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Palestine, notre blessure

Sous ce titre, j'ai rassemblé, aux éditions La Découverte, tous les articles que j'ai publiés dans Mediapart sur la question palestinienne, précédés d'une introduction inédite (…)

Sous ce titre, j'ai rassemblé, aux éditions La Découverte, tous les articles que j'ai publiés dans Mediapart sur la question palestinienne, précédés d'une introduction inédite sur la dimension universelle de cette cause.

5 mars 2025 | Billet de blogue 5 mars 2025

La question de Palestine pose au monde, depuis 1948, la question de l'égalité entre les nations et les peuples qui les composent. C'est ce que l'on nomme le droit international dont il est aujourd'hui évident, même pour les plus incrédules, qu'il est en grand péril, sous les coups de boutoir conjoints des États-Unis et de la Russie, de Donald Trump et de Vladimir Poutine, les alliés de ce nouveau pacte américano-russe dont les deux partenaires veulent imposer la loi de la force contre la force du droit.

À Mediapart, nous n'avons pas attendu cette brutale démonstration pour sonner l'alarme, dans la certitude inquiète que la catastrophe n'était pas à venir mais déjà en cours. Du premier, publié début 2009 à l'adresse d'un précédent président américain, Barack Obama, au dernier, paru en octobre 2024 après une année de guerre exterminatrice à Gaza, les articles réunis dans Palestine, notre blessure témoignent de cette constance.

C'est ainsi que nous n'avons cessé d'affirmer, après les massacres du 7 octobre 2023 et face à la guerre d'Israël à Gaza, que les soutiens aveugles à Benyamin Nétanyahou faisaient le jeu de Vladimir Poutine contre l'Ukraine et l'Europe. Le droit ne se divise pas, et tout double standard le ruine. La preuve ultime a été apportée aux Nations Unies, le 24 février 2025, quand Israël a voté, aux côtés des États-Unis et de la Russie, contre une résolution condamnant l'agression russe en Ukraine.

Le sort d'un monde commun et d'une humanité solidaire se joue donc bien en Palestine. La question palestinienne prolonge dans notre présent une longue durée dont l'Occident n'arrive toujours pas à se défaire : la question coloniale, cette matrice originelle de sa démesure. Elle constitue le refrain insistant de ce livre, tant elle est à la source de cette catastrophe de la grandeur, cette prétention à la domination, dont le « Make America Great Again » de Donald Trump est le dernier avatar.

Si la Palestine est devenue une cause universelle, c'est parce que l'injustice faite à son peuple depuis 1948, redoublée depuis 1967, prolonge au cœur de notre présent l'injustice des colonisations occidentales qui ont fait la richesse, la puissance et la domination de l'Europe sur le monde. Au ressort du colonialisme, il y a la supériorité, donc l'inégalité, et, par conséquent, la négation des principes universels que les démocraties occidentales prétendent avoir proclamés à la face du monde. Cet engrenage est fatal, générant une barbarie qui ensauvage la civilisation.

En Israël même, des voix surent tôt le dire qui, hélas, ne furent pas entendues, rapidement marginalisées, puis défaites. Victorieux face aux États arabes – l'Égypte, la Syrie, le Liban, l'Irak et la Jordanie – lors de la guerre des Six Jours de juin 1967, les dirigeants, alors travaillistes, de l'État d'Israël décidèrent d'occuper illégalement de nouveaux territoires, en Cisjordanie et à Gaza, ouvrant la voie aux surenchères des fanatiques du « Grand Israël » qui, désormais, ont conquis le pouvoir à Jérusalem, assumant une idéologie raciste d'effacement de la population palestinienne – par l'exclusion, l'expulsion ou l'extermination.

Le 22 septembre 1967, douze citoyens israéliens lancèrent, dans le quotidien Haaretz, un appel dont la sombre prophétie fut rappelée, le 28 décembre 2023, par des cinéastes du monde entier pour réclamer un cessez-le-feu immédiat à Gaza.

Le voici :

Notre droit de nous défendre contre l'extermination ne nous donne pas le droit d'opprimer les autres :

L'occupation entraîne une domination étrangère.

Une domination étrangère entraîne la résistance.

La résistance entraîne la répression.

La répression entraîne le terrorisme et le contre-terrorisme.

Les victimes du terrorisme sont en général des innocents.

La mainmise sur les territoires occupés fera de nous des assassins et des assassinés.

Sortons des territoires occupés maintenant.

Ses premiers signataires avaient accompagné la naissance, en 1962, d'un parti israélien socialiste, internationaliste et anticolonialiste. Il avait pour nom hébreu : Matzpen, soit la boussole. La boussole de l'égalité, du droit et de la justice.

Au-delà d'une terre, d'une nation et d'un peuple, « Palestine » est devenu le nom sans frontières de cet idéal. Son sort tragique rappelle au monde entier qu'il ne saurait y avoir d'universel s'il n'y a pas d'égalité, autrement dit qu'il n'y a que de l'universalisable : un universel de la relation, du partage et de l'échange, qui se construit sans cesse dans le respect et le souci des autres – de leurs droits, de leurs vies, de leurs humanités.

Voici la table des matières de Palestine, notre blessure (La Découverte Poche, 160 p., 12 euros) :

Une cause universelle

1. Cette terre où se joue la paix du monde

2. La course à l'abîme de l'État d'Israël

3. Cette présidence qui a égaré la France

4. Face au 7-Octobre, la question morale

5. Gaza, où meurt notre humanité

6. À La Haye, le renversement du monde

7. Ukraine-Palestine, la bataille du droit

8. Un maccarthysme à la française

9. Combattre l'antisémitisme en toute clarté

10. Le mensonge historique de Nétanyahou

11. La barbarie dans la civilisation

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Trump ou les sept fléaux pour l’Amérique et le monde

11 mars, par Dan La Botz — ,
Le président Donald Trump est une menace – on pourrait dire un danger mortel – pour l'Amérique et le monde. Nous le savions avant son élection, mais au cours des premières (…)

Le président Donald Trump est une menace – on pourrait dire un danger mortel – pour l'Amérique et le monde. Nous le savions avant son élection, mais au cours des premières semaines de son mandat, il s'est avéré bien plus dangereux que quiconque ne l'avait prévu.

Hebdo L'Anticapitaliste - 744 (06/03/2025)

Par Dan La Botz

Qu'il s'agisse de la politique étrangère, de la santé publique, de l'environnement ou de la situation des travailleurEs et des pauvres, ses politiques seront catastrophiques, ce qui accroît le besoin urgent de stratégies de résistance.

Colonialisme brutal

La politique étrangère de Trump rompt avec un ancien modèle de domination impériale basé sur l'Otan avec les nations européennes et des interventions y compris militaires (notamment en Amérique latine) pour défendre les intérêts américains. La nouvelle politique américaine est fondée sur la notion de grandes puissances — les États-Unis, la Chine et la Russie — avec leurs sphères d'influence régionales. Nous sommes revenus à un impérialisme et à un colonialisme plus brutaux du type de ceux du 19e siècle, Trump revendiquant le Groenland et le Panama — et Gaza. Tout en prétendant être un artisan de la paix, il soutient la guerre de la Russie contre l'Ukraine et la guerre d'Israël contre la Palestine, encourageant les agresseurs, déstabilisant le monde et augmentant les risques de guerres futures.

Santé mondiale

La santé mondiale est également en danger. Trump a retiré les États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé, affaiblissant ainsi la capacité tant américaine qu'internationale à répondre aux nouvelles maladies et aux pandémies. Elon Musk, l'homme à tout faire de Trump, réduit considérablement le personnel des centres de contrôle des maladies et des instituts nationaux de la santé. Le nouveau secrétaire à la santé, Robert F. Kennedy Jr. est un anti-vax qui a annulé les réunions consultatives d'experts pour préparer les vaccinations contre la grippe de cette année. Il prend les commandes au moment où les États-Unis enregistrent leur premier décès en dix ans dû à la rougeole et où la grippe aviaire évolue et touche de plus en plus d'animaux et d'êtres humains. Toutes ces évolutions augmentent la probabilité d'une pandémie mondiale catastrophique dans le futur.

Plus de forages pétroliers

Le réchauffement climatique, causé en grande partie par l'utilisation de combustibles fossiles, constitue une menace croissante pour les populations du monde entier. Les dix dernières années (2015-2024) ont été les plus chaudes jamais enregistrées et ont été marquées par diverses catastrophes naturelles, des inondations aux incendies en passant par les sécheresses et les ouragans. Trump a retiré les États-Unis de l'accord de Paris sur le climat et a fermé le groupe de travail interagences américain sur le coût social des gaz à effet de serre. Mettant en œuvre son slogan « Drill, baby, drill », il a déclaré une urgence énergétique nationale pour justifier l'augmentation de la production de pétrole et a ouvert davantage de terres fédérales à l'exploration et au forage pétrolier. Il a mis également fin aux programmes fédéraux d'encouragement aux véhicules électriques. Compte tenu de la taille de l'économie américaine, toutes ces mesures se traduiront par une augmentation du réchauffement climatique à l'échelle mondiale.

Famine et pauvreté

Les attaques de Trump contre la classe ouvrière et les pauvres affectent également les États-Unis et le reste du monde. Trump et Musk ont fermé ou réduit le personnel et les programmes en faveur de la santé, l'éducation et le logement aux personnes à faible revenu, ce qui pénalise particulièrement les personnes âgées et les enfants. Les Républicains ont préparé une proposition de budget fédéral qui réduirait Medicaid, un programme qui bénéficie à des millions de personnes à faible revenu et handicapées. Et Musk a fermé l'USAID, le programme de développement et d'assistance qui fournissait de la nourriture et des soins de santé à des millions de personnes dans le monde. Des AméricainEs seront confrontéEs à la faim, les habitantEs d'autres pays à la famine.

Racisme et sexisme

Il y a aussi les questions de racisme, de sexisme et d'autoritarisme. Trump a mis fin aux programmes de diversité, d'équité et d'inclusion destinés à promouvoir l'équité pour les minorités raciales. Il renverse ainsi 60 ans de progrès dans la lutte contre le racisme. Il s'est également efforcé de priver les femmes de leur droit à l'avortement et s'en est pris aux personnes transgenres. Son équipe est remplie d'agresseurs sexuels — Trump lui-même, le secrétaire à la défense Peter Hegseth, Robert Kennedy et Musk. Trump et son vice-président, J. D. Vance, travaillent également au renforcement des forces de droite dans le monde entier, de Vladimir Poutine en Russie à Victor Orbán en Hongrie, en passant par l'AfD. Nous aurions besoin d'un mouvement international pour lutter contre Trump et ceux qui lui ressemblent.

Dan La Botz

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« America First » et le grand chambardement des relations internationales

11 mars, par Gilbert Achcar — ,
La logique de « l'Amérique d'abord », adoptée par le mouvement néofasciste américain connu sous le nom de MAGA, peut sembler rationnelle à ceux qui ne sont pas familiers avec (…)

La logique de « l'Amérique d'abord », adoptée par le mouvement néofasciste américain connu sous le nom de MAGA, peut sembler rationnelle à ceux qui ne sont pas familiers avec l'histoire économique des relations internationales.

Gilbert Achcar

Selon Trump et ses acolytes, l'Amérique a dépensé d'énormes sommes d'argent pour protéger ses alliés, en particulier les pays riches parmi eux, c'est-à-dire l'Occident géopolitique (l'Europe et le Japon en particulier) et les États pétroliers arabes du Golfe. Il est temps pour ceux-ci de rembourser la dette : tous ces pays doivent payer la facture en augmentant leurs investissements et leurs achats aux États-Unis, en particulier leurs achats d'armes (c'est ce que Trump entend par sa pression constante sur les Européens pour qu'ils augmentent leurs dépenses militaires). Tout cela s'inscrit naturellement dans la logique mercantile qui va de pair avec le fanatisme nationaliste qui caractérise l'idéologie néofasciste (voir « L'ère du néofascisme et ses particularités », 05/02/2025).

De ce point de vue, les dépenses militaires étatsuniennes – qui ont effectivement dépassé non seulement celles des alliés de l'Amérique, mais ont presque égalé à un moment donné les dépenses militaires de tous les autres pays du monde réunis – ont été un sacrifice majeur au profit des autres. Selon la même logique, l'important déficit de la balance commerciale étatsunienne n'est que le résultat de l'exploitation de la bonne volonté américaine par d'autres pays. C'est pourquoi Trump veut le réduire en imposant des droits de douane à tous les pays qui exportent vers les États-Unis plus qu'ils n'en importent. Ce faisant, il cherche également à augmenter les revenus de l'État fédéral afin de compenser sa réduction de ces mêmes revenus par des réductions d'impôts au profit des riches et des grandes entreprises.

La vérité historique, cependant, est très différente de cette représentation simpliste des choses. Tout d'abord, les dépenses militaires étatsuniennes après la Seconde Guerre mondiale ont été, et restent, un facteur majeur dans la dynamique spécifique de l'économie capitaliste américaine, qui s'est appuyée depuis lors sur une « économie de guerre permanente » (ceci est expliqué en détail dans mon livre La Nouvelle Guerre froide : les États-Unis, la Russie et la Chine, du Kosovo à l'Ukraine, 2023). Les dépenses militaires ont joué et continuent de jouer un rôle majeur dans la régulation du cours de l'économie étatsunienne et dans le financement de la recherche et du développement technologiques (ce dernier rôle a été important dans la révolution des technologies de l'information et de la communication, un domaine qui a ramené les États-Unis à la pole position technologique après le déclin relatif de leurs industries traditionnelles).

Deuxièmement, la protection militaire que les États-Unis ont fournie à leurs alliés en Europe et au Japon, ainsi qu'aux États arabes du Golfe, fait partie d'une relation de type féodal, dans laquelle ces pays ont accordé de grands privilèges économiques au suzerain américain, en plus de leur participation au réseau militaire sous son commandement exclusif. La vérité contredit complètement la description que font Trump et ses acolytes des relations des États-Unis avec leurs alliés comme étant basées sur leur exploitation par ces derniers. La réalité est exactement le contraire, car Washington a imposé à ses alliés, en particulier aux pays riches parmi eux, un type de relations économiques à travers lequel il les a exploités, notamment en imposant son dollar comme monnaie internationale, de sorte que ces pays ont financé directement et indirectement le double déficit de la balance commerciale américaine et du budget fédéral. Les dollars du déficit commercial étatsunien, ainsi que diverses ressources en dollars de divers pays, sont continuellement revenus dans l'économie américaine, certains d'entre eux finançant directement le Trésor étatsunien.

Ainsi, les États-Unis ont vécu, et continuent de vivre, bien au-dessus de leurs propres moyens, un fait qui est évident dans l'ampleur de leur déficit commercial, qui a approché les mille milliards de dollars l'année dernière, et la taille de leur énorme dette, qui dépasse 36 mille milliards de dollars, soit l'équivalent de 125 % de leur PIB. Les États-Unis sont l'incarnation ultime d'un débiteur important et puissant qui vit aux dépens de riches créanciers dans une relation de domination du premier sur les seconds, au lieu de l'inverse.

Même envers l'Ukraine, les 125 milliards de dollars que les États-Unis ont donnés à ce pays jusqu'à présent (loin des chiffres fantaisistes de Trump, quand il affirme que son pays a dépensé 500 milliards de dollars à cet égard) sont équivalents à ce que l'Union européenne a fourni à elle seule (or, le PIB de l'UE est inférieur d'environ 30 % à celui des États-Unis), sans compter ce que la Grande-Bretagne, le Canada et d'autres alliés traditionnels des États-Unis ont apporté. En fait, ce que les États-Unis ont dépensé pour financer l'effort de guerre ukrainien a servi leur politique visant à affaiblir la Russie en tant que rival impérial. Washington est le principal responsable de la création des conditions qui ont facilité la transformation néofasciste en Russie et ont conduit à son invasion de son voisin. Les États-Unis ont délibérément attisé l'hostilité envers la Russie et la Chine après la guerre froide afin de consolider la subordination de l'Europe et du Japon à leur hégémonie.

Cependant, lorsque Trump et ses acolytes reconnaissent la responsabilité des administrations américaines précédentes dans la création de la situation qui a conduit à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ils ne le font pas par amour de la paix comme ils le prétendent hypocritement (leur position sur la Palestine est la meilleure preuve de leur hypocrisie), mais plutôt dans le contexte de leur transition de la considération de la Russie comme un État impérialiste rival – une approche que Washington a poursuivie de manière croissante depuis les années 1990 malgré l'effondrement de l'Union soviétique et le retour de la Russie dans le giron du système capitaliste mondial – à la considération de Poutine comme leur partenaire en néofascisme, prêts à coopérer avec lui pour renforcer le courant d'extrême droite en Europe et dans le monde, en plus de bénéficier du grand marché et des grandes ressources naturelles de la Russie. Alors qu'ils voient dans les gouvernements libéraux de l'Europe un adversaire idéologique et un concurrent économique à la fois, ils voient en la Russie un allié idéologique qui ne peut pas rivaliser avec eux sur le plan économique.

En revanche, la Chine, aux yeux de Trump et de ses acolytes, est le plus grand adversaire politique et concurrent économique et technologique. Joe Biden a suivi la même politique, établissant une continuité entre le premier et le second mandat de Trump en ce qui concerne l'hostilité à l'égard de la Chine. Alors que l'équipe Trump peut espérer séparer Moscou de Pékin, tout comme la Chine s'est séparée de l'Union soviétique dans les années 1970 et s'est alliée aux États-Unis, Poutine ne prendra pas le risque de s'engager dans cette voie tant qu'il ne sera pas sûr de la permanence des néofascistes américains à la tête de leur pays.

La grande question est maintenant de savoir si l'axe libéral européen est prêt à prendre le chemin de l'émancipation de la tutelle étatsunienne, ce qui nécessite de mettre fin à son alignement derrière Washington dans l'hostilité envers la Chine et de consolider ses relations de coopération avec elle. Cela exige également que les pays européens soient prêts à travailler dans le cadre du droit international et à contribuer au renforcement du rôle des Nations unies et des autres institutions internationales, deux choses que Pékin n'a cessé de réclamer.

L'intérêt économique de l'Europe est clair à cet égard, bien sûr, en particulier l'intérêt de la plus grande économie européenne, l'économie allemande, qui entretient des relations étroites avec la Chine. L'ironie est que la Chine s'associe maintenant aux Européens pour défendre la liberté du commerce mondial contre l'approche mercantile adoptée par Trump et ses acolytes, et pour défendre les politiques environnementales contre leur rejet, accompagné du déni du changement climatique, qui caractérise diverses variétés de néofascistes. Les positions acerbes exprimées par le nouveau Premier ministre allemand, Friedrich Merz, en critiquant Washington et en appelant à l'indépendance de l'Europe vis-à-vis des États-Unis, si elles aboutissent à une véritable tentative de suivre cette voie, pourraient se traduire dans l'attitude de l'Union européenne à l'égard de la Chine, d'autant plus que la position française penche dans la même direction.

Tout cela confirme la mort du système libéral atlantique et l'entrée du monde dans une phase houleuse de rebattage des cartes, dont nous ne sommes encore qu'au début. Les élections au Congrès américain de l'année prochaine joueront un rôle majeur pour promouvoir ou freiner ce processus, selon qu'elles conduisent à renforcer ou à affaiblir la domination néofasciste sur les institutions américaines. Pendant ce temps, le mouvement néofasciste américain a commencé à imiter ses homologues dans divers pays en sapant progressivement la démocratie électorale et en mettant la main sur les institutions de l'État américain dans le but de perpétuer son contrôle sur elles.

Traduit de ma tribune hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est d'abord paru en ligne le 4 mars. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

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Trump, la droite radicale et la gauche au Québec

11 mars, par Nicolas de Bellefeuille — , ,
Le 21 février dernier s'est tenu un panel organisé par le réseau Révolution écosocialiste, avec pour sujet une question qui a alimenté bon nombre de réponses ; comment la (…)

Le 21 février dernier s'est tenu un panel organisé par le réseau Révolution écosocialiste, avec pour sujet une question qui a alimenté bon nombre de réponses ; comment la gauche québécoise envisage-t-elle la bataille avec l'extrême droite ?

5 mars 2025 | tiré du Journal des alternatives

Amir Khadir, Karine Cliche, Andrés Fontecilla, Josée Chevalier et André Frappier ont apporté leur vision d'une gauche à reconstruire, face à la menace imminente d'une droite radicale sans limites dirigée par Donald Trump. Ce panel, composé de cinq membres du parti Québec solidaire (QS), fut l'occasion de faire le point sur l'avenir politique du parti, à l'heure des grands bouleversements de notre société par la droite, et à celle de la remise en question des expertises.

Bien que les peuples dominés vivent une « onde de choc et d'effroi » affirme Amir Khadir, cette peur a des répercussions sur la population de « classe moyenne ». Malgré l'approche de Trump axée sur le privilège des richesses pour les milliardaires et l'appauvrissement des autres, monsieur Khadir appelle au calme ; « Il ne faut pas tomber dans le piège d'être devant un obstacle insurmontable, puisque le discours de Trump possède en lui-même beaucoup de failles et de faiblesses ».

Devant un public de près d'une centaine de personnes, les cinq invités ont, à leur tour, proposé leurs solutions, leurs recherches et leurs objectifs en vue de faire face à ce mastodonte américain, dont plusieurs croient qu'ils ne pourra pas tenir ses promesses bien longtemps.

Tour de table

Andrés Fontecilla, député solidaire à Montréal, a profité de cette tribune pour faire un bref retour en histoire sur la montée de la droite par le passé, en qualifiant la présente droite de « réactionnelle ». Une droite qui prétend faire rêver les fidèles quant au désir de revenir dans un passé qui n'a jamais existé. Cette droite réactionnelle fait opposition à la traditionnelle droite « conservatrice », qui a fait rage dans les années 80, avec la montée du néo-libéralisme.

Amir Khadir mentionne qu'aujourd'hui, cette peur est en partie due au rôle des médias qui, par son narratif de la situation, présentent cette stratégie et qui « portent la marque de ce capitalisme avancé ».

Karine Cliche, candidate de QS, présente la gauche actuelle comme une gauche éteinte, peu active en raison de la perte de motivation et d'espoir par les militants. Cette flamme se doit de rester allumée, car en ce moment, dit-elle, « même une gauche beige paraît extrémiste ». À ce sujet, monsieur Khadir rappelle que ce sont « toutes les propositions de centrisme politique qui finissent par faire le jeu de la droite ». Mais « Québec solidaire a progressé lors de la montée des mouvements socialistes », précise-t-il.

Madame Cliche souhaite que le parti demeure le principal véhicule de gauche, et qu'il conserve ses valeurs écologiste, féministe et antiraciste. Elle parle d'initiatives qui peuvent permettre le rassemblement de la gauche québécoise ; « Il faut réseauter, travaillons sur la capacité de transmettre nos idées, la gauche est diversifiée, multiple, c'est à notre avantage ». La candidate mentionne la cause climatique comme pilier de la bataille, soulignant que cette cause permet de lutter contre ce capitalisme de ressources, duquel découlent la pauvreté et les inégalités sociales.

La candidate Josée Chevalier, quant à elle, s'est concentrée sur la cause féministe aux États-Unis ; « Si les femmes n'ont pas le contrôle de leur vie, elles deviennent des citoyennes de second rang et cela contribue à leur appauvrissement ». Elle fait un rapprochement avec la crise féministe que le parti a traversé dans les dernières années, à la suite du départ de Catherine Dorion et d'Émilise Lessard-Therrien. Ces deux députées phare ont dénoncé un manque d'écoute envers les femmes. Une occasion de rappeler, dit-elle, que l'on se doit de les écouter.

Enfin, André Frappier, militant et membre du parti depuis sa création, a abordé la position de Québec solidaire dans l'échiquier politique ; « QS essaie d'être populiste, et ce n'est pas notre terrain ». Il insiste sur le « retour aux revendications qui ciblent les responsables, les multinationales ». Il appelle de plus à lier les causes sociales du mouvement ouvrier au Québec et au Canada et également avec les populations autochtones ; « Il faut créer une vision internationaliste du Québec, et non une bulle locale où nous sommes heureux ».

Un débat tous azimuts

Certaines questions en ont alimenté d'autres auprès de l'audience. Un spectateur propose la subvention de l'alimentation de base. Un autre se dit déçu du virage centriste qu'a pris le parti dans les dernières années, et l'appelle à ne pas chercher à tout prix l'acceptabilité des grands médias ; « Québec solidaire doit se battre pour aller chercher la respectabilité de toutes et de tous ».

Un père a mentionné les actions de sa fille, une militante de gauche qui vit de l'anxiété, qui a cherché des solutions auprès d'économistes, de droite. On rejette l'idée de la privatisation des réseaux, on souhaite multiplier les espaces communs, on déplore l'absence de la question de l'indépendance, qui refait doucement surface après des années de silence.

Quelles solutions ?

Amir Khadir se voit convaincu que cette assemblée du 21 février « amorce une réflexion dans une certaine direction » et est une occasion en or de se retrouver en personne. Il insiste sur la présence humaine et non numérique, de sorte à casser ce lien asynchrone normalisé par la pandémie.

Madame Chevalier, quant à elle, mise sur le contrôle de la liberté d'expression, en mentionnant le contrôle de la classe dominante sur les sujets couverts par les médias de masse. Monsieur Fontecilla demande l'investissement dans les lieux de pouvoir. Et André Frappier souhaite interrelier les causes entre elles, sans qu'elles ne soient nécessairement identiques.

Avec ces solutions, conclut monsieur Khadir, « cela devrait permettre à Québec solidaire d'enrichir son discours d'une critique réelle, solide du capitalisme ».

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L’Ukraine et les gauches canadienne et québécoise : trois ans après l’invasion

11 mars, par Camille Popinot, Paco — , , , ,
Depuis le 24 février 2025, cela fait désormais trois ans que Vladimir Poutine a lancé une invasion militaire à grande échelle de l'Ukraine. Officiellement, il s'agissait de (…)

Depuis le 24 février 2025, cela fait désormais trois ans que Vladimir Poutine a lancé une invasion militaire à grande échelle de l'Ukraine. Officiellement, il s'agissait de lutter contre l'OTAN et de « dénazifier » l'Ukraine. Depuis, Vladimir Poutine est le « membre le plus influent de l'OTAN » pour reprendre la formule de Zelensky et les dirigeants Russes se félicitent de pouvoir désormais négocier avec des néofascistes, voire des néonazis étatsuniens, le partage et l'anéantissement de l'Ukraine.

L'alliance des impérialistes russes et étatsuniens contre l'Ukraine

De fait, en janvier 2025, à peine réélu Donald Trump s'affiche immédiatement avec des néonazis, antisémites et suprémacistes blancs. Le jour même de son investiture Elon Musk fait deux saluts nazis devant une foule en délire. Dès la mi-janvier 2025, Donald Trump revendique son "lebensraum", le Canada, le Groenland et le canal de Panama (pour le moment), il gracie des milices paramilitaires fascistes, il développe par décrets son propre « Plan Madagascar » afin d'expulser les « millions de criminels étrangers », il appelle au nettoyage ethnique de la bande de Gaza, il interdit l'usage des mots « LGBT », « non-binaires », « transsexuel », « transgenre » etc. Mi-février 2025, en pleine campagne électorale allemande, le Vice-président étatsunien J.D. Vance apporte son soutien au parti d'extrême droite AfD, qui assume sa filiation nazie. Le nouveau ministre de la Défense, Peter Hedseth, exhibe quant à lui fièrement sa « croix de Jérusalem », un emblème de suprémaciste blanc, tatouée sur son torse .

Mi-février toujours, des représentants de l'administration Trump s'entendent en Arabie saoudite, sur un projet de « paix en Ukraine » sans l'Ukraine, avec le Ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov, celui-là même qui ne cesse de répéter que l'Ukraine n'existe pas, celui-là même qui estime que les objectifs de Netanyahou à Gaza, « semblent similaires à la "démilitarisation" et à la "dénazification", que Moscou poursuit en Ukraine depuis le lancement de son offensive en février 2022 » . Bref, les dirigeants Russes jubilent. Selon eux, s'annoncent enfin les premières négociations sérieuses, « un pas vers la paix ».

On assiste effectivement à un véritable tournant. Les impérialistes russes et étatsuniens s'entendent désormais officiellement sur ceux qui ont provoqué la guerre et qui doivent en assumer la pleine responsabilité : c'est l'Ukraine qui « a commencé la guerre » et Zelensky est un « dictateur sans élections » qui « a fait un travail épouvantable (…) et des millions de personnes sont mortes inutilement », clame à son tour, mi-février, Donald Trump, reprenant presque mot pour mot, les formules des autorités russes.

Et début mars, pour que la complicité de Trump avec Poutine soit factuellement incontestable, l'administration étatsunienne décide de couper toute l'aide à l'Ukraine après avoir tenté d'imposer un véritable racket sur les ressources minières du pays et après avoir vainement tenté d'humilier Zelensky à la Maison blanche, le 26 février 2025.

Le Nouveau parti démocratique (NPD) seul parti de gauche à soutenir l'Ukraine ?

Au niveau Canadien, le seul parti de gauche au Parlement fédéral, le Nouveau parti démocratique (NPD), a jusqu'à présent affiché un soutien sans faille à l'Ukraine. En novembre 2024 par exemple, le parti a fait passer une motion, adoptée à l'unanimité au Parlement du Canada, qui reconnait que « la Fédération de Russie commet des actes de génocide contre le peuple ukrainien », « demande au gouvernement fédéral de continuer à fournir un soutien militaire et humanitaire substantiel à l'Ukraine pour parvenir à une paix juste, durable et globale » et appelle à soutenir l'adhésion future de l'Ukraine à l'OTAN ».

Fin janvier, la responsable des affaires étrangères du NPD, Heather McPherson, a clairement confirmé le soutien du parti au peuple ukrainien, comme plus récemment, début mars 2025, le chef du Parti Jagmeet Singh.

La trahison de Québec solidaire et le silence assourdissant des centrales syndicales

Cette solidarité sans ambiguïté du NPD avec l'Ukraine tranche avec les prises de positions de la gauche Québécoise. De fait, au Québec, le seul parti de gauche à l'Assemblée nationale, Québec solidaire, fait preuve d'un manque de solidarité affligeant.

Pire, depuis le début du conflit, Québec solidaire s'oppose même à toute forme de solidarité militaire avec l'Ukraine. Le 28 mai 2022 le Conseil national de Québec solidaire a ainsi dénoncé le Gouvernement canadien, pour ses livraisons d'armes à l'Ukraine. Par ailleurs, Québec solidaire est membre du Collectif échec à la guerre qui appelle de manière continue à cesser les livraisons d'armes à l'Ukraine. Et à notre connaissance QS ne s'est jamais prononcé contre ces prises de position répétées, honteuses.

Certes, la direction de QS pourrait rappeler qu'elle a fait passer et qu'elle a voté des résolutions à l'Assemblée nationale – toutes adoptées à l'unanimité - qui condamnent l'agression Russe et qui affirment la solidarité de l'Assemblée nationale avec le peuple ukrainien. La direction pourrait également mentionner que certains député·es de QS ont dénoncé le non renouvellement de visas pour certain·es des 300 000 ukrainien·nes qui ont trouvé refuge au Canada depuis le début de la guerre . Mais c'est à peu près tout et ces résolutions n'engagent à rien.

Bref, pour le moment, le refus de Québec solidaire de se prononcer en faveur de la seule aide qui compte vraiment, celle qui est réclamée sans cesse par la gauche ukrainienne et les syndicats ukrainiens, c'est-à-dire l'aide militaire, est une véritable trahison de la part du parti le plus à gauche de l'échiquier politique et qui se réclame, paradoxalement, indépendantiste ; c'est un reniement aux principes de base de la solidarité internationale, à l'internationalisme et au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est dans tous les cas la position défendue tant par les socialistes Ukrainien·nes, que par les socialistes Russes.

Car comme l'expliquent ces camarades russes et ukrainien·nes, en refusant de soutenir l'Ukraine, en refusant de l'aider à résister militairement, cela revient de facto à la désarmer et à favoriser sa colonisation, que ce soit par l'impérialisme russe, l'impérialisme étatsunien ou les deux et à renforcer ces mêmes impérialismes. Et force est de constater que Québec solidaire, se retrouve ici sur la même ligne politique que les groupuscules sectaires gauchistes de la gauche québécoise comme Alternative socialiste ou la Riposte qui s'opposent également et depuis le début à toute solidarité armée.

Enfin, du côté syndical, c'est le plus grand silence, un silence qui frôle l'indifférence. Il est impossible de trouver un seul communiqué du Conseil du travail du Canada (CTC) en solidarité avec le peuple ukrainien depuis la condamnation de l'agression russe en février 2022 . C'est la même chose pour le plus grand syndicat canadien, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE) . Même constat du côté des grandes centrales syndicales québécoises, FTQ, CSN, CSQ. L'idée d'un communiqué intersyndical après trois ans de guerre, ne semble même pas avoir été envisagée, contrairement à ce qui se fait en Europe.

L'impuissance du pacifisme

Il est pourtant urgent de questionner ce silence des dirigeant·es de la gauche québécoise et des centrales syndicales. Car comme l'explique l'historienne ukrainienne Hanna Perekhoda, « une société qui tolère, voire encourage, le cynisme et la domination sur la scène mondiale normalisera inévitablement ces mêmes dynamiques dans ses relations sociales internes – et vice versa ».

Pour le moment, on a l'impression qu'en faisant l'autruche la gauche québécoise et le mouvement syndical espèrent que Trump « règle » effectivement le conflit et qu'ils n'aient pas à se prononcer sur des questions qui fâchent, comme sur ce pacifisme complice des impérialismes russes et états-uniens, comme sur le soutien armé à l'Ukraine et plus généralement sur la question des armes, de l'armement, de l'industrie militaires et de la sécurité collective. Or il est très peu probable que Donald Trump « règle » le conflit en Ukraine, qu'il oublie son projet d'annexion du 51e État des États-Unis, que l'extrême droite, les fascistes et les néonazis restent confinés de l'autre côté de la frontière, que les oligarques étatsuniens et russes se satisfassent d'une Ukraine pillée et que ces impérialistes se mettent subitement à respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Si cette hypothèse n'est pas complètement farfelue, il faudra bien qu'à un moment donné, la gauche et les syndicats canadiens et québécois se saisissent de « sales questions », comme celle de la sécurité collective et donc de la question des armes, du contrôle et de la nationalisation de l'industrie de l'armement notamment. Il faudra bien que les pacifistes convaincus prennent conscience qu'en matière de paix et de désarmement, la question est toujours de savoir : qui sera désarmé et par qui ?

Camille Popinot et Paco

7 mars 2025

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Presse-toi à gauche quitte X

11 mars, par Presse-toi à gauche ! — , ,
Depuis janvier 2025, Presse-toi à gauche a cessé de publier ses articles sur X. Nous nous inscrivons dans le vaste mouvement de sortie de X qui va de grands médias jusqu'aux (…)

Depuis janvier 2025, Presse-toi à gauche a cessé de publier ses articles sur X. Nous nous inscrivons dans le vaste mouvement de sortie de X qui va de grands médias jusqu'aux organisations syndicales et professionnelles. Cette sortie massive part du constat que X est devenu le véhicule ouvertement revendiqué du racisme, de la misogynie, de colonialisme et de l'impérialisme états-unien.

Comme l'a démontré la brochette d'invité-es à l'investiture du président américain et nombre de leurs interventions subséquentes, Trump et Elon Musk soutiennent des gouvernements et des partis d'extrême droite en Europe, en Amérique latine et un peu partout dans le monde. X s'est fait le véhicule d'idées de plus en plus toxiques. Le réseau X d'Elon Musk se fait le diffuseur de la désinformation la plus éhontée.

Le mouvement de sortie a révélé le refus de plus en plus généralisé de refuser les manipulations dans la promotion des opinions de l'extrême droite. En quittant X, en accord avec ce mouvement de sortie, nous défendons la nécessité d'utiliser d'autres espaces de diffusion et de construire des plateformes alternatives. Ce choix signifie par ailleurs qu'il faut reconstruire notre audience. C'est une décision essentielle pour nous assurer d'œuvrer dans des cadres de diffusion qui respectent les principes d'une presse libre et de gauche.

La dérive réactionnaire dont X est la pointe avancée frappe de plus en plus de médias, particulièrement aux États-Unis. Mais avec la domination des GAFAM au niveau mondial, c'est l'ensemble des plateformes numériques qui entrent sous le contrôle de ces géants du Web. Plus largement, l'ordre donné au Washington Post par Jeff Bezos de cesser de publier toutes les opinions allant à l'encontre de la célébration du marché libre et des libertés personnelles est un exemple des dérives actuelles pouvant même toucher des grands médias possédés par de grands capitalistes.

Par ailleurs, il est crucial qu'à l'échelle du Québec l'ensemble des organisations sociales et politiques ou de presse dénonce une plateforme qui s'attaque aux intérêts de la majorité populaire et à toutes les minorités opprimées.

Un média de gauche comme PTAG, comme tous les médias sociaux indépendants des pouvoirs en place, sera confronté à une série de défis dont la multiplication des discours haineux, des attaques en tout genre, des restrictions liberticides et à l'effacement des mouvements sociaux. Notre retrait de X n'est pas seulement un refus de contribuer à l'utilisation une plateforme nauséabonde, il doit s'inscrit, avec l'ensemble des médias sociaux dans la nécessité de construire un nouvel espace commun de débats libre et démocratique.

Bien entendu, nous ne nous limiterons pas à cesser de publier nos contenus sur X. Nous réorienterons nos publications vers Bluesky et vers Mastodon. Ce sont des réseaux plus restreints mais en pleine croissance et nous jugeons qu'il est essentiel de nous inscrire dans ce mouvement. Nous participerons ainsi à la croissance de médias sociaux où pourront s'exprimer l'ensemble des organisations sociales, politiques et les médias sociaux qui s'inscrivent dans le combat pour une société démocratique et égalitaire.

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Rapport du Protecteur national de l’élève Les bris de scolarisation devraient nous alarmer collectivement

11 mars, par Laurence Simard-Gagnon, Patrice Lemieux Breton — , ,
Lettre ouverte de Laurence Simard-Gagnon, professeure de travail social à l'UQÀR, et de Patrice Lemieux Breton, coordonnateur du Comité pour le droit à la scolarisation Le (…)

Lettre ouverte de Laurence Simard-Gagnon, professeure de travail social à l'UQÀR, et de Patrice Lemieux Breton, coordonnateur du Comité pour le droit à la scolarisation

Le 20 février dernier, le dépôt du premier <https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-c...>'>rapport d'activités annuel du Protecteur national de l'élève a été « éclipsé » par le dépôt d'un autre
rapport, celui de la vérificatrice générale sur un certain fiasco à la SAAQ… Malheureusement, un des constats alarmants du Protecteur national de l'élève est ainsi passé inaperçu : le fait qu'un grand nombre d'élèves vivent des bris de scolarisation et se retrouvent ainsi exclu-es, pour des périodes plus ou moins longues, de l'école québécoise.

Ce phénomène qui va s'aggravant mérite qu'on s'y intéresse collectivement et exige une intervention politique urgente.

Une dénonciation des bris de scolarisation

Les « bris de services/de scolarisation » font partie des principaux motifs des plaintes reçues par le Protecteur national de l'élève. On parle ici d'élèves qui ne sont <http:/xn--scolaris-i1a.es>'>pas scolarisé.es pendant des périodes plus ou moins longues, allant de quelques heures par semaine à plusieurs semaines par année, ou qui sont carrément exclu.es de l'école.
Des élèves qui, dans la presque totalité des cas, sont en situation de handicap ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (HDAA).

Rappelons que le ministère de l'Éducation a recensé 2411 élèves « en situation compexe » auraient vécu un bris de services en 2023, alors qu'on parlait de 1481 élèves en 2021. Bien que ces données sous-estiment nettement la réalité, vu qu'elles excluent notamment les élèves qui ont vécu des bris de services de moins de deux semaines, elles révèlent une tendance à la hausse ; une tendance observée par différents acteurs comme la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ou l'Office des personnes handicapées du Québec.

Le Protecteur national de l'élève souligne lui-même pourquoi il faut se soucier de ce problème : « Peu importe l'âge de l'élève ou la réalité avec laquelle il compose, chaque situation de bris de services ou de scolarisation le prive de son droit aux services d'enseignement prévus à la Loi sur l'instruction publique. Ces événements sont à chaque fois préoccupants pour le Protecteur national de l'élève, car leurs impacts sont souvent majeurs pour les élèves et leurs parents. Tous les moyens nécessaires doivent être entrepris pour assurer la scolarisation des élèves
» (page 21)

Mais aucune recommandation

Comme il est ici question de droits qui sont bafoués, de conséquences très lourdes pour les élèves, leurs parents et l'ensemble de la société, d'un phénomène qui est en train de s'aggraver… nous aurions aimé voir le Protecteur national de l'élève lancer son message avec plus de conviction.

Par exemple, comme il peut, « dans le cadre de son rapport annuel, formuler toute recommandation à portée collective qu'il juge utile à l'égard des services rendus par les centres de services scolaires ou les établissements d'enseignement privés » (article 60 de la Loi sur le Protecteur national de l'élève), nous aurions aimé le voir formuler une telle recommandation. Car
malheureusement, force est de constater que plusieurs centres de services scolaires et directions d'école n'adhèrent pas à sa vision des choses et en viennent plutôt à normaliser les bris de scolarisation. Un petit rappel à l'ordre ne fait jamais de tort !

D'ailleurs, nous croyons que le Protecteur national de l'élève ne devrait pas se gêner pour interpeller directement le ministre de l'Éducation et même l'ensemble du conseil des ministres. Devant la gravité du préjudice que subissent les élèves HDAA et leurs parents, il est urgent que le gouvernement et l'ensemble de la classe politique reconnaissent, comme le
Protecteur national de l'élève, que « tous les moyens nécessaires doivent être entrepris pour assurer la scolarisation des élèves ».

Si le gouvernement adhère à cette perspective, il devra commencer par s'assurer que tous les fonds nécessaires sont disponibles pour répondre aux besoins de l'ensemble des élèves HDAA et leur assurer une scolarisation de qualité. Et le budget qui sera déposé le 25 mars prochain sera un bon test
en ce sens.

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Tarifs et assurance-emploi : « pas de temps à perdre pour agir » selon le Conseil National des Chômeurs et Chômeuses

11 mars, par Conseil national des chômeurs et chômeuses — , ,
Montréal, le 4 mars 2025 – Le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) souhaite rappeler l'importance du filet social pour que les travailleurs et travailleuses (…)

Montréal, le 4 mars 2025 – Le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) souhaite rappeler
l'importance du filet social pour que les travailleurs et travailleuses puissent faire face aux tarifs et à ses
conséquences.

«

Nous entendons les engagements à une bonification et un ajustement du programme d'assurance emploi, mais il n'y a toujours rien de concret. Après l'incertitude et les menaces, la réalité des tarifs frappe de plein fouet et les impacts se font déjà sentir sur les travailleurs et les travailleuses », a déclaré Milan Bernard, co-porte-parole du CNC. « Il faut que le gouvernement agisse rapidement

».

Le 25 février dernier, le CNC, les grandes centrales syndicales québécoises (FTQ, CSN, CSQ et CSD) et le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE) ont demandé au gouvernement fédéral la mise en place immédiate de mesures d'assouplissement et d'amélioration au programme d'assurance emploi dans le contexte de la guerre tarifaire avec les États-Unis et de l'incertitude économique actuelle.

À cette occasion, cette coalition proposait la mise sur pied d'un projet pilote agissant notamment pour améliorer l'accessibilité et assouplir les règles et sanctions du régime.

« Avec d'autres tarifs probables, les groupes du CNC seront en première ligne pour offrir aux personnes qui en ont besoin les informations sur l'accès à l'assurance-emploi », a déclaré Selma Lavoie, co-porte parole du CNC.

Enfin, le CNC souhaite également dénoncer la politique générale de Donald Trump et de son administration, mettant de l'avant un discours haineux et des politiques nuisibles auxquels il importe de résister de toutes nos forces.

À propos du CNC :

Fondé en 2005, le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) est la force organisée de défense et de promotion des droits des chômeurs et chômeuses, et plus largement des travailleurs et travailleuses. Il rassemble une dizaine d'organismes locaux et régionaux se voulant des acteurs proactifs pour une réforme globale du programme de l'assurance-emploi.

Pour en savoir plus : www.lecnc.com

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Vive le Canada libre

11 mars, par Jean-François Delisle — , ,
Comme l'histoire offre de ces retournements qui expriment les contradictions d'un pays, on assiste en ce moment à un grand mouvement, élites politiques et électorat confondus, (…)

Comme l'histoire offre de ces retournements qui expriment les contradictions d'un pays, on assiste en ce moment à un grand mouvement, élites politiques et électorat confondus, de résistance d'inspiration nationaliste face à l'offensive tarifaire de la présidence américaine, mouvement renforcé par le style abrasif de Donald Trump. On resserre les rangs en en appelant à la "fierté nationale". Devant une menace de cette envergure, la "solidarité nationale" canadienne paraît s'imposer d'elle-même. Tout un assortiment de politiciens "canadians" y vont de leurs couplets patriotiques et de propositions pour repousser l'assaut de l'infâme Trump.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, surnommé "Captain Canada" est le plus ardent défenseur des intérêts canadiens et de l'identité canadienne. Il propose des mesures de rétorsion commerciales vigoureuses à l'endroit des États-Unis. Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur et possible prochain premier ministre fédéral arbore une casquette sur laquelle est cousu le slogan : "Le Canada n'est pas à vendre". Tant chez les libéraux fédéraux que chez les néo-démocrates règne un pareil état d'esprit, lequel relève d'une forme d"exaltation nationaliste. Tous rejettent avec indignation l'intention proclamée par Trump (qui tourne au radotage) de faire du Canada le 51ème État américain et du premier ministre son gouverneur.

Même François Legault, l'actuel premier ministre du Québec et ancien ministre péquiste (c'est-à-dire en principe souverainiste) à la fin des années 1990, se joint à ce concert de protestations et accepte de faire front commun avec le fédéral et ses collègues des autres provinces pour contrer l'offensive de Trump. Il est même prêt, semble-t-il, à examiner sérieusement la levée de barrières réglementaires qui entravent le commerce interprovincial, ce qui nuirait pourtant à l'autonomie du Québec. Il dirige néanmoins un parti, la Coalition avenir Québec, qui est autonomiste. Trump a réussi involontairement cet exploit de souder (au moins temporairement) les classes politiques canadiennes dans un front commun dirigé contre lui.

Il faut admettre qu'une bonne majorité de Québécois et de Québécoises, autonomistes comme indépendantistes, préfère affronter le danger de la politique agressive de Trump au sein d'un front commun pancanadien que de faire cavalier seul, isolée face au géant américain. Mais le courant souverainiste se maintient ; il est seulement moins visible par les temps qui courent, vu la conjoncture risquée que nous traversons, qui favorise une forme d'union nationale "from coast to coast".
Dans la foulée des ténors fédéralistes qui condamnaient autrefois la nationalisme québécois indépendantiste (qualifié de xénophobe et chauvin)et vantaient plutôt la "Canada multiculturel", ceux d'aujourd'hui déploient avec ardeur un nationalisme pancanadien comme s'il allait de soi, Justin Trudeau en tête.

En effet, dans la vision trudeauiste (celle du père Pierre-Elliott comme celle du fils Justin), le Canada est une nation formée de communautés multiculturelles ; dans cette optique, le Québec français n'en n'est qu'une parmi d'autres. Ce courant de pensée a toujours rejeté avec vigueur la thèse des deux nations (le Québec français d'un côté le Canada anglais de l'autre). Mais voilà que les faits bruts démentent cette façon de voir. En effet, comment qualifier autrement que de nationaliste la vague de résistance "canadian" à la politique agressive du locataire de la Maison-Blanche ? Le ralliement du Québec à ce front commun ne doit pas faire illusion. Elle est le produit des circonstances et non d'une adhésion aux thèses trudeauistes.

Le Parti québécois devance par plusieurs points la Coalition avenir Québec dans les intentions de vote. Il est vrai que les sondages révèlent aussi que si un éventuel gouvernement péquiste dirigé par Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) tenait un référendum sur la souveraineté, il le perdrait, mais cette option récolterait tout de même 35% à 40% des voix, soit un score plus ou moins semblable à celui de mai 1980. Par ailleurs, Québec solidaire, en dépit de ce qui l'oppose au Parti québécois, adhère lui aussi à l'idéal indépendantiste.

Le nationalisme québécois est toujours bien vivant, que ce soit sous sa forme autonomiste (majoritaire) ou encore souverainiste (minoritaire). Celui du Canada anglais démontre sa vigueur. Les deux se sont rapprochés vu les circonstances, mais ils demeurent bien distincts. La "question du Québec" n'est toujours pas résolue.

Depuis le référendum (perdu de peu par les indépendantistes) de 1995, le Parti québécois n'a plus que très peu traité d'émancipation nationale. Mais les tensions canado-américaines aigues qui prévalent actuellement tendent à faire oublier qu'à une certaine époque pas si lointaine (de 1968 à 1995), la "question du Québec" a mobilisé l'attention et l'énergie des classes politiques, tant canadiennes que québécoises. Inquiétude dans le camp fédéraliste, espoir dans celui souverainiste... Cet antagonisme fédéralistes-souverainistes a atteint son degré d'intensité le plus élevé de 1976 à 1980. Le rapatriement forcé de la constitution en avril 1982 (à la suite de ce que les péquistes ont surnommé "la nuit des longs couteaux") par le gouvernement libéral de Pierre-Elliott Trudeau n'a pas arrangé les choses. La question du statut national final du Québec demeure donc pendante. Elle resurgira à nouveau si le Parti québécois revient aux affaires dans un an.
Si le Canada n'est pas à vendre comme le clament les nationalistes "canadians" et les fédéralistes francophones de la tendance trudeauiste, pourquoi l'indépendantisme québécois serait-il, lui, illégitime ?

Jean-François Delisle

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Journée internationale des droits des femmes Encore en lutte

11 mars, par Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf-Ouébec-Charlevoix) — , ,
Québec, le 8 mars 2025- Des centaines de militantes féministes et des familles de la région ont répondu à l'appel du Regroupement des groupes de femmes de la région de la (…)

Québec, le 8 mars 2025- Des centaines de militantes féministes et des familles de la région ont répondu à l'appel du Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et ont participé à une manifestation soulignant la Journée internationale des droits des femmes.

(C'est plus de 2000 personnes qui ont manifesté ce 8 mars à Québec pour souligner la Journée internationale pour les droits des femmes.) Presse toi à gauche

Photos tirées du facebook du RGF

Cette année, la thématique du 8 mars est : « Encore en lutte ». C'est avec le poing levé que les militantes ont parcouru St-Roch pour montrer leur force collective et leur résilience.

Plusieurs groupes se sont alliés pour dénoncer les impacts de la privatisation des services publics sur les personnes qui fréquentent leurs organismes. « Les impacts de la privatisation, notamment en santé, sont énormes sur les femmes en situation de pauvreté, sur les femmes vivant avec un handicap, sur les femmes immigrantes ayant recours à des services en périnatalité et sur les personnes marginalisées. Et on craint que la situation ne fasse qu'empirer ! », alerte Marilou Dubois, militante féministe co-porte-parole pour le 8 mars. Un message de solidarité a aussi été livré aux femmes à la croisée des systèmes d'oppressions qui travaillent dans des conditions précaires.

Devant le Palais de Justice, des travailleuses de groupes communautaires ont dénoncé le continuum des violences sexistes vécues par les femmes et les filles. « Année après année, les féminicides s'accumulent, et ce n'est que la pointe de l'iceberg des violences genrées. Qu'est-ce que le système de justice et l'État attendent pour protéger les femmes ? », s'insurge Rosalie Desilets, du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

En avant-midi, une cinquantaine de femmes ont défilé dans un centre commercial de Québec, vêtues des habits rouges des Servantes écarlates. « Par cette action d'éclat, nous souhaitions dénoncer les discours et politiques antiféministes de la droite et la montée de l'extrême droite. L'œuvre de La Servante écarlate nous démontre les dangers d'une société patriarcale », s'exclame Marilou Dubois.

Au lancement de la manifestation, un contingent des Servantes écarlates a pris part à la Marche.

La journée du 8 mars marque également le lancement de la Marche mondiale des femmes. Les 17 et 18 octobre 2025, Québec sera la région hôte de la 6e édition de la Marche mondiale des femmes sous le thème Encore en marche pour transformer le monde.

Quatre grands moments de mobilisations pour dénoncer les violences, la pauvreté et la crise climatique sont prévues au calendrier d'action :
• Le 24 avril, pour souligner la Journée de solidarité féministe contre le pouvoir des entreprises transnationales en commémoration du Rana Plaza ;
• Le 4 juin, pour célébrer le 30e anniversaire de la Marche du pain et des roses ;
• Le 4 octobre, pour souligner la Journée nationale d'action pour les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées ;
• Les 17 et 18 octobre culminera avec l'action de clôture de la 6e édition de la Marche mondiale des femmes.

Le RGF-CN vous invite à suivre sa page Facebook pour avoir plus d'informations sur les mobilisations à venir.

Le RGF-CN regroupe des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et travaille la défense des droits et des intérêts de toutes les femmes, l'égalité des femmes entre elles, l'amélioration des conditions de vie.

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Patriarcat ?

11 mars, par Margot — , ,
Ce texte a été lu lors du Cabaret féministe du 1 mars organisé par le comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale nationale. Plus de 70 personnes ont assisté à cette (…)

Ce texte a été lu lors du Cabaret féministe du 1 mars organisé par le comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale nationale.

Plus de 70 personnes ont assisté à cette prestation.

20 % d'écart de salaire, mondialement.
1⁄3 de nos corps violentés ou agressés.
81 % des victimes de violences conjugales au Québec.
J'imagine que vous avez compris de qui je parle ?
Je parle de cette esclave du patriarcat, de cet outil si facile à jeter lorsque l'on n'en a plus
besoin. Oui, je parle de “la femme”.
Je parle de mes idoles de jeunesse aux longs cheveux crêpés et aux yeux cernés d'abus.
De ces jouets qui font du bruit quand on appuie dessus, entre les pattes de chiens enragés
par l'argent.
Ok.
Je m'arrête ici.

J'ai la mauvaise manie d'écrire des mots coups-de-poing. J'ai la révolte sur le bout de la
langue, mais l'auto-censure coincée entre les dents.
Ça fait une semaine que je me demande ce que je vais faire, ce que je vais lire. J'ai plein de
textes sur le féminisme, mais j'ai l'impression soudainement de n'avoir plus rien à dire. J'ai
le féminisme gêné, le féminisme écrasé, le féminisme peureux de crier trop ou pas assez
fort. J'ai peur de ne pas oser jusqu'au bout.

J'ai le féminisme qui s'accroche à l'ombre de ma mère, des fois.
J'ai jamais douté d'être féministe par contre et je comprends aujourd'hui que c'est un
privilège que je dois à mon éducation.

Faque, sans savoir par ou commencer, j'ai décidé d'écrire une lettre au dos de cette femme
si petite et pourtant si immense devant moi qui, un jour, m'a annoncé que ce qu'elle
souhaitait pour ses filles, c'était simplement la liberté. J'avais jamais réalisé ce que le mot
“liberté” voulait dire, avant d'être une adulte. - Quand je dis adulte, je parle du moment où j'ai
rempli mon premier rapport d'impôt .Le moment où j'ai compris que des chaînes, on en avait
beaucoup, pis que certaines d'entre elles sont invisibles/. Le moment où j'ai compris ce que
ça voulait dire pour vrai, un “rapport de pouvoir” dans une relation hétérosexuelle
monogame.

J'avais jamais réalisé ce que le mot “liberté” voulait dire, avant de comprendre pourquoi
c'était un “rêve” et pas “un souhait”. parce que c'est crissement pas si facile que ca dans
l'fond, d'être femme et libre.

Une lettre donc, à la naissance de mon féminisme.
“Allô mom,
Encore une lettre au “je”, ça doit être à force d'écrire du théâtre, je finis par penser comme
un personnage.

Je voulais te dire merci. Merci de m'avoir faite comme je suis. Des fois j'imagine ce que
j'aurais pu devenir dans les mains d'autre parents, genre des pro-trump et j'en ai des
frissons d'horreur.

Ça va fatigué autour de moi. J'ai l'impression qu'être militante après 2012, c'est comme
ramasser l'océan à coups de chaudières, ça a pas de criss de sens. Des bâtons dans les
roues avant même d'avoir pu essayer de rouler un peu. De la glace sur toute la
circonférence de la terre et personne pour la faire fondre.

En ce moment, j'ai l'impression que s'engager politiquement, c'est l'équivalent de retenir sa
respiration sous l'eau le plus longtemps possible pis espérer un miracle.
Les seuls miracles que j'ai vus, ils étaient sur scène, au théâtre, pis si y'a bien un endroit où
faut qu'on arrête de faire des miracles avec rien, c'est bien dans les théâtres. Criss qu'on
rush pareil. Ben, pas juste les théâtres je sais, mais les théâtres aussi, mettons.
Je dis souvent qu'on a toutes et tous deux espaces à l'intérieur de nous. Un pour les luttes,
pis un pour la guérison. Pis que ces deux espaces-là se nuisent, quand on essaie de les
mélanger.

Moi, des fois, j'ai besoin de m'arrêter pour guérir, sinon mes luttes me détruisent. Pis quand
je lutte, j'ai moyen la délicatesse de guérir quelqu'un qui est pas sûr de vouloir être là. Ça
fait quelques semaines que je suis en mode “lutte”, mais aujourd'hui, j'ai envie de guérison.
J'arrive à l'âge de la reconnaissance où je comprends enfin un peu mieux l'amour d'un
parent pour son enfant. Donc voilà, j'ai envie de te dire merci.

Merci de m'avoir emmenée à ma première manif quand j'étais encore un tout petit bébé.
Merci de m'avoir emmené à toutes les autres qui ont suivi aussi.

Merci pour toutes ces années de patience à m'expliquer ce que ça veut dire d'être une
femme. Ce que ça veut dire pour vrai, pas ce qu'on nous demande de devenir.
Merci de m'avoir expliqué mes privilèges assez tôt pour que j'aie le temps d'en être horrifiée,
de les refuser, de vivre dans le déni, de revenir sur mes pas, de voir un psy, de réfléchir à
comment les utiliser – et tout ça avant que je parte en appart à 17 ans.

Merci de m'avoir parlé de l'intersectionnalité dans les luttes.
Merci d'avoir persévéré,
de t'être excusée quand tu en ressentais le besoin,
de m'aimer.
Ben, j'pense.
Merci pour toutes ces heures de relecture, tous ces partages de connaissances.
Merci de m'avoir laissée présenter ma pétition pour sauver les ours polaires dans ton cours
d'université quand j'étais au primaire.

Merci de ne pas m'avoir dit que, même si j'envoyais ma pétition aux conservateurs, ils la
liraient probablement jamais. De m'avoir encouragée à faire quelque chose.
Si je suis aussi résiliente aujourd'hui, c'est sûrement grâce à toi.

Merci de ne jamais m'avoir dit de faire attention aux ruelles, de pas rentrer seule le soir, de
ne pas m'habiller trop sexy. Sans toi, j'aurais grandi dans la même peur que 95 % de mes
amies. Qui aurait été là pour les raccompagner ? Pour les rassurer ?
Merci d'avoir fait de moi la femme fragile la plus forte de ma classe au cégep.
Merci d'avoir arrêté de me dire si j'avais maigri ou grossi quand je t'ai dit que j'aimais pas ça,
les commentaires sur mon corps. Merci de ne pas dire “oui, mais c'est parce que je t'aime”.
Merci de m'avoir appris que l'amour n'est pas une excuse ou un moyen pour avoir du
contrôle sur quelqu'un. De m'avoir laissé faire mes erreurs amoureuses sans me dire “je te
l'avais dit !”

Merci d'avoir refusé de motiver mes absences quand j'allais manifester en 2012, à 14 ans,
mais de m'avoir proposé d'aller marcher ensemble. Grâce à toi, j'ai appris par cœur les
premiers paragraphes du code de règlement de l'école en retenue. Et je me suis sentie plus
motivée que jamais à retourner dans la rue.

Merci de t'être confiée à moi.

Merci de m'avoir montré tes larmes, de me les avoir racontées, une goutte à la fois.
Merci de me poser des questions quand tu as un doute sur comment aborder les pronoms et
les genres dans une classe universitaire. Merci de m'inclure dans ta réflexion.
Merci de me rappeler que les luttes évoluent et que c'est pas parce que le féminisme est “un
combat des femmes, pour les femmes”, qu'une femme trans qui n'a pas été socialisée
comme femme ne peut pas se proclamer féministe.

Merci de me dire la vérité. De me dire que toutes les féministes ne sont pas toujours
d'accord, qu'il existe plusieurs types de féminisme, mais qu'une féministe fasciste, c'est pas
une féministe. Qu'une anarchiste est par définition féministe. Et qu'il n'existe aucun parti
nazi qui se revendique féministe, même quand on me traite de “fémi-nazi” sur Facebook.
Merci pour ton ouverture d'esprit, même quand je me suis nonchalamment allumé une
cigarette à côté de toi et que tu m'as dit “tu fumes maintenant ?” sans me rappeler le nombre
de fois où je cachais tes cigarettes en pleurant parce que je voulais pas que tu meures du
cancer.

Merci de ne pas me demander si je suis vraiment certaine de ne pas vouloir d'enfant.
Merci de m'avoir laissée choisir la musique, puis le théâtre. Merci de ne pas me demander
combien je fais par année, de me rappeler que j'ai toujours une place chez vous, même si
ma chambre d'ado est devenue la chambre d'ami.e.s.

Merci, oh, déesse, merci de ne pas être restée en France et de m'avoir fait naître au
Québec. C'est un esti de beau cadeau.
Maman, j'ai le féminisme déconstruit, qui se reconstruit. Le féminisme ouvert, le feéminisme
évolutif, que j'aime l'appeler. Et ça, c'est grâce à toi.
Merci. “

Ma mère et moi (et plusieurs femmes de différents milieux sociaux/classes sociales/âges) on
a écrit des textes pour un zine feministe publié par ma compagnie de théâtre “Tête de l'Art”
J'aimerais vous lire son extrait ;

«

Il y a toujours l'idée que le problème du corps féminin, c'est le fait que ses organes génitaux
soient à l'intérieur, ce qui les rend inquiétants : on pense que la femme est soumise à son
utérus, à cet organe dont on ne maîtrise pas les soubresauts, les cycles et les secousses

»
Aurélie Chatenet-Calyste, historienne et maîtresse de conférences en histoire moderne à
l'université Rennes-II
Que signifie, socialement, avoir un utérus ? La réponse à cette question dépend évidemment
des lieux et des époques, mais laissez-moi vous partager quelques expériences personnelles
qui, je suis sûre, auront des échos parmi les lectrices. Pour bien camper l'histoire, je suis une
femme hétérosexuelle de 52 ans. Une histoire très banale en quelque sorte....
Avoir un utérus, cela a signifier enfant, être un objet de jeu pour des petits gars de neuf ans
à l'arrière d'une camionnette... où ils m'ont déshabillés et m'ont touché sans mon
consentement sous le regard bienveillant de leurs parents, qui jetaient des regards attendris
dans le rétroviseur.

Avoir un utérus, c'est aussi avoir mal au ventre, au dos, à en vomir de douleur, à ramper au
lieu de marcher... C'est bénéficié de la pilule de première génération à l'âge de 13 ans pour
y remédier, contenant de fortes doses d'œstrogène et d'en vivre les effets secondaires (dont
le gonflement des seins, et l'anéantissement de la libido).
Avoir un utérus, c'est, à l'âge de 17 ans, aller chez le médecin (que je ne connaissais pas)
pour une grippe, et me retrouver sur la table d'examen, sans culotte, soumise à son œil
acéré.

Avoir un utérus, c'est la possibilité de se faire malmener et harceler par des policiers sur une
plage en Italie la nuit, avec la lampe de poche dans la face, du chantage et des menaces.
Avoir un utérus c'est avoir la chance inouïe de vivre la ménopause et ses conséquences bien
connues, mais encore taboues : chaleurs, sommeil entrecoupé, débalancement hormonal et
j'en passe....

Avoir un utérus, c'est avoir le droit, comme représentante du sexe dit faible, d'être
injustement rabaissée, lors d'une conversation, d'un débat, d'une situation professionnelle.
Mais avoir un utérus, c'est aussi, avoir le privilège d'enfanter, d'être mère, de connaître le
monde merveilleux et bienveillant des sages-femmes, d'apprendre avec sa progéniture,
d'être amoureuse, de jouir.

C'est aussi devenir une personne qui parfois est considérée au-delà de son utérus, dans son
intégralité, avec lui certes, mais ne se réduisant pas à lui. Et ça fait du bien...
Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons (Marche mondiale des
femmes)”

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Chardon

11 mars, par Margot — , ,
Ce texte « Chardon » est tiré du spectacle Krealogie botaniK. Un spectacle d'électro-poésie-théâtre, un spectacle de la compagnie de création féministe Tête de l'Art. Il a (…)

Ce texte « Chardon » est tiré du spectacle Krealogie botaniK. Un spectacle d'électro-poésie-théâtre, un spectacle de la compagnie de création féministe Tête de l'Art.

Il a été lu lors du Cabaret féministe du 1 mars organisé par le comité des femmes de Québec Solidaire de la Capitale nationale.

Plus de 70 personnes ont assisté à cette prestation.

un peuple uni, jamais ne sera vaincu !
vaincu
cul
culot
culottées en criss la fille, de dire ça.
Y'a trop d'affaires qui se passent pour que j'retienne tout !
La politique, l'amour, l'écologie, la politique, l'économie, la vie sociale, l'écologie, l'histoire
(la vraie), la vie sociale, la pensée, les luttes, le féminisme, la politique, l'amour, l'écologie,
l'austérité, le rouge, le noir, les plumes rouges, les carrés rouges, les yeux rouges de sang,
l'effort qui te suinte par les pores du visage.
l'effort. La productivité, la santé. Les cycles circadiens. circassiens dans mon cas. avec la
roue du monocycle qui tourne à l'infini, en équilibre sur un trapèze croche.
croche
toute croche la fille
a monte les escaliers
a monte encore
a monte les escaliers
a monte toute croche
pis a l'arrive jamais en haut
ya quoi en haut, hein ?
si je travaille autant, c'est parce que j'ai tellement travaillé, que si j'arrête. j'pense que
j'meurs.
on meurt toute
T'es qui toé
c'est qui lui
pense y pas
une autre affaire
pense y pas
vide ton esprit
fais ton criss de yoga
pense y pas
ya d'autres affaires ben pire dans la vie
genre genre, le melon d'eau/ Le criss, de melon d'eau.
Respire.

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Criminalisation et répression des mouvements sociaux

11 mars, par Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) — , ,
Entre novembre 2023 et novembre 2024, la CQMMF a organisé une série de cinq (5) webinaires qui avait pour but de faire le tour du monde des résistances féministes. Chaque (…)

Entre novembre 2023 et novembre 2024, la CQMMF a organisé une série de cinq (5) webinaires qui avait pour but de faire le tour du monde des résistances féministes. Chaque webinaire a été consacré à un thème spécifique et à une région du monde nous permettant de partager nos expériences et surtout de mieux comprendre comment s'organisent les résistances féminises.

Tiré de la page web de la CQMMF

 Moyen-Orient et Afrique du Nord

Le cinquième et dernier webinaire a eu lieu le 28 novembre 2024 avec des représentantes de la région du Moyen Orient-Afrique du Nord spécifiquement de la Syrie et du Liban*. Le thème retenu est très lié à la conjoncture internationale que nous vivons soit la militarisation, répression des mouvements sociaux et de la guerre (avec l'interprétation anglais-français et de la langue des signes du Québec- LSQ).

*Ce webinaire a eu lieu peu de temps avant la chute du régime de Bachar al-Assad et qu'il n'est donc pas question de cet important bouleversement politique en Syrie

Zahra Awaly du Liban

Nourshan Hussein de la région Nord-est de la Syrie

Synthèse de la situation vécue au Liban et en Syrie

Zahra du Liban a ouvert sa présentation en nous expliquant comment la population et les femmes ont souffert et souffrent des attaques subies récemment, et ce, sans oublier les drames vécus par le récent tremblement de terre.

Elle précise que trois éléments importants nous permettent de mieux comprendre la situation : la guerre, la situation économique et politique au pays et la nécessaire résistance avec ses défis à relever.

De façon résumée, il est rappelé que la population du Sud a été déplacée, soit 1,2 millions de personnes provenant de 40 villages. Ces villages et hôpitaux ont été détruits. Les personnes déplacées sont restées très longtemps sans nourriture, sans eau, sans médicament. De plus, la crise économique pose toujours d'énormes défis à la population.
Une situation chaotique et confuse s'est installée : le poids politique de la droite et l'extrême droite, la présence islamiste différente des années 1980, le manque de solidarité vécue pour plusieurs, la force du colonialisme sur la résistance, les défis de survie au quotidien, etc.

Pour sa part, Nourshan Hussein de la Syrie explique qu'il y a 4 grandes régions kurdes (qui ne sont pas regroupées), elles représentent 60 millions de kurdes.
À partir de 2011 et dans les années subséquentes, la population vit des attaques importantes des turcs qui s'opposent à la mise en place d'un gouvernement kurde en Syrie. Mais les Unités de protection du peuple (YPJ), la branche armée du Parti de l'union démocratique kurde en Syrie, qui regroupe un nombre important des femmes, ont réussi à imposer un gouvernement avec des règles démocratiques, écologiques et d'égalité des genres pour cette partie du territoire. Ce territoire regroupe plus de 2 millions de personnes.

La répression vécue durant la période de guerre a imposé des conditions de vie très difficiles : retour des femmes à la maison, viols dans les prisons, mariage forcé, suicides des femmes, etc.

La nécessaire résistance et l'importance de développer la solidarité féministe internationale

Pour la deuxième partie du webinaire, Zahra et Nourshan ont poursuivi leurs interventions en nous présentant diverses formes de résistance et de moyens pour survivre dans des conditions de vie dégradées particulièrement en appui à la lutte du peuple palestinien (actuellement victimes d'un génocide).

Voici quelques éléments :

en Syrie-partie kurde « libéré », les femmes sont présentes de façon importante dans la vie politique et gouvernementale ;

des coopératives sont créés pour lutter contre la pauvreté des populations ;

au Liban, on a organisé des campagnes de dons pour répondre aux besoins urgents des femmes ;

participer et donner son appui à la campagne BDS (boycottage, désinvestissement, sanctions), d'ailleurs au Québec, plusieurs organismes appuient cette campagne ;

refus de participer à des activités culturelles ou sportives s'il y a des participant.es provenant d'Israël ;

dénoncer l'image négative présentée par des productions hollywoodiennes et israéliennes sur les populations arabes et musulmanes ;

organiser des manifestations avec un système de protection pour les personnes les plus vulnérables en les plaçant au centre de la manifestation et entouré par les personnes les plus « privilégiées » ;

œuvrer à briser les barrières entre les peuples en rappelant l'héritage historique et l'importance de défendre le territoire palestinien, la dénonciation du colonialiste israélien, le génocide qui se déroule sous nos yeux : la solidarité internationale féministe est un outil essentiel qui peut donner un espoir au peuple palestinien ;

il est suggéré pour le slogan des actions de 2025 de la Marche mondiale des femmes (MMF) à l'international ou à la CQMMF de reprendre le slogan porté par les femmes iraniennes puisqu'il touche et concerne les femmes de toutes les régions du monde (c'est d'ailleurs un slogan retenu par les femmes révolutionnaires kurdes) : Femmes VIE LIBERTÉ ;

la Charte mondiale des femmes pour l'humanité a été rappelée comme outil de référence important pour expliquer les valeurs et les orientations que nous portons.

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Le programme PAFI, vous connaissez ? PAFI pour programme d'aide financière à l'investissement.

Contre les tarifs à la Trump, ne pas faire une lutte tactique antipopulaire mais une lutte stratégique pro-climat du soin et du lien

11 mars, par Marc Bonhomme — , ,
Le couperet est enfin tombé. Et il n'a sans doute pas fini de tomber. « Depuis 0 h 1 [le 4 mars 2025], des tarifs américains de 25 % s'appliquent sur les produits canadiens et (…)

Le couperet est enfin tombé. Et il n'a sans doute pas fini de tomber. « Depuis 0 h 1 [le 4 mars 2025], des tarifs américains de 25 % s'appliquent sur les produits canadiens et mexicains. Sauf l'énergie, c'est un peu moins […]

C'est la première attaque de cette guerre commerciale. La deuxième à venir visera l'aluminium et l'acier. Un 25 % de plus au mois d'avril. Pourquoi ne pas ajouter le bois d'œuvre ? Tout ça est à déterminer. Une troisième attaque est possible, des tarifs supplémentaires en réponse aux tarifs imposés par le Canada. » Ajoutons-y l'incertitude paralysante des yo-yo à la Trump. C'est plus que suffisant pour que l'économie et la politique canadiennes soient sans dessus dessous.

En 2023, le Canada exportait en produits aux ÉU près de 20% de son PIB sans compter ses exportations de services ce qui donne en tout près du quart de son PIB, rien de moins. Pour les quatre grandes provinces canadiennes, leurs exportations de produits, sans les services, aux ÉU par rapport à leur PIB comptaient respectivement pour 35% pour l'Alberta, essentiellement du pétrole qui sera tarifié à « seulement « 10%, 18% pour l'Ontario surtout la fabrication très intégrée avec les ÉU de véhicules routiers, de l'acier, des minéraux ,15% pour le Québec dont l'aluminium (soit de l'électricité cristallisée), du bois de construction, de l'électricité brut mais aussi des aéronefs, et seulement 7% pour la Colombie britannique qui exporte beaucoup en Asie.

Ce choc frappe le Canada en pleine crise politique qui aboutira à une élection dès ce printemps entre les Libéraux sous la direction du banquier Mark Carny, qui vire à droite toute, et les Conservateurs de Pierre Poilievre qui font des pieds et des mains pour se démarquer de Trump qu'ils adulaient il n'y a pas si longtemps. Après des moments d'hésitations et de divisions, sous la pression d'un surgissement populaire de nationalisme canadien qui durera le temps d'un printemps, la classe dirigeante semble s'être réunifiée sur la base d'une riposte se promettant de réagir du tac-au-tac et même jusqu'à interdire certaines exportations d'énergie et de métaux. Est-ce que le tout juste réélu, mais non plébiscité comme attendu, Premier ministre de l'Ontario, chef de file de cette ligne dure, entraînera à sa suite la rétive Alberta, qui serait la grande perdante de cet affrontement de matamores ?

Même le Premier ministre du Québec, sur le tard et avec réserves, lui a emboité le pas. Comment ne pas constater que la CAQ a résolu pour se faire de se défausser sur le dos du peuple travailleur comme jamais. Avec le projet de loi 89, le droit de grève devient conditionnel à l'humeur du ministre du Travail. Les terres humides de la banlieue montréalaise, n'en déplaise aux élus locaux, deviennent l'otage d'une transnationale étatsunienne des ordures. Évidemment, la CAQ ne peut faire autrement qu'encore une fois, par le projet de loi 84, cogner sur les boucs émissaires que sont minorités culturelles en soumettant la Charte québécoise des droits et libertés à sa dite politique d'intégration alors que ça devrait être vice-versa. La guerre des tarifs, c'est avant tout le peuple travailleur qui va la payer.

Quant au sortant Premier ministre canadien qui cherche à quitter la scène de l'histoire en tant que grand canadien, comme son père avant lui, qu'a-t-il à perdre à hausser le ton ? Chose certaine, son ancienne ministre des Finances, qui a tenté de devenir Première ministre, prône plutôt l'accommodement en proposant que le Canada aligne sa politique tarifaire chinoise sur celle des ÉU. Quant à l'ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de celle du Royaume-Uni, il se débat comme un diable dans l'eau bénite pour démontrer que comme président du plus important fond canadien de gestion d'actifs — Brookfield gère plus d'un demi-billion de dollars — il a les mains propres en ce qui regarde le déménagement du siège social de l'entreprise de Toronto à New-York.

Les partis néolibéraux obligés d'être interventionnistes, ce qui ouvre des portes

Le libre-échange mexico-canado-étatsunien contre lequel gauche et progressistes s'étaient en vain mobilisés à l'époque, mais non le PQ, et qui a eu plus de trente ans pour tracer son sillon structure désormais l'économie canadienne. Libéraux, Conservateurs, CAQ en sont désemparés. Le PQ d'aujourd'hui trouve même Trump raisonnable sur les questions de l'immigration et du fentanyl. NPD et Solidaires ne trouvent comme parades que la ligne dure. La charge de Trump survient alors que les Solidaires prônent un Québec indépendant libéré du pétrole et du gaz canadiens et doté de sa propre constitution à être élaborée par une assemblée constituante en consultation avec les peuples autochtones. Mais le projet de société demeure indéfini sauf à affirmer qu'il sera solidaire et inspiré de personnalités indépendantistes (et péquistes) « qui ont, à travers l'histoire du Québec, incarné un discours progressiste et inclusif. »

Jugé à l'aulne de l'enjeu clef du XXIe siècle, soit la crise climatique, ce projet de société annonce une « transition écologique » dont l'épine dorsale sera d'« investir dans les énergies renouvelables » alors que le Québec déjà « produit la quasitotalité de son électricité à partir de ressources renouvelables ». Ainsi, sans le dire explicitement, sur la page d'accueil de son site web claironnant son « Nouveau Québec », Québec solidaire admet de facto que le cœur de son projet de société sera le « Plan d'action 2035 » d'Hydro-Québec plus un BAPE pour digérer la pilule et un tantinet plus de redistribution. La politique anti-Trump de la CAQ est exactement cela… moins le BAPE et plus d'austérité mais aussi « accélérer [la construction d']infrastructure », dont des hôpitaux, des écoles et des aménagements en transport collectif » en plus de soutenir les investissements des entreprises pour diversifier leur clientèle et augmenter leur productivité. Québec solidaire dit-il mieux ou autrement ?

Comme lors de la crise de 2008 et de celle de la pandémie, l'offensive tarifaire de la présidence étatsunienne force les partis néolibéraux, du moins ceux centristes, à recourir à l'interventionnisme étatique bien au-delà de leur idéologie. Car il s'agit de sauver le système donc trêve d'intoxication des masses par les « fake news » systémique du libre marché efficient et de l'efficacité supérieure de la gouverne privée sur celle publique. C'est là une ouverture politique à ne pas rater pour la gauche en autant qu'elle ne se résume pas à soutenir, à des nuances près, l'interventionnisme du parti au gouvernement comme Québec solidaire l'a fait lors de la crise pandémique… et ce qu'annonce son « Nouveau Québec » parfaitement réalisable économiquement sans indépendance, au refus des pipelines près.

Une brèche à envahir entre deux types d'extractivisme paraissant des rivaux

Le chaos trumpien tronçonne, en s'en retirant, le processus échoué d'avance et sans issu des COP climatiques. (Les ÉU n'ont jamais participé aux COP de la biodiversité.) Trump sabote les subventions gargantuesques aux gigainvestissements d'énergie solaire et éolienne et pour l'achat de véhicules électriques dont la présidence Biden était si fière, et que le Canada et le Québec ont dû compétitivement imiter. Ce rejet droitier de l'extractivisme tout-électriqueélectronique paraît être nécessaire au succès de l'extractivisme des hydrocarbures. Pas du tout ou si peu.

Les énergies fossiles, quels que soient les coups de chapeau de Trump à leur égard, s'en sortent de toute façon gagnant. Pourquoi ? La captation de la force diffuse des énergies solaire/éolienne tout comme le remplacement de la pléthorique flotte d'autos/VUS solo et son étalement urbain exigent une orgie de matériel. Or seule une orgie d'énergie fossile — dans l'état actuel du monde près de 80% de l'énergie mondiale reste fossile — peut l'extraire et la transformer. Ajoutons-y la prolifération des plastiques et des textiles synthétiques. Le capitalisme vert ne saurait échapper au cercle vicieux de la croissance mangeant à tous les râteliers.

Ce vide politico-économique crée un appel d'air pour une politique authentiquement de gauche qui ne soit pas qu'un suivisme d'un soi-disant progressiste capitalisme vert. Si l'urgence de la situation exige une immédiate réforme du régime d'assurance-emploi, il s'agit avant tout de foncer dans cette brèche entre les deux types d'extractivisme, apparemment compétitives mais en réalité complémentaires, qui se disputent la conduite du monde vers la terre-étuve. Il ne faut surtout pas trébucher dans le piège à ours du recyclage de toutes ces batteries et matériaux lequel recyclage, dans la mesure où il est faisable, est énergivore et polluant. La production circulaire ne doit pas servir d'alibi à la croissanciste consommation de masse. L'enjeu de la transition n'est justement pas la transition, une tautologie, mais la rupture avec la croissance matérielle inhérente à l'accumulation capitaliste mue par la loi de la compétition entre les capitaux.

La croissance matérielle doit laisser place aux services écoféministes

Dans un esprit de décroissance matérielle, le but de toute société devrait être le bien-être de l'ensemble de sa population sans laisser personne derrière. La CGT française parle d'une société du « soin et du lien » bien assise sur la revalorisation des métiers féminins et qui combinée à la décroissance matérielle est écoféministe. À l'occasion du 8 mars, des rassemblements convoqués par les Mères au front dans une vingtaine de villes du Québec dont plusieurs milliers à Montréal (quelques photos) ont dénoncé l'administration Trump qui veut détruire jusqu'au tréfond les acquis de l'État-providence que le capitalisme néolibéral a déjà passablement tronqué. C'est sur la base d'une telle mobilisation, pour le moment défensive, et de la lutte contre Amazon, pour le moment économiste, et de bien d'autres combats que peut poindre la lumière au bout du tunnel… si et seulement si Québec solidaire secoue sa torpeur électoraliste pour oser promouvoir une indépendance de la rupture écosocialiste.

Cette société du soin et du lien est fondée sur la bonification des services publics et sur la mise sur pied de nouveaux tels le logement social écoénergétique et les garderies gratuites pour tout le monde, et pas seulement pour les pauvres, et le transport collectif public, fréquent et gratuit partout. Tous ces services publics et d'autres possibles, telles l'électricité domestique et l'alimentation végétarienne de base, requerront bien sûr des infrastructures matérielles. Mais celles-ci seront très réduites par rapport à l'actuelle consommation de masse assise sur le bungalow et l'auto solo, ces piliers de l'endettement populaire confrontant fin de mois et fin du monde. Quelle délivrance pour les ménages populaires, quelle « croissance » du bien-être dans cette société du soin et du lien où l'angoisse de la maladie, de la pauvreté et du chômage laissera place à la solidarité. Mais pour commencer à construire cette société, il faudra rompre avec le capitalisme carburant à la croissance matérielle sans laquelle il croule.

Le bon marché du soin et du lien au lieu des fausses bonnes idées pharaoniques

Il ne s'agit pas de construire n'importe quelle infrastructure. Avec le rejet des bungalows, et la rapide rénovation écoénergétique des bâtisses existantes récupérables, comme la disparition des véhicules, électriques compris, nul besoin de hausser de 50% la production d'électricité hydraulique et éolienne sur le dos de la nature et des peuples autochtones dont Hydro-Québec tente soudoyer les élites. Les trains à grande vitesse (TGV) que ce soit entre Windsor et Québec ou entre Vancouver et Halifax sont une fausse bonne idée, un autre projet pharaonique non seulement très couteux et qui prend des éternités à construire mais aussi peu écologique, foi d'environnementalistes français qui en font l'expérience depuis des décennies. Les TGV sont pour le transport à longue distance ce que les trains aériens et les métros sont pour le transport collectif urbain. Ils abandonnent le réseau routier déjà existant au règne de l'auto solo au lieu de d'y substituer la domination du transport en commun.

Cette société du soin et du lien en plus d'être écologique et solidaire est aussi bon marché par rapport au faramineux capitalisme vert qui condamne le peuple travailleur à l'austérité permanente. C'est cet impératif économique qui se cache derrière la mue extrême-droitière du capitalisme néolibéral qui ne peut plus s'accommoder de la traditionnelle démocratie représentative. Cette société écoféministe de soin et de lien commande une planification démocratique qui doit « se faire à l'échelle du Québec, elle ne peut être réalisée à partir des villes et villages. » En fait elle doit être mondiale. Son bon marché libérera le temps non seulement de la créativité mais aussi de la démocratie participative.

Il s'agit moins de s'emparer du contrôle de l'épargne nationale (et mondiale) pour besoin de giga-investissements que de le faire pour empêcher la Finance mondiale de nuire en dilapidant le fruit du labeur collectif dans des « grands travaux inutiles ».

Ceux-ci ne servent qu'à enrichir la ploutocratie qui s'y taille des rentes de situation. Celle plutocratie sait très bien qu'il n'y a pas de profit à faire ni à répondre aux besoins matériels du 50% mondial le plus pauvre ni à répondre aux besoins de services publics — on ne les appelle pas « publics » pour rien — du 40% suivant.

Si après l'Holocauste il y avait encore une issue capitaliste…

Si la crise des années 1930, entre deux guerres mondiales annonçant une barbarie inouïe, a pu aboutir au capitalisme « à visage humain » des trente glorieuses, à condition de faire fi des luttes anticoloniales de libération nationale, on voit mal une telle issue aujourd'hui. Le réchauffement loin de plafonner s'accélère. La sixième grande extinction fait de même. La crise combinée du climat et de la biodiversité, générée par la consommation de masse des trente glorieuses, comme axe fondamental de la pluri-crise accule l'humanité au pied du mur. Si en Palestine le choix est entre l'application du droit international et la guerre génocidaire, si en Ukraine, il est entre « défendre le pays ou les oligarques » (voir l'annexe), dans les pays du vieil impérialisme et ceux « émergents », il est entre une solidaire société du soin et du lien et le néofascisme oligarchique de la fin des temps humanoïdes.

Marc Bonhomme, 9 mars 2025
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca

Annexe

Sauver le pays, pas les oligarques. Un appel à des changements qui empêcheront la défaite de l'Ukraine

Les politiques prédatrices du président américain nouvellement élu rendent impossible une paix durable pour les Ukrainiens. Le refus de l'Ukraine de signer un accord minier élaboré en fonction des intérêts des capitaux américains a démontré la volonté de l'État ukrainien d'éviter la dépendance coloniale.
En même temps, nous sommes en guerre non seulement contre l'agresseur russe et l'expansionnisme américain, mais aussi contre des obstacles internes : l'injustice économique, la corruption et l'influence oligarchique. La guerre exige une cohésion sociale maximale et l'utilisation de toutes les ressources pour gagner. Mais alors que des millions de citoyens donnent leur dernier pour l'armée, de grosses sommes d'argent continuent de se multiplier entre les mains des oligarques.

Nous offrons notre voie !
* Que faut-il faire ?
* Audit du sous-sol et des terres afin d'identifier leurs propriétaires et le bénéfice public de leur utilisation ;
* Mise en place d'un contrôle étatique sur les entreprises des secteurs stratégiques de l'économie et mise en place d'une production de masse pour les besoins de la ligne de front ;
* Révision des résultats de la privatisation prédatrice ;
* Dénoncer tout accord de double imposition avec Chypre, les îles Vierges et d'autres juridictions offshore ;
* Introduction de l'impôt progressif et de la taxe de luxe ;
* Mise en place d'un contrôle des travailleurs dans les entreprises en tant qu'outil d'audit interne efficace et forme de société auto-organisée ;
* Abandon de la pratique antérieure de sous-financement de l'éducation et de la science ;
* Monopole d'État sur les exportations ;
*Rétablir les relations avec l'Europe en ce qui concerne le sort des actifs russes ; * Augmenter le prestige social du personnel militaire.

La véritable indépendance passe par la souveraineté économique !

Le gouvernement et le peuple ukrainien doivent maintenant décider s'ils veulent défendre le pays ou les oligarques.

Il y a les millions des oligarques - pour le bien-être et la défense !

Sotsialniy Rukh, 3 mars 2025

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Une catastrophe annoncée pour Saint-Adelphe et ses citoyens : une atteinte à notre patrimoine, à notre qualité de vie et à nos écosystèmes

11 mars, par Dany Janvier — , ,
Imaginez un instant : vous vivez dans une belle région agricole, patrimoniale, entourée de forêts et de paysages naturels. Cette tranquillité, héritée de plusieurs générations, (…)

Imaginez un instant : vous vivez dans une belle région agricole, patrimoniale, entourée de forêts et de paysages naturels. Cette tranquillité, héritée de plusieurs générations, fait la fierté de votre communauté. Mais du jour au lendemain, vous apprenez qu'un projet de parc industriel éolien, d'une envergure massive, est sur le point d'être imposé sur votre territoire. Ce projet, comprenant pas moins de 70 éoliennes, dont 40 sur le territoire même de Saint-Adelphe, transformera notre environnement en un chantier gigantesque. Au total, ce sont 140 éoliennes qui viendront défigurer nos deux MRC (Mékinac et Des Chenaux).

Les impacts sur nos vies quotidiennes, notre patrimoine et notre environnement seront irréversibles. Le calme qui caractérise nos zones rurales sera remplacé par le bruit incessant et envahissant, jour et nuit, des pales des éoliennes. Les flashs lumineux rouges clignoteront sans relâche dans le ciel, visibles à des dizaines de kilomètres, perturbant nos nuits et nos paysages. Les chantiers nécessaires à l'implantation de ces infrastructures géantes ravageront nos terres agricoles, modifiant à jamais le visage de notre territoire.

Ce projet aura également des conséquences catastrophiques sur nos écosystèmes naturels. Ces zones agricoles et ces forêts, véritables puits de carbone, jouent un rôle fondamental dans la régulation de notre climat. Au lieu de préserver ces milieux naturels, nous allons les sacrifier pour un projet éolien qui prétend décarboner notre société, tout en dégradant ces écosystèmes essentiels à la séquestration du carbone. Ce sont ces milieux, nos forêts et nos milieux humides, qui sont en réalité les véritables usines à décarbonation naturelles. Leur destruction, sous prétexte de transition énergétique, ne fait que remettre en question l'efficacité réelle de ce projet prétendant participer à la décarbonation.

Les conséquences économiques seront tout aussi dramatiques. Les valeurs immobilières s'effondreront. Qui voudra acheter une propriété en périphérie de ces géants d'acier, qui envahiront nos champs et nos forêts ? De nombreux propriétaires verront leurs maisons perdre des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars en valeur, et seront piégés, incapables de vendre ou de quitter un territoire désormais défiguré.

Pendant ce temps, nos élus, en particulier Paul Labranche, se présentent comme « neutres », mais il est évident qu'ils sont aveuglés par les milliers voire les millions de dollars privés qui s'annoncent. Une arrogance non dissimulée. Paul Labranche et ses alliés semblent obnubilés par les redevances annuelles qui leur seront peut-être versées, au détriment de la population, à l'exception peut-être de quelques propriétaires terriens, souvent absents de la municipalité ou en difficulté financière, pour qui l'argent semble n'être qu'un pansement temporaire. Leur vision est réductrice, centrée uniquement sur les profits immédiats des éoliennes, dont la taille dépasse celle de la Place Ville-Marie à Montréal. Paul Labranche, qui semble être celui qui remportera le jackpot grâce au grand nombre d'éoliennes dans sa municipalité, sera-t-il fier du legs qu'il laissera une fois le territoire dévasté ? C'est dommage, car il a sûrement accompli des choses positives pour le village s'il est resté maire aussi longtemps. Cependant, depuis que je le connais, il fait systématiquement la sourde oreille à ceux qui ne pensent pas comme lui, leur répond de manière insensée, ou agit en coulisse sous prétexte de neutralité ou de confidentialité, de concert avec ceux qui dirigent la MRC de Mékinac.

On peut excuser les maires et la mairesse, dont certains se sentent contrôlés par les gouvernements. Si c'est le cas, pourquoi ne s'unissent-ils pas à d'autres MRC ou à d'autres municipalités qui se disent contrôlées et qui ne peuvent rien faire ? Pourquoi ne s'unissent-ils pas à leurs citoyens en leur disant la vérité et ne dénoncent-ils pas cette situation aux médias et à la face du monde ? Un gouvernement de girouettes comme celui de François Legault et de la CAQ écouterait la vraie voix des gens ; les maires qui se sentent pris pourraient le dire à tout le monde sur la place publique, au lieu de jouer en catimini dans un mauvais film. Je crois que si les maires et la mairesse n'ont pas tous les pouvoirs, ils ont au moins celui de dénoncer la situation et de promouvoir le bien-être de leur population, ainsi que de défendre leurs ressources naturelles et énergétiques.
Notre territoire, notre patrimoine, nos terres agricoles et nos écosystèmes naturels sont bradés aux multinationales au nom d'un développement soi-disant écologique, alors que ce projet n'est qu'un exemple de greenwashing où le profit prime sur la véritable préservation de notre environnement.

Nous, citoyens de Saint-Adelphe, avons le pouvoir de nous opposer à cette catastrophe. D'ici novembre, nous devons nous unir et reprendre le contrôle de nos municipalités avant qu'il ne soit trop tard. Il est impératif de dire NON à ce projet et de défendre notre territoire, nos terres agricoles, nos milieux naturels, notre patrimoine et notre avenir.
Dany Janvier, citoyen de Saint-Adelphe (une belle campagne patrimoniale mais future zone industrielle de production énergétique pour le privé)

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La forêt de Contrecoeur armée pour se défendre contre l’expansion du Port de Montréal

11 mars, par Collectif — , ,
Contrecoeur, 04 mars 2025 - Un groupe anonyme est passé à l'action pour défendre le territoire contre l'expansion du port de Montréal à Contrecoeur. Afin de contrecarrer l'un (…)

Contrecoeur, 04 mars 2025 - Un groupe anonyme est passé à l'action pour défendre le territoire contre l'expansion du port de Montréal à Contrecoeur. Afin de contrecarrer l'un des plus gros projets de privatisation et de bétonisation des berges de la province, le groupe a « armé la forêt » en plantant des barres d'acier à travers les arbres du site.

Cette pratique, qui vise à empêcher la coupe sans compromettre l'intégrité des arbres, est une tactique utilisée par les écologistes depuis plus de 40 ans pour protéger les forêts de l'exploitation extractive ou des projets industriels qui les menacent. Le groupe affirme avoir mené cette action en réponse à l'appel des Soulèvements du fleuve à se soulever contre la conteneurisation, l'accaparement du fleuve Saint-Laurent, de ses berges et de ses bassins versant par les multinationales qui détruisent le territoire et méprisent les populations locales.

«

Malgré une forte opposition citoyenne et ses conséquences écologiques désastreuses, Legault et le Port de Montréal soutiennent encore le projet d'expansion du port de Montréal à Contrecoeur. Personne ne veut y investir, il manque encore un milliard de dollars de financement et les experts qualifient ce projet "d'éléphant blanc". », explique un militant du groupe. « Nous avons jugé nécessaire d'enfoncer le clou quant à l'inadmissibilité du projet et de défendre le territoire face à cette expansion destructrice

. »

Dans le cas de Contrecoeur, la mise sur pied du monstre industrialo-portuaire prévoit, en plus del'abattage d'une forêt mature de 20 000 arbres, le ravage de plus d'un demi-kilomètre de rives naturelles et la perte de nombreux milieux humides déjà rares dans la région. Ce projet sera construit dans l'habitat de plusieurs espèces menacées d'extinction dont le chevalier cuivré, une espèce endémique dont l'existence estconfinée à une petite section du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu. Par le passage de deux à trois bateaux par semaine, ce projet accélérerait également l'érosion des berges qui alarme les citoyennes et citoyensdepuis plusieurs décennies.
« Cela fait plusieurs années que François Legault et les multinationales de la logistique cherchent à transformer le fleuve en une "autoroute" à marchandises. Nous nous opposons à ce que les pouvoirs économiques et politiques s'accaparent notre fleuve pour faciliter l'accélération du commerce international et l'accroissement du trafic maritime, tout cela en bafouant le droit des citoyennes et des citoyens d'être informés et consultés » affirme une personne qui milite au sein du groupe.

Nous nous soulevons contre la destruction de la forêt et de la plage de Contrecoeur, pour le fleuve et celles et ceux qui l'habitent. Le ravage de ces milieux naturels ne se déroulera pas sous notre regard passif : la lutte ne fait que commencer.

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Publication par le fédéral du Rapport final sur l’état des PFAS

11 mars, par Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME) — , ,
Le gouvernement fédéral a publié aujourd'hui le Rapport final sur l'état des PFAS en vertu de la loi canadienne sur la protection de l'environnement (LCPE), et il a annoncé un (…)

Le gouvernement fédéral a publié aujourd'hui le Rapport final sur l'état des PFAS en vertu de la loi canadienne sur la protection de l'environnement (LCPE), et il a annoncé un processus de consultation et de réglementation qui les réglementera d'ici quelques années. Ceci afin de protéger la population à l'égard des 15 000 substances chimiques que l'on retrouve dans une quantité innombrables de produits, de même que dans l'eau et dans l'air.

Avec plusieurs groupes de défense de l'environnement, de la santé et de la justice, l'ACME-Canadian Association of Physicians for the Environment (CAPE) a salué l'approche par catégorie que préconise le gouvernement fédéral.
La Dre Lyndia Dernis, impliquée à l'AQME et à l'ACME-CAPE, est encouragée par l'annonce du ministre de l'Environnement du Canada - elle faisait partie d'une délégation des groupes, et a fait une déclaration devant le ministère de l'Environnement cet après-midi.

Il s'agissait aussi de l'exhorter« à rapidement adopter un arrêté ministériel visant à classer les PFAS comme toxiques en vertu de la LCPE afin de donner au gouvernement une capacité accrue de réglementer ces produits chimiques hautement dangereux. »

Alors que la nouvelle administration américaine vient de mettre sur la glace ses réglementations sur les rejets industriels, il est aussi rassurant de savoir que la France interdira très prochainement les PFAS dans plusieurs produits, comme le souligne la directrice de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l'Atlantique, Sabaa Khan.

Pour le bien de la santé de tous et toutes, et de l'environnement dont la santé humaine est tributaire !

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Leçons de la lutte contre les fermetures d’Amazon au Québec

11 mars, par Julien Arseneau — , ,
Le 22 janvier dernier, en réponse à la syndicalisation de son entrepôt DXT4 à Laval par la CSN, le géant Amazon annonçait la fermeture de ses sept entrepôts au Québec, causant (…)

Le 22 janvier dernier, en réponse à la syndicalisation de son entrepôt DXT4 à Laval par la CSN, le géant Amazon annonçait la fermeture de ses sept entrepôts au Québec, causant ainsi la perte de plus de 4500 emplois. Cette attaque dégoûtante a immédiatement soulevé une vague d'indignation dans la province.

La lutte pour sauver les emplois chez Amazon présente un avant-goût de ce qui pourrait attendre d'autres travailleurs au Québec et au Canada dans le contexte de guerre commerciale. Pas moins de56% des entreprises canadiennes récemment sondées par la firme KPMG affirment qu'elles procéderaient à des licenciements si des tarifs sont imposés.

Malheureusement, dans le cas présent, un mois plus tard, les entrepôts d'Amazon sont en processus de fermeture. Le syndicat a maintenant amené l'affaire devant le Tribunal administratif du travail, mais c'est une bataille qui prendra des années à se régler ; entre-temps, les emplois sont perdus.

Cet exemple offre des leçons clés pour le mouvement ouvrier dans la lutte contre les fermetures et les pertes d'emploi que les capitalistes tenteront d'imposer à l'avenir.

Réponse syndicale

Avec un délai d'à peine quelques semaines avant le début des fermetures, il fallait agir vite pour empêcher les pertes d'emploi.

Malheureusement, dès le départ, la CSN a semblé accepter que les emplois étaient perdus. Leurs communications et actions n'indiquaient pas de volonté de les maintenir. Le communiqué de presse initial parlait vaguement d'accompagner « les salarié-es de DXT4 dans l'ensemble des démarches et des contestations qui devront être entreprises au cours des prochains jours. »

Ces paroles n'ont cependant été suivies d'aucune mobilisation pour sauver les emplois, que ce soit ceux des syndiqués ou des autres entrepôts.

C'est dans ce vide que des militants de gauche ont lancé une campagne « Ici, on boycotte Amazon », dès le lendemain de l'annonce des fermetures. Les objectifs immédiats de la campagne de boycottage étaient : « Stopper la fermeture des entrepôts. Maintenir les emplois de TOUS les travailleurs. Respect du droit syndical de TOUS les travailleurs. Arrêt des subventions pour Amazon. »

Cette campagne avait donc le bon objectif, celui de maintenir les emplois. Mais par quelles méthodes y arriver ?

La question d'un boycott des consommateurs n'est pas une question de principe. Il s'agit parfois d'un excellent auxiliaire à une lutte des travailleurs, un bon moyen de bâtir un mouvement de solidarité large, par exemple lors d'une grève, ou plus encore quand des scabs font rouler une entreprise en grève.

Cependant, sans action collective des travailleurs affectés eux-mêmes, même le boycott le plus réussi du monde ne sauvera pas d'emploi.

C'est encore plus vrai en ce qui concerne un mastodonte comme Amazon. Selon de récentes statistiques, pas moins de 64% des achats en ligne au Québec sont faits via Amazon. Cette entreprise véreuse a ses tentacules partout. Elle ne pouvait être forcée de revenir en arrière sur des fermetures par un seul boycott, qui allait de toute façon prendre un certain temps à être appliqué sur une si vaste échelle.

Malheureusement, cette campagne n'avait pas pour objectif de susciter l'action indépendante des travailleurs eux-mêmes, ni d'appliquer de la pression sur les centrales syndicales pour qu'elles organisent de telles actions pour sauver les emplois. Elle avait donc une sérieuse faiblesse dès le départ.

La CSN lance sa campagne

Incroyablement, devant une attaque aussi éhontée, la direction de la CSN n'a pratiquement rien dit pendant les deux semaines qui ont suivi l'annonce.

C'est seulement le 4 février que la CSN a annoncé une campagne autour des fermetures : elle a alors repris à son compte le slogan de boycott d'Amazon, qui avait précédemment été endossé par le Conseil central FTQ du Montréal métropolitain.

Mais la question n'était déjà plus de sauver les emplois.

En fait, le mot d'ordre du boycott d'Amazon circulait dans les grands journaux dès le début. Comme l'annonce des fermetures avait été faite peu de temps après les menaces de Trump contre le Canada, le commentariat bourgeois a immédiatement vu Amazon comme une cible de choix dans la guerre commerciale avec les États-Unis. Rapidement, se sont mis à fuser de partout des appels à acheter à des « entreprises d'ici » plutôt qu'à Amazon.

On pouvait par exemple lire dans le Journal de Montréal, le 24 janvier, soit deux jours après l'annonce : « Perdre quelques millions de revenus au Québec changera bien peu de choses pour Amazon. Mais ce même argent dépensé dans nos entreprises enrichit directement notre économie. Face aux tarifs de Donald Trump [...], il est dans notre intérêt de développer notre souveraineté économique. »

Le même discours a été repris par la CSN. Sa présidente, Caroline Senneville affirmait :

«

Quelques millions de moins de chiffre d'affaires pour Amazon, ce n'est peut-être pas des tonnes. Mais quelques millions de plus dans le chiffre d'affaires des entreprises québécoises, ça peut faire la différence entre une entreprise québécoise qui survit, puis une entreprise québécoise qui progresse.

»

Sur sa page Web consacrée à Amazon, la CSN ne parle pas de sauver les emplois ni de faire quoi que ce soit pour les travailleurs, mais bien d'« encourager les commerces locaux en cessant d'acheter sur Amazon ».

Il n'a pas été bien difficile pour les politiciens et gouvernements d'un bout à l'autre du spectre politique de rejoindre le mouvement. Même le ministre fédéral François-Philippe Champagne a été interpellé par la CSN, et il songe maintenant à revoir les liens du gouvernement avec Amazon.

La mairie de Montréal a coupé les ponts avec Amazon, affirmant : « Malgré le sursis au niveau des tarifs douaniers, Montréal ne baisse pas la garde. On passe la liste de nos fournisseurs au peigne fin pour trouver des alternatives locales ou internationales. On demeure solidaire et on achète local lorsque c'est possible. »

Et maintenant, le gouvernement Legaultdemande à ce que les fonctionnaires tâchent de passer à travers des fournisseurs québécois, au lieu de commander en ligne sur de grandes plateformes.

La lutte contre Amazon a ainsi été complètement récupérée. Plutôt que d'être une lutte pour les travailleurs, la campagne de boycott est devenue une lutte pour les capitalistes québécois contre les capitalistes américains. La perte de nos emplois n'est devenue rien d'autre qu'une excuse pour que ce gouvernement des riches vienne en aide à ses amis.

Comme si les capitalistes d'ici traitaient mieux leurs travailleurs ! Il est d'ailleurs incroyablement ironique que le gouvernement Legault participe à boycotter Amazon pour ses fermetures d'entrepôts antisyndicales, alors qu'il vient lui-même de déposer le projet de loi 89 visant à casser les syndicats.

Le résultat est que la campagne de boycott a donné un vernis de gauche à la bureaucratie de la CSN qui n'avait rien fait pour résister aux fermetures, et a même donné l'occasion à François Legault lui-même de sembler du bord des travailleurs. Et par-dessus tout, elle n'a pas permis de sauver les emplois ou d'obtenir des concessions pour ces travailleurs.

Le 21 février, la CSN a annoncé avoir déposé une plainte au Tribunal administratif du travail contre Amazon. La plainte affirme que la compagnie a dérogé au Code du travail et demande carrément de revenir en arrière sur les fermetures et de maintenir les emplois.

C'est trop peu, trop tard. Et l'histoire a bien montré que les recours devant les tribunaux ne tournent pas à la faveur des travailleurs. Mais même quand les travailleurs « gagnent », cela ne survient que des années plus tard, alors que le mal est fait. C'était le cas avec la fermeture de Walmart à Jonquière en 2004 (alors que les travailleurs venaient de se syndiquer) : les emplois ont été perdus, et il a fallu attendre 10 ans avant que les travailleurs reçoivent leurs indemnités.

Comment lutter contre les fermetures et pertes d'emplois ?

Avec la guerre commerciale qui se profile à l'horizon, des milliers, voire des centaines de milliers d'emplois seront sur le billot. La lutte contre les fermetures d'Amazon nous offre un exemple instructif qu'il faut évaluer d'un œil critique si nous voulons sauver les emplois à l'avenir.

La leçon importante est qu'aucune méthode ne peut se substituer à l'action indépendante des travailleurs sur le terrain.

Voilà pourquoi il aurait fallu que, dès le départ, la CSN utilise ses ressources et son pouvoir de mobilisation en vue d'une grève dans les entrepôts menacés de fermeture. De plus, il semble que très rapidement après l'annonce des fermetures, Amazon a commencé à rediriger ses colis vers des sous-traitants en vue de rendre les entrepôts inutiles. En commençant par bâtir un mouvement de grèves et occupations par les travailleurs eux-mêmes, les dirigeants syndicaux auraient pu démarrer une mobilisation de masse de tous les travailleurs impliqués dans la livraison des colis d'Amazon au Québec.

Un boycott des consommateurs aurait pris un sens radicalement différent dans un tel contexte. On peut se douter que les libéraux fédéraux et la CAQ n'auraient jamais voulu s'approcher d'une telle campagne.

Bien des gens ont affirmé à des militants du PCR au cours des dernières semaines que les méthodes comme la grève étaient irréalistes. Mais nous n'inventons rien de nouveau. À de nombreuses reprises, les travailleurs ont lutté contre les fermetures par des grèves et occupations, et ont obtenu des gains qu'ils n'auraient jamais obtenus autrement.

Au Saguenay, en 2004, des employés de l'usine d'Alcan ont refusé leur licenciement en occupant l'usine et en continuant la production sous leur contrôle. Malgré que le syndicat s'exposait à de sévères amendes, il a continué son action pendant 19 jours. Ils ont obtenu que leur emploi soit transféré au lieu d'être simplement perdu.

Un autre exemple inspirant provient d'Oshawa. En 1980, plus de 200 travailleurs de l'usine Houdaille ont occupé illégalement leur usine pendant deux semaines pour réclamer des pensions décentes et des indemnités de licenciement lors de la fermeture de l'usine. Il y avait même eu une menace de grève générale des 14 000 travailleurs de General Motors de la ville. Cette lutte a permis d'arracher d'importantes concessions à Houdaille et même de renforcer les indemnités de licenciement dans la loi ontarienne.

Avec la guerre commerciale qui s'en vient, il faut une nouvelle stratégie. Les appels aux tribunaux prennent une éternité à donner des résultats – s'ils en donnent. Et les appels au boycott, séparés ou opposés à des actions de grève et d'occupation des travailleurs eux-mêmes, sont clairement insuffisants pour gagner. Plus encore, un tel boycott ne participe pas à élever la confiance des travailleurs dans leur propre force, ni leur conscience de leur opposition irréductible aux patrons. Il tend plutôt – comme nous l'avons vu – à mettre travailleurs et patrons dans un même camp contre un autre patron.

Il n'y a aucune solution simple aux fermetures que les capitalistes voudront imposer. Des luttes acerbes s'en viennent. Nous ne pouvons avoir aucune confiance dans les gouvernements provinciaux et fédéraux pour venir en aide aux travailleurs.

Historiquement, c'est par les méthodes de grèves et occupations que les emplois ont été maintenus ou que des concessions importantes ont été obtenues. Ce sont ces méthodes que le PCR vise à faire redécouvrir et propager dans le mouvement.

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : discours de l’organisation

11 mars, par Grande Mobilisation des artistes du Québec (GMAQ) — , ,
Le 22 février dernier se tenait dans plusieurs villes du Québec la Grande mobilisation pour les arts au Québec. Il s'agissait d'une autre manifestation dans l'intention de (…)

Le 22 février dernier se tenait dans plusieurs villes du Québec la Grande mobilisation pour les arts au Québec. Il s'agissait d'une autre manifestation dans l'intention de faire bouger le ministre de la Culture Mathieu Lacombe en faveur d'une augmentation substantielle du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Une prochaine est prévue le 22 mars prochain. Afin de soutenir cette mobilisation, nous vous offrons quelques interventions diffusées à cette occasion. Ici, Clément de Gaulejac, Edith Brunette et Sara A.Tremblay, membres du comité organisateur.

La GMAX vous parle

Sara : Salut salut ! Je nous présente Clément de Gaulejac, Edith Brunette et Sara A.Tremblay, on fait partie du noyau de la GMAQ, on est là à se les geler depuis 1 an et plus, on est contents de vous voir.

Edith : Pour amorcer cette manif, nous voudrions reconnaître que celle-ci a lieu en territoire traditionnel autochtone non cédé, des territoires que nous habitons au quotidien et sur lesquels ces peuples ont jadis accueilli les ancêtres de plusieurs d'entre nous. Nous nous trouvons en territoire Kanien'kehá : ka, aussi un lieu de rassemblement de plusieurs nations autochtones, qui se battent encore aujourd'hui pour la reconnaissance de leur droit à la terre et le fleurissement de leur culture. Nous espérons que nos propres efforts pour renforcer le soutien public aux arts contribueront aussi à renforcer le soutien aux arts autochtones.

La volonté de se battre pour défendre sa culture, maintes fois exprimée par les Premiers peuples, est aussi ce qui nous rassemble aujourd'hui. Et se battre, il le faudra. La folle poursuite de l'aventure néolibérale et la montée des fascismes en forme de descente aux enfers appellent à utiliser nos voix pour faire vivre autre chose que les plans de redressement économiques et les berceuses paranoïaques que nous susurrent des milliardaires morts de rire. Nous sommes ici parce que nous sommes encore vivants, vivantes, et parce qu'on croit encore que l'art agit. Nous sommes vivantes et nous refusons de décorer votre abattoir avec des géraniums : vous nous rêvez contemplatifs, mais nous sommes des guerrières !

Sara : Ouais ! Une petite bataille tout en douceur, pour réitérer qu'on est valides, visibles et que nous soutenir (émotionnellement et financièrement) n'est pas en vain. On a bien vu le 12 février dernier, que la population est derrière nous. Grâce à l'initiative de Myriam Verreault qui a fait explosé les box office (wow), et aussi à Kev Lambert, Tania Kontoyanni (et même simon brault) qui ont dit la vérité à la télévision à heure de grande écoute. Ça nous a fait tellement de bien ! Merci pour la visibilité !

Heille, merci d'être là ! On est heureux et heureuses d'être avec vous !! Vraiment !

Ça fait quelques mois qu'on le répète, on favorise l'autogestion et l'autonomie, la GMAQ c'est pas juste nous, c'est vous ! Alors ce qui est vraiment cool cette fois-ci, c'est qu'il y a du monde qui, de manière autonome, ont organisé des rassemblements partout au Québec, en soutien à la GMAQ. Alors on salue notre ami Jérémie St-Pierre qui anime présentement la manifestation à Sherbrooke sur le parvis du Musée des Beaux-Arts ! GOOD JOB SHERBROOKE ! Et on est heureux et émus de penser à toutes les personnes réunies en ce moment même à St-Jean-Port-Joli ! À Québec ! À Rouyn-Noranda ! À Ste-Rose-du-Nord ! Pis nous autres ici, devant les bureaux du ministre de la culture M.Lacombe (SALUT, on le sait que vous nous regardez en direct sur instagram xX). On est beaux et belles et puissant.e.s quand on est uni.e.s ! Comme on aime bien le dire, l'armée de la GMAQ est en marche !

Edith : Le ministre de la Culture nous répète tant qu'il le peut qu'il ne faut nous attendre à rien. Il faut nous attendre à rien, parce que le gouvernement, semble-t-il, a déjà prévu que l'argent du prochain budget irait surtout ailleurs. La CAQ a aussi prévu de ne pas rétablir les points d'imposition qu'ils ont eux-mêmes abolis, et que s'il y a un feu à éteindre, c'est celui de la guerre tarifaire lancée par Trump. Mais Mathieu Lacombe, Éric Girard, François Legault, c'est pas en nous disant de nous attendre à rien que vous allez nous éteindre comme une bougie. La CAQ espère juguler la crise culturelle en disant aux artistes d'être raisonnables et affirme que le milieu culturel aurait juste besoin de faire un bon travail d'introspection pour trouver les trésors enfouis qui dormiraient quelque part dans de mystérieuses institutions ben trop riches ou dans les craques inexplorées de programmes qui ne serviraient soi-disant à rien. J'aimerais ça, leur dire une chose à propos des programmes qui ne servent à rien : devinez qui les a créés (indice : c'est pas le milieu culturel). Et j'aimerais ça leur dire quelque chose à propos des institutions qui seraient trop riches : quand même Ex Machina et le Musée de la Civilisation doivent suspendre leurs activités, je vois pas trop ce seraint qui les enfants gâtés de la culture chez qui on pourrait gratter quelques millions.

Alors oui, messieurs, on s'attend à quelque chose ! On s'attend même à de grandes choses, même si on se doute que c'est pas de votre gouvernement qu'elles viendront. Pis on va pas lâcher le morceau, parce qu'on croit qu'un monde en feu a un urgent besoin qu'on prenne soin de lui avec autre chose qu'un budget équilibré et des autoroutes.

Sara : Non, on lâchera pas l'morceau. Parce qu'on est pas ici toustes ensemble uniquement pour que le gouvernement bonifie le budget du calq. Non, on est ici pour être vue.s et pour construire un mouvement qui tiendra les médias, la population bien informés des réalités du milieu pour que “même si ce n'est pas une priorité vu la fin du monde qui est à nos portes”, on puisse manger, boire et OEUVRER dans la dignité.

Clément : Une des pancartes que j'ai dessinées pour équiper visuellement notre manif d'artistes et de travailleur.euse culturelles proclame « l'OEuvre est Grève ». Au début j'avais un autre slogan en tête, qui est pas mal non plus et qui disait « l'OEuvre est grave ». J'aimais bien. Mais, à la GMAQ, on aime essayer de cultiver une certaine légèreté pour combattre l'esprit de sérieux de nos dirigeants. Et puis j'ai été rattrapé par cette déformation professionnelle qui me fait lire des mots là où il y en a d'autres. À travers le mot Grave, j'ai vu le mot Grève. Parce que bien sûr, l'heure est grave, d'une gravité sans pareil. Mais c'est justement parce que la situation est immensément grave qu'il faut nous y opposer en étant immensément grève.

Dans le contexte qui nous réunit, c'est quoi la grève ? Dans nos discussions gémaquiennes, l'idée de la grève de l'art revient souvent. Elle porte en elle l'espoir que, privé des formes de l'art, l'État en viendrait à reconnaître l'importance de ses producteurs et la nécessité de leur accorder les moyens de vivre dignement dans une société où tout s'achète.

Mais les artistes sont-ils des producteurs, au sens où l'entend le ministre Lacombe quand il se rend en France pour vanter la découvrabilité de nos produits culturels ? L'artiste est-il vraiment un·e travailleur·euse comme les autres ? En choisissant la voie de l'art, ne nous mettons-nous pas au contraire en rupture avec le monde du travail ? Ne revendiquons-nous pas un type de production de valeur radicalement opposée à celle qui est enseignée en école de commerce ? Les termes de production, produits culturels et découvrabilité sont-ils biens choisis quand on parle d'art ?

Il me semble au contraire que choisir la voie de l'art est une manière de s'opposer au système capitaliste. De produire une valeur qui ne soit pas uniquement celle de l'argent roi, de s'intéresser à la vie au-delà des intérêts économiques, n'en déplaise à Pierre-Yves McSween.

Peut-être que se mettre en grève, pour nous autres les artistes, ce n'est pas seulement cesser le travail. C'est se rendre disponible pour autre chose, occuper le terrain en restant attentif aux possibilités du futur. Faire grève, c'est oeuvrer pour le futur, c'est oeuvrer pour qu'il y ait encore un futur malgré la danse de mort des pétro-techno-capitalistes.

Quand l'heure est grave, l'oeuvre fait grève.

Sara : Ouais mais. Comment on fait la grève quand les gens pensent qu'on travaille même pas ??

On le sait qu'on ne doit pas uniquement compter sur les subventions, (on pourrait peut-être en parler au monde de la construction, voir s'ils aimeraient ça se faire dire ça), on le sait qu'il faut diversifier nos revenus.

Je sais pas vous, mais moi c'est pas mon premier BBQ. On travaille en tabarouette, le 9 à 5 n'existe pas pour nous, on ne dit jamais non, on surchauffe, mais tout ça en silence.

Faut pas chialer, ça parait mal. Trouve-toi une job comme tout l'monde !

HAHAHA

Yo. J'en ai une job. J'ai même étudié pendant plus de dix ans pour l'avoir. C'est mon métier, pas mon hobby, Trop bien ! 45 000$ de dettes d'études et ma job de rêve !!!

Il y a parmi nous aujourd'hui, des étudiants et des étudiantes en arts / artsvisuels peut-être ?

Coucou ! faites du bruit !

C'est pas un peu fâchant de se faire dire qu'on est pas vraiment prioritaires ?

Qu'il y a trop d'artistes ?? que vous rêvez en couleur ?

Qu'on sera les premiers à être coupés et que ce sera perçu comme juste normal, qu'on sert à rien dans une guerre commerciale ?Etc ?

C'est fâchant !

Qu'est-ce qu'on fait quand on est fâché.e.s ? On sort dans la rue, on s'unit !
Moi je dis “quand on demande rien, on a rien”. Et la CAQ compte justement sur les précaires, comme nous, pour ne rien demander. alors Surprise, on demande !

On vous voit, les futurs artistes et travailleureuses culturels, et c'est entre autres pour vous qu'on OEUVRE !

ENTK

Moi j'voulais surtout vous dire ce qui est vraiment important, c'est que tout le monde ici aujourd'hui, nous, de toutes les disciplines, partout au QC, on soit toustes convaincu.e.s qu'on mérite mieux.

Ça c'est très touchant !

Et on est d'autant plus émus que la GMAX, les organismes du front commun pour les arts, les universitaires, la chambre de commerce, même le PQ pis le parti Libéral. Tout le monde est de notre notre bord ! On est pas tout seuls ! On est aimé.e.s !

Mes attentes à moi ne sont pas que financières, elles sont ailleurs, au niveau de la rue et à la hauteur de l'amour que je porte aux gens qui font exister la culture : vous autres.

Avant de passer à la suite, on voudrait dire un mot sur la violence.

Il paraît qu'à la manifestation du 22 janvier, certains propos ont été perçus comme “violents''.

C'est vrai qu'il y des gros mots qui ont été dis… – on a même scandé des « F you Legault ». Pis, bin, y a des gens, au gouvernement, qui ont trouvé ça irrespectueux.

Comme dirait Valérie Plante, la violence, C'EST NON. À la GMAQ, on est contre la violence.

Clément : surtout la violence économique.

Sara : lol

C'est pour ça qu'on vous propose notre “exercice de communications non-violente”, inspiré du site « réussir son management point com ».

Une première technique de communication non violente, c'est de parler au « je » :

Sara : Par exemple, à l'avenir, on ne dira pas : « F you la CAQ », mais bien « La CAQ me fucke » ou « M. Legault, JE me sens fucké ».

Clément : Ça c'est bon, on a le droit :)

Sara : Tu voudrais hurler que le gouvernement se câlisse de la culture ? non non non. Mauvaise approche. Essayez celle-là :

Edith : « Messieurs les ministres, JE me sens blessée quand J'AI l'impression que vous vous câlissez de la culture. »

Clément : « Plutôt que de dire »

Sara : « T'es au bord du burn out depuis trois ans et tu viens de recevoir ta 92eme réponse négative à une demande de bourse, pis t'apprends le même jour que le ministre va payer six expert.e.s 150 000$ chacun.e pour 9 mois de travail pour trouver comment réarranger le financement de l'audiovisuel ? »

Clément : « Dites plutôt »

Edith : « Messieurs les ministres, J'ÉPROUVE de l'agitation émotionnelle quand J'AI l'impression que c'est toujours les autres qui sont payés. »

Clément : Vous l'aurez-compris, à la GMAQ on est sucré-sucré ULTRA-MIAM

Sara : Fait que la du beau monde icitte MERCI d'être là, on vous a préparé un beau party !

Restez au chaud ! Maintenant que la piste de danse est ouverte !

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : l’intervention d’Edith Patenaude

11 mars, par Edith Patenaude — , ,
Finissante du Conservatoire d'art dramatique de Québec en 2006, Édith Patenaude s'est aussitôt lancée dans la création. Avec Les Écornifleuses, dont elle assure la direction (…)

Finissante du Conservatoire d'art dramatique de Québec en 2006, Édith Patenaude s'est aussitôt lancée dans la création. Avec Les Écornifleuses, dont elle assure la direction artistique pendant dix ans, elle développe un territoire de création libre. Voici son intervention lors de la Grande mobilisation pour les arts au Québec le 22 février dernier.

La culture québécoise est en péril. Depuis des mois, nous le crions dans la rue, nous le faisons valoir dans les coulisses du pouvoir, en conversations avec nos élus, nous le chiffrons, nous nous unissons dans la lutte comme jamais auparavant, artistes, compagnies, associations et institutions, usant de tous les moyens à notre disposition pour rendre visible le mur contre lequel nous sommes acculés, nous remercions les journalistes et chroniqueurs, mais aussi – et peut-être surtout – les citoyennes et citoyens issus de différents secteurs qui réaffirment l'importance capitale de la culture, faisant mentir tous ceux qui insinuent que nous n'avons pas l'appui populaire.

C'est plus faux que jamais.

Aujourd'hui, du fait des menaces de notre voisin autrefois ami, la population entière se rappelle à sa culture. Elle sent dans sa chair que nous sommes entrés dans une crise existentielle. Une peur inédite nous fait trembler, mais si on la regarde en face, surgit une force qui la supplante, celle de notre désir farouche de liberté.

Les revendications que nous portons, vous les connaissez. Les combats de chiffre avec le gouvernement, vous les connaissez et vous savez qu'ils ratent la cible, qu'ils sont des excuses pour éviter de regarder la réalité en face. Personne ne peut nous enlever l'expérience intime que nous avons des faits, des conséquences dévastatrices de la crise sur nos vies, de l'effritement effarant de la capacité des institutions à créer, à soutenir les artistes, à offrir à nos concitoyennes et concitoyens des objets d'art libres. L'état des choses n'est pas tenable, nous le savons. Nos gouvernements le savent. Mais le comprennent-ils dans leurs fibres, dans leur cœur ? Sont-ils conscients de la corrélation directe et profonde entre culture et liberté ?

Parce que, oui : en défendant corps et âme la culture, c'est notre liberté que nous défendons. Celle d'être, de nous exprimer, de créer, mais surtout de penser. Depuis des années, nous laissons nos acquis sociaux nous glisser entre les doigts, assez lentement et sournoisement pour que nos gardes baissent, pour que la gravité de ces transformations nous échappe et que nous acceptions que c'est ce qu'il faut faire, qu'ainsi va le monde en démocratie capitaliste. La menace américaine est un électrochoc. Si nous laissons, pétrifiés, la peur prendre le contrôle, nous ne choisirons plus, nous ne ferons que réagir, sans vision ni cohérence. Nous risquons alors d'abandonner tous nos principes, inconscients et paniqués, et prendre la forme même de ce contre quoi nous nous élevons.

Mais nous avons encore le choix. Nous pouvons, réveillés par cet électrochoc, nous ressaisir et corriger le tir en investissant notre argent public en accord avec nos valeurs de décence, d'équité, d'ouverture, de liberté. C'est sur ces fondements que s'est bâti le Québec.

Nos libertés d'être et de penser ne sont pas des choses flottantes qui existent par elles-mêmes, peu importe le contexte. Pour qu'elles prennent racines et se déploient, une société doit impérativement en soutenir les trois piliers : l'éducation, en offrant un système en santé accessible à tous ; l'information, qui circule à travers des médias fiables, non soumis aux pressions du marché ; et une culture forte, considérée et traitée comme ce qu'elle est : le bastion de nos rêves collectifs, de notre histoire et de notre conscience, de notre identité vivante, mouvante, unique.

C'est le moment de laisser tomber les arguments d'affaires pour revenir aux fondements existentiels de la culture. Elle est nous. Nous sommes elle. Écraser la culture revient à s'écraser soi-même. Il est temps d'exiger que notre culture ait les moyens d'être préservée, et même qu'elle rayonne, se gonfle de fierté et d'espoir et devienne ce puissant bouclier qui saura, bien mieux que les armes, que la haine et que la peur, nous protéger.

Pour qu'un peuple s'affirme, il lui faut une voix. Le choix de société que nous faisons actuellement est celui du silence. Dans le vacarme actuel du monde, c'est de la folie. C'est un abandon auquel nous n'avons pas consenti. Je suis sciée qu'on puisse encore douter du sérieux de la crise dans laquelle nous sommes plongés. Que restera-t-il d'un peuple sans voix, sans culture ? Des corps sans âmes qui vendent leur attention au plus offrant ?

Nous sommes debout aujourd'hui pour crier de cette voix qui nous reste que nous sommes le cœur battant du Québec, vigoureux et fier. Nous sommes là en signe d'unité, pour manifester notre conviction, que nous espérons partagée, qu'il n'y a aucun compromis à faire sur notre liberté.

Nous faisons le choix de ne pas nous écraser, de nous tenir debout !

Courage à nous toutes et tous !

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : l’intervention de Tamara Nguyen

Tamara Nguyen s'intéresse à la satire politique, à la manière dont l'art peut mettre un frein au défilement de l'actualité pour permettre une réflexion de fond. Voici son (…)

Tamara Nguyen s'intéresse à la satire politique, à la manière dont l'art peut mettre un frein au défilement de l'actualité pour permettre une réflexion de fond. Voici son intervention lors de la Grande mobilisation pour les arts au Québec.

Tamara Nguyen est autrice et conseillère dramaturgique.

Lors de ses passages en France, Mathieu Lacombe a été interviewé deux fois par le journaliste Patrick Simonin dans le cadre de l'émission L'Invité. Là-bas, il a parlé avec enthousiasme du sujet qui anime ses discussions avec la ministre de la Culture française : la découvrabilité. Tous deux travaillent à promouvoir les cultures francophones auprès des jeunes et des un-peu-moins-jeunes qui montrent peu d'intérêt pour la télévision et la radio, se tournant vers les plateformes de streaming, les podcasts et les réseaux sociaux où la culture américaine est dominante.

Je tiens ici à saluer cet effort. Il est vrai que le monde évolue et qu'avec lui doivent évoluer nos manières de nous tenir informé·es, de nous tenir cultivé·es. Mathieu Lacombe insiste beaucoup sur l'importance de promouvoir la langue française et d'entendre notre parler québécois sur Netflix et Amazon Prime, ce qui est un combat louable.

Je me propose ici d'apporter ma pierre à l'édifice de la découvrabilité des arts vivants. Bien que la langue de Molière, dans toutes ses déclinaisons, soit digne d'être découverte et redécouverte, d'autres aspects des arts vivants québécois méritent aussi leur place sous les projecteurs.

Par exemple, la polyvalence des artistes québécois, qui portent souvent plusieurs chapeaux. Nous avons, entre autres, des autrices-comédiennes-pigistes-ouvreuses-coachs-d'audition-baristas-profs-de-yoga, mais aussi des acteurs-libraires-médiateurs-culturels-professeurs-de-théâtre-vendeurs-chez-Simons-récemment-retournés-aux-études et des conceptrices-vidéo-techniciennes-coiffeuses-gardiennes-d'enfants-et-d'animaux-en-tout-genre.

Nous devrions faire connaître l'absence de sommeil honorable de ces artistes qui, pour porter leurs multiples chapeaux, dorment entre trois et cinq heures par nuit quand leurs enfants en bas âge ou l'anxiété généralisée ne les empêchent pas complètement d'accéder à un sommeil semi-réparateur.

Nous devrions aussi découvrir la générosité sans commune mesure des artistes qui s'endettent de quelques milliers de dollars par année pour auto-produire leur spectacle. Ces mêmes artistes portent également les chapeaux de porteur·euses-de-projet-gestionnaires-comptables-organisteur·rices-de-gofundme-laruche afin d'espérer grapiller cinq mille dollars qui leur permettront de fabriquer des décors, d'acheter des costumes et de payer leurs interprètes, leurs concepteur·rices et leurs technicien·nes. Je précise ici que les porteur·euses-de-projet-gestionnaires-comptables-organisteur·rices-de-gofundme-laruche font souvent le choix de ne pas se rémunérer, ce qui élève leur générosité au rang de sacrifice de soi.

Comme vous le savez sans doute, le sacrifice de soi est une valeur célébrée dans un très grand nombre de cultures à travers le monde. Il y a donc ici une opportunité de promouvoir notre culture québécoise en titillant l'imaginaire judéo-chrétien de nos publics lointains.

On pourrait, par exemple, lancer une mode sur Instagram où les artistes feraient défiler leur relevé bancaire sur fond de chanson québécoise avec le hashtag
#jem'appauvrispourenrichirlaculturequébécoise.

Nous pourrions aussi enregistrer notre dernier appel avec Desjardins après le dépassement de notre limite de crédit, ou encore notre dernier appel avec notre propriétaire mécontent du retard de paiement de notre loyer. Un·e musicien·ne québécois·ne pourrait ensuite en faire un remix sur lequel un·e chorégraphe québécois·e créerait une danse facile à reproduire qui ferait fureur sur TikTok. Tout cela encore sous le hashtag #jemappauvrispourenrichirlaculturequebecoise.

Mais je digresse. Il y a encore de nombreux aspects de la culture québécoise que l'on devrait donner à découvrir au reste du monde.

Comme par exemple, l'ingéniosité folle de nos directeur·rices de théâtre qui composent chaque année leur saison avec des sommes dérisoires, travaillant d'arrache-pied pour diffuser et produire des spectacles de qualité tout en s'assurant que les murs de leur théâtre ne finissent pas par s'effriter et tomber sur les comédien·nes, quitte à s'endetter de quelques centaines de milliers de dollars.

Comme par exemple, le courage inégalé des artistes qui écrivent, réécrivent et écrivent encore leur demande de subvention aux Conseils des Arts pour financer leur prochaine œuvre tout en sachant pertinemment que seul·es 20% d'entre eux recevront les fonds nécessaires pour créer leur spectacle et le produire.

Comme par exemple, la patience exemplaire des artistes québécois, dont le salaire médian est inférieur à 17 000 $, qui se font dire par un ministre de la Culture gagnant 232 000 $ par année que le peu d'argent qui leur est versé pourrait être mieux géré.

Je ne souhaite pas, monsieur le ministre, vous accuser d'hypocrisie. Il y a, bien évidemment, derrière votre choix de nous appauvrir, une idéologie méticuleusement pensée et appliquée. L'homme de culture que vous êtes sait que le mythe selon lequel nous serions né·es pour un petit pain traverse la littérature québécoise et que de nombreux artistes créent leur chef-d'œuvre dans la plus grande misère matérielle et psychique. Vous cherchez sans auxun doute à nous pousser dans nos retranchements pour que nous produisions des œuvres de qualité qui feront rayonner la culture québécoise à l'international. Pour cela, je tiens à vous féliciter. Notre détresse ne va qu'en s'accroissant et si votre calcul est bon, nous devrions produire des œuvres phénoménales cette année. Je ne garantis rien pour l'année suivante puisque la misère a parfois raison des meilleur·es d'entre nous, mais qu'importe, tant que la qualité est au rendez-vous.

Certains pourraient vous accuser à tort de pousser les artistes à quitter le métier, réduisant ainsi notre nombre et réglant par le fait même ce sinistre problème de manque de fonds, mais je n'y crois pas un instant. Votre mandat est de protéger et promouvoir la culture québécoise ; il serait absurde que vous contribuiez activement à son appauvrissement.

Des artistes pauvres, oui.

De la culture pauvre, non.

J'espère que mes conseils, s'ils ne vous aident pas, vous apporteront au moins matière à réflexion.

Sachez que si le temps vous manque – on dit « avoir un agenda de ministre » après tout – nous vous aiderons au meilleur de nos forces à promouvoir ces aspects uniques de la culture québécoise dans les médias et dans les rues.

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : l’intervention de Sébastien Dodge

11 mars, par Sébastien Dodge — , ,
Sébastien Dodge, finissant du cégep de Valleyfield, signe une trilogie sur la corruption politique avec Gaétan Paré, dans le cadre d'un projet de développement d'artistes (…)

Sébastien Dodge, finissant du cégep de Valleyfield, signe une trilogie sur la corruption politique avec Gaétan Paré, dans le cadre d'un projet de développement d'artistes locaux qui se produisaient durant l'été dans les parcs de Vaudreuil-Soulanges. Il crée trois pièces en 2008, pourfendant le corporatisme (Suprême Deluxe, 2008)19, la médiocrité intellectuelle (La genèse de la rage, 2011)20 et le totalitarisme (La guerre, 2012)21, respectivement sur fond de science-fiction apocalyptique, de film d'horreur et d'épopée louisquatorzienne. Voici son intervention lors de la Grande mobilisation pour les arts au Québec.

Sébastien Dodge est un acteur, auteur et metteur en scène québécois.

Très cher Mathieu Lacombe

Très cher Mathieu Lacombe, ça fait un an ces temps-ci que nous avons amorcé notre résistance culturelle face à ce rouleau compresseur caquiste qui aime dont la culture commerciable à succès, les projets pharaoniques mal avisés et les pluies de chèques aux bons consommateurs.

Un an à résister, à proposer des solutions concrètes, à mettre sur un plateau doré toutes nos bonnes idées pouvant servir à redresser la situation pour des milliers d'artistes.

A expliquer comment il est important de renouer avec le public par l'éducation, par un passeport culturel soutenu par des ambassades culturelles de quartier, à taxer pour notre profit les Netflix de ce monde et comment il est plus qu'impératif de déclarer notre indépendance culturelle nationale.

Depuis un an, la plus grande coalition pour les arts vivants s'est organisée afin de défendre les demandes raisonnables qui assureraient la survie, même pas la croissance, la survie du milieu culturel à genoux.

Un an à discuter, à négocier, à demander, à proposer, à exiger. Nous avons ton oreille de ministre de la culture parait-il ? Et bien Mathieu, je sais que tu frétilles d'excitation quand on parle de hockey et de gros party historique de la St-Jean, mais aux dernières nouvelles, me semble que tu n'étais pas le ministre de la bière cheap pis des hot-dogs ? Non, tu es le ministre supposé chérir et protéger notre riche biodiversité culturelle. Alors va dire à papa Legault et à maman Girard de te donner plus d'argent de poche pour aider la culture la fin de semaine.

Car pour nous, les artisans des arts vivants, rien ne bouge. Rien. Nos conditions continuent de se dégrader, nos horizons s'amenuisent. Notre colère bouillonne.

Mais puisque la mathématique est importante, Mathieu, disons-le, 200 millions pour le CALQ est un minimum. Un seuil de survie. 200 millions pour l'ensemble du CALQ, c'est une broutille. Une poignée de change. On parle quand même ici de notre culture nationale en grand péril.

Oui, Mathieu, à cette demande de 200 millions. Évidemment, oui. Mais peut-on aussi penser que ces fonds pourrait servir à autre chose qu'à l'entretien du béton et à payer les factures d'électricité des institutions ?

Oui Mathieu, donnons plus de fond pour la création, l'exploration et les prises de risque. Tu sais surement que le risque créer le rendement.

Alors oui 200 millions, c'est une base élémentaire, on est tous d'accord.

Donc, ton cabinet et toi Mathieu, devez cesser de vous jouer de nos divisions dans les médias car ici, nous parlons tous d'une même voix : notre culture se meurt. Et si elle meurt, que pourrons-nous découvrir grâce à ton fameux concept de découvrabilité sur les plateformes numériques ? Nada.

Et je rajouterais, Mathieu, que si l'artisan de l'art vivant venait à disparaître, les scènes de théâtre seraient des condos, les musées seraient des condos, les bibliothèques des condos et les scènes musicales seraient poursuivies par tous les nouveaux propriétaires de condos.

Que les technocrates cessent de jouer leur petit jeu de politicaillerie alors que nous avons de plus en plus de difficultés à subvenir à nos besoins. Ça, c'est violent. Ça, c'est de la violence. Il en va de notre survie.

Car n'oublie pas, Mathieu, pas d'artiste pas d'institution culturelle, pas d'institution pas de culture, pas de culture pas de nation et pas de nation pas d'Assemblée Nationale.

Nous vaincrons.

Sébastien Dodge
Acteur et dramaturge

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : l’intervention de Philippe Ducros

11 mars, par Philippe Ducros — , ,
Philippe Ducros est un dramaturge, metteur en scène, photographe et acteur québécois. Dramaturge autodidacte, il s'inspire de ses nombreux voyages pour écrire des pièces (…)

Philippe Ducros est un dramaturge, metteur en scène, photographe et acteur québécois. Dramaturge autodidacte, il s'inspire de ses nombreux voyages pour écrire des pièces fortement engagées qu'il met généralement lui-même en scène. Voici son intervention lors de la Grande mobilisation pour les arts au Québec le 22 février dernier.

Un barrage à l'obscurité

L'hydre idéologique

L'heure est urgente. Il est temps de nommer les choses telles qu'elles sont. La culture et l'art, ça fait partie d'un tout. Ce mépris que l'on vit de la part des gouvernements, ça fait partie d'un tout. Ce mépris, c'est celui que vivent les professeurs et tout le milieu de l'éducation, c'est celui que vivent les éducatrices en garderie, les infirmières, les préposés des CHSLD. Même le droit élémentaire de grève, de syndicalisation, ils le méprisent, même en ce qui a trait à la langue française, l'attitude de nos gouvernements est celle du mépris, en coupant comme ils le font dans les structures de francisation d'une façon si incohérente. Ce mépris est systémique, pour utiliser un mot que n'accepte pas la CAQ. Le système que ces gens au pouvoir tentent de pérenniser nous méprise. Ce mépris envers l'éducation, la culture, l'art, le français, envers ce qui nous unis, ce qui nous définit, se résume au mépris de ce que nous sommes, de ce que nous pouvons devenir.

Et pourtant.

Le Québec, lui aussi fait partie d'un tout, sa culture et son art tout autant. À l'heure des guerres tarifaires et des menaces d'annexion, l'art et la culture ont un rôle existentiel dans la survie identitaire des nations et dans leur résistance à la starbuckisation du monde. En Ukraine, depuis le 24 février 2022, dans les territoires occupées par les troupes russes de Poutine, les musées sont pillés, les théâtres sont ciblés par les bombardements, les livres ukrainiens sont détruits des bibliothèques, remplacés par des ouvrages russes. La guerre n'est pas que territoriale, elle est culturelle. Le Kremlin construit dans les zones occupées des nouvelles écoles, des nouveaux musées, des nouvelles bibliothèques, des nouveaux théâtres. Il implante sa culture. Depuis 3 ans, 149 figures de la scène culturelle ukrainienne ont été tué selon Kyiv et 476 sites culturels ont été détruits ou endommagés selon l'ONU. Qu'est-ce que ça va prendre à nos gouvernements pour qu'ils mettent fin à la fermeture de nos théâtres, de nos musées, pour qu'ils réagissent à l'effacement de notre culture et de l'art qui la vocifère ? Une invasion ? Mais elle a lieu cette invasion ! Bien sûr, de notre côté du monde, elle ne se fait pas encore à coup de tank, de drones, de sièges et de bombardements. Mais la menace est réelle. Et l'invasion existe. On parle de résister à l'hégémonie américaine, de résister à l'intimidation de son tsar belliqueux, on parle d'un Québec fort, on parle de préserver le fait français en Amérique du Nord, et on méprise notre culture ?

On méprise notre art, notre langue ? Pourtant l'invasion culturelle existe. Le soft power de la culture américaine influence réellement nos sociétés. Il s'infiltre partout, en nous. C'est leur première source de revenus d'exportation. Ils ont compris l'importance de la culture, et pas juste comme levier économique.

Aux États-Unis, en 2025, on bannit des écoles les livres des personnes racisées ou des personnes LGBTQ+. Les milliardaires au pouvoir ont très bien compris la résistance que permet la culture, la résistance que les livres et l'art incarnent. Ils ont compris que la culture et l'art sont des barrages à l'obscurité, celle-là même qu'ils veulent imposer.

Qu'est-ce qu'il faudra à nos dirigeants pour cesser leurs discours creux, pour arrêter de nous asphyxier et donner à nos poumons culturels l'air qui leur faut pour respirer autrement que dans un sac de papier en pleine crise de panique ? On parle ici de survie, de l'air nécessaire à ce qui fait de nous ce que nous sommes. On ne parle pas des 7 millions donnés au match des Kings de LA, ou des 700 millions siphonnés par Northvolt, ou des milliards du 3e lien mais de 50 petits millions de dollars pour que le secteur culturel, qui contribue 11 milliards de dollars à l'économie, puisse uniquement se maintenir. Ne pas investir davantage en culture, la laisser s'étouffer, la laisser tomber, ce faut le réaliser. Et rester unis, la culture, les arts, l'éducation, la syndicalisation, la francisation, toutes et tous ensemble, continuer à faire du bruit et à se mobiliser contre cette idéologie du mépris.

Philippe Ducros

22 février 2025 lors de la manifestation pour un soutien de base aux arts et à la culture organisée par La Grande Mobilisation des arts au Québec (GMAQ).

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Grande mobilisation pour les arts au Québec : l’intervention de Miguel Tremblé

11 mars, par Miguel Tremblé — , ,
Miguel Tremblé est bibliothécaire et chroniqueur pour la revue Liberté. Il commente l'actualité sur sa page Facebook. Voico son intervention lors de la manif du 22 février (…)

Miguel Tremblé est bibliothécaire et chroniqueur pour la revue Liberté. Il commente l'actualité sur sa page Facebook. Voico son intervention lors de la manif du 22 février dernier.

Allô ! Je suis Miguel Tremblé, bibliothécaire et chroniqueur pour la revue Liberté, une revue qui se préoccupe d'art et de politique. Je viens partager avec vous une conviction : non seulement il est toujours nécessaire de faire place à la magie, mais il faut défendre cette place si nous ne voulons pas la perdre.

Mais débutons par le début : est-ce qu'il y en a parmi vous qui avez des livres en retard ? Les frais sont abolis pour vous permettre de participer à la manifestation aujourd'hui. En fait, bonne nouvelle ! ils sont abolis pour toujours, on les a retirés. Vous pouvez arrêter de vous stresser avec ça !

Plus de frais de retard. Pourquoi ? Parce qu'en bibliothèque, on travaille pour l'accès à la culture : libre et ouvert à tous. C'est une institution publique où tu reçois des services gratuits. Un truc de fou quand tu y penses. Qui paye si c'est gratuit ? Québec fournit la bâtisse et la formation, la municipalité paie les salaires. Nous sommes financés à la mission - l'argent nécessaire pour acheter les documents, faire une programmation, assurer l'organisation, répondre aux questions. C'est MA-LA-DE. J'adore ma job ! Mais surtout les conditions de travail permettent de me projeter en sécurité et de créer du lien avec les membres de ma communauté — et je pense que ça change beaucoup de choses, alors je suis là avec vous par solidarité.

Mais vous savez déjà tout ça. Comme je suis bibliothécaire, je vais vous faire une heure du conte plutôt qu'un speech.

On lève les mains ! On va toucher les étoiles ! Tappe dans les mains une fois ! On tappe dans les mains 2 fois ! Tu me donnes tes yeux et tes oreilles parce que regardes, j'ai quelque chose à te montrer :O

*[OUVRIR LE LIVRE]*

IL ÉTAIT UNE FOIS l'histoire d'un tout petit gars, vraiment vraiment petit mais avec des grosses lunettes rondes. Il est arrivé à la bibliothèque et je lui ai remis mon lire préféré : Ce livre s'appelait "Le livre des géants", écrit par OBOM, plein de belles images et de belles couleurs.

Le livre ici c'est un symbole tout le monde ! Ça représente la culture ! OK OK !

*[FERMER LE LIVRE]*

Le petit bonhomme était content, un petit bonheur ! Il s'est mis à beaucoup aimer les histoires. Est-ce que toi tu aimes les histoires ? Moi oui ! Les chiffres aussi !

Depuis la politique culturelle des années 1980, donc il y a 45 ans à peu près, c'est presque 150 bibliothèques qui ont été construites ou rénovées dans toute la province. On était non seulement en retard, mais en plus on aimait pas beaucoup la lecture pour vrai. Pourtant chaque année, des millions de documents sortent des bibliothèques, et nous recevons des centaines de milliers de visiteurs. Si je sais compter et si je fais 1+1 dans ma tête, ça veut sans doute dire que les gens aiment de plus en plus avoir accès à leurs histoires. Ceux que je rencontre me disent qu'ils ADORENT ça, de toutes les manières imaginables, ils veulent qu'on leur donne du beau et du nouveau, c'est comme des affamés devant des petits pains chauds !

*[RÉOUVRIR LE LIVRE]*

Retour à mon histoire : au fil du temps, le petit garçon revenait toujours à la bibliothèque et il mettait à sent grandir.

Il avait déjà appris avec les formes et les couleurs, maintenant il voulait apprendre des mots ! Je lui ai dit que les mots c'était bien, parce que non seulement tu peux apprendre ce que les autres savent déjà, mais en plus tu peux inventer des nouvelles choses et même de nouveaux mots. Il avait rencontré des géants !

Le premier mot qu'il a appris, je m'en rappelle, c'est dans la langue abénakise de OBOM. C'était le mot “Ami” qui se dit “Nid Baska”. C'est un mot important parce que ça permet de savoir à qui tu peux faire confiance tout le temps.
L'autre mot, c'était le mot “Beauté”. C'est un mot que lui il m'a appris, un jour où il m'a apporté un dessin de sa famille pour me le montrer. Je vous avoue que j'ai trouvé ça très mystérieux, et très intéressant aussi - parce que ça voulait dire que la beauté n'était pas la même chose pour lui que pour moi. Je lui ai demandé ce que ça représentait, si c'était un monsieur avec un drôle de chapeau, mais il m'a dit que non, que c'était un beau mouton. Écoutez, on en apprend tous les jours comme bibliothécaire.

Il m'a dit qu'il se faisait ami avec les mots. Que c'était des géants. Et ça, ça c'est un vrai trésor ! Un truc de fou, encore !

Un trésor... ça doit valoir quelque chose, non ? On peut se demander si ça suit le coût des loyers et le coût de l'inflation, même. Parce que le coût de la vie lui il augmente en ouistiti !

*[FERMER LE LIVRE]*

C'est peut-être pour ça que la CAQ a du mal à comprendre. Ils disent qu'ils ne sont pas idéologiques, qu'ils font juste gérer la machine pour qu'elle soit productive. Mais productive pour qui ? Pour les grandes fortunes et les fonds de pension, ou pour les enfants qui découvrent ces histoires à nouveau pour la première fois ? Est-ce qu'ils savent, eux, ce qu'est le beau, le vrai et le juste ? Ou alors justement leur job c'est de gérer pour que nous on puisse se poser la question sans devoir sans arrêt nous arrêter pour remplir des formulaires de demande de subvention ?

Dans les négotiations avec le gouvernement, qu'est-ce qui se passe si on remplace le mot “art” par ”trésor” ? Est-ce que le “Conseil des trésors du Québec” a reçu assez de subvention ? Est-ce que les producteurs de trésors sont suffisamment bien payés ? Quel serait le budget pour toutes les chasses aux trésors qu'on peut mener, et quel genre d'équipage ça nous prendrait ?
Au fond, le petit bonhomme était en train d'apprendre à écrire sa propre aventure dont vous êtes le héros comme vous aujourd'hui.

Un jour, le petit bonhomme est revenu me voir pour me dire au revoir. Il avait trouvé sa propre aventure et un fond de recherche pour lui et son équipage. Il allait faire une pièce de théâtre sur les pirates et il allait s'assurer que tout soit vraiment, vraiment, vraiment GROS pour que tout le monde puisse le voir de loin.

Fin ! As tu trouvé la morale, toi ? Si je devais trouver une morale, je dirais que la question n'est pas de savoir combien valent les oeuvres, mais combien NOUS valons à travers les oeuvres que nous produisons.

Évaluer la culture, ce n'est pas juste mesurer, contrôler et optimiser les œuvres produites. C'est œuvrer ensemble à vivre les valeurs qui nous fondent - notre valeur propre, j'irais jusqu'à dire : notre amour-propre ! Ça c'est la job du peuple, pas du gouvernement — parce que la culture c'est nous qui la crée, donc ça devrait être à nous de la juger.

Donc voilà : Je voulais vous remercier de vous battre pour nous offrir le meilleur - que ce soit par l'expression authentique de votre regard, un travail sur une question esthétique, la réponse à un besoin communautaire, ou un geste qui mérite votre attention. Ce travail mérite reconnaissance, et c'est en exigeant cette reconnaissance que vous faites votre travail.

Vous valez tout l'argent qu'on vous donne. Pour vos salles, vos outils, votre temps de réflexion, vos déplacements, votre subsistance. Pour faire votre travail, osti ! Merci d'être là. Venez nous voir en bibliothèque, on vous attend et on a hâte de vous recevoir !

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Le chemin parcouru. Enlevées et disparues : violences sexuelles et mémoire historique

11 mars, par Nuria Alabao — , ,
L'exercice de reconstruction du passé dans le livre « The Call » de Leila Guerriero permet de comprendre la portée des avancées féministes dans la reconnaissance sociale du (…)

L'exercice de reconstruction du passé dans le livre « The Call » de Leila Guerriero permet de comprendre la portée des avancées féministes dans la reconnaissance sociale du viol.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Ces derniers temps, nous avons assisté à une certaine ambivalence de nos réalisations dans la lutte contre les violences sexuelles. D'une part, la réédition #MeToo de ces derniers mois embrouille plus qu'elle ne contribue, du fait de son instrumentalisation dans des guerres partisanes. D'autre part, nous avons réussi à mettre les violences sur le devant de la scène et à pointer des abus passés sous silence, non sans d'importants désaccords féministes sur la meilleure façon d'y remédier. Toutefois, au-delà des débats en cours, cette semaine des 8M est également l'occasion de regarder en arrière et de reconnaître le chemin parcouru. Il est bon de se rappeler que les frontières de ce que nous identifions aujourd'hui comme des violences sexuelles ont bougé, et ce grâce aux féminismes et aux femmes qui, après en avoir souffert, en ont parlé publiquement malgré toutes les difficultés.

Le livre magistral de Leila Guerriero, La llamada (Anagrama, 2024), a déjà été largement commenté dans la presse, mais j'y reviens parce qu'il offre des leçons importantes et un point de comparaison qui nous permet de percevoir clairement ces avancées. La llamada raconte la biographie de l'Argentine Silvia Labayru, une guérillera montonera qui, à l'âge de vingt ans et enceinte de cinq mois, a été enlevée, torturée, violée et forcée de travailler pour ses ravisseurs au service de la dictature militaire. Quelques mois après le coup d'État – 1976 – elle a été capturée et emmenée à l'ESMA, l'École de mécanique navale, où fonctionnait un centre de détention clandestin, où des milliers de personnes ont été torturées et assassinées. Dans ce lieu de terreur, elle a accouché sur une table d'une petite fille qui, une semaine plus tard, a été remise à ses grands-parents paternels.

Tout le livre, entre le quotidien le plus banal et le récit de l'horreur, répond à la question de savoir comment on peut continuer à vivre après cette expérience ; car on continue à vivre – ce qui est souvent oublié dans les récits médiatiques de terreur sexuelle, qui relatent généralement les viols comme si, après cet événement, les femmes devaient être irrémédiablement abîmées. Mais on continue à vivre, même dans ce cas, que nous prenons comme un exemple, un exemple extrême. Cependant, Labayru elle-même se rebelle contre l'idée que toute sa biographie devrait être lue à la lumière de ce moment. Non seulement la réponse de la protagoniste est complexe, mais l'autrice a réussi à faire en sorte que l'histoire ait tellement de facettes qu'il est impossible qu'elle ne transperce pas certaines certitudes. Oui, c'est une œuvre qui fait chavirer, la meilleure façon, peut-être, de réfléchir en profondeur.

« Les violences sexuelles sont considérées comme faisant partie de la torture et n'ont été reconnues comme un crime qu'en 2010 ».

La violence sexuelle faisait partie intégrante de la torture systématiquement appliquée à l'ESMA. « Nos corps étaient considérés comme un butin de guerre », déclare Labayru dans l'un des procès contre la dictature. Cependant, bien que le premier procès ait eu lieu en 1985, les violences sexuelles ont été considérées comme faisant partie de la torture et n'ont été spécifiquement reconnues comme un crime qu'en 2010. En fait, bien que la protagoniste ait suggéré qu'elle avait été violée, elle explique que lors de ces procès, on ne lui a jamais demandé de détails sur les viols. Il semble que ce ne soit pas si important à l'époque. Une autre des victimes de représailles, Bettina Ehrenhaus, explique dans le livre : « Nous nous sommes dit : « Ce n'est qu'une autre éventualité, ce que nous devons faire, c'est sauver nos vies. Et si cela m'arrivait dans la rue, c'est la même chose. Je ne risquerais pas ma vie parce que j'ai été violée. On survit. Le fait d'être déshabillée était un problème mineur. Aujourd'hui, je ne considère pas cela comme un problème mineur, mais à l'époque, c'était le cas ».

Dans les années 1970, 1980 ou 1990, il était encore plus difficile de parler publiquement de ces questions qu'aujourd'hui. « A l'époque, dénoncer un viol était doublement condamné. Dans le monde militant, le fait que l'on kidnappe des femmes et que l'on dénonce le viol portait atteinte au moral révolutionnaire, à l'image des Montoneros », explique Labayru. Elle explique le cas de Sara Solarz de Osatinsky, l'épouse d'un membre de la direction de l'organisation, assassinée avec ses deux enfants. Lorsque, lors d'un des premiers procès, elle a expliqué les viols qu'elle avait subis pendant des mois à l'ESMA, ses propres collègues « ont voulu l'engloutir parce qu'elle avait sali le nom d'Osatinsky », explique Mme Labayru.

Sur les plus de 5 000 personnes passées par l'ESMA, 90% ont été assassinées. Un petit nombre a été épargné, le plus souvent parce qu'elles étaient contraintes de travailler pour la dictature – dans la presse ou la falsification de documents, entre autres – dans l'espace même où leurs camarades étaient torturées. Le mécanisme était furieusement pervers. Celles qui survivaient devaient faire face aux doutes de leurs propres camarades : et celle-ci, pourquoi a-t-elle été épargnée ? Le mot « trahison » est un thème récurrent dans les rencontres des exilées. Après tout, elles avaient travaillé pour les militaires afin de survivre, c'était du travail d'esclave, mais ensuite, dit Labayru, ce n'était pas si clair. La forme la plus répandue de cette condamnation des survivantes était l'accusation, voilée ou non, d'avoir consenti à avoir des relations sexuelles avec les militaires pour sauver leur vie, ou encore d'avoir eu des relations affectives avec eux. « C'est vrai que tu sortais avec Tigre Acosta [l'un des patrons de l'ESMA] », a déclaré plus tard un célèbre présentateur de télévision à l'une des détenues.

La situation était également particulièrement tordue, car si certaines ont été violés alors qu'elles étaient attachés à l'ESMA, d'autres ont été obligées de sortir dîner ou d'aller à l'hôtel et d'avoir des relations sexuelles avec eux dans le cadre de leur processus de « rétablissement ». C'est ainsi que l'armée appelait la fiction selon laquelle elle rééduquait ces femmes pour les débarrasser de leurs idées gauchistes et de leur militantisme afin de les « réinsérer » dans la société. Dans le cadre de ce processus, on demandait à certaines femmes d'accepter d'avoir des relations avec eux, de faire semblant d'être leurs flirts ou leurs petites amies. Labayru a non seulement quitté sa cellule pour rencontrer dans des hôtels Alberto Eduardo González, « Gato », son interrogateur pendant la torture, mais elle s'est également rendue dans la maison du militaire où elle a également été forcée d'avoir des relations sexuelles avec sa femme. « Et ce viol par sa femme, je n'ai pas osé en parler à qui que ce soit. Non seulement cela, mais j'avais du mal à comprendre qu'elle était aussi une violeuse », explique-t-elle.

Si aujourd'hui nous pensons que les femmes violées sont souvent soupçonnées d'avoir provoqué le viol, de ne pas avoir suffisamment résisté, dans ces années-là, le sentiment était écrasant. Tout cela rendait encore plus difficile la compréhension de ce qui se passait avec les viols. Labayru ose également affronter le tabou de l'éventuel plaisir ressenti lors de l'agression : « Il y a beaucoup de pudibonderie à ce sujet, à savoir que les viols doivent nécessairement impliquer de la violence, un sentiment de dégoût et qu'il ne peut y avoir aucune forme de plaisir. Et vous dites : « Ecoutez, même si vous avez eu du plaisir, même si vous avez eu quarante-huit orgasmes, c'est quand même un viol ».

« Si nous voulons conserver le consentement, la possibilité de dire non est un horizon indépassable. »

Quand on ne peut pas dire non

Comment répondre à une question fréquente à l'époque, mais qui perdure encore aujourd'hui : avez-vous résisté ? Comment avez-vous pu résister dans un camp de torture et d'extermination ? Labayru est claire : « Le fait qu'ils ne vous aient pas torturée lors du viol ne signifie pas qu'il ne s'agissait pas de viols, car ils vous forcent à faire quelque chose en vous kidnappant et en vous menaçant de mort. Cela n'a pas d'autre nom que le viol, mais c'est difficile à comprendre, même pour les personnes enlevées elles-mêmes ». « Nous n'avions pas non plus la certitude que ce qui s'était passé était un viol. Nous avons commencé à nous demander dans quelle mesure je ne m'étais pas prostituée. Mais on ne décide de rien là-dedans. Dans un camp de concentration, il n'y a pas de consentement », dit-elle. Nombre d'entre elles ont dû porter la culpabilité pendant longtemps par la suite.

Les débats sur le consentement qui ont eu lieu au cours des dernières décennies ont déplacé la frontière de la violence sexuelle pour établir clairement que si vous ne pouvez pas dire non, il s'agit d'un viol. Aujourd'hui, personne ne douterait que ce qui s'est passé est un viol – presque personne ? Mais cette affaire illustre bien les objections à la formule magique du « oui, c'est oui », capable d'effacer toutes les ambiguïtés ou complexités de la preuve. Elles ont dit oui, mais pouvaient-elles dire non ? Aucun pas du « non » vers le « oui » ne résout le problème. La seule chose qui rend le oui libre, la seule chose qui le rend réversible, la seule chose qui le distingue d'un oui d'esclave, c'est qu'il est possible de dire ‘non'. Si nous voulons préserver le consentement, si nous nous y engageons, alors la possibilité de dire non est un horizon indépassable », explique Clara Serra dans El sentido de consentir.

Labayru elle-même, dans La llamada, cite Inés Hercovich, une chercheuse qui, après avoir interrogé de nombreuses victimes de viol, a soutenu que les femmes violées acceptent en quelque sorte un échange dans lequel elles abandonnent leur vagin ou une autre partie de leur corps pour survivre, ou pour le faire avec le moins de dommages possibles. « La mort qui plane autour de la scène, l'isolement qui les fait se sentir impuissantes, perturbent les significations des actions, et les codes habituels pour comprendre qu'ils ne sont plus utiles. Sous la menace de la mort, consentir c'est résister », explique Hercovich. Il s'agit peut-être d'une approche quelque peu inhabituelle, mais qui tente de souligner que la passivité apparente dont certaines femmes peuvent faire preuve dans une telle situation – leur immobilité, le fait qu'elles ne « résistent » pas – est néanmoins un signe d'action, une perspective qui peut les aider à surmonter la culpabilité qu'elles ressentent souvent de ne pas avoir résisté.

« Ce n'est qu'en 1999 que la possibilité de viol conjugal a été incluse dans le code pénal argentin (1995 en Espagne) »

Il fallait que la société change pour qu'il soit possible de dénoncer

Le premier procès pour des crimes de violence sexuelle commis à l'ESMA a eu lieu en 2014, vingt ans après le premier procès de la junte militaire. Labayru, ainsi que Mabel Lucrecia Luisa Zanta et María Rosa Paredes, étaient les plaignantes dans cette affaire. Les accusés ont été condamnés pour ce crime, bien qu'ils aient déjà été condamnés auparavant et qu'ils aient accumulé plusieurs condamnations à perpétuité pour des crimes contre l'humanité. Pour la première fois, il y a eu une reconnaissance claire et publique de ce qui s'était passé. « Il a fallu du temps pour que la société accepte les témoignages des victimes avec un regard différent. Ils ont dû cesser de nous accuser d'être des traîtres, des collaboratrices, des agentes des services, des putes », dit la protagoniste de L'Appel. Il a également fallu que la société comprenne différemment la violence sexuelle. Par exemple, ce n'est qu'en 1999 que la possibilité de viol au sein du mariage a été clairement incluse dans le code pénal argentin – en Espagne, en 1995.

«

Je ne sais pas si ce procès aurait eu lieu dans les années 1990. Elle-même ne se serait pas exposée de cette manière il y a 20 ou 30 ans, parce que le procès aurait été pour elle d'une terrible violence interrogatoire », affirme l'auteur du livre, Guerriero. Avec ce procès, Labayru a senti qu'elle fermait un cycle : « Je sais que j'ai eu une bonne vie. Je sais que j'ai eu une bonne vie et que j'ai encore une très bonne vie. Mais ils m'ont coupé en deux. Oui, ces fils de pute m'ont coupé en deux ».

Nuria Alabao
Journaliste et docteure en anthropologie sociale. Chercheuse spécialisée dans le traitement des questions de genre dans la nouvelle extrême droite.
https://ctxt.es/es/20250301/Politica/48652/Nuria-Alabao–Leila-Guerriero-violacion-violencia-sexual-memoria-la-llamada.htm
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

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Le mythe de la pulsion incontrôlable, instrument du contrôle masculin

11 mars, par Francine Sporenda —
Dans mon livre « La mystification patriarcale », j'ai abordé le mythe de la pulsion sexuelle incontrôlable qui serait une caractéristique spécifiquement masculine, selon le (…)

Dans mon livre « La mystification patriarcale », j'ai abordé le mythe de la pulsion sexuelle incontrôlable qui serait une caractéristique spécifiquement masculine, selon le discours dominant.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/25/le-mythe-de-la-pulsion-incontrolable-instrument-du-controle-masculin/?jetpack_skip_subscription_popup

J'ai souligné que cette association entre masculinité et pulsion sexuelle incontrôlable est récente : jusque vers la fin du 18ème siècle, c'était la libido féminine qui était considérée comme plus exigeante que celle des hommes, voire insatiable. Dans ce livre, j'ai aussi signalé que ce mythe était un instrument essentiel du contrôle masculin sur les femmes : si les pulsions sexuelles masculines étaient vues comme contrôlables, les femmes ne vivraient plus dans la peur d'être violées ou agressées sexuellement et, n'étant pas sous la menace constante de telles agressions, elles n'auraient plus besoin d'adopter certains comportements afin (ou plutôt dans l'espoir) de les éviter.

Cette menace de violences sexuelles, implicite dans la notion de pulsion incontrôlable, vise à produire chez elles un effet d'intimidation qui les dissuade de s'affirmer face aux hommes, les incite à faire profil bas dans l'espace public (ne pas aller dans certains quartiers, ne pas sortir la nuit, etc.), et généralement à se montrer soumises, déférentes et conciliantes avec eux pour ne pas les déclencher.

Ce qu'il faut aussi ajouter à ce tableau, c'est que ces pulsions sexuelles sont présentées par le discours dominant comme « naturellement » incontrôlables, c'est à dire qu'elles relèveraient de déterminismes biologiques auquel on ne pourrait rien changer. Si l'on y regarde de plus près, loin d'être un comportement d'origine purement biologique, ces pulsions masculines sont en fait constamment encouragées et stimulées par la société.

La forme la plus visible de cette stimulation omniprésente des pulsions sexuelles masculines est évidemment la pornographie : accessible en quelques clics sur un téléphone portable, dès l'âge de 12 ans, un enfant sur 3 a été exposé à des contenus pornographiques [1]. La pornographie est présente sur les chaînes télé câblées, dans les jeux vidéos, sur les sites de streaming etc. ; les représentations pornographiques contaminent les publicités, les films, la mode, la littérature, et même les romans à l'eau de rose visant par définition un lectorat féminin (il y aurait une étude à écrire sur l'influence qu'a eue « Fifty Shades of Grey » sur la pornification de ce type de littérature).

Il est impossible aux individus de sexe masculin d'y échapper : selon une étude de 2020 publiée sur le site de la National Library of Medecine (site gouvernemental lié au National Institute of Health), 91,5% des hommes interrogés auraient regardé du porno au cours du mois précédent [2]. Un article du Huffington Post publié en 2013 qui a fait sensation signalait que le nombre de visites sur les sites pornos dépassait celui sur des visites sur Amazon, Netflix et Twitter additionnés [3]. Vu cette exposition précoce et massive au porno, de nombreux hommes deviennent accros, passent des heures en cachette de leur famille devant des images pornographiques de plus en plus extrêmes véhiculant une image hyper-masculiniste et violente de la sexualité, et où le viol, la pédophilie et tous les crimes sexuels, de pair avec les perversions les plus répugnantes et les plus dangereuses, sont normalisés. Une autre étude parle de 10% des hommes de 14 à 24 qui consommeraient du porno tous les jours, voire plusieurs fois par jour, avec toutes les conséquences graves qu'entraîne cette surexcitation sexuelle permanente pour eux-mêmes et pour les personnes qui partagent leur vie [4].

Autre stimulation, celle-ci médicamenteuse, des pulsions sexuelles masculines : le Viagra qui permet à des hommes souffrant de difficultés érectiles, en particulier suite au vieillissement, de continuer néanmoins à avoir des rapports sexuels pénétratifs avec des femmes – compagne, prostituées etc.—qui souvent n'en ont aucune envie. Des femmes seniors vivant en couple se plaignent des ardeurs chimiquement renouvelées de leur compagnon, « devoir conjugal » dont elles pensaient être débarrassées vu son âge. Le paradoxe est qu'aux Etats-Unis, si le Viagra, ou autres médicaments (Cialis, Levitra) basés sur la même molécule, ne sont pas remboursés par les assurances santé, les versions génériques le sont assez généralement [4]. Alors que, et bien que la situation pour ce qui est du remboursement par les assurances santé de la pilule contraceptive soit assez compliquée (les régulations varient selon les états), le remboursement de ce mode de contraception pour la majorité des personnes dont l'assurance santé est privée (couverte par leur employeur) n'est pas pris en charge par leur assurance lorsque la pilule est achetée sans ordonnance, ce qui est le cas le plus souvent.

Le remboursement par les assurances privées des médicaments génériques censés produire une érection est donc meilleur que celui des pilules contraceptives vendues sans ordonnance. Autrement dit, le fait que des hommes puissent avoir une érection alors que leur âge ou leur état de santé ne les en rend plus capables est jugé plus important que la protection des femmes contre les grossesses non désirées : les performances sexuelles des hommes passent avant la santé des femmes, leur plaisir compte plus que leur souffrance. On le sait, en société patriarcale, tout ce qui concerne les hommes – leurs problèmes, leurs activités, leurs opinions etc. – est toujours jugé plus intéressant et plus important que ce qui concerne les femmes, mais cette hiérarchisation systémique est ici particulièrement révoltante.

Il y a au final une autre dimension idéologique à cette notion de pulsion masculine incontrôlable : elle est une composante essentielle de l'identité masculine. Un homme vraiment viril est censé avoir constamment des pensées sexuelles et doit être capable de bander à tout moment. Et –disent des masculinistes – avec n'importe quelle femme, même une femme peu attirante. L'affirmation de la pulsion incontrôlable est avant tout la preuve et la condition même de la virilité. Comme le dit Richard Poulin « violer, c'est viril ». Et harceler sexuellement les femmes dans la rue, les siffler, leur balancer des remarques ou bruits obscènes, c'est faire la démonstration publique de sa virilité. Aux yeux des femmes mais surtout des autres hommes, les pairs et égaux, qui sont en définitive les seuls habilités à certifier la possession de cette qualité virile chez un homme, dont la possession conditionne l'accès au plein statut et aux privilèges de dominant.

Car en dernière analyse, la notion de pulsion sexuelle incontrôlable est un privilège de dominant : durant la période de l'esclavage aux Etats-Unis, aucun homme blanc ne parlait de pulsion incontrôlable au sujet des hommes noirs. Les agressions sexuelles de ces hommes sur les femmes blanches étaient rarissimes, et les sanctions mises en oeuvre, s'ils étaient seulement soupçonnés de s'intéresser de trop près à leurs maîtresses (souvent l'exécution) étaient puissamment dissuasives. Et c'est seulement quand ils sont devenus théoriquement libres qu'on leur a attribué une sexualité exceptionnellement forte, censée prouver leur sous-humanité, leur animalité et leur dangerosité – et par suite l'inacceptable erreur qu'a constitué leur libération aux yeux des Confédérés.

La pulsion sexuelle des dominants est incontrôlable parce que si la position dominante de ces derniers leur permet d'exercer un contrôle sur les dominé.es, ils n'ont aucune envie d'exercer ce contrôle sur eux-mêmes : édicter pour les autres des lois et des règles qu'on se dispense d'observer soi-même est un des avantages les plus agréables que confère une position dominante. Par définition, les « contrôleurs » ne se contrôlent pas eux-mêmes et seule la sexualité des dominé/es est contrôlable et doit être contrôlée. La position de pouvoir des dominants confère à leurs exigences le statut de besoins et à leurs besoins un caractère impératif et indiscutable : si leurs désirs sont des ordres, les dominé/es par contre sont enjoints de mettre les leur dans leur poche et de vivre avec leurs frustrations. Les femmes sont ainsi la catégorie dont la sexualité a été le plus férocement contrôlée par les dominants, car elle a toujours été jugée extrêmement dangereuse pour l'ordre masculin si elle était laissée libre.

La notion de pulsion incontrôlable a pour fonction d'opérer la naturalisation de la construction sociale du désir sexuel masculin comme instrument de contrôle des femmes.

Notes

[[1] https://jeprotegemonenfant.gouv.fr/pornographie/->https://jeprotegemonenfant.gouv.fr/pornographie/]

[2]https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30358432/

[3]https://www.huffpost.com/entry/internet-porn-stats_n_3187682

[4] https://gaeconseil.fr/addictions-2/tout-savoir-sur-laddiction-au-porno/

et https://www.wepsee.com/fr/wikipsee/quelles-sont-les-consequences-de-l-addiction-a-la-pornographie/

[5]https://www.singlecare.com/blog/is-viagra-covered-by-insurance/# : :text=Commercial%20health%20insurance%20plans%20do,sildenafil%2C%20tadalafil%2C%20

Francine Sporenda
https://sporenda.wordpress.com/2025/02/12/le-mythe-de-la-pulsion-incontrolable-instrument-du-controle-masculin/

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Quand les élèves se révoltaient - Manuel d’histoire avant l’Effondrement

11 mars, par Emanuelle Dufour, Francis Dupuis-Déri — , ,
Comment les historien·nes du futur vont regarder notre époque ? C'est un peu ce que propose cette BD documentaire et rétrofuturiste qui nous plonge dans l'histoire méconnue des (…)

Comment les historien·nes du futur vont regarder notre époque ? C'est un peu ce que propose cette BD documentaire et rétrofuturiste qui nous plonge dans l'histoire méconnue des plus grandes révoltes d'élèves. De quoi s'inspirer
pour défendre nos démocraties et nos droits dans un monde de plus en plus autoritaire...

La BD *Quand les élèves se révoltaient - Manuel d'histoire avant l'Effondrement*, va paraître *en librairie le 25 mars* prochain.

Le professeur de science politique Francis Dupui-Déri et la bédéiste Emanuelle Dufour signent une BD singulière dans laquelle jeunes et moins jeunes apprendront qu'il n'y a pas d'âge pour se mobiliser au nom de la liberté, de l'égalité, de la justice et de la solidarité. Pour un public de 15 à 95 ans.

*À propos de la BD*

Vous arrive-t-il parfois de vous demander comment les historien·nes du futur vont regarder notre époque ? C'est un peu ce que propose cette BD documentaire en se présentant sous la forme d'un faux manuel d'histoire de l'année scolaire 2047-48, dans un monde situé après l'Effondrement climatique.

Forts de cette mise en scène rétrofuturiste, Emanuelle Dufour et Francis Dupui-Déri nous racontent l'histoire méconnue des différentes révoltes que des millions d'élèves ont menées pour protester contre des injustices, une histoire bien loin de se limiter à l'exemple non moins épatant de Greta Thunberg et des grèves mondiales pour le climat. S'appuyant sur des
témoignages de jeunes et des milliers d'articles de journaux, les auteur·es nous plongent dans des grèves, des occupations, des manifestations et des incendies de pensionnats qui ont tour à tour servis de réponse à la ségrégation raciale aux États-Unis, à des vagues d'agressions sexuelles en Inde, aux inégalités sociales au Chili, à la répression des Autochtones ou
de la diversité de genre et sexuelle au Canada et à l'inaction climatique généralisée.

Le manuel soulève par le fait même des questions importantes sur la notion de démocratie telle que nous la transmettons à l'école et, plus généralement, dans la société. Alors que les adultes leur vantent les mérites de la « démocratie » et leur proposent d'élire à l'école des conseils d'élèves sans pouvoir, des jeunes se mobilisent sur toute la planète pour défendre concrètement leurs intérêts, leurs valeurs et leur dignité. L'ouvrage nous rappelle ainsi qu'il faut se battre pour protéger
nos droits. Voilà de quoi s'inspirer pour faire vivre nos démocraties dans un monde de plus en plus autoritaire...

Comme dans tout bon manuel scolaire, nous y trouvons des définitions de certaines notions, des rappels historiques (rubrique « Savais-tu ? ») et quelques exercices sous formes de mots croisés ou de devinettes.

Avec ce livre, jeunes et moins jeunes apprendront qu'il n'y a pas d'âge pour se mobiliser au nom de la liberté, de l'égalité, de la justice et de la solidarité.

*À propos des auteur·es*

*Francis Dupuis-Dér*i enseigne la science politique et les études féministes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est l'auteur de nombreux livres, dont *Démocratie : histoire politique d'un mot *(Lux, 2013), *L'anarchie expliquée à mon père* (Lux, 2014) et il a codirigé avec Marcos Ancelovici l'ouvrage collectif *Un printemps rouge et noir - Regards
croisés sur la grève étudiante de 2012* (Écosociété, 2014).

Détentrice d'une maîtrise en anthropologie (UdeM) et d'un doctorat en éducation par les arts (UConcordia) qui croisent sécurisation culturelle et bande dessinée, *Emanuelle Dufour* est facilitatrice graphique, consultante
et chercheure postdoctorale. Elle est l'autrice de la BD *« C'est le Québec qui est né dans mon pays ! »* (Écosociété, 2021).

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« Le discours de protection des enfants face à...

11 mars, par Gabrielle Richard — , ,
« Le discours de protection des enfants face à la menace queer est politiquement bénéfique, tant sur le plan financier que sur celui de la mobilisation de la droite (…)

« Le discours de protection des enfants face à la menace queer est politiquement bénéfique, tant sur le plan financier que sur celui de la mobilisation de la droite conservatrice. »

Gabrielle Richard

Parution le 4 mars 2025, au Québec

Propagande idéologique, dérives de la théorie du genre, aliénation wokiste ! On entend ces cris d'orfraie dès lors qu'on évoque le genre et la sexualité des jeunes queers. Un phénomène de mode les inciterait à changer de genre et à déserter en masse l'hétérosexualité. Leur parole, leurs désirs et leur capacité à s'autodéfinir ne seraient pas crédibles, ce qui obligerait les adultes à les protéger d'influences nocives de la société, mais surtout d'elleux-mêmes.

Cette rhétorique réactionnaire est conforme au retour dans l'espace public d'une extrême droite carburant à la panique morale et aux LGBTQphobies. Rhétorique qui met aussi en évidence un enjeu souvent ignoré : l'adultisme, ce rapport de domination des adultes sur les plus jeunes, souvent victimes de violence et privé·es de droits fondamentaux. À l'opposé d'une éducation positive ou bienveillante, ce concept rend visible une forme d'oppression omniprésente et jamais remise en question. Car si notre souhait est de protéger les enfants, ne faut-il pas d'abord repenser le contrôle abusif exercé par les adultes ? Une autorité juste est-elle même possible ?

Gabrielle Richard invite à investir ces questions inconfortables en croisant son expérience à des analyses sociologiques et à des témoignages de jeunes queers.

GABRIELLE RICHARD est sociologue et directrice de la recherche
au GRIS-Montréal. Elle a notamment fait paraître Hétéro, l'école ? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité (Remue-ménage, 2019).

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Toute une histoire : Introduction au livre : Si une femmes veut avorter, ne la laisse pas seule !

11 mars, par Catherine Soulat , Martine Lalande — , ,
L'interruption volontaire de grossesse a une histoire1, commencée il y a bien plus que cinquante ans, et qui continuera. Les femmes avortent depuis toujours et avorteront (…)

L'interruption volontaire de grossesse a une histoire1, commencée il y a bien plus que cinquante ans, et qui continuera. Les femmes avortent depuis toujours et avorteront toujours. Lorsque c'était interdit, et dans les pays où l'avortement reste illégal comme à Madagascar ou au Salvador, ainsi que dans les pays où il le redevient, comme dans certains États d'Amérique ou en Pologne, les femmes avortaient et avortent quand même. Il y a alors des mortes, des infections et des séquelles. Les médecins en voient les conséquences, le plus souvent trop tard.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse

La lutte pour la légalisation de l'avortement a été menée par des femmes, des hommes et des soignant·es. De très forts mouvements se sont mis en place, féministes en tête. Rarement une mobilisation a été aussi importante et exemplaire. L'idée géniale, et nécessaire, de pratiquer les avortements dans de bonnes conditions, alors que ce n'était pas légal, a donné une force incroyable à ce mouvement. Le MLAC, Mouvement de lutte pour l'avortement et la contraception, a réussi à coupler les deux, mobilisation d'ampleur et pratique affichée, menant à des procès spectaculaires. Gisèle Halimi2 et Simone Veil3 ont aidé, mais elles n'auraient rien pu faire sans ce mouvement.

Aujourd'hui, l'avortement est encore raconté dans les livres, les films et les séries, comme un drame. Pour les féministes c'est une libération, et pour la plupart des femmes un véritable soulagement. Aujourd'hui de jeunes féministes disent haut et fort « J'ai avorté, je vais bien merci4 » sur un site du même nom. De jeunes médecins – généralistes et femmes pour la plupart – apprennent avec enthousiasme les techniques et l'accompagnement de l'interruption volontaire de grossesse qui rend tellement service aux femmes. Dans le même temps, l'avortement est reconnu comme un acte médical courant en France. En cinquante ans de légalisation, c'est un droit – les femmes qui le réclament comme elles le veulent quand elles le veulent ne s'y trompent pas – la société le leur doit.

C'est un domaine très particulier. C'est un droit qui est vécu comme tel, mais suffira-t-il que la liberté d'avorter soit inscrite dans la constitution pour qu'il le demeure ? Les moyens se raréfient, et les techniques ne se préoccupent pas partout du confort des femmes. Ce droit est difficile à obtenir quand il n'existe pas de structures pour le prendre en charge sauf à parcourir des dizaines de kilomètres quand on ne vit pas en zone urbaine. Ou quand des attaques sont toujours possibles par les anti-avortement, en commandos dans les centres IVG ou en manifestation dans les grandes villes.

Aucune mesure de santé publique n'a été aussi spectaculaire que la légalisation de l'avortement : de dizaines de mortes (ou plutôt centaines d'après le Mouvement français du planning familial) chaque année, on est arrivé à une mortalité nulle en cinquante années de pratique légale.

De drame total dans la vie d'une femme – comme il est raconté dans la littérature ou le cinéma –, l'avortement devenu interruption volontaire de grossesse participe à la libération des femmes telle qu'elles l'ont revendiquée avec force dans le sillage de Mai 68.

C'est un moment historique dans l'histoire des femmes, et de l'humanité. Le contrôle de leur corps par les femmes hors de la reproduction représente pour elles la maîtrise de leur destin. Jusque-là, leur destin était associé à la maternité. Elles subissaient les grossesses, assignées à ce domaine par la domination masculine5. Geneviève Fraisse6 parle de la généralisation de la contraception et de l'avortement comme d'une « révolution copernicienne7 ». La légalisation de l'avortement a changé les rapports entre les hommes et les femmes.

Une fois la loi votée fin 1974, il fallait instituer la pratique des avortements. Certaines équipes étaient prêtes et ont ouvert des centres d'IVG et de contraception au cours de l'année 1975. C'est le cas du Centre IVG de Colombes. Il fallait aussi passer d'une pratique associative, autogérée, où les femmes organisaient les choses et parfois faisaient elles-mêmes les IVG, et où tout était discuté, à une pratique hospitalière respectant les règles de l'institution et surveillée par une communauté médicale souvent hostile.

Car du côté des médecins, l'avortement est aussi une révolution. Ceux et celles qui l'ont pratiqué avant la loi ont osé imposer une vision de la santé au service des femmes, mettant directement en cause le pouvoir médical. Ils et elles ont accepté d'échanger avec les femmes et les couples, et de discuter avec elles et eux des choix politiques et des techniques à développer. Le savoir médical a été partagé et enrichi de ces échanges d'expériences et de pratiques. Une autre vision du rapport entre médecins et patient·es s'est développée. Cette vision perdure encore actuellement, c'est elle qui attire les jeunes médecins qui se forment avec enthousiasme à l'IVG.

Pour ces médecins et pour les femmes, l'interruption volontaire de grossesse est un acquis en France. Même si aujourd'hui son inscription dans la constitution n'en fait pas un « droit » mais seulement une « liberté ». La différence est importante : libres d'avorter, les femmes ne seront pas emprisonnées si elles y ont recours, mais comment auraient-elles la possibilité de faire leurs avortements dans de bonnes conditions si les centres IVG disparaissent et si les médicaments sont rationnés ? D'autant plus que les mouvements pro-life resurgissent dans différents pays d'Europe, et en France aussi récemment, pour faire obstacle au droit d'avorter.

Devenue un droit des femmes et une pratique institutionnalisée, l'IVG reste un domaine sensible qu'il faut continuer d'observer pour le protéger. Nous proposons ici de nous plonger dans sa pratique avec ses subtilités, par l'immersion dans l'histoire et la vie d'un centre qui pratique les IVG depuis le lendemain de la loi. Les plus anciennes sont parties, les plus jeunes en reprennent l'héritage et contribuent à son évolution. Toutes sont conscientes que c'est un lieu et une pratique à défendre.

Nous allons raconter l'histoire de l'avortement depuis les années 1970, au travers des témoignages de femmes et de médecins acteurs et actrices de la création puis du fonctionnement d'un centre d'IVG et de contraception situé à Colombes, en banlieue parisienne. Ce centre IVG est historique car c'est le premier qui a ouvert en région parisienne après le vote de la loi Veil légalisant l'avortement en 1975. Parmi les personnes interrogées certaines ont participé au GIS8 et au MLAC9, sans lesquels cette histoire n'aurait jamais eu lieu.

Ce travail est dédié particulièrement à : Patrick Nochy, médecin fondateur du Centre IVG de Colombes, décédé en mai 1989 à l'âge de 48 ans, et Jacqueline Saintin (qu'on appelait Constance), infirmière militante du MLAC puis animatrice importante du Centre IVG, décédée en février 2021 à l'âge de 88 ans. Par convention, dans tout cet ouvrage, nous utilisons l'appellation « Centre IVG » et non « Centre d'IVG », car c'est de cette façon que l'on nomme le centre de Colombes en pratique.

Les 19 entretiens ont été réalisés par Martine Lalande, sauf le sien qui a été mené par Danièle Monnier-Moricet. L'entretien de Christine Pasquet a été réalisé par Martine Lalande et Daniel Delanoë. Les quatre infirmières qui travaillent actuellement au Centre IVG de Colombes ont voulu être entendues ensemble, et sous pseudonymes.

Les prénoms et initiales de noms suivis d'un astérisque* sont des pseudonymes.

Martine Lalande, Catherine Soulat : Si une femme veut avorter, ne la laisse pas seule !
Du MLAC au centre IVG de Colombes
Editions Syllepse, paris 2024, 250 pages, 20 euros
https://www.syllepse.net/si-une-femme-veut-avorter-ne-la-laisse-pas-seule–_r_22_i_1087.html

Lire l'introduction de Geneviève Fraisse : Une nécessaire transmission
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/03/genevieve-fraisse-une-necessaire-transmission/#more-90247

Notes

1. Jean-Yves le Naouret et Catherine Valenti, Histoire de l'avortement, 19e-20e siècle, Paris, Le Seuil, 2003.

2. Gisèle Halimi était l'avocate du MLAC et a obtenu la relaxe d'une femme, de sa mère et de trois autres femmes inculpées pour avortement au procès de Bobigny en 1972.

3. Simone Veil est la ministre de la santé qui a présenté au Parlement le projet de loi sur l'avortement adopté fin 1974.

4. Elles s'appellent Les filles des 343 et ont écrit un livre J'ai avorté et je vais bien, merci, Paris, La Ville brûle, 2012.

5. L'anthropologue féministe Nicole-Claude Mathieu parle d'arraisonnement des femmes.

6. Geneviève Fraisse, « L'habeas corpus des femmes : une double révolution ? », dans Étienne-Émile Baulieu (dir.),Contraception : contrainte ou liberté, Paris, Odile Jacob, 1999.

7. Une révolution copernicienne est un renversement de la représentation du monde. Copernic a découvert que la Terre tourne autour du soleil, alors que l'on pensait l'inverse avant lui.

8. Le Groupe information santé (GIS) est un collectif né en 1971 d'une rencontre entre un groupe de médecins et Michel Foucault qui venait de créer le Groupe d'information sur les prisons.

9. Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) est une association qui a été créée en avril 1973 dans le but de légaliser l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en France avec des militants du Planning familial, du Mouvement de libération des femmes et du Groupe information santé.

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Main basse sur Israël - Netanyahou et la fin du rêve sioniste de Jean-Pierre Filiu

11 mars, par Les Éditions de la Découverte — , , ,
Israël va vivre en 2019 deux élections générales, à quelques mois d'intervalle, du jamais vu dans l'histoire du pays. Les pères fondateurs du sionisme auraient bien de la peine (…)

Israël va vivre en 2019 deux élections générales, à quelques mois d'intervalle, du jamais vu dans l'histoire du pays. Les pères fondateurs du sionisme auraient bien de la peine à se retrouver dans l'actualité israélienne, marquée par les scandales à répétition et des polémiques d'une brutalité inouïe. Le grand artisan de ce détournement est Benyamin Netanyahou, en passe de battre le record de longévité de David Ben Gourion à la tête du gouvernement de l'État hébreu.

Jean-Pierre Filiu éclaire ce processus de régression démocratique par une réflexion historique sur le sionisme. Dans ce livre qui fera date, il démontre la manière dont les thèses longtemps minoritaires de Zeev Jabotinsky (1880-1940) se sont imposées en lieu et place du travaillisme des pionniers d'Israël. Il décrit comment cette main basse sur Israël s'accompagne aujourd'hui de la fin du rêve sioniste : Netanyahou a choisi de s'appuyer sur les religieux ultraorthodoxes contre toutes les autres familles du judaïsme ; il n'hésite pas à jouer aux États-Unis les fondamentalistes chrétiens contre la communauté juive ; il va jusqu'à encourager, comme en Hongrie, des campagnes à relent antisémite.

Un autre Israël demeure néanmoins possible, mais il lui faudra se réconcilier avec lui-même et avec la diaspora avant de rouvrir l'horizon de la paix avec ses voisins arabes.

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