistes purs et dures. Et ce n'est pas donc un hasard que tous les deux sont les piliers de cette Internationale Brune de nos cauchemars, qui regroupe pratiquement tout ce qu'il y a d'extrémistes de droite, de néonazis et de néofascistes de par le monde !

Alors, étant donnés leurs traits distinctifs précités, leurs mésaventures ukrainiennes et iraniennes acquièrent une dimension et un sens autrement plus importants. Ce ne sont plus seulement les traditionnelles super-puissances nord-américaine et russe qui entrent en crise car incapables d'ecraser une fois pour toutes leurs adversaires. En réalité, ce qui, à travers ses deux super-puissances russe et américaine, entre actuellement en crise profonde et multidimensionnelle est quelque chose de bien plus important, le système capitaliste lui-même. Un système capitaliste qui, pour la deuxième fois en 100 ans, a recours à sa planche de salut traditionnelle et à ses « solutions extrêmes » : la guerre et l'attaque frontale contre les droits humains et les libertés démocratiques ainsi qu'à ce qui reste de sa démocratie bourgeoise !

D'où cette angoisse diffuse, ce sentiment qui va se généralisant de fin de monde, car la crise de nos super-puissances barbares et inhumaines mine, ronge et finalement détruit l' ancien ordre (néolibéral) sans être en mesure d'en imposer un nouveau. Cependant, une telle situation est suffisamment dangereuse pour les intérêts de ceux d'en haut, pour ne pas les inciter à réagir. Et voilà tous ceux qu'il y a encore un an ou même six mois, faisaient preuve d'une servilité sans borne envers Trump, prendre aujourd'hui leurs distances et même aller jusqu'à envisager le divorce avec la super-puissance américaine. Et tout ça tandis que même les « amis » et autres « alliés » traditionnels de la Russie, tournent actuellement le dos à Poutine, allant jusqu'à refuser de figurer à côté de lui sur la tribune officielle de la Place Rouge aux jours de grandes commémorations.

Mais, comme on pouvait s'en attendre, c'est à l'intérieur de leurs pays respectifs que la réaction de ceux d'en haut contre « l'aventurisme » va-t'en guerre de Trump et de Poutine pointe désormais le nez. Et si aux Etats Unis, un vent de révolte contre Trump commence maintenant à souffler même dans les rangs du parti Républicain, la situation n'est pas très différente dans cette Russie de tous les complots et coups d'état de palais héritée du temps du tsarisme et du stalinisme, dont Poutine d'ailleurs s'en revendique : la popularité de Poutine est, pour la première fois, en chute presque libre, les fuites concernant la crise de confiance qui s'installe au sommet du pouvoir se multiplient, et cette ambiance de fin de règne accentuée par les mauvaises performances de l'economie russe (les prévisions officielles ramènent maintenant sa croissance pour cette année de 1,3% à 0,4%), et surtout par les échecs et les impasses de la guerre contre l'Ukraine, font que Poutine l'autocrate se montre de plus en plus mefiant de tout le monde.

Et sans doute, il a tout à fait raison d'être méfiant. Car, ces derniers temps, il ne fait qu'accumuler des échecs et des problèmes. Il a perdu non seulement son cher Orban en Hongrie, mais aussi ses points d'appui dans l'Afrique sub-saharienne où les mercenaires de Wagner (nouvellement appelé ...Afrika Korps) viennent de plier bagage, tandis que l'Afrique noire qui lui était si proche, hurle maintenant contre lui après la révélation du sort atroce et macabre que son armée a réservé aux centaines d'Africains -surtout Sudafricains- qui se sont trouvés, malgré eux, en toute première ligne du front en Ukraine pour servir de chair à canon.

Mais, le pire pour Poutine est que son armee n'avance plus en Ukraine et même recule sous la pression des Ukrainiens qui effacent leurs pertes territoriales subies depuis 2024 ! Et comme si cela ne suffisait pas, l'armée ukrainienne porte desormais la guerre dans la Russie, avec ses drones et ses missiles qui frappent de préférence des infrastructures énergétiques et pétrolières jusqu'à plus de 2.000 km à l'intérieur du pays ! Le résultat est dévastateur pas seulement parce que ces frappes des pipe-lines, des terminaux, des raffineries ou des ports ont fait chuter la production pétrolière russe à son plus bas niveau depuis 17 ans,annulant ainsi, au moins en partie, les effets bénéfiques des « cadeaux » qu'a fait Trump a Poutine en levant les sanctions qui pesaient sur les exportations pétrolières russes. Mais aussi et surtout, parce qu'elles rendent, pour la première fois, tangible aux citoyens russes cette guerre qui leur était jusqu'à peu trop lointaine et abstraite, ce qui affecte déjà leur morale et change radicalement leur perception de cette guerre coloniale et barbare contre le peuple ukrainien.

Il va sans dire que le premier et plus grand responsable de ces malheurs de Poutine sont ces hommes et femmes ukrainiennes qui se battent héroïquement depuis 51 mois, avec un succès inespéré, contre une puissance (nucléaire) plusieurs fois plus grande, plus puissante et plus armée, démentant ainsi tous les pronostics initiaux tant de leurs « amis » que de leurs ennemis. Le fait que ces Ukrainiens et Ukrainiennes non seulement résistent mais passent aussi à la contre-attaque ne pourra qu'inspirer d'autres peuples de par le monde victimes des mêmes agressions et des mêmes oppressions de la part des mêmes ou autres puissances imperialistes...

Malheureusement, toute autre est la situation du peuple iranien coincé et pris en sandwich entre la féroce répression qu'il subit de la part d'un régime barbare et obscurantiste, et les bombardements dévastateurs du tandem Trump-Netanyahou qui s'en fout éperdument de son sort. D'ailleurs, il faut admettre la triste réalité : la guerre contre l'Iran de l'impérialisme américain et de son acolyte israélien n'a pas affaibli, mais au contraire elle a raffermi le régime théocratique, tout au moins pendant un certain temps.

La conclusion, bien que provisoire, va de soi : les guerres impérialistes tant en Ukraine qu'au Golfe Persique non seulement sont en train de se retourner contre leurs initiateurs, mais sont également en train de semer un chaos inédit en emportant l'ordre qui régnait sur le monde depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La crise qui s'ensuit pourrait devenir cataclysmique si l'humanité laisse profiter de la situation et remplir le vide créé les divers néo libertariens milliardaires (1) et autres nostalgiques des camps d'extermination nazis aux projets messianiques et profondément suprématistes, inhumains et misanthropes. A nous tous et toutes de réagir avant qu'il ne soit trop tard...

Note

1. Voir Libertariens contre Néoconservateurs - La guerre fracture le sommet du trumpisme ! : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/200326/libertariens-contre-neoconservateurs-la-guerre-fracture-le-sommet-du-trumpisme
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L’étrange expérience « MAGA-chaviste » qui déterminera l’avenir du Venezuela

2 juin, par Manuel Sutherland — ,
L'enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les forces spéciales américaines a marqué le début d'une nouvelle ère au Venezuela : celle d'un protectorat de (…)

L'enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les forces spéciales américaines a marqué le début d'une nouvelle ère au Venezuela : celle d'un protectorat de facto dans lequel Washington gère le pétrole, les finances et le commerce extérieur. Il en résulte un système de pouvoir inédit, plein de paradoxes, qui évolue en terrain miné avec la complicité des anciens lieutenants de Maduro.

Tiré de la revue Contretemps
28 mai 2026

Par Manuel Sutherland

De manière inattendue, le 3 janvier dernier, un commando de la Force Delta a capturé Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, lors d'une opération qui semblait jusqu'alors impossible. Contrairement à d'autres invasions, qui ont nécessité une occupation coûteuse pour garantir la passation du pouvoir à un gouvernement favorable aux États-Unis, cette opération militaire n'a duré qu'environ deux heures et n'a laissé aucune trace de marines sur le territoire vénézuélien.

À la suite de cette opération aux allures hollywoodiennes, le gouvernement de Donald Trump a décidé de prendre sous son égide le secteur pétrolier vénézuélien et la gestion économique générale du gouvernement intérimaire, obligeant la nouvelle « présidente par intérim », l'ancienne vice-présidente de Maduro, Delcy Rodríguez, à exécuter ses directives sous la menace d'une deuxième vague militaire de plus grande envergure contre les dirigeants actuels du gouvernement.

Le Venezuela connaît ainsi un curieux « changement de régime », par lequel ce sont ceux-là mêmes qui l'ont dirigé pendant ses 27 ans d'histoire qui commandent le virage vers une forme de protectorat ; c'est ce que beaucoup appellent aujourd'hui, de manière plus ou moins ironique, le « MAGA-chavisme ».

Il s'agit d'une véritable nouveauté politico-militaire, mais qui n'est pas exempte de questions liées à la nouvelle politique économique d'ouverture, à la dynamique d'un gouvernement sous tutelle, au rôle des forces armées et du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) ainsi qu'au rôle de ce qu'on nomme la « bolibourgeoisie ». Un équilibre manifestement instable et incertain.

Il y a un paradoxe apparent dans la manière dont le gouvernement Trump présente le Venezuela : d'un côté, ce serait un pays suffisamment stable pour pouvoir recevoir plus de 100 milliards de dollars d'investissements de la part de compagnies pétrolières américaines, avec une confiance totale dans la sécurité juridique du pays. De l'autre, ce même pays semble trop instable pour respecter la Constitution. Celle-ci est on ne peut plus claire :

« Si la défaillance absolue du président de la République survient au cours des quatre premières années du mandat constitutionnel, une nouvelle élection aura lieu dans les trente jours consécutifs suivants ».

Enfreindre cette règle de manière aussi explicite reste, malgré l'avis de Trump et de Marco Rubio, un très mauvais signal pour les investisseurs que les États-Unis souhaitent attirer afin d'exploiter les ressources naturelles vénézuéliennes.

L'ouverture économique : moins de sanctions, plus de pétrole

Il est évident que l'ouverture économique limitée postérieure au 3 janvier ne peut être interprétée comme une libéralisation « normale », mais comme une ouverture forcée et conditionnée par la nouvelle architecture du pouvoir ; c'est-à-dire par la pression directe de la Maison Blanche.

Dans la pratique, le gouvernement cherche à se procurer des devises de toute urgence en relançant les exportations pétrolières et en améliorant la fluidité financière, mais sans démanteler le noyau politique du régime. Cela explique pourquoi l'économie semble s'ouvrir dans certains secteurs (pétrole, mines et commerce extérieur), tandis que le reste de l'appareil productif reste très contrôlé et fortement dépendant du pouvoir politique.

L'ouverture se produit principalement dans le secteur extractif grâce à l'adoption précipitée des nouvelles lois sur les hydrocarbures et les mines. Ces deux réglementations offrent de grands avantages aux entreprises transnationales en matière d'investissement, d'arbitrage international et de capacité opérationnelle. Les réformes comprennent de fortes réductions des redevances et le transfert d'opérations qui relevaient auparavant de la compétence exclusive des entreprises publiques. De tout point de vue privilégiant les intérêts nationaux, ces lois représentent un recul historique profond, un retour à des concessions extractives moins avantageuses pour la République.

Les textes en question ont été adoptés à la hâte, sans consultation des associations professionnelles du secteur, ni des milieux universitaires, ni des spécialistes reconnus dans ce domaine. Des lois qui faisaient l'objet de discussions publiques depuis des années et impliquaient divers accords ont été promulguées en quelques jours, en se basant largement sur le point de vue des entreprises transnationales elles-mêmes.

Cette méthode « express », ouvertement antidémocratique, enlève toute efficacité politique aux nouvelles normes et donne l'impression qu'elles pourraient à tout moment être annulées avec la même rapidité qu'elles ont été adoptées, un signal plutôt négatif pour les investissements à moyen et long terme. De plus, dans le contexte des contradictions du nouveau schéma de pouvoir, l'Assemblée nationale vénézuélienne n'est pas officiellement reconnue par le gouvernement des États-Unis et bon nombre de ses alliés, qui considèrent que toutes les élections postérieures à 2015 sont illégitimes et que, par conséquent, les mandats électifs qui en ont découlé le sont également.

Après la capture de Maduro, une réorientation immédiate des exportations pétrolières vers les États-Unis a été mise en place, dans le cadre d'un système où les recettes étaient acheminées vers des comptes contrôlés par Washington afin d'éviter les saisies des créanciers et le détournement de ces ressources. La vente de pétrole à prix réduit à la Chine a été supprimée et remplacée par des exportations au prix du marché, surveillées par les États-Unis.

À la suite de cela, le Fonds monétaire international (FMI) et les analystes locaux estiment la croissance du PIB entre 4 % et 6 % pour 2026, tirée à la fois par la reprise pétrolière et par la levée partielle éventuelle d'un grand nombre de sanctions grâce à diverses licences exécutives délivrées par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette « ouverture » est assortie de conditions : les États-Unis contrôlent les flux de trésorerie et privilégient la stabilisation macroéconomique au détriment des dépenses sociales immédiates. Les critiques y voient une ouverture économique accompagnée d'un autoritarisme résiduel ; les optimistes, la fin prochaine de l'effondrement du système rentier.

Un gouvernement d'occupation

Le concept de « protectorat » semble un peu extrême, mais ce terme tente de refléter, de manière ramassée, la perte d'autonomie de l'État vénézuélien. Pour ceux qui défendent cette hypothèse, la souveraineté est hypothéquée à deux niveaux : géopolitique et économique.

En ce qui concerne le premier, la survie du régime dépendait de manière cruciale du soutien diplomatique, militaire et financier de puissances rivales des États-Unis (Russie, Chine, Iran) et du soutien (in situ) d'alliés comme Cuba et, dans une moindre mesure, de pays comme la Turquie. Cela a fait du Venezuela un pion gênant des intérêts anti-américains sur l'échiquier mondial. Aujourd'hui, cette situation opère un revirement à 180 degrés. Ce sont désormais les États-Unis qui, par l'intermédiaire de hauts responsables, prennent les décisions géopolitiques clés concernant le Venezuela, agissant en pratique comme une sorte de gouvernement d'occupation.

Sur le plan économique, toute initiative est conditionnée par les décisions de l'OFAC à Washington – il s'agit d'une forme indirecte et complémentaire de contrôle du Venezuela. De son côté, Caracas utilise la rhétorique de la « souveraineté » à des fins de communication interne, mais fonctionne en réalité sous de très sévères restrictions externes.

Aujourd'hui, ce sont les États-Unis qui autorisent les ventes de pétrole à la Chine et à l'Inde et fixent les conditions de remboursement de la dette, les prix et les quantités. Ils peuvent même décider que les biens et services acquis grâce aux ressources tirées des exportations de pétrole soient destinés à l'achat de biens principalement produits par des entreprises américaines. Le gouvernement Trump contrôle même des décisions aussi quotidiennes que l'attribution des devises lors des enchères de change et exige des projections budgétaires mensuelles pour autoriser les dépenses financées par les devises issues du pétrole. Une tutelle presque invraisemblable.

Trump l'avait déjà annoncé, de manière brutale, le 3 janvier, en déclarant que « les États-Unis gouverneront le Venezuela » jusqu'à ce qu'une « transition sûre » puisse être mise en place. Bien que le secrétaire d'État, Marco Rubio, ait affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une occupation militaire, il est évident que Washington contrôle déjà des aspects clés (pétrole, banque internationale, commerce extérieur), tandis que la quasi-totalité de l'appareil d'État chaviste reste en fonction. Les récents changements au sein de la haute bureaucratie ne sont que de simples remaniements internes en fonction des besoins de la faction au pouvoir.

De manière quelque peu surprenante, le FMI et la Banque mondiale ont annoncé qu'ils reconnaissaient le gouvernement intérimaire comme interlocuteur valable pour faire avancer la réintégration complète du Venezuela au sein de ces organismes, ce qui libère, dans l'immédiat, des fonds utiles pour soutenir la stabilisation macroéconomique tant attendue et promue par les États-Unis. Cela constituerait la base du plan en trois phases pour le Venezuela post-Maduro annoncé par Rubio, à savoir : stabilisation, reprise et transition.

Si le Venezuela accède aux droits de tirage spéciaux (DTS) auxquels il n'a pas pu prétendre pendant la période de sanctions, ainsi qu'à d'autres mécanismes de financement d'urgence de l'institution, les ressources disponibles pourraient avoisiner les 10 milliards de dollars. Cela équivaudrait à deux ans de ventes de devises sur le marché interbancaire. Ces ressources pourraient contribuer à freiner l'inflation induite par l'effet « pass-through » (répercussion de la dévaluation sur les prix), qui fait du Venezuela le pays affichant la plus forte inflation au monde : la Banque centrale du Venezuela (BCV) a fait état d'un taux de 475 % à la fin de 2025 (cumul annuel), tandis que le FMI prévoit 387,4 % pour 2026.

Les forces armées, le Parti et la « bolibourgeoisie »

Les Forces armées ne sont plus seulement une institution militaire : elles font également office de conglomérat d'entreprises ayant leurs propres intérêts. La Compagnie anonyme militaire des industries minières, pétrolières et gazières (CAMIMPEG) n'est que la partie visible d'un immense réseau économique privé entre les mains de fonctionnaires fortunés, autrefois pilier fondamental du pouvoir de Maduro.

Cette double nature – militaire et entrepreneuriale – des Forces armées est précisément ce qui rend leur rôle si complexe dans le Venezuela sous tutelle : les militaires doivent gérer la contradiction entre un discours anti-impérialiste qu'ils ne peuvent plus soutenir et la réalité du protectorat qui les oblige à se taire.

Leurs tensions internes sont multiples. La plus immédiate est l'érosion des revenus des soldats et des officiers subalternes due à la forte inflation, qui creuse un fossé grandissant entre la hiérarchie enrichie et le gros des effectifs. À cela s'ajoute le risque de purges pour « trahison » : le fait que les forces armées n'aient pas réagi à l'opération militaire américaine du 3 janvier peut être utilisé arbitrairement contre n'importe quel haut gradé par le gouvernement de Delcy Rodríguez, tandis que les dossiers de corruption dont dispose Washington constituent une double menace.

Dans ce contexte s'affirme un dilemme fondamental : comment réagir si une véritable ouverture politique met en péril leur pouvoir économique, issu du contrôle des douanes, des mines, de Petróleos de Venezuela (PDVSA) et des importations alimentaires, et maintenu jusqu'à présent grâce à un réseau de privilèges et à la peur ? Pour toutes ces raisons, les militaires préfèrent clairement une transition contrôlée plutôt qu'un effondrement brutal qui les exposerait à des purges, des procès ou la perte soudaine de leurs privilèges. Plutôt que comme un acteur monolithique, les Forces armées doivent être considérées comme un ensemble de commandements, d'unités et de réseaux ayant des motivations différentes et des formes diverses de loyauté politique.

Avec la capture de Maduro, les Forces armées ont subi un coup militaire et symbolique dévastateur. En mars 2026, Delcy Rodríguez a démis de ses fonctions le jusqu'alors puissant Vladimir Padrino López, sanctionné par les États-Unis, de son poste de ministre de la Défense et l'a nommé ministre de l'Agriculture et des Terres, tout en procédant à 28 changements à tous les échelons de la hiérarchie militaire. Dans ces circonstances, on prévoit une sorte d' « institutionnalisation forcée » pour éviter des tentatives de coup d'État susceptibles de déstabiliser le plan en trois phases imposé par la Maison Blanche.

Il convient de souligner que les données indiquent que l'opposant Edmundo González s'est imposé avec une large avance lors des dernières élections présidentielles, y compris dans les bureaux de vote situés à proximité de bases militaires, malgré d'énormes pressions et une persécution extrême. Il est donc nécessaire de comprendre le fossé qui sépare une direction militaire enrichie d'une troupe et d'un corps d'officiers subalternes de plus en plus appauvris.

De son côté, le PSUV a perdu son élan idéologique et s'est intronisé comme une machine bureaucratique dédiée exclusivement au maintien du pouvoir par le contrôle social et électoral. Le PSUV a gardé un silence significatif face à l'adoption de mesures qui sont aux antipodes idéologiques du « Plan de la Patria » et des conceptions étatistes et nationalistes du « chavisme éternel ». Cela l'a laissé assez en marge du débat politique actuel, au-delà de l'organisation de quelques marches peu fréquentées.

Le PSUV sert de vecteur de contrôle, de redistribution des revenus et de discipline politique. Aujourd'hui, son objectif principal, sans possibilité de désobéissance ou de dissidence, est de maintenir la cohésion du bloc au pouvoir et de gérer les loyautés, plutôt que de proposer un programme politique. Par conséquent, le parti fondé par Hugo Chávez est une sorte de courroie de transmission du soi-disant « Haut Commandement politico-militaire de la Révolution bolivarienne », ancré au sommet de la bureaucratie.

Le PSUV semble opérer dans une sorte de « retraite tactique » : il coopère de manière sélective avec les États-Unis pour survivre et met en place les nouvelles directives libérales étrangères, désormais dépourvues de toute velléité « socialiste ».

La mutation chromatique du gouvernement, qui retire le rouge de ses banderoles et de ses panneaux d'affichage et parle d'« efficacité et d'investissements étrangers », se heurte de front à la tendance « anticapitaliste » du PSUV. En son sein, on voit comment l'aile la plus radicale du chavisme se regroupe pour éviter d'être engloutie par le « Rodrigato » intérimaire (articulé autour des frères Delcy et José Rodríguez, elle présidente par intérim et lui président de l'Assemblée nationale et premier dans l'ordre de succession).

Ses dirigeants, dont Diosdado Cabello, courent le risque permanent d'être destitués, voire emprisonnés aux États-Unis, car des récompenses de plusieurs millions de dollars pèsent sur eux. Dans le cas de Cabello, celle-ci s'élève à 25 millions de dollars pour sa capture et sa remise (montant similaire à celui offert dans le cas de Ben Laden).

Tout cela ne l'empêche toutefois pas d'occuper le poste de ministre de l'Intérieur et de la Justice et de se retrancher derrière un discours de résistance et de dénonciation. Dans la lignée de ce type de discours, des marches, des rassemblements et des événements sont organisés où l'on scande des slogans anti-impérialistes sans conséquences pratiques majeures. Au contraire, ces manifestations sont observées par la bureaucratie recyclée avec un léger sentiment d'ennui et de gêne.

La « bolibourgeoisie » (l'élite entrepreneuriale qui s'est enrichie grâce à la corruption d'État pendant l'ère chaviste) traverse un processus de maturation et de réorganisation. Les « bolibourgeois » ne dépendent plus uniquement de contrats gonflés avec un État en faillite, mais cherchent à se légitimer en tant que capitalistes « sérieux » : ils possèdent depuis de nombreuses années des entreprises formelles bien connues de la population et qui apparaissent comme des entreprises « normales », et sont les principaux bénéficiaires de l'ouverture économique contrôlée.

Cela leur permet en outre de blanchir des capitaux en investissant dans le secteur bancaire, l'immobilier de luxe, les bodegones (magasins de produits importés) et les casinos, tout en continuant à tisser des liens commerciaux avec l'aile directement ou indirectement « collaborationniste » de l'opposition, qu'ils financent et contrôlent.

Les « bolibourgeois » ont besoin d'une certaine stabilité politique et d'une reconnaissance internationale pour protéger leurs actifs et évoluer vers le modèle dont ils rêvent, un « capitalisme autoritaire » (à la russe ?), dans le cadre duquel ils pourraient mener des affaires « propres » et d'autres moins, avec une sécurité juridique pour leurs capitaux, mais sous le contrôle politique d'un régime qui les protège.

La « bolibourgeoisie » n'a donc pas disparu ; elle s'adapte plutôt à la nouvelle phase d'ouverture économique sélective. Ses acteurs ont deux objectifs principaux : conserver leur accès à l'État et pénétrer dans des secteurs à rendement rapide, notamment le pétrole, les importations, la finance, l'exploitation minière, les télécommunications et les activités commerciales à forte marge bénéficiaire. La caractéristique la plus importante est que cette élite économique ne mise pas nécessairement sur l'augmentation de la productivité à long terme, mais plutôt sur son adaptation à la structure d'opportunités qu'offre le pouvoir politique.

S'il est vrai que certains de ses membres ont été arrêtés ou persécutés, à la suite des luttes entre clans qui se partagent l'État comme des parcelles de pouvoir, il ne semble pas y avoir d'offensive frontale contre eux. Ils aspirent ainsi à être en première ligne lors de la ruée qui s'annonce à travers un processus de privatisations « à la russe », avec d'énormes capitaux publics qui seront vendus à bas prix si les choses continuent sur cette voie de l'« autoritarisme tutélaire ».

Des scénarios extrêmement incertains

Le court terme semble défini par une combinaison de soulagement financier partiel (découlant de l'assouplissement des sanctions et de la réintégration progressive du Venezuela dans le système financier international), de la persistance de la fragilité politique résultant d'un gouvernement non élu et très impopulaire, et de l'extrême dépendance au pétrole, pratiquement la seule source de devises pour le pays.

Si les exportations pétrolières continuent de rebondir et que le secteur bancaire public parvient à fonctionner plus facilement – en réduisant, par exemple, les réserves obligatoires extrêmement élevées, qui s'élèvent aujourd'hui à 73 % (les plus élevées au monde) –, on pourrait assister à une relative stabilisation des taux de change et du commerce. Quoi qu'il en soit, cela ne résoudra pas les graves problèmes structurels tels que les salaires misérables, les services publics extrêmement délabrés, la persécution politique (il y a encore plus de 600 prisonniers politiques), et l'incapacité à attirer des investissements productifs de grande envergure.

Dans le meilleur des cas, le Venezuela pourrait entrer dans une phase de stabilisation négociée, avec un calendrier électoral précis qui, dans quelques mois, appellerait à une élection véritablement libre ; dans le pire des cas, l'ouverture pourrait se retrouver prisonnière de l'insécurité juridique, des conflits politiques, de la répression étatique et de la faiblesse institutionnelle. Dans les deux options, il y aura une croissance économique, mais celle-ci sera bien loin du potentiel qui permettrait de relancer l'économie et de commencer à rétablir le bien-être social des travailleurs, tragiquement détruit après l'effondrement du rentiérisme kleptomane.

C'est précisément des travailleurs qu'émerge ce que tant le gouvernement intérimaire que son tuteur américain semblent sous-estimer : la mobilisation sociale croissante réclamant des salaires et des conditions de travail dignes. Dans un pays où tout se négocie en haut, la pression venant d'en bas pourrait s'avérer la plus difficile à gérer.

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Cet article a d'abord été publié par Nueva Sociedad.

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L’occupation israélienne de Gaza, du Liban et de la Syrie s’étend au-delà de ce que montrent les cartes

2 juin, par l'unité d'investigation d'Al Jazeera — ,
Des études révèlent qu'Israël contrôle 1 000 km² de territoire à Gaza, au Liban et en Syrie sous administration militaire directe. Depuis le 7 octobre 2023, le contrôle (…)

Des études révèlent qu'Israël contrôle 1 000 km² de territoire à Gaza, au Liban et en Syrie sous administration militaire directe. Depuis le 7 octobre 2023, le contrôle militaire israélien dans son voisinage n'est plus seulement une question de lignes annoncées dans des communiqués officiels ou tracées sur des cartes militaires.

Tiré de Agence Média Palestine
26 mai 2026

Par l'unité d'investigation d'Al Jazeera

Après chaque accord de cessez-le-feu, une carte a vu le jour, et après chaque carte, des questions se posent sur le terrain : où se trouvent réellement les forces ? Les repères sur le terrain, les opérations de démolition et les positions militaires correspondent-ils à ce qui est déclaré sur le papier ?

L'équipe d'enquêtes numériques de l'unité Open Source d'Al Jazeera a suivi trois zones où se sont dessinées de nouvelles frontières marquant la présence militaire israélienne : la bande de Gaza, le sud du Liban et le sud de la Syrie.

À Gaza, nous nous sommes intéressés à la « ligne jaune », qui figurait sur les cartes de l'accord de cessez-le-feu comme limite du contrôle israélien au sein de la bande de Gaza, délimitée par des repères en béton jaune sur le terrain.

Dans le sud du Liban, l'enquête a porté sur la zone militaire déclarée par Israël à la suite d'un accord de cessez-le-feu avec ce pays, avant d'examiner ce que les images satellites révèlent de la situation réelle dans les villages et les villes touchés.

Quant au sud de la Syrie, où il n'existe aucune carte officielle israélienne similaire, nous avons examiné les avant-postes militaires fixes au-delà de la « ligne Alpha » qui sépare le plateau du Golan occupé du reste de la Syrie.

Chaque zone fournissant un type de preuve différent, l'enquête a combiné des cartes officielles publiées par l'armée israélienne, des images satellites capturées après les accords de cessez-le-feu, des calculs spatiaux utilisant un système d'information géographique (SIG) et des données issues du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project).

Gaza : quand la « ligne jaune » ne suffit pas à délimiter la réalité

À Gaza, l'histoire commence par une ligne tracée par l'armée israélienne sur ses cartes à la suite de l'accord de « cessez-le-feu » signé le 10 octobre 2025. Connue sous le nom de « ligne jaune », elle a été présentée comme la frontière séparant les zones de contrôle militaire israéliennes à l'intérieur de Gaza, couvrant une superficie estimée à environ 200 km² (77 miles carrés), selon les cartes israéliennes.

Cependant, lorsque l'équipe d'Al Jazeera a cherché à vérifier la réalité sur le terrain, un écart est apparu entre ce qui était indiqué sur les cartes et ce que révélaient les images et les données de terrain.

L'enquête s'est appuyée sur des images satellites et la géolocalisation des blocs de béton jaunes placés par l'armée israélienne jusqu'au début du mois de février 2026.

L'analyse a montré que ces repères ne respectaient pas toujours la limite de la ligne militaire officielle publiée sur les cartes israéliennes ; au contraire, ils la dépassaient dans plusieurs zones, parfois de plusieurs centaines de mètres.

L'importance de ces blocs réside non seulement dans leur emplacement, mais aussi dans leur déplacement. Le 20 novembre, le Bureau des médias du gouvernement à Gaza a annoncé que les forces israéliennes avaient avancé dans les zones orientales de la ville de Gaza et déplacé les repères jaunes vers l'ouest, étendant ainsi leur zone de contrôle d'environ 300 mètres (984 pieds), ce qui coïncidait avec le déplacement de familles palestiniennes des quartiers de Shujayea et Tuffah.

Ce déplacement n'était pas un détail marginal sur une carte encombrée de lignes. Selon les cartes de l'accord d'octobre 2025, la « ligne jaune » couvrait environ 53 % de la superficie totale de Gaza.

Cependant, ce pourcentage est plus élevé dans certaines zones, en particulier dans le nord de la bande de Gaza et à Gaza, où la zone sous contrôle militaire israélien est passée de 67,3 km² (environ la moitié de la superficie du nord) à 73,9 km², soit 54,7 % de sa superficie totale, ce qui représente une augmentation de 4,7 %.

Sud du Liban : des images satellites vérifient la ligne déclarée

La tendance observée à Gaza se répète dans le sud du Liban, mais sur une zone plus étendue. Selon les cartes officielles publiées par l'armée israélienne à la suite de l'accord de cessez-le-feu signé le 17 avril 2026, la superficie des zones sous contrôle militaire israélien dans le sud du Liban a atteint environ 570 km². Cette superficie représente plus de la moitié du territoire total saisi après le 7 octobre 2023 à Gaza, en Syrie et au Sud-Liban.

Cependant, la question, comme à Gaza, ne s'arrête pas aux frontières déclarées par les cartes. L'activité militaire est-elle restée dans le périmètre défini par l'armée israélienne ? Ou bien ce qui s'est passé après le cessez-le-feu révèle-t-il des mouvements plus étendus sur le terrain ?

Pour vérifier cela, nous avons procédé à une analyse des images satellites couvrant la période comprise entre le 24 avril et le 19 mai 2026.

L'analyse a montré que les opérations de démolition ne se sont pas limitées aux zones situées à l'intérieur de la « ligne jaune » annoncée par l'armée israélienne en avril dernier ; des traces de destruction sont apparues dans plusieurs villes situées en dehors de ses frontières.

La comparaison des images révèle que des bâtiments ont été détruits même après l'entrée en vigueur apparente du cessez-le-feu au Liban, dans des zones ne se trouvant pas à l'intérieur de la ligne déclarée. Parmi ces exemples figure la ville de Zawtar al-Sharqiyah, où une image prise le 24 avril 2026 montre la ville avant les opérations de démolition, tandis qu'une autre image datée du 19 mai 2026 montre les conséquences de la destruction après les démolitions.

Sud de la Syrie : une carte sans délimitation officielle

Dans le sud de la Syrie, l'histoire ne commence pas par une ligne officiellement tracée, comme à Gaza ou au Sud-Liban. Il n'existe aucune carte officielle israélienne définissant une « ligne jaune » ou un périmètre clair de contrôle militaire, ce qui rend plus complexe l'évaluation de la réalité sur le terrain. Par conséquent, l'enquête ne s'est pas appuyée sur une relecture des frontières précédemment déclarées par Israël, mais plutôt sur un travail géographique indépendant visant à retracer ce qui s'est effectivement dessiné sur le terrain.

Cette approche a permis de mettre en évidence un réseau de positions militaires israéliennes permanentes établies au-delà de la « ligne Alpha », qui sépare le plateau du Golan occupé du reste des territoires syriens en vertu de l'accord de désengagement signé entre Israël et la Syrie en 1974.

Lorsqu'on analyse ces positions d'un point de vue géographique, elles n'apparaissent pas comme des points distincts ou isolés, mais s'enchaînent pour former une bande militaire s'étendant de Jabal al-Sheikh au nord jusqu'au fleuve Yarmouk près de la frontière jordanienne au sud.

En traçant un périmètre autour de ces positions militaires et des zones sur lesquelles elles exercent un contrôle de facto, l'enquête estime la superficie des terres sous contrôle militaire israélien dans le sud de la Syrie à environ 235 km² (90,7 miles carrés). Toutefois, ce chiffre ne correspond pas aux frontières officiellement déclarées par la partie israélienne, mais plutôt à une estimation de l'étendue du contrôle effectif telle qu'elle ressort de l'infrastructure militaire permanente déployée sur le terrain.

Pourtant, les positions permanentes à elles seules ne révèlent pas toute la réalité. Il existe une autre couche de données qui permet de mieux comprendre l'activité militaire israélienne dans le sud de la Syrie, montrant que les mouvements ne se limitent pas au périmètre de l'infrastructure militaire permanente.

À partir des données du projet ACLED, Al Jazeera a créé une carte répertoriant plus de 800 incursions menées par les forces israéliennes en dehors de la zone tampon et à l'intérieur du territoire syrien entre le 8 décembre 2024 et le 16 janvier 2026.

La répartition temporelle et géographique de ces incursions indique que l'empreinte militaire israélienne dans le sud de la Syrie n'est ni statique ni confinée à des sites permanents, mais qu'elle se déplace fréquemment sur un périmètre plus large. Parmi les incursions les plus profondes, l'enquête a documenté une opération qui s'est enfoncée à environ 63 km (39 miles) à l'intérieur du territoire syrien, près de Horsh al-Jubailiya dans la campagne de Deraa, en avril 2025.

La Syrie présente une situation différente de celle de Gaza et du sud du Liban. Dans les deux premiers cas, l'analyse part d'une ligne déclarée et la confronte ensuite à la réalité sur le terrain. Dans le sud de la Syrie, en revanche, la carte se dessine de bas en haut : des positions militaires fixes délimitent une zone de contrôle directe, tandis que des incursions fréquentes révèlent un domaine opérationnel plus vaste.

L'analyse conclut que la présence militaire israélienne dans le sud de la Syrie est progressivement passée d'un modèle d'avant-postes militaires fixes à des incursions profondes en territoire syrien. Si l'estimation de 235 km² reflète la superficie approximative des régions sous occupation militaire directe, les données issues de plus de 800 incursions révèlent une zone d'opérations dans laquelle les forces israéliennes manœuvrent fréquemment en dehors de ces frontières.

Vue d'ensemble

L'enquête estime que la superficie totale sous contrôle militaire israélien est d'environ 1 000 km² (386,1 miles carrés), répartie sur trois zones principales depuis le 7 octobre 2023 : la bande de Gaza, le sud du Liban et le sud de la Syrie.

Le chiffre de 1 000 km² ne repose pas sur une seule source ; à Gaza et dans le sud du Liban, il a été calculé sur la base des frontières déclarées par l'armée israélienne elle-même, tandis que dans le sud de la Syrie, il s'appuie sur une estimation géographique indépendante des zones d'influence militaire de facto, en l'absence de cartes israéliennes déclarées similaires.

Traduction : JB pour l'Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

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Trump négocie avec l’Iran et déclenche la colère des faucons pro-israéliens

Alors que Washington et Téhéran avancent vers un possible accord, des secteurs républicains et israéliens dénoncent une « capitulation » stratégique. Derrière la question (…)

Alors que Washington et Téhéran avancent vers un possible accord, des secteurs républicains et israéliens dénoncent une « capitulation » stratégique. Derrière la question nucléaire se joue en réalité l'avenir de l'équilibre des forces au Moyen-Orient.

25 mai 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Trump-negocie-avec-l-Iran-et-declenche-la-colere-des-faucons-pro-israeliens

La perspective d'un accord entre Washington et Téhéran suscite des réactions de fureur au sein des courants les plus durs de la scène politique étasunienne et de l'establishment pro-israélien. À mesure que filtrent les détails d'un possible accord impulsé par Donald Trump, les « faucons » à Washington et le gouvernement israélien s'inquiètent de l'issue des négociations et considèrent, au-delà du dossier nucléaire iranien, qu'il en va de l'équilibre stratégique de l'ensemble du Moyen-Orient.

Selon les informations disponibles à ce stade, l'accord comprendrait une cessation élargie des hostilités, y compris sur le front libanais, le dégel progressif de certains avoirs iraniens, gelés sous l'effet des sanctions, ainsi qu'une normalisation partielle du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, sous supervision conjointe de l'Iran et d'Oman. En contrepartie, les deux parties ouvriraient des négociations accélérées de trente jours afin d'aboutir à un accord définitif sur le programme nucléaire iranien et sur le statut à long terme du détroit.

Même si aucun accord final n'a encore été conclu, les progrès des négociations révèlent déjà une évolution géopolitique importante : les principaux acteurs régionaux, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, l'Égypte, le Pakistan et même les Émirats arabes unis, semblent soutenir activement la voie diplomatique. Cet appui régional offre à Trump une marge politique dont Barack Obama n'avait jamais bénéficié en 2015, lorsque l'accord nucléaire avait été négocié malgré l'opposition ouverte d'Israël et des monarchies du Golfe.

La situation est également marquée par la quasi-disparition de l'Europe de cette nouvelle séquence diplomatique. La diplomatie européenne, qui avait cherché pendant des années à se présenter comme un médiateur incontournable au Moyen-Orient, semble désormais reléguée au second plan, marginalisée par les acteurs de la région et par les négociations directes entre Washington et Téhéran.

Mais le principal foyer de résistance se situe aujourd'hui à Washington. L'ancien secrétaire d'État Mike Pompeo a violemment attaqué cette possible entente, affirmant qu'elle semblait « sortie tout droit du manuel » des architectes de l'accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, de la présidence Obama. Selon lui, cet accord reviendrait à « payer les Gardiens de la Révolution afin qu'ils développent un programme d'armes de destruction massive et terrorisent le monde ». Il a également plaidé pour une ligne beaucoup plus agressive : « Ouvrez ce foutu détroit. Refusez à l'Iran l'accès à l'argent. Détruisez suffisamment les capacités iraniennes pour que l'Iran ne puisse plus menacer nos alliés dans la région. »

Les critiques se sont également multipliées au Congrès américain. Le sénateur Ted Cruz a affirmé être « profondément préoccupé » et a averti qu'il s'agirait d'une « erreur désastreuse » qui permettrait à l'Iran de recevoir des milliards de dollars, de maintenir des capacités nucléaires et de conserver son influence sur le détroit d'Ormuz. De son côté, le sénateur Lindsey Graham a estimé qu'un accord qui permettrait à Téhéran de se renforcer économiquement pourrait également en faire la « puissance dominante » de la région, ce qui pourrait devenir « un cauchemar pour Israël ».

Ces déclarations révèlent la véritable crainte des secteurs les plus alignés sur Israël : qu'une éventuelle levée des sanctions permette à l'Iran de consolider une position régionale bien plus solide, qui pourrait éroder progressivement l'avantage stratégique israélien. Contrairement à ce qu'espéraient ces faucons, la guerre récente n'a pas affaibli Téhéran. Elle a au contraire renforcé sa capacité de dissuasion, une réalité que les monarchies du Golfe, à commencer par l'Arabie saoudite, semblent désormais considérer comme une nouvelle donnée structurelle de la situation régionale.

Israël, de son côté, se retrouve face à un dilemme difficile. Une confrontation ouverte avec Trump pourrait s'avérer politiquement risquée pour Benjamin Netanyahou alors que les élections approchent et que Trump conserve une immense popularité auprès de l'électorat israélien. Tel-Aviv préfèrera donc probablement agir en coulisses, en s'appuyant sur ses alliés à Washington pour fragiliser le processus sans entrer dans une confrontation publique directe avec la Maison Blanche.

Une chose paraît toutefois claire : si un accord définitif est finalement conclu, et tout accord durable nécessitera presque certainement un allègement substantiel, voire total, des sanctions contre l'Iran, cela constituerait une défaite stratégique majeure pour Tel-Aviv. C'est précisément pour cette raison que tout porte à croire que Netanyahou fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher un accord ou, s'il ne peut l'empêcher, pour le saboter avant qu'il ne devienne irréversible.

La véritable bataille ne fait que commencer : elle ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais au cœur même de Washington et autour du futur équilibre politique du Moyen-Orient.

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Iran : les pasdarans, nouveaux maîtres du jeu d’Ormuz

2 juin, par Bruno Philip — , ,
Depuis la mort d'Ali Khamenei et la décapitation d'une partie du régime, les pasdarans semblent avoir pris les commandes de l'Iran. À l'heure où Washington et Téhéran (…)

Depuis la mort d'Ali Khamenei et la décapitation d'une partie du régime, les pasdarans semblent avoir pris les commandes de l'Iran. À l'heure où Washington et Téhéran esquissent un accord centré sur Ormuz, leur poids éclaire la nouvelle mécanique du pouvoir iranien, entre survie, opacité et pragmatisme stratégique désormais assumé.

Tiré de Mondafrique
28 mai 2026

Par La rédaction de Mondafrique

Une chronique de Bruno Philip

Qui dirige réellement l'Iran aujourd'hui ? Depuis la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au tout début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février, les spécialistes de la République islamique répondent presque d'une seule voix : les Gardiens de la révolution, les fameux pasdarans, sont désormais aux commandes. Ils étaient puissants ; ils incarnent à présent le pouvoir.

Cette organisation politico-militaire, fer de lance idéologique du régime fondé par le « Guide » Ruhollah Khomeyni au lendemain de la révolution de 1979, serait aujourd'hui seule à tenir le pays après la décimation de plusieurs figures majeures du pouvoir, mortes sous les bombes. L'affirmation s'est imposée depuis près de trois mois : ce que l'on a longtemps appelé le « régime des mollahs » aurait laissé place à une forme de dictature militaire dirigée par des extrémistes issus du corps des Gardiens, prêts à tout pour défendre les acquis de la révolution — et pour sauver leur peau, qui ne vaudrait sans doute pas cher en cas de changement radical à la tête de l'Iran.

Reste à savoir qui sont, au sein de cette clique de pasdarans, les véritables responsables du pays. Car l'on sait — ou plutôt l'on ne sait pas — quel rôle exact joue le fils du défunt Guide, Mojtaba Khamenei, censé avoir remplacé son père. Le nouveau leader en titre semble réduit au rôle d'« imam caché », dans une version involontairement ironique de la tradition messianique du chiisme duodécimain annonçant le retour sur terre du descendant du Prophète à la fin des temps. Invisible, vraisemblablement blessé dans la frappe qui a tué son père, il ne s'exprime que par communiqués officiels, relayés par les médias, sans que jamais son visage n'apparaisse.

Est-il mort, instrumentalisé au-delà de la vie par des dirigeants qui auraient besoin, après la décapitation du leadership précédent, d'une figure tutélaire à des fins de légitimité politico-religieuse ? Est-il mourant ? Est-il défiguré ou impotent au point de ne pouvoir apparaître, même dans une vidéo ? À ce jour, personne n'a été en mesure de confirmer ou d'infirmer ces rumeurs. L'une d'elles affirme que le Guide serait soigné dans un hôpital souterrain de la ville sainte de Qom.

Le pouvoir derrière le Guide

Un article du New York Times tombe à point nommé, alors que se dessinent les contours d'un accord entre Donald Trump et les Iraniens. Il permet de resserrer la focale sur les figures majeures d'une camarilla de généraux à la tête d'un système plus opaque que jamais — et dont l'étonnante capacité de résilience a laissé pantois les stratèges américains.

Selon le grand quotidien new-yorkais, cette élite au pouvoir serait formée par « un petit groupe », principalement composé d'anciens ou d'actuels hauts commandants du Corps des Gardiens de la révolution. Le journal précise toutefois que ce ne seraient pas les Gardiens de la révolution en tant qu'organisation qui exerceraient directement le contrôle, mais plutôt une « fraternité endurcie », dont l'expérience fondatrice fut la guerre brutale de huit ans entre l'Iran et l'Irak.

Fraternité : le mot est essentiel. La poignée de dirigeants qui tirent les ficelles d'un Iran affaibli, mais dur au mal, serait composée, selon des experts de l'Iran cités par le quotidien, d'une bande de sexagénaires issus des cercles du renseignement et des appareils sécuritaires. Tous seraient unis par un passé glorieux et tragique : celui de la guerre Iran-Irak, entre 1980 et 1988.

Ces personnages sont aussi définis par leur radicalisme et par le traitement impitoyable réservé, ces dernières années, aux « ennemis de la révolution ». La guerre israélo-américaine aurait ainsi eu pour effet de remettre le pouvoir entre les mains des plus durs parmi les durs. Le président de la République, Massoud Pezeshkian, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, figures les plus visibles à l'étranger, ne seraient que des personnalités sans véritable marge de manœuvre, simples exécutants placés sur une scène dont les coulisses sont contrôlées par des acteurs plus puissants, parfois quasi inconnus.

Après le début de la guerre, ces hommes ont pris le contrôle des services de renseignement. La plupart auraient aussi des liens personnels avec Mojtaba Khamenei, en raison de leurs longues années de proximité avec le cabinet de son père. Le New York Times formule ici une précision cruciale : les parcours de ces hommes, leurs carrières et leurs visions idéologiques communes expliqueraient en partie pourquoi la guerre n'a provoqué ni l'effondrement du gouvernement ni sa paralysie, malgré la mort d'une cinquantaine de hauts responsables politiques et militaires.

Le journal ajoute que les manœuvres internes autour d'une éventuelle solution pragmatique au conflit demeurent largement obscures. Certains de ces responsables fuyaient déjà les projecteurs avant la guerre. Désormais, ils vivent cachés, par crainte de représailles.

Voici donc, selon le New York Times, les dirigeants les plus importants au sommet de l'État iranien, outre la figure désormais mystérieuse de l'ayatollah Mojtaba Khamenei.

Il y a d'abord celui dont le visage est apparu sur scène lors des premières négociations au Pakistan entre Américains et Iraniens : Mohammad Bagher Ghalibaf. Âgé de 64 ans, ancien commandant de l'armée de l'air des Gardiens de la révolution, il préside le Parlement depuis 2020. Lors de manifestations brutalement réprimées en 1999, il s'était publiquement vanté d'avoir circulé à moto pour frapper les protestataires à coups de bâton, comme un simple milicien. Le New York Times le considère comme une cheville ouvrière entre l'élite politique et militaire.

Autre personnage repéré depuis un moment par les experts, et dont la photo circule dans plusieurs articles depuis le début de la guerre : Gholamhossein Mohseni-Ejei, 69 ans. Ce mollah, ancien ministre du Renseignement, est à la tête du pouvoir judiciaire depuis 2021. L'article souligne qu'il est connu pour sa brutalité et pour son recours fréquent aux tribunaux afin de réprimer toute dissidence. Il aurait notamment supervisé une vague d'exécutions de participants aux manifestations antigouvernementales du début de l'année.

Mohammad Ali Jafari, 68 ans, général deux étoiles, ancien chef des pasdarans et ex-conseiller du défunt Guide suprême, est quant à lui l'architecte d'une stratégie qui a porté ses fruits depuis le début de la guerre : celle de la « mosaïque », un système de commandement décentralisé qui aurait permis au régime de survivre à l'éparpillement de ses centres politiques et militaires à travers le pays.

Ormuz, levier d'une victoire diplomatique

Les trois autres figures mentionnées par le New York Times sont moins connues, voire inconnues du grand public, mais joueraient néanmoins un rôle crucial au sein de cette fraternité.

Ahmad Vahidi, 67 ans, issu à l'origine du renseignement, dirige les Gardiens de la révolution depuis mars, après la mort de son prédécesseur dans les bombardements. Il a également été ministre de l'Intérieur, ministre de la Défense et commandant de la célèbre Force Qods, l'unité chargée des opérations extérieures et de la structuration des alliés régionaux de l'Iran, dont le Hezbollah au Liban.

Hossein Taeb, 63 ans, religieux passé par les appareils sécuritaires, a dirigé la milice des Bassidji puis le service de renseignement des Gardiens de la révolution, une organisation réputée pour sa répression féroce de la dissidence.

Enfin, Mohammad Bagher Zolghadr, 72 ans, presque totalement inconnu hors d'Iran, incarne, selon le New York Times, la fusion du corps militaire et de la classe politique. Ancien commandant adjoint des pasdarans et ex-vice-ministre de l'Intérieur, il a été nommé en mars secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.

Cette « bande des six » vient donc, à l'évidence, de jouer un rôle déterminant dans les négociations avec les États-Unis. Ces dirigeants y auraient démontré un mélange d'inflexibilité idéologique et de pragmatisme mesuré. Même si, comme le soulignait avec ironie le New York Times dans un autre article publié lundi, l'accord temporaire annoncé ce week-end par l'administration Trump avec l'Iran n'est ni un accord de paix, ni un accord nucléaire, ni un accord sur les missiles.

C'est précisément là que réside l'enjeu. En se focalisant sur le détroit d'Ormuz, dont la réouverture est une nécessité à la fois pour les États-Unis, pour l'économie mondiale et pour l'Iran lui-même, les nouveaux maîtres de Téhéran ont déplacé le centre de gravité de la négociation. Le nucléaire est passé au second plan. La bombe réelle, immédiate, efficace, ce n'est plus seulement l'uranium enrichi. C'est la capacité de Téhéran à menacer, contrôler ou monnayer l'un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète.

Dans cette séquence, l'Iran n'apparaît donc pas seulement comme un pays affaibli par les frappes. Il apparaît aussi comme un régime qui a survécu à sa propre décapitation, qui a resserré le pouvoir autour de ses noyaux les plus durs, et qui a compris que son levier le plus redoutable n'était peut-être pas dans ses centrifugeuses, mais dans sa géographie.

Face à un Donald Trump inconstant, pressé d'afficher un résultat et soucieux d'éviter l'embrasement économique mondial, les pasdarans semblent avoir obtenu une victoire diplomatique : imposer Ormuz comme le cœur de la discussion. Autrement dit, faire reconnaître que la véritable bombe atomique de l'Iran n'est peut-être pas nucléaire. Elle est maritime, énergétique, commerciale — et mondiale.

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Pétrole : Ormuz, les frappes et la grande prime de guerre

2 juin, par La Rédaction de Mondafrique — , , ,
Le pétrole repart à la hausse après les frappes américaines contre des cibles iraniennes, dont des sites de lancement de missiles et des embarcations liées au risque de minage (…)

Le pétrole repart à la hausse après les frappes américaines contre des cibles iraniennes, dont des sites de lancement de missiles et des embarcations liées au risque de minage maritime, selon Reuters. Derrière la remontée du baril, c'est la peur d'une perturbation du détroit d'Ormuz qui revient hanter les marchés : près d'un quart du commerce maritime mondial de pétrole y a transité en 2025, selon l'Agence internationale de l'énergie. Mais cette flambée pose aussi une autre question, plus dérangeante : qui gagne de l'argent lorsque la guerre renchérit l'énergie, et jusqu'où la « prime de guerre » devient-elle une rente ?

Tiré de MondAfrique.

Mardi, les cours du brut sont repartis à la hausse après l'annonce de frappes américaines contre des cibles iraniennes. Selon Reuters, Washington affirme avoir visé des embarcations susceptibles de poser des mines ainsi que des sites de lancement de missiles dans le sud de l'Iran. L'armée américaine présente ces opérations comme défensives. Téhéran, de son côté, y voit une violation du cessez-le-feu conclu avec les États-Unis. Sur les marchés, cette divergence d'interprétation suffit à produire un effet immédiat : le risque revient, et le pétrole remonte.

Le Brent a ainsi bondi d'environ 4 %, repassant autour de la barre des 100 dollars le baril. Le WTI américain offrait une lecture plus confuse, en raison du Memorial Day, jour férié aux États-Unis, qui a perturbé les comparaisons de clôture. Mais le signal principal ne souffre guère d'ambiguïté : les opérateurs ont réintégré dans les prix une « prime de guerre ». Cette prime ne correspond pas encore à une pénurie totale. Elle mesure plutôt la probabilité d'une rupture, d'un blocage, d'un incident maritime, d'un tanker immobilisé, d'une route plus chère, d'une assurance plus élevée, d'un conflit qui s'installe au lieu de se refermer.

Le baril paie le prix de l'incertitude

Le pétrole ne monte pas seulement parce que des missiles sont tirés. Il monte parce que personne ne sait jusqu'où ces missiles peuvent mener. La veille encore, les marchés avaient réagi à l'espoir d'un accord entre Washington et Téhéran. Donald Trump avait laissé entendre qu'un compromis devenait possible, tandis que les discussions semblaient progresser. Cette perspective avait mécaniquement détendu les cours. Moins de guerre annoncée, moins de risque sur l'offre, moins de tension sur Ormuz : le pétrole avait reculé.

Mais la frappe américaine a brutalement interrompu cette lecture optimiste. Le message envoyé aux marchés est contradictoire : les négociations continuent, mais les armes parlent encore. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a affirmé qu'un accord restait possible, tout en déclarant que le détroit d'Ormuz devait rester ouvert « d'une manière ou d'une autre ». La formule est révélatrice. Washington veut encore croire à la diplomatie, mais se réserve le droit d'imposer militairement la liberté de navigation si Téhéran transforme le détroit en levier de chantage.

Cette incertitude se paie immédiatement. Le baril devient alors moins le reflet de la production réelle que celui du risque anticipé. Les marchés ne se demandent pas seulement combien de pétrole circule aujourd'hui, mais combien pourrait ne plus circuler demain. C'est toute la logique des matières premières en période de crise : avant même que la pénurie ne se matérialise, les prix montent parce que les acteurs économiques achètent la peur, couvrent leurs positions, sécurisent leurs cargaisons et parient sur la hausse.

Il serait excessif de dire que la guerre est déclenchée pour faire monter le pétrole. Ce serait céder à une lecture simpliste, voire complotiste. Mais il serait tout aussi naïf d'ignorer que la guerre produit des gagnants économiques. Chaque crise énergétique redistribue de l'argent. Chaque hausse du baril enrichit certains acteurs, en fragilise d'autres, et transforme l'insécurité militaire en opportunité financière pour ceux qui savent, ou peuvent, se placer du bon côté du marché.

Ormuz, le verrou qui fait monter les prix

Au cœur de cette flambée se trouve toujours le même point de passage : le détroit d'Ormuz. Ce bras de mer n'est pas seulement une route maritime. C'est l'un des principaux verrous de l'économie mondiale. L'Agence internationale de l'énergie rappelle qu'environ 80 % du pétrole et des produits pétroliers ayant transité par Ormuz en 2025 étaient destinés à l'Asie. Pékin, New Delhi, Tokyo et Séoul sont donc directement concernés par toute tension dans la zone, même lorsque la crise paraît d'abord se jouer entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv.

Le gaz est également pris dans cette équation. Plus de 110 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié ont transité par Ormuz en 2025. Selon l'AIE, 93 % des exportations qataries de GNL et 96 % de celles des Émirats arabes unis passent par ce détroit, soit près d'un cinquième du commerce mondial de GNL. Pour ces volumes, les routes alternatives sont extrêmement limitées, voire inexistantes.

C'est précisément cette dépendance qui donne à l'Iran un pouvoir de nuisance considérable. Téhéran n'a pas besoin de fermer totalement Ormuz pour affoler les marchés. Il lui suffit de rendre la navigation incertaine. La menace de mines, les attaques de drones, les interceptions, les contrôles, les tirs autour des routes maritimes ou même la simple crainte d'un incident peuvent suffire à ralentir le trafic, renchérir les primes d'assurance et pousser les armateurs à revoir leurs itinéraires.

Dans ce mécanisme, le prix du pétrole ne reflète plus seulement le coût d'extraction ou le niveau de la demande. Il intègre la peur. Il additionne la géographie, la sécurité maritime, la psychologie des marchés et les rapports de force militaires. Ormuz devient alors une sorte de multiplicateur de crise : une frappe en Iran se transforme en hausse du Brent ; une menace sur un tanker devient un signal pour les traders ; une phrase de Marco Rubio ou d'un responsable iranien peut faire bouger les écrans de cotation.

La prime de guerre, une rente pour certains

La question de l'argent est donc centrale. Quand le baril grimpe, tout le monde ne perd pas. Les producteurs capables de vendre leur pétrole plus cher bénéficient immédiatement de la tension. Les États exportateurs voient leurs recettes augmenter. Les majors disposant de stocks, de contrats ou d'actifs bien positionnés profitent d'un environnement de prix élevés. Les traders, eux, peuvent tirer parti de la volatilité, à condition d'avoir anticipé le bon mouvement. Les fonds exposés aux matières premières peuvent également bénéficier de la hausse, tandis que certains assureurs, transporteurs ou intermédiaires répercutent le risque dans leurs tarifs.

Cette « prime de guerre » ne tombe pas du ciel. Elle est payée par quelqu'un. Les premiers perdants sont les pays importateurs, surtout ceux qui ne disposent ni de production nationale suffisante, ni de réserves stratégiques importantes, ni de marge budgétaire pour amortir le choc. Les entreprises de transport, les compagnies aériennes, les industriels, les agriculteurs et les consommateurs finaux finissent par absorber une partie du surcoût. Le pétrole cher se diffuse dans toute l'économie : carburant, électricité, fret maritime, logistique, produits manufacturés, denrées alimentaires.

La tension sur Ormuz peut même dépasser le pétrole et le gaz. Les chaînes d'approvisionnement en engrais, en produits pétrochimiques ou en intrants industriels sont également vulnérables. L'Institute for Energy Economics and Financial Analysis souligne que le détroit représente une part majeure du commerce maritime mondial d'engrais, ce qui montre que la crise énergétique peut rapidement devenir une crise de coûts agricoles et alimentaires.

C'est là que l'analyse économique rejoint le décryptage géopolitique. La guerre n'est pas seulement un affrontement militaire ; elle est aussi un système de prix. Elle crée des raretés, réelles ou anticipées. Elle déplace des flux. Elle enrichit des positions déjà constituées. Elle pénalise ceux qui achètent au jour le jour. Elle transforme chaque incertitude en marge possible pour les uns et en facture supplémentaire pour les autres.

Le front libanais, dans cette perspective, n'est pas secondaire pour les marchés. Il ne détermine pas directement le prix du baril comme Ormuz, mais il augmente la perception d'un conflit régional connecté. Lorsque l'offensive israélienne contre le Hezbollah s'intensifie, les investisseurs ne lisent pas seulement une crise libanaise. Ils y voient un prolongement du bras de fer avec l'Iran, donc un facteur supplémentaire de tension sur l'ensemble du dispositif énergétique régional.

Le pétrole remonte donc parce que la frappe américaine en Iran a cassé l'idée d'un apaisement linéaire. Il remonte parce qu'Ormuz reste vulnérable. Il remonte parce que les marchés comprennent que le cessez-le-feu peut survivre sur le papier tout en se dégradant dans les faits. Mais il remonte aussi parce que la guerre, même lorsqu'elle reste contenue, produit de la valeur pour certains acteurs.

La vraie question n'est donc pas seulement de savoir si le Brent dépassera durablement les 100 dollars. Elle est de savoir combien de temps l'économie mondiale acceptera de payer cette prime de guerre, et qui continuera de l'encaisser. Entre la frappe américaine, le verrou d'Ormuz et les fronts régionaux qui menacent de se rallumer, le baril ne mesure plus seulement le prix de l'énergie. Il mesure le coût d'un monde où la paix reste possible, mais où la guerre redevient rentable.

Un Québec en mal de vivre trompé par le bouc émissaire « immigré »

2 juin, par Marc Bonhomme — , ,
En 1955, le Canadien de Maurice Richard servait d'exutoire nationaliste pour cause d'impuissance politique. En 2026, le perdant « Go Habs Go » canadian symbolise l'échec (…)

En 1955, le Canadien de Maurice Richard servait d'exutoire nationaliste pour cause d'impuissance politique. En 2026, le perdant « Go Habs Go » canadian symbolise l'échec nationaliste du plus que dernier demi-siècle. Comme le révèle l'enquête amateure mais néanmoins révélatrice du Oui-Québec, le peuple québécois s'en trouve dans unétat de mal de vivre. Comme dans les années 1950, le bon peuple a tendance à renier sa langue et sa fierté surtout à Montréal et en Outaouais mais aussi dans tous les domaines des affaires, des sciences, de la culture commerciale, des communications. Faut-il se consoler de la victoire de la Victoire ? C'est là une médaille à deux côtés, tant une fuite en avant sportive qu'une affirmation symbolique que les femmes du Québec prennent les affaires en main. On pense à l'organisation Mères au front qui lutte partout au Québec sur tous les fronts avec l'énergie du désespoir et que les échecs ne tuent pas. On pense à la grève réussie du communautaire, où règnent les femmes, mais où le rapport de forces est encore loin de ce qu'il faut pour vaincre. À quand le déterminant appoint syndical qui n'était pas au rendez-vous le 1er mai ?

L'enquête-participation du Oui-Québec révèle que si « 71 % des organisations estiment qu'elles n'ont “plus de pouvoir sur rien pantoute”, se désolent d'un étiolement du tissu social, d'une hausse de la charge bureaucratique à laquelle elles sont astreintes et d'un désengagement de l'État », à 77% la cinquantaine de groupes participants « réclament un grand projet de société, une sorte de
“Révolution tranquille 2.0”. » Comme obstacle majeur afin de resserrer le tissu social pour réengager un État démocratisé, « près des deux tiers des groupes (64 %) déplorent l'attitude adoptée par le Québec – et aussi par le mouvement souverainiste – sur la question du vivre-ensemble, un terme qui désigne de façon implicite le délicat enjeu de l'immigration ». Le Oui-Québec comme L'Aut'Journal, autre proche allié du PQ — même Le Devoir le fait sotto voce — lui envoient des messages pour redresser la barre vers un Québec inclusif. Il semble qu'il est trop tard. Le chef péquiste s'enferme dans le déni.

Reste Québec solidaire qui accueille positivement l'enquête du Oui-Québec. Si cette enquête est de la musique aux oreilles des Solidaires, la plateforme électorale du dernier congrès annonce-t-elle le projet de société de « justice sociale et [de] protection de notre environnement » du parti ? En proposant un correctif de gauche à l'actuelle société néolibérale en voie de durcissement répressif et guerrier, Québec solidaire révèle qu'il n'a pas décroché de la nostalgie des « trente glorieuses » (1945-1975). Le parti n'a pas réalisé qu'il est impossible de remettre le génie dans la bouteille. Cette parenthèse a certes anticipé la société socialiste avec son État-providence qui a en partie arraché à la domination du marché des services essentiels. Mais elle avait aussi plongé le monde dans un état schizophrénique de mutuelle destruction assurée (MAD en anglais) par la course aux armements nucléaires. Cette maladie mentale sociale a noyé la société dans la consommation de masse au prix du néocolonialisme et des guerres chaudes du « tiers-monde » sans oublier la rupture métabolique des grands équilibres écologiques. Comme un boomerang, ce bonheur factice de gadgets, de villas campagnardes, d'auto-solo et de divertissements propulsé aux hydrocarbures précipite le monde dans l'enfer de la terre-étuve vis-à-vis lequel le capitalisme ne peut rien sauf s'empêtrer dans le capitalisme vert.

Le prochain rendez-vous électoral du Québec est marqué par la néofascisation du monde auquel participe à plein le nouveau parti Libéral de l'ex banquier et gérant financier Mark Carney jetant pardessus bord écologie, droit des immigrant et droits tout courts. Sus à l'intrus immigrant islamique ou prétendu tel qu'hypocritement sous-entendent les CAQ, PCQ et PQ. Le PLQ, garant des intérêts des entreprises qui veulent le surexploiter, se met au neutre préférant faire oublier son refus de la reconnaissance du racisme systémique lors de son dernier passage au gouvernement. Quant aux Solidaires, ils plaident l'inclusion espérant que l'électorat oubliera le manque de solidaritéde sa députation vis-à-vis leur collègue d'origine tunisienne ayant souligné le racisme larvé planant sur l'Assemblée nationale. Il faudra faire avec le moindre mal face à cette palette d'opinions lors de la prochaine élection bien qu'aucune ne soit ferme et tranchée sur la question identitaire. C'est une triste affaire qu'aucune plateforme électorale clame noir sur blanc le projet de société du soin et du lien avec décroissance matérielle sous contrôle populaire et ouvert sur le monde. Quoique les Solidaires y aspirent un tantinet.

Un tel projet, pour vaincre la puissance économique, financière, répressive, militaire du petit démographiquement 1%, aussi nommé grand capital transnational, requiert la plus grande unité organisée et combative du peuple travailleur de la nation, en liaison étroite avec ceux d'ailleurs, toutes différences confondues et respectées. Les deux dernières décennies depuis la Grande crise de 2008 ont vu maints gigantesques soulèvements populaires qui n'ont pas aboutis faute d'un parti de confiance brandissant le drapeau de ce projet de société.

Marc Bonhomme, 1er juin 2026
ww.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

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« Ta yeule ! » Ou comment la solidarité est un signe de faiblesse

2 juin, par Mario Charland — , ,
C'est toujours intéressant d'observer les réactions de la classe politico-médiatique lorsqu'est soulevée dans l'espace public la question ("sensible" si elle en est une) de la (…)

C'est toujours intéressant d'observer les réactions de la classe politico-médiatique lorsqu'est soulevée dans l'espace public la question ("sensible" si elle en est une) de la taxation des grosses fortunes, particulièrement au Québec, où, semble-t-il, il n'y aurait pas assez de "riches" pour pouvoir redistribuer cette "non-richesse" par l'entremise d'un financement adéquat des programmes sociaux, qui sont une façon privilégiée de garantir l'accès à la majorité des citoyens à des services de premières nécessités (santé, éducation, services sociaux en général).

Précisons d'emblée qu'il ne s'agit pas de taxer (ou d'imposer) les "riches" en tant que "personnes" mais leur "richesse" accumulée au fil des générations (car la "richesse", comme les gènes, se transmet bien souvent de génération en génération) sous forme de patrimoines (matériels et immatériels), de revenus, de biens et avoirs qu'ils possèdent en tant que "citoyens" d'un pays développé comme le Québec. Nuance importante qui permet de dépersonnaliser le débat et de mettre dans son contexte "idéologique" les réactions épidermiques d'entrepreneurs comme François Lambert qui se sent visé directement (en tant que "personne" et non en tant que "citoyen") lorsqu'on projette de ponctuer un tout petit pourcentage de sa réussite financière dont il est sûrement très méritant !

J'en prends pour témoin les propos d'Hélène Buzzetti (appuyée en cela par Chantal Hébert, l'autre "commère" professionnelle du parlementarisme canadien1) à Radio-Canada le 11 mai dernier qui, du haut de sa vision très "progressiste" de la fiscalité et de sa maîtrise incontestée des concepts en économie politique, associait la volonté de QS de taxer les "riches" à une perception "négative" du parti envers ceux qui "possèdent", comme quoi QS considérerait d'emblée comme "louche" ── ce sont ces mots ── le fait d'accumuler du capital, du patrimoine, des revenus divers alors que d'autres (de plus en plus nombreux) n'arrivent plus à boucler leur fin de mois. Il s'agirait donc d'une sorte de règlement de compte entre classes sociales et non pas l'application d'une politique de "gauche" qui considère, à juste titre, que la démocratie n'est pas qu'un mot "creux", qu'elle ne se limite pas à aller voter une fois tous les quatre ans et qu'elle implique le partage du pouvoir (politique), de la richesse (produite par l'ensemble de la société et, malheureusement, concentrée de plus en plus entre les mains d'une minorité qui s'octroie un droit de regard "exclusif" sur la façon de la produire et de l'utiliser ── cf. l'arrogance de François Lambert), des droits et libertés de tous ordres, y compris ceux concernant la place à accorder aux questions économiques, parfois complexes mais non pas incompréhensibles pour autant, dans notre société.

  • Que Mme Buzzetti (et autres journalistes toujours prêt-e-s à dénoncer un soi-disant préjugé défavorable des Québécois envers les "riches") prenne bien garde si elle veut ouvrir la discussion sur l'aspect "moral" de l'accumulation de richesses dans un système capitaliste, même celui ayant cours au Québec qui serait moins "sauvage" qu'ailleurs (rappelons-nous le fameux capitalisme à "visage humain" de Bernard Lanndry !) Étant entendu que "légalité" de pratiques fiscales, administratives, économiques et financières n'est pas nécessairement synonyme de "moralité" ou de "légitimité" de ces mêmes pratiques, toute l'histoire du capitalisme, des premiers voyages de Christophe Colomb cherchant la route des Indes jusqu'à Elon Musk qui veut transformer la planète Mars en terre d'accueil pour les terriens ayant épuisé toutes les ressources disponibles sur leur propre planète, en passant par les crises économiques récurrentes plus ou moins graves et tragiques, est celle d'une idéologie ayant pris définitivement ses distances avec les questions d'ordre moral, éthique, religieux, social, politique, environnemental, bref, avec tout ce qui ne favorise pas l'accumulation continue, perpétuelle, toujours plus intense et accélérée de "Capital". C'est en se coupant radicalement de toutes les pratiques, valeurs, philosophies, coutumes, croyances, visions du monde et habitus de l'Ancien régime moyenâgeux que la bourgeoisie européenne a instauré ce régime d'accumulation dont on a hérité, non pas uniquement en termes de retombées et conséquences "néfastes", il est vrai, mais dont aujourd'hui les inconvénients dépassent de loin et de plus en plus les avantages, menaçant jusqu'à notre survie en tant qu'espèce.

Dans ce court échange à Radio-Canada entre les invité(e)s à propos de la polémique soulevée par Sol Zanetti et la "réaction" de François Lambert (qui a ainsi fait preuve d'un grand sens diplomatique comme sait se montrer capable la classe d'affaires lorsque, à tort ou à raison, elle se sent attaquée), le seul commentaire "intelligent" est venu du côté de Paul Journet de La Presse qui a tout simplement remis les pendules à l'heure en spécifiant que cette taxe, encore une fois très modeste eu égard à ce qu'elle pourrait et devrait être, ne consiste ni plus ni moins qu'à tenter un rééquilibrage entre des pans entiers de la population, obligés de recourir à des banques alimentaires même lorsqu'ils travaillent comme des forcenés et galèrent à la journée longue, et un autre "pan" de cette même population qui a le loisir (et le privilège) d'aller se choisir une bonne bouteille au cellier un vendredi soir alors que les premiers doivent se contenter d'un Coke diète et d'un hot-dog cuit à la vapeur à la binerie du coin !

À noter comment les invité(e)s n'ont dit mot sur le « ta yeule »" de Lambert alors que le moindre écart de langage, la moindre référence (même "objective") à une forme de discrimination systémique en lieu et place des officines du gouvernement ou la mise à mort "symbolique" d'un Ministre du Travail "anti-travailleur" (passé à la guillotine), membre d'un parti politique tout aussi inféodé au merveilleux monde des affaires, sont montés en épingle par la classe politico-médiatique et élevés au rang d'un crime de lèse-majesté. Comme quoi certains (et certaines) ont l'indignation sélective...

De façon concrète, selon les chiffres de l'IRIS (à qui on peut faire confiance en ce domaine), il y avait, au Québec, en 2025, 3,600,000 ménages dont le patrimoine était évalué entre 0 et 2 Millions$, 360,000 entre 2 et 5M$, 36,000 entre 5 et 25 M$, 3,600 entre 25 et 100M$ et 400 au-delà de 100M$, pour un total de 3,924,087G$ (!) La proposition de l'Institut (sur laquelle s'appuie celle de QS) concerne la tranche des patrimoines qui commence à 2M$, ce qui exclut les 3,600,000 ménages dont ledit patrimoine est en dessous du seuil de 2M$ ; cette fameuse taxe s'applique donc aux 400,000 ménages restants qui représente 10% de l'ensemble des ménages québécois et qui détiennent 56,9% du patrimoine en question. On est donc loin du petit épargnant qui a travaillé "dur" toute sa vie pour accumuler un patrimoine que les méchants socialistes de QS veulent taxer !

On est ainsi à même de se demander si c'est l'ignorance "crasse" à propos du rôle "réel" (et non fantasmé, diabolisé) de l'impôt dans l'économie ou tout simplement la mauvaise foi qui fait croire à la vertu "sociale" de l'accumulation de richesses (revenus, actifs, patrimoine) dans les premiers quintiles des ménages, à l'effet que plus les "riches" seront "riches", mieux ce sera pour l'ensemble de la population (donc pour les quatre quintiles inférieurs). Ce mythe du "ruissellement", nourrit et repris depuis la révolution néo-conservatrice des années 1980, qui profite aux plus aisés (au détriment de la grande majorité des citoyens) prend sa source dans le libéralisme "classique" des Lumières écossaises dont Adam Smith est le promoteur le plus connu2.

En définitive, le taux d'imposition ne joue pas ce rôle "attractif" démesuré tel que les médias et les politiciens veulent nous le faire croire afin de nous faire accepter les politiques d'austérité de gouvernements aux courtes vues comme celui formé par la CAQ ; bien d'autres facteurs entrent en ligne de compte dans la décision d'investir ou non dans un secteur d'activité : l'état des infrastructures (ports, aéroports, routes, écoles, hôpitaux), la qualification de la main d'œuvre et le taux de scolarisation, le paysage politique (un pays au bord de la guerre civile n'est pas très "attractif"), le système de justice (en cas de conflits de travail, de différends commerciaux), les divers services (administratif, comptable, juridique, socio-économique, professionnel en général), les Institutions comme les Universités, les Collèges techniques, les Centres de recherche dont l'expertise peut être un atout considérable et avec lesquels il est possible d'établir des partenariats (en Recherche/Développement), etc.

La « Richesse des Nations » (pour reprendre la formule d'Adam Smith, le père du capitalisme libéral)) est le produit d'un travail collectif, d'un effort soutenu fournit par toutes les couches de la société, des plus basses aux plus élevées, même si certains s'attribuent à eux seuls le mérite d'une croissance économique vigoureuse (ou devrait alors leur incomber à eux seuls les crises récurrentes et inévitables dans une économie capitaliste qui créent de la misère sociale, psychologique et existentielle). Aussi avisé puisse-t-il être, un investisseur ne peut rien faire sans un contexte favorable à son investissement ; et ce contexte est redevable de facteurs qui lui échappent en grande partie.

Ainsi, si l'investisseur « type » ne supporte pas qu'un petit pourcentage de sa fortune soit prélevé pour le Bien Public (dont il va aussi bénéficier éventuellement), qu'il parte ! Ce faisant, il ne pourra pas transporter dans son exil son patrimoine immobilier qu'il devra vendre, celui-ci demeurant "imposable" à part entière. On ne construit pas un pays avec des opportunistes qui n'ont aucune considération pour la société dans laquelle ils vivent et qui a rendu possible leur "succès" financier. C'est exactement cet égoïsme sans bornes qui a coulé les États-Unis avec la mondialisation néolibérale, les délocalisations massives, la désindustrialisation sauvage de régions entières du pays qui a ravagé la classe moyenne qui était au cœur même du capitalisme américain ; elle constituait sa force productive, son attractivité à l'échelle mondiale, son dynamisme économique et entrepreneurial ; aujourd'hui, en désespoir de cause, elle vote pour Donald Trump en espérant qu'il lui redonne son statut d'antan mais on sait tous que ce sera en vain…

Notes
1.Il y en a même une, ou plutôt un, au Devoir, qui donne des notes aux député(e)s de l'Assemblée Nationale à chaque fin de session parlementaire !
2. D'abord et avant tout philosophe moraliste de culture "protestante", à qui on attribue les premiers traités d'"économie politique" (branche de la philosophie à laquelle contribuera le non moins connu Karl Marx), Smith défend l'idée d'une individualité pleinement autonome, indépendanteet rationnelle, cherchant son intérêt particulier et qui, du fait de cet égoïsme « naturel », se transforme en bienfaiteur pour la communauté entière qui n'aura pas à souffrir de ce penchant pour l'accumulation de richesses matérielles puisque, grâce à la « main invisible » venue secourir providentiellement les perdants du libre-échange, les inégalités qui résultent inévitablement d'un tel encouragement au profit se résorberont par l'entremise des lois « divines » du libéralisme économique. On reconnaît ici, deux cent cinquante ans plus tard, la même « foi » dans les capacités d'autorégulation du marché capitaliste, envers et contre toute logique et tous les faits qui viennent contredire le dogme néolibéral.

Une bande de pécons

2 juin, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Quand j'étais enfant et habitais mon petit village près de Drummondville, nous avions inventé une expression pour désigner les gens que nous trouvions absolument et (…)

Quand j'étais enfant et habitais mon petit village près de Drummondville, nous avions inventé une expression pour désigner les gens que nous trouvions absolument et irrévocablement stupides : des pécons. Comment désigne-t-on quelqu'un qui est plus que con ? Simple : un pécon.

Un adorable mot-valise qu'inventent les enfants. Seule la « Grosse patate hawaïenne » dépassait « pécon » en sévérité. Or, en voyant la photo d'une banderole paradée à Shawinigan samedi dernier : « Je me souviens d'un Québec blanc », je n'ai pu que me dire, mais quelle bande de grosses patates hawaïennes de pécons. Cette démonstration de bêtise crasse a fait remonter en moi une indignation et une incompréhension profondément ressentie, comme celle que l'on éprouve petit, alors que l'on est incapable de saisir les complexités du monde et que l'on ne peut que s'écrier : « C'est pas juste ».

Quelle courte mémoire, quelle absence de perspective historique ! Commençons par le début, cette banderole a été vue à Shawinigan. Pas à St-Côme, Sainte-Flavie ou Hérouxville, mais à Shawinigan, qui veut dire « Portage sur la crête » en atikamekw. Cela ne s'invente pas. Donc, nos petites chemises brunes, adeptes de la pureté de la race, fantasment un Québec qui n'a jamais existé. Les Canadiens français ne sont pas les premiers à avoir occupé le territoire. Ils sont arrivés vraiment plus tard. Et elles, les petites chemises, semblent avoir oublié à quel point le peuple québécois est métissé, tellement qu'il est probable que la majorité de la population ait des ancêtres amérindiens. Shawinigan, sans doute cela leur échappe-t-il, bien que fondée par un draveur nommé François Rousseau en 1854, a été incorporée sous le nom de Shawinigan Falls, en 1901, pour servir les intérêts respectivement de la Shawinigan Water and Power Company, qui souhaitait électrifier Montréal, et de la Shawinigan Carbide, Belgo Canadian Pulp & Paper Company, une usine de pâtes à papier, de même que la Northern Aluminium Company, une aluminerie. Ainsi, les Anglos ont massivement participé au développement de Shawinigan. « Speak white Shawinigan ». Est-il utile de rappeler que pour les WASP, les Canadiens français, tout comme les Irlandais, ne sont pas des Blancs ? Les Shawiniganais sont des métèques dans leur propre province. Ah, l'ironie.

Mon fils, qui manie le sarcasme comme un maître, a commenté l'affaire : « Voyons, à part les moustiques, il n'y a personne qui veut aller s'établir à Shawinigan. Il ne doit pas y avoir trois immigrants dans toute la ville ». En 2011, le taux de personnes immigrantes dans la petite ville de Mauricie était de 0,8 %. Elle s'établit maintenant à un gros 2.1%. Factuellement, il y a plus de trois personnes immigrantes, mais nous sommes plutôt loin du Grand remplacement. Cette inquiétude chez les habitants du coin n'est pas sans rappeler, le « code de vie » d'Hérouxville en 2007, lequel précisait que la charia ne pouvait s'appliquer dans la municipalité. Il faut quinze minutes en voiture pour aller de Shawinigan à Hérouxville. Il y a peut-être quelque chose dans l'eau du coin…

Plus sérieusement, ces deux manifestations, à presque vingt ans d'intervalle, sont révélatrices, moins de la qualité de l'eau, mais plus de la malsaine concentration des médias. Pour que des personnes vivant loin des grands centres se sentent le besoin d'agir pour protéger leur citoyenneté et leur nation (n'insistons pas sur l'idiotie et la maladresse), il faut qu'elles aient pris leur idée quelque part. Les discours anti-immigration et pro-laïcité de la CAQ et du PQ, abondamment véhiculées par Quebecor, finissent par produire leurs effets : des attisées de haine envers l'Autre. PSPP, toujours en train de chercher des puces aux fédéralistes, a accusé, sur X, les suprémacistes blancs, tel le groupe Second Sons Canada, d'être les responsables de cette manifestation. Car, si vous ne le saviez pas, ces défenseurs du QUÉBEC blanc ne peuvent être que des agents infiltrés par le fédéral. C'est un peu pécon comme explication, je dois dire.

Heureusement, nous avons pu voir plusieurs dénonciations de l'action de samedi. J'aime particulièrement l'action de la CDC de Shawinigan et d'autres organismes communautaires qui sont allés brandir une banderole : « Je me souviens d'un Québec inclusif » dans le même parc de Shawinigan. Saluons leur dénonciation !

2 juin 2026 | Photo : riposte citoyenne au geste des suprémacistes blancs

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L’austérité : la mâratre du Québec

2 juin, par Jean-François Delisle — , ,
Une analyse de Michel Girard, chroniqueur économique au Journal de Montréal , nous apprenait il ya quelques semaines (mais on s'en doutait déjà) que le tiers des retraités (…)

Une analyse de Michel Girard, chroniqueur économique au Journal de Montréal , nous apprenait il ya quelques semaines (mais on s'en doutait déjà) que le tiers des retraités québécois de 65 ans et plus doivent survivre (l'expression n'est pas trop forte) avec moins de 25,000$ par année. Une misère !

En plus, toujours selon le même chroniqueur, un autre 20.5% doit se contenter de 25,000$ à 35,000$ par an, ce qui n'est pas fameux non plus. Ainsi donc, selon les chiffres fournis par monsieur Girard, 53% des retraités âgés de plus de 65 ans doivent se débrouiller avec un revenu brut inférieur à 35,000$.

Il n'entre pas dans mon propos d'étaler ici toutes les statistiques colligées par le chroniqueur. Notons trout de même que l'emploi donne un revenu d'appoint de l'ordre de 12% aux plusieurs personnes âgées, ce qui en dit long sur les carences de notre système de retraite.

Si tant de retraités peinent à joindre les deux bouts, c'est que cette pauvreté constitue l'aboutissement de quatre décennies de politiques restrictives néolibérales, marquées au coin de compressions budgétaires, de privatisation et de précarisation de l'emploi. Suivant les préceptes de l'idéologie néolibérale, l'équilibre des finances publiques, la lutte contre la dette et le libre échange sont les sources de la prospérité et de l'équilibre social (cette dernière en faveur du patronat, bien entendu, ce qui est pourtant en soi un déséquilibre). La classe politique dans son ensemble a fait du contrôle de la dette un enjeu national, même si cela implique un recul dans les dépenses sociales et les mesures de redistribution de la richesse produite. On a baptisé ces politiques du nom « d'austérité », mais elles ne sont que des mesures de pauvreté, lesquelles ont lourdement frappé travailleurs et travailleuses. Elles ont entraîné de graves reculs dans le monde du travail à partir du début, de la décennie 1980. Le monde du travail a alors changé de visage.

Et cela continue, on n'en voit pas la fin. Il y a eu à l'époque des faillites en série d'entreprises, une crise économique majeure de 1982à 1984 et la poussée brutale de l'emploi précaire : boulots temporaires, à temps partiel, à la pige et à contrat. Auparavant, le norme était l'emploi stable, pour ne pas dire à vie, pour le meilleur et pour le pire. Beaucoup de boomers disaient qu'ils ne voulaient pas perdre leur vie à la gagner, même si plusieurs d'entre eux, à la fin de leurs études, ont décroché un emploi permanent de fonctionnaire ou d'administrateur. Certains ont poussé plus loin leurs études (maîtrise ou doctorat), remettant à plus tard leur entrée sur le marché de l'emploi. D'autres, issus de la classe ouvrière, ont trimé en usine ou dans la construction. Les boomers n'ont jamais formé un groupe social monolithique, mais plusieurs ont bénéficié d'un emploi permanent ou de longue durée.

Les politiques néolibérales ont changé ce portrait plutôt favorable. Bien des boomers ont perdu leur gagne-pain avec les compressions budgétaires arbitraires gouvernementales, eux et d'autres ont été piégés par la progression foudroyante de l'emploi précaire. Dans ce contexte, une part grandissante des travailleurs et travailleuses n'a pas pu amasser un fonds de pension substantiel, certains pas de fonds de pension du tout.

Toute cette réorganisation restrictive du monde du travail a lourdement touché les jeunes du temps (la fameuse « génération x », qui a tant dénigré les boomers), mais aussi plusieurs de ces derniers, quoi qu'on en dise. Les chiffres avancés dans la chronique de monsieur Girard le prouvent amplement. La génération X n'a jamais été visée en tant que telle, mais plutôt les travailleurs en général. C'était une question de classe sociale bien plus que de classe d'âge.
Aujourd'hui, l'emploi précaire est devenu la norme, ou du moins s'est répandu comme s'il allait de soi. Il affecte les jeunes, mais aussi à retardement ceux des boomers qui ont été déclassés durant les années 1980 et 1990, ce qui se traduit par des prestations de retraite maigres. Si rien ne change, c'est le sort qui attend bon nombre de jeunes d'aujourd'hui. Le taux de chômage officiel est bas certes, mais les emplois proposés aux jeunes n'équivalent pas à ceux offerts durant les années 1960 et 1970 (même si à l'époque, tout n'était pas rose). Activités professionnelles à la pige et à contrat se multiplient, ce qui introduit un élément de vulnérabilité dans le monde du travail.

La classe politique a transformé les boomers en boucs émissaires pour la crise des finances publiques des décennies 1980 et 1990, mais la réalité présente de beaucoup de retraités lui donne tort. Par ailleurs, l'avenir professionnel des jeunes travailleurs de maintenant n'est guère rassurant. À moins d'une réforme progressiste du régime de retraite, plusieurs d'entre eux vont se retrouver plus ou moins dans une situation similaire à celle de leurs aînés. Il suffira d'une récession, ou même d'un simple ralentissement économique pour que la réalité ne leur saute au visage.

Tous déclassés les boomers ? Non. Une partie d'entre eux justifie préjugés entretenus pendant longtemps à leur endroit. Selon les chiffres fournis par Michel Girard, 5% des ainés de 65 ans et plus gagnent entre 50,000$ à 60,000$ par année, 9.7% ont terminé l'année 2023 avec un revenu brut de 60,000$ à 80,000$ et 4.6% ont révélé un revenu de 80,000$ à 100,000$.

Ces chiffres parlent d'eux mêmes : si 53% des aînés disposent d'une somme de moins de 35,000$ par année, les mieux nantis d'entre eux représentent environ 23.3%, c'est-à-dire ceux et celles dont les revenus s'étagent de 50,000$ à 100,000$. Tous privilégiés les boomers ? Ça dépend desquels...

Jean-François Delisle

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Rôles du MSSS et de Santé Québec : la ministre Sonia Bélanger doit rencontrer la CTROC et la TRPOCB

2 juin, par Organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et services sociaux , Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC), Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) — , ,
Montréal et Saint-Lin-Laurentides, le 1er juin 2026 - Alors que les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) contribuent (…)

Montréal et Saint-Lin-Laurentides, le 1er juin 2026 - Alors que les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) contribuent chaque jour à la vitalité démocratique, à la transformation sociale et à la cohésion des communautés, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) et la Coalition des tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) constatent un recul inquiétant du dialogue avec le gouvernement et Santé Québec, particulièrement autour de l'application du Programme de soutien aux
organismes communautaires (PSOC).

Le 31 mars dernier, la TRPOCB et la CTROC ont sollicité une rencontre auprès de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Madame Sonia Bélanger. Sa contribution était demandée pour résoudre les problèmes soulevés, deux mois plus tôt, auprès de mesdames Maryse Poupart (Santé Québec) et Geneviève Landry (Ministère de la Santé et des Services
sociaux) quant à l'absence d'avancement dans les travaux. La Ministre n'a toujours pas répondu.

Ce silence est préoccupant dans un contexte où les décisions concernant l'application du PSOC semblent désormais se prendre sans véritable discussion avec les interlocutrices nationales communautaires. En effet, le rôle historique de la CTROC et de la TRPOCB s'est considérablement transformé ces dernières années, contre leur gré, celles-ci étant
maintenant uniquement informées de décisions déjà prises, sans être consultées, sans obtenir de réponses à leurs questions et même, sans accéder aux documents de travail.

La TRPOCB et la CTROC constatent également une déresponsabilisation politique de la part des ministres responsables. Contrairement à ce qui était annoncé, tout indique aujourd'hui que le rôle de Santé Québec dépasse de beaucoup les aspects opérationnels du PSOC, pour aussi contrôler les orientations et les mécanismes décisionnels. Or, durant
l'étude du projet de loi créant Santé Québec (PL15) et après, les ministres Dubé et Carmant avaient souvent affirmé que les orientations du PSOC continueraient de relever du ministère. Le récent calendrier de travail transmis par la société d'État illustre qu'elle centralise les décisions et avance ses travaux pouvant modifier les fondements même du
programme, à partir des « informations » fournies par le MSSS et non à partir de ses orientations.

La CTROC et la TRPOCB dénoncent le manque de transparence et de consultation, autant de Santé Québec que du MSSS, quant à cette transition. Cela est d'autant plus préoccupant qu'elle se produit au moment où Santé Québec fait de plus en plus fi des contrepoids démocratiques et relationnels qui étaient pourtant essentiels au maintien d'un dialogue respectueux, notamment avec le milieu communautaire autonome. Le respect des OCASSS ne peut être relégué au second plan dans la transformation actuelle du réseau.

Le manque de transparence du MSSS s'est aussi récemment exprimé en regard de la manière dont le taux d'indexation des subventions du PSOC pour la mission globale a été déterminé. Le ministère des Finances a économisé 2,8 M$ sur le dos des OCASSS en modifiant la période de calcul de l'indexation. Ce choix purement économique a fait baisser l'indexation de 2,1 % à 1,8 %, accentuant l'écart entre les coûts réels et le financement accordé.

Pour des organismes déjà fragilisés, cela se traduit par des compressions budgétaires, des postes non comblés et une pression accrue sur les équipes. Ce changement compromet la capacité des OCASSS à planifier leurs actions et à répondre aux besoins croissants de la population. Quand les règles du PSOC changent sans débat ni transparence, ce sont des
milliers de personnes qui subissent les conséquences.

Ensemble, la CTROC et la TRPOCB représentent plus de 3 000 organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux à travers le Québec. Près de deux mois après leur dernière correspondance, la TRPOCB et la CTROC réitèrent leur besoin de rencontrer rapidement la ministre Sonia Bélanger en raison des responsabilités politiques qu'elle porte face à Santé Québec, rencontre à laquelle devrait incontestablement se joindre le ministre Lionel Carmant, étant de retour dans ses fonctions face au PSOC. Nous les appelons à faire preuve de transparence et à s'assurer que les interlocutrices nationales des OCASSS participent aux décisions.

La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) réunit 14 Regroupements régionaux d'organismes communautaires autonomes et représente plus de 3000 organismes enracinés dans toutes les régions du Québec. Elle a comme mission de soutenir les regroupements régionaux et leurs membres, de promouvoir l'action communautaire autonome et d'analyser l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux et ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et la population. La CTROC est interlocutrice privilégiée des organismes communautaires autonomes intervenants en santé et services sociaux auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Fondée en 1995, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)est formée de 47 regroupements nationaux, rejoignant plus de 3 000 groupes communautaires autonomes à travers le Québec. Ce sont, par exemple, des maisons de jeunes, des centres de femmes, des cuisines collectives, des maisons d'hébergement, des groupes d'entraide, des centres communautaires, des groupes qui luttent contre des injustices ayant des répercussions sur la santé. Ceux-ci représentent les ¾ des organismes communautaires autonomes du Québec et abordent la santé et les services sociaux sous différentes perspectives (femmes, jeunes, hébergement, famille, personnes handicapées, communautés ethnoculturelles, sécurité alimentaire, santé mentale, violence, périnatalité, toxicomanie, etc.).

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La CAQ fragilise les comités de vie dans les résidences pour personnes âgées (RPA).

2 juin, par André Jacob — , ,
En 2023, le gouvernement du Québec a modifié le règlement sur l'exploitation des RPA en y insérant, pour la première fois, l'obligation de mettre en œuvre un processus de (…)

En 2023, le gouvernement du Québec a modifié le règlement sur l'exploitation des RPA en y insérant, pour la première fois, l'obligation de mettre en œuvre un processus de création d'un comité de milieu de vie (CMV) dans chaque résidence de plus de 99 logements.

La dynamique de la mise en place a vogué cahin-caha, car des propriétaires de résidences se sont carrément opposés et ont bloqué la mise en place et le fonctionnement d'un CMV. Dans de telles situations, des résident.e.s n'ont pas réussi à mettre en place leur CMV. Malgré tout, à force de détermination et de débrouillardise, un certain nombre de résident.e.s ont réussi à former un CMV dans leur résidence.

Dans le règlement de 2023, on précisait le mandat suivant ainsi :

1. Diffuser de l'information sur les droits et les obligations des résidident.e.s.
2. Promouvoir l'amélioration de la qualité des conditions de vie des résident.e.s.
3. Défendre les droits et les intérêts collectifs des résident.e.s.
4. Fournir, sur demande d'un résident.e, les.enseignements utiles à la formulation d'une plainte au commissaire local aux plaintes et à la qualité des services du centre intégré de santé et des services sociaux concernés ou à la production d'une demande devant le Tribunal administratif du logement.

Les droits des aîné.e.s résidents dans une RPA remis en cause.

Aujourd'hui, sous la pression des lobbyistes bien rémunérés par les propriétaires de RPA, la CAQ fait marche arrière et propose des modifications majeures dans le nouveau projet de règlement au sujet de l'exploitation des RPA (GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 22 avril 2026, No 16). Après avoir laissé de grandes sociétés transnationales américaines s'approprier des réseaux complets de RPA (par exemple, la compagnie Ventas -https://www.ventasreit.com/what-we-do/senior-housing - possède maintenant les résidences du Groupe Maurice), le gouvernement actuel sacrifie les droits des résident.e.s à l'avantage des propriétaires. Un regard externe peut penser que vivre la retraite dans une RPA signifie automatiquement jouir d'un service paradisiaque alors que certaines RPA offrent des services pas toujours adéquats et certains droits sont bafoués.

Dans la conjoncture, le nouveau règlement redéfinit le mandat d'un CMV d'une manière radicale en le réduisant à une sorte de club social sans véritable possibilité de représentation et de défense des droits des résident.e.s des RPA. Ce changement de cap correspond au positionnement de la CAQ sur l'hébergement et le maintien à domicile des aîné.e.s : en général, la CAQ privilégie l'offre de services privés basés sur les principes classiques de l'offre et de la demande ; les résident.e.s doivent payer le gros prix sans aucun levier de négociation ni de protection ; en effet, le nouveau règlement stipule que

« Le comité de milieu de vie a pour fonctions :

1° d'encourager la participation des résidents à la vie à la résidence ;
2° de transmettre à l'exploitant les suggestions, les préoccupations et les insatisfactions des résidents ;
3° de promouvoir l'amélioration de la qualité des conditions de vie des résidents. »
Le 4e mandat reste inchangé.

En un mot, on musèle les possibilités d'action, de revendication et de promotion et de défense des droits des aîné.e.s. Il s'agit carrément d'une atteinte à la liberté d'expression et d'association. Le droit à l'information dont pourrait profiter les résident.e.s est remis en cause d'une manière radicale ; actuellement, on ne permet même pas à un CMV d'avoir accès aux coordonnées des résident.e.s et on enlève toutes les possibilités de communication aux CMV. La CAQ infantilise les aîné.e.s résidant dans une RPA en réduisant au maximum les possibilités d'informer et de s'organiser. Sans avoir la prétention d'être une association, le CMV détenait au moins une forme minimale de légitimité pour représenter les aîné.e.s des RPA. Cette reconnaissance minimale est effacée en quelques phrases non équivoques alors que l'on sait très bien que les services dans les RPA sont inégaux, voire inadéquats, dans plusieurs RPA. La CAQ se permet d'agir au nom des propriétaires parce que certains préjugés répandus laissent entendre que les personnes qui vont dans les RPA sont fortunées ; la réalité est fort différente. Des individus et des couples pas nécessairement riches se voient parfois forcés de s'installer dans une RPA en raison de la fragilité de leur état de santé et des soins requis. Beaucoup de gens à revenus modestes n'ont pas le choix et doivent consacrer un fort pourcentage de leur avoir à l'hébergement. Par les résidents, on trouve aussi un grand nombre de personnes seules et en difficulté sur le plan de la santé, notamment une majorité de femmes.

Au pas de course (un mémoire doit être déposé avant le 6 juin), la CAQ vide le mandat des CMV de son sens premier : la promotion et la défense des droits des aîné.e.s dans les RPA. Cette nouvelle mouture enlève un levier crucial pour la survie des CMV soit celui de diffuser de l'information sur les droits et les obligations des résident.e.s alors qu'on limite le mandat « à encourager la participation. » Ce vœu pieux correspond à une vague responsabilité morale, sans contenu précis et engageant. Rien qui vaille une bonne note dans la courte histoire mouvementée des CMV.

Que signifie participer à la vie d'un milieu de vie comme une RPA ?

Participer à la vie d'une institution présuppose d'avoir dépassé le stade de l'adaptation et d'avoir atteint un bon niveau d'intégration ; pour y arriver, il faut d'abord bien comprendre la dynamique d'un milieu de vie nouveau et non pas réduire l'action à une inscription à des activités ludiques (bingos, etc.). La diffusion de l'information sur les droits et sur tous les enjeux relatifs à la vie dans une RPA est essentielle comme soutien à l'intégration des résident.e.s alors que le nouveau projet réduit le mandat d'informer à zéro. Si ces changements fondamentaux sont votés par le gouvernement, les propriétaires de RPA auront tout le pouvoir pour contrôler le message et les stratégies de diffusion. Un CMV ne peut même plus faire partie de la dynamique de l'information à part servir de courroie de transmission d'informations sans que l'on sache si les dirigeant.e.s des RPA ont la responsabilité d'en tenir compte.

Le gouvernement ne peut réduire le mandat d'un CMV à encourager la participation ; un CMV devrait avoir les moyens de promouvoir l'amélioration de la qualité et des conditions de vie et garantir le respect des droits et libertés des résident.e.s à la lumière de la Charte des droits et libertés de personne et de la jeunesse du Québec. D'ailleurs, dans son préambule, la Charte stipule qu'elle a comme principal objectif d'harmoniser les rapports des personnes entre elles et avec leurs institutions : elle s'applique autant aux relations entre l'État et les individus qu'aux relations entre les individus. Un CMV ne peut pas aller plus bas que ce que la Charte préconise.

L'article 44 est tout aussi clair : « toute personne a droit à l'information, dans la mesure prévue par la loi. » C'est un élément clé de la protection des droits et libertés pour garantir une société dynamique, ouverte et égalitaire. La nouvelle politique de la CAQ va dans le sens opposé en réduisant les aîné.e.s à des citoyens infantilisés formatés selon les intérêts et les orientations des propriétaires de RPA. Les RPA siphonnent les économies des aîné.e.s au profit de grands propriétaires immobiliers et d'actionnaires insatiables tout en étant bien protégés par les lois et règlements caquistes.
Enfin, la nouvelle réglementation porte atteinte à la liberté de réunion et d'association. En réduisant le mandat à des fins utilitaires au service des propriétaires, un CMV deviendra inefficace et insignifiant, voire inutile.

Quel est l'avenir des CMV ?

La question mérite considération. Sans un mandat porteur de sens et sans aucun pouvoir de représentation que peuvent faire les CMV ? Ajoutons à cela le manque de ressources financières à l'exception de 350 $ que les propriétaires d'une RPA doivent mettre à la disposition du CMV.

Devant les perspectives du nouveau règlement, les résident.e.s désidreux de se doter d'un pouvoir de représentation, voire de négociation face à des propriétaires et des actionnaires lointains assoiffés de profits, seront-ils.elles forcés de constituer une réelle association de résident.e.s ? La question peut paraître illusoire, mais elle s'impose parce que les résident.e.s obligés de vivre dans une RAP sont réduits à des payeurs sans aucune possibilité de faire valoir leurs droits et leurs intérêts. Et il va de soi qu'une RPA n'est pas un refuge de millionnaires comme on le laisse parfois entendre. Accepter de vivre dans une RPA s'impose parfois par nécessité, problèmes de santé ou de mobilité d'un des deux membres d'un couple ou d'une personne seule ; selon les conditions des individus, l'autonomie est à géométrie variable. Un certain niveau de perte d'autonomie force habituellement les gens à se tourner vers une RAP parce que le système de soutien à domicile des personnes âgées n'offre pas automatiquement d'alternatives solides, à adéquates et viables à court, moyen ou long terme ; pensons aux services bancals offerts par des agences de personnel sous contrat avec un CLSC. En d'autres termes, pour profiter de l'autonomie le plus longtemps possible, beaucoup de gens sont forcés d'appliquer un très haut pourcentage de leurs économies à leur hébergement et à l'utilisation des services internes (infirmerie, salle à manger, loisirs, etc.) dans une RPA.

Avons-nous d'autres choix que d'assumer tous les frais en puisant à l'infini dans nos économies ? Pas nécessairement. Alors, laissez-nous au moins le droit de négocier adéquatement nos conditions de vie et défendre nos droits et nos intérêts !

André Jacob, président
Comité milieu de vie de la résidence Florea (Groupe Maurice).
Terrebonne

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Défense de droits en santé mentale : Remise des Prix Orange et Citron 2026

2 juin, par Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) — , ,
GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE, le 28 mai 2026 – L'association des groupes de défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) dévoile les gagnants des Prix Orange et Citron (…)

GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE, le 28 mai 2026 – L'association des groupes de défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) dévoile les gagnants des Prix Orange et Citron

Depuis 1996, l'AGIDD-SMQ sélectionne 3 mises en candidatures au prix Orange et 3 au prix Citron. C'est par un vote populaire, principalement auprès des personnes premières concernées par la santé mentale, que sont déterminés les gagnants. C'est une façon concrète et originale qui permet aux personnes de s'approprier un certain droit de regard sur cette société qui, trop souvent, les exclut ou les marginalise.

Le prix Orange est décerné à une personne, un groupe, une association ou une institution qui, par son implication, s'illustre pour le respect des droits des personnes vivant un problème de santé mentale. Le prix Citron, quant à lui, est décerné à une personne, un groupe, une association ou une institution qui contrevient au respect des droits des personnes vivant un problème de santé mentale.

Le prix Orange 2026 a été décerné à l'organisme Mon Shack

L'organisme Mon Shack de Sherbrooke lance le premier « laboratoire vivant » en santé mentale au Québec, un projet où les usager.ères collaborent avec des chercheur.es et des intervenant.es pour transformer leur propre milieu de vie. Cette approche de co-création vise à accélérer le rétablissement et l'autonomie des jeunes adultes en adaptant les services à leurs besoins réels. Soutenue par des partenaires universitaires et cliniques, cette initiative pilote aspire à devenir un modèle de référence pour humaniser et moderniser les pratiques d'accompagnement social à travers la province.

« Nous sommes profondément reconnaissants de recevoir le Prix Orange et d'avoir fait partie des nominations cette année. Le projet de recherche living lab vise à partager l'approche par, pour et avec de Mon Shack, grâce à laquelle les locataires participent aux structures décisionnelles et la vie communautaire de l'organisme. »

Le prix Citron 2026 a été décerné à l'Hôpital du Sacré-Coeur-de-Montréal

Un rapport du Protecteur du citoyen dénonce l'usage abusif et injustifié des mesures de contention physique et chimique à l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal. L'enquête révèle des lacunes graves, notamment des patient.es immobilisé.es pendant des heures sans réévaluation, ainsi que neuf situations de maltraitance envers des aîné.es. Le rapport critique une culture organisationnelle qui banalise ces pratiques au détriment des droits fondamentaux des usager.ères.

Étaient aussi mis en candidature au Prix Orange :

MAXENCE VALADE - Dans une lettre ouverte parue au Devoir, l'auteur, intervenant au Club-Ami, critique vivement la campagne de l'Institut Douglas, lui reprochant de réduire la schizophrénie à une simple défaillance biologique ou mécanique du cerveau. En privilégiant une vision strictement biomédicale, cette approche masquerait l'expérience vécue et la quête de sens des personnes. Le texte appelle à dépasser cette vision stigmatisante pour privilégier un récit qui reconnaît l'humanité et la sensibilité particulière des personnes premières concernées, plutôt que de les traiter comme des machines à réparer.

GENEVIÈVE DÉZIEL - Santé Québec est visée par une action collective majeure déposée par une citoyenne ayant découvert des consultations injustifiées dans son dossier médical et celui de son fils défunt. Le recours dénonce des bris de confidentialité répétés commis par des employé.es du réseau de la santé et réclame jusqu'à 20 000 $ par victime pour atteinte à la vie privée. Cette affaire met en lumière les failles de sécurité entourant les données sensibles des patient.es et questionne l'éthique du personnel ayant accès aux dossiers informatisés sans motif valable.

Étaient aussi mis en candidature au Prix Citron :

HÔPITAL NOTRE-DAME-DE-MONTRÉAL - Un patient de l'Hôpital Notre-Dame a été renvoyé chez lui par taxi dans un état jugé indigne, vêtu uniquement d'une jaquette d'hôpital souillée (tachée d'excréments). On dénonce un manque de dignité et d'humanité dans le processus de congé de l'hôpital. La famille critiquait le fait que le personnel n'ait pas pris le temps de nettoyer le patient ou de s'assurer qu'il portait des vêtements propres avant son départ.

CIUSSS DE LA CAPITALE NATIONALE : Le Centre 388, une clinique spécialisée de Québec offrant un traitement psychanalytique pour les adultes souffrant de psychose depuis 42 ans, est menacé de fermeture à la suite d'une décision administrative du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Cette coupure de contrat abrupte survient malgré les succès du centre en matière de réinsertion sociale et de réduction des hospitalisations. Les partis d'opposition et les intervenant.es du milieu dénoncent cette décision qui met en péril la sécurité et la stabilité des personnes desservies, tout en exigeant du gouvernement qu'il respecte sa promesse de réaliser une évaluation indépendante avant de mettre fin aux activités.

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Une délégation de parents d’élèves à besoins particuliers demande des engagements aux partis politiques

2 juin, par Comité pour le droit à la scolarisation — , ,
Québec, le 27 mai 2026. - Le mercredi 27 mai, une délégation de parents s'est rendue à l'Assemblée nationale pour dénoncer le manque de services et l'exclusion scolaire que (…)

Québec, le 27 mai 2026. - Le mercredi 27 mai, une délégation de parents s'est rendue à l'Assemblée nationale pour dénoncer le manque de services et l'exclusion scolaire que subissent de plus en plus d'élèves en situation de handicap ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (HDAA). En vue de la campagne électorale, les parents et des représentantes d'organisation ont demandé des engagements aux différents partis pour que le droit à l'éducation des élèves HDAA soit enfin respecté au Québec.

Sensibiliser les parlementaires

La délégation d'une douzaine de parents cherchait d'abord à sensibiliser les parlementaires à la réalité des familles d'élèves HDAA. Elle a donc remis un recueil comptant 172 témoignages à chacun des cinq partis représentés à l'Assemblée nationale ; des témoignages qui, pour plusieurs, nous montrent les impacts dévastateurs que peuvent entraîner la dégradation continue des services aux élèves HDAA et la hausse des cas de bris de scolarisation.

Parmi les problèmes soulevés par les parents, notons la difficulté d'avoir accès à des services spécialisés, les locaux non adaptés et souvent manquants, le manque de personnel de soutien scolaire, les plans d'intervention imposés aux élèves, souvent inadaptés et non respectés, la collaboration difficile entre intervenant-es des différents réseaux, l'orientation scolaire ne répondant pas aux besoins des élèves, les groupes trop nombreux, l'accès aux services de garde ou de transport adapté, la multiplication des bris de scolarisation et des cas de scolarisation partielle...

(Voir quelques exemples de témoignages en annexe.)

Réclamer des engagements

Au-delà de la sensibilisation, la délégation voulait profiter du contexte préélectoral pour revendiquer un meilleur financement du système d'éducation, particulièrement pour garantir des services aux élèves HDAA. Elle a demandé aux différents partis de faire connaître leurs engagements en ce sens et de réaffirmer qu'au Québec, 100% des enfants ont droit à une éducation de qualité, sans discrimination. Les occasions ne manqueront pas au cours des prochains mois pour relancer les partis à ce sujet.

À propos

La délégation était organisée par le Collectif pour le droit à la scolarisation et la Fédération québécoise de l'autisme, en collaboration avec l'Association québécoise du syndrome de la Tourette, la Coalition de parents d'enfants à besoins particuliers, le Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec (RAPLIQ), la section de Québec de la Ligue des droits et libertés et la Société québécoise de la déficience intellectuelle.

CITATIONS

version complète des interventions en annexe

Marjorie Vernay, mère de famille, CSS des Premières-Seigneuries

Le 15 mai dernier, tout s'est effondré. Plus aucun accès au service de garde. Plus rien. Après avoir interpellé l'école et le service de garde, après avoir parlé, expliqué ma situation à mon employeur, à ma médecin de famille, j'en suis venue à cette conclusion : nous, les parents d'enfants à besoins particuliers, sommes pris en otage par des règles arbitraires sous couvert d'un manque de ressources. Avant d'être mère, je n'avais aucune connaissance de tout le désarroi vécu par des centaines, des milliers de familles à travers tout le Québec. Nous sommes ici aujourd'hui pour faire entendre notre voix afin que la population soit au courant de ce qui se passe sous ses yeux mais qu'on leur cache délibérément. Nos enfants n'ont pas choisi d'être différents, nous n'avons pas choisi ce combat, nous n'avons seulement pas le choix de nous battre pour que nos enfants aient les mêmes chances que les autres.

Gabrielle Tremblay-Delisle, mère de famille, présidente du conseil d'administration de l'Association québécoise du syndrome de la Tourette

Je suis la mère d'un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Pour ma fille, c'est depuis la maternelle qu'elle vit des épisodes de déscolarisation. L'école à demi-temps, parfois sans transport fourni, sans avoir droit au service de garde, pas d'accès aux activités parascolaires, pas de sortie avec la classe ou l'école. Les plans d'intervention s'accumulent et ma fille est rapidement isolée socialement, accumule du retard d'apprentissage et sans parler des difficultés psychologiques rattachées à l'exclusion scolaire. J'ai dû mettre ma carrière sur pause pendant plusieurs années afin de répondre à tous ses besoins particuliers. Ma situation est l'une parmi tant de familles ayant un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Les familles sont épuisées, contraintes de se battre seules pour obtenir une place à l'école et se retrouvent trop souvent à faire l'agent de liaison entre les différents services pour assurer la coordination entre la santé, l'éducation et les services sociaux.

Celyn Harding-Jones, mère de famille, Riverside School Board

My intelligent 9 year old daughter is autistic, with adhd and dyslexia. This year, she has missed over 100 days of schooling because I had to choose her mental health over her education. I have not worked in years, and we are constantly living in crisis mode, having already accessed any available supports and unsuccessfully applied to specialist schools. Today I am asking for our elected officials to explain to my daughter why she cannot attend school. This is not a failure of the most vulnerable disabled children not able to fit within a system. This is a failure of a system and a series of political parties who refuse to invest in the future. Inclusion is a great moral tenant of our society. But inclusion without adequate support is neglect."

Patrice Lemieux Breton, père de famille, coordonnateur du Collectif pour le droit à la scolarisation

Le gouvernement ne peut plus regarder la situation se détériorer sans rien faire, au nom du respect de la "capacité de payer des contribuables". L'inaction a un coût social et financier considérable pour les familles et l'ensemble de la société. Cette année, le ministère de l'Éducation a relevé 4000 cas de bris de scolarisation de deux semaines consécutives ou plus. À cela s'ajoutent plusieurs milliers de cas de scolarisation partielle ou de bris de service de plus courte durée, qui peuvent souvent se répéter pendant des années. Peu importe le cas de figure, les impacts peuvent être dévastateurs pour les enfants mais aussi pour les parents qui, souvent, doivent quitter leur emploi pour s'occuper de leur enfant, vivent de l'isolement, développent des problèmes de santé mentale ou physique, etc.

Lili Plourde, directrice de la Fédération québécoise de l'autisme

Aujourd'hui, nous sommes ici pour rappeler que l'inclusion scolaire ne doit pas être un simple principe inscrit sur papier. Elle doit se traduire concrètement dans les classes, dans les écoles et dans les services offerts quotidiennement aux élèves. Nous sommes ici pour défendre le droit de chaque enfant à recevoir l'aide dont il a besoin. Le droit d'apprendre à son rythme. Le droit d'avoir accès à des professionnels qualifiés, à des outils adaptés et à un environnement qui favorise sa réussite. Notre présence aujourd'hui est un message clair : nous refusons que des élèves soient laissés pour compte. Nous refusons que le manque de ressources devienne une excuse à l'abandon de nos responsabilités collectives

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Bianca Nugent, présidente de la Coalition des parents d'enfants à besoins particuliers du Québec

Les témoignages présentés aujourd'hui confirment ce que les familles vivent depuis des années : la dégradation des services aux élèves ayant besoins particuliers entraîne des impacts dévastateurs et traumatisants sur les enfants et plonge les parents dans un cycle d'isolement, d'épuisement et de renoncements forcés. Nous refusons que l'accès à l'éducation devienne un privilège conditionnel aux ressources disponibles. Chaque enfant a droit à une scolarisation complète, stable et adaptée — et chaque famille a droit au respect, à la transparence et à un système qui assume enfin ses responsabilités.

Amélie Duranleau, directrice générale de la Société québécoise de la déficience intellectuelle

Le droit à l'éducation ne devrait jamais dépendre de la capacité d'un enfant à répondre aux exigences d'un système qui ne tient pas compte de ses besoins, ni de l'épuisement de sa famille. Trop d'élèves ayant une déficience intellectuelle ou d'autres besoins particuliers vivent aujourd'hui de l'exclusion, des interruptions de services et des parcours scolaires fragmentés. Le Québec doit se donner les moyens d'offrir un véritable accès à une éducation inclusive, adaptée et respectueuse des besoins de chaque élève.

Collectif pour le droit à la scolarisation

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« Le Canada remet des personnes à l’ICE » : les réfugiés refoulés à la frontière risquent d’être placés en détention aux États-Unis

2 juin, par Olivia Bowden — , ,
Alors que le Canada durcit ses règles en matière d'asile, des réfugiés qui ont retrouvé leur famille affirment avoir été remis à l'ICE et emprisonnés pendant des mois après (…)

Alors que le Canada durcit ses règles en matière d'asile, des réfugiés qui ont retrouvé leur famille affirment avoir été remis à l'ICE et emprisonnés pendant des mois après l'échec de leur demande d'asile à la frontière.

23 mai 2026 | source : The Guardian | Envoi et traduction : Marc Bonhomme

À mesure que les jours passent dans un centre de détention américain, Markens Appolon sent la vie dont il rêvait lui échapper.

Ce jeune homme de 25 ans a fui Haïti pour échapper à la violence endémique des gangs qui a bouleversé ses études universitaires en économie, et comptait rejoindre sa famille à Montréal.

Mais depuis quatre mois et demi, Appolon est incarcéré dans un centre de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement). Il se demande comment il pourrait bien commencer à reconstruire sa vie s'il venait à être libéré.

« Chaque jour qui passe, ma santé mentale se détériore. On voit le monde continuer de tourner et on est juste coincé ici, à regarder », a-t-il déclaré. « Je suis ici, et même quand je sortirai, le problème sera pire. »

Appolon avait cherché refuge au Canada, convaincu que ce pays offrait un havre de paix à ceux qui étaient en danger. Le fait qu'il ait de la famille au Canada aurait dû lui permettre de demander l'asile. Pourtant, ce sont des agents canadiens qui l'ont remis aux agents de l'ICE qui l'ont placé en détention.

« C'est ce qui est si choquant dans cette affaire et dans d'autres similaires », a déclaré Erin Simpson, une avocate spécialisée en droit de l'immigration basée à Toronto qui représente Appolon. « Le Canada est complice de ces agissements. Le Canada remet des personnes à l'ICE. »

Simpson et d'autres avocats spécialisés en droit de l'immigration au Canada affirment être submergés de dossiers similaires à celui d'Appolon depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump.

Des réfugiés comme Appolon tentent de demander l'asile au Canada en invoquant une exception à l'accord sur les pays tiers sûrs conclu entre ce pays et les États-Unis. En vertu de cet accord, les réfugiés doivent demander l'asile dans le premier « pays sûr » où ils arrivent.

Mais les experts juridiques soutiennent que les États-Unis ne devraient pas être considérés comme un pays tiers sûr. Ils font valoir que la détention de longue durée des personnes en quête d'asile et les menaces d'expulsion vers des pays où elles pourraient être maltraitées ou tuées indiquent que les États-Unis ne sont pas sûrs.

Dans le même temps, le Canada durcit son propre système d'asile. Une nouvelle législation promulguée en mars a instauré de nouvelles règles d'inéligibilité pour les demandeurs d'asile, ce qui a poussé les détracteurs à accuser le gouvernement de Mark Carney d'introduire des politiques d'immigration à la Trump.

Des réfugiés comme Appolon restent emprisonnés aux États-Unis « parce que le Canada a mené les procédures à la frontière d'une manière rigide et, franchement, injuste », a déclaré Simpson.

« Les conséquences pour lui ne pourraient être plus graves », a-t-elle déclaré.

Appolon a fui Haïti en 2023, alors que le pays était en proie à une guerre des gangs dévastatrice, à un vide politique, à un effondrement économique et à la famine. Il s'est installé en Floride où il a vécu avec un oncle grâce à un programme spécial de visas humanitaires accordé par l'administration Biden, qui lui permettait de travailler et d'étudier.

Lorsque Trump est revenu au pouvoir et a menacé de mettre fin au programme, Appolon a décidé de demander l'asile au Canada.

Un réfugié qui tente d'entrer au Canada depuis les États-Unis doit prouver qu'il a des membres de sa famille canadiens dans le pays pour être autorisé à y entrer. Sinon, il est censé recourir au système américain.

Appolon a atteint la frontière entre le Québec et le Vermont le 28 décembre, mais a été refoulé et remis à l'ICE. Sa tante, citoyenne canadienne, était temporairement absente du pays pour une urgence familiale, et les agents frontaliers lui ont dit que sans sa présence physique dans le pays, il ne pouvait pas entrer.

Selon Mme Simpson, les agents des services frontaliers canadiens se sont montrés plus indulgents dans des affaires précédentes et auraient dû laisser à la tante d'Appolon le temps de revenir. La législation canadienne ne précise pas qu'un proche doit se trouver physiquement dans le pays au moment où un demandeur d'asile dépose sa demande, a-t-elle déclaré.

Malgré la législation récente, le Canada jouit toujours d'une réputation mondiale de pays accueillant pour les réfugiés et les immigrants. Mais les conséquences d'un rejet sont devenues plus sévères, selon plusieurs avocats spécialisés en droit de l'immigration.

Si des personnes demandant le statut de réfugié ont déjà été refoulées à la frontière canadienne par le passé, les avocats spécialisés en droit de l'immigration affirment que la situation s'est considérablement aggravée depuis le retour au pouvoir de Trump.

L'administration Trump a semé le trouble chez ceux qui étaient entrés aux États-Unis avant 2025 grâce à des visas humanitaires et d'autres statuts d'immigration temporaires désormais menacés.

En conséquence, ils sont de plus en plus nombreux à envisager le Canada. Cela a entraîné un durcissement des contrôles à la frontière, le Canada cherchant à se prémunir contre une éventuelle avalanche de demandes, même si le pays est en mesure d'accueillir les demandeurs.

Tenzin, un réfugié tibétain, a déclaré que la volonté du Canada de le livrer à l'ICE pour qu'il soit incarcéré semblait en totale contradiction avec son image internationale. Cet homme de 29 ans a tenté de demander l'asile au Canada à la frontière américaine en août. Sa famille canadienne attendait son arrivée.

« Je pensais que les Canadiens étaient meilleurs que les Américains… mais quand j'ai été traité comme ça, je me suis dit qu'il y avait aussi des gens mauvais au Canada », a-t-il déclaré.

Il a rapidement été placé dans le centre de détention de l'ICE à Buffalo. En décembre, Tenzin a commencé à perdre le contrôle des muscles du côté gauche de son visage.

Après avoir supplié pendant des jours qu'on le laisse voir un médecin, il a déclaré que les agents de l'ICE l'avaient finalement emmené à l'hôpital. Ses mains et ses chevilles étaient menottées et il a été transporté en pleine tempête de neige, vêtu d'un simple survêtement. Les agents lui ont dit qu'ils n'avaient plus de manteaux.

Un médecin lui a diagnostiqué une paralysie de Bell, une affection qui provoque une paralysie faciale soudaine.

Le Guardian n'utilise que le prénom de Tenzin, car celui-ci craint que le fait de parler publiquement de son séjour en détention à l'ICE ne nuise à ses chances de trouver un emploi.

Heather Neufeld, une avocate spécialisée en droit de l'immigration à Ottawa qui représente Tenzin, a déclaré qu'en tant que réfugié apatride au Népal, il ne remplissait pas les conditions requises pour obtenir des documents de voyage. Sa seule chance de quitter le Népal était d'obtenir un faux passeport indien afin de rejoindre le Canada depuis la frontière américaine.

Lorsqu'il a tenté de demander l'asile, a-t-elle expliqué, les agents des services frontaliers ont refusé d'interroger la famille de Tenzin.

« L'agent n'était pas disposé à envisager la possibilité qu'il soit réellement un réfugié tibétain », a-t-elle déclaré.

Mme Neufeld a réussi à démontrer que le traitement réservé à Tenzin à la frontière canadienne était entaché d'erreurs de procédure. Il a été libéré en février et a rejoint sa famille à Toronto.

Le Canada aurait les moyens d'accueillir beaucoup plus de réfugiés en provenance des États-Unis, a déclaré Audrey Macklin, professeure de droit de l'immigration et des réfugiés à l'Université de Toronto.

Pourtant, le fait que le pays maintienne l'Accord sur les pays tiers sûrs et le durcissement récent de son système d'asile viennent contredire cette image, a-t-elle ajouté.

« [Le Canada] ne cesse de clamer sa générosité envers les réfugiés », a-t-elle déclaré. « Mais il est clair qu'il n'y a pas de volonté politique en ce sens », a-t-elle ajouté.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le ministère fédéral chargé de gérer l'arrivée des demandeurs d'asile, a déclaré que l'Accord sur les tiers pays sûrs conclu avec les États-Unis constituait un « outil important pour la gestion ordonnée des demandes d'asile ».

La loi canadienne exige qu'un pays tiers sûr respecte ses engagements en matière de droits de l'homme. L'agence a déclaré que les États-Unis faisaient l'objet d'une « surveillance continue » afin de s'assurer qu'ils respectent ces normes.

Gurbir Singh a déclaré avoir fui l'Inde après avoir reçu des menaces de mort de la part de la police, et avoir tenté de demander l'asile au Canada le 25 mars, dans le but de rejoindre sa famille à Brampton, une ville située dans la banlieue de Toronto.

Mais les agents des services frontaliers canadiens ne l'ont pas cru lorsqu'il a affirmé être Singh, malgré ses documents et le fait que ses empreintes digitales correspondaient à celles déjà enregistrées dans le système. Il a été remis à l'ICE et détenu dans le centre de détention de l'agence à Buffalo avant que Simpson ne parvienne à convaincre les autorités canadiennes de son identité. Il a été libéré et autorisé à entrer au Canada fin avril.

« Je n'ai certainement jamais vu cela. Mais nous constatons une réelle rigidité dans les exceptions à la frontière et une incapacité réelle à reconnaître le coût extraordinaire des décisions erronées », a déclaré M. Simpson.

« Je pensais que le Canada était réputé pour ses droits de l'homme. Mais ils ne m'ont accordé aucun droit… ils m'ont dit : “Vous ne pouvez pas rester ici” », a déclaré M. Singh.

L'Agence des services frontaliers du Canada, l'organisme fédéral chargé du contrôle des frontières, a déclaré qu'elle ne pouvait pas commenter les cas d'Appolon, de Tenzin et de Singh pour des raisons de confidentialité. Mais elle a affirmé que les agents des services frontaliers traitaient les demandes « en toute impartialité » et que les demandeurs « comprenaient leurs droits ».

« Il incombe aux réfugiés de prouver qu'ils remplissent les conditions requises pour entrer au Canada », a déclaré l'agence. Les agents des services frontaliers doivent être « convaincus » qu'il est « plus probable qu'improbable qu'un lien familial existe ».

Le porte-parole a indiqué que les agents de l'ASFC peuvent réexaminer la demande d'un réfugié dans des cas « exceptionnels ».

L'ICE américain n'a pas répondu à notre demande de commentaires.

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Cisjordanie : une autre déclaration hypocrite du Canada

2 juin, par Coalition du Québec Urgence Palestine — , , ,
Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 27 mai 2026. Les dirigeants du Canada et de huit autres pays (Allemagne, Australie, France, Italie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas et (…)

Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 27 mai 2026. Les dirigeants du Canada et de huit autres pays (Allemagne, Australie, France, Italie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont émis, le 22 mai, une déclaration commune « sur la situation en Cisjordanie ». Il s'agit d'une nouvelle prise de position de façade invoquant le droit international, mais ne faisant que des demandes très limitées à Israël et, surtout, sans sanctions significatives permettant d'espérer un quelconque changement des politiques israéliennes.

27 mai 2026 | Communiqué Coalition du Québec Urgence Palestine
https://alter.quebec/cisjordanie-une-autre-declaration-hypocrite-du-canada/

Après les déclarations du 21 juillet 2025 (26 signataires), du 21 août (26 signataires) et du 25 décembre dernier (15 signataires), la déclaration du 22 mai est centrée sur le projet de colonie E1 qui « diviserait la Cisjordanie en deux et constituerait une grave violation du droit international », ce qui est indéniable. Elle affirme clairement que « les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales », mais elle ne demande pas leur démantèlement dans les plus brefs délais tel que stipulé dans l'avis consultatif historique du 19 juillet 2024 de la Cour internationale de justice (CIJ). Elle se limite plutôt à exhorter Israël à renoncer à créer de nouvelles colonies. De la même manière, elle indique que les entreprises « ne devraient pas répondre aux appels d'offres relatifs à des projets de construction dans la zone E1 », au lieu de leur signifier que toute activité économique de leur part — contribuant à la création, mais aussi au maintien et à l'expansion des colonies des colonies existantes — devrait cesser sous peine de sanctions.

Le 20 janvier dernier, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a prononcé à Davos un discours qui a impressionné le gratin mondial qui s'y réunit chaque année, et aussi une bonne partie de la population canadienne. Il y invitait les puissances intermédiaires, dont le Canada à « s'unir pour créer une troisième voie qui aura du poids ». Il les invitait à « vivre dans la vérité », à « nommer la réalité » et à « agir de manière cohérente ». Autant de belles paroles qui sont aux antipodes de cette nouvelle déclaration commune.

Si le Canada et ses acolytes occidentaux veulent nommer la réalité, avec deux ans et demi de retard, ils devraient nommer le génocide qui est toujours en cours à Gaza. Ils devraient agir de manière cohérente en mettant immédiatement en œuvre un maximum de sanctions sévères contre l'État d'Israël pour s'acquitter de leur responsabilité en vertu de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide. Et ils devraient s'associer à la voie ouverte par l'Afrique du Sud devant la CIJ pour en finir avec l'impunité israélienne.

Sans y faire référence dans leur dernière déclaration commune, plusieurs des pays signataires se sont récemment indignés, à juste titre, des mauvais traitements infligés à leurs ressortissant.es, kidnappés illégalement par Israël dans les eaux internationales alors qu'il.elles participaient aux flottilles Global Sumud et Freedom Flottilla. Mais ils restent silencieux face aux milliers de prisonniers palestiniens qui sont systématiquement soumis à la torture, comme l'ont encore récemment souligné la rapporteuse spéciale de Nations Unies pour la Palestine, Francesca Albanese, et l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem.

Le Canada et ses acolytes occidentaux ne pourront créer « une troisième voie qui aura du poids » sur la question palestinienne et agir « en faveur d'une paix globale, juste et durable » tant et aussi longtemps qu'ils demeureront complices des crimes d'Israël.

Citations :

« L'impunité d'Israël, qui viole explicitement le droit international, repose sur l'inaction des États occidentaux. »

– Diane Lamoureux, porte-parole, Coalition du Québec URGENCE Palestine

« La déclaration commune du Canada et des huit autres pays signataires est tout aussi hypocrite qu'inutile : ils savent très bien que leur sempiternelle réaffirmation de “soutien indéfectible” à une solution à deux États est sans effet, d'autant plus que leurs politiques et les activités de leurs entreprises continuent de contribuer aux crimes d'Israël contre le peuple palestinien. »

– Raymond Legault, porte-parole, Coalition du Québec URGENCE Palestine

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Avi Lewis, nouveau chef socialiste du NPD canadien : « La vie n’a pas à être aussi cruellement injuste »

2 juin, par Democracy now ! — , ,
Alors que Democracy Now ! diffuse depuis Toronto, nous nous entretenons avec Avi Lewis, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, parti progressiste canadien. Lewis a été (…)

Alors que Democracy Now ! diffuse depuis Toronto, nous nous entretenons avec Avi Lewis, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, parti progressiste canadien. Lewis a été élu à une écrasante majorité le mois dernier, convainquant les membres du parti grâce à un programme socialiste démocratique qui s'engageait à donner la priorité à l'accessibilité financière, à lutter contre la crise climatique, à contrer les attaques de l'administration Trump contre le Canada, et plus encore. Lewis prend ses fonctions alors que le NPD ne dispose que de cinq sièges au Parlement et que le Premier ministre Mark Carney vient d'obtenir la majorité pour son gouvernement libéral à l'issue de trois élections partielles en avril.
Lewis reconnaît que « le NPD a beaucoup de travail de reconstruction à accomplir », mais affirme qu'il existe au Canada un « vaste espace politique » pour un programme populiste de gauche. « Je pense que les jeunes, en particulier, sont très réceptifs à une vision selon laquelle la vie ne doit pas nécessairement être aussi cruellement injuste », déclare Lewis. « Nous avons besoin de solutions non marchandes pour faire face à une période de défaillance du marché. »
Lewis est un militant et cinéaste de longue date dont le défunt père, Stephen Lewis, a dirigé le NPD de l'Ontario dans les années 1970. Il est marié à la célèbre autrice Naomi Klein.

28 avril 2026 | tiré de democracynow.org
https://www.democracynow.org/2026/4/28/canada_elex

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Juan González.
Je me trouve aujourd'hui à Toronto, au Canada, où des élections partielles ont eu lieu au début du mois, offrant une faible majorité à la Chambre des communes au Parti libéral et au Premier ministre Mark Carney, qui disposera désormais d'une plus grande marge de manœuvre pour faire avancer son programme politique. L'année dernière, le Parti libéral canadien a vu sa popularité monter en flèche alors que le président Trump intensifiait ses menaces de faire du Canada le 51e État et d'imposer des droits de douane. Voici un message vidéo publié par le Premier ministre Carney la semaine dernière.

LE PREMIER MINISTRE MARK CARNEY : On ne peut pas assurer la sécurité en ignorant l'évidence ou en minimisant les menaces bien réelles auxquelles nous, Canadiens, sommes confrontés. … Voici donc la situation actuelle. Le monde, comme je l'ai dit plus tôt, est plus dangereux et divisé. Les États-Unis ont fondamentalement changé leur approche du commerce, augmentant leurs droits de douane à des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis la Grande Dépression. Bon nombre de nos anciens atouts, fondés sur nos liens étroits avec l'Amérique, sont devenus nos faiblesses, des faiblesses que nous devons corriger. Les travailleurs de nos industries les plus touchées par les droits de douane américains — dans l'automobile, la sidérurgie, le bois d'œuvre — sont menacés. Les entreprises freinent leurs investissements, freinées par le climat d'incertitude qui pèse sur nous tous. Les États-Unis ont changé, et nous devons réagir. … « Canada Strong » est notre plan pour bâtir le Canada par les Canadiens, pour les Canadiens.

Par ailleurs, le principal parti progressiste du Canada, le Nouveau Parti Démocratique (NDP), a récemment élu l'activiste socialiste et réalisateur de documentaires Avi Lewis à la tête du parti. Le NPD était autrefois le principal parti d'opposition au Canada, mais il ne détient plus aujourd'hui que cinq sièges à la Chambre des communes. Lewis a mené sa campagne sur un programme axé sur l'accessibilité financière, l'équité et l'augmentation de l'impôt sur la fortune. Le NPD va désormais devoir se reconstruire.

Avi Lewis est issu d'une famille politique influente. Son grand-père, David Lewis, a contribué à la fondation du NPD et a dirigé le parti. Le père d'Avi Lewis, Stephen Lewis, a dirigé le NPD de l'Ontario dans les années 70. Stephen Lewis était également défenseur des droits de l'homme, animateur de télévision, ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations unies et envoyé spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique. Stephen Lewis est décédé d'un cancer à l'âge de 88 ans, deux jours seulement après la victoire électorale d'Avi. Voici Avi Lewis s'exprimant lors de la cérémonie commémorative en l'honneur de son père dimanche dernier.

AVI LEWIS : Beaucoup d'entre vous savent que les derniers mois du parcours de papa ont coïncidé avec ma campagne pour la direction du NPD canadien, notre foyer politique de toujours. Et pour ceux d'entre vous qui nous regardent depuis le monde entier, c'est un miracle de pouvoir vous dire que la dernière chose qu'il a vue de son vivant, les yeux ouverts, a été notre victoire dans cette course et la passation du flambeau politique.

AMY GOODMAN : Pour parler de son élection, de son père et d'autres sujets, nous sommes maintenant en compagnie d'Avi Lewis à Ottawa. Tout d'abord, Avi, nos condoléances pour le décès de votre père, Stephen Lewis, un homme que nous avons interviewé à plusieurs reprises au fil des ans. Pourriez-vous nous parler du parcours de votre famille et de ce qui vous a amené à ce poste de nouveau chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, le NPD ?

AVI LEWIS : Bonjour, Amy. Merci beaucoup pour ces paroles aimables. Cela a été — évidemment, le dernier mois de ma vie a été une expérience tout simplement extraordinaire. Je suis à court de mots, ce qui, comme vous le savez, n'arrive pas très souvent dans ma famille.

Oui, j'ai grandi au sein du NPD des années 1970 et, d'une certaine manière, à la fin de l'essor d'après-guerre de la propriété publique et de la mise en place au Canada de notre filet de sécurité sociale, de notre système de santé universel, que le NPD a été le moteur de la mise en place, depuis Tommy Douglas en Saskatchewan, jusqu'au niveau national. C'est notre fierté et notre joie. C'est l'une des principales choses qui nous différencie des États-Unis. Il n'est pas nécessaire d'être riche pour tomber malade au Canada, même si les efforts de privatisation se sont accélérés et que notre système de santé n'est plus ce qu'il était. Ce sont vraiment ce genre de réalisations, et cette période des années 1970 correspond à l'époque où j'étais — oui, j'étais un enfant, mais j'ai grandi au sein du parti.

Ma vie, comme tu le sais, car nous en avons parlé à maintes reprises au fil des ans, a été consacrée au militantisme ; j'ai émergé au sein du mouvement altermondialiste lorsque nous luttions contre ces accords de libre-échange qui auraient intégré si étroitement l'économie canadienne à celle des États-Unis. Maintenant que nous sommes dans une ère où Trump fait des ravages à travers le monde, agissant en toute impunité, bafouant les normes internationales et s'en prenant au Canada, menaçant de nous annexer et lançant ces attaques économiques massives sous forme de droits de douane, nous sommes… vous savez, nous avons toujours eu raison de dire qu'il ne fallait jamais intégrer notre économie aussi profondément à celle des États-Unis. Mais maintenant, nous devons trouver comment rendre notre économie à l'épreuve de Trump, comment créer une économie indépendante.

Et c'est un moment très… c'est un moment unique et historique pour moi. Je me présente aux élections depuis quelques années, sans succès, mais j'ai remporté la direction du NPD au plus bas du cycle électoral, à un moment charnière de l'histoire du Canada, alors que nous avons besoin de propositions concrètes pour rendre notre économie plus indépendante et pour protéger le filet de sécurité sociale de base ainsi que les valeurs de solidarité et de communauté qui constituent, vous le savez, notre différence canadienne légendaire. C'est donc un moment très... un moment décisif. Le NPD a beaucoup de travail de reconstruction à faire. Mais, vous savez, nous avons mené une campagne vraiment franche.

Lorsque le gouvernement Carney a été élu — et Carney est un banquier central, et donc, vous savez, son premier emploi était chez Goldman Sachs, mais il a été élu en tant que sorte de — les Canadiens pensaient qu'il serait le protecteur progressiste du Canada à l'ère Trump. Il a très vite viré à droite. Il a lancé un projet visant à redoubler d'efforts en matière d'extraction des ressources, de pipelines de pétrole et de gaz et de projets d'infrastructure gigantesques qui profiteront largement aux entreprises étrangères, en les accélérant, en mettant de côté les droits des Autochtones et en faisant fi des consultations environnementales. Et les conservateurs, sous la houlette de Pierre Poilievre, ont voté avec lui sur bon nombre de ces — sur bon nombre de ces très, très gros dossiers.

Le NPD dispose donc désormais d'un vaste espace politique pour proposer de vraies solutions à la crise du coût de la vie dans un pays où une poignée d'entreprises dominent tous les secteurs de notre économie, où elles font grimper les prix, et où les loyers et les hypothèques sont complètement hors de contrôle et inabordables. Je pense que la crise de l'accessibilité financière est encore plus grave au Canada qu'aux États-Unis, car une poignée d'entreprises exercent un contrôle très étroit sur l'alimentation, la téléphonie mobile et les télécommunications, le secteur pétrolier et les grandes banques au Canada. Vous savez, nous avons donc proposé un programme de gauche résolument populiste : une pompe à chaleur dans chaque foyer, un réseau électrique est-ouest, une révolution des bus électriques, une option publique pour l'alimentation et la nationalisation des télécommunications et de nombreux secteurs de l'économie, ainsi qu'un vaste programme de construction de logements sociaux. Nous avons besoin de solutions non marchandes en cette période de défaillance du marché. Et nous avons touché une corde sensible. Notre base s'élargit rapidement. Et maintenant, nous devons toucher l'ensemble du pays et développer un mouvement politique en cette période de crise.

JUAN GONZÁLEZ : Et, Avi, pourriez-vous nous dire comment votre parti, le NPD, s'inscrit dans ce paysage politique et idéologique plus large, surtout compte tenu du fait que le parti a subi de lourdes défaites lors des dernières élections ?

AVI LEWIS : Oui, vous savez, nous avons — nous avons connu un pic il y a environ 15 ans, lorsque Jack Layton était notre chef, et nous avons percé, surtout au Québec, et sommes devenus l'opposition officielle pour la première fois. Et au cours des 15 dernières années, le NPD n'a cessé de décliner. Nous n'avons pas réussi à établir le contact avec les électeurs de la classe ouvrière au Canada, qui ont été — vous savez, comme aux États-Unis et partout dans le monde, ont été — vous savez, la droite politique a su exploiter avec succès la colère populaire, en s'en prenant aux plus faibles et en rejetant la responsabilité des problèmes de la société sur les immigrés et, vous savez, les personnes transgenres, alors que ces problèmes ont manifestement été créés par l'incroyable extraction de richesses par les 0,01 %, qui dominent désormais notre économie tandis que la vie de la classe ouvrière devient impossible. Nous devons donc regagner ces électeurs.

Et nous sommes au creux du cycle électoral, comme je l'ai dit, mais la marge de manœuvre dont nous disposons est énorme. Et je pense que les jeunes, en particulier, sont vraiment sensibles à une vision où la vie n'a pas besoin d'être aussi cruellement injuste, et, vous savez, dans un pays riche, un pays qui regorge de richesses. Mais nous avons besoin d'un parti qui dira : « Nous avons besoin d'impôts sur la fortune.

Nous devons aller récupérer toute cette richesse, ou du moins une part importante de celle-ci, qui est concentrée au sommet de la société, et l'investir dans des projets qui amélioreront la vie quotidienne des Canadiens » — des transports en commun qui fonctionnent vraiment, des logements sociaux qui soient beaux et abordables et qui ne soient pas soumis à la spéculation. Et nous devons — nous devons nous attaquer aux géants de la tech, qui dominent notre économie comme ils dominent l'économie mondiale. Nous avons donc immédiatement pris position, dès mon arrivée à la tête du parti et ma première visite à Ottawa, en appelant le gouvernement à interdire la tarification de surveillance, une pratique qui se généralise actuellement dans les États à travers le pays. Nous avons une politique d'IA centrée sur l'humain, dans laquelle nous appelons à un moratoire sur les centres de données, à l'instar de ce que fait Bernie Sanders aux États-Unis.

Et je pense qu'il y a une vague commune de politique socialiste démocratique, qui répond vraiment aux urgences quotidiennes des gens qui essaient simplement de s'en sortir dans une économie complètement impossible et truquée en faveur des riches. Et je suis très optimiste quant à nos chances au Canada. Pour l'instant, je n'ai pas de preuves concrètes, vous savez, dans les sondages. Nous avons cinq sièges à la Chambre des communes. Mais je sens que quelque chose est en train de changer en politique. Cela passe inaperçu aux yeux des médias grand public. Les médias corporatifs veulent nous déclarer en sursis, en pleine spirale mortelle. Chaque jour, on nous sert une nouvelle histoire sur la façon dont le NPD est cuit. Et pourtant, pendant la campagne à la direction, nous avons recruté des dizaines de milliers de nouveaux membres dans toutes les régions du pays. Nous avons établi des records de collecte de fonds pour le NPD lors de cette campagne. Et nous avons gagné, dès le premier tour d'un scrutin à vote préférentiel, avec la plus grande marge et le plus grand nombre de voix absolues de toute l'histoire des campagnes à la direction du NPD, y compris celle de Jack Layton lorsqu'il a été élu chef pour la première fois. Il se passe donc quelque chose ici, ici au Canada. Ne l'idéalisez pas, comme le font trop souvent les Américains. Mais nous construisons, comme Zohran Mamdani construit, comme Bernie et d'autres construisent. Et nous sommes très optimistes.

AMY GOODMAN : Avi Lewis, j'aimerais revenir sur le discours du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, lors du Forum économique mondial en janvier.

LE PREMIER MINISTRE MARK CARNEY : Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les plus puissants s'en exemptaient quand cela leur convenait, que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international s'appliquait avec une rigueur variable selon l'identité de l'accusé ou de la victime. Cette fiction était utile. Et l'hégémonie américaine, en particulier, a contribué à fournir des biens publics, des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution des différends. Nous avons donc affiché le panneau à la fenêtre, nous avons participé aux rituels, et nous avons largement évité de dénoncer les écarts entre le discours et la réalité. Ce compromis ne fonctionne plus.

AMY GOODMAN : L'ancien banquier, le Premier ministre canadien, on dirait qu'il pourrait être vous, Avi Lewis. Que veut-il dire exactement ? Je veux dire, c'est un discours qui a retenu l'attention du monde entier. Et avec quoi y répondez-vous au sein du NPD ?

AVI LEWIS : Eh bien, vous savez, ce discours de Davos a, à juste titre je pense, beaucoup retenu l'attention. C'était agréable d'entendre un adulte dans la salle. C'est un homme raffiné et intelligent, Mark Carney. Mais il y a un fossé béant entre ces paroles et la réalité. Le gouvernement libéral du Canada a complètement échoué à condamner le génocide à Gaza. Le NPD a été très clair sur la rupture morale, la déchirure du tissu de l'humanité qui représente l'expérience humaine pour nous tous et pour une grande majorité de Canadiens qui assistent en direct à un génocide. Les libéraux ont prétendu avoir imposé un embargo sur les armes à Israël, et pourtant il existe d'énormes failles : nous vendons des armes aux États-Unis, qui les « blanchissent » avant de les livrer à Israël. Lorsque Israël et les États-Unis ont lancé cette attaque répréhensible et illégale contre l'Iran, qui a déstabilisé le monde entier, Mark Carney, dès les premières heures, a salué cette attaque et a exagéré la menace nucléaire iranienne, pour laquelle nous savons qu'il n'existe pas la moindre preuve.

Il y a donc un contraste très marqué entre le discours de Davos, qui exprimait véritablement le désir d'une perspective politique plus équilibrée et plus claire, et les actions concrètes du gouvernement canadien.

Et puis, vous savez, l'autre chose, c'est que, hier, Carney a annoncé la création d'un fonds souverain pour financer ces grands projets. Nous sommes d'humeur à faire de grandes choses au Canada. Mais ces énormes projets d'extraction, avec ce nouveau fonds souverain, qui ne ressemblera pas à celui de la Norvège, lequel, comme vous le savez, valait – et vaut aujourd'hui – plus de 2 000 milliards de dollars, parce qu'ils ont récolté – grâce à la propriété publique de l'industrie pétrolière – des redevances et des bénéfices, les ont mis de côté et les ont redistribués pour construire leur filet de sécurité sociale. Le Canada a fait exactement le contraire. Nous expédions 97 % de notre pétrole et de notre gaz directement aux États-Unis — ce chiffre a légèrement baissé, mais c'est le chiffre historique — et à des sociétés étrangères. Notre industrie pétrolière est encore détenue à 60 % par les États-Unis. Et pour bon nombre de ces projets d'extraction, les bénéfices iront directement aux États-Unis et à d'autres sociétés étrangères. Mais c'est ce sur quoi nous misons encore plus sous Carney. Ce fonds souverain est un excellent exemple du double langage des libéraux. Il fait référence à la Norvège. C'est un modèle complètement différent. Il s'agit d'un autre partenariat public-privé où ils vont injecter 25 milliards de dollars d'argent public dans un fonds censé attirer des capitaux privés massifs. Mais ce qu'ils font réellement, c'est réduire les risques de ces grands projets, comme un nouvel oléoduc et gazoduc, qui n'a aucun promoteur du secteur privé au Canada. Ils vont le faire quand même pour instaurer une paix politique avec l'Alberta, ce qui n'a en réalité jamais été atteint, malgré le fait que nous leur ayons déjà acheté un pipeline de 40 milliards de dollars aux frais de l'État. Ils vont recommencer. Ils vont y injecter des fonds publics. Et c'est la direction prise.

Nous affirmons qu'il faut une nouvelle orientation pour l'économie canadienne. Nous avons toujours lié l'action climatique à la lutte contre la crise du coût de la vie. Nous avons donc proposé toute une série de solutions concrètes, comme une pompe à chaleur dans chaque foyer, une toute nouvelle industrie, des emplois dans le secteur manufacturier, en utilisant de l'acier canadien que nous ne pouvons pas vendre aux États-Unis à cause des droits de douane de Trump, afin de réduire considérablement les factures de chauffage des ménages au Canada, qui sont très élevées, tout en réduisant les émissions ; une révolution des bus électriques, pour reconnecter ce vaste pays, pour sauver notre industrie automobile, qui est si étroitement liée aux États-Unis et au Mexique dans le cadre de l'ALENA et maintenant de l'ACEUM, que nous sommes vraiment, vraiment pris dans une spirale existentielle avec l'industrie automobile au Canada. Nous avons besoin de la propriété publique, pour remettre les gens au travail, pour reconnecter notre pays, pour bâtir une économie indépendante.

Et plus que tout, nous devrions investir dans l'économie des soins, qui représente la majeure partie — le plus grand secteur en termes d'emploi au Canada : les soins de santé, l'éducation, les soins de longue durée, la garde d'enfants. Ces secteurs, dominés par les femmes, sous-payés et sous-évalués, constituent le véritable tissu social, les liens qui nous unissent au sein des communautés. On obtient bien plus d'avantages économiques en investissant dans les soins. Et nous devons mieux rémunérer les travailleuses et soutenir réellement ce qui fait la cohésion de la société canadienne.

Nous avons une offre alternative très solide qui parle aux Canadiens. Et nous avons encore beaucoup de travail à faire pour mettre en lumière les contradictions dans le discours de Carney. C'est un homme intelligent, et il est très populaire en ce moment, mais nous pensons que ces programmes vont échouer, car ils misent encore plus sur les mêmes vieilles recettes qui nous ont mis dans cette situation difficile au départ.

AMY GOODMAN : Avi Lewis, nous tenons à vous remercier infiniment de vous être joint à nous, vous, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, qui nous parlez depuis Ottawa.

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Quelques réflexions sur la souveraineté autochtone et le « droit » canadien

2 juin, par Will Offley — , ,
La décision de la GRC de démanteler les postes de contrôle des Wet'suwet'en dans le nord de la Colombie-Britannique en 2019, ainsi que les barrages ferroviaires et routiers qui (…)

La décision de la GRC de démanteler les postes de contrôle des Wet'suwet'en dans le nord de la Colombie-Britannique en 2019, ainsi que les barrages ferroviaires et routiers qui ont éclaté à travers le Canada en réponse à cette action, ont suscité de nombreux débats dans les médias et à travers le pays. Ces débats ont donné lieu à de nombreux appels au respect de l'État de droit. Malheureusement pour Justin Trudeau et John Horgan, les documents clés existants sur le sujet soulignent la solidité de l'argumentation des Wet'suwet'en et la fragilité de la position des gouvernements fédéral et provincial. Lorsqu'il s'agit de déterminer qui détient le titre de propriété et la juridiction sur les terres que les pipelines veulent traverser, le fait est tout simplement que les gouvernements enfreignent leurs propres lois. Les peuples autochtones, eux, ne le font pas.

24/05/26 | tiré du site ecosocialistvancouver.org Photo : Des membres de la GRC interviennent pour faire respecter une injonction contre des membres du peuple Wet'suwet'en et leurs sympathisants sur un chemin forestier en territoire traditionnel de la nation, dans le nord de la Colombie-Britannique, le 7 janvier 2019. (Chantelle Bellrichard/CBC)

Le projet Coastal Gaslink consiste en la construction d'un gazoduc traversant le nord de la Colombie-Britannique jusqu'à Kitimat afin de permettre l'exportation de gaz naturel liquéfié vers les marchés asiatiques. Ce projet est développé par une société canadienne – TC Energy – pour le compte d'un consortium de cinq sociétés pétrolières étrangères : Royal Dutch Shell, Petrochina, Mitsubishi (Japon), Petronas (Malaisie) et la Korea Gas Corporation. De nombreuses spéculations laissent entendre que – indépendamment de la crise actuelle concernant la souveraineté autochtone – l'ensemble du projet de gazoduc GNL est proche de la non-viabilité financière et pourrait tout simplement être contraint de fermer en raison de la surabondance persistante de GNL sur les marchés internationaux. Les ventes de gaz naturel en Colombie-Britannique ont diminué de moitié par rapport à il y a quatre ans et se situent à leur plus bas niveau depuis 2000. Les recettes provenant des droits de forage de gaz naturel en Colombie-Britannique ont chuté de 72 % depuis 2009. Les redevances sur le gaz naturel ont chuté de 88 % au cours de la même période. Les prix du gaz naturel en Asie ont chuté de plus de 70 % au cours des 18 derniers mois. https://www.theglobeandmail.com/business/article-amid-the-coastal-gaslink-conflict-bcs-elusive-natural-gas-boom/

On a beaucoup parlé de l'accord de bénéfices mutuels que CGL a signé avec 20 conseils de bande Wet'suwet'en, mais relativement peu d'attention a été accordée aux termes de ces accords, car ils sont secrets. L'exemple de l'accord conclu avec le conseil de bande de Nak'azdli Whut'en semble caractéristique de ce processus. CBC BC rapporte que « parmi les avantages accordés à Nak'azdli dans l'accord qui a fuité figurent l'éducation et la formation, des opportunités de contrats et d'emploi, des paiements annuels à titre de compensation pendant toute la durée de vie du pipeline, ainsi que des « paiements généraux liés au projet » à verser en trois versements. Mais il y a aussi une condition selon laquelle la bande devra « prendre toutes les mesures raisonnables » pour dissuader ses membres de faire quoi que ce soit qui pourrait « entraver, gêner, contrecarrer, retarder, arrêter ou interférer avec le projet, les entrepreneurs du projet, toute autorisation ou tout processus d'approbation », transformant ainsi les conseils de bande en censeurs et en agents de contrôle.

Et comment cet accord a-t-il été conclu ? Sans consulter les membres de la bande, semble-t-il. « Le chef de Nak'azdli, Alec McKinnon, a déclaré que la signature d'un accord avec Coastal GasLink avait été l'une des décisions les plus difficiles qu'il ait jamais prises. Sa nation était divisée sur l'opportunité de conclure un accord avec l'entreprise. En 2015, les Nak'azdli ont organisé un référendum sur l'opportunité de conclure un accord de compensation avec la province de Colombie-Britannique pour le gazoduc Coastal GasLink, ainsi que pour le gazoduc Prince Rupert Gas Transmission. Près de 300 membres de la bande y ont pris part, et plus de 70 % ont voté contre. Début 2018, plusieurs années après que Coastal GasLink eut approché Nak'azdli pour la première fois au sujet de son projet, M. McKinnon a déclaré que la pression exercée par l'entreprise pour qu'un accord soit signé s'intensifiait.

À l'époque, une décision finale d'investissement de la part des partenaires de la coentreprise du projet LNG Canada était imminente. M. McKinnon a déclaré que la communauté s'était vu fixer une date limite au 1er mai 2018 pour décider si elle allait signer. Lorsque la décision a été soumise au vote du conseil, les résultats ont été partagés : trois conseillers ont voté pour, trois contre. M. McKinnon a fait pencher la balance en votant en faveur de l'accord. En d'autres termes, le vote des membres de la bande a été ignoré, annulé par la voix unique du chef d'une réserve appauvrie victime de chantage économique de la part d'une immense multinationale, puis dissimulé au public par un accord de confidentialité imposé. Tout comme Harvey Weinstein. https://www.cbc.ca/news/indigenous/coastal-gaslink-nak-azdli-whut-en-agreement-1.5238220

Mais il y a pire encore.

Les territoires de la nation Wet'suwet'en s'étendent sur 22 000 kilomètres carrés dans le nord de la Colombie-Britannique. C'est cette terre que le gazoduc Coastal Gaslink doit traverser pour relier le nord-est de la Colombie-Britannique à Kitimat. Vingt conseils de bande ont signé des accords avec Coastal Gaslink, mais leur juridiction légale ne s'étend pas au-delà des limites physiques de leurs réserves respectives, qui sont minuscules. Par exemple, la réserve de Hagwilget couvre 1,6 km². La réserve de Moricetown s'étend sur 14 km². La réserve de Nee-Tahi-Buhn s'étend sur 3,2 km². La réserve de Skintyee s'étend sur 4 km². La réserve de Tsil Kaz Koh (Burns Lake) s'étend sur 1,8 km². La réserve Palling n° 1 s'étend sur 0,3 km². Le reste du territoire des Wet'suwet'en – soit la grande majorité de ces 22 000 km² – relève de la juridiction des chefs héréditaires des Wet'suwet'en, et ceux-ci n'ont pas donné leur consentement.

Les chefs héréditaires des Wet'suwet'en ont présenté deux propositions distinctes à TC Energy afin que le tracé du gazoduc soit modifié pour éviter les écosystèmes et les bassins versants sensibles. L'entreprise a rejeté ces deux propositions. Cela a directement conduit à la situation actuelle, où les chefs héréditaires refusent de donner leur consentement pour que le gazoduc traverse leur territoire, sur lequel ils détiennent un titre incontesté. Contrairement à CGL et au gouvernement provincial, les chefs héréditaires Wet'suwet'en ont la loi de leur côté.

Le titre autochtone trouve son origine dans la Proclamation royale de 1763 du roi George III, qui stipule que « considérant qu'il est juste et raisonnable, et essentiel à notre intérêt et à la sécurité de nos colonies, que les diverses nations ou tribus indiennes, avec lesquelles nous sommes liés et qui vivent sous notre protection, ne soient ni molestées ni dérangées dans la possession des parties de nos domaines et territoires qui, n'ayant pas été cédées à nous ni achetées par nous, leur sont réservées, ou à l'une d'entre elles, comme terrains de chasse. » https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/royal-proclamation-of-1763

Cette reconnaissance de titre a ensuite été intégrée à la Constitution canadienne en 1982 :
L'article 25 de la Charte des droits et libertés stipule : « La garantie de certains droits et libertés prévue par la présente Charte ne doit pas être interprétée de manière à abroger ou à déroger à tout droit ou liberté autochtone, issu d'un traité ou autre, qui appartient aux peuples autochtones du Canada, y compris (a) tout droit ou liberté qui a été reconnu par la Proclamation royale du 7 octobre 1763 ; et (b) tout droit ou liberté qui existe actuellement en vertu d'accords sur les revendications territoriales ou qui pourrait être ainsi acquis. » https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/const/page-15.html
En 2007, les Nations Unies ont adopté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui stipule : « Article 10 Les peuples autochtones ne doivent pas être déplacés de force de leurs terres ou territoires. Aucun déplacement ne peut avoir lieu sans le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones concernés et après accord sur une indemnisation juste et équitable et, si possible, avec la possibilité de retour. » https://www.un.org/development/desa/indigenouspeoples/declaration-on-the-rights-of-indigenous-peoples.html

L'article 26 de la Déclaration va plus loin : « 1. Les peuples autochtones ont le droit aux terres, territoires et ressources qu'ils ont traditionnellement possédés, occupés ou autrement utilisés ou acquis. 2. Les peuples autochtones ont le droit de posséder, d'utiliser, de développer et de contrôler les terres, territoires et ressources qu'ils possèdent en vertu de la propriété traditionnelle ou d'une autre occupation ou utilisation traditionnelle, ainsi que ceux qu'ils ont acquis d'une autre manière »
En 2019, l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique a adopté le projet de loi 41 (DRIPA), qui a intégré la Déclaration des Nations Unies dans la législation. Il stipulait : « 3. En consultation et en coopération avec les peuples autochtones de la Colombie-Britannique, le gouvernement doit prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que les lois de la Colombie-Britannique soient conformes à la Déclaration. » https://www.leg.bc.ca/parliamentary-business/legislation-debates-proceedings/41st-parliament/4th-session/bills/first-reading/gov41-1

En 1997, la Cour suprême du Canada a statué dans l'affaire Delgamuuwk c. Colombie-Britannique que le titre ancestral continue d'exister sur les territoires autochtones non cédés. La nation Wet'suwet'en vit précisément sur un tel territoire non cédé. https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/1569/index.do

En 2014, la Cour suprême du Canada a de nouveau statué dans l'affaire Tsilhqot'in c. Colombie-Britannique que ce titre sur les terres non cédées n'appartient pas aux conseils de bande établis en vertu de la Loi sur les Indiens, mais à la nation autochtone en question. https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/14246/index.do

Enfin, la décision Cowichan de l'année dernière (Cowichan Tribes c. Canada) est un arrêt historique de la Cour suprême de la Colombie-Britannique qui a reconnu le titre ancestral de la nation Cowichan sur environ 732 acres de terres et de zones submergées sur le fleuve Fraser à Richmond. La cour a déclaré que les concessions de la Couronne (titres en fief simple) détenues par le Canada et la ville de Richmond dans la zone concernée étaient viciées, invalides et constituaient une atteinte au titre ancestral. La décision a accordé un délai de suspension de 18 mois pour négocier un accord. Malgré les craintes que la décision puisse invalider des résidences et des entreprises privées, tant la cour que les tribus Cowichan ont confirmé que la décision ne remettait pas en cause les propriétaires privés individuels (titres en fief simple détenus par des tiers).

Le litige foncier concerne principalement les terres détenues par la Couronne et le gouvernement. https://www.bccourts.ca/jdb-txt/sc/25/14/2025BCSC1490.htm

Pour les peuples autochtones, la « primauté du droit » a rendu illégal le fait de posséder du matériel agricole, de conserver des objets religieux, d'organiser un potlatch, voire d'engager un avocat. L'État de droit a légalisé le vol massif de terres et conduit à l'incarcération d'enfants dans des pensionnats. Il a même – littéralement – permis la vente d'enfants autochtones à des familles blanches(!)
Ainsi, bien qu'il soit extrêmement cynique et amer de voir cet « État de droit » complètement ignoré par les gouvernements qui le trouvent gênant, nous ne devrions pas être surpris. Le gouvernement libéral fédéral était prêt à limoger sa ministre de la Justice lorsqu'elle s'est opposée à sa tentative illégale d'accorder à SNC Lavalin un accord de poursuite différée. Nous ne devrions pas être surpris qu'ici aussi, le respect de la loi se résume à « faites ce que je dis, pas ce que je fais » pour Mark Carney et David Eby.

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21 aspects méconnus de la loi sur les Indiens de Bob Joseph

2 juin, par Natasha Kanapé Fontaine — , ,
Pour mieux encadrer les Autochtones, le gouvernement canadien dirigé par Alexander Mackenzie adopte la Loi sur les Indiens en 1876. Cette loi concerne les membres des Premières (…)

Pour mieux encadrer les Autochtones, le gouvernement canadien dirigé par Alexander Mackenzie adopte la Loi sur les Indiens en 1876. Cette loi concerne les membres des Premières Nations, mais ne concerne pas les Métis ni les Inuits. Le but de la Loi sur les Indiens est de forcer l'intégration des Autochtones à la société canadienne en les assimilant. Sous cette loi, les « Indiens inscrits » (Autochtones) sont considérés comme mineurs, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas considérés comme des adultes. Cela fait en sorte qu'ils n'ont pas tous les mêmes droits que les Canadiens et Canadiennes. Le gouvernement gère plusieurs de leurs affaires, comme leur territoire. Ils se retrouvent donc dans une situation de dépendance envers le gouvernement canadien. Ce dernier utilise cette relation de dépendance pour atteindre son but, soit l'assimilation des peuples des Premières Nations. (Allo prof !)

https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/les-politiques-d-assimilation-et-la-loi-sur-les-indiens-h1702

Ce que Bob Joseph réussit à faire au sein de ces pages, c'est justement de nous éclairer aussi finement sur l'époque même de la création de la Loi sur les Indiens. La mentalité de l'époque, le racisme comme convention sociale, les multiples tentatives des « premiers alliés » (je pense au Dr Peter Bryce) de dénoncer les atrocités au sein des pensionnats, puis les appels à la conscientisation du grand public canadien après la Seconde Guerre mondiale. Nous avons la preuve ici, grâce au travail de Joseph, que nous ne faisons que répéter l'histoire. Il y a souvent cette tendance de penser « que nous sommes les premiers à réaliser la réconciliation », alors qu'il y a déjà eu différentes actions entreprises par des personnes empathiques qui nous ont précédées, et qui avaient à cœur les droits humains pour tous. Je pense, par exemple, à ce mouvement d' « amérindianisation » au sein de ma communauté de Pessamit, dans les années 70 et 80, qui consistait à enseigner dans la langue innu toutes les matières au primaire et au secondaire, pour des élèves dont la première langue était leur langue maternelle, et à publier en innu-aimun les contes culturels et ancestraux pour enseigner notre propre histoire.

Je souhaite qu'à la lecture de ce livre, vous vous avouiez qu'en réalité, vous ne saviez rien sur notre propre perception de la réconciliation. Vous avouerez que la perspective politique gouvernementale sur la réconciliation a pris tout l'espace, assez pour empêcher le grand public, et même nous, Autochtones francophones, d'avoir accès à une réelle réflexion sur ce qu'est une réconciliation, en quelles mesures elle consiste, et pourquoi. Pourquoi est-elle nécessaire ? J'ai longtemps entendu, depuis que ce mot existe dans la sphère publique, cette même question. J'ai alors longtemps attendu que ce livre-ci puisse arriver en français au Québec pour que nous puissions reprendre la conversation sur des bases qui sont, cette fois-ci, à nos conditions, c'est-à-dire, l'éducation sur l'histoire canadienne, sur la Loi sur les Indiens et toutes les racines du colonialisme. Sans ça, aucune conversation n'est possible. Et ça, je l'ai souvent répété sur de nombreuses tribunes au fil du temps.

Extraits de la Préface de Natasha Kanapé Fontaine

L’Europe a chaud et le Québec n’est pas à l’abri

2 juin, par Collectif — , ,
Pendant que plusieurs régions d'Europe vivent actuellement une première vague de chaleur exceptionnelle, les images se ressemblent d'un pays à l'autre : écoles fermées, (…)

Pendant que plusieurs régions d'Europe vivent actuellement une première vague de chaleur exceptionnelle, les images se ressemblent d'un pays à l'autre : écoles fermées, transports perturbés, hôpitaux sous pression, travailleurs exposés, personnes âgées confinées dans des logements étouffants. La chaleur extrême n'est plus un simple désagrément météo. Elle est une contrainte collective qui transforme notre qualité de vie et notre bien-être.

Ici aussi, au Québec, les épisodes de chaleur se multiplient, s'intensifient et s'étirent. Pourtant, notre réponse demeure largement pensée comme une gestion ponctuelle de crise : ouvrir des lieux climatisés, diffuser des consignes de prévention et attendre que la température redescende. Or, la chaleur n'est plus un évènement exceptionnel. Elle devient un évènement récurrent avec lequel nous devons composer.

Et toutes les québécoises et les tous les québécois ne la vivent pas de la même manière.

Pour une personne âgée vivant seule dans un logement mal isolé, pour un travailleur exposé au soleil pendant plusieurs heures, pour une famille sans accès à un espace frais de proximité ou pour un locataire incapable de refroidir son logement, la chaleur peut vite devenir un risque réel pour la santé.
Déshydratation, aggravation des maladies chroniques, épuisement, troubles respiratoires, détresse psychologique : les conséquences sont multiples. C'est d'ailleurs plus d'une personne sur deux au Québec qui affirme que sa santé a été affectée par la chaleur estivale dans son logement, son quartier ou sa municipalité au cours des cinq dernières années, selon un récent sondage Léger, réalisé pour le compte de l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).

Ce chiffre devrait nous faire réfléchir. La chaleur n'est plus qu'un enjeu abstrait, elle influence déjà le quotidien d'une grande part de la population.
Le même sondage révèle que plus de deux personnes sur trois utilisent des lieux publics pour se rafraîchir pendant les épisodes de chaleur, principalement les parcs, les espaces verts, les piscines et les centres commerciaux.

À l'inverse, les bâtiments municipaux et les centres communautaires demeurent moins fréquentés, ce qui soulève une question simple : avons-nous réellement organisé nos villes pour protéger la population lors des épisodes de chaleur extrême ?

Cette réflexion dépasse le climat. Elle touche la santé, le logement, l'aménagement urbain, les conditions de travail et les inégalités sociales.
Elle touche aussi directement les milieux de travail. Chaque été, des travailleuses et travailleurs exercent leurs fonctions dans des conditions de chaleur accablante qui augmentent les risques et l'absentéisme. Bien que des mesures soient prévues dans la loi pour mieux les protéger, celles-ci ne sont malheureusement pas toujours appliquées et cela a un impact direct sur notre économie.

C'est dans cette perspective que l'ASPQ, l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Bâtiment durable Québec (BDQ), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Regroupement des offices d'habitation du Québec (ROHQ) ont créé la Coalition québécoise pour un droit à la fraicheur.

Parler d'un droit à la fraicheur, c'est reconnaître qu'au Québec, personne ne devrait voir sa santé compromise parce qu'il fait trop chaud à la maison, à l'école, au travail ou dans l'espace public.

C'est mieux planifier nos quartiers, protéger davantage les populations vulnérables et investir dans des solutions durables et la prévention.
Les images qui nous parviennent aujourd'hui d'Europe devraient nous servir d'avertissement pour les chaleurs estivales à venir.

Signataires

Cyril Frazao, directeur santé et climat à l'Association pour la santé publique du Québec

Olivier Carrière, Secrétaire général de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ)

Antonio Ciarciaglino, Directeur général du Regroupement des offices d'habitation du Québec (ROHQ)

Marie-Eve Le Bel, Directrice générale de Bâtiment durable Québec (BDQ)

Claire Lapointe, Directrice générale de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)

Biodiversité : sans suivi ni trajectoire claire, comment atteindre nos cibles 2030 ?

2 juin, par Collectif — , ,
À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d'une trentaine de représentants et représentantes d'organisations, du milieu scientifique et de (…)

À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d'une trentaine de représentants et représentantes d'organisations, du milieu scientifique et de la société civile, à demander une feuille de route claire, transparente et cohérente pour atteindre les cibles du Québec en matière de biodiversité d'ici 2030.

En 2022, lors de la COP15 tenue à Montréal, le Québec a appuyé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, par lequel la communauté internationale s'est donné des objectifs ambitieux pour freiner et inverser la perte de biodiversité d'ici 2030. Dans la foulée, le gouvernement du Québec a publié son Plan nature 2030, structuré autour de 14 cibles et 33 objectifs.

Il s'agit d'un engagement important. Mais à quatre ans de l'échéance de 2030, une question demeure entière : savons-nous réellement si nous sommes sur la bonne voie ?

Le Québec dispose maintenant d'un plan et d'un premier plan d'action 2024-2028. Ce qui manque encore, c'est une feuille de route publique, complète et vérifiable jusqu'en 2030 : des cibles intermédiaires, des indicateurs clairs, un échéancier lisible et une reddition de comptes globale permettant de suivre les progrès réalisés, les retards accumulés et les correctifs nécessaires.

Par exemple, bien qu'il soit essentiel d'atteindre les cinq cibles de protection et de restauration du territoire d'ici 2030, nous ne savons pas encore clairement où ni comment ces efforts seront déployés. Les experts sur le terrain seront-ils écoutés pour s'assurer que la biodiversité protégée et les écosystèmes restaurés soient réellement écologiquement représentatifs du territoire québécois et bien connectés ?

Les incertitudes sont encore plus grandes pour les autres volets du Plan nature : pratiques durables, financement de la biodiversité, mobilisation des acteurs, accès à la nature, intégration de la biodiversité dans les décisions économiques et gouvernementales. Plusieurs projets sont en cours, et de nombreux acteurs se mobilisent déjà sur le terrain. Mais il demeure difficile, pour la société civile comme pour les partenaires régionaux, de savoir si l'ensemble de ces efforts nous rapproche réellement des cibles de 2030.

Cette absence de lisibilité crée des incertitudes inutiles. Elle nuit à la mobilisation, complique la planification des organisations et affaiblit la cohérence de l'action publique. Comment demander aux municipalités, aux MRC, aux propriétaires, aux agricultrices et agriculteurs, aux entreprises, aux organismes environnementaux, aux communautés autochtones et aux citoyennes et citoyens de contribuer pleinement à l'effort si la trajectoire d'ensemble demeure difficile à suivre ?

À cela s'ajoute un enjeu de cohérence gouvernementale. La biodiversité ne peut pas être protégée uniquement par le ministère de l'Environnement, de la Lutte aux Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. Les décisions en matière d'aménagement du territoire, de transport, d'énergie, d'agriculture, de foresterie, de développement économique et de finances publiques ont toutes des effets directs sur les milieux naturels. Si les objectifs du Plan nature ne sont pas intégrés de manière transversale dans l'action de l'État, ils risquent de demeurer périphériques plutôt que structurants.

Le Québec ne part pas de zéro. Des actrices et acteurs de partout sur le territoire travaillent déjà à protéger, restaurer et mieux gérer les milieux naturels. Des projets se développent, des concertations régionales se tiennent, des connaissances s'accumulent, des solutions existent. Mais ces efforts doivent maintenant être soutenus par un leadership gouvernemental plus clair, plus cohérent et plus transparent.

Il ne reste que quatre ans avant 2030. C'est peu, surtout lorsque l'on parle de conservation, de restauration écologique, de changement des pratiques et de transformation des façons d'aménager le territoire.

Pour une trajectoire et un suivi clairs jusqu'en 2030

À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, le gouvernement du Québec devrait s'engager à publier une feuille de route claire jusqu'en 2030, accompagnée de cibles intermédiaires, d'indicateurs publics et d'un mécanisme de reddition de comptes régulier.

Et à l'approche des élections d'octobre, l'ensemble des partis devrait s'engager à atteindre les objectifs 2030 en matière de biodiversité, et à en assurer la continuité au-delà des cycles électoraux et des couleurs politiques. Cette responsabilité est collective : envers le territoire, les générations futures et le vivant.

Signataires

Alain Branchaud, directeur général, SNAP Québec

Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal

André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières

Angélique Dupuch, professeure, Université du Québec en Outaouais

Anne-Josée Laquerre, directrice générale et co-initiatrice, QNP (Québec Net Positif)

Bernice Chabot-Giguère, directrice générale, Association des biologistes du Québec

Brice Caillié, directeur général, Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ)

Carole Dupuis, porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète

Catherine Avard, codirectrice générale, Protec-Terre

David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité

Denis Réale, professeur, Département des sciences biologiques, UQAM

Dominique Berteaux, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Université du Québec à Rimouski

Élise Filotas, professeure, Université du Québec - TÉLUQ

Emma Despland, professeure, département de biologie et Loyola Sustainability Research Centre, Université Concordia

Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)

Jacques Brodeur, professeur, Université de Montréal

Jonathan Cazabonne, président et cofondateur, collectif Mycosphaera

Julie Lafortune, directrice exécutive, Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes, Université du Québec en Outaouais

Laura Fequino, chercheuse, Université de Sherbrooke

Marco Festa-Bianchet, professeur émerite, Université de Sherbrooke

Marie-Audrey Nadeau Fortin, Analyste Biodiversité, Nature Québec

Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)

Mathieu Cusson, professeur, Université du Québec à Chicoutimi

Mathieu Laneuville, président-directeur général, Réseau Environnement

Mélanie Guigueno, professeure agrégée, Université McGill

Milena Buziak, directrice artistique et générale, Voyageurs Immobiles

Monique Poulin, professeure, FSAA, Université Laval

Patricia Clermont, responsable Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)

Pierre Campeau, biologiste et président de l'association du lac Guénette

Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours

Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques et gouvernementales, Vivre en Ville

Sophie Calmé, professeure, département de biologie, Université de Sherbrooke

Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front

Valérie S. Langlois, professeure titulaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Vincent Poirier, professeur en sciences du sol et directeur de l'Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire (IRAA), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Pour ajouter votre signature : info@ateliersbiodiversitequebec.org

Écoféminisme et charge mentale verte

2 juin, par Claire Murati, Élisabeth Germain — , ,
Le comité Femmes et écologie du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale nationale a participé à l'émission radio En toute simplicité du 1er mai 2026 à CKIA pour (…)

Le comité Femmes et écologie du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale nationale a participé à l'émission radio En toute simplicité du 1er mai 2026 à CKIA pour expliquer la parution de sa brochure sur La charge mentale verte et l'écoféminisme.

Au début de l'entrevue Élisabeth situe le problème dans les activités de subsistance et le fait que les femmes l'assument. Elle précise que ce rapport aux soins est le résultat de relations sociales et d'un contexte historique de centaines d'années et non de la nature biologique des femmes.

Claire poursuit en situant le contexte sociologique actuel avec la crise climatique, le refus d'abandonner les énergies fossiles. Elles donne des exemples qui placent le tout dans la société marchande.

La discussion se poursuit sur la thématique de la brochure. Claire explique comment la situation actuelle affecte la santé mentale des femmes en donnant pleins d'exemples de stress et présente comment le fardeau des tâches des femmes s'est alourdit. Elle parle de comment la ville est organisée en fonction des hommes.

La fin de l'entrevue porte sur les possibilités de changements. Claire parle de lois sur la consommation et Élisabeth insiste sur les initiatives locales.

Voici le podcast de cette entrevue. Bonne écoute.

PTAG

Pour lire la brochure, La charge mentale verte, cliquez sur l'icône

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