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Presse-toi à gauche ! 20 ans au service des luttes et des débats politiques

11 février, par Bernard Rioux — ,
Paru le 7 mars 2006, l'hebdomadaire web Presse-toi à gauche ! (PTAG) s'inscrit d'emblée dans un moment charnière de la vie politique québécoise. Sa première publication (…)

Paru le 7 mars 2006, l'hebdomadaire web Presse-toi à gauche ! (PTAG) s'inscrit d'emblée dans un moment charnière de la vie politique québécoise. Sa première publication coïncide en effet avec la fondation de Québec solidaire, issu de la fusion de l'Union des forces progressistes (UFP) et d'Option citoyenne. Québec solidaire affirmait alors vouloir être à la fois un parti des urnes et de la rue. La naissance de cette publication n'est pas un hasard. PTAG se voulait un outil pour accompagner la recomposition de la gauche politique, dans un contexte marqué par l'approfondissement de l'offensive néolibérale, la précarisation du travail, le démantèlement des services publics et l'effacement médiatique des résistances sociales.

La ligne éditoriale de Presse-toi à gauche !

Dès ses débuts, le projet de Presse-toi à gauche ! s'est affirmé comme un média résolument engagé, prenant parti pour les luttes des classes ouvrière et populaires, des mouvements féministes, écologistes, antiracistes, autochtones, syndicaux et altermondialistes. Il ne s'agissait pas simplement de « couvrir » les luttes, mais de les rendre visibles et intelligibles, de leur donner une voix face à un espace médiatique dominé par les intérêts économiques et les discours conservateurs. PTAG s'est ainsi construit comme un média assumant pleinement son positionnement antisystémique.

PTAG s'est aussi voulu un lieu de débats pour la gauche en marche au Québec, ouvert aux controverses stratégiques, aux discussions théoriques et aux désaccords féconds. À contre-courant d'un discours nationaliste étroit, PTAG a défendu une orientation indépendantiste inclusive, indissociable de l'émancipation sociale, ancrée dans l'antiracisme et l'internationalisme. L'indépendance n'y est jamais conçue comme une fin en soi, mais comme un levier pour transformer les rapports sociaux, démocratiser l'économie et élargir les droits. Bref, PTAG a défendu une indépendance combinant émancipation nationale et émancipation sociale.

Le site Presse-toi à gauche ! a offert, année après année, des lectures critiques de l'actualité d'ici et d'ailleurs, ainsi que des échos des luttes syndicales, populaires, féministes, écologistes et autochtones. Chaque publication a largement ouvert ses pages à des analyses internationales venues d'Europe, d'Afrique, d'Asie et des Amériques. Par un important travail de traduction, PTAG a contribué à offrir à la gauche québécoise un large inventaire des combats sociaux et politiques se déroulant un peu partout dans le monde, à une époque où l'interconnexion des différentes crises a pris une dimension mondiale.

En 2004, les femmes du monde entier adoptaient la Charte mondiale des femmes pour l'humanité. 2005 marquait un nouvel élan, avec l'organisation d'actions mondiales pour la faire connaître et vivre. C'est au cœur de cette vaste mobilisation féministe que PTAG a choisi de s'inscrire. Ici, au Québec, nous avons d'abord donné la parole aux groupes de femmes et relayé leurs revendications et leurs luttes : contre les féminicides toujours plus nombreux, pour le financement adéquat des maisons d'hébergement pour les femmes victimes de violence, contre la pauvreté qui frappe les femmes de plein fouet, et pour leurs droits au travail — notamment l'équité salariale et la lutte contre le harcèlement sexuel. Mais notre regard ne s'est jamais arrêté aux frontières. Partout dans le monde, les femmes se lèvent pour dénoncer leur exploitation et le patriarcat. Semaine après semaine, PTAG a rendu visibles ces combats, en donnant à voir des exemples concrets de résistance et de solidarité. Nous avons aussi relayé les grands débats qui traversent le mouvement féministe : la diversité de genre, les luttes LGBT+ et la situation des personnes trans, mais aussi les réflexions sur le socialisme, l'écoféminisme, l'intersectionnalité, ainsi que la lutte contre les discriminations et le racisme. Enfin, nous avons naturellement couvert les débats et les actions de la Marche mondiale des femmes, notamment sur les enjeux cruciaux de l'environnement et de la guerre. Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, PTAG continuera de couvrir leurs combats.

Importance et diversité des contributions parues

Plus de 60 000 articles ont été publiés au cours de ces 20 dernières années, produits par plus de 14 000 auteurs, autrices et organisations en lutte. Il ne s'agit pas seulement d'analyses ou de commentaires. À ceux-ci s'ajoutent des entrevues, des reportages sur des manifestations, des grèves, des occupations et de nombreux conflits qui ont marqué l'actualité nationale comme internationale. Plus de mille vidéos, produites par le collectif de PTAG ou reprises de différents vidéastes, ont été diffusées sur notre chaîne vidéo (presse_gauche_2017), particulièrement depuis 2017. Des militant-e-s du collectif de PTAG ont chaque semaine reposté les articles sur Facebook et permis ainsi l'élargissement de leur diffusion.

Tout au long de ces années, des collaborateurs et collaboratrices ont animé des blogues à leur nom. Nous ne voulons pas en énumérer ici la liste mais vous pouvez facilement retrouver leurs contributions sous l'onglet Blogues pour pouvoir apprécier l'importance et la diversité de leurs interventions.

Presse-toi à gauche ! est devenu, de fait, un espace de mémoire collective des luttes.

Car au-delà de l'actualité immédiate, le site constitue un véritable lieu de mémoire. Des dizaines de milliers de communiqués provenant des mouvements syndicaux, féministes, populaires et altermondialistes demeurent accessibles, consultables et utilisables. Les articles consacrés aux grandes mobilisations étudiantes, comme le Printemps érable, aux mouvements antiguerre et écologistes qui ont marqué cette période, ainsi qu'aux différentes échéances électorales, entre autres, témoignent de cette volonté de lutter contre l'effacement médiatique, contre le présentisme dépolitisant et l'amnésie politique qui minent les résistances sociales. Ce rôle de mémoire des combats menés ne peut que nourrir les espérances pour les luttes à venir.

Des réalisations en deçà de nos rêves

Ce parcours n'est cependant pas exempt de limites. Certaines ambitions initiales se sont révélées plus difficiles à concrétiser. Le développement d'un vaste réseau de correspondantes et de correspondants dans toutes les régions du Québec, au cœur des différents mouvements sociaux, demeure un chantier à peine esquissé. Nous recevons de plus en plus de contributions provenant de militant·es d'un peu partout au Québec, mais la présence de correspondant·es réguliers d'ici et d'ailleurs n'est pas encore à la hauteur des espérances que nous avions nourries. Les tentatives d'intervention directe dans l'espace public par l'organisation d'activités de débats et d'information sont restées trop ponctuelles. La construction de liens plus interactifs et durables avec notre lectorat constitue encore un chantier à mettre en œuvre.

Ces limites renvoient aussi aux contraintes du militantisme multiforme. Presse-toi à gauche ! a été porté en grande partie par des militantes et militants engagé·es dans différents mouvements sociaux et, pour beaucoup, dans Québec solidaire. PTAG a ainsi joué un rôle dans les débats internes du parti, en défendant les positions de la gauche de rupture, tout en affirmant l'importance de construire QS comme un véritable parti de combat. Ce cumul d'un militantisme numérique, politique et social a été une force, mais aussi une tension permanente, exigeante en termes d'énergie et sans doute marquée par une dispersion coûteuse.

La lutte continue !

À l'heure où les crises sociale, écologique, démocratique et géopolitique s'entrecroisent, la gauche a plus que jamais besoin d'outils pour comprendre le monde tel qu'il est, mais surtout tel qu'il pourrait être. La recomposition des médias critiques de gauche, leur capacité à collaborer — comme l'illustre l'adhésion de PTAG au Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG) — constitue un enjeu central.

Rappeler les 20 ans de Presse-toi à gauche !, ce n'est pas célébrer une longévité, c'est renouveler un engagement : celui de continuer à dénoncer le capitalisme, à soutenir les résistances, à ouvrir des espaces de débats et à apporter sa contribution à la construction d'une gauche combative, féministe, écologiste et internationaliste. Vos offres de collaboration militante y seront accueillies avec empressement.

Un combat pour l’âme d’un centre communautaire de Winnipeg

11 février, par Manitoba Committee
Le 26 janvier, la police de Winnipeg a expulsé les organisateurs de la Thunderbird House, un centre communautaire autochtone qu’ils occupaient depuis un an pour dénoncer son (…)

Le 26 janvier, la police de Winnipeg a expulsé les organisateurs de la Thunderbird House, un centre communautaire autochtone qu’ils occupaient depuis un an pour dénoncer son conseil d’administration. Selon… Source

Le souffle de la baleine

11 février, par Marc Simard
La Terre s’essouffle. Les baleines s’essoufflent. Les gens qui œuvrent pour les protéger pourraient, eux aussi, s’essouffler. Il y a de quoi s’épuiser, en effet, devant (…)

La Terre s’essouffle. Les baleines s’essoufflent. Les gens qui œuvrent pour les protéger pourraient, eux aussi, s’essouffler. Il y a de quoi s’épuiser, en effet, devant l’inaction des gouvernements et la paresse délétère de nos contemporains. Mais les défenseurs de l’environnement résistent. (…)

Les HLM, une vieille recette qui loge son monde

11 février, par Rédaction

Malgré l’image négative des HLM[1] véhiculée par les médias, principalement en raison de la vétusté de certains immeubles, un sondage réalisé en 2024 pour le compte de la Société d’habitation du Québec (SHQ) auprès de 4 449 locataires indiquait un taux global de satisfaction de 73  % à l’égard de leurs conditions de logement[2].

Ce portrait ira en s’améliorant d’ici 2028 puisqu’une grande opération de remise en état du parc des HLM est en cours, principalement grâce à des investissements de 2,2 milliards de dollars ($) à partir de l’Entente Canada-Québec sur le logement, signée en 2020[3].

Le parc de logements publics HLM est constitué de 74 000 logements répartis dans 660 municipalités sur l’ensemble du Québec, incluant le territoire du Nunavik. Ce parc constitue 56  % du nombre total de logements sociaux[4] au Québec. Le patrimoine collectif, évalué à plus de 15 milliards $, comprend plus de 2 800 ensembles immobiliers. Il comporte quatre volets  :

  • le volet public régulier qui touche trois types de clientèle, à savoir les ménages à faible revenu (61 424 ménages), les personnes âgées en perte d’autonomie (455 ménages) et les personnes vivant en situation de handicap (1 007 ménages)  ;
  • le volet privé COOP/OBNL qui rejoint 6 214 ménages à faible revenu  ;
  • le volet privé Autochtones urbains et ruraux qui permet à 1 906 ménages autochtones hors réserve de se loger  ;
  • le volet public Inuit qui touche 2 522 ménages.

Ces habitations permettent à des ménages à faible revenu[5] de bénéficier d’un logement dont le loyer équivaut à 25  % de leur revenu, plus certains frais. Elles sont financées dans le cadre d’ententes conclues en 1971, 1979 et 1986 entre la SHQ et la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Au Québec, la majorité de ces immeubles est administrée par un réseau de 108 offices d’habitation, des sociétés paramunicipales qui sont gérées par des élu·e·s municipaux, des représentantes et représentants socioéconomiques et des représentantes et représentants élus par les locataires.

En plus d’offrir un loyer que les locataires sont capables de payer, l’attribution des HLM se fait sans discrimination grâce à une réglementation stricte et à la présence obligatoire des comités de sélection. Il n’est donc pas étonnant que plus de 30 000 ménages soient dûment inscrits sur les listes d’attente des offices d’habitation à travers le Québec.

Ainsi, le HLM constitue une formule méconnue, voire mal aimée, mais qui a fait ses preuves, notamment en démocratisant l’accès au logement et sa gouvernance, et qui dans le contexte actuel de crise, mériterait d’être revalorisée plutôt que sous-financée.

Les retombées positives du parc public de logements

À la fin de l’exercice financier 2023-2024, le déficit d’exploitation des HLM se chiffrait à 527,9 millions $. Le déficit d’exploitation est la partie du budget nécessaire pour opérer et entretenir les HLM qui n’est pas couverte par les revenus de location. Cette facture était assumée à 50  % par la SCHL, 40  % par la SHQ et 10  % par les municipalités. La SHQ évalue que le coût moyen du déficit d’exploitation pour un logement HLM est de 8 035 $ par année[6].

Afin d’évaluer le rapport coûts-bénéfices de son principal programme, la SHQ a confié à la firme AECOM le soin de produire une étude sur les impacts sociaux des HLM[7]. Cette étude a mis en évidence les impacts positifs suivants  :

  • augmentation du revenu disponible des ménages pour se procurer des biens essentiels (90 millions $ de plus par année pour des produits alimentaires  ; 18 millions $ de plus pour des produits vestimentaires et 44 millions $ de plus en frais de transport)  ;
  • création d’un environnement propice à l’insertion sociale et professionnelle  ;
  • amélioration de la réussite scolaire des enfants grâce à la stabilité résidentielle  ;
  • réduction des inégalités socioéconomiques, déconcentration de la pauvreté dans les communautés  ;
  • réduction des dépenses publiques associées aux coûts de la pauvreté (103,3 millions $).

Plus récemment, en 2023, le Regroupement des offices d’habitation du Québec (ROHQ) a commandé à AVISEO Conseil une nouvelle évaluation des impacts économiques et sociaux des investissements en logements sociaux[8]. Celle-ci arrive sensiblement aux mêmes conclusions que l’étude précédente. Elle affirme que vivre en HLM réduit les risques d’insécurité alimentaire, diminue la prévalence du diabète et du stress et favorise une meilleure santé globale. Les chercheurs concluent également que l’existence des logements sociaux a contribué à réduire de 1,5  % à 7,6  % le taux de criminalité. Ainsi, les HLM ne sont certainement pas parfaits mais ils ont des retombées positives importantes, surtout quand on y maintient une certaine mixité.

Finalement, les études indiquent que la contribution financière de la SHQ est largement compensée par les économies réalisées en santé et en matière de réduction de la criminalité.

L’histoire du parc public de logements

Au moment où le gouvernement libéral de Mark Carney propose de relancer la construction de 500 000 logements par année au Canada en invoquant les années d’après-guerre dans ses publicités électorales, il est intéressant de faire un bref retour en arrière.

Le Programme de logement sans but lucratif public, communément appelé «  programme HLM public  » a pris naissance en 1949 sous le gouvernement de Louis Saint-Laurent. Essentiellement, il s’agissait pour le gouvernement fédéral de fournir rapidement des logements au 1,1 million de soldats canadiens démobilisés.

Programme longtemps considéré comme une intrusion dans le champ de compétence des provinces par le premier ministre québécois Maurice Duplessis, il aura fallu attendre jusqu’en 1967 pour voir naitre un premier projet, les Îlots Saint-Martin, à Montréal. Au Québec, le programme de HLM public a été mis sur pied au même moment que la création de la Société d’habitation du Québec pour donner suite à des modifications apportées à la Loi nationale sur l’habitation par le fédéral permettant aux provinces de conserver la propriété des logements publics.

Entre 1970 et 1994, la réalisation des HLM se chiffrait au minimum à 2 500 logements par année sous les gouvernements Bourassa et Lévesque. Toutefois, quand les municipalités ont utilisé le programme HLM pour compenser les démolitions liées à la rénovation urbaine, la construction a explosé jusqu’à 5 000 logements par année. On a vu cette augmentation à Montréal sous le maire Jean Drapeau entre 1970 et 1978 et à Québec sous le maire Gilles Lamontagne entre 1969 et 1977. Cet engouement pour ces réalisations présentées comme progressistes visait souvent des objectifs moins nobles.

On se souviendra des démolitions de logements occasionnées par le passage de l’autoroute 40 à Trois-Rivières, la construction de l’immeuble de Radio-Canada dans le Faubourg à m’lasse à Montréal et la Place du Portage sur l’île de Hull. On peut aussi penser aux 18 villages de la Gaspésie fermés lors des «  opérations relocalisation  ». Dans chaque cas, afin d’éviter les protestations, on a invité toutes les personnes déplacées à venir vivre dans des HLM tout neufs à un loyer très bas. C’est donc la réponse aux besoins de ces populations qui a donné naissance aux logements publics qui garantissaient un droit au logement pour tous et toutes[9].

Dans les années 1980, les politiques sociales se durcissant, le gouvernement du Québec décide de réserver l’accès aux HLM aux populations les plus démunies. Par des modifications aux règlements sur la fixation des loyers et sur les règles d’attribution des logements, on a progressivement chassé les ménages travailleurs, si bien que de 1978 à 1989, la proportion de locataires déclarant un revenu de travail est passée de 20  % à 7  %.

Pour planter un clou supplémentaire dans le concept du logement social accessible à tous et toutes, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney a annoncé en 1993 que le fédéral se retirait unilatéralement de la construction de nouveaux HLM. Il fermait ainsi ses programmes et renvoyait la responsabilité aux gouvernements provinciaux. La pénurie de logement social au pays venait de commencer.

Une lutte de tous les jours pour la démocratie

À la création de la SHQ en 1967, les législateurs ne prévoyaient pas accorder une place «  aux bénéficiaires  » dans la gouvernance et dans la gestion du logement public. Les pressions des locataires pour exercer un contrôle sur leurs conditions d’habitation ont, malgré tout, jalonné l’histoire des HLM au Québec. Ces actions locales, multiples et diversifiées, ont culminé en 1993 par la création de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ).

Le thème du premier congrès de la FLHLMQ, tenu en 1995, Une plus grande place pour les locataires, reflétait particulièrement bien l’esprit de l’époque. Les locataires rapportaient que certains administrateurs de HLM, heureusement pas tous, agissaient comme si les locataires étaient «  des moins que rien  ». La gestion était au mieux paternaliste, au pire très autoritaire. Les locataires de HLM revendiquaient alors leur place comme citoyens et citoyennes à part entière, capables d’assumer des responsabilités dans leur milieu de vie.

La Fédération a obtenu sa première victoire en avril 1998, après avoir déposé une pétition de 30 000 noms pour obtenir la reconnaissance du droit d’association en HLM et tenu la plus grosse manifestation de locataires de HLM – 700 personnes – devant l’Assemblée nationale et devant le congrès du Regroupement des offices d’habitation du Québec.

En 1998, après trente années d’existence, la SHQ a émis pour la première fois une directive demandant aux offices d’habitation de reconnaitre, de financer et de consulter les associations. À l’époque, on espère une «  véritable révolution tranquille dans les HLM  ». En donnant la chance aux locataires qui le souhaitent de s’impliquer activement dans la gestion de leur immeuble, on vise l’amélioration de la qualité des services. En favorisant cette implication, on contribue à donner une image plus positive du logement public aux yeux des politiciens et politiciennes et de la population. Finalement, les locataires qui s’engagent sont revalorisé·e·s et retrouvent ainsi leur dignité.

Malgré ce premier gain, des locataires constatent à la dure que des offices d’habitation font fi de la directive administrative car celle-ci n’a pas force de loi. La FLHLMQ repart donc à l’offensive pour que le droit d’association des locataires soit inscrit dans la Loi sur la Société d’habitation du Québec.

En avril 2002, sous l’impulsion de la ministre péquiste Louise Harel qui procède à des fusions municipales, la Loi sur la Société d’habitation du Québec est modifiée pour inclure deux nouveaux droits pour les locataires de HLM  :

  • l’obligation pour les offices d’habitation de reconnaitre toutes les associations qui se conforment aux directives de la SHQ en leur déléguant la gestion des salles communautaires et en leur octroyant une subvention de fonctionnement  ;
  • l’obligation pour tous les offices d’habitation de créer un comité consultatif de résidents et résidentes (CCR) composé de délégué·e·s des associations et des locataires siégeant au conseil d’administration de l’office.

L’objectif est de changer le visage des HLM. Comme on le souhaitait, cette reconnaissance légale de la participation des locataires a effectivement facilité la mobilisation citoyenne dans la gestion des HLM. Plus de 300 associations et 70 comités consultatifs de résidents et résidentes sont actifs à travers les 108 offices d’habitation du Québec. Malheureusement, près d’une quarantaine d’offices n’ont toujours pas de CCR et contreviennent à la loi de la SHQ. Il est plus facile d’obtenir un changement législatif que d’obtenir un véritable changement d’attitude sur le terrain. Encore aujourd’hui, beaucoup de personnes actives craignent de subir des représailles  : peur de perdre leur logement, peur de déplaire aux administrateurs et administratrices.

Même si occuper les espaces démocratiques reste un défi, la participation citoyenne en HLM est exemplaire. Ainsi, les associations de locataires et les CCR sont au cœur de 73  % des pratiques d’action communautaire[10]. Dans les milieux pour personnes âgées ou pour les milieux famille, les associations organisent l’entraide, des cuisines collectives, des clubs de petits déjeuners, des repas communautaires, des bingos, etc. Contrairement à une croyance populaire qui peut laisser croire que les coopératives et les OBNL misent plus sur la participation citoyenne, des milliers de bénévoles font vivre un vaste réseau d’entraide et de solidarité dans le parc public de logements.

L’exemple de la bataille pour la rénovation du parc des HLM

En 2020, l’Entente Canada-Québec sur le logement (ECQL) met à la disposition de la SHQ un montant de 3,6 milliards $ de fonds fédéraux pour soutenir ses propres plans et priorités. Les locataires de HLM ont obtenu, par leur mobilisation, un gain historique quant aux sommes réservées à la rénovation et à la modernisation des leurs immeubles et de leurs logements.

Pendant quatre semaines, grâce à la complicité d’une douzaine d’associations et des CCR de Montréal, de Trois-Rivières, de Gatineau, de Joliette, etc., des dizaines de bannières «  SVP, rénovez nos HLM !  » et «  Mon HLM est coté E  » ont décoré les balcons de gros immeubles et attiré l’attention des médias. À la veille d’une manifestation devant les bureaux de la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest à Québec, le 23 novembre 2022, cette dernière annonce qu’elle allait utiliser 2,2 milliards $ de l’ECQL pour poursuivre la modernisation des HLM du Québec.

Cet exemple illustre bien le niveau d’organisation et de mobilisation qui existe dans le parc des HLM, notamment grâce aux structures de participation gagnées de dures luttes par ceux et celles qui y habitent.

Rappelons également que si le Québec est une des seules provinces au Canada où les loyers des HLM sont toujours à 25  % des revenus, c’est exclusivement grâce la mobilisation des locataires de HLM. En 1996, ils ont fait reculer le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard qui voulait augmenter de 25  % à 30  % de leur revenu le coût des loyers.

Ce gain bénéficie, encore de nos jours, aux locataires de HLM, mais également aux locataires des coopératives et des OBNL qui ont des suppléments au loyer (PSL)[11]. Depuis les années 2000, les PSL ont été financés par les gouvernements successifs pour permettre à certains locataires admissibles à un HLM de bénéficier d’une aide au loyer dans leur logement privé ou dans leur coopérative. L’attribution des PSL et le calcul de la subvention sont encadrés par les mêmes règlements. Ainsi, un gain pour les locataires de HLM est aussi un gain pour les bénéficiaires du PSL.

Les conséquences de l’abandon du programme HLM

Lorsque le gouvernement fédéral conservateur de Bryan Mulroney a annoncé, en février 1993, la fin de la construction de nouveaux HLM au Canada, nous ne soupçonnions pas toutes les conséquences à long terme de cette décision.

Trente ans plus tard, nous évaluons que si la construction avait continué au même rythme, nous aurions 80 000 HLM de plus au Québec[12]. Les 30 000 ménages actuellement inscrits sur les listes d’attente auraient un HLM et les 49 895 personnes qui consacrent plus de 80  % de leur revenu au paiement du loyer auraient la perspective d’avoir un HLM plutôt que de craindre l’itinérance[13].

Les délais d’attente beaucoup trop longs pour obtenir un logement – 70,8 mois à Montréal, 43,4 mois à Magog, 27,1 mois en l’Outaouais, 24,3 mois à Rimouski, etc.[14] – ont convaincu des dizaines de milliers de ménages en difficulté de l’inutilité de s’inscrire à la liste d’attente, même s’ils sont admissibles. Dans son dernier rapport, le Vérificateur général du Québec indique que jusqu’à 580 000 ménages[15] pourraient être admissibles à un HLM en raison des augmentations faramineuses de loyer des dernières années.

La pénurie de HLM a aussi influencé les politiques publiques quant à l’attribution des logements. D’un programme plutôt généraliste au début des années 1970, nous sommes passés, au début des années 1990, à un programme réservé aux seuls ménages ayant les plus faibles revenus et ayant souvent d’autres vulnérabilités.

Cette obligation de gérer la rareté a conduit les mieux intentionnés à sacrifier la mixité économique dans le parc public au profit d’objectifs plus pressants. Au début des années 2000, la FLHLMQ a mené campagne, en parallèle, pour obtenir des améliorations à la règlementation sur les loyers, pour favoriser le maintien des ménages ayant des revenus de travail au sein des HLM et pour exiger que les femmes victimes de violence conjugale aient un accès prioritaire aux HLM. Dans bien des villes, un HLM sur deux est ainsi octroyé à une femme victime de violence. Les HLM sont devenus, à raison, une alternative concrète pour fuir les féminicides tout en s’éloignant du modèle généraliste ouvert à tous et toutes.

Une étude récente sur les effets du logement social en fonction du profil des locataires et des modes de tenure[16] l’explique ainsi  :

Il ne fait aucun doute que les HLM accueillent les personnes qui présentent le profil le plus défavorisé. Comme les locataires ne sont pas choisis par les Offices, mais plutôt sélectionnés sur la base de leur vulnérabilité, le processus d’admissibilité laisse peu de place à la discrimination. Il s’agit d’une caractéristique positive très importante des HLM, car elles sont souvent la seule option de logement permanent pour les personnes qui sont en grande difficulté.

En outre, les particularités du cadre bâti (c.-à-d. de grands ensembles à forte densité, surtout en milieu urbain), leur construction plus ancienne basée sur des «  critères de modestie  » (c.-à-d. faible insonorisation, laveuses et sécheuses partagées) et la concentration de personnes aux prises avec des difficultés psychosociales importantes en font des milieux propices à l’insécurité et aux conflits[17].

Sur le plan de la mobilité résidentielle, la rareté de la ressource empêche les locataires du parc public de pouvoir exercer leur liberté de choisir leur lieu d’habitation. Les déménagements sont quasiment impossibles. Les offices d’habitation peinent même à effectuer les transferts obligatoires pour cause de surpeuplement[18] ou pour des raisons urgentes de santé et de sécurité. Le surpeuplement, la promiscuité, le sentiment de ne pas pouvoir améliorer son sort deviennent des petites bombes à retardement dans certains ensembles immobiliers.

L’arrêt du développement des HLM a aussi contribué à invisibiliser les HLM qui, maintenant, souffrent de sous-financement chronique. L’entretien parfois négligé, le retard dans l’amélioration et la modernisation des immeubles ont causé et causent encore des problèmes de salubrité et de sécurité dans les HLM. En plus, les locataires vivent de la stigmatisation, portant parfois le double stigmate de l’aide sociale et du logement social.

Enfin, l’abandon du modèle HLM a aussi eu des impacts sur les autres tenures qui doivent jouer le rôle des HLM sans en avoir les moyens. Certains ménages en attente d’un HLM vont, par dépit, accepter de s’impliquer dans une coopérative d’habitation, même si, par exemple, ils n’ont aucun temps à consacrer à la gestion collective. C’est la gouvernance et la pérennité des coopératives qui en pâtissent.

Un nécessaire retour à un programme HLM

Le Canada et le Québec sont pris avec une importante crise de l’abordabilité des logements. Non seulement il manque des logements mais surtout, il manque des logements à un loyer décent. Le FRAPRU publiait en 2023 sa 8édition du Dossier noir sur la pauvreté et le logement[19] à partir des données du dernier recensement. Les logements vacants sont rares, surtout quand le loyer est inférieur à 1 000 $. Il faut dire que les loyers augmentent à un rythme effréné[20]. Le taux d’effort[21] des locataires à faible revenu ne cesse d’augmenter. Une conclusion s’impose  : «  Dans ces circonstances, l’augmentation de l’offre sans considération aux prix des loyers représente une fausse solution. Les nouveaux logements privés contribuent à pousser les prix vers le haut tout en étant inaccessibles aux locataires à faible et modeste revenus qui sont les plus touchés par la crise[22]  ».

Pour répondre aux besoins des personnes les plus fragilisées par la crise et les plus éloignées du marché locatif privé, il faut développer une offre de logements où les loyers sont à 25  % des revenus. C’est la meilleure utilisation possible que nous pouvons faire des 5 839 suppléments au loyer (PSL) qui dorment actuellement à la SHQ[23]. En juillet 2023, La Presse rapportait déjà que 40 millions $ de fonds publics n’étaient pas utilisés à cause de la difficulté d’attribuer le PSL en dehors du logement public et du logement communautaire[24].

Ensuite, la crise du logement entraine une augmentation de la discrimination dans l’accès au logement. Certains locataires sont discriminés en fonction de leur origine[25], d’autres de leur genre[26] ou même de leur orientation sexuelle[27]. En matière de discrimination, les familles avec enfants, et en particulier les femmes cheffes de famille monoparentale, témoignent régulièrement de la difficulté à trouver un logement puisque même les logements 5 ½ sont annoncés comme «  idéal pour un couple sans enfant[28]  ». L’antidote à la discrimination reste l’encadrement de l’attribution des logements par un règlement. Le gouvernement n’a ni le pouvoir ni la volonté d’imposer des règles d’attribution non discriminatoires aux locateurs privés. Il peut au mieux espérer que les propriétaires respectent la Charte des droits et libertés. L’expérience montre que malgré les messages et les enquêtes de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, la discrimination perdure dans le privé. À l’opposé, l’octroi de fonds publics permet l’ajout de conditions comme celle d’utiliser le règlement sur l’attribution qui est en vigueur dans les HLM.

Les embûches à la construction de logements sociaux ont été largement montrées du doigt pour justifier la difficulté de construire vite et bien afin de résorber la crise. Par exemple, le «  pas dans ma cour  » et le manque de terrains disponibles sont régulièrement mis de l’avant. Pourtant, les offices d’habitation et les municipalités possèdent plus de 2 800 ensembles immobiliers situés sur des terrains publics, parfois dans des endroits très stratégiques. Certains de ces ensembles pourraient être densifiés rapidement[29]. Puisque les conseils d’administration sont composés d’une majorité de représentantes et représentants des municipalités, il ne devrait pas être compliqué de réserver ces sites à la densification pour y développer plus de logements sociaux quand c’est possible.

Les offices d’habitation sont en train de finaliser un processus d’optimisation en fusionnant les plus petits offices. En janvier 2025, il y a 108 offices d’habitation contre 538 en 2017. Trente de ces offices sont aussi des centres de services régionaux qui assurent «  l’ensemble des services permettant de suivre l’état des immeubles dont ils ont la responsabilité et d’y faire réaliser les travaux majeurs nécessaires avec les budgets de remplacement, d’amélioration et de modernisation (RAM)[30]  ». Il existe donc une infrastructure ancrée dans les municipalités régionales de comté (MRC) et les villes qui a déjà l’expertise d’un entrepreneur et qui pourrait mutualiser les plans et devis, fidéliser des professionnels de la construction pour optimiser les coûts.

Finalement, on devrait tout de suite améliorer la recette en prévoyant dès le début la participation des locataires et des collectivités dans les projets à construire. Si la participation démocratique des locataires à la gestion a été une lutte de tous les jours, elle est maintenant bien ancrée et même enchâssée dans la loi de la SHQ. Elle sert même de source d’inspiration aux OBNL qui entament un processus de mutualisation et de regroupement.

Alors, même si cela semble tentant de vouloir «  sortir de la boîte  », la SHQ devrait plutôt miser sur ce qui fonctionne déjà et l’améliorer. En mai 2025, l’Association des groupes de ressources techniques (AGRTQ) publiait une étude[31] démontrant sans équivoque que les investissements dans la construction et l’adaptation de logements sociaux et communautaires avaient d’importants effets sociaux et économiques. Le président de l’AGRTQ, Ambroise Henry, déclarait lors du dévoilement de l’étude que «  dans une chaîne, c’est le maillon le plus faible qu’il faut réparer si on ne veut pas que la chaîne brise  ». Les locataires inscrits sur les listes d’attente des offices sont ce maillon à consolider. Un nouveau programme HLM qui ciblerait ces ménages aurait un effet domino sur l’ensemble des besoins en logement. Résorber la crise du logement ne rime donc pas avec une construction massive de tous les types de logements, mais plutôt une concentration des investissements publics vers des logements publics qui seront abordables dès le jour 1 et pour toujours  !

Par Patricia Viannay et Robert Pilon, respectivement coordonnatrice et organisateur communautaire de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ)


  1. HLM  : Habitations à loyer modique.
  2. Cible recherche, Sondage auprès des personnes qui demeurent dans une habitation à loyer modique, 25 mars 2024.
  3. Entente Canada-Québec sur le logement, signée conjointement par la Société d’habitation du Québec (SHQ), la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, 6 octobre 2020.
  4. Institut de la statistique du Québec, Nombre de logements sociaux, communautaires et abordables, été 2025.
  5. 96  % des ménages avaient des revenus inférieurs au plafond de revenu déterminant les besoins impérieux (PRBI) de logement selon le rapport d’évaluation du programme HLM produit par la SHQ en 2011.
  6. Selon les états financiers 2022 à 2025 de la Société d’habitation du Québec.
  7. AECOM, Étude sur les impacts sociaux des activités de la Société d’habitation du Québec, rapport final, juin 2013.
  8. AVISEO Conseil, Impacts économiques et sociaux des investissements en logements sociaux, rapport final, avril 2023.
  9. Voir également l’article de Louis Gaudreau, «  La remarchandisation discrète du logement social dans le logement abordable et hors marché  », et celui de François Saillant et Véronique Laflamme, «  Sauvegarder les acquis du logement social  » dans ce numéro 34 des NCS.
  10. Paul Morin, François Aubry, Yves Vaillancourt, Les pratiques d’action communautaire en HLM. Inventaire analytique, LAREPPS-UQAM, 2007, p. 79.
  11. Le programme de supplément au loyer (PSL) couvre la différence entre la part payable par le locataire (le 25  %) et le loyer convenu avec le propriétaire.
  12. François Saillant, Dans la rue. Une histoire du FRAPRU et des luttes pour le logement au Québec, Montréal, Écosociété, 2024.
  13. FRAPRU, Dossier noir. Logement et pauvreté au Québec, 8édition, septembre 2023, p. 4.
  14. Société d’habitation du Québec, Liste d’attente des HLM au 31 décembre 2023.
  15. Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2024-2025, mai 2025.
  16. Dans le domaine de l’habitation, le terme «  tenure  » fait référence au mode d’occupation du logement par un ménage ou une personne, indiquant si l’occupant est propriétaire de son logement, locataire, ou bénéficie d’un droit d’usage et d’habitation. Il peut aussi désigner des formes spécifiques de logement, comme les HLM, les coopératives d’habitation ou les OSBL, qui représentent différentes tenures de logement social. 
  17. Janie Houle, Caroline Adam, Hélène Bélanger, Louise Potvin, Emmanuelle Bédard, Paul Morin et Jean-Marc Fontan, Logement social et ses effets, Rapport final de recherche, Montréal, Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé, Université du Québec à Montréal, septembre 2023, p. 26.
  18. Dans le cadre de la révision de sa politique de transferts, l’Office municipal d’habitation de Montréal a présenté au CCR les besoins de transferts pour surpeuplement  : en mai 2025, 800 demandes sont en attente, soit 45  % des demandes actives de changement de logement.
  19. FRAPRU, Dossier noir. Logement et pauvreté au Québec, 8édition, septembre 2023, p. 4.
  20. Ibid, p. 5.
  21. Le taux d’effort est la portion du revenu brut d’un ménage qui est consacrée au paiement du loyer.
  22. FRAPRU, Prioriser le logement social pour préserver l’abordabilité de la métropole, mémoire déposé à l’Office de consultation publique de Montréal dans le cadre des consultations publiques sur le Plan d’urbanisme et de mobilité 2050, 20 septembre 2024.
  23. Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2024-2025, mai 2025
  24. Isabelle Lucas, «  Programme de supplément au loyer. Quarante millions inutilisés, faute de logements  », La Presse, 26 juillet 2023.
  25. Anne-Sophie Poiré, «  Des locataires discriminés sur leur origine  ». Journal de Montréal, 9 juillet 2021.
  26. FRAPRU, Femmes et crise du logement  : cri du cœur de regroupements de défense des droits des femmes et du logement, pour la mise en place de mesures structurantes, communiqué, 1er mars 2024.
  27. Clément Lechat, «  Le logement, nouveau combat des aîné·es LGBT+  », Pivot, 27 septembre 2023.
  28. RCLALQ, Discrimination et logement. Voir le 1er juillet avec horreur, juin 2019, p. 4.
  29. Fédération des locataires de HLM du Québec (FLHLMQ), Rénover et densifier nos HLM, communiqué, 19 février  2024.
  30. Site de la SHQ  : <https://www.habitation.gouv.qc.ca/espacepartenaires/centres-de-services/tous-les-services/programmes/centres-de-services/pour-plus-dinformations/faq/centre-de-services>.
  31. Association des groupes de ressources techniques (AGRTQ), Le logement social et communautaire  : un investissement qui rapporte au Québec, mai 2025, <https://agrtq.qc.ca/wp-content/uploads/Etude-de-retombees-des-programmes-de-la-SHQ_v4.pdf> et <agrtq.qc.ca/2025/05/01/a-venir-le-13-mai-2025-lagrtq-devoile-les-resultats-dune-nouvelle-etude-sur-les-retombees-economiques-et-sociales-des-investissements-publics-en-habitation/>.

L’Amérique latine face à la nouvelle escalade impériale des États-Unis

10 février, par Shaïl Abdoulhoussen
Alors que Donald Trump menait une campagne contre la Colombie, et qu’il poursuit maintenant ses intimidations et ses menaces contre Cuba et le Mexique depuis la capture de (…)

Alors que Donald Trump menait une campagne contre la Colombie, et qu’il poursuit maintenant ses intimidations et ses menaces contre Cuba et le Mexique depuis la capture de l’ex-président vénézuélien Nicolas Maduro au cœur de Caracas par les États-Unis, de vives réactions ont émergé dans toute la (…)

Bad Bunny fait trembler le racisme en direct au Super Bowl !

10 février, par Isabel Cortés
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Isabel Cortés Le spectacle de la mi-temps de Bad Bunny au Super Bowl LX le 8 février au Levi’s Stadium de Santa Clara en Californie n’a pas été qu’un numéro musical. Il a constitué un acte d’affirmation culturelle massive sur la scène la plus regardée de la planète, où plus de 160 millions de (…)

{« Si Québec solidaire n’existait pas, il aurait fallu l’inventer ».}

10 février, par Mohamed Lotfi — , ,
Cette phrase est mon arme ultime de provocation à l'endroit de mon ami. Je l'ai répétée tant de fois à ce nationaliste invétéré, membre attitré du Parti québécois depuis 45 (…)

Cette phrase est mon arme ultime de provocation à l'endroit de mon ami. Je l'ai répétée tant de fois à ce nationaliste invétéré, membre attitré du Parti québécois depuis 45 ans, que mes mots ont fini par s'imprimer dans l'air même du dépanneur dont il est le propriétaire. Pour lui, Québec solidaire est synonyme de trahison, presque d'hérésie. Il me répond d'ailleurs à chaque fois par une provocation en retour, « Les traîtres ne sont pas les bienvenus dans mon dépanneur ».

« Tu oses traiter de traîtres des gens qui ont eu le courage de rester fidèles à leurs convictions ? » Je lui lance ça avec un sérieux que je veux scrupuleux. Combien de fois ai-je tenté de lui expliquer que c'est peut-être le PQ qui s'est trahi, qu'en prenant un virage à droite il a laissé filer ses progressistes, que les politiques de déficit zéro de Lucien Bouchard ont fait fuir ceux qui voulaient du social et de l'humain plutôt que du chiffre et de l'austérité. Peine perdue. Pour mon ami, le PQ n'est pas un parti politique. C'est une religion.

Poussé par l'ironie, je monte alors d'un cran. Je lui dis que QS est un enfant du PQ. Certes l'enfant d'une grossesse involontaire, non voulue, pas même souhaitée, mais peu importe. L'enfant est là. Ce n'est plus un bébé. Il a vingt ans. Il vole depuis déjà un bon moment de ses propres ailes. « Il serait peut-être temps que tu commences à le respecter ». Ce jour-là, j'ai eu droit à un regard assassin. Un silence froid a envahi le dépanneur. Il ne manquait qu'une musique d'Ennio Morricone, version Il était une fois dans l'Ouest, pour compléter l'ambiance. Puis, comme à chaque fois que le ton monte entre nous, une bombe de rires a fini par exploser.

Dans ce dépanneur, dont mon ami est propriétaire depuis une vingtaine d'années, la droite et la gauche, incarnées par nos deux personnes, se parlent, discutent, bavardent. Parfois le débat est houleux, même très houleux, mais ça finit toujours par une explosion de rires. On rit de nos propres certitudes, de nos contradictions, et soudain toutes nos batailles d'idées paraissent beaucoup plus légères. Rien ne saura briser notre amitié.

Quand je pars après ces discussions, je ne me fais pas d'illusions. Nous restons chacun campés sur nos positions. Mais parce que nous prenons la peine de nous parler de vive voix, loin de tout réseau social, je suis convaincu qu'il reste toujours quelque chose de nos échanges. Un doute. Une muraille qui s'effrite un peu. Une opinion qui se fissure ou, au contraire, qui se précise.

Il n'y a pas si longtemps, j'ai fait à mon ami une révélation capable de lui faire lâcher son café sur le carrelage. « J'étais là, tu sais… ». Où devais je être pour que je prenne un ton si grave ? Il s'est reculé légèrement du comptoir en me lançant, « T'étais où, là ? ». Je lui ai répondu, un peu solennellement, « Le 4 février 2006, j'étais présent à la fondation de Québec solidaire ». Plus traître que ça, pour mon ami, ce n'était pas possible. Il a pris quelques secondes de plus avant d'exploser de rire.

— -

Aujourd'hui, le 4 février 2026, je m'en souviens très bien. Nous étions plus de mille personnes à l'Université de Montréal pour la naissance de ce nouveau parti issu de la fusion de l'Union des forces progressistes et d'Option citoyenne. Un parti animé par des idées de démocratie participative, de féminisme, d'écologie, de justice sociale et de solidarité, dans un Québec progressiste et inclusif. Tout cela était inscrit noir sur blanc dans le manifeste fondateur.

J'y étais comme simple observateur. Beaucoup se demandaient alors si ce nouveau parti n'allait pas diviser les forces progressistes à un an des élections de 2007, et surtout à qui cette division allait profiter ? Malgré ce doute, je n'ai jamais cessé, personnellement, de voter pour Québec solidaire, parce que j'y ai vu, simplement, une réponse à une gauche qui commençait à se diluer au sein du PQ.

En quittant la barque du PQ pour celle de QS, les progressistes ont-ils poussé le PQ encore plus à droite ? Peu importe la réponse. Avec Pauline Marois, le PQ a pris un virage identitaire marqué. En se retrouvant troisième parti derrière l'ADQ après les élections de 2007, le PQ a commencé à ressembler à l'ADQ premier parti de l'opposition avec quelques sièges. De son côté, Québec solidaire a tracé sa propre voie, construite autour du social, de l'environnement et de la démocratie de base, parfois au prix de tensions, de défis et de critiques, tant internes qu'externes. Mais déjà en 2008, il fait élire son premier député et co-fondateur du parti, Amir Khadir.

Vingt ans plus tard, QS, même s'il est bas dans les sondages, possède un mérite que nous devions tous reconnaître, peu importe nos appartenances. C'est un parti de convictions, pas un parti obsédé par le pouvoir à tout prix. Sa structure met l'accent sur l'organisation collective. Sa conception du pouvoir vient d'en bas plutôt que d'en haut. Son choix de deux porte-paroles, une femme et un homme, vise à représenter des équilibres et des voix diverses. Cela dénote. Cela dérange. Cela trouble même certains. Mais cela oblige aussi à penser autrement et différemment du cadre rigide du jeu traditionnel du pouvoir.

Cela dit, Québec solidaire n'est pas parfait. Il a ses faiblesses, ses divisions internes, ses zones grises qu'il devra apprendre à régler. Le débat sur la souveraineté en est un bon exemple. Un sondage récent indique que 67% de ses électeurs se disent contre l'indépendance. Voilà un dilemme stratégique majeur pour un parti qui se définit comme souverainiste.

Après vingt ans d'existence, Québec solidaire demeure un acteur qui pèse dans le paysage politique québécois. La question n'est plus seulement de savoir s'il deviendra un jour un parti de gouvernement, mais comment il continuera d'influencer les idées et les pratiques politiques du Québec ? Et si jamais un référendum devait avoir lieu, comment pourrait-il convaincre une partie importante de son propre électorat, encore réticente à l'indépendance ?

Avec mon ami du dépanneur, l'existence même de QS est finalement une excellente raison de continuer à parler, à débattre, à rire parfois, et à se rappeler qu'un parti politique ne se mesure pas uniquement en pourcentages de sondage, mais aussi à sa capacité de faire réfléchir son voisin, même le plus obstiné.

Au fond, si Québec solidaire n'existait pas, il aurait vraiment fallu l'inventer. Ne serait-ce que pour entretenir ces conversations qui, paradoxalement, nous rendent un peu plus humains, un peu plus curieux, un peu plus capables d'écouter. Il suffit d'entrer dans un dépanneur de Montréal avec la volonté de rendre possible que la droite et la gauche se parlent encore.

Contrairement à mon ami, je ne conçois un parti politique comme une religion. Ceux et celles qui le font ne rendent pas service ni au parti, ni au Québec.

Mohamed Lotfi
4 Février 2026

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Écoles à 3 vitesses : "M. Drainville doit revenir dans le vrai monde"

https://www.pressegauche.org/IMG/mp3/entrevue_ecole_ensemble_2.mp3?54824/ee13b22f389b8cbee431570d3f53387881219ef80603b78dc2a036d961da991010 février, par École ensemble — ,
En lançant sa campagne, il a notamment mentionné qu'il n'avait pas besoin de lancer une consultation sur ce dossier et que tout avait déjà été réfléchi. L'organisme École (…)

En lançant sa campagne, il a notamment mentionné qu'il n'avait pas besoin de lancer une consultation sur ce dossier et que tout avait déjà été réfléchi. L'organisme École Ensemble, qui milite pour l'égalité des chances en éducation, a d'ailleurs dénoncé les propos de M. Drainville.

3 février 2026 | lettre l'École ensemble

Entrevue de Stéphane Vigneault par Valérie Renaud-Martin

https://www.fm1069.ca/audio/754094/ecoles-a-3-vitesses-m-drainville-doit-revenir-dans-le-vrai-monde

Les propos du candidat à la chefferie de la CAQ, Bernard Drainville, sur l'école à trois vitesses continuent de faire réagir.

Le coordonnateur de l'organisation, Stéphane Vigneault, se demande dans quel monde vit le candidat à la chefferie de la CAQ.

      • 260202_001
        Entrevue

J'ai l'impression que M. Drainville est un peu dans un monde parallèle. Un monde où le Québec à aurait pas le plus haut taux de décrochage au pays, un monde où les parents seraient heureux de payer de plus en plus cher pour l'éducation de leurs enfants, un monde où les profs ne décrocheraient pas en masse après leur arrivée sur le marché du travail, parce qu'ils reçoivent les classes les plus demandantes au moment où ils ont le moins d'expérience. Non, je pense que monsieur Drainville doit revenir dans le vrai monde.

Stéphane Vigneault, École Ensemble

Le conseil central de Montréal (CSN) adopte un plan d’action menant à la grève sociale

10 février, par Roger Rashi — ,
Le conseil central du Montréal Métropolitain, affilié à la CSN, a adopté lors d'une assemblée générale spéciale le 30 janvier dernier un plan d'action menant à la grève sociale (…)

Le conseil central du Montréal Métropolitain, affilié à la CSN, a adopté lors d'une assemblée générale spéciale le 30 janvier dernier un plan d'action menant à la grève sociale [1] avant les prochaines élections provinciales prévues le 5 octobre 2026. Cette journée de grève générale, devant être exercée en coordination avec les alliés provenant des mouvements communautaires et sociaux, aurait comme objectif de forcer le gouvernement de la CAQ à abandonner ses projets de lois anti-démocratiques et antisyndicales (lois 1, 3, 7, 9, etc..) et d'obtenir un réinvestissement dans les services publics affaiblis par des années d'austérité budgétaires. Ce plan d'action prévoit une stratégie d'escalade pouvant aller jusqu'au déclenchement de jours de grève avant la date du scrutin tout en ciblant le 1er mai comme un grand rendez-vous de mobilisation qui inclurait des actions dérangeantes.

(Illustration : tiré d'une affiche de l'OPDS)

Deux aspects cruciaux du plan d'action

Cette assemblée générale composée des délégués des syndicats affiliées à la CSN de la grande région de Montréal et, exceptionnellement, des représentants de plus d'une quarantaine de groupes communautaires et sociaux, a endossé avec enthousiasme le plan d'action proposé et notamment deux de ses aspects cruciaux. Le premier porte sur l'importance de la création d'outils de communication et d'information afin de mobiliser les syndicats locaux et les membres à la base pour qu'ils se dotent d'un plan d'action local tout en participant à la mobilisation générale. Le deuxième porte sur la mise sur pied d'un forum de coordination mensuel avec les groupes communautaires et les alliés intersyndicaux afin de renforcer les mobilisations et cimenter la coopération sur le terrain.

Dans l'optique du déclenchement d'une grève sociale, qui combinerait des débrayages dans les milieux de travail avec des actions d'appui populaires (grèves du milieu communautaire, grèves étudiantes, mobilisation dans les quartiers et les régions, etc…), le tout préparé par une stratégie d'escalade des moyens de pression, l'éducation populaire d'une part ainsi que des coordinations démocratiques de l'autre, sont absolument essentielles au succès de l'opération.

Quelles suites ?

Le conseil central de Montréal est la première instance syndicale au Québec à s'être dotée d'un mandat de grève sociale ainsi que, ceci est crucial, d'un plan d'action pour la réaliser. Il s'agît maintenant de rendre ce plan opérationnel et de le populariser plus largement.

Pour ce faire, il serait bon d'explorer quelques pistes d'action.

Il faudrait adopter des mandats de grève sociale et des plans d'action dans les syndicats locaux car sans participation de ces instances et des membres à la base, la grève sociale ne restera qu'un projet sur papier. Quelques syndicats locaux ont déjà annoncé leur volonté d'adopter de tels mandats dans les semaines à venir. Ce sont d'excellentes initiatives qu'ils faudrait populariser et multiplier afin de donner une base solide au projet de grève.

La recherche d'alliés syndicaux tant au sein de la CSN, que parmi les autres centrales syndicales, est un enjeu de premier ordre sur lequel se penche déjà l'exécutif du conseil central. C'est une tâche à laquelle les militants/es syndicaux peuvent aussi contribuer en proposant des plans d'action vers la grève sociale dans les instances professionnelles et régionales auxquelles ils participent. Il faut que l'appui à la grève sociale fasse tache d'huile dans tout le mouvement syndical.

Enfin, la solidarité active avec les groupes communautaires qui préparent déjà une série d'actions contre le gouvernement caquiste est cruciale pour cimenter l'alliance populaire qui sous-tend le plan d'action. La présence enthousiaste et dynamique des représentants communautaires à l'AG du 30 janvier est d'excellente augure pour l'avenir.

La conjoncture est propice à la mobilisation sociale

La démission annoncée de François Legault n'a pas fragmenté l'opposition populaire ou redonné du tonus à son gouvernement en butte à un niveau d'impopularité historique. Tout en saluant son départ, les directions syndicales se sont empressées de répéter l'exigence du retrait des lois autoritaires (1).

Les chefs autochtones ont répété avec force leur farouche opposition au projet constitutionnel de la CAQ qui nie leurs droits historiques. La ligue des droits et libertés, les juristes progressistes, les groupes antiracistes ont maintenu leur opposition aux lois (ou projets de loi) brimant les libertés fondamentales et affaiblissant les contrepouvoirs. De leur côté, les groupes communautaires annoncent des mouvements de mobilisation et de grèves contre les mesures d'austérité ainsi que l'inaction face à la crise du logement (2). Quant au mouvement étudiant, il semble vouloir se remobiliser alors qu'un appel est lancé à « une semaine de grèves et d'action contre l'austérité du 23 au 27 mars 2026 » (3).

En face, le gouvernement de la CAQ est sérieusement affaibli. Les principaux prétendant à la succession de Legault s'empressent de prendre leurs distances d'avec son héritage toxique dans une vaine tentative de sauver leur carrière politique. La favorite Christine Frechette, remet en doute le projet constitutionnel ainsi que le projet du Troisième Lien, tous deux très chers à Legault, tandis que Bernard Drainville, fragilisé par la montée du Parti conservateur dans la région de Québec, vire encore plus à droite se présentant comme le seul vrai continuateur du parti. Ces failles dans le parti gouvernemental démontrent qu'une reprise forte et unifiée de l'opposition populaire, et à fortiori, d'une mobilisation menant à la grève sociale pourrait être couronnée de succès.

Aux attaques historiques de la CAQ, il faut répondre par une mobilisation toute aussi historique. Le plan d'action du conseil central du Montréal Métropolitain-CSN est l'amorce d'une riposte syndicale et populaire au défi lancé par ce gouvernement autoritaire.

Notes

1. https://www.csn.qc.ca/actualites/plusieurs-organisations-demandent-au-gouvernement-dabandonner-ses-projets-de-loi-autoritaires/

2. Le communautaire à boutte. Mouvement nationale de grève et de revendications du milieu communautaire. https://aboutte.info
3. LA CRUES APPELLE À UNE SEMAINE DE GRÈVE ET D'ACTIONS CONTRE L'AUSTÉRITÉ, https://www.facebook.com/events/1218540296627252/?view=permalink&post_id=1218541869960428&_rdr


[1] Sur la grève sociale, lire le texte de la Coalition Main Rouge,

En écartant Bianca Mugyenyi, le NPD montre qu’il ne s’intéresse pas au renouveau

10 février, par Nora Loreto — ,
Le filtrage interne empêche les voix radicales et indépendantes d'entrer dans le parti social-démocrate « démocratique » du Canada 2 février 2026 | traduit et tiré de (…)

Le filtrage interne empêche les voix radicales et indépendantes d'entrer dans le parti social-démocrate « démocratique » du Canada

2 février 2026 | traduit et tiré de Canadian dimension | Photo : Bianca Mugyenyi est autrice et militante, et ancienne codirectrice générale de The Leap. Elle dirige actuellement l'Institut canadien de politique étrangère. Photo : Conseil des Canadiens.
https://canadiandimension.com/articles/view/by-barring-bianca-mugyenyi-ndp-shows-its-not-interested-in-renewal

Le 19 janvier, le comité de filtrage du NPD — composé de trois personnes dont les noms n'ont pas été rendus publics — a disqualifié Bianca Mugyenyi de la course à la direction du parti.
Selon le comité, Mugyenyi serait une candidate « par procuration ». Elle a reconnu avoir décidé de se présenter après que son mari, Yves Engler, se soit vu refuser l'accès à la course. Le comité a soutenu que cela constituait une violation des principes « d'honnêteté, de professionnalisme et d'intégrité », et l'a donc disqualifiée.

Mugyenyi a pourtant été claire quant à ses intentions et n'a jamais travesti les raisons de sa candidature, contredisant directement l'affirmation du comité selon laquelle elle aurait manqué d'honnêteté, de professionnalisme ou d'intégrité. Lors de la conférence de presse annonçant son rejet, elle a déclaré : « Nous avons fait exactement ce qu'un parti démocratique demande aux candidates et candidats de faire. » Elle a ajouté que le comité l'avait rejetée pour des motifs vagues, « y compris l'idée selon laquelle je ne serais pas ma propre candidate ».

Si le mot « démocratique » dans Nouveau Parti démocratique avait la moindre signification, la direction du parti aurait reconnu qu'elle n'avait aucune base réelle pour la rejeter, aurait approuvé la candidature de Mugyenyi, et aurait peut-être croisé les doigts pour qu'elle perde. Au lieu de cela, elle a inventé un prétexte pour l'exclure de la course.

La campagne Engler–Mugyenyi a mis en lumière la profonde pourriture démocratique qui ronge le parti — et le fait de la révéler est traité comme un crime capital par l'appareil du parti.

Cette course à la direction porte sur bien plus que le choix du prochain chef du NPD. Après ce que l'on a appelé la « vague rouge », qui a permis aux libéraux de se maintenir au pouvoir, le parti est pratiquement au point mort. La course est devenue un canal par lequel les membres expriment leur désir de reconstruire le parti — de le renouveler et de le transformer.

Et pourtant, la décision d'écarter Mugyenyi suggère exactement le contraire : ce n'est pas un parti sincèrement intéressé par le renouveau. En empêchant une candidate de franchir ne serait-ce que l'étape du filtrage, la direction du NPD restreint qui peut participer, quelles idées peuvent être débattues et quelles tendances politiques sont maintenues à l'écart, hors des projecteurs.

Le filtrage est depuis longtemps au cœur des problèmes du NPD. Pendant des années, les responsables du parti ont écarté des candidats qui pensaient trop indépendamment ou qui critiquaient trop ouvertement l'orientation imposée par la direction. Dans le même temps, ce processus a découragé des personnes désireuses de s'engager en politique, devenues cyniques et frustrées par l'intrusion dans leur vie personnelle — et dans celle de leurs proches.

En 2019, Janet-Lynne Durnford, d'Orillia, s'est retirée de l'élection fédérale après que le processus de filtrage du NPD s'est éternisé. Elle était l'unique candidate cherchant l'investiture du parti. Durnford a affirmé que le parti exigeait l'accès à un groupe Facebook privé composé uniquement d'ami·e·s proches. Même après avoir fourni la preuve que le groupe ne comptait que des amis personnels, le parti a continué d'exiger cet accès, ce qu'elle a refusé.

Cette même année, Sid Ryan s'est également retiré de la course en raison des délais liés au filtrage. Au Nouveau-Brunswick, le NPD a annulé sa course à la direction après que l'unique candidat n'a pas réussi à passer l'étape du filtrage. Le parti n'a ni nommé le candidat ni expliqué sa décision.

Le filtrage est généralement justifié comme un moyen de s'assurer qu'un candidat n'embarrassera pas le parti avec un élément douteux de son passé. Des employés et bénévoles non élus du parti passent au peigne fin les publications sur les réseaux sociaux et les prises de position publiques, à la recherche de la moindre raison de rejeter une candidature. Dans le cas de Mugyenyi, cependant, le problème n'était ni une déclaration passée ni une controverse cachée, mais l'accusation qu'elle serait une candidate « par procuration » — un exemple encore plus clair de la manière dont le filtrage sert d'outil de contrôle, en définissant ce qui est considéré comme une politique acceptable au sein du parti social-démocrate, sans consultation des membres.

Un membre de longue date du caucus néo-démocrate m'a confié avoir constaté une différence nette dans le niveau de débat et de critique envers le chef selon le degré de rigueur du filtrage des candidats. Un filtrage plus strict, expliquait-il, encourage la conformité, étouffe la pensée indépendante et produit un caucus peu critique et peu combatif, avec moins de débats et beaucoup moins de dynamisme.

Ce manque d'énergie est évident de l'extérieur. De nombreux membres semblent souvent hésitants ou incapables de défendre les principes du NPD lorsqu'ils sont pressés par les journalistes, à quelques exceptions près. Ils paraissent parfois craindre de s'opposer aux politiques de droite, ou laissent simplement au chef le soin de faire tout le travail.

Le filtrage a aussi pour effet secondaire de décourager les personnes racisées de se porter candidates — surtout lorsqu'il est opaque, discrétionnaire et appliqué de manière agressive. La professeure Erin Tolley a étudié ce phénomène et constaté que le filtrage élimine de façon disproportionnée les candidats racisés. Le magazine Broadview a résumé ses recherches ainsi :

Dans une étude examinant la race, le genre et l'intersectionnalité dans le recrutement législatif, Tolley a analysé plus de 800 aspirants politiques au Canada, issus des trois principaux partis, lors de l'élection de 2015. Elle a constaté qu'à mesure que les Canadiennes et Canadiens racisés progressent dans le processus de recrutement, leur présence diminue à chaque étape de sélection. « Les candidats racisés se présentent à l'investiture des partis en nombre supérieur à leur part de la population, mais les partis continuent de privilégier les candidats blancs », écrivait-elle dans une chronique. Les données recueillies par Tolley et d'autres chercheurs révèlent que, sur 4 516 candidats ayant participé aux élections fédérales de 2008, 2011, 2015 et 2019, 83 % s'identifiaient comme blancs.
Mugyenyi est loin d'être une militante marginale. Elle a cofondé The Leap (aux côtés d'un autre candidat à la direction du NPD, Avi Lewis, et de sa conjointe — vous voyez ce que j'ai fait ?), elle est directrice de l'Institut canadien de politique étrangère et siège au conseil d'administration du Conseil des Canadiens. Il semble que sa seule caractéristique disqualifiante soit la personne qu'elle a choisi d'épouser.

« Je me suis présentée pour porter une vision et une plateforme communes, construites collectivement », a-t-elle déclaré lors de sa conférence de presse en janvier. « C'est cela, la démocratie. Au lieu de permettre aux membres d'évaluer ces idées… trois personnes non élues ont pris cette décision à leur place. »

Le refus de la candidature de Mugyenyi met en lumière les contradictions qui rendent le NPD si inefficace. Alors que les politiques dominent cette course à la direction, la véritable faiblesse du parti ne réside pas dans son programme, mais dans sa démocratie interne. Sans réparer cette machinerie bureaucratique banale, le parti ne pourra jamais mener de façon dynamique et stratégique les combats pour les politiques progressistes que ses candidats à la direction défendent.

Les trois membres anonymes du comité de filtrage sont le symbole de cette déficience. Et pourtant, dans une course à la direction axée sur le renouveau, je ne vois aucun autre candidat dénoncer le rejet de Mugyenyi. La seule candidate qui mentionne le filtrage dans sa plateforme est Heather McPherson, qui promet un processus plus rapide, plus clair et plus transparent, avec des échéanciers cohérents, une meilleure communication et des attentes claires pour les candidats et les équipes locales.

Les réseaux sociaux sont un outil de contrôle social. Lorsque la gauche s'en remet à eux pour déterminer quels candidats sont « acceptables », elle abandonne son pouvoir décisionnel aux propriétaires techno-fascistes de ces plateformes, dont les intérêts sont directement opposés aux siens. Et lorsque le filtrage devient le prétexte pour empêcher les politiques radicales de s'implanter dans le parti, il faut se demander : à quoi sert ce parti social-démocrate, au juste ?

Au Canada, il a toujours existé une tension entre sociaux-démocrates et socialistes. Mais à moins que le NPD n'interdise explicitement les socialistes — une décision que les membres n'appuieraient probablement jamais — refuser une candidature en raison de la personne que l'on a épousée n'est pas seulement profondément sexiste et raciste ; cela soulève une question plus large : à quoi sert ce parti, au juste ?

Pensons à Rosemary Brown, première femme noire élue dans une législature provinciale et première femme à se présenter à la direction d'un grand parti fédéral. En 1975, elle a mené une campagne audacieuse, ancrée à gauche, défendant la propriété publique, le contrôle ouvrier, la décentralisation et la solidarité internationale, tout en affirmant sans détour la dignité humaine et l'égalité. Sa campagne, fondée sur des principes et le courage plutôt que sur la conformité, serait presque inimaginable dans le NPD d'aujourd'hui, où le filtrage intrusif et un contrôle rigide déterminent qui est « acceptable ». Demandez-vous : ce parti permettrait-il seulement aujourd'hui à une candidate comme Rosemary Brown de se présenter ?

Nora Loreto est écrivaine et militante basée à Québec. Elle est présidente du Syndicat canadien des pigistes et coanimatrice du populaire balado Sandy and Nora Talk Politics.

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Chine - Etats-Unis : rivalité asymétrique dans une perspective historique

10 février, par Cyn Huang, Éric Toussaint — ,
Interview d'Éric Toussaint par Cyn Huang, étudiant à Berkeley (Californie) et membre actif des Democratic Socialists of America (DSA) où il co-préside le courant Bread and (…)

Interview d'Éric Toussaint par Cyn Huang, étudiant à Berkeley (Californie) et membre actif des Democratic Socialists of America (DSA) où il co-préside le courant Bread and Roses.

Tiré du blogue de l'auteur.

Cyn Huang : Veux-tu exposer les termes du conflit entre la Chine et les États-Unis ? D'où vient-il ?

Éric Toussaint : Il s'agit aujourd'hui d'un conflit entre deux superpuissances. En revanche, je ne dirais pas qu'il s'agit de deux impérialismes de même nature. La Chine est un impérialisme émergent, tandis que les États-Unis constituent un impérialisme ancien, consolidé, en déclin relatif et extrêmement agressif.

Pour comprendre l'évolution des relations entre la Chine et les États-Unis, il est indispensable de les replacer dans un cadre historique. Après la révolution chinoise de 1949, les États-Unis ont soutenu le régime nationaliste de Tchang Kaï-chek, replié à Taïwan, et ont refusé de reconnaître la République populaire de Chine dirigée par Mao Tsé Toung , alors engagée dans une transition vers le socialisme. Les relations étaient très conflictuelles notamment pendant la guerre de Corée. À plusieurs moments, notamment au début des années 1960, la Chine a soutenu des luttes armées dans différents pays considérés comme stratégiques par les États-Unis. Pékin est venu en aide au Vietnam du Nord présidé par Hồ Chí Minh et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS).

Confrontés à l'impasse de la guerre du Vietnam, les États-Unis ont alors opéré un tournant stratégique et se sont rapprochés de la Chine. Ce rapprochement a été symbolisé par la rencontre historique entre Richard Nixon et Mao Tsé Toung au début des années 1970, illustrée par la célèbre photographie de leur poignée de main datant de 1972. Préalablement à cette rencontre, les États-Unis avaient reconnu les autorités de Pékin comme le gouvernement légitime de la Chine. Par la suite, ils ont retiré leur reconnaissance diplomatique à Taïwan et ont accepté le principe selon lequel Taïwan faisait partie du territoire chinois.

Ce changement a eu des conséquences concrètes. Jusqu'en 1971, la Chine était représentée au Conseil de sécurité des Nations unies de Taïwan (Voir l'encadré La Chine aux Nations Unies, au FMI et à la Banque mondiale). À partir de l'accord sino-américain, c'est la République populaire de Chine qui a occupé le siège chinois au Conseil de sécurité de l'ONU. Quelques années plus tard, plus exactement en 1980, la Chine de Pékin a remplacé Taiwan au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.

La Chine nationaliste de Tchang Kaï-chek, réfugiée à Taïwan (Formose) après 1949, a occupé le siège de la Chine au Conseil de sécurité de l'ONU jusqu'en 1971 grâce au soutien des Etats-Unis et des puissances d'Europe occidentale. Le tournant a lieu le 25 octobre 1971 : l'Assemblée générale adopte la résolution 2758. Celle-ci reconnaît la République populaire de Chine (RPC) comme seul représentant légitime de la Chine à l'ONU. La RPC récupère alors le siège permanent au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Le gouvernement de Taïwan est exclu de l'ONU. En résumé : de 1945–1971, le siège chinois est occupé par la Chine nationaliste et anti-communiste. Depuis 1971, le siège est occupé par la Chine populaire (Pékin). Ce revirement historique est intervenu car Washington voulait isoler l'URSS et réduire l'appui de Pékin au Vietnam du Nord et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS) qui luttaient contre l'occupation étasunienne du Vietnam du Sud et résistaient aux bombardements massifs du Vietnam du Nord. La rupture sino-soviétique avait ouvert une opportunité. En 1971, a lieu une mission secrète de Henry Kissinger à Pékin, suivie en 1972, d'une visite historique de Richard Nixon en Chine. En conséquence, en 1971, les États-Unis ont cessé de bloquer l'entrée de la RPC à l'ONU.

La Chine était membre fondateur du FMI en 1945, mais après la révolution chinoise de 1949 dirigée par le Parti Communiste avec à sa tête Mao Tsé Toung , c'est le gouvernement de Taïwan (République de Chine) qui occupait le siège de la Chine dans l'organisation. Suite au tournant pris par Washington dans les années 1970, le 17 avril 1980, le FMI a officiellement reconnu la RPC de Mao comme titulaire légale du siège de la Chine et depuis cette date, la RPC participe pleinement à l'institution, avec son propre quota et son directeur exécutif.

La Banque mondiale, dominée comme le FMI par les autorités de Washington, a décidé le 14 avril 1980 que la RPC remplaçait officiellement Taïwan en tant que représentant de la Chine dans toutes les branches du Groupe de la Banque mondiale (IBRD, IDA, IFC).

À cette époque, la Chine était encore un pays en transition vers le socialisme, fortement bureaucratisé et traversé par de profondes contradictions, notamment celles révélées par la Révolution culturelle initiée en 1966. À partir des années 1980, sous l'impulsion de Deng Xiaoping, des réformes ont été engagées qui ont progressivement conduit à la restauration du capitalisme en Chine.

Cyn Huang : Le développement de l'économie politique chinoise et l'évolution de sa position dans le système mondial sont stupéfiants. Comme tu viens de le montrer, les États-Unis n'ont pas toujours considéré la Chine comme leur principal adversaire stratégique. En plus, à partir des années 1990 et dans la première décennie du 21e siècle, la classe dirigeante américaine voyait la Chine comme un partenaire économique essentiel, dont elle pouvait tirer profit et qu'elle pensait pouvoir canaliser au sein d'un ordre mondial dominé par les États-Unis.

Éric Toussaint : À partir des années 2000, et de manière particulièrement marquée, la Chine est devenue une destination majeure des investissements étrangers, notamment américains. De grandes entreprises privées des États-Unis – comme Apple, Microsoft et bien d'autres – ont installé des usines dans des zones économiques spéciales sur le territoire chinois. Pendant des années, le gouvernement américain et les grandes multinationales ont considéré qu'ils tiraient un avantage considérable de cette relation : ils pouvaient exploiter une main-d'œuvre chinoise très faiblement rémunérée, devant travailler dans des conditions particulièrement dures, et en extraire une plus-value massive.

Si l'on utilise les catégories de Karl Marx, on peut parler d'un transfert de valeur à travers un commerce inégal : une part importante de la plus-value produite par les travailleurs chinois était captée par les capitalistes américains. Parallèlement, du fait de ses exportations massives, la Chine a accumulé d'énormes excédents commerciaux et donc d'importantes réserves de change en dollars. Celles-ci ont dépassé les 3 000 milliards de dollars (ce volume est proche du PIB de la France en 2025), dont plus de 1 300 milliards étaient investis en bons du Trésor américain en 2013. Autrement dit, la Chine réinvestissait une partie de ses excédents en prêtant de l'argent aux États-Unis. La Chine a par la suite réduit ses achats de bons du trésor, elle détiendrait de manière directe 700 milliards de dollars en 2025.

Durant toute la période qui va des années 1990 à 2014-2015, les États-Unis ont estimé qu'ils bénéficiaient largement de leur relation avec la Chine. Cependant, à partir de 2014, avec le lancement de la Belt and Road Initiative, la Chine ne s'est plus contentée d'exporter des marchandises. Elle a commencé à exporter massivement des capitaux à l'étranger, à prêter de l'argent à de nombreux pays et à investir dans des infrastructures, des entreprises et des ressources naturelles en Europe, en Amérique latine, en Afrique et même aux États-Unis.

À partir de ce moment-là, la Chine a atteint un niveau de puissance économique tel que les États-Unis – dès la fin du mandat d'Obama, et plus clairement encore à partir de 2016–2017 – ont commencé à considérer qu'ils ne tiraient plus autant d'avantages qu'auparavant de cette relation. Ils ont commencé à prendre des mesures protectionnistes et ont renforcé leur présence militaire autour de la Chine. Il faut bien parler ici d'un encerclement militaire : plus de 20 000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud, plus de 50 000 au Japon, environ 10 000 sur l'île de Guam, sans compter d'autres déploiements. Les États-Unis sont également alliés à Taïwan et lui fournissent des armes.

Du point de vue chinois, les États-Unis encerclent donc la Chine dans sa propre périphérie. Du point de vue américain, la Chine est devenue une puissance capitaliste concurrente, en pleine expansion, qui non seulement gagne des parts de marché, mais parvient aussi à consolider des positions durables sur plusieurs continents, y compris dans ce que Donald Trump appelle « l'hémisphère occidental », du Groenland et du Canada jusqu'au Sud de l'Argentine et du Chili.

La Chine contrôle par exemple le principal port maritime du Pérou et possède des entreprises d'extraction minière et pétrolière dans de nombreux pays. Les États-Unis ont alors considéré que la zone qu'ils dominaient historiquement commençait à être sérieusement menacée. Sous Trump, cette logique est assumée de manière brutale : les États-Unis affirment pouvoir agir librement dans leur hémisphère, agresser le Venezuela pour son pétrole et se l'approprier, kidnapper puis séquestrer à New York le président vénézuélien et son épouse, vouloir prendre le contrôle du Groenland, du Canada ou du canal de Panama, tout en exigeant que la Chine abandonne ses positions dans cette zone.

Cyn Huang : Comment Trump définit-il la Chine dans le document de stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy NSS 2025) ? Veux-tu résumer ce que tu as écrit dans ton article intitulé « Pourquoi Washington a fait de la Chine son adversaire stratégique central » ?

Eric Toussaint : Le document de stratégie de sécurité nationale publié par l'administration Trump au début du mois de décembre est très clair : la Chine y est désignée comme l'adversaire stratégique principal des États-Unis. Washington cherche à réduire la présence chinoise dans l'hémisphère occidental et à renforcer l'encerclement militaire de la Chine dans la région indo-pacifique. Officiellement, les États-Unis reconnaissent eux-mêmes disposer de 375 000 soldats et personnels civils militaires dans cette région, de 66 bases militaires permanentes et de plus de 80 bases non permanentes. Il s'agit d'un dispositif militaire absolument colossal.

Face à cela, même si la Chine a jusqu'ici privilégié une stratégie d'expansion essentiellement économique et relativement pacifique, il est probable qu'au sein de sa direction politique, des courants gagnent en influence en affirmant la nécessité de se préparer à une confrontation directe avec les États-Unis, au nom de l'autodéfense. Nous nous rapprochons ainsi d'une situation extrêmement dangereuse.

Historiquement, la politique de Trump rappelle celle de la seconde moitié du XIXᵉ siècle et de la première moitié du XXᵉ siècle, lorsque les États-Unis intervenaient militairement de manière directe pour étendre leur espace de domination : guerre contre le Mexique en 1847 qui permet aux Etats-Unis de conquérir le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie ; ensuite en 1898, Washington entre en guerre contre l'empire colonial espagnol et prend le contrôle de Cuba, de Porto Rico et des Philippines ; ensuite, les Etats-Unis occupent Haïti à partir de 1915.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont poursuivi leur politique d'agression, on peut citer la guerre de Corée au début des années 1950 et la guerre du Vietnam des années 1960 à 1975, avec des déploiements massifs atteignant jusqu'à 500 000 soldats. Sans oublier la guerre contre l'Irak en 1991, la guerre contre l'Afghanistan des Talibans à partir de 2001 et l'invasion de l'Irak en 2003 pour ne prendre que quelques exemples probants.

Nous assistons au 21e siècle, à un retour à des politiques impérialistes classiques, telles qu'analysées par Lénine, Trotski, Hilferding ou Rosa Luxemburg. Comme ces auteurs et autrice marxistes l'ont montré, ce type de confrontation entre puissances impérialistes conduit structurellement à la guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, malgré des guerres extrêmement violentes comme celles de Corée ou du Vietnam, ces conflits bien qu'impliquant plusieurs pays n'ont pas pris un caractère mondial. Aujourd'hui, avec la logique impulsée par Trump, le risque d'un basculement vers une nouvelle guerre mondiale redevient une possibilité réelle.

Cyn Huang : Qu'est-ce qui donne à Trump l'impression que la Chine pourrait être « maîtrisée » ?

Éric Toussaint : Je pense que Donald Trump et son administration estiment pouvoir contenir l'expansion économique internationale de la Chine par un ensemble de mesures économiques, commerciales, diplomatiques et militaires. Cela comprend l'augmentation du protectionnisme économique et commercial avec mise en place de différentes barrières pour réduire les importations chinoises aux Etats-Unis et promouvoir les exportations étasuniennes sur le marché mondial ; des pressions sur les partenaires commerciaux des Etats-Unis pour qu'ils augmentent leurs achats de produits made USA ; des pressions sur les entreprises des Etats-Unis et d'autres pays pour qu'elles augmentent leur production aux Etats-Unis ou y rapatrient leur production ; augmentation des subventions aux entreprises US ; la prise de contrôle de territoire et de ressources naturelles dans l'hémisphère occidental et ailleurs ; une négociation serrée avec la Chine pour l'amener à réduire son expansionnisme économique hors de ses frontières,… En ce qui concerne le dispositif militaire, il ne s'agit pas nécessairement de dire que Trump prépare directement une guerre contre la Chine. Son objectif semble plutôt être d'impressionner Pékin, en affirmant une supériorité militaire écrasante : l'idée est de faire comprendre à la Chine qu'en cas de conflit armé, elle n'aurait aucune chance face aux États-Unis, compte tenu de la présence militaire américaine massive autour de la Chine, dans l'Indo-Pacifique comme dans le reste du monde.

Les États-Unis partent donc du principe qu'ils peuvent intimider la direction chinoise et, par ce biais, limiter son expansion économique. Rien ne garantit toutefois que la Chine accepte de réduire ses objectifs stratégiques et économiques sous la pression. Au contraire, il est probable que Pékin ne souhaite pas une confrontation militaire directe, mais qu'il soit de plus en plus contraint d'y faire face à mesure que les États-Unis renforcent leurs menaces et leur posture militaire.

Dans ce contexte, le calcul de Trump apparaît comme extrêmement dangereux. Il fait peser un risque majeur non seulement sur les relations sino-américaines, mais aussi sur l'ensemble de l'humanité : sur les populations des États-Unis, de la Chine et, plus largement, sur celles du monde entier.

Cyn Huang : Comment perçois-tu actuellement le rapport de forces entre la Chine et les Etats-Unis et quelle est la place de la Russie dans cette situation ?

Éric Toussaint : Pour comprendre pleinement la situation internationale actuelle et la stratégie de Donald Trump, il est indispensable d'intégrer dans l'analyse la place de la Russie, ainsi que celle de l'Europe.

L'un des objectifs centraux de Trump est de séparer la Russie de la Chine. Au cours des quinze dernières années, un rapprochement significatif s'est opéré entre Vladimir Poutine et Xi Jinping. Ce rapprochement s'est notamment concrétisé par la création des BRICS, ainsi que par le renforcement des accords commerciaux, financiers et militaires entre les deux pays, en particulier après les sanctions imposées par les puissances occidentales à la Russie à la suite de l'annexion de la Crimée en 2014, puis renforcées après l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Ces sanctions ont contribué à resserrer les liens entre la Russie et la Chine. Face à cette situation, Trump adopte une stratégie très claire : il propose implicitement un accord à Vladimir Poutine. Le message est le suivant : tu peux agir dans ton environnement régional – c'est-à-dire dans l'espace des anciennes républiques soviétiques devenues des États indépendants – de la même manière que moi j'agis dans l'hémisphère occidental. Autrement dit, Trump revendique pour lui-même le droit d'intervenir au Venezuela ou ailleurs en Amérique latine, et accorde à la Russie une forme de légitimité pour intervenir dans son propre voisinage.

Dans cette logique, Trump propose un « deal » à Poutine : je te laisse poursuivre tes objectifs dans ta région, y compris en Ukraine, et en échange tu prends tes distances avec la Chine. L'objectif stratégique des États-Unis est donc d'isoler la Chine en la séparant de la Russie, tout en accordant des garanties à la Russie pour ses propres ambitions impérialistes.

Il faut être clair : la Russie est aujourd'hui une puissance capitaliste impérialiste, extrêmement agressive, ce qu'elle a démontré à plusieurs reprises. On assisterait ainsi à un accord entre deux impérialismes – la Russie, impérialisme agressif mais de second rang, et les États-Unis, impérialisme dominant, hyper agressif – visant à affaiblir et isoler la Chine.

Rien ne garantit cependant que cette stratégie fonctionnera. L'attitude actuellement conciliante de Trump à l'égard de Poutine, illustrée par exemple par son invitation au « conseil mondial de la paix » qu'il a mis en scène lors de la réunion de Davos des 21 et 22 janvier, pourrait évoluer rapidement. Si Poutine refuse de prendre ses distances avec la Chine ou s'il n'accepte pas un accord avec Trump au détriment de l'Ukraine, un retournement brutal de la position américaine est tout à fait possible.

Ce qu'il faut retenir, c'est que la relation États-Unis–Chine ne peut être analysée indépendamment de la place de la Russie. L'impérialisme américain cherche aujourd'hui une forme d'entente avec le pouvoir russe afin de réduire l'espace économique, politique et stratégique occupé par la Chine.

Cyn Huang : Quelle position internationaliste adopter ?

Éric Toussaint : Face à cette situation, la question essentielle pour nous, en tant que révolutionnaires et en tant qu'internationalistes, est la suivante : de quel côté nous plaçons-nous ? Notre réponse est claire. Nous sommes du côté des peuples, contre les calculs et les affrontements des grandes puissances et des différents impérialismes.

Concrètement, cela signifie que nous soutenons les militants et militantes qui en Russie et en Ukraine s'opposent à la guerre menée par la Russie en Ukraine. Nous soutenons les travailleurs, les étudiants et les mouvements sociaux en Chine qui luttent pour leurs droits, pour l'amélioration de leurs conditions de vie et pour davantage de libertés politiques. Nous soutenons également les travailleurs et les masses populaires aux États-Unis qui entrent en lutte contre les politiques de Trump. Enfin, nous défendons la souveraineté des pays de l'hémisphère occidental et d'autres parties du monde face à la stratégie agressive de domination des États-Unis. Nous sommes du côté des peuples dans leur lutte pour le droit à l'autodétermination et pour l'exercice de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. Nous nous opposons à toutes les agressions impérialistes et colonialistes qu'elle qu'en soit l'origine. En Europe, nous nous opposons à la politique impérialiste et néocoloniale de nos gouvernants et dénonçons leur complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou qui commet un génocide contre le peuple palestinien. Nous nous opposons aux politiques inhumaines pratiquées par la majorité des gouvernements de la planète à l'égard des migrant-es et des candidat-es réfugié-es. Nous soutenons toutes les activités de solidarité internationalistes.

Nous défendons une perspective authentiquement internationaliste. Nous choisissons le camp des peuples contre leurs oppresseurs. Nous nous engageons activement dans la réalisation de la conférence anti fasciste et anti impérialiste de Porto Alegre au Brésil (26-29 mars 2026). Nous soutenons l'Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste.

* Les auteurs remercient Gabriella Lima et Maxime Perriot pour leur relecture.

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Où se trouve la sortie pour échapper à toute cette violence étatique aux États-Unis ?

10 février, par Aziz Huq — ,
Il est difficile de trouver dans l'histoire des États-Unis un effort comparable à celui qui a présidé à la création d'une agence nationale spécialisée dans la violence à (…)

Il est difficile de trouver dans l'histoire des États-Unis un effort comparable à celui qui a présidé à la création d'une agence nationale spécialisée dans la violence à l'échelle de l'ICE. Si ses conséquences politiques et psychologiques immédiates sont évidentes, ses effets durables sur l'avenir restent difficiles à cerner. Par Aziz Huq, professeur de droit à l'université de Chicago.

2 février 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/02/ou-se-trouve-la-sortie-pour-echapper-a-toute-cette-violence-etatique-aux-etats-unis/

À quoi sert cette violence, aussi spectaculaire que superflue, perpétrée par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans les rues de Los Angeles, Chicago et, plus récemment, Minneapolis ? Si ses conséquences politiques et psychologiques immédiates sont évidentes, ses effets durables sur l'avenir des projets politiques démocratiques et émancipateurs restent difficiles à cerner, car nous ne nous posons pas encore les bonnes questions sur la manière dont une ICE enhardie pourrait compromettre les possibilités d'autonomie démocratique.

Cette violence d'État exemplaire procure un avantage politique direct. La brutalité et le risque de mort violente, héritage douloureux des communautés racisées et ghettoïsées, offrent aux partisans du président une satisfaction psychologique : tous leurs ennemis, même ceux qui se croyaient à l'abri, peuvent en faire les frais. Ce ressentiment s'est transformé, après le meurtre de Renée Good, en une colère plus généralisée contre les femmes blanches, malgré l'importance de ce groupe démographique pour la coalition MAGA. Une telle haine irrationnelle révèle une explosion émotionnelle qui dépasse la logique politique sous-jacente.

Il existe une seconde logique, plus sinistre encore, à l'œuvre : la violence actuelle s'accompagne d'une manipulation ostentatoire et manifestement mensongère. Ainsi, lorsque Greg Bovino, ancien « commandant itinérant » de l'ICE, claironne la conduite « légale » et « professionnelle de ses troupes lors d'une conférence de presse à Minneapolis, il est difficile de croire qu'il ignore qu'il ment. Lorsque l'infirmier Alex Pretti, en soins intensifs, est qualifié de « terroriste intérieur » avant même que son sang ne soit séché sur le trottoir, et que des vidéos largement diffusées démentent ces calomnies, on peut se demander qui prend de tels propos au sérieux.

Abstraction faite du fait que cette rhétorique détermine le rythme des reportages au sein de l'écosystème médiatique aligné sur le mouvement MAGA, dont fait partie Fox News, il est possible que les mensonges flagrants concernant les atrocités morales contribuent à bâtir une communauté politique perverse. Mentir ouvertement au public, puis défier les fidèles de prouver leur loyauté en s'agenouillant devant les mensonges des dirigeants, est une manière de renforcer une identité politique. La violence mise en scène, qui fait écho à la brutalité réelle, peut s'avérer particulièrement efficace, voire décuplé, pour réaffirmer et approfondir les liens politiques qui font de la brutalisation une stratégie politique attrayante. En effet, elle véhicule le message que certaines personnes méritent tellement la haine que même la mort ne justifie pas qu'on leur dise la vérité.

Les déploiements de l'ICE témoignent également d'un instrument distinct, sinon totalement inédit, de la politique américaine : une machine de violence interne, contrôlée par l'État, dotée d'une importante capacité de violence et d'un esprit de corps malfaisant. Qu'elles soient paramilitaires ou intégrées à l'État, les forces de violence organisées jouent depuis longtemps un rôle central dans la déstabilisation de la démocratie. La violence para-étatique a joué un rôle historique important, par exemple en Colombie et au Mexique, en façonnant les perspectives politiques. Mais ces forces de violence n'ont pas été absentes de l'histoire nord-américaine.

Le dimanche 13 juin 1873, un groupe de trois cents suprémacistes blancs, mené par un ancien capitaine confédéré, massacra plus de 150 républicains noirs qui défendaient un bureau de vote près de la rivière Rouge, en Louisiane. Le massacre de Colfax servit de modèle à une violence extrême contre les Noirs pendant un siècle, culminant avec le meurtre de Fred Hampton en 1969. Puis, lors de la bataille de Blair Mountain en août 1921, l'armée de l'air du président Warren Harding fournit aux propriétaires de mines de Virginie-Occidentale une surveillance aérienne et menaça de déployer des troupes fédérales, tandis que des milices privées affrontaient le syndicat des mineurs (United Mine Workers). Tout au long de la fin du XIXe siècle, ces mêmes capitalistes firent appel aux détectives Pinkerton pour agir comme bras armé de l'industrie afin de réprimer l'organisation syndicale.

Comment l'ICE pourrait-elle devenir un instrument de répression politique plus généralisée ? Le Ku Klux Klan (KKK) et les Pinkertons étaient des organisations paramilitaires privées. Hampton, en revanche, a été assassiné par des agents de l'État ; le mouvement pour les droits civiques et les autres mouvements de lutte pour les droits des Noirs à cette époque ont fait l'objet d'une surveillance et d'une subversion étatiques généralisées. Il est toutefois difficile d'imaginer une initiative comparable visant à créer une agence nationale de spécialistes de la violence de l'envergure de l'ICE. Réfléchir à ses répercussions politiques plus larges implique de s'interroger sur la manière dont ce nouvel organisme pourrait modifier à la fois le discours et la possibilité même d'une contestation politique nationale en faveur de causes progressistes.

Il convient tout d'abord de remarquer comment la rhétorique justifiant la répression se perfectionne au fil du temps. Après le meurtre de Good, les membres du cabinet de Donald Trump ont adopté une rhétorique affûtée après la mort de Charlie Kirk. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a accusé (à tort) Good d'un « acte de terrorisme intérieur », tandis que le vice-président J.D. Vance insinuait que les manifestants et les groupes de soutien de quartier avaient tous recours à des « tactiques de terrorisme intérieur ». Noem a utilisé la même étiquette pour Pretti quelques heures seulement après sa mort. Pour ne pas être en reste, le conseiller de Trump à la sécurité intérieure, Stephen Miller, l'a qualifié d'« assassin ».

Leur rhétorique est reprise et transformée en loi par les juristes de l'administration. En septembre 2025, par exemple, la Maison-Blanche a publié un mémorandum présidentiel décrivant les « campagnes sophistiquées et organisées » menées par une phalange imaginaire d'organisations « antifascistes ». Ce document ne mentionne pas l'ICE nommément, mais enjoint le secrétaire à la Sécurité intérieure de faire de la lutte contre les organisations « antifascistes » une « priorité nationale ».

Des agents du DHS, dans d'autres régions du pays, menaceraient de traiter comme « terroristes intérieurs » les personnes qui filment leurs interpellations par l'ICE. Parallèlement, des médias d'extrême droite dénoncent un « réseau complexe de groupes d'extrême gauche » qui aurait poussé Pretti au suicide. Ces révélations alimentent des campagnes de répression de plus grande envergure en transformant la réaction de citoyens ordinaires face à la violence d'État en un complot sinistre qu'il faut étouffer.

À l'heure actuelle, la législation fédérale n'autorise pas la désignation d'organisations nationales comme « terroristes intérieurs ». Cela importe peu à une administration qui se moque de l'idée même d'être soumise à la loi. De même, il importe peu à ses prétendus défenseurs de la liberté d'expression que leurs renonciations catégoriques violent ouvertement le Premier Amendement. Si l'on parvient à rendre cette interprétation politiquement acceptable, si l'on parvient à intimider suffisamment de membres du Congrès et de la magistrature fédérale, les obstacles juridiques à l'interdiction du discours politique quotidien disparaîtront.

Une telle rhétorique pèse peu sans les moyens de créer de nouveaux faits établis politiques sur le terrain – de remodeler la société civile à l'image d'une société brutale, comme on le fait actuellement pour les universités et la science. L'ICE a toujours absorbé une part démesurée des ressources publiques. En 2012, moins de dix ans après sa création, l'ICE et le Service des douanes et de la protection des frontières (CBP) dépensaient ensemble quelque 17,9 milliards de dollars par an, soit environ quinze fois plus que ce que le Service d'immigration et de naturalisation (INS) dépensait au milieu des années 1980 pour les mêmes fonctions. Hier comme aujourd'hui, la justification officielle de ces dépenses était l'expulsion des « étrangers criminels », des non-citoyens ayant enfreint une disposition du droit pénal américain.

Sous l'administration Trump, l'ICE est devenue l'agence fédérale dont le budget a explosé. En juillet 2025, le groupe républicain, autrefois obsédé par l'austérité, a alloué à l'ICE quelque 75 milliards de dollars sur quatre ans. Avec les crédits budgétaires existants, l'agence bénéficie de recettes annuelles de 28,7 milliards de dollars, soit environ quatre fois son budget sous l'administration Biden. L'ICE dispose désormais d'un budget supérieur à celui de plusieurs armées du monde, dont celles du Brésil, de l'Italie et même d'Israël. De manière significative, en octobre 2025, l'ICE avait également augmenté ses dépenses d'armement d'environ 600% par rapport à 2024, la majeure partie de ces nouveaux fonds étant consacrée à l'achat d'armes légères et d'équipements de protection. La capacité destructrice des Forces de défense israéliennes, récemment mise en évidence de façon dramatique à Gaza, donne une idée du potentiel de violence que l'ICE est en train de développer.

Une version récente des nouvelles mesures budgétaires examinées par le Sénat — qui doivent être adoptées pour éviter une nouvelle paralysie des services gouvernementaux — prévoit 3,43 milliards de dollars supplémentaires pour les centres de détention et 5,08 milliards pour les « opérations d'application de la loi et d'expulsion ». Cette version, négociée avec les sénateurs démocrates avant que certains ne commencent à avoir des remords, comme le souligne un commentateur, signifierait que le modèle de Minneapolis pourrait devenir la norme.

Cette expansion fulgurante des effectifs de l'ICE s'accompagne d'un changement de profil chez ses recrues. Malgré des primes d'embauche de 50 000 dollars et le remboursement des frais de scolarité, l'ICE recrute en marge du système carcéral. Les agents pénitentiaires, par exemple, désertent en masse pour rejoindre l'ICE. Il est fort probable que ceux qui ont été formés à discipliner et punir les détenus par la violence appliqueront cette formation et cette attitude à leurs nouvelles fonctions sur le terrain. De nouvelles recrues sont également déployées sans avoir fait l'objet d'une vérification de leurs antécédents judiciaires ou de tests de dépistage de drogues. La journaliste Laura Jedeed a pu postuler à l'ICE sans aucun formulaire ni enquête de sécurité et recevoir une offre en quelques jours. Par ailleurs, l'ICE a réduit sa formation initiale à quarante-sept jours, un nombre choisi, bien sûr, en hommage au quarante-septième président des États-Unis.

Cette course effrénée à l'expansion des pouvoirs de l'agence a inévitablement pour conséquence le renforcement d'une réticence et d'une incapacité à se conformer aux contraintes légales en matière de violence. Bien qu'il n'existe pas d'équivalent historique exact pour l'ICE, on peut trouver un parallèle dans son mode de recrutement avec celui des Pinkertons, qui « recrutaient dans les tripots et les taudis de nos grandes villes… des individus marginalisés par la société ». Des figures syndicales comme Terence Powderly, des Chevaliers du Travail, qui a formulé cette description, ont mis en avant le caractère douteux des recrues pour justifier la législation anti-Pinkerton.

Il y a un an, la vague de grâces accordées par Trump aurait pu faire craindre que les Proud Boys et les Oath Keepers ne deviennent les versions contemporaines de la Sturmabteilung d'Ernst Röhm, la branche paramilitaire originelle du parti nazi. Aujourd'hui, cette crainte paraît bien désuète. Plutôt que d'avoir besoin d'externaliser la répression de la dissidence politique, l'administration – parfois avec l'aide de démocrates de la Chambre des représentants aveuglés par leurs préjugés – renforce en interne les capacités nécessaires à cette fin. C'est l'inverse de la stratégie de privatisation mise en œuvre par le biais du Département de l'efficacité gouvernementale (DOGE) d'Elon Musk, de Palantir et de BlackRock. Mais cela démontre que les capacités d'un État autocratique peuvent se constituer de multiples façons, et qu'il n'y a aucune raison de s'alarmer outre mesure des dangers liés à l'externalisation si des risques encore plus grands guettent lorsque ces mêmes capacités sont développées au sein même de l'État.

Alors que les élections de novembre se précisent, une question cruciale se pose quant à l'utilisation des effectifs renforcés de l'ICE et à leur impact sur la capacité des Américains à voter et des candidats progressistes à se mobiliser. La mise en place d'une telle machine, lourde et rudimentaire, engendre inévitablement des pressions en faveur de son utilisation. Comme l'illustre le contexte policier, une fois constituée une force quasi militaire, il est très difficile de s'y opposer, ne serait-ce que par mécontentement généralisé. Ne pas l'utiliser constituerait, après tout, un gaspillage de l'argent du contribuable. De plus, les listes de cibles ont déjà été établies et justifiées par une campagne médiatique intensive auprès des médias de droite.

Si les violences à Minneapolis ouvrent la voie à une répression politique généralisée, existe-t-il des solutions ? Il est difficile d'en entrevoir des simples. Les résultats des élections seront cruciaux, mais tout porte à croire que les violences s'intensifieront jusqu'aux élections de mi-mandat de novembre. Faire face à de telles menaces exigera du courage de la part des dirigeants comme des citoyens. La solidarité manifestée par la grève générale de Minneapolis la semaine dernière est à cet égard un exemple admirable.

La gauche et le centre ont de solides raisons de rechercher des alliances en cette période de réactions violentes et hostiles, mais les efforts déployés pour forger de tels liens seront vains si les responsables politiques traditionnels ne saisissent pas à quel point le contexte actuel est bouleversé. Peut-être que la mise en examen de Jacob Frey et Tim Walz permettra de faire la lumière sur les décisions prises après des décennies de compromis moraux, mais rien n'est moins sûr. En bref, le projet de démilitarisation américaine, déjà complexe et délicat, vient de se compliquer considérablement.

Aziz Huq est professeur de droit à la faculté de droit de l'Université de Chicago.
Texte initialement publié en américain ici et traduit à l'aide de l'IA
Jacobin se présente comme une « voix influente de la gauche américaine, offrant des perspectives socialistes sur la politique, l'économie et la culture. La revue imprimée paraît trimestriellement et compte 60 000 abonnés, en plus d'une audience en ligne de plus de 3 millions de visiteurs par mois ».
Ce blog sur Mediapart est consacré à la présentation d'extraits de son édition en ligne.
https://blogs.mediapart.fr/jacobin/blog/300126/ou-se-trouve-la-sortie-pour-echapper-toute-cette-violence-etatique-aux-etats-unis

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Sur le récent accord entre Damas et l’administration kurde

10 février, par Gilbert Achcar — ,
Comment devons-nous interpréter le récent accord entre le mouvement kurde de Syrie et le nouveau gouvernement syrien ? Marque-t-il la fin d'une décennie d'administration (…)

Comment devons-nous interpréter le récent accord entre le mouvement kurde de Syrie et le nouveau gouvernement syrien ? Marque-t-il la fin d'une décennie d'administration autonome kurde dans le nord-est de la Syrie ? Ou s'agit-il simplement d'un arrangement temporaire, destiné à rejoindre la longue liste d'accords au Moyen-Orient annoncés comme définitifs, pour finalement s'effondrer peu après ? Répondre à cette question nécessite une évaluation à la fois de la nature de l'accord lui-même et des circonstances qui y ont conduit.

Tiré du blogue de l'auteur.

Le premier point à constater est que l'accord annoncé vendredi dernier constitue un compromis dans lequel la balance penche en faveur du régime de Damas. C'est un compromis dans la mesure où il a été conclu entre deux parties dont aucune n'a perdu la capacité de continuer à se battre. En effet, les Forces démocratiques syriennes (FDS), même après avoir été largement réduites à leur noyau majoritairement kurde, conservent encore une force militaire substantielle dans le rapport actuel des forces en Syrie. Elles comprennent des dizaines de milliers de combattants chevronnés – hommes et femmes – motivés par une cause nationale forgée à travers un siècle de partition et d'oppression. De plus, leur colonne vertébrale politique s'appuie sur un courant idéologique qui s'est adapté aux changements historiques, restant ainsi profondément enraciné.

En revanche, les forces du nouveau régime syrien ne sont pas beaucoup plus grandes que les forces kurdes et manquent de cohésion. Elles constituent un conglomérat hybride, composé de Hayat Tahrir al-Cham, d'autres groupes djihadistes (certains non syriens) et de forces directement loyales à Ankara – les unités de la soi-disant Armée nationale syrienne.

Cette configuration signifie que l'équilibre des forces en place permettrait au côté kurde de résister aux forces de Damas durant longtemps, à condition de bénéficier d'un soutien extérieur pour éviter l'isolement et l'encerclement. Cependant, les deux acteurs capables d'apporter un tel soutien ont trahi le mouvement kurde syrien. Le premier, bien sûr, n'est autre que les États-Unis, qui, sous l'administration Trump actuelle, ont décidé de ne plus compter sur les FDS dans la lutte contre l'organisation de l'État islamique et de s'appuyer dorénavant sur la Turquie et le nouveau régime syrien parrainé par Ankara. Le second est le Gouvernement régional du Kurdistan dans le nord de l'Irak, dirigé par la famille Barzani, alliés proches d'Ankara (voir l'article de la semaine dernière,« Les Kurdes et le régime syrien », Al-Quds Al-Arabi, 27 janvier 2026).

Inversement, les forces du nouveau régime de Damas bénéficient d'un soutien turc indéfectible et illimité dans leur confrontation avec le mouvement kurde. Face à cette réalité, les FDS se retrouvent face à deux options amères : capituler ou mener une guerre pour préserver leur dignité – une guerre qui risque de devenir suicidaire, semblable à certaines épopées héroïques, mais finalement vaines, observées à travers l'histoire. En conséquence, les FDS ont opté pour le compromis afin de gagner du temps, dans l'espoir d'un changement de circonstances, que ce soit au niveau régional – compte tenu de la grande volatilité de la région – ou au niveau international, compte tenu de l'imprévisibilité de Donald Trump, de sa susceptibilité à la pression de Netanyahu qui contrebalance l'influence d'Erdoğan, et de la possibilité donc que sa position puisse encore changer.

Pour sa part, le régime de Damas a également opté pour le compromis plutôt que de mener une guerre féroce dans le nord qui pourrait saper ses efforts pour consolider son contrôle du reste du territoire syrien, ou accroître sa dépendance envers Ankara, nuisant ainsi à son image et limitant ses ambitions. Le compromis impliquait que Damas abandonne sa demande de dissolution immédiate de l'administration autonome kurde et de ses forces armées, et n'insiste plus pour déployer de grands contingents de forces du régime au cœur des zones contrôlées par les FDS. Au contraire, l'accord prévoit l'initiation de mesures limitées – dont l'interprétation peut encore être sujette à désaccord – vers l'intégration de ces zones dans le cadre militaire, administratif et juridique du nouvel État syrien.

Il ne fait donc guère de doute que le compromis actuel n'a pas résolu le conflit, mais l'a plutôt déplacé d'une phase militaire vers une phase politique. Cette nouvelle phase impliquera une lutte politique qui poursuivra la guerre par d'autres moyens, tout comme la guerre elle-même est une continuation de la politique par d'autres moyens, comme le dit une maxime bien connue. La partie kurde cherchera à préserver l'autogouvernement de facto qu'elle exerce depuis une décennie, en accomplissement de son aspiration légitime à l'autodétermination, même si cette administration est formellement intégrée à l'État syrien. Pendant ce temps, Ankara fera pression de façon persistante et implacable sur Damas pour qu'il intensifie ses demandes de reddition totale des Kurdes et de soumission à un régime centralisé.

La question est donc de savoir si Washington peut freiner les deux camps – les Kurdes et les Turcs – afin de maintenir la situation dans les limites d'un compromis que chaque camp prétend publiquement accepter. C'est un pari très incertain. Il est plus probable que la fragilité de l'accord de vendredi dernier devienne bientôt évidente, et que le langage – et peut-être même la pratique – de la guerre l'emportent à nouveau sur le langage du consensus, cet accord étant suivi par d'autres tout aussi temporaires, dans un schéma trop familier dans cette région du monde.

Traduit de ma chronique hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est d'abord paru en ligne le 03 février. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

* Dernier ouvrage paru Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l'histoire mondiale (La Dispute, 2025).

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Enquête sur la droitisation du PQ (et de la société québécoise)

10 février, par Jonathan Durand Folco — , ,
Lors de l'émission de Zone Info du 28 janvier où il était question de savoir si le PQ était en train de se "trumpiser", les commentatrices Karima Brikh et Christine St-Pierrre (…)

Lors de l'émission de Zone Info du 28 janvier où il était question de savoir si le PQ était en train de se "trumpiser", les commentatrices Karima Brikh et Christine St-Pierrre ont rapidement rejeté cette accusation. Si dans mon dernier texte j'ai analysé comment l'étiquette de "militants de gauche radicale" était utilisée pour discréditer les critiques et éviter de répondre à la question, je vais ici me pencher sur l'enjeu de fond.

Ma réponse va probablement surprendre plusieurs : je ne crois pas que le PQ sous le leadership de Paul St-Pierre-Plamondon (PSPP) soit véritablement en train de se "trumpiser". Du moins, pas tout à fait, et il faudrait amener des nuances dans les diverses formes de "droitisation". Si on affirme que le PQ est en voie de "trumpisation", il faut d'abord préciser ce qu'on entend par là.

5 février 2026 | tiré de Métapolitiques | Illustration : Illustration incluant trois chefs du Parti québécois dont René Lévesque, Jacques Parizeau et Paul St-Pierre-Plamondon. Source : Nationala.
https://metapolitiques.ghost.io/enquete-sur-la-droitisation-du-pq-et-de-la-societe-quebecoise/

L'argument psychologique

Commençons par une objection qu'on entend souvent, soit le fait que PSPP et Trump sont tellement différents au niveau psychologique que toute comparaison serait une exagération. Dans l'émission de Zone Info, Christine St-Pierre répond à la question de l'animateur Gérald Fillion en disant : "Je ne pense pas que PSPP ait le profil de Donald Trump. Il n'a certainement pas le même caractère, il ne s'exprime pas de la même manière."

En effet, si on souhaite faire un parallèle entre la personnalité de Trump et celle de PSPP, la comparaison ne tient pas la route. Le premier est un milliardaire narcissique, mégalomane, criminel et grossier, incarnant tous les vices du tyran, alors que le deuxième a un ton plus posé, un discours cohérent et argumenté, avec un mélange de ténacité et de nuances, incarnant l'archétype de l'élève modèle qui a été performant dans tout ce qu'il a entrepris dans vie.

Bref, si on considère que la trumpisation du PQ signifie que PSPP veut imiter le style unique de Trump et lui ressembler point par point, alors il est vrai que le parallèle ne fonctionne pas. Mais d'autres éléments peuvent être évoqués pour appuyer l'hypothèse de la trumpisation.

L'argument du discours

Afin de relancer Christine St-Pierre, Gérald Fillion ajoute aussitôt : "n'y a-t-il pas des éléments de discours qui peuvent représenter des éléments dans les politiques qui peuvent ressembler à ce qui se passe aux États-Unis ?" Autrement dit, PSPP ne ressemblerait pas à Trump au niveau de son style ou sa personnalité, mais sur le plan du discours, des idées et des politiques de droite populiste qu'il souhaite mettre en place au Québec.

Sur ce point, Christine St-Pierre concède un point : "il n'en demeure pas moins qu'il y a des éléments effectivement, je pense à l'immigration par exemple, le PQ veut aller plus loin encore que la CAQ, et taper sur les migrants ça peut amener des gains politiques. Mais je ne vois pas dans le personnage, dans la personnalité de PSPP, quelqu'un qui irait aussi loin [que Trump], par exemple, amener des agents de ICE pour déporter des immigrants clandestins".

Ce commentaire est intéressant, car il montre que le virage identitaire du PQ et son accent sur les ravages de l'immigration de masse peuvent présenter des similitudes avec le populisme de droite radicale aux États-Unis (ou ailleurs dans le monde). Cela dit, Mme St-Pierre fait aussitôt une nuance en disant que PSPP n'a pas le même discours radical ou extrémiste que Trump, avec tout ce qu'on voit aux États-Unis en ce moment.

Et c'est là que les comparaisons entre les discours récents de PSPP et ceux de Trump deviennent un terrain propice aux interprétations, parallèles, débats et controverses. Je ne souhaite pas ici faire la recension de toutes les déclarations de PSPP depuis 2023, en analysant celles qui rejoignent ou s'éloignent du discours de Trump. Je laisserais d'autres collègues que moi faire ce travail nécessaire mais fastidieux, à l'instar de l'historien Alexandre Dumas. Par exemple, celui-ci a fait une liste détaillée de déclarations contribuant à la "construction de l'Autre" à l'Assemblée nationale, afin de démontrer que le député solidaire Haroun Bouazzi n'avait pas complètement tort avec ses propos controversés à l'automne 2024.

Mon hypothèse ici est que cette stratégie de recension visant à démontrer la trumpisation du PQ est une voie parsemée d'embûches. Il y a sans doute des dizaines de déclarations de PSPP dans les dernières années permettant effectivement de faire un parallèle avec Trump, mais aussi des dizaines de déclarations qui s'en éloignent, notamment en termes de radicalité.

Par exemple, les deux politiciens dénoncent les problèmes de l'immigration massive et souhaitent refermer les frontières pour défendre une identité nationale menacée, mais leurs méthodes ne sont pas les mêmes et leurs propos ne sont pas aussi virulents. Par exemple, PSPP dénonce les "seuils d'immigration astronomiques", tout en spécifiant qu'il ne faut pas cibler les migrants eux-mêmes. De son côté, Trump n'hésite pas à dire que les immigrants "empoisonnent le sang de notre pays", ce qui évoque évidemment le discours nazi du siècle dernier.

Dans ce contexte, il sera difficile de tirer des conclusions définitives. D'un côté, les gens de gauche diront : "oui Trump est plus radical et décomplexé, mais PSPP adopte le même discours pour se faire élire. Le PQ s'inscrit dans une trajectoire qui mène ultimement vers cette droite radicale autoritaire". Par contraste, les gens de droite ou les péquistes répliqueront : "oui PSPP a le courage de dénoncer les problèmes causés par l'immigration, mais lisez le programme du PQ, on ne va pas aussi loin que les mesures de Trump ou d'autres partis d'extrême droite, on veut juste retrouver un équilibre". Comment départager qui a raison entre ces deux interprétations divergentes ?

C'est pourquoi je propose de remplacer la stratégie de la recension des déclarations, qui est peut-être utile mais très chronophage, par l'usage d'un continuum de radicalisation de la droite national-populiste.

La droitisation du PQ

À mes yeux, si l'idée d'une "trumpisation du PQ" n'est pas complètement dénuée de sens, et comporte certaines vérités, je crois qu'il ne s'agit pas de la meilleure analogie pour décrire le discours actuel de PSPP. D'abord, le mot "trumpisation" évoque spontanément la personnalité de Trump, alors qu'il s'agit en fait d'un parallèle plus profond sur le plan discursif, politique et idéologique. Cela amène donc des malentendus dans la discussion, qu'il faut d'abord déconstruire avant de revenir sur le débat de fond. Bref, ce n'est pas une analogie intuitive pour le sens commun, hormis peut-être pour les gens de gauche.

Ensuite, si le parallèle entre le PQ actuel et le premier mandat de Trump (2016-2020) peut être fait – on parlait à l'époque du "populisme de droite" – l'analogie tiendrait mieux la route. Or, la deuxième administration Trump est carrément entrée dans une dynamique de fascisation avec la construction accélérée d'un État policier depuis 2025. Si on dit que le PQ se "trumpise" en 2026, on pense spontanément aux agents de ICE qui tuent des citoyens américains, à l'armée qui débarque dans les villes démocrates, à Alligator Alcatraz, au 51e État, à l'invasion du Venezuela et l'annexion probable du Groenland. Bref, le parallèle entre le PSPP actuel et le Trump tyrannique de 2026 semble encore une fois une exagération.

C'est pourquoi il serait plus prudent de parler d'une "droitisation du PQ", marquée par différents axes sur le plan du discours et des positions politiques. Cela implique que le PQ est plus à droite en 2026 qu'il ne l'était en 2021 par exemple. Cela peut se vérifier au niveau des positions sur le plan identitaire : le PQ va plus loin que la CAQ en termes d'interdiction des signes religieux, de baisse des seuils d'immigration, de mesures ciblant les personnes trans, etc.

Cela peut aussi se vérifier au niveau économique, où le PQ se droitise depuis l'élection partielle d'Arthabaska (en adoptant un discours proche du Parti conservateur du Québec). Dans la dernière année, le PQ a promis de réduire la bureaucratie et le "nombre de fonctionnaires si le PQ formait le pouvoir en 2026". Lors de son dernier congrès, le PQ a ouvert la porte aux oléoducs. Enfin, PSPP a annoncé lors de son dernier passage en Beauce qu'il avait un "projet ambitieux de dégraissage de l'État", qu'il allait mettre la hache dans les subventions pour financer des baisses des baisses d'impôts aux entreprises. Comme le remarque le journaliste Patrick Bellerose :

Coïncidence révélatrice, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime ont annoncé au même moment leur intention d'abolir une cagnotte abondamment utilisée par Pierre Fitzgibbon pour financer des projets avec un succès mitigé, dont Northvolt. En économie comme sur d'autres enjeux, le Parti Québécois se positionne de plus en plus à droite sur l'échiquier politique. Si bien qu'il a rejoint le Parti conservateur du Québec, vendredi, quand les deux formations ont annoncé à une heure d'intervalle leur intention d'abolir le Fonds de développement économique.

Si plusieurs personnes comme Karima Brikh continuent de prétendre que le PQ serait toujours un parti "social-démocrate" en 2026, on devra montrer des déclarations de PSPP et des politiques économiques concrètes qui vont en ce sens. Pour l'instant, on voit plutôt que le PQ joue dans les platebandes du PCQ, qui est un parti conservateur et libertarien, bref un parti de droite économique assumée, proposant un projet encore plus à droite que la CAQ sur l'échiquier politique.

Cette droitisation du PQ se fait également sentir sur le plan géopolitique, via la nouvelle alliance avec le mouvement indépendantiste albertain qui penche vers la droite populiste radicale et qui fait lui-même alliance avec l'administration Trump. J'ai essayé de décortiquer ce récent repositionnement du PQ au niveau des relations internationales dans un précédent texte.

Depuis, un reportage fouilléde Radio-Canada du 25 janvier corrobore mes hypothèses. Des leaders de la droite indépendantiste albertaine fricotent avec le récit du "Grand remplacement", les théories du complot sur les chemtrails, et des discours décomplexés comme "les immigrants nous détestent". De plus, il mènent des "négociations [avec les États-Unis] pour obtenir un accès à une ligne de crédit de 500 milliards de dollars américains auprès d'institutions financières pour soutenir une éventuelle transition". Cela a été confirmé par un article du Financial Times montrant que des hauts responsables de l'administration Trump ont bien tenu des réunions avec des dirigeants de l'Alberta Prosperity Project (APP).

Ainsi, PSPP semble plus à l'aise de nouer des alliances avec la droite populiste radicale, au Québec, au Canada ou ailleurs, qu'avec des groupes de gauche, qu'elle soit radicale ou non. Si le chef du PQ admet avoir rencontré des leaders du mouvement indépendantiste albertain en septembre dernier, il nie pour l'instant entretenir des relations étroites avec ces derniers. Or, un article de La Presse révèle que PSPP a des échanges hebdomadaires avec le leader albertain Mitch Sylvestre, lequel considère son homologue québécois comme un "ami".

Mitch Sylvestre a d'ailleurs parlé au chef du PQ « il y a quelques jours » à peine pour revenir sur le discours de Mark Carney sur les plaines d'Abraham et « la désinformation [au sujet] de l'histoire de Québec ». Selon l'Albertain, les deux hommes échangent régulièrement au sujet de la souveraineté. M. St-Pierre Plamondon lui offre aussi des conseils. « Il m'a demandé de ne pas [les] révéler », a-t-il dit.

Ce rapprochement entre le Parti québécois, le séparatisme albertain et la haute administration des États-Unis n'est pas une fiction, mais une réalité factuelle. Cela dit, est-ce que le fait que le PQ noue des alliances avec des forces de droite radicale signifie que le parti se transforme lui-même en parti de "droite radicale", analogue à l'indépendantisme albertain et à l'administration Trump ? Pas forcément, car on peut y voir là un alignement d'intérêts (au niveau économique et géopolitique), malgré des différences importantes entre ces différentes tendances. Comme le dit l'adage : politics makes strange bedfellows.

Les axes de droitisation

Revenons sur l'expression "droitisation du PQ", qui devrait faire davantage consensus dans l'espace public. Selon moi, on n'assiste pas à une droitisation partielle du PQ, comme si son discours flirterait avec la droite sur des enjeux comme l'immigration, tout en gardant un solide programme de gauche au niveau économique. Contrairement au PQ de René Lévesque, PSPP n'a pas un "préjugé favorable" envers les travailleurs et les syndicats ; il fait plutôt de l'œil aux PME et au patronat. Bref, on assiste à une droitisation globale du PQ sur les axes identitaire, économique et géopolitique.

On peut encore se demander quel est le degré d'intensité de cette droitisation. Voit-on un parti aux origines social-démocrate se transformer progressivement en parti de droite ? À l'inverse, le PQ n'était-il pas déjà un parti centriste ou de centre-droit, par contraste à Québec solidaire et son projet de société social-démocrate ?

Notons que le premier gouvernement de René Lévesque (1976-1980) avait un ancrage social-démocrate qui a prolongé les grandes réformes de la Révolution tranquille amorcées en 1960. Or, depuis les années 1980, on peut déjà voir une droitisation du PQ. On se rappellera des coupures massives de 1982 dans le secteur public pour répondre à la crise budgétaire, incluant des baisses salariales (de près de 20%), des lois spéciales, etc. On peut aussi penser au virage néolibéral sous le gouvernement de Lucien Bouchard et son fameux "déficit zéro", qui a imposé le départ à la retraite anticipé de milliers d'infirmières, ce qui a provoqué une crise majeure du système de santé dont nous ne sommes jamais sortis depuis.

Sur le plan identitaire, la droitisation du PQ s'est opérée sous Pauline Marois dès 2007, et a culminé avec le projet de Charte des valeurs québécoises en 2013. Après cet épisode, le PQ a oscillé entre un discours oscillant entre le nationalisme inclusif et le nationalisme identitaire, sous les chefferies de PKP, Lisée et PSPP. Depuis 2023, on peut constater une nouvelle droitisation du PQ en matière de discours anti-immigration, une radicalisation des politiques d'interdiction sur les signes religieux, en plus de mesures ciblant les toilettes mixtes, les cours d'éducation sexuelle et les personnes trans, des positions typiquement conservatrices qui n'étaient jamais apparues dans le programme du PQ auparavant.

Somme toute, la droitisation du PQ n'est pas un phénomène nouveau, mais elle franchit une nouvelle étape. Pour mieux l'analyser ce processus, il faudra revenir sur la question de l'axe gauche/droite, voir comment le PQ a évolué à travers son histoire, et comme il se situe vis-à-vis d'autres partis politiques sur le même continuum.

Rappels sur l'axe gauche/droite

Depuis le XXe siècle, l'axe gauche/droite renvoie d'abord à la "question sociale" et aux enjeux économiques. La gauche (communiste, socialiste ou social-démocrate) privilégie la redistribution des richesses et l'interventionnisme économique, alors que la droite (libérale ou conservatrice) favorise la libre entreprise, la privatisation des services publics et la dérèglementation de l'économie de marché.

Si on veut ajouter un autre niveau de complexité, on peut intégrer d'autres axes. Par exemple, en ajoutant l'axe opposant autorité centrale vs libertés individuelles, on pourra créer un échiquier politique à 4 quadrants permettant de distinguer gauche autoritaire (URSS, Chine, Corée du Nord), gauche libertaire (anarchistes, mouvements zapatiste ou kurde), droite libertarienne (néolibéraux, anarcho-capitalistes) et droite autoritaire (extrême droite contemporaine).

Schéma du quadrant politique. Source : Wikipédia

Si on veut, on pourrait encore ajouter des axes liés à la question constitutionnelle au Québec (fédéralisme vs souverainisme), la question identitaire (wokisme vs nationalisme anti-woke), la question écologique (décroissance vs carbofascisme), la question de l'égalité sexuelle (féministes vs masculinistes), etc. On pourrait alors former des "cubes politiques", voire des matrices avec de multiples dimensions si on voulait raffiner l'analyse avec un haut degré de granularité.

Mais ce n'est pas l'objectif de mon propos ici ; je cherche d'abord à déterminer le degré de droitisation du PQ sur un continuum. Rappelons que cette droitisation est globale, c'est-à-dire qu'elle opère sur différents axes simultanément. Cela signifie qu'il est plus facile de ramener le positionnement du PQ sur un seul axe, et d'établir dans quelle mesure les positionnements du PQ se sont déplacés sur cet axe à travers le temps. C'est pourquoi je privilégie le bon vieux schéma du clivage gauche/droite qui permet de situer les cinq grandes idéologies du XXe siècle : libéralisme, socialisme, communisme, conservatisme, fascisme.

Clivage gauche-droite classique, selon Heywood (2017) et Wetherly (2017). Illustration : Wikipédia.

Si on cherche à réactualiser ce schéma au XXIe siècle, on pourrait remplacer le mot "fascisme" par "droite populiste radicale" ou "extrême droite". Le libéralisme deviendrait le "centrisme", ou encore ce que certains appellent le "néolibéralisme progressiste" ou les "libéraux inclusifs". Le socialisme deviendrait la social-démocratie, le réformisme radical ou l'écosocialisme électoral (comme Zohran Mandani, Bernie Sanders ou Jean-Luc Mélenchon). Enfin, le "communisme" de jadis serait remplacé par diverses mouvances : anarchistes, écologistes anti-industriel, zadistes, marxistes-léninistes indéfectibles, etc.

La droitisation de la scène politique québécoise

Une façon plus sobre de présenter le tout consiste à faire un continuum entre la gauche radicale et la droite radicale, avec une série de positions intermédiaires. Si on examine comment le PQ a évolué entre sa création en 1968 et son positionnement actuel en 2026, on peut utiliser le schéma suivant :

Droitisation du PQ, Jonathan Durand Folco, février 2026.

Bien sûr, ce schéma risque de susciter plusieurs réactions, car la gauche et la droite n'ont pas la même façon de se percevoir et de situer leurs adversaires sur le spectre politique. Cet effet de "déformation" s'accentue si on adopte des positions plus radicales. Par exemple, un membre du Parti communiste révolutionnaire percevra Québec solidaire comme un parti de droite bourgeois, et tout ce qui est à droite de QS sera considéré comme des forces réactionnaires ou d'extrême droite.

À l'inverse, un membre du nouveau Parti populaire du Québec (créé au début janvier par des gens près de Maxime Bernier qui se disent nationalistes, proliberté, anti-wokes, antivaccins et contre l'immigration de masse), verra Québec solidaire comme un parti d'extrême gauche, le PQ, le PLQ et la CAQ comme des partis de gauche, et le PCQ comme un parti de droite modérée. La bonne nouvelle, c'est que ces deux visions diamétralement opposées s'entendent pour classer les différents partis politiques dans le même ordre ; la seule différence sera de savoir où se situe exactement la frontière entre la gauche et la droite. Voici donc mon analyse de l'axe gauche/droite au Québec en 2026 :

Positionnement politique des partis au Québec. Jonathan Durand Folco, février 2026.

De visu, il n'est pas étonnant que la scène politique au Québec soit largement dominée par la droite en 2026. Éric Duhaime est d'ailleurs très "heureux de la montée de la droite", et son parti propose de rebaptiser le Conseil du Trésor par "Conseil de l'efficacité gouvernementale", faisant un clin d'oeil au DOGE d'Elon Musk. Le PQ joue dans cette platebande en partie, tout en étant moins libertarien que le PCQ, mais plus à droite que la CAQ en matière d'immigration.

De son côté, le candidat à la course à la chefferie de la CAQ Bernard Dranville promet un "virage à droite" avec des baisses d'impôts pour les contribuables et les entreprises, l'introduction du privé dans les systèmes de santé et d'éducation, avec un discours digne d'un "adéquiste populiste décomplexé" comme l'a souligné la chroniqueuse Josée Legault. On voit donc une véritable course à trois dans la droitisation de la scène politique québécoise entre la CAQ, le PQ et le PCQ.

Que cela représente-t-il en en termes d'intentions de vote ? Jetons un coup d'oeil aux projections électorales du site Qc125 en date du 3 février 2026.

Projections des votes et des sièges à l'échelle provinciale, 3 février 2026. Source : Qc125

En gros, le "bloc de droite" (composé du PQ, CAQ et PCQ) totalise 64% des intentions de vote, avec un potentiel de 81 sièges à l'Assemblée nationale. Si on combine le bloc de gauche et le bloc libéral, cela donne à peine 34% des voix et 44 sièges au total. Il n'est donc guère étonnant que le PQ (tout comme la CAQ et le PCQ), courtise l'électorat par une offre politique de plus en plus à droite. En d'autres termes, la droitisation du PQ résulte en partie de la droitisation de la société québécoise et de sa scène politique.

Cela dit, est-ce que les partis de droite ne font que s'adapter au changement des préférences électorales de la population qui deviendrait plus conservatrice, en raison de sa courbe démographique (vieillissement de la population), des enjeux sociaux ou des débats sur l'identité ? Autrement dit, est-ce que l'offre politique de la droite ne fait que s'ajuster à la demande conservatrice de l'électorat ? Ou est-ce que la surenchère identitaire et la droitisation des partis ne contribuent pas directement à la droitisation des esprits dans l'espace public ?

On retombe ici sur le paradoxe de l'œuf et la poule : est-ce la sphère politique qui s'ajuste aux demandes de la société civile, ou bien l'inverse ? À mon humble avis, la réponse est simple est "un mélange des deux". La droitisation des partis alimente la droitisation du débat public et des subjectivités, qui accélèrent à leur tour la droitisation de la scène politique. L'espace public composé de la sphère médiatique traditionnelle et des médias sociaux joue le rôle d'intermédiaire entre l'État et la population, mais le rapport de force dans l'arène médiatique en 2026 joue clairement en faveur des groupes conservateurs, populistes et d'extrême droite.

Ainsi, la "droitisation" de la société québécoise est un processus circulaire et dialectique, une boucle de rétroaction. Cela ne veut pas dire que toute la société est complètement assujettie à cette dynamique, mais que le sens du courant pousse fortement vers la droitisation. Jusqu'où cette dynamique va nous porter ?

La droitisation face au vote souverainiste

Après ce bref exposé, la dynamique de droitisation de la vie politique québécoise en 2025-2026 devrait apparaître comme une évidence pour toute personne minimalement raisonnable, que ce soit par des gens de gauche, de centre ou de droite. Les membres fondateurs de Québec solidaire constatent cette tendance dans leur lettre ouverte soulignant le 20 vingtième anniversaire de la création du parti, tout comme Éric Duhaimedu PCQ qui se réjouit de cette droitisation, signalant le fait que le PQ et la CAQ s'inspirent aujourd'hui de son programme.

Cette droitisation généralisée explique d'ailleurs pourquoi l'actuel chef du PQ cherche d'abord à élargir le camp du OUI en tendant la main à Éric Duhaime et Maxime Bernier, plutôt qu'à se rapprocher de Québec solidaire ou à apaiser certaines chicanes avec la gauche sur les enjeux identitaires. Si on fait un simple calcul électoral, une alliance PQ/PCQ correspond à 48% des voix et 81 sièges, par contraste à une alliance PQ/QS qui équivaut à 42% et 77 sièges.

Même si QS et PQ sont deux partis indépendantistes, surtout depuis l'élection de Ruba Ghazal et Sol Zanetti qui affirment constamment qu'ils feront partie du Camp du OUI, la stratégie actuelle du PQ consiste à s'éloigner encore plus de QS et de la "gauche radicale" pour se rapprocher de partis de droite décomplexée. Cela met en évidence le fait que le PQ n'a pas besoin de la gauche pour gagner. Cela semble évident pour les prochaines élections de 2026. Et comme les porte-paroles de QS répètent qu'ils feront partie du camp du OUI dans tous les cas, PSPP prend l'appui de QS comme un acquis, et préfère élargir le camp du OUI par la droite.

Néanmoins, cela est un parti très risqué, d'autant plus que l'appui à l'indépendance est actuellement autour 33%. Regardons ici la variation des appuis à l'option souverainiste de 2023 à 2026 tirée du site Qc125 :

Sondages sur la souveraineté du Québec (3 février 2026). Source : Qc125

On peut constater une hausse de l'appui à l'indépendance qui a atteint un pic au début de l'année 2024, approchant la barre de 45%. Mais depuis le début de l'année 2025, avec le retour de Trump à la Maison-Blanche qui a provoqué un sentiment d'insécurité et favorisé une remontée du nationalisme canadien, l'appui à l'indépendance a diminué pour se situer autour de 33% en moyenne. Le dernier sondage Léger du 28 janvier 2026 montre d'ailleurs que 26% des électeurs du PQ voteraient contre la souveraineté, ce taux montant à 67% pour QS.

Autrement dit, la stratégie de droitisation du PQ représente un jeu dangereux pour l'appui à la souveraineté à moyen terme. PSPP renforce ainsi sa base électorale et militante avec un discours fort, tranché, indépendantiste assumé, anti-woke et bien ancré à droite. Cela permet de durcir son bloc politique, avec des militant·e·s bien crinqués derrière leur chef, mais l'élargissement de l'appui à l'indépendance pâtit inévitablement de ce durcissement.

Sondage Léger 29 janvier 2026 : Source

Seulement 39% des francophones appuient l'indépendance, alors que 91% des non-francos rejettent cette option. Ce n'est guère étonnant, mais la priorité du PQ ne semble pas pour l'instant à construire des ponts avec un discours plus inclusif et rassembleur. On privilégie plutôt l'alliance avec la droite indépendantiste albertaine, et on tend la main au PCQ et à Maxime Bernier pour espérer que leur base électorale se convertisse aux vertus du souverainisme. Cette stratégie de droitisation du Camp du OUI permettra-t-elle d'atteindre le 50%+1 ? C'est une bonne question.

Les prochaines étapes

Si la droitisation du PQ ne fait plus de doute, il faut tout de même réfléchir aux conséquences possibles d'une course vers la droitisation menée par le PQ, la CAQ et le PCQ, dans un contexte global marqué par l'hégémonie des droites populistes, radicales et d'extrême droite. Malgré notre bonne volonté, nous ne sommes pas à l'abri des influences de la droite radicale en France ou aux États-Unis. Jusqu'où cette dynamique va-t-elle nous mener ?

Rappelons que la vie politique québécoise depuis un siècle a généralement oscillé entre le centre-gauche et le centre-droit, évitant généralement le recours à la violence politique. Nous avons bien sûr eu des exceptions, comme le fascisme du parti d'Adrien Arcand dans les années 1930-1940, ou encore des actions directes de courants d'extrême-gauche comme le Front de Libération du Québec (FLQ) qui ont mené à la Crise d'Octobre et la Loi sur les mesures de guerre en 1970.

On a aussi eu les tueries de masse de Marc Lépine à la Polytechnique, qui a tué 14 femmes dans un attentat anti-féministe en décembre 1989, ou encore l'attentat islamophobe de la mosquée de Québec en 2017, qui a fait 6 morts et 19 blessés en janvier 2017. Bref, le Québec n'est pas complètement immunisé contre la montée de l'intolérance et de la droite radicale. Des personnalités comme l'écrivaine Kim Thúy ont d'ailleurs sonné l'alarme sur la dégradation du climat politique envers les immigrants, en jouant le rôle de "canari dans la mine".

Bref, est-ce que la "trumpisation" reste toujours un horizon possible au Québec ? Qu'arrivera-t-il si cette dynamique de droitisation se radicalise à court, moyen et long terme ? Si la droitisation du PQ est déjà un processus bien en marche, à partir de quel moment devrait-on parler d'extrême-droitisation ? Quel est la différence entre ces deux termes ? Ce sera l'objet de mon prochain texte.

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Manifestations contre les coupures du PEQ : une injustice à réparer

10 février, par Ginette Lewis — , ,
5 villes mobilisées (Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau, Chicoutimi), plus de 800 personnes à Québec, des slogans, des témoignages et du soutien. Ce sont les manifestations (…)

5 villes mobilisées (Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau, Chicoutimi), plus de 800 personnes à Québec, des slogans, des témoignages et du soutien. Ce sont les manifestations contre la coupures du PEQ. L'abandon par le gouvernement caquiste du programme de l'expérience québécoise (PEQ) soulève un fort mouvement d'indignation.

Nous publions ci-dessous la vidéo des interventions faites à la manifestation tenue à Québec le 7 février dernier devant l'Assemblée nationale.

En effet, les autorités gouvernementales ont sollicité, invité, promis et organisé des personnes immigrantes à venir s'installer au Québec sous promesse de permanence citoyenne et maintenant plus aucune certitude, le programme est aboli et remplacé par quelque chose que le ministre Roberge a bien de la misère à rendre clair.

À Québec, la manifestation a débuté par des témoignages et des discours de soutien : de la Centrale des syndicats nationaux( CSN) de personnes conseillères municipales à Lévis et Québec, de l'Association étudiantes des Cegeps, Il y a eu aussi des témoignages.

Deux partis politiques ont aussi tenu à donner leur appui à la demande de clause grand-père-grand -mère. C'est Sol Zanetti pour Québec Solidaire et Charles Milliard pour le Parti Libéral du Québec. Mais où était le Parti Québécois ?

François Carabin, journaliste au devoir rapporte (Abolition du PEQ : Paul St-Pierre Plamondon prêt à appliquer une clause « grand-père » à certains immigrants | Le Devoir ) le 29 janvier 2026 que :

« Paul St-Pierre Plamondon se dit ouvert à appliquer une clause de droits acquis à une partie des immigrants laissés en plan par l'abandon du Programme de l'expérience québécoise (PEQ), mais il ne précise pas en quoi sa proposition se distingue de celle du gouvernement Legault.
(….)
Or, « soyons clairs : on ne peut pas donner une clause “grand-père” à tous les temporaires fédéraux, à tous les demandeurs d'asile », a convenu Paul St-Pierre Plamondon en mêlée de presse jeudi.« Comme le gouvernement Legault, qui a jusqu'ici refusé d'entendre les demandes du milieu, il estime irréaliste que l'ensemble des immigrants temporaires résidant actuellement au Québec — près de 550 000, selon le plus récent décompte de Statistique Canada — aient accès à la résidence permanente. Son parti propose de rabaisser les seuils d'immigration annuels à 35 000 admissions.
Le chef du PQ se dit toutefois prêt à accorder la résidence permanente à certains immigrants temporaires, « par programmes et, ensuite, par secteurs, peut-être ». « Ça se peut aussi qu'on considère le facteur régional », a-t-il souligné. Il a ensuite demandé aux journalistes de « laisser travailler » son équipe avant qu'il fasse part de sa position officielle.

En fait le PQ soutien la démarche péquiste de diminuer l'immigration au Québec. L'abolition du PEQ illustre cette politique de fermeture des frontières. Le PQ est donc assis entre les politiques caquistes qu'il soutien et le mécontentement populaire. Fort en avance dans les prédictions populaires en vue des élections provinciales d'orctobre 2026, il veut éviter de faire des éclats avec ce dossier. Pourtant, les personnes immigrantes méritent justice. Elles demandent une clause grand père-grand mère pour leur assurer de pouvoir rester ici. Le nouveau programme qui remplacera le PEQ verra à individualiser davantage les demandes et instaurera un cas par cas. Il faudra voir l'efficacité d'une telle démarche faite par un gouvernement qui veut plafonner l'immigration.

Les personnes au PEQ demandent qu'on clarifie leur sort. C'est déjà une forme de remise en question des politiques migratoires du gouvernement Legault.
Soutien total aux personnes du PEQ.

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Quelle place pour la souveraineté du PQ dans la conjecture de 2026 ?

10 février, par Brandon Johnston — , ,
La place du Québec dans le monde est une question qui ambule dans les pensées de toute personne qui y vie ou qui lui porte attention. C'est une question qui, depuis le début du (…)

La place du Québec dans le monde est une question qui ambule dans les pensées de toute personne qui y vie ou qui lui porte attention. C'est une question qui, depuis le début du Génocide à Gaza et la réaction de l'Occident face à celui-ci, prend une grande place pour les gens consciencieux. Que ce soient des étudiants, des travailleurs, syndicats ou de grands capitalistes, tous y réfléchissent selon leur vision du futur.

Par Brandon Johnston

Les enjeux géopolitiques du présent, les crises sociales et la crise écologique sont les terrains de jeux sur lesquels un futur projet pour notre société se jouent. Pour nos dirigeants, il semble que la seule solution pour résoudre ces crises est de miser davantage sur les politiques qui nous ont menés ici. L'atteinte aux droits civiques et des minorités, la militarisation de la société, la dépendance aux énergies fossiles, l'austérité et la privatisation de ce qu'il reste de nos services publics et la bouc-émisiarisation des immigrants sont les tendances qu'ils préconisent. Dans notre belle province, la CAQ, dans ces derniers mois de son mandat vise : la réduction des effectifs l'État en « skeleton crew » à la DOGE (PL.7), assurer les profits des plus grandes compagnies énergétiques et minières (PL.5), empêcher le port du voile aux employés scolaires (PL.94), d'éliminer le droit de grève pour certains (PL.14), le projet de (pseudo-) constitution par en haut et j'en passe. Cette trajectoire autoritaire et antisociale sera fort probablement continuée et augmentée par notre prochain gouvernement, car les crises ne seront pas atténuées d'ici là. Si nous nous fions aux sondages d'intentions de vote de Qc1251, le PQ formera probablement le prochain gouvernement.

Dans cette perspective d'un Québec dirigé par le PQ venu octobre 2026, leurs propositions et leurs intentions, qui sont déjà en partie élaborés depuis quelque temps, serviront d'indice pour le futur. Pour ceux qui suivent les changements idéologiques du parti, le Parti Québécois a subi ce qu'Alexandre Dumas appelle la « trumpisation ». Simplement, il s'agit de l'alignement idéologique du Parti avec celle du Parti Républicain sous Trump. Dans un projet d'indépendance, PSPP a dit clairement que « Nos intérêts au Québec sont alignés sur ceux des États-Unis »2 dans une conversation avec leDevoir sur les adhésions internationales d'un Québec indépendant. Cette admission de l'alignement avec les impérialistes en chef d'un Québec indépendant pose beaucoup de questions sur le rôle que jouera le Québec dans la vision du PQ. Comment avouer que le Québec sera « pacifique » s'il adhère au racket de protection de l'OTAN ? Comment un Québec, pénétré et asservit par le capital canado-américain, puisse réellement être souverain ? Ces questions ne sont pas abordées, c'est simplement la balance budgétaire du gouvernement qui les intéresse3.

La conjecture géopolitique du séparatisme Québécois et Albertain, l'annexion du Groenland et du Canada sont les enjeux principaux qui concernent immédiatement la question de souveraineté. Les gens comme PSPP croient que l'alignement avec les États-Unis servira de police d'assurance pour un Québec libre, mais ils ignorent que cet alignement avec les mouvements séparatistes du Canada par les États-Unis est une stratégie pour diviser (physiquement) la confédération en vue de l'annexion. De plus, ils font preuve d'une étroitesse de vision et ignorent les objectifs réels de la politique étrangère américaine. Les Américains ne respectent pas le droit de souveraineté, ils cherchent le contrôle exclusif des ressources de l'hémisphère de l'Amérique en plus de l'accès au passage du Nord-Ouest. Une indépendance du Québec et sont alignement avec les États-Unis servira directement les intérêts trumpistes.

Il devient clair que l'approche du PQ en matière de relations internationales en est un d'apaisement. Leur pari est de se rapprocher idéologiquement de Trump et de laisser la porte ouverte pour les intérêts américains dans l'économie québécoise4 afin de diminuer la « friction » qu'il aura entre le Québec et les États-Unis. C'est une approche qui ne fonctionnera pas. Présentement, l'Europe envisage cette solution avec le Groenland. Malgré les protestations de l'annexion certains gouvernements européens, les gouvernement danois et groenlandais essaient de trouver un accord pour permettre aux États-Unis d'augmenter leur présence sans annexion du territoire arctique5 (ce nouvel accord se fondera sur la modification de l'accord de 1951 et de 2004 qui permet déjà aux États-Unis l'utilisation du territoire Groenlandais). Tu ne donne pas long comme le doigt pour empêcher qu'ils prennent long comme le bras. Les Danois et Groenlandais essaient de défendre leur souveraineté en offrant un doigt : plus grand accès à leur territoire et à leurs installations militaires6, en conséquence ils se retrouveront avec une souveraineté qui manque un bras : soumission aux américains. Il n'est pas farfelu du voir un futur ou ce sera pareil pour le Québec. La stratégie du PQ est vouée à l'échec tout comme celui du Groenland. Comment est-ce que tu peux être souverain s'il y a d'une présence militaire étrangère sur ton territoire ? De la même manière, comment est-ce que le Québec peut être souverain s'il demande une adhésion à l'alliance militaire qui donne le droit aux États-Unis de brimer la souveraineté de ses membres ? Ce sont des questions légitimes qui sembles être absentes du discours souverainiste dominant.

Enfin, l'alignement avec les intérêts des États-Unis est une problématique qui nécessite plus de réflexion de la part des souverainistes du PQ. Je crains que leur vision d'indépendance nous réduise à simplement à changer la puissance à laquelle nous sommes rattachée au lieu de lutter contre l'asservissement. Loin de me prononcer sur une solution fédéraliste vs souverainiste, il faut penser à la stratégie qui permettra un futur plus libre et démocratique pour tous qui vivent sur notre territoire. Au moment présent, le futur de souveraineté du Québec ne dépend pas de son inclusion ou exclusion de la confédération7 mais des mœurs aux Sud de la Frontière. Il faut penser sérieusement de la place du Québec dans un monde de grandes puissances et comment bâtir une société sans oppression, qu'elle vient d'ailleurs ou d'ici.

Notes

1.Fournier, C. par P. J. (s. d.). Qc125 | Sondages et projections électorales. Consulté 4 février 2026, à l'adresse https://qc125.com/
2. Carabin, F. (2025, novembre 6). Le PQ ébauche la place d'un Québec souverain dans le monde. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/931680/pq-ebauche-place-quebec-souverain-monde
3. Pilon-Larose, H. (2023, octobre 23). Budget de l'an 1 d'un Québec souverain : Un pays « essentiellement à coût nul » dès 2027, dit le PQ. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2023-10-23/budget-de-l-an-1-d-unquebec-souverain/un-pays-essentiellement-a-cout-nul-des-2027-dit-le-pq.php
4. Bergeron, P. (2026, janvier 25). Le PQ ne ferme pas la porte aux nouveaux gazoducs ou oléoducs. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-01-25/le-pq-ne-ferme-pas-la-porte-aux-nouveaux-gazoducs-ou-oleoducs.php

5. News, A. B. C. (s. d.). Rubio says technical talks with Denmark, Greenland officials over Arctic security have begun. ABC News. Consulté 4 février 2026, à l'adresse https://abcnews.go.com/US/wireStory/rubio-technical-talks-denmark-greenland-officials-arctic-security-129644099

6. U.S. Security Cooperation with Denmark. (s. d.). United States Department of State. Consulté 4 février 2026, à l'adresse https://www.state.gov/u-s-security-cooperation-with-denmark/

7.« D'après les scénarios envisagés par l'armée canadienne, en cas d'offensive depuis le sud, les forces américaines seraient en mesure de neutraliser les principales positions stratégiques canadiennes en moins d'une semaine, voire

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Les Robins des ruelles frappent encore : vol de plusieurs milliers de dollars de nourriture redistribuée à la communauté

10 février, par Les soulèvements de la terre — , ,
Mardi soir, 6 février 2026, les « Robins des Ruelles » sont revenu_·_e_·_s en force et ont dévalisé une épicerie de l'enseigne Rachelle Béry pour une valeur de plusieurs (…)

Mardi soir, 6 février 2026, les « Robins des Ruelles » sont revenu_·_e_·_s en force et ont dévalisé une épicerie de l'enseigne Rachelle Béry pour une valeur de plusieurs milliers de dollars de nourriture. Une soixantaine d'individus, portant des chapeaux et tuques ornés d'une plume rouge, sont rentrés en masse dans l'épicerie pour y remplir des sacs qu'ils ont ensuite emportés sans passer à la caisse.

Des tracts distribués aux employé_·_e_·_s et aux client_·_e_·_s qui étaient présent_·_e_·_s dans l'épicerie pendant l'action expliquent que l'intégralité du butin récolté sera redistribué à la communauté. Le groupe précise dans son communiqué que la nourriture a été distribuée dans différents frigos communautaires et devant des logements de HLM dans Hochelaga .

Dans leur communiqué, le groupe déclare :

« Chaque jour, nous travaillons comme des acharné·e·s simplement pour pouvoir nous permettre d'acheter de la nourriture dans des supermarchés qui font des profits démesurés. Lorsqu'avoir deux emplois ne permet même plus de se nourrir, de se loger et de prendre soin de sa famille, tous les moyens deviennent légitimes. On a décidé de résister contre un système qui est corrumpu et d'encourager celleux qui sont écoeuré·e·s comme nous à faire de même. Être un·e Robin des ruelles, c'est simple, c'est refuser qu'une poignée de CEO
s'enrichissent sur notre dos, pendant que le reste de la population peine à se nourrir. » - Francis, membre des Robins des ruelles.

Les épiceries Rachelle Béry appartiennent à la chaîne de distribution Sobeys, sous la propriété de la Empire Company Limited. Cette compagnie-mère agit dans deux secteurs : l'alimentaire et le développement immobilier. Le nouveau PDG de l'Empire, Pierre St-Laurent, a enregistré un salaire et des primes de 3.42 millions de dollars canadien depuis novembre dernier._ _Le salaire moyen d'un canadien pour 2025 est de 65 300 $. Sur le site de l'Empire, on lit : « Une_ _famille qui nourrit les familles ». Ne nous laissons pas leurrer. La pauvreté est fabriquée par ceux qui détiennent le monopole du marché de l'alimentaire et de l'immobilier.

Dans leur communiqué, le groupe affirme d'ailleurs :

« _Voler un voleur et redistribuer par la suite la totalité du butin, n'est pas de la charité, ni un geste moral ou chrétien. C'est un geste politique. Voyez dans notre action un appel à s'organiser ensemble contre la mafia de l'alimentaire._ _Comme plusieurs autres l'ont fait
depuis l'action des pères Noël, participez vous aussi à reprendre à ceux qui profitent de notre faim._ » - Francis, membre des Robins des ruelles.

Cette action répond à l'appel lancé par les Soulèvements du fleuve à résister à l'empire alimentaire. Tant que le profit de quelques-uns primera, nous mangerons mal et trop peu, et certain.es n'auront plus de toit sur leur tête. Se défaire de l'emprise du marché sur notre subsistance, voilà l'horizon politique. Les Soulèvements du Fleuve sont clairs : pour nous donner les moyens de nos ambitions, il nous faut exproprier les chaînes d'épiceries, créer des cuisines collectives, changer les parkings en grands potagers, les champs de monoculture en garde-manger collectif, faire front contre les propriétaires. Ce monde ne leur appartient pas.

Les Soulèvements du fleuve ont reçu un communiqué de la part de Robin
des Ruelles avec la demande de le contextualiser et de le partager aux
médias. Les Soulèvements du fleuve jouent un rôle de diffusion.

À propos des Soulèvements du fleuve

Les Soulèvements du fleuve sont nés de la rencontre de plusieurs luttes locales disséminées sur les territoires avec comme volonté de résister au développement extractiviste et à l'accaparement capitaliste. Une tentative qui rassemble de multiples groupes, initiatives et usages. Une réponse à l'appel international des Soulèvements de la terre à rassembler les forces brutes et à s'en prendre directement à ceux qui exploitent et détruisent le vivant, à interrompre la continuité catastrophique du progrès, le rythme incessant de ses flux et la permanence des infrastructures qui le maintiennent.

Source : LesSoulèvementsdufleuve.org

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Une pétition contre la suppression du Programme De l’Expérience Québécoise

10 février, par Mohamed Lotfi — ,
Il se joue au Québec une bataille silencieuse, invisible. Elle prend racine dans une décision politique identitaire qui s'infiltre dans les vies, les attentes, les projets (…)

Il se joue au Québec une bataille silencieuse, invisible. Elle prend racine dans une décision politique identitaire qui s'infiltre dans les vies, les attentes, les projets d'avenir.

Dans mon entourage, je connais une jeune femme de 22 ans, appelons-la Amina. Originaire d'un pays lointain, elle a d'abord étudié pendant trois ans une matière scientifique à l'université, pour ensuite faire ce pas immense vers Montréal, vers le Québec, vers une école privée où elle s'est inscrite dans un programme en administration de la santé. Les délais d'inscription à cette formation l'ont obligée à quitter son pays natal quelques mois avant d'obtenir sa licence en chimie.

Après mûres réflexions, elle a pris une décision qu'elle ne regrette pas. Elle étudie depuis plusieurs mois, elle a déjà obtenu un permis de travail, elle s'efforce de conjuguer études et emplois, elle occupe deux jobs, prodigue son énergie, sa discipline, sa curiosité, dans un français impeccable qui se teinte d'accent québécois au fil des jours.

Elle envisage bien sûr de travailler dans le domaine de la santé et de faire une demande de résidence permanente à la fin de ses études, comme tant d'autres avant elle. Chez nous, au Québec, les permis d'étude et de travail sont souvent la première serrure qui s'ouvre vers un avenir plus stable, vers l'intégration durable dans la société, vers une contribution directe à l'économie, à la culture et à la démographie. Généralement, ces permis ouvrent la porte à une demande de résidence permanente qui permet de passer du statut de travailleur temporaire à celui d'immigrant, d'aspirant à citoyen, dans le respect des règles et des processus établis.

Aujourd'hui, Amina, comme beaucoup d'hommes et de femmes venus d'ailleurs, vit dans l'incertitude après la suppression du Programme de l'Expérience Québécoise (PEQ), qui permettait aux travailleurs étrangers temporaires et diplômés au Québec d'obtenir une sélection permanente. Ce programme a pris fin le 19 novembre 2025. Par son effet psychologique, cette décision suspend l'avenir de familles entières qui ont entamé leur cheminement d'intégration.

Jamais je n'aurais cru voir Jean-François Roberge, à son arrivée au pouvoir en 2018, capable d'une décision aussi violente. Pouvez-vous imaginer cet éducateur de formation, anciennement ministre de l'Éducation, devenu ministre de l'Immigration, expliquer son projet de loi à une classe du primaire ? Moi, je n'y arrive pas. Il a beau porter la signature de cette décision, ce n'est pas son projet, c'est celui d'un gouvernement en perte de popularité. C'est aussi le résultat d'une époque où les opinions publiques carburent à la peur, la peur de l'autre étant devenue un levier politique en soi.

Cette décision modifie en profondeur le cadre normatif de l'immigration au Québec et affecte des milliers de personnes, déjà ici, qui espèrent construire leur vie, leur travail, leurs liens sociaux et familiaux. Derrière les chiffres, derrière les consultations parlementaires, derrière l'intitulé administratif, il y a des rêves d'avenir, des trajectoires personnelles qui cherchent à prendre sens jour après jour.

Cette décision n'est pas une abstraction, c'est une violence institutionnelle. Une loi qui change subitement l'accès à l'immigration, qui efface des espérances, qui retarde des trajectoires, produit un effet de mise en danger des projets individuels et provoque un stress immense chez des milliers d'hommes et de femmes qui travaillent, qui étudient, qui contribuent à la richesse sociale du Québec.

Le ministre de l'Immigration, Jean-François Roberge, justifie cette décision comme une stratégie d'ajustement du nombre d'arrivées, une adaptation du marché du travail, mais pour les personnes affectées, déjà installées ici, c'est avant tout une rupture, un renversement, une remise en question de ce qui était devenu possible.

Alors, quelle est la raison d'être de cette décision qui devient, pour beaucoup, une source d'incertitude ? Les gouvernants affirment vouloir répondre aux besoins socio-économiques du Québec, prioriser certaines qualifications, améliorer l'intégration des personnes immigrantes en lien avec les besoins du marché du travail. Ils parlent d'harmonisation, de prospérité économique, d'efficacité administrative. Mais pour ceux qui vivent ces décisions au quotidien, pour ceux qui construisent pas à pas leur vie ici, ce projet de loi est perçu comme un obstacle, une menace aux droits acquis, un ralentissement de trajectoires qui étaient en marche.

Et c'est ici que la politique devient un art de se servir des gens au lieu de les servir. Pire, l'immigrant devient l'autre, l'étranger, c'est-à-dire moins important. Quand un gouvernement pense pouvoir gagner des points dans les sondages en restreignant l'immigration temporaire ou permanente, quand il oublie que ces mêmes travailleurs et étudiants ont rendu un service immense pendant la pandémie, qu'ils occupent des emplois essentiels, qu'ils enrichissent notre société par leur présence, leur diversité, leur engagement, alors la politique cesse d'être une force de cohésion humaine.

La violence de cette décision, elle est dans les cœurs qui s'inquiètent, dans les familles qui redoutent l'avenir, dans les jeunes qui se demandent si leur énergie et leur talent trouveront un foyer durable ici. Gérald Godin doit tourner dans sa tombe. Comme ministre de l'Immigration, jamais il n'aurait proposé un projet de loi aussi fascisant. Un projet qui est une violence en soi.

Le Québec accueille des immigrants chaque année, il a besoin de ces personnes pour faire face à des défis démographiques, pour revitaliser ses régions, pour enrichir sa vie économique et culturelle.

Alors pourquoi normaliser une chasse à des aspirants à l'immigration ? Pourquoi les accueillir pour, par la suite, les rejeter, les renvoyer et casser leurs rêves ?

Heureusement, tous les citoyens n'adhèrent pas à cette décision. Une pétition circule, des voix s'élèvent pour demander au gouvernement de revenir à la raison, pour respecter les droits acquis de ces travailleurs et étudiants dont le Québec a tant besoin, pour rejeter toute violence institutionnelle qui entrave les vies et les rêves.

Je pense à Amina. À quoi son diplôme obtenu ici, pour les besoins d'ici, va-t-il lui servir ailleurs ? Elle vit déjà la tension de l'incertitude, entre l'aspiration à construire sa vie et la peur d'être renvoyée à la case départ.

Et parce que nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, touchés par ces décisions politiques, parce que la liberté de se projeter dans l'avenir concerne chacun d'entre nous, il est essentiel de comprendre que derrière la décision de supprimer le Programme de l'expérience québécoise (PEQ), il y a des êtres humains. Il y a des histoires comme celle que je connais, il y a des espoirs qui se tissent au fil des jours, et il y a une société qui se mesure à sa capacité à accueillir, à respecter, à reconnaître la valeur de chacun. Il suffirait d'ajouter une simple clause de droit acquis à cette décision pour en changer la nature même.

Si vous êtes contre le projet cette décision, je vous invite à signer et à partager sans modération.

https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-11979/index.html?fbclid=IwY2xjawPy3xtleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeK3rNdD0jfognzFaO-CW1TcHOrLyEzHJBSJ6YWVtEEJtWkZL-amNdn88mdNc_aem__o5KA7D80fgfDy-0rvCsuA

Mohamed Lotfi
6 Février 2026

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La CAQ n’a plus la légitimité de… continuer !

10 février, par Collectif — ,
Ces derniers mois, le niveau d'insatisfaction envers le gouvernement a été particulièrement élevé. La grogne populaire a atteint des sommets, ce qui a forcé le premier ministre (…)

Ces derniers mois, le niveau d'insatisfaction envers le gouvernement a été particulièrement élevé. La grogne populaire a atteint des sommets, ce qui a forcé le premier ministre François Legault à démissionner de ses fonctions. De ce fait, il est inconcevable que la CAQ persiste dans ses projets de réformes et de compressions budgétaires, ainsi que dans l'adoption de projets de loi controversés, alors qu'elle n'a plus aucune légitimité.

Arrivé au pouvoir avec 8 milliards de dollars de surplus et maintenant embourbé dans le déficit, le gouvernement Legault ne peut expliquer son choix de se tourner vers des politiques d'austérité. D'un côté, il dilapide des millions de fonds publics dans des projets privés controversés (Northvolt, SAAQclic, etc.) ; de l'autre, il coupe dans les services publics et les programmes sociaux. Ses multiples tentatives de jeter la pierre aux immigrant·e·s, qu'il n'hésite pas à accuser d'être responsables de la crise du logement, du débordement des hôpitaux ou du déficit, ne parviennent jamais, au final, à le faire remonter dans les sondages.

Cet automne, plutôt que d'écouter les groupes sociaux, syndicaux, communautaires et citoyens qui s'organisent pour dénoncer les coupures, le gouvernement Legault, acculé au pied du mur, choisit de tirer à boulets législatifs sur à peu près tout le monde. Legault attaque les médecins avec le PL 2, les syndicats avec le PL 3 et les organismes communautaires avec le PL 7, dans une ultime tentative de renverser l'opinion publique. C'est dans la même veine qu'a été déposé le PL 1, projet de Constitution québécoise, qualifié de « dérive autoritaire » par le Barreau du Québec.

Après les annonces de départ en rafales, il est inconcevable que ce qu'il reste du gouvernement de la CAQ poursuive dans cette lancée sans prendre acte du verdict évident de la population. S'il décide de se maintenir en place jusqu'aux élections d'octobre, le gouvernement de la CAQ doit faire amende honorable et retirer au plus vite les projets de loi controversés.

Signataires

Naélie Bouchard-Sylvain, Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches

Julie Corbeil, Table régionale des organismes d'éducation populaire de Montréal

Catherine Cartier Pouliot, Mouvement d'éducation populaire autonome de Lanaudière

Mylène Baril-Mantha, Regroupement d'éducation populaire en Abitibi-Témiscamingue

Michel Savard, Table des groupes populaires de la Côte-Nord

Geneviève Tremblay-Racette, Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l'Outaouais

Gabriel Grégoire-Mailhot, Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l'Estrie

Geneviève Latour, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire de la Montérégie

Gabrielle Renaud, Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ)

Vanessa Gamboa, Association des groupes d'éducation populaire autonome (AGÉPA) Centre-du-Québec

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Les idées c’est comme les fruits ça pourrit

10 février, par Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ), Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ) — ,
Guide sur la montée des discours toxiques d'extrême-droite Tiré de Le Nouvel R 4 février 2026 Infolettre de l'R des Centre s de femmes (…)

Guide sur la montée des discours toxiques d'extrême-droite

Tiré de Le Nouvel R 4 février 2026
Infolettre de l'R des Centre s de femmes
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLbvTWCmhXGKKwrTjzBclcJscHshmgCpbBRnJPXLzlPSvrqHQXfzdlzzhXXGgZqTnbq

Qui sommes-nous ?

Le Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ) est un organisme communautaire autonome de formation. On réfléchit ensemble à comment créer une société égali-taire fondée sur le partage égal des richesses et sur l'autonomie et la dignité de toutes les per-sonnes.

Site web : grfpq.org

Le MÉPACQ, le Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec, est un mouvement national et multisectoriel qui travaille à la transformation sociale dans une perspective de justice sociale. Il regroupe 11 tables régionales en éducation populaire autonome (ÉPA) qui re-groupent 338 groupes populaires et communautaires autonomes.

Site web : mepacq.qc.ca

Introduction

Depuis quelques années, on voit des changements dans ce qu'on entend à la télévision et à la radio.

C'est de plus en plus acceptable d'haïr des gens et de les blâmer de tous les problèmes de la société.

À force d'entendre ces idées-là, on arrête de voir des humains. À la place, on voit des problèmes et des menaces. Ça devient correct de leur enlever des droits, de les insulter ou d'être violent avec elles.

C'est facile de penser « C'est pas de moi qu'on parle, ça ne me concerne pas ».

Mais quand on regarde le passé, on sait ce qui arrive : quand on enlève des droits à des gens, ça devient facile d'en enlever à tout le monde. Quand on accepte la violence et la surveillance dans notre société, c'est tout le monde qui est en danger.

Les idées, c'est comme les légumes. Si on voit que ça commence à pourrir, il faut s'en débarrasser avant que la pourriture contamine tout le frigo.

On a fait ce petit guide pour nous aider à reconnaître des idées passées date et pour voir ce que ça peut donner si on les laisse pourrir.

Est-ce que vous en reconnaissez ?

Immigration

1- La crise du logement, c'est 100% de la faute des personnes immigrantes. Il faut accepter moins de personnes immigrantes et demandeuses d'asile.

2- Les personnes immigrantes vont finir par remplacer les vrais Québécois de souche. Il faut arrêter toute l'immigration.

3- Notre peuple et notre culture sont menacés par “les autres”. Il faut renvoyer dans leur pays ceux qui ne sont pas des "vrais Québécois".

Ouache ! La peur et la haine, ça lève le coeur.

Vive l'accueil et l'entraide !

Diversité sexuelle et de genre

1- Les personnes homosexuelles et les personnes trans ont le droit d'exister, mais il ne faut pas les encourager

2- Les personnes trans veulent convaincre nos enfants d'être trans aussi. Il faut empêcher ces personnes d'être avec nos enfants.

3- La biologie, c'est un homme et une femme qui font des bébés ensemble. Les personnes homosexuelles ou les personnes trans sont malades et on doit les forcer à se faire soigner.

Ouache ! La méfiance, c'est pas beau à voir.

Vive l'ouverture !

Femmes

1- Les féministes veulent contrôler les hommes et la société. Les femmes qui demandent plus d'égalité devraient se taire.

2- La société allait mieux quand les hommes et les femmes avaient des rôles séparés. Les femmes doivent retourner à la maison pour s'occuper des enfants et du ménage.

3- Les hommes ont toujours dominé les femmes, c'est l'ordre naturel des choses. Les femmes doivent obéir aux hommes.

Ouache ! La domination, ça pue !

Vive l'égalité !

Personnes assistées sociales

1- Il ne faut pas encourager les gens à se faire vivre par le gouvernement. Si une personne n'a pas d'emploi, c'est normal qu'elle doive aller à la banque alimentaire.

2- Les seules personnes qui méritent l'aide sociale sont celles qui ont un handicap ou une maladie grave. On devrait couper l'aide sociale pour les autres.

3- Le gouvernement ne devrait pas faire vivre les personnes qui ne rapportent rien à la société. Les personnes sans emploi devraient faire des travaux forcés.

Ouache ! Les préjugés, ça passe mal.

Oui au partage des richesses et à valoriser les contributions bénévoles à la société !


Personnes vivant avec un handicap

1- Certaines personnes avec un handicap ne sont pas capables de travailler. On doit les mettre dans des écoles spéciales et leur donner des tâches faciles pour les occuper.

2- Les personnes avec un handicap ont déjà de la misère à s'occuper d'elles-mêmes. Elles ne devraient pas avoir d'enfants.

3- Les personnes avec un handicap souffrent et leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue. En plus, elles sont un poids pour la société. On devrait leur donner l'aide médicale à mourir.

Ouache ! Le mépris, ça a mauvais goût.

Vive la dignité et l'autonomie !

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Journée de mobilisation lors de la semaine de grève et de mobilisation en défense collective des droits

10 février, par Collectif — ,
Québec, 2 février. Plusieurs groupes des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches ferment les portes de leurs organismes pour toute une journée dans le but de revendiquer (…)

Québec, 2 février. Plusieurs groupes des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches ferment les portes de leurs organismes pour toute une journée dans le but de revendiquer un meilleur financement à la mission.

Cette grève a lieu dans le cadre de la Semaine de mobilisation en défense collective des droits. Deux autobus transportant des citoyennes et citoyens mobilisés ont entrepris ce matin une tournée de bureaux de députés de l'Assemblée nationale du Québec dans le but de remettre une lettre exposant leurs principales revendications. Les bureaux visités étaient ceux de Bernard Drainville, d'Éric Caire, de Geneviève Guilbault et de Martine Biron. Cette action a été suivie d'un vox pop sur la place publique, puis d'une manifestation organisée en début d'après-midi.

Les organismes en défense des droits au bout du rouleau

Annuellement, l'insuffisance financière des organismes en défense collective des droits s'accentue, ce qui se répercute sur leur travail et leur soutien aux populations marginalisées.

« On sait que la ministre Rouleau dispose des marges de manœuvre budgétaires à l'intérieur du Plan d'action gouvernemental en matière d'action communautaire pour accorder un soutien d'urgence aux groupes de défense de droits. C'est vraiment de la mauvaise foi de sa part de faire fi de nos demandes », dénonce Vania Wright-Larin, du Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches (REPAC 03-12).

À cela s'ajoute l'actuel projet de loi 7 de la CAQ, qui propose entre autres une fusion de plusieurs organismes gouvernementaux et programmes. Cette nouvelle proposition de loi laisse entrevoir une entrave à la protection de l'autonomie politique des organismes, remettant en question la pérennité de l'ensemble des groupes communautaires en défense collective des droits (DCD).

Les groupes en DCD, une mission indispensable

Le secteur en DCD regroupe plus de 350 groupes ayant pour mission commune la protection des droits de la population. Acteurs de transformation sociale, ces organismes travaillent auprès des personnes concernées dans le but de vulgariser et de dénoncer les atteintes à leurs droits en s'attaquant aux causes structurelles qui maintiennent les injustices. Cependant, les priorités du gouvernement et les conséquences de leurs orientations politiques sont flagrantes : « Avec les moyens actuels, nous n'arrivons pas à nous mobiliser pour répondre à nos objectifs de justice sociale et climatique, qui subissent des attaques sans précédent. L'insécurité financière menace aussi la pérennité de nos postes de travail », dénonce la porte-parole des AmiEs de la Terre de Québec, Anne-Sophie Trottier. Bien décidés à se faire entendre, les groupes en DCD de Québec et de Chaudière-Appalaches poursuivront leurs actions dans le cadre de la Campagne nationale “les droits, ça se défend collectivement”.

Les principales revendications :

* Octroyer 155 millions $ supplémentaires annuellement pour la mission de l'ensemble des groupes en défense collective des droits actuellement financés. Cette somme tient compte des coûts de 1,4 million $ pour la pleine participation des personnes ayant des limitations fonctionnelles.

* Inclure un mécanisme permanent d'indexation basé sur l'indice des coûts de fonctionnement du communautaire. Pour 2025-2026, nous demandons 3.6% d'augmentation.

* Réclamer l'établissement d'un processus transparent d'accueil des groupes en attente de financement ; que leurs besoins soient mieux documentés, revendiquer l'ajout d'une enveloppe permanente pour financer les nouveaux groupes.

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Consultations prébudgétaires 2026 : 1,7 G$ pour soutenir la mission de plus de 3000 organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux

10 février, par Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) — ,
Consultations prébudgétaires 2026 : La Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles demande au ministère des Finances d'avoir l'audace (…)

Consultations prébudgétaires 2026 : La Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles demande au ministère des Finances d'avoir l'audace d'injecter 1,7 G$ pour soutenir la mission de plus de 3000 organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux par le Programme de soutien aux organismes communautaires

Montréal, le 2 février 2026 — La Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (Table) [1] a présenté, le 27 janvier dernier, son mémoire prébudgétaire [2] au cabinet du ministre des Finances du Québec, M. Éric Girard. Elle a alors mis de l'avant les revendications [3] de la campagne CA$$$H (Communautaire autonome en santé et services sociaux — Haussez le financement !) [4], qui visent l'amélioration significative du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) [5] au bénéfice de plus de 3 000 organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS).

La Table a notamment présenté deux outils qu'elle a développés pour améliorer le financement et l'administration du PSOC : les seuils planchers de la campagne CA$$$H [6] et l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC). [7]

Les avantages à les adopter sont nombreux. Les seuils planchers permettraient de financer adéquatement et équitablement les OCASSS. Quant à l'ICFC, il assurerait tout simplement que l'indexation fournisse aux groupes les ressources pour faire face à la hausse de leurs coûts réguliers, sans devoir couper dans des dépenses essentielles, comme les
ressources humaines ou les activités.

Insistant sur l'importance de remplacer la méthode d'indexation actuelle, particulièrement parce que les OCASSS sont des employeurs et non des ménages, la Table a constaté une ouverture plus grande en regard de l'ICFC que par les années passées. « Il faut dire que cette lutte initiée par la Table est maintenant portée par un nombre croissant
d'organisations communautaires diverses. Par exemple, lors des consultations prébudgétaires de 2025, 49 organisations ont demandé l'ICFC dans leurs mémoires. Ce n'est pas banal qu'une revendication soit reprise dans 13 % de l'ensemble des mémoires déposés, toutes provenances confondues. Devant la force de ce message, le gouvernement ne peut plus justifier son immobilisme
», souligne Stéphanie Vallée, présidente de la Table.

Le budget de 2026 étant le dernier avant les élections générales, les groupes communautaires fondent de grands espoirs sur les décisions que prendra le ministre de Finances. « Le gouvernement a l'opportunité de poser un geste significatif, les OCASSS étant restés sur leur faim lors des budgets précédents. Il a l'occasion de faire preuve d'audace en injectant 1,7G$ pour les subventions à la mission globale des OCASSS [8], afin qu'ils jouent pleinement leur rôle en faveur du droit à la santé », précise Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table.

Comme lors de nombreuses rencontres politiques, la Table constate que la gravité des conséquences du sous-financement des groupes n'est pas véritablement saisie par ce gouvernement, ni en regard des conséquences sur la population en général, ni sur les 25 000 personnes qui travaillent dans les OCASSS. « Pour rendre visibles leurs besoins, les
OCASSS sont justement actuellement invités à créer une affichette dans le cadre de l'action On s'affirme ! [9] de la campagne CA$$$H. Par ce moyen, ils illustrent d'importants besoins non comblés et les font connaitre. Voir de nombreux organismes souffrir de manques à gagner annuels de plus de 500 000 $, allant parfois jusqu'à un million, en dit long sur l'ampleur des besoins des communautés
», relève Karine Robinette, membre du comité de coordination de la CA$$$H.

À l'approche des élections, la Table invite tous les partis à consulter les mémoires prébudgétaires des groupes communautaires en vue de la préparation de leurs engagements électoraux. Quant au gouvernement de la CAQ, il doit reconnaitre que ses 7 budgets n'ont permis de rehausser lessubventions des 3000 OCASSS que de 9245 $ par année. En 2026, il doit avoir l'audace d'injecter des sommes beaucoup plus imposantes pour faire une réelle différence. L'exercice du droit d'association et la réalisation du droit à la santé méritent bien 1,7 G$.

SOURCE

Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et
bénévoles (TRPOCB)


À propos

* Stéphanie Vallée est co-coordonnatrice de l'R des Centres de femmes du Québec [11] et présidente de la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles
* Mercédez Roberge est coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles [1]
* Karine Robinette est directrice générale du Regroupement des popotes roulantes du Québec [12] et membre du comité de coordination de la campagne CA$$$H.

Fondée en 1995, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) est formée de 47 regroupements nationaux [13], rejoignant plus de 3 000 groupes communautaires autonomes à travers le Québec. Ce sont, par exemple, des maisons de jeunes, des centres de femmes, des cuisines collectives, des maisons d'hébergement, des groupes d'entraide, des centres communautaires, des groupes qui
luttent contre des injustices ayant des répercussions sur la santé. Ceux-ci représentent les ¾ des organismes communautaires autonomes du Québec et abordent la santé et les services sociaux sous différentes perspectives (femmes, jeunes, hébergement, famille, personnes handicapées, communautés ethnoculturelles, sécurité alimentaire, santé mentale, violence, périnatalité, toxicomanie, etc.).

La Table coordonne de plus la campagne CA$$$H (Communautaire autonome en santé et services sociaux — Haussez le financement). [14] Lancée le 17 octobre 2017, cette campagne vise l'amélioration substantielle du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), au bénéfice de plus de 3 000 organismes communautaires autonomes subventionnés par le MSSS. Les revendications de la campagne CA$$$H [3] sont : l'atteinte de l'équité de financement et de traitement partout au Québec, notamment par l'application de seuils planchers communs et adaptés aux OCASSS, l'indexation annuelle des subventions en fonction de l'Indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC) et l'ajout de 1,7 G$ à l'enveloppe annuelle du PSOC (mission globale).

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Liens du communiqué


[1] https://us.cisionone.cision.com/c/eJwszMFy6yAMheGnCTsyMsIgLVjcJ8nIQk64tesU3D5_J5luvzPnryWQRkjOypQzAGLG2T0KIlRLpsKJDDRE0QktovC6UlV1rSQm4IBEAgveJkxERog5z8iXCKNV-2hffpe2WR8-5zgvKxMvvp7_ia6vwW3l7M9Dl-vR72632sR320yG-VbLG25_cMF_IQDn4HrpVkXPdnxeIjy7jWF3-daHvTPj7Gb765-MgU1mr1HFx2zJU2L2ddZlWmVVoOB-SvgNAAD__6NhUDk
[2] https://us.cisionone.cision.com/c/eJwszDFywyAQheHTQIcHLRLsFhRudA3PAmubxIoUwDl_Rpm035v3lwiYZ-u1xCkEa50LbtHPCCjEwbO3QmkqPJH3njNJ4kKZSNfoCS2BQ2Sb3G1yHlHQuRAWR2q2vRb5rN9m4_qS1k0I85LuhJRMGR-Il3PQr_gc4-jKXRWsCtbRjj2ny94eCtZNtr02MUeT9C4GLHgFq96kVDZNXsJdTC3xD27_oNwVwFIA3WKTwnnU_UvN9mjSuzz4nZ9y9nUfTWQ7_17IkvBi8pzZzEG8QU9kypLTdOd7tgj6J8JvAAAA__8HelvE
[3] https://us.cisionone.cision.com/c/eJwszM3S2yAMheGrgR0ZWTJGLFhk49vICJATWuen4Ob6O-582_fMc2pCLjMsVtMUAgBRIG8fKWv0oFvYfAauGARE_URcSiXUSWxLS2SISMwCmW4TLczKRCF4imaG0ar-bn_cU9qufbgQZp-3yDG7evxivpyD3dPjOD7D0NXganA9-udd8uXd7wbXXYfr-tVXbUWO9n4Ng6t9am3iuu4qQ12r6X-4_QRDV0SIAW1PXauU05kZPl3H0Lv8LQ897-04uurz9ItGiCrelbmIm4MujpcYXfUlT5tsBRjtN-G_AAAA__9HjVyQ
[4] https://us.cisionone.cision.com/c/eJwszD1ywyAQxfHTQIcHLV-7BYUbXcODlpVFYtkKKDl_xpm0vzfvXzMgexu15Ckla51LLugtR3aAyNFPNlYvEWmdgKplIgohJN1yJLQEDrHYxd0mFxEFnUspOFLejlbls32ZvbSH9GFS8mFZCWkx9fxAvLwH_cjbeR5DuauCWcF89uPFy-XV7wpmLvtR7k_hMsbYFMx6l9qK6fKQMsS0mv_g9g_KXQEsJdA9d6mFz_Z6Km-PLmPIvXzzJu-0HmcX2d__KGRJSjDsuRifJBqMRKYGXqa1rGwR9E-G3wAAAP__YUtZqw
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[13] https://us.cisionone.cision.com/c/eJwszLFy6yAQheGngQ4PWgTsFhRu9BqeBVY290qxAyTPn3Em7Xfm_DUBltUGLWmJ0VrnovP6kTCTB97DgmIzEdccPAfPPjoHthbdUiC0BA6RbXa3xQVEQedi9I7Uaker8r99mpPbIX2YGFefd0LKps5_iJf3oI_0mPM1lLsq2BRss7-eJV-e_a5gO-XMXYaC7WhjioJNn1Ibmy6H8BDTavqF2x8odwWwFEH31KVyme35oVb76jKG3PmrPOTd1mN2kfP9D0KWhL0pa2GzRgkGA5GpvuRl571YBP2d4CcAAP__V4paZg
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Des entreprises américaines vont démolir la carcasse radioactive d’un réacteur nucléaire (Gentilly-1) au bord du Saint-Laurent

10 février, par regroupement d'organismes environnementaux et citoyens en énergie (ROEÉ) — , ,
Depuis quarante-sept ans, le réacteur Gentilly-1 (G-1), propriété d'Énergie atomique du Canada limitée (EACL), est à l'arrêt au bord du fleuve Saint-Laurent à Bécancour, au (…)

Depuis quarante-sept ans, le réacteur Gentilly-1 (G-1), propriété d'Énergie atomique du Canada limitée (EACL), est à l'arrêt au bord du fleuve Saint-Laurent à Bécancour, au Québec, comme une carcasse radioactive.

En décembre dernier, EACL a attribué à des multinationales américaines – opérant sous le nom trompeur de Canadian Nuclear Laboratory Partners – un contrat de 24 milliards de dollars (provenant des contribuables) sur 20 ans pour la gestion de ses installations nucléaires et de ses déchets radioactifs. Ce contrat concerne cinq autres réacteurs à l'arrêt : un sur la rivière Winnipeg, un sur le lac Huron et trois sur la Rivière des Outaouais.

En 2016, un précédent consortium américain, également engagé par EACL, avait proposé de remplir deux de ces réacteurs de béton et de coulis et d'abandonner les structures contaminées par une radioactivité persistante à proximité de la rivière Winnipeg et la rivière des Outaouais. Les agences internationales de sécurité déconseillent cette approche, appelée « inhumation », sauf dans des circonstances extrêmes comme à Tchernobyl. Ces deux projets d'inhumation sont actuellement au point mort.

Le consortium américain nouvellement engagé souhaite désormais démanteler et démolir les parties les plus radioactives du réacteur G-1. Il s'agirait du tout premier démantèlement complet d'un réacteur nucléaire CANDU.

Le Dr Gordon Edwards, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, déclare : « Le démantèlement des réacteurs signifie que du béton et de l'acier fortement contaminés par la radioactivité seront stockés sur place ou transportés par camion sur les routes et les ponts publics, à travers de nombreuses communautés du Québec et de l'Ontario, jusqu'au site de Chalk River situé en face du Québec, de l'autre côté de la rivière des Outaouais. Les risques pour les travailleurs, l'environnement, les rivières et les citoyens ordinaires sont réels et nécessitent un examen public et une transparence totale. »

En décembre 2025, Patrick Bonin, du Bloc québécois, a demandé au gouvernement du Canada de mettre fin à tous les transports de matières radioactives vers Chalk River, situé sur le territoire non cédé des Algonquins, sans notification, consultation ou justification. M. Bonin a également demandé une enquête publique sur les importations des déchets radioactifs au Canada et sur le transport de déchets radioactifs sur les routes publiques.

Le projet de démantèlement de G-1 a été discrètement publié dans le Registre fédéral d'évaluation d'impact juste avant Noël, avec un délai très court pour les commentaires publics, qui se termine le 5 février. Le Dr Ole Hendrickson, de l'association Concerned Citizens of Renfrew County and Area, met en garde : « En raison d'une loi inefficace, EACL pourrait prendre une décision en vertu de la Loi sur l'évaluation des impacts permettant aux entreprises américaines de poursuivre leurs activités sans audience publique devant un comité d'évaluation, et donc sans obligation de rendre des comptes au public et sans contrôle gouvernemental. »

Le réacteur G-1 se trouve sur un terrain provincial, à côté du réacteur Gentilly-2 d'Hydro-Québec, qui a été mis hors service. M. Edwards suggère qu'une remise en état coordonnée de l'ensemble du site de Gentilly, avec la pleine participation du gouvernement du Québec, créerait des emplois et apporterait des avantages environnementaux aux Canadiens, fournirait des connaissances et des compétences utiles à Hydro-Québec (car le réacteur G-2 devra également être bientôt démantelé) et garantirait la protection de l'intérêt public.

Pour plus d'informations :

*ROEÉ - Regroupement des organismes environnementaux en énergie

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Le NPD et l’illusion parlementaire

10 février, par Ali Terrenoire — , ,
Pourquoi il faut détourner une partie de la puissance intellectuelle de la gauche du fétichisme des politiques publiques pour la diriger vers l'action collective Février (…)

Pourquoi il faut détourner une partie de la puissance intellectuelle de la gauche du fétichisme des politiques publiques pour la diriger vers l'action collective

Février 2026| tiré de Canadian dimension | Photo : Matt Jiggins / Flickr

Bien qu'elle soit nettement plus animée que la transition à la direction qui a suivi l'accession sans opposition de Jagmeet Singh en 2017, l'actuelle course à la direction du NPD demeure enfermée dans une conception étroite de ce que sont les partis politiques — et de ce qu'ils peuvent faire. Tant que les progressistes n'élargiront pas cette conception, la gauche continuera vraisemblablement d'échouer, même lorsqu'elle parvient à remporter occasionnellement une victoire électorale.

L'approche dominante considère la réussite des partis comme le produit de deux variables : le degré de radicalité (ou de modération) de la plateforme, et le charisme personnel du chef. Il est frappant de constater à quel point les commentaires politiques restent obsédés par ces deux facteurs, souvent au détriment de questions plus profondes liées au pouvoir, à l'organisation et à la stratégie.
Une grande partie des débats contemporains est dominée par des affirmations péremptoires selon lesquelles la victoire — voire l'utopie — serait à portée de main, pour peu que l'on propose la bonne plateforme. Le camp opposé avance des arguments tout aussi creux, affirmant que la victoire n'est possible que si le NPD se modère afin de séduire l'électorat centriste. En comparaison de ces mantras ressassés, les débats sur la « sympathie » ou la « popularité » des candidats peuvent sembler une forme d'analyse plus concrète — bien que toujours limitée.

La voie parlementaire vers l'échec

Cette approche dominante repose implicitement sur une foi étonnamment optimiste dans le pouvoir de l'État. Toute la politique — c'est-à-dire la manière dont nous organisons et ordonnons nos sociétés et nos vies — se trouve aplatie dans les élections, perçues comme une sorte de boîte noire magique. Il suffirait d'introduire la bonne plateforme progressiste dans le NPD, le parti gagnerait une élection et, voilà, les résultats progressistes suivraient. À la base de chaque campagne à la direction se trouve l'hypothèse que les élections se traduisent directement en pouvoir. Cette croyance réduit la politique à une séquence étroite d'intrants de campagne et de résultats politiques.

En réalité, la lutte politique se poursuit entre les élections. Les résultats politiques sont déterminés par le rapport de forces, qui est une question distincte de la composition partisane du Parlement. Par exemple, la plateforme d'Avi Lewis propose une option publique en télécommunications afin de concurrencer le pouvoir de fixation des prix monopolistique des transporteurs privés canadiens. Il s'agit d'une idée bienvenue, mais qui se heurte de plein fouet au pouvoir de Bell, Rogers et Telus.

Bell, à elle seule, a enregistré des revenus annuels de 24 milliards de dollars en 2024. L'entreprise emploie également 45 000 personnes à temps plein pour faire avancer ses intérêts. De l'autre côté, le NPD dispose d'un budget annuel d'environ 6 millions de dollars, de quelques dizaines d'employés et d'environ 100 000 membres sur papier. Selon quel modèle politique pourrait-on croire que les seconds pourraient vaincre les premiers — et encore moins vaincre tous les autres monopoles économiques enracinés ? La seule manière de résoudre cette contradiction est de croire que le pouvoir étatique est entièrement neutre et facilement mobilisable : une vision de l'État comme instrument neutre et hautement efficace, prêt à être utilisé par quiconque en prend le contrôle.

Or, dans les faits, les bureaucraties publiques modernes sont gigantesques et notoirement difficiles à manœuvrer. Pour les acteurs extérieurs et les contre-élites, il peut falloir tout un mandat politique simplement pour comprendre leur fonctionnement. Pendant ce temps, l'élite en place, déjà bien organisée, peut mobiliser son pouvoir économique, social et médiatique afin de briser la coalition au pouvoir. L'histoire regorge d'exemples de gouvernements progressistes — de SYRIZA en Grèce aux gouvernements néo-démocrates provinciaux plus près de chez nous — qui ont connu des percées électorales avant d'être sapés et défaits par des élites bien enracinées.

Il existe un paradoxe curieux dans la pensée progressiste contemporaine : une vision critique à l'égard de nos élites capitalistes brutales coexiste avec une foi profonde dans des institutions politiques qui dépasse souvent leur capacité démontrée à produire des transformations profondes — comme si quelque chose pouvait être invoqué à l'existence simplement parce que 172 personnes réunies dans une salle froide de la Colline du Parlement en ont décidé ainsi.

Des forces politiques à spectre complet

Une approche plus féconde consiste à comprendre les partis comme une technologie sociale de l'action collective. À moins d'être milliardaire, l'action individuelle n'est pas le terrain pertinent de la politique.

Les gens ordinaires ne disposent pas de ressources suffisantes pour que leurs actions individuelles aient un impact significatif. En élargissant cette logique, la croyance selon laquelle l'agrégation d'actions individuelles spontanées et non coordonnées pourrait mener au pouvoir ou au changement social est également une chimère. En pratique, les partis sont des véhicules d'action collective organisée : ils permettent aux individus de se connecter, de mutualiser et de faire croître leurs ressources à travers des hiérarchies prévisibles et démocratiques, et d'instaurer une division du travail au service d'objectifs collectifs.

Théoriquement, les masses de travailleurs ordinaires pourraient faire avancer leurs intérêts par l'entremise d'un ensemble d'institutions distinctes : une organisation axée sur le logement, une autre sur le travail, une autre sur la santé, etc. Cet écosystème institutionnel permettrait à des individus impuissants isolément de se renforcer et de poursuivre leurs intérêts collectifs dans de multiples sphères. Cette vision reflète en partie la richesse de la vie associative de la classe ouvrière du XXᵉ siècle au Canada et dans d'autres démocraties libérales. Les prédicateurs de l'évangile social s'organisaient par leurs églises, les syndicats avaient leurs salles et leurs sections locales, les communautés ukrainiennes et finlandaises progressistes construisaient leurs maisons du travail, et des générations de prolétaires ambitieux passaient par les programmes de formation de cadres du Parti communiste, devenant au passage des organisateurs plus aguerris (même si plusieurs quittaient ensuite le parti).

Comme la partie immergée d'un iceberg, tout un écosystème de coordination de la classe ouvrière soutenait les gouvernements réformistes de gauche dans des régions comme l'Ouest canadien. Dans ce contexte, le CCF/NPD pouvait fonctionner simplement comme une force parlementaire représentant cet écosystème élargi. Mais nous sommes en 2026, et cet écosystème a en grande partie disparu, érodé par des décennies de désindustrialisation, d'inégalités croissantes et de démantèlement délibéré des institutions ouvrières. Les marchés du travail fragmentés d'aujourd'hui, l'affaiblissement des syndicats et l'atomisation sociale rendent irréaliste toute reconstitution de cet ancien écosystème. Toute stratégie progressiste sérieuse doit tenir compte de cette réalité. Il ne suffit plus d'être un parti des urnes et de la rue (le parti des urnes et de la rue étant un slogan forgé par le parti de gauche québécois Québec solidaire), puisque la seconde composante de cette formule s'est affaiblie.

Reconnaissant le caractère creux des partis progressistes contemporains, certains appellent à reconnecter les partis aux mouvements sociaux, ou à créer de nouvelles formations comme Québec solidaire, conçues comme des partis des urnes et de la rue. Mais ce cadrage passe à côté du problème fondamental. Les « mouvements sociaux » souffrent de bon nombre des mêmes défaillances de coordination que les partis parlementaires eux-mêmes. Lorsque les conditions sont favorables, ces mouvements peuvent croître rapidement, portés par des moments de crise ou d'indignation. Mais faute de structures durables, de mécanismes solides de discipline interne et de coûts réels à la sortie, ils sont tout aussi susceptibles de s'effondrer rapidement — ou de se fossiliser au sein de l'écosystème des ONG et du plaidoyer une fois le moment passé.

Plutôt que de s'engager dans la tâche vouée à l'échec de reconstruire cet écosystème, une voie plus efficace consiste à organiser les partis politiques eux-mêmes comme des forces politiques à spectre complet. Nous vivons en tant que locataires, travailleurs, consommateurs, patients, etc. Notre véhicule d'action collective — notre parti — devrait être en mesure de contester le pouvoir dans toutes ces sphères. Les questions stratégiques réellement intéressantes sont celles qui portent sur la manière de bâtir un parti ayant la profondeur et l'ampleur nécessaires pour y parvenir. Comment accumuler des ressources ? Comment recruter des membres ? Comment nous former à diriger et à être dirigés ?

Les masses de gens ordinaires ne peuvent accroître leur pouvoir si leur parti n'est qu'une marque parlementaire : il doit être transformé en un État-en-devenir, une contre-hiérarchie qui construit une société alternative dans la coquille de l'ancienne. Les plateformes et les chefs parlementaires sont des éléments d'une stratégie plus large, mais ne constituent pas les enjeux les plus importants. Notre problème n'est pas que nos structures d'action collective suivent la mauvaise idéologie ou soient dirigées par les mauvaises personnes, mais que nos structures existantes sont fragmentées, inégales et souvent inadéquates à l'ampleur du défi. Les débats entre révolution et réformisme, ou autres différenciations idéologiques, n'ont de portée que dans le cadre d'une hiérarchie organisée pouvant être orientée dans une direction donnée.

Des commentaires récents sur la candidature d'Avi Lewis à la direction ont soutenu que sa plateforme sur le travail jetait les bases d'un renouveau de la construction de mouvements au sein et autour du NPD. Et il est vrai que ce document est exceptionnellement ambitieux, tant par son ampleur que par sa substance, abordant non seulement la démocratie en milieu de travail et la réforme de l'assurance-emploi, mais aussi l'IA, la justice migrante, les services publics et la démocratie économique au sens large.

Mais cela ne fait que renforcer le problème central. Même le plan de politiques le plus complet et le plus favorable aux travailleurs reste inerte sans un appareil organisationnel capable de mobiliser les travailleurs, de soutenir des conflits prolongés et de coordonner l'action au-delà des moments électoraux sporadiques. Les politiques peuvent esquisser une orientation vers la construction de mouvements, mais elles ne peuvent se substituer au travail ardu de création de hiérarchies durables, de discipline et de capacités partagées d'action collective. Sans cette infrastructure, même le meilleur plan de travail risque de devenir un autre document admirable circulant parmi les militants, les syndicats et les commentateurs — plutôt qu'un levier capable de modifier le rapport de forces.

Une classe pour soi

Plutôt que de se concentrer principalement sur des visions politiques à long terme détachées des questions de pouvoir et d'organisation, nous devrions mettre l'accent sur des voies intermédiaires permettant d'accroître notre pouvoir. Pour fonctionner comme une force à spectre complet, le parti doit s'implanter partout où les gens vivent, travaillent et luttent. Pourquoi le NPD n'aurait-il pas son propre journal, voire éventuellement sa propre chaîne de télévision ? Pourquoi ne gérerait-il pas des salles de parti servant de centres communautaires à travers le pays ? Pourquoi le parti ne créerait-il pas son propre milieu d'organisations, comme des syndicats de locataires, voire ne lancerait-il pas ses propres efforts d'organisation syndicale ?

Bien que le NPD soit encore formellement lié au mouvement syndical canadien, une approche plus intégrée est nécessaire — une approche dans laquelle syndicats et parti se chevauchent et coopèrent au sein d'une même hiérarchie organisée, plutôt que d'exister avec des priorités disjointes qui ne se coordonnent que de manière épisodique. Pourquoi ne pas lancer son propre service de conseil en procurations d'actionnaires, afin d'orienter les fonds de pension et autres véhicules d'investissement contrôlés par les membres vers une transformation du comportement des entreprises ? Pourquoi ne pas créer ses propres coopératives de consommation, voire des entreprises appartenant au parti ?

Nous devrions chercher dès maintenant à utiliser l'une des rares institutions ouvrières encore existantes — le NPD — pour faire progresser notre pouvoir collectif. Il est tout à fait possible d'accroître notre pouvoir dans ce pays sans remporter d'élections. À partir d'un certain seuil, davantage de pouvoir exigera des victoires électorales comme condition nécessaire — mais jamais comme condition suffisante. Ces voies ne sont même pas opposées : la construction d'un État alternatif en gestation est bénéfique à la réussite électorale. Bien sûr, nous ne devons pas simplement présumer de victoires électorales, mais nous ne pouvons pas non plus supposer que nous résoudrons facilement les problèmes d'action collective inhérents à toutes les entreprises évoquées ci-dessus. Mais nous devrions au moins déplacer une partie de la puissance intellectuelle de la gauche du fétichisme des politiques publiques vers le véritable problème : la difficulté croissante de l'action collective.

Il est éclairant d'inverser le cliché clausewitzien : la politique est la guerre par d'autres moyens. Mais l'asymétrie particulière de l'inégalité fausse le champ de bataille. Les riches disposent déjà d'une armée permanente : leur argent, leurs institutions, leurs entreprises. Les partis peuvent être utiles, mais les riches n'en ont pas besoin. Ils sont moins nombreux, disposent de plus de ressources et se connaissent déjà tous. Ils n'ont pas besoin de la technologie sociale des partis politiques pour assurer la coordination, l'action collective et la construction d'un soutien populaire. Pour les riches, la coordination est automatique. Pour le reste d'entre nous, elle doit être construite.

La grande masse d'individus atomisés de la classe ouvrière et de la classe moyenne ne peut pas se coordonner aussi facilement. Les partis sont un outil nécessaire pour connecter les individus et transformer leurs intérêts communs en un intérêt de classe collectif. La gauche ne gagnera pas simplement en votant pour de meilleurs politiciens, mais en forgeant un instrument politique à la hauteur du monde qu'elle cherche à créer — un instrument qui fonctionne au-delà des élections. Voilà la promesse d'un parti : non pas une simple ligne sur un bulletin de vote, mais le moyen par lequel le grand nombre peut l'emporter sur le petit nombre.

L'auteur est commentateur et organisateur et écrit sous le nom d'Ali Terrenoire. On peut le trouver sur X sous le pseudonyme @AliTerrenoire, sur Bluesky à @aliterrenoire.bsky.social, et sur Instagram à @ali.terrenoire.

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Affaire Sosa Orantes : le Canada se dérobe face aux crimes contre l’humanité

10 février, par Avocats sans frontières Canada (ASFC) — , ,
Québec, le 6 février 2026 – Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) déplore le choix des autorités canadiennes de ne pas engager de poursuites criminelles à l'encontre de (…)

Québec, le 6 février 2026 – Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) déplore le choix des autorités canadiennes de ne pas engager de poursuites criminelles à l'encontre de Jorge Vinicio Sosa Orantes, alors qu'il a tous les outils pour le faire.

Cet ancien sous-lieutenant de l'armée guatémaltèque, installé au Canada depuis près de 40 ans, a participé au massacre de Las Dos Erres en 1982, au cours duquel plus de 200 civils, dont de nombreux enfants, ont été tués. En choisissant de mettre fin à son statut par des procédures administratives – plutôt que d'engager des poursuites criminelles pour crimes contre l'humanité – le Canada manque à ses obligations internationales en matière de lutte contre l'impunité.

« Tout ce qu'ils vont faire, c'est lui retirer sa citoyenneté et le renvoyer du Canada. Il n'y aura pas de justice. En réalité, rien n'a été fait, ou presque. De mon point de vue, en tant que témoin des faits, je constate qu'il n'y a pas de justice. Ce que nous voulions, c'est qu'il paie pour ses actes et qu'il soit jugé pour ses crimes. » (trad. libre) — Ramiro Osorio Cristales, l'un des survivants du massacre de Las Dos Erres, aujourd'hui réfugié au Canada. Il avait 5 ans au moment du massacre.

Trop peu, trop tard

Le 5 février 2026, la Cour fédérale du Canada a déchu Jorge Vinicio Sosa Orantes de sa citoyenneté canadienne pour avoir omis consciemment de déclarer son passé militaire lors de sa demande d'immigration ; et l'a déclaré inadmissible au statut de réfugié, en raison de sa participation dans des crimes contre l'humanité commis à Las Dos Erres en 1982. Cette procédure, amorcée en 2017, pourrait mener à son expulsion du territoire canadien sans assurance que justice soit faite.

« Le Canada avait une occasion bien réelle de faire entendre la voix de la justice internationale, alors qu'elle est attaquée de toute part. En choisissant de ne pas juger au criminel M. Sosa Orantes pour ses actes ou de l'extrader dans un pays aux fins de jugement, il renonce à son engagement de lutte contre l'impunité des crimes internationaux. » — Karine Ruel, directrice générale d'ASF Canada.

Pourtant, le Canada dispose d'une loi fondée sur le principe de compétence universelle, qui lui permet de poursuivre les auteurs de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre ou de génocide, se trouvant sur son territoire, peu importe où ces crimes ont été commis ou la nationalité de l'auteur présumé.

Dans le cas de M. Sosa Orantes, le gouvernement a délibérément évité la voie judiciaire, malgré les outils juridiques à sa disposition et l'investissement financier et en temps important d'une procédure administrative. Ce choix s'inscrit dans un contexte plus large d'inaction : l'unité fédérale responsable de ce programme n'a publié aucun rapport public depuis 2015, révélant un grave déficit de transparence et d'engagement envers la justice internationale.

Silence et inaction malgré des appels répétés à la justice

Depuis plusieurs années, ASF Canada, en collaboration avec le Partenariat canadien pour la justice internationale, multiplie les démarches auprès du gouvernement canadien à propos du cas de M. Sosa Orantes. L'organisation a transmis des analyses juridiques, organisé des rencontres avec des parlementaires et lancé plusieurs appels publics pour que des poursuites criminelles soient engagées. Malgré ces efforts soutenus, le gouvernement est resté silencieux.

« Dans la période actuelle, où la loi du plus fort, les intérêts politiques et les doubles standards polluent les conversations diplomatiques, il est plus important que jamais pour les États de jouer le rôle qu'ils se sont eux-mêmes donné à Rome en 1998 : ils doivent prendre des mesures concrètes visant à refermer les espaces où l'impunité s'infiltre et survit, y compris sur le territoire canadien. » — Fannie Lafontaine, directrice du Partenariat canadien pour la justice internationale.

Le Canada se présente comme un défenseur de la justice internationale. Il soutient les enquêtes de la Cour pénale internationale et affirme qu'il exécutera ses mandats d'arrêt, même contre des chefs d'État. La crédibilité de ce rôle dépend d'abord de ses actions à l'intérieur de ses frontières.

ASF Canada salue les efforts pour retirer la citoyenneté obtenue de façon frauduleuse. Mais cela ne peut pas remplacer un procès pour des crimes d'une telle gravité.

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Le nouveau conseil de direction de Pierre Poilievre noyauté par des lobbyistes d’entreprises

10 février, par Harrison Samphir, Martin Lukacs — , ,
Des lobbyistes et des militant·e·s anti-avortement siégeant à un organe influent contrastent avec le discours public du Parti conservateur. Alors que le chef conservateur (…)

Des lobbyistes et des militant·e·s anti-avortement siégeant à un organe influent contrastent avec le discours public du Parti conservateur. Alors que le chef conservateur Pierre Poilievre promettait de se battre pour les « gens ordinaires » du Canada lors d'un congrès national tenu le week-end dernier à Calgary, son parti a élu un conseil de direction rempli de lobbyistes travaillant pour certaines des plus puissantes entreprises du pays.

4 février 2026 | tiré et traduit de Breach.media

La moitié de son nouveau conseil de 20 personnes — un organe influent qui supervise les affaires internes du parti, notamment les investitures et la préparation électorale — sont des lobbyistes d'entreprises actuels ou récents, révèle une analyse des registres de lobbyisme effectuée par The Breach.

Cela n'a pas empêché le député conservateur Aaron Gunn de décrire les conservateurs comme le « parti des travailleurs canadiens ». « Nous sommes le parti des gens de métier, des travailleurs des ressources et de celles et ceux qui jettent les bases de la prospérité et du succès futurs du Canada », a-t-il déclaré dans un discours au congrès.

Mais si la composition du conseil de direction est un indicateur fiable, les conservateurs ressemblent davantage au parti des PDG, des entreprises extractives et de ceux qui pavent la voie à l'accaparement des profits et à l'explosion des inégalités.

Des membres du conseil ont fait du lobbyisme pour des entreprises pétrolières, gazières et minières, pour les grandes entreprises technologiques, les géants des télécommunications, les associations pharmaceutiques et le secteur financier.

Plusieurs des membres réélus ont continué à faire du lobbyisme auprès du gouvernement fédéral pendant leur précédent mandat de trois ans au sein du conseil, tout en bénéficiant de leur proximité avec Pierre Poilievre.

Le chef du Parti conservateur est membre de droit du conseil national et est censé assister à ses réunions, mais il a délégué sa plus proche confidente et ancienne directrice de campagne, Jenni Byrne, pour le représenter.

Byrne est elle-même à la tête d'un cabinet de lobbyisme qui a représenté des entreprises comme Loblaw et un promoteur immobilier.

Plusieurs membres nouvellement élus du conseil sont également alignés sur le mouvement fondamentaliste chrétien anti-avortement.

Cela rappelle que, malgré les efforts de Poilievre pour rebrander les conservateurs en champions anti-élites de la classe ouvrière, la machinerie interne du parti demeure profondément imbriquée dans la classe capitaliste canadienne, ainsi que dans le conservatisme social organisé.

Une porte tournante de lobbyistes d'entreprises

Parmi les membres nouvellement élus et reconduits au conseil figurent de nombreuses personnes ayant des liens étroits avec le monde des affaires canadien.

Plusieurs membres du conseil sont liés à Capital Hill Group, un important cabinet de lobbyisme d'Ottawa qui a représenté des clients allant de X Corp. (anciennement Twitter) à une entreprise européenne d'armement. Aaron Scheewe est aujourd'hui directeur général du cabinet. Wes McLean, un autre consultant de l'entreprise, continue de faire du lobbyisme aux niveaux fédéral et provincial après un passage comme député provincial au Nouveau-Brunswick (il a été déchu de ses fonctions à la suite d'une accusation de conduite avec facultés affaiblies en 2013).

Matthew Conway a auparavant travaillé pour Maple Leaf Strategies, un cabinet de lobbyisme qui a représenté des clients comme Enbridge, d'importants intérêts miniers et bancaires, ainsi que Facebook. Selon les registres fédéraux, Conway a lui-même fait du lobbyisme pour le fabricant d'armes General Dynamics aussi récemment qu'en 2024.

Anthony Matar, consultant chez Crestview Strategy, a fait du lobbyisme pour des entreprises extractives, ainsi que pour McDonald's.

D'autres entretiennent des liens tout aussi étroits avec le secteur de l'énergie. Heather Feldbusch est une ancienne lobbyiste de l'Association canadienne du gaz et est associée à Alberta Counsel, une firme qui représente des compagnies pétrolières et des promoteurs immobiliers.

Amber Ruddy, vice-présidente chez Counsel Public Affairs, continue de faire du lobbyisme pour Telus ainsi que pour des entreprises pétrolières et gazières, et compte parmi ses clients les principaux groupes de pression des secteurs technologique et pharmaceutique.

Christina Mitas, ancienne députée provinciale ontarienne, lobbyiste active et participante à des rassemblements anti-avortement, a été élue au conseil de direction du Parti conservateur.
Crédit : Christina Mitas/Instagram

Les militant·e·s anti-avortement gagnent en influence

Aux côtés des lobbyistes d'entreprises, un second bloc est devenu plus visible après le congrès de Calgary : les militant·e·s socialement conservateurs, en particulier ceux et celles liés au mouvement fondamentaliste chrétien anti-avortement.

Parmi les nouveaux membres du conseil figure Colette Stang, ancienne présidente de la Saskatchewan Pro-Life Association, qui a soutenu une législation imposant l'implication parentale lorsque des mineures demandent un avortement.

Stang a également été appuyée par RightNow, une organisation anti-avortement qui a exhorté ses partisan·e·s à « s'assurer que des pro-vie siègent aux conseils nationaux » en raison de leur « incroyable influence sur le fonctionnement du parti ».

Kinsey Schurm et Dheeraj Jha ont tous deux reçu l'appui du président de la Campaign Life Coalition, Jack Fonseca, avant le congrès.

Si ces militant·e·s ont été élus au conseil national, d'autres tentatives de l'aile anti-avortement du Parti conservateur ont échoué lors du congrès.

Une résolution visant à revenir sur l'engagement figurant dans le programme du parti selon lequel celui-ci « ne soutiendra aucune législation visant à réglementer l'avortement » n'a pas été soumise au vote à Calgary.

Lors de l'élection de 2025, Poilievre avait réaffirmé cette position, promettant qu'un gouvernement conservateur n'introduirait pas de « lois ou autres restrictions » portant atteinte « au droit d'une femme de décider de ce qu'elle souhaite faire de son corps ».

Lors de son dernier congrès, en 2023 à Québec, des membres conservateurs avaient organisé une résolution issue de la base qui aurait interdit aux lobbyistes de siéger au conseil. Elle n'a pas été adoptée, et aucune résolution de ce type n'a été présentée cette fois-ci.

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Prioriser notre santé et notre bien-être : et si on osait pour vrai ? L’APTS propose un bouclier budgétaire pour protéger le réseau public

10 février, par Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) — , ,
À l'approche du dépôt du prochain budget du Québec et dans le cadre de l'édition Agenda 2026 de sa campagne Un réseau fort : et si on osait pour vrai ?, l'Alliance du personnel (…)

À l'approche du dépôt du prochain budget du Québec et dans le cadre de l'édition Agenda 2026 de sa campagne Un réseau fort : et si on osait pour vrai ?, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dévoile son deuxième thème de l'année : Prioriser notre santé et notre bien-être : et si on osait pour vrai ? Au cœur de cette proposition : la mise en place d'un bouclier budgétaire afin d'assurer un financement stable, prévisible et suffisant du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS).

Depuis plus de 30 ans, le Québec s'est doté de lois budgétaires parmi les plus restrictives au pays, notamment en matière d'équilibre budgétaire et de réduction de la dette. Résultat : malgré l'augmentation constante des besoins de la population, le réseau public est régulièrement soumis à des compressions qui fragilisent l'accès, la continuité et la qualité des soins et des services.

« On demande au réseau de faire toujours plus, avec toujours moins. En 2025-2026 encore, le financement accordé ne couvrait même pas l'évolution des besoins. Ce n'est pas une question de structure ; c'est un problème de priorités politiques », affirme Robert Comeau, président de l'APTS.

En février : faire de la santé une priorité non-négociable

L'APTS rappelle que le Québec traverse actuellement une troisième période d'austérité budgétaire en 30 ans, sous couvert de gestion « responsable » des finances publiques. Cette année encore, le personnel du réseau devra répondre aux besoins croissants de la population sans que le financement accordé par le ministère des Finances ne soit à la hauteur.

Pour le seul budget 2025-2026, l'APTS évalue à 1,1 G$ l'écart entre le financement réel du réseau et ce qui aurait été nécessaire pour mitiger l'impact de la croissance et du vieillissement de la population, de l'inflation et de l'évolution des pratiques cliniques. Un sous-financement qui se traduit directement par des services fragilisés, des listes d'attente qui s'allongent et une pression accrue sur le personnel.

Face à ce constat, l'APTS propose l'instauration d'un bouclier budgétaire : un cadre légal obligeant le gouvernement à financer la santé et les services sociaux à la hauteur des besoins réels de la population. Concrètement, ce bouclier repose sur trois piliers :

· l'évaluation annuelle de l'impact budgétaire de l'évolution des besoins, en tenant compte des changements démographiques, des pratiques cliniques et des projections d'inflation ;

· l'attribution de ce mandat à une instance indépendante, comme le bureau de la Vérificatrice générale ;

· l'obligation pour le ministère des Finances de rendre disponibles, à chaque budget, les sommes identifiées comme nécessaires.

« Instaurer un bouclier budgétaire, c'est envoyer un message clair : au Québec, la santé et le bien-être de la population ne sont pas des variables d'ajustement. Ce sont des priorités absolues, qui doivent être protégées contre les cycles d'austérité », souligne Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente de l'APTS.

Et si on osait pour vrai ?

Pour l'APTS, il est temps de sortir du faux dilemme entre rigueur budgétaire et qualité des services. Si le Québec accepte depuis des décennies de se doter de règles strictes pour encadrer le déficit et la dette, il doit désormais faire preuve de la même rigueur pour protéger l'accès aux soins et aux services.

« Oser pour vrai, c'est reconnaître que la santé et le bien-être de la population méritent au minimum le même niveau de protection que les impératifs financiers. Le bouclier budgétaire est un choix politique clair, responsable et nécessaire », conclut Robert Comeau.

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115 abolitions de postes à la CNESST

10 février, par Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — , ,
Québec, le 4 février 2026 — Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) dénonce l'intention de la CNESST d'abolir l'équivalent d'environ (…)

Québec, le 4 février 2026 — Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) dénonce l'intention de la CNESST d'abolir l'équivalent d'environ 115 postes additionnels à la CNESST dans la prochaine année. Rappelons que 250 postes avaient déjà été supprimés l'été dernier.

« C'est totalement indécent qu'on réduise encore le personnel alors que les délais ne cessent de s'allonger pour les accidentés du travail et les victimes d'actes criminels. On ne coupe pas dans de la bureaucratie, on sabre dans les services à la population. Est-ce que la CAQ aura enfin le courage de l'admettre ? », questionne Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.

Les coupures font grimper la facture

Cette situation est d'autant plus déplorable qu'elle n'améliorera en rien les finances de l'État, puisque la CNESST est autofinancée. « Le fonctionnement de la CNESST est essentiellement payé par les employeurs. Or, les compressions allongent les délais et retardent le retour au travail des travailleurs et des travailleuses. Résultat : malgré les coupures, ça va coûter plus cher parce qu'on va devoir indemniser les gens plus longtemps », dénonce M. Bouvrette.

Plus de délais

À titre d'exemple, la durée moyenne de traitement des plaintes pour harcèlement psychologique ou sexuel est passée de 58 jours en 2022 à 95 jours en septembre 2025. Du côté de l'Indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC), qui relève aussi de la CNESST, les délais de traitement des demandes d'aide financière explosent. Ils étaient de 139 jours en septembre 2025 comparativement à 51 jours en 2022.

« Le gouvernement laisse tomber les victimes, c'est une vraie honte ! Nos membres travaillent d'arrache-pied et ils mettent leur santé à risque. C'est quand même ironique, sachant que la CNESST a déployé cet automne une campagne sur la santé psychologique », indique M. Bouvrette.

Sondage

Sondés avant la période des Fêtes, les professionnelles et professionnels de la CNESST tracent un portrait sombre des impacts des compressions.

* Près de la moitié des personnes répondantes (49 %) ont constaté une hausse des insatisfactions de la clientèle. Cette situation n'est certainement pas étrangère au fait que le quart d'entre elles ont été victimes ou témoins de manifestations de violence verbale ou physique envers le personnel.

* Quelque 38 % témoignent de l'allongement des délais pour verser des sommes à la clientèle. Dans bien des cas, cela contribue à augmenter la vulnérabilité de la clientèle, une situation constatée par environ le tiers des personnes répondantes).

* Près de 29 % des personnes répondantes ont constaté des bris de services.

Le sondage a été réalisé sur la plateforme SurveyMonkey du 27 novembre au 15 décembre 2025 auprès des membres du SPGQ. Au total, 5 182 personnes, dont 456 de la CNESST, ont rempli le questionnaire d'enquête, portant le taux de réponse à 18,2 %.

À propos du SPGQ

Le SPGQ est le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec. Créé en 1968, il représente plus de 34 000 spécialistes, dont environ 25 000 dans la fonction publique, 6 000 à Revenu Québec et 3 000 répartis dans les secteurs de la santé, de l'enseignement supérieur et au sein de diverses sociétés d'État.

Source
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec

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Y’a le feu ! AGISSONS contre les féminicides MAINTENANT !

10 février, par Centre Au Cœur des Femmes de St-Jean-de-Matha — , ,
C'est l'appel à l'action spontanée lancé le 4 février par le Comité de la Brigade des rubans blancs du Centre Au Cœur des Femmes de St-Jean-de-Matha suite à l'annonce d'un 6e (…)

C'est l'appel à l'action spontanée lancé le 4 février par le Comité de la Brigade des rubans blancs du Centre Au Cœur des Femmes de St-Jean-de-Matha suite à l'annonce d'un 6e féminicide en un mois au Québec. Plusieurs personnes se sont mobilisées rapidement devant la caserne d'incendie du village de Lanaudière pour dénoncer l'inaction gouvernementale en matière de violences faites aux femmes.

Depuis le début de l'année 2026, six femmes ont été tuées par leurs partenaires ou ex-partenaires intimes en contexte de violence conjugale. Alors que les groupes de femmes appellent à l'action depuis plusieurs années face à l'augmentation des violences à leur encontre, les chiffres ne cessent d'augmenter. En 2025, il y a eu 16 féminicides au Québec.

Les manifestant·es scandaient « Stop aux féminicides ! La prochaine est encore en vie ! » en bordure de la route 131 à l'heure de pointe. « Au son des klaxons sur la route, on sent bien l'urgence d'agir de la population aussi ! », s'exclame une manifestante.

On peut lire, le même jour, dans une publication Facebook de la Coalition féministe contre la violence faite aux femmes « le Québec est confronté à une vague importante de féminicides intimes de type conjugal. Six femmes sont mortes dans un contexte de violence conjugale, et ce, en cinq semaines. Ces meurtres s'inscrivent dans une violence misogyne qui traverse et gangrène notre société. »

On a aussi pu entendre Véronique Potvin, travailleuse au Centre Au Cœur des Femmes, dire « Y'a le feu ! Il doit y avoir des actions maintenant pour lutter contre les violences faites aux femmes ! Pour que la prochaine reste en vie ! Pour que toutes les prochaines soient en sécurité ! ». L'organisme a choisi de tenir l'action devant la caserne d'incendie pour symboliser l'urgence d'agir.

Les centres de femmes, maisons d'hébergement, leurs regroupements et autres groupes communautaires et féministes partout à travers le Québec réclament, depuis des années, des investissements massifs auprès des organismes communautaires qui travaillent en prévention et en soutien aux victimes de violences. Il faut plus de maisons d'hébergement et que celles qui existent obtiennent un meilleur financement. Il faut soutenir tout le travail de prévention et d'éducation réalisé par les centres de femmes et l'ensemble des organismes communautaires pour éliminer les comportements violents et les violences systémiques genrées.

En plus d'offrir écoute, soutien et accompagnement, le Centre Au Coeur des Femmes effectue un travail de sensibilisation et de conscientisation par le biais de l'éducation populaire autonome féministe intersectionnelle (ÉPAFI) ce qui permet de trouver des moyens d'action visant la transformation sociale. Parce que oui, la violence faite aux femmes est un problème de société !

Pour reprendre les mots du Centre de femmes La mouvance de Deux-Montagnes : Tant que des femmes mourront, nous serons là pour le dénoncer !

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PL101 | Un affront à la santé et à la sécurité des femmes

10 février, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , ,
Le gouvernement caquiste est allé de l'avant avec l'adoption du projet de loi 101 en octobre 2025, contesté depuis le printemps dernier par la FIQ et d'autres syndicats en (…)

Le gouvernement caquiste est allé de l'avant avec l'adoption du projet de loi 101 en octobre 2025, contesté depuis le printemps dernier par la FIQ et d'autres syndicats en raison de ses impacts sur la santé des travailleuses. Ce projet de loi de la CAQ vient directement bafouer les droits des travailleuses du réseau public de la santé et de l'éducation en matière de santé et sécurité au travail (SST).

Comprendre le projet de loi no 101

En juillet 2020, une infirmière a subi une violente agression dans une unité de psychiatrie improvisée en Montérégie-Est. Elle a été étranglée durant de longues minutes avant l'arrivée des policiers.

Ce triste cas fait malheureusement partie du nombre croissant de lésions professionnelles chez les travailleuses de la santé et de l'éducation. Alors qu'elles ne constituent que 19,2 % de l'emploi total au Québec, ces travailleuses subissent 35,7 % de toutes les lésions professionnelles reconnues.

Face à cette donnée alarmante, la logique voudrait que le gouvernement leur offre une meilleure protection en matière de santé et sécurité au travail. Or, malgré ses promesses, c'est tout le contraire que propose le ministre du Travail Jean Boulet avec son projet de loi 101.

Le PL101 réduit de façon considérable les fonctions des comités de santé et de sécurité (CSS) et des représentantes en santé et sécurité (RSS) dans les secteurs de la santé et de l'éducation en plus de retirer les exigences de délais pour les programmes de prévention.

Le réseau de la santé étant composé de 81 % de femmes, il s'agit d'un affront à la santé et à la sécurité au travail des femmes.

Pourquoi la FIQ s'y oppose ?

Les travailleuses de la santé et des services sociaux sont parmi les plus touchées par les lésions professionnelles. En 2022, elles représentaient 13,6 % de l'emploi total, mais près de 38 % des lésions professionnelles indemnisées. Il est totalement insensé de réduire les mécanismes de prévention les touchant.

Une atteinte systémique aux droits des femmes. Ce projet de loi vient modifier et retirer certains mécanismes de prévention dans les secteurs de la santé et de l'éducation, composés à grande majorité de femmes. Cela crée une inégalité flagrante avec d'autres secteurs majoritairement masculins, comme celui de la construction, où ces protections sont maintenues.

La CAQ refuse le dialogue. La FIQ a déposé un mémoire sur le projet de loi, mais n'a pas été invitée à le présenter à la commission parlementaire chargée de l'étudier. Exclure la FIQ des consultations, c'est écarter la voix de plus de 80 000 professionnelles en soins du débat. En 2025, les travailleuses du réseau public doivent être entendues.

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Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

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