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2008-2013 : À la défense des services publics
La période allant de 2008 à 2013 a été fortement marquée par la nécessité de défendre les services publics. S'il s'agit-là d'une préoccupation récurrente à la revue, le moment était particulièrement propice pour développer une solide réflexion sur la question, alors que le modèle québécois était attaqué de front par le gouvernement de Jean Charest, puis par celui de Philippe Couillard, ceux-ci adoptant différentes formules pour justifier leur offensive : réingénierie, révolution tarifaire, principe de l'utilisateur payeur, rigueur budgétaire.
C'est d'ailleurs le numéro incluant le dossier Nos services publics, un trésor collectif en péril, qui a été le plus vendu de notre histoire. Commandé par le Front commun, en pleine période de négociations du secteur public et parapublic, ce dossier a été rédigé en toute liberté éditoriale, avec la même rigueur et le même sentiment d'indignation qui caractérise une grande partie de notre travail.
Il a été précédé de quelques mois par L'Université entre déclin et relance, qui présentait des menaces concernant nos universités : mauvais financement, type de gestion inspiré du privé, limitations de la liberté académique, etc. Les idées de ce dossier ont d'autant plus circulé qu'on en a imprimé un tiré à part largement distribué. Le texte que nous avons retenu de Normand Baillargeon, tiré de sa chronique sur l'éducation, élabore une réflexion plus générale, et qui reflète bien, en partie, l'essence de débats si bien ancrés dans l'air du temps. La santé n'a pas été négligée et le dossier Santé, état d'urgence l'abordait sous l'ange de la privatisation, une tendance hélas toujours prévalente aujourd'hui.
La bataille pour les services publics a atteint un point culminant avec les manifestations étudiantes contre la hausse des droits de scolarité. La rapidité avec laquelle le mouvement a trouvé un très large appui dans la population et l'ampleur des revendications — qui ont débordé sur la piètre question de la gestion de l'État par les libéraux — tout cela donc, nous a forcé à réagir rapidement. Ce qui n'est pas évident dans une revue, alors que les numéros sont préparés très longtemps d'avance !
Nous avons alors préparé, aussi vite que nous l'avons pu, le court dossier Grève étudiante et lutte sociale, en parallèle à celui qui était prévu sur le sport dans son appropriation citoyenne, puis, dans le numéro suivant, Le printemps érable, ses racines et sa sève, plus élaboré et réalisé en partie avec des acteurs et actrices de la grève. Le texte de Diane Lamoureux sélectionné ici rend bien compte d'un des choix que les étudiant·es et les personnes qui les appuyaient ont faits, celui de désobéir, de refuser de se laisser mater par une loi spéciale mal ciblée et antidémocratique.
Bien sûr, cette préoccupation de défendre les services publics ne doit pas occulter la variété des sujets abordés pendant cette période, surtout ceux portant sur des préoccupations récurrentes chez nous, comme le féminisme, la culture, l'industrie numérique.
Comme toujours, À bâbord ! aime commémorer le passé et les luttes militantes, en présentant des dossiers sur 1968, sur la contribution de « femmes inspirées et inspirantes » et l'œuvre d'un penseur aussi marquant que Noam Chomsky. Et cela tout en plongeant un regard vers l'avenir, en abordant un sujet qui prendra par la suite une grande place, soit l'éthique animale, ou en réfléchissant sur les « promesses et les périls du numérique » sur la « démocratisation de l'économie » ou sur les « mutations de l'univers médiatique ». « Facebook, un ami qui vous veut du bien », de Philippe de Grosbois, l'un des collaborateurs les plus actifs de la revue et membre du collectif, montre que dès le départ, les intentions de cette multinationale ont été bien dévoilées, par une explication de son fonctionnement encore très pertinente aujourd'hui. Relire ces numéros permet de constater à quel point notre revue a su s'intéresser à quelques grandes tendances qui seront largement abordées par la suite.
Nous tenons finalement à signaler deux dossiers intemporels et très particuliers, d'abord Apocalypse et politique, et pour contrer la noirceur de ce sujet, L'utopie a-t-elle un avenir ? Entrevoir le pire (l'apocalypse), puis imaginer le mieux (l'utopie), en toute lucidité, n'est-ce pas en quelques mots une façon frappante de résumer l'orientation d'À bâbord ! ?
2013-2018 : Austérité et crise démocratique
Un an après la grève étudiante de 2012, les impacts de ce mouvement social historique continuent de se faire sentir. Riche d'une expérience politique qui a permis à plusieurs citoyen·nes de se familiariser avec le fonctionnement de la démocratie directe, la rue demeure un lieu actif de prise de pouvoir pour revendiquer des changements sociaux.
Par contre, plusieurs sont sorti·es de cette grève désabusé·es du système de démocratie représentative : l'élection de septembre 2012 aura mis fin à la grève sans apporter de changements significatifs. Les cinq années présentées ici sont porteuses de cette tension qui émerge entre les revendications des mouvements sociaux exprimées dans la rue et un désabusement face à l'état de notre système démocratique qui n'arrive pas à donner un sens à cette grogne populaire contre le néolibéralisme. Cette réflexion sur l'état de la démocratie en Occident est un thème important à À bâbord ! entre 2013 et 2018, avec plusieurs dossiers qui se penchent directement sur l'enjeu du déficit démocratique. La question est posée à savoir comment la rue et les urnes peuvent apparaître aussi déconnectées l'une de l'autre.
De fait, autant au Québec qu'à l'international, les mouvements sociaux s'organisent contre les attaques au filet social portés par des régimes autoritaires. Au Québec, les années 2015 et 2016 sont marquées par une forte mobilisation contre les mesures d'austérité du gouvernement Couillard. À chaque numéro paru durant cette période, plusieurs articles font état du saccage de nos services publics et la revue a organisé en avril 2016 un colloque sur notre système de santé. Dans cette période, des dossiers d'À bâbord ! abordent directement ce repositionnement de l'appareil étatique qui délaisse sa mission de protection sociale sous l'excuse de l'austérité.
Les années 2013-2018 représentent aussi une période de luttes contre les hydrocarbures, particulièrement contre des projets de pipelines sur le territoire. Rappelons que c'est en 2013 que TransCanada a proposé le projet d'oléoduc Énergie Est dont une des composantes centrales était la construction d'un port pétrolier à Cacouna, à un endroit réputé pour être la pouponnière des bélugas. La modification du projet en 2015 représente une victoire marquante pour la justice climatique et la mobilisation des groupes de la société civile autour de cet enjeu. Finalement, cette période est marquée par une mobilisation historique des peuples autochtones au Canada qui s'organise autour de revendications pour leurs droits territoriaux ainsi que pour la protection de l'environnement. Parallèlement, c'est en 2015 que la de Commission vérité et réconciliation conclue au génocide culturel des peuples autochtones par l'État canadien. En mai 2014, À bâbord ! se penche spécifiquement sur ces luttes avec un dossier consacré aux résistances autochtones, bien que plusieurs articles publiés entre 2013 et 2018 font état de leurs revendications et stratégies de mobilisation.
Les deux textes choisis pour illustrer cette période témoignent de la continuité de certaines luttes. Le premier, publié en 2015 et écrit par Nadine Lambert et Jean-Pierre Larche, porte sur la réforme Barrette du Parti libéral du Québec (PLQ) en démontrant en quoi il s'agit d'un virage vers la privatisation de nos services sociaux et de santé. La nouvelle réforme qui nous sera imposée dans le système de santé par le projet de loi 15 apparaît en continuité avec cette tendance. Nous nous retrouvons devant le même constat, soit une place toujours plus grande accordée au privé dans l'organisation de notre filet social. Le deuxième texte fait écho au mouvement #MeToo qui marque un tournant sur la notion de consentement, notamment pour le harcèlement de rue que subissent les femmes au quotidien. Martine Delvaux, dans sa chronique féministe d'hiver 2014, s'interroge sur les réactions suscitées par les propos de Judith Lussier qui a dénoncé, dans un numéro d'Urbania de 2013, les micro-agressions qu'elle subit dans la rue. Ce texte est inspirant, car il montre le changement de ton qu'il est possible d'observer aujourd'hui dans la réception de ces témoignages. Bien qu'il reste des luttes à mener pour faire en sorte que l'espace public soit un lieu sécuritaire pour toutes, ce texte témoigne des changements sociaux que le mouvement #MeToo a provoqués.
2018-2024 : De nouveaux horizons
Les années 2018 à 2024 ont été animées pour À bâbord !. Nous sommes passés de cinq numéros par années à quatre, nous avons profité du retour progressif d'une équipe régulière de création d'images originales et poursuivi la série des numéros sur les régions. À ces éléments s'ajoutent les chroniques régulières qui maintiennent le cap depuis des années. Signalons aussi deux séries d'articles notables : celle sur les États généraux en éducation (Wilfried Cordeau) et celle sur les GAFAM (Yannick Delbecque).
Mentionnons aussi la précieuse collaboration d'Anne-Laure Jean au graphisme. Elle a grandement contribué au façonnement de la nouvelle image de la revue, une étape marquante qui nous a donné un nouvel élan. Nous sommes absolument reconnaissant de tout son travail régulier et de qualité.
Sur une note moins joyeuse, deux camarades de la revue sont décédés durant ces années. Il s'agit de Léa Fontaine et Jean-Marc Piotte. Tous deux ont crucialement travaillé au développement de la revue. Nous avons célébré leur mémoire dans nos pages à travers plusieurs articles hommages.
Dans un autre ordre d'idées, la revue a connu des difficultés financières majeures en 2019. Les efforts du collectif et la mobilisation du lectorat ont favorisé une stabilité, mais il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, les défis sont toujours présents.
Malgré ces défis, À bâbord ! a accompagné les réflexions sur les enjeux sociaux de l'heure comme la pandémie de COVID-19, la crise des médias, la crise du logement, le racisme et bien plus. Par ailleurs, bien que les angles d'analyse suivants figuraient régulièrement dans les pages des périodes antérieures de la revue, la période allant de 2018 à 2024 a créé une place plus prégnante pour l'analyse intersectionnelle des oppressions et la pensée décoloniale. Ces éléments ont amené un approfondissement de la couverture des luttes autochtones, des luttes LGBTQ+ et de la justice climatique.
Finalement, en 2022 le collectif d'À bâbord ! a été particulièrement impliqué dans la création du Regroupement des médias critiques de gauche. Un espace pour s'entraider et favoriser la mise en commun des forces et ressources de plusieurs médias alternatifs.
Le premier texte sélectionné est la chronique initiale « Sortie des cales » de Jade Almeida : « Racisme systémique. Pirouettes et bistouri » paru dans le numéro 86. L'autrice fait la lumière sur l'hypocrisie d'un gouvernement voué à maintenir le statu quo sur la question coloniale et raciste. Alors que la décennie semblait paver la voie à une remise en question du système par la conjugaison de mouvements de lutte tel qu'Idle no more et la création d'enquêtes d'envergures sur la situation coloniale, l'article montre l'impasse de la situation coloniale.
Le deuxième texte, paru dans le numéro 80 et rédigé par Frédéric Legault, illustre l'attention portée à ce qui s'annonce l'un des plus grands défis des prochaines décennies : la crise climatique. Il met la table sur ce qui nous attend, mais aussi sur une option possible pour espérer changer la donne : la grève climatique. Ce texte, « Pourquoi faire la grève climatique ? », s'interroge sur l'escalade des moyens de pression à utiliser pour forcer les élites économiques et politiques à répondre concrètement à l'urgence de la situation.
Finalement, le texte « L'illibéralisme, le nouvel encerclement », rédigé par Claude Vaillancourt et paru dans le numéro 96, aborde la montée d'un phénomène politique d'une ampleur mondiale, celui de l'illibéralisme, « une forme hybride entre la dictature et la démocratie ». Le texte nous amène à en cerner les influences jusqu'au Québec et au Canada. Au final, c'est à une considération profonde sur l'avenir de nos systèmes politiques que nous sommes convié·es.

Lancement du dossier « Épiceries. Faim de justice » le 10 février
Le collectif de la revue À bâbord ! vous invite au lancement de son numéro 106 106 et du dossier « Épiceries. Faim de justice ».
Plusieurs auteurs et autrices du numéro seront sur place pour prendre parole et présenter leur article !
Ça se passe à la librairie N'était-ce pas l'été (6702 St-Laurent, Montréal), le mardi 10 février à 18h30.
Entrée libre, bienvenue à toutes et à tous !
Déroulement de la soirée : présentation du dossier, présentations de divers articles du numéro 106 par des auteur.trices. Par la suite, breuvages et discussions informelles !
Vente sur place des numéros. Breuvage disponible sur place (alcool/sans alcool).

S’opposer à l’idéologie réactionnaire
L'idéologie réactionnaire occupe de plus en plus d'espace, au Québec et ailleurs, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les grands médias ou dans la politique.
Elle se reconnaît à 4 caractéristiques complémentaires :
* L'attachement acharné à une tradition idéalisée, comme si le racisme, le sexisme, la misogynie, l'homophobie ou la transphobie, par exemple, constituaient un héritage à préserver…
* Une farouche opposition aux idées et aux mesures progressistes, tout particulièrement lorsqu'elles concernent des minorités (sexuelles et de genre, ethniques, religieuses, culturelles, etc.).
* Une vision alarmiste du présent et du futur si on ne retourne pas rapidement à la tradition la plus conservatrice qui soit.
* Une propagande active en faveur du maintien des privilèges, des rapports de pouvoir et de domination qui ont prévalus par le passé (et qui se poursuivent dans le présent).
Les cibles favorites du mouvement réactionnaire sont les personnes, groupes et populations les plus démunies de pouvoir, sur tous les plans, à qui on reproche notamment leur sens critique et leur combattivité pour être davantage reconnues, soutenues et respectées. L'internationale réactionnaire pourrait être décrite comme une opposition massive des dominants à tout ce qui limite leurs privilèges et leur pouvoir. Pas étonnant que ses leaders soient majoritairement, à l'instar de Trump, des suprématismes masculinistes blancs.
L'idéologie réactionnaire se déploie actuellement autour de quelques thèmes, principalement :
* L'égalité entre les sexes et entre les genres dans toute leur diversité. Ainsi, un discours masculiniste profondément antiféministe et une mouvance TERF (trans exclusion radical feminists) font paradoxalement alliance pour défendre des définitions et représentations binaires et traditionnelles des sexes (et des genres, quand ils ou elles croient en ce concept).
* L'égalité et la réciprocité citoyennes. Le suprématisme nationaliste blanc fait des personnes non-blanches, en particulier celles issues de l'immigration, des citoyens et citoyennes de seconde zone, dont il conviendrait de se méfier, de restreindre les droits et libertés, ou d'exclure.
* La liberté académique. Les réactionnaires entendent notamment favoriser la colonisation des esprits via une éducation excluant les notions de diversité, d'équité et d'inclusion sociale. Ce discours compte sur la complicité de certains médias et politiciens complaisants face à l'intolérance, très peu critiques face aux idées complotistes démonisant tout ce qui est désigné comme woke.
L'idéologie réactionnaire refuse de reconnaître la diversité humaine et le pluralisme. Elle s'en prend sans relâche aux minorités (ethniques, religieuses, sexuelles et de genre, etc.), cherchant à les invisibiliser, à restreindre ou à supprimer leurs droits, à les culpabiliser pour la marginalisation voire l'ostracisme qu'elles subissent. Les réactionnaires dénoncent les acquis des minorités comme étant déraisonnables (ou wokes, ce qui revient au même à leurs yeux). Leurs propres privilèges ne sont évidemment jamais questionnés : ils sont considérés comme normaux, éternels et légitimes.
L'idéologie réactionnaire entretient une culture du ressentiment afin de diviser la population en deux camps : les bons versus les méchants, les normaux versus les anormaux, les blancs versus les non-blancs, les citoyens se disant de souche versus les immigrants, etc. Des personnes socialement et économiquement parmi les plus privilégiées se présentent comme les victimes de minorités qui auraient gagné trop de visibilité et de droits.
La droite réactionnaire privilégie les opinions personnelles, faisant passer son dogmatisme ou son ignorance pour des évidences, dénonçant tout enseignement et toute connaissance scientifique contredisant ses mensonges, refusant d'entendre les experts en mesure de contester ses propos alarmistes. Son appel au gros bon sens est plus souvent qu'autrement un appel aux préjugés.
On reconnaît souvent les tenants de l'idéologie réactionnaire à leur manque d'introspection, d'écoute, d'empathie et de compassion, à leur absence de sens de l'humour (ils vivent en permanence en mode catastrophe, animés par la peur et la rage de voir leur monde s'écrouler), à leur ego démesuré, à leur déficit de sens critique et de curiosité intellectuelle. En politique, de tels personnages sont à fuir. Ils obéissent uniquement à leurs propres émotions et perceptions, refusant à tout prix d'être contrariés, fût-ce par des faits avérés. Résultat : des décisions politiques prises sur le feeling du moment et basées sur des opinions personnelles. Cela mène dans le meilleur des cas au chaos, dans le pire des cas à la crise, ce dont toute la collectivité souffre, tôt ou tard.
Provoquer des crises, c'est toutefois une façon pour la droite de vous amener à regretter l'époque où il y en avait moins, vous dit-on, et à voter pour un retour de 50 ans et plus en arrière. C'est pourquoi vigilance et solidarité humaine sont si essentielles actuellement. En commençant par reconnaître, nommer et dénoncer les problèmes, en proposant ensuite une autre vision du monde. Si vous ne vous opposez pas à l'Idéologie réactionnaire, elle vous avalera.
Michel Dorais, professeur émérite, Université Laval
Photo : Andrew Carnegie (1835-1919) et Philip James Stanhope, mai 1913. (Source : Flickr Commons project, 2009, domaine public)
Culling The Working Class : Acceleration and the Period of Capitalist Democide | Jeff Shantz (December,2025)
Murder Infrastructures : Capitalist Eliminationism, Acceleration, and Democide | Jeff Shantz (Canada, 2025)
L’inévitable transition en Iran
La révolution tunisienne de 2011 : promesses et dangers

Max Chancy, militant et pédagogue socialiste
Max Chancy (1928-2002), philosophe et militant socialiste, a consacré sa vie à la défense des droits démocratiques du peuple haïtien, à la construction d’une société égalitaire, ainsi qu’au développement d’une pédagogie émancipatrice. D’abord actif en Haïti, il est forcé à l’exil en 1965, en raison de la dictature de François Duvalier. Il s’installe alors au Québec d’où il organise un réseau de solidarité, tout en participant à la création de la Maison d’Haïti et en s’engageant dans la transformation du système d’éducation québécois. Après la chute de la dictature en 1986, il retrouve son pays qu’il faut dorénavant reconstruire[1].
Max Chancy est né en 1928 à Jacmel en Haïti, mais a principalement été élevé dans la famille de sa mère à Port-au-Prince[2]. Dans ce milieu intellectuel rassemblé autour de l’imprimerie du grand-père, il s’initie rapidement aux idées progressistes. Il est lauréat de la première promotion de l’École normale supérieure d’Haïti en 1947, tout en animant avec quelques ami·es un groupe de réflexion littéraire et sociale, appelé sobrement NOUS. C’est aussi l’époque où il se fiance avec Adeline Magloire qui deviendra sa compagne pour la vie. En 1950, grâce à ses excellents résultats, il obtient une bourse pour étudier à Paris, y découvrant le marxisme et les mouvements anti-coloniaux par l’entremise de militant·es français·es et ouest-africain·es. Après trois ans d’études, Chancy rentre en Haïti afin de participer à la construction d’un réseau scolaire laïc et démocratique. Mais le climat social est à l’affrontement entre les élites conservatrices et un mouvement populaire qui désire instaurer un état social. Dans ce contexte, le régime autoritaire de Paul Magloire (1950-1956) entrave les efforts des progressistes. Chancy profite donc d’une nouvelle bourse pour compléter un doctorat en philosophie à l’Université de Mayence (Allemagne).
Lutter contre la dictature, malgré la prison et l’exil
À son deuxième retour au pays, Max Chancy découvre un climat encore plus délétère, marqué par l’imposition de la dictature de Duvalier père (1957-1971). « Le choc fut brutal, nous avons compris d’un coup la répression sauvage, le traitement fait aux opposants, la milice des tontons macoutes en action. »[3] Max Chancy s’implique alors à tous les niveaux pour lutter contre le gouvernement. En plus de ses activités syndicales, il rejoint le noyau clandestin du Parti populaire de libération nationale (PPLN). Cette organisation marxiste-léniniste, fondée en 1954, s’inspire des différentes luttes révolutionnaires en cours ou victorieuses (comme à Cuba) pour lancer des opérations de déstabilisation du régime duvaliériste. Dès 1959, son action militante entraîne son licenciement de l’enseignement public, bien que son engagement révolutionnaire demeure secret. Privé de revenu, Chancy survit grâce à des contrats de tutorat, mais consacre le plus clair de son temps à l’organisation politique. Il contribue à la grève étudiante de 1960 et anime, à partir de 1962, le journal illégal Haïti demain, organe du PPLN. Adeline Magloire Chancy, pour sa part, participe au comité révolutionnaire Femme patriote. Tous deux travaillent aussi, avec des camarades de plusieurs groupes, à mettre sur pied un front démocratique unifié. L’arrestation de Max Chancy, en octobre 1963, interrompt le projet.
Après plusieurs mois d’incarcération et de tortures, Chancy est relâché, mais sa liberté est relative puisqu’il fait l’objet d’une surveillance particulière. À l’été 1965, une nouvelle vague de répression frappe le PPLN. Chancy est informé que la police le cherche pour l’exécuter. Lui et sa famille sont alors cachés par les réseaux du parti et exfiltrés du pays, avant d’arriver au Canada où ils demandent l’asile politique. Les Chancy s’installent à Montréal et sont rapidement embauchés dans le système scolaire québécois. Il n’empêche que la priorité demeure d’organiser la résistance, à quoi sert le fameux appartement du 798, avenue Champagneur, souvent considéré comme la « première Maison d’Haïti »[4]. Cet objectif implique l’envoi de fonds et d’imprimés aux militant·es resté·es en Haïti, le soutien aux prisonnier·ères politiques, l’aide envers les autres exilé·es et la dénonciation tous azimuts du régime de Duvalier. « Les grands enjeux de l’heure étaient la ligne politique face à la dictature et au terrorisme d’État qui ne laissaient d’autre voie que la lutte armée à ceux qui refusaient l’embrigadement et rêvaient d’une nouvelle Haïti. »[5] Le rôle de Max Chancy est déterminant puisqu’il demeure un cadre dirigeant du PPLN, devenu en 1969 le Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH).

Démocratiser l’éducation pour établir une société juste
Bien que le gouvernement du Canada refuse de régulariser son statut jusqu’en 1982, Max Chancy s’investit dans plusieurs projets destinés aux communautés migrantes comme à l’ensemble des jeunes du Québec. En 1972, un groupe de militantes et de militants (Nirva Casséus, le couple Chancy, Charles Dehoux, Pierre Normil, etc.) fonde la Maison d’Haïti pour offrir des services aux nouveaux·elles arrivant·es et pour défendre les intérêts démocratiques du peuple haïtien. En sus, l’organisme se concentre sur l’éducation populaire pour aider les personnes ayant une faible scolarité, pour développer la conscience politique de la communauté et pour garder vivante la culture haïtienne auprès de la jeunesse. Max Chancy s’implique particulièrement dans la lutte contre les déportations de réfugié·es politiques et dans l’animation de cercles politiques destinés aux adolescent·es. Embauché comme professeur de philosophie au cégep Édouard-Montpetit (Longueuil), Chancy milite aussi dans son syndicat où il tente de rattacher les luttes économiques aux combats politiques. En compagnie de Michel Chartrand, il participe à l’organisation d’une Conférence internationale de solidarité ouvrière (juin 1975) à Montréal, qui rassemble plus de 600 personnes venues de trois continents avec l’objectif d’unir leurs forces pour lutter contre l’impérialisme.
C’est d’ailleurs comme enseignant progressiste et militant pour une éducation démocratique que Chancy se fait connaître dans les années 1980. Ayant mené plusieurs enquêtes sur l’intégration des immigrant·es dans le système scolaire, il est nommé au Conseil supérieur de l’éducation (CSE) du Québec pour développer une politique à ce sujet. Il rédige un rapport intitulé L’école québécoise et les communautés culturelles, rendu public en février 1985. Parmi ses 61 recommandations, il suggère de réviser le matériel didactique pour qu’il tienne compte de la diversité culturelle et d’offrir des formations aux enseignant·es concernant les enjeux propres aux différentes communautés. Le rapport souligne aussi le lien entre l’immigration et la pauvreté, conséquence de la division raciale du travail. Cette situation implique une sous-scolarisation chez les migrant·es à laquelle le gouvernement est sommé de répondre par des programmes spécifiques. L’objectif est de briser le cercle vicieux qui renvoie de la pauvreté à l’éducation lacunaire, et vice-versa[6].

À la même époque, la situation commence à bouger en Haïti. En 1971, Jean-Claude Duvalier a succédé à son père, tout en maintenant son régime despotique. Mais, à partir des années 1980, plusieurs organisations politiques et syndicales défient le régime. À l’automne 1985, une révolte populaire s’étend depuis les campagnes jusqu’aux principales villes. L’année suivante, le dictateur est forcé de quitter le pouvoir et le pays. Max Chancy rentre immédiatement en Haïti pour participer à l’effort de reconstruction. Il reprend ses activités d’enseignement et, comme dirigeant du PUCH, il travaille à l’unité de la gauche haïtienne dans un contexte qui reste chaotique. Malheureusement, une maladie cérébrale ralentit considérablement ses activités à partir du début des années 1990, jusqu’à ce qu’il doive se retirer entièrement de la vie politique. Son combat pour une Haïti démocratique et socialiste est depuis poursuivi par ses camarades. Ceci dit, le parcours de Max Chancy demeure exemplaire et nous pouvons reprendre à son endroit les mots qu’il réservait à Jacques Stephen Alexis : « il est devenu ainsi pour le mouvement révolutionnaire haïtien le symbole du militant qui a vécu pleinement ce qu’il pensait et ce qu’il disait, qui a réalisé l’adéquation entre la théorie et la pratique »[7].
[Photo en couverture : Wikipedia]
Notes
[1] Cet article est d’abord paru dans À Bâbord ! no. 103 [En ligne]
[2] La principale source biographique demeure MAGLOIRE CHANCY, Adeline. Max Chancy (1928-2002), Port-au-Prince, Fondation Gérard Pierre-Charles, 2007.
[3] MAGLOIRE CHANCY. Max Chancy, 2007, page 17.
[4] NOËL, Julie. « Le 798, Champagneur ou la première Maison d’Haïti », 11 septembre 2018, en ligne : https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/le-798-champagneur-ou-la-premiere-maison-dhaiti
[5] MAGLOIRE CHANCY. Max Chancy, 2007, page 23.
[6] NOËL, André. « Québec reconnaît le besoin d’adapter l’école à la nouvelle réalité multiculturelle », La Presse, 23 février 1985, page A5.
[7] Cité dans MAGLOIRE CHANCY. Max Chancy, 2007, page 88.
Jean-Luc Deveaux : à la défense de la classe ouvrière
Jean-Luc Deveaux : à la défense de la classe ouvrière
Né dans un quartier ouvrier de Montréal, Jean-Luc Deveaux est exposé à la pensée marxiste, dès son jeune âge. Militant précoce, il participe à toutes les grandes manifestations et grands rassemblements qui marquent la fin des années soixante et le début des années soixante-dix.
Il fait ses premières armes de syndicaliste dans l'industrie de la construction où il exerce le métier de ferrailleur. Engagé dans une lutte pour la démocratisation de son syndicat, il en est chassé. Il exerce ensuite des mandats syndicaux pour le compte de différentes organisations, avant d'entreprendre des études en sciences juridiques à l'UQAM. Il poursuit plus tard ses études en Europe et, revenu au Québec, il met ses compétences au service de différentes organisations du mouvement syndical québécois.
Vouant sa vie à la défense de la classe ouvrière, il se fait le promoteur constant de l'unité des travailleurs, au-delà des étiquettes particulières.
Bon visionnement !
https://www.ferrisson.org/saisons/saison-13/jean-luc-deveaux
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Les victimes de l’agence de recrutement et de placement IRIS poursuivent leur combat
Tio'tià:ke (Montréal), le 23 janvier 2026. - Des travailleuses et travailleurs migrants, victimes d'une agence privée abusive, IRIS, se réunissent pour partager leurs expériences et dénoncer les abus ainsi que les politiques d'immigration qui engendre la précarité et l'injustice.
Alors les gouvernements fédéral et du Québec multiplient des restrictions, exclusivement axée sur la réduction du nombre des personnes migrantes et immigrantes, les travailleuses et travailleurs migrants font face à des abus plus graves et à des difficultés plus complexes. Les porte-paroles convient les médias à cette conférence de presse.
Quoi : conférence de presse
Quand : vendredi 23 janvier, 10h 30
Où : 110-4755, avenue Van Horne, Montréal (Québec) H3W 1H8
Qui : des anciens travailleurs et travailleuses de l'agence IRIS affectés et
le CTTI
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Gaza, révélateur et victime de l’impuissance du système international
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François Legault démissionne, tentant de sauver son parti en déroute
Iran : plus de 100 heures de coupure d’Internet, répression sanglante et vive inquiétude de la diaspora iranienne au Québec
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Depuis plus de **100 heures**, les autorités iraniennes ont imposé une coupure quasi totale d'Internet** à l'échelle du pays. Les communications numériques sont bloquées et, par moments, même les appels téléphoniques sont interrompus, plongeant l'Iran dans un **blackout informationnel presque complet.
Selon certaines sources indépendantes et réseaux militants, le nombre de victimes pourrait se situer entre 12 000 et 20 000 morts, bien que ces chiffres ne puissent être vérifiés de manière indépendante en raison du silence imposé par le régime. À l'heure actuelle, personne ne sait réellement ce qui se passe à l'intérieur du pays.
Cette situation provoque une angoisse profonde et généralisée au sein de la diaspora iranienne, notamment au Québec, où des milliers de familles restent sans nouvelles de leurs proches. Le souvenir des événements tragiques de novembre 2019, marqués par une répression meurtrière après une coupure d'Internet similaire, est encore très présent dans les esprits.
Malgré ce blocus presque total, quelques images et témoignages continuent de parvenir de l'intérieur du pays Ils sont à la fois déchirants, en raison des vies innocentes perdues, et porteurs de fierté, tant ils révèlent le courage exceptionnel et la détermination de la jeunesse
iranienne face à la violence et à la peur.
Face à l'urgence de la situation, nous appelons les médias québécois à relayer cette crise humanitaire et politique majeure, et à donner la parole aux membres de la communauté iranienne afin de briser le silence imposé par le régime iranien.
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Perturbation d’un dîner de l’élite patronale avec l’ambassadeur américain
Une revue pour transformer notre société
Au début des années 2000, la gauche québécoise est en pleine recomposition. En manque de modèle et devant affronter l'hégémonie néolibérale, les militant·es ont besoin de nouveaux espaces de réflexion et d'organisation. C'est pour répondre à ce besoin que la revue À bâbord ! est lancée à l'automne 2003, afin de contribuer à une « révolution dans l'organisation de notre société ».
Les années 1980 sont marquées par un ressac de la gauche, dû autant aux reconfigurations économiques qu'au déclin des modèles socialistes est-européens. Après la chute de l'URSS (1991), nombre de militant·es se détournent du communisme et s'attachent à des pratiques alternatives, autogestionnaires ou libertaires, quoiqu'avec une continuité dans les enjeux de solidarité internationale. L'intérêt pour l'insurrection zapatiste au Mexique (en cours depuis 1994) cristallise les nouvelles préoccupations de la gauche radicale : décentralisation, autonomie, pluralisme, libération du Sud global, horizontalité, écologie et droits autochtones. Pourtant, ce « terreau libertaire » demeure minoritaire et d'autres approches (politique classique, syndicalisme, socialisme démocratique) tentent aussi de répondre aux problèmes de l'heure. C'est à la jonction de ces tendances qu'apparaît la revue À bâbord !.
D'emblée, le collectif de la revue énonce ses objectifs dans son premier éditorial : « ceux de travailler à la reconstitution de vastes solidarités, de favoriser le mouvement et la rupture vis-à-vis du consensus néolibéral et de promouvoir l'idée d'apprendre à faire de la politique autrement ». Ce projet est mis en lien avec la constitution de l'Union des forces progressistes (UFP, 2002-2006) à l'origine de Québec solidaire (QS). Même si la revue partage une certaine affinité avec les courants libertaires, elle assume une volonté d'unification (ce qui ne veut pas dire une homogénéisation) des forces de gauche. Au départ, ses thèmes principaux sont le combat contre le néolibéralisme (lequel doit impliquer la gauche politique, les syndicats et les mouvements sociaux), ainsi que l'anti-impérialisme, avec une sensibilité particulière pour l'Amérique latine et la Palestine. La volonté de démocratiser nos sociétés pour redonner le pouvoir au peuple traverse aussi un grand nombre de contributions théoriques et analytiques.
Le néolibéralisme et son dépassement
Au centre des préoccupations militantes des années 2000 se trouve le néolibéralisme, ce stade particulier du capitalisme marqué par un désengagement de l'État social, une législation dédiée à l'entreprise privée et des politiques répressives envers les mouvements sociaux. Alors que le néolibéralisme exacerbe les inégalités et réduit les libertés civiles, comment lui résister efficacement ? Dans son éditorial de février 2004, À bâbord ! accorde un rôle particulier aux syndicats sur cette question : « Il faudra donc s'attaquer aux entreprises et aux gouvernements par des campagnes dont le but est de rééquilibrer le rapport de force entre employeurs et employés. Ceci implique la reconnaissance de l'antagonisme fondamental qui oppose le patronat (privé et public) et les syndicats. » Plus largement, la revue promeut une alliance entre les différents secteurs de la gauche pour sortir du capitalisme. Elle propose en sus des réflexions sur les formes que pourrait prendre une société révolutionnée, dont le collectivisme et « le contrôle des comités de travailleurs (soviets) sur le fonctionnement de leur entreprise » [1].
Concrètement, la lutte contre l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) anime les contributeur·trices de la revue qui y voient une mesure néolibérale névralgique, nuisible aux peuples minoritaires, aux femmes, aux travailleur·euses et à l'environnement. Pareillement, l'organisation d'une riposte face aux projets de « réingénierie » du gouvernement libéral de Jean Charest (2003-2012) est régulièrement abordée dans une perspective combative. Dans son éditorial de mars 2005, le collectif affirme que « Dans ce contexte, il n'y a que les mouvements sociaux, les organisations populaires, les syndicats et les nouveaux partis politiques de gauche qui puissent modifier en profondeur les rapports de force et contrecarrer l'offensive antisociale du gouvernement Charest. Encore faut-il que ces forces vives, encore dispersées, s'unissent et s'organisent pour relever un défi colossal. » De la volonté d'une riposte conjointe à sa réalisation, rien n'est gagné d'avance.
Complexités de l'unité politique
L'affrontement avec le néolibéralisme pose la question de l'unité des progressistes, avec certaines difficultés. D'abord, comment coaliser la gauche tout en préservant la diversité qui fait sa richesse, et ce, dans une perspective démocratique ? Autour de quelle stratégie et dans quel but l'unité doit-elle se faire ? Selon plusieurs contributions à la revue, l'unité de la gauche doit prendre la forme d'une coalition politique, à l'image de l'Union des forces progressistes et, plus tard, de Québec solidaire. Bien que ce parti doive être « jugé sur la base des actions concrètes et non des intentions », on sent qu'en 2006, l'équipe de la revue s'enthousiasme pour cette nouvelle formation, tout en assumant « d'accompagner son évolution d'un regard circonspect et critique » [2]. Il est aussi intéressant de noter les vases communicants entre l'équipe de rédaction et le membrariat de Québec solidaire, qui permettent de ne pas se confiner au rôle de « gérants d'estrade ».
Quant à la ligne stratégique et aux objectifs, les premiers numéros de la revue insistent sur la nécessité de forcer l'État à décréter des mesures pour contrôler la grande industrie, à adopter une réglementation écologique et à protéger les travailleur·euses, suivant un rapport de force établi par les syndicats et les mouvements sociaux, arrimés à un parti politique. Une intervention caractéristique insiste sur l'importance des nationalisations : « Au Québec, ça doit commencer par le contrôle, voire la propriété publique, des ressources naturelles et par un véritable contrôle écologique, mais efficace, sur notre avenir. […] Si on regarde sur quelle base se restructure la gauche en Amérique latine, c'est autour de la propriété et du contrôle collectif des ressources, qu'importe la forme. » [3] Par contre, il n'est pas garanti que pour atteindre ces objectifs de socialisation, la voie électorale fonctionne, ni d'ailleurs les expérimentations autogestionnaires. On ne fera pas reproche à la revue d'omettre les recettes miracles : si la formule de la révolution existait, ça se saurait. Au contraire, il est remarquable de constater les efforts déployés pour penser concrètement, dans le Québec des années 2000, les formes précises que devraient prendre une organisation politique de gauche et les étapes pour faire advenir une société émancipée. Pourtant, à partir des années 2010, la revue s'éloigne des réflexions programmatiques au profit d'enjeux plus circonscrits.
En regard de ce panorama, plusieurs propositions méritent de retenir notre attention. D'abord, une alliance des forces de gauche semble nécessaire pour transformer notre société. Il faut coaliser les forces politiques, syndicales et populaires afin d'être en mesure d'instaurer un rapport de force avec le patronat et l'État capitaliste. L'unité de la gauche doit se faire sur des bases claires, et ce, dans un horizon de rupture avec le capitalisme. Nous devons discuter collectivement de la meilleure stratégie politique pour rallier de larges pans de la population et réfléchir au monde que nous voulons, suivant nos principes égalitaires et solidaires. Il faut sortir des dogmatismes qui nous réduisent à la marge, accepter de mettre de côté certaines de nos différences, travailler en commun et ne pas avoir honte de présenter nos aspirations pour ce qu'elles forment : un projet révolutionnaire. Il me semble que ce sont là quelques-unes des pistes ouvertes par À bâbord ! durant ses premières années qu'il est bon de se rappeler au cœur des luttes présentes.
[1] Breton, Gaétan. « L'économie cannibaliste » dans À bâbord ! no 6 (octobre-novembre 2004), page 15.
[2] Lamoureux, Diane. « Au-delà de l'alternative électorale ? » dans À bâbord ! no 14 (avril-mai 2006), page 19.
[3] Entrevue avec François Cyr dans À bâbord !, no 15 (été 2006).
Alexis Lafleur-Paiement est membre du collectif Archives Révolutionnaires.
Merci d’exister !
Il nous apparaissait essentiel pour ce dossier qui se veut un retour sur les vingt années d'existence de la revue de proposer à des membres fondateurs de témoigner des débuts d' À bâbord !.
Amir Khadir, membre fondateur de la revue
Déjà 20 ans ! Pour ses artisans·nes d'aujourd'hui ça fait beaucoup de bons coups à célébrer, de brassages d'idées à souligner et de camarades à remercier.
Remercier celles et ceux qui ont été et sont à l'ouvrage, pour avoir réfléchi, pour avoir écrit et avoir tant donné. Celles et ceux d'aujourd'hui comme la gang des premières heures. Parce qu'À bâbord ! a tant d'ami·es « que no los puedo contar ».
Au printemps 2003, alors que la fondation de l'UFP avait fouetté nos ardeurs et que la revue était en gestation, de bonnes âmes et de belles plumes qui en avaient pris l'initiative s'échangeaient ardemment des courriels pour décider du nom, comme on le fait en famille à la naissance d'un enfant : M'enfin ! MotivéEs, L'épaule à la rue, Versant Gauche, Causes toujours, Parti pris ou Sous les pavés. Puis est venu : À bâbord !
La proposition venait d'Aziz S.-F. en ces mots : « … l'humanité est embarquée dans le même bateau… la direction néolibérale à tribord devrait être inversée vers la gauche donc à bâbord. Pour le Québec terre de l'eau, l'image de l'embarcation revêt encore plus de sens. Pour le parti auquel l'organe sympathise, l'union qui fait déjà la force, et la force de progressistes qui rament vers la gauche demeurent un symbole bien traduit par ce mot. Bref, si on regarde vers l'avant, le futur est à gauche de l'embarcation où nous voulons que tant de monde se joignent pour bâtir un autre monde et un autre Québec. »
À bâbord !, c'est court, accrocheur avec même une petite tinte d'humour. Vous allez me dire que ce sont de sales temps aujourd'hui pour avoir le cœur vraiment à rire. Mais, il y a des conditions où exister, c'est résister.
L'échelle de nos malheurs n'a aucune commune mesure. Mais la règle demeure : À bâbord ! continue d'exister. À bâbord ! continue de résister.
Claude Rioux, secrétaire de rédaction des numéros 1 à 25
Pour rendre compte de la situation de 2003, on commencera par dire qu'à peine remis des attentats du 11 septembre, nous sommes en plein délire agressif-paranoïaque : invasion de l'Afghanistan puis de l'Irak, hégémonie du discours guerrier et victoire de Stephen Harper qui généralise les certificats de sécurité et les restitutions extraordinaires avec la déportation de Maher Arar vers les geôles syriennes pour y être torturé. Au Québec, ce qui se trouve en face de nous, c'est d'abord le gouvernement libéral de Jean Charest et sa « réingénérie » : thérapie de choc budgétaire, hostilité contre le personnel de la fonction publique sommé de se flexibiliser, priorité à l'entreprise par le biais de partenariats public-privés. Un programme bruyamment soutenu par un aréopage cliquant de bonzes politiques, médiatiques et culturels, réuni autour de Lucien Bouchard et de son manifeste Pour un Québec lucide (2005). Le PQ, avec à sa direction Bernard Landry puis André Boisclair, est alors un parti bêtement néolibéral sans âme ni projet et c'est à une autre force émergente qu'il revient de répondre par le biais du manifeste Pour un Québec solidaire, avec les suites que l'on sait. Mais c'est aussi à ce moment que Mario Dumont rebrasse totalement les cartes politiques avec sa surenchère raciste autour de la « crise des accommodements raisonnables » créée de toute pièce en 2006.
Un certain esprit libertaire antiraciste, un des éléments constitutifs de l'articulation des courants au centre du projet de revue à ses débuts, s'est quelque peu essoufflé un moment. À mon humble avis, le collectif d'À bâbord ! a bien trop tardé à prendre la mesure du virage ethnonationaliste et islamophobe de la classe politique québécoise. Sur un horizon de vingt ans, on peut qualifier de passagère cette faiblesse qui été corrigée par la posture digne et combative qu'on lui connaît aujourd'hui.
Sensibilités féministes
À bâbord ! a toujours cherché à être un espace féministe autant dans ses pratiques que dans les thèmes des dossiers parus à travers les années.
Le désir d'À bâbord ! d'arriver à une parité homme-femme entre les auteurs et autrices sollicité·es pour des articles s'est construite graduellement au fil de son histoire. Dès le premier dossier paru en octobre 2003, des autrices sont mises de l'avant, et dans chacun des dossiers qui suivront. Les pratiques permettant d'assurer la parité dans la revue se sont affinées à travers les années, mais la conscience des inégalités genrées en termes de prise de parole dans l'espace public est présente dès le fondement de la revue. Par exemple, les tout premiers numéros comptent au moins un article spécifiquement féministe, bien que ce soit en 2008 qu'apparaît pour la première fois une chronique féministe. En revanche, de 2005 à 2006, une série d'articles sur le contrôle du corps des femmes revient pour quatre éditions de la revue. Ainsi, l'analyse féministe est présente de façon diffuse au début et s'affirme de plus en plus à travers les années.
Évolution des pratiques
Il existe toutefois un laps de temps important entre la parution du premier numéro (octobre 2003) et le premier dossier qui traite d'un sujet proche du féminisme (été 2007). Ce dossier (Sexe, école et porno) n'utilise pas le terme « féminisme » dans sa présentation et les textes qui le composent puisent peu dans ce courant théorique. Il a été considéré ici, car on y traite d'éducation sexuelle comme moyen de dépasser une sexualité mercantile.
Ce dossier examine l'impact du retrait des cours d'éducation sexuelle du cursus scolaire sur les possibilités de déconstruire les préjugés associés aux différentes façons de vivre sa sexualité, permettant à tous et toutes d'y trouver une forme d'épanouissement. Les autrices critiquent plus particulièrement les effets de l'idéologie néolibérale et du capitalisme sauvage sur notre sexualité, entrainant des pratiques de consommations axées sur l'esthétisation du corps et son objectification.
Puisque la possibilité d'avoir accès à une sexualité épanouissante nous apparaît principalement une question d'égalité des genres, nous avons inclus ce dossier dans nos réflexions sur les sensibilités féministes de la revue. Le dossier a aussi été entièrement produit et écrit par des femmes, ce qui a renforcé notre choix.
Cela nous amène donc quatre ans après la première parution d'À bâbord ! et vingt numéros plus tard. Considérant que le premier dossier qui utilise spécifiquement le terme « féminisme » dans sa présentation est le #25 (L'avortement, un droit menacé) paru à l'été 2008, il aura fallu du temps pour que cette sensibilité, que nous reconnaissons à À bâbord !, prenne de l'ampleur dans les analyses proposées. Ces réflexions sont constituantes de la revue, mais leur donner une place centrale dans un numéro à travers un dossier est venu plus tard. La féminisation des textes a aussi tardé à être systématique. Bien que nous soulignons l'excellent travail des différent·es secrétaires de rédaction au cours des années, le fait est que la féminisation systématique de chacun des textes paraissant dans la revue a été concrétisée dans le numéro d'automne 2020 avec l'arrivée de Claire Ross au poste de secrétaire de rédaction. Par ailleurs, aujourd'hui, À bâbord ! est un espace où l'importance de représenter ce courant théorique dans les articles et de la parité dans les prises de parole n'est plus à discuter.
Le corps comme objet d'analyse
Plusieurs dossiers se sont penchés sur des thématiques sous l'angle féministe. Leurs thèmes sont en lien avec des luttes féministes spécifiques (par exemple, celui sur le droit à l'avortement) ou utilisent ce cadre d'analyse théorique pour faire émerger des enjeux liés au genre dans un champ précis (par exemple, le dossier sur le rapport des femmes au système pénal et de justice paru au printemps 2018).
Fait marquant de ce tour d'horizon des dossiers féministes d'À bâbord ! : une grande majorité d'entre eux portent sur le corps comme axe principal des luttes et des analyses. Le corps y est analysé comme un espace de résistance autant dans les questions d'expression de genre que dans le contrôle social du corps des femmes autour de la sexualité et de la fonction sociale de reproduction.
Le corps, dans cette conception, n'est pas le simple réceptacle de pratiques culturelles contraignantes, mais est au cœur de la constitution des identités et de leur place dans l'appareil social. Le corps devient aussi un moyen de résistance par la subversion et la transgression des normes qui encadrent les genres et les sexualités. Il nous apparaît que les dossiers étudiés ici représentent bien ces courants théoriques et les nouvelles formes de luttes qui en découlent.
Cela apparaît clairement dans le dossier sur l'avortement qui présente cette lutte comme un exemple remarquable où le mouvement des femmes a su mobiliser les milieux progressistes pour mener une bataille unifiée vers la reconnaissance de ce droit. Celui-ci reste toutefois constamment remis en question par les mouvements conservateurs et limité en termes d'accessibilité, particulièrement dans les territoires éloignés au Québec. D'ailleurs, le dossier « Côte-Nord – Nitassinan. Territoires enchevêtrés » paru à l'été 2022 fait toujours état de cette déplorable inaccessibilité des services d'avortement dans la région, venant de fait confirmer que les luttes pour le droit de disposer de son corps sont toujours d'actualité pour les femmes.
Par la suite, plusieurs dossiers traiteront directement du corps et des sexualités. « En plein corps », paru à l'automne 2013, s'interroge spécifiquement sur l'ensemble des pratiques disciplinaires qui façonnent notre rapport au corps dans une perspective féministe et explore l'ensemble des dispositifs de contrôle social qui le traverse. Le dossier « Sexe » paru à l'été 2015 cherche à déconstruire la vision binaire des sexes et explore les questions de sexualité émancipatrice à l'extérieur des normes genrées. À l'hiver 2018, À bâbord ! propose un dossier en partenariat avec le Regroupement Naissance-Renaissance sur les violences obstétricales et le rapport médicalisé qui s'est construit autour de la reproduction.
Finalement, le dossier « Queer. Une révolution flamboyante » paru à l'automne 2022 a été inclus dans les dossiers féministes après discussion avec le comité qui l'a coordonné. Bien qu'il montre que le mouvement queer n'est pas une sous-lutte du féminisme, mais bien un mouvement social en soi qui porte ses propres revendications, les analyses qui y sont proposées sur la fluidité des genres et sur la remise en question du cadre restrictif d'expression des identités a permis d'alimenter les réflexions féministes dans la revue, et plus largement, dans l'espace public.
La posture d'À bâbord ! comme alliée du féminisme n'est pas parfaite, mais a permis une réflexion constante qui alimente tous les projets portés par À bâbord !. L'évolution des pratiques qui est apparu au fil des numéros démontre bien la capacité du collectif à se remettre en question dans un souci d'une plus grande égalité hommes-femmes. De plus, plusieurs des thématiques abordées dans les différents dossiers féministes révèlent une volonté d'être à l'affût des luttes émergentes absentes des débats médiatiques grand public. L'avant-gardisme dont fait preuve À bâbord ! depuis son origine est aussi féministe !
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Ensemble pour mettre en branle la transition écologique et sociale !
Les États généraux de l'enseignement pour la transition écologique et sociale ont rassemblé plus de 250 personnes issues des syndicats de profs et de personnes étudiantes de l'enseignement supérieur du mercredi 7 janvier au samedi 10 janvier.
L'objectif de l'événement était de bien réfléchir aux brutales transformations de notre monde, de voir comment la transition socioécologique est plus nécessaire que jamais, et comment l'enseignement supérieur doit contribuer à la mettre en place. Ensemble, les participant.e.s souhaitent se « consacrer à la co-consttruction d'un plan d'action pour une transition écologique et sociale misant sur les forces conjointes du mouvement étudiant et du mouvement syndical. »
À l'heure où le gouvernement caquiste attaque la mission sociale du syndicalisme et nous détourne des urgences que sont la lutte aux changements climatiques et l'accès à du logement abordable, le mouvement syndical s'illustre une fois de plus par sa capacité d'analyse des enjeux sociopolitiques, dans un contexte solidaire et démocratique. On peut opposer cette efficacité syndicale au manque d'initiative de la Fédération des Cégeps et du ministère de l'Éducation qui ne proposent rien pour soutenir une véritable transition juste et équitable. À force de bombarder les personnes enseignantes de demandes de reddition de compte, on occulte un de leurs rôles essentiels, soit d'être aussi des agents de transformation sociale.
Les milieux syndicaux et étudiants se prennent donc en main pour faire un contrepoids à l'inaction des pouvoirs établis. Ces états généraux sont l'occasion de « permettre aux délégué-es de développer une compréhension commune des enjeux de la transition socioécologique en enseignement supérieur et de participer pleinement à cette réflexion collective sur les transformations à opérer en éducation. »
La préparation
L'équipe des États généraux, dont des membres des Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique [1], a d'abord offert un état des lieux sur la manière dont le système d'éducation aborde les enjeux socioécologiques depuis le primaire jusqu'à l'université. Les bonnes intentions du monde de l'éducation ne se sont pas transformées en réelles actions, conclut l'équipe. Le réseau de l'éducation ne s'est pas suffisamment adapté aux transformations sociales.
L'équipe a présenté les résultats de consultations préparatoires aux États généraux faites cet automne qui ont révélé de profondes insatisfactions. Selon leur rapport :
« 87 % de celles et ceux qui ont répondu au sondage mené dans la phase consultative du projet considèrent en effet que la formation au niveau collégial prépare insuffisamment ou très insuffisamment les étudiant·es aux enjeux socioécologiques – une proportion qui est de 84 % concernant la formation universitaire ; 94 % des répondant·es pensent également que l'enseignement des enjeux socioécologiques devrait être obligatoire au niveau collégial, et 86 % pensent qu'il devrait l'être au niveau universitaire. »
La présentation d'ouverture, Les campus : entre contrôle et révolte, était donnée par deux personnes ayant participé activement au mouvement étudiant pour la justice climatique en 2019. Leurs témoignages montrent bien la position contradictoire dans laquelle se trouvent les personnes étudiantes : on multiplie les invitations à poser des gestes individuels « pour l'environnement », mais on réprime les mouvements de revendication collectives et politiques à ce sujet.
La manière de discuter
Les personnes participantes ont été invitées à suivre quelques règles de délibération qui favorisent un meilleur dialogue. Il devait y avoir alternance entre les interventions des personnes enseignantes et personnes étudiantes. Un code de vote en gestuel est fourni de sorte que si les trois quarts des personnes présentes se prononcent pour (par un geste de pouce en l'air), ou n'ont que des réserves mineures (exprimées par une main tendue), il y a consensus et la proposition est alors adoptée. Les personnes qui ne voudraient pas adopter une proposition auront la chance de s'expliquer et on tentera de la modifier pour tenir compte des critiques afin de la rendre acceptable pour toustes. De telles pratiques rappellent le fonctionnement par consensus adopté par le mouvement Occupy en 2011 et montrent la volonté de permettre à toustes de participer activement à la discussion.
Le contenu
Le but des États généraux est de faire entrer dans les classes les préoccupations environnementales. Pour y arriver, le groupe organisateur a présenté un programme en quatre axes.
Le premier traite des responsabilités de l'enseignement supérieur face à la crise socioécologique. On cherche à déterminer quel type d'éducation il faut concevoir, et pour quel type de transition. Le sondage administré par l'équipe a révélé qu'une majorité des personnes répondantes (profs et étudiantes) estime que le système d'éducation québécois contribue à la crise socioécologique en formant les personnes surtout pour exercer un travail, mais très peu pour participer à la vie civile. Iels estiment aussi que la promotion d'un modèle individualiste et compétitif de la réussite participe autant à la crise écologique.
Le deuxième axe aborde la « gouvernance éducative. » Il s'agit là d'évaluer les normes et les valeurs dans le système d'éducation. Le premier problème souligné est son caractère compétitif et son esprit de « formatage » des cerveaux, ce qui demeure peu compatible avec les principes d'une transition juste. Assisterons-nous à l'adoption d'une proposition pour enfin abolir la cote R (une méthode pour mesurer la performance étudiante dans les cégeps) ? Faut-il transformer le mode de gouvernance du système d'éducation qui ne tient presque jamais compte de la parole étudiante et enseignante ?
Les discussions et le plan d'action adopté ont tenu compte du besoin d'écologisation des programmes et des pratiques pédagogiques. C'est dans ce cadre que les participantes et participants se sont demandé quelles compétences faut-il prioriser. Le sondage préliminaire révèle que le développement de l'esprit critique semble faire consensus. Par contre, l'analyse systémique est priorisée chez les enseignants alors que les étudiant.es privilégient la collaboration et l'entraide. Les besoins d'écologisation des programmes impliquent aussi le rapport avec des expériences pédagogiques plus organiques telles que l'éducation en plein air ou le bénévolat crédité dans un parcours scolaire. Ce qui implique notamment de considérer le rôle des institutions comme « laboratoire vivant » d'une transition juste et sociale.
Le troisième axe lie la justice environnementale et les pratiques anticoloniales en enseignement supérieur, ce qui donne l'occasion de réfléchir sur la place des premières nations dans le cursus académique. Comment décoloniser nos cours et nos programmes ? De quels exemples peut-on s'inspirer ?
Le dernier axe concerne les « objectifs stratégiques et leviers d'action ». C'est le moment où les États généraux doivent prioriser les objectifs à mettre en œuvre. Il semble important de bien définir les connaissances nécessaires pour orienter la transition socioécologique, puis de formuler des politiques publiques à adopter, allant dans ce sens.
Les suites
Le seul fait que les mouvements étudiants et syndicaux de nos cégeps et universités se penchent sur les défis environnementaux est en soit une belle avancée. Au sortir de ces États généraux, des groupes de travail seront constitués pour mettre en œuvre les objectifs communs retenus. Cela permet d'espérer que ces bonnes idées auront une vie et une réelle influence après l'évènement.
[1] Organisation parasyndicale créée en 2021 à l'initiative de travailleur·ses désirant soutenir une mobilisation des syndicats locaux pour la justice climatique. Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique est né dans le secteur de l'éducation compte aujourd'hui parmi ses membres 27 syndicats de l'enseignement supérieur.
https://justiceclimatique.org/
Théâtre politique : Steven a bien appris de son ex-patron
Lorsque Justin Trudeau s'est pointé en politique, sa bio révélait son passé récent et son amour pour le théâtre (et sa théâtralité...). Nous avons été à même de constater son p'tit côté "théâtrale" ; "déguisements" en Relation Internationale, (sicks, indiens etc), esclandres oratoires et comportements spectaculaires en Chambre etc. C'est sans compter bien sûr,
ses circonvolutions politiques pour justifier ses excès et incartades éthiques...
Steven fait une sortie bruyante et invoque des deux côtés de la bouche - à Tout le Monde en Parle (SRC) - qu'il dénonce le choix de son chef qui pousse pour l'ajout de pipelines dans l'Ouest pour l'approvisionnement en pétrole albertain vers l'Asie, et du même souffle, déclare qu'il votera POUR ce même chef pour la suite. Ça, c'est ce que j'appelle une sortie théâtrale qui le met en scène, à la fois en attirant l'attention sur son image de "réactionnaire environnementaliste" d'antan (ce qui lui redonne une sorte de "virginité" écolo) et, faut-il le rappeler, il fait cette vocale sortie sous les projecteurs au moment même où il atteint sa sixième année de règne à titre de Ministre, lui accordant la pleine pension à vie ! Coïncidence diront certains...? Pas à mon pt de vue.
Ne soyons pas naïf, son patron le laisse retourner à ses anciens amours écologistes (pour rétablir un peu de crédibilité perdue auprès de ses anciens et nouveaux p'tits namis écolos) pour un temps, le maintenant dans ses rangs ...le temps de passer le vote du budget de 2026. Là où tous les sièges comptent ces jours-ci !
Voilà pour l'héritage théâtral de son ancien chef et l'arrangement "de bons procédés avec son nouveau . Steven a bien appris ...mais quant à moi (je ne sais pas pour vous...?), il demeure un fin manipulateur d'image.
Après être "redescendu de sa tour du CN", il serait remonté sur une "tour d'ivoire" (confort parlementaire), embrassant des méga projets pétroliers et s'associant à une machine qui l'entraînait inéluctablement à une paralysie de ses velléités les plus profondes ...pour ensuite retourner sa veste sur les mêmes enjeux ? Vous y croyez vraiment !? La réalité, c'est que Carney l'avait informé que son gouvernement n'avait d'autres choix, que de suivre les volontés de l'Empire du sud, et que son poste serait incessamment vidé de son sens voire, carrément abolie. Que les sbires politiques et oligarques de la planète pétrole, exercent actuellement un lobby sans merci auprès des décideurs, États et marchés du haut-commandement du monde de la Finance. Trump y insufflant une poussée irréversible, agenouillant ses opposants (le Canada bien entendu) et au besoin, appliquant sa botte militaro-industriel contre toutes les oppositions ou toutes menaces à ses projets impérialistes.
Le PM du Canada aurait, à mon avis, indiqué à son valet de l'environnement de choisir entre : 1-se subordonner aux discours visant à convaincre la population en poursuivant sa rhétorique par quelques sophismes que « environnement et productivité sans frein » peuvent cohabiter 2- quitter en projetant une image du "bon gars écolo qui continue de militer" en quittant ses fonctions pour faire croire qu'il a changé et a reprend les armes de ses premiers amours...Puis après tout, on lui pardonnera bien ! (ironie)
« *...dans un État, qu'il soit démocratique ou totalitaire, les dirigeants doivent s'appuyer sur le consensus. Ils doivent s'assurer que les gouvernés ne comprennent pas qu'ils sont réellement au pouvoir. C'est le principe fondamental du gouvernement* », Noam Chomsky.
Les mots-clics pour 2026 : demeurons lucides et clairvoyants ...le théâtre-fiction et le politicien ne sont jamais très loin !
Claude Beaudet
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Exceptionnel. Décollage planétaire de l’économie circulaire ?
Trop tard, jamais trop tard pour bien faire : faisons notre histoire
En 1972, du scénario bien connu de celui du Rapport Meadows, les observateurs retiennent
surtout celui de l'effondrement de l'économie. Par contre, il y a pire. Regardez bien le tableau, la courbe qui détermine la chute de toutes les autres : l'épuisement des ressources non
renouvelables.
Cependant, celle que tous les citoyens et citoyennes ressentiront de plus en plus dans leur
quotidien, c'est la chute des services, des produits alimentaires, de la production industrielle en conséquence et comme résultat, la chute de la population. Faible consolation : la chute des pollutions.
Ce scénario repose exclusivement sur les conséquences de la raréfaction des ressources
naturelles limitées. Il ne tient pas compte des effets de l'utilisation des énergies fossiles par
l'industrie.
En 1978, le gouvernement américain demande à l'Académie des sciences des États-Unis de
vérifier une étude provenant d'une agence gouvernementale qui prévoyait que l'utilisation des
énergies fossiles émettrait des émissions de CO2 dans l'atmosphère au point où elles nuiraient aux intérêts américains. L'Académie mandate Jule G. Charney pour former une équipe de recherche.
Résultat
Faits saillants du rapport publié en 1979.
1- « Des preuves irréfutables montrent que l'activité humaine modifie l'atmosphère.
Attendre et voir, c'est attendre qu'il soit trop tard.
2- Quand le CO2 doublera-t-il ? Entre 2030 et 2050.
3- Tous les modèles convergent : les 5 modèles prévoient un réchauffement.
4- Limite supérieure du modèle H1 : +3,5 °C (surestimation de la rétroaction de la vapeur
d'eau). Limite inférieure du modèle M : +2 °C (sous-estimation de la rétroaction de la
vapeur d'eau).
5- Meilleure estimation de l'évolution de la température de surface ? +3 °C (erreur probable
de ±1,5 °C).
Ces conclusions sont rassurantes pour les scientifiques et inquiétantes pour les décideurs
politiques. Elles se sont généralement confirmées : +2,6 °C à +4,1 °C, avec une fourchette autour de +3 °C. »
Et puisque les gouvernements, dont le gouvernement américain leader mondial, n'ont rien fait au contraire depuis 1980 pour s'attaquer aux causes, il est maintenant trop tard. Le climat se dirige vers une augmentation de 5 0C. Par contre, il n'est pas trop tard pour bien faire.
ALORS QUE FAIRE ? LA CHINE ET LES ÉTATS-UNIS METTENT L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE À
L'ORDRE DU JOUR DE LA PLANÈTE.
Des politiciens engagés et lucides des gouvernements des États-Unis et de la Chine agissent en faveur du climat.
En avril 2021, le président Biden initie une entente sur la crise climatique entre les États-Unis et la Chine. Cette entente se traduit par une déclaration commune américano-chinoise sur la crise climatique. Elle est signée par deux représentants des pays respectifs :
John Kerry, envoyé présidentiel spécial américain.
Xie Zhenhua, envoyé spécial de la Chine pour le changement climatique.
L'article 5 de l'Entente se lit comme suit :
« 5. Les États-Unis et la Chine continueront de discuter, à la fois sur la voie de la COP 26 et au delà, d'actions concrètes dans les années 2020 pour réduire les émissions visant à maintenir à portée de main la limite de température alignée sur l'Accord de Paris, notamment :
a. Par des politiques, mesures et technologies visant à décarboner l'industrie et
l'électricité, notamment grâce à l'économie circulaire, au stockage d'énergie et à la
fiabilité du réseau, au CCUS et à l'hydrogène vert ; […] »
Source : U.S. Department of state, Shanghai, 15-16 avril 2021, note aux médias 17 avril 2021.
2025 LE BRÉSIL COMMENCE À TRAITER L'ORDRE DU JOUR
À l'occasion de la COP 30, tenue à Belém du 10 au 21 novembre 2025, le gouvernement du Brésil permet que des échanges portent sur l'économie circulaire. Lors de cette journée, la Fondation Ellen MacArthur publie un document : comment l'économie circulaire s'attaque au changement climatique, qui révèle la nécessité d'un changement fondamental dans l'approche mondiale de la réduction des émissions.
Source. https://www.ellenmacarthurfoundation.org/ghg-emissions-accounting
2026 L'ANNÉE DE L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE DANS LE CYCLE DU CARBONE
En 2026, par la force des événements de tout genre, beaucoup de monde cherchera comment illustrer l'économie circulaire intégrée dans le cycle du carbone.
Nous espérons que le schéma créé par VRIc il y a trois ans, grâce aux travaux de Werner Kurz en 1998, inspirera les gens, quelle que soit leur position dans la société, à trouver les moyens de lutter contre le réchauffement climatique.
Source : https://regionsetvillesinnovantes.com/
L'IMAGE QUE L'ON SE FAIT DE L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE EST IMPORTANTE
« L'image de la notion d'économie circulaire nous place … dans un état de compréhension et de positionnement d'une entité, qui par analogie ou similitude, en tout cas par répétition, s'ancrent dans la pensée collective. Et quand celle-ci devient une représentation normée, il devient alors difficile de faire évoluer les esprits.
… une image mentale qui peut, selon sa teneur – faire frein aux capacités d'invention,
alors que l'enjeu de représenter l'économie circulaire devrait être, au contraire, de
renouveler les schémas mentaux, afin de changer les habitus et de permettre de
nouvelles expérimentations… »
Lévy, Jean-Claude, Rasoloniaina, Louisette, Économie « circulaire » des routes de la soie, déroute des empires, éd. Presses des Ponts,
Paris, 2019, p. 134.
Pierre Racicot Ph. D.
Directeur général
Villes et Régions Innovantes
Venezuela : l’impérialisme américain se déchaîne à nouveau
5 janvier 2026
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Les menaces de Donald Trump ont bien été mises à exécutions : le samedi 3 janvier, les États-Unis ont attaqué le Venezuela en bombardant Caracas et en capturant le président Nicolas Maduro ainsi que sa compagne Cilia Flores. Une opération qui signe le retour de l'impérialisme américain dans sa forme brutale et guerrière, motivée en sous-main par la manne pétrolière vénézuélienne. Analyses et éclaircissements avec notre invité, le professeur Franck Gaudichaud.
Journaliste : Maxime Cochelin
Montage : Sandra Perrin
Son : Baptiste Veilhan, Théo Duchesne
Graphisme : Morgane Sabouret, Margaux Simon
Production : Hicham Tragha
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