Derniers articles

Les candidat·es à la direction du NPD partagent leurs positions sur l’Ukraine
Alors que la course à la direction du principal parti de gauche du Canada, le Nouveau Parti démocratique (NPD), était en cours, l'Alliance Canadienne de Solidarité avec l'Ukraine (CASU/ACSU) a contacté les candidat·es pour clarifier leur position sur l'Ukraine.
Comment soutiendraient-elles ou ils l'Ukraine durant l'invasion en cours ?
Quelle est leur politique en matière de reconstruction ?
Quelle est leur position concernant ceux, à gauche, qui qualifient la guerre menée par la Russie de guerre par procuration de l'OTAN et exigent la fin des livraisons d'armes à l'Ukraine ?
Voici leurs réponses.
(Note de la rédaction : on aimerait bien que les représentant·es des partis politiques québécois indépendantistes se livrent au même exercice)
Chers amis et membres de l'Alliance canadienne pour la solidarité avec l'Ukraine,
Je vous remercie pour l'opportunité de clarifier ma position en tant que candidat pour la direction du NPD sur les questions du soutien canadien pour le combat de l'Ukraine pour la liberté et la démocratie.
L'invasion russe de l'Ukraine est un crime grave contre le droit international et les droits de l'homme. En tant que progressistes, nous avons un devoir pour nous montrer fermement solidaire avec les travailleurs, familles et la société civile ukrainiennes qui résistent cette agression violente et expansionniste. Leur courage face à une force accablante inspire tous ceux qui tiennent à la démocratie, la souveraineté et la paix.
L'obligation canadienne est claire : nous devons honorer nos engagements en tant qu'allié et en tant que défenseur de la démocratie sans se soucier des courants politiques changeants à Washington. En ce moment critique, je crois que le Canada doit agir résolument pour soutenir le peuple ukrainien et son droit à l'autodétermination. En tant que chef [du parti], je défendrais les politiques suivantes :
• Maintenir et approfondir l'assistance humanitaire et de reconstruction à l'Ukraine, y compris l'équipement essentiel, le soutien civil, les services médicaux et des abris sûrs pour les réfugiés.
• Réclamer des sanctions plus fortes contre la machine de guerre russe et sa responsabilité dans les crimes et abus de guerre.
• Soutenir l'intégration de l'Ukraine aux institutions euro-atlantiques et renforcer les partenariats populaires – particulièrement avec des syndicats et la société civile – pour contribuer à la reprise et défendre les droits des ouvriers.
• Habiliter les organisations, provinces et municipalités canadiennes à prendre des initiatives pratiques et solidaires axées sur les citoyens. Je rejette les propos qui présentent le combat de l'Ukraine pour sa survie comme une simple conséquence de la rivalité entre grandes puissances. Cette guerre parle de résister à une conquête autoritaire et de défendre les valeurs démocratiques qui soutiennent notre mouvement progressiste. Le NPD doit s'exprimer avec clarté morale et rejeter le silence et la neutralité face à une telle agression.
Si on me confie la direction de notre parti, je ferai en sorte que notre mission garantisse que le Canada réponde à l'appel pour la solidarité mondiale : lutter pour une paix juste, soutenir les réfugiés, reconstruire les communautés et défendre la ligne de front pour la démocratie en Ukraine.
Tanille Johnston
Bonjour ACSU,
Merci pour votre patience et d'avoir posé de si importantes questions. Je parcourais le pays, rencontrais des membres et reconstruisant notre parti, et je voulais prendre le temps d'accorder vos question l'attention qu'elles méritent.
Laissez-moi être clair : je soutiens le peuple ukrainien. L'invasion russe est illégale et brutale et les Ukrainiens ont tout à fait le droit de défendre leurs maisons, leur démocratie et leur avenir.
Dans une perspective portée sur les travailleurs et sur la consolidation de paix, voici comment le Canada devrait soutenir l'Ukraine :
1. Un rôle de maintien de la paix et défensif important
Le Canada devrait se concentrer sur le maintien de la paix, un soutien défensif et la protection des civils – en travaillant avec des alliés pour éviter une escalade tout en aidant l'Ukraine à maintenir ses positions. Notre objectif devrait être la stabilité, la sécurité et une voie vers la paix et non pas d'alimenter un conflit sans fin.
2. Des sanctions ciblées sur la machine de guerre russe
Les sanctions doivent toucher les oligarques russes et les réseaux financiers qui alimentent l'invasion. Leurs mises en œuvre doivent être strictes et coordonnées avec nos partenaires internationaux.
3. Soutien pour les ouvriers et syndicats ukrainiens
Les travailleurs ukrainiens mènent ce combat et mèneront la reconstruction. Le Canada devrait renforcer les partenariats entre syndicats canadiens et ukrainiens et soutenir les efforts pour protéger les droits des ouvriers et des institutions démocratiques.
4. Soutien humanitaire et des réfugiés Des millions ont été déplacés.
Le Canada devrait accélérer des voies sûres pour les réfugiés, soutenir la réunification des familles et augmenter l'aide humanitaire là où il y en a le plus besoin.
5. La direction dans la reconstruction post-guerre
Le moment venu, le Canada devrait aider à diriger la reconstruction – se concentrant sur les services publics, le logement, l'énergie et l'infrastructure et assurant que les travailleurs bénéficient et non pas les profiteurs privés.
6. La défense du droit international
Le Canada doit défendre le principe que les frontières ne peuvent être modifiées par la force et que les gens ont le droit de choisir leur propre avenir.
Je voudrais aussi clarifier : je rejette tout narratif qui excuse ou qui minimise les actions de la Russie. Soutenir l'Ukraine est une question de solidarité, de démocratie et de respect humain élémentaire. Je vous remercie de nouveau pour votre lettre réfléchie. J'apprécie votre engagement à ces sujets et me réjouis d'un dialogue continu.
Avec solidarité,
Rob Ashton.
Chère équipe de l'ACSU,
Nous sommes très heureux de fournir des informations sur le soutien pour l'Ukraine de Heather McPherson. Dans la Chambre des communes Heather est à la tête de l'appel pour le soutien à l'Ukraine, des sanctions contre la Russie et au soutien pour l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN.
Heather soutient l'Ukraine depuis des années, même avant sa première élection en tant que députée en 2019. Elle a travaillé pendant plus de vingt ans dans le développement international et a visité l'Ukraine en tant qu'observatrice électorale des Nations Unies.
Avant l'invasion de 2022, Heather a assuré que le Congrès ukraino-canadien pouvait témoigner du risque que la Russie posait à l'Ukraine : https://heathermcpherson.ndp.ca/news/mpmcpherson-and-foreign-affairs-committee-hear-ukrainian-canadian-congress
Peu de temps après l'invasion de 2022, Heather a appelé pour des actions significatives pour contrer l'agression russe : https://heathermcpherson.ndp.ca/news/letter-ministers-joly-sajjanukraine
Durant son mandat au Parlement, Heather a prôné pour augmenter l'aide à l'Ukraine ainsi que des sanctions sur la Russie et a dénoncé à maintes reprises le gouvernement pour son manque d'application de son régime de sanctions.
En avril 2022, la résolution parlementaire de Heather reconnaissant « la preuve claire et solide de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité systémiques et de masse » commis par les forces russes, incluant la tuerie délibérée de civils, le transfert forcé d'enfants, des cas de viols et de tortures, constituée à des « actes de génocide » passa dans la Chambre des communes.
Peu de temps après le premier anniversaire de la tentative brutale de la Russie pour capturer Kyiv, Heather s'est rendue en Ukraine. Elle était en Europe dans le cadre d'une étude menée par la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes et avait rencontré des réfugiés ukrainiens en Pologne. Cependant la commission n'allait pas se rendre en Ukraine. Inébranlable, Heather décida (contre l'avis du sergent d'armes) de se rendre seule à Kyiv. C'était important pour elle d'y être et de rencontrer des officiels ukrainiens et d'écouter les témoignages de l'invasion.
Quand elle rentra, elle a fait un rapport sur ce qu'elle a entendu et de ce qu'elle avait été témoin dans un article pour Policy Magazine : Témoin de l'esprit indestructible de l'Ukraine : https://www.policymagazine.ca/policy-dispatches-witnessing-the-indestructible-spirit-ofukraine/
Pendant son mandant au Parlement, Heather poussa le Canada avec consistance et insistance pour en faire plus pour soutenir l'Ukraine, aider les Ukrainiens fuir la guerre, imposer des sanctions sur les intérêts commerciaux russes au Canada et elle continuera de se battre pour l'Ukraine. Comme Heather a répété à maintes reprises, les Ukrainiens se battent pour la démocratie. Ils se battent pour nous tous.
Plus tôt cette année, Heather a prononcé un discours : https://heathermcpherson.ndp.ca/news/heather-mcpherson-mp-canada-us-relationshipand-ndps-vision-foreign-affairs-time-crisis au Conseil international canadien et au Cercle pour la solidarité démocratique qui présente ses positions sur les affaires étrangères et la menace que représente l'alliance Trump-Poutine au monde.
Je crois qu'un examen attentif des déclarations et actions de Heather prouvera qu'elle est la plus grande défenseure de l'Ukraine et digne de votre soutien.
N'hésitez pas a nous transmettre toutes questions que vous pourriez avoir.
Gale
Bénévole, Équipe Heather
Chère ACSU,
L'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 fut un acte illégal et gratuit d'agression contre un pays souverain et démocratique par un dictateur brutal. Le rêve de Poutine de faire renaître l'empire russe est le cauchemar de l'Ukraine, résultant à un niveau de mort et de dévastation que l'Europe n'a pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale.
Au cours des dernières années, le monde a vu horreur après horreur : le transfert forcé d'enfants ukrainiens, la destruction de Mariupol, les bombardements d'écoles et d'hôpitaux. Ce sont des crimes de guerre haineux pour lesquels Poutine et ses généraux doivent être tenus responsables. Simultanément, nous avons aussi vu le meilleur en l'humanité. La dignité et le courage dont ont fait preuve les Ukrainiens ont inspiré le monde et les Canadiens ont accueilli dans leurs communautés 300 000 Ukrainiens cherchant refuge avec générosité et compassion.
Notre approche en matière de la politique étrangère doit être moralement cohérente : l'occupation est toujours mauvaise, que ce soit en Palestine ou en Ukraine. C'est pourquoi un NPD dirigé par Avi soutiendra les politiques suivantes :
1. Aider à reconstruire l'Ukraine
Le gouvernement canadien devrait fournir du financement et de l'assistance technique pour reconstruire l'infrastructure, les institutions et services publics ukrainiens. Le Canada devrait notamment utiliser son influence pour s'opposer à toutes tentatives de vendre les biens publics et ressources naturelles ukrainiens. L'Ukraine a besoin d'un plan Marshall, pas d'une stratégie du choc. Pour aider à financer cette reconstruction, le Canada devrait allouer tous les fonds saisis aux oligarques russes et pousser pour une annulation de la dette ukrainienne.
2. Soutenir une paix juste
Le Canada devrait prôner un accord de paix qui ne soit pas imposé sur l'Ukraine unilatéralement par Trump et Poutine mais qui implique la participation de l'Ukraine et des nations européennes. L'Ukraine ne devrait pas céder un centimètre de son territoire et le Canada devrait continuer de fournir l'aide défensive dont l'Ukraine a besoin pour défendre sa souveraineté.
3. Renforcer l'application des sanctions Renforcer l'application des sanctions, notamment en comblant la lacune qui permet encore au pétrole russe interdit d'affluer au Canada. Nous devrions frapper la machine de guerre russe là où ça fait mal c'est-à-dire en nous attaquant au baril de pétrole.
4. Assister les nouveaux arrivants ukrainiens Faire pression pour l'annulation des suppressions d'emplois au ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté et assurer que les nouveaux arrivants ukrainiens et ceux du reste du monde aient accès au services de logement dont ils ont besoin pour prospérer.
5. Construire des liens avec le mouvement travailliste ukrainien Travailler aux côtés des syndicats canadiens pour construire de la solidarité avec les syndicats ukrainiens, pour avancer les droits des travailleurs et renforcer la démocratie ukrainienne.
6. Investir dans les arts et la culture ukrainiens Promouvoir des échanges culturels entre l'Ukraine et le Canada et soutenir des organisations qui racontent l'histoire de l'Ukraine et de sa diaspora à travers les arts.
Avec solidarité,
Peyton Veitch Directeur des politiques de la campagne Lewis pour chef.
Tony McQuail et Yves Engler n'ont pas répondu à temps pour la publication. S'ils répondent, ils figureront dans une publication ultérieure.
Traduit de l'anglais vers le français par Oleh Sztul.
Source : CASU/ACSU : https://ukrainesolidarity.ca/2025/11/24/les-candidats-a-la-direction-du-npd-font-part-de-leur-position-sur-lukraine/
Dr. Machouf revient sur le kidnapping violent de sa mission d’aide pour Gaza
Québec-Haïti : la nécessité de la solidarité dans la lutte des travailleuses et des travailleurs
Le nouvel âge de l’eugénisme et le danger des mirages technologiques
À Aitaroun au Liban, la récolte d’olives dans l’ombre de la guerre

Indépendance du Québec, un projet de libération nationale et sociale
Le gouvernement Carney s'aligne toujours plus fermement sur l'ordre américain, freine la lutte contre les changements climatiques, protège le capital fossile, renforce l'extractivisme et militarise l'économie au nom de la « sécurité » nord-américaine. Dans ce contexte, Ottawa impose ses priorités, ses budgets, ses corridors énergétiques et ses choix géostratégiques à une population québécoise qui n'a jamais pu décider démocratiquement de son avenir.
Un bloc bourgeois solidaire du cours actuel du gouvernement de Washington se consolide au Canada
Élu comme le meilleur défenseur de l'autonomie canadienne, le gouvernement Carney a multiplié les alignements sur les desiderata de l'administration Trump. C'est dans la sécurisation des frontières et la mise en place de politiques d'immigration de plus en plus restrictives qu'il s'est le plus nettement plié aux volontés de Washington. Il a commencé par durcir les contrôles frontaliers et renforcer les effectifs policiers à ce niveau. Le gouvernement Carney prévoit de ramener la part des migrants temporaires (étudiants étrangers, travailleurs temporaires) à moins de 5 % de la population canadienne d'ici la fin de 2027. L'objectif se traduit aussi par une réduction progressive des admissions de résidents permanents. Il prétend ainsi alléger la pression sur le logement, les services publics et les infrastructures.
Par nombre de ses grands projets, il ouvre également la voie à un nouvel extractivisme fossile. Il promeut la filière des minéraux critiques utiles aux industries militaires et subventionne les centres de données, grands consommateurs d'énergie. Et s'il faut pour ce faire mépriser les droits des Premières Nations, le gouvernement canadien n'hésite pas à le faire. L'abandon du plafond sur les émissions pétrolières et gazières, les passe-droits environnementaux accordés aux projets fossiles constituent autant de reculs dans la lutte contre les changements climatiques, dénoncés au sommet de Belém où le Canada a remporté le prix « d'État fossile ».
La réponse positive donnée à l'administration Trump concernant les dépenses militaires illustre également l'adaptation du gouvernement Carney aux pressions de Washington. Le dernier budget témoigne de la volonté du premier ministre de porter les dépenses militaires à 5 % du PIB. Il prévoit plus de 70 milliards pour les cinq prochaines années afin d'acheter des F-35, des sous-marins et de construire des frégates. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le Canada oriente plus du tiers de son budget total vers la défense, au détriment des politiques sociales, climatiques et de sa propre souveraineté.
Le gouvernement Legault, partie prenante du bloc bourgeois canadien
Le gouvernement Legault défend l'ensemble des orientations stratégiques du gouvernement Carney : relance de l'économie par un soutien massif à l'industrie de l'armement, exploitation accélérée des ressources naturelles, reculs dans la lutte contre les changements climatiques, coupures systématiques dans les services publics et adoption d'une série de mesures restrictives en matière d'immigration.
Inspiré par le plan fédéral de réarmement massif, le gouvernement Legault veut que le Québec devienne un acteur majeur de l'industrie militaire. Pour ce faire, il veut intégrer plus étroitement l'économie québécoise aux chaînes d'approvisionnement militaires nord-américaines. Déjà, le gouvernement de la CAQ rêve de la production d'avions militaires par Bombardier et se dit prêt à mobiliser des fonds publics pour concrétiser ce projet. Le projet de doubler la production d'électricité ne vise pas d'abord à répondre aux besoins de la population, mais à offrir aux entreprises multinationales une électricité à faible coût, que ce soit pour l'établissement de vastes centres de données, d'entreprises de batteries électriques ou de production d'hydrogène dit « vert ».
C'est la lutte contre les changements climatiques qui en fait les frais. Le gouvernement reporte de quatre ans la transition énergétique et freine les mesures de décarbonation, affaiblissant l'action à court terme. Il assouplit certaines mesures environnementales afin d'accélérer les autorisations de projets ; il propose de détourner des sommes du Fonds vert vers d'autres usages, limitant ainsi les investissements consacrés à la lutte climatique ; il refuse de financer les municipalités pour leur permettre de faire face aux impacts croissants des changements climatiques. Il ne tient aucun compte des recommandations des experts concernant le relèvement des cibles climatiques.
François Legault multiplie les attaques contre les personnes migrantes et les rend responsables de tous les maux qui affligent la société québécoise : crise du logement, manque d'accès aux soins, développement de l'itinérance… Passant de la parole aux actes, il réduit les seuils d'immigration permanente à 45 000 par année et adopte des mesures qui compliquent l'obtention de la résidence permanente. Il ajoute une couche en prétendant « renforcer la laïcité », alors qu'il retire des droits aux minorités religieuses, en visant particulièrement les femmes musulmanes. Il est soutenu dans ces politiques xénophobes par le Parti québécois de PSPP qui adopte une rhétorique similaire.
Les élites nationalistes du Québec font donc bloc avec la bourgeoisie canadienne. Elles ferment les yeux sur son militarisme croissant, son alliance inconditionnelle avec Washington et sa responsabilité dans la destruction écologique de la planète.
L'indépendance du PQ ou l'acceptation d'une indépendance de pacotille fondée sur une stratégie irresponsable
L'indépendance proposée par PSPP n'est pas une véritable indépendance : le Québec demeurerait assujetti aux politiques de l'empire américain. Ce serait une indépendance croupion. « Un Québec indépendant devra aligner ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis, malgré la guerre tarifaire menée par Donald Trump », affirme Paul St-Pierre Plamondon. « Il y a un contexte géopolitique et nos intérêts, au Québec, sont alignés sur ceux des États-Unis », a-t-il déclaré en dévoilant les premiers éléments de son Livre bleu sur un Québec souverain (Patrick Bellerose, Journal de Québec, 6 novembre 2025).
Cette vision de l'indépendance implique le refus de remettre en question la société néolibérale, la politique militariste que Washington veut imposer et le déni de la réalité des changements climatiques par cette administration. Si le projet d'indépendance accepte l'alignement des politiques économiques et militaires d'un Québec souverain sur celles des États-Unis (adhésion à l'OTAN et au NORAD), il s'agit d'une indépendance néocoloniale où la souveraineté du peuple est sacrifiée sur l'autel de l'impérialisme américain. Le PQ de PSPP propose ni plus ni moins un Québec néocolonial. C'est pourquoi une gauche écosocialiste ne saurait être du même camp que celui du PQ. L'indépendance du Québec devra être anti-impérialiste, ou elle ne sera pas — particulièrement dans le contexte géopolitique actuel.
La stratégie péquiste se limite à l'annonce d'un référendum sur l'indépendance. Pourtant, la tâche de l'heure est de gagner la majorité populaire en faveur de l'indépendance du Québec. Or, une majorité de la population ne la soutient pas aujourd'hui. Une vaste majorité ne souhaite pas la tenue d'un référendum. La question de l'heure n'est donc pas d'enclencher une campagne référendaire indépendamment de ses chances de succès, mais de construire patiemment cette majorité. Une telle majorité ne peut se cristalliser sur un double discours qui prétend, d'une part, rallier la droite et la gauche indépendantistes indépendamment de tout projet de société, et qui affirme, d'autre part, qu'un Québec indépendant demeurerait soumis aux rapports de force géopolitiques nord-américains. Une indépendance sans contenu n'existera jamais. Soit elle s'inscrit dans une démarche d'affirmation anti-impérialiste, soit elle ne sera qu'une néocolonie. C'est pourquoi la stratégie péquiste est irresponsable, vouée à l'inefficacité et susceptible de mener à des revirements brusques rappelant l'histoire du PQ, qui a tantôt tenté « le beau risque » d'un renouvellement du fédéralisme, tantôt repoussé indéfiniment la tenue d'un référendum et la rupture avec l'État canadien.
La construction de la majorité indépendantiste passe par un front des luttes populaires
Les syndicats défendent le pouvoir d'achat et résistent à l'arbitraire patronal. Les groupes écologistes mobilisent contre la crise climatique, l'effondrement de la biodiversité et pour la protection de l'environnement. Les groupes féministes luttent contre la paupérisation des femmes et les violences qu'elles subissent. Les groupes autochtones défendent leurs territoires et leurs droits ancestraux. Les groupes communautaires s'opposent à la crise du logement et à la montée de l'itinérance. Les mouvements pour la paix refusent la transformation du Québec en base arrière de l'industrie militaire et soutiennent les peuples en lutte pour leur liberté. Les mouvements étudiants affrontent la précarité et l'endettement. Les mouvements antiracistes et les organisations de travailleurs et travailleuses migrantes combattent la stratégie de division qui transforme les personnes racisées en boucs émissaires des maux sociaux, à travers des politiques d'immigration restrictives et une laïcité identitaire et répressive.
Le moment arrive où il devient évident que les dépenses militaires, la préparation à la guerre et les politiques écocidaires des gouvernements des États-Unis, du Canada et du Québec se font au détriment des intérêts de la majorité populaire du Québec, et que l'indépendance s'impose comme seule solution.
Mais ce moment ne pourra advenir que si les organisations syndicales, féministes, écologistes, antiracistes, autochtones et populaires parviennent à construire un front uni contre les politiques des gouvernements Carney et Legault. Seul un tel front pourra permettre de passer de luttes défensives et fragmentées à une lutte offensive capable de présenter un projet alternatif fondé sur la justice sociale et climatique, la décolonisation réelle des Premières Nations et des gains concrets contre la militarisation de l'économie (comme la conversion des entreprises militaires en entreprises productrices de biens utiles à la transition écologique), de même que la reprise en main citoyenne des biens communs — énergie, forêts, eau, mines — afin de répondre aux besoins de la population. Cette offensive pourra ouvrir la voie à la question du pouvoir politique de la majorité populaire dans un Québec souverain.
Mais ce front uni ne se heurtera pas qu'au gouvernement du Québec, allié du bloc bourgeois, mais aussi au gouvernement fédéral et à sa défense de l'État impérialiste canadien, promoteur du militarisme et du capital fossile. C'est pourquoi un tel front devra être capable de remettre en cause l'intégrité même de cet État. Il ne pourra advenir que sous la pression d'un vaste mouvement populaire capable de se déployer à l'échelle de tout l'État canadien, particulièrement dans un contexte marqué par la montée de l'extrême droite au sud de la frontière. Le mouvement ouvrier et populaire du reste du Canada n'a aucun intérêt objectif à défendre l'impérialisme canadien ni son État, qui mène aujourd'hui une offensive contre ses acquis sociaux et contre les droits des Premières Nations.
Il est donc impératif, pour le peuple québécois comme pour la classe ouvrière du reste du Canada, de construire des alliances durables et des solidarités actives avec les forces progressistes et les nations autochtones. C'est de cette unité des luttes que pourra émerger une alternative commune à l'ordre impérialiste et colonial : un projet de libération fondé sur la souveraineté des peuples, la justice sociale, la décolonisation et la transition écologique.
L'indépendance, un levier pour remettre en question le bloc bourgeois qui organise la domination fédéraliste et l'exploitation de la majorité laborieuse
Face à ce carcan que constitue l'État canadien pour la majorité populaire, il n'existe pas de demi-mesures. L'indépendance n'est pas une question identitaire ou culturelle : elle est la condition matérielle d'une rupture réelle avec un système qui sacrifie le territoire, l'environnement, les services publics, les droits démocratiques et les conditions de vie des classes populaires. Sans indépendance, le Québec restera prisonnier d'un régime qui protège les profits des pétrolières, impose des politiques anti-immigration racistes, intensifie la surveillance militarisée et bloque toute transition écologique digne de ce nom.
Il faut donc redonner à l'indépendance son sens véritable : celui d'un outil de libération. Un peuple qui n'a pas de pouvoir constituant, pas de souveraineté financière et pas de contrôle sur ses ressources ne peut ni rompre avec le capitalisme extractiviste, ni planifier démocratiquement son économie, ni organiser une transition écologique juste, ni garantir des droits sociaux élargis.
L'indépendance est la clé qui ouvre la possibilité d'en finir avec la domination économique et politique d'Ottawa et du capital canadien.
Mais pour que cette indépendance soit porteuse d'émancipation, elle doit être arrimée aux luttes concrètes : luttes syndicales, féministes, écologistes, antiracistes, étudiantes, autochtones, communautaires. Une stratégie qui esquive la question de la souveraineté s'enferme dans un réformisme défensif face à un État canadien qui impose ses priorités, dépossède le Québec de ses richesses et appuie l'impérialisme américain. À l'inverse, un indépendantisme qui se range derrière l'OTAN, qui refuse de dénoncer le trumpisme comme néofasciste, qui reprend les discours anti-immigration ou qui accepte la géostratégie nord-américaine trahit les aspirations populaires et renforce les dominations qu'il prétend combattre.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Québec-Haïti : la nécessité de la solidarité dans la lutte des travailleurs et travailleuses
Nous dénonçons et condamnons les attaques systématiques du gouvernement du Québec contre les droits syndicaux. En effet, avec l'adoption d'une panoplie de lois, ce gouvernement s'inscrit dans une logique systématique de précarisation des conditions de travail des travailleurs et travailleuses en réduisant toute capacité de lutte et de négociation du secteur syndical. À titre d'exemple, le projet de loi 1 menace de démanteler la Charte des droits et libertés.
Ce faisant, l'adoption de ce projet de loi amènerait à la destruction des outils juridiques protégeant tant soi peu les libertés. C'est le cas également du projet de loi 8 (devenu maintenant le PL3) qui remet en cause les moyens de pression dont disposent les syndicats des travailleurs et travailleuses pour exiger de meilleures conditions de travail. En adoptant un tel projet de loi, le gouvernement cherche à précariser les conditions de vie des travailleurs et travailleuses au profit du patronat.
Face à de telles attaques contre les travailleurs et travailleuses, il est essentiel de soutenir la grande manifestation du mouvement syndical le 29 novembre 2025. Nous encourageons tous les travailleurs, toutes les travailleuses, toutes les personnes conscientes de l'importance des droits et des acquis sociaux à manifester massivement contre la régression des droits des travailleurs et des travailleuses au Québec.
Et comme toute attaque contre les travailleurs et travailleuses dans n'importe quelle partie du globe est une attaque contre tous les travailleurs et toutes les travailleuses dans le monde entier, nous tenons du même coup à dénoncer et condamner la forte précarisation des conditions de travail en Haïti.
Comme les anciens gouvernements du régime néoduvalieriste Tèt Kale (PHTK), le gouvernement de coalition d'Alix Fils Aimé profite du climat d'insécurité à grande échelle pour maintenir les travailleurs et travailleuses dans des conditions de travail infrahumaines. C'est le cas par exemple des travailleurs et travailleuses du secteur industriel ou le gouvernement a bloqué de façon unilatérale l'ajustement du salaire minimum alors que l'inflation varie autour de 30 à 40% au rythme annuel depuis environ 3 ans.
En outre, les travailleurs du secteur de la santé sont également fortement éprouvés par la ganstérisation de la société. De surcroit, l'État haïtien en profite depuis plusieurs années pour les maintenir dans des conditions de vie et de travail exécrables. C'est pourquoi qu'il est urgent d'appuyer également la mobilisation des résidents de l'hôpital Isaïe Jeanty Chancerelles pour exiger de meilleures conditions de travail
Les enseignants de la fonction publique tant des écoles que de l'université n'ont pas eu également d'ajustement salarial depuis plusieurs années. Ce processus de précarisation affecte également le secteur sanitaire. Comme dans les autres secteurs, les travailleurs et travailleuses de la santé sont contraint.es de survivre avec des salaires de misère alors qu'ils et elles doivent faire face à une inflation galopante au quotidien.
Pour toutes ces raisons, nous soutenons la grève des enseignants et enseignantes de l'université d'État d'Haïti (UEH)-campus Limonade. Nous dénonçons le rectorat de l'UEH qui se lance dans une politique de faux-semblant consistant à prendre des mesures cosmétiques à travers une vaste campagne médiatique. Alors que l'institution universitaire se meurt sous les effets conjugués de la crise socio-politique du pays et de la crise de gouvernance de l'UEH, le nouveau recteur, Dieuseul Prédélus, est en train de poser des actions qui n'ont pas de prise sur la situation de dégradation de l'institution. Comme d'habitude, la grève des enseignants et enseignantes témoigne de la grande myopie du rectorat de l'UEH.
Soulignons que toutes les entités facultaires de l'UEH, se trouvant dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, sont vandalisées. Comme son prédécesseur, monsieur Fritz-Deshommes, le nouveau recteur de l'UEH, monsieur Dieuseul Prédélus, « oublie » de demander au pouvoir exécutif de rétablir la sécurité dans le pays. Il s'en fiche de la violence qui s'abat sur les travailleurs et les travailleuses, les étudiants et étudiantes de l'institution universitaire. A l'échelle du pays, cette insouciance met en lumière l'absence de l'UEH dans la lutte du peuple haïtien pour exiger ne serait-ce que le rétablissement de la sécurité dans le pays.
Les droits et les acquis sociaux des travailleurs et travailleuses doivent être défendus aussi bien au Québec, en Haïti que dans n'importe quel autre pays. Le programme néolibéral pris en charge en grande partie actuellement par les gouvernements d'extrême-droite devient de plus en plus hégémonique au niveau mondial. À nous aussi, travailleurs et travailleuses de tous les secteurs de mondialiser la lutte. La solidarité est donc de mise.
Voilà pourquoi du Québec à Haïti fidèle à ses convictions, le REHMONCO soutient fermement la lutte des travailleurs et travailleuses pour exiger de meilleures conditions de travail et de défendre leurs droits et acquis sociaux.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
En Ontario, une manifestation dénonce une loi qui attaque les locataires

« Dévastateur et démoralisant » : la fonction publique se prépare à une vague de coupes budgétaires
Tiré de The Breach
14 novembre 2025
Paula Kielstra aimait son travail à Bibliothèque et Archives Canada, mais lorsqu'elle a reçu une lettre l'informant que les postes de son unité seraient touchés par une vague de compressions budgétaires fédérales, elle s'est portée volontaire pour être licenciée.
Cette conseillère politique et mère de deux enfants a déclaré que cette « décision très difficile » avait plongé sa famille dans une situation financière pénible, mais qu'elle lui avait donné la possibilité de soutenir son fils ayant des besoins particuliers.
Mme Kielstra n'est qu'une des 10 000 employé·es fédérales qui ont perdu leur emploi dans le cadre des compressions budgétaires du gouvernement Trudeau, une série discrète de « réajustements de la main-d'œuvre » qui a débuté l'année dernière et se poursuit dans tous les ministères.
Aujourd'hui, Mark Carney amplifie considérablement ces réductions en dévoilant dans le budget de la semaine dernière un plan ambitieux visant à « redimensionner » la bureaucratie fédérale.
Pour y parvenir, Ottawa a l'intention de supprimer environ 10 % des emplois de la fonction publique fédérale, soit environ 30 000 postes supplémentaires d'ici la fin de 2029.
Pour ceux qui se trouvent dans le collimateur, l'impact humain a été immédiat et profond.
Les fonctionnaires qui s'expriment anonymement en ligne, en particulier sur le populaire canal Reddit r/CanadaPublicServants, qui compte plus de 100 000 membres, décrivent la confusion et l'anxiété qui règnent sur leur lieu de travail.
« C'est vraiment frustrant, car de nombreux fonctionnaires ont voté pour Carney en pensant que leurs emplois seraient mieux protégés avec un programme libéral plutôt que conservateur », a déclaré Kielstra à The Breach. « Il y a un sentiment de trahison dans le fait que certaines politiques, en particulier les dépenses militaires et de défense, soient prioritaires par rapport à la fonction publique qui fournit tant de services essentiels. »
Le gouvernement a proposé une option de « départ volontaire » aux employé·es permanent·es à temps plein touché·es par les licenciements, leur permettant de bénéficier d'une indemnité calculée en fonction de leurs années de service.
Bien que le gouvernement affirme vouloir réduire au minimum les licenciements grâce aux départs volontaires et à une prime de départ à la retraite anticipée de 1,5 milliard de dollars, l'ampleur des coupes signifie que des milliers de fonctionnaires perdront tout de même leur emploi.
Les gestionnaires ne savent toujours pas quels programmes seront supprimés, et ces primes de départ à la retraite anticipée, bien qu'elles semblent généreuses sur le papier, laisseraient tout de même beaucoup de gens dans le besoin.
Même celleux qui sont éligibles à ces mesures incitatives affirment que le calcul ne tient pas la route : les pensions restent liées aux années de service, et la plupart des travailleuses et travailleurs n'ont tout simplement pas les moyens de prendre une retraite anticipée dans le contexte économique actuel.
Les ministères ont reçu pour instruction de se préparer à une « rationalisation des opérations » et à une « rationalisation des programmes », des euphémismes bureaucratiques qui, dans la pratique, se traduiront par une réduction du personnel et une diminution des services offerts aux Canadien·nes.
Cela ne fera qu'aggraver la situation des Canadien·nes qui tentent d'accéder aux pensions, à l'assurance-emploi et aux passeports. Chaque poste supprimé se traduit par des délais d'attente plus longs, des retards plus importants dans le traitement des demandes d'immigration et des permis, moins de personnes pour corriger les erreurs et une diminution des services offerts aux Canadien·nes qui dépendent quotidiennement d'une multitude de programmes.
L'ironie de cette réduction des effectifs n'a pas échappé aux observateurs et observatrices. Il y a quelques mois à peine, les libéraux ont repris le siège du chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, dans la région d'Ottawa, en partie en avertissant que son projet de réduire considérablement la fonction publique aurait des conséquences désastreuses sur l'économie de la région.
Les propositions de M. Poilievre étaient largement considérées comme le reflet de l'effort conjoint de Donald Trump et d'Elon Musk pour réduire drastiquement les effectifs de la fonction publique fédérale américaine, motivé par la même idéologie qui considère la réglementation comme une « bureaucratie », l'aide étrangère comme « faisant passer l'Amérique au second plan » et les fonctionnaires comme des « élites libérales » déconnectées de la réalité.
Aujourd'hui, Carney promeut un programme d'austérité comprenant bon nombre de ces mêmes mesures. La seule différence semble résider dans la rhétorique utilisée pour annoncer la mauvaise nouvelle.
Des coupes déguisées en compassion
L'expérience de Kielstra rejoint celle d'autres personnes qui ont déjà perdu leur emploi. Un ancien employé de l'Agence du revenu du Canada (ARC), licencié en avril 2024, a décrit ces coupes comme soudaines et démoralisantes, ayant un impact important sur la prestation des services.
« Cela signifie des retards », a déclaré l'ancien employé, qui a demandé à ce que son nom ne soit pas divulgué. « Nous gérions les informations relatives aux projets informatiques et d'infrastructure, comme les pannes prévues et imprévues ou les consolidations de bases de données à long terme. Quand quelque chose se produit soudainement, vous laissez tout tomber pour vous concentrer sur cela, ce qui repousse tout le reste. »
Ils ont déclaré que les licenciements avaient été programmés pour empêcher les travailleuses et les travailleurs, dont beaucoup avaient été embauché·es lors d'une vague d'embauche pendant la COVID, de devenir permanent·es.
« Dans mon poste, on passe à un emploi permanent à temps plein après trois ans », a déclaré l'ancien employé. « Les embauches pendant la COVID atteignaient ce seuil, et ils ont mis fin à de nombreux contrats prématurément pour éviter les conversions. On nous a dit qu'il s'agissait d'une « réaffectation des services gouvernementaux », mais cette formulation était trompeuse : personne ne s'attendait à de véritables licenciements. On avait l'impression que ces euphémismes étaient utilisés pour dissimuler ce qui se passait réellement. »
Ce fonctionnaire, qui est entré dans la fonction publique grâce au Programme fédéral d'expérience de travail étudiant (PFETE), a déclaré que cette expérience avait déçu de nombreux et nombreuses jeunes employé·es. « En tant que jeune Canadien, je pensais pouvoir faire carrière dans la fonction publique », a-t-il déclaré. « Je suis passé à un emploi officiel après avoir obtenu mon diplôme, puis j'ai été licencié six mois plus tard dans le cadre de cette « stratégie de réduction des coûts ». C'est démoralisant, surtout quand on apprend que les cadres ont encore reçu des primes l'été dernier alors que nous avons été licenciés. »
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, insiste sur le fait que le gouvernement fera preuve de « beaucoup de compassion » dans la gestion des licenciements, une distinction qui ne rassure guère les travailleurs et travailleuses qui vont désormais devoir entrer sur le marché du travail dans une économie instable.
Pour des milliers de personnes travaillant dans la région de la capitale nationale Ottawa-Gatineau, où plus de 20 % de la population active occupée travaille dans l'administration publique, l'impact sera dévastateur.
« Réduire notre capacité à accomplir notre travail signifie que le Cabinet reçoit des conseils moins avisés », a déclaré Nathan Prier, président de l'Association canadienne des employé·es professionnel·les (ACEP), un syndicat qui représente 28 000 employé·es fédéraux, notamment des économistes, des analystes politiques, des chercheurs et chercheuses, des traducteurs et traductrices, des statisticien·nes et des interprètes. « Beaucoup de personnes intelligentes qui se sont spécialisées et ont acquis une connaissance approfondie d'un secteur ou d'un programme sont simplement écartées en raison d'un objectif d'austérité arbitraire. »
« C'est Mark Carney qui a déclaré pendant la campagne électorale qu'il n'y avait pas de libertarien·nes en temps de crise. Mais ici, nous nous contentons de faire porter le déficit aux fonctionnaires, alors que ce ne sont pas elleux qui l'ont causé. Le gouvernement fait des promesses aux Canadien·nes qu'il ne peut pas tenir en raison de ses réductions d'impôts massives. »
M. Prier a déclaré que la dépendance croissante du gouvernement fédéral à l'égard des sous-traitants a sapé les capacités institutionnelles et le moral. Cette préoccupation est étayée par des données : en 2023-2024, Ottawa a dépensé 20,7 milliards de dollars pour l'externalisation, contre 14,7 milliards seulement trois ans plus tôt. Mais une augmentation des dépenses en services externalisés ne signifie pas pour autant que davantage de travail est accompli. Un rapport publié en janvier 2025 par le directeur parlementaire du budget a révélé que dans quatre grands ministères, dont Emploi et Développement social Canada (EDSC) et Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), les services informatiques externalisés coûtaient entre 22 et 26 % plus cher que s'ils avaient été réalisés en interne.
Les coûts de l'austérité en matière de race et de genre
De nombreux ministères sont encore sous le choc des récentes coupes budgétaires de l'ère Trudeau. L'Agence du revenu du Canada (ARC) a perdu près de 7 000 postes cette année, ce qui a mis à rude épreuve les centres d'appels fiscaux et les bureaux des prestations. L'EDSC a également subi des pertes cumulées, tandis que Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a supprimé près de 2 000 emplois lors de la dernière vague de licenciements, une mesure qui coïncide avec le virage à droite du Canada en matière d'immigration ainsi qu'avec les coupes dans l'aide étrangère et l'aide humanitaire internationale.
L'impact de ces pertes ne sera pas ressenti de manière uniforme. Selon une analyse récente de David Macdonald et Katherine Scott pour le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), les réductions de personnel prévues par le gouvernement toucheront de manière disproportionnée les femmes, les travailleurs et travailleuses racialisé·es et autochtones, ainsi que les employé·es en situation de handicap.
Des ministères tels que l'EDSC, les Services aux Autochtones et l'IRCC, qui emploient la plus forte proportion de femmes, d'Autochtones, de travailleurs et travailleuses racialisé·es et de personnes en situation de handicap, sont également concernés par les coupes budgétaires. Par ailleurs, à la GRC et à l'Agence des services frontaliers du Canada, qui emploient une proportion plus faible de femmes et de travailleurs et travailleuses racialisé·es, Carney prévoit de créer 1 000 nouveaux postes de policiers et policières et 1 000 autres postes d'agentes et d'agents frontaliers.
La CCPA met en garde contre le fait que ces coupes risquent de réduire à néant des décennies de progrès en matière d'emploi et d'équité salariale, érodant ainsi l'un des rares domaines dans lesquels le gouvernement fédéral a toujours été à l'avant-garde du marché du travail en général.
Le départ prématuré de fonctionnaires chevronné·es et en milieu de carrière privera également la bureaucratie fédérale des connaissances institutionnelles accumulées au fil des décennies. Cette expérience créera probablement des lacunes importantes en matière d'expertise qui seront difficiles à combler. Cette perte de mémoire institutionnelle menace non seulement la « productivité » tant vantée par les libéraux, mais aussi la capacité des ministères à réagir aux crises et à assurer la continuité de la prestation des programmes.
Lorsque la prestation des services faiblit, cela frustre les personnes qui ont recours aux programmes et aux services et érode la confiance dans les institutions publiques dont dépendent les Canadien·nes. Chaque retard, chaque erreur ou chaque appel sans réponse alimente l'impression que le gouvernement n'est pas en mesure de répondre aux besoins fondamentaux. Cette insatisfaction s'autoalimente : l'affaiblissement des services publics sape la confiance dans le système, créant une boucle de rétroaction que les gouvernements peuvent exploiter pour justifier des coupes encore plus importantes à l'avenir.
Sous la direction de Carney, l'accent est mis sur les résultats, et non sur la reconstruction. Dans la pratique, cela signifie exiger des ministères qu'ils « fassent plus avec moins », un mantra d'austérité familier déguisé en mesure de modernisation.
La première vague de suppressions touchera les postes « à durée déterminée », « occasionnels » et étudiants qui constituent des points d'entrée pour les jeunes, en particulier les diplômé·s en sciences humaines et sociales qui espèrent mettre un pied dans la fonction publique fédérale. Ces postes à court terme et temporaires sont généralement les premiers à disparaître lors d'une réduction des effectifs.
« Redimensionnement » de la fonction publique ?
La taille de la fonction publique fédérale est depuis longtemps un sujet politique brûlant. Sous Stephen Harper, la fonction publique a considérablement diminué au cours des dernières années du gouvernement, les réductions budgétaires et le gel des embauches ayant vidé les ministères de leur substance.
Les syndicats du secteur public ont fait valoir que l'augmentation de plus de 100 000 fonctionnaires sous le gouvernement Trudeau n'était qu'un effort pour reconstruire les capacités et rétablir les services après des années d'austérité.
Mais si l'on mesure la taille du gouvernement par rapport à la population totale du pays, ce qui est une façon plus précise d'évaluer son impact, on obtient une image très différente. Mesuré de cette manière, l'État fédéral a en fait atteint son apogée au début des années 1980. Puis, avec l'ascendant du néolibéralisme, les coupes budgétaires successives des années 1980 et 1990 ont progressivement réduit sa taille.
Vu sous cet angle, les libéraux de Trudeau n'ont fait qu'interrompre une tendance vieille de plusieurs décennies vers un gouvernement plus petit, sans toutefois le ramener à son niveau pré-néolibéral.
En effet, même avec cette expansion, la proportion d'employé·es fédéraux par rapport à la population canadienne reste inférieure à ce qu'elle était au début des années 1980, lorsque la fonction publique représentait près de 1 % de la population.
La fonction publique fédérale a augmenté en chiffres absolus depuis 2015, mais en pourcentage de la population canadienne, elle reste plus petite qu'au début des années 1980, ce qui souligne une érosion à long terme des capacités gouvernementales.
« Il n'y a pas de « taille idéale » pour la fonction publique », a déclaré M. Prier. « C'est un terme qui n'a aucun sens. Si vous faites des promesses aux Canadien·nes, quelqu'un doit faire le travail. Ce devrait être des fonctionnaires de carrière dans lesquel·les vous investissez réellement afin qu'ils et elles puissent surmonter des crises comme celle-ci la prochaine fois qu'elle se présentera. »
Derrière le discours officiel de « rationalisation », les travailleuses et les travailleurs ont l'impression d'un retour aux niveaux d'effectifs d'avant la pandémie, un cycle d'austérité qu'ils ont déjà connu, mais cette fois sous un gouvernement qui semblait promettre quelque chose de différent.
Pour Carney, ces coupes sont présentées comme une correction nécessaire après des années de dépenses galopantes ; pour celleux qui travaillent dans la fonction publique, elles marquent le retour à une époque d'incertitude, d'attrition et de démoralisation que beaucoup pensaient enfin révolue.
« Il est tout à fait clair que mes collègues vivent beaucoup d'inquiétude et d'anxiété. C'est une période très stressante, où l'on doit faire face à l'insécurité de l'emploi alors que l'instabilité économique règne tout autour de soi », a déclaré M. Kielstra.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

L’hiver sera chaud : la CAQ a déclaré la guerre à la société civile
Des associations pour la défense des droits, des organismes communautaires et de solidarité internationale, des syndicats et d'autres citoyen·nes appellent la population à faire front pour dénoncer les politiques de la CAQ qui démantèlent, brique par brique, l'édifice de nos services publics et de nos droits sociaux et politiques.
Les projets de loi s'enchaînent les uns après les autres et s'ajoutent à d'autres mesures dictées par une même logique. Il s'agit d'affaiblir nos institutions démocratiques et de réduire au silence les voix critiques capables d'exprimer des désaccords légitimes et de défendre les droits de toutes et tous, incluant les minorités les plus défavorisées, marginalisées et discriminées. Marquant un tournant autoritaire et démagogique, ces politiques, souvent adoptées sous bâillon, détruisent les bases de notre démocratie pour répondre aux intérêts d'élites économiques.
Des lois antisociales et antisyndicales
Le projet de loi 8 (anciennement projet de loi 89) et la réforme annoncée du régime syndical s'attaquent non seulement aux droits des travailleuses et des travailleurs partout au Québec, mais s'inscrivent dans une tendance inquiétante de remise en question des mécanismes qui protègent notre démocratie. Il s'agit de la pire offensive d'un gouvernement contre le mouvement syndical.
Avec le projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, déposé le 9 octobre 2025, le gouvernement de la CAQ menace de démanteler tout le système québécois de protection des droits de la personne, alors que la Charte des droits et libertés de la personne célèbre ses 50 ans d'existence. Élaboré derrière des portes closes, sans aucun débat ni consultation, ce projet n'a rien d'une constitution. Témoignant d'un autoritarisme mal dissimulé, il risque d'affaiblir les pouvoirs de la société civile. Ainsi, les outils juridiques pour la défense de nos droits et libertés, comme la Charte et la possibilité de contester des lois devant les tribunaux, sont ébranlés. En instrumentalisant la « souveraineté parlementaire » et « les valeurs québécoises », le projet de loi 1 engendre une dérive identitaire dangereuse, comme on n'en a pas vu depuis Duplessis.
Dans une déclaration publiée le 13 novembre dernier, le Barreau du Québec affirme que ces projets de loi « comportent des dispositions qui s'écartent de manière importante des valeurs et des traditions de la société québécoise au profit d'un renforcement du pouvoir de l'État », et craint ainsi une « érosion de l'état de droit au Québec ».
Une dérive dangereuse aux relents trumpistes
Devant la montée de l'extrême droite et de pratiques autoritaristes du pouvoir un peu partout dans le monde, les fondements mêmes de nos systèmes démocratiques sont menacés. Au Québec comme ailleurs, des droits que nous pensions acquis sont mis à mal par des décisions politiques.
Dans une logique affairiste et au mépris de la science, les coupures de centaines de postes et les fusions d'établissements dans la fonction publique nous empêchent d'agir de manière pertinente pour protéger nos écosystèmes et le bien commun. Tout ceci facilite l'approbation de grands projets industriels, tout en limitant la possibilité de contrôles environnementaux et liés à la santé publique.
La déclaration récente de François Legault qui, en réponse à l'appel de Donald Trump, positionne le Québec comme un acteur majeur de l'industrie militaire est troublante et représente un virage dangereux pour notre société et la planète. D'autant plus que cette militarisation de l'économie s'associe à des discours et des décisions contre l'immigration et les droits des personnes réfugiées et demandeuses d'asile.
La baisse des seuils d'immigration, l'annulation du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) et le recul des droits des personnes demandeuses d'asile montrent clairement la trajectoire actuelle du gouvernement de la CAQ. Alors que le Québec restreint l'accès au territoire au nom d'une logique utilitariste, il investit parallèlement dans l'industrie militaire, tirant profit des conflits et de la crise climatique qui appauvrissent les populations et les forcent à fuir.
Aujourd'hui, le génocide à Gaza est le symbole brutal des conséquences toxiques engendrées par la complaisance envers un gouvernement raciste et totalitaire, guidé par des objectifs coloniaux : un monde dominé par la peur, la militarisation et l'instrumentalisation et le mépris envers le droit international. Malgré les condamnations de l'ONU, il est honteux que le Québec renforce ses liens diplomatiques et économiques avec Israël et refuse d'accorder la RAMQ aux familles évacuées de Gaza. Ce 29 novembre, à l'occasion de la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, reconnaissons qu'une atteinte aux droits des un·es est une atteinte aux droits de toutes et de tous.
Défendre et devenir une société solidaire, juste et démocratique
De plus en plus de Québécoises et de Québécois ont du mal à joindre les deux bouts. Partout, la crise du logement et de l'itinérance a pris une ampleur alarmante. La situation touche encore davantage les peuples autochtones. En même temps, à l'heure où la planète arrive à un point de bascule, la CAQ impose des reculs en matière de législation et de réglementation environnementales. En dépit de l'urgence des problèmes qui devraient nous préoccuper, le gouvernement détourne l'attention de ses propres faillites en cherchant des boucs émissaires, comme les personnes migrantes et immigrantes et les minorités religieuses. Au lieu de chercher à résoudre les sources des problèmes sociaux, il s'attaque et suspend le financement de groupes qui œuvrent à l'amélioration de la société.
Nous avons à cœur un Québec qui choisit la solidarité plutôt que l'exclusion, le respect plutôt que la répression, la dignité plutôt que la peur, la justice sociale plutôt que la concentration des richesses entre les mains d'une poignée de privilégié·es. Le Québec que l'on veut est ancré dans des valeurs de solidarité, d'équité et de justice sociale et aura besoin d'être à l'écoute de toutes les voix, dans leur si belle diversité, et dans le respect de cette dissidence rebelle, critique et libre qui a longtemps teinté l'image du Québec.
L'hiver sera chaud ! Le 29 novembre prochain, descendons dans la rue pour protéger la vision de la société québécoise que l'on veut. Une société plus juste, plus égalitaire et plus inclusive. Le rassemblement aura lieu à Montréal, à la Place du Canada, à partir de 13h30.
POur signer cette lettre : cliquer ici
Auteurs et autrices de la déclaration :
Zahia El-Masri, Travailleuses et travailleurs pour la Palestine
Laurence Guénette, Ligue des droits et libertés
Bertrand Guibord, Conseil central du Montréal métropolitain─CSN
Marc-Édouard Joubert, Conseil régional FTQ Montréal métropolitain
Amir Khadir, ex-député de Québec solidaire
Yasmina Moudda, Alternatives
Amélie Nguyen, Centre international de solidarité ouvrière (CISO)
Roger Rashi, militant
Patrizia Vinci, militante féministe et communautaire
Amel Zaazaa, Observatoire pour la justice migrante
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Soutenir efficacement la lutte de libération de l’Ukraine, tel le Réseau de soutien écossais, exige de se libérer du pacifisme à la québécoise
Les victoires populaires internationalistes dans la sphère des guerres impérialistes sont trop rares pour ne pas les souligner. Il peut s'agir de résilience et d'endurance ce qui est déjà énorme surtout en Palestine mais aussi en Ukraine. La résistance populaire internationaliste au génocide facho-sioniste est plus limitée aux ÉU et au Canada mais plus massive dans maints pays européens où elle a atteint en Italie un quasi niveau de brève grève générale. Malgré les répressions dans maints pays et pas seulement par des gouvernements dictatoriaux mais aussi par plusieurs gouvernements dit démocratiques en particulier en Europe occidentale « [c]es deux dernières années, 47 981 rassemblements pro-palestiniens ont eu lieu dans 137 pays différents. »
Cette résistance palestinienne et ces manifestations, combinées aux contradictions entre Israël et les ÉU, ces derniers voulant maintenir et surtout élargir leur alliance entre Israël et les dictatures des pays arabes pour dominer le Moyen-Orient, ont certainement joué un rôle dans le cessez-le-feu bâtard imposé par Trump au gouvernement israélien. Cependant, ce cessez-le-feu se traduit par la continuation du génocide mais à basse intensité tout comme c'est le cas en Cisjordanie. Sans compter qu'il écarte toute organisation palestinienne du soidisant plan de paix. Il permer aussi et excuse d'avance Israël pour tout inévitable blocage et possible reprise de son génocide tous azimuts.
D'un génocide flagrant à un autre génocide en devenir qui est aussi à dénoncer
L'invasion de l'Ukraine par le fascisant impérialisme russe donne aussi lieu, au-delà de crimes contre l'humanité auxquels la Cour pénale internationale a accusé plusieurs dirigeant-e-s dont Poutine, à une dérive génocidaire. Cette dérive prend la forme de bombardements croissants contre les civils et les infrastructures dont celles énergétiques, de tortures des prisonniers, d'emprisonnement de résidents ukrainiens en territoires occupés affirmant leur identité ukrainienne et de la russification de ces territoires dont celles d'enfants envoyés en Russie.
Il est très dommageable pour la gauche et humainement révoltant de constater le campisme de ceux et celles qui confondent anti-impérialisme et anti-américanisme et de celles et ceux qui par pacifisme refusent le droit aux peuples, dont celui ukrainien, de résister par les armes et, par le fait même, de leur droit de s'en procurer après des pays qui en ont. Il est outrageant de soutenir la propagande russe justifiant son invasion comme une guerre anti-fasciste alors que l'Ukraine est moins pénétrée par l'extrême-droite que ne le sont les grands pays de l'Union européenne. D'autant plus que le régime poutinien est une référence pour maintes organisations fascisantes.
Du pacifisme à une politique de gauche pour la lutte armée anti-impérialiste
La guerre ukrainienne, et dans une moindre mesure la guerre civile birmane, en forçant un débat à propos du soutien armé a obligé la gauche anticapitaliste à réviser son pacifisme par défaut qui l'avait subrepticement pénétré depuis l'échec ou le cul-de-sac des luttes armées latino-américaines inspirées du guévarisme. Il y a une réflexion à faire à propos d'une alternative de sécurité collective pour remplacer l'OTAN tout en comprenant que les pays d'Europe de l'Est n'ont pas d'autre choix que d'y adhérer entretemps.
Rejeter le pacifisme ne signifie nullement soutenir l'actuel surgissement des dépenses militaires par suivisme trumpiste et sous prétexte d'un danger russe alors que le PIB de ce pays est dans l'ordre de grandeur de celui du Canada et qu'il s'enlise dans la guerre contre la faible Ukraine. La politique militaire de gauche passe certes par la déconnexion d'avec la machine de guerre étatsunienne en faveur d'une production d'armements défensifs libérés par la nationalisation de la peste des profiteurs de guerre et par la coopération des pays qui cherchent à se distancer des grandes puissances.
Pour ce qui est du danger russe, ce qui obnubile les pro-ÉU, la meilleure façon de le contrer est de soutenir à fond de train l'Ukraine par tous les moyens dont toutes les armes qu'il lui faut. C'est ce que ne font ni l'Europe ni le Canada ni certainement les ÉU, même du temps de Biden, et de plus en plus seulement si ça rapporte au complexe militaro-industriel. Cette politique ne nécessiste pas de hausser les dépenses militaires mais plutôt d'utiliser des stocks existants, quitte à les regarnir au besoin, et surtout de rediriger les exportations actuellement vers Israël, l'Arabie saoudite et tutti quanti vers l'Ukraine (et la résistance birmane) quitte à subventionner l'industrie militaire ukrainienne. Une fois l'impérialisme russe vaincu en Ukraine non seulement il ne sera plus un danger mais il risque de connaître un mouvement de masse anti-poutinien, tellement ce régime est devenu économiquement militaro-pétrolier.
À ne pas oublier la lutte économique pour asphyxier la machine de guerre russe
Il faut certes un appui conséquent à la lutte armée du peuple et du gouvernement ukrainiens. Ce gouvernement étant cependant néolibéral jusqu'aux oreilles et passablement corrompu, l'appui populaire nécessite un parti-pris pour les organisations populaires y compris leur soutien direct en matériel de guerre. Il y a toutefoi danger de s'y limiter. C'est l'erreur que ne fait pas le Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine. Ce réseau prévilégie le soutien direct d'organisation populaire à organisation populaire, surtout entre syndicats et groupes féministes y compris des visites réciproques. Ce travail d'information et d'analyse est complété par l'envoi de soutien monétaire et de matériel de toute nature, incluant celui militaire, telle une ambulance pour le front pour laquelle souscrit une organisation canadienne anglaise. À ce niveau, les organisations populaires québécoises dont les syndicats sont aux abonnés absents quand elles ne sombrent pas dans le plus plat pacifisme comme le fait la Coalition Échec à la guerre.
N'est pas à oublier la lutte économique. Est à réclamer l'exigence de l'annulation de la dette extérieure de l'Ukraine et de la saisie à son profit des fonds russes gelés au sujet desquels circule une pétition en Belgique où ces fonds sont majoritairement gardés. À contrario est à dénoncer de presser l'Ukraine comme un citron en profitant de son endettement pour la guerre. Est à s'indigner de la mainmise sur ses ressources naturelles sans compter le léchage de babines anticipant les investissements pour la reconstruction. En tête de liste vient le renforcement des sanctions économiques pour étouffer l'effort de guerre de la Russie. Cet effort est au cœur de l'économie russe qui se maintient mais qui commence à stagner tout en enregistrant une inflation relativement importante.
Un exemple à souligner et à imiter à cet égard est « la victoire considérable pour une campagne internationale menée par des organisations de base, notamment des organisations ukrainiennes telles que Razom We Stand et United Action, des organisations écossaises telles que Ukraine Solidarity Campaign Scotland et Climate Camp Scotland, des associations d'étudiants ukrainiens dans les universités écossaises et des syndicalistes de base en Ukraine et en Écosse ». Leur campagne à forcer le gouvernement britannique à interdire à une importante entreprise maritime écossaise « le transport maritime de gaz naturel liquéfié russe vers les ports européens et du monde entier » (voir le communiqué de presse en annexe ci-bas de cette coalition).
Marc Bonhomme, 16 novembre 2025,
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
Annexe
Le gouvernement britannique a finalement annoncé qu'il interdirait aux entreprises britanniques de participer au transport maritime de gaz naturel liquéfié (GNL) russe.
Un porte-parole de la coalition Stop Seapeak a déclaré :
« Le gouvernement britannique a trop longtemps permis à des entreprises britanniques telles que Seapeak, basée à Glasgow, de générer des milliards de dollars par an pour la machine de guerre de Poutine grâce à leur rôle dans le transport maritime de gaz naturel liquéfié russe vers les ports européens et du monde entier.
« Nous sommes ravis, au-delà des mots, de l'annonce selon laquelle le RoyaumeUni va enfin fermer le robinet et tarir cette importante source de revenus pour le régime russe.
« Il s'agit d'une victoire considérable pour une campagne internationale menée par des organisations de base, notamment des organisations ukrainiennes telles que Razom We Stand et United Action, des organisations écossaises telles que Ukraine Solidarity Campaign Scotland et Climate Camp Scotland, des associations d'étudiants ukrainiens dans les universités écossaises et des syndicalistes de base en Ukraine et en Écosse.
« Nous sommes reconnaissants à tous ceux qui, au cours des deux dernières années, ont soutenu nos manifestations devant le siège de Seapeak à Glasgow et nos pétitions adressées aux parlements britannique et écossais.
« Ce triomphe de la solidarité internationale montre à quel point les gouvernements européens peuvent et doivent faire davantage pour soutenir l'Ukraine à l'approche du quatrième anniversaire de l'invasion totale de la Russie.
« Nous devons maintenant voir l'engagement du gouvernement britannique se concrétiser le plus rapidement possible.
« Trop de personnes mourront et trop de villages et de villes seront occupés par la Russie d'ici à ce que le gouvernement britannique mette pleinement en œuvre cette interdiction, dans plus d'un an.
« Nous continuerons à faire pression sur le gouvernement britannique afin qu'il soutienne davantage l'Ukraine dans sa résistance au fascisme russe. Nous invitons nos sympathisants à participer à notre webinaire le 25 novembre afin de discuter de la manière dont nous pouvons tirer parti de l'élan donné par l'étape importante franchie cette semaine. »
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La gauche et l’anti-impérialisme : de Hands off Ethiopia à Hands off Ukraine ?
Il y a 90 ans, à l'automne 1935, l'Italie fasciste de Mussolini envahissait l'Éthiopie du dictateur Négus. Cette guerre coloniale et impérialiste coutera la vie, selon certaines estimations, à au moins 760 000 éthiopien·nes.
Il y a bientôt quatre ans, en février 2022, la Russie néofasciste de Poutine envahissait l'Ukraine du néolibéral Zelensky. Cette guerre coloniale et impérialiste a déjà couté la vie de centaines de milliers de personnes. Et elle n'est pas finie.
Certes, les analogies historiques sont toujours très contestables. Et, évidemment, l'Italie et l'Éthiopie de 1935 ne sont pas la Russie et l'Ukraine de 2025. Mais il n'est pas utile nous semble-t-il de s'interroger sur la manière dont la gauche a historiquement réagi face à des agressions coloniales et impérialistes. Cela permet, minimalement, de mettre en perspectives certaines prises de position actuelles. Et ici, comment ne pas voir une certaine homologie entre le refus du Komintern et de l'ensemble des partis communistes staliniens de soutenir militairement l'Éthiopie en 1935 d'une part et le refus de la majeure partie de la gauche radicale d'aujourd'hui de soutenir militairement l'Ukraine d'autre part ? Comment ne pas noter les similitudes dans les arguments avancés par les pacifistes, les chauvin·nes, les "réalistes" et autres stalinien·nes d'hier avec ceux des pacifistes, des chauvin·nes, des "réalistes" et autres néostalinien·nes d'aujourd'hui ?
Ce n'est pas un souvenir très glorieux - ce qui explique peut être pourquoi cet épisode historique reste largement méconnu - mais en 1935, les partis communistes du Komintern et une bonne partie de la gauche de la planète, refusent de soutenir militairement la résistance éthiopienne contre l'agression coloniale italienne (sans parler ici, de ceux qui soutiennent alors l'agression à grande échelle, au nom de la "civilisation" ou des intérêts italiens sur place).
Pour certains, le refus d'aider militairement l'éthiopie est alors justifié au nom du pacifisme ou du chauvinisme, la priorité étant donnée à la lutte "nationale" contre la montée du nazisme. Pour beaucoup d'autres, l'argumentaire repose sur l'idée que les régimes politiques italien et éthiopien se valent ("on ne soutiendra ni le fasciste Mussolini ni l'Empereur Haïlé Sélassié 1er") et parce qu'il est hors de question d'armer un dictateur africain considéré comme un allié des impérialistes, que ce soit l'Angleterre, la France ou les États-Unis (Fronczak, 2015). À titre d'exemple, l'exécutif de l'International Labour Party britannique affirme en 1935 que « la différence entre les deux dictateurs rivaux et les intérêts qui les sous-tendent ne valent pas la perte d'une seule vie britannique » (Oppen, 2022).
En 2025, le refus de la gauche radicale de soutenir militairement l'Ukraine repose grosso modo sur les mêmes arguments (sans parler ici de ceux qui justifient l'agression à grande échelle et la colonisation au nom de la "grande Russie" ou de la défense des russophones de l'Est de l'Ukraine).
Pour beaucoup, c'est toujours au nom du pacifisme, du chauvinisme ou du "réalisme" que l'on s'oppose aux livraisons d'armes. Cette position repose plus ou moins grossièrement sur des formules du genre : "On veut des services de santé, pas des F35" ; ;"Les ménages européens ne peuvent pas supporter une nouvelle augmentation des coûts de l'énergie" ; "Soyons réalistes, l'Ukraine ne peut pas gagner la guerre alors arrêtons le massacre et de dépenser inutilement de l'argent" ; "Laissons Poutine tranquille, il nous laissera tranquille" etc.
Pour beaucoup d'autres, des gauchistes ou des néostaliniens, ce refus repose par ailleurs sur la conviction que les régimes politiques russe et ukrainien se valent ou se confondent ("on ne soutient ni le fasciste Poutine, ni le néolibéral-fasciste Zelensky") et il est hors de question de livrer des armes à un dictateur allié des impérialistes étatsuniens, de l'OTAN, de la CIA ou de l'Union européenne néolibérale.
Dans le monde francophone occidental, c'est la position de Québec solidaire, de La France Insoumise (on n'est pas près d'oublier les sorties de Mélenchon sur l'OTAN "agresseur" la vieille du 22 février 2022 ou de Zelensky, le « président de rien ») en passant par le Parti du travail Belge, comme des indécrottables défenseurs de la "neutralité" Suisse (voir ce communiqué du PTS, par exemple) qui tous refusent, pour l'un ou l'autre de ces motifs, de soutenir militairement l'Ukraine.
Ainsi, au mieux (en oubliant les pacifistes et les chauvin·nes qui ne veulent même pas parler de solidarité armée), pour cette gauche de 1935 ou de 2025, un peuple agressé ne mérite des armes qu'à la condition d'avoir "un bon gouvernement", selon eux et selon des critères très flous et mouvants.
Pour être plus clair ou plus concret, en 1935, pour justifier leur inaction, les partis staliniens du monde entier répéteront que, bien évidemment, ils sont solidaires du « peuple éthiopien ». En revanche, ils s'opposent, tout aussi évidemment, au gouvernement et à l'« l'Éthiopie fasciste » (Fronczak, 2015). Il n'est donc pas question de lui fournir des armes.
George Padmore – militant anti-impérialiste et futur représentant du panafricanisme - dénoncera alors cette réthorique communiste mensongère et l'ignoble duplicité de l'Union soviétique en rappelant que concrètement « pas un rouble n'a été envoyé en Abyssinie, pas un pansement, pas une tonne de blé », ni au "peuple éthiopien" ni au "Gouvernement éthiopien". De même, C.L.R. James, militant trotskyste et antiraciste, dénoncera le racisme de cette ligne politique inconséquente, qui revient concrètement à ignorer les appels à l'aide des peuples non-européens colonisés (Fronczak, 2015 ; Buchanan, 2016).
En 2025, cette même gauche "réaliste" affirme régulièrement qu'elle est sincèrement solidaire avec le « peuple ukrainien » tout en s'exprimant et votant contre toute aide militaire au gouvernement néolibéral de Zelensky, la "marionnette de l'OTAN", que ce soit au nom de la paix ou de la "désescalade" (voir en ce sens, les prises de positions du groupe The Left au Parlement Européen). Et quand on cherche des actes de solidarité de cette gauche avec le "peuple ukrainien", les seules actions concrètes que l'on peut trouver pour le moment c'est un soutien ostensible aux anciens partis staliniens (ukrainiens ou russes), à des militants racistes, des "influenceurs gauchistes et crétins du Post-Soviet Left" (PSL), corrompus et masculinistes, en leur donnant la parole dans des grandes messes "pacifistes", comme le meeting organisé par LFI et Your Party, les 4 et 5 octobre 2025 à Paris.
Bref, dans les deux cas, pour cette gauche qui refuse de répondre aux appels à la solidarité armée d'un peuple envahi et colonisé, la lutte pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est secondarisée, voire totalement ignorée. Cette gauche préfère définir et déterminer de l'extérieur, sans et contre les premiers concerné·es, bien loin des bombes et des drones, ses propres priorités politiques : pour les uns la priorité sera le pacifisme, pour les autres la lutte contre le régime « fasciste » du Negus ou de Zelensky ou encore la lutte des classes.
Depuis 1935, on dispose toutefois d'importantes données historiques qui autorisent à douter que l'absence de solidarité armée avec le gouvernement du Négus en 1935, la défaite, le massacre et la colonisation des éthiopien·nes aient contribué d'une quelconque manière à la paix, à la lutte contre le fascisme et le nazisme ou à l'émancipation du prolétariat. On pourrait même être tenté de faire l'hypothèse inverse.
Quoiqu'il en soit, l'argumentaire et la politique déployée par les pacifistes ou les staliniens en 1935, ne sont pas les seuls points de comparaison possibles avec leurs épigones de 2025.
Par exemple, dans les deux cas également, en 1935 comme en 2025, les sanctions internationales ne ciblent pas, ou mal, les matières premières et autorisent au su et au vu de tous et toutes, la puissance impérialiste à poursuivre sa guerre de conquête. Les prétendues puissances « ennemies » continuent ainsi de s'entre-aider économiquement et militairement. W.E.B. du Bois révèlera ainsi dans The Crisis, la revue de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) comment l'URSS stalinienne, la « patrie du prolétariat », continue en pleine guerre de fournir du pétrole et du blé aux fascistes italiens de Mussolini (Weiss, 2018). Tout comme aujourd'hui, les États-Unis de Trump (ceux-là même qui seraient toujours en train d'encercler et d'agresser la Russie) continuent de commercer et de faire des « deals » avec la Russie de Poutine (au point d'envisager de creuser un tunnel déjà nommé Poutine-Trump sous le détroit de Béring). Dans les deux cas, cette gauche dénonce sans cesse l'hypocrisie occidentale et l'inefficacité des sanctions, mais sans réclamer leur durcissement ou, si c'est le cas, tout doucement de peur de contribuer à augmenter le coût du chauffage des ménages occidentaux.
Dans les deux cas, les impérialistes ont également proposé au peuple envahi des « deals » en échange de leur appui et de la paix, des deals qui sont toujours de véritables rackets [1]. Et ces rackets reçoivent parfois le soutien de cette gauche, au nom du réalisme et de la paix ("il faut bien commencer à négocier, et négocier implique des concessions et de savoir faire le dos rond"), toujours sans consulter les intéressés (pour quoi faire ?), en évitant soigneusement de se poser la question de qui en subira les conséquences, de qui en cas de "compromis" ou de "de défaite, va subir l'exil, la famine, la torture, la dictature, et toutes ces choses qui accompagnent la victoire d'un Etat autoritaire ?".
Et évidemment, dans les deux cas, cette gauche, qu'elle se nomme socialiste ou aujourd'hui décoloniale, ignore les appels à l'aide et à la solidarité armée des travailleurs et des travailleuses colonisé·es. Elle abandonne ainsi le principe même de la solidarité socialiste internationale, l'internationalisme.
Mais 90 ans après le début de cette guerre coloniale largement oubliée et monstrueuse, il faut aussi se rappeler qu'elle fut aussi l'occasion de voir émerger l'une des plus importantes mobilisations internationalistes de l'histoire ouvrière, une mobilisation planétaire encore plus méconnue que la guerre elle-même, qui contribua pourtant à populariser le slogan "Hands off" (après Hands off China, en 1925) aujourd'hui repris par des millions de manifestants états-unien·nes qui se battent contre le régime de Trump.
Cette mobilisation de 1935 s'est construite à la base, contre la gauche vérolée par le stalinisme, contre le pacifisme capitulard et finalement complice des colons et impérialistes, contre le racisme, contre l'hypocrisie des puissances occidentales et l'impuissance de la Société des Nations (SdN). Une mobilisation qui donnera lieu à d'innombrables et parfois immenses manifestations à Londres, New York, Paris, au Ghana, au Nigeria, au Japon, au Brésil, en passant par l'Égypte, la Tunisie ou l'Inde. Une mobilisation au cours de laquelle des campagnes d'enrôlement seront organisées, tout comme de nombreuses actions visant à bloquer les livraisons d'armes dans des ports du monde entier. Une mobilisation, enfin, qui marquera un tournant dans les mobilisations antiracistes et anticoloniales en Afrique en particulier et qui contribuera à la mise sur pied des Brigades internationales de la guerre civile espagnole.
Ces 90 ans ce sont donc aussi ceux d'une mobilisation ouvrière qui a permis de sauver l'honneur de la classe ouvrière internationale et surtout de construire des liens de solidarités contre les tyrans, des liens amenés à durer dans le temps. Alors, Hands off Ethiopia ! Hands off Ukraine ! Hands off Palestine ! Hands off Soudan ! Hands off Venezuela ! Hands off New York…
Martin Gallié
Membre de l'Alliance Canadienne de solidarité avec l'Ukraine (CASU) et du Réseau de solidarité avec l'Ukraine (RESU). Merci à O.D. pour les précieuses suggestions.
Les citations proviennent d'un premier texte, publié en avril 2025 dans PTAG.
[1] Soucieux de ne pas intervenir, le Département d'État étatsunien dû contraindre la Standard-Vacuum Oil co. à renoncer à un « contrat pétrolier » conclut pendant la guerre avec l'Empereur éthiopien dans une tentative désespérée de ce dernier d'impliquer les États-Unis dans le conflit . Ce « deal » prévoyait la « location » de la moitié du territoire éthiopien à la compagnie pétrolière. À noter qu' en mars 1945, une fois revenu au pouvoir, l'Empereur conclut de nouveau un accord avec Harry Ford (« Sinco ») Sinclair, le président de Sinclair Oil Corp. Selon le Time, ce dernier aurait « obtenu d'Hailé Sélassié une concession de 50 ans lui donnant des droits exclusifs sur tout le pétrole qu'il pourrait trouver sur les 350 000 miles carrés de l'Éthiopie… Et 90 ans plus tard, en février 2025, le Gouvernement des États-Unis a tenté à son tour d'imposer à l'Ukraine un « deal » globalement homologue, l'acquisition de la moitié des ressources minières de l'Ukraine. « Oil Sinco places a bet », Time, https://time.com/archive/6792001/oil-sinco-places-a-bet/ ; sur le « Deal » avec l'Ukraine ; « Trump vient-il de signer un traité inégal ? », Le Grand Continent, 27 février 2025, https://legrandcontinent.eu/fr/2025/02/27/trump-vient-il-de-faire-signer-a-lukraine-un-traite-inegal-le-texte-integral-de-laccord-etats-unis-ukraine-sur-les-mineraux-critiques/

Trump fragilisé
Le président semble vulnérable pour la première fois depuis le début de son second mandat. Donald Trump fait face à des revers qui ébranlent son hégémonie. Incapable d'améliorer la situation économique pour la majorité des Américains, il a essuyé une large défaite lors des élections du 4 novembre.
Hebdo L'Anticapitaliste - 776 (20/11/2025)
À New York, le candidat qu'il soutenait, Andrew Cuomo, a perdu face au socialiste Zohran Mamdani, tandis que les démocrates ont remporté les gouvernorats du New Jersey et de Virginie. En Californie, ils ont aussi gagné un référendum sur le redécoupage des circonscriptions.
Les effets du shutdown
Trump a attribué ces défaites au « shutdown ». Celui-ci, inédit par sa durée — 43 jours — a causé de lourdes difficultés : des millions des 42 millions d'AméricainEs dépendant de l'aide alimentaire ont perdu leurs allocations pendant plus d'un mois. Le budget républicain prévoit en outre une hausse des coûts de l'assurance médicale pour 92 % des 45 millions de bénéficiaires de l'Affordable Care Act, rendant les soins inaccessibles pour des millions de personnes. 48 % des AméricainEs tiennent Trump et les républicains pour responsables.
Epstein fracture le MAGA
La publication des dossiers de Jeffrey Epstein revient à l'agenda du Congrès, soutenue à la fois par démocrates, républicains et par la base MAGA. Trump qualifie l'affaire de « canular », tout en demandant à la ministre de la Justice d'enquêter sur les démocrates cités dans les documents. Une motion pour la publication des dossiers pourrait être adoptée à la Chambre, voire au Sénat, avant d'arriver sur le bureau de Trump — qui hésite à y opposer son veto, de peur de ce qui pourrait le concerner. Cette situation a provoqué la première fracture publique au sein du MAGA : Marjorie Taylor Greene critique Trump pour son refus d'ouvrir l'accès à ce dossiers et pour la hausse des coûts de la santé et de l'alimentation. Trump la traite de « farfelue » et de « honte pour le parti », mais d'autres républicains partagent ses exigences. La défiance de Greene pourrait annoncer une rupture plus profonde. (1)
Des promesses non tenues
Trump n'a jamais été majoritaire dans la population : seuls 42 % des Américains l'approuvent, contre 58 % qui le rejettent. Pour tenter de maintenir son emprise sur sa base, il promet désormais une allocation de 2 000 dollars pour chaque personne gagnant moins de 100 000 dollars par an, financé par les droits de douane. Mais cette mesure coûterait 300 milliards de dollars, alors que les droits de douane n'en ont rapporté que 175. Il avait déjà promis une aide similaire plus tôt dans l'année, au moment où Elon Musk et le département de l'efficacité gouvernementale coupaient des programmes publics — une somme qui n'a jamais été versée.
Trump en opposition à sa base
Trump paraît moins soucieux de transparence ou de pouvoir d'achat que lancé dans une double offensive : déployer les services d'immigration, des douanes et la Garde nationale dans des villes dirigées par des démocrates, et préparer une intervention au Venezuela. Si la base MAGA soutient la première option, elle risque de rejeter une guerre à l'étranger destinée à renverser un régime, à l'inverse des engagements de campagne de Trump.
Empêtré dans ses contradictions, Trump est en difficulté. Les regards se tournent désormais vers les élections de mi-mandat de novembre 2026 — chacunE se demandant si les démocrates pourront reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat.
Dan La Botz
1. Sous la pression de son propre camp, Donald Trump a annoncé, dimanche 16 novembre, soutenir un vote à la Chambre des représentants américaine pour la publication du dossier du délinquant sexuel Jeffrey Epstein, à laquelle il s'opposait jusque-là. (NDLR)
*****
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Se connecter - Entretien avec Franck Gaudichaud sur la situation au Chili
Franck Gaudichaud présente le résultat du 1er tour des élections au Chili, avec les scores très importants de la droite et l'extrême droite, et les grandes difficultés de la gauche à y faire face.
18 novembre 2025 | inprecor.org | Photo : la droite radicale a le vent en poupe
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Susana Muhamad, ancienne ministre colombienne de l’Environnement, s’exprime sur les négociations de la COP30, Trump, Gaza et bien plus encore
Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Belém, au Brésil, nous nous entretenons avec l'écologiste colombienne Susana Muhamad, qui a occupé le poste de ministre de l'Environnement et du Développement durable de la Colombie de 2022 à 2025. Muhamad évoque le mandat des Nations Unies visant à atténuer l'accélération des changements climatiques causés par l'espèce humaine et condamne l'influence puissante et détournée du lobby des énergies fossiles. D'origine palestinienne, Muhamad réagit également aux attaques américaines contre des bateaux dans les Caraïbes et au génocide israélien en cours à Gaza. « Ces questions ne sont pas sans rapport entre elles », dit-elle. « L'humanité peut faire mieux. [Nous] pouvons être très proactifs et productifs pour changer cette situation de crise climatique, plutôt que de continuer à investir dans les armes, les armées et la défense. »
https://www.democracynow.org/2025/11/19/susana_muhamad
19 novembre 2025
AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Nous diffusons en direct depuis le sommet des Nations unies sur le climat, la COP30, qui se tient dans la ville brésilienne de Belém, porte d'entrée de l'Amazonie. Je suis Amy Goodman.
Alors que les délégué·es et les dirigeant·es représentant plus de 190 pays poursuivent les négociations, la présidence brésilienne devrait publier aujourd'hui un nouveau projet de texte abordant certaines des demandes les plus urgentes en matière de climat, notamment le financement et la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva est aujourd'hui à Belém alors que la pression monte pour inclure une feuille de route visant à éliminer progressivement le pétrole, le charbon et le gaz dans le texte final sur le climat. Il pourrait nous dépasser à tout moment. Plus de 80 pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie et du Pacifique, ainsi que les États membres de l'Union européenne et le Royaume-Uni, se sont joints à ces appels, la Colombie menant les efforts.
Tout cela intervient alors que la frustration monte face au refus des nations riches et de certains des pires pollueurs mondiaux de financer correctement les efforts d'adaptation au changement climatique des pays du Sud, qui sont les plus touchés par la crise climatique mais qui ne l'ont pas causée.
Nous sommes maintenant rejoints par Susana Muhamad, environnementaliste de longue date. Elle a été ministre de l'Environnement et du Développement durable de la Colombie de 2022 à cette année. Elle a également été présidente de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité qui s'est tenue l'année dernière à Cali, en Colombie. Elle est d'origine palestinienne.
Nous vous souhaitons la bienvenue à Democracy Now !, Susana. Nous vous avons déjà interviewée lors de précédentes COP. Vous avez été à un moment donné la principale négociatrice climatique pour la Colombie. Pouvez-vous expliquer à notre audience internationale ce que signifie COP, et même ce qu'est la Conférence des Parties 30, 30 ans, pourquoi elle est si importante, nous dire ce qui se passe aujourd'hui avec le président brésilien ici présent, et ce que vous voyez dans les textes qui ont été présentés ?
SUSANA MUHAMAD : Merci beaucoup, Amy, je suis très heureuse d'être à nouveau ici cette année.
Il est très important que le public comprenne ce que signifie cet environnement. La COP est la Conférence des Parties. Qui sont les parties ? Les parties sont les pays du monde qui ont signé la Convention sur les changements climatiques. Et cette convention est un traité international signé par les pays afin de pouvoir contrôler et stabiliser le climat, car nous savons depuis 30 ans — et c'est pourquoi elle s'appelle COP30 puisque c'est la 30e fois que les parties se réunissent pour tenter de résoudre ce problème.
Mais quelle est la réalité ? Vous l'avez constaté aux États-Unis au cours de ces dernières années, le climat est en train de devenir incontrôlable. Les émissions de CO2 qui provoquent cette crise climatique, augmentent au lieu de diminuer, le climat devient plus sauvage, pour le dire simplement, et la situation plus dangereuse.
Cette COP 2025 est donc cruciale, car les scientifiques ont déclaré que nous devions réduire les émissions de 42 % par rapport à 2019 d'ici 2030, mais la réalité est que nous sommes sur une trajectoire qui, plutôt que de diminuer de 42 %, va augmenter de 16 %. Et plutôt que de stabiliser le climat à 1,5 °C, nous nous dirigeons en fait vers une augmentation de la température de 2,8 °C. Pour donner à votre public une idée de ce que cela signifie, nous n'avons jamais connu une telle température au cours des deux dernières ères géologiques. L'humanité, en tant qu'espèce vivant sur la planète Terre, n'a jamais connu une telle température. Nous n'avons aucune idée de ce que cela signifie. Et quand cela pourrait-il se produire ? À la fin de ce siècle. Et qui vivra cela ? Les enfants qui sont déjà nés au cours de ce siècle. C'est pourquoi cette conférence est le seul forum dont nous disposons à l'échelle internationale, mondiale. Alors, pays du monde, mettez-vous d'accord et agissez.
AMY GOODMAN : Je vais vous poser une question sur ce que Kumi Naidoo, le militant sud-africain pour le climat, a appelé hier « le mot en F » : les combustibles fossiles. Que signifierait l'inclusion de l'élimination progressive des combustibles fossiles dans le texte final sur le climat ? Et comment se fait-il que cela n'ait pas été fait auparavant ?
SUSANA MUHAMAD : Eh bien, cela s'est produit pour la première fois à Dubaï, ce qui était en fait un processus très intéressant car c'était dans le monde arabe, aux Émirats arabes unis. Vous savez que c'est là que se trouvent les plus grandes réserves de pétrole au monde, et les moins chères. C'était donc un effort considérable que d'inclure l'objectif d'éliminer progressivement les combustibles fossiles, qui n'était d'ailleurs pas formulé en ces termes. Il s'agissait plutôt d'une « transition » vers l'abandon des combustibles fossiles, car il s'agit bien d'une transition. Mais qu'est-ce que cela signifie ? Que nous devons changer notre source d'énergie. Nous devons cesser de produire, d'étendre les frontières de la production, et également cesser la consommation et la combustion des combustibles fossiles. Et cela représente un changement radical.
Donc, ce qui se passe maintenant, c'est que deux ans se sont écoulés depuis Dubaï, et le gouvernement brésilien a en fait accordé des licences d'exploration en Amazonie, dans le delta de l'Amazone, au large, dans les eaux profondes où se jette le fleuve Amazone, quelques semaines seulement avant cette conférence. C'est un message très contradictoire, car, vous savez, l'Amazonie est l'un des piliers de la stabilité climatique. L'Amazonie absorbe énormément de CO2. Et lorsque nous déboisons, chaque hectare déboisé émet du CO2 et cesse d'en absorber. Donc, si nous perdons l'Amazonie, ce qui signifie une déforestation d'environ 25 %, nous perdons en fait le contrôle du climat. Et nous sommes en Amazonie. Cette COP se tiendra en Amazonie en 2025, cinq ans avant que l'objectif de stabilisation du climat ne doive être atteint. Et le gouvernement brésilien accorde des licences d'exploration pétrolière seulement quelques semaines avant.
L'éléphant dans la pièce, ce sont les combustibles fossiles. Les pays arabes ne veulent pas en parler. En fait, ils essaient de revenir sur la décision de Dubaï et disent : « Oh, nous ne pensons pas que ce soit correct », ce qui représente un effort considérable. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'hier, une coalition de 80 pays s'est levée et a déclaré : « Nous devons élaborer une feuille de route pour la transition. Nous ne pouvons pas quitter cette COP. » Le sujet tabou est donc devenu la question principale. Il a été mis en lumière et figure désormais dans le texte négocié. Le président Lula arrive aujourd'hui, et le Brésil s'est engagé à faire avancer cette feuille de route.
Mais je vais vous donner un fait concret. À l'heure actuelle, les pays prévoient d'augmenter leur production de combustibles fossiles de 120 % par rapport à ce qui est nécessaire pour stabiliser le climat à 1,5 °C. Et pour vous qui nous regardez, souvenez-vous de l'année 2024 et pensez au climat qui régnait cette année-là dans votre région. C'était la première année où nous avons atteint, en moyenne, une température de 1,5 °C sur la planète. Je me souviens que dans mon pays, 400 municipalités sur 1 100 étaient privées d'eau. La plus grande ville, Bogotá, a dû rationner l'eau pendant un an. Nous avons eu des incendies. Nous avons eu la sécheresse. Et en fait, si cela doit être la nouvelle réalité, je ne peux pas imaginer ce que ce sera avec 2,8 °C. Et c'est en fait la limite environnementale vers laquelle nous tendons.
En résumé, la lutte dans cette COP oppose le capital fossile avec les pays qui veulent continuer à vivre des combustibles fossiles et les autres pays qui affirment qu'il faut donner la priorité à l'humanité et à la sécurité environnementale et sauver les enfants qui sont déjà nés dans ce siècle.
AMY GOODMAN : Susana Muhamad, vous étiez négociatrice en chef sur le climat lors des COP. Vous étiez ministre du Climat. Pouvez-vous nous parler du pouvoir du lobby pétrolier ? Je veux dire, nous parlons de plus de 1 600 personnes, le plus grand groupe de lobbyistes jamais réuni. Il y a également 900 représentant·es autochtones. C'est le groupe le plus important en termes de représentation autochtone. Parlez-nous donc de l'équilibre. Et aussi, les revendications autochtones sont-elles prises en compte ici ? Je veux dire, les dirigeant·es autochtones ont interrompu cette COP vendredi pendant plusieurs heures.
SUSANA MUHAMAD : C'est exactement ça. Je pense que c'est l'image du XXIe siècle. Vous voulez résumer cette question en une seule image ? C'est l'image de cette femme amazonienne, cette femme autochtone, qui bloque l'entrée de la COP, et de l'autre côté de la barrière, les militaires qui protègent la forteresse de la COP. Quelle forteresse protégez-vous ? Vous protégez les capitalistes des énergies fossiles. Voilà qui vous protégez.
Et en fait, l'influence du lobby des énergies fossiles dans ces salles est énorme. Elle se présente sous deux formes : les États pétroliers qui ont... Même la Colombie a sa propre compagnie pétrolière nationale, mais aussi les entreprises privées qui ont leurs lobbyistes. Et cela devient en fait une bataille entre le capital des énergies fossiles qui résiste au changement. C'est ce qu'est devenue la COP. C'est de cela qu'il s'agit maintenant, résister au changement du capital des énergies fossiles.
Et à l'extérieur de la clôture de la COP, à l'extérieur de la zone militaire, pas 900 - 900 étaient ceux qui ont été accrédités. Nous avons 4 000 peuples autochtones de toute l'Amazonie qui sont venus pendant 25 jours en bateau par le fleuve Amazone, de toutes les communautés, des huit pays de l'Amazonie. Ils ont ce qu'ils appellent le camp autochtone. Ils sont là, dehors. Ces gens ont les connaissances nécessaires pour sauver la planète. Ils ont les connaissances nécessaires pour sauver l'Amazonie. Et nous ne parlons pas de cela ici. C'est pourquoi, mardi, ils sont venus de force et ont envahi ces couloirs. Et cette présence de ce que j'appelle le sang, la sueur et les larmes des personnes en première ligne de la crise climatique est ce dont nous avons besoin dans cette salle. Et malheureusement, même si nous devons reconnaître que la situation est bien meilleure au Brésil qu'au moment où nous avons organisé la COP en Égypte, aux Émirats arabes unis et en Azerbaïdjan, où nous n'avons même pas pu manifester dans la rue, organiser la marche pour le climat, je pense que ce sont là les forces du XXIe siècle, les personnes en première ligne contre le capital des énergies fossiles.
AMY GOODMAN : Il ne nous reste qu'une minute, mais je voudrais vous poser deux questions rapides. Quelle est la signification du fait que, pour la première fois, les États-Unis n'envoient pas de délégation de haut niveau ? Pensez-vous que cela soit positif ou négatif en termes d'influence sur le résultat ? Et aussi, vous êtes colombienne d'origine palestinienne. Que pensez-vous de ce qui se passe actuellement à Gaza ?
SUSANA MUHAMAD : Oui, pour répondre à la première question, c'est absolument terrible que les États-Unis ne soient pas présents. C'est le deuxième plus grand pollueur au monde. Et nous, pour pouvoir... Je veux dire, c'est là le problème. Ce problème ne peut être résolu par un seul pays. Il faut que la communauté internationale s'y attelle ensemble.
Mais le pire, c'est l'escalade conflictuelle. Avant, il s'agissait d'un blocus, comme le font certains pays, mais maintenant, il s'agit d'une action militaire. Ainsi, le déploiement de forces militaires américaines dans les Caraïbes a causé la mort de 80 Latino-Américains, en toute impunité, au cours des deux derniers mois, sans que personne ne s'y oppose. En réalité, je crains que le président Trump ne vienne pour s'emparer des ressources pétrolières du Venezuela et des minerais de la Colombie, de l'Amérique latine et de l'Amérique du Sud. Si cela doit mener à une escalade du conflit, nous sommes en très mauvaise posture. C'est pourquoi le message du Brésil sera fantastique : plus de 80 pays, soit la majorité des pays, ont déclaré : « Non, nous n'allons pas changer l'ordre du jour parce qu'il y a actuellement des intimidations militaires de la part d'un pays puissant. Nous devons protéger l'humanité. »
Et en ce qui concerne Gaza, ces questions ne sont pas sans rapport, car ils utilisent Gaza comme un laboratoire, parce qu'ils ont pu aller de l'avant. Même le président Trump a déclaré au Parlement israélien que les armes avaient été fournies par les États-Unis pour commettre un génocide, car c'est ce qui s'est passé, et le monde, les Nations unies, personne n'a pu l'empêcher. C'est pourquoi ils ont désormais le droit, le feu vert, pour aller de l'avant et poursuivre les intérêts qu'ils souhaitent. C'est pourquoi nous devons renforcer la communauté internationale et le multilatéralisme, ainsi que la résistance en première ligne sur ces questions, car, croyez-moi, les gens ne laisseront aucune puissance militaire les tuer. Même les Palestinien·nes, malgré tout ce qui s'est passé, continuent de résister. Et c'est en fait une leçon pour nous toustes, car si la défense de l'environnement devait dégénérer en conflit militaire, nous voyons déjà en Palestine ce qui se passera à l'avenir. Je ne souhaite pas un tel avenir. Je pense que nous pouvons réellement, que l'humanité peut faire mieux, et que nous pouvons être très proactifs et productifs pour changer cette situation de crise climatique, plutôt que de continuer à investir dans les armes, les armées et la défense, comme le fait le monde entier. Il n'y a donc pas d'argent pour le climat, mais tout le monde, en deux secondes, consacre 5 % de son PIB à la défense.
AMY GOODMAN : Eh bien, Susana Muhamad, nous tenons à vous remercier infiniment d'être avec nous. Vous êtes une environnementaliste de longue date, vous avez été ministre de l'Environnement et du Développement durable de la Colombie de 2022 à cette année, et vous êtes également présidente de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité de 2024 qui se tiendra à Cali, en Colombie.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

L’indépendantisme de la génération Z, un point d’espérance qui aura besoin d’un Québec solidaire boosté à la mode Mamdani
La jeunesse québécoise francophone redécouvrirait l'espérance de l'indépendance. Les sondages dithyrambiques au départ montrent finalement une modeste remontée des 18-35, la génération Z, qui le manifeste cependant bruyamment sur les réseaux sociaux, culturellement par des rappeurs et chanteurs et dans la rue par des rassemblements pleins d'ardeur mais qui restent modestes.
L'appui au « oui » reste globalement en bas de 40% soit légèrement moins que ce que le dernier sondage accorde aux deux partis indépendantistes (40% mais 49% chez les francophones). Cependant, « [l]es appuis au Parti québécois (PQ) ont reculé bien plus que la marge d'erreur depuis la fin de l'été, et l'option souverainiste ne semble pas avoir profité de la nostalgie qui a transpiré des trois semaines d'intense couverture médiatique entourant le 30e anniversaire du référendum de 1995. »
Creuser le pourquoi de l'engouement de la génération Z reste toutefois indispensable pour saisir la poignée qui permettrait à la gauche — celle qui ne dérive pas — de se cramponner pour résister au tumultueux flot de la fascisation du monde le précipitant dans le gouffre de la terre-étuve. La présidente du OUI Québec en donne la clef : « Cela traduit un besoin d'espoir […] qui voit la séparation du Canada comme un antidote au cynisme de l'époque actuelle. » La génération Z n'a connu ni les déboires référendaires, ni la démission de sociale-libérale à néolibérale du PQ marquée par les « sommets économiques » de la direction Bouchard, ni la contre-réforme fiscale de celle Landry au tournant des années 2000.
Le PQ offre à la génération Z l'indépendantisme de la désespérance
L'affirmation identitaire à la Drainville (la charte des valeurs) du gouvernement Marois qui entache toujours les PQ de PSPP a laissé à la génération Z un héritage ambigu vis-à-vis l'indépendance. Est-ce que ce sera un indépendantisme nativiste replié sur lui-même ou un de participation du peuple québécois aux affaires mondiales dont la tête de liste est l'existentielle crise écologique qui envenime guerres, misères, polarisation sociale et autoritarisme. La génération Z semble plus réceptive à l'immigration que celle plus âgée, surtout dans la région de Montréal et chez l'électorat Solidaire et Libéral. (La tranche Libéral de la génération Z sera-t-elle rebutée par ce qui semble être le retour de la corruption inhérente à ce parti dont le fondement est l'Argent avec un grand A ?) Majoritairement, cependant, cette génération partage, à un moindre degré, l'attitude de rejet de l'immigration par l'ensemble de la population.
Cette attitude à deux faces de la génération Z est en syntonie avec le même groupe d'âge dans plusieurs pays dépendants où les contradictions sont beaucoup plus aigues qu'au Québec. Dans maints pays de l'Asie du Sud (Sri Lanka, Bangladesh, Népal) mais aussi au Maroc, au Pérou et à Madagascar, cette génération a été au centre de la mobilisation ayant renversé leurs gouvernements pour cependant les remplacer par des gouvernements cautionnant les mêmes politiques. La jeune génération est prise en souricière entre d'une part sa prise de conscience de la fin du monde si la tendance actuelle se maintient, et dont elle devra assumer toutes les tragiques conséquences, et d'autre part l'absence ou l'ambiguïté d'alternative crédible à gauche. Celle-ci nécessite l'apport significatif de la gauche des générations plus âgées dont la majorité est prostrée dans le découragement et le cynisme de son échec historique.
C'est surtout le cas des soixante-huitards qui n'ont pas su faire aboutir, en renversement du capitalisme, leur puissante lutte pour des réformes, trop souvent se satisfaisant du piège réformiste consommation de masse et société spectacle. Cette victoire « trente glorieuses » (1945-1975) du capitalisme s'est accomplie aux dépens de la rupture métabolique avec la nature et plus particulièrement de l'avilissement de la nature humaine dont la généralisation de l'obésité et la culture du divertissement et de l'écran sont les signes les plus visibles. Si l'ouragan de la fin du monde fait chavirer ou détourne maints navires qui prétendaient mener l'humanité à bon port, on en perçoit de ci de là qui sont passablement malmenés mais qui gardent le cap en souquant à contre-courant. On ne donne pas cher de leur chance de survie mais elle existe.
En filigrane du PQ se pressent une tournure rouge-brune à la sauce trumpiste
Le PQ n'a certes pas coulé comme la conjoncture le laissait voir mais il se laisse aller au gré du courant. En rajoutant une couche aux propos nauséabonds à double sens du Premier ministre caquiste qui n'ont de cesse, le PQ blâme l'immigration pour tous les péchés du monde au point de proposer d'encore plus lui fermer la porte que la CAQ. En langage codé, « …l'exemple de plusieurs pays européensdémontre qu'une immigration illimitée et désorganisée, combinée à une ghettoïsation des nouveaux arrivants sur une base ethno culturelle et parfois ultrareligieuse, sans intégration à la société d'accueil, ne mène ni à la paix sociale ni à une intégration réussie. » Le vernis économique sur sa politique à double sens ne trompe personne qui sait lire entre les lignes. Cette politique singe la fermeture des frontières et le protectionnisme du trumpisme, au point de prendre les ÉU comme modèle. Si le PQ n'est pas adepte des énergies fossiles — mais il en a rêvé ! — ce n'est que parce que le Québec, contrairement aux ÉU, n'en extraie pas. Il leur a substitué, à la remorque de la CAQ et des Libéraux, le capitalisme vert du toutélectrique s'appuyant sur le turbinage de son abondante hydroélectricité.
Est-ce ce calque de la CAQ qui a permis au PQ de le remplacer à la tête des sondages aux dépens des Solidaires et de lui damer le pion lors des partielles ? Oui et non. Le PQ a su se différencier par son engagement d'un peu plausible référendum dans le premier mandat, qui requinque les croyants purzédurs et attire une inexpérimentée génération Z n'y regardant pas de plus près. Il en rajoute par une habile politique de communication flattant la fierté identitaire par la proposition d'une monnaie québécoise… dix ans après l'indépendance. En sous-main, malgré son tournant néolibéral qui date, le PQ joue du violon social-démocrate tout en soutenant les forces policières contre la CAQ ! En filigrane se pressent une tournure rouge-brune de social-démocratie pour les natifs seulement. L'ex-député Solidaire de Rosemont sera en bonne compagnie. Voilà où se termine le mariage du vedettariat et du recentrage.
Le programme Solidaire ne s'incarne pas dans un appui aux travailleur-se-s
Ce sont ces deux maux qui avant tout valent à Québec solidaire sa plongée électorale et non les entourloupettes du PQ. La nouvelle direction Solidaire a fait approuver une refonte du programme qui parle à profusion des « travailleuses et des travailleurs », qui dénonce à tour de bras les « profits », qui pointe certaines possibilités de nationalisation d'entreprises dans les ressources naturelles et qui ouvre à terme une perspective de socialisation de l'économie. À part certains points spécifiques et encore, les grands médias ont ignoré l'adoption de ce programme au profit de l'élection du nouveau porte-parole. Pire, le communiqué de presse Solidaire sur le congrès ignore totalement le nouveau programme et à ce jour on ne le trouve nulle part sur le site web du parti. On a l'impression que ce programme est pour les membres seulement.
Ce parti-pris programmatique pour les « travailleuses et travailleurs », qui au printemps dernier avait donné lieu à un manifeste qui laissait à désirer, ne trouve pas trace depuis lors sur le site web du parti… à moins de considérer l'appui aux médecins comme en faisant partie. Ni la loi antisyndicale 89 ni le projet de loi 3 n'ont mérité une mention sur le site web. Même la médiatiquement et syndicalement remarquée dénonciation de la loi spéciale pour le retour au travail des grévistes de la STM n'est pas affichée sur le site web du parti. On n'y trouve d'ailleurs aucun appui aux revendications syndicales de ces grévistes qui concernent le rattrapage de l'inflation, des horaires de travail pro-famille et surtout un refus dela privatisation du service d'autobus aux personnes handicapées sous prétexte de sauver des sous… aux dépens et au profit de qui et pour combien de temps, ce que le parti aurait dû dénoncer et expliquer. Pire, il en fut de même pour la dernière grève du Front commun pourtant une des plus importantes en Amérique du Nord ces dernières années, sauf une opportuniste séance de photos prétexte à une levée de fonds pour le parti alors que les enseignantes de la FAE en grève sans fonds de grève criaient famine.
La politique Solidaire n'est guère plus conséquente vis-à-vis la politique énergétique de la CAQ. Le parti s'oppose à la privatisation d'Hydro-Québec mais non à son projet pharaonique de croissance de 50% de la production électrique hydraulique et éolienne d'ici 2050, et la filière batterie qui en découle, tout à fait inutile dans une société de décroissance matérielle qui répudierait auto solo, bungalow et consommation de masse. Le site web du parti n'a rien à dire sur le tournant militaire de la politique économique de la CAQ et pas davantage pour dénoncer le tournant d'Hydro-Québec en faveur des énergivores centre de données qui créent très peu d'emplois. Le parti défend les droits des nations autochtones et inuit mais son nouveau porte-parole récuse leur droit à se séparer du Québec ce qui nie le noyau dur de leur droit à l'autodétermination.
Face aux engagements du maire de New-York, les priorités Solidaire piquent du nez
Défendre les intérêts des travailleuses et travailleurs dans la conjoncture actuelle passe par la défense du coût de la vie et le droit au logement. Pour une population légèrement inférieure à celle du Québec (8.5 M versus 9.1M), le nouveau maire de New York s'est engagé à geler les loyers de deux millions de personnes vivant dans des « appartements à loyer stabilisé » et « utilisera les fonds publics pour tripler la production de logements abordables à long terme, construits par des syndicats et à loyer stabilisé dans la ville, en construisant 200 000 nouveaux logements au cours des dix prochaines années. » Dans ses « priorités » à la une de son site, Québec solidaire se contenterait d'« instaurer un registre des loyers et interdire les hausses abusives » et de lancer « un grand chantier pour que l'État construise rapidement des logements abordables, collectifs et sociaux ». Le parti ne parle plus de la revendication phare de la construction de 10 000 logements sociaux par année. Dernièrement, il réclamait une « taxe de 5 % sur tous les immeubles abandonnés ou vacants depuis plus d'un an » dont au moins 10 000 à Montréal. Pourquoi pas leur réquisition si on veut sérieusement régler la crise de l'itinérance ?
En ce qui concerne l'alimentation, le nouveau maire de New-York « créera un réseau de magasins d'alimentation appartenant à la ville, dont l'objectif sera de maintenir des prix bas et non de réaliser des bénéfices » pendant que Québec solidaire se satisfait d'« instaurer un programme universel d'alimentation scolaire. » Pendant que Zohran Mamdani, fort de la mobilisation de près de 100 000 volontaires durant sa campagne électorale, s'engage à « supprimer définitivement les tarifs dans tous les bus urbains et les rendre plus rapides en construisant rapidement des voies prioritaires », Québec solidaire ne réclame plus que la formule passe-partout d'« investir massivement en transport en commun » ayant oublié son engagement vers la gratuité de sa campagne électorale de 2018 où il avait connu un électoral grand bond en avant.
Pendant que les Solidaires s'engagent à « augmenter le salaire minimum à 20$ de l'heure », le maire de New York établira « une nouvelle loi locale visant à porter le salaire minimum à New York à 30 dollars de l'heure [42$ CDN] d'ici 2030. Par la suite, le salaire minimum augmentera automatiquement en fonction du coût de la vie et des gains de productivité. » Pendant que Québec solidaire est devenu très discret à propos des garderies, Zohran Mamdani « mettra en place un service de garde gratuit pour tous les New-Yorkais âgés de 6 semaines à 5 ans, garantissant ainsi des programmes de grande qualité pour toutes les familles. »
Pour financer ces engagements, « le plan fiscal de Zohran prévoit d'augmenter le taux d'imposition des sociétés pour l'aligner sur celui du New Jersey, soit 11,5 %, ce qui rapporterait 5 milliards de dollars. Il prévoit également d'imposer les 1 % des New-Yorkais les plus riches, ceux qui gagnent plus d'un million de dollars par an, à un taux forfaitaire de 2 % (à l'heure actuelle, les taux d'imposition sur le revenu de la ville sont pratiquement les mêmes, que vous gagniez 50 000 dollars ou 50 millions de dollars). » Quant aux Solidaires, leurs « priorités » restent silencieuses quant au financement. Est-ce la raison de la grande humilité de leurs revendications prioritaires ?
Québec solidaire va-t-il se doter d'une plateforme électorale à la Mamdani ?
Toutes ces fortes revendications du maire new-yorkais vont dans le sens d'une société redistributive du soin et du lien en transition vers un anticapitalisme matériellement décroissanciste. La revendication de la gratuité d'un transport en commun bonifié s'accompagne de restrictions à la circulation automobile mais sans engagement d'électrification, à terme renouvelable, de la flotte d'autobus. On aurait souhaité un programme de consommation d'énergie zéro des bâtiments existants bien qu'il soit normal que l'attention du maire se porte sur la protection de la population, en particulier non blanche, vis-à-vis les canicules pires à New York qu'à Montréal et les inondations ce que pour l'instant Montréal n'a pas à craindre.
On objectera qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. N'empêche, le maire est bien élu avec plus de 50% des suffrages et soutenu par une armée de volontaires encadrée par un quasi-parti militant, le Democratic Socialists of America (DSA) pendant que son ennemi juré, Trump, est sur la défensive. La faille de son armure est que DSA s'insère dans le parti Démocrate dont la direction veut le neutraliser en le cooptant comme elle l'a fait vis-à-vis Bernie Sanders et AOC dont la radicalité ne dépasse pas le discours. La clef pour réaliser ses engagements est le remobilisation de sa militance et au-delà. La tâche Solidaire est plus modeste mais non moins essentielle soit se donner une plateforme à la Mamdani ce qui lui donnera les moyens de rallier dans l'enthousiasme la génération Z et celles qui le sont restées de cœur.
C'est normalement ce à quoi convie formellement la direction Solidaire par suite d'une décision de son Conseil national :
Que le processus soit guidé par les balises suivantes :
1. Que la plateforme électorale de 2026 soit conçue comme un ensemble court et cohérent d'engagements électoraux. Qu'elle contienne de 5 à 6 enjeux électoraux au maximum ;
2. Que la plateforme électorale de 2026 soit le résultat d'une réflexion impliquant l'ensemble du parti et portant notamment sur le contexte politique, le positionnement du parti dans la conjoncture actuelle et les priorités qui devraient s'exprimer dans le contenu de la plateforme électorale de 2026 ;
3. Que le processus se fasse de façon démocratique, mobilisatrice et en impliquant l'ensemble des membres de Québec solidaire.
Reste aux membres à prendre l'initiative, à cesser de penser dans la boîte réaloréaliste qui conduit la nation québécoise à sa disparition, le peuple-travailleur à l'austoritarisme permanent et l'humanité à sa perte.
``
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Les angles morts du système public révélés par la loi 2
Médecins québécois pour le régime public (MQRP) invite nos décideurs à se décoller des enjeux de rémunérations des médecins et à agir sur les facteurs, rapportés par nos collègues dans les dernières semaines, qui nuisent à l'accessibilité aux soins et affectent la population directement. Voici ce que nous proposons pour augmenter rapidement et efficacement la couverture des soins via notre réseau public.
Problème 1. Les listes d'attentes pour les chirurgies s'allongent, mais les chirurgiens ne sont pas capables d'opérer, faute de temps opératoire, alors que plusieurs salles restent vides.
Solution : Payer tout le temps supplémentaire en salle opératoire nécessaire pour que les chirurgies aient lieux de façon intensives jusqu'à la résolution des listes d'attente
Si l'on souhaite tendre vers la cible de 97% de chirurgies moins de 12 mois (1), nous ne pouvons nous permettre d'utiliser nos blocs opératoires à 66% (2). Il n'est ni humain, ni économique (3), de faire poireauter les patients sur la liste d'attente pendant plus d'un an et de les envoyer au privé par la suite (4), pour qu'ils obtiennent au final des soins de moindre qualité (5).
Problème 2. Dans le système actuel, les médecins de famille peuvent difficilement offrir davantage de rendez-vous (6). Or, le temps des médecins est souvent « mal » utilisé.
Solution : Embauche et ouverture de plages couvertes par le réseau public de
physiothérapie, ergothérapie et psychothérapie, par exemple dans les CLSC
Si l'on souhaite tendre vers une couverture totale de la population en première ligne en gardant le modèle GMF (7), il est essentiel de dégager du temps aux MD. Alors que le gouvernement a ciblé les tâches non-médicales (ex. formulaires assurances) ()8), il y aurait beaucoup plus de gains à diriger les patients vers des professionnels qui sont mieux placés pour offrir les soins (ex. physiothérapeute pour du musculosquelettique ou thérapeutes en santé mentale, augmenter le nombre d'infirmières et infirmières auxiliaires en première ligne et s'assurer que toutes puissent travailler à la hauteur de leurs compétences), au lieu de sabrer dans ces dépenses (9).
Problème 3. Les patients en attente de transfert (dit « NSA ») occupent des lits, accaparent des ressources hospitalières, ralentissent l'accès aux soins à l'urgence et coûtent cher au système (10)
Solution : Financer les soins à domicile et les places en soins longue durée
Si l'on souhaite tendre vers moins de 4h en ambulatoire et 14h sur civière à l'urgence (11), il est impératif de réserver les lits aux étages à ceux qui en ont médicalement besoin. Il faut revoir le modèle actuel (ex. Maison des aînés) qui ne saura répondre au vieillissement de la population (12).
Problème 4. Le modèle des GMF est vulnérable aux changements dans la rémunération des médecins, surtout chez ceux à but lucratif.
Solution : Interdire les modèles de GMF à but lucratif et assurer aux autres GMF un financement récurrent et des ressources adéquates, hors rémunération médicale
Plusieurs GMF et cliniques ont annoncé leur décision de fermer leurs portes dans les prochains mois, à la mise en vigueur du PL2 (13), s'ajoutant aux multiples fermetures de GMF ayant abruptement laissé des milliers de patients sans suivi dans les dernières années (14) (15) (16)
.
Rédaction
Dr Xavier Gauvreau, vice-président et Dre Isabelle Leblanc, présidente,
au nom du conseil d'administration de Médecins québécois pour un régime public (MQRP).
Références
1. Annexe 1, chapitre 1, Objectif national 6A dans Ministère de la justice du Québec, Projet de loi n° 2, Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux et à assurer la continuité de la prestation de ces services, présenté le 24 octobre 2025 à l'Assemblée nationale, Québec.
https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-2-43-2.html
2. Gentile, D., & Boily, D. (11 juin 2025). Chirurgies : Santé Québec veut réduire les délais d'ici 2027. Radio.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2171029/chirurgies-attente-liste-hopitaux-orthopedie-caq
3. Cousineau, M.-E. (13 avril 2021). Les Cliniques privées gonflent leur marge de profit avec la Pandémie. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/sante/598697/sante-plus-de-profits-pour-les-cliniques-privees
4. Gentile, D., & Boily, D. (15 octobre 2025). Chirurgies : Québec veut diriger au privé après un an. Radio.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2199958/chirurgies-patients-prive-attente-dube
5. Goodair, B. & Reeves, A. The effect of health-care privatisation on the quality of care. Lancet Public Health 9, e199–e206 (2024). https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(24)00003-3/fulltext
6. Desautels, K. (28 octobre 2025). Les médecins de famille travaillent assez, montrent des données. Le Devoir.
https://www.ledevoir.com/actualites/sante/928743/medecins-famille-travaillent-assez-montrent-donnees
7. Chapitre I : Prise en charge de la population, dans Op. cit, Ministère de la justice
8. Desautels, K. (11 novembre 2025). Paperasse des Médecins : De Nouvelles Mesures pourraient libérer 310 000 rendez-vous. La Presse.
https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2025-11-11/paperasse-des-medecins/de-nouvelles-mesures-pourraient-liberer-310-000-rendez-vous.php
9. Levesques, F. (15 janvier 2025) Compressions de 1,5 milliard : « Une mission difficile, mais pas impossible » , assure Dubé, La Presse.
https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2025-01-15/compressions-de-1-5-milliard/une-mission-difficile-mais-pas-i
10. Archambault, H. (11 novembre 2025). Coincés à l'hôpital depuis des mois, des patients ont coûté plus d'un demi-million$, Journal de Montréal,
https://www.journaldemontreal.com/2025/10/30/coinces-a-lhopital-depuis-des-mois-des-patients-ont-coute-plus-dun-demi-million
11. Annexe 1, chapitre 1, Objectif national 2 dans Op. cit, Ministère de la justice
12. Deloitte. (25 mars 2021). Canada's elder care crisis : Addressing the double demand - CMA digital library -Canadian Medical Association (CMA). https://digitallibrary.cma.ca/link/digitallibrary53
13. Poirier, Y. (17 septembre 2024.). Une importante clinique médicale pour personnes vulnérables Pourrait fermer ses Portes à Montréal | TVA Nouvelles.
https://www.tvanouvelles.ca/2024/09/17/une-importante-clinique-medicale-pour-personnes-vulnerables-pourrait-fermer-ses-portes-a-montreal
14. Malboeuf, M. et Joncas, H. (14 décembre 2024) Groupe Elna Médical : En dif iculté, Le réseau de cliniques commence à licencier. La Presse.
https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2024-12-14/groupe-elna-medical/en-difficulte-le-reseau-de-cliniques-commence-a-licencier.php
15. Gentile, D., & Boily, D (27 janvier 2024). 300 000 patients inquiets du sort d'un groupe privé en Santé.
Radio-Can. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2044892/patients-clinique-prive-sante-faillite-quebec
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Suppression du PEQ : « Ils sont en train de jouer avec nos vies »
« Le gouvernement de Québec est venu chez nous au Brésil et nous a dit « On a besoin de vous », se remémore Sergio, debout sur un banc, micro à la main. « J'ai commencé à étudier le français, j'ai fait une maîtrise, j'ai fait le tour du Québec pour travailler, j'ai envoyé mes enfants à l'école », raconte le père de famille. « Mais aujourd'hui, après tout ce qu'on a donné, le gouvernement nous dit de rentrer chez nous ? », s'indigne-t-il, accompagné du grondement de la foule.
19 novembre 2025 | tiré du journal des Alternatives | Photo : Des manifestants défilent sur le boulevard Saint Laurent contre la suppression du PEQ - Charline Caro
Lundi dernier à midi, plusieurs centaines de personnes se sont réunies place de la Paix, devant le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, à Montréal. Ces personnes migrantes et leurs soutiens sont venus protester contre l'abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ), annoncée la semaine dernière par le gouvernement provincial.
Une partie de la manifestation sur la Place de la Paix – toutes les photos sont de l'autrice, Charline Caro, pour le Journal
Une décision brutale
Ce programme permettait à toutes les personnes immigrantes qui répondaient aux exigences d'obtenir presque automatiquement un Certificat de sélection du Québec (CSQ), en vue d'obtenir la résidence permanente. Avec un diplôme québécois et/ou deux années de travail à temps plein, ainsi qu'une bonne connaissance du français, ces personnes demanderesses pouvaient s'établir au Québec de manière permanente.
« On est venus pour avoir le PEQ, c'était ça la promesse », poursuit Sergio, sur un ton amer. Comme lui, des milliers de personnes nouvellement arrivées ont quitté leur pays pour la Belle Province en sachant qu'un programme leur permettrait d'obtenir un visa permanent après quelques années d'études ou de travail.
La semaine dernière, le gouvernement Legault a annoncé la suppression définitive du PEQ. Cette décision intervient alors que le pouvoir provincial veut réduire les seuils d'immigration de 45 000 cette année à 60 000 pour la suivante.
« Ils ont changé les règles en cours de jeu », dénonce Thibault Camara, membre de l'organisme Le Québec c'est nous aussi, qui organise la manifestation. « On avait des projets, des rêves au Québec. Tout s'écroule à cause d'une décision d'un ministère », poursuit-il.
Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) devient l'unique porte d'entrée pour les immigrant.es économiques au Québec. C'est une voie qui présente plus d'obstacles, et aucune garantie. Celles et ceux en demande sont sélectionné.es selon un ensemble de critères comme leur secteur d'activité, leur expérience professionnelle, leur scolarité ou leur situation géographique. Certaines conditions ont, de plus, été durcies par la nouvelle réforme. Le fait d'habiter à Montréal constitue par exemple un gros désavantage, alors que le gouvernement veut régionaliser l'immigration.
« Ce qu'on leur dit, c'est que si votre permis de travail expire dans trois, quatre ou six mois, il faut partir ailleurs », estime Yamanda Bouchaala, membre de l'équipe organisatrice de la manifestation, qui témoigne en entrevue du « choc » provoqué par l'abolition du PEQ dans la communauté immigrante : « On a des centaines de témoignages de familles et d'étudiant.es qui sont dans le flou total. »
Une vie investie au Québec
« J'ai vendu tout ce que j'avais », raconte Géraldine, qui prend la parole au micro de la manifestation. Cette mère de famille a quitté la France il y a deux ans, après que du personnel du ministère de l'immigration québécois soit venu la recruter pour combler le manque de main-d'œuvre dans la province.
L'infirmière a tout quitté avec son mari et ses deux enfants, pour « s'intégrer, travailler et tisser des liens au Québec ». Avec la suppression du PEQ, c'est tout son « avenir qui s'écroule ». « On va devoir rentrer, après tout les sacrifices qu'on a faits ? », interroge-t-elle sans y croire.
Les personnes immigrantes ont « tout investi au Québec, du temps, de l'argent, tout », rappelle Yamanda Bouchaala. « On abandonne des personnes qui font déjà partie du système », dénonce-t-elle.
Au milieu de la foule, Neba brandit une pancarte sur laquelle il est écrit « Respectez vos engagements ». Cette jeune marocaine est venue étudier au Québec en dessin industriel, avec le projet de s'établir ici. Chaque session d'étude lui coûte 12 000 $, le tarif réservé à la plupart des étudiant.es de l'international. « Tout ça pour qu'au final on nous dise de rentrer chez nous », regrette l'étudiante. « Aujourd'hui, c'est comme si j'avais reçu un couteau dans le dos ».
Des soutiens politiques
Après les témoignages, c'est au tour des soutiens de se succéder au micro devant la manifestation. André Albert Morin et Guillaume Cliche-Rivard, respectivement députés pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), prennent notamment la parole pour dénoncer la décision du gouvernement caquiste.
« On ne peut pas changer les règles du jeu en plein match », fustige le député libéral, rappelant que les personnes immigrantes étaient considérées comme des « anges gardiens » pendant la pandémie.
Son homologue de QS estime quant à lui que le gouvernement Legault a « trahi » ceux et celles qui arrivent , alors même que c'est une « plus-value extraordinaire pour le Québec ». Le député promet de se battre à l'Assemblée nationale pour le retour du PEQ, avant que le public s'exclame : « Merci ! Merci ! Merci ! ».
Une transition avant l'abolition
« Aujourd'hui, nous demandons une seule chose : le respect d'une promesse », avance Thibault Camara. Le mouvement citoyen réclame au gouvernement d'instaurer une clause grand-père, qui permettrait aux personnes déjà installées au Québec de bénéficier du PEQ avant son abolition définitive.
Avant d'inviter les manifestant.es à défiler sur le boulevard Saint Laurent, l'organisateur fait un rappel : « L'immigration, ce n'est pas juste des numéros dans un fichier Excel. Ce sont des vies. »
Toutes les photos sont de l'autrice, Charline Caro, pour le Journal.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones
La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d'imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s'inscrit en contradiction avec les droits des Autochtones garantis par la Constitution canadienne. Adopter une telle approche en 2025 ignore des droits constitutionnels bien reconnus, reproduit la vieille approche coloniale et constitue une grave erreur juridique comme historique.
Karine Millaire est professeure adjointe en droit constitutionnel et autochtone, Université de Montréal. Karine Millaire est Présidente bénévole de Projets Autochtones du Québec, une organisation assurant des services d'hébergement et d'autonomisation aux personnes autochtones en situation de précarité à Tiohtià:ke (Montréal). À titre de professeure universitaire, elle reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
27 octobre 2025 | tiré de la lettre The Conversation | Photo : Le drapeau du Québec flotte au sommet de la tour principale de l'Assemblée nationale
https://theconversation.com/quand-la-constitution-quebecoise-ignore-les-peuples-autochtones-268329
Il y a plus de 40 ans, on enchâssait dans la Constitution canadienne l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette disposition garantit les droits des peuples autochtones issus de traités et leurs droits ancestraux. Le projet de Constitution de la CAQ en fait complètement fi. Aucune disposition du projet de loi déposé ne traite des droits constitutionnels autochtones. Plus encore, les quelques mentions des Premières Nations et Inuit au préambule du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, sont de nature à minimiser des droits pourtant clairement reconnus.
On y mentionne en effet les Autochtones pour affirmer qu'ils « existe[nt] au sein du Québec ». On ne reconnaît pas qu'il s'agit de « peuples », contrairement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, mais plutôt de simples « descendants des premiers habitants du pays ». On désigne même nos nations sous des appellations coloniales francisées, rappelant le processus d'effacement des noms de nos ancêtres.
Le projet de loi affirme l'« intégrité territoriale » ainsi que la « souveraineté » culturelle et parlementaire du Québec. Les Autochtones ne pourraient selon ce projet de Constitution que « maintenir et développer leur langue et leur culture d'origine ». Autrement dit, les droits territoriaux et de gouvernance garantis en vertu de l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sont complètement ignorés, voire niés.
L'imposition coloniale des « droits collectifs » de la « nation québécoise » sur les droits collectifs et fondamentaux des peuples autochtones est également affirmée par des dispositions d'interprétation spécifiques. Alors que les droits des Premières Nations et Inuits sont réduits, on précise que ceux de la nation québécoise « s'interprètent de manière extensive ».
De plus, on propose la création d'un Conseil constitutionnel ayant pour mandat d'interpréter la Constitution du Québec. Or, les facteurs explicitement précisés dont devrait tenir compte ce Conseil ne portent que sur les droits et « caractéristiques fondamentales du Québec », son « patrimoine commun », son « intégrité territoriale », ses « revendications historiques », son « autonomie » et son « économie ». Pas une seule mention ici de l'existence des peuples autochtones ou de leurs droits.
Les Wendat, Kanien'keháka (Mohawk), Attikamekw, Anishinaabe, Cris (Eeyou Istchee), Abénakis, Mi'kmaq, Innus, Naskapis, Wolastoqiyik et Inuit n'existent pas sur un territoire « appartenant » au Québec. C'est le Québec qui existe sur les territoires dont ces nations sont les gardiennes et pour lesquels nous avons une responsabilité commune. Nos droits ne sauraient être effacés à nouveau en 2025 par ce projet de Constitution du Québec.
La Cour suprême et les tribunaux du Québec comme d'ailleurs au pays reconnaissent de façon constante que les peuples autochtones ont une souveraineté préexistante à celle imposée historiquement par la Couronne, c'est-à-dire une souveraineté qui existait bien avant les débats sur l'autonomie du Québec au Canada. Cette souveraineté existe toujours et doit être réconciliée avec celle de l'État dans un esprit de « justice réconciliatrice ».
Il en découle des droits concrets en matière de consultation, de consentement, d'autonomie gouvernementale. Aucune dérogation à ces droits n'est possible, contrairement aux droits et libertés visés par la clause dérogatoire de l'article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Or, la CAQ souhaite mettre à l'abri de contestations constitutionnelles toute disposition législative qui « protège la nation québécoise ainsi que l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec » en interdisant toute contestation judiciaire d'un organisme qui utiliserait pour ce faire des fonds publics du Québec. Fort nombreuses sont les organisations qui reçoivent des fonds publics, incluant celles ayant justement la mission publique de protéger la société contre les actions illégales ou délétères de l'État. Il s'agit d'un des fondements de l'État de droit.
Du point de vue autochtone, cette interdiction rappelle l'époque coloniale où il était interdit aux Premières Nations de contester les actions illégales de l'État qui avaient pour but de les déposséder de leurs terres, de nier leurs droits et de les assimiler. Cette mesure a participé au génocide des peuples autochtones au Canada.
Ce projet de Constitution du Québec s'ajoute à plusieurs autres atteintes claires aux droits autochtones. Pensons à la contestation de Québec de la loi fédérale reconnaissant le droit inhérent des peuples autochtones de mettre en place leurs propres politiques familiales et de protection de la jeunesse. La Cour suprême lui a donné tort et a confirmé la constitutionnalité de la loi fédérale.
La CAQ a aussi refusé d'exclure les étudiants autochtones des règles de renforcement de la Charte de la langue française (projet de loi 96), alors que les langues autochtones ne menacent pas le français. Cette décision accroît les obstacles aux études supérieures et limite les droits de gouvernance en éducation des peuples autochtones. La contestation de la constitutionnalité de la loi québécoise est en cours.
Enfin, pensons au récent projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier, lequel avait été sévèrement critiqué. Celui-ci proposait un retour en arrière et rappelait l'approche préconisée au début de la colonisation du territoire, alors que l'industrie jouait un rôle accru en matière de gouvernance du territoire. Le projet de loi a finalement été abandonné fin septembre, mais il aura fallu que les peuples autochtones se battent à nouveau pour faire respecter leurs droits.
Moderniser la Constitution du Québec pour respecter les droits des Autochtones
Le contexte n'est plus le même qu'à la fondation du pays en 1867 ou lors des discussions des années 1980 ayant précédé le rapatriement de la Constitution. En 2025, il ne serait ni légal, ni légitime, d'adopter une Constitution du Québec ignorant les droits des Autochtones.
Une Constitution québécoise doit minimalement reconnaître les mêmes droits ancestraux et issus de traités que ceux protégés par la Constitution canadienne et les décisions des tribunaux en la matière. Cela inclut des droits de gouvernance notamment quant au territoire.
De plus, la Charte des droits et libertés de la personne est silencieuse sur les droits autochtones. L'article 10 garantissant le droit à l'égalité devrait être modifié pour indiquer que l'identité et le statut autochtone sont des motifs de discrimination spécifiquement prohibés au Québec. Cette Charte devrait également reconnaître expressément le droit à la sécurité culturelle afin que toute personne autochtone ait accès aux services publics de façon équitable. Ces changements permettraient qu'un mandat conséquent soit donné à la Commission des droits de la personne pour agir afin d'enrayer cette discrimination.
Le Québec doit également mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le Canada fait partie de nombreux pays qui se sont engagés à le faire et nos tribunaux ont commencé à s'y référer. La Déclaration exige de construire avec les peuples autochtones les politiques qui touchent à leurs droits, de respecter leur consentement et leur autonomie ainsi que le droit d'avoir accès aux services publics sans discrimination, à l'instar du Principe de Joyce.
Le projet de Constitution de la CAQ ne correspond en rien à ce qu'un véritable processus constituant doit faire. Ni les Québécois ni les peuples autochtones ne participent à cette démarche. Une Constitution devrait être pensée pour au moins les sept prochaines générations, comme nous l'enseignent les Aînés, et non en vue de la prochaine élection.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Dans ce long combat contre l’injustice en éducation, le mois de novembre 2025 sera peut-être considéré comme un tournant
De l'appui d'un des économistes les plus influents de la planète à celui de la plus grande centrale syndicale du domaine de l'éducation, voici un retour sur neuf jours en novembre.
Tiré de la Lettre de l'École ensemble
4 novembre : Appui de la CSQ au réseau commun
La Centrale des syndicats du Québec, dans un vote unanime de son conseil général, a décidé d'appuyer notre proposition de réseau scolaire commun. Cette nouvelle orientation remplace la vieille approche de définancement des écoles privées. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) représente plus de 225 000 membres, dont 130 000 environ font partie du personnel de l'éducation.
9 novembre : le congrès de QS adopte le réseau commun
Tout comme la CSQ, Québec solidaire a remplacé son ancienne politique de définancement des écoles privées par notre proposition de réseau scolaire commun. Cette décision des délégués est en droite ligne avec le projet de loi 895 déposé par Ruba Ghazal en février 2025.
10 novembre : sortie du livre de Ruba Ghazal
La porte-parole de Québec Solidaire, Ruba Ghazal, lance son livre Les gens du pays viennent aussi d'ailleurs(Lux). Elle y explique les dérives de l'école à trois vitesses et prend position pour un réseau scolaire commun.
10 novembre : Pauline Marois réitère son appui à notre plan
Dans une grande entrevue avec Marie-Ève Tremblay du 98,5FM, l'ancienne première ministre souligne la proposition d'École ensemble pour régler le problème d'inégalité des chances dans l'école québécoise.
11 novembre : choc Pascal Bérubé-Sonia LeBel sur l'injustice scolaire
Lors d'une interpellation à l'Assemblée nationale, le critique Éducation du Parti Québécois questionne à plusieurs reprises la ministre de l'Éducation sur le caractère discriminatoire de notre système d'éducation. Cliquez pour voir les moments forts de ce débat
extrait 1 | extrait 2 | extrait 3 | extrait 4
12 novembre : le commissaire à la langue française propose de revoir les cartes scolaires
Le commissaire Dubreuil invite le gouvernement à « réviser la carte scolaire, de façon à rééquilibrer la présence des élèves issus de l'immigration et non issus de l'immigration au sein des écoles », et même à « réviser les règles de composition des classes pour renforcer la mixité ». Autrement dit, il n'y aura pas de culture commune au Québec sans école commune.
13 novembre : Thomas Piketty nous appuie !
Un des économistes les plus influents au monde, le Français Thomas Piketty,recommande à la France et au Québec d'adopter le réseau commun proposé par École ensemble.
L'économiste François Delorme et lui portent un regard croisé sur les systèmes scolaires français et québécois. Extraits :
« La France et le Québec ont en commun d'avoir un système d'éducation injuste. »
« Deux leviers déterminent la prospérité d'une nation : le niveau d'éducation et l'égalité d'accès à cette éducation. »
« Le Plan pour un réseau scolaire commun proposé au Québec par l'association École ensemble est sans doute l'avenue la plus prometteuse pour mettre fin à ce qui est avant tout un blocage politique. »
13 novembre : important rapport sur le lien entre santé publique et égalité des chances en éducation
Renoncer à l'égalité des chances ou la relancer ? C'est la question lourde de conséquences que pose l'Observatoire québécois des inégalités dans son nouveau rapport intitulé Inégalités sociales, scolaires et de santé : repenser le chemin vers l'égalité des chances. Cet important rapport documente les liens entre la santé publique et les inégalités scolaires.
L'école à trois vitesses est encore une fois au banc des accusés.
Rapport de l'OQI | reportage de Radio-Canada
14 novembre : un Palmarès des écoles décrédibilisé
C'est le retour de l'opération annuelle de propagande libertarienne du Fraser Institute : le Palmarès des écoles publié dans les médias de Québécor. Cette opération perd constamment en crédibilité et c'est encore plus vrai depuis que le chercheur Guillaume Lamy de l'Université de Sherbrooke a publié son essentielle étude sur le sujet il y a quelques mois seulement.
Écoutez-le au micro de l'émission Le 15-18 mettre en miettes ce néfaste palmarès.
École ensemble
https://www.ecoleensemble.com/
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Stop au saccage du filet social québécois
MONTRÉAL, le 18 novembre 2025 – À l'approche de la mise à jour économique du gouvernement Legault et à l'invitation de la Coalition Main rouge, le Regroupement des Auberges du cœur du Québec (RACQ) s'est rassemblé devant les bureaux montréalais du Premier ministre du Québec pour dénoncer les conséquences des compressions budgétaires et des politiques d'austérité menées par la CAQ.
Une bannière a été déployée afin de rappeler l'urgence de réinvestir massivement dans les services publics, les programmes sociaux ainsi que le soutien du travail essentiel mené par les Auberges du cœur du Québec.
Les compressions qui s'accumulent et le gel des subventions décrété par le Conseil du trésor font craindre un nouvel affaiblissement du filet social et une aggravation des inégalités. Face à l'ampleur et la complexité des crises sociales qui frappent le Québec, nous joignons
aujourd'hui notre voix à celles de dizaines de groupes sociaux, communautaires et syndicaux aux quatre coins du Québec pour réclamer un véritable changement de cap.
Le RACQ rappelle, avec la Coalition Main rouge, qu'il existe des solutions fiscales alternatives concrètes et équitables permettant d'augmenter les revenus de l'État afin de répondre aux besoins réels de la population et aux missions les plus fondamentales de l'État.
« Les crises auxquelles nous assistons depuis déjà trop longtemps sont le résultat de choix politiques. L'État se prive de milliards de dollars avec des baisses d'impôts qui profitent aux plus riches. Il joue l'argent des Québécoises et Québécois en investissant dans des
projets voués à l'échec. La suite se déploie devant nous avec des réductions de services, un filet social qui se détériore et une part importante de la société qui se vulnérabilise. Comment se fait-il qu'il soit incapable de financer convenablement la lutte à la pauvreté et la prévention de l'itinérance ? » mentionne Marc-André Bélanger, directeur général du RACQ.
Partout au Québec, des groupes comme le Regroupement des Auberges du cœur du Québec soulignent que le respect des droits de la personne et la réduction des inégalités sociales exigent un renforcement du filet social et un financement adéquat des services publics. Le gouvernement doit revoir ses priorités : plutôt que de multiplier les mesures anti-démocratiques et les projets à courte vue, il doit assumer sa responsabilité première, soit d'assurer le bien-être de la population. Celle-ci a déjà trop souffert du désengagement de l'État et des inégalités sociales qui en résultent. Des solutions fiscales alternatives permettant d'y remédier existent et leur adoption n'est qu'une question de volonté politique.
Le Regroupement des Auberges du cœur du Québec
Le Regroupement des Auberges du cœur du Québec est le trait d'union de 32 membres qui opèrent 34 maisons d'hébergement communautaires pour jeunes vivant des difficultés ou en situation d'itinérance dans 10 régions du Québec. Elles doivent refuser plus de 6 000 demandes d'hébergement, généralement faute de place. Les Auberges du cœur hébergent et soutiennent chaque année plus de 4 500 jeunes âgé·e·s entre 12 et 35 ans. Au total, l'ensemble des Auberges du cœur offre plus de 780 places (416 en maison d'hébergement et 364 autres places en appartements supervisés ou logements sociaux). C'est aussi près de 500
travailleur·euse·s et 450 bénévoles qui gravitent autour de ces jeunes. Ces chiffres ne reflètent qu'une partie des besoins des jeunes pour le type d'hébergement et de soutien que nous offrons considérant les territoires où de telles ressources sont inexistantes.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

En suivi de nos correspondances sur l’Aéroport de Saint-Hubert
Nous avons déjà expliqué que le carburant avgas 100LL est une source majeure de pollution au plomb, constituant un danger même à dose infime pour la population environnante selon l'avis définitif8 de l'EPA américaine que nous avons transmis au Dr Loslier. M. Diamond prétend faire preuve de transparence. Malgré nos relances, il a refusé d'indiquer les volumes de carburants d'avgas 100LL utilisés annuellement par l'aéroport.
Madame Marie-France Boudreault
Directrice générale de la protection de la Santé Publique
CC : Madame Dr Julie Loslier, directrice
Direction de la Santé Publique de la Montérégie (DSPu)
Madame,
Nous faisons suite à votre lettre (N/Réf. : 24-MS-05545-001) du 17 juin 2025.
Nous vous avons sollicité à propos de différents types de pollutions inhérentes au fonctionnement de l'aéroport Saint-Hubert à la fois présentement et à venir. Nous rappelons
que cet aéroport est enclavé dans la ville de Longueuil.
Dans votre réponse du 17 juin 2025, vous n'évoquez que la pollution sonore.
Dans votre lettre du 24 décembre 2024, vous nous renvoyez vers des mémoires1 déposés en 2022 dont nous avions bien sûr connaissance depuis longtemps. Ces textes ne sont donc plus pertinents au regard de la situation actuelle de l'expansion de l'aéroport puisqu'au moment de leur écriture, il n'était pas question d'une aérogare pour 4 millions de passagers (Porter Airlines), pas plus que d'une aérogare pour jets privés (JB Aviations) qui ont été annoncés en
2023 et 2024.
La question de la pollution atmosphérique doit être abordée avec sérieux : elle n'est évoquée que dans un paragraphe du rapport de la DSP Montérégie (p.8 de [1]), sans aucune mesure de mitigation. En particulier, comme nous vous l'avons déjà expliqué lors de notre rencontre de février avec le Dr Loslier en février 2025, la science a beaucoup progressé sur la pollution liée aux particules ultrafines. Mentionnons l'étude de l'université de McGill chiffrant à plus de 1000 décès prématurés annuels sur Montréal et Toronto les conséquences de la pollution aux particules ultrafines2. Mentionnons aussi l'étude de l'université de Toronto3 qui concerne l'aéroport Billy Bishop (environ 2 millions de passagers) essentiellement desservi par Porter Airlines (avec les mêmes types d'avions qui fréquenteront l'aéroport de Saint-Hubert) : des aux alarmants de particules ultrafines y ont été mesurés. Les résultats d'une étude d'avril 2025 concernant l'aéroport d'Ottawa (YOW) sont très hélas similaires4.
En Europe, une récente étude a chiffré entre 14.000 et 21.000 morts prématurés par an le nombre de victimes des particules ultrafines, sans compter des centaines de milliers de maladies graves5.
Nous sommes informés, par voie de communiqué de presse, que la DSP Montérégie (DSPu) a créé un comité sur la qualité de l'air avec les responsables de l'aéroport et la société AtkinsRéalis. Les citoyens sont pour l'instant exclus de ce comité.
Les déclarations du 17 juillet 2025 du responsable des communications de l'aéroport, M. Simon-Pierre Diamond sur FM1036 ne nous satisfont pas.
Tout d'abord, ce sont les particules ultrafines qui doivent être mesurées en priorité. Or M. Diamond explique que l'installation d'un capteur de particules ultra-fines ne sera faite “qu'à terme”. Autrement dit, on repousse la mesure des particules ultra-fines aux calendes grecques.
Deuxièmement, rien n'a été évoqué par les responsables de l'aéroport concernant la pollution au plomb.
Concernant l'essence au plomb, nous attirons votre attention sur le fait qu'il y a bien reconnaissance de Monsieur Dugrippe, directeur de l'école de pilotage ‘Collège Richelieu', d'utilisation de l'essence au plomb par les avions de son école7.
Nous avons déjà expliqué que le carburant avgas 100LL est une source majeure de pollution au plomb, constituant un danger même à dose infime pour la population environnante selon l'avis définitif8 de l'EPA américaine que nous avons transmis au Dr Loslier. M. Diamond prétend faire preuve de transparence. Malgré nos relances, il a refusé d'indiquer les volumes de carburants d'avgas 100LL utilisés annuellement par l'aéroport. Comme mentionnée dans notre lettre du 26 septembre 2024, l'étude de 2013 de la Dre Sauvé concernant le plomb n'est plus pertinente au regard de l'augmentation de la population autour de l'aéroport et en particulier du nombre de CPE et de RPA dans un périmètre proche.
Par conséquent, nous souhaitons que la DSP Montérégie exige des responsables de l'aéroport :
1) l'installation de capteurs de particules ultrafines avant l'ouverture du terminal Porter fin 2025 ;
2) la mesure régulière du plomb dans l'air par système de filtration et analyse chimique (spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif) par un laboratoire ;
3) la publication des volumes des différents types de carburants utilisés par les différentes compagnies aériennes sur l'aéroport.
Il convient également de discuter de la construction de 2000 logements pour environ 3500 habitants à une distance d'un kilomètre de l'aéroport prévue par la ville de Longueuil et annoncé par la mairesse Catherine Fournier.
Les élus de Longueuil ont récemment changé le zonage en ce sens. Nous souhaitons savoir quelle est la position officielle de la DSP sur ce projet.
En complément, nous souhaitons connaître la position de la DSP quant aux niveaux sonores et à la concentration des particules (PM 0.1, PM 2.5, PM 10, O3, NO2, SO2, CO, plomb) à respecter par les opérateurs à l'aéroport de Saint-Hubert, pour protéger la santé de la population habitant à proximité, sachant que cette population comporte de nombreuses personnes vulnérables9.
Pour terminer, nous vous demandons de nous faire parvenir les procès-verbaux et les dates de réunions des rencontres de la DSPu avec les responsables de l'aéroport afin d'établir quelles mesures concrètes (en lien avec le bruit et la pollution atmosphérique) ont été ou seront mises en place pour “limiter les impacts sur la santé de la population” (pour reprendre l'expression utilisée dans votre lettre de décembre 2024) et comment vous appliquez le principe de précaution.
Nous espérons qu'une rencontre avec la DSPu sera possible à l'automne mais souhaiterions une réponse écrite auparavant.
Veuillez agréer, Madame, l'expression de nos sentiments respectueux.
Signataire : La Coalition Halte-Air Saint-Hubert
Notes
1.https://consultation.quebec/wp-content/uploads/2022/05/Memoire_DSPu_Monteregie.pdf
https://consultation.quebec/wp-content/uploads/2022/05/JPM1-Sante_Publique.pdf
2.https://www.mcgill.ca/newsroom/fr/channels/news/les-particules-ultrafines-sont-associees-plus-de-1-000-de ces-par-dans-les-deux-plus-grandes-villes-358211
3.https://positivezero.civmin.utoronto.ca/bqna/
4.https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acsestair.4c00288
5.https://www.transportenvironment.org/articles/ultrafine-particles-from-planes-put-52-million-europeans-at-risk-of-serious-health-conditions
https://www.transportenvironment.org/uploads/files/CEDelft_Final_Study.pdf
6.Emission du 17 juillet 2025 https://www.fm1033.ca/podcast_fm1033/le-met-a-la-rencontre-des-citoyens/
7.Débat du 19 mars sur FM103 https://www.fm1033.ca/podcast_fm1033/franchement-letourneau/
8.https://www.epa.gov/regulations-emissions-vehicles-and-engines/regulations-lead-emissions-aircraft
9.Nous avions longuement évoqué dans notre lettre du 26 septembre 2024 le cas des enfants, mais il faut également tenir compte des personnes âgées pour lesquelles la pollution de l'air a également des graves conséquences : https://www.nih.gov/news-events/nih-research-matters/air-pollution-linked-dementia-cases
https://alzheimer.ca/fr/les-aides-et-le-soutien/ressources-sur-les-troubles-neurocognitifs/dementia-talks-canaa/pollution
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Fermetures d’Amazon : Oxfam et la CSN déposent une plainte à l’OCDE
En fermant l'ensemble de ses centres de distribution au Québec à la suite de la syndicalisation de l'entrepôt DXT4 à Laval, Amazon a enfreint plusieurs éléments contenus dans les Principes directeurs de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises. C'est le sens d'une plainte déposée aujourd'hui par Oxfam America, soutenue par Oxfam-Québec et la Confédération des syndicats nationaux (CSN), représentant les employé-es syndiqués d'Amazon à Laval.
« La CSN et Oxfam souhaitent demander un examen de la conformité d'Amazon aux principes directeurs de l'OCDE à la lumière des efforts de répression syndicale de l'entreprise, de son refus de participer à des négociations collectives et des licenciements massifs de travailleurs peu après la création du premier syndicat canadien de l'entreprise », indique la plainte déposée aujourd'hui auprès de l'OCDE.
La plainte rappelle le fil des événements ayant précédé la fermeture, le 22 janvier 2025, des sept entrepôts d'Amazon au Québec. Déjà, en 2024, la multinationale, basée aux États-Unis, avait été condamnée par le Tribunal administratif du travail pour s'être activement opposée à une tentative de syndicalisation à l'établissement YUL2 de Lachine. Une campagne antisyndicale a également été menée à l'entrepôt DXT4 au moment de sa syndicalisation. Par la suite, plutôt que de s'astreindre à son obligation de négocier avec les employé-es syndiqués de DXT4, Amazon a préféré fermer l'ensemble de ses installations québécoises, licenciant ainsi 1 700 employé-es et provoquant la perte de plus de 4500 emplois.
Pour Oxfam et la CSN, de tels agissements contreviennent aux chapitres II, IV et V des Principes directeurs de l'OCDE, notamment en violant le droit à la syndicalisation, le droit à la négociation collective ainsi que le droit de ne pas subir de menaces ou de représailles après avoir exercé de tels droits.
Les plaignants demandent à l'OCDE de faire appliquer ses principes directeurs auprès de la multinationale en exigeant de celle-ci qu'elle s'engage dans un processus de médiation visant, entre autres, la réintégration des 1 700 salarié-es des sept entrepôts, une indemnité d'un an de salaire pour chacun de ceux-ci et une garantie qu'Amazon exercera son devoir de diligence en matière de droits humains, comme prévu au chapitre IV des Principes directeurs de l'OCDE.
Elles ont déclaré :
« Les principes directeurs de l'OCDE ont été mis en place afin que les multinationales puissent être rappelées à l'ordre lorsqu'elles contreviennent aux droits des travailleuses et des travailleurs. C'est exactement le cas d'Amazon, qui a fermé ses entrepôts et licencié 1 700 employé-es pour éviter d'avoir à respecter leur droit à la syndicalisation et à la négociation collective », de déclarer la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
« Les fermetures soudaines d'entrepôts et les licenciements massifs chez Amazon reflètent les préoccupations de longue date que nos collègues d'Oxfam America ont soulevées pendant des années à l'encontre d'Amazon : bas salaires, restriction de la liberté d'expression des travailleurs et pratiques de surveillance préjudiciables. Ces récentes décisions aggravent les inégalités et nuisent aux travailleurs du Québec et d'ailleurs. Une économie canadienne et québécoise forte ne peut exister qu'avec le respect des droits fondamentaux des travailleurs à s'organiser. Cette plainte est une étape nécessaire vers la redevabilité », selon la directrice générale d'Oxfam-Québec, Béatrice Vaugrante.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Résistons aux attaques de la CAQ
Lors de son élection en 2018, marquant le tout premier mandat de la Coalition Avenir Québec (CAQ) comme gouvernement, le premier ministre François Legault affirmait haut et fort vouloir faire de l'éducation « la priorité des priorités [sic] ». Il n'a cessé de marteler ce message depuis. Cet engagement ambitieux a nourri l'espoir d'un véritable renouveau chez plusieurs citoyennes et citoyens, en particulier chez les parents et le personnel enseignant du réseau public. Mais qu'en est-il aujourd'hui concrètement ?
François Legault, le 28 novembre 2018
« L'heure du redressement national en éducation a sonné. »
Depuis son arrivée au pouvoir, la CAQ a déposé pas moins de huit projets de loi qui auront des répercussions majeures sur le système public d'éducation. Rien que pour l'année 2025, cinq de ces projets ciblant directement les enseignantes et enseignants ainsi que leurs syndicats ont été déposés, du jamais vu dans l'histoire récente du Québec. À la lumière de ces actions, une remise en question s'impose : cette priorité annoncée pour l'éducation s'est-elle réellement traduite en améliorations tangibles pour celles et ceux qui font vivre l'école au quotidien ? Quel était donc ce projet de la CAQ pour l'éducation ?
La CAQ et l'éducation : l'art du « show de boucane »
Plusieurs des projets de loi déposés par le gouvernement visent à encadrer davantage la profession enseignante. Ainsi, la CAQ a choisi son camp : l'autonomie et le jugement professionnels des enseignantes et enseignants sont un danger à limiter.
La CAQ fait également fi des nombreux encadrements légaux qui régissent déjà la profession enseignante et impose des mesures superficielles qui paraissent bien.
Il faut le dire : le gouvernement caquiste excelle dans l'art de façonner ses politiques publiques au gré de l'actualité et des occasions médiatiques. Malheureusement, ses décisions tiennent davantage d'un exercice de relations publiques que d'une véritable vision pour l'école publique et pour le personnel enseignant.
Comme enseignantes ou enseignants, que pouvez-vous faire ?
Suivez les actualités en général, mais en particulier celles de la FAE et de votre syndicat local sur leurs différentes plateformes.
Prévenez vos collègues, partagez l'information, discutez-en avec votre entourage.
Participez et incitez vos collègues à prendre part aux instances, activités et mobilisations syndicales.
C'est en se mobilisant, en se tenant debout collectivement, qu'on arrache des victoires et qu'on ouvre la voie à de véritables changements.
Retrait de la mesure budgétaire 16034 : de la poudre aux yeux ?
Le 22 octobre 2025, la ministre Lebel annonçait le retrait de la mesure budgétaire 16034, soit celle qui chiffrait les compressions en personnels dans le réseau. Malgré ce retrait, la cible en ETC (équivalent temps complet) de chaque centre de services scolaire (CSS) demeure : la ministre en réitère même l'importance en vue d'un hypothétique réinvestissement.
Résistons aux attaques de la CAQ : télécharger la brochure
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

« Nous avons besoin d’un programme massif de désembourgeoisement » : Avi Lewis sur la reconstruction des services publics au Canada
Aujourd'hui, Lewis cherche à mettre son énergie militante au service du Parlement. Il s'est opposé à être présenté comme un candidat « vedette », préférant présenter sa candidature comme s'inscrivant dans un effort plus large visant à apporter une véritable transformation structurelle. Son programme repose sur de grandes idées : la propriété publique, un New Deal vert ancré dans la justice et une vision renouvelée de la gauche qui relie le militantisme de base à la politique partisane.
Tiré de Canadian dimension
17 novembre 2025
J'ai été ravi de m'asseoir avec Lewis pour discuter de sa campagne, de sa vision pour le Canada et de ses projets pour le parti. Si les défis auxquels le NPD est confronté sont réels et importants, la feuille de route de Lewis offre une orientation claire qui pourrait bien séduire de nombreux membres du parti et les membres de la gauche canadienne qui ne font pas partie du parti.
Christo Aivalis : À bien des égards, Mark Carney n'a pas été à la hauteur de ses propos musclés à l'encontre de Donald Trump, choisissant en fait de s'aligner sur lui dans des domaines politiques clés, tant au niveau international que national. Comment un NPD dirigé par Lewis répondrait-il plus efficacement à la menace Trump ?
Avi Lewis : Je pense que l'on peut considérer toute la période Carney jusqu'à présent, y compris et surtout le budget, comme une série de concessions faites à l'administration Trump. Il a réduit les dépenses publiques tout en engageant des dépenses de défense à des niveaux presque surréalistes. Il a même lancé l'idée fantaisiste du Golden Dome. Les changements en cours dans notre pays sous Carney sont donc gigantesques. Et je pense que le travail principal du NPD consiste à les nommer et à définir la direction que prend le pays par opposition à celle qu'il devrait prendre pour répondre à la menace économique des États-Unis.
Les conservateurs sont particulièrement incapables de le faire, car ils sont fondamentalement d'accord. Et le fossé entre les conservateurs et les libéraux n'a jamais été aussi étroit depuis une génération. Ce que nous devons vraiment faire pour faire face à la menace des États-Unis, c'est redoubler d'efforts pour préserver ce qui fait du Canada le Canada. Je pense que la population canadienne est prête pour de grands changements, pour des projets de construction nationale, pour la souveraineté économique. Le problème, c'est que nous redoublons d'efforts pour réaliser de grands projets industriels. Je ne suis pas du tout contre le développement industriel. Je crois, par exemple, à la propriété publique des mines de minéraux essentiels. Mais nous négligeons complètement l'urgence quotidienne des gens qui essaient simplement de survivre dans une économie impossible, et le potentiel des projets de construction nationale qui améliorent réellement la vie des gens est presque illimité en cette période, surtout quand tant d'argent public est soudainement devenu, apparemment, disponible.
Prenons le secteur des soins : plus de trois millions de personnes travaillent dans les domaines de la santé, de l'éducation, des soins de longue durée et de la garde d'enfants. Ces travailleuses et travailleurs essentiels, sous-estimé·es et sous-payé·es, constituent le tissu conjonctif même de la société. Ils renforcent directement le pays, contribuent à l'activité économique et servent les travailleurs et travailleuses les moins bien payé·es dans les domaines les plus valorisés. Ils et elles sont absent·es de cette conversation. Et pourtant, ils et elles incarnent la tradition la plus profonde du NPD : lutter pour les soins de santé, lutter pour des services publics universels, lutter pour les travailleuses et travailleurs les plus sous-estimé·es, sous-payé·es et marginalisé·es. Je pense donc qu'il y a beaucoup de détails à approfondir, mais la direction que prendrait le NPD pour le Canada est claire, contrairement à la voie choisie par Carney, qui semble vouée à l'échec.
Vous avez souvent évoqué la nécessité d'accroître la propriété publique. Expliquez-nous votre vision à ce sujet et comment elle peut être mise en œuvre pour obtenir des résultats pour la classe ouvrière canadienne.
Soyons concrets. La semaine dernière, je me trouvais à l'usine New Flyer de Winnipeg. C'est l'une des deux seules usines du pays qui fabriquent des bus électriques. J'ai discuté avec Mike, le représentant syndical d'UNIFOR sur le terrain. Il travaille dans cette usine depuis 30 ans. Il m'a parlé de la fierté et de l'ambiance qui règnent dans l'usine depuis qu'ils ont commencé à fabriquer des véhicules électriques entièrement à partir de matériaux et de pièces canadiennes. Ils ont 13,5 milliards de dollars de commandes en attente d'être honorées, ce qui représente une demande énorme et plusieurs années d'attente pour les autobus électriques destinés aux municipalités de tout le pays. Ils fabriquent les pièces dans l'usine, puis les transfèrent vers la chaîne d'assemblage pour en faire des autobus. Il s'agit donc d'une fabrication d'autobus de A à Z, réalisée avec de l'acier canadien.
C'est un modèle qui nous permet de protéger notre économie contre les droits de douane, de retrouver notre indépendance économique dans des secteurs clés, de réduire considérablement les émissions grâce à des véhicules zéro émission et de créer des emplois syndiqués en utilisant de l'acier canadien. Si c'était une guerre, nous agirions plus rapidement. Et si vous le faisiez parce que nous sommes en situation d'urgence, nous sommes attaqué·es par notre plus grand partenaire commercial. Et nous devons agir rapidement. Nous devons créer rapidement des emplois syndiqués. Nous devons utiliser rapidement des matériaux canadiens. Nous devons réduire rapidement les émissions. Le gouvernement fédéral interviendrait alors pour que cela se réalise. Êtes-vous en train de me dire que nous ne pouvons pas le faire ? Avoir des autobus électriques appartenant à l'État, avec une urgence accélérée comme en temps de guerre, qui créeraient tous ces emplois, réduiraient les émissions, relieraient les communautés et utiliseraient de l'acier canadien. C'est de cela dont nous parlons.
Un autre élément majeur du socialisme démocratique est la propriété des travailleuses et travailleurs et des coopératives. Comment le NPD dirigé par Lewis facilitera-t-il cela ?
Oh, absolument. Mon premier documentaire, The Take, que j'ai réalisé il y a 20 ans en Argentine, traitait de ce mouvement extraordinaire de travailleuses et travailleurs qui avaient été abandonné·es après le départ des propriétaires de leur usine. Et je pense maintenant à l'usine Stellantis, où des centaines de millions de dollars provenant des gouvernements fédéral et provincial ont été investis pour la rééquiper afin de fabriquer des véhicules électriques. Et puis, l'entreprise décide simplement d'apaiser Trump en rapatriant les emplois aux États-Unis. Nous devrions dire : « Ciao, au revoir ! Nous gardons tout ce que nous avons payé. » Et une usine comme celle-là pourrait être gérée comme une coopérative démocratique de travailleuses et travailleurs. Et je pense que la démocratisation de l'économie est, bien sûr, au cœur d'une approche socialiste démocratique. Il existe de nombreux cas où une entreprise fait faillite parce que les capitaux ont fui ou qu'elle a été rachetée par des fonds privés. Dans ces situations, il est facile, sur le plan législatif, de faire de la propriété des travailleuses et travailleurs la première option en cas de faillite lorsqu'il est dans l'intérêt public de maintenir les emplois, comme cela a été fait dans d'autres pays. On peut en fait transformer une catastrophe dans une communauté en une incroyable réussite. C'est une mesure concrète qui encouragerait cela dans l'économie, et je l'ai toujours soutenue.
De nombreux Canadien·nes de gauche ont vu en Zohran Mamdani, le maire élu de New York, un modèle potentiel pour le NPD. Mamdani a remporté les dernières élections en promettant d'améliorer l'accessibilité financière et les services publics. Comment comptez-vous faire de même ? Vous savez, je repense à quelque chose qu'un ami m'a dit récemment à propos des transports publics. La destruction intentionnelle de nos services publics essentiels a pour effet de rappeler aux gens leur impuissance. C'est la « merdification », pour reprendre l'expression de Cory Doctorow, que le capitalisme tardif a infligée à nos activités quotidiennes. Nous avons besoin d'un programme massif de « déshitification » (désembourgeoisement). Les choses qui sont publiques devraient être belles, devraient être fonctionnelles. Elles représentent notre aspiration collective et notre expérience quotidienne. Pourquoi pensons-nous que le service postal devrait être rentable ? Le service d'ambulance est-il rentable ? La police fait-elle des profits ? Postes Canada devrait être une entreprise publique qui fournit réellement le service essentiel de connexion numérique du XXIe siècle entre les Canadien·nes. Et ces choses devraient se faire sans friction. Elles le peuvent absolument. Nous sommes capables de choses incroyables, la question est de savoir « par qui et pour qui ». Le public doit être replacé au centre, car c'est la valeur socialiste ultime qui, selon moi, va bien au-delà de l'idéologie et de tout le jargon qui y est associé.
Toutes ces questions dont nous parlons dans le cadre de l'urgence liée au coût de la vie sont directement liées aux grands problèmes systémiques, et c'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur ce point, car les solutions des options publiques pour l'alimentation, les téléphones et l'internet, le rôle du public dans le logement et la construction massive de logements non marchands, de logements à but non lucratif, de logements avec services de soutien — voilà comment nous touchons les gens avec des idées coopératives ambitieuses qui touchent leur vie quotidienne.
Certains membres s'inquiètent du fait que vous n'avez pas de siège. Si vous devenez chef, avez-vous une stratégie pour entrer au Parlement ?
Je me réjouis de cette question, car je me suis présenté deux fois dans des circonscriptions où le NPD n'avait jamais gagné, dans des endroits où je vis et où je me sens profondément ancré dans la communauté. Je pense que je dois entrer à la Chambre des communes le plus rapidement possible si j'ai la chance de gagner. Mais nous sommes dans un Parlement minoritaire où il y a déjà eu des changements d'allégeance et quelques départs à la retraite. Je suis ouvert à tout siège qui peut être remporté dans le pays.
Une chose que je ne pense pas faire, c'est demander à l'un des Magnificent Seven, le caucus actuel, héroïque et en difficulté, de démissionner. Quand vous avez un caucus de 25, 50 ou 150 membres, c'est une chose, mais quand vous n'avez que sept personnes, vous n'allez pas demander à l'une d'entre elles de se retirer. Mais, évidemment, vous devez comprendre qu'une fois que vous avez remporté la direction du parti et que vous essayez de le reconstruire, vous devez entrer à la Chambre des communes.
Nous devons rembourser la dette de la dernière élection avant de pouvoir emprunter à nouveau pour nous lancer dans une autre. La route sera difficile pour le NPD. Je pense que personne ne devrait enjoliver la situation. Cependant, je crois que le parti peut revenir en force et je pense que notre soutien commence déjà à croître à nouveau. Et je pense qu'avec un nouveau leader et une nouvelle approche, nous pourrions revenir assez rapidement. Nous avons beaucoup de travail à faire au niveau de la démocratisation de nos propres processus internes, pour rétablir la confiance et l'enthousiasme au sein de notre base, ce à quoi contribue, je pense, la course à la direction, mais cela doit être la priorité numéro un au lendemain du congrès de Winnipeg.
L'un des problèmes liés à la course à la direction est le manque de maîtrise approfondie de la langue française. Qu'avez-vous fait pour améliorer la situation à cet égard ?
Je parle tous les jours en français avec les membres de mon équipe et je travaille dur pour m'améliorer. C'est beaucoup à gérer pendant une campagne à la direction, mais je suis confiant car le français est ma troisième langue. J'ai appris l'espagnol à l'âge adulte, lorsque j'ai tourné mon premier film en Argentine il y a 20 ans. C'est juste une question de temps. Ce que je dois vraiment faire, c'est vivre au Québec, ce que j'ai hâte de faire. J'aimerais m'immerger dans la culture et la langue québécoises pendant trois ou quatre mois, et si j'avais trois ou quatre mois pour vivre en français, je pense que je pourrais atteindre un niveau de bilinguisme.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Sommet du G20 : une occasion d’attaquer de front la crise des inégalités, souligne Oxfam
Le 20 novembre 2025 — La fortune des milliardaires des pays du G20 a augmenté de 2200 milliards de dollars en seulement un an, ce qui aurait largement suffi à sortir 3,8 milliards de personnes de la pauvreté, révèlent des données compilées par Oxfam à l'approche du sommet du G20 en Afrique du Sud.
La présidence sud-africaine du G20, qui a fait de la lutte contre les inégalités un thème central cette année, a commandé la toute première analyse du G20 sur les inégalités afin de conseiller les dirigeants. Le Comité extraordinaire d'experts indépendants du G20 sur les inégalités mondiales, dirigé par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, a mis en évidence une « urgence en matière d'inégalités ».
Selon ce comité, depuis l'an 2000, les 1 % les plus riches ont accaparé 41 cents de chaque nouveau dollar créé par l'économie mondiale, tandis que la moitié la plus pauvre de l'humanité n'a reçu qu'un seul cent par dollar créé.
Le comité souligne les nombreux dommages que ces inégalités causent à l'humanité et à la planète, entraînant d'énormes difficultés économiques pour la majorité, tout en alimentant la polarisation politique et l'érosion des démocraties.
Oxfam salue la recommandation du comité de créer un nouveau panel international sur les inégalités qui jouerait un rôle similaire à celui du GIEC sur la crise climatique. Un tel panel apporterait la même rigueur scientifique et la même détermination pour mener des actions urgentes afin de remédier à la crise des inégalités.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a appelé les autres pays du G20 à soutenir le rapport Stiglitz et ses recommandations.
Le Canada doit répondre à l'appel
« L'Afrique du Sud place le G20 devant un test moral, et le Canada doit y répondre avec courage », plaide Julie McClatchie, chargée de politiques publiques et de plaidoyer chez Oxfam-Québec.
« Ottawa a la chance de défendre un virage mondial vers la taxation équitable des plus riches et la réduction des écarts de richesse, entre autres en soutenant la création d'un panel international sur les inégalités. Les chiffres sont clairs, les solutions existent ; ce qui manque, c'est la volonté politique d'agir. Le Canada doit montrer qu'il est prêt à choisir la solidarité plutôt que le statu quo. »
Le Canada n'est pas épargné par l'accroissement des inégalités.
* Les personnes formant le 1% des plus riches au pays détiennent une fortune de près de 1250 milliards de dollars, soit presque autant que ce que possède 80% de la population canadienne la moins riche.
* En 2024, la fortune combinée des 65 milliardaires canadiens s'est accrue de 309 millions de dollars par jour, soit près de 500 milliards en une année.
* La tendance ne semble pas près de s'inverser : 11 nouveaux milliardaires se sont ajoutés au pays en 2025, pour un total de 76.
Le sommet du G20 intervient à un moment de grands bouleversements géopolitiques. Si les États-Unis brillent par leur absence aux réunions de cette semaine, leur gouvernement a défendu des politiques destructrices – des droits de douane inconsidérés aux allégements fiscaux régressifs, en passant par les coupes dans l'aide internationale – qui exacerbent les inégalités tant aux États-Unis qu'à l'échelle internationale.
Les autres pays du G20 ont une réelle occasion de prendre des engagements durables dans la direction opposée pour réduire les inégalités, en misant sur des règles internationales et une coopération qui servent les intérêts des personnes ordinaires plutôt que ceux des oligarques mondiaux.
Oxfam appelle les dirigeants du G20 à renouveler leur engagement en faveur d'une imposition efficace des personnes très riches, convenu lors du sommet du G20 de l'an dernier au Brésil, et à le traduire en actions concrètes.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

La délégation jeunesse de l’AQOCI appelle à l’adoption d’un accord ambitieux à la COP30 de Belém
Montréal, le 18 novembre 2025 - Alors que la COP30 entre dans sa phase finale, les jeunes délégué·es de l'AQOCI exhortent les États à faire preuve d'ambition et à concrétiser leurs engagements pour la justice climatique.
La délégation jeunesse de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) qui participe à la COP30 à Belém souhaite attirer l'attention des décideur·euses sur des enjeux cruciaux à quelques jours de la conclusion des négociations climatiques.
Au cours de la dernière semaine, la délégation jeunesse de l'AQOCI a participé activement à de nombreuses activités au Sommet des peuples et à la COP30, et en menant un plaidoyer auprès des décideur·euses du Québec et du Canada en faveur de la justice climatique. À quelques jours de la fin de la COP, nous souhaitons réitérer l'importance pour les États de faire preuve d'ambition et pour le Canada de jouer un rôle constructif dans le dernier droit des négociations.
La délégation jeunesse de l'AQOCI appelle les États à adopter un accord ambitieux qui réponde véritablement à l'urgence climatique. Cet accord doit inclure des engagements concrets en matière de réduction des émissions, de financement climatique et de protection des droits des communautés les plus affectées, particulièrement celles du Sud global.
« Il est nécessaire que le Canada défende l'adoption d'un nouveau Plan d'action sur l'égalité des genres (GAP) qui soit véritablement ambitieux et transformateur. Ce Plan doit tre intersectionnel, reconnaissant explicitement l'oppression des femmes autochtones et des personnes de genre divers, et doit bénéficier de mécanismes de financement adéquats afin de répondre aux besoins des communautés locales », souligne Marie-Jeanne Eid, membre de la délégation.
Samuel Rainville, également membre de la délégation, observe que « la présence militaire disproportionnée que l'on observe à la COP contraste fortement avec la force inspirante des défenseurs autochtones, qui affirment leurs droits avec conviction et par des messages porteurs d'espoir. » Il est essentiel d'assurer leur participation pleine, équitable, inclusive et
effective au sein des décisions climatiques mondiales.
La délégation insiste sur la responsabilité particulière des pays industrialisés, dont le Canada, dans la mise en œuvre de solutions justes et équitables. « Le Canada fait partie des 10 pays les plus émetteurs du monde et a donc une responsabilité de s'engager f inancièrement pour compenser ses impacts de manière juste et inclusive. Ce financement doit se traduire également par des mécanismes qui ont un impact réel à l'échelle locale. C'est aussi ça, la justice climatique », affirme Frédérique Malecki.
Pour Cathy Hu, cette COP représente à la fois des défis et des opportunités : « Pour deux
semaines, Belém s'est transformé en microcosme du monde environnemental. Inondée de
contradictions, et séchée de véritables solutions. La COP30 représente l'éco-espoir du monde diplomatique et l'écoanxiété de la jeunesse engagée. À nous de façonner notre impact vers la bonne direction en ramenant la jeunesse autour des tables de décision en premier au Québec : par la création d'un comité-conseil jeunesse permanent sur l'environnement à l'Assemblée nationale. »
Enfin, l'AQOCI s'attend à ce que le Canada démontre un leadership concret en appuyant fermement la création du mécanisme d'action de Belém pour une transition juste afin de garantir que personne ne soit laissé pour compte dans la transformation de nos économies
vers la carboneutralité.
La délégation jeunesse de l'AQOCI appelle les négociateurs et négociatrices à faire preuve
de courage politique et à placer la justice climatique au cœur de l'accord final. Le temps
des demi-mesures est révolu – l'heure est à l'action climatique ambitieuse, inclusive et transformatrice.
L'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) créée en 976, regroupe plus de 70 organismes de 14 régions du Québec qui œuvrent, à l'étranger et localement, pour un développement durable et humain. L'AQOCI a pour mission de soutenir le travail de ses membres ainsi que leurs initiatives en faveur de la solidarité internationale. En s'appuyant sur la force de son réseau, l'AQOCI œuvre à l'éradication de la pauvreté et à la construction d'un monde basé sur des principes de justice, d'inclusion, d'égalité et de respect des droits humains. www.aqoci.qc.ca
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

19 octobre 2025 : Une virée à vélo qui dérange Enbridge et Valéro
Au moment où le gouvernement de Mark Carney relance la promotion des énergies fossiles et des pipelines, des écologistes cherchent au contraire à rappeler l'urgence de fixer une date rapprochée pour la fermeture des infrastructures existantes.
de Alain Mignault
Le 19 octobre 2025 marquait ainsi le troisième anniversaire du blocage du pipeline 9B d'Enbridge par le Collectif Antigone — un geste qui avait exposé les risques posés par un vieux tuyau rouillé transportant jusqu'à 300 000 barils par jour de pétrole sale de l'Ouest vers Montréal. Ce pipeline menace l'eau potable, la biodiversité et les communautés autochtones, tout en contribuant à l'aggravation de la crise climatique.
C'était aussi le deuxième anniversaire de l'ultimatum lancé par notre collectif, Le vivant se défend, au gouvernement fédéral et à Enbridge : fermer la ligne 9B d'ici 2030, réduire son débit chaque année et rendre publiques les fuites. Faute de quoi, chaque 19 octobre deviendra une journée d'action perturbatrice jusqu'en 2030.
Répression et détermination
Depuis deux ans, la répression contre les activistes climatiques s'intensifie : emprisonnement des militant·es du pont Jacques-Cartier, procès du Collectif Antigone où la défense de nécessité a été rejetée, peine d'emprisonnement à domicile pour un militant. Le message est clair : la désobéissance civile écologique est désormais traitée comme une menace.
Puisque nous avions promis d'agir, nous avons choisi cette année d'organiser une masse critique à vélo pour aller livrer l'ultimatum à Enbridge, malgré une tension palpable.
Une escorte policière présidentielle
Le matin venu, nous étions une trentaine de cyclistes… mais davantage de policiers. Contre toute attente, la police a bloqué la rue Sherbrooke dans les deux sens pour nous laisser passer. Une « piste cyclable » improvisée large comme quatre voies, le vent dans le dos et la musique entraînante d'un camarade : un moment étrange, entre liberté et surveillance.
Plus de policiers que de manifestant-es au métro Honoré-Beaugrand. Photo : Anonyme.
Les cyclistes se préparent au métro Honoré-Beaugrand. Photo : Anonyme.
Les quatre voies sont bloquées sur la rue Sherbrooke dans le quartier des raffineries. Photo : Anonyme.
Rue Marien : la police bloque Valéro
Arrivés sur la rue Marien — où 500 camions-citernes par jour viennent chercher du pétrole raffiné — les policiers bloquaient l'entrée du terminal. Pour nous… mais aussi pour les camions. Résultat : un blocage involontaire mais bien réel, représentant environ 1,6 million de dollars l'heure pour Valéro. Nous avons savouré ce moment rare où la police bloque elle-même l'industrie pétrolière.
La police bloque l'entrée du terminal de Valéro sur la rue Marien soit l'endroit où 500 camions par jour sont ravitaillés. Photo : Alain Mignault.
Alain Mignault explique que les policiers bloquent d'eux-mêmes l'entrée des camions citernes au terminal de Valéro sur la rue Marien. Photo : Anonyme.
Devant les bureaux d'Enbridge, un cordon policier nous barrait l'accès. Nous avons signé l'ultimatum, pris une photo de groupe et chanté On lâche rien. Un policier nous a même laissé installer notre panneau sur la clôture, non sans humour : « Vous pensez qu'il va rester 15 minutes ? » — « Vous êtes optimistes ! »
Les manifestant-es signent l'Ultimatum. Photo : Anonyme.
Les policiers ont laissé passer une personne pour accrocher l'Ultimatum à l'entrée d'Enbridge. Photo : Alain Mignault.
Groupe de cyclistes qui ont livré l'Ultimatum à Enbridge sur la rue Broadway à Montréal-Nord. Photo : Anonyme.
Une dystopie tranquille
Deux rangées de policiers, une ambulance, possiblement des caméras à reconnaissance faciale : pour une simple trentaine de cyclistes, le dispositif frisait l'absurde. Mais il disait quelque chose : protester contre l'industrie pétrolière dérange — même pacifiquement, même à vélo.
Deux cordons policiers devant nous au bureau d'Enbridge. Photo : Alain Mignault.
La délégation policière suivant les manifestants sur Broadway au bureau d'Enbridge : remarquez l'ambulance... Photo : anonyme.
On a tenu parole
Le retour fut plus chaotique, la police ne bloquant qu'une seule voie cette fois. Mais nous sommes arrivés sans encombre. Et surtout, nous avons tenu parole : livrer l'ultimatum, montrer que la lutte continue, et rappeler que même une trentaine de cyclistes peuvent perturber, un instant, le flux du pétrole.
Le vivant se défend !
« Alain Mignault est chercheur en psychologie de formation et militant écologiste. Depuis 2016, il s'oppose activement au pipeline 9B d'Enbridge et a cofondé le collectif Le vivant se défend en 2023. Il donne régulièrement des conférences de vulgarisation sur les énergies fossiles. »

Un mois est déjà passé depuis le 18 octobre !
Ce que nous dénonçons :
– Le continuum de la violence envers les filles et les femmes toutes les formes de vilence sexiste générées par le système patriarcal dont la forme ultime est le féminicide
– les discriminations qui font violence aux femmes à la croisée des systèmes d'oppressions
– l'industrie de la guerre et de l'armement en complicité avec les gouvernements qui amplifient les violences envers les femmes
La pauvreté qui représente une violence systémique
– l'appauvrissement généré par la division sexuelle et genrée du travail de même que par la non-reconnaissance du travail invisible, ici comme ailleurs
– tous les préjugés qui portent atteinte à la dignité des filles, des femmes et de toute personne
– les choix politiques qui nuisent à la redistribution de la richesse et qui promeuvent la privatisation des services publics
la crise climatique et de l'effondrement de la biodiversité
– le capitalisme comme responsable qui agit au détriment de la santé et de la vie des populations et celles des prochaines générations
– le pouvoir des entreprises transnationales et nationales et leurs impacts négatifs sur le quotidien des femmes, sur la démocratie et l'environnement
– Les choix d'actions gouvernementales pour la défense de la biodiversité et du climat en connivence avec les intérêts des entreprises au détriment du bien commun commun
CE POURQUOI NOUS MARCHONS
Nous marchons pour
– Le droit des filles et des femmes de vivre en paix et en sécurité ;
– Le droit des filles et des femmes de pouvoir faire leurs propres choix libres et éclairés et que ceux-ci soient respectés ;
– Le droit à un revenu décent garantissant une autonomie économique aux femmes pour vivre dans la dignité ;
– Le droit à un accès gratuit et universel à des services publics de qualité, notamment en santé et services sociaux, en éducation, etc.
– Le droit de vivre dans un environnement sain et respectueux des humains, des communautés et de la biodiversité ;
UNE SOCIÉTÉ BASÉE SUR LES VALEURS FÉMINISTES QUI PLACE L'ÉCONOMIE AU SERVICE DU VIVANT
Tiré de l'infolettre de la
Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes CQMMF
19 novembre 2025
Le 18 octobre, nous étions des milliers dans les rues de Québec. Mais ce que nous avons vécu, c'était bien plus qu'un événement isolé : c'était un moment phare, une action parmi d'autres, inscrite dans un mouvement mondial, féministe, historique et profondément vivant.
La Marche mondiale des femmes (MMF), ce n'est pas le nom à la marche à laquelle nous avons participé. La Marche mondiale des femmes, c'est le nom d'un mouvement. Un mouvement international, présent sur tous les continents, animé par des femmes organisées qui analysent, dénoncent et créent des alternatives.
✨Au Québec, cette 6e action internationale a débuté le 8 mars, lors du lancement national en Montérégie.
✨Elle s'est poursuivie avec des actions, des ateliers, des prises de position, un village féministe, des mobilisations régionales et locales et la création d'une immense courtepointe.
✨Elle s'est incarnée dans l'organisation collective, les rencontres, les analyses, et dans chaque geste posé par les groupes et les militantes tout au long de l'année.
Vous vous demandez aussi ce que vous avez vécu ?
Nous avons participé à quelque chose de beaucoup plus grand que nous : un mouvement qui s'attaque aux violences, à la pauvreté, au pillage des ressources, au racisme, au colonialisme, au sexisme, et à toutes les formes d'injustice qui traversent nos vies.
Nous avons vécu un moment de solidarité, de convergence des luttes. Nous avons uni nos voix et créé un souffle commun. C'était exaltant, vivifiant, émouvant, inspirant — un de ces instants où l'on sent que nous faisons partie d'un mouvement transformateur. Que nous avons une force collective !
Une mobilisation de la Marche mondiale des femmes, ça marque… et disons-le franchement : on n'en sort jamais tout à fait indemne — c'est ce qu'il y a de plus beau. 💜✊
La Marche mondiale des femmes ailleurs dans le monde
Nous vous présentons un petit apperçu des différentes mobilisations qui ont eu lieu un peu partout dans le monde dans le cadre de la 6e action de la Marche mondiale des femmes.
Les actions ont été lancé au Sahara occidental et devaient se clore au Népal avant que l'action soit annulée en raison de la conjoncture au pays.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre

Le thème de la 16e campagne des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes : Même monde, mêmes luttes, mêmes espoirs
La lutte contre les violences faites aux femmes et personnes de la diversité de genre est un combat qui ne se limite pas aux frontières. Les femmes, les filles et les personnes de la diversité sexuelle et de genre sont toujours et resteront toujours des victimes collatérales du recul des droits civils et humains notamment en temps de guerres et génocides.
Ces réalités qui nous semblent parfois lointaines sont pourtant interdépendantes des nôtres et viennent influencer la vie politique et sociale locale. La solidarité et le combat dans l'unité permettent de nourrir ce même espoir de sécurité et de paix.
Luttons tous et toutes ensemble. 🌎
👉Rejoignez-nous en proposant votre événement sur notre calendrier de la campagne des 12 jours d'action. https://www.12joursdaction.com/programmation-2025.
👉Pour consulter tous les outils de la campagne, rendez-vous sur le site !
👉Le 6 décembre aura lieu notre commémoration annuelle en l'honneur des 14 victimes de la tuerie de Polytechnique.
Page Facebook de la campagne.
Merci à la créatrice @studiochaimae pour les visuels de cette année.
Ce projet a été financé par le gouvernement du Québec/Secrétariat à la condition féminine.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.


























