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Front mondial contre le néofascisme et l’impérialisme : 565 personnalités et 900 activistes de 100 pays font front commun
PORTO ALEGRE / INTERNATIONAL – Le 19 février 2026 – La mobilisation contre l'internationale réactionnaire franchit un palier historique. Un mois après un premier appel retentissant lancé par le CADTM, une seconde vague de 335 personnalités rejoint l'initiative, portant à 565 le nombre total de personnalités signataires issus d'une centaine de pays. S'y ajoutent plus de 900 signatures d'activistes et de citoyen·nes motivé·es.
19 février 2026 | tiré du site du CADTM | Photo : Sarahmirk, CC, Wikimedia Commons
Ce front mondial unit parlementaires, syndicalistes, activistes et intellectuel-les autour d'un constat d'urgence : la lutte contre l'extrême droite est indissociable de la lutte contre les agressions impérialistes.
Un diagnostic sans concession : l'internationale de la haine
L'appel dénonce une « internationale néofasciste » qui, derrière un discours raciste et chauvin, poursuit des objectifs communs :
Destruction sociale : Privatisation des services publics, démantèlement de la sécurité sociale et précarisation des salariés.
Offensive autoritaire : Restriction du droit de grève, censure universitaire et surveillance de masse.
Écocide et colonialisme : Déni climatique au profit de l'extractivisme, des énergies fossiles et de la perpétuation de situations coloniales, avec une dénonciation explicite du génocide en cours en Palestine.
Discrimination renforcée : contre les femmes, contre les LGBT+, contre les personnes d'origine étrangère, etc.
Le néofascisme : vecteur d'un capitalisme agressif
L'appel souligne que la progression de l'extrême droite n'est pas un phénomène isolé, mais le moteur d'une politique de pillage global. Les signataires dénoncent une stratégie coordonnée visant à :
1. Intensifier les agressions impérialistes pour l'accaparement des ressources et l'exploitation des populations.
2. Perpétuer les situations coloniales, dont le cas le plus tragique est le génocide orchestré par l'État d'Israël en Palestine, avec la complicité de ses alliés.
3. Promouvoir un extractivisme débridé, au prix du déplacement forcé des peuples autochtones et de l'expropriation des familles paysannes.
4. Accroître les dépenses militaires au détriment de la sécurité sociale et des services publics.
Une convergence internationale des résistances
Face à une extrême droite qui tisse ses liens via des think tanks et des réseaux de désinformation, la riposte s'organise. Cette nouvelle liste de signataires renforce considérablement la représentativité du mouvement, intégrant des voix majeures du Sud Global et des forces politiques clés du Nord. « Notre lutte doit être internationale pour être efficace », précise l'appel. Les signataires s'engagent à soutenir la lutte des peuples qui résistent aux oppressions coloniales et impérialistes.
Les pôles politiques majeurs
DSA (Democratic Socialists of America) - États-Unis : a signé l'appel toute la direction de DSA, mouvement politique dont fait partie le nouveau maire de New York Zohran Mamdani.
France : presque tout l'éventail des organisations politiques de gauche est représenté, notamment LFI, Écologistes, PCF, NPA-A, Génération, Après, jusqu'à des élues socialistes.
Espagne : il en va de même, sont représentés Comuns, Compromís, Podemos, Sumar, EH Bildu, Anticapitalistas, Izquierda Unida, CUP, Bloco Nacional Gallego (BNG), etc.
Brésil : Le Parti des Travailleurs, le PCdoB, le PSOL (Parti Socialisme et Liberté) sont représentés du plus haut niveau à la base. Leur alliance a permis en 2022 la victoire de Lula contre Jair Bolsonaro.
Amérique Latine : de nombreuses organisations de gauche et de mouvements sociaux du reste de la région sont bien représentés (Argentine, Mexique, Chili, Colombie, Uruguay, Cuba, Équateur, Pérou, Bolivie, Salvador, Guatemala, etc.).
Asie, Monde Arabe, Afrique et Pacifique : ces régions sont aussi représentées, marquant l'ampleur mondiale du mouvement.
Organisations internationales : on trouve également des représentant-es de l'Internationale Progressiste, la Quatrième Internationale, le Forum de Sao Paulo, qui se retrouvent ensemble dans leur diversité.
Le réseau altermondialiste et académique
ATTAC : On retrouve des sections de différents pays (Argentine, Belgique, Espagne, Hongrie, Italie, Maroc, Togo).
CADTM (Comité pour l'abolition des dettes illégitimes) : présent dans une trentaine de pays.
Réseaux de recherche et milieux universitaires : Le CLACSO (Conseil latino-américain des sciences sociales), l'IIRE (Amsterdam), ainsi qu'une multitude de professeurs d'université et de chercheur-ses.
Médias : des journalistes, des responsables de médias indépendants et de maisons d'édition.
Les organisations syndicales et de paysan-nes sont aussi bien représentées.
En route vers Porto Alegre (26-29 mars 2026)
Ce mouvement convergera vers la Conférence internationale antifasciste et anti-impérialiste à Porto Alegre. Ce sommet sera l'occasion de transformer ces 555 engagements en actions concrètes pour défendre les classes populaires, la nature, les droits des femmes, des LGBT+, des migrant-es et les peuples opprimés contre un capitalisme jugé « écocidaire » et « inhumain ».
L'appel se conclut sur une exigence morale portée par les signataires : la capacité de ressentir profondément toute injustice commise, où que ce soit dans le monde.
Lire le programme de la conférence
Voir la vidéo d'invitationà la conférence (d'un peu plus d'une minute).
Voir la liste de la centaine d'organisations brésiliennes qui soutiennent la conférence.
Lire l'appel international.
Pour signer l'appel, cliquezici.
Voir la liste des 230 premiers signataires.
Pour vous pré-inscrire pour participer à la conférence cliquez ici
La liste des nouveaux signataires est ci-dessous.
Deuxième liste de 335 personnalités ( 19 février 2026) qui complète la première liste de 230 personnalités publiée le 20 janvier 2026
Afrique du Sud
1. Ashraf Patel, Institute for Global Dialogue IGD wwwigdorgza (Institut pour le dialogue mondial)
2. Lara Reddy, responsable de la recherche et de l'éducation (organisatrice féministe, éditrice, poète), ILRIG-SA
Algérie
3. Kamel Aissat, Membre du secrétariat national, Parti Socialiste des Travailleurs suspendu (PST)
4. Saadeddine Kouidri, Particulier, Organisation communiste effacée
Argentine
5. Gloria Liliana Abratte, sindicato Central de trabajadores y trabajadoras de Argentina - CTA (Syndicat central des travailleurs et travailleuses d'Argentine)
6. Carlos Aznarez, Directeur de Resumen Latinoamericano (Résumé latino-américain)
7. Tomás Battaglino, secrétaire aux relations internationales, Fédération universitaire argentine
8. Pablo Bergel, Membre fondateur, ancien candidat à la députation nationale dans la ville autonome de Buenos Aires, PACHAS - Movimiento Ecopolitico por el Buen Vivir (Mouvement écopolitique pour le bien vivre)
9. Jesús Chirino, secrétaire syndical, CTA Villa María et militant social
10. Marta Dillon, journaliste, écrivaine, militante, figure de référence, Columna Mostri
11. Vanessa Dourado, ATTAC Argentina
12. Víctor Ego Ducrot, enseignant, journaliste et écrivain
13. Jaime Gabriel Farji, économiste, IPYPP (ipypporgar)
14. Claudia Favero, secrétaire, Centre culturel Daniel Favero
15. Clarisa Gambera, Féminisme syndical, Asociacion Trabajadores del Estado (Association des travailleurs de l'État)
16. Mario Giorgi, enseignant, journaliste, chercheur, Université nationale d'Avellaneda
17. Nancy (Pantera) Gonzalez, Secrétaire générale, Unión de músicos central de trabajadores Argentina, artistas antifascistas (Union centrale des musiciens travailleurs d'Argentine, artistes antifascistes)
18. Pablo Goodbar, Référent, MULCS en Vientos del Pueblo - Frente por el poder popular (MULCS à Vientos del Pueblo - Front pour le pouvoir populaire)
19. Olga Mónica Gurina, Secretaria general, CTA A central de trabajadores de la argentina autonoma (centrale des travailleurs de l'argentine autonome)
20. Mario Hernandez, journaliste et écrivain, AM Radio del Pueblo, directeur de la maison d'édition Metrópolis
21. Mariano Lanza, économiste, enseignant et chercheur à l'Université nationale de Río Negro
22. Maria Lanese, poète, porte-parole du Centre PEN Argentine
23. Hector Luis Lacreu, géologue engagé politiquement, éducateur à la retraite, Université nationale San Luis
24. Anny Ocoró Loango, enseignante/chercheuse au Conicet, directrice académique, AINALC
25. Eduardo Lucita, Economistas de Izquierda (Économistes de gauche)
26. Cesar Maffei, enseignant à la retraite, militant
27. Eduardo Macaluse, ancien député national
28. Jorge Marchini, économiste
29. Euge Murillo, journaliste et militante LGTBIQ+, Columna Mostri
30. Juan Roberto Robles, Radical indépendant, ancien député de Tucumán, Unión Cívica Radical (Union civique radicale)
31. Marcelo Fabián Rodríguez, secrétaire aux Relations internationales, Parti communiste argentin
32. Pablo Sanseverino, Représentant national, Instrumento Electoral por la Unidad Popular (Instrument électoral pour l'unité populaire)
33. Emilio Taddei, politologue, Groupe d'études sur l'Amérique latine (GEAL)
34. Humberto Luis Toriglia, conseiller, Université nationale
35. Pablo Vommaro, Director Ejecutivo, CLACSO
36. Alberto Wainer, écrivain
37. Marcos Wolman, Mesa Coordinadora Nacional de Organizaciones de Jubilados y Pensionados de Argentina (Table ronde nationale des organisations de retraités et de pensionnés d'Argentine)
Australie
38. Jonathan Strauss, Membre de l'exécutif national, Socialist Alliance (Alliance socialiste)
39. Clive Tillman, responsable industriel, Syndicat des services communautaires et publics
Bangladesh
40. Abdul Awal, directeur exécutif, NRDS Bangladesh
41. SK MOJIBUL HUQ, Directeur, BNSK Syndicat des ouvrières du Bangladesh
42. Nari Sramik Kendra, BNSK Syndicat des ouvrières du Bangladesh
Belgique
43. Minervina Bayon, secrétaire régionale interprofessionnelle, FGTB Liège Huy Waremme
44. Olivier Bonfond, économiste, CCEF
45. Didier Brissa, secrétaire régional interprofessionnel, FGTB Verviers/OstBelgien
46. Christian Jacquemin, Président de la FGTB Verviers/OstBelgien
47. Pablo Laixhay, CADTM
48. Najla Mulhondi, coordination générale, Congodorpen
49. Christine Pagnoulle, ATTAC Belgique
50. Laurent Pirnay, Vice-président, CGSP
51. Nordine Saidi, Fondateur et porte parole, Bruxelles Panthères & Mouvement Citoyen Palestine
52. Jean-René Thonard, volontaire, Entraide & Fraternité
53. Pamela Acevedo Vahos, Avocat, Avocat au Barreau de Bruxelles
Bolivie
54. Juan Carlos Fernández, Direction nationale, PARTIDO SOCIALISTA -
55. Javier Fernandez, Directeur, Accion por los Derechos Humanos (Action pour les droits humains)
56. Alfredo Rada, Coordinateur général, École socialiste communautaire de Bolivie
Bosnie-Herzégovine
57. Tijana Okić, Crvena, Association pour la culture et les arts
Brésil
58. Valerio Arcary, professeur titulaire à l'Institut fédéral de São Paulo (IFSP)
59. Manuela d'Ávila, journaliste, candidate à la vice-présidence du Brésil en
60. Mário Augusto de Azeredo, Coordination nationale, Fortalecer o PSOL (Renforcer le PSOL)
61. Rodrigo Callais, président, syndicat CTB-RS
62. Márcia Campos, secrétaire nationale adjointe, commission coordinatrice du Secrétariat national des femmes du PCdoB
63. Íris de Carvalho, secrétaire à l'organisation, Parti des travailleurs
64. Jussara Rosa Cony, cadre nationale et directrice de CEBRAPAZ-RS
65. Paula Coradi, Présidente nationale du PSOL (Parti Socialisme et Liberté)
66. Matheus Gomes, député de l'État du Rio Grande do Sul, historien, militant du mouvement noir et dirigeant de Resistência/PSOL (Résistance/PSOL)
67. Virgínia Fontes, Historienne, Professeure et Chercheuse, Université Fédérale Fluminense (UFF)
68. Pedro Fuentes, Journaliste et militant, Revista Movimento (Revue Movimento)
69. Ângelo Augusto Schiavo Lunelli, secrétaire adjoint, PCdoB
70. Luiz Marques, membre, Collectif
71. Rosa Maria Marques, Professeure, PUC-SP (Université Pontificale Catholique de São Paulo)
72. Bernadete Menezes, secrétaire générale nationale du PSOL
73. Paulo Renato Menezes, Secrétaire général, AGAPAN (Association gaucha pour la protection de l'environnement naturel)
74. Neida Porfírio de Oliveira, membre de l'exécutif du PSOL/RS
75. Leonel Radde, député à l'Assemblée législative de Rio Grande Do Sul
76. Mariana Riscali, membre de l'exécutif national du PSOL et directrice de la Fondation Lauro Campos et Marielle Franco
77. Maria Liege Santos Rocha, Membre du Comité directeur mondial de la FDIM (Fédération démocratique internationale des femmes) et coordinatrice des relations internationales de l'UBM (Union brésilienne des femmes), Conseil international du Form Social Mondial
78. Renato Roseno, député régional du PSOL dans l'État de Ceará
79. Vanda Souto, militante féministe, professeure-chercheuse à l'UFC, membre du comité municipal du PSOL à Fortaleza
80. Silvana Verissimo, Coordinatrice Générale, Rede Nacional de Mulheres Negras no Combate à Violência (Réseau National de Femmes Noires dans la Lutte contre la Violence)
Burkina Faso
81. Joseph Thiombiano, Président, CBOP
Cameroun
82. Jean Marc Bikoko, Plate Forme d'Information et d'Action sur la Dette (PFIAD)
83. Eric Nyamsi, Internationaliste, Responsable de la coopération, Mabédja-Panafricaniste
Canada
84. Greg Albo, Professeur à l'Université York, coéditeur de Socialist Register (Registre socialiste)
85. Jason Devine, organisateur, enseignant, Calgary Anti-Racist Action (Action antiraciste de Calgary)
86. André Frappier, Rédacteur de Presse-toi à gauche et Canadian Dimension
Catalogne
87. Jaume Asens Llodrà, député européen, Comuns
Chili
88. Pablo Abufom, militant de Solidaridad, porte-parole de la Coordinadora por Palestina
89. Andrés Figueroa Cornejo, Communications, Plataforma Anticapitalista y Popular (Plateforme anticapitaliste et populaire)
Colombie
90. Alí Bantú Ashanti, Directeur du collectif Justicia Racial
91. Julio Cesar Ramírez Camelo, La Flotilla Sumud, Palestine Libre
92. Edinson Mendez, président, SINTRAUNICOL Cali
93. William Gaviria Ocampo, Trésorier national, FENASIBANCOL (Fédération nationale des syndicats bancaires colombiens)
94. Jorge Eliécer Triviño Rincón, vice-président mondial, Union hispanique mondiale des écrivains
Costa Rica
95. Blanche Luchaire Grutter, Membre, Partido Vanguardia Popular de Costa Rica (Parti Avant-garde populaire du Costa Rica)
Cuba
96. Miguel Barnet, écrivain
97. Omar González, escritor, Prix Casa de las Américas (Maison des Amériques), professeur titulaire à l'Institut supérieur des relations internationales
98. Waldo Leyva, poète, Prix national de littérature
99. Nancy Morejón, poète et lauréate du Prix national de littérature
100. Rolando González Patricio, président, Parlement latino-américain et caribéen
101. Omar Valiño, dramaturge et directeur de la Bibliothèque nationale
Danemark
102. Lone Degn, Membre de la direction nationale de Red-Green Alliance (Alliance rouge-verte)
El Savaldor
103. Siman Khoury, Président, Asosacion Salvadoreña Palestina (Association salvadorienne palestinienne)
104. Sigfrido Reyes, Ancien président de l'Assemblée législative, Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional (Front Farabundo Martí pour la libération nationale)
Equateur
105. Hugo González, Coordinateur-Liaison avec d'autres organisations, Red Feminista Ecosocialista (Réseau féministe écosocialiste)
106. José Mora, Avocat, conseiller juridique, Federación de Trabajadores Campesinos FENAC (Fédération des travailleurs agricoles)
107. Leoncio Pazmiño, ancien juge vice-président de la Cour interaméricaine des droits humains, avocat, conseiller juridique
108. Alexis Ponce, Défenseur des droits, dirigeant, Colectivo de Derechos y Comunicación Mujeres Contando (Collectif pour les droits et la communication « Mujeres Contando » (Les femmes racontent)
Espagne
109. Ricard Sánchez Andrés, président, SOS Ribagorza
110. Noelia Adánez, responsable de la rubrique « opinion », quotidien Públicoes
111. Lorena Cabrerizo, Commission confédérale permanente, Anticapitalistas
112. Francisco Calero Romero, président de la section syndicale, UGT
113. Raul Camargo, Commission confédérale permanente, Anticapitalistas
114. Erika González, Coordination, Ecologistas en Acción (Écologistes en action)
115. Quim Boix i Lluch, Unión Internacional de Sindicatos (UIS) de Pensionistas y Jubilados (PyJ) de la FSM (Federación Sindical Mundial)
116. María Mar González Lozano, responsable du département Féminismes, Podemos
117. Manuel Marrero Morales, professeur retraité et ancien député de Podemos (Canaries)
118. Carlos Sánchez Mato, professeur d'économie à l'université Complutense de Madrid, responsable du programme, Izquierda Unida (Gauche unie)
119. Acacio Puig, Collaborateur graphique et analyste, Association Loquesomos, Prisonnier politique anti-franquiste
120. Antonio López Rodríguez, conseiller municipal de Mollet et responsable politique du Parti communiste de Catalogne
121. Alberto Martínez Sánchez, ATTAC Espagne
Eswatini
122. Thokozane Kunene, secrétaire général du Parti communiste du Swaziland
Etats-Unis
123. Sara Almosawi, coprésidente, Jeunes socialistes démocrates d'Amérique (YDSA)
124. Christian Araos, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
125. Eleanor Babaev, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
126. Hayley Banyai-Becker, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
127. Sidney Carlson White, Comité politique national des socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
128. Jeremy Cohan, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
129. Ryan Clancy, membre de l'Assemblée de l'État du Wisconsin, district
130. Cliff Connolly, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
131. Saulo Colón, rédacteur en chef, New Politics
132. Kareem Elrefai, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
133. Cerena Ermitanio, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
134. Abdullah Farooq, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
135. Paul Garver, Comité international, DSA
136. Frances Gill, National Political Committee of the Democratic Socialists of America (DSA)
137. James Hernandez, Comité national de coordination, Jeunes socialistes démocrates d'Amérique (YDSA)
138. Ahmed Husain, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
139. David Jenkins, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
140. Kay Mann, sociologue, historienne, membre du Comité national de Solidarity (Solidarité)
141. John Lewis, Comité politique national des socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
142. Francesca Maria, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
143. Luisa Martínez, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
144. Sarah Milner, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
145. Charles Post, rédacteur en chef de Spectre : A Marxist Journal, membre du collectif Tempest
146. Megan Romer, coprésidente du Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
147. Clayton Ryles, National Political Committee of the Democratic Socialists of America (DSA)
148. Daniel Salup-Cid, coprésident, Jeunes socialistes démocrates d'Amérique (YDSA)
149. Katie Sims, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
150. Ashley Smith, membre du comité national, Tempest Collective (Collectif Tempête)
151. Ashik Siddique, coprésident du Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
152. Ella Teevan, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
153. Andrew Thompson, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
154. Cara Tobe, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
155. Amy Wilhelm, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
156. Hazel Williams, Comité politique national des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA)
France
157. Marie - Hélène Amiable, Maire de Bagneux , PCF
158. Pouria Amirshahi, Député de Paris à l'Assemblée nationale
159. Raphaël Arnault, Député, Porte-Parole de la Jeune Garde/ Parlementaire à La France Insoumise (LFI)
160. Marie-Andrée Auclair, secrétaire, secours populaire français
161. Alain Bihr, sociologue
162. Jennifer-Léonie Bellay, Militante altermondialiste, ATTAC France
163. Emmanuelle Bourgeois, Administratrice, ATTAC France
164. Blaise Boussel, Coordinateur, Riposte Populaire
165. Pierre Cohen, Bureau national, Générations, Ancien député-maire de Toulouse
166. Caroline Coignard, Vigneronne bio, Paysanne syndiquée, La confédération paysanne
167. Marie Contaux, déléguée départementale, FSU-SNUipp
168. Maud Cornet, Secrétaire, Fédération du Parti Socialiste de la Creuse
169. Gérard Delahaye, syndicaliste CGT, militant antifasciste et membre du conseil d'administration de la Fondation Copernic
170. Philippe Diaz, producteur, réalisateur, Cinéma Libre Studio (E-U et Europe) et responsable des éditions La Dissidence (France)
171. Sophie Djigo, Philosophe, Membre du bureau, Coordination Antifasciste pour l'Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques (CAALAP)
172. Elsa Faucillon, députée Parti Communiste français
173. Fatiha Ferchouche, Cheffe de file LFI, Paris e
174. Mathilde Feld, Députée LFI de la Gironde, Assemblée nationale
175. Franck Gaudichaud, Historien, revue Contretemps Web
176. Andrés Gomez, Secrétaire Général, CGT Beaulieu
177. Catherine Hollard, Militante altermondialiste, Présidence, Attac Rhône
178. Laure Jabrane, prof philo, membre CAALAP (Coordination Antifasciste pour l'Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques)
179. Anne Joubert, Membre de la direction, Générations
180. Stathis Kouvelakis, philosophe, Membre du conseil scientifique, Institut La Boétie
181. Jean-Yves Lalanne, Secrétaire national, Alliance Pour la République Écologique et Sociale, maire honoraire de Billère
182. Antoine Larrache, resp revue Inprecor, Nouveau Parti Anticapitaliste - L'anticapitaliste
183. Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, PCF
184. Geneviève Lepage, Élue municipale, membre du Réseau des Éluses insoumises et Citoyennest, LFI
185. Gustave Massiah, membre fondateur, Cedetim/Ipam
186. Akli Mellouli, sénateur du Val de Marne
187. Koldo Mendi, Membre du Conseil Politique National, Nouveau Parti Anticapitaliste - L'anticapitaliste
188. Agnès Moussion, militante altermondialiste, ATTAC France
189. Michel Nebout, Secrétaire général, Cgt Educ'Action
190. Soraya Ouidji, Élue indépendante à la ville de Strasbourg
191. Roland Pavot, Administrateur principal, La Forge de l'Opinion, France
192. Noam Peter, Membre de la coordination nationale, responsable stratégie, La jeunesse Communiste
193. Juliana San Geroteo, Élue locale, Parti politique Générations
194. Sarah Scalbert, Avocate en droit des étrangers, Cabinet terravocats
195. Anthony Smith, Député européen, La France Insoumise
196. José Luis Torres, militant antifasciste, secrétaire fédéral, SUD PTT
197. Eric Valade, Membre C E Conf, CGT
198. Christiane Vollaire, philosophe, Membre bureau CAALAP (Coordination Antifasciste pour l'Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques)
199. Abdourahman Waberi, Écrivain et activiste
200. Béatrice Whitaker, Représente la FASTI à la Conférence Antifasciste en mars à Porto Alegre, Fédération de solidarité avec Toutes les Immigrées (FASTI)
Grèce
201. Yannis Felekis, TPT- (Fourth International Programmatic Tendency -greek FI section)
Guadeloupe
202. Ali Méril, Secrétaire général adjoint, Union populaire pour la libération de la Guadeloupe
Guatemala
203. Luis Soto, président, coopérative COOSINFRO
Hongrie
204. Matyas Benyik, président de l'association ATTAC Hongrie
205. Péter Dr Farkas, ancien président de la Société Karl Marx (Hongrie)
206. Vera Zalka, militante, Forum social hongrois
Inde
207. Arka Bhaduri, fondateur, The Hammer (Le Marteau)
208. Leena Dabiru, bénévole, Anhad (Anhad)
209. Partha Dasgupta, rédacteur, ganavarta, organe de Revolutionary Socialist Party (RSP) (Parti socialiste révolutionnaire)
210. Ramesh Patnaik Donkada, co-organisateur, Meluko Andhra Pradesh (Meluko Andhra Pradesh)
211. Aparna Ghosh, comité de rédaction, Alternative Viewpoint (Point de vue alternatif)
212. Joseph Victor Raj P, organisateur, Puducherry Environment Council (Conseil de l'environnement de Puducherry)
213. Nowfal Md Safiulla, membre du comité central, Revolutionary Socialist Party (RSP) (Parti socialiste révolutionnaire)
214. Mahesh Sharma, conseiller, Aashray Adhikar Abhiyan (Campagne pour le droit au logement)
215. Vinod Shetty, coordinateur, ACORN
Indonésie
216. Maria Pakpahan, cofondatrice, RUMPUN Tjoet Njak Dien Yogyakarta
217. Regi Yoga Pratama, Campagne et plaidoyer, WALHI (véhicule environnemental indonésien) Îles Bangka Belitung
218. Ichal Supriadi, Secrétaire général, Asia Democracy Network
Italie
219. Sergio Bellavita, responsable Union Syndicale de Base (USB) Pouilles (sud de l'Italie)
220. Fabrizio Burattini, Comité national, Sinistra Anticapitalista (Gauche anticapitaliste), Coordinateur du site refrattariolink
221. Giovanni De Giglio, Autogestione in Movimento (Autogestion en mouvement), Fuorimercato (Hors marché)
222. Stefano Risso, membre du Conseil national, Attac Italie
La Réunion
223. Marie Christine Martz, ATTAC, Collectif des Citoyens Etang Sale
224. Yogananda Thirapathi Appadu, médecin
Malaisie
225. Jerald Joseph, Directeur, Centre Komas
Mali
226. Ousmane Diarra, Coordinateur, Associations Malienne des Expulsés ( AME )
Maroc
227. Omar Aziki, Secrétaire général, ATTAC CADTM Maroc
228. Omar Radi, journaliste, ATTAC-CADTM Maroc
Martinique
229. Béatrice Bellay, Députée, Assemblée Nationale Française, membre du groupe socialiste
230. Michèle Cidalise-Montaise, Secrétaire, Rèspé (Résistance Espoir Émancipation)
231. Joel Fardin, Délégué, Union Solidaires Martinique
232. Philippe Pierre-Charles, Groupe Révolution Socialiste
Mexique
233. Carmen Aceves, démocrate, féministe, chercheuse, UNAM
234. José Luis Hernández Ayala, socialiste et syndicaliste, membre du Movimiento Socialista del Poder Popular (Mouvement socialiste du pouvoir populaire)
235. Jorge Armando Carranza, membre de l'INDASS (Intégrateur national pour le développement agricole)
236. Fidel Chávez, Président, Braceros en vida queremos nuestro pago ! (Nous, les braceros, voulons être payés de notre vivant !)
237. Gilberto Conde, Secrétaire général du SIPRIN Colmex, Sindicato gremial de profesores e investigadores Colmex
238. Héctor De la Cueva, conseiller syndical et promoteur de diverses organisations sociales nationales et internationales, CILAS
239. José Luis Rojas Diaz, Organización Nacional del Poder Popular (Organisation nationale du pouvoir populaire)
240. Héctor Díaz-Polanco, président de Morena Mexico City
241. Alfredo López Domínguez, ancien militant et fondateur du GCI-PRT, activiste et professeur d'université
242. José Ernesto Fortanel Hernández, militant, Parti socialiste mexicain
243. Marcos Fuentes Franco, coordinateur du Forum national des militants du Morena
244. Víctor Álvarez Gibanel, membre du Syndicat des téléphonistes de la République mexicaine
245. Maria Guadalupe Gómez, journaliste
246. Felix Hernández Gamundi, porte-parole, Comité
247. Benito Mirón Lince, membre de la Coalition pour l'annulation des intérêts de la dette publique
248. Andrés López, militant de base, Morena
249. Elizabeth Enriquez Martinez, féministe
250. Veka García Martínez, coordinatrice de la politique internationale du parti Morena
251. Fabricio Mejía Madrid, journaliste et écrivain
252. Lesly Solís Mendoza, militante écosocialiste, MSP
253. Molay Maza Ontiveros, militant, Semilleros de Conciencias-morena (Pépinières de consciences-morena)
254. Victor Quintana, coordinateur, Comisión de Solidaridad y Defensa de los Derechos Humanos, AC (Commission de solidarité et de défense des droits humains, AC)
255. Roberto Romero, Coordinateur général, Collectif Ensenada Se Mueve
256. Edgard Sánchez, membre du Comité central du PRT (Parti révolutionnaire des travailleurs)
257. Oscar Ugarteche, chercheur principal, UNAM
258. Nestor Vazquez Mejia, militant, COCYP (Centrale des organisations paysannes et populaires)
259. Aline Zunzunegui, coordinatrice nationale, Fight Inequality Alliance (Alliance contre les inégalités)
Norvège
260. Don Kalb, professeur à l'université de Bergen
Pakistan
261. Faizan Aziz, secrétaire adjoint, Fédération nationale des étudiants du Jammu-et-Cachemire
262. Awais Qarni, Asian Marxist Review (Revue Marxiste Asiatique)
263. Arslan Shani, Fédération socialiste du Jammu-et-Cachemire, JKNSF
264. Farooq Sulehria, rédacteur en chef du Daily Jeddojehad (Quotidien de la lutte)
265. Abdul Khaliq Syed, personne de référence CADTM Pakistan
266. Farooq Tariq, président du parti Haqooq Khalq au Pakistan
267. Umair Umair, membre du cabinet central, NSF
Paraguay
268. Techi Cusmanich, Red de Intelectuales Artistas y Movimientos Sociales en defensa de la humanidad (Réseau d'intellectuels, d'artistes et de mouvements sociaux pour la défense de l'humanité), Red Continental Latinoameticana y Caribeña de Solidaridad con Cuba y las Causas Justas (Réseau continental latino-américain et caribéen de solidarité avec Cuba et les causes justes)
Pays-Bas
269. Aschwin van den Abeele, écrivain
270. Kees Hudig, responsable du site globalinfonl
271. Alex de Jong, codirecteur de l'IIRE Amsterdam
272. Maral Jefroudi, codirectrice de l'IIRE Amsterdam
273. Sanne Maassen van den Brink, co-présidente, Mokum Tegen Fascisme (Mokum Contre le Fascisme)
274. Alejandra Slutzky, coordinatrice, Plateforme Stop Racisme et Fascisme
275. Ilse Terheggen, Coordinator, tête de liste, MERA Leeuwarden
Pays Basque
276. Xabier Barber del Río, syndicat Esk EH Bildu
277. Jesus Uzkudun Illarramendi, Porte-parole, Asviamie asociación de víctimas del amianto (Asviamie association des victimes de l'amiante)
278. Amaia Nikolas, Porte-parole, Sare Antifaxista (Réseau antifasciste)
279. Joxe Iriarte Zabaleta, « Bikila », militant, Alternatiba
Pérou
280. Kiri Escobar, compositeur interprète du groupe septiembre 2000, CANTO DE TODOS
Pologne
281. Paweł Szelegieniec, chercheur en économie politique et histoire sociale, auteur socialiste
282. Roland Zarzycki, Université Wroclaw
Portugal
283. José Falcão, SOS Racismo (SOS Racisme)
284. António Manuel Cruz Tavares Meyrelles, capitaine à la retraite, marine de guerre portugaise
Porto Rico
285. Ruth Arroyo, Democracia Socialista Puerto Rico (Démocratie socialiste Porto Rico)
286. Roberto Torres Collazo, Activiste, Latinos y Latinas Por el Cambio Social (Latinos et Latinas pour le changement social)
287. Nelson Diaz, Membre, Guarda Rio
288. Eva Lourdes Ayala Reyes, présidente, EDUCAMOS (Nous éduquons)
289. Jaime Torres, Propriétaire, éditeur et journaliste, Prensa Sin Censura (Presse sans censure)
Québec
290. Amir Khadir, Ex porte-parole et député de Québec solidaire
291. Bernard Rioux, militant écosocialiste, Rédacteur, Presse-toi à gauche !
République Démocratique du Congo
292. Luc Mukendi, Coordinateur, CADTM Lubumbashi/ RDC
République Tchèque
293. Shifa Herko, philosophe, journaliste, organisatrice communautaire pour les immigrants
Royaume-Uni
294. Nika Dubrovsky, écrivaine, Institut David Graeber
Russie
295. Kseniia Kagarlitskaia, fondatrice de Freedom Zone, fille de Boris Kagarlitsky
Sahara Occidental
296. Ahamed Mulay Ali Hamadi, ambassadeur représentant au Brésil, Front POLISARIO
Sénégal
297. Mamadou Diouf, Militant anti impérialiste, Acteur société civile, Coordinateur, forum social
298. Chérif Salif Sy, Directeur Forum Tiers Monde fondé par Samir Amin
Slovénie
299. Lucien Perpette, Militant, IVe Internationale
Soudan
300. Ihsan Fagiri hassan, membre de l'Union des femmes soudanaises, fondatrice du mouvement « No to women oppression » (Non à l'oppression des femmes)
Sri Lanka
301. Ishankha Singha Arachchi, membre de l'Exco, journaliste indépendant / syndicaliste
302. Tilakasiri GVD, Président, FTUDC SL, Centre pour le développement des syndicats libres
303. Rathnarajah Nalini, Directeur exécutif, Women's Development Innovators and Fighting Inequality Alliance (Alliance pour le développement des femmes, l'innovation et la lutte contre les inégalités)
304. Dhanusha Pathirana, Consultant, Fondation Droit et société
Suède
305. Tord Björk, militant pour l'environnement et la paix, membre de la direction d'Artister för fred (Artistes pour la paix)
306. Umar Hayat, porte-parole du Front de libération du Jammu-et-Cachemire (JKLF)
307. Andreas Malm, professeur agrégé d'écologie humaine, Université de Lund
Suisse
308. Jean Batou, Professeur émérite d'histoire internationale, Responsable de rédaction, Marxch
309. Claude Calame, Directeur d'études, EHESS, Commission migrations, ATTAC LDH
310. Antoine Dubiau, auteur d'Écofascismes
311. Térence Durig, Secrétaire politique, solidaritéS
312. Tamara Knezevic, syndicaliste, militante de la Grève féministe Suisse
313. Meriam Mastour, activiste, juriste et spécialiste droits humains
314. Philipp Schmid, direction nationale, Bewegung für den Sozialismus/Mouvement pour le socialisme
315. Aude Spang, Militante, Grève féministe, Syndicat Unia, Collectif Solidarité Palestine
316. Timothée Wuillemin, Médecin, Membre de médecins pour le climat
Tunisie
317. Arroi Baraket, Journaliste et militante féministe
318. Mahmoud Chalbi, Indépendant, Agitateur artistique
Turquie
319. Uraz Aydin, Journaliste, ex-universitaire signataire de la pétition des “Universitaire pour la paix”
320. Can Atalay, Député incarcéré (depuis ), Türkiye İşçi Partisi/Parti Ouvrier de Turquie (TİP)
321. Yiğit Bener, Écrivain
322. Hakan Gunes, membre du CC, secrétaire du Comité des relations internationales, Parti Ouvrier de Turquie (TİP)
323. Mehmet Tas, écrivain et professeur retraité, Admin, Unity and Solidarity for Democracy Platform (Plateforme « Unité et solidarité pour la démocratie »)
324. Hakan Tahmaz, Président, Barış Vakfı (Fondation de la Paix)
Uruguay
325. Ana Maria Araujo Felice, porte-parole de la CxP, Coordinacion x Palestina (CxP, Coordination pour la Palestine)
326. Gabriel Portillo, membre de la direction, Pvp
327. Miguel Suárez, Lucha, MLN Tupamaros, El Oriental
Pays Valencia
328. Vicent Maurí Genovés, Président, Intersindical Solidària (Inter-syndicale Solidaire)
329. Vicent Marzà i Ibáñez, député européen pour Compromís, Pays valencien
Venezuela
330. Yhonny García Calles, Mouvement national d'amitié et de solidarité mutuelle Venezuela Cuba
331. Oscar Feo, professeur à l'université Carabobo au Venezuela et chercheur au CLACSO
332. Percy Katari, CONAICOP (Conseil national et international de la communication populaire)
333. Pedro Vargas, Coordinateur, Coalición de Tendencias Clasista (Coalition des tendances classistes)
334. José León Uzcátegui, Coordinateur, Red de Salud Colectiva (Réseau de santé collective)
Abya Yala
335. Myriam Hernandez, Coordinatrice régionale, Alianza contra la Desigualdad - Abya Yala (Alliance contre l'Inégalité - Abya Yala (Abya Yala)
Liste de plus de 900 activistes et citoyen-nes motivé-es
337. Tafadzwa Choto, University of Johannesburg (Afrique du Sud)
338. Ismail Lagardien, Écrivain (Afrique du Sud)
339. Nick Marx (Afrique du Sud)
340. Hugo Antonio Blasco, Mesa Coordinadora Jubilados y Pensionados RA (Comité de coordination des retraités et pensionnés RA) (Argentine)
341. Manuel Gutierrez, Mesa Organizaciones de jubilados y pensionados (Comité de coordination des retraités et pensionnés RA) (Argentine)
342. Oscar Lascano, Primer vocal, Corjub (Argentine)
343. Eduardo Aibar, musicien (Argentine)
344. Irene Alperovich (Argentine)
345. Laura Alperovich (Argentine)
346. Silvina Gabriela Inchauspe, Militante, DDHH (Argentine)
347. Cristina Antic, Participante, MarMe (Argentine)
348. Daniel Baigorria, économiste, professeur à l'université de Buenos Aires (Argentine)
349. Marcelo Bagnati, directeur du centre culturel El Cántaro (Argentine)
350. Marcelo Ricardo Baltore, Citoyen du monde (Argentine)
351. Lauria Barrionuevo, employée, Universidad Buenos Aires (UBA) (Argentine)
352. Alberto Baulina, architecte, conseiller, Faculté d'architecture (UNC) (Argentine)
353. Isabel Béjar (Argentine)
354. Maria Julia Bertomeu, chercheuse, Conicet UBA (Argentine)
355. José Luis Blanco, Militant, Asamblea de J B Justo y Corrientes (Assemblée de J B Justo et Corrientes) (Argentine)
356. Carlos Borzi, retraité (Argentine)
357. Marisa Burlastegui, assistante sociale, professeure-chercheuse à l'UNMDP, retraitée (Argentine)
358. Marcos Cacciamani, Mateada por la Memoria (Argentine)
359. Marcos Cansinos (Argentine)
360. Griselda Olga Castro, enseignante à la retraite (Argentine)
361. Juan Clivio (Argentine)
362. Adriana Rodríguez Duran, Collaboratrice diplômée, Centre interdisciplinaire de recherche sur le genre (CINIG), UNLP (Argentine)
363. Aria Cristona Dufour (Argentine)
364. Nelida Noemi Duranti, enseignante à la retraite et poète, La Internacional de Escritoras y Escritores Insurgentes (LIEI) (L'Internationale des écrivains insurgés (LIEI)) (Argentine)
365. Jose Octavio Estevez, Militante social, Miembro Espacio Chacabuco Posadas, Misiones (Argentine)
366. Roberto Fajardo (Argentine)
367. Jaime Gabriel Farji, économiste, IPYPP (ipypporgar) (Argentine)
368. Lucrecia Fernandez, militante, retraitée - kirchnériste (Argentine)
369. Maria Alejandra Fernandez (Argentine)
370. Luis Enrique Fervari, Activiste, Activo Internacionalista por los Derechos de los Pueblos - AIPDPL (Actif internationaliste pour les droits des peuples - AIPDPL) (Argentine)
371. Hugo Ferullo (Argentine)
372. Mabel Franzone, chercheuse (Argentine)
373. Liliana Andrea García (Argentine)
374. Ernesto Garrote (Argentine)
375. Domingo Garro, affilié à SUTeBA (Argentine)
376. Maria Fernanda Gamallo (Argentine)
377. Mónica Hidalgo (Argentine)
378. Cintia Ini, psychanalyste (Argentine)
379. Silvia Cristina Leanza, Ecosur - Ecologia cultura y educacion desde los pueblos del sur (Ecosur - Écologie, culture et éducation depuis les villages du sud) (Argentine)
380. Fidel Lerner (Argentine)
381. Marisa Lombardi, assistante sociale spécialisée dans les addictions et la violence sexiste, militante sociale (Argentine)
382. Guillermo Luchtenberg, médecin néonatologiste à la retraite (Argentine)
383. Marcos Mannucci, professeur, Université nationale de Patagonie australe - Unité académique Río Turbio (Argentine)
384. Beatriz Estela Morales, Participante, Asamblea Plaza Almagro (Assemblée Plaza Almagro), Retraitée (Argentine)
385. Lucia Mildenberger (Argentine)
386. Laura Minaker (Argentine)
387. Marcelo Montiel (Argentine)
388. Pablo Moreno (Argentine)
389. Carlos Muhn (Argentine)
390. Hugo Alberto Muñoz (Argentine)
391. José Nasser (Argentine)
392. Mirta Ochoa (Argentine)
393. Elena Peton, journaliste (Argentine)
394. Patricia Viviana Quezada, militante pour les droits humains (Argentine)
395. Maria Luisa Quercia (Argentine)
396. Stella Maris Quinteros, chef d'entreprise (Argentine)
397. Dr Juan Carlos Radovich, anthropologue/chercheur - Professeur, CONICET/UBA (Argentine)
398. Carlos Daniel Resio, Militant, Espacio Chacabuco (Misiones - Argentina) (Argentine)
399. Luis Riolobo (Argentine)
400. Beatriz Rosón, écrivaine (Argentine)
401. Digna Ruiz Diaz, Mimicha (Argentine)
402. Horacio Sada, travailleur social à la retraite (Argentine)
403. Agustín Saiz, Membre fondateur de la Bibliothèque populaire antifasciste (Argentine)
404. Pimpe Josefa Salazar (Argentine)
405. Gabriel El Sayer (Argentine)
406. Gabriel Sequeira, Coordinateur, Canto de Todos (Le chant de tous) (Argentine)
407. Yanko Silva, Integrante, Dúo Sigilos (Argentine)
408. Josefa Suárez (Argentine)
409. Claudia Tattoli (Argentine)
410. Gustavo Adrian Teres, Secrétaire adj régional Rosario Professeur, CTA A Central de Trabajadores Argentina Autonoma (Centrale des travailleurs argentins autonomes) (Argentine)
411. Raul Torres, Arditi del Popolo (Les Arditi du Peuple) (Argentine)
412. Mauricio Javier Vago (Argentine)
413. Maria Romina Valente, Integrante, Dúo Sigilos (Argentine)
414. Rita Ines Villa, enseignante à la retraite (Argentine)
415. Wilfried Hanser, Membre de Sozialistische Alternative (Alternative socialiste) (Autriche)
416. Lovely Yesmin, President, Readymade Garments Workers' Federation (Bangladesh)
417. Sarah Ungaro, membre de MOCICA (Belgique)
418. Jean-Jacques Grodent, Militant, Société civile (Belgique)
419. Jean Lazard (Belgique)
420. Marie Blairon, Militante, Gauche anticapitaliste (Belgique)
421. Sarah Bosman (Belgique)
422. Geneviève Bosman (Belgique)
423. Jean-Louis Berwart, Avocat au Barreau de Bruxelles (Belgique)
424. Mariella Caponnetto (Belgique)
425. Robert Charlier, Professeur, Université de Liège (Belgique)
426. Alain Content, Professeur honoraire, Université libre de Bruxelles (Belgique)
427. Philippe Cornet (Belgique)
428. Nicolas Dandois (Belgique)
429. Sacha Dehoux (Belgique)
430. Michèle Dehaen, Retraitée, FGTB (Belgique)
431. Diane De Marneffe (Belgique)
432. Perrine Depret (Belgique)
433. Ginette Dupont (Belgique)
434. Romina Fegatilli (Belgique)
435. Jacques Gaspers (Belgique)
436. Cora Gillet (Belgique)
437. Odette Goffard, Présidente, Asbl Pierreuse et Ailleurs (Belgique)
438. Lula Harcq, Étudiante, Université Libre de Bruxelles (Belgique)
439. Christiane Herman, citoyenne, ATTAC Liège (Belgique)
440. Mohamed Herroudi (Belgique)
441. Magali Hudlot (Belgique)
442. Arthur Jobé, Éducateur, Service accrochage scolaire (Belgique)
443. Cheyenne Jorquera, Membre, ABP/ Harpies, société civile (Belgique)
444. Valérie-Anne Lahaye (Belgique)
445. LORI Lambot, Petite main, FAL (Belgique)
446. Guy Leboutte, blogueur condrozbelgecom (Belgique)
447. Catherine Lenaers (Belgique)
448. Monique Lermusiaux, Militante pensionnée, CGSP-ALR Bruxelles (Belgique)
449. Veronique Lhoir (Belgique)
450. Julie Lombe, poétesse, care activist (Belgique)
451. Pierre Marissal, Chercheur, Université libre de Bruxelles (Belgique)
452. Mael Mathonet, Papa, dentiste et musicien (Belgique)
453. Francine Mestrum, chairperson, Global Social Justice (Belgique)
454. Yves Mulleneers (Belgique)
455. Vincent Périlleux (Belgique)
456. Maxime Perriot, CADTM (Belgique)
457. Thi Phan (Belgique)
458. Johan Proot, Bénévole, Oxfam (Belgique)
459. Michel Regnier (Belgique)
460. Daniel Rommes (Belgique)
461. Carole Savoie, Co-direction, Theatre CreaNova (Belgique)
462. Véronique Sio (Belgique)
463. Christine Tribolet (Belgique)
464. Alain Van Praet (Belgique)
465. Maximilien Van de Wiele, Militant, Artiste, Gauche Anticapitaliste (Belgique)
466. Pierre Zurstrassen (Belgique)
467. Oswaldo Rojas, Membre, Bolivia Pro Palestina (Bolivie pro-Palestine) (Bolivie)
468. Baco Vacaflores, indépendant (Bolivie)
469. Ana Paula Abreu (Brésil)
470. Jacqueline Alcântara, Militante, PT (Parti des Travailleurs) (Brésil)
471. Leonidas Cabral Albuquerque, Militante, PCdoB - RS (Parti Communiste du Brésil - Rio Grande do Sul) (Brésil)
472. Rogério Alves, Coordinateur, Secteur Science, Technologie et TIC du PT (Parti des Travailleurs) (Brésil)
473. Albertina Gonçalves Assis, Représentante syndicale, APEOESP (Syndicat des Enseignants de l'État de São Paulo) (Brésil)
474. Ana Maria Blanques, Psychologue Sociale (Brésil)
475. Silvia Helena S Borelli, Enseignante, Pontifícia Universidade Católica de São Paulo (PUC-SP) (Université Pontificale Catholique de São Paulo) (Brésil)
476. Cristina Cavalcante, Professeure Collaboratrice / Post-doctorante, Universidade Estadual de Londrina (Université d'État de Londrina) (Brésil)
477. Vânia Alves Martins Chaigar, Professeure, Universidade Federal do Rio Grande - FURG (Université Fédérale de Rio Grande) (Brésil)
478. Marli Conzatti, Militante organique, Partido dos Trabalhadores POA (Parti des Travailleurs Porto Alegre) (Brésil)
479. Emanuel Schmidt Corrêa, Trésorier, Associação Mães e pais pela democracia - AMPD (Association Mères et pères pour la démocratie) (Brésil)
480. Diéssica Da Costa Pires (Brésil)
481. Marcelo Dantas, Militant, Movimento Policiais Antirracistas (Mouvement Police Antiraciste) (Brésil)
482. Atilio Dengo (Brésil)
483. Teresa de Jesus Reckziegel de Lucena, Conseillère, Coletivo Planta Sonhos (Collectif Planta Sonhos) (Brésil)
484. Vinicius Eckert, PT (Parti des Travailleurs) (Brésil)
485. Roger Sauandaj Elias, Directeur des affaires de la carrière enseignante de l'EBTT à l'ADUFRGS Sindical (Syndicat des Enseignants de l'Université Fédérale du Rio Grande do Sul) (Brésil)
486. Amyra El Khalili, Fondatrice/Éditrice, Movimento Mulheres pela Paz na Palestina (Mouvement Femmes pour la Paix en Palestine) (Brésil)
487. Rafael Brum Ferretti, Président, Associação das Feiras Unidas (Association des Foires Unies) (Brésil)
488. Chirlei Werkhausen Fischer, Responsable Légale, Conseil Directeur de l'Associação Estadual Carlos Dorneles (Association d'État Carlos Dorneles) (Brésil)
489. Gabriel Galli, Secrétaire LGBT du PT Porto Alegre, Secrétariat LGBT PT POA (Parti des Travailleurs Porto Alegre) (Brésil)
490. Alain Geffrouais, MES/PSOL/Emancipa (Mouvement de Gauche Socialiste/Parti Socialisme et Liberté/Emancipa) (Brésil)
491. Luciano Giambastiani (Brésil)
492. Marcelo Giordan Santos, Professeur, Universidade de São Paulo (Université de São Paulo) (Brésil)
493. Alexandre Guedes, Président, Sindicato dos Artistas e Técnicos de Espetáculos de Diversões - SATED/PB, Artiste, Avocat, Philosophe et Éducateur (Syndicat des Artistes et Techniciens du Spectacle) (Brésil)
494. Maria Helena Guimarães Pereira, Professionnelle Indépendante, Journaliste (Brésil)
495. Jurema Louzada Alves Ju, Coordination, UNMP (Union Nationale des Femmes du Peuple) (Brésil)
496. Roberto Antonio Liebgott Liebgott, Représentant au Rio Grande do Sul - Cimi Sul, Conselho Indigenista Missionário (Conseil Missionnaire Indigéniste) (Brésil)
497. Ricardo Lucena, Professeur d'université, Coordinateur, Liga Andarilha (Ligue Errante) (Brésil)
498. Ligia Bernardo Machado, Activiste, Debt for Climate (Dette pour le Climat) (Brésil)
499. Cristiane Machado Marques, Militante, MES PSOL (Mouvement pour une Socialisme/Parti Socialisme et Liberté) (Brésil)
500. Naida Celi Dos Santos Machado (Brésil)
501. Luíza Maffei, Étudiante, militante de gauche, mouvement social (Brésil)
502. Silvia Helena Marchesan, Agente Municipale Retraitée (Brésil)
503. Francisca Maria De Farias Martins, Membre, Coletivo de mulheres (Collectif de femmes) (Brésil)
504. Eber Marzulo, Coordinateur, Professeur Universidade Federal do Rio Grande do Sul, Groupe de Recherche Identité et Territoire (Université Fédérale du Rio Grande do Sul) (Brésil)
505. Eremi Fátima Da Silva Melo, UISMM (Union Internationale des Syndicats des Métallurgistes) (Brésil)
506. Luiz Müller, Coordinateur, REDE SOBERANIA, Blogueiro (RÉSEAU SOUVERAINETÉ) (Brésil)
507. Jussara Nascimento de Oliveira, Productrice Culturelle, Coletivo Rede Maria Bueno (Collectif Réseau Maria Bueno) (Brésil)
508. Giovani Oliveira, Attaché Parlementaire, Assembleia Legislativa / RS (Assemblée Législative / Rio Grande do Sul) (Brésil)
509. Michele Fernandes de Oliveira, Dirigeante syndicale, Sindicato dos Empregados do Comércio (Syndicat des Employés du Commerce) (Brésil)
510. Celso Toscano Paz, Historien, Professeur et Gestionnaire Public (Brésil)
511. Luiz Claudio Portinho Dias, éditeur, Voz Trabalhadora (Voix Travailleuse) (Brésil)
512. João Carlos Prytoluk, Président du PT à Cidreira/RS, Partido dos Trabalhadores (Parti des Travailleurs) (Brésil)
513. Zé Reis, membre du Directoire, Partido dos Trabalhadores (Parti des Travailleurs) (Brésil)
514. Jann Ribeiro, Président, Ponto de Cultura Flor do Mato (Point de Culture Fleur du Maquis) (Brésil)
515. Carlos Roberto Castro de Jesus Roberto, Directeur, Sepe-RJ (Syndicat des Enseignants Publics de Rio de Janeiro) (Brésil)
516. João Evangel Rosa, Militant, Partido dos trabalhadores (Parti des Travailleurs) (Brésil)
517. Juliano Roso, Président, IDC Instituto Democracia e Cidadania (Institut Démocratie et Citoyenneté) (Brésil)
518. Glaura Pinheiro Rufilo, Avocate bénévole et Activiste pour les Droits Humains, Me Too (Me Too) (Brésil)
519. Sérgio Sant'Anna, Vice-président de la Commission de Droit de l'Intégration, Instituto dos Advogados Brasileiros - IAB (Institut des Avocats Brésiliens) (Brésil)
520. Gabriela Sarmet, Coordinatrice, cosmopolíticas (cosmopolitiques) (Brésil)
521. Jose Henrique Schwengber, Coordinateur Général, SOS VIAMÃO (SOS VIAMÃO) (Brésil)
522. Danilo Serafim, professeur, coordination TLS/MES (Travail, Socialisme et Liberté / Mouvement pour une Socialisme) (Brésil)
523. Prof Dora silva, Directoire d'État, APEOESP (Syndicat des Enseignants de l'État de São Paulo), TLS (Travail, Socialisme et Liberté) (Brésil)
524. Jurandir Silva, Direction d'État RS, MES PSOL (Mouvement pour une Socialisme/Parti Socialisme et Liberté) (Brésil)
525. Rodrigo Nickel, Coordinateur National, Rede Emancipa Movimento Social de Educação Popular, Militant du MES/PSOL (Réseau Emancipa Mouvement Social d'Éducation Populaire) (Brésil)
526. Sara Soares, Organisatrice, Feira Bella Ciao (Foire Bella Ciao) (Brésil)
527. Etevaldo Souza Teixeira, Secrétariat aux Finances, PSOL/RS (Parti Socialisme et Liberté/Rio Grande do Sul) (Brésil)
528. Roberto Torres Collazo, Éditeur du collectif de la revue Cambio Social (Changement Social) (Brésil)
529. Marcus Vianna, Membre de la Coordination Nationale, Rede Emancipa de Educação Popular (Réseau Emancipa d'Éducation Populaire) (Brésil)
530. Cristina Gross Villanova, Avocate, Coordinatrice, Comitê Estadual Contra a Tortura RS (Comité d'État Contre la Torture RS) (Brésil)
531. Joseph Thiombiano, Président, CBOP (Burkina Faso)
532. Oscar Medrano (Canada)
533. William Oates (Canada)
534. François Perron, Militant, FSSS CSN (Fédération de la santé et des services sociaux - Confédération des syndicats nationaux) (Canada)
535. Anton Burgués, Bénévole associatif, Supercoopera (Supercoopéra) (Catalogne)
536. Feliu Madaula Canadell, Équipe de gestion, Supercoopera (Supercoopéra) (Catalogne)
537. Jordi Panyella Carbonell, Éditeur, Pol·len edicions (Éditions Pol·len) (Catalogne)
538. Antoni Soy Casals, Professeur d'Économie Appliquée retraité, Universitat de Barcelona (Université de Barcelone) (Catalogne)
539. Jose Luis Negreira, Enseignant (Catalogne)
540. Jaime Caupolicán Peñaloza Carrasco, Autogestión, Independiente Chile (Autogestion, Indépendant Chili) (Chili)
541. Alba Granada north africa sinia benigassan, activiste anti-impérialiste, bureau d'information Alba Granada north africa (Bureau d'information Alba Granada Afrique du Nord) (Chili)
542. Patricia Jerez, Écrivaine (Chili)
543. David Escobar, Représentant des Enseignants, Sintraunicol - Univalle (Syndicat des Travailleurs de l'Université du Cauca - Université de la Vallée) (Colombie)
544. Danuil Antonio Gomez Padilla, Représentant légal, Grup GN SAS (Groupe GN SAS) (Colombie)
545. Darío González P, Chercheur, INDEPAZ (Colombie)
546. Oswaldo Guayasamín, Directeur, Fundación Desde Abajo (Fondation Par le Bas) (Colombie)
547. Marcela Lemarie, Art, Indépendan

La dénégation climatique de Trump et les impasses de la COP 30 : pour une transition écosocialiste
Face aux mesures prises par Trump pour activer l'exploitation des hydrocarbures, la COP 30 qui s'est tenue à Bélem au Brésil en novembre dernier est restée très timide, préconisant la simple prévention sans engagements concrets. Seule une rupture écosocialiste avec l'obsession d'une croissance fondée sur le profit capitaliste peut rétablir l'équilibre environnemental dans la justice sociale.
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16 février 2026 | tiré du Blog de l'auteur
https://blogs.mediapart.fr/claude-calame/blog/160226/la-denegation-climatique-de-trump-et-les-impasses-de-la-cop-30
Le directeur du Bureau de la gestion et du budget à la Maison Blanche l'a fait savoir au début janvier. Le National Center for Atmospheric Research à Boulder dans le Colorado sera démantelé. De fait l'objectif est double : éliminer « les activités frauduleuses dans le domaine de l'écologie » ; transférer dans une autre institut les services liés à la prévision météorologique.
Le démantèlement de ce centre mondial de recherche en climatologie et sur le système Terre s'inscrit dans le droit chemin de la déclaration tonitruante du Président Donald Trump devant l'assemblée générale de l'ONU en septembre dernier : il y dénonçait le changement climatique comme « la plus grande escroquerie (“con job“) jamais perpétrée dans le monde ». Cette déclaration est évidemment à mettre en relation avec le slogan « Drill, baby, drill » débité à l'occasion de sa campagne électorale. L'intention dans la promotion de la libre extraction du pétrole et de la production des énergies fossiles est claire : leur exportation dans le monde entier et par conséquent les énormes profits financiers à en tirer. C'est là le fer de lance du MAGA.
Ces déclarations vindicatives et destructrices sont le fait du gouvernement du pays qui, après la Chine, détient encore et toujours un record dans la production et surtout dans l'émission de gaz à effet de serre.
À cet égard et en l'absence des États-Unis qui se sont à nouveau retirés des accords de Paris conclus en 2015 à l'occasion de la COP 21, les représentants des 190 pays participant à la COP, réunis en novembre dernier à Bélem au cœur de l'Amazonie brésilienne, sont restés très silencieux. Pourtant le service sur le changement climatique de l'agence européenne Copernicus venait de l'établir : avec une température globale moyenne supérieure d'environ 1, 55 degrés aux valeurs préindustrielles (1850-1900), 2024 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée sur la planète [1]. C'est dire que le seuil de température moyenne à ne pas dépasser à l'horizon 2100 selon les accords conclus en 2015 dans le cadre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat qu'est le GIEC a été désormais franchi, avec plus de soixante ans d'avance… Et l'on sait les conséquences destructrices des ouragans, des fortes pluies, des inondations, des périodes de sécheresse provoquées par l'augmentation des températures globales. Elles affectent en particulier les pays les plus défavorisés du Sud global, soumis qu'ils sont aux politiques néocoloniales des pays les plus riches et par conséquent les plus pollueurs ; ces derniers les contraignent à un endettement assorti de mesures d' « ajustement structurel » tout en exploitant leurs ressources par entreprises multinationales interposées. Il est significatif de ce point de vue qu'aucune décision n'ait été prise à l'issue de la COP 30 quant à la nécessaire sortie des fossiles et à l'indispensable transition vers les énergies renouvelables, solaire, éolien, hydroélectrique, en lieu et place de l'extractivisme promu par les multinationales.
En revanche, de manière significative, l'accent a été mis sur l'adaptation. Mais la promesse d'une aide de 300 milliards de dollars d'ici à 2035, formulée par les pays les plus riches à l'issue de la COP 29 à Bakou, n'a pas été réalisée ; pourtant, selon l'ONU, l'aide climatique requise pour le Sud global s'élève désormais à 1300 milliards de dollars. On se limite pour l'instant aux financements privés et à des prêts qui ne font qu'accentuer l'endettement des pays les plus frappés par les conséquences du changement climatique.
De là la revendication de la coalition des peuples indigènes d'Amazonie, du Pacifique et de l'Australie, soigneusement tenus à l'écart des débats de la COP 30 : la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre par la transition vers des sources d'énergie propre et l'abandon des énergies fossiles, cela en particulier pour assurer aux communautés les plus vulnérables un avenir plus juste et plus durable. En contraste significatif, quelques jours avant l'ouverture de la COP 30, le président socialiste du Brésil n'a pas hésité à autoriser la puissante multinationale Petrobras, détenue à 50 % par l'État, à investir pour de nouveaux forages en eaux ultra-profondes, non loin de l'embouchure de l'Amazone.
Pour Luiz Inázio Lula da Silva il s'agirait de trouver de nouveaux moyens pour développer les biocarburants… Ne l'oublions pas : le Brésil est le huitième producteur mondial de pétrole, et Pétrobras a prévu d'investir plus de 100 milliards de dollars entre 2024 et 2028, dont un tiers dans l'exploration et la production de pétrole. Le bénéfice de la multinationale s'élève pour 2025 à plus de 21 milliards de dollars, en forte progression sur 2024. Une fois encore la domination de la logique du grand capital…
« Nous devons évoluer vers des activités économiques qui vivent en harmonie avec la nature au lieu de la détruire » déclarait Kirsten Schuijt, la directrice générale du WWF International, priée de faire le bilan de la COP 30 (Le Temps, 12.12.25). Notre tort aurait été, en effet, de nous être séparés de la nature. Il conviendrait de revenir et de promouvoir des activités économiques « en harmonie avec la nature ». Non seulement la nature reste ainsi objectivée comme elle le fut à partir des propositions de Francis Bacon et de René Descartes, quand elle n'est pas sacralisée sous les traits de l'hellène Gaia. Mais les fondements de l'économie de référence et de la cause des catastrophes climatiques ne sont pas mis en question.
Or d'une part la réification en nature d'un environnement assurant la survie des communautés humaines ignore les interactions entre des hommes mortels, Nés dans un état d'inachèvement exceptionnel, doivent disposer, comme l'affirmait déjà le Prométhée mis en scène par Eschyle, d'arts techniques pour l'habillement, le logement, le maintien de la santé, la communication, la lecture des astres pour l'agriculture et la navigation, la lecture des signes divinatoires dans le vol des oiseaux. Ces arts d'ordre technique leur permettent non seulement d'interpréter le monde environnant, mais aussi d'entrer de manière sensible en interaction avec lui : c'est ainsi que de sauvages dépourvus ils deviennent des hommes civilisés.
D'autre part, qui dit économie en régime néolibéral mondialisé dit croissance axée sur le productivisme selon des critères essentiellement financiers, avec les conséquences écologiques que l'on sait. En contraste autant avec l'adaptation qu'avec la prévention préconisées sans engagements concrets à l'issue de la COP 30 ce n'est pas un processus de décroissance généralisée qu'il faut viser. Mais en rupture avec la grande propriété privée des moyens de production, l'exigence s'impose d'une économie écosocialiste qui réponde à des critères de justice sociale et d'équilibre environnemental pour la satisfaction des besoins de base de tout humain, aussi du point de vue culturel.
[1] Cf. https://climate.copernicus.eu/copernicus-2024-first-year-exceed-15degc-above-pre-industrial-level
Voir https://npa45.org/wp-content/uploads/2026/01/ecosocialisme.calame.les-possibles.25.2020.pdf

Gabon : mobilisation massive des enseignants
Face à la contestation sociale, le gouvernement gabonais, comme ses prédécesseurs, utilise la répression pour tenter de mettre au pas les grévistes et leurs syndicats.
C'est un bras de fer social qui se joue entre Brice Oligui Nguema, qui a fait tomber la dynastie des Bongo par un coup d'État et qui, par la suite, a remporté l'élection présidentielle au Gabon, et les enseignants qui sont en grève depuis le 10 décembre 2025.
« No money, no school »
Le collectif SOS Éducation a appelé à une grève, soutenue par les organisations syndicales de la profession, pour exiger la régularisation des carrières. De quoi s'agit-il exactement ? Au Gabon, après 18 mois de stage, l'agent est confirmé et peut prétendre bénéficier régulièrement d'une augmentation d'échelon et de classe. En 2015, l'ancien gouvernement a décrété le gel de ces mesures. Ainsi, depuis plus de dix ans, la carrière des enseignants est bloquée. À plusieurs reprises, les organisations syndicales ont alerté les nouvelles autorités et demandé l'ouverture de négociations en mettant en avant les principales revendications : la régularisation des dossiers en attente qui portent sur les recrutements, les intégrations, les titularisations, les reclassements et les avancements ; un état des lieux des situations administratives bloquées ; un suivi mensuel des dossiers traités avec la création d'un guichet unique, composé de responsables des ministères de l'Éducation nationale, de la Fonction publique, des Finances et du Budget, pour piloter la mise en place des mesures.
Tentative de briser le mouvement
Devant le succès de la grève et la sympathie des populations pour ce mouvement, le gouvernement feint d'être ouvert au dialogue mais, dans la réalité, mène une politique répressive. Dans les villes et les régions, les enseignants subissent les pressions et les menaces des cadres du ministère. Au niveau national, deux dirigeants syndicaux, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, ont été inculpés d'entrave à la liberté et jetés en prison. Une mesure qui n'a fait que radicaliser le mouvement, lequel a refusé toute négociation tant que les syndicalistes ne retrouvaient pas leur liberté. Si le gouvernement a dû céder, il vient de prendre une nouvelle mesure en rendant inaccessibles les réseaux sociaux comme TikTok ou Facebook, car, comme le souligne Qemal Affagnon de l'ONG Internet sans frontières dans une interview à Deutsche Welle, « ce sont des applications qui ont servi de fer de lance de la contestation et qui ont permis de favoriser aussi le réseautage, la mobilisation des internautes ».
Cette mesure est dénoncée comme une atteinte à la liberté d'expression, mais elle est aussi préjudiciable pour les nombreuses personnes utilisant ces réseaux pour exercer leur activité, souvent dans l'économie informelle.
Force est de constater que ce gouvernement utilise des méthodes similaires à celles de l'ancien régime et poursuit la même politique consistant à privilégier les budgets de l'armée et de la police, qui dépassent celui de l'Éducation nationale.
Paul Martial
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Mali : à Gargando, la terre brûlée comme horizon politique
Dans le cercle de Gargando, au nord du Mali, une nouvelle mission conjointe de l'armée malienne et de ses partenaires russes d'Africa Corps aurait coûté la vie à des éleveurs nomades touaregs et provoqué un déplacement massif de civils vers la Mauritanie et l'Algérie.
Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et acteur de la société civile malienne
Derrière l'argument sécuritaire brandi par le régime du colonel Assimi Goïta, se dessine une stratégie contestée, accusée par des témoins locaux de frapper indistinctement les populations sahariennes déjà victimes du terrorisme.
Selon plusieurs sources locales concordantes, une mission terrestre menée samedi 14 février dans le secteur de Tin-Djarane, dans la commune de Gargando, aurait entraîné la mort de trois éleveurs nomades. Deux des victimes ont été identifiées comme Hamedi AG Elhaj et son neveu Issou AG Ibakoutane, appartenant à la communauté touarègue des Cherifane Kel Ghazaf.
L'opération aurait traversé plusieurs localités du cercle de Gargando dont celles de Tin-Djarane, Elmounkouss, Tin-Aicha Aghimine, Razelma, laissant derrière elle des habitations incendiées, des forages endommagés et du bétail abattu, selon des témoignages recueillis sur place. La scène décrite par les habitants évoque moins une opération ciblée qu'une démonstration de force indistincte dans un territoire déjà fragilisé par l'insécurité chronique.
« Il est temps que ces agissements cessent. On a l'impression que l'armée et les Russes n'épargnent que ceux dont Dieu n'a pas voulu qu'ils meurent. Ils tuent tous ceux qu'ils rencontrent dans le désert, même les animaux et nos moyens de subsistance », confie un chef de fraction du département de Gargando.
Une stratégie sécuritaire contestée :
Depuis le renforcement de la coopération militaire entre Bamako et les supplétifs russes désormais opérant sous l'appellation d'Africa Corps, les autorités de transition affirment mener une lutte implacable contre les groupes armés terroristes. Mais dans les régions de Tombouctou, Taoudenit et Kidal, nombre d'habitants dénoncent une logique de suspicion généralisée visant prioritairement les communautés touarègues et arabes.Ces populations, pourtant premières victimes des groupes djihadistes actifs dans le Sahara central, se retrouveraient assimilées à un « ennemi intérieur ». Une lecture sécuritaire qui, selon des notables locaux, confond territoire, identité et menace.La tragédie de Nijhaltate et Amaranane, le 26 novembre 2025, dans le même cercle de Gargando, où treize personnes, dont des femmes et des enfants, auraient été tuées lors d'une mission conjointe, reste dans toutes les mémoires. L'agence américaine Associated Press a par ailleurs documenté des milliers de morts dans le nord du Mali entre 2023 et fin novembre 2025, attribués aux opérations menées par les forces maliennes et leurs partenaires russes.
L'exode silencieux :
Les conséquences humaines dépassent le seul cadre local. Selon des estimations relayées par des sources communautaires, des centaines de milliers de Maliens auraient trouvé refuge en Mauritanie, tandis qu'un nombre encore plus important aurait franchi la frontière algérienne depuis septembre 2023.Si ces chiffres demandent à être consolidés par des organismes indépendants, le phénomène migratoire, lui, est visible : campements vidés, troupeaux dispersés, familles entières contraintes d'abandonner leurs terres ancestrales.
Cet exode pose une question stratégique majeure : peut-on stabiliser le Sahara malien en vidant ses espaces humains historiques ?
Le paradoxe du Sahara central :
L'histoire contemporaine du nord du Mali montre une constante : aucune stabilisation durable n'a été obtenue sans l'implication active des communautés locales. Touaregues et Arabes ne constituent pas un facteur d'insécurité en soi ; ils représentent au contraire les acteurs centraux de tout dispositif de sécurisation crédible.Ces communautés connaissent les dynamiques tribales, les routes transsahariennes, les circuits économiques et les réseaux d'influence. Elles sont à la fois victimes du terrorisme et cibles d'une politique sécuritaire perçue comme punitive.En les marginalisant ou en les assimilant collectivement à une menace, le pouvoir de Bamako semble compromettre les conditions mêmes d'une pacification durable. La logique de « terre brûlée » décrite par les témoins locaux risque de produire l'effet inverse de celui recherché : radicalisation des frustrations, rupture du lien national, amplification des flux migratoires.
Une fracture nationale grandissante :
Pendant que l'effort militaire se concentre sur le Nord, le Sud du pays fait face à ses propres fragilités : insécurité croissante, perturbations logistiques, tensions économiques liées aux axes vitaux d'approvisionnement reliant le Mali au Sénégal, à la Côte d'Ivoire, à la Mauritanie et au Burkina Faso.
Le régime de transition affirme restaurer la souveraineté nationale. Mais une souveraineté qui se construit contre une partie de ses propres citoyens peut-elle durablement consolider l'État ?
L'enjeu dépasse la conjoncture militaire. Il touche à la nature même du contrat national malien. Faire des Touaregs et des Arabes du Sahara central des partenaires stratégiques plutôt que des suspects permanents serait peut-être le premier pas vers une sortie de crise.Car aucune armée, fût-elle appuyée par des partenaires étrangers, ne peut sécuriser un désert sans l'adhésion de ceux qui y vivent depuis des siècles.
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Tunisie, Maroc, Libye... Les villes du Maghreb submergées par les pluies
Insuffisamment préparés, certains pays du Maghreb enregistrent des records de précipitations. L'inquiétude de la population grandit, la zone étant de plus en plus exposée aux inondations.
Tiré de Reporterre
19 février 2026
Par Driss Rejichi
Tunisie, correspondance
Vagues géantes, voitures renversées, routes éventrées, rues complètement immergées sous des eaux brunâtres. De Tunis à Sousse en passant par Nabeul, les mêmes images choquantes. En quelques heures, les villes de la côte tunisienne se sont retrouvées noyées sous les averses provoquées par la tempête Harry, qui a traversé le pays du 19 au 21 janvier.
Au même moment, des pluies torrentielles s'abattaient sur l'Algérie, notamment à Chlef et Aïn Defla, à 160 km à l'ouest d'Alger. Quant au Maroc, déjà touché par la tempête Emilia en décembre, d'intenses précipitations ont provoqué l'évacuation de 140 000 personnes dans le nord du royaume entre le 28 janvier et le 5 février.
À Tunis, le record de pluie de cinquante ans a été battu, tandis qu'au Maroc les précipitations ont augmenté de 95 % en un an. Des épisodes de plus en plus violents, qui se multiplient dans toute l'Afrique du Nord. Même les villes libyennes sont régulièrement touchées par des inondations hivernales depuis deux ans, notamment à Tripoli.
Le pays est encore traumatisé par le passage de la tempête Daniel, en septembre 2023, qui avait provoqué l'effondrement d'un barrage dans l'est libyen, faisant plus de 20 000 morts. En plus des dégâts matériels, les inondations des dernières semaines ont aussi fait des dizaines de victimes en Tunisie, en Algérie et au Maroc.
Dans tous ces pays, la presse locale se fait l'écho de critiques croissantes envers les autorités : absence d'implémentation de la stratégie de réduction des risques en Tunisie, manifestations contre le manque d'assistance en Algérie, et erreurs d'urbanisme au Maroc.
« Des systèmes d'évacuation des eaux sous-dimensionnés contribuent à la gravité des inondations », explique Giacomo Parrinello, historien spécialiste des crises environnementales, notant que la réactivité et les moyens des dispositifs d'urgence « peuvent faire une grande différence sur le nombre de victimes ».
Une région de plus en plus affectée
L'inquiétude des opinions publiques maghrébines est d'autant plus importante que ces populations sont déjà sensibilisées à la réalité du changement climatique. Touchée par une sécheresse chronique depuis des années, la région sera exposée à des cyclones méditerranéens (les « medicanes ») de plus en plus fréquents et violents, comme le confirment plusieurs études scientifiques.
Le Maroc a annoncé, le 12 février, débloquer 278 millions d'euros pour un plan d'urgence destiné à soutenir les régions touchées. De son côté, le gouvernement tunisien avait indiqué en novembre 2025 lancer trois projets de prévention des inondations (dont le renforcement des systèmes d'évacuation des eaux), pour plus de 60 millions d'euros. Reste que l'ampleur des travaux soulève la question de la faisabilité de ces projets.
Giacomo Parrinello souligne que la modernisation de ces infrastructures, comme celles réalisées à Londres ces dernières années, entraîne des « coûts gargantuesques ». « Les pays en voie de développement ont des marges de manœuvre économique moindres », explique l'historien, soulevant par la même occasion le sujet de la justice climatique puisque les pays développés sont ceux « qui ont le plus contribué historiquement à créer cette situation ».
« Dans bien des villes méditerranéennes, on a bâti dans des zones sujettes aux inondations », rappelle aussi Giacomo Parrinello. Rabat, Tunis ou encore Derna se trouvent en effet dans des plaines alluviales urbanisées, « que les cours d'eau occupent naturellement en cas de crue ». Si elles veulent résister aux inondations, les villes du Maghreb doivent donc aussi compter sur les stratégies globales d'atténuation du changement climatique.
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À Lyon, les regrettables conséquences de la fascisation ambiante
La mort d'un militant d'extrême droite le 14 février à Lyon donne lieu à une offensive politique et médiatique contre le mouvement antifasciste et la gauche, dans un contexte de multiplication des violences d'extrême droite et de fascisation croissante.
Hebdo L'Anticapitaliste - 788 (19/02/2026)
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Après avoir alerté depuis des années sur l'implantation de groupes néo-nazis violents, la mort regrettable d'un militant de l'extrême droite nationaliste — passé par le groupe royaliste Action française et membre du groupuscule néofasciste Allobroges Bourgoin — fait resurgir sur le devant de la scène la situation du mouvement social opposé à l'extrême droite à Lyon.
Le contexte lyonnais
C'est en marge d'une réunion publique avec Rima Hassan, députée européenne du groupe LFI, que le collectif Némésis est venu, comme il le fait régulièrement depuis plus de deux ans dans de nombreux endroits, provoquer.
Cette fois, c'était à Lyon, où les groupes politiques de gauche, les collectifs antiracistes, de solidarité avec la Palestine, des librairies, des personnes racisées sont depuis des années victimes d'agressions de groupuscules violents, racistes et virilistes, développant, par conséquent, des stratégies d'autodéfense.
Ces groupes d'extrême droite s'en prennent à des lieux, des événements ou des personnes, sans aucune réaction de l'État.
L'extrême droite et le racisme tuent
L'extrême droite et ses idées tuent. Selon des études, sur les 53 meurtres à caractère idéologique perpétrés entre 1986 et 2021, 90 % ont été le fait de l'extrême droite. On pense à Federico Martín Aramburú, tué par balles par Loïk Le Priol et Romain Bouvier en 2022, membres du GUD (groupuscule fasciste d'extrême droite). Nous nous souvenons aussi de Clément Méric, militant antifasciste tué par l'extrême droite nationaliste en 2013.
N'oublions pas le meurtre raciste récent d'Ismaël Aali, victime d'un meurtre raciste au sud de Lyon, ou encore ceux de Djamel Bendjaballah, de Rochdi Lakhsassi, de Mustafa et Ahmid, de Hichem Miraoui ou d'Aboubakar Cissé pour des motifs racistes également, et en particulier islamophobes pour ce dernier.
La diabolisation de la gauche de rupture
La couverture médiatique est disproportionnée. Elle sert les intérêts de ceux qui, depuis plusieurs années, diabolisent une gauche qui ne renonce pas et les militantEs qui s'opposent sur le terrain à la fascisation.
Déjà, pour les élections municipales, le ministère de l'Intérieur avait classé LFI, il y a quelques jours, à l'extrême gauche. Aujourd'hui, Gérald Darmanin parle de la « milice de Mélenchon ».
La normalisation et la banalisation de l'extrême droite et de ses idées racistes, masculinistes et LGBTQIAphobes atteignent des sommets depuis deux ans.
Elles sont la conséquence de politiques antisociales et sécuritaires menées depuis des décennies par les gouvernements successifs, reprenant les idées racistes et la fermeture des frontières. Elles sont la conséquence d'une opposition syndicale et politique réduite au silence et réprimée par les différents gouvernements Macron.
Construire un front de masse
Depuis quelques jours à Lyon, des fascistes armés « patrouillent » dans la rue en vue de se venger. Ils ont attaqué des locaux d'organisations politiques ou syndicales comme LFI ou Solidaires, ou la librairie La Plume Noire. Les militantEs antifascistes, en particulier de l'ex Jeune Garde, sont publiquement accuséEs du meurtre et menacéEs de mort, leurs informations personnelles étant dévoilées en ligne. Nous leur adressons tout notre soutien.
Les fascistes idéalisent et romantisent la violence et la mort et menacent notre camp, celui des exploitéEs et des oppriméEs, tandis que l'antifascisme lutte pour l'égalité et la justice.
Plusieurs formes de combat existent. Mais il n'existe pas de raccourci pour lutter contre le fascisme. Pour s'y opposer, il faut l'unité — et pas seulement dans les élections — des forces syndicales et politiques attachées à la transformation sociale.
Plus que jamais, nous avons besoin de construire un front unitaire de masse capable de faire reculer les fascistes dans les urnes, mais surtout dans la rue, dans les quartiers, dans les entreprises.
Il y a urgence à tenir une ligne antifasciste unitaire, populaire et de masse face à la vague brune qui s'annonce. Antifascistes tant qu'il le faudra !
Le NPA-l'Anticapitaliste,
le 17 février 2026
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Grande-Bretagne : les racines de la crise du Parti travailliste
Le projet Starmer est en train de s'effondrer, explique Phil Hearse. Morgan McSweeney est parti. Peter Mandelson est parti. Et si le Parti travailliste perd les élections partielles de Gorton et Denton le 26 février, Keir Starmer pourrait bien suivre. Même s'il survit à cette épreuve, les défaites qui se profilent aux élections locales de mai – et potentiellement au Parlement écossais et au Senedd gallois– pourraient achever le travail.
Tiré d'Europe Solidaire Sans Frontières
16 février 2026
Dans l'état actuel des choses, Wes Streeting est le favori des bookmakers pour lui succéder – en supposant qu'Angela Rayner ne se présente pas en raison de ses problèmes fiscaux. Pourtant, aucun des deux ne rompra avec le carcan budgétaire que s'est imposé le Parti travailliste. Au contraire, Streeting devrait probablement pousser encore plus à droite : sur les dépenses publiques, sur la Palestine et sur le droit de manifester.
Chaque semaine apporte son lot de nouveaux scandales. Mais le véritable problème est plus profond. Le dénominateur commun est la déférence dont font preuve les principaux partis britanniques envers la richesse et le pouvoir.
Même sans scandales tels que les révélations sur Mandelson et Epstein, le Parti travailliste resterait prisonnier des contradictions de sa stratégie économique.
La crise du Parti travailliste est telle que beaucoup se demandent s'il pourra survivre. Lorsque le journal fidèle au Parti travailliste, Tribune, affirme que le parti est à bout de souffle, c'est que la situation est pour le moins extrêmement grave.
Le mythe de la croissance
Starmer et Rachel Reeves ont promis que la « croissance » économique générerait comme par magie des recettes fiscales.
Cela n'a pas été le cas. Cela s'explique en partie par le ralentissement de l'économie mondiale. Mais surtout, cela reflète un contexte national dans lequel les ménages ouvriers et les segments les plus pauvres de la classe moyenne ne disposent pas d'un pouvoir d'achat suffisant.
Le résultat ? Des millions de personnes sont confrontées à des salaires bas, des prestations sociales insuffisantes et une détérioration des services publics. Le système de santé (NHS) et les transports publics sont clairement en grande difficulté. Parallèlement, la crise du logement s'aggrave, empêchant de nombreuses personnes d'accéder à un logement décent et financièrement abordable.
Malgré cela, le Parti travailliste a continué à mettre en œuvre des politiques très impopulaires : maintien du plafond des allocations pour deux enfants, suppression des aides au chauffage en hiver et tentative de réduction des aides à la mobilité pour les personnes handicapées, mesures qui n'ont été retirées qu'après la révolte des députés de base. Ajoutez à cela le recul sur les engagements fondamentaux en matière de neutralité carbone et le refus de prendre des mesures significatives concernant Gaza, et les dégâts politiques apparaissent plus clairement.
Le recul du Parti travailliste dans les sondages était prévisible. Tout comme l'était son échec à contrer Reform UK en reprenant ses thèmes. En outre, l'obsession de la droite envers les petites embarcations qui traversent la Manche, les restrictions imposées aux maisons de retraite et au recrutement de personnel étranger par le service national de santé (NHS) risquent d'entraîner une réduction drastique du nombre de places disponibles dans les maisons de retraite et une nouvelle diminution du nombre d'employé.es du NHS.
Si l'objectif est d'encourager les Britanniques à occuper ces postes, cela a peu de chances de réussir. Les chômeur.es ne voudront pas accepter des emplois mal rémunérés, avec des horaires de travail très longs, et qui exigent des compétences qu'ils ne possèdent pas.
Les nouvelles restrictions imposées aux étudiant.es étrangers, notamment celles qui concernent le regroupement familial pour les titulaires d'un diplôme, auront des répercussions tant sur le financement de l'enseignement supérieur que sur le nombre de travailleur.es qualifiés et de chercheurs qui souhaitent rester en Grande-Bretagne. Pourquoi ne pas plutôt aller au Canada ou en Australie, qui sont plus accueillants ?
On ne peut pas battre Reform en reprenant ses slogans « Ne les laissez pas entrer » et « Renvoyez-les chez eux ». Les positions d'Enoch Powell et du Front national dans les années 1970, qui prônaient « l'arrêt de l'immigration et le rapatriement », sont en train de devenir celles de tous les grands partis. Il est honteux que ce soit désormais la politique du gouvernement travailliste.
Et l'opinion largement répandue, mais totalement fausse, selon laquelle ce sont les immigrant·e·s qui sont responsables de la crise des services publics ignore les véritables causes : des décennies de sous-investissement, de privatisation et de restrictions budgétaires.
Le tabou fiscal
Dès qu'on évoque une augmentation des impôts, les grands partis protestent en affirmant que les citoyen·ne·s ordinaires sont déjà à bout. Mais cela occulte délibérément la source potentielle de recettes fiscales substantielles.
L'impôt sur les sociétés reste faible par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Les profits colossaux sont peu ou pas imposés.
D'énormes fortunes personnelles sont protégées dans des paradis fiscaux extraterritoriaux. La Grande-Bretagne ne manque pas d'argent, elle manque de volonté politique. C'est le cas de dizaines de sociétés transnationales qui engrangent d'énormes profits au Royaume-Uni. Elles paient un minimum d'impôts au motif que leur siège social se trouve en Irlande, en Suisse ou au Luxembourg et que leurs filiales britanniques sont tenues de payer des licences très élevées, ce qui ne laisse que peu ou pas de revenus imposables au Royaume-Uni.
Les géants de la haute technologie tels qu'Apple, Amazon, Jigsaw (Google), Meta (Facebook), Microsoft, X (Elon Musk) et OpenAI bénéficient tous d'un régime fiscal réduit ou nul pour leurs activités britanniques. En outre, des milliards de richesses imposables dans le monde, évaluées à 388 milliards de livres sterling par an, échappent à l'impôt dans des paradis fiscaux, dont la majorité sont des territoires britanniques d'outre-mer.
Les services publics en déclin
Le Parti travailliste s'étant engagé à respecter des règles budgétaires strictes, il reste difficile d'apporter des améliorations significatives au service national de santé NHS, aux soins aux personnes âgées et au logement. Dans l'ensemble des services publics, le tableau est sombre.
L'eau en est un exemple flagrant. La privatisation a généré d'énormes profits pour les investisseurs, une augmentation des factures pour les consommateurs et un sous-investissement chronique dans l'infrastructure. Résultat : des rivières polluées et des plages recouvertes de déchets provenant des égouts.
La pénurie de logements aggrave la pauvreté. Tout cela crée un terrain fertile pour Nigel Farage et Reform UK. L'opposition n'a guère besoin de faire d'efforts.
L'ombre du New Labour
Ce qui se déroule actuellement, c'est une tentative de recréer le New Labour de Tony Blair. Parmi les dirigeants du Parti travailliste – de Streeting à Miliband, de Rayner à Starmer – il existe un large consensus sur le fait que le bilan du New Labour est presque sacré : pragmatique, moderne, couronné de succès électoraux.
Mais ce récit est un mythe. Le soutien au New Labour a commencé à s'effriter en raison du rôle joué par Tony Blair dans le soutien apporté à George W. Bush dans les guerres en Irak et en Afghanistan. Sur le plan intérieur, il a pris fin en 2010 avec l'austérité et un effondrement politique après des années de complaisance envers les banques et les institutions financières.
Lorsque les produits financiers adossés à des créances hypothécaires se sont effondrés en 2008, l'État a renfloué Northern Rock, Lloyds et la Royal Bank of Scotland, et a également accordé des sommes importantes à d'autres banques. Le coût s'est élevé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Une période d'austérité s'en est suivie, d'abord sous les chanceliers travaillistes Gordon Brown et Alistair Darling, puis sous David Cameron et George Osborne.
Les partenariats public-privé ont laissé une dette à long terme qui continue de peser sur les budgets de la santé, certains groupes hospitaliers versant chaque année des millions d'euros en intérêts avant de pouvoir commencer à fournir des services à la population.
Les restrictions budgétaires se manifestent également dans la lenteur des indemnisations versées aux victimes du scandale de la Poste, de la catastrophe du sang contaminé et du scandale Windrush [1]. Les femmes WASPI [2], touchées par le relèvement rapide de l'âge de la retraite, se sont vu refuser toute indemnisation.
Mandelson et la machine du parti
Il n'y a guère de raison de verser des larmes pour Morgan McSweeney ou Peter Mandelson. À différentes époques, tous deux ont contribué à marginaliser la gauche du Parti travailliste et à orienter le parti vers des politiques néolibérales et anti-gauche de plus en plus marquées.
Morgan McSweeny a gravi les échelons de la hiérarchie du Parti travailliste sous l'aile protectrice de Steve Reed, alors président du conseil municipal de Lambeth, dont il est devenu le chef de cabinet.
Plus récemment, il aurait entretenu des liens étroits avec Peter Mandelson tout en conseillant Keir Starmer.
Mandelson – aux côtés de Blair et Brown – a été l'un des principaux architectes du « blairisme ». La clause 4 de la charte du parti [3], largement symbolique, sur la propriété commune a été balayée, la politique a basculé à droite et les relations avec l'élite fortunée se sont développées.
Les liens étroits de Mandelson avec les méga-riches et ses positions fortement pro-américaines et pro-israéliennes étaient des atouts pour un nouvel ambassadeur aux États-Unis. Après tout, le président américain a lui aussi de multiples liens avec les riches et les célébrités internationales, un monde où l'hostilité envers les besoins et les droits des gens ordinaires est considérée comme normale.
Mandelson a dit un jour : « Chaque matin, je me réveille en pensant à la manière de faire tomber Jeremy Corbyn. » L'aile droite du parti a tenté de destituer Corbyn pour la première fois en 2016 [4] en présentant Owen Smith contre lui. La campagne de Smith a été soutenue par Keir Starmer, Yvette Cooper, Ed Miliband, Sadiq Khan, Margaret Beckett, Harriet Harman et des dizaines d'autres députés travaillistes, ainsi que par certains syndicats, dont le GMB et l'USDAW [5].
Le résultat a été une défaite humiliante pour Smith, qui n'a obtenu que 38 % des voix.Mais si l'on examine ce chiffre de plus près, on constate que Smith avait obtenu 81 % des voix des député.e.s, 46 % des syndicats et 40 % des adhérent.e.s dans les circonscriptions locales. Cependant, ces votes ont été noyés dans la masse des 123 000 membres inscrit.e.s, à qui le droit de vote avait été accordé en 2015 et 2016. Ce fut un choc pour la droite travailliste, qui décida qu'il fallait prendre des mesures beaucoup plus sérieuses pour affaiblir Corbyn, et cela indique clairement que Mandelson a été impliqué dans la chasse aux sorcières qui a suivi contre lui.
L'exemple du logement
La question de l'habitat est l'un des échecs les plus flagrants de l'ère Starmer. Le Parti travailliste s'était engagé à stimuler considérablement la construction de logements et à développer l'offre de logements abordables, en promettant de faire disparaître les « entraves » réglementaires en matière d'urbanisme. Pourtant, peu d'investissements publics significatifs ont suivi.
La crise du logement reste un facteur majeur de pauvreté et d'insécurité. Les promesses de construction à grande échelle de logements sociaux ne se sont pas concrétisées. Le Parti travailliste avait promis 300 000 nouveaux logements par an jusqu'en 2029. L'année dernière, seuls 122 500 ont été construits, soit une légère augmentation par rapport à l'année précédente, mais loin de l'objectif de 300 000.
Tout le monde sait qu'il est extrêmement difficile d'accéder à la propriété lorsque le prix moyen d'une maison en Grande-Bretagne est de 300 000 livres sterling et atteint le montant astronomique de 553 000 livres sterling à Londres. Le loyer d'un appartement de deux chambres est également extrêmement élevé.
De nombreux locataires privés consacrent 50 % ou plus de leur revenu disponible au paiement de leur loyer ou de leurs mensualités hypothécaires.
La crise du logement et les bas salaires sont clairement illustrés par le chiffre qui indique qu'environ 30 % des personnes vivent encore chez leurs parents à l'âge de 30 ans.
La crise du logement et le coût élevé des services publics entraînent un transfert substantiel du revenu disponible vers le capital financier. Cela signifie que des centaines de milliers de ménages utilisent leurs économies et leurs cartes de crédit pour faire face à leurs dépenses courantes. Ils sont, en fait, prisonniers de l'endettement.
La question fondamentale
La crise à laquelle est confronté le Parti travailliste n'est pas seulement une affaire de personnalités. C'est une question de politique économique. Les services publics s'effondrent. Les inégalités se creusent. Le niveau de vie stagne. Et pourtant, la direction du parti refuse de remettre en cause les structures qui produisent ces résultats.
La conclusion est inévitable : si la Grande-Bretagne veut reconstruire son domaine public – du système de santé (NHS) au logement, des collectivités locales aux équipements d'infrastructure environnementale –, les recettes de l'État doivent augmenter.
Les dépenses publiques représentent un pourcentage du PIB inférieur à celui d'autres États comparables. En Allemagne, par exemple, elles représentent 58 % du PIB ; en France, 57 %. En Grande-Bretagne, elles sont d'environ 40 %, soit juste au-dessus du taux des États-Unis (37-38 %), tandis qu'au Brésil, elles ne sont que de 20 %. Il ne s'agit pas seulement de données économiques ; ces chiffres reflètent l'ampleur de la réduction des dépenses publiques en Grande-Bretagne.
Les mouvements politiques qui prônent un rééquilibrage de l'économie britannique en faveur des travailleure.s et un changement d'orientation en faveur des pauvres et des victimes à l'échelle internationale ont à mener une lutte politique majeure. Sans cela, l'extrême droite comblera le vide politique que la gauche n'a pas su occuper.
Un gouvernement qui œuvre pour la majorité, les millions de personnes sans ressources importantes, qui luttent pour joindre les deux bouts, doit prendre le taureau par les cornes et s'attaquer à la redistribution des richesses et du pouvoir. Tant que cette question ne sera pas abordée franchement, le cycle de la déception se poursuivra et l'espace politique restera ouvert à Reform UK, aux conservateurs ou à une coalition des deux.
Phil Hearse
P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
Source - Anti*Capitalist Resistance. Lundi 16 février 2026 :
https://anticapitalistresistance.org/roots-of-the-labour-crisis/
• Phil Hearse est membre du Syndicat national de l'éducation et un partisan d'Anti*Capitalist Resistance.
Notes
[1] En 2018, des milliers de migrant.e.s des Caraibes, citoyen.ne.s britanniques arrivés avant la loi sur l'immigration de 1973, n'avaient pas été en mesure, faute de papiers, de prouver leur nationalité lors du durcissement des lois sur l'immigration et avaient été traités comme des clandestins, licenciés, privés de soins ou expulsés.
[2] Women Against State Pension Inequality :. 3,8 millions de femmes nées dans les années 1950 sont privées de plusieurs années de pension à cause du relèvement brutal de l'âge légal de départ à la retraite (de 60 à 65 ans, puis 66 ans) à partir de 2010. Le mouvement est massif, populaire et dynamique.
[3] Article 4 de la constitution originale du Labour Party, adopté en 1918 qui prévoyait « La nationalisation des moyens de production, de distribution et d'échange » . Supprimé en 1995 sous l'impulsion de Tony Blair.
[4] A la suite de la défaite au référendum sur le Brexit.
[5] Deux des plus gros syndicats avec respectivement 620 0000 et 400 000 adhérent.e.s
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D’un Munich à l’autre Mais, de quelle sécurité nous parlent-ils ?
D'un Munich à l'autre, ceux d'en bas de par le monde, restent spectateurs au même spectacle gran guignolesque offert par les puissants. Ceux qui n'ont jamais eu le moindre scrupule quand il s'agit de sacrifier les pauvres et les petits sur l'autel de leurs intérêts.
yorgos mitralias
Tiré de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/230226/d-un-munich-l-autre-mais-de-quelle-securite-nous-parlent-ils
Le dessin est de Sonia Mitralia
À première vue, tout sépare la conférence de Munich en1938 de la conférence sur la sécurité de Munich en 2026. La première a vu le sacrifice de la Tchécoslovaquie sur l'autel de la politique d'apaisement de Hitler par les « grandes démocraties » européennes, ce qui a permis à ce Hitler « apaisé » de déclencher la Seconde Boucherie mondiale en envahissant la Pologne un an plus tard. Quant à la seconde en 2026, elle n'a produit pratiquement aucun résultat tangible, se limitant à constater ce qu'on savait déjà : la profonde crise transatlantique et la fin de l'ordre (néo)libéral international. En somme, à première vue, la seule chose que ces deux conférences ont en commun est le nom de la ville qui les a accueillies, Munich.
Et pourtant, un coup d'œil un tant soit peu plus attentif à ce qui s'est passé à cette 62e Conférence sur la Sécurité, révèle plus que des simples similitudes avec la si tristement célèbre conférence de Munich de 1938. C'est ainsi qu'à distance de 88 ans, la Conférence sur la Sécurité de 2026 peut se targuer de ses non-dits qui se traduisent dans une série des « sacrifices » aussi, sinon plus importants que le sacrifice de la Tchécoslovaquie en 1938. Et le premier et de (très) loin le plus important de ces sacrifices consentis par l'ensemble des puissances occidentales, est indiscutablement celui qui concerne la plus grave menace qui pèse sur la sécurité de l'humanité toute entière : la catastrophe climatique ! Trois jours des discours de nos gouvernants occidentaux et pas un mot ( !) sur la catastrophe climatique, à l'exception en tout et pour tout de ces quelques mots misérables et climato-négationnistes du ministre des affaires étrangères des Etats-Unis Marco Rubio : « Afin de complaire à un culte climatique, nous nous sommes imposé des politiques énergétiques qui appauvrissent nos peuples » !
Alors, on peut légitimement se demander de quoi ont-ils parlé toutes ces éminences durant la Conférence sur la Sécurité, quand ils ont passé sous un silence assourdissant la crise climatique considérée de plus en plus et à juste titre comme la plus grande menace contre ce qui est exactement l'objet de leur conférence : la sécurité. La sécurité de chacune de leurs nations ainsi que du monde entier ! D'ailleurs, ce n'est pas un hasard qu'il y a seulement trois mois, « l'Islande a qualifié l'effondrement potentiel d'un important système de courants océaniques dans l'Atlantique (provoqué par la crise climatique) de menace pour la sécurité nationale et d'enjeu existentiel » (1)
En mots simples, ils ont sacrifié la catastrophe climatique sur l'autel de leurs intérêts matériels (capitalistes) et à court terme, refusant ostensiblement de voir le terrible désastre qu'est en train de préparer leur aveuglement criminel. Exactement comme l'avaient fait leurs ancêtres politiques il y a 88 ans, quand ils avaient choisi de sacrifier les Tchécoslovaques et leurs pays afin de préserver la paix en satisfaisant… le Friedenskanzler (chancelier de la paix) Adolf Hitler ! On connait l'horrible suite…
Il est à noter que les réactions -enthousiastes et standing ovation- des célébrités politiques présentes au discours de Rubio, ne peuvent que rappeler un autre enthousiasme tristement célèbre : celle de la majorité des gouvernants et des médias à l'annonce du résultat de la conférence de 1938. Un enthousiasme provoqué par le ton un peu plus conciliant de Rubio en 2026, et par les professions de foi pacifistes de Hitler en 1938. Le commentaire si pertinent, mais seulement chuchoté en privé, de l'alors premier ministre Français Edouard Daladier « Ah les cons ! S'ils savaient » reste d'une brulante actualité…
Malheureusement, en plus de la catastrophe climatique, nos gouvernants participants à la Conference sur la Sécurité de 2026 ont « sacrifié » et par conséquent, ont « oublié » de traiter plusieurs autres grandes questions de nos temps qui déterminent le présent et l'avenir de la… sécurité de l'humanité. Par exemple, ils sont restés de marbre devant les tragédies africaines, feignant ne pas voir les malheurs (génocides, famines de masse, guerres civiles, coups d'état, dictatures, arrêt de l'aide américaine,…) qui frappent le continent africain. C'est comme si l'Afrique n'existait pas pour ses anciennes et actuelles puissances coloniales et néocoloniales, lesquelles « oublient » qu'elles ont contribuée et continuent de contribuer grandement à ses présentes tragédies.
Ceci étant dit, les « oublis » de la Conférence de Munich sur la Sécurité 2026 ont atteint des sommets de cynisme quand l'Américain Marco Rubio n'a même pas prononcé le mot Ukraine dans son discours, et pire, quand l'ensemble des participants occidentaux ont préféré rien dire ni du génocide, toujours en cours, des Palestiniens de Gaza, ni des violences meurtrières dans les Territoires occupées perpétrées quotidiennement par l'armée de Netanyahou et ses colons. Comme si ces deux guerres coloniales d'extermination des populations indigènes n'avaient absolument rien à faire avec la…sécurité non seulement des populations ukrainiennes et palestiniennes, mais aussi de nous tous et toutes en Europe, au Moyen Orient et au monde entier !
Il va de soi que pour les Etats-Unis de Trump, la silence de Marco Rubio sur la catastrophe climatique, le génocide des Palestiniens de Gaza et la guerre de Poutine contre l'Ukraine ne peut pas surprendre car il correspond parfaitement aux politiques et aux actes du trumpisme : le changement climatique n'est qu'une escroquerie, l'extermination des Palestiniens se fait par Israël avec la complicité active de Trump, et Poutine jouit dans sa guerre contre l'Ukraine du soutien de Trump, lequel a d'ailleurs réduit l'aide à l'Ukraine à… zéro. Oui, à zéro !
Mais, quid des silences ou des demi-vérités des Européens ? Leur complicité avec l'État sioniste et ses crimes et leur suivisme traditionnel vis-à vis des Etats-Unis n'expliquent pas tout. Surprises et profondément déstabilisées par Trump et son chambardement de “l'ordre international” et des bonnes vieilles certitudes néolibérales, les bourgeoisies européennes et leurs gouvernements ne savent plus à quel saint se vouer. Et cela d'autant plus que leur unité est malmenée par des fractions dissidentes toujours plus consistantes, qui semblent céder définitivement au charme -pas si discrets que ça- d'une extrême droite de plus en plus dure ou même néonazie. Alors, les Européens préfèrent se taire ou macher leurs mots, laissant leur secrétaire de l'OTAN, cet incroyablement servile Marc Rutte libre d'appeler Trump… « daddy » !
Après tout ce qui précède, on ne peut que s'exclamer : mais, de quelle sécurité nous parlent-ils ? De la sécurité de qui ? Et aussi, de quelle paix et de quel droit international ? De quels droits et de quelles libertés démocratiques ? De quelle démocratie ? D'un Munich à l'autre, ceux d'en bas de par le monde, restent spectateurs au même spectacle gran guignolesque offert par les puissants. Ceux qui n'ont jamais eu le moindre scrupule quand il s'agit de sacrifier les pauvres et les petits sur l'autel de leurs intérêts. Le reste n'est que poudre aux yeux et basse démagogie…
Note
1. Trump au Groenland : colonialisme à l'ancienne et accélération de la catastrophe climatique ! : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/160126/trump-au-groenland-colonialisme-lancienne-et-acceleration-de-la-crise-climatique
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L’insensée invasion russe de l’Ukraine a quatre ans
La guerre en Ukraine ressemble de plus en plus à un acte irréfléchi de la Russie qui semble incapable de sortir des ornières de ce conflit qui l'engloutit lentement, massacrant sa population.
Avant le 24 février 2022, la Russie était avec la Chine et les États-Unis une des trois grandes puissances militaires structurant le monde. Elle est devenue le 24 février 2026 un pays vassal de la Chine ployant sous une économie de guerre qui décime sa population a un point qu'elle use toutes les arnaques possibles pour attirer frauduleusement chez elle des citoyens de tous ses pays amis pour en faire de la chaire à canon en Ukraine. Si la Russie dispose encore de quelques avantages, elle n'en est pas moins entraînée dans les bas-fonds de l'Histoire.
Les forces de la Russie
Pour se préparer à souffler les quatre bougies de son invasion de l'Ukraine, la Russie y a envoyé le 22 février des centaines de drones et une cinquantaine de missiles sur les infrastructures logistiques, installations énergétiques et ferroviaires dans plusieurs régions.
Pour faire cette guerre, elle utilise des leviers économiques, politiques et idéologiques soutenant des partis populistes lui étant favorables comme l'AfD. Sa guerre hybride, qui inclut des sabotages et des cyberattaques, cherche à susciter la peur dans les populations civiles pour remplacer des gouvernements hostiles par d'autres, plus amicaux. La résultante en est que certains pays hésitent à utiliser des avoirs russes gelés.
La Russie tenterait aussi de contourner l'Union européenne et de traiter avec ses États membres pour exploiter leurs vulnérabilités, telle leur dépendance énergétique. La Hongrie se positionne comme un de ses pions en Europe qui tenterait de bloquer l'adoption du 20e paquet de sanctions européen contre la Russie.
Les capacités de régénération militaire de la Russie inquiètent le Service suédois d'intelligence militaire et de sécurité (MUST) qui croit qu'elle pourrait déclencher un nouveau conflit d'ici un an tout en continuant son engagement en Ukraine. Selon ce service, la Russie a réussi à basculer dans une véritable économie de guerre et la production de systèmes lourds, d'armes et de munitions a considérablement augmenté. Elle transformerait aussi le conflit ukrainien en un laboratoire géant sur le combat moderne, dont les enseignements seraient rapidement intégrés. La tolérance russe aux pertes économiques et humaines donnerait une grande liberté d'action aux militaires.
Des objectifs mal évalués
L'existence de multiples opérations militaires fait dire au commandant en chef de l'armée ukrainienne, le général Oleksandr Syrsky, que la guerre n'est pas dans une impasse et qu'elle se fait en mer, dans les airs et sur terre. Il constate aussi que s'installe de plus en plus une guerre des technologies et même des économies.
Mathieu Boulègue, chercheur associé à la Chatham House, un groupe d'experts londoniens affirme que le grand objectif de guerre des généraux russes reste de soumettre l'Ukraine, bien que dans la réalité ils n'ont pas les capacités humaines et matérielles de le faire.
Selon le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, les Russes ne sont pas en train de gagner. Il affirme que les avancées des troupes russes en Ukraine, se font essentiellement à la vitesse laborieuse d'un escargot de jardin. L'opération militaire spéciale de la Russie n'aurait permis que de conquérir environ 12 % du territoire ukrainien. Cela s'ajoute aux 8 % pris en 2014 lors de la conquête d'une partie du Donbass et l'annexion de la Crimée.
La situation se serait même inversée dernièrement et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué l'armée de Kiev pour la récente libération de 300 km2 de son territoire. Il considère donc qu'après quatre ans, le bilan des Russes est un échec humiliant.
La sociologue et politologue spécialiste de la Russie, chercheuse à l'Institut des sciences sociales du politique et maîtresse de conférences à l'université Paris-Nanterre, Anna Colin Lebedev, affirme à ce sujet que si Poutine n'a pas réussi à détruire l'Ukraine, il a réussi à détruire la Russie.
Des pertes énormes pour des broutilles
Tout cela se ferait à un important coût humain. Le général Oleksandr Syrsky, commandant de l'armée d'Ukraine, affirme que les pertes de l'armée russe ont dépassé son niveau de recrutement.
Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, 1000 soldats russes sont tués quotidiennement sur le front pour des gains qui sont microscopiques.
Le ministre britannique de la Défense, John Healey, affirme qu'au cours des deux derniers mois, les pertes militaires russes auraient atteint 30 000 soldats en janvier et 35 000 en décembre.
Selon l'Institute for the Study of War (ISW), chaque kilomètre carré pris a occasionné la perte de 87 soldats en janvier et de 76 en décembre.
L'envahisseur aurait eu dans cette guerre plus d'un million de pertes humaines. Jean-Noël Barrot affirme que cela serait plus que l'ensemble des pertes de l'URSS et de la Russie depuis 1945.
Les pertes russes seraient telles, que le pays aurait recruté plus de 1,000 Kenyans. Le ministre britannique de la Défense, John Healey, commente à ce sujet qu'il y aurait dans l'armée russe des soldats cubains, népalais, pakistanais et indiens, qui s'ajouteraient à 17 000 Nord-Coréens. Quelques mois plus tôt, en novembre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, avait aussi indiqué qu'au moins 1436 ressortissants de 36 pays d'Afrique se battaient aux côtés des Russes.
L'ironie de la situation serait qu'en quatre ans, selon l'ancien colonel et analyste militaire Michel Goya, l'armée postsoviétique de l'Ukraine se serait transformée en l'armée la plus puissante d'Europe avec près de 800 000 soldats et autant de brigades terrestres que dans tous les pays de l'Union européenne réunie. La Russie n'avait sûrement pas prévu cette situation en entrant en Ukraine le 24 février 2022.
Michel Gourd
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L’obsession de la classe dirigeante russe pour l’Occident
Malgré sa rhétorique de soutien aux pays anciennement colonisés, le seul objectif du pouvoir poutinien est de faire partie du cercle des nations qui gouvernent le monde, à l'instar des États-Unis. Pour cela, il est prêt à sacrifier ses partenaires non occidentaux.
16 février 2026 | traduit de Vientosur.info
https://vientosur.info/la-obsesion-por-occidente-de-la-clase-dirigente-rusa/
Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022, les dirigeants russes ont souligné à plusieurs reprises l'importance de cette guerre, présentée comme « anticolonialiste », pour la « majorité mondiale » asservie par « l'Occident collectif ». Selon les déclarations de Vladimir Poutine, la Russie serait même devenue l'un des fers de lance des pays non occidentaux, les plus nombreux, qui trouveraient enfin les moyens de défendre leur souveraineté et leurs intérêts nationaux.
Les objectifs ouvertement proclamés d'annexion de nouveaux territoires en Ukraine ne sont étrangement pas perçus comme contradictoires avec cette prétendue mission anti-impérialiste de la Russie. Par exemple, l'un des principaux propagandistes du Kremlin, l'écrivain Zakhar Prilepin, a récemment déclaré : « Notre empire est anticolonialiste. Historiquement, nous avons construit notre pays sur des fondements anticolonialistes ».
Si la logique de cette proposition n'est pas évidente, c'est surtout le comportement concret de Moscou envers la « majorité mondiale » qui permet de révéler sa supercherie. Au cours des quatre dernières années de guerre en Ukraine, aucune initiative lancée par des pays non occidentaux, qu'ils appartiennent ou non au BRICS, n'a donné lieu à des pourparlers de paix significatifs. Moscou a systématiquement ignoré les tentatives, même déclaratives, de pays comme la Turquie, le Brésil et la Chine, de se proposer comme médiateurs.
Une médiation de leur part, malgré ses faibles chances de succès, aurait pu créer un précédent pour renforcer les acteurs non occidentaux et créer de nouveaux mécanismes de sécurité internationale, tandis que la « majorité mondiale » serait passée d'une figure rhétorique à un facteur réel de la politique mondiale.
Après le retour au pouvoir de Donald Trump, c'est le contraire qui s'est produit. La Russie a accepté avec enthousiasme le modèle de négociations souhaité par la Maison Blanche, selon lequel la Russie et les États-Unis auraient le droit de décider du sort de l'Ukraine (y compris la partition de ses territoires). Dans ce modèle, l'Ukraine, en tant que petit pays dépendant, est réduite à un objet subissant les pressions respectives des principaux acteurs mondiaux, un principe qui peut difficilement être qualifié d'anticolonial.
Poutine à la recherche d'un « nouveau Yalta »
La volonté d'engager des discussions directes avec Trump n'est pas seulement une manœuvre tactique, mais reflète la vision du monde de l'élite russe. Cette vision est à la fois impériale et coloniale, car elle repose sur un profond ressentiment envers l'Occident, qui refuse d'accepter la Russie comme un égal, c'est-à-dire comme membre d'un club exclusif de souverains qui dictent leur volonté au reste du monde.
Il n'est pas anodin que Vladimir Poutine ait mentionné à plusieurs reprises la nécessité d'un « nouveau Yalta ». Comme après la Seconde Guerre mondiale, une réunion des dirigeants des superpuissances établirait un ordre international solide, et la Russie retrouverait la position géopolitique avantageuse de l'Union soviétique (sans toutefois les idées universalistes et émancipatrices que celle-ci prétendait diffuser à travers l'Internationale communiste).
Le but ultime de la guerre russe en Ukraine n'est pas de mener une rébellion d'esclaves, mais d'obtenir la reconnaissance des maîtres et de s'élever à leur niveau. L'Ukraine et son peuple martyrisé ne sont qu'un moyen d'atteindre cet objectif.
Dans une telle dialectique entre maître et esclave, décrite en son temps par le philosophe allemand Hegel, la reconnaissance par la « majorité mondiale » (l'Inde, la Chine et plus encore les pays africains) n'a aucune importance symbolique, car ces pays ne sont pas considérés comme égaux par la classe dirigeante russe elle-même, dont la mentalité reste raciste et occidentocentrique.
L'obsession pour l'Occident, considéré à la fois comme le principal adversaire et le seul partenaire potentiel, trouve ses racines dans l'héritage réactionnaire de l'Empire russe. Depuis le XIXe siècle, les penseurs monarchistes russes, qui inspirent aujourd'hui les idéologues de Poutine, justifient la singularité de l'autocratie russe par un contraste radical entre les valeurs morales russes et occidentales.
Cette pensée conservatrice glorifie l'obéissance des Russes comme une forme élevée de spiritualité et de soumission à la volonté divine, tandis que l'Occident, avec ses droits civils et sa démocratie, s'enfoncerait de plus en plus dans l'abîme de la dégradation morale. La logique du nationalisme impérial russe et sa quête d'expansion extérieure ne peuvent être comprises sans cette opposition.
Rapidement comblé, le fossé creusé par la révolution de 1917 n'était pas seulement une tentative de libération sociale. Il proposait un dépassement radical de la mentalité esclave de l'Occident à travers un projet mondial d'égalité et d'autodétermination pour les peuples opprimés par le colonialisme (y compris ceux assujettis à l'Empire russe). Un quart de siècle après la chute du bloc soviétique, la Russie de Poutine a complètement abandonné cette promesse subversive, pour mieux revenir aux traditions les plus sombres de l'autocratie russe.
Récemment, un code des « valeurs traditionnelles russes », élaboré par un département spécial du bureau du président chargé de l'idéologie d'État, a été présenté à Moscou. Selon ce document, l'histoire de ces valeurs aurait commencé avec la division du christianisme entre l'Orient et l'Occident, c'est-à-dire l'orthodoxie (le « vrai ») et le catholicisme (le « faux »). Les Russes sont déclarés les véritables héritiers de la « civilisation gréco-romaine européenne », tandis que l'Occident, avec sa démocratie et ses droits de l'homme, aurait trahi ce grand héritage.
Assad, Maduro, Khamenei : des alliés sacrifiés
En conséquence, toutes les « valeurs traditionnelles » russes sont formulées en opposition à celles de l'Occident : l'idéalisme s'oppose au rationalisme, le collectivisme à l'individualisme, etc. Le conflit actuel avec le monde occidental n'est pas seulement géopolitique pour le pouvoir poutinien, mais aussi idéologique : il est essentiel de démontrer que la vision « russe » de la nature humaine est correcte, tandis que la vision occidentale est fondamentalement erronée.
Les ingérences menées au profit de l'extrême droite doivent s'inscrire dans cette vision. Pour être véritablement reconnue comme égale, la Russie de Poutine a besoin de voir son image autoritaire se refléter dans un Occident revenu de ses erreurs. Seule une Europe modelée par Marine Le Pen ou Alice Weidel, la dirigeante du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne, peut l'aider à atteindre son objectif de manière durable.
Les appels à la « majorité mondiale » ne sont donc qu'un moyen d'atteindre un but qui n'a rien à voir avec l'anticolonialisme, mais tout à voir avec un projet impérialiste. La Russie de Poutine ne lutte même pas pour un monde multipolaire dans lequel tous les pays, aussi autoritaires soient-ils, seraient totalement souverains dans leurs décisions.
De plus, le régime russe est prêt à sacrifier sans regret ses alliés les plus proches si nécessaire, les traitant comme des monnaies d'échange dans ses relations avec les États-Unis.
Au cours de l'année dernière, la Russie s'est facilement adaptée à la chute du régime d'Assad en Syrie, après l'avoir soutenu avec d'énormes ressources militaires et financières, au prix de nombreuses vies humaines. Moscou n'a pratiquement pas réagi non plus à l'enlèvement de Maduro et à la menace d'une attaque américaine contre l'Iran.
Le « virage vers l'Est » déclaré par le Kremlin après le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'introduction de sanctions contre la Russie s'est réduit à la diffusion de produits chinois sur le marché intérieur russe et à l'utilisation de pays comme l'Inde pour exporter du pétrole russe. Dans ce qui reste de la sphère publique, les Russes continuent de ne pas s'intéresser aux cultures non occidentales.
En réalité, la classe dirigeante du pays reste prisonnière d'une mentalité occidentalo-centrée et pleine de ressentiment, indissociable de la nature autoritaire et réactionnaire de son gouvernement.
Tout comme l'Empire russe il y a deux cents ans, la Russie de Poutine est, comme l'a écrit un grand poète russe, « un pays d'esclaves et un pays de maîtres ». Fondé sur des inégalités colossales, le modèle social de la Russie moderne aura constamment besoin d'une mobilisation militariste, motivée par la lutte désespérée et sans fin du régime pour être reconnu par l'Occident.
Extrêmement dangereux, ces complexes de la classe dirigeante ne peuvent être surmontés que par un changement démocratique et social radical. Seule une véritable égalité au sein de la Russie conduira au respect de l'indépendance des autres pays et à la capacité de les traiter comme des égaux, plutôt que comme des objets d'oppression et de domination.
Publié dans mediapart 8/02/2026
Traduction : Faustino Eguberri
Ilya Budraitskis est un militant de gauche et un auteur spécialisé dans la théorie politique. Il est chercheur invité à l'université de Californie à Berkeley. Il est l'auteur de Dissidents Among Dissidents : Ideology, Politics and the Left in Post-Soviet Russia (Verso, 2022, non traduit). Il s'agit de sa première chronique pour Mediapart.

En défense de Cuba contre les mesures néocoloniales d’embargo et de famine imposées par Trump
Le blocus énergétique et alimentaire imposé par Washington aggrave la crise humanitaire et menace la souveraineté de toute l'Amérique latine
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
13 février 2026
Par Ana C. Carvalhaes C., Israel Dutra, Joäo Machado, Manuel Rodriguez Branchs
Le néofasciste de la Maison Blanche tente de mettre à genoux l'île des Caraïbes et son gouvernement, en les étranglant économiquement une fois pour toutes, en assassinant son peuple sous le joug de l'obscurité et de la pénurie. Mais il ne s'agit pas « seulement » d'une guerre contre Cuba et sa tradition révolutionnaire. C'est la poursuite de la guerre contre la souveraineté de tous les pays latino-américains et des peuples latinos aux États-Unis. Les gouvernements sociaux-démocrates, en particulier Lula, Petro, Orsi et les autres, doivent s'opposer avec force à ce crime dans tous les forums et organismes internationaux.
Après la « prise » de facto du Venezuela par les États-Unis, avec l'enlèvement de Maduro et Flores le 3 janvier, l'objectif principal des stratèges d'extrême droite qui entourent Trump est l'île des Caraïbes, qui est le haut lieu des résistances à deux empires depuis le XIXe siècle. Cuba a été le théâtre de la seule révolution anticapitaliste victorieuse en Amérique, entre 1959 et 1961, menée par Mouvement 26 juillet (le mouvement de Fidel Castro) et par le peuple travailleur des plantations de canne à sucre et des usines.
Depuis Washington et depuis Caracas, transformée – par la force des armes et des sanctions – en une sorte de capitale d'un vice-royaume en plein XXIe siècle, les faucons yankees ont déclaré la guerre à Cuba, un petit pays isolé par la nature et la géopolitique, dont le développement a été limité par des décennies de blocus américain et de dépendance énergétique et alimentaire vis-à-vis de l'étranger.
La première étape de l'attaque en cours a été la coupure de l'approvisionnement en pétrole vénézuélien, qui, depuis le premier gouvernement d'Hugo Chávez (1998), garantissait le fonctionnement de l'économie de l'île. Un ordre rapidement exécuté par Delcy Rodríguez. Cuba a besoin de 100 000 barils de pétrole par jour et en produit 40 000. L'attaque actuelle consiste à exercer une pression intense pour que le dernier fournisseur de pétrole de Cuba, le Mexique, cesse d'envoyer des pétroliers, ce que Claudia Sheinbaum a superbement refusé de faire.
Dans le même temps, dans un festival de provocations médiatisées caractéristiques d'un showman génocidaire, Trump a appelé le dirigeant cubain Díaz-Canel au téléphone pour « négocier » rien de moins que la fin de la souveraineté du pays. Trump affirme que Cuba capitulera, grâce au fait qu'il affame les Cubains et les Cubaines, comme il l'a fait, en soutenant Israël et ses bombardements, avec les habitants de Gaza. (Pour l'instant, il n'y a pas de commune mesure entre les deux, mais la méthode inhumaine est la même). Tout indique que le gouvernement yankee espère ainsi l'une des deux choses suivantes : la capitulation de La Havane ou une rébellion populaire à l'intérieur du pays.
Díaz-Canel, lors d'une conférence de presse internationale le 6 février, a décrit les souffrances de sa population et a dénoncé cette situation comme une tentative de génocide. Malheureusement, bien qu'elles aient émis des notes protocolaires critiquant Washington, la Chine et la Russie, considérées par beaucoup comme des « puissances alternatives » à l'impérialisme américain, n'ont jusqu'à présent pas contribué, ne serait-ce qu'avec un seul litre d'essence, à éviter le pire à Cuba. La coupure de l'approvisionnement en pétrole à Cuba par Delcy Rodríguez devrait également faire réfléchir ceux qui continuent à répéter que le gouvernement vénézuélien a encore quelque chose à voir avec la « révolution », alors qu'en réalité, il est devenu l'administrateur du protectorat. Quant à Lula et au PT, il est regrettable qu'ils n'ordonnent pas à la très riche Petrobras de rompre le blocus énergétique contre Cuba, comme l'exige à juste titre la Fédération nationale des pétroliers (FNP).
Revanchisme fasciste
Pourquoi un David affaibli comme le petit et courageux Cuba est-il la cible d'une telle haine de la part du Goliath néofasciste ? Après tout, contrairement au Venezuela, où l'objectif immédiat était d'assurer l'approvvisionnement en pétrole – au point que l'impérialisme a écarté son amie de longue date María Corina Machado et maintenu un madurisme sans Maduro au pouvoir –, dans le cas cubain, l'explication est purement géopolitique néofasciste, avec une surdose de revanchisme idéologique et de classe. Trump et son secrétaire d'État, Marco Rubio, lui-même descendant de gusanos, les contre-révolutionnaires cubains, doivent vaincre le pays qui a osé, dans le passé, emprunter une voie anticapitaliste à 150 km de Miami. Une nation qui a été le symbole et l'inspiration de générations de combattant.es pour la souveraineté nationale et, dans les premières décennies après 1961, pour la transformation sociale.
Cuba a été le seul pays d'Amérique latine où la bourgeoisie a été expropriée, plus précisément avec la proclamation par Fidel du caractère socialiste de la révolution, en 1961. Il convient de rappeler que dans les premières années de la révolution sandiniste au Nicaragua, à certains moments des gouvernements d'Hugo Chávez (en particulier après la défaite du coup d'État pro-américain de 2002) et dans le premier gouvernement de Rafael Correa en Équateur, les capitalistes locaux et internationaux ont été écartés du pouvoir, ce qui a temporairement donné lieu à des gouvernements sans bourgeoisie. À une certaine étape, ces gouvernements sud-américains ont également été la cible de la haine impérialiste, en particulier le Nicaragua, qui a dû faire face aux contras financés par Washington. Mais le radicalisme de la révolution cubaine n'a jamais totalement été reproduit.
La situation actuelle de Cuba doit être considérée comme une crise humanitaire sans précédent et une menace d'une nouvelle opération militaire de l'impérialisme de Trump contre une nouvelle nation latino-américaine souveraine. Ces deux éléments sont plus que suffisants pour mener une campagne nationale et internationale puissante et unifiée en défense de Cuba. À un moment où le gouvernement américain est confronté à une opposition croissante dans le pays même, à de grandes mobilisations contre l'ICE et à un élan de solidarité massive envers les immigrant·e·s, en particulier les Latino·a·s, il est nécessaire d'empêcher Trump de remporter une nouvelle victoire, après celle du Venezuela.
Quelle que soit l'évaluation de ce qu'a été la révolution cubaine, ce qui est en jeu, c'est la souveraineté et l'indépendance d'un pays latino-américain historiquement opprimé. Il est urgent de tout mettre en œuvre pour que le pétrole soit à nouveau fourni à Cuba et que des vivres et des médicaments puissent être envoyés sur l'île.
Toutes celles et tous ceux qui défendent l'idée de souveraineté, le principe de non-ingérence et le droit des peuples à décider de leur destin doivent être appelés à se prononcer, à prendre position et à se mobiliser contre le blocus !
Trump et Rubio, bas les pattes devant Cuba !
Pour la fin immédiate du blocus énergétique et alimentaire contre l'île ! Lula, Petro, Orsi, agissez énergiquement. Les communiqués de condamnation ne suffisent pas. Œuvrez pour former un front de gouvernements opposés au blocus et au siège de Cuba.
Pour une campagne humanitaire mondiale de solidarité avec le peuple cubain.
Tout notre soutien aux flottilles qui s'organisent pour apporter de la nourriture et de la solidarité au peuple cubain !
Ana Carvalhaes, Israel Dutra João Machado Manuel Rodríguez Banchs
Les auteurs sont membres du Bureau exécutif de la Quatrième Internationale.
P.-S.
• Traduit du portugais pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro
Source - Movimento revista, 13 février 2026
https://movimentorevista.com.br/2026/02/em-defesa-de-cuba-contra-o-cerco-e-a-fome-neocoloniais-impostos-por-trump/
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Non à l’ingérence américaine contre Cuba !
Les récentes déclarations du gouvernement américain présentant Cuba comme une menace ne sont pas nouvelles. Depuis des décennies, Cuba figure sur une hypocrite « liste des pays soutenant le terrorisme » établie par les gouvernements américains successifs, qui qualifiaient La Havane de menace pour les États-Unis. Cependant, il est nécessaire de replacer la nouvelle mesure de Washington dans le contexte d'impunité ouvert après l'enlèvement de Nicolás Maduro.
11 février 2026 | tiré d'inprecor.fr
https://inprecor.fr/non-lingerence-americaine-contre-cuba
Bien que la présidente mexicaine Claudia Sheimbaum ait annoncé que l'aide humanitaire à Cuba se poursuivrait, elle a également annoncé que la société pétrolière Pemex cesserait d'envoyer du pétrole à La Havane. En d'autres termes, l'« aide humanitaire » serait dépourvue de pétrole, alors que c'est le principal problème auquel l'île est actuellement confrontée : après l'enlèvement de Maduro et la capitulation de Delcy Rodríguez devant les demandes de Trump, Cuba a cessé de recevoir du pétrole vénézuélien. Il convient de souligner que près de 50 % du pétrole utilisé par Cuba provenait du Venezuela. Ce n'est pas un hasard si Trump menace de sanction par les États-Unis quiconque enverra du pétrole à Cuba.
Samedi 31 janvier, le gouvernement argentin a appelé ses citoyens à suspendre ou à reporter tout voyage à Cuba, soi-disant en raison de la situation critique qui règne sur l'île, ajoutant que la situation pourrait s'aggraver. Comme on le sait, l'Argentine est l'un des principaux pays émetteurs de tourisme vers Cuba. Par conséquent, cet appel du gouvernement Milei vise à porter un coup au tourisme à Cuba et donc à l'économie. Milei est la marionnette de Trump en Amérique latine : un automate qui fonctionne grâce à des fils yankees.
Les faux alliés
Ceux qui croient naïvement que la Russie soutiendra inconditionnellement Cuba n'ont qu'à regarder la Syrie et le Venezuela. Si Bachar el-Assad est tombé, c'est parce que la Russie lui a retiré son soutien militaire, lui donnant la possibilité de se réfugier à Moscou. En fait, la semaine dernière, Poutine a reçu l'actuel président syrien, laissant clairement entendre qu'el-Assad est un vestige du passé. Il est également de notoriété publique que la Russie a offert l'asile à Maduro dans le cadre des négociations préalables. En d'autres termes, la Russie lâche ses alliés historiques parce qu'elle ne parvient pas à vaincre l'Ukraine et que les États-Unis se présentent comme le pont permettant de faire tomber Kiev ou, au moins, de lui faire céder les territoires déjà conquis. Poutine a beaucoup de mal à maintenir la guerre avec l'Ukraine et n'hésiterait pas à abandonner Cuba si Trump le lui demandait en échange de l'Ukraine. En effet, l'aide apportée par la Russie à Cuba est remarquablement faible.
De son côté, la Chine a accordé un nouveau crédit de 80 millions de dollars à Cuba, ce qui ne fait qu'aggraver la dette envers Pékin et qui, de plus, est un montant voué à disparaître. Ni la Russie ni la Chine ne sont des pays socialistes. Il n'y a aucune raison pour que la Russie et la Chine aient intérêt à se fâcher sérieusement avec Trump au sujet de Cuba. La Chine entretient des relations compliquées avec La Havane, car celle-ci est extrêmement défaillante dans ses paiements. Pour une raison quelconque, les banques chinoises n'ont pas de succursales à Cuba. Cela ne les intéresse pas, car cela poserait un problème avec les États-Unis. La seule banque étrangère actuellement implantée à Cuba est russe, ce qui n'est guère rassurant, car Moscou avait deux bases militaires en Syrie et a abandonné el-Assad. Si Trump a pris Maduro en otage, il l'a fait en sachant que la Russie et la Chine se limiteraient à condamner cette action par des communiqués de leurs ministères des Affaires étrangères. C'est-à-dire rien.
À Cuba, la situation reste critique — pénuries persistantes, coupures d'électricité, hausse du prix des denrées alimentaires —, mais elle ne s'est pas, pour l'heure, aggravée davantage. Le pire n'est sans doute pas exclu. Toutefois, toute analyse de la réalité cubaine doit tenir compte de cette relative stabilisation au sein d'une crise profonde.
Peu importe que l'on ne soit pas d'accord avec le gouvernement cubain. Pour ce qui concerne Comunistas Cuba, nous nous opposons sans réserve au processus de restauration capitaliste mené par la bureaucratie dirigeante du PCC et les généraux. La crise économique à Cuba est d'ailleurs principalement due aux décisions du gouvernement. Mais il est impossible de ne pas condamner l'ingérence yankee contre Cuba. Le gouvernement cubain doit être remplacé par une révolution des travailleurs et des travailleuses, mais jamais par un régime pro-américain.
Quiconque, pour une raison quelconque, soutient une mesure des États-Unis ou d'une puissance étrangère contre Cuba est clairement un traître à la classe ouvrière cubaine. À ce stade, il n'y a plus de place pour la naïveté. L'impérialisme yankee est le principal ennemi de la classe ouvrière mondiale. Ce n'est pas un simple slogan, mais parce que le régime de Washington est une menace pour l'existence même de l'humanité. Et il ne s'agit pas seulement de Trump : l'État américain dans son ensemble est impérialiste.
Pour la solidarité ouvrière
Cuba n'a besoin de l'« accompagnement » d'aucun gouvernement bourgeois. La solidarité avec la classe ouvrière ne peut venir que de l'internationalisme prolétarien. Croire que des gouvernements bourgeois étrangers qui répriment leur classe ouvrière peuvent aider la classe ouvrière cubaine est soit naïf, soit opportuniste, soit un soutien à l'intervention étrangère sous quelque drapeau que ce soit. Notre position n'est pas le nationalisme, car cela reviendrait à cesser d'être marxistes, mais l'internationalisme. Les seules organisations qui se sont honnêtement préoccupées de la situation des prisonniers cubains emprisonnés pour avoir protesté sont des organisations marxistes. Aucune d'entre elles n'en a tiré aucun avantage matériel. Bien au contraire. Et leur action a été présente dès le premier jour des manifestations : Éric Toussaint et Alex Callinicos ont fait pression pour la libération immédiate des prisonniers du 11 juillet, la manifestation de Política Obrera devant l'ambassade cubaine en janvier 2022, en avril 2024, la rencontre entre des député·es et des dirigeant·es du FITU et des diplomates cubains pour exiger la libération des prisonniers, ou les différentes actions soutenues du Nuevo MAS dans les universités et les manifestations exigeant la libération des personnes détenues pour avoir manifesté, ne sont que les exemples les plus significatifs de ce qu'est le véritable internationalisme et de la manière dont on aide la classe ouvrière.
Les gouvernements étrangers « aideraient » Cuba uniquement au nom de leur bourgeoisie, des multinationales, voire, comme Milei, en tant que marionnettes made in USA. Et s'ils subissaient une pression importante, ils laisseraient Cuba seule, comme viennent de le faire le Mexique et le Venezuela.
La solidarité avec Cuba doit se faire à partir de l'anti-impérialisme et de l'internationalisme et envers la classe ouvrière !
Le 31 janvier 2026, publié par Viento Sur

Argentine. Le contenu effectif du projet gouvernemental de Javier Milei… dans un contexte de jonction avec les Etats-Unis de Trump
La tronçonneuse, métaphore de la volonté de démanteler un secteur public considéré comme inefficace, autoritaire et gaspilleur, s'impose aujourd'hui comme l'une des images les plus percutantes des vents réactionnaires qui soufflent sur le monde au nom de la défense acharnée du capitalisme, de l'entrepreneuriat et de l'individualisme.
5 février 2026 | tiré du site alencontre.org |
On insiste ainsi sur un discours de liberté d'entreprise – bon sang !(¡carajo !) –, de propriété privée et de déréglementation, qui vise les mécanismes de redistribution, de protection sociale et de limitation relative du pouvoir des entreprises que les instances gouvernementales pourraient promouvoir. Capitalisme sauvage, darwinisme social et renforcement des asymétries et des inégalités comme imaginaire disruptif pour un monde en pleine convulsion.
Mais certains vont encore plus loin. Face à l'évidence généralisée du retour de l'Etat en tant qu'acteur économique et géopolitique de premier plan – essentiellement en faveur des intérêts et des privilèges de ses « élites » –, certains milieux politiques reprennent des postulats « libertariens » et anarcho-capitalistes qui foisonnent dans une perspective de dispersion et de dissolution du pouvoir étatique.
Le secteur public est ainsi considéré comme une « machine systématique de vol », ce qui conduit à défendre un programme qui mise sur la privatisation même des fonctions les plus élémentaires de l'État (justice, politique monétaire, etc.), le développement d'expériences de gouvernement de facto par les entreprises (comme dans le cas des ZEDE-Zone d'emploi et de développement économique au Honduras) et le « détachement » de la dynamique d'accumulation capitaliste par rapport à la lutte politique (en éliminant tout obstacle démocratique qui empêche les logiques d'exploitation et d'expropriation). De manière cohérente et complémentaire, l'anarcho-capitalisme s'oppose également à la captation habituelle par les entreprises des revenus de l'Etat – en partant du principe que celui-ci ne devrait avoir aucun rôle économique – ainsi qu'aux aventures impérialistes qui étendent le pouvoir de l'Etat hégémonique.
Javier Milei, président de la République argentine depuis décembre 2023, a explicitement affiché sa sympathie pour ce paradigme du capitalisme libertarien. En plus de citer l'Américain Murray Rothbard, figure de proue de l'anarcho-capitalisme, comme l'une de ses références, il a commencé son mandat en proposant des mesures telles que la dollarisation de l'économie et la fermeture de la Banque centrale qui, en raison de leur radicalité, s'inscriraient dans cette voie théorique et politique.
***
Mais après deux ans de gouvernement, quel est le projet économique réellement existant de Milei ? Peut-on le considérer comme anarcho-capitaliste ? S'agit-il, au contraire, simplement d'un ajustement orthodoxe de plus ? Ou va-t-il plus loin ? Quels sont ses impacts écosociaux ? Quel avenir offre-t-il à la société argentine ? Telles sont quelques-unes des questions qui ont guidé la rédaction du rapport « Le projet économique de Milei. Qu'y a-t-il au-delà du discours libertaire et anarcho-capitaliste ? », qui tente de disséquer, de caractériser et d'évaluer le programme économique de La Libertad Avanza (LLA-La Liberté Avance), force politique créée autour de la figure de Javier Milei.
Dans le présent article, nous synthétiserons certaines des principales conclusions du rapport, en nous concentrant spécifiquement sur la caractérisation de la nature du projet économique de Milei, ainsi que sur les risques graves que son avancement comporte.
Caractérisation du projet économique de Milei
Le programme économique de LLA suppose sans aucun doute un ajustement orthodoxe dans la séquence qui se répète dans l'histoire récente du pays, depuis Martínez de la Hoz sous la dernière dictature (1976-1983) jusqu'à Milei, en passant par Menem (1989-1999) et Macri (2015-2019).
Nous pouvons en ce sens identifier des points communs dans un discours qui, adapté bien sûr à chaque conjoncture, les relie à partir de la nécessité de « réorganiser » l'Argentine face au désastre hypothétique généré par « l'ennemi intérieur », qu'il s'agisse des forces révolutionnaires, des syndicats, des mouvements sociaux, des partis péronistes ou effectivement de gauche.
Mais nous ne parlons pas seulement de discours, mais aussi et surtout de programme. Tous les ajustements de la séquence sont définis par un même cadre général d'action : leurs objectifs, leurs outils, leurs protagonistes et leurs impacts partagent des modèles similaires.
On vise ainsi une stratégie dont les objectifs sont l'équilibre macroéconomique, la réduction des dépenses publiques, la mise au pas de la classe ouvrière et l'ouverture à l'extérieur comme moyens d'augmenter le taux et la masse des profits des entreprises.
Dans cette perspective, un large éventail de mesures économiques a été déployé au cours de la première partie de la législature (2023-2025), parmi lesquelles il convient de souligner : l'ajustement budgétaire très sévère qui a été réalisé – les dépenses publiques primaires ont chuté de 40% depuis 2023 ; la préparation d'une nouvelle vague de privatisations par la conversion de plus d'une dizaine d'entreprises publiques en sociétés anonymes ; la proposition d'une contre-réforme de la législation du travail visant à réduire les cotisations patronales et à rendre les licenciements moins coûteux, à assouplir le temps de travail, à imposer des salaires variables en fonction de l'évolution productivité, à donner la priorité aux conventions d'entreprise (par rapport au contrat de branche) et à rendre plus difficile l'exercice du droit de grève ; et, surtout, l'augmentation exponentielle de la dette extérieure pour couvrir financièrement l'ajustement : de nouveaux crédits de plus de 37 milliards de dollars avec le FMI comme prêteur principal, tandis que les engagements sur devises s'élèvent à 25 milliards supplémentaires (dont 80% dépendent du Trésor américain).
Il s'agit là d'un dispositif économique habituel – même si l'ajustement budgétaire est d'une dureté sans précédent, tout comme le discours anti-redistribution et anti-protection sociale qui l'accompagne – qui, pour l'instant, a réussi à contenir l'inflation à 30% par mois et à équilibrer le taux de change autour de 1500 pesos pour un dollar.
Au prix, toutefois, d'une récession : le PIB a reculé de 1,7% en 2024, touchant particulièrement l'industrie et la construction, dans un contexte de fermeture de plus de 19'000 entreprises. Mais aussi de l'augmentation du chômage et de la précarité : plus de 275'000 personnes ont perdu leur emploi entre décembre 2023 et août 2025, dont 85'000 fonctionnaires. Pendant ce temps, l'instabilité macroéconomique persiste, comme le montre, par exemple, le montant dérisoire de 540 millions de réserves nettes de devises à la fin de l'année 2025. Un ensemble de mesures qui, comme toujours, profite essentiellement aux « élites » économiques, aux grandes entreprises et, parmi celles-ci, aux secteurs primaires-exportateurs et financiers.
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Cependant, le projet économique de LLA n'est pas seulement un ajustement structurel de plus. Il s'agit également d'un pari de plus grande envergure qui s'étend jusqu'en 2030, en prenant les élections présidentielles de 2027 comme repère stratégique : transformer la matrice économique du pays en abandonnant l'industrie à son sort, en donnant la priorité à l'agro-industrie et à l'extractivisme – passant ainsi d'un pays semi-périphérique à un pays périphérique –, en se soumettant explicitement à l'économie étatsunienne et en avançant dans un cadre politique et juridique qui protège les intérêts des entreprises dans les secteurs stratégiques de toute dynamique démocratique et populaire.
On préconise ainsi un modèle d'accumulation axé sur le pétrole et le gaz issus du fracking, l'hydrogène vert, l'exploitation minière des métaux, le soja et la viande comme moteurs centraux – en tirant parti de l'intérêt mondial pour ces secteurs –, complété par la finance, les centres de données et les services. Cette nouvelle structure économique favoriserait, à partir de sa consolidation en 2030, l'arrivée massive d'investissements et la multiplication exponentielle des exportations, résolvant enfin le problème structurel de la dette extérieure et offrant au capital une voie de croissance stable.
Les secteurs prioritaires dans ce modèle bénéficieraient d'un statut réglementaire spécial, comme le prévoit le Régime d'incitation aux grands investissements (RIGI), l'une des mesures principales et les plus percutantes incluses dans la loi de base approuvée en 2024 : tout un ensemble d'avantages fiscaux, douaniers et de change pour une durée de trente ans pour les projets dépassant 200 millions de dollars d'investissement – des aides supplémentaires sont prévues pour ceux supérieurs à 1 milliard –, afin de promouvoir des secteurs stratégiques tels que l'énergie, les hydrocarbures, les mines, les infrastructures, l'industrie forestière, le tourisme, la technologie et la sidérurgie.
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Ce régime comprend également un système de protection des investissements qui protège les intérêts des entreprises en fonction du mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS), assumant de facto la primauté des tribunaux d'arbitrage de type CIRDI sur la justice ordinaire. Cela suppose, dans la pratique, la signature générale et globale d'un traité avec tout investisseur de tout pays qui remplit les conditions requises pour son approbation, ce qui porte atteinte à la dynamique démocratique et politique du pays, à laquelle ces investissements seraient étrangers. (Voir sur ce thème l'article publié sur ce site en date du 30 janvier 2026, « Comment le capital impose sa loi grâce à l'arbitrage privé ».)
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Enfin, la subordination aux États-Unis en tant qu'acteur politique et économique de premier plan dans le pays constitue, avec le discours pro-darwinisme social, l'ajustement fiscal draconien, la volonté de transformation de la structure économique et la protection des intérêts des entreprises dans des secteurs clés, le cinquième élément différenciateur du projet économique de Milei.
Jamais auparavant la République argentine ne s'était pliée à la puissance mondiale en déclin (les Etats-Unis) dans son discours et son programme politique. La signature de l'accord de commerce et d'investissement UE-Mercosur ne rééquilibre pas ce pari clairement idéologique, car celui-ci s'inscrit uniquement dans la logique d'élargissement du marché pour l'agro-industrie, au détriment des effets négatifs sur l'industrie nationale et des énormes impacts écosociaux qui en résulteront.
Entre autres éléments, l'exécutif de Milei a permis l'ingérence étatsunienne dans la politique monétaire interne par le biais d'un swap de devises d'une valeur de 20 milliards de dollars, approuvé en 2025 sous la menace de ne pas être exécuté si Milei ne remportait pas les élections législatives d'octobre dernier (voir à ce propos l'article publié sur ce site en date du 27 octobre 2025).
En outre, l'accord-cadre sur le commerce et l'investissement conclu entre l'Argentine et les Etats-Unis constitue un véritable exercice de soumission aux intérêts économiques des Etats-Unis comme moyen d'insertion internationale : resserrer les liens entre les deux économies sur la base d'une prétendue (et fausse) complémentarité, dans laquelle l'Argentine offre de l'énergie, des minéraux et des matières premières – détrônant ainsi le rôle actuel de la Chine – en échange de faciliter les importations des entreprises de la puissance nord-américaine et d'un flux suffisant de devises (supposé), en particulier pendant la « période de transition » entre 2025 et 2030.
Ainsi, Milei représenterait le quatrième grand ajustement de l'histoire économique récente de l'Argentine, mais à une échelle et avec une portée qui le projettent au-delà, à partir d'un horizon de transformation structurelle de la structure économique du pays à partir de paramètres extractivistes, « périphérisants » et aliénants comme autoritaires.
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Cela n'a toutefois pas grand-chose à voir avec le discours libertariens et anarcho-capitaliste qui l'accompagne depuis ses débuts. Pour en revenir à la question qui donne son titre à cet article, nous pouvons affirmer qu'au-delà de son exagération avec la tronçonneuse et de son mépris explicite pour le secteur public, Milei a reporté ou abandonné la grande mesure qui aurait pu être considérée comme telle : la privatisation de la politique monétaire dans un cadre de dollarisation et de fermeture de la Banque centrale.
Dans le même temps, son programme reproduit certains des vices que l'anarcho-capitalisme a historiquement critiqués. D'une part, l'utilisation du secteur public comme espace de captation de valeur par les entreprises. Les incitations, les aides et les avantages du RIGI, par exemple, supposent un soutien institutionnel à certains investissements, ce qui contredit le principe de concurrence absolue dans le cadre de marchés ouverts sans intervention publique. D'autre part, participer, même de manière subordonnée, à la politique impériale des Etats-Unis n'est pas seulement non-libertarien, mais va dans le sens contraire : cela renforce le pouvoir de l'Etat – même si ce n'est pas précisément celui de l'Argentine –, alors que l'horizon anarcho-capitaliste devrait abonder dans la destruction et la dispersion de celui-ci.
Par conséquent, l'anarcho-capitalisme de Milei reste une simple posture, un pur imaginaire qui sert en tout cas à positionner certaines clés culturelles en faveur d'un programme économique sauvage.
Risques liés à l'avancement du projet de Milei
Le programme économique de LLA peut être évalué sous deux angles. Tout d'abord, nous ferons référence à son efficacité hypothétique, c'est-à-dire à sa capacité à atteindre les objectifs fixés à moyen et long terme. Ensuite, nous analyserons les principaux impacts écosociaux qui découleraient de son avancement, principalement en termes de vulnérabilité écologique, d'impact sur le marché du travail et le système sanitaire.
En ce qui concerne l'efficacité supposée du projet économique de Milei, nous soutenons que son succès est loin d'être garanti. Bien que nous n'ayons pas la prétention de porter des jugements catégoriques à cet égard, nous estimons que le contexte économique international et la fragilité politique du pays obligent à la prudence tant sur la possibilité de garantir des politiques de stabilisation macroéconomique à moyen terme que sur celle de consolider un régime extractiviste d'accumulation soutenu par des exportations massives et un accès constant aux devises étrangères.
À court terme, nous avons déjà souligné que LLA aurait réussi à contenir quelque peu l'inflation et à stabiliser un peu taux de change, mais en aucun cas à atteindre un équilibre macroéconomique stable. Au-delà de la perte d'emplois et de la précarité croissante du travail, nous avons constaté les chiffres alarmants des réserves nettes de devises, qui sont la clé de voûte du processus, mettant en évidence la fragilité du projet. En ce sens, la période de transition (2025-2030) pourrait s'avérer très longue pour le gouvernement.
Il est vrai que le soutien de Trump offre une garantie aux marchés, qui pourraient comprendre que le flux de devises se maintiendrait même au-delà des prêts et des accords déjà en vigueur. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser de côté l'imprévisibilité de l'agenda du président américain, le poids croissant de la dette, ni la conjoncture internationale peu favorable à un bond quantitatif des exportations et des investissements.
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Elon Musk et Javier Milei.
Et c'est précisément dans l'analyse du contexte économique mondial que l'on voit poindre des nuages pour une stratégie à moyen et long terme qui, rappelons-le, repose sur l'insertion internationale à travers l'offre de ressources pour les principaux secteurs verts (métaux et terres rares), vert olive (militaire) et numériques du capitalisme actuel. Le château de cartes de Milei repose donc sur un terrain fragile : des investissements et des exportations massifs dans les secteurs de l'énergie, des mines et de l'agro-industrie, découlant d'une demande internationale soutenue, en particulier de la part des secteurs de pointe de l'économie dite verte, de l'industrie militaire et de la numérisation.
Et si l'augmentation des investissements dans ces secteurs est réelle – l'Agence internationale de l'énergie estime à 3300 milliards de dollars les investissements dans l'économie verte en 2025, tandis que les dépenses militaires ont atteint 2700 milliards en 2024, soit 9,4% de plus que l'année précédente, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) –, il est également vrai que le capitalisme souffre d'une stagnation séculaire et est en outre affecté par des surcapacités de production.
Le système actuel est donc incapable de croître globalement et de manière durable, non seulement d'un point de vue conjoncturel (les perspectives de croissance du FMI et de la Banque mondiale situent la croissance mondiale du PIB pour 2026 à un maigre 3%), mais aussi parce que depuis des décennies, et plus particulièrement depuis 2008, sa dynamique est, en réalité, au point mort.
Cette stagnation, associée au poids de la « finance parallèle » en tant que secteur protagoniste du capitalisme actuel, rend à son tour le système de plus en plus sujet à des crises (financière en 2008, pandémique en 2020, militaire en 2022, bancaire en 2023), ce qui accroît sa vulnérabilité structurelle et permanente.
Mais il existe également une surcapacité mondiale de capital installé. De nombreux pouvoirs entrepreneuriaux différents tentent de dominer quelques secteurs à forte capitalisation, générant une dynamique de concurrence extrême qui aboutit généralement à un seul vainqueur. Celui-ci contrôle le secteur grâce à sa plus grande rentabilité et à ses prix plus bas, dispose d'une capacité de production et de vente à l'échelle internationale, et empêche par conséquent les autres concurrents de réaliser leurs aspirations en matière de développement. La Chine, en particulier, a pris la tête au niveau international dans des domaines stratégiques tels que les voitures électriques, les panneaux solaires, les pompes à chaleur ou les réseaux 5G, en soutenant une part importante de l'investissement mondial.
***
Par conséquent, la croissance accélérée supposée de la demande mondiale en énergie et en matériaux qui découlerait de la croissance généralisée de ces secteurs – qui a donné lieu à des rapports euphoriques de la part de différentes organisations internationales – devrait être nuancée tant par la faible croissance attendue que par son caractère limité. Dans le même temps, la perspective d'un doublement des exportations agro-industrielles, même dans le contexte favorable offert par l'accord entre le Mercosur et l'UE, devrait également être abordée avec la prudence qu'exige le contexte international actuel, marqué par de nombreuses turbulences.
Au-delà de la demande, la concurrence pour l'offre s'intensifie également, avec l'arrivée d'un ensemble de pays périphériques et semi-périphériques qui tentent de s'insérer dans les marchés mondiaux par le biais de l'énergie et de l'exploitation minière. L'Amérique latine est un exemple clair de la manière dont la région dans son ensemble propose des stratégies similaires, en fonction des mêmes secteurs.
En résumé, les prévisions de croissance de l'économie argentine en voie d'être restructurée (« à la Milei ») pourraient ne pas se réaliser, tandis que la concurrence au niveau de l'offre s'intensifie, compliquant ainsi les prévisions de rentabilité. D'autant plus si, comme nous l'avons souligné, le pays s'associe à une puissance en déclin au plan économique (les Etats-Unis), et non à celle qui investit et demande le plus, dans des secteurs déjà vulnérables. Dans cette optique, pour ne citer que trois exemples, le prix du lithium a chuté de 70 à 80% depuis 2022, les combustibles fossiles issus de la fracturation hydraulique ont des valeurs minimales pour fonctionner dans certaines conditions (dans un contexte d'évolution instable des prix internationaux en dents de scie) et l'expansion de l'hydrogène vert est une chimère si de nouvelles technologies de stockage et de transport ne sont pas développées.
Mais le contexte mondial n'est pas le seul élément pertinent, la réalité interne du pays l'est également. Les investissements stratégiques dans l'énergie et l'exploitation minière sont généralement réalisés dans une perspective à long terme. Ils nécessitent donc une certaine stabilité économique et politique…, ce que le pays est loin de pouvoir garantir, si l'on en juge par son histoire récente. Le tapis rouge déroulé par le RIGI suffit-il alors à garantir l'arrivée d'investisseurs ? Il n'y a pas de réponse claire à cette question.
***
En conclusion, il est important d'alerter sur les menaces évoquées qui pourraient bien faire dérailler le projet « à la Milei », comme l'ont fait tous les ajustements précédents de la séquence. Mais si l'efficacité du projet nous laisse perplexes, nous sommes certains des impacts écosociaux négatifs qu'il aura sur son avancement, qu'il soit couronné de succès ou non, étant donné le caractère radical de son pari.
A cet égard, il est facile de déduire quels seront les effets en termes de perte de biodiversité, d'impact sur les communautés et les écosystèmes, d'émissions de gaz polluants, d'accaparement des biens naturels par les entreprises, etc., découlant d'un modèle d'accumulation extractiviste et agro-industriel. D'autant plus dans le contexte d'un programme ultralibéral, qui soutient toute une architecture d'impunité des entreprises que représente le RIGI. Précisément, à un moment où, à l'échelle mondiale, les limites biophysiques sont dépassées de manière alarmante, il devient impératif de mettre en œuvre de manière urgente et résolue des stratégies de transition écosociale juste.
Dans le même temps, le programme de LLA préconise implicitement d'approfondir la désindustrialisation – une dynamique favorisée par son engagement en faveur de l'ouverture extérieure, comme le montrent l'accord avec les Etats-Unis et le traité UE-Mercosur –, axe fondamental d'une mise question du travail dit formel qui dispose de certaines garanties en matière d'emploi. Ce projet mise sur des secteurs où l'emploi est peu développé et, de surcroît, souvent précaire.
En effet, LLA ne propose même pas une stratégie de montée industrialisante sur la base des ressources naturelles, dans laquelle l'État assumerait un rôle actif dans la planification de la transformation de la structure productive et dans le développement d'écosystèmes d'innovation pour le développement de services et de nouvelles capacités dans les maillons productifs à plus forte valeur ajoutée au sein des chaînes de valeur mondiales. Au contraire, son obstination à démanteler l'Etat et à laisser le marché jouer un rôle prépondérant laisse à ce dernier toute décision stratégique, un pari plus que risqué compte tenu des précédents échecs à l'échelle mondiale. Cela condamnerait des millions de travailleurs et travailleuses, même si le projet atteint ses objectifs, à être exclu·e·s du système. Cela ouvrirait la voie à un scénario socialement infernal, dans lequel on ne peut exclure des épisodes migratoires massifs, le renforcement du crime organisé, etc., dans un cadre politique de plus en plus autoritaire et répressif.
***
De manière complémentaire, la disparition de l'Etat social et les programmes réactionnaires en vogue ont mis un terme aux progrès qui avaient été réalisés dans le domaine des soins, en plus d'abandonner à leur sort l'ensemble des secteurs populaires (entreprises récupérées, économies paysannes, économie sociale et populaire).
A cet égard, le projet de loi visant à créer un système de soins intégral, dont le débat a commencé lors de la législature précédente, a disparu de l'agenda. Dans le même temps, les timides avancées en matière de temps consacré aux soins abordées dans la loi sur le télétravail, fruit de la réalité de la pandémie, sont menacées par l'offensive sur le temps de travail des travailleurs et travailleuses que comporte la contre-réforme de la législation du travail.
Enfin, la disparition de nombreux programmes sociaux décharge le secteur public de la responsabilité du système sanitaire. Ainsi, celle-ci retombe à nouveau et prioritairement sur les femmes – dans un contexte où l'éthique réactionnaire en matière de soins est en hausse –, tandis que l'Etat s'en lave les mains et que ceux qui le peuvent se tournent vers le marché pour les garantir.
Le projet économique périphérisant, aliénant, extractiviste et antidémocratique de Milei, en définitive, a de réelles chances d'aboutir à un échec, comme le reste des ajustements de la séquence récente de l'histoire du pays. Toutefois, qu'il soit couronné de succès ou non, il menace de provoquer une dévastation écologique, l'expulsion massive de personnes du système, le démantèlement de l'État social et la destruction de la diversité des formules économiques émancipatrices. Il est donc crucial de faire dérailler ce train qui nous mène au désastre, et de le faire dans une perspective internationaliste : si l'Argentine est un laboratoire du capitalisme sauvage, il est de notre devoir à tous et à toutes de faire exploser la tronçonneuse et son discours. (Article publié par le site Viento Sur le 31 janvier 2026 ; traduction par la rédaction de A l'Encontre)
Gonzalo Fernández Ortiz de Zárate et Gorka Martija Rodrigo, chercheurs à l'Observatoire des multinationales en Amérique latine (OMAL) – Projet créé en 2003 par l'association Paz con Dignidad.

Le blocus continu contre Cuba : un génocide honteux
Le blocus a commencé en octobre 1962 lorsque le président John F. Kennedy a interdit l'importation de produits d'origine cubaine.
18 février 2026 | tiré de Rebelión
https://rebelion.org/el-bloqueo-continuado-a-cuba-un-genocidio-vergonzoso/
En 1992, la loi Torricelli a imposé des sanctions aux entreprises américaines basées dans des pays tiers qui commerçaient avec Cuba.Actuellement, sous le gouvernement de Donald Trump, 243 nouvelles mesures d'étranglement ont été mises en place à l'encontre de Cuba : suppression des vols aériens et des croisières, interdiction des transactions bancaires commerciales puis des transferts privés, et sanctions à l'encontre des entreprises qui fournissaient du pétrole ou des dérivés à l'île.
En plus de 60 ans, le blocus a causé à Cuba des pertes de plus de 147 milliards de dollars.
Le manque de pétrole entraîne de très graves problèmes humanitaires pour l'ensemble de la société cubaine : coupures quotidiennes d'électricité dans les foyers et les hôpitaux, manque d'anesthésiques, de seringues et de médicaments, ainsi que pénurie alimentaire, pour n'en citer que quelques-uns.
Il ne fait aucun doute que ce blocus constitue un génocide ; et il va sans dire que tous les présidents américains, de Kennedy à Trump, ont été génocidaires.
La définition de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l'ONU de 1947, dans son article 2 (en particulier son paragraphe c), est catégorique à cet égard :
« Aux fins de la présente Convention, on entend par génocide l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, identifié comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. »
L'inefficacité de l'ONU
Au cours de toutes ces années, son Assemblée générale, à une écrasante majorité de ses membres, s'est prononcée à 29 reprises contre le blocus de Cuba. Il s'agit là d'un fait politique important, mais totalement inefficace dans la pratique pour son élimination.
Nous affirmons depuis longtemps que l'ONU est devenue, dans la pratique, une organisation inopérante.
Créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, son organe suprême est l'Assemblée générale, mais elle dispose également d'un Conseil de sécurité, sorte de secrétariat exécutif composé des pays vainqueurs de la guerre (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Chacun d'entre eux dispose d'un droit de veto.
Le fonctionnement démocratique de l'organisation est donc très sui generis.
Une résolution contenant des mesures pratiques qui est approuvée par la majorité des pays membres de l'Assemblée générale mais qui est rejetée par un membre du Conseil de sécurité, n'a aucun effet. Elle est annulée.
C'est pourquoi, malgré les déclarations successives condamnant le blocus américain contre Cuba, celui-ci continue de faire rage.
À ce stade, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à la création d'une nouvelle organisation internationale qui veille efficacement au respect du droit international et à la souveraineté des pays qui la composent. Une sorte d'Organisation mondiale des nations indépendantes.
Pour cela, la première étape incontournable consiste à assurer l'unité des peuples et des gouvernements contre toute manifestation d'arrogance impérialiste.
Les instances de la CELAC et des BRICS pourraient être utiles à cet effet et à l'examen et à la mise en place ultérieure de cette nouvelle organisation.
Mais la tâche urgente qui s'impose aujourd'hui est que la Russie et la Chine, qui disposent de la puissance militaire nécessaire, garantissent une route maritime libre et sûre afin que Cuba puisse recevoir ses achats de pétrole et d'autres produits, ainsi que les dons de divers articles de première nécessité, fruit du travail d'innombrables organisations de solidarité avec Cuba dans le monde entier.
Rebelión a publié cet article avec l'autorisation de l'auteur sous une licence Creative Commons, en respectant sa liberté de le publier dans d'autres sources.
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« Nous sommes revenus de l’enfer » : 59 journalistes palestiniens racontent la torture physique et les viols dans les prisons israéliennes
Le Comité pour la protection des journalistes ou CPJ (en anglais : Committee to Protect Journalists) a publié un nouveau rapport le 19 février 2026 intitulé « Nous sommes revenus de l'enfer », dans lequel 59 journalistes palestiniens racontent la torture qu'ils ont subie dans les prisons israéliennes. Tous, sauf un, ont déclaré avoir subi des actes de torture, des mauvais traitements ou d'autres formes de violence en raison de leur travail.
L'organisation a tenté de contacter les 65 journalistes libérés de la détention israélienne depuis le 7 octobre 2023. L'un d'eux, Ismail al-Ghoul, a été assassiné le 31 juillet 2024 dans sa voiture lors d'un reportage, et les cinq autres ont refusé de parler.
Les violences que décrivent ceux qui ont pu parler, d'ordres physiques, sexuelles et psychologiques, sont insoutenables. Yeux bandés, déshabillés, battus, insultés, parties génitales ligotées avec des colliers de serrage, les témoignages se suivent et se surpassent en termes d'horreurs. Un de ces anciens détenus, raconte qu'à « chaque fois qu'il perdait connaissance, une décharge électrique ou un coup le réveillait brutalement ». Les témoignages attestent également de viols. Le journaliste Sami al-Sai a raconté avoir été emmené dans une petite cellule de la prison de Megiddo, « où des soldats lui ont retiré son pantalon et ses sous-vêtements, et l'ont pénétré avec des matraques et d'autres objets », peut-on lire dans le rapport. Un autre journaliste, Osama al-Sayed, raconte que lui et d'autres détenus avaient été déshabillés et attaqués par des chiens dressés à Sde Teiman. Il a qualifié l'incident de viol, ajoutant que des soldats riaient en filmant l'agression.
Pour Sara Qudah, directrice régionale du CPJ, « il ne s'agit pas d'incidents isolés. Dans des dizaines de cas, le CPJ a documenté des abus récurrents – allant des coups à la privation de nourriture, en passant par les violences sexuelles et la négligence médicale – perpétrés contre des journalistes en raison de leur travail ». Ces abus révèlent une stratégie délibérée visant à intimider et à réduire au silence les journalistes, et à anéantir leur capacité à témoigner. Le silence persistant de la communauté internationale ne fait que perpétuer ces abus », a-t-elle ajouté.
Des journalistes torturés parce que journalistes
Les témoignages attestent que ces journalistes ont été directement ciblés, arrêtés et torturés pour leur travail d'information. Parmi eux, Amin Baraka a raconté avoir été interrogé à plusieurs reprises au sujet de son travail avec Al Jazeera, chaîne affiliée au Qatar, et avoir reçu des menaces de violence contre sa famille. « Un soldat israélien m'a dit, mot pour mot en arabe, que le correspondant d'Al Jazeera, Wael Al-Dahdouh, nous avait défiés et était resté dans la bande de Gaza, alors nous avons tué sa famille, et nous tuerons la vôtre aussi », a-t-il assuré. Un autre journaliste, Mohammed al-Atrash, a rapporté qu'avant sa libération de prison, on l'avait averti de cesser toute activité journalistique. « On m'a dit que si j'écrivais ne serait-ce que « bonjour » sur les réseaux sociaux, on le saurait », a-t-il expliqué.
Le CPJ précise qu'il n'a pas pu vérifier indépendamment chaque allégation, « mais les rapports concordent avec les conclusions d'organisations de défense des droits humains documentant un traitement similaire des Palestiniens dans les détentions israéliennes, que l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a décrites comme un “réseau de camps de torture” ».
Le Comité pour la protection des journalistes, fondé en 1981 et basé aux États-Unis, a objet d'observer les abus contre la presse et promouvoir la liberté de la presse à travers le monde. Il a recensé la détention d'au moins 94 journalistes palestiniens et d'un employé des médias depuis le 7 octobre 2023 : 32 journalistes et un employé des médias originaires de Gaza, 60 de Cisjordanie et deux en Israël. Au 19 février 2026, 30 étaient toujours détenus. En 2025, le recensement du CPJ révélait qu'Israël figurait parmi les pays emprisonnant le plus de journalistes depuis 2023.
Le SNJ-CGT alerte les médias français et le Quai d'Orsay
En France, le syndicat de journalistes SNJ-CGT a alerté le 17 février sur la situation critique des correspondants de France Médias Monde à Gaza. Il rappelle qu'entre octobre 2023 et décembre 2025, au moins 289 journalistes ont été tués. Le site Stop murdering journalists qui tient à jour la liste des journalistes assassinés recense pour sa part 317 journalistes tombés à Gaza à ce jour. Dans son communiqué, le syndicat français écrit : « Dans ce contexte dramatique, le SNJ-CGT de France Médias Monde a alerté la direction sur la situation particulièrement alarmante de ses correspondants à Gaza : Wissem Abouzaid, correspondant de Monte Carlo Doualiya, et Rami Al Meghari, correspondant de Radio France Internationale. Depuis trois ans, ils couvrent la guerre sur le terrain, dans des conditions d'extrême danger. Leurs reportages et témoignages sont indispensables pour informer les auditeurs des deux radios françaises et garantir une couverture indépendante des événements. Leur engagement professionnel force le respect. Cependant, à plusieurs reprises, ils ont échappé de justesse à la mort. Face à cette situation critique et conscient de la complexité des opérations d'évacuation en c ours, le SNJ-CGT appelle la direction concernée, ainsi que les autorités françaises, à mobiliser sans délai l'ensemble des leviers diplomatiques, humanitaires et logistiques afin de permettre leur évacuation vers la France, avec leurs familles, dans les plus brefs délais. »

Iran : refuser la dictature ! s’opposer à l’ingérence !
L'affirmation que l'Iran se trouve actuellement dans une situation prérévolutionnaire ne serait pas erronée.
Est-ce à dire qu'une révolution aboutissant au renversement du régime dans l'intérêt du peuple et de ses revendications légitimes va se réaliser ? Malheureusement rien n'est moins sûr à court et moyen terme : le peuple est confronté à des défis sérieux face au régime et les visées de l'impérialisme états-unien et de ses alliés et en premier lieu Israël.
Tiré de La chronique de Recherches internationales
Site : http://www.recherches-internationales.fr/
LEILA MOUSSAVIAN-HUPPE
Traductrice, Analyste du Moyen-Orient
La République islamique face à une crise sans précédent
La République islamique traverse sa plus profonde crise politique et économique ; une crise qui ne peut être examinée comme une série d'événements isolés, mais qui est plutôt la manifestation des contradictions et des incompatibilités internes de la structure socio-économique du système capitaliste néolibéral, dépendant et rentier, avec la superstructure religieuse qui gouverne l'Iran.
La grève déclenchée le 28 décembre par les commerçants de matériel technologique du Bazar de Téhéran et relayée dans les bazars d'autres villes modifie la donne. L'action des bazaris a conduit des citoyens venant de différents groupes sociaux à manifester par milliers dans les rues des villes et villages du pays.
Il est à noter que tout au long de ces décennies c'est la première fois que le bazar entame une grève et manifeste. Cette petite bourgeoisie, soutien indéfectible de Khomeiny, des fractions religieuses depuis 1978 ainsi que de la République islamique revendiquait « une intervention immédiate du gouvernement pour enrayer les fluctuations du taux de change » en raison de la flambée des cours des devises et de l'or qui affecte la continuité et survie de leurs entreprises. Dans le même temps, une frange issue du Bazar - qui s'est considérablement enrichie sous ce régime - tient des leviers de l'État et fera tout pour le maintien de son statut et ses privilèges.
Les multiples sanctions internationales qui ont durement et violemment touché la population sont à l'origine de la crise économique du pays. La paralysie de l'économie iranienne, affectée par ces sanctions mais aussi en raison d'une inflation très élevée, l'effondrement de la valeur de la monnaie, une corruption endémique et l'obsolescence des infrastructures affecte toutes les classes et couches sociales. La pression économique pèse sur les travailleurs, la classe moyenne et même une partie du bazar. D'après les chiffres officiels de la République Islamique plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
Des mobilisations sociales qui se multiplient
L'essor des mobilisations de ces différents groupes sociaux, travailleurs, femmes, étudiants, jeunes, défenseurs des droits etc. qui se sont poursuivies est considérable. Les revendications principales portent sur la justice sociale et les libertés démocratiques ainsi que la dénonciation des conditions économiques désastreuses de vie. (baisse drastique du pouvoir d'achat, chômage endémique, etc.)
Depuis plus de cent semaines, on assiste à la grève des prisonniers dans le cadre des mardis du « non à la peine de mort/pendaison » scandé dans les geôles et leurs soutiens devant plus de 55 prisons. Avant cette vague de manifestation, il y a eu la grève des sidérurgistes, des énergéticiens, des mineurs de « Zareh Shuran Takab », celle des travailleurs du secteur pétrolier et gazier, les rassemblements dominicaux des retraités et des lundis des retraités des télécommunications, la grève des employés de la « Middle East Sugar Company », le coordination des travailleurs sous-traitants de South Pars Oil Industries, les contestations des personnels du secteur de santé, de l'éducation nationale, des universités etc. Ceci témoigne clairement des critiques sur l'orientation socio-économique du régime théocratique.
Ces mouvements indiquent nettement l'entrée dans une nouvelle phase de contestations populaires et de remise en cause des politiques de la République Islamique d'Iran et de son fonctionnement.
Les ouvriers, travailleurs, femmes et jeunes refusent, en grand nombre, de vivre sous la pression économique, la pauvreté croissante et la répression politique. Ils défient le régime et dénoncent ces conditions au péril de leur vie. C'est la « crise d'en bas »
La répression, au cœur du fonctionnement du régime
Il faut rappeler que parmi les révolutions du 20ème siècle, la République Islamique d'Iran a bénéficié d'un massif soutien populaire. Mais au fil du temps, les politiques répressives du régime, ont écarté, banni, bâillonné, arrêté, incarcéré toutes les oppositions. La répression massive et les exécutions sommaires ont commencé en 1988, ciblant les militants et dirigeants des formations de gauche. Et toutes les contestations, matées dans la violence par le corps des Gardiens de la Révolution et le Bassidj, ont été attribuées à des agents étrangers et à l'ingérence étrangère. Les protestations contre la saisie du journal « Salam » en juillet 1999 suivi de l'attaque des campus universitaires, les manifestations de 2009 – contestant la fraude électorale - ont conduit à l'arrestation de milliers de personnes, assignation à résidence de Mir Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard, Mehdi Karoubi pour complot en 2010, répression violente des manifestations populaires contre la hausse des prix et des politiques gouvernementales qualifiées de « complot contre révolutionnaire » orchestré par les États-Unis , la Grande Bretagne, Israël en janvier 2017, la répression et les morts des manifestations de « novembre noire » en 2019 dans 29 provinces contre l'augmentation à 200 % du prix de l'essence, la qualification d' « émeutiers » lors du soulèvement populaire de « Femme, Vie, Liberté » en 2022. De nombreux ex-responsables du régime - tel que Tadjzaseh - expriment ouvertement leurs critiques et sont incarcérés à Evin. La liste est longue. Le régime se trouve aujourd'hui plus que jamais isolé avec un socle de maximum 10 à 15 % de soutien au sein de la population et se maintient grâce à sa force répressive. Cette gouvernance est dans l'incapacité d'apporter de solutions concrètes et durables aux crises économiques et structurelles, de soutenir les différentes couches sociales et même de maintenir la cohésion au sein de la bourgeoisie parasitaire au pouvoir. Sa force répressive ne peut la protéger dans la durée. Autre élément : les aspirations de subsistance, de dignité humaine et de liberté matrices du mouvement révolutionnaire de 1978-79 prévalent au discours idéologique religieux. La « crise d'en haut » est ainsi évidente
La révolte au défi d'une organisation et d'une unité politique
Nous sommes ainsi en présence des conditions objectives d'une révolution : les classes inférieures ne veulent plus vivre comme avant et les classes supérieures ne peuvent plus gouverner comme avant.
Mais le problème réside dans l'absence manifeste des « conditions subjectives » de la révolution et la bascule des classes du milieu. Ce qui constitue un réel danger.
Le mouvement de protestation a été vaste et profondément enraciné et les tueries et exactions du régime ne pourront pas le faire taire. Mais en l'absence d'une direction unifiée et organisée des forces nationales et progressistes ce mouvement aura du mal à parvenir à ses fins. Une direction représentant les intérêts réels des travailleurs, couches populaires, en un mot la nation, porteur d'un programme radical de transformation politique et économique garant de l'intégrité du pays et de la souveraineté du peuple n'a actuellement pas le contrôle des rues.
Des similitudes avec le mouvement révolutionnaire entamé en 1977 qui a abouti à la chute de la monarchie tyrannique des Pahlavi peuvent être constatées. À la différence que le régime de Mohammad Reza Pahlavi remis sur trône suite au coup d'Etat de 1953 fomenté par la CIA et le MI6 était illégitime alors que la République Islamique dispose aujourd'hui encore d'une légitimité, d'un socle certes réduit mais bien réel et le soutien armé du corps des Gardiens de la Révolution qui compte plus de 150 000 hommes.
De ce fait tout changement de régime imposé en Iran entraînera le chaos.
L'impérialisme états-unien et Israël tentent tout pour parvenir à leurs fins qui ne sont pas identiques. Une guerre civile, la disparition de l'Iran en tant qu'État, sa partition à l'identique de l'Irak rassurerait Israël et permettrait aux États-Unis et à ses alliés d'accéder au contrôle et à l'exploitation des ressources naturelles du pays ainsi que la reprise du contrôle de cet espace géostratégique dans la région, en Asie et face à la Chine.
L'avenir de l'Iran appartient à son peuple. Mais l'avenir de l'Iran dépend aussi et surtout de la capacité collective des forces nationales et progressistes de mener ce soulèvement spontané à passer de l'étape de l'enthousiasme et de la colère à celle de l'organisation et de la planification.
Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
https://shs.cairn.info/revue-recherches-internationales?lang=fr
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Le Japon après les élections : les fissures derrière la victoire
Le PLD remporte les deux tiers de la Chambre basse, mais derrière le triomphe de Takaichi se cachent un consensus réel limité, des salaires en baisse et un jeu géopolitique ouvert avec Pékin et Séoul.
Tiré d'Europe solidaire sans frontière.
Les élections du 8 février dernier à la Chambre basse japonaise ont donné à Sanae Takaichi un résultat sans précédent dans l'histoire du Parti libéral-démocrate. Le PLD a obtenu 316 sièges sur 465, dépassant pour la première fois depuis 1955 le seuil des deux tiers atteint par un seul parti.
Avec son partenaire au sein de la coalition, le Parti nippon de l'innovation (Nippon Ishin no Kai, 36 sièges), le bloc gouvernemental atteint 352 sièges, une majorité qui lui permet de contourner la Chambre haute, où le PLD reste minoritaire.
L'opposition est sortie du scrutin en lambeaux. L'Alliance centriste pour la réforme, le cartel électoral né en janvier de la fusion entre le Parti constitutionnel démocratique et le Komeito, a chuté de 167 à 49 sièges, le pire résultat pour un parti d'opposition important depuis la fin de la guerre. Son co-dirigeant Yoshihiko Noda, ancien Premier ministre qui avait misé sa carrière politique sur cette opération, a annoncé sa démission. La gauche parlementaire a subi un effondrement encore plus net, le Parti communiste voit son nombre de sièges réduit de moitié, passant de 8 à 4, le Reiwa Shinsengumi [1] est réduit de 8 à un seul siège et le Parti social-démocrate est réduit à néant.
Le succès personnel de Takaichi, sa trajectoire politique et les implications pour le réarmement japonais et la révision constitutionnelle ont fait couler beaucoup d'encre, au Japon et à l'étranger. Il convient toutefois de s'attarder sur les aspects les plus contradictoires que ce vote met en lumière et que le récit de la « victoire écrasante » tend à occulter.
Un consensus moins solide qu'il n'y paraît
Le taux de participation a été de 56,26 %, en légère hausse par rapport au minimum historique de 2024, mais néanmoins le cinquième plus bas depuis la fin de la guerre. Ce chiffre prend une signification différente lorsqu'on le croise avec les votes effectifs. Dans le volet proportionnel du scrutin, le PLD a recueilli environ 21 millions de voix, soit 36 % des suffrages exprimés. Si l'on rapporte ce chiffre à l'ensemble de l'électorat, cela signifie que moins d'un.e Japonais.e sur cinq a inscrit « LDP » sur son bulletin de vote. Plus de 60 % des électeurs se sont prononcés en faveur d'un autre parti. La disproportion entre ce chiffre et les 316 sièges remportés s'explique par le mécanisme du scrutin uninominal à un tour, où le vainqueur remporte tous les sièges et où les voix destinées aux perdants sont dispersées. Dans les circonscriptions uninominales, selon les données du ministère de l'Intérieur, le LDP a recueilli 49,1 % des voix, mais a obtenu 85,8 % des sièges, avec un écart de près de 37 points de pourcentage, le deuxième plus élevé depuis l'introduction du système en 1996. L'effet inverse a touché l'Alliance centriste, qui, avec 21,6 % des voix, s'est retrouvée avec seulement 2,4 % des sièges. Takaichi est populaire, et son style de communication direct lui a valu un large soutien, en particulier parmi les jeunes. Cependant, cette « avalanche » est avant tout un effet amplificateur du système électoral.
Si le décompte des sièges donne une image de domination incontestée, celui des petits partis brosse un tableau différent et plus nuancé. Le Sanseito, la formation d'extrême droite dirigée par Sohei Kamiya, est passé de 2 à 15 sièges, tous obtenus au scrutin proportionnel. Une croissance significative, mais qui doit être mesurée par rapport à l'objectif déclaré de 30 sièges et à l'espoir de percer également dans les circonscriptions à scrutin uninominal, où le parti est resté à zéro. Pendant la campagne électorale, son nouveau slogan a suscité sur les réseaux sociaux la moitié de l'attention dont il avait bénéficié lors des élections à la Chambre haute en 2025. La raison est simple. Takaichi a réintégré au sein du PLD une grande partie de l'électorat conservateur qui s'était éloigné du parti, et ses vidéos virales ont précisément privé le Sanseito de l'oxygène médiatique sur lequel il construisait son consensus. Kamiya lui-même a reconnu ce phénomène.
La nouveauté la plus frappante, et pratiquement inconnue en dehors du Japon, est Team Mirai (« équipe pour l'avenir »), le parti fondé en mai 2025 par l'ingénieur en intelligence artificielle Takahiro Anno. Sans aucun siège avant les élections, il a remporté 11 sièges à la proportionnelle, soit plus du double de son objectif de cinq. Ce qui le distingue dans le paysage japonais, c'est sa position à contre-courant sur la question fiscale qui a dominé la campagne. Alors que tous les partis, du PLD à l'extrême gauche, se sont livrés à une course aux promesses de réduction de la taxe à la consommation, Anno a soutenu que la priorité devait être la réduction des cotisations sociales, plus lourdes pour les travailleurs à faibles revenus. Il a fait valoir qu'une relance de la demande par des réductions d'impôts risquait d'alimenter davantage l'inflation. Une position hérétique, qui a manifestement séduit une partie de l'électorat sceptique à l'égard du populisme fiscal des deux grands partis. Sur la question du marché du travail, Team Mirai propose d'accueillir des travailleur.es étranger.es hautement qualifiés et de restreindre l'entrée de main-d'œuvre peu qualifiée, arguant que l'intelligence artificielle pourra la remplacer. Une position qui, au-delà du langage technocratique, véhicule une hostilité à l'égard de l'immigration qui n'est pas très différente de celle des autres partis.
L'effondrement de la gauche parlementaire mérite une lecture qui va au-delà du simple décompte des sièges. L'ensemble des voix au scrutin proportionnel obtenues par le Parti communiste, le Reiwa Shinsengumi et les sociaux-démocrates est tombé sous la barre des 5 millions, passant pour la première fois sous le seuil des 7 à 8 millions qui avait tenu pendant des années, notamment grâce à l'effet compensatoire de la montée du Reiwa par rapport au déclin des deux autres partis. Dans ses analyses post-électorales, la gauche radicale japonaise elle-même reconnaît franchement que ses discours sont invisibles pour les générations de moins de trente ans et que la rhétorique selon laquelle le renforcement de la défense « mène à la guerre » a perdu de son écho auprès d'un électorat qui est quotidiennement confronté aux pressions chinoises, à la guerre en Ukraine et à l'imprévisibilité de la politique américaine.
Une inflation qui érode sans enrichir
Le consensus autour de Takaichi s'est largement construit sur la promesse de relancer une économie qui, après plus de trois décennies de stagnation déflationniste, a fini par retrouver l'inflation, mais qui a découvert que le retour de la hausse des prix n'entraîne pas automatiquement le bien-être. Les salaires réels japonais ont baissé pendant les douze mois de 2025, pour la quatrième année consécutive. Le salaire nominal moyen a augmenté de 2,3 %, mais l'indice des prix à la consommation a augmenté de 3,7 %, annulant cette hausse et laissant les travailleur.es dans une situation pire que l'année précédente. Le prix du riz, aliment de base de la cuisine japonaise, a augmenté de plus de 60 %, et les achats alimentaires absorbent désormais une part record des dépenses des ménages, comprimant tout le reste.
Cependant, le chiffre le plus révélateur n'est pas conjoncturel. Une enquête comparative menée auprès de travailleur.es de cinq pays avancés montre qu'au Japon, seuls 4 % des personnes interrogées s'attendent à une amélioration de leur salaire réel, contre environ 13 % au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Allemagne. 78 % des Japonai.ses s'attendent à une nouvelle détérioration. Ce pessimisme ne s'explique pas par la conjoncture actuelle, car il trouve ses racines dans trois décennies de stagnation salariale qui ont ancré la profonde conviction que les salaires n'augmenteront tout simplement jamais.
Dans un contexte d'érosion quotidienne du pouvoir d'achat, le PIB du quatrième trimestre 2025 n'a augmenté que de 0,1 %, bien en deçà des prévisions et après une contraction de 0,7 % au trimestre précédent. Les exportations sont en baisse, les dépenses de consommation sont pratiquement au point mort et les investissements des entreprises restent timides. M. Takaichi répond par un programme de dépenses publiques agressif, un budget record de 122 300 milliards de yens et la promesse de suspendre pendant deux ans la taxe sur la consommation alimentaire. Il est convaincu que seule une forte injection de ressources publiques peut relancer le cercle vertueux de la croissance et des salaires. Les marchés financiers se sont réjouis, le Nikkei 225 ayant atteint un niveau historique, mais la dette publique a franchi la barre des 1 342 milliards de yens, son plus haut niveau jamais atteint, et les projections du ministère des Finances indiquent que d'ici 2029, le service de la dette absorbera 30 % du budget national, soit dix points de plus qu'aujourd'hui. Le pari de Takaichi est que la croissance générée par les dépenses compensera le coût de la dette. Les sceptiques font remarquer que la recette du « ruissellement » (trickle-down), c'est-à-dire la confiance dans le fait que la richesse produite au sommet finira par redescendre vers le bas, n'a fonctionné dans aucun des pays qui l'ont expérimentée.
Un autre signal en provenance du monde patronal complique encore le tableau. Un nombre croissant de grandes entreprises japonaises en bonne santé financière ont recours à des programmes de préretraite et à des réductions de personnel. Mitsubishi Electric, qui prévoit des bénéfices nets records, a proposé une retraite anticipée à son personnel âgé de plus de 53 ans, et environ 2 400 personnes ont accepté. Panasonic et Olympus, toutes deux en bonne santé financière, s'apprêtent à supprimer des milliers d'emplois. Parmi les entreprises cotées en bourse qui ont lancé des programmes similaires au cours de l'année dernière, environ 70 % étaient dans le vert. L'objectif déclaré est de renouveler la composition de la main-d'œuvre pour faire face à la transition numérique, mais le message implicite est que le modèle japonais de l'emploi à vie, déjà mis à mal par la généralisation massive du travail précaire, s'effrite également dans ses bastions traditionnels.
Une société vieillissante et fermée
Les tensions économiques s'ajoutent à une transformation démographique et sociale qui redéfinit la physionomie même du pays. Le Japon perd de la population depuis 2010, où il comptait 128 millions d'habitant.e.s contre 123 millions aujourd'hui. Les personnes âgées ont dépassé les enfants en nombre dès 1995. On compte aujourd'hui 9 millions de logements vides dans tout le pays, soit 14 % du patrimoine immobilier total, concentrés principalement dans les zones rurales où des villages entiers se vident parce que les jeunes migrent vers les villes et que personne n'hérite de la maison de ses parents. De nombreuses écoles ferment faute d'élèves.
Le marché du travail souffre d'une contradiction structurelle. En 2025, la population active a atteint 70 millions de personnes, un record dû à l'augmentation de l'emploi des femmes et des personnes âgées. Mais le nombre d'heures travaillées continue de diminuer, notamment parce que de nombreux travailleurs, en particulier les conjoint(e)s à charge, réduisent leur temps de travail afin de ne pas dépasser les seuils qui déclencheraient des cotisations d'assurance. La productivité horaire dans des secteurs tels que la restauration et les transports est en baisse constante et reste bien inférieure à celle des États-Unis. À cela s'ajoute une culture d'entreprise qui continue de pénaliser celles et ceux qui tentent de concilier vie professionnelle et vie familiale. Takaichi elle-même, lors de son entrée en fonction, a déclaré vouloir « abandonner l'expression équilibre entre vie professionnelle et vie privée », une formule qui, dans un pays marqué par le traumatisme du karoshi, la mort par surmenage, a suscité des réactions contrastées.
Le malaise social alimente également le sentiment de méfiance envers les étranger.es, qui a au Japon des racines plus complexes que ne le suggère la simple étiquette de xénophobie politique. Les enquêtes sociologiques montrent que la méfiance envers les résident.es étranger.es augmente surtout parmi ceux qui ont peu de contacts directs avec eux, dans des contextes où les questions sur qui ils sont, ce qu'ils font et combien de temps ils ont l'intention de rester restent sans réponse et se transforment en angoisses amplifiées par les réseaux sociaux. La circulation en ligne d'informations déformées et d'affirmations non vérifiées sur des crimes présumés commis par des étrangers crée une spirale dans laquelle les peurs se nourrissent mutuellement. À l'inverse, dans les régions où la cohabitation quotidienne avec des travailleur.es étranger.es est bien établie depuis des années, le phénomène est beaucoup moins marqué. C'est un mécanisme exploité par l'agitation politique, qui alimente une peur diffuse envers l'inconnu, à un moment où le pays a atteint le chiffre record de 2,5 millions de travailleurs étrangers et où le gouvernement prévoit d'en accueillir plus de 1,2 million supplémentaires d'ici 2029 pour combler les pénuries de main-d'œuvre dans de nombreux secteurs.
Pékin, Séoul et les enjeux importants
Les tensions internes au Japon, de l'érosion salariale à la crise démographique en passant par la réorganisation du paysage politique, ne se développent pas dans un vide géopolitique. L'archipel est au centre d'un système de tensions régionales qui influencent profondément ses choix, et les élections du 8 février en ont été en partie le reflet. Parmi les relations internationales de Tokyo, celles avec ses deux grands voisins, la Chine et la Corée du Sud, méritent une attention particulière, car c'est là que se jouent les enjeux les plus complexes pour le Japon après les élections.
Les déclarations de Takaichi le 7 novembre dernier, lorsqu'il a affirmé au Parlement qu'une attaque chinoise contre Taïwan pourrait constituer une « situation menaçant la survie » du Japon et ouvrir la voie à une intervention militaire défensive aux côtés des États-Unis, ont déclenché une spirale de représailles de la part de Pékin. La Chine a bloqué les importations de produits de la mer japonais, découragé le tourisme de groupe et imposé des restrictions sur les exportations de minéraux rares. Cette stratégie a toutefois eu un effet contre-productif retentissant. La pression chinoise a renforcé le consensus autour de Takaichi, consolidant son image de leader qui ne recule pas devant les intimidations. Même dans les régions qui auraient dû souffrir économiquement de la baisse du nombre de touristes chinois, la popularité de la Première ministre s'est maintenue. Les partis japonais qui avaient historiquement adopté des positions plus conciliantes envers Pékin, comme l'Alliance centriste, sont sortis laminés des élections. Pour la première fois depuis 1996, le PLD a remporté les quatre circonscriptions d'Okinawa, un bastion traditionnel de l'opposition, alors même que la Chine remettait en question le statut des îles.
Fort de ce mandat, Takaichi a rapidement traduit cette victoire en programme politique. Dans son premier discours au Parlement après le vote, il y a quelques heures, ce 20 février, elle a dénoncé la « coercition » chinoise en mer de Chine orientale et méridionale, annoncé la révision des trois documents stratégiques de sécurité du Japon d'ici la fin de l'année, proposé la création d'un conseil national du renseignement sous sa présidence directe, et anticipé la mise en place d'un comité de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs sensibles, sur le modèle du CFIUS américain. Le même jour, le PLD a présenté une proposition visant à supprimer les restrictions qui limitent les exportations militaires aux seuls équipements non létaux, ouvrant ainsi la voie à la vente à l'étranger de l'ensemble du catalogue de l'industrie militaire japonaise. La rapidité avec laquelle ces mesures ont été mises sur la table indique que le programme était prêt depuis longtemps et n'attendait plus que la légitimation électorale.
Il est désormais évident que la stratégie de Pékin s'est avérée contre-productive. Les raisons pour lesquelles les dirigeants chinois ont pu se tromper aussi lourdement dans leurs prévisions sont moins évidentes. Au cours du dernier quart de siècle, le nombre de fonctionnaires et de chercheur.es chinois.es spécialisés dans les affaires japonaises a considérablement diminué. La croissance économique rapide de la Chine, qui a dépassé le Japon en 2010 pour devenir la deuxième économie mondiale, a entraîné une sous-estimation systématique de Tokyo. À cela s'ajoute le fait qu'en Chine, l'analyse publique des résultats électoraux japonais est soumise à la censure, et les commentateurs ont tendance à écrire ce qu'ils pensent que le gouvernement veut entendre, plutôt que de proposer des interprétations réalistes. Une erreur similaire a été commise avec Taïwan, où la pression militaire chinoise a paradoxalement favorisé le maintien au pouvoir pendant trois mandats consécutifs du Parti progressiste démocratique, la force politique la plus favorable aux sentiments indépendantistes.
La dynamique est toutefois plus insidieuse qu'une simple erreur d'appréciation. Les secteurs les plus nationalistes de l'opinion publique et des institutions chinoises ont accueilli la victoire de Takaichi avec une certaine satisfaction, car à leurs yeux, elle confirme définitivement que le Japon a choisi la voie de la confrontation et que le rétablissement du militarisme japonais est désormais un fait accompli, constate Think China. Dans ce contexte, tout futur conflit entre les deux pays cesse d'être un différend politique, est replacé dans une perspective de continuité historique, et toute réponse musclée de Pékin peut être présentée comme un « règlement de comptes légitime ». Le pari de Takaichi est que son positionnement inflexible finira par contraindre la Chine au pragmatisme. Le risque est que l'inverse se produise, car plus forte est la légitimité de la Première ministre japonaise, moins les dirigeants chinois peuvent se permettre d'apparaître conciliants sans en payer le prix sur le plan politique interne. La combinaison de la mémoire historique de l'agression japonaise et de la perception du Japon comme une puissance en déclin crée un mélange particulièrement explosif, dans lequel le mépris de l'adversaire réduit la crainte des conséquences d'un éventuel affrontement.
C'est dans ce contexte plus incertain et plus tendu que Takaichi tente néanmoins de reproduire un scénario déjà éprouvé. La trajectoire diplomatique qu'elle semble vouloir suivre rappelle celle de son mentor politique Shinzo Abe, qui a visité en 2013 le sanctuaire Yasukuni, lieu où l'on rend également hommage à des criminels de guerre, avant de passer près de deux ans à rétablir les conditions d'un sommet avec Xi Jinping en marge de l'APEC en 2014. La logique était alors que Xi finirait par accepter le dialogue avec un dirigeant qui avait montré qu'il était solide et que son pouvoir était durable. Takaichi a parlé de « créer les conditions propices » à une visite à Yasukuni, et le sommet de l'APEC prévu à Shenzhen en novembre 2026 pourrait être le moment idéal pour un réajustement, si le calendrier le permet. Une visite au sanctuaire en octobre, un mois avant la rencontre, représenterait le pire scénario diplomatique possible. Pour l'instant, Pékin reste dans l'expectative, dans l'attente du sommet Takaichi-Trump du 19 mars et de la rencontre Xi-Trump prévue en avril. Avant de recalibrer son attitude envers Tokyo, le leadership chinois veut comprendre quel type d'accord émergera entre Washington et Pékin, et quelle marge de manœuvre restera.
Les relations avec la Corée du Sud ajoutent un niveau supplémentaire de complexité au tableau régional. Dans un contexte qui aurait pu facilement se détériorer, le président sud-coréen Lee Jae-myung et Takaichi ont développé une relation étonnamment opérante, avec trois rencontres bilatérales au cours des trois premiers mois du gouvernement et le lancement d'une « diplomatie de la navette » entre les deux capitales. Le sommet de Nara en janvier, dans la circonscription électorale de Takaichi, s'est conclu par une session où les deux dirigeant.es ont joué de la batterie en même temps, ce qui est devenu viral sur les réseaux sociaux asiatiques. Les raisons de ce rapprochement sont plus stratégiques que sentimentales. Tokyo et Séoul doivent toutes deux faire face à la pression conjointe de la politique douanière américaine, à la menace nucléaire nord-coréenne et à un contexte régional de plus en plus instable, et aucune des deux ne peut se permettre de s'aliéner l'autre.
Les tensions sous-jacentes n'ont toutefois pas disparu. L'aggravation du conflit entre la Chine et le Japon place Séoul dans une position délicate, car la Corée du Sud cherche à la fois à renforcer ses liens avec Tokyo et à maintenir le dialogue avec Pékin. Lors du sommet de Nara, le président Lee a insisté sur la nécessité d'une coopération régionale incluant également la Chine, tandis que la partie japonaise a mis l'accent sur l'alignement avec Washington. Deux tests immédiats permettront de mesurer la solidité de cet accord. Le premier est le « Jour de Takeshima » le 22 février, journée dédiée par la préfecture de Shimane aux îles contestées (que la Corée du Sud appelle Dokdo et contrôle de facto). Pendant la campagne électorale, Takaichi a suggéré qu'il serait opportun d'envoyer un ministre plutôt qu'un vice-ministre, rompant ainsi avec une coutume vieille de trente ans. Le deuxième test sera une éventuelle visite à Yasukuni, que Séoul et Pékin considèrent comme un symbole du passé militariste japonais. L'histoire non résolue du colonialisme japonais en Corée, avec ses blessures encore ouvertes concernant le travail forcé et les « femmes de réconfort », reste la faille sismique sous le sol des relations bilatérales. Le paradoxe est que les pressions chinoises, loin de diviser Tokyo et Séoul, semblent les pousser à coopérer, du moins pour l'instant. Mais l'équilibre est fragile, et un geste symbolique disproportionné suffirait à le remettre en question.
Andrea Ferrario
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
Source - blog d'Andrea Ferrario, 20 févr. 2026 :
Notes
[1] Parti populiste de centre gauche créé par l'acteur Taro Yamamoto en 2019 qui obtint alors 4% des voix et 2 sièges.

La Chine mène le jeu dans les mutations du commerce international
La Chine a annoncé un excédent record du commerce extérieur en 2025 (1 192 milliards de dollars) qui a été largement commenté par la presse internationale. Mais on observe surtout une rapide montée en gamme des exportations chinoises de biens à fort contenu technologique ainsi qu'une diversification géographique au profit du sud global et en particulier les pays partenaires des Nouvelles routes de la Soie (Belt and Road Initiative), qui représentent désormais plus de 50% des échanges extérieurs du pays.
Tiré de The Asialyst.
La barre du trillion de dollars d'excédent commercial avait été presque atteinte en 2024 par la Chine (avec un excédent de 992 milliards de dollars). Elle est largement franchie en 2025, avec un excédent sans précédent de 1 192 milliards de dollars. Les exportations chinoises ont poursuivi leur progression avec une hausse globale de 6,1%, en dépit des coups de boutoir protectionnistes de Donald Trump. Les importations n'ont augmenté que de 0,5% pour deux raisons : l'atonie de la demande intérieure chinoise et la baisse des prix de l'énergie et des matières premières qui constituent une part importante des achats du pays. Les importations de pétrole ont par exemple progressé de 4,4% en volume tout en diminuant de 6% en valeur.
Une croissance toujours dépendante des excédents commerciaux
La croissance chinoise en 2025 atteint 5%, selon les chiffres officiels, soit exactement la cible fixée par le gouvernement chinois en mars dernier lors de la réunion de l'Assemblée nationale populaire. C'est un peu suspect. Les économistes du Rhodium group (un think tank américain spécialiste de la Chine et du changement climatique) ont leurs propres modes de calcul et ils évaluent la croissance réelle du pays à 3% pour deux raisons principales : le profond effet déflationniste provoqué par l'effondrement durable du secteur immobilier et l'absence de réelle relance de la consommation intérieure.
Il y a un point sur lequel le Rhodium group et les autorités chinoises sont à peu près d'accord : l'importante contribution du commerce extérieur à la croissance du pays. Celle-ci est estimée à hauteur de 30% par l'Office national des statistiques et à un peu plus de 40% par le Rhodium group. Autrement dit, si les exportations nettes n'avaient pas fortement progressé en 2025, la croissance chinoise n'aurait été au mieux que de 3,5%.
C'est donc le reste du monde qui, par l'absorption toujours plus importante de produits chinois (à l'exception des États-Unis), permet à la Chine de maintenir son rythme de croissance. Une équation dont Emmanuel Macron a rappelé qu'elle n'était pas tenable dans la durée lors de sa dernière visite à Pékin en décembre dernier.
La montée en gamme des exportations chinoises s'accélère
Le moteur des exportations chinoises n'est plus fondé sur les produits de consommation à bas coûts. Les ventes de textile-habillement, chaussures, jouets et meubles ont diminué de 7% en 2025 par rapport à 2024, et de 14% par rapport à 2021. Le secteur le plus touché est celui du jouet (- 23% comparé à 2021). Cette érosion progressive est cependant plus que compensée par la montée en puissance des ventes à forte valeur ajoutée.
L'un des exemples les plus frappants de cette montée en gamme est celui de l'automobile. Depuis 2020 les exportations chinoises d'automobiles et d'équipements automobiles ont été multipliées par 3,3. Elles atteignent près de 250 milliards de dollars en 2025. Dans le même temps, les importations chinoises dans ce secteur ont fortement reculé, avec une chute de plus de 50% depuis 2021, et le rapport entre exportations et importations est maintenant de 6 à 1.
Les principales victimes du renversement des conditions de la concurrence automobile sur le marché chinois sont les trois premiers fournisseurs de la Chine : l'Allemagne (-57% depuis 2021), le Japon (-41%) et les États-Unis (-74%). L'offensive chinoise à l'exportation se double d'investissements massifs sur les principaux marchés cibles, en particulier vers l'Europe et sa périphérie.
Un autre exemple similaire, où la progression des exportations chinoises s'accompagne d'une vaste campagne d'investissements à l'étranger, est celui des moteurs électriques. Le rapport entre exports et imports est déjà supérieur à 4 et continue de progresser. Les entreprises chinoises détiennent une large majorité des brevets dans ce domaine. Elles innovent en permanence (comme le montre le géant des véhicules électriques chinois BYD avec la diffusion rapide des nouvelles batteries sodium-ion) et fournissent les moteurs de leurs concurrents occidentaux.
D'autres exemples sont mentionnés dans une étude récente de China Briefing (une publication du cabinet d'avocats Dezan Shira et Associés). Les exportations de turbines d'éoliennes se sont envolées de 48% en 2025, celles de batteries lithium-ion de 26%. La Chine est devenue exportateur net de robots industriels, avec une progression de 48% des ventes en 2025. Elle est aujourd'hui leader mondial pour l'ensemble de la chaîne des technologies vertes.
La bataille des semiconducteurs se poursuit
Même dans le secteur des semiconducteurs, où la Chine a un retard technologique particulièrement difficile à combler pour les microprocesseurs de dernières générations et où les sanctions commerciales américaines s'accumulent, les échanges chinois de semiconducteurs restent dynamiques depuis 2023, à l'exportation comme à l'importation. Les producteurs chinois se sont spécialisés dans les semiconducteurs d'au moins 28 nanomètres, qui ont de nombreuses applications dans l'automobile et l'électronique grand public, tout en consacrant des ressources maximales à la recherche-développement avec un soutien massif de l'État (de l'ordre de 70 milliards de dollars).
Le premier partenaire de la Chine demeure Taïwan, qui représente 36% des importations chinoises de circuits intégrés en 2025 devant la Corée (22%). Un partenariat qui se maintient en dépit des tensions géopolitiques permanentes entre les deux rives du détroit de Taïwan. Globalement, la part de l'Asie dans ces échanges de semiconducteurs est écrasante, même si le relâchement récent des restrictions à l'exportation américaines a fait remonter de 2,5% à 7,5% la part américaine dans les achats chinois en 2025 par rapport à 2024.
La Chine a su rapidement diversifier ses échanges avec le monde
L'année 2025 a évidemment été marquée par la guerre commerciale initiée par Donald Trump, qui a connu un pic en avril, avec l'annonce de respectivement 145% et 125% de droits de douane sur les échanges entre les deux pays. L'accalmie initiée en mai a été prolongée par étapes successives et reste applicable jusqu'en novembre 2026. Comme une série de droits spécifiques élevés sont appliqués par les États-Unis dans certains secteurs, le tarif moyen pour les produits chinois entrant sur le marché américain est de 47,5% selon les estimations du Peterson Institute for International Economics (1). Les exportateurs américains sont pour leur part soumis à des droits de douane moyens de 31,9%. Les obstacles aux échanges restent donc très élevés et le commerce bilatéral a chuté de 19% en 2025, ramenant la part des États-Unis dans le commerce extérieur chinois à un peu moins de 9% contre 11% en 2024.
Ce choc n'a pas suffi à bloquer la dynamique des exportations chinoises, mais il crée un changement profond dans l'équilibre des échanges extérieurs du pays. L'Union européenne compte aujourd'hui beaucoup plus que les États-Unis dans le commerce extérieur chinois (13% contre 8,8%). La part de l'Asie continue de progresser (45%), l'Amérique latine et Centrale se situe maintenant au niveau des États-Unis (elle fait en fait deux fois mieux à l'exportation vers le marché chinois) et l'Afrique fait jeu égal avec le Moyen Orient.
Selon le China Briefing, les échanges de la Chine avec ses partenaires de la BRI ont atteint 52% du commerce extérieur du pays. Pour la première fois le « sud Global » devient majoritaire et supplante les pays développés.
Cette mutation est cependant en partie trompeuse. En réalité, la Chine est de moins en moins le pays d'assemblage final des chaînes de valeur asiatiques pour devenir un exportateur de composants intégrés dans les produits finis assemblés et exportés par le reste de l'Asie. Washington pénalise fortement les « produits en transit » dans les accords passés avec le Vietnam et d'autres pays de l'Asean. Mais Donald Trump n'aime pas les fonctionnaires. Les douaniers américains sont peu nombreux. Ils vont avoir le plus grand mal à véritablement contrôler la valeur ajoutée réelle des centaines de milliers de produits venant d'Asie du Sud-Est. Il est plus que probable qu'une partie des exportations chinoises vers les États-Unis emprunte déjà des voies détournées pour entrer plus facilement sur le marché américain.
Quelles sont les perspectives pour 2026 ? La chute des échanges avec les États-Unis pourrait prendre fin si un nouvel assouplissement des relations commerciales se confirme à l'occasion du prochain sommet entre Donald Trump et Xi Jinping prévu pour début avril. L'offensive vers l'Europe et les marchés asiatiques a provoqué des frictions commerciales croissantes, avec la multiplication des plaintes antidumping ou des enquêtes antisubventions contre les produits chinois (sur les turbines d'éoliennes par exemple, il y a quelques jours à l'initiative de l'Union européenne). Ces pressions politiques pourraient avoir un certain impact pour modérer les exportations chinoises sur quelques produits clés.
Mais le yuan chinois (renminbi) est faible (il a perdu près de 10% de sa valeur face à l'Euro depuis un an), les prix à la production chinois restent orientés à la baisse, les surcapacités industrielles du pays n'ont pas réellement diminué et la relance du marché intérieur chinois se fait attendre. Les produits chinois restent donc extrêmement compétitifs et ont toujours autant besoin de débouchés extérieurs.
Ces données de fond expliquent les propositions contenues dans le rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan européen intitulé « l'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » publié le 9 février. Dans l'éditorial accompagnant ce rapport, le président du haut-commissariat Clément Beaune soulignait : « Il reste deux réponses choc à préparer et à débattre au plus vite : une protection commerciale inédite, équivalente à un droit de douane général de 30 % vis-à- vis de la Chine ; ou une dépréciation de l'euro de 20 % à 30 % par rapport au renminbi. » Des propositions choc qui vont faire débat mais qui ont très peu de chances d'être retenues dans un cadre idéologique européen encore profondément marqué par l'attachement à la liberté des échanges.
Notes
1- US-China Trade War Tariffs : An Up-to-Date Chart. Peterson Institute of International Economics. Novembre 2025.

Syrie. Un accord au goût amer pour les Kurdes
Janvier 2026. Après la chute d'Alep, de Raqqa et de Deir ez-Zor, l'armée syrienne est aux abords de Hassaké. L'ensemble du territoire autonome kurde est menacé. Reportage au « Rojava » pendant les négociations qui ont abouti, le 30 janvier, à un accord entre Damas et les Kurdes.
Tiré de orientxxi
19 février 2026
Par Chris Den Hond
États-Unis Forces démocratiques syriennes (FDS) Kurdes Organisation de l'État islamique (OEI) Parti de l'union démocratique (PYD) Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) Rojava Syrie Transition politique Turquie Kurdistan syrien
Qamishli, le 20 janvier 2026. Des civils kurdes se rassemblent avec leurs armes dans la ville alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes ont appelé « les jeunes Kurdes, hommes et femmes », tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Syrie, à « rejoindre les rangs de la résistance ». Les drapeaux brandis sont ceux du Kurdistan — rouge, blanc et vert avec le soleil au milieu — qui est aussi utilisé par le Gouvernement régional du Kurdistan irakien.
DELIL SOULEIMAN / AFP
17 janvier 2026. Pour accéder au Kurdistan syrien, ou à ce qu'il reste du « Rojava », nous traversons le Tigre depuis le Kurdistan irakien en empruntant le pont flottant qui relie les deux rives. C'est par ce passage que les camions, les citernes de pétrole et les personnes entrent et sortent du territoire autonome kurde syrien. Ce point de passage garantit des revenus à l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie (AANES).
Après avoir conquis la totalité d'Alep, de Raqqa et de Deir ez-Zor aux dépens des Forces démocratiques syriennes (FDS), l'armée syrienne se trouve aux portes de la ville de Hassaké. La menace d'une reprise du reste du territoire autonome par l'armée syrienne pèse lourd. Les Kurdes essayent de sauver les meubles. Ils sont horrifiés par la fin rapide de la « coexistence entre communautés, notamment kurdes et arabes », selon l'idéologie officielle des autorités de l'AANES.
Des Kurdes nous amènent à Tirbespi, à 25 kilomètres à l'est de Qamishli, où des milices faisant partie de l'armée officielle de Damas font monter des mortiers sur la ligne de front. C'est la « mobilisation générale ». Hommes et femmes de tout âge, kalachnikovs à la main, se rassemblent sur tous les ronds-points de la région à majorité kurde. Ces comités d'autodéfense vont essayer d'empêcher l'arrivée du gouvernement dans la région. Hussein Khaled, la cinquantaine, est à la fois en colère et inquiet : « Nous protégeons les acquis de notre révolution. »
Un sentiment de trahison
Le 4 janvier, après une proposition de compromis faite par le pouvoir d'Ahmed Al-Charaa le 21 décembre 2025, une réunion se tient à Damas, sous supervision étatsunienne et française. Le texte issu de cette concertation est prêt à être signé quand Assaad Al-Chaibani, le ministre syrien des affaires étrangères, quitte la salle après avoir reçu une note. À son retour, il suspend la signature.
Les 5 et 6 janvier, à Paris, des discussions entre Israël et des responsables de Damas se tiennent sous l'égide des États-Unis. Le but : trouver un accord entre Israël et la Turquie concernant la Syrie. Damas — avec la Turquie derrière elle — fait des concessions majeures : elle abandonne le plateau du Golan à Israël et laisse le sud-ouest sous l'influence de Tel-Aviv, sans risque d'être attaqué par l'armée syrienne. En échange, Damas obtient l'autorisation des Occidentaux d'entrer dans la région autonome tenue par les Kurdes et leurs alliés.
L'offensive de l'armée syrienne commence le 6 janvier à Alep et ne s'arrête que devant les portes de Hassaké dans le nord-est de la Syrie. La volte-face des tribus et des combattants arabes au sein des FDS est largement commentée parmi la population de la région autonome, tout comme la position de Washington, perçue comme une trahison. En effet, Tom Barrack, l'ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie et le Liban, déclare le 20 janvier sur X :
L'objectif initial des FDS en tant que principale force anti-État islamique sur le terrain a largement disparu, Damas étant désormais disposé et en mesure d'assumer les responsabilités en matière de sécurité, y compris le contrôle des centres de détention et des camps de l'organisation de l'État islamique.
Hikmet Habeeb, lui-même arabe et ancien président de l'assemblée cantonale de la région autonome du nord-est, nous accueille dans son bureau. Il tente une explication :
Les tribus arabes suivent le plus fort. Ils étaient avec nous quand nous les avons protégés contre l'organisation de l'État islamique (OEI). Mais maintenant que le gouvernement de Damas arrive dans la région, ils retournent leur veste. Bien avant l'offensive de Damas, un important chef de tribu arabe nous avait fait savoir déjà que si l'armée syrienne arrivait avec des membres de [sa] tribu, [ils n'allaient] pas [se] battre contre eux.
Avec la défection des arabes au sein des FDS, les effectifs avaient rapidement diminué de 100 000 à 50 000. Impossible, dans ces conditions, de tenir le front à l'est de l'Euphrate. Les FDS décident alors de ne pas se battre pour Raqqa et Deir ez-Zor, évitant ainsi un bain de sang, et de se concentrer sur les villes à majorité kurde. Hikmet Habeeb reconnaît : « Nous sommes confrontés à des défections de tous les côtés. De plus, des médias panarabes comme Al-Jazira et Al-Arabiya ne ratent pas une seule occasion de noircir les Kurdes et les FDS avec une propagande mensongère. » Kamal Chomani, rédacteur en chef du journal en ligne The Amargi explique que les problèmes de gouvernance et les abus des FDS étaient connus bien avant : « Les Kurdes eux-mêmes en sont les critiques les plus virulents. Mais la vague actuelle de dénigrement des Kurdes est dictée par l'évolution des alliances. »
La nécessité d'un nouvel accord
Un cessez-le-feu de trois jours est déclaré le lendemain de notre arrivée au « Rojava », le 18 janvier 2026. La menace est momentanément suspendue. Mais les pourparlers n'avancent toujours pas. Damas veut tirer avantage de sa victoire militaire sur le terrain et impose un texte en six points à la délégation kurde à Damas. Dans les faits, c'est une pure et simple demande de capitulation : adhésion individuelle – et non en tant que brigades – des FDS à l'armée syrienne, après vérification sécuritaire, et deux heures optionnelles d'apprentissage de la langue kurde dans les villes où les Kurdes sont majoritaires. Mazloum Abdi, le commandant général des FDS, et son équipe quittent la table des négociations.
Beaucoup de commentateurs décrivent l'attitude kurde comme « maximaliste », un « refus du compromis » en raison de la domination la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mais les Kurdes que nous rencontrons, des officiels, des commerçants, des travailleurs ou des journalistes, sont unanimes : ils refusent toutes et tous une reddition ou une capitulation. « Nous ne nous sommes pas battus avec autant de détermination et avec autant de morts pour aussi peu de résultats », nous explique Ahin, une jeune étudiante à l'université à Qamishli.
Face au risque de la perte de tout le « Rojava » et d'un bain de sang, la direction kurde tente de se frayer un chemin tout en traçant les lignes rouges : elle accepte la gestion des frontières, des aéroports et des ressources énergétiques par Damas, mais exige de conserver l'autodéfense des villes à majorité kurde, une gestion politique décentralisée du territoire et la préservation des droits culturels kurdes — notamment leur langue.
De son côté, Abdullah Öcalan, le chef du PKK, menace de rompre le processus de paix engagé avec la Turquie si le « Rojava » continue à être attaqué. La diaspora kurde se mobilise. Cette pression populaire, combinée aux efforts diplomatiques de Massoud Barzani et Bafel Talabani, les deux dirigeants kurdes irakiens, finit par convaincre Ankara, Damas et Washington de la nécessité d'un nouvel accord.
Car sans accord, les cercueils n'auraient pas cessé d'arriver, comme en ce jour au cimetière de Qamishli, où l'on enterre dix jeunes tués dans les confrontations récentes à Raqqa. Rohilat Afrin, la commandante des YPJ, les Unités de protection des femmes, ne décolère pas. Devant la foule et sous une pluie battante, elle crie : « Nous nous sommes durement battues pour nos droits, nous allons les garder. »
Dans la région autonome, les femmes jouent un rôle primordial dans toutes les sphères de la société. Dans les négociations en cours, rien ne filtre sur le rôle des combattantes. Sur la ligne de front, l'une d'entre elles assure que « les femmes ne vont pas retourner dans leur cuisine si jamais le régime de Damas reprend le contrôle de cette région. »
Des milliers de nouveaux déplacés
Le 22 janvier, nous nous mettons en route pour la ligne de front à Hassaké, ville mixte arabo-kurde, à deux heures de route de Qamishli. Les troupes de Damas se trouvent à deux kilomètres du centre-ville. Si Hassaké tombe, la région à majorité kurde se trouvera tellement réduite qu'elle deviendra économiquement invivable.
Quand nous rentrons le lendemain à Qamishli, les drapeaux des FDS symbolisant une Syrie fédérale ont disparu. Restent ceux des YPG et YPJ, ainsi que le drapeau du Kurdistan — rouge, blanc et vert avec le soleil au milieu — aussi utilisé par le Gouvernement régional du Kurdistan irakien. Les principaux concernés se sentent abandonnés de tous. Finis les principes de la coexistence entre les peuples. Il ne leur reste que la solidarité inter-kurde. Bilal, journaliste kurde, nous confie :
Le PKK a perdu des plumes. Son projet de coexistence entre les peuples ne fonctionne visiblement pas. Les gens ici regardent désormais vers les Kurdes d'Irak. Mais soyons honnêtes : sans les guérilleros du PKK, descendus de la montagne de Qandil en 2014, Kobané ne serait pas libérée et le génocide contre les yézidis à Chengal n'aurait pas été arrêté. C'est le PKK qui avait ouvert un corridor et sauvé des dizaines de milliers de vies.
Le 24 janvier, nous visitons une école à Qamishli occupée par des familles qui ont emporté avec elles les biens qui leur restaient. L'offensive récente de Damas a créé 150 000 nouveaux déplacés internes, selon un comptage de l'Administration autonome. Pour certains, c'est le quatrième ou cinquième déplacement. Walid Ali, un quinquagénaire originaire d'Afrin, raconte son calvaire :
Nous sommes partis d'abord d'Afrin à Tel Rifaat, où nous sommes restés sept ans. En janvier 2026, des milices syriennes pro-turques nous ont de nouveau attaqués et nous avons dû fuir vers Tabqa. Ensuite, l'armée syrienne est arrivée et nous sommes partis pour Raqqa. Une fois Raqqa tombée, nous nous sommes déplacés vers Hassaké. Et nous voici maintenant à Qamishli.
Evin, une jeune fille de 17 ans, fond en larmes : « Nous avons dû partir à quatre reprises. Nous n'avons jamais eu l'opportunité d'aller à l'école. J'en ai marre d'être déplacée. » Ces déplacés viennent s'ajouter au demi-million de déplacés internes causés par l'agression turque de 2018 et 2019. Ils auraient dû pouvoir rentrer chez eux à la suite de l'accord du 10 mars 2025, mais celui-ci est resté lettre morte. Cependant, plusieurs personnes, plutôt âgées, sont rentrées à Afrin. Les déplacés espèrent un nouvel accord pour pouvoir rentrer.
L'espoir malgré tout
Le 30 janvier 2026, la nouvelle tombe enfin : un accord est conclu entre Damas et les Kurdes. Mais ce n'est pas la fête. Les visages restent sombres. Les termes de l'accord ne suscitent guère d'enthousiasme. Simplement le soulagement que Damas ait fini par accepter les lignes rouges tracées par les Kurdes. Les négociateurs kurdes, Mazloum Abdi et Ilham Ahmed, considèrent avoir évité un bain de sang. Les institutions de l'Administration autonome seront intégrées en tant que telles dans le nouvel État syrien. Les déplacés pourront rentrer chez eux. La Turquie doit se retirer des zones occupées.
Hozane Ehmed, Kurde syrienne originaire de Hassaké, regarde la nouvelle situation d'un œil plutôt positif :
Les FDS gardent trois brigades à Hassaké et une brigade à Kobané. Cela ne s'appelle pas une autonomie militaire, mais ce n'est pas non plus une intégration individuelle comme l'avait exigé Damas. Les régions de Hassaké, Amoude, Derik et Qamishli devraient s'autogérer avec une présence policière conjointe ou très discrète de la part de Damas. Le seul problème qui demeure concerne Kobané et Afrin, qui seront liées à la province d'Alep, et pas aux provinces à majorité kurde dans l'est de la Syrie, donc sans continuité territoriale. Kobané est d'ailleurs toujours assiégée. Nous avons perdu du territoire, mais nous avons gagné la reconnaissance de nos droits en tant que peuple kurde, chose que l'on n'avait pas auparavant.
Nous quittons la Syrie par là où nous sommes entrés. Entre-temps, les autorités kurdes ont déclaré que le poste-frontière de Semalka restera sous contrôle des FDS avec, seulement, la présence de quelques fonctionnaires de Damas. Une victoire de plus pour la solidarité inter-kurde.
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Comment Israël orchestre l’échec du cessez-le-feu à Gaza
Malgré l'impression de progrès diplomatiques, les restrictions israéliennes, les menaces militaires et les obstacles bureaucratiques rendent délibérément la trêve à Gaza inapplicable.
Association France Palestine Solidarité
17 février 2026
Par The New Arab par Muhammad Shehada
Photo : Réunion inaugurale du Comité national pour l'administration de Gaza, ou « comité technocratique » , le 18 janvier 2026 © Dr Ali Shaath sur X
La création du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) était une mesure attendue depuis longtemps par les Palestiniens qui espéraient commencer à reconstruire cette enclave ravagée par la guerre.
Un mois plus tard, cependant, Israël n'a toujours pas autorisé ce comité technocratique à entrer à Gaza, tandis que les États-Unis n'ont toujours pas précisé au NCAG quel serait exactement son mandat.
L'annonce par l'envoyé spécial américain Steve Witkoff du lancement de la deuxième phase du plan de Donald Trump pour Gaza à la mi-janvier a été accueillie par Israël avec condamnation, procrastination, restrictions, intensification des bombardements et promesses de reprendre les opérations militaires sans restriction et de rompre le cessez-le-feu.
Cette réaction immédiatement hostile et paniquée, malgré l'ajout par Trump de Benjamin Netanyahu, inculpé par la CPI, au « Conseil de paix » et la satisfaction de toutes les demandes israéliennes, montre clairement l'intention d'Israël de saboter la deuxième phase de ce qui est devenu un cessez-le-feu unilatéral après que Israël ait violé à plusieurs reprises la première phase, la rendant pratiquement caduque.
Un comité sans pouvoir, sans bureaux et sans personnel
Le comité technocratique de Gaza, composé de 15 experts palestiniens, de fonctionnaires à la retraite, de dirigeants de la société civile et d'hommes d'affaires, est censé prendre le relais du Hamas et entamer la reconstruction de Gaza.
Cependant, deux personnes proches du président du NCAG, le Dr Ali Shaath, ont déclaré à The New Arab que les membres du comité n'avaient même pas été informés de l'endroit où ils vivraient ou travailleraient une fois entrés à Gaza, et qu'aucune résidence, aucun bureau ni aucun membre du personnel ne leur avait été attribué.
Les commissaires du NCAG ne savent pas non plus s'ils auront accès à l'est de Gaza, soit 60 % de l'enclave entièrement contrôlée par l'armée israélienne. Un commissaire du NCAG a déclaré à The New Arab : « À ce stade, nous avons plus de questions que de réponses. »
Le comité a tenu une réunion avec la société du Croissant-Rouge palestinien, au cours de laquelle il a été demandé aux commissaires du NCAG s'ils seraient en mesure de verser des salaires aux familles des travailleurs de la santé tués par Israël, selon une source proche de Shaath.
« Ils n'ont pas su répondre », a déclaré la source, ajoutant que la réunion la plus importante du NCAG sur la transition gouvernementale n'avait eu lieu qu'avec les municipalités de Gaza qui fournissent des services de base, et non avec les ministères. Tony Blair, désormais membre du Conseil de paix de Trump, aurait déclaré à Shaath que le NCAG n'aurait aucun rôle à jouer dans la politique ou le désarmement.
Shaath est « ravi de recevoir des appels et des invitations à des réunions de la part d'ambassadeurs de différents pays, comme l'UE ou le Japon. Cela lui donne l'impression d'être un Premier ministre, mais il n'a reçu aucun pouvoir réel jusqu'à présent », a déclaré la source à The New Arab. Le NCAG n'a pas été explicitement informé s'il pouvait diriger le gouvernement à Gaza avec les fonctionnaires existants de l'Autorité palestinienne (AP) ou du gouvernement du Hamas.
Les Émirats arabes unis et Mohammed Dahlan
Chacun des 15 commissaires du NCAG recevra un salaire pouvant atteindre 18 000 dollars par mois, selon deux sources proches du dossier, qui ont déclaré que ce sont les Émirats arabes unis qui effectuent ces paiements.
Plusieurs sources, notamment des diplomates arabes et occidentaux et des documents internes consultés par The New Arab, montrent que plusieurs commissaires du NCAG sont en fait affiliés au conseiller présidentiel des Émirats arabes unis et homme politique palestinien controversé, Mohammed Dahlan.
Les Émirats arabes unis auraient également soutenu des groupes armés pro-israéliens à Gaza, tels que la milice Abu Shabab liée à l'État islamique, et envisageraient de financer le projet israélien « New Rafah », qui vise à construire un camp dans le sud de Gaza sous le contrôle strict de l'armée israélienne et sous surveillance biométrique.
Le journal israélien Haaretz a récemment rapporté que « les Émirats arabes unis considèrent Gaza comme un élément clé pour influencer toutes les politiques de Trump dans la région » et investissent donc massivement dans tout nouvel accord à Gaza.
Cependant, un haut diplomate arabe a déclaré à The New Arab que les Émirats arabes unis tiennent à garantir l'élimination totale du Hamas et préfèrent un « chaos à la soudanaise » à Gaza à tout scénario dans lequel le groupe islamiste survivrait à la guerre menée par Israël.
Israël prépare l'effondrement du NCAG
Dès la création du NCAG, le brigadier général israélien Erez Wiener, proche collaborateur du ministre des Finances Bezalel Smotrich, s'est empressé de préciser que les restrictions israéliennes resteraient en vigueur malgré l'annonce de la phase deux.
« Rien ne peut se passer dans la région sans l'accord d'Israël, car nous sommes les propriétaires. Nous contrôlons les entrées et les sorties », a-t-il déclaré à la radio 103FM. « Même s'ils décident d'apporter des matériaux pour la reconstruction de Gaza, tant qu'Israël ne l'approuve pas, cela ne peut pas se faire. Nous avons la supervision et le contrôle. »
Il ne s'agissait pas là de simples paroles en l'air. Les médias de droite israéliens ont souligné à plusieurs reprises l'intention de Netanyahu de faire échouer le cessez-le-feu. Par exemple, la chaîne israélienne Channel 14 a déclaré que le chef d'état-major de l'armée israélienne avait approuvé des plans pour une attaque à grande échelle contre Gaza, y compris l'invasion de zones où l'armée israélienne n'était jamais entrée auparavant.
De même, Maariv a révélé qu'Israël se préparait actuellement « à l'échec du plan Trump » et avait déjà prévu de reprendre son offensive à Gaza « sans restrictions » afin d'occuper l'ensemble du territoire.
Israël n'a ménagé aucun effort pour faire obstruction, saper et attaquer le NCAG. La semaine dernière, Netanyahu a personnellement attaqué le NCAG pour une raison aussi insignifiante que l'utilisation d'un logo ressemblant à celui de l'Autorité palestinienne. « Israël n'acceptera pas l'utilisation du symbole de l'Autorité palestinienne, et l'AP ne sera pas partenaire dans l'administration de Gaza », a-t-il déclaré.
Dès le premier jour de la création du comité, Israël a lâché ses gangs criminels à Gaza pour attaquer le comité et a promis de le boycotter et de le saper. L'armée israélienne utilise ces gangs pour mener des assassinats dans l'ouest de Gaza tout en conservant un déni plausible, ce qui est de mauvais augure pour la sécurité des membres du NCAG.
Israël utilise même le gang Abu Shabab pour harceler les Palestiniens qui reviennent à Gaza par le passage de Rafah, où ils arrêtent et interrogent les rapatriés et les escortent jusqu'à un poste de contrôle situé à 500 mètres du passage, où des hommes armés masqués procèdent à d'autres interrogatoires et pillent les effets personnels des passagers.
Le chef du gang, Ghassan Al-Duhaini, a annoncé qu'ils avaient mis en place un poste de contrôle près du passage frontalier où sa milice ferait chanter les passagers de retour afin qu'ils se déplacent vers la zone contrôlée par le gang, ou « New Rafah ».
De plus, le gang Abu Shabab a déjà empêché des délégations internationales, telles que la Croix-Rouge ou l'ONU, d'entrer dans la zone. Cela signifie qu'Israël peut facilement utiliser le gang Abu Shabab pour bloquer, kidnapper ou même assassiner les membres du NCAG lorsqu'ils entrent ou sortent de Gaza.
Israël empêche également actuellement le NCAG de faire appel à des fonctionnaires de Gaza appartenant au gouvernement du Hamas ou à celui de l'Autorité palestinienne, ce qui signifie que les 15 membres du comité se retrouveraient livrés à eux-mêmes, sans aucun employé sur le terrain pour gérer l'enclave.
L'agence de sécurité israélienne Shin Bet a continué à opposer son veto à la plupart des noms proposés pour le NCAG et a manipulé la liste des noms des membres du comité afin de le mettre en conflit avec le Hamas et d'autres factions à Gaza.
Par exemple, Israël a remplacé Mohammed Tawfeeq Heles au poste de commissaire à la sécurité par Sami Nasman, un officier de renseignement à la retraite de l'Autorité palestinienne qui a mené des affrontements directs avec le Hamas à Gaza et qui est considéré comme faisant partie du cercle de Dahlan.
Le commissaire à la sécurité est censé prendre le contrôle de la police et des autres agences de sécurité et superviser le démantèlement des armes offensives du Hamas. Mais le long passé de Nasman jette le doute sur sa capacité à instaurer la confiance avec les acteurs locaux pour mener à bien cette tâche.
Il a notamment été condamné par contumace à 15 ans de prison par un tribunal de Gaza pour espionnage présumé et recrutement de cellules chargées d'incendier des véhicules et d'attaquer des infrastructures publiques afin de créer des troubles et de déstabiliser le gouvernement du Hamas. Un journaliste palestinien chevronné a déclaré au New Arab que Nasman serait également responsable du meurtre de deux membres du Jihad islamique, Ayman al-Razayna et Ammar al-Aaraj, en 1998.
La nomination de Nasman a provoqué la colère du Hamas et du Jihad islamique, et pourrait pousser leurs membres à refuser de coopérer avec un homme qu'ils considèrent comme « compromis », voire comme un « collaborateur ». C'est précisément le résultat qu'Israël souhaite obtenir : créer des tensions intra-palestiniennes, pousser le Hamas à adopter des positions plus radicales, puis utiliser cela comme prétexte pour reprendre l'assaut sur Gaza.
Le NCAG détourne l'attention de l'occupation continue de Gaza
L'annonce américaine du lancement de la phase deux ne fait aucune mention d'un nouveau retrait militaire israélien de Gaza, alors qu'il s'agit d'un élément central du plan Trump. Israël et les États-Unis ont en outre conditionné toute reconstruction à Gaza au désarmement complet du Hamas, ce qui constitue clairement un acte de punition collective.
Cela signifie que plus de 60 % de Gaza serait de facto inaccessible au nouveau gouvernement, tandis que les 40 % restants resteraient une terre désolée dans un avenir prévisible. Le NCAG serait probablement la cible de la colère du public, bien qu'il soit impuissant à changer la situation.
C'est pourquoi une source proche de Shaath a déclaré que la création du NCAG était une « diversion » pour masquer la poursuite de l'occupation de Gaza par Israël. La création d'une nouvelle entité palestinienne accompagnée de promesses immenses sert à donner l'impression d'un progrès, sans qu'Israël ne change pour autant sa politique sur le terrain, qui consiste à détruire toutes les maisons et infrastructures vitales restantes dans l'est de Gaza.
Pour dissimuler cette réalité dystopique, Israël poursuit son projet « New Rafah », qui servirait de village Potemkine, donnant l'illusion d'une reconstruction et détournant l'attention des conditions invivables qu'Israël impose à Gaza.
Selon des diapositives préparées par l'administration américaine et consultées par The New Arab, le camp fermé « New Rafah » n'accueillerait que 25 000 personnes, soit une fraction symbolique des 2,4 millions d'habitants de Gaza.
Le rendu de la zone ressemble à une cour de prison, avec des conteneurs surpeuplés utilisés comme logements à la place de structures permanentes. Les Gazaouis qui ont vécu dans des conteneurs similaires après la guerre de 2014 affirment que ces conteneurs se transforment en fours en été, car le métal absorbe la chaleur.
Les écoles de ce camp n'enseignaient pas le programme scolaire palestinien, mais utilisaient plutôt des « études d'urgence » inspirées des « principes de la culture de paix des Émirats arabes unis ».
Toute personne s'installant dans la « nouvelle Rafah » serait soumise à un contrôle de sécurité et à une surveillance biométrique. Elle perdrait la possibilité de se rendre dans l'ouest de Gaza et aurait à la place la possibilité de quitter Gaza par le passage frontalier de Rafah.
Les intentions d'Israël à Gaza sont sans équivoque. Après avoir dépensé plus de 100 milliards de dollars, perdu près de 900 soldats, affaibli l'économie nationale et gaspillé son prestige régional, tout cela pour réduire Gaza en poussière, Netanyahou ne va pas simplement jeter tout cela aux orties, rester les bras croisés et permettre la reconstruction de l'enclave qu'il a tout fait pour rendre inhabitable.
Traduction : AFPS
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Gaza sans Gaza
Réunir la planète pour parler de Gaza, décider de son avenir, distribuer des promesses et des milliards, tracer des routes et des marinas, tout cela avec une élégance rare, celle qui consiste à oublier d'inviter les plus concernés, les palestiniens de Gaza.
Au sommet de la paix, il fallait oser.
Une prouesse diplomatique. Un tour de magie. Gaza disparaît. Ne reste que le nom, posé sur une table de conférence comme une carte postale exotique.
Après des mois de destructions qui ont broyé plus de deux millions de vies, voici venu le temps de la grande consolation internationale. La paix en kit. Le plan qui ferait pâlir d'envie Niccolò Machiavelli lui-même, tant il conjugue froideur stratégique et sourires satisfaits. La guerre a fait son œuvre. La fumée ne s'est pas encore dissipée que déjà commence le partage du butin.
Le décor se voulait prestigieux. Donald Trump, fidèle à son goût pour la mise en scène, impulsa cette première réunion d'un Conseil de la paix aussi improvisé que solennel à Davos. Rien ne vaut la pureté des sommets enneigés pour débattre du sort d'un territoire réduit en gravats. Le contraste avait quelque chose de presque poétique. Une paix discutée au chaud, face aux montagnes immaculées, pendant qu'au loin d'autres paysages fumaient encore. La symbolique frôlait la tendresse. On annonça même que le prochain acte se jouerait à Washington, comme toute grande tournée diplomatique qui se respecte.
Et qui donc prit place autour de la table ce 19 février 2026 pour dessiner l'avenir de Gaza sans Gaza. Une assemblée respectable, assurément. Le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, les Émirats arabes unis, le Maroc, le Bahreïn, le Qatar, l'Arabie saoudite, l'Ouzbékistan, le Koweït et bien d'autres encore. Des milliards promis. Des engagements militaires formulés. Des observateurs attentifs, des conseillers appliqués, des costumes impeccables. Une solidarité remarquable. Avec le sol, les infrastructures, les perspectives économiques. Les gazaouis, eux, semblaient relever d'une note de bas de page.
Les Palestiniens de Gaza, eux, n'étaient ni membres ni représentants officiels. Pas de chaise à leur nom. Pas de micro. Pas de voix. Peut être une mention technique, quelque part dans une annexe, comme on mentionne un fournisseur secondaire. L'initiative ne prévoyait aucune délégation gazaouie au niveau politique ou décisionnel. Décider pour eux, sans eux. Le colonialisme à son degré le plus pur. La version actualisée, polie, numérisée.
Le mouvement Hamas a réagi en rappelant qu'aucun accord ne saurait exister sans arrêt de l'offensive israélienne, sans levée du blocus, sans garantie des droits du peuple palestinien. Une réaction presque inconvenante dans ce théâtre feutré. On ne dérange pas une mise en scène si bien orchestrée avec des revendications aussi prosaïques que la fin des bombes.
Ce qui donne à l'ensemble une saveur particulière, c'est la participation active de pays qui ont eux-mêmes connu la morsure du colonialisme. L'histoire est une grande farce. Les anciens dominés se retrouvent à discuter de la réorganisation d'un autre peuple dominé, sous le regard satisfait des puissances. Il fallait une imagination fertile pour transformer la solidarité en gestion immobilière.
On promet des milliards pour reconstruire Gaza. On évoque des projets, des infrastructures, une renaissance. Certains parlent déjà d'une sorte de Riviera orientale, comme si le bruit des vagues pouvait couvrir celui des drones. Comme si une promenade en front de mer pouvait effacer les deuils. Les chiffres sont lancés comme des confettis. Des milliards pour le béton. Et combien pour la dignité.
La question, au fond, est d'une simplicité désarmante. Peut-on offrir le luxe à un peuple à qui l'on refuse d'abord le droit de décider. Peut-on rebaptiser la dépossession développement. Peut-on appeler paix une réunion où l'absent principal est précisément celui dont on parle.
L'absurdité est totale, presque parfaite. Gaza devient un projet. Un concept. Un investissement. Une opportunité géopolitique. Les Gazaouis, eux, deviennent une variable. Une contrainte. Un détail technique à régler plus tard.
C'est cela, la grande modernité politique. On ne conquiert plus à cheval. On ne plante plus de drapeau. On convoque des sommets. On signe des engagements. On parle de stabilité régionale et de croissance. Et l'on espère qu'à force de promesses bien emballées, le monde oubliera de demander l'essentiel.
Qui décide ? Pour qui ? Et au nom de quoi ?
Mohamed Lotfi
20 Février 2026
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« Exiger la démission de Francesca Albanese, c’est sanctionner la pensée critique et ses droits »
Le 11 février 2026, Jean-Noël Barrot a réclamé la démission de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés pour des propos qu'elle n'a jamais tenus. Le ministre a repris à son compte une accusation fabriquée par la députée macroniste Caroline Yadan sur la base d'une vidéo tronquée. L'historienne Sophie Bessis et l'essayiste Dominique Eddé dénoncent une politique étrangère française sans boussole, qui choisit de s'en prendre à Francesca Albanese tandis qu'elle se tait sur la guerre génocidaire menée contre Gaza et sur les violations quotidiennes du cessez-le-feu au Liban.
Tiré d'Orient XXI.
De Kaboul, où les filles sont interdites d'école et les femmes vêtues de prisons ambulantes, jusqu'à l'île d'Epstein, paradis pour pédocriminels, où des célébrités en tous genres ont abusé et avili, une décennie après l'autre, des fillettes et des femmes importées de tous les coins du monde, il n'est plus une parcelle de la planète qui ne soit envahie par la boue. La « révolution » iranienne qui, en 1979, se revendiquait entre autres du combat contre l'arrogance occidentale, promettant à son peuple de le restaurer dans ses droits, a battu des records dans l'écrasement de sa population et la négation de ces droits eux-mêmes.
Partout, la figure de la tenaille est à son comble. L'ennemi du dedans et celui du dehors en activent chacun un manche, confisquent des milliards de destins au prétexte d'en décider. Gangrenés l'un et l'autre par le règne du mensonge et de la voracité, l'Occident et l'Orient ne dialoguent plus désormais qu'à travers la logique obscène du plus fort, du plus riche, du plus offrant. Alors qu'au Soudan les Émirats arabes unis poursuivent leur aide multiforme à une entreprise génocidaire, l'armée israélienne achève la sienne en Palestine, brisant les dernières poches de vie à Gaza et annexant la Cisjordanie. Que proposent, que font pendant ce temps les gouvernants des pays qui se réclament encore de la démocratie face à ce raz-de-marée ? Que fait la France ?
Une diplomatie sans colonne vertébrale
S'agissant d'Israël et de la Palestine, sa politique étrangère est devenue illisible. Elle n'a plus de colonne vertébrale. Après avoir soutenu l'extension aux Palestiniens de Pause, le programme d'accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil créé en 2017 à l'initiative du Collège de France, elle décide brusquement, à l'été 2025, de le bloquer, au prétexte du tweet antisémite d'une Gazaouie qui ne figurait même pas parmi les lauréats. Alors qu'elle a reconnu il y a quelques mois l'État palestinien, La France réclame aujourd'hui, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, la démission – rien que cela - de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese.
Pourquoi ? Parce que Caroline Yadan, députée des Français de l'étranger et avocate passionnée de l'extrême droite israélienne, ne supporte pas que les Palestiniens, si mal défendus par leurs représentants politiques, le soient si bien par une voix étrangère et libre. C'est assez logique. On peut la comprendre. Mais pourquoi a-t-il suffi que Caroline Yadan déforme les propos de Francesca Albanese, selon la méthode éhontée d'un Donald Trump ou d'un Benyamin Nétanyahou - pour que Jean-Noël Barrot lui emboîte le pas ? C'est la même qui a qualifié la reconnaissance de l'État de Palestine par le président Macron de « faute politique, morale, et historique ». La même qui a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi qui, au prétexte de lutter contre l'antisémitisme, entend avaliser la loi israélienne de 2018 désignant Israël comme « L'État-nation du peuple juif » et de lui seul. Toute personne contestant ce fait - nous en sommes - pourrait être poursuivie en justice si cette loi était adoptée. Cent vingt personnalités françaises ont cosigné cette proposition. Parmi elles, l'ex-chef de l'État François Hollande, dont nous attendons de savoir s'il souhaite également la démission de Francesca Albanese. Les tentatives de clarification avancées par le Quai d'Orsay n'ont rien changé quant au fond. La France, par la voix de son ministre, persiste à réclamer la tête de Francesca Albanese (1).
On peut ne pas adhérer à telle ou telle formulation des propos de cette dernière, mais de quel droit les défigure-t-on ? Elle a reconnu avoir manqué de réflexe en ne se retirant pas d'une réunion à laquelle assistait, sans qu'elle en soit prévenue, l'un des dirigeants du Hamas Khaled Mechaal. Qu'est-ce que cette erreur, de surcroît reconnue, face à l'incroyable complaisance d'une majorité d'États européens envers le gouvernement israélien ? Rappelons au passage que la France, co-garante du cessez-le-feu au Liban, ne dit pas un mot contre les violations quasi quotidiennes dont il est l'objet. Tandis que nous assistons, dans une indifférence à peu près générale, à l'application de la phase terminale d'un plan d'effacement des Palestiniens de leur terre, la France ne trouve-t-elle rien de mieux à faire que de s'en prendre à une femme insurgée contre cette infamie ? Rien de mieux que d'entraîner l'Allemagne et l'Autriche dans son sillage ?
Contre le silence et l'impunité
Bien des esprits réduits au silence, épouvantés par l'impunité dont jouit la politique israélienne, se sont sentis entendus et compris par Francesca Albanese comme par le secrétaire général de l'ONU António Guterres. Faut-il que les derniers recoins onusiens de courage soient interdits à l'heure où Nétanyahou et Trump liquident l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et où le second ambitionne de mettre fin à l'existence même des Nations unies ? Ce sont ces voix, au même titre que les très nombreuses voix dissidentes parmi les juifs de par le monde, qui permettent à la raison de tenir encore tête à la folie générale. Ils ne se comptent pas, heureusement, ceux qui rament contre le règne actuel de l'inconcevable, contre une dégradation planétaire de la santé mentale. Faut-il leur porter secours ou les sommer de disparaître ?
Exiger la démission de Francesca Albanese revient à vouloir sanctionner la pensée critique et ses droits. C'est en outre fouler aux pieds le legs inestimable de la pensée juive moderne. Car qui de Franz Kafka à Hannah Arendt, Erich Auerbach, Walter Benjamin, Canetti, Freud ou Einstein, aurait avalisé une telle réclamation ? L'entériner, c'est déposséder les sans-voix du peu de recours qui leur reste. C'est favoriser la haine au prétexte de la combattre. C'est confier le train de l'avenir à des rails qui vont dans le mur. Nous attendions mieux de la diplomatie française.
Notes
1- NDLR. Le porte-parole du Quai d'Orsay, Pascal Confavreux, a reconnu, le 12 février 2026, que la phrase « Israël, ennemi commun de l'humanité » n'avait jamais été prononcée par Francesca Albanese, mais a maintenu la demande de démission, justifiée selon lui par son « absence de neutralité » et son « attitude militante ».

Levée de boucliers des pays arabes et musulmans après les « déclarations incendiaires » de l’ambassadeur US en Israël
Dans une interview accordée à l'influenceur conservateur Tucker Carlson et diffusée le 20 février, l'ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a déclaré qu'Israël avait le droit biblique de conquérir tout le Moyen-Orient. « Ce serait parfait s'ils prenaient tout », a-t-il ajouté. Une déclaration qui a suscité une levée de boucliers de 14 pays musulmans et de la Ligue arabe.
Tiré de Agence média Palestine.
Après que Tucker Carlson l'a interrogé sur son interprétation d'un verset de la Genèse selon lequel Israël aurait des droits sur les terres situées « entre le Nil et l'Euphrate » – et donc de l'Egypte à l'Irak et à la Syrie, en passant par l'Arabie Saoudite, Mike Huckabee a tranquillement répondu : « Je pense que c'est exact. Et cela engloberait en gros tout le Moyen-Orient. Ce serait parfait s'ils prenaient tout. »
Dans un communiqué commun, les ministères des Affaires étrangères d'Arabie saoudite, d'Égypte, de Jordanie, des Émirats arabes unis, d'Indonésie, du Pakistan, de Turquie, du Qatar, du Koweït, d'Oman, de Bahreïn, du Liban, de Syrie et de Palestine, ainsi que l'Organisation de la coopération islamique (OCI), la Ligue des États arabes (LEA) et le Conseil de coopération du Golfe (CCG), expriment leur « ferme condamnation » et leur « profonde préoccupation concernant les déclarations faites par l'ambassadeur des États-Unis en Israël, dans lesquelles il a indiqué qu'il serait acceptable qu'Israël exerce un contrôle sur des territoires appartenant à des États arabes, y compris la Cisjordanie occupée ». Ils y dénoncent les « remarques incendiaires » de l'ambassadeur qui constituent « une violation flagrante des principes du droit international, de la charte des Nations Unies et posent une grave menace sur la stabilité et la sécurité de la région ». L'Iran s'est joint, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, aux critiques accusant Mike Huckabee de révéler par ses propos « la complicité active des États-Unis » dans ce les « guerres d'agression expansionnistes » menées par Israël contre les Palestiniens.
En contradiction avec le plan de Trump ?
La Ligue arabe a déploré sur X des « déclarations extrémistes [qui] suscitent des sentiments religieux et nationalistes à un moment où le “Conseil de paix” » de Donald Trump donne une « occasion pour lancer un processus de paix sérieux ».
Une analyse qui surprend certains observateurs qui soulignent une incohérence dans l'appréciation des intentions des États-Unis : Mike Huckabee, ancien pasteur baptiste et fervent sioniste chrétien, a été nommé en 2025 par Donald Trump en parfaite connaissance de cause de ses idées.
Observateur et analyste géopolitique expérimenté, Guillaume Long, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Equateur et conseiller diplomatique du groupe de la Haye qui prône des sanctions effectives contre Israël, a fourni une analyse sur son compte X que nous reproduisons ici. :
« Le plan A d'Israël est un Grand Israël ethniquement nettoyé. Il s'agit d'un Israël « du fleuve à la mer », mais aussi, pour certains, bien au-delà. Le plan B d'Israël est la perpétuation de l'État d'apartheid actuel. Ce dernier est moins attrayant à long terme car il implique de faire face à la menace constante d'une révolte palestinienne. Les deux plans reposent bien sûr sur l'expansion des colonies juives et l'occupation militaire des terres palestiniennes.
Nous savons que le plan B a, en fin de compte, bénéficié du soutien historique des États-Unis. Mais il existe aux États-Unis une faction plus extrémiste – notamment, mais pas exclusivement, ancrée dans la croyance sioniste chrétienne selon laquelle la consolidation d'un Grand Israël est littéralement une étape nécessaire vers le retour du Christ et la fin des temps – qui est profondément attachée au plan A.
Parmi ce groupe de zélotes messianiques, l'actuel ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, vient de déclarer dans l'émission de Tucker Carlson qu'Israël a un « droit biblique » sur une vaste portion du Moyen-Orient et qu'il ne serait pas problématique qu'« Israël prenne tout », « du oued d'Égypte au grand fleuve, l'Euphrate – le pays des Kénites, des Kénizzites, des Kadmonites, des Hittites, des Perizzites, des Rephaïtes, des Amorites, des Cananéens, des Guirgashites et des Jébusites », ce qui correspond à la Palestine, la Jordanie, la Syrie, le Liban actuels, ainsi qu'à des parties de l'Égypte, de l'Irak et de l'Arabie saoudite, comme Carlson l'a justement souligné.
Au final, rien de tout cela, et certainement pas le fait que nous ayons affaire à une bande de dangereux fous démesurés et très puissants, ne devrait surprendre. Ce qui est surprenant, en revanche, c'est la foi que certains continuent de placer dans un quelconque plan de paix américain pour la Palestine. »

Le « Conseil de la Paix » de Trump révèle l’avenir sombre que les États-Unis et Israël ont planifié pour Gaza
La première réunion du « Conseil de la Paix » de Donald Trump a mis en lumière l'avenir dystopique que les États-Unis envisagent pour les Palestinien.nes. Mais même ces plans pourraient bientôt être éclipsés par la reprise du génocide à grande échelle d'Israël à Gaza.
Tiré de Agence média Palestine
On dit que là où il y a de la fumée, il y a du feu. Mais parfois, la fumée est destinée à créer l'illusion d'un incendie.
C'est le cas du « Conseil de la Paix » de Donald Trump, dont le nom est spécieux, et qui s'est réuni cette semaine pour la première fois.
C'est un groupe hétéroclite d'autoritaires et de larbins de Trump, et les discours l'ont bien reflété. Un dirigeant après l'autre a offert des platitudes creuses et des éloges dithyrambiques, quoique fictifs, envers le président américain.
Il y a quelque chose de surréaliste à voir Trump convoquer un « Conseil de la Paix » alors qu'il se prépare à ce qui ressemble de plus en plus à une attaque inévitable et désastreuse contre l'Iran, tout en déclarant allègrement qu'il a apporté « la paix au Moyen-Orient » pendant qu'Israël continue de massacrer des civils palestinien.nes en masse.
Mais au-delà des effets de théâtre et de l'hypocrisie, rien dans ce « Conseil de la Paix » ne change quoi que ce soit. Son impact à Gaza est actuellement nul ; les conditions, les tueries et les tensions y seraient identiques même sans ce « Conseil de la Paix ».
Il est néanmoins important de suivre des rassemblements comme celui que Trump a convoqué jeudi. Même si ce qui y a été discuté n'a pour l'instant aucune pertinence pour la vie sur le terrain, cela reste révélateur de ce qu'Israël et ses alliés cherchent à construire sur les ruines du génocide. Si jeudi est un quelconque indicateur, les perspectives pour Gaza sont très sombres.
La réalité s'invite au « Conseil de la Paix »
Une attention légitime a été portée au fait que Trump a invité à la fois Benjamin Netanyahu et Vladimir Poutine à siéger au Conseil. Ces deux hommes font bien sûr face à des accusations de crimes de guerre pour lesquelles ils sont recherchés par la Cour pénale internationale.
Israël a accepté de rejoindre le Conseil juste avant que Netanyahu ne rencontre Trump la semaine dernière. La Russie n'a pas encore répondu à l'invitation. Et il n'y a, de manière très significative, aucune présence palestinienne au sein du Conseil. Cette semaine, l'administration Trump a annoncé avoir établi une « communication » bilatérale formelle entre le Conseil de la Paix et l'Autorité palestinienne, un organe qui n'est plus crédible aux yeux de la plupart des Palestinien.nes. Le contact palestinien, et encore moins leur participation, reste donc minime au mieux.
Les membres actuels du Conseil de la Paix sont :
– Albanie
– Argentine
– Arménie
– Azerbaïdjan
– Bahreïn
– Bulgarie
– Cambodge
– Égypte
– El Salvador
– Hongrie
– Indonésie
– Israël
– Jordanie
– Kazakhstan
– Kosovo
– Koweït
– Mongolie
– Maroc
– Pakistan
– Paraguay
– Qatar
– Arabie saoudite
– Turquie
– Émirats arabes unis
– Ouzbékistan
– Vietnam
C'est une liste d'États autoritaires et de dirigeants désireux de gagner les faveurs de Donald Trump. Il est notable que seule une poignée d'États d'Europe de l'Est aient rejoint le groupe, et aucun d'entre eux, à l'exception d'Israël, n'est un allié traditionnel des États-Unis.
Une vingtaine d'autres États ont envoyé des observateurs à la réunion du Conseil, tout comme l'Union européenne, mais beaucoup ont déjà clairement indiqué qu'ils ne le rejoindraient pas (même le Pape a refusé), et souhaitaient manifestement simplement être dans la salle pour avoir un aperçu direct de ce qui s'y passerait.
Ce qui s'est passé était très peu de chose.
Bien que l'accent ait été techniquement mis sur Gaza, presque rien de substantiel n'est sorti de la réunion concernant la Palestine. Trump a déclaré que les États-Unis donneraient 10 milliards de dollars au Conseil de la Paix, mais il n'a pas précisé à quoi cet argent serait destiné ni comment il entendait le lever, étant donné que c'est le Congrès, et non le président, qui contrôle les finances des États-Unis.
Trump a également déclaré que le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, les Émirats arabes unis, le Maroc, Bahreïn, le Qatar, l'Arabie saoudite, l'Ouzbékistan et le Koweït débloqueraient 7 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza.
Mais tout cela n'est que fumée, car le « plan de reconstruction » de Gaza reste hors de portée. Israël contrôle plus de la moitié de la bande de Gaza, mène des attaques quotidiennes et meurtrières, et fait tout ce qui est en son pouvoir pour préparer le terrain à une nouvelle vague de génocide à grande échelle.
Le Hamas et les autres factions palestiniennes — dont aucune, rappelons-le, n'a jamais accepté de se désarmer — sont sur le point de se voir contraints d'abandonner leur droit de résister au siège et à l'occupation israéliens, pourtant garanti par le droit international.
Aucun des États ayant promis des troupes n'a l'intention que celles-ci affrontent les factions palestiniennes ; elles sont plutôt supposées constituer une force de maintien de la paix, assurant la sécurité aux côtés d'une police palestinienne.
Mais cette police, que les États-Unis tentent de constituer à partir de gangs armés palestiniens qui travaillent soit pour Israël, soit sont de simples bandits indépendants, ne se met pas en place de sitôt non plus.
Dans ces conditions, aucun des alliés de Trump n'enverra ni troupes ni fonds à Gaza pour son Conseil de la Paix, quoi qu'ils lui aient dit en le flattant à Washington cette semaine.
Peu de répit en vue à Gaza
Le Conseil de la Paix a réussi à obtenir l'approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que le « Plan de paix en 20 points » profondément défaillant de Trump. Cette combinaison signifie que la fiction consistant à apporter la « paix » à Gaza a conféré au Conseil une certaine apparence de légitimité ; il a été vendu comme un moyen de mettre fin au « fauchage de gazon » israélien périodique qui, après le 7 octobre, s'est transformé en une horreur génocidaire ayant horrifié un monde occidental normalement complaisant.
La vérité, comme je l'ai déjà noté, est que Trump a des ambitions bien plus grandes pour le Conseil de la Paix. C'est pourquoi il a créé le soi-disant « Conseil exécutif », qui sera l'instrument qu'il entend utiliser pour gouverner Gaza afin de la transformer en une ville touristique sur la Méditerranée avec un nombre réduit de Palestinien.nes servant de « domestiques autochtones » pittoresques pour les touristes, dans la vision raciste de Trump et de Jared Kushner.
Le Conseil de la Paix, comme Trump l'a laissé entendre lors de ses remarques jeudi, est destiné à défier les Nations Unies et à servir de vecteur au pouvoir personnel et familial de Trump même après qu'il aura quitté ses fonctions.
« Le Conseil de la Paix va quasiment surveiller les Nations Unies et s'assurer que cela fonctionne correctement », a-t-il déclaré à son audience.
Pendant ce temps, Gaza reste dans l'impasse. Le comité technocratique qui est censé prendre en charge l'administration quotidienne et les responsabilités civiques à Gaza (et représente toute l'étendue de la participation des Palestinien.nes à la gestion de leur propre vie) est toujours en Égypte, son entrée à Gaza étant bloquée par Israël.
Mais ils ont un nom : le Comité national pour l'administration de Gaza (CNAG). Ils ont même un logo, qui ressemble beaucoup à celui de l'Autorité palestinienne, ce qui a donné aux Israéliens une raison de se plaindre même de cela.
Tout cela reste accessoire et ne constitue guère plus qu'une distraction. Les dirigeants israéliens sont impatients de reprendre la violence intense qui a écrasé Gaza pendant deux ans.
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar représentait Israël à la réunion du Conseil de la Paix, et a clairement indiqué que la menace d'une violence majeure est très réelle.
« Distingués dirigeants, tous les plans précédents pour Gaza ont échoué parce qu'ils n'ont jamais traité les problèmes fondamentaux : la terreur, la haine, l'incitation et l'endoctrinement », a-t-il déclaré à l'assemblée. « Au cœur du plan global du président Trump se trouvent le désarmement du Hamas et du Jihad islamique, la démilitarisation de la bande de Gaza et la déradicalisation de la société palestinienne. »
Les propos de Sa'ar faisaient écho aux propres menaces de Netanyahu. « Le Hamas sera très bientôt confronté à un dilemme. Déposer les armes à l'amiable ou par la force », a-t-il déclaré devant un public de soldats israéliens jeudi.
Pendant ce temps, des personnalités encore plus extrémistes, comme la membre de la Knesset Limor Son Har-Melech du parti kahaniste « Pouvoir juif » d'Itamar Ben-Gvir, ont rejoint un rassemblement du groupe radical de colons Nahala plus tôt cette semaine pour s'infiltrer dans Gaza — sous la pleine protection de l'armée israélienne, naturellement — afin d'y planter des arbres en prévision du retour des colonies israéliennes.
« « Là où les Juifs règnent sur leurs ennemis » n'est pas seulement un verset du Livre d'Esther, c'est la réalité que nous construisons ici sur le terrain. Gaza sera juive, car c'est la seule façon de garantir la victoire et la vraie sécurité pour le peuple d'Israël », a-t-elle déclaré lors de la cérémonie.
Nahala prévoit une marche vers Gaza à Pâques, qui commence le 1er avril. Si Netanyahu obtient ce qu'il veut, Har-Melech sera frustrée parce que l'invasion à grande échelle de Gaza aura repris d'ici là. Peut-être cela prendra-t-il plus de temps si le calendrier de Trump impose un délai. Mais cela arrive.
Voilà la situation dans laquelle se trouvent les Palestinien.nes de Gaza : pris en étau entre la folie des colons radicaux et les rêves expansionnistes du gouvernement israélien. Le génocide les regarde en face dans tous les cas, tandis que la communauté internationale joue la comédie pour amadouer Donald Trump, que les armes américaines affluent vers Israël et que ses navires de guerre se préparent à décimer l'Iran.
Le « Conseil de la Paix » n'est même pas suffisamment pertinent par rapport à cette réalité pour mériter d'être une blague.
Traduction pour l'Agence Média Palestine : L.D
Source : Mondoweiss

Trump et les nouvelles dynamiques guerrières
Nigeria, Syrie, Ukraine, Palestine, Congo, Soudan, Venezuela… les zones de guerre se sont multipliées extrêmement rapidement. L'attaque militaire contre le Venezuela marque un saut qualitatif dans l'interventionnisme étatsunien, qu'on ne peut distinguer de l'offensive policière et raciste menée en interne du pays avec l'ICE.
16 février 2026 | tiré d'inprecor.fr | Photo : rabic © The White House
L'offensive de Trump est globale, elle est la réaction face à la perte d'hégémonie, notamment économique, des États-Unis, et face à la crise globale du système. Cette dernière est fondamentalement due à l'incapacité d'augmenter les taux de profit et l'accumulation après les chocs de 2008 et 2020. Les grandes entreprises technologiques veulent, comme Trump, s'approprier les matières premières – le pillage et la spoliation sont le plus court chemin vers plus de profits. C'est un impérialisme (néo)colonialiste et d'expropriation.
Un saut qualitatif dans l'offensive impérialiste
L'enlèvement de Maduro et le deal avec au moins une partie de bolibourgeoisie pour réintégrer le Venezuéla dans la zone de domination américaine constituent un saut qualitatif. C'est une intervention meurtrière et sans précédent depuis plusieurs décennies dans la politique intérieure d'un pays indépendant. Mais cela s'inscrit en cohérence avec les bombardements au Nigeria, l'interventionnisme en Argentine en soutien à Milei, l'alignement de tous les régimes arabes – notamment du nouveau pouvoir en Syrie – sur Israël et les États-Unis, le rôle joué par les États-Unis en RDC, le vote de l'Algérie pour le plan Trump, etc. En bazardant au passage l'ensemble des institutions internationales gérant l'ordre mondial depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans de très nombreux pays du monde, cette reconstruction de la sphère d'influence étatsunienne se réalise par le biais de régimes ultra-autoritaires et libéraux, car la fonction de ces gouvernements est d'imposer aux classes populaires des transferts de matières premières (notamment pour les énergies et l'informatique) à bas prix vers les États-Unis, ainsi que des évolutions dans l'organisation internationale du travail (notamment par le biais des droits de douane de Trump). L'alliance entre Trump et les extrêmes droites mondiales n'est pas principalement idéologique, elle est le produit de besoins économiques et de contrôle.
D'ailleurs, ce processus est comparable aux rapports coloniaux et semi-coloniaux qui ont toujours existé, à ce qu'a fait la France en Afrique pendant des décennies en maintenant au pouvoir des dictatures sanguinaires, et ce que fait la Russie en Biélorussie, ce qu'elle a fait autrefois en Syrie, etc.
Un multi-impérialisme guerrier et autoritaire
L'interventionnisme impérialiste des États-Unis est comparable en de nombreux points à la guerre menée par la Russie en Ukraine et aux grandes manœuvres commerciales menées par la Chine : il s'agit pour chacun des impérialismes de solidifier et élargir ses sphères d'influence.
En ce sens, nous sommes déjà entrés dans une forme de guerre mondiale. Pour une période encore relativement longue, les classes dirigeantes évitent sciemment des affrontements directs entre elles, qu'elles savent destructrices. Sergueï Karaganov, conseiller de Poutine, le formule explicitement : « La situation la plus avantageuse serait de parvenir à une configuration dans laquelle quatre grandes puissances travailleraient de concert à définir les règles de conduite dans le monde à venir. Ces quatre grandes puissances sont la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Inde » 1). Mais il n'est pas interdit d'imaginer que cela puisse changer : en effet, une réponse logique à l'offensive des États-Unis sur le Venezuela serait l'envahissement de Taïwan par la Chine. Quelle sera alors la réaction de Trump ?
Le déclin du « vieux continent »
L'Europe est, dans ce contexte, un agent relativement passif. Son manque d'homogénéité, la faiblesse de sa direction politique et ses difficultés économiques l'empêchent de réagir aux niveaux dont sont capables les grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine. La France est paralysée par sa crise politique et économique et la perte de sa sphère d'influence en Afrique, et la bourgeoisie privilégie à ce jour, comme en Belgique et en Italie, une succession de batailles antisociales – notamment la privatisation de toute la sphère de la reproduction sociale et le démantèlement des services publics – visant à mettre sous perfusion un capital de moins en moins concurrentiel. L'Allemagne tente de jouer sa propre carte, ou du moins de prendre l'ascendant sur la France, par son plan de 1 000 milliards d'investissements militaires, un plan qui sera certainement difficile à tenir du fait des difficultés économiques du pays et de l'Union européenne. Une dislocation, cohérente avec les visées nationalistes des extrêmes droites, n'est plus inimaginable.
Quelques points d'analyse
Dans ce contexte, les peuples et la classe ouvrière sont désorientés, même s'il existe des éléments de réponse, semi-spontanés, sur lesquels nous pouvons nous appuyer.
Un premier bilan de la situation est que le nationalisme sans contenu de classe ne produit pas de dynamique suffisante, sur le plan interne comme dans les rapports de forces internationaux, pour faire face à la réorganisation en cours : le nationalisme des régimes vénézuélien et algérien n'a pas permis de tracer un chemin alternatif, notamment car ils sont incapables de construire une alternative dans le cadre de l'imbrication des échanges commerciaux internationaux. Comme Lula au Brésil, leur politique n'est pas anti-impérialiste, il s'agit plutôt d'une tentative de négocier un espace dans le cadre des nouveaux rapports multi-impérialistes.
Cependant, il nous faut soutenir sans condition les démarches de résistance à l'impérialisme, même limitées, qui existent au niveau étatique, au Mexique, au Brésil, en Colombie, à Cuba, afin d'affaiblir les grandes puissances et de renforcer les dynamiques populaires. La liste est courte, car la chute de l'URSS et la réorganisation néolibérale ont brisé toutes les capacités de résistances dans le cadre d'une économie mondiale très fortement intégrée. La Palestine et le mouvement mondial de solidarité constituent un des symboles de la résistance anti-impérialiste. Les résistances en Ukraine et au Rojava peuvent jouer un rôle similaire. Le soutien inconditionnel à la résistance des peuples opprimés reste notre boussole, mais il n'est pas acritique. En particulier, il faut interroger le rôle de l'État et de la propriété privée dans ce cadre : toute démarche qui se concentre sur des changements par en haut, au détriment de l'auto-activité des classes populaires, en particulier de la classe ouvrière, est vouée à l'échec.
Partout dans le monde – et particulièrement dans les pays impérialistes occidentaux –, les classes populaires font face à l'offensive bourgeoise : les classes dominantes cherchent à briser le mouvement ouvrier, et elles utilisent les extrêmes droites et accentuent les divisions raciales pour défendre des projets nationaux hostiles au reste du monde et surexploiter les personnes racisées. Les réponses collectives contre l'ICE aux États-Unis et les grèves de masse qui existent régulièrement en Europe sont la meilleure réponse à cette offensive.
Discuter et tester des mots d'ordre anti-impérialistes
Pour combiner notre compréhension anti-impérialiste et lutte de classe, nous devons travailler à la formulation d'un programme transitoire répondant au maximum d'enjeux en un nombre limité de points. C'est le sens du Manifeste pour une révolution écosocialiste de la IVe Internationale. Celui-ci doit cependant être adapté et testé au fur et à mesure des évolutions de la situation. Parmi les éléments à tester, on peut trouver :
• Le refus de toute ingérence impérialiste dans les affaires d'un pays dominé, que ce soit par les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, etc. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'arrêt des guerres et de la course aux armements.
• La solidarité entre les peuples contre la concurrence capitaliste concernant les prix, le pillage des matières premières, l'organisation écocide des circulations de marchandises et de gestion de l'énergie. Cela passe notamment par le monopole du commerce extérieur, le refus de sa soumission au privé, et des relations entre les nations équilibrées et démocratiquement surveillées, notamment par la fin du secret bancaire.
• L'abolition des dettes illégitimes, afin de permettre aux États de financer leur développement et leurs dimensions sociales, le dédommagement pour les violences coloniales, depuis l'esclavage jusqu'au génocide de Gaza.
• La liberté d'organisation des partis, des syndicats et de la presse, la libération de tou·tes les prisonnier·es politiques.
• La fin des inégalités de genre, en particulier le droit des femmes à disposer de leur corps, la liberté sexuelle et le refus de toute mesure transphobe.
• La socialisation, notamment dans le cadre de la crise écologique, des sociétés de l'énergie, des transports et des banques.
Préparer les prochains affrontements
On ne peut pas savoir d'où viendront les prochaines grandes crises politiques, voire révolutionnaires. Mais les masses ne laisseront pas sans réaction une offensive généralisée visant à décupler l'exploitation, à spolier les matières premières nationales, à casser la démocratie bourgeoise et à réprimer massivement. Surtout dans le contexte d'une crise écologique croissante et qui accélère toutes les autres. De nombreux pays vivent des mobilisations de masse, parfois inattendues. Il y en aura d'autres, très rapidement.
Cette période est très complexe. Les organisations réformistes, liées par de multiples biais à l'appareil d'État et à leur bourgeoisie, développent des orientations très éloignées des enjeux de la période. Mais elles incarnent, de façon déformée, l'état de conscience des classes populaires. Il est par conséquent plus que jamais nécessaire de combiner une orientation de front unique sur quelques points clés, variables selon les situations, pour mettre en mouvement les masses, avec des explications très radicales, permettant de donner confiance aux franges conscientes pour qu'elles ne se perdent pas dans le gauchisme, le sectarisme et le campisme que certains courants staliniens ou gauchistes tentent de faire prospérer.
À nous de tout faire pour qu'une conscience internationaliste se solidifie, capable de lier les intérêts des peuples et en particulier des classes ouvrières pour mettre en œuvre un programme de rupture anticapitaliste internationaliste.
Le 26 janvier 2026
1. « Un proche de Poutine affirme que les États-Unis n'interviendront pas si la Russie frappe l'Europe », Kyiv Independent, 31 décembre 2025, traduit par Le Grand Continent.
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Les cours sur les études de genre sont supprimés partout aux États-Unis. Les dossiers Epstein révèlent pourquoi
L'université Texas A&M est la dernière en date à mettre fin à ses programmes d'études sur les femmes et le genre et à l'enseignement sur les questions raciales. Nous savons pourquoi.
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/18/les-cours-sur-les-etudes-de-genre-sont-supprimes-partout-aux-etats-unis-les-dossiers-epstein-revelent-pourquoi/?jetpack_skip_subscription_popup
La semaine dernière, nous avons appris la décision du conseil d'administration de l'université Texas A&M de mettre fin aux programmes d'études sur les femmes et le genre, ainsi qu'à l'enseignement de « concepts controversés » tels que la race. A&M n'est pas la première université à prendre une telle mesure. Le New College de Floride l'avait déjà fait en 2023. D'autres congrès d'États républicains ont adopté des exigences similaires et leurs universités publiques (en Caroline du Nord, dans l'Ohio et au Kansas) ont emboîté le pas.
La décision d'annuler les études sur le genre est explicitement justifiée comme un moyen de se conformer au décret pris l'année dernière par Donald Trump, intitulé « Défendre les femmes contre l'extrémisme idéologique lié au genre et rétablir la vérité biologique au sein du gouvernement fédéral ». Ce document fait de « la réalité biologique du sexe » une question non pas scientifique, mais juridique.
Jusqu'à la publication cette semaine des derniers dossiers Epstein par le ministère de la Justice de Trump, je n'avais pas vu le lien entre les deux. Maintenant, c'est clair comme de l'eau de roche. L'abolition des études sur le genre est un moyen de garantir davantage l'impunité des hommes de l'élite dont le mépris et l'exploitation des femmes et des filles ne connaissaient apparemment aucune limite, qu'ils aient réellement couché avec les femmes proposées ou qu'ils aient simplement partagé les fantasmes d'Epstein afin d'obtenir de l'influence ou des financements.
Prenons l'exemple de David Ross, qui a été directeur, entre autres institutions artistiques prestigieuses, du Whitney Museum, et jusqu'à récemment membre du corps enseignant de la School of Visual Arts de New York, avant de démissionner cette semaine. En 2009, Epstein a discuté avec Ross du financement d'une exposition intitulée Statutory qui mettrait en scène des mannequins mineur·es, âgé·es de 14 à 25 ans, qui, selon Epstein, « ne font pas leur âge ». « Des photos d'identité judiciaires, du Photoshop, du maquillage. Certaines personnes vont en prison parce qu'elles ne peuvent pas déterminer l'âge réel », expliquait Epstein. Ross a répondu à cette idée en disant : « Vous êtes incroyable ! »
Alors qu'ils discutaient de l'exposition mettant en scène des mineur·es, Ross a demandé à Epstein s'il connaissait la « photo pornographique commerciale » de Brooke Shields, alors âgée de 10 ans, nue, que le photographe Richard Prince avait utilisée dans son œuvre très controversée de 1983, Spiritual America. (La photo de Brooke Shields, alors âgée de 10 ans, avait été prise à l'origine par Gary Gross pour Playboy, à la demande de la mère de Brooke Shields à l'époque. Prince a pris une photo de cette photo et l'a exposée.) Cela n'est pas très éloigné du Trump de l'enregistrement Access Hollywood (« Grab 'em by the pussy ») ou, d'ailleurs, de ses commentaires à l'animateur de radio Howard Stern sur le physique de sa fille Ivanka. (Ross n'a pas été accusé d'infraction pénale.)
Dans une déclaration au New York Times au sujet d'Epstein, il a déclaré : « Je continue d'être consterné par ses crimes et je reste profondément préoccupé par ses nombreuses victimes. » Ross a ajouté dans une déclaration : « Je connaissais [Epstein] comme un riche mécène et collectionneur, et mon travail consistait en partie à nouer des liens d'amitié avec des personnes qui avaient les moyens et l'intérêt de soutenir le musée ». Ross a également affirmé qu'il croyait Epstein lorsqu'il affirmait que les accusations de sollicitation de prostitution dont il faisait l'objet étaient un « coup monté politique » lié à son « soutien à l'ancien président Clinton ». « À l'époque, je croyais qu'il me disait la vérité », a-t-il déclaré.
Les études de genre ont apporté un regard critique sur le déterminisme biologique invoqué par Trump.
Quelques années plus tard, en 2015, Ross a de nouveau écrit à Epstein après une autre enquête sur le pédophile. « Je l'ai contacté pour lui témoigner mon soutien », a déclaré Ross dans un communiqué, ajoutant : « Ce fut une terrible erreur de jugement. Lorsque la réalité de ses crimes est apparue au grand jour, j'ai été mortifié et je continue d'avoir honte d'être tombé dans le piège de ses mensonges. »
Malgré son opinion selon laquelle il était de son « devoir » de se lier d'amitié avec des personnes comme Epstein, ses commentaires à l'égard de ce dernier trahissent une arrogance incroyable, un sentiment de droit absolu, une réplique implicite aux accusations et à la honte induite par le mouvement #MeToo.
Nous n'avons pas besoin de trouver des preuves incriminantes contre Trump dans les dossiers Epstein pour savoir où il se situe par rapport à la compagnie Epstein sur la question des relations entre les sexes. Le décret, même s'il s'abstient de tout « discours de vestiaire », s'inscrit dans la lignée des autres déclarations de Trump et suffit à le faire entrer dans le cercle des personnes gravitant autour d'Epstein.
Le fait que des hommes puissants échangent des femmes et des filles pour leur plaisir est le postulat sous-jacent du décret, même s'il proclame vouloir défendre « l'intimité », « la dignité, la sécurité et le bien-être » des femmes. Ce qui est réellement en jeu, c'est l'application de « distinctions fondées sur le sexe » qui ont longtemps été comprises de manière hiérarchique (les hommes au sommet) afin de refuser aux femmes (et aux minorités sexuelles) l'égalité de traitement et l'accès aux ressources et au pouvoir. (« Égalité » est un mot qui brille par son absence dans le décret présidentiel.)
Les études sur le genre – programmes universitaires initiés par des féministes dans les écoles et les universités à travers le pays – ont apporté un regard critique sur le déterminisme biologique invoqué par Trump. Et ce regard critique s'étend à la révélation de la manière dont les hiérarchies de genre permettent le type d'abus que certains hommes de l'entourage d'Epstein semblaient croire avoir le droit de commettre. Elles ont sensibilisé des générations de jeunes femmes (et d'hommes) à la complexité de l'identité sexuelle, exploré les différences entre les sociétés et les cultures dans la manière d'argumenter en faveur de la « vérité » du déterminisme biologique, et utilisé les conclusions de l'histoire, de l'anthropologie et de la psychologie pour mieux comprendre comment les normes de genre sous-tendent l'organisation sociale et politique.
La suppression des études sur le genre n'est pas seulement une tentative de supprimer un outil d'analyse critique, mais aussi la connaissance elle-même. En témoignent la suppression de toute mention de l'esclavage à l'Independence Mall de Philadelphie ou l'effacement du vocabulaire de la diversité et de l'inclusion dans les déclarations de mission des universités. L'impunité dont bénéficiait Epstein s'inscrit dans la lignée de la misogynie et du racisme manifestes de ces actions.
Le décret de Trump affirme que « la suppression du sexe dans le langage et la politique a un effet corrosif non seulement sur les femmes, mais aussi sur la validité de l'ensemble du système américain ». Un système qui, comme nous l'enseignent les études sur le genre, repose (dans son cas) sur une politique de domination masculine. Les études sur le genre ne sont pas une « idéologie », mais un outil critique permettant d'examiner – dans le cas de Trump et d'Epstein – les prédations d'une masculinité toxique.
En supprimant ces programmes et les enseignements sur le genre qu'ils dispensent, Trump et ses acolytes espèrent saper notre capacité non seulement à condamner, mais aussi à analyser de manière critique les politiques et les pratiques qu'ils veulent imposer. C'est pourquoi la défense des études sur le genre n'est pas un projet féministe périphérique, mais une position vitale qui s'étend à la « validité de l'ensemble du système américain » en tant que démocratie, fondée sur les aspirations à l'égalité et à la justice pour tous et toutes.
Joan Wallach Scott
Joan Wallach Scott est professeure émérite à l'Institute for Advanced Study.
https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/feb/13/gender-studies-trump-epstein
Traduction DE
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Une victoire pour la résistance face à l’ICE et à Trump
La résistance contre l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et contre le programme d'expulsions massives du président Donald Trump a remporté une victoire la semaine dernière lorsque Trump et le « tsar des frontières » Tom Homan ont annoncé la fin du déploiement massif de l'ICE à Minneapolis.
Hebdo L'Anticapitaliste - 788 (19/02/2026)
Par Dan La Botz
Crédit Photo
Twin Cities DSA
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À son apogée, près de 3 000 agentEs de l'ICE et de la Border Patrol menaient des raids violents dans la ville, frappant, gazant et tuant deux habitantEs.
Une résistance déterminée
Les méthodes violentes de l'ICE ont suscité une résistance combative : des milliers de personnes se sont mobilisées pour s'opposer aux opérations, sifflant pour alerter des descentes en cours, criant « ICE dehors ! » aux agentEs, bloquant des rues et suivant leurs véhicules. Le mouvement dans la rue, ainsi que la réaction nationale face à ces violences et violations des droits civiques, ont provoqué une indignation massive, contraignant Trump à battre en retraite.
Dans le même temps, au Congrès, les démocrates — devenus tristement célèbres pour leur timidité face à Trump — ont, pour une fois, adopté une position ferme contre Trump et l'ICE. Ils ont exigé que les agentEs retirent leurs masques, qu'ils disposent de mandats pour procéder aux arrestations, portent des caméras-piétons pour enregistrer leurs interventions, et évitent des lieux tels que les écoles, les églises et les hôpitaux.
Démocrates et républicains ont adopté la majeure partie du budget, mais les démocrates ont refusé de voter celui du Department of Homeland Security (DHS), qui inclut l'ICE, entraînant la suspension des travaux du Congrès. L'an dernier toutefois, le Congrès avait déjà alloué environ 80 milliards de dollars à l'ICE : l'agence ne sera donc pas affectée, quel que soit le vote. Et il est peu probable que Trump et les républicains accèdent aux exigences démocrates.
Une mobilisation enracinée et radicale
Si le Congrès peut être paralysé, le peuple, lui, ne l'est pas. Partout dans le pays, les manifestations contre l'ICE se poursuivent. La semaine dernière, je me suis rendu dans le sud de la Californie pour rendre visite à ma famille et à des amiEs à Imperial Beach, où j'ai grandi. Au lycée Mar Vista, mon ancien établissement, des élèves ont quitté les cours ; un garçon brandissait son skateboard sur lequel il avait inscrit : « Fuck ICE. »
Des milliers de lycéenNEs ont fait grève dans des dizaines d'établissements à travers le pays. Des amiEs m'ont raconté qu'il n'y avait pas une ville ni une commune du comté de San Diego qui n'ait connu de manifestations. À Los Angeles, j'ai accompagné un ami à la mobilisation hebdomadaire organisée à Culver City, où quelques centaines de manifestantEs s'étaient rassembléEs devant l'hôtel de ville, brandissant des pancartes avec des slogans tels que : « Abolish ICE, Protect Immigrants. » Des centaines d'automobilistes klaxonnaient en signe de soutien.
Le gouvernement veut accroître la répression
Le gouvernement est également passé à l'offensive. Le DHS a assigné à comparaître des entreprises technologiques comme Meta, Google et Reddit, exigeant qu'elles transmettent des informations sur les personnes publiant des critiques de l'ICE, notamment leurs noms, adresses et adresses IP. Les autorités s'en sont aussi prises à des organisations et à des individus diffusant des alertes sur la présence de l'ICE dans les quartiers.
Le gouvernement dispose des moyens d'identifier les téléphones portables présents lors des manifestations et de reconnaître des visages à partir de photographies. Il est clair que ces actions menacent nos droits de nous rassembler, de protester et de nous exprimer contre le gouvernement.
Au cours du dernier mois, nous avons forcé Trump à reculer. Le retrait des troupes de l'ICE de Minneapolis constitue une victoire pour notre mouvement. Mais ces agentEs, ainsi que d'autres, seront redéployéEs dans d'autres États et villes dirigés par les démocrates, ainsi que dans d'autres communautés immigrées, pour poursuivre les expulsions.
Les agentEs de l'ICE continueront d'enlever des personnes dans nos quartiers, nos écoles et nos lieux de travail. RecrutéEs pour leurs positions de droite et leur brutalité, ils ont peu de chances de renoncer à leurs comportements violents. Notre mouvement, déjà large et combatif, doit devenir encore plus massif et plus courageux, en combinant mobilisation de rue et pression politique.
Dan La Botz
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Les opérations de l’ICE ressemblent de plus en plus à l’occupation israélienne. Ce n’est pas une coïncidence
Les services américains chargés de l'application des lois sur l'immigration entretiennent depuis longtemps des liens avec Israël. Aujourd'hui, ils adaptent les tactiques de surveillance algorithmique utilisées à Gaza pour les appliquer dans les rues américaines.
18 février 2026 | tiré du site entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/18/les-operations-de-lice-ressemblent-de-plus-en-plus-a-loccupation-israelienne-ce-nest-pas-une-coincidence-autre-texte/
Alors que les agents de l'ICE envahissent les villes des États-Unis, la politique américaine semble entrer dans une nouvelle phase, où les forces fédérales armées transforment les quartiers civils en zones de conflit. Ce changement politique est en partie dû à une infrastructure technique puissante : les opérations de l'ICE sont désormais accélérées par des systèmes de surveillance et de ciblage mobiles, où l'arme la plus puissante des agents tient dans la paume de leur main.
Des informations récentes ont révélé que l'ICE s'appuie sur, au moins, deux applications pour mener ses opérations de répression.
La première est ELITE (Enhanced Leads Identification & Targeting for Enforcement), un nouveau système géospatial développé par la société d'analyse de données Palantir pour le département de la Sécurité intérieure (DHS) et conçu pour être utilisé sur les smartphones et les tablettes. ELITE « remplit une carte avec les cibles d'expulsion, affiche un dossier sur chaque personne et fournit un « score de confiance » sur l'adresse actuelle de la personne », selon un manuel d'utilisation publié à la fin du mois dernier.
La seconde est Mobile Fortify, une application de reconnaissance faciale fabriquée par la société de biométrie NEC qui permet aux agents chargés de l'application des lois sur l'immigration d'identifier à la fois les citoyen·nes et les migrant·es sans papiers. L'ICE et d'autres agents du DHS auraient photographié et scanné les visages d'Américain·es dans des villes comme Minneapolis et Chicago — des images qui sont recoupées avec des bases de données biométriques, compilées dans des dossiers et conservées pendant 15 ans.
Ce n'est pas un hasard si, dans son article sur l'incursion de l'ICE dans le Minnesota, la chroniqueuse du New York Times Lydia Polgreen a décrit une « occupation destinée à punir et à terroriser ». Les technologies qui soutiennent leurs opérations illustrent à quel point l'ICE suit les traces d'Israël : ELITE et Mobile Fortify présentent tous deux une ressemblance frappante avec les applications mobiles de ciblage que les forces israéliennes ont intégrées à leur arsenal policier au cours de la dernière décennie.
Le « point fort » de la surveillance israélienne
Depuis le 11 septembre 2001, Israël a noué des liens étroits avec les services américains chargés de l'application des lois sur l'immigration grâce à des délégations conjointes, des formations et des échanges de technologies, qui ont tous contribué à transmettre les méthodes israéliennes de lutte contre le terrorisme à l'ICE. Mais ce n'est que pendant le premier mandat du président américain Donald Trump que le DHS a commencé à expérimenter l'exploration de données et la surveillance algorithmique, des pratiques largement mises au point par les agences de renseignement israéliennes. Cela s'est produit au moment même où les forces israéliennes automatisaient leurs tactiques de surveillance et de ciblage à travers la Palestine.
Lors du premier Forum international sur la sécurité intérieure organisé par Israël à Jérusalem en 2018, en présence d'une foule de responsables nommés par Trump, le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan s'est vanté que les forces israéliennes utilisaient pour la première fois « des outils et des algorithmes avancés de renseignement sur le web pour trouver des terroristes potentiels ». Il a déclaré aux journalistes que l'expérience d'Israël « pouvait aider d'autres pays à lutter contre ce type de terrorisme ».
Les « outils avancés » auxquels Erdan faisait référence faisaient partie d'une suite croissante de systèmes de surveillance algorithmiques déployés d'abord en Cisjordanie, puis à Gaza. À la fin des années 2010, en réponse à une série d'attentats terroristes perpétrés par des « loups solitaires », les services de renseignement israéliens avaient mis au point un vaste réseau de technologies de surveillance afin de repérer les « terroristes potentiels » parmi la population civile.
Les caméras de vidéosurveillance et les scanners de plaques d'immatriculation se sont multipliés en Cisjordanie. Des algorithmes ont récupéré des contenus sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Et ces dernières années, comme l'a révélé +972 l'été dernier, l'armée israélienne a également commencé à stocker des millions d'appels et de SMS envoyés depuis les territoires palestiniens occupés sur les serveurs cloud de Microsoft. Cette vaste mine de données de surveillance a permis à l'armée israélienne d'équiper les troupes qui patrouillent dans les villes palestiniennes de systèmes algorithmiques intrusifs de surveillance .
L'un d'entre eux est Blue Wolf, une application qui permet aux soldats d'accéder aux informations biographiques des civil·es en photographiant leur visage ou en scannant leur carte d'identité. Outre des détails tels que l'adresse, les antécédents professionnels et le lieu de résidence, l'application analyse les renseignements provenant des appels téléphoniques, des SMS, des réseaux sociaux et d'autres sources de surveillance afin de générer une « note de sécurité » — une estimation de la probabilité qu'une personne commette un attentat, sur une échelle de un à dix.
« Je ne me sentirais pas à l'aise s'ils l'utilisaient dans le centre commercial de [ma ville natale], disons-le ainsi », a déclaré un agent des services de renseignement israéliens au Washington Post lorsque l'information sur l'application a été révélée pour la première fois fin 2021. « C'est une violation totale de la vie privée de tout un peuple. »
Pillar of Fire , un système de cartographie mobile inspiré des interfaces GPS civiles, a également été intégré à l'arsenal de combat israélien vers 2020. Il permet aux services de renseignement de marquer des cibles terroristes pour les forces terrestres patrouillant dans une zone donnée ou de signaler certaines régions géographiques où un autre ensemble de systèmes d'apprentissage automatique prédit une activité militante probable. Les troupes de combat peuvent alors passer d'une zone à l'autre et rechercher des personnes à arrêter ou des lieux à perquisitionner sur la base de renseignements synthétisés par des algorithmes.
« Il comporte une couche interactive, où nous téléchargeons les cibles et les partageons avec les forces sur le terrain », m'a expliqué la semaine dernière un vétéran israélien de l'unité d'élite de cyberintelligence 8200, décrivant son expérience de l'utilisation de ces systèmes au cours des dernières années. « Cela a permis aux troupes d'accéder instantanément à toutes ces informations classifiées. Plus vous disposez de données, plus vous pouvez en faire », a-t-il poursuivi. « L'argument de vente d'Israël était sa capacité à accumuler toutes ces réserves d'informations et à mettre en place des systèmes de maintien de l'ordre sur le terrain », des systèmes qui sont devenus trop attrayants pour que les forces de l'ordre américaines puissent les ignorer.
Déployer « la méthode israélienne »
Au fil du temps, la collaboration entre les services de renseignement israéliens, les entreprises technologiques et les services de sécurité intérieure américains n'a fait que s'intensifier. Palantir a ouvert un bureau à Tel Aviv en 2015, où elle a décroché des contrats avec le gouvernement israélien. Des vétérans des services de renseignement israéliens ont fondé des entreprises de surveillance telles que Paragon et Cellebrite, qui ont vendu des technologies d'espionnage de niveau militaire au DHS.
Depuis des décennies, les forces de l'ordre nationales et locales américaines envoient des agents en Israël pour apprendre de nouvelles tactiques de maintien de l'ordre et de lutte contre le terrorisme. Certains participants les ont jugées trop puissantes pour être mises en œuvre chez eux comme surveiller les télécommunications et collecter des données sur Internet pour décider qui arrêter ; exploiter les dossiers médicaux et les données de localisation pour retrouver d'autres personnes ; photographier des civils dans la rue pour déterminer s'ils doivent être interrogés ; et leur tirer dessus en toute impunité.
« Un peu plus invasif que ce que l'on voit ici aux États-Unis », c'est ainsi que Bill Ayub, un shérif du sud de la Californie, a décrit les outils de police prédictive présentés par Israël lors d'un voyage de délégation auquel il a participé en 2017. « C'était du genre : « Wow, vous faites ça ? » … Nous serions en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici. »
En 2022, le chef de la police de Santa Barbara, Craig Bonner, a également noté que les méthodes israéliennes étaient beaucoup plus agressives que ce qui était légalement autorisé aux États-Unis. Se souvenant de sa formation en Israël, il a souligné que « dans de nombreux cas, les choses qui y sont faites ne sont tout simplement pas autorisées par la loi et/ou la Constitution ».
« Les idéaux américains en matière d'usage de la force consistent à utiliser le moins de force possible, de manière conservatrice et défensive », a déclaré un officier du département de police de Memphis après avoir suivi une formation au combat en Israël. « Dans la méthode israélienne, l'intention est d'utiliser le maximum de force de manière offensive. »
Néanmoins, le DHS a de plus en plus imité les méthodes de surveillance et de ciblage israéliennes, et l'ICE en est venu à fonctionner davantage comme une unité militaire que comme un organisme chargé de l'application des lois sur l'immigration. Ces dernières années, l'ICE a passé des contrats avec des courtiers en données qui ont accumulé des informations provenant des services des immatriculations, des plateformes de réseaux sociaux et des postes-frontières, afin de compiler des bases de données non réglementées sur le comportement humain. Outre les antécédents de voyage, le parcours professionnel et les relations familiales des individus, ces données comprennent également les antécédents de voyage enregistrés par des réseaux clandestins de scanners de plaques d'immatriculation et des caméras de reconnaissance faciale.
Pendant la majeure partie de la dernière décennie, ces expériences ont principalement pris au piège les immigrant·es sans papiers et leurs communautés, laissant les secteurs les plus privilégiés de la société américaine indemnes. Mais Trump 2.0 a supprimé toutes les restrictions que les États-Unis avaient imposées à l'utilisation indiscriminée de ces outils. Depuis janvier 2025, le DHS travaille avec des entreprises profondément ancrées dans le ciblage militaire, comme Palantir, afin d'étendre leur portée aux citoyen·nes et aux non-citoyen·nes.
De Gaza à Minneapolis
Pour comprendre les implications les plus graves de la technologie de surveillance alimentée par l'IA entre les mains d'acteurs militaires voyous, il suffit d'observer le comportement d'Israël à Gaza au cours des deux dernières années. Non seulement les agents de renseignement et les pilotes de l'armée de l'air se sont appuyés sur des bases de données de ciblage générées par des algorithmes pour guider les frappes aériennes, mais sur le terrain, le « nuage opérationnel » de l'armée israélienne a permis aux troupes de combat d'accéder en temps réel à la plupart de ces mêmes données. Les soldats ont localisé les bâtiments à détruire sur des cartes opérationnelles et identifié les civils à arrêter – ou à tuer – à l'aide de systèmes de reconnaissance faciale, tous accessibles via des tablettes et des smartphones.
Juan Sebastián Pinto, ancien employé de Palantir Technologies qui milite aujourd'hui pour la réglementation et la responsabilisation de l'IA dans l'État du Colorado, où se trouve le siège de l'entreprise, l'a clairement exprimé lors de notre entretien la semaine dernière. « Les plateformes utilisées par le DHS introduisent dans les quartiers américains les technologies de guerre que l'on voit à Gaza », a-t-il déclaré. « Elles offrent aux agents de l'ICE le même type d'image opérationnelle commune que celle dont disposent les agences militaires et de renseignement. »
M. Pinto a également souligné que ces technologies sont sujettes à des erreurs. Mobile Fortify, à l'instar des plateformes de reconnaissance faciale utilisées en Palestine, aurait identifié à tort des personnes que les agents de l'ICE ont arrêtées. Les algorithmes de la plateforme sont moins fiables par mauvais temps, lorsque les photos sont prises sous certains angles et lorsqu'il s'agit d'identifier des personnes de couleur. Le système de notation de confiance qui alimente ELITE, la plateforme de renseignement géospatial de l'ICE, repose également sur des algorithmes d'apprentissage automatique défaillants, incapables d'analyser les nuances ou les variations contextuelles dans les trésors de données qu'ils collectent.
Mais là où ces systèmes échouent techniquement, ils réussissent politiquement. Dans le cas des opérations militaires israéliennes dans les territoires palestiniens, ils ont fourni une justification technique à la montée en flèche des taux de contrôle policier, de détention et de mortalité. Pendant ce temps, le gouvernement autoritaire israélien brandit la liste croissante des personnes assassinées ou incarcérées comme preuve qu'il renforce sa domination régionale et sa sécurité nationale.
Trump semble désireux de suivre l'exemple d'Israël, c'est pourquoi certains analystes affirment qu'il ne faudra peut-être pas longtemps avant que l'ICE envoie des drones armés survoler les villes étasuniennes pour traquer des cibles — dans ce cas, celles que l'administration Trump classe comme « une menace pour la sécurité du peuple américain ». Cet avenir pourrait être inévitable, tant que l'ICE continuera à se transformer à l'image d'une unité militaire israélienne.
Sophia Goodfriend, 12 fevrier 2026
Sophia Goodfriend est anthropologue .Elle écrit sur la guerre automatisée en Israël et en Palestine. Elle est chercheuse Harry F. Guggenheim sur la violence au Pembroke College de l'université de Cambridge.
Twitter : @sopgood
https://www.972mag.com/ice-immigration-israeli-occupation-surveillance/
Traduction ML
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