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La pollution des industries en Abitibi-Témiscamingue

16 avril, par MédiAT — , ,
22 mars 2024 | AMOS | https://mediat.ca - Une émission d'intérêt public où autour d'une table ronde, un panel discute d'un sujet qui implique des enjeux en (...)

22 mars 2024 | AMOS | https://mediat.ca -

Une émission d'intérêt public où autour d'une table ronde, un panel discute d'un sujet qui implique des enjeux en Abitibi-Témiscamingue.

Cette semaine, nous discutons de la pollution des industries en Abitibi-Témiscamingue.

Le panel de la semaine est : Guylaine Beauchemin, animatrice/productrice, Christian Péloquin, journaliste et Marc Nantel, porte-parole du regroupement Vigilance (Revimat).

Le travail d’entrepôt chez Amazon : un travail à hauts risques

16 avril, par Félix Lapan, Virginie Robert — ,
Avec l'essor du commerce électronique, l'entreprise Amazon a connu une croissance continue de ses activités qui n'a pas ralenti avec la pandémie, bien au contraire. La (...)

Avec l'essor du commerce électronique, l'entreprise Amazon a connu une croissance continue de ses activités qui n'a pas ralenti avec la pandémie, bien au contraire. La multinationale a réussi à se positionner stratégiquement avec l'expansion du commerce en ligne. Cette croissance s'est évidemment accompagnée de l'ouverture de nombreux entrepôts et de centres de distribution partout dans le monde, notamment en Amérique du Nord. La grande région de Montréal en accueille plusieurs, dans lesquels sont à l'œuvre des centaines de travailleuses et de travailleurs chaque jour. Non syndiqués, ces travailleuses et travailleurs, souvent à statut précaire, sont soumis à des conditions de travail physiquement très exigeantes qui entrainent leur lot d'accidents et de maladies du travail. Les pratiques productivistes de l'entreprise semblent en effet faire bien peu de cas de la santé et la sécurité du travail.

Printemps 2024 | tiré du journal de l'UTTAM
https://uttam.quebec/journal/journal_printemps_2024_no3.pdf

Comme nous le verrons dans ce dossier, la prospérité de cette multinationale est en bonne partie tributaire des conditions de travail calamiteuses qu'elle impose à ses employés et de certaines pratiques douteuses en santé et sécurité du travail. Nous nous pencherons d'abord sur les exigences du travail d'entrepôt dans cette entreprise et les risques auxquels sont exposés les travailleuses et travailleurs. Nous examinerons ensuite les tactiques qu' utilise pour entraver la reconnaissance des lésions professionnelles.

Le travail d'entrepôt : un travail pénible, exigeant et dangereux

Un récent projet de recherche, mené conjointement par le Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l'emploi, la pauvreté et la protection sociale (GIREPS), le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI) et l'Association des travailleurs et travailleuses d'agence de placement (ATTAP) a brossé un portrait saisissant du travail dans le secteur de l'entreposage à Montréal.

Au terme d'une recherche-action centrée sur la réalité des travailleuses et travailleurs des entrepôts d'Amazon et de Dollarama, les chercheuses et chercheurs ont publié un rapport qui met en lumière de nombreux problèmes liés aux conditions de travail qui prévalent dans ces entreprises. Sorti en décembre dernier, ce rapport, intitulé « Mobiliser pour la santé et la sécurité du travail dans les entrepôts : des travailleurs et travailleuses d'agences au taylorisme numérique », est disponible en ligne [1] . Notre dossier découle à la fois des infor mations qu'on retrouve dans le rapport de ce projet de recherche et de témoignages que des travailleuses et des travailleurs d'entrepôts d'Amazon ont confié à l'uttam.

Des tâches et horaires qui épuisent les travailleuses et travailleurs

Le travail d'entrepôt est connu pour être associé à un risque élevé de blessures et de troubles musculosquelettiques. Chez ?mazon, les tâches et les horaires éreintants participent au problème et augmentent les risques auxquels sont exposés les travailleuses et travailleurs. Au total, plus des deux tiers (69,7 %) des travailleuses et travailleurs d' ?mazon interrogés dans le cadre de la recherche du GIREPS ont d'ailleurs déclaré que les horaires de travail de l'entreprise nuisent à leur santé. [2]

La formule la plus répandue pour les horaires de travail en vigueur dans les entrepôts d'Amazon prévoit 4 journées de 10 heures par semaine (soit 2 quarts de travail de 5 heures chacun par jour pendant 4 jours), auxquelles s'ajoute une 5e journée de 10 heures dans les périodes de pointe (période des Fêtes, par exemple). Les travailleuses et travailleurs peuvent d'ailleurs être tenus, par contrat, de travailler les fins de semaine et les jours fériés, surtout dans les périodes de fort achalandage (comme les « Prime Day », par exemple). À ceci, s'ajoute du temps supplémentaire « volontaire », mais que les travailleuses et travailleurs ne se sentent souvent pas en position de refuser. Le travail s'exécute en étant continuellement debout et les temps de repos pendant un quart de travail sont minimaux.

De tels horaires, qui impliquent de longues heures consécutives de travail physique, sont éreintants. À mesure que les heures passent, les travailleuses et travailleurs ressentent de plus en plus de fatigue physique pendant la journée. Plusieurs rapportent ressentir de la fatigue chronique ou de l'épuisement, après quelques mois de travail, et les journées de congé s'avèrent généralement insuffisantes pour rattraper la fatigue accumulée. Il semble que ce soit particulièrement vrai pour les travailleuses et travailleurs qui font les quarts de travail de nuit. Ce sentiment de fatigue ou d'épuisement entraine une diminution de la vigilance qui implique un risque accru d'incidents pouvant causer une blessure et une augmentation de la vulnérabilité face aux troubles musculosquelettiques. Enfin, le sentiment d'épuisement rend les travailleuses et travailleurs plus sensibles au stress et aux détresses psychologiques. Plusieurs se plaignent de ne plus avoir d'énergie pour quoi que ce soit d'autre, après leurs longues heures de travail, qu'il s'agisse de participer à un programme de francisation, de s'occuper de tâches domestiques ou de passer du temps de qualité avec leur famille.

De multiples risques de blessure

Les travailleuses et travailleurs identifient plusieurs risques auxquels ils sont exposés au travail et qui ont un impact direct sur leur santé. Une majorité (51,7 %) des travailleuses et travailleurs d' ?mazon interrogés dans le cadre de la recherche déclare en effet que leur état de santé s'est effectivement détérioré à cause de leur emploi, après en moyenne 13 mois et demi de travail [3] . Les salariés rapportent de la fatigue ou de l'épuisement, des douleurs aux jambes, aux pieds, au dos, au cou et aux membres supérieurs, ainsi que de l'anxiété ou de la dépression et de nombreux autres problèmes de santé. Deux travailleuses ou travailleurs sur trois (66,6 %) estiment par ailleurs que ce n'est qu'une question de temps avant que des douleurs ou de la fatigue ne les forcent à s'absenter du travail ou à quitter leur emploi. [4]

Le travail d'entrepôt implique aussi beaucoup de manipulations de charges, parfois lourdes, et souvent répétées. Des colis manipulés en vitesse, parce que l'employeur exige du rendement, sont souvent saisis dans des postures non ergonomiques. Certaines charges dépassent les vingt kilos et leur manutention dans une mauvaise posture pose un risque élevé de blessure. À elle seule, la répétition des gestes et des manipulations finit par entrainer des douleurs musculosquelettiques pour une grande proportion des travailleuses et travailleurs.

Des travailleuses et des travailleurs se blessent aussi en circulant dans l'entrepôt quand les lieux sont encombrés, lors de chutes d'objets ou en étant frappés par un équipement mobile. Parfois, des doigts se coincent entre des équipements et des colis ou des blessures surviennent quand la main d'une travailleuse ou d'un travailleur est écrasée entre les rouleaux d'une machine. D'autres rapportent des événements liés à des produits potentiellement toxiques qui se sont accidentellement répandus dans l'air sans que l'employeur n'agisse pour assurer la sécurité des travailleuses et travailleurs exposés. D'autres contraintes liées à l'environnement de travail, telles que la chaleur l'été, le froid en hiver et le bruit constant et élevé dans l'entrepôt, peuvent également causer des problèmes de santé.

La qualité de la formation offerte aux employés à la suite de leur embauche est très variable. Si elles permettent parfois d'enseigner de bonnes méthodes de travail, notamment pour la manutention, dans les périodes où l'entreprise procède à de très nombreuses embauches sur une courte période, les formations sont souvent expéditives. Les travailleuses et travailleurs qui intègrent un entrepôt après une formation déficiente courent un risque particulièrement élevé de se blesser.

Les pratiques productivistes chez Amazon

Les méthodes qu' ? Amazon utilise pour mesurer la productivité des travailleuses et des travailleurs, et exiger d'eux le maximum de rendement, contribuent aussi grandement aux risques à la santé et à la sécurité. Pour plusieurs postes de travail, dans plusieurs de ses entrepôts, l'entreprise établit des quotas à atteindre, tels qu'un nombre de colis à scanner à l'heure. Les travailleuses et travailleurs qui dépassent leurs objectifs gagnent des « points » qu'ils peuvent éventuellement échanger contre des produits corporatifs « Amazon » gratuits. Au contraire, ceux qui n'atteignent pas les objectifs reçoivent des avertissements et, éventuellement, des sanctions.

Ces systèmes de punitions et récompenses encouragent évidemment le travail à très grande vitesse et la réduction du temps de repos, ce qui augmente les risques pour les travailleuses et travailleurs.

Ce ne sont pas tous les postes de chaque entrepôt qui sont assujettis à de tels quotas. Pour certains postes, il est difficile de quantifier ainsi le rendement. Plusieurs machines imposent elles-mêmes un rythme de travail élevé. L'entreprise utilise aussi d'autres tactiques pour garantir la productivité maximale des salariés, en comptabilisant, par exemple, le temps passé aux toilettes ou le nombre de fois qu'une travailleuse ou un travailleur va boire de l'eau.

Toutes ces pratiques productivistes ne mettent pas seulement en danger la santé physique des employés, elles sont aussi une source importante de stress, selon ce que rapportent un grand nombre de travailleuses et de travailleurs, et contribuent à leur usure sur le plan psychologique.

Quand des travailleuses et travailleurs tentent d'exercer leurs droits à la prévention

Conscients des problèmes de santé et sécurité du travail chez Amazon, des travailleuses et travailleurs de l'entreprise ont tenté, au cours de la dernière année, d'exercer leurs droits dans l'espoir de faire changer les choses. Rappelons que depuis avril 2022, la Loi sur la santé et la sécurité du travail prévoit que dans tous les milieux de travail de 20 salariés ou plus, un comité de santé et de sécurité du travail doit être formé et que des travailleuses et travailleurs doivent être élus par leurs pairs pour y siéger, tout comme une représentante ou représentant des salariés, disposant d'un temps de libération pour faire de la prévention.

Malheureusement, quand des travailleuses et des travailleurs d'entrepôts de la Grande région de Montréal ont tenté de former des comités de santé et de sécurité comme la loi le leur permet, Amazon leur a appris que de tels comités existaient déjà. Les travailleuses et travailleurs siégeant sur ces comités avaient en fait été choisis par l'employeur, sans élection. Quand des travailleuses et travailleurs ont exigé la tenue d'une assemblée pour élire leurs représentants, l'employeur a répliqué en organisant lui-même des élections, sans assemblée. Amazon a plutôt invité les salariés des entrepôts concernés à voter, par un moyen électronique, entre les candidates et candidats sélectionnés par l'entreprise elle-même, ignorant des travailleuses et travailleurs qui avaient manifesté leur intérêt.

Ces pratiques ne sont pas conformes à la loi, qui prévoit que ce sont les travailleuses et travailleurs, et non l'employeur, qui doivent choisir ou élire leurs représentants. Pour les salariés, il est impossible d'avoir confiance en des représentants sélectionnés par l'employeur selon des critères obscures, répondant aux besoins et intérêts de la compagnie.

Face à ces situations, des travailleuses et travailleurs se sont adressés à la CNÉSST, ce qui a conduit à des visites d'inspection de la Commission dans les entrepôts d'Amazon. Une toute récente recherche publiée par l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) [5] a recensé les rapports de ces interventions. Si ces visites ont parfois confirmé qu'Amazon n'avait pas permis la tenue d'assemblée et l'élection des représentantes et représentants en santé et sécurité du travail par les travailleuses et travailleurs, elles n'ont eu que peu de suivis et ont mené à peu de changements concrets jusqu'ici. Tout au plus, l'entreprise a parfois été avertie qu'il faudrait permettre aux travailleuses et travailleurs d'élire des représentants la prochaine fois pour remplacer ceux que la compagnie avait choisis.

Le jeu d'obstruction d'Amazon et la mise en échec des droits des travailleuses et travailleurs

Avec la pénibilité du travail chez Amazon et le peu de soucis de ce géant de l'entreposage pour la santé de ses travailleuses et travailleurs, les lésions professionnelles y sont monnaie courante. Cependant, ce qui ajoute l'insulte à l'injure, c'est qu'Amazon met en place des pratiques et des tactiques de mise en échec des réclamations à la CNÉSST de ses travailleuses et travailleurs et, lorsque cette mise en échec ne fonctionne pas, de judiciarisation du processus de réparation.

Les pratiques et les stratégies relatées ici sont des procédés que nous avons vus être mis en œuvre dans les dossiers de travailleuses et travailleurs que nous avons aidés. Ces pratiques surviennent assez régulièrement pour y voir une stratégie de la part d'Amazon, contrairement à des pratiques isolées. Nous exposerons donc ces pratiques dans l'espoir de préparer les travailleuses et travailleurs à les déjouer et ultimement regagner leurs droits aux soins, aux traitements et aux indemnités.

La stratégie AmCare

Qu'est-ce que AmCare ? Il s'agit du service d'infirmerie industrielle de la compagnie, Amazon Care. Au Québec, le « service » AmCare n'est pas présent dans tous les entrepôts, contrairement aux États-Unis où la pratique semble plus répandue. L'infirmerie a par ailleurs bien mauvaise presse aux États-Unis, avec raison [6]. Amazon y a été mise à l'amende à quelques reprises pour avoir omis de respecter ses obligations en vertu de la Occupational Safety and Health Act, une loi analogue à la Loi sur la santé et la sécurité du travail. C'est notamment l'absence de déclaration dans leur registre des consultations auprès d'AmCare qui leur a valu des amendes [7]. Aux États-Unis, comme au Québec, il semble bien qu'AmCare serve le géant de la même façon : contourner les législations en vigueur et remettre les travailleuses et les travailleurs à la tâche le plus rapidement possible au détriment de leur santé.

Dans les dossiers des travailleuses et travailleurs aidés par l'uttam, l'effet le plus visible d'AmCare est le refus presque systématique des réclamations pour accident du travail. En effet, en misant sur leur position en tant que service d'infirmerie d'usine, le service AmCare prône un retour rapide sur le plancher des travailleuses et travailleurs qui les consultent pour des douleurs liées au travail, tout en négligeant de faire remplir des rapports d'incidents. En fait, AmCare mise à la fois sur sa position d'autorité et sur la méconnaissance des droits de ses travailleuses et travailleurs, afin de rendre toutes futures réclamations presque systématiquement rejetées par la CNÉSST.

Pour illustrer le propos, voici l'exemple d'une situation typique que nous avons vue se jouer dans les dossiers des travailleuses et travailleurs qui réclamaient à la CNÉSST à la suite d'un accident chez Amazon :

La travailleuse ressent une douleur au travail qui devient peu à peu intolérable. Elle informe son chef de ligne et ce dernier lui propose, en premier, un repos temporaire de quelques minutes, tout au plus, qui sera comptabilisé comme son temps de pause-café. Si à la fin de ce repos, la douleur est toujours présente, on lui suggère d'aller voir AmCare, accompagnée de son superviseur.

Chez Amcare, on la questionnera sur sa position de travail : a-t-elle bien suivi les consignes pour lever les boites ? A-t-elle fait les échauffements indiqués sur son écran ? N'avait-elle pas des douleurs avant de venir travailler ? Puis on finira la courte consultation en proposant deux choix : un retour à la maison qui sera comptabilisé comme une absence non-justifiée, considérant que les absences cumulées peuvent mener au congédiement, ou des tâches allégées pour le reste de la journée. On lui demande donc de choisir entre sa sécurité d'emploi ou sa santé. Évidemment, jamais il ne sera question de remplir un rapport d'incident. Ni AmCare, ni le superviseur n'en feront mention, et cela, même si la travailleuse indique que la douleur est bien survenue durant l'exécution de ses tâches et à son poste de travail. Le déroulement de la rencontre suggère, par ailleurs, très souvent que c'est la faute de la travailleuse si elle a mal, et cette culpabilisation fonctionne très bien ! Elle incite à ne pas en demander davantage, voire à être reconnaissante de l'accommodement offert si généreusement…

On procède à l'accommodement maison sans en conserver de trace. Jusqu'au moment où, plusieurs jours plus tard, Amazon demandera à la travailleuse, qui demande toujours des tâches allégées, d'aller faire remplir un document « d'accommodement pour une condition personnelle » chez un médecin.

Lors de ce rendez-vous, la travailleuse, qui expliquera à son médecin la situation, ressortira fort probablement, à juste titre, avec une attestation médicale et une date d'événement remontant à la première rencontre avec AmCare. Elle devra toutefois attendre son horaire habituel pour se rendre sur les lieux du travail, l'employeur étant inaccessible aux travailleuses et travailleurs non assignés à l'horaire en cours… mesure antisyndicale oblige ! Amazon recevra donc l'attestation médicale de la CNÉSST quelques jours après la consultation médicale et prétendra n'avoir jamais été informée de l'accident de la travailleuse avant la réception de cette attestation. Et le tour est joué pour Amazon.

En effet, entre le passage chez AmCare, consultation pour laquelle la travailleuse n'a aucune trace, et la remise de l'attestation médicale, il peut s'écouler 5-10-15, voire 20 jours. Pour la CNÉSST, ce délai de déclaration à l'employeur, et ce délai de consultation chez le médecin, justifient à eux seuls le refus quasi automatique de la réclamation d'accident. Même en présence d'une blessure survenue sur les lieux du travail et dans l'exécution des tâches, qui permettraient à la victime d'accident du travail de bénéficier de la présomption, la CNÉSST refusera la réclamation. Les déclarations verbales de la travailleuse ne valent pas beaucoup, comparativement à la négation mur à mur de l'employeur qui prétend « n'avoir jamais été informé de la situation ».

Amazon , une culture de crainte et de silence

La stratégie de l'employeur semble assez efficace, puisque le nombre de travailleuses et travailleurs d' ?mazon qui essuient des refus à la CNÉSST est très élevé. Tellement que le mot se passe dans les entrepôts de ne pas perdre son temps avec la CNÉSST ; qu'Amazon c'est trop gros, c'est trop fort. Et on les comprend…

Les efforts déployés par ?mazon pour empêcher la reconnaissance des lésions professionnelles, dès la première instance, amènent les travailleuses et travailleurs à entreprendre le chemin de croix du Tribunal. Pour les travailleuses et travailleurs d'Amazon, particulièrement celles et ceux qui ont des barrières linguistiques [8] , la montagne apparait insurmontable. Et c'est à ce moment qu'Amazon emploie sa deuxième stratégie pour mettre en échec les droits des travailleuses et travailleurs : la transaction. Si vous cherchez un jugement impliquant Amazon en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, vous n'en trouverez qu'un seul... qui refuse la réclamation d'un travailleur. C'est qu'Amazon règle tous ses litiges par transaction, souvent sans reconnaissance de la lésion et avec des clauses de confidentialité qui empêchent les victimes de parler de leurs expériences. L'entreprise achète le silence des travailleuses et travailleurs qu'elle rend malades. Et ça, c'est lorsqu'elle ne réussit pas à cultiver suffisamment de craintes pour les amener à simplement abandonner leurs recours.

L'aura de cette Amazon monstrueuse n'épargne pas non plus les travailleuses et travailleurs qui ont réussi à faire reconnaitre leurs lésions en déjouant la stratégie AmCare. Celles et ceux dont la lésion est reconnue directement par la CNÉSST recevront assurément l'acte introductif d'Amazon qui contestera leur réclamation au Tribunal. De plus, comme beaucoup d'employeurs le font, l'entreprise utilisera, au maximum de sa capacité, l'arsenal des droits que prévoit la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles pour aider les patrons à rendre le parcours de réparation difficile : évaluations médicales à répétition, propositions d'assignation temporaire répétées... de quoi épuiser même les travailleuses et travailleurs les plus vigoureux. Et il y a aussi tous ses petits irritants soudains : avertissements disciplinaires sur la performance, messages répétés de risque de perte d'emploi à cause « d'absence non justifiée », cafouillage administratif créant des surpayés avec la CNÉSST, etc. C'est presque si, par hasard, la victime de lésion professionnelle était aussi victime de mauvaises gestions internes de l'entreprise…

Pour contrer Amazon : résistance et solidarité

Face à un employeur comme Amazon, les travailleuses et travailleurs doivent faire preuve de beaucoup de courage pour défendre leurs droits et revendiquer des changements. Pour résister contre une telle multinationale, motivée par la soif de profits et disposant d'énormes moyens pour écraser les salariés, les travailleuses et travailleurs ne peuvent opposer que leur solidarité et leur détermination.

C'est ce que commencent à faire plusieurs travailleuses et travailleurs de l'entreprise, qui prennent des risques pour revendiquer des changements. On ne peut qu'admirer le courage de ces non syndiqués qui défendent leurs droits en santé et en sécurité tout en sachant qu'ils s'exposent à des représailles, alors qu'ils sont souvent dans des situations précaires. Soulignons aussi la détermination des victimes de lésions professionnelles qui, malgré les obstacles, défendent leurs droits face à ce géant et ne reculent pas devant des batailles de David contre Goliath au Tribunal.

Souhaitons que la persévérance et la solidarité de ces travailleuses et travailleurs finissent par triompher de l'insouciance d'Amazon pour la santé de ses employés et de son mépris pour leurs droits.

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[1] Mobiliser pour la santé et la sécurité du travail dans les entrepôts : des travailleurs et travailleuses d'agences au taylorisme numérique, https://iwc-cti.ca/wp-content/ uploads/2023/12/Rapport-Entrepot-version-web-finale-3.pdf.

[2] Ibid., p. 29.

[3] Ibid., p. 31.

[4] Ibid.

[5] Santé et sécurité au travail – Le déficit de participation dans les milieux non syndiqués au Québec, Mathieu Charbonneau, IRIS, étude publiée le 29 février 2024 et disponible en ligne à l'adresse https://iris-recherche.qc.ca/ publications/droits-travail-non-syndique/.

[6] Voir par exemple : WIRED, How Amazon's In-House First Aid Clinics Push Injured Employees to Keep Working, 2019, https://www.wired.com/story/amazons-first-aid-clinics-pushinjured-employees-to-keep-working/ ou Irene Tung et all, Injuries, Dead-End Jobs, And Racial Inequity In Amazon's Minnesota Operations, National Employment Law Project, décembre 2021, https://www.nelp.org/wp-content/uploads/ Report-Injuries-Dead-End-Jobs-and-Racial-Inequity-inAmazons-Minnesota-Operations-.pdf.

[7] Exemple d'un constat d'infraction : https:// www.osha.gov/ords/imis/establishment.violation_ detail ?id=1611567.015&citation_id=01001.

[8] Voir Mobiliser pour la santé et la sécurité du travail dans les entrepôts : des travailleurs et travailleuses d'agences au taylorisme, qui relève l'importante présence de travailleuses et travailleurs issus de l'immigration dans les entrepôts d'Amazon.

À propos du travail et des pratiques militantes du Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI)

16 avril, par Martin Gallié, Manuel Salamanca Cardona — ,
Voici comment le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI) définit sa mession. "Le CTI défend les droits du travail des immigrants et se bat pour la dignité, (...)

Voici comment le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI) définit sa mession. "Le CTI défend les droits du travail des immigrants et se bat pour la dignité, le respect et la justice. Voici quelques-uns de nos principaux objectifs :

- L'éducation populaire sur les droits des travailleurs
- L'amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs immigrants
- Mobilisation autour des questions liées au lieu de travail (accidents du travail, harcèlement, salaires ou heures supplémentaires non payées, congés de maternité, etc.)
- Fournir un espace sécuritaire aux travailleurs immigrants pour recevoir des informations, des ressources et des recommandations en toute confidentialité."

L'entrevue réalisée par Martin Gallié permet de voir comment cette mission se réalise concrètement comme un combat de tous les jours.

Le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (IWC-CTTI) est un espace de luttes à protéger et à promouvoir. C'est tout particulièrement le cas dans un contexte marqué par la montée du racisme, où la droite et l'extrême droite québécoise, relayées par une partie de la gauche, ne cessent de cibler les étrangers et les étrangères comme responsables de tous les maux de la société québécoise, que ce soit le délabrement du système de santé, le sous financement des services sociaux ou les coûts des loyers.

Manuel Salamanca Cardona, travailleur et militant de longue date au sein du CTTI revient dans cet entretien sur les luttes, les revendications et les activités du centre. Il décrit les conditions de travail et de vie des travailleurs et des travailleuses migrant.es, leur exploitation éhontée dans tous les secteurs d'activités mais tout particulièrement dans les métiers sous-payés et les plus pénibles (ouvriers agricoles, préposées aux bénéficiaires, restauration, manutentionnaires dans les entrepôts d'Amazon ou de Dollarama etc.) ; et cela, partout au Québec. Il raconte également comment ces travailleurs et ces travailleuses, - que tout le Québec appelait il n'y a pas si longtemps « nos anges gardiens » - sont privé.es des droits civils et politiques et du travail les plus élémentaires, légalement ou de facto, leurs isolement et l'absence de toute protection syndicale dans la plupart des cas.

Manuel insiste enfin sur la combativité, les luttes actuelles et l'urgence impérieuse de construire des solidarités concrètes, sur le terrain, pour faire face à la montée du racisme et lutter contre un système qui ne profite en pratique qu'è une toute minorité.


Version audio de l'entrevue :

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Le Canada doit suspendre le commerce d’armes avec Israël

16 avril, par Collectif syndical — ,
Alors que les bombardements israéliens, qui ont déjà entraîné un nombre alarmant de morts civiles, se poursuivent dans la bande de Gaza, l'Alliance de la Fonction publique du (...)

Alors que les bombardements israéliens, qui ont déjà entraîné un nombre alarmant de morts civiles, se poursuivent dans la bande de Gaza, l'Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC), le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), et le Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public (SNEGSP) demandent au gouvernement canadien de suspendre immédiatement le commerce d'armes et d'équipement militaire avec Israël.

10 avril 2024 | tiré de l'Aut'journal

Plus de 30 000 Palestiniennes et Palestiniens ont été tués à la suite des bombardements dans la bande de Gaza effectués par Israël en réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre dernier. Rappelons que lors de cette attaque, environ 1 200 personnes, dont une majorité de civils innocents, ont été tuées et plus de 200 personnes, dont des enfants, ont été prises en otage. On estime que 100 personnes sont toujours en captivité, et leurs familles ainsi que leurs communautés en souffrent. Un cessez-le-feu s'impose de toute urgence afin de permettre aux otages israéliens de retourner à la maison en toute sécurité et de mettre fin à la dévastation et aux morts à Gaza.

La majorité des Palestiniennes et Palestiniens tués par des frappes aériennes israéliennes à Gaza sont des civils. Constat alarmant : environ le tiers sont des enfants. Des dizaines de milliers de Palestiniennes et de Palestiniens ont été blessés et environ deux millions de personnes ont été déplacées. De plus en plus d'information circule sur la pénurie d'aide humanitaire et sur les problèmes de famine et de santé qui touchent la population. On rapporte également de troublantes attaques contre des civils et des infrastructures, dont des établissements de soins de santé. Maintenant, l'armée israélienne menace de mener une offensive terrestre à Rafah. Pourtant, c'est vers Rafah qu'on a dirigé plus d'un million de Palestiniennes et de Palestiniens fuyant les frappes aériennes israéliennes dans le nord de la bande de Gaza.

Le Canada exporte de l'équipement militaire en Israël, entre autres via les États-Unis. Ce faisant, il risque de se rendre complice de la violence et des violations des droits de la personne qu'Israël commet à Gaza. Le Canada importe également de l'équipement militaire d'Israël, ce qui, selon des groupes antiguerre, soutient l'industrie et les opérations militaires d'Israël.

En plus des appels urgents pour un cessez-le-feu permanent et une aide humanitaire, de plus en plus de syndicats, de membres de la société civile, d'organisations humanitaires et de dirigeant(e)s élu(e)s de partout dans le monde appellent à un embargo sur la vente d'armes à Israël afin d'aider à mettre fin à la terrible violence dans la bande de Gaza.

D'autres pays, dont la Belgique, l'Italie, l'Espagne et les Pays-Bas, ont suspendu les transferts d'armes vers Israël. Les experts des droits de la personne des Nations Unies (en anglais seulement) ont sonné l'alarme, avertissant que l'envoi à Israël d'armes, de munitions et de pièces qui seraient utilisées dans la bande de Gaza constitue probablement une violation du droit humanitaire international. En vertu de traités internationaux, des pays – dont le Canada – ont l'obligation légale de s'abstenir d'envoyer des armes, des munitions ou des pièces si on croit qu'elles seront utilisées pour violer le droit international. Les gouvernements doivent également rejeter les demandes de permis d'exportation d'armes qui pourraient être utilisées pour commettre des actes de violence à l'égard de femmes et d'enfants.

La récente décision de la Cour internationale de Justice (CIJ), qui a confirmé un risque plausible de génocide dans la bande de Gaza et ordonné à Israël de prévenir des actes de génocide, amplifie l'importance et l'urgence de respecter nos obligations. En tant que signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, le Canada doit se conformer à la décision de la CIJ et prendre toutes les mesures possibles pour prévenir un génocide dans un autre pays.

Des données récentes obtenues par The Maple (en anglais seulement) concluaient que le gouvernement canadien avait approuvé des exportations militaires vers Israël d'une valeur de 28,5 millions de dollars entre octobre et décembre 2023.

Au mois de mars, à la suite de la motion non contraignante présentée à la Chambre des communes, le gouvernement canadien s'est engagé à cesser d'approuver les demandes de permis d'exportation d'armes vers Israël. Il s'agit d'une première étape importante vers un embargo complet sur les armes.

Nous exhortons le gouvernement canadien à suspendre immédiatement le commerce d'armes et d'équipement militaire avec Israël, conformément aux obligations légales du Canada. Le Canada doit imposer un embargo sur les armes afin d'aider à mettre fin aux horreurs qui se produisent à Gaza.

En outre, nous réitérons nos appels pour que le gouvernement canadien :

• soutienne activement un cessez-le-feu immédiat et permanent ;
• demande le retour sécuritaire des civils gardés en otage par le Hamas ;
• exhorte fortement le gouvernement d'Israël à se conformer à la décision de la CIJ afin de prévenir des actes de génocide à Gaza, et à empêcher et punir toute incitation directe et publique à commettre un génocide ;
• assure la distribution sécuritaire de l'aide humanitaire à Gaza, et rétablisse notamment son financement de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) ;
• demande la fin de l'occupation du territoire palestinien comme étape cruciale pour une paix juste et durable dans la région.

Nous espérons que ces mesures aideront à soutenir des solutions politiques à long terme afin d'assurer la paix et la sécurité pour les peuples de Palestine et d'Israël, ainsi que pour tous les gens de la région.

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« L’État de Palestine » entre liquidation de la cause et poursuite de la lutte

Face à la catastrophe actuelle qui dépasse la Nakba de 1948 en horreur, atrocité, létalité, destruction et déplacement de population, « l'Autorité palestinienne » a lancé (...)

Face à la catastrophe actuelle qui dépasse la Nakba de 1948 en horreur, atrocité, létalité, destruction et déplacement de population, « l'Autorité palestinienne » a lancé depuis Ramallah une nouvelle requête au Conseil de sécurité des Nations Unies pour sa reconnaissance comme État membre de l'organisation internationale au même titre que les autres États membres. (Traduit de l'arabe.)

Gilbert Achcar
Professeur, SOAS, Université de Londres

Tiré de Blog médiapart
https://blogs.mediapart.fr/gilbert-achcar/blog/090424/l-etat-de-palestine-entre-liquidation-de-la-cause-et-poursuite-de-la-lutte
Ce blog est personnel, la rédaction n'est pas à l'origine de ses contenus.

La condition palestinienne s'est détériorée au-delà de tout ce qu'elle a connu en plus de 75 ans de souffrance et d'oppression, depuis que le mouvement sioniste s'est emparé de la majeure partie des terres de Palestine entre le fleuve et la mer et a achevé d'occuper ce qui restait moins de vingt ans après. Face à la catastrophe actuelle qui dépasse la Nakba de 1948 en horreur, atrocité, létalité, destruction et déplacement de population, « l'Autorité palestinienne » (AP) a lancé depuis Ramallah une initiative censée compenser les souffrances du peuple palestinien, à savoir une nouvelle requête au Conseil de sécurité des Nations Unies pour la reconnaissance de l'AP de Ramallah comme État membre de l'organisation internationale au même titre que les autres États membres.

Réjouis toi, peuple de Palestine. Tes énormes souffrances n'ont pas été en vain. Elles sont même sur le point de franchir un grand pas sur la voie d'une « solution » à ta cause, cette même « solution » (ici dans le sens de liquidation) à propos de laquelle Joe Biden – le partenaire du gouvernement sioniste dans la guerre génocidaire en cours sur la terre de Palestine – a affirmé, dès les premiers jours de la campagne effrénée lancée il y a plus de six mois, qu'il devenait urgent d'éteindre le volcan palestinien qui continue d'entrer en éruption inévitablement et par intermittence, mais à un rythme accéléré au cours des dernières années. La vérité est que Biden, à son retour à la Maison Blanche en tant que président, a cherché avant tout un « succès » politique facile au Moyen-Orient en s'efforçant d'amener le royaume saoudien à monter dans le train de la « normalisation avec Israël », que son prédécesseur, Donald Trump, avait engagé sur une nouvelle voie avec les Accords d'Abraham conclus avec la complicité des Émirats arabes unis.

Biden s'était rendu compte qu'essayer de faire avancer la soi-disant « solution à deux États » l'amènerait à une confrontation avec son « cher ami » Benjamin Netanyahu. Il choisit d'éviter cela pour des raisons opportunistes et en raison de sa passion pour le sionisme, auquel il a ouvertement déclaré un jour son adhésion personnelle. Les efforts de son administration se sont donc concentrés sur la voie de la « normalisation », négligeant celle de la « solution » jusqu'à ce que le volcan explosât à nouveau avec l'opération lancée par le Hamas et la guerre d'anéantissement menée par Israël qui s'en est suivie, sans précédent en folie et intensité de destruction depuis au moins un demi-siècle, non seulement au Moyen-Orient mais dans le monde entier. La « solution » (liquidation) est donc revenue sur la table, et le président américain a appelé à la « revitalisation » de l'AP de Ramallah. Cette dernière s'y est vite conformée, interprétant la demande à sa guise, non pas comme le remplacement par des élections démocratiques de son chef vieillissant et dépourvu de toute légitimité, mais plutôt comme le remplacement de son premier ministre par un autre aux ambitions politiques moindres, d'une manière qui n'a trompé personne.

L'AP s'est ainsi enhardie à exiger officiellement qu'on lui accorde un siège de membre ordinaire à l'ONU, au lieu de la seule décision qui aurait pu la racheter devant l'histoire, qui aurait été de déclarer la désobéissance civile à Israël de son « autorité », dépourvue de toute autorité sauf pour servir les objectifs de l'occupation et qui regarde, impuissante, non seulement l'anéantissement de Gaza, mais aussi le génocide rampant en cours en Cisjordanie même. Et s'il leur était impossible de mettre fin à leurs relations avec l'État sioniste, il aurait mieux valu pour eux d'annoncer la dissolution de leur « autorité » plutôt que de continuer à participer à la liquidation de la cause de leur peuple. Car s'ils sont aujourd'hui plus près que jamais d'obtenir le siège souhaité, ce n'est pas grâce à leurs prouesses diplomatiques, mais seulement parce qu'accorder à « l'État de Palestine » l'adhésion à part entière à l'ONU est devenu le moyen le moins coûteux pour les gouvernements occidentaux de prétendre contrebalancer quelque peu leur soutien inconditionnel à la guerre génocidaire en cours, qui a trop duré et s'est aggravée en horreur, jusqu'à l'actuel usage de la famine comme arme de guerre.

La Grande-Bretagne elle-même, par la bouche de son ministre des affaires étrangères et ancien premier ministre, a annoncé sa disposition à envisager de reconnaître « l'État » de l'AP, tandis que d'autres pays européens, dont l'Espagne suivi par la France, ont commencé à se préparer à une reconnaissance similaire. Il convient de noter que le même gouvernement britannique qui exprime sa disposition à cette reconnaissance, rejette l'appel lancé par des experts juridiques britanniques officiels et non officiels à cesser de fournir des armes à l'État d'Israël, car cela constitue une violation du droit international en partageant la responsabilité d'une guerre qui viole les règles les plus fondamentales de ce droit en matière de conduite des guerres. Il est donc devenu certain que les efforts visant à accorder à l'AP un siège régulier à l'ONU ne seront pas bloqués par un veto français ou britannique, de sorte que la seule question qui reste en suspens est de savoir ce que fera l'administration américaine. Elle a été la première à appeler à la création d'un « État palestinien », mais elle ne veut pas rompre complètement ses relations avec Netanyahu, ni d'ailleurs avec la majeure partie de l'establishment sioniste qui s'oppose à une telle démarche. Elle craint également de renforcer la position de Netanyahu en le présentant comme défenseur obstiné des intérêts sionistes face à toutes les pressions, y compris celles du grand frère et complice dans le crime. L'administration Biden pourrait donc à nouveau recourir à l'abstention sous un prétexte quelconque, avec une grande lâcheté.

Quant au résultat, il sera comme la montagne qui a accouché d'une souris, car accorder à la « Palestine » (c'est-à-dire près de dix pour cent de son territoire historique) un siège ordinaire à l'ONU n'est rien de plus qu'une souris en comparaison de l'immense montagne d'épreuves que le peuple palestinien a endurées et qu'il endure encore. Quelle valeur accorder, en effet, à un État fondé sur des territoires fragmentés sous le contrôle total de l'État sioniste, de telle sorte que sa prétendue souveraineté serait d'un type qui lui ferait envier les bantoustans créés dans le passé par le régime de l'apartheid en Afrique du Sud ?

Le seul progrès qui pourrait être réalisé par une reconnaissance internationale de l'État de Palestine serait que la première déclaration de cet État après sa reconnaissance inclue une insistance sur la cessation immédiate de l'agression en cours, un appel à imposer des réparations à l'État sioniste pour les crimes qu'il a commis, l'exigence que tous les détenus palestiniens soient libérés et que toutes les forces armées et colons sionistes soient retirés de tous les territoires occupés en 1967, y compris la Jérusalem arabe. Cela devrait être combiné avec un appel à la communauté internationale pour permettre le retour de tous les réfugiés palestiniens qui le souhaitent, et leur hébergement dans les colonies après l'évacuation des colons sionistes, tout comme les pionniers sionistes se sont installés dans les villes et villages palestiniens dont ils se sont emparés à la suite de la Nakba de 1948 après les avoir vidés de leurs habitants d'origine. Seule une telle position pourrait faire de la reconnaissance internationale de l'État de Palestine une étape dans la lutte au long cours contre le sionisme, au lieu d'être un pas vers la liquidation de la cause palestinienne.

Traduction de ma tribune hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est paru le 9 avril en ligne et dans le numéro imprimé du 10 avril. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

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Crise mondiale, conflits et guerres : quel internationalisme pour le XXIe siècle ? Un tour d’horizon à l’heure de la « polycrise »

16 avril, par Pierre Rousset —
Chaque puissance choisit les victimes qui lui conviennent et abandonnent les autres. Nous nous refusons à entrer dans ce type de logique. Nous défendons les droits des Kanaks (...)

Chaque puissance choisit les victimes qui lui conviennent et abandonnent les autres. Nous nous refusons à entrer dans ce type de logique. Nous défendons les droits des Kanaks en Kanaky quoi qu'en pense Paris, les Syrien.nes et les peuples de Syrie face à l'implacable dictature du clan Assad, les Ukrainiennes et Ukrainiens sous le déluge de feu russe, les Palestiniennes et Palestiniens sous le déluge des bombes US, les Portoricain.es sous l'ordre colonial étatsunien, », les peuples de Birmanie même quand la junte est soutenue par la Chine, les Haïtiens à qui protection et asile sont refusés par ladite « communauté internationale.

14 avril 2024 | tiré d'Europe solidaires sans frontières

Viento Sur - Il semble évident que nous nous trouvons dans le contexte d'une crise mondiale multidimensionnelle, dont l'une des caractéristiques est un relatif chaos géopolitique, dans lequel on assiste à une multiplication des guerres et à une aggravation des conflits inter-impérialistes, comment définirais-tu cette phase ?

Pierre Rousset -Vous vous référez à la « crise mondiale multidimensionnelle » (je dirais plutôt une crise planétaire). Je pense qu'il est important de s'y arrêter, avant d'aborder les questions géopolitiques. Cette crise, en effet, surdétermine tout et nous ne pouvons plus nous contenter de faire de la politique comme avant. Nous atteignons en effet le « point de bascule » que nous redoutions depuis longtemps, et ce bien plus vite que prévu.

Jonathan Watts, rédacteur en chef sur l'environnement global du Guardian, tire la sonnette d'alarme en titrant son article du 9 avril « Le dixième record mensuel consécutif de chaleur alarme et déconcerte les climatologues. ». En effet, « Si l'anomalie ne se stabilise pas d'ici au mois d'août, « le monde se retrouvera en territoire inconnu », déclare un expert en climatologie. […]. Cela pourrait signifier que le réchauffement de la planète modifie déjà fondamentalement le fonctionnement du système climatique, et ce bien plus tôt que les scientifiques ne l'avaient prévu ».

L'expert cité juge que cette stabilisation d'ici août est encore possible, mais quoi qu'il en soit, la crise climatique fait d'ores et déjà partie de notre présent. Nous sommes dedans et ses effets se font déjà dramatiquement sentir (le chaos climatique).

La crise globale à laquelle nous devons faire face affecte tous les domaines de l'écologie (pas seulement le climat) et leurs conséquences sur la santé (dont les pandémies). Elle concerne l'ordre international dominant (les dysfonctionnements insolubles de la mondialisation néolibérale) et la géopolitique des puissances, la multiplication des conflits et la militarisation du monde, la fabrique sociale intime de nos sociétés (fragilisée par la précarisation généralisée nourrie par tout ce qui précède)…

Qu'y a-t-il de commun à toutes ces crises ? Leur origine « humaine », en tout ou en large partie. La question de l'impact humain sur la nature n'est évidemment pas nouvelle. Quant à la croissance des émissions de gaz à effet de serre, elle remonte à la révolution industrielle. Cependant, cette « crise générale » est étroitement corrélée au développement du capitalisme d'après la Seconde Guerre mondiale et puis à la mondialisation capitaliste. Elle est caractérisée par la synergie entre un ensemble de crises spécifiques qui nous plonge dans une situation sans précédent aucun, à la frontière de multiples « territoires inconnus » et d'un point de bascule global.

Pour la qualifier de façon concise, j'aime le terme de « polycrise ». Il est certes un peu déroutant, étranger au langage du quotidien, mais il souligne, étant au singulier, que nous parlons d'UNE crise aux multiples facettes, qui résulte de la combinaison de multiples crises spécifiques. Nous n'avons donc pas à faire à une simple addition de crises, mais à leur interaction qui démultiplie leur dynamique, nourrissant une spirale mortifère pour l'espèce humaine (et pour une bonne partie des espèces vivantes).

Ce qui s'avère particulièrement révoltant, et pour tout dire hallucinant, est que les pouvoirs établis annulent aujourd'hui les maigrelettes mesures qui avaient été prise pour tenter de limiter un tant soit peu le réchauffement climatique. C'est le cas notamment des gouvernements français et britanniques. C'est aussi le cas des grandes banques aux Etats-Unis, ou celui des compagnies pétrolières. Au moment où il était évident qu'il fallait les renforcer, et diablement. Les très riches dictent leur loi. Ils ne considèrent pas que nous sommes tous dans le même bateau. Des régions entières de la planète sont en passe de devenir invivables, là où les hausses de température se combinent à des taux très élevés d'humidité dans l'air. Qu'à cela ne tiennent, ils iront vivre là où il fait encore bon.

Nous sommes entrés de plain-pied dans l'ère des pandémies. La destruction des milieux naturels a créé les conditions de promiscuités favorables à la transmission inter-espèce de maladies dont Covid est devenu l'emblème. La fonte du permafrost sibérien est annoncée et pourrait libérer des bactéries ou virus anciens contre lesquels n'existe ni immunisation ni traitement. En ce domaine nous risquons aussi d'entrer en territoire inconnu : la crise climatique est porteuse d'une crise sanitaire multidimensionnelle.

La catastrophe était prévisible et a été prévue. Nous savons maintenant que les grandes compagnies pétrolières avaient commandité dès le milieu des années 1950 une étude qui avait décrit avec une précision remarquable le réchauffement climatique à venir (dont elles ont néanmoins nié des décennies durant la réalité).

Nous n'avons pas fini de faire le tour des milles et une facettes de la « polycrise », mais il est peut-être temps d'en tirer quelques premières implications.

C'est autour des pôles que l'impact géopolitique du réchauffement climatique est le plus spectaculaire, surtout dans l'Arctique. Une voie de navigation interocéanique s'ouvre au nord, ainsi que la perspective d'exploitation des richesses du sous-sol. La compétition inter-impérialiste dans cette partie du monde prend une dimension nouvelle. La Chine n'étant pas un pays riverain de l'Antarctique, elle a besoin de la Russie pour y opérer. Elle fait payer à Moscou à l'est du continent eurasiatique le prix de sa solidarité sur le front ouest (Ukraine) en assurant son libre usage du port de Vladivostok.

En termes de géopolitique mondiale, je voudrais pointer l'importance de deux sujets qui ne sont pas mentionnées dans les questions qui suivent.

L'Asie centrale tout d'abord. Elle occupe une place pivot au cœur du continent eurasiatique. Pour Vladimir Poutine, elle fait partie de la zone d'influence privilégiée de la Russie, mais pour Pékin, c'est l'un des passages clés du versant terrestre de ses nouvelles « routes de la soie » en direction de l'Europe. Une partie complexe est actuellement engagée dans cette partie du monde, mais fort peu intégrée à nos analyses.

Par ailleurs, le réchauffement climatique nous rappelle l'importance cruciale des océans qui couvrent 70% de la surface du globe, jouent un rôle décisif dans la régulation du climat, abritent des écosystèmes vitaux, le tout étant menacé par la hausse de température des eaux. La surexploitation des ressources océaniques est, comme on le sait, un enjeu majeur, ainsi que l'extension des frontières maritimes qui ne posent pas moins de problèmes que les frontières terrestres. Une réflexion géopolitique globale ne peut faire l'impasse sur les océans, ainsi que sur les pôles.

Un autre aspect clef de la « crise multidimensionnelle » à laquelle nous sommes confrontés concerne évidemment la mondialisation et la financiarisation capitalistes. Elles ont abouti à la formation d'un marché mondial plus unifié que jamais dans le passé, afin d'assurer la liberté de mouvement des marchandises, des investissements et des capitaux spéculatifs (mais pas des personnes). Plusieurs facteurs sont venus perturber cette « mondialisation heureuse » (pour les grands possédants) : une stagnation des échanges marchands, l'ampleur prise par la finance spéculative et les dettes, la pandémie Covid qui a révélé les dangers de la division internationale des chaines de production et le degré de dépendance de l'Occident vis-à-vis de la Chine, contribuant à la modification rapide des relations entre Washington et Pékin (de l'entente cordiale à la confrontation).

Ce sont les grandes entreprises occidentales qui ont voulu faire de la Chine l'atelier du monde, afin d'assurer une production à faible coût et de casser le mouvement ouvrier dans leurs propres pays. C'est l'Europe qui a été à la pointe de la généralisation des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à laquelle Pékin a adhéré. Elles étaient toutes convaincues que l'ancien Empire du Milieu leur serait définitivement subordonné, et il aurait pu en être ainsi. Si ce ne fut pas le cas, c'est que l'aile marchante de la bureaucratie chinoise, une fois les résistances populaires brisées dans le sang (1986), a réussi sa mutation capitaliste, donnant naissance à une forme originale de capitalisme d'Etat.

Le capitalisme d'Etat a une longue histoire en Asie orientale, sous l'égide du Kuomintang (Guomindang) en Chine ou à Taïwan, en Corée du Sud… De par son histoire, la formation sociale chinoise est évidemment unique, mais elle combine assez classiquement le développement d'un capital privé et l'appropriation capitaliste des entreprises d'Etat. Nous n'avons pas à faire à deux secteurs économiques séparés (une économie fondamentalement duale) ; ils sont en effet étroitement liés par de multiples coopérations, ainsi que par le biais de clans familiaux présents dans tous les secteurs.

Sous l'égide de Deng Xiaoping tout d'abord, la Chine convertie au capitalisme a discrètement amorcé son envol impérialiste et a pu bénéficier de l'éloignement géographique des Etats-Unis, longtemps incapables de réaliser leur recentrage sur l'Asie (il n'a été assuré que par Joe Biden, dans la foulée de la débâcle afghane).

En conclusion de ce point, notons que :

• La situation géopolitique internationale reste dominée par le face-à-face entre un impérialisme établi (les Etats-Unis) et un impérialisme montant (la Chine). Ce ne sont bien entendu pas les seuls acteurs du grand jeu mondial entre puissances, petites et grandes, mais aucune autre ne pèse d'un poids comparable aux deux « super-puissances ».

• Ce conflit a pour particularité un degré très élevé d'interdépendance objective. Certes, la crise de la mondialisation néolibérale est patente, mais son héritage est toujours là. Il n'y a plus de « mondialisation heureuse », mais il n'y a pas non plus de « démondialisation (capitaliste) heureuse ». Les conflits géopolitiques sont à la fois le symptôme de cette situation de crise structurelle et en accentuent les contradictions. Dans une certaine mesure, nous sommes ici aussi entrés en « territoires inconnus », sans précédent.

• Tout en restant la principale « super puissance », l'hégémonie des Etats-Unis a subi un déclin relatif. Ils ne peuvent continuer à gendarmer le monde sans l'aide d'alliés fiables et efficaces qui manquent à l'appel. Ils sont affaiblis par la crise politique et institutionnelle provoquée par Donald Trump et ses conséquences diplomatiques durables (perte de confiance de leurs alliés). On peut dire qu'il n'y a plus d'impérialisme « classique », vu l'ampleur de la désindustrialisation qu'a connue le pays. Joe Biden mobilise aujourd'hui des moyens financiers et légaux considérables pour tenter de redresser la barre en ce domaine, mais ce n'est pas une tâche facile. Rappelons qu'un pays comme la France était incapable, même face à une urgence vitale (Covid), de produire du gel hydroalcoolique, des masques chirurgicaux et des FFP2, des blouses pour le personnel soignant. Cela ne relève pourtant pas de la technologie de pointe !

• La Chine était, en ce domaine, en bien meilleure position. Elle avait hérité de l'ère maoïste une base industrielle autochtone, une population au taux d'alphabétisation élevée pour le tiers monde, une classe ouvrière formée. Devenue atelier du monde, elle a assuré une nouvelle vague d'industrialisation (en partie dépendante, mais pas seulement). De gros moyens ont été investis pour assurer la production de technologies de pointe. Le parti-Etat a pu organiser le développement national et international du pays (il y avait un pilote dans l'avion). Ceci dit, le régime chinois est aujourd'hui plus opaque et secret que jamais. On sait comment la crise politico-institutionnelle affecte l'impérialisme US. Il est bien difficile de savoir ce qu'il en est en Chine. Cependant, l'hypercentralisation du pouvoir sous Xi Jinping, devenu président à vie, semble bien être maintenant un facteur de crise structurelle.

• Le déclin relatif des Etats-Unis et la montée en puissance inachevée de la Chine ont ouvert un espace dans lequel des puissances secondaires peuvent jouer un rôle significatif, au moins dans leur propre région (Russie, Turquie, Brésil, Arabie saoudite…). Ainsi, je pense que la Russie n'a pas cessé de placer la Chine devant une succession de faits accomplis aux frontières orientales de l'Europe. En agissant de concert, Moscou et Pékin étaient largement maîtres du jeu sur le continent eurasiatique. Cependant, il n'y a pas eu de coordination entre l'invasion de l'Ukraine et une attaque effective sur Taïwan.

Dans ce contexte, précisément, peut-on considérer que l'invasion russe de l'Ukraine et le soutien des puissances occidentales à l'Ukraine pour y faire face font de cette guerre une guerre inter-impérialiste qui nous amène à évoquer la politique de Zimmerwald (guerre à la guerre) pour y répondre ? Ou, au contraire, sommes-nous face à une guerre de libération nationale qui, bien que soutenue par les puissances impérialistes, oblige la gauche occidentale à se solidariser avec la résistance du peuple ukrainien contre l'invasion russe ?

Pierre Rousset : La politique de Zimmerwald était de demander une paix, sans annexions. Or, certaines des personnes qui se présentent comme des héritiers de Zimmerwald proposent de céder tel ou tel morceau de l'Ukraine à la Russie, d'y organiser des référendums pour valider leur séparation de l'Ukraine, etc., mais passons.

Le plus simple, pour répondre à cette question, est de reprendre le déroulé des événements. Une invasion se prépare en mobilisant aux frontières des moyens militaires considérables, ce qui prend du temps et se voit. C'est Poutine qui l'a fait. A ce moment-là, l'OTAN était en pleine crise politique, après l'aventure afghane, et le gros de ses forces opérationnelles en Europe n'avait pas été redéployé à l'Est. La préoccupation principale de Biden était la Chine et il essayait même encore de jouer Moscou contre Pékin. Les services secrets US ont été les premiers à alerter qu'une invasion était possible, mais l'avertissement n'a été pris au sérieux ni par les Etats européens ni même par Zelinsky lui-même.

En Europe occidentale, la plupart d'entre nous avions alors peu de contacts avec nos camarades est-européens (en particulier ukrainiens) et nous avons été nombreux à analyser les événements en termes uniquement géopolitiques (une erreur à ne jamais commettre), pensant que Poutine se contentait d'exercer une forte pression sur l'Union européenne pour attiser les dissensions post-afghanes au sein de l'OTAN. Si tel avait été le cas, l'invasion ne devait pas avoir lieu, car elle aurait l'effet inverse : redonner un sens à l'OTAN et lui permettre de resserrer les rangs. C'est bien ce qui s'est passé ! De plus, avant l'invasion russe, une majorité de la population ukrainienne souhaitait vivre dans un pays non aligné. Aujourd'hui, seule une très petite minorité envisage leur sécurité autrement qu'en alliance étroite avec les pays de l'OTAN.

Pour ma part, ce n'est que très peu de temps avant l'invasion que j'ai eu le sentiment qu'elle était possible, alerté par mon ami Adam Novak.

Nous en savons maintenant beaucoup plus : l'invasion avait été préparée depuis plusieurs années. Elle s'inscrit dans un grand projet de restauration de l'Empire russe dans les frontières de l'URSS stalinienne, avec Catherine II pour référence. L'existence de l'Ukraine n'était qu'une anomalie dont Lénine était coupable (selon les termes mêmes de Poutine) et elle devait réintégrer le giron russe. En fait, les Ukrainien.nes l'appellent l'invasion à grande échelle et soulignent que la subversion et l'occupation militaire du Donbass, Luhansk et Crimée en 2014 constituaient une première phase de l'invasion. L'« Opération spéciale » (le mot « guerre » était prohibé jusqu'à tout récemment et le reste en pratique) devait être très rapide et se poursuivre jusqu'à Kiev, où un gouvernement aux ordres serait établi. Les forces occidentales, prises de court, ne pourraient alors que s'incliner devant le fait accompli – et prises de court, elles le furent. Même Washington n'a réagi politiquement qu'avec un temps de retard.

Le grain de sable qui a fait s'enrayer la machine de guerre fut l'ampleur de la résistance ukrainienne, imprévue par Poutine, mais aussi en Occident. On peut vraiment parler d'une résistance massive, populaire, en osmose avec les forces armées. C'était une résistance nationale, à laquelle beaucoup de russophones ont participé (et tout l'éventail politique, à l'exception des obligés de Moscou). Pour qui en doutait, il n'y avait pas de preuve plus éclatante que celle-ci : l'Ukraine existe bel et bien. Nous sommes dans le second cas de figure que vous évoquiez.

Le temps n'efface pas cette vérité « originelle » et notre obligation de solidarité. Une double obligation de solidarité, j'ajouterais. Avec la résistance nationale du peuple ukrainien et avec les forces de gauche qui continent à lutter, en Ukraine même, pour les droits des travailleurs et des syndicats, pour les libertés d'association et d'expression, contre l'autoritarisme du régime Zelynsky et contre les politiques néolibérales (prônées par l'Union européenne)…

Bien évidemment, l'Ukraine est devenue un point chaud du conflit de puissances russo-occidental. Sans la fourniture d'armes par les Etats-Unis, notamment, les Ukrainien.nes n'auraient pas pu tenir de « fronts ». Cependant, avec constance, les fournitures d'armes ont toujours été en deçà de ce qu'il aurait été nécessaires pour mettre décisivement en échec Moscou. Jusqu'à aujourd'hui la maîtrise de l'air par l'armée russe n'a pas été contrée. Et les pays de l'OTAN se divisent à nouveau, alors que la crise préélectorale aux Etats-Unis bloque le vote des fonds à destination de l'Ukraine.

Après avoir eu la possibilité de construire des défenses en profondeur et de se réorganiser, Moscou continue à être le moteur de l'escalade militaire en Ukraine, avec l'aide des obus nord-coréens et des financements fournis par l'Inde ou la Chine (via la vente de produits pétroliers), et elle pousse la politique du fait accompli jusqu'à l'ignoble : la déportation d'enfants ukrainien.nes et leur adoption dans des familles russes.

Si oui, que répondre à ceux qui considèrent que le soutien à la résistance sert les intérêts des puissances occidentales (avec l'approbation du gouvernement Zelenski) qui veulent prolonger la guerre, sans se soucier des ravages (humains et matériels) qu'elle produit, et qu'il est donc nécessaire de promouvoir une politique active de défense d'une paix juste ?

Pierre Rousset : Je ne suis pas moi-même engagé activement dans la solidarité Ukraine. Je maintiens, à contre-courant de l'actualité, mes activités de solidarité Asie. Je me suis immergé dans la question israélo-palestinienne (c'est dur à vivre). Alors je resterais prudent.

Nous ressentons toutes et tous l'ampleur des ravages de cette guerre, d'autant plus importants que Poutine mène une guerre qui cible sans vergogne la population civile. C'est insupportable.

Cependant, ce n'est pas notre soutien, mais Poutine qui prolonge cette guerre. Il ne faut quand même pas diluer les responsabilités. Si par le terme de « paix juste » on entend une trêve indéfinie sur la ligne de front actuel, cela condamnerait cinq millions d'Ukrainien.nes dans les territoires occupés à vivre sous un régime d'assimilation forcée, avec en plusieurs autres millions déporté.es vers la Fédération russe proprement dite.

Je pense que le rôle du notre mouvement de solidarité est, avant tout, de contribuer à créer les meilleures conditions pour la lutte du peuple ukrainien et, en son sein, pour la gauche sociale et politique ukrainienne. Ce n'est certainement pas à nous de déterminer ce que pourrait-être les termes d'un accord de paix. Je pense qu'il nous faut être à l'écoute de ce que demandent la gauche ukrainienne, le mouvement féministe, les syndicats, le mouvement des Tatars de Crimée, les écologistes (entre autres), et de répondre à leurs appels.

Il nous faut aussi écouter la gauche et les mouvements contre la guerre en Russie même. La plupart des composantes de la gauche anticapitaliste russe pensent que la défaite de la Russie en Ukraine pourrait constituer l'élément déclencheur ouvrant une porte vers la démocratisation du pays et l'émergence de divers mouvements sociaux.

Celles et ceux qui dans la gauche occidentale prétendent que la gauche en Europe de l'Est « n'existe presque pas » se trompent.

Croire qu'un mauvais compromis ‑ sur le dos des Unkrainien.nes ­‑ pourrait mettre fin à la guerre est une illusion qui me paraît dangereuse. C'est oublier les raisons pour lesquelles Poutine est entré en guerre : liquider l'Ukraine et poursuivre la reconstitution de l'Empire russe, mais aussi s'emparer de ses richesses économiques (dont son agriculture) et instaurer un régime de nature coloniale dans les zones occupées.

L'appareil d'Etat poutinien est gangréné par les hommes des services secrets (KGB-FSB). Il est déjà intervenu dans toute sa zone de proximité, de la Tchétchénie à l'Asie centrale et à la Syrie. Il n'existe internationalement que par ses capacités militaires, ses ventes d'armes, de produits pétroliers ou agricoles…

J'ai une défiance totale envers « nos » impérialismes dont je connais les fortitudes et que je n'ai de cesse de combattre. Je ne m'en remettrai jamais à eux pour négocier ou imposer un accord de paix. Voyez ce que sont devenus les accords d'Oslo en Palestine !

Alors, il n'est pas question pour moi que les mouvements de solidarité « entrent dans la logique des puissances » (quelles qu'elles soient). Ils doivent garder leur complète indépendance vis-à-vis, notamment, des Etats et gouvernements (y compris celui de Zelensky). Je le répète, nous sommes à l'écoute des forces de gauche ukrainiennes ainsi que de la gauche antiguerre en Russie.

D'autre part, les Etats-Unis et l'UE utilisent la guerre russe en Ukraine et l'augmentation des tensions internationales comme alibi pour le réarmement et l'augmentation des dépenses militaires. Peut-on parler d'une « nouvelle guerre froide » ou même de la menace d'une guerre mondiale dans laquelle l'utilisation d'armes nucléaires n'est pas exclue ? Quelle doit être la position de la gauche anticapitaliste face à ce réarmement et à cette menace ?

Pierre Rousset : Je suis contre le réarmement et l'augmentation des dépenses militaires par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Ceci étant dit, je pense qu'il faut élargir le propos. Une nouvelle course aux armements est engagée dans laquelle la Chine (et même la Russie) semble avoir l'initiative en plusieurs domaines, dont celui des armes supersoniques qui rendraient inopérants les boucliers antimissiles existants ou permettraient de cibler de très loin l'armada d'un porte-avion. Rien n'a été véritablement testé, à ma connaissance, et je ne sais pas ce qui est vrai ou relève de la science-fiction, mais d'autres camarades sont certainement plus savants que moi en ce domaine.

Cependant, la course aux armements est en elle-même un problème majeur. Pour les raisons usuelles (militarisation du monde, capture par le complexe militaro-industriel d'une part exorbitante des budgets publics…), mais aussi du fait de la crise climatique, qui rend encore plus urgente la sortie de l'ère des guerres en permanence. La production d'armement et leur utilisation n'entrent pas dans le calcul officiel d'émission des gaz à effet de serre. Un terrible déni de réalité.

La menace d'utilisation de l'arme nucléaire a été plusieurs fois brandie par Poutine, sans effet (je ne lui demande pas d'être cohérent avec ses déclarations). Je doute que la menace de guerre nucléaire découle directement du conflit ukrainien en cours (j'espère ne pas me tromper), mais je pense néanmoins que c'est (malheureusement) un vrai sujet. Là aussi je vais élargir le propos.

Il y a déjà quatre « points chauds » nucléaires localisés. L'un est situé au Moyen-Orient : Israël. Trois le sont en Eurasie : Ukraine, Inde-Pakistan, péninsule coréenne. Ce dernier est le seul à être « actif ». Le régime nord-coréen enchaîne périodiquement les essais et les tirs de missiles dans une région où stationne l'aéronavale US et se trouve le plus grand complexe de bases US à l'étranger (au Japon, surtout dans l'île d'Okinawa). Joe Biden a déjà fort à faire avec l'Ukraine, la Palestine et Taïwan et se passerait bien d'une aggravation de la situation dans cette partie du monde (la Chine aussi), situation dans laquelle la responsabilité de Trump a été lourdement engagée, mais celle du dernier rejeton de la dynastie héréditaire nord-coréenne aussi.

Petit problème : il faut vingt minutes à un missile nucléaire nord-coréen pour atteindre Séoul, la capitale du Sud. Dans ces conditions, l'engagement à ne pas utiliser le premier l'arme nucléaire devient difficile à appliquer.

La France fait partie des pays qui préparent politiquement l'opinion publique à l'usage éventuel d'une bombe nucléaire « tactique ». Il faut nous opposer vigoureusement à cette tentative de banalisation. Malheureusement, il y a une sorte de consensus politique national qui fait que l'on ne fait pas de « notre » arsenal nucléaire une question de principe pour conclure des accords politiques, y compris à gauche et même quand on est pour son abolition.

La question du réarmement, de la nouvelle course aux armements, du nucléaire doit impérativement faire partie de l'activité des mouvements antiguerres de part et d'autre des frontières. Ainsi, malgré les terribles violences intercommunautaires qui ont accompagné la partition de l'Inde en 1947, la gauche pakistanaise et indienne fait conjointement campagne pour le désarmement.

Peut-on parler de « nouvelle guerre froide ». Je trouvais dans le temps cette formule très eurocentrée. En Asie, la guerre était torride (l'escalade US au Vietnam). Aujourd'hui, que voudrait-elle dire, à l'heure de la guerre russe en Ukraine ? Je comprends qu'elle soit reprise dans la presse, dans un débat, mais je pense que nous ne devrions pas l'utiliser, et ce pour deux raisons principales :

• Elle rabat l'analyse sur une approche très limitée de la géopolitique. La guerre n'est en effet « froide » que du fait qu'il n'y a pas confrontation directe entre grandes puissances. Cela n'empêche pas, mais cela ne contribue pas à une analyse concrète des conflits « chaud ».

• De façon générale, je ne suis pas féru d'analogies historiques : « sommes-nous en… ». On n'est jamais « en… », mais dans le présent. Je sais que l'histoire contribue à expliquer le présent et que le présent contribue à revisiter le passé, mais la formule « nouvelle guerre froide » illustre bien ma réticence. La « première » Guerre froide opposait le « bloc occidental » au « bloc oriental ». A cette époque, le bloc soviétique et la Chine n'entretenaient que des rapports économiques limités avec le marché mondial capitaliste. La dynamique révolutionnaire se poursuivait (Vietnam…).

Aujourd'hui, le marché mondial capitaliste s'est universalisé. La mondialisation est passée par là. La Chine en est devenue l'un des piliers. L'interdépendance économique entre elle, les Etats-Unis et les pays ouest-européens est étroite. On ne peut rien comprendre à la complexité du conflit sino-étatsunien sans prendre pleinement en compte ce facteur. Pourquoi alors recourir à une vielle formule pour ajouter après : mais tout est différent, bien entendu.

Je dirais que le thème de la nouvelle guerre froide convient aux campistes des deux camps. Aux campistes qui veulent justifier leur soutien à Moscou et Pékin. Ou à celles et ceux qui veulent se ranger dans le camp de la Démocratie et des Valeurs occidentales contre les autocrates.

Un petit contrepoint pour terminer : Biden est un homme du passé. Il a appris à négocier les menaces nucléaires au travers de plusieurs crises majeures. Cette expérience peut aujourd'hui lui être encore utile.

Concernant la guerre d'extermination menée par l'Etat d'Israël à Gaza, quels sont les enjeux de cette guerre ? Pourquoi les Etats-Unis, malgré leur récente abstention au Conseil de sécurité de l'ONU, continuent-ils à soutenir Israël ? Quel rôle doit jouer notre solidarité internationaliste avec le peuple palestinien ?

Pierre Rousset : Quels sont les enjeux de cette guerre ? La survie même des Gazaouis. Un spécialiste de ces questions (l'élimination de populations) a eu une formule qui me paraît très juste. Il n'avait vu une situation aussi grave par son « intensité ». Dans d'autres cas, un plus grand nombre de personnes sont mortes, mais Gaza est un territoire minuscule qui subit une attaque multiforme d'une intensité inégalée. Même si les bombardements cessaient et que l'aide arrivait en masse, les décès se poursuivraient dans la durée.

La population entière vivra avec des stress post-traumatiques répétés, à commencer par les enfants dont le taux de mortalité est effarant. Les plus jeunes, victimes de malnutrition, n'auront jamais droit à une vie « normale ».

Autres enjeux, l'existence même de la Cisjordanie où les Palestiniens sont soumi à la violence quotidienne des colons suprémacistes juifs, appuyés par l'armée et les paramilitaires. Les Gazaouis survivants vont-ils être forcés à l'exil via l'Egypte ou la voie maritime ? Les Palestiniens de Cisjordanie survivants vont-ils être expulsés en Jordanie ? Le projet du Grand Israël va-t-il s'imposer ?

On peut inscrire dans le temps long la colonisation de la Palestine, mais nous vivons un terrible point tournant. Netanyahou n'a jamais défini ses objectifs de guerre (à part la destruction totale du Hamas, une entreprise qui n'a pas de fin). Je ne vais pas essayer de les définir à sa place, d'autant plus que la situation est volatile.

Le bombardement du consulat iranien à Damas, le 1er avril, est un exemple de la fuite en avant dans laquelle Netanyahou est engagé au-delà des frontières de la Palestine. C'est une violation flagrante de la Convention de Vienne qui protège les missions diplomatiques. La cible de l'attentat était de hauts dirigeants du Hezbollah qui s'y trouvaient, mais cela ne « justifie » rien. Il y a toujours des « ennemis » de choix dans les missions diplomatiques, dont des officiers supérieurs. Les Israéliens le savent bien, les agents du Mossad déguisés en diplomates, ayant assassiné ou enlevé plus d'une personne en pays étrangers. Il est curieux et inquiétant que ce bombardement n'ait pas suscité plus de protestations.

Téhéran ne veut pas la guerre, mais doit réagir. On est sur un fil du rasoir.

Joe Biden a construit son propre piège en assurant d'emblée son soutien inconditionnel au gouvernement israélien, par sionisme intime et sans consulter les experts de sa propre administration, ce qui lui vaut une série de démissions fracassantes. Il ne peut plus soutenir l'insoutenable, mais ne cesse pas pour autant la fourniture d'armes et munitions en Israël. Je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression qu'il a tout simplement perdu la main diplomatique dans le monde arabe et s'occupe pour l'heure de blinder des accords de défense avec le Japon et les Philippines, au cas où Trump emporterait la prochaine présidentielle.

[Une mise à jour : l'Iran a mené une attaque aérienne contre Israël dans la nuit du 13 au 14 mars (correction 13-14 avril PTAG). Selon un décompte israélien, plus de 300 projectiles ont été tirés : 170 drones, 30 missiles de croisière et 110 missiles balistiques. Téhéran avait annoncé l'opération, confirmée par les Etats-Unis. Il faut plusieurs heures pour que ces armes atteignent Israël, ce qui laissait tout le temps nécessaire en abattre en bonne partie sur le trajet. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Jordanie y ont contribué. Une base militaire israélienne a néanmoins été touchée. L'objectif de cette opération était clairement politique, un avertissement en réponse à l'attentat de Damas. C'était la première fois que le régime iranien s'attaquait ainsi directement à Israël. Téhéran a annoncé que son opération n'aurait pas de suite, si du moins les Israéliens s'en tenaient là. Face à l'Iran, Joe Biden est toujours en mesure d'activer un front de pays occidentaux et arabes. La dépendance d'Israël envers ses protecteurs se confirme.]

Venons-en à la dernière question. Quelles sont, à mon sens, les tâches d'une solidarité internationaliste avec le peuple palestinien ?

Tout d'abord, l'urgence absolue, sur laquelle une très large unité peut se faire : cessez-le-feu immédiat, entrée d'une aide massive par toutes les voies d'accès à la bande de Gaza, protection des convois et des travailleur.es humanitaires (nombreux sont celles et ceux qui ont été tués), reprise de la mission de l'UNRWA dont le rôle est irremplaçable, arrêt de la colonisation en Cisjordanie et rétablissement dans leurs droits des Palestien.nes spolié.es, libération des otages israélien.nes et des prisonnier.es politiques palestinien.nes…

Nous défendons sans « mais » le droit à la résistance, y compris armée, des Palestiniens ; mais cela n'implique ni un soutien politique au Hamas ni de nier que des crimes de guerre ont été commis le 7 octobre, ce dont attestent de nombreuses sources indépendantes. Parmi ces sources mentionnons l'association Physicians for Human Rights-Israel (Médecins pour les Droits Humains, PHRI) ; des villageois bédouins du Néguev qu'Israël refuse de protéger, mais qui a subi des attaques répétées de la part du Hamas ; des militantes et militants israélien.nes qui ont consacré leur vie à défendre les droits des Palestinien.nes…

Le Hamas est aujourd'hui la principale composante militaire de la résistance palestinienne, mais est-il porteur d'un projet émancipateur ? Nous avons toujours analysé les mouvements engagés dans les luttes de libérations que nous soutenions. Pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ?

Notre rôle d'internationaliste est, aussi, de tracer un fil, aussi ténu soit-il entre les tâches présentes et un avenir émancipateur. Nous défendons le principe d'une Palestine où pourront vivre ensemble les habitant.es de cette contrée historique « entre la mer et le fleuve » (inclus le retour des réfigié.es palestinien.nes). Cela n'arrivera pas sans de profonds bouleversements sociaux dans la région, mais nous pouvons donner corps à cette perspective en soutenant les organisations qui agissent aujourd'hui ensemble, juives/juifs et Arabes/Palestinien.nes, envers et contre tout. Toutes et tous prennent de gros risques pour continuer à afficher cette solidarité judéo-arabe dans le contexte actuel. Nous leur devons la solidarité.

La solidarité judéo-arabe est aussi l'une des clés de développement des mobilisations internationales, notamment aux Etats-Unis où le mouvement Jewish Voice for Peace a joué un rôle très important pour contrer la propagande des lobbies pro-israéliens et ouvrir l'espace de la contestation.

Comment analyses-tu la stratégie de politique étrangère de la Chine et son conflit avec Taiwan ?

Pierre Rousset : Je pense que Xi Jinping a pour priorité la poursuite de l'expansion mondiale de la Chine et sa consolidation, la compétition avec les Etats-Unis dans le domaine des hautes technologies à double usage civil et militaire, la recherche d'alliances diplomatiques significatives (un talon d'Achille face aux Etats-Unis), le développement de ses propres zones d'influences dans des régions jugées à ce stade stratégique (comme le Pacifique sud), le renforcement de ses capacités militaires aéronavales et spatiales ou de surveillance et de désinformation. L'invasion de Taïwan ne serait pas à l'ordre du jour.

Les voies d'expansion de la Chine diffèrent de ses prédécesseurs. L'époque a changé. Pékin ne possède qu'une grande base militaire classique, à Djibouti. Cependant, elle signe des accords avec un nombre croissant de pays pour avoir accès à leurs ports. Mieux, elle en prend possession en tout ou partie, ce qui lui assure un réseau maritime étendu de points d'attache à double usage civil et militaire. Les services de sécurité présents dans les entreprises chinoises à l'étranger sont assurés par des militaires, ce qui permet à l'armée de s'informer et d'établir des contacts.

La politique chinoise est de caractère impérialiste et on voit mal comment il pourrait en être autrement. Toute grande puissance capitaliste se doit de garantir la sécurité de ses investissements et de ses communications, la rentabilité politique et financière de ses engagements.

Pékin a proclamé sa souveraineté sur l'entièreté de ladite mer de Chine du Sud, une zone de transit international majeure, qu'elle a militarisé sans tenir compte des droits maritimes des pays voisins. Elle s'approprie les richesses halieutiques et prospecte les fonds marins. Un régime autoritaire emploie des méthodes autoritaires partout où il pense pouvoir le faire. Certes, un régime impérialiste dit démocratique peut faire de même…

Outre la prolongation des situations de guerre en Syrie, au Yémen, au Soudan ou en République démocratique du Congo, il existe une guerre dont on parle peu en Occident, en Birmanie. Pourriez-vous commenter l'état actuel de ce conflit ?

Pierre Rousset : Un mot sur le Soudan. Il y a dans ce pays une riche expérience de résistances populaires « à la base », dans des conditions extrêmement difficiles, qui mériterait d'être mieux connues (et soutenue).

La Birmanie a constitué un cas d'école. Les militaires ont assuré leur mainmise exclusive sur le pouvoir à l'occasion d'un putsch, le 1er février 2021. Le lendemain, le pays entrait en dissidence sous la forme d'un arrêt de travail généralisé et d'un immense mouvement de désobéissance civile. Le putsch avait avorté, mais l'armée n'a pas pu être chassée, faute d'un soutien international immédiat. Les militaires ont pu reprendre progressivement l'initiative par une répression sans merci. Dans la région centrale, initialement pacifique, la résistance populaire a dû entrer en clandestinité, puis s'engager dans la résistance armée. Elle a recherché l'appui de mouvements ethniques armés opérant dans les Etats de la périphérie montagnarde du pays.

Il est difficile d'imaginer un mouvement de résistance civique plus ample que celui qu'a connu la Birmanie – mais l'entrée dans la lutte armée s'est imposée comme une nécessité vitale, fondant sa légitimité sur l'évidence de l'autodéfense. Cela lui a permis de traverser l'épreuve du feu et de s'organiser progressivement sous forme de guérillas indépendantes ou liées au Gouvernement d'Unité nationale, expression du parlement dissous par les militaires et (enfin) ouvert aux minorités ethniques.

Le conflit a pris des formes terriblement dures, l'armée ayant notamment le monopole de l'aviation. Il était aussi complexe, chaque Etat ethnique ayant ses propres caractéristiques et choix politiques. Peu à peu, cependant, la junte a perdu la main. Elle avait l'appui de la Chine (pays frontalier) et de la Russie, mais s'est révélée incapable de garantir à Pékin la sécurité de ses investissements et la construction d'un port donnant accès à l'océan Indien. Son isolement international s'est accentué et ses alliés de l'ASEAN se sont divisés.

Aujourd'hui, l'armée cède du terrain dans de nombreuses régions et le front d'opposition à la junte s'est élargi. La Birmanie est un pays à l'histoire très riche, mais malheureusement méconnue en Occident.

Pour conclure, l'aggravation de la crise économique et la multiplication des conflits tant au niveau international que régional semblent indiquer un tournant dans le contexte international qui nécessite de repenser les politiques de solidarité internationaliste. Quelles sont les pistes pour construire un internationalisme en phase avec l'évolution des conflits internationaux au XXIe siècle ?

Pierre Rousset : Il y a une recomposition en profondeur avec pour ligne de force l'opposition entre « campisme » et internationalisme. Nous pouvons avoir de nombreuses différences d'analyses, mais la question est de savoir si nous défendons toutes les populations victimes.

Chaque puissance choisit les victimes qui lui conviennent et abandonnent les autres. Nous nous refusons à entrer dans ce type de logique. Nous défendons les droits des Kanaks en Kanaky quoi qu'en pense Paris, les Syrien.nes et les peuples de Syrie face à l'implacable dictature du clan Assad, les Ukrainiennes et Ukrainiens sous le déluge de feu russe, les Palestiniennes et Palestiniens sous le déluge des bombes US, les Portoricain.es sous l'ordre colonial étatsunien, », les peuples de Birmanie même quand la junte est soutenue par la Chine, les Haïtiens à qui protection et asile sont refusés par ladite « communauté internationale.

Nous n'abandonnons pas des victimes au nom de considérations géopolitiques. Nous soutenons leur droit à décider librement de leur avenir et, quand telle est la question, leur droit à l'autodétermination. Nous nous retrouvons avec les mouvements progressistes qui, de par le monde, récusent la logique de « l'ennemi principal ». Nous ne sommes dans le camp d'aucune grande puissance, qu'elle soit nippo-occidentale, russe ou chinoise. L'occupation est un crime en Ukraine comme en Palestine.

Face à la militarisation du monde, nous avons besoin d'un mouvement antiguerre mondial. C'est vite dit, mais bien difficile à faire. Pouvons-nous nous appuyer sur des solidarités transfrontalières locales (Ukraine-Russie, Inde-Pakistan) pour ce faire ? Ou sur l'immense mouvement de solidarité avec la Palestine ? Sur les forums sociaux comme celui qui vient de se réunir au Népal ?

Il nous faut aussi intégrer la question climatique à la problématique des mouvements antiguerres et, réciproquement, les mouvements écologistes militants gagneraient, si ce n'est déjà fait, à intégrer la dimension antiguerre à leur combat. Idem concernant l'arme nucléaire.

La personnalité de Greta Thunberg me semble incarner le potentiel des jeunes générations confrontées à la violence de la « polycrise ». Mais ses engagements demandent de la ténacité, ce dont elle ne manque certes pas, une capacité à agir dans la durée, ce qui n'a rien d'évident. Ma génération militante avait été lancée sur orbite par la radicalité des années 1960 et, pour nous en France, par l'expérience fondatrice de Mai 68. Une sacrée impulsion. Qu'en est-il aujourd'hui ?

P.-S.
• Interview à paraître dans le prochain numéro de Viento sur.

Une mise à jour a été introduite le 14 avril à 16h30 concernant l'attaque aérienne lancée par Téhéran contre Israël dans la nuit du 13 au 14 avril.

Une correction a été apportée le 15 avril 2014.

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Une seule journée pour rappeler l’urgence de se mobiliser massivement pour défendre la vie sur cette planète menacée !

16 avril, par Révolution écosocialiste — ,
La nature et la civilisation humaine sont menacées par les conséquences de l'exploitation capitaliste . Les bouleversements climatiques sont vécus partout sur la planète : (...)

La nature et la civilisation humaine sont menacées par les conséquences de l'exploitation capitaliste . Les bouleversements climatiques sont vécus partout sur la planète : sécheresses, incendies de forêt, inondations à répétition, ouragans ou typhons de plus en plus dévastateurs. La biodiversité (abeilles, poisson, insectes,etc) en subi les effets : exploitation des énergies fossiles, agriculture industrielle utilisant massivement des pesticides, déforestation pour favoriser les monocultures, pêches industrielles qui mènent à la disparition de nombre d'espèces marines. L'exploitation forcenée de la nature est en train de réduire les espaces et les formes de vie de façon dramatique.

Et nous n'avons qu'une seule journée pour dénoncer tout cela ?

La montée de régimes autoritaires et l'utilisation d'une rhétorique raciste et patriarcale

Le capitalisme devient de plus en plus incapable de répondre aux besoins humains les plus essentiels avec le développement des famines qui touchent largement des populations du Sud global.
Pour défendre ses possibilités de continuer de tirer profit de la nature, la bourgeoisie, les États et partis politiques, revendiquent la planète comme un territoire commun à exploiter sans limites. Leurs politiques visent à réduire les espaces démocratiques par l'utilisation de la répression policière et judiciaire pour casser les mobilisations écologiques. Les mouvements sociaux qui s'opposent à leurs visées sont de plus en plus durement réprimés.

Pour diviser les classes populaires, la classe dominante et les élites politiques à son service, n'hésitent pas à utiliser la rhétorique xénophobe et raciste. Elles approfondissent ces idées anti-immigration en construction l'image du mâle blanc et profitent du contexte de guerre pour maintenir les formes actuelles de la société dominante. Ces idéologies visent à définir les femmes comme une minorité de genre pouvant être soumise à des féminicides et à définir les colonisé-e-s comme des minorités de race devant être asservis aux besoins et au maintien de la domination blanche.

Cette crise sociale alimente la crise écologique partout dans le monde.

Nous faudrait-il plus qu'une journée pour dénoncer toute cette exploitation ?

Les soulèvements contre la destruction capitaliste de la terre se préparent…

La compréhension de plus en plus profonde des enjeux de la crise climatique a donné lieu à des mobilisations massives, particulièrement de la jeunesse. Des millions de personnes sont descendues dans les rues ces dernières années.

Ces différents mouvements ont pris la forme de manifestations monstres, d'occupations de places (Tahrir, Occupy Wall Street, mouvement étudiant au Québec et au Chili, occupations des villes en Espagne, mouvement des Gilets jaunes en France, mobilisations massives au Liban, luttes des femmes en Amérique latine et sur tous les continents avec le développement de grèves des femmes, luttes paysannes et grèves générales des paysan-ne-s en Inde…

Les gains arrachés par ces mouvements de masse n'ont pas réussi à remettre en cause durablement la domination et la prédation opérées par les grandes entreprises multinationales. Mais elles ont commencé à jeter les bases de l'émergence et la consolidation à une large échelle de nouvelles forces capables de proposer la construction d'un système alternatif au capitalisme.

Pour une alternative écosocialiste

Pour répondre aux aspirations populaires, la gauche écosocialiste défend la nécessité de construire des convergences sociales et politiques édifiées à partir des luttes sociales contre toutes les formes d'exploitation capitaliste et d'oppression de genre et de race pour lutter pour l'égalité et la démocratie sociale véritable.

Ce jour de la terre doit nous permettre de rappeler que l'internationalisme politique doit être partie prenante de notre combat et que la solidaire internationaliste n'est pas seulement souhaitable, elle est essentielle à un véritable soulèvement de la terre pour la défense de la vie sur cette planète.

Pour que la Journée de la terre devienne réalité 365 jours par année.

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La défense collective des droits encore oubliée

16 avril, par Collectif — , ,
Québec, 10 avril 2024. Les groupes de défense collective des droits (DCD) des régions de Québec et Chaudière-Appalaches sont extrêmement déçus du budget déposé par le (...)

Québec, 10 avril 2024. Les groupes de défense collective des droits (DCD) des régions de Québec et Chaudière-Appalaches sont extrêmement déçus du budget déposé par le ministre Girard le 12 mars 2024. Des représentant.es des groupes de la grande région de Québec se sont rassemblé.es devant le 425 rue Jacques Parizeau afin d'interpeller la Ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, Chantal Rouleau. Les groupes dénoncent leur sous-financement chronique et l'absence d'un mécanisme d'indexation de leur subvention.

Nos missions mises à mal

Ce manque chronique de financement de la défense collective des droits a un impact direct sur la population, alors que les demandes d'aide augmentent en flèche. L'explosion des prix des denrées, la crise du logement, l'isolement, le manque d'accès aux soins de santé sont autant de facteurs qui entravent l'exercice des droits et qui forcent une part grandissante de la population à frapper à la porte des groupes de défenses de droits. « On a l'impression d'être le dernier rempart pour protéger
les droits de la population et trop souvent les attaques viennent du gouvernement lui-même
» selon Nicole Dionne, du Bureau d'animation et d'information logement (BAIL). « Dans un contexte où le gouvernement prend le parti des propriétaires, la moindre des choses c'est de financer adéquatement les groupes qui défendent les locataires. C'est une question de respect des droits et de justice sociale », poursuit-elle.

L'indexation c'est vital

Rappelons que les groupes de défense de droits ne bénéficient pas d'un mécanisme d'indexation de leur subvention. « L'absence d'indexation de nos subventions place notre secteur dans une situation de grande précarité. Au fil de l'inflation, nos budgets s'amenuisent ce qui nuit durement aux conditions de travail dans les groupes. Si la situation ne s'améliore pas rapidement, on fera face à un exode des travailleurs et des travailleuses. Certains groupes sont dans un perpétuel processus d'embauche et n'arrivent plus à stabiliser une équipe de travail fonctionnelle », dénonce Vania
Wright-Larin du Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12).

Malgré les demandes répétées, la ministre Rouleau continue de faire la sourde oreille avec un manque de considération flagrant envers les réalités difficiles des groupes de DCD. Pourtant, la colère gronde dans les groupes qui se sentent tout simplement abandonnés par la ministre. « Au cours des deux dernières années on a répété une demande simple, d'avoir minimalement droit à une indexation annuelle qui freinerait de façon durable l'appauvrissement des groupes et qui permettrait d'envisager la réalisation de nos missions sans devoir constamment chercher du financement alternatif », termine le porte-parole.

Les droits ça se défend, collectivement !

Les groupes de défense de droits de toutes les régions du Québec seront en action durant les prochains mois afin de faire valoir leurs revendications. Selon le Regroupement des organismes de défense collective des droits (RODCD), ce n'est pas moins de 154 M$ qu'il manque dans le réseau pour permettre aux groupes de défense de droits de remplir adéquatement leur mission. Sylvain Lafrenière, porte-parole du RODCD est très déçu par l'attitude de la ministre : "L'espoir qu'avait suscité la nomination, pour la première fois, d'une ministre responsable à l'action communautaire semble déjà avoir fait long feu. Aucun des dossiers qui concernent les organismes en DCD, qui sont directement sous sa responsabilité, n'avance depuis sa nomination."

Les groupes de la région promettent d'être très actifs et de mettre toute la pression nécessaire sur la ministre Rouleau pour qu'elle délie les cordons de la bourse afin de soutenir adéquatement la défense des droits et l'ensemble de l'action communautaire autonome.

Lien vers l'événement du 10 avril.

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Ils ne se sont pas « éclipsés » !

16 avril, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, 10 avril 2024.- Les vols gros porteurs de Chrono Aviation se poursuivent à l'aéroport de Saint-Hubert-Longueuil et continuent d'empoisonner la vie de milliers de (...)

Longueuil, 10 avril 2024.- Les vols gros porteurs de Chrono Aviation se poursuivent à l'aéroport de Saint-Hubert-Longueuil et continuent d'empoisonner la vie de milliers de personnes sur la Rive-Sud, malgré l'arrivée du mois d'avril (voir le tableau plus bas).

Comme la Coalition Halte-Air Saint-Huberts'y attendait, Chrono Aviation a attaqué la décision de Transport Canadadevant le tribunal pour la faire casser. La Coalition n'est pas étonnée que Chrono cherche à contourner les règles,comme d'autres compagnies aériennes le font ailleurs. Le vol du mercredi 3 avril dernier s'y est même repris à plusieurs fois pour atterrir à 1h45 en pleine nuit.

Dans un courriel envoyé à la Coalition, une citoyenne raconte : « La nuit dernière nous avons été de nouveau réveillés à 2 h 08 par 2 départs de vol de Chrono jet. La mairesse Fournier avait annoncé en grande pompe l'arrêt des vols de nuit à partir du 1er avril 2024. Que se passe-t-il ? C'était un vacarme d'enfer, une explosion assourdissante. »
Il semble en effet que ces arrivées et départs tonitruants des 737 ont **éclipsé** les promesses et annonces faites le mois dernier par les responsables politiques. Après une rafale d'articles élogieux et de flatteuses entrevues médiatiques, la Coalition constate que les médias semblent moins empressés à rapporter et commenter ce camouflet reçu par le ministre Pablo Rodriguez, et surtout par la mairesse Catherine Fournier qui n'hésitait pas à vanter l'entente de DASHL avec la Ville de Longueuil, saluait le courage du ministre, et affirmait sur plusieurs plateformes que l'interdiction serait en vigueur dès 1er avril.

Alors que des tractations avaient lieu depuis des mois avec Chrono, DASHL et les responsables politiques se retrouvaient à la "table de développement" (au groupe de travail « climat sonore ») pour prendre le thé. Ces mêmes personnes, avec une désinvolture assumée, savaient bien que cette interdiction ne serait que relative et allait s'étirer dans le temps.

Aucune victime du bruit ne sera étonnée s'il n'y a ni amende dissuasive ni sanction réelle à l'encontre de Chrono pour le non-respect de cette interdiction…

Comme l'écrivait encore la citoyenne : « Avons-nous été bernés par le politique ? Est-ce que le comité peut alerter les médias de la situation ? »

La Coalition invite donc les médias à rapporter que la situation de non-respect des citoyen.ne.s se poursuit à l'aéroport de Saint-Hubert-Logueuil, et invite les victimes du bruit à déposer une plainte ( https://tinyurl.com/mr3xmnha ). Celles-ci sont transmises à Transport Canada qui pourrait s'en servir contre Chrono Aviation.

Quant aux « gestionnaires » de DASH-L, aucune autocritique de leur gestion de l'aéroport. Même si ce sont eux qui ont signé le contrat avec Chrono, ce ne sont pas eux qui subissent cette cacophonie ni celle à venir avec le développement de l'aérogare de Porter Airlines puisqu'ils n'habitent pas près de l'aéroport.
Comme ils le disent si bien maintenant : "On est ailleurs !..."

Information : coalition.halteair@gmail.com
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Aéroport de Saint-Hubert Décollage prévu malgré les voyants au rouge

16 avril, par Julien Keller — , ,
30 millions en 2030, 40 millions en 2040, 50 millions en 2050. De quoi parle-t-on ? Du nombre anticipé de passagers et passagères aérien·ne·s dans la région de Montréal, du (...)

30 millions en 2030, 40 millions en 2040, 50 millions en 2050. De quoi parle-t-on ? Du nombre anticipé de passagers et passagères aérien·ne·s dans la région de Montréal, du moins selon les prévisions des gestionnaires de l'aéroport de Saint-Hubert à Longueuil (DASH-L) qui entendent développer cet aéroport pour seconder Montréal-Trudeau (YUL).

Julien Keller, professeur, Département des Sciences de l'UQAM (Collaboration spéciale)

5 avril 2024, tiré de PressMob, Édition écrite, vol. 5, no 4

Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le directeur général de DASH-L Yanic Roy s'enthousiasmait le 24 novembre 2023 de l'augmentation à venir du trafic aérien dans le Grand Montréal, qui se chiffre actuellement à 21 millions de passagers et passagères. En pleine crise climatique, il faut faire preuve d'irresponsabilité pour accepter, justifier puis encourager un tel accroissement.

L'industrie du transport aérien repose aujourd'hui à plus de 99% sur une seule énergie : le pétrole. Un carburant indépassable, puisque le seul à pouvoir offrir une densité énergétique suffisante pour mouvoir des avions de plus de 50 tonnes sur des milliers de kilomètres, quoi qu'en disent les chantres de l'avion électrique.

Cette consommation ahurissante de kérosène par les avions engendre inexorablement plusieurs pollutions gravissimes. Une pollution de l'air aux particules ultra-fines (du nanométal tel que le plomb ou le nickel comme relevé par la professeure Ariya de l'Université McGill) qui sont cancérigènes selon des études scientifiques récentes de l'Université de Berne. Cette pollution de l'air s'ajoute à celle déjà responsable de 4000 morts prématurées annuellement au Québec selon Santé Canada.

Et cette pollution atmosphérique ne pourra qu'empirer à l'avenir avec les redoutés mégafeux de forêt, à l'instar de ceux de l'été 2023. Des mégafeux récurrents et anticipés par les climatologues du GIEC, qui sont la conséquence d‘un « effondrement climatique » pour reprendre l'expression du secrétaire général de l‘ONU. On le sait, cette situation a pour origine principale l'activité humaine, notamment nos émissions de gaz à effet de serre (GES) comme le dioxyde de carbone (CO2). Une tonne de kérosène émet environ trois tonnes de CO2. Que l‘on songe à la quantité de CO2 qui résultera de l'utilisation programmée des dizaines de milliers de tonnes de kérosène par année à St-Hubert, alors qu'il est nécessaire de réduire nos émissions de GES !

Comme si cela ne suffisait pas, l‘aéroport de St-Hubert présente une autre caractéristique particulière : il est enclavé dans la ville de Longueuil. D‘ailleurs, l'hôtel de ville lui-même jouxte les pistes. Ainsi, le développement prévu de l'aéroport St-Hubert, avec ses 4 millions de passagers et passagères à terme, générera une pollution sonore considérable sur une zone d‘environ 100 km2 d‘après une récente modélisation, perturbant ainsi la vie de 100 000 habitant·e·s. Les études sont unanimes : elles indiquent toutes une perte d'espérance de vie notable, de 1 mois jusqu'à 3 ans, en raison des problèmes cardio-vasculaires et des troubles de sommeil provoqués par le bruit.

Il faudrait plutôt tirer les leçons du passé. Le monde de l'aéronautique se nourrit artificiellement de son propre optimisme jusqu'à la démesure, traçant des droites à l'infini dans un monde fini. Le livre récent du professeur Jacques Roy, sur la saga des aéroports montréalais, est là pour nous rappeler qu'il est nécessaire de faire preuve de réalisme en se basant sur des études d'impact (économiques, sanitaires, environnementales) avant de lancer tout projet majeur de développement d'un aéroport.

Or, dans le cas de Saint-Hubert à Longueuil, force est de constater qu'aucune étude n'a été publiée pendant les deux consultations publiques de 2022 et que les élu·e·s locaux n'ont pas été plus informés que la population. Deux études concernant les GES et le bruit commanditées par DASH-L seraient en cours, mais dans la mesure où les travaux de construction de l'aérogare ont débuté en août dernier, on comprend que celles-ci ne viendront en rien contrecarrer le projet.

La campagne médiatique de l'aéroport (DASH-L) et de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, autour de l'« écoaviation » – expression antinomique sans réalité tangible – ne parvient pas à dissiper l'impression que ce projet n'a pas été réfléchi dans un contexte de crise climatique et plus généralement de crise environnementale. Il n'a manifestement pas non plus été conçu plus globalement avec l'objectif de sortir de l'approche « toujours plus » de l'industrie aéronautique. À titre d'exemple, le plan officiel de réduction des émissions canadiennes pour 2030 visant une réduction de 40 % des émissions (sous le niveau de 2005) ne pourra se faire sans que le transport aérien ne réduise aussi son impact carbone. Dans ce délai, cela n'est possible que par une diminution sensible du trafic aérien.

En matière d'industrie aérienne, il est plus que temps de changer de paradigme. Il faut faire l'inverse de ce que préconisent les dirigeants actuels, attentistes et immobilistes, et prendre des mesures contraignantes. Oui, il faut faire l'inverse de ce qu'a préconisé Mme Catherine Fournier en juillet dans une entrevue où elle compte sur le changement des comportements humains et à de nouvelles technologies – les deux étant tout aussi hypothétiques – pour diminuer l'impact de l'aviation. Sans même y voir de contradiction avec la réalité des faits, elle était partie au même moment s'amuser en Italie avec des avions bien polluants !

(Aussi publié sur le blogue de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques - IRIS)

Appel à signer une déclaration et à faire un don en solidarité avec les employé-es du Centre justice et foi mis à pied Boîte de réception

16 avril, par Comité de soutien aux employé-es mis à pied du Centre justice et foi — , ,
La suspension abrupte des activités du Centre justice et foi (CJF) et la mise à pied cavalière de son personnel, sans justification valable, le 21 mars dernier, suscitent la (...)

La suspension abrupte des activités du Centre justice et foi (CJF) et la mise à pied cavalière de son personnel, sans justification valable, le 21 mars dernier, suscitent la consternation. Cette décision du conseil d'administration a de graves conséquences pour les employé-es et pour tout ce qui compose le CJF : la revue Relations, le secteur Vivre ensemble, le volet sur l'avenir du christianisme social.

Si vous avez à cœur tout le travail important réalisé par l'équipe du CJF mise à pied, montrez votre appui sans tarder afin de dénoncer l'injustice qui lui est faite et qui heurte frontalement les valeurs de justice sociale portées jusqu'ici par le CJF. Toutes et tous sont invité-es à signer la déclaration (lectorat et abonné-es de Relations, lectorat du webzine de VE, citoyen-nes, professionnel-les, directions d'organismes, acteurs de différents milieux, etc.) et à faire un don.

Dans un contexte de hausse des loyers et du coût de la vie, la perte abrupte de revenus peut vite devenir intenable, même en ayant accès à l'assurance-emploi, les employé-es mis à pied ont besoin de votre soutien.

Rendez-vous à l'adresse :soutenonslesemployesducjf.org

Vous y trouverez la liste des 45 premiers signataires de la déclaration, les instructions pour faire un don, une section Médias et d'autres suggestions d'appuis possibles.

Merci

Frédéric Barriault

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Statistiques annuelles de la CNÉSST : de plus en plus d’accidents et de maladies du travail

16 avril, par Journal de l'UTTAM — , ,
Les statistiques annuelles publiées par la CNÉSST l'automne dernier révèlent de fortes tendances, depuis la fin de la pandémie, à la hausse des lésions professionnelles. (...)

Les statistiques annuelles publiées par la CNÉSST l'automne dernier révèlent de fortes tendances, depuis la fin de la pandémie, à la hausse des lésions professionnelles. Alors que la « modernisation » des régimes de santé et de sécurité du travail devait améliorer la prévention des accidents et des maladies du travail, c'est le contraire qui semble se produire pour l'instant.

Journal de l'UTTAM
https://uttam.quebec/journal/journal_printemps_2024_no3.pdf

Ce n'est qu'à l'automne 2023 que la CNÉSST rendait publiques ses statistiques finales pour l'année 2022. Ce décalage est normal puisqu'il y a toujours un délai entre la fin d'une année et la publication des statistiques finales pour cette année. Les tendances que nous observons dans ce rapport statistique datent donc de plus d'un an et on ne peut pas encore savoir si elles se maintiendront en 2023 et 2024. Toutefois, la tendance observée est tellement forte que nous croyons nécessaire de l'examiner.

Une très forte augmentation des lésions professionnelles

La hausse marquée des réclamations pour accident ou maladie du travail entre 2021 et 2022, alors que le régime transitoire de prévention entrait pourtant en vigueur, est spectaculaire. Alors que la CNÉSST avait reçu 127,375 réclamations en 2021, ce nombre a bondi à 190 875 en 2022, ce qui représente une augmentation de 50 %. Le nombre d'accidents du travail pour lesquels des travailleuses et travailleurs ont produit une réclamation a augmenté de 56 % et le nombre d'accidents acceptés par la CNÉSST a crû de 61 % pour s'établir à 149 812 pour la seule année 2022.

Du côté des réclamations pour maladie professionnelle, la croissance n'est « que » de 14%, alors que 19 878 réclamations étaient produites dans l'année. Le nombre de décès par accident du travail a également augmenté de 15 % dans la même période. Des hausses d'une telle ampleur, particulièrement pour le nombre d'accidents du travail, n'ont pas été vues depuis longtemps.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces chiffres. La hausse est partiellement attribuable à une augmentation des réclamations pour la Covid-19 contractée à l'occasion d'éclosions en milieu de travail, parfois à la suite d'une diminution ou de l'abandon du télétravail ou de mesures sanitaires au travail. Le fait qu'une main-d'œuvre particulièrement jeune et à risque, par manque d'expérience, de subir des accidents, ait intégré le marché du travail dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre, permet aussi, sans doute, d'expliquer en partie l'augmentation des accidents du travail. Le manque de personnel das certains milieux peut aussi pousser des employeurs à exiger davantage de productivité des travailleuses et travailleurs en poste pour compenser le manque d'employés, augmentant du même coup le risque d'accidents du travail.

Enfin, si une augmentation du nombre d'accidents du travail s'observe tant pour les travailleurs que pour les travailleuses, c'est pour ces dernières que la hausse est la plus spectaculaire, avec une augmentation de 107 % chez les femmes contre 26 % chez les hommes. Ainsi, sans doute pour la première fois depuis que la CNÉSST compile des statistiques, le nombre d'accidents du travail subis par des travailleuses dépasse en 2022 celui des travailleurs (83 171 accidents du travail subis par des femmes contre 66 641 subis par des hommes).

Ces chiffres indiquent aussi que dans sa première année d'application, la réforme de 2021 ne semble pas avoir permis d'améliorer la prévention des lésions professionnelles. On en retient que, contrairement à l'adage selon lequel « le travail, c'est la santé », non seulement les milieux de travail demeurent dangereux au Québec, ils semblent même le devenir de plus en plus.

L'avenir nous dira si cette inquiétante tendance à la hausse du nombre de lésions professionnelles se maintiendra ou si les statistiques redeviendront plus proches de ce qu'on observait avant la pandémie. En attendant, ces chiffres nous confirment que la lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs, tant pour la prévention que pour la réparation des lésions professionnelle, demeure plus que jamais pertinente.

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Le Canadat doit enquêter sur les organisations caritatives qui financent les crimes de guerre israéliens

16 avril, par Voix juives indépendantes — , , ,
Je vous invite à signer dès maintenant la pétition parlementaire et à exiger de la ministre qu'elle mette fin sans délai à la pratique consistant à utiliser le système de (...)

Je vous invite à signer dès maintenant la pétition parlementaire et à exiger de la ministre qu'elle mette fin sans délai à la pratique consistant à utiliser le système de bienfaisance canadien pour financer des crimes de guerre israéliens.

Cher/chère lecteur ou lectrice,

Au cours des cinq dernières années, plus d'un milliard de dollars ont été transférés en Israël par des organismes de bienfaisance enregistrés au Canada. Bien qu'une grande partie de ces fonds soit effectivement destinée à des activités de bienfaisance légitimes, des centaines de milliers de dollars sont acheminés de manière à soutenir certaines des organisations israéliennes les plus odieuses, dont quelques-unes sont directement complices du génocide en cours.

Un organisme de bienfaisance en particulier, la Mizrachi Organization of Canada, transfère des « dons de charité » à des organisations israéliennes impliquées dans des activités telles que le blocage de convois d'aide humanitaire en route vers Gaza et le nettoyage ethnique de la population palestinienne de Jérusalem-Est et de Cisjordanie.

Et tout cela est subventionné avec l'argent de vos impôts.

Signez dès maintenant la pétition parlementaire : mettons fin aux subventions des crimes d'Israël !

Les organismes de bienfaisance sont censés œuvrer à l'avancement du bien commun ou au bénéfice du grand public. C'est du moins ce que l'on nous affirme, et c'est dans cet esprit que nous les subventionnons collectivement par un mécanisme de crédits d'impôt.

L'Agence du revenu du Canada (ARC) a le mandat de garantir que ces fonds servent bel et bien à des activités de bienfaisance légitimes et que les organismes bénéficiaires ne contreviennent pas aux règles de l'ARC ni aux lois canadiennes ou aux principes du droit international.

Pour être tout à fait clair, les propres lignes directrices de l'ARC interdisent que des dons de charité soient transférés à une armée étrangère ou soient destinés à soutenir des activités jugées contraires aux principes de la politique étrangère du Canada, comme les colonies israéliennes illégales.

Pourtant, comme nous l'avons constaté dans le cadre de nos efforts auprès de l'ARC pour faire révoquer le statut d'organisme de bienfaisance du Jewish National Fund (JNF) of Canada, le gouvernement choisit souvent de fermer les yeux sur de telles violations : une forte pression populaire est nécessaire pour le forcer à prendre des mesures conséquentes.

Signez la pétition dès maintenant !

Au cours des dernières années, un certain nombre de plaintes ont été transmises, en collaboration avec nos partenaires du Mouvement pour une Paix Juste (JPA), à la ministre du Revenu national et à l'ARC au sujet des dons de charité qui servent à soutenir des activités israéliennes illégales. Plusieurs de ces plaintes concernent un organisme de "bienfaisance" connu sous le nom de Mizrachi Organization of Canada, qui semble être le principal fournisseur de reçus d'impôt au Canada pour le mouvement sioniste religieux extrémiste en Israël.

C'est pourquoi aujourd'hui, VJI et JPA, en collaboration avec le criminologue Miles Howe, ont envoyé une lettre à la ministre du Revenu national, Madame Marie-Claude Bibeau, pour lui demander de révoquer le statut d'organisme de bienfaisance de Mizrachi Canada.

La liste des organisations que soutient Mizrachi Canada est tout simplement scandaleuse.

L'une d'elles, Im Tirtzu, se vante de participer au blocage des camions transportant de l'aide humanitaire à Gaza en pleine famine. Une autre, Women in Green, encourage ses sympathisant·es à donner des drapeaux israéliens pour que les soldats de Tsahal les plantent à Gaza. Sans parler des généreuses sommes transférées à l'organisation de colons extrémistes, Regavim, cofondée par le ministre d'extrême droite du cabinet israélien, Bezalel Smotrich, et la Duvdevan Foundation, qui soutient une unité clandestine de l'armée israélienne tristement célèbre pour ses assassinats de Palestinien·nes.

Je vous invite à signer dès maintenant la pétition parlementaire et à exiger de la ministre qu'elle mette fin sans délai à la pratique consistant à utiliser le système de bienfaisance canadien pour financer des crimes de guerre israéliens.

Lisez et relayez notre lettre ouverte à la ministre

Je vous remercie d'avance de l'attention que vous portez à cette question importante,

Corey

Corey Balsam (il/lui)
Coordinateur national
corey@ijvcanada.org

Faire un don à VJI ou devenir membre

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Réaction au budget canadien

16 avril, par Pierre Jasmin, Tamara Lorincz — , ,
Budget de la Défense : le Canada gaspillera 8,1 milliards de dollars de plus dans les cinq prochaines années, 73 milliards de dollars au cours des 20 prochaines années. (...)

Budget de la Défense : le Canada gaspillera 8,1 milliards de dollars de plus dans les cinq prochaines années, 73 milliards de dollars au cours des 20 prochaines années.

Tamara Lorincz –
Traduction et ajouts en rouge de Pierre Jasmin

Bonjour à toustes,

Aujourd'hui, le gouvernement Trudeau a annoncé une augmentation massive des dépenses militaires et des programmes d'armes à forte intensité de carbone dans le cadre de la nouvelle mise à jour de la défense du Canada intitulée Notre Nord, fort et libre. Ce rapport est présenté à la fois par le ministre canadien de la Défense, Bill Blair, ET par la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, selon les premières pages de la mise à jour sur la défense.

La politique de défense du Canada constitue donc de facto notre politique étrangère.
Le gouvernement fédéral dépensera 9 milliards de dollars supplémentaires pour fabriquer davantage d'armes et de munitions, 18,4 milliards de dollars pour les hélicoptères d'attaque, 2,8 milliards de dollars pour la cyberguerre, 2,7 milliards de dollars pour les missiles, 9 milliards de dollars pour les flottes navales, davantage d'artillerie, de chars de combat, de véhicules blindés et de drones d'attaque, en particulier en vue d'une nouvelle militarisation de l'Arctique et des océans. Honteusement, le Premier ministre a expliqué que le gouvernement augmentera les dépenses militaires de 73 milliards de dollars sur 20 ans, ce qui sera inclus dans le prochain budget 2024 qui sera publié le mardi 16 avril – et ce, en plein milieu d'une urgence climatique et d'une crise de pauvreté aigüe.

Depuis l'Accord de Paris des Nations-Unies 2015, les dépenses militaires annuelles du Canada ont déjà augmenté de 95 % pour atteindre 39 milliards de dollars par an, soit 1,3 % du PIB. Désormais, nos dépenses militaires atteindront 1,7 % du PIB, soit environ 50 milliards de dollars par an. Voir à la page 6 du rapport sur les dépenses de défense de l'OTAN, les dépenses militaires du Canada : https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/2023/7/pdf/230707-def-exp-2023-fr.pdf

Le Canada se classe au 14e rang mondial pour ses dépenses militaires qui augmentent considérablement : non productives, dommageables pour l'environnement, à forte intensité de carbone et provoquant une dangereuse course aux armements.*Toutes ces dépenses militaires signifient moins de fonds publics pour l'adaptation climatique, les soins de santé, l'éducation, le transport en commun, le logement abordable et la réconciliation autochtone.

Le Canada dépense 1 milliard de dollars pour l'adaptation climatique, mais vient d'annoncer 4 milliards de dollars supplémentaires cette année pour la guerre en Ukraine et n'a aucun plan pour y mettre fin. Grâce à la nouvelle mise à jour de la défense, la réponse du Canada au changement climatique devient de plus en plus militarisée – nous n'avons pas besoin de soldats entraînés au combat pour faire face à des événements météorologiques extrêmes. Nous avons plutôt besoin d'une réponse d'urgence non militarisée et de pompiers de forêt formés, de mesures d'adaptation au climat, de refroidissement, de bâtiments écologiques, d'emplois verts, de développement des énergies renouvelables, de transports en commun étendus, etc.

Le militarisme accéléré du Canada est motivé par notre appartenance à l'OTAN et notre partenariat de défense avec les États-Unis. Le militarisme de l'annonce fédérale en matière de défense exacerbera la dégradation du climat et sonne le glas d'une décarbonation rapide pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris (GIECC) et ceux de développement durable. Cyniquement, il y a deux semaines, Affaires mondiales Canada a publié son nouveau Plan d'action national pour les femmes, la paix et la sécurité 2023-2029, sans AUCUNE consultation publique avec les groupes de femmes et AUCUN budget alloué. Voir « Fondements pour la paix : Plan d'action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité - 2023 à 2029 » : https://www.international.gc.ca/transparency-transparence/assets/pdfs/women-peace-security-femmes-paix-securite/2023-2029-foundation-peace-fondation-paix-en.pdf. *

Rien de ce que le gouvernement canadien fait dans le monde n'est conforme au programme d'ONU Femmes, Paix et Sécurité et ne crée une base pour la paix. Le Canada a contribué à renverser les gouvernements démocratiques d'Haïti en 2004 et d'Ukraine en 2014, entraînant chaos et violences ; malgré ses intentions de paix, notre pays a aidé à bombarder la Syrie et l'Irak de 2014 à 2016, la Libye en 2011, a participé à une mission sanglante de combat en Afghanistan jusqu'en 2014, a exporté des armes en Arabie Saoudite, au Bahreïn, au Pérou, en Ukraine et en Israël, en prolongeant ainsi des conflits violents et en soutenant un horrible génocide à Gaza.

Pire encore, l'armée canadienne ne fait PLUS de maintien de la paix. Le Canada occupe actuellement le 69e rang avec seulement 47 policiers de maintien de la paix participant aux opérations de soutien de la paix de l'ONU. Consultez le dernier rapport sur la contribution des troupes et de la police aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies ici : https://peacekeeping.un.org/sites/default/files/02_country_ranking_68_november_2023_revision_1.pdf

Guy A. Lepage répéta deux fois à la télévision de Radio-Canada à Mélanie Joly le 7 avril la critique de l'ex-général Roméo Dallaire à ce sujet : « Canada grand parleur, petit faiseur ». Le 30e anniversaire du génocide rwandais voit le professeur de l'UQAM Bernard Duhaime mandaté par l'ONU pour faire la lumière, aidé par les reportages de Sophie Langlois (R-C).

Le Canada investit peu ou pas d'argent dans la diplomatie ou dans la consolidation de la paix pour mettre fin aux conflits. Il ressort clairement de cette nouvelle mise à jour en matière de défense que le Canada se prépare dangereusement à une guerre avec la Russie et la Chine et risque ainsi une escalade nucléaire sur une planète qui se réchauffe rapidement.

Veuillez contacter votre député pour lui dire que vous êtes opposéE à la nouvelle politique de défense du Canada Notre Nord, fort et libre et que vous voulez que le Canada se retire de l'OTAN et de ses guerres et investisse dans la paix, l'action climatique et la sécurité humaine.

Si nous voulons entretenir tout espoir climatique, nous avons besoin de démilitarisation et de désarmement pour la décarbonisation. Nous devons de toute urgence faire la paix avec tous les pays, y compris l'Ukraine, la Palestine, la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, le Venezuela, le Nicaragua, etc., pour coopérer à résoudre l'urgence climatique et la crise de la pauvreté, en particulier pour le logement

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En Europe, Northvolt a tenu des consultations publiques !

16 avril, par John Olympio — , ,
Northvolt est au centre d'une controverse concernant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) au Québec. Benoit Charette, ministre de l'Environnement, a (...)

Northvolt est au centre d'une controverse concernant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) au Québec. Benoit Charette, ministre de l'Environnement, a avoué que le gouvernement québécois a volontairement fait en sorte que Northvolt évite de devoir passer un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) par crainte de perdre le projet. L'entreprise est aussi revenue sur ce qu'elle a dit auparavant et reconnaît avoir cherché à y échapper. Or, selon les informations que nous avons recueillies, l'entreprise suédoise accepte des consultations auprès des populations européennes. Pourquoi pas au Québec ?

7 avril 2024 | Journal des Alternatives
https://alter.quebec/__trashed-3/

Plusieurs usines de Northvolt en Europe ont fait l'objet de consultations populaires

Dès le début d'existence de la startup, on constate que l'entreprise a organisé des consultations publiques pour son usine à Skellefteå en Suède, le pays de sa naissance1. Elle a ainsi tenu compte des préoccupations locales et intégré des modifications dans son projet final.

Elle a aussi adopté une démarche similaire à Gdańsk en Pologne et à Heide en Allemagne2, ou encore au Portugal, où plus de 1 100 personnes ont participé à la consultation publique pour l'usine de Northvolt à Setúbal3.

Une stratégie de consultation pour se démarquer de Tesla

À Schleswig-Holstein, en Allemagne, et malgré qu'elle avait déjà obtenu l'appui des gouvernements provinciaux et fédéraux, Northvolt a maintenu ses consultations au niveau municipal. Elle a ensuite invité des résident.es à visiter ses usines en Suède.

Selon le journal local, c'est probablement cette approche qui explique son succès face à Tesla, dont un projet similaire n'avait pas passé le vote. En revanche, même en Europe, les projets Northvolt ont suscité des débats parmi les écologistes. Si en Allemagne, les écologistes se sont opposés au projet Schleswig-Holstein, du côté danois, le projet ne reçut pas d'opposition citoyenne.

Northvolt, surprise de la réaction au Québec

Le PDG de Northvolt Amérique du Nord, Paolo Cerruti, s'est dit « surpris » devant la mobilisation écologiste au Québec. Pas surprenant si on tient compte des modifications des lois concernant le BAPE que le gouvernement du Québec a fait. Notons qu'en Suède, lorsqu'un village suédois a critiqué la destruction de l'équivalent de 150 terrains de football pour construire son usine, l'entreprise s'était dite « surprise » de la réaction de la population locale, affirmant qu'elle avait respecté toutes les mesures de consultation publique. Malgré ces contestations, l'entreprise a bénéficié finalement du soutien de la population en Europe et les projets ont pu se développer.

La population du Québec a droit à un BAPE

Pourquoi ne pas permettre une consultation publique au Québec ? Comme ailleurs, le dialogue avec les populations locales et les enjeux de démocratie écologique demeurent des éléments essentiels subjuguant les enjeux d'efficience, comme le soutient le Comité action citoyenne (CAC).

« Comment se peut-il que le plus grand projet industriel privé de l'histoire du Québec ne soit pas évalué de manière indépendante ? » questionne Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada. Et d'ajouter : si le plus grand projet industriel privé de l'histoire du Québec n'est pas assez « gros » pour qu'il y ait un BAPE, quel projet le sera ?

Soutenons les actions pour demander un BAPE :

Multiplions les courriels auprès de Benoit Charette

Signons la pétition du Comité action citoyenne sur Change

1. Rapport de consultation publique de Northvolt à Skellefteå
[↩]

2. Invitation à des consultation publiques pour son usine à Heide [↩]

3. Rapport de consultation publique de l'agence publique de l'environnement portuguaise[↩]

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Le Québec possède le meilleur potentiel éolien en Amérique du Nord (avec T-N-L)

16 avril, par Ralliement contre la pollution radioactive — , ,
Le NREL est un immense organisme américain consacré à la recherche sur l'énergie, avec une section complète sur l'éolien. La photo est tirée de la section Wind Data and Tools (...)

Le NREL est un immense organisme américain consacré à la recherche sur l'énergie, avec une section complète sur l'éolien. La photo est tirée de la section Wind Data and Tools contenant profusion de données, d'outils de modélisation et divers utilitaires.

Tiré de https://www.facebook.com/ralliementcontrelapollutionradioactive

Selon le NREL (National Renewable Energy Laboratory - USA)

Le NREL est un immense organisme américain consacré à la recherche sur l'énergie, avec une section complète sur l'éolien. La photo est tirée de la section Wind Data and Tools contenant profusion de données, d'outils de modélisation et divers utilitaires.

Le National Renewable Energy Laboratory prévoit que le coût de l'énergie éolienne va baisser de 25% entre 2012 et 2030.

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« L’implantation des éoliennes se fait de façon anarchique »

16 avril, par André Noël — , ,
L'Union des producteurs agricoles dénonce l'accaparement des terres agricoles par les promoteurs éoliens privés pour répondre aux demandes d'Hydro-Québec. Face au projet du (...)

L'Union des producteurs agricoles dénonce l'accaparement des terres agricoles par les promoteurs éoliens privés pour répondre aux demandes d'Hydro-Québec.

Face au projet du gouvernement Legault de doubler la production d'électricité, Charles-Félix Ross, le directeur général de l'Union des producteurs agricoles, appelle à la vigilance et la mobilisation citoyennes. L'UPA s'oppose notamment à l'implantation des éoliennes sur des terres agricoles. M. Ross appelle à une mobilisation aussi efficace que celle qui a eu raison des projets d'exploitation de gaz de schiste et de transport de gaz naturel liquéfié.

3 avril 2024 |tiré de pivot.quebec
https://pivot.quebec/2024/04/03/limplantation-des-eoliennes-se-fait-de-facon-anarchique/?vgo_ee=ic%2BzuCgf6z9EWMri2vad2pm1YkqT8NVIUSJllKy89O

Face au projet du gouvernement Legault de doubler la production d'électricité, Charles-Félix Ross, le directeur général de l'Union des producteurs agricoles, appelle à la vigilance et la mobilisation citoyennes. L'UPA s'oppose notamment à l'implantation des éoliennes sur des terres agricoles. M. Ross appelle à une mobilisation aussi efficace que celle qui a eu raison des projets d'exploitation de gaz de schiste et de transport de gaz naturel liquéfié.

Dans son plan d'action déposé cet hiver, Hydro-Québec vise une production de 400 térawatts-heures (TWh) à l'horizon 2050, contre environ 200 TWh aujourd'hui.

La hausse est déjà en cours. En mars 2023, Hydro-Québec a lancé un appel d'offres pour l'acquisition de 1500 mégawatts (MW) d'énergie éolienne additionnelle, entièrement privée.

Les promoteurs font le tour des campagnes. L'Union des producteurs agricoles (UPA) a un message pour eux : « allez ailleurs ! »

Pourquoi l'UPA s'oppose-t-elle à l'implantation d'éoliennes sur les terres agricoles ?

Charles-Félix Ross : Les terres agricoles sont une ressource rare et non renouvelable. Elles servent à nourrir les populations. Elles doivent être protégées et conservées pour les prochaines générations. C'est une responsabilité collective.

Au Québec, la superficie des terres en culture est de 0,24 hectare par habitant. C'est le taux le plus bas au sein de l'OCDE [l'Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe 38 pays développés]. Aux États-Unis, ce taux est de 1,52 hectare par habitant.

La zone agricole est constamment grugée et grignotée par des développements de toutes sortes. En plus des superficies exclues de la zone agricole, des milliers d'hectares ont été sacrifiés pour des « utilisations non agricoles » (UNA) en zone verte. Depuis 25 ans, la perte réelle représente 57 000 hectares [570 km2, soit plus que l'île de Montréal].

Les UNA sont une approche sournoise. Les terres visées par leur implantation demeurent comptabilisées en zone verte. Or, elles perdent leur vocation agricole et, plus souvent qu'autrement, de manière irrémédiable.

L'implantation de parcs éoliens en zone agricole est un exemple type d'UNA.

Imaginez 3000 à 5000 éoliennes sur le territoire agricole du Québec, soit le nombre nécessaire pour répondre à la demande d'Hydro-Québec. Imaginez tous les ennuis et inconvénients de ces installations pour la pratique de l'agriculture. Imaginez la perte de territoire. Imaginez le réseau souterrain, l'immense toile d'araignée de chemins pour raccorder toutes ces éoliennes au réseau d'Hydro-Québec. Imaginez, enfin, l'appétit de promoteurs de toutes sortes qui voudront s'installer en marge de ces parcs pour bénéficier de cette énergie.

Lors d'un colloque sur l'avenir de l'énergie tenu à Montréal le 28 mars, vous avez parlé de « Far West ». Que voulez-vous dire ?

Charles-Félix Ross : Le principe de base de l'aménagement du territoire, c'est la planification. Le gouvernement du Québec devrait dire où sont les meilleurs gisements de vent. Mais ce n'est pas ce qui se passe.

Hydro-Québec dit « j'ai besoin de 1500 mégawatts » et lance des appels d'offres. Les offres sont retenues selon divers critères. L'un d'eux, auquel la grille d'analyse accorde beaucoup de points, c'est la proximité du réseau, soit la facilité de connecter les éoliennes au réseau de transport. Autrement dit, ce qui prime, ce sont les coûts, pas la protection des ressources ou le potentiel des gisements de vent.

« Les représentants des compagnies font le démarchage selon leurs critères de rentabilité. »

Le gouvernement se dégage de toute planification. L'implantation des éoliennes se fait de façon anarchique. C'est effectivement le Far West. Hydro dit aux compagnies privées : « faites vos démarches, on va prendre votre production ». C'est un peu n'importe quoi. Les représentants des compagnies font le démarchage auprès des producteurs agricoles et des municipalités selon leurs critères de rentabilité.

Hydro-Québec entrevoit la construction de 5000 kilomètres de ligne de transport pour raccorder la production privée d'électricité éolienne et solaire. Les coûts de raccordement seront aux frais de la société d'État.

Lors de ce même colloque, vous avez évoqué les tensions que provoquent les projets d'éoliennes parmi les producteurs agricoles…

Charles-Félix Ross : L'une des pires nuisances du développement éolien est la division qu'il provoque au sein des communautés. Aujourd'hui, il y a des citoyens, des agriculteurs, amis jadis, qui ne se parlent plus, qui se détestent. Des citoyens en colère, en guerre, avec des voisins qui ont pris la décision de participer à un projet éolien, à l'encontre de leur volonté et souvent de celle de la majorité.


POUR EN SAVOIR PLUS

Diviser pour régner : quand les éoliennes débarquent en campagne


Dans ces cas, cette décision individuelle, souvent motivée par des intérêts financiers, est imposée aux autres qui en subissent les conséquences visuelles, sonores et autres, allant de la perte de territoire à la restriction de certaines activités, en passant par des impacts environnementaux insoupçonnés.

Hydro-Québec peut exproprier un producteur agricole pour passer une ligne de transport qui va se brancher à l'éolienne sur la terre du voisin. Des gens vont subir le choix des autres.

Mais au bout du compte, est-ce que l'intérêt collectif n'est pas bien servi ?

Charles-Félix Ross : C'est le contraire. D'un point de vue collectif, le plan d'action d'Hydro-Québec et du gouvernement n'est pas rentable pour la société.

Leur prémisse de base, c'est qu'on va décarboner l'économie et électrifier les transports. On a de cinq à six millions de véhicules au Québec : va-t-on les remplacer par des Tesla fabriquées en Chine avec du charbon ? Si on électrifie tous ces véhicules, oui, on va manquer d'électricité. Mais pourrait-on plutôt viser une diminution du parc automobile, une densification de l'habitat, le développement et l'électrification du transport en commun ?

Dire qu'on va décarboner le Québec en doublant la capacité de production d'énergie, c'est un non-sens. C'est un objectif démesuré.

« Si les gens se mobilisent contre ces plans démesurés de doubler la production d'électricité, le gouvernement devra reculer. »

En ce qui concerne les éoliennes, il faut voir qui en profitera le plus. Une éolienne de cinq mégawatts peut rapporter 35 000 $ par année à un producteur agricole, 30 000 $ à une municipalité… et 1,2 million $ au promoteur, soit 36 millions $ sur 30 ans. Avec près de 3000 éoliennes de cinq mégawatts installées pour atteindre les objectifs de demande […], c'est près de 100 milliards $ qui seront versés aux promoteurs éoliens au cours de cette période. Tout dépendamment de leurs marges bénéficiaires, ce sont des centaines de millions de dollars de profits que nous nous apprêtons à leur accorder chaque année.

Qui paiera pour démanteler ou renouveler tout cet attirail aérien et souterrain dans 20 à 30 ans, lorsque ces parcs éoliens seront tous désuets en même temps ?

Pourquoi ne serions-nous pas propriétaires de ces parcs comme nous sommes propriétaires de nos barrages ? Engrangeons les profits de cette opération, pas seulement les dépenses, et redistribuons-les pour financer nos projets collectifs, en santé, en éducation, en agriculture et pour financer nos municipalités.

Vous croyez que la population pourrait forcer le gouvernement à reculer ?

Charles-Félix Ross : Oui. La meilleure chose, c'est la mobilisation citoyenne.

Les citoyens ont réussi à faire reculer le gouvernement libéral avec ses projets de gaz de schiste. Ça n'avait pas de bon sens, ils voulaient développer ça dans nos cours. C'est vraiment la mobilisation citoyenne, les comités de citoyens, les groupes environnementaux qui ont forcé le gouvernement à reculer. Le peuple a dit : on n'en veut pas, de gaz de schiste.

Cette fois encore, si les gens se mobilisent contre ces plans démesurés de doubler la production d'électricité, le gouvernement devra reculer.

AUTEUR:L
André Noël a été journaliste à La Presse pendant près de 30 ans. Ses nombreuses enquêtes lui ont permis de remporter de nombreux prix de journalisme, dont le prix Judith-Jasmin, le Concours canadien de journalisme, le prix Michener du Gouverneur général et le prix du Centre canadien pour le journalisme d'enquête. Il a aussi été enquêteur et rédacteur à la Commission Charbonneau.

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Renoncer graduellement au gaz à meilleur coût

16 avril, par Jean-Pierre Finet — , ,
Le gouvernement du Québec a récemment adopté le projet de loi 41 sur la décarbonation des bâtiments et des initiatives réglementaires des municipalités, et plusieurs d'entre (...)

Le gouvernement du Québec a récemment adopté le projet de loi 41 sur la décarbonation des bâtiments et des initiatives réglementaires des municipalités, et plusieurs d'entre nous (membres de la coalition Sortons le gaz) ont exprimé leur déception⁠ quant à des aspects cruciaux de cette décision.Toutefois, nous ne sommes pas « interloqués », comme l'indique M. Francis Vailles dans sa chronique⁠ sur le sujet, mais plutôt préoccupés quant à des articles de la loi qui sont contradictoires et freinent les actions de plus en plus de municipalités qui veulent agir en matière de décarbonation des bâtiments.

D'emblée, nous tenons à rappeler que personne parmi nous ne prône une sortie complète du gaz du jour au lendemain au Québec.

Nous proposons plutôt de cesser d'ajouter des appareils au gaz, de ne pas remplacer les appareils existants qui sont rendus à la fin de leur vie utile et de rapidement installer des thermopompes pour que les bâtiments existants qui se chauffent au gaz passent à la biénergie électricité-gaz.

Or à nos yeux, le gouvernement Legault a adopté le projet de loi 41 en réaction à un important mouvement des municipalités qui ont décidé d'interdire le gaz dans les nouveaux bâtiments.

L'enjeu ? De nombreuses personnes confondent la pointe réelle du réseau d'Hydro-Québec (qui est d'une centaine d'heures par hiver) avec le tarif DT pour le chauffage biénergie électricité-gaz, qui procure plutôt un effacement de la consommation d'électricité pour le chauffage, entraînant un recours au gaz polluant pendant 573 heures annuellement en moyenne, et ce, de façon tout à fait inutile la moitié du temps⁠.

Or, bon an, mal an, le chauffage au gaz représente 9 % des nouvelles constructions au Québec. C'est donc dire que 91 % de toutes les nouvelles constructions chauffées par plinthes électriques occasionneront une importante demande en puissance électrique et donc des surcoûts en puissance de plusieurs centaines de dollars par année à Hydro-Québec, et ce, pour chaque construction.

Déplacer la pointe

Il existe pourtant des technologies de chauffage électrique qui déplacent efficacement la pointe dans le temps. Dans le secteur résidentiel, de tels systèmes sont d'ailleurs subventionnés par Hydro-Québec dans la nouvelle construction, au moyen du nouveau programme LogisVert. Pour les plus grands bâtiments, Hydro-Québec a développé le ThermÉlect hydronique.

Ce type de chauffage électrique est présent dans des centaines de bâtiments résidentiels depuis peu au Québec. Pour les nouvelles maisons, une étude d'Écohabitation⁠ a démontré qu'il est beaucoup moins cher de chauffer avec un accumulateur de chaleur et une thermopompe qu'avec un système biénergie au gaz naturel. Et c'est encore moins cher depuis qu'Énergir a décidé d'obliger tous les nouveaux raccordements à consommer du gaz de source renouvelable (GSR), lequel coûte aujourd'hui huit fois plus cher au client que le gaz naturel fossile.

Ce type de système avec accumulateur de chaleur et 100 % électrique est aussi présent dans de nombreux bâtiments institutionnels et commerciaux.

Il a par exemple remplacé le gaz, au début des années 2000, dans l'édifice Price à Québec, qui loge entre autres les appartements de fonction du premier ministre du Québec.

Les coûts en puissance ne peuvent donc pas justifier le maintien du gaz lorsque l'option électrique de déplacement de charge existe et est déjà utilisée. De plus, le coût par tonne de GES calculé dans l'article pour la biénergie électricité-gaz ne tient pas compte de la compensation des pertes de revenus d'Énergir par la clientèle d'Hydro-Québec qui coûtera 2,4 milliards de dollars d'ici 2050⁠, ce que nous estimons à 180 $ par tonne.

Enfin, si le gaz de source renouvelable (GSR) peut jouer temporairement un rôle dans la décarbonation des systèmes de chauffage existants, sa rareté et son coût élevé amènent la communauté scientifique à recommander qu'il soit utilisé prioritairement pour les usages industriels difficilement électrifiables. D'ailleurs, l'Agence internationale de l'énergie recommande de ne plus renouveler d'équipements de chauffage au gaz à partir de 2025.

Par l'adoption du projet de loi 41 sur la décarbonation des bâtiments, le gouvernement désire sauver l'investissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans Énergir et perpétuer les prolongements du réseau gazier au risque d'avoir des actifs échoués (investissement qui perd de sa valeur en raison de l'impact des changements liés à la transition énergétique) d'ici 2050.

La logique des environnementalistes est raisonnée et pragmatique : il faut plutôt intensifier la décarbonation des bâtiments et réserver le GSR à des usages circonscrits aux industries qui ne peuvent s'électrifier.

JEAN-PIERRE FINET Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEE)

Cosignataires : Pascal Bergeron, Environnement Vert Plus ; Philippe Duhamel, coordonnateur général, Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) ; Éric Pineault, président du comité scientifique de l'Institut des sciences de l'environnement, UQAM ; Arnaud Theurillat-Cloutier, Travailleuses et travailleuses pour la justice climatique (TJC) ; Stéphanie Harnois, Fondation David Suzuki ; Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie, Greenpeace Canada ; Anne-Céline Guyon, analyste Climat-Énergie, Nature Québec ; Patricia Clermont, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME) ; Jean-François Lefebvre, Imagine Lachine-Est ; les membres de Pour Nos Enfants Montréal

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Rejet de l’entente de principe à la FIQ

16 avril, par Yvan Perrier — , ,
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a publié le 13 avril 2024 un communiqué annonçant que l'entente de principe conclue entre le comité de (...)

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a publié le 13 avril 2024 un communiqué annonçant que l'entente de principe conclue entre le comité de négociation de la FIQ et le gouvernement du Québec a été rejetée par 61% de ses membres qui ont participé à la consultation (le taux de participation s'élève à 77%).

Pour la présidente de l'organisation syndicale, madame Julie Bouchard, ce résultat veut dire minimalement trois choses pour les 80 000 salariésEs syndiquésEs qu'elle représente : ses « membres sont déterminés à voir leurs conditions de travail s'améliorer. Elles jugent qu'elles ont fait les frais depuis trop longtemps d'un réseau de la santé complètement désorganisé. Elles veulent rompre avec la culture d'en faire plus avec moins et obtenir une pleine reconnaissance de la valeur de leur travail et de leur expertise . »

L'avenir nous dira si la FIQ sera en mesure de pulvériser le cadre financier que le gouvernement Legault a conclu avec le Front commun intersyndical CSN-CSQ-FTQ-APTS et la FAE.

Ce rejet de l'entente de principe nous indique qu'il est encore trop tôt pour entreprendre un véritable bilan de la présente ronde de négociation.

À suivre…

Source : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/negociations-dans-le-secteur-public-la-federation-interprofessionnelle-de-la-sante-du-quebec-fiq-annonce-qu- elle-retournera-en-negociations-862956700.html . Consulté le 14 avril 2024.

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Yvan Perrier

14 avril 2024

14h

yvan_perrier@hotmail.com

Négociations dans le secteur public - La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ annonce qu’elle retournera en négociations

16 avril, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , , ,
MONTRÉAL, le 13 avril 2024 - Les membres de la FIQ ont rejeté la proposition d'entente de principe survenue avec le gouvernement du Québec, à une majorité de 61 %. Les (...)

MONTRÉAL, le 13 avril 2024 - Les membres de la FIQ ont rejeté la proposition d'entente de principe survenue avec le gouvernement du Québec, à une majorité de 61 %. Les membres de la FIQ ont été catégoriques : c'est elles qui disent non aux offres de la CAQ et il faut les écouter. Le vote référendaire des 10, 11 et 12 avril a suscité un taux de participation de 77 %. « Nos membres se sont prononcées : elles veulent être considérées, respectées, tout en ayant de meilleures conditions de travail. Bien qu'elles sachent qu'une convention collective ne peut régler tous les problèmes du réseau public de santé, elles ont perdu confiance envers le gouvernement, leurs gestionnaires. Nous appelons les dirigeants à les écouter et à amener à la table des solutions qui vont réellement améliorer le quotidien de nos membres et reconnaître leur expertise ainsi que les spécificités de leur travail » affirme Julie Bouchard, présidente de la FIQ.

Le temps est maintenant à la réflexion et à la consultation des instances démocratiques de la FIQ, afin de faire le point avec elles et décider de la suite des choses. « Ce vote veut dire trois choses : nos membres sont déterminées à voir leurs conditions de travail s'améliorer. Elles jugent qu'elles ont fait les frais depuis trop longtemps d'un réseau de la santé complètement désorganisé. Elles veulent rompre avec la culture d'en faire plus avec moins et obtenir une pleine reconnaissance de la valeur de leur travail et de leur expertise. C'est un message fort qu'elles envoient au gouvernement » ajoute madame Bouchard.

La FIQ continuera également de surveiller le déploiement, dans les prochains mois, de l'agence Santé Québec, qui changera fondamentalement le fonctionnement du réseau. C'est dans cette conjoncture que les négociations reprendront. « Nous sommes prêtes à nous retrousser les manches. Il en va de la santé de nos membres, de celle de la population, ainsi que de celle du réseau public de santé » de renchérir la présidente de la FIQ, Julie Bouchard.

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Un salon du livre sur le dos des travailleuses et des travailleurs !

16 avril, par Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray (CSN) — , ,
Québec, le 13 avril 2024 – Les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray (CSN), qui représente les employé-es des succursales de Place (...)

Québec, le 13 avril 2024 – Les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray (CSN), qui représente les employé-es des succursales de Place Laurier et des Galeries de la Capitale, sont actuellement présents devant le Salon International du Livre de Québec au centre des congrès.

Le but de leur présence est de distribuer des tracts pour faire éclater au grand jour leurs conditions de travail et les demandes démesurées de l'employeur dans le cadre de leur négociation.

La trésorière du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray (CSN), Isabelle Nadeau, dénonce la situation « notre employeur veut nous faire reculer face à nos congés de maladie et nos horaires de travail. Pire encore, Renaud-Bray ne veut même pas reconnaître notre droit de prendre des pauses de 15 minutes durant nos quarts de travail, c'est inacceptable ! »

Le syndicat est présent de 11 h à 14 h pour distribuer ses tracts et se faire entendre de la population ainsi que soutenir leurs membres qui travaillent actuellement au Salon du livre. Renaud-Bray est un leader mondial de la librairie avec un chiffre d'affaires de plusieurs millions par année, exiger des reculs dans les conditions de travail de ses travailleuses et travailleurs quand les conditions sont déjà exécrables est simplement inhumain.


À propos

Le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray (CSN) regroupe 60 membres. Le syndicat est affilié à la Fédération du commerce (CSN) qui regroupe près de 30 000 membres dans ses 360 syndicats, au Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) qui compte 45 000 membres dans 240 syndicats de toutes provenances et, bien sûr, à la CSN qui compte pour sa part plus de 330 000 membres syndiqués provenant tant du secteur privé que public.

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Malartic, un documentaire de Nicolas Paquet

16 avril, par Office national du film du Canada (ONF) — , ,
Dix ans après l'ouverture de l'énorme mine d'or à ciel ouvert de Malartic, ce documentaire de Nicolas Paquet pose la question universelle de la gestion démocratique du (...)

Dix ans après l'ouverture de l'énorme mine d'or à ciel ouvert de Malartic, ce documentaire de Nicolas Paquet pose la question universelle de la gestion démocratique du territoire.

▶️ Visionnez la bande-annonce → bit.ly/MalarticBA

🍿 Trouvez une projection près de chez vous → bit.ly/3vKcBjI

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Comprendre le retour de l’inflation dans la crise globale du capitalisme

16 avril, par Romaric Godin — , ,
L'auteur étasunien Paul Mattick déploie dans son dernier ouvrage traduit en français l'idée que le retour de l'inflation est un symptôme d'une crise plus globale du (...)

L'auteur étasunien Paul Mattick déploie dans son dernier ouvrage traduit en français l'idée que le retour de l'inflation est un symptôme d'une crise plus globale du capitalisme. Une crise de plus en plus complexe et dangereuse.

Tiré du blogue de l'auteur.

Paul Mattick junior poursuit depuis la mort en 1981 de son père, également appelé Paul Mattick (lire ici l'article sur la vie et la pensée de cette figure du mouvement conseilliste international), le travail que ce dernier avait synthétisé dans Marx et Keynes paru dans les années 1960 ( et publié en français chez Gallimard dans la collection Tel). Cette pensée conçoit le capitalisme comme un régime de crise permanent plus ou moins compensé par des contre-tendances de moins en moins efficaces.

Dans son dernier ouvrage, Le Retour de l'inflation, paru à l'automne dernier en anglais et traduit en français avec une remarquable célérité par les éditions Smolny, Paul Mattick prend de la hauteur sur la question de ce retour soudain de l'accélération des prix après des décennies où ce risque semblait avoir disparu.

Réalités du capitalisme

La première partie de l'ouvrage revient sur l'évolution historique du lien entre la monnaie, l'inflation et le capitalisme. Et le propos vise directement à écarter les deux interprétations dominantes de l'inflation de ce début des années 2020 : celle de la théorie quantitative de la monnaie, qui veut que ce soit la création monétaire qui ait créé un excès de demande, et celle de la théorie du choc, qui veut que l'inflation soit l'effet d'un élément extérieur à l'économie (la guerre, la pandémie, le réchauffement climatique).

Ces deux analyses sont en effet non seulement les lectures traditionnelles du phénomène inflationniste, mais ce sont aussi des lectures qui perçoivent l'inflation comme une perturbation, une anomalie dans le système économique. En cela, elles réalisent trois erreurs fondamentales : celle d'ignorer le caractère historique et particulier du capitalisme, celle de percevoir ce dernier comme un système d'équilibre et celle de concevoir la monnaie comme un simple outil facilitant les transactions commerciales.

Pour Paul Mattick, le capitalisme est un système qui évolue dans le temps. Les phases inflationnistes ont donc des fonctions différentes qui répondent à des moments de crise particuliers. Mais c'est aussi et surtout un système en permanent et profond déséquilibre. En cela, le texte reprend les thèses d'un texte de 1938 important de Henryk Grossman, un économiste qui a beaucoup influencé Paul Mattick senior, Marx, l'économie politique classique et le problème de la dynamique (dont la traduction est d'ailleurs en cours aux mêmes éditions Smolny).

La limite de la science économique moderne est qu'elle est fondée sur la notion d'équilibre. Or, cette notion elle-même repose sur l'idée que l'offre et la demande finissent toujours par trouver un point d'entente, ce que l'économiste italien Vilfredo Pareto appelait un « optimum », un niveau de prix où le vendeur et l'acheteur y trouve la meilleure satisfaction mutuelle possible. C'est dans ce cadre que la monnaie n'intervient que comme un « voile » sur les échanges : elle les facilite, mais ne joue pas sur le niveau réel de l'équilibre.

Les deux théories évoquées plus haut s'inscrivent dans cette perspective d'équilibre général de l'économie. Lorsque les conditions de cet équilibre sont perturbées, soit par de la création monétaire qui déséquilibre le système, soit par un choc externe, l'inflation apparaît.

Mais comme le remarque Paul Mattick dans un entretien au journal The Brooklyn Rail, le problème de ces théories est « qu'elles ignorent les dynamiques de l'économie capitaliste dans son ensemble ». La relation entre l'offre et la demande n'est pas qu'une simple relation entre producteurs et consommateurs qui agiraient indépendamment les uns des autres, c'est une relation elle-même régulée par le moteur de la production capitaliste, celui de la profitabilité. Offre et demande sont en réalité directement ou indirectement déterminées par cette recherche du profit.

Cette recherche se fait dans un cadre monétaire, parce que la monnaie n'est pas un simple appendice à la production capitaliste, elle en constitue le cœur. La particularité de ce mode de production, au regard des précédents, est en effet de généraliser l'usage de la monnaie et de faire des relations sociales des relations d'abord monétaires. « C'est le premier système social dans lequel le contrôle du temps de travail et de ce qui en sort est structuré par la circulation de l'argent », résume Paul Mattick.

Considérer que la monnaie est un simple « voile » et que, partant, sa quantité perturberait l'équilibre est donc ne pas comprendre la spécificité du capitalisme et son fonctionnement. L'inflation n'est donc pas un « phénomène monétaire », mais un « produit du fonctionnement du système de production et d'échange de marchandise pris comme un tout ».

Les illusions perdues des économistes

Tout cela empêche la théorie économique de saisir la dynamique capitaliste et mène aux faillites continuelles de cette dernière que Paul Mattick ne manque pas de relever, précisant que « les mathématiques de la théorie néoclassique ont été empruntées à la physique », mais que cet emprunt n'allait pas jusqu'à retenir « l'attachement historique de la science mère à se confronter aux informations issues de l'expérience ». D'où cette tendance bien connue des économistes à considérer que quand le réel leur donne tort, c'est le réel qui se trompe.

Paul Mattick insiste dès son introduction sur cette division entre le monde des économistes et celui des citoyens ordinaires. Et il en tire une conclusion logique : « si l'on veut comprendre correctement l'histoire en cours de l'économie, on doit le faire dans d'autres termes que ceux qui structurent les interprétations et prescriptions politiques existantes ». C'est évidemment l'immense intérêt de ce livre qui rejoint un sentiment largement partagé par ceux qui ont pu observer ce retour récent de l'inflation : l'impossibilité de l'expliquer correctement avec les clés des théories économiques dominantes.

Le point de départ de Paul Mattick est donc la question de la profitabilité. Sa vision est conforme à celle de son père et de Henryk Grossman : le capitalisme est bel et bien soumis à une contradiction majeure : pour être plus rentable, il faut augmenter la productivité et donc mécaniser. Mais en mécanisant, on réduit la possibilité de créer suffisamment de surplus productif au regard de la consommation du capital nécessaire. C'est la fameuse « baisse tendancielle du taux de profit », si discutée dans les milieux marxistes mais qui, il faut le souligner, découle assez logiquement de la théorie de la valeur travail de Marx.

Le capitalisme sait faire face à cette tendance. Il mobilise des contre-tendance permettant de retrouver des moyens d'augmenter le taux de profit. Mais ces moyens sont toujours temporaires et doivent toujours être renouvelées. L'analyse de Grossman, c'est que chaque contre-tendance mobilisée finit par affaiblir encore davantage le système qui doit, finalement, accélérer l'exploitation du travail (et l'on pourrait ajouter aujourd'hui, de la nature) pour produire toujours moins de croissance. Et c'est dans cette dynamique qu'il faut comprendre les apparitions de l'inflation.

Ce phénomène semble évident depuis un demi-siècle. Pour Paul Mattick, un de ses ressorts a été la transformation de la « monnaie-marchandise » basée sur l'or et l'argent en « monnaie de crédit » telle qu'on la connaît de nos jours et qui est fondée sur la création monétaire directe par les banques commerciales. Après la crise des années 1970, le crédit public comme privé a été un des ressorts de la contre-tendance ainsi que l'idéologie néolibérale qui a permis de renforcer l'exploitation du travail et d'accélérer le démantèlement des services publics.

Le chemin vers le retour de l'inflation

Avec la crise de 2008, une nouvelle phase de la crise s'ouvre, plus profonde. La tendance récessive après la crise financière a conduit les banques centrales à chercher à relancer l'inflation par de la création monétaire. Mais cette création monétaire n'a soutenu les prix que sur les marchés financiers et immobiliers, alors que la pression sur les salaires s'accentuait.

La crise sanitaire a modifié ces équilibres. La perturbation des chaînes logistiques et la guerre en Ukraine ont été utilisées comme des prétextes pour récupérer la possibilité d'augmenter ses profits en augmentant les prix. Ceci permettait de compenser le retrait des banques centrales du soutien aux profits, du moins temporairement, alors même que les salaires, eux, encaissaient l'essentiel des effets de la hausse des prix.

Ce premier phénomène allait de pair avec un autre, lui aussi hérité de la crise du Covid : l'expansion du soutien public au secteur privé. Ce phénomène n'est certes pas nouveau, mais il prend des proportions d'autant plus remarquables que la dette publique est déjà à un niveau élevé.

Paul Mattick n'est pas un partisan de la « théorie moderne de la monnaie ». Pour lui, la dette publique est toujours un coût pour le capital dans la mesure où son remboursement dépend toujours d'une production de plus-value in fine. Si la dépense publique n'est pas capable de faire accélérer cette production, elle pose, pour lui, problème dans un système capitaliste déjà en crise. La seule issue alors est l'austérité et, encore une fois, la répression du monde du travail. C'est ce que l'on observe ces derniers temps en France.

Une crise finale ?

Pour Paul Mattick, la crise du capitalisme est donc de plus en plus sérieuse et la monnaie ne représente pas une solution parce qu'elle est un rouage essentiel du fonctionnement capitaliste. Bien au contraire, monnaie et violence sont intimement liées et le retour de l'inflation s'accompagne aussi d'une violence d'État croissante, dans les relations internes aux pays comme dans les relations internationales, pour maintenir l'ordre capitaliste.

Dans son ouvrage majeur, L'Accumulation du capital, en 1929, Henryk Grossman estimait que la crise croissante du capitalisme ne pouvait mener qu'à une exacerbation de la lutte de classes qui devait déboucher sur la victoire du prolétariat. Mais cette lecture économiciste s'est fracassée sur la capacité du capitalisme à se concevoir comme la fin de l'histoire. La seule solution raisonnable semble désormais « le seul cadre réaliste pour parvenir à une vie agréable », souligne Paul Mattick reprenant les termes de l'historien Steve Fraser.

La crise économique n'est donc plus réellement un danger pour le capitalisme, bien au contraire. Paul Mattick achève son livre sur l'espoir que la gestion par la violence du capital et la crise écologique accélérée ne finisse par affaiblir ce consensus en faveur du capitalisme. C'est sans doute très optimiste tant on sait qu'il est pour nos sociétés « plus facile d'envisager la fin du monde que celle du capitalisme ».

Finalement, il est probable que l'on ne fera pas l'économie d'un travail en profondeur sur la nature et la réalité du capitalisme, mais aussi sur les leviers de ce que Guy Debord appelait le Spectacle et qui en est le support essentiel. L'ouvrage de Paul Mattick a ceci d'important qu'il fait une partie du chemin, celui de jeter un regard sans illusion sur notre organisation sociale et économique.

Paul Mattick, Le Retour de l'Inflation : monnaie et capital au 21e siècle, traduction par Éric Sevault, éditions Smolny, 172 pages.

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Chaînes en papier de bureau : à propos du livre "Franz Kafka, rêveur insoumis"

16 avril, par Michael Löwy — ,
Peut-on dire encore quelque chose de nouveau sur Kafka ? Ce livre en fait le pari. Il me semble, en effet, qu'il est temps de jeter sur cette oeuvre un regard différent, qui (...)

Peut-on dire encore quelque chose de nouveau sur Kafka ? Ce livre en fait le pari. Il me semble, en effet, qu'il est temps de jeter sur cette oeuvre un regard différent, qui tente de rendre compte de son fascinant pouvoir d'insoumission. Introduction à mon livre « Franz Kafka, reveur insoumis », Orange, Editions le Retrait, 2024.

Tiré du blogue de l'auteur.

Introduction

Peut-on dire encore quelque chose de nouveau sur Kafka ? Ce livre en fait le pari. Il me semble, en effet, qu'il est temps de jeter sur cette oeuvre un regard différent, qui tente de rendre compte de son fascinant pouvoir d'insoumission.

Dans son célèbre essai sur Kafka, Walter Benjamin lançait un avertissement (malheureusement peu suivi) : « C'est avec prudence, avec circonspection, avec méfiance, qu'on doit avancer en tâtonnant à l'intérieur de ses écrits. » Les remarques qui suivent doivent être considérées comme un tâtonnement prudent, une hypothèse de travail à vérifier, un point de départ possible pour des recherches futures.

Les commentaires sur Kafka - une masse de documents qui ne cesse de croître – ont pris avec le temps la forme et l'allure d'une tour de Babel, tant par la confusion des langues que par le caractère infini de l'entreprise. Est-ce un hasard si les femmes ont souvent proposé les lectures les plus intéressantes de Kafka ?

En tout cas je ne peux que rendre hommage à des auteures comme Hannah Arendt, Marthe Robert, Rosemarie Ferenczi et Marina Cavarocci Arbib, dont les travaux se détachent avec force de la masse un peu grise et indistincte d'une bonne partie de la « littérature secondaire ». Je ne suis pas toujours d'accord avec leurs analyses, mais je me suis largement appuyé sur certains de leurs apports pour développer, dans une autre direction, ma propre contribution.

On peut classer la plupart des travaux sur l'écrivain pragois en six grands courants :

I. Les lectures strictement littéraires, qui se limitent délibérément au texte, en ignorant le « contexte ».
II. Les lectures biographiques, psychologiques et psychanalytiques.
III. Les lectures théologiques, métaphysiques et religieuses.
IV. Les lectures sous l'angle de l'identité juive.
V. Les lectures socio-politiques.
VI. Les lectures post-modernes, qui aboutissent en général a la conclusion que la signification des écrits de Kafka est « indécidable ».

Ces interprétations sont d'inégal intérêt : certaines contiennent des intuitions importantes, mais beaucoup tentent de réduire l'œuvre littéraire à un modèle pré-établi, en interprétant situations et personnages comme symboles ou allégories d'un message. Par ailleurs, à cette production pléthorique de la littérature secondaire est venu s'ajouter, au cours des dernières années, une nouvelle branche en pleine expansion : la littérature…tertiaire, cest à dire l'étude des diverses interprétations de l'œuvre de lécrivain pragois. À quand une littérature quartenaire ?

Dans un autre passage connu de son essai, Benjamin observe qu'il y a deux façons de rater immanquablement Kafka : l'approche naturelle et l'approche surnaturelle. En d'autres termes, les lectures psychanalytiques et les interprétations théologiques. Cette remarque me semble profondément juste.

Ces deux dimensions ne sont certes pas absentes de l'œuvre, mais elles sont aufgehoben, au sens dialectique du terme : niées/conservées/dépassées. La dimension œdipienne par exemple - le violent conflit avec le père - est bel et bien présente dans les écrits littéraires de Kafka, mais tout son art consiste précisément à dépasser cet aspect psychologique dans un univers imaginaire où se trouve posée la question de l'autorité en général.

Cela vaut également pour le judaïsme : la condition juive est un point de départ essentiel, qui n'est pas moins "nié/conservé" dans une problématique universelle. Comme l'observe si bien Marthe Robert, la condition des juifs praguois, enfermés dans "un ghetto aux murs invisibles", devient dans l'œuvre littéraire de Kafka - notamment dans ses trois romans posthumes - "le schéma d'une condition infiniment plus générale". Quant au moment théologique, il est sans doute présent, mais de façon indirecte et "négative", comme j'essayerai de le montrer.

Reste la lecture exclusivement "littéraire". Il est évident que Kafka ne vivait que pour la littérature : c'était son obsession, sa raison d'être, sa seule planche de salut. Elle constitue sa réponse à un monde déchu. Partant de ce constat - évident à la lecture du Journal et de la Correspondance - beaucoup d'interprètes sont tombés dans le piège, en faisant de la littérature l'objet , le contenu, la trame de ses écrits.

Ceux-ci étant alors une sorte d'allégorie élaborée de l'œuvre littéraire elle-même, dans un jeu de miroirs qui se réfléchissent mutuellement à l'infini. Or, cette déduction est illusoire. Musil était lui- aussi obsédé par son oeuvre, mais la littérature n'est pas l'objet de celle-ci, et la Cacanie n'est pas une allégorie de ses propres écrits.

L'enjeu des romans de Kafka n'est pas l'écriture en tant que telle, mais le rapport entre l'individu et le monde. Certes, telle ou telle nouvelle peut effectivement avoir pour objet l'œuvre littéraire elle-même ; c'est le cas, très probablement, de la figure d'"Odradek" dans la célèbre parabole "Les soucis d'un père de famille", selon la brillante démonstration de Marthe Robert dans Seul comme Kafka. Mais il serait vain de vouloir appliquer cette grille de lecture à ses romans et à l'ensemble de ses écrits.

Considérant l'extension immodérée de la littérature secondaire sur notre auteur, pourquoi ajouter encore une brique à cette pyramide herméneutique ?

Ma contribution se situe plutôt dans le courant "socio-politique", mais elle tente d'articuler les autres niveaux, grâce à un fil rouge qui permet de relier la révolte contre le père, la religion de la liberté (d'inspiration juive hétérodoxe) et la protestation (d'inspiration libertaire) contre le pouvoir meurtrier des appareils bureaucratiques : l'anti-autoritarisme.

Dans son article sur le surréalisme de 1929, Benjamin écrivait : « Depuis Bakounine, l'Europe manque d'une idée radicale de la liberté. Les surréalistes en ont. » Cette phrase s'applique rigoureusement à Franz Kafka.

Je vais essayer de suivre ce fil rouge selon l'ordre chronologique, en partant de certaines données biographiques souvent négligées, notamment les rapports de Kafka avec les milieux anarchistes praguois, pour analyser ensuite les trois grands romans inachevés et quelques unes des nouvelles les plus importantes. J'utiliserai également des fragments, des paraboles, des éléments de la correspondance et du journal pour éclairer les grands textes littéraires, sans toutefois prendre en compte l'ensemble de l'œuvre : ainsi, je n'ai pas essayé d'interpréter les premiers écrits de Kafka – antérieurs à 1912 - ni les derniers - Jospéhine ou le peuple des souris, Les recherches d'un chien, etc. Je ne peux pas dire si ces textes, ainsi qu'un certain nombre de paraboles, aphorismes et fragments divers, relèvent ou non de mon hypothèse.

Je ne pense pas trop m'avancer en affirmant que cette lecture de Kafka, - se laissant guider par ce « fil d'Ariane » du labyrinthe kafkaïen qu'est le désir de liberté - est nouvelle. En tout cas je n'ai rien trouvé d'analogue dans la littérature secondaire. Ce que j'ai rencontré dans certaines interprétations qui me sont proches sont plutôt des pistes, des fragments, des intuitions, quelques passages, que je cite - parfois, je l'avoue, arrachés de leur contexte - pour étayer mon argumentation. Mais nulle part une analyse systématique de l'oeuvre sous l'angle de la passion anti-autoritaire qui la traverse comme un courant électrique. Grâce à cette grille de lecture, les pièces du puzzle semblent trouver leur place et les principaux écrits de Kafka apparaissent sous le signe d'une très grande cohérence. Bien évidemment, il ne s'agit pas d'une cohérence de doctrine, mais de sensibilité.

Cette interprétation n'a donc aucune vocation à l'exhaustivité. Il s'agit plutôt d'un essai, d'une tentative de mettre en évidence la dimension formidablement critique et subversive de l'œuvre de Kafka, si souvent occultée.

Ce n'est pas du tout une lecture consensuelle, et elle ne manquera pas de susciter des controverses, tant elle se dissocie du canon habituel de la critique littéraire sur Kafka. Ma tentative est fortement marquée par l'empreinte de Walter Benjamin - non seulement son essai sur Kafka de 1934 mais aussi, et surtout, ses Thèses « Sur le concept d'histoire » de 1940. Dans ce dernier écrit, il adresse à l'historien critique l'injonction suivante : « A chaque époque il faut tenter d'arracher derechef la tradition au conformisme qui veut s'emparer d'elle » (Thèse VI). Ce livre se veut une petite contribution à cette tâche.

La lecture « politique » proposée ici n'est évidemment que partielle : l'univers de Kafka est trop riche, complexe et multiforme pour que l'on puisse le réduire à une formule unilatérale. Quelle que soit la pertinence d'une interprétation, son œuvre garde tout son inquiétant mystère, et sa singulière consistance onirique, comme une sorte de « rêve éveillé » inspiré par la logique du merveilleux. Pour paraphraser André Breton, la poésie contient toujours « un noyau infracassable de nuit »…

Le mot « politique » est d'ailleurs assez inapproprié : ce qui intéresse Kafka est à mille lieux de ce qu'on désigne habituellement par ce terme : les partis politiques, les élections, les institutions , les régimes constitutionnels, etc.

Le terme « critique » serait peut-être plus adéquat. Cette dimension critique est souvent éclipsée par un certain type d'interprétation académique. Cependant, il est probable que c'est celle qui est le plus profondément ressentie par les millions de lecteurs modernes pour qui le mot Kafka est devenu synonyme d'inquiétude face au système bureaucratique.

Pour désigner la puissance oppressive de ce système, Kafka a inventé une image frappante : « Les chaînes de l'humanité torturée sont en papier de bureau (Kanzleipapier) ». Le terme allemand est difficile à traduire : « paperasse », utilisé par certains traducteurs, est faible. Papier de bureau, papier officiel, papier de Ministères, seraient plus appropriés. Kanzlei est habituellement traduit par « bureau », mais ce mot ne donne pas la richesse du sens originaire du terme. Il a sa source dans le latin médiéval cancelleria qui décrit un lieu entouré de grilles ou de barrières – cancelli en latin – où l'on prépare des documents officiels.

C'est un mot qui revient souvent sous la plume de l'écrivain pragois dans Le Procès et Le Château, pour rendre compte des lieux où siègent les instances - lieux toujours entourés de très hauts cancelli, visibles ou invisibles, qui tiennent à distance les communs des mortels. Ces Kanzleipapiere sont évidemment des documents écrits ou imprimés : formulaires officiels, fiches de police, papiers d'identité, actes d'accusation ou décisions des Tribunaux.

L'écriture est donc le medium par lequel les instances dirigeantes exercent leur pouvoir. La réponse de Kafka utilise le même moyen, mais en inversant radicalement la démarche : une écriture de la liberté, littéraire ou poétique, qui subvertit les prétentions des puissants.

L'image des « chaînes en papier » semble d'ailleurs être à double sens : elle suggère à la fois le caractère oppressif du système bureaucratique, qui asservit les individus avec ses documents officiels, et le caractère précaire de ces chaînes, qui pourraient être facilement déchirées, si les humains voulaient s'en libérer...

Kafka a souvent été accusé - par Georges Lukacs, Günther Anders et d'autres - de prêcher, par son pessimisme radical, le fatalisme et la résignation. Or, dans une lettre à son ami Oscar Pollak du 27 janvier 1904, il expliquait ainsi sa conception du rôle de la littérature : un livre ne présente de l'intérêt, écrivait-il, que s'il est « un coup de poing dans le crâne qui nous réveille (...), une hache qui brise en nous la mer glacée ». Cela ne ressemble pas beaucoup à un appel à la résignation...

Post - Scriptum

La branche paternelle de ma famille, les Löwy, était originaire de Bohème, tout comme la branche maternelle de la famille de Kafka (comme l'on sait, sa mère s'appelait Julia Löwy). Le nom était assez fréquent dans l'Empire austro-hongrois et il n'existe, à ma connaissance, aucun lien de parenté entre les deux familles. Sauf celui – largement mythique - de l'appartenance à la vaste tribu des Lévites, grands scribes et gratteurs de parchemin devant l'Eternel...

J'ai entendu pour la première fois parler de Kafka pendant mes années de lycée au Brésil, en écoutant une conférence de Mauricio Tragtenberg sur « La bureaucratie dans le Château de Kafka ». Mauricio était un jeune intellectuel juif/brésilien, autodidacte - il fera plus tard une carrière universitaire - de sensibilité marxiste/libertaire.

Je ne me rappelle plus très bien des détails de la conférence, mais l'idée générale était que le roman de Kafka était une des plus intéressantes analyses critiques de la signification des pouvoirs bureaucratiques dans les sociétés modernes ; mon livre doit beaucoup à cette lointaine mais inoubliable intervention du regretté ami Mauricio.

De tous les membres du cercle pragois de Kafka, le seul que j'ai eu la chance de rencontrer fut Shmuel Hugo Bergmann, son collègue d'école et le premier témoin de son engagement socialiste. Je faisais partie d'un groupe d'étudiants d'hébreu qu'il a reçus un samedi après-midi de 1963, dans sa maison à Jérusalem. Il nous a fait part de quelques réflexions sur la vie moderne, à partir d'un incident de la vie quotidienne auquel il avait assisté : une paire d'amoureux dans un parc, entièrement absorbés par la parole…d'un radio transistor qu'ils écoutaient.

Notre société, constatait Bergmann, est en train de perdre de plus en plus la capacité de dialogue et d'écoute réciproque : on assiste à une crise de la communication humaine, à un déclin de l'échange direct des personnes, au profit des appareils impersonnels. Ce fut une leçon inoubliable de Kulturkritik de la civilisation moderne, dans la plus belle tradition du romantisme juif/allemand de l'Europe centrale…

L'origine de ma recherche sur Kafka remonte à un essai des années 1960, qui a une histoire assez curieuse. Il fut publié sous le titre « Kafka et l'anarchisme », en hébreu, dans la revue – éditée à Tel-Aviv - Beayot Beinleumiot (Problèmes Internationaux), numéro d'avril 1967. Quelques mois après, il se trouve traduit en yiddish dans la Freie Arbeiter Stimme (Voix ouvrière libre) de New York (15.12.67), un journal socialiste libertaire américain ! Il s'ensuivra une traduction en espagnol dans le périodique argentin Tierra y Libertad et une autre, plus tardive (1972), en anglais (à partir de l'espagnol), sous forme de brochure, et attribuée à un certain « Mijal Levy » (translittération argentine à partir du yiddish ?).

Moi, j'ignorais tout de ces traductions... Mais, en 1981, j'ai publié une version revue et corrigée en français, avec le même titre, dans un volume collectif en hommage à Lucien Goldmann, Essais sur les formes et leurs significations (Paris, Médiations).

Ce premier essai doit beaucoup à la biographie du jeune Kafka par Klaus Wagenbach, mais tente déjà une interprétation de l'œuvre.

J'y suis revenu en 1988, dans mon livre Rédemption et Utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale. Une étude d'affinité élective (Paris, PUF, 1988), dont le chapitre intitulée « Kafka : theologia negativa et utopia negativa », reprend, en les élargissant, les thèmes de ce premier essai. J'ai eu l'occasion de discuter cette version avec le regretté Gershom Scholem, qui était intéressé par la problématique, sans nécessairement partager mon analyse. Et j'ai continué à travailler sur Kafka au cours des années 1990. Des versions plus courtes de certains des chapitres du présent ouvrage sont parues dans les revues Archives de Sciences Sociales des Religions ( CNRS, Paris), L'Homme et la Société (Paris), Diogène (Unesco, Paris), Refractions (Lyon), Analogon (Prague), Salamandra (Madrid).

Si j'ai décidé de reprendre ce chantier c'est avec la conviction que l'écrivain juif praguois est plus que jamais actuel, plus que jamais lisible dans nos angoisses, en ce début de XXIème siècle – c'est-à-dire, chargé de ce que Walter Benjamin appelait Jetztzeit, « temps d'à présent ». Aujourd'hui, encore plus qu'à l'époque où vivait Kafka, ce rêveur insoumis, « les chaînes de l'humanité torturée sont en papier de ministères ».

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Gramsci, son époque et la nôtre

16 avril, par Yohann Douet — ,
Longtemps pauvre en monographies, la bibliographie française consacrée à Antonio Gramsci est en train de combler son retard. Après la monumentale biographie intellectuelle (...)

Longtemps pauvre en monographies, la bibliographie française consacrée à Antonio Gramsci est en train de combler son retard. Après la monumentale biographie intellectuelle que lui ont consacrée Romain Descendre et Jean-Claude Zancarini, l'ouvrage de Yohann Douet, L'hégémonie et la révolution. Gramsci penseur politique (Éditions Amsterdam, 2023), permet d'approfondir la réception de cet auteur capital.

Tiré du site de la revue Contretemps.

Son auteur, qui a déjà largement publié sur le sujet, se propose à la fois de présenter de façon synthétique les concepts essentiels des Cahiers de prison et de les situer dans les débats contemporains qui ont fait de la référence à Gramsci un enjeu de première importance. L'extrait du chapitre 8 que nous proposons à nos lecteurs·rices est consacré à l'actualité de la pensée gramscienne dans l'horizon qui l'unit à notre présent : celui de la lutte pour l'émancipation comme effort continu de sortie de la subalternité et de conquête de cette hégémonie nouvelle dont l'objectif n'est autre que la société communiste et démocratique.

En raison des profondes différences entre l'époque de Gramsci et la nôtre, il faut se poser frontalement la question de l'actualité de sa pensée. Cet examen est d'ailleurs appelé par son historicisme épistémologique : il souligne en effet que la validité de tout cadre théorique ou de toute notion est conditionnée historiquement et affirme explicitement que le marxisme deviendra caduc une fois la société de classe dépassée. Il ne s'agit pour nous ni de conserver à l'identique ni de rejeter intégralement les perspectives politiques et stratégiques de Gramsci, mais plutôt de se demander dans quelle mesure et en quoi elles pourraient être modifiées ou développées afin d'être rendues adéquates à la situation présente. On reviendra donc dans les pages suivantes sur les raisons de la pertinence contemporaine de l'approche générale de Gramsci, et l'on discutera des principales questions sur lesquelles ses conceptions semblent demander une reformulation, une modalisation, un approfondissement ou une réarticulation.

Sortir de la subalternité

C'est d'abord la conception gramscienne de la subalternité qui apparaît particulièrement actuelle. Cela s'explique entre autres par le fait que les notions gramsciennes de subalternité et d'hégémonie sont assez souples pour aider à penser des luttes émancipatrices de différents types, dont certaines ne sont pas réductibles à la lutte des classes. Parler de « groupes sociaux subalternes » permettait notamment à Gramsci d'analyser la situation de classes dominées qui ne s'identifiaient pas – ou pas encore – comme telles (les masses paysannes, notamment celles du Mezzogiorno, et certaines fractions de la petite bourgeoisie), alors même qu'il était indispensable d'exercer une activité hégémonique en leur direction.

Mais la notion de subalternité s'applique aussi d'une manière éclairante à des questions qu'il a peu étudiées, en particulier à la situation des groupes sociaux subissant une oppression systémique de genre et de race (dans un cadre colonial ou autre)[1]. On ne peut évidemment pas revenir ici sur les différents travaux inspirés de Gramsci et portant sur ces rapports de domination spécifiques, en particulier dans la longue et riche tradition des subaltern studies[2].

On ne donnera donc ici qu'un exemple qui suggère que Gramsci a su mettre en évidence certains traits généraux de la logique immanente à l'émancipation des groupes opprimés. Pensons à ces paroles de « l'Hymne des femmes » (l'hymne du Mouvement de libération des femmes), dont l'affinité avec les réflexions des Cahiers est frappante :

  • Nous, qui sommes sans passé, les femmes,
  • Nous qui n'avons pas d'histoire,
  • […] Seules dans notre malheur, les femmes,
  • L'une de l'autre ignorée,
  • Ils nous ont divisées, les femmes,
  • Et de nos sœurs séparées.

Est exprimée ici, de façon presque pure, la situation de subalternité telle que la conçoit Gramsci : le fait d'être « désagrég[é][3] », aux « marges de l'histoire », soumis à l'« initiative » des groupes sociaux dominants qui brise toute « tendance à l'unification », n'avoir qu'une histoire « fragmentée et épisodique », qu'un passé obscur et spectral[4].

L'hymne se poursuit ainsi :

  • Reconnaissons-nous, les femmes,
  • Parlons-nous, regardons-nous,
  • Ensemble on nous opprime, les femmes,
  • Ensemble révoltons-nous.
  • [..] Le temps de la colère, les femmes,
  • Notre temps est arrivé,
  • Connaissons notre force, les femmes,
  • Découvrons-nous des milliers.

La condition première de l'émancipation des femmes s'avère être leur unification autonome par la reconnaissance réciproque et l'organisation, de sorte à produire un « changement dans la manière d'être[5] », à affirmer leur activité collective subalterne contre « l'emprise et les limites de la force des choses » et celles du système d'oppression, à devenir « dirigeantes et responsables[6] » et, ainsi, à s'ériger en nouveau sujet historique.

Désagrégation et unification

Ce qui rend incontestablement pertinente pour notre époque l'approche de Gramsci, c'est aussi sa sensibilité à la précarité des volontés ou subjectivités collectives qui émergent au sein des masses subalternes et l'importance qu'il accorde en conséquence au travail d'organisation de ces dernières.

Il s'arrête à cet égard sur une anecdote frappante. Durant la guerre de Trente ans, 45 cavaliers hongrois auraient occupé et tyrannisé les Flandres à eux seuls pendant près de six mois, la population désarmée et démoralisée par la guerre ne parvenant pas à leur opposer de résistance. Or, explique-t-il, « il est possible que surgissent à tout moment “45 cavaliers hongrois” là où n'existe pas de système de protection des populations sans défense, dispersées, contraintes de travailler pour vivre, et qui ne sont donc pas en mesure à tout moment, de repousser les assauts, les incursions, les pillages, les coups de main organisés avec un certain esprit de système et avec un minimum de prévision “stratégique” ». Cet exemple indique plus généralement que

  • dans toute situation politique la partie active est toujours une minorité, et que si celle-ci, quand elle est suivie par les masses, n'organise pas ce mouvement, de façon stable, et est dispersée par une circonstance quelconque propice à la minorité adverse, tout l'appareil s'écroule et il s'en forme un nouveau, dans lequel les anciennes masses ne comptent pour rien et ne peuvent plus se mouvoir ni agir. Ce qu'on appelait « masse » a été dispersé en des dizaines d'atomes sans volonté ni orientation, et une nouvelle masse se forme, même d'un volume inférieur à la première, mais plus compacte et plus résistante, qui a la fonction d'empêcher que la masse primitive ne se reforme et devienne efficace[7].

Gramsci pense vraisemblablement à la destruction des organisations ouvrières et paysannes par le mouvement fasciste puis le régime fasciste, ainsi qu'à la formation corrélative d'une autre volonté collective (plus réduite) en raison de l'organisation par le fascisme de certains groupes sociaux, en particulier la petite-bourgeoisie. Par-delà ce contexte historique déterminé, l'atomisation et la désorientation décrites dans ces lignes résonnent avec la désagrégation socio-politique contemporaine des subalternes.

Mais deux différences importantes méritent d'être soulignées. La première est que, même si la restauration néolibérale a impliqué des moments de lutte frontale et de répression (pensons à la fameuse grève des mineurs britanniques de 1984-1985, sans même parler du coup d'État de Pinochet), le processus d'atomisation des subalternes se déploie aussi, et peut-être surtout, d'une manière plus indirecte et insidieuse : « moléculaire », dirait Gramsci. Les effets de la désindustrialisation, du chômage, de la précarité, de la stigmatisation de l'activité syndicale, du sentiment d'impuissance politique, etc., rongent progressivement les organisations existantes et sapent ou fragmentent leurs bases sociales. Ces processus, en dépit de leur indéniable violence, se déroulent selon une temporalité nettement plus longue que la répression et la reconfiguration hégémonique fascistes qui, en quelques années, ont presque intégralement détruit le mouvement ouvrier. La seconde différence notable est que l'on ne constate pas à l'époque actuelle la formation d'une « nouvelle masse […], même d'un volume inférieur ».On pourrait objecter l'existence d'un « bloc bourgeois » qui se caractérise par une certaine homogénéité sociale et idéologique. Mais, même dans ce cas, les formes d'expression politique sont très fluctuantes, et ce bloc n'est pas structuré par des organisations de masse stables et consistantes – peut-être tout simplement car il n'en a pas besoin, les sommets de l'État jouant au fond ce rôle de représentant et d'organisateur. En d'autres termes, les transformations néolibérales « construisent une hégémonie par désagrégation plutôt que par adhésion », ce qui signifie notamment que, « loin de produire un imaginaire commun, [elles] clivent les classes et les groupes mais aussi les individus[8] ».

Par ailleurs, la configuration néolibérale présente des similarités avec l'américano-fordisme : dans ce cas, Gramsci met les processus socio-économiques au cœur de l'analyse, tout en précisant qu'ils s'accompagnent également d'une « propagande idéologique et politique très habile » et d'un usage parcimonieux de « la force (destruction du syndicalisme ouvrier à base territoriale)[9] ». La différence essentielle réside ici dans la nature des processus socio-économiques en question, puisque le fordisme se caractérise par des hauts salaires, qui permettent de recruter et de sélectionner une main-d'œuvre qualifiée, résistante et disciplinée, et qui sont à la fois un moyen et une conséquence de la modernisation technico-économique et de la rationalisation tayloriste.

Les causes et les modalités de la désagrégation des subalternes à l'époque de Gramsci et à la nôtre sont donc nettement différentes. Pour autant, certaines des réflexions générales qu'il énonce dans le cadre de ses analyses du fascisme conservent toute leur force :

  • Le politique réaliste, qui sait combien il est difficile d'organiser une volonté collective, n'est pas facilement portée à croire qu'elle se reforme mécaniquement après s'être désagrégée. L'idéologue, qui comme le coucou a mis ses œufs dans un nid déjà prêt et ne sait pas construire de nids, pense que les volontés collectives sont un état de fait naturel, qu'elles naissent et se développent pour des raisons qui tiennent aux choses mêmes[10].

Gramsci prend pour exemple la nation italienne en 1848, qui n'existait qu'à l'état fragmentaire, et précise qu'elle n'était pas une « entité permanente qu'il fallait seulement pousser, par quelques artifices, à redescendre dans la rue[11] ». Mazzini l'avait cru à tort, tout comme il avait commis la faute politique de négliger la guerre de position ; les deux erreurs étaient étroitement liées. Il en va de même dans le cas non de la nation ou du peuple mais de ce sujet politique d'un autre type qu'est la classe ouvrière, ou plutôt l'alliance des classes subalternes sous la direction de la classe ouvrière. Même si elles ne sont jamais absolument désagrégées, fragmentées ou atomisées, et même si leurs luttes contre la domination bourgeoise ne sont jamais réduites à néant, il faut, pour rendre ces luttes cohérentes et former à partir d'elles une volonté collective, une activité hégémonique continue, que l'on peut considérer comme guerre de position. Cette dernière doit du reste être menée tout autant contre les classes dominantes qu'au sein des subalternes qu'il s'agit d'unifier sur des bases autonomes – tout cela formant un seul et même processus.

L'hégémonie aujourd'hui

On le sait, la question de l'unification des subalternes est aux yeux de Gramsci indissociable de celle de l'hégémonie. C'est en définitive derrière l'hégémonie du prolétariat que les subalternes en général pourront s'unifier et, réciproquement, cette hégémonie nouvelle ne pourra se réaliser intégralement qu'en triomphant de la domination bourgeoise, ce qui requiert précisément un haut niveau d'unification et d'organisation des subalternes.

Mais en quel sens peut-on encore parler d'hégémonie – et en particulier d'hégémonie du prolétariat – aujourd'hui ? Dans l'Italie des années 1920 et 1930, la stratégie hégémonique impliquait d'abord de tisser une alliance étroite et sur tous les plans – économique, politique, idéologique – entre une classe ouvrière moderne et ascendante et une paysannerie encore largement majoritaire, notamment dans le Mezzogiorno. Comprise en ce sens strict, la stratégie gramscienne semble moins adaptée aux pays capitalistes développés (l'Ouest) qu'à des pays où le développement capitaliste est peu avancé (du type de ceux qu'il appelait « périphériques[12] »), et qui se caractérisent par une paysannerie nombreuse. En tout cas, il n'y aurait pas lieu de répéter cette stratégie à l'identique de nos jours en France, où les agriculteurs sont très minoritaires. À cela s'ajoutent des interrogations légitimes sur la situation actuelle de la classe ouvrière, qui ne semble plus être une force sociale ascendante (dans les pays du centre), même d'un point de vue démographique. En France, d'après l'INSEE, le nombre d'ouvriers décroît régulièrement, est passé sous la barre des 20 % et est même inférieur à celui des cadres depuis 2020.

En revanche, les salariés constituent près de 90 % de la population.On trouve certes au sein de cet ensemble des groupes occupant des « positions de classe contradictoires » (selon l'expression d'Erik Olin Wright[13]) comme les cadres (dominés en tant que salariés ne possédant donc pas les moyens de production, mais dominants en raison de leurs fonctions hiérarchiques ou de leur niveau de vie). Pour autant, la majorité des salariés peuvent être comptés aux rangs des exploités, d'une manière ou d'une autre ; réciproquement, l'essentiel des exploités sont salariés, même s'il existe également une exploitation indirecte d'une grande partie des agriculteurs, ainsi que des petits artisans et commerçants (passant par des rapports marchands et/ou financiers)[14]. Les subalternes sont très largement des salariés – même s'ils ne se mobilisent pas forcément en tant que tels –, et sous cet aspect ils sont donc plus homogènes que du temps de Gramsci. Mais ils sont profondément fragmentés, à la fois objectivement et subjectivement, sous bien d'autres aspects : positions hétérogènes dans les rapports d'emploi capitalistes (salariés stables, précaires, chômeurs, futurs salariés en formation) ; différences juridiques de statut (public, privé, intérim, salariat caché des plateformes) ou de nationalité (Français, étrangers régularisés ou sans-papiers) ; divisions géographiques (grandes villes, banlieues, périurbain, campagnes, outre-mer colonial) ; effets de l'hétéropatriarcat, du racisme systémique ou encore de l'âge et des générations. À cela s'ajoutent bien sûr les écarts en termes de combativité, de conscience de classe, de positionnement politique, de visions du monde ou de modes de lutte et d'organisation collective.

Cette fragmentation n'est certes pas synonyme d'atomisation ou de désagrégation absolue, ni de passivité totale. Gramsci considérait déjà que, même au niveau le plus faible du rapport de forces politique, l'antagonisme n'est pas nul et qu'il existe des dynamiques collectives pour défendre des intérêts communs. Simplement, les intérêts en question sont des intérêts particuliers qui ne sont partagés que par des groupes sociaux étroits (telle profession, telle région, tel groupe identitaire, etc.) – étroitesse corporatiste qui sépare les subalternes, voire les oppose entre eux.

En France, des luttes massives et radicales se sont déroulées dans la dernière période : luttes contre des contre-réformes néolibérales (loi « travail » en 2016, réforme des retraites en 2019-2020 et 2022-2023), Gilets jaunes (2019-2020), luttes antiracistes (manifestations massives contre les violences policières, notamment), marches pour le climat, etc. Mais le fait que des liens organiques n'aient pas été tissés entre ces mouvements alors qu'ils se sont succédé à quelques mois d'intervalle et ont même parfois eu lieu simultanément montre l'incapacité des forces subalternes, sinon à dépasser un niveau purement corporatiste, du moins à parvenir jusqu'au plus haut niveau des rapports de force politiques – la « phase la plus nettement politique », le « moment hégémonique[15] ». Les luttes que l'on vient de citer sont tendanciellement liées à des secteurs sociaux différents, même s'ils ne sont évidemment pas étanches : le salariat stable ou de la fonction publique dans le cas des luttes du mouvement ouvrier organisé ; un salariat des services, souvent plus précarisé et féminisé, ainsi que des travailleurs exploités sous des formes non salariales, dans le cas des Gilets jaunes ; la jeunesse des classes moyennes pour les luttes écologistes ; la jeunesse racisée et des quartiers populaires dans le cas des luttes antiracistes (avec, bien sûr, de profondes différences selon que ces luttes prennent des formes émeutières, comme en 2005 ou en 2023, ou aboutissent à des manifestations classiques). Les différences entre ces mouvements résident donc dans la base sociale, le mode d'action et dans le caractère, formalisé ou non, des organisations qui les ont impulsés et dirigés.

En dépit d'appels fréquents à la convergence des luttes, celle-ci ne s'est que trop peu réalisée concrètement, à l'exception de quelques initiatives louables mais nettement minoritaires. Autrement dit, aucun des groupes sociaux en lutte n'a été en mesure d'exercer une activité hégémonique assez soutenue et conséquente pour tisser des liens organiques avec les autres et pour mettre en œuvre concrètement une alliance socio-politique dans la perspective de l'unification des subalternes. La responsabilité incombe notamment aux organisations existantes. Par exemple, l'attitude réticente voire hostile des directions d'une grande partie des syndicats – « réformistes » aussi bien que « contestataires » – à l'encontre du mouvement des Gilets jaunes a de toute évidence été une faute sociale et politique majeure, l'inverse même de ce que devrait être une politique hégémonique. Cela a constitué un obstacle à la dialectique avec la spontanéité des masses que des organisations œuvrant à l'émancipation des subalternes se doivent d'établir. Gramsci l'a écrit : « négliger et, pis, mépriser les mouvements dits spontanés, c'est-à-dire renoncer à leur donner une direction “consciente”, à les élever à un plan supérieur en les insérant dans la politique, […] peut avoir souvent de très graves et très sérieuses conséquences[16] ».

Toutefois, si l'on suit Gramsci, il serait illusoire de croire que ce soit seulement par l'activité collective au niveau syndical que peut se réaliser le passage au moment politico-hégémonique du rapport de force politique : c'est pour lui la tâche du parti. La taille trop modeste des partis politiques de la gauche révolutionnaire et même radicale, ainsi que l'insuffisance de leur ancrage social, ne peuvent que renforcer la logique objectivement corporatiste – car non coordonnées avec les autres – des luttes évoquées, quelles que soient les intentions des individus qui y prennent part. Il en va de même de la scission entre les intellectuels critiques ou progressistes et les masses, les intellectuels véritablement organiques des classes subalternes constituant une exception. En somme, il s'avère désastreux de négliger le moment de la construction organisationnelle, non bien sûr dans le sens de l'édification d'un appareil bureaucratique mais dans celui de la structuration organisationnelle des groupes sociaux subalternes visant à renforcer leur puissance. Cela requiert notamment de comprendre – en particulier dans ce qu'il a de contradictoire – le sens commun des groupes sociaux que l'on prétend organiser (représentations, opinions, aspirations, etc.), même s'il s'agit de le transformer.

Dans cette perspective, la stratégie gramscienne de guerre de position reste largement pertinente. Elle ne saurait se réduire à une guérilla institutionnelle dans les assemblées élues ou dans les médias, ni à une « longue marche à travers les institutions » (selon l'expression de Rudi Dutschke, parfois attribuée à tort à Gramsci), mais implique d'abord de lutter pour gagner ou renforcer des positions dans la société civile (y compris au sein des organisations de masse des subalternes, si leur ligne est insatisfaisante). On voit difficilement comment on pourrait dépasser la fragmentation des subalternes sans une guerre de position ainsi comprise, par exemple simplement en menant une campagne électorale réussie, en réunissant les suffrages populaires vers le tribun le plus talentueux. Non seulement il est douteux que l'on obtienne la victoire électorale à ces seules conditions, mais une victoire de ce type serait très précaire et ne suffirait sans doute pas à unifier véritablement les subalternes.

La guerre de position et l'activité d'élaboration d'une alternative hégémonique concrète et crédible, susceptible d'entraîner une partie conséquente des masses populaires et de faire converger durablement leurs luttes, ont nécessairement une dimension culturelle et intellectuelle. Si l'on aurait tort d'y réduire la conception gramscienne de l'hégémonie, l'élaboration et la diffusion de conceptions du monde nouvelles – dont le paradigme reste le marxisme –, ainsi que de représentations et sensibilités émancipatrices, jouent un rôle décisif dans les luttes des subalternes.Du reste, partager une même conception du monde, dans la mesure où cela rend possible une action commune cohérente, constitue déjà en soi un certain type d'organisation collective, bien qu'encore trop lâche[17].

Mais revenons à la configuration socio-économique actuelle. Comme pour Gramsci, le problème reste pour nous l'unification autonome des groupes sociaux subalternes et leur victoire contre le pouvoir du capital. Mais, en raison de la généralisation du salariat, de sa fragmentation et des transformations du capitalisme (tertiarisation, crises, etc.), il ne faut peut-être plus tant se demander, pour résoudre ce problème, quelle est la classe fondamentale qui doit établir son hégémonie sur d'autres classes alliées (le prolétariat industriel salarié sur la paysannerie) mais quels sont, au sein des masses dominées et exploitées, les pôles hégémoniques – les pôles d'attraction et de direction – en mesure d'œuvrer à l'unification autonome de ces masses et d'accroître la puissance de leurs luttes émancipatrices.

Dans le cas de la France, le mouvement ouvrier organisé semble toujours être le candidat le plus crédible pour jouer le rôle de pôle hégémonique principal, bien que cela suppose de surmonter les profondes limites des organisations syndicales et partidaires actuelles, et de défendre d'une manière concrète et résolue, outre les revendications de classe au sens strict, des revendications féministes, antiracistes, écologistes, etc., ce à quoi peut l'amener l'action d'autres pôles hégémoniques. On peut d'ailleurs considérer aussi ces revendications comme des revendications anticapitalistes et de classe, en un sens large. Plusieurs éléments laissent penser que le mouvement ouvrier organisé est le mieux placé pour jouer ce rôle de pôle hégémonique principal (mais non exclusif) : il est, par définition, organisé ; les organisations syndicales conservent une influence socio-politique importante (que montre leur capacité de mobilisation lors des mouvements sociaux), nettement plus forte que les autres organisations des subalternes ; certaines de ces organisations syndicales conservent une disposition à la conflictualité sociale significative (notamment si l'on compare la situation française à la plupart des autres sociétés capitalistes avancées) même si elle est limitée ; la plupart des organisations politiques en mesure d'œuvrer (même très partiellement) à l'unification autonome et à l'émancipation des subalternes (sachant que le niveau politique est décisif dans une dynamique hégémonique) entretiennent une multitude de liens (historiques, sociologiques, idéologiques, programmatiques, symboliques, dans les pratiques politiques quotidiennes, etc.) avec le mouvement ouvrier, bien qu'elles ne les revendiquent pas nécessairement avec insistance et que ces liens aient été beaucoup plus étroits par le passé.

Si telle est la situation en France, dans des pays et contextes différents, des forces et mouvements antiracistes, féministes, étudiants, paysans ou encore de nationalités indigènes sont sans doute plus à même de donner une impulsion décisive aux autres secteurs et de jouer un rôle de catalyseur ou de direction. Les pôles hégémoniques peuvent donc varier selon les situations. Par ailleurs, les activités hégémoniques de plusieurs pôles peuvent, et vraisemblablement doivent, se combiner et s'articuler de différentes manières. Enfin, le pôle hégémonique qui joue le rôle principal peut changer au cours du processus d'unification autonome des subalternes.

Tout cela signifie-t-il qu'il faille renoncer à la notion d'hégémonie du prolétariat ? Non, mais il convient de préciser la signification de cette expression. On l'a vu, il importe de discerner les différents pôles hégémoniques autour desquels peut se tisser l'unité des subalternes. Cela étant, l'établissement d'une hégémonie historiquement nouvelle, mettant fin au pouvoir bourgeois, est indissociable d'une transformation radicale de la société dans son ensemble. Or, dans un tel processus, les groupes sociaux qui remplissent des fonctions économiques essentielles et qui ont un intérêt à une telle transformation, donc en premier lieu le prolétariat (que l'on comprend ici au sens large d'ensemble des salariés exploités), doivent jouer un rôle central, à la fois pour pouvoir l'emporter contre les dominants (en utilisant l'arme de la grève) et pour pouvoir révolutionner la structure économique en lui donnant une orientation communiste et démocratique. On peut ainsi parler d'hégémonie du prolétariat dans la mesure où son unification autonome et son activité de transformation révolutionnaire de la structure économique sont des conditions fondamentales pour l'établissement d'une hégémonie d'un type nouveau, qui ne soit plus le corrélat d'une domination. Une telle unification du prolétariat ne saurait être comprise comme une homogénéisation abstraite, qui occulterait les oppressions spécifiques de genre ou de race et qui, par là même, les reproduirait. Et le processus d'unification du prolétariat lui-même met en jeu l'activité de pôles qui, situés au sein des masses subalternes, ne sont pas pour autant prolétariens au sens strict (dans le sens où les personnes participant à des mouvements antiracistes, féministes, étudiants, paysans, indigènes, etc., ne se mobilisent pas d'abord en tant que prolétaires dans de tels cadres).

Notes

[1] Houria Bouteldja a récemment proposé une théorisation d'inspiration gramscienne du racisme systémique et des luttes sociales et antiracistes en France dans Beaufs et Barbares. Le pari du nous, Paris, La Fabrique, 2023.

[2] Pour un recueil d'études issues de tradition des subaltern studies, voir Ranajit Guha et al., Subaltern Studies. Une anthologie, trad. fr. Fr. Cotton, Toulouse, L'Asymétrie, 2017.

[3] C16, § 12, p. 224.

[4] C25, § 2, p. 309, texte A en Q3, § 14, p. 300.

[5] C8, § 205, p. 374.

[6] Ibid.

[7] C15, § 35, p. 141-142.

[8] Isabelle Garo, « Le néolibéralisme et son monde. Remarques sur quelques analyses récentes », Contretemps, juillet 2017.

[9] C22, § 2 p. 183, texte A en Q1, § 61, p. 72.

[10] C15, § 35, p. 142.

[11] Ibid.

[12] Voir supra, chap. 6, p. 178-179.

[13] Voir Ugo Palheta, « Erik Olin Wright : reconstruire le marxisme », La Vie des idées, mars 2019.

[14] On laisse de côté ici la question de l'exploitation domestique et patriarcale (des femmes par les hommes, au sein du foyer), par exemple telle que Christine Delphy a pu la théoriser, qui demanderait une discussion à part entière.

[15] C13, § 17, p. 381, texte A en Q4, § 38, p. 457.

[16] C3, § 48, p. 296.

[17] Voir chap. 1, p. 27.

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La nostalgie du courage politique

Les 90 ans de Jean Chrétien et le décès de Brian Mulroney m'ont rappelé l'époque où nos dirigeants, tous partis confondus, osaient faire preuve de courage politique sur la (...)

Les 90 ans de Jean Chrétien et le décès de Brian Mulroney m'ont rappelé l'époque où nos dirigeants, tous partis confondus, osaient faire preuve de courage politique sur la scène internationale. Le premier ministre Justin Trudeau fait pâle figure face à ces prédécesseurs lorsque les compare.

Dernièrement, le haut-commissaire de l'Afrique du Sud au Canada a rendu hommage à Brian Mulroney en vantant le courage dont il avait preuve pour dénoncer l'apartheid, pour militer pour la libération de Nelson Mandela et pour imposer des sanctions contre l'Afrique du Sud. Il a encouragé Justin Trudeau à prendre exemple sur celui qui a contribué à briser l'hégémonie du Commonwealth sur le soutien à l'apartheid en tenant tête à Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Justin Trudeau pourrait aussi s'inspirer de Jean-Chrétien qui a refusé de joindre les efforts des États-Unis en Irak, au grand dam des États-Unis. Une décision qui lui vaut les louanges de toute la classe politique aujourd'hui.

Il pourrait aussi bâtir sur l'héritage de Lester B. Pearson ; celui qui a créé les opérations de la paix des Nations Unies et qui s'en est servi pour résoudre la crise du canal de Suez. Ses efforts lui ont valu le prix Nobel de la paix. Pourquoi ne pas redonner vie à ce corps pour trouver une solution à la crise en mer Rouge ?

Il pourrait même prendre exemple sur son père en critiquant l'état de siège contre Gaza, avec la même vigueur que Pierre-Elliott Trudeau l'a fait lorsqu'il critiquait l'embargo des États-Unis contre Cuba.

Le Canada n'a pas toujours fait figure de fantoche des États-Unis et d'Israël. Des anciens Premiers ministres ont pu faire preuve de courage politique, étaient guidés par des convictions et ont osé user de leur capital politique pour une cause qu'ils considéraient juste.

Cesser les exportations d'armes à Israël après que le cap des 30 000 victimes soit franchi et maintenant que la famine soit généralisée ne démontre pas le courage de nos politiciens, mais plutôt leur manque de conviction.

Chaque jour, le Premier ministre nous éloigne de la voix compatissante et constructive qu'il promettait au lendemain de sa première victoire lorsqu'il annonçait que le Canada est de retour sur la scène internationale. Près de 10 ans plus tard, le temps est venu pour le premier ministre de décider de l'héritage qu'il souhaite laisser le jour qu'il quittera la vie politique.

Rali Jamali

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"Si nous n’allions pas nous battre, la gauche cesserait d’exister en Ukraine"

Début février, nous nous sommes rendus dans l'est de l'Ukraine pour rencontrer le socialiste et historien ukrainien Taras Bilous, qui sert dans l'armée ukrainienne depuis le (...)

Début février, nous nous sommes rendus dans l'est de l'Ukraine pour rencontrer le socialiste et historien ukrainien Taras Bilous, qui sert dans l'armée ukrainienne depuis le début de l'invasion massive par les troupes russes à quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front.

Taras Bilous est l'un des représentants les plus visibles de la gauche ukrainienne, membre du Mouvement social (Sociaľnyj ruch) et rédacteur en chef du média en ligne Commons (Spiľne). Il est surtout connu à l'étranger pour ses essais Letter to the Western Left from Embattled Kiev et I Am a Ukrainian Socialist. Voici les raisons pour lesquelles je résiste à l'invasion russe.

L'entretien a été réalisé dans le cadre d'une publication à venir sur la scène antiautoritaire ukrainienne.

Nous nous rencontrons à l'extérieur de la base. Les discussions politiques ont-elles tendance à poser problème, même parmi les soldats de base ?

Le commandement ne censure pas les opinions des soldats du rang. Cependant, je sais par expérience que les discussions des subordonnés avec les médias, en particulier sur des sujets politiques, peuvent rendre les officiers subalternes nerveux. Il m'est arrivé qu'un commandant craigne de se faire taper sur les doigts pour mon interview, même si, en réalité, cette menace n'existait pas.

En outre, j'essaie d'éviter les discussions inutiles. Je n'annonce pas trop mes opinions politiques ou le fait que je suis historien pour ménager mes forces. Sinon, quelqu'un veut immédiatement que je parle du Kievan Rus ou que je pose des questions provocantes. Si je vois qu'il pourrait y avoir une collaboration militante avec cette personne à l'avenir, alors je commence à lui parler.

Est-il difficile de travailler avec des personnes qui ont des opinions différentes ?

Les opinions ne me dérangent pas dans ce contexte. Les gens sont vraiment différents ici, mais on a rarement l'occasion de discuter de questions politiques générales. En revanche, sur les questions qui affectent directement nos vies et notre service militaire, comme la haute direction, nous trouvons assez facilement un terrain d'entente. Le facteur humain est un problème beaucoup plus important dans l'armée. Certains officiers donnent des ordres stupides qui entraînent des morts inutiles. Tout soldat ayant servi au moins six mois vous racontera plus d'une histoire de ce genre.

Quant aux soldats du rang, ils se sont tous ressaisis au cours des premiers mois, mais aujourd'hui, après deux ans, la fatigue s'est installée. En Occident, nombreux sont ceux qui pensent qu'avec la fatigue, notre volonté de combattre va progressivement s'émousser. Cependant, ce n'est pas parce que nous sommes fatigués qu'il n'est pas important que nous continuions à résister. Mais comme je l'ai dit, les gens sont différents ici. Certains, malgré les actions des officiers, comprennent que nous devons continuer à travailler et à pousser. Et d'autres... Une fois, j'ai servi avec un soldat d'une autre compagnie et nous avons passé quatre jours dans une tranchée qui s'effondrait. J'ai commencé à la réparer et le soldat m'a dit : "Ne me raconte pas de conneries. Demande au commandant de liaison de venir et de réparer la tranchée lui-même."

Malgré une détermination commune à continuer de résister à l'agression russe, les gens s'interrogent individuellement : "Pourquoi devrais-je être celui qui se sacrifie ?" Si les dirigeants ont fait une erreur de calcul, pourquoi les simples soldats devraient-ils le payer de leur vie ? Et cela vaut aussi pour les civils, dont la volonté de s'enrôler diminue. Même certains de mes amis qui ont essayé de s'engager en 2022 et qui n'ont pas été incorporés tentent aujourd'hui d'échapper à la mobilisation. Ce n'est pas tant la peur qui est en cause que certaines pratiques absurdes qui ont cours dans l'armée et que tout le monde connaît. Ils auraient pu les changer il y a longtemps, mais à quelques exceptions près dans quelques unités distinctes, ils ne l'ont pas fait.

En 2022, vous avez décidé de rejoindre l'armée alors que vous n'aviez aucune expérience du combat après 2014. Ces deux étapes de la guerre sont-elles différentes pour vous ?

En 2014, il s'agissait d'une guerre de territoire. Certains voulaient vraiment rejoindre la Russie, même s'ils étaient minoritaires. Un nombre assez important de personnes ayant des opinions pro-russes voulaient rester en Ukraine, mais souhaitaient la fédéralisation de Donetsk et de Luhansk. Cependant, le pourcentage de la population du Donbass qui défend ce point de vue peut être longuement débattu, et il a évolué au fil du temps. À la veille de l'incursion des troupes russes en 2022, une enquête menée dans le Donbass a montré que le bien-être était plus important pour la plupart des gens que l'État dans lequel ils vivraient - l'Ukraine ou la Russie. Cela vaut pour les deux côtés du front, même si, au fil des ans, l'écart d'opinion entre les deux parties du Donbas s'est creusé. Ce sont des gens qui se sont habitués à une double identité, pour ainsi dire. Quand ils vont à Lviv, ils sont pro-Moscou, et quand ils sont à Moscou, ils sont pro-Khokhly. En 2014, la guerre a été déclenchée par le Russe Igor Girkin (en tant que commandant militaire de la République populaire de Donetsk) et plus tard cette année-là, les troupes russes se sont jointes à l'invasion. Mais de nombreux habitants qui, pour diverses raisons, ont décidé de se battre contre l'armée ukrainienne se sont également joints à eux.

À cette époque, la guerre a eu un effet complètement différent sur moi. Elle a tué le nationalisme en moi.

Mais en 2022, il s'agissait déjà d'une invasion ouverte de régions comme Kiev, où personne n'accueillait l'armée russe. De même, le sud, Kherson, la région de Zaporozhye, où la plupart des gens veulent retourner en Ukraine. En ce sens, il s'agit d'un autre type de guerre et tout est beaucoup plus simple.

Ressentez-vous directement l'influence de cette "double identité" parmi vos camarades de combat ?

Il y a des opinions différentes partout, même au sein de l'escouade. Par exemple, mon commandant de compagnie actuel a apparemment soutenu les anti-Maidan au printemps 2014. J'ai des relations tendues avec lui, donc je déduis davantage de la façon dont il argumente lors de conversations avec d'autres officiers. Selon lui, les habitants de l'est de l'Ukraine n'aimaient pas Maïdan, ils ont donc exigé la fédéralisation, mais le gouvernement n'était pas disposé à accepter des négociations. Cependant, depuis que le groupe de Girkin (des séparatistes soutenus par des soldats russes, note de l'auteur) s'est emparé de la ville de Slovyansk en 2014, il affirme qu'il s'agit d'une opération des services de renseignement russes. Il n'apprécie pas non plus les activistes linguistiques qui veulent que nous passions tous à l'ukrainien. La plupart des membres de mon unité sont originaires des régions orientales et, d'après ce que j'ai entendu, ils n'aiment pas les nationalistes. Certaines de mes connaissances ont également servi dans des unités composées d'anciens "Berkutsiens" (membres de l'ancienne police anti-émeute) qui ont défendu le régime de Yanukovych pendant le Maidan et n'ont pas changé d'avis à ce sujet. En même temps, ils défendent l'Ukraine contre l'agression russe.

Et quel poste occupez-vous ?

Pendant les deux premières années de l'invasion totale, j'ai servi principalement en tant qu'aiguilleur. En pratique, il s'agissait d'un travail assez varié - tantôt derrière un ordinateur, tantôt en train d'installer des radios et de distribuer des câbles de communication. Le plus souvent, en tant qu'aiguilleurs, nous maintenions des patrouilles dans des tranchées situées à plusieurs kilomètres du "zéro" (le zéro est la ligne de contact, note de l'auteur). Nous fournissons un canal de communication de secours pour les gars au point zéro. Si, par exemple, le canal général de communication tombe en panne ou que le signal ne leur parvient pas, nous sommes là en tant qu'intermédiaire.

Aujourd'hui, mon travail a changé, je sers dans un bataillon de reconnaissance, mais ce que je fais exactement, je préfère ne pas le dire publiquement.

Dans le milieu de la gauche tchèque, la solidarité avec les civils et les réfugiés est forte, mais il y a encore peu de compréhension pour la résistance armée, un malentendu sur l'engagement volontaire dans l'armée et des demandes pour arrêter la fourniture d'armes. Qu'en pensez-vous ?

Lorsque vous ressentez l'invasion pour vous-même, cela vous change. Comme l'a dit l'un de nos rédacteurs, il est beaucoup plus facile d'établir des priorités dans ces moments critiques. Il y a beaucoup de choses qui sont importantes pour vous dans la vie de tous les jours. Mais lorsque votre propre vie est en jeu, elle devient l'élément principal et tout le reste passe au second plan. Cela permet de s'aérer un peu l'esprit.

Dans les premiers jours de l'invasion, j'ai compris que l'avenir du mouvement de gauche en Ukraine dépendait de notre participation active à la guerre. Nous sommes largement jugés sur nos actions dans des moments aussi critiques. Nous ne sommes déjà pas très influents et si nous n'étions pas allés nous battre à ce moment-là, tout se serait effondré. La gauche aurait cessé d'exister en tant qu'entité en Ukraine. Pour certaines raisons, j'étais et je suis toujours l'un des représentants les plus visibles du mouvement de gauche, et j'ai donc une responsabilité non seulement pour moi, mais aussi pour les autres. C'était aussi plus facile pour moi, je ne suis pas marié, je n'ai même pas d'enfants.

Lorsqu'on me demande pourquoi j'ai décidé de rejoindre l'armée, je n'aime pas répondre aux médias. Pour tout dire, je n'étais pas sûr de faire un bon soldat. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles je ne m'y suis pas préparé. Je pensais être plus utile dans d'autres domaines, comme la rédaction d'articles. Honnêtement, je ne suis toujours pas Dieu sait quel type de soldat (rires). Mais j'apprends petit à petit et nous verrons bien. J'ai encore au moins une année entière devant moi.

Depuis le début de l'agression russe à grande échelle, vous avez écrit deux articles influents , Lettre à la gauche occidentale depuis Kiev envahie et Je suis un socialiste ukrainien. Voici les raisons pour lesquelles je résiste à l'invasion russe, qui ont été traduites dans plusieurs langues, dont l'anglais. Est-il possible de continuer à écrire dans des conditions de guerre ?

Depuis le début de l'invasion, je n'ai pu écrire de manière concentrée qu'au cours des premiers mois, lorsque j'en avais la force. Il y avait plus de temps. L'adrénaline est devenue complètement incontrôlable au cours des premiers mois. Je n'ai jamais eu autant de facilité à écrire de ma vie. D'habitude, je me torture à formuler chaque phrase, mais cette fois-là, je me suis assis et j'ai écrit un article en une demi-journée. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Je n'ai ni l'énergie ni la confiance nécessaires. Je suis plus critique maintenant, et j'évalue tout.

Vous avez mentionnédans l'interview qu'il n'est pas certain de ce qu'il adviendra de la population pro-russe des régions de Donetsk et de Louhansk et de la Crimée une fois que ces territoires seront libérés. Quelles seront les relations avec cette partie de la société ? Que se passera-t-il ?

Nous avons déjà des zones libérées, c'est-à-dire que nous avons une pratique que nous pouvons analyser. Par exemple, une de mes connaissances, journaliste et ancienne activiste de gauche qui a fui la Crimée en 2014 pour se rendre en Ukraine, travaille actuellement sur des questions de collaboration à Londres. Les gens y sont souvent jugés injustement.

Il y a, bien sûr, des cas de ceux qui ont participé activement à la répression, et ils doivent certainement être condamnés. Mais il y a aussi des cas où l'Ukraine juge de façon manifestement injuste, par exemple, un électricien des services techniques qui a maintenu les conditions de vie des gens ordinaires à Lyman pendant l'occupation. Mais il existe également une vaste zone grise où les choses ne sont pas aussi claires. L'expression "État de droit" ne s'applique pas tout à fait à l'Ukraine, compte tenu des nombreux problèmes que connaît le système judiciaire dans ce pays. Malgré tout, la répression et le respect des droits de l'homme dans les territoires occupés et en Ukraine sont incomparables.

Le discours du courant dominant ukrainien sur les régions orientales est également quelque peu schizophrène en ce qui concerne la population locale. D'une part, les gens les considèrent comme "nôtres", d'autre part, ils les considèrent tous comme des "séparatistes". Il n'y a tout simplement pas de récit cohérent sur ce qui s'est passé en 2014. De plus, si vous allez au-delà d'un certain niveau d'acceptabilité lorsque vous décrivez ces événements, vous êtes considéré comme un séparatiste. À cet égard, je n'aime vraiment pas la façon dont tout cela fonctionne en Ukraine.

Vous avez écrit sur le fait que le gouvernement Zelensky met en œuvre des politiques néolibérales pendant la guerre. En même temps, vous estimez que Zelensky était le candidat le plus centriste, ou du moins le plus éloigné de la droite radicale. Nous aimerions savoir comment cela a évolué au cours des deux dernières années. Comment l'électorat perçoit-il cela ? Y a-t-il des changements à ce niveau ?

Oui, il y a des changements. À l'époque, je voulais dire que, parmi les hommes politiques qui ont une chance de devenir président de l'Ukraine, Zelensky est le plus modéré en termes de nationalisme. Il n'y a pas eu de changement à ce niveau jusqu'à présent. Cependant, le consensus général a évolué vers plus de nationalisme. Et Zelensky a également évolué dans cette direction. Mais on pourrait aussi trouver des politiciens dans le spectre actuel qui seraient plus ouverts envers la population russophone, mais ils n'ont aucune chance de remporter l'élection présidentielle.

Il me semble également que certains membres de la gauche occidentale ne comprennent pas qu'une position ouverte sur les questions linguistiques n'est pas synonyme d'un programme généralement progressiste. De mon point de vue, il s'agit souvent d'une stratégie des populistes pour récupérer les anciens électeurs des partis pro-russes.

Zelensky a passé la première année et demie de son mandat à essayer de parvenir à la paix dans le Donbass et les larbins de Porochenko le blâment toujours. Au cours des premiers mois de l'invasion, il s'est à nouveau adressé au public russe dans ses discours. Comme beaucoup d'Ukrainiens, il espérait que les Russes finiraient par se soulever. À un moment donné, il a rompu le bâton à ce sujet et a soutenu la demande de ne pas délivrer de visas aux Russes et de leur interdire l'accès à l'Europe.

À l'automne 2022, Poutine décrète la mobilisation et Zelensky s'adresse à nouveau aux Russes en russe. À ce moment-là, le courant principal ukrainien a suffisamment évolué pour franchir la ligne autorisée. Dans ces moments-là, il est évident que les politiques de Zelensky sont de plus en plus inclusives par rapport au courant politique ukrainien dominant. Alors, oui, nous avons de la chance que les choses se soient passées de cette manière.

En même temps, cela n'enlève rien au fait que Zelensky est un trou du cul sur de nombreux sujets. Plus récemment, par exemple, dans la manière dont il a abordé la question de la Palestine. Il s'agit de la manière dont il répond aux critiques, dont il rivalise avec ses rivaux politiques et dont il concentre le pouvoir médiatique. Lui et ses proches collaborateurs sont des gens du spectacle et ils adoptent une approche très professionnelle pour capter l'humeur du public.

Par exemple, dans les premiers jours de l'invasion russe, ils ont combiné les informations télévisées de toutes les chaînes en un téléthon commun. À l'époque, c'était adapté à la situation ; personne ne pouvait assurer seul une telle couverture de l'actualité. Il aurait dû être aboli depuis longtemps, car il limite la liberté d'expression, mais il ne l'abolit pas. Il n'y a que des connards et des idiots. Et nous avons toute une liste de leurs politiques totalement inadaptées.

Qu'en est-il de la représentation de la gauche sur le Maïdan ? Vous ne faisiez pas partie du mouvement de gauche à l'époque. Pourriez-vous décrire le contexte de l'époque ?

Je suis ambivalent à ce sujet. J'étais au Maïdan, mais je n'aime pas le pathos qui l'entoure. J'étais activiste avant le Maïdan. Quelques mois auparavant, nous avons essayé d'organiser une manifestation sur l'éducation. Nous avons distribué des tracts sur le campus, mais les gens étaient très passifs. Mais dès que le Maïdan a commencé, les mêmes personnes qui, quelques mois auparavant, disaient que cela n'avait pas d'importance ou quelque chose d'aussi cynique, se sont soudain passionnées pour la cause et ont tenu des discours tellement révolutionnaires que j'en suis resté bouche bée. (Rires)

Je ne savais pas à l'époque que les gens changeaient soudainement lors des grands soulèvements. Maidan est une histoire de résistance à l'État, à l'appareil répressif, mais aussi de solidarité. Mais lorsque la manifestation est entrée dans une phase violente, la participation à la violence a changé les gens, ce qui m'a mis mal à l'aise. Je suis originaire de Luhansk, et dès le premier jour, j'ai observé ce qui s'y passait. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai vécu Maïdan différemment de mes camarades de classe et de mes amis de Kiev. Dès le début, j'ai eu peur que les choses tournent mal dans le Donbas. Malheureusement, cela s'est avéré vrai.

Je suis devenu gauchiste au milieu de tout cela, en 2014, alors que la gauche occidentale n'était pas au mieux de sa forme. En fait, la gauche ukrainienne était en décomposition à cause des mêmes problèmes que ceux que nous attribuons aujourd'hui à l'Occident. La réaction de la gauche occidentale est généralement meilleure aujourd'hui qu'en 2014, notamment parce que l'agresseur est désormais clairement identifié. Malgré cela, dans les premiers jours de l'invasion, j'ai estimé qu'il était nécessaire d'obtenir de l'aide d'ici pour expliquer quoi et comment, afin que nous puissions mettre fin immédiatement aux réactions erronées. Je pensais, à ma manière exagérée, que les Occidentaux allaient se réveiller.

Aujourd'hui, je vois à quel point j'ai été naïf et que j'ai sous-estimé l'ampleur du problème. En même temps, j'avais déjà eu l'expérience de 2014, suffisamment pour ne pas être trop surpris par la réaction de la gauche occidentale. Mais nous avons aussi des membres plus jeunes qui sont entrés dans le mouvement de gauche au cours des dernières années avant l'invasion, et pour certains d'entre eux, cela a été un choc.

Dans l'un de vos articles, vous abordez le droit à l'autodétermination et critiquez les arguments selon lesquels l'invasion de l'Ukraine est un simple conflit par procuration. Selon vous, une partie de la gauche radicale adopte même une position plus "impérialiste" sur cette question que, par exemple, les responsables américains. Comment cela se manifeste-t-il et d'où vient-il selon vous ?

Les préjugés à l'égard de l'Ukraine, la perception non critique de la Russie, etc. ont été exploités. Outre l'arrêt des livraisons d'armes, que veulent réellement de nombreux gauchistes anti-guerre ? Ils veulent que les États-Unis et la Russie concluent un accord sans tenir compte des opinions de ceux qui vivent ici. De telles solutions n'ont rien à voir avec les valeurs de la gauche. Elles impliquent une certaine acceptation du néoréalisme dans les relations internationales, ce qui montre que la gauche n'a pas développé d'approche commune consensuelle sur ces questions.

Le seul consensus est probablement le droit à l'autodétermination des peuples, mentionné plus haut, mais dans le cas de l'Ukraine, une partie de la gauche l'a soudainement oublié. Lorsqu'il s'agit d'une situation critique, des personnes par ailleurs raisonnables écrivent soudain des conneries.

Dans ce cas précis, les États-Unis disent en substance que l'Ukraine peut décider quand et dans quelles conditions elle mettra fin à sa résistance. Cependant, dans le cas de nombreux autres conflits armés dans le monde, c'est le contraire qui est vrai avec le soutien au droit à l'autodétermination. Du moins dans les pays du Sud. Ou maintenant que la gauche occidentale soutient la Palestine et que les États-Unis soutiennent Israël. Nous, Ukrainiens, avons également publié une lettre de solidarité avec les Palestiniens. Cependant, la gauche occidentale soutient la Palestine de diverses manières. Je suis frappé de voir que ce sont souvent les mêmes gauchistes occidentaux qui ont poussé les hauts cris contre l'extrême droite ukrainienne au cours de l'année et demie écoulée qui soutiennent aujourd'hui le Hamas sans esprit critique. Je ne peux alors plus prendre au sérieux aucune de leurs déclarations sur l'hypocrisie de l'Occident.

Il me semble qu'il y a une certaine moralisation dans cette position ?

Oui. Et ce malgré le fait qu'il y ait eu beaucoup de critiques féministes au cours des dernières décennies qui condamnent à juste titre le discrédit des femmes en tant qu'êtres émotionnels et non-objectifs. Dans le cas de la guerre, elles projettent cette "émotivité" sur nous, les Ukrainiens. Bien qu'il n'y ait rien de mal à cela. Le contraire de l'émotivité n'est pas la rationalité, mais l'indifférence. Et puis vient le moment de rompre le pain, et la gauche oublie tout cela. Cependant, le principal problème me semble évident, et c'est la confusion entre l'anti-impérialisme et l'anti-américanisme. Tous les conflits sont vus sous l'angle de l'opposition aux États-Unis.

Une autre chose qui me surprend encore est la confusion entre la Fédération de Russie et l'Union soviétique. Bien que nous puissions discuter de l'Union soviétique et de l'évaluation qu'il convient d'en faire, la Russie de Poutine n'est en aucun cas l'Union soviétique. À l'heure actuelle, il s'agit d'un État totalement réactionnaire. Il est impossible de ne pas remarquer combien d'écrivains de gauche glissent de temps à autre dans leurs textes qu'ils considèrent toujours la Russie comme l'Union soviétique. Et ce, même s'ils reconnaissent rationnellement que le régime de Poutine est réactionnaire, conservateur, néolibéral, etc. Et puis, boum, soudain, ils lâchent quelque chose comme quoi le soutien des États-Unis à l'Ukraine est une sorte de revanche contre la Russie pour la révolution bolchevique. Eh bien, merde (rires).

Quel conseil donneriez-vous à la gauche occidentale ?

Une grande partie de la gauche a adopté une position totalement inadéquate. Ceux qui passent leur temps à défendre l'Ukraine font, après tout, ce qu'il faut. La gauche est en crise partout. C'est juste que quelque part elle est complètement foutue, comme ici, et que quelque part elle va mieux, comme en Occident. Si je devais donner un conseil général, je recommanderais d'accorder moins d'attention à la position abstraite qui est correcte, et de se concentrer davantage sur l'action pratique pour nous aider à sortir du trou dans lequel nous nous trouvons.
Même au sein de notre propre organisation, jusqu'en 2022, nous avons adopté des positions différentes sur la guerre dans le Donbas. Il était parfois difficile de les concilier. Pour ne pas aggraver la situation, nous nous sommes souvent censurés.

L'un de mes arguments est qu'il ne faut pas se disputer sur des choses que nous ne pouvons pas influencer. Les gens de gauche se sentent souvent condescendants, ils se considèrent comme raisonnables et critiques. Pourtant, de l'intérieur, il suffit d'examiner à quel point il s'agit d'un discours passe-partout. Par exemple, la façon dont ils articulent leur position et leur stratégie dans les débats. Au lieu d'analyser des conditions spécifiques, il s'agit souvent d'une répétition de modèles tirés d'un contexte et d'une époque complètement différents, qui ne correspondent pas du tout à la situation. Nous devons nous éloigner de ces modèles. Par exemple, le marxisme n'est pas un dogme, mais pour une raison quelconque, trop de marxistes réduisent en pratique le marxisme à une simple répétition de dogmes établis. "Pas de guerre sauf la guerre des classes", etc.

Une situation révélatrice s'est produite lorsqu'une délégation allemande de Die Linke est venue au Bundestag au printemps dernier. Jusqu'alors, leur position sur les livraisons d'armes était totalement négative. À leur départ, le président du groupe a déclaré qu'ils avaient reconsidéré certaines de leurs positions après leur expérience à Kiev. Par exemple, le fait que les Ukrainiens ont clairement besoin d'une défense antimissile. La même défense antimissile qu'ils avaient refusé de fournir jusqu'alors les protégeait déjà à Kiev. Ainsi, plus d'un an après l'invasion, ils ont réalisé à quel point elle était nécessaire. Il leur a fallu beaucoup de temps pour comprendre cela, et il leur reste encore beaucoup de choses à comprendre. (Rires) Mais il s'agit là d'un minimum.

Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez dire à la gauche tchèque, par exemple en ce qui concerne le pacifisme extrême que vous avez mentionné ?

La gauche tchèque a l'expérience historique de la répression du Printemps de Prague, et je ne comprends donc pas pourquoi elle ne comprend pas notre défi. Peut-être est-ce dû à une dépendance excessive à l'égard de la théorie de la gauche occidentale. Franchement, c'était exactement la même chose dans notre pays et, à certains égards, c'est encore le cas aujourd'hui. Après 1989, la situation de la gauche en Ukraine était très déprimante et nous nous sommes d'autant plus tournés vers les auteurs occidentaux. Chez Commons, nous faisons aussi des traductions. Mais à un certain niveau, on comprend et on sent que nous avons besoin d'une sorte de décolonisation de nous-mêmes. Le 24 février 2022, jour de l'invasion russe, est également devenu un moment d'émancipation intellectuelle pour nous. Il faut être plus critique par rapport à ce qu'écrivent les auteurs occidentaux, dont nous avons beaucoup appris et que nous admettons ouvertement, mais nous avons un contexte un peu différent. Nous ne devons pas avoir peur de regarder les choses d'un point de vue local, y compris les idées des auteurs occidentaux de gauche.

Dans cet environnement gauchiste, nous nous sommes aussi souvent contentés, à notre détriment, de répéter les points de vue de la gauche occidentale. Les deux fléaux de la politique de gauche contemporaine sont, d'une part, la reconstruction historique et, d'autre part, l'adoption de tendances. Les gens lisent des auteurs centenaires et, l'un après l'autre, se réclament du marxisme ou du féminisme. Le monde a beaucoup changé et les gens les lisent trop littéralement, même s'ils ne correspondent plus vraiment aux conditions actuelles.

Deuxièmement, il s'agit d'un culte de l'adoption de certaines guerres culturelles ou sous-cultures occidentales à la mode. En 2016, deux militants de gauche ont décidé de scander le slogan "De l'argent pour l'éducation, pas pour la guerre" lors d'un événement en Ukraine. Seulement, ils l'ont fait dans un contexte complètement différent, en Italie, qui a été impliquée dans des agressions impérialistes.

Dans notre cas, l'Ukraine est avant tout une victime de l'agression d'un autre État. En bref : ce fut un désastre. Les conséquences pour la gauche locale ont été tout simplement terribles. Nous étions déjà dans une situation difficile après 2014, et cette seule action, ce seul slogan, n'a fait qu'empirer les choses. Alors oui, nous avons aussi fait beaucoup d'erreurs. Il est vrai que certains d'entre nous ont également tiré de mauvaises conclusions. Nous avons aussi beaucoup à apprendre. Mais en même temps, nous avons appris certaines choses d'une expérience amère.

Entretien réalisé par Polina Davydenko et publié le 13 avril 2024 dans : https://a2larm.cz/2024/04/kdybychom-nesli-bojovat-levice-by-v-ukrajine-prestala-existovat-rika-taras-bilous/

Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

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Les vertus écologiques de la baisse du temps de travail

16 avril, par Héloïse Leussier — ,
La réduction du temps de travail est une revendication de longue date des écologistes. Elle induit plus de temps pour s'occuper de soi et des autres, et nous pousse à nous (...)

La réduction du temps de travail est une revendication de longue date des écologistes. Elle induit plus de temps pour s'occuper de soi et des autres, et nous pousse à nous interroger : de quoi avons-nous réellement besoin ?

• Une enquête diffusée en partenariat avec l'émission La Terre au carré, de Mathieu Vidard, sur France Inter.

10 avril 2024 | tiré de reporterre.net

Une semaine « en » quatre jours, oui. Travailler moins ? Certainement pas. « Je suis contre la réduction du temps de travail », a bien précisé le Premier ministre, Gabriel Attal, lors de son intervention sur TF1 mercredi 27 mars. Il commentait l'expérimentation de la semaine en quatre jours dans la fonction publique, annoncée par le gouvernement. Il s'agit d'une compression du temps de travail et non pas d'une réduction. L'heure n'est pas à la victoire pour les partisans de semaines plus allégées, comme les syndicats CGT et Solidaires, qui plaident pour les 32 heures depuis des années. Cette expérimentation est tout de même l'occasion de rouvrir les débats sur le temps de travail salarié. Est-ce que l'augmentation du temps libre est une condition pour mieux préserver la planète ?

La réduction du temps de travail — aussi appelée « RTT » — est « avant tout une revendication portée par le mouvement ouvrier », rappelle l'historien Willy Gianinazzi. Mais « les pionniers de l'écologie politique en France », comme le philosophe André Gorz et l'agronome et homme politique René Dumont, l'ont aussi préconisée dès les années 1970. « Gorz a défendu la réduction du temps de travail dans une optique de décroissance », dit Willy Gianinazzi. Travailler moins pourrait, selon Gorz, permettre d'avoir plus de temps à consacrer à des activités non marchandes, en harmonie avec la nature.

Le temps retrouvé

La réduction du temps de travail est depuis toujours une revendication des écologistes en France. « À l'époque de la réforme des 35 heures [au début des années 2000], les Verts prônaient déjà la semaine de 32 heures », souligne Willy Gianinazzi. Et les Écologistes continuent de la réclamer aujourd'hui. La députée écolo Sandrine Rousseau revendique même un « droit à la paresse ». Une référence au célèbre ouvrage du même nom de l'essayiste Paul Lafargue, publié en 1880. « La vie ne se résume pas au travail », expliquait encore l'élue récemment sur LCI.

Dans Paresse pour tous (Le Tripode, 2021) et La Vie est à nous (Le Tripode, 2023) l'écrivain sous pseudonyme Hadrien Klent décrit une France dans laquelle on ne travaille plus que trois heures par jour. « La paresse, ce n'est ni la flemme, ni la mollesse, ni la dépression. La paresse, c'est tout autre chose : c'est se construire sa propre vie, son propre rythme, son rapport au temps – ne plus le subir. La paresse au XXIe siècle, c'est avoir du temps pour s'occuper de soi, des autres, de la planète », écrit-il.

Du temps libre pour s'occuper de la planète, c'est, par exemple, prendre le temps de réparer plutôt que d'acheter du neuf, cuisiner ou fabriquer ses produits d'entretien, participer à des initiatives de type Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap), prendre le vélo ou le train plutôt que la voiture, etc.

« La paresse, c'est avoir du temps pour s'occuper de soi, des autres, de la planète »

En tout cas, des études montrent que les usages du temps dégagé par un troisième jour libre dans la semaine « sont davantage des usages de sobriété que des usages de consommation », explique le sociologue Jean-Yves Boulin, spécialiste du travail et de l'emploi, interrogé par Ouest France. « Les gens vont prendre le temps d'être en famille, de jardiner, de cuisiner… En cela, ce n'est pas quelque chose qui va dans le sens d'une augmentation de la consommation carbonée. »

À l'inverse, les longues journées de travail seraient synonymes de plus de dégradations environnementales. Selon une étude des économistes Francois-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau, les personnes travaillant beaucoup et ayant un salaire élevé consomment plus de biens et d'énergie. La corrélation entre le nombre d'heures de travail et la consommation est notamment significative concernant les dépenses dans le logement, les hôtels et restaurants et les transports, des secteurs particulièrement polluants.

Lire aussi :Retraites : la vie ne se réduit pas au travail, affirme la pensée écologique

Les personnes qui travaillent beaucoup prennent moins les transports en commun. Elles mangent plus souvent à l'extérieur et plus souvent des produits congelés ou tout préparés. Elles font des activités plus axées sur la consommation, qui marquent une position dans la société tout en demandant peu de temps.

Travailler moins et produire moins

Aujourd'hui, 10 000 salariés en France travaillent quatre jours par semaine — le plus souvent à 35 heures. « L'écologie n'est pas l'aspect le plus mis en avant par les employeurs et les salariés », précise Pauline Grimaud, sociologue postdoctorante au Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET-Cnam), qui étudie actuellement les entreprises qui ont mis en place la semaine de quatre jours. Leurs motivations premières affichées sont « l'articulation des temps sociaux, le bien-être et la productivité », explique-t-elle. « Cela permet de garder les salariés. »

Mais surtout, les entreprises qui accompagnent la semaine de quatre jours d'une baisse du temps de travail sont d'ailleurs « marginales », selon Pauline Grimaud. La plus connue est la société d'informatique LDLC, passée à la semaine de 32 heures, sous l'impulsion de son médiatique patron, Laurent de la Clergerie. Dans un entretien à Sud Ouest, ce dernier se réjouit d'avoir des salariés « qui travaillent plus efficacement tout en étant beaucoup moins stressés ». Dans un reportage deFrance Culture sur un site de LDLC près de Nantes, Antony raconte que son jour libéré lui permet d'avoir plus de temps pour ses travaux et pour passer du temps avec son fils.

Travailler moins permettrait, selon André Gorz, d'avoir plus de temps à consacrer à des activités non marchandes, en harmonie avec la nature. © Mathieu Génon / Reporterre

Plus de productivité, ce n'est pas en tout cas pas ce que réclament les défenseurs de la réduction du temps de travail version écolo. Au contraire, elle doit être l'occasion de questionner la finalité du travail. « Il faut s'interroger sur le pourquoi du travail. Qu'est-ce qu'on produit ? Pourquoi ? Pour qui ? », observe l'économiste Jean-Marie Harribey, ardent défenseur de la RTT depuis plusieurs décennies. « Le capitalisme mondial épuise la nature. Il faut affecter les capacités humaines à autre chose que produire toujours davantage », dit-il. « Il faut sortir du cercle vicieux travail-production-consommation, de plus en plus dévastateur pour la planète », avance de son côté le philosophe Arnaud François, auteur de l'ouvrage Le travail et la vie (Hermann, 2022). Autant pour préserver le vivant que pour réduire la souffrance sociale, Arnaud François estime qu'il faut « s'interroger sur ce qui fait véritablement besoin au niveau mondial » et « ne produire et travailler qu'en conséquence ».

De quoi avons-nous besoin ?

Reste à se mettre d'accord sur ce qui fait vraiment « besoin ». Le débat est à peine amorcé. Et se mettre d'accord, aussi, sur la manière de financer la réduction du temps de travail. Sur ce point, les propositions diffèrent. « Il faudrait, en même temps, réduire les inégalités de revenus à l'avantage des plus pauvres. Et pour éviter un trop gros effet rebond, c'est-à-dire une augmentation de la consommation, il faut ponctionner les hauts salaires pour améliorer les services publics », estime Jean-Marie Harribey. Dans Paresse pour tous (Le Tripode, 2021), le fictif « candidat de la paresse » à l'élection présidentielle Émilien Long estime qu'il est « économiquement viable d'avoir des journées de travail de trois heures de travail », si on taxe les heures supplémentaires, les revenus du capital et les multinationales du numérique, et en limitant les écarts de salaire dans un ratio de 1 à 4.

Dans Travailler moins, travailler autrement ou ne pas travailler du tout (Rivages, 2021), le théoricien de la décroissance Serge Latouche écrit, lui, que, pour être efficace, la RTT devrait « être massive » et, bien sûr, accompagnée de tous les autres changements impliqués par la décroissance. Il imagine une phase de transition, « en attendant de pouvoir abolir l'économie », dans laquelle le protectionnisme et l'inflation ne seraient plus « tabous », pour sortir des logiques néolibérales.

Chantier collectif en Normandie. Le temps libéré du travail salarié, c'est aussi du temps pour bricoler, retaper et apprendre à faire de ses mains. © E.B / Reporterre

La question de la réduction du temps de travail ne peut être pensée sans étudier le mot travail sous toutes ses acceptions. Car le travail n'est pas que salarié ou soumis à rétribution financière. « On entend souvent dire que dans une société soutenable, on consommerait moins et donc on travaillerait moins », assurait dans Reporterre le philosophe Aurélien Berlan. Pourtant, « si l'on consommait moins d'énergies (notamment fossiles), il y aurait un plus fort besoin de recourir au travail physique, et donc à l'énergie musculaire, dans nos activités de tous les jours — qu'il s'agisse de se déplacer, de construire une maison ou de fabriquer des outils. Plutôt que d'un droit à la paresse, il faut se préparer à mettre la main à la pâte si on veut parler sérieusement de sobriété. »

Aurélien Berlan prône la « reprise en main de nos conditions de vie en tâchant de pourvoir nous-mêmes à nos besoins », dans la lignée des féministes de la subsistance. Mais il faudra veiller, pourrions-nous ajouter, à ce que ces tâches soient partagées. Le travail domestique, ou plus largement le travail du soin, est aujourd'hui largement assuré par les femmes et les personnes racisées ou immigrées — gratuitement ou à moindre coût. Pour reprendre les termes de la sociologue écoféministe Geneviève Pruvost, il faut lutter contre « une longue invisibilisation qui va du travail de subsistance, au contact premier des matières, jusqu'au travail domestique dans nos cuisines ».

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Gambie. Le Parlement ne doit pas lever l’interdiction des mutilations génitales féminines

En réaction au vote imminent prévu au Parlement de Gambie le 18 mars... Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/15/gambie

En réaction au vote imminent prévu au Parlement de Gambie le 18 mars...

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/04/15/gambie-le-parlement-ne-doit-pas-lever-linterdiction-des-mutilations-genitales-feminines/

En réaction au vote imminent prévu au Parlement de Gambie le 18 mars sur un projet de loi visant à revenir sur l'interdiction des mutilations génitales féminines (MGF), Michèle Eken, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale à Amnesty International, a déclaré :

« Ce projet de loi établirait un dangereux précédent pour les droits des femmes et ternirait le bilan de la Gambie en matière de droits humains. Nous demandons instamment au Parlement de voter contre.

« Quelle déception de constater qu'après le long combat mené par les militant·e·s gambiens pour faire progresser les droits des femmes, le Parlement s'apprête à envisager un tel retour en arrière.

« Le gouvernement gambien doit s'attaquer aux causes profondes des mutilations génitales féminines et aux facteurs les favorisant, et mettre en œuvre des politiques globales qui donneront aux femmes et aux filles le pouvoir de revendiquer et d'exercer leurs droits fondamentaux
Michèle Eken, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale à Amnesty International

« Les mutilations génitales féminines portent atteinte au droit des filles et des femmes à la santé et à l'intégrité corporelle. Leur légalisation constituerait une violation de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, de la Convention relative aux droits de l'enfant et de la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant (CADBE), toutes ratifiées par la Gambie. Elle violerait également le principe d' « égale dignité de la personne » que garantit la Constitution gambienne.

« Enfin, le gouvernement gambien doit s'attaquer aux causes profondes des mutilations génitales féminines et aux facteurs les favorisant, et mettre en œuvre des politiques globales qui donneront aux femmes et aux filles le pouvoir de revendiquer et d'exercer leurs droits fondamentaux. »

Complément d'information

Selon l'UNICEF, en Gambie, environ 46% des filles âgées de 14ans ou moins ont subi des mutilations génitales féminines (MGF). Ce pourcentage atteint 73% des filles et des femmes âgées de 15 à 49 ans. Les mutilations génitales féminines peuvent entraîner toute une série de complications de santé, notamment des douleurs chroniques, des infections, des difficultés lors de l'accouchement, voire la mort pendant ou après la mutilation.

Depuis que les MGF ont été interdites en Gambie en 2015, seuls deux cas ont fait l'objet de poursuites et la première condamnation pour avoir pratiqué des mutilations n'a été prononcée qu'en août 2023. Au lieu d'aller de l'avant et d'appliquer cette loi importante, assortie d'un ensemble de politiques globales visant à donner aux femmes et aux filles le pouvoir d'exercer leurs droits fondamentaux, le Parlement envisage aujourd'hui de l'annuler.

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2024/03/gambia-parliament-must-not-lift-the-ban-against-female-genital-mutilation/

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CAMPAGNE DE FINANCEMENT D’ARCHIVES RÉVOLUTIONNAIRES

16 avril, par Archives Révolutionnaires
Un local pour Archives Révolutionnaires Un nouveau local pour accueillir la jeunesse engagée, organiser des ateliers et faciliter l’accès à nos collections d’archives Du (...)

Un local pour Archives Révolutionnaires

Un nouveau local pour accueillir la jeunesse engagée, organiser des ateliers et faciliter l’accès à nos collections d’archives

Du 25 avril au 2 juin 2024

Notre campagne de sociofinancement vise à concrétiser l’ouverture d’un local public à Montréal afin d’y accueillir la jeunesse engagée et de pérenniser l’activité d’Archives Révolutionnaires. Aidez-nous à atteindre notre objectif de 10 000$ !

Vos contributions permettront de meubler le local, de rendre accessibles nos archives inédites et d’organiser six ateliers éducatifs en 2024-2025 destinées aux étudiant(e)s et travailleur(euse)s de 15 à 29 ans. Cet espace d’échange et d’apprentissage que nous mettons sur pied permettra aux jeunes – et moins jeunes – de découvrir l’héritage des luttes populaires et de développer leur esprit critique. Contribuez à former une nouvelle génération consciente de son histoire et prête à transformer le monde en soutenant notre projet. Aidez-nous à assurer notre avenir !

Pour chaque contribution, vous aurez droit à une contrepartie, qu’il s’agisse d’autocollants, de livres, d’une affiche exclusive ou d’un sac en tissu en édition limitée. Il est aussi possible de simplement donner, sans rien attendre en retour. Nous fournirons régulièrement plus d’informations sur le déroulement de la campagne.

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