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Les Robins des Ruelles vident l’épicerie Métro Bigras et redistribuent à la communauté de Cote-des-neiges

9 juin, par Les soulèvements du fleuve — , ,
« Vous croyiez que c'était fini ? La faim nous tenaille encore » : les Robins des Ruelles vident l'épicerie Métro Bigras et redistribuent à la communauté de Cote-des-neiges

« Vous croyiez que c'était fini ? La faim nous tenaille encore » : les Robins des Ruelles vident l'épicerie Métro Bigras et redistribuent à la communauté de Cote-des-neiges

Le 3 juin 2026 en soirée, une cinquentaine de Robins, on fait irruption dans l'épicerie Métro Bigras dans le quartier Centre-Sud de Montréal, pour en ressortir presque aussitôt les bras chargés de denrées « libérées » et disparaitre dans les ruelles d'où ils et elles étaient venus. L'intégralité du butin a été redistribué le soir même dans le quartier Côte-des-neiges, aux abords du parc Martin Luther King. Le contenu de la quarantaine de sacs fut étalé sur une grande nappe et une bannière arborant « FREE FOOD, SERVEZ-VOUS » invitait les passant.e.s à se servir selon leurs besoins. En guise de signature, les Robins des Ruelles avait laissé, avec la nourriture, plusieurs exemplaires de leur manifeste La Faim justifie les moyens : récit de liberté paru la semaine dernière.​​

C'est la quatrième action « d'auto-rabais » (vol politique) de ce type revendiqué depuis le premier coup d'éclat le 16 décembre dernier. C'est aussi la deuxième fois que la chaine de supermarché Métro fait les frais de son avarice.

« C'est en quelque sorte un impôt en nature, sous forme de bouteilles d'huile d'olive, de sacs de café et de fromages. On récupère ce que les mafieux de l'alimentation extorquent aux ventres vides en attendant de les exproprier pour de bon. C'est obscène ! Les épiceries jettent chaque semaine plus qu'on pourrait mettre dans nos sacs. Pour maintenir l'illusion de l'abondance dans ce système détraqué, il faut toujours des surplus, donc des pertes. » témoigne Jean Lepetit, ayant pris part à l'action de mercredi. »

Après s'être fait cambriolé par trois Pères Noels et leur horde de lutins, Métro s'était défendu de faire fortune sur la misère des autres en faisant miroiter leur don de 26 millions. Mais la charité des riches et puissants ne parvient plus à camoufler leur responsabilité directe dans la hausse artificielle du coût de la vie, en particulier du panier d'épicerie depuis la pandémie. Ceux qui ont faim ont commencé à s'organiser et la peur à changer de camp.
Par leurs actions, les Robins revendiquent une véritable dé-marchandisation de la subsistance donc de l'alimentation. Se contenter de détaxer certains produits et permettre a une famille de quatre d'économiser 50$ en épicerie sur une année, comme planifie la première ministre Christine Fréchette, parait insultant ou risible à la vue des profits records réalisés sur le dos de la population par les géants de l'alimentation. Ce n'est ni ce que la situation exige ni ce que nous accepterons.

Dans leur communiqué, les Robins des Ruelles déclarent :

« La guerre impérialiste, la crise écologique et l'appauvrissement généralisé sont le fait d'une même clique d'oligarques qui nous rend la vie impossible. Il nous faut nous organiser et reprendre ce que nous savons nous revenir de droit : un avenir, l'autonomie et de quoi subvenir à nos besoins. »

Les actions des Robins des Ruelles répondent à l'appel des Soulèvements du Fleuve à résister à la marchandisation de la subsistance.

À ce propos, ils concluent :

"Bien au delà de l'aide concrète qu'elle a pu apporter a un nombre très restreint, cette séquence d'action vise avant tout a dénoncer les fausses solutions qu'on nous sert tiède depuis quelques années face à la montée du coût de la vie. Cest pourtant simple : il n'est pas acceptable de mettre un prix sur la survie. Il nous faut mettre fin au règne de l'Économie. Nos actions entendent aussi montrer par l'exemple qu'il est encore possible d'agir en ce monde : sa dérive vers le pire n'est pas inévitable. Nous nous soulevons parce qu'il est toujours possible / pour qu'il soit toujours possible de résister / de subsister. »

Information sur le groupe d'action autonome Les robins des Ruelles :

Les Soulèvements du fleuve ont reçu un communiqué de la part de Robins des Ruelles avec la demande de le contextualiser et de le partager aux médias. Les Soulèvements du fleuve jouent un rôle de diffusion. Les Robins des Ruelles sont des groupes automones et anonymes qui sont passés à l'action contre Métro le 15 décembre 2025, puis contre Rachelle-Béry le 3 février 2026 et contre un Maxi le 30 avril 2026.

À propos des Soulèvements du fleuve :

Les Soulèvements du fleuve rassemblent des personnes révoltées par l'état du monde qui, à travers leurs gestes et leur discours, tentent d'ébranler le règne de l'Économie, de créer des brèches dans sa domination. L'Économie, c'est ce qui cherche à exploiter chaque forêt, chaque rivière et chaque être vivant, à transformer chaque moment de nos existences en travail et à faire de toute chose une marchandise. Nous aspirons à construire une force politique qui vise à se libérer de l'Économie et de son emprise, à s'opposer aux géants industriels, à la mafia alimentaire et aux grands propriétaires. Partout et tout le temps, s'organiser contre ses rouages, créer du commun, expérimenter d'autres manières d'être au monde. Nos ennemis sont ceux qui nous ont dépossédé-es de nos moyens de subsistance - de notre capacité collective à nous nourrir, à nous loger, à nous soigner, à nous amuser. Leur expropriation est notre horizon. Nés en réponse à l'appel international des Soulèvements de la terre, les Soulèvements du fleuve ont, depuis, traversé des luttes et des saisons. Nous résistons, car nous savons que d'autres mondes sont possibles. Il est venu le temps de se soulever.

Source : LesSoulèvementsdufleuve.org

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Des défenseurs des travailleurs agricoles migrants vont déposer une plainte auprès du Comité des droits de l’homme des Nations unies

9 juin, par Gabriela Calugay-Casuga — , ,
Cette initiative vise à faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il mette fin à la précarité dont souffrent les travailleurs migrants. Tiré de The rabble (…)

Cette initiative vise à faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il mette fin à la précarité dont souffrent les travailleurs migrants.

Tiré de The rabble
Traduction de Johan Wallengren
Le 1er juin 2026 / De : Gabriella Calugay-Casuga

Les défenseurs des travailleurs agricoles migrants ont informé le Premier ministre Mark Carney qu'ils déposeraient une plainte auprès du Comité des droits de l'homme des Nations unies en décembre, à l'occasion de la Journée internationale des migrants. La plainte mettra en évidence ce que ces défenseurs qualifient d'inaction du gouvernement face aux décès évitables de travailleurs agricoles migrants.

La plainte sera déposée par Justice for Migrant Workers (J4MW), un collectif politique bénévole basé à Toronto et Vancouver fort de plus de 20 ans d'expérience dans le domaine de la mobilisation.

« Ce que nous constatons, c'est que le travail agricole, de par sa nature même, est violent, dangereux, déshumanisant et salissant », déplore Chris Ramsaroop, organisateur de longue date au sein de J4MW. « Structurellement, nous créons des lieux de travail, comme dans l'agriculture, où la vie des gens – en particulier celle des travailleurs issus de minorités ethniques – n'est pas valorisée. Nous voulons mettre en lumière cette réalité. »

L'Organisation internationale du travail (OIT) classe le travail agricole parmi les professions les plus dangereuses au monde. Les travailleurs sont exposés aux produits agrochimiques et peuvent également subir des blessures lors de la manipulation de machines lourdes. L'OIT estime que 170 000 personnes travaillant dans l'agriculture meurent chaque année.

Ces risques, combinés au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) du Canada, qui a été qualifié de terreau fertilepour les formes contemporaines d'esclavage, ont rendu les travailleurs agricoles migrants particulièrement vulnérables aux risques de blessures et de décès. En plus d'être exposés aux dangers du travail agricole, les travailleurs agricoles migrants sont aux prises avec des niveaux élevés d'anxiété et de stress en raison de la séparation familiale, de la précarité et des conditions de travail qui sont susceptibles de porter atteinte à leur intégrité et à leur dignité et de la précarité de leur emploi à bas salaire et de leur statut d'immigrant.

« Le racisme et la suprématie blanche sont au cœur de la création de ces programmes », a déclaré Monsieur Ramsaroop. « Dans les années 60, quand la question de la pénurie de main-d'œuvre était débattue, les politiciens prônaient la liberté, la dignité et le respect. Ils expliquaient que quand il s'agissait des Européens blancs, ils n'étaient pas en mesure d'exercer un contrôle sur la main-d'œuvre, ni d'imposer des restrictions ou de gérer le recrutement. Nous n'avons eu aucun scrupule à créer les conditions que nous savons, d'abord pour les travailleurs noirs de la Jamaïque, puis pour les travailleurs du monde entier. »

Dans sa lettre adressée au bureau du Premier ministre, J4MW a indiqué qu'il continuerait à exiger des enquêtes sur les décès de travailleurs agricoles migrants, à réclamer des investigations et à se battre pour la justice.

« Nous refusons d'accepter un système où la servitude par contrat n'est pas seulement un héritage, mais une pratique claire et assumée à travers tout le pays », a écrit l'organisation dans sa lettre.

Le bureau du Premier ministre a reçu la demande de commentaires de rabble.ca, mais n'a pas été en mesure de répondre dans les délais.

M. Ramsaroop a déclaré qu'il n'avait pas été impressionné par les réponses passées du gouvernement aux doléances de J4MW.

« Les réponses qu'on reçoit sont génériques et il n'y a pas eu de changement réel », a-t-il déclaré. « Ce n'est pas seulement que le gouvernement refuse d'agir. Le gouvernement soutient fortement le complexe agro-industriel. »
Il a formulé le vœu que la plainte auprès du Comité des droits de l'homme des Nations unies pousse le gouvernement à enfin prendre les mesures nécessaires.

« Historiquement, les progressistes ont échoué et ont succombé aux clichés de la suprématie blanche », a ajouté M. Ramsaroop. « À l'heure actuelle, alors que nous réclamons des changements, il s'agit de garantir que les gens puissent vivre libres et égaux. Ce n'est pas juste parce qu'ils viennent de pays du Sud ou qu'ils sont racialisés qu'ils doivent être confrontés à un ensemble d'exclusions différenciées et profondément racistes. »
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Retroussons-nous les manches pour le climat

9 juin, par Coalition Retroussons-nous les manches — , ,
Des élu.e.s de partout au Canada lancent un message urgent au premier ministre Carney : « Nous voulons des projets qui bâtissent le pays, pas qui le réduisent en cendres » À (…)

Des élu.e.s de partout au Canada lancent un message urgent au premier ministre Carney : « Nous voulons des projets qui bâtissent le pays, pas qui le réduisent en cendres »
À l'issue d'un sommet d'urgence de Retroussons-nous les manches pour le climat, des mairesses, maires et conseiller.ère.s réclament une action climatique fédérale immédiate et créatrice d'emplois : « Des communautés seront réduites en cendres cet été pendant que nous misons toujours plus sur l'expansion des énergies fossiles »

Edmonton, Alberta, 4 juin 2026 – Une alliance de près de 300 mairesses, maires et conseiller.ère.s, représentant plus de la moitié de la population canadienne, a tenu aujourd'hui un sommet d'urgence sur le climat à huis clos et publié une déclaration commune (voir plus bas) afin de ramener le climat au premier plan de l'actualité politique. À l'approche d'une saison des feux de forêt qui s'annonce intense, la coalition réclame des investissements fédéraux massifs dans des projets propres qui réduisent la pollution et renforcent l'économie.

Les élu.e.s ont aussi lancé la Carte des impacts climatiques 2026,qui suivra en temps réel les catastrophes climatiques partout au pays cet été, et dévoilé un nouveau rapport selon lequel les changements climatiques coûtent déjà à l'économie canadienne entre 1 et 5 % de son PIB.

Les élu.e.s municipaux.ales lancent un cri de cœur dans une déclaration commune

Les élu.e.s municipaux.ales ont fait cette annonce après avoir tenu aujourd'hui un sommet d'urgence sur le climat, à l'approche d'une saison des feux de forêt qui s'annonce intense. Ils ont publié une déclaration commune (voir plus bas) pour reconnaître la crise et les coûts croissants des impacts climatiques partout au Canada, et pour remettre le climat à l'avant-plan en réclamant des projets d'envergure qui rendent la vie plus abordable, créent des emplois et réduisent la pollution.

« D'autres communautés risquent de partir en fumée cet été pendant que le premier ministre persiste à vouloir étendre l'industrie des énergies fossiles. Alors que d'autres pays descendent des montagnes russes du pétrole et du gaz en investissant dans les énergies renouvelables et la résilience, nous versons de l'essence sur nos feux de forêt avec des subventions publiques à une industrie qui engrange déjà des profits de plusieurs milliards de dollars », a déclaré Richard Ireland, maire de Jasper, en Alberta, dont la ville a été dévastée en 2024 par l'une des catastrophes naturelles les plus coûteuses de l'histoire du Canada. « Nous avons besoin de leadership fédéral en matière de climat, pas d'un recul. »

Le groupe a également lancé la Carte des impacts climatiques 2026afin de suivre en temps réel les catastrophes climatiques à mesure qu'elles surviennent au cours de l'été, et a révélé qu'à la fin de mai, près de 7,6 millions de personnes au Canada (soit 1 sur 5) avaient déjà vécu des événements météorologiques extrêmes cette année.

Une nouvelle carte rend les catastrophes climatiques de l'été impossibles à ignorer

« Dans le Nord, c'est une urgence après l'autre depuis des années. En tant qu'élu.e.s municipaux.ales, c'est nous qui faisons face à ces menaces pour la santé, l'économie et la sécurité de nos communautés » a déclaré Ben Hendriksen, maire de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. « Cette carte vise à rendre ces impacts visibles et indéniables, pour que le gouvernement fédéral soit contraint d'agir sérieusement. »

https://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=67#

Les élu.e.s ont réclamé une action fédérale immédiate pour renverser la vapeur sur l'expansion des énergies fossiles et ont mis de l'avant leurs cinq demandes phares en matière de politiques fédérales, qui pourraient créer des millions d'emplois au Canada et aider à protéger le pays contre les chocs économiques :

Un réseau électrique propre est-ouest-nord à l'échelle du pays, alimenté par des énergies renouvelables plutôt que par le gaz fossile, pour faire du Canada une superpuissance de l'énergie propre ;

Au moins deux millions de logements hors marché à pollution nulle, écoénergétiques et construits selon les normes les plus élevées, avec de l'acier, de l'aluminium et du bois d'œuvre canadiens ;

● Des rénovations résidentielles ainsi que l'installation massive de thermopompes et de panneaux solaires partout au pays, pour réduire les factures d'énergie et la pollution et stimuler l'activité économique dans chaque communauté ;

Un système de transport propre doté d'un réseau ferroviaire à grande vitesse pancanadien, prolongé par des autobus électriques fabriqués au Canada, et l'annulation des compressions fédérales dans le transport collectif local ;

Une stratégie pancanadienne de résilience, d'intervention et de rétablissement pour reconstruire après les catastrophes à venir, financée par une nouvelle taxe sur les profits excédentaires du pétrole et du gaz tirés de la guerre en Iran.

« Les idées politiques que nous proposons sont populaires et réalisables » a déclaré David Miller, ancien maire de Toronto et coprésident de Retroussons-nous les manches pour le climat. « La plupart des gens au Canada estiment que le pays serait plus sécuritaire s'il produisait davantage d'énergie renouvelable ; les deux tiers préfèrent le développement de l'énergie propre à celui des énergies fossiles, et les deux tiers appuient une taxe sur les profits excédentaires des sociétés pétrolières et gazières, qui pourrait financer d'énormes investissements dans des infrastructures favorables au climat. Ce sont là d'importantes majorités, que le gouvernement aurait tout avantage à écouter. »


Un nouveau rapport chiffre la facture : jusqu'à 5 % du PIB

L'alliance a également dévoilé un nouveau rapport qui estime que les changements climatiques coûtent à l'économie canadienne de 1 à 5 % de son PIB, une proportion stupéfiante, et dont les répercussions financières devraient s'accroître dans les années à venir. Les impacts climatiques ont ajouté 8,8 milliards de dollars par année au coût d'entretien des routes, des ponts, des réseaux d'eaux usées et des autres infrastructures publiques du pays, et les municipalités assument les deux tiers de cette facture.

« Mark Carney a dit à ses détracteurs qu'il voulait entendre ce pour quoi ils se battent, pas ce contre quoi ils s'opposent. Alors voici : les élu.e.s municipaux.ales veulent des projets qui bâtissent le pays, pas qui le réduisent en cendres » a déclaré Merlin Blackwell, maire de Clearwater, en Colombie-Britannique. « Ma ville a été désignée comme la plus susceptible au Canada de subir un feu de forêt catastrophique dans un avenir rapproché ; c'est ce qui m'empêche de dormir. Mais nous pouvons protéger nos communautés et bâtir une économie forte grâce à des investissements dans l'éolien, le solaire et l'hydroélectricité durable. La vie peut être belle avec un véritable réseau électrique pancanadien, alimenté par des énergies renouvelables plutôt que par des combustibles fossiles comme le GNL. »

À propos de Retroussons-nous les manches pour le climat

Retroussons-nous les manches pour le climat est une alliance pancanadienne de près de 300 mairesses, maires et conseiller.ère.s qui représentent plus de la moitié de la population canadienne. L'alliance milite pour des projets propres et structurants qui protègent le Canada de la double crise du dérèglement climatique et de l'instabilité économique, et qui rendent nos communautés plus sécuritaires, plus abordables et plus prospères. Nous nous sommes associés auClimate Caucus, un organisme sans but lucratif national qui aide les élues et élus municipaux à mettre en œuvre des politiques climatiques dans leurs collectivités et à faire valoir leurs positions auprès de tous les ordres de gouvernement.

Déclaration commune des maires, mairesses et leaders municipaux de partout au pays, dans le cadre du sommet sur le climat de l'alliance Retroussons-nous les manches pour le climat, le 4 juin

Le 4 juin 2026 Edmonton (Alberta)

Aujourd'hui, les membres de Retroussons-nous les manches pour le climat, une alliance grandissante de près de 300 maires et mairesses, conseillers et conseillères municipaux qui représentent plus de la moitié de la population canadienne, se sont réunis à Edmonton pour un Sommet d'urgence sur le climat, à l'aube d'une autre saison dévastatrice d'événements climatiques extrêmes. Ensemble, ils ont cherché comment protéger leurs communautés des catastrophes alimentées par les énergies fossiles et des chocs économiques qui viennent avec. Au terme de leurs échanges, ils ont adopté la déclaration commune suivante. D'autres signatures seront ajoutées tout au long du Sommet.

Épuisement. Peur. Frustration. Inquiétude. Colère. C'est ce que nous ressentons, nous, les élues et élus municipaux, comme le ressentent les gens de nos communautés, alors que celles-ci encaissent les catastrophes climatiques les unes après les autres, sans répit.

Sécheresse dans l'intérieur de la Colombie-Britannique. Inondations dans le nord-est de l'Ontario et l'ouest du Québec. Avertissements de chaleur en Nouvelle-Écosse. Feux de forêt incontrôlables en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba.

Et ce n'est qu'un aperçu de ce qui a frappé le pays durant les cinq premiers mois de 2026. Une personne sur cinq en a déjà été touchée, un chiffre vertigineux, et une autre saison de feux, de fumée toxique, de canicules et d'inondations s'annonce déjà.

Comme maires et mairesses, conseillers et conseillères municipaux de partout au pays, nous avons un message clair pour le premier ministre : nos communautés et nos économies locales brûlent. Ce qu'il nous faut, c'est un vrai leadership fédéral sur le climat, pas un recul.

Le gouvernement actuel semble voir les changements climatiques comme un problème lointain, qu'on finira bien par régler un jour, plus tard.

Mais sur le terrain on vit une tout autre réalité. Les changements climatiques, c'est notre quotidien : air vicié, manques d'eau, évacuations bouleversantes, familles déracinées par milliers. Chaque année, les changements climatiques nous forcent à débourser des milliards de dollars[1] de plus pour réparer nos routes, nos ponts, nos réseaux d'eaux usées et nos infrastructures. Les deux tiers de cette facture retombent sur les budgets municipaux, ce qui fait encore grimper le coût de la vie des gens, par-dessus la flambée des prix de l'énergie et de l'essence.

On ne peut pas juste reconstruire, encore et encore, après chaque feu, chaque inondation, chaque tempête, chaque sécheresse. Il faut les prévenir. Notre façon de vivre, qu'on soit Québécoises et Québécois ou Canadiennes et Canadiens, tient à la santé de nos terres, de notre eau, de notre air et de nos communautés.

C'est pour ça que nous pressons le gouvernement fédéral d'investir sans tarder dans des projets qui bâtissent le pays au lieu de le brûler, des projets qui allègent les factures des ménages, créent des centaines de milliers d'emplois et mettent nos communautés à l'abri :

Un réseau électrique propre reliant l'est, l'ouest et le nord du pays, alimenté par les énergies renouvelables plutôt que par le gaz fossile, pour faire du pays un chef de file de l'énergie propre et asseoir sa souveraineté énergétique ;

Au moins deux millions de logements hors marché, sans pollution, écoénergétiques et bâtis selon les normes les plus élevées, pour des milieux de vie plus abordables et bien desservis par le transport en commun ;

Des rénovations et l'installation massive de thermopompes et de panneaux solaires d'un bout à l'autre du pays, de quoi réduire les factures d'énergie et la pollution tout en faisant rouler l'économie de chaque communauté ;

Un système de transport propre, appuyé sur un réseau national de train à grande vitesse, prolongé par des autobus électriques fabriqués ici et arrimé au transport en commun local. Ça commence par annuler les compressions au financement fédéral du transport collectif et par investir davantage ;

Une stratégie nationale de résilience, d'intervention et de rétablissement pour faire face aux catastrophes désormais inévitables, financée par une taxe sur les profits excédentaires que le pétrole et le gaz ont tirés de la guerre en Iran. En emboîtant le pas à nos alliés de l'Union européenne, on ferait en sorte que les pollueurs assument les dommages causés par leurs activités, ce qui pourrait rapporter jusqu'à 46 milliards de dollars.

Nous demandons au gouvernement fédéral de faire front commun avec nous : de tourner le dos aux projets de combustibles fossiles qui nous divisent et de se retrousser les manches pour des projets concrets et rassembleurs qui, loin de brûler notre pays, vont le bâtir et le rendre plus fort.

Signataires

● Vivian Birch-Jones, Regional Director, Lillooet, BC

● Merlin Blackwell, Mayor, Clearwater, BC

● Phil Brennan, Councillor, Township of Severn, ON

● Sue Cairns, Councillor, Kimberley, BC

● William Cole-Hamilton, Courtenay, BC

● Leila Copti, Conseillère et mairesse suppléante, Val-des-Lacs, QC

● Spencer Coyne, Mayor, Princeton, BC

● Catherine Craig-St-Louis, Conseillère, Gatineau, QC

● Mike Derbyshire, Councillor, Strathcona County, AB

● Justine Gabias, Regional Director, Sunshine Coast Regional District, BC

● Joe Gowing, Councillor, Region of Waterloo, ON

● Wendy Hall, Councillor, Jasper, AB

● Bob Hawkesworth, Former Councillor, Calgary, AB

● Ben Hendriksen, Mayor, Yellowknife, NWT

● Richard Ireland, Mayor, Jasper, AB

● Michael Janz, Councillor, Edmonton, AB

● Susan Kim, Councillor, Victoria, BC

● Rawlson King, Councillor, Ottawa, ON

● Gerry Leibel, Councillor, District of Kitimat, BC

● Leah Main, Councillor, Silverton, BC

● Jessica Mcilroy, Councillor, North Vancouver, BC

● Jenn Meilleur, Councillor, Comox, BC

● David Miller, former Mayor, Toronto, ON

● Lenore Morris, Councillor, Whitehorse, YK

● Joy-Anne Murphy, Councillor, Camrose, AB

● Jasmin Parker, Councillor, Saskatoon, SK

● Leslie Payne, Councillor, Nelson, BC

● Philip Penrod, Councillor, Beaumont, AB

● Chris Pettingill, Councillor, District of Squamish, BC

● Valérie Plante, former Mayor, Montreal, QC

● Sherri Rollins, Councillor, Winnipeg, MB

● Ashley Salvador, Councillor, Edmonton, AB

● Dianne Saxe, Councillor, Toronto, ON

● Wayne Stetski, Councillor, Cranbrook, BC

● Anne Stevenson, Councillor, Edmonton, AB

● Keren Tang, Councillor, Edmonton AB

● Dave Thompson, Councillor, Victoria, BC

● Pat Warren, Councillor, Kawartha Lakes, ON

● David West, Mayor, Richmond Hill, ON

● Pamela Wolf, Councillor, Waterloo, ON

● Jesse Wright, Councilor, District of Mackenzie, BC

● Shanon Zachidniak, Councillor, Regina, MB

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Le projet de loi C-22 : une menace à la vie privée

9 juin, par Ligue des droits et libertés - section de Québec — , , ,
Québec, le 3 juin 2026 — La Ligue des droits et libertés - Section de Québec (LDL-Qc) s'oppose fermement à l'adoption du projet de loi C-22, Loi 2026 sur l'accès légal, (…)

Québec, le 3 juin 2026 — La Ligue des droits et libertés - Section de Québec (LDL-Qc) s'oppose fermement à l'adoption du projet de loi C-22, Loi 2026 sur l'accès légal, présenté en mars 2026.

Cette loi reprend des éléments inquiétants du projet de loi C-2, Loi visant une sécurité rigoureuse à la frontière. Proposé il y a un an, il avait été critiqué par plus de 300 organisations et des dizaines de milliers de Canadien·ne·s.

Essentiellement, certaines dispositions du projet de loi C-22 réduisent le seuil à partir duquel la police et les agences de renseignement peuvent se prévaloir des renseignements personnels des citoyen·ne·s et obligent les entreprises à conserver les communications et données personnelles des citoyen·ne·s pour une période allant jusqu'à un an. Les données accessibles par les forces de l'ordre en vertu de cette loi représentent une véritable « cartographie
de la présence numérique
», comme le soutient Marie-Élaine Guay dans son article Projet de loi C-22 :Surveiller et punir

Ces mesures augmentent considérablement les risques de fuites de données, de piratage
et d'utilisation abusive des informations personnelles.

Comme le rappelle Simon du Perron, avocat en droit de la vie privée, les dispositions du projet de loi C-22 contreviennent à l'article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés, voulant que les renseignements permettant d'identifier une personne en ligne doivent être protégés de toute fouille abusive.

De plus, comme le soulignait la Ligue de droits et libertés et plusieurs autres signataires dans un appel conjoint à retirer ceprojet de loi, certaines de ses dispositions ouvrent également la porte à une surveillance accrue de la population par l'État. Les paragraphes 5(2) et 7(1) de la partie 2 permettraient en effet au gouvernement d'imposer à tous les fournisseurs électroniques, d'intelligence artificielle (IA) et d'appareils intelligents l'installation d'outils de surveillance et de portes dérobées
dans leurs architectures.

« En plus de créer de nouveaux accès piratables compromettant la sécurité des systèmes, ces outils octroient aussi à l'État une capacité de surveillance de la population hors du raisonnable. C'est le droit à la vie privée de tous les canadiennes et canadiens qui est compromis » souligne Mélina Chasles, présidente de la LDL-Qc.

La ligue des droits et libertés - Section de Québec encourage ses membres et ses allié·e·s à exprimer leur désaccord avec cette proposition en participant à l'appel à l'action proposé par la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles. Nous encourageons vivement les député·e·s, les membres du comité SECU, le premier ministre du Canada et le ministre de la Sécurité publique à s'opposer fermement à l'adoption de ce projet de loi, dans la défense des droits et libertés des citoyen·ne·s qui leur ont confié ce mandat.

Ligue des droits et libertés -Section de Québec

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Projet de loi no 4 : Prévenir la violence ne doit jamais se faire au détriment des droits et de la sécurité des femmes

9 juin, par L'R des centres de femmes du Québec — , ,
Montréal, le 3 juin 2026 — L'R des centres de femmes du Québec a été entendu le 2 juin 2026 dans le cadre des consultations particulières de la Commission de l'aménagement du (…)

Montréal, le 3 juin 2026 — L'R des centres de femmes du Québec a été entendu le 2 juin 2026 dans le cadre des consultations particulières de la Commission de l'aménagement du territoire sur le projet de loi no 4, portant sur la communication de renseignements afin de prévenir la violence d'un partenaire intime.

Si l'urgence d'agir face à la violence conjugale est indéniable, L'R avertit clairement : des mesures mal encadrées peuvent mettre les femmes davantage en danger plutôt que de les protéger.

La prévention ne peut pas se faire au prix des droits des femmes

Dans son mémoire et sa présentation, L'R a dénoncé les risques réels liés à l'élargissement de la communication de renseignements personnels, notamment en matière de sécurité, de surveillance et de rupture de confiance envers les institutions. Les femmes qui vivent des violences ont besoin de protection, pas de nouvelles formes de contrôle.

L'R exige notamment :

un encadrement strict, clair et limitatif de toute communication d'information ;

le refus de mécanismes qui pourraient exposer les femmes à des représailles ou à une surveillance accrue ;

le respect absolu du consentement, de l'autonomie et du pouvoir d'agir des femmes.

« Les femmes ne doivent jamais payer le prix des failles du système. La prévention de la violence ne peut pas reposer sur des mécanismes qui fragilisent leurs droits ou les responsabilisent des violences qu'elles subissent », affirme Josée Larouche, membre du comité de coordination de L'R et coordonnatrice du centre Ressources pour femmes de Beauport. « Sans accès à des logements sécuritaires et abordables, parler de prévention demeure un discours vide pour trop de femmes qui n'ont littéralement nulle part où aller. » ajoute-t-elle.

Les centres de femmes : une expertise incontournable, trop souvent ignorée

L'R a rappelé que les centres de femmes jouent un rôle central et irremplaçable dans la prévention des violences, l'accompagnement des femmes et la défense de leurs droits. Ils sont des lieux de confiance, construits par et pour les femmes : une réalité que le projet de loi doit reconnaître concrètement.

« Les centres de femmes ne sont pas des ressources périphériques : ils sont au cœur de la prévention. Leur expertise féministe doit être reconnue, financée et intégrée à toute mesure législative qui prétend protéger les femmes », souligne Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec.

Sans égalité réelle, la violence persistera

L'R a également rappelé que l'égalité entre les femmes et les hommes est loin d'être atteinte. Tant que les inégalités structurelles seront maintenues, les violences continueront et des femmes continueront d'en mourir.

Le gouvernement ne peut se contenter de mesures ponctuelles ou technocratiques : il a la responsabilité d'agir sur les causes profondes de la violence, par des politiques féministes, cohérentes et structurantes.

Poursuivre les travaux dans une perspective féministe et préventive

L'R réitère sa volonté de collaborer aux suites du projet de loi afin de contribuer à l'adoption de mesures réellement efficaces pour prévenir les violences faites aux femmes. Pour L'R, cette lutte exige une cohérence d'ensemble : les mécanismes de prévention, de protection, d'accompagnement et de justice doivent tous reconnaître la gravité des violences conjugales et sexuelles. On ne peut fournir aux femmes un outil pour se protéger davantage tout en envoyant, dans d'autres sphères de notre réponse collective, des signaux qui minimisent la gravité des violences. La prévention doit devenir une priorité nationale.

À propos de L'R des centres de femmes du Québec

L'R des centres de femmes du Québec regroupe des centres de femmes présents dans toutes les régions du Québec. Les centres de femmes agissent avec les femmes pour améliorer leurs conditions de vie, lutter contre les violences et les inégalités, et bâtir une société plus juste et égalitaire.

Source :
L'R des centres de femmes du Québec

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Un rassemblement « Riposte pro-choix » : "la question du droit à l’avortement est une question syndicale"

9 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Un rassemblement « Riposte pro-choix » (30 mai 2026 PTAG) se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses (…)

Un rassemblement « Riposte pro-choix » (30 mai 2026 PTAG) se tient aujourd'hui, devant l'Assemblée nationale du Québec. Initié par la CSN, et soutenu par de nombreuses organisations féministes, le rassemblement se voulait une réponse à la « marche pour la vie », une manifestation contre le droit à l'avortement organisée pour la troisième année consécutive par un groupe intégriste chrétien.

Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement

« Il y a quelques semaines, « Campagne Québec Vie » a annoncé qu'elle renonçait à organiser sa manifestation anti-avortement. C'est une grande une victoire pro-choix ! Nous avons quand même décidé de maintenir le rassemblement « Riposte pro-choix » pour célébrer nos victoires et rappeler haut et fort que Québec est une ville pro-choix et va le rester. Si on pouvait leur enlever à jamais l'envie de revenir, ce serait parfait ! » a déclaré Mélanie Pelletier, vice-présidente à la condition féminine du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN).

« N'en déplaise à certains, la question du droit à l'avortement est une question syndicale. Le droit à l'avortement est indissociable du droit au travail des femmes, car pour elles, contrôler sa force reproductrice est une condition cruciale pour atteindre une autonomie réelle et une égalité dans les études, l'emploi ou la carrière ! » rappelle Jessica Goldschleger, la nouvelle secrétaire générale de la CSN tout juste élue mercredi dernier par le congrès de la centrale qui se tenait à Québec. Pour la secrétaire générale, il est essentiel que la CSN, qui représente une majorité de femmes rappelons-le, continue de Faire front pour les droits des travailleuses.

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Le laisser-faire débridé de l’industrie du camionnage pour réduire les coûts

9 juin, par Marc Bonhomme — , , ,
Le Canada et le Québec connaissent une forte détérioration des conditions de travail de l'emploi de camionneur, un des plus importants chez les hommes. Cette détérioration se (…)

Le Canada et le Québec connaissent une forte détérioration des conditions de travail de l'emploi de camionneur, un des plus importants chez les hommes. Cette détérioration se remarque au point que le Globe and Mail, le quotidien phare du patronat canadien, en a fait l'objet d'une enquête spéciale intitulée « L'absence de contrôle laisse les camionneurs sans protection ».

Il faut avoir à l'idée que le camionnage est un cœur de la logistique dont la mondialisation a fait le lien de la matrice économique, encore plus au Canada à cause de l'importance du commerce internationale avec les ÉU se faisant surtout par la route. De dire le résumé de l'enquête, « [l]'un des symptômes d'une application insuffisante de la réglementation est l'essor d'un modèle économique illégal connu sous le nom de “classification erronée des salariés”. Il s'agit de présenter à tort les chauffeurs comme des travailleurs indépendants, une catégorie de travailleurs qui ne bénéficie d'aucun droit fondamental en vertu de la législation fédérale du travail qui régit actuellement le transport routier interprovincial. […] Au cours des années 2010, ce phénomène s'est considérablement étendu à l'ensemble du pays. Dans certaines régions, l'augmentation du nombre de conducteurs appartenant à cette catégorie a dépassé les 300 %. » Le salaire en a été fort impacté :

Les chauffeurs de camion à leur propre compte sans aides rémunérés versus ceux salariés
Revenu annuel médian, 2011 à 2021, Canada, Statistique Canada

Autrefois, le transport routier était la voie d'accès à la classe moyenne au Canada. […] Dans le même temps, dans certaines villes, les chauffeurs ont vu leurs revenus chuter jusqu'au seuil de pauvreté. Et lorsque les employeurs ne versent tout simplement pas leur salaire, le système de réclamation ne leur vient souvent pas en aide, comme l'a révélé notre enquête. […] Raminderjit Singh, qui a parcouru 29 000 kilomètres en deux mois, mais n'a touché que 1 000 dollars. […]

Tout cela soulève des questions de sécurité, non seulement pour les chauffeurs routiers, mais aussi pour tous les usagers de la route. […] Les longues heures passées sur la route sont source de tensions familiales, de solitude et de stress. […] Ce problème exaspère non seulement les chauffeurs qui se sentent lésés, mais aussi les entreprises de transport routier qui affirment être contraintes de rivaliser avec des sociétés recourant à cette pratique illégale pour réduire leurs coûts salariaux.

Ottawa a déjà pris des mesures, notamment en renforçant les contrôles de l'Agence du revenu du Canada (ARC) sur les paiements versés par les entreprises de transport routier à leurs soustraitants, et en lançant des campagnes d'inspection éclair auprès des entreprises de transport routier de la région du Grand Toronto. […] Comme me l'a dit un défenseur des chauffeurs, « les entreprises inventent leurs propres règles ». […] Alors que le travail précaire se généralise, les défenseurs des droits des travailleurs estiment que les mesures prises pour contrôler les entreprises de transport routier sont insuffisantes. Après avoir analysé des milliers d'entreprises de transport routier dans quatre provinces, nous avons constaté que seule une infime partie d'entre elles avait déjà fait l'objet d'un audit de sécurité approfondi.

Au Québec, on a pu constater l'ineptie du gouvernement pour contrôler cette industrie. De titrer Radio-Canada : « Pollution des camions : Québec enquête sur des garages avec quatre ans de retard » puis de commenter « Le gouvernement était informé d'une fraude depuis 2022, mais il a attendu un reportage d'Enquête pour agir. […] on découvre qu'aucun contrevenant n'a été inquiété durant toutes ces années. » Cette enquête avait révélé « que des dizaines de milliers de camionnettes et de camions circulent sur les routes avec un système antipollution désactivé par des garages délinquants. […] Désactiver le système antipollution d'un camion équivaut à ajouter
34 camions sur les routes, selon une étude de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis. »
Ce ne sont pas seulement les garages qu'on néglige d'inspecter mais aussi les camions sur les routes car « [s]ans contrôles routiers, les constats d'infraction liés aux poids lourds sont en chute libre. Les contrôleurs routiers n'effectuent plus d'interventions non planifiées depuis bientôt 15 mois » faute de moyens et de pouvoirs que Québec tarde à leur accorder.

Il ne faut pas chercher de midi à quatorze heure le pourquoi de cette débandade qui inquiète même la patronat. Il s'agit d'arbitrer une contradiction. D'un côté se trouve la minimisation des frais de transport, si vitaux à la mondialisation, d'autant que le coût de l'essence et du diésel grimpe pour cause de guerre au Moyen-Orient. Il n'y a ici que deux facteurs essentiels variables, soit la main-d'œuvre et l'énergie, sur lesquels jouer. De l'autre il faut assurer le bon fonctionnement du système de transport que menace le far west du camionnage débridé au point que la circulation sur les autoroutes pour M. et Mme Tout-le-monde s'en trouve épeurante. Ajoutons-y une dose de poids lourds qui s'alourdissent, question de minimiser les coûts fixes, et en conséquence détériorent l'état de routes jusqu'à et y compris les nids-depoule.

À court terme, travailleurs et réformateurs patronaux vont vouloir atténuer la contradiction. Les premiers le voudront pour améliorer leurs conditions de travail afin de gagner décemment leur vie sur la base d'un horaire qui garantisse à la fois vie familiale et sécurité routière avec un outil de travail qui tient bien la route. Les réformateurs vont plutôt insister sur le recours à la main-d'œuvre immigré et temporaire et sur la répression tout faisant miroiter le camionnage sans chauffeur. C'est l'intensité de la syndicalisation et de son combat qui fera la différence. La voie syndicale pourrait se déployer politiquement jusqu'à l'écosocialisme. Pour résoudre structurellement le dilemme, pourquoi pas développer un système parallèle de transport des marchandises basé sur le rail facile à électrifier lequel en plus minimise les émanations de gaz à effet de serre. Et encore mieux : basculer dans une société du soin et du lien en décroissance matérielle qui réduit au minimum la circulation des marchandises tout en assurant le plein emploi par le recyclage de la main-d'œuvre et la réduction du temps de travail à niveau de vie égal si ce n'est supérieur.

Marc Bonhomme, 4 juin 2026
ww.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

Journée de l’air pur : pourquoi Rouyn-Noranda devrait-elle attendre jusqu’en 2033 ?

9 juin, par Mères au front — , ,
Québec, le 3 juin 2026 – En cette Journée de l'air pur, Mères au front demande au gouvernement du Québec de suspendre l'adoption de l'article 70.16 du projet de loi 11 et de (…)

Québec, le 3 juin 2026 – En cette Journée de l'air pur, Mères au front demande au gouvernement du Québec de suspendre l'adoption de l'article 70.16 du projet de loi 11 et de mandater le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) afin qu'une évaluation indépendante, rigoureuse et transparente soit réalisée avant toute décision.

Pour Mères au front, l'enjeu dépasse largement le cadre d'un simple allègement réglementaire. L'article 70.16 aurait pour effet de prolonger jusqu'en 2033 un régime d'exception environnemental et sanitaire accordé à la Fonderie Horne, une situation unique au Québec.

Un régime d'exception qui se prolonge

Ce régime d'exception permettrait à l'exploitant de la Fonderie Horne, la multinationale Glencore, de continuer à bénéficier jusqu'en 2033 de normes d'émissions atmosphériques distinctes de celles applicables ailleurs au Québec. Alors que la norme québécoise d'arsenic dans l'air ambiant est fixée à 3 ng/m³, les concentrations mesurées atteignaient encore 40,9 ng/m³ en 2025, soit plus de treize fois la norme provinciale. Le maintien de ce régime d'exception soulève des préoccupations persistantes quant à l'exposition de la population aux contaminants atmosphériques et à l'équité des protections environnementales offertes aux citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda.

« Les citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda ont droit au même niveau de protection environnementale et sanitaire que l'ensemble de la population québécoise. Après plus de trente ans de reports successifs, la question n'est plus seulement industrielle : elle est devenue politique. Le gouvernement devra expliquer publiquement pourquoi il juge acceptable que les résidentes et résidents de Rouyn-Noranda continuent d'être soumis à des normes différentes de celles qui protègent le reste de la population », affirme Jennifer Ricard Turcotte, porte-parole Mères au front à Rouyn-Noranda.


Trente ans de reports successifs

Depuis l'entrée en vigueur du Programme de réduction des rejets industriels en 1988, les cibles de réduction des émissions de la Fonderie Horne ont été reportées à maintes reprises. Alors que plusieurs entreprises ont investi afin de moderniser leurs installations et de respecter les normes environnementales en vigueur, Glencore, une multinationale multimilliardaire comptant parmi les plus importantes sociétés minières au monde, a bénéficié d'un régime d'exception prolongé au fil des décennies. Pourtant, des recommandations visant une réduction substantielle de la pollution atmosphérique étaient déjà formulées au début des années 2000. Plus de vingt ans plus tard, malgré les moyens financiers dont dispose l'entreprise pour mettre en œuvre les technologies nécessaires à la réduction de ses émissions, le gouvernement s'apprête à accorder un nouveau délai avant l'atteinte des objectifs de protection de la santé publique et de l'environnement.

Ce choix de reporter encore l'atteinte des objectifs de réduction des émissions ne constitue pas seulement un enjeu réglementaire. Il comporte également des conséquences bien réelles pour la santé de la population.

Des impacts sanitaires documentés

Mères au front rappelle que plusieurs autorités et organisations du domaine de la santé ont exprimé, à maintes reprises, des préoccupations quant à la prolongation des délais accordés à l'entreprise, notamment la Direction régionale de santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue, le Collège des médecins du Québec, l'Association québécoise des médecins pour l'environnement et le collectif IMPACTE.

« Des risques graves, inacceptables, connus et documentés commandent l'application, en toute urgence, de mesures pour protéger la santé de la population de Rouyn-Noranda. Nous savons que le risque cancérigène associé à l'exposition à l'arsenic est environ 100 fois supérieur à ce qui est considéré comme acceptable ailleurs au Québec. Les études de biosurveillance menées auprès d'enfants de Rouyn-Noranda ont également démontré une exposition accrue à l'arsenic, notamment par l'analyse de la concentration de ce contaminant dans leurs ongles, démontrant une contamination mesurable chez les enfants vivant à proximité de la Fonderie Horne. Face à de tels constats, il est difficile de justifier un nouveau report des mesures de réduction des émissions », affirme Maryse Bouchard, professeure titulaire de santé environnementale à l'INRS et chercheuse affiliée au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

Pourquoi un BAPE est nécessaire

Au-delà de la question environnementale, c'est aussi un enjeu d'équité, de transparence et de confiance envers les institutions publiques. Les normes environnementales et sanitaires existent pour protéger l'ensemble de la population. Lorsqu'une communauté est soumise pendant des décennies à un régime d'exception, il appartient au gouvernement de démontrer publiquement pourquoi cette situation demeure justifiée.

« Les citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda ne demandent pas un traitement privilégié. Ils demandent le même niveau de protection que celui accordé partout ailleurs au Québec », ajoute Anaïs Barbeau-Lavalette, réalisatrice, autrice et co-fondatrice de Mères au front.

Compte tenu des enjeux de santé publique documentés, des préoccupations exprimées par de nombreuses autorités médicales et scientifiques, ainsi que des arguments économiques invoqués pour justifier la prolongation du régime actuel, Mères au front estime qu'une évaluation indépendante et transparente s'impose avant toute décision.

Un mandat confié au BAPE permettrait notamment d'examiner :

les impacts sanitaires associés à la prolongation du régime d'exception ;
les coûts collectifs assumés par la population et le système de santé ;
les retombées économiques réelles de la Fonderie Horne pour Rouyn-Noranda, l'Abitibi-Témiscamingue et le Québec ;
les scénarios et solutions permettant de concilier activité économique, protection de la santé publique et respect des normes environnementales.

Demander un BAPE, ce n'est pas opposer l'économie à la santé. C'est reconnaître que lorsqu'une décision publique comporte des conséquences aussi importantes pour une population, elle doit être prise à la lumière d'une information complète, indépendante et accessible à toutes et tous.

Avant de prolonger jusqu'en 2033 un régime d'exception unique au Québec, le gouvernement a la responsabilité de démontrer que sa décision repose sur l'intérêt public et sur l'ensemble des faits. Dans un dossier qui touche à la santé, à l'environnement et à la confiance du public envers ses institutions, la transparence ne devrait jamais être facultative.



À propos de Mères au front

Mères au front est un mouvement citoyen regroupant des milliers de mères, de grand-mères et d'allié·es qui agissent pour protéger les conditions de vie des générations présentes et futures face à la crise climatique et environnementale.

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Des Terres des Sœurs de la Charité à l’Agro-parc, une agriculture résolument en marche !

9 juin, par Claudine Dorval, Voix citoyenne — , ,
Le 29 mai dernier, le gouvernement québécois présentait l'Alliance Agro-parc Québec, un regroupement de cinq partenaires : Agrinova (un centre collégial de transfert de (…)

Le 29 mai dernier, le gouvernement québécois présentait l'Alliance Agro-parc Québec, un regroupement de cinq partenaires : Agrinova (un centre collégial de transfert de technologie en agriculture), l'Université Laval, l'Institut de recherche et développement en agroenvironnement, Moisson Québec et l'UPA Capitale-Nationale-Côte-Nord. Ce quintet sera dorénavant chargé de la gestion du parc d'innovation agricole (agro-parc) sur les anciennes Terres des Sœurs de la Charité, à Beauport.

Photo Marie-Ève Lancup - nov. 2019

Cette annonce est une excellente nouvelle, attendue depuis longtemps. Rappelons que les Terres des Sœurs de la Charités sont restées protégées grâce à une importante mobilisation sociale. Elle a commencé dès leur achat par le groupe Dallaire en 2014 et s'est poursuivie au moins jusqu'à leur acquisition par le gouvernement québécois en 2022. Autrement, ces terres seraient sans doute aujourd'hui couvertes de bungalows et de condos.

Pour l'année 2026, une aide financière de 400 000$ aidera au démarrage de certaines activités, entre autres des projets de recherche et d'expérimentation sur une quarantaine d'hectares. Par ailleurs, une centaine d'hectares seront en rotation et, dans l'immédiat, dédiés à une agriculture commerciale, avec du soya et des prairies en fourrage. Dès 2025, une production maraîchère de proximité était amorcée sur deux parcelles de cinq hectares : la Ferme urbaine sociocommunautaire écologique (FUSÉ) approvisionne des organisations qui luttent contre l'insécurité alimentaire et la Ferme des Ambassadeurs produit des légumes exotiques pour des besoins spécifiques du marché régional.

Malgré le rôle prépondérant et persistant joué par la population dans la sauvegarde de ces terres, il semble qu'aucun rôle ne lui soit actuellement attribué au sein de l'équipe de l'Alliance Agro-Parc Québec. Une participation directe des citoyens et citoyennes dans les processus décisionnels serait pourtant bénéfique, surtout dans le cadre d'un agro-parc qui se veut inclusif et garant de pratiques agricoles innovatrices, viables, axées sur une alimentation accessible, saine et de proximité. Ces objectifs sont notamment ressortis d'un exercice de concertation mené en 2022-2023 par les AmiEs de la Terre de Québec auprès de plus de 200 personnes et/ou groupes.

Selon les consultations du MAPAQ, le rôle souhaité pour ces terres va dans le même sens : qu'elles soient nourricières et permettent un approvisionnement local en aliments de qualité, dans une perspective d'innovation. Or, la première rotation de culture prévue inclut la production de soya, partiellement pour l'exportation. Ce choix étonne l'Institut Jean-Garon : c'est une occasion manquée de sortir du tandem de rotation soya/maïs qui prédomine au Québec, soutenu par des politiques agricoles désuètes, alors que notre territoire ne produit pas suffisamment de céréales pour nourrir sa population. Soulignons que la majorité de nos aliments ont voyagé 2 500 km avant d'être consommés.

La mobilisation soutenue de dizaines de groupes et de centaines de citoyens et citoyennes durant toutes ces années a démontré que les Terres des Sœurs de la Charité sont perçues comme un précieux bien collectif. Maintenant qu'elles sont une propriété publique, Voix citoyenne se demande quelles mesures d'accessibilité assureront la « découvrabilité » de ces lieux et ce, dans le respect des activités de recherche, d'expérimentation et de production. Quelles actions permettront aussi l'atteinte d'objectifs éducatifs, pour que la population apprenne à mieux se nourrir avec une agriculture de proximité ? Rappelons que le MAPAQ avait organisé au printemps 2024 une activité de découverte du site mais une mini-tempête de vent en avait causé l'annulation.

Les AmiEs de la Terre, l'Institut Jean-Garon et Voix citoyenne rappellent la forte dimension sociale et communautaire déployée par les activités des Sœurs de la Charité pendant plus de cent ans sur ces terres cultivées sans interruption depuis l'époque de la Nouvelle-France. Nous avons le devoir collectif de perpétuer cette mission.

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Lock-out violent en 1976 chez Alcan Les travailleur(se)s se souviennent

9 juin, par Germain Dallaire — , ,
Le 3 juin dernier, une soixantaine d'ex-travailleur(se)s d'Alcan participaient à une marche commémorant le cinquantième anniversaire du lock-out de plus de cinq mois décrété (…)

Le 3 juin dernier, une soixantaine d'ex-travailleur(se)s d'Alcan participaient à une marche commémorant le cinquantième anniversaire du lock-out de plus de cinq mois décrété par Alcan. Ce conflit est emblématique de l'atmosphère des années 70.

Germain Dallaire

Les années 70 ont été tumultueuses dans les usines Alcan. D'un côté, Alcan était en mode réaction allant même jusqu'à contester la juridiction du Tribunal québécois du travail en judiciarisant les problèmes de relation de travail. D'un autre côté les travailleurs étaient constitués en bonne partie de baby-boomers plutôt allergiques à l'autoritarisme brutal. Le contexte mondial était également explosif avec les deux chocs pétroliers, l'hyper inflation et la loi anti inflation du gouvernement Trudeau contrôlant les salaires.

Le feu couvait depuis le début des années 70 alors que les arrêts de travail illégaux se multipliaient. Alcan avait préparé son coup de longue date en stockant du métal. Il n'y avait pas de loi anti-scab et Alcan était même allé jusqu'à engager des lutteurs pour faciliter l'entrée de ce qu'il appelait ses cadres. La SQ a été omniprésente tout le long du lock-out mais le paroxysme a été atteint le 14 octobre alors qu'un hélicoptère de la SQ ont fait pleuvoir les bombes lacrymogènes sur les manifestants et que les policiers anti-émeute ont chargé. La sauvagerie de l'intervention a définitivement fait basculer l'opinion publique du côté des travailleur(se)s. Un mois plus tard, une convention collective était signée. Les travailleurs restaient sur leur faim mais rentraient la tête haute pavant la voie à un remake trois ans plus tard dans le cadre d'une grève cette fois-ci choisie par les travailleurs. Le 15 novembre, le PQ était élu et la loi anti-scab votée.

Sur la vidéo qui suit, l'allocution de l'organisateur de la manif Mishell Potvin.
https://www.facebook.com/reel/1492533319018896

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La CSN veut recentrer le débat sur les vrais leviers du français

9 juin, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Dans son rapport annuel, publié ce matin, le Commissaire à la langue française, Benoit Dubreuil, met l'accent sur une francisation plus soutenue et sur une intégration des (…)

Dans son rapport annuel, publié ce matin, le Commissaire à la langue française, Benoit Dubreuil, met l'accent sur une francisation plus soutenue et sur une intégration des personnes migrantes, des objectifs que la CSN appuie. La centrale déplore toutefois l'importance démesurée accordée à l'immigration, alors que d'autres facteurs mériteraient une attention accrue.

3 Juin 2026
Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/la-csn-veut-recentrer-le-debat-sur-les-vrais-leviers-du-francais/

La CSN soutient que la francisation des personnes en milieu de travail est un levier important pour favoriser l'intégration et permettre de pratiquer et de socialiser en français. « Nous notons avec satisfaction que le tout récent rapport sur la francisation en entreprise conclut que les mécanismes actuels ne permettent pas d'atteindre les objectifs de francisation dans le secteur privé, faute d'engagement de la majorité des employeurs et vu les lacunes dans l'accompagnement offert par l'Office québécois de la langue française, dont les exigences n'ont guère évolué depuis 1977 », affirme la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

Pour cela, le gouvernement devra réinvestir dans les programmes qu'il a fermés, dont celui du Cégep de Saint-Laurent. C'est une quinzaine de postes de perdus, des animatrices et animateurs ainsi que des professionnel-les dédiés à la francisation dans cet établissement seulement.

La CSN souligne le silence du commissaire concernant la francisation des personnes dans les milieux de travail du secteur public, dont le devoir d'exemplarité a aussi été examiné dans un récent rapport. Pourtant, le droit de travailler en français reste le même et le gouvernement, comme employeur, se doit de faire meilleure figure que le secteur privé, face à la situation constatée par les syndicats CSN dans la santé et les services municipaux, par exemple, où nombre de personnes n'auraient pas le français requis pour accomplir leurs tâches.

L'importance du Programme de l'expérience québécoise pour notre langue

« Tous les jours, nous voyons des nouvelles qui relatent l'histoire de travailleurs étrangers, intégrés à leur milieu de vie, obligés de quitter le Québec parce que leur permis de travail est arrivé à échéance. Le commissaire le recommande, il faut prioriser les candidats qui vivent déjà ici et qui parlent français. Le gouvernement avait promis de rouvrir le PEQ pour les sélectionner, mais il tarde à le faire », soutient la présidente de la CSN.


Notre langue, notre culture

La CSN déplore le grand nombre de recommandations concernant l'immigration au détriment d'autres enjeux qui fragilisent le français au Québec. La centrale syndicale ne partage pas plusieurs de ces analyses et positions en matière d'immigration et de droit international à l'asile, estimant qu'elles débordent parfois du champ linguistique.

« D'autres problématiques auraient pu faire l'objet de plus de recommandations. On n'a qu'à penser aux géants du web qui diffusent du contenu en anglais », dénonce Caroline Senneville. Le commissaire le souligne, mais pas assez, selon la centrale. Il faut s'assurer que notre culture rayonne davantage, et ce, grâce au soutien financier et législatif des gouvernements.

Participation syndicale, participation sociale

En terminant, la CSN, dont le nombre de membres a grimpé à 350 000 au cours des trois dernières années, joint sa voix à celle du commissaire pour que le déploiement de Francisation Québec soit complété rapidement.

Cela implique, entre autres, l'introduction d'un nouveau volet à son offre, soit l'apprentissage informel par la participation sociale, comme le recommande le commissaire. « Ceci correspond bien à l'expérience et à la volonté syndicale d'accroître la participation et la représentation des personnes immigrantes dans notre mouvement », conclut la présidente de la CSN.

À propos

Fondée en 1921, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s'engage dans plusieurs débats qui concernent de près la société québécoise. Elle rassemble plus de 1600 syndicats et quelque 350 000 travailleuses et travailleurs, lesquels sont réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans 8 fédérations, et sur une base régionale dans 13 conseils centraux, avec près de 30 points de service au Québec et au Canada.

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Angine de poitrine : pourquoi on aime une musique qu’on ne comprend pas vraiment

9 juin, par Oliver Serrano León — ,
On tombe sur la vidéo presque par hasard. À l'écran apparaissent deux personnages masqués, dont l'esthétique oscille entre l'artisanal, l'absurde et l'inquiétant. Ils (…)

On tombe sur la vidéo presque par hasard. À l'écran apparaissent deux personnages masqués, dont l'esthétique oscille entre l'artisanal, l'absurde et l'inquiétant. Ils commencent à jouer. La guitare ne sonne pas comme on s'y attendrait. Certaines notes semblent se loger « entre » les notes que nous connaissons. La batterie avance avec précision, mais pas toujours sur des chemins prévisibles. La première réaction est la perplexité. La deuxième, la curiosité. Et, avant même de l'avoir décidé, on continue à regarder.

Tiré de The conversation.

C'est en partie ce qui explique le phénomène récent d'Angine de poitrine, un duo expérimental québécois qui s'est particulièrement fait remarquer par sa combinaison de rock mathématique, de masques en papier mâché, d'humour surréaliste et d'utilisation de guitares microtonales. Leur passage à KEXP en a fait une curiosité virale : non seulement pour leur son, mais aussi pour la difficulté de les ranger dans une case connue.

Du point de vue de la psychologie, ce cas est fascinant, car il nous force à poser une question plus large : pourquoi peut-on aimer une musique qu'on ne sait pas, au départ, comment interpréter ?

Le cerveau n'écoute pas : il prédit

Écouter de la musique, ce n'est pas recevoir des sons passivement. Le cerveau anticipe. Il s'attend à ce qu'une mélodie continue dans une certaine direction, à ce qu'une tension harmonique se résolve, à ce qu'un rythme retombe à un moment donné. Une grande partie du plaisir musical vient de ce jeu délicat entre confirmation et surprise.

Quand tout est trop prévisible, la musique s'aplatit. Quand tout est trop imprévisible, elle bascule dans le chaos. Entre ces deux extrêmes se trouve une zone particulièrement fertile : la musique qui défie nos attentes sans pour autant les détruire. Des études sur la prévisibilité, l'incertitude et le plaisir musical ont montré que nous tendons à préférer des niveaux intermédiaires de complexité : suffisamment d'ordre pour nous orienter, suffisamment de surprise pour nous tenir en haleine.

C'est précisément ce terrain qu'Angine de poitrine occupe. Leurs chansons peuvent sembler étranges, mais elles ne sont pas du pur désordre. Il y a de la répétition, du rythme, des motifs, une énergie physique. La batterie offre une structure reconnaissable tandis que la guitare instille une sensation d'instabilité. Le résultat est un mélange psychologiquement efficace : l'auditeur ne saisit pas tout à fait ce qui se passe, mais il n'est pas non plus complètement perdu.

Les microtons : quand une note semble être à sa place

L'utilisation des microtons mérite qu'on s'y attarde. Dans la musique occidentale courante, l'octave est divisée en douze demi-tons. Le piano, la guitare standard ou la grande majorité de la pop s'inscrivent dans ce cadre. La musique microtonale, elle, utilise des intervalles plus petits ou différents de ceux qu'impose ce système.

C'est pourquoi une guitare microtonale peut sembler, à la première écoute, « désaccordée ». Mais cette impression ne signifie pas nécessairement qu'elle l'est. Elle signifie que le cerveau compare ce qu'il entend à ses schémas antérieurs. Si une note atterrit là où notre oreille – façonnée par notre culture – ne l'attendait pas, nous l'interprétons comme une bizarrerie, une tension, voire une erreur.

Les recherches sur l'apprentissage d'intervalles microtonaux inconnus montrent que des auditeurs occidentaux sans formation particulière peuvent se familiariser avec des gammes inhabituelles par la simple exposition. Ce qui semble étrange au départ devient progressivement intelligible. Le goût musical n'est pas qu'une préférence spontanée : c'est aussi un apprentissage perceptif.

D'autres travaux sur les accords microtonaux peu familiers suggèrent que notre réponse affective à ces sons dépend autant de propriétés acoustiques internes que d'habitudes acquises par exposition culturelle. Autrement dit : nous n'écoutons pas seulement avec nos oreilles, mais aussi avec toute l'histoire musicale que nous portons en nous.

Le malaise peut aussi être esthétique

Ce qu'Angine de poitrine ne fait pas, c'est éliminer le malaise. Ce qu'ils font, c'est l'intégrer à l'expérience. Cela rejoint une idée centrale de la psychologie de la musique : le plaisir ne vient pas uniquement de ce qui est agréable, doux ou familier. Il peut aussi naître de la tension, de l'ambiguïté et de la résolution partielle d'une attente.

La musique active des circuits cérébraux liés à la récompense, à l'anticipation et à l'émotion. Des études en neurosciences sur le plaisir musical et la prédiction ont suggéré que ce plaisir surgit quand le cerveau détecte des schémas, génère des attentes, puis constate des écarts significatifs par rapport à celles-ci. Ce n'est pas seulement ce qui sonne bien qui nous touche ; c'est ce qui nous oblige à réorganiser ce que nous nous attendions à entendre.

C'est pourquoi une proposition apparemment difficile peut devenir addictive. La première écoute produit l'étrangeté. La deuxième permet de reconnaître un motif. La troisième transforme l'étrange en familier. Au fil de ce parcours, le cerveau récolte une petite récompense : il a partiellement apprivoisé le chaos.

Voir change ce qu'on entend

Angine de poitrine, ce n'est pas que du son. C'est de l'image, du geste, du théâtre, des personnages. Les masques, l'esthétique absurde et la présence physique des interprètes influencent la façon dont on écoute. Des recherches sur la perception musicale en tant qu'expérience multisensorielle ont montré que les éléments visuels d'une performance ne sont pas de simples ornements : ils peuvent modifier l'interprétation émotionnelle, structurelle et esthétique de ce qu'on entend.

Ce n'est pas pareil d'écouter une pièce microtonale hors contexte et de la voir jouée par deux personnages qui semblent sortir tout droit d'un rituel à la fois comique et artisanal. L'image peut servir de clé de lecture : ce n'est pas une erreur, c'est un jeu ; ce n'est pas de la maladresse, c'est de l'intention ; ce n'est pas du bruit, c'est un langage. Plusieurs études ont d'ailleurs montré que l'information visuelle influe sur l'évaluation d'une performance musicale et que les gestes de l'interprète modifient ce que nous percevons.

Dans un écosystème saturé de musique lisse et de recommandations algorithmiques, cette dimension physique et scénique prend tout son sens. Angine de poitrine semble offrir quelque chose de difficile à simuler : la présence, la singularité manuelle, l'imperfection signifiante. Le sentiment que « ça se passe vraiment » fait partie de l'attrait, surtout dans un contexte où la musique en direct reste associée à l'authenticité, à l'identité et au lien social.

L'étrange comme refuge face au prévisible

Le succès d'Angine de poitrine tient peut-être à un paradoxe contemporain. Jamais nous n'avons eu accès à autant de musique et, pourtant, une grande partie de l'expérience culturelle semble de plus en plus optimisée pour ne pas déranger. Les plates-formes apprennent nos préférences et nous renvoient des variations de ce que nous aimions déjà. La surprise est administrée à dose homéopathique.

C'est pourquoi, quand surgit quelque chose qui brise le moule sans renoncer au rythme, à la virtuosité et à l'humour, le cerveau dresse l'oreille. Non pas parce qu'il comprend immédiatement le code, mais parce qu'il détecte une occasion d'exploration.

Angine de poitrine ne prouve pas que tout ce qui est étrange finit par plaire. La singularité seule ne suffit pas. Ce qui fonctionne, c'est la combinaison : déviation et structure, microtons et groove, masque et précision, déconcertement et plaisir physique.

Au fond, ce n'est peut-être pas malgré notre incompréhension que nous aimons cette musique. C'est grâce à elle.

Découvrir le marxisme écologique

9 juin, par Les Éditions sociales — , ,
Découvrir c'est laisser de côté les formules et les simplifications pour se confronter directement aux textes. Sur une autrice, sur un auteur, sur une question, la collection (…)

Découvrir c'est laisser de côté les formules et les simplifications pour se confronter directement aux textes. Sur une autrice, sur un auteur, sur une question, la collection Découvrir présente dix textes, commentés et mis dans leur contexte, proposant au lecteur des pistes pour aller plus loin.

Les textes rassemblés ici présentent les principaux auteurs et concepts du marxisme écologique parmi lesquels James O'Connor sur la seconde contradiction du capitalisme, John Bellamy Foster sur la rupture du métabolisme de l'homme et de la nature, Kohei Saito sur le communisme de décroissance, Michael Löwy sur l'écosocialisme ou Andreas Malm sur le capitalisme fossile. L'ouvrage éclaire les liens des marxismes écologiques avec d'autres courants, notamment l'écoféminisme (Ariel Salleh, Maria Mies) et explicite ses enjeux politiques actuels.

Alexis Cukier est maître de conférences en philosophie à l'université de Poitiers.

Paul Guillibert est chargé de recherche en philosophie au CNRS – Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Table des matières

Un nouveau marxisme pour la révolution écologique. Introduction . . . .7

1. Travail et limites naturelles Ted Benton . . . . 23

2. La seconde contradiction du capitalisme . . . . James O'Connor . . . .37

3. Les paysannes dans la division sexuelle du travail Maria Mies . . . .53

4. Écoféminisme et socialisme Ariel Salleh . . . .67

5. Le métabolisme de l'homme et de la nature et sa rupture John Bellamy Foster . . . . . . . . . . . . . .83

6. Le communisme de décroissance Kohei Saito . . . .97

7. Écosocialisme ou catastrophe Michael Löwy . . . .113

8. Les origines historiques du capital fossile . . . . Andreas Malm . . . .127

9. L'écologie-monde du capitalisme Jason W. Moore . . . . 143

10. Le travail de la nature Alyssa Battistoni . . . . 157

ISBN : 9782353671229
Collection : Les propédeutiques
Paru (en France) le 22/08/2025
176 pages

À lire

Un extrait de l'introduction, publié sur ContreTemps et que vous pouvez retrouver par ici !

Un entretien entre Alexis Cukier et Céline Marty pour L'Humanité à propos des liens entre marxisme et luttes écologiques, juste là !

L'entretien fleuve réalisé par Léa Dang avec Paul Guillibert pour Socialter, à retrouver ici.

L'entretien réalisé par Rémi Noyon avec Paul Guillibert pour Le Nouvel Obs, à retrouver ici.

L'article de Léa Guedj sur les alliances écologistes et ouvrières avec Paul Guillibert pour Reporterre, à retrouver ici.

La sauvagerie sadique à l’œuvre : l’offensive de Trump et Rubio contre Cuba

9 juin, par David Finkel — , ,
Le sadisme barbare du régime Trump, qui s'attaque à Cuba par la famine pour provoquer un changement de régime, apparaît clairement lorsque l'on examine les circonstances et le (…)

Le sadisme barbare du régime Trump, qui s'attaque à Cuba par la famine pour provoquer un changement de régime, apparaît clairement lorsque l'on examine les circonstances et le contexte.

Tiré de Inprecor
3 juin 2026

Par David Finkel

Les controverses internes à la gauche au sujet du caractère du gouvernement et de l'État cubains sont complètement hors de propos face à la brutalité dont font preuve les États-Unis. L'État et le gouvernement impérialistes américains, ce sont eux qui doivent être traduits en justice.

C'est cet État et ce régime Trump qui se vantent d'avoir fait exploser plus de cinquante bateaux dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, sous le prétexte mensonger qu'ils « transportaient de la drogue », tuant près de deux cents personnes, dont des victimes de bombardements « à double frappe » — dans la plupart des cas, probablement des bateaux de pêche — sans la moindre preuve, et encore moins de procédure judiciaire.

Ce même régime a maintenant mis en accusation l'ancien président et ministre de la Défense cubain Raúl Castro pour avoir fait abattre il y a trois décennies trois avions de l'organisation d'exilés cubains « Brothers to the Rescue ».

Cela n'a rien à voir avec la justice ou une quelconque menace pour la sécurité nationale, mais relève du pouvoir impérialiste brut, tel qu'il s'exerce dans le cadre de la « doctrine Monroe » sous une présidence américaine en perdition, combiné au zèle fanatique de Marco Rubio, possédé possédé qu'il est par son complexe du sauveur et son obsession de « sauver Cuba du communisme ».

Cette arrogance s'est pleinement manifestée avec l'enlèvement de l'ancien dirigeant vénézuélien Maduro. Trump s'attendait à reproduire cet exploit en Iran — sans tenir compte d'un détail : Téhéran avait la capacité de riposter. (Il faut reconnaître que celles et ceux d'entre nous qui savaient que les absurdités de Trump en matière de droits de douane et de réductions d'impôts porteraient préjudice à l'économie américaine ont sous-estimé son potentiel à faire s'effondrer l'économie mondiale tout entière.)

Dévastation généralisée

Plus largement, l'assaut américain contre Cuba est un avertissement délibéré à l'intention de tout mouvement ou gouvernement progressiste actuel ou futur en Amérique latine. Aujourd'hui, la vie des enfants cubains, des femmes enceintes et de toutes les personnes qui auraient besoin de soins de santé, et qui meurent faute d'électricité et de fournitures médicales, constitue un sacrifice humain sur l'autel de la rapacité et de l'idéologie impérialistes.

Il fut un temps où le Cuba postrévolutionnaire représentait une sorte de défi radical à l'hégémonie américaine, ou tout au moins représentait ce qui était appelé la « menace de l'exemple » de Cuba, avec ses avancées en matière d'éducation et de santé publique. En toute honnêteté, une telle « menace » a pris fin il y a longtemps avec la défaite des révolutions d'Amérique centrale dans les années 1980, puis la désintégration de l'Union soviétique en 1991.

Les trente-cinq années qui ont suivi, à commencer par la « période spéciale » d'austérité et de privations du début des années 1990, ont été marquées par une lutte pour préserver l'indépendance et la viabilité économique de Cuba dans un contexte de menace constante, ainsi que par des vagues d'émigration. C'est dans ces circonstances que s'est produit la destruction des avions pilotés par des exilés en 1996.

Ces vols de « Brothers to the Rescue », quelle que soit l'aide humanitaire qu'ils auraient pu apporter aux bateaux de réfugiés au début des années 1990, constituaient également des provocations délibérées contre la souveraineté de Cuba. Ils entretenaient des liens opaques avec la CIA et le FBI, dont certains ont été révélés par des agents du gouvernement cubain qui avaient infiltré le groupe.

En 1996, en pénétrant dans l'espace aérien cubain et en larguant des tracts au-dessus de La Havane, ils s'étaient lancés dans une opération à haut risque qui s'est terminé tragiquement.

Cela justifiait-il que l'armée de l'air cubaine abatte de petits avions civils ? À mon avis, clairement non — quelles que soient leurs intentions malveillantes ou provocatrices, ces vols ne constituaient pas une menace imminente pour la sécurité ni sur le plan militaire.

Cuba pouvait certainement les intercepter sans recourir à de telles méthodes. L'impact politique en fut désastreux, entraînant des sanctions anti-cubaines encore plus sévères, adoptées par un accord « bipartisan » entre l'administration Clinton et la direction républicaine du Congrès

Cette destruction en vol aurait-elle justifié une enquête indépendante ? Peut-être — dans un monde différent, doté d'un organisme habilité à la mener. Dans le monde réel, le gouvernement et le système judiciaire des États-Unis ne remplissent pas cette fonction et ne sont pas habilités à poursuivre Cuba ou ses responsables pour cette affaire ou toute autre. C'est l'impérialisme américain qui devrait être mis en cause.

Il y a des exilé.es cubain.es, et pas seulement des extrémistes de droite, qui pensent que Trump et Rubio vont « libérer » l'île. Ils devraient regarder ce qui se passe au Venezuela, où le régime policier post-chaviste de Maduro reste en place, sous une nouvelle direction à la solde de Washington, et où persistent des conditions de vie désastreuses.

L'intention de s'en prendre à Cuba s'inscrit dans le cadre du projet qui vise à asservir toute l'Amérique latine à la domination et à l'emprise des multinationales, en particulier des grandes entreprises américaines, au mépris de la démocratie. C'est là une voie rapide qui mène à la ruine de l'hémisphère, et cela accroît considérablement les enjeux.

Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro. Source : Solidarity, 28 mai 2026

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L’emprise

9 juin, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
Ceux qui te font croire qu'on t'autorise à sortir du cadre qui te catégorise te marginalise, te déshumanise pour ariver à leurs fins, t'utilisent, te méprisent, (…)

Ceux qui te font croire qu'on t'autorise
à sortir du cadre qui te catégorise
te marginalise, te déshumanise
pour ariver à leurs fins, t'utilisent,
te méprisent, t'accessoirisent

Ceux qui te courtisent te disent
"vas-y extériorise ce qui te paralyse
sors du placard ce qui te fragilise
"
tirent profit de ce qui te précarise
capitalisent sur ce qui polarise

Ceux qui te font croire qu'on te valorise
dans l'arène, temporisent
pour éviter toute méprise
en misant sur ce qui te singularise
tes cicatrices, les contextualise

Quand ceux qui médiatisent vulgarisent
l'emprise de celui qui te terrorise
te brutalise, te dévalise, te colonise
des crimes commises, on banalise minimise, dépersonnalise, ironise

Ceux qui te déstabilisent
se contredisent, se désolidarisent
à la première brise
On te radicalise, te culpabilise, te brise
Rien à foutre de ce qui te caractérise

Il serait grand temps que tu dégrises !

Zaz pitit Dessalines

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Sororité, inconditionnelle ou pas ?

La solidarité entre les femmes est un idéal difficile à mettre en pratique concrètement. Et souvent celles qui prêchent la sororité à tout bout de champ ne sont pas celles qui (…)

La solidarité entre les femmes est un idéal difficile à mettre en pratique concrètement. Et souvent celles qui prêchent la sororité à tout bout de champ ne sont pas celles qui la pratiquent le plus.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/07/sororite-inconditionnelle-ou-pas/?jetpack_skip_subscription_popup

Je ne prêche pas la sororité absolue et inconditionnelle, parce que je sais par expérience qu'il y a des obstacles majeurs à l'application féministe de ce mot d'ordre : d'abord, les différences sociales, culturelles etc, qui existent entre les femmes, qui font que leurs intérêts ne coïncident pas nécessairement tout le temps. C'est précisément ce que prend en compte le féminisme intersectionnel.

D'autre part, si l'on est féministe, on ne peut pas être solidaire inconditionnellement de toutes les femmes : doit-on être solidaires de ces femmes, dont j'ai parlé plusieurs fois, qui ont causé des dommages considérables aux autres femmes, sont mêmes responsables de l'aggravation des violences qu'elles subissent, voire de leur mort. Ces femmes qui en Russie ont proposé et fait passer la loi décriminalisant les violences conjugales, et aux EU ont fait campagne pour l'interdiction de l'avortement ? Evidemment non. Il est logique de tracer une ligne au delà de laquelle ce mot d'ordre de sororité devient antiféministe, et cette ligne c'est si les idées et les actes de ces femmes mettent clairement en danger les autres femmes.

En fait, souvent, ce mot d'ordre d'inclusivité totale et de sororité inconditionnelle n'est qu'un slogan ronflant que les féministes libérales mettent en avant parce qu'au niveau théorique, elles n'ont rien d'autre, et surtout pas d'analyses féministes solides à proposer. Et généralement ne lisent pas, voire ne connaissent pas les analyses des livres des féministes qui nous ont précédées et à qui nous devons notre prise de conscience et notre niveau de compréhension actuel des formes multiples de notre oppression. Le féminisme qui insiste pour inclure les pires ennemis des femmes dans ses rangs est au service des masculinistes.

Tout féminisme qui ne commence pas par une prise de conscience et une énonciation de certaines vérités désagréables, en particulier sur ces institutions d'exploitation que sont l'hétérosexualité et la maternité en système patriarcal et qui traite ces institutions comme des vaches sacrées intouchables qui ne doivent jamais être questionnées n'est qu'une imposture. Le féminisme DOIT DERANGER, secouer le cocotier des stéréotypes et des normes. Sinon, on vous fait perdre votre temps.

Le féminisme gentil, propre sur lui et consensuel est rassurant parce qu'il n'implique pas de remises en cause radicales de votre conception des rapports sociaux, en particulier entre hommes et femmes. Il ne touche pas à l'hétérosexualité, ni au couple, ni à la maternité qui sont les principaux instruments d'exploitation des femmes. Donc en refusant de les mettre en question, il contribue à perpétuer cette exploitation.

Et remettre en question les certitudes sur lesquelles on a basé sa vie, c'est douloureux sur le moment mais c'est protecteur à terme. Tandis que s'accrocher à ses illusions et se réfugier dans le déni et la dénégation, c'est confortable sur le moment mais à terme ça vous expose, l'exemple de Gisèle Pelicot est très parlant à ce sujet. Déplorer les effets dont on chérit les causes, c'est la formule même du féminisme libéral.

(c'est un com que j'ai posté sur un fil de discussion sur FB mais moi et d'autres féministes arrivent à un point de saturation par rapport au fun feminism libfem qui marque des points en cette période régressive actuelle. Ce libfem refuse absolument le questionnement de certaines institutions patriarcales, questionnement qui était central au féminisme il y a 60 ans, et ose taxer ce questionnement d'extrémiste, ce qui est un non-sens absolu)

Francine Sporenda
https://sporenda.wordpress.com/2026/04/30/sororite-inconditionnelle-ou-pas/
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AMOUR, un mot genré

Des amies ont déclaré, sur un autre fil, qu'elles sont sûres d'avoir été aimées par les hommes qui ont partagé leur vie. C'est fort possible, et je le leur souhaite – mais la (…)

Des amies ont déclaré, sur un autre fil, qu'elles sont sûres d'avoir été aimées par les hommes qui ont partagé leur vie. C'est fort possible, et je le leur souhaite – mais la question n'est pas là.

Tiré de Entre les ligneset les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/02/amour-un-mot-genre/?jetpack_skip_subscription_popup

Ce qui était discuté sur ce fil était le fait que non seulement les femmes sont censées accorder un très grande place dans leur vie à l'amour – ce qui n'est pas attendu des hommes – mais que le mot « amour » n'a pas le même sens au féminin, qu'il implique pour elles des exigences bien plus importantes et des comportements très différents de ce qu'il implique pour les hommes.

Pour les hommes, la mise en couple implique l'accès, voire le droit, à différents services gratuits fournis par la partenaire : services domestiques, sexuels, émotionnels, reproductifs, soin des enfants, et bien sûr la charge mentale d'organiser tout ça. Services qui leur coûteraient une somme considérable s'ils devaient rémunérer leur partenaire pour tout ça : 6 400 Euros par mois d'après cette estimation du Figaro (1).

Qu'est ce qu'aimer implique pour un homme, qu'est ce qu'il est censé apporter dans le couple ? Autrefois, comme je l'ai rappelé, en échange de tous ces services gratuits, il entretenait financièrement sa femme. Maintenant, les femmes travaillent à l'extérieur, ont un salaire, elles ne sont plus entretenues par leur conjoint. Donc dans le couple moderne, la femme est encore plus exploitée que dans celui de l'époque de nos grand-mères.

Et je demande, on sait ce qu'apportent les femmes dans le couple moderne, mais qu'est ce que les hommes y contribuent ? Qu'est ce qu'ils sont supposés faire pour leur partenaire ? L'institution du couple bénéficie-t-elle également aux deux conjoints, y-a-t-il une vraie réciprocité, ou y en a-t-il un qui en retire bien plus que l'autre ? En particulier :

– est ce que la majorité des hommes abandonnent, au moins temporairement, leur travail pour élever leurs enfants ?

– est-ce qu'ils abandonnent souvent leur job/carrière pour suivre leur conjointe quand elle est envoyée dans une nouvelle ville ou pays pour son nouveau job ?

– est ce qu'ils acceptent de travailler pour assurer la vie matérielle du couple pendant que leur conjointe fait des études supérieures longues (médecine par exemple) ? J'ai eu des exemples de telles situations autour de moi où des femmes gagnaient un salaire/entretenaient leur conjoint pour lui permettre de terminer ses études.

– est-ce qu'ils se forcent souvent à faire des câlins ou même à avoir des relations sexuelles que leur femme désire mais dont ils n'ont pas envie ?

– est-ce qu'ils assument la charge mentale de la répartition des corvées quotidiennes dans le couple ?

– est-ce qu'ils partagent à 50/50 ces corvées quotidiennes ?

– est-ce qu'ils lavent et repassent eux-mêmes leurs linge et vêtements ?

– est-ce qu'ils s'occupent vraiment de leurs enfants, sauf pour des activités ludiques, faire la lecture, etc ? Est-ce qu'ils partagent à 50/50 les corvées quotidiennes relatives aux enfants (emmener et ramener de l'école, voir les professeurs, prendre les RDV médicaux et y emmener les enfants, acheter leurs vêtements, leurs fournitures scolaires, les aider pour leurs devoirs etc.) ?

– est ce qu'ils se sont relevés la nuit quand leur bébé criait, ont partagé 50/50 les couches à changer ?

– est ce qu'ils vous ont longuement écoutée et soutenue émotionnellement quand vous alliez mal, quand vous étiez déprimée, que vous aviez des ennuis au travail ?

– est-ce qu'ils sont jamais intervenus pour vous protéger contre les agressions et le harcèlement d'autres hommes, y compris sur les RS ?

– après la fin de votre relation, ont-ils continué à s'occuper de leurs enfants et à payer régulièrement leur pension alimentaire ? (près de 40% des hommes ne le font pas).

– est-ce que ces hommes dont vous dites qu'ils vous ont aimées ont fait quoi que ce soit de concret pour soutenir les droits des femmes et les mouvements qui les défendent ?

Ma liste est probablement incomplète, complétez-la à volonté.

Mais ça donne déjà une idée du fait que même si un homme vous aime, son amour implique beaucoup moins d'obligations envers vous que celles que la société attend d'une femme envers l'homme qu'elle aime.

Francine Sporenda

https://sporenda.wordpress.com/2026/04/28/amour-un-mot-genre/
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Propagande masculiniste : comment les violences deviennent légitimes

La propagande masculiniste ne repose pas seulement sur la désinformation ou les discours de haine. Elle se fonde principalement sur un monopole d'interprétation du réel visant (…)

La propagande masculiniste ne repose pas seulement sur la désinformation ou les discours de haine. Elle se fonde principalement sur un monopole d'interprétation du réel visant à naturaliser la domination masculine et à légitimer la violence. Comprendre ces ressorts et leurs relais constitue déjà un premier pas pour y résister.

Tiré de entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/29/propagande-masculiniste-comment-les-violences-deviennent-legitimes/

On me demande souvent comment lutter contre la propagande masculiniste. La réponse attendue est généralement technologique ou législative : modération algorithmique, intelligence artificielle, interdiction des réseaux sociaux pour certains publics, criminalisation des discours de haine, renforcement des dispositifs de surveillance. Réduire la propagande masculiniste uniquement comme un problème de contenus à supprimer conduit à passer à côté de son enjeu central : elle constitue un outil destiné à produire, justifier et imposer la domination masculine, en façonnant les représentations du réel, entre autres, en normalisant les violences masculines.

Faute de travail de fond sur les représentations médiatiques des violences fondées sur le genre, les rapports de pouvoir qui structurent la circulation de l'information et les mécanismes de légitimation propres aux milieux radicaux masculinistes, les réponses attendues (technosolutionnistes, répressives) risquent d'être au mieux inefficaces, au pire contreproductives ou liberticides.
Ce travail de fond implique notemment d'interroger le rôle des médias dans la circulation de ces cadres interprétatifs. Pour ce faire, ce texte revient d'abord sur les enjeux de la propagande et sur les limites des approches contemporaines, avant d'analyser les principales logiques structurant la propagande masculiniste : fabrication d'identités collectives, construction de menaces, captation de l'autorité et légitimation du passage à l'acte. Il s'achève enfin sur les enjeux journalistiques et médiatiques liés aux représentations des violences fondées sur le genre qui peuvent participer à normaliser la terreur masculiniste.

L'enjeu de la propagande

Avant d'analyser les spécificités de la propagande masculiniste, il convient de revenir aux bases de ce qu'est la propagande et aux limites des approches contemporaines censées la combattre. Dans le champ des propaganda studies, la propagande est généralement définie comme une tentative délibérée et systématique de façonner les perceptions, orienter les comportements et produire des formes d'adhésion au service d'intérêts politiques. Elle désigne donc des dispositifs de persuasion de masse visant à produire de la légitimité pour imposer des cadres d'interprétation du réel afin de conditionner les réflexes collectifs dans la défense des intérêts politiques, commerciaux ou idéologiques.

Toute persuasion de masse n'est pas nécessairement néfaste aux démocraties inclusives. Penser : les campagnes de santé publique, de diffusion de programmes électoraux ou de luttes pour l'égalité. La problématique n'est donc pas l'existence de dispositifs de persuasion de masse en tant que tels, mais la manière dont ils participent – ou non – à des dynamiques susceptibles de menacer l'ordre public, démocratique, de renforcer des rapports de domination ou de légitimer la commission des violences à l'égard des personnes.

Pourtant, en France, les approches dominantes de lutte contre les menaces informationnelles tendent à définir le caractère problématique ou illicite de la propagande, non pas à partir de ces éléments moraux, mais à partir de critères de véracité ou de territorialité. En grossissant le trait : est légitime ce qui est factuel et français. Ce cadre d'analyse tend à invisibiliser des manipulations du réel produites par des acteurs locaux, ainsi que des narratifs reposant sur des éléments factuellement exacts, mais sélectionnés, hiérarchisés ou décontextualisés afin de produire certains cadres d'interprétation du réel.

Les travaux sur les « cultures du fact-checking » rappellent que la vérification des faits est elle-même une pratique située : elle repose sur des choix éditoriaux, des contraintes organisationnelles et des critères de sélection qui déterminent quels énoncés deviennent vérifiables, visibles et légitimes. Les acteurs occupant une position de contrôle de la légitimité informationnelle s'arrogent ainsi, souvent au nom d'une posture de neutralité ou d'une cause suprême héroïsée, une forme d'autorité pour définir le réel sans situer leur propre position sociale, politique ou institutionnelle dans la production de cette légitimité, ni mesurer les externalités négatives de leurs productions. Le fact-checking – domaine encore largement masculin et blanc – peut, par exemple, produire du harcèlement antiféministe. Pour illustrer : le tout premier article deLibération sur le prédicateur masculiniste Andrew Tate, un « débunking » d'une blague le visant (au lieu de débunker l'ensemble de de sa propagande), a exposé des féministes à des cyberviolences massives.

De cette fausse neutralité découle une autre préoccupation centrale des approches contemporaines des menaces informationnelles : la lutte contre la « polarisation » du débat public. Or,la polarisation ne peut être pensée comme une menace démocratique abstraite sans tenir compte des rapports d'inégalité dans lesquels les groupes sont situés. Présentée de manière dépolitisée, la polarisation tend alors à être réduite à une incapacité des groupes à dialoguer ou à coexister dans un même espace public, tandis que certaines voix dites « modérées », issues des classes dominantes, s'arrogent une légitimité pour définir les limites du débat et comportement acceptable.

Dans un contexte de montée des dynamiques autoritaires et réactionnaires, certaines conflictualités sont pourtant le produit de luttes pour l'égalité et des résistances qu'elles suscitent de la part des groupes dominants. Enjoindre à la politesse, au débat ou à la symétrisation des positions, sous prétexte de lutter contre la polarisation ou la conflictualité, contribue à déplacer le problème : la cohésion sociale – ou, plutôt, l'assimilation – devient l'objet principal de préoccupation, plutôt que les rapports de domination, les violences ou les logiques d'exclusion qui produisent ces conflits. Ce phénomène est particulièrement visible lorsque les mobilisations féministes/antiracistes et masculinistes/racistes sont mis sur un pied d'égalité pour les prier d'être moins énervés. Une fausse symétrie qui est le préalable à la victimisation inversée.

De même, réduire la lutte contre des offensives informationnelles à une simple « bataille des récits » invisibilise les infrastructures de médiation et les rapports de domination qui structurent la circulation de l'information : plateformes numérique et médiatiques privées, hiérarchies sociales etc. Cette lutte n'a pourtant rien de désincarné. Elle se déroule sur des terrains réels et produit des effets tangibles : légitimation de violences, marginalisation de voix critiques et renforcement des groupes déjà dominants dans l'espace public. L'autorité repose alors moins sur les règles d'un débat consenti que sur la capacité à saturer l'espace informationnel et de contrôler de manière coercitif les cadres de lecture du réel.

De plus, sans recours contre des offensives informationnelles coordonnées, ces dynamiques peuvent également produire des formes de trahison institutionnelle, (la chercheuse de psychologie, Dr. Jennifer Freyd). La trahison institutionnelledésigne les « actes répréhensibles commis par une institution à l'encontre d'individus qui en dépendent, notamment le défaut de prévention ou de prise en charge des actes répréhensibles commis au sein de l'institution ». Fragiliser la confiance envers des institutions censées protéger les droits des plus faibles, peut à son tour générer des discours perçus comme conspirationnistes, qui seront à leur tour criminalisés par des justicier de la vérité. Cette dynamique fut visible, par exemple dans le traitement fait des mobilisations antiracistes organisés par le collectif « Vérité pour Adama », qualifiés de complotistes par le site Conspiracy Watch.

Pour résumer, l'enjeu central de la propagande réside dans l'autorité à dire le réel. Ou, plus précisément, dans les processus par lesquels cette autorité est construite, mise en circulation et reconnue comme légitime afin d'orienter l'opinion, produire des normes et conditionner les réflexes collectifs. Ici, les trois archétypes de la domination de Max Weber (légale-rationnelle, charismatique, traditionnelle), augmentés d'une quatrième forme propre à l'ère de l'économie de l'attention – participative -, permettent d'analyser les mécanismes de légitimation des discours masculinistes et les conditions de leur diffusion.

Construction de la propagande masculiniste

Comme évoqué, la propagande vise des effets tangibles dans le réel. De ce fait, et en matière de propagande masculiniste, il convient de dépasser une lecture du type « ils disent des choses horribles » pour réinscrire la production de leur propagande dans ses conséquences concrètes : « ils disent des choses horribles afin de légitimer la commission d'actes eux-mêmes horribles ». La propagande remplit ainsi plusieurs fonctions : susciter l'adhésion et l'engagement, assurer la cohésion du groupe, évacuer l'humanité de l'autre et formuler des appels à l'action.

Certes, fact-checker la désinformation qu'ils produisent est important, mais l'enjeu principal se situe ailleurs. Car, les milieux radicaux masculinistes ne cherchent pas à produire une connaissance exacte ; ils cherchent à s'arroger l'autorité de définir le réel à l'aune de l'androcentrisme, c'est-à-dire d'une perspective centrée sur la condition masculine qui serait universelle. Et ce à l'exclusion de toute autre réalité vécue. Leur définition du réel ne crée pas ex nihilo les dispositions à y adhérer ; elle active et réorganise des structures sexistes déjà présentes dans l'ordre social pour les renforcer.

La construction typique des armes sémantiques masculinistes susceptibles de susciter le passage à l'acte violent repose sur une séquence de logiques : Nous (logique identitaire) sommes menacés (logique sécuritaire), voici pourquoi (logique de justification), donc il faut (injonction à l'action, selon les espaces, les outils et les modes opératoires spécifiques au milieu radical concerné).

Logique identitaire

Chaque milieu radical masculiniste fabrique un « nous » collectif, identitaire, en empruntant des combinaisons de divers marqueurs stéréotypés de la masculinité hégémonique au sein d'une société, à un moment donné. Un archétype incel ne ressemble pas à un archétype chamanique, etc. Ainsi, l'offre idéologique masculiniste se segmente et se multiplie à travers une pluralité de modèles de masculinités hégémoniques, en concurrence au sein même de l'écosystème masculiniste. Chez les MGTOW, c'est le contrôle des ressources financières qui prime ; chez les incels, le contrôle du patrimoine génétique (beauté) ; chez les flexeurs, le contrôle de leur technique (corporel, QI) ; chez les NoFap, le contrôle de la rétention du sperme, etc. Chaque milieu radical masculiniste développe ainsi une forme de masculinité hégémonique, propre à ce milieu, fondée sur le contrôle (de soi, des autres), afin de susciter une identification identitaire et d'organiser des hiérarchies internes. Cette construction constitue pour certains hommes une véritable proposition de valeur : l'empouvoirement par le contrôle dans une société où ils estiment que le groupe des hommes cis serait déclassé.

La manière dont les milieux radicaux se désignent eux-mêmes fait ainsi partie intégrante de leur propagande. Les milieux traditionalistes, par exemple, les mouvances de pères en colère prétendent revendiquer au nom de l'ensemble des pères séparés, et engagent les médias traditionnels surtout la PQR, pour relayer leurs actions. Les « incels » (célibataires involontaires), s'arrogent quant à eux la légitimité de parler au nom de tous les hommes qui, à un moment donné, se seraient vu refuser l'accès aux corps des femmes. Ce type de discours cible davantage des publics jeunes, dans la mesure où les générations plus âgées ont, pour la plupart, déjà eu des relations sexuelles. Cette présentation est toutefois trompeuse : l'idéologie réelle des incels n'est pas le célibat imposé, mais le lookisme. Ils se perçoivent comme génétiquement opprimés et revendiquent l'accès aux corps de femmes jugées génétiquement supérieures, au nom d'une prétendue égalité entre hommes. La perspective des femmes est ici entièrement effacée : la compétition se joue exclusivement entre hommes. Employer le terme « incel » participe ainsi à la diffusion de leur propagande ; il convient de privilégier le terme de lookisme, plus fidèle à l'idéologie en jeu.

S'agissant des MGTOW, ceux-ci affichent publiquement un séparatisme sexué, prétendant revendiquer au nom de tous les hommes qui ne souhaiteraient plus entretenir de relations avec des femmes. Or, à la lecture de leur littérature et de leurs pratiques, la plupart des niveaux d'engagement au sein du milieu MGTOW permettent, voire organisent, des formes d'exploitation sexuelle et économique des femmes. À ce titre, ils sont fréquemment confondus avec les « coachs en séduction », qui n'ont en réalité que peu à voir avec la séduction, mais animent plutôt des brigades de harcèlement et de contournement du consentement des femmes.

Pour lutter contre cette manipulation de l'identification, l'enjeu consiste à réduire la portée de l'identification. Ceci passe par décrire le réel de qui ils sont. Les pères séparés, par ex, parlent au nom des pères divorcés coercitifs et/ou violents, et ils ne sont pas très nombreux à militer, malgré leur tentatives de gonfler artificiellement la portée de leurs actions (astroturfing).

Ne pas reprendre les termes que ces milieux utilisent pour se désigner – ou, à tout le moins, expliciter en quoi ces termes sont construits pour façonner les perceptions et légitimer leur prétention à « revendiquer » – constitue ainsi un levier essentiel de lutte contre la propagande masculiniste.

Logique sécuritaire

En reprenant l'approche des extrémismes identitaires développée par le chercheur américain en extrémisme et propagande en ligne J. M. Berger, les milieux masculinistes radicalisés peuvent être analysés comme des milieux extrémistes dans la mesure où ils reposent sur la croyance selon laquelle le succès ou la survie de l'endogroupe masculin serait inséparable de l'hostilité envers un exogroupe perçu comme menaçant. Ce qui constitue alors le propre de ces extrémismes identitaires est la construction d'une menace extérieure pesant sur un groupe fondé sur une identité commune. En ce sens, il convient de comprendre la propagande masculiniste d'abord non pas comme anti-femmes ou antiféministe – ce qui en est une composante majeure, mais non exclusive -, mais comme une propagande en défense d'un suprémacisme masculin. C'est en cela qu'il s'agit d'un suprémacisme identitaire.

Si divers milieux développent une offre idéologique concurrente pour susciter l'adhésion, ils coopèrent néanmoins dans la diffusion d'une méta-thèse commune, dite de substitution : celle d'une société qui serait féminisée dans toutes ses composantes, et où le pouvoir des hommes serait menacé de remplacement (égalité déjà là), voire déjà remplacé (gynocratie), par les femmes et les minorités de genre. Dès lors, les violences masculinistes ne visent pas uniquement les femmes – qui en sont les cibles premières -, mais également les institutions, organisations et symboles censés garantir l'application de la norme d'égalité.

L'alerte à la menace peut également être construite selon différentes temporalités. Elle peut d'abord s'inscrire dans le temps long, à travers des récits de légitimation qui alimentent l'idée d'une dépossession progressive des hommes. Sont ainsi mobilisés des discours selon lesquels les pères seraient discriminés par la justice – nécessitant la formation des magistrat·e·s, des travailleurs et travailleuses sociaux et des avocat·e·s -, ou encore que la conjugalité constituerait une forme de « taxe » imposée aux hommes, voire que la société, décrite comme sexualisée au féminin, menacerait la santé mentale des garçons, supposément rendus addicts à la pornographie. Ce qui pourrait relever de problématiques réelles touchant spécifiquement des hommes, comme le décrochage scolaire des garçons ou le taux de mortalité par suicide, est ainsi reformulé dans une logique de désignation de boucs émissaires, les femmes et les féministes étant accusées de s'approprier indûment les ressources – financières ou attentionnelles – au détriment des hommes en tant que groupe.

Cette construction de la menace évolue néanmoins au rythme des transformations des rapports sociaux de genre et des dispositifs de régulation des comportements masculins à l'égard des femmes et des minorités de genre. Les récits de dépossession se reconfigurent ainsi au fil des avancées féministes et des évolutions juridiques ou institutionnelles perçues comme des atteintes au pouvoir masculin : contestation des transformations du droit de la famille, opposition croissante à la prise en compte des violences sexuelles et conjugales, dénonciation, des dispositifs de modération des discours sexistes ou haineux dans les espaces numériques. Partout où le comportement asocial ou violent des hommes adultes est susceptible d'être régulé, des résistances se montent.
https://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=160#
La perception de la menace peut s'inscrire sur le temps court, à partir d'événements ponctuels présentés comme des atteintes directes aux intérêts des hommes : des procès emblématiques, comme l'affaire Heard/Depp, une journaliste ou une femme politique mentionnant négativement le forum 18–25, un contenu modéré sur une plateforme, une sanction administrative ou encore une avancée législative en matière de droits des femmes. Ces situations sont immédiatement retraduites dans les termes d'une atteinte à l'identité collective et d'une logique de censure – « on nous attaque », « on nous fait taire » – venant confirmer le récit préalable de persécution du groupe.

Enfin, l'alerte à la menace peut être programmée de manière cyclique afin de répondre aux mobilisations féministes, notamment lors des mois de mars ou de novembre, qui constituent des séquences de forte visibilité médiatique des enjeux d'égalité de genre.

Si une menace est construite à partir d'atteintes à l'identité masculine propres à chaque milieu, elle peut néanmoins circuler et irriguer les logiques d'autres sphères composée majoritairement d'hommes. Cette circulation relève d'une dynamique métapolitique qui peut être comprise, dans une perspective gramscienne, comme un travail de diffusion culturelle visant à imposer certains cadres d'interprétation du monde au-delà des seuls espaces militants. Les discours sur la crise de la masculinité, la dépossession des hommes ou leur supposée marginalisation sociale peuvent ainsi être relayés dans des univers variés – fitness, développement personnel, jeux vidéo, humour en ligne ou culture web – contribuant à banaliser l'idée d'une menace pesant sur l'identité masculine.

La circulation de ces récits ne vise donc pas uniquement des individus déjà acquis aux milieux masculinistes, mais également des audiences masculines plus larges, auprès desquelles certaines représentations tendent à être intégrées au registre du « bon sens ». Par exemple, la menace que représenterait une supposée discrimination des pères a été reprise par Tibo InShape dans une vidéo où il se défend d'être masculiniste. Cette « menace », initialement produite dans le milieu des « pères enragés », fonctionne alors comme un point d'entrée permettant de fédérer des milieux masculinistes distincts autour d'un même récit victimaire, tout en évitant une confrontation directe avec les revendications féministes.

Pour les journalistes, l'enjeu est dès lors de replacer ces récits de menace dans leur temporalité et dans les transformations normatives auxquelles ils réagissent. Plutôt que de traiter ces discours comme l'expression spontanée d'un malaise individuel ou générationnel, il s'agit de les analyser comme des formes de backlash, au sens développé par Susan Faludi, c'est-à-dire comme des réactions aux avancées en matière d'égalité de genre et aux dispositifs visant à encadrer certaines formes de domination masculine. Les récits mobilisés varient ainsi selon les milieux concernés et les normes spécifiques qu'ils perçoivent comme menacées – droit de la famille, violences sexuelles, modération des discours, normes relationnelles ou sexuelles -, tout en participant d'une même logique de défense du pouvoir et contrôle masculin.

Logique de justification

Les différents milieux masculinistes construisent l'autorité de manière différenciée, avec une forte capacité d'adaptation de leurs stratégies discursives selon les audiences visées – extérieures au milieu ou internes à celui-ci. L'enjeu est de nommer le réel, réinterpréter les rapports sociaux de genre et définir ce qui constituerait une menace pesant sur les hommes.

Certains milieux s'appuient ainsi sur une forme d'autorité légale-rationnelle, pseudo-scientifique, mobilisant des références à la biologie, à l'économie, à la philosophie ou à la psychologie évolutionniste ; d'autres reposent davantage sur une autorité charismatique incarnée par des figures comme Andrew Tate ; d'autres encore privilégient une légitimité participative, notamment dans des espaces issus du gaming ou des forums, où la légitimité est produite collectivement par la répétition et la circulation des récits au sein de la communauté sous forme de pavés de texte, de captures d'écran ou de memes. Malgré leurs différences, ces formes d'autorité bénéficient d'une légitimité sociale liée à la position sociale occupée par ceux qui les énoncent. L'homosocialité masculine fonctionne alors comme un cercle de validation réciproque : plus la virilité doit être démontrée devant les autres hommes, plus elle tend à s'appuyer sur des marqueurs de domination – notamment misogynes et homophobes – destinés à dissiper toute ambiguïté autour de la conformité à l'ordre hétérosexuel.

On observe ainsi un dévoiement récurrent de travaux issus des sciences sociales, économiques, philosophiques et psychologiques. En psychologie, des lectures simplifiées ou erronées de la psychologie évolutionniste servent à naturaliser la domination masculine ou les violences sexuelles. La notion de « misère sexuelle » peut ainsi être mobilisée pour présenter certains viols comme les conséquences inévitables d'une frustration exclusivement masculine. D'autres notions, comme les « faux souvenirs induits » ou l'« aliénation parentale », font l'objet de publications dans des revues scientifiques malgré des méthodologies litigieuses et bulles de citation. Cette junk science est ensuite mobilisée dans des stratégies de lawfare et de normfare visant à criminaliser des femmes victimes de conflits conjugaux ou à discréditer la parole des femmes et des enfants dans les affaires de violences sexuelles.

En économie, la métaphore du « marché sexuel » transpose abusivement des modèles néolibéraux à l'intimité et aux relations humaines, en réduisant les interactions affectives et sexuelles à des logiques de concurrence et d'optimisation. Certains acteurs mobilisent ainsi une invocation simplifiée de la loi de Pareto – le principe du 20/80 – pour soutenir qu'une minorité d'hommes monopoliserait l'accès sexuel aux femmes, dans une logique de compétition masculine pour l'accès à la ressource « corps des femmes ».

En sociologie et en criminologie, des statistiques relatives aux violences, aux suicides masculins, aux séparations ou aux décisions judiciaires sont sélectionnées et décontextualisées afin de construire un récit de victimisation masculine invisibilisant les rapports de pouvoir et les violences structurelles. La production de chiffres, de graphiques ou de compilations de données fonctionne alors comme un mécanisme de légitimation permettant de donner une apparence d'objectivité scientifique à des récits militants.

Enfin, certains milieux masculinistes libertariens s'appuient sur des outils conceptuels issus de l'économie politique, en particulier le triptyque Exit, Voice, Loyalty proposé par Albert O. Hirschman. Initialement conçu pour décrire les options dont disposent des individus face au dysfonctionnement d'une organisation – la contestation interne (voice), le maintien par attachement (loyalty) ou le retrait (exit) -, ce schème analytique est réinterprété de manière idéologique par les milieux MGTOW. Ceux-ci absolutisent l'« exit » en le présentant comme une stratégie rationnelle et politiquement légitime de retrait des normes sexuelles, conjugales et économiques encadrant les relations avec les femmes, tout en occultant les rapports de pouvoir et les asymétries structurelles qui traversent ces normes.

La philosophie fait également l'objet de réappropriations idéologiques, notamment à travers une version simplifiée du stoïcisme (« broicism »), mobilisée pour promouvoir des normes de virilité fondées sur le contrôle émotionnel, l'endurance à la souffrance ou le rejet de la vulnérabilité. Des références à Marc Aurèle ou à Épictète sont alors réinterprétées dans une logique de développement personnel masculin et de réaffirmation identitaire, détachée des dimensions éthiques du stoïcisme antique.

Pour lutter contre la propagande masculiniste, l'enjeu pour les journalistes ne consiste pas uniquement à procéder à un fact-checking ponctuel de certaines affirmations, mais surtout à interroger les fonctions qu'ils remplissent dans les écosystèmes masculinistes. Ces références fonctionnent en effet comme des armes sémantiques permettant de construire une apparence de neutralité, de scientificité ou de rationalité à des récits de domination et de victimisation masculine pour justifier la commission de violences.

Puisque ces divers procédés de construction de l'autorité de dire le réel centre la condition exclusivement masculine, l'enjeu pour les journalistes est d'interroger qui est reconnu comme légitime pour parler de ces sujets, et de réintroduire dans l'espace médiatique des voix expertes féminines et minorisées souvent disqualifiées ou invisibilisées par ces logiques d'autorité masculine.

Logique d'action directe

Après avoir revendiqué une légitimité identitaire (« nous »), sécuritaire (« sommes menacés ») et autoritaire (« voici pourquoi »), le passage à l'acte apparaît non seulement possible, mais nécessaire, voire existentiel. Vient alors le « donc il faut » : la phase de planification et de passage à l'action directe. Les trois premières séquences conditionnent cette dernière, la normalisent et en réduisent les coûts moraux, sociaux et symboliques au sein des milieux radicaux.

C'est ici que le concept de « red pill », détourné de son sens initial – une allégorie de la transition de genre dans The Matrix – occupe une place centrale dans les milieux masculinistes. Il matérialise cet « éveil » idéologique, cette supposée conscientisation à une condition masculine qui serait menacée. La « red pill » désigne ainsi le moment où l'individu adhère au récit, accepte ses justifications et se perçoit comme légitimé à exercer des formes de violence qui se situent dans un continuum de moyens et d'espaces – au nom de son identité de genre.

Dans ce cadre, chaque milieu masculiniste développe des modes opératoires « signatures », inscrits dans des rites collectifs et présentés comme des réponses proportionnées à la menace perçue. Les milieux issus du gaming traduisent ce « donc il faut » par des raids, des attaques DDoS, du swatting, du swarming ou des campagnes de cyberharcèlement. Les milieux de pères enragés convertissent cette logique en norm- et lawfare, harcèlement des ex-conjointes, en violences post-séparation, voire en attaques contre les forces de l'ordre ou l'institution judiciaire. Les fondamentalistes ciblent le Planning familial par des attaques contre ses locaux, les chamaniques exercent des violences dans la sphère familiale, tandis que les MGTOW mettent en œuvre des violences reposant sur des nouvelles formes de proxénétisme, y compris des mineures. De leur côté, les brigades du contournement du consentement des femmes (« coachs en séduction ») organisent collectivement des séquences de harcèlement de rue et comparent leurs « performances » en matière de manipulation de leurs cibles.

Si ces modes opératoires sont signature, les milieux masculinistes savent également innover, et importer des tactiques depuis l'étranger. Par exemple, des pratiques de bousculades intentionnelles de femmes dans les transports en commun, inspirées de la tactique japonaise dite butsukari otoko, ont été relayées et encouragées via des forums issus du gaming, illustrant la circulation transnationale des répertoires d'action violente au nom du suprémacisme masculin.

L'exemple des appels à « seringuer des femmes » lors de la Fête de la musique rappelle également que, même en l'absence de passage à l'acte massif ou de preuves toxicologiques concluantes, la menace de l'usage de la violence constitue en elle-même un fait grave. La diffusion coordonnée de messages appelant à cibler des femmes dans l'espace public produit des effets matériels réels : modification des comportements, restriction des déplacements, hypervigilance, retrait de certaines femmes de l'espace festif ou public. En sommes, ce sont des violences qui troublent gravement l'ordre public. L'efficacité de ces stratégies d'intimidation repose ainsi moins sur le nombre d'agressions effectivement commises que sur leur capacité à instaurer un climat de peur diffus et à rendre crédible la possibilité de la violence. Dans cette séquence, certains traitements médiatiques ont également contribué à amplifier le climat d'anxiété en relayant des alertes insuffisamment contextualisées ou vérifiées, tout en déplaçant l'attention vers les réactions émotionnelles des femmes plutôt que vers les producteurs et diffuseurs des menaces.

La distinction entre les actes terroristes et les violences interpersonnelles ou crapuleuses repose sur la manière dont la menace ou l'usage de la violence s'inscrit dans une production de sens. Le terrorisme consiste dans l'usage – ou la menace d'usage – de la violence contre une cible immédiate afin d'atteindre une cible symbolique plus large. Les modes de production de l'information, ainsi que les rapports de pouvoir qui les traversent, influencent donc directement l'atteinte de ces objectifs stratégiques. Lorsque l'objectif est la projection de la force et la démonstration de puissance, l'effet recherché est souvent la surmédiatisation. À l'inverse, lorsque l'objectif est la normalisation des violences faites aux femmes, l'effet recherché peut être leur sous-médiatisation, notamment par leur déplacement de l'espace public vers la sphère privée, conjugale ou intime.

Pour les journalistes, l'enjeu est alors de nommer précisément ces violences et de les rattacher aux milieux radicaux dont ils sont issus, plutôt que de les réduire à des faits divers isolés ou à des trajectoires individuelles. Dans la mesure où les autorités ne sont pas toujours formées à identifier les dynamiques de radicalisation masculiniste ou à les traiter comme des violences extrémistes, le fait de leur poser systématiquement ces questions contribue aussi à rendre visibles ces milieux et leurs modes opératoires. Interroger l'existence d'éventuels liens avec des milieux radicaux masculinistes, des forums spécifiques ou des répertoires d'action connus peut ainsi participer à faire émerger ces violences comme des phénomènes collectifs, ritualisés et politiquement situés, plutôt que comme de simples violences interpersonnelles. Dans la mesure où il n'existe pas, à ce stade, de chiffres officiels permettant d'identifier spécifiquement les violences issues des milieux radicaux masculinistes, le travail journalistique joue un rôle central dans leur mise en visibilité et leur qualification.

Enjeux de la médiatisation des violences masculines

Tout le monde ne peut pas être expert·e des milieux radicalisés masculinistes, et cela vaut aussi pour les professionnel·le·s de l'information. En revanche, certains gestes simples peuvent être mis en œuvre. D'une part,être conscient des logiques de backlash qui accompagnent les politiques publiquesvisant à lutter contre la propagande masculiniste et les violences fondées sur le genre. D'autre part, se former aux représentations médiatiques des violences fondées sur le genre et aux effets produits par leur traitement informationnel.

Toutes les violences fondées sur le genre ou commises collectivement par des groupes d'hommes ne constituent pas des attentats masculinistes. Cependant, la normalisation des violences masculines contribue plus largement à l'atteinte des objectifs poursuivis par les milieux radicaux masculinistes.

De ce fait, la lutte contre la propagande masculiniste ne peut être dissociée des conditions de production et de circulation de l'information elle-même. Cela implique non seulement de déconstruire les récits produits par les milieux radicaux masculinistes, mais aussi, plus largement, de traiter correctement l'ensemble des violences fondées sur le genre. Car même sans se spécialiser sur les radicalisations masculinistes, les journalistes participent à la production de sens autour de ces violences.

En reprenant certains lexiques, en privilégiant des angles centrés sur les perspectives masculines, en relayant sans distance des campagnes d'astroturfing issues de groupes de « pères séparés » ou en traitant les violences fondées sur le genre comme des faits divers isolés plutôt que comme des violences systémiques et structurelles, certaines rédactions participent aux processus que la propagande masculiniste cherche à imposer : définir le réel, orienter les normes et conditionner les réflexes. Et ce, même sans aucun effort de leur part.

Minorer les violences qui visent spécifiquement les femmes, les filles et les personnes minorisées de genre, privilégier la perspective masculine, revient à envoyer le message que nos corps sont violables et que nos vies ne valent rien.

Ce qui est, en soi, terrifiant.

Plus de dix ans après les premières mobilisations féministes pour lutter contre ces formes de désinformation fondée sur le genre, ne pas représenter avec justesse les violences masculines ne constitue pas seulement une faute déontologique : cela concourt directement à l'atteinte des objectifs stratégiques poursuivis par les milieux radicaux masculinistes, en participant à la banalisation, à la dépolitisation et à la normalisation des violences qu'ils cherchent précisément à imposer.

Stephanie Lamy
Féministe, chargée d'enseignement, chercheuse
https://blogs.mediapart.fr/stephanie-lamy/blog/210526/propagande-masculiniste-comment-les-violences-deviennent-legitimes
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Voici comment la gauche fait fausse route dans le dossier de la prostitution

Au début de l'automne 2015, des délégué-es de différentes sections d'Amnesty International se sont réuni-es à Dublin pour définir leur position officielle sur la prostitution. (…)

Au début de l'automne 2015, des délégué-es de différentes sections d'Amnesty International se sont réuni-es à Dublin pour définir leur position officielle sur la prostitution. Dans la résolution qui en a résulté, cette ONG de défense des droits a fait part de son intention d'« élaborer une politique en faveur de la dépénalisation totale de tous les aspects du travail du sexe consensuel » [1]. En outre, cette politique « [appelle] les États à garantir aux travailleurs et travailleuses du sexe une protection juridique complète et égale contre l'exploitation, la traite et la violence » [2].

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/01/voici-comment-la-gauche-fait-fausse-route-dans-le-dossier-de-la-prostitution/?jetpack_skip_subscription_popup

Cette décision d'approuver la dépénalisation a été largement soutenue par l'ensemble des mouvements de gauche, libéraux et progressistes américains, bien que de nombreuses féministes y aient fortement exprimé leur opposition. Dans les semaines qui ont précédé la réunion des délégué-es d'AI, plus de quatre cents groupes de femmes et militantes individuelles ont signé une lettre ouverte condamnant Amnesty pour sa position et encourageant l'adoption de ce que les féministes appellent le « modèle nordique » ou égalitaire [3].

Le modèle nordique est une approche générale de la législation sur la prostitution adoptée pour la première fois par la Suède en 1999. Dans le cadre de ce système, parfois appelé approche « Mettre fin à la demande », la vente de services sexuels reste légale tandis que l'achat de services sexuels est criminalisé [4]. Il est difficile de repérer avec une précision parfaite les activités illégales ; cependant, les données disponibles indiquent que l'approche suédoise a permis de réduire l'ampleur de l'industrie du sexe en Suède, d'accroître la stigmatisation sociale à l'égard de l'achat de services sexuels et de contrer la croissance du crime organisé et de la traite des êtres humains [5]. D'autres pays ont depuis instauré une législation sur la prostitution basée sur le modèle nordique, notamment la Norvège, la France, le Canada et, plus récemment, l'Irlande du Nord [6].

Malgré son succès quantifiable, le modèle nordique a été rejeté par une grande partie de la gauche nord-américaine, qui privilégie plutôt le modèle d'une dépénalisation. La revue Jacobin, par exemple, a périodiquement publié des attaques contre les partisanes du modèle nordique [7], apparemment inconsciente de son écart frappant par rapport aux générations précédentes de marxistes qui considéraient la prostitution comme une expression méprisable de l'exploitation capitaliste [8].

De nombreuses institutions libérales de gauche bien établies ont également apporté leur soutien à la dépénalisation du système prostitutionnel. Il convient de noter en particulier The Economist, dont la production impressionnante d'articles en faveur de la prostitution offre un véritable cours d'initiation aux arguments courants avancés aujourd'hui par la gauche [9].

Parmi ces nombreuses défenses, trois sont devenues les plus courantes : la dépénalisation correspondrait au souhait des femmes prostituées ; elle créerait des emplois ; et elle permettrait aux femmes du secteur de bénéficier de protections syndicales. Malheureusement, aucun de ces trois arguments ne parvient à justifier la prostitution sur la base de principes de gauche. Plus important encore, ces arguments ont des implications inquiétantes pour d'autres positions établies de la gauche. J'espère que cet article mettra en lumière ces contradictions et qu'elles seront résolues en faveur de l'abolitionnisme plutôt que de l'abandon politiques de gauche.

Les personnes de gauche qui soutiennent la prostitution présentent souvent leur position en termes d'« écoute des travailleuses du sexe », avec comme implication que toutes les femmes prostituées souhaitent la dépénalisation [10]. Or, il est évident que les femmes prostituées ne forment pas un groupe monolithique partageant une opinion unique. Nombre d'entre elles, qu'elles opèrent actuellement dans le secteur ou qu'elles aient été prostituées par le passé, s'opposent à la légalisation ou à la dépénalisation du système prostitutionnel [11]. J'ai récemment interviewé Chelsea, qui travaille dans l'une des nombreuses maisons closes légales de Nouvelle-Zélande. « Les maisons closes fonctionnent toujours de la même manière que lorsque c'était illégal », m'a-t-elle confié. « On subit le pire des deux mondes. » [12]

Selon Chelsea, la dépénalisation est un échec cuisant. Les lois imposant l'utilisation du préservatif sont rarement appliquées et les femmes qui refusent l'éjaculation de l'homme dans ou sur leur corps ont du mal à trouver des clients. Quand un homme harcèle, agresse ou maltraite une femme, la direction peut refuser de divulguer son nom, rendant toute poursuite impossible. Chelsea, elle-même partisane du modèle nordique, déclare : « Si nous avions le modèle nordique, j'appellerais la police aussitôt que je serais payée, avant même qu'ils ne puissent me violer. Mais si j'appelais la police dans un contexte de dépénalisation, ils me demanderaient : « Avez-vous accepté l'argent ? » Si je réponds oui, ils diraient : « Bam, consentement ! » » Ce point de vue n'est pas isolé parmi les femmes prostituées ; pourtant, c'est une voix que les gauchistes refusent souvent d'entendre.

De plus, la gauche a toujours compris que les débats d'opinion, loin de constituer un « marché des idées » libre et égalitaire, tendent à refléter et à renforcer l'idéologie des puissants. Les gens qui sont le plus susceptibles d'adhérer au discours dominant bénéficient d'un accès privilégié aux modes d'expression culturellement admis. Les femmes autochtones traumatisées, victimes de prostitution sur les champs pétrolifères du Dakota du Sud, et les « escortes » blanches de la classe moyenne peuvent être tout aussi capables de communiquer leurs vécus de la prostitution à titre individuel, mais affirmer que ces expériences seront représentées de la même manière auprès du public par les médias est à la fois naïf et contraire à l'analyse traditionnelle de gauche.

Au sein d'un système qui privilégie les voix les plus susceptibles de légitimer le pouvoir, « écouter les travailleuses du sexe » revient souvent à accepter sans esprit critique les déclarations publiques d'une petite minorité de femmes prostituées – dont la plupart sont susceptibles d'être blanches, issues de la classe moyenne, jeunes et non handicapées.

Mais même si nous parvenions à recueillir objectivement l'avis de chaque femme prostituée, un problème plus vaste demeure : nombre, sinon la totalité, des systèmes d'exploitation auxquels la gauche s'oppose catégoriquement seraient validés par un vote populaire des personnes exploitées elles-mêmes. Le Parti républicain, par exemple, qui est de plus en plus conservateur, bénéficie d'un soutien indéfectible de la classe ouvrière blanche américaine [13] et la majorité des Étasuniens expriment en général une opinion positive du capitalisme [14]. Pourtant, rares sont les personnes de gauche qui soutiendraient que ces tendances générales de l'opinion publique justifient de renier le socialisme pour mieux correspondre aux revendications politiques exprimées par le prolétariat lui-même. De même, on ne reproche généralement pas à la gauche de parler à la place de la classe ouvrière, de l'ignorer ou de la trahir lorsqu'elle défend le socialisme, alors même que nombre des membres de cette classe ouvrière considèrent le socialisme comme une idéologie dangereuse et destructrice.

Les gauchistes ont depuis longtemps compris, à la suite de Marx, que la vision du monde des gens est façonnée par l'idéologie dominante, qui se développe en relation avec des structures de pouvoir spécifiques de la société [15]. Il n'est pas surprenant que ceux sur qui repose un système économique et politique d'exploitation puissent en venir à une conscience sociale qui occulte, ignore ou même valide ces systèmes.

Bien que la question de la « fausse conscience » et des fondements de la compréhension sociale soit un sujet complexe qui dépasse le cadre de cet essai, il est pertinent de comparer la position générale de la gauche sur le capitalisme avec la défense spécifique de la prostitution. « Écoutez les travailleurs » n'est pas un slogan courant chez les anticapitalistes, probablement parce que la plupart d'entre eux savent qu'une idéologie politique fondée uniquement sur les témoignages des travailleurs serait souvent fortement influencée par des considérations conservatrices ou néolibérales, en contradiction avec une position de gauche. La primauté du témoignage individuel comme base de la théorie politique est généralement rejetée dans des cas autres que celui de la prostitution, où l'idéologie dominante reflétée dans ces témoignages coïncide avec la position préconçue de nombreux militants de gauche qui souhaitent voir maintenue une industrie du sexe florissante.

La gauche est idéologiquement incompatible avec l'idée que les revendications politiques déclarées constituent le seul fondement acceptable d'une action politique. Nombre de lois universellement perçues comme des victoires par la gauche – notamment la législation contre le travail des enfants et la création du salaire minimum – font encore controverse au sein de la classe ouvrière américaine.

Les travailleurs non qualifiés acceptent souvent, par désespoir, des emplois payés moins que le salaire minimum, tandis que des familles vivent souvent dans une telle pauvreté que le travail de leurs enfants devient une nécessité. Il ne fait guère de doute que la gauche ne serait pas « à l'écoute » des enfants travailleurs et des gens qui travaillent pour cinq dollars de l'heure si ces derniers demandaient la légalisation de leur emploi. Pourtant, il devient difficile de comprendre comment les justifications souvent avancées par la gauche pour la dépénalisation de la prostitution n'entraîneraient pas également la dépénalisation de ces pratiques.

Les arguments de gauche en faveur de la prostitution soulèvent une foule de pareilles questions quant à leurs implications imprévues pour d'autres secteurs d'activité à haut indice d'exploitation. Par exemple, nombre de personnes se situant à gauche affirment que, sans dépénalisation, les femmes prostituées ne pourraient prétendre à une couverture santé ni à d'autres protections du travail. Or, c'est également le cas pour les personnes travaillant illégalement pour un salaire inférieur au minimum légal. Si la Loi américaine sur les normes équitables du travail (Fair Labor Standards Act, ou FLSA) [16] vise en théorie à permettre à tous les salariés de demander une indemnisation pour accident du travail et le paiement de leurs heures supplémentaires, les travailleurs non déclarés (notamment les immigrés, les jeunes adultes et les travailleurs non qualifiés) sont souvent dans l'incapacité d'obtenir ces avantages en raison d'un statut juridique trop vague.

En réponse, on pourrait rétorquer que baisser ou supprimer le salaire minimum permettrait à ces travailleurs de sortir de la clandestinité et de bénéficier des protections de la Loi sur les normes du travail (FLSA), tout comme on affirme qu'une dépénalisation de la prostitution aurait le même effet. Pourtant, rares sont les personnes de gauche qui soutiendraient que l'abolition des lois salariales est une manière acceptable de garantir la sécurité des travailleurs, même si la suppression de ces lois leur permettrait de prétendre aux protections accordées aux autres travailleurs et travailleuses.

De même, la gauche affirme que la législation contre les hommes qui achètent des services sexuels prive les femmes prostituées de leurs moyens de subsistance et peut, dans certaines versions extrêmes de cet argument, les conduire à la rue, à la famine et à la mort. Il convient de noter d'emblée que cette affirmation semble contredire l'idée, tout aussi répandue à gauche, selon laquelle la prostitution est le plus souvent un choix volontaire des femmes, libre de toute contrainte ou désespoir.

En associant l'abolition de la prostitution à la famine et à la mort, les défenseurs de la dépénalisation reconnaissent implicitement que le travail dans l'industrie du sexe constitue souvent le dernier rempart entre une femme et la pauvreté la plus abjecte. Cette objection ne concorde pas non plus avec l'affirmation courante à gauche selon laquelle les lois visant à endiguer la prostitution sont inefficaces, car leur capacité à empêcher l'emploi des femmes ferait preuve d'une entrave efficace à l'industrie du sexe.

Contradictions mises à part, la gauche a rarement soutenu l'existence d'autres secteurs d'activité au seul motif que leur suppression entraînerait une paupérisation ou des pertes d'emploi. Par exemple, une enquête menée en 2013 au sein de l'entreprise Tennessee Timber and Lumber a révélé qu'un enfant de quatorze ans utilisait régulièrement une scie circulaire [17]. La réponse juridique – une amende infligée à l'employeur et l'exigence de l'arrêt immédiat de cette tâche dangereuse – reflète l'approche du modèle nordique et s'inscrit globalement dans la ligne de la position de la gauche en matière du travail d'enfants.

Dans des cas comme ceux-ci, il serait extrêmement improbable que des anticapitalistes exigent que le travail des enfants soit autorisé à se poursuivre afin d'éviter l'appauvrissement du mineur ou de sa famille. Les gauchistes n'ont pas non plus hésité à exiger l'abolition du travail dit « à la chaîne » dans les pays du tiers-monde, bien que la fermeture de ces usines entraîne souvent chômage et pauvreté pour des travailleuses et travailleurs du tiers-monde.

En fait, il est difficile de citer un seul secteur, hormis l'industrie du sexe, que les gauchistes aient défendu uniquement au motif de garantir des emplois stables au sein du capitalisme. Cette tactique est bien plus courante chez les capitalistes conservateurs, qui invoquent souvent la « création d'emplois » comme argument contre des interventions et réglementations gouvernementales.

Un exemple plus extrême de ce double standard est l'opinion de la gauche à l'égard du trafic illégal d'organes. Comme l'a signalé la BBC en octobre 2013, on observe une tendance croissante chez les travailleuses et travailleurs du tiers-monde à recourir à la vente d'organes pour rembourser des microcrédits [18]. Plus récemment, des médias turcs ont rapporté l'arrestation d'un homme d'affaires israélien accusé d'avoir organisé le prélèvement et la vente d'organes de réfugiés syriens [19]. À première vue, la vente d'organes humains remplit tous les critères de dépénalisation avancés par la gauche : elle est actuellement illégale, ce qui signifie que les normes du travail et de santé ne s'appliquent pas, et il existe actuellement des personnes engagées dans ce commerce qui subiraient des difficultés économiques si leur capacité à vendre leurs organes était supprimée par une législation. La dépénalisation permettrait donc d'appliquer de manière plus cohérente les protections des travailleurs, tout en garantissant un bénéfice économique à ceux qui se livrent à ce commerce. Il est donc étrange que la revue Jacobin n'ait pas encore dénoncé les opposants au prélèvement d'organes légalisé comme autant de paternalistes déterminés à priver les réfugiés syriens de leur autonomie corporelle.

Sarcasmes mis à part, il est indéniable que le soutien à la dépénalisation provient en partie d'une conviction légitime quant à ses avantages à court terme pour les femmes prostituées. Mais que ce soit ou non le cas, les gauchistes qui réclament un soutien juridique comme méthode de réduction des risques souscrivent à une logique dangereuse : celle selon laquelle les systèmes oppressifs doivent être maintenus uniquement parce que des personnes opprimées en dépendent pour survivre. Dans d'autres cas, l'incapacité des travailleurs et travailleuses à survivre sans entrer dans une relation salariale est présentée comme la preuve de la nature intrinsèquement exploiteuse d'un système. Le travail salarié lui-même est souvent identifié par les gauchistes comme oppressif précisément parce qu'il s'agit d'un système dans lequel il n'existe pas d'autres moyens de survie. On ne comprend donc pas bien pourquoi les gauchistes ont inversé cette logique pour déterminer que la valeur éthique de la prostitution en tant qu'industrie découle de la nécessité qui y pousse les travailleuses, et non l'inverse.

Ceux dont l'objectif déclaré est la fin de l'oppression et de l'exploitation devraient réfléchir aux implications du refus d'agir contre un système au motif que trop d'individus qui s'y trouvent dépendent de ce système pour survivre. En vertu de cette logique, la gauche devrait être moins encline à militer pour l'abolition d'un système à mesure que l'exploitation s'y intensifie.

De nombreux systèmes historiques universellement condamnés, de l'esclavage d'avant la guerre civile américaine aux usines de chemisiers de l'Àge d'or, auraient probablement échappé à la critique si les militantes de l'époque avaient adopté ce cadre de « réduction des préjudices ». Il est indéniable que bon nombre des objections avancées par les gauchistes – par exemple, que l'élimination de la prostitution plongerait les femmes dans des conditions encore pires, ou que le véritable problème réside dans les violences individuelles à l'encontre des femmes prostituées et non dans le système en soi – ressemblent de manière troublante à celles formulées par les propriétaires d'esclaves du Sud et les modérés du Nord au plus fort du mouvement abolitionniste.

Ces arguments reflètent sans doute les désirs individuels de nombreuses femmes prostituées – les « travailleuses du sexe » que les partisans de la dépénalisation prétendent écouter , celles qui se concentrent sur leur survie à court terme au détriment d'un changement social à long terme. Cette position ne résulte pas de la stupidité, de l'irréflexion ou d'un manque de courage moral. Elle résulte plutôt des conditions spécifiques d'un système oppressif qui exploite le désespoir pour renforcer l'engagement personnel dans des mécanismes d'exploitation. Le capitalisme a toujours misé sur ce pacte faustien, élaborant ses politiques en fonction de demandes individuelles dans des conditions de contrainte, puis attribuant aux individu-es la responsabilité de leur incapacité à transcender leur condition. Mais le rôle traditionnel de la gauche a toujours été de renverser ces contraintes par une confrontation organisée avec le pouvoir, et non pas simplement d'en atténuer les effets les plus lourds. Si les gauchistes croyaient que les décisions individuelles des puissants ou des opprimés pourraient, sans aide, aboutir à un changement social positif, ils ne seraient pas des gauchistes mais des libertariens.

Pour parler clairement, ces contradictions entre normes ne sont pas mises de l'avant pour affirmer que la prostitution est généralement comparable au travail au noir dans la restauration, au travail des enfants, au trafic d'organes ou au capitalisme en général. Je veux simplement démontrer que l'adhésion à des positions politiques déclarées, l'extension des normes du travail, la garantie de l'emploi et même la réduction à court terme certains préjudices ne constituent pas, en elles-mêmes, des raisons convaincantes pour que les gauchistes soutiennent la prostitution – et, de plus, que la logique sous-jacente à ces arguments se réduit rapidement à une défense du capitalisme libertarien.

En d'autres termes, ces arguments sont soit infructueux, soit trop fructueux, en ce sens qu'ils justifient non seulement la prostitution, mais aussi d'autres positions que les gauchistes ne peuvent défendre sans compromettre la cohérence de leur idéologie. J'espère donc que ceux qui prennent conscience de cette contradiction la résoudront en faveur de l'abolitionnisme, et non en abandonnant davantage une politique de gauche cohérente et efficace.

Jonah Mix
Jonah Mix, dans LOGOS : a journal of modern society and culture, (2016, Vol. 15, No. 1)
Pour s'abonner : https://logosjournal.com/subscribe/

notes :
[1] https://www.amnesty.org/en/latest/news/2015/08/global-movement-votes-to-adopt-policy-to-protect-human-rights-of-sex-workers/

[2] Ibid.

[3] https://catwinternational.org/Content/Images/Article/617/attachment.pdf

[4]https://www.government.se/articles/2011/03/legislation-on-the-purchase-of-sexual-services/

[5] https://www.government.se/contentassets/3f21caa844a14c1fbf5884c21b3e0c6e/press-releases-20062010—cristina-husmark-pehrsson

[6] https://www.niassembly.gov.uk/assembly-business/legislation/current-non-executive-bill-proposals/human-trafficking-and-exploitation-further-provisions-and-support-for-victims-bill-/human-trafficking-and-exploitation-further-provisions-and-support-for-victims-bill-/

[7] https://www.jacobinmag.com/2013/08/prostitution-law-and-the-death-of-whores/

[8] Pensez, par exemple, au texte d'Engels The Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État :
https://www.marxists.org/archive/marx/works/1884/origin-family/.
Lénine, Mao, Castro et d'autres sommités du marxisme-léninisme ont aussi été très clairs dans leur opposition au système prostitutionnel, pour diverses raisons.

[9] On peut lire plusieurs de ces articles ici :
https://www.economist.com/topics/prostitution.

[10] Pour un exemple de cette approche, voir :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2015/aug/03/prostitution-sex-workers-amnesty-meryl-streep-lena-dunham
Pour une réponse à ces arguments, lire Helen Lewis dans le même média :
https://www.theguardian.com/commentisfree/2015/aug/09/listen-to-sex-workers-but-which-ones.

[11] Les organisations de femmes autrefois prostituées qui militent en faveur du modèle nordique comprennent, en Amérique du Nord, SPACE (Survivors of Prostitution-Abuse Calling for Enlightenment), EVE (formerly Exploited Voices Now Educating), et beaucoup d'autres partout au monde.

[12] Ces arguments ont été formulés par Chelsea lors d'une série d'interviews faits par email au mois d'août 2015. J'ai pris contact avec elle par le biais de divers groupes abolitionnistes auprès de qui j'ai pu confirmer ses dires en me basant sur des informations qu'elle m ‘a fournies à propos de son passage dans diverses maisons closes néozélandaises.

[13] https://www.people-press.org/2012/04/17/section-1-general-election-preferences/

[14]https://www.gallup.com/poll/158978/democrats-republicans-diverge-capitalism-federal-gov.aspx

[15] La position de Marx sur le rôle des conditions matérielles dans la création de l'idéologie est particulièrement résumée dans sa préface à Contribution à la critique de l'économie politique.

[16]https://www.dol.gov/whd/flsa/

[17] https://www.dol.gov/whd/media/press/whdpressVB3.asp?pressdoc=Southeast/20130320_2.xml

[18] https://www.bbc.com/news/world-asia-24128096

[19] https://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4735121,00.html

Traduction : TRADFEM
https://tradfem.wordpress.com/2026/05/22/voici-comment-la-gauche-fait-fausse-route-dans-le-dossier-de-la-prostitution/

Ambre : « Abolissons partout la porno-prostitution »

Abolissons partout la porno-prostitutionet redonnons à chaque victime sa flamme d'humanité. Par Ambre, survivante de La Vie en Rouge, artiste et philosophe. Discours prononcé à (…)

Abolissons partout la porno-prostitutionet redonnons à chaque victime sa flamme d'humanité. Par Ambre, survivante de La Vie en Rouge, artiste et philosophe. Discours prononcé à l'Assemblée nationale le 13 avril lors du colloque organisé par CAP international.k_skip_subscription_popup

Tiré de Entre les lignes et les mots

« Je voulais d'abord commencer par dire que la force que j'ai de me tenir devant vous ici aujourd'hui, je la dois à mes amies survivantes, celles que je connais, celle que je ne connais pas. Je leur dis un immense merci parce que c'est grâce à elles que j'arrive aujourd'hui à me tenir devant vous. Merci aux survivantes.

Je vais vous expliquer ce que l'abolitionnisme est pour moi en tant que survivante et militante.

Pour moi l'abolitionnisme, c'est une posture politique mais aussi philosophique qui est exigeante, courageuse et féministe, qui s'élève contre un pessimisme qui rend service aux prostitueurs et s'ancre dans un temps d'une longueur infinie.

On dit que c'est le plus vieux métier du monde et on dit que ça existera toujours.

C'est-à-dire que le passé et le futur sont ligotés, emprisonnés dans le même mythe, ce qui à mon sens est criminel.

La prostitution serait constitutive de l'être humain et de sa manière de fonctionner ?

Au contraire, pour moi, l'abolition façonne, projette et espère autre chose.

Et cette abolition n'a de sens que si l'on pense les deux catégories de personnes, celles qui subissent la prostitution, la porno-prostitution, les victimes, et ceux qui produisent la porno-prostitution, en profitent et ceux qui paient pour violer une femme.

Porno-prostitution, domination et viol

Parce que c'est bien de ça qu'il s'agit en fait. C'est un acte de domination radicale que de payer pour violer une femme.

Le viol prostitutionnel est un viol qui produit des vies brisées, des corps douloureux, des cerveaux traumatisés, des femmes qui vont mettre des années à se reconstruire si elles survivent.

Le viol prostitutionnel est donc un viol.

La simple amende tient de l'anecdote pour moi.

Soyons donc à la hauteur de l'abolition, soyons cohérents : Un violeur doit être considéré comme tel. Peut-on imaginer une seule seconde une amende ou un stage comme sanction pour les agresseurs de Gisèle Pélicot ?

Pourtant, on est face au même système d'agresseurs.

Ce qui me semble très important aussi, c'est que nous apprenions à rêver et à agir collectivement pour une société sans porno-prostitution, où les hommes seraient dégoûtés par le fait d'être « clients » et dégoûtés par le fait de regarder de la pornographie.

Un monde où être une femme prostituée, ce ne serait pas un stigma, ni une insulte, ni un travail, ni une identité, mais une situation de violence qui nous pousserait à agir pour aider cette femme.

Rêver et agir pour une société sans prostitution, c'est donner aussi la possibilité aux victimes de se voir.

Non, la prostitution n'est pas un calque fatal à poser sur toute une vie.

Non, la prostitution n'est pas un destin qui doit s'abattre sur les femmes vulnérables, migrantes, précaires, en détresse du monde entier.

Il faut que chacune puisse voir ce qu'est la prostitution dans sa propre histoire, une violence extrême et un système bien huilé et considérablement rentable.

Il faut remettre à sa place cette ombre vénéneuse qui nous empoisonne la vie quand on a vécu ça ou quand on le vit encore.

L'humanité doit être intransigeante avec elle-même.

Nous sommes des êtres humains complexes. Et nous avons le droit d'être perçues comme cela et d'être traitées comme. La prostitution abîme considérablement cette possibilité. Et les hommes qui la perpétuent martèlent en chacune de nous que nous ne sommes dignes de rien.

Alors aujourd'hui, je dis en tant que survivante, redonnons à chaque victime de la porno-prostitution sa flamme d'humanité et abolissons partout la porno prostitution ».

Ecouter le discours en bonus de La Vie en Rouge : bonus LVER

A lire, le témoignage d'Ambre : « Dire non n'était pas une option »

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Quatre femmes adressent une lettre ouverte aux masculinistes responsables d’un spectacle sur la prostitution

9 juin, par Jay Dionne, Rose Sullivan, Aurore Pérez, Martine B. Côté — ,
Un spectacle actuellement programmé à Québec propose de mettre en débat l'achat d'actes sexuels, en particulier à partir de la question du handicap. Tiré de Entre les (…)

Un spectacle actuellement programmé à Québec propose de mettre en débat l'achat d'actes sexuels, en particulier à partir de la question du handicap.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/25/quatre-femmes-adressent-une-lettre-ouverte-aux-masculinistes-responsables-dun-spectacle-sur-la-prostitution/?jetpack_skip_subscription_popup

Présenté comme un sujet tabou qu'il faudrait « enfin » oser aborder, ce cadrage nous semble profondément contestable car il cherche à remettre en question une limite fondamentale : refuser l'achat du corps d'autrui.

La prostitution s'inscrit dans un système fondé sur la demande masculine, où le désir est très majoritairement absent du côté des personnes prostituées. En conséquence, présenter cette réalité à travers un scénario qui ne ressemble en rien à la réalité prostitutionnelle, qui en efface les dimensions structurelles et sexistes, vise à invisibiliser une violence systémique et à dépolitiser les analyses solides déjà existantes sur le sujet de l'exploitation sexuelle.

Nous refusons que des situations de vulnérabilité soient mobilisées pour légitimer la marchandisation des personnes et de la dignité humaine. Nous refusons que l'empathie envers certaines personnes devienne un instrument de déshumanisation d'autres personnes. Nous,
* Rose Sullivan, militante féministe et survivante de l'industrie du sexe
* Jay Dionne, militante féministe et survivante d'exploitation sexuelle
* Martine B. Côté, doctorante en Droit et coautrice de Faire corps (Atelier 10)
* Aurore Pérez, enseignante et militante féministe
leur avons envoyé cette lettre.

À vous qui présentez le spectacle Arnaud pour Justine,

La rigueur d'une démarche artistique engagée repose, selon nous, sur sa capacité à ne pas travestir les réalités sociales qu'elle met en scène. Il en va de même pour la crédibilité des personnes qui la portent. Nous ne connaissons pas vos parcours, ni ce qui vous a mené à cette création, mais la lecture du synopsis nous laisse profondément perplexes et inquiètes.

Votre façon d'aborder la prostitution et les implications de votre postulat de départ nous préoccupe. Vous posez l'idée que l'accès à des « services sexuels », en particulier pour les personnes en situation de handicap, serait un tabou qu'il faut lever, dépasser, oser affronter. De quel tabou parle-t-on exactement ? Parle-t-on de la sexualité des personnes en situation de handicap, ou de l'achat de « services sexuels » ?

La sexualité n'est ni taboue, ni interdite lorsqu'elle est libre et sans contrainte, et c'est la contrainte que peut représenter le besoin d'argent qui rend l'acte de payer pour avoir accès au corps et à l'intimité d'autrui interdit. Votre usage du mot tabou brouille la discussion avant même qu'elle ne soit engagée. Accolé à des situations qui suscitent l'émotion, il provoque un faux débat et occulte les réelles questions : Le consentement est-il libre lorsqu'il est obtenu dans le cadre d'un échange monétaire ou matériel ? Une société qui reconnaît le fait de contraindre une personne à avoir des relations sexuelles comme étant un crime peut-elle légitimer le marchandage de la sexualité ?

C'est ici que votre projet se montre inquiétant. Votre scénario occulte la réalité brutale du système prostitutionnel, au profit d'une fiction qui n'est en rien représentative du quotidien de la majorité des personnes en situation de prostitution. Statistiquement, les hommes sont une écrasante majorité à payer pour obtenir des faveurs sexuelles de femmes qui ne les désirent pas et qui sont contraintes de feindre, de simuler, de s'effacer et de se dissocier pour continuer, de recommencer et de vivre des rapports sexuels à répétition alors qu'elles voudraient que ça s'arrête.

Ce qui se joue en prostitution n'est ni librement consenti, ni réciproque la majorité du temps. Rien de cela ne correspond à l'image d'une relation douce et empreinte de la bienveillance que votre œuvre semble vouloir présenter.

Faire disparaître cette réalité au profit d'une fiction plus acceptable ne relève pas d'une liberté artistique neutre et ne peut se poser comme fondement d'une réflexion citoyenne éclairée. Produire un récit qui occulte les conditions matérielles, sociales et sexistes qui sont à la base du système prostitutionnel, c'est déplacer une violence structurelle vers une zone d'ambiguïté morale, comme si elle pouvait être discutée indépendamment de ce qui la rend possible. Comme si une « distinction » entre prostitution et « assistanat sexuel » était possible.

Dans ce déplacement, une autre idée nous alarme : celle selon laquelle la sexualité serait un droit. Cette notion, loin d'être anodine, est au cœur des discours masculinistes et des communautés incels, qui la martèlent pour justifier leur supposé droit d'accès au corps des femmes. La voir réapparaître, même implicitement, dans une œuvre qui se veut un espace de discussion, s'avère extrêmement préoccupant.

Aborder un sujet aussi polarisant et mal connu que la prostitution en mettant en scène une situation marginale, une femme qui paie pour du sexe, produit un effet de renversement trompeur. Inviter le public à la juger et à remettre en question l'évolution des lois est difficilement considérable comme intellectuellement honnête.

Dans la réalité, la prostitution est un système structuré par la demande masculine. Inverser les rôles ne permet pas d'ouvrir le débat mais contribue, au contraire, à masquer les logiques sexistes et capitalistes qui sont au cœur du sujet. Dans ce contexte, l'ajout du handicap paraît servir de bouclier moral. C'est une forme de capacitisme utilitariste : on utilise la vulnérabilité des uns pour justifier l'exploitation des autres, tout en rendant une quelconque opposition presque impossible.

Par conséquent, ce procédé ne relève pas de la discussion, mais d'une instrumentalisation du handicap, utilisé pour détourner le regard des enjeux réels. Cela dit, suggérer que certaines personnes devraient payer pour accéder à un semblant d'intimité revient à réduire leur existence à un besoin biologique supposément insatisfait, et à faire de la réponse à ce besoin une question d'accès marchand. Il n'est alors plus question d'inclusion mais bien de hiérarchisation des oppressions, au sein de laquelle celles des unes sont conditionnelles au soulagement des autres. Aucune inclusion réelle ne peut se fonder sur l'exploitation des vulnérabilités d'autrui.

Tout cela étant dit, une question demeure, qui ne peut être évacuée par le recours à la fiction (même si le cas de Justine est ou était réel, il reste une fiction au sens structurel) : jusqu'où la fiction peut-elle aller lorsqu'elle s'empare d'une oppression authentique ? Peut-elle en modifier les contours au point d'en faire disparaître la nature ? Peut-elle transformer une violence systémique en dilemme moral, en objet de débat, en dispositif interactif ? (Presque ludique !) Que devient la réflexion collective lorsque le point de départ lui-même est déformé ?

Nous ne pensons pas que votre pièce et la façon de la rendre accessible au plus grand nombre puisse permettre de mieux comprendre le sujet de la prostitution. Nous pensons au contraire qu'elle contribue à brouiller les repères, déplacer les enjeux et minimiser des réalités qui, elles, ne sont ni abstraites, ni théoriques et certainement pas ludiques.

Nous refusons que des situations de vulnérabilité soient utilisées pour légitimer la marchandisation des personnes et de la dignité humaine. Nous refusons que l'émotion serve à contourner des principes fondamentaux. La liberté et le progrès ne consistent pas à étendre les possibilités d'exploitation, mais à garantir l'intégrité, l'autonomie et la dignité de tous et toutes.

Justine n'existe pas.

Mais les filles et femmes dans le système prostitutionnel, oui. Ce qu'elles y vivent ne relève ni de l'hypothèse, ni de la fiction, ni du jeu théâtral.

Cela ne peut pas être ignoré. Nous devons lutter pour elles.

Rose Sullivan, militante féministe et survivante de l'industrie du sexe, Jay Dionne, militante féministe et survivante d'exploitation sexuelle, Martine B. Côté, doctorante en Droit et coautrice de Faire corps (Atelier 10) et Aurore Pérez
https://tradfem.wordpress.com/2026/04/26/quatre-femmes-adressent-une-lettre-ouverte-aux-masculinistes-responsables-dun-spectacle-sur-la-prostitution/
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Trump relance le charbon avec un plan à 700 millions de dollars

9 juin, par Reporterre.net — , ,
700 millions de dollars pour le charbon aux États-Unis (603 millions d'euros). Tel est le montant du cadeau à l'industrie fossile annoncé jeudi 4 juin par le président Donald (…)

700 millions de dollars pour le charbon aux États-Unis (603 millions d'euros). Tel est le montant du cadeau à l'industrie fossile annoncé jeudi 4 juin par le président Donald Trump. Ce plan prévoit la modernisation des 14 centrales et 42 mines existantes, la construction de deux nouvelles centrales en Virginie occidentale et en Alaska, ainsi que la création d'un terminal maritime à Oakland (Californie) destiné notamment à l'exportation du charbon.

Tiré de Reporterre
5 juin 2026

Objectif affiché, faire face à l'augmentation de 50 % du prix de pétrole causée par la fermeture du détroit d'Ormuz, où transitent 20 % du pétrole et du gaz mondial. Une fermeture directement liée à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.

Cette annonce suscite de fortes critiques chez les opposants au président étasunien. « Consacrer 700 millions de dollars à une source d'énergie sale et inefficace favorise les pollueurs au détriment des Américains, alors que l'on traverse une crise énergétique provoquée par Trump », a ainsi réagi la Coalition parlementaire SEEC, un groupe d'élus démocrates favorables aux énergies renouvelables.

Lire aussi : Trump II : « La pire offensive de l'histoire contre l'environnement »

Le charbon est la source d'énergie fossile la plus néfaste pour le climat. Il ne fournissait plus que 20 % de l'électricité produite aux États-Unis en 2022, mais il représentait encore 55 % des émissions de CO2 du secteur de la production d'électricité. Sa consommation avait atteint un point bas en 2024, avant de rebondir en 2025. D'après une étude publiée en novembre 2023 dans la revue Science, la pollution atmosphérique causée par les centrales à charbon étasuniennes aurait causé 460 000 décès prématurés entre 1999 et 2020.

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« Les scientifiques avaient beau savoir que ça arriverait, on est sur quelque chose de stupéfiant »

9 juin, par Emmanuel Clévenot — , ,
Alors que la France est touchée par une vague de chaleur exceptionnelle, la géographe Magali Reghezza-Zitt publie « Bienvenue en 2055 ». Elle analyse pour Reporterre les (…)

Alors que la France est touchée par une vague de chaleur exceptionnelle, la géographe Magali Reghezza-Zitt publie « Bienvenue en 2055 ». Elle analyse pour Reporterre les leviers qui nous permettraient d'arriver au monde neutre en carbone qu'elle y décrit.

30 mai 2026 tiré de Reporterre.net

Depuis le 21 mai, un épisode de chaleur « inédit, historique, exceptionnel », selon les mots de Météo-France, a plongé l'Hexagone dans un avant-goût du monde de demain. Un monde dans lequel l'accentuation de la crise climatique se traduira par des canicules de plus en plus intenses et précoces.

Hasard de calendrier, le nouvel ouvrage de Magali Reghezza-Zitt, géographe française de renom, est paru le 22 mai aux éditions du Seuil. Intitulé Bienvenue en 2055, il raconte un monde devenu neutre en carbone. Pour Reporterre, l'enseignante-chercheuse, ancienne membre du Haut Conseil pour le climat, revient sur le phénomène météorologique traversé par la France et les leviers à activer pour adapter nos sociétés à ces épisodes.

Reporterre — La France, comme l'Europe de l'Ouest, traverse une canicule remarquable pour un mois de mai. Le climatologue français, Christophe Cassou, l'a qualifiée « d'ovni climatique ». Était-elle pour autant prévisible ?

Magali Reghezza-Zitt — Les scientifiques savaient qu'un tel événement pouvait arriver. C'est totalement cohérent avec les modèles. Dans un climat qui se réchauffe, des épisodes de chaleur plus intenses et plus précoces sont susceptibles de se produire.

Pour autant, celui-ci est tout à fait exceptionnel par rapport à tout ce qu'on a pu mesurer en France depuis 150 ans. Il échappe vraiment à toutes les mesures. C'est cela qui est perturbant. Les scientifiques avaient beau savoir que ça arriverait, on est sur quelque chose de stupéfiant, sidérant, par rapport à ce que l'on a l'habitude de voir, y compris lors de chaleurs extrêmes.

Il ne faut donc pas s'attendre à vivre régulièrement de tels printemps.

C'est bien là toute la question. Une chose est certaine : plus la crise climatique gagnera du terrain, plus nous vivrons ce type d'événements de plus en plus tôt dans l'année. C'est écrit noir sur blanc dans le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), et les prévisions et modélisations de Météo-France le confirment pour notre pays.

Et si l'on dépasse le seuil des 2 °C, ces épisodes exceptionnels pourraient même survenir dès la première quinzaine de mai. Ça ne veut pas dire qu'on le vivra tous les ans, mais la période sur laquelle ces vagues de chaleur se produiront commencera de plus en plus tôt et se terminera de plus en plus tard, jusqu'en octobre.

Dans votre nouveau livre, « Bienvenue en 2055 », vous dépeignez un monde, le nôtre, devenu neutre en carbone et écrivez : « J'ai désormais 77 ans et, au soir de ma vie, je regarde le chemin parcouru non sans fierté et avec un immense soulagement. » Racontez-nous à quoi ressemble ce futur que vous dessinez.

Premièrement, ce monde est électrifié. Pourquoi ? Parce qu'on est quasiment sorti des énergies fossiles, qui représentent 90 % du réchauffement. Électrifié, ça veut d'abord dire que l'énergie que nous consommons est fabriquée avec des technologies bas carbone. Beaucoup de renouvelables, mais aussi, dans certains pays, du nucléaire.

Mais électrifié, ça veut aussi dire que les appareils, les machines qui jusque-là fonctionnaient avec des énergies fossiles, sont passés à l'électrique. La manière de refroidir nos maisons lors de canicules est électrique. La manière de les réchauffer aussi, tout comme nos transports.

Deuxièmement, nos assiettes ont changé. On mange des fruits et légumes de saison, locaux, des plats d'antan à base de lentilles et de pois chiches, et beaucoup moins de viande. Ça sous-entend qu'on a dû relocaliser un certain nombre de productions parce que les conditions climatiques et la biodiversité n'étaient plus suffisamment efficaces ou propices à certaines cultures.

Lire aussi : Rendre les villes plus fraîches ? On sait comment faire depuis des siècles

Et puis, on a réduit drastiquement les emballages en traquant tous ceux jugés inutiles. On utilise des contenants réutilisables ou consignables, on privilégie le vrac, y compris pour les médicaments. Le circuit-court réduit les transports de marchandises. Nos villes sont de plus en plus silencieuses, car les véhicules sont moins nombreux.

Le plastique a presque disparu, y compris les fibres synthétiques qui composaient nos vêtements. On utilise désormais des fibres animales et végétales, et beaucoup de métiers manuels que connaissaient nos grands-parents sont réhabilités. Nos logements mieux isolés savent désormais produire du froid, etc.

Une chasse au gaspillage a aussi été menée, au bénéfice d'une société plus sobre. Parce que dans un contexte où les inégalités étaient très fortes, ça devenait indécent de jeter de la nourriture quand des gens n'avaient pas de quoi se nourrir, de jeter des vêtements à peine utilisés quand d'autres ne trouvaient pas de quoi se vêtir. Grâce à cette simple lutte contre le gaspillage, contre les pertes d'eau, de chaleur, et d'énergie, nous avons réussi à réduire drastiquement nos émissions.

Pour le moment, les politiques capitalistes à l'œuvre en France nous offrent un tout autre monde. Près de 200 000 élèves viennent d'achever leurs épreuves écrites du bac professionnel sous des températures écrasantes. Le bétail suffoque dans des infrastructures inadaptées. Les locataires de passoires thermiques se sentent complètement abandonnés par le gouvernement, dont l'impréparation est décriée. Le monde que vous imaginez en 2055 ne relève-t-il pas de l'utopie ?

Non. Ce monde n'est pas une utopie puisqu'il se contente de traduire en mots et en images les solutions évaluées, dans le dernier rapport du Giec, comme étant efficaces, économiquement rentables et technologiquement accessibles. Par ailleurs, la question n'est pas de savoir si l'on va décarboner mais quand.

Pourquoi ? Trois causes peuvent pousser à la décarbonation. La première, c'est une politique volontariste… qui n'est d'ailleurs pas forcément menée pour des raisons écologiques. Seulement, les problèmes de logement, d'emploi, d'industrie, d'agriculture se multiplient et les élus trouvent, dans la décarbonation, une solution.

La deuxième, c'est la pression exercée par d'autres pays. On voit aujourd'hui que la Chine, pour des raisons exclusivement géostratégiques et économiques, a engagé non seulement une décarbonation de son électricité mais fonde aussi sa stratégie industrielle sur l'offre d'appareils, de machines, de véhicules permettant d'électrifier les usages. Et là, évidemment, étant donné la force de frappe chinoise, une question de compétitivité se pose et, sans réaction, on risque d'observer un décrochage européen.

Et quelle est la troisième ?

Eh bien, c'est la pire : la pression du changement climatique. Les épisodes de chaleur, comme celui qu'on vit aujourd'hui, provoquent de tels dommages sur la société, les ménages et les entreprises qu'on va se retrouver au pied du mur.

On le voit dès maintenant avec l'effet absolument délétère de notre dépendance aux énergies fossiles. Ça se répercute sur le budget des ménages avec les hausses des prix à la pompe, sur notre agriculture avec l'augmentation du coût des intrants, sur la souveraineté de nos chaînes d'approvisionnement, et sur les finances publiques parce que les problèmes de santé se multiplient.

Résultat : avec la convergence de ces facteurs de pression sur la société, au bout d'un moment, on sera au pied du mur. Sauf qu'évidemment, plus on tarde, plus on prend du retard, plus l'effort devient coûteux et plus nos marges de manœuvres se réduisent. Cette transition est de moins en moins possible parce qu'on n'a plus les ressources pour la mener. Tout l'enjeu est d'être capable de relancer la machine aujourd'hui, avant que la situation n'empire.

En Espagne, le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez vient de dévoiler un plan de plus de 9 milliards d'euros pour accompagner les ménages vulnérables dans leur transition écologique. Pourquoi n'observe-t-on pareille dynamique en France ?

Je n'ai pas la réponse. Le problème aujourd'hui, c'est que monte dans la classe politique et dans les médias un discours de l'impuissance. L'idée que finalement, ça serait mort. Et à ce discours s'ajoute la coalition de l'obstruction. Des personnes qui, au nom d'intérêts politiques et économiques, tentent de retarder la mise en œuvre de ces solutions. Notamment avec l'argument selon lequel la France ne représente qu'un pourcent des émissions, alors on n'y peut rien, disent-ils.

Les Français sont majoritairement conscients du changement climatique. La plupart d'entre eux auraient envie que ça change. Seulement, ils n'en ont pas les moyens. Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas, c'est qu'ils ne peuvent pas. Et pourquoi on en est arrivé là ? Eh bien parce que la transition écologique a été dépolitisée, notamment en opposant la planète aux individus, la fin du monde et la fin du mois.

Pourtant, on aura besoin que l'ensemble des forces politiques intègrent cet objectif de décarbonation. Tous les pays ne s'y prendront pas de la même façon. Plusieurs chemins sont possibles, et ce n'est pas le rôle de la science que de dire lequel emprunter. Non, la science dit une seule chose : que ce monde-là est tout à fait possible, et qu'il faut le construire maintenant.

Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone, de Magali Reghezza-Zitt, aux éditions du Seuil, 22 mai 2026, 256 p., 21,50 euros (15,99 euros en format numérique).

Congrès de la CGT : quelles nouvelles décisions contre les VSS en interne ?

9 juin, par Resyfem – un réseau de syndicalistes féministes de Sud, CGT, FO, FSU. — , ,
Pour le 54ème congrès confédéral de la CGT, nous, membres du Resyfem, nous adressons aux militant-es de la CGT en espérant que de nouvelles décisions soient prises pour agir (…)

Pour le 54ème congrès confédéral de la CGT, nous, membres du Resyfem, nous adressons aux militant-es de la CGT en espérant que de nouvelles décisions soient prises pour agir plus radicalement contre les violences sexistes et sexuelles qui affectent profondément et durablement la santé des victimes et affaiblissent notre syndicalisme.

Resyfem est un collectif féministe de syndicalistes issues de différentes organisations syndicales et implantées dans toute la France. Nous faisons collectivement le constat que le sexisme et les violences masculines – notamment à caractère sexuel – sont omniprésentes dans nos organisations et empêchent de nombreuses femmes d'y militer sereinement, les obligeant trop souvent à subir, à changer d'organisation ou à renoncer au syndicalisme. Or, nous sommes convaincues que les syndicats sont des outils de lutte essentiels que nous ne pouvons pas nous permettre de désinvestir.

Ces derniers mois, la multiplication des situations alarmantes de violences sexistes et sexuelles (VSS) internes nous a conduit à interpeller la Commission Exécutive Confédérale de la CGT par un courrier du 6 mai 2026, à ce jour sans réponse.

L'adoption d'un cadre commun de lutte contre les VSS et l'élection de Sophie Binet au secrétariat général confédéral à l'issue du 53ème congrès portaient l'espoir d'un changement d'échelle dans le combat féministe à la CGT. Les violences qui nous sont remontées régulièrement ou dont la presse se fait parfois l'écho, témoignent au contraire d'un retour de flamme masculiniste bien orchestré qui prend différentes formes :

– Confiscation de l'ensemble des mandats de militantes et obstruction persistante contre les tentatives de continuer à militer, lorsqu'elles parlent et exigent de ne plus être l'objet de propos et de comportements sexistes ;

– Procédures baillons et plaintes en diffamation contre les militantes qui ont osé dénoncer les VSS internes subies ;

– Refus de mise en œuvre des préconisations de la Cellule de Veille Confédérale sur les VSS et ce faisant, désaveu de son travail et de sa légitimité ;

– Non prise en charge des frais de justice automatique de militantes victimes alors qu'il peut arriver que les mis en cause étant des responsables syndicaux, leurs frais de justice sont financés par nos cotisations ;

– Soutien individuel (silencieux ou assumé) de la part de camarades des mis en cause ;

– Soutien institutionnel des instances locales et/ou confédérale via par exemple :

Le maintien, la reconduction, voire de nouvelles responsabilités syndicales des mis en cause, y compris lorsque la Cellule de Veille a reconnu les faits et/ou quand les faits se sont déroulés en public ;

Les menaces et représailles envers les victimes sans réaction des instances syndicales responsables : retraits des mandats, décision d'expulsion de la CGT par un syndicat en violation du droit fondamental à la syndicalisation ;

Les humiliations publiques, par exemple : expulsion d'une camarade d'une Assemblée Générale du Personnel, insultes sexistes, psychiatrisation de la situation des femmes, sexualisation des femmes, etc…

La liste de ces violences secondaires n'est pas exhaustive, malheureusement. Le backslash continue de prendre de la force. Nous devons réagir plus fort pour un nouveau souffle d'un Metoo syndical.

Comme nous l'avons écrit à la Commission Exécutive Confédérale, sa responsabilité est immense.

La CGT est la première organisation syndicale à avoir créé une cellule de veille, il y a 10 ans. Or, le silence et l'absence de décision ambitieuse de la direction confédérale dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles perpétuent la domination patriarcale, non seulement à la CGT, mais dans l'ensemble du monde syndical et, in fine, dans la société.

Face à l'absence de réponse à notre courrier envoyé à la Commission Exécutive Confédérale, et à la veille du 54ème congrès confédéral, nous nous adressons à vous, militant-es, pour nourrir vos débats lors de ce congrès, en espérant que de nouvelles décisions soient prises pour agir plus radicalement contre les VSS qui affectent profondément et durablement la santé des victimes et affaiblissent notre syndicalisme.

Nos propositions :

– Garantir la prise en charge systématique des frais de justice des plaignantes ;

– Protéger les victimes par la suspension conservatoire des mandats et présence au syndicat des mis en cause ;

– Garantir aux victimes qui ont le courage de dénoncer l'absence de représailles (comme les syndicats le demandent pour garantir la liberté syndicale au sein des entreprises) ;

– Garantir des délais d'enquête raisonnables, si besoin en donnant des moyens supplémentaires à la Cellule de Veille ;

– Que les préconisations de la cellule de veille confédérale s'imposent à tous les niveaux de l'organisation (fédérations, UD/UL, syndicats) ;

– Rendre les mandats retirés aux militantes par représailles ;

Cette liste de propositions n'est bien sûr pas exhaustive. Elle est une amorce à enrichir par les débats et l'ensemble des expériences que chaque syndicat et syndiqué.es ont déjà eu, pour garantir un cadre de militantisme sans violences masculines.

Nous espérons une avancée significative dans la prévention et les sanctions des VSS par la CGT, pour ne pas avoir à porter de nouveau ce combat au 55ème congrès. Il sera tellement utile pour les syndiqué.es de la CGT mais aussi pour les militantes de tous les syndicats.

D'ici là, continuons à réagir systématiquement et collectivement à tout propos et/ou agissement sexistes et sexuels, racistes… Nous envoyons tout notre sororité combative aux congressistes qui portent ce combat.

RESYFEM, le 1/06/26
https://blogs.mediapart.fr/resyfem/blog/020626/congres-de-la-cgt-quelles-nouvelles-decisions-contre-les-vss-en-interne
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Le traité de l’OIT devrait protéger tous les travailleurs des plateformes numériques

Les gouvernements participant aux négociations devraient soutenir le principe d'une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et l'accès à la sécurité sociale (…)

Les gouvernements participant aux négociations devraient soutenir le principe d'une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et l'accès à la sécurité sociale

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/04/le-traite-de-loit-devrait-proteger-tous-les-travailleurs-des-plateformes-numeriques/

(New York) – Partout dans le monde, les travailleurs des plateformes numériques (« gig workers » en anglais) endurent de longues heures de travail, une rémunération imprévisible et en baisse, ainsi que de graves risques sécuritaires, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd'hui. En juin, sous l'égide de l'Organisation internationale du Travail (OIT), des gouvernements participeront à des négociations afin d'élaborer un traité historique portant sur le « travail décent dans l'économie des plateformes » ; ils devraient adopter des normes solides et contraignantes afin de garantir aux travailleurs de ce secteur, partout dans le monde, une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et l'accès à une protection sociale.

Ce rapport multimédia, intitulé « Algorithms of Exploitation : Rights Abuses in the Gig Economy and the Global Fight for Change » (« Algorithmes d'exploitation : Violations des droits dans l'économie des plateformes numériques et les efforts mondiaux visant des réformes »), documente les expériences de travailleurs des plateformes dans neuf pays :l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Inde, le Kenya, le Koweït, leLiban, leMexique, le Pakistan et leRoyaume-Uni. Human Rights Watch a constaté que, dans tous les pays étudiés, ces travailleurs perçoivent une rémunération peu enlevée et instable dans des conditions de travail peu sûres, et ne bénéficient que d'une protection faible ou inexistante en cas d'accident du travail ou d'incapacité à travailler.

« Les entreprises gérant des plateformes numériques ont bâti un modèle économique qui contourne les protections du droit du travail et transfère des risques et des coûts aux travailleurs », a déclaréLena Simet, chercheuse senior sur les questions de pauvreté et d'inégalité à Human Rights Watch. « Les négociations en vue d'un traité de l'OIT constituent le premier effort mondial visant à contraindre les gouvernements à garantir que l'utilisation de ce modèle ne se fasse pas au détriment des droits des travailleurs. »

Human Rights Watch s'est entretenu avec des chauffeurs et des livreurs en Inde, au Kenya, au Liban, au Mexique, au Pakistan et au Royaume-Uni, ainsi qu'avec des migrants de retour dans leurs pays d'origine (BangladeshetNépal) qui avaient auparavant travaillé en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Koweït. L'objectif était de documenter, par des exemples concrets, l'impact humain du travail non réglementé au sein de l'économie des plateformes.

L'OIT estime que la taille du marché des plateformes numériquesa presque doubléentre 2016 et 2021 ; selon la Banque mondiale, près de435 millions de personnesdans le monde en tirent un revenu. Cependant, les protections liées au droit du travail n'ont pas suivi la même évolution.

La convention en cours de négociation devrait combler les lacunes existantes en matière de protection en incluant des garanties essentielles pour tous les travailleurs des plateformes, quel que soit leur statut, a préconisé Human Rights Watch. Étant donné qu'elles classent systématiquement leurs travailleurs comme prestataires indépendants ou travailleurs autonomes, ceux-ci se retrouvent, dans de nombreux pays, exclus des garanties relatives au salaire minimum, à la sécurité sociale et à la sûreté au travail.

Des travailleurs ont fait état de longs horaires, de rémunérations imprévisibles et en baisse, ainsi que de graves risques sécuritaires, souvent en l'absence de sécurité sociale ou de soutien en cas d'accident du travail ou de maladie les empêchant de travailler.

Apraham, chauffeur à Beyrouth, a raconté que ses revenus n'avaient cessé de diminuer depuis 2015, l'empêchant de couvrir ses dépenses quotidiennes ou de cotiser à la sécurité sociale. Après le vol de sa voiture et de son téléphone lors d'une agression violente survenue alors qu'il travaillait pour Uber, il s'est retrouvé sans revenus et a affirmé n'avoir reçu aucun soutien de la part de cette compagnie.

Agnes Mwongera, chauffeuse à Nairobi, a déclaré avoir été agressée par un passager et n'avoir reçu aucune réponse lorsqu'elle a signalé l'agression à son employeur.

Graeme Franes, coursier à vélo assurant des livraisons de repas en Écosse, au Royaume-Uni, a indiqué avoir été incapable de travailler pendant six mois après une agression au cours de laquelle son bras a été fracturé « J'ai dû compter sur mes amis et ma famille », a-t-il confié. « Ce fut une période vraiment difficile. »

En classant les travailleurs de plateformes numériques comme prestataires indépendants, les entreprises parviennent, dans de nombreux pays, à se soustraire aux obligations relatives au salaire minimum, à la sécurité au travail et à la sécurité sociale. Parallèlement, elles exercent un contrôle considérable sur ces travailleurs par le biais d'algorithmes qui déterminent la rémunération, attribuent les tâches et peuvent mener à des suspensions, souvent sans transparence ni possibilité de recours effectif.

Human Rights Watch a précédemment constaté qu'une fois les frais déduits, de nombreux travailleurs des plateformes aux États-Unis gagnent un revenu nettement inférieur à un salaire décent, ou au salaire minimum légal. Des travailleurs d'autres pays ont fait état de dynamiques similaires, leurs revenus étant souvent insuffisants pour couvrir leurs dépenses quotidiennes. Ce modèle d'exploitation permet aux entreprises concernées d'accaparer une part croissante des revenus tout en reportant les coûts sur les travailleurs, contribuant ainsi à des inégalités croissantes sur ce marché du travail.

Human Rights Watch appelle les gouvernements à adopter des normes rigoureuses qui :

* Établissent la présomption que des travailleurs sont considérés comme des employés d'une entreprise, dès lors que celle-ci contrôle leurs activités professionnelles, afin d'éviter toute classification erronée de leur statut ;

* Exigent une rémunération équitable, couvrant l'intégralité du temps de travail effectué, avec des revenus atteignant au moins le seuil du salaire minimum ou du salaire vital ;

* Garantissent l'accès à la sécurité sociale pour tous les travailleurs, y compris en cas d'accident du travail, de maladie, de chômage ou de vieillesse ;

* Imposent aux plateformes une transparence quant aux algorithmes utilisés, et dans leur communication aux travailleurs d'informations sur le mode de calcul de leur rémunération, la tarification et l'attribution des tâches et des missions, ainsi que le fonctionnement des programmes d'incitation ;

* Assurent la responsabilisation des plateformes, notamment en offrant aux travailleurs des voies de recours accessibles pour contester les décisions automatisées, y compris celles entraînant la désactivation de leur compte ;

* Étendent les protections en matière de santé et de sécurité au travail à l'ensemble des travailleurs des plateformes, y compris la prise de mesures de protection contre la chaleur extrême et d'autres conditions dangereuses ;

* Garantissent aux travailleurs le droit de se syndiquer et de négocier collectivement, sans crainte de représailles.

Human Rights Watch a contribué au processus de l'OIT en cours en transmettant ses recommandationsconcernant la réglementation du travail via les plateformes, d'une manière respectueuse des droits humains ; Human Rights Watch a élaboré certaine propositions conjointement avec des organisations de la société civile.

« Les décisions que les gouvernements prendront maintenant façonneront l'avenir des conditions de travail pour des millions de personnes », a conclu Lena Simet. « Ils devraient veiller à ce que le travail via les plateformes numériques soit régi par les principes d'équité salariale, de sécurité et de protection sociale, et non par l'exploitation. »

https://www.hrw.org/fr/news/2026/05/13/le-traite-de-loit-devrait-proteger-tous-les-travailleurs-des-plateformes-numeriques

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Sénégal : Que faire de la dette illégitime

9 juin, par Paul Martial — , ,
Confronté à une dette abyssale, le duo dirigeant s'est divisé sur les mesures à adopter, bien que, dans les deux orientations, les conséquences pour les populations soient (…)

Confronté à une dette abyssale, le duo dirigeant s'est divisé sur les mesures à adopter, bien que, dans les deux orientations, les conséquences pour les populations soient néfastes.

7 juin 2026

Le limogeage de Sonko, Premier ministre, par le président Diomaye Faye met fin au slogan du PASTEF : « Sonko mooy Diomaye » (« Sonko, c'est Diomaye »), mis en avant lors de l'élection présidentielle de 2024, où Faye représentait le plan B face à l'empêchement d'Ousmane Sonko de se présenter.

Raisons de la rupture

Quelques mois après la présidentielle, remportée haut la main dès le premier tour avec 54 % des voix, les premières divergences entre les deux hommes sont apparues sur les questions de justice, concernant les arrestations de hauts responsables de l'ancien régime pour corruption. Sonko apparaissait comme le gardien de l'orthodoxie du programme du PASTEF, tandis que Faye semblait soucieux de préserver une concorde nationale en ouvrant le dialogue avec les anciens dirigeants du régime de Macky Sall.

Une autre source de divergence réside sur la dette abyssale laissée par le régime précédent. Elle s'élève à 132% du PIB du pays. De l'avis unanime de nombreux économistes progressistes : « La dette extérieure du Sénégal et les obligations liées à son service sont insoutenables. » Et pour cause : les recettes du pays pour 2025 sont estimées à 4 382 milliards de francs CFA, tandis que le service de la dette pour cette même année atteindrait 4 400 milliards de francs CFA. Dès lors, comment traiter le problème ?

Divergences tactiques

Pour Faye, il faut négocier une restructuration de la dette avec le FMI. Cela implique la mise en œuvre de politiques d'ajustement structurel, même si l'on parle désormais de « consolidation budgétaire ». Le résultat pour les populations reste identique : démantèlement des services publics, notamment dans l'éducation et la santé, ainsi que la suppression des subventions sur les prix de l'électricité et du gaz. L'expérience montre que les politiques du FMI ne conduisent qu'à la perpétuation de la dette.

Sonko définit une autre voie : rembourser sans passer sous les fourches caudines du FMI, en mobilisant les ressources internes du pays. Cette approche souverainiste revient toutefois à mener une politique d'austérité endogène contre les populations. À aucun moment n'est proposée une contestation de la légitimité de la dette en soulignant les responsabilités du FMI et du régime précédent de Macky Sall. Ce dernier, avec la bienveillance de la France, postule aujourd'hui pour succéder à António Guterres à la tête de l'ONU.

Les solutions proposées par Faye et Sonko, bien que différentes aboutissent cependant au même résultat : les populations devront supporter le poids d'une dette qui n'a nullement servi à améliorer les conditions de vie des citoyens.

En revanche, les deux dirigeants semblent s'accorder pour offrir un exutoire à la colère sociale en stigmatisant la communauté LGBT+, pourtant partie intégrante de l'histoire du pays. À défaut d'un changement social, ce sont des discours de haine qui sont proposés, sous couvert d'un verbiage réactionnaire éculé.

Paul Martial
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RD Congo. Une « trève Ebola » nécessaire pour contenir le virus

Alors que le nombre de victimes du virus Ebola ne cesse d'augmenter, le conflit en cours dans l'est du pays ne fait qu'aggraver la situation. Manque de personnels soignants, (…)

Alors que le nombre de victimes du virus Ebola ne cesse d'augmenter, le conflit en cours dans l'est du pays ne fait qu'aggraver la situation. Manque de personnels soignants, déplacements des équipes médicales entravés, camps de déplacés... La situation pourrait devenir incontrôlable si les belligérants ne s'entendaient pas pour mettre en place les mesures nécessaires.

Tiré d'Afrique XXI.

À Mongwalu, la mort est familière. Dans cette ville minière d'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RD Congo), elle circule à bas bruit. L'éboulement des galeries taillées à la main est fréquent. Une fois les corps des victimes ramenés à la surface, les creuseurs redescendent. Des femmes lavent la terre, y décèlent ce qui brille. D'autres cuisinent, mettent la musique plus fort lorsque les hommes ont besoin d'ambiance. Les enfants se faufilent au milieu des adultes, eux aussi travaillent et glissent leurs corps minces dans les boyaux les plus étroits.

Jadis, la mine de Kilo-Moto, exploitée depuis l'ère coloniale, faisait la fierté de la région. La société qui l'exploite a fait la fortune de la ville d'Anvers, en Belgique. La propagande coloniale se donnait bonne conscience : n'assurait-elle pas qu'à Kilo-Moto il y avait des écoles, des infirmeries, des contrôleurs, des policiers qui traquaient les fraudeurs éventuels ?

Aujourd'hui, entre 35 000 et 40 000 personnes travaillent dans les mines artisanales. Avec des pelles, des pioches, des marteaux, les hommes creusent des galeries, remontent des sacs de terre ou de roche, concassent les pierres à la main ou avec de petits moulins électriques. À l'air libre, les « mamans twangize » attendent la récolte : elles aussi pulvérisent les pierres, puis, dans de grands bassins, elles recueillent les paillettes, la poussière dorée ou parfois des petits morceaux très purs qui seront vendus tels quels aux négociants et autres intermédiaires qui se dirigeront ensuite vers l'Ouganda.

Le corps a été lavé, manipulé...

Le 30 mars dernier, le malheur est passé inaperçu à Mongwalu. Un homme est mort, emporté par une forte fièvre, des douleurs thoraciques, la toux, la fatigue. Il saignait du nez, il vomissait, et puis il s'est éteint. Sa famille a acheté un cercueil pour y déposer le corps. Les rituels ont été observés : le corps a été lavé, manipulé, tout le monde s'est réuni pour pleurer et prier. L'enterrement a eu lieu en présence d'une foule nombreuse. C'est alors que le virus a commencé à circuler.

Mongwalu n'est pas dépourvu de structures de santé : durant tout le mois d'avril, les cliniques Hope, Asifiwe, le centre de santé CECA 20 et le poste de santé Benedictin ont accueilli des patients qui présentaient les mêmes symptômes que le premier défunt.

Le personnel médical a fait ce qu'il a pu, accueillant les malades et assurant les premiers soins tandis que les familles se chargeaient de nourrir les patients. Médecins et infirmiers disposaient-ils seulement d'une protection particulière ? Avaient-ils été avertis d'un danger éventuel ? La réponse est négative. En avril, trois infirmiers de l'hôpital général de Mongwalu sont décédés ainsi qu'un de leurs collègues qui travaillait dans un poste de santé.

Fin avril, une souche Ebola est détectée

Il a fallu attendre début mai pour que l'on s'inquiète, que l'on prévienne Kinshasa. Entretemps, la contamination a progressé comme un feu de brousse, grâce à une goutte de sueur ou à n'importe quel fluide corporel, ou même à cause d'un tissu ayant touché le corps d'un malade et ayant été effleuré par un soignant ou par un membre de la famille. Avant chaque enterrement, les proches ont habillé les corps puis ils ont fermé le cercueil, partagé leurs larmes. Ils ont aussi beaucoup prié, pratiqué des rites religieux dans cette région où l'islam côtoie des croyances et des pratiques mystiques.

Le 30 avril, à Bunia, un test effectué dans les règles s'est conclu par un verdict implacable : c'est par une souche du virus Ebola que les défunts ont été emportés. Non pas la variante dite Zaïre, déjà connue dans la région, mais une autre, appelée Bundibugyo. Cette dernière, contre laquelle n'existe encore aucun remède, ne fut reconnue définitivement qu'à Kinshasa, au siège de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), par l'équipe du professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum.

Honoré dans le monde scientifique, décoré de multiples médailles et diplômes, le docteur Muyembe a été l'un des premiers, avec l'épidémiologiste belge Peter Piot, à identifier, en 1976, le virus Ebola. Le directeur de l'INRB faisait partie de l'équipe de l'hôpital de la mission catholique de Yambuku. Depuis lors, même si Ebola a déjà sévi dix-sept fois dans la région, le professeur assure que son institution ne bénéficie d'aucun appui des pouvoirs publics et qu'il ne peut compter que sur l'aide internationale. Il précise même que la « biobanque » se trouvant à l'INRB, et qui abrite les souches des virus les plus dangereux, ne peut compter sur aucune protection alors que, dit-il, « il s'agit d'une véritable bombe » !

OMS, Usaid... Les effets concrets des décisions de Trump

La situation médicale est d'autant plus critique que l'aide internationale fond à vue d'œil depuis que, l'an dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a perdu 21 % de son budget, Donald Trump ayant décidé de fermer les robinets. Dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu comme dans le « Grand Nord » de l'Ituri – une région qui compte plus de 2 millions de déplacés –, les populations ne peuvent plus compter que sur des organisations indépendantes, comme Médecins sans frontières, et sur des initiatives religieuses.

Comment oublier cette image de Goma en février 2025, lorsque les déplacés qui s'entassaient autour de la ville furent obligés de vider les lieux en moins d'une semaine et de regagner leurs villages d'origine ? Talonnés par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ils entassèrent leurs quelques biens sur des vélos et des charrettes, roulèrent les bâches blanches « empruntées » aux organisations humanitaires – chassées des camps elles aussi – afin d'avoir un abri pour la route, tandis que les pharmacies se vidaient et que l'Agence des États-Unis pour le développement international (United States Agency for International Development, USAID) vidait ses stocks et congédiait son personnel local après la décision de Donald Trump de sa fermeture.

Depuis lors, à part quelques ONG comme Médecins sans frontières, la plus importante de la région, l'aide internationale s'est fortement réduite, et les associations locales sont exsangues face à 2 millions de déplacés. Le médecin belge Reginald Moreels, qui fut ministre de la Coopération au développement et qui a construit, sur fonds privés, un hôpital à Beni, souligne lui aussi le danger que représentent les déplacements massifs de population et relève que « face à la variante actuelle du virus, il n'existe aucun vaccin… ».

L'Ouganda et le Rwanda sur le qui-vive

L'ampleur de l'épidémie de la souche dite de Bundibugyo d'Ebola a été ignorée et passée sous silence jusqu'en mai. D'après l'OMS, il aurait déjà entraîné au moins 223 morts (au douzième jour officiel de l'épidémie (1)), dont certains cas à Goma et à Bukavu, capitales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et près d'un millier de personnes seraient déjà contaminées.

Dans la région, l'épidémie a progressé, et les autorités ougandaises ont décidé d'annuler une cérémonie très populaire : la commémoration des « martyrs », c'est-à-dire l'hommage au roi du Buganda exécuté au XVIIIe siècle. Quant au Rwanda, il a fermé ses barrières et imposé de très strictes mesures préventives. Au fil des jours, l'alerte a été étendue à toute la région : le Soudan du Sud et le Kenya ont pris des mesures de prévention, tandis que l'OMS multiplie les réunions d'urgence.

Médecin microbiologiste belge ayant travaillé dans le Sud-Kivu dans un programme de lutte contre la tuberculose et connaissant bien l'est du Congo, le professeur Emmanuel André est aujourd'hui une figure de premier plan dans la gestion des urgences sanitaires en Europe. Il souligne le lien entre les guerres et les épidémies :

  • Les conflits qui impactent l'est du Congo depuis plusieurs décennies est un contexte qui a eu pour effet de provoquer un dysfonctionnement chronique du système de santé : les patients n'accèdent pas aux hôpitaux, les diagnostics sont imprécis et la surveillance épidémiologique est presque impossible. Quand un système de santé déjà fragilisé est confronté à des crises comme un afflux massif de personnes déplacées ou une épidémie, il peut être très vite dépassé.

Il met également en garde sur les conséquences d'une propagation dans les camps : « Les personnes qui vivent dans les camps ont souvent des traumatismes importants et souffrent de malnutrition, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Les épidémies sont fréquentes et peuvent prendre des proportions dramatiques. L'introduction du virus Ebola dans un camp de personnes déplacées serait un événement d'une gravité innommable. »

Les vaccins disponibles inefficaces

Le médecin insiste sur l'importance d'une double approche dans le cadre d'une épidémie d'Ebola : « D'une part le déploiement rapide de matériel et de personnel médical, et d'autre part une mobilisation communautaire importante. Cette mobilisation communautaire a pour but de créer un lien avec les communautés affectées, de répondre à leurs inquiétudes et de les guider dans les attitudes à prendre pour prévenir des chaînes de transmission du virus. »

Le médecin estime que « la souche du virus qui circule étant malheureusement résistante aux vaccins disponibles, l'approche communautaire est devenue cruciale. Cependant, elle est rendue extrêmement difficile en raison de la situation sécuritaire : les agents de santé n'accèdent pas dans les zones de conflits et ne peuvent rien faire pour éviter la propagation du virus quand les personnes sont enfermées dans des camps ».

Par conséquent, le spécialiste belge estime urgent d'activer un levier supplémentaire, à savoir la « Global Health Diplomacy » : « Il s'agirait d'une trêve effective qui permettrait aux communautés et au personnel de santé de se déplacer et de mettre en place tous les leviers nécessaires à un contrôle de l'épidémie, sans risque de se retrouver menacés par les parties belligérantes. Idéalement, les personnes devraient quitter les camps bondés et retourner dans leurs villages, mais cela ne peut se faire que si leur sécurité et leur santé peuvent être garanties. » Et de conclure : « Cette trêve Ebola ne mettrait pas nécessairement fin aux conflits armés, mais devrait permettre d'éviter de très nombreuses victimes civiles en accélérant la réponse à l'épidémie ».

Notes

1- WHO, « Bundibugyo Virus Disease Outbreak, Democratic Republic of the Congo, Uganda », Weekly External Situation Report 02, 24 mai 2026.

Mali : primes sur les têtes, questions sur la stratégie : le pari risqué de Bamako

9 juin, par Mohamed Ag Ahmedou — , ,
L'annonce par les autorités de la junte malienne de récompenses financières allant jusqu'à deux milliards de francs CFA pour l'arrestation ou la neutralisation de plusieurs (…)

L'annonce par les autorités de la junte malienne de récompenses financières allant jusqu'à deux milliards de francs CFA pour l'arrestation ou la neutralisation de plusieurs figures du jihadisme et du Front de libération de l'Azawad a provoqué un choc politique et médiatique.

Par Mohamed AG Ahmedou

Présentée comme un tournant dans la lutte contre l'insurrection, cette décision soulève néanmoins de nombreuses interrogations. Pourquoi maintenant ? Pourquoi certains acteurs sont-ils visés et d'autres non ? Cette stratégie traduit-elle une montée en puissance de l'État ou, au contraire, les difficultés croissantes d'un pouvoir confronté à une dégradation continue de la situation sécuritaire ?

Une annonce spectaculaire dans un contexte de fortes turbulences

La junte militaire malienne a frappé fort. En mettant à prix plusieurs personnalités associées au jihadisme et du Front de libération de l'Azawad, les autorités de la junte ont choisi une méthode rarement utilisée à une telle échelle dans l'histoire contemporaine du pays.

Les montants annoncés sont considérables. Deux milliards de francs CFA pour Iyad Ag Ghali, un milliard cinq cents millions pour Hamadou Koufa, un milliard pour Algabass Ag Intalla, cinq cents millions de francs CFA pour Bilal AG Cherif, président du FLA, sans oublier plusieurs autres responsables militaires ou politiques accusés d'être impliqués dans la violence armée.

L'objectif affiché est clair , c'est d'obtenir des renseignements permettant leur arrestation ou leur neutralisation.Mais derrière l'effet de communication se cache une question fondamentale, cette mesure constitue-t-elle une nouvelle stratégie de sécurité ou un simple effet d'annonce ?Car depuis plusieurs années, les autorités maliennes présentent régulièrement la neutralisation imminente des principaux chefs insurgés comme un objectif prioritaire. Pourtant, malgré l'engagement massif de l'armée, l'appui de partenaires sécuritaires russes , turcs, marocains et l'intensification des opérations militaires, les principaux dirigeants recherchés demeurent actifs.

Pourquoi maintenant ?

C'est probablement la question la plus discutée parmi les observateurs.Pourquoi avoir attendu juin 2026 pour annoncer ces récompenses alors que la plupart des personnes visées sont connues des services de renseignement depuis parfois plus d'une décennie ?Pour plusieurs analystes, le calendrier n'est pas anodin.Cette annonce intervient alors que les autorités de la junte militaire malienne font face à une multiplication des défis, des attaques armées récurrentes, difficultés économiques, tensions politiques et interrogations croissantes sur l'évolution du conflit.Elle survient également quelques jours seulement après les informations faisant état d'accords locaux conclus entre des combattants de villages affiliés à la milice Dana Ambassagou et le JNIM dans le Pays dogon, dans la région de Bandiagara.Même si les implications exactes de ces accords restent débattues, leur portée symbolique est importante. Ils montrent que, dans certaines zones, des acteurs locaux privilégient désormais la négociation à la confrontation permanente.Dans ce contexte, l'annonce des primes apparaît pour certains comme une tentative de reprendre l'initiative médiatique.
Le spécialiste des questions politiques et sécuritaires Tabazambozite considère ainsi que cette décision pourrait être interprétée comme une opération de communication destinée à déplacer le débat public vers les figures emblématiques de l'insurrection plutôt que vers les difficultés rencontrées sur le terrain.

Une liste qui suscite des interrogations :

Au-delà du calendrier, la composition même de la liste interroge.De nombreux commentaires ont relevé l'absence de certains responsables du JNIM pourtant régulièrement cités dans les communications sécuritaires.Parmi eux figure notamment Bina Diarra, connu sous le nom d'Abou Oudaïfa Al Bambari, présenté par plusieurs observateurs comme l'une des figures de la communication jihadiste dans le Sud du Mali et dans le district de Bamako.Cette absence alimente diverses interprétations.Certains y voient un simple choix opérationnel relevant des services de renseignement.D'autres estiment qu'elle révèle une hiérarchisation politique des cibles.D'autres encore considèrent qu'elle nourrit un malaise plus profond concernant la perception du conflit dans le pays.

Sur les réseaux sociaux et dans certains milieux politiques, des voix s'interrogent ainsi sur le fait que plusieurs personnalités originaires du Nord ou du Centre figurent sur la liste tandis que certains acteurs issus du Sud n'y apparaissent pas.Ces critiques ne démontrent pas l'existence d'un traitement différencié fondé sur l'origine communautaire. Elles traduisent néanmoins une perception qui mérite d'être analysée, car dans les conflits contemporains, les perceptions influencent souvent autant les dynamiques politiques que les réalités objectives.

Le risque d'une ethnicisation du débat sécuritaire :

Depuis le début de la crise malienne, l'un des principaux dangers a toujours été la confusion entre groupes armés et communautés.Les mouvements jihadistes recrutent dans pratiquement toutes les régions du pays.Leurs membres sont issus de milieux sociaux, linguistiques et communautaires très divers.Toute politique sécuritaire qui donnerait l'impression de cibler davantage certaines régions ou certaines communautés risque donc d'alimenter les fractures nationales.Le défi des autorités est précisément d'éviter que la lutte contre les groupes armés soit perçue comme une confrontation entre composantes de la société malienne.Dans ce domaine, la bataille de la communication est presque aussi importante que la bataille militaire.

Une reconnaissance implicite des limites de l'approche militaire ?

Une autre lecture mérite d'être examinée.Les primes constituent traditionnellement un instrument utilisé lorsqu'un État rencontre des difficultés à localiser ou à neutraliser certains adversaires par les moyens conventionnels.L'annonce de récompenses aussi importantes peut donc être interprétée de deux façons opposées.Pour les partisans du gouvernement, elle démontre la détermination des autorités à mobiliser tous les moyens disponibles.Pour les critiques, elle peut aussi être vue comme la reconnaissance implicite des limites rencontrées sur le terrain malgré plusieurs années d'efforts militaires intensifs.Cette ambiguïté explique en partie l'intensité des réactions suscitées par le communiqué.

La guerre psychologique est désormais totale :

L'épisode illustre également l'entrée du conflit malien dans une nouvelle phase, celle de la guerre psychologique permanente.Quelques heures après l'annonce gouvernementale, des commentaires ironiques et provocateurs ont circulé sur les réseaux sociaux, certains affirmant que des partisans du Front de libération de l'Azawad auraient, de manière symbolique ou satirique, proposé une récompense largement supérieure pour la capture d'Assimi Goïta.Qu'elles soient sérieuses ou non, ces réactions montrent que le conflit ne se joue plus seulement sur le terrain militaire.Il se joue désormais dans les médias, sur Internet, dans les imaginaires collectifs et dans la capacité de chaque camp à imposer son récit.

Une mesure spectaculaire qui ne répond pas aux questions fondamentales :

Au final, l'annonce des primes marque davantage un moment politique qu'un tournant stratégique clairement identifiable.Elle témoigne de la volonté de v'là junte militaire malienne de démontrer sa fermeté face à des adversaires qui continuent de défier son autorité.Mais elle soulève aussi des interrogations sur le timing de la décision, sur les critères de sélection des personnes visées et sur l'efficacité réelle de ce type de mécanisme dans un conflit devenu profondément enraciné.

Plus largement, cette séquence rappelle que la crise malienne ne se résume plus à une simple confrontation militaire. Elle est devenue une bataille de légitimité, de narration et de perception.Et dans cette guerre-là, les communiqués spectaculaires peuvent produire un impact immédiat. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à répondre aux questions fondamentales qui continuent de hanter le Mali. Comment restaurer durablement l'autorité de l'État usurpé par un régime d'imposture ? Comment reconstruire la confiance entre les populations et mettre fin à un conflit qui, année après année, semble redéfinir ses propres règles ?

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Le « en même temps » de Donald Trump en Afrique

9 juin, par Maïssata Koné-Dubois — , ,
L'administration Trump taille à la hache dans l'aide au développement et réduit son réseau diplomatique. Au même moment, elle multiplie les coopérations militaires et renforce (…)

L'administration Trump taille à la hache dans l'aide au développement et réduit son réseau diplomatique. Au même moment, elle multiplie les coopérations militaires et renforce sa présence sécuritaire. Ce « en même temps » à l'américaine traduit un concept simple : moins d'influence, plus d'intérêts. Reste à savoir si le recul de l'un n'affaiblira pas l'autre.

Tiré de MondAfrique.

Selon la lettre Africa Intelligence, Washington envisage de renforcer sa coopération sécuritaire dans l'Extrême-Nord du Cameroun face à la menace de Boko Haram. Au Nigeria, des militaires américains sont de nouveau déployés pour des missions de formation et de renseignement. En Côte d'Ivoire, les exercices militaires conjoints se multiplient. Même le Niger, qui avait obtenu le départ des forces américaines de leur base de drones d'Agadez en 2024, reçoit à nouveau des équipements militaires.

Ces initiatives récentes donnent l'impression d'un regain d'intérêt des États-Unis pour l'Afrique. Pourtant, au même moment, l'administration Trump poursuit l'un des plus vastes démantèlements d'outils d'influence jamais engagés par Washington sur le continent. Ce paradoxe illustre un changement de méthode plus qu'un changement de cap.

Washington ferme le robinet

Entre janvier et février 2025, l'administration Trump a gelé puis supprimé entre 83 et 90 % des programmes de l'USAID. Plus de 5 800 contrats ont été résiliés, ainsi que plusieurs milliers de subventions du Département d'État. L'agence, longtemps symbole de la présence civile américaine à travers le monde, a été largement démantelée.

L'Afrique subsaharienne est l'une des premières victimes de cette politique. Avant les coupes budgétaires, elle recevait près de 40 % du budget mondial de l'USAID, soit environ 12 milliards de dollars en 2024. Dans plusieurs pays, les financements ont été réduits d'environ 83 %. Les secteurs touchés dessinent à eux seuls l'ancien périmètre de l'influence américaine : santé, nutrition, lutte contre le VIH, paludisme, tuberculose, éducation, gouvernance, climat ou encore aide aux réfugiés.

Les conséquences sont déjà visibles. Des centres de soins ferment, des programmes de prévention sont suspendus, des milliers d'emplois dans le secteur humanitaire disparaissent tandis que plusieurs organisations alertent sur les effets sanitaires potentiellement dévastateurs de ces décisions.

Washington ferme les portes

Mais le désengagement ne s'arrête pas là : la diplomatie est également durement frappée. Selon plusieurs projets étudiés par l'administration américaine, près d'une trentaine d'ambassades et de consulats pourraient être fermés ou voir leurs activités fortement réduites. L'Afrique figure parmi les régions les plus concernées. Lesotho, Érythrée, République centrafricaine, Congo, Gambie, Soudan du Sud : autant de postes diplomatiques susceptibles d'être touchés. Les consulats américains de Douala au Cameroun et de Durban en Afrique du Sud figurent également parmi les structures visées.

Parallèlement, Washington envisage de réduire drastiquement ses centres de traitement des visas sur le continent, passant d'une cinquantaine à une vingtaine de plateformes régionales. Plusieurs postes d'ambassadeurs restent vacants. Les programmes d'échanges universitaires et culturels sont réduits. Les financements destinés à Voice of America et aux instruments de diplomatie publique sont revus à la baisse.

Les militaires avancent leurs bottes

Dans le même temps, le commandement militaire pour l'Afrique s'active. En mai dernier, devant le Congrès, le général Dagvin Anderson, commandant des forces américaines pour l'Afrique, a donné le ton. Selon lui, l'Afrique de l'Ouest est devenue « le centre de gravité du djihadisme mondial ». Ce constat justifie à lui seul un renforcement des partenariats sécuritaires. Au Nigeria, des militaires américains ont été redéployés afin d'appuyer la lutte contre Boko Haram et l'État islamique en Afrique de l'Ouest. Les ventes d'armes et les transferts d'équipements se poursuivent.

Au Cameroun, Washington prépare son retour dans une région qu'il connaît bien. Dès 2015, plusieurs centaines de militaires américains avaient été déployés à Garoua afin de fournir du renseignement et des capacités de surveillance aux forces engagées contre Boko Haram. Dix ans plus tard, les mêmes recettes réapparaissent. La Côte d'Ivoire s'impose également comme l'un des partenaires privilégiés de cette nouvelle séquence. Les exercices Flintlock 2026, les programmes de formation et les coopérations logistiques témoignent d'une volonté américaine de renforcer les États côtiers du Golfe de Guinée face aux menaces venues du Sahel.

Les États de l'AES courtisés

Mais Washington ne se contente pas de consolider ses positions sur le littoral. Dans les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), pourtant devenus le symbole du recul occidental, les autorités militaires font l'objet d'un patient travail de reconquête.

Au Mali, Reuters révélait en mars dernier que les États-Unis étaient sur le point de conclure un accord permettant la reprise de certaines opérations de renseignement. Au Burkina Faso, les discussions en sont encore au stade exploratoire. Elles portent notamment sur la coopération antiterroriste et sur un éventuel assouplissement des restrictions pesant sur les ventes d'équipements militaires, une demande récurrente de Ouagadougou. Lorsqu'il s'agit de faire revenir les brebis égarées au bercail, Washington remobilise l'aide !

Ainsi, en février 2026, Washington et Ouagadougou ont signé un protocole de coopération sanitaire de cinq ans. L'accord prévoit jusqu'à 147 millions de dollars de financement américain afin de renforcer la lutte contre le VIH, le paludisme et les futures épidémies. Au Niger après la fermeture de la base d'Agadez en 2024, le réengagement américain s'annonce timidement. En mai 2026, Washington a livré aux forces armées nigériennes neuf conteneurs d'équipements militaires d'une valeur de 2,3 millions de dollars. Et là encore, l'assistance sécuritaire s'accompagne d'un volet civil. En février, les deux pays ont signé u mémorandum d'entente sanitaire de cinq ans. Cet accord d'environ 178 millions de dollars illustre surtout la volonté américaine de maintenir des points d'ancrage dans un pays que le Pentagone croyait définitivement perdu.

Le retour de la doctrine Obama

Malgré son rejet affiché de l'héritage de Barack Obama, Donald Trump reprend en Afrique l'une des principales doctrines sécuritaires élaborées durant les années 2010 : le light footprint ou « empreinte légère ». L'idée est simple : éviter les interventions massives et coûteuses en s'appuyant sur le renseignement, les drones, les forces spéciales et les armées locales plutôt que sur de grands déploiements de troupes américaines. Non seulement cette approche coûte moins cher mais, plus discrète, elle limite les phénomènes de rejet que suscitent les interventions étrangères. Elle offre en outre un avantage supplémentaire : lorsque la situation sécuritaire se dégrade, la puissance étrangère évite le coût politique d'un engagement direct. – Au passage, il est intéressant de noter qu'Emmanuel Macron, après bien des mésaventures, a lui aussi découvert les vertus de l'empreinte légère et tente désormais d'appliquer la recette. –

Sous Obama, cette présence militaire discrète s'inscrivait dans un dispositif beaucoup plus large associant aide au développement, diplomatie, et soutien aux sociétés civiles. Hard power et soft power fonctionnaient alors de concert. L'administration Trump fait le pari que l'un fonctionnera sans l'autre. Rien n'est moins certain. D'autant que la Chine et la Russie renforcent leurs dispositifs d'influence en Afrique et jouent, elles, sur tous les tableaux.

Solidarité avec les travailleurs et les paysans de Bolivie !

9 juin, par Bureau exécutif de la IVe Internationale — , ,
Après plus de quatre semaines de conflits sociaux et d'une crise politique intense dans le pays andin, et à peine six mois après son investiture, le gouvernement du président (…)

Après plus de quatre semaines de conflits sociaux et d'une crise politique intense dans le pays andin, et à peine six mois après son investiture, le gouvernement du président de droite Rodrigo Paz se trouve déjà sur la défensive et divisé. Il fait face à un grand soulèvement de mineurs (salariés et coopérateurs), de communautés paysannes, de travailleurs et travailleuses des transports, de la santé, de l'éducation et d'associations de quartier, qui sont allés jusqu'à exiger la démission du chef de l'État tout en bloquant près de 80 routes du pays, sans compter les grèves et les manifestations violemment réprimées mais persistantes à La Paz, siège du gouvernement.

Tiré de Quatrième internationale
2 juin 2026

https://fourth.international/fr/566/amerique-latine/769

Par le Bureau exécutif

Déclaration du secrétariat du Bureau exécutif de la IVe Internationale

La presse bourgeoise et les analystes de tous bords soulignent qu'une grande partie des mobilisés sont ceux-là mêmes qui, après avoir soutenu pendant 16 ans le Mouvement vers le socialisme (MAS – Instrument politique, parti-mouvement des anciens présidents Morales et Luís Arce), avaient voté pour Paz.

Il s'agit du deuxième affrontement entre le mouvement ouvrier et populaire, composé en grande majorité de membres issus des cultures quechua et aymara, et l'alliance politique élue en novembre 2025 : le premier a eu lieu en avril, après que l'exécutif eut annoncé plusieurs décrets provocateurs. Le décret 5503, en janvier, a déclaré l'état d'urgence pour justifier la suppression des subventions sur les prix des carburants – ce qui a entraîné une hausse de 86 % de l'essence et de 160 % du diesel – tout en ouvrant la voie à des contre-réformes ultralibérales dans les secteurs minier, agro-industriel et celui des infrastructures.

Le deuxième décret, le 10 avril dernier, reclassait les propriétés rurales (loi 1720), afin de favoriser l'appropriation de vastes étendues de terres (considérées comme moyennes) par de grands entrepreneurs agro-industriels et des investisseurs, ce qui conduirait à la spoliation des terres des communautés indigènes et paysannes traditionnelles et– selon les écologistes et les fédérations et confédérations paysannes de Bolivie - à la déforestation avec le changement d'affectation des sols. En d'autres termes, il visait ce qu'aucun gouvernement néolibéral local n'avait même osé tenter : revenir sur la réforme agraire de 1953, un acquis de la révolution de 1952. Ce décret, qui avait déjà été rejeté par l'Assemblée plurinationale (chambre basse du Parlement), a provoqué la colère des communautés paysannes de différentes régions du pays (y compris de certains secteurs de Santa Cruz), les poussant à organiser des marches vers La Paz. Au mécontentement des zones rurales s'ajoutait déjà la colère des secteurs urbains face à la hausse des prix des carburants.

Ce mois-ci, face au refus de Paz de négocier avec la Centrale ouvrière bolivienne (COB) une augmentation salariale de 20 % et devant la répression brutale des manifestations du 16 mai, qui a fait quatre morts, la colère ouvrière, des paysanne et populaire a explosé. Au siège du gouvernement et de la municipalité d'El Alto, deuxième ville du pays, de tradition aymara et forte de la plus grande tradition de lutte de ces 20 dernières années, la mobilisation s'est maintenue mais en restant isolée des autres régions du pays. Les barrages routiers et sur les chemins de campagne (plus de 80), qui avaient reculé sous la répression, ont repris de l'ampleur ces derniers jours. Une marche de milliers de travailleurs, menée par la COB et la centrale paysanne Tupac Katari (El Alto), avec le soutien des Bartolinas, l'organisation féminine du MAS, et des cultivateurs de coca, des communautés paysannes de toute la région andine, ainsi que la participation de la vallée de Cochabamba, base sociale de l'ancien président Evo Morales (du Chapare, Cochabamba), ont compléter le rejet croissant du gouvernement et en sont arrivés à exiger la démission. Ce dernier a disparu de la scène politique pendant plus d'une semaine, a reporté l'application des décrets sur les carburants et les terres, mais, sous la pression des oligarchies et des néofascistes au pouvoir dans la province la plus industrialisée de Santa Cruz, il refuse de négocier avec la COB l'augmentation des salaires.

La convergence de la lutte paysanne avec la lutte urbaine a reproduit les caractéristiques des grands soulèvements populaires des 74 dernières années — depuis la révolution ouvrière de 1952 jusqu'à la guerre de l'eau et du gaz, respectivement en 2000 et 2003, au début des années 2000, en passant par les assemblées populaires de 1970-1971, les luttes contre les dictatures des années 80, le double pouvoir gouvernement/COB des années Siles Suazo (1982 à 1985), l'insurrection minière de 1985 et les luttes pour défendre l'Assemblée constituante qui a établi l'État plurinational – reconnaissant la Bolivie comme un État composé de diverses nations ou ethnies, au cours des premières années du mandat d'Evo Morales.

L'impérialisme et la bourgeoisie locale connaissent cette histoire et c'est pourquoi l'ampleur et la radicalité du mouvement les inquiètent. La réaction ne s'est pas fait attendre : le secrétaire d'État américain Marco Rubio a parlé d'un « coup d'État contre Paz », la droite de Santa Cruz a convoqué une Marche civique réactionnaire et a fait pression sur l'OEA pour qu'elle publie une note en défense de l'État démocratique de droit (comprendre : le gouvernement conservateur de Paz). Le gouvernement a rompu ses relations avec la Colombie de Petro, qui s'était offerte pour servir de médiateur dans le conflit. L'issue du processus est en marche, avec une répression violente contre les dirigeants, cherchant une issue réactionnaire au prix du sang.

À l'heure actuelle, la répression se poursuit contre les barrages routiers et les manifestations qui tentent d'atteindre le Palais Quemado, sans compter les arrestations et la persécution des dirigeants de la COB, ainsi que les menaces d'arrestation qui pèsent sur les dirigeants de la COB, de Bartolinas et d'Evo Morales. Malgré tout, le gouvernement montre des signes de faiblesse : le vice-président Lara a rompu avec Paz, après avoir déclaré son soutien à la négociation pour l'augmentation des salaires. Paz a déjà dû revenir sur les décrets de janvier et d'avril. Et aujourd'hui, les paysans de Valle Grande, dans la plaine de Santa Cruz – d'origine aymara, quechua et guaraní – tentent de se joindre à la lutte et de marcher vers l'ouest andin.

Une commission de dialogue composée du Bureau du Défenseur Public, d'un ministre du gouvernement, de l'Église catholique et des chefs des groupes parlementaires appelle le gouvernement à suspendre la répression et les mandats d'arrêt contre les dirigeants, et le mouvement à suspendre les barrages routiers. Cependant, ni la COB, ni les Bartolinas, ni les paysans n'ont encore décidé s'ils participeraient aux négociations. Alors que le gouvernement continue de réprimer, de menacer et de négocier avec la DEA (l'agence américaine de lutte contre le trafic de drogue), une nouvelle vague de répression contre la culture de la coca..

La IVe Internationale déclare son soutien le plus large à la lutte des travailleurs, des peuples indigènes, des paysans et de tout le peuple bolivien contre les plans d'ajustement ultralibéral de Rodrigo Paz ; ; dénonce la répression en cours, le rapprochement de Paz avec l'extrême droite de Santa Cruz et les États-Unis de Trump, et rejette avec véhémence les manœuvres visant à déclarer l'état d'urgence.

Vive la lutte du peuple bolivien pour de meilleures conditions de vie et de travail !

Non aux contre-réformes ultralibérales qui visent à abolir des droits conquis de haute lutte !

Aucun recul sur la réforme agraire ! Augmentation immédiate des salaires ! Que les projets de loi 5530 et 1720 soient définitivement classés !

Vive la COB, les centrales paysannes et les comités de quartier !

À bas la répression du gouvernement Paz ! Libération immédiate des dirigeants et des manifestants arrêtés !

Dehors Marco Rubio, Trump et l'OEA des affaires intérieures de la Bolivie !

Non à l'état d'urgence !

Le 29 mai 2026

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