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Où est passé Mark Carney ?
Quand il est apparu sur la scène politique canadienne, les personnes qui se préoccupent du dérèglement du climat et de l'avenir de l'humanité (c'est-à-dire à un degré ou à un autre, tout le monde) ont senti un petit vent d'espoir. Mark Carney arrivait auréolé du prestige acquis en Grande-Bretagne, sur la scène européenne et mondiale : un banquier instruit et conscient de la dimension temporelle de l'économie. Un poète, en plus ? Son discours sur la tragédie des horizons semblait ouvrir une nouvelle ère à la réflexion sur l'évolution du capitalisme.
C'était en 2015. Depuis, la situation empire : les perturbations météorologiques causent de plus en plus de catastrophes ; les guerres accentuent la dégradation du climat et les déplacements de populations.
Les scientifiques le clament plus que jamais : il faut réduire la production d'hydrocarbures fossiles, cause première des émissions de gaz à effet de serre ; il faut appeler la population à réduire la consommation inutile ; il faut responsabiliser les grandes entreprises et cesser de les subventionner pour s'occuper du bien commun et des problèmes sociaux.
M. Mark Carney, premier ministre du Canada, c'est un beau programme qui se trouve devant vous !
Mais Mark Carney a disparu. Il a été remplacé par un chatbot complaisant au service de l'Alberta et des compagnies pétrolières et gazières. Son programme, c'est le soutien à une augmentation de la production d'hydrocarbures fossiles. C'est la réduction des garde-fous mis en place pour surveiller, évaluer, contrôler les projets néfastes pour l'environnement, la biodiversité, le climat, les êtres humains ici et ailleurs.
Si ce Mark Carney a disparu, les citoyens et citoyennes sont debout pour lutter et défendre l'avenir de l'humanité.
Denise Campillo
Roxton Falls
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Réaction au projet de loi Clare : des mesures complémentaires sont nécessaires
La Fédération des Maisons d'Hébergement pour Femmes (FMHF), le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et l'Alliance des maisons d'hébergement de deuxième étape (Alliance MH2) réagissent au projet de loi 4 – Loi sur la communication de renseignements aux fins de protection contre la violence d'un partenaire intime et modifiant diverses dispositions législatives déposé ce matin à l'Assemblée nationale. Inspiré de la Loi de Clare en Angleterre, ce projet de loi vise à permettre aux femmes de s'informer des antécédents de violence de leur partenaire intime, afin de prévenir la violence conjugale, familiale et sexuelle.
Le projet de loi introduit des avancées intéressantes, notamment la divulgation orale de ces informations sensibles par un organisme dédié, une définition large du partenaire intime et l'utilisation d'un formulaire en ligne pour améliorer l'accessibilité. Toutefois, les trois associations dénoncent certains angles morts et appellent le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, et la ministre responsable de la Condition féminine, Martine Biron, à collaborer à l'amélioration du projet de loi et à son déploiement avec elles.
Un organisme désigné expert en évaluation du risque
« Pour que la loi dépasse une logique symbolique et constitue un levier réel de protection, il est essentiel qu'elle aille bien au-delà de la divulgation d'informations mais qu'un accompagnement adéquat soit prévu. L'organisme désigné doit être spécialisé en matière de violence conjugale, expert enévaluation des risques et doit avoir une excellente compréhension du contrôle coercitif. Il doit entretenir des liens de collaboration solides avec l'ensemble des ressources spécialisées, soit les maisons d'aide et d'hébergement et les maisons de 2e étape, qui aideront les personnes visées à élaborerdes scénarios de protection efficaces », soutient Mélanie Miranda, co-coordonnatrice à l'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape.
Il est toutefois rassurant que l'organisme désigné, en contact avec les personnes à risque, le sera avec l'implication du Secrétariat à la condition féminine.
L'absence de clarté quant aux renseignements divulgués
- « Le projet de loi, dans sa forme actuelle, ne précise pas clairement l'étendue des renseignements qui seront réellement accessibles et divulgués aux femmes. Si seules les données détenues par les corps policiers sont incluses dans la divulgation, on laisse de côté des informations essentielles comme celles associées à des implications de la DPJ. Pour assurer une protection réelle, il faut lever ces zones d'ombre, et inclure une évaluation complète des facteurs de risques et des drapeaux rouges », soutient Mylène Bigaouette, directrice par intérim de la FMHF.
Il est nécessaire que ces éléments soient clarifiés au cours des consultations ou dans l'élaboration des règlements, afin d'assurer une mise en œuvre cohérente et réellement protectrice.
La formation des corps policiers et le rôle de la Sureté du Québec
Les services policiers ne sont pas toujours perçus comme sécurisants par les femmes, plusieurs ayant déjà vécu des interventions revictimisantes. Il est donc essentiel que l'équipe responsable du processus de recherche soit formée de manière approfondie et spécialisée. Il faudra également prévoir des mesures d'accessibilité réelles pour que les femmes qui ont eu de mauvaises expériences avec le système policier puissent utiliser ce mécanisme en toute confiance.
- « Le projet de loi soulève aussi des craintes quant à d'éventuelles pressions pour utiliser ce mécanisme. Y a-t-il des risques que des patrouilleurs tententainsi de pousser une victime hésitante à déposer une plainte à aller chercher ces informations ? Et une victime qui ne se prévaudrait pas de ce mécanisme hésitera-t-elle à faire appel à nouveau aux policiers si elle est menacée ? Quelle formation sera donnée aux policiers ? Quelle directive sera émise à ce sujet ? Ces questions doivent trouver réponses avant d'aller de l'avant » insiste Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Dix féminicides en contexte conjugal sont déjà recensés depuis le début de l'année. Le projet de loi représente un outil de plus en matière de prévention, mais il ne peut compenser le manque criant de places en hébergement et l'absence d'investissements stables dans les ressources spécialisées.
Aujourd'hui, une femme sur deux se voit refuser l'accès à une maison d'hébergement faute de place. Le projet de loi suscitera plus de demandes de soutien et d'hébergement des femmes qui apprendront que leur sécurité peut être à risque. Nous demandons au gouvernement d'agir dès maintenant avec des mesures concrètes et variées pour assurer la sécurité des femmes, assorties d'un financement durable.

Grande chaine humaine pour dénoncer les féminicides
Québec, le 14 mai 2026 2026 - Aujourd'hui, le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) a organisé une grande chaine humaine sur le boulevard Honoré-Mercier menant jusqu'au Parlement afin de dénoncer les 11 féminicides survenus depuis le début de l'année 2026 au Québec. L'événement a été marqué par de vives émotions, mêlant solidarité, colère et tristesse.
photos RGF
Le dépôt hier du projet de loi Gabie Renaud qui permettrait aux femmes de vérifier les antécédents judiciaires de leur partenaire est un pas dans la bonne direction en autant qu'il soit adopté très rapidement.
« La responsabilité du gouvernement est de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des femmes et empêcher que de nouvelles femmes soient tuées ! C'est pourquoi, nous demandons un plan d'urgence ! Est-il acceptable que 50% des femmes ne puissent obtenir une place en maison d'hébergement lorsqu'elles veulent quitter d'urgence un conjoint violent et se mettre en sécurité ? », affirme Nathalie Brisseau de la Maison des femmes immigrantes de Québec. Le manque de places en maison d'hébergement, de soutien financier d'urgence, le fait de dépendre d'un conjoint pour son statut d'immigration, le manque de logement social et d'hébergement adapté sont des obstacles majeurs pour les victimes de violence conjugale sur lesquels il faut agir et dès maintenant !
Malgré toutes les luttes menées depuis des décennies au Québec, les violences envers les femmes et les féminicides sont en recrudescence. La montée de l'antiféminisme et des discours de droite et d'extrême droite, la popularité d'influenceurs masculinistes valorisant les rôles traditionnels des femmes (trad wife) auprès de jeunes sont très inquiétantes et encouragent les rapports de domination. « Il ne faut pas négliger ces discours qui peuvent générer des reculs importants pour les femmes et notre société et légitimer les violences envers les femmes », s'inquiète Nancy Beauseigle, du Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale.
Au niveau fédéral, l'adoption du projet de loi C-16 déposé en décembre 2025 qui vise à criminaliser le contrôle coercitif dans le Code criminel canadien et à reconnaitre les féminicides comme des meurtres au premier degré doit être également une priorité. Plusieurs pays ont déjà adopté des lois pour lutter contre les féminicides, il est urgent que le Canada emboîte le pas.
Selon le RGF-CN et toutes les personnes qui se sont réunies aujourd'hui, il est urgent que nos gouvernements prennent leurs responsabilités afin de mieux protéger les victimes et combattre toutes les formes de violences envers les femmes. Les solutions aux violences faites aux femmes sont connues et multiples ! Les voix pour la dénoncer doivent l'être également. À la veille des élections provinciales, l'ensemble des partis politiques doivent s'engager fermement à faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité.
Le RGF-CN regroupe des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et travaille la défense des droits et des intérêts de toutes les femmes, l'égalité des femmes entre elles, l'amélioration des conditions de vie.
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Camp féministe 2026 du RGF-CN
Le Regropement des groupes de femmes de la capitale nationale (RGF) a organisé le 15 mai 26 un camp féministe avec comme thème : « Face aux violences d'état et à la montée du fascisme : se solidariser et résister pour les droits et libertés »
C'est environ 50 femmes qui ont participé au camp féministe 2026 provenant de plusieurs groupes de femmes de la région de Québec.
La journée a commencé par un panel d'intervenantes qui ont répondu à plusieurs questions de l'animatrice Hou Mou. Elles se sont concentrées sur les violences faites aux femmes dans le contexte actuel en donnant nombre d'exemples concrets.
Mélanie Vincent a expliqué la situation des femmes autochtones à l'heure actuelle à partir de la Loi des Indiens. Des exmples de discriminaton sont encore nombreux pour ces femmes.
Héloise Varin a parlé des violences économiques en proposant des statistiques très parlants. Elle a fait un tableau de la pauvreté au Québec.
Marielle M'Bangha a, pour sa part, décrit les obstacles rencontrés concernant la santé des femmes marginalisées. Elle a illustré les problèmes de langue, de culture et a mentionné les préjugés qu'elles vivent au quotidien. L'animatrice a aussi renchéri avec des exemples frappants.
Audrey Gosselin Pellerin comme dernière intervenante a analysé les discriminations à saveur islamophobe à partir des lois et projets de lois gouvernementales en lien avec le vécu des femmes qui perdent leurs emplois, voient le harcèlement augmenté et vivent l'isolement.
Sur l'heure du midi le RGf avait organisé une action de mobilisation à partir d'une chanson féministe de Mathilde : libre.
En après-midi la Lique des droits et libetés avait préparé un diaporama avec des quizz pour mieux comprendre ce que signifie le droit de manifester, son importance et les multiples applications que cela signifie pour les personnes militantes.
Enfin la journée s'est terminée sur les ateliers autour du questionnement « Qu'est-ce que le féminisme radical »
Un 4 à 5 a parmi aux participantes de relaxer après cette journée bien remplie.
ginette lewis

Coup de hache annoncé dans les protections environnementales : les député-e-s fédéraux-ales sommé-e-s d’agir avec conscience
Des organisations environnementales, des groupes citoyens et des organismes de la société civile québécoise lancent un appel à l'ensemble des député-e-s fédéraux-ales afin qu'ils et elles refusent de cautionner l'affaiblissement accéléré des protections environnementales actuellement envisagé par le gouvernement fédéral.
Parce que ces propositions risquent de transformer en profondeur la nature et l'identité du Canada, les groupes demandent à l'ensemble des élu-e-s de faire passer l'intérêt public, la santé de la population, la protection de la nature et l'avenir des prochaines générations avant les priorités à court terme du secteur privé.
« Les député-e-s ont été élu-e-s pour défendre les intérêts de leurs communautés, pas pour signer un chèque en blanc à une dérèglementation sans précédent au service des industries polluantes. Nous leur demandons d'avoir le courage de parler haut et fort pour refuser que le gouvernement fédéral saccage nos protections environnementales », déclarent les organisations signataires.
Les organisations estiment que les réformes proposées par le gouvernement canadien en matière de législation et de réglementation environnementale sont pires que celles qu'on a connues dans le passé : elles solidifient encore davantage une concentration inquiétante des pouvoirs décisionnels entre les mains du gouvernement et mènent à des reculs encore plus importants en transférant les risques sur la population.
« Derrière les slogans sur la rapidité et l'efficacité se cache le démantèlement des protections bâties au fil de décennies pour protéger la population, l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons, les espèces qui disparaissent et les milieux naturels dont dépend notre santé et notre qualité de vie », expliquent les organisations.
Les groupes rappellent que, comme l'a maintes fois souligné le commissaire fédéral à l'environnement et au développement durable, le déclin environnemental du Canada ne résulte pas d'erreurs ponctuelles, mais d'une culture de pollution tolérée et de planification politique à court terme. « Il faut se demander : à qui bénéficie vraiment ces réformes ? Pendant que le gouvernement déroule le tapis rouge aux industries polluantes, les ménages canadiens attendent toujours des retombées concrètes qui vont permettre de baisser le coût de la vie », se désolent les organisations.
Les groupes rappellent que les conséquences de l'affaiblissement des règles environnementales ne seront pas abstraites. « L'évaluation environnementale n'est pas un obstacle à contourner, c'est notre filet de sécurité contre une nouvelle génération de dommages coûteux et irréversibles. Quand des milieux naturels seront détruits, quand des communautés devront vivre avec davantage de pollution ou subir les conséquences de catastrophes climatiques plus coûteuses et plus fréquentes, il sera trop tard pour dire qu'on ne savait pas », expliquent les groupes.
Les organisations préviennent qu'un affaiblissement précipité des règles environnementales risque également d'alimenter les tensions sociales, les conflits avec les communautés locales et autochtones, et les contestations juridiques partout au pays. « À tous-tes les député-e-s qui ont à cœur de laisser aux générations futures une planète habitable, une nature vivante et des communautés résilientes, nous lançons un appel à votre conscience. Attaquez-vous aux vraies causes des délais plutôt qu'aux mesures qui protègent la population », concluent les organisations.
Organisations signataires
SNAP Québec
Nature Québec
Greenpeace Canada
Vigilance OGM
Centre québécois du droit de l'environnement
Mères au front
Fondation David Suzuki
Équiterre
Fondation Rivières
Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)
Les AmiEs de la Terre de Québec
Ateliers pour la biodiversité
Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA)
Eau Secours
Société pour Vaincre la Pollution (SVP)
Terravie FFC Fond Foncier Communautaire
Coalition Alerte à l'Enfouissement Rivière-du-Nord (CAER)
Projet de la Réalité climatique Canada (PRCC)
Front étudiant d'action Climatique (FÉDAC)
Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)
Coalition Action Déchets Toxiques (CADT)
Réseau action climat Canada (CAN-Rac)
Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED)
GroupMobilisation (GMob)
Groupe de recommandations et d'actions pour un meilleur environnement (GRAME)
Regroupement Vigilance Énergie Québec (RVÉQ)
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La filière éolienne québécoise : mieux ou pire qu’avant ?
En 2005, Hydro-Québec lançait un 2e appel d'offres pour un projet d'énergie éolienne de 2 000 MW. En avril 2026, la société d'État en était à son 7e appel d'offres, pour un potentiel de 3 000 MW. Comment l'implantation des projets éoliens a-t-elle évolué pendant cette période de 20 ans ?
Des éoliennes industrielles aux mégaéoliennes
Entre le 2e et le 7e appel d'offres, les turbines sont passées d'une puissance de 2 MW à 7 MW, et d'une hauteur de 450 pieds à 690 pieds. La surface balayée par les pales a triplé et couvre maintenant 3 terrains de football ! Le bruit audible augmente donc, et porte plus loin. La forte hausse des sons de basse fréquence (inaudibles) accroît le risque de troubles de santé chez les humains et les animaux. (1) Le rayon de la zone de sécurité (chute de débris, de glace, etc.) autour d'une éolienne passe de 250 à 400 mètres, couvrant une surface de 50 hectares ! Étant donné la configuration étroite des terres au Québec, cette zone d'accès restreint (ZAR) déborde donc chez un ou plusieurs voisins, compromettant leur sécurité et leur liberté de mouvement.(2)
Malgré cette hausse importante de la puissance et de la hauteur des éoliennes, la distance de protection par rapport aux résidences est passée de 600 mètres à seulement 700-800 mètres. L'interdiction de construire tout bâtiment dans ce périmètre équivaut pour les voisins à une « expropriation déguisée », limitant une fois de plus l'usage de leur propriété. Les noyaux villageois, qui jouissaient auparavant d'une protection de 2 000 mètres, se retrouvent désormais à seulement 1 000 mètres, dans l'ombre des éoliennes. Une autre perte majeure concernerait la multiplication des projets éoliens, créant une covisibilité qui miterait le paysage et exacerberait les effets d'encerclement et d'écrasement.
Redevances
Les redevances versées aux propriétaires et aux municipalités qui accueillent des éoliennes ont été aujourd'hui bonifiées pour atteindre plus de 6 000 $/MW. Cependant, pour que le projet soit retenu, les municipalités doivent maintenant être partenaires à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars. Mais en général les gains sont modestes, soit 2-3 % du budget municipal. Et comme les projets éoliens sont déficitaires, ce sont les abonnés d'Hydro-Québec qui doivent éponger les pertes qui serviront de redevances. Les surcoûts de l'éolien continuent donc d'annuler tout gain public au profit des firmes privées, et n'ont de surcroît aucune incidence sur l'indice de vitalité des communautés. (3)
Ces partenariats privés-publics exigent que les municipalités abandonnent leurs compétences en matière d'énergie. Les MRC adoptent des règlements calqués sur les besoins du promoteur, créent des sociétés privées axées exclusivement sur le profit, et empruntent sur la valeur immobilière de leurs citoyens pour financer des projets où le simple citoyen est éjecté du processus décisionnel.
Lourdement impactés par des éoliennes beaucoup plus puissantes, plus visibles et plus bruyantes, les riverains absorbent leurs pertes pendant que les promoteurs et les propriétaires terriens accueillant des éoliennes (dont 80 % n'habitent pas la zone d'influence forte) récoltent les bénéfices.
Acceptabilité sociale
« Un référendum constitue une option à considérer pour un conseil municipal qui veut communiquer au décideur gouvernemental la position réelle de la population. » (4) Une recommandation qui n'a jamais été adoptée ; le vote populaire, ultime retranchement de la démocratie, est rejeté au profit d'un régime d'achat de l'acceptabilité sociale. Pour Hydro-Québec, l'acceptabilité sociale se résume à une simple résolution d'appui de la part des municipalités.
Territoire
Non seulement la perte de territoire agricole se poursuit, mais elle s'accélère dangereusement alors que les meilleurs terroirs sont ciblés malgré les dénonciations de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Quant aux décisions défavorables de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ), elles sont fortement contestées par les promoteurs et par Hydro-Québec. En milieu forestier, les surfaces de coupe s'agrandissent considérablement pour permettre l'implantation de turbines surdimensionnées, entraînant au passage la perte d'érables à sucre protégés.
Contenu local
Le pourcentage de contenu québécois déterminant dans le choix des projets éoliens, prévu dans les premiers appels d'offres, est abandonné. Dans son dernier appel d'offres, Hydro-Québec entretient le flou, les promoteurs ayant tout le loisir de s'approvisionner à l'extérieur de la province au détriment des fabricants québécois. L'exemple du projet éolien Des Neiges dans Charlevoix, approvisionné en majeure partie par des pales et de l'acier chinois, est à ce titre probant.
Privatisation
La loi 69, adoptée sous bâillon par la CAQ, consolide la position du privé en matière d'approvisionnement en énergie éolienne en plus d'affaiblir le pouvoir de la Régie de l'Énergie, qui a un rôle régulateur dans la relation entre le citoyen et Hydro-Québec.
La mission d'Hydro-Québec de fournir une électricité stable au meilleur prix pour tous les Québécois doit dorénavant s'arrimer au Plan de gestion intégrée en ressources énergétiques du gouvernement. Ce plan, qui donne peu d'indices sur l'atteinte de la carboneutralité, sert surtout à combler les besoins énergivores de l'industrie, à qui on a octroyé d'importants blocs d'énergie, et à honorer les généreux contrats d'exportation consentis aux états-uniens de New-York et du Massachusetts.
L'occupation du territoire
Le constat est clair : l'implantation irréfléchie et irresponsable de la filière éolienne non seulement se poursuit, mais s'aggrave. Il appartient maintenant aux populations ciblées par le dernier appel d'offres de continuer à réclamer, tout comme il y a 20 ans, un moratoire éolien immédiat, un BAPE générique sur l'éolien, des référendums obligatoires et la fin de la privatisation de l'énergie éolienne pour qu'enfin les communautés puissent jouir de la rente éolienne détournée vers le privé.
Par respect pour les populations rurales, dans l'intérêt de tous les Québécois et pour la protection de notre terroir et de nos paysages, ces projets aux multiples impacts doivent être réorientés vers les meilleurs gisements éoliens, situés près des barrages et des lignes de transport d'Hydro-Québec.
La nécessaire transition qu'il nous faut opérer aujourd'hui est avant tout d'ordre mental. « Développement, croissance et progrès » doivent cesser d'être associés seulement à « création d'emplois, profits et PIB ». Notre projet le plus rassembleur s'articule autour des valeurs de « santé », de « qualité de vie » et de « cohabitation harmonieuse », seules sources de vraie richesse.
Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de l'Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d'élus
(1)https://youtu.be/Gdk19CLoJjk?si=aH3b6iGq_7PEBoCO
(2) https://drive.google.com/file/d/1yh3rOFGMo6FS-qT4GTGhEbNo8QTos4aD
(3)https://paysage-libre-vd.ch/lonu-le-confirme-le-cout-reel-de-leolien-est-largement-sous-evalue/
(4) Conclusion, rapport du BAPE 267, 2e appel d'offres, mars 2010, page 110
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Plus de 50 organisations demandent à Ottawa et à la Colombie-Britannique d’imposer sans délai la réalisation d’une étude d’impact sur la santé concernant LNG Canada, après des mois d’émissions toxiques dépassant largement les limites autorisées
VANCOUVER, C.-B. / Territoires non cédés des xʷməθkʷəy̓əm (Musqueam), des Sḵwx̱wú7mesh (Squamish) et des səlilwətaɬ (Tsleil-Waututh) | 14 mai 2026 | Alors que des rapports révèlent que la seule installation d'exportation de GNL du Canada brûle des excédents de gaz sans aucune limite légale en raison de défaillances techniques, plus de 50 organisations — menées par l'Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME) et soutenues par la Fondation David Suzuki, Environmental Defence, Greenpeace et l'Association canadienne des infirmières et infirmiers pour l'environnement — demandent aux gouvernements fédéral et de la Colombie-Britannique d'ordonner immédiatement une évaluation indépendante des effets cumulés sur la santé de la phase 1 du projet LNG Canada, la première opération d'exportation de GNL du pays.
LNG Canada a dépassé ses limites d'émissions mensuelles autorisées d'une moyenne de 40 fois pendant au moins six mois consécutifs — et a eu recours à des torchages d'urgence non réglementés pendant près de trois mois. Ces émissions exposent les habitants de Kitimat et de la région à des substances chimiques nocives pour la santé, notamment le carbone noir et le benzène, un puissant cancérigène pour lequel il n'existe aucun seuil d'exposition sans danger. LNG Canada estime qu'il faudra trois ans pour résoudre les défaillances techniques à l'origine de ces infractions, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à la non-conformité réglementaire prolongée, aux atteintes évitables à la santé publique et à l'adéquation de la surveillance de l'un des projets industriels les plus émetteurs du Canada.
« La première installation d'exportation de GNL au Canada rejette des émissions toxiques à des niveaux exponentiellement supérieurs aux limites autorisées. Or non seulement le gouvernement ne protège pas les communautés voisines contre ces dangers, mais il poursuit à toute vapeur de tout nouveaux projets de GNL qui mettront en danger d'innombrables autres personnes. C'est inacceptable. Nous devons marquer une pause et comprendre l'ensemble des impacts sur la santé des installations de GNL existantes avant d'en lancer de nouvelles », a déclaré le Dr Tim Takaro, représentant de l'ACME, médecin-chercheur et professeur émérite à l'Université Simon Fraser.
Il a ajouté qu'aucune évaluation cumulative des effets sur la santé n'avait jamais été réalisée concernant l'industrie du GNL en Colombie-Britannique, ce qui constitue une lacune majeure dans la prise de décision fondée sur des données probantes et dans les mesures de précaution visant à protéger les personnes vivant à proximité des sites d'exploitation du GNL et des infrastructures associées.
Dans une lettre adressée au premier ministre Mark Carney, aux ministres fédéraux Hodgson, Michel et Dabrusin, ainsi qu'au premier ministre Eby et aux ministres provinciaux Dix, Osborne et Davidson, les organisations appellent les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique à :
1- exiger la réalisation d'une évaluation indépendante, financée par le secteur, des effets cumulatifs sur la santé de l'industrie du gaz et du GNL en Colombie-Britannique afin d'informer les autorités de la Colombie-Britannique et d'autres juridictions ;
2- suspendre tout soutien financier public fédéral et provincial aux nouveaux projets de GNL, y compris le financement direct, les garanties de prêt, les incitations fiscales, les exonérations de redevances, la fourniture d'infrastructures ou d'électricité à un prix inférieur au coût de revient, ainsi que toute autre forme de subvention publique ;
3- appliquer une comptabilité carbone transparente et exhaustive pour évaluer les émissions sur l'ensemble du cycle de vie des projets de GNL.
La lettre affirme clairement que les Canadiens et les Canadiennes — en particulier celles et ceux vivant dans les communautés où sont implantées des installations de GNL — ont le droit de savoir : à quel moment le gouvernement d'Ottawa et celui de la Colombie-Britannique réagiront-ils aux risques liés à l'exposition continue aux polluants atmosphériques toxiques issus des activités liées au GNL ?
Le mois dernier, Ottawa a reconnu que l'augmentation de la production de GNL entraînerait une hausse des émissions et aggraverait les risques environnementaux, mais n'a fourni que très peu de données concrètes, se contentant d'engagements et d'incitations fiscales qui permettront d'injecter des milliards de dollars de fonds publics dans l'industrie mondiale du pétrole et du gaz, et ce, alors même qu'Ottawa et la Colombie-Britannique font face à des niveaux d'endettement records. Outre LNG Canada, le dernier budget du gouvernement fédéral fait état de 11 autres projets de GNL détenus par des sociétés étrangères et états-uniennes, à différents stades de développement à travers le pays.
Dans l'ensemble, ces problèmes non résolus font peser des risques inacceptables sur la population en Colombie-Britannique et dans l'ensemble du Canada. L'absence de contrôle et de responsabilité à Kitimat crée un dangereux précédent. Sans intervention, les mêmes risques pourraient se présenter dans d'autres régions du pays, telles que Baie-Comeau au Québec, ainsi qu'en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador, où des projets de GNL sont sérieusement envisagés.

Chaud le printemps
Notes sur l'Assemblée Générale du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN) du mercredi 6 mai 2026.
Aurélie Lanctôt, Francis Dupuis-Déri, Geneviève Dorais
Délégué-es du Syndicat des professeur-es de l'UQAM (SPUQ)
L'assemblée mensuelle du Conseil central métropolitain de Montréal du 6 mai 2026 s'était déplacée au Centre Saint-Pierre, rue Panet, en plein cœur du Village. Sur la rue Sainte-Catherine, les bars avaient disposé des écrans géants pour que la clientèle puisse suivre le premier match de la série Canadiens contre les Sabres de Buffalo, et on pouvait sentir sur la rue la fébrilité des fans. Dans la salle de l'assemblée, alors que quelques délégués arboraient fièrement les couleurs du Canadien et suivaient le match sur leur ordinateur portable en même temps que les discussions, le point « Conflits en cours » de l'ordre du jour était particulièrement chargé.
Librairie Raffin
Le conflit de travail a pris fin chez Raffin avec un règlement qui n'est malheureusement pas à la hauteur de la reconnaissance que méritent nos camarades libraires. Certes, la grève est terminée. Certes, la convention a été adoptée à l'unanimité. Mais les mauvaises conditions de travail, et surtout les piètres salaires, restent le mot du jour chez Raffin. Une personne libraire d'expérience plafonnera à vingt dollars de l'heure. C'est peu de reconnaissance pour les camarades qui inculquent aux autres l'envie de lire, de s'éduquer, de s'élever l'âme et le cœur face à l'ignorance et la peur. Faut croire que l'ouverture d'un Renaud-Bray sur la Plaza St-Hubert a pipé le jeu, comme ailleurs puisqu'il s'agit d'une stratégie de concurrence agressive de cette grande chaîne, qui a même historiquement entraîné la fermeture de petites librairies indépendantes (pour souvenir, Renaud-Bray a ouvert il y a maintenant longtemps sa succursale sur l'avenue Du Parc à quelques pas de la librairie Hermès, et maintenu des heures d'ouverture jusqu'à minuit finalement ramenées à 21h quand Hermès a finalement fermée boutique, incapable de soutenir pareille concurrence mesquine). Entre une librairie indépendante qui traite mal ses employé·es et une chaîne commerciale reconnue pour ses féroces pratiques antisyndicales, le moindre mal reste Raffin, sauf — évidemment — si vous voulez acheter des bébelles. On nous invite à y dépenser nos sous et à exprimer notre solidarité avec les camarades de retour au travail.
Grève chez Lavo
Le 26 mars, les membres du syndicat de Lavo ltée-CSN, sans convention collective depuis un an et demi, ont voté à 97% un mandat de grève. Après presque 70 rencontres infructueuses à la table de négociation, les travailleurs et les travailleuses en ont eu assez. Depuis le rachat de Lavo par la compagnie états-unienne KIK, rien ne va plus sur le plancher de cette usine de l'est de Montréal. Saison des séries, c'est vrai. Saisons des ménages de printemps également. Ces temps-ci, justement, représentent une saison particulièrement importante pour la vente des produits nettoyants de la compagnie, dont Comet, Hertel, La Parisienne, Old Dutch et Arctic Power. Les marques de produits nettoyants Kirkland et Sélection, qu'on retrouve au Costco et chez Métro, y sont fièrement fabriquées également. Les camarades sont organisé-es et mobilisé-es, et prêt-es à se battre longtemps pour se faire respecter. « On va la tenir, la minute de plus », a déclaré Maxime Boudreau, responsable de la mobilisation pour le syndicat, venu présenter le conflit au Conseil central, avant d'inviter les délégués présents à relayer leur appel à « vider les tablettes » de produits Lavo disponibles en magasin, pour placer la compagnie en situation de rupture de stock.
Grève chez Métro
Avec leurs pancartes, sifflets, crécelles et vestes de visibilité, une trentaine de grévistes du Syndicat des travailleurs(euses) des Épiciers unis Métro-Richelieu (CSN) ont électrisé l'assemblée générale, quelques heures après le dépôt d'une plainte au Tribunal administratif du travail (TAT) pour recours à des briseurs de grèves, entrave et ingérence dans les activités syndicales visant le géant de l'alimentation.
C'est le 15 mars que les 550 salarié-es du centre de distribution de Laval, du siège social et de l'entrepôt Mérite 1 ont adopté à 97 % un mandat de grève, qui a été déclenchée le 30 mars dernier.
Les grévistes ont dénoncé devant le Conseil central les tactiques antisyndicales musclées déployées par leur employeur depuis le premier jour de débrayage. La CSN, qui a déposé une plainte formelle au TAT, a expliqué dans un communiqué que Métro a eu « recours à de nombreux briseurs de grève, en plus d'avoir recours à des agences de placement et autres sous-traitants […] La plainte s'appuie notamment sur les nombreuses admissions faites lors de la visite des inspectrices du ministère du Travail par les gestionnaires du siège social et des deux entrepôts visés par la grève. Ces cadres avaient admis avoir embauché de la main-d'œuvre fournie par des agences de placement » [1].
Mais la mobilisation ne se limite pas à la contestation par les canaux institutionnels, comme l'a rappelé le président du syndicat, Matthieu Lafontaine : « Au premier jour de la grève, j'ai vu des gars se coucher devant les autobus de scabs pour les empêcher de passer. » Les salarié-es sont présent-es, mobilisé-es et ne reculeront pas devant les tentatives d'intimidation. Il a aussi souligné le décalage grandissant entre la croissance du chiffre d'affaires et des profits enregistrés par l'employeur (plus d'un milliard de dollars de profits en 2025 selon le bilan annuel de l'entreprise) et le pouvoir d'achat des employé.es, qui ne fait que s'affaiblir. Les grévistes exigent donc un rattrapage salarial, une politique claire sur le télé-travail pour le secteur bureau et la fin de la politique d'attrition dans le secteur du transport, où l'on se tourne progressivement vers la sous-traitance, ce qu'ils ont qualifié de « cancer ».
Disparition de la cellule syndicale du Cégep Saint-Laurent du Syndicat associé au Syndicat national du personnel de francisation
Mise à pied du personnel de francisation, ou comment se faire mettre à la porte sans façon ? Les camarades de cette cellule syndicale ont reçu une convocation de la direction du cégep Saint-Laurent simplement intitulée « Point d'information sur la francisation », pour une réunion qui n'a duré que 10 minutes lors de laquelle on les a informé-es de la fin pure et simple du programme, qui existait depuis 25 ans. La déléguée syndicale et animatrice de francisation, Suzanna Martres, a livré un témoignage chargé d'émotions au sujet du travail de première ligne essentiel effectué par les personnes animatrices en francisation. Après 8 ans de travail auprès des étudiant-es en francisation, pendant lesquelles elle a participé à la syndicalisation de la première cellule en francisation, c'est toute une partie de sa vie qu'elle doit laisser derrière, de manière abrupte. Il est d'ailleurs difficile de ne pas s'inquiéter pour les autres cellules syndiquées en francisation.
La fin du programme s'inscrit dans un contexte de sous-financement chronique des institutions d'éducation. Au cégep Saint-Laurent, les 300 étudiant-es des treize groupes de francisation ont été relocalisé-es dans des groupes communautaires, eux-mêmes à bout de ressources, suivant une double logique de sous-traitance et de cheap labour. Lors de la période de questions et de commentaires, un délégué, lui-même immigrant, a témoigné de l'importance de la francisation pour son intégration et celle de sa conjointe dans la société québécoise. « On nous dit au gouvernement que la francisation est une priorité pour intégrer, mais alors pourquoi couper ? C'est incohérent ! » Des membres du Syndicat des employé-es de soutien, du Syndicat des professionnel-es et du Syndicat des professeur-es du cégep Saint-Laurent ont aussi exprimé leur colère ainsi que leur appui.
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)
Mathieu Forcier, du Syndicat des employés de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), a présenté les problèmes découlant de l'intégration récente et soudaine des employés de la CDPDJ à la fonction publique, à travers le Projet de loi 7, dont le nom est en soi tout un slogan néolibéral : Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires. On a rappelé, pour mémoire, que la CDPDJ est instituée par la Charte des droits et libertés de la personne (la « Charte québécoise ») et a pour mandat de veiller à l'application des principes énoncés dans cette loi quasi-constitutionnelle. Le syndicat des employé-es de la CDPDJ est affilié à la CSN depuis sa fondation, et compte 180 membres, réparti-es dans 9 bureaux régionaux.
Le fait de ne pas être des fonctionnaires avait jusqu'ici contribué à préserver l'indépendance de la Commission face à l'État – ce qui est primordial puisque bon nombre de dossiers portés devant par la CDPDJ mettent en cause… l'État québécois ! Comme le résumait Marie-Iris Légaré, présidente du Syndicat des employé-es de la CDPDJ dans unelettreparue dans le Devoir le 9 avril : « La Commission n'est pas un simple service aux citoyens : elle est en soi un mécanisme de contrôle démocratique, une institution chargée d'évaluer les atteintes aux droits, y compris celles imputables au gouvernement. Elle ne devrait donc jamais être administrativement rapprochée du gouvernement au point de sembler en devenir une composante. Intégrer son personnel à la fonction publique risque de limiter considérablement la distance critique nécessaire entre surveillants et surveillés. »
Or c'est par un amendement de dernière minute lors de la séance d'étude détaillée du projet de loi 7 qu'il a été décidé que la CDPDJ ne nommerait plus directement son personnel, justifiant le démantèlement de l'unité syndicale et son intégration (ou désintégration) dans trois syndicats de la fonction publique. Après des lettres ouvertes et une pétition, le Conseil central a adopté à l'unanimité une résolution dénonçant la « fragilisation des contre-pouvoirs et l'érosion des mécanismes de protection de l'État de droit ».
Point « Divers » : grève pendant le Grand Prix de Montréal
À la toute fin de l'assemblée, une salariée du communautaire a pris la parole en se présentant comme étant également une travailleuse du sexe membre de Comité autonome du travail du sexe (CATS), surtout implanté dans le secteur des salons de massage et des bars de danseuses. Elle voulait aussi partager l'information que le CATS lançait un appel à la grève le 23 mai, durant le Grand Prix de la Formule 1, un évènement bien connu pour stimuler l'industrie du sexe à Montréal. Elle a déclaré que leur organisation revendique non seulement le droit de se syndiquer, mais aussi — et conséquemment — d'avoir droit à l'assurance chômage, à des congés payés et à des vacances. Le tract distribué sur place précisait d'ailleurs « [l]e travail du sexe est de l'exploitation au même titre que tout le travail dans la société capitaliste, et c'est bien en se syndiquant que les TDS pourront améliorer leurs conditions d'exercice. ». Leurs revendications sont appuyées par des groupes communautaires de femmes et en réduction des méfaits, des collectifs LGBTQI+, la Ligue des droits et libertés et par des syndicats locaux affiliés à la FTQ et à la CSN, même si cette dernière défend officiellement une position « abolitionniste » à l'égard du travail du sexe. Qu'importe, les dizaines de délégué-es encore sur place en fin d'assemblée ont chaudement applaudi cette intervention.
En sortant du Centre St-Pierre, la mauvaise nouvelle est tombée : Buffalo 4, Montréal 2.
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Les syndicats du Canada demeurent engagés à défendre les droits des 2SLGBTQIA+ à l’occasion de l’IDAHOBIT de 2026
En cette Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie, l'intersexphobie et la transphobie, les syndicats du Canada réitèrent leur engagement et leur solidarité de longue date dans la défense des droits des 2SLGBTQIA+ tant à l'étranger qu'au Canada.
« Les atteintes portées aux droits des 2SLGBTQIA+, comme à tous les droits de la personne, n'ont pas leur place dans les sociétés justes et démocratiques comme la nôtre », déclare Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « Quand les syndicats du Canada luttent pour la dignité et le respect au travail et dans nos collectivités, ils luttent pour tout le monde. Nous défendrons toujours inlassablement les droits de la personne en tant que droits des travailleuses et travailleurs partout, au travail comme dans nos collectivités. »
« Le thème mondial de l'IDAHOBIT 2026 reconnaît l'importance de l'accès de tous et toutes à la justice en tant que base de sociétés vraiment démocratiques.
Au Canada, nous avons vu directement l'effet qu'a sur notre démocratie le fait que des politiciennes et politiciens conservateurs et de droite compromettent les droits de la personne des 2SLGBTQI+ et d'autres communautés vulnérables pour favoriser leur programme politique anti-travailleurs.
Dernièrement, les gouvernements du Nouveau-Brunswick, de la Saskatchewan et de l'Alberta ont tenté de créer un dangereux précédent de restriction des droits de la personne en recourant aveuglément à la disposition de dérogation, selon la tactique employée pour obliger le personnel enseignant de l'Alberta à rentrer au travail à l'automne de 2025.
Ces gouvernements profitent de cette échappatoire pour honteusement mettre de l'avant des lois qui, à leur connaissance, violent les droits de la personne des communautés 2SLGBTQI+ garantis par la Charte. Ils bafouent délibérément les droits de la personne de leurs commettantes et commettants pour tenter de diviser les collectivités. Les syndicats dénoncent cela pour ce que c'est : une tactique de droite destinée à détourner notre attention de leur mauvaise gestion économique et du fait que leurs politiques ne contribuent nullement à la lutte contre la crise de l'abordabilité qui empire et que ce sont les travailleuses et travailleurs, leurs familles et les plus vulnérables d'entre nous qui devront payer le prix de l'approfondissement des iniquités économiques.
« Quand nous affirmons que ce qui fait du tort à une personne en fait à toutes, nous le disons au sujet des droits de la personne comme de tout autre domaine », dit madame Bruske, « Les syndicats du Canada sont des travailleuses et travailleurs unis contre la haine, et nous défendrons ces principes fièrement, fortement et audacieusement — y compris les droits des personnes 2SLGBTQI+ — en tant que base même de notre démocratie. »
En réponse à la criminalisation croissante des droits, libertés et identités des 2SLGBTQI+ dans le monde entier (en anglais et en espagnol seulement) et au mouvement mondial enhardi de répression des droits (en anglais seulement), les syndicats du Canada élargissent leurs efforts de défense des intérêts sur la scène mondiale. Le CTC est fier de s'unir à ses alliés contre la haine et continue à appuyer en solidarité les droits des 2SLGBTQI+ et les droits en matière d'OSIEG dans des espaces internationaux tels que la Commission de la condition de la femme des Nations Unies et l'Organisation internationale du Travail.
« D'un océan à l'autre et au-delà des frontières, notre solidarité ne faiblira jamais », ajoute madame Bruske.

Fiscalité municipale : le rapport Jérôme-Forget et Marceau rate sa cible
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Québec) déplore qu'on présente les travailleuses et travailleurs municipaux comme faisant partie du problème dans le Rapport sur la fiscalité et les finances municipales rédigé par Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau pour l'Union des municipalités du Québec (UMQ). Bien que le rapport pose certains constats justes sur les défis auxquels font face les municipalités, le SCFP-Québec estime que les auteurs font fausse route lorsqu'ils s'attaquent aux conditions de travail des employés municipaux.
En laissant entendre que les travailleuses et travailleurs seraient une cause importante des difficultés financières des municipalités, le rapport tente de leur faire porter le poids d'un problème dont ils ne sont pas responsables.
« Le problème du financement municipal, ce ne sont pas les travailleuses et travailleurs. Les employés municipaux ne sont pas responsables de l'élargissement des responsabilités des villes, de la crise de l'itinérance, des coûts liés aux changements climatiques ou de la hausse des contrats privés. Avant de leur faire porter le chapeau, il faudrait regarder sérieusement où va l'argent », a déclaré Robin Côté, président du Conseil provincial du secteur municipal du SCFP-Québec.
Selon le SCFP-Québec, deux grandes réalités sont pourtant absentes du rapport. La première est la sous-traitance, qui demeure la grande oubliée de cette analyse. Dans plusieurs municipalités, des travaux qui pourraient être réalisés à l'interne sont confiés au privé, souvent à coûts élevés, alors que l'expertise existe déjà dans les équipes municipales. Le recours grandissant à la sous-traitance affaiblit les services publics, entraîne une perte d'expertise à l'interne et contribue à une hausse des coûts pour les contribuables.
La deuxième réalité absente du rapport est la multiplication des postes de gestion. Dans plusieurs municipalités représentées par le SCFP, on observe une croissance du nombre de cadres et de gestionnaires, parfois pour superviser de très petites équipes. Pendant que l'on remet en question les conditions de travail des employés qui donnent directement les services à la population, le rapport reste silencieux sur cette inflation administrative.
« Les travailleuses et travailleurs municipaux sont au cœur des solutions. Ce sont eux qui possèdent l'expertise terrain nécessaire pour entretenir les infrastructures, assurer la qualité des services publics et répondre aux nouveaux défis auxquels les municipalités sont confrontées », renchérit Roxane L'Abbée, coordonnatrice du secteur municipal au SCFP-Québec.
Le rapport souligne avec raison que les municipalités doivent composer avec une augmentation importante de leurs responsabilités sans revenus équivalents, notamment en raison des coûts liés à l'adaptation aux changements climatiques, de la crise de l'itinérance, de l'état préoccupant des infrastructures et de la hausse des coûts des contrats.
Pour le SCFP-Québec, il est clair que le gouvernement du Québec doit faire sa part et donner aux municipalités les moyens de répondre adéquatement aux besoins de la population, entre autres en assurant un financement nécessaire pour l'entretien, la réparation et l'amélioration des infrastructures.
Mais une chose demeure claire : on ne réglera pas les défis du monde municipal en s'attaquant aux conditions de travail de celles et ceux qui font vivre les services publics au quotidien.
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États généraux du syndicalisme : votre point de vue compte
Comme vous le savez, les États généraux du syndicalisme, qui regroupent les neuf principales organisations syndicales du Québec (APTS, CSD, CSN, CSQ, FTQ, FAE, FIQ, SFPQ et SPGQ), constituent une démarche collective essentielle pour réfléchir à l'avenir de notre mouvement.
À la suite du colloque récent, les personnes participantes ont pu prendre connaissance de la synthèse des consultations menées partout au Québec à l'automne dernier. Une nouvelle étape s'ouvre maintenant : celle de valider et d'enrichir les pistes d'action qui en ont émergé.
C'est dans ce contexte que nous faisons appel à vous. Nous vous invitons à prendre quelques minutes pour compléter ce sondage en ligne. Merci de répondre d'ici au jeudi 4 juin 2026.
Votre participation est importante. Elle contribuera à orienter les actions à venir, afin de renforcer la solidarité et d'adapter nos pratiques syndicales aux réalités du monde du travail.
Le sondage est anonyme, ne recueille aucune donnée personnelle et prend moins de 10 minutes à compléter. La navigation se fait à l'aide des boutons « Suivant » et « Précédent » situés au bas de la page, et les questions marquées d'un astérisque (*) sont obligatoires.
Si vous rencontrez des difficultés techniques, vous pouvez contacter l'administrateur à l'adresse suivante : etatsgenerauxsyndicalisme@gmail.com.
Merci de votre participation à cet exercice tellement important.
Jennifer Genest
Pour l'équipe FTQ des États généraux du syndicalisme
jgenest@ftq.qc.ca
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L’IAG générative ne fait pas que voler des images, elle assassine des carrières
Le Regroupement pour l'Art Humain (RAH) tient à manifester tout son appui aux illustrateurices, bédéistes et artistes de tout le milieu des arts visuels dont l'identité artistique a été clonée par 𝗹𝗲 𝗿𝗲́𝗰𝗶𝗱𝗶𝘃𝗶𝘀𝘁𝗲 𝗲𝗻 𝗹𝗮 𝗺𝗮𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲, 𝗠𝗮𝗿𝘁𝗶𝗻 𝗧𝗿𝗲𝗺𝗯𝗹𝗮𝘆. Nous sommes tous illustratrices et illustrateurs et nous pouvons imaginer le choc que ce doit être de retrouver le fruit de décennies de travail, volé puis réduit dans notre dos à une équation algorithmique pour générer des contrefaçons sur demande à partir de requêtes. On n'est plus dans le vol, mais bien dans l'usurpation d'identité. Voilà jusqu'où l'IA générative est prête à nous mener.
Depuis quelques années, nous assistons au pillage à échelle industrielle du travail de millions d'artistes à travers le monde pour entrainer les IA génératives. Une entreprise dont le but est de les remplacer par quelque chose de moins cher en s'appropriant illégalement leur expertise.
Dans le cas des artistes visuels, ce sont des portfolios entiers qui ont été digérés par cette machine à imiter. Or, un portfolio, c'est bien plus qu'une simple pile d'images. C'est le condensé de l'expertise d'un artiste. Voler un portfolio, c'est cloner à son insu l'ADN d'un créateur, le dépouiller du brevet de son œuvre, lui voler son style, sa signature graphique, voire son identité d'artiste et une partie de son âme.
Aujourd'hui, derrière une forme d'aveuglement volontaire, ce piratage permet à des agences publicitaires, des designers, des directeurs artistiques, des institutions culturelles, des éditeurs de générer des images à partir des portfolios usurpés à des artistes, dont des Québécois, ceux qu'ils engageaient autrefois pour effectuer le travail.
L'IAG générative ne fait pas que voler des images, elle assassine des carrières.
Illustration signée Mathilde Cinq-Mars Illustration=AZYzenApX_5FIhHIDHbkyPfAIYE72BUHiUqZahK_MddBPL-HTARn5zTprwsUMhHlm_mJm1Phi_pAYxZeWMbLVRsydNK_czmqe34Ev8gxmU9YnGmXzAsALahVC0-jGds3P0PL6ROOOR2ASG1aFsa23ppU89EwMa3JpblxSD1J5TLlmEY6get4sysBlRj5JZ8Y_oUmJmYexWQqZpUVkqpJ9Oah&__tn__=-]K-R]

Comment faire de son passage en prison, une œuvre d’art ?
(Résumé et suppléments de la conférence à laquelle j'ai participée au Salon International de l'Édition et du Livre de Rabat, le 9 mai 2026, sur le thème « Écrire, dialoguer, appartenir », en compagnie de l'écrivain Mustapha Fahmi, modérée par Mhani Alaoui.)
Je ne dirai jamais assez tout le bien que je pense de La Beauté de Cléopâtre de Mustapha Fahmi. Un livre qui vaut vraiment le détour. Essentiellement, il pose une question immense, shakespearienne. Comment faire de sa vie une œuvre d'art ?
Cette question a été la mienne durant 35 ans. Dans un contexte et un endroit particuliers qui m'ont servi, en quelque sorte, d'atelier. C'est derrière les murs d'une prison que j'ai construit, au fil du temps, un beau laboratoire de création, d'écriture, de dialogue, avec l'objectif de redonner aux détenus un sentiment d'appartenance. Une appartenance d'une autre nature que celle qui les a amenés en prison. J'ai accompagné les détenus dans leur cheminement avec la même question. Mais adaptée à l'endroit et au contexte carcéral, je devais lui apporter une petite nuance.
Au départ, mon outil de travail était un micro. Et le résultat de chaque rencontre avec les détenus donnait lieu à une émission de radio fondée sur une idée simple. Donner voix à des sans-voix dans le cadre d'une émission radiophonique où des gens connus et populaires venaient écouter des hommes inconnus et impopulaires. Je me demandais alors simplement, comme journaliste, qu'est-ce qu'un détenu peut dire devant un micro de radio ? Que peut-il m'apprendre sur la prison ?
Et puis, très vite, dès la première rencontre, quelque chose est arrivé. Ce sont les détenus qui m'ont amené à transformer une question journalistique en une autre, plus intéressante. Comment l'art, la culture et la création pourraient-ils contribuer à l'épanouissement d'une personne incarcérée ? Un peu plus tard, la question deviendra plus théâtrale, shakespearienne, existentielle. Comment faire de son passage en prison une œuvre d'art ?
Faire une œuvre d'art de son passage en prison suppose un grand effort d'imagination. L'imagination, ce n'est pas ce qui manque en dedans. Les prisons sont des fabriques de création qui tournent 24 heures sur 24. Mais sans encadrement, sans orientation, sans programmes, l'imaginaire des détenus ne les amène pas nécessairement là où il faut pour réintégrer une vie socialement plus acceptable. Voilà pourquoi, le 11 décembre 1989, je suis arrivé à la prison de Bordeaux avec un micro de radio, pour essayer de donner un certain sens à cette imagination.
Dix jours après la chute du mur de Berlin. Pendant que des Allemands de l'Est et de l'Ouest célébraient leurs retrouvailles, moi, je franchissais le mur de la prison de Bordeaux, à Montréal. La plus grande prison du Canada. Une des plus emblématiques en Amérique du Nord.
On m'a conduit dans une grande salle que je trouvais un peu sombre, un peu lugubre. Ce n'était pas encore un studio, encore moins un théâtre. Avant que je puisse installer mon matériel d'enregistrement, un détenu se précipita sur le micro. Il s'isola dans un coin et commença à parler. Doucement. Comme au confessionnal. Nous étions plusieurs à observer la scène. Fascinés. Moi, un peu agacé, puisque le micro n'était pas branché. Je sentais déjà que je n'étais pas là seulement pour rapporter, pour enregistrer. Peut-être étais-je là pour autre chose.
Cet homme parlait au micro comme on parle à quelqu'un. Puis sa voix monta. Elle se transforma. Elle devint urgence. Il se mit à crier. Il exigeait du micro qu'il fasse apparaître un dentiste, avec une intensité digne d'une tragédie grecque. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit. Un gardien apparut. Il appela son nom. Debel que les gars appellait affectueusement, Débile. Surpris, l'homme ouvrit grand les yeux. Déjà. Le gardien ajouta un mot. Dentiste.
Silence. Puis révélation.
Cet homme venait d'inventer une stratégie. Un monologue. Une performance. Un cri organisé. Il nous avait joué un tour, il nous avait fait marcher. Il avait fait, avec un micro non branché, un tour de magie. Une œuvre, une petite œuvre. Il y avait dans ce premier jeu de micro un potentiel à exploiter et un monde imaginaire à explorer.
Plus tard, les choses allaient prendre forme. Avant les séances d'enregistrement, avant d'être branchée à un micro, avant d'être diffusée, la parole des Souverains devait d'abord être pensée. Écrite. Préparée. C'est de cette façon que l'écriture est devenue une étape de création fort importante.
Et dans ce processus créatif, l'écriture allait s'imposer comme une évidence, autant pour les détenus que pour moi. Avant de parler, il fallait écrire. Pour dire juste, il fallait d'abord chercher. Et cette recherche passait par les mots. Souverains anonymes est née, beaucoup plus qu'une émission de radio.
Je n'étais ni professeur de littérature ni écrivain installé. J'étais journaliste. J'avais beaucoup écrit, oui, mais sans imaginer que cela me servirait là, dans cet endroit où les mots sont souvent enfermés avec les hommes. Souverains anonymes est née, beaucoup plus qu'une émission de radio.
Un jour de 1992, un autre de mes Souverains, Stéphane, avait beaucoup de larmes et pas assez de mots pour dire tout le chagrin d'avoir été quitté par sa blonde. Comme il était particulièrement démonstratif, je l'ai invité à écrire son chagrin au lieu de déverser toutes ses larmes sur mon épaule. Avec quelques papiers et un crayon, il s'était installé dans un coin de la salle et, en quelques minutes, il venait de noircir trois pages. « Elle est partie », répété une centaine de fois, et une dernière phrase en guise de conclusion. « Je la retrouverai à ma sortie. »
Il n'arrivait pas à dire plus. Mais dans cette répétition obsessive, je trouvais qu'il y avait là la matière d'une histoire à raconter. Pour lui donner un exemple de ce qu'il pourrait faire avec ces deux phrases, je me suis permis de développer son idée en quelques vers.
J'ai levé les yeux au ciel
Et j'ai vu naître une étoile
Elle était unique et très belle
Tous les soirs, je la contemplais
Par des soirs gris, elle se cachait
Quand je lui parlais, elle réapparaissait
Une fois, j'ai passé la nuit à la chercher
Elle était partie vers une autre galaxie
Le ciel est plein d'étoiles
Mais la plus belle est partie
Elle est peut-être sur terre
Je la retrouverai à ma sortie.
Quelques instants plus tard, Stéphane criait son poème à qui voulait l'entendre partout dans son secteur. Même les gardiens tendaient l'oreille. Il ne pleurait plus. Il jubilait d'avoir trouvé les mots pour dire son chagrin et son espoir.
Mais à force de crier les mots du poème, Stéphane a provoqué chez d'autres détenus un étrange sentiment d'identification, d'appartenance. La plupart des détenus avaient vécu l'expérience d'être quittés, abandonnés par leurs femmes, et voilà qu'en quelques mots ils se sentaient représentés. Ce petit et modeste poème a connu un destin inattendu. Il a été vendu, revendu, dans une vente aux enchères aux prix de petits morceaux de hachich. Le plus offrant a eu le privilège de le dire de sa propre voix devant un micro et un invité. Plus tard, quand j'ai appris le stratagème, j'ai exigé qu'on reconstitue devant moi la scène de la vente aux enchères d'un poème.
Aussitôt, j'ai lancé un concours de poésie à l'ensemble de la prison. Quatre ans plus tard, je me suis retrouvé avec quelque mille textes. J'en ai affiché quelque deux cents sur les portes des cellules. Quand les gardiens faisaient leur tournée le soir avec leurs lampes de poche, ils tombaient sur des poèmes et, pendant quelques instants, ce sont les détenus qui libéraient les gardiens.
De cette abondance de textes, un album de chansons est né, Libre à vous, ou on peut entendre des voix de chanteurs connus interpréter les paroles des hommes de passage en prison. Il suffisait d'écrire pour faire de son passage en dedans une œuvre d'art.
— -
J'ai passé 35 ans de ma vie à encourager l'écriture de chansons et de poèmes en prison. J'ai fait le choix de ne diffuser de cette imagination fertile des détenus que ce qui brille, ce qui prépare une belle sortie, ce qui augure d'un bel avenir, ce qui raconte de belles histoires. J'ai fait entrer la culture en prison par des artistes importants pour donner aux détenus un sentiment d'importance, pour qu'ils cultivent l'estime de soi, pour qu'ils entament un chemin de guérison, pour qu'ils se débarrassent du réflexe victimaire qui les habite depuis l'enfance, pour que leur imagination et leur création soient au service de leur épanouissement, pour qu'ils apprennent à construire une parole responsable, pour qu'ils se sentent appartenir au monde.
Et à force de rappeler à ces hommes ce qu'ils ont de beau et de bien, j'ai souvent été le témoin privilégié de leur transcendance. J'ai vu un détenu réaliser son rêve de devenir ingénieur aéronautique. Je l'ai suivi dans son parcours, passant d'une classe du centre de formation de Bordeaux à un cours à l'université. Je l'ai entendu dans mon programme radiophonique exprimer ses rêves en poésie. Oui, j'ai vu le meilleur se manifester au cœur du pire. J'en parle largement dans le livre Vols de temps que j'ai publié en 2019 à l'occasion du 30me de Souverains anonymes.
Mais j'ai vu aussi le pire se manifester au cœur du pire. J'ai vu l'imagination prendre des raccourcis pour atteindre ce qu'il y a de plus sombre en l'homme. Mais j'ai fait le choix de ne retenir que ce qui brille.
Par exemple, ces paroles qui ont fait l'objet d'une belle chanson composée et interprétée par Michel Rivard. Des paroles écrites par un ancien détenu, un Souverain, un poète et un auteur reconnu, aujourd'hui décédé, Christian Mistral. Comme Jean Genet, lui aussi, il a fait de son très court passage en prison, comme dans ce magnifique poème, un territoire de langage, de théâtre et de métamorphose :
Y'a pas de poésie en prison.
La dame aveugle soupesait
Tout ce que les gens lui disaient
Que j'avais fait, n'avais pu faire
Dans une balance de fer
Où l'innocence et son contraire
L'une dans l'autre se déguisaient
Y'a pas de poésie en prison
Y'a rien qui rime avec la mort
Que le parfum des pendaisons
Qui flotte sous les miradors...
J'ai dessiné des libellules
Des papillons, des femmes nues
Sur tous les murs de ma cellule
Et je leur ai donné des noms
Avant de m'y frapper le front
Mon âme est une plaie décousue
Y'a pas de poésie en prison
Ça nous rendrait trop malheureux
Y'a pas de gazon, y'a pas d'saison
Le temps est immobile et creux
Quand l'acier de la porte claque
Sur mon palais de pénitence
Tout c'que je possède est dans un sac
Tous mes amis ont disparu
Tout c'que j'connais n'existe plus
J'épouse l'ombre et le silence
Y'a pas d'poésie en prison
Les mots sont des bêtes farouches
J'peux pas sauter le mur du son
J'ai des barbelés dans la bouche
— -
J'avais douze ans quand j'ai commencé à écrire. J'écrivais pour ma grand-mère quand la solitude lui pesait. Je lui prêtais des phrases comme on prête une épaule pour s'adresser à son fils, et je m'amusais toujours à en rajouter un peu. Moi aussi, j'aimais mon oncle.
Et puis, à l'école, j'étais ce qu'on pourrait appeler un Cyrano discret. J'écrivais des lettres d'amour pour ceux qui avaient trop peu de mots pour dire leur amour, leur désir, à l'attention d'une voisine ou d'une cousine. Je transformais des silences en déclarations enflammées. Et je dois l'avouer, j'en faisais toujours un peu trop en y ajoutant une petite étincelle. C'était ma manière d'être fidèle et généreux avec le client.
Des années plus tard, j'allais devenir un écrivain public en prison. J'écris pour appartenir, mais surtout pour comprendre.
Mohamed Lotfi
12 Mai 2026
PS : Je remercie mon ami Mustapha Fahmi d'avoir suggéré mon nom pour participer à cette présentation sur l'invitation du Conseil de la Communauté Marocaine à l'Étranger. Merci pour l'accueil. Merci à Mhani Alaoui pour la brillante modération. Je regrette l'absence de Taha Adnan, pour des raisons de santé.
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Renaissance
Dans mon jardin secret
en toute confidence
une graine se nourrit de mes dépendances
grandit à l'abri des regards indiscrets
Dans ma cour intérieure, en floraison
cultivée au fil des saisons
une semence
s'agrippe à mes rêves en dormance
Dans mon champ de regrets
sur ce terrain miné, en retrait
une souche pousse d'un trait
s'abreuve de mon envie éphémère
de sombrer dans mes chimères
Dans mon verger
une essence
en croissance
à protéger
Dans mon corps victime
s'imprime ce que je réprime
s'enracine ce fruit illégitime
Dans ma clairière dégarnie
privée de lumière
s'étiole ma matière première
trop affaiblie pour éclore de son nid
Dans ma forêt vierge d'écueil
avorter entre les branches qui accueillent
tout ce qui me brime
tout ce qui m'abîme
Dans mon cycle lunaire
quand ma flore intime
se régénère
accoucher le jour ultime
Dans mes rimes
de celle qui s'estime
qui s'affirme
ÊTRE sublime
Zaz pitit Dessalines
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Gustave Le Bon (1841-1931)
Quand il s'agit de trouver une unité sémantique pertinente ou appropriée pour désigner un grand nombre de personnes, une myriade de badauds, un attroupement de contestataires, une affluence de sympatisantEs ou d'opposantEs à un événement politique particulier, un groupe d'individus spécifique vivant dans un lieu ou partageant une condition, une origine, une culture, un territoire, etc., la langue française ne manque pas de mots : population, habitantEs, gens, citoyenNEs, demos, résidentEs, nation, peuple, peuplade, ethnie, tribu, pays, État, patrie, communauté, foule, collectivité, société, association, classe, caste, groupement, masse, masse populaire, commun des mortels, grand public, populace, plèbe, vulgum pecus, populus, commun, multitude, public, société, collectivité, association, affluence, cohue, rassemblement, monde, troupe, attroupement, flot, avalanche, cascade, déluge, fatras, flot, flux, infinité, kyrielle, légion, piétaille, myriade, pléiade, profusion, prolifération, quantité, ramassis, lie, tas, torrent, etc.
Ajoutons à cela qu'en termes de classes sociales, on parlait, à une certaine époque – et encore aujourd'hui, mais beaucoup moins – du prolétariat, des travailleuses et des travailleurs salariéEs, des classes laborieuses, des ouvrières et des ouvriers, de la plèbe, des classes populaires, du bas peuple, de la roture, du populo, etc.
De cette longue énumération nous retiendrons ici seulement deux mots : foule et masse. Quelles observations pouvons-nous formuler au sujet de ces deux concepts en vue d'y voir un peu plus clair dans certains comportements aux apparences ou réellement erratiques ou hérétiques, c'est selon et surtout à partir de quel auteur canonique pouvons-nous amorcer et entreprendre notre réflexion critique ? Un nom précis nous vient immédiatement en tête, du moins pour ceux et celles qui s'en souviennent (ou veulent s'en souvenir) : Gustave Le Bon, l'auteur du célèbre ouvrage, aujourd'hui dépassé à certains égards, intitulé La psychologie des foules (1895).
Le présent texte comporte trois parties : dans un premier temps, il sera brièvement question de Gustave Le Bon. Dans un deuxième temps, nous présenterons un bref résumé du livre La psychologie des foules et, dans un dernier temps, avant de conclure, nous tenterons de différencier les notions de foule et de masse.
Gustave Le Bon
Gustave Le Bon (1841-1931) est un homme dont l'existence a chevauché les XIXe et XXe siècles. Auteur prolifique[1], et ce dans plusieurs champs disciplinaires, Le Bon peut être considéré comme un esprit universel. De formation médicale, il a rédigé d'abord des travaux en biologie et en médecine. Il est le fondateur de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, dans laquelle plusieurs de ses œuvres, qui portaient sur la politique, la sociologie et la psychologie sociale, ont été publiées. Il a également commis des travaux en physique théorique. La Psychologie des foules est toujours considérée comme l'œuvre d'un brillant précurseur.
Le Bon soutient que la « foule » absorbe, en l'engouffrant quasiment intégralement parfois, l'individu. Il faut, selon lui, envisager l'influence grandissante de ce genre de regroupement d'individus dans un même lieu, car, anticipation qu'il dégageait erronément au début du XXe siècle, « nous entrons » dans l'« ère des foules » :
« Alors que nos antiques croyances chancellent et disparaissent, que les vieilles colonnes des sociétés s'effondrent tour à tour, l'action des foules est l'unique force que rien ne menace et dont le prestige grandisse toujours. L'âge où nous entrons sera véritablement l'ère des foules (en italique dans le texte). » (Le Bon, 2002[1895], p. 2).
Permettons-nous un aparté ici : son affirmation reste toujours à prouver tant l'initiative des dirigeantEs politiques de ce bas monde ne semble pas véritablement ralentie ou réellement érodée par l'action ou (et) les actions des foules et des masses. Passons.
Principalement connu pour ses analyses sur la psychologie des foules, il a été l'un des premiers à avoir étudié comment les comportements humains changent surtout lorsqu'ils agissent en groupe.
Bref résumé du livre Psychologie des foules (1895)
Psychologie des foules est un ouvrage fondateur de la psychologie sociale dans lequel Le Bon analyse les caractéristiques psychologiques propres aux foules, vues non pas comme de simples agrégats d'individus, mais comme des entités dotées d'une « âme collective », capable même de « contagion mentale » (Torris, 1998, p. 429). Le livre est divisé en trois parties qui décortiquent et détaillent l'âme de la foule (Livre premier), les opinions et les croyances des foules (Livre II) et la classification et description des diverses catégories de foules (Livre III).
Le Bon postule d'entrée de jeu que la foule est nettement distincte de la somme des individus qui la composent. Elle constitue une sorte d'unité mentale à dominante fortement émotive conduite par un inconscient collectif (qu'il qualifie « (d')âme » des foules). Cette loi de l'unité mentale des foules (Le Bon, 2002[1895], p. 9) comporte minimalement les particularités et les caractéristiques suivantes : la foule est « impulsive » et « mobile » (p. 18), « irritable » (p. 19), voir même, soutient-il, « féminine » (p. 19). Elle « diffère de l'individu isolé » (p. 11), car elle peut se mettre rapidement à agir sous l'emprise « (d')émotions violentes » (p. 10). Dominée par l'irrationnalité, la foule n'est pas le lieu où triomphe la raison et la réflexion morale. Elle est plutôt le lieu de l'action, voire même l'action brute et parfois brutale. Le Bon la considère comme illogique, irresponsable, excessive, crédule, imprévisible. Elle agit sous l'influence des chefs.
Le Bon est convaincu que la « contagion mentale » est, avec « l'hérédité », à la base des collectivités humaines que sont les peuples, les races (p. 112) et les civilisations (p. 111), lesquels ont, selon lui, une « âme collective » (p. 12). Convenons d'entrée de jeu qu'il s'agit là d'une caractéristique pour le moins difficile à dégager et à établir avec netteté dans les sociétés contemporaines.
Quoi qu'il en soit, il avançait une explication de certains phénomènes sociaux à partir de mécanismes psychologiques. Sa thèse centrale à ce sujet se formule comme suit : le quotient intellectuel individuel baisse dans les foules et certains individus, pris dans le tourbillon de la cohue de la multitude, sont prêts à abandonner les notions de bien et de mal pour un sentiment d'appartenance et de sécurité. Ce qui maintes fois a pu être observé.
Par « foule » Le Bon entend ceci :
« Au sens ordinaire, le mot foule représente une réunion d'individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.
Au point de vue psychologique, l'expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d'hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux de chaque individu qui la compose.
La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules (en italique dans le texte).
Le fait que beaucoup d'individus se trouvent accidentellement côte à côte ne leur confère pas les caractères d'une foule organisée. Mille individus réunis au hasard sur une place publique sans aucun but déterminé, ne constituent nullement une foule psychologique. Pour en acquérir les caractères spéciaux, il faut l'influence de certains excitants […] » (p. 9).
La foule est nécessairement composée d'un rassemblement d'individus qui, toujours selon Le Bon, agit sous « l'autorité d'un chef » :
« Dès qu'un certain nombre d'êtres vivants sont réunis, qu'il s'agisse d'un troupeau d'animaux ou d'une foule d'hommes, ils se placent d'instinct sous l'autorité d'un chef, c'est-à-dire d'un meneur.
Dans les foules humaines, le meneur joue un rôle considérable. Sa volonté est le noyau autour duquel se forment et s'identifient les opinions. La foule est un troupeau qui ne saurait se passer de maître. » (p. 69). « L'autorité des meneurs est très despotique […] Ce n'est pas le besoin de la liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours l'âme des foules. Leur soif d'obéissance les fait se soumettre d'instinct à qui se déclare leur maître. » (p. 71).
Trois causes agissantes sont à l'origine des métamorphoses qui se produisent chez un ou plusieurs individus dans une foule :
« Diverses causes déterminent l'apparition de ces caractères spéciaux aux foules. La première est que l'individu en foule acquiert, par le seul fait du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il y cédera d'autant plus volontiers que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement.
Une seconde cause, la contagion mentale, intervient également pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. La contagion est un phénomène aisé à constater, mais non expliqué encore, et qu'il faut rattacher aux phénomènes d'ordre hypnotique […]. Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux à ce point que l'individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l'intérêt collectif. C'est là une aptitude contraire à sa nature, et dont l'homme ne devient guère capable que lorsqu'il fait partie d'une foule.
Une troisième cause, et de beaucoup la plus importante, détermine dans les individus en foule des caractères spéciaux parfois fort opposés à ceux de l'individu isolé. Je veux parler de la suggestibilité, dont la contagion mentionnée plus haut n'est d'ailleurs qu'un effet. » (p. 13).
Le Bon avance que la personnalité consciencieuse des individus s'évanouit au sein de la foule, entraînant une homogénéisation des sentiments et des idées sous l'effet de ces trois causes principales exposées ci-haut, répétons-les à nouveau : le sentiment d'une puissance invincible, la contagion mentale et la suggestibilité. Ce sont ces causes qui sont susceptibles d'expliquer pourquoi la foule adopte parfois des comportements impulsifs, irrationnels, émotionnels et souvent extrêmes. Il souligne que les foules perdent leur capacité de raisonnement critique, elles croient sans preuves et sont sujettes à des sentiments exacerbés sans nuances, ce qui peut les mener tant à des actes de barbarie qu'à des actions audacieuses, courageuses ou des envolées héroïques sous l'influence, dans ce dernier cas, de meneurs charismatiques. À ce sujet, il précise : « Criminelles, les foules le sont souvent, certes, mais, souvent aussi, héroïques. » (p. 15). La psychologie des foules montre ainsi la puissance et aussi les dangers du comportement collectif, révélant un niveau de pensée souvent, tristement, « inférieure à l'homme isolé » (p. 15).
Sur la différence entre masse et foule
La différence entre « masse » et « foule », en sciences humaines et sociales, tient principalement à la nature des interactions et au type de comportement collectif observé.
La foule, selon une pléiade d'auteurs du XIXe siècle, est définie comme un regroupement provisoire d'individus dans un même lieu où lesdits individus perdent souvent leur conscience individuelle et deviennent impulsifs, guidés par des leaders charismatiques ou (et) leurs instincts et leurs émotions irrationnelles. Elle est capable de gestes et d'actions qui vont au-delà de ce qui est autorisé par les normes sociales[2].
La masse est un concept plus large et plutôt ambiguë. Il s'agit d'un « [e]nsemble constitué d'un grand nombre d'individus (en italique dans le texte) d'origine et de position sociales diverses, qui ne sont pas en interactions (en italique dans le texte). Une masse est peu structurée, ses membres sont anonymes. […] En ce sens, la masse se distingue de la foule (en italique dans le texte) qui est un ensemble d'individus rassemblés et en interaction » (Alpe, Beitone, Dollo, Lambert et Parayre, 2007, p. 182).
Il peut inclure les foules mais aussi d'autres formes de regroupements sociaux diffus et moins liés à la présence physique.
La masse désigne donc souvent une population atomisée et parfois désorganisée, où les individus sont psychologiquement fusionnés dans un ensemble unique, perdant parfois leur individualité au profit d'une identité collective. La masse est associée à une notion quantitative à la fois sociologique et psychologique. Les individus peuvent être décrits comme appartenant à une catégorie homogène et où les consciences individuelles sont gommées. On confond ou associe parfois cette notion aux mots suivants : peuple, classes sociales (Grawitz, 1988, p. 247). La rhétorique révolutionnaire souligne l'importance, dans sa lutte pour l'émancipation, de l'action de masse.
La foule est une forme spécifique de masse. Elle a comme caractéristique d'être généralement temporaire et localisée. La masse, par contre, peut être une entité sociale plus large, intégrant des dimensions psychologiques et sociales durables à moyen ou long terme, mais non nécessairement permanentes dans le temps.
En y pensant bien, pourquoi ne pas plutôt en venir à ceci : la masse est à la physique, ce que la foule est à la psychologie… Soyons plus précis. Il est possible de « refouler » une foule, ou de refouler des sentiments, des émotions, pour évoquer un « refoulement ». On ne dit toutefois pas « remasser » ou « remassement ». Mais la masse peut-elle être refoulée ? Oui. Si c'est le cas, la raison d'agir de la sorte envers elle suppose un état d'esprit qui l'habite et va à l'encontre du maintien de l'ordre qui sévissait avant ses « effluves ». En un sens, on dit refouler la masse, justement parce qu'elle est devenue foule (ou folle…). À noter une critique à ce qui vient d'être exposé, toujours au sujet de la masse, puisque le « re » peut être remplacé par un « ra », d'où l'allusion à « ramasser », au « ramassis » et au « ramassage ». Contrairement alors à la foule à disperser par le « re »(fouler) et qui incite même, à l'extrême, au repli dans la profonde intériorité individuelle (en songeant à la psychologie), le « ra »(masser) sert à concentrer, à rassembler les petites choses, et donc à réunir la masse. D'ailleurs, le ramassis désigne, d'après le sens commun, un ensemble de petits éléments, ou de petites unités, jugés sans valeur, mais qui en détiennent justement une parce que devenus une « masse ». Selon le Dictionnaire de l'Académie de la langue française, le « re » (qui inclut le « ra ») peut marquer un retour dans un état antérieur, de la même façon que nous l'insinuons ici.
Ainsi, le corps a besoin d'un esprit pour se mouvoir. La masse, comme corps collectif, demeure statique sans l'esprit de la foule. Et pour créer cet entrain commun, chaque unité de la masse doit joindre sa conscience à celle des autres. Un élément générateur et agitateur sert ensuite à créer une onde qui se répand. D'où l'idée de la contagion sociale que Le Bon peut avoir empruntée des Lois de l'imitation de Gabriel Tarde (1890).
On notera au passage que Le Bon, à la toute fin de son livre, étend, de manière confuse et abusive, le concept de foule à des groupements qui n'en sont pas véritablement (comme « les jurys de cour d'assises » et les « assemblées parlementaires »).
Conclusion
Le Bon a appliqué sa thèse centrale au sujet des foules (qu'il définit comme une unité mentale à dominante fortement émotive conduite par un inconscient collectif) à des événements historiques, débouchant sur une proposition théorique nécessairement controversée mêlant des idées élitistes, racistes, sexistes et également antisocialistes. Nonobstant ces biais, absolument contestables et inacceptables dans sa démonstration, son livre mérite quand même d'être lu tant il comporte certaines intuitions intéressantes dans les différences à établir entre certains concepts comme, entre autres choses, la masse et la foule.
La Psychologie des foules est considérée comme l'œuvre d'un « précurseur à la fois génial et naïf » (Torris, 1998, p. 429). Pour Le Bon, le social ne peut, à lui seul, expliquer le social. Il y a nécessairement du psychologique que l'analyste doit prendre en considération, à l'occasion, dans l'étude et l'analyse de certains phénomènes sociaux, comme les comportements et les exactions des « foules ». Nous le savons, l'être humain est un curieux mélange de rationalité et d'irrationnalité et le peu de rationalité qu'il recèle ne lui permet pas toujours de domestiquer en entier son irrationnalité, surtout dans ces moments où la masse se métamorphose en foule…. C'est quand la foule absorbe et engloutit l'individu, que les pertes de repères et les risques de dérapages sont réels.
Quoi qu'il en soit, c'est plutôt sur une note pessimiste que Le Bon conclut sa démonstration. Il expose en peu de mots sa vision qui relève à la fois du déterminisme rigide et du fatalisme implacable, ce qu'il considère comme le cycle inévitable de la vie d'un peuple : « Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple » (Le Bon, 2002[1895], p. 125).
Bref, là comme ailleurs, pour lui comme pour d'autres, « Le rêve passe »… Pourquoi rêver alors ?
Il n'y a pas unanimité sur les violences sociales et politiques – symboliques ou non – qui doivent être condamnées. Nous pensons ici plus particulièrement aux violences économiques que subissent très injustement les personnes qui ont faim et qui ont à peine de quoi dans leurs poches ou leur gousset pour se loger, se nourrir, vivre ou encore survivre. Mais ça, c'est un autre débat, nous dirons certaines personnes membres de la classe dirigeante ou alignées sur les positions de cette minorité dirigeante qui appartient à la société des biens-pensantEs. Ne perdons jamais de vue que derrière la misère des personnes exclues, exploitées, dominées et opprimées il y a les longues racines et les explications, en grande partie ou non, des choix politiques des membres de la classe dirigeante. Il est où, madame ou monsieur le ministre, le bureau des plaintes à ce sujet ?
Le livre de Gustave Le Bon, Psychologie des foules, peut être lu par celles et ceux qui s'intéressent – avant de condamner ce qui les choque ou ne fait pas leur affaire – à certains aspects de la vie collective.
Guylain Bernier
Yvan Perrier
14 mai 2026
12h45
Notes
[1] Georges Le Bon est l'auteur notamment des ouvrages suivants : Traité de physiologie humaine (1875) ; Histoire des origines et du développement de l'homme et des sociétés (1877) ; L'Homme et les sociétés : Leurs origines et leur histoire (1881) ; La Civilisation des Arabes (1884) ; Les Civilisations de l'Inde (1887) ; Les Premières Civilisations (1889) ; Lois psychologiques de l'évolution des peuples (1894) ; La Psychologie des foules (1895) ; Psychologie du socialisme (1898) ; L'Évolution de la matière (1905) ; La Psychologie politique et la Défense sociale (1910) ; Les Opinions et les Croyances (1911) ; La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912).
[2] « Foules (théorie des) : Dans la seconde moitié du XIXe siècle, en réaction contre les conséquences de l'industrialisation et celles de l'urbanisation, on a vu apparaître de nombreuses théories annonciatrices du règne inéluctable des foules dans des espaces sociaux atomisés, dépourvus désormais de toute solidarité communautaire. Dans ces ‘‘sociétés'' qui remplacent les ‘‘communautés'' d'autrefois, selon la dichotomie de Tönnies, les structures de sociabilité disparaîtraient laissant les hommes désemparés, solitaires, capables dès lors de s'engager dans n'importe quelle aventure idéologique leur fournissant un nouveau cadre de pensée et d'intégration collective. De Tocqueville annonçant la venue ‘‘d'une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes'' à Taine ou encore Gustave Le Bon, on dénonce la formation de ces foules à la psychologie émotive, prêtes à suivre n'importe lequel des leaders charismatiques, à entrer derrière lui dans des cycles interminables de violence et de mobilisation désordonnée. Dans ce contexte de foule, l'acteur perdrait de suite ses valeurs propres ainsi que sa rationalité en s'abandonnant aux émotions les plus irrationnelles, aux modes de pensée éloignés des traditions solidement ancrées dans le passé. Pour Gabriel Tarde, il se comporterait comme un somnambule dépourvu de toute conscience, suivant les comportements d'autres somnambules et adoptant, par imitation, ses valeurs et ses manières d'agir. » (Hermet,Badie, Birnbaum et Braud, 2015, p. 128-129).
Sources
Alpe, Yvex, Alain Beitone, Christine Dollo, Jean-Renaud Lambert et Sandrine Parayre. 2007. « Masse ». Lexique de sociologie. Paris : Dalloz, p. 182.
Bedin, V. et M. Fournier (dir.). 2008. La bibliothèque idéale des sciences humaines. Paris : Éditions sciences humaines, p. 212-215.
Grawitz, Madeleine. 1988. « Masse ». Lexique des sciences sociales. Paris : Dalloz, p. 247.
Hermet, Guy, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum et Philippe Braud. 2015. « Foule ». Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques. Paris : Armand Colin, p. 128-129.
Le Bon, Gustave. 2002. (1895). Psychologie des foules. Paris : Quadrige/PUF, 132 p.
Torris, Georges. 1998. « Le Bon Gustave (1841-1931) ». Encyclopaedia Universalis. Paris : Albin Michel, p. 429-430.
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Les Maîtres du chaos
Depuis tous ces siècles à tisser la toile de notre odyssée avec ses 600 ans d'inquisition, 600 ans de colonialisme esclavagiste et le triomphe des régimes capitalistes et autocratiques, si l'on pouvait en occire certains, le couperet tomberait sur le 20e siècle et son successeur le 21e.
Guernica de Pablo Picasso
La fabrique du chaos
Le chaos devient la pierre angulaire de l'hégémonie politique
tuer des milliers d'êtres humains pour la gloriole d'un seul dirigeant
jeter les besoins sociaux dans une poubelle remplie de promesses
créer le chaos pour mieux légitimer la répression
provoquer la colère pour justifier l'autoritarisme
griffonner des décrets pour imposer la soumission
proclamer le chaos comme nouvel ordre mondial
outrepasser honteusement les conventions internationales
cracher du venin sur des civilisations millénaires
cautionner et contrôler les campagnes de désinformation
souffler froidement sur les braises de la haine
militariser la paix pour mieux défendre la guerre
abolir les systèmes de protection réglementaire
laisser les entreprises de l'IA jouer avec notre avenir
déterminer et plastifier des conditions factices du bien-être
hypothéquer sans vergogne les générations futures
décréter arbitrairement des mises à pied de gratte-ciel
créer de la richesse aux seules fins de nantis
patronner fébrilement des réseaux de copinage
instrumentaliser les cycles des crises financières
consacrer mondialement le sacro-saint profit
pérenniser et blanchir les actions des ultrariches
convertir les valeurs universelles en indices des Marchés
troquer le sort du monde sur le parquet des Bourses
tremper les actions boursières dans le calice du capitalisme
La stratégie de la provocation et la tactique de la peur
Semer insidieusement les graines de la peur
embrigader méthodiquement les comportements
glorifier outrageusement les croyances mensongères
diaboliser les faits et la vérité sous le couvert de Dieu
ancrer perfidement les préceptes de la pensée unique
ignorer sciemment les inégalités pour les faire disparaître
masquer magiquement la misère par des statistiques
chloroformer furtivement les voix de la dissidence
javelliser aseptiquement les discours de la critique
diaboliser férocement les idéologies divergentes
balayer honteusement les aspirations légitimes
détruire et détourner la vocation des institutions
bafouer ouvertement les lois et les droits fondamentaux
assaillir frontalement les structures de l'état de droit
« Conquérir la peur est le début de la sagesse ». Bertrand Russel
Les ficelles de la manipulation
Populisme et démagogie sur l'échiquier de la terreur
propagande au menu et servitude au dessert
effacement des enseignements du passé
falsification des faits et vérités du présent
citoyen encagé sous les barreaux de la duperie
consommateur confiné dans ses rêves chimériques
confort hypothéqué et indifférence larvée
règles de justice naturelle sous le joug de l'arbitraire
déchéance morale et triomphe de la corruption
vérité ensevelie et fourberie ressuscitée
fausseté et propagande placardées à la une
pensée de blockhaus et politique de bunker
dignité écorchée au sang et paix arnaquée
« Ils savent que nous savons qu'ils mentent. Et pourtant, ils continuent de mentir ». Alexandre Soljenitsyne
La banalisation de la répression
Liberté de parole censurée et de presse cadenassée
sécurité omniprésente au service du contrôle subversif
écoute de conversations privées et stockage de données
atteinte à la vie privée et surveillance sans frontières
transparence voilée et opacité généralisée
itinérance judiciarisée et bannissement de l'espace public
droit de cité avalé par l'anthropophagie touristique
main-d'œuvre exploitée et esclavage garanti
entassement abject des réfugié-es dans des camps
expulsion illégale et condamnation des minorités
répression brutale des contestations légitimes
emprisonnement illicite et torture banalisée
enfance sacrifiée et guerre injustifiée
massacres et génocides commis en toute impunité
de milliers de personnes tuées sur un ordre banal
féminin singulier atrocement violée au pluriel
violence au quotidien et absence de sanctions
aide magouillée et misère mondialisée
espoirs déchus et illusions perdues
espérance assoiffée et famine provoquée
pillage à grande échelle planifié et appropriation forcée
climat déréglé et réglementation évaporée
« La triste vérité, c'est que la plupart du mal est fait par des gens qui ne se décident jamais à être bons ou mauvais ». Hannah Arendt
Les mystifications du pouvoir
Substituer du pain et des jeux par du McDo et du Football
plagier les créations et usurper les droits d'auteur
subjuguer la réalité par d'ineptes téléréalités
marivauder superficiellement l'amitié et l'amour
instantgrammer les illusions d'un bonheur factice
reconnaître béatement les balises de la médiocrité
magnifier dogmatiquement une démocratie bancale
laisser honteusement libre cours aux autocrates
maquiller sordidement les visages de la tyrannie
tuer à distance par drones pour se donner bonne conscience
invisibiliser traitreusement les souffrances de la guerre
nucléariser l'avenir en radiant le danger de radiations
Le génome de la duplicité et de la répression
En plus des forces dévastatrices de la colère du climat, l'existence de nombreux conflits et guerres et des centaines de millions de personnes vivant dans conditions de vie totalement inacceptables ; le désespoir et la désolation se retrouvent dans tous les coins de la terre. Les vagues d'attaque à la magnificence de la vie par ces impénitents rapaces s'annoncent ignoblement scélérates. Ces exploiteurs du Genre humain, les gérants d'estrade des banques, des conglomérats et des multinationales de tout acabit et des marchands d'armes secondés par leurs vassaux lobbystes ainsi que leurs complices grammairiens de la guerre sont attablés sur les ruines d'un monde en effondrement et conviés à un privé et fastueux festin composé des nourritures terrestres pillées et confisquées sans remords. Tous ces chantres du chaos, pourfendeurs de libertés et actionnaires du premier conglomondiotecnomilitaromérat ont réussi à décoder et exploiter le génome « DR » de la duplicité et de la répression. Ils sont ainsi parvenus à implanter dans un climat délétère, et parfois par la force létale, la banalisation de l'abc de la duplicité composé de l'asservissement, de la bêtise et de la cupidité.
« Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu'ils ont été trompés ». Mark Twain
Les piliers du nouvel échiquier dystopique
Ce rêve fou de bonheur et de prospérité qu'on nous a tant vanté et qu'on vante encore, il n'est pas mort. Mais en vérité, il n'a véritablement existé qu'au seul bénéfice d'une minorité de privilégiés car sous les illusions marchandes universelles de la « Mélodie du bonheur » ou de « The Star-Spangland Banner » se cache une angoissante symphonie du chaos, du contrôle et de la misère. Ainsi, en ce terrible premier quart du 21e siècle, la duplicité de ces prédateurs apparaît plus que jamais présente et soutenue par ses dogmatiques piliers : l'ultracapitalisme, la cupidité sans borne, la tyrannie des puissants, les prises d'assaut du pouvoir et les guerres impérialistes. Ils sèment à tout vent les graines de la convoitise et de la haine de l'autre. Cette haine fécondée par sa terrible alliée la peur contribue à déshumaniser les êtres, terroriser les esprits, troubler la paix sociale et embrigader la marche des peuples. Un fait troublant, près des trois-quarts de la population mondiale, soit un peu plus de 6 milliards de personnes, vit maintenant sous des régimes autocratiques. En plus de devoir affronter ces libertariens et ces oligarques affamés de pouvoir et de richesses et armés de leur fer de lance destructeur, nous sommes aux prises avec ces nouveaux techno-oligarques ou prophètes de l'Intelligence Artificielle (AI) qui traficotent notre avenir dans le secret de leur Silicon Valley privée à l'ombre de leur gargantuesques machines Deus ex machina« Dieu sorti de la machine » bouffeuses de données, d'énergie et d'eau. Pire encore, ils mentent effrontément concernant leurs intentions hégémoniques. Tous ces prédateurs et les soi-disant libérateurs poursuivent inexorablement le pillage de nos ressources et l'accélération de la destruction de la planète, les campagnes de camouflage de la vérité et les assauts répétés et violents aux droits humains ainsi que l'oblitération caractérisée des valeurs universelles. Ils veulent établir un nouvel ordre mondial et dont ils seront les seuls maîtres. Ainsi, à partir de maintenant : il n'y a plus de reine, de roi ou de cavaliers sur l'échiquier mondial ; seuls restent des pions mis échec et mat par la stratégie des fous, maîtres du chaos.
La spirale du silence
Cessons d'abandonner l'exercice de nos droits, de dissimuler nos valeurs et d'avoir peur de nos convictions et clamons haut et fort notre dissidence car nous avons le devoir d'agir et disposons du réel pouvoir d'ouvrir nos cœurs et nos esprits. Sinon, nous nous retrouverons à nouveau complices de leur horrible perfidie et coupables de nos frileux silences et de l'abandon de notre empathie sur les honteux sentiers de l'indifférence et de la lâcheté. Certes, nous sommes responsables de notre propre destin éphémère, mais aussi coupables collectivement de non-assistance à de millions de personnes abandonnées dans les méandres de l'incompréhension et de la souffrance et ensevelies dans les fosses communes de l'amnésie planétaire.
Le combat contre le chaos
Combien de temps des générations entières devront souffrir de cette déshumanisation et de l'effondrement de certains pans de notre civilisation. Combien d'autres vont mourir de faim et de maladie ou d'abandon et de désespoir. Combien de victimes innocentes succomberont sous la virulence destructrice des attaques surprises de drones et des bombardements à l'aveugle meurtriers avec pour unique épitaphe des amoncellements de gravats marqués du sceau ensanglanté de la cruauté et de l'indifférence. Quand parviendrons-nous à stopper les politiques cupides, assassines et dévastatrices de ces non-civilisés et d'essoucher les racines profondes de cette abjecte duplicité et intolérable répression humaine et guerrière à échelle continentale ? La réponse est gravée au plus profond de l'incandescence de nos cœurs, de l'illumination de nos pensées, de la colère de nos convictions, de la certitude de nos droits et de la communauté de nos âmes. Il ne tient alors qu'à nous d'effectuer une prise de conscience et d'en faire une lecture bienveillante et partagée pour la suite du monde. Puis, au nom du bien commun et dans un grand élan de solidarité d'avoir la volonté de changement et de créer un formidable assommoir au-dessus de la porte de la muraille de la civilisation humaine. Ainsi, cette solide colonne humaine de résilience pourra alors chasser ces maîtres d'œuvre du chaos qui affichent leurs ostentatoires étendards d'oligarques et d'autocrates semeurs de destruction et voleurs de destinées. Après cela, nous prendrons tout le temps voulu pour panser les plaies, réparer les torts, célébrer ensemble notre triomphe ainsi que la mainmise à nouveau sur nos destinées et la reconstruction d'une civilisation à hauteur humaine. Et souvenons-nous que le changement n'a de sens que s'il apporte à la vie un sens novateur, signifiant, partageable et transmissible.
« La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent ». Albert Camus
Gaétan Roberge
PS Comme le disait si bien Emmanuel Mounier : « Si la politique n'est pas tout, elle est en tout ».
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Coup de fil de Mouloud à Trump
Photo Sonia Mitralias
– Allo, Blond Blond ?
- Moulouuuuud !
– Oui, c'est moi. Ton pote que tu affectionnes particulièrement.
– J'ai reconnu ta touche de farceur.
– Wech ? Il parait que t'as fait une virée au Centre Médical Walter Reed ?
– Yes man ! Mais j'ai la peau dure.
– Je t'avais prévenu, Blond-Blond ! Ta Santé avant tout ! Tu peux me rappeler, Washington c'est pas la porte d'à côté.
– Attends ! J'effectue un dernier lancer : ( Vlaan ! )
– T'es où ?
– Sur le green, my freind, sur le green. Yeees ! PAR ! Mouloud, PAR !
– C'est quoi PAR ?
– J'ai scoré. Tu n'connais pas ?
– Non !
– Il va falloir que je t'invite pour un cours initiatique.
– Je préfère « La Princesse »
– La Princesse ? Ha, ha, ha !
– Tranquillise-toi ! C'est un jeu en Afrique du Nord. Ici c'n'est pas l'affaire Epstein. Chacun y tient à sa moitié. Sacrée boite de Pandore, vos turpitudes mondaines bien arrosées avec feu Jeffrey et les célébrités aux moeurs débridées. Vous êtes les honorables ambassadeurs de la Foi catholique ! Vite le « movie ! »
– T'as fumé un joint Mouloud ?
– Non, bu du Selecto !
– Qu'est que tu racontes Mouloud ? C'est révolu tout ça !
– Eh, j'ai ouï dire que ton défunt Milliardaire aurait une Collection des yeux en verre ?
– I don't know. D'où tiens-tu cette information.
– Un vieux de la vieille. Ferré en politique étrangère.
– Il est où le problème d'entretenir une telle passion, Mouloud ?
( Mouloud simule un toussotement pour souligner l'importance des propos qu'il va débiter avec gravité ) :
– Le problème est que dans sa collection, il n'y aurait que des yeux bleus ou verts !
– Nigauderie ! Mouloud, nigauderie ! Je ne vais pas me fâcher. J'aime ton impertinence.
– Eh, Blond Blond, tu peux me rappeler j'ai un forfait anémié !
– (…)
(Le Président le rappelle, séance tenante)
– Mouloud ?
– Oui Blond-Blond, je t'entends parfaitement.
– Perfect ! Attends ! Je range ma canne…
– Alors si j'ai bien compris, le matin, Mister Trump joue au Golf, et l'après-midi c'est séance Piraterie dans le détroit d'Ormuz ?
– Aaah Mouloud ! You desappoint me !
– Dis-moi ! Ta dysenterie impérialiste sévère et celle des Européens qui nous empoisonnent l'existence, elles s'arrêteront quand, hein ? Quand mettras-tu un terme à ton épandage despotique. Et puis tu nous saoule avec tes Prêchi- Prêcha : « Nous sommes la Nation la plus puissante ! ». On en a rien à fiche de cette domination suintant l'Injustice.
– Mouloud, Mouloud ! Les ennemis de la Démocratie sont une menace factuelle qu'on se doit de combattre quel qu'en soit le prix.
– Et comme par hasard, ces ennemis se trouvent là où il y a du pétrole à pomper, des territoires féconds à conquérir.
– ( Trump botte en touche par un silence pesant )
– Avoue qu'avec l'Iran, tu pognes un nœud ! Il n'est pas aussi malléable qu'il y parait, Blond, Blond ?
– Je l'épuise comme le matador le taureau dans une Corrida.
– Pour le moment ce sont les érudits Mollahs qui te mènent en bateau sur le nucléaire et dans le même temps te dictent les préalables et les clauses sur le détroit d'Ormuz.
– Je vais la gagner cette guerre Mouloud !
– T'es entrain de la perdre à mi-mandat, men ! Comme t'as perdu la traçabilité de l'itinéraire des 440 kilos d'Uranium enrichi à 60 % à Ispahan et Natanz.
– J'obtiendrai la capitulation du Régime des Gardiens de la Révolution et tu verras la suite.
– Eh ! Ton engagement militaire depuis le 28 février avec Bibi au Moyen-Orient, c'est la cigogne au bec coincé dans le goulot de la bouteille !
– Ecoute-moi bien Mouloud ! La circulation dans le détroit d'Ormuz sera rétablie ! J'empêcherai l'Iran de posséder l'arme nucléaire et ma visite en Chine pour des échanges bilatéraux, rebattra géopolitiquement les cartes.
– « D'une pierre deux coups ! ». 17 entreprises chinoises de la high tec' seront implantées « chez toi » pour minimiser les coûts. Sans parler des lourds investissements américains des grands patrons comme Musk, Goldman Sachs, Tim Cook, etc.
– Exactly ! T'as oublié la commande historique par la Chine des 500 avions 737 MAX et une centaine de gros porteurs, 787 Dreamliner et 777.
– Blond- Blond ! T'es pire qu'un un Trou noir ! Revenons à nos tristes moutons ! L'Iran, par la voix de son Parlement, s'est dit hier lundi 11 mai « prêt à toutes les options ! Et que tu seras surpris ! »
– Je crois que tu roupillais quand le sous-marin thermonucléaire USS ALASKA faisait surface à Gibraltar.
– « Ya Latif ! » Ne joue-pas avec ça Blond- Blond ! C'est 100 fois Hiroshima !
– Le cessez-le feu tient à un fil, Mouloud. L'Iran est sous assistance respiratoire ! Je déciderai du jour pour récupérer les poussières d'Uranium et la poursuite du démantèlement de ses capacités balistiques.
– Attends ! Le Régime vient de déclarer être prêt à « donner une leçon en cas d'agression ! »
– Ha, ha, ha ! Ses dirigeants vont céder et je les affronterai un par un jusqu'à la fin ! J'attendais un accord, j'ai eu droit à « UN TORCHON ! » C'est inacceptable est stupide !
– Ils sont comme ça les Iraniens (es) Blond-Blond. On n'est pas au Groenland, ni au Venezuela encore moins à Cuba.
– Cet Uranium, on l'aura quand on voudra !
– Il est sous une montagne, Blond-Blond. Et Poutine vient d'annoncer qu'il a un plan secret ! Alors, je vais de ce pas prendre une rasade de « Selecto » avant l'Apocalypse !
Omar HADDADOU
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Melenchon, la der des der !
Au grand dam d'une Union fragilisée faisant le lit de la Droite et l'Extrême Droite, la Gauche risque de partir en ordre dispersé vers la Présidentielle d'avril 2027. Pas question de parler de Primaire disent les uns (es), pendant que d'autres exhortent « la famille » à un choix commun.
De Paris, Omar HADDADOU
La Gauche face au péril extrémiste !
Mathilde Panot, Présidente pugnace du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale, est formelle. Hier, elle annonçait avec aplomb : « En cas de duel RN-LFI, elle ne croirait pas une seconde à une victoire du Rassemblement National ! »
Par ailleurs, sur un ton excessivement optimiste, son collègue Député abonde dans la même direction : « Mélenchon est le mieux préparé ! ». Faut-il y voir un clin d'œil au futur Président ? Peut-être une vérité sincère, émanant d'un jeune visionnaire doté d'une acuité du sens de discernement politique.
A moins d'un an de la Présidentielle, l'actualité s'emballe en Hexagone, nous susurrant à l'oreille que le Pouvoir est un breuvage succulent à double tranchants.
Jordan Bardella, en couple avec une Princesse héritière d'une grosse fortune, est rattrapé par un scandale de 600 millions d'euros. Avec en toile de fond des manœuvres de corruption, de magouilles et d'œuvres d'art. Voici venu le temps des déballages, bons à prendre !
Le paradigme factuel de la déficience d'une prise de conscience collective en France, rend tout effort spirituel, toute argumentation, lamentablement stérile. La crédulité prospère là où le semis de la diabolisation s'épanouie aisément dans le terreau riche en Minéraux de la peur.
D'où l'impossibilité d'avancer quelque pronostic pour le perchoir du Faubourg Saint Honoré. Les échéances présidentielles dévoilent, d'ores et déjà, des pulsions circonstancielles purement racistes. Le sénateur Bruno Retailleau, tailleur des référendums assassins sur l'Immigration et l'Islam, et son obsession (empreinte carbonée de haine), lorgne l'Elysées.
Idem pour Eric Zemmour (Reconquête) – même son slogan appelle à la colonisation – lui qui a oublié qu'étymologiquement son nom patronymique tire sa quintessence de l'Immigration. Et au-dessus de cette tête de pont amarrée au Bloc central du sémillant Gabriel Attal (Ensemble) et son Chalenger Edouard Philippe, partisan de la ligne gauche, il y a le duo de l'Extrême Droite, Marine le Pen et Jordan Bardella (RN).
Tous deux chevillés à des démêlés judiciaires. Mais, les exclure de cette élection cruciale, conduirait à la conclusion simpliste de vider ce rendez-vous de sa substance. Dès lors, il est fort à parier qu'ils pourraient bénéficier d'une voie de sortie salutaire où d'un atermoiement, taillé sur mesure.
Après avoir savamment entretenu le suspense - stature politique oblige - Jean Luc Mélenchon se lance dans la bataille. Le mentor de La France Insoumise (LFI) déclarait, début mai, à propos de sa candidature : « Nous c'est carré : Une équipe, un programme, un seul candidat ! Nous sommes prêts ! ». De quoi s'interroger sur quel pied son Excellence, François Hollande et son protégé le Premier Secrétaire (PS), Olivier Faure, danseront ? Ce dernier avance à couteau tiré contre son collègue Boris Vallaud. La crise de légitimité, est de toute évidence, endémique à gauche et se cristallise autour des positionnements de François Ruffin (Moi j'y vais), Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier, etc. L'irréductible Mélenchon, aura affronté toutes les bourrasques de la vie politique ! Et ce, dans l'unique espoir de faire entendre la voix des vulnérables : Le Peuple ! La diabolisation, distillée par ses rivaux à une strate électorale gogo, assommée à coup d'éthanol, de jeux du hasard et d'hédonisme, aura raison de ses luttes précédentes. Comment la Gauche pourrait- elle circonscrire les amalgames, éteindre les bûchers et briser les gibets « agencés » aux Etrangers (ères), accusés de la faillite d'une gouvernance absorbée par l'interventionnisme et effort de guerre honteusement dispendieux ?
Jean Luc Mélenchon 74 ans Fondateur du mouvement sus-cité, aura fort à faire dans cette course à l'Elysées, prévue entre le 11 avril et le 2 mai 2027. Frappée du sceau de l'incertitude, elle suscite moult supputations. Les quartiers généraux sont à présent sur le pied de guerre.
On dénombre pas moins de 19 candidats (es) en lice. Jamais la vie politique française n'aura connu une telle cohue, un tel à coup spasmodique, émaillé de tiraillements, de trahisons et de combines. Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont les deux grosses pointures à scruter dans ce duel.
Des chevronnés de la politique française, derrière lesquels s'attèlent des prétendant à moindre envergure. A Droite comme à Gauche, les alliances se dessinent et les appels du pied se négocient laborieusement à prix fort. Les ténors se réclament d'une légitimité et les jeunes rivaux, encore sous « biberonnage », ferraillent pour peser dans la balance.
Hier lundi, Jean-Luc Mélenchon catalyseur d'une Gauche en proie à des divergences, a lancé une campagne de « Parrainages citoyens » pour l'échéance d'avril 2027.
Les candidats officiellement déclarés (es) sont :
Edouard Philippe, Nathalie Arthaud, Delphine Batho, Xavier Bertrand, Jérôme Guedj, Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Bruno Rettailleau.
La guerre au Moyen-Orient et son impact sur le quotidien des Français (es), à laquelle le belliqueux et pirate de la ressource, Donald Trump, vient d'accoler, ces dernières heures, un point d'orgue de lancer une offensive, pourrait faire basculer la Présidentielle en faveur de la Gauche !
O.H
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Viols sur les Palestinien.nes : Israël poursuit le New York Times pour « diffamation »
Un article publié le 11 mai par The New York Times a suscité la fureur d'Israël en abordant (enfin !) les accusations de violences sexuelles systématiques commises contre des détenu.es palestinien.nes par les forces israéliennes. L'article, intitulé “The Silence That Meets the Rape of Palestinians” (Le silence qui entoure le viol des Palestiniens), a été écrit par Nicholas Kristof, chroniqueur et grand reporter du New York Times.
Tiré d'Agence média Palestine.
Dans ce texte, Kristof rapporte les témoignages d'anciens détenu.es palestinien.nes affirmant avoir subi des violences sexuelles, des humiliations et des agressions dans des centres de détention israéliens. Il décrit « un schéma de violences sexuelles israéliennes généralisées » contre les Palestiniens commises par des gardiens de prisons, des membres des forces de sécurité et des colons, en s'appuyant sur des témoignages recueillis en Cisjordanie occupée.
Outre les entretiens avec d'anciens détenu.es palestinien.nes, l'article s'appuie notamment sur des rapports d'organisations de défense des droits humains et sur des documents et conclusions d'instances des Nations unies. Des informations largement documentées depuis plus de deux ans par de très nombreux médias internationaux et que l'Agence Média Palestine a publiées à de nombreuses reprises. Mais lorsque ces mêmes informations sont maintenant relayées par le New York Times, journal qui a la réputation d'être plutôt pro-israélien et qui a été pointé du doigt pour avoir facilité de par sa couverture biaisée le génocide à Gaza, cela prend une toute autre dimension.
L'article a provoqué une réaction immédiate du gouvernement israélien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d'autres responsables ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme une « diffamation » et une « calomnie sanglante ». Le 14 mai, le bureau de Netanyahou et celui de son ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar ont annoncé déposer plainte pour « diffamation » contre leNew York Times. « Aujourd'hui, j'ai demandé à mes conseillers juridiques d'envisager l'action en justice la plus sévère qui soit contre le New York Times et Nicholas Kristof », a annoncé sur X jeudi 14 mai Benyamin Netanyahou.
Le quotidien newyorkais a défendu son journaliste et dénoncé une volonté d'étouffer le journalisme. Il a assuré que le travail avait été rigoureusement vérifié, affirmant que les témoignages et documents utilisés ont été recoupés auprès de plusieurs sources indépendantes.
« Le gouvernement israélien tente d'intimider le New York Times en annonçant poursuivre le média en diffamation pour un article sur les abus sexuels commis par des soldats israéliens sur des détenus palestiniens. RSF dénonce une méthode pour étouffer le travail journalistique », a réagi Reporter sans frontières. D'autres organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont également exprimé leur inquiétude et estimé que les menaces contre la presse étaient préoccupantes et qu'elles risquaient d'intimider les journalistes enquêtant sur de possibles violations des droits humains. Plusieurs associations de défense de la liberté de la presse ont également dénoncé les pressions exercées contre le quotidien américain.
Lire aussi : “Un autre génocide” : Euro-Med dénonce les violences sexuelles dans les prisons israéliennes

La Grande démission
Tiré de l'infolettre de l'R des Centre de femmes Le Nouvel R
13 mai 26
La Grande démission est une initiative d'auto-organisation en milieu de travail dans le secteur public de travailleuses et travailleurs des réseaux de la santé et des services sociaux, de l'éducation et de la fonction publique qui se rencontrent sur une base régulière pour réfléchir et proposer des analyses, revendications et stratégies.
Le 4e numéro de son journalvient d'ëtre publié en ligne. On peut aussi se procurer des copies papier
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Une bande dessinée donne un visage au racisme vécu par les femmes asiatiques
Tiré de l'infolettre de l'R des Centre de femmes Le Nouvel R
13 mai 26
En faisant parler Mai, une Québécoise de descendance vietnamienne, des chercheuses de l'UdeM signent Héritages, une BD qui donne un visage au racisme vécu par les femmes asiatiques. Les expériences que Mai traverse sont tirées de témoignages de femmes asiatiques recueillis durant 18 ans au Québec et en France par Sophie Hamisultane, mais aussi de fragments de sa propre vie. Elle cosigne la BD avec Sandra Desmazières, auteure franco-vietnamienne, en collaboration avec la prof Roxane Caron et la doctorante Julie Quynh Nhi Tran.

De sérieux doutes sur les « États Généreux » des auteurices démissionnaires de Grasset
Le 14 avril 2026, on le sait, était annoncé le licenciement du PDG de Grasset, l'éditeur Olivier Nora. Un manifeste fut signé par plus de 200 auteurices et publié dans Le Monde. Y était dénoncé « une atteinte à l'indépendance éditoriale et à la liberté d'expression » et affirmé le refus de continuer à publier chez Grasset.
Le 13 mai dernier, plus de 200 personnes, auteur·ices, personnalités engagées à leur côté et représentants syndicaux se sont réuni·es au théâtre de la Concorde à Paris pour lancer les États Généreuxdes autrices et auteurs.
On y lit, sur le site des États Généreux, et ailleurs dans la presse – notamment sur Médiapart–, qu'il y fut question de statut professionnel et de propriété intellectuelle. Il est tout à fait normal en effet que du moment qu'iels sont engagées dans des activités rémunérées, les auteurices souhaitent, comme tout·es travailleureuses, défendre leurs droits et leur avenir.
Or, à lire la presse et la page d'accueil du site des États Généreux, j'ai quelques doutes quant à l'efficacité réelle de cette entreprise.
Tout d'abord, l'équipée est bariolée, et si Virginie Despentes parle de rapport de force, j'ai bien peur que celui-ci au final n'accouche d'une souris, tant il sera peu crédible et mal aisé de faire front commun avec des personnalités telles que le clown de service de la bourgeoisie Beigbeder ou le sioniste maquilleur de génocide BHL.
C'est que ces États Généreux (l'idéalisme de l'intitulé l'annonce) manquent cruellement de considérations structurelles et matérialistes. Pour le dire autrement, si les auteurices obtiennent trois miettes de pain sur leur statut, que cela vaudra-t-il dans une France dominée par une bourgeoisie néolibérale qui sacrifie sans hésitation à l'extrême droite pour sauver ses intérêts et qui se met à genoux devant l'impérialisme américain – quitte à fermer les yeux sur un génocide et à l'armer – et les diktats économiques de Bruxelles ?
Pour le dire autrement encore, quelle partie de ces plus de 200 personnalités est prête à se rendre aux conclusions nécessaires pour un tant soit peu repenser les défis que devra relever l'activité littéraire face au péril sociétal en train d'advenir ? J'ai bien peur que les fractures des rapports de force n'apparaissent à l'interne bien avant de se faire ressentir à l'externe.
Une analyse politique conséquente partirait du fait qu'un livre est le produit d'un monde tangible, qu'il nécessite des travailleureuses du papier, du transport, de la manutention, tout autant que du monde de l'édition et de la création. Ce que rappelait Balla Fofana le 24 avril dernier à Arrêt sur image, en soulignant très justement que les ouvriers et ouvrières du livre n'étaient pas invité·es à ce genre de table de discussions, qu'on ne peut pas protéger si on ne regarde pas par le bas, concluant que le but de ce type d'entreprise de résistance n'est pas de « protéger Olivier Nora ». Qui des 200 et plus ira véritablement du côté des cols bleus du livre ?
Le site des États Généreux est peu bavard à ce sujet. On y parle plutôt de la « tradition française d'engagement des intellectuels dans la défense de la liberté d'expression », modèle idéaliste, ruisselant du haut vers le bas, bien loin de toute réflexion quelque peu complexe sur l'importance de la praxis et du terrain dans l'établissement d'une intellectualité. L'idéalisme ruisselant atteint son comble quand le nom du théâtre où on étés lancés ces États Généreux, Théâtre de la Concorde, est pris comme une garantie que la raison et ses lumières viendront couronner l'entreprise. On se demande, à ce moment-là, pourquoi ne pas organiser une rencontre entre les négociateurs iraniens et américains rue de la Paix… Heureusement que des intellectuel·les s'engagent…
Par ailleurs, le site renvoie à une tribune publiée dans Le Monde signée par plus de 600 auteurices réclamant une nouvelle Loi Jean Zay. Y est demandée, donc, une nouvelle loi encadrant le statut d'auteurice. Si tout statut est un champ de bataille et qu'il est nécessaire d'y réclamer et d'y lutter, quelques points me picotent. D'une part est posé comme horizon « une continuité des revenus » pour les auteurices, mais sans toutefois proposer aucune analyse du marché du livre, par exemple de son problème de surproduction. Qui aura une continuité de revenu dans un marché sursaturé ? Il y a une chance que ce soient les plus gros poissons… Il ne faut pas se leurrer, la plupart des auteurices ne vivent pas de leur plume et ont des revenus provenant d'autres secteurs, ce sont des travailleureuses « comme les autres ». Ceci considéré, pourquoi la tribune n'évoque-t-elle pas de solidarités avec le reste du monde professionnel, ne s'engage-t-elle pas plus dans la critique de la destruction du droit du travail et de l'assurance chômage qui ravage la France ? On dirait, à bien la lire, qu'elle défend avant tout les très rares auteurices qui peuvent vivre de leur travail. Ne serait-on pas encore en train de défendre par le haut ?
Autre chose qui chicote dans cette tribune à laquelle renvoie le site des États Généreux, c'est cette idée d'auteurices méritants, car ils ont beaucoup travaillé : « Nous sommes des professionnels, des travailleurs, nous créons sans compter nos heures, du petit matin jusqu'au bout de la nuit ». Déjà, merci pour l'image d'Épinal, on sent les littéraires. Et surtout, ce misérabilisme est-il la meilleure façon d'obtenir des droits ? Se tuer à la tâche doit-il devenir un gage, un argument, une autorité ? Que veut-on, construire la littérature d'une société ou fabriquer de petit·es auto-entrepreneureuses se s'épuisant sur un marché hyper compétitif, car sursaturé, content d'avoir gagné trois miettes dans un monde du travail en détricotage vitesse grand V ? La lutte des artistes n'est-elle pas plutôt une lutte pour le droit au chômage ? Pour sa plus grande extension possible, pour le salaire à la personne ? Pour le TEMPS LIBRE ? Le seul temps véritable de création.
Alors j'ai des doutes, de gros doutes même, sur la validité de cette comédie (sur les planches de la scène svp). Je n'y vois rien de prometteur ni pour la littérature ni pour la société française (et oui les deux sont liées, grande nouvelle !). Je ne vois pas comment on s'allie à des personnalités d'extrême droite pour lutter pour des droits, je ne vois pas comment on avance à coup de jeu de mots et d'appels à la bonne volonté, sans analyse matérialiste, sans praxis, sans unité avec les luttes des travailleureuses. Peut-être moins de grandiloquence aussi.
Que l'analyse de ces contradictions ne soit pas lue comme une condamnation, mais plutôt un appel à ces auteurices pris·es dans cette mascarade douteuse qui ont un léger doute. Quittez le navire. Il faut mettre l'énergie ailleurs. Du côté de la France Insoumise, ou du communisme révolutionnaire, ou encore des théories décoloniales… Les options ne manquent pas. Les mêmes questions que vous posez y sont réfléchies également. Mais vous le savez déjà, pour certain·es, j'en suis sûr. L'avenir des artistes passe non seulement par là, mais devra également faire face à une sérieuse réfection. D'où que la propriété privée intellectuelle doit régir les arts ? D'où que l'artiste doit être au centre de l'art ? Qui décide qui est un·e artiste ou ne l'est pas ? Quelles institutions sous quel pouvoir ? Sous quels régimes de propriété ? Mais ça c'est une autre histoire, à développer une prochaine fois, dans de prochains textes.
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Bolloré et l’édition : quand l’ombre menace la lumière
Le limogeage d'Olivier Nora, directeur de Grasset, par Vincent Bolloré a provoqué un séisme bien au-delà du monde de l'édition. En apprenant cette nouvelle, je suis allée voir mes livres Grasset et je suis tombée sur « Petit Pays » de Gaël Faye. Et là, j'ai mis le doigt sur ce qui me terrifie avec l'empire Bolloré : laisser les idées rances occuper le même terrain que les récits éclairés.
Tiré du blogue de l'autrice.
J'étais assise sur mon canapé, téléphone à la main, quand j'ai appris que Bolloré avait viré Olivier Nora des éditions Grasset. Une publication sur les réseaux sociaux annonçait la nouvelle. Une secousse m'a d'abord traversée, mais, trop habituée à ces nouvelles de fracas, j'ai machinalement continué à scroller. Sauf que la nouvelle, elle, serpentait déjà dans le corps. Alors j'ai fait machine arrière : « Attends, attends, quoi ? » Je relis : « Le limogeage d'Olivier Nora à la tête de Grasset confirme la reprise en main de l'édition par Vincent Bolloré ». De la secousse, émerge un pic qui se plante dans la poitrine. Je me lève pour rendre visite à quelques-uns de mes compagnons, blottis les uns contre les autres sur leurs étagères. J'avais besoin de voir quels récits étaient logés chez Grasset. J'ai cherché les dos jaunes et j'y ai retrouvé les histoires d'Amin Maalouf, de Virginie Despentes, de Gabriel Garcia Marquez.
Et puis j'ai vu Gaël Faye et son Petit Pays. Là, c'est le cœur qui s'est retrouvé dans un manège vertigineux. Parce qu'en voyant Petit Pays, j'ai pu mettre le doigt sur ce qui me terrifiait dans cette actualité Grasset : amener les idées rances sur le même terrain que les récits éclairés. Rouvrir Petit Pays, c'était (ré)entendre la voix de Gaby, le personnage du récit : il a 10 ans et vit à Bujumbura, capitale économique du Burundi. Il voit, sent et entend, à hauteur d'enfant, son pays basculer dans la guerre et assiste, si proche de lui, au génocide au Rwanda. J'ai imaginé Gaby convoqué comme « caution » de ce nouvel empire Bolloré, dont la stratégie est de banaliser, à tout prix, les idées d'extrême droite et les personnalités qui les portent. J'ai imaginé Petit Pays adossé aux couvertures jaunes des futurs écrits qui matraqueront ce que Gaby a fui : la haine, l'exclusion, le déni de l'autre. Ce sont leurs tromperies vicieuses qui m'ont retournée : réaliser comment ils vont hisser des figures fermées à la hauteur de celles qui ouvrent le monde.
Ces livres devenus nos amis et que l'on aime avec leurs couleurs ternies par les années, leurs coups de crayons à papier sous les phrases qui ont touché au cœur, leurs cicatrices de pages trop cornées... nous savons combien ils sont enviés : toute personnalité rêve d'avoir un livre à son nom car il confère une légitimité. Pour Bolloré, mettre la main sur l'édition, c'est fabriquer de la respectabilité : en publiant Jordan Bardella chez Fayard et en plaçant son livre sur tous les présentoirs des points Relay dans nos gares, aux côtés de Gaël Faye ou de Virginie Despentes, l'empire Bolloré fabrique sa normalité. C'est un faux pluralisme qui veut banaliser des idées qui, sans lui, n'auraient pas eu cette respectabilité.
Cette stratégie n'est pas nouvelle. On assiste déjà à ce spectacle cynique mis en scène chaque jour par la machine médiatique de Bolloré. Une stratégie qui a déjà fait des ravages : des médias refusent d'utiliser le terme « extrême droite » pour qualifier le Rassemblement national. Jordan Bardella est invité au 20H de France 2 pour parler de sa vie privée, scénarisée par une séance photo de Paris Match. Un lexique nauséabond s'invite sur les plateaux télés : « grand remplacement », « submersion migratoire », « grandes rafles » deviennent alors des termes banals qui s'immiscent en « idées à considérer ». L'empire Bolloré a rendu recevables des idées qui, hier, ne l'auraient jamais été. L'extrême droite ne fait plus peur parce que son vocabulaire est devenu acceptable, ou plutôt, a été rendu acceptable. Ce sont les mots qui, une fois banalisés, déversent leur petite dose de poison et ont la capacité d'intoxiquer nos esprits.
« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n'est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d'agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et, avec un tel peuple, vous pouvez faire ce qu'il vous plaît. »
Hannah Arendt
Dans les médias, leur stratégie a un effet immédiat tandis que dans l'édition, le danger est plus grand car le poison est plus lent. Après avoir gagné la bataille du vocabulaire en imposant leurs mots à coup de matraquage médiatique, c'est maintenant à nos imaginaires que la sphère Bolloré s'attaque. L'empire veut ronger les récits qui nous élèvent le cœur et l'esprit.
Dans Petit Pays, le petit Gaby m'a élevé les miens. Dans les rues parfum citronnelle de son Burundi, Gaby, qui joue en côtoyant l'horreur, trouve refuge dans les livres grâce à sa voisine, Mme Economopoulos. Ils sont son souffle dans le chaos, sa bulle d'air sous l'eau : « Grâce à mes lectures, j'avais aboli les limites de l'impasse, je respirais à nouveau, le monde s'étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. » Relire des phrases de Petit Pays, c'est mesurer le séisme de Bolloré sur la culture. Car l'appauvrissement et la vulgarité du langage précèdent toujours la banalisation de la violence. Ils nous veulent isolés, tristes, recroquevillés sur les peurs qu'ils nous auront eux-mêmes fabriquées. Avec des maisons d'éditions dans les mains de fossoyeurs de haine, on ne respirerait plus, car la seule chose qu'ils sont capables de faire ressentir, c'est la peur.
La littérature peut nous sauver de l'horreur car elle nous chuchote toujours une chose : l'espoir. Elle nous montre que la beauté est partout, même là où on ne l'attend plus. Du haut de ses dix petites années, Gaby l'a ressenti : « On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. » Sous son jacaranda mimosa, avec Mme Economopoulos, sa tasse de thé et ses biscuits chauds, Gaby rencontre des mots et des pensées qui ne le quitteront plus : « Dans ce havre de verdure, j'apprenais à identifier mes goûts, mes envies, ma manière de voir et de ressentir l'univers. » La littérature a ce pouvoir d'élargir notre vision du monde. Bolloré et son clan mènent une bataille pour rétrécir, cloisonner, saccager nos imaginaires.
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Je lisais la réaction à chaud de l'auteur et journaliste Éric Fottorino et j'ai aimé ses mots : « S'apitoyer ne sert à rien. Il faut résister. Résister partout. Dénoncer. Démasquer. » Démasquer, pour moi c'est le mot clé. Ils brouillent les récits, ils lissent les personnalités, ils laquent du vernis brillant sur du noir. Faisons-le craquer. Démasquons-les, débordons-les, désarmons-les. Boycotter ? Pas maintenant, vouloir boycotter Grasset aujourd'hui, ce serait abandonner les auteurs qui ne peuvent pas dire on se lève et on se casse. Mais leurs récits, eux, pourront encore faire front. Si le boycott est votre choix, faites-vous alors les porte-voix des maisons d'éditions et des librairies indépendantes qui défendent ardemment le voyage des mots. Et les récits fleuris que vos ami·es ou libraires mettront entre vos mains, faites-les circuler pour que nous en soyons collectivement les relais.
Soyons ce qu'ils ne seront jamais : solidaires, combatifs, humains. Allons dans nos librairies indépendantes, nos cinémas, nos théâtres, nos soirées, nos manifestations, nos familles pour se parler des récits qui nous auront émus, fait réfléchir, fait rire, fait rêver, autant d'actions pour combattre leurs mots de haine. « Dans mon lit, au fond de mes histoires, je cherchais d'autres réels plus supportables, et les livres, mes amis, repeignaient mes journées de lumière. » Comme le Gaby de Petit Pays, nourrissons-nous des récits qui, même dans l'ombre, font jaillir la lumière.

À Kaboul, une librairie aux airs de résistance
L'ouverture de la librairie Aksos, à Kaboul, est un évènement dont la portée symbolique dépasse les livres. Parmi les nombreux visiteurs, la présence de femmes et de filles — à qui l'accès au savoir est toujours drastiquement limité — laisse entrevoir un souffle de contestation.
Tiré du blogue de l'auteur.
À l'occasion de son douzième anniversaire, la maison d'édition Aksos Book Store a inauguré un nouveau point de vente à Kaboul. Vaste, moderne, organisée selon les standards internationaux, la librairie est une première dans un secteur littéraire marqué par la censure et la difficulté de diffusion des titres.
Cette ouverture est pour le moins politique. Car sur les photos et vidéos diffusées par Aksos sur les réseaux sociaux, ce qui détonne, ce sont les femmes. Nombreuses, jeunes pour la plupart, elles parcourent les allées, circulent dans les rayonnages bien achalandés du bâtiment à l'architecture soignée, feuillettent les ouvrages, achètent.
Leur présence dans une librairie n'est pas anodine dans un pays où les talibans ont interdit aux filles et aux femmes l'accès aux collèges, lycées et universités depuis leur retour au pouvoir en août 2021. Plusieurs responsables talibans ont, ces derniers mois, laissé entendre que certaines de ces restrictions pourraient être assouplies. Mais aucune mesure concrète n'est venue confirmer ces signaux, et la réalité de l'exclusion scolaire reste entière — d'autant que la ligne rigoriste du chef suprême Hibatullah Akhundzada s'oppose à toute forme d'assouplissement.
Dans ce contexte, le rôle de lieux comme la librairie Aksos dépasse leur fonction commerciale première : ils sont des espaces d'accès au savoir, des substituts imparfaits mais réels à une instruction désormais confisquée.
Lors de la cérémonie d'inauguration, les responsables d'Aksos ont tenu à souligner que leur nouvelle enseigne n'était pas simplement un commerce de livres mais un « pôle culturel » destiné à encourager la lecture et le développement intellectuel des jeunes générations. Des centaines de personnes — étudiants, écrivains, universitaires — auraient assisté à l'ouverture, selon les organisateurs.
Le fonds proposé couvre un large spectre : littérature, histoire, sciences sociales, politique, économie, religion. Les ouvrages sont présentés selon un classement thématique, dans un espace pensé pour faciliter la découverte, y compris pour les lecteurs peu familiers des librairies.
Parmi les titres en anglais qu'on aperçoit dans les rayonnages, l'idéologie dominante paraît être celle de la Silicon Valley : on y voit beaucoup d'ouvrages orientés ‘business' et développement personnel, comme “Diary of a CEO” ou “Ego is the Enemy”, ainsi que des récits de géants de la tech comme “Zero to One” du fondateur de Palantir Peter Thiel, ou “Becoming Facebook”.
Néanmoins, plusieurs visiteurs ont salué une initiative sans précédent dans le secteur privé afghan. Beaucoup relevaient que, jusqu'alors, se procurer des livres relevait du parcours du combattant, les titres disponibles étant dispersés et difficiles à trouver.
“Des endroits comme celui-ci sont indispensables”, a déclaré l'un des participants dans une vidéo que la rédaction a pu consulter. “Ils donnent aux jeunes — aux filles surtout — une raison de continuer à apprendre, même quand l'école leur est refusée. C'est une forme d'espoir.”
Partout où les états mettent des barrières à l'éducation de la moitié de leur population, de telles initiatives ont une importance capitale. Les espaces culturels indépendants sont alors l'un des derniers foyers d'une vie intellectuelle que les restrictions officielles cherchent à contrôler.
Aksos a par ailleurs annoncé son intention d'essaimer : des structures similaires pourraient voir le jour dans d'autres villes afghanes, afin d'élargir l'accès aux livres au-delà de la capitale.
Noorwali Khpalwak est un journaliste et éditeur afghan avec plus de dix ans d'expérience. Anciennement délégué aux médias puis directeur de cabinet de la Commission Électorale Indépendante afghane, il supervise ensuite la stratégie média de l'Assemblée Nationale comme Directeur de l'Information.
En tant que journaliste, il produit et présente des programmes politiques pour Spogmai Radio et Kabul News TV, la première chaîne d'information en continu du pays. Il fuit l'Afghanistan en 2021, après la chute de la capitale, et arrive en France. Il y développe depuis son podcast, ‘Kabul Podcast', pour continuer à offrir une information indépendante et un espace d'expression aux Afghans.

Comptes rendus de lecture du mardi 19 mai 2026
L'idée d'indépendance au Québec
Maurice Séguin
On ignore presque aujourd'hui l'influence qu'a eu Maurice Séguin à compter du milieu des années 1940 sur notre compréhension de l'histoire et nos transformations sociales et politiques. « L'idée d'indépendance au Québec », ce court document historique qui retrace notre histoire depuis la Conquête, en constitue une magnifique synthèse. Nous avons duré et perduré, nous explique-t-il, malgré notre fragilité et malgré les menaces, avec souvent, ici et là, l'idée de notre indépendance nationale, qui a fini par prendre de nouveau racine à compter des années 1960. Un excellent bouquin qui nous aide à mieux comprendre notre histoire.
Extrait :
Ce Canada, qui étend son emprise commerciale et politique sur une immense partie du territoire nord-américain, du golfe du Saint-Laurent au golfe du Mexique, et surtout sur une partie importante du territoire au sud des Grands Lacs, est un obstacle à l'expansion des colonies britanniques. Une des plus faibles colonisations entre en conflit avec la plus dynamique des colonisations d'Amérique. Mal défendu par sa métropole, le Canada succombe finalement aux attaques concertées des colonies anglo-américaines et de la Grande-Bretagne. Pour ceux qui savent apprécier à sa juste valeur l'indépendance nationale, cette conquête anglo-américaine est un désastre majeur dans l'histoire du Canada français, une catastrophe qui arrache cette jeune colonie à son milieu protecteur et nourricier et l'atteint dans son organisation comme peuple. Le Canada français ne sera plus seul. Sur le même territoire, dans ce Québec même, naît un deuxième Canada, une autre colonisation, anglaise cette fois, colonisation qui s'imposera dès le début par sa suprématie politique et économique et qui, finalement, consolidera par le nombre cette suprématie en devenant majorité.
Malade !
Alain Vadeboncoeur
Ce recueil d'anecdotes est certainement le plus léger des bouquins d'Alain Vadeboncoeur. L'urgentologue nous y raconte, de façon parfois cocasse, avec naturel, différentes épisodes de sa vie de jeune adulte et de sa longue carrière aux urgences de l'hôpital. On s'y reconnaît tout en apprenant plein de choses utiles sur notre – précieux – système de santé public.
Extrait :
Médusé, je regarde le téléphone, l'approche de mes lèvres et lance : « Allô ? » Provenant de la salle d'attente au loin, j'entends rire les patients, le tout accompagné de quelques joyeux « allô » en réponse au mien. En vérifiant l'écran du téléphone, je constate que je me suis trompé de numéro et que je dicte en ce moment… sur l'appel général de l'urgence ! Et justement, ça sort vraiment fort.
Paradiso
José Lezama Lima
Traduit de l'espagnol
Ce grand roman cubain, acclamé de toute part dès sa parution en 1966, est un roman atypique qui marie merveilleusement, en usant de nombreuses métaphores, la poésie, l'autobiographie, l'essai, la chronique, le manifeste révolutionnaire, l'amour, l'amitié, la déchéance, la mort et bien d'autres choses encore. Il s'ouvre avec la naissance de José Cémi, auquel s'attachent de très nombreux personnages à mesure que l'on avance dans le roman. Une grande aventure baroque qui se termine par la sensation, pour plusieurs, d'un paradis perdu. Incontestablement un chef-d'oeuvre !
Extrait :
Pour José Eugenio, ce premier jour de classe allait être aussi son premier jour d'observation du mal dans sa manifestation purement gratuite ; une première démonstration sous ses yeux, par-delà la difficulté conciliaire du quod erat demonstrandum, de l'incontestable existence du péché originel en chaque créature.
Mammifères du Québec et de l'est du Canada
Jacques Prescott et Pierre Richard
J'ai toujours trouvé que les Éditions Michel Quintin faisaient de fort beaux guides. Ils sont aussi très bien documentés et des plus intéressants. J'en avais parcouru plusieurs jusqu'ici, mais c'est la première fois que j'en lisais un au complet. Celui-ci porte sur les mammifères de nos champs et forêts, de nos grands plans d'eau et de la partie des océans Atlantique et Arctique qui borde nos côtes. Chaque mammifère y est décrit à l'aide d'une fiche qui nous fournit une description physique de l'animal, sa répartition géographique, son habitat, son régime alimentaire, etc. La maison d'édition a aussi publié des guides semblables sur nos oiseaux, nos amphibiens et reptiles, nos arbres et plantes forestières, nos champignons, et d'autres encore. Une façon très agréable d'apprendre à connaître notre milieu, notre faune et notre flore.
Extrait :
Le territoire et les eaux côtières du Québec et de l'est du Canada abritent une faune riche et diversifiée. Plus d'une centaine d'espèces de mammifères habitent la grande région bordée à l'ouest par le Manitoba, à l'est par l'océan Atlantique, au sud par les Grands Lacs et le nord-est des États-Unis, et au nord par les étendues glacées de l'Arctique.
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Lettre à François Lambert
Tu dis que tu travailles fort et je te crois. Mais, je connais quantité de gens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes, sans en retirer un sou de plus. Des gens dans différents domaines qui ne comptent pas leurs temps et même qui le font bénévolement.
Mon cher François
J'aime les gens comme toi, qui sont vaillants. Pour moi, c'est une valeur importante. Par ailleurs, j'ai toujours aimé ton petit coté frondeur, du gars qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense, mais je savais que nous allions finir par « se pogner ». Et bien c'est maintenant. Ta réaction à la proposition de Québec solidaire de taxer les millionnaires de plus de 25 millions, m'a un peu déçue. J'aurais pensé que tu aurais été un peu plus subtile. Ta réaction : « vos yeules » est pour le moins questionnable. De quelle autorité peux-tu te réclamer de faire taire ceux et celles qui ne pensent pas comme toi ?
Est-ce que tu es sortie de la cuisse de Jupiter, comme le disait ma mère, à ceux qui se prenaient pour d'autres ?
Qu'as-tu fait d'impressionnant dans l'histoire de l'humanité qui te permette de t'ériger en juge ?
Admettons que tu n'aurais pas existé, de quoi aurions-nous manqué d'essentiel ? Du popcorn sucré ? Peut-être !
Manifestement nous n'avons pas la même vision de ce qu'est la justice. Il y a dans la vie, des gens qui ont hérité, à leur naissance, gratuitement, de toutes sortes de qualités et de capacités sans avoir eu aucun effort à faire ou à produire. Des gens qui sont nés : beaux, grands, forts, intelligents, musiciens, etc. Ceux-ci et celles-là doivent participer davantage à l'amélioration de la société, que ceux et celles, qui sont nés pas beaux, pas forts, pas intelligents, etc. Ils et elles n'ont pas choisi cet état de fait.
Sincèrement, je crois que ceux et celles qui ont beaucoup reçu, qui considèrent que c'est un droit, font fausse route, parce que c'est privilège. Je crois également que tout privilège doit être associé à des devoirs.
Tu dis que tu travailles fort et je te crois. Mais, je connais quantité de gens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes, sans en retirer un sou de plus. Des gens dans différents domaines qui ne comptent pas leurs temps et même qui le font bénévolement.
Si tu crois que tu as réussi uniquement par toi-même et qu'il n'est pas question que tu partages davantage ce que tu as gagné, tu n'es pas un homme d'affaires qui a réussi, mais bien un profiteur qui s'ignore, dont le nombril est plus gros que le génie.
Accuser la gauche d'être incapable de créer la richesse, c'est oublier que la richesse n'est pas produite seulement par le patron, mais bien par l'ensemble de ses employés-es. C'est aussi oublier que l'entraide, la justice, la collaboration et la solidarité ont été au cœur de l'amélioration de l'humanité.
Actuellement, il n'y a pas de problème de création de la richesse. Il y a de l'argent comme il n'y en a jamais eu sur terre. Le problème, c'est que la richesse n'est pas partagée équitablement avec ceux et celles qui ont contribué à la produire.
Tu es chanceux, tu es encore jeune, tu as la chance de te reprendre.
À la fin de la vie de chacun de nous, ce qui importera le plus, ce n'est pas ce qu'on aura retiré de la société, mais ce qu'on y aura apporté. Alors que les écarts de richesse ne cessent de s'accroître entre les plus riches et les autres, ça ne peut plus continuer comme ça. Lorsque les gens qui travaillent sont incapables de se loger correctement et peinent à se nourrir convenablement, il y a urgence en la demeure.
Tu as du potentiel, tu es chanceux, tu devrais peut-être prendre le leadership des hommes et des femmes d'affaires qui sont d'accord avec un impôt supplémentaire, dont on pourrait discuter des modalités, pour ceux et celles qui possèdent plus de 25 millions ! Tu pourrais même inciter tous les partis politiques du Québec et même à Ottawa à prendre un tel engagement. Je serais fier de toi.
Denis Trottier
Ex. député de Roberval
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Quand le riche se montre pauvre !
Être riche n'est pas en soi un défaut, mais quand un riche comme François Lambert invite les solidaires de ce monde à fermer leur gueule parce qu'ils réclament davantage de justice sociale, il ne parle déjà plus comme un entrepreneur. Il parle comme un homme persuadé que sa réussite lui donne un droit moral supplémentaire sur la parole publique. Et c'est peut-être ça, le vrai danger de certaines fortunes. À force d'entendre des applaudissements, certains finissent par croire que leur voix vaut plus que celle des autres.
Dans son texte « À tous les Québec solidaire de ce monde… vos yeules », François Lambert tente de faire passer une leçon d'économie pour une démonstration de lucidité. Mais sous les chiffres imaginaires, les phrases musclées et les points d'exclamation, on entend surtout une immense fragilité. Celle d'un homme incapable de supporter qu'on questionne le pouvoir des riches sans le vivre comme une attaque personnelle.
Enfin, personne n'a dit que tous les entrepreneurs boivent du champagne le vendredi soir. D'ailleurs, merci à François Lambert pour cette information capitale. Le Québec dormait mal depuis des années à se demander ce qu'il buvait en fin de semaine. Nous voilà rassurés. Il boit peu d'alcool. L'équilibre budgétaire est sauvé.
Et ce passage est fascinant. « Même si quelqu'un avait 100 millions dans son compte, il ne l'a pas volé. » Voilà donc le niveau du débat. Comme si le seul problème moral possible avec l'accumulation extrême de richesse était le vol. Comme si entre voler une banque et posséder une fortune colossale dans une société où des travailleurs dorment dans leur voiture, il n'existait aucune autre question éthique. Aucun problème de répartition. Aucun déséquilibre social. Aucun rapport de domination économique.
C'est toujours le même vieux tour de magie idéologique. Transformer toute critique des inégalités en haine des riches. Si vous demandez une fiscalité plus progressive, vous êtes jaloux. Si vous questionnez les privilèges fiscaux, vous êtes anti réussite. Si vous défendez les services publics, vous voulez punir ceux qui réussissent. La pensée binaire est pratique quand on veut éviter les nuances.
Et puis cette phrase magnifique. « Cet argent-là vient de risques, de travail, de sacrifices et de décisions intelligentes. » Bien sûr. Parce qu'une préposée aux bénéficiaires ne travaille pas. Parce qu'un ouvrier qui se détruit le dos à cinquante ans n'a pris aucun risque. Parce qu'une mère monoparentale qui cumule deux emplois ne fait aucun sacrifice. Le problème avec certains riches, ce n'est pas qu'ils valorisent leur travail. C'est qu'ils finissent par croire que le leur est le seul qui mérite récompense.
Le plus ironique dans tout ça, c'est cette obsession à vouloir se présenter comme les piliers exclusifs de la société. « Sans entrepreneurs, il n'y a rien. » Rien que ça. Les enseignants. Rien. Les infirmières. Rien. Les éboueurs. Rien. Les travailleurs agricoles. Rien. Les employés d'usine. Rien. Le caissier qui gagne trop peu pour acheter ce qu'il vend. Rien.
C'est étrange comme certains hommes d'affaires découvrent soudainement les vertus du collectif quand il s'agit de parler des travailleurs qui enrichissent leurs entreprises, mais redeviennent farouchement individualistes dès qu'il faut partager davantage les profits avec la société qui rend leur succès possible.
Parce qu'un entrepreneur ne pousse pas dans le vide. Il pousse dans un monde construit par les autres. Les routes publiques transportent ses marchandises. Les écoles publiques forment ses employés. Les hôpitaux publics soignent sa main-d'œuvre. Les tribunaux publics sécurisent ses contrats. Même son fameux « risque » repose sur une stabilité collective financée par les impôts de tous.
Mais voilà qu'aujourd'hui, payer davantage devient une forme d'oppression. Le riche moderne ne veut plus seulement réussir. Il veut être admiré moralement pour sa richesse. Et surtout, il veut qu'on cesse de lui rappeler qu'une société n'est pas une entreprise et qu'un citoyen n'est pas seulement un portefeuille ambulant.
Puis vient ce mépris presque attendrissant pour Québec solidaire et sa supposée incapacité à « créer de la richesse ». Comme si toute richesse qui ne se mesure pas en dividendes n'existait pas. Une bibliothèque publique ne crée donc rien. Une université non plus. Un système de santé non plus. Une société plus éduquée, plus stable et moins inégalitaire serait donc une forme d'échec économique.
Le plus révélateur n'est peut-être pas son agressivité. C'est son imaginaire. Dans son monde, les riches bâtissent pendant que les autres envient. Les entrepreneurs créent pendant que les citoyens parasitent. Les investisseurs sauvent l'économie pendant que les pauvres demandent trop. Ce n'est plus un discours économique. C'est une théologie du mérite où les gagnants deviennent naturellement vertueux et les perdants naturellement suspects.
Alors non, je ne lui répondrai pas « ferme ta yeule ». Ce serait inutile. Et surtout trop simple.
Je vais simplement raconter l'histoire d'un homme que j'ai connu jadis dans un pays où les riches avaient tous les droits.
Cet homme était immensément riche. Mais lui n'avait jamais oublié que la richesse est une responsabilité avant d'être un privilège. Il disait toujours ceci à ceux qui le remerciaient pour sa générosité.
« Rien ne nous appartient. Nous ne sommes que des médiateurs, des transmetteurs. »
Avec son argent, il payait les études de jeunes pauvres et modestes. Des générations entières de jeunes Marocains ont étudié à l'étranger grâce à lui. Il ne parlait jamais de mérite personnel avec arrogance. Il ne méprisait jamais ceux qui avaient moins. Il savait que la dignité humaine ne se mesure pas au chiffre dans un compte bancaire.
Il avait compris quelque chose que beaucoup de riches modernes semblent avoir oublié.
L'argent ne révèle pas seulement ce qu'on possède. Il révèle aussi ce qu'on est. Et parfois, derrière les grands discours sur le travail, le risque et la réussite, on découvre une misère plus profonde que la pauvreté elle-même.
Une pauvreté de regard. Une pauvreté de solidarité. Une pauvreté d'âme.
Tu te crois riche, François Lambert. Ton texte, lui, montre un pauvre.
Mohamed Lotfi
12 Mai 2026
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En route pour la grève féministe du 14 juin 2027 !
Les 21 et 22 novembre 2025 a eu lieu le 15e Congrès féministe de l'USS. Deux jours de débats intenses couronnés par la décision de suivre l'appel des collectifs et de se lancer dans le défi d'une nouvelle grève féministe à l'horizon 2027.
Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/15/en-route-pour-la-greve-feministe-du-14-juin-2027/?jetpack_skip_subscription_popup
Les raisons de se mobiliser ne manquent pas. 2025 est une année noire en matière de féminicides : 29 femmes et filles ont été tuées [1]. Ces mortes ne sont que la pointe de l'iceberg des violences de genre. La société reste en effet profondément patriarcale et les lieux de travail ne font pas exception. Le premier jour du Congrès féministe de l'USS a été consacré au thème des violences sexistes et sexuelles sur les lieux de travail. Parmi les travailleuses, 60% ont déjà été confrontées à des comportements sexistes ou de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle et les mesures mises en place pour les protéger sont insuffisantes. Les déléguées ont exigé des mesures concrètes, notamment des contrôles proactifs de la part des inspections du travail, la reconnaissance du harcèlement sexuel comme cause de maladie professionnelle, l'allègement du fardeau de la preuve en cas de plainte et, enfin, la ratification par la Suisse de la convention n°190 de l'OIT pour l'élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.
La violence de genre nous rappelle, jour après jour, que l'égalité n'est pas encore une réalité. Malgré quelques avancées, malgré les discours édifiants de nos politicien-ne-s, les faits ne suivent pas, ou du moins trop lentement, et jamais avec assez de moyens. La campagne lancée la semaine dernière par le Bureau fédéral de l'égalité contre les violences de genre est emblématique. Si nous nous réjouissons qu'elle ait enfin été engagée, nous ne pouvons que déplorer le peu de moyens que la Confédération lui a alloué : 1,5 million de francs, alors qu'un seul avion FA-35 coûte 207 millions et que la Confédération a prévu d'en acheter 36. Force est de constater que l'égalité n'est pas encore une véritable priorité pour nos autorités. Ainsi, il n'y a pas de contrôle en matière d'égalité salariale et pas de sanction si la Loi sur l'égalité (Leg) n'est pas respectée. Il n'y a pas assez de places d'accueil pour les enfants, mais la Confédération veut mettre fin au financement prévu pour en créer des nouvelles. Il n'y a pas assez de personnel soignant, parce qu'il s'épuise et quitte le métier, mais le Conseil fédéral ne veut pas mettre en œuvre l'initiative des soins infirmiers pourtant adoptée par le peuple. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les personnels soignants, en majorité des femmes, se sont rassemblés samedi 22 novembre sur la Place fédérale et ont déjà voté leur adhésion à la Grève féministe de 2027.
Le Congrès féministe de l'USS, qui a été à l'origine de la grève du 14 juin 2019, puis de celle de 2023, a consacré un moment de son plenum au bilan et aux perspectives d'une nouvelle grève. Pour l'édition 2027, l'appel à la Grève féministe a été lancé par les collectifs qui ont été invités au Congrès et qui ont rappelé la nécessité de se mobiliser. Puis, dans une table ronde et une discussion, riche mais trop courte, nous avons tiré un bilan contrasté : entre énergie et épuisement, peur et courage, difficultés et exploits, nous avons certainement écrit une page de l'histoire du féminisme suisse. Aujourd'hui, une nouvelle génération féministe est ancrée dans la société et elle est active, y compris dans nos syndicats. En même temps, nous avons encore tant de choses à atteindre et nous devons faire face à la montée en puissance du masculinisme et de l'extrême droite. En conclusion, une chose est certaine : les deux grèves féministes de 2019 et 2023 ont permis à des centaines de milliers de femmes et de personnes des minorités de genre de prendre conscience de leurs droits et de leurs libertés. Au-delà des mesures institutionnelles, cette prise de conscience est certainement l'acquis le plus précieux et le plus durable. Un acquis qui nous permettra de poursuivre le combat et de résister au retour de bâton antiféministe.
Le Congrès féministe s'est conclu intensément avec beaucoup de résolutions, dont une en solidarité avec les personnels de la santé mobilisés à Berne, une en solidarité avec les mouvements de grève dans les secteurs publics et parapublics, notamment dans le canton de Vaud. Le Congrès a aussi adopté deux résolutions de solidarité avec Gaza et la Palestine, une davantage ciblée sur la situation dramatique des femmes et des minorités de genre, l'autre plus globale, qui condamne le génocide. Les deux résolutions exigent, notamment un cessez-le-feu effectif et durable [2].
Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP
[1] https://www.stopfemizid.ch/francais#anchor1 (état au 24 décembre 2025)
[2] Nous reviendrons plus en détail sur ce 15e Congrès féministe de l'USS. Le communiqué de l'USS et les résolutions adoptées sont disponibles sur :
https://www.uss.ch/luss/organes/detail/davantage-de-mesures-pour-realiser-legalite-au-travail-congres-feministe
https://ssp-vpod.ch/themes/femmes/en-route-pour-la-greve-feministe-du-14-juin-20
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L’enseignement public est paralysé dans la région de Valence lors d’une grève historique
Comme nous l'avons publié dans le journal La Veu lundi matin, la première journée de grève illimitée dans l'enseignement public a été historique et très percutante. Non seulement en raison de sa participation massive – jusqu'à 90 % selon les sources syndicales, au moins 47 % selon les données du ministère régional lui-même – et de l'immense marée verte qui a envahi les établissements de Valence, d'Alicante, de Castellón de la Plana et d'Elche.
Moisés Vizcaino |Photo : Víctor Uriarte : 15 ami 2026| Région de Valence, Système d'enseignement public
La grève des enseignants : un peuple en mouvement
Mais aussi en raison du processus lui-même. Cela faisait des décennies que le Pays valencien n'avait pas vu un groupe de travailleurs aussi important se lancer pour défier le gouvernement valencien par une grève illimitée. Une grève, qui plus est, qui n'est pas défensive – visant à empêcher la fermeture d'une entreprise ou la perte de droits – mais offensive – exigeant des améliorations – et qui n'est pas non plus d'ordre corporatiste : outre des augmentations salariales et de meilleures conditions de travail, les enseignants se battent pour une meilleure éducation pour tous, de meilleure qualité et en valencien. C'est pour cette raison qu'ils ont reçu le soutien d'une majorité de la société.
Mais laissons un peu de côté cet aspect, déjà expliqué dans un éditorial précédent, pour nous concentrer sur un autre élément. L'un des aspects les plus fondamentaux de la grève des enseignants est l'organisation énergique de la base, au sein d'assemblées unitaires par établissement, qui ont joué un rôle clé, tant pour pousser les indécis à se joindre à la grève que pour expliquer aux communautés éducatives les raisons de ce combat et les motifs pour lesquels il est si important pour les enseignants, le personnel non enseignant, les élèves et les familles, en définitive, pour toute la société.
Une organisation qui – toutes proportions gardées – rappelle la vague de solidarité et d'autogestion qui a suivi la catastrophe de la tempête d'octobre 2024. À l'époque comme aujourd'hui, c'est le peuple qui s'est mobilisé de manière autonome, sans attendre d'instructions ni de consignes, pour exiger des dirigeants qu'ils fassent leur travail. À l'époque comme aujourd'hui, ces événements ont été une source d'autonomisation et de prise de conscience à l'échelle industrielle. Ils font partie – tout comme le 15M, le processus souverainiste catalan, les syndicats du logement et tant d'autres – de ces processus capables de renverser des gouvernements et de changer la culture politique d'un pays.
Comme le dit Manel Pitarch dans son article : « La grève illimitée est le résultat de l'obscurcissement politique et du mépris d'un dialogue sensé et respectueux. » Ou, comme l'affirme Vicent Maurí dans le sien : « La grève illimitée est déjà une victoire morale et politique face à un gouvernement arrogant, autoritaire et complètement déconnecté de la réalité des établissements scolaires. »
Au Palau de la Generalitat, ils ont bien raison de s'inquiéter face à la révolte des enseignants et de l'ensemble de la communauté éducative – une inquiétude que trahit la piètre lettre que la conseillère Carmen Ortí a envoyée aux familles jeudi dernier – car chaque jour où ce conflit s'intensifie et s'enracine est un jour de moins qui leur reste au gouvernement.
11/05/2026
https://www.diarilaveu.cat/societat/la-vaga-de-docents-un-poble-en-moviment-633984/
Nous vaincrons : l'unité fait notre force
Vicent Maurí
Le 11 mai restera gravé dans la mémoire collective du peuple valencien. Les travailleuses et travailleurs de l'enseignement, le mouvement des assemblées et syndical, l'ensemble de la communauté éducative, entreront dans l'histoire pour la dignité, la détermination et la force dont ils ont fait preuve pendant des semaines de mobilisation et d'organisation. La grève illimitée est déjà une victoire morale et politique face à un gouvernement arrogant, autoritaire et complètement déconnecté de la réalité des établissements scolaires.
La conseillère à l'Éducation, Mari Carmen Ortí, est passée du statut de responsable politique de l'éducation publique valencienne à celui de symbole de l'imposition, de la répression et du mépris envers le corps enseignant. Sa gestion n'a apporté que chaos, coupes budgétaires déguisées, surcharge de travail, persécution syndicale et une incapacité totale à écouter la communauté éducative. Elle a préféré gouverner depuis ses bureaux, entourée de propagande et de soumission aux intérêts privés, plutôt que de se rendre dans les établissements pour écouter le cri de ceux qui font vivre chaque jour l'éducation publique.
Et au sommet de cette offensive contre les droits sociaux et du travail se trouve le président de la Generalitat, Juanfran Pérez Llorca. Son gouvernement incarne le pire visage de la politique : autoritarisme, propagande creuse et confrontation avec les services publics. Ils ont voulu briser la résistance des enseignants par la peur, les menaces et des services minimums abusifs et injustifiables, transformant un droit fondamental comme la grève en une course d'obstacles antidémocratique. Les services minimums imposés ne visent pas à garantir un quelconque droit des citoyens ; ils visent à faire échouer la grève et à intimider les travailleuses et les travailleurs. C'est une pratique indigne d'un gouvernement qui se dit démocratique.
Mais ils ont échoué. Et ils échoueront. Car cette grève n'est pas seulement une réponse syndicale. C'est un mouvement collectif, assemblé, profondément démocratique et né de la base. C'est la réponse de milliers d'enseignants et d'enseignantes lassés de la précarisation, du mépris institutionnel et de la destruction progressive de l'éducation publique valencienne. C'est aussi la réponse des familles, des élèves et du personnel des établissements scolaires qui savent que défendre l'école publique, c'est défendre l'avenir de notre peuple.
Et si cette grève est en train d'entrer dans l'histoire, c'est avant tout pour une raison fondamentale : l'unité syndicale. Une unité construite à partir de la base, à partir des établissements, à partir des assemblées et à partir de la volonté commune de résister. Une unité indispensable qui a laissé de côté les sigles et les querelles de pouvoir pour mettre au centre les droits des travailleuses et des travailleurs et la défense des services publics. C'est là la grande force du mouvement : l'unité syndicale et populaire.
Il faut revendiquer avec force cette unité car elle est la clé de toute victoire future. Lorsque le syndicalisme se coordonne, lorsque les assemblées prennent la parole, lorsque la communauté éducative avance unie, les gouvernements tremblent. Et c'est exactement ce qui se passe. Le gouvernement de la Generalitat est nerveux car il sait que cette grève peut ouvrir un nouveau cycle de lutte sociale dans le Pays valencien.
Il est également important de souligner que cette lutte a dépassé les frontières. La solidarité manifestée par les syndicats et les organisations d'Espagne et du monde entier démontre que ce qui se passe dans le Pays valencien s'inscrit dans un conflit mondial entre les intérêts des élites et les droits de la majorité sociale. Le soutien de la Confédération des éducateurs américains, de la FESIDUAS, du Forum pour l'éducation en Ibéro-Amérique, de l'Internationale de l'Éducation, du syndicat français Solidaires et du Réseau international de solidarité et de luttes montre que la lutte des travailleuses et travailleurs valenciens est aussi celle de millions de personnes à travers le monde contre la précarité et l'autoritarisme.
Demain, rien ne s'arrête. Demain, une nouvelle étape commence. Cette grève doit servir à étendre le conflit et la mobilisation à d'autres secteurs de la fonction publique et du monde du travail. La situation que connaît l'enseignement est la même que celle que subissent la santé, les services sociaux, les transports publics et tant d'autres secteurs frappés par les coupes budgétaires, la privatisation et la perte de droits. Il faut construire une réponse globale de l'ensemble de la classe ouvrière.
C'est pourquoi le message est clair et sans équivoque : nous vaincrons. Nous vaincrons parce que nous avons la force de la raison et la force de l'unité. Nous vaincrons parce qu'aucun gouvernement ne peut vaincre un peuple organisé. Nous vaincrons parce que les travailleuses et travailleurs de l'enseignement ont décidé de se lever et de ne plus jamais se mettre à genoux.
10/5/2026
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Conférence de Santa Marta en Colombie : les nouvelles pistes de la diplomatie climatique qui émergent hors des COP climat
Et si la diplomatie climatique se réinventait en dehors du format traditionnel des COP ? En Colombie, à l'occasion d'une conférence organisée à Santa Marta du 24 au 29 avril 2026, une dynamique alternative a émergé : plus ouverte, elle cherche à dépasser les blocages multilatéraux en plaçant la diversité des savoirs au cœur des décisions.
7 mai 2026 | tiré d'Europe solidaire sans frontières
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78757
S'il y a un constat sur lequel convergent les « climato-négationnistes » et les activistes climatiques radicaux, c'est l'inutilité des COP, organisées sous l'égide des Nations unies (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, UNFCC de son acronyme en anglais). Dans les deux cas, on leur reproche une inefficacité de plus en plus apparente, où les décisions sont nécessairement prises au consensus. En conséquence, le consensus devient tellement mou qu'il n'en exprime plus rien de significatif ni d'opératoire.
Ainsi le résume la bande-annonce d'un film documentaire à venir dans le courant de l'été 2026, en partenariat avec l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et l'Université nationale de Colombie.
Vidéo : Bande-annonce du documentaire De Los Andes a Belém (2026).
Du 24 au 29 avril 2026 à Santa Marta, en Colombie, une conférence inédite a voulu replacer enfin la sortie des combustibles fossiles au cœur de l'agenda international. Co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, elle a regroupé 57 États volontaires (et l'Union européenne en tant que telle, NDLR).
Qu'a-t-il été décidé à cette occasion ? À rebours des COP climat, où ce sont avant tout les textes finaux qui comptent, pesés au mot près, car votés par les représentants d'États, c'est ici surtout la méthode de travail qui diffère, beaucoup moins rigide. Elle ne s'accompagnait d'aucune obligation de production particulière, si ce n'est d'engager le processus de constitution d'une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles. La rencontre a ainsi inauguré de nouvelles modalités de coopération mondiale sur les enjeux socio-environnementaux.
Dépasser le blocage des COP grâce à une coalition de volontaires
Le débat sur la paralysie des négociations multilatérales en général – et celle des COP climat en particulier – n'est guère nouveau. Leur répétition annuelle exacerbe les frustrations de ceux qui souhaitent réellement progresser sur les questions climatiques.
À la COP30 de Belém, en novembre 2025, une quarantaine de pays avaient exprimé leur mécontentement quant à l'absence de mention de la sortie des énergies fossiles dans la déclaration finale. Plus de 80 se sont associés à l'initiative encourageant à poursuivre les travaux d'élaboration d'une feuille de route en ce sens.
La Colombie et les Pays-Bas ont alors invité les États qui souhaitaient travaillaient sur ce point à se réunir dans une conférence en marge des COP. Autrement dit, la conférence de Santa Marta ne s'est certes pas tenue dans le cadre onusien, mais s'est toutefois inscrite dans le prolongement de la précédente COP climat.
Préparée dans un laps de temps exceptionnellement court (moins de la moitié d'une année, contre un an pour les COP climat), cette conférence inédite avait une organisation moins cadrée au plan organisationnel. Aux dires d'observateurs et de participants, on y percevait un petit côté brouillon : davantage d'improvisation, voire parfois un manque de clarté sur les livrables attendus et les prochaines étapes.
Pourtant, ces faiblesses – inhérentes au format de la conférence spontanée, point d'étape entre la COP30 du Brésil et la COP31 en Turquie – ont, aux dires des participants, pu être dépassées, notamment grâce à son caractère volontaire. Juan Carlos Monterrey Gómez, envoyé climatique du Panama, cité dans le Climate Diplomacy Brief, a par exemple déclaré :
« Santa Marta est un moment historique, car c'est la première fois que nous pouvons ouvrir nos cœurs, ouvrir nos esprits et avoir une véritable conversation sans ces stupides demandes de mise au vote, sans ces stupides procédures qui font dérailler toute la séance et ne nous laissent que dix minutes pour aborder le fond. »
La méthode Santa Marta ? Un bouillon de culture plutôt que des zones bleue et verte
Concrètement, la conférence a successivement réuni trois composantes : un panel académique (baptisé Academic Dialogue) où les scientifiques du monde entier ont pu émettre des recommandations, un « sommet des peuples », avec notamment des représentants associatifs, communautaires et syndicaux et, enfin, un segment de haut niveau (Transition Away from Fossil Fues, ou TAFF, regroupant essentiellement des représentants gouvernementaux spécialisés.
Cette concentration de thématiques, de compétences et de volontés dans des espaces restreints a favorisé un véritable bouillon de culture permettant des échanges fertiles. Il contraste avec l'organisation physique des COP, où plusieurs milliers de participants se retrouvent dans une multitude de pavillons, souvent sur plusieurs bâtiments. L'espace y est alors divisé entre zone bleue, réservée aux délégations nationales, aux organismes onusiens et aux ONG observatrices, et où se déroulent les négociations officielles de la COP28, et zone verte, ouverte à toutes les autres parties prenantes.
Contrairement aux COP, où ce sont les délégations nationales qui débattent (les discussions relatives à l'état de la science, par exemple, se déroulent à un autre moment, sous l'égide d'un organe subsidiaire, la conférence de Santa Marta a proposé une méthodologie transversale, impliquant en amont 15 groupes de travail transnationaux. Une grande hétérogénéité a caractérisé l'ensemble de ces groupes, allant des représentants des sciences à ceux de la société civile, en passant par les entités publiques à différentes échelles, ainsi que des agences de financement ou des entreprises multinationales.
Au cours des deux mois qui ont précédé la rencontre, ces derniers ont planché sur trois enjeux fondamentaux : la dépendance structurelle aux combustibles fossiles, l'action sur l'offre et la demande et les modalités de la coopération internationale et de la diplomatie climatique.
Malgré la diversité de statuts et d'intérêts des participants à ces groupes de travail, un certain nombre de points de convergence sont apparus :
• les progrès réalisés par les alternatives aux fossiles sont irréversibles,
• il est indispensable de mettre fin aux soutiens fiscaux et juridiques à l'extraction des combustibles,
• pour y parvenir, la concertation et la dialogue sont essentiels.
Remettre la science au centre, sans oublier les savoirs autochtones
À Santa Marta, la science a gardé un rôle fondamental, acté à la fin de la conférence par l'instauration d'un conseil spécifique. Sa fonction est de nourrir les processus de décision, à partir de connaissances élaborées de façon rigoureuse. Lors de la conférence, les participants ont exprimé leur foi dans une politique fondée sur les preuves (evidence based policy). Elle confère une responsabilité majeure à la communauté scientifique.
Mais, en parallèle, cette communauté est aussi de plus en plus sollicitée pour s'ouvrir à d'autres modes de connaissances (traditionnelles/ancestrales, locales…). D'aucuns verraient dans cette coopération des contradictions insurmontables, du fait d'une incompatibilité irréductible des savoirs. Mais dans les faits, ce cheminement commence déjà à porter ses fruits.
L'hétérogénéité de la participation des corps sociaux à la conférence a ainsi permis d'introduire de véritables porte-paroles des entités naturelles. Au-delà des chercheurs, régulièrement convoqués pour en expliquer les comportements et la dégradation, elles ont également mis à l'honneur les communautés indigènes, paysannes ou afro-descendantes
Le mariage cognitif entre ces savoirs hétérogènes requiert toutefois un travail transépistémique. Les épistémies varient considérablement entre celles fondées sur le scepticisme organisé (les disciplines scientifiques) et celles recourant aux explications traditionnelles parfois d'ordre religieux, qui font intervenir des entités spirituelles, par exemple. Pourtant, des convergences notables existent, notamment pour ce qui est de la conscience écologique, susceptibles d'influencer les positions politiques qui en découlent.
Malgré tout, une certaine hiérarchie a pu perdurer durant la conférence entre ces acteurs de la diversité culturelle et ceux de la gouvernance, inscrite dans la division successive des séquences (académique, société civile puis représentation gouvernementale) et leur degré d'exclusivité. Mais la tendance à l'ouverture et à l'inclusion manifeste plus qu'un changement idéologique : c'est aussi une modification (partielle mais réelle) des références objectives.
On retrouve en effet, dans la nouvelle diplomatie climatique portée à Santa Marta, une « esquisse du Parlement des choses », telle que décrite par Bruno Latour en 2018. Elle consiste à revoir les rôles attribués au politique, à l'expertise et à la technocratie, et où ce ne serait plus seulement les humains qui auraient le droit d'être représentés.
Ce concept pose de nouvelles questions au droit et à l'économie politique internationale. Un ouvrage à paraître prochainement, issu d'un projet européen et latino-américain sur la transition écologique auquel j'ai collaboré, entame la remise en question de la conception de la géopolitique centrée sur l'humain.
Vers une nouvelle géopolitique climatique ?
Les efforts déployés à Santa Marta ont transcendé les clivages nationaux, mais aussi nord-sud, d'une certaine manière. Avec une présidence bicéphale eurolatino (colombo-néerlandaise), et euro-océanique pour la prochaine conférence qui sera co-organisée par l'Irlande et Tuvalu, le grand partage manichéen des responsabilités historiques de l'empreinte écologique (qui, historiquement, est un point d'achoppement des COP climat) n'a, certes, pas été complètement effacé. Il a toutefois été adouci par le cadrage de la conférence sur la recherche de solutions.
Toutes les régions du monde étaient représentées, avec une majorité relative de l'Europe (plus d'un tiers des pays officiellement présents), suivie de l'Amérique latine, puis de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie. Aucun des grands pays à prétention hégémonique n'était invité – ni les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie – et le seul des grands émergents à participer était le Brésil.
En janvier 2026, le premier ministre canadien Mark Carney évoquait justement un tel modèle à l'occasion du Forum économique de Davos : celui où la volonté des pays intermédiaires permettrait de construire et de viabiliser des coalitions alternatives, face à l'imposition unilatérale de l'hyperpuissance.
Vidéo : Déclaration du premier ministre canadien Mark Carney, lors du Forum de Davos, en janvier 2026.
Mais la vision de la conférence de Santa Marta s'affirme et se distingue sur au moins deux points :
• le premier concerne l'importance accordée au Sud global,
• et le deuxième, l'irruption des non-humains dans le champ de la géopolitique.
Même si la prégnance du Nord demeurait dans les coordinations, la composition de l'assistance lors des réunions privilégiait naturellement la participation de ressortissants du Sud. Les sujets abordés reflétaient des enjeux qui les concernent au premier chef, puisque les impacts écologiques actuels les affectent en priorité. En mettant le Sud au cœur des débats, une telle rencontre participe du rééquilibrage de ces derniers et renouvelle la façon de les aborder.
Avec ce renouvellement de la contradiction à son endroit, le négationnisme climatique (qui peut, on l'a vu avec la sortie des États-Unis de l'accord de Paris, trouver des relais à l'échelle des États) a de fortes chances d'être progressivement confronté à un isolement accru. Ses velléités d'entraînement ont fait long feu à Belém, où aucun pays n'est sorti de l'accord de Paris. Elles pourraient se voir débordées par des initiatives telles que celles explorées à Santa Marta, qui a aussi voulu anticiper ses effets pervers. Des mécanismes ont ainsi été envisagés pour contrer l'augmentation de la demande d'hydrocarbures que pourrait générer une baisse des prix du fait de la croissance des énergies renouvelables.
La crise économique mondiale causée par les tensions sur l'approvisionnement en pétrole passant par le détroit d'Ormuz rappelle, dans tous les cas, l'urgence d'accélérer la transition énergétique.
Jean-Baptiste Meyer, Directeur de recherche (Centre Population et Développement),Institut de recherche pour le développement (IRD)
The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>
P.-S.
• The Conversation. Publié : 7 mai 2026, 17:24 CEST.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.
• Jean-Baptiste Meyer, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Jean-Baptiste Meyer est directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et professeur dans divers universités d'Europe et d'Afrique. Il a coordonné des programmes de recherche et d'enseignement supérieur à l'université de Paris, l'Universidad Nacional de Colombia, la University of Cape Town, la Facultad Latino-Americana de Ciencias Sociales à Buenos Aires, ainsi qu'en Afrique du Nord et au Soudan plus récemment.
Ses travaux incluent : El nuevo nomadismo cientifico : la perspectiva latinoamericana (ESAP) ; Scientific Diasporas (IRD Editions) ; La société des savoirs : trompe l'oeil ou perspectives (Harmattan) ; A sociology of diaspora knowledge networks (COMCAD) ; Diaspora : hacia la nueva frontera (UDELAR, IRD) ;.Etudes doctorales africaines : diversité de situations et enjeux communs (IRD Editions).
Jean-Baptiste Meyer est actuellement professeur invité à l'Université Nationale de Colombie, Facultad de Minas, à Medellin, où il coordonne un programme de recherche et d'enseignement en sciences de la durabilité (sutainability sciences).
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