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« Ta yeule ! » Ou comment la solidarité est un signe de faiblesse

2 juin, par Mario Charland — , ,
C'est toujours intéressant d'observer les réactions de la classe politico-médiatique lorsqu'est soulevée dans l'espace public la question ("sensible" si elle en est une) de la (…)

C'est toujours intéressant d'observer les réactions de la classe politico-médiatique lorsqu'est soulevée dans l'espace public la question ("sensible" si elle en est une) de la taxation des grosses fortunes, particulièrement au Québec, où, semble-t-il, il n'y aurait pas assez de "riches" pour pouvoir redistribuer cette "non-richesse" par l'entremise d'un financement adéquat des programmes sociaux, qui sont une façon privilégiée de garantir l'accès à la majorité des citoyens à des services de premières nécessités (santé, éducation, services sociaux en général).

Précisons d'emblée qu'il ne s'agit pas de taxer (ou d'imposer) les "riches" en tant que "personnes" mais leur "richesse" accumulée au fil des générations (car la "richesse", comme les gènes, se transmet bien souvent de génération en génération) sous forme de patrimoines (matériels et immatériels), de revenus, de biens et avoirs qu'ils possèdent en tant que "citoyens" d'un pays développé comme le Québec. Nuance importante qui permet de dépersonnaliser le débat et de mettre dans son contexte "idéologique" les réactions épidermiques d'entrepreneurs comme François Lambert qui se sent visé directement (en tant que "personne" et non en tant que "citoyen") lorsqu'on projette de ponctuer un tout petit pourcentage de sa réussite financière dont il est sûrement très méritant !

J'en prends pour témoin les propos d'Hélène Buzzetti (appuyée en cela par Chantal Hébert, l'autre "commère" professionnelle du parlementarisme canadien1) à Radio-Canada le 11 mai dernier qui, du haut de sa vision très "progressiste" de la fiscalité et de sa maîtrise incontestée des concepts en économie politique, associait la volonté de QS de taxer les "riches" à une perception "négative" du parti envers ceux qui "possèdent", comme quoi QS considérerait d'emblée comme "louche" ── ce sont ces mots ── le fait d'accumuler du capital, du patrimoine, des revenus divers alors que d'autres (de plus en plus nombreux) n'arrivent plus à boucler leur fin de mois. Il s'agirait donc d'une sorte de règlement de compte entre classes sociales et non pas l'application d'une politique de "gauche" qui considère, à juste titre, que la démocratie n'est pas qu'un mot "creux", qu'elle ne se limite pas à aller voter une fois tous les quatre ans et qu'elle implique le partage du pouvoir (politique), de la richesse (produite par l'ensemble de la société et, malheureusement, concentrée de plus en plus entre les mains d'une minorité qui s'octroie un droit de regard "exclusif" sur la façon de la produire et de l'utiliser ── cf. l'arrogance de François Lambert), des droits et libertés de tous ordres, y compris ceux concernant la place à accorder aux questions économiques, parfois complexes mais non pas incompréhensibles pour autant, dans notre société.

  • Que Mme Buzzetti (et autres journalistes toujours prêt-e-s à dénoncer un soi-disant préjugé défavorable des Québécois envers les "riches") prenne bien garde si elle veut ouvrir la discussion sur l'aspect "moral" de l'accumulation de richesses dans un système capitaliste, même celui ayant cours au Québec qui serait moins "sauvage" qu'ailleurs (rappelons-nous le fameux capitalisme à "visage humain" de Bernard Lanndry !) Étant entendu que "légalité" de pratiques fiscales, administratives, économiques et financières n'est pas nécessairement synonyme de "moralité" ou de "légitimité" de ces mêmes pratiques, toute l'histoire du capitalisme, des premiers voyages de Christophe Colomb cherchant la route des Indes jusqu'à Elon Musk qui veut transformer la planète Mars en terre d'accueil pour les terriens ayant épuisé toutes les ressources disponibles sur leur propre planète, en passant par les crises économiques récurrentes plus ou moins graves et tragiques, est celle d'une idéologie ayant pris définitivement ses distances avec les questions d'ordre moral, éthique, religieux, social, politique, environnemental, bref, avec tout ce qui ne favorise pas l'accumulation continue, perpétuelle, toujours plus intense et accélérée de "Capital". C'est en se coupant radicalement de toutes les pratiques, valeurs, philosophies, coutumes, croyances, visions du monde et habitus de l'Ancien régime moyenâgeux que la bourgeoisie européenne a instauré ce régime d'accumulation dont on a hérité, non pas uniquement en termes de retombées et conséquences "néfastes", il est vrai, mais dont aujourd'hui les inconvénients dépassent de loin et de plus en plus les avantages, menaçant jusqu'à notre survie en tant qu'espèce.

Dans ce court échange à Radio-Canada entre les invité(e)s à propos de la polémique soulevée par Sol Zanetti et la "réaction" de François Lambert (qui a ainsi fait preuve d'un grand sens diplomatique comme sait se montrer capable la classe d'affaires lorsque, à tort ou à raison, elle se sent attaquée), le seul commentaire "intelligent" est venu du côté de Paul Journet de La Presse qui a tout simplement remis les pendules à l'heure en spécifiant que cette taxe, encore une fois très modeste eu égard à ce qu'elle pourrait et devrait être, ne consiste ni plus ni moins qu'à tenter un rééquilibrage entre des pans entiers de la population, obligés de recourir à des banques alimentaires même lorsqu'ils travaillent comme des forcenés et galèrent à la journée longue, et un autre "pan" de cette même population qui a le loisir (et le privilège) d'aller se choisir une bonne bouteille au cellier un vendredi soir alors que les premiers doivent se contenter d'un Coke diète et d'un hot-dog cuit à la vapeur à la binerie du coin !

À noter comment les invité(e)s n'ont dit mot sur le « ta yeule »" de Lambert alors que le moindre écart de langage, la moindre référence (même "objective") à une forme de discrimination systémique en lieu et place des officines du gouvernement ou la mise à mort "symbolique" d'un Ministre du Travail "anti-travailleur" (passé à la guillotine), membre d'un parti politique tout aussi inféodé au merveilleux monde des affaires, sont montés en épingle par la classe politico-médiatique et élevés au rang d'un crime de lèse-majesté. Comme quoi certains (et certaines) ont l'indignation sélective...

De façon concrète, selon les chiffres de l'IRIS (à qui on peut faire confiance en ce domaine), il y avait, au Québec, en 2025, 3,600,000 ménages dont le patrimoine était évalué entre 0 et 2 Millions$, 360,000 entre 2 et 5M$, 36,000 entre 5 et 25 M$, 3,600 entre 25 et 100M$ et 400 au-delà de 100M$, pour un total de 3,924,087G$ (!) La proposition de l'Institut (sur laquelle s'appuie celle de QS) concerne la tranche des patrimoines qui commence à 2M$, ce qui exclut les 3,600,000 ménages dont ledit patrimoine est en dessous du seuil de 2M$ ; cette fameuse taxe s'applique donc aux 400,000 ménages restants qui représente 10% de l'ensemble des ménages québécois et qui détiennent 56,9% du patrimoine en question. On est donc loin du petit épargnant qui a travaillé "dur" toute sa vie pour accumuler un patrimoine que les méchants socialistes de QS veulent taxer !

On est ainsi à même de se demander si c'est l'ignorance "crasse" à propos du rôle "réel" (et non fantasmé, diabolisé) de l'impôt dans l'économie ou tout simplement la mauvaise foi qui fait croire à la vertu "sociale" de l'accumulation de richesses (revenus, actifs, patrimoine) dans les premiers quintiles des ménages, à l'effet que plus les "riches" seront "riches", mieux ce sera pour l'ensemble de la population (donc pour les quatre quintiles inférieurs). Ce mythe du "ruissellement", nourrit et repris depuis la révolution néo-conservatrice des années 1980, qui profite aux plus aisés (au détriment de la grande majorité des citoyens) prend sa source dans le libéralisme "classique" des Lumières écossaises dont Adam Smith est le promoteur le plus connu2.

En définitive, le taux d'imposition ne joue pas ce rôle "attractif" démesuré tel que les médias et les politiciens veulent nous le faire croire afin de nous faire accepter les politiques d'austérité de gouvernements aux courtes vues comme celui formé par la CAQ ; bien d'autres facteurs entrent en ligne de compte dans la décision d'investir ou non dans un secteur d'activité : l'état des infrastructures (ports, aéroports, routes, écoles, hôpitaux), la qualification de la main d'œuvre et le taux de scolarisation, le paysage politique (un pays au bord de la guerre civile n'est pas très "attractif"), le système de justice (en cas de conflits de travail, de différends commerciaux), les divers services (administratif, comptable, juridique, socio-économique, professionnel en général), les Institutions comme les Universités, les Collèges techniques, les Centres de recherche dont l'expertise peut être un atout considérable et avec lesquels il est possible d'établir des partenariats (en Recherche/Développement), etc.

La « Richesse des Nations » (pour reprendre la formule d'Adam Smith, le père du capitalisme libéral)) est le produit d'un travail collectif, d'un effort soutenu fournit par toutes les couches de la société, des plus basses aux plus élevées, même si certains s'attribuent à eux seuls le mérite d'une croissance économique vigoureuse (ou devrait alors leur incomber à eux seuls les crises récurrentes et inévitables dans une économie capitaliste qui créent de la misère sociale, psychologique et existentielle). Aussi avisé puisse-t-il être, un investisseur ne peut rien faire sans un contexte favorable à son investissement ; et ce contexte est redevable de facteurs qui lui échappent en grande partie.

Ainsi, si l'investisseur « type » ne supporte pas qu'un petit pourcentage de sa fortune soit prélevé pour le Bien Public (dont il va aussi bénéficier éventuellement), qu'il parte ! Ce faisant, il ne pourra pas transporter dans son exil son patrimoine immobilier qu'il devra vendre, celui-ci demeurant "imposable" à part entière. On ne construit pas un pays avec des opportunistes qui n'ont aucune considération pour la société dans laquelle ils vivent et qui a rendu possible leur "succès" financier. C'est exactement cet égoïsme sans bornes qui a coulé les États-Unis avec la mondialisation néolibérale, les délocalisations massives, la désindustrialisation sauvage de régions entières du pays qui a ravagé la classe moyenne qui était au cœur même du capitalisme américain ; elle constituait sa force productive, son attractivité à l'échelle mondiale, son dynamisme économique et entrepreneurial ; aujourd'hui, en désespoir de cause, elle vote pour Donald Trump en espérant qu'il lui redonne son statut d'antan mais on sait tous que ce sera en vain…

Notes
1.Il y en a même une, ou plutôt un, au Devoir, qui donne des notes aux député(e)s de l'Assemblée Nationale à chaque fin de session parlementaire !
2. D'abord et avant tout philosophe moraliste de culture "protestante", à qui on attribue les premiers traités d'"économie politique" (branche de la philosophie à laquelle contribuera le non moins connu Karl Marx), Smith défend l'idée d'une individualité pleinement autonome, indépendanteet rationnelle, cherchant son intérêt particulier et qui, du fait de cet égoïsme « naturel », se transforme en bienfaiteur pour la communauté entière qui n'aura pas à souffrir de ce penchant pour l'accumulation de richesses matérielles puisque, grâce à la « main invisible » venue secourir providentiellement les perdants du libre-échange, les inégalités qui résultent inévitablement d'un tel encouragement au profit se résorberont par l'entremise des lois « divines » du libéralisme économique. On reconnaît ici, deux cent cinquante ans plus tard, la même « foi » dans les capacités d'autorégulation du marché capitaliste, envers et contre toute logique et tous les faits qui viennent contredire le dogme néolibéral.

Une bande de pécons

2 juin, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Quand j'étais enfant et habitais mon petit village près de Drummondville, nous avions inventé une expression pour désigner les gens que nous trouvions absolument et (…)

Quand j'étais enfant et habitais mon petit village près de Drummondville, nous avions inventé une expression pour désigner les gens que nous trouvions absolument et irrévocablement stupides : des pécons. Comment désigne-t-on quelqu'un qui est plus que con ? Simple : un pécon.

Un adorable mot-valise qu'inventent les enfants. Seule la « Grosse patate hawaïenne » dépassait « pécon » en sévérité. Or, en voyant la photo d'une banderole paradée à Shawinigan samedi dernier : « Je me souviens d'un Québec blanc », je n'ai pu que me dire, mais quelle bande de grosses patates hawaïennes de pécons. Cette démonstration de bêtise crasse a fait remonter en moi une indignation et une incompréhension profondément ressentie, comme celle que l'on éprouve petit, alors que l'on est incapable de saisir les complexités du monde et que l'on ne peut que s'écrier : « C'est pas juste ».

Quelle courte mémoire, quelle absence de perspective historique ! Commençons par le début, cette banderole a été vue à Shawinigan. Pas à St-Côme, Sainte-Flavie ou Hérouxville, mais à Shawinigan, qui veut dire « Portage sur la crête » en atikamekw. Cela ne s'invente pas. Donc, nos petites chemises brunes, adeptes de la pureté de la race, fantasment un Québec qui n'a jamais existé. Les Canadiens français ne sont pas les premiers à avoir occupé le territoire. Ils sont arrivés vraiment plus tard. Et elles, les petites chemises, semblent avoir oublié à quel point le peuple québécois est métissé, tellement qu'il est probable que la majorité de la population ait des ancêtres amérindiens. Shawinigan, sans doute cela leur échappe-t-il, bien que fondée par un draveur nommé François Rousseau en 1854, a été incorporée sous le nom de Shawinigan Falls, en 1901, pour servir les intérêts respectivement de la Shawinigan Water and Power Company, qui souhaitait électrifier Montréal, et de la Shawinigan Carbide, Belgo Canadian Pulp & Paper Company, une usine de pâtes à papier, de même que la Northern Aluminium Company, une aluminerie. Ainsi, les Anglos ont massivement participé au développement de Shawinigan. « Speak white Shawinigan ». Est-il utile de rappeler que pour les WASP, les Canadiens français, tout comme les Irlandais, ne sont pas des Blancs ? Les Shawiniganais sont des métèques dans leur propre province. Ah, l'ironie.

Mon fils, qui manie le sarcasme comme un maître, a commenté l'affaire : « Voyons, à part les moustiques, il n'y a personne qui veut aller s'établir à Shawinigan. Il ne doit pas y avoir trois immigrants dans toute la ville ». En 2011, le taux de personnes immigrantes dans la petite ville de Mauricie était de 0,8 %. Elle s'établit maintenant à un gros 2.1%. Factuellement, il y a plus de trois personnes immigrantes, mais nous sommes plutôt loin du Grand remplacement. Cette inquiétude chez les habitants du coin n'est pas sans rappeler, le « code de vie » d'Hérouxville en 2007, lequel précisait que la charia ne pouvait s'appliquer dans la municipalité. Il faut quinze minutes en voiture pour aller de Shawinigan à Hérouxville. Il y a peut-être quelque chose dans l'eau du coin…

Plus sérieusement, ces deux manifestations, à presque vingt ans d'intervalle, sont révélatrices, moins de la qualité de l'eau, mais plus de la malsaine concentration des médias. Pour que des personnes vivant loin des grands centres se sentent le besoin d'agir pour protéger leur citoyenneté et leur nation (n'insistons pas sur l'idiotie et la maladresse), il faut qu'elles aient pris leur idée quelque part. Les discours anti-immigration et pro-laïcité de la CAQ et du PQ, abondamment véhiculées par Quebecor, finissent par produire leurs effets : des attisées de haine envers l'Autre. PSPP, toujours en train de chercher des puces aux fédéralistes, a accusé, sur X, les suprémacistes blancs, tel le groupe Second Sons Canada, d'être les responsables de cette manifestation. Car, si vous ne le saviez pas, ces défenseurs du QUÉBEC blanc ne peuvent être que des agents infiltrés par le fédéral. C'est un peu pécon comme explication, je dois dire.

Heureusement, nous avons pu voir plusieurs dénonciations de l'action de samedi. J'aime particulièrement l'action de la CDC de Shawinigan et d'autres organismes communautaires qui sont allés brandir une banderole : « Je me souviens d'un Québec inclusif » dans le même parc de Shawinigan. Saluons leur dénonciation !

2 juin 2026 | Photo : riposte citoyenne au geste des suprémacistes blancs

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L’austérité : la mâratre du Québec

2 juin, par Jean-François Delisle — , ,
Une analyse de Michel Girard, chroniqueur économique au Journal de Montréal , nous apprenait il ya quelques semaines (mais on s'en doutait déjà) que le tiers des retraités (…)

Une analyse de Michel Girard, chroniqueur économique au Journal de Montréal , nous apprenait il ya quelques semaines (mais on s'en doutait déjà) que le tiers des retraités québécois de 65 ans et plus doivent survivre (l'expression n'est pas trop forte) avec moins de 25,000$ par année. Une misère !

En plus, toujours selon le même chroniqueur, un autre 20.5% doit se contenter de 25,000$ à 35,000$ par an, ce qui n'est pas fameux non plus. Ainsi donc, selon les chiffres fournis par monsieur Girard, 53% des retraités âgés de plus de 65 ans doivent se débrouiller avec un revenu brut inférieur à 35,000$.

Il n'entre pas dans mon propos d'étaler ici toutes les statistiques colligées par le chroniqueur. Notons trout de même que l'emploi donne un revenu d'appoint de l'ordre de 12% aux plusieurs personnes âgées, ce qui en dit long sur les carences de notre système de retraite.

Si tant de retraités peinent à joindre les deux bouts, c'est que cette pauvreté constitue l'aboutissement de quatre décennies de politiques restrictives néolibérales, marquées au coin de compressions budgétaires, de privatisation et de précarisation de l'emploi. Suivant les préceptes de l'idéologie néolibérale, l'équilibre des finances publiques, la lutte contre la dette et le libre échange sont les sources de la prospérité et de l'équilibre social (cette dernière en faveur du patronat, bien entendu, ce qui est pourtant en soi un déséquilibre). La classe politique dans son ensemble a fait du contrôle de la dette un enjeu national, même si cela implique un recul dans les dépenses sociales et les mesures de redistribution de la richesse produite. On a baptisé ces politiques du nom « d'austérité », mais elles ne sont que des mesures de pauvreté, lesquelles ont lourdement frappé travailleurs et travailleuses. Elles ont entraîné de graves reculs dans le monde du travail à partir du début, de la décennie 1980. Le monde du travail a alors changé de visage.

Et cela continue, on n'en voit pas la fin. Il y a eu à l'époque des faillites en série d'entreprises, une crise économique majeure de 1982à 1984 et la poussée brutale de l'emploi précaire : boulots temporaires, à temps partiel, à la pige et à contrat. Auparavant, le norme était l'emploi stable, pour ne pas dire à vie, pour le meilleur et pour le pire. Beaucoup de boomers disaient qu'ils ne voulaient pas perdre leur vie à la gagner, même si plusieurs d'entre eux, à la fin de leurs études, ont décroché un emploi permanent de fonctionnaire ou d'administrateur. Certains ont poussé plus loin leurs études (maîtrise ou doctorat), remettant à plus tard leur entrée sur le marché de l'emploi. D'autres, issus de la classe ouvrière, ont trimé en usine ou dans la construction. Les boomers n'ont jamais formé un groupe social monolithique, mais plusieurs ont bénéficié d'un emploi permanent ou de longue durée.

Les politiques néolibérales ont changé ce portrait plutôt favorable. Bien des boomers ont perdu leur gagne-pain avec les compressions budgétaires arbitraires gouvernementales, eux et d'autres ont été piégés par la progression foudroyante de l'emploi précaire. Dans ce contexte, une part grandissante des travailleurs et travailleuses n'a pas pu amasser un fonds de pension substantiel, certains pas de fonds de pension du tout.

Toute cette réorganisation restrictive du monde du travail a lourdement touché les jeunes du temps (la fameuse « génération x », qui a tant dénigré les boomers), mais aussi plusieurs de ces derniers, quoi qu'on en dise. Les chiffres avancés dans la chronique de monsieur Girard le prouvent amplement. La génération X n'a jamais été visée en tant que telle, mais plutôt les travailleurs en général. C'était une question de classe sociale bien plus que de classe d'âge.
Aujourd'hui, l'emploi précaire est devenu la norme, ou du moins s'est répandu comme s'il allait de soi. Il affecte les jeunes, mais aussi à retardement ceux des boomers qui ont été déclassés durant les années 1980 et 1990, ce qui se traduit par des prestations de retraite maigres. Si rien ne change, c'est le sort qui attend bon nombre de jeunes d'aujourd'hui. Le taux de chômage officiel est bas certes, mais les emplois proposés aux jeunes n'équivalent pas à ceux offerts durant les années 1960 et 1970 (même si à l'époque, tout n'était pas rose). Activités professionnelles à la pige et à contrat se multiplient, ce qui introduit un élément de vulnérabilité dans le monde du travail.

La classe politique a transformé les boomers en boucs émissaires pour la crise des finances publiques des décennies 1980 et 1990, mais la réalité présente de beaucoup de retraités lui donne tort. Par ailleurs, l'avenir professionnel des jeunes travailleurs de maintenant n'est guère rassurant. À moins d'une réforme progressiste du régime de retraite, plusieurs d'entre eux vont se retrouver plus ou moins dans une situation similaire à celle de leurs aînés. Il suffira d'une récession, ou même d'un simple ralentissement économique pour que la réalité ne leur saute au visage.

Tous déclassés les boomers ? Non. Une partie d'entre eux justifie préjugés entretenus pendant longtemps à leur endroit. Selon les chiffres fournis par Michel Girard, 5% des ainés de 65 ans et plus gagnent entre 50,000$ à 60,000$ par année, 9.7% ont terminé l'année 2023 avec un revenu brut de 60,000$ à 80,000$ et 4.6% ont révélé un revenu de 80,000$ à 100,000$.

Ces chiffres parlent d'eux mêmes : si 53% des aînés disposent d'une somme de moins de 35,000$ par année, les mieux nantis d'entre eux représentent environ 23.3%, c'est-à-dire ceux et celles dont les revenus s'étagent de 50,000$ à 100,000$. Tous privilégiés les boomers ? Ça dépend desquels...

Jean-François Delisle

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Rôles du MSSS et de Santé Québec : la ministre Sonia Bélanger doit rencontrer la CTROC et la TRPOCB

2 juin, par Organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et services sociaux , Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC), Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) — , ,
Montréal et Saint-Lin-Laurentides, le 1er juin 2026 - Alors que les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) contribuent (…)

Montréal et Saint-Lin-Laurentides, le 1er juin 2026 - Alors que les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) contribuent chaque jour à la vitalité démocratique, à la transformation sociale et à la cohésion des communautés, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) et la Coalition des tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) constatent un recul inquiétant du dialogue avec le gouvernement et Santé Québec, particulièrement autour de l'application du Programme de soutien aux
organismes communautaires (PSOC).

Le 31 mars dernier, la TRPOCB et la CTROC ont sollicité une rencontre auprès de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Madame Sonia Bélanger. Sa contribution était demandée pour résoudre les problèmes soulevés, deux mois plus tôt, auprès de mesdames Maryse Poupart (Santé Québec) et Geneviève Landry (Ministère de la Santé et des Services
sociaux) quant à l'absence d'avancement dans les travaux. La Ministre n'a toujours pas répondu.

Ce silence est préoccupant dans un contexte où les décisions concernant l'application du PSOC semblent désormais se prendre sans véritable discussion avec les interlocutrices nationales communautaires. En effet, le rôle historique de la CTROC et de la TRPOCB s'est considérablement transformé ces dernières années, contre leur gré, celles-ci étant
maintenant uniquement informées de décisions déjà prises, sans être consultées, sans obtenir de réponses à leurs questions et même, sans accéder aux documents de travail.

La TRPOCB et la CTROC constatent également une déresponsabilisation politique de la part des ministres responsables. Contrairement à ce qui était annoncé, tout indique aujourd'hui que le rôle de Santé Québec dépasse de beaucoup les aspects opérationnels du PSOC, pour aussi contrôler les orientations et les mécanismes décisionnels. Or, durant
l'étude du projet de loi créant Santé Québec (PL15) et après, les ministres Dubé et Carmant avaient souvent affirmé que les orientations du PSOC continueraient de relever du ministère. Le récent calendrier de travail transmis par la société d'État illustre qu'elle centralise les décisions et avance ses travaux pouvant modifier les fondements même du
programme, à partir des « informations » fournies par le MSSS et non à partir de ses orientations.

La CTROC et la TRPOCB dénoncent le manque de transparence et de consultation, autant de Santé Québec que du MSSS, quant à cette transition. Cela est d'autant plus préoccupant qu'elle se produit au moment où Santé Québec fait de plus en plus fi des contrepoids démocratiques et relationnels qui étaient pourtant essentiels au maintien d'un dialogue respectueux, notamment avec le milieu communautaire autonome. Le respect des OCASSS ne peut être relégué au second plan dans la transformation actuelle du réseau.

Le manque de transparence du MSSS s'est aussi récemment exprimé en regard de la manière dont le taux d'indexation des subventions du PSOC pour la mission globale a été déterminé. Le ministère des Finances a économisé 2,8 M$ sur le dos des OCASSS en modifiant la période de calcul de l'indexation. Ce choix purement économique a fait baisser l'indexation de 2,1 % à 1,8 %, accentuant l'écart entre les coûts réels et le financement accordé.

Pour des organismes déjà fragilisés, cela se traduit par des compressions budgétaires, des postes non comblés et une pression accrue sur les équipes. Ce changement compromet la capacité des OCASSS à planifier leurs actions et à répondre aux besoins croissants de la population. Quand les règles du PSOC changent sans débat ni transparence, ce sont des
milliers de personnes qui subissent les conséquences.

Ensemble, la CTROC et la TRPOCB représentent plus de 3 000 organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux à travers le Québec. Près de deux mois après leur dernière correspondance, la TRPOCB et la CTROC réitèrent leur besoin de rencontrer rapidement la ministre Sonia Bélanger en raison des responsabilités politiques qu'elle porte face à Santé Québec, rencontre à laquelle devrait incontestablement se joindre le ministre Lionel Carmant, étant de retour dans ses fonctions face au PSOC. Nous les appelons à faire preuve de transparence et à s'assurer que les interlocutrices nationales des OCASSS participent aux décisions.

La Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC) réunit 14 Regroupements régionaux d'organismes communautaires autonomes et représente plus de 3000 organismes enracinés dans toutes les régions du Québec. Elle a comme mission de soutenir les regroupements régionaux et leurs membres, de promouvoir l'action communautaire autonome et d'analyser l'organisation du réseau public de la santé et des services sociaux et ses impacts sur les organismes communautaires autonomes et la population. La CTROC est interlocutrice privilégiée des organismes communautaires autonomes intervenants en santé et services sociaux auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Fondée en 1995, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)est formée de 47 regroupements nationaux, rejoignant plus de 3 000 groupes communautaires autonomes à travers le Québec. Ce sont, par exemple, des maisons de jeunes, des centres de femmes, des cuisines collectives, des maisons d'hébergement, des groupes d'entraide, des centres communautaires, des groupes qui luttent contre des injustices ayant des répercussions sur la santé. Ceux-ci représentent les ¾ des organismes communautaires autonomes du Québec et abordent la santé et les services sociaux sous différentes perspectives (femmes, jeunes, hébergement, famille, personnes handicapées, communautés ethnoculturelles, sécurité alimentaire, santé mentale, violence, périnatalité, toxicomanie, etc.).

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La CAQ fragilise les comités de vie dans les résidences pour personnes âgées (RPA).

2 juin, par André Jacob — , ,
En 2023, le gouvernement du Québec a modifié le règlement sur l'exploitation des RPA en y insérant, pour la première fois, l'obligation de mettre en œuvre un processus de (…)

En 2023, le gouvernement du Québec a modifié le règlement sur l'exploitation des RPA en y insérant, pour la première fois, l'obligation de mettre en œuvre un processus de création d'un comité de milieu de vie (CMV) dans chaque résidence de plus de 99 logements.

La dynamique de la mise en place a vogué cahin-caha, car des propriétaires de résidences se sont carrément opposés et ont bloqué la mise en place et le fonctionnement d'un CMV. Dans de telles situations, des résident.e.s n'ont pas réussi à mettre en place leur CMV. Malgré tout, à force de détermination et de débrouillardise, un certain nombre de résident.e.s ont réussi à former un CMV dans leur résidence.

Dans le règlement de 2023, on précisait le mandat suivant ainsi :

1. Diffuser de l'information sur les droits et les obligations des résidident.e.s.
2. Promouvoir l'amélioration de la qualité des conditions de vie des résident.e.s.
3. Défendre les droits et les intérêts collectifs des résident.e.s.
4. Fournir, sur demande d'un résident.e, les.enseignements utiles à la formulation d'une plainte au commissaire local aux plaintes et à la qualité des services du centre intégré de santé et des services sociaux concernés ou à la production d'une demande devant le Tribunal administratif du logement.

Les droits des aîné.e.s résidents dans une RPA remis en cause.

Aujourd'hui, sous la pression des lobbyistes bien rémunérés par les propriétaires de RPA, la CAQ fait marche arrière et propose des modifications majeures dans le nouveau projet de règlement au sujet de l'exploitation des RPA (GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 22 avril 2026, No 16). Après avoir laissé de grandes sociétés transnationales américaines s'approprier des réseaux complets de RPA (par exemple, la compagnie Ventas -https://www.ventasreit.com/what-we-do/senior-housing - possède maintenant les résidences du Groupe Maurice), le gouvernement actuel sacrifie les droits des résident.e.s à l'avantage des propriétaires. Un regard externe peut penser que vivre la retraite dans une RPA signifie automatiquement jouir d'un service paradisiaque alors que certaines RPA offrent des services pas toujours adéquats et certains droits sont bafoués.

Dans la conjoncture, le nouveau règlement redéfinit le mandat d'un CMV d'une manière radicale en le réduisant à une sorte de club social sans véritable possibilité de représentation et de défense des droits des résident.e.s des RPA. Ce changement de cap correspond au positionnement de la CAQ sur l'hébergement et le maintien à domicile des aîné.e.s : en général, la CAQ privilégie l'offre de services privés basés sur les principes classiques de l'offre et de la demande ; les résident.e.s doivent payer le gros prix sans aucun levier de négociation ni de protection ; en effet, le nouveau règlement stipule que

« Le comité de milieu de vie a pour fonctions :

1° d'encourager la participation des résidents à la vie à la résidence ;
2° de transmettre à l'exploitant les suggestions, les préoccupations et les insatisfactions des résidents ;
3° de promouvoir l'amélioration de la qualité des conditions de vie des résidents. »
Le 4e mandat reste inchangé.

En un mot, on musèle les possibilités d'action, de revendication et de promotion et de défense des droits des aîné.e.s. Il s'agit carrément d'une atteinte à la liberté d'expression et d'association. Le droit à l'information dont pourrait profiter les résident.e.s est remis en cause d'une manière radicale ; actuellement, on ne permet même pas à un CMV d'avoir accès aux coordonnées des résident.e.s et on enlève toutes les possibilités de communication aux CMV. La CAQ infantilise les aîné.e.s résidant dans une RPA en réduisant au maximum les possibilités d'informer et de s'organiser. Sans avoir la prétention d'être une association, le CMV détenait au moins une forme minimale de légitimité pour représenter les aîné.e.s des RPA. Cette reconnaissance minimale est effacée en quelques phrases non équivoques alors que l'on sait très bien que les services dans les RPA sont inégaux, voire inadéquats, dans plusieurs RPA. La CAQ se permet d'agir au nom des propriétaires parce que certains préjugés répandus laissent entendre que les personnes qui vont dans les RPA sont fortunées ; la réalité est fort différente. Des individus et des couples pas nécessairement riches se voient parfois forcés de s'installer dans une RPA en raison de la fragilité de leur état de santé et des soins requis. Beaucoup de gens à revenus modestes n'ont pas le choix et doivent consacrer un fort pourcentage de leur avoir à l'hébergement. Par les résidents, on trouve aussi un grand nombre de personnes seules et en difficulté sur le plan de la santé, notamment une majorité de femmes.

Au pas de course (un mémoire doit être déposé avant le 6 juin), la CAQ vide le mandat des CMV de son sens premier : la promotion et la défense des droits des aîné.e.s dans les RPA. Cette nouvelle mouture enlève un levier crucial pour la survie des CMV soit celui de diffuser de l'information sur les droits et les obligations des résident.e.s alors qu'on limite le mandat « à encourager la participation. » Ce vœu pieux correspond à une vague responsabilité morale, sans contenu précis et engageant. Rien qui vaille une bonne note dans la courte histoire mouvementée des CMV.

Que signifie participer à la vie d'un milieu de vie comme une RPA ?

Participer à la vie d'une institution présuppose d'avoir dépassé le stade de l'adaptation et d'avoir atteint un bon niveau d'intégration ; pour y arriver, il faut d'abord bien comprendre la dynamique d'un milieu de vie nouveau et non pas réduire l'action à une inscription à des activités ludiques (bingos, etc.). La diffusion de l'information sur les droits et sur tous les enjeux relatifs à la vie dans une RPA est essentielle comme soutien à l'intégration des résident.e.s alors que le nouveau projet réduit le mandat d'informer à zéro. Si ces changements fondamentaux sont votés par le gouvernement, les propriétaires de RPA auront tout le pouvoir pour contrôler le message et les stratégies de diffusion. Un CMV ne peut même plus faire partie de la dynamique de l'information à part servir de courroie de transmission d'informations sans que l'on sache si les dirigeant.e.s des RPA ont la responsabilité d'en tenir compte.

Le gouvernement ne peut réduire le mandat d'un CMV à encourager la participation ; un CMV devrait avoir les moyens de promouvoir l'amélioration de la qualité et des conditions de vie et garantir le respect des droits et libertés des résident.e.s à la lumière de la Charte des droits et libertés de personne et de la jeunesse du Québec. D'ailleurs, dans son préambule, la Charte stipule qu'elle a comme principal objectif d'harmoniser les rapports des personnes entre elles et avec leurs institutions : elle s'applique autant aux relations entre l'État et les individus qu'aux relations entre les individus. Un CMV ne peut pas aller plus bas que ce que la Charte préconise.

L'article 44 est tout aussi clair : « toute personne a droit à l'information, dans la mesure prévue par la loi. » C'est un élément clé de la protection des droits et libertés pour garantir une société dynamique, ouverte et égalitaire. La nouvelle politique de la CAQ va dans le sens opposé en réduisant les aîné.e.s à des citoyens infantilisés formatés selon les intérêts et les orientations des propriétaires de RPA. Les RPA siphonnent les économies des aîné.e.s au profit de grands propriétaires immobiliers et d'actionnaires insatiables tout en étant bien protégés par les lois et règlements caquistes.
Enfin, la nouvelle réglementation porte atteinte à la liberté de réunion et d'association. En réduisant le mandat à des fins utilitaires au service des propriétaires, un CMV deviendra inefficace et insignifiant, voire inutile.

Quel est l'avenir des CMV ?

La question mérite considération. Sans un mandat porteur de sens et sans aucun pouvoir de représentation que peuvent faire les CMV ? Ajoutons à cela le manque de ressources financières à l'exception de 350 $ que les propriétaires d'une RPA doivent mettre à la disposition du CMV.

Devant les perspectives du nouveau règlement, les résident.e.s désidreux de se doter d'un pouvoir de représentation, voire de négociation face à des propriétaires et des actionnaires lointains assoiffés de profits, seront-ils.elles forcés de constituer une réelle association de résident.e.s ? La question peut paraître illusoire, mais elle s'impose parce que les résident.e.s obligés de vivre dans une RAP sont réduits à des payeurs sans aucune possibilité de faire valoir leurs droits et leurs intérêts. Et il va de soi qu'une RPA n'est pas un refuge de millionnaires comme on le laisse parfois entendre. Accepter de vivre dans une RPA s'impose parfois par nécessité, problèmes de santé ou de mobilité d'un des deux membres d'un couple ou d'une personne seule ; selon les conditions des individus, l'autonomie est à géométrie variable. Un certain niveau de perte d'autonomie force habituellement les gens à se tourner vers une RAP parce que le système de soutien à domicile des personnes âgées n'offre pas automatiquement d'alternatives solides, à adéquates et viables à court, moyen ou long terme ; pensons aux services bancals offerts par des agences de personnel sous contrat avec un CLSC. En d'autres termes, pour profiter de l'autonomie le plus longtemps possible, beaucoup de gens sont forcés d'appliquer un très haut pourcentage de leurs économies à leur hébergement et à l'utilisation des services internes (infirmerie, salle à manger, loisirs, etc.) dans une RPA.

Avons-nous d'autres choix que d'assumer tous les frais en puisant à l'infini dans nos économies ? Pas nécessairement. Alors, laissez-nous au moins le droit de négocier adéquatement nos conditions de vie et défendre nos droits et nos intérêts !

André Jacob, président
Comité milieu de vie de la résidence Florea (Groupe Maurice).
Terrebonne

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Défense de droits en santé mentale : Remise des Prix Orange et Citron 2026

2 juin, par Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) — , ,
GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE, le 28 mai 2026 – L'association des groupes de défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) dévoile les gagnants des Prix Orange et Citron (…)

GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE, le 28 mai 2026 – L'association des groupes de défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) dévoile les gagnants des Prix Orange et Citron

Depuis 1996, l'AGIDD-SMQ sélectionne 3 mises en candidatures au prix Orange et 3 au prix Citron. C'est par un vote populaire, principalement auprès des personnes premières concernées par la santé mentale, que sont déterminés les gagnants. C'est une façon concrète et originale qui permet aux personnes de s'approprier un certain droit de regard sur cette société qui, trop souvent, les exclut ou les marginalise.

Le prix Orange est décerné à une personne, un groupe, une association ou une institution qui, par son implication, s'illustre pour le respect des droits des personnes vivant un problème de santé mentale. Le prix Citron, quant à lui, est décerné à une personne, un groupe, une association ou une institution qui contrevient au respect des droits des personnes vivant un problème de santé mentale.

Le prix Orange 2026 a été décerné à l'organisme Mon Shack

L'organisme Mon Shack de Sherbrooke lance le premier « laboratoire vivant » en santé mentale au Québec, un projet où les usager.ères collaborent avec des chercheur.es et des intervenant.es pour transformer leur propre milieu de vie. Cette approche de co-création vise à accélérer le rétablissement et l'autonomie des jeunes adultes en adaptant les services à leurs besoins réels. Soutenue par des partenaires universitaires et cliniques, cette initiative pilote aspire à devenir un modèle de référence pour humaniser et moderniser les pratiques d'accompagnement social à travers la province.

« Nous sommes profondément reconnaissants de recevoir le Prix Orange et d'avoir fait partie des nominations cette année. Le projet de recherche living lab vise à partager l'approche par, pour et avec de Mon Shack, grâce à laquelle les locataires participent aux structures décisionnelles et la vie communautaire de l'organisme. »

Le prix Citron 2026 a été décerné à l'Hôpital du Sacré-Coeur-de-Montréal

Un rapport du Protecteur du citoyen dénonce l'usage abusif et injustifié des mesures de contention physique et chimique à l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal. L'enquête révèle des lacunes graves, notamment des patient.es immobilisé.es pendant des heures sans réévaluation, ainsi que neuf situations de maltraitance envers des aîné.es. Le rapport critique une culture organisationnelle qui banalise ces pratiques au détriment des droits fondamentaux des usager.ères.

Étaient aussi mis en candidature au Prix Orange :

MAXENCE VALADE - Dans une lettre ouverte parue au Devoir, l'auteur, intervenant au Club-Ami, critique vivement la campagne de l'Institut Douglas, lui reprochant de réduire la schizophrénie à une simple défaillance biologique ou mécanique du cerveau. En privilégiant une vision strictement biomédicale, cette approche masquerait l'expérience vécue et la quête de sens des personnes. Le texte appelle à dépasser cette vision stigmatisante pour privilégier un récit qui reconnaît l'humanité et la sensibilité particulière des personnes premières concernées, plutôt que de les traiter comme des machines à réparer.

GENEVIÈVE DÉZIEL - Santé Québec est visée par une action collective majeure déposée par une citoyenne ayant découvert des consultations injustifiées dans son dossier médical et celui de son fils défunt. Le recours dénonce des bris de confidentialité répétés commis par des employé.es du réseau de la santé et réclame jusqu'à 20 000 $ par victime pour atteinte à la vie privée. Cette affaire met en lumière les failles de sécurité entourant les données sensibles des patient.es et questionne l'éthique du personnel ayant accès aux dossiers informatisés sans motif valable.

Étaient aussi mis en candidature au Prix Citron :

HÔPITAL NOTRE-DAME-DE-MONTRÉAL - Un patient de l'Hôpital Notre-Dame a été renvoyé chez lui par taxi dans un état jugé indigne, vêtu uniquement d'une jaquette d'hôpital souillée (tachée d'excréments). On dénonce un manque de dignité et d'humanité dans le processus de congé de l'hôpital. La famille critiquait le fait que le personnel n'ait pas pris le temps de nettoyer le patient ou de s'assurer qu'il portait des vêtements propres avant son départ.

CIUSSS DE LA CAPITALE NATIONALE : Le Centre 388, une clinique spécialisée de Québec offrant un traitement psychanalytique pour les adultes souffrant de psychose depuis 42 ans, est menacé de fermeture à la suite d'une décision administrative du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Cette coupure de contrat abrupte survient malgré les succès du centre en matière de réinsertion sociale et de réduction des hospitalisations. Les partis d'opposition et les intervenant.es du milieu dénoncent cette décision qui met en péril la sécurité et la stabilité des personnes desservies, tout en exigeant du gouvernement qu'il respecte sa promesse de réaliser une évaluation indépendante avant de mettre fin aux activités.

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Une délégation de parents d’élèves à besoins particuliers demande des engagements aux partis politiques

2 juin, par Comité pour le droit à la scolarisation — , ,
Québec, le 27 mai 2026. - Le mercredi 27 mai, une délégation de parents s'est rendue à l'Assemblée nationale pour dénoncer le manque de services et l'exclusion scolaire que (…)

Québec, le 27 mai 2026. - Le mercredi 27 mai, une délégation de parents s'est rendue à l'Assemblée nationale pour dénoncer le manque de services et l'exclusion scolaire que subissent de plus en plus d'élèves en situation de handicap ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (HDAA). En vue de la campagne électorale, les parents et des représentantes d'organisation ont demandé des engagements aux différents partis pour que le droit à l'éducation des élèves HDAA soit enfin respecté au Québec.

Sensibiliser les parlementaires

La délégation d'une douzaine de parents cherchait d'abord à sensibiliser les parlementaires à la réalité des familles d'élèves HDAA. Elle a donc remis un recueil comptant 172 témoignages à chacun des cinq partis représentés à l'Assemblée nationale ; des témoignages qui, pour plusieurs, nous montrent les impacts dévastateurs que peuvent entraîner la dégradation continue des services aux élèves HDAA et la hausse des cas de bris de scolarisation.

Parmi les problèmes soulevés par les parents, notons la difficulté d'avoir accès à des services spécialisés, les locaux non adaptés et souvent manquants, le manque de personnel de soutien scolaire, les plans d'intervention imposés aux élèves, souvent inadaptés et non respectés, la collaboration difficile entre intervenant-es des différents réseaux, l'orientation scolaire ne répondant pas aux besoins des élèves, les groupes trop nombreux, l'accès aux services de garde ou de transport adapté, la multiplication des bris de scolarisation et des cas de scolarisation partielle...

(Voir quelques exemples de témoignages en annexe.)

Réclamer des engagements

Au-delà de la sensibilisation, la délégation voulait profiter du contexte préélectoral pour revendiquer un meilleur financement du système d'éducation, particulièrement pour garantir des services aux élèves HDAA. Elle a demandé aux différents partis de faire connaître leurs engagements en ce sens et de réaffirmer qu'au Québec, 100% des enfants ont droit à une éducation de qualité, sans discrimination. Les occasions ne manqueront pas au cours des prochains mois pour relancer les partis à ce sujet.

À propos

La délégation était organisée par le Collectif pour le droit à la scolarisation et la Fédération québécoise de l'autisme, en collaboration avec l'Association québécoise du syndrome de la Tourette, la Coalition de parents d'enfants à besoins particuliers, le Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec (RAPLIQ), la section de Québec de la Ligue des droits et libertés et la Société québécoise de la déficience intellectuelle.

CITATIONS

version complète des interventions en annexe

Marjorie Vernay, mère de famille, CSS des Premières-Seigneuries

Le 15 mai dernier, tout s'est effondré. Plus aucun accès au service de garde. Plus rien. Après avoir interpellé l'école et le service de garde, après avoir parlé, expliqué ma situation à mon employeur, à ma médecin de famille, j'en suis venue à cette conclusion : nous, les parents d'enfants à besoins particuliers, sommes pris en otage par des règles arbitraires sous couvert d'un manque de ressources. Avant d'être mère, je n'avais aucune connaissance de tout le désarroi vécu par des centaines, des milliers de familles à travers tout le Québec. Nous sommes ici aujourd'hui pour faire entendre notre voix afin que la population soit au courant de ce qui se passe sous ses yeux mais qu'on leur cache délibérément. Nos enfants n'ont pas choisi d'être différents, nous n'avons pas choisi ce combat, nous n'avons seulement pas le choix de nous battre pour que nos enfants aient les mêmes chances que les autres.

Gabrielle Tremblay-Delisle, mère de famille, présidente du conseil d'administration de l'Association québécoise du syndrome de la Tourette

Je suis la mère d'un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Pour ma fille, c'est depuis la maternelle qu'elle vit des épisodes de déscolarisation. L'école à demi-temps, parfois sans transport fourni, sans avoir droit au service de garde, pas d'accès aux activités parascolaires, pas de sortie avec la classe ou l'école. Les plans d'intervention s'accumulent et ma fille est rapidement isolée socialement, accumule du retard d'apprentissage et sans parler des difficultés psychologiques rattachées à l'exclusion scolaire. J'ai dû mettre ma carrière sur pause pendant plusieurs années afin de répondre à tous ses besoins particuliers. Ma situation est l'une parmi tant de familles ayant un enfant vivant avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Les familles sont épuisées, contraintes de se battre seules pour obtenir une place à l'école et se retrouvent trop souvent à faire l'agent de liaison entre les différents services pour assurer la coordination entre la santé, l'éducation et les services sociaux.

Celyn Harding-Jones, mère de famille, Riverside School Board

My intelligent 9 year old daughter is autistic, with adhd and dyslexia. This year, she has missed over 100 days of schooling because I had to choose her mental health over her education. I have not worked in years, and we are constantly living in crisis mode, having already accessed any available supports and unsuccessfully applied to specialist schools. Today I am asking for our elected officials to explain to my daughter why she cannot attend school. This is not a failure of the most vulnerable disabled children not able to fit within a system. This is a failure of a system and a series of political parties who refuse to invest in the future. Inclusion is a great moral tenant of our society. But inclusion without adequate support is neglect."

Patrice Lemieux Breton, père de famille, coordonnateur du Collectif pour le droit à la scolarisation

Le gouvernement ne peut plus regarder la situation se détériorer sans rien faire, au nom du respect de la "capacité de payer des contribuables". L'inaction a un coût social et financier considérable pour les familles et l'ensemble de la société. Cette année, le ministère de l'Éducation a relevé 4000 cas de bris de scolarisation de deux semaines consécutives ou plus. À cela s'ajoutent plusieurs milliers de cas de scolarisation partielle ou de bris de service de plus courte durée, qui peuvent souvent se répéter pendant des années. Peu importe le cas de figure, les impacts peuvent être dévastateurs pour les enfants mais aussi pour les parents qui, souvent, doivent quitter leur emploi pour s'occuper de leur enfant, vivent de l'isolement, développent des problèmes de santé mentale ou physique, etc.

Lili Plourde, directrice de la Fédération québécoise de l'autisme

Aujourd'hui, nous sommes ici pour rappeler que l'inclusion scolaire ne doit pas être un simple principe inscrit sur papier. Elle doit se traduire concrètement dans les classes, dans les écoles et dans les services offerts quotidiennement aux élèves. Nous sommes ici pour défendre le droit de chaque enfant à recevoir l'aide dont il a besoin. Le droit d'apprendre à son rythme. Le droit d'avoir accès à des professionnels qualifiés, à des outils adaptés et à un environnement qui favorise sa réussite. Notre présence aujourd'hui est un message clair : nous refusons que des élèves soient laissés pour compte. Nous refusons que le manque de ressources devienne une excuse à l'abandon de nos responsabilités collectives

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Bianca Nugent, présidente de la Coalition des parents d'enfants à besoins particuliers du Québec

Les témoignages présentés aujourd'hui confirment ce que les familles vivent depuis des années : la dégradation des services aux élèves ayant besoins particuliers entraîne des impacts dévastateurs et traumatisants sur les enfants et plonge les parents dans un cycle d'isolement, d'épuisement et de renoncements forcés. Nous refusons que l'accès à l'éducation devienne un privilège conditionnel aux ressources disponibles. Chaque enfant a droit à une scolarisation complète, stable et adaptée — et chaque famille a droit au respect, à la transparence et à un système qui assume enfin ses responsabilités.

Amélie Duranleau, directrice générale de la Société québécoise de la déficience intellectuelle

Le droit à l'éducation ne devrait jamais dépendre de la capacité d'un enfant à répondre aux exigences d'un système qui ne tient pas compte de ses besoins, ni de l'épuisement de sa famille. Trop d'élèves ayant une déficience intellectuelle ou d'autres besoins particuliers vivent aujourd'hui de l'exclusion, des interruptions de services et des parcours scolaires fragmentés. Le Québec doit se donner les moyens d'offrir un véritable accès à une éducation inclusive, adaptée et respectueuse des besoins de chaque élève.

Collectif pour le droit à la scolarisation

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« Le Canada remet des personnes à l’ICE » : les réfugiés refoulés à la frontière risquent d’être placés en détention aux États-Unis

2 juin, par Olivia Bowden — , ,
Alors que le Canada durcit ses règles en matière d'asile, des réfugiés qui ont retrouvé leur famille affirment avoir été remis à l'ICE et emprisonnés pendant des mois après (…)

Alors que le Canada durcit ses règles en matière d'asile, des réfugiés qui ont retrouvé leur famille affirment avoir été remis à l'ICE et emprisonnés pendant des mois après l'échec de leur demande d'asile à la frontière.

23 mai 2026 | source : The Guardian | Envoi et traduction : Marc Bonhomme

À mesure que les jours passent dans un centre de détention américain, Markens Appolon sent la vie dont il rêvait lui échapper.

Ce jeune homme de 25 ans a fui Haïti pour échapper à la violence endémique des gangs qui a bouleversé ses études universitaires en économie, et comptait rejoindre sa famille à Montréal.

Mais depuis quatre mois et demi, Appolon est incarcéré dans un centre de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement). Il se demande comment il pourrait bien commencer à reconstruire sa vie s'il venait à être libéré.

« Chaque jour qui passe, ma santé mentale se détériore. On voit le monde continuer de tourner et on est juste coincé ici, à regarder », a-t-il déclaré. « Je suis ici, et même quand je sortirai, le problème sera pire. »

Appolon avait cherché refuge au Canada, convaincu que ce pays offrait un havre de paix à ceux qui étaient en danger. Le fait qu'il ait de la famille au Canada aurait dû lui permettre de demander l'asile. Pourtant, ce sont des agents canadiens qui l'ont remis aux agents de l'ICE qui l'ont placé en détention.

« C'est ce qui est si choquant dans cette affaire et dans d'autres similaires », a déclaré Erin Simpson, une avocate spécialisée en droit de l'immigration basée à Toronto qui représente Appolon. « Le Canada est complice de ces agissements. Le Canada remet des personnes à l'ICE. »

Simpson et d'autres avocats spécialisés en droit de l'immigration au Canada affirment être submergés de dossiers similaires à celui d'Appolon depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump.

Des réfugiés comme Appolon tentent de demander l'asile au Canada en invoquant une exception à l'accord sur les pays tiers sûrs conclu entre ce pays et les États-Unis. En vertu de cet accord, les réfugiés doivent demander l'asile dans le premier « pays sûr » où ils arrivent.

Mais les experts juridiques soutiennent que les États-Unis ne devraient pas être considérés comme un pays tiers sûr. Ils font valoir que la détention de longue durée des personnes en quête d'asile et les menaces d'expulsion vers des pays où elles pourraient être maltraitées ou tuées indiquent que les États-Unis ne sont pas sûrs.

Dans le même temps, le Canada durcit son propre système d'asile. Une nouvelle législation promulguée en mars a instauré de nouvelles règles d'inéligibilité pour les demandeurs d'asile, ce qui a poussé les détracteurs à accuser le gouvernement de Mark Carney d'introduire des politiques d'immigration à la Trump.

Des réfugiés comme Appolon restent emprisonnés aux États-Unis « parce que le Canada a mené les procédures à la frontière d'une manière rigide et, franchement, injuste », a déclaré Simpson.

« Les conséquences pour lui ne pourraient être plus graves », a-t-elle déclaré.

Appolon a fui Haïti en 2023, alors que le pays était en proie à une guerre des gangs dévastatrice, à un vide politique, à un effondrement économique et à la famine. Il s'est installé en Floride où il a vécu avec un oncle grâce à un programme spécial de visas humanitaires accordé par l'administration Biden, qui lui permettait de travailler et d'étudier.

Lorsque Trump est revenu au pouvoir et a menacé de mettre fin au programme, Appolon a décidé de demander l'asile au Canada.

Un réfugié qui tente d'entrer au Canada depuis les États-Unis doit prouver qu'il a des membres de sa famille canadiens dans le pays pour être autorisé à y entrer. Sinon, il est censé recourir au système américain.

Appolon a atteint la frontière entre le Québec et le Vermont le 28 décembre, mais a été refoulé et remis à l'ICE. Sa tante, citoyenne canadienne, était temporairement absente du pays pour une urgence familiale, et les agents frontaliers lui ont dit que sans sa présence physique dans le pays, il ne pouvait pas entrer.

Selon Mme Simpson, les agents des services frontaliers canadiens se sont montrés plus indulgents dans des affaires précédentes et auraient dû laisser à la tante d'Appolon le temps de revenir. La législation canadienne ne précise pas qu'un proche doit se trouver physiquement dans le pays au moment où un demandeur d'asile dépose sa demande, a-t-elle déclaré.

Malgré la législation récente, le Canada jouit toujours d'une réputation mondiale de pays accueillant pour les réfugiés et les immigrants. Mais les conséquences d'un rejet sont devenues plus sévères, selon plusieurs avocats spécialisés en droit de l'immigration.

Si des personnes demandant le statut de réfugié ont déjà été refoulées à la frontière canadienne par le passé, les avocats spécialisés en droit de l'immigration affirment que la situation s'est considérablement aggravée depuis le retour au pouvoir de Trump.

L'administration Trump a semé le trouble chez ceux qui étaient entrés aux États-Unis avant 2025 grâce à des visas humanitaires et d'autres statuts d'immigration temporaires désormais menacés.

En conséquence, ils sont de plus en plus nombreux à envisager le Canada. Cela a entraîné un durcissement des contrôles à la frontière, le Canada cherchant à se prémunir contre une éventuelle avalanche de demandes, même si le pays est en mesure d'accueillir les demandeurs.

Tenzin, un réfugié tibétain, a déclaré que la volonté du Canada de le livrer à l'ICE pour qu'il soit incarcéré semblait en totale contradiction avec son image internationale. Cet homme de 29 ans a tenté de demander l'asile au Canada à la frontière américaine en août. Sa famille canadienne attendait son arrivée.

« Je pensais que les Canadiens étaient meilleurs que les Américains… mais quand j'ai été traité comme ça, je me suis dit qu'il y avait aussi des gens mauvais au Canada », a-t-il déclaré.

Il a rapidement été placé dans le centre de détention de l'ICE à Buffalo. En décembre, Tenzin a commencé à perdre le contrôle des muscles du côté gauche de son visage.

Après avoir supplié pendant des jours qu'on le laisse voir un médecin, il a déclaré que les agents de l'ICE l'avaient finalement emmené à l'hôpital. Ses mains et ses chevilles étaient menottées et il a été transporté en pleine tempête de neige, vêtu d'un simple survêtement. Les agents lui ont dit qu'ils n'avaient plus de manteaux.

Un médecin lui a diagnostiqué une paralysie de Bell, une affection qui provoque une paralysie faciale soudaine.

Le Guardian n'utilise que le prénom de Tenzin, car celui-ci craint que le fait de parler publiquement de son séjour en détention à l'ICE ne nuise à ses chances de trouver un emploi.

Heather Neufeld, une avocate spécialisée en droit de l'immigration à Ottawa qui représente Tenzin, a déclaré qu'en tant que réfugié apatride au Népal, il ne remplissait pas les conditions requises pour obtenir des documents de voyage. Sa seule chance de quitter le Népal était d'obtenir un faux passeport indien afin de rejoindre le Canada depuis la frontière américaine.

Lorsqu'il a tenté de demander l'asile, a-t-elle expliqué, les agents des services frontaliers ont refusé d'interroger la famille de Tenzin.

« L'agent n'était pas disposé à envisager la possibilité qu'il soit réellement un réfugié tibétain », a-t-elle déclaré.

Mme Neufeld a réussi à démontrer que le traitement réservé à Tenzin à la frontière canadienne était entaché d'erreurs de procédure. Il a été libéré en février et a rejoint sa famille à Toronto.

Le Canada aurait les moyens d'accueillir beaucoup plus de réfugiés en provenance des États-Unis, a déclaré Audrey Macklin, professeure de droit de l'immigration et des réfugiés à l'Université de Toronto.

Pourtant, le fait que le pays maintienne l'Accord sur les pays tiers sûrs et le durcissement récent de son système d'asile viennent contredire cette image, a-t-elle ajouté.

« [Le Canada] ne cesse de clamer sa générosité envers les réfugiés », a-t-elle déclaré. « Mais il est clair qu'il n'y a pas de volonté politique en ce sens », a-t-elle ajouté.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le ministère fédéral chargé de gérer l'arrivée des demandeurs d'asile, a déclaré que l'Accord sur les tiers pays sûrs conclu avec les États-Unis constituait un « outil important pour la gestion ordonnée des demandes d'asile ».

La loi canadienne exige qu'un pays tiers sûr respecte ses engagements en matière de droits de l'homme. L'agence a déclaré que les États-Unis faisaient l'objet d'une « surveillance continue » afin de s'assurer qu'ils respectent ces normes.

Gurbir Singh a déclaré avoir fui l'Inde après avoir reçu des menaces de mort de la part de la police, et avoir tenté de demander l'asile au Canada le 25 mars, dans le but de rejoindre sa famille à Brampton, une ville située dans la banlieue de Toronto.

Mais les agents des services frontaliers canadiens ne l'ont pas cru lorsqu'il a affirmé être Singh, malgré ses documents et le fait que ses empreintes digitales correspondaient à celles déjà enregistrées dans le système. Il a été remis à l'ICE et détenu dans le centre de détention de l'agence à Buffalo avant que Simpson ne parvienne à convaincre les autorités canadiennes de son identité. Il a été libéré et autorisé à entrer au Canada fin avril.

« Je n'ai certainement jamais vu cela. Mais nous constatons une réelle rigidité dans les exceptions à la frontière et une incapacité réelle à reconnaître le coût extraordinaire des décisions erronées », a déclaré M. Simpson.

« Je pensais que le Canada était réputé pour ses droits de l'homme. Mais ils ne m'ont accordé aucun droit… ils m'ont dit : “Vous ne pouvez pas rester ici” », a déclaré M. Singh.

L'Agence des services frontaliers du Canada, l'organisme fédéral chargé du contrôle des frontières, a déclaré qu'elle ne pouvait pas commenter les cas d'Appolon, de Tenzin et de Singh pour des raisons de confidentialité. Mais elle a affirmé que les agents des services frontaliers traitaient les demandes « en toute impartialité » et que les demandeurs « comprenaient leurs droits ».

« Il incombe aux réfugiés de prouver qu'ils remplissent les conditions requises pour entrer au Canada », a déclaré l'agence. Les agents des services frontaliers doivent être « convaincus » qu'il est « plus probable qu'improbable qu'un lien familial existe ».

Le porte-parole a indiqué que les agents de l'ASFC peuvent réexaminer la demande d'un réfugié dans des cas « exceptionnels ».

L'ICE américain n'a pas répondu à notre demande de commentaires.

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Cisjordanie : une autre déclaration hypocrite du Canada

2 juin, par Coalition du Québec Urgence Palestine — , , ,
Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 27 mai 2026. Les dirigeants du Canada et de huit autres pays (Allemagne, Australie, France, Italie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas et (…)

Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, le 27 mai 2026. Les dirigeants du Canada et de huit autres pays (Allemagne, Australie, France, Italie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont émis, le 22 mai, une déclaration commune « sur la situation en Cisjordanie ». Il s'agit d'une nouvelle prise de position de façade invoquant le droit international, mais ne faisant que des demandes très limitées à Israël et, surtout, sans sanctions significatives permettant d'espérer un quelconque changement des politiques israéliennes.

27 mai 2026 | Communiqué Coalition du Québec Urgence Palestine
https://alter.quebec/cisjordanie-une-autre-declaration-hypocrite-du-canada/

Après les déclarations du 21 juillet 2025 (26 signataires), du 21 août (26 signataires) et du 25 décembre dernier (15 signataires), la déclaration du 22 mai est centrée sur le projet de colonie E1 qui « diviserait la Cisjordanie en deux et constituerait une grave violation du droit international », ce qui est indéniable. Elle affirme clairement que « les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales », mais elle ne demande pas leur démantèlement dans les plus brefs délais tel que stipulé dans l'avis consultatif historique du 19 juillet 2024 de la Cour internationale de justice (CIJ). Elle se limite plutôt à exhorter Israël à renoncer à créer de nouvelles colonies. De la même manière, elle indique que les entreprises « ne devraient pas répondre aux appels d'offres relatifs à des projets de construction dans la zone E1 », au lieu de leur signifier que toute activité économique de leur part — contribuant à la création, mais aussi au maintien et à l'expansion des colonies des colonies existantes — devrait cesser sous peine de sanctions.

Le 20 janvier dernier, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a prononcé à Davos un discours qui a impressionné le gratin mondial qui s'y réunit chaque année, et aussi une bonne partie de la population canadienne. Il y invitait les puissances intermédiaires, dont le Canada à « s'unir pour créer une troisième voie qui aura du poids ». Il les invitait à « vivre dans la vérité », à « nommer la réalité » et à « agir de manière cohérente ». Autant de belles paroles qui sont aux antipodes de cette nouvelle déclaration commune.

Si le Canada et ses acolytes occidentaux veulent nommer la réalité, avec deux ans et demi de retard, ils devraient nommer le génocide qui est toujours en cours à Gaza. Ils devraient agir de manière cohérente en mettant immédiatement en œuvre un maximum de sanctions sévères contre l'État d'Israël pour s'acquitter de leur responsabilité en vertu de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide. Et ils devraient s'associer à la voie ouverte par l'Afrique du Sud devant la CIJ pour en finir avec l'impunité israélienne.

Sans y faire référence dans leur dernière déclaration commune, plusieurs des pays signataires se sont récemment indignés, à juste titre, des mauvais traitements infligés à leurs ressortissant.es, kidnappés illégalement par Israël dans les eaux internationales alors qu'il.elles participaient aux flottilles Global Sumud et Freedom Flottilla. Mais ils restent silencieux face aux milliers de prisonniers palestiniens qui sont systématiquement soumis à la torture, comme l'ont encore récemment souligné la rapporteuse spéciale de Nations Unies pour la Palestine, Francesca Albanese, et l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem.

Le Canada et ses acolytes occidentaux ne pourront créer « une troisième voie qui aura du poids » sur la question palestinienne et agir « en faveur d'une paix globale, juste et durable » tant et aussi longtemps qu'ils demeureront complices des crimes d'Israël.

Citations :

« L'impunité d'Israël, qui viole explicitement le droit international, repose sur l'inaction des États occidentaux. »

– Diane Lamoureux, porte-parole, Coalition du Québec URGENCE Palestine

« La déclaration commune du Canada et des huit autres pays signataires est tout aussi hypocrite qu'inutile : ils savent très bien que leur sempiternelle réaffirmation de “soutien indéfectible” à une solution à deux États est sans effet, d'autant plus que leurs politiques et les activités de leurs entreprises continuent de contribuer aux crimes d'Israël contre le peuple palestinien. »

– Raymond Legault, porte-parole, Coalition du Québec URGENCE Palestine

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Avi Lewis, nouveau chef socialiste du NPD canadien : « La vie n’a pas à être aussi cruellement injuste »

2 juin, par Democracy now ! — , ,
Alors que Democracy Now ! diffuse depuis Toronto, nous nous entretenons avec Avi Lewis, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, parti progressiste canadien. Lewis a été (…)

Alors que Democracy Now ! diffuse depuis Toronto, nous nous entretenons avec Avi Lewis, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, parti progressiste canadien. Lewis a été élu à une écrasante majorité le mois dernier, convainquant les membres du parti grâce à un programme socialiste démocratique qui s'engageait à donner la priorité à l'accessibilité financière, à lutter contre la crise climatique, à contrer les attaques de l'administration Trump contre le Canada, et plus encore. Lewis prend ses fonctions alors que le NPD ne dispose que de cinq sièges au Parlement et que le Premier ministre Mark Carney vient d'obtenir la majorité pour son gouvernement libéral à l'issue de trois élections partielles en avril.
Lewis reconnaît que « le NPD a beaucoup de travail de reconstruction à accomplir », mais affirme qu'il existe au Canada un « vaste espace politique » pour un programme populiste de gauche. « Je pense que les jeunes, en particulier, sont très réceptifs à une vision selon laquelle la vie ne doit pas nécessairement être aussi cruellement injuste », déclare Lewis. « Nous avons besoin de solutions non marchandes pour faire face à une période de défaillance du marché. »
Lewis est un militant et cinéaste de longue date dont le défunt père, Stephen Lewis, a dirigé le NPD de l'Ontario dans les années 1970. Il est marié à la célèbre autrice Naomi Klein.

28 avril 2026 | tiré de democracynow.org
https://www.democracynow.org/2026/4/28/canada_elex

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Juan González.
Je me trouve aujourd'hui à Toronto, au Canada, où des élections partielles ont eu lieu au début du mois, offrant une faible majorité à la Chambre des communes au Parti libéral et au Premier ministre Mark Carney, qui disposera désormais d'une plus grande marge de manœuvre pour faire avancer son programme politique. L'année dernière, le Parti libéral canadien a vu sa popularité monter en flèche alors que le président Trump intensifiait ses menaces de faire du Canada le 51e État et d'imposer des droits de douane. Voici un message vidéo publié par le Premier ministre Carney la semaine dernière.

LE PREMIER MINISTRE MARK CARNEY : On ne peut pas assurer la sécurité en ignorant l'évidence ou en minimisant les menaces bien réelles auxquelles nous, Canadiens, sommes confrontés. … Voici donc la situation actuelle. Le monde, comme je l'ai dit plus tôt, est plus dangereux et divisé. Les États-Unis ont fondamentalement changé leur approche du commerce, augmentant leurs droits de douane à des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis la Grande Dépression. Bon nombre de nos anciens atouts, fondés sur nos liens étroits avec l'Amérique, sont devenus nos faiblesses, des faiblesses que nous devons corriger. Les travailleurs de nos industries les plus touchées par les droits de douane américains — dans l'automobile, la sidérurgie, le bois d'œuvre — sont menacés. Les entreprises freinent leurs investissements, freinées par le climat d'incertitude qui pèse sur nous tous. Les États-Unis ont changé, et nous devons réagir. … « Canada Strong » est notre plan pour bâtir le Canada par les Canadiens, pour les Canadiens.

Par ailleurs, le principal parti progressiste du Canada, le Nouveau Parti Démocratique (NDP), a récemment élu l'activiste socialiste et réalisateur de documentaires Avi Lewis à la tête du parti. Le NPD était autrefois le principal parti d'opposition au Canada, mais il ne détient plus aujourd'hui que cinq sièges à la Chambre des communes. Lewis a mené sa campagne sur un programme axé sur l'accessibilité financière, l'équité et l'augmentation de l'impôt sur la fortune. Le NPD va désormais devoir se reconstruire.

Avi Lewis est issu d'une famille politique influente. Son grand-père, David Lewis, a contribué à la fondation du NPD et a dirigé le parti. Le père d'Avi Lewis, Stephen Lewis, a dirigé le NPD de l'Ontario dans les années 70. Stephen Lewis était également défenseur des droits de l'homme, animateur de télévision, ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations unies et envoyé spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique. Stephen Lewis est décédé d'un cancer à l'âge de 88 ans, deux jours seulement après la victoire électorale d'Avi. Voici Avi Lewis s'exprimant lors de la cérémonie commémorative en l'honneur de son père dimanche dernier.

AVI LEWIS : Beaucoup d'entre vous savent que les derniers mois du parcours de papa ont coïncidé avec ma campagne pour la direction du NPD canadien, notre foyer politique de toujours. Et pour ceux d'entre vous qui nous regardent depuis le monde entier, c'est un miracle de pouvoir vous dire que la dernière chose qu'il a vue de son vivant, les yeux ouverts, a été notre victoire dans cette course et la passation du flambeau politique.

AMY GOODMAN : Pour parler de son élection, de son père et d'autres sujets, nous sommes maintenant en compagnie d'Avi Lewis à Ottawa. Tout d'abord, Avi, nos condoléances pour le décès de votre père, Stephen Lewis, un homme que nous avons interviewé à plusieurs reprises au fil des ans. Pourriez-vous nous parler du parcours de votre famille et de ce qui vous a amené à ce poste de nouveau chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, le NPD ?

AVI LEWIS : Bonjour, Amy. Merci beaucoup pour ces paroles aimables. Cela a été — évidemment, le dernier mois de ma vie a été une expérience tout simplement extraordinaire. Je suis à court de mots, ce qui, comme vous le savez, n'arrive pas très souvent dans ma famille.

Oui, j'ai grandi au sein du NPD des années 1970 et, d'une certaine manière, à la fin de l'essor d'après-guerre de la propriété publique et de la mise en place au Canada de notre filet de sécurité sociale, de notre système de santé universel, que le NPD a été le moteur de la mise en place, depuis Tommy Douglas en Saskatchewan, jusqu'au niveau national. C'est notre fierté et notre joie. C'est l'une des principales choses qui nous différencie des États-Unis. Il n'est pas nécessaire d'être riche pour tomber malade au Canada, même si les efforts de privatisation se sont accélérés et que notre système de santé n'est plus ce qu'il était. Ce sont vraiment ce genre de réalisations, et cette période des années 1970 correspond à l'époque où j'étais — oui, j'étais un enfant, mais j'ai grandi au sein du parti.

Ma vie, comme tu le sais, car nous en avons parlé à maintes reprises au fil des ans, a été consacrée au militantisme ; j'ai émergé au sein du mouvement altermondialiste lorsque nous luttions contre ces accords de libre-échange qui auraient intégré si étroitement l'économie canadienne à celle des États-Unis. Maintenant que nous sommes dans une ère où Trump fait des ravages à travers le monde, agissant en toute impunité, bafouant les normes internationales et s'en prenant au Canada, menaçant de nous annexer et lançant ces attaques économiques massives sous forme de droits de douane, nous sommes… vous savez, nous avons toujours eu raison de dire qu'il ne fallait jamais intégrer notre économie aussi profondément à celle des États-Unis. Mais maintenant, nous devons trouver comment rendre notre économie à l'épreuve de Trump, comment créer une économie indépendante.

Et c'est un moment très… c'est un moment unique et historique pour moi. Je me présente aux élections depuis quelques années, sans succès, mais j'ai remporté la direction du NPD au plus bas du cycle électoral, à un moment charnière de l'histoire du Canada, alors que nous avons besoin de propositions concrètes pour rendre notre économie plus indépendante et pour protéger le filet de sécurité sociale de base ainsi que les valeurs de solidarité et de communauté qui constituent, vous le savez, notre différence canadienne légendaire. C'est donc un moment très... un moment décisif. Le NPD a beaucoup de travail de reconstruction à faire. Mais, vous savez, nous avons mené une campagne vraiment franche.

Lorsque le gouvernement Carney a été élu — et Carney est un banquier central, et donc, vous savez, son premier emploi était chez Goldman Sachs, mais il a été élu en tant que sorte de — les Canadiens pensaient qu'il serait le protecteur progressiste du Canada à l'ère Trump. Il a très vite viré à droite. Il a lancé un projet visant à redoubler d'efforts en matière d'extraction des ressources, de pipelines de pétrole et de gaz et de projets d'infrastructure gigantesques qui profiteront largement aux entreprises étrangères, en les accélérant, en mettant de côté les droits des Autochtones et en faisant fi des consultations environnementales. Et les conservateurs, sous la houlette de Pierre Poilievre, ont voté avec lui sur bon nombre de ces — sur bon nombre de ces très, très gros dossiers.

Le NPD dispose donc désormais d'un vaste espace politique pour proposer de vraies solutions à la crise du coût de la vie dans un pays où une poignée d'entreprises dominent tous les secteurs de notre économie, où elles font grimper les prix, et où les loyers et les hypothèques sont complètement hors de contrôle et inabordables. Je pense que la crise de l'accessibilité financière est encore plus grave au Canada qu'aux États-Unis, car une poignée d'entreprises exercent un contrôle très étroit sur l'alimentation, la téléphonie mobile et les télécommunications, le secteur pétrolier et les grandes banques au Canada. Vous savez, nous avons donc proposé un programme de gauche résolument populiste : une pompe à chaleur dans chaque foyer, un réseau électrique est-ouest, une révolution des bus électriques, une option publique pour l'alimentation et la nationalisation des télécommunications et de nombreux secteurs de l'économie, ainsi qu'un vaste programme de construction de logements sociaux. Nous avons besoin de solutions non marchandes en cette période de défaillance du marché. Et nous avons touché une corde sensible. Notre base s'élargit rapidement. Et maintenant, nous devons toucher l'ensemble du pays et développer un mouvement politique en cette période de crise.

JUAN GONZÁLEZ : Et, Avi, pourriez-vous nous dire comment votre parti, le NPD, s'inscrit dans ce paysage politique et idéologique plus large, surtout compte tenu du fait que le parti a subi de lourdes défaites lors des dernières élections ?

AVI LEWIS : Oui, vous savez, nous avons — nous avons connu un pic il y a environ 15 ans, lorsque Jack Layton était notre chef, et nous avons percé, surtout au Québec, et sommes devenus l'opposition officielle pour la première fois. Et au cours des 15 dernières années, le NPD n'a cessé de décliner. Nous n'avons pas réussi à établir le contact avec les électeurs de la classe ouvrière au Canada, qui ont été — vous savez, comme aux États-Unis et partout dans le monde, ont été — vous savez, la droite politique a su exploiter avec succès la colère populaire, en s'en prenant aux plus faibles et en rejetant la responsabilité des problèmes de la société sur les immigrés et, vous savez, les personnes transgenres, alors que ces problèmes ont manifestement été créés par l'incroyable extraction de richesses par les 0,01 %, qui dominent désormais notre économie tandis que la vie de la classe ouvrière devient impossible. Nous devons donc regagner ces électeurs.

Et nous sommes au creux du cycle électoral, comme je l'ai dit, mais la marge de manœuvre dont nous disposons est énorme. Et je pense que les jeunes, en particulier, sont vraiment sensibles à une vision où la vie n'a pas besoin d'être aussi cruellement injuste, et, vous savez, dans un pays riche, un pays qui regorge de richesses. Mais nous avons besoin d'un parti qui dira : « Nous avons besoin d'impôts sur la fortune.

Nous devons aller récupérer toute cette richesse, ou du moins une part importante de celle-ci, qui est concentrée au sommet de la société, et l'investir dans des projets qui amélioreront la vie quotidienne des Canadiens » — des transports en commun qui fonctionnent vraiment, des logements sociaux qui soient beaux et abordables et qui ne soient pas soumis à la spéculation. Et nous devons — nous devons nous attaquer aux géants de la tech, qui dominent notre économie comme ils dominent l'économie mondiale. Nous avons donc immédiatement pris position, dès mon arrivée à la tête du parti et ma première visite à Ottawa, en appelant le gouvernement à interdire la tarification de surveillance, une pratique qui se généralise actuellement dans les États à travers le pays. Nous avons une politique d'IA centrée sur l'humain, dans laquelle nous appelons à un moratoire sur les centres de données, à l'instar de ce que fait Bernie Sanders aux États-Unis.

Et je pense qu'il y a une vague commune de politique socialiste démocratique, qui répond vraiment aux urgences quotidiennes des gens qui essaient simplement de s'en sortir dans une économie complètement impossible et truquée en faveur des riches. Et je suis très optimiste quant à nos chances au Canada. Pour l'instant, je n'ai pas de preuves concrètes, vous savez, dans les sondages. Nous avons cinq sièges à la Chambre des communes. Mais je sens que quelque chose est en train de changer en politique. Cela passe inaperçu aux yeux des médias grand public. Les médias corporatifs veulent nous déclarer en sursis, en pleine spirale mortelle. Chaque jour, on nous sert une nouvelle histoire sur la façon dont le NPD est cuit. Et pourtant, pendant la campagne à la direction, nous avons recruté des dizaines de milliers de nouveaux membres dans toutes les régions du pays. Nous avons établi des records de collecte de fonds pour le NPD lors de cette campagne. Et nous avons gagné, dès le premier tour d'un scrutin à vote préférentiel, avec la plus grande marge et le plus grand nombre de voix absolues de toute l'histoire des campagnes à la direction du NPD, y compris celle de Jack Layton lorsqu'il a été élu chef pour la première fois. Il se passe donc quelque chose ici, ici au Canada. Ne l'idéalisez pas, comme le font trop souvent les Américains. Mais nous construisons, comme Zohran Mamdani construit, comme Bernie et d'autres construisent. Et nous sommes très optimistes.

AMY GOODMAN : Avi Lewis, j'aimerais revenir sur le discours du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, lors du Forum économique mondial en janvier.

LE PREMIER MINISTRE MARK CARNEY : Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les plus puissants s'en exemptaient quand cela leur convenait, que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international s'appliquait avec une rigueur variable selon l'identité de l'accusé ou de la victime. Cette fiction était utile. Et l'hégémonie américaine, en particulier, a contribué à fournir des biens publics, des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution des différends. Nous avons donc affiché le panneau à la fenêtre, nous avons participé aux rituels, et nous avons largement évité de dénoncer les écarts entre le discours et la réalité. Ce compromis ne fonctionne plus.

AMY GOODMAN : L'ancien banquier, le Premier ministre canadien, on dirait qu'il pourrait être vous, Avi Lewis. Que veut-il dire exactement ? Je veux dire, c'est un discours qui a retenu l'attention du monde entier. Et avec quoi y répondez-vous au sein du NPD ?

AVI LEWIS : Eh bien, vous savez, ce discours de Davos a, à juste titre je pense, beaucoup retenu l'attention. C'était agréable d'entendre un adulte dans la salle. C'est un homme raffiné et intelligent, Mark Carney. Mais il y a un fossé béant entre ces paroles et la réalité. Le gouvernement libéral du Canada a complètement échoué à condamner le génocide à Gaza. Le NPD a été très clair sur la rupture morale, la déchirure du tissu de l'humanité qui représente l'expérience humaine pour nous tous et pour une grande majorité de Canadiens qui assistent en direct à un génocide. Les libéraux ont prétendu avoir imposé un embargo sur les armes à Israël, et pourtant il existe d'énormes failles : nous vendons des armes aux États-Unis, qui les « blanchissent » avant de les livrer à Israël. Lorsque Israël et les États-Unis ont lancé cette attaque répréhensible et illégale contre l'Iran, qui a déstabilisé le monde entier, Mark Carney, dès les premières heures, a salué cette attaque et a exagéré la menace nucléaire iranienne, pour laquelle nous savons qu'il n'existe pas la moindre preuve.

Il y a donc un contraste très marqué entre le discours de Davos, qui exprimait véritablement le désir d'une perspective politique plus équilibrée et plus claire, et les actions concrètes du gouvernement canadien.

Et puis, vous savez, l'autre chose, c'est que, hier, Carney a annoncé la création d'un fonds souverain pour financer ces grands projets. Nous sommes d'humeur à faire de grandes choses au Canada. Mais ces énormes projets d'extraction, avec ce nouveau fonds souverain, qui ne ressemblera pas à celui de la Norvège, lequel, comme vous le savez, valait – et vaut aujourd'hui – plus de 2 000 milliards de dollars, parce qu'ils ont récolté – grâce à la propriété publique de l'industrie pétrolière – des redevances et des bénéfices, les ont mis de côté et les ont redistribués pour construire leur filet de sécurité sociale. Le Canada a fait exactement le contraire. Nous expédions 97 % de notre pétrole et de notre gaz directement aux États-Unis — ce chiffre a légèrement baissé, mais c'est le chiffre historique — et à des sociétés étrangères. Notre industrie pétrolière est encore détenue à 60 % par les États-Unis. Et pour bon nombre de ces projets d'extraction, les bénéfices iront directement aux États-Unis et à d'autres sociétés étrangères. Mais c'est ce sur quoi nous misons encore plus sous Carney. Ce fonds souverain est un excellent exemple du double langage des libéraux. Il fait référence à la Norvège. C'est un modèle complètement différent. Il s'agit d'un autre partenariat public-privé où ils vont injecter 25 milliards de dollars d'argent public dans un fonds censé attirer des capitaux privés massifs. Mais ce qu'ils font réellement, c'est réduire les risques de ces grands projets, comme un nouvel oléoduc et gazoduc, qui n'a aucun promoteur du secteur privé au Canada. Ils vont le faire quand même pour instaurer une paix politique avec l'Alberta, ce qui n'a en réalité jamais été atteint, malgré le fait que nous leur ayons déjà acheté un pipeline de 40 milliards de dollars aux frais de l'État. Ils vont recommencer. Ils vont y injecter des fonds publics. Et c'est la direction prise.

Nous affirmons qu'il faut une nouvelle orientation pour l'économie canadienne. Nous avons toujours lié l'action climatique à la lutte contre la crise du coût de la vie. Nous avons donc proposé toute une série de solutions concrètes, comme une pompe à chaleur dans chaque foyer, une toute nouvelle industrie, des emplois dans le secteur manufacturier, en utilisant de l'acier canadien que nous ne pouvons pas vendre aux États-Unis à cause des droits de douane de Trump, afin de réduire considérablement les factures de chauffage des ménages au Canada, qui sont très élevées, tout en réduisant les émissions ; une révolution des bus électriques, pour reconnecter ce vaste pays, pour sauver notre industrie automobile, qui est si étroitement liée aux États-Unis et au Mexique dans le cadre de l'ALENA et maintenant de l'ACEUM, que nous sommes vraiment, vraiment pris dans une spirale existentielle avec l'industrie automobile au Canada. Nous avons besoin de la propriété publique, pour remettre les gens au travail, pour reconnecter notre pays, pour bâtir une économie indépendante.

Et plus que tout, nous devrions investir dans l'économie des soins, qui représente la majeure partie — le plus grand secteur en termes d'emploi au Canada : les soins de santé, l'éducation, les soins de longue durée, la garde d'enfants. Ces secteurs, dominés par les femmes, sous-payés et sous-évalués, constituent le véritable tissu social, les liens qui nous unissent au sein des communautés. On obtient bien plus d'avantages économiques en investissant dans les soins. Et nous devons mieux rémunérer les travailleuses et soutenir réellement ce qui fait la cohésion de la société canadienne.

Nous avons une offre alternative très solide qui parle aux Canadiens. Et nous avons encore beaucoup de travail à faire pour mettre en lumière les contradictions dans le discours de Carney. C'est un homme intelligent, et il est très populaire en ce moment, mais nous pensons que ces programmes vont échouer, car ils misent encore plus sur les mêmes vieilles recettes qui nous ont mis dans cette situation difficile au départ.

AMY GOODMAN : Avi Lewis, nous tenons à vous remercier infiniment de vous être joint à nous, vous, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, qui nous parlez depuis Ottawa.

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Quelques réflexions sur la souveraineté autochtone et le « droit » canadien

2 juin, par Will Offley — , ,
La décision de la GRC de démanteler les postes de contrôle des Wet'suwet'en dans le nord de la Colombie-Britannique en 2019, ainsi que les barrages ferroviaires et routiers qui (…)

La décision de la GRC de démanteler les postes de contrôle des Wet'suwet'en dans le nord de la Colombie-Britannique en 2019, ainsi que les barrages ferroviaires et routiers qui ont éclaté à travers le Canada en réponse à cette action, ont suscité de nombreux débats dans les médias et à travers le pays. Ces débats ont donné lieu à de nombreux appels au respect de l'État de droit. Malheureusement pour Justin Trudeau et John Horgan, les documents clés existants sur le sujet soulignent la solidité de l'argumentation des Wet'suwet'en et la fragilité de la position des gouvernements fédéral et provincial. Lorsqu'il s'agit de déterminer qui détient le titre de propriété et la juridiction sur les terres que les pipelines veulent traverser, le fait est tout simplement que les gouvernements enfreignent leurs propres lois. Les peuples autochtones, eux, ne le font pas.

24/05/26 | tiré du site ecosocialistvancouver.org Photo : Des membres de la GRC interviennent pour faire respecter une injonction contre des membres du peuple Wet'suwet'en et leurs sympathisants sur un chemin forestier en territoire traditionnel de la nation, dans le nord de la Colombie-Britannique, le 7 janvier 2019. (Chantelle Bellrichard/CBC)

Le projet Coastal Gaslink consiste en la construction d'un gazoduc traversant le nord de la Colombie-Britannique jusqu'à Kitimat afin de permettre l'exportation de gaz naturel liquéfié vers les marchés asiatiques. Ce projet est développé par une société canadienne – TC Energy – pour le compte d'un consortium de cinq sociétés pétrolières étrangères : Royal Dutch Shell, Petrochina, Mitsubishi (Japon), Petronas (Malaisie) et la Korea Gas Corporation. De nombreuses spéculations laissent entendre que – indépendamment de la crise actuelle concernant la souveraineté autochtone – l'ensemble du projet de gazoduc GNL est proche de la non-viabilité financière et pourrait tout simplement être contraint de fermer en raison de la surabondance persistante de GNL sur les marchés internationaux. Les ventes de gaz naturel en Colombie-Britannique ont diminué de moitié par rapport à il y a quatre ans et se situent à leur plus bas niveau depuis 2000. Les recettes provenant des droits de forage de gaz naturel en Colombie-Britannique ont chuté de 72 % depuis 2009. Les redevances sur le gaz naturel ont chuté de 88 % au cours de la même période. Les prix du gaz naturel en Asie ont chuté de plus de 70 % au cours des 18 derniers mois. https://www.theglobeandmail.com/business/article-amid-the-coastal-gaslink-conflict-bcs-elusive-natural-gas-boom/

On a beaucoup parlé de l'accord de bénéfices mutuels que CGL a signé avec 20 conseils de bande Wet'suwet'en, mais relativement peu d'attention a été accordée aux termes de ces accords, car ils sont secrets. L'exemple de l'accord conclu avec le conseil de bande de Nak'azdli Whut'en semble caractéristique de ce processus. CBC BC rapporte que « parmi les avantages accordés à Nak'azdli dans l'accord qui a fuité figurent l'éducation et la formation, des opportunités de contrats et d'emploi, des paiements annuels à titre de compensation pendant toute la durée de vie du pipeline, ainsi que des « paiements généraux liés au projet » à verser en trois versements. Mais il y a aussi une condition selon laquelle la bande devra « prendre toutes les mesures raisonnables » pour dissuader ses membres de faire quoi que ce soit qui pourrait « entraver, gêner, contrecarrer, retarder, arrêter ou interférer avec le projet, les entrepreneurs du projet, toute autorisation ou tout processus d'approbation », transformant ainsi les conseils de bande en censeurs et en agents de contrôle.

Et comment cet accord a-t-il été conclu ? Sans consulter les membres de la bande, semble-t-il. « Le chef de Nak'azdli, Alec McKinnon, a déclaré que la signature d'un accord avec Coastal GasLink avait été l'une des décisions les plus difficiles qu'il ait jamais prises. Sa nation était divisée sur l'opportunité de conclure un accord avec l'entreprise. En 2015, les Nak'azdli ont organisé un référendum sur l'opportunité de conclure un accord de compensation avec la province de Colombie-Britannique pour le gazoduc Coastal GasLink, ainsi que pour le gazoduc Prince Rupert Gas Transmission. Près de 300 membres de la bande y ont pris part, et plus de 70 % ont voté contre. Début 2018, plusieurs années après que Coastal GasLink eut approché Nak'azdli pour la première fois au sujet de son projet, M. McKinnon a déclaré que la pression exercée par l'entreprise pour qu'un accord soit signé s'intensifiait.

À l'époque, une décision finale d'investissement de la part des partenaires de la coentreprise du projet LNG Canada était imminente. M. McKinnon a déclaré que la communauté s'était vu fixer une date limite au 1er mai 2018 pour décider si elle allait signer. Lorsque la décision a été soumise au vote du conseil, les résultats ont été partagés : trois conseillers ont voté pour, trois contre. M. McKinnon a fait pencher la balance en votant en faveur de l'accord. En d'autres termes, le vote des membres de la bande a été ignoré, annulé par la voix unique du chef d'une réserve appauvrie victime de chantage économique de la part d'une immense multinationale, puis dissimulé au public par un accord de confidentialité imposé. Tout comme Harvey Weinstein. https://www.cbc.ca/news/indigenous/coastal-gaslink-nak-azdli-whut-en-agreement-1.5238220

Mais il y a pire encore.

Les territoires de la nation Wet'suwet'en s'étendent sur 22 000 kilomètres carrés dans le nord de la Colombie-Britannique. C'est cette terre que le gazoduc Coastal Gaslink doit traverser pour relier le nord-est de la Colombie-Britannique à Kitimat. Vingt conseils de bande ont signé des accords avec Coastal Gaslink, mais leur juridiction légale ne s'étend pas au-delà des limites physiques de leurs réserves respectives, qui sont minuscules. Par exemple, la réserve de Hagwilget couvre 1,6 km². La réserve de Moricetown s'étend sur 14 km². La réserve de Nee-Tahi-Buhn s'étend sur 3,2 km². La réserve de Skintyee s'étend sur 4 km². La réserve de Tsil Kaz Koh (Burns Lake) s'étend sur 1,8 km². La réserve Palling n° 1 s'étend sur 0,3 km². Le reste du territoire des Wet'suwet'en – soit la grande majorité de ces 22 000 km² – relève de la juridiction des chefs héréditaires des Wet'suwet'en, et ceux-ci n'ont pas donné leur consentement.

Les chefs héréditaires des Wet'suwet'en ont présenté deux propositions distinctes à TC Energy afin que le tracé du gazoduc soit modifié pour éviter les écosystèmes et les bassins versants sensibles. L'entreprise a rejeté ces deux propositions. Cela a directement conduit à la situation actuelle, où les chefs héréditaires refusent de donner leur consentement pour que le gazoduc traverse leur territoire, sur lequel ils détiennent un titre incontesté. Contrairement à CGL et au gouvernement provincial, les chefs héréditaires Wet'suwet'en ont la loi de leur côté.

Le titre autochtone trouve son origine dans la Proclamation royale de 1763 du roi George III, qui stipule que « considérant qu'il est juste et raisonnable, et essentiel à notre intérêt et à la sécurité de nos colonies, que les diverses nations ou tribus indiennes, avec lesquelles nous sommes liés et qui vivent sous notre protection, ne soient ni molestées ni dérangées dans la possession des parties de nos domaines et territoires qui, n'ayant pas été cédées à nous ni achetées par nous, leur sont réservées, ou à l'une d'entre elles, comme terrains de chasse. » https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/royal-proclamation-of-1763

Cette reconnaissance de titre a ensuite été intégrée à la Constitution canadienne en 1982 :
L'article 25 de la Charte des droits et libertés stipule : « La garantie de certains droits et libertés prévue par la présente Charte ne doit pas être interprétée de manière à abroger ou à déroger à tout droit ou liberté autochtone, issu d'un traité ou autre, qui appartient aux peuples autochtones du Canada, y compris (a) tout droit ou liberté qui a été reconnu par la Proclamation royale du 7 octobre 1763 ; et (b) tout droit ou liberté qui existe actuellement en vertu d'accords sur les revendications territoriales ou qui pourrait être ainsi acquis. » https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/const/page-15.html
En 2007, les Nations Unies ont adopté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui stipule : « Article 10 Les peuples autochtones ne doivent pas être déplacés de force de leurs terres ou territoires. Aucun déplacement ne peut avoir lieu sans le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones concernés et après accord sur une indemnisation juste et équitable et, si possible, avec la possibilité de retour. » https://www.un.org/development/desa/indigenouspeoples/declaration-on-the-rights-of-indigenous-peoples.html

L'article 26 de la Déclaration va plus loin : « 1. Les peuples autochtones ont le droit aux terres, territoires et ressources qu'ils ont traditionnellement possédés, occupés ou autrement utilisés ou acquis. 2. Les peuples autochtones ont le droit de posséder, d'utiliser, de développer et de contrôler les terres, territoires et ressources qu'ils possèdent en vertu de la propriété traditionnelle ou d'une autre occupation ou utilisation traditionnelle, ainsi que ceux qu'ils ont acquis d'une autre manière »
En 2019, l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique a adopté le projet de loi 41 (DRIPA), qui a intégré la Déclaration des Nations Unies dans la législation. Il stipulait : « 3. En consultation et en coopération avec les peuples autochtones de la Colombie-Britannique, le gouvernement doit prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que les lois de la Colombie-Britannique soient conformes à la Déclaration. » https://www.leg.bc.ca/parliamentary-business/legislation-debates-proceedings/41st-parliament/4th-session/bills/first-reading/gov41-1

En 1997, la Cour suprême du Canada a statué dans l'affaire Delgamuuwk c. Colombie-Britannique que le titre ancestral continue d'exister sur les territoires autochtones non cédés. La nation Wet'suwet'en vit précisément sur un tel territoire non cédé. https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/1569/index.do

En 2014, la Cour suprême du Canada a de nouveau statué dans l'affaire Tsilhqot'in c. Colombie-Britannique que ce titre sur les terres non cédées n'appartient pas aux conseils de bande établis en vertu de la Loi sur les Indiens, mais à la nation autochtone en question. https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/14246/index.do

Enfin, la décision Cowichan de l'année dernière (Cowichan Tribes c. Canada) est un arrêt historique de la Cour suprême de la Colombie-Britannique qui a reconnu le titre ancestral de la nation Cowichan sur environ 732 acres de terres et de zones submergées sur le fleuve Fraser à Richmond. La cour a déclaré que les concessions de la Couronne (titres en fief simple) détenues par le Canada et la ville de Richmond dans la zone concernée étaient viciées, invalides et constituaient une atteinte au titre ancestral. La décision a accordé un délai de suspension de 18 mois pour négocier un accord. Malgré les craintes que la décision puisse invalider des résidences et des entreprises privées, tant la cour que les tribus Cowichan ont confirmé que la décision ne remettait pas en cause les propriétaires privés individuels (titres en fief simple détenus par des tiers).

Le litige foncier concerne principalement les terres détenues par la Couronne et le gouvernement. https://www.bccourts.ca/jdb-txt/sc/25/14/2025BCSC1490.htm

Pour les peuples autochtones, la « primauté du droit » a rendu illégal le fait de posséder du matériel agricole, de conserver des objets religieux, d'organiser un potlatch, voire d'engager un avocat. L'État de droit a légalisé le vol massif de terres et conduit à l'incarcération d'enfants dans des pensionnats. Il a même – littéralement – permis la vente d'enfants autochtones à des familles blanches(!)
Ainsi, bien qu'il soit extrêmement cynique et amer de voir cet « État de droit » complètement ignoré par les gouvernements qui le trouvent gênant, nous ne devrions pas être surpris. Le gouvernement libéral fédéral était prêt à limoger sa ministre de la Justice lorsqu'elle s'est opposée à sa tentative illégale d'accorder à SNC Lavalin un accord de poursuite différée. Nous ne devrions pas être surpris qu'ici aussi, le respect de la loi se résume à « faites ce que je dis, pas ce que je fais » pour Mark Carney et David Eby.

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21 aspects méconnus de la loi sur les Indiens de Bob Joseph

2 juin, par Natasha Kanapé Fontaine — , ,
Pour mieux encadrer les Autochtones, le gouvernement canadien dirigé par Alexander Mackenzie adopte la Loi sur les Indiens en 1876. Cette loi concerne les membres des Premières (…)

Pour mieux encadrer les Autochtones, le gouvernement canadien dirigé par Alexander Mackenzie adopte la Loi sur les Indiens en 1876. Cette loi concerne les membres des Premières Nations, mais ne concerne pas les Métis ni les Inuits. Le but de la Loi sur les Indiens est de forcer l'intégration des Autochtones à la société canadienne en les assimilant. Sous cette loi, les « Indiens inscrits » (Autochtones) sont considérés comme mineurs, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas considérés comme des adultes. Cela fait en sorte qu'ils n'ont pas tous les mêmes droits que les Canadiens et Canadiennes. Le gouvernement gère plusieurs de leurs affaires, comme leur territoire. Ils se retrouvent donc dans une situation de dépendance envers le gouvernement canadien. Ce dernier utilise cette relation de dépendance pour atteindre son but, soit l'assimilation des peuples des Premières Nations. (Allo prof !)

https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/les-politiques-d-assimilation-et-la-loi-sur-les-indiens-h1702

Ce que Bob Joseph réussit à faire au sein de ces pages, c'est justement de nous éclairer aussi finement sur l'époque même de la création de la Loi sur les Indiens. La mentalité de l'époque, le racisme comme convention sociale, les multiples tentatives des « premiers alliés » (je pense au Dr Peter Bryce) de dénoncer les atrocités au sein des pensionnats, puis les appels à la conscientisation du grand public canadien après la Seconde Guerre mondiale. Nous avons la preuve ici, grâce au travail de Joseph, que nous ne faisons que répéter l'histoire. Il y a souvent cette tendance de penser « que nous sommes les premiers à réaliser la réconciliation », alors qu'il y a déjà eu différentes actions entreprises par des personnes empathiques qui nous ont précédées, et qui avaient à cœur les droits humains pour tous. Je pense, par exemple, à ce mouvement d' « amérindianisation » au sein de ma communauté de Pessamit, dans les années 70 et 80, qui consistait à enseigner dans la langue innu toutes les matières au primaire et au secondaire, pour des élèves dont la première langue était leur langue maternelle, et à publier en innu-aimun les contes culturels et ancestraux pour enseigner notre propre histoire.

Je souhaite qu'à la lecture de ce livre, vous vous avouiez qu'en réalité, vous ne saviez rien sur notre propre perception de la réconciliation. Vous avouerez que la perspective politique gouvernementale sur la réconciliation a pris tout l'espace, assez pour empêcher le grand public, et même nous, Autochtones francophones, d'avoir accès à une réelle réflexion sur ce qu'est une réconciliation, en quelles mesures elle consiste, et pourquoi. Pourquoi est-elle nécessaire ? J'ai longtemps entendu, depuis que ce mot existe dans la sphère publique, cette même question. J'ai alors longtemps attendu que ce livre-ci puisse arriver en français au Québec pour que nous puissions reprendre la conversation sur des bases qui sont, cette fois-ci, à nos conditions, c'est-à-dire, l'éducation sur l'histoire canadienne, sur la Loi sur les Indiens et toutes les racines du colonialisme. Sans ça, aucune conversation n'est possible. Et ça, je l'ai souvent répété sur de nombreuses tribunes au fil du temps.

Extraits de la Préface de Natasha Kanapé Fontaine

L’Europe a chaud et le Québec n’est pas à l’abri

2 juin, par Collectif — , ,
Pendant que plusieurs régions d'Europe vivent actuellement une première vague de chaleur exceptionnelle, les images se ressemblent d'un pays à l'autre : écoles fermées, (…)

Pendant que plusieurs régions d'Europe vivent actuellement une première vague de chaleur exceptionnelle, les images se ressemblent d'un pays à l'autre : écoles fermées, transports perturbés, hôpitaux sous pression, travailleurs exposés, personnes âgées confinées dans des logements étouffants. La chaleur extrême n'est plus un simple désagrément météo. Elle est une contrainte collective qui transforme notre qualité de vie et notre bien-être.

Ici aussi, au Québec, les épisodes de chaleur se multiplient, s'intensifient et s'étirent. Pourtant, notre réponse demeure largement pensée comme une gestion ponctuelle de crise : ouvrir des lieux climatisés, diffuser des consignes de prévention et attendre que la température redescende. Or, la chaleur n'est plus un évènement exceptionnel. Elle devient un évènement récurrent avec lequel nous devons composer.

Et toutes les québécoises et les tous les québécois ne la vivent pas de la même manière.

Pour une personne âgée vivant seule dans un logement mal isolé, pour un travailleur exposé au soleil pendant plusieurs heures, pour une famille sans accès à un espace frais de proximité ou pour un locataire incapable de refroidir son logement, la chaleur peut vite devenir un risque réel pour la santé.
Déshydratation, aggravation des maladies chroniques, épuisement, troubles respiratoires, détresse psychologique : les conséquences sont multiples. C'est d'ailleurs plus d'une personne sur deux au Québec qui affirme que sa santé a été affectée par la chaleur estivale dans son logement, son quartier ou sa municipalité au cours des cinq dernières années, selon un récent sondage Léger, réalisé pour le compte de l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).

Ce chiffre devrait nous faire réfléchir. La chaleur n'est plus qu'un enjeu abstrait, elle influence déjà le quotidien d'une grande part de la population.
Le même sondage révèle que plus de deux personnes sur trois utilisent des lieux publics pour se rafraîchir pendant les épisodes de chaleur, principalement les parcs, les espaces verts, les piscines et les centres commerciaux.

À l'inverse, les bâtiments municipaux et les centres communautaires demeurent moins fréquentés, ce qui soulève une question simple : avons-nous réellement organisé nos villes pour protéger la population lors des épisodes de chaleur extrême ?

Cette réflexion dépasse le climat. Elle touche la santé, le logement, l'aménagement urbain, les conditions de travail et les inégalités sociales.
Elle touche aussi directement les milieux de travail. Chaque été, des travailleuses et travailleurs exercent leurs fonctions dans des conditions de chaleur accablante qui augmentent les risques et l'absentéisme. Bien que des mesures soient prévues dans la loi pour mieux les protéger, celles-ci ne sont malheureusement pas toujours appliquées et cela a un impact direct sur notre économie.

C'est dans cette perspective que l'ASPQ, l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Bâtiment durable Québec (BDQ), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Regroupement des offices d'habitation du Québec (ROHQ) ont créé la Coalition québécoise pour un droit à la fraicheur.

Parler d'un droit à la fraicheur, c'est reconnaître qu'au Québec, personne ne devrait voir sa santé compromise parce qu'il fait trop chaud à la maison, à l'école, au travail ou dans l'espace public.

C'est mieux planifier nos quartiers, protéger davantage les populations vulnérables et investir dans des solutions durables et la prévention.
Les images qui nous parviennent aujourd'hui d'Europe devraient nous servir d'avertissement pour les chaleurs estivales à venir.

Signataires

Cyril Frazao, directeur santé et climat à l'Association pour la santé publique du Québec

Olivier Carrière, Secrétaire général de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ)

Antonio Ciarciaglino, Directeur général du Regroupement des offices d'habitation du Québec (ROHQ)

Marie-Eve Le Bel, Directrice générale de Bâtiment durable Québec (BDQ)

Claire Lapointe, Directrice générale de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)

Biodiversité : sans suivi ni trajectoire claire, comment atteindre nos cibles 2030 ?

2 juin, par Collectif — , ,
À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d'une trentaine de représentants et représentantes d'organisations, du milieu scientifique et de (…)

À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d'une trentaine de représentants et représentantes d'organisations, du milieu scientifique et de la société civile, à demander une feuille de route claire, transparente et cohérente pour atteindre les cibles du Québec en matière de biodiversité d'ici 2030.

En 2022, lors de la COP15 tenue à Montréal, le Québec a appuyé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, par lequel la communauté internationale s'est donné des objectifs ambitieux pour freiner et inverser la perte de biodiversité d'ici 2030. Dans la foulée, le gouvernement du Québec a publié son Plan nature 2030, structuré autour de 14 cibles et 33 objectifs.

Il s'agit d'un engagement important. Mais à quatre ans de l'échéance de 2030, une question demeure entière : savons-nous réellement si nous sommes sur la bonne voie ?

Le Québec dispose maintenant d'un plan et d'un premier plan d'action 2024-2028. Ce qui manque encore, c'est une feuille de route publique, complète et vérifiable jusqu'en 2030 : des cibles intermédiaires, des indicateurs clairs, un échéancier lisible et une reddition de comptes globale permettant de suivre les progrès réalisés, les retards accumulés et les correctifs nécessaires.

Par exemple, bien qu'il soit essentiel d'atteindre les cinq cibles de protection et de restauration du territoire d'ici 2030, nous ne savons pas encore clairement où ni comment ces efforts seront déployés. Les experts sur le terrain seront-ils écoutés pour s'assurer que la biodiversité protégée et les écosystèmes restaurés soient réellement écologiquement représentatifs du territoire québécois et bien connectés ?

Les incertitudes sont encore plus grandes pour les autres volets du Plan nature : pratiques durables, financement de la biodiversité, mobilisation des acteurs, accès à la nature, intégration de la biodiversité dans les décisions économiques et gouvernementales. Plusieurs projets sont en cours, et de nombreux acteurs se mobilisent déjà sur le terrain. Mais il demeure difficile, pour la société civile comme pour les partenaires régionaux, de savoir si l'ensemble de ces efforts nous rapproche réellement des cibles de 2030.

Cette absence de lisibilité crée des incertitudes inutiles. Elle nuit à la mobilisation, complique la planification des organisations et affaiblit la cohérence de l'action publique. Comment demander aux municipalités, aux MRC, aux propriétaires, aux agricultrices et agriculteurs, aux entreprises, aux organismes environnementaux, aux communautés autochtones et aux citoyennes et citoyens de contribuer pleinement à l'effort si la trajectoire d'ensemble demeure difficile à suivre ?

À cela s'ajoute un enjeu de cohérence gouvernementale. La biodiversité ne peut pas être protégée uniquement par le ministère de l'Environnement, de la Lutte aux Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. Les décisions en matière d'aménagement du territoire, de transport, d'énergie, d'agriculture, de foresterie, de développement économique et de finances publiques ont toutes des effets directs sur les milieux naturels. Si les objectifs du Plan nature ne sont pas intégrés de manière transversale dans l'action de l'État, ils risquent de demeurer périphériques plutôt que structurants.

Le Québec ne part pas de zéro. Des actrices et acteurs de partout sur le territoire travaillent déjà à protéger, restaurer et mieux gérer les milieux naturels. Des projets se développent, des concertations régionales se tiennent, des connaissances s'accumulent, des solutions existent. Mais ces efforts doivent maintenant être soutenus par un leadership gouvernemental plus clair, plus cohérent et plus transparent.

Il ne reste que quatre ans avant 2030. C'est peu, surtout lorsque l'on parle de conservation, de restauration écologique, de changement des pratiques et de transformation des façons d'aménager le territoire.

Pour une trajectoire et un suivi clairs jusqu'en 2030

À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, le gouvernement du Québec devrait s'engager à publier une feuille de route claire jusqu'en 2030, accompagnée de cibles intermédiaires, d'indicateurs publics et d'un mécanisme de reddition de comptes régulier.

Et à l'approche des élections d'octobre, l'ensemble des partis devrait s'engager à atteindre les objectifs 2030 en matière de biodiversité, et à en assurer la continuité au-delà des cycles électoraux et des couleurs politiques. Cette responsabilité est collective : envers le territoire, les générations futures et le vivant.

Signataires

Alain Branchaud, directeur général, SNAP Québec

Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal

André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières

Angélique Dupuch, professeure, Université du Québec en Outaouais

Anne-Josée Laquerre, directrice générale et co-initiatrice, QNP (Québec Net Positif)

Bernice Chabot-Giguère, directrice générale, Association des biologistes du Québec

Brice Caillié, directeur général, Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ)

Carole Dupuis, porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète

Catherine Avard, codirectrice générale, Protec-Terre

David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité

Denis Réale, professeur, Département des sciences biologiques, UQAM

Dominique Berteaux, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Université du Québec à Rimouski

Élise Filotas, professeure, Université du Québec - TÉLUQ

Emma Despland, professeure, département de biologie et Loyola Sustainability Research Centre, Université Concordia

Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)

Jacques Brodeur, professeur, Université de Montréal

Jonathan Cazabonne, président et cofondateur, collectif Mycosphaera

Julie Lafortune, directrice exécutive, Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes, Université du Québec en Outaouais

Laura Fequino, chercheuse, Université de Sherbrooke

Marco Festa-Bianchet, professeur émerite, Université de Sherbrooke

Marie-Audrey Nadeau Fortin, Analyste Biodiversité, Nature Québec

Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)

Mathieu Cusson, professeur, Université du Québec à Chicoutimi

Mathieu Laneuville, président-directeur général, Réseau Environnement

Mélanie Guigueno, professeure agrégée, Université McGill

Milena Buziak, directrice artistique et générale, Voyageurs Immobiles

Monique Poulin, professeure, FSAA, Université Laval

Patricia Clermont, responsable Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)

Pierre Campeau, biologiste et président de l'association du lac Guénette

Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours

Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques et gouvernementales, Vivre en Ville

Sophie Calmé, professeure, département de biologie, Université de Sherbrooke

Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front

Valérie S. Langlois, professeure titulaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Vincent Poirier, professeur en sciences du sol et directeur de l'Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire (IRAA), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Pour ajouter votre signature : info@ateliersbiodiversitequebec.org

Écoféminisme et charge mentale verte

2 juin, par Claire Murati, Élisabeth Germain — , ,
Le comité Femmes et écologie du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale nationale a participé à l'émission radio En toute simplicité du 1er mai 2026 à CKIA pour (…)

Le comité Femmes et écologie du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale nationale a participé à l'émission radio En toute simplicité du 1er mai 2026 à CKIA pour expliquer la parution de sa brochure sur La charge mentale verte et l'écoféminisme.

Au début de l'entrevue Élisabeth situe le problème dans les activités de subsistance et le fait que les femmes l'assument. Elle précise que ce rapport aux soins est le résultat de relations sociales et d'un contexte historique de centaines d'années et non de la nature biologique des femmes.

Claire poursuit en situant le contexte sociologique actuel avec la crise climatique, le refus d'abandonner les énergies fossiles. Elles donne des exemples qui placent le tout dans la société marchande.

La discussion se poursuit sur la thématique de la brochure. Claire explique comment la situation actuelle affecte la santé mentale des femmes en donnant pleins d'exemples de stress et présente comment le fardeau des tâches des femmes s'est alourdit. Elle parle de comment la ville est organisée en fonction des hommes.

La fin de l'entrevue porte sur les possibilités de changements. Claire parle de lois sur la consommation et Élisabeth insiste sur les initiatives locales.

Voici le podcast de cette entrevue. Bonne écoute.

PTAG

Pour lire la brochure, La charge mentale verte, cliquez sur l'icône

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Le communautaire a-t-il encore le droit de manifester à Montréal ?

2 juin, par Table des centres de femmes Montréal Laval — , ,
Le 1er mai, un rassemblement festif, familial et pacifique organisé par le FRACA a été accueilli par l'anti-émeute, la cavalerie et l'intimidation policière. Des familles, des (…)

Le 1er mai, un rassemblement festif, familial et pacifique organisé par le FRACA a été accueilli par l'anti-émeute, la cavalerie et l'intimidation policière. Des familles, des personnes aînées, des personnes en situation de handicap et plusieurs femmes ont quitté les lieux parce qu'elles ne se sentaient plus en sécurité.

Alors que les femmes sont en première ligne dans les groupes communautaires et parmi celles qui subissent le plus durement l'austérité, l'appauvrissement et le démantèlement des services publics, c'est par la répression qu'on répond à leur mobilisation.

Quel message la ville de Montréal envoie-t-on lorsqu'un événement communautaire est encerclé par l'anti-émeute ?

Nous refusons de nous taire, de nous laisser intimider et de banaliser la répression policière. Défendre nos communautés n'est pas un crime.

🔥✊ On agit maintenant :

🔁 Partage

✍️ Signe la lettre ouverte : https://tinyurl.com/tz42vh8x

📲 Suis le FRACA Montréal=AZaweTXxm_LMAhsexka6QV5zWsNKPgbA0Q3wWOcvz1UcPjCg8-HnmGwcwoy-Lrdc4Oe3SNl1NVlUVSZ0fo1P7ersEmrsQlYv0pUataGqnaxEFzauLhGzkU1gpD7hc1TZYzWRCbCI-x6ijvsKZXKk5qhxzkSXoG0oc0GxrVRY71171oJq3rZPnsjglX4LZd30Nsw&__tn__=-]K-R] pour la suite

La conjoncture et la réponse du mouvement CSN

2 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
CAMARADES CONGRESSISTES, Il y a des moments dans l'histoire d'un mouvement où les mots doivent être à la hauteur de ce que vivent les gens. Le 68e Congrès de la CSN est l'un (…)

CAMARADES CONGRESSISTES,

Il y a des moments dans l'histoire d'un mouvement où les mots doivent être à la hauteur de ce que vivent les gens. Le 68e Congrès de la CSN est l'un de ces moments.

https://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2026/05/fr_exe_csn_congres-68e_vf_28avril_web.pdf

INTRODUCTION

Nous nous réunissons à Québec dans une conjoncture que nous n'aurions pas imaginée il y a trois ans à peine. Le monde a basculé. Pas graduellement, pas imperceptiblement ; il a basculé avec fracas, avec arrogance, avec une brutalité qui laisse peu de place à l'illusion. L'ordre international – certes imparfait – qui a prévalu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui est basé sur le droit, la solidarité entre nations et le respect de la dignité humaine, est attaqué de front par des puissances qui ont fait de l'intimidation leur doctrine et de l'impunité leur étendard.

Ici, au Québec, nous avons vécu pendant ce mandat sous un gouvernement qui a fait de l'attaque aux droits des travailleuses et des travailleurs son programme.

Un affront que plusieurs employeurs ont repris à leur compte pour tenter de faire plier leurs employé-es. De lock-out en lock-out, de projet de loi en projet de loi, les droits durement acquis par des générations de militantes et militants ont été pris pour cible. Mais à chaque attaque, le mouvement CSN a répondu présent. Avec force. Avec unité. Avec cette comba tivité qui constitue l'ADN de la Confédération des syndicats nationaux depuis plus de cent ans.

C'est de ce mandat que nous venons rendre compte devant le congrès. Un mandat difficile, oui. Un mandat marqué par les vents contraires, les offensives législatives, les pressions économiques et les incertitudes politiques. Mais aussi – et surtout – un mandat marqué par la résilience, la mobilisation et la fierté.

Nous avons tenu le flambeau.

Dans les rues, dans les milieux de travail, en négociation, en commission parlementaire, dans les médias, jusque dans les instances internationales du mouvement syndical. Nous avons tenu le flambeau parce que c'est ce que font les syndicalistes depuis toujours face à l'adversité : ils se lèvent, ils se serrent les coudes, et ils avancent.

Au nom des membres du comité exécutif de la CSN, bienvenue à ce 68e Congrès !

Bienvenue à celles et ceux dont c'est le tout premier congrès : vous entrez dans une maison vivante, combative et fière. Bienvenue à tous les délégué-es, militantes et militants qui ont porté le mouvement sur leurs épaules pendant ce mandat. Ce rapport vous appartient. Il est le reflet de votre travail, de vos luttes, de vos victoires. Il est aussi une invitation à regarder vers l'avant, vers le prochain mandat qui s'ouvre devant nous, plus exigeant que jamais, mais porteur d'un espoir que rien ni personne ne peut nous enlever. Comme notre ADN :

CONJONCTURE INTERNATIONALE

Mais avant de plonger au cœur de nos actions sur le terrain, les événements qui se bousculent, tant sur les scènes internationale et nationale nous obligent à brosser un portrait général de la conjoncture dans laquelle s'est inscrit ce dernier mandat.

Nous faisons face à une bascule historique, à une offensive d'un pouvoir qui puise ses sources dans une forme de fascisme et d'obscurantisme, un pouvoir fondamentalement suprémaciste dans son idéologie. Ce pouvoir met à bas tout ce qui unissait, dans le sursaut de l'après-Seconde Guerre mondiale, l'idéal démocratique : des valeurs et des principes universels au-dessus des États et des nations. Ce sont ces valeurs qui, rappelons-le, avaient mené à la création de l'Organisation des Nations unies, à l'avènement du droit international, ainsi qu'à l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en 1948. Cette déclaration stipule dans son premier article que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Aujourd'hui, avec Trump, Poutine, Netanyahou et autres dictateurs sans âme, c'est le retour à la loi du plus fort, à la loi de la jungle. C'est une bascule d'où ne peuvent découler que des désastres, que de nouvelles menaces, voire un ébranlement profond de nos économies ! Comme travailleuses et travailleurs, comme citoyens, nous sommes concernés par ces bouleverse ments majeurs. Et comme nous sommes en première ligne, nous devons faire front pour dire non collectivement à cette démesure et à cette arrogance de la toute-puissance américaine.

Le retour en force de l'impérialisme

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025 aura constitué l'événement déclencheur de cette rupture.

Depuis son investiture, le 47e président américain a multiplié les gestes d'une politique étrangère ouvertement impérialiste. Il a évoqué l'annexion du Canada, avec la création du fameux 51e État, celle du Groenland ou encore du canal de Panama ; il a orchestré une opération militaire au Venezuela pour capturer le président Nicolás Maduro ; il a clairement affirmé que le Venezuela ne serait probablement pas le dernier pays frappé par une intervention américaine, plaçant aussi dans son viseur Cuba, la Colombie, le Mexique et, plus récemment, l'Iran. 6 Cette posture traduit la détermination de Trump à traiter l'hémisphère occidental, et même au-delà, comme une sphère d'influence exclusive des États-Unis, piétinant ainsi les accords et les alliances pourtant en vigueur jusqu'ici, et usant désormais de la coercition économique, notamment avec l'imposition tous azimuts de droits de douane, comme outil de cet impérialisme.

Sur le plan interne, c'est encore plus inquiétant : radicalisme identitaire, dérive autoritaire et désengagement quasi total de l'État fédéral sur le plan social et économique.

Dans ce contexte, le Canada n'est pas épargné. Au-delà des menaces d'annexion, les pressions tarifaires et le discours hostile à notre égard représentent une réalité nouvelle avec laquelle nous devrons composer dans le prochain mandat. Ce que le monde a constaté au fil des mois, c'est qu'il faut prendre au pied de la lettre les affirmations de Trump, et ce n'est pas de bon augure.

La fragilisation de l'ordre mondial

Cette montée de l'unilatéralisme américain s'accompagne d'une fragmentation accélérée de l'ordre mondial. Il n'y a jamais eu autant de conflits armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les guerres en Ukraine et à Gaza ont traversé, sans résolution, l'entièreté du mandat. Après plus de quatre ans de conflit en Ukraine, la Russie poursuit son avancée malgré la résistance tenace de Kiev, alors que les États-Unis sous Trump ont considérablement réduit leur soutien au gouvernement ukrainien et que les violents combats sur le terrain ne diminuent pas en intensité. À Gaza, après quinze mois de bombardements israéliens intensifs, un accord de cessez-le-feu a été annoncé en janvier 2025, mais la situation humanitaire demeure catas trophique. La Cour pénale internationale a lancé des mandats d'arrêt contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour crimes de guerre et génocide. Une décision historique qui illustre à la fois la gravité des violations commises, mais aussi, tristement, les limites de la justice internationale face aux responsables de telles catastrophes sur le plan humain.

Parallèlement, dès son retour à la présidence en janvier 2025, Donald Trump a repris sa politique de retrait des engagements multilatéraux. C'est ainsi qu'il a déchiré l'Accord de Paris sur le climat et la Convention-cadre des Nations Unies sur les change ments climatiques, en plus de claquer la porte de l'UNESCO et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des décisions très lourdes de conséquences, tant sur le plan environnemental qu'en termes d'impact humain.

Pendant ce temps, les grands blocs de puissance – États-Unis, Chine, Russie – se livrent une compétition acharnée pour les ressources stratégiques, les voies de passage et les zones d'influence. L'Arctique, le Moyen-Orient, l'Afrique subsaharienne : partout, les populations et les travailleurs paient le plus lourd tribut de ces ambitions impériales, avec des morts qui se comptent par dizaines de milliers, des viols qui se multiplient, des famines et des épidémies qui font des ravages.

La montée des droites et des extrêmes♀

Ce contexte géopolitique nourrit et, en retour, est alimenté par une vague de fond idéologique : la montée des droites autoritaires et des extrêmes partout dans le monde.

Aux quatre coins du globe, on observe une accélération du recul démocratique. En Europe, les partis d'extrême droite sont présents dans presque tous les États membres de l'Union et totalisent environ le quart des sièges au Parlement européen.

Fait nouveau et particulièrement préoccupant : cette droite radicale bénéficie désormais des ressources colossales et de l'influence des oligarques de la Silicon Valley. Les grands patrons de la tech et des GAFAM – Jeff Bezos, Tim Cook, Mark Zuckerberg, et surtout Elon Musk – se sont ralliés à Donald Trump depuis son élection. Par conviction ou simple opportunisme, ces oligarques du numérique apparaissent désormais comme de nouveaux alliés de l'extrême droite, contribuant à la propagation de ses idées et épousant ses thèses d'aversion des régulations collectives et de méfiance envers l'État et les insti tutions représentatives.

Cette nouvelle classe de « seigneurs de la technologie » exerce une influence incommensurable sur l'opinion publique, sur les algorithmes des plateformes et, directement, sur les gouvernements. Ils incarnent une forme de pouvoir concentré, non élu, non redevable, qui constitue une incroyable menace pour les acquis démocratiques et pour les droits des travailleurs et travailleuses à l'échelle mondiale.

La solidarité internationale : une réponse syndicale nécessaire

Face à cette conjoncture, la CSN n'est pas restée passive. Fidèle à ses valeurs et à sa tradition de solidarité, la Confédération a maintenu et renforcé ses liens avec le mouvement syndical international au cours du dernier mandat.

Notre collaboration avec le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) s'est poursuivie et intensifiée, conformément à la résolution adoptée lors du 67e Congrès.

La participation de représentantes et représentants de la CSN au congrès de la Confédération syndicale des travailleurs et travailleuses des Amériques (CSA) a également permis de resserrer les liens de solidarité avec nos frères et sœurs du continent. De plus, la Confédération syndicale internationale (CSI) a exprimé récemment son appui à la CSN par l'envoi d'une lettre au gouvernement du Québec dénonçant vertement les attaques antisyndicales – un geste qui témoigne de la reconnaissance envers notre combat au sein du mouvement syndical mondial.

La conjoncture internationale n'est pas une abstraction. Elle se traduit concrètement dans la vie de nos membres : incertitude économique, pressions sur les emplois industriels liés aux guerres tarifaires, attaques aux droits fondamentaux, rétrécissement des espaces démocratiques dans lesquels le syndicalisme respire. C'est pourquoi, dans le prochain mandat, la CSN devra plus que jamais maintenir sa vigilance, sa solidarité et sa voix sur la scène internationale.

IMPACTS AU CANADA ET CONJONCTURE SUR LA SCÈNE FÉDÉRALE

La guerre tarifaire et ses conséquences sur les travailleuses et travailleurs

Nul autre pays n'a été frappé de plein fouet par la politique commerciale de l'administration Trump, comme le Canada.

Depuis le début 2025, des droits de douane oscillant entre 25 % et 50 % ont été imposés sur un nombre important de produits canadiens exportés aux États-Unis, notamment sur l'acier, l'alu minium et le bois d'œuvre. Cette offensive tarifaire a redéfini en quelques mois des décennies d'intégration économique nord-américaine et a exposé de manière brutale la vulnérabilité de notre tissu industriel face aux caprices d'une administration imprévisible.

Les conséquences pour les travailleuses et travailleurs ont été immédiates et concrètes. On a observé une multitude de pertes d'emploi, en particulier dans l'industrie forestière, où nos membres sont présents en grand nombre.

Les investissements dans les secteurs manufacturier, forestier et agroalimentaire ont chuté drastiquement.

L'incertitude, plus encore que les tarifs, agit comme un frein brutal à la croissance : les entreprises gèlent leurs investissements, retardent leurs projets et hésitent à embaucher. Ce sont, là encore, les travailleuses et travailleurs qui en paient le prix.

Le Canada a répliqué avec des contre-tarifs sur des milliards de dollars de produits américains, et le gouvernement fédéral a mis en place des mesures de soutien aux entreprises et des assouplissements temporaires à l'assurance-emploi. La CSN, de concert avec ses alliés syndicaux, a néanmoins inter pellé le gouvernement Carney pour exiger un renforcement de l'assurance-emploi afin que les prestations soient plus acces sibles et adéquates pour tous les travailleurs. Il s'agit d'une situation inacceptable qui perdure depuis trop longtemps déjà. La CSN entend redoubler d'ardeur dans ce dossier afin de rectifier le tir dans les meilleurs délais au profit des milliers de travailleuses et de travailleurs qui bénéficient de cette protection financière névralgique.

La fin de l'ère Trudeau, l'arrivée de Carney

C'est dans ce contexte de crise commerciale que la scène politique fédérale a été secouée par un séisme majeur. Après plus de neuf ans au pouvoir, miné par une impopularité record, la crise du logement, l'inflation et le retrait de l'appui du NPD, Justin Trudeau a annoncé sa démission en janvier 2025.

Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de la Banque d'Angleterre, lui a succédé à la tête du Parti libéral avant de déclencher des élections générales le 23 mars suivant.

Les attaques verbales répétées de Trump à l'encontre du Canada avaient totalement changé la donne dans les intentions de vote, faisant basculer une élection qui semblait acquise aux conservateurs de Pierre Poilievre. Finalement, le Parti libéral a remporté 169 sièges sur 343, formant un gouver nement minoritaire à 3 sièges de la majorité, une situation qui est sur le point de basculer vers une majorité claire au moment d'écrire ces lignes.

Méfiance face au gouvernement Carney

Si la victoire libérale représente un certain soulagement par rapport à la perspective d'un gouvernement conservateur sous Pierre Poilievre, la CSN aborde le nouveau mandat de Carney avec méfiance et vigilance.

Le premier ministre Carney a posé des gestes importants face à Trump, se présentant comme le défenseur de la souveraineté canadienne. Mais derrière le discours de résistance, plusieurs signaux sont préoccupants pour le mouvement syndical. Sur le plan fiscal, le gouvernement s'est orienté vers des baisses d'impôt et l'abandon du rehaussement de l'imposition sur les gains en capital, en plus d'opérer un virage budgétaire qui inquiète quant à la pérennité des services publics.

En matière d'immigration, Carney prône une approche dite « ciblée » du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui, dans les faits, maintient des travailleuses et des travailleurs, liés à un employeur unique, dans une situation de précarité et de vulnérabilité chronique.

Les contraintes liées aux permis de travail, la fin du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) et les restrictions croissantes à l'immigration permanente frappent de plein fouet des milliers de personnes qui ont contribué à notre économie et à notre société. La CSN a notamment multiplié les prises de parole publiques pour exiger la fin des permis de travail fermés pour les TET, qui s'apparentent à une forme d'esclavagisme moderne, selon les dires d'un rapporteur de l'ONU.

Le gouvernement Carney a également opéré un virage spectaculaire en matière de dépenses militaires. Après des années à repousser cet engagement, le Canada est finalement parvenu à consacrer environ 2 % de son PIB à la défense en 2025 – une première depuis la fin des années 1980. Ce virage s'accompagne d'une stratégie d'approvisionnement qui entend favoriser l'industrie canadienne, dont certains milieux de travail de nos membres pourraient directement bénéficier – à l'image du chantier maritime Davie à Lévis, désormais intégré dans la stratégie navale du Canada, qui s'est vu confier des contrats majeurs de construction de navires pour la Garde côtière canadienne, créant des centaines d'emplois de qualité dans la région de Québec.

Cela dit, un État qui consacre une part croissante de ses revenus à la défense dispose nécessairement de moins de marge pour investir dans les services publics, le logement, la transition climatique et les programmes sociaux dont dépendent les travailleuses et travailleurs. Pour la CSN, il est clair que la militarisation des finances publiques canadiennes ne doit pas se faire au détriment des missions sociales de l'État.

Que ce soit sous Trudeau ou sous Carney, une réalité demeure : les syndicats, et la CSN en particulier, doivent demeurer au cœur du débat politique fédéral pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs, maintenir la pression sur les dossiers qui nous touchent directement, et s'assurer que la crise tarifaire ne sert pas de prétexte à des reculs sociaux.

L'horizon 2026 : un tournant pour le Québec et la Confédération canadienne

L'automne 2026 s'annonce comme une période charnière, à la fois pour la Confédération canadienne et pour l'avenir du Québec.

Le renouvellement de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) approche, avec des négociations commerciales cruciales qui détermineront l'avenir de pans entiers de notre économie. En Alberta, la première ministre Danielle Smith attise les braises du ressentiment de l'Ouest avec la perspective d'un référendum sur les relations avec Ottawa. Et au Québec, les élections générales du 5 octobre 2026 – avec le Parti québécois en tête des intentions de vote au moment d'écrire ces lignes – s'annoncent comme un rendez-vous décisif.

L'éventualité d'un gouvernement péquiste majoritaire promettant la tenue d'un référendum aurait pour effet de ramener la question nationale au premier plan de la politique québécoise. Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais bien à la population québécoise et à elle seule, incluant les Premières Nations.

C'est pourquoi la société civile, y compris le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. La CSN compte faire entendre sa voix, comme elle l'a toujours fait, sur les grands enjeux qui touchent notre avenir collectif. C'est pourquoi la CSN proposera de mener, au cours des prochains mois, des consultations auprès de ses membres afin d'actualiser sa position à l'égard de la souveraineté. En ce sens, le 68e Congrès constitue un jalon important dans cette démarche.

CONJONCTURE QUÉBÉCOISE

Gouvernement de la CAQ : une offensive sans précédent contre les droits des travailleuses et travailleurs

Si les conjonctures internationale et fédérale ont été marquées par des bouleversements majeurs, c'est sur la scène québécoise que nos membres ont ressenti les impacts les plus directs et les plus quotidiens au cours de ce dernier mandat.

Le deuxième mandat de la Coalition avenir Québec a constitué une période de confrontation sans précédent avec le mouvement syndical, caractérisée par une série d'attaques législatives ciblées qui ont tenté, l'une après l'autre, de rogner les droits durement acquis des travailleuses et travailleurs du Québec.

Cette offensive a pris trois formes principales, que nous qualifions sans détour de bombes antisyndicales.

La première, et la plus emblématique est la loi 14 – projet de loi 89, adopté le 29 mai 2025 par une majorité de 94 voix contre 17 à l'Assemblée nationale, entré en vigueur le 30 novembre 2025. Cette loi permet au ministre du Travail de s'octroyer le pouvoir de contrôler le droit de grève, sans même qu'il soit question de services essentiels.

Derrière le discours gouvernemental sur la soi-disant « protection du bien-être de la population », cette loi pourrait s'appliquer à presque tous les conflits de travail. La CSN, aux côtés des autres organisations syndicales du Québec, a dénoncé avec force cette loi qui brime le droit de grève des travailleurs et remet trop de pouvoirs entre les mains du ministre. Les organisations syndicales se sont tournées vers les tribunaux pour la contester.

Mais le plus odieux dans cette histoire, c'est qu'il n'y a eu aucune forme de consultation pour ce projet de loi comme pour celui concernant la gouvernance syndicale. Pas même un appel de courtoisie en amont pour nous aviser des intentions du ministre du Travail, Jean Boulet. C'est d'autant plus sournois pour quelqu'un qui se réclamait pourtant du dialogue social sur toutes les tribunes…

La deuxième attaque est survenue avec le projet de loi 101, adopté en octobre 2025, qui introduit un régime à deux vitesses en matière de santé et sécurité du travail (SST). Ce projet de loi réduit les pouvoirs des comités et des représen tantes et représentants en santé et sécurité dans les réseaux de l'éducation, de la santé et des services sociaux, décotant ainsi les protections des travailleuses et travailleurs de ces secteurs névralgiques.

La troisième bombe, et peut-être la plus insidieuse, est le projet de loi 3, déposé à l'automne 2025, toujours sans consul tation préalable, et adopté le 17 mars 2026 – soit en toute fin de législature, par un gouvernement sans premier ministre et en l'absence de la population. Les neuf principales organisations syndicales québécoises l'ont dénoncé d'une même voix : « Il s'agit d'un recul historique pour les droits des travailleuses et travailleurs, et d'un legs honteux laissé au Québec par le gouver nement Legault. » Ce projet de loi a été adopté sans consensus social et malgré toutes les mises en garde émises par les organisations syndicales, les organisations de la société civile et les spécialistes universitaires, qui ont pourtant démontré avec rigueur ses nombreuses failles.

Concrètement, le projet de loi 3 impose un vote annuel des membres sur les cotisations syndicales dites « facultatives » et retire aux syndicats le droit de contester des lois devant les tribunaux – un droit qui serait retiré uniquement aux syndicats, et à nul autre lobby patronal. Si une loi spéciale était adoptée pour mettre fin à des moyens de pression, ou encore si un décret gouvernemental imposait unilatéralement des condi tions de travail, les syndicats seraient contraints de recourir à une cotisation facultative pour pouvoir la contester – un processus délibérément long, coûteux et paralysant. C'est un carcan administratif aussi inutile qu'insensé qui attend nos organisations et nos milieux de travail, et la CAQ devra en porter l'entière responsabilité.

Cette attaque s'inscrit dans un tableau d'ensemble parti culièrement sombre : elle s'ajoute à l'atteinte au droit de grève, aux compressions draconiennes dans les services publics et aux nombreuses atteintes aux droits fondamentaux commises tout au long de ce mandat. La CSN, avec l'ensemble du mouvement syndical québécois, évaluera tous les recours possibles et inter pellera les principaux partis politiques pour qu'ils s'engagent à abroger ces lois qui bafouent les droits des travailleuses et travailleurs en vue des élections d'octobre 2026. Nous ne baisserons pas les bras.

L'érosion des services publics

Parallèlement à ces attaques directes contre le mouvement syndical, le gouvernement de la CAQ a laissé se détériorer les services publics à un rythme alarmant.

C'est particulièrement le cas dans le secteur de la santé et des services sociaux, où la porte grande ouverte au privé sape les bases de notre réseau public, ainsi que dans les domaines de l'éducation et de l'enseignement supérieur.

La réforme de la santé encadrée par le projet de loi 15 et l'arrivée de Santé Québec le 1er décembre 2024, ont constitué un premier test d'importance pour les syndicats de ce secteur. Le mouvement CSN a répondu avec force, unité et solidarité à ce test, en réussissant notamment à éviter le maraudage suivant la répartition des emplois en six « nouvelles » catégories. Cela constitue une victoire de taille pour notre mouvement face au rouleau compresseur caquiste.

Par ailleurs, les gels d'embauche, les coupures massives en éducation et en enseignement supérieur, les atteintes à la liberté académique et la vétusté des infrastructures constituent autant de signaux d'un gouvernement qui a sacrifié la qualité des services à la population sur l'autel d'une gestion comptable à courte vue.

La multiplication des crises non résolues a fini par dessiner le portrait accablant d'un gouvernement décon necté des besoins réels de la population : crise du logement sans précédent, avec l'explosion des loyers et la montée de l'itinérance, crise du coût de la vie qui se poursuit, crise en immigration avec la fin du PEQ et crise du transport collectif.

Sur le plan économique, le bilan est tout aussi cinglant : les déboires de la filière batterie – Northvolt, Lion Électrique –, les subventions étatiques à risque et l'échec lamentable de la réforme du secteur manufacturier (projet de loi 97) ont mis à mal la prétention de la CAQ d'être « le parti de l'économie ».

La privatisation rampante de nos sociétés d'État

Dans un registre qui touche directement à l'identité économique du Québec, le gouvernement de la CAQ a également laissé progresser, souvent en catimini, une logique de privatisation de certains de nos fleurons collectifs.

À la Société des alcools du Québec, la direction s'est engagée dans une stratégie d'expansion du réseau privé – 475 agences privées, 100 nouvelles mini-agences dans des commerces en milieu urbain, recours à la multinationale américaine Uber pour la livraison – pendant que l'on fermait des succursales rentables. La CSN a dénoncé avec vigueur cette privatisation en douce.

Du côté d'Hydro-Québec, c'est le projet de loi 69 – adopté sous bâillon en juin 2025, au milieu de la nuit – qui a ouvert une brèche significative dans le monopole public de distribution d'électricité. Ce projet de loi permet désormais à une entreprise privée de vendre de l'électricité qu'elle produit à d'autres entre prises, sans avoir à passer par Hydro-Québec, amorçant ainsi ce que l'opposition et la société civile n'ont pas hésité à qualifier de dénationalisation tranquille de notre société d'État.

La CSN a cosigné avec de nombreuses organisations une déclaration commune dénonçant cette adoption marquée par l'improvisation et le contournement des processus démocratiques, rappelant que l'avenir énergétique du Québec méritait un véritable débat public, et non un vote express à 4 h 30. La CSN continuera de défendre le caractère public de nos sociétés d'État avec la même détermination au cours des prochaines années.

Une dérive autoritaire qui s'accentue

Depuis le remaniement ministériel de septembre 2025, la dérive autoritaire du gouvernement s'est encore accentuée, avec une série de projets de loi préoccupants pour les droits et libertés.

Le projet de loi 1 – un projet de constitution québécoise – a été déposé sans aucune forme de consultation au préalable, en excluant de surcroît les Premières Nations, avec des dispo sitions sur le droit à l'avortement qui, après avoir soulevé de vives inquiétudes, ont fini par être retirées. Il n'en demeure pas moins qu'une constitution devrait rassembler plutôt que diviser et inclure plutôt qu'exclure. Le projet de loi, dont la CSN et plusieurs groupes de la société civile ont exigé le retrait, fait tout le contraire.

Sinon, il y a eu également le projet de loi 2, qui a imposé de force aux médecins un nouveau contrat par un bâillon parle mentaire. Les projets de loi 9 et 94 ont pour leur part élargi l'interdiction du port de signes religieux, au mépris des droits fondamentaux de travailleuses qui ont perdu leur emploi. Le tout s'inscrit dans une logique de construction de l'Autre, d'attaques répétées contre les minorités et d'un recul de l'État de droit que la CSN a dénoncé sans relâche. 1

La fin de l'ère Legault et l'année électorale

Le 14 janvier 2026, François Legault, cofondateur de la CAQ et premier ministre depuis 2018, a annoncé sa démission alors que son parti était au plus bas dans les sondages, avec des intentions de vote oscillant entre 11 % et 19 %.

Une course à la direction a été enclenchée, opposant Christine Fréchette et Bernard Drainville. Les Québécoises et Québécois ont eu raison de porter un jugement sévère sur l'ère Legault : sa performance a été jugée largement insatisfaisante par plus des deux tiers de la population, avec des priorités qui étaient tout sauf en phase avec ses besoins.

Mais attention : la fin de Legault ne signifie pas la fin du « caquisme ». Les deux candidats qui se sont opposés durant la course à la direction ont tous deux promis de maintenir certaines des orientations les plus problématiques du gouver nement, y compris les lois les plus liberticides.

Après une course qui aura duré près de 3 mois, c'est finalement l'ex-ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Christine Fréchette, qui a été désignée par moins de 10 000 membres de la CAQ pour succéder à François Legault à la tête du gouvernement le 12 avril dernier. Si, dans de telles circonstances, la tradition veut qu'on laisse la chance au coureur, le scepticisme s'impose malgré tout, considérant les dommages engendrés par la CAQ depuis son arrivée au pouvoir en 2018.

Dans tous les cas, la CAQ, même sous une nouvelle cheffe, demeurera un adversaire à surveiller, tout comme les autres formations politiques que la CSN gardera à l'œil en vue des prochaines élections.

L'année 2026 est une année électorale décisive pour le Québec. Avec les élections générales du 5 octobre, c'est l'occasion pour la population québécoise de se prononcer sur le bilan des huit années de gouvernance caquiste et sur le Québec qu'elle veut construire. La CSN, fidèle à sa mission, sera présente dans ce débat de manière entièrement non partisane, portant la voix des travailleuses et des travailleurs, défendant les services publics et réclamant un Québec plus juste, plus solidaire et plus combatif.

LA RÉPONSE DU MOUVEMENT CSN

Devant une conjoncture aussi hostile – attaques législatives répétées, recul des droits, dégradation des services publics, offensive idéologique de la droite –, le mouvement CSN n'a pas reculé d'un pas. Bien au contraire. Le mandat 2023-2026 aura été celui de la résilience, de la mobilisation et de la combativité. C'est le bilan dont nous sommes fiers de rendre compte devant ce 68e Congrès.

Volet mobilisation
La CSN dans la rue et dans les milieux

La mobilisation a été au cœur de notre action tout au long du mandat. Dans nos syndicats, dans nos conseils centraux, dans nos fédérations et à la Confédération, nos militantes et militants ont répondu présents, encore et encore, avec une énergie et une détermination qui forcent l'admiration. Plusieurs campagnes confédérales majeures ont marqué ce mandat, à commencer par Vraiment public, qui était basée sur les quatre grandes revendications pour notre système de santé, à savoir : la déprivatisation, la décentralisation et la démocratisation, incluant la valorisation des déterminants sociaux.

La campagne Pas de profit sur la maladie a suivi peu de temps après pour se concentrer sur le volet de la déprivati sation du réseau. Cette dernière a été lancée en grande pompe en janvier 2024 et a donné naissance à une incroyable mobili sation au sein du mouvement CSN pour promouvoir un réseau de la santé et des services sociaux Vraiment public. Trois reven dications étaient au cœur de cette campagne :
— Déprivatiser le réseau de la santé et des services sociaux en mettant fin à l'octroi de permis pour l'ouverture de cliniques privées ;
— Demander un moratoire sur tout octroi de contrats vers le privé touchant les tâches accomplies par les travailleuses et travailleurs du réseau ;
— Mettre fin à l'exode des médecins vers le privé.

La campagne a culminé avec le grand rassemblement du 23 novembre 2024 au Colisée Vidéotron de Trois-Rivières, un moment fort et historique pour la CSN. Quelque 4 000 syndi qué-es, tous secteurs confondus, accompagnés de leurs proches, ont convergé vers Trois-Rivières depuis les quatre coins du Québec pour livrer un message clair et sans équivoque au gouvernement : « Personne ne devrait s'enrichir sur la maladie ! »

Ce grand rendez-vous a marqué un point de bascule dans la mobilisation contre la privatisation, ouvrant la voie aux actions qui ont suivi tout au long du mandat.

La CSN et sa Fédération nationale des communications et de la culture ont également fait entendre leurs voix dans un dossier qui touche à la fois la démocratie et les conditions de travail de leurs membres : la crise des médias d'information. Lancée en 2024, la campagne L'information, un bien public a donné lieu à une vaste tournée de consultations dans une douzaine de villes à travers le Québec, réunissant journalistes, propriétaires de médias, élu-es, représentantes et représen tants de la société civile.

Le constat sans appel : le système par lequel l'accès à l'information était assuré est rompu.

Les revenus publicitaires ont été aspirés par les géants du numérique, contraignant les médias à des compressions, des faillites et des fermetures, laissant des régions entières dans des déserts d'information locale. Face à cette réalité, la CSN a formulé des solutions concrètes : renforcement des crédits d'impôt à la masse salariale des salles de rédaction, politique d'achat publicitaire gouvernemental responsable et orientée vers les médias locaux, création d'un fonds dédié à l'information financé par une taxe sur les appareils numériques, éducation aux médias dès le primaire.

Cette mobilisation a porté ses fruits récemment : le budget du Québec 2026-2027, déposé en mars dernier, annonçait la création d'un crédit d'impôt remboursable pour les médias d'information québécois qui inclut désormais les salles de nouvelles des médias électroniques.

La CSN continuera de se mobiliser sur ces enjeux névral giques au cours du prochain mandat, car une démocratie sans journalisme de qualité, c'est une démocratie en danger.

En réponse à la loi 14, la CSN a organisé de nombreuses actions terrain tout au long du printemps 2025 devant les bureaux de député-es partout au Québec, ainsi que plusieurs manifestations, dont certaines intersyndicales.

Devant ces attaques, la CSN et ses organisations affiliées ont adopté un plan de travail afin d'assurer la cohérence et la cohésion des différentes actions et mobilisations du mouvement. Une coordination des campagnes a alors été mise sur pied afin de faire converger, à l'automne 2025, les luttes confédérales vers une grande campagne visant à en découdre avec les attaques du gouvernement envers les droits des travailleuses et des travailleurs.

C'est ainsi qu'a vu le jour la campagne Faire front, en octobre 2025, où près de 250 délégué-es ont adopté en conseil confédéral, un plan d'action articulé autour de 3 grandes revendications prioritaires : la défense du droit d'association et de la liberté syndicale ; la préservation et l'amélioration de l'État social québécois ; ainsi que les enjeux environnementaux et la transition juste.

À la veille de l'entrée en vigueur des restrictions au droit de grève imposées par le gouvernement de la CAQ, une grande manifestation nationale a été convoquée dans les rues de Montréal, en alliance avec l'ensemble des organisations syndi cales, pour envoyer un message clair : ce n'est pas vrai que les travailleuses et les travailleurs vont laisser leur rapport de force s'amenuiser.

Le 29 novembre 2025, ce message a été entendu avec une force retentissante. Tambours, slogans et trompettes ont résonné le long du boulevard René-Lévesque depuis la Place du Canada, où débutait la marche.

Nous étions plus de 50 000 personnes à manifester dans les rues de Montréal pour dénoncer la déconcertante dérive de la CAQ et exiger un véritable changement de direction.

Des délégations des quatre coins du Québec marchaient ensemble, rejointes par des représentantes et représentants de la société civile et de nombreuses organisations qui défendent la démocratie et les droits fondamentaux. Comme l'a rappelé la CSN, ce rassemblement mémorable n'était pas un point final – c'était un point de départ. En effet, la campagne Faire front s'est poursuivie en 2026 avec une phase d'escalade des moyens de pression, incluant d'importantes réflexions concernant la grève sociale, qui ont convergé autour du 1er mai. Cette deuxième phase de la campagne s'est articulée autour de six axes de revendications soumis à toutes les formations politiques :
— Redistribuer la richesse par un système d'imposition juste ;
— Protéger les droits des travailleuses et des travailleurs ;
— Lutter contre la privatisation du réseau de la santé et des services sociaux ;
— Favoriser l'égalité des chances de la petite enfance à l'université ;
— Développer une économie durable et des emplois de qualité ;
— Mettre en œuvre la transition juste pour lutter contre la crise climatique.

Sinon, toujours en matière de mobilisation, la CSN, grâce à la campagne Uni-es pour l'école, a également remporté une victoire concrète et symboliquement importante, en faisant reculer le ministre de l'Éducation, Bernard Drainville, sur des coupes annoncées de plus d'un demi-milliard de dollars dans le réseau scolaire. C'est la preuve, s'il en fallait une, que la mobilisation paie. Une mobilisation significative a aussi été menée par une vaste coalition pour réclamer minimalement une clause de droits acquis pour les personnes orphelines du PEQ, démontrant que la CSN défend toutes les travailleuses et tous les travailleurs, quel que soit leur statut.

La défense des emplois industriels en région a également été au cœur des préoccupations de la CSN dans le dossier de la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, la seule fonderie de cuivre au Canada.

Face à la menace réelle de fermeture liée au débat sur les normes d'émissions d'arsenic, la CSN s'est mobilisée à plusieurs reprises pour exiger du gouvernement une solution qui concilie resserrement des exigences environnementales et protection des quelque 400 emplois à la fonderie. La CSN a interpellé directement le premier ministre Legault pour qu'il établisse une cible d'émission d'arsenic atteignable et mette fin à l'incertitude qui pesait sur les travailleuses, les travailleurs et la population de la région. Ce dossier illustre parfaitement la position que la éfend depuis toujours : la transition environnementale doit être une transition juste, qui ne sacrifie pas les emplois ni les collectivités.

Mentionnons également l'apport important des repré sentations juridiques de la CSN dans le développement de la jurisprudence en droit du travail et dans le rapport de force syndical. L'expertise du mouvement est déterminante dans l'analyse des lois, des politiques publiques et des projets de réforme, lui permettant d'intervenir de manière rigoureuse et crédible dans l'espace public. La rédaction de mémoires, les prises de position politiques et les représentations lors des commissions parlementaires démontrent une action syndicale cohérente, bien argumentée et socialement influente, contribuant ainsi à la défense et à l'amélioration des conditions de travail et de la justice sociale.

Fidèle à ses habitudes, la CSN a également maintenu sa présence à chaque moment fort du calendrier militant : le 8 mars pour les droits des femmes, le 28 avril pour les victimes de lésions professionnelles, le 1er mai pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, et lors de la Semaine nationale de la santé et de la sécurité au travail. Ces rendez-vous annuels ne sont pas des rituels – ils sont des rappels constants que le mouvement syndical continue de militer et d'avancer.

Mais la CSN a aussi multiplié sa participation à de nombreuses manifestations populaires pour dénoncer la hausse inquiétante des féminicides, de l'homophobie et de la transphobie, ou encore pour appuyer le mouvement pro-choix, autant de réponses à la montée de la droite au Québec et ailleurs dans le monde.

La formation militante a aussi constitué un pilier de notre mobilisation continue. L'École féministe syndicale et l'École de la relève syndicale ont permis de former et de rassembler la prochaine génération de militantes et militants, assurant ainsi le renouvellement et la vitalité du mouvement pour les années à venir.

Mais au-delà des grandes campagnes et des rassemblements nationaux, la mobilisation de la CSN, c'est aussi et surtout une présence humaine, constante et incarnée dans les milieux de travail.

Tout au long du mandat, les membres du comité exécutif ont été au rendez-vous partout où leur présence était attendue et nécessaire : sur les lignes de piquetage des syndicats en conflit, par solidarité avec les travailleuses et travailleurs qui tiennent le front dans les négociations difficiles ; lors des barbecues syndicaux durant la période estivale ; dans les milieux de travail, pour des visites en matière de santé et de sécurité qui rappellent que la prévention des accidents et des maladies professionnelles est une priorité non négociable ; sans oublier les soirées d'anniversaire des syndicats, pour célébrer les histoires, les luttes et les victoires qui font la richesse de notre mouvement.

Cette présence constante sur le terrain constitue le ciment qui lie toutes les composantes de la CSN. Elle dit, mieux que n'importe quel discours, que le comité exécutif fait partie, pleinement et fièrement, du mouvement CSN.

VOLET NÉGOCIATION
Des gains concrets dans la vie des gens

C'est dans la négociation que la CSN produit ses résultats les plus tangibles – ceux qui changent directement le quotidien de nos membres.

Et le bilan du dernier mandat est éloquent.

Sur le front du secteur public, la stratégie Front commun a permis d'arracher des gains majeurs pour les quelque 420 000 travailleuses et travailleurs des réseaux de la santé et de l'éducation. La grande manifestation du 23 septembre 2023 – un franc succès porté par un appui populaire remarquable – a démontré la force de la mobilisation intersyndicale. Au bout du compte, les travailleuses et travailleurs ont obtenu un rattrapage salarial de 17,4 %, assorti d'une clause d'indexation à l'inflation, remportée à la toute fin grâce à la détermination de la CSN. En somme, il s'agit là de gains historiques qui ont rétabli en partie la dignité salariale dans nos services publics, tout en réaffirmant le leadership de la CSN lorsqu'il est question de négocier dans le secteur public.

Soulignons au passage que ce mandat aura également été marqué par une avancée législative significative sur le plan du régime de négociation dans le secteur public. La sanction du projet de loi 100, le 6 juin 2025, est venue abroger la loi 37 – que la CSN contestait depuis plus de 30 ans – et moderniser en profondeur le cadre de négociation des conventions collec tives dans les secteurs public et parapublic.

Pour la CSN, trois éléments constituent des avancées importantes : la confirmation qu'il n'y aura pas de fusion des accréditations ; le retrait des entraves au droit de négociation sur certaines matières locales que nos syndicats revendiquaient depuis des années ; et la modernisation de la loi afin de mieux refléter les réalités d'aujourd'hui. Le projet de loi 100 redonne aux employé-es de l'État leur droit de négocier pleinement sur les matières locales, et élimine le passage obligatoire vers un processus de conciliation pour obtenir le droit de grève – un droit fondamental enfin rétabli.

Mentionnons au passage l'attitude d'ouverture de l'ex-présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, qui tranche radicalement avec celle de son collègue Jean Boulet. Mme LeBel nous a consultés en amont, puis sincèrement écoutés en commission parlementaire. On peut dire que le projet de loi 100 a été en quelque sorte le dernier projet de loi mené sous l'égide du dialogue social.

Au chapitre de la coordination des négociations, le comité de coordination générale des négociations (CCGN) a mené avec succès la revendication du salaire minimum à 18 $, puis à 20 $ l'heure dans les conventions collectives CSN. Les résultats sont éloquents : sur 597 conventions signées entre le 1er janvier et le 11 décembre 2025, 97 % n'ont aucun salaire horaire sous 20 $ à l'échéance de leur nouvelle convention, et 96 % de celles qui étaient sous ce seuil ont corrigé la situation. Pour les taux d'entrée, le taux de succès est de 92 %. Ce sont des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs dont les conditions de vie ont été améliorées concrètement grâce à cette coordination syndicale.

Le comité intersyndical du secteur privé (CISP) s'est quant à lui coordonné autour d'une revendication prioritaire en matière de déjudiciarisation du régime de griefs et d'arbitrage – une réponse directe à l'alourdissement des délais qui pénalise nos membres. Des gains ont été obtenus dans de nombreuses conventions, notamment par l'ajout de procédures de médiation arbitrale, de clauses sur l'arbitrage accéléré et par l'assouplis sement des délais pour le dépôt des griefs. Le XVe Colloque Gérard-Picard, tenu sous le thème Que le rapport de force soit avec nous, a été un moment fort de réflexion collective sur les stratégies de négociation, rappelant que l'analyse du rapport de force doit être vivante et constamment réajustée tout au long du processus.

VOLET SYNDICALISATION
L'avant-front du mouvement

La syndicalisation, c'est l'oxygène du mouvement. Sans nouveaux membres, sans nouvelles accréditations, pas de croissance, pas de renouvellement, pas de force.

Au cours du mandat 2023-2026, la CSN a accueilli 13 300 nouveaux membres. Au total, 285 requêtes en accré ditation ont été déposées au Tribunal administratif du travail. Fait significatif : 73 % des nouvelles accréditations proviennent de champs libres, c'est-à-dire des travailleuses et travailleurs qui n'étaient auparavant représentés par aucune organisation syndicale. Et 53 % des nouvelles accréditations comptent moins de 20 salarié-es : preuve que la CSN n'abandonne pas les petits milieux de travail, souvent les plus vulnérables.

Parmi les dossiers marquants, le cas d'Amazon mérite bien évidemment d'être souligné. Dans un contexte où le géant du commerce en ligne déploie des ressources colossales pour contrer toute tentative de syndicalisation, l'accréditation obtenue par des travailleuses et travailleurs affiliés à la CSN a constitué une victoire symbolique et stratégique d'une impor tance considérable pour l'ensemble de notre mouvement malgré les revirements éhontés provoqués par la fermeture sauvage des 7 entrepôts d'Amazon au Québec, engendrant plus de 4 000 mises à pied.

Dans les jours qui ont suivi cette annonce, la CSN a lancé sa campagne Délivrons-nous d'Amazon : pas d'achat, pas de contrat afin que les gouvernements du Canada, du Québec, les municipalités et les organismes publics cessent de s'approvisionner chez Amazon et mettent fin à leur contrat infonuagique avec la multinationale. Une grande manifestation s'est également tenue à la mi-février 2025 pour sensibiliser la population à l'égard de cette vaste campagne de boycottage.

Parallèlement, suivant les mises à pied effectuées en janvier 2025, la CSN a entrepris d'importants recours juridiques contre Amazon afin de demander au tribunal d'ordonner la reprise des activités dans ses sept entrepôts du Québec. Dans la requête déposée, la CSN réclame également que chaque employé-e reçoive plus d'un an de salaire en guise d'indemnité, en plus de dommages moraux et exemplaires. Au moment d'écrire ces lignes, le procès est toujours en cours.

Rappelons à nouveau que le mouvement a fait preuve d'une belle cohésion pour contrer la menace du maraudage en santé qui, finalement, n'a pas eu lieu, et a obtenu une victoire politique importante en évitant la fusion des accréditations dans le secteur des services de santé et services sociaux.

Dans le prochain mandat, les priorités en matière de syndicalisation seront claires : faire face aux maraudages appréhendés, notamment dans le secteur de la construction, assurer un suivi rigoureux de l'état de santé des syndicats post-accréditation, intensifier les efforts dans les champs libres, consolider le réseau des agentes et agents multiplicateurs de syndicalisation (AMS) et renforcer les alliances communautaires et internationales.

LA CSN S'ADAPTE FACE AUX NOUVELLES RÉALITÉS

Le monde du travail se transforme à un rythme sans précédent. Transition climatique, révolution numérique, nouvelles réalités en santé et sécurité, avenir du syndicalisme : autant de défis qui exigent que notre mouvement soit non seulement combatif, mais aussi agile, visionnaire et en constante adaptation.

Le mandat 2023-2026 aura été celui où la CSN a posé des jalons importants pour préparer l'avenir, tout en continuant à mener les luttes du présent.

Transition climatique et transition juste

La résolution adoptée au 67e Congrès faisait de la transition écologique juste l'une des priorités de la CSN pour le mandat. Nous avons honoré cet engagement.

La création d'une coordination confédérale dédiée aux enjeux d'environnement et de développement durable et la tenue de journées thématiques sur l'environnement ont concrétisé notre volonté d'ancrer la transition juste au cœur de l'action syndicale. Car la transition climatique ne peut pas se faire sur le dos des travailleuses et travailleurs : elle doit se faire avec eux, dans le respect de leurs emplois, de leurs communautés et de leur dignité.

Dans ce contexte, la CSN a également accompagné les syndicats dont les membres sont les plus exposés aux transfor mations induites par les nouvelles normes environnementales, en collaboration avec les fédérations, pour identifier les secteurs à risque et développer des stratégies de protection et de trans formation des emplois. L'enjeu de la transition juste demeurera à l'ordre du jour du prochain mandat, alors que les pressions climatiques et économiques continuent de s'intensifier.

Transition numérique et intelligence artificielle

L'intelligence artificielle n'est plus une abstraction futuriste, elle est déjà dans nos milieux de travail, et ses impacts sur l'emploi, les conditions de travail et l'organisation du travail sont réels et croissants.

La CSN a pris ce défi à bras-le-corps au cours du dernier mandat.

Des travaux ont été entrepris pour analyser les enjeux que soulève l'IA dans les milieux de travail représentés par nos syndicats, pour outiller nos militantes et militants face aux trans formations numériques, et pour développer une vision cohérente de la position de la CSN en la matière. Bien qu'on ne puisse nier les avancées spectaculaires et les effets bénéfiques engendrés par l'IA, des risques importants sont aussi à craindre dans nos milieux de travail, alors que l'arrivée de cette fulgurante technologie peut entraîner une dégradation de la qualité des emplois, porter atteinte à l'autonomie professionnelle, nuire à la capacité de jugement critique ou encore accroître les mécanismes de surveillance et de contrôle. Évidemment, face au risque d'automatisation et de robotisation, l'avenir des emplois demeurera au centre de nos préoccupations.

Une résolution sera d'ailleurs soumise au 68e Congrès afin de réclamer un encadrement législatif et éthique de l'intelligence artificielle, la mise sur pied d'une stratégie de souveraineté numérique, ainsi que des dispositions qui vont en ce sens lors de la négociation de nos conventions collectives.

Nous abordons ce chantier avec sérieux et lucidité et avec la conviction que la technologie doit être au service des travail leuses et des travailleurs – jamais l'inverse.

Santé et sécurité du travail : bilan et perspectives

La nouvelle législation en matière de santé et sécurité du travail – la loi 27 – a constitué un chantier majeur du dernier mandat.

Pour faire le point collectivement sur les changements légis latifs et élaborer les stratégies à préconiser, à l'initiative de la CSN, le Sommet SST a été organisé en avril 2025, de concert avec les autres organisations syndicales et les groupes populaires. Cette démarche rassembleuse a permis d'analyser en profondeur les impacts de la réforme et de dégager des pistes d'action communes.

Le bilan est nuancé. Des gains importants ont été réalisés, notamment la reconnaissance de secteurs comme l'hôtellerie, les entrepôts et l'agroalimentaire, entraînant l'obligation d'avoir des représentantes et représentants en santé et en sécurité dans ces milieux. Le maintien des acquis pour l'industrie manufacturière représente également une victoire défensive importante. En revanche, le projet de loi 101 a réduit les protec tions dans les secteurs de la santé et de l'éducation, et la CSN continuera de dénoncer ce recul.

Sur le terrain, le Service de santé-sécurité et d'environ nement de la CSN a traité quelque 6 200 dossiers de lésions professionnelles entre le 1er juin 2023 et aujourd'hui – on estime qu'il y en aura 6 500 à la fin de la période de 3 ans.

En prévention, environ 90 formations ont été données, rejoignant chacune en moyenne 20 participants pour un total d'environ 1 800 personnes formées, en plus de quelque 85 présentations données à différents groupes à travers le Québec.

Les États généraux du syndicalisme

Dans la foulée de la résolution adoptée au 67e Congrès, la CSN a travaillé à créer les conditions favorables à la tenue d'États généraux du syndicalisme.

Une première phase de consultation a été réalisée à l'automne 2025, avec des rencontres tenues dans toutes les régions du Québec pour recueillir les réflexions des militantes et militants afin de dresser un bilan du syndicalisme et un état des lieux. Un colloque centré sur les solutions et les perspectives du renouveau syndical s'est tenu les 31 mars et 1er avril 2026, juste avant ce congrès, pour dégager les grandes tendances et les pistes d'action issues de cette ronde de consultations. Les prochaines étapes de cette démarche se dérouleront dans le cadre du prochain mandat avec, notamment, l'adoption et la mise en œuvre d'un vaste plan d'action – une démarche qui nous appartient collectivement et qui doit nous permettre de nous réinventer pour répondre aux défis de notre époque.

Formation : investir dans nos militantes et militants, nos salarié-es et nos élu-es

La formation des salarié-es, des militantes et des militants ainsi que des élu-es vise à améliorer la compréhension des enjeux et la capacité à les appréhender, à les transformer et à les résoudre. Elle constitue un levier essentiel à la vitalité du mouvement syndical et un outil indispensable pour assurer une relève syndicale forte.

Dans un contexte de renouvellement de la main-d'œuvre, de transformations rapides du monde du travail, de changements technologiques et organisationnels, la formation permet de renforcer les compétences, de développer l'esprit critique et d'assurer une représentation éclairée des membres.

La formation favorise l'appropriation des valeurs syndi cales, soutient l'engagement militant, outille les salarié-es dans leur rôle-conseil et les personnes élues dans l'exercice de leurs responsabilités, contribuant ainsi à l'autonomie collective. En misant sur le développement des savoirs et des capacités d'action, le mouvement se donne les moyens de défendre plus efficacement les droits des travailleuses et travailleurs, de faire progresser la justice sociale et de demeurer un acteur incon tournable de la société civile.

Former nos membres et nos militantes, c'est investir dans la force de notre mouvement. Le Service des ressources humaines et de formation de la CSN, en collaboration avec ses organisa tions affiliées, a offert 865 sessions à travers le Québec au cours du présent mandat. Ce sont près de 10 000 participantes et participants qui ont bénéficié d'un transfert de connaissances.

Ces formations se répartissent en trois grandes catégories :
— Les relations de travail (326 sessions, 4 251 participants)
— La santé et sécurité (234 sessions, 2 651 participants)
— La vie syndicale (305 sessions, 2 900 participants)

Pour les élu-es, bien que beaucoup de travail reste à faire, des formations spécifiques leur ont été offertes, telles que la prise de parole en public, la gestion des comportements difficiles, ainsi qu'une session d'accueil des nouvelles personnes élues.

De plus, près de 450 séances de formation ont été données aux salarié-es du mouvement CSN au cours du dernier mandat, qu'il s'agisse du programme obligatoire ou de sessions de formation continue.

La CSN a également maintenu son financement important dans le programme de mentorat afin de s'assurer du transfert de compétences vers l'importante relève des personnes conseillères syndicales et des employé-es de bureau.

La formation a également pris de nouvelles formes pour s'adapter aux réalités d'aujourd'hui : un guide à l'intention des conseillères et conseillers syndicaux sur les enjeux d'inclusion et d'immigration, un guide sur l'écriture inclusive ainsi qu'un nombre important de formations sur l'informatique et l'intelli gence artificielle.

Le programme de formation s'est également bien arrimé aux orientations du dernier congrès. Les équipes, tant à l'attention des militantes et militants que des salarié-es, ont développé et adapté des formations sur la négociation, le rapport de force et l'organisation de la solidarité.

Dans le prochain mandat, l'offre de formation continuera de s'adapter aux nouvelles réalités ainsi qu'aux nombreux change ments législatifs, notamment avec le déploiement de formations sur l'intelligence artificielle générative et la santé-sécurité, sans oublier la gestion des griefs et le processus d'arbitrage et de médiation.

La CSN dans l'espace public et médiatique

La combativité d'un mouvement syndical se mesure aussi à sa capacité à occuper l'espace public, à faire entendre sa voix et à influencer le débat collectif.

Sur ce front, le bilan du dernier mandat est particulièrement éloquent, et les données le confirment.

La CSN a déployé au printemps 2024 sa campagne de visibilité institutionnelle Le Maillon fort, avec trois objectifs clairs : positionner la CSN comme un acteur majeur dans le paysage syndical, susciter de l'adhésion et de l'intérêt, et consolider le sentiment d'appartenance chez nos membres.

Les retombées de cette campagne, mesurées par la firme Léger, ont dépassé les attentes. La campagne a pu rejoindre plus de 40 % des Québécoises et Québécois francophones – une performance impressionnante et plus que satisfaisante selon Léger pour des campagnes similaires.

De plus, la commandite du grand spectacle de la Fête nationale en 2024 a, quant à elle, généré une portée cumulée estimée entre 1,5 et 2,5 millions de Québécoises et Québécois. Ce partenariat a également été renouvelé en 2025 pour la Fête nationale à Montréal, ce qui a accru sa visibilité avec une portée totale de près de 2,7 millions d'impressions à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur les lieux de l'événement, où ont été distribués des dizaines de milliers d'articles promotionnels à l'effigie de la CSN.

Au chapitre de l'image, la notoriété de la CSN a connu une croissance très appréciable auprès du grand public grâce à la campagne du Maillon fort et au partenariat avec la Fête nationale.

Sinon, une analyse de la couverture médiatique réalisée par Mesure Média pour la période de janvier 2025 à février 2026 vient compléter ce portrait avec des données tout aussi probantes. Sur près de 75 000 retombées médiatiques analysées – dans la presse écrite, les médias numériques, la radio et la télévision –, la CSN a su capter près des deux tiers de la part des voix du mouvement syndical québécois dans les médias pour la première moitié de l'année 2025, et près de la moitié des parts de marché pour la seconde moitié, jusqu'en 2026.

Autre fait d'armes digne de mention qui n'est pas étranger à cette performance médiatique notoire : à deux reprises, nous avons eu l'honneur d'être invités à Tout le monde en parle, et ce, dans une même année. Comme quoi le mouvement CSN, dans ses luttes, dans ses revendications et ses prises de position, demeure au cœur de l'actualité québécoise !

Sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, TikTok, Bluesky, YouTube et LinkedIn, la CSN compte aujourd'hui plus de 55 000 abonné-es sur l'ensemble de ses plateformes, avec une moyenne de 4 publications par jour depuis 3 ans, pour un total de plus de 4 000 publications depuis le dernier congrès.

À cela s'ajoutent 1 052 communiqués de presse, plus de 110 diffusions de l'infolettre En mouvement et 9 éditions du journal Le Point syndical, distribué à plus de 153 000 exemplaires au cours du mandat. Autres faits saillants intéressants du dernier mandat :
— Plus de 200 bannières autopor tantes et 1 000 Coroplasts grand format ont été produits depuis 2025 ; — Près de 12 500 conventions collectives différentes ont été imprimées ;
— Plus de 350 000 envois postaux et 25 000 colis livrés depuis mai 2023 ;
— Et 275 livres ont été acquis, traités et rendus disponibles pour le prêt

Québec est une ville pro-choix et va le rester

2 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Un rassemblement « Riposte pro-choix » se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses organisations féministes, (…)

Un rassemblement « Riposte pro-choix » se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses organisations féministes, le rassemblement se voulait une réponse à la « marche pour la vie », une manifestation contre le droit à l'avortement organisée pour la troisième année consécutive par un groupe intégriste chrétien.

« Il y a quelques semaines, « Campagne Québec Vie » a annoncé qu'elle renonçait à organiser sa manifestation anti-avortement. C'est une grande une victoire pro-choix ! Nous avons quand même décidé de maintenir le rassemblement « Riposte pro-choix » pour célébrer nos victoires et rappeler haut et fort que Québec est une ville pro-choix et va le rester. Si on pouvait leur enlever à jamais l'envie de revenir, ce serait parfait ! » a déclaré Mélanie Pelletier, vice-présidente à la condition féminine du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN).

« N'en déplaise à certains, la question du droit à l'avortement est une question syndicale. Le droit à l'avortement est indissociable du droit au travail des femmes, car pour elles, contrôler sa force reproductrice est une condition cruciale pour atteindre une autonomie réelle et une égalité dans les études, l'emploi ou la carrière ! » rappelle Jessica Goldschleger, la nouvelle secrétaire générale de la CSN tout juste élue mercredi dernier par le congrès de la centrale qui se tenait à Québec. Pour la secrétaire générale, il est essentiel que la CSN, qui représente une majorité de femmes rappelons-le, continue de Faire front pour les droits des travailleuses.

PourquoiJeMeMobilise

2 juin, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , ,
Alors que les professionnelles en soins se mobilisent à travers le Québec pour dénoncer la surcharge de travail et revendiquer des ratios sécuritaires, la Fédération (…)

Alors que les professionnelles en soins se mobilisent à travers le Québec pour dénoncer la surcharge de travail et revendiquer des ratios sécuritaires, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ lance la campagne #PourquoiJeMeMobilise.

Cette initiative vise à donner la parole aux membres afin qu'elles puissent exprimer, avec leurs propres mots, les raisons qui les poussent à se mobiliser.

Des raisons bien concrètes de se mobiliser

Depuis plusieurs semaines, des équipes sur le terrain dénoncent la surcharge de travail qui compromet à la fois leur pratique et la qualité des soins offerts à la population.

Dans ce contexte, la FIQ invite ses membres à témoigner des raisons concrètes pour lesquelles elles se mobilisent, par exemple :

Pour pouvoir prendre le temps de dîner

Pour ne pas tomber en épuisement professionnel

Pour offrir des soins sécuritaires

Une campagne participative

Avec le mot-clic #PourquoiJeMeMobilise, les professionnelles en soins sont invitées à prendre la parole sur les réseaux sociaux et à faire entendre leur réalité.

Afin de soutenir leur participation, la FIQ met à leur disposition une série d'outils, dont :

Des visuels prêts à utiliser

Des modèles Canva personnalisables

Des exemples de phrases à partager

Des conseils simples pour créer une publication avec le logo et les icônes de la campagne

Un formulaire pour transmettre un témoignage directement.

La FIQ met aussi à disposition des affiches pour faire connaître la campagne dans les milieux de travail et mobiliser le plus grand nombre.

Faire entendre la réalité du terrain

Par cette campagne, la FIQ souhaite donner une plus grande visibilité aux conditions d'exercice des professionnelles en soins et sensibiliser la population aux enjeux qui touchent le réseau de la santé.

Avec #PourquoiJeMeMobilise, la FIQ met en lumière une réalité claire : la surcharge de travail empêche les professionnelles en soins de travailler dans des conditions humaines et d'offrir des soins sécuritaires.

Fiers de notre solidarité : Les syndicats du Canada célèbrent les travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ en cette saison de la Fierté de 2026

2 juin, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Dans l'ensemble du pays, les syndicats du Canada s'apprêtent à mettre en vedette leur inébranlables solidarité et soutien à l'égard des travailleuses et travailleurs et des (…)

Dans l'ensemble du pays, les syndicats du Canada s'apprêtent à mettre en vedette leur inébranlables solidarité et soutien à l'égard des travailleuses et travailleurs et des communautés 2SLGBTQI+ au cours de la saison de la Fierté de 2026.

« La solidarité du mouvement syndical se manifeste par la participation aux événements de la Fierté d'un océan à l'autre et la continuation de la célébration et de la défense des communautés 2SLGBTQI+, soit de leurs droits de la personne au travail et dans leur collectivité, à longueur d'année », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada.

Les communautés 2SLGBTQI+ continuent d'être affectées plus que les autres par la crise de l'abordabilité que vivent les travailleuses et travailleurs et leurs familles dans l'ensemble du Canada. Cela tient à plusieurs facteurs, y compris les écarts salariaux persistants, la discrimination en matière d'emploi, l'instabilité du logement, l'augmentation des coûts des soins de santé et des obstacles à l'accès à ces soins ainsi que le taux de pauvreté plus élevé.

En 2025, 46 % des personnes 2SLGBTQI+ trouvaient difficile ou très difficile de répondre à leurs besoins financiers, par rapport à 39 % des personnes ne faisant pas partie des 2SLGBTQI+. Les recherches indiquent également que les communautés 2SLGBTQI+ racialisées ont des écarts de revenus encore plus importants.

Un rapport d'ÉGALE Canada a révélé que 72 % des travailleuses et travailleurs bispirituels, trans et non binaires font l'objet de discrimination au travail et que près de la moitié d'entre eux ont déjà quitté un emploi parce qu'ils n'étaient pas acceptés. Selon le même rapport, 74 % des personnes 2SLGBTQI+ ont indiqué avoir caché ou minimisé leur identité pendant leur recherche d'emploi parce qu'ils craignaient les conséquences de la discrimination répandue.

En dernier lieu, un rapport du CTC sur le harcèlement et la violence au travail souligne le fait que le problème continue de nuire aux travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ plus qu'aux autres, environ le tiers (65 %) des personnes répondantes signalant qu'elles avaient vécu du harcèlement ou de la violence au travail en raison de leur orientation sexuelle, la forme de harcèlement la plus courante étant le harcèlement sexuel (53 %).

La réalité des iniquités dont les communautés 2SLGBTQI+ continuent à faire l'objet souligne l'importance de continuer à militer en faveur des droits des 2SLGBTQI+ au travail et dans nos collectivités.

« Il est utile à tout le monde d'appuyer des lieux de travail inclusifs où toute personne peut se sentir en sécurité et fière d'être elle-même. Et quand les lieux de travail prospèrent, nos collectivités en font autant, et notre économie aussi », soutient madame Bruske.

Les syndicats sont un élément essentiel de l'équation.

Les syndicats s'efforcent de mettre fin à la violence au travail : Nous avons revendiqué et obtenu que le Canada ratifie la C190 de l'OIT en 2023 pour que le monde du travail soit dénué de harcèlement et de violence, y compris la violence fondée sur le genre.

Les syndicats contestent la discrimination : Les représentantes et représentants syndicaux ont recouru à la négociation collective pour établir des dispositions inédites interdisant la discrimination, des politiques anti-harcèlement, la reconnaissance des conjointes et conjoints du même sexe et des familles de 2SLGBTQI+ dans les politiques sur les prestations et les congés ainsi que l'accès à des soins d'affirmation de genre.

Les syndicats défendent notre démocratie : Nous avons dénoncé les gouvernements et les forces de droite conservatrices qui portaient atteinte aux droits de la personne des communautés 2SLGBTQI+ et détournaient notre attention de leur mauvaise gestion économique en faisant des boucs émissaires des plus vulnérables d'entre nous.

-Nous sommes fiers de notre mouvement syndical : Nous continuerons à indiquer haut et fort que nous sommes fiers d'être dirigés et inspirés par des travailleuses et travailleurs 2SLGBTQI+ et de lutter pour un Canada sécuritaire, juste et inclusif.

« Que ce soit dans la rue à représenter fièrement notre mouvement syndical pendant des marches et des défilés, à défendre les travailleuses et travailleurs à la table de négociation ou à lutter pour les droits de la personne dans tous les espaces où des décisions sont prises, nous serons là.

Les syndicats du Canada ont un engagement inébranlable à célébrer et à défendre les droits des communautés 2SLGBTQI+ en mettant la solidarité au cœur de notre fierté », dit madame Bruske en terminant.

Fierté Afro-queer : Ce que nous apprennent 17 éditions du Festival Massimadi

2 juin, par Fondation Massimadi — , ,
Chaque année depuis 2009, le Festival Massimadi offre un espace unique à Montréal : celui où être noir·e et queer n'est pas une contradiction, mais une identité à célébrer. En (…)

Chaque année depuis 2009, le Festival Massimadi offre un espace unique à Montréal : celui où être noir·e et queer n'est pas une contradiction, mais une identité à célébrer. En 17 éditions, le festival a projeté plus de 300 films afro-queer venus de près de 46 pays. Que révèle notre programmation après bientôt deux décennies à mettre en lumière nos communautés ?

Fierté Afro-queer : Ce que nous apprennent 17 éditions du Festival Massimadi
Fondation Massimadi

Occuper l'espace, édition après édition

En 2009, la première édition de Massimadi présentait dix films. Ces dernières années, la sélection s'est stabilisée autour d'une trentaine d'œuvres par édition malgré un contexte mondial de plus en plus hostile aux droits des personnes LGBTQ+.

L'augmentation du nombre de films projetés dit quelque chose d'essentiel : la création afro-queer se développe, elle trouve des cinéastes prêts à la porter et des publics prêts à la recevoir. Chaque film de la programmation du festival Massimadi est une preuve que la communauté noire et queer ne se tait pas.

En dix-sept ans, le festival a aussi évolué dans sa forme. D'une programmation essentiellement documentaire à ses débuts, reflet d'une communauté qui devait d'abord témoigner de son existence avant de pouvoir l'inventer, Massimadi présente aujourd'hui une diversité de formats : fictions, courts métrages, séries, performances, documentaires expérimentaux.


La diaspora comme haut-parleur de certains enjeux afro-queer

Depuis 2009, la provenance des films de la programmation du festival Massimadi se répartit comme suit : l'Amérique du Nord domine avec près de la moitié des œuvres, suivie de l'Europe (15%). En face, l'Afrique, les Caraïbes et l'Amérique du Sud ne rassemblent qu'un quart du catalogue global.

Ce déséquilibre s'explique par des contextes politiques hostiles envers les personnes afro-LGBTQ+, comme on a pu le voir récemment dans l'actualité africaine. Aujourd'hui, l'homosexualité demeure criminalisée dans plus de 30 pays africains sur 54. Adopté par le Parlement ghanéen, le Human Sexual Rights and Family Values Bill prévoit jusqu'à trois ans de prison pour les relations entre personnes de même sexe, et de trois à cinq ans pour la promotion ou le soutien d'activités LGBT+. Le Sénégal a franchi un cap majeur en mars 2026 en promulguant une loi qui double les peines de prison (désormais portées de cinq à dix ans), emboîtant le pas au Burkina Faso qui a validé l'interdiction de l'homosexualité en septembre 2025, et au Mali qui l'a criminalisée en décembre 2024. Aux Caraïbes et en Amérique latine, les contextes varient mais demeurent souvent restrictifs, voire dangereux.

Produire des films afro-queer depuis Lagos, Dakar, Kingston ou Ouagadougou n'est pas un choix artistique ordinaire. C'est un acte qui engage directement la sécurité de toutes les personnes impliquées.

Des films qui existent malgré tout

Pourtant, malgré ce climat de répression, les cinéma afro-queer fait preuve de résilience. Depuis 2009, Massimadi a programmé 39 films venus du continent africain, 15 des Caraïbes et 21 d'Amérique du Sud et Centrale. Soixante-quinze films au total, venus de régions où le silence semblait être le seul choix possible.

Parmi ces œuvres, certaines ont bravé les obstacles à l'image de Rafiki de Wanuri Kahiu (Kenya, 2018), d'abord interdit dans son pays d'origine. The Wound / Inxeba (Afrique du Sud, 2017) explore l'initiation rituelle et le désir dans la culture Xhosa, tandis que Call Me Kuchu (Ouganda, 2012) documente l'activisme LGBTQ+ en pleine criminalisation.

Remonter plus loin dans le temps, c'est découvrir Proteus (Afrique du Sud, 2003), drame historique qui brise les tabous coloniaux en racontant une histoire d'amour en prison au XVIIIe siècle, ou Karmen Gei (Sénégal, 2000), où Joseph Gaye Ramaka réinvente Carmen comme une histoire de passion entre deux femmes.

Ces films sont des preuves que la création afro-queer persiste et est nécessaire pour mettre en lumière les différentes réalités vécues par les communautés afro-queer à travers le monde.

Que nous apprennent les 17 années du festival Massimadi ?

Que la fierté afro-queer n'attend pas les conditions idéales pour exister. Elle crée dans les marges et se diversifie en formes. Elle s'affirme géographiquement malgré des conditions de plus en plus difficiles sur le continent africain. C'est pour cela que Massimadi existe : pour que ces voix trouvent leur place.

Dans cet esprit, la Fondation est fière de poursuivre cet automne le programme Momentum : un projet de mentorat dédié à l'accompagnement de créateur·trice·s cinématographiques s'identifiant comme noir·e·s et queer. Sur une période d'environ huit mois, les participant·e·s sélectionné·e·s prennent part à des ateliers et bénéficient du soutien de mentor·e·s afin de réaliser un court trailer de leur projet. Le but ? Donner naissance à une production afro-queer montréalaise et québécoise, en ancrant des projets locaux dans le paysage cinématographique d'ici.

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La quête du bonheur ou la récolte du malheur

2 juin, par Gaétan Roberge — , ,
Pour notre bonheur ou notre malheur, cela nous amène à un questionnement existentiel : après 300 000 ans de « sapientia » … serions-nous en train de préparer notre plan de (…)

Pour notre bonheur ou notre malheur, cela nous amène à un questionnement existentiel : après 300 000 ans de « sapientia » … serions-nous en train de préparer notre plan de sortie de l'Univers ?

Prologue

Le bonheur n'est pas et ne sera jamais soluble dans l'argent ou l'or noir. Il s'abreuve à la source de l'amour des siens, de la vie, de la beauté et se nourrit de la magnificence de l'Univers qui nous ensphère.

La quête du bonheur

Moi, le bonheur

Moi, je me plais humblement à humer les fraîches et suaves arômes du matin à l'orée des rayons chaleureux et lumineux du soleil levant comme si l'univers entier émergé de son jardin d'étoiles venait au monde pour la première fois. Tout comme je soupire d'apaisement une fois la nuit réfugiée et douillettement enlacée par les bras réconfortants de Morphée. Je me glisse alors en silence à petits pas d'oie jusqu'aux alcôves ronronnantes de votre précieux et primal souffle. J'aime me blottir tendrement sous l'épiderme de vos palpitations et caresser la peau douce et interdite de vos rêveries les plus intimes. J'en profite également parfois pour me faufiler avec mes légères pattes de candeur feutrées jusqu'à l'épicentre nerveux de vos pleurs de douleur et de vos larmes d'allégresse.

Encore moi, le bonheur

Encore moi, il m'arrive de me dissimuler dans les fosses abyssales de vos aspirations et de vos sentiments à la fois les plus nobles et les plus inavoués. J'ose même m'aventurer à vos côtés sur les hauts plateaux controversés et angoissés de vos émotions et marcher à vos côtés sur les sentiers balisés par vos euphories et vos songeries pour aussitôt replonger avec fracas dans les zones d'échos de vos soucis et même de vos viles fourberies. Certes, je me veux parfois difficile à débusquer, néanmoins, je laisse toujours des empreintes à la fois dans les sables mouvants de vos cœurs et les neiges éternelles de vos imprévisibles pensées. Il revient alors à vous de bien me pister avant que j'ordonne aux grands vents des Chics-Chocs d'effectuer un irrémédiable coup de balai dans les montagnes russes de vos froides angoisses et dans la toundra de vos arides différends.

« Le bonheur est la fin que doivent se proposer toutes les sociétés ». Honoré de Balzac

Toujours moi, le bonheur

Moi, oui moi, le véritable et unique bonheur ; j'évoque ce délicat et magnifique papier de soie qui enveloppe et enjolive soigneusement vos destinées avec amour, passion et compassion. Je vous prie ardemment de prendre un précieux et divin soin de moi car je symbolise en vérité le doux et fin duvet de la tendre peau de pêche de vos éphémères et singulières vies ! Moi, le bonheur, ne me cherchez point ailleurs car je suis toujours là où vous êtes. Je me sens toujours comblé de joie lorsque l'amour et l'amitié règnent souverainement parmi les êtres et les collectivités car cette harmonie représente l'essence première et indispensable à l'aventure humaine. L'amour de la vie et le respect du monde incarnent les principes fondateurs et moteurs de toute civilisation.

« Aimons-nous quand-même, aimons-nous jour après jour. Aimons-nous quand même, aimons-nous malgré l'amour ». Yvon Deschamps

La récolte du malheur

Moi, le malheur

Moi, le malheur, je constate en ces temps de cruelles tourmentes que les trois-quarts des êtres humains peinent à survivre aussi bien à l'intérieur de la quotidienneté des choses tout en évoluant pourtant dans des pays dits développés et d'autres qui sont ébranlés par d'horribles et interminables conflits armés. Ceux-là agonisent écorchés vifs sous les griffes de la cruauté et lâchement abandonnés sous le soleil accablant de la misère par l'indifférence des populations privilégiées. Plusieurs sont contraints de vivre sous le joug tentaculaire de pouvoirs crapuleux et tyranniques. D'autres sont froidement tailladés à la machette sanguinaire des despotes de ce monde et accablés par la bêtise humaine ou carrément morts de maladie, de froid, de faim, de soif ou de torture. Tant d'êtres humains chassés de notre mémoire et ainsi oubliés des temps présents, privés de lendemain et de tout bonheur possible se retrouvent souvent en exil chassés brutalement et injustement de leur terre maternelle par des guerres de convoitise. Ils deviennent alors des apatrides cruellement entassés au fond d'impitoyables cachots froids et lugubres de l'indifférence et de la souffrance. Ils sont tous et toutes là ; enfants, femmes et hommes à mourir avant la mort. Comme écrivait et chantait Léo Ferré : « … et pourtant ils existent ». Ils pleurent, elles prient, ils souffrent, elles ont faim, ils ont soif, elles désespèrent et ces elles et ces ils agonisent anonymement tout juste à cinq pas d'un « resort de rêve », à quatre pas d'un somptueux banquet au Marriott, à trois pas d'une villa sous la riviera et à deux anneaux d'honneur du bonheur, mais aussi à une tête tranchée de la vie et à zéro chance de survie. Mais à plusieurs millions de vues sur toutes les plateformes, les télés et les magazines du monde. – Quelle ironie et quelle lâcheté. –

« Toute injustice, où qu'elle se produise, est une menace pour la justice dans le monde entier ». Martin Luther King

Encore moi, le malheur

Encore moi, le malheur, privé d'espoir et d'espérance, l'estomac gonflé par la faim, le cœur rongé par l'abandon et l'incompréhension, le corps meurtri par les charbons ardents de la cruauté et empoisonné par les raisins de la colère et ostracisé par l'intolérance. Tant d'êtres humains sont ainsi sacrifiés sur l'autel d'une nonchalante et effrénée fuite en avant et abandonnés par leurs semblables obsédés par la quête de richesses et cela qu'importe le lourd tribut à payer. Quant aux damnés de la terre, ils prennent conscience que toutes ces abominations et ces crimes sont commis dans l'unique dessein d'assouvir le pouvoir de despotes et de corrompus qui n'aspirent qu'à s'accaparer de leurs biens, à amonceler d'indécentes fortunes et conquérir par la terreur et la force des ressources d'autrui et envahir des territoires étrangers. Des États voyous qui ne respectent ni les conventions internationales ni le droit international humanitaire et qu'on laisse politiquement agir en fermant les yeux et le corps diplomatique ployant sous le poids coupable de la soumission. Tout cela sans compter les centaines de milliards de dollars amoncelés entre les mains sales de banquiers mal fagotés et sans scrupule et de leurs « obligeants » actionnaires qui financent les conflits et les guerres. Et qui par la suite récoltent encore plus d'argent grâce aux lourdes et injustes dettes fort lucratives découlant des coûteuses reconstructions qui s'en suivent. – Ainsi, les banques gagnent toujours sur tous les tableaux. – Sans oublier les sommes colossales d'argent versées et que nous serons de plus en plus contraints de verser davantage aux industries mortifères de l'armement qui elles aussi ramasseront une fois de plus un pactole de colossaux et avilissants profits. Mironton, Mironton, Mirontaine : tous les Malbrough de ce monde s'en vont-t-en guerre. Cela n'augure rien de bon pour la paix et s'ajoute au grand malheur de millions de personnes innocentes qui n'ont jamais souhaité la guerre et la destruction. Dans notre monde dit civilisé qui jour après jour devient de plus en plus abject : il en coûte moins cher et plus rentable de produire une balle d'arme à feu que de nourrir ne serait-ce qu'une bouche … – C'est à verser des larmes ! –

« La guerre contre un pays étranger ne se produit que lorsque l'élite pense qu'elle pourra en tirer profit ». George Orwell


Toujours moi, le malheur

Oh malheur de civilisation, ultimement, tout est encore fermement mis en œuvre afin d'alimenter et sauvegarder les illusions marchandes d'un insipide bonheur par procuration lié à la vie ostentatoire d'ultra nantis et la glamourisation de célébrités du show-business. Et tous ces automates clientélistes savamment modelés par un système consumériste et aveuglés par la quête et l'étalage de biens matériels n'entrevoient dorénavant leur bonheur et leur destin qu'à travers l'instantanéité du prisme de leurs factices selfies pour combler leur vide existentiel. Et ils sont malheureusement confrontés à une solide mise en œuvre servant à préserver l'impunité des régimes libertariens et autoritaires aussi bien que le pouvoir des systèmes bancaires, financiers, industriels que militaires qui entravent même la conduite des États. Des systèmes redoutablement implacables et volontairement indifférents et aveugles enrichissant des autocrates et contrôlant les Marchés et les économies mondiales. En plus de spolier des populations entières, de ravir des destinées et de priver d'héritage les générations futures en les endettant et scrapant leur planète. Des systèmes d'actionnariat copulant fiévreusement avec les indices boursiers sur les parquets du monde. Ils enchaînent également la destinée des sociétés en imposant la résignation, semant le désespoir et brisant les aspirations légitimes des peuples. En plus d'être sous le courroux de ces autocrates et ces ploutocrates fous de pouvoir et avares de richesses qui imposent leur agenda, n'éprouvent aucune empathie et fauchent brutalement des millions de vies innocentes. Des vies humaines pourtant uniques et sacrées – mais qui ont moins d'importance que les cours du Nasdaq ou du Brent– qui aspirent à vivre en toute liberté et avoir le droit et les moyens de jouir de la paix et de s'épanouir dans la dignité.

« C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ». William Shakespeare

Épilogue

Le bonheur est à mal, le malheur le sait et le diable s'en doute …

Certes, selon le souhait du poète Arthur Rimbaud ; il faut croire qu'il n'est jamais trop tard pour : « Changer la vie ». Par contre, si nous continuons ainsi à laisser se perpétrer toutes ces atroces injustices et ces catastrophiques destructions, moi « le P'tit bonheur », on ne pourra alors plus me ramasser sur le bord d'un fossé. Il n'y aura peut-être plus de fossés le long des chemins de la vie puisqu'ils se seront effondrés dans le chaos. Détruits dans le fracas de nos guerres meurtrières et englouties sous les flots ravageurs de notre bêtise à s'acharner dans une quête insensée et sans partage de richesses. C'est pourquoi nous devons tout tenter afin d'éviter que notre destinée ne se retrouve au feuilleton de « La sixième extinction massive » – disponible sur Netflix dans la capsule temporelle de Mars –. Ainsi, rappelons-nous que l'amour, l'empathie, le pardon et la solidarité représentent les seuls élixirs à pouvoir défier et vaincre les maléfices de la discorde et les affres empoisonnées de la guerre. Les seuls capables de nous conduire sur les chemins d'un monde nouveau et de redonner un sens à l'histoire de l'aventure humaine.

Sagesse autochtone

« Seulement après que le dernier arbre aura été abattu, seulement après que la dernière rivière aura été empoisonnée, seulement après que le dernier poisson aura été péché, alors seulement nous découvrirons que l'argent ne peut être mangé (et le pétrole bu) ». Proverbe de la nation Cree

Gaétan Roberge

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RENAISSANCE

2 juin, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
RENAISSANCE Dans mon jardin secret en toute confidence une graine se nourrit de mes dépendances grandit à l'abri des regards indiscrets Dans ma cour intérieure, en (…)

RENAISSANCE

Dans mon jardin secret
en toute confidence
une graine se nourrit de mes dépendances
grandit à l'abri des regards indiscrets

Dans ma cour intérieure, en floraison
cultivée au fil des saisons
une semence
s'agrippe à mes rêves en dormance

Dans mon champ de regrets
sur ce terrain miné, en retrait
une souche pousse d'un trait
s'abreuve de mon envie éphémère
de sombrer dans mes chimères

Dans mon verger
une essence
en croissance
à protéger

Dans mon corps victime
s'imprime ce que je réprime
s'enracine ce fruit illégitime

Dans ma clairière dégarnie
privée de lumière
s'étiole ma matière première
trop affaiblie pour éclore de son nid

Dans ma forêt vierge d'écueil
avorter entre les branches qui accueillent
tout ce qui me brime
tout ce qui m'abîme

Dans mon cycle lunaire
quand ma flore intime
se régénère
accoucher le jour ultime

Dans mes rimes
de celle qui s'estime
qui s'affirme
ÊTRE sublime

Zaz pitit Dessalines
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L’inaction du Conseil de la “paix” remplit son objectif

Plusieurs sources révèlent cette semaine que le “Conseil de la paix” se trouve en difficulté financière, un revers dont les Palestinien·nes pourraient être amené·es à payer le (…)

Plusieurs sources révèlent cette semaine que le “Conseil de la paix” se trouve en difficulté financière, un revers dont les Palestinien·nes pourraient être amené·es à payer le prix.

Tiré d'Agence média Palestine.

Après des déclarations tonitruantes et un lancement en grande pompe en janvier dernier à Davos, l'autoproclamé “Conseil de la paix” est au point mort, et pourrait le rester faute de moyens, affirment les informations du Financial Times (FT). En outre, l'AFP a révélé mercredi 27 mai que le Conseil n'a reçu aucun des 17 milliards de dollars promis à sa création en janvier.

En dépit des sollicitations de Donald Trump auprès des États du Golfe afin qu'ils s'engagent à verser des milliards de dollars, le FT rapporte que, quatre mois après sa création, le fonds financier du Conseil mis en place par la Banque mondiale n'avait reçu aucun versement.

Au lieu de cela, le Conseil aurait reçu des dons directement sur un compte bancaire ouvert à la banque américaine JPMorgan Chase, compte qui n'est soumis à aucune exigence de transparence indépendante : un mécanisme lui permettant de ne pas déclarer la source de son financement à ses donateurs, ni à ses 25 États membres. L'absence de transparence sur les financements ouvre la porte à des conflits d'intérêts déjà largement soupçonnés, alors que l'ONU estimait en avril dernier qu'il faudra plus de 71 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour la reconstruction de Gaza.

Plusieurs projets immobiliers visant à transformer Gaza en un pôle technologique de l'IA et en une mégapole ont été présentés officiellement ou révélés par la presse, ce que les critiques ont dénoncé comme une tentative de nettoyage ethnique des Palestiniens.

Récemment, le président indonésien Prabowo Subianto a déclaré que son pays ne paierait pas le milliard de dollars initialement réclamé pour prendre part au Conseil. Et la participation financière effective des autres pays reste incertaine ; les promesses de dons des capitales du Golfe ont toujours été conditionnelles, et l'Arabie saoudite et le Koweït ayant indiqué que leurs versements s'étaleraient sur plusieurs années. Il semble en outre que l'inaction du Conseil ait découragé la participation.

Le FT indique que de petits versements ont permis de payer notamment le bureau du Haut représentant Nikolaï Mladenov. Les Emirats arabes unis ont également accordé 100 millions de dollars pour former une nouvelle force de police à Gaza, mais ces fonds sont gelés.

Cette force de police devait être placée sous l'égide du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), le groupe de technocrates palestiniens chargé de gouverner la bande de Gaza après la guerre, mais dont Israël bloque l'entrée sur le territoire. En outre, le NCAG ne dispose actuellement d'aucun budget de fonctionnement.

Faire payer les Palestinien·nes, encore ?

L'Agence Reuters a révélé, le 15 mai dernier, que le Conseil de la “paix” envisageait de réaffecter à la bande de Gaza une partie des 5 milliards de dollars de recettes douanières retenus à l'Autorité palestinienne (AP) par Israël : une somme gelée, mais qui appartient aux Palestinien·nes vivant en Cisjordanie occupée, que l'AP est censée représenter.

La demande n'étant pas officielle, les réponses ne le sont pas non plus. L'AP a jusqu'ici toujours refusé que ses fonds gelés ne soient utilisés, y compris à des fins qui profiteraient aux civils de Gaza, y voyant une violation de sa souveraineté. Mais selon Mondoweiss, certaines déclarations laissent entendre qu'elle pourrait reconsidérer cette position, amenant la population colonisée à payer pour l'architecture administrative de sa propre dépossession.

Les taxes perçues par Israël sur les marchandises importées à destination des territoires palestiniens (taxes douanières) ont été presque entièrement retenues depuis le printemps 2025. Sur les 10,293 milliards de shekels (3,5 milliards de dollars) de recettes douanières dues pour 2025, Israël n'a transféré que 1,951 milliard de shekels (670 millions de dollars), soit l'équivalent des quatre premiers mois de cette année-là, alors qu'une crise économique sans précédent terrasse la Cisjordanie occupée.

“Cette réserve accumulée de capacité fiscale palestinienne détournée constitue désormais la source de capitaux la plus accessible que Washington puisse identifier pour son architecture d'après-guerre”, explique Ahmed Alqarout. “Cette entité ne peut pas émettre de titres de dette souveraine. Elle n'a pas le pouvoir légal de prélever des impôts. Elle peut toutefois faire pression sur Israël pour que ce dernier débloque les fonds palestiniens selon les conditions fixées par Washington, et c'est précisément ce qui fait actuellement l'objet de discussions.”

Dysfonctionnement, ou objectif rempli ?

Donald Trump promettait que la création du Conseil de la paix serait l'une des « plus importantes » de l'histoire mondiale. Il présentait son Conseil comme un outil pour appliquer le plan de “paix”, avant de multiplier les déclarations laissant entendre que le Conseil étendrait son action jusqu'à imposer un nouvel ordre colonial mondial.

Mais si l'objectif initial du Conseil n'était pas clair, son utilité dans l'application dudit plan de “paix” à Gaza l'est encore moins. Pour rappel, ce plan de “paix” est intervenu alors que la pression internationale, elle-même engagée par une mobilisation internationale de solidarité, dénonçait le génocide commis par Israël à Gaza.

S'il a apporté un relatif répit aux Palestinien·nes, le plan n'a pas été respecté par Israël, outre les échanges de prisonnier·es : les bombardements n'ont pas cessé, l'aide humanitaire est toujours entravée et les troupes israéliennes déplacent leur “ligne jaune” pour étendre leur zone de contrôle.

La semaine dernière, son Haut représentant Nikolaï Mladenov alertait contre le risque qu'un statu quo s'installe dans la situation actuelle, faisant du cessez-le-feu imparfait dans un territoire divisé et ravagé une situation “permanente”.

Dans une déclaration d'une fermeté rare pour cet organisme, Nikolaï Mladenov a affirmé que “la mise en œuvre ne peut pas avancer uniquement grâce au respect des obligations palestiniennes”, enjoignant Israël a respecter ses engagements dans le plan de “paix” en ajoutant que “les meurtres incessants et les restrictions israéliennes qui entravent l'acheminement de l'aide humanitaire ne sont pas des problèmes abstraits.”

Israël, qui figure parmi les pays membres du Conseil de la paix, ne semble pas entendre ces recommandations et n'en subit aucune conséquence. Et la “permanence” contre laquelle avertit Mladenov pourrait justement être son objectif. Par l'occupation et la destruction, Israël crée les conditions irréversibles d'un nettoyage ethnique.

Cette semaine, le président israélien Benjamin Netanyahou a annoncé avoir donné l'ordre à l'armée israélienne de faire fi des termes du cessez-le-feu entré en vigueur en octobre et de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza. De son côté, le ministre israélien de la Défense a affirmé être déterminé à procéder au nettoyage ethnique de Gaza par le biais d'une migration massive des Palestiniens, dans le cadre des plans d'Israël pour ce territoire prévus de très longue date.

« Nettoyage social » et « pillage » par Coca-Cola : la réalité du Mondial au Mexique

2 juin, par Julien Delacourt — , ,
Alors que la Coupe du monde de football débutera le 11 juin dans la capitale mexicaine, de nombreux habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d'accaparement (…)

Alors que la Coupe du monde de football débutera le 11 juin dans la capitale mexicaine, de nombreux habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d'accaparement par les géants Coca-Cola et Airbnb.

Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Les militants anti-fifa dénoncent la touristification de Mexico avec la Coupe de monde de football. Au fond, le stade Banorte. Julien Delancourt / reporterre.

Devant l'esplanade fraîchement rénovée du stade Banorte, dans le sud de Mexico, un match de foot un peu particulier s'improvise. Sous les klaxons d'automobilistes agacés de la fermeture d'une portion de l'avenue du stade Azteca — nom original du lieu resté dans l'inconscient collectif —, quelques dizaines de militants ont peint les limites approximatives d'un terrain entre des graffiti « Anti-Fifa ». Aucun arbitre mais, au mégaphone, une commentatrice baptise les deux camps : « l'équipe contre la touristification », face à « l'équipe contre les expulsions ».

Le stade célèbrera le match d'ouverture de la Coupe du monde de football le 11 juin avec l'affiche Mexique-Afrique du Sud. La capitale mexicaine est une des seize villes hôtes de la compétition, organisée conjointement avec le Canada et les États-Unis. Avec 5 millions de touristes attendus à Mexico, le gouvernement y voit une promesse de développement économique et affiche son slogan « Le ballon rentre à la maison » sur tous les lampadaires jusqu'à Guadalajara et Monterrey — les deux autres sièges mexicains du Mondial. Mais de nombreux capitalinos (surnom des habitants de Mexico) ne partagent pas cet enthousiasme.

Le « pillage » par Coca-Cola

« Nous sommes des communautés en résistance », dit Natalia Laratrejo après avoir déserté les cages du stade improvisé. Casquette de la révolution cubaine sur la tête, elle est la coordinatrice du groupe Action communautaire de Santa Úrsula Coapa, quartier collé au stade Azteca. « Les mûrs sont à nous, alors dessinez vos idées pour qu'on les colle à l' “anti-fresque” de la résistance », explique-t-elle au mégaphone.

En plus des matchs de rue, le collectif utilise l'art et les symboles locaux dans sa lutte. Une trentaine de participants est donc invitée à composer une fresque qui sera exposée devant le stade quelques jours avant le début du Mondial, même si ces affichages sont souvent retirés en moins de 24 heures par la police. « On observe un processus de nettoyage visuel et social, alors on apporte un contre-récit, précise Natalia Laratrejo. L'eau est une des principales inquiétudes, donc on met des messages contre le pillage de Coca-Cola, qui a une concession d'eau souterraine pas loin d'ici. »

La marque étasunienne de soda, principale partenaire de la Coupe, est devenue un des symboles du mécontentement. Coca-Cola n'est pourtant pas le seul acteur privé à pomper les sous-sols de Mexico. La société Televisa, détentrice majoritaire du stade Banorte, exploite dans son enceinte un puits de 350 mètres de profondeur. L'eau étant un bien commun, l'entreprise s'est entendue avec le gouvernement local pour en reverser une partie aux riverains. Mais ces derniers s'inquiètent tout de même de l'assèchement de leurs puits.

Un « monstre capitaliste »

Sur un banc en marge du rassemblement, Guadalupe Castillo et María Estela Pérez font les comptes. Les deux voisines habitent Santa Úrsula Coapa depuis plus de trente ans. « Mettons qu'il y ait 100 000 personnes dans le stade [capacité réelle de 87 500], qu'on multiplie par 4 litres d'une chasse d'eau, calcule approximativement María Estela Pérez. Ça fait 400 000 litres par événement ! »

En ajoutant d'autres variables comme l'entretien de la pelouse, les besoins du stade s'élèveraient à plus de 2 millions de litres par match, soit près de la consommation journalière des 11 000 habitants du quartier. « C'est la réalité de vivre près de ce monstre capitaliste », ajoute Guadalupe Castillo.

Si les deux voisines reçoivent suffisamment d'eau en ce moment, leur municipalité aurait averti d'une réduction de l'approvisionnement à partir d'octobre. 83 % des 132 millions de Mexicains expérimenteraient des coupures d'eau à répétition, selon le Congrès international de la durabilité, qui réunit des chercheurs, des experts et des universitaires.

Avec Airbnb, « tout devient trop cher »
Victor, 30 ans, confirme ce constat. Concentré sur son dessin de géranium typique du quartier, il confie que l'eau vient souvent à lui manquer et que les points d'approvisionnement se font parfois siphonner par des camions-citernes privés. Mais son véritable combat, c'est la gentrification : « Les prix augmentent considérablement, s'indigne-t-il. J'ai déjà dû déménager pour aller vers le sud, toujours plus en périphérie parce que tout devient trop cher. » Pourtant fan de foot avec son maillot de l'Argentine floqué de l'iconique numéro 10 de Maradona, Victor déplore l'« industrialisation et la capitalisation » de ce sport.

Au Mexique, la Fédération internationale de football association (Fifa) cristallise des tensions grandissantes qui sont apparues avec le surtourisme. « Ça a explosé depuis la pandémie [de Covid-19], explique Vicente Moctezuma Mendoza, spécialiste de ces questions à l'Université autonome du Mexique. On voit de plus en plus de visiteurs du Nord global, beaucoup de “nomades numériques” en télétravail, qui cherchent à louer pour de courtes périodes. »

« Une explosion des prix du foncier »

Bouleversement de la vie communautaire, interdiction progressive des vendeurs de rue, hausse générale des prix… Souvent qualifié de « nettoyage social », ce processus est bien connu des habitants du centre de Mexico, où certaines zones ont vu les loyers augmenter jusqu'à 70 % en un an. Avec la Coupe du monde, la gentrification s'accélère aussi dans le sud de la ville.

« Après le Mondial au Brésil et les Jeux olympiques de Paris, on a vu une nette augmentation du nombre d'offres sur Airbnb dans ces endroits, observe Vicente Moctezuma Mendoza. On a assisté à une explosion des prix du foncier. » La plateforme de location de logements serait un moteur de la « touristification », une transformation des quartiers populaires en lieux pensés autour du tourisme.

60 expulsions par jour

Si Santa Úrsula Coapa est connu pour être le quartier ayant déjà résisté à deux Coupes du monde (1970 et 1986), la lutte des riverains est constante contre les mégaprojets. Depuis 2021, le groupe Action communautaire se bat contre une extension de 354 000 m² du domaine du stade pour construire hôtels, boutiques et stationnements. Pour les riverains, un tel projet est synonyme de menaces d'expulsion.

Hugo Torres, conseiller municipal de Benito Juárez, un arrondissement du centre de la capitale, affirme que 60 expulsions ont lieu quotidiennement à Mexico. Il a fait de la lutte contre les « cartels immobiliers » sa spécialité. « Tout commence par l'expulsion illégitime et parfois violente d'immeubles, ensuite par un réseau de corruption pour rendre les logements conformes aux plateformes de vente ou de location et cela aboutit à la gentrification. »

Pour le conseiller, il est clair que la plupart des expulsions récentes sont liées au Mondial. La maire de Mexico, Clara Brugada, affiche pourtant sa volonté de développer un « tourisme qui ne serait pas synonyme de déplacements ou d'expulsions ». Plusieurs lois d'encadrement des loyers, dont la hausse est limitée à l'inflation, et de déclaration obligatoire des Airbnb ont récemment été votées. « Il aurait pu y avoir plus de concertation citoyenne, mais c'est encourageant, estime Hugo Torres. On a également réussi à faire condamner certains policiers corrompus. »

Dernièrement, la cheffe du gouvernement capitalino a pourtant davantage communiqué autour d'une campagne, jugée de « cache-misère » par les militants anti-Fifa, visant à repeindre certaines façades et à embellir les rues.

Des tramways flambant neufs ont aussi été mis en service, revêtus de motifs d'axolotl, petit amphibien endémique de Mexico et symbole de la ville. Alors que les tramways s'enchaînent en face du stade, Natalia Laratrejo ne peut s'empêcher d'y voir de l'ironie : « On voit des axolotls peints sur tous les murs alors que son habitat, la zone lacustre, se meurt. » Un énième rappel, selon l'activiste, que ce Mondial est de toute façon inaccessible à la plupart des Mexicaines et Mexicains.

Deux petits livres décapants qui retiennent l’attention

Autour de 100 pages chacun, ils se lisent vite et vont à l'essentiel. Dans des registres parfaitement complémentaires, ils développent des points de vue très argumentés et (…)

Autour de 100 pages chacun, ils se lisent vite et vont à l'essentiel. Dans des registres parfaitement complémentaires, ils développent des points de vue très argumentés et salutaires. Le premier est de Sophie Bessis, le second a été écrit par Meriem Laribi. L'une décode le consentement occidental aux monstruosités du sionisme tandis que l'autre explique que ce consentement est insupportable pour les colonisés.

Tiré de France Palestine Solidarité.

La civilisation judéo-chrétienne, anatomie d'une imposture [1]

Sophie Bessis est historienne, spécialiste des relations nord-sud. Ancienne rédactrice en chef de Jeune Afrique elle est aujourd'hui chercheuse à l'IRIS. Dans ce livre, elle dénonce un dogme, celui de la civilisation judéo-chrétienne. Ce dogme n'a qu'une quarantaine d'années d'existence, pourtant il a pratiquement réussi à s'imposer comme éternel. Sophie Bessis démontre que cet « accouplement indécent » a pour fonction première de jeter un voile hypocrite sur deux millénaires de haine et de racisme antisémite. Il se fonde sur une double stratégie : soutenir l'État d'Israël en le décrétant définitivement innocent et glorifier le « judéo-chrétien » pour s'exonérer du long passé antisémite occidental. Cette imposture a une deuxième fonction : c'est une machine à expulser l'Orient, et tout particulièrement l'islam (bien qu'il soit la 3e religion du « livre ») en niant les apports de la civilisation arabe à la culture occidentale. L'auteure souligne que le rejet de l'Orient est au cœur de la vision sioniste : le projet de Theodor Herzl était exclusivement européen et méprisait les « juifs arabes », tandis que pour Netanyahou, « l'Europe se termine en Israël », avant-poste de la civilisation contre la barbarie. Comment s'étonner du succès de la formule en occident quand on sait que le refoulé colonial des Européens soutient un État qui les venge de la décolonisation tandis que les USA sont fondés sur l'extermination d'un peuple. Mais pour Sophie Bessis, ce qui est tout autant insupportable c'est la continuation de l'exceptionnalité juive : une fois de plus, le juif n'est pas un être humain normal puisque d'éternel coupable il devient éternel innocent. Elle se réjouit cependant d'un séisme en cours : pour l'opinion internationale, Israël est devenu le bourreau et on assiste enfin à une césure entre le juif et le « néo-hébreu ». Elle utilise ce terme pour différencier l'Israélien et la culture juive, considérant qu'un nombre grandissant de juifs dans le monde dénonce une assimilation identitaire devenue insupportable et rejette Israël, enfermé plus que jamais dans un ethnocentrisme belliqueux. Enfermement qui pourrait signifier à terme la fin d'une vérité alternative : l'imposture judéo-chrétienne.

Palestine, le droit à l'existence [2]

Meriem Laribi, journaliste indépendante, écrit régulièrement dans le Monde diplomatique et Orient XXI. Après Ci-gît l'humanité : Gaza, le génocide et les médias publié en 2025, elle invite dans ce nouvel ouvrage le lecteur européen à décaler son regard. Meriem Laribi a grandi à Alger et est imprégnée du point de vue du colonisé. Dès l'avant-propos elle précise : « les récits familiaux qui ont nourri mon enfance racontaient l'injustice et la ségrégation, la cruauté et le racisme, […] sous le joug colonial ». Pour elle, le postulat de l'État refuge qui justifie que les Palestiniens payent pour ce qui a été fait en Europe est irrecevable. Elle n'est absolument pas opposée à la présence juive en Palestine, mais refuse de toutes ses forces un État colonial. Dès lors, elle s'attaque au dogme politique et médiatique occidental : la « solution à deux États ». Présentée comme LA solution de paix, cette formule valide en réalité la colonisation et rend impossible toute réparation de l'injustice subie par le peuple palestinien. Or, il n'y aura pas de paix possible sans justice, et tant que cet ordre perdurera aucun État palestinien digne de ce nom ne pourra exister. Dans cette perspective, « les juifs israéliens devront renoncer à leurs prérogatives coloniales ou en être déchus par la coercition ». Pour autant, il ne s'agit en rien de « haine des Juifs qu'on voudrait jeter à la mer », car « Israéliens et Palestiniens vivent de fait côte à côte en Cisjordanie, cette situation ne serait donc pas nouvelle ». Simplement, ils auront les mêmes droits. En refermant ce livre on pense à l'Afrique du Sud. Vient alors une question terrible : comment se fait-il que l'occident soit à ce point incapable d'entendre ce point de vue ? Peut-être faut-il lire Sophie Bessis pour le comprendre !

Notes

[1] Sophie Bessis, La civilisation judéo-chrétienne, anatomie d'une imposture, Les liens qui libèrent, décembre 2025

[2] Meriem Laribi, Palestine, le droit à l'existence, Éditions critiques, janvier 2026

Comptes rendus de lecture du mardi 2 juin 2026

2 juin, par Bruno Marquis — , ,
Fascisme tranquille Jonathan Durand Folco Jonathan Durand Folco nous offre dans « Fascisme tranquille » un essai exhaustif sur la montée de l'extrême droite, de (…)

Fascisme tranquille
Jonathan Durand Folco

Jonathan Durand Folco nous offre dans « Fascisme tranquille » un essai exhaustif sur la montée de l'extrême droite, de l'autoritarisme et du fascisme dans le monde, et plus particulièrement au Québec, aux États-Unis et en France. Il y analyse les différents stades qui nous mènent – tranquillement – au fascisme et y décrit les impasses de la gauche contemporaine face à cette montée de l'extrême droite. Même s'il m'est parfois apparu trop nuancé quant aux différents stades menant au fascisme, cet essai fait admirablement le tour de la question et nous propose des moyens de résistance réalistes pour affronter cette nouvelle vague autoritaire. Les chapitres sur la guerre culturelle au Québec et le technofascisme aux États-Unis valent grandement la peine d'être lus.

Extrait :

Certes, un régime libéral est préférable à un régime autoritaire, mais cela vaut-il la peine de préserver ce qui « fonctionnait à moitié », en générant de grandes inégalités qui alimentent la crise climatique ? Non seulement ce projet ne risque pas de mobiliser les foules, mais il va maintenir en place les structures de domination et les facteurs qui ont engendré cette récidive fasciste. Pour le meilleur et pour le pire, ce basculement autoritaire est une opportunité pour réinventer en profondeur notre modèle de civilisation, nos institutions, nos imaginaires et nos modes de vie.

Du coeur au combat : Françoise David en cinq temps
Lisa-Marie Gervais

Ce livre m'a été offert pour mon anniversaire, avec plusieurs autres, par nos amis Alain et Hélène. J'ai beaucoup d'estime pour cette grande féministe et femme de gauche qu'est Françoise David, et j'ai donc dévoré ce recueil d'entretiens avec la journaliste Lisa-Marie Gervais. Le premier paragraphe en quatrième de couverture est éloquent à son sujet : « Au Québec, Françoise David fait certainement partie des personnes qui se sont le plus engagées socialement au cours des 50 dernières années. De ses premières luttes dans les quartiers populaires jusqu'aux combats qu'elle a menés à l'Assemblée nationale, son dévouement à la cause des femmes et à la justice sociale est salué de toutes parts. »

Extrait :

Nous sentions que la lourdeur du néolibéralisme et de la mondialisation avait engendré un certain défaitisme. Même si les gens nous trouvaient sympathiques, plusieurs demeuraient sceptiques. Nous devions convaincre l'électorat qu'il est non seulement possible de changer d'horizon politique, mais qu'il est aussi possible d'imaginer un autre monde.

Putain
Nelly Arcan

Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, s'est suicidée par pendaison en septembre 2009. « Putain », son œuvre la plus connue et la plus significative, en partie autobiographique, avait été publiée huit ans plus tôt. C'est le récit fait par une jeune étudiante de son travail d'escorte, de ses relations avec ses clients, ses parents et son psychanalyste. L'auteure y décrit avec lucidité le cercle vicieux de la jeunesse, de la beauté, du sexe, de l'argent pour rester la plus belle, satisfaire les clients et tout le reste. Un livre qui révèle une grande détresse, dont le ton cru et les révélations saisissantes lèvent le voile sur la condition des femmes, de bien des jeunes femmes, dans notre société.

Extrait :

Et je ne saurais pas dire ce qu'ils voient lorsqu'ils me voient, ces hommes, je le cherche dans le miroir tous les jours sans le trouver, et ce qu'ils voient n'est pas moi, ce ne peut pas être moi, ce ne peut être qu'une autre, une vague forme changeante qui prend la couleur des murs, et je ne sais pas davantage si je suis belle ni à quel degré, si je suis encore jeune ou déjà trop vieille, on me voit sans doute comme on voit une femme, au sens fort, avec des seins présents, des courbes et un talent pour baisser les yeux, mais une femme n'est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d'autres, c'est donc toute une armée de femmes qu'ils baisent lorsqu'ils me baisent, c'est dans cet étalage de femmes que je me perds, que je trouve ma place de femme perdue.

Prendre soin
Alain Vadeboncoeur

L'urgentologue Alain Vadeboncoeur, qui s'est toujours fait l'ardent défenseur de notre système de santé public, traite dans ce petit essai publié l'an dernier des nombreux aspects et enjeux de ce système. Il nous y parle de façon simple de l'accès aux soins de santé, de la prévention et du dépistage, des outils informatiques, des médicaments, du financement public, des ententes professionnels du personnel médical… Un bon petit bouquin fort éclairant !

Extrait :

Je ne changerais de métier pour rien au monde, mais je ne suis pas naïf : même si je suis persuadé que la majorité de ce qui se fait dans le système de santé comprend beaucoup plus de positif que de négatif, je vois les problèmes comme tout le monde. Je les vis comme soignant ou en accompagnant des proches malades, je comprends ceux qui critiquent le système et je suis déçu de voir que nous nous éloignons souvent, pour une foule de raisons complexes, des approches qui permettent les meilleurs soins — cela, malgré la bonne volonté des soignants.

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Un Québec pour nous et avec nous !

2 juin, par Mohamed Lotfi — , ,
Le mouvement souverainiste québécois ressemble aujourd'hui à un chantier où tout le monde affirme vouloir construire la même maison, mais où les ouvriers passent désormais plus (…)

Le mouvement souverainiste québécois ressemble aujourd'hui à un chantier où tout le monde affirme vouloir construire la même maison, mais où les ouvriers passent désormais plus de temps à débattre de la liste des invités qu'à poser les briques. À force de se soupçonner entre eux, certains semblent avoir oublié qu'à ce rythme, personne n'emménagera avant longtemps.

Autrefois, le Oui était une immense tente. On y trouvait des syndicalistes, des nationalistes, des progressistes, des conservateurs, des rêveurs, des pragmatiques, des gens qui voulaient un pays pour protéger la langue, d'autres pour bâtir une société plus juste. C'était un joyeux bazar idéologique tenu ensemble par une idée simple. On se chicane plus tard. Faisons d'abord le pays.

Aujourd'hui, on a modernisé le concept. On se chicane avant, pendant en prenant le risque de manquer l'après.

Le Oui contemporain est devenu un étrange laboratoire politique où deux tribus se regardent désormais comme des espèces exotiques dans un documentaire animalier. D'un côté, les souverainistes progressistes parlent diversité, inclusion, pluralisme, climat et ouverture. Ils veulent un Québec indépendant, accueillant et tourné vers l'avenir.

De l'autre côté, une frange plus conservatrice et identitaire voit la souveraineté comme un dernier rempart civilisationnel. Le pays n'est plus seulement un projet politique. C'est une forteresse culturelle. On parle davantage d'immigration, de cohésion nationale et de frontières. On défend l'identité avec l'énergie d'un propriétaire qui aperçoit quelqu'un marcher trop près de sa clôture.

Le problème, c'est qu'à force de se définir contre quelque chose, on finit parfois par oublier ce qu'on voulait construire. Cela étant dit, difficile de reprocher aux souverainistes progressistes leur malaise actuel.

Depuis quelques années, certains discours prennent une tournure qui inquiète. Non pas parce qu'il devient illégitime de parler de langue, de culture ou de cohésion nationale. Ces débats sont normaux. Ils sont même essentiels au Québec. Mais parce qu'une partie du discours identitaire semble de plus en plus glisser vers quelque chose de plus anxieux, de plus dur, de plus fermé.

Quand des progressistes lèvent la main pour dire qu'ils perçoivent des réflexes qui flirtent dangereusement avec des imaginaires d'exclusion ou des accents de plus en plus fascisants, on leur répond souvent avec une indignation théâtrale, "Moi. Fermé ? Voyons donc ». Puis le débat sur l'immigration reprend de plus bel.

Le récent rapport de OUI Québec, à la suite de consultations auprès de la société civile, a justement soulevé un malaise difficile à ignorer. Plusieurs participants ont évoqué l'idée qu'une crispation identitaire, notamment autour de l'immigration, complique aujourd'hui la capacité du mouvement souverainiste à rassembler largement.

La réaction du chef du PQ a quelque chose de drôle. Paul St-Pierre Plamondon a expliqué que ce rapport ne concernait pas particulièrement le Parti Québécois. Une prouesse politique fascinante. C'est un peu comme recevoir les résultats d'une prise de sang inquiétante et répondre au médecin, « Je comprends. Mais j'aimerais préciser que ces résultats ne me visent pas personnellement.

À un moment donné, un examen de conscience devient difficile à éviter. Surtout lorsque d'anciens péquistes progressistes eux-mêmes commencent à exprimer publiquement leur inquiétude. Quand ceux qui habitaient la maison disent qu'ils reconnaissent de moins en moins la décoration intérieure, on ne peut pas toujours accuser les voisins d'exagérer.

L'obstination du Parti Québécois et de son chef à maintenir le même ton sur les questions d'immigration risque surtout de confirmer un malaise déjà présent chez plusieurs souverainistes progressistes. Il existe une différence entre protéger une identité et transformer l'inquiétude identitaire en moteur politique permanent.

Et ce n'est pas parce qu'on recrute soudainement une candidate issue de l'immigration maghrébine qu'on règle le problème de fond. Une ouverture politique ne se mesure pas à la diversité d'une affiche électorale, mais à la diversité réelle des idées qu'on accepte d'entendre.

Dans ce cas précis, l'impression laissée est plus ambiguë. Le Parti Québécois n'a pas simplement accueilli une citoyenne ayant un parcours migratoire particulier. Il semble surtout avoir trouvé une voix dont certaines expériences personnelles, certains traumatismes et certaines lectures du vivre ensemble s'inscrivent déjà confortablement dans sa propre vision actuelle de la laïcité et de l'identité. Quand un parti semble chercher moins à élargir sa vision qu'à trouver des preuves humaines qu'il a déjà raison, l'exercice devient intellectuellement curieux pour ne pas dire douteux. S'agit-il réellement d'ouverture ou simplement d'une stratégie consistant à donner un nouveau visage à un vieux discours ? La maison qu'on veut construire ne devient pas soudainement plus accueillante parce qu'on change la personne qui tient la porte. Elle le devient lorsqu'on change aussi la manière de l'ouvrir.

Une nation n'est pas une maison dont on verrouille les portes en regardant nerveusement par les fenêtres. Une nation, c'est une idée collective. Une histoire qu'on propose. Un récit auquel les gens choisissent d'appartenir. C'est peut-être là que les souverainistes progressistes posent aujourd'hui des questions importantes.

Quel est exactement le pays proposé ? Pour construire quoi ? Pour accueillir qui ? Pour rêver quoi ?

Dans mon texte Le goût du pays, publié dans Voir en janvier 2012, je posais déjà quelques questions qui, manifestement, n'ont pas pris une ride. Certaines semblent aujourd'hui encore plus urgentes :

"Comment prétendre renforcer le goût du pays en faisant abstraction de tous les mouvements de libération, de résistance et d'émancipation que tant de nouveaux Québécois portent déjà dans leur mémoire ?

Pourquoi le mouvement souverainiste québécois se nourrit-il si peu de ces histoires, de ces combats et de ces blessures que des milliers de nouveaux Québécois transportent avec eux ?

Dans un contexte où les divisions du camp souverainiste inspirent davantage l'amertume et le cynisme que l'élan collectif, comment transmettre le goût du pays à des gens qui ont parfois connu ailleurs d'autres manières de rêver, de lutter ou de bâtir une nation ?

Quand ce sont parfois des souverainistes eux-mêmes qui infligent les blessures les plus profondes à la souveraineté, comment demander aux autres d'y croire ?

Quand la souveraineté cesse d'être un projet collectif pour devenir une stratégie électorale ou une marque politique, comment demander qu'on la prenne encore au sérieux ?

La crispation identitaire dans laquelle certains souverainistes semblent s'enfermer n'est-elle pas devenue la manière la plus efficace de tuer le goût du pays chez ceux qu'on prétend vouloir rallier ?

Et au fond, la question demeure toujours la même.

Pour qui construit-on un pays ?

Pour NOUS contre les AUTRES ?

Pour NOUS avec les AUTRES ?

Ou pour NOUS avec NOUS, si l'on accepte enfin l'idée que les AUTRES n'ont peut-être jamais été autre chose qu'une autre façon de dire NOUS ? "

Pendant des décennies, le souverainisme cherchait à convaincre le Québec qu'il devait croire davantage en lui-même. Aujourd'hui, certaines voix semblent raconter exactement l'inverse. Le monde extérieur deviendrait une menace permanente. Les nouveaux arrivants représenteraient un problème avant d'être une possibilité. La diversité deviendrait une inquiétude avant d'être une richesse humaine.

À force de parler comme une société assiégée, on finit parfois par agir comme une société qui doute profondément d'elle-même. C'est là que le camp du Non devient presque secondaire dans cette histoire. Parce que le Non observe le spectacle avec le calme d'un spectateur déjà installé au cinéma avec un très grand sac de popcorn.

Pourquoi intervenir quand les adversaires font eux-mêmes le travail ? Pourquoi débattre contre la souveraineté lorsque le Oui organise sa propre guerre civile ?

Le drame, c'est que le Oui semble parfois plus passionné par ses guerres civiles que par son indépendance. Et un mouvement qui passe davantage de temps à débattre de qui appartient au pays qu'à expliquer pourquoi il devrait exister risque un jour de découvrir une vérité douloureuse. On ne perd pas toujours un référendum contre le Non. Parfois, on le perd contre soi-même.

Et peut-être qu'avant même de se demander si le Québec doit se séparer du Canada, une autre question s'impose. Peut-il d'abord se réconcilier avec lui-même ? Peut-il retrouver une certaine sagesse, un équilibre, un compromis valable pour assurer d'abord un vivre-ensemble ? Peut-être que la racine d'une souveraineté ne se trouve pas dans une frontière ni dans un réflexe défensif. Peut-être qu'elle commence dans un effort d'imagination.

Peut-être qu'elle commence dans une ouverture suffisamment grande pour permettre à des gens différents de se reconnaître dans une même histoire.

Le véritable ennemi de la souveraineté n'est peut-être pas le camp du Non. C'est parfois cette étrange haine de soi qu'une partie du mouvement cultive à force de raconter un Québec fragile, menacé, perpétuellement sur le point de disparaître.

Avant de se séparer du Canada, le Québec a peut-être une responsabilité historique plus urgente. Se séparer de ses discours les plus fermés. Parce qu'on ne bâtit jamais un pays avec des portes verrouillées.

Un Québec pour nous et avec nous parce que les autres, c'est nous aussi !

Mohamed Lotfi
27 Mai 2026

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Qui est Sophia Huang Xueqin, la journaliste persécutée qui a contribué à déclencher le mouvement #MeToo en Chine ?

2 juin, par Reporters sans frontières (RSF) — , ,
Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/30/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persecutee-qui-a-contribue-a-declencher

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/30/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persecutee-qui-a-contribue-a-declencher-le-mouvement-metoo-en-chine/?jetpack_skip_subscription_popup

La Chine est la plus grande geôle de professionnels de l'information au monde, avec 121 journalistes actuellement emprisonnés. L'un des cas les plus emblématiques est celui de Sophia Huang Xueqin, qui a passé près de cinq ans dans des conditions de détention extrêmement abusives ayant gravement détérioré sa santé, uniquement pour avoir enquêté sur les violences sexistes et les violations des droits humains. Pour comprendre pourquoi son histoire est si importante, Reporters sans frontières (RSF) s'est entretenue avec une amie proche de la journaliste, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité. Alors que sa date de libération approche, RSF appelle la communauté diplomatique internationale à se mobiliser pour qu'elle retrouve une liberté totale, car elle restera privée de certains droits politiques, notamment de sa liberté de circulation, et continuera à faire l'objet d'une surveillance étroite des autorités.

Figure majeure du mouvement #MeToo en Chine, Sophia Huang Xueqinest depuis longtemps ciblée par les autorités en raison de son travail journalistique. Âgée de 37 ans, elle a commencé sa carrière à l'agence de presse d'État China News Service avant de se tourner vers le journalisme indépendant, pour échapper à la censure étatique. En 2015, elle rejointle Southern Metropolis Weekly, un journal régional de la province du Guangdong réputé pour avoir révélé d'importants scandales politiques et sociaux, en tant que journaliste d'investigation.

« Pour Sophia, le journalisme n'a jamais été simplement un métier, c'était indissociable de son sens du devoir envers les personnes dont elle racontait les histoires », se remémore son amie. En 2018, son enquête intitulée « Une étude sur le harcèlement sexuel des femmes journalistes sur leur lieu de travail en Chine », publiée par le Guangzhou Gender and Sexuality Education Center (GSEC), a apporté des données et des témoignages précis sur les violences sexistes dans le secteur des médias. Elle a ainsi offert une tribune aux victimes et brisé le silence profondément enraciné autour de ces violences, contribuant à accélérer le mouvement #MeToo en Chine. Ses reportages ultérieurs sur le harcèlement sexuel d'une étudiante universitaire ont conduit le ministère chinois de l'Éducation à mettre en œuvre des réformes à l'échelle nationale.

Sophia a compris que son travail journalistique jouait un rôle essentiel dans le soutien aux survivantes de harcèlement sexuel. « Elle passait de longues heures à parler avec les victimes et les intégrait dans des espaces communautaires, tels que des groupes de lecture, ou des événements, afin qu'elles puissent trouver du soutien et de la solidarité », explique son amie.

Détenue, torturée et condamnée pour avoir dit la vérité

Son travail a rapidement provoqué des représailles. Sophia a été arrêtée une première fois en octobre 2019 à Guangzhou, dans le sud du pays, et a étédétenue pendant trois mois sous l'accusation d' « attiser des querelles et de provoquer des troubles à l'ordre public ». La raison ? Sa couverture des manifestations à Hong Kong, dans laquelle elle dénonçait la répression violente exercée par les autorités contre les manifestants. Après trois mois de prison, elle a été libérée sous caution sans qu'aucune accusation ne soit finalement retenue.

En septembre 2021, elle a de nouveau été arrêtée par la police de Guangzhou sous l'accusation « d'incitation à la subversion du pouvoir de l'État », aux côtés du militant syndical Wang Jiabing, depuis libéré. Cetteaccusation est liée aux réunions régulières auxquelles elle participait pour discuter des difficultés rencontrées par la société civile, ainsi qu'à son travail journalistique.

Depuis lors, elle est restée derrière les barreaux et, selon ses proches, les autorités lui ont infligé des méthodes d'interrogatoire brutales, notamment l'utilisation de la « chaise du tigre », un dispositif de torture tristement célèbre. Elle a été placée à l'isolement pendant cinq mois sans accès à ses avocats et a subi des interrogatoires répétés, souvent au milieu de la nuit. Elle a perdu énormément de poids, aurait cessé d'avoir ses règles et souffre désormais d'une grave carence en calcium, d'hypoglycémie et d'hypotension.

Le 14 juin 2024, elle a été condamnée à cinq ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l'État ». Depuis, les autorités maintiennent un secret presque total autour de sa situation – un « silence insoutenable », selon son amie. « C'est quelqu'un qui s'épanouit dans la communication et le lien humain », ajoute-t-elle. « L'absence totale de contact nous inquiète énormément quant à son état de santé. »

Malgré les abus incessants, Sophia n'a pas cédé. « Elle refusait de se laisser intimider », raconte son amie. « Lors des interrogatoires en 2019, lorsque les agents lui disaient qu'elle avait tort, elle répliquait : « En quoi ai-je tort ? Existe-t-il une loi qui stipule cela ? » Elle débattait de justice, de liberté et même de philosophie politique avec les agents de la sécurité d'État. »

Bientôt libérée, mais toujours pas libre

« La peine de Sophia prendra fin le 18 septembre 2026, en tenant compte du temps passé en détention avant le verdict. Toutefois, elle sera privée de ses droits politiques pendant quatre années supplémentaires, notamment de sa liberté de la presse, et de sa liberté de circulation, y compris le droit de voyager à l'étranger. Et elle restera sous surveillance des autorités. Pour des personnes comme Sophia, sortir de prison ne signifie pas retrouver la liberté », explique son amie. « Cela signifie souvent passer d'une petite prison à une plus grande. »

Malgré les risques et la probabilité d'une répression continue, son amie pense qu'elle poursuivra son travail d'information et continuera à tenir le public informé. « Connaissant la résilience, la chaleur humaine et le sens inébranlable du devoir de Sophia, je crois qu'elle trouvera un moyen de continuer, quelle qu'en soit la forme. Elle a déjà montré, à maintes reprises, qu'on ne peut pas la réduire au silence. »

« Malgré une persécution continue, Sophia Huang Xueqin incarne l'esprit du journalisme en transformant les injustices dont elle a été témoin en récits capables de provoquer un véritable changement. Son cas se distingue par son incroyable capacité à dire la vérité au pouvoir, mais il s'inscrit aussi dans une tendance terrible : le Parti communiste chinois cherche systématiquement à réduire au silence des journalistes sérieux et dignes de confiance parce qu'à l'origine de révélations sur les aspects les plus sombres de la société chinoise. Nous appelons la communauté diplomatique internationale à rester vigilante quant à la situation de Sophia Huang Xueqin et à maintenir sa sécurité au premier plan dans les relations avec Pékin, afin d'envoyer un message clair : museler brutalement les journalistes a des conséquences. Elle doit retrouver sa pleine liberté à l'issue de cette condamnation injuste. »Aleksandra Bielakowska Responsable du plaidoyer du bureau Asie-Pacifique de RSF

La répression massive contre la presse chinoise

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le dirigeant chinois Xi Jinping mène une croisade contre le journalisme, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières du pays, comme détaillé dans le rapport de RSF intitulé « Le grand bond en arrière du journalisme en Chine » paru en 2021. RSF surveille également les efforts du régime visant à imposer le nouvel ordre mondial chinois dans l'espace informationnel international à travers son projet Propaganda Monitor.

La Chine est la plus grande prison du monde pour les journalistes, avec 121 détenus actuellement, et occupe le 178e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.

https://rsf.org/fr/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persécutée-qui-contribué-à-déclencher-le-mouvement-metoo

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La crise des droits des femmes en Afghanistan est une catastrophe humanitaire

Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l'exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu'une urgence. La question n'est plus (…)

Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l'exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu'une urgence. La question n'est plus seulement de savoir comment rétablir ce qui a été perdu, mais de savoir si les systèmes qui dépendaient autrefois de la participation des femmes peuvent encore être reconstruits.

Tiré de The Conversation

Published : May 25, 2026 10.33am EDT

Quel est l'un des pires endroits au monde pour une femme ? L'Afghanistan.

C'est ce que la plupart des gens pensent lorsqu'on aborde la question de la crise des droits des femmes sous le régime des talibans. Mais cela ne reflète qu'une partie de la réalité.

En mettant l'accent sur le mot « droits », on occulte un aspect bien plus grave : la manière dont les gens vivent au quotidien dans ce pays. Ce qui se passe actuellement en Afghanistan n'est pas seulement une crise des droits des femmes, mais une véritable catastrophe humanitaire.

Cela a des répercussions sur l'accès aux soins de santé, à l'éducation, aux systèmes alimentaires et aux aides de base, et remet en question la capacité de ces systèmes à fonctionner lorsque la moitié de la population en est exclue. Les femmes n'ayant qu'un accès limité à l'emploi et aux services, la vulnérabilité économique et sociale des ménages s'en trouve grandement aggravée.

Les talibans ont progressivement écarté les femmes des espaces publics, notamment du monde du travail, des soins de santé et de l'éducation. À titre d'exemple, des travailleuses du secteur de la santé ont récemment été bloquées aux portes d'un bureau des Nations unies et se sont vu refuser l'accès aux locaux par les autorités talibanes.

Le régime actuel met en place un système qui détermine qui a le droit d'exister, de fournir de l'aide ou d'en recevoir.

La situation en Afghanistan ne se limite pas à la discrimination fondée sur le genre, il s'agit de l'exclusion totale d'un genre des systèmes publics. La dure réalité des femmes afghanes est moins un problème social qu'une crise structurelle qui influence les institutions et la vie quotidienne.

Apartheid de genre

C'est la raison pour laquelle on parle de plus en plus d' « apartheid de genre » plutôt que de crise des droits des femmes. L'exclusion des femmes montre la manière dont les institutions sont structurées et dont elles fonctionneront à l'avenir.

Leterme apartheid de genre décrit un contexte dans laquelle des personnes se voient interdire l'accès à certains espaces ou activités en raison de leur identité de genre.

Cette pratique discriminatoire et violente a été largement documentée et relayée par les médias, mais la situation ne cesse de se détériorer.

Ces effets sont en outre cumulatifs, chaque restriction renforçant les autres et aggravant la crise générale. Ces violations systémiques des droits seraient de plus en plus difficiles à inverser, même en cas de changement soudain des instances politiques et du gouvernement en place.

L'exclusion des femmes des milieux professionnels se traduit par une pénurie de personnel enseignant dans les écoles, d'employées qualifiées dans les hôpitaux, et par une perte d'accès pour les réseaux d'aide à la moitié de la population. Cette situation, qui n'a rien de temporaire, restreint la capacité des systèmes à répondre aux besoins croissants de la population.

Lorsque les femmes sont exclues des institutions, le problème ne se limite pas à la dégradation des prestations de services et des performances de ces organismes. Cela entraîne également une perte de mémoire institutionnelle : les compétences, les connaissances professionnelles et l'expérience ne sont plus transmises aux générations futures.

Avec le temps, des institutions diminuent ou suspendent certains services en raison d'une pénurie de personnel féminin. À mesure que les services se réduisent, d'importantes lacunes apparaissent dans les réseaux de soins et de soutien, privant ainsi de nombreux groupes d'un accès à l'aide dont ils ont besoin.

Blocage de l'aide

Le refus des talibans de laisser entrer lestravailleuses dans les bureaux de l'ONU et de l'UNICEF constitue une des nombreuses actions qui empêchent des femmes qualifiées d'accéder à des lieux où elles pourraient apporter des soins et une aide d'urgence.

Cette répression des droits des femmesentrave la fourniture d'un soutien dont la société a désespérément besoin.

Comme les hommes sont limités dans la façon dont ils peuvent venir en aide aux patientesen raison des normes et des restrictions imposées par les talibans, il n'est pas possible de leur confier le soutien offert aux femmes. Cette situation a des répercussions sur plusieurs aspects de l'aide humanitaire, notamment les soins de santé, la distribution alimentaire et les systèmes de protection.

Le poids de ces besoins non satisfaits pèse alors sur les ménages, où les femmes doivent assumer un travail non rémunéré et des responsabilités en matière de soins.

Le régime taliban retarde ou empêche ainsi des interventions vitales pour les femmes et les enfants, ce qui constitue une violation du droit à la vie.

Les femmes se voient non seulement interdire l'accès aux bureaux de l'ONU et de l'UNICEF, mais aussi à d'autres organisations humanitaires, hôpitaux, écoles et institutions publiques, dans le cadre d'une érosion généralisée des droits. Les talibans ont mis en place un réseau de violations des droits de la personne à travers tout le système humanitaire.

L'aide humanitaire dépend également de l'accès à des informations et à des données fiables permettant d'identifier les personnes qui souffrent de la faim, qui sont en danger et qui ont besoin de protection. En Afghanistan, où les femmes sont limitées dans leurs contacts et où le personnel féminin est largement absent des actions de sensibilisation, des enquêtes et des visites à domicile, ces informations sont incomplètes.

Des données incomplètes peuvent entraîner une distribution insuffisante de l'aide et une répartition inadaptée des ressources. Les populations les plus vulnérables peuvent ainsi passer inaperçues dans les évaluations officielles.

Cette invisibilité touche notamment les ménages dirigés par des femmes et ceux vivant dans des zones reculées ou rurales, où l'accès aux services est déjà limité.

Normalisation des crises

Les conséquences de l'apartheid de genre en Afghanistan ne sont peut-être pas visibles pour les gens qui n'y vivent pas, mais le fait est que les systèmes humanitaires vont bientôt s'effondrer.

Les futures générations de femmes professionnelles n'existeront tout simplement pas, car les talibansinterdisent aux filles d'aller à l'école.

Selonl'UNICEF, cette interdiction pourrait coûter à l'Afghanistan 25 000 enseignantes et professionnelles de santé. Dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de se faire soigner par des prestataires de santé masculins, exclure les femmes de l'enseignement et des soins de santé crée une grave crise médicale.

L'expertise universitaire, l'exigence journalistique

Avec le temps, les systèmes seront repensés sans inclure les femmes en tant que professionnelles, alors qu'elles restent au cœur du dispositif en tant que bénéficiaires. Pendant que les discriminations fondées sur le genre entravent la circulation des ressources, des connaissances et des soins, la capacité à fournir des services diminue de jour en jour, malgré la forte demande. De nombreuses femmes sont contraintes de se tourner vers un travail informel, précaire, caché, et exposé à l'exploitation et aux abus.

Reconnaître l'apartheid de genre ne suffira pas à y mettre fin. Nommer cette terreur systémique ne l'éliminera pas, et sans action concrète, l'exposition répétée à la crise peut au contraire la banaliser, en raison d'une usure de compassion. Les organisations humanitaires sont aujourd'hui confrontées à un choix difficile : poursuivre leurs activités dans des conditions restrictives, au risque de les légitimer, ou se retirer et laisser les populations sans soutien.

Plus la situation perdure, plus le risque est grand que l'exclusion des femmes en Afghanistan devienne un phénomène normalisé plutôt qu'une urgence. La question n'est plus seulement de savoir comment rétablir ce qui a été perdu, mais de savoir si les systèmes qui dépendaient autrefois de la participation des femmes peuvent encore être reconstruits.

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