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Haroun Bouazzi ne se représentera pas : Le début de la fin pour Québec Solidaire (QS) ?

3 février, par Mario Charland — , ,
Après Catherine Dorion qui en avait long à dire sur l'esprit de « clan » qui régnait autour de GND et Émilise Lessard-Thérien qui avait fait le même constat, voilà que celui (…)

Après Catherine Dorion qui en avait long à dire sur l'esprit de « clan » qui régnait autour de GND et Émilise Lessard-Thérien qui avait fait le même constat, voilà que celui ayant osé, contre vents et marées, appeler un « chat » un « chat » en ce qui concerne la xénophobie ambiante dans nos institutions « démocratiques », quitte le navire, préférant, comme il le dit dans un courriel accompagnant une Infolettre de QS : « [s'impliquer] au sein de la société civile pour défendre la justice sociale et porter les luttes qui nous rassemblent. »

Ajouté aux prévisions « désastreuses » des derniers sondages sur les intentions de vote (QS arrive bon dernier, derrière le PCQ de Éric Duhaime) et aux démissions « spectaculaires » des deux leaders les plus médiatisés du parti, dont la « tiédeur » idéologique n'avait d'égale que leur hautaine arrogance vis-à-vis la base « militante », on est en droit de se demander s'il y a une place pour un parti de gauche au Québec qui ne s'évertuera pas à se saborder à la première occasion.

Pourtant, la « demande » n'est pas en reste, c'est l'« offre » qui est défectueuse ou qui, lorsqu'elle existe, tente de la détourner à des fins autres que celles qu'elle s'est donnée à l'origine. Ces fins sont :

1° Un arrimage concret et durable aux revendications de la société civile pour une changement « radical » de paradigme concernant nos modes d'exploitation/production/consommation « capitalistes ».

2° Une plus grande part de démocratie « directe » qui donnerait d'autant plus de pouvoir de décision à ceux qui la revendiquent qu'ils sont les premiers à « trinquer » lorsqu'en haut lieu, on s'inquiète plus du sacro-saint équilibre budgétaire (jamais atteint de toute façon) que les coupes dans les programmes sociaux, l'allégement fiscal pour les contribuables les mieux à même de renflouer les finances publiques ou la stigmatisation grandissante des nouveaux arrivants qu'on accuse (à tort) d'aggraver encore plus la crise du logement, de contribuer au recul du Français et de remettre en question le principe de la laïcité de l'État (made in Québec).

3° Une prise de distance « claire », tranchée et « conséquente » avec les mouvements d'extrême-droite dont les politiques délirantes pourrissent le tissu social partout en Occident, semant le chaos, la division et le désordre en nous rapprochant toujours un peu plus d'une troisième guerre mondiale entre puissances nucléaires.

Que ce soit à Ottawa ou à Québec, au-delà des discours officiels d'« indignation » conçus sur mesure pour épater (enfumer) la galerie, les velléités guerrières venues du Sud de la frontière, tout comme celles gesticulant outre-Atlantique, constituent une bonne nouvelle pour le complexe militaro-industriel ainsi que pour tous ceux qui, au Nord de cette frontière, comptent bien, pour l'occasion, ramasser les miettes qui vont s'éparpiller suite au festin auquel sont conviées les grosses pointures qui vont s'empiffrer à qui mieux mieux à même les nouveaux investissements publics, sous prétexte d'une légitime défense contre l'ennemi (ou « les » ennemis) qui fomente(nt) le projet d'anéantir l'Occident parce qu'envieux de ses « valeurs » séculières : la Chine, la Russie, les BRICS, les Palestiniens et ceux (tous « terroristes » autant qu'ils sont) qui appuient leur droit à l'autodétermination, les ONG engagées dans la défense des droits de l'Homme, l'ONU et ses instances (CJI), la CPI et… les extraterrestres !

Les historiens versés dans l'analyse des phénomènes de fascisation le disent clairement : aussi « charismatiques » puissent-ils être, les leaders d'extrême-droite ne peuvent mener à terme leurs projets démentiels que si une part importante de l'élite (politique, économique, financière, industrielle) y voit une « occasion », une « opportunité » de faire de bonnes affaires, d'augmenter leur influence parlementaire, de s'élever encore plus dans l'échelle sociale, de suivre le courant somme toute « inoffensif » qui a l'immense mérite de redonner au « Peuple » sa fierté perdue.

Dans les années 1930, les industriels allemands se sont « gavés »1 de deutsch mark en convertissant leurs usines automobiles en usines d'armements (munitions, artillerie, chars d'assaut — Panzers, avions de combat — Luftwaffe), la droite allemande traditionnelle (très ancrée dans l'aristocratie) a vu dans le Parti ouvrier allemand national-socialiste (Parti Nazi) un allié de « circonstance » qu'elle allait pouvoir maîtriser en expurgeant de ses rangs les éléments les plus perturbateurs (SS, SA), lui permettant ainsi de se maintenir au pouvoir (avec les privilèges qui, de tout temps, lui sont « naturellement » dus), les classes moyennes se sont senties en sécurité derrière le discours antisémite et anti-bolchevique (tout sauf le « communisme ») d'Adolf Hitler qui leur garantissait, ainsi, leur droit de propriété auquel elles sont attachées plus que tout.

Cette complaisance, cette complicité, cet aveuglement volontaire, cette fausse naïveté expliquent en bonne partie l'étrangeté du fait que des « bouffons », des clowns, des incompétents auto-revendiqués et des « branleurs » de premier ordre comme Adolf Hitler, Benito Mussolini, Donald Trump, Jair Bolsonaro, Javier Milei puissent acquérir autant de pouvoir et faire l'objet de tant de dévotion de leur personne alors que chacun pris isolément ne peut que provoquer rire, perplexité, étonnement et incrédulité face à leur réel dangerosité. Dans un contexte socio-politique plus apaisé, ces personnages évolueraient à la marge et le rayonnement de leur toxicité n'aurait pas l'ampleur qu'il a dans un autre contexte, comme celui dans lequel nous nous trouvons actuellement.

4° Un réajustement de la place du parlementarisme dans une démocratie libérale d'obédience anglo-saxonne comme celle qui nous a été imposée après la Conquête de 1760 (plus précisément, par l'Acte constitutionnel de 1791). Le statut quo « institutionnel » voulu par à peu près tous les partis au Canada comme au Québec défavorise d'emblée la gauche (social-démocrate, social-libéral mais surtout libertaire et anarchiste) dans la mesure où règne un conservatisme formaliste, procédural, idéologique et corporatiste qui finit par prendre des allures surréalistes et rend presque impossible tout changement d'envergure dans la façon de siéger, de gouverner, de meubler le temps passé sur les bancs de l'Assemblée et de nouer des relations vivantes et dynamiques entre la députation et leurs commettants.

Le « clivage » entre élus et électeurs, à la base même d'une démocratie de type parlementaire, s'est accentué depuis le dernier quart du vingtième siècle et constitue à la fois une cause et une conséquence du recul des valeurs démocratiques observé partout en Occident (même par les médias mainstream), alors même que le pouvoir de l'argent, accompagné d'idéologies suprémacistes, transhumanistes et néofascistes (toutes arrimées au social-darwinisme), s'attaque, comme le veut la tradition libérale « classique », à l'État Social (ce qu'on a appelé, dans un relent d'esprit religieux, l'État- « Providence ») en le démembrant morceau par morceau pour garder uniquement ce qui sert directement ses intérêts, à savoir le contrôle de la monnaie (par la Banque centrale) et l'utilisation « légale » des forces de répression, au National (renforcement de l'État policier en guise de politique intérieure) comme à l'International (Budget de la défense toujours bonifié au détriment du financement des programmes sociaux, dépenses militaires astronomiques sur le dos des contribuables, soutien indéfectible au complexe militaro-industriel et à l'industrie des hydrocarbures qui en assure le fonctionnement).

Dans ce contexte, se contenter de faire de la figuration à l'Assemblée Nationale en prétendant servir ainsi le Peuple consiste à nourrir l'illusion que le système parlementaire, tel qu'il est aujourd'hui constitué et fonctionne « normalement », peut encore être réformé par ceux qui ont tout intérêt à le maintenir dans son état actuel d'inefficacité chronique. Que ce soit par l'utilisation abusive du « Bâillon », du virage à 180° concernant la réforme du mode de scrutin (pour des raisons « électoralistes » à peine voilées), promesse maintes fois réaffirmée à partir de 2018, ou l'augmentation « indécente » du salaire des parlementaires alors que l'État tergiverse constamment pour offrir des conditions de travail « décentes » aux employées du secteur de la santé, de l'éducation et des services sociaux en général, la classe « politique » s'est délibérément enfermée dans un huis-clos permanent, n'ayant de compte à rendre qu'à l'« opinion » dont les médias se feraient les fidèles courroies de transmission alors qu'ils contribuent largement à l'influencer.

Un parti de gauche doit de toute évidence (et de toute urgence) porter au niveau des institutions « bourgeoises », aussi insensibles et imperméables puissent-elles être au changement nécessaire, les revendications de la base « militante » (agissante, réflexive et critique), quitte à bousculer les habitudes, à provoquer le scandale et à faire perdre la tête aux éditocrates, chroniqueurs patentés et autres adeptes du commérage parlementaire. QS devrait s'inspirer de ses camarades de La France Insoumise (LFI) chez nos cousins germains (outre-Atlantique) : à peu près tout le monde (gauche caviar, droite, extrême-droite, extrême-centre) tire à boulets rouges sur les Insoumis juste pour avoir aligner des mots comme : « taxer les riches », « imposer les gros patrimoines », « redistribuer la richesse produite en amont », « financer les programme sociaux plutôt que baisser les impôts des milliardaires », etc.

On n'y échappera pas. La gauche n'a pas à demander la permission aux élites (politiques, économiques, financières, médiatiques) de pouvoir agir dans le sens de la justice sociale. Elle doit la considérer comme un devoir « moral » et prendre les moyens nécessaires pour renverser le rapport de force en sa faveur, que ce soit « concrètement » (mobilisations citoyennes et parlementaires, manifestations publiques, boycottages, désobéissance civile non-violente) ou « abstraitement » (travail idéologique, pédagogie de l'engagement citoyen, développement de l'esprit « critique », culture du débat démocratique). Elle ne peut reporter constamment dans un futur idéalisé le moment d'affronter la tempête politico-médiatique qui va poindre à l'horizon de la res publica suite à des prises de position « radicales » (ne pas confondre avec « extrémistes ») en matière de mesures anticapitalistes, pro-socialistes (peu importe leurs déclinaisons : socialistes démocratique, libéral, anarchiste, libertaire), environnementalistes, antimilitaristes et indépendantistes. Il n'est plus temps de dorer la pilule ou d'essayer de tergiverser, c'est l'avenir de l'Humanité qui est en jeu.

Mario Charland

Note
1. L'expression est de Johan Chapoutot, spécialiste du nazisme, qui établit un lien de cause à effet direct entre l'appétit insatiable des grands entrepreneurs européens (au premier quart du vingtième siècle) et la montée de l'extrême-droite qui, par ses politiques autoritaires (antisyndicales, légalement anti-ouvrières, antidémocratiques), représente une sécurité pour les investissements et constitue une assurance pour l'accumulation continue du capital.

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Projet de loi 9 et prières collectives en public – Une atteinte claire à la liberté de religion, mais aussi une menace pour la liberté d’expression de toustes les Québécois·es

3 février, par Anaïs Bussières McNicoll, Laurence Guénette — , ,
Le gouvernement du Québec a déposé ce 27 novembre un projet de loiinterdisant, sauf exception, les pratiques religieuses collectives sur les voies publiques et dans les parcs, (…)

Le gouvernement du Québec a déposé ce 27 novembre un projet de loiinterdisant, sauf exception, les pratiques religieuses collectives sur les voies publiques et dans les parcs, élargissant les interdictions de port de signes religieux des CPE à l'université et restreignant les accommodements religieux. La Ligue des droits et libertés et l'Association canadienne des libertés civiles, ainsi que de nombreuses voix de la société civile, dénoncent à nouveau l'instrumentalisation de la notion de laïcité de l'État pour justifier une violation de la liberté de religion. Nous décrions également l'approche du gouvernement, que nous considérons comme discriminatoire.

Tiré du site de la Ligue des Droits et Liberté

Lettre ouverte publiée dans La Presse, le 27 novembre 2025.

Anaïs Bussières McNicoll, Directrice du programme des Libertés fondamentales, Association canadienne des libertés civiles

Laurence Guénette, coordonnatrice et porte-parole, Ligue des droits et libertés

Soulignons que ce projet de loi ne bafoue pas uniquement les droits des minorités religieuses. Ce sont tous les Québécois et Québécoises – croyants et non-croyants – qui doivent s'alarmer de cette nouvelle limite à l'expression en public.

D'entrée de jeu, rappelons que la laïcité de l'État signifie de séparer le politique et le religieux, et d'assurer la neutralité de l'État face aux croyances et non-croyances de la population. Ce principe ne signifie aucunement d'effacer le religieux de l'espace public.

Non seulement les prières collectives publiques sont loin de constituer un réel enjeu au Québec, mais qui plus est, elles ont tout à fait leur place dans une société libre et démocratique.

On ne peut d'ailleurs passer outre au fait que cette offensive du gouvernement fait suite à des prières publiques spécifiques qui ont fait les manchettes récemment. Les rares exemples évoqués s'inscrivaient dans le contexte de manifestations en soutien au peuple palestinien, qui subit ce qu'unecommission d'enquête de l'ONU⁠ et des experts internationaux en la matière⁠ qualifient explicitement de génocide. Le contexte de ces moments de recueillement collectif observés à Montréal ne peut être ignoré – tout comme le danger, pour une démocratie, que pareille expression soit censurée par l'État.

Climat d'intolérance

Une quasi-interdiction de prières collectives dans l'espace public ne répond à aucune lacune juridique. Elle entrave plutôt les libertés civiles et alimente un climat d'intolérance et de délation entre concitoyens et concitoyennes. En effet, la législation canadienne et québécoise encadre déjà les rassemblements publics, qu'ils soient ou non de nature religieuse. Advenant qu'un rassemblement soulève des enjeux de sécurité, les autorités disposent déjà de leviers et normes en matière d'ordre public et de sécurité routière leur permettant d'intervenir. La société civile doit d'ailleurs exercer une vigilance constante pour s'assurer que les lois et règlements en la matière, et leur application, respectent la liberté de réunion pacifique, la liberté d'expression et les autres libertés civiles protégées par nos chartes et essentielles à l'exercice de la démocratie.

Censurer l'expression en public sur la base de son caractère religieux est aussi dommageable pour une démocratie que ne le serait de censurer l'expression d'activistes féministes, syndicalistes, indépendantistes, étudiants ou climatiques au motif que leurs propos ou actions offensent, déplaisent ou dérangent.

Le Québec d'aujourd'hui, dans toute sa richesse et sa diversité, est le fruit de nombreuses luttes socio-économiques et politiques menées sur la place publique. Le mouvement féministe des années 1960 et le plus récent mouvement d'action climatique, tout comme les mouvements syndicalistes, indépendantistes et étudiants, ont tous un point en commun : ils ont eu recours aux manifestations pour sensibiliser la population à leur cause et critiquer le statu quo, dans l'espoir d'être entendus par le gouvernement et de provoquer un changement.

L'expression critique génère forcément des réactions variées. Les manifestations pacifiques perturbatrices peuvent aussi créer de l'inconfort, tout comme le fait de voir des concitoyens méditer ou prier dans un espace public.

Cela ne justifie pas pour autant une approche qui est à nos yeux répressive, arbitraire et autoritaire. Au contraire, un inconfort passager fait partie de la vie dans une démocratie, dont une des pierres angulaires est ce droit fondamental qu'a chacun d'exprimer librement en public ses croyances et opinions.

Contrairement à ce que le premier ministre du Québec a laissé entendre, il n'en revient pas à son gouvernement d'être l'arbitre de « ce qu'on veut voir – ou pas – au Québec ». Sous le couvert de protéger la population contre le prétendu fléau des prières de rue, le gouvernement du Québec s'attaque en réalité à notre droit fondamental d'exercer notre liberté de réunion pacifique et de nous exprimer d'une manière qui déplaît à certains, y compris au gouvernement.

Le gouvernement du Québec a déjà porté atteinte de manière éhontée à la liberté de religion de certains employés de l'État. Mais pour la première fois, il annonce son intention d'élargir cette violation de droits à l'ensemble de la population ; c'est un énorme pas qu'il entend franchir. En interdisant les prières collectives dans l'espace public au motif qu'elles importunent certains, le gouvernement du Québec s'avance davantage sur une pente glissante à laquelle tous les Québécois et Québécoises devraient s'opposer.

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Pour une clause grand-père

3 février, par Confédération des syndicats nationaux (CSN), Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal–CSN — , ,
La présidente de la CSN, Caroline Senneville, et le Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal–CSN, accompagnés de quelques-uns de ses (…)

La présidente de la CSN, Caroline Senneville, et le Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal–CSN, accompagnés de quelques-uns de ses membres affectés par l'abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ), réclament qu'une clause de droits acquis (clause grand-père) soit mise en place rapidement par le gouvernement du Québec.

Tiré de l'Infolettre de la CSN En Mouvement

29 janvier 2026

« Aujourd'hui, la CSN joint sa voix à celles de plusieurs maires du Québec, d'employeurs, d'organismes communautaires et d'établissements publics et demande au ministre de l'Immigration, Jean-François Roberge, de respecter la parole de son gouvernement envers différents immigrants et immigrantes qui sont venus ici dans le but de répondre à un besoin de main-d'œuvre », affirme d'entrée de jeu Caroline Senneville.

Des professeur-es devant l'incertitude

« Ce sont plus de 20 de nos membres qui vont devoir quitter le Québec, mais aussi leur emploi. Ces professeur-es avaient choisi de joindre la communauté uqamienne, et ils vont laisser un grand trou derrière eux. Cette mesure s'inscrit dans une politique d'immigration désastreuse pour les universités québécoises et l'UQAM en particulier. Parce qu'en plus d'abolir le PEQ, le gouvernement refuse dorénavant d'accorder des permis de travail dans la région de Montréal et Laval. Cette mesure doit être levée immédiatement », soutient Geneviève Hervieux, présidente du Syndicat des professeurs et professeures de l'Université du Québec à Montréal–CSN.

Elle ajoute que les décisions irrationnelles de la politique d'immigration du gouvernement caquiste auront également des effets néfastes sur l'innovation et le développement économique et culturel du Québec à travers le rayonnement de ses universités. « Des cours ne se donneront pas et des recherches ne se réaliseront pas. »

« Le gouvernement québécois doit cesser de blâmer Ottawa pour toutes ses bévues. Le PEQ est une création du Québec et a été aboli par le Québec. C'est à Québec de résoudre ce problème », conclut Caroline Senneville.

À propos

Le Syndicat des professeurs et professeurs de l'Université du Québec à Montréal–CSN, affilié à la Fédération des professionèles (FP–CSN) et au Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM–CSN), regroupe près de 1200 professeur-es de l'UQAM.

Fondée en 1921, la CSN est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s'engage dans plusieurs débats qui intéressent la société québécoise. Elle regroupe plus de 330 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans 8 fédérations, ainsi que sur une base régionale dans 13 conseils centraux, principalement sur le territoire du Québec.

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La prochaine est toujours en vie

3 février, par La Mouvance, Centre de femmes — , ,
La Mouvance et ses membres se sont réunis une fois de plus pour dénoncer les quatrième et cinquième féminicides de l'année 2026. Déjà en ce début d'année, la violence faite aux (…)

La Mouvance et ses membres se sont réunis une fois de plus pour dénoncer les quatrième et cinquième féminicides de l'année 2026. Déjà en ce début d'année, la violence faite aux femmes frappe et est encore trop fréquente. À peine 25 jours après le début de l'année, nous dénonçons la violence et commémorons la mémoire de ces deux femmes tuées dans un contexte conjugal ou post-conjugal.

Dénonçons les violences

Depuis juin 2025, les travailleuses et les membres se rassemblent systématiquement à la suite d'un féminicide. Pourquoi le faire chaque fois ? « C'est simple, trop de femmes sont victimes de violences et les acteurs gouvernementaux ne prennent pas action. Tant que des femmes mourront, nous serons là pour le dénoncer. »

« Nous réclamons des investissements massifs auprès des organismes communautaires qui travaillent en prévention et en soutien aux victimes. Nous réclamons plus de maisons d'hébergement afin de diminuer les listes d'attente pour les femmes victimes qui souhaitent s'en sortir. Nous réclamons des investissements en santé mentale afin de prévenir les violences et d'aider toutes ces femmes victimes. »
Vickie Ouellette, directrice générale.

Les ressources communautaires, les maisons d'hébergement, les centres de femmes font un travail essentiel, souvent à bout de souffle. Il manque des places. Il manque de financement. Il manque de la reconnaissance. Et trop souvent, il manque une écoute politique à la hauteur de l'urgence. Nous le répétons clairement : les ressources ont besoin de places supplémentaires, de soutien financier récurrent et d'être entendues dans l'élaboration des politiques publiques.

Chaque féminicide appelle une action concrète, immédiate et durable.

Chaque féminicide exige plus que des mots.

Chaque féminicide nous oblige à agir, maintenant.

À propos de la Mouvance

La Mouvance, Centre de femmes est un organisme à but non lucratif de la MRC de Deux-Montagnes qui vise à briser l'isolement des femmes, à sensibiliser et à susciter la prise de conscience des femmes aux dimensions collectives de leur situation en identifiant les causes et les conséquences sociales. Elle vise également à mobiliser les femmes dans l'affirmation et la défense de leurs droits et intérêts, transmettre des outils et favoriser l'acquisition de nouvelles compétences et outils permettant la reprise de pouvoir dans les différentes sphères de leur vie ainsi que de lutter contre toutes formes de discrimination faite aux femmes.

Grâce à nos approches féministes intersectionnelles et d'éducation populaire, la Mouvance, Centre de femmes offre un lieu inclusif où chaque femme est accueillie dans sa globalité et son unicité afin de permettre le développement et l'épanouissement de sa pleine individualité.

La sororité, sur tous les fronts

3 février, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
L'École féministe syndicale de la CSN lançait sa deuxième édition le 27 janvier dernier. Sous le thème Tant qu'il le faudra ! – qui trouve écho auprès des militantes depuis (…)

L'École féministe syndicale de la CSN lançait sa deuxième édition le 27 janvier dernier. Sous le thème Tant qu'il le faudra ! – qui trouve écho auprès des militantes depuis quelques années.

Tiré de L'Infolettre de la CSN En Mouvement

29 janvier 2026

Des dizaines de participantes se sont réunies pour traiter d'idées féministes de l'heure. Et les sujets ne manquaient pas cette année. Pendant deux jours, la CSN a accueilli un grand forum consacré aux droits des femmes à travers des ateliers collaboratifs et des conférences données par des expertes en la matière. Un espace de mentorat et de réseautage féministe toujours si pertinent, tant que l'égalité des genres demeurera un objectif à atteindre – ici comme ailleurs.

« Le mois de janvier n'est pas fini, qu'on dénombre déjà cinq féminicides au Québec. Je tiens à dédier la tenue de l'école à ces merveilleuses femmes qui ont perdu la vie, lance d'emblée la secrétaire générale de la CSN et responsable politique du comité confédéral de la condition féminine, Nathalie Arguin. Sans vouloir alourdir l'atmosphère en ouverture d'événement, je vous invite à vous lever et à clamer haut et fort so-so-so-sororité ! », scande Nathalie avec ses consœurs.

À l'École féministe de la CSN, les participantes ne chôment pas. Une multitude de sujets présentés en conférence résonnent auprès des militantes. De la division sexuelle du travail, à la dénonciation de l'antiféminisme, en passant par les risques psychosociaux de l'épuisement professionnel et par les menstruations et la ménopause en milieu de travail, le champ exploré par l'école se distingue par sa grande diversité.

Caroline Senneville, au lancement de l'événement, rappelle l'importance de la lutte féministe au cœur du mouvement CSN. « La rémunération des employées syndiquées a atteint 95,6 % de celles de leurs collègues masculins, près de cinq points de plus que pour l'ensemble des travailleuses. Les femmes, qu'elles soient syndiquées ou non, gagnent cependant toujours moins que leurs homologues masculins. Les acquis le sont jusqu'à tant qu'on nous les enlève », met en garde la présidente de la confédération.

À la deuxième journée, les membres avaient l'occasion de partager leurs idées et de consolider leurs militances syndicales dans les ateliers organisés par l'école. La grève comme objet d'émancipation, le continuum des violences envers les femmes et l'analyse différenciée selon les sexes en santé et sécurité du travail ont nourri les débats lors des laboratoires animés.

« Durant ces deux journées, j'ai vu des féministes qui se tiennent debout et qui déploieront divers projets pour améliorer les conditions de vie et d'emploi de toutes les membres. À la CSN, on a une force de mobilisation sans commune mesure. Nous ne baisserons jamais la garde et nous poursuivrons l'action collective pour une véritable égalité ! », clame Nathalie Arguin en mot de clôture.

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Greenpeace réclame la fin de l’exportation de véhicules blindés vers l’ICE

3 février, par Patou Oumarou — , ,
Toronto, 2 février 2026 – Des activistes de Greenpeace ont déployé aujourd'hui une bannière portant le message « Pas un véhicule blindé de plus pour l'ICE » devant le siège (…)

Toronto, 2 février 2026 – Des activistes de Greenpeace ont déployé aujourd'hui une bannière portant le message « Pas un véhicule blindé de plus pour l'ICE » devant le siège social à Brampton de l'entreprise qui fabrique des véhicules blindés destinés à l'ICE, l'agence américaine de l'immigration et des douanes. Afin de remédier à cette situation, Greenpeace appelle l'ensemble des députées et députés fédéraux à appuyer le projet de loi C-233, qui est actuellement à l'étude au Parlement.

Tiré de Greenpeace Canada.

« Le Canada ne peut pas affirmer défendre les droits de la personne tout en vendant des véhicules blindés qui serviront à terroriser des communautés, a déclaré Keith Stewart, stratège principal en matière d'énergie chez Greenpeace Canada. Ces exportations vont directement à l'encontre de ses obligations en vertu du Traité sur le commerce des armes, qui interdit l'octroi de permis d'exportation lorsqu'il existe un risque substantiel d'atteinte aux droits de la personne. C'est pourquoi nous demandons à l'ensemble des député·es de soutenir le projet de loi C-233 qui est présentement en cours d'examen au Parlement. »

Alors que des communautés partout aux États-Unis subissent une vague de violence, de descentes militarisées et d'atteintes aux droits de la personne aux mains de l'ICE, de nouvelles révélations démontrent que le Canada en est complice. Une entreprise canadienne, Roshel, a été mandatée pour fournir 20 véhicules blindés à l'ICE. Cette entente a été publiquement saluée par le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, qui l'a qualifiée d'« excellente nouvelle ».

Greenpeace Canada condamne fermement l'exportation d'équipement militaire fabriqué au Canada vers une agence dont le lourd bilan en matière d'atteinte aux droits de la personne est largement documenté, notamment en ce qui concerne son implication dans des raids violents, la séparation de familles, le refus de soins médicaux et les décès en détention.

Des organisations de défense des droits et des enquêtes journalistiques ont recensé plus de 1 000 cas allégués d'abus dans les centres de détention de l'immigration aux États-Unis. La fourniture de véhicules blindés à l'ICE contribue à la militarisation accrue d'une agence déjà responsable de préjudices graves et répétés.

Le Canada sait à quoi ressemble l'usage de la force militarisée lorsqu'elle sert à protéger le pouvoir et le profit. Des défenseur·ses des terres autochtones, des travailleur·ses et des communautés marginalisées ont subi ici même des violences étatiques similaires. Nous refusons que le Canada exporte ces outils de répression à l'étranger.

Greenpeace Canada appelle l'ensemble des députées et députés, y compris le premier ministre Mark Carney et la ministre des Affaires étrangères Anita Anand, à appuyer le projet de loi C-233 présenté par la députée néo-démocrate Jenny Kwan, également connu sous le nom de « loi visant à éliminer les échappatoires ». Cette mesure permettrait de combler les failles qui autorisent l'exportation sans suivi adéquat d'armes, de pièces d'armes et d'explosifs canadiens. Elle donnerait aussi au gouvernement fédéral les moyens d'empêcher toute future exportation de véhicules blindés ou d'équipement militaire vers l'ICE.

« Le premier ministre Carney a lui-même affirmé que bâtir un Canada fort signifie vivre selon nos valeurs, a ajouté Stewart. Il est temps de les mettre en pratique. »

Les Canadiennes et Canadiens sont invités à passer à l'action en signant notre pétition qui exhorte le gouvernement fédéral à mettre fin à l'exportation de véhicules blindés au profit de l'ICE et à éliminer les failles dangereuses présentes dans le système canadien d'exportation d'armes.

Signez la pétition

Quel avenir pour le pétrole ?

3 février, par Denise Campillo, François Prévost — , , ,
On parle beaucoup de pétrole ces jours-ci. Notamment des réserves du Venezuela, les plus importantes du monde, sur lesquelles Donald Trump veut mettre la main, comme un enfant (…)

On parle beaucoup de pétrole ces jours-ci. Notamment des réserves du Venezuela, les plus importantes du monde, sur lesquelles Donald Trump veut mettre la main, comme un enfant gâté qui veut s'approprier les jouets de ses petits camarades.

On parle aussi des effets de cette prise de contrôle sur l'industrie pétrolière au Canada.
C'est vrai que le pétrole joue un rôle vital dans la vie économique de tous les humains. Or la production et la consommation des énergies fossiles est la principale cause des émissions de gaz à effet de serre qui bouleversent le climat de la planète.

Mais si l'avenir des humains sur la terre est en jeu, la priorité ne devrait-elle pas être de préserver ce qui peut encore l'être, et de freiner le dérèglement climatique et la dégradation des écosystèmes ?

En fait, le problème n'est pas le pétrole : c'est l'utilisation que nous en faisons, c'est le mode d'exploitation et la consommation de cette ressource qui sont aujourd'hui devenus toxiques. Et surtout, c'est la recherche effrénée de profit à court terme qui oriente tout le secteur des énergies fossiles. Nos dirigeants et les patrons de l'industrie doivent comprendre que leur intérêt est dans une vision à moyen terme et à long terme.

Le pétrole est précieux ! Raison de plus pour ne pas le gaspiller. Les réserves de pétrole et de gaz devraient rester sous terre : dans les prochaines décennies, les générations qui nous suivent sauront les exploiter selon leurs besoins, de façon plus raisonnable que nous.
La fuite en avant dans l'exploitation des énergies fossiles est une aberration : la demande mondiale de pétrole est en baisse, et les investissements dans ce secteur vont inévitablement baisser. L'avenir est ailleurs.

Quelques pays mieux avisés se tournent d'ailleurs aujourd'hui avec profit vers les énergies renouvelables et adoptent des politiques de sobriété énergétique.

L'accélération de la crise climatique va nuire à tout le monde, en causant de plus en plus de catastrophes, en affaiblissant les écosystèmes et l'agriculture, en déplaçant des populations, en suscitant des conflits et des crises sociales, en augmentant les injustices climatiques.
La recherche du profit à court terme de quelques-uns, qui sont alliés aux rois de la technologie pour contribuer au décervelage d'une population esclave du consumérisme, nous précipite tous dans le mur.

C'est à nous, humains ordinaires, de dire vigoureusement NON aux dirigeants, Trump, Carney et autres : nous serons dans la rue pour affirmer que la priorité des priorités, c'est la lutte contre le dérèglement climatique et les injustices !

Denise Campillo
François Prévost
Membres du Regroupement Vigilance Énergie Québec
Roxton Falls

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Qu’entend-on au juste par intérêt national ?

3 février, par Louise Morand — , ,
Les écosystèmes et la biodiversité qu'ils abritent sont nos trésors les plus précieux, les seuls véritables, parce que ce sont eux qui nous font vivre. Pourtant, à la (…)

Les écosystèmes et la biodiversité qu'ils abritent sont nos trésors les plus précieux, les seuls véritables, parce que ce sont eux qui nous font vivre.

Pourtant, à la lumière de certaines décisions prises récemment par le gouvernement canadien au nom de l'intérêt national en vertu de laLoi visant à bâtir le Canada, on peut se demander si nos décideurs n'ont pas plutôt choisi d'ignorer que ces écosystèmes terrestres et marins arrivent aujourd'hui à un point de rupture, et qu'il est impératif de les protéger.

Voilà des décennies que nous connaissons les impacts négatifs de notre consommation effrénée, fondée sur l'exploitation irresponsable des énergies fossiles, mais aussi de toutes les ressources de la planète. Face à ces constats alarmants, ne devrions-nous pas collectivement, en tant qu'espèce intelligente, porter toute notre attention sur les moyens de préserver l'héritage millénaire qui a permis à notre civilisation de se développer ?

L'intérêt national devrait normalement se définir comme ce qui est bénéfique à l'ensemble d'une nation (sécurité, prospérité, identité). Mais il semble qu'à l'ère de l'intelligence artificielle, nos dirigeants soient victimes d'un « bogue » qui les empêche de bien comprendre ce qu'est l'intérêt national, et qui pourrait entraîner la perte de millions d'êtres vivants et la destruction de ce qui fait le bien-être et la santé des populations. Quels sont en effet, parmi les projets mis de l'avant par nos gouvernements au nom de l'intérêt national, ceux qui servent vraiment cet objectif ? Voyons quelques exemples :

Le pétrole des sables bitumineux appartient à 60% à des intérêts américains. À qui profiterait donc la hausse de la production stimulée par le projet de construction d'un nouveau pipeline, qui aurait par ailleurs pour effet d'aggraver le désastre environnemental et d'accélérer le réchauffement climatique ? Un virage vers les énergies renouvelables ne servirait-il pas mieux l'intérêt national en permettant de réorienter les travailleurs des secteurs pétrolier et gazier pour le bénéfice de notre économie, de la population et de toute la biodiversité ? De son côté, le projet de port de conteneurs à Contrecœur, en plus de détruire l'habitat d'une espèce de poisson unique au monde et de plonger la population locale dans un enfer industriel, aurait pour effet d'augmenter la pollution atmosphérique et celle de l'eau potable de près de la moitié des Québécois, tout en exacerbant les problèmes liés à l'introduction d'espèces envahissantes. Sans compter que le transport maritime, à cause du bruit et de la pollution, constitue également une nuisance pour le tourisme, la santé humaine et celle de la faune marine, notamment les mammifères marins, et que l'augmentation du transit de cargos géants sur le fleuve ne peut qu'accentuer l'érosion des berges, que les propriétaires riverains observent déjà en raison de la diminution du couvert de glace en hiver.

L'avantage compétitif avec les ports américains que font valoir les promoteurs pour justifier le projet ne serait même pas au rendez-vous puisque les nouveaux porte-conteneurs géants, véhicules de l'économie mondialisée, sont trop gros pour naviguer sur le Saint-Laurent. D'autant plus que, dans le contexte d'une décarbonation nécessaire du transport maritime, commencent à émerger des modèles de voiliers cargos plus petits, qui semblent voués à un bel avenir. L'intérêt national ne commanderait-il donc pas de miser plutôt sur l'économie locale et la sobriété face au commerce international, de maximiser les installations portuaires déjà existantes à Québec et à Montréal, et de favoriser le développement de la filière de ces voiliers cargos ?

Et qu'en est-il de ces projets d'agrandissement d'aéroports, de ce virage vers l'industrie militaire, la robotisation et l'intelligence artificielle, de la course aux minéraux critiques, de l'implantation sauvage de la filière éolienne et de centres d'enfouissement, imposés chez nous de façon antidémocratique, sans parler de la dénationalisation de l'électricité et de l'abolition pure et simple des règles environnementales qui servaient de garde-fous contre les dérives prédatrices dont nous sommes témoins ? Tout cela sert-il vraiment l'intérêt national ?

Certains payscomme le Costa-Rica, les Pays-Bas et la Suède ont compris qu'il est dans leur intérêt de protéger leurs milieux naturels, leurs forêts et leur biodiversité pour s'assurer un avenir viable. Ces gouvernements inspirent leur population et le monde entier en adoptant des politiques audacieuses qui mettent la science et la technologie au service de la transition écologique. Et cela profite à leur économie.

N'est-ce pas plutôt vers ce genre de progrès que devraient se tourner le Canada et le Québec ? À quoi bon, en effet, performer sur les marchés mondialisés du transport maritime, des armes, des robots, de l'aérospatiale ou de tout autre technologie qui repose sur l'extraction minière, le pétrole et le gaz, si c'est pour réduire à néant notre espérance de vie, miner notre santé et notre bien-être en refusant de s'attaquer au véritable problème que constituent la crise climatique et la perte de biodiversité. D'autres avenues sont possibles, porteuses d'espoir et d'un avenir bien meilleur.

Louise Morand
Regroupement vigilance énergie Québec

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Mois de l’histoire des Noirs : les syndicats exigent une intervention contre le racisme environnemental

3 février, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Selon un rapport (en anglais seulement) de 2020 du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les substances toxiques et les droits de l'homme, les politiques et les lois du (…)

Selon un rapport (en anglais seulement) de 2020 du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les substances toxiques et les droits de l'homme, les politiques et les lois du Canada ayant trait aux substances dangereuses et aux déchets sont empreintes d'une discrimination répandue. Ce rapport indique qu'il « existe une tendance selon laquelle les groupes marginalisés, et particulièrement les peuples autochtones, vivent dans des conditions toxiques qui ne seraient pas acceptables ailleurs au Canada ». Cette tendance est qualifiée de racisme environnemental, et celui-ci a une longue histoire au Canada.

Les personnes habitant des communautés de la Nouvelle-Écosse d'ascendance africaine telles qu'Africville, Shelburne et Lincolnville en ont fait l'objet (en anglais seulement) — exposées aux réseaux d'égouts, décharges, déchets toxiques et autres polluants placés dans leur collectivité.

Il ne s'agit pas que d'une partie de notre histoire. Le racisme environnemental découle d'iniquités structurales profondes et durables qui n'ont laissé que peu de ressources et de protections à certaines communautés pendant des générations. Les travailleuses et travailleurs et les communautés noirs vivent encore les conséquences de décisions sur les politiques économiques et sociales ancrées dans le racisme systémique qui ont accru leur exposition à des risques environnementaux.

Il arrive souvent que les décisions sur les politiques négligent les coûts environnementaux, sociaux et économiques à long terme pour les communautés qu'elles influencent le plus. Cela a eu pour résultat que les communautés de personnes noires, autochtones, racialisées et marginalisées ont des taux d'exposition à la pollution et à la contamination plus élevés que les autres, ce qui leur a causé de graves préjudices et a réduit leur espérance de vie. Ces communautés paient le prix élevé de politiques injustes influant sur l'accès à l'emploi, aux revenus, aux logements et aux soins de santé.

« Les changements climatiques ne font qu'approfondir les injustices du racisme environnemental, et bien que tous les travailleurs et travailleuses en sentent de plus en plus les effets, ils ne les subissent pas tous également. Les travailleuses et travailleurs noirs font en outre l'objet d'iniquités structurales de longue date, y compris la discrimination et le racisme anti-Noirs et l'inégalité des revenus qui en découle. Cela rend les travailleuses et travailleurs noirs plus vulnérables à tous les éléments de la crise climatique — tant au travail qu'à la maison », a déclaré Larry Rousseau, vice-président exécutif du CTC.

L'établissement de la toute première Stratégie nationale relative au racisme environnemental et à la justice environnementale au gouvernement fédéral offre une occasion historique d'apporter un changement durable en s'assurant que les travailleuses et travailleurs et les communautés noirs ainsi que les travailleuses et travailleurs et les communautés autochtones et racialisés soient bien consultés, en affectant suffisamment de fonds à des solutions dirigées par la communauté, en investissant dans la protection et la création de bons emplois syndiqués durables grâce à l'assortiment des solutions à de fortes protections en matière de santé et de sécurité au travail, en répondant à des besoins pressants en même temps qu'on s'attaque au racisme environnemental systémique, et en recueillant et utilisant des données désagrégées sur la race afin d'établir une bonne politique tenant bien compte des risques et des inégalités structurales.

La survie et le bien-être des travailleuses et travailleurs noirs dépend de l'équité de l'accès à de bons emplois sécuritaires et des mesures prises par le gouvernement pour s'attaquer aux causes fondamentales de l'inégalité des revenus et de la crise climatique. Participez à notre appel à l'action en envoyant sans tarder une lettre à la ministre de l'Environnement, du Changement climatique et de la Nature et en incitant le gouvernement à agir rapidement pour établir et déposer une stratégie nationale et combattre le racisme environnemental dont font l'objet les travailleuses et travailleurs et les communautés noirs.

Mois de l’histoire des Noirs | Pour une intelligence artificielle exempte de biais racistes

3 février, par Jawad Lasri, Monica Toro Ospina — , ,
Plus l'intelligence artificielle (IA) évolue rapidement, plus il devient évident que ses systèmes sont loin d'être neutres : ils peuvent reproduire, voire accentuer les biais (…)

Plus l'intelligence artificielle (IA) évolue rapidement, plus il devient évident que ses systèmes sont loin d'être neutres : ils peuvent reproduire, voire accentuer les biais sociaux, entraînant des discriminations raciales. Ces biais reflètent et amplifient les préjugés présents dans la société, comme en témoignent plusieurs exemples de discriminations sexistes et racistes. Ils sont notamment alimentés par des données stéréotypées et un manque de diversité dans les équipes de développement.

Les autrices sont membres du comité antiracisme de la FIQ.

Les communautés noires et afro-descendantes restent largement sous-représentées dans ce secteur, ce qui contribue à renforcer les discriminations existantes et peut entraîner des conséquences concrètes, comme l'exclusion des femmes ou des personnes racisées. La gravité de la situation appelle une action urgente pour rendre l'IA plus éthique, inclusive et équitable, en misant sur la diversité, la vigilance collective et une technologie réellement au service de toutes et tous.

À cet égard, un rapport publié en 2016 a révélé qu'un logiciel d'IA utilisé dans le système judiciaire américain renforçait les biais racistes en surestimant les risques de récidive chez les accusés noirs. Ce cas illustre bien comment l'IA peut aggraver les discriminations lorsqu'elle repose sur des données biaisées. Cependant, si elle est utilisée de manière responsable, l'IA peut aussi devenir un outil puissant pour détecter et corriger les injustices. Par exemple, des outils comme Ravel Law permettent d'analyser les décisions judiciaires et de mettre en lumière d'éventuels biais. Au Canada, l'IA pourrait également combler le manque de données raciales et favoriser davantage la transparence et l'équité dans le système judiciaire.

Pour faire face à ces défis, il est essentiel de promouvoir la transparence, d'encourager la diversité dans le secteur de l'IA et de mettre en place une régulation stricte, afin de garantir l'équité et le respect des droits fondamentaux.

Dans cette optique, un projet a été mis en place en partenariat avec l'Observatoire des communautés noires du Québec. Ce projet vise, entre autres, à créer un espace collaboratif pour favoriser la participation de ces communautés, renforcer leur impact et stimuler l'innovation dans le domaine de l'intelligence artificielle.

La CSN dépose ses vœux pour le gouvernement caquiste

3 février, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Des militantes et des militants de la CSN ont manifesté devant les bureaux du ministre du Travail pour réclamer le retrait des projets de loi autoritaires, un réinvestissement (…)

Des militantes et des militants de la CSN ont manifesté devant les bureaux du ministre du Travail pour réclamer le retrait des projets de loi autoritaires, un réinvestissement dans le filet social et des actions face à la crise climatique. À quelques mois des élections, il est urgent d'agir sur les priorités de la population plutôt que d'attaquer sans cesse les contre-pouvoirs.

Un gouvernement qui doit cesser d'attaquer les droits des travailleuses et des travailleurs

L'action de ce midi visait à rappeler au gouvernement qu'il doit plus que jamais changer de cap. Le gouvernement doit cesser de s'attaquer aux droits des travailleuses et des travailleurs avec son projet de loi 3 sur la cotisation facultative. Ce projet de loi s'ingère dans les affaires syndicales et déséquilibre les relations de travail en faveur des patrons.

« Nous étions plus de 50 000 dans les rues le 29 novembre dernier. Les syndicats affiliés au CCMM–CSN se penchent aujourd'hui même sur un plan d'action prévoyant une escalade des moyens de pression afin d'accentuer la pression sur le gouvernement, qui continue de s'en prendre aux droits des travailleuses, des travailleurs et de la population dans son ensemble. Nous continuerons aussi à lutter contre les coupes dans notre filet social et pour réclamer une transition juste », déclare le président du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM–CSN), Bertrand Guibord.

Réinvestir dans notre filet social

À quelques mois des prochaines élections, l'ensemble des partis politiques doivent s'engager à réinvestir dans notre filet social. De nombreux exemples montrent à quel point il est urgent d'investir davantage dans nos services publics, aussi bien pour bien entretenir nos infrastructures que pour améliorer l'accès et la qualité des services.

« L'état des cégeps a de quoi préoccuper. Les compressions budgétaires du gouvernement caquiste dans l'enseignement supérieur ont un impact direct sur les étudiantes et les étudiants comme sur le personnel. L'austérité caquiste doit prendre fin, il est encore temps pour ce gouvernement d'agir pour la population », lance le président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec–CSN, Benoît Lacoursière.

« Le gouvernement abandonne notre filet social, ce qui a des conséquences tragiques sur la vie de milliers de Québécoises et de Québécois. Rien n'est fait pour contrer à la crise du logement et à la crise du coût de la vie. Le bilan caquiste est désastreux. Quand des gens doivent choisir entre payer le loyer ou manger, c'est qu'on a un problème. Qu'attend le gouvernement pour aider les Québécoises et les Québécois ? », demande le président du Front de défense des non-syndiqué-es, Vincent Chevarie.

Faire front pour le Québec

La CSN mène la campagne Faire front pour le Québec pour inviter la population à se mobiliser face au bilan désastreux du gouvernement Legault. La CSN fait front pour un Québec qui agit pour un meilleur partage de la richesse, pour des services publics qui permettent de s'occuper de la population et pour enclencher la transition juste.

« Avec la démission de François Legault, la CAQ ne peut plus faire comme si de rien n'était. Ça fait des mois qu'on réclame des actions concrètes pour prendre en compte les priorités de la population. Nous devons continuer de réclamer haut et fort un autre Québec qui veut améliorer le sort des travailleuses et des travailleurs », de conclure la vice-présidente de la CSN, Katia Lelièvre.

Un signal positif, mais aucune garantie pour 1 200 professionnelles en soins, déplore la FIQ

3 février, par Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — , ,
Québec, le 30 janvier 2026 — La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ prend acte des nouvelles orientations dévoilées aujourd'hui par le ministre de (…)

Québec, le 30 janvier 2026 — La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ prend acte des nouvelles orientations dévoilées aujourd'hui par le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, concernant les invitations au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Le fait que les travailleuses de la santé soient identifiées parmi les secteurs prioritaires constitue un signal positif, mais cela ne suffit pas à rassurer les professionnelles en soins déjà plongées dans l'incertitude depuis l'abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ).

Au total, environ 1 200 professionnelles en soins dont le permis de travail vient à échéance en 2026, déjà en emploi dans le réseau et essentielles au maintien des services, ont été directement touchées par la disparition du PEQ le 19 novembre 2025. Plusieurs vivent depuis des mois une grande détresse liée à la précarité de leur statut et à la possibilité de perdre leur droit de rester au Québec, alors même qu'elles comblent des besoins critiques dans de nombreux établissements.

« Que les travailleuses de la santé soient priorisées dans le PSTQ, c'est bien. Mais cela ne règle rien pour celles qui, depuis l'abolition du PEQ, vivent dans l'angoisse et l'incertitude. On parle de femmes qui soignent la population québécoise tous les jours, qui maintiennent à bout de bras des unités en manque de personnel, et qui ne savent toujours pas si elles pourront rester ici. Le gouvernement doit prendre la mesure de l'impact humain et organisationnel de ses décisions », déclare Julie Bouchard, présidente de la FIQ.

La FIQ réitère ses demandes au gouvernement : reconnaître une clause de droits acquis garantissant que les professionnelles en soins déjà établies au Québec puissent poursuivre leur vie et leur carrière ici ; stabiliser les règles d'immigration pour éviter que les travailleuses essentielles ne paient le prix de décisions administratives changeantes ; et collaborer avec les organisations syndicales pour assurer que les politiques d'immigration reflètent réellement les besoins du réseau.

« Le ministre peut bien annoncer des orientations et des exercices d'invitation, mais rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que les femmes qui soignent nos patient-e-s depuis des années pourront réellement rester au Québec. Et lorsqu'il laisse entendre que la responsabilité revient au gouvernement fédéral ou aux personnes elles‑mêmes qui n'auraient pas déposé leur dossier assez tôt, il détourne l'attention de l'essentiel : ce sont les décisions du Québec qui ont plongé ces travailleuses dans la précarité actuelle. Elles ont bâti leur vie ici, elles soutiennent un réseau en crise, et pourtant on les laisse dans l'incertitude. Tant que des solutions claires et engageantes n'assureront pas leur maintien au Québec, la FIQ continuera de dénoncer cette situation injuste et dangereuse pour l'accès aux soins », conclut Mme Bouchard.


À propos de la FIQ

Créée en 1987, la FIQ représente près de 90 000 professionnelles en soins (infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques) qui travaillent dans les établissements de santé à travers le Québec. Organisation féministe composée à près de 90 % de femmes, la FIQ se consacre à la défense des droits de ses membres, tout en veillant à la qualité des soins offerts à la population et à la pérennité du réseau public de santé.

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Syndicalisme, néofascisme et internationalisme

3 février, par Martin Gallié — , ,
Que ce soit sur les sites internet ou les comptes Facebook de la FTQ (600 000 membres), la CSN (315 000), la CSQ (225 000) ou la CSD (72 000), il semble impossible de trouver (…)

Que ce soit sur les sites internet ou les comptes Facebook de la FTQ (600 000 membres), la CSN (315 000), la CSQ (225 000) ou la CSD (72 000), il semble impossible de trouver un seul communiqué publié ces derniers mois (années ?) en solidarité avec nos camarades étatsunien·nes qui luttent contre le régime néofasciste de Trump, qui s'opposent à cette haine de l'immigration, à la répression policière et syndicale.

Les centrales syndicales et la résistance antifasciste aux États-Unis

On cherche sur les sites de ces « contre-pouvoirs », qui représentent 40% de la force de travail au Québec, une marque de solidarité avec les travailleurs et travailleuses qui, au risque de leur vie, comme Renee Nicole Good ou Alex Pretti, s'opposent physiquement aux miliciens de ICE et autres officines de chasse aux étrangers. On cherche des condamnations de la complicité de la multinationale Montréalaise GardaWorld ou de la multinationale Française, Capgemini, également présente au Canada.

Aucune référence non plus à celles et ceux qui viennent de réaliser, les 23 et 30 janvier 2026, les deux plus importantes grèves générales de l'histoire des États-Unis depuis des décennies ; des grèves illégales portées par la jeunesse étasunienne qui se révolte et se politise, des grèves politiques de masse contre le néofascisme. Aucune référence à ce mouvement de résistance historique alors qu'il y aurait de quoi s'en inspirer ici aussi. De fait, on oublierait presque qu'à peine deux mois plus tôt, fin novembre 2025, la présidente de la FTQ réussissait enfin, après des années de "dialogue social", à agacer la bourgeoisie québécoise et à remobiliser la classe ouvrière en évoquant à l'Assemblée nationale le terme « grève sociale ». Ici aussi, il s'agissait de résister à un gouvernement qu'elle n'hésitait pas alors à qualifier de "quasi-dictature". Mais depuis, malgré une mobilisation intersyndicale exceptionnelle à Montréal de plus de 50 000 personnes le samedi 30 novembre 2025 et un mouvement de grève étasunien potentiellement contagieux, c'est le silence le plus complet. À croire que les centrales syndicales québécoises estiment que le problème est réglé depuis l'annonce du départ du Premier ministre Legault et que ce qui se passe aux États-Unis n'a aucune conséquence sur la classe ouvrière québécoise.

Les centrales syndicales et le reste du monde

Et sans surprise, il est tout aussi difficile de trouver des textes récents en solidarité avec les camarades qui sont géographiquement plus éloigné·es. Pour ne prendre que deux exemples d'actualité et impossible à ignorer : nous n'avons rien trouvé sur les dizaines de milliers de camarades massacré·es en janvier 2026 en Iran ou sur nos camarades Ukrainien·nes qui ne cessent de nous réclamer des armes, en vain depuis quatre ans, pour se défendre contre l'impérialisme Russe ou tout simplement de l'aide pour se chauffer. Il faut par exemple remonter au mois de février 2022 pour trouver une référence à l'Ukraine sur le site de la FTQ ou de la CSN. Seule exception à ce désintérêt syndical à l'égard du reste du monde – une exception qui mériterait d'être davantage questionnée - on retrouve ici ou là une dénonciation de la situation à Gaza.

Et encore, cette solidarité se manifeste alors du bout des lèvres, en toute discrétion, presque honteusement, avec de toute évidence la peur d'être accusé par le gouvernement de "faire de la politique" ou de froisser certain·es membres. À titre d'exemple, le 17 octobre 2025, à la télévision, la présidente de la CSN rassurait un journaliste antisyndicaliste en affirmant (5'05) que bien qu'elle soit « bardée de mandats », la CSN n'a pas « dépensé 15 piastres en 3 ans » pour la Palestine ; sur le site de la FTQ, il faut remonter à 2014 pour trouver une mention de la Palestine et le terme est absent du moteur de recherche du site de la CSQ [1].

Il existe surement d'autres actions de solidarité syndicale internationale. Mais force est de constater que si c'est le cas, elles relèvent davantage d'une diplomatie syndicale secrète que d'une véritable politique ouvrière internationaliste qui s'assume en tant que telle.

L'oubli de l'internationalisme et la montée du fascisme

Ce silence à l'égard de celles et ceux qui, en dehors du Québec, luttent activement contre le néofascisme et pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes soulèvent d'importantes questions, notamment sur l'opportunisme des directions syndicales. Car de fait, la bureaucratie syndicale a parfaitement conscience de l'importance vitale de la solidarité ouvrière internationale… quand ça la concerne directement à tout le moins. Toutes les centrales syndicales se sont ainsi empressées, avec raison, de rediffuser largement le message de solidarité publié le 22 janvier 2026 par la Confédération syndicale internationale (CSI) qui dénonce les attaques du Gouvernement du Québec contre le financement et le fonctionnement des syndicats.

Dans tous les cas, ces oublis, cette invisibilisation de la solidarité ouvrière internationale, ce repli sur ce soi et ce corporatisme des directions syndicales pavent la voix au racisme, au fascisme, à l'impérialisme, au colonialisme, aux conquêtes, y compris du Québec. Trump, Poutine et leurs ami·es, y compris québécois·es ou albertain·nes, ne vont pas mettre un terme à leurs projets fascistes et coloniaux sous prétexte qu'on ne parle plus d'eux, qu'on oubli le reste du monde et qu'on serre les fesses en espérant que la peste brune fasciste épargne la classe ouvrière québécoise. Au contraire :

« L'expérience du passé nous a appris comment l'oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l'affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées (…) Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » (Karl Marx, Adresse, Première Internationale, 1864).

Martin Gallié

Image : Black Lives Matter St. Paul / Minneapolis, 30 janvier 2026. "Tonight hundreds of individuals spelled out an SOS on Bde Maka Ska".


[1] Les sites internet des centrales n'en parlent pas mais on peut mentionner que le Comité international de solidarité ouvrière (CISO), au sein duquel siègent des représentants des principales centrales, a récemment adopté à l'unanimité un communiqué de presse pour dénoncer l'ingérence, l'impérialisme étatsuniens et l'enlèvement de Maduro au Vénézuéla. Aucun mot de solidarité en revanche avec nos camarades syndicalistes prisonniers politiques du régime de Maduro ou pour dénoncer la vice-présidente maduriste-trumpiste Delcy Rodriguez, désormais au pouvoir avec le soutien officiel… des États-Unis. De même, on a vainement cherché un communiqué de solidarité du CISO publié ces trois dernières années, avec nos camarades iranien·nes ou ukrainien·nes.

Les groupes environnementaux dénoncent leur mise à l’écart de la commission parlementaire sur la loi « Q-5 »

3 février, par Collectif — , ,
Alors que le projet de loi n°5, Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale, vise (…)

Alors que le projet de loi n°5, Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale, vise principalement à contourner les lois environnementales pour des projets dits « d'envergure nationale », plusieurs organisations environnementales dénoncent vigoureusement leur mise à l'écart par le gouvernement de la commission parlementaire et demandent à être entendues.

Les groupes avaient déjà tiré la sonnette d'alarme le 8 décembre dernier en dénonçant la multiplication des mesures législatives du gouvernement du Québec qui affaiblissent les lois et les contre-pouvoirs, marginalisent la science et réduisent la participation citoyenne sous prétexte « d'accélération économique ». « En écartant des voix pertinentes et essentielles durant ces consultations, le gouvernement persiste et signe dans son mépris répété des processus démocratiques », déplorent les groupes.

Pour les organisations, le manque de représentativité des groupes invités en commission parlementaire saute aux yeux et empêche une prise de décision éclairée. « Il est particulièrement préoccupant de constater la surreprésentation des secteurs industriel et patronal qui, on le sait, sont les principaux demandeurs de la vague de déréglementation actuelle. D'ailleurs, c'est la deuxième fois en quelques semaines que la Commission des finances publiques fait l'impasse sur les groupes environnementaux alors que les projets de loi 5 et 7 touchent directement leurs secteurs d'activités », expliquent les organisations.

Les groupes sont d'avis que le projet de loi n°5 est problématique à de nombreux niveaux et qu'il enferme le Québec dans des voies risquées difficiles à inverser. Ils déplorent notamment les pouvoirs démesurés accordés au ministre des Finances au détriment de nos institutions démocratiques essentielles et le fait que les promoteurs pourront réaliser des travaux préparatoires risquant de détruire des milieux naturels avant même de recevoir les autorisations nécessaires. Les organismes s'inquiètent aussi de voir le BAPE muselé, alors qu'il ne pourra pas recommander la non-réalisation du projet même si les impacts sociaux et environnementaux sont majeurs pour le milieu d'accueil.

« Avec sa loi « Q-5 », le gouvernement ne coupe pas dans la paperasse, il coupe dans la protection légale de la population et du territoire québécois. Cette tentative d'accélérer le développement industriel et d'infrastructures risque d'aboutir, à la manière de Northvolt, à des projets mal ficelés, sans acceptabilité sociale, et dont les impacts sur la santé de la population et des écosystèmes ne seront connus que trop tard. Personne n'en sortira gagnant et c'est pour cela qu'on exige d'être entendus », concluent les organismes.

Organisations signataires

Nature Québec

Fondation David Suzuki

Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

SNAP Québec

Équiterre

Regroupement national des conseil régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)

Vivre en Ville

Eau Secours

Fondation Rivières

Climat Québec réitère son opposition ferme au retour du projet de GNL au Saguenay Chicoutimi

3 février, par Climat-Québec — , ,
Climat Québec réitère son opposition ferme au retour du projet de GNL au Saguenay Chicoutimi, mardi le 27 janvier 2025 — Dans le cadre de l'élection partielle dans Chicoutimi, (…)

Climat Québec réitère son opposition ferme au retour du projet de GNL au Saguenay
Chicoutimi, mardi le 27 janvier 2025 — Dans le cadre de l'élection partielle dans Chicoutimi, Climat Québec réitère son opposition ferme et sans équivoque au retour du projet de gaz naturel liquéfié (GNL) au Saguenay, un projet dangereux, inutile et profondément incompatible avec la transition énergétique.

Sous prétexte du contexte géopolitique international, un projet de construction d'un gazoduc visant à transporter le gaz de fracturation albertain, de l'Ontario jusqu'au Saguenay — où serait construite une usine de liquéfaction pour l'exportation maritime — refait surface. Climat Québec dénonce cette tentative de ressusciter un projet qui a pourtant déjà été rejeté par les instances publiques et par la population suite à de vifs débats.

« Il faut être très clair : ce projet n'a rien à voir avec une transition énergétique. C'est un projet d'enfoncement dans le fossile qui menace notre territoire, notre eau et l'avenir de la région. Le Saguenay n'a pas à devenir un corridor ou une zone de sacrifice pour les intérêts pétro-gaziers canadiens », affirme Olivier Dion, candidat de Climat Québec dans Chicoutimi.

En 2021, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a émis un rapport dévastateur, invoquant une augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre, contrairement aux prétentions du promoteur et présentant le projet comme un frein à la transition énergétique. Le rapport soulignait également les dangers importants pour le béluga.

Climat Québec rappelle que son candidat dans Chicoutimi, Olivier Dion, a lui-même participé au BAPE de 2021 pour s'opposer au projet, tout comme Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec, qui y avait déposé un mémoire. Leur engagement dans ce dossier est donc constant, cohérent et ancré dans le terrain depuis plusieurs années.

Climat Québec s'oppose tout autant, et pour les mêmes raisons, au projet de GNL–Baie-Comeau, dont le gazoduc traverserait l'ensemble du territoire québécois, incluant la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, avec des risques majeurs pour les milieux naturels et les communautés.

« Le Québec n'a pas besoin de nouveaux projets fossiles, encore moins de méga-infrastructures qui nous enfermeraient dans une dépendance au gaz pour des décennies. Ce dont nous avons besoin, c'est au contraire de s'affranchir du Canada et d'opter pour une transition énergétique planifiée, publique et cohérente au bénéfice des citoyens et non pas des grands industriels », déclare Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec.

Climat Québec rappelle que le gaz de fracturation est l'une des sources d'énergie les plus polluantes, émettant davantage de gaz à effet de serre que le charbon. Présenter ce projet comme une solution de transition constitue une désinformation grave.

Climat Québec invite la population de Chicoutimi à faire de cette élection partielle un moment fort pour dire non aux reculs climatiques et oui à une vision d'avenir fondée sur la protection du territoire, la justice climatique et le bien commun.


À propos de Climat Québec : Climat Québec est un parti politique indépendantiste dédié à la justice climatique qui propose que l'État de la République du Québec prenne toutes ses décisions à travers le prisme du climat dans une perspective d'équité sociale et économique.

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Grenville-sur-la-Rouge remporte une victoire décisive devant le Tribunal administratif du Québec

3 février, par Rédaction EAP — , ,
Après plusieurs années de démarches juridiques et de débats publics, la Municipalité de Grenville-sur-la-Rouge accueille avec satisfaction la décision rendue par le Tribunal (…)

Après plusieurs années de démarches juridiques et de débats publics, la Municipalité de Grenville-sur-la-Rouge accueille avec satisfaction la décision rendue par le Tribunal administratif du Québec (TAQ), qui confirme la validité de la décision de la CPTAQ et rejette la contestation déposée par Canada Carbon inc. concernant son projet minier sur le territoire municipal. Les citoyens pourront enfin retrouver leur quiétude selon la municipalité.

Tiré du journal Le Carillon.

Rappelons que Canada Carbon tentait depuis 2017 d'obtenir une permission pour exploiter une mine de graphite à Grenville-sur-la-Rouge. Depuis les débuts, la population de Grenville-sur-la-Rouge, de même que la MRC d'Argenteuil, l'UPA Outaouais-Laurentides et de nombreuses municipalités voisines, ont exprimé leur opposition au projet.

Cette conclusion met fin à un long processus ayant nécessité des investissements publics importants et suscité une mobilisation citoyenne sans précédent. Le Tribunal juge que la CPTAQ n'a commis aucune erreur dans son analyse des impacts agricoles, territoriaux et régionaux du projet. La Municipalité salue cette décision, qui permet enfin de tourner la page.

Le maire, Tom Arnold, a déclaré : « Nous sommes heureux de ce dénouement, c'est la fin d'une longue bataille pour la municipalité et pour les citoyens. Cette victoire démontre que même devant une grosse corporation, on ne doit pas baisser les bras pour défendre nos convictions. C'est toute la communauté de Grenville-sur-la-Rouge qui en bénéficiera. »

Un message clair pour l'avenir

La Municipalité voit dans cette conclusion une reconnaissance de la pertinence de ses interventions et de la nécessité de protéger le territoire agricole contre des projets incompatibles. Elle souligne également que cette décision permet désormais aux élus et aux citoyens de tourner la page et de se consacrer à des projets structurants pour l'avenir de la communauté.

Écoutez « Streets of Minneapolis », le vibrant hommage de Bruce Springsteen aux victimes des milices de l’ICE

3 février, par Pierre Chaillan — , ,
Tiré du Journal l'Humanité Publié le 29 janvier 2026 Pierre Chaillan Le « Boss » a publié, mercredi, sur les réseaux sociaux, une nouvelle chanson, Streets of Minneapolis. (…)

Tiré du Journal l'Humanité

Publié le 29 janvier 2026
Pierre Chaillan

Le « Boss » a publié, mercredi, sur les réseaux sociaux, une nouvelle chanson, Streets of Minneapolis. Un hommage aux victimes des milices de l'ICE, la police anti-immigration états-unienne, et à celles et ceux qui résistent.

Son refrain – « Nous défendrons ce pays/Et l'étranger parmi nous » – est repris en fin par un appel à se souvenir des rues de Minneapolis.

Le « Boss » reste la conscience de l'Amérique populaire. Sur fond d'une image de manifestants anti-ICE, Bruce Springsteen a diffusé le 28 janvier sur les réseaux sociaux un nouveau titre, Streets of Minneapolis (les rues de Minneapolis), « en réponse à la terreur d'État qui s'est abattue sur la ville »

Les paroles en français

À travers le froid de l'hiver
Sur l'avenue Nicollet
Une ville en flammes, combattant le feu et la glace
Sous les bottes d'un occupant
L'armée privée du roi Trump venant du DHS
Des armes ceinturées à leurs manteaux

Ils sont venus à Minneapolis pour faire respecter la loi
Ou du moins c'est ce qu'on raconte
Contre la fumée et les balles en caoutchouc
Au petit matin
Des citoyens se sont levés pour la justice
Leurs voix résonnent à travers la nuit

Et il y avait des empreintes ensanglantées
Là où la sécurité aurait dû se tenir
Et deux ont trouvé la mort
Dans les rues couvertes de neige
Alex Pretti et Renée Good

Ô notre Minneapolis, j'ai entendu ta voix
Chanter à travers la brume ensanglantée
Nous nous tenons debout pour cette terre
Et pour l'étranger parmi nous

Ici, chez nous, ils ont tué et rôdé
Au cœur de l'hiver 26
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Les voyous féroces de Trump frappaient
Son visage et sa poitrine
Puis nous avons entendu les coups de feu
Et Alex Pretti, dans la neige, est mort

Ils prétendaient que c'était de la légitime défense, monsieur
Juste ne crois pas ce que tu vois
C'est notre sang et nos os
Et ces sifflets et ces téléphones
Contre les sales mensonges de Miller et Noem

Ô notre Minneapolis, j'entends ta voix
Pleurant à travers la brume ensanglantée
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Maintenant ils disent qu'ils sont là pour faire respecter la loi
Mais ils piétinent nos droits
Si ta peau est noire ou brune, mon ami,
Tu peux être arrêté ou expulsé sur le champ
Dans nos slogans “ICE dehors maintenant”
Le cœur et l'âme de notre ville persistent
À travers les vitres brisées et les larmes ensanglantées
Dans les rues de Minneapolis

Ô notre Minneapolis, j'entends ta voix
Chanter à travers la brume ensanglantée
Ici, chez nous, ils ont tué et rôdé
Au cœur de l'hiver 26
Nous nous tenons debout pour cette terre
Et pour l'étranger parmi nous
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Dans les rues de Minneapolis

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Invitation à une série de conférences durant le mois de février dans le cadre du mois de l’histoire des noir.e.s

3 février, par Centre internationaliste Ryerson Fondation Aubin (CIRFA) — , ,
Dans le cadre du mois de l'histoire des noir.e.s, le CIRFA a le plaisir de vous inviter à une série de trois conférences clôturées par une soirée festive, commémorative sous le (…)

Dans le cadre du mois de l'histoire des noir.e.s, le CIRFA a le plaisir de vous inviter à une série de trois conférences clôturées par une soirée festive, commémorative sous le thème '*'Reprenons notre histoire pour mieux penser nos lendemains*''. Il s'agit d'un moment de (re)découverte d'un pan d'histoire, de réflexion, de partage et de solidarité.

Les événements auront lieu au *1710 rue Beaudry, salle 210*

- *le vendredi 6 février 2026* de 18:00 à 20:00

* Patrice Lumumba, la lutte pour la liberté*

Conférencier : Prudencio Adom'megaa, Membre du GRILA
Animation : Floralie Pointel-Abeto et Ayo Ogunremi
*Partagez SVP dans vos réseaux :*
https://www.instagram.com/cirfa1710/
https://www.facebook.com/CIRyerson/

- *le vendredi 13 février 2026* de 18:00 à 20:00

* Kwame Nkrumah, l'unité panafricaine*

Conférencier : Abdel Aziz Dicko , Membre du GRILA
Animation : Floralie Pointel-Abeto et Ayo Ogunremi

- *le vendredi 20 février 2026* de 18:00 à 20:00

* Thomas Sankara, son héritage*

Conférencier : Malick Coulibaly, Membre du GRILA
Animation : Floralie Pointel-Abeto et Ayo Ogunremi

*Au programme :*
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-18h00 - Accueil social : Petites bouchées et réseautage pour briser la
glace et se retrouver entre nous.
- 18h30 - Conférence
- 19h15 - Discussion : Échange convivial, questions et micro ouvert pour
vos réflexions.
- 19h50 - Clôture

- *le samedi 28 février 2026* de 16:00 à 18:00

*Soirée festive et commémorative *

* Carine au micro, Ekspresyon, ICI Théâtre, DJ Pauline*
Discussion et réflexion agrémentées d'une ambiance conviviale

* Au programme :*

- Animations musicales
- Prestations théâtrales
- Prestations de danses
- Discussions et débats sur le thème
- Dégustations et buffet solidaire

*Venez nombreuses et nombreux se (re)approprier ce pan d'histoire,
célébrer et s'inspirer des luttes, écrire ensemble, divers.e.s et
pluriel.le.s des lendemains meilleurs. Le tout dans une ambiance
chaleureuse placée sous le signe de la solidarité et de la joie collective !*

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Comment un syndicat noir a changé l’histoire américaine

Il y a un siècle, la Brotherhood of Sleeping Car Porters (Fraternité des porteurs de wagons-lits) a lancé une campagne syndicale contre un géant du chemin de fer, changeant (…)

Il y a un siècle, la Brotherhood of Sleeping Car Porters (Fraternité des porteurs de wagons-lits) a lancé une campagne syndicale contre un géant du chemin de fer, changeant ainsi le cours du 20e siècle et liant à jamais les causes des droits des travailleurs et des droits civiques des Noirs.

Tiré de Entre les lignes et lesm ots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/30/comment-un-syndicat-noir-a-change-lhistoire-americaine/?jetpack_skip_subscription_popup

Le simple fait que cette réunion ait lieu suffisait à créer une atmosphère d'excitation subversive. Le 25 août 1925, il y a un siècle cette année, les porteurs de wagons-lits noirs qui espéraient former un syndicat au sein de la Pullman Company remplissaient la salle de l'Elks Hall à Harlem. Bien que nous ne saurons jamais combien ils étaient, des espions de la Pullman Company se trouvaient sans aucun doute parmi le public.

En fait, pour lutter contre la présence de ces espions, aucun porteur n'a pris la parole pendant la réunion. C'est A. Philip Randolph, alors socialiste excentrique et orateur de rue ayant à son actif une série de tentatives infructueuses de syndicalisation, qui a dirigé la réunion. Il a fait valoir qu'un syndicat était le seul moyen de s'opposer à la compagnie, de répondre aux griefs des porteurs et de leur redonner leur dignité d'êtres humains. Et qu'il devait être l'homme qui les dirigerait.

Le bon sens et les précédents suggéraient que cette campagne se déroulerait comme tant d'autres avant elle : un élan d'enthousiasme suivi d'espoirs déçus et d'un retour à la réalité. Mais au lieu de cela, ce rassemblement a marqué le début d'une lutte de douze ans pour former la Brotherhood of Sleeping Car Porters (BSCP) et obtenir un premier contrat contre un géant industriel.

L'importance de la Brotherhood of Sleeping Car Porters dépassait largement le cadre d'un simple syndicat et de ses membres. « La Fraternité », comme beaucoup de ses membres l'appelaient affectueusement, allait devenir un vecteur permettant d'éduquer les communautés noires sur les syndicats et de remettre en question les relations paternalistes avec les entreprises. Elle a joué un rôle essentiel en tant que pilier institutionnel à travers lequel se sont menées des luttes plus larges pour les droits civiques et se sont développées des tactiques de pression militantes.

L'histoire de la BSCP met en lumière le lien historique profond entre le mouvement syndical et les droits civiques. Grâce à la mise en place patiente d'institutions et à une détermination sans faille, le syndicat a réussi à faire évoluer les mentalités et à modifier l'équilibre des pouvoirs au sein des communautés noires afin de soutenir la syndicalisation. Cette coalition a été le pilier des progrès historiques réalisés en matière de droits civiques au milieu du 20e siècle. Plutôt que de la laisser dans le passé, cette même coalition peut servir de base à la lutte contre les inégalités raciales aujourd'hui.

« Formés comme une race »

Les porteurs noirs de Pullman occupaient une position sociale complexe au sein des communautés noires. Associés à la fois à la dignité et à la servilité, les porteurs représentaient un symbole contradictoire de l'ascension sociale des Noirs. Leur émergence remonte littéralement à l'esclavage.

À la fin du 19e siècle, l'industriel George Pullman a conçu des wagons de luxe pour transporter des passagers à travers le pays. Son génie a consisté à rendre ce service accessible à la classe moyenne, et pas seulement à l'élite fortunée. L'idée a fait son chemin et, en 1895, Pullman disposait de 2 556 wagons-lits qui parcouraient plus de 126 660 miles de voies ferrées. À l'apogée de l'entreprise, les wagons-lits accueillaient cent mille passager·es par nuit, soit plus que tous les grands hôtels du pays réunis.

La clé de ce luxe résidait dans le fait qu'il ne s'agissait pas seulement d'un lit où dormir et de nourriture à manger. Les passager·es disposaient de leurs serviteurs personnels à leur entière disposition : les porteurs Pullman. De manière cynique, Pullman réservait ces emplois aux hommes noirs du Sud, de préférence d'anciens esclaves.

Pullman estimait que c'était une combinaison parfaite, expliquant que les anciens esclaves noirs avaient été « formés en tant que race par des années de service personnel à divers titres et étaient, par nature, fidèles dans l'accomplissement de leurs tâches dans des circonstances qui exigeaient une bonne humeur, une sollicitude et une fidélité sans faille ». Pour insulter davantage leur dignité, la plupart des porteurs étaient appelés « George », rappelant l'époque où les esclaves étaient nommés d'après leurs maîtres.

Associé à la fois à la dignité et à la servilité, le porteur représentait un symbole contradictoire de l'avancement des Noirs.

L'attente d'une soumission totale était renforcée par le fait que les porteurs dépendaient principalement des pourboires pour leur salaire. Le moyen le plus sûr d'obtenir un pourboire généreux était de répondre à tous les besoins des client·es et d'endurer chaque humiliation avec le sourire. Cirer les chaussures, préparer le bain, poster les lettres, transporter les bagages et fermer les yeux sur les indiscrétions faisaient partie du quotidien. L'ancien président de la NAACP, Roy Wilkins, qui a travaillé comme porteur Pullman dans sa jeunesse, a déclaré qu'ils « travaillaient comme des esclaves domestiques sur des patins à roulettes ».

Les horaires de travail étaient infernaux. En moyenne, un porteur devait travailler près de 350 heures par mois. Au début surtout, ils avaient du mal à dormir plus de trois heures par nuit pendant les voyages. Les porteurs devaient payer de leur maigre salaire leur uniforme de travail et des fournitures telles que du cirage.

Mais malgré ces conditions, le métier de porteur dans les wagons-lits était considéré comme prestigieux au sein des communautés noires. Avec leurs uniformes Pullman impeccables, les porteurs avaient une allure distinguée. Leur travail n'était pas « sale », contrairement à tant d'autres emplois auxquels les travailleurs/travailleuses noir·es étaient relégués. Le salaire n'était pas mirobolant, mais il était tout de même bien meilleur que celui de la plupart des autres emplois que les Noir·es de la classe ouvrière pouvaient espérer trouver. Un porteur Pullman était considéré comme un fier représentant d'une classe moyenne noire petite mais en pleine expansion. À Chicago, par exemple, en 1927, 57 % des porteurs étaient propriétaires de leur logement.

Samuel Turner, qui a travaillé pendant quarante et un ans dans les chemins de fer, principalement dans les wagons-restaurants, a déclaré à Larry Tye, auteur de Rising from the Rails, qu'il « avait toujours voulu être porteur dans les wagons-lits » :

Ils portaient de beaux uniformes, recevaient des pourboires et avaient affaire à des personnes de la haute société, des gens fortunés, qui voyageaient dans ces wagons-lits. Tous ces porteurs avaient de belles maisons, de magnifiques demeures. On vous considérait presque comme un médecin.

« L'ancien président de la NAACP [1 -NdT : Organisation de défense des droits civiques, la National Association for the Advancement of Colored People a été fondé en 1909, notamment par W. E. B. Du Bois et Ida B. Wells.], Roy Wilkins, qui a travaillé comme porteur Pullman dans sa jeunesse, a déclaré qu'ils « travaillaient comme des esclaves domestiques sur des patins à roulettes ».

De nombreux porteurs utilisaient ce travail pour financer leurs études universitaires. De Thurgood Marshall à Malcolm X, la liste des anciens porteurs ressemble à un véritable Who's Who de l'histoire des Noirs. Au-delà de la stabilité économique, un porteur incarnait le cosmopolitisme et la sophistication de ceux qui avaient beaucoup voyagé. E. D. Nixon, porteur et leader du BSCP en Alabama, disait que lorsqu'un porteur parlait, « tout le monde écoutait, car ils savaient que le porteur avait voyagé partout et qu'eux-mêmes n'étaient jamais allés nulle part ».

Les porteurs Pullman sont devenus un important vecteur de diffusion d'informations et d'idées nouvelles auprès des communautés noires. Le rédacteur en chef du Chicago Defender, l'un des journaux noirs les plus importants et les plus influents, faisait appel aux porteurs pour distribuer le journal dans tout le Sud, dans les salons de coiffure, les églises et autres lieux de rencontre. C'est probablement grâce aux porteurs que, en 1920, le journal avait un tirage de 230 000 exemplaires, dont les deux tiers en dehors de Chicago.

Les porteurs avaient déjà essayé auparavant de s'organiser, mais leurs efforts n'avaient jamais duré longtemps. En 1890, un groupe de porteurs connu sous le nom de Charles Sumner Association avait menacé de faire grève, mais avait reculé devant la menace de Pullman de les remplacer par des travailleurs blancs. En 1901, un groupe de porteurs avait même réussi à faire publier leurs revendications dans le St. Louis Post-Dispatch.

Ces initiatives avaient été étouffées par une intimidation brutale, puis finalement par une cooptation habile de la part de l'Employee Representation Plan (ERP), un syndicat d'entreprise créé en 1920. En réponse à la grogne des travailleurs, l'ERP avait instauré une maigre augmentation salariale de 8%.

L'un des responsables de l'ERP était un porteur respecté nommé Ashley Totten qui lisait le Messenger, le magazine socialiste d'A. Philip Randolph. Il avait aussi entendu certains de ses discours que Randolph prononçait au coin des rues, monté sur une caisse à savon. Totten et d'autres membres de l'ERP en avaient assez de son inefficacité et pensaient que Randolph pourrait être l'outsider idéal pour mobiliser les porteurs sans craindre de représailles de la part de l'entreprise.

Si Randolph était effectivement très direct, ses résultats en matière de syndicalisation n'étaient pas vraiment encourageants. Bien que son activité contre la Première Guerre mondiale lui ait valu le titre de « Nègre le plus dangereux d'Amérique » de la part du Département d'État, il éprouvait des difficultés à faire en sorte que ses idées socialistes aient un impact sur le monde réel. Sa tentative d'organiser les ascensoristes et les serveurs noirs s'était soldée par un désastre. Comme la plupart des syndicats de l'American Federation of Labor (AFL) interdisaient l'adhésion des travailleurs noirs, sa quête pour promouvoir le syndicalisme au sein des communautés noires semblait illusoire et déconnectée de la réalité.

Au cours des années 1910 et au début des années 1920, l'idéologie de Marcus Garvey, fondée sur l'entraide et l'auto-organisation, le nationalisme noir et sur la célébration raciale internationale des Noirs, a captivé l'imagination des masses noires. Ce que Randolph reconnaîtra plus tard

Le socialisme et le syndicalisme exigeaient une lutte sociale rigoureuse — un travail acharné et des programmes — et peu de gens voulaient y penser. Face à la puissance émotionnelle du garveyisme, ce que je prêchais n'avait aucune chance.

Mais Randolph voyait dans la lutte des porteurs un symbole des aspirations de tous les travailleurs noirs. Convaincu qu'ils étaient « destinés à porter le message du syndicalisme dans le monde des personnes de couleur », il se lança à corps perdu dans son nouveau rôle de propagandiste.

La campagne a pris rapidement de l'ampleur. Lors de la première réunion de masse à l'Elks Hall, Randolph a présenté les principales revendications : un salaire de 150 dollars par mois, une limite de 240 heures de travail par mois et la fin de la pratique humiliante des pourboires. Le lendemain, 200 porteurs new-yorkais ont afflué dans les bureaux du Messenger, qui servaient désormais de siège au syndicat. L'Amsterdam News [2. Journal fondé à New York en 1909 qui donne un éclairage « noir » sur l'actualité] a décrit cet événement comme « le plus grand rassemblement jamais organisé par et pour les travailleurs noirs ».

Briser le réseau paternaliste de Pullman

Pour affronter Pullman et gagner, le syndicat ne pouvait se contenter de convaincre les travailleurs. Il devait mener une croisade pour gagner le cœur et l'esprit des communautés où vivaient les travailleurs et modifier l'équilibre des pouvoirs au sein des institutions noires importantes. Au fil des décennies, Pullman avait mis au point un réseau paternaliste pour s'assurer la loyauté des principaux électeurs noirs.

L'ouvrage de Beth Tomkins Bates, Pullman Porters and the Rise of Protest Politics in Black America (University of North Carolina Press, 2001) offre un excellent compte rendu du réseau paternaliste qui liait la communauté noire de Chicago à la société Pullman, et explique comment, au fil du temps, le BSCP a réussi à le briser.

La société a toujours été considérée comme bienveillante pour avoir toujours employé des travailleurs noirs. Cette image était renforcée par un soutien financier substantiel à des institutions noires telles que les Églises, l'Urban League et le YMCA de Wabash Avenue. Sans le financement de Pullman, le Provident Hospital, premier projet civil à grande échelle dans la communauté noire de Chicago, n'aurait pas vu le jour. Ida B. Wells et Frederick Douglass avaient même participé à sa cérémonie d'inauguration en 1893.

Pullman courtisa et rallia à sa cause toute une série de personnalités noires éminentes. Julius Nelthropp Avendorph, rédacteur en chef du Chicago Defender, fut engagé comme assistant et tenait Pullman informé des développements au sein de la communauté noire. Claude Barnett, fondateur de l'Associated Negro Press, reçut des fonds pour publier Heebie Jeebies, un organe de propagande antisyndicale.

Le contrôle des Églises noires garantissait que la propagande antisyndicale pouvait également être diffusée en chaire le dimanche. L'une des relations les plus importantes cultivées par Pullman était celle avec l'Église AME Quinn Chapel, dirigée par le révérend Archibald James Carey. L'Église gérait un service de placement qui orientait les travailleurs vers Pullman, et Carey refusait d'autoriser Randolph ou toute autre personnalité pro-syndicale à prendre la parole dans son église. Son explication sans détour correspondait à l'opinion de nombreuses institutions religieuses noires de l'époque : « L'intérêt de mon peuple réside dans la richesse de la nation et dans la classe des Blancs qui la contrôle. »

De façon tout aussi importante, Pullman offrait aux travailleurs divers loisirs sociaux sous la forme de matchs de baseball, de concerts et de barbecues financés par l'entreprise. Son pique-nique annuel à Jersey City était décrit par le New York Times comme le « lieu le plus prisé de la sociabilité des personnes de couleur ». Randolph et les autres dirigeants du BSCP avaient compris que le succès dépendrait de leur capacité à faire également du syndicat une présence déterminante dans la vie sociale des Noirs.

Lentement mais sûrement, le BSCP a commencé à faire des percées. Au début, les clubs politiques féminins ont joué un rôle déterminant dans la mise en relation des militants de la Fraternité avec un réseau politique plus large. Ida B. Wells était très active dans ce milieu et a organisé le Wells Club et la Negro Fellowship League, où des discussions ont eu lieu sur la syndicalisation de Pullman. En décembre 1925, après que Randolph eut pris la parole devant la Chicago and Northern District Federation of Women's Clubs, Wells l'invita chez elle et appuya les efforts du syndicat.

L'auxiliaire féminine du BSCP, composée principalement des épouses des porteurs de Pullman, apporta également un soutien essentiel. Souvent, les femmes se rendaient aux réunions pour éviter les représailles contre les travailleurs masculins. Benjamin McLaurin, organisateur du BSCP, explique qu' « à l'époque, il leur fallait passer par les femmes, car elles pouvaient assister aux réunions et récupérer la documentation ». Les sections auxiliaires organisaient des groupes d'étude et des collectes de fonds pour la cause du syndicat.

Alors que la communauté religieuse noire de Chicago était au départ largement unie dans son opposition au syndicat, les actiivistes ont profité de certaines fissures qui sont apparues très tôt. Le Dr William D. Cook, de la Metropolitan Community Church, fut le seul orateur invité à la première réunion du BSCP, en octobre 1925. Il était connu comme un « prédicateur hors-la-loi » et Ida B. Wells et ses amies du club furent parmi les premières à appartenir à son Église. Deux mois plus tard, Cook y accueillit Randolph pour qu'il puisse s'exprimer sur « Les Noirs et l'émancipation industrielle ».

Le Dr Junius C. Austin quitta Pittsburgh pour Chicago en 1926 et devint pasteur de la Pilgrim Baptist Church. À Pittsburgh, il était un fervent partisan de l'United Negro Improvement Association (UNIA) de Marcus Garvey, mais il était plus ouvert à l'idée de soutenir le BSCP à Chicago, car il n'était pas impliqué dans le système clientéliste local de Pullman. Il autorisa le BSCP à utiliser son église comme lieu de réunion.

Bien que les idéologies de l'UNIA et du BSCP aient été presque diamétralement opposées, il n'était pas rare que des personnes comme Austin soutiennent les deux organisations dans des contextes différents. Cela témoigne de la capacité du syndicat à redéfinir et à réorienter le militantisme de la classe ouvrière noire et ses aspirations à l'auto-organisation. Les militants des droits civiques comme Austin voulaient une action directe pour faire avancer les intérêts des Noirs et étaient prêts à s'allier avec quiconque prenait l'initiative.

Milton Webster, le chef intransigeant et politiquement influent de la division de Chicago de la fraternité, a mis sur pied un comité de citoyen·nes afin de rallier le soutien du public au syndicat au sein de la communauté noire de la ville. Les personnes qui formaient le noyau initial du comité étaient issues de classes sociales et d'associations diverses, ce qui le rendait d'autant plus puissant.

Irene Gaines, militante expérimentée des clubs politiques féminins et secrétaire de la Young Women's Christian Association (YWCA), fut l'une des premières recrues du comité. George Cleveland Hall, l'un des membres les plus improbables, était un homme d'affaires éminent et un ami personnel de Booker T. Washington lui-même opposé aux syndicats. Mais en tant que défenseur de l'auto-organisation des Noirs, ce syndicat nouvellement créé et entièrement noir a captivé son imagination.

Le Comité des citoyen·nes organisait régulièrement des « conférences sur le travail » qui rassemblaient les allié·es de la Fraternité et stimulaient une réflexion plus approfondie sur le rôle des communautés noires dans l'économie. Décrites par le Chicago Defender comme un « mouvement visant à susciter l'intérêt pour les problèmes économiques sérieux et à éduquer la race noire à des modes de pensée qui n'existaient pas auparavant », ces conférences jouaient un rôle à la fois organisationnel et idéologique au sein de la communauté noire de Chicago. En 1929, près de 2000 personnes assistaient à ces rassemblements.

Le syndicat présentait très consciemment son combat comme la continuation de la longue quête des Noirs pour les droits civiques et l'égalité.

Des citations de Frederick Douglass, en particulier « le pouvoir ne concède rien sans revendication », se retrouvent dans toute la littérature de la fraternité. Dans un bulletin syndical, on pouvait ainsi lire :

Douglass s'est battu pour l'abolition de l'esclavage, et aujourd'hui, nous nous battons pour la liberté économique. Le temps où un homme noir adulte devait mendier quoi que ce soit à un homme blanc adulte est révolu.

Ces appels étaient d'autant plus poignants que la plupart des membres de la Fraternité avaient un lien direct avec l'esclavage. Dans les pages du Messenger, l'organe officieux du syndicat, fut publiée l'histoire de Silas M. Taylor. Né esclave, Taylor était allé travailler dans une fabrique de tabac en Virginie après l'émancipation. Trouvant les conditions trop similaires à l'esclavage, il avait tenté, sans succès, de mener une grève. Il était devenu porteur, emploi qu'il a occupé pendant quarante ans, et devint le dirigeant de la section de Boston de la Fraternité.

« Le syndicat présentait très consciemment son combat comme la continuation de la longue quête des Noirs pour les droits civiques et l'égalité ».

Taylor a été licencié sans pension pour son militantisme, ce à quoi il a répondu : « Ils peuvent me retirer ma pension… Je ne suis pas vieux. Je suis né quand le BSCP a vu le jour ». L'histoire de Taylor incarnait la vie de tant d'autres porteurs et l'importance symbolique de la quête de liberté économique du syndicat.

Il était devenu difficile de dissocier le sort du syndicat de celui de la vie civique noire en général. Un dessin de presse pro-syndical publié dans le Messenger montrait un porteur votant pour le syndicat avec la légende suivante : « cette fois, je vote pour moi, mes enfants et ma race. » Le fait d'être favorable ou opposé à la fraternité est devenu un sujet brûlant qui a animé de violentes disputes entre les différentes couches de la société civile noire. Les historiens du travail noir Sterling D. Spero et ont écrit qu'il était « impossible pour tout dirigeant de rester neutre vis-à-vis du syndicat », et que prendre position était devenu un « test fondamental » de la militance raciale.

La presse noire a été mis sur la sellette et contrainte de se débattre avec cette question. Au départ, le Chicago Defender, qui percevait des recettes publicitaires de la Pullman Company, s'était opposé à la syndicalisation. N'hésitant jamais à lutter contre les forces antisyndicales au sein de la communauté noire, Randolph lança un boycott du journal lors d'un rassemblement de masse organisé par le syndicat à Chicago en 1927. À la fin de l'année, estimant que sa réputation auprès de la population noire avait plus de valeur que ses revenus publicitaires, le Defender se prononça en faveur de la Fraternité.

Bataille avec les tribunaux et l'entreprise

Tout en mobilisant la sympathie du public, les dirigeants du syndicat devaient continuer à recruter et à fidéliser leurs membres pendant que se déroulait une longue bataille judiciaire. En juin 1927, la commission de médiation du Railway Labor Act reconnut le syndicat comme représentant la majorité des porteurs de Pullman. Mais celui-ci n'avait toujours pas le pouvoir ni le moyen de forcer l'entreprise à négocier un contrat.

Randolph estimait que s'ils présentaient une menace de grève crédible et créaient une crise nationale, le Président pourrait être appelé à intervenir et à forcer l'entreprise à négocier. Le syndicat se lança dans la préparation de la grève et, au printemps 1928, affirma que plus de 6 000 porteurs avaient voté en faveur de la grève. Mais Pullman ne se laissa pas intimider, affirmant qu'ils pouvaient facilement être remplacés. Le comité de médiation accorda foi aux déclarations de Pulmann et estima que, puisqu'il n'y avait pas de crise, il n'était pas nécessaire de faire intervenir le Président. Randolph, sous la pression du président de l'AFL, William Green, décida d'annuler la grève.

Le syndicat avait montré son jeu et perdu. Après des années d'élan, l'ensemble du projet fut remis en question. Randolph fut confronté à de sérieuses remises en question quant à son leadership, et tout cela ressemblait à une répétition de ses échecs passés. Le St. Louis Argusécrivit : « La chose à faire maintenant pour ceux qui lui ont accordé du crédit est d'en réclamer une grande partie en retour ». La déception causée par la grève avortée, combinée à la pression de la Grande Dépression, entraîna le syndicat dans une spirale mortelle.

« Randolph dirigeait le syndicat vêtu d'un costume en lambeaux et chaussé de chaussures trouées. Il devait souvent faire passer le chapeau à la fin des réunions afin de pouvoir se rendre d'un endroit à l'autre. »

Le nombre d'adhérents au BSCP est passé de 4 632 en 1928 à 1 091 en 1931. Ce furent des années de lutte personnelle intense pour ceux qui sont restés fidèles au syndicat.

Randolph dirigeait le syndicat vêtu d'un costume en lambeaux et chaussé de chaussures trouées. Il devait souvent faire passer le chapeau à la fin des réunions afin de pouvoir se rendre d'un endroit à l'autre.

E. J. Bradley, le dirigeant de la branche du BSCP de Saint-Louis, est l'un des symboles les plus puissants de ce sacrifice. Il a perdu deux maisons et sa femme à cause de son engagement et a vécu dans sa voiture jusqu'à ce que les créanciers lui prennent également celle-ci. Mais il a refusé d'abandonner et a reçu le titre de « plus noble Romain de tous ».

En 1931, Spero et Harris, bien que grands partisans du syndicat depuis le début, étaient prêts à jeter l'éponge en 1931 et écrivaient : « L'espoir que ce mouvement devienne le « centre et le point de ralliement de l'ensemble des travailleurs noirs est désormais mort. » Le syndicat a cependant réussi à rebondir, et pas seulement grâce à la foi et à la persévérance de la direction de la Fraternité.

L'élection de Franklin D. Roosevelt à la présidence en 1932 fut une bouée de sauvetage pour la Fraternité. Le New Deal est souvent décrié par les progressistes d'aujourd'hui, qui le décrivent au mieux comme sans importance pour les Noir·es et au pire comme un agent de discrimination raciale. Cette conception va à l'encontre des faits historiques réels et de l'expérience vécue par les travailleurs noirs. Ainsi, William H. Harris, dans son récit sur le BSCP intitulé Keeping the Faith, affirme :

On ne saurait trop insister sur l'importance des changements apportés par la Grande Dépression, en particulier le New Deal, pour le succès de la Fraternité.

Les progrès ne furent pas immédiats, car les porteurs n'étaient pas couverts par le National Industrial Recovery Act [loi nationale sur la relance industrielle]. Mais en 1934, Roosevelt signa un amendement au Railway Labor Act (loi sur le travail dans les chemins de fer) qui incluait les porteurs, interdisait les contrats « yellow dog » [accord écrit contenant une promesse de ne pas adhérer à un syndicat] avec les syndicats d'entreprise comme l'ERP et obligeait les sociétés comme Pullman à négocier avec les syndicats qui représentaient la majorité de leurs travailleurs. Le changement de dynamique sur le terrain fut rapide. Tombé à 658 en 1933, le nombre de membres du BSCP remontait à 2 627 en 1934.

Le travail long et patient accompli par Randolph et la direction de la Fraternité pour obtenir le soutien de la communauté noire et de l'American Federation of Labor (AFL) portait ses fruits. En 1929, Randolph avait facilité la venue du président de l'AFL, William Green, à l'Église baptiste abyssinienne de Harlem pour s'adresser aux porteurs et aux dirigeant·es civiques noir·es. À l'époque, ce fut l'un des rares événements qui ont contribué à apaiser quelque peu les tensions justifiées entre les travailleurs noirs et l'AFL. Bien qu'elle ait toujours été un partenaire réticent et hésitant, le soutien institutionnel apporté par l'AFL aux porteurs a été crucial pour le succès final de la Brotherhood.

Des organisations noires de premier plan, telles que la NAACP et l'Urban League, ont commencé à se concentrer davantage sur les questions économiques et à soutenir les syndicats, en grande partie grâce à la propagande incessante de Randolph.

En 1934, Abram L. Harris a ainsi présidé le nouveau comité sur le plan et le programme futurs de la NAACP qui appelait à des mesures économiques radicales. L'Urban League a commencé à mettre en place des conseils de travailleurs, qui sensibilisaient les Noirs aux avantages des syndicats. Les deux organisations ont publiquement soutenu la BSCP et, le 1er juillet 1935, le syndicat a remporté une élection officielle organisée par les porteurs, par 5 931 voix contre 1 422.

Le 25 août 1937, douze ans jour pour jour après la première réunion publique de Randolph avec les porteurs, la Pullman Company signait une convention collective avec la Brotherhood of Sleeping Car Porters. Cette convention répondait à bon nombre des revendications initiales du syndicat et changeait la vie des porteurs. Le mois de travail était réduit de 400 heures à 200, les salaires augmentaient d'un total de 1,25 million de dollars et une procédure de règlement des griefs était mise en place.

Le Chicago Defender a décrit ce contrat comme « la plus importante transaction financière jamais négociée par un groupe de la race noire ».

Roy Wilkins, qui avait lui-même travaillé comme porteur avant de devenir en 1955 président de la NAACP, a déclaré que trois événements survenus dans les années 1930 l'avaient rendu fier d'être noir. Deux d'entre eux étaient des événements sportifs : la performance de Jesse Owens lors des Jeux olympiques de 1936 et le KO de Joe Louis contre Max Schmeling la même année. Mais le troisième était le jour où la société Pullman, après une dispute contractuelle qui avait duré plus d'une décennie, a convoqué A. Philip Randolph et les dirigeants du BSCP et leur a dit : « Messieurs, la société Pullman est prête à signer. »

Un pilier du mouvement des droits civiques

Randolph n'a jamais pu dissocier son rôle de dirigeant syndical de celui de défenseur des droits civiques.

Après s'être imposée comme une force motrice dans le monde du travail noir, la Fraternité a utilisé son poids institutionnel et ses vastes réseaux sociaux pour stimuler l'activité politique contre les inégalités raciales.

La survenue de la Seconde Guerre mondiale a fourni une excellente occasion.

La guerre a mobilisé l'industrie et sonné le glas de la Grande Dépression. Mais les travailleurs noirs sont restés largement exclus des emplois dans les industries de défense. Cette question a touché un point sensible chez eux et a accentué la contradiction entre le fait de mener une guerre pour la démocratie tout en en étant exclus. Pour le gouvernement américain, le problème risquait de dégénérer en une crise de sécurité nationale.
C'est là que se trouvait le levier de Randolph.

« Après s'être imposée comme une force dominante dans le domaine du travail des Noirs, la Fraternité a utilisé son influence institutionnelle et ses vastes réseaux sociaux pour stimuler l'activité politique contre les inégalités raciales.

Randolph a appelé à une marche sur Washington afin d'obtenir des emplois pour les Noirs dans les industries de défense, ainsi que d'autres revendications telles que la déségrégation des forces armées. Aujourd'hui, les marches sur Washington attirent rarement l'attention, mais à l'époque, c'était une idée audacieuse, surtout lorsqu'il s'agissait de mobiliser les Noirs de la classe ouvrière pour la réaliser. Des sections du Mouvement de la marche sur Washington (MOWM) ont été créées dans tout le pays, et il n'était pas surprenant qu'elles soient les plus fortes là où il y avait de grandes sections locales du BSCP.

Les membres du BSCP dirigeaient cette initiative, le syndicat offrant des locaux pour les réunions et d'autres formes de soutien logistique. Randolph organisait de grands rassemblements à travers le pays, tandis que les porteurs faisaient passer le message lors de leurs trajets. Ce mouvement ne se contentait pas du lobbying poli auprès de la classe moyenne qui caractérisait la plupart des efforts de la NAACP à l'époque. Le MOWM avait un caractère plus militant et se développait dans les salles syndicales, les sections fraternelles, les salons, les cinémas, les bars et les salles de billard de la classe ouvrière noire américaine.

Randolph affirmait pouvoir rassembler 100 000 personnes noires dans la capitale fédérale. Personne ne pouvait vraiment estimer quel en serait le nombre. Cependant, Roosevelt reconnut que, quel que puisse être le nombre exact, la menace d'une grave agitation intérieure au moment où les États-Unis entraient en guerre était réelle. Il céda et signa le décret 8802, interdisant la discrimination dans les industries de défense et créant le Comité pour l'égalité dans l'emploi (FEPC).

Randolph et les porteurs ont réussi à mobiliser le militantisme noir pour obtenir des gains matériels concrets, ce que les nationalistes noirs radicaux n'ont pas réussi à faire.

Dans les années 1970, Richard Parrish, militant du MOWM, déclarait ainsi que la marche « avait effrayé ces gens comme rien d'autre ne l'avait jamais fait. Marcus Garvey, Malcolm X, H. Rap Brown, tous réunis, n'ont jamais eu le pouvoir, le vrai pouvoir de mettre en ouvre la menace qu'avait représentée la première marche ».

Randolph et les porteurs ont réussi à mobiliser le militantisme noir pour obtenir des gains matériels concrets, ce que les nationalistes noirs radicaux n'ont pas réussi à faire.

Après avoir remporté cette victoire, Randolph a annulé la marche, mais a maintenu le mouvement en place afin de faire respecter l'ordre dans les localités. Bien qu'il n'ait duré que relativement peu de temps dans les années 1940, le MOWM a établi les réseaux sociaux, les stratégies de protestation et la confiance politique qui allaient s'épanouir pleinement pendant la « phase classique » du mouvement des droits civiques dans les années 1950 et 1960. Là encore, la Fraternité a joué un rôle déterminant.

Saint-Louis abritait à la fois une section très forte du MOWM et une section locale du BSCP, dont le dirigeant était le porteur T. D. McNeal. La section mobilisait régulièrement des centaines de personnes pour manifester devant les usines de fabrication d'armement et avait organisé un rassemblement massif contre les licenciements qui avait rassemblé 10 000 personnes. En mai 1942, ils ont mené une marche silencieuse de 500 personnes autour du complexe de l'US Cartridge Company, qui a abouti à l'augmentation des salaires des travailleurs noirs et à l'embauche de 72 femmes noires.

Anticipant l'utilisation généralisée de cette tactique dans les années 1960, le MOWM de Saint-Louis a organisé des sit-in devant des restaurants et des entreprises de services publics comme la Southwestern Bell Telephone, qui ont abouti à des accords pour l'embauche de travailleurs/travailleuses noir·es. Le FBI, qui s'intéressait avec inquiétude au MOWM, a conclu que « l'organisation noire la plus active de la ville de Saint-Louis est le March on Washington Movement ».

Le MOWM a prospéré dans d'autres villes comme Chicago et New York, également bastions du BSCP.

Le 16 juin 1942, l'événement du MOWM organisé au Madison Square Garden de New York a été décrit par le Pittsburgh Courier comme « le plus grand rassemblement racial de l'histoire de cette ville ». Il ne s'agissait pas seulement d'un rassemblement, mais d'un tour de force d'expression politique et culturelle noire. Des saynètes sur le thème des droits civiques furent jouées et des discours militants furent prononcés par une liste impressionnante de dirigeants noirs. Adam Clayton Powell Jr, pasteur de l'Abyssinian Baptist Church et membre du conseil municipal, profita de l'événement pour annoncer sa candidature historique au Congrès.

L'historien David Welky a décrit ainsi la présence captivante du MOWM à Harlem :

Environ 18 000 Africain·es-Américain·nes affluèrent dans le centre-ville dans leurs plus beaux habits du dimanche. Les femmes coiffées de chapeaux festifs et les hommes vêtus de cravates solennelles ont envahi les bus et les métros. […] La culture de rue de Harlem s'est tue par respect pour l'audace de Randolph.

Lorsque le Congress of Industrial Organizations (CIO) [3. Groupe de syndicats des travailleurs de l'industrie, qui se sépare à partir de 1935 de l'AFL en rompant notamment avec les syndicats de métier] a commencé à s'atteler sérieusement à la tâche d'organiser les travailleurs/travailleuses noir·es, il s'est largement appuyé sur les réseaux politiques noirs qui s'étaient développés dans le cadre du soutien au BSCP et au MOWM. Halena Wilson, par exemple, était présidente du Chicago Women's Economic Council et a été sollicitée pour aider à organiser l'Inland Steel Company à Indiana Harbor. Elle s'est appuyée sur ses liens avec le BSCP pour aider 5 000 travailleurs/travailleuses noirs·es à s'inscrire au Steel Workers Organizing Committee en 1937.

« La période intense d'activité menée par le BSCP dans les années 1930 et 1940 a ouvert aux femmes noires la possibilité d'exercer un rôle dirigeant dans le militantism

e politique noir »

Même si souvent cela ne se traduisait pas par une place officielle dans les organigrammes, les femmes noires ont joué un rôle essentiel dans l'organisation d'actions directes et dans la gestion administrative des activités du mouvement.

Randolph était un dirigeant inspirant et visionnaire, mais ce sont des femmes comme E. Pauline Myers et Anna Arnold Hedgeman qui ont principalement dirigé les bureaux du MOWM en s'occupant des tâches organisationnelles quotidiennes qui ont permis à l'organisation de fonctionner. T. D. McNeal a admis que, même s'il avait été le visage du mouvement de sit-in pour l'emploi à Saint-Louis, « ce sont ces femmes qui ont vraiment fait le travail ».

Maida Springer, qui est devenue organisatrice pour l'International Ladies' Garment Workers' Union (ILGWU), cite Randolph comme l'un de ses premiers mentors importants. Elle se souvient, lorsqu'elle était enfant, d'être allée chez un·e ami·e de la famille pour prendre des tracts pour la campagne syndicale du BSCP. Elle a défilé avec le syndicat lorsqu'il a obtenu son premier contrat en 1937 et a fait partie du cercle restreint de Randolph pendant le MOWM des années 1940.

Les femmes de l'association Ladies Auxiliary de la BSCP n'ont pas seulement aidé leurs maris dans leur lutte pour former un syndicat ; elles se sont également engagées pendant la guerre dans les mouvements portant sur la consommation. Les salaires plus élevés obtenus par les porteurs Pullman ont permis à de nombreuses épouses de rester à la maison sans travailler, un luxe rare pour la plupart des femmes noires à l'époque.

Certains comités d'auxiliaires, comme à Chicago, ont formé des groupes de lecture s'intéressant aux coopératives de consommateurs/trices et ont même créé les leurs.

Certains de ces groupes de femmes ont fait pression sur le Congrès pour qu'il adopte une loi sur le contrôle du prix du lait et ont activement souyenu l'Office of Price Administration (OPA) afin de faire respecter le contrôle des prix au niveau local. À Saint-Louis, ils ont par exemple surveillé les prix des loyers. L'OPA a officiellement reconnu l'association d'aide féminine du BSCP de Denver et a déclaré : « Aucune femme de la ville n'est mieux informée ou plus coopérative que ces femmes. »

L'expérience de ce mouvement nous offre aujourd'hui une multitude d'enseignements sur l'importance de susciter un large soutien public, d'éduquer politiquement et de faire d'un syndicat un pilier institutionnel pour mener des combats politiques plus importants.

Compte tenu de tout cela, il n'est pas surprenant que le BSCP ait joué un rôle central lors de l'événement catalyseur du mouvement moderne des droits civiques : le boycott des bus de Montgomery. E. D. Nixon, président du BSCP de Montgomery, a payé la caution de Rosa Parks après son arrestation. Le local syndical du BSCP de Montgomery est devenu le lieu de réunion du mouvement de boycott, tandis que la grande expérience de Nixon en matière d'organisation et son vaste réseau social ont été inestimables tout au long du mouvement.

Les porteurs Pullman ont été les yeux et les oreilles itinérants de la lutte pour les droits civiques : ils signalaient par exemple les lynchages à des groupes tels que la NAACP. Le syndicat a apporté un soutien financier et juridique aux travailleurs noirs hautement qualifiés, tels que les pompiers, les serre-freins et les aiguilleurs, qui luttaient pour mettre fin à la discrimination à l'emploi et conserver leur travail. Lors de la Marche sur Washington, qui concrétisait l'idée initiale d'A. Philip Randolph, le BSCP a fait un don de 50 000 dollars.

La Fraternité n'était pas seulement un syndicat de travailleur·euses noir·es. C'était un mouvement : une institution pour le progrès économique et l'égalité sociale des Noir·es. Le syndicat incarnait la nécessité de fonder les droits civiques sur une perspective économique et une base ouvrière.

Transposer les expériences de 1925 à 2025 est dangereux et risqué. Le BSCP s'est appuyé sur un vaste réseau de la société civile au sein des communautés noires, qu'il a mobilisé pour amplifier et renforcer ses objectifs. Nous vivons dans une société beaucoup plus atomisée, où la vie associative est en déclin. Mais les individu·es continuent de s'engager dans des ligues sportives, des Églises, des associations de parents d'élèves et d'autres organisations. Les travailleurs et les travailleuses noir·es occupent toujours une place importante dans notre économie, des usines automobiles et des entrepôts aux services postaux et aux écoles publiques.

En février 2025, la section locale 100 du syndicat des Teamsters a organisé un événement dans le cadre du Mois de l'histoire des Noir·es dans les locaux syndicaux à Cincinnati, dans l'Ohio. Plus de 150 membres ont rempli la salle, dont beaucoup assistaient rarement aux réunions syndicales. Ce réseautage social a semé les graines d'une campagne en facteur de la signature d'un contrat menée par les employé·es de Zenith Logistics, un opérateur tiers de Kroger où la plupart des travailleurs/travailleuses sont noir·es et latino-américain·nes. Elles et ils ont rassemblé des questionnaires sur les contrats en plusieurs langues, ont porté des t-shirts « Will Strike if Provoked » (Nous ferons grève si nous sommes provoqué·es) et ont tous pointé en même temps devant la direction. Les employé·es ont obtenu un contrat avec de meilleurs salaires et des avantages sociaux qu'elles et ils aient jamais connus. Ont également été obtenues des clauses protégeant les employé·es contre les raids de l'ICE. Certain·es de ces membres deviennent aujourd'hui des dirigeant·es sur le terrain et ont fièrement participé à la convention des Teamsters for a Democratic Union.

On ne peut s'empêcher de voir en elles et en eux l'esprit de la Fraternité.

Paul Prescod, 12 juin 2025
Paul Prescod est rédacteur en chef adjoint du magazine Jacobin.
https://jacobin.com/2025/12/pullman-strike-bscp-randolph-civil-rights
Traduit par DE et PS

Publié dans Adresses n°17(page 56

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Saint ours !

3 février, par Mohamed Lotfi — , ,
Pendant que le monde continue de s'agiter autour d'un ballon ayant manqué son but, un enfant de cinq ans cherche encore son petit ours sous les décombres. Dans ce bout de (…)

Pendant que le monde continue de s'agiter autour d'un ballon ayant manqué son but, un enfant de cinq ans cherche encore son petit ours sous les décombres.

Dans ce bout de terre où se joue une fin du monde, le bruit des voix lointaines passe comme un vent sans chaleur. Au milieu de la poussière et des pierres d'un paysage apocalyptique, les mains de l'enfant fouillent.

Elles fouillent encore, s'arrêtent, reprennent, s'enfoncent, ressortent vides. Elles recommencent, cherchent encore, lentement.

Anis, son petit ours, lui avait été offert par son père pour ses deux ans. Aucune fin du monde ne se profilait alors. C'était un ours brun, doux, rassurant, charmant, toujours présent. Quelques jours après l'avoir accueilli, l'enfant ne savait toujours pas comment l'appeler. « Son nom devait être ce qu'il est », disait le père, « un Anis », un beau mot arabe pour dire un compagnon.

Dès lors, l'enfant se mit à crier le nom de son petit ours dans toute la maison, dans la rue, puis dans le quartier. Désormais, Anis n'appartenait qu'à lui. Le père ajouta qu'il ne fallait pas s'inquiéter, « Anis sera ton compagnon de route pour la vie, à toi seul ». Depuis ce jour, l'enfant et son compagnon ne se quittaient plus. Ils dormaient ensemble, mangeaient ensemble, jouaient ensemble. Ils couraient, tombaient, puis se relevaient ensemble.

Anis était devenu son ami et son confident. Un soir, la mère interdit à l'enfant de regarder un match de football à la télévision. Le père, lui, se montra plus indulgent. Pour elle, un enfant de deux ans ne deviendrait ni grand médecin, ni grand ingénieur, en veillant trop tard, même pour une finale de coupe d'Afrique. Ce soir-là, dans son lit, l'enfant pleura, serré contre Anis, et lui confia son chagrin. Anis, les yeux grands ouverts, sembla donner raison à la mère. Alors l'enfant le lança contre le mur, puis le reprit aussitôt dans ses bras, en murmurant des excuses. La douleur d'avoir blessé son compagnon de route dépassait désormais toute autre peine.

Exactement un jour avant ses trois ans, en ce jour noir du mois d'octobre, une boule de feu tomba du ciel. Elle coupa le temps en deux. Elle sépara ceux qui s'aimaient. La maison devint poussière, les cris devinrent silence. Le père disparut. La petite voisine aussi. Le vieillard d'en face aussi. Anis aussi. L'enfant ouvrit les yeux sur des bouts de corps, beaucoup de corps sans vie.

Pourquoi le sien et celui de sa mère avaient ils survécu ? Une question sans réponse. Il se la poserait, une fois grand. Pour l'instant, une seule urgence existait. Grandir vite pour retrouver Anis.

Pour distraire le petit, la maman fabriqua un nouveau jouet. Elle rassembla des chiffons trouvés sur les routes qu'elle traversait avec ce qu'il restait de la famille, des cousins, des voisins. Elle en fit une boule douce et légère. Un ballon que l'enfant frappait lorsque le ciel se permettait encore d'envoyer sa lumière. Le ballon de chiffons se hasardait parfois parmi les bouts de corps. La nuit venue, pour effacer de sa mémoire les corps sans vie, l'enfant serrait le ballon contre sa poitrine, et le sommeil arrivait.

À chaque réveil, les visages se modifiaient. Des amis d'hier s'effaçaient, d'autres apparaissaient, les noms se confondaient, le temps poursuivait sa course folle, et lui, grandissait. Dans cette vie de survie devenue son quotidien, il grandissait à vue d'œil. Mais rien n'effaça de sa mémoire son compagnon de route. Son regard mêlait une tristesse silencieuse à une espérance tenace.

Pour le consoler, sa mère, avec une voix fatiguée, lui racontait une histoire. Elle disait qu'Anis était parti dans le nord rendre visite à sa mère qui lui manquait. Elle disait qu'elle était gravement malade. Anis, petit ours bien élevé, voulait rendre un dernier hommage à celle qui l'avait mis au monde. La mère racontait aussi qu'une boule de feu était un véhicule spécialement conçu pour transporter les petits ours. Elle promettait à son enfant qu'Anis reviendrait un jour. Il aurait tardé à rentrer parce qu'il faisait le chemin à pied. « Tu sais, les boules de feu ne font que des allers simples vers le nord », disait-elle, le plus sérieusement du monde.

L'enfant écoutait sa mère avec l'air de celui qui croit encore. Il souriait lorsqu'elle transformait les boules de feu en véhicules conçus pour transporter les petits ours. Il souriait un peu moins lorsqu'elle associait les boules aux anges. D'après elle, ce sont des créatures célestes bannies du Paradis pour rébellion, converties en moyens de transport aériens pour racheter leurs fautes. Il leur arrivait parfois, précisait-elle, de confondre les petits ours et leurs maîtres, mais cela ne devrait plus se reproduire. Le temps de la confusion, insistait-elle, touchait à sa fin.

Mais l'enfant ne comprenait pas pourquoi sa mère lui répétait la même fable. Il voyait bien qu'elle se laissait gagner, doucement, par son imaginaire. Il ignorait, par ailleurs, que quelque chose, dans son ventre, grandissait, mais trop lentement. Un frère ou une sœur hésitait à venir au monde pour échapper à la confusion.

Un jour, l'enfant se réveilla sur les cris de sa mère. Au milieu d'une tente, il lui tenait les deux mains, de toutes ses forces, pour l'aider à se délivrer de la mort qui logeait dans son ventre. Quand la voisine arriva pour donner un coup de main, la mère souriait déjà. Elle recommença à raconter l'histoire des anges déchus. Puis le sommeil gagna ses yeux trop fatigués.

Lorsque la famille, ou ce qu'il en restait, revint au nord après deux ans de déroute, l'enfant ne reconnut pas son quartier. L'immeuble de sa maison s'était effondré. Il n'y avait plus de portes ni d'escaliers, seulement des murs et des plafonds brisés, éventrés. Des souvenirs écrasés.

À cinq ans, l'enfant agissait comme s'il en avait dix. Chaque matin, il partait à la recherche de son petit ours, comme son père, jadis, partait au travail. À son retour, il s'occupait de sa mère. Il lui apportait de l'eau et un peu de pain que la nouvelle voisine faisait de ses mains. Mais, dès qu'il le pouvait, il fouillait les décombres. Il soulevait les pierres légères, une à une. Il leur parlait à voix basse. Dès qu'un trou se dessinait entre deux pierres, de tout son être, il appelait Anis, avant d'y glisser son corps.

Le nord était devenu une montagne de ruines. Une montagne cachant tous les disparus du monde. Parmi eux, l'enfant en était certain, dormait encore son petit ours. Il s'était juré que, le jour où il poserait enfin la main sur lui, ils reprendraient la route ensemble pour aller loin, très loin. Loin des ballons de chiffons qui traînent parmi les bouts de corps.

Mohamed Lotfi
22 Janvier 2026

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Mouloud ouvre son kebab au Groenland !

3 février, par Omar Haddadou — ,
( Le réchauffement climatique aiguillonnant les conquêtes prédatrices sur l'Île du Groenland, Mouloud saisit l'opportunité pour lancer son projet Kebab dans l'Arctique ) – (…)

( Le réchauffement climatique aiguillonnant les conquêtes prédatrices sur l'Île du Groenland, Mouloud saisit l'opportunité pour lancer son projet Kebab dans l'Arctique )

Viens par-là Klibou, tu risques de t'égarer dans l'immensité !

( Le chien aboie nerveusement )
- Du calme Klibou ! Oui, j'ai compris. Une silhouette à l'horizon.

– Waaw, waaw !
- Même ton Waaw a un accent kabyle. Y a même pas d'orthophoniste dans ce désert glacial. Mais… ? Grand Dieu ! Que vois-je ? Blond Blond ! Pas le chanteur éploré qui assumait son albinisme. L'autre, le nouvel Empereur ! Que dis-je ? Empereur ? Non ! Le Boutiquier. Ben quoi ? Le Monde est devenu sa boutique. N'est-ce pas Klibou ?
- (Le chien boude)
- J'en étais sûr ! L'odeur irrésistible de mon Kebab.

Hello everybody !
- « Makach »* everybody, Monsieur le Président ! Y a Klibou et moi. Et c'est tout un honneur de vous accueillir comme premier client. Attention ! Klibou n'aime pas qu'on lui rabat les oreilles. Il défend son territoire farouchement.
– Beautiful dog !
( Tu vas voir la note comment elle va être beautiful ) susurre Mouloud.
- Alors Monsieur le Président ? Avant de vous délecter de mon Kebab, quel bon vent vous amène au Groenland ?
- L'espace et le grand air.
– J'en étais sûr. Vous ressourcer, c'est ce qu'il vous faut, Monsieur le Président. L'american dream allie Finance, Cataclysme géopolitique, Dilatation capitaliste immensurable, Jurisprudence inique, Détentions arbitraires des chefs d'Etats vulnérables, Colonialisme despotique new wave, et j'en passe… Ça mérite une bouffée d'oxygène !
- Je n'aime pas le mot Colonialisme ! Dites business, conquête, Ok ?

D'accord, Monsieur le Président.
– Donald, Donald !
- Familiarité ? Je euuu…
- Si ! Je vous l'autorise. Y a personne.
(Mouloud lui sert le Kebab avec Ras el Hanout** et un thé fumant )
– Alors Donald, t'as mis la Planète à contre-poil, à ton âge avancé ?

Un Président doit donner du relief à son investiture à tout moment !

T'as fait fort, Donald ! Fort ! Le Monde n'a d'yeux que pour toi. Rien ne se décide sans toi. La Warner Bros est prête à mettre le paquet pour un Biopic à ton honneur.
– T'as pas de Ketchup ?
- Essaye Ras el Hanout ! Excellent pour la longévité.

– Hum ! Divin !
- Eh Donald, de toi à moi, tu vas continuer dans ton délire à mettre tout le monde sous ta botte ? Et puis c'est une drôle de manière de renverser la table. L'Europe et son fer de lance Macron - absorbé par son nombrilisme avarié - s'écrasent lamentablement. Tu déstabilises leur prédation !
– Rapports de force, Mouloud !
- A Guteres, il ne reste qu'un souffle atone pour balbutier : « L'ONU est au bout de l'effondrement ! ». Joseph Borel et Karim Khan ont les mains liées face aux Puissants occidentaux dont vous êtes le redoutable protagoniste.

( Trump déglutit malaisément et rebondit )

La Puissance détient une force magique, my friend : Celle de casser la Légitimité d'une Institution Internationale !
- Et de diaboliser les Nationalistes !
- Les ennemis des grandes Démocraties, Mouloud.

– Démocraties pirates !
- Attention ! Je vais me fâcher.
– Un Républicain doit prendre de gré la critique, Donald ?

Ok !
- Eh Donald, ton dernier sursaut hégémonique a mis en état d'alerte les deux géants (Chine, Russie). Ils sont à présent trois, avec l'Iran, à avoir le doigt sur la gâchette !

Mais ! C'est quoi ces balivernes. L'équipage d'Abraham Lincoln avait besoin de s'affranchir du désœuvrement. La virée au Golfe persique était le choix idoine.

– Et le Groenland ?
- Ah, j'y tiens ! Pour la Sécurité de mon pays !

La Souveraineté de l'île polaire peut vous coûter cher, Donald.

– It doesn't mater !
- La prochaine étape ça sera quoi, alors ?
- (Silence).
– Moi, je l'sais !
- Je t'écoute fouinard.
– Mettre la main sur le Système Solaire et décréter des droits de douanes spatiales sur les satellites, les sondes, les vols habités… ?

– Oh, Mouloud ! Viens dans mes bras, viens ! Bisous, mon brave ! JD.Vance, Stephen Miller, notez le bien ! : Mouloud parmi nous !
- Douga ! Douga***, Donald !

Quoi ?
- Vous vous êtes engagé dans une aventure expansionniste aux effets néfastes sur votre santé. Même les pingouins se sont alarmés sur le fait que vous piquiez du nez à maintes reprises pendant les réunions à la Maison Blanche.

– Et alors ?
- Alors, Mouloud vous relaie l'info médicale d'une récente étude attestant qu'un manque de sommeil génère des insuffisances cardiaques et des AVC ! A votre âge, je réfléchirais à deux fois, Donald.
– Et le Groen… ? Moi qui pensais que la Suprématie insufflerait un deuxième souffle !

Eh Donald, God bless Ras el Hanout !
Omar HADDADOU Février 2026 * y a pas ** Mélange d'épices *** lentement .

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Arrêtons de battre le pavé, il est temps de reprendre du terrain.

3 février, par Marie-Ève Mathieu — , ,
Je me suis engagée à tenir une chronique pour informer les personnes de gauche et les militant.e.s du regroupement le Parti de la rue (PDLR pour les intimes). L'objectif est de (…)

Je me suis engagée à tenir une chronique pour informer les personnes de gauche et les militant.e.s du regroupement le Parti de la rue (PDLR pour les intimes). L'objectif est de rendre compte des avancées de notre organisation. PDLR a vu le jour à la suite de notre insatisfaction lors du congrès de Saguenay en mai 2024. Nous appartenons à une gauche véritablement revendicatrice, alliée des mouvements sociaux. La perspective réformiste véhiculée par l'aile parlementaire de QS ne nous apparaît pas comme porteuse d'un changement radical de la société. Qui plus est, nous croyons que le parti a abandonné une portion de son mandat d'origine : celui d'être le parti des urnes et de la rue.

Cet abandon s'est traduit par une nouvelle phase de morcellement de la gauche. Soyons clairs, QS n'a jamais été un véhicule parfait, loin de là. Néanmoins, il a pu servir de lieu d'échanges et de courroie de transmission pour faire avancer des revendications écologistes, féministes et internationalistes. Nettement plus faible y a été la lutte antiraciste et anticoloniale. Déjà, pendant la pandémie, le parti avait eu du mal à comprendre et à entendre la parole du collectif antiraciste et décolonial (CAD).

L'affaire Haroun Bouazzi est venue cimenter cette incompréhension. Finalement, la rhétorique sur la famille souverainiste (participation au Oui Québec ou au Rassemblement pour le Oui) finit de clouer le cercueil de l'incapacité de QS à défendre efficacement les personnes immigrantes et les personnes racisées. À quoi bon faire un pays, si c'est pour se couper du monde et privilégier un entre-soi sans projet social libérateur et écologiste ? Les actions politiques de la CAQ, soutenues par le PQ, attaquant les nouveaux arrivants sont tout simplement intolérables.

Il y a un autre élément extrêmement préoccupant : un musellement des voix féministes. Encore en 2024, la Commission nationale des femmes (CNF) avait fait paraître une lettre dénonçant l'étouffement de la parole des femmes au sein du parti. La direction du parti s'était dépêchée de créer une consultation sur les pratiques féministes, dont les travaux étaient confidentiels et menés par le comité d'éthique, dirigé par un homme. La CNF, l'instance non-mixte dont le mandat est de représenter la voix des femmes au sein du parti, a été mise de côté pour cet exercice. Elle a dû subir les doléances d'employés du parti qui ont fortement insisté pour que la commission se rétracte, rappelons que les employés et employées de partis politiques sont censés observer une certaine neutralité.

Cela démontre par un autre exemple le déséquilibre entre l'aile parlementaire, le personnel, d'une part, et les militants et militantes ordinaires, d'autre part. Finalement, on a imposé qu'une employée de la permanence siège sur la commission. Personnellement, j'ai décidé à ce moment de quitter mon poste de représentante de la CNF et de la commission politique (CP).

Au prochain conseil national du 21 février, on convoque les membres pour une seule et unique raison : revenir sur la résolution d'offrir les circonscriptions gagnables à des femmes et des personnes non-binaires. Ladite résolution était une des rares avancées de l'examen de nos pratiques féministes. On veut que la circonscription de Gouin soit allouée à un homme. Suis-je la seule à me dire que nous approchons de la définition du dictionnaire Merriam-Webster de la folie ? Le parti semble souvent refaire les mêmes erreurs et espère un résultat différent.

Qu'à cela ne tienne, PDLR veille au grain. Nous serons présents au Conseil national (CN) pour argumenter contre cette proposition. Pour coordonner nos actions, nous relayerons l'information sur notre page Facebook et dans notre groupe privé. Nous ne sommes pas optimistes quant au résultat, car la direction va mettre tout son poids pour faire passer son point de vue, ce qui ne nous empêchera pas de critiquer à chaque possibilité de le faire. Malheureusement, cela risque d'accentuer la démobilisation à l'intérieur des rangs qui sont de plus en plus dégarnis.

Entretemps, nous retournons nos efforts vers des avenues plus constructives : nous allons nous activer auprès des syndicats et des groupes communautaires qui préparent une grève sociale pour lutter contre les projets de lois abjects du gouvernement de la CAQ. Ainsi, nous avons participé aux travaux du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM) à ce propos, le vendredi 30 janvier. Dimanche 1er février, nous étions au Debrief de l'Étoile du Nord, un autre regroupement de gens de la gauche, et le 8 février, nous assisterons à la rencontre de Lutte commune, qui a lieu à l'UQAM. Il s'agit de prendre le pouls des mouvements et d'être sur le terrain. Nous en reparlerons dans une chronique subséquente pour informer nos lecteurs et lectrices des développements.

Finalement nous participerons au lancement de la prochaine saison hiver-printemps 2026 de l'UPop Montréal qui aura lieu lundi le 16 février prochain, à 19h, au théâtre l'Espace Libre (1945 Fullum, Montréal). Le collectif Polémos-décroissance présentera, par la voix d'Yves-Marie Abraham, les résultats d'un sondage d'opinion sur la décroissance auprès de la population québécoise. Dans un deuxième temps, trois militantes politiques seront invitées à réagir à ce sondage : Karine Cliche (Le partie de la rue), Lylou Sehili (Soulèvement du fleuve) et Céline-Audrey Beauregard (Projet Montréal). Nous reviendrons sur notre participation aux rencontres de l'Étoile du Nord et de Lutte commune).

Nous visons 3 objectifs pour la prochaine année : réseauter, développer un espace de discussion, et d'échange au sein de la gauche, puis se mobiliser vers une grève sociale, qui est un terrain de lutte contre la droite et ses lois liberticides. Pour reprendre l'initiative.

3 février 2026

Les résistants de Mont-Carmel : une cinquième année de lutte s’amorce

3 février, par Comité de Montreal
Ils ne lâcheront pas. Près de quatre ans jour pour jour après avoir reçu un avis d’éviction en janvier 2022, les résidents de la Résidence Mont-Carmel poursuivent leur bataille (…)

Ils ne lâcheront pas. Près de quatre ans jour pour jour après avoir reçu un avis d’éviction en janvier 2022, les résidents de la Résidence Mont-Carmel poursuivent leur bataille judiciaire… Source

Ukraine. « Kyiv en état d’urgence : comment le capitalisme sauvage aggrave la destruction »

L'année 2026 a commencé par un bombardement dévastateur des infrastructures de Kyiv par la Russie, qui, dans des conditions de froid extrême, a poussé la population au bord de (…)

L'année 2026 a commencé par un bombardement dévastateur des infrastructures de Kyiv par la Russie, qui, dans des conditions de froid extrême, a poussé la population au bord de la survie. La ville, qui compte 3 millions d'habitants, connaît une grave pénurie de chauffage et d'eau, et l'électricité est fournie à court terme. Il est devenu évident que les autorités n'avaient pas de plan B en cas de détérioration catastrophique de la situation sécuritaire et météorologique. Cependant, le plan insidieux de la bande de Poutine n'aurait pas été aussi douloureux sans la vulnérabilité des infrastructures municipales causée par les dirigeants de Kyiv. Le maire Vitali Klitschko a déjà appelé tous ceux qui le peuvent à quitter Kyiv. Cela conduit à la conclusion que les autorités sont incapables de résoudre les problèmes d'une ville qui est loin de la ligne de front.

25 janvier 2026 | tiré du site alencontre.org
https://alencontre.org/europe/ukraine/kyiv-en-etat-durgence-comment-le-capitalisme-sauvage-aggrave-la-destruction.html

De telles déclarations font peser la responsabilité du salut sur la population et ne font qu'accroître la panique. Au contraire, la réponse devrait consister à mettre en place des mesures qui renforcent le soutien social et, par conséquent, la solidarité. Donner aux gens le sentiment qu'ils maîtrisent la situation et peuvent faire la différence est ce qui renforcerait leur croyance en la victoire de l'Ukraine.

Les critiques de la situation se concentrent sur la personnalité des dirigeants de Kyiv, mais ignorent le contexte politique plus large. L'incapacité du gouvernement à résoudre les problèmes urgents de la population tient au fait qu'il se concentre sur le service de l'élite économique. Il est donc extrêmement important de discuter de la nature des changements qui permettront l'intégration des services urbains, l'humanisation du travail des employés municipaux et la maximisation des avantages pour la communauté.

Sous l'emprise des entreprises

Il serait naïf de nier le lien entre la situation critique et la politique capitaliste spontanée des autorités de Kyiv. Depuis des années, des biens municipaux sont cédés à des propriétaires privés et il n'y a pas eu de planification du développement au niveau de la ville. Les autorités ont fait preuve de systématisme dans la vente de terrains à des promoteurs immobiliers et la protection des intérêts des entreprises. La capitale présentait les défauts décrits par le chercheur David Harvey dans sa critique des villes modernes : le capital privé se concentre sur un développement sélectif, tandis que tout ce qui l'entoure se détériore. Les promoteurs immobiliers surchargent les communications urbaines, ignorant les conséquences destructrices d'un développement urbain chaotique. Et ce sont tous les habitants de Kyiv qui en paient le prix en termes de confort, en raison de la détérioration des services publics (température de chauffage, pression de l'eau, accidents fréquents, etc.). Le modèle urbain, basé sur le commerce et la corruption, n'a jamais été durable et connaît aujourd'hui la crise la plus grave de son histoire. Selon Forbes, avant l'invasion, Kyiv était la meilleure ville pour le développement des entreprises, même si le niveau de satisfaction à l'égard de son développement était extrêmement faible (38%).

Pendant la guerre, les services d'urgence ont pu rapidement surmonter les conséquences des bombardements et sauver des vies, mais les habitants ont dû compter sur leurs propres ressources pour résoudre les problèmes sociaux qui en découlaient. Nous sommes face à un paradoxe : une ville dotée d'un budget de 100 milliards d'UAH ne peut pas se permettre de fournir des logements sociaux temporaires pour la réinstallation, et les services publics sont fournis de manière intermittente.

Une autre question concerne les conditions de travail déplorables des travailleurs des infrastructures essentielles, dont l'héroïsme quotidien sauve de nombreuses vies. Pendant des années, les autorités ont été incapables de fixer des salaires à un niveau proportionnel aux risques existants, et ce n'est que maintenant qu'elles ont commencé à parler de primes pour les personnes impliquées dans les travaux d'urgence (il est question d'allouer 50 millions de hryvnias). Sans un contrôle efficace des travailleurs, ces mesures risquent d'être sélectives et sporadiques. On sait qu'en 2023, le syndicat de Kyivteploenergo a dû saisir la justice pour contraindre l'employeur à augmenter les salaires du personnel.

Le mécontentement face à la situation salariale a même donné lieu à une pétition exigeant une rémunération supplémentaire pour le personnel opérationnel qui exerce ses fonctions pendant les alertes aériennes. Il ne faut pas oublier la situation concernant le non-paiement des indemnités pour les blessures causées par les bombardements russes, qui reflète l'attitude des autorités à l'égard de ces travailleurs.

Le problème est exacerbé par la méfiance due au manque d'informations réelles sur l'état des services de logement et des services communaux : la responsabilité des entreprises municipales et privées est très discutable, et les sièges sociaux qui sont mis en place réunissent un cercle limité de fonctionnaires.

À qui appartiennent tous les services publics ?

Il n'existe pas de système coordonné pour gérer Kyiv et répondre aux défis, ce qui reflète la situation en matière de contrôle des biens. La structure de propriété dans le secteur du logement et des services publics de la capitale est complexe, avec des éléments de propriété communale et privée (oligarchique) entremêlés.

Les plus grandes entreprises de ce secteur sont les suivantes :

  • Kyivteploenergo (propriété municipale à 100%) ;
  • DTEK Kyiv Electric Grids (propriété privée à 100%) ;
  • Kyivgaz JSC (détenue à 60% par Kyivenergo Holding PJSC) ;
  • Kyivvodokanal PJSC (détenue à 67% par Kyivenergo Holding PJSC).

Compte tenu de l'état de délabrement du secteur du logement et des services publics, la rentabilité de ces entreprises est surprenante. Dans le même temps, Kyivenergo Holding, qui détient des parts dans plusieurs entreprises de premier plan, est détenue par la municipalité et des sociétés offshore, la majorité des parts étant détenues par les autorités municipales (61%), qui, comme chacun sait, sont composées d'amis des grandes entreprises.

Il est trop tôt pour affirmer que Kyivteploenergo est un modèle de gestion responsable, car l'entreprise s'est montrée extrêmement impitoyable envers les consommateurs de services publics. Grâce aux efforts de ses avocats, cette entreprise municipale a intenté jusqu'à 26'000 procès pour recouvrer des créances ; certaines des demandes dans les affaires en cours remontent à 10 ans. Les retraités, dont les comptes sont bloqués pendant la loi martiale, sont contraints d'apporter leur « contribution » à la rentabilité de l'entreprise. L'entreprise elle-même n'hésite pas à utiliser la loi martiale comme prétexte pour ignorer les demandes concernant ses finances. La logique « les entreprises ont plus de valeur que les personnes » en action !

Désintégration et irresponsabilité

L'économie urbaine est un système complexe unique qui couvre tous les domaines de la vie de la ville (réseaux d'ingénierie, transports, équipements, infrastructures sociales) en tant qu'éléments interdépendants qui contribuent au fonctionnement et au bien-être de la communauté urbaine. La fragmentation de ce domaine par diverses entités conduit à un manque de responsabilité quant à son entretien. Il est absurde que ces entreprises soient privées ou exploitent la population à des fins lucratives. Maintenir ce chaos en temps de guerre est un crime contre le bien-être de la communauté.

Libérer le secteur du logement et des services communaux de l'influence privée et de la logique étroite du marché contribuera à aligner les intérêts de la communauté et des consommateurs. Et les clichés vulgaires selon lesquels tout ce qui touche au budget devient automatiquement corrompu doivent être résolument rejetés. Premièrement, en l'absence d'un contrôle anticorruption efficace sur les entreprises privées, nous ne connaissons pas l'ampleur du gaspillage et des abus commis par leurs dirigeants. Deuxièmement, nous ne pouvons même pas imaginer à quel point les biens municipaux, avec une comptabilité ouverte et sous le contrôle des travailleurs, peuvent être efficaces pour répondre aux besoins. Troisièmement, le bénéfice net de 5 milliards à Kyiv provenant des activités des entreprises municipales en 2024 réfute la thèse de la non-rentabilité chronique de ce secteur (une autre question est de savoir à quel coût social cette rentabilité est obtenue). Quatrièmement, il est pratiquement impossible d'assurer la concurrence dans le secteur municipal, ce qui signifie que les entreprises privées agiront comme des monopoles.

La situation exige un changement d'approche en matière de propriété des biens utilisés par tous les habitants de la ville. Afin de fournir à la population des biens et des services abordables, ainsi que d'augmenter les recettes de la ville, il convient d'envisager la possibilité de municipaliser d'autres équipements publics, y compris les établissements de restauration. Ce n'est que sur cette base que l'on pourra déterminer le montant des ressources disponibles et fixer correctement les priorités en matière de production et de distribution des biens. Cela pourrait freiner la croissance des inégalités, car nous approchons d'un point où des centaines de milliers de personnes ne pourront plus cuisiner chez elles, tandis que les centres commerciaux et les restaurants fonctionneront pour leur propre bénéfice.

Il n'est pas trop tard pour municipaliser

La crise actuelle dans la capitale est donc une crise de gouvernance, causée par la désintégration de l'économie et des priorités antisociales malavisées. Cependant, elle peut également conduire à une prise de conscience de la nécessité de changements radicaux, à la suite desquels la communauté se sentira comme un propriétaire à part entière. Si nous voulons transformer les entreprises municipales, qui sont actuellement une source de profits pour certains, en un moyen de salut, nous devrons prendre nos responsabilités et résister aux mythes sur la magie du marché libre et la toute-puissance des patrons corrompus.

  1. La socialisation des infrastructures comme base de la transparence. En temps de guerre, rien ne peut être privé ou exister de manière isolée : l'ensemble du système doit œuvrer vers un seul objectif et pour le bien du pays. Les monopoles doivent servir la communauté.
  2. Contrôle efficace des travailleurs. Création d'un quartier général de secours avec la participation obligatoire des travailleurs des infrastructures critiques. Cet organisme devrait disposer d'informations complètes sur l'état du système énergétique et prendre des décisions concernant la fermeture des entreprises qui ne sont pas essentielles à l'économie en raison d'un cas de force majeure.
  3. Annulation des dettes liées aux services publics. Les citoyens ne devraient pas souffrir de l'accumulation de dettes liées aux services publics lorsque ceux-ci sont fournis de manière intermittente. Il est inacceptable que les entreprises de services publics fonctionnent de manière rentable en collectant des fonds auprès des retraités et des personnes handicapées.
  4. Équité pour les travailleurs des infrastructures critiques. Pendant les années les plus difficiles de la guerre, les héros des infrastructures ont travaillé presque gratuitement, en mettant leur vie en danger. L'État doit honorer sa dette envers eux et écouter les revendications des syndicats.
  5. Soutien à la population souffrante de la ville. Au lieu d'appeler les gens à partir, il faudrait offrir des avantages à ceux qui restent. Chauffage dans les institutions publiques et repas dans les établissements de restauration, compensation pour le coût d'installation de panneaux solaires à domicile. Pour les travailleurs à distance, les centres communautaires devraient fonctionner correctement afin qu'ils puissent travailler indépendamment des perturbations.

En outre, ces mesures devraient être combinées à des mesures dans le domaine de l'emploi, telles que la prise en compte du temps passé dans la ville pendant les coupures d'électricité dans le calcul de l'ancienneté pour l'assurance, la participation volontaire à des travaux socialement utiles avec une rémunération décente et l'octroi de congés payés pour le volontariat dans l'intérêt de la ville.

Si la logique de gouvernance n'est pas réorientée vers le soutien, les villes seront confrontées à la dépopulation, aux inégalités et à la stagnation.

L'égoïsme et le marché ont fait leur temps ; il est temps de penser municipalement et collectivement ! (Article publié en ukrainien sur le site de Sotsialny Rukh le 16 janvier 2026 ; traduction anglaise par International Viewpoint, traduction française : RESU-Belgique)

Vitaliy Dudin est un dirigeant du Mouvement Social Ukrainien (Sotsialnyi Rukh)

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L’internationalisme n’est pas un luxe, mais un mécanisme de survie

Le monde d'hier au bord du gouffre : Comment construire une vision solidaire qui ne se range pas du côté d'un camp impérialiste, mais mise sur la libération par en bas ? Un (…)

Le monde d'hier au bord du gouffre : Comment construire une vision solidaire qui ne se range pas du côté d'un camp impérialiste, mais mise sur la libération par en bas ? Un entretien avec l'autrice britannico-syrienne Leila al-Shami et le socialiste ukrainien Oleksandr Kyselov.

28 janvier 2026 | Entre les lignes entre les mots Photos : Oleksandr Kyselov et Leila al-Shami
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/28/linternationalisme-nest-pas-un-luxe-mais-un-mecanisme-de-survie/

WOZ : Leila al-Shami, Oleksandr Kyselov, en politique internationale, il semble que seule la loi du plus fort prévale désormais. Le Forum économique mondial (WEF), qui se tient cette semaine à Davos, en est également le symbole [1]. Assistons-nous à une nouvelle vague d'expansion impérialiste ?

Leila al-Shami : Nous nous dirigeons sans aucun doute vers un ordre mondial multipolaire dans lequel différents impérialismes se font concurrence [2]. Il est triste qu'une grande partie de la gauche occidentale considère les formes non occidentales d'impérialisme comme des alternatives et méconnaisse leur nature impérialiste. Un monde dans lequel des puissances impériales luttent pour établir des sphères d'influence ne conduit qu'à une plus grande instabilité.

Oleksandr Kyselov : Je n'ai pas vécu la vague de concurrence impérialiste pendant la Guerre froide, mais elle me rappelle certainement quelque chose. Bien sûr, l'impérialisme occidental a toujours cherché à s'étendre, mais au moins essayait-on de dissimuler cette aspiration derrière un engagement en faveur du droit international. Aujourd'hui, c'est tout le système qui est ouvertement remis en question. Quand Donald Trump dit que l'Europe est faible, il a raison : non seulement l'Ukraine dépend des États-Unis, mais l'Europe aussi. Et la menace russe est réelle – du moins pour les territoires d'Europe de l'Est que le Kremlin considère comme faisant partie de sa sphère d'influence – tandis que Trump tente d'arracher le Groenland à son principal allié.

Al-Shami : Nous assistons actuellement à l'effondrement complet des normes internationales, à une politique essentiellement déterminée par la violence brute et la puissance. Cela tient notamment au fait que la Russie, l'Iran et le régime Assad n'ont jamais été tenus responsables de leurs atrocités en Syrie ou en Ukraine [3]. Les conséquences de cette impunité sont visibles à Gaza ou au Venezuela. Le plus terrible, c'est que l'effondrement de l'ordre libéral ne produit pas d'alternative de gauche, mais aide plutôt le fascisme et l'autoritarisme à accéder au pouvoir.

Leila al-Shami et Oleksandr Kyselo
L'activiste britannico-syrienne Leila al-Shami vit en Écosse et est co-autrice de Burning Country. Syrians in Revolution and War (2016). Elle est engagée dans le réseau internationaliste The Peoples Want, dont le manifeste est disponible en plusieurs langues sur https://thepeopleswant.org/en/manifesto et paraîtra bientôt en allemand. Al-Shami fait également partie du collectif médiatique anti-autoritaire From the Periphery, qui cherche dans ses podcasts et magazines à « mettre au centre des voix, des luttes et des idées qui reçoivent trop peu d'attention dans les grands médias ».

Oleksandr Kyselov est membre du conseil de Sotsialnyi Rukh (Mouvement social), une organisation socialiste ukrainienne fondée en 2015 qui défend les principes du socialisme démocratique, s'oppose au capitalisme et à la xénophobie, et est engagée dans l'internationalisme, les politiques féministes et l'anti-impérialisme [4]. Originaire de Donetsk, il est actuellement assistant de recherche à l'Université d'Uppsala [5].

WOZ : La critique anti-impérialiste reste généralement centrée sur l'impérialisme américain. Vous deux, en revanche, avez vécu les conséquences de l'impérialisme russe : avant que l'agression russe ne s'intensifie en Ukraine à partir de 2014, la Syrie était un terrain d'essai pour les armes et les tactiques russes. Comment la stratégie impérialiste a-t-elle évolué au fil du temps ?

Al-Shami : La principale différence est que la Russie revendique l'Ukraine comme faisant partie de son propre empire, alors que le conflit en Syrie était de nature géopolitique : la Russie voulait de l'influence dans la région. Tandis que les troupes iraniennes étaient déployées au sol, l'armée de l'air russe contrôlait l'espace aérien ; le Kremlin faisait valoir son influence dans les négociations internationales, torpillant toute tentative de l'ONU de demander des comptes au régime Assad. L'approche brutale de la Russie contre les civils était d'ailleurs aussi un instrument dans la lutte contre l'Occident : la Russie a dévasté des villes syriennes et provoqué ainsi une vague massive de réfugiés vers l'Europe. En même temps, elle finançait des groupes d'extrême droite là-bas pour qu'ils agitent contre les réfugiés. Une politique délibérée de déstabilisation.

Kyselov : Les médias russes présentaient alors des symptômes presque schizophrènes : ils défendaient l'intervention en Syrie en prétendant soutenir les « frères syriens » dans la lutte contre l'impérialisme américain. Mais au moment où ces frères franchissaient la frontière en fuyant la guerre, ils devenaient aussitôt des « terroristes islamistes » qui tenteraient de détruire la civilisation européenne. Les mêmes médias diffusaient deux récits complètement opposés.

WOZ : Leila al-Shami, en 2018, vous avez écrit un texte très commenté sur « l'anti-impérialisme des idiots ». Comment êtes-vous arrivée à ce terme ?

Al-Shami : À l'époque, les États occidentaux ont attaqué des installations militaires syriennes et des installations d'armes chimiques après que le régime Assad eut attaqué sa propre population avec des armes chimiques. Cette intervention limitée pour protéger la population a conduit à une mobilisation massive de la gauche occidentale – ce qui était très frustrant pour moi, car ces gens n'étaient jamais descendus dans la rue pour condamner les attaques du régime contre les écoles et les hôpitaux. Au total, il y a eu trois mobilisations de la gauche occidentale concernant la Syrie – et elles critiquaient toujours des interventions occidentales ciblées contre des objectifs militaires. Mais quand il y a eu plus tard une intervention occidentale majeure en Syrie contre l'État islamique, au cours de laquelle la ville de Raqqa a été complètement détruite, la mobilisation était absente [6]. Il n'y a eu aucun tollé, pas même une demande de protection de la population civile [7].

Kyselov : La position de la gauche anti-impérialiste en Occident reflète pour moi une sorte d'eurocentrisme – simplement inversé : on se considère comme le plus grand malfaiteur mondial, rien ne peut être comparé à ses propres méfaits. Au fond, ils refusent aux autres la possibilité même d'être mauvais. En ce sens, on ne peut pas non plus s'opposer à l'impérialisme russe et iranien, ni au régime Assad – car ce sont des adversaires du grand méchant, les États-Unis.

WOZ : Comment expliquez-vous cette vision étroite ?

Al-Shami : C'est un retour à l'idéologie de la Guerre froide, quand on divisait le monde en deux blocs. Mais ce monde n'existe plus. J'y vois aussi un narcissisme occidental : l'idée que seuls les hommes blancs peuvent influencer l'histoire et que tous les autres sont sans importance. Cette attitude est couplée à un refus d'écouter les voix du terrain – ce qui est également évident en Iran actuellement. Les gens souffrent tellement sous le régime répressif qu'ils ont vraiment d'autres soucis que d'éventuelles attaques américaines. Tout ce qui se passe dans le monde ne peut pas être ramené à l'échiquier géopolitique. Au lieu de cela, une analyse de classe serait appropriée, regardant les dynamiques internes et les conflits sociaux à l'intérieur d'un État. Les régimes autoritaires ne nous libéreront pas, nous devons donc ramener une perspective révolutionnaire, réapprendre à croire que la libération ne peut venir que d'en bas.

Kyselov : Prenons l'exemple du Venezuela : bien sûr, le renversement de Maduro seul n'apportera pas de changements radicaux, bien sûr son éviction est problématique du point de vue du droit international. Mais on devrait néanmoins montrer plus d'empathie, ne pas partir de concepts géopolitiques abstraits, mais des personnes concernées. Bien sûr, le contexte est important. Je viens d'Ukraine, j'ai mes préjugés et mes traumatismes que je projette. Je m'imagine à la place des Vénézuéliens : si Trump faisait disparaître Poutine, cela pourrait conduire à une escalade. Mais pendant un moment, je serais quand même soulagé. C'est un sentiment humain quand il s'agit de quelqu'un qui a infligé tant de souffrances à vos compatriotes.

WOZ : N'est-il pas vrai que les frappes militaires de l'extérieur affaiblissent de toute façon la construction de mouvements sociaux à l'intérieur ?

Al-Shami : Pour revenir une fois encore à la Syrie : la gauche occidentale s'est même opposée aux demandes syriennes d'une zone d'exclusion aérienne. Personne en Syrie ne demandait de troupes terrestres américaines ou une occupation américaine du pays – précisément dans cette région, les gens en savent plus sur l'impérialisme américain que quiconque en Occident ; les Syriens s'identifient fortement aux peuples d'Irak ou de Palestine. Ils voulaient simplement une intervention pour protéger la population civile. Et la gauche occidentale voulait qu'ils se taisent et meurent plutôt que de soutenir une telle intervention. Ce n'est même pas un principe politique, mais de l'humanité élémentaire. Ce qui me trouble, c'est l'incapacité à se mettre à la place des autres, à comprendre leurs traumatismes.

Kyselov : La tragédie ukrainienne, c'est qu'on souhaite une intervention de l'extérieur parce qu'on est soi-même totalement impuissant. Et la tâche de la gauche serait de s'organiser autour d'un sentiment commun d'injustice – et non de regarder les gens de haut. J'ai souvent eu affaire à des Iraniens dans le passé : ils ont protesté contre le régime dans le pays même, ont essayé de quitter le pays. Maintenant, le régime exécute ouvertement des gens dans la rue. Mais la gauche est seulement obsédée par l'impérialisme américain.

Al-Shami : En Syrie, je me suis toujours prononcée contre l'ingérence extérieure, celle de l'Occident autant que celle de l'Iran et de la Russie. Mais aux premiers jours de la révolution, j'ai soutenu l'appel de l'Armée syrienne libre [8] pour des armes, qui représentait alors encore le mouvement démocratique. Mais même cet appel à des armes pour l'autodéfense a été critiqué par la gauche occidentale. On ne permet donc pas aux Syriens de se défendre, mais on ne soutient pas non plus d'autres États dans leur défense. Les gens n'ont pas d'autre choix que de mourir.

WOZ : Et quelle est votre position sur les livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine ?

Al-Shami : J'ai une totale compréhension pour la position ukrainienne. Se défendre n'est pas une question idéologique pour les Ukrainiens, mais une lutte existentielle pour la survie. Il s'agit de savoir s'ils peuvent continuer à exister en tant que société ou non.

Kyselov : Le rejet des livraisons d'armes me semble n'être qu'une attitude moralement impuissante qui cache l'absence d'une stratégie viable. J'ai récemment rencontré un gauchiste lituanien qui s'était engagé avec Die Linke [9] en Allemagne parce qu'il voulait convaincre ses compatriotes de voter pour eux. Et puis le parti s'est positionné contre l'envoi de soldats de la Bundeswehr en Lituanie, un pays ouvertement menacé par la Russie. Que sont censés penser les gauchistes lituaniens des actions du Parti de gauche ? C'est similaire avec l'Ukraine : Die Linke dit que les armes n'apporteront pas la paix. Pourtant, la capacité à négocier repose sur le fait de pouvoir rejeter des demandes – et pour cela, on a simplement besoin d'armes [10].

WOZ : L'une des grandes questions qui préoccupe la gauche ici est le réarmement en Europe, qui est censé servir la défense et qui est principalement financé par des politiques d'austérité dans le secteur social. Comment doit-on aborder cela ?

Kyselov : Dans ce contexte, je ne parlerais pas de défense, mais de préparation. Si une crise survient dans l'un de vos pays voisins, qu'il s'agisse d'une catastrophe écologique ou d'une guerre, des milliers de personnes se mettront en route. Cela deviendra à son tour un défi pour les systèmes sociaux des pays de destination. En conséquence, il faut être capable d'organiser cette situation d'urgence. À la lumière de mon expérience ukrainienne, il me semble absurde de prendre l'argent pour la sécurité dans le secteur social. Il se peut qu'on doive vraiment dépenser de l'argent pour la défense, y compris les armes. Mais en cas de guerre, il faut aussi des hôpitaux fonctionnels ; il faut être capable d'augmenter considérablement l'offre de soins. Qu'on puisse traiter les victimes de guerre en plus des malades ordinaires dépend de si l'on a suffisamment de personnel.

WOZ : Donc au lieu de programmes d'austérité, il faut des investissements dans les infrastructures ?

Kyselov : L'infrastructure ukrainienne dépend actuellement fortement des chemins de fer – et dans certains pays européens, ceux-ci ne fonctionnent même pas en temps de paix. Et l'infrastructure énergétique en Europe a déjà tant de problèmes à cause d'événements naturels mineurs qu'elle survivrait à peine à une guerre. L'Ukraine survit probablement en partie parce que l'infrastructure a été construite à l'époque soviétique – quand nous nous préparions à une guerre mondiale – et est donc résiliente. Beaucoup dépend aussi de si les gens sont prêts à défendre. Pourquoi risquer sa vie si l'on n'a aucun intérêt dans une communauté, un lieu, un pays ? Pourquoi aller au front si l'on sait que, s'il vous arrive quelque chose, il n'y a pas de soutien social ? Parler de sécurité est important, mais si l'on se concentre uniquement sur l'achat d'armes et qu'on fait des économies ailleurs, cela n'apportera pas la sécurité. Cette critique de l'action gouvernementale incompétente devrait être la position de gauche – et non que la sécurité en général soit sans importance, car les préoccupations sécuritaires des gens sont justifiées [11].

WOZ : Vous plaidez pour un dialogue entre les gauches d'Europe de l'Est et de l'Ouest. Quelles expériences faites-vous ?

Kyselov : Dans les pays nordiques, il est plus facile d'entrer en dialogue : bien que toutes les positions de gauche qui existent dans d'autres pays européens y soient représentées, elles ne sont pas si dominantes ; les contributions aux débats sur la politique de sécurité sont également plus diverses. Le problème, cependant, c'est que même les gauchistes qui soutiennent l'Ukraine n'ont pas d'idée concrète de ce que cela signifie. Le camp pacifiste de gauche est favorable à la paix sans savoir comment cette paix peut être atteinte. Et ceux qui soutiennent l'Ukraine se voient moralement dans leur droit à la réalisation de la justice, mais n'ont aucune idée non plus de comment cette justice peut être atteinte et ce qu'elle signifierait même dans le contexte ukrainien.

Al-Shami : Dans le contexte syrien, par exemple, être de gauche est complètement discrédité – et ce pour deux raisons. Premièrement, parce que le régime Assad se présentait rhétoriquement comme un régime socialiste et laïc. Et deuxièmement, à cause des diffamations des gauchistes occidentaux. Aujourd'hui, il est donc très difficile en Syrie de représenter une position de gauche, parce que pour les gens, elle n'est associée à rien de positif.

WOZ : Avez-vous également perçu un processus d'apprentissage chez les anti-impérialistes ?

Kyselov : Certainement ! Au cours des dix dernières années, on a discuté beaucoup plus et beaucoup plus ouvertement des problèmes de la pensée en blocs. Je crois aussi que beaucoup de ceux qui rejetaient la lutte des Syriens ont changé d'avis concernant l'Ukraine parce qu'ils s'identifiaient plus fortement aux Ukrainiens, parce qu'il y avait de meilleures connexions là-bas. Je vois bien une plus grande volonté d'écouter qu'il y a dix ans.

Al-Shami : C'est comme si chaque nouvelle crise révélait la faillite de l'ancienne approche – quand on y est confronté, on est forcé de formuler une alternative.

WOZ : Leila al-Shami, vous faites partie du réseau The Peoples Want. De quoi s'agit-il ?

Al-Shami : C'était à l'origine une initiative de réfugiés et d'exilés syriens de différents pays qui se sont réunis pour discuter précisément des questions dont nous avons parlé – et pour réfléchir à ce à quoi pourrait ressembler un internationalisme progressiste pour le XXIe siècle. Entre 2009 et 2019, une décennie de soulèvements mondiaux de masse, nous avons régulièrement réuni des révolutionnaires et des personnes impliquées dans des luttes sociales partout dans le monde. Un réseau en est né dans lequel on cherche des moyens de vivre la solidarité pratique et de s'entraider. Notre manifeste récemment publié analyse la dernière décennie et présente une proposition pour un nouvel internationalisme.

WOZ : Et que proposez-vous ?

Al-Shami : C'est essentiellement simple : s'éloigner du regard géopolitique, vers les perspectives des gens sur le terrain. L'un de nos axes est de créer un espace de discussion et de collaboration, à travers des festivals ou des formats en ligne. Construire de vraies connexions, discuter des complexités, mieux se comprendre. Et – c'est le plus important – être solidaires et se soutenir mutuellement, pour que les gens ne restent pas coincés dans ces alliances tactiques inconfortables dont nous avons parlé : qu'ils doivent accepter des armes ou de l'argent d'autres États. Et se demander comment nous pouvons renforcer les mouvements eux-mêmes.

WOZ : Qui pourraient être les principaux acteurs du nouvel internationalisme ?

Kyselov : Je ne crois pas qu'il faille des personnes différentes, mais plutôt une nouvelle approche : au lieu d'imposer ses propres idées aux autres, on devrait rassembler les gens autour des questions qui sont importantes pour eux, des questions sociales quotidiennes à la sécurité. De cette lutte commune, des connexions durables peuvent alors être construites – et de là à son tour quelque chose de politique peut être formulé. En Suède, où je vis, il y a un bon exemple d'organisation des communautés migrantes. Les Solidariska Byggare [12], un syndicat syndicaliste, dit : d'accord, peut-être que les gens ne veulent pas parler de syndicalisme, mais de salaires. Alors ils ont commencé à organiser des migrants, la plupart venant d'Ukraine – d'abord des hommes du secteur de la construction, parce qu'ils étaient plus faciles à atteindre, maintenant beaucoup de femmes de ménage, dont la plupart sont des femmes. Avec le temps, ils ont aussi appris davantage sur le contexte politique des personnes concernées, leurs conditions de travail. Une lutte très inspirante.

WOZ : Cela peut fonctionner localement. Mais qu'est-ce qui pourrait être un facteur unificateur au niveau international ?

Al-Shami : À travers des discussions communes, les gens découvrent rapidement qu'ils ont plus de choses en commun que de choses qui les séparent. Des problèmes comme la crise climatique sont mondiaux, les ennemis sont aussi les mêmes – et bien organisés : nous sommes confrontés à une internationale fasciste mondiale. Nous devons donc nous organiser nous aussi, sinon nous sommes dans une position faible. L'internationalisme n'est pas un luxe qui s'ajoute à la lutte nationale et locale – c'est un mécanisme de survie. On le voit aussi dans le fait que les mouvements qui ont fait de l'internationalisme une stratégie clé sont les seuls à avoir survécu à long terme – les Kurdes, les Palestiniens ou les Zapatistes [13].

Kyselov : Ce qui compte, ce sont les intérêts communs. Souvent, la gauche a un vocabulaire très élaboré pour décrire la situation dans le monde. Un vocabulaire qui m'est à peine compréhensible même avec un diplôme en sociologie. Au lieu de cela, on devrait commencer son analyse par ce qui est important pour les gens. J'aime l'idée de frapper aux portes. La gauche aux États-Unis fait cela ; entre-temps, la pratique est de plus en plus adoptée en Europe aussi. On n'y va pas pour agiter les gens, mais pour demander ce qui est important dans leur quartier. On construit une connexion en écoutant. Sur cette base, des idées peuvent être formulées dans lesquelles les gens se reconnaissent.

WOZ : Qu'est-ce que le mouvement d'exil syrien et la résistance ukrainienne peuvent apprendre l'un de l'autre ?

Al-Shami : Je crois que nous avons déjà beaucoup appris les uns des autres. L'ampleur de la solidarité mutuelle est vraiment belle à voir – et une partie vient du fait que nous avons un ennemi commun en Russie. L'autre est une sorte de lien traumatique qui est né de la réaction d'une grande partie de la gauche occidentale à notre situation. Je connais beaucoup de Syriens qui ont été en Ukraine ces dernières années, des médecins, des membres de la défense civile. Je me souviens encore comment les Casques blancs syriens [14] ont informé les Ukrainiens des attaques « double tap » de la Russie : que l'armée bombarde un bâtiment puis attend l'arrivée des secours pour frapper à nouveau, afin qu'il y ait le plus de victimes possible. De telles connexions ne feront qu'augmenter. En fait, je suis assez optimiste en ce moment. Plus la situation empire, plus les gens comprennent qu'ils doivent s'organiser.

Kyselov : C'est là-dessus que je fonde aussi mon espoir. Dans une situation de crise, il est très difficile de changer quoi que ce soit parce que la plupart des gens sont occupés à survivre. Mais les crises ne se produisent pas partout simultanément – il reste donc encore du temps pour se préparer [15].

Anna Jikhareva (entretien) et Caroline Minjolle (photo)
https://www.woz.ch/2604/gegen-alte-gewissheiten/internationa-lismus-ist-kein-luxus-sondern-ein-ueberlebens-mechanismus
Traduit pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77849

Notes

[1] Le Forum économique mondial est un rassemblement annuel à Davos, en Suisse, où dirigeants politiques, chefs d'entreprise et intellectuels sélectionnés discutent des questions économiques mondiales. Ses détracteurs y voient un symbole de la construction d'un consensus élitiste au service des intérêts des entreprises et du néolibéralisme.
[2] Sur les défis de l'analyse de l'impérialisme dans un monde multipolaire, voir Gilbert Achcar, « « Campisme » versus internationalisme : sur le journalisme de caniveau et le prétendu « anti-impérialisme » », Europe Solidaire Sans Frontières, octobre 2019. Disponible à :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article50740
[3] Sur les leçons de la Syrie pour comprendre la résistance ukrainienne, voir Exilés syriens, « La guerre en Ukraine : Dix leçons de Syrie », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2022. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61512
[4] Voir Sotsialnyi Rukh (Social Movement) Ukraine, « Ukraine : Présentation de Sotsialnyi Rukh (Mouvement social) », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2019. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61539
[5] Pour un entretien récent avec Kyselov sur la lutte ukrainienne, voir « Guerre et Résistance : Un entretien avec Oleksandr Kyselov sur la lutte ukrainienne pour l'autodétermination », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2025. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article74036
[6] Raqqa, une ville du nord de la Syrie, a servi de capitale de facto de l'État islamique de 2014 jusqu'à sa reprise par les forces soutenues par les États-Unis en octobre 2017. La bataille pour reprendre la ville a causé d'importantes pertes civiles et laissé une grande partie de la zone urbaine en ruines.
[7] Sur le débat autour de « l'anti-impérialisme des idiots » et ses implications, voir « La faillite d'un « anti-impérialisme » unilatéral », Europe Solidaire Sans Frontières, octobre 2022. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article63562
[8] L'Armée syrienne libre (ASL) a été formée en juillet 2011 par des officiers militaires syriens déserteurs. Dans sa première phase, elle représentait un bras armé du soulèvement démocratique contre le régime Assad avant que le conflit ne devienne de plus en plus fragmenté et militarisé.
[9] Die Linke (La Gauche) est un parti politique socialiste démocratique en Allemagne, formé en 2007 par la fusion du Parti du socialisme démocratique (successeur du parti au pouvoir en Allemagne de l'Est) et de l'Alternative électorale pour la justice sociale.
[10] Sur les dilemmes de la gauche concernant l'Ukraine, voir Oleksandr Kyselov, « Ukraine : le dilemme de la gauche dans un ordre mondial qui s'effondre : se préparer à se battre ou laisser d'autres décider du résultat ? », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2025. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73842
[11] Voir Oleksandr Kyselov, « Activiste ukrainien à la gauche européenne : « On ne peut pas combattre le fascisme avec des fleurs » », Europe Solidaire Sans Frontières, juin 2025. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article75458
[12] Solidariska Byggare (Bâtisseurs solidaires) est un syndicat syndicaliste suédois affilié à la SAC (Sveriges Arbetares Centralorganisation), qui organise les travailleurs indépendamment de leur statut migratoire et a été particulièrement actif dans la défense des droits des travailleurs migrants.
[13] Sur la position zapatiste concernant l'Ukraine, voir « Aucune concession à aucun impérialisme ! La position claire des Zapatistes sur l'Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, juillet 2025. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76176
[14] Les Casques blancs, officiellement connus sous le nom de Défense civile syrienne, sont une organisation de volontaires opérant dans les zones de Syrie tenues par l'opposition. Fondés en 2014, ils effectuent des recherches et des sauvetages urbains en réponse aux bombardements et on leur attribue le sauvetage de milliers de vies.
[15] Pour l'analyse de Kyselov sur la préparation aux crises et la gauche, voir Nataliia Lomonosova et Oleksandr Kyselov, « Mouvement social (Ukraine) : Ce qui se passe en Ukraine et pourquoi la solidarité de gauche est importante », Europe Solidaire Sans Frontières, mai 2022. Disponible à :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62543

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Comptes rendus de lecture du mardi 3 février 2026

3 février, par Bruno Marquis — ,
Quand le monde dort Francesca Albanese Traduit de l'italien Vous vous souvenez sans doute de Francesca Albanese, cette juriste, rapporteuse spéciale des Nations unies sur (…)

Quand le monde dort
Francesca Albanese
Traduit de l'italien

Vous vous souvenez sans doute de Francesca Albanese, cette juriste, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, qui aurait légitimement dû se mériter le dernier prix Nobel de la Paix – si ce prix n'avait malheureusement été instrumentalisé ? Elle nous livre avec « Quand le monde dort » un recueil émouvant, qui mêle sa voix à plusieurs autres, sur l'insupportable injustice que vivent au quotidien les femmes, les hommes et les enfants palestiniens depuis de nombreuses décennies et plus particulièrement depuis le début du génocide en cours. Un bouquin lucide et courageux qui nous interpelle profondément !

Extrait :

L'histoire de la Palestine illustre cruellement comment les pratiques internationales peuvent perpétuer l'injustice, même en présence d'un corpus juridique solide. Dans le paysage politique actuel, où les États oscillent entre l'angoisse “post-Oslo”, l'oubli volontaire ou la myopie assumée, je tiens à rappeler ceci : la priorité demeure le respect des obligations internationales et non la définition abstraite de ce que devrait être la paix. Mettre fin à l'occupation, stopper la colonisation et bloquer toute annexion : telles sont les exigences inscrites dans le droit international.

L'humanité en péril
Fred Vergas

Fred Vergas, qui est surtout connue pour ses excellents romans policiers, nous offre ici un admirable état des lieux de la planète sur le plan environnemental. Elle y aborde tous les aspects de la crise environnementale, du réchauffement climatique à la pollution des sols, de l'eau, des océans, et plus encore, avec des données et des références, dans un effort de vulgarisation appréciable. Elle nous dresse un portrait complet, sinon exhaustif de la situation, de ce qui nous est caché, des pistes de solution, des fausses solutions, de l'état de nos ressources, des technologies et techniques envisagées pour résoudre une partie des problèmes et de ce que nous pouvons faire et de ce que nous devons faire, dans les plus brefs délais, pour changer le cours des choses. Je vous en recommande assurément la lecture.

Extrait :

Trop longtemps nous avons cru à leur mobilisation, à leurs efforts. Trop longtemps nous avons été confiants. Trop longtemps nous avons cru "qu'ils feraient quelque chose" et que nos affaires s'arrangeraient. Trop longtemps nous avons déposé notre destin entre leurs mains inertes. Leurs mains ? Justement. N'oublions pas que les gouvernants marchent main dans la main et doigts entremêlés avec les multinationales - paralysés par elles ? - et les plus puissants lobbies du monde, lobbies de l'agroalimentaire, lobbies des transports, lobbies de l'agrochimie, lobbies du textile et j'en passe, vous ne les connaissez que trop.

C'était demain
Edward Bellamy
Traduit de l'anglais

Ce roman est un chef-d'œuvre d'idéalisme et un grand classique de la littérature américaine, Il dresse le portrait d'une société humaniste du XXIe siècle dans laquelle un jeune homme prospère du XIXe siècle, Julian West, est mystérieusement transporté de son monde de conflits et d'indigence à un univers de paix et d'abondance, un lieu où règnent l'harmonie, la coopération, la justice et la démocratie, le plein emploi et la prospérité. L'introduction de Normand Baillargeon et Chantal Santerre, qui nous rappelle qu'un autre monde est encore possible, est également intéressante.

Extrait :

Je sais que ces principes paraîtront cruels et inhumains aux hommes du vingtième siècle ; mais voici les deux raisons qui les expliquent : d'abord, on croyait le mal irrémédiable, on se déclarait incapable d'améliorer la route, de modifier les harnais, la voiture même, la distribution du travail ou de l'attelage. On se lamentait généreusement sur l'inégalité des classes, mais on concluait que le problème était insoluble. Le second empêchement à tout progrès était cette hallucination commune à tous les voyageurs d'en haut, qui consistait à voir, dans ceux qui traînaient la voiture, des gens pétris d'une autre pâte qu'eux. Cette maladie a existé, il n'y a aucun doute, car j'ai moi-même voyagé, dans le temps, sur le haut du coche et j'ai moi-même été atteint du délire commun. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les piétons, qui venaient de se hisser sur la voiture et dont les mains calleuses portaient encore les traces des cordes qu'ils tiraient tout à l'heure, étaient les premières victimes de cette hallucination. Quant à ceux qui avaient eu le bonheur d'hériter de leurs ancêtres un de ces sièges rembourrés, leur infatuation, leur conviction d'être substantiellement distincts du commun des mortels, n'avaient plus de limites.

La vallée assiégée
Pierre Louis Lapointe

Je voulais lire ce bouquin depuis plusieurs années. Il retrace une époque oubliée de la ville de Buckingham (qui fait maintenant partie de Gatineau) et de la région de la Basse-Lièvre, celle du monopole qui a exercé pendant près d'un demi-siècle la compagnie James MacLaren, Cette compagnie y a contrôlé l'économie à compter de 1901 en éliminant la concurrence et en empêchant la construction de chemins de fer dans le but de pouvoir continuer d'offrir de bas salaires – et de mauvaises conditions de travail – à ses employés. Ce qu'il est navrant d'apprendre, c'est que tout cela s'est fait, pendant ces longues années, avec l'aval des pouvoirs municipaux, provinciaux et fédéraux – James MacLaren étant dans ce dernier cas un proche du premier ministre Wilfrid Laurier. L'épisode le plus sombre de cette domination s'est soldé, le 8 octobre 1906, par l'assassinat de deux travailleurs, Thomas Bélanger et François Thériault, tués dans un guet-apens par des tireurs embauchés par la MacLaren. Un ouvrage intéressant, instructif et fort bien documenté !

Extrait :

Les blessures de Bélanger confirment les rumeurs selon lesquelles on le désigne comme cible dans les jours qui précèdent l'embuscade. Sa photographie circule parmi les policiers et on le montre du doigt aux membres de l'agence Thiel. Le journaliste de l'Ottawa Free Press est formel : « Il était un homme ciblé » ! Cinq projectiles atteignent Bélanger. Une balle traverse sa poitrine, perçant un poumon et le coeur et déchirant un trou béant dans son côté gauche ; une autre frappe le haut du crâne et vient sortir par l'oeil droit ; une troisième l'atteint près de l'oreille gauche ; une autre se loge dans son bras, et une dernière effleure une de ses jambes.

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Sanctions, peuples et mémoire : l’Espagne franquiste comme leçon historique

3 février, par Manuel Tapial —
Ces dernières semaines, le débat sur les sanctions économiques et politiques a de nouveau occupé une place centrale sur les réseaux sociaux, notamment en lien avec des pays (…)

Ces dernières semaines, le débat sur les sanctions économiques et politiques a de nouveau occupé une place centrale sur les réseaux sociaux, notamment en lien avec des pays comme l'Iran, Cuba ou le Venezuela. Tant les détracteurs que les défenseurs de ces mesures ont alimenté un discours souvent présenté en termes moraux : sanctionner pour punir des régimes jugés illégitimes. Or, cette narration occulte délibérément une réalité historique persistante : les sanctions ne sont pas appliquées contre des individus ou des élites politiques, mais contre des peuples entiers.

À partir de cette conviction, je continue de considérer comme profondément immorale la défense des sanctions par des dissidences internes ou externes qui prétendent agir au nom de ces peuples. La faim, la pénurie et les privations associées aux sanctions ne sont ni une abstraction théorique ni une exagération propagandiste : elles constituent une expérience concrète, quotidienne et transmise de génération en génération. L'histoire de l'Espagne franquiste de l'après-guerre en apporte une démonstration d'une grande brutalité.

L'Espagne de l'après-guerre et le début de l'isolement international (1945-1950)

Après la défaite des puissances de l'Axe lors de la Seconde Guerre mondiale, le régime de Francisco Franco fut perçu par une large partie de la communauté internationale comme un vestige du fascisme européen. Bien que l'Espagne n'ait pas participé officiellement au conflit, l'aide reçue de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste pendant la guerre civile, ainsi que l'affinité idéologique du régime, placèrent le franquisme sous la surveillance des Nations Unies nouvellement créées.

En 1946, l'Assemblée générale de l'ONU adopta la résolution 39(I), qui condamnait explicitement le régime franquiste pour son origine et sa nature autoritaire. Elle recommandait aux États membres de retirer leurs ambassadeurs de Madrid, d'exclure l'Espagne des organisations internationales et d'isoler diplomatiquement le pays tant qu'un gouvernement représentatif n'aurait pas été mis en place. L'Espagne se retrouva ainsi hors de l'ONU, exclue du plan Marshall, et soumise à un isolement international sévère.
Il n'exista pas d'embargo économique formel comparable aux sanctions contemporaines, mais le blocage diplomatique et financier indirect eut des effets dévastateurs : difficultés extrêmes d'accès au crédit, pénurie de devises, d'énergie, de nourriture et de matières premières, et une économie contrainte à l'autarcie. La France, en outre, ferma sa frontière avec l'Espagne en 1946, accentuant encore cet isolement.

Quand les sanctions frappent celles et ceux qui ne gouvernent pas

C'est dans ce contexte que mes grands-parents, déjà pauvres avant même les sanctions, vécurent une après-guerre marquée par la faim et la pénurie. Dans leur foyer, les lentilles n'étaient pas cuisinées « au jugé » : elles étaient comptées une à une dans la marmite, afin que chacune de leurs filles puisse manger de manière égale. Il ne s'agissait ni d'un geste symbolique ni d'une métaphore morale, mais d'une pratique de survie.
Ils ne faisaient pas partie du régime, n'occupaient aucune fonction de pouvoir et ne prenaient aucune décision politique ou militaire. Pourtant, eux — comme des millions de familles espagnoles — payèrent le prix de l'isolement international. C'est là une constante historique des sanctions : elles n'affaiblissent pas le pouvoir, elles affaiblissent la vie quotidienne de celles et ceux qui sont déjà en situation de vulnérabilité.

Les sanctions n'ont pas fait tomber le régime

Loin de provoquer la chute du franquisme, l'isolement contribua à renforcer le contrôle interne du régime. Franco sut instrumentaliser la punition extérieure pour construire un récit nationaliste et victimaire, justifier la répression et persécuter avec une violence accrue la dissidence politique, en particulier communiste et syndicale. Pendant des décennies, des centaines de milliers de personnes furent emprisonnées, assassinées ou portées disparues, laissant derrière elles l'un des plus vastes systèmes de fosses communes au monde, juste derrière le Cambodge.
Le régime ne se contenta pas de survivre aux sanctions : il dura plus de quarante ans.

La levée progressive de l'isolement (1950-1955)

Avec le début de la Guerre froide, le critère moral qui avait justifié l'isolement de l'Espagne fut remplacé par des considérations géopolitiques. En 1950, l'ONU adopta la résolution 386, mettant fin à la recommandation d'isolement diplomatique. En 1953, les pactes de Madrid avec les États-Unis intégrèrent l'Espagne dans la stratégie occidentale en échange de bases militaires et d'une aide économique. En 1955, l'Espagne fut officiellement admise à l'ONU.
Le message fut clair : les sanctions ne répondaient pas à une défense inconditionnelle des droits humains, mais à des intérêts conjoncturels. Lorsque le régime cessa d'être encombrant et devint utile, la punition disparut.

Une leçon pour le présent

L'expérience historique de l'Espagne franquiste devrait servir d'avertissement face à l'enthousiasme contemporain pour les sanctions contre des pays comme l'Iran, Cuba ou le Venezuela. Les sanctions ne libèrent pas les peuples, ne démocratisent pas les régimes à elles seules et ne punissent pas de manière sélective celles et ceux qui détiennent le pouvoir. Ce qu'elles font, encore et toujours, c'est approfondir la souffrance des populations, en particulier de celles et ceux qui disposent du moins de marges pour y résister.
Les lentilles comptées par mes grands-parents ne sont pas une anecdote nostalgique du passé : elles sont la preuve matérielle que les sanctions ont toujours un visage humain, même lorsque celles et ceux qui les défendent préfèrent détourner le regard, à la recherche de gains politiques au prix de la souffrance de leurs propres peuples.

Manuel Tapial est un militant social et chercheur sur les mouvements populaires et la justice internationale. Il vit à Montréal et collabore avec des plateformes d'analyse politique et de défense des droits humains, avec un accent particulier sur la solidarité internationale et les droits des peuples marginalisés.

metapial@icloud.com

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Attentat de Québec. 9 ans

3 février, par Mohamed Lotfi — , ,
Le 29 janvier 2017 demeure une date gravée dans la mémoire collective du Québec. Neuf ans ont passé et pourtant le silence de ce soir-là continue de résonner. Six morts, huit (…)

Le 29 janvier 2017 demeure une date gravée dans la mémoire collective du Québec. Neuf ans ont passé et pourtant le silence de ce soir-là continue de résonner. Six morts, huit blessés, des vies brisées, des familles fracassées et une société entière forcée de se regarder sans détour. Ce n'est pas seulement un attentat qui a eu lieu à la mosquée de Sainte-Foy. C'est une déchirure durable dans notre idée de nous-mêmes.

Commémorer ne consiste pas à répéter des chiffres ni à figer la douleur dans une cérémonie. Commémorer exige de se tenir droit face à ce qui a rendu cet acte possible. Commémorer demande une mémoire active, une mémoire qui rassemble sans anesthésier, une mémoire qui console sans mentir. Le deuil véritable ne cherche pas l'oubli. Il cherche la transformation. La leçon.

Nous sommes en 2026, une année électorale, une année où les mots circulent vite et frappent fort. Les promesses se multiplient, les slogans s'affrontent, la peur devient parfois un argument, une monnaie d'échange. Il serait commode d'attendre beaucoup de ceux qui gouvernent. Il serait confortable de croire que la réponse viendra d'en haut. Pourtant l'histoire récente nous a appris autre chose. Les lois comptent, les institutions comptent, mais elles ne suffisent pas lorsque l'air du temps se charge de mépris. Gaza n'est pas sur une autre planète. Toutes les lois du monde, nationales et internationales, n'ont pas empêché un génocide d'avoir lieu sous nos yeux.

Je m'adresse donc à celles et ceux qui élisent. Aux citoyens du Québec. À celles et ceux qui parlent autour de la table, dans les autobus, sur les écrans, dans les files d'attente. Disons les choses comme elles sont. L'acte criminel du 29 janvier 2017 n'est pas l'œuvre d'un seul homme surgissant du néant. Personne ne se réveille un matin avec le désir de tuer des inconnus uniquement parce qu'ils prient autrement. Réduire cet assassinat à l'état psychologique du tueur revient à fermer les yeux sur le terreau qui l'a nourri.

Cet homme a été le bras armé d'un obscurantisme devenu le marqueur d'une époque. Un obscurantisme sans frontières, persistant, qui se recycle, qui change de vocabulaire sans changer de fond. De Marc Lépine à Alexandre Bissonnette, une même logique se déploie, une logique qui hiérarchise les vies, qui fabrique des ennemis intérieurs, qui transforme la différence en menace. Ce pire de l'homme n'est pas une abstraction. Il parle, il écrit, il commente, il s'indigne à sens unique. Il occupe des tribunes. Il est parfois élu, en toute légalité, en toute légitimité apparente, sous les traits d'un homme parmi les hommes.

Que faisons-nous concrètement pour réduire ce pire au minimum possible. La politique donne souvent l'impression d'avoir rendu les armes, d'avoir accepté la brutalité des discours comme un fait accompli, d'avoir normalisé l'inacceptable. Écoutez les discours décomplexés, observez les mots choisis, les silences assumés, les clins d'œil appuyés. Lorsqu'une personne élue vous parle de menace et de peur, demandez-vous intérieurement si elle le fait en votre nom, si elle parle pour protéger ou pour diviser, pour éclairer ou pour exciter les instincts les plus bas. La politique est-elle l'art de servir ou se servir ?

Le vivre ensemble n'est pas une formule creuse. C'est une discipline quotidienne. Il exige du courage moral, de la retenue, une attention réelle à la dignité de l'autre. Il exige de refuser la paresse intellectuelle, de contester les raccourcis, de dénoncer les amalgames même lorsqu'ils nous arrangent. Il exige de reconnaître que la liberté d'expression n'est pas une licence pour humilier, ni un permis de déshumaniser.

Neuf ans après, la meilleure leçon à tirer n'est pas une morale abstraite. C'est un engagement concret. Choisir ses mots. Choisir ses représentants. Choisir de ne pas rire de ce qui avilit. Choisir de ne pas partager ce qui envenime. Choisir de se tenir aux côtés de celles et ceux que l'on désigne trop facilement comme des autres. Ce choix-là ne fait pas de bruit. Il ne gagne pas toujours des élections. Mais il construit, lentement, obstinément, une société moins vulnérable au pire de l'homme.

Se souvenir du 29 janvier 2017, c'est refuser que les morts soient instrumentalisés ou oubliés. C'est affirmer que leur mémoire nous oblige. Non pas à la peur, mais à la vigilance. Non pas à la haine, mais à l'exigence. Non pas au repli, mais à une fraternité lucide.

Et parce que le meilleur de l'homme existe aussi, il nous appartient de le faire vivre par des gestes simples et courageux, en choisissant chaque jour la dignité, l'écoute et la solidarité comme remparts communs contre l'obscurantisme.

Mohamed Lotfi
29 Janvier 2026

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Pourquoi les syndicats ne peuvent pas ignorer l’ICE

De l'agriculture à l'industrie de la viande en passant par les services, le contrôle de l'immigration fonctionne comme un instrument de discipline du travail. La grève de masse (…)

De l'agriculture à l'industrie de la viande en passant par les services, le contrôle de l'immigration fonctionne comme un instrument de discipline du travail. La grève de masse menée au Minnesota contre l'ICE annonce un affrontement inévitable entre l'agence et le mouvement ouvrier.

26 janvier 2026 | tiré de Jacobin

Le 23 janvier à Minneapolis, plus de sept cents entreprises ont fermé leurs portes, et des milliers de travailleuses et de travailleurs se sont joints à des Minnesotans de tous horizons pour exiger que l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) quitte l'État. Près d'un siècle après que la ville a été secouée par une grève générale, Minneapolis est redevenue un centre de résistance — cette fois contre des forces fédérales de contrôle de l'immigration qui ont déjà tué deux personnes et transformé la ville en ce que de nombreux résidents décrivent comme une zone de guerre.

Les syndicats ont appuyé l'action du 23 janvier d'une manière rarement vue aux États-Unis, où les dirigeants syndicaux restent souvent strictement cantonnés aux enjeux dits « de base ». La centrale syndicale AFL-CIO du Minnesota, en soutenant la grève, a averti que les opérations de l'ICE laissaient les gens terrorisés à l'idée d'accomplir les gestes les plus élémentaires : aller travailler, faire l'épicerie, envoyer leurs enfants à l'école. Cette peur, a déclaré son président Bernie Burnham, nuisait déjà aux travailleuses et travailleurs de tout l'État.

Les dirigeants syndicaux nationaux ont repris cet argument. Après la mort d'Alex Pretti, infirmier en soins intensifs et membre de l'American Federation of Government Employees, la présidente de l'AFL-CIO, Liz Shuler, a appelé l'ICE à quitter le Minnesota « avant que quelqu'un d'autre ne soit blessé ou tué », établissant explicitement un lien entre le contrôle de l'immigration et le danger pour les travailleurs.

Il était grand temps que le mouvement syndical prenne clairement position contre l'ICE. Loin d'être périphérique au travail, le contrôle de l'immigration est l'un des principaux moyens par lesquels le travail est gouverné — et certainement pas d'une manière qui profite à la classe ouvrière, qu'elle soit née aux États-Unis ou non. L'ICE n'est pas simplement une agence frontalière qui s'immisce occasionnellement dans l'économie. C'est une institution du marché du travail : un appareil qui discipline les travailleurs, structure des industries entières et rend l'organisation syndicale plus risquée.

Les économistes ont mesuré ce qui se produit lorsque le contrôle de l'immigration s'intensifie. Il réduit l'emploi des personnes probablement sans statut — rien de surprenant — mais il diminue aussi l'emploi et les salaires des travailleurs nés aux États-Unis. Dans une étude de référence sur *Secure Communities*, le programme fédéral qui a accéléré les expulsions en reliant les forces policières locales à l'ICE, l'économiste du travail Chloe East et ses coauteurs constatent une baisse de l'emploi chez les immigrants probablement sans papiers, accompagnée d'effets négatifs indirects sur l'emploi et les salaires horaires des travailleurs nés aux États-Unis.

Une synthèse de la Brookings Institution sur la recherche menée depuis 2010 l'affirme clairement : l'ensemble des preuves rigoureuses ne montre pas que les expulsions « libèrent » de bons emplois pour les travailleurs nés aux États-Unis. Au contraire, les expulsions tendent à endommager les marchés du travail locaux et à détériorer aussi les conditions des natifs.

Cela devrait suffire à faire éclater l'idée selon laquelle ce type de contrôle de l'immigration « aide les travailleurs américains ». Mais l'effet le plus déterminant — surtout pour quiconque a déjà tenté d'organiser un lieu de travail — n'apparaît pas dans les moyennes salariales. Le contrôle n'a pas besoin d'aboutir à une expulsion pour fonctionner comme un mécanisme disciplinaire. Le ressort en est la peur, distribuée de manière inégale au sein de la main-d'œuvre, de sorte que la solidarité devient plus difficile et les représailles plus faciles.

L'ICE ne se contente pas de retirer des personnes ; elle modifie le comportement de celles qui restent. Lorsque le contrôle de l'immigration s'intensifie, les travailleurs sont beaucoup moins susceptibles de signaler des violations des règles de sécurité, alors même que les taux de blessures augmentent dans les milieux de travail comptant une forte proportion de travailleurs immigrés. Le droit de se plaindre — d'être visible, de mettre son nom sur une dénonciation — constitue l'un des fondements du pouvoir ouvrier. Quand le coût de la visibilité augmente, l'organisation syndicale s'érode. L'ICE fabrique un marché du travail doté d'une sous-classe intégrée.

Les exemples récents abondent. En juin 2025, l'ICE a mené une descente chez Glenn Valley Foods à Omaha, au Nebraska. Les reportages ont décrit une usine ayant perdu environ la moitié de sa main-d'œuvre, avec une production tombée à une fraction de son niveau normal — un choc opérationnel qui n'a pas fait monter les salaires, mais plutôt réduit la production et provoqué des effets en chaîne dans l'ensemble de la filière.

Même la presse économique reconnaît le dilemme : les expulsions agressives et le contrôle sur les lieux de travail perturbent l'industrie de la viande, l'agriculture, la construction et l'hôtellerie — des secteurs structurellement dépendants de la main-d'œuvre immigrée — en créant des pénuries, des retards et des pressions inflationnistes, plutôt qu'une nouvelle main-d'œuvre native « renforcée ».

L'agriculture rend cette logique impossible à ignorer. À mesure que le contrôle s'intensifie, les travailleurs ne se présentent plus, les fermes ne peuvent pas récolter, et les entreprises paniquent. Les salaires ne bondissent pas comme par magie. Wisconsin Public Radio a rapporté les craintes des agriculteurs selon lesquelles l'augmentation des expulsions aggravera des pénuries de main-d'œuvre déjà sévères.

Le mouvement ouvrier dispose depuis longtemps des mots pour décrire cette réalité : *une atteinte à l'un est une atteinte à tous*. Le slogan des Industrial Workers of the World n'a jamais été seulement un appel moral. C'était aussi un diagnostic de la manière dont les employeurs et l'État sapent le pouvoir de la classe ouvrière. Ils cherchent toujours à segmenter cette classe — par la qualification, la race, la nationalité, le statut légal — afin que les dommages infligés aux plus vulnérables puissent être présentés comme isolés ou mérités, tout en tirant vers le bas les normes de l'ensemble des travailleurs.

L'histoire le confirme. Le contrôle de l'immigration a été utilisé à maintes reprises pour fracturer les lieux de travail et faire échouer des campagnes de syndicalisation. Les reportages de *Labor Notes* sur une descente menée en 2008 montrent comment une seule opération de contrôle a brisé un effort d'organisation dans une usine de transformation de la viande en Iowa, en expulsant des travailleurs clés de la campagne syndicale et en terrorisant ceux qui restaient. Les boycotts de masse et les « journées sans immigrants », notamment en 2006, ont rendu visible la même vérité sous un autre angle : des secteurs entiers de l'économie reposent sur un travail que l'État tente de rendre jetable.

Le contrôle de l'immigration est une condition de travail. Il détermine si vous pouvez déposer une plainte, parler à un journaliste, signer une carte syndicale, témoigner dans une affaire de vol de salaire, ou simplement affirmer qu'un emploi est dangereux. Lorsque l'État crée une catégorie de travailleurs dont la présence est conditionnelle, il remet à chaque patron un levier supplémentaire de pouvoir sur sa main-d'œuvre. Même les employeurs qui n'utilisent jamais ce levier profitent de son existence.

Le droit du travail américain tente d'établir ici une frontière nette. Vous êtes autorisé, dans des limites étroites, à combattre votre patron. Vous n'êtes pas censé combattre l'État. Lorsque les travailleurs franchissent cette ligne — lorsqu'ils traitent la déportabilité, la détention ou les descentes comme des enjeux syndicaux — ils reconnaissent que le monde au-delà de leur lieu de travail structure le travail lui-même.

La classe ouvrière de Minneapolis refuse de continuer à faire comme si le contrôle de l'immigration se situait en dehors du monde du travail. Mais l'ICE opère partout. La leçon n'est pas que chaque ville doive reproduire exactement les tactiques du Minnesota. C'est que les travailleurs ailleurs sont confrontés au même choix fondamental : accepter un système conçu pour affaiblir l'organisation syndicale, ou nommer ce système comme un enjeu du travail et agir en conséquence. Si *une atteinte à l'un est une atteinte à tous* décrit encore quelque chose de réel, alors la réponse ne peut pas rester confinée au Minnesota.

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La peur du RN a permis l’application de son programme

3 février, par Nicolas Framont — , ,
“Tu préfères une dissolution ? Moi j'ai trop peur du RN pour souhaiter une chose pareille”. C'est le genre de commentaire auquel j'ai droit quand je me désole – sans trop de (…)

“Tu préfères une dissolution ? Moi j'ai trop peur du RN pour souhaiter une chose pareille”. C'est le genre de commentaire auquel j'ai droit quand je me désole – sans trop de surprise – que le projet de loi budgétaire, qui contient une austérité continue et des mesures toutes plus violentes les unes que les autres, passe grâce à l'usage de l'article 49-3, rendu possible par le soutien du Parti Socialiste au gouvernement Lecornu. Pour beaucoup de gens de gauche, ce maintien au pouvoir du macronisme serait préférable à un chaos politique qui laisserait de la place au RN. Parfois même la peur du RN devient parfois l'unique moteur de l'engagement politique à gauche. Et pour quel magnifique résultat ? L'application de son programme.

26 janvier 2026 | tiré de Frustrations magazine
https://frustrationmagazine.fr/peur-rn

Vous voulez tester ? Vous pensez que j'exagère, que je ne mesure pas ce qu'est la “bête immonde”, face à laquelle la situation actuelle serait toujours préférable ? Prenons quelques points clefs de son programme depuis 20 ans :

Dans le programme de Marine Le Pen on trouvait ceci : “Les policiers et les gendarmes doivent intervenir partout contre les délinquants. En utilisant la force lorsque cela est nécessaire. Sans jamais craindre de l'utiliser. Le recours à la force au service de la sécurité des Français nécessite d'instaurer une présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes”. En 2022, c'était cette mesure que l'on nous opposait lorsque nous critiquons le réflexe politique du “barrage au RN” à tout prix. Or, c'est d'abord le PS – pour lequel on nous a longtemps demandé de voter pour empêcher de vivre la même situation qu'en 2002, Le Pen père au second tour- qui, en 2016, s'est inscrit dans la droite ligne de ces grands principes chers au RN. La loi Cazeneuve a autorisé le tir de légitime défense, de la part des forces de l'ordre, en absence d'un danger immédiat.

Depuis, le nombre de tirs mortels sur des véhicules a été multiplié par 6. Et désormais, c'est une proposition de loi LR, soutenue par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui est examinée au parlement pour appliquer le programme de Marine Le Pen : il s'agit d'instaurer une “présomption de légitime défense” pour les policiers. Si la loi passe, tout usage d'une arme à feu par un policier sera présumé légitime. Il n'appartiendra plus au policier de démontrer qu'il était en état de légitime défense, mais au parquet d'établir qu'il ne l'était pas. La loi n'est pas passée en première lecture grâce à l'obstruction parlementaire des groupes de gauche mais elle va revenir devant l'Assemblée nationale prochainement. On se souvient de la mort de Nahel Merzouk, tué à bout portant par balle. Mais l'impunité policière, encouragée par ces lois successives, se poursuit. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, un homme de 35 ans, El Hacen Diarra, est mort dans un commissariat après une arrestation violente. L'autopsie du corps a depuis montré un déchaînement de violence. Aucun des policiers n'a été suspendu et le ministre de l'Intérieur les soutient. En quoi le contexte actuel diffère-t-il du programme de Marine Le Pen ? “Sans jamais craindre d'utiliser la force” dit-il. Dans le contexte actuel, avec un tel ministre de l'Intérieur et une telle loi en passe d'être votée, les policiers français craignent-ils d'utiliser la force ? Certainement pas.

Dans la section 2 du programme de Jordan Bardella au moment des législatives de 2024, intitulée “Préserver le peuple français de la submersion migratoire” on pouvait lire “Mettre en place la priorité nationale”. La priorité nationale, ou préférence nationale, est un point historique et fondamentale du programme du FN puis du RN. Il s'agit de donner la priorité au logement et à l'emploi, ainsi qu'à la plupart des services publics et mécanismes de solidarité, aux Français, sachant que les membres du RN en ont une notion restrictive, qui exclut les Français dont les parents ou les grands-parents ont immigré en France. Leur notion de Français est d'abord raciste, elle ne repose pas sur un système de valeur hormis l'exclusion raciale justifiée désormais par des critères culturels et/ou religieux. Qu'en est-il dans la France de Macron ? La “priorité nationale” n'existe quand même pas ? Jugez par vous-mêmes : dans la France de Macron, tout salarié disposant d'un titre de séjour ne peut être embauché que si son employeur obtient une autorisation délivrée par la préfecture. Pour que l'employeur puisse obtenir cette autorisation d'embaucher le salarié étranger, même lorsque celui-ci a déjà eu un contrat en France, il faut qu'il atteste la mise en ligne – sur le site de France Travail – d'une annonce correspondant au poste, annonce active pendant trois semaines. Il doit démontrer à la préfecture qu'il a envisagé toutes les candidatures de Français avant d'embaucher un étranger, et exposer les critères de refus des offres concurrentes. Au revoir la “liberté d'entreprendre” : une entreprise risque gros si elle n'applique pas cette procédure de priorité nationale, puisque les amendes ont considérablement augmenté depuis la loi Asile et Immigration de 2023. Cette loi, nous le disions au moment de son vote, a mis en oeuvre un autre point central du programme du RN :la fin du droit du sol, qui a quasi disparu de fait avec elle.

Les étudiants étrangers hors Union européenne subissent aussi une sacrée priorité nationale pour tout ce qui concerne l'accès aux études. Depuis 2019, les étrangers payent des droits exorbitants dans les universités et grandes écoles. Ça ne s'appelle pas “préférence nationale” mais “droits d'inscription différenciés”. Mais le principe est le même, instaurant une discrimination au revenu. Dans son budget passé grâce au PS et au 49-3, afin d'éviter “une dissolution et le risque du RN” donc, le gouvernement vient de mettre fin aux APL pour les étudiants étrangers hors UE. Le “hors UE” a son importance : la France veut toujours payer pour les étrangers, mais pas n'importe lesquels : les blancs, si possible. En cela, la logique est parfaitement compatible avec celle du RN, qui voit donc son programme accompli sous le macronisme. Pendant ce temps, les préfectures augmentent la durée des procédures de demande de titre de séjour et de droit d'asile afin de créer de toute pièce des situations irrégulières et permettre arrestations et expulsions.

Ce ne sont que quelques exemples mais la vie en France est devenue, en 2026, celle qu'imaginait Jean-Marie Le Pen dont on a célébré la mort alors que ses idées, elles, vivent bel et bien. Une France qui ferme ses frontières, qui détruit sa solidarité, qui fait de l'autre un profiteur, un délinquant, un danger, surtout quand il n'est pas blanc. C'est dans la France de Macron qu'un membre du Conseil d'Etat (la plus haute juridiction administrative), Arno Klarsfeld, propose, sur la chaîne CNews, “d'organiser des grandes rafles” contre “les étrangers asociaux”. Personne ne le contredit ou se scandalise en plateau.

C'est tragique, mais le programme du RN s'accomplit chaque jour grâce à la peur du RN : cette peur qui fait “faire barrage” et générer des alliances de bric et de broc qui noient tout programme de gauche. Cette peur qui doit pousser à voter Macron, à souhaiter la solidité de ses gouvernements putschistes. Cette peur qui pousse à rêver petit, à ne pas oser dire tout haut que l'on veut une société solidaire, un accueil digne et généreux, une diversité culturelle forte.

Cette peur est constamment instrumentalisée par les politiciens de la gauche bourgeoise dont on découvre que la seule qualité – celle d'être contre le RN – n'en est même pas une, puisqu'on apprend que Marine Tondelier participe à des dîners sélects organisés par des sympathisants de la bourgeoisie réactionnaire. Cette peur du RN a décidément trop permis d'être de gauche à peu de frais, de faire des envolées lyriques contre l'extrême-droite alors qu'on vote son programme – il n'a simplement pas le même nom ni la même odeur, mais ses effets sont bien les mêmes.

“Oui mais le RN ça serait pire”. Eh oui, le RN ça sera pire, pourquoi il se priverait ? Si on laisse les participants au “front républicain” appliquer son programme, alors pourquoi il se priverait de rêver à plus grand, trop contents que nous ayons renoncé à tout pour le combattre en laissant ses idées se concrétiser ? Le RN n'a même pas le choix, pour exister politiquement, que de se radicaliser pour exister une fois que son programme est appliqué. “Ce serait pire” : c'est vous qui rendez le pire à venir possible en sacrifiant vos exigences vis-à-vis du présent.

La cécité de la classe politique et médiatique française, mais aussi de toute la classe sous-bourgeoise et petite bourgeoisie culturelle qui continue chaque jour d'entretenir cette peur désarmante du RN, tient à deux choses. D'abord, elle est incapable de voir que ce n'est pas parce que ça ne se passe pas exactement comme dans Matin brun (petit classique littéraire décrivant la montée du fascisme) et que nos policiers ne sont pas habillés par Hugo Boss (designer des uniformes nazis) qu'on ne se retrouve pas progressivement et réellement dans la même merde noire. Son imagination politique est scriptée, car son rapport à la politique est distant, donc très esthétique. Tant que l'ICE ne s'appellera pas Gestapo, tant que les agents de la BAC n'arboreront pas des symboles nazis (oups, ils en arborent déjà), ils resteront de marbre, car tout chez eux n'est que posture. Aussi il ne faut pas compter sur eux. Il ne faut pas compter sur eux aussi car ils seront les derniers à subir la montée du fascisme, s'ils ne collaborent pas d'ici là, comme la bourgeoisie française l'a déjà fait dans les années 40. Le harcèlement policier dans les banlieues, les milices antiécologistes dans les campagnes, les armes de guerre contre les ZAS, les blindés contre les gilets jaunes, les tirs mortels contre les jeunes racisés, c'est loin d'eux. Ils sont presque plus inquiets de ce qu'il se passe aux Etats-Unis que de ce qui nous frappe en France car l'effet cinématographique de ce qui nous arrive du Minnesota marque davantage leur imaginaire que le déjà-là fasciste en bas de chez eux. Comme le confessait un membre éminent de leur classe sociale, Raphaël Glucksmann, “quand je vais à New-York ou à Berlin, je me sens plus chez moi culturellement, que quand je me rends en Picardie”, alors imaginez Saint-Denis. Aussi, ils peuvent d'un côté dénoncer le trumpisme et de l'autre exalter le macronisme.

C'est à nous de nous débarrasser des croyances et des mythes qu'ils nous ont inculqués. Et parmi eux, l'idée que tous les sacrifices – parmi lesquels l'abandon de nos principes et de nos rêves – valent le coup pour combattre le RN. Et pendant ce temps son programme s'applique et un RN éternellement repoussé loin du pouvoir régnera de fait. Il est temps de se ressaisir : on ne combat pas seulement le RN. On combat des idées et des lois sexistes, racistes et capitalistes. On combat donc le RN, la droite radicalisée, Macron le despote et le PS son sauveur. On arrête de s'excuser, on propose fort et on rêve très grand.

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