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Le Québec face au monde
Mesdames et Messieurs, membres du CORIM, chers invités,
Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour vous exposer ma vision et celle de Québec solidaire sur le rôle du Québec sur la scène internationale. Je souligne la présence de Roxane Milot, présidente de QS et candidate dans SMSJ. Roxane possède une solide expérience des enjeux internationaux, et contribue depuis longtemps à ces réflexions au sein de notre formation politique.
En ce qui me concerne, comme Québécoise d'origine palestinienne née au Liban, la géopolitique internationale n'a jamais été quelque chose d'abstrait.
Je crois que mon parcours me permet de comprendre, de manière très concrète, les impacts humains, économiques et politiques des grandes transformations mondiales, ici comme ailleurs.
Il n'y a pas si longtemps, les enjeux internationaux occupaient une place plus secondaire dans les débats publics au Québec. Depuis la guerre en Ukraine et encore plus depuis la guerre tarifaire de Trump, les bouleversements internationaux ont des impacts directs jusque dans le quotidien des gens.
Il est donc normal que les questions internationales deviennent un enjeu électoral. Et je dirais même : c'est souhaitable.
Pour Québec solidaire, les questions internationales ont toujours occupé une place importante.
D'ailleurs, dès 2019 nous avions critiqué la Politique internationale de la CAQ qui marquait surtout un virage économique et d'affaires. Pour nous, les délégations québécoises ne doivent pas servir uniquement à la représenta on économique ou au recrutement de la main d'œuvre à l'étranger. Le Québec a aussi besoin d'une représenta on culturelle et diplomatique forte.
Il nous faut dépasser le simple réflexe de suivre Washington ou Ottawa. Nous avons besoin d'une politique internationale qui soit à la hauteur des valeurs de paix, de solidarité et de transition écologique portées par les Québécoises et Québécois.
C'est ce dont je veux vous parler aujourd'hui.
BLOC 1 — L'ANXIÉTÉ GÉOPOLITIQUE ET SES EFFETS CONCRETS Ce que ressentent les Québécois
La guerre en Iran et les tensions dans le détroit d'Hormuz ont fait grimper le prix de l'essence.
La guerre tarifaire de Trump ajoute une pression supplémentaire sur les prix de nombreux produits du quotidien, y compris à l'épicerie.
On assiste aussi à la montée d'une droite, pour ne pas dire d'une extrême droite, qui remet en question les institutions multilatérales, les accords climatiques et les droits fondamentaux. Cette vague frappe les États-Unis, mais aussi plusieurs pays européens.
Nous avons un choix à faire : Est-ce que le Québec est condamné à subir le monde ou est-ce qu'il peut contribuer à le façonner ?
Ma réponse est claire, nous n'avons pas à nous incliner devant la fatalité.
Le Québec peut et doit faire entendre sa voix.
BLOC 2 — LA DOCTRINE GÉRIN-LAJOIE : NOTRE BOUSSOLE Une tradition de personnalité internationale propre
Le Québec n'a pas attendu qu'on lui donne la permission d'exister sur la scène internationale. Dès 1965, Paul Gérin-Lajoie posait les bases d'une doctrine fondamentale : le Québec a une compétence internationale dans les domaines relevant de sa juridiction interne. L'éducation, la culture, l'environnement — ces enjeux ne s'arrêtent pas à nos frontières.
Au fil des décennies, nous avons développé un véritable réseau de représentations internationales et une tradition diplomatique dont nous pouvons être fiers.
Nous devons nous en servir pleinement pour défendre nos intérêts, parce que personne ne pourra jamais le faire à notre place.
La doctrine Gérin-Lajoie comme fondement solidaire
Québec solidaire veut aller plus loin.
Je crois que le Québec doit se comporter comme un véritable acteur international indépendant, sans attendre après Ottawa. Nous devons développer notre propre vision des alliances, de la coopération internationale et de la résolution pacifique des conflits.
Le discours de Mark Carney à Davos, lorsqu'il évoquait la création d'un « bloc des pays de puissance moyenne » pour répondre à la guerre tarifaire lancée par Donald Trump, illustre à quel point le Canada se retrouve aujourd'hui dans une position de vulnérabilité stratégique envers les États-Unis.
Sa marge de manœuvre réelle est très limitée et cette dépendance a des conséquences directes pour le Québec. C'est ce qui arrive quand on dépend aussi fortement et depuis aussi longtemps d'un partenaire comme les États-Unis. Et cette dépendance limite le Québec qui ne siège pas à la table des grandes négociations internationales.
Nous devons réduire cette dépendance.
L'Europe, l'Amérique latine, et l'Afrique francophone offrent au Québec d'excellentes possibilités de partenariats économiques, culturelles et économiques.
Misons davantage sur ces relations.
Nous avons des affinités profondes avec plusieurs sociétés qui, comme nous, croient encore au multilatéralisme, au droit international et à la résolution pacifique des conflits.
BLOC 3 — NOS ALLIANCES, NOTRE VISION PACIFISTE Sur les investissements en défense
Il est beaucoup question aujourd'hui des investissements dans la défense.
Québec solidaire a été très clair dès l'annonce par le gouvernement du Québec de vouloir participer à la nouvelle course au réarmement encouragée par Mark Carney : nous croyons qu'un débat public beaucoup plus large doit avoir lieu et qu'aucun argent public ne doit être utilisé à cette fin.
Je comprends très bien qu'au premier regard, dans un contexte marqué par l'instabilité internationale et les tensions créées par Donald Trump envers ses alliés traditionnels, plusieurs pays ressentent le besoin de renforcer leurs capacités de défense.
Mais je vous pose une question simple.
Quand les usines de guerre tourneront à pleine capacité, quand les entrepôts seront bien garnis, quand des pans entiers de nos économies dépendront de cette nouvelle logique...qu'est-ce qui se passera si la demande n'est plus au RDV ?
Est-ce qu'on va simplement retirer nos billes et fermer les usines ?
Ou est-ce que l'offre finit toujours, d'une manière ou d'une autre, par créer sa propre demande ?
Est-ce vraiment dans cet engrenage que nous voulons collectivement mettre le bras ?
Nous devons prendre le temps de regarder lucidement ce qui peut se trouver au bout du chemin.
Je ne suis pas certaine que ce soit la paix.
Le Québec a beaucoup mieux à offrir au monde.
BLOC 4 — L'ÉCONOMIE, LE LIBRE-ÉCHANGE ET LA TRANSITION Le libre-échange : une réflexion critique
À Québec solidaire, nous croyons que les accords commerciaux doivent d'abord servir les peuples, et non limiter leur capacité à protéger leur économie, leur culture, leur environnement ou leur autonomie stratégique.
C'est pourquoi nous avons toujours porté un regard critique sur les accords de commerce international qui manquent trop souvent de transparence et qui remettent parfois en question la capacité des États à protéger leurs intérêts collectifs.
L'ACEUM comporte des forces, j'en conviens, mais aussi des limites qui nous rendent vulnérables et dépendants d'un seul partenaire dominant.
La guerre tarifaire actuelle démontre que nous avions raison de porter ce regard critique.
Cette crise nous rappelle l'importance, pour le Québec, de préserver et d'utiliser intelligemment les leviers stratégiques dont il dispose déjà, notamment son énergie propre.
D'ailleurs, dès que Donald Trump a brandi les menaces tarifaires, Québec solidaire a proposé d'utiliser l'as que le Québec a dans sa manche – notre hydroélectricité exportée vers les États-Unis - comme levier de négociation.
La transition écologique de notre économie comme priorité
L'histoire nous a appris qu'à travers les crises émergent aussi des occasions de transformation.
En 2026, la transition énergétique n'est plus uniquement une nécessité climatique, c'est aussi un impératif stratégique pour notre sécurité énergétique et notre autonomie économique.
On le voit dans notre dépendance au pétrole. Tant que notre économie restera prisonnière des marchés pétroliers mondiaux, nous subirons les chocs géopolitiques et les flambées des prix. Quand bien même qu'Ottawa et Québec abolissaient toutes les taxes sur l'essence, les pétrolières ne se gêneront pas de profiter de la situation et conserveraient un immense pouvoir sur les prix. On ne sera pas plus avancés.
La transition énergétique n'est pas un luxe de temps de paix. C'est une nécessité stratégique et une question de résilience collective.
D'ailleurs, en matière de transition, la compétition mondiale pour l'économie de demain est déjà commencée.
Alors que les États-Unis de Donald Trump reculent, alors que Mark Carney appuie sur le frein et démantèle les avancées climatiques, le Québec doit à l'inverse appuyer sur le gaz de la transition économique.
Les sociétés qui vont tirer leur épingle du jeu dans les prochaines décennies seront celles qui feront preuve de leadership, d'innovation et de vision. Pas celles qui suivront le mouvement des reculs climatiques et énergétiques.
Un gouvernement solidaire choisira de saisir pleinement cette occasion historique qu'est la transition écologique de notre économie.
CONCLUSION — ASSUMER NOTRE DIFFÉRENCE
Vous l'avez vu, Québec solidaire propose quelque chose de différent : un Québec acteur de son destin sur la scène internationale, guidé par des valeurs de paix, de solidarité, de justice climatique et de respect du droit international.
Un Québec qui connaît ses alliances, qui choisit ses partenaires, qui parle avec sa propre voix et qui aspire un jour à occuper pleinement sa place parmi les nations.
Face aux grands bouleversements géopolitiques qui redessinent le monde, face aux incertitudes et aux anxiétés qu'ils provoquent, nous devons défendre nos intérêts avec confiance, lucidité et avec notre spécificité québécoise.
Parce que le Québec a beaucoup à offrir au monde.
Et je crois sincèrement que le monde a aussi besoin de ce que le Québec peut apporter.
Merci.
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Violences faites aux femmes au Sénégal : entre avancées sociales et pratiques traditionnelles

Choc des impérialismes, systèmes militaro-industriels et État radicalisé [Podcast]
Dans ce nouvel épisode du podcast "Minuit dans le siècle" (disponible sur le site Spectre et sur toutes les plateformes d'écoute), on revient sur les processus de fascisation à l'oeuvre mais à travers le prisme du militaire et de l'impérialisme. Pour cela, Ugo Palheta reçoit l'économiste Claude Serfati, grand spécialiste de ces questions si cruciales et pourtant si peu étudiées, aussi bien par les économistes dominants que par l'économie critique.« »
Auteur de plusieurs livres importants, en particulier L'État radicalisé (La Fabrique, 2022), Claude Serfati rappelle dans cet entretien qu'on ne peut comprendre le durcissement autoritaire et la radicalisation des classes dominantes, en France mais aussi aux États-Unis ou en Russie, sans aborder non seulement la question de la situation du capitalisme, les rivalités entre puissances impérialistes, mais aussi la place de ce qu'il nomme les « systèmes militaro-industriels ».
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Haroun Bouazzi présente un projet de loi afin de baliser l’utilisation de la clause dérogatoire
Le responsable solidaire en matière de justice, Haroun Bouazzi, a déposé un projet de loi qui vise à baliser l'utilisation de la clause dérogatoire afin de renforcer l'État de droit et l'intégrité et la protection des droits et libertés de la personne.
Dans un point de presse tenu le 7 mai dernier il affirmait que « malheureusement, il y a une brèche dans la Charte québécoise des droits et libertés, et cette brèche, c'est la clause dérogatoire. Et on assiste depuis maintenant un peu moins d'une dizaine d'années, à une banalisation de l'utilisation de la clause des droits de la clause de dérogation, qui permet de déroger à tous les droits fondamentaux que j'ai cités avant. Elle a été utilisée au Québec pour la loi 21, 96, 84, 94, ainsi que, plus récemment, pour le projet de loi n° 9. Le Québec... les autres provinces ne font pas exception. L'Alberta, la Saskatchewan l'ont utilisée récemment contre les droits des personnes trans, l'Ontario, l'Alberta contre les droits des travailleuses et travailleurs.
Il faut comprendre qu'historiquement le Québec a été précurseur sur les questions des droits de la personne. Nous avons montré la voie à plusieurs égards. Aujourd'hui, quand on voit l'affaissement de la démocratie, quand on voit le risque qui entoure les droits fondamentaux et l'État de droit, l'effritement de l'État de droit ici, au Québec, ailleurs au Canada, mais bien sûr encore pire ailleurs dans le monde, nous avons une occasion historique de montrer la voie et d'adopter le plus vite possible un encadrement sérieux de la clause pour garantir un véritable État de droit et améliorer notre situation en matière de démocratie. » [1]
Dans un clip vidéo il décrit avec conviction la nécessité de baliser sérieusement cette loi qui qui a le pouvoir de limiter des droits fondamentaux. Il s'explique ainsi :
https://youtube.com/shorts/rudHTtoyTWE?si=U9X0N9UCqR-tjCfI
« Les plus beaux moments de l'histoire d'une démocratie, c'est quand une assemblée décide que son pouvoir est disproportionné et qu'il faut le limiter pour pouvoir garantir une véritable démocratie. Vrai ou faux, la clause dérogatoire présente dans les chartes permet de déroger aux droits fondamentaux des Québécoises et Québécois ?
Vrai. Un gouvernement qui utilise la clause dérogatoire pourrait potentiellement limiter le droit à l'avortement, interdire les signes religieux, interdire le droit syndical, légaliser la torture. Toutes ces réponses ont fait que l'utilisation de la clause dérogatoire permet de déroger à tous les droits fondamentaux.
Aucun droit fondamental, y compris le droit à la vie, le droit à l'intégrité physique, n'est à l'abri. Vrai ou faux, il est interdit de limiter les droits fondamentaux des citoyens sans utiliser la clause dérogatoire ?
Faux. Tant et aussi longtemps que le gouvernement règle un problème réel et urgent, et que les limitations sont proportionnelles au problème qu'on règle, il est tout à fait possible de limiter les droits fondamentaux.
On le fait à chaque décision de justice qui envoie quelqu'un en prison, par exemple, et évidemment, il n'y a pas l'utilisation de la clause. Pour la loi 101, par exemple, la Cour a décidé qu'obliger les parents de mettre leurs enfants dans des écoles francophones était une limite acceptable pour régler un problème réel et urgent, à savoir protéger la langue française au Québec du déclin. Vous l'aurez compris, l'utilisation de la clause dérogatoire, ce n'est pas banal dans une démocratie.
C'est pour ça que les rapporteurs de l'ONU, il y a seulement quelques semaines, ont rappelé que l'utilisation de la clause devait rester exceptionnelle et limitée dans le temps. La banalisation et l'utilisation à répétition de la clause dérogatoire par la CAQ fragilise notre état de droit, ouvre la porte à l'arbitraire, soumet les droits des minorités à la bonne volonté de la majorité qui gouverne. Bref, ce n'est pas pour rien que le Barreau du Québec, la Ligue des droits et libertés, la Fédération des femmes du Québec sont sorties pour demander l'encadrement de l'utilisation de la clause.
Les plus beaux moments de l'histoire d'une démocratie, c'est quand une assemblée décide que son pouvoir est disproportionné et qu'il faut le limiter pour pouvoir garantir une véritable démocratie. C'est ce que l'Assemblée nationale a fait en 1975 en adoptant la Charte des droits et libertés, 7 ans avant celle de Trudeau au fédéral, et c'est ce qu'il faut faire aujourd'hui avec la dérogation. C'est en ce sens que je dépose aujourd'hui un projet de loi qui nous permet de renouer avec nos principes démocratiques dans un moment de recul généralisé de l'état de droit un peu partout dans le monde.
Nous devons nous protéger, protéger les prochaines générations et encadrer l'utilisation de la clause dérogatoire. »
Des propositions inspirantes
Il propose de limiter l'usage de la disposition de dérogation à des situations où il y a un « péril sérieux qui menace la population » ou pour protéger la langue française et les langues autochtones. Le député de Maurice-Richard veut également « favoriser un dialogue démocratique » avec la société civile. Il propose que, pour invoquer la dérogation, on exige un vote aux deux tiers de la Chambre et l'appui de deux groupes parlementaires. [2] Cela correspond également aux demandes du Barreau du Québec, de la Ligue des droits et libertés et de la fédération des femmes du Québec. [3]
Christine Fréchette s'y oppose
La première ministre Christine Fréchette s'est dite inquiète d'entendre des groupes formuler de telles critiques. « Quand j'entends des partis politiques ou des groupes de la société civile dénoncer l'utilisation de ces clauses, ça m'inquiète, parce que c'est l'outil démocratique le plus important pour notre nation. » [4]
Annexe
PROJET DE LOI NO. 596, LOI RENFORÇANT L'INTÉGRITÉ ET LA PROTECTION DES DROITS ET LIBERTÉS DE LA PERSONNE
Pour lire le projet de loi 596, intitulé Loi renforçant l'intégrité et la protection des droits et libertés de la personne, présenté par Haroun Bouazzi, cliquez sur l'icône :

Les séparatistes albertains pensent que leur argumentaire en faveur du référendum porte sur la démocratie. Tel n’est pas le cas
Depuis que la Cour de l'Alberta, a invalidé la tenue d'un référendum sur la souveraineté avant qu'il y ait une consultation avec les nations autochtones de la province, la première ministre de l'Alberta Daniel Smith a cherché à contourner cette décision en élaborant la question suivante : « L'Alberta doit-elle rester une province du Canada ou le gouvernement de l'Alberta doit-il entamer le processus juridique requis par la Constitution canadienne pour organiser un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l'Alberta doit ou non se séparer du Canada ? ». C'est une question déroutante : car si elle aboutissait au rejet au soutien à l'unité canadienne, elle demanderait au gouvernement de l'Alberta d'entamer le processus juridique nécessaire pour organiser un référendum contraignant sur la question faisant rebondir la crise de l ‘État canadien. mais également l'unité de son propre parti. (PTAG)
21 mai 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Les séparatistes albertains n'ont pas le pouvoir de rouvrir ou de passer outre unilatéralement les relations issues des traités qui sont antérieures à la province elle-même, écrit Eric Strikwerda. Photo gracieusement fournie par Alberta Prosperity Project/X.
https://canadiandimension.com/articles/view/alberta-separatists-think-their-referendum-pitch-is-about-democracy-its-not
Les appels à l'indépendance de l'Alberta reposent sur une méconnaissance profonde des obligations découlant des traités et du droit à l'autodétermination des Autochtones
Un groupe restreint mais bruyant se faisant appeler « Stay Free Alberta » mène depuis peu campagne pour donner aux Albertains le droit de se prononcer par référendum sur la question de savoir si la province doit se séparer du reste du Canada. Leur pétition visant à inscrire cette question sur le bulletin de vote lors des élections provinciales de cet automne aurait, selon eux, recueilli le nombre de signatures requis pour se conformer à la réglementation provinciale en matière de référendum, bien que des questions subsistent quant à la légitimité de la pétition et de ses signatures.
Des sondages récents suggèrent toutefois qu'une large majorité constante des Albertains interrogés rejette d'emblée la séparation. Et la semaine dernière, la juge Shaina Leonard de la Cour du Banc du Roi de l'Alberta a porté un coup potentiellement fatal aux séparatistes en rendant une décision annulant l'autorisation accordée précédemment par Élections Alberta de soumettre la pétition au vote des électeurs en octobre.
Déçus, les séparatistes, ainsi que certains députés provinciaux du Parti conservateur uni, ont tenté de présenter la décision de la juge Leonard comme une atteinte au droit du peuple à faire entendre sa voix. « Nous pensons que la décision rendue aujourd'hui par la cour privera plus de 300 000 Albertains de la possibilité de voir leur pétition vérifiée par Elections Alberta », a fait valoir la première ministre mercredi dernier. « Nous pensons », a-t-elle poursuivi, « que cette décision est juridiquement erronée et antidémocratique ».
D'autres, comme Jason Stephan, député de Red Deer South, ont estimé que la décision du juge était profondément injuste. « Toutes ces braves personnes ont consacré tant d'efforts et de temps », a-t-il fait remarquer vendredi, « et puis, en gros, on leur a coupé l'herbe sous le pied. » Pour sa part, le solliciteur général de l'Alberta, Mickey Amery, a fait valoir que la question elle-même est si importante que les Albertains doivent avoir le droit de « donner leur avis » sur le sujet.
Il s'agit là, et il faut le dénoncer comme tel, d'une manœuvre politique. La question qui se pose n'est pas de savoir si la décision du juge Leonard pourrait être perçue comme « antidémocratique ». Il ne s'agit pas non plus du temps et des efforts que tant de « braves gens » ont consacrés à la collecte de signatures pour la pétition. Et il ne s'agit certainement pas de l'« importance » que cette question pourrait revêtir pour le nombre d'Albertains qui s'y intéressent.
La question qui se pose concerne plutôt la relation juridique vieille d'un siècle et demi entre les peuples autochtones de ce qui s'appelle aujourd'hui l'Alberta et la Couronne. Cette relation est antérieure à l'Alberta elle-même.
En 1870, le gouvernement canadien a acquis de la Couronne britannique l'ensemble de ce qui s'appelait alors la Terre de Rupert et les Territoires du Nord-Ouest, qui comprenaient les provinces actuelles de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, ainsi que certaines parties du nord de l'Ontario, du Québec, de Terre-Neuve-et-Labrador. Il s'agissait d'un transfert de terres colossal. Mais ce n'était pas une simple transaction immobilière, en grande partie parce que toute la région était déjà occupée par des dizaines de milliers d'Autochtones, dont au moins dix mille Métis.
Au moment du transfert, le gouvernement conservateur de John A. Macdonald à Ottawa était déterminé à transformer la région, passant d'une économie fondée sur le commerce des fourrures à un empire agricole. Lui et d'autres envisageaient des millions d'acres de terres ouvertes à la colonisation, des dizaines de milliers d'immigrants se consacrant à la production de blé, l'essor de villes rurales et de centres industriels au service de l'économie céréalière, l'imposition de l'ordre public, ainsi qu'un chemin de fer pour transporter les marchandises et les personnes vers et depuis la région.
C'était assurément un programme ambitieux. La question des titres de propriété autochtones sur le territoire venait encore compliquer les choses. Pour établir un empire agricole, il fallait faire cesser ce titre de propriété — et Macdonald et ses confrères étaient impatients de l'annuler par des moyens non violents. Ils connaissaient parfaitement les ravages, la violence et les troubles coûteux associés aux soi-disant « guerres indiennes » aux États-Unis dans les années 1850 et 1860, qui avaient causé la mort de dizaines de milliers de personnes, autochtones comme non autochtones. Macdonald ne souhaitait pas que cela se reproduise au Canada. C'est ainsi qu'à partir de 1871, Ottawa envoya des négociateurs vers l'ouest pour rencontrer les divers groupes autochtones qui habitaient la région depuis plus de dix mille ans. Au cours des quatre décennies suivantes, les peuples autochtones et les représentants de la Couronne ont signé 11 traités numérotés qui ont établi une relation juridique durable entre les signataires, destinée à durer « tant que le soleil brillera, tant que l'herbe poussera et tant que les rivières couleront ». Ces traités sont des accords protégés par la Constitution qui continuent aujourd'hui de structurer l'autorité politique, l'utilisation des terres et la gouvernance dans l'ensemble des Prairies. Ce ne sont pas de simples artefacts historiques symboliques.
L'idée que l'Alberta devrait se séparer du reste du Canada n'est pas bonne. Et elle n'est pas nouvelle non plus. Elle refait surface de temps à autre, en particulier en période d'instabilité géopolitique, économique ou sociale. Nous l'avons vue apparaître pendant la Grande Dépression des années 1930, lorsque les partisans mécontents du Crédit social étaient furieux que les tribunaux aient invalidé une loi clairement inconstitutionnelle adoptée par le gouvernement du premier ministre William « Bible Bill » Aberhart. Nous l'avons vue réapparaître à la fin des années 1970 et au début des années 1980, en pleine stagflation et au plus fort de l'animosité de l'Alberta envers le gouvernement libéral fédéral de Pierre Trudeau, qui avait cherché à accroître la participation fédérale dans l'industrie pétrolière par le biais du Programme énergétique national, qui a échoué.
S'il y a bien une chose qui distingue cette période des précédentes, c'est que, lors de celles-ci, les Albertains avaient élu des gouvernements farouchement fédéralistes, qui ne faisaient aucun compromis avec les séparatistes.
Ce n'est pas le cas cette fois-ci. Au sein de l'UCP au pouvoir, sous la direction de Danielle Smith, les séparatistes albertains ont trouvé une première ministre et un gouvernement désireux d'attiser le sentiment séparatiste (voir le panel « Alberta Next » de l'année dernière et les manœuvres associées) en facilitant les efforts des partisans de l'indépendance de l'Alberta pour faire figurer la question de la séparation sur un bulletin de référendum cet automne.
Le problème, comme le précise clairement la décision du juge Leonard, est qu'ils n'ont aucune légitimité juridique en la matière. L'Alberta existe parce que les nations autochtones ont conclu des accords contraignants avec la Couronne — et non avec un futur mouvement séparatiste animé en grande partie par des griefs réactionnaires. Quelles que soient les frustrations politiques que les séparatistes prétendent représenter, ils ne peuvent effacer la réalité constitutionnelle et morale selon laquelle ces terres sont régies par des traités qui restent en vigueur aujourd'hui.
Eric Strikwerda enseigne l'histoire du Canada à l'Université d'Athabasca. Il est l'auteur de The Wages of Relief : Cities and the Unemployed in Prairie Canada, 1929-1939 (AU Press, 2013). Il travaille actuellement sur une histoire de l'Ouest canadien depuis l'acquisition de la région par le Canada en 1870.
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Mark Carney met à nu les griffes du capitalisme, habituellement dissimulées
J'aborde cette question en tant qu'étudiant en droit et en réglementation de la santé et de la sécurité au travail. Une comparaison s'impose alors que le gouvernement Carney poursuit avec enthousiasme son programme « construisons, construisons sans relâche ». Certaines hypothèses sont communes à l'agenda capitaliste dans son ensemble. Ces hypothèses facilitent la légitimation de l'exploitation des personnes et de leur environnement. Elles font passer cette rapacité pour quelque chose de normal, d'incontestable.
Tiré de Canadian dimension
C'est ce qui s'est produit au fil du temps dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail. C'est là que la comparaison avec la course effrénée du gouvernement Carney pour servir les intérêts du capital en ramenant le temps en arrière vers notre passé extractiviste — voire en le ressuscitant et en le dopant aux stéroïdes — devient révélatrice. L'urgence du gouvernement Carney a fait sortir de l'ombre les présupposés qui naturalisent le capitalisme.
Le massacre normalisé des travailleurs et des travailleuses
Le 28 avril est le jour que les personnes concernées réservent chaque année pour participer à ce qui est désormais un événement international : la Journée nationale de deuil. C'est un jour pour se souvenir de celleux qui ont été tué-es, gravement blessé-es ou rendu-es malades au travail. La tristesse s'accompagne de l'espoir que le massacre sur les lieux de travail prendra fin.
Et c'est bien un massacre. À l'échelle mondiale, l'OMS et l'OIT rapportent que, chaque année, 2,2 millions de travailleurs et de travailleurs meurent parce qu'elles et ils sont allé-es travailler. Pour le dire de façon plus dramatique, 6 000 travailleurs et travailleuses meurent chaque jour. Au Canada, environ 280 000 demandes d'indemnisation des accidents du travail sont enregistrées chaque année. Il pourrait y avoir bien plus de travailleurs et travailleuses ayant des demandes d'indemnisation valables : une étude réalisée en 2020 par le Centre de santé et de sécurité des travailleurs a révélé que jusqu'à 64 % des blessures ne sont pas déclarées à la commission d'indemnisation des accidents du travail. De nombreux éléments indiquent que certains employeurs s'emploient systématiquement à dissimuler ces demandes. De plus, certain-es travailleurs et travailleuses blessé-es ou malades ne sont pas admissibles à une indemnisation, car des arguments fallacieux permettent de les faire classer comme n'étant pas des employé-es. C'est généralement le cas des travailleurs et travailleuses des plateformes en ligne et dans le secteur du transport routier. Un autre facteur qui masque l'ampleur du problème est le fait que les régimes d'indemnisation des accidents du travail refusent souvent de reconnaître que le milieu de travail est une source de maladies qui ruinent la vie, générant des troubles psychiques et de santé mentale ainsi que des cancers. Le Dr Paul Demers, dans une étude réalisée pour la Société canadienne du cancer, a constaté qu'il y a chaque année environ 10 000 cas de cancer au Canada attribuables à l'exposition à des substances cancérigènes présentes sur les lieux de travail. Les régimes d'indemnisation des accidents du travail n'ont accordé une indemnisation que dans 10 % des cas fondés sur des demandes liées à la maladie. Une étude ultérieure a conduit la Société canadienne du cancer à estimer qu'entre 1 610 et 5 152 Ontarien-nes sont décédé-es en 2023 d'un cancer lié au travail. Une étude de l'Université d'Ottawa estime le nombre annuel de décès de travailleurs et travailleuses au Canada se situe entre 9 800 et 13 200, plutôt que les 1 000 décès attribuables au travail enregistrés par les données des commissions d'indemnisation des accidents du travail.
C'est un véritable carnage, et nous savons qu'il ne cessera pas tant que les principes qui sous-tendent la réglementation en matière de santé et de sécurité au travail n'auront pas été abandonnés.
Le point de départ des régulateurs est que les propriétaires des moyens de production peuvent faire ce qu'ils veulent de leur propriété privée. En tant que société, nous nous engageons à créer un bien-être général en nous appuyant sur la production de biens et de services par le secteur privé dans un environnement concurrentiel. Comme ces propriétaires privés peuvent choisir de ne pas investir leur capital du tout, ou de l'investir ailleurs, les gouvernements se donnent beaucoup de mal pour les convaincre. « Nous sommes ouverts aux affaires », disent-ils à un riche après l'autre, de manière plus ou moins subtile.
Nos gouvernements sont reconnaissants lorsque les détenteurs de capitaux les investissent. Ils les considèrent et les traitent comme des bienfaiteurs, comme des personnes bienveillantes et vertueuses. Nous leur accordons la présomption d'innocence. Nous partons du principe qu'ils n'ont pas de mauvaises intentions et qu'ils doivent être libres de choisir l'équipement et les matières qu'ils souhaitent utiliser ainsi que les procédés qu'ils souhaitent mettre en œuvre. Ce sont là les décisions qu'ils doivent prendre pour déterminer si leur investissement sera rentable. Ils sont les mieux placés pour prendre ces décisions et, comme ce sont des personnes vertueuses et bienveillantes, nous devons leur faire confiance. Si certaines pratiques entraînent des préjudices répétés, elles peuvent donner lieu à des restrictions. Des normes seront établies et leur violation pourrait entraîner des sanctions. Après tout, en tant que bienfaiteurs vertueux, ils n'ont pas besoin d'être punis comme s'ils étaient des acteurs malveillants. Un avertissement, une sanction mesurée et courtoise qui les incite à s'améliorer, fera l'affaire.
Ces mêmes principes justifient que, lors de l'établissement des normes, les organismes de réglementation consultent les propriétaires des moyens de production. Les organismes de réglementation partent du principe que les normes fixées doivent être « raisonnablement applicables » du point de vue des investisseurs. Cela signifie que les coûts calculables de la réglementation pour les employeurs doivent être mis en balance avec la probabilité et la gravité du préjudice subi par les travailleurs si un risque lié aux activités de production venait à se concrétiser. À première vue, il s'agit d'une mise en balance de préjudices très distincts : l'argent contre la santé. De plus, les coûts des mesures de précaution peuvent être calculés avec certitude. Ce n'est pas le cas de la fréquence et de la nature des blessures physiques et psychiques. C'est une formule difficile à mettre en œuvre. Les régulateurs sollicitent l'aide des employeurs bienveillants. Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ? Adam Smith nous l'a dit. Dans un ouvrage publié en 1776, il observait que toute proposition émanant de la classe aisée provenait d'« un ordre d'hommes… qui ont généralement intérêt à tromper et même à opprimer le public, et… l'ont, à de nombreuses occasions, à la fois trompé et opprimé ».
En résumé, les administrateurs de l'indemnisation des accidents du travail ont une réticence tacite, mais palpable, à déterminer le nombre de préjudices subis par les travailleurs et les travailleuses, de peur que cela ne remette en question les hypothèses qui sous-tendent les régimes de prévention et de protection. Les organismes de réglementation ont tout intérêt à considérer les risques concrétisés — c'est-à-dire les blessures, les décès et l'apparition de maladies — comme des accidents ne méritant pas de sanctions sévères. Les employeurs ont tout loisir d'exagérer les coûts d'une réglementation et de minimiser la probabilité que les travailleurs subissent un préjudice en l'absence d'une telle réglementation.
Comme on le voit, des conséquences horribles sont le résultat inévitable d'hypothèses qui ont été normalisées et qui, par conséquent, ne sont pas remises en question. Ces hypothèses sont si ancrées que nous ne considérons plus ces conséquences — que j'appelle un massacre des travailleurs et des travailleuses — autrement que comme un sacrifice nécessaire que l'on peut légitimement demander aux travailleurs et travailleuses d'accomplir en tant que contribution au bien social. Comme l'a écrit Richard Posner, universitaire et juge respecté : « Seul le fanatique refuse de troquer des vies contre des biens. » Il n'y a pas grand-chose à redire sur la réglementation en matière de santé et de sécurité au travail ; on ne considère pas que les capitalistes ont du sang sur les mains. Au contraire : ils produisent de la richesse et nous devrions leur en être reconnaissants. Ces hypothèses largement invisibles les ont, au fil du temps, blanchis.
Une invitation ouverte au capital
Cela m'amène aux présupposés du gouvernement Carney dans sa construction d'un « Canada fort ». Il affirme s'engager à s'appuyer sur le capital privé pour refaire ce pays. La difficulté réside dans le fait que les capitalistes canadiens ne sont pas enclins à investir au Canada. Selon certaines informations, les « Maple Eight », les huit plus grands fonds de pension canadiens — qui tirent leurs ressources principalement des cotisations des travailleurs et des travailleuses—, ont investi plus de 50 % de leurs actifs aux États-Unis et dans d'autres pays. Plus généralement, le Canada a investi un peu plus de 1 000 milliards de dollars de plus aux États-Unis que ce que les États-Unis ont investi au Canada. Le besoin pressant de capitaux a transformé Carney, malgré son image sobre et rassurante, en notre mendiant en chef.
Le premier ministre Carney a été présenté au public comme le leader idéal en période de crise. L'administration Trump menaçait le Canada sur le plan économique et, par conséquent, sa souveraineté politique. Qui mieux qu'un banquier pouvait résister à cette pression ? Carney a mené une carrière brillante en tant que banquier d'affaires, gouverneur de deux banques centrales et administrateur de grandes sociétés. Il sait de quoi il retourne et qui est qui. De plus, il prétend avoir des opinions progressistes. D'ailleurs, il a écrit un livre qui témoigne d'une compréhension fine du rôle délégitimant joué par les inégalités. Il évoque la nécessité de veiller à ce que celleux qui ne possèdent pas de richesse disposent d'un véritable contre-pouvoir pour contrebalancer le pouvoir économique et politique des capitaines d'industrie et de leurs banquiers. Il se montre préoccupé par la dégradation de notre environnement et insiste sur la nécessité d'une taxe sur le carbone et d'une solution fondée sur le marché, à savoir l'échange de quotas d'émissions. Puis il a remporté les élections.
La première chose que Carney a faite a été de parcourir le monde pour supplier les gens qu'il connaît si bien d'investir au Canada, afin que le pays puisse se développer tout en dépendant moins des investissements et du commerce américains. C'est l'hypothèse selon laquelle le bien-être général dépend des acteurs privés qui a motivé ces expéditions de sollicitation — et elles ont été nombreuses. Il s'est armé de tout un arsenal pour rendre ses plaidoyers plus convaincants. Il avait supprimé la taxe sur le carbone et annulé une légère hausse de l'impôt sur les gains en capital. Puis il s'est débarrassé d'une petite promesse gênante d'imposer une taxe sur les services numériques qui aurait touché de grandes sociétés américaines comme Amazon, Meta, Google, Apple, Uber et Airbnb. Et, comme pour s'assurer que les propriétaires avides de richesse voient à quel point le Canada est accueillant pour les capitaux, il a promis des coupes importantes dans la prestation des services publics, ce qui impliquerait de licencier beaucoup de gens. « Nous sommes ouverts aux affaires », disait Carney à ses contacts, sans grande subtilité.
Il a donné suite en mettant en œuvre le projet de loi C-5, une mesure législative visant à rationaliser (comprendre : supprimer) les pratiques réglementaires susceptibles de décourager les investisseurs. En cela, il s'alignait sur la Colombie-Britannique, l'Alberta, l'Ontario et le Québec, qui semblent tous supposer, tout comme Carney, que les coûts de la réglementation pour les investisseurs l'emportent sur les coûts des préjudices causés par la déréglementation aux peuples autochtones, aux travailleurs et travailleuses et à leur environnement physique et culturel. Partant de ce principe, des projets d'importance nationale seront désignés et les investisseurs privés se sentiront rassurés à l'idée de ne plus être confrontés à ce qui constituait auparavant un véritable maquis de réglementations fastidieuses destinées à protéger les peuples autochtones, les travailleurs et travailleuses et l'environnement. Dans un document de travail publié par le gouvernement le 8 mai, on a promis que les projets soumis à l'Agence d'évaluation des impacts environnementaux du gouvernement devraient être approuvés dans un délai d'un an. Compte tenu de toutes les questions épineuses qui doivent être résolues, c'est une vitesse fulgurante.
Pour nous donner un avant-goût des projets nationaux privilégiés, on nous a assuré que des pipelines et des mines seraient construits. Nous supposons — espérons — que nous en faisons assez pour inciter les capitalistes à y investir. Pourquoi, nous nous vantons-nous, avons-nous le taux d'imposition des sociétés le plus bas du G7 ? Ce que l'on ne dit pas, bien sûr, c'est que nous percevons moins de recettes, ce qui nous oblige – ou plutôt permet à Carney – de réduire les services sociaux et les régimes de prestations : pas de prolongation ni de renouvellement de l'assurance-médicaments, pas de financement supplémentaire pour les garderies, pas de renouvellement des fonds pour les provinces ayant des besoins annuels particuliers en matière de soins de santé, et le licenciement de travailleuses et travailleurs du secteur public. Pour étayer cette affirmation selon laquelle nous sommes vraiment, vraiment ouverts aux affaires, que nous nous plions en quatre pour satisfaire le projet d'accumulation de capitalistes intransigeants, il a été annoncé qu'en plus de l'adoption du projet de loi C-5, on pourrait même créer des « zones économiques spéciales » — calquées sur les maquiladoras et les zones franches, qui sont loin d'être vertueuses et qui bafouent les protections environnementales et celles des travailleurs — où les ministres pourraient supprimer toute restriction restante susceptible de contrarier les investisseurs. Les ministres doivent s'assurer que toute condition imposée à un investisseur corporatif est « techniquement et économiquement » faisable. Et comment cela sera-t-il calculé ? Vraisemblablement en demandant à l'entreprise quel coût elle est prête à assumer. Cela vous semble familier, n'est-ce pas ? Les parallèles avec le désastre que constituent les réglementations en matière de santé et de sécurité au travail sont évidents. Mais ici, on ne cache rien.
Les capitalistes célèbrent ouvertement la volonté du gouvernement Carney de déclarer que les exigences des entreprises dictent ses décisions. Ils saluent le fait que ce gouvernement reconnaisse que la classe ouvrière et nos environnements physiques et culturels doivent supporter le poids des coûts de cette facilitation de la maximisation des profits. Tout est au grand jour. Le PDG de TC Energy a salué le document de travail du gouvernement au nom des entreprises : « C'est le moment où nous passons du débat à l'action. Nous saluons l'annonce du gouvernement et son ouverture à la collaboration. » Puis vint une vague référence à la nécessité de tenir compte des peuples autochtones et de l'environnement, tout en sachant pertinemment que les investisseurs seraient justement attirés par le fait que ces préoccupations seraient très peu prises en compte.
Dans le cadre du boom de la « construction » qu'il suscite, le gouvernement Carney a annoncé qu'il mettrait sur pied un fonds souverain. Aucun détail n'a été donné sur la façon dont il sera constitué et géré. Mais tout porte à croire que le gouvernement utilisera une combinaison de méthodes pour lever des fonds, en privatisant des actifs qu'il possède — les aéroports ont été mentionnés — et en empruntant. Le fonds devrait ensuite fournir des capitaux de démarrage pour des projets nationaux ciblés ; en d'autres termes, il est probable qu'il servira à minimiser les risques pour les investisseurs privés.
Il existe d'autres exemples de ce programme effrontément pro-capitaliste du gouvernement Carney. Mais ceux-ci devraient suffire à montrer clairement qu'il fonctionne selon les mêmes principes que les organismes de réglementation de la santé et de la sécurité au travail. Les administrateurs de ces entreprises privées mises en place par le gouvernement sont dissuadés de chercher à savoir quels préjudices subissent les Autochtones, les travailleurs et travailleuses et l'environnement. Ils sont au contraire incités à traiter les risques concrets — tels que les obligations non payées envers les peuples autochtones et les travailleurs et travailleurs, ou les coûts de la remise en état de l'environnement — comme des accidents, qui ne méritent pas de sanctions sérieuses. On donne aux investisseurs potentiels toutes les occasions d'exagérer les coûts d'une réglementation et de minimiser la probabilité que, en l'absence de réglementation, les peuples autochtones, les travailleurs et travailleuses et l'environnement subissent des préjudices importants, ce qui conduit à une faible attente en matière de souci du bien-être d'autrui.
Il y a toutefois une différence.
Dans ces manœuvres du gouvernement Carney, il n'y a pas d'ambiguïté. Ils proclament haut et fort, sans vergogne, voire avec fierté, leur adhésion à ces principes pro-capitalistes. Ils montrent clairement qu'ils veulent assouvir l'appétit de maximisation des profits au détriment de tout le reste. Peut-être aurions-nous dû prêter davantage attention au titre que Carney a donné à son livre qu'à son contenu. Il s'intitulait Value(s) — avec pour sous-titre « Bâtir un monde meilleur pour tous ». C'est astucieux, à l'image de l'auteur. Cela signifie que nous partageons des valeurs, vraisemblablement de nature compatissante et progressiste, respectueuses de la communauté, et qu'elles ne peuvent être atteintes qu'après avoir créé de la valeur monétaire. Et dans le monde des banquiers de Carney et de Davos, la meilleure façon de créer de la valeur est de laisser libre cours aux instincts primaires des capitalistes. Peut-être nous occuperons-nous des perdant-es plus tard.
Le gouvernement Carney a rendu tout cela aussi évident que possible. Les hypothèses qui normalisent le capitalisme au détriment de tout le reste imprègnent toutes nos sphères d'activité, et elles réussissent le plus souvent parce qu'elles sont devenues ancrées, cachées et normalisées. Le programme de Carney les met en évidence de manière frappante. Nous les ignorons à nos risques et périls.

Pourquoi y a-t-il une recrudescence de l’antisémitisme ?
Il est indéniable que les deux dernières années ont vu un accroissement de l'antisémitisme : au-delà de l'augmentation générale des manifestations de racisme sous toutes ses formes, il y a eu une recrudescence spécifique d'attaques, parfois spectaculaires, visant des Juifs en tant que tels. Traiter ce problème nécessite de poser un diagnostic correct quant à la cause profonde du phénomène.
20 mai 2026
Gilbert Achcar
Professeur émérite, SOAS, Université de Londres
Tiré de de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/gilbert-achcar/blog/200526/pourquoi-y-t-il-une-recrudescence-de-l-antisemitisme
La multiplication des actes antisémites est évidemment corrélée à la séquence d'événements qui a commencé au Moyen-Orient avec l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023. Celle-ci marqua le début d'une offensive des plus brutales et meurtrières menées par les forces armées israéliennes dans la bande de Gaza : un bombardement intensif et indiscriminé de l'un des territoires les plus densément peuplés du monde, entraînant la destruction systématique de son tissu urbain, ainsi que des dizaines de milliers de morts directes, en plus d'un nombre encore inconnu de morts indirectes résultant du blocus, de la destruction des infrastructures sanitaires de Gaza, de la famine organisée et des conditions de vie très précaires sous des tentes.
Que l'on accepte ou non la qualification de cette terrible offensive comme génocide, le fait demeure qu'il s'agit d'un massacre épouvantable à une échelle gigantesque. De plus, il a eu la singularité d'être le premier massacre d'une telle ampleur à être télévisé, grâce à une couverture en direct par les chaînes qui ont pu continuer à diffuser depuis l'intérieur de l'enclave. Il est tout à fait compréhensible que cette hécatombe, perpétrée à un rythme intensif pendant deux ans sous les yeux du monde entier, ait déclenché une vague mondiale de manifestations pacifiques en solidarité avec les victimes palestiniennes – une vague dont Londres a été l'un des théâtres majeurs, sinon le plus important.
Face à ces faits – la guerre génocidaire menée par un État qui insiste pour se définir comme juif et prétendre parler au nom de tous les Juifs du monde, et les protestations contre cette hécatombe – il peut sembler superflu de se demander si c'est la première ou la seconde raison qui explique la recrudescence des actes antisémites. Lesdeux rabbins progressistes les plus chevronnés du Royaume-Uni ont été directs en reconnaissant ce qui devrait être évident pour toute personne honnête : la trajectoire d'extrême droite d'Israël, de plus en plus meurtrière, représente une « menace existentielle » pour le judaïsme. C'est un résultat contre lequel d'innombrables critiques juifs du sionismeont mis en garde depuis avant même la fondation de l'État d'Israël. Hannah Arend avertissait en 1944 que l'entreprise sioniste en Palestine « mènera inévitablement à une nouvelle vague de haine des Juifs ». Beaucoup de critiques juifs du sionisme ont exprimé la crainte qu'un État né dans des conditions coloniales au détriment d'une population autochtone finisse par se comporter d'une manière qu'ils jugent « incompatible avec les valeurs juives », comme l'ont observé les deux rabbins progressistes britanniques.
Au lieu de ce diagnostic évident, le gouvernement Starmer, lui-même accusé de complicité dans le massacre israélien, tente d'instrumentaliser la montée de l'antisémitisme afin d'étouffer davantage la solidarité avec la Palestine et de gagner des points face à ses opposants politiques. Il a imputé l'accroissement de l'antisémitisme aux marches londoniennes en solidarité avec la Palestine – avec une interprétation très biaisée d'un slogan comme « mondialiser l'Intifada » – et a tenté d'exploiter la recrudescence des actes antisémites pour diffamer Zack Polanski aujourd'hui, de la même manière que Jeremy Corbyn a été diffamé hier, avec l'étrangeté supplémentaire que le chef des Verts britanniques est lui-même juif.
La vacuité de ce prétexte devrait être évidente pour toute personne de bonne foi et avec une connaissance minimale des faits. Prenons par exemple le slogan incriminé : il fait évidemment référence à ce qui reste, et de loin, l'étape la plus importante dans la longue lutte des Palestiniens contre l'occupation de leur terre, c'est-à-dire l'impressionnant soulèvement populaire non violent qui atteignit son apogée en 1988 en Cisjordanie et à Gaza et conduisit à l'entrée du terme Intifada dans le vocabulaire international. Interpréter un appel à « mondialiser » ce soulèvement comme un cas d'antisémitisme n'est pas seulement confondre délibérément l'État israélien avec tous les Juifs du monde, mais revient même à les confondre avec l'occupation de terres par cet État en violation flagrante du droit international.
En fait, les diverses tentatives du gouvernement Starmer pour instrumentaliser l'antisémitisme sont elles-mêmes une incitation à l'antisémitisme. Elles sont si manifestement malhonnêtes – de la part d'un Premier ministre parmi les plus détestés de l'histoire britannique, avec la réputation accablante de n'être pas digne de confiance – qu'elles finissent par attiser des sentiments anti-juifs parmi des individus politiquement illettrés et stupides au point de prendre pour argent comptant la prétention d'Israël de parler au nom de tous les Juifs. Si le gouvernement Starmer voulait vraiment combattre l'antisémitisme, il commencerait par mettre fin à sa collaboration avec le gouvernement israélien et mettrait en lumière les innombrables Juifs britanniques progressistes qui, face au comportement meurtrier d'Israël, disent : pas en notre nom !
* Dernier ouvrage paru Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l'histoire mondiale (La Dispute, 2025).
Cet article est adapté de l'original arabe publié dans Al-Quds al-Arabile 19 mai 2026.
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Le manifeste explicite du fascisme numérique : « Palantir » et l’alliance du capital monopolistique avec l’extrême droite
Le manifeste publié par Palantir Technologies n'est ni un document technique ni une vision économique. C'est un document politique explicite annonçant une nouvelle phase dans la trajectoire du capitalisme numérique, une phase durant laquelle il a abandonné sa prétention à la neutralité et décidé de se démasquer, révélant ainsi toute son face idéologique. Palantir n'est pas un cas isolé dans le paysage technologique mondial.
Tiré de pour.press
C'est l'une des nombreuses grandes entreprises technologiques qui vendent leurs technologies à des systèmes de répression et de violations des droits de l'homme, et elle a été condamnée par des organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch, pour son rôle dans la facilitation des expulsions forcées, la surveillance de masse et la persécution des dissidents.
Le plus inquiétant encore, des rapports documentés ont révélé un partenariat direct entre cette entreprise, ainsi que d'autres entreprises technologiques occidentales telles que Google, Amazon et Microsoft, et l'armée israélienne, fournissant des données et des systèmes de ciblage utilisés lors d'opérations militaires sur Gaza, faisant d'elle un véritable partenaire dans des crimes de guerre documentés contre des civils palestiniens. À cet égard, il ne diffère pas en substance des autres grandes entreprises capitalistes numériques qui pratiquent la même chose sous différentes formes et degrés variables d'ouverture.
C'est une déclaration de classe d'un projet d'alliance fasciste numérique qui ne repose pas uniquement sur la violence traditionnelle, mais sur la surveillance et la répression numériques, l'analyse des données, l'intelligence artificielle, la manipulation de l'opinion publique et la répression de la dissidence par des méthodes imperceptibles mais profondément percutantes. Une alliance dont les crimes ne restent pas dans les cercles d'élite et les bureaux d'entreprise, mais s'étendent aux champs de bataille et aux corps des civils, incarnée aujourd'hui dans sa forme la plus claire dans le trumpisme, ses alliances, ses crimes et ses guerres agressives.
De la Silicon Valley à la Maison-Blanche : l'Alliance organique
Pour comprendre le manifeste de Palantir en dehors de son contexte isolé, il faut évoquer l'image de l'alliance qui s'est formée ces dernières années entre un segment de l'élite technologique et le projet de l'extrême droite nationaliste. Peter Thiel, cofondateur de Palantir et le financier le plus important de la carrière politique de Trump, n'est pas simplement un homme d'affaires soutenant un candidat politique.
Il est l'esprit idéologique qui fournit à ce projet sa logique politique, celui qui considère la démocratie libérale représentative existante comme un obstacle au projet de l'élite technocratique, et qui a ouvertement déclaré que le capitalisme et la démocratie libérale traditionnelle sont incompatibles. Cette alliance n'est pas un hasard, et aucune intersection qui se croise. C'est une convergence objective entre deux projets qui partagent un seul objectif : concentrer le pouvoir entre les mains d'une oligarchie financière et politique qui croit posséder un « droit naturel » de gouverner ses propres sociétés et d'autres.
Cette alliance trouve aujourd'hui son expression institutionnelle dans ce qu'on appelle le mouvement d'accélération technologique, qui inclut Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et d'autres, qui ont commencé à agir de manière coordonnée avec la seconde administration Trump. Ce qui les unit, ce n'est pas l'alignement idéologique complet. Ce qui les unit, c'est la position de classe et l'intérêt partagé : l'élimination de toute contrainte réglementaire ou démocratique qui limite leur capacité d'accumulation, de domination et d'expansion du contrôle.
Le Manifeste en 22 Points : Une lecture de son contenu de classe
Palantir a publié ce qu'elle a décrit comme un résumé du livre de son PDG Alexander Karp, « The Technological Republic », dans un contexte d'engagement mondial large et d'indignation politique croissante qui a dépassé des millions de vues en quelques jours. Mais l'indignation ne doit pas se limiter à la réaction émotionnelle, car le manifeste est au fond une feuille de route de classe qui mérite une lecture précise de gauche, qui va au-delà de l'indignation.
Le manifeste contient 22 points, construits avec une précision architecturale délibérée, et non de manière aléatoire. Certains points paraissent modérés ou humains en surface, comme les appels à la tolérance envers les politiciens dans leur vie personnelle, ou contre la joie face à la défaite d'un adversaire.
Ces points ne sont ni innocents ni accessoires. Ils sont la façade calculée utilisée pour séduire le lecteur hésitant et accorder au manifeste une image « équilibrée » avant qu'il ne révèle son vrai visage. C'est ce que les études idéologiques appellent la structure du consentement fabriqué : on vous donne une dose de langage raisonnable pour vous aider à avaler la dose toxique en même temps. Ce qui semble logique dans le manifeste n'est donc pas une preuve de son équilibre, mais une preuve supplémentaire de sa ruse.
Tous ces points sont utilisés comme couverture pour faire avancer un agenda idéologique global qui relie toutes ces préoccupations à un projet de militarisation, de domination et de hiérarchie civilisationnelle. Je me concentrerai donc sur les points les plus révélateurs du véritable contenu de classe et d'idéologie de ce projet, tout en abordant les autres concepts présents dans le corps du texte.
Point One affirme que « l'élite ingénieure de la Silicon Valley est moralement obligée de participer à la défense de la nation ». Ce cadrage moral n'est pas innocent. Lorsque la contratation militaire et sécuritaire est présentée comme un « devoir moral », la pression sociale devient un mécanisme pour contraindre les ingénieurs et programmeurs à servir la machine de la guerre et de la répression, et chaque voix dissidente au sein des entreprises technologiques est réduite au silence au nom du « patriotisme ». Il s'agit de la transformation de la conscience individuelle en une marchandise au service de l'État militaire et sécuritaire ainsi que de ses institutions répressives et de surveillance.
Point Two appelle à la « rébellion contre la tyrannie des applications », c'est-à-dire le rejet de la technologie grand public au profit de systèmes de sécurité et militaires renforcés. Ce n'est pas une critique du capitalisme de consommation aussi bien qu'il pourrait en avoir l'air. C'est un appel à rediriger la capacité technologique vers la machine de guerre et de surveillance plutôt que vers le marché du divertissement.
Le point cinq déclare que « la question n'est pas de savoir si des armes IA seront construites ; La question est de savoir qui les construira. » Cette logique déterministe fermée vise à éliminer tout débat sur le rejet de la militarisation technologique à ses fonds. Lorsque le choix est présenté comme « nous ou l'ennemi », la possibilité de dire « non aux armes » est effacée. C'est la même logique utilisée par les administrations de la guerre froide pour faire taire les mouvements pacifistes et restreindre les organisations de gauche, et ici elle revient sous une apparence numérique.
Le point six exige que « le service national soit un devoir universel », appelant à une réévaluation de l'armée entièrement volontaire en faveur de la conscription obligatoire. Cette demande révèle le visage classiquement fasciste du manifeste : lorsque l'État ne parvient pas à produire une volonté volontaire de participer à ses guerres, il recourt à la coercition institutionnelle et qualifie cela de « responsabilité partagée ». Plus révélateur encore, l'entreprise qui exige que les jeunes offrent leur vie pour défendre « l'Occident » gagne simultanément des milliards de dollars grâce aux contrats de guerre dans lesquels ces jeunes meurent. Devoir pour tous, profits pour quelques-uns.
Point Seventeen affirme que « la Silicon Valley doit jouer un rôle dans la lutte contre la criminalité violente. » Cette proposition paraît pragmatique en surface, mais au fond, elle s'agit d'une expansion des pouvoirs des sociétés de sécurité privée pour contourner le rôle de l'État et se transformer en une force indépendante de contrôle social, fonctionnant selon la logique du profit plutôt que celle de la loi, de la justice indépendante et de la responsabilité démocratique.
Point Vingt exige « une résistance à l'intolérance omniprésente de la croyance religieuse ». Ce point ne découle pas d'une véritable défense de la liberté de croyance. C'est un déploiement opportuniste du discours religieux pour construire une alliance idéologique avec les courants conservateurs et religieux les plus susceptibles de se mobiliser derrière des projets de guerre. L'histoire nous enseigne que chaque projet fasciste avait besoin d'une alliance avec les institutions religieuses pour conférer à la violence un caractère sacré, et c'est ce que ce point cherche sous couvert de la « liberté de foi ».
Le point vingt-et-un est le plus révélateur de la profonde dimension idéologique, lorsqu'il déclare que « certaines cultures ont produit des avancées vitales tandis que d'autres restent dysfonctionnelles et régressives. » Cette phrase n'est pas une opinion culturelle passagère. C'est la base théorique du racisme colonial civilisationnel qui justifie la domination, l'occupation et le massacre des peuples sous couvert de « gestion rationnelle de la civilisation ».
Cette logique ne diffère pas fondamentalement du « fardeau de l'homme blanc » qui justifiait le colonialisme aux siècles précédents, et elle est reproduite aujourd'hui dans le langage des algorithmes et du big data. Ce qui le rend plus dangereux que son prédécesseur, c'est qu'il ne nécessite aucune force coloniale visible. Une base de données et un algorithme de ciblage suffisent.
Le trumpisme en tant que système, pas en tant que personne
L'erreur courante est de réduire le trumpisme à la personne de Donald Trump. Le trumpisme est un projet de classe global combinant capital financier national avec un nationalisme chauviniste et une hostilité envers les immigrés et les minorités. Au fond, il s'agit d'une expression de la crise du capitalisme lorsqu'il ne peut plus reproduire l'illusion libérale pour son public, et il recourt donc à un discours nationaliste agressif pour détourner l'attention des véritables contradictions de classe. Ce que fait le manifeste Palantir, c'est lier le capital monopolistique numérique à ce projet et lui fournir les outils technologiques nécessaires pour le transformer d'un discours politique électoral en un véritable système de contrôle.
La coopération documentée entre Palantir, les autorités d'immigration et les agences de sécurité dans le suivi et l'expulsion des migrants constitue un modèle concret de cette alliance. La technologie ici n'est pas utilisée pour servir la « sécurité » dans un sens neutre. Elle est utilisée pour mettre en œuvre des politiques répressives et racistes avec une grande efficacité opérationnelle. L'outil numérique rend la répression plus rapide, plus précise et moins nécessiteuse de justification publique.
Le féodalisme numérique et sa phase fasciste
Comme je l'ai déjà soutenu dans mes analyses du capitalisme numérique, nous vivons la phase avancée du féodalisme numérique, où les grandes entreprises monopolisent l'infrastructure numérique et imposent leurs conditions aux utilisateurs, tout comme les seigneurs féodaux monopolisaient autrefois la terre et contrôlaient les paysans. Ce que révèle le manifeste de Palantir, c'est que ce féodalisme numérique entre désormais dans sa phase fasciste, la phase où le capital ne se contente plus d'une exploitation économique silencieuse, mais se dirige vers une mobilisation et un contrôle politiques et idéologiques explicites pour protéger son système de toute menace.
Sous le capitalisme numérique, il ne s'agit plus seulement des travailleurs manuels et intellectuels traditionnels qui sont victimes d'exploitation. Chaque utilisateur produit quotidiennement des données qui sont converties en matières premières pour la production de plus-value sans compensation.
Les serfs numériques travaillent dans des systèmes qu'ils ne possèdent pas et sont soumis à des règles sur lesquelles ils n'ont aucune influence réelle. Ce que le manifeste ajoute à cette image, c'est la militarisation : ces mêmes systèmes d'exploitation sont désormais dirigés vers le cadre de l'esprit humain, la guerre, la répression de la dissidence, la force des expulsions et la gestion des systèmes de contrôle de la sécurité.
Algorithmes de la mort
Le manifeste ne peut être lu isolément de ce qui se passe dans les guerres contemporaines. Des rapports documentés ont révélé que Palantir a établi des partenariats stratégiques avec des armées et des institutions de sécurité pour construire des bases de données de ciblage réellement utilisées dans les opérations militaires. Ce n'est pas une possibilité théorique. C'est une pratique quotidienne documentée : des algorithmes qui transforment des vies humaines en points de données, et des points de données en cibles militaires.
En Palestine, des reportages journalistiques et d'investigation ont documenté l'utilisation de systèmes d'intelligence artificielle pour établir des listes de ciblages qui ont entraîné des massacres contre des civils à Gaza. Au Venezuela, en Iran et dans d'autres pays que Washington classe comme des « menaces », des systèmes de surveillance et de données sont utilisés pour soutenir le militarisme, l'agression et les guerres qui violent le droit international.
Ce que l'entreprise appelle un « système de ciblage intelligent » est en pratique une machine à gérer les tueries grâce à l'efficacité industrielle. Tuer ne nécessite plus une décision humaine responsable. Cela nécessite un algorithme, des données suffisantes et un feu vert d'un appareil qui ne fait l'objet d'aucune responsabilité démocratique. C'est l'application sur le terrain de ce que le manifeste appelle la « capacité de prise de décision en temps réel », où les décisions de mise à mort sont prises instantanément au sein de systèmes techniques fermés.
Plus important dans ce contexte, c'est que l'utilisation de ces systèmes ne peut être dissociée du discours qui justifie de classer des communautés entières comme arriérées ou menaçantes. Le crime ne commence pas avec la bombe. Tout commence par la classification. Lorsque des communautés entières sont définies comme une menace, le meurtre et la cible de civils deviennent une « gestion de la sécurité » plutôt qu'un crime dont les auteurs doivent être tenus responsables.
L'illusion de neutralité technologique, d'autosurveillance et de répression numérique comme outils de contrôle
Le danger du modèle que Palantir construit ne réside pas uniquement dans ses applications militaires directes. Plus dangereux encore, on peut appeler la « société de la surveillance », lorsque le contrôle devient interne plutôt qu'externe. Lorsqu'un individu sait qu'il est surveillé à chaque instant et sent que chaque interaction numérique est enregistrée et analysée, il commence à s'imposer une surveillance.
Ils modifient leur discours, évitent les sujets sensibles, se distancient des idées dissidentes radicales. Cette autosurveillance volontaire restreint et affaiblit les mouvements et organisations ouvrières de gauche et progressistes de l'intérieur, sans qu'il soit nécessaire d'arrestations ou de restrictions directes.
L'appel du manifeste à une « compréhension profonde du comportement humain » comme condition de sécurité est en réalité un appel à construire un système global pour perturber l'action politique collective avant qu'elle n'émerge. Prédire le comportement des manifestations et les démanteler avant qu'il ne devienne un mouvement organisé est le rêve que les services de sécurité poursuivent depuis longtemps, et la technologie de Palantir se rapproche de la réalisation.
Parmi les mécanismes idéologiques les plus marquants du manifeste figure sa dépendance à la logique déterministe fermée. « Il n'y aura pas de neutralité technologique », « la question n'est pas de savoir si des armes IA seront construites », « les démocraties ne peuvent pas se fier uniquement au discours moral. » Cette approche vise à transformer les choix politiques en faits naturels inévitables et à éliminer toute remise en question de la nature du système existant du champ du débat légitime. C'est la même approche utilisée par les néolibéraux lorsqu'ils ont déclaré dans les années 1990 que « le capitalisme est la fin de l'histoire ». La même logique revient désormais dans une formulation sécuritaire : il n'y a pas d'autre choix que la militarisation numérique.
Ce déterminisme n'est pas une description neutre de la réalité. C'est une tactique pour vider la politique de son contenu. Quand vous êtes convaincu qu'il n'y a pas d'alternative, vous arrêtez d'en chercher une. Et c'est là l'objectif principal de cette langue.
L'alternative de gauche : la question de la propriété et du contrôle collectif
Le manifeste de Palantir n'est pas simplement un document d'une entreprise technologique annonçant ses positions. C'est une alarme retentissante que les forces progressistes doivent entendre clairement : la bataille pour l'avenir de la technologie ne rôde plus en coulisses. Il s'est mis en avant, s'annonçant sans honte. Ceux qui tardent à saisir ce changement retardent leur entrée dans l'arène la plus décisive de la lutte de ce siècle.
La question fondamentale n'est pas de savoir comment la technologie est utilisée. C'est qui la possède et qui en détermine les objectifs. La technologie ne deviendra pas un outil de libération tant qu'elle restera entre les mains de monopoles numériques alliés à des projets de droite, la guerre et la répression. Toute discussion sérieuse doit partir de la nécessité d'une propriété collective et sociétale de l'infrastructure numérique, et de soumettre les algorithmes et l'intelligence artificielle à une véritable surveillance démocratique qui représente les intérêts des masses laborieuses plutôt que des élites monopolistiques.
Cela exige que les forces de gauche, progressistes et des droits humains s'engagent pleinement dans l'arène technologique en tant que domaine important de la lutte des classes. Produire une critique intellectuelle, aussi importante soit-elle, ne suffit pas sans construire de véritables alternatives technologiques par la coordination et le travail conjoint via les internationaux numériques : plateformes sociales libres de monopole, de restriction et de répression ; des outils de recherche qui respectent la vie privée de tous les utilisateurs ; des systèmes d'intelligence artificielle gérés de manière démocratique et transparente ; et d'autres applications numériques. Ce ne sont pas des projets récréatifs pour l'avenir. Ils constituent une nécessité stratégique urgente pour tout projet libérateur sérieux.
Ajout nécessaire : Le désarmement technologique comme condition préalable
Construire des alternatives à lui seul ne suffit que s'il est accompagné d'une campagne organisée visant à dépouiller ces monopoles de leurs armes technologiques. Il convient de noter ici que Palantir n'est ni un cas exceptionnel ni une anomalie dans le paysage technologique. C'est l'expression la plus explicite et audacieuse de ce que beaucoup d'autres entreprises pratiquent, avec un silence plus grand et un discours plus doux. Ce qui en fait un point central dans cette analyse, c'est qu'elle a révélé ce que d'autres ont l'habitude de cacher, et non que cela diffère d'eux dans leur substance. Le système n'est qu'un ; La seule exception est le degré de franchise.
Tout comme les mouvements syndicaux historiques ont lutté pour désarmer le capital dans les usines et les fermes, aujourd'hui une lutte équivalente est nécessaire pour arracher collectivement ces entreprises les algorithmes mortels, les systèmes de ciblage et la surveillance de masse.
Cette lutte prend plusieurs formes : boycotter leurs services, révéler leurs contrats secrets avec des gouvernements, poursuivre leurs dirigeants devant des tribunaux internationaux pour complicité de crimes de guerre, et faire pression sur les institutions publiques pour rompre leurs relations avec ces entreprises. Chaque contrat gouvernemental avec ce système finance directement la machine de tuerie et de déportation. Arrêter ce flux financier est la première ligne de confrontation.
Cette voie ne peut être franchie sans travailler simultanément au niveau législatif national et international. Au niveau national, il faut faire pression pour adopter des lois strictes exigeant que les entreprises de technologies de sécurité maintiennent une transparence totale dans leurs contrats avec les gouvernements, criminalisant l'utilisation de systèmes d'intelligence artificielle dans le ciblage militaire en dehors de toute supervision judiciaire indépendante, et obligeant ces entreprises à se soumettre aux mêmes normes de responsabilité que celles soumises aux institutions publiques.
Au niveau international, il faut travailler pour soumettre ces entreprises aux conventions internationales sur les droits de l'homme, en particulier les Conventions de Genève interdisant la prise de cible indiscriminée des civils, la Charte des Nations Unies sur la protection des données personnelles, et les Principes directeurs des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l'homme. Une entreprise qui construit des bases de données de ciblage dans des zones de guerre ne peut pas être autorisée à opérer en dehors de ce cadre juridique, et si elle le fait, les gouvernements qui lui accordent des contrats assument une responsabilité pénale partagée. Ce n'est pas une demande réformiste de luxe. C'est le minimum exigé par l'humanité de la loi face à l'inhumanité de l'algorithme.
Deuxième ajout : révéler le silence ouvrier au cœur du manifeste
Ce qui frappe dans le manifeste de Palantir, et même profondément suspect, c'est qu'il ne mentionne pas un seul mot sur les travailleurs, les syndicats, le droit d'organiser, la grève. Dans un document qui parle de « l'élite de l'ingénierie », du « devoir moral » et des « cultures arriérées », il n'y a pas de place pour les travailleurs manuels et intellectuels qui construisent ces algorithmes, les exploitent et vivent sous le poids de la même surveillance.
Ce silence n'est pas accessoire. C'est une admission implicite que le projet technologique fasciste ne peut pas affronter la question ouvrière, car les travailleurs seuls, s'ils s'organisent, sont capables d'arrêter complètement la production des lignes de mort. Une grève générale dans la Silicon Valley, ou même dans les propres bureaux de Palantir, est le cauchemar de ce projet. Soutenir les syndicats des travailleurs de la technologie et lier leur lutte à une lutte mondiale est donc un acte de résistance de premier ordre.
Cette lutte technologique ne peut être dissociée de la lutte populaire sur le terrain. La technologie est un outil de soutien à la lutte, pas un substitut. Le véritable pouvoir reste dans l'organisation politique, ouvrière et populaire, dans les mouvements sociaux, dans la solidarité internationale entre les masses laborieuses de ce système, que ce soit en guerre, aux frontières ou dans les quartiers ouvriers surveillés par des algorithmes qui ne nécessitent la permission de personne.
Conclusion : Le fascisme numérique par son vrai nom
Le manifeste Palantir révèle clairement que nous faisons face à une nouvelle forme de fascisme, non seulement au sens historique étroit, mais aussi dans son sens essentiel : l'alliance du capital monopolistique avec un pouvoir politique national agressif et le déploiement de la violence, de la répression et de la hiérarchie civilisationnelle pour protéger cette alliance de toute menace populaire. La seule différence est que les outils de ce fascisme aujourd'hui sont les algorithmes, le big data et l'intelligence artificielle, et c'est ce qui rend la situation plus infaillible et plus difficile à résister que ce qui l'a précédée.
Lorsque Alexander Karp termine d'écrire son manifeste philosophique dans son bureau élégant, les algorithmes construits par son entreprise poursuivent leur travail d'identification de cibles, de suivi des migrants aux frontières, de constitution de bases de données de dissidents à travers le monde, et de soutien à la machinerie du militarisme et de la répression à travers le monde. La philosophie et le crime sont les deux faces d'une même pièce.
La lutte pour la justice sociale et la libération aujourd'hui passe inévitablement et en grande partie par la lutte pour libérer la technologie de cette alliance de classe agressive. Ce n'est ni une question technique ni une question éthique abstraite. C'est une question politique jusqu'au bout des ongles, et fait partie d'une lutte historique sur qui contrôle l'avenir et la conscience humaine : la minorité monopolistique alliée à des projets de meurtre et de répression, ou les masses ouvrières qui doivent imposer leur autorité sur les outils qui façonnent leur vie et leur destin.
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Sources et références
Premièrement : Source primaire — Le Manifeste Palantir
1. Palantir Technologies — The Technological Republic, en bref (post officiel X, avril 2026)https://x.com/PalantirTech/status/2045574398573453312
2. Karp, Alexander C. et Zamiska, Nicholas W. — La République technologique : le pouvoir dur, la croyance douce et l'avenir de l'Occident. Crown Currency, New York, 2025.https://techrepublicbook.com/
Deuxièmement : Rapports journalistiques et analyses sur le manifeste
3. Al Jazeera English — « Technofascisme ? Pourquoi le « manifeste » pro-occidental de Palantir alarme les détracteurs », 21 avril 2026.https://www.aljazeera.com/news/2026/4/21/technofacism-why-palantirs-pro-west-manifesto-has-critics-alarmed
4. TechCrunch — « Palantir publie un mini-manifeste dénonçant l'inclusivité et les cultures 'régressives' », 19 avril 2026. https://techcrunch.com/2026/04/19/palantir-posts-mini-manifesto-denouncing-regressive-and-harmful-cultures
5. Engadget — « Palantir a publié un manifeste qui ressemble aux divagations d'un méchant de bande dessinée », avril 2026. https://www.engadget.com/big-tech/palantir-posted-a-manifesto-that-reads-like-the-ramblings-of-a-comic-book-villain-181947361.html
6. TRT World — « Internet explose d'indignation face au manifeste technologique dystopique de Palantir », avril 2026.https://www.trtworld.com/article/e3c96555543c
7. Raison — « Le nouveau manifeste de Palantir veut rétablir la conscription militaire », 20 avril 2026. https://reason.com/2026/04/20/this-big-tech-firm-wants-to-reinstate-the-draft
Troisièmement : Rapports sur les droits de l'homme sur la complicité de Palantir et des grandes entreprises technologiques à Gaza
8. Amnesty International — Rapport sur l'économie politique mondiale facilitant le génocide d'Israël, citant Palantir parmi les principaux contributeurs, septembre 2025. https://www.democracynow.org/2025/9/18/amnesty_international
9. Truthout — « Amnistie appelle les États à mettre fin à l'économie soutenant le génocide d'Israël », septembre 2025. https://truthout.org/articles/amnesty-calls-for-states-to-pull-the-plug-on-economy-backing-israels-genocide
10. Centre de ressources pour les entreprises et les droits de l'homme — « Palantir aurait permis le ciblage par IA par Israël à Gaza, suscitant des inquiétudes quant aux crimes de guerre. »https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/palantir-allegedly-enables-israels-ai-targeting-amid-israels-war-in-gaza-raising-concerns-over-war-crimes/
11. Centre de ressources pour les entreprises et les droits de l'homme — « Amazon, Google et Microsoft alimentent l'agression militaire israélienne à Gaza, révèle une enquête », février 2025. https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/amazon-google-microsoft-fuel-israeli-military-aggression-in-israels-war-on-gaza-investigation-reveals/
12. Centre de ressources pour les entreprises et les droits de l'homme — « Google, Amazon et Microsoft seraient présumés complices de crimes de guerre dans le contexte de la guerre d'Israël à Gaza. »https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/google-amazon-microsoft-allegedly-complicit-in-war-crimes-amid-israels-war-in-gaza/
13. Business and Human Rights Resource Centre — « Google n'a pas répondu aux allégations concernant sa complicité dans des crimes de guerre lors de la guerre d'Israël à Gaza », avril 2025.https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/google-did-not-respond-to-the-allegations-over-its-complicity-in-war-crimes-amid-israels-war-in-gaza/
14. Business and Human Rights Resource Centre — « Amazon n'a pas répondu aux allégations concernant sa complicité dans des crimes de guerre dans le contexte de la guerre d'Israël à Gaza », avril 2025. https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/amazon-did-not-respond-to-the-allegations-over-its-complicity-in-war-crimes-amid-israels-war-in-gaza/
15. Business and Human Rights Resource Centre — « Microsoft n'a pas répondu aux allégations concernant sa complicité dans des crimes de guerre lors de la guerre d'Israël à Gaza », avril 2025. https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/microsoft-did-not-respond-to-the-allegations-over-its-complicity-in-war-crimes-amid-israels-war-in-gaza/
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Manipulation des futures élections au détriment des démocrates et des Afro-AméricainEs aux États-Unis
Les exigences de Trump, les décisions de la Cour suprême et les votes des assemblées législatives des États redessinent la carte électorale afin d'augmenter le nombre de représentantEs républicainEs.
Hebdo L'Anticapitaliste - 801 (21/05/2026)
https://lanticapitaliste.org/actualite/international/manipulation-des-futures-elections-au-detriment-des-democrates-et-des-afro
Dan La Botz /traduction Henri Wilno
Ce processus réduira le nombre de représentantEs noirEs et latino-américainEs au Congrès, puisque 82 % des NoirEs et 61 % des Latino-AméricainEs soutiennent les démocrates.
Redécoupages partisans
Les élections de mi-mandat se traduisent généralement par des gains pour le parti qui n'est pas au pouvoir, ce qui pourrait signifier une victoire démocrate en novembre prochain, alors que le républicain Trump est président et que les républicains contrôlent également les deux chambres du Congrès.
Mais Trump et les Républicains ont décidé de manipuler les élections afin que leur parti l'emporte et conserve le contrôle du Congrès. Historiquement, le redécoupage des circonscriptions était effectué dans tous les États lors du recensement décennal afin de refléter les changements démographiques, mais il est désormais réalisé entre deux recensements de manière partisane. Le processus a débuté en juillet 2025 lorsque Trump a exigé que le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, et la législature de l'État, dominée par les Républicains, redessinent les circonscriptions de l'État.
Dans le cadre de ce redécoupage, les Républicains du Texas devraient remporter trois à quatre sièges supplémentaires au Congrès. Après le Texas, les États républicains du Missouri et de la Caroline du Nord ont également redessiné leurs circonscriptions, ce qui a permis de créer un siège républicain supplémentaire dans chacun de ces États. En raison de litiges, l'Ohio et l'Utah ont tous deux procédé à un redécoupage électoral, ce qui s'est traduit par deux sièges républicains supplémentaires dans l'Ohio et un dans l'Utah.
En réponse, la Californie, qui dispose de la plus grande délégation au Congrès (52 sièges), sous la direction du gouverneur démocrate Gavin Newsom, a organisé un référendum à l'échelle de l'État sur le redécoupage électoral. Grâce à la nouvelle carte, les démocrates ont gagné quatre à cinq nouveaux sièges. À l'instar de la Californie, la Virginie a organisé un référendum sur le redécoupage électoral qui aurait ajouté des sièges démocrates, mais la Cour suprême de l'État l'a annulé.
Les droits civiques attaqués
La deuxième partie de l'histoire commence le 29 avril 2026, lorsque la Cour suprême des États-Unis a statué, dans une affaire en Louisiane, que la section 2 de la loi sur les droits civiques constituait un charcutage électoral racial inconstitutionnel, car elle garantissait la représentation des NoirEs au Congrès.
Pour saisir l'importance de cette décision, il faut comprendre qu'après la guerre civile américaine (1861-1865), qui a libéré les ancienNEs esclaves noirEs, leur a accordé la citoyenneté et le droit de vote, et après la brève période progressiste connue sous le nom de « Reconstruction radicale », qui a pris fin en 1877, dans les onze États de l'Ancien Sud, où l'esclavage avait existé, les NoirEs se sont néanmoins vu refuser, de manière générale, le droit de vote. Ce n'est qu'après le mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960, une période marquée par d'énormes manifestations et conflits, que les NoirEs ont obtenu le droit de vote grâce à la loi de 1965 sur les droits électoraux. Cette loi garantissait que les NoirEs de tout le Sud puissent voter et être représentéEs au Congrès proportionnellement à leur population dans leur État.
Lorsque, en avril, la Cour suprême a invalidé cette loi, les Républicains ont rapidement procédé à un redécoupage électoral dans le Tennessee et en Floride, tandis que l'Alabama et la Géorgie ont également fait l'objet d'un redécoupage à la suite de litiges. Tout cela se traduira par un gain de sièges pour les Républicains et une réduction de la représentation des Afro-AméricainEs.
Par exemple, dans le Tennessee, la circonscription électorale de la ville de Memphis et du comté de Shelby, à 63 % noire, a été divisée en trois circonscriptions distinctes, chacune rattachée à des zones blanches suburbaines ou rurales, éliminant ainsi deux circonscriptions noires et démocrates.
Il s'agit là de défaites importantes pour la démocratie et pour les Afro-AméricainEs.
Les démocrates pourraient encore remporter les élections de mi-mandat en novembre en raison de l'impopularité actuelle de Trump, mais à l'avenir, ils constateront que toutes les élections seront plus difficiles. Certaines organisations afro-américaines ont déjà commencé à relancer la lutte pour le droit de vote.
Dan La Botz, traduction Henri Wilno
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Iran : les raisons de l’agression américano-israélienne
Nous publions ici la transcription de l'intervention de Sarah Selami, militante iranienne de Solidarité socialiste avec les travailleurs·euse d'Iran (SSTI), à Rouen, le 2 mai 2026. Elle y explique les principales raisons de la guerre déclenchée, le 28 février dernier, par les États-Unis et Israël, contre la République islamique d'Iran, montrant aussi pourquoi elles ne sont pas identiques.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
2 mai 2026
Par Sarah Selami
Le cessez-le-feu actuellement en place reste fragile et son issue est incertaine. En plus, un blocus maritime des ports iraniens est mis en place par les États-Unis. Déjà, les conséquences de cette guerre — l'un des affrontements capitalistes les plus déterminants du XXIe siècle —pèsent lourdement sur la vie des peuples, des travailleurs·euses surtout, en Iran, au Liban, dans l'ensemble du Golfe et bien au-delà. Il ne s'agit pas simplement d'un affrontement militaire régional, mais d'un choc durable dont les effets sociaux, économiques et politiques se feront sentir pendant de longues années.
Bilan de la guerre
Dès le début de cette guerre, qui a été inaugurée par le bombardement d'une école primaire à Minab et le massacre de plus de cent enfants, de nombreux lieux de travail ont été pris pour cibles militaires. Raffineries, usines sidérurgiques et pétrochimiques, centrales électriques, installations pétrolières, routes, ponts, ports, aéroports, hôpitaux, centres de recherche scientifique, écoles, universités, monuments historiques et quartiers résidentiels ont été frappés. Près de 2 000 civils ont été tués et plusieurs milliers d'autres blessés. En plus des morts directes provoquées par les bombardements, la fermeture de nombreux sites de production a entraîné un chômage massif et une chute brutale des revenus pour des millions de familles ouvrières.
Avec cette guerre le pouvoir d'achat de la majorité de la population a pris un grand coup supplémentaire. Si l'approvisionnement en biens essentiels se maintient dans l'ensemble, les prix, déjà insupportables avant la guerre, se sont envolés. La coupure massive d'Internet imposée par la République islamique a également occasionné un choc violent à l'économie numérique où travaillaient 11 millions personnes, dont une majorité se trouve aujourd'hui sur le carreau. Même dans l'hypothèse d'un retour à une situation plus stable, la reconstruction du pays pourrait prendre entre 10 et 15 ans, tandis qu'environ 2 millions de personnes risquent de rester durablement au chômage.
Sur le plan politique et social, la guerre a renforcé l'appareil répressif. Le climat ultrasécuritaire créé par la guerre a permis au pouvoir de suspendre ou d'étouffer les protestations sociales. La répression contre les militant.es syndicaux, les prisonniers.ères politiques et les activistes sociaux s'est intensifiée drastiquement. Les exécutions sont devenues quasi quotidiennes, des dizaines de personnes sont arrêtées chaque jour. La guerre et la décapitation du pouvoir n'a pas provoqué l'effondrement du régime ; au contraire, elle lui a permis de reconstituer une nouvelle cohésion interne et de durcir encore son contrôle sur la société.
Au Liban aussi, les frappes israéliennes ont complètement détruit le sud, une grande partie de Beyrouth même, ainsi que des infrastructures civiles. Plus de 2 500 personnes ont été tuées et l'effondrement économique, en cours depuis plusieurs années, a été accentué. Là aussi, des milliers de travailleurs·euses ont perdu leur emploi. Les déplacements massifs de population ont encore fragilisé les conditions de vie des familles populaires. Les travailleurs·euses migrants présents au Liban, sans protection sociale, souvent sans possibilité de déplacement ou de retour, ont subi de plein fouet les conséquences de la guerre. Comme en Iran, dans l'ensemble de la région, la guerre a servi de prétexte au renforcement du contrôle sécuritaire, à la limitation des mobilisations sociales et à l'affaiblissement supplémentaire des capacités d'organisation collective des salarié·es.
Toutefois, les effets destructeurs de cette guerre dépassent largement l'Iran et le Liban. L'extension des frappes militaires iraniennes aux pays du sud du Golfe a plongé des milliers de travailleurs·euses dans la précarité. En plus des morts sous les bombardements, de nombreux migrant·es — déjà privés de droits sociaux et économiques — y ont perdu leur emploi et ont été abandonnés. À l'échelle mondiale, cette guerre a aggravé la crise énergétique et accéléré l'inflation. La fermeture du détroit d'Ormuz a produit une paralysie significative. Cela ne perturbe pas seulement les flux mondiaux de pétrole et de gaz, mais aussi le commerce des produits alimentaires et des engrais. Environ un tiers du commerce mondial des matières premières destinées à l'agriculture transitent par Ormuz.
Le Programme alimentaire mondial a averti que si cette situation se poursuive, jusqu'à 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë. Près des deux tiers de ces personnes se trouvent en Afrique et en Asie, principalement dans les pays les plus pauvres et les plus dépendants. Des pays comme le Niger, le Tchad, le Mali, le Soudan, la Somalie ou l'Éthiopie. Au Nigeria, par exemple, le prix du carburant a augmenté de plus de soixante pour cent, les coûts de transport ont presque doublé, ce qui a directement provoqué une hausse du prix des denrées alimentaires. Le Programme des Nations unies pour le développement estime que la guerre et la paralysie du passage par Ormuz pourraient replonger plus de 30 millions de personnes dans l'extrême pauvreté.
La hausse du prix de l'énergie se transmet directement à l'ensemble de l'économie mondiale. Dans des pays comme l'Inde, la Turquie, l'Égypte, le Pakistan ou le Sri Lanka, les populations subissent déjà la hausse des prix des carburants, l'augmentation de ceux des produits alimentaires, l'explosion des coûts de transport et la dévaluation monétaire. Bref, les conséquences de cette guerre appauvrissent profondément la classe travailleuse à l'échelle mondiale.
Origines du conflit entre Israël et l'Iran
Si l'on veut comprendre les origines du conflit israélo-iranien, il faut d'abord éviter une confusion assez fréquente. Certes, les destructions massives des infrastructures civiles en Iran rappellent ce que l'on voit au Liban, et plus encore à Gaza. On y retrouve la même violence extrême, des bombardements de grande ampleur, la destruction des infrastructures industrielles, médicales, énergétiques, logistiques, d'habitation. Mais malgré ces ressemblances dans les formes de destruction et de massacre des civiles, la guerre israélienne contre l'Iran n'a pas la même nature politique que sa guerre contre ses voisins.
La différence ne tient pas seulement au rôle des États-Unis, même si ce rôle est central. Au Liban et en Palestine, les États-Unis n'interviennent pas directement sur le plan militaire. Ils arment, financent et protègent Israël, et le laisse agir selon ses propres objectifs et désirs. Dans le cas iranien, en revanche, l'implication américaine est directe. Ce sont les États-Unis qui fixent le cadre général du conflit, ses priorités, ses limites et son calendrier, tandis qu'Israël agit largement comme un partenaire et relais stratégique. Je reviendrai plus tard sur cette dimension américaine du conflit.
La différence essentielle est surtout d'ordre politique et historique. Les guerres menées par Israël en Palestine — et particulièrement à Gaza — relèvent d'une logique coloniale et territoriale de longue durée. Il s'agit d'un colonialisme de peuplement : conquête de terres, occupation, extension des frontières, transformation démographique et nettoyage ethnique allant jusqu'au génocide. Au Liban, c'est la logique territoriale-sécuritaire qui opère, notamment dans les zones frontalières. Dans le cas de l'Iran, il ne s'agit ni d'une guerre coloniale ni d'un projet d'occupation territoriale. L'Iran et Israël n'ont pas de frontière commune et ils ne se disputent pas un territoire. Il s'agit d'une rivalité entre puissances régionales concurrentes. Chacun cherche à empêcher l'autre d'imposer son hégémonie au Moyen-Orient. La domination de l'un se fait nécessairement au détriment de l'autre. La logique du conflit porte donc sur la place de chacun dans l'ordre régional, sur la capacité à définir les règles du jeu politique, sécuritaire et stratégique de la région.
L'objectif principal d'Israël vis-à-vis de l'Iran est donc l'affaiblissement durable — voire la destruction — des capacités d'un rival stratégique. Cela passe par la destruction massive des infrastructures du pays : non seulement les capacités militaires, mais aussi les infrastructures industrielles, technologiques, scientifiques, logistiques, et même médicales, éducatives et résidentielles. Il s'agit de réduire la puissance structurelle de l'adversaire. L'Iran, de son côté, utilise également, dans la limite de ses propres capacités militaires, une logique de frappe contre les infrastructures non seulement militaires mais surtout civiles. Là aussi, l'objectif est l'usure de la capacité adverse. Autrement dit, la guerre israélienne contre l'Iran vise la neutralisation d'une puissance régionale capable d'influencer un ordre moyen-oriental dominé par l'axe américano-israélien. C'est cette place revendiquée par l'Iran dans l'ordre régional qui constitue le fond réel de la confrontation.
Il faut voir aussi que la rivalité entre l'Iran et Israël ne peut pas être réduite à une succession de crises militaires ponctuelles. Elle doit être comprise comme une rivalité structurelle multidimensionnelle. On peut rajouter qu'elle s'enracine dans les transformations géopolitiques de l'après-guerre froide, dans l'effondrement de l'ordre bipolaire et dans les recompositions qui ont suivi au Moyen-Orient, mais c'est un autre débat. Il faut tout de même rappeler que dans les années 1980, pendant la guerre entre l'Iran et l'Irak, l'Iran et Israël avaient collaboré. Israël vendait alors des armements à la République Islamique. La destruction de l'Osirak – centrale nucléaire irakienne – aurait été le fruit de leur collaboration en termes de renseignements militaires.
Depuis sa création, Israël a fondé sa sécurité sur deux piliers : la supériorité militaire permanente et l'alliance stratégique avec des puissances occidentales, en particulier les États-Unis. Sa « raison existentielle » dépend d'un environnement régional où aucun rival ne peut atteindre un niveau de puissance comparable. À l'inverse, la République islamique d'Iran, a progressivement développé une politique visant à construire une profondeur stratégique dans son environnement régional. Cela passe par un réseau d'alliances, d'influences et de relais politiques dans plusieurs pays de la région – ce qu'on appelle « l'axe de résistance ».
Même sans confrontation directe permanente, on a affaire à une rivalité durable où chaque camp cherche à empêcher l'autre de devenir la puissance dominante de la région. Mais cette rivalité ne se limite pas à la dimension militaire ou sécuritaire. Elle possède aussi une dimension économique et géopolitique profonde, souvent moins visible mais tout aussi essentielle. L'un des domaines les plus importants concerne le contrôle des routes énergétiques et commerciales. Grâce à sa position dans le détroit d'Ormuz, l'Iran occupe une place centrale dans la sécurité énergétique mondiale. Une part décisive du pétrole et du gaz mondial transite par cet espace. Cela donne à l'Iran un levier géopolitique considérable, comme en témoigne son bouclage depuis le déclenchement de la guerre.
Israël, de son côté, a renforcé sa position, grâce au développement de ses champs gaziers en Méditerranée orientale. Pour devenir un acteur énergétique régional de premier plan à travers de nouveaux circuits énergétiques entre la Méditerranée, l'Europe et les pays arabes. Deux espaces géopolitiques distincts mais interdépendants sont ainsi dessinés : d'un côté, le Golfe persique et les routes pétrolières liées à l'influence iranienne ; de l'autre, la Méditerranée orientale et les nouveaux axes énergétiques associés à Israël. L'énergie devient ici un instrument de puissance structurelle.
La même logique existe pour les corridors commerciaux. Ces dernières années, les projets de connexion entre l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe ont acquis une importance géopolitique majeure. Ces routes ne sont pas simplement économiques : elles font partie de la compétition pour devenir les principaux pôles du commerce mondial. L'Iran cherche à préserver son rôle de pont stratégique entre l'Asie centrale, le Golfe persique, le Caucase et l'Asie occidentale. Un autre exemple, c'est le corridor international Nord–Sud (INSTC), qui relie l'Inde, l'Iran, la Russie, et, plus largement, l'Europe du Nord. Dans ce système, l'Iran joue un rôle de véritable pont terrestre entre l'océan Indien et la mer Caspienne, puis vers la Russie et l'Europe.
Israël, lui, cherche à s'intégrer dans de nouveaux réseaux de transit grâce à sa coopération avec plusieurs pays arabes et occidentaux (comme des chaînes logistiques régionales reliant la Méditerranée orientale au Golfe, avec des projets de coopération portuaire, de transport maritime et de connectivité numérique (Accords d'Abraham). Ou Le corridor IMEC qui relierait l'Inde aux ports du Golfe, puis, via l'Arabie saoudite et la Jordanie, jusqu'aux ports israéliens comme Haïfa, avant d'atteindre l'Europe par la Méditerranée. La concurrence pour la carte du commerce devient donc une concurrence pour la puissance régionale.
À cela s'ajoute une différence fondamentale : leur mode d'intégration dans l'économie mondiale. Israël est profondément intégré à l'économie occidentale et au système financier international. Il bénéficie pleinement des flux de capitaux, des transferts technologiques, de l'innovation et du commerce mondial. L'Iran, au contraire, évolue principalement sous un régime de sanctions. Il s'oriente davantage vers des économies non occidentales (Sud Global), vers des circuits commerciaux parallèles, des réseaux alternatifs de contournement des sanctions qui est en soi un véritable business. Le conflit ne porte donc pas seulement sur les missiles, la sécurité ou l'influence militaire. Il porte aussi sur la place de chacun dans l'ordre économique global.
Origines du conflit entre les États-Unis et l'Iran
Quand on parle du conflit américano-iranien, il faut d'abord rappeler que l'Iran — plus précisément la République islamique d'Iran est une puissance régionale capable d'exercer une influence bien au-delà de son espace immédiat, mais son objectif principal n'est pas seulement d'exister comme puissance autonome. Elle cherche à obtenir une place dominante, reconnue et stable, dans la structure régionale du pouvoir, selon ses propres conditions. Autrement dit, l'État iranien — en tant que représentant du capitalisme iranien — ne se perçoit pas comme une simple puissance périphérique. La bourgeoisie iranienne a toujours eu cette conviction, qu'à cause de sa taille territoriale, de sa démographie, de sa position géographique, de ses ressources naturelles, de ses capacités industrielles et de sa longue tradition étatique, il revient naturellement à l'Iran d'occuper une place centrale dans l'ordre régional.
Cette perception ne date pas de la République islamique. Elle existait déjà sous le règne de Shah, quand l'Iran possédait le titre « honorifique » de gendarme de la région. La République islamique n'a pas inventé cette ambition ; elle l'a reformulée dans un contexte international transformé. Il s'agit donc d'une logique d'intégration hégémonique. L'Iran ne cherche pas nécessairement à renverser l'ordre existant, mais à y être reconnu comme une puissance structurante, sans subordination, à obtenir la part du lion.
Or, l'accès normalisé à cette position lui reste largement fermé. Parce que sa montée en puissance touche directement plusieurs piliers de l'ordre régional existant : l'architecture sécuritaire américaine au Moyen-Orient, les monarchies alliées des Etats-Unis, et surtout, la centralité d'Israël. Ce pays bénéficie en effet d'une forme d'exception structurelle : une supériorité militaire garantie, une protection américaine et européenne permanente, une intégration privilégiée à l'ordre occidental, ainsi qu'une large tolérance internationale pour des pratiques de domination de colonisation et de crimes commis contre les peoples de la région.
Face à ce verrouillage, l'Iran cherche donc d'autres moyens d'accéder à cette reconnaissance stratégique. Là où l'Iran du Shah cherchait son ascension à travers une intégration classique au camp occidental — selon un modèle qui pouvait rappeler celui de la Corée du Sud — la République islamique s'oriente davantage vers une logique comparable à celle de l'Inde ou de l'Afrique du Sud de l'époque de l'apartheid : la puissance nucléaire comme instrument de reconnaissance stratégique. Autrement dit, la capacité nucléaire devient un moyen d'imposer sa place dans un environnement international qui refuse de la lui accorder normalement. À cela s'ajoute la construction d'une profondeur stratégique régionale à travers ses alliances, souvent désignées sous le nom d'« axe de la résistance », ainsi que le développement du programme balistique, destiné à garantir militairement cette volonté de puissance. Il ne s'agit donc pas seulement de défense, mais d'une stratégie globale d'affirmation d'une puissance.
En parallèle, la crise de l'hégémonie américaine a produit un autre effet important partout : la montée d'autres puissances régionales. Au Moyen-Orient, l'affirmation de la Turquie et de l'Arabie saoudite a multiplié les centres de rivalité et rendu la compétition pour l'hégémonie régionale plus complexe. L'Iran ne fait donc pas face à un seul adversaire, mais à un système régional où plusieurs puissances cherchent simultanément à imposer leur centralité. Dans ce contexte, la confrontation avec les États-Unis en tant que garant du système qui refuse à la République Islamique d'Iran sa place revendiquée devient à la fois durable et presque inévitable.
Il s'agit d'un affrontement asymétrique entre une puissance mondiale et une puissance régionale. Mais ses effets dépassent largement le cadre moyen-oriental. La question iranienne touche directement à la crédibilité des alliances américaines, mais aussi aux rapports entre les États-Unis, la Chine et la Russie. La guerre américaine contre l'Iran n'est donc jamais simplement régionale. Elle affecte l'équilibre global des puissances. Cette dimension mondiale est moins visible dans le conflit israélo-iranien, où Israël combat avant tout un rival stratégique immédiat, un concurrent régional direct. Pour les Etats-Unis, en revanche, l'Iran représente autre chose : la possibilité qu'un État régional cherche à s'intégrer dans l'ordre mondial à sa propre manière, par la force. Et c'est précisément cela qui pose problème.
Si l'objectif israélien est principalement l'affaiblissement — voire la destruction — de la puissance iranienne, l'objectif américain est un peu différent. Il s'agit moins de détruire totalement la puissance de l'Iran que de la maintenir dans une position contenue, dans la mesure du possible : une puissance un peu influente peut-être, mais surtout non structurante, non capable de redéfinir les équilibres régionaux selon ses propres termes. Dans les deux cas — israélien et américain — cependant, il s'agit bien de neutraliser une capacité de puissance.
Les moyens employés par les Américains, comme ceux mis en œuvre par les Israéliens, ne se limitent pas à la pression militaire directe. Ils incluent aussi la destruction ou l'affaiblissement de toutes les capacités de l'Iran, ainsi qu'une guerre économique permanente à travers les sanctions structurelles. Les sanctions, ici, ne sont pas simplement des outils de punition. Elles servent à empêcher un État de transformer sa puissance potentielle en puissance réelle. C'est pourquoi le conflit américano-iranien ne peut pas être compris uniquement comme une crise, par exemple autour de la question nucléaire. Il s'agit d'un affrontement beaucoup plus profond : un conflit portant sur la hiérarchie régionale, sur l'accès à la puissance, et sur la possibilité, pour une puissance régionale comme l'Iran, de devenir un acteur structurant de l'ordre international sans passer par une autorisation américaine.
L'enjeu chinois
De plus, quand on regarde la question chinoise dans le cadre du conflit autour de l'Iran, il faut d'abord partir d'un constat simple : avec la montée en puissance de la Chine et le retour possible de la Russie sur la scène mondiale, l'Iran n'est plus seulement un problème régional. Il devient progressivement un acteur potentiel dans un rééquilibrage plus large du système international. Du point de vue de la Chine, l'Iran est un partenaire géoéconomique important. Cela se voit d'abord sur le plan énergétique. La Chine dépend massivement des importations de pétrole et de gaz en provenance du Golfe, et notamment du pétrole iranien. Donc l'Iran est un acteur clé de la sécurité énergétique chinoise. La Chine a un intérêt direct à éviter, soit l'effondrement de l'État iranien – quel qu'il soit d'ailleurs, à condition de rester un partenaire — soit une domination américaine totale sur cet espace.
Ensuite, il y a la dimension eurasiatique. L'Iran occupe une position géographique centrale entre plusieurs espaces majeurs : le Golfe persique, l'Asie centrale, le Caucase, l'océan Indien et les grands corridors terrestres eurasiens. Dans la logique des nouvelles routes de la soie, cette position est essentielle. Sans stabilité en Iran, une partie importante de ces connexions devient fragile ou incertaine. Enfin, il y a une dimension politique et stratégique plus globale. La Chine ne cherche pas forcément à « défendre » la République Islamique en tant que telle, mais elle refuse qu'un changement de régime imposé de l'extérieur, notamment par les Etats-Unis, devienne une norme internationale. Pour elle, cela reviendrait à renforcer la légitimité de l'interventionnisme américain dans le monde.
Il existe aussi un paradoxe important. Une guerre prolongée contre l'Iran peut, dans certains cas, affaiblir indirectement la position des États-Unis face à la Chine. En effet, un tel conflit consomme des ressources militaires importantes, épuise les stocks, détourne l'attention américaine vers le Moyen-Orient et réduit la capacité de concentration sur la scène indopacifique, notamment face à la question de Taïwan. Dans cette logique, frapper ou contenir l'Iran peut produire des effets contradictoires : cela peut affaiblir un rival régional, mais aussi, indirectement, renforcer la position stratégique de la Chine. Au fond, la gestion de la question iranienne dépasse largement le cadre moyen-oriental. Elle influence directement l'équilibre entre les États-Unis et la Chine même.
Conclusions
En définitive, la guerre contre l'Iran ne peut pas être comprise comme un simple affrontement militaire ponctuel, ni même comme une crise strictement régionale. Elle s'inscrit dans un ensemble beaucoup plus large de rivalités structurelles qui concernent à la fois la définition de l'ordre régional au Moyen-Orient et, au-delà, l'évolution de l'ordre mondial contemporain. Le conflit israélo-iranien exprime d'abord une lutte pour l'hégémonie régionale. Il s'agit d'un affrontement entre deux puissances qui cherchent chacune à empêcher l'autre de devenir le centre organisateur du Moyen-Orient. Dans cette logique, la destruction des infrastructures civiles, industrielles ou scientifiques ne vise pas simplement un objectif militaire immédiat : elle s'inscrit dans une stratégie plus large de neutralisation durable des capacités de puissance d'un rival.
En parallèle, le conflit américano-iranien dépasse encore davantage cette dimension régionale. Il oppose une puissance mondiale qui cherche à maintenir un ordre international hiérarchisé à une puissance régionale qui tente d'y accéder selon ses propres conditions. La question iranienne devient ainsi un point où plusieurs dynamiques convergent : la crise de l'hégémonie américaine, la montée de nouvelles puissances régionales comme la Turquie ou l'Arabie saoudite, et l'émergence progressive d'un monde multipolaire marqué par le rôle croissant de la Chine et le retour possible dans le jeu de la Russie. Dans cette configuration, l'économie n'est pas un domaine séparé de la guerre. Au contraire, les routes énergétiques, les corridors commerciaux, les sanctions, l'accès au capital et aux technologies deviennent des instruments directs de puissance. La lutte pour la place de l'Iran dans l'ordre régional est donc aussi une lutte pour sa position dans l'économie mondiale.
Mais venons-en à l'essentiel : au-delà des rivalités entre États, ce sont avant tout la classe travailleuse et les couches laborieuses qui supportent le coût principal de ces conflits. En Iran, au Liban, dans les pays du Golfe, mais aussi en Afrique, en Asie et bien au-delà, la guerre signifie destruction, chômage, inflation, pénurie, répression et précarisation accrues. Les travailleurs.euses sont les premières victimes : ils perdent leurs emplois, subissent la hausse des prix, sont exposés aux violences directes des conflits, et voient leurs capacités d'organisation collective encore davantage réduites dans un contexte de militarisation et de contrôle politique et de répression renforcée.
Cette guerre met ainsi en lumière une réalité constante du capitalisme contemporain : les affrontements entre puissances ne sont jamais seulement des jeux géopolitiques abstraits. Ils se traduisent toujours concrètement par une intensification de l'exploitation sociale et de la misère pour les populations laborieuses. Derrière les discours de sécurité, de souveraineté ou de stabilité, ce sont en réalité des rapports de force impérialistes qui redessinent la région au prix de destructions massives et durables. Comprendre cette guerre implique donc de la replacer dans la logique profonde de la compétition pour la puissance, pour l'hégémonie et pour le contrôle des ressources, tout en gardant au centre une réalité fondamentale : ce sont les peuples, et en premier lieu les travailleurs.euses, qui en paient le prix.
Enfin, il est important de rappeler que la République islamique d'Iran — et plus largement le capitalisme iranien qu'elle administre — n'est pas une simple victime passive de cette configuration guerrière. Elle en est un acteur à part entière, engagé dans sa propre logique de puissance, de consolidation interne et d'influence régionale. Sa confrontation avec Israël et les États-Unis ne peut donc pas être réduite à une simple « résistance » au sens moral ou politique du terme. Il ne s'agit pas uniquement d'une réaction à une injustice extérieure, à une guerre imposée, mais aussi d'une politique d'État portée par une classe dirigeante qui réprime sa propre population, instrumentalise les conflits externes pour renforcer sa position externe et son contrôle interne, et cherche-t-elle aussi à imposer sa place dans la hiérarchie régionale et mondiale.
Sarah Selami
La charte de SSTI :
1. La plupart des différents courants d'opposition à la République islamique d'Iran, qui expriment leurs oppositions sous différents angles, mettent l'accent sur son caractère dictatorial sans se pencher suffisamment sur sa nature capitaliste, tandis que ces deux caractères sont indissociables.
2. Le régime capitaliste de la république islamique, qui exécute les programmes du néolibéralisme international, a entamé une attaque tous azimuts contre les travailleurs·euses d'Iran sous des prétextes tels que « la réorganisation de l'économie », ou « l'augmentation du rendement du travail », etc. Intensification de l'exploitation de la force du travail, diminution du salaire, fermeture par pans entiers des unités de production sont les conséquences directes de ces politiques. Cette politique a provoqué les protestations des ouvriers, des infirmières, des employé·es, des enseignant·es, et Depuis plusieurs années, ces protestations et luttes pour la défense de leurs salaires et leur niveau de vie se développent sans arrêts. Au cours de ces protestations, les ouvrier·es et des travailleurs·euses d'autres couches laborieuses expriment de plus en plus clairement leurs revendications économiques et leurs droits à créer des organisations autonomes.
3. Malgré ces vérités, les problèmes des travailleurs·euses d'Iran ne trouvent pas suffisamment d'écho en dehors du pays. Exprimer leurs problématiques ; soutenir leurs luttes ; surtout, sensibiliser l'opinion publique, les organisations et syndicats des travailleurs·euses et des institutions internationales des travailleurs·euses sur ces luttes ; et chercher des soutiens pour leurs luttes, tel est le devoir incontournable de tous les socialistes et les militant·es des causes ouvrières.
4. Afin de bien accomplir ces tâches, nous devons rassembler tous les défenseurs du mouvement ouvrier et les socialistes de toute tendance qui ne distinguent pas les combats pour la démocratie de ceux pour le socialisme. Lutter pour la liberté d'expression sans limite, pour la liberté d'opinion, pour la liberté d'association, pour l'abolition de toutes sortes de discriminations envers les femmes, pour la défense des droits des peuples d'Iran à l'auto-détermination, etc., sont parmi nos devoirs.
5. Nous, qui faisons partie du mouvement anticapitaliste mondial, avons la ferme conviction que le dialogue et collaboration active peuvent et doivent se développer dans le cadre de ce vaste rassemblement qui comprend toutes les tendances socialistes existantes en prenant compte les formes actuelles des luttes anticapitalistes. C'est ainsi, qu'à travers le monde, on peut rassembler le plus large éventail en défense du mouvement ouvrier d'Iran et fonder un véritable élan de soutien pour la lutte et les protestations des ouvriers et des autres couches laborieuses d'Iran.
P.-S.
• Marx21. 12 Mai. 2026 :
https://marx21.ch/iran-les-raisons-de-lagression-americano-israelienne/
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De Gaza au Sud-Liban : les ruines comme stratégie israélienne
Tout le monde au Liban attend l'issue des négociations entre Islamabad et Washington [et celles entre le Liban et Israël devraient se poursuivre en juin sous les auspice de l'administration Trump]. Le Hezbollah réaffirme son attachement à la stratégie iranienne ainsi qu'à des choix qui n'ont ni freiné la machine de guerre israélienne ni limité l'expansion de l'occupation, Israël poursuit sa politique de la terre brûlée, détruisant maisons et infrastructures dans le Sud [tous les jours, les bombardements israéliens continuent dans le Sud Liban, comme le rapporte quotidiennement L'Orient-le Jour] [1].
Tiré de A l'Encontre
20 mai 2026
Par Ziad Majed
Recherche dans les décombres, Beyrouth, mai 2026. (Capture de vidéo)
Les polémiques et accusations se multiplient, et des responsables politiques comme des chroniqueurs analysent la situation du Sud selon des approches où Israël n'apparaît souvent pas comme un acteur poursuivant une politique délibérée, mais comme une simple partie réagissant aux événements et aux humeurs de ses adversaire, se retirant aux frontières lorsqu'ils se montrent conciliants, ou tuant et détruisant lorsque les choses tardent à se régler. Alors qu'Israël, quant à lui, continue d'étendre son occupation, d'annexer davantage de localités et d'y anéantir toute trace de vie. Cela est devenu l'un de ses principaux objectifs depuis sa dernière guerre à Gaza, il y a deux ans et demi, renouant ainsi avec une logique déjà présente au moment même de sa création lors de la Nakba palestinienne, il y a près de huit décennies.
L'anéantissement urbain
Israël a transformé les ruines et les destructions en une politique à part entière : une politique qui frappe à la fois l'espace et le temps. En détruisant maisons, bibliothèques, archives, photographies, documents fonciers, jusqu'aux cimetières, les Israéliens mènent une guerre contre le présent autant que contre la mémoire. Ils prolongent la domination de la guerre au-delà des bombardements et des « cessez-le-feu », transformant le spectacle des décombres en instrument de punition, mais aussi en démonstration de puissance et d'impunité face au droit international.
À Gaza, cette politique s'inscrit au cœur d'un projet d'anéantissement plus vaste. Elle accompagne l'écrasement des corps, la destruction des conditions mêmes de l'existence biologique, le ciblage des infrastructures vitales, le déplacement forcé des survivants et la désintégration de la vie collective. Elle rase immeubles résidentiels, hôpitaux, écoles, lieux de culte, universités, marchés, cimetières, routes et bâtiments administratifs affectant ainsi l'ensemble du tissu social : des lieux de naissance, d'apprentissage et de soins de santé, jusqu'aux espaces de sépulture, de mémoire et aux documents grâce auxquels les individus prouvent leurs noms, leurs biens, leur filiation, leur droit à l'héritage et à rester là.
Dans le sud du Liban, cette politique de destruction poursuit un autre objectif : celui d'un déplacement forcé et la création d'une zone territoriale inhabitable ou occupée et dévastée. Les villages et villes frontaliers dynamités après les bombardements, les terres agricoles ravagées et contaminées au phosphore blanc composent désormais une géographie de désolation dont la reconstruction paraît difficilement imaginable à l'avenir, prolongeant ainsi l'exil de leurs habitants.
Le temps long de la souffrance
Les ruines imposent une temporalité singulière. La destruction survient en un instant, mais ses conséquences s'étendent sur des décennies. L'effondrement d'un immeuble en quelques secondes ne signifie pas seulement la perte d'un toit, mais aussi celle d'un lien avec un quartier, puis la disparition de presque toutes les preuves d'une vie qui existait là.
Quand un quartier est détruit, ce sont aussi des scènes ordinaires du quotidien qui disparaissent : la porte du voisin toujours ouverte, le balcon d'où résonnait la voix d'Oum Kalthoum [considérée comme la plus grande chanteuse du monde arabe, décédée en 1975], le chemin des enfants vers l'école, la boulangerie au coin de la rue, les odeurs de cuisine, les murs contre lesquels rebondissaient les ballons des jeunes footballeurs, les murmures du muezzin avant la prière, et tous ces gestes épars qui semblaient insignifiants — saluer quelqu'un, éviter un autre — mais qui, ensemble, donnaient tout son sens à l'existence. Les ruines détruisent cette trame invisible et effacent ce qu'aucune reconstruction, même si elle venait un jour, ne pourrait vraiment restituer.
Ainsi lors de leur destruction les maisons deviennent une affaire politique. Elles incarnent ce que signifie prendre une société pour cible. Leur effondrement écrase aussi des archives intimes. Parmi les gravats, les survivants récupèrent une clé, une couverture de livre, un jouet, une lettre d'amour, un cadre photo brisé, une bague en or héritée, un récipient déformé, parfois même un sous-vêtement. Ces vestiges portent le poids de leur monde disparu. Ils deviennent des preuves affectives arrachées à la poussière et au risque de l'oubli définitif.
Les ruines comme crime administratif
La destruction par Israël des archives et des registres de propriété donne une ampleur incontestable à cette politique de destruction, désormais visible jusque dans le sud du Liban après avoir été systématisée en Palestine. Titres de propriété, certificats de naissance, contrats de mariage, diplômes universitaires, archives municipales, plans cadastraux et registres de population constituent l'ossature juridique de toute société. Leur pillage ou leur destruction fabriquent un chaos destiné à durer.
La famille qui perd sa maison devra plus tard prouver qu'elle possédait ce qui a disparu. L'héritier devra démontrer ses droits alors que ses documents ont brûlé. Le quartier détruit devient un espace disputé, exposé à la falsification, à la spéculation ou à une « reconstruction autoritaire ».
En ce sens, l'attaque israélienne contre les archives complète celle menée contre la pierre. Car si la destruction visible anéantit le lieu, la destruction administrative ébranle le droit même de le posséder. Les survivants se retrouvent face à une double disparition : celle de la maison et celle des documents attestant de son existence sociale. Ainsi, la violence génocidaire devient un processus sans fin, laissant derrière elle un champ de doutes et d'incertitudes.
De l'absence à la persistance
Une génération entière de Palestiniens vivra avec cette expérience. Les enfants de Rafah, Khan Younès ou Jabaliya apprendront les noms des lieux à travers ce qui a disparu. Ils entendront parler d'une école démolie, d'un marché autrefois vivant, d'un immeuble dont il ne reste qu'une photo ou une affiche. Leur mémoire se forgera dans un dialogue permanent avec l'absence.
Certains grandiront sous des tentes, dans des centres d'hébergement collectifs ou chez des proches. Leur rapport au monde sera marqué par une familiarité terrible avec l'effondrement et avec la fragilité du béton, qui leur semblait pourtant solide.
Une génération de Libanais du Sud vivra une expérience sombre semblable, avec les décombres et le vide, quoique dans des conditions moins extrêmes.
Mais les ruines peuvent dépasser le sens qu'Israël leur donne en tant que politique ou finalité. Elles peuvent conserver la trace de ce que l'extermination tente d'effacer définitivement. Elles peuvent aussi devenir un témoignage, à condition que leurs habitants y survivent et puissent y revenir.
C'est pourquoi la vie continuera à Gaza. Beaucoup continueront à travailler, à persévérer, à endurer l'épreuve. Cela n'est d'aucune consolation. La persévérance ne peut réparer l'irréparable ni transformer la douleur en espoir. Elle dit simplement que la vie même poignardée persiste là où la politique israélienne de destruction veut imposer le néant.
Dans le sud du Liban, la vie reviendra un jour dans les villages détruits et désertés. Elle reprendra le dessus pour que les vidéos déchirantes d'aujourd'hui ne soient pas le dernier chapitre de cette histoire. (Article publié sur le site arabe Megaphone le 15 mai 2026 ; traduction de l'arabe pour alencontre.org par Suzanne Az).
[1] Selon le site du Monde, en date du 20 mai 2026 à 16h40 : « Au moins 3073 personnes ont été tuées et 9362 blessées par des attaques israéliennes au Liban depuis le 2 mars, selon les derniers chiffres du ministère de la santé libanais. » (Réd.)
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L’entente d’aujourd’hui avec l’Alberta sape l’un des derniers piliers du plan climatique du Canada
Territoires non cédés de la Nation algonquine anishinaabe [OTTAWA], 15 mai 2026 : Les organisations environnementales et de la société civile condamnent fortement l'annonce faite aujourd'hui concernant l'accord entre le Canada et l'Alberta, qui affaiblit la tarification du carbone industriel et réaffirme l'engagement à accélérer la construction d'un oléoduc vers la côte ouest de la Colombie-Britannique.
15 mai 2026 | Réseau Climat Canada
Cet accord repousse à 2040 la date à laquelle l'Alberta devra atteindre un prix effectif sur le carbone de 130 dollars la tonne — soit dix ans plus tard que prévu initialement. Cette mesure est désormais présentée comme un objectif plutôt que comme un seuil minimal.
« Avec l'annonce faite aujourd'hui, le Premier ministre Carney sape l'un des derniers piliers du plan climatique du Canada », a déclaré Caroline Brouillette, directrice exécutive du Réseau action climat Canada.
« Le premier ministre a été élu en promettant de renforcer le système de tarification du carbone industriel. Il en a fait le pilier de sa stratégie climatique et s'en est servi pour justifier la suppression d'autres mesures visant à responsabiliser les pollueurs. Au lieu de cela, il démantèle des protections essentielles pour les écosystèmes et les communautés et laisse l'industrie pétrolière et gazière, détenue par des intérêts américains, établir ses propres règles, alors que les Canadien.ne.s sont confronté.e.s à la hausse du coût des énergies fossiles et aux catastrophes climatiques.
« Accélérer la construction d'un oléoduc en 2027 — sans le consentement des Premières Nations, sans promoteur du secteur privé et alors que la demande en énergies fossiles s'effondre en Asie — défie véritablement toute logique. Ce projet ne serait pas viable sans subventions publiques — et les Canadien.ne.s ne veulent pas que leur argent soit gaspillé dans un autre oléoduc coûteux. »
Cet accord intervient après une année marquée par un recul constant des politiques climatiques. Tout récemment, le gouvernement fédéral a annoncé des modifications réglementaires qui videraient de leur substance les mesures de protection de l'environnement et les garanties procédurales au Canada, et a publié une stratégie d'électrification qui permettrait d'augmenter la part des énergies fossiles dans le réseau électrique.
« Le gouvernement Carney met en œuvre ces changements sous prétexte de construire des grands projets. Mais ne pas se demander si nous construisons les bonnes infrastructures, de la bonne manière, ne fera que créer de nouveaux obstacles et retards, tout en nous enlisant dans une économie d'une autre époque. Ce n'est pas ce dont le Canada a besoin — pour sa compétitivité, sa sécurité et une planète saine pour les générations futures », a ajouté Caroline Brouillette.
Citations :
Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales, Équiterre :
« Le premier ministre se sert de la guerre commerciale avec les États-Unis pour enfoncer le Canada dans la dépendance aux hydrocarbures, alors que le monde cherche par tous les moyens d'en sortir. S'il a fait un bon diagnostic des transformations géopolitiques, il reste étonnamment attaché aux vieilles solutions. Le gouvernement de l'Alberta et l'industrie pétrogazière qui se plaignent d'être désavantagés, même après s'être fait donné un pipeline de 34 milliards $ aux frais des contribuables, c'est un sport national au même titre que le hockey. Ce n'est pas une excuse pour affaiblir les protections environnementales et se priver des mesures fiscales nécessaires pour protéger les communautés contre les impacts des changements climatiques. »
Anne-Céline Guyon, analyste climat-énergie, Nature Québec :
« Ce recul sur la taxe carbone industrielle n'est qu'une pierre de plus à la voie que pave le gouvernement fédéral aux pétrolières et gazières depuis un an déjà. Mesures après mesures, nous assistons à l'orchestration d'un démantèlement précis et systématique de toutes les lois qui protégeaient la population et l'environnement au profit d'une industrie fossile obsédée par une seule chose : gonfler encore davantage les profits déjà colossaux de ses actionnaires avec l'argent des contribuables. S'il subsistait encore un doute sur les intérêts que sert réellement le gouvernement fédéral, il vient aujourd'hui de tomber. »
Louis Couillard, responsable de la campagne climat-énergie pour Greenpeace Canada :
« La seule chose qui progresse plus vite que le démantèlement des politiques climatiques canadiennes, c'est la révolution mondiale des énergies renouvelables ! Le gouvernement Carney, qui choisit les profits des grandes pétrolières au détriment de cette révolution, est en train de voler aux Canadiens la chance de bâtir un pays plus vert et plus sécuritaire. Un monde plus vert est logiquement un monde plus sûr et plus abordable, ne confondons donc pas ce qui est bon pour les compagnies pétrolières avec ce qui est bon pour le monde ordinaire. »
Dre Samantha Green, présidente, Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME) (dont fait partie l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME) :
« Les conclusions sont claires et cohérentes : la grande majorité de la population canadienne est préoccupée par les changements climatiques et souhaite que nos dirigeants agissent. Et pourtant, nous assistons à un démantèlement massif de la politique climatique par le gouvernement fédéral, précisément au moment où les répercussions de la crise climatique sur la santé s'accélèrent autour de nous. La tarification du carbone industriel est l'un des outils les plus efficaces dont dispose le Canada pour réduire la pollution. L'affaiblir tout en augmentant la production d'énergies fossiles envoie un message irresponsable selon lequel les accords politiques à court terme importent plus que la santé et la sécurité de la population canadienne. Le coût de ces décisions se mesurera en vies humaines. »
André Bélanger, directeur général Fondation Rivières :
« Jour de deuil pour la nature aujourd'hui. Ce nouveau recul du premier ministre Carney vient saboter les efforts du Québec en matière de transition énergétique. Pendant que la planète adopte à grande vitesse les sources d'énergie renouvelable, Ottawa accélère la course du Canada vers les hydrocarbures en déclin en faisant fi de la protection de l'environnement et de la réalité des changements climatiques. Pathétique. »
Climate Action Network – Réseau action climat (CAN-Rac) Canada est le plus vaste réseau d'organisations travaillant sur les questions liées aux changements climatiques et à l'énergie au Canada. Il s'agit d'une coalition de près de 200 organisations opérant d'un océan à l'autre. Nos membres rassemblent des groupes environnementaux, des syndicats, des Premières Nations, des organisations de justice sociale, de développement, de santé et de jeunesse, des groupes religieux et des initiatives locales.
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Alors que le Canada semble s’accrocher aux énergies fossiles, une grande partie du monde va de l’avant
On pourrait pardonner aux observateurs internationaux peu avertis de croire que le Canada est entre les mains rassurantes d'un champion du climat. Après tout, alors que les reculs en matière de politique climatique règnent en maître dans l'Amérique de Donald Trump, le Canada est aujourd'hui dirigé par un homme qui, alors qu'il occupait le poste de gouverneur de la Banque d'Angleterre, a prononcé en 2015 un discours salué par la critique, « Breaking the tragedy of the horizon », mettant en garde la communauté financière mondiale contre les risques financiers du changement climatique ; qui a ensuite occupé le poste d'envoyé spécial des Nations unies pour l'action climatique et le financement ; et dont le livre de 2022, Value(s), traitait longuement de la « menace existentielle » que représente le changement climatique. Un homme qui a récemment ébloui le monde avec son discours à Davos sur la manière dont les puissances moyennes peuvent tenir tête aux tyrans mondiaux.
tiré du site ecosocialist Vancouver | [Photo du haut : « Versez une petite larme pour nous. Puis reprenez le combat. » Photo : Roger Lemoyne/Reuters]
Écoutez, on comprend. À côté de Trump, Carney semble si affable, réfléchi et calme – une bouée de sauvetage de stabilité dans un nouveau monde instable.
Beaucoup au Canada partageaient encore récemment ce point de vue. En effet, il y a à peine plus d'un an, des centaines, voire des milliers de militants pour le climat ont rejoint le Parti libéral du Canada pour aider à faire élire Carney comme successeur de Justin Trudeau. Quelques mois plus tard, des centaines de milliers d'électeurs préoccupés par le climat ont voté en faveur de Carney au poste de premier ministre.
Malheureusement, cependant, une réalité bien différente se dessine. À mesure que les différents volets de la stratégie climatique du Canada sont démantelés, de plus en plus de ces électeurs inquiets pour le climat ressentent un profond remords, désorientés par le décalage entre la personne qu'ils pensaient soutenir et un plan climatique désormais en ruines.
Carney ne parle presque plus de la crise climatique, contribuant ainsi à la quasi-disparition du sujet des conversations courantes et renforçant le sentiment d'isolement de la majorité silencieuse des personnes préoccupées par le climat (une dynamique inquiétante sur laquelle The Guardian a déjà écrit). Mais la rupture va bien au-delà du silence radio de Carney.
Le démantèlement du plan climatique du Canada
Parmi ses premières mesures en tant que Premier ministre, Carney – qui, dans sa vie antérieure, ne jurait que par les solutions fondées sur le marché – a supprimé le prix du carbone pour les consommateurs au Canada.
La nouvelle Stratégie de compétitivité climatique de Carney adopte une approche « fondée sur la stimulation des investissements, et non sur les interdictions ». Conformément à cette orientation, son gouvernement s'est attelé à abroger ou à affaiblir pratiquement tous les mandats climatiques mis en place par son prédécesseur. Les réglementations sur le méthane ont été affaiblies et reportées. Le Règlement sur l'électricité propre du Canada (initialement conçu pour rendre notre réseau entièrement exempt de combustibles fossiles d'ici 2035) a été considérablement repoussé (à 2050) et a rouvert la porte à de nouvelles centrales électriques au gaz.
Un plafond prévu pour les émissions du secteur pétrolier et gazier (sur lequel le mouvement pour le climat a passé des années à mener des consultations) a désormais été supprimé. La législation anti-greenwashing a été signalée pour être abrogée. Et les obligations relatives aux véhicules à zéro émission (ZEV) ont été considérablement retardées et affaiblies, contribuant à une chute spectaculaire des ventes de véhicules électriques au Canada.
Carney s'est également engagé à fond dans le soutien aux nouvelles infrastructures liées aux combustibles fossiles. Le premier ministre est résolu à déréglementer l'environnement, en exemptant de certaines lois environnementales les projets jugés « essentiels à la construction de la nation ». De grands projets de nouvelles installations de GNL et de gazoducs ont été accélérés et seront probablement subventionnés par le gouvernement fédéral (le GNL a déjà bénéficié de nouveaux crédits d'impôt).
Il a doublé les crédits d'impôt pour les projets de capture et de stockage du carbone, et a désormais étendu la subvention à la « récupération assistée du pétrole » – ce qui signifie que le crédit est désormais accessible aux projets qui utilisent le carbone capturé pour extraire encore plus de pétrole par fracturation hydraulique.
Et un nouveau « fonds souverain » fédéral a été annoncé, qui utilisera probablement l'argent public pour subventionner de nouveaux projets d'infrastructures liés aux combustibles fossiles (en gros, l'exact opposé du fonds norvégien, qui a fait ses preuves).
Tout cela en refusant catégoriquement d'envisager un impôt sur les bénéfices exceptionnels des compagnies pétrolières et gazières qui, dans le sillage de la guerre en Iran, s'apprêtent à engranger des profits records aux dépens de la majorité de la population.
Au début du mois, tous les sentiments refoulés de chagrin et de trahison ont éclaté au grand jour lorsque Carney et la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, ont annoncé un nouvel accord énergétique visant à ouvrir davantage la voie à un énième pipeline de bitume et, plus précisément, à permettre à l'Alberta – qui abrite la plus grande source d'émissions du Canada, les sables bitumineux – d'affaiblir considérablement son prix du carbone industriel. Le Réseau Action Climat Canada a qualifié cet accord de « coup de massue porté à l'un des derniers piliers du plan climatique canadien. »
Alors que le prix du carbone industriel au Canada devait atteindre 170 dollars la tonne d'ici 2030, en vertu de cette dernière capitulation, le prix en Alberta n'atteindra désormais que 130 dollars d'ici 2040, réduisant cet outil climatique à une quasi-insignifiance. Lorsque Carney a supprimé le prix du carbone pour les consommateurs immédiatement après son accession au poste de premier ministre, il avait promis de renforcer le prix du carbone industriel (et plus déterminant). Il a choisi de faire le contraire.
Même pour le très posé Canadian Climate Institute, qui fait habituellement preuve d'une patience exaspérante face au gradualisme du gouvernement fédéral, c'était un pas de trop, déclarant que le nouvel accord entre le gouvernement fédéral et l'Alberta « rend l'engagement du Canada d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 définitivement hors de portée ».
Rationaliser l'inexplicable
Certains restent disposés à laisser passer tout cela à notre premier ministre, arguant qu'il doit faire face à un mouvement séparatiste de taille en Alberta. Ce mouvement soutenu par Trump reste minoritaire, représentant environ un quart des Albertains, mais ses partisans se font entendre. Les défenseurs de Carney affirment que toutes les concessions susmentionnées sont nécessaires pour apaiser l'Alberta et « plaider en faveur d'un Canada uni ».
Mais les antécédents de ce raisonnement renforcent tous les risques habituels liés à l'apaisement. C'est cette même logique qui a justifié la décision de l'ancien premier ministre de dépenser 34 milliards de dollars pour construire l'extension du pipeline Trans Mountain afin de transporter davantage de bitume de l'Alberta vers la côte Pacifique, sans qu'aucune récompense politique n'en découle.
Certes, certains continuent de penser que Carney se livre à une partie d'échecs en quatre dimensions d'une grande finesse, déconcertant le secteur pétrolier et ses soutiens politiques tout en préparant le terrain pour une grande transition, sans les absurdités théâtrales de Trudeau.
Mais un an après, nous abandonnons cette idée. Il n'existe aucun scénario dans lequel ces changements de politique n'augmenteraient pas à la fois les émissions nationales du Canada et, plus encore, la pollution carbone en aval ailleurs, par l'expansion des exportations de pétrole et de gaz.
Désolé d'être porteur de mauvaises nouvelles. Versez une petite larme pour nous. Puis reprenons le combat. Le mouvement climatique canadien retrouve ses repères. Il n'y a aucune garantie que ces nouveaux projets liés aux combustibles fossiles au Canada trouveront les investisseurs et les acheteurs dont ils ont besoin pour se concrétiser. De nombreuses nations autochtones affirment qu'elles feront tout leur possible pour en bloquer la réalisation. Et tandis que le Canada s'accroche peut-être aux combustibles fossiles, une grande partie du monde passe à autre chose.
Seth Klein est un écrivain et militant canadien pour le climat, auteur du livre A Good War : Mobilizing Canada for the Climate Emergency, et ancien chef d'équipe de la Climate Emergency Unit. Vous pouvez consulter sa newsletter ici.
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La nouvelle stratégie énergétique de Carney privilégie les emplois d’hier plutôt que ceux de demain
Mark Carney multiplie les annonces liées à l'énergie à un tel rythme qu'il est difficile de s'y retrouver. En fin de compte, ses nouvelles politiques et initiatives favorisent largement les combustibles fossiles, au détriment non seulement de l'environnement et des intérêts des Autochtones, mais aussi du secteur vital des énergies propres.
14 mai 2026
Le premier ministre canadien Mark Carney utilise une stratégie d'assaut tous azimuts pour mettre en œuvre un changement majeur en matière de politique environnementale et énergétique.
En l'espace de quelques jours, son gouvernement a publié un document de travail décrivant un nouveau processus d'approbation beaucoup plus rapide pour les grands projets, et a annoncé une nouvelle stratégie nationale en matière d'électricité, dont l'objectif ambitieux est de doubler la capacité du réseau électrique canadien d'ici 2050.
Plus tôt dans la semaine, le premier ministre s'est entretenu avec la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, du Parti conservateur uni, et a laissé entendre que le gouvernement fédéral était disposé à ralentir la hausse prévue de la taxe industrielle sur le carbone, principal outil politique du Canada contre les émissions de gaz à effet de serre.
La taxe industrielle sur le carbone s'élève actuellement à 95 $ la tonne et devait passer à 170 $ la tonne d'ici quatre ans, soit d'ici 2030.
Selon des sources gouvernementales anonymes, M. Carney a accepté de ramener le prix prévu pour 2030 à 130 $ la tonne.
Dans le cadre de cet accord, M. Carney a également accepté d'ouvrir la voie à la construction d'un autre pipeline destiné à acheminer le bitume de l'Alberta vers la côte ouest – et de là, par pétrolier, vers des clients étrangers.
Le premier ministre et le premier ministre Smith se réuniront à nouveau le vendredi 15 mai pour officialiser cet accord.
Tout cela a de quoi inquiéter ceux qui se soucient de l'avenir de la planète.
Alerte aux espèces menacées
Le document sur les grands projets, par exemple, mentionne la possibilité de permettre le démarrage anticipé de la construction avant même que la décision relative aux répercussions ne soit prise. Agir ainsi pour un projet créerait un fait accompli et rendrait le processus d'évaluation inefficace.
Le document fait également écho au projet de loi C-5 de 2025 en accordant aux ministres du Cabinet le droit d'« ajuster les conditions d'évaluation et les conditions environnementales » lorsque cela est nécessaire, « dans l'intérêt national ».
De plus, le document propose de conférer au Cabinet un « pouvoir limité » non défini pour exempter certains projets de l'application de ce qu'il appelle « le critère de mise en péril des espèces en péril ».
Cette expression qui semble anodine signifie que même si un projet, tel qu'une mine ou un pipeline, risquait de menacer l'existence même d'une espèce menacée ou en voie de disparition, il pourrait néanmoins être mis en œuvre – à condition, bien sûr, que le projet soit dans « l'intérêt national ».
Concrètement, une telle disposition pourrait permettre à une exploitation minière de déverser ses résidus dans des lacs et autres plans d'eau, tuant, par exemple, une espèce rare de truite ou une autre créature aquatique.
La Stratégie en matière d'électricité, quant à elle, rendrait l'électricité produite par les quatre provinces qui sont les principaux producteurs d'hydroélectricité propre plus largement accessible à travers le pays.
Ce serait une issue salutaire, du point de vue des changements climatiques.
Mais, « à court terme », la Stratégie favoriserait également l'électricité produite à partir du gaz naturel – qui, bien que plus propre que d'autres combustibles fossiles, n'est pas une source d'énergie renouvelable. À cette fin, Carney a annoncé que son gouvernement allait « adapter la réglementation sur l'électricité propre ».
Le secteur des énergies renouvelables n'est pas du tout satisfait
Malgré le discours conciliant du gouvernement en public, de nombreux partisans de Carney rejettent en privé les objections des groupes environnementaux et autochtones.
Loin des micros, ils se plaignent que le Canada soit à la traîne par rapport à des concurrents sur les marchés mondiaux comme l'Australie – en raison du processus d'approbation rigide, lent, excessivement déférent et inefficace de ce pays.
Mais certains secteurs du monde des affaires sont également en ébullition. Et ils font valoir que la nouvelle approche énergétique et environnementale du gouvernement Carney sera contre-productive et, à long terme, néfaste pour l'économie canadienne.
Une organisation représentant les industries renouvelables et propres au Canada, Canada's Clean50, affirme que le « cadeau de Carney à l'Alberta » (en référence aux modifications de la taxe industrielle sur le carbone) « démantèle activement un secteur à forte croissance ».
Gavin Pitchford, directeur général de Clean50, déclare :
« Un plafond de 130 $ la tonne d'ici 2040 décimera le secteur des industries propres qui contribue actuellement à hauteur de plus de 200 milliards de dollars à notre PIB et représente environ 700 000 emplois, et qui connaît une croissance rapide. « Si on la soutient, cette contribution pourrait tripler, alors que l'industrie pétrolière est en déclin constant. »
Le choix du gouvernement de privilégier apparemment le pétrole, le charbon et le gaz non renouvelables au détriment des énergies propres fait fuir les investissements et les compétences, met en garde M. Pitchford.
Les « esprits les plus brillants » et les capitaux les plus avisés du secteur des énergies renouvelables sont déjà à la recherche d'opportunités d'investissement et d'emploi dans des pays d'Europe et d'Asie plus favorables aux énergies renouvelables.
« Je reçois des témoignages de jeunes professionnels titulaires d'une maîtrise de l'Université Western et de l'Université de Toronto qui cherchent activement un emploi au Royaume-Uni, au Danemark et à Rome », rapporte M. Pitchford de Clean50.
Les partisans de l'approche de M. Carney, qui consiste à faire marche arrière en matière de droits des Autochtones et d'environnement, soutiennent que l'économie et l'emploi doivent primer sur d'autres considérations « moins concrètes » – compte tenu du dilemme actuel du Canada.
Le mouvement environnemental et les communautés autochtones entendent ce genre d'argument depuis plus d'un an maintenant.
Mais quel argument ces partisans de Carney peuvent-ils opposer aux membres du milieu des affaires canadien qui affirment que le gouvernement fait preuve de myopie en favorisant les emplois et les investissements dans un secteur énergétique en déclin, alors qu'il risque de les perdre dans les secteurs des énergies propres de l'avenir ?

Rapport : Les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté au Québec
L'Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié le rapport suivant : « Les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté au Québec : Portrait statistique à partir de l'Enquête québécoise sur la perception de la pauvreté 2024 ».
Il est en pièce jointe.
Ce rapport fait notamment suite à un avis du Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion qui a « mis en lumière l'absence d'indicateurs quantitatifs sur les perceptions de la pauvreté à l'échelle de la population québécoise ». Le rapport de l'ISQ « présente des résultats sur les croyances quant aux causes de la pauvreté et sur les attitudes, tant négatives et que positives, envers les personnes en situation de pauvreté » et il traite « des situations discriminatoires auxquelles ces personnes sont confrontées, de même que des conséquences que les préjugés peuvent avoir sur leur vie quotidienne ».
Nous vous reviendrons dans les prochaines semaines sur son contenu.
Solidairement.
L'équipe
Collectif pour un Québec sans pauvreté
Voici l'avant propos du rapport
Avant-propos
La pauvreté est une réalité complexe et persistante au Québec, qui touche un grand nombre de per sonnes et de familles. Elle a des répercussions profondes sur la qualité de vie, la santé et le bien-être des personnes concernées. Depuis l'adoption, en 2002, de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le gouvernement du Québec s'est engagé à bâtir une société plus solidaire et inclusive, notamment en combattant les préjugés auxquels peuvent être confrontées les personnes en situation de pauvreté. Dans la continuité des travaux réalisés par le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion (CEPE), qui ont mis en lumière l'absence d'indicateurs quantitatifs sur les perceptions de la pauvreté à l'échelle de la popu lation québécoise, l'Enquête québécoise sur la perception de la pauvreté au Québec 2024 (EQPP 2024) marque une étape importante. Réalisée par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) à la demande du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), elle vise à mieux comprendre l'ampleur des préjugés à l'égard des personnes en situation de pauvreté. L'EQPP 2024 permet également d'identifier, à l'échelle de la province, les caractéristiques des personnes qui entretiennent de tels préjugés ainsi que celles qui en sont la cible.
Dans ce rapport, on présente des résultats sur les croyances quant aux causes de la pauvreté et sur les attitudes, tant négatives et que positives, envers les personnes en situation de pauvreté. On y traite aussi des situations discriminatoires auxquelles ces personnes sont confrontées, de même que des consé quences que les préjugés peuvent avoir sur leur vie quotidienne.
Grâce à l'EQPP 2024, le Québec dispose pour la première fois de données populationnelles au sujet des préjugés à l'égard de la pauvreté. En plus de répondre aux besoins d'information du MESS, ces données seront précieuses pour les équipes de recherche, les organismes communautaires et les personnes en gagées auprès des personnes en situation de pauvreté.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre au questionnaire de l'EQPP 2024. Leur participation a été essentielle à la réalisation de cette enquête. Je remercie également les membres du personnel de l'ISQ, les membres du comité d'orientation de projet et les représentants et représentantes du MESS, dont la collaboration a grandement contribué au succès de ce projet et à la production de ce rapport.
Le statisticien en chef, Marc Sirois
Le statisticien en chef,
Marc Sirois
https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/prejuges-personnes-situation-pauvrete-2024.pdf
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« Le discours doit changer : parlons de pauvreté ! »
« Le Collectif pour un Québec sans pauvreté, accompagné du FRAPRU, du Regroupement des cuisines collectives du Québec et de l'Union des consommateurs, appelle les candidates et candidats aux élections provinciales à faire de la lutte contre la pauvreté une priorité nationale. Cet appel s'inscrit dans le cadre de sa tournée panquébécoise, Le discours doit changer, parlons de pauvreté !, amorcée en septembre dernier et dont l'Agora pour un Québec sans pauvreté constitue l'aboutissement. Cette Agora a rassemblé des centaines de personnes de partout au Québec au cours des deux derniers jours.
À l'automne, le Collectif a publié le Manifeste pour un Québec sans pauvreté, un document qui a été au cœur de la tournée. Ce manifeste met de l'avant quatre principes indissociables qui doivent guider l'action gouvernementale en matière de lutte contre la pauvreté : améliorer le revenu des personnes les plus pauvres avant celui des plus riches, renforcer l'accès universel aux services publics, placer les personnes en situation de pauvreté au cœur des décisions qui les concernent et lutter contre les préjugés. Il a depuis été appuyé par près de 1 400 organisations — communautaires, syndicales, étudiantes, féministes et issues du milieu de la santé et des services sociaux — à travers tout le Québec. »(Extrait du communique du Collectif pour un Québec sans pauvreté)
L'agora, d'envergure nationale, s'est tenue au Par Cartier-Brébeuf à Québec. Le vendredi 22 mai fut une journée de réflexion collective où des ateliers ont abordé des sujets variés comme le droit à l'alimentation, la précarité énergétique, la pauvreté en milieu rural et le droit à la « vie bonne ».
Le samedi 23 mai, la manifestation qui a rassemblé des centaines de personnes de toutes les régions du Québec a parcouru les rues de Limoilou. Avant le départ de la manifestation, des intervenantes et des intervenants du Collectif pour un Québec sans pauvreté, du FRAPRU, du Regroupement des cuisines collectives du Québec et de l'Union des consommateurs ont dénoncé les différentes facettes de la pauvreté et ont demandé aux partis politiques de s'engager sur ces enjeux lors de la prochaine campagne électorale.
Nous présentons ci-dessous, des extraits vidéos de ces interventions :
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Retour sur une année de mobilisation au Cégep de Saint-Laurent
Alors que la session d'hiver se termine et qu'un mandat de grève a été exercé, les étudiants du Cégep de Saint-Laurent, à Montréal, concluent une année importante de mobilisation contre la dégradation des services et des bâtiments de leur école. Ancien épicentre du mouvement étudiant de 2012, le cégep a aussi vu des organisateurs tenter de relancer une culture de mobilisation qui s'était affaiblie ces dernières années.
22 mai 2026 | tiré de l'Étoile du Nord
https://etoiledunord.media/2026/05/22/retour-sur-une-annee-de-mobilisation-au-cegep-de-saint-laurent/
Les étudiants ont tenu leurs premières journées de grève en novembre 2025, suivies d'une semaine complète de débrayage en mars 2026, puis d'une dernière journée de grève le 1er mai. Présente sur la ligne de piquetage le 1er mai, L'Étoile du Nord a rencontré Nour El-Hage, organisateur au sein de l'association étudiante, pour faire le bilan de l'année et des gains réalisés.
« Je pense que ça a été incroyable. Pendant la semaine de grève, on était peut-être cinq personnes à faire tout le travail, puis c'était correct. Mais après la grève, on s'est retrouvés avec des comités de 20 personnes. Pour moi, c'est une énorme victoire. Peut-être qu'on n'a pas obtenu des gains immédiats de la direction, mais honnêtement, réussir à relancer l'association étudiante, redonner de l'intérêt aux étudiants, faire revivre cette communauté et redonner le goût au monde de s'impliquer, ça vaut plus qu'une petite victoire ponctuelle. »
Selon El-Hage, même si l'administration a réussi à repousser les négociations à la session suivante, sa façon de gérer le conflit a aussi poussé davantage d'étudiants à se mobiliser.
« Le fait que les gens aient vu que la direction ne représentait pas forcément leurs intérêts a vraiment aidé à rallier des centaines d'étudiants. Avant, il y avait surtout un sentiment d'impuissance. Tout le monde voyait bien que le cégep allait mal, mais les gens n'avaient pas d'exemple concret. Comment faire une grève ? Quel genre d'action organiser ? Le fait de montrer que c'était possible, je pense qu'aujourd'hui ça donne envie au monde de s'impliquer et d'arriver avec des idées. »
« On a maintenant une bonne base. On peut continuer et monter d'un cran dès la prochaine session. Bien sûr, ça aurait été le fun d'obtenir nos revendications tout de suite. Mais le potentiel qu'a maintenant l'association étudiante nous permet d'aller beaucoup plus loin. »
Le mandat de grève est arrivé dans la foulée des compressions de 151 millions de dollars imposées aux cégeps par le gouvernement de la CAQ, de la détérioration des services et des infrastructures du cégep, ainsi que de la sous-traitance de certains emplois d'entretien. Parmi les revendications étudiantes figuraient un local permanent pour l'infirmière de l'école, des postes permanents pour les employés, un accès complet aux espaces d'étude et une prise de position du cégep contre l'austérité du gouvernement Legault.
Le 1er mai, L'Étoile du Nord a aussi rencontré Jess Corneau, travailleur de soutien au cégep et délégué syndical, afin de recueillir son regard sur le mouvement étudiant de cette année.
« On a vu une mobilisation très rapide et très grosse. Pendant la semaine de grève en mars, il y avait quasiment 300 personnes, juste des étudiants. Puis ce matin, il y en avait encore facilement 150. Il n'y a pas si longtemps, le piquetage devant le cégep, c'était surtout une centaine d'étudiants en résidence, puis même ça, c'était difficile. Là, tout le monde débarque. On voit que les jeunes font leur part et apprennent vite. Mais ce qui est triste, c'est qu'ils apprennent vite parce qu'ils n'ont pas le choix. Le réseau des cégeps est en train de s'effondrer. En ce moment, tous les cégeps de Montréal ont l'air de ça. »
L'année a aussi été marquée par la mobilisation des syndicats du personnel professionnel et de soutien, qui font eux aussi face à leurs propres défis, notamment les gels d'embauche et la menace de sous-traitance. Selon Corneau, un effort plus grand a été fait pour rapprocher les luttes des différents groupes du cégep.
« On a mis sur pied un comité de mobilisation intersyndical au lieu que chacun reste dans son coin à faire ses activités et sa campagne. On parle de tout le monde dans le cégep : les étudiants, les profs, les professionnels. On a uni nos efforts. On a même fait un journal ensemble, avec la participation des étudiants. Ça a vraiment changé la nature de la lutte, parce que la direction est très déstabilisée. Ils ne sont pas habitués à nous voir aussi organisés. Le patronat a toujours peur de l'organisation au travail. Ça fonctionne très bien. Notre direction panique un peu. Ils ne savent pas trop quoi faire avec ça. »
El-Hage dit que cette collaboration entre étudiants et travailleurs a aussi eu un effet positif sur le moral et la vision des étudiants.
« C'était vraiment fort, surtout pour les étudiants qui voyaient leurs profs sur les lignes de piquetage. Ce n'était plus juste l'association étudiante qui faisait grève comme d'habitude. Là, ça devenait clair que c'était un vrai problème, un front commun pour un service public qu'on partage tous. Les profs donnent les cours, les professionnels les soutiennent et font rouler le cégep. On fait tous partie de cette institution. C'est normal qu'on se batte ensemble pour elle. »
Pour la suite, El-Hage insiste sur l'importance de continuer le travail de mobilisation pendant l'été afin d'être prêts pour la session d'automne et une semaine de grève prévue en novembre, déjà votée dans plusieurs cégeps montréalais. Il voit aussi un potentiel plus large pour l'association étudiante, alors que différentes luttes commencent à se rapprocher, comme l'a montré la participation de certains étudiants à une action des cols bleus de Montréal en grève le matin du 1er mai.
« Idéalement, j'aimerais voir l'association étudiante devenir — pas un centre d'organisation nécessairement — mais un endroit où des étudiants mobilisés peuvent ensuite appuyer des campagnes et des luttes dans le quartier. Ça voudrait dire qu'ils jouent un vrai rôle dans leur communauté et qu'ils participent concrètement à l'organisation. Les voir aller à l'action des cols bleus, les voir prêts à travailler avec les syndicats d'enseignants… Ça me donne vraiment l'impression qu'il y a un chemin intéressant à suivre. »
Coupes massives dans le secteur public québécois
Après des années de coupes sous les gouvernements libéraux de Charest et Couillard, la CAQ continue dans la même direction. Mais couper ne fait pas disparaître les besoins. Les réformes de Legault, sous prétexte d'efficacité, ouvrent surtout la voie au privé, qui tire maintenant des profits d'une part croissante des services publics.
1. « Coupes » budgétaires
2.La CAQ laisse les écoles et CÉGEPs s'effondrer
3. Legault prétend que les coupures en santé n'affecteront pas les services
4. La CAQ impose l'austérité aux étudiants et travailleurs des écoles
5. Budget 2025 du Québec—Aides pour les patrons, coupes pour les autres
6. Des étudiants en grève parce que leur cégep s'effondre
7.Bureaucratie et coûts en santé explosent, la CAQ trahit ses engagements
8. Des travailleurs et des étudiants condamnent les coupes dans les Cégeps
9. Les ambulanciers en grève générale dénoncent le « mépris » du gouvernement
10. Témoignages et contestation suivent la rentrée au Québec
11.Incertitude pour les employés de soutien d'un Cégep sous-financé
12. Des étudiants en grève contre le sous-financement, les suppressions d'emplois
13. Un groupe de travailleurs organise une riposte à l'austérité
14. 12 travailleurs perdent leurs emplois au Cégep de Saint-Laurent
15. Retour sur une année de mobilisation au Cégep de Saint-Laurent
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Projet de loi n° 4 : Sans prévention, les femmes subiront toujours de la violence
L'R des centres de femmes du Québec salue la présentation du projet de loi n° 4, Loi sur la communication de renseignements aux fins de protection contre la violence d'un partenaire intime et modifiant diverses dispositions législatives, aussi appelée Loi Gabie Renaud et inspirée de la loi Clare.
L'R considère qu'il est essentiel de développer des outils permettant aux femmes d'avoir accès à des informations susceptibles de contribuer à leur sécurité. Dans un contexte où les féminicides et les violences envers les femmes continuent de faire des victimes partout au Québec, toute mesure visant à renforcer la protection des femmes mérite d'être prise au sérieux.
L'R souhaite participer aux consultations particulières entourant ce projet de loi afin de contribuer à la réflexion collective sur les moyens à mettre en place pour prévenir les violences faites aux femmes. « Les centres de femmes veulent faire partie de la solution. Depuis des décennies, nous travaillons partout sur le territoire à prévenir les violences, à briser l'isolement, à accompagner les femmes et à renforcer leur pouvoir d'agir. Cette expertise terrain doit être entendue », affirme Julie Drolet, présidente de L'R.
L'R rappelle que les centres de femmes interviennent quotidiennement auprès de femmes vivant différentes formes de violence, notamment la violence conjugale, sexuelle, psychologique, économique et structurelle. Ce travail de prévention, de sensibilisation, d'éducation populaire et d'accompagnement est essentiel, mais insuffisamment reconnu et financé.
L'R tient également à souligner l'importance du travail réalisé par les maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, les maisons de deuxième étape ainsi que SOS violence conjugale. L'organisation souhaite que les discussions entourant le projet de loi se poursuivent de manière concertée avec l'ensemble des groupes de femmes concernés. « La protection des femmes ne peut pas reposer uniquement sur des mécanismes de communication de renseignements ou sur des interventions après coup. Si nous voulons réellement prévenir les violences, il faut aussi investir dans la prévention, le logement, la lutte à la pauvreté et le financement adéquat des Centres de femmes », ajoute Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice de L'R.
L'R des centres de femmes du Québec réitère sa volonté de collaborer aux travaux entourant ce projet de loi afin de contribuer au développement d'une approche globale de prévention et de lutte aux violences faites aux femmes. L'organisation souhaite également faire partie des espaces de discussion actuels et futurs réunissant le gouvernement et les groupes de femmes autour des enjeux liés à la violence envers les femmes.
> Entrevue avec Stéphanie Vallée de L'R, 104,7 Outaouais, 20.05.2026

La Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes est solidaire avec les femmes et le peuple de cuba
À partir des valeurs inspirées de notre féminisme populaire, nous dénonçons et nous nous opposons au plan impérialiste des États-Unis visant à recoloniser le continent américain et à le mettre au service des intérêts des multinationales qui accumulent des capitaux par le pillage violent du bien commun des peuples.
Tiré de l'infolettre de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes CQMMF
https://cqmmf.org/appui-cuba-mai-2026.html?utm_source=Cyberimpact&utm_medium=email&utm_campaign=Infolettre-large--Solidarite-internationale-mai-2026
20 mai 2026
Pourquoi Cuba ? Pendant plus de 60 ans, une petite île sans pétrole, sans terres rares, sans armes de destruction massive a réussi malgré le blocus exercé par l'impérialisme américain à faire des avancées sociales pour le peuple. La réponse est simple : Cuba est un territoire riche de rêves, de solidarité, d'amitié et d'exemples prouvant qu'il est possible de bâtir des relations fondées sur le respect et l'amour. Cuba regorge de professionnels de la santé, de l'agriculture et de la culture. Tout cela témoigne d'une implication des hommes et des femmes et dérange de personnages comme Trump, qui entend imposer un seul type de relation, celle d'oppresseur et d'opprimé, de territoires qui méritent d'être habités et d'autres sacrifiés.
Nous joignons notre voix à celle de la région des Amériques qui exige la levée du blocus contre Cuba et la fin de toutes les hostilités contre ce peuple digne. La véritable solidarité exige que nous ne détournions pas le regard. En tant que citoyennes et citoyens, notre responsabilité est de tendre la main et de défendre collectivement la dignité humaine, la justice sociale et l'égalité. Nos différences sont des richesses, mais notre unité est notre pouvoir.
Agissons ensemble pour transformer l'indifférence en action concrète et pour bâtir une société réellement inclusive.
Nous réaffirmerons toute notre solidarité envers le peuple et les femmes de Cuba. Nous, de la Marche mondiale des femmes, disons NON aux projets du gouvernement trumpiste qui veut remettre en question la souveraineté du peuple cubain.
Nous lançons un appel aux groupes de femmes, aux organisations populaires et syndicales à poursuivre leurs actions de défense de la souveraineté et de l'autonomie de nos peuples, et en particulier du peuple cubain.
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La révolution cubaine, c’est nous, les peuples, qui la défendons
Nous, la Marche mondiale des femmes, disons NON aux plans du gouvernement trumpiste visant à agresser la souveraineté d'un peuple qui ne cède pas et qui, avec une cohérence de classe, continue de résister et de défendre l'héritage de Vilman Espín, de Fidel Castro et de tant de combattantes et de combattants qui n'abandonnent pas la lutte.
Tiré de l'infolettre de la Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes
Le féminisme populaire dénonce et s''oppose au projet impérialiste des États-Unis visant à recoloniser le continent américain et à le mettre au service des intérêts corporatistes des transnationales qui accumulent du capital par la spoliation violente des biens communs des peuples.
Nombreux.euses sont ceux, celles et celleux qui se demandent : « Pourquoi Cuba ? » Pourquoi, depuis si longtemps, une petite île sans pétrole, sans terres rares, sans armes de destruction massive ni accusations de faux cartels de la drogue, est-elle si cruellement étouffée depuis plus de 60 ans ? La réponse est simple : Cuba est un territoire riche en rêves, en solidarité, en amitié et en nombreux exemples qui prouvent que nous pouvons établir des relations fondées sur le respect et l'amour. Cuba regorge de professionnels de la santé, de l'agriculture et de la culture qui se rendent aux quatre coins de la planète pour apporter le Buen Vivir et droits fondamentaux. Bien sûr, tout cela représente une énorme menace pour un système, pour un État et pour un président comme Trump qui prétend nous imposer une relation où il n'y a que des oppresseurs et des opprimés.ées, des territoires qui méritent tout et d'autres qui sont sacrifiés.
Depuis la Marche mondiale des femmes de la région des Amériques, nous exigeons la fin du blocus contre Cuba et de toutes les hostilités envers ce noble peuple.
Nous appelons toutes les organisations populaires à continuer d'organiser des actions pour défendre la souveraineté et l'autonomie de nos peuples, en particulier du peuple cubain.
Nous exigeons que les Caraïbes redeviennent un territoire de paix et de dignité pour tous les peuples.
À nos sœurs cubaines, nous disons : sœurs, camarades, nous sommes avec vous et pour vous.
Nous continuerons à marcher contre les guerres et le capitalisme.
Pour le « Buen Vivir » et les souverainetés des peuples
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Malgré leur pollution numérique considérable, les grandes banques canadiennes divulguent de moins en moins d’informations sur le sujet
Au début de l'année 2025, quelques-unes des plus grandes banques canadiennes, notamment celles qui génèrent le plus d'émissions numériques et qui ont la responsabilité la plus importante, se sont retirées de l'alliance bancaire Net Zéro.
Tiré de The conversation.
Ces institutions, dont l'empreinte carbone numérique est disproportionnée, ont invoqué la complexité réglementaire et les pressions concurrentielles pour justifier leur choix. Cette décision a suscité de nombreuses interrogations de la part des investisseurs, des décideurs politiques et du grand public quant à l'engagement des banques en faveur du développement durable.
Parallèlement, le projet de loi C-59, adopté fin 2024, a introduit de nouvelles dispositions dans la Loi sur la concurrence afin de renforcer l'imputabilité en matière d'écoblanchiment et d'allégations environnementales trompeuses.
Cette coïncidence est frappante : juste au moment où Ottawa resserre les règles de divulgation, les grandes banques qui dominent les émissions numériques se retirent des engagements climatiques volontaires. Cette tension entre les mesures volontaires et l'imputabilité exigée par le gouvernement fédéral souligne la pression croissante exercée sur les institutions financières pour qu'elles prouvent — plutôt que de simplement promouvoir — leur performance environnementale.
Emprunte carbone numérique
Pendant des décennies, les banques se sont présentées comme des chefs de file en matière de développement durable, grâce au financement d'énergies renouvelables et à des engagements ambitieux sur les plans environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pourtant, leur récente sortie des coalitions climatiques, associée à leur empreinte carbone numérique disproportionnée, constitue un revirement alarmant.
Nous avons mené une étude sur l'impact environnemental de neuf banques canadiennes, dont les cinq plus grandes : la CIBC, la Banque TD, la Banque Scotia, la Banque Royale du Canada et la BMO. Notre recherche visait à quantifier leur impact environnemental par le calcul de leur empreinte carbone numérique.
Les banques sont des piliers de notre économie et de notre société. Elles ont le pouvoir et la responsabilité de mener la transition vers une économie plus durable. Cependant, leur récent retrait de l'alliance bancaire Net Zéro, associé aux préoccupations concernant l'écoblanchiment, soulève des questions légitimes quant à leur engagement réel en faveur du développement durable.
Notre objectif, en tant que chercheurs, est de fournir aux clients des banques et aux institutions financières des informations sur leur incidence environnementale. Il est essentiel de comprendre l'empreinte environnementale des opérations numériques des banques, car cet aspect, souvent négligé, représente une part importante de leur empreinte carbone globale.
Nous avons analysé les données publiques de 2024 afin de mesurer l'impact carbone des pratiques numériques des banques canadiennes. Notre étude s'est concentrée sur deux aspects principaux :
1) l'utilisation des sites Web (l'énergie consommée par le chargement des sites, les transferts de données et l'hébergement), et
2) l'acquisition de trafic, qui englobe l'ensemble des activités marketing visant à attirer des visiteurs sur les sites, qu'il s'agisse de courriels, de publicités payantes, d'optimisation des moteurs de recherche ou de campagnes sur les réseaux sociaux.
Notre objectif était de comparer les émissions de carbone entre les banques, d'évaluer leur efficacité par visite et de fournir des informations transparentes au public. En ciblant les opérations numériques les plus polluantes, nous formulons des recommandations d'amélioration.
Médias sociaux
Notre étude a permis de tirer des conclusions intéressantes sur l'impact environnemental numérique des banques canadiennes. La plus frappante est l'écart de performance entre la banque ayant obtenu le moins bon résultat et la meilleure : la première émet deux fois plus de carbone par visiteur que la seconde. Trois banques sont responsables à elles seules des deux tiers des émissions totales.
Afin de clarifier la suite, le terme « acquisition de trafic » désigne le processus consistant à attirer des visiteurs sur un site, que ce soit par des publicités payantes, des résultats de recherche organiques ou du contenu sur les réseaux sociaux. Le trafic organique provient des internautes qui trouvent naturellement le site d'une banque par le biais de moteurs de recherche, de réseaux sociaux ou de marketing de contenu, tandis que le trafic payant est généré par le placement de publicités.
Les données révèlent que 77 % des émissions numériques sont liées à l'acquisition de trafic, contre seulement 23 % pour l'utilisation des sites Web. Bien qu'il ne représente qu'une petite fraction du trafic total, le trafic payant engendre 95 % des émissions liées au trafic, tandis que le trafic organique n'en représente que 5 %.
Le marketing payant sur les réseaux sociaux est particulièrement problématique : il est responsable de 58 % des émissions, alors qu'il ne constitue que 1 % du trafic total.
Autrement dit, les publicités sur les réseaux sociaux manquent d'efficacité si on tient compte des émissions de carbone : un visiteur provenant d'une publicité en ligne émet 418 fois plus de dioxyde de carbone qu'un visiteur provenant de sources organiques.
Ces résultats révèlent que la publicité en ligne, en particulier les campagnes sur les réseaux sociaux, représente une source importante de pollution cachée.
Une source de pollution cachée
Nos conclusions montrent à quel point la publicité en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, constitue une source importante de pollution numérique. La réalité est claire : chaque clic a un coût carbone.
Les banques peuvent améliorer leur marketing entrant, c'est-à-dire les stratégies qui attirent les utilisateurs de manière organique, en proposant un contenu pertinent, en optimisant les recherches et en bonifiant l'expérience utilisateur, plutôt que d'avoir recours à des publicités payantes.
La transparence et les pratiques numériques durables sont essentielles pour des services bancaires écologiques qui permettent de réduire les émissions sans sacrifier l'innovation ou la compétitivité.
Après s'être retirées de l'Alliance bancaire Net Zéro et avoir maintenu leurs engagements publics en matière de neutralité carbone, de nombreuses banques continuent de générer des émissions importantes dans le cadre de leurs activités numériques.
Cette situation soulève une question cruciale pour les autorités de réglementation, les investisseurs et les consommateurs : les banques utiliseront-elles leurs ressources considérables pour montrer l'exemple en matière de durabilité, ou retarderont-elles encore la prise de mesures significatives ?
Notre prochaine étude évaluera si ces institutions tiennent leurs engagements ou persistent dans leurs pratiques actuelles, alors que l'urgence climatique ne cesse de croître.
Victor Prouteau, qui était étudiant à la maîtrise à HEC Montréal à l'époque de cette étude, est coauteur de cet article.

Biodiversité : sans suivi ni trajectoire claire, comment atteindre nos cibles 2030 ?
22 mai 2026 - À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous sommes plus d'une trentaine de représentants et représentantes d'organisations, du milieu scientifique et de la société civile, à demander une feuille de route claire, transparente et cohérente pour atteindre les cibles du Québec en matière de biodiversité d'ici 2030.
En 2022, lors de la COP15 tenue à Montréal, le Québec a appuyé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, par lequel la communauté internationale s'est donné des objectifs ambitieux pour freiner et inverser la perte de biodiversité d'ici 2030. Dans la foulée, le gouvernement du Québec a publié son Plan nature 2030, structuré autour de 14 cibles et 33 objectifs.
Il s'agit d'un engagement important. Mais à quatre ans de l'échéance de 2030, une question demeure entière : savons-nous réellement si nous sommes sur la bonne voie ?
Le Québec dispose maintenant d'un plan et d'un premier plan d'action 2024-2028. Ce qui manque encore, c'est une feuille de route publique, complète et vérifiable jusqu'en 2030 : des cibles intermédiaires, des indicateurs clairs, un échéancier lisible et une reddition de comptes globale permettant de suivre les progrès réalisés, les retards accumulés et les correctifs nécessaires.
Par exemple, bien qu'il soit essentiel d'atteindre les cinq cibles de protection et de restauration du territoire d'ici 2030, nous ne savons pas encore clairement où ni comment ces efforts seront déployés. Les experts sur le terrain seront-ils écoutés pour s'assurer que la biodiversité protégée et les écosystèmes restaurés soient réellement écologiquement représentatifs du territoire québécois et bien connectés ?
Les incertitudes sont encore plus grandes pour les autres volets du Plan nature : pratiques durables, financement de la biodiversité, mobilisation des acteurs, accès à la nature, intégration de la biodiversité dans les décisions économiques et gouvernementales. Plusieurs projets sont en cours, et de nombreux acteurs se mobilisent déjà sur le terrain. Mais il demeure difficile, pour la société civile comme pour les partenaires régionaux, de savoir si l'ensemble de ces efforts nous rapproche réellement des cibles de 2030.
Cette absence de lisibilité crée des incertitudes inutiles. Elle nuit à la mobilisation, complique la planification des organisations et affaiblit la cohérence de l'action publique. Comment demander aux municipalités, aux MRC, aux propriétaires, aux agricultrices et agriculteurs, aux entreprises, aux organismes environnementaux, aux communautés autochtones et aux citoyennes et citoyens de contribuer pleinement à l'effort si la trajectoire d'ensemble demeure difficile à suivre ?
À cela s'ajoute un enjeu de cohérence gouvernementale. La biodiversité ne peut pas être protégée uniquement par le ministère de l'Environnement, de la Lutte aux Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. Les décisions en matière d'aménagement du territoire, de transport, d'énergie, d'agriculture, de foresterie, de développement économique et de finances publiques ont toutes des effets directs sur les milieux naturels. Si les objectifs du Plan nature ne sont pas intégrés de manière transversale dans l'action de l'État, ils risquent de demeurer périphériques plutôt que structurants.
Le Québec ne part pas de zéro. Des actrices et acteurs de partout sur le territoire travaillent déjà à protéger, restaurer et mieux gérer les milieux naturels. Des projets se développent, des concertations régionales se tiennent, des connaissances s'accumulent, des solutions existent. Mais ces efforts doivent maintenant être soutenus par un leadership gouvernemental plus clair, plus cohérent et plus transparent.
Il ne reste que quatre ans avant 2030. C'est peu, surtout lorsque l'on parle de conservation, de restauration écologique, de changement des pratiques et de transformation des façons d'aménager le territoire.
Pour une trajectoire et un suivi clairs jusqu'en 2030
À l'occasion de la Journée internationale de la biodiversité, le gouvernement du Québec devrait s'engager à publier une feuille de route claire jusqu'en 2030, accompagnée de cibles intermédiaires, d'indicateurs publics et d'un mécanisme de reddition de comptes régulier.
Et à l'approche des élections d'octobre, l'ensemble des partis devrait s'engager à atteindre les objectifs 2030 en matière de biodiversité, et à en assurer la continuité au-delà des cycles électoraux et des couleurs politiques. Cette responsabilité est collective : envers le territoire, les générations futures et le vivant.
Signataires
Alain Branchaud, directeur général, SNAP Québec
Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal
André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières
Angélique Dupuch, professeure, Université du Québec en Outaouais
Anne-Josée Laquerre, directrice générale et co-initiatrice, QNP (Québec Net Positif)
Bernice Chabot-Giguère, directrice générale, Association des biologistes du Québec
Brice Caillié, directeur général, Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ)
Carole Dupuis, porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète
Catherine Avard, codirectrice générale, Protec-Terre
David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité
Denis Réale, professeur, Département des sciences biologiques, UQAM
Dominique Berteaux, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Université du Québec à Rimouski
Élise Filotas, professeure, Université du Québec - TÉLUQ
Emma Despland, professeure, département de biologie et Loyola Sustainability Research Centre, Université Concordia
Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE)
Jacques Brodeur, professeur, Université de Montréal
Jonathan Cazabonne, président et cofondateur, collectif Mycosphaera
Julie Lafortune, directrice exécutive, Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes, Université du Québec en Outaouais
Laura Fequino, chercheuse, Université de Sherbrooke
Marco Festa-Bianchet, professeur émerite, Université de Sherbrooke
Marie-Audrey Nadeau Fortin, Analyste Biodiversité, Nature Québec
Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)
Mathieu Cusson, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
Mathieu Laneuville, président-directeur général, Réseau Environnement
Mélanie Guigueno, professeure agrégée, Université McGill
Milena Buziak, directrice artistique et générale, Voyageurs Immobiles
Monique Poulin, professeure, FSAA, Université Laval
Patricia Clermont, responsable Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)
Pierre Campeau, biologiste et président de l'association du lac Guénette
Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours
Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques et gouvernementales, Vivre en Ville
Sophie Calmé, professeure, département de biologie, Université de Sherbrooke
Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front
Valérie S. Langlois, professeure titulaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Vincent Poirier, professeur en sciences du sol et directeur de l'Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire (IRAA), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)
Pour ajouter votre signature : info@ateliersbiodiversitequebec.org

Pas un camion de plus : appel à l’action !
Nous lançons aujourd'hui la campagne Pas un camion de plus, une grande campagne de mobilisation citoyenne d'opposition au projet de terminal de conteneurs de QSL
Chers citoyen-nes et partenaires,
Le gouvernement fédéral de Mark Carney a désigné, le 24 avril dernier, le Port de Québec comme Port de conteneurs international. Ce n'est maintenant plus qu'une question de jours avant que l'entreprise QSL dépose officiellement son avis de projet de terminal de conteneurs au Port de Québec. Cette étape enclenchera enfin le processus d'évaluation et d'atténuation des impacts (PEAI) du Port de Québec.
De notre côté, nous lançons aujourd'hui la campagne Pas un camion de plus, une grande campagne de mobilisation citoyenne d'opposition au projet de terminal de conteneurs de QSL, qui aura pour effet d'augmenter le transport de marchandises par bateau, par train et par camion dans nos milieux de vie déjà saturés en pollution.
Comme lorsque nous avons vaincu Laurentia il y a maintenant 5 ans, nous vous interpellons afin d'unir nos voix et nous mobiliser ensemble contre ce nouveau projet de terminal de conteneurs à la baie de Beauport.
1) Signez la lettre ouverte
Le Littoral Est : une zone sacrifiée
Les quartiers du Littoral Est logent des personnes aux revenus significativement plus bas que les autres quartiers de Québec et l'espérance de vie y est aussi moindre. Ainsi, sous le couvert du « développement économique », les promoteurs du projet de conteneurs veulent sacrifier la santé et la qualité de vie des plus vulnérables de notre société ; il s'agit d'une profonde injustice sociale et environnementale.
Historiquement, Limoilou, Beauport et la basse-ville de Québec sont aux prises avec un lourd héritage industriel, qui se traduit par la présence de nombreuses installations industrielles, portuaires et autoroutières. Ces quartiers (les nôtres) sont donc particulièrement touchés par les enjeux de pollution atmosphérique. D'ailleurs, la Direction régionale de santé publique et le Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques ont dressé, au cours des dernières années, un portrait alarmant de cette pollution. Celle-ci est causée principalement par le transport (maritime, ferroviaire et routier) et les activités industrielles lourdes concentrées sur les rives du fleuve. Suivant ce constat, les recommandations sont claires : nous devons impérativement réduire la capacité routière, le volume de transport routier, ferroviaire et maritime, ainsi que toutes autres sources de pollution industrielle.
Un danger pour notre sécurité et notre qualité de vie
Le transit de 200 000 conteneurs annuellement dans nos quartiers n'est pas sans conséquence sur notre qualité de vie et notre sécurité. En effet, en plus des risques de déraillement de trains et des accidents routiers, une certaine portion de matières dangereuses se trouve à l'intérieur des conteneurs. Cette matière transite sur nos routes principales, mais également par voie ferrée, dans les cours arrière de nos logements, nos écoles, nos CPE, nos RPA, notre hôpital, etc.
C'est sans compter les risques d'explosion, les inconvénients liés au bruit, à la luminosité nocturne, à la congestion aux passages à niveaux, aux embouteillages. Parlez-en aux personnes qui habitent en haut de l'Anse au Foulon ou près du chantier du nouvel hôpital de l'Enfant-Jésus : ils connaissent très bien ces irritants.
Le Port de Québec, l'incinérateur et la papetière White Birch à eux seuls génèrent déjà près de 1000 passages de camions par jour directement dans nos quartiers. Il ne faut pas en ajouter !
Un obstacle à la phase IV de la Promenade Samuel de Champlain
La Santé publique recommande de convertir l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain et de réduire la capacité routière du boulevard Henri-Bourassa, les deux artères menant à la péninsule beauportoise du Port de Québec. Or, la quantité de camions engendrée par le terminal de QSL exacerberait, au contraire, la circulation routière sur ces deux artères.
Pour diminuer la pollution, mais aussi pour redonner un accès au fleuve dans ce secteur négligé, il est essentiel de mener à bien le projet de conversion de l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain et de renaturalisation des berges prévues par la phase IV de la promenade Samuel-De Champlain. Nous sommes plus près que jamais de réaliser ce grand projet d'intérêt collectif. Il ne faut pas laisser un terminal de conteneurs de QSL le compromettre.
Une consultation biaisée
Dans l'état actuel des choses, les impacts environnementaux du projet seraient évalués par le Port lui-même. Or, le Port n'est pas impartial ; il est non seulement favorable au projet, mais a également participé à des stratégies médiatiques pour le promouvoir. Ceci est inacceptable ; nous demandons que le processus d'évaluation d'impacts environnementaux soit confié aux entités pleinement indépendantes que sont le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et l'Agence d'évaluation d'impact du Canada (AEIC).
En somme, considérant :
Que le projet de conteneurs s'inscrit dans un milieu préalablement saturé en pollution ;
Que le transport de marchandises conteneurisées par camion et par train dans nos quartiers densément peuplés constitue un danger pour notre sécurité et notre qualité de vie ;
Que l'augmentation du transport terrestre et maritime est incompatible avec les recommandations d'experts indépendants (GTCA) et de la Santé publique (MEMS) ainsi qu'avec la réalisation de la phase 4 de la promenade Samuel-De Champlain ;
Nous demandons :
Que le projet de terminal de conteneurs au port de Québec soit abandonné et que toutes les mesures de réduction de la pollution et d'amélioration de la qualité de vie possible soient mises en œuvre.
On ne veut pas un camion de plus !
Signer la pétitionici
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« Syndicalistes. Point. »
À l'occasion de l'ouverture de son 68e Congrès, qui se tient sous le thème « Syndicalistes. Point. » et qui réunit plus de 2 000 délégué-es de tous les secteurs d'emploi, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) lance un message clair à l'ensemble des partis d'opposition : tout changement de garde à Québec en octobre prochain doit s'accompagner d'un abandon immédiat des réformes antisyndicales imposées par la Coalition avenir Québec (CAQ).
« Il n'y a aucune ambiguïté pour nous. Les partis qui souhaitent former le prochain gouvernement doivent prendre le parti des travailleuses et des travailleurs et du progrès social en s'engageant à abolir les lois antisyndicales adoptées par la CAQ. Surtout dans un contexte où ces législations anti-travailleurs adoptées risquent d'être déclarées inconstitutionnelles », déclare la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Une vision pour transformer le Québec
Les sujets débattus lors de ce congrès mettent en lumière l'ampleur des attaques portées au droit du travail et au mouvement syndical, notamment les restrictions au droit de grève ; l'effritement des services publics et de l'État social ; l'affaiblissement des mécanismes de santé et sécurité du travail et les entraves à l'autonomie syndicale.
Le 68e Congrès met de l'avant une identité forte et un positionnement clair : « Être syndicaliste aujourd'hui, c'est défendre un projet de société. C'est refuser les reculs, c'est proposer des solutions et c'est porter une vision ambitieuse pour le Québec », souligne la présidente.
Cette vision repose notamment sur :
– Le renforcement des services publics universels et accessibles, mis à mal par les politiques d'austérité et le recours au privé ;
– Une fiscalité plus juste et des investissements structurants pour réduire les inégalités ;
– Une transition écologique fondée sur la justice sociale et des emplois de qualité ;
– Le développement économique des régions et la vitalité du territoire.
Encadrer l'intelligence artificielle et protéger le travail
La CSN appelle aussi les partis politiques à prendre acte des transformations majeures du monde du travail, notamment liées à l'intelligence artificielle. Elle réclame un encadrement législatif rigoureux et une stratégie de souveraineté numérique pour protéger les emplois, les droits et la démocratie. « Le prochain gouvernement devra agir rapidement pour encadrer l'intelligence artificielle et éviter qu'elle aggrave les inégalités et la précarité. Le progrès technologique doit profiter à tout le monde », insiste Mme Senneville.
L'avenir politique et constitutionnel du Québec
Le 68e Congrès amorce également une réflexion importante sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Fidèle à son rôle dans la société civile, la CSN souhaite que ses membres lui donnent le mandat d'entamer des consultations afin d'actualiser sa position sur cette question au cours des trois prochaines années.
« Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais à la population québécoise et à elle seule. C'est pourquoi la société civile, incluant le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. Il s'agit d'un enjeu qui mérite un débat démocratique large, rigoureux et ancré dans les réalités d'aujourd'hui. Dans cette optique, nous voulons donc prendre le temps de consulter nos membres et construire une position qui reflète leurs aspirations, dans une perspective de justice sociale, d'égalité et d'inclusion », souligne Caroline Senneville.
Un appel clair à la responsabilité politique
La présidente termine en rappelant que peu importe l'issue du scrutin en octobre prochain, la centrale demeurera mobilisée et vigilante.
« Notre message est simple : il est temps de renouer avec le progrès social. Les droits syndicats et du droit du travail, ce sont des droits humains. On ne peut pas s'essuyer les pieds dessus », conclut Mme Senneville.

Les enjeux discutés au 68e congrès de la CSN
Le 68e Congrès de la CSN se tiendra à Québec du 25 au 29 mai prochain. Il s'ouvrira par une séance d'accueil destinée aux nouvelles et nouveaux délégué·es, suivie du rapport du comité exécutif et d'une rétrospective des luttes menées entre 2023 et 2026. Le rapport du comité exécutif abordera les questions suivantes : la défense des droits fondamentaux syndicaux et du monde du travail, le renforcement des services publics et de l'économie québécoise, l'encadrement de l'intelligence artificielle et une prise de position sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Il précise le contexte de ces différents thèmes et soumet à la discussion des propositions pour relever les défis identifiés.
Le congrès discutera également des rapports portant sur les efforts de syndicalisation et sur les prévisions budgétaires. L'élection du comité exécutif de la CSN occupera une place centrale dans ce congrès. Les questions statutaires sont au programme, avec l'examen des amendements aux statuts et règlements de la CSN ainsi qu'au code des règles de procédure. Le congrès se conclura par la discussion et l'adoption des propositions des organisations affiliées. Nous publions ci-dessous les propositions du comité exécutif. (PTAG !)
Propositions du comité exécutif de la CSN
Propositions adoptées par le comité précongrès les 21, 22, 23 avril 2026
Au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, les travailleuses, les travailleurs et la population dans son ensemble sont confrontés à des défis et à des bouleversements sans précédent. Jamais les attaques n'ont été plus virulentes.
Durant les derniers mois, la CSN, avec ses alliés syndicaux et populaires, a fait front pour le Québec que l'on veut. Le 68e Congrès, c'est l'occasion d'affirmer, haut et fort, que nous voulons que la société québécoise renoue avec le progrès social ! Le congrès marque un moment important de notre démocratie, il constitue un point de départ afin de propulser nos actions pour la période 2026-2029. Une période pendant laquelle nous aurons fort à faire pour continuer nos luttes dans un contexte où un nouveau gouvernement pourrait prendre le pouvoir. Or, peu importe le parti politique qui sera élu, lors des élections québécoises d'octobre prochain, peu importe la velléité des patrons, la résignation n'est pas à l'ordre du jour. Le courage, la combativité et la détermination, oui ! Les propositions en vue du 68e Congrès mettent au jeu une vision et des revendications pour aller chercher de nouvelles avancées sur le chemin des droits et des libertés, de la justice sociale et de la solidarité. Elles constituent aussi des jalons pour s'assurer que nos manières de faire s'adaptent continuellement. Soyons fiers du projet de société que nous portons, soyons fiers de qui nous sommes. Nous sommes syndicalistes, point !
1) Prendre l'offensive pour défendre les droits fondamentaux, syndicaux et du travail
Rarement avions-nous vu un gouvernement s'attaquer aussi frontalement aux droits du travail. La CAQ a déposé un nombre ahurissant de projets de loi et de règlements antisyndicaux pour :
• Restreindre de manière grotesque et abusive le droit de grève dans certains milieux de travail.
• Affaiblir gravement les mécanismes de prévention en santé et sécurité du travail qui seront appliqués dans les réseaux publics de santé et de services sociaux et d'éducation.
• Entraver l'autonomie syndicale de nombreuses manières, à commencer par l'impossibilité de financer certains recours juridiques ou des luttes politiques autrement qu'au moyen d'une cotisation dite facultative.
• Mettre en péril les décrets de conventions collectives tels que nous les connaissons et affaiblir de manière importante les mesures de prévention dans l'industrie de la construction.
• Réduire les obligations des grands employeurs du privé en matière de formation de la main-d'œuvre.
Le glossaire en annexe contient une description de chacun des projets de loi antisyndicaux. Dans son ensemble, ces manœuvres visent clairement à affaiblir les organisations syndicales et, par le fait même, s'attaquent à la capacité qu'ont les travailleuses et les travailleurs d'améliorer collectivement leur sort et de redistribuer la richesse. Elles constituent aussi une atteinte directe au contre-pouvoir essentiel en démocratie que constitue le mouvement syndical. Cela s'inscrit dans une volonté du gouvernement de diriger comme bon lui semble à l'abri des critiques qui pourraient lui être adressées. De son côté, le gouvernement fédéral a lui aussi bafoué, à de nombreuses reprises, le droit de grève en utilisant abusivement l'article 107 du Code canadien du travail.
Les attaques antisyndicales ne constituent qu'une des nombreuses attaques aux contrepouvoirs et aux droits fondamentaux ; des groupes vulnérables et des alliés du mouvement syndical en sont aussi victimes. Pensons, par exemple, au projet de constitution qui empêchera dans certaines circonstances des organismes communautaires de contester des lois.
Ces attaques doivent cesser ! La CSN entend faire des droits du travail et des droits syndicaux une de ses priorités en vue des élections provinciales et entend poursuivre la mobilisation auprès du prochain gouvernement pour que soient retirées ces réformes antisyndicales. La confédération entend aussi se porter à la défense des droits fondamentaux pour l'ensemble de la population.
Par ailleurs, avec ses attaques antisyndicales, le gouvernement du Québec a non seulement porté atteinte à nos droits, mais il a également mis à mal l'image même du syndicalisme. Nous ne pouvons pas laisser passer ces attaques. C'est pourquoi nous devrons œuvrer d'arrachepied à valoriser le syndicalisme. Ce travail doit être fait, peu importe si les réformes sont abolies par le prochain gouvernement ou non. La mise en valeur du syndicalisme passera par l'action de l'ensemble des composantes du mouvement, incluant les syndicats, et devra notamment miser sur l'éducation sociopolitique dans nos rangs.
Au-delà des attaques antisyndicales, divers aspects du droit du travail sont obsolètes et mal adaptés aux réalités actuelles du monde du travail : sous-traitance, privatisation, travail atypique, intelligence artificielle, etc. Pensons à la notion d'établissement dans le Code du travail, au harcèlement psychologique qui est mal couvert par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui ne dispose pas des outils et des ressources pour bien accompagner les travailleurs ainsi qu'aux diverses règles qui favorisent constamment l'employeur, notamment en facilitant la sous-traitance. Des pratiques patronales antisyndicales virulentes ont aussi eu lieu au Québec et notre droit du travail doit pouvoir les empêcher. Visiblement, les protections du Code du travail n'ont pas freiné Amazon qui, pour empêcher un groupe CSN d'obtenir un contrat collectif de travail, a jeté à la rue 4 700 travailleuses et travailleurs.
De plus, à la suite du dernier congrès, la CSN a travaillé conjointement avec les fédérations à améliorer l'analyse du rapport de force en négociation. Il est indéniable que nous devrons poursuivre ce travail, notamment en ce qui concerne l'identification des moyens de pression efficaces et l'exercice du droit de grève. Ceci est vrai pour l'ensemble des syndicats, en particulier pour ceux qui pourront être visés par les nouvelles dispositions de la loi 14, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out.
Il est proposé :
• Que la CSN élabore une stratégie de mise en valeur du syndicalisme dans la société visant à cimenter l'adhésion des travailleuses et des travailleurs aux revendications politiques portées dans le mouvement qui intègre les préoccupations réelles de la population.
• Que la CSN travaille activement à l'éducation sociopolitique de ses membres et de la population dans la perspective de l'enracinement et de l'élargissement de la portée de ses revendications.
• Que la CSN poursuive la lutte pour exiger l'abolition des réformes et des lois liberticides antisociales et antisyndicales allant à l'encontre de l'intérêt des travailleuses et des travailleurs.
• Que la CSN revendique des réformes du droit du travail pour faire avancer la condition des travailleuses et des travailleurs et interpelle les autres organisations syndicales à ce sujet, notamment concernant les pratiques antisyndicales et les dispositions anti-briseurs de grève.
• Que la CSN, appuyée des fédérations et des conseils centraux, soutienne les syndicats dans l'analyse et l'exercice du rapport de force, en portant une attention particulière, dans le contexte de la loi 14, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, à l'identification des moyens de pression efficaces et à l'amélioration de la préparation à l'exercice de la grève.
• Que la CSN amorce une réflexion concernant les campagnes confédérales dans le but d'accroı̂tre la cohésion interne et l'efficacité des luttes politiques menées dans ce cadre.
2) Renforcer les services publics pour le bien commun et l'économie québécoise
Québec, une dégradation des services publics est très perceptible : alors que le gouvernement peine déjà à répondre aux besoins de la population, celui-ci s'enfonce dans l'austérité, les gels d'embauche [1] et les compressions. Ceci entraı̂ne des répercussions concrètes et réelles pour la population.
Des infrastructures publiques deviennent carrément inutilisables, des urgences doivent réduire leurs heures d'ouverture, des patients ne reçoivent pas les soins en temps opportun, des étudiantes et des étudiants sont privés de nouveau matériel à la bibliothèque, des élèves à défis particuliers ne reçoivent plus les services spécialisés, des parents, en particulier les femmes, doivent retarder leur retour au travail faute de place dans les services de garde éducatifs, des citoyennes et des citoyens font le choix de se déplacer en voiture, faute d'alternative adéquate en matière de transport collectif, etc. Pendant ce temps, les travailleuses et travailleurs du secteur public sont surchargés, tombent au combat ou désertent le secteur. Encore plus fondamentalement, le désengagement de l'État dans les services publics concourt à façonner une société où la cohésion sociale est moins bonne et où les inégalités s'aggravent.
Bien que le gouvernement ne contrôle pas tout, notamment la hausse des coû ts en santé induits par le vieillissement de la population, plusieurs choix récents expliquent cette dérive : baisse des impôts qui profite davantage aux plus riches, priorisation du remboursement de la dette pourtant sous contrôle, recours accru au privé ou à la sous-traitance – chirurgies en clinique privée, médecins hors du régime d'assurance maladie du Québec –, mauvaise gestion des deniers publics, comme dans le dossier SAAQclic, investissement dans des initiatives inutiles ou contre-productives – maisons des aı̂né-es, maternelles 4 ans, agences de santé et de transport, etc. Tout cela au lieu de consolider les services publics et les programmes sociaux existants. Au surplus, devant les grands enjeux de société – inégalités, crise du logement, rareté de main-d'œuvre, vieillissement – la CAQ a trop souvent fermé les yeux, plutôt que de mettre en place des solutions structurantes.
Nous devons l'affirmer haut et fort : d'autres choix de société sont possibles. Il est plus que nécessaire de réengager l'État dans la prestation de services publics universels, accessibles et de qualité. Pour y parvenir, il faut faire payer leur juste part aux plus fortuné-es et aux entreprises, à commencer par les géants du numérique, et s'attaquer à l'évasion fiscale. Nous devons réhumaniser les services publics et en accroı̂tre l'accessibilité. Cela signifie de bonifier l'offre de services – aux soins de première ligne ou aux soins à domicile – et d'accroı̂tre l'accessibilité financière, notamment par l'accès gratuit à l'éducation et à l'enseignement supérieur, ainsi qu'aux soins de santé et aux services sociaux.
Renforcer les services publics passe également par la préservation des organismes publics et des sociétés d'État et par le respect de leur mission d'origine : protection de la santé publique, promotion de la culture québécoise, etc. À l'heure de l'austérité gouvernementale, plusieurs d'entre elles sont sous attaque. Pensons à la Société des alcools du Québec (SAQ) qui, dans le but d'augmenter ses profits, ferme et privatise des succursales et encourage l'exploitation des travailleuses et des travailleurs de la plateforme UBER.
À l'instar des services publics traditionnels – services de garde éducatifs, santé et services sociaux, éducation et enseignement supérieur –, en tant que bien commun, l'environnement procure des bénéfices essentiels à l'ensemble de la population. En conséquence, sa préservation suppose des actions collectives. Plutôt que de s'enfoncer dans un modèle économique dépassé reposant sur les hydrocarbures, nos gouvernements doivent promouvoir une transition vers un modèle économique où l'on peut travailler et gagner dignement sa vie sans polluer. Une transition juste, qui ne laisse aucun travailleur ni aucune communauté derrière.
Afin de pleinement maı̂triser le devenir des régions du Québec et l'atteinte des objectifs sociaux, économiques et environnementaux qui sont les nôtres, l'État doit mieux jouer son rô le dans le contrôle de nos ressources naturelles : eau, forêt, terres agricoles, ressources halieutiques, minières et ressources énergétiques.
Enfin, les services publics peuvent également être un puissant levier pour stimuler l'emploi dans le secteur manufacturier et celui de la construction, par l'entremise des marchés publics. Malheureusement, la signature de nombreux accords commerciaux a restreint la marge de privilégier des technologies, des entreprises et des emplois locaux. Il est inacceptable, par exemple, que les véhicules du Réseau express métropolitain (REM) aient été fabriqués en Inde, que la structure métallique du pont de l'Île d'Orléans provienne de l'étranger ou qu'Hydro-Québec ait décidé de s'approvisionner en pales d'éoliennes chinoises, alors que des entreprises bien implantées au Québec ont l'expertise nécessaire.
Il est proposé :
• Que la CSN fasse de la lutte pour un renforcement des services publics universels, accessibles et de qualité, une de ses priorités pour le prochain mandat, et ce, sur l'ensemble du territoire québécois.
• Que, dans une perspective de transition juste, la défense de l'environnement portée par la CSN passe par la propriété publique et le contrôle démocratique de l'électricité, pour favoriser la sobriété énergétique, ainsi que par une bonification de l'offre publique des transports collectifs.
• Que la CSN élabore une plateforme de revendications concernant le contrôle démocratique des ressources naturelles du Québec.
• Que la CSN réaffirme le rôle historique des sociétés d'État comme levier de développement économique et de protection de la santé publique, de démocratisation de l'économie et de création d'emplois de qualité, et qu'elle s'engage à défendre leur mission publique face aux logiques de privatisation, et à exiger qu'elle contribue activement à la création et au maintien d'emplois de qualité. • Que, dans le cadre des revendications pour une véritable stratégie industrielle, la CSN réclame des politiques d'achat au sein des administrations publiques, afin de favoriser les entreprises québécoises et d'accroître les retombées locales en matière d'emploi.
3) Encadrer l'intelligence artificielle
En raison du développement et de l'implantation très rapide de l'intelligence artificielle (IA) ces dernières années, des bouleversements brusques s'opèrent dans toutes les dimensions de la vie, que ce soit au travail ou sur les plans social et culturel. Ce développement fulgurant de l'IA se distingue des transformations technologiques du passé par l'ampleur des tâches automatisables, incluant les tâches dites cognitives et non répétitives, par la rapidité des développements observés et parce que ses conséquences sont attendues dans pratiquement tous les secteurs d'activité. L'utilisation des modèles d'intelligence artificielle générative (IAG) s'est déjà généralisée alors qu'ils sont commercialisés depuis à peine trois ans.
On ne peut le nier, l'IA peut avoir des effets bénéfiques, être porteuse d'améliorations, procurer, sous certaines conditions, de la satisfaction au travail ou contribuer à la productivité. En revanche, elle comporte aussi des risques non négligeables. Pensons, pour n'en nommer que quelques-uns, au renforcement des biais discriminatoires, à l'opacité du fonctionnement des algorithmes dans la prise de décision, aux risques quant à la sécurité des données et de la vie privée, à la désinformation, aux effets négatifs sur la démocratie et le processus de délibération collective, à la centralisation des pouvoirs aux mains des géants du numérique, à l'exploitation des travailleuses et des travailleurs des plateformes numériques et aux coûts environnementaux. L'IA bouleverse fondamentalement le milieu de l'enseignement et celui de la culture. Des risques importants sont aussi à craindre dans nos milieux de travail alors que l'arrivée de l'IA peut entraı̂ner une dégradation de la qualité des emplois, porter atteinte à l'autonomie professionnelle ou nuire à la capacité de jugement critique et augmenter les mécanismes de surveillance et de contrôle. Évidemment, en raison des enjeux d'automatisation et de robotisation, l'avenir des emplois demeurera au centre de nos préoccupations.
Dans ce contexte, nous ne pouvons laisser les géants du numérique dicter eux-mêmes comment l'IA se développe et pour quel usage. Ces multinationales sont en cabale pour que les États et les populations n'aient pas leur mot à dire. Face à ces attaques, le Québec et le Canada doivent impérativement adopter un cadre législatif robuste pour encadrer et contrer les risques éthiques et les débordements possibles liés aux technologies d'IA. Le Québec et le Canada doivent également adopter une stratégie de souveraineté numérique pour contrer la dépendance envers des technologies étrangères et des infrastructures qui les soutiennent, afin d'avoir le plein contrôle sur notre avenir économique, social et culturel.
Quant aux bouleversements des emplois, l'État ne doit laisser personne de côté et doit adapter son filet social et ses politiques d'emploi, à mesure que certaines compétences deviennent désuètes et que d'autres s'imposent comme essentielles dans l'économie de demain. Il faut reconnaı̂tre le rô le de la négociation collective et du dialogue social dans la régulation de l'intelligence artificielle.
Sur le terrain, les syndicats doivent également assumer un leadership, prendre les devants afin de s'assurer que les transformations se font au bénéfice des travailleuses et des travailleurs. C'est d'ailleurs ce sur quoi s'attarde le comité de coordination générale des négociations (CCGN) avec la préparation d'un guide de négociation relatif à l'intelligence artificielle.
Il est proposé :
• Que la CSN réclame un encadrement législatif du développement et de l'utilisation éthique de l'intelligence artificielle et qu'elle exige des gouvernements la mise sur pied d'une stratégie de souveraineté numérique.
• Que la CSN se penche sur l'avenir du monde du travail, qu'elle appuie les fédérations et les syndicats dans la négociation de dispositions relatives à l'encadrement de l'intelligence artificielle et qu'un suivi soit effectué au comité de coordination générale des négociations (CCGN).
• Que la CSN dénonce la précarisation du travail, les inégalités socioéconomiques, les discriminations et les impacts environnementaux liés aux recours à l'intelligence artificielle et défende le caractère humain du travail et la sobriété numérique dans l'utilisation de cette technologie
4) Se prononcer sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec
Selon toute vraisemblance, la question de la souveraineté du Québec risque de prendre de l'ampleur à l'approche de la prochaine campagne électorale. L'éventualité d'un gouvernement péquiste promettant la tenue d'un référendum aurait pour effet de ramener la question nationale au premier plan des enjeux politiques québécois. Pour la CSN, l'avenir politique du Québec n'appartient pas à un parti politique, mais à la population québécoise et à elle seule. C'est pourquoi la société civile, incluant le mouvement syndical, doit prendre sa place dans ce débat. Cela nécessite donc que le débat démocratique sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec soit libre et ouvert. Comme pour d'autres enjeux sociaux et politiques qui touchent notre avenir collectif, la CSN compte faire entendre sa voix au sein de la société civile.
Depuis de nombreuses décennies, la CSN s'est inscrite en faveur de la souveraineté, lors de son 55e Congrès en 1990 ainsi que lors de congrès subséquents. Or, comme la question nationale n'a pas été à l'avant-scène de nos réflexions et de nos actions syndicales depuis plusieurs années, cette position doit être actualisée. Il serait possiblement prématuré de statuer en la matière dès aujourd'hui. Toutefois, le 68e Congrès doit constituer un jalon important dans l'implication des syndicats au sein du processus démocratique d'actualisation de notre orientation à l'égard de la souveraineté. Suivant la proposition soumise aux débats, au cours des prochains mois, la CSN mènerait des travaux dans le but d'actualiser sa position au cours de la période 2026-2029, notamment par l'entremise de réflexions du comité d'orientation et par des consultations dans le mouvement.
Dans le cadre de ces travaux, nous devrons prendre le temps de nourrir nos réflexions pour se réapproprier collectivement le débat sur l'avenir politique du Québec. Ces travaux devront nous permettre d'avoir une pensée critique qui se base notamment sur une compréhension approfondie de l'histoire entourant la question nationale québécoise et les relations Québec-Canada, ainsi que des fondements historiques du positionnement de la CSN. Depuis plus de trente ans, la souveraineté a fait partie du projet de société de la CSN, un projet axé sur la justice sociale, l'égalité et l'inclusion. La souveraineté a depuis ce temps représenté un moyen nécessaire à la réalisation de ce projet de société, que nous avons continué de promouvoir au travers, par exemple, de nos revendications sur les droits fondamentaux et les droits syndicaux ou encore de celles sur le réengagement de l'État tat dans les services publics. Nos travaux devront, en outre, tenir compte de la conjoncture sociale, politique, culturelle et économique du Québec contemporain, ainsi que des revendications portées par la CSN d'aujourd'hui. Que l'on pense, par exemple, à nos positions récentes en ce qui concerne les enjeux de la langue française, de la culture, de l'inclusion et du vivre-ensemble. Notre appui à l'égard des préoccupations et des droits des peuples autochtones devra également être pris en compte.
Il est proposé :
CSN entame des consultations dans le but d'actualiser sa position concernant la souveraineté du Québec.
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Les syndicats du Canada ont aidé à obtenir une décision historique de la CIJ affirmant le droit de grève, mais ils mettent en garde contre l’affaiblissement du Code canadien du travail
OTTAWA, Ontario — Le Congrès du travail du Canada a aidé à remporter une victoire historique pour les travailleuses et travailleurs devant la Cour internationale de justice (CIJ) quand ce tribunal le plus haut du monde a affirmé hier que le droit de grève est garanti en droit international.
« C'est une victoire pour les travailleuses et travailleurs de partout », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « La cour la plus haute du monde a indiqué clairement que les travailleuses et travailleurs ont le droit de se mettre en grève en vertu du droit international. Cette précision importe énormément aux travailleuses et travailleurs, aux syndicats, aux gouvernements et aux employeurs. Et nous sommes fiers du rôle que le CTC a joué en faveur de cette décision. »
La décision faisant date confirme que le droit de grève est protégé par la Convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de l'Organisation internationale du Travail (OIT), mettant ainsi fin à un conflit qui dure depuis des décennies au sujet d'un des droits les plus fondamentaux qu'ont les travailleuses et travailleurs.
Le Congrès du travail du Canada a aidé à faire avancer la cause devant la CIJ en faisant des pressions pour que le conflit soit renvoyé à cette Cour par l'Organisation internationale du Travail, en apportant le contexte syndical canadien aux observations syndicales internationales présentées à la Cour et en appuyant financièrement l'effort juridique.
« Les enjeux pour les travailleuses et travailleurs du monde entier sont énormes », a déclaré Lily Chang, secrétaire-trésorière du CTC et membre du Conseil d'administration de l'Organisation internationale du Travail. « Les travailleuses et travailleurs ne peuvent pas vraiment exercer leur liberté d'association ou négocier collectivement sans droit de grève, et cette décision l'indique de manière on ne peut plus claire. »
La décision a été rendue à un moment critique où les travailleuses et travailleurs du Canada font face à des pressions grandissantes sur les droits de négociation collective et de grève.
En Alberta, le gouvernement provincial de Danielle Smith a invoqué la disposition de dérogation pour priver le personnel enseignant en grève de ses droits garantis par la Charte. Sur la scène fédérale, le gouvernement a invoqué de plus en plus souvent l'article 107 du Code canadien du travail pour mettre un terme à des grèves légales et affaiblir le pouvoir de négociation des travailleuses et travailleurs. Les syndicats des secteurs sous réglementation fédérale expriment la mise en garde suivante : il se peut que les vastes consultations trop rapides sur les modifications à apporter au Code du travail restreignent encore davantage la capacité des travailleuses et travailleurs de prendre des mesures de grève.
Le CTC dit que la décision de la CIJ devrait servir d'avertissement clair aux gouvernements qui projettent de modifier les lois sur le travail au Canada.
« Cette décision indique une limite à ne pas franchir », ajoute madame Bruske. « Le Code canadien du travail ne doit pas devenir un outil d'affaiblissement d'un des droits démocratiques les plus fondamentaux des travailleuses et travailleurs. Le droit de grève doit être protégé, respecté et appliqué. »

Eurovision 2026 : les Européens « unis par la musique », vraiment ?
Par-delà la victoire surprise de la candidate bulgare Dara et les chiffres d'audience toujours massifs, la 70ᵉ édition du concours Eurovision, le « plus grand événement musical en direct du monde », aura reflété les tensions qui traversent actuellement le continent.
Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
18 mai 2026
Par Cyrille Bret, FLorent Parmentier
Pour sa 70ᵉ édition, célébrée à la Stadthalle de Vienne (Autriche) et organisée par l'ÖRF, le groupe audiovisuel public autrichien, le concours Eurovision a, une fois encore, été profondément marqué par la géopolitique européenne et les dynamiques internationales.
Depuis sept décennies maintenant, ce concours se proclame apolitique, par la lettre (son règlement) et par l'esprit (promotion d'une forme d'unité européenne et pacifisme post-1945). Pourtant, c'est aussi un champ de frictions politiques, culturelles et médiatiques entre des imaginaires et des États, où nombre d'acteurs entendent se saisir de la visibilité de l'événement afin de promouvoir leurs priorités politiques et leurs valeurs.
Prendre un peu de recul est nécessaire pour évaluer la portée de l'édition 2026, loin du vacarme des polémiques et de la transe d'un spectacle télévisé de plus de trois heures pour la seule finale. Désormais installé dans le paysage médiatique international mondial, « l'événement monstre » (selon l'expression de l'historien Pierre Nora) que constitue l'Eurovision donne la mesure de la géopolitique actuelle.
Longévité du concours, concurrence des récits
Le rassemblement viennois a souligné combien l'Eurovision est devenu un rituel médiatique et symbolique continental : il a réuni des dizaines de millions de téléspectateurs, et drainé vers Vienne des dizaines de milliers de spectateurs, de fans, de touristes et de professionnels. Si l'édition 2026 a pu rencontrer un tel succès malgré le boycott de cinq pays https://www.20minutes.fr/arts-stars... – l'Espagne, l'Irlande, l'Islande, les Pays-Bas et la Slovénie –, c'est que cette grand-messe musicale, séculière et commerciale rencontre une tendance profonde de la géopolitique contemporaine : le besoin de jalons collectifs et la lutte des narratifs.
En effet, les relations internationales sont désormais dominées par une succession ininterrompue de sommets, expositions, concours, commémorations, défilés, qui sont autant de jalons collectifs car fortement médiatisés. Le calendrier mondial est scandé par ces événements. Mais il est aussi marqué par les affrontements auxquels ces événements donnent lieu : en faire partie ou non, telle est la question.
La charge géopolitique extra-européenne
Le bilan géopolitique de l'Eurovision 2026 ne saurait être complet s'il ne comprenait son lot de polémiques, fugaces ou fondamentales.
Cette année, la principale polémique a porté sur la participation au concours de Noam Bettan, candidat franco-israélien porté par la KAN, l'audiovisuel public de Tel-Aviv. Sa présence avait suscité des débats acharnés et mené au boycott des cinq pays sus-cités au nom de la condamnation de la politique du gouvernement Nétanyahou à l'égard des Palestiniens. Le 11 mai, à la veille du début du concours, le New York Times a d'ailleurs publié une longue analyse consacrée à la façon dont Israël utilisait l'Eurovision comme un outil de soft power.
Le premier ministre Pedro Sanchez a affirmé que l'Espagne était « du bon côté de l'Histoire »en boycottant l'édition de cette année au nom du respect du droit international et des droits de l'homme. Rappelons que les polémiques sur la participation d'Israël au concours (le pays a été admis en 1973) sont récurrentes au sein de l'UER depuis des années. Elles ont enflé avec l'exclusion de la Russie et de la Biélorussie en 2022, et été considérablement amplifiées par les opérations militaires destructrices et meurtrières de l'armée israélienne à Gaza menées en représailles des massacres commis par le Hamas, le 7 octobre 2023. Depuis lors, plusieurs groupes audiovisuels ont agité le spectre du boycott, et cinq d'entre eux ont mis cette fois cette menace à exécution – une rupture avec les éditions 2024 et 2025 qui n'avaient pas connu de boycott, alors même que la guerre à Gaza était plus intense.
Ce ne fut pas la seule polémique ayant marqué l'édition 2026. Quelques heures avant la finale du 16 juin, le patron de l'Eurovision, le Britannique Martin Green, a évoqué un possible retour de la Russie au concours. Ce jugement choque à Kiev et chez ses soutiens, alors même que Moscou a été exclu depuis 2022, organise son propre concours, l'Intervision, et continue de bombarder massivement l'Ukraine.
Par ailleurs, si depuis 2013 la Turquie ne participe plus à l'Eurovision, qu'elle juge « immorale » car certains musiciens affichent explicitement leur appartenance à la communauté LGBTQIA+, elle a été irritée par la chanson du groupe croate Lelek, qui a mis en lumière le sicanje, une tradition remontant à l'époque de l'occupation ottomane : les jeunes femmes catholiques de Croatie et de Bosnie-Herzégovine se faisaient alors souvent tatouer les mains et le visage pour ne pas être prises de force en concubines par des militaires ottomans.
Polyphonie en hymne à la diversité
À plusieurs égards, l'Eurovision 2026 a également illustré les accords et désaccords de l'Europe actuelle.
Une Europe qui est restée unie lorsqu'il a fallu exclure la Russie en 2022, mais qui s'avère divisée en ce qui concerne le sort d'Israël, redessinant la carte du concours. C'est aussi une Europe qui s'interroge sur l'équilibre entre souveraineté culturelle et mondialisation : si la gagnante bulgare a concouru en anglais, 60 % des pays ont chanté dans leur langue en 2026, y compris dans l'Europe nordique qui présente généralement des candidats chantant en anglais, contre seulement 24 % en 2016.
Classiquement, on a retrouvé une Europe avec un certain nombre d'invariants dans sa géographie affective, traversée par les proximités géographiques et les diasporas : le jury chypriote a voté pour la Grèce et réciproquement, la Suède a voté pour la Finlande, le Monténégro pour la Serbie, la Norvège pour le Danemark, l'Albanie pour l'Italie. Tout juste pourra-t-on s'étonner, pour un concours qui a vu la victoire du groupe ABBA en 1974 avec Waterloo, des douze points attribués par le jury britannique à la candidate française Monroe.
Le bon classement (deuxième place) du candidat présenté par Israël démontre, une fois encore, que la politique n'explique pas tous les palmarès du concours : le groupe audiovisuel israélien KAN présente régulièrement d'excellents artistes, des chansons attrayantes et des chorégraphies qui suscitent l'intérêt. En outre, par-delà le boycott de certains pays, certaines autres opinions publiques ont manifesté leur sympathie pour Israël. Dans les votes en faveur de Noam Bettan, la part des soutiens artistiques et politiques est difficile à évaluer, sans même parler des soupçons de manipulation en sa faveur dans plusieurs États. Là encore, politique, technique, marketing et chorégraphies se sont mêlés.
Enfin, et c'est peut-être plus surprenant, on perçoit une Europe qui peut vivre une crise en son sein, mais continuer d'exercer une certaine attractivité au-delà de ses frontières, comme en témoigne l'expansion en novembre prochain du concours à l'Asie une première. L'Eurovision s'est même étendue aux antipodes avec l'Australie, membre affiliée de l'Union européenne de radio-télévision (UER) et participante depuis une dizaine d'années, et le Canada s'interroge sérieusement sur sa participation.
En dépit de tout, l'historien et prospectiviste israélien Yuval Noah Harari, détracteur de Benyamin Nétanyahou, rappelle combien ce modèle peut être nécessaire aujourd'hui :
« Aujourd'hui, alors que des forces politiques remettent en cause de nombreuses institutions internationales et que des technologies telles que les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle menacent de pousser les gens à s'éloigner les uns des autres au lieu de les rapprocher, l'Eurovision offre un rappel d'une vision très différente de l'avenir. »
Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant, Sciences Po et Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po
< !—> The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>
P.-S.
• The Conversation. Publié : 18 mai 2026, 16:46 CEST.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.
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À Cannes, les films africains cherchent leur place
Le Festival de Cannes s'achève ce week-end, sans avoir vraiment répondu à une question récurrente : quelle place le plus grand rendez-vous mondial du cinéma réserve-t-il aux films africains ? Pour cette 79e édition, la présence du continent aura, une nouvelle fois, été marginale parmi une sélection pourtant riche d'une soixantaine de films.
Tiré d'Afrique XXI.
Cette année aura pourtant apporté quelques symboles. L'actrice franco-malienne Eye Haïdara est devenue la première femme noire à présenter les cérémonies d'ouverture et de clôture de l'évènement. Le jury de la Palme d'or comptait également deux acteurs africains, l'Ivoirien-États-unien Isaach de Bankolé et l'Irlando-Éthiopienne Ruth Negga. Mais derrière cette maigre visibilité institutionnelle, aucun film africain n'était en compétition officielle, et la récompense suprême du festival, la Palme d'Or, ne reviendra pas, cette année non plus, à un cinéaste du continent.
Cette absence s'explique en partie par le calendrier des festivals internationaux, plusieurs cinéastes africains majeurs ayant réservé leurs nouveaux films à d'autres compétitions. Dao, d'Alain Gomis (voir notre billet dans notre lettre n° 223 du 10 avril), et À voix basse, de Leyla Bouzid, étaient ainsi présentés en compétition officielle à la Berlinale en février, de même que Soumsoum, la nuit des astres, de Mahamat Saleh Haroun, qui a reçu le prix Fipresci (le prix de la critique internationale du festival de Cannes) du meilleur film. À la Mostra de Venise, en septembre 2025, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania avait reçu le Lion d'argent pour son documentaire The Voice of Hind Rajab, consacré aux travailleurs du Croissant-Rouge palestinien. Reste qu'à Cannes la présence africaine demeure l'exception plutôt que la norme.
L'histoire du Festival est cependant jalonnée de quelques (rares) réussites africaines. Les premiers cinéastes du continent foulent le tapis rouge dès les années 1960, avec La Noire de… (1966), d'Ousmane Sembène, considéré comme le premier long métrage d'Afrique subsaharienne sélectionné à Cannes. Il est suivi en 1971 par Sarah Maldoror avec Monangambée (1968), puis par Djibril Diop Mambéty et son film culte Touki Bouki (1973), primé par la critique internationale et devenu une œuvre majeure du cinéma mondial. Et en 1975, Chroniques des années de braise, de l'Algérien Mohamed Lakhdar Hamina, remporte la Palme d'or, la seule africaine de toute l'histoire du Festival de Cannes à ce jour. En 1987, Souleymane Cissé reçoit le Prix du jury pour Yeelen, première grande distinction pour un cinéaste d'Afrique subsaharienne en compétition officielle, exploit réitéré en 2010 par le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun avec Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse. Le cinéaste égyptien Youssef Chahine a lui été sélectionné sept fois à Cannes, dont quatre fois en compétition officielle, et a reçu en 1997 le Prix du cinquantenaire du festival pour l'ensemble de son œuvre.
En revanche, il faut attendre 2019 pour que la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop, qui entre en compétition officielle avec Atlantique, devienne la première femme noire africaine à obtenir le Grand Prix du festival. Entre ces jalons en forme de pointillés, les cinémas africains peinent toujours à s'imposer dans la sélection officielle.
Aussi les amateurs ont-ils pris l'habitude de se consoler avec les sections parallèles, moins exposées médiatiquement. Cette année, « Un Certain Regard », consacré aux voix émergentes, comptait trois films africains. Le jury, présidé par l'actrice française d'origine algérienne Leïla Bekhti, incluait aussi la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang. On y retrouvait notamment Congo Boy, de Rafiki Fariala, première participation centrafricaine à Cannes, autofiction inspirée de son expérience d'immigré congolais en Centrafrique.
Autre film remarqué, La Más Dulce (Les Fraises), de la réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi, sur l'exploitation des travailleuses saisonnières marocaines en Andalousie, dans le sud de l'Espagne. Et Ben'Imana, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, coproduit avec le Gabon et la Côte d'Ivoire, en lice pour la Caméra d'or, qui explore le Rwanda post-génocide à travers la figure d'une survivante tutsie engagée dans les tribunaux populaires.
Dans la section « Quinzaine des cinéastes », les frères Chuko Esiri et Arie Esiri rappellent également l'existence d'un cinéma d'auteur nigérian, hors de l'industrie ultra-populaire – et rentable – des soaps nollywoodiens, en transposant dans Clarissa l'intrigue du roman de Virginia Woolf, Mrs Dalloway (1925), dans la haute société contemporaine de Lagos, marquée par un système de castes toujours puissant, le passé colonial et la menace terroriste.
« C'est important que l'Afrique soit présente à Cannes, interpellait Mahamat-Saleh Haroun en 2013, à l'occasion de la présentation de son film Grigris, en compétition officielle. Et il faut que l'on se batte pour faire des films importants. Le cinéma a besoin d'Afrique, et l'Afrique a besoin de ces rendez-vous importants comme Cannes, parce que nos films sont déjà invisibles. Il n'y a pas de circuits de distribution, pas de visibilité dans notre propre continent. »
Face à cette sous-représentation persistante, des initiatives indépendantes tentent d'ouvrir d'autres espaces de visibilité. À Cannes même, le Festival international du film panafricain, fondé et présidé par l'entrepreneur culturel d'origine camerounaise Eitel Basile Ngangue, organise chaque automne une programmation parallèle. Dans la capitale, la deuxième édition du Paris Ivoire Cinéma, initié par l'animatrice de télévision ivoirienne Sonia Guiza, est attendue du 29 au 31 mai. Autant de contre-espaces qui rappellent que le cinéma africain, malgré sa vitalité et quelques victoires, continue de chercher sa pleine reconnaissance dans les lieux où se fabrique encore la légitimité mondiale du septième art.

Ode à l’enfance
L'enfance symbolise les débuts initiatiques de nos chevauchées épiques dans les terres nourricières de la civilisation, nos exodes meurtriers dans les steppes arides du chaos de l'histoire et l'ordonnancement irrémédiable du temps cosmique.
Prologue
Telle une matrice originelle issue de poussières d'étoiles, l'enfance imprègne les pourtours initiaux de nos parcours qui s'accomplissent souvent en l'absence de sa mémoire. Quant à la suite des choses, nous tentons à l'occasion de reconstituer les dalles de l'innocence fugace de ce fondateur et fragile bout de chemin de vie. L'enfance joue à la vie tout comme nous jouons parfois à l'enfance afin de masquer l'indolence de nos vies.
« L'enfant, c'est un feu pur dont la chaleur caresse ; c'est de la gaîté sainte et du bonheur sacré ». Victor Hugo
La source
L'enfance représente la source originelle profondément enfouie de nos trésors de souvenirs qui se déversent au compte-goutte dans les étangs calmes et parfois agités de nos éphémères et uniques vies. Elle évoque une source intarissable de beauté, de création, de liberté et de pureté. N'oublions pas qu'ils et elles, les îles de nos secrets et les ailes de nos espérances composent le miroir métamorphosé de nos propres enfances. Ne tarissons pas cette source par nos déserts d'absence et de silence et nos désapprobations réitérées sabotant ainsi l'estime de soi et provoquant de l'insécurité.
« L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit, mais une source qu'on laisse jaillir ». Maria Montessori
La fondatrice
L'enfance évoque le point d'ancrage de la singulière aventure humaine et les prémisses indispensables à nos apprentissages. Elle constitue les premiers et mémorables tout-petits pas hésitants et chancelants mais courageux d'une longue et périlleuse marche vers la découverte du monde extérieur et de contrées intérieures à explorer. Elle nous permet d'accomplir nos premières expériences comme celle de jouer à la vie, de parler et crier, de rire et sourire et de bouder et pleurer. Ainsi que de réaliser nos premières découvertes telle la singularité de l'autre, de l'amour de soi et d'autrui, de l'amitié partagée, du chagrin et de la joie et malheureusement parfois de l'abandon. Elle façonne les décors, les éclairages, les odeurs et les sonorités de notre imaginaire et ravitaille les courants tentaculaires de notre pensée l'aidant ainsi à percevoir et affronter un monde foisonnant de défis, d'inconnus et de promesses. En définitive, l'enfance maçonne sans trop le savoir une à une les premières pierres angulaires assemblant nos essentielles fondations.
« Les îles de l'enfance dorment sur l'eau du Temps, on ne saurait y revenir qu'avec des pas d'enfant ». Gilles Vign
eault
L'innocente
Elle blottit sa frêle joue contre les contreforts enveloppants et apaisants de notre cœur. Elle se recroqueville délicatement entre les strates secrètes de notre mémoire pour ensuite se réfugier dans les alcôves de nos étourderies, de nos absences et de nos rêveries. Son innocente tendresse nous fait parfois rire et sourire, tantôt chanter et danser et à l'occasion pleurer et regretter. Son innocence candide loin des pièges de la malice et des astuces de la ruse parvient même par pur et simple bonheur à nous redonner souffle et vigueur et apporter espoir et vie.
« L'enfance ne se vit pas dans l'action mais dans quelque chose de plus subtil, qu'on appelle l'innocence à défaut de mieux la nommer ». Victor-Lévy Beaulieu
La lointaine
D'aussi loin que nous nous souvenions, l'enfance semble nous appartenir un peu, mais en vérité nous lui appartenons entièrement et pour longtemps. Cette lointaine enfance incarne le phare solidement agrippé aux flancs de la presqu'île de nos vies guidant prudemment nos pas de son étrange faisceau parfois aveuglant et dont nous ne contrôlons pas toujours l'intensité et la direction. Cette enfance balise les sentiers de notre destinée à l'image des bras de mer de nos imaginaires dessinant des rivages valsant en compagnie des vagues du ressac qui bordent et définissent nos continents intérieurs secrets et bercent nos rêveries englouties.
La gardienne
Cette enfance protectrice et salvatrice préserve soigneusement nos intimes pensées, nos rêves, nos peurs et nos errances dans son inviolable et précieux écrin. Elle protège fidèlement tant les nuances de gris que les couleurs qui arcenciellent nos cœurs et modulent la chaleur, la fraicheur et la tiédeur des saisons intimes de nos vies. Elle révèle également les pouvoirs nourriciers de la liberté et le ravissement de la créativité et elle temple sereinement au cœur même de nos désirs et aspirations. Elle emmagasine une à une les graines de souvenir qui ensemencent nos pâturages intérieurs de promesses verdoyantes et protège jalousement les sources d'émerveillement qui ravitaillent les faims et les soifs de nos destinées. L'enfance symbolise la gardienne du temps et de l'avenir.
L'universelle
L'enfance de tous et toutes, à chaque instant de son merveilleux et essentiel souffle s'acharne à pousser la vie en avant d'elle et repousser la mort sur les bas-côtés de la route du temps. Elle continue inlassablement d'incarner ce souffle de l'énergie mémorielle d'un univers grandissant et persévérant qui inspire la marche à l'amour et au bonheur vers les siens, ses ami-e-s, les autres de sa communauté et de son pays. Elle aspire également au ravissement intemporel et se refuse obstinément de sombrer dans les méandres de la noirceur ou d'être emportée avec les trombes de la tourmente.
« On est de son enfance comme on est d'un pays. » Antoine de Saint-Exupéry
L'héritage
Ainsi l'enfance de chacun d'entre nous révèle celle des autres mystérieusement malaxée à la nôtre. Toutes ces myriades d'enfances uniques et entrelacées, réelles ou imaginaires, participent avec force et bonheur de la création de la source fondatrice et mystérieuse de notre monde intérieur et des paysages extérieures que nous traverserons. Célébrons l'enfance car elle représente le plus beau et le plus inestimable des maillons de l'aventure humaine. Elle incarne un formidable et fragile héritage à chérir, protéger et transmettre ainsi qu'elle est et sera toujours omniprésente au cœur même des étapes de notre existence. Au nom de la préciosité de l'enfance ainsi que du respect et de l'amour de la vie, nous avons le devoir suprême de cesser de violenter et tuer l'enfance qui évoque la résurrection perpétuelle du Genre humain et du renouveau de la civilisation.
Épilogue
Sachons que si par bonheur les enfants dirigeaient le monde, il ne s'en porterait que mieux. De la sorte que les enfants innocents ne seraient pas injustement violentés et cruellement tués dans les guerres … des adultes. Le pire dans ces folies meurtrières c'est qu'après tous ces coûts humains irréparables et ces destructions coûteuses et massives des sociétés, nous nous retrouvons presque toujours dans l'incapacité totale à garantir une résolution juste et définitive dans la majeure partie des conflits et des guerres. Le jour où notre espèce Homo sapiens renoncera à sauvegarder l'enfance ; ce sera alors au sens de la bienveillance, de l'empathie et de la compassion la fin non seulement de notre humanité, mais de l'Humanité elle-même.
« Une société qui est obligée de mettre sur papier les droits de ses enfants est une société qui mérite la tutelle ». Serge Bouchard
Gaétan Roberge
NDLA Faut-il être vieux pour écrire sur l'enfance ? Peut-être.
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Bas les masques
À vous qui, du camp adverse, pris de panique,
pour diviser, multipliez vos coups bas merdiques, quand s'achève votre
règne pathétique.
À vous qui, sur l'écran cathodique, médiatique, additionnez vos faits et
gestes archaïques,
au prorata de votre plan machiavélique,
institutionalisé en racisme systémique.
À vous qui contaminez l'air ambiant toxique
avec vos envolées démagogiques,
quand on vous démasque sur la place publique
à glorifier les fauteurs de troubles sporadiques.
À vous qui souffrez de dépendance chronique, augmentez les facteurs
pathologiques
de votre soif de sang diabolique.
À vous qui, avec vos ondes positives dogmatiques,
cherchez à vous soustraire à ce côté maléfique qui défie toute logique,
tout indique que bientôt prendra fin cette scène tragique.
Zaz pitit Dessalines
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gauche.media
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