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L’Amazonie accueillera la COP30 en 2025

25 février, par Marie-Josée Béliveau — , ,
Dix ans après l'accord de Paris et deux escales dans des pays pétroliers, la trentième Conférence des parties sur le climat (COP30), qui se déroule cette année aux portes de la (…)

Dix ans après l'accord de Paris et deux escales dans des pays pétroliers, la trentième Conférence des parties sur le climat (COP30), qui se déroule cette année aux portes de la forêt amazonienne brésilienne, sera sûrement marquée du sceau des peuples autochtones.

15 février 2025 | tiré d'Alter-Québec
https://alter.quebec/lamazonie-accueillera-la-cop30-en-2025/?utm_source=Cyberimpact&utm_medium=email&utm_campaign=20-fevrier-2025--numero-commemoratif-du-30e-anniversaire-dAlternatives

Dès sa dernière élection en 2022, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva avait lancé un appel pour recevoir la COP30 en Amazonie. C'est donc à Belém, capitale de l'État du Pará, dans le nord du Brésil, que se tiendra la conférence organisée par l'Organisation des Nations unies, du 10 au 21 novembre prochain.

Alors que la ministre de l'Environnement, Marina Silva, l'appelle la « COP des COP », le Brésil accueillera la prochaine Conférence des Parties (COP) sur le climat avec des contradictions certaines. Aujourd'hui, le pays reste un grand producteur de pétrole, même si Lula a réaffirmé l'importance de protéger l'Amazonie pour la sécurité climatique dans le monde. Malgré l'engagement de son gouvernement à éradiquer la déforestation du pays, il a aussi fait avancer son projet d'adhésion à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Avec le retour à la Maison-Blanche d'un climatosceptique, la COP30 aura lieu dans un contexte géopolitique hostile, car sans l'engagement des États-Unis, il sera difficile de conclure des accords fermes pour le climat.

Une COP tournée vers l'Amazonie

Le règne du dernier président Bolsonaro a été marqué par l'explosion de la déforestation en Amazonie. Lula, quant à lui, a promis de renverser la vapeur et de tenir son engagement de zéro déforestation. Il y a deux ans, après l'annonce d'une COP aux portes de la forêt amazonienne, les populations autochtones de la région ont commencé à se mobiliser. Il faut donc s'attendre à ce que les luttes portées par ces peuples occupent le cœur de la conférence de l'ONU.

Une mobilisation internationale se prépare. Des réseaux d'Europe, d'Afrique et des Amériques se sont donné rendez-vous, en novembre prochain, pour un sommet des peuples, en parallèle de la COP30, auquel participeront sûrement plusieurs délégations du Québec. À suivre.

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Témoignage – Qu’en est il de la deuxième phase de l’accord à Gaza ?

Dans un développement récent, Israël a conditionné le passage à la deuxième phase de l'accord à des exigences que le Hamas considère comme inacceptables, notamment le (…)

Dans un développement récent, Israël a conditionné le passage à la deuxième phase de l'accord à des exigences que le Hamas considère comme inacceptables, notamment le désarmement de la résistance et l'éloignement du Hamas de la bande de Gaza. Le mouvement a affirmé que ces demandes relèvent de la « guerre psychologique absurde », insistant sur le fait que la résistance ne quittera pas Gaza et que son désarmement est hors de question. Il a également souligné que toute disposition concernant l'avenir de la bande de Gaza doit être décidée uniquement par un consensus palestinien, sans ingérence extérieure.

Tiré d'Union juive française pour la paix.

Par ailleurs, des responsables du gouvernement de Benjamín Netanyahou ont déclaré qu'il existe de profondes divergences entre les deux parties et que parvenir à la deuxième phase de l'accord semble quasiment impossible. Ces responsables ont précisé qu'Israël ne fera aucune concession sur ses demandes et que la seule option envisageable est la prolongation de la première phase (A) de l'accord, en intégrant davantage d'otages israéliens dans la liste humanitaire.

Dans le même contexte, une délégation israélienne de négociation est partie aujourd'hui pour Le Caire afin de discuter des détails de la première phase du cessez-le-feu. Un responsable israélien a révélé que les négociations porteront sur l'introduction de maisons mobiles dans la bande de Gaza, précisant que l'occupation est prête à faire entrer 300 unités résidentielles à ce stade. Toutefois, ce nombre reste largement insuffisant pour répondre aux besoins d'un seul camp de réfugiés, parmi les nombreux camps dispersés à travers le territoire, où des centaines de milliers de déplacés ont trouvé refuge après la destruction de leurs maisons.

Situation humanitaire catastrophique : Gaza sous le poids de la guerre, du froid et de la faim

La souffrance des habitants de Gaza se poursuit dans un contexte de crise humanitaire catastrophique. Avec les destructions massives des infrastructures et l'effondrement des services essentiels, la vie devient de plus en plus difficile pour des centaines de milliers de citoyens.

Dans ce cadre, de grandes quantités de carburant ont été acheminées vers la centrale électrique située au centre de la bande de Gaza, permettant à la compagnie d'électricité de commencer la réparation de certaines lignes qui n'ont pas été complètement détruites. Cependant, l'ampleur des dégâts sur le réseau électrique est immense, rendant le rétablissement de l'électricité dans les foyers un travail de longue haleine qui pourrait prendre des années.

Simultanément, une puissante dépression météorologique a frappé Gaza dans la nuit d'hier, aggravant davantage les souffrances des habitants, en particulier ceux qui vivent dans des camps de déplacés et des tentes de fortune. Les fortes pluies et vents violents ont inondé ces abris précaires, transformant le sol en marécage de boue, rendant la vie insupportable, aggravée par le froid glacial et l'absence totale de moyens de chauffage.

Face à cette catastrophe, la colère des citoyens est montée d'un cran, notamment parmi ceux qui sont retournés dans leurs quartiers dévastés du nord et du sud de la bande de Gaza. Ils n'ont trouvé que des ruines, confrontés à une réalité encore plus cruelle : aucun abri, pas d'eau potable, et des rues toujours bloquées par les décombres qui rendent les déplacements extrêmement pénibles.

Avec l'accumulation des crises, la détresse des habitants ne cesse de croître. Les fortes pluies et le froid mordant ont contribué à une dégradation rapide des conditions sanitaires, provoquant la propagation de maladies dans un environnement privé des besoins les plus élémentaires pour la survie.

Extraction des corps sous les décombres après des mois de bombardements

La tragédie humanitaire ne cesse de s'aggraver avec la découverte continuelle de corps sous les ruines depuis plusieurs mois, conséquence des bombardements israéliens qui ont détruit les équipements de la défense civile dédiés au déblaiement des gravats.

Les familles endeuillées vivent toujours sous le choc, plongées dans une souffrance incommensurable, entourées de scènes de désolation et de destruction. Beaucoup subissent de graves traumatismes psychologiques, incapables de retrouver et d'inhumer dignement leurs proches laissés sous les décombres de leurs maisons détruites.

Après d'intenses efforts diplomatiques, l'entrée de deux bulldozers égyptiens spécialisés dans l'évacuation des débris et l'aménagement des routes a finalement été autorisée. Ces engins entameront leurs opérations dans le nord de la bande de Gaza, visant à dégager les ruines et récupérer les corps encore ensevelis sous les bâtiments détruits.

Cette avancée, bien que tardive, constitue un soulagement partiel pour les habitants qui espèrent enfin offrir à leurs proches un enterrement digne. Cependant, les besoins en équipements restent énormes, alors que les souffrances des familles continuent de croître jour après jour.

Poursuite des violations israéliennes et obstruction à l'entrée de l'aide humanitaire
Malgré l'accord de cessez-le-feu, l'armée israélienne a continué de violer ses propres engagements à plusieurs reprises cette semaine, entraînant la mort de plusieurs civils et les blessures d'autres dans différentes zones de la bande de Gaza. Ces violations répétées suscitent des inquiétudes croissantes quant à un possible effondrement de l'accord, d'autant plus qu'Israël maintient une position rigide, poursuivant ses attaques ciblées sur certaines zones.

Par ailleurs, Israël continue d'entraver l'évacuation des patients et des blessés nécessitant des soins médicaux à l'étranger. Les autorités israéliennes ont reporté le départ de dizaines de malades et de leurs accompagnateurs, ce qui a aggravé leur état de santé et mis leur vie en danger.

Cette obstruction ne se limite pas aux patients : le passage de Kerem Shalom a également été soumis à des restrictions strictes sur l'acheminement de l'aide humanitaire. Israël n'a permis l'entrée que de 180 camions sur les 600 convenus, soit à peine 30 % du volume attendu au cours des deux derniers jours, selon le bureau des médias gouvernemental de Gaza. Cette réduction drastique des approvisionnements a exacerbé la crise alimentaire et la pénurie des biens essentiels, rendant la situation encore plus insoutenable pour les habitants de la bande de Gaza.

Le bilan de l'agression israélienne s'alourdit alors que le blocus et les crimes se poursuivent : depuis le 7 octobre 2023, 48 271 morts et 111 693 blessés, faisant de cette attaque l'une des plus meurtrières contre des civils dans l'histoire contemporaine. Ces chiffres accablants illustrent l'ampleur de la tragédie que vivent les Palestiniens de Gaza, confrontés à une guerre d'extermination systématique dont le but est d'anéantir toute forme de vie dans le territoire assiégé.

Israël a transformé la bande de Gaza en la plus grande prison à ciel ouvert au monde, soumettant ses habitants à un blocus implacable depuis 18 ans. Cette situation a engendré une détérioration sans précédent des conditions humanitaires, plongeant près de deux millions de déplacés – sur une population totale de 2,4 millions d'habitants – dans des conditions catastrophiques, avec un manque délibéré de nourriture, d'eau et de médicaments. Malgré les appels internationaux incessants, Israël continue de pratiquer une politique de famine et de privation à l'égard des civils, perpétuant ainsi des crimes d'une ampleur inouïe contre une population sans défense.

Alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter d'aboutir à un accord global qui soulagerait les souffrances des habitants de Gaza, l'intransigeance d'Israël bloque toute avancée significative. Entre bombardements, siège et déplacements forcés, Gaza demeure une plaie ouverte au cœur du monde, où ses habitants endurent une guerre impitoyable sous le regard passif de la communauté internationale.

Abu Amir, le 20 février 2025

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Mondialement, le 1% s’appuyant sur le 10% et soudoyant le 40% est responsable de la crise climatique. Reste à renverser le sablier.

25 février, par Marc Bonhomme — ,
Comme le montre le tableau suivant, les ultra-riches et les riches sont quasi exclusivement responsables des émanations de GES au-delà de la viabilité pour ne pas dépasser le (…)

Comme le montre le tableau suivant, les ultra-riches et les riches sont quasi exclusivement responsables des émanations de GES au-delà de la viabilité pour ne pas dépasser le 1.5°C de réchauffement de la terre. Pour le dire comme le Secrétaire général des Nations unies en 2020 : « Au cours des 25 dernières années, les 10 % les plus riches de la population mondiale ont été responsables de plus de la moitié des émissions de carbone. L'injustice et l'inégalité de rang à cette échelle sont un cancer. Si nous n'agissons pas maintenant, ce siècle pourrait être le dernier.

Dans les derniers trente ans (voir la dernière colonne du tableau ci-bas), les 50% les plus pauvres n'ont été responsables que de 16% des nouvelles émanations de GES alors que les 10% les plus riches l'ont été pour 45% :

Source : World Inequality Report 2022, chapitre 6

Fait crucial à noter, le surgissement des pays émergents depuis 1990, en particulier de la Chine, combiné à la généralisation de l'austérité dans les pays du vieil impérialisme, fait qu'alors qu'en 1990 près des deux tiers des inégalités carbone étaient dus aux inégalités entre pays, ce sont celles à l'intérieur des pays qui expliquent la même proportion en 2019 :

Ces données reposent sur l'empreinte carbone, donc sur la consommation y compris la part de chaque individu pour les émanations de GES non seulement à partir directement du ménage privé mais aussi des dépenses par les gouvernements et des investissements privés en fonction du revenu du ménage et non de leur contrôle de la production. Si on se basait sur ce contrôle, la concentration de la responsabilité des émanations de GES est quasi invraisemblable : « Plus de 70 % de ces émissions historiques [1854 à 2022] de CO2 peuvent être attribuées à seulement 78 entreprises et États producteurs. »

Derrière les froides statistiques se cachent les banques de la « dirty dozen »

Si on prend seulement en compte le passé récent depuis 2016 soit depuis les Accords de Paris, « [l]e Top 10 est principalement dominé par les entités étatiques chinoises et russes. La production chinoise de charbon arrive ainsi largement en tête, représentant un quart des émissions mondiales sur la période. Viennent ensuite la société pétrolière publique Saudi Aramco (5% des émissions mondiales), le géant russe de l'énergie Gazprom (3,3%) et le producteur public indien de charbon Coal India (3%). Les majors occidentales sont quant à elles présentes dans le Top 20 : Exxon arrive 11e avec 1,4% des émissions, suivi de Shell, BP, Chevron ou encore TotalEnergies, qui se place 18e avec 1% des émissions mondiales. »

Ce serait cependant une grave erreur que de tout mettre sur le dos de la Chine et de la Russie. Derrière les grands émetteurs de GES sont embusquées les grandes institutions financières dont deux canadiennes qui font partie de la « dirty dozen ».

Quant à leur engagement climatique, prétextant la peur du trumpisme, elles fuient la pourtant futile Net-Zero Banking Alliance(NZBA) des Nations unies faisant partie de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ)… initié par le banquier (et futur Premier ministre du Canada ?) Mark Carney.

Ensuite, il faut creuser pour établir la responsabilité finale. Par exemple, on sait qu'une bonne part de la production manufacturière chinoise est destinée aux pays du vieil impérialisme. Ce n'est pas pour rien, n'en déplaise à Trump, que la balance commerciale des ÉU est fortement déficitaire. Quand on y pense, l'important déficit commercial des ÉU, qui dure depuis 1975, soit depuis 50 ans, n'est pas autre chose qu'une ponction sans rémunération sur les ressources du monde et, à revers, une exportation de GES non compensée. Derrière les rideaux, le sorcier d'Oz transforme ses dollars hégémoniques en pouvoir d'achat miraculeux bien appuyé sur une puissance économique et militaire… de plus en plus toussoteuse. Le comportement aberrant trumpien cache la conscience claire de l'irrémédiable déclin de (l'ex-)gendarme du monde prétendant équilibrer ses comptes et se repliant sur la forteresse nord-américaine.

L'énergivore American Way of Life de l'endettement, de l'isolement et de l'anxiété

Plus généralement, l'American Way of Life de la consommation de masse repose sur les piliers du complexe auto-bungalow imposé aux travailleurs-consommateurs et travailleuses-consommatrices par les choix productifs du grand capital et allègrement financé par les banques. D'où la contradiction entre fin du mois et fin du monde que confrontent les ménages populaires. L'American Way of Life, à la source de l'orgie de GES, soutenu par la Finance et la propagande capitaliste, appelée publicité, justifié par la « demande solvable » keynésienne, entretient des besoins insatiables jamais comblés huilant la machine à profits.

L'American Way of Life plonge la masse populaire dans l'insatisfaction permanente et l'anxiété de l'endettement restreignant sa liberté de riposter collectivement. Isolé dans son bungalow et dans son auto, l'humain de la modernité est condamné au malheur du stress permanent et de son corolaire de maladies chroniques et mentales. C'aurait été si simple, au début du XXe siècle, pour une société démocratique de choisir le logement collectif au lieu du bungalow et le transport collectif au lieu de l'auto solo, le tout dans une ville donnant la priorité aux piétons et à la verdure au sein d'une campagne assurant l'essentiel de l'approvisionnement végétarien sans ruiner les sols, sans dévaster les forêts et sans polluer les eaux. Il n'est pas trop tard pour bien faire.

Une esquisse de stratégie écosocialiste qui se heurte à la division entre le Nord et le Sud

De cette analyse sommaire on peut voir en filigrane l'esquisse de la stratégie pro-climat : mobiliser le 50% tout en ralliant le 40% pour écraser le 1% tout en neutralisant le 9%. Globalement, il y a une double difficulté. Le 50% le plus pauvre constitue la grande majorité de la population des pays du Sud lesquels pays sont cependant peu émetteurs de GES mais aussi peu influents au niveau mondial. Le 40% du milieu, mondialement parlant, qui s'accroche désespérément à l'American Way of Life forme la majorité de la population des pays du vieil impérialisme lesquels pays sont d'importants émetteurs de GES et influencent fortement la direction de la politique mondiale. En plus, les émissions de GES ont beau être sourcées nationalement et sectoriellement, leurs conséquences sont immédiatement mondiales.

Se pose, dès le départ, la nécessité d'une lutte mondiale mais qui ne peut que s'amorcer dans la nation qui reste le lieu central de la politique malgré l'éclatement économique des États à l'ère impérialisme. Pendant que dans le Sud se multiplient les luttes dont l'origine ou le fondement est souvent écologique mais sans aboutir, au Nord elles ne décollent pas sauf parfois en grande mobilisation sans lendemain ou en coups d'éclat médiatiques mais très minoritaires. Toutefois, les pays émergents, surtout la Chine mais aussi certains autres pays des BRICS + se caractérisent par une majoritaire masse appauvrie et une influence mondiale ou tout au moins régionale significative. Là sont peut-être les maillons faibles où jaillira l'étincelle qui mettra le feu à toute la plaine.

L'intensification de la crise climatique unifie le monde et s'articule avec la crise sociale

Est certesdémobilisante la désinformation climatique qui prétend à l'atteinte proche d'un sommet mondial d'émanations de GES laissant voir une descente rapide grâce à un renouvellement de la consommation de masse électrifié à coups d'autos solo électriques et d'une orgie d'énergie renouvelable ouvrant une nouvelle ère extractiviste tout aussi énergivore. Mais cette fake news est contredite par la réalité crue de la croissance à taux croissant de GES, mesurés directement dans l'atmosphère, qui fait de l'adaptation, mal pourtant nécessaire, un ridicule chien qui court après sa queue. L'incontournable réalité des catastrophes et des super-canicules climatiques allant croissant exponentiellement et qui n'épargne plus le Nord ramène implacablement sur le terrain des vaches. Elle y ramène d'autant plus que ces événements sur fond de tendance lourde s'articulent de plus en plus avec la crise sociale de la vie chère, du logement, des infrastructures détruites et des austérisés services publics débordés.

Il ne saurait être long que ces soulèvements massifs et prolongés qui ont en vain galvanisé le monde méditerranéen dans les années 2010 resurgissent dans l'un ou l'autre pays émergent. Elle pourrait même surgir dans les pays du vieil impérialisme où ces « classes moyennes » du 40%, s'appauvrissant et se précarisant davantage, en viennent à devenir une majorité acculée au pied du mur. La bourgeoisie mondiale a parfaitement compris le danger existentiel qui la confronte en répondant par la montée de l'extrême-droite déviant la colère populaire sur ces « classes moyennes » du Sud, instruites et sans emploi, qui montent en masse vers le Nord. À la gauche de sortir de ses confortables gonds centristes et électoralistes mobilisant pour une société solidaire de soins et de liens coupant radicalement avec la croissance matérielle des extractivismes ancien et nouveau.

Marc Bonhomme, 23 février 2025
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca

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Allemagne : Un sociologue commente le score de l’AfD - « Le succès de Die Linke montre ce qui peut être fait »

25 février, par Anne Fromm, Axel Salheiser — , ,
Selon le sociologue Axel Salheiser, l'AfD pourrait encore gagner du terrain à l'avenir dans les Länder de l'Est. Pour s'y opposer, il faudrait que les partis affirment leur (…)

Selon le sociologue Axel Salheiser, l'AfD pourrait encore gagner du terrain à l'avenir dans les Länder de l'Est. Pour s'y opposer, il faudrait que les partis affirment leur identité propre. Interview réalisé par Anne Fromm.

24 février 2025, Anne Fromm Axel Salheiser
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73739

Axel Salheiser : Je m'y attendais. Mais ce qui me choque, c'est qu'elle a fortement progressé par rapport aux dernières élections régionales. D'une part, elle profite du climat qui règne dans toute l'Allemagne. D'autre part, les sondages post-électoraux montrent que les thèmes qui ont fait pencher la balance en Allemagne de l'Est étaient différents de ceux de l'Allemagne de l'Ouest. Des sujets tels que l'environnement et le climat n'ont pratiquement pas joué de rôle à l'Est. Ici, le thème principal était l'immigration, utilisée comme bouc émissaire. L'idée que les migrant.e.s sont systématiquement favorisé.e.s est bien reçue ici, car de nombreux Allemands de l'Est se considèrent comme des citoyens de seconde zone.

Pourquoi ? La situation des gens à l'Est n'est pas si mauvaise.

Salheiser : C'est vrai, mais les responsables politiques des partis démocratiques hésitent à aborder le sujet, car personne ne veut offenser ses électeurs. Et il est également difficile de dire aux gens : « La situation n'est peut-être pas aussi bonne que vous l'espériez. Mais elle pourrait être bien pire. »

Ce qui est vrai, c'est que les succès de la politique des 35 dernières années sont beaucoup trop peu évoqués. Au lieu de cela, les Allemands de l'Est dépeignent leur avenir de manière sombre : restructurations, les jeunes qui partent, les régions qui se vident. Nous savons que là où l'attitude face à l'avenir est particulièrement négative, le mécontentement à l'égard de la démocratie est particulièrement grand.

Mais d'autres régions d'Allemagne sont également confrontées à de grandes incertitudes quant à leur avenir. Pourquoi l'Est est-il si réceptif aux discours de l'extrême droite ?

Salheiser : Nous étudions depuis de nombreuses années les opinions des personnes qui vivent en Thuringe. Le facteur le plus important qui explique pourquoi les gens votent pour l'AfD, ce sont les opinions nationalistes et xénophobes. Autrement dit, les personnes qui ont des opinions racistes sont les plus susceptibles de voter pour l'AfD. Cela peut sembler banal, mais c'est tout de même pertinent. Toutes les personnes qui ne sont pas satisfaites de la démocratie ne votent pas pour l'AfD. Mais toutes celles qui votent AfD se disent insatisfaites de la démocratie. L'AfD absorbe le mécontentement politique comme une éponge.

L'AfD a obtenu près de 40 % des voix en Thuringe et en Saxe. Qu'est-ce que cela signifie ?

Salheiser : Cette situation entraîne un grand déficit de représentation. Si près d'un Thuringien sur deux a voté pour l'AfD, on est en droit de se demander pourquoi cette force politique est tenue à l'écart du pouvoir. Les partis démocratiques ne peuvent pas suffisamment expliquer cela. Au contraire : la CDU défend une politique migratoire très proche de celle que souhaite l'AfD. Comment peut-elle alors expliquer de manière convaincante pourquoi elle ne travaille pas avec l'AfD ?

Les partis démocratiques ont essayé beaucoup de choses : ils pointent du doigt l'extrême droite, ils essaient de la contrer sur le fond. Mais cela ne semble pas porter ses fruits. Comment faire mieux ?

Salheiser : Le succès du parti Die Linke montre, à petite échelle, comment il est possible de faire autrement : ne pas s'acharner sur l'AfD, mais au contraire affiner son propre profil. C'est une erreur de corréler la question sociale à l'origine des gens. Il faut arrêter de mettre en avant l'immigration en tant que problème pour nos systèmes sociaux. Cela conduit à ce que la migration soit considérée dans son ensemble comme un phénomène à bannir. Les partis démocratiques doivent parvenir à faire taire ce discours. Il ne profite qu'à l'AfD.

La force de l'AfD n'est pas un phénomène purement allemand, et encore moins un phénomène purement est-allemand. Les populistes de droite triomphent dans le monde entier. L'Allemagne est-elle en train de se rallier à l'esprit général du temps ?

Salheiser : Oui, mais la comparaison avec les populistes de droite en Italie, aux Pays-Bas et en France est boiteuse. Je ne veux pas banaliser les partis de droite là-bas. Mais l'AfD est beaucoup plus virulente. Elle n'est pas seulement d'extrême droite. Elle est une extrême droite qui veut changer radicalemen le système.

Peut-on s'attendre à ce que l'AfD cesse de croître ?

Salheiser : Non, il n'en est pas question, surtout dans l'Est. Nous observons une évolution linéaire depuis les dernières élections. Si nous prolongeons cette ligne, l'AfD obtiendra la majorité absolue lors des prochaines élections régionales en Allemagne de l'Est. C'est une perspective catastrophique. Nous pouvons déjà voir les dommages causés à la culture démocratique au niveau régional.

L'AfD étend ses structures et renforce ses organisations extraparlementaires grâce à sa présence dans les différentes assemblées. Cela conduit à davantage de violence et de polarisation. Dans les zones rurales, cela affecte en premier lieu les réfugié.e.s, les homosexuel.le.s, les personnes de gauche et non-blanches dans les zones rurales.
P.-S.

• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevorde avec l'aide de DeepLpro.

Source - TAZ, 24 février 2024 :
https://taz.de/Soziologe-ueber-AfD-Erfolg/!6068511/

• Axel Salheiser. est sociologue et directeur scientifique de l'Institut pour la démocratie et la société civile (IDZ) d'Iéna. Il effectue des recherches sur l'extrémisme de droite et l'hostilité envers certains groupes de personnes.

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Lettre de soutien mondial à la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses conséquences, Reem Alsalem

Cette lettre a été envoyée le 2025-02-21 et contient les signatures de plus de 500 organisations et 5 000 individu·es. Cette lettre a été initiée par la Plate-forme (…)

Cette lettre a été envoyée le 2025-02-21 et contient les signatures de plus de 500 organisations et 5 000 individu·es.

Cette lettre a été initiée par la Plate-forme d'action internationale des femmes (WoPAI) et le Lobby suédois des femmes, en collaboration avec le Réseau européen des femmes migrantes.

Les signataires de cette lettre souhaitent exprimer leur profonde gratitude pour le travail excellent et novateur réalisé par Mme Reem Alsalem, dans le cadre de son mandat actuel de rapporteuse spéciale sur la violence à l'égard des femmes et des filles.

Il est extrêmement important que le poste de rapporteur spécial sur une question aussi cruciale que la violence masculine à l'encontre des femmes et des filles soit occupé par quelqu'une de méritante et de courageuse, jouissant de la plus haute autorité et des normes d'intégrité les plus élevées.

Les organisations de femmes du monde entier suivent le travail de Mme Alsalem, et nous sommes profondément préoccupées par les campagnes de diffamation et les attaques infondées contre elle et son travail, qui se sont récemment intensifiées en raison de l'engagement inébranlable de Mme Alsalem en faveur des droits humains des femmes et de ses présentations indépendantes et objectives sur toutes les formes de violence à l'encontre des femmes et des filles. Ces campagnes et ces attaques ne sont que la preuve que Mme Alsalem a exposé la dure vérité des systèmes qui normalisent et justifient la violence à l'égard des femmes.

Par cette lettre, nous souhaitons exprimer notre soutien au travail extrêmement important de Reem Alsalem. Nous appelons à une action globale de soutien à Mme Reem Alsalem en joignant nos forces aux siennes et en soutenant son mandat et son travail indépendant, en partageant ses rapports et sa couverture des questions critiques et ses recommandations pour mettre fin à l'endémie croissante de la violence à l'égard des femmes.

Lire la lettre

Signez la pétition ICI
https://www.womensplatformforaction.org/global-support-letter/
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

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Lettre ouverte des femmes internationales pour une Syrie démocratique fondée sur la liberté des femmes

Lettre ouverte de femmes internationales pour une Syrie démocratique basée sur la liberté des femmes à l'attention de António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, (…)

Lettre ouverte de femmes internationales pour une Syrie démocratique basée sur la liberté des femmes
à l'attention de
António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies,
Sima Sami Bahous, directrice exécutive d'ONU Femmes,
Roberta Metsola, présidente du Parlement européen,
António Luís Santos da Costa, président du Conseil européen,
Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe,

Tiré de Entre les lignes et les mots

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/18/lettre-ouverte-des-femmes-internationales-pour-une-syrie-democratique-fondee-sur-la-liberte-des-femmes/

Depuis la chute du régime Assad en Syrie le décembre 2024, des discussions sont en cours sur l'avenir de la Syrie, et avec cela, les nouvelles opportunités pour une reconstruction démocratique de la société syrienne.

Il est essentiel que la société elle-même façonne et fasse avancer cette reconstruction. Il est également essentiel que les femmes syriennes participent à l'élaboration de ce processus en co-construisant la politique et toutes les sphères de la vie d'une manière autodéterminée.

La Syrie est en état de guerre civile depuis plus de dix ans, un processus qui a débuté par un soulèvement contre le régime oppressif baasiste. Au cours des 13 années qui ont suivi, la société a été confrontée à plusieurs reprises aux crimes les plus atroces contre l'humanité perpétrés par divers groupes terroristes tels que le soi-disant État islamique ou aux attaques d'invasion menées par l'État turc en violation du droit international.

Dans le nord et l'est de la Syrie, la population kurde construit depuis 2012 une société autonome fondée sur la libération des femmes, l'écologie et la démocratie de proximité. Les femmes ont joué un rôle très important dans ce processus. Dans ce modèle social, les femmes prennent des responsabilités et sont représentées dans tous les domaines de la vie sociale et politique. Elles se sont organisées pour se défendre et défendre la vie de tous. Les unités de défense des femmes du YPJ, aux côtés des YPG et des FDS, ont combattu l'État islamique et libéré de nombreuses villes de son règne. Le modèle social du confédéralisme démocratique dans le nord et l'est de la Syrie a créé une coexistence multiethnique et multireligieuse qui peut servir de modèle pour la réorganisation dans toute la Syrie.

Les femmes syriennes se sont unies et organisées pour lutter contre les attaques dont elles font l'objet et contre la société dans son ensemble. Elles sont déterminées à œuvrer en faveur du processus de paix, d'une société démocratique, de la vérité et de la justice. C'est pourquoi, le 22 décembre 2024, le Conseil des femmes syriennes a présenté une déclaration visant à remodeler la Syrie. Dans cette déclaration, l'association, composée de femmes de différentes origines ethniques, religieuses et culturelles, appelle à la participation décisive des femmes et de toutes les composantes de la société syrienne aux processus politiques.

Nous soutenons les 13 objectifs et demandes développés par le Conseil des femmes syriennes pour construire une nouvelle Syrie démocratique basée sur la participation des femmes (lien). En outre, la reconnaissance et la participation de l'Administration autonome démocratique dans le nord et l'est de la Syrie (DAANES) au processus actuel sont également essentielles pour un avenir démocratique en Syrie.

Nous appelons la communauté internationale et tous les acteurs politiques à reconnaître officiellement la DAANES, à soutenir directement les organisations civiles sur place et à établir une coopération à long terme. Nous appelons à un soutien et à des alliances politiques avec les organisations de femmes démocratiques et la société civile dans toute la Syrie, plutôt qu'à une coopération avec les groupes djihadistes dont l'idéologie et la pratique sont basées sur l'humiliation et l'oppression violente des femmes.

Nous demandons également l'arrêt immédiat des livraisons d'armes et des concessions politiques à la Turquie. Les relations diplomatiques avec les forces démocratiques en Syrie doivent être renforcées afin d'arrêter les attaques violentes de la Turquie, de mettre fin à la guerre et de permettre la construction d'une Syrie démocratique.

Il est temps de renforcer les forces démocratiques du Moyen-Orient, comme DAANES, et de soutenir les femmes qui luttent pour la liberté, la paix et la démocratie en Syrie !

Voir les signatures sur le site Women Defend Rojava

https://womendefendrojava.net/en/2025/01/28/international-womens-open-letter-for-a-democratic-syria-based-on-womens-freedom/
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Lettera aperta delle donne del mondo per una Siria democratica basata sulla libertà delle donne
https://andream94.wordpress.com/2025/02/18/lettera-aperta-delle-donne-del-mondo-per-una-siria-democratica-basata-sulla-liberta-delle-donne/

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« Les sportives qui portent le voile ont le droit de jouer, comme les autres ! »

Dans une tribune collective, des personnalités publiques et des présidents d'associations dénoncent la proposition de loi qui voudrait interdire le port de tenue manifestant (…)

Dans une tribune collective, des personnalités publiques et des présidents d'associations dénoncent la proposition de loi qui voudrait interdire le port de tenue manifestant ostensiblement une appartenance religieuse.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Ces 18 et 19 février, à l'occasion d'une séance plénière au Sénat, sera débattue une proposition de loi visant à renforcer le principe de laïcité dans les compétitions sportives en interdisant le port de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. Celle-ci aurait pour effet d'interdire l'accès aux compétitions à de nombreuses femmes et filles en France. L'Anestaps (organisation représentative des jeunes dans le champ du sport et de l'animation), Amnesty International France et Basket Pour Toutes alertent sur les dangers de cette proposition de loi qui est contraire au droit international et aux valeurs de libertés, d'inclusion et d'égalité que prône le sport.

Cette proposition de loi prétend faire respecter le principe de laïcité, mais porte en réalité une atteinte grave à la liberté de conscience. Elle porte aussi atteinte aux droits de participer à la vie culturelle, de disposer de son corps et de ne pas être discriminée, pourtant garantis par les conventions internationales ratifiées par la France.

Selon l'Observatoire de la laïcité, « la laïcité garantit la liberté de conscience, la liberté de religion et de culte, de laquelle découle la liberté vis-à-vis de la religion, et celle de manifester des convictions, quelles qu'elles soient – religieuses ou non –, mais toujours dans les limites de l'ordre public ». L'Observatoire rappelle d'ailleurs que l'interdiction du port de signes religieux ne s'applique pas aux usagers des services publics. C'est aussi le sens de la décision du Conseil d'Etat statuant dans le contentieux opposant les Hijabeuses à la Fédération française de football (FFF) [dans laquelle, tout en autorisant la FFF à édicter ses propres règles, il estime que les joueuses sont bien des usagères d'un service public et qu'elles ne sont donc pas soumises au devoir de « neutralité », NDLR].

Le sport est, par essence, un espace où chacune et chacun peut se dépasser, apprendre et s'épanouir. Il transcende les barrières sociales, culturelles et religieuses et porte des valeurs universelles de respect, d'égalité et de diversité. Pourtant, choisir d'interdire le port du couvre-chef sportif revient à priver des milliers de femmes qui portent le voile de cet épanouissement personnel et collectif.

De plus, cette interdiction ne prend pas en compte les réalités des terrains. En effet, elle constituerait un frein pour des femmes et des filles dont la pratique sportive est déjà bien inférieure à celle des hommes. Elle serait la source d'isolement social, de sédentarité, de mal-être psychologique et d'humiliation supplémentaire, pour les sportives exclues ou obligées d'enlever publiquement leur voile. Elle porterait atteinte à la pérennité des clubs dont l'activité bénévole repose en partie sur l'implication de femmes qui portent le voile. Enfin, elle restreindrait les opportunités de voir des talents français s'épanouir sereinement. En n'entravant pas la pratique du sport, nous favorisons sa féminisation, un objectif que la France s'est fixé, notamment à travers l'organisation des premiers Jeux olympiques et paralympiques paritaires en 2024.

Les institutions internationales comme le Comité international olympique, la Fifa ou encore les Nations unies ont démontré qu'il est possible de concilier liberté religieuse et pratique sportive. Leur décision d'autoriser le port du couvre-chef sportif dans les compétitions prouve qu'une réglementation inclusive peut coexister avec des standards élevés de sécurité et d'équité. La proposition de loi aggraverait une exception française remarquée lors des Jeux olympiques et paralympiques, où la France était le seul pays à interdire le port du voile à ses athlètes.

Nous appelons les sénatrices et sénateurs à rejeter cette proposition discriminante et à travailler collectivement à des solutions qui garantissent l'accès au sport pour toutes et tous, sans distinction. Ensemble, faisons du sport un monde inclusif et émancipateur, fidèle à ses valeurs universelles.

Premiers signataires :

Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l'Homme) ; Anne Savinel-Barras, présidente Amnesty International France ; Hélène Bâ, présidente de Basket Pour Toutes ; Lily Rogier, présidente de l'Anestaps ; Béatrice Barbusse, sociologue ; Jean-Louis Bianco, président de Vigie de la laïcité, ancien ministre, ancien président de l'Observatoire de la laïcité ; Aurélie Bresson, fondatrice des éditions Les Sportives ; Kayode Damala, président des Etudiants musulmans de France (EMF) ; Yohann Diniz, ancien athlète de haut niveau

Lire la liste complète des signataires

Lire la tribune sur l'obs

https://www.ldh-france.org/17-fevrier-2024-tribune-collective-les-sportives-qui-portent-le-voile-ont-le-droit-de-jouer-comme-les-autres-publiee-sur-lobs/

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Réintégrer les savoirs scientifiques dans la société : un enjeu démocratique

25 février, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local La science, souvent perçue comme une entité homogène et indiscutable, repose en réalité sur une multitude de (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local La science, souvent perçue comme une entité homogène et indiscutable, repose en réalité sur une multitude de communautés qui décrivent le réel à travers des méthodes collectives. Cette spécificité confère au savoir scientifique une (…)

L’altruisme obligatoire, handicap rédhibitoire des femmes

25 février, par Francine Sporenda — ,
La féministe Adrienne Rich a parlé de « compulsory heterosexuality » (hétérosexualité obligatoire) comme un obstacle quasi-insurmontable à l'affranchissement des femmes. Encore (…)

La féministe Adrienne Rich a parlé de « compulsory heterosexuality » (hétérosexualité obligatoire) comme un obstacle quasi-insurmontable à l'affranchissement des femmes. Encore plus handicapante pour elles est l'idéologie de l'abnégation féminine, qui leur impose de s'investir dans une identité altérocentrée –le fait de se définir relativement aux autres, comme dispensatrice de services et de soin, (continuation sociale de la fonction maternelle) – idéologie qui est en soi désindivisualisante et autodestructrice.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Le problème est que cette socialisation à l'altruisme place les femmes dans une situation lose-lose : si elles se conforment à cet impératif de vivre pour les autres et à n'exister que relativement à leurs besoins et à leur bien-être, la seule forme de réalisation qui leur est ouverte est de se consacrer aux tâches de care qui leur sont dévolues normativement par la société, ce qui les exclut de toute forme d'activité créatrice et de toute possibilité d'accès au pouvoir.

Si elles décident de s'investir dans leur propre réalisation, d'être artistes, chercheuses, politiciennes, etc. elles sont stigmatisées pour avoir refusé leur vocation altruiste « naturelle » et leurs productions sont qualifiées de secondaires ou ignorées. Si elles sont politiciennes, elles sont rejetées par l'opinion comme trop peu féminines, trop dures, trop égoïstes, trop bossy, et ne sont pas élues.

Il y a quelques années, « une expérience a été conduite à la Columbia Business School, pour évaluer comment les étudiant/es percevaient le leadership selon le sexe. Les chercheurs ont présenté à la moitié des étudiant/es le CV d'une auto-entrepreneuse, Heidi Rozen, une investisseuse en capital risque ayant connu une brillante réussite basée sur sa personnalité entreprenante et son large réseau de contacts professionnels et personnels. A l'autre moitié, ils ont présenté le même CV, mais avec un prénom différent, masculin : Howard.

Les étudiant/es éprouvaient du respect pour les succès de Heidi et d'Howard, mais au niveau de l'appréciation de leur personnalité, il y avait une différence. Iels trouvaient Howard sympathique mais pas Heidi, qui était vue comme égoïste, et infréquentable comme collègue. Les hommes peuvent accéder au sommet sans choquer ou déplaire aux autres parce que leur succès leur appartient. Des femmes par contre, on attend que leurs efforts bénéficient à la collectivité – elles doivent s'occuper des autres autour d'elles au lieu de travailler pour leur propre succès. Par conséquent, quand les femmes réussissent à accéder à des positions de leadership, elles sont perçues comme présentant un déficit en matière de nurturance et de qualités collectivement utiles, comme l'étude Heidi/Howard l'a mis en évidence. » (Gemma Hartley)

C'est ce qui explique qu'il n'y ait que 20% de femmes au Congrès aux Etats-Unis, et si peu de femmes chefs d'Etat dans le monde.

Parce qu'en gros, si les femmes manifestent ces qualités maternelles/altruistes qu'on exige d'elles, on les voit comme manquant d'autorité et d'agressivité, et incapables d'exercer un leadership compétent et énergique dans un monde régi par les rapports de force.

Si elles se montrent volontaires, déterminées, peu émotionnelles et « masculines », on les accuse d'être ambitieuses, égoïstes et « control freaks » (maniaques du contrôle), et on les trouve personnellement antipathiques. L'affirmation égocentrée de soi, fondement de toute expression créatrice, est interdite aux femmes.

You cant' win…

Francine Sporenda

https://sporenda.wordpress.com/2025/02/07/laltruisme-obligatoire-handicap-redhibitoire-des-femmes/

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Afrique : La RDC démunie face à l’agression du Rwanda

La capitale du Nord-Kivu, Goma, est tombée. Les troupes conjointes de la milice M23 et du Rwanda ont vaincu le dispositif déployé en urgence pour défendre la ville. Il était (…)

La capitale du Nord-Kivu, Goma, est tombée. Les troupes conjointes de la milice M23 et du Rwanda ont vaincu le dispositif déployé en urgence pour défendre la ville. Il était composé du bataillon spécial de la Monusco (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique du Congo), et des troupes de l'Afrique du Sud déployées dans le cadre de la Sadec, la structure régionale de l'Afrique australe.

Tiré d'Afrique en lutte.

Incertitude sur la politique rwandaise

L'avancée du M23 et des troupes rwandaises dans l'est du pays qui compte le Nord et le Sud-Kivu ainsi que l'Ituri semble inéluctable. Le président congolais Félix Tshisekedi a fait appel à une société de mercenaires roumains censée faire la différence grâce à l'utilisation de drones. C'était compter sans l'efficacité de la défense anti-aérienne et du brouillage GPS de l'armée rwandaise rendant ces armes inopérantes.

Dans les territoires conquis, les miliciens du M23 ont mis en place une nouvelle économie permettant l'exploitation du coltan et de l'or dont la production est acheminée au Rwanda. Les pertes pour le Nord-Kivu sont estimées à 7 millions de dollars par mois. Au-delà de l'aspect économique, les objectifs du Rwanda restent flous. En effet, si l'ambassadeur itinérant du Rwanda pour la région des Grands Lacs, Vincent Karega, a déclaré que les miliciens du M23 « vont continuer dans le Sud-Kivu, parce que Goma ne peut pas être une fin en soi » il a été démenti aussitôt par le ministère des Affaires étrangères de Kigali. Cependant, James Kabarebe, important dirigeant du pays des Mille Collines, revendique les deux régions comme ­historiquement rwandaises.

Dans le même temps, Corneille Nangaa le dirigeant de l'Alliance du fleuve Congo (AFC), qui se veut l'aile politique du M23, affirme : « Notre objectif n'est ni Goma ni Bukavu mais Kinshasa, la source de tous les problèmes ». L'AFC déploie beaucoup d'effort pour tenter de fédérer les différentes milices armées qui pullulent dans la région. Au vu de la situation, il n'est pas exclu que certains wazalendo (les patriotes en kiswahili) qui se battaient aux côtés des forces armées congolaises ne changent de camp.

En tout état de cause, quel que soit l'objectif du Rwanda, transformer la région Est de la RDC en une sorte de dominion ou renverser le pouvoir au profit d'un gouvernement associé, voire subordonné à Kigali, le défi pour le Rwanda est l'administration de ces vastes territoires.

La RDC isolée

C'est évidement un coup dur pour Tshisekedi qui avait fait de la défense de la souveraineté son principal argument électoral lors des dernières élections présidentielles. Il appelle à l'unité nationale, exhorte la jeunesse à s'enrôler dans l'armée. Il annonce une contre-offensive qui risque de ne pas dépasser le stade de la rhétorique vu l'état de délabrement de l'armée congolaise d'autant que peu de pays de la région souhaitent s'investir militairement.

Au niveau diplomatique, ce n'est guère mieux. Certes la plupart des pays ont condamné la prise de Goma mais dans des termes généraux s'en assortir ces déclarations de quelconques mesures dissuasives. Les pays occidentaux n'ont guère envie de se fâcher avec le président rwandais Paul Kagamé qui reste un fidèle soutien du camp occidental en protégeant les infrastructures des majors pétrolières, dont TotalEnergies, au Mozambique. De plus son libéralisme autoritaire n'est évidemment pas pour déplaire à Trump et consorts.

Les voix de la « négociation » semblent aussi être dans l'impasse. Tshisekedi a décliné l'invitation du Kenyan William Ruto pour une réunion avec Kagamé. Il a préféré se rendre en Angola où le président João Lourenço a mené un travail de médiation entre les deux pays. Lourenço a dénoncé la prise de Goma par les RwandaisEs au risque de saper sa neutralité auprès de Kigali.

Dans cette guerre, ce sont les populations civiles qui paient le plus lourd tribut de l'agression du Rwanda en RDC notamment les femmes et jeunes filles victimes de viols et d'agressions sexuelles dont le nombre a explosé.

Paul Martial

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L’Égypte du président Sissi prisonnière de crises inextricables

25 février, par Robert Springborg, Sylvain Cypel — , ,
Un sommet arabe se réunira le 4 mars au Caire pour proposer un plan sur l'avenir de Gaza, après la proposition du président Donald Trump de déporter sa population. Jamais la (…)

Un sommet arabe se réunira le 4 mars au Caire pour proposer un plan sur l'avenir de Gaza, après la proposition du président Donald Trump de déporter sa population. Jamais la situation du président Abdel Fattah Al-Sissi, coincé entre son alliance avec Israël, une situation régionale instable, ses réformes économiques antisociales, son autoritarisme sans limite et son armée qui a étendu sa mainmise sur les richesses du pays, n'a été aussi précaire. Sur cette situation, Robert Springborg, spécialiste de l'Égypte, répond aux questions d'Orient XXI.

Tiré d'Orient XXI. Traduit de l'anglais par Philippe Agret.

Sylvain Cypel. — Donald Trump a demandé au président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi d'accueillir un nombre massif de Palestiniens de Gaza. La presse américaine a récemment fait écho à une possible pression de Trump sur lui à propos du grand barrage de la Renaissance sur le Nil, en Éthiopie, qui menace de réduire l'accès de l'Égypte à l'eau. Pensez-vous que le président égyptien puisse finalement céder à la pression américaine quant à l'avenir des Palestiniens ?

Robert Springborg — D'après des images satellites prises dans le Sinaï, on sait que, plusieurs mois après le début de la guerre de Gaza, l'Égypte préparait un grand « camp » pour recevoir les Palestiniens expulsés, a priori à la suite de pressions de l'administration Biden. Après que ces photos ont été publiées, le développement du projet a été stoppé. Ce qui laisse penser qu'il y a eu des pressions sur le président Sissi pour qu'il renonce à ce plan, des pressions exercées sans doute par la seule force qui possède de l'influence en Égypte, à savoir l'armée.

L'administration Trump a désormais fait monter les enchères en offrant son soutien à l'Égypte, y compris — mais probablement pas seulement — en ce qui concerne le conflit sur le barrage avec l'Éthiopie. Mais en même temps, l'indignation ressentie en Égypte, comme dans presque tout le reste du monde, devant la destruction de Gaza a rendu beaucoup plus difficile tout compromis de la part du président Sissi, comme l'a montré la plus grande tolérance du régime à l'encontre des manifestations contre les actions israéliennes.

Les dilemmes de la guerre contre Gaza

Cela dit, on peut imaginer un scénario dans lequel le déplacement/transfert d'au moins une partie des Palestiniens de Gaza en Égypte pourrait devenir un élément d'un accord plus large qui mettrait fin à l'engagement actuel d'Israël à Gaza. Dans ce cas, Sissi obtiendrait le soutien américain contre l'Éthiopie et une poursuite de l'assistance étrangère de Washington, ce qui amènerait l'armée égyptienne à considérer un tel accord plus favorablement. Et s'il s'accompagnait d'un retour de l'Autorité palestinienne dans un rôle à Gaza, et d'un soutien arabe et international à la reconstruction du territoire ainsi que d'une garantie de sécurité, cela réduirait encore les réticences du Caire à accueillir des Gazaouis. Et cela offrirait au premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou une possibilité de revendiquer une « victoire » grâce à l'expulsion de Palestiniens.

En résumé, la situation est fluide, mais il est possible d'imaginer certaines conditions qui conduiraient l'Égypte à céder aux pressions américano-israéliennes.

Divisions entre nantis et laissés pour compte

S. C.— Quel est l'état réel de la société égyptienne plus de dix ans après l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah Al-Sissi ?

R. S.— Les politiques du régime ont divisé la société égyptienne entre nantis et laissés pour compte. Ce fossé prend plusieurs formes. Premièrement, les salaires n'ont pas suivi le rythme de l'inflation, et donc les familles dépendant d'un travail rémunéré ont vu leurs revenus réels substantiellement réduits. Deuxièmement, l'inflation a davantage frappé les produits de première nécessité, en particulier les denrées alimentaires, que les autres biens et services. Troisièmement, les services publics, en particulier dans le domaine de la santé et de l'éducation, se sont dégradés, forçant les usagers à se tourner vers le secteur privé. Quatrièmement, le niveau d'emploi dans la fonction publique par rapport à l'emploi global a décliné, touchant ainsi les femmes et la petite classe moyenne qui, traditionnellement, dépendaient davantage des emplois dans le secteur public.

À l'autre extrémité de l'échelle sociale, ceux ayant accès au capital, soit grâce à des emplois dans le secteur privé ou à la propriété d'entreprises, soit grâce à des transferts de fonds ou à diverses formes de corruption, ont vu leurs revenus grimper en flèche, et ils se sont alors livrés à des acquisitions ostentatoires, notamment dans l'immobilier et les services haut de gamme. C'est ainsi que, tandis que ceux d'en haut s'enrichissaient, la situation de ceux d'en bas déclinait, creusant l'écart des revenus et le fossé social qui étaient déjà importants. En effet, selon l'indice de Gini (1) des inégalités, tel que rapporté par l'économiste Thomas Piketty, parmi les pays à revenu moyen et moyen inférieur, l'Égypte est la plus inégalitaire. Cette profonde inégalité a fortement exacerbé les tensions socio-politiques, dont la pléthore de grèves dans les grandes entreprises n'est qu'un des indicateurs.

Une économie contrôlée par les militaires

S. C.— Le soutien du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Europe en faveur de l'Égypte se poursuit. La présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Leyden, a récemment chanté les louanges de réformes qui sont virtuellement inexistantes (2). Comment l'expliquez-vous ?

R. S.— Le FMI, l'Union européenne et presque tous ses États membres ont renoncé à encourager les réformes en Égypte, qu'elles soient politiques ou même économiques, comme le prouvent leurs aides financières massives offertes au printemps 2024. Le moteur de ce soutien résulte de la peur, de la crainte d'un effondrement du régime dictatorial, qui poserait une multitude de défis, sous la forme de migrations transméditerranéennes, de terrorisme, d'antagonisme avec Israël, et de liens avec des forces déstabilisatrices dans des pays frontaliers comme la Libye et le Soudan, ou autres…

L'Égypte étant « un trop gros morceau » pour la laisser échouer dans l'esprit de ces décideurs, ces derniers font systématiquement abstraction des violations des droits humains par le président égyptien, de son autoritarisme toujours plus étouffant, de son mépris effronté des réformes conclues avec le FMI et d'autres donateurs, de ses accointances avec Vladimir Poutine et les Chinois, etc. Que les opinions occidentales n'aient pas protesté plus vigoureusement contre ce soutien à courte vue et, finalement contre-productif, au plus terrible dictateur de l'histoire moderne de l'Égypte est un acte d'accusation de la démocratie occidentale elle-même.

Aucune réforme en perspective

S. C.— Quelle direction prend l'économie égyptienne ? D'un côté, le régime prône une orientation néo-libérale. De l'autre, la mainmise de l'armée sur l'économie nationale semble toujours plus forte. N'y a-t-il pas là une contradiction ?

R. S.— Oui, c'est contradictoire et cela conduit à une économie très similaire à celle de la Russie de Poutine. Il y a deux « gagnants » : d'abord l'armée et les officiers des services de sécurité, ainsi que d'autres, liés administrativement à l'État dans l'État ; puis les oligarques qui dirigent des secteurs de l'économie qui sont en cheville avec les premiers. Pratiquement tous les autres acteurs économiques sont des « perdants ». Et comme votre question le suggère, cette division s'intensifie au fur et à mesure que le contrôle direct et indirect des militaires sur l'économie — et les petits arrangements avec leurs oligarques favoris — devient de plus en plus étroit. Il n'y a aucune chance pour la moindre réforme fondamentale de cette économie qui restera dominée par l'État dans l'État aussi longtemps que le président Sissi et l'armée restent au pouvoir. La promotion d'une économie libérale dans laquelle s'engagerait le régime est une opération de relations publiques entièrement destinée à des audiences occidentales et n'a strictement aucun rapport avec l'organisation et la gestion actuelles de l'économie.

S. C.— Le fait que l'armée égyptienne étende son contrôle de l'économie n'est-il pas dangereux pour l'armée elle-même ? Lors d'une conférence à Florence (Italie) en janvier 2025, vous avez parlé de sa lente évolution vers un conglomérat de « milices ». À quoi faisiez-vous référence ?

R. S.— D'abord sous Anouar El-Sadate, puis davantage sous Hosni Moubarak et encore plus sous le président Sissi, l'armée a changé sa priorité. De conduire la guerre, elle est passée à celle de générer du profit. Par conséquent, ses capacités de combattre ont stagné en dépit du fait qu'elle est l'une des forces armées du Sud qui dépensent le plus pour ses achats d'armes, qu'elle est la plus grande armée en Afrique et l'une des plus grandes au monde. Elle consacre des ressources inadéquates à l'entraînement, à la réparation et l'entretien du matériel, à sa logistique, à l'intégration des forces et de l'organisation et de la gestion militaires. La pléthore d'équipements qu'elle a acquise auprès de nombreux fournisseurs différents nécessiterait d'ailleurs des militaires bien mieux formés pour les intégrer dans leurs différents corps. L'Égypte ne les a pas, donc l'efficacité de son armée de l'air, de ses blindés et même de son infanterie de base ne s'est pas développée parallèlement à ses dépenses et ses achats. Le corps des officiers se préoccupe de faire de l'argent, pas de se préparer à faire la guerre.

Des milices pour consolider le pouvoir

Quant au phénomène des « milices », je faisais référence à l'organisation des Fils du Sinaï (Abnaa Sina) dirigée par Ibrahim Al-Argani et créée à l'origine par l'armée afin de servir d'unités auxiliaires lors de la campagne de contre-terrorisme dans le nord du Sinaï. Al-Sissi a ensuite orchestré l'extension de son rôle à la fois géographiquement jusqu'à l'Égypte « continentale », et fonctionnellement, au sein des systèmes économique et politique. Par exemple, il lui a permis de devenir l'intermédiaire entre le ministère (égyptien) de l'Intérieur et le Hamas pour la délivrance de visas pour les Gazaouis en échange de paiements dépassant souvent 5 000 dollars (4 820 euros).

Fin 2024 — début 2025, Sissi a également favorisé l'émergence d'un nouveau parti politique, le Front national, dans lequel Al-Argani a d'abord obtenu la place de dirigeant, jusqu'à ce que des objections se fassent apparemment jour au sein des militaires qui ont commencé à le percevoir comme une menace à leurs intérêts. Il a été provisoirement écarté puis réinstallé, mais dans un rôle quelque peu ambigu. Selon des sources informées, Al-Sissi voudrait qu'Al-Argani, sa milice et son parti politique servent à la fois de bras répressif de la présidence et de contrepoids à l'armée. Jamais auparavant dans l'histoire moderne de l'Égypte, une milice de cette nature avait été autorisée par l'État. Qu'une telle milice ait été créée laisse deviner la décrépitude de l'État-nation.

S. C.— Le soutien officiel de l'Égypte en faveur de l'armée soudanaise dans la guerre civile, qui dure depuis bientôt deux ans, pèse-t-il sur son économie ?

R. S.— C'est un fardeau, mais également un bénéfice pour l'économie. D'abord, directement, car l'Égypte a facilité la contrebande d'or du nord et de l'ouest du Soudan, dont tirent profit les Égyptiens impliqués dans ce trafic au cœur duquel on trouve probablement les militaires et les services de sécurité. Ensuite indirectement, parce que la présence de réfugiés soudanais en Égypte est une source de revenus pour le gouvernement, sous la forme d'aide financière fournie par les donateurs, qu'il s'agisse du FMI, de l'UE, des États-Unis ou de nombreux pays européens. Ces réfugiés sont traités incroyablement durement par le régime égyptien et une grande partie de la population. Tout bien pesé, Le Caire a probablement tiré profit de la guerre civile soudanaise.

La dépendance à l'égard d'Israël

S. C.— Comment l'armée égyptienne gère-t-elle ses relations étroites avec Israël (notamment sur la sécurité dans le Sinaï) tout en préservant sa mission fondamentale de garante de l'indépendance ? N'y a-t-il pas de risques pour elle après ce qui s'est passé à Gaza ?

R. S.— L'armée et les services de sécurité des deux pays collaborent étroitement, ainsi que le démontre leur capacité à gérer une multitude de crises sécuritaires, que ce soit des meurtres de soldats des deux côtés de la frontière, des violations de clauses des traités ou des tensions plus graves résultant de la guerre israélienne contre Gaza. L'une des raisons pour lesquelles les relations ont résisté est que l'armée israélienne a joué un rôle clé dans la répression de l'insurrection qui a éclaté au Sinaï dans le sillage de la révolution égyptienne de 2011. Une autre raison, encore plus importante, est que l'influence de Tel-Aviv à Washington est cruciale pour que Le Caire y conserve sa position privilégiée, malgré la récente condamnation du sénateur Bob Menendez pour avoir accepté des pots-de-vin du plus proche conseiller du président Sissi afin de faciliter la livraison d'aide étrangère (par les États-Unis) à l'Égypte (3).

Mais la collaboration avec Israël est impopulaire en Égypte, Sissi la cache donc, comme il le fait pour toutes les « mauvaises nouvelles », qu'elles soient de nature sécuritaire, politique ou économique. Et comme toutes les sources indépendantes d'information publique ont été supprimées dans le pays, les Égyptiens n'ont pas vraiment les moyens de savoir à quel point leur pays, leur armée et leur président sont devenus dépendants d'Israël. La dépendance vis-à-vis des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite est davantage connue dans le public, mais elle n'est pas aussi problématique pour Sissi parce qu'il s'agit de pays arabes. Toutefois, même concernant cette dépendance, il y a un énorme rejet de l'opinion, ce qui montre combien des informations sur les relations sécuritaires entre Israël et l'Égypte pourraient s'avérer politiquement explosives.

Notes

1- NDLR. L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique permettant de rendre compte du niveau d'inégalité pour une variable et sur une population donnée. Il varie entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité extrême). Les inégalités mesurées peuvent porter sur des variables de revenus, de salaires, de niveau de vie, etc.

2- Le 17 mars 2024, lors du forum UE—Égypte sur l'investissement, Ursula von der Leyen et Le Caire ont signé un « partenariat stratégique » pour 7,4 milliards d'euros dans le domaine de l'énergie et mais surtout dans le renforcement des frontières.

3- En juillet 2024, l'élu du New Jersey est reconnu coupable de corruption, de trafic d'influence et d'avoir agi comme agent de l'étranger en faveur de l'Égypte et du Qatar. Il démissionne de son poste de sénateur le 20 août 2024. En janvier 2025, il est condamné à une peine de 11 ans de prison pour corruption.

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L’Intelligence Artificielle façon Musk, une arme de destruction massive

25 février, par Xavier Houzel — ,
Notre chroniqueur et ami Xavier Houzel est effrayé par les perspectives ouvertes par un Elon Musk, bras droit de Trump, qui tire « son pouvoir et son aura » de l'Intelligence (…)

Notre chroniqueur et ami Xavier Houzel est effrayé par les perspectives ouvertes par un Elon Musk, bras droit de Trump, qui tire « son pouvoir et son aura » de l'Intelligence Artificielle, « la sienne, bien entendu ».

Tiré de MondAfrique.

Elon Musk se présente aux États-Unis tel Protée, sachant tout du passé et du présent et doté du pouvoir de prophétie et de la faculté de se métamorphoser : il nous propose tout à coup , avec Grock 3, l'IA soi-disant « la plus intelligente sur terre[i] » ! Comme il tire son aura et qu'il détient son pouvoir de l'IA, des innovations et des ruptures correspondantes, il commence par faire table rase du passé en tentant de remplacer en bloc une nuée de fonctionnaires américains par l'IA – la sienne, bien entendu. Il fait à cette occasion la chasse au renseignement, qu'il s'agisse du FBI ou de la CIA, ou du Fisc et de la sécurité sociale, car il lui faut les données de leur clientèle pour s'en approprier aussitôt les clés, pour les référencer et les faire mouliner avec ses propres algorithmes, qu'il s'agisse des électeurs ou des contribuables, c'est-à-dire de tous les citoyens, et cela sans autorisation de personne ni la moindre protection de la vie privée des gens. Ce qui est ahurissant !

Après l'Amérique du Nord, pourquoi ne pas s'attaquer au reste de l'Humanité, avec la force de frappe des USA ? Sans limites aucunes. Le vice-président Vance reproche dès aujourd'hui à l'Union Européenne de brider ladite IA pour en contrôler les dérives éventuelles ! Il préfigure alors ce que sera le « monde d'après ». Mais nous sommes à la fois loin de l'ère du Sud Global et de son heure et de l'invention d'un nouvel ordre mondial, éventuellement favorable au groupe des BRICS, tel que le conçoit un universitaire comme Bertrand Badie.

L'IA va trop vite

Nous sommes aussi tout près d'un effondrement civilisationnel de l'ancien monde, parce que l'IA va trop vite ! La course se fait sur une corde raide. Une nouvelle forme de colonisation par la conformité des messages et par l'uniformité induite de la pensée risque de balayer toute volonté de rupture avant que les colonisés n'aient eu le temps de s'en prémunir. Nombre de métiers disparaîtront, d'autres les compenseront, comme jadis et depuis l'invention de la roue, là n'est pas la question ! Les philosophes et les théologiens se penchent sur le problème. Les flux migratoires, par exemple, devront être régulés pour éviter la « submersion » des civilisations par le nombre, et puis les naissances et puis la démographie….mais ce n'est pas l'IA qui y pourvoira ! La « démocratie » fonctionnera par algorithmes intercalés. Cela donne le vertige : monsieur Vance semble vouloir le nier, en créant un tohu-bohu jamais atteint auparavant quand il morigène la vieille Europe à ce propos. Qu'il ait raison ou qu'il ait tort, à terme, ce sera le retour à l'ordre primordial, à la révision des échelles de valeurs et des rapports de forces. C'est dangereux.

Deuxième chuchotement d'Elon Musk, bruissant comme un méchant acouphène dans les oreilles présidentielles : l'armement et la monnaie (le sacro-saint Dollar), qui faisaient la puissance de l'Amérique, risquent d'être trappés d'obsolescence ! Le char de combat et l'avion de chasse « à coups de millions » n'auront plus besoin d'équipages ; ils seront impuissants devant les attaques de plus petits que soi « au prix d'une poignée de Dollars » ; seulement. Le drone est devenu intelligent ! Et même très intelligent (beaucoup plus malin que ne peut l'être un char, trop compliqué).

L'esprit de conquête

Le même Protée poursuit cependant en murmurant à l‘oreille du président que le réchauffement climatique va libérer des glaces – sous la double influence de l'homme et des cycles naturels tels que l'oscillation Nord-Atlantique – la plus grande partie des eaux et des continents inclus dans le Cercle polaire Arctique. Or ce rivage invisible borde des pays aussi variés que l'Alaska, le Canada, le Groenland, l'Islande, la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie (notamment la Sibérie). Les satellites de Starlink (près de 7.000 unités) disent que les icebergs y fondent à toute allure mais surtout qu'il existe, au-delà de cette ligne de démarcation, un No man's land immensément riche encore à conquérir.

Nonobstant un traité datant de 1920 – celui de Svalbard, instauré pour réglementer l'inlandsis arctique[ii] – les Américains aimeraient bien bouter hors de l'Arctique les Russes et les Européens. En réalité, ce sont les Chinois que l'Amérique redoute le plus en Arctique, sachant que le « premier arrivé » pourrait y contrôler les eaux (la pêche), le sol (l'agriculture et les forêts), le sous-sol (les terres rares et les hydrocarbures) et les accès (la route du Nord sera bientôt ouverte aux tankers toute l'année). Les Chinois ont l'inconvénient d'être trop nombreux, ce qui se transforme en avantage quand il s'agit de peupler des pays vierges ! La région arctique a d'autre part un caractère stratégique évident depuis la guerre froide, les missiles balistiques de la Russie pouvant facilement passer par le pôle Nord vers le continent américain !

Ces considérations sont de nature à faire resurgir l'esprit de conquête qui anima jadis les ancêtres d'Elon Musk et de Donald Trump ! Aussi le tandem formé par le Sud-Africain et le pionnier yankee ne résiste-t-il pas à la tentation de mettre la main sur le trésor du Cercle Arctique Polaire. La population autochtone du Grand Nord Canadien, du Groenland ou de la Sibérie orientale qu'on nomme « les Esquimaux » est beaucoup moins nombreuse que les tribus « Indiennes » de la conquête de l'Ouest ou que les peuplades bantouphones de la Colonie du Cap.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les États-Unis réclament sans vergogne aussi bien le Canada que le Groenland et c'est pourquoi ils se retirent sine die – sans aucune explication valable – de traités tels que l'Accord de Paris de 2015, adopté dans le cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ainsi que de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), de la même manière que, le 8 mai 2018, le président américain d'alors, le même Donald Trump, avait annoncé le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne, en accompagnant sa décision brutale de sanctions économiques accablantes contre l'Iran ! L'Europe s'était alors couchée, la France la première… anticipant ainsi sur son retour à la case zéro de l'ordre primordial (en vigueur lors du dernier refroidissement global, ou de la dernière glaciation terminée il y a 12.000 ans), quand le dominant primait obligatoirement sur le dominé – avant l'existence de « nations », avant les « valeurs », avant Homère, avant Tocqueville ! Et voilà enfin pourquoi, Donald Trump et son équipe se précipitent chez MBS (qui a les sous, dont la Russie pourrait avoir besoin pour se remettre de la guerre et développer la Sibérie) pour y rencontrer le président Poutine. L'affaire de l'Ukraine sera une bonne affaire pour les trois : l'un sera remboursé en terres rares et l'autre en territoires. Trump veut à tout prix éloigner la Russie de la Chine et MBS, gardien au nom de son père des Deux Mosquées, veut être dans la cour des grands, sachant que les Russes sont ancrés aussi solidement à Mourmansk qu'ils entendent le rester aussi durablement à Vladivostok.

Pour le reste, les Russes et les Perses se méfient l'un de l'autre depuis toujours. Poutine est relativement isolé. Les Chinois ne sont pas invités. Quant aux Européens, ils sont anéantis.

Les jeux de rôle de la diplomatie

Avec la fin du libre arbitre de l'homme (battu par plus intelligent que lui, mais pas obligatoirement par le plus fort), avec la fin de la diversité démocratique (tout le monde obéissant à la même intelligence supérieure), avec l'altération du principe de puissance (jusqu'alors caractérisé par la force), avec la dévalorisation de la notion de frontière (celles des traités, de celui de Berlin ou celui de Svalbard et d'une kyrielle d'autres lignes de partage négociées), avec la démonétisation des organisations internationales et de leurs chartes en déshérence, la communauté des nations risque de s'effondrer sous elle-même. Les traits des civilisations hier vivantes iront en s'estompant, à cause de l'IA, qui, entre temps, sera une « super IA » assistée d'ordinateurs quantiques « réagissant uniformément » et en temps réel. Justement, c'est imparable !

L'Histoire récente et la géographie sont certes encore prégnante de la colonisation des Phéniciens à Carthage, de celle de Rome sur le pourtour méditerranéen, des Chinois dans le Sud-Est Asiatique et jusqu'en Sibérie, des Ottomans, de la France ou de la Grande-Bretagne et du reflux – pour ne pas dire de la décadence – de leurs empires. On admet que sans le désastre de Diên Biên Phu et surtout sans la pantalonnade infligée à la France à 60 kms du Caire devant les menaces soviétiques et les semonces américaines du 7 novembre 1956 – lorsque « l'Opération Mousquetaire » tourna à l'avantage diplomatique pour Nasser – la Guerre d'Algérie n'aurait jamais eu lieu.

Oui, Nasser, le plus faible, a battu le plus fort, ce jour-là (la Grande-Bretagne, l'État Hébreu et la France, coalisés). Mais c'est épiloguer à revers et nous n'en sommes plus là ! Merci à Moscou et à Washington. La France, l'Angleterre, l'Allemagne sont aujourd'hui dans un même état de décrépitude sans qu'il n'y ait là de rapport avec la « décolonisation ». Avec la mondialisation, la téléphonie et internet, tout le monde colonise dorénavant tout le monde de multiples façons. Et j'ajoute, pour parler du faible qui bat le plus costaud, que l'Afghanistan a battu à plate couture successivement l'Union Soviétique et les États-Unis d'Amérique. Les colonisés d'hier sont les colonisateurs de demain, démarche à laquelle ils s'adonnent le plus souvent sans expérience ni mesure, directement ou par intermédiaire : les USA en sont l'exemple le meilleur. Au mieux, ils font des enfants « à la mitrailleuse » et ils investissent l'ancienne métropole.

La Diplomatie devrait enfin pouvoir jouer. Mais alors sans IA et hors la vue de toute caméra.

Notes

[i] https://www.ladepeche.fr/2025/02/17/intelligence-artificielle-4-choses-a-savoir-sur-grok-3-le-nouvel-agent-conversationnel-delon-musk-12518470.php

[ii] Ce dernier autorise ses signataires (le Canada, le Danemark, les États-Unis, l'Islande, la Norvège, la Russie, la Finlande, la Suède, la Chine et d'autres) à exploiter la zone arctique (pêche, chasse, tourisme, recherches scientifiques, industrie…). Exception faite à la Chine, pourtant signataire, n'ayant accès à aucun de ces droits.

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Esclavage, colonisation : l’Union africaine demande réparation

25 février, par Courrier international — ,
Au 38ᵉ sommet de l'Union africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba, les 15 et 16 février, l'un des sujets centraux a été la demande panafricaine de réparations liées à la traite (…)

Au 38ᵉ sommet de l'Union africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba, les 15 et 16 février, l'un des sujets centraux a été la demande panafricaine de réparations liées à la traite transatlantique des esclaves et à la colonisation. Une résolution a été adoptée à cet effet.

Tiré de Courrier international. Légende de la photo : Ouverture de la 38e session ordinaire de la Commission de l'Union africaine (CUA), à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 15 février 2025. Photo Tiksa Negeri/Reuters.

Le 15 février, l'Union africaine (UA) a adopté une résolution, présentée par le Ghana et appuyée par l'Algérie. Cette résolution, intitulée “Justice pour les Africains et les personnes d'origine africaine à travers les réparations”, a été retenue comme thème de l'année 2025 pour l'Afrique. Selon Africa Inside, “cette initiative marque une avancée majeure dans la construction d'un front africain uni pour porter ces revendications sur la scène internationale”. C'est même la première fois dans son histoire que l'UA place les réparations au premier plan, analyse de son côté The Guardian.

“Esclavage, pillage : combien doivent Londres, Rome, Bruxelles, Paris… à l'Afrique ?” La question est abruptement posée par le titre ivoirien L'Infodrome, qui reproduit une carte de l'Afrique figurant les sommes que doivent verser la France, l'Espagne, l'Italie, la Belgique, le Portugal et le Royaume-Uni aux pays africains à titre de réparations.

Cette initiative a d'ailleurs été présentée comme un “moment historique” par Monique Nsanzabaganwa, vice-présidente sortante de la Commission de l'Union africaine, puisqu'elle devrait permettre “de rendre à l'Afrique ses droits légitimes et renforcer ses revendications légitimes”. Une analyse que partage Africa Inside, qui estime :

“En plaçant la question des réparations et de la justice coloniale au cœur du débat international, cette résolution de l'Union africaine pourrait marquer un tournant dans les relations entre l'Afrique et l'Occident. Elle ouvre la voie à une reconfiguration géopolitique.”

En amont de ce 38e sommet de l'UA, rapporte Business Insider Africa, le Conseil économique, social et culturel de l'UA (Ecosocc) avait organisé un présommet de la société civile pour faire avancer ce dossier des réparations et des dommages liés aux effets durables de l'esclavage et de la colonisation. Du XVe au XIXe siècle, au moins 12,5 millions d'Africains ont été kidnappés, transportés de force par des marchands, principalement européens, et vendus comme esclaves.

Justice réparatrice

En 2023, rappelle Business Insider Africa, l'Union africaine avait déjà adopté une résolution visant à obtenir une justice réparatrice pour l'esclavage transatlantique et la colonisation, relançant le débat sur sa mise en œuvre. L'organisation panafricaine avait notamment souligné la nécessité de la restitution des terres autochtones confisquées et la restitution des objets culturels saisis pendant la période coloniale.

La même année, l'UA s'était associée à la Communauté caribéenne (Caricom) pour exiger des réparations. À l'époque, le Guardian notait que ce partenariat entre l'Union africaine, composée de 55 membres, et la Caricom, composée de 20 pays, visait à intensifier la pression sur les anciens pays esclavagistes pour qu'ils s'engagent dans le mouvement des réparations.

La Caricom avait également élaboré son propre plan de réparation en dix points, qui prévoyait notamment une justice réparatrice, des excuses officielles complètes, l'annulation de la dette et l'investissement des anciennes puissances coloniales dans les systèmes de santé et d'éducation des pays lésés.

L'Afrique exige des comptes

Cependant, le succès de ces efforts dépendra de la capacité des pays de l'UA à surmonter la résistance des anciennes puissances coloniales. Car, comme le souligne Business Insider Africa, de nombreux dirigeants occidentaux s'opposent au versement de réparations.

Si Donald Trump estimait déjà en 2019 qu'il “ne voyait pas cela se produire”, Emmanuel Macron a plaidé, lui, pour une “réconciliation des mémoires”, tandis que le populiste britannique Nigel Farage voit dans ces négociations sur les réparations un signe de faiblesse.

En outre, la question n'est pas exempte d'arrière-pensées politiques. Ce projet de résolution a ainsi été porté par l'Algérie, qui a joué un rôle de premier plan dans la volonté de l'Union africaine de faire reconnaître sur la scène mondiale ce dossier de la réparation de la colonisation. Or cette résolution intervient dans un contexte d'une détérioration des relations entre l'Algérie et la France, notamment sur la question de la mémoire coloniale.

De même, l'expulsion des troupes françaises de plusieurs pays du Sahel et d'Afrique de l'Ouest s'est accompagnée d'une critique mémorielle de l'ancienne colonisation française, tandis que la Russie et la Chine ont amplifié et utilisé la question de la responsabilité coloniale pour contester l'influence européenne en Afrique, analyse le Guardian.

Mais peut-être est-ce justement “le bon moment pour que l'Afrique exige des comptes et pour que les démocraties européennes proposent enfin une réponse significative”, souligne le titre britannique, qui estime qu'“alors que le monde est aux prises avec des dynamiques de pouvoir changeantes, l'appel de l'Afrique à la justice est plus urgent que jamais”.

Courrier international

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L’équipe éditoriale de La Presse+ : Des choix pas anodins

25 février, par Henry Diaz — , , ,
Soyons clairs, les faits ne sont pas en cause ici. Les viaducs s'écroulent, la chaussée s'ouvre comme la mer Rouge du temps de Moïse et les aqueducs éruptent tels le Vésuve. Il (…)

Soyons clairs, les faits ne sont pas en cause ici. Les viaducs s'écroulent, la chaussée s'ouvre comme la mer Rouge du temps de Moïse et les aqueducs éruptent tels le Vésuve. Il y a aussi de la moisissure dans les murs des écoles et plus de gens dont le quotidien se résume à deux choix : passer leurs nuits dans les édicules de la STM ou crever de froid. Le récent dossier de La Presse, « Le Québec à l'heure des choix » (ainsi que l'éditorial qui l'accompagne), rapporte certaines vérités quant à l'état de la situation.1

Henry Diaz, économiste

Là où on risque la dispute, c'est aux moments où les textes tirent des conclusions douteuses, proposent des fausses dichotomies et où ils plantent sournoisement les semences de l'apologie du capitalisme, de la privatisation des besoins de base et du démantèlement généralisé de l'État. Car en effet, quelques vérités n'équivalent pas automatiquement à l'ensemble de la réalité.

Par exemple, c'est curieux qu'en nous proposant l'idée que l'État dépense trop et n'en génère pas assez, l'éditorialiste en chef de La Presse nous parle des CPE, du personnel spécialisé dans les écoles, des rentes de retraite et de la cohésion sociale.2 En d'autres mots, on dépenserait trop pour les enfants, les personnes âgées et les immigrants non blancs et non catholiques, entre autres. Pas un mot sur l'inégalité des revenus qui se creuse au Québec depuis quarante ans ni sur le traitement fiscal des mieux nantis, qui ne contribuent pas leur juste part :

• L'écart entre le 1 % des Québécois les plus riches et la moitié la plus pauvre s'est creusé de 52 % entre 1982 et 2019 ; 3

• La part de revenus du 0,1 % des plus riches au Québec a augmenté de 141,7 % entre 1982 et 2019 ; 4

• En 2020, le taux marginal d'imposition provincial du 0,1 % (revenus nets d'au moins 595 600$) était le même que celui de ceux et celles ayant des revenus de 108,390$.5,6

Ce n'est pas anodin non plus que cette critique juge que l'augmentation de 5,5 points de pourcentage (par rapport au PIB) sur 20 ans de toutes les dépenses de l'État serait « considérable »,7 notamment en raison de tous ces programmes pour les plus vulnérables. Cependant, on passe sous silence l'augmentation salariale de 30 % que les députés se sont octroyés en 2023 alors que l'économie du Québec a cru de 0,6 % la même année.8

On évite aussi de mentionner que la valeur du parc immobilier des ministres du gouvernement Legault s'élevait à 45 millions $ en 2023,9 mais on n'hésite pas à nous dire que le Québec n'a pas assez de richesse pour inclure de nouveaux éléments dans la mission de base de l'État (ça vous dit quelque chose, la crise du logement ? On se souviendra que le gouvernement Legault a longtemps refusé de reconnaitre l'existence de l'enjeu).10

En santé, on donne la parole à Gaétan Barrette pour nous convaincre que les problèmes financiers du réseau de la santé sont le résultat des syndicats et des familles qui ne prennent pas soin des aînés.11 Pas un mot sur la masse salariale des médecins spécialistes (autour de 5 milliards $ annuellement).12 Silence aussi par rapport au fait que c'est l'ancien ministre lui-même, dans son rôle de président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, qui a fait bondir le salaire des médecins spécialistes (gain de 77 % entre 2006 et 2015).13 À l'époque, Radio-Canada écrivait : « il n'existe aucune profession au Québec rémunérée à même les fonds publics qui a connu un tel bond. » 14

Encore moins anodin, l'éditorial de La Presse veut nous vendre la Suède comme un idéal à atteindre, pays où la social-démocratie irait mieux grâce à la cohésion sociale qui a permis de sabrer dans les rentes de retraite, entre autres.15 La « solution » au Québec passerait donc par l'homogénéisation de la société et les coupures dans les programmes. Cependant, pas un mot sur le fait qu'en Suède le salaire moyen d'un PDG est 60 fois le salaire moyen d'un travailleur, ratio qui atteint 226 au Québec. 16,17 Pourtant, on ne trouve pas la chronique ou article de La Presse demandant une réduction de cet écart au Québec pour s'aligner avec la Suède. Curieux.

En long et en large, ce grand dossier de La Presse nous dit que l'État dépense trop et choisit de cibler comme cause les groupes les plus vulnérables, tout en taisant toute problématique liée aux plus nantis et à la répartition équitable du pouvoir économique et de la richesse. C'est un point de vue qui ouvre la porte à des dérives comme celle qui se déroule présentement aux États-Unis, où un milliardaire a maintenant la main mise sur des décisions de l'État, dont potentiellement celles concernant les contrats et subventions qui pourraient être accordés à sa propre compagnie, le tout au nom de l'efficacité et de la productivité.

Il est facile de demander des sacrifices aux plus démunis, aux enfants et aux aînés, d'autant plus que ce sont des groupes typiquement sans pouvoir et sans tribune. C'est curieux que Mmes Gramond et Fournier n'en demandent pas autant aux plus riches ni aux pouvoirs économiques et politiques dont La Presse semble se faire le porte-parole.

C'est comme si on s'identifiait plus aux multimillionnaires et milliardaires qui aimeraient tout privatiser pour ornementer leurs fortunes. On devrait plutôt se battre pour notre vrai groupe d'appartenance, car, malgré ce qu'on voudrait nous faire croire, nous sommes tous plus proches de devoir dormir à l'entrée des stations de la STM que de s'acheter un yacht ou une île privée (deux gestes extrêmement problématiques, mais c'est sujet pour un autre moment).

Notes

1. État-providence : le Québec à l'heure des choix

2. Le Québec à l'heure des choix

3.Les inégalités de revenus ont plus augmenté qu'il n'y paraît au Québec

4. Ibid.

5.Ibid.

6. Paliers d'imposition 2020

7.Le Québec à l'heure des choix

8.Statistiques Canada. Tableau 36-10-0222-01 (calculs de l'auteur).

9.Un gouvernement de propriétaires – Institut de recherche et d'informations socioéconomiques

10.Legault refuse de parler de crise du logement : « ça a des impacts »

11.État-providence : le Québec à l'heure des choix

12. Les médecins spécialistes réclament une hausse de rémunération « équitable »

13. Le fossé de la rémunération se creuse entre médecins et infirmières

14.L'effet Barrette : 42 % de plus pour les médecins spécialistes

15.Le Québec à l'heure des choix

16.Sophie Gripenberg

17. Le 2 janvier, les grands PDG du Québec ont déjà gagné l'équivalent du salaire annuel du travailleur moyen Le 2 janvier les PDG du Québec ont gagné le salaire moyen annuel

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Trump le « pacificateur » comme Hitler le « chancelier de la paix » !

25 février, par Yorgos Mitralias — ,
Friedenskanzler, c'est-à-dire Chancelier de la paix. Si on vous dit que c'est comme ça que qu'on appelait … Hitler avant que celui-ci déclenche la Seconde Guerre mondiale, vous (…)

Friedenskanzler, c'est-à-dire Chancelier de la paix. Si on vous dit que c'est comme ça que qu'on appelait … Hitler avant que celui-ci déclenche la Seconde Guerre mondiale, vous n'en croirez pas vos oreilles. Et pourtant, c'est la vérité car l'image d'un Hitler « pacifiste » n'était pas cultivée seulement par ses acolytes mais aussi par tous ces Européens – et ils étaient la majorité – qui aimaient prendre pour argent comptant ses professions de foi en faveur de la paix, car pensant que, tout compte fait, « Hitler était mieux que les communistes ou le Front Populaire ».

17 février 2025 | tiré du site entre les lignes entre les mots | Illustration : Ensemble avec Musk, Vance et Milei - dssin de Sonia Mitralias
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/17/trump-le-pacificateur-comme-hitler-le-chancelier-de-la-paix/#more-90801

Cela se passait il y a presque un siècle avant qu'un ami et propagandiste des actuels nostalgiques de ce même Friedenskanzler d'antan, (comme le sont le AFD allemand, les Fratelli d'Italia de Mme Meloni, Le Vox espagnol de M. Abascal, les fidèles de M. Zemmour et accessoirement de Mme Le Pen, et tant d'autres) se présente aussi comme un « pacificateur » qui n'a qu'une ambition : mettre fin aux guerres en Palestine et en Ukraine ! Évidemment, ce nouveau Friedenskanzler est Donald Trump, bien que ce même Donald Trump proclame haut et fort qu'il a l'intention de prendre possession, « par tous les moyens », du Canada, du Panama, du Groenland, de Gaza et qui sait de quel autre endroit du monde. Et ceux qui le présentent comme tel sont tous ceux qui ont intérêt à ce que les guerres en Ukraine et en Palestine se terminent le plus vite possible selon les termes de Donald Trump et de son second (?) Elon Musk : par le triomphe des génocidaires Poutine et Netanyahou et l'extermination ou le nettoyage ethnique des Ukrainiens et des Palestiniens !

En somme, l'histoire ne se répète pas toujours comme une farce. Et l'affinité du présent avec les – pas si lointaines – années ‘30 devient évidente quand par exemple il suffit de remplacer l'Ukraine sacrifiée de 2025 par la Tchécoslovaquie sacrifiée de 1938 pour réaliser que puisque pratiquement rien n'a changé, on pourrait très bien s'attendre à une pareille suite tragique des évènements…

D'ailleurs, cette affinité, sinon filiation de ces deux prétendus « pacificateurs », crève parfois les yeux. Comme quand M. Trump pense « résoudre » la question moyen-orientale en prenant possession de Gaza et en chassant ses habitants Palestiniens vers une destination plus ou moins « exotique » et farfelue. Si ce plan pour le moins extravagant du président américain vous rappelle un non moins extravagant plan du régime nazi, vous avec tout à fait raison : il s'agit du « plan Madagascar » qui ambitionnait de « résoudre » la « question juive » en vidant l'Europe de ses 11-12 millions de Juifs, lesquels seraient transportés de force à Madagascar transformé en un gigantesque ghetto ! Si ce plan monstrueux n'a jamais été mis en application, cela est dû uniquement au fait que la Grande Bretagne n'a pas été défaite par les nazis, et que sa flotte a continué à interdire l'accès de Madagascar. Cependant, son souvenir reste toujours vivace chez les dirigeants de l'AFD néonazi, tant admirés par Elon Musk et le vice-président des Etats-Unis J.D. Vance, et a refait surface durant leur réunion « secrète » avec leurs amis Autrichiens à Potsdam fin novembre passé, en tant que référence et précèdent « idéologique » de leur intention actuelle de chasser les millions de migrants et autres citoyens allemands descendants de migrants vers un « Madagascar » du 21e siècle !

Alors, à l'opposé de ce que prétendent nos gouvernants, nos médias et leurs « analystes », Trump et Musk n'improvisent pas du tout quand ils nous « surprennent » jour après jour avec leurs déclarations, leurs actes et même leurs gestes (p.ex. le double salut nazi de Musk). En réalité, il suffit de connaitre un peu ce qu'ont dit et ont fait les dirigeants nazis, pour comprendre que Trump et Musk suivent ou même copient leur exemple. C'est ainsi que Trump copie le tristement célèbre besoin d'« espace vital » (Lebensraum) du Troisième Reich, quand il déclare que la population israélienne se trouve à l'étroit dans l'actuel État d'Israël, et c'est pourquoi il consent à l'annexion par Israël de la Cisjordanie et qui sait de quelles autres régions du Moyen Orient sur lesquelles Netanyahou et ses amis prétendent avoir un… « droit biblique » !

Mais, quel besoin a-t-on de ces exemples en guise de preuves de leur néofascisme, quand Trump, Musk, Vance et Milei font vraiment tout et devant les yeux de tout le monde, pour nous persuader, au-delà de tout doute, qu'ils se revendiquent du nazisme et qu'ils œuvrent pour unifier sous leur direction tout ce qu'il y a de vermine nostalgique du fascisme et du nazisme de par le monde ? D'ailleurs, n'est-il pas le second de Trump, cet inénarrable J.D. Vance qui a fait l'éloge des nostalgiques de Hitler et Mussolini devant la fine fleur des gouvernants européens réprimandés par lui pour ce qu'il leur reste d'antifascisme, avant qu'il rencontre en privé son amie, la leader de l'AFD néofasciste seulement quelques jours avant les élections allemandes ? Que faut-il de plus pour qu'on arrête tant à droite qu'à gauche, de décrire Trump et même Musk comme… « populistes », et de qualifier leurs affinités électives avec les nazis de simples… « provocations » et d'actions « controversées » ?

Ça va de soi que ce penchant prononcé de Trump, Musk, Vance ou Milei pour la violence brute et pour tout ce qui rappelle le nazisme ou le fascisme triomphant, n'aurait qu'un intérêt moyen s'il ne mettait pas en péril la vie des millions de gens, l'existence des pays entiers et la paix dans le monde. En effet, ce qui caractérise le « pacificateur » Trump est que sa paix ressemble comme deux gouttes d'eau à la paix des cimetières. Une paix faite sans et contre les victimes de la guerre tant en Ukraine qu'en Palestine. Une paix qui rappelle celle annoncée par Hitler quand il « unifiait » et « pacifiait pour toujours » l'Europe conquise par sa Wehrmacht et soumise par sa Gestapo et ses SS. Une pseudo-paix qui donnera des ailes aux bourreaux et conduira inévitablement à une conflagration et un bain de sang encore plus générales…

Quant à nous, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous écrivions en juin 2022, quand nous dénoncions déjà nos gouvernants qui « ont le culot de commencer à discuter entre eux quelle partie de l'Ukraine ils pourraient céder, ces impérialistes occidentaux (!), à Poutine, dans le dos des Ukrainiens et de leur gouvernement ! » Et nous concluions avec ces mots : « Bien que nous ayons ici un cas carabiné de l'interventionnisme et du paternalisme impérialiste le plus scandaleux, il y a peu de gens de gauche qui osent faire ce qui va de soi, à savoir le dénoncer publiquement, comme il le mérite. Et malheureusement, sont encore moins nombreux ceux qui osent soutenir le droit encore plus évident et élémentaire des Ukrainiens – qu'ils défendent bec et ongles – de se battre jusqu'au bout et par tous les moyens contre les envahisseurs russes, en décidant eux-mêmes librement et démocratiquement, et sans aucune ingérence étrangère hostile ou « amicale », de l'avenir de leur pays et des personnes qui y vivent ! » [1]

Yorgos Mitralias

Note

1] Voir notre article Qu'est-ce que cette guerre étrange où on interdit à l'Ukraine que Poutine « soit humilié » :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article62858

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G7, G8 ou G6 sans les États-Unis ?

25 février, par Michel Gourd — , ,
L'orientation idéologique que prend actuellement le gouvernement américain l'éloigne des autres membres du G7, qui auraient en juin une occasion de l'expulser, une idée qui (…)

L'orientation idéologique que prend actuellement le gouvernement américain l'éloigne des autres membres du G7, qui auraient en juin une occasion de l'expulser, une idée qui avait déjà surgi en 2018 lors d'une précédente guerre commerciale démarrée par ce pays.

En janvier, le Canada a assumé la présidence du G7 dont le sommet se tiendra du 15 au 17 juin à Kananaskis en Alberta. Depuis 50 ans, l'organisme qui comprend le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Union européenne, le Japon, les États-Unis et le Canada coordonne les réponses des démocraties libérales face aux défis qu'elles rencontrent. Le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, a qualifié le G7 en 2022 de « comité directeur du monde libre » et le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, affirme actuellement qu'il est le groupe des grandes démocraties les plus avancées.
La Russie en a été membre pendant un certain temps, soit de 1997 jusqu'en 2014, date à laquelle elle en a été expulsée pour avoir envahi l'Ukraine. Or, le président Trump a récemment soutenu que la Russie aurait dû conserver son adhésion et plaidé pour sa réintégration, qualifiant son exclusion d'erreur.

Les États-Unis dans l'internationale réactionnaire

S'il est prévu cette année d'y discuter les enjeux mondiaux, la présence au sein de ce groupe d'un pays ayant changé d'allégeance politique pourrait forcer ses membres à prendre une décision difficile en ce qui concerne le nombre de ses participants. L'arrivée du nouveau gouvernement Trump le 20 janvier avec l'agenda MAGA (Make America great again) amène son pays sur la voie de ce qui a récemment été qualifié d'internationale réactionnaire. En exemple de cela, le 14 février, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le vice-président américain, J. D. Vance, a prononcé un discours qui a mis à mal la relation transatlantique des États-Unis. Selon lui, la véritable menace pour l'Europe ne proviendrait pas d'acteurs extérieurs, mais de l'attitude des gouvernements européens qui ne sont pas à l'écoute des préoccupations de leurs électeurs les plus radicaux. « En Grande-Bretagne et à travers l'Europe, la liberté d'expression, je le crains, est en retrait », a-t-il affirmé, soutenant plusieurs partis nationalistes de droite, telle l'Alternative für Deutschland (AfD), acceptant des néonazis dans ses rangs.

L'éviction du président Zelensky et des Européens des pourparlers de paix sur l'Ukraine a été un autre coup porté à cette relation transatlantique, ce qui a eu comme conséquence la création d'un « conseil de crise » formé de représentants français, britanniques, italiens, polonais et espagnol. Donald Trump met en place un nouvel ordre mondial en négociant seul avec Vladimir Poutine. Le président américain commence aussi une guerre économique internationale. Entre autres choses, l'acier et l'aluminium européen et du Canada pourraient prochainement être taxés à la hauteur de 25 % par les États-Unis, diverses nouvelles taxes visant aussi le Mexique et la Chine.

Réintégrer la Russie ou expulser les États-Unis ?

Jean-Noël Barrot considère comme « inimaginable » que la Russie réintègre aujourd'hui le G7, puisqu'elle en agresse des membres et se comporte de moins en moins comme une démocratie. La ministre des Affaires étrangères du pays hôte de la rencontre en juin, Mélanie Joly, a aussi déclaré que le Canada s'opposait fermement à cette réintégration.
L'idée d'exclure les États-Unis du G7 avait été présentée une première fois lors de la réunion de 2018 qui avait eu lieu à Charlevoix au Québec. Une semaine avant cette rencontre, Trump avait aussi imposé des droits de douane aux métaux provenant de l'Union européenne, du Mexique et du Canada. Les ministres des finances des pays visés avaient alors annoncé que leur coopération et collaboration avait été mise en danger en raison d'actions d'un pays membre. Le président de la France, Emmanuel Macron, avait alors fait le commentaire que le G7 ne serait pas très dérangé de redevenir G6, suggérant que le groupe pourrait être mieux sans les États-Unis, qui avaient d'ailleurs décidé de ne pas signer le communiqué final de la rencontre. Trump avait alors aussi dit qu'il voulait que la Russie revienne dans le G7.

Lors de la rencontre du G7 qui s'est tenu en Europe en 2024, les pays membres avaient réitéré leur attachement aux « principes démocratiques et aux sociétés libres, aux droits de la personne universels, au progrès social et au respect du multilatéralisme et de la primauté du droit ». Ils affirmaient avoir la volonté de renforcer les règles et les normes internationales pour le bien de tous. Or, les actions du gouvernement de Donald Trump montrent qu'il ne respecte pas cet ordre international.

Il y a quelques semaines, au sommet de Paris sur l'IA, le vice-président J.D. Vance s'en est pris aux lois européennes sur l'IA et les marchés numériques (DMA) qui doivent prévenir les abus des réseaux et les dérives dans l'intelligence artificielle parce qu'elles touchaient les Gafam. De plus, les déclarations du président américain qui veut vider Gaza de ses habitants et celles affirmant qu'il est prêt à utiliser la force militaire pour s'accaparer du Groenland, du Panamá et faire du Canada le 51e État américain en utilisant des contraintes économiques, montrent que Donald Trump est déterminé à mettre en place un nouvel ordre mondial basé sur l'injustice et la négation des droits des faibles. La mise en pratique cette année des propos de 2018 d'Emmanuel Macron empêcherait le président américain de détruire le G7 de l'intérieur et protégerait la crédibilité de l'organisme.

Michel Gourd

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PAJU exige la démission de la ministre Pascale Déry

25 février, par Palestiniens et Juifs Unis (PAJU) — , , ,
Un article du Devoir révèle que la ministre québécoise Pascale Déry, ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, a mené une enquête sur les cégeps Dawson et Vanier de (…)

Un article du Devoir révèle que la ministre québécoise Pascale Déry, ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, a mené une enquête sur les cégeps Dawson et Vanier de Montréal sous l'influence de groupes pro-israéliens, CJA et CIJA(Centre consultatif des relations juives et israéliennes). Selon l'article, le site Internet de CJA affirme avoir influencé Mme Déry, avec l'aide de CIJA, pour lancer l'enquête. L'article du Devoir cite le site Internet de CJA : « Nous sommes heureux de cette décision et nous continuerons de collaborer directement [“to engage directly”] avec la ministre et les établissements au cours du processus », avait aussi écrit le CIJA sur sa page Facebook, dans une publication en anglais.

23 février 2025 | Tiré du site du PAJU

L'article du Devoir précise encore : Membre de la communauté sépharade, la ministre Déry a siégé au conseil d'administration du CIJA de 2016 à 2022. Le 4 février, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) lui a transmis une lettre dans laquelle elle dénonce l'« instrumentalisation politique du processus d'enquête administrative » que ferait la ministre aux collèges Dawson et Vanier, de même que l'« apparence de conflit d'intérêts » dans laquelle elle se place en raison de son implication passée au CIJA.

Ingérence dans le choix du cours académique

En mêlée de presse mardi le 18 février 2025, Mme Déry n'a pas répondu aux questions portant sur ce possible conflit d'intérêts. Elle a reconnu avoir exprimé des réticences à propos du cours de français intitulé « Appartenances palestiniennes » offert au collège Dawson.

Mme Déry a dit : « Je suis effectivement intervenue sur le contenu du cours pour une simple et bonne raison, c'est que le contexte était vraiment explosif, a-t-elle justifié. Ce que j'ai demandé, c'est : pour éviter de jeter de l'huile sur le feu, est-ce que dans ce cours de français, […] on aurait pu éviter de parler d'enjeux plus sensibles et plus clivants ? » Elle a souligné que « certains étudiants » avaient « des malaises » avec le contenu du cours.

Toujours selon l'article du Devoir, « Dans une récente enquête de La Presse, 10 enseignants ont dit avoir vu dans ce geste une ingérence de la part de la ministre. Des sources ont fait état au Devoir d'inquiétudes semblables ». La FNEEQ-CSN a réagi aux aveux de Pascale Déry. Le syndicat s'est dit « profondément indigné par l'admission de la ministre, elle-même signataire de la convention collective des profs de cégeps, où elle s'est engagée à respecter la liberté académique ».

« Ce principe fondamental est même reconnu par l'UNESCO, qui rappelle que l'État ne doit jamais s'ingérer de la sorte. Cette bévue de la ministre indique qu'il est temps de renforcer et d'étendre la Loi sur la liberté académique [dans le milieu universitaire] au réseau collégial, comme le réclamait la Fédération dès 2021 », a fait savoir le président du regroupement syndical, Benoît Lacoursière, cité dans l'article du Devoir.

Gouvernement québécois pro-Israël

Pascale Déry a démontré sans l'ombre d'un doute qu'elle s'est ingérée dans l'administration du Collège Dawson et du Cégep Vanier au nom de deux organisations pro-israéliennes, dont l'une qu'elle a représentée en tant que membre du conseil d'administration de 2016 à 2022. Elle est de plus un parfait exemple de la tendance pro-israélienne et anti-palestinienne du gouvernement caquiste québécois actuel de François Legault. Nous rappelons au public que c'est le gouvernement Legault qui a ouvert un bureau commercial à Tel-Aviv en pleine connaissance de la nature apartheid de l'État d'Israël et du génocide à Gaza à partir d'octobre 2023. Récemment, le coprésident de PAJU, Bruce Katz, a envoyé à la ministre des Affaires internationales du Québec, Martine Biron, une lettre ouverte demandant à savoir si le bureau du gouvernement Legault à Tel-Aviv est ouvert. Mme Biron n'a pas répondu.

La démission exigée

Dans ces circonstances, il incombe à Mme Déry de démissionner de son poste de ministre. Mme Déry a clairement outrepassé son mandat et se trouve clairement en situation de conflit d'intérêts ayant des ramifications politiques. Elle se positionne comme ministre en fonction de valeurs communautaristes. Qu''elle soit juive sépharade n'est pas la question : toute personne a un héritage, une culture. Mais qu''elle se serve de son poste de ministre pour promouvoir des valeurs sionistes, des valeurs Israël First, c'est tout le gouvernement Legault qui est en cause.

Si Mme Déry refuse de démissionner, il incombe au gouvernement Legault de la démettre de ses fonctions. Sinon, le gouvernement Legault se rendrait complice du conflit d'intérêts de Pascale Déry et de son ingérence politique dans l'administration des cégeps du Québec. Elle a bafoué le principe de la liberté académique et doit pour cette raison démissionner ou être démise de ses fonctions par le premier ministre du Québec.

30-

Contact : info@paju.org

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Allemagne - Après les élections législatives : refuser de se conformer !

25 février, par J.H. Wassermann — , ,
20 % de racistes au Parlement + des manifestations de masse et Die Linke avec une nouvelle force ! « Les élections sont des événements qui se déroulent en surface. Elles (…)

20 % de racistes au Parlement + des manifestations de masse et Die Linke avec une nouvelle force !

« Les élections sont des événements qui se déroulent en surface. Elles entérinent soit des choix de société fondamentaux qui avaient déjà été faits, soit elles indiquent que le moment n'en est pas encore venu. » (Georg Fülberth)

24 février 2025 | tiré d'Europe solidaire sans frontières
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73738

La campagne électorale et le résultat des élections législatives nous montrent que :

• L'AfD, avec son racisme qui méprise et menace directement la dignité de l'être humain, a réussi à s'incruster jusqu'au « centre démocratique ». Les mobilisations de masse contre l'extrême droite sont remarquables et porteuses d'espoir, mais elles n'ont pas encore suffi pour réussir à influencer de manière significative ceux et celles qui veulent voter pour l'AfD et la CDU/CSU. Le fait que les Verts et le SPD se soient mis au diapason dans leur discours et leur politique gouvernementale ne leur a pas servi.

• Le « tournant historique » annoncé avec emphase par Olaf Scholz est lui aussi susceptible de rallier une majorité dans ce pays. L'escalade militaire et le bellicisme sont largement acceptés sans contestation. Seuls les votes en faveur du BSW et de Die Linke peuvent être interprétés comme un rejet fondamental de la militarisation de la société.

• L'administration américaine de Donald Trump et Mike Pence plonge aussi les responsables politiques allemands dans la confusion.

• Le doublement des voix pour l'AfD par rapport à 2021 n'est pas seulement une source d'inquiétude, de menace et de danger immédiat pour les migrant.e.s, les militant.e.s de gauche, les syndicalistes et les minorités. Il est aussi révélateur de l'absence d'une résistance digne de ce nom de la part de la gauche et des syndicats contre le racisme et la politique de redistribution du bas vers le haut, qui a entraîné un glissement vers la droite de la société et de la représentation parlementaire.

• Il est apparu clairement, si tant est que cela ait été le sujet de la campagne électorale, que les partis pro-capitalistes qui veulent constituer le gouvernement n'ont pas de projet crédible pour résoudre la crise conjoncturelle ni les problèmes structurels de l'industrie en Allemagne. Les intérêts de la majorité de la population ne jouent de toute façon qu'un rôle secondaire pour ces partis, si tant est qu'ils en jouent un.

• La remontée de Die Linke, que ce soit dans les urnes ou avec l'arrivée de dizaines de milliers de nouveaux membres, majoritairement jeunes, est plus qu'une lueur d'espoir dans cette situation. Cela crée une réelle possibilité de construire un projet qui s'oppose à la poussée de la droite dans les mois et les années à venir. Cela est dû à la fois à la polarisation politique accrue par le coup de force de Merz au Bundestag et à la mobilisation antifasciste massive qui s'en est suivie dans la société. C'est le moment pour beaucoup d' « annoncer leur couleur », de s'engager, de s'impliquer activement et de manière organisée. Le grand défi sera de transformer cet élan en un travail politique continu dans tous les domaines de la société : dans les quartiers, sur les lieux de travail, dans les écoles et les universités, mais aussi dans les syndicats et les autres mouvements sociaux, ainsi que dans la rue, en organisant la résistance. C'est la résistance extra-parlementaire qui est à l'ordre du jour, et non l'espoir d'un « mur coupe-feu » parlementaire.

• Ce mur coupe-feu extra-parlementaire, il faudra le construire contre le racisme, le nationalisme, le bellicisme et pour la justice sociale, et pas seulement « contre l'AfD ».
Nous ne sommes pas seuls

Le monde tourne – c'est bien l'impression que ça donne – de plus en plus vite. Ce n'est pas en Allemagne que la roue tourne, car ici nous ne sommes qu'une partie du monde. L'invasion de l'Ukraine par la Russie et le génocide en Palestine ne sont lointains qu'en apparence ; la concurrence économique mondiale peut sembler une abstraction, mais tout cela a une influence sur notre situation et constitue le fondement des choix politiques que font les dirigeants de ce pays.

L'Ukraine

Un terme va être mis à la guerre par procuration en Ukraine. L'Ukraine, sa population et ses ressources naturelles se trouvent tout simplement dans l'impossibilité de financer l'achat de nouvelles armes et de munitions. La Russie semble durablement affaiblie ; la poursuite de la guerre n'aura qu'un faible effet supplémentaire sur son affaiblissement. Il est donc temps de conclure un « accord ». Pour les Européens non préparés, la tâche consiste à garantir et à financer « la nouvelle paix ».

Gaza : nettoyage ethnique

L'expulsion de millions de Palestiniens n'est malheureusement pas une chimère. Les États-Unis comptent sur la peur de tous les régimes de la péninsule arabique et d'Afrique du Nord face à un nouveau « printemps arabe ». Si les régimes dictatoriaux locaux ne veulent pas participer à l'expulsion, ils devront payer pour une autre « solution ». Et l'appareil militaire israélien, renforcé après le génocide impuni de Gaza, est prêt à étendre l'ordre et son contrôle sur la région.

Les représentants de la « raison d'État » allemande sont unanimes

Les représentants de la « raison d'État » allemande, c'est-à-dire les partis dominants en Allemagne, s'accordent à soutenir inconditionnellement Israël et sa politique génocidaire. Cela inclut également la répression croissante contre toute forme de solidarité pro-palestinienne.

La fidélité inconditionnelle à l'impérialisme américain en matière de politique étrangère était au sens propre du terme « bon marché » tant que l'on pouvait participer au pillage mondial moyennant une modeste participation à l'OTAN.

Points de discorde pour la nouvelle coalition

Un élément important dans les marchandages autour d'une nouvelle coalition sera donc de savoir combien l'armement doit et peut coûter. Quelle part sera financée par l'endettement ? Quelle part sera financée par des coupes budgétaires ? Quels pans de l'État social seront encore davantage vidés de leur substance ? Quels investissements seront réalisés dans les infrastructures (réseaux électriques, réduction des coûts de l'énergie, transports ferroviaires, éducation et santé) et dans les secteurs dits d'avenir et la protection du climat, et quels investissements ne le seront pas ? De plus, on ne voit pas quelle stratégie sera mise en place pour restaurer la compétitivité internationale de l'industrie. Les cadeaux fiscaux et la redistribution aux entreprises et aux riches ne suffisent pas.

Le racisme s'aggrave encore

En ce qui concerne la « politique migratoire », tous les partis représentés au Bundestag, à l'exception de Die Linke, se sont mis d'accord pendant la campagne électorale pour durcir encore la répression contre les réfugié.e.s et renforcer le système de contrôle aux frontières. Pour les individus menacés d'expulsion et de harcèlement, c'est déjà une catastrophe qui met leur vie en danger. Le grand succès électoral de l'AfD laisse présager une nouvelle montée de la violence raciste de la part de hordes fascistes.

Mobilisation de masse contre l'extrême droite

Depuis quelques semaines, nous assistons à une mobilisation de masse antiraciste et antifasciste d'une ampleur sans précédent, et en même temps au choix de s'organiser de la part de dizaines de milliers de jeunes. Le slogan « Ensemble contre le fascisme » ne portera ses fruits que s'il est associé à une perspective sociale porteuse d'espoir.

Son contenu social doit être axé sur les intérêts de la grande majorité de la population. Les besoins sociaux de la grande majorité de la population sont avant tout l'augmentation des salaires et des retraites, des loyers et des prix abordables, le maintien et la création d'emplois et de places dans le système de formation, un système de santé et d'éducation efficace, le maintien et le développement des équipements et des services publics ainsi qu'une protection efficace du climat, financée par les riches bénéficiaires du capitalisme.

En parler ensemble, se mettre d'accord sur des revendications, agir collectivement pour les faire valoir, cela peut permettre de faire un pas de plus. Die Linke a misé sur ces thèmes et c'est ce qui lui a permis de se renforcer de la sorte. Ce qui montre bien que c'est la question sociale qui fait la politique de gauche.

Dans la durée, partout, ensemble

Des groupes et des comités qui travaillent dans la durée peuvent transformer des manifestations ponctuelles en un mouvement durable et présent partout. Au-delà de cela, il est important que ce mouvement essaie d'agir de manière ciblée partout où se déroule la vie sociale. À long terme, notre objectif est de susciter un soutien massif aux actions antifascistes, allant jusqu'à des grèves sur le lieu de travail et des grèves générales.

Pour peser dans la rue, nous contribuons à la formation de coordinations les plus larges possibles avec des formes d'action qui touchent le plus grand nombre, afin que le slogan « Pas de place pour les fascistes » s'applique littéralement.

Le fait que des millions de personnes descendent maintenant dans la rue pour s'opposer à la montée de l'extrême droite et au fascisme, que des dizaines de milliers de personnes rejoignent le parti Die Linke, voilà une lueur d'espoir malgré la montée de l'extrême droite. Le défi consiste maintenant à mettre en place une pratique quotidienne commune avec ces personnes qui se politisent. Cela ne fera pas disparaître les 20 % de racistes et de partisan.e.s de l'extrême droite au sein de la population. Mais cela peut encourager ceux et celles qui descendent aujourd'hui dans la rue pour s'opposer à la montée de l'extrême droite, leur donner la force de tenir bon et de continuer, ainsi qu'une perspective d'action commune et solidaire.

J. H. Wassermann
P.-S.

• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro.

Source : Intersoz (ISO), 24/02/2025 :
https://intersoz.org/nach-den-bundestagswahlen-widerstand-statt-anpassung/

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La « submersion » étrangère : un fantasme raciste français récurrent

25 février, par Alain Ruscio — , ,
La hantise d'une submersion imaginaire du pays par les étrangers a une longue histoire en France. François Bayrou ne fait que reprendre un stéréotype colonial. Thème fétiche (…)

La hantise d'une submersion imaginaire du pays par les étrangers a une longue histoire en France. François Bayrou ne fait que reprendre un stéréotype colonial.

Thème fétiche de l'extrême droite raciste, variante de la théorie délirante du « grand remplacement », la hantise d'une « submersion » imaginaire par les étrangers vient d'être à nouveau brandie par le premier ministre François Bayrou. Elle est également exploitée de façon éhontée par le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau. Un « débat » sur « l'identité française », rappelant furieusement les errements xénophobes et racistes de la présidence Sarkozy, est annoncé. De même qu'une remise en cause du droit du sol non seulement à Mayotte mais aussi en France. L'historien Alain Ruscio montre ici que le fantasme politique ainsi agité est aussi ancien que récurrent dans notre histoire.

15 février 2025 | tiré d'Europe solidaire sans frontières Alain Ruscio
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73677

Une identité nationale submergée ? Une idée vieille comme… la France

La France est-elle une personne, comme le pensait Michelet ? Y a-t-il une identité propre à ce pays, à la fois comparable et opposable à d'autres ? Si oui, quelle est son essence ? Chrétienne ? Blanche ? Quand enfonça-t-elle ses racines dans l'hexagone ? « La population de notre pays est restée homogène depuis ses origines » (Front National, Programme de gouvernement, 1993)[1]. Origines ? Du temps des Gaulois, comme l'école de la IIIe République tenta de le faire croire ? Sous les Mérovingiens ? Les Carolingiens ? Les Bourbon ? Sous la Révolution ? Les Français éprouvent un « sentiment de submersion » vient d'affirmer François Bayrou en précisant : « Les apports étrangers sont positifs pour un peuple, à condition qu'ils ne dépassent pas une proportion »[2]. C'est la vieille théorie du seuil de tolérance.

Ou, a contrario, cette essence n'est-elle qu'une invention ? L'identité n'est-elle pas plutôt une construction permanente, dont aucune définition ne pourrait être figée ?

Ces interrogations n'ont cessé de susciter polémiques et mises au point des politiques et des intellectuels.

Premiers débats

On peut être surpris de constater que la sensation d'une menace sourde sur l'identité nationale par une présence d'éléments autres a plusieurs siècles d'existence.

Au XVIIIe siècle, où les esclaves noirs, emmenés en métropole par leurs maîtres, et parfois abandonnés, n'étaient que quelques milliers, le Procureur du Roi à la Cour de l'Amirauté de France jugea la figure de la France menacée : « L'introduction d'une trop grande quantité de Negres en France (…) est d'une dangereuse conséquence. Nous verrons bientôt la nation Françoise défigurée si un pareil abus est toléré » (Guillaume Poncet de la Grave, Ordonnance, 31 mars 1762)[3].

En 1802, telle était l'opinion d'un ancien avocat-colon du Cap français (Saint-Domingue), exilé en métropole, dans un chapitre intitulé « L'inconvénient du Nègre en France » : « Depuis la révolution, le sang Africain ne coule que trop abondamment dans les veines des Parisiennes mêmes. Il est vrai que l'espèce de femmes qui s'allient aux Noirs est la plus vile de Paris et des départemens. Mais il en naît de gros mulâtres renforcés, plus bronzés même que dans les Colonies. Ces mulâtres épouseront eux-mêmes quelques-unes de ces femmes, et leur troisième ou quatrième génération peut se mêler à des femmes plus relevées. Si cet abus subsistoit plus longtemps, il attaqueroit donc jusqu'au cœur de la nation, en en déformant les traits, et en en brunissant le teint. Le moral prendroit alors la teinte du physique, et la dégénération entière du peuple Français ne tarderoit pas à se faire appercevoir » (Louis-Narcisse Deslozières, Les égaremens du nigrophilisme, 1802)[4].

La présence même en métropole d'un seul homme de couleur, le député de Saint-Domingue Belley, amènera des incidents significatifs. Pour beaucoup de Français, alors, on ne pouvait vraiment pas être nègre et Français. Le 5 thermidor an III (23 juillet 1795) eut lieu à la Convention un débat houleux. Évoquant la grande île, un député Girondin, Jean Serres, adjura ses collègues de cesser de « faire couler le sang français par torrents (…) pour faire triompher les Africains ». La formule méprisante provoqua une réaction indignée de Belley[5], qui s'exclama : « Est-ce que je suis un chien ? », ce qui lui attira cette réponse définitive de la salle : « Non, mais tu n'es pas Français ». À ce même Belley sera à une autre occasion dénié le droit d'être Français, puisqu'il était d'ailleurs « de nation afriquaine-bambara »[6].

La période coloniale

Que ce fût pour les besoins de l'appareil productif ou pour assurer la défense du territoire national, l'appel à des indigènes à venir sur le territoire de l'hexagone traverse l'histoire coloniale française. Avec le revers de ce phénomène : la présence d'immigrés colonisés fut souvent vécue comme une invasion et, donc, assimilée à une perte d'identité.

L'un des grands théoriciens de la question des races, Georges Vacher de Lapouge, écrivit en 1899 un essai au titre qui prendra par la suite une dimension tragique : L'Aryen. Il déclarait y constater que l'invasion était un processus irréversible : « L'immigration a introduit depuis un demi-siècle plus d'éléments étrangers que toutes les invasions barbares. Les éléments franchement exotiques deviennent nombreux. On ne rencontre pas encore à Paris autant de jaunes et de noirs qu'à Londres, mais il ne faut se faire la moindre illusion. Avant un siècle, l'Occident sera inondé de travailleurs exotiques (…). Arrive un peu de sang jaune pour achever le travail, et la population française serait un peuple de vrais Mongols. “Quod Dii omen avertant !“[7] » (L'Aryen, 1899)[8]. En 1923, pour lui, le processus était presque achevé : la France était un pays envahi, la « fin du monde civilisé » se profilait à l'horizon[9]. Il vécut encore 13 années. Nul doute qu'il vît l'évolution de la société française d'un œil plus sombre encore…

Un tiers de siècle plus tard, le démographe Georges Mauco, même s'il n'utilisa pas le mot d'identité, émit les mêmes craintes : « L'accroissement continu de la masse des étrangers qui rend plus lente et plus difficile depuis la guerre leur assimilation, développe, par ailleurs, le redoutable problème de la saturation. Certes, la France est merveilleusement douée pour absorber les apports étrangers et il n'est pas au-dessus de ses écoles, de ses élites, d'encadrer, de diriger, d'éduquer l'énorme armée des mercenaires du travail qu'il lui a fallu recruter. Mais l'augmentation à prévoir de la masse des étrangers ne risque-t-elle pas de dépasser sa faculté d'absorption ? La France ne court-elle pas le risque de voir l'immigration facteur de renouvellement devenir une force de substitution ? L'immigration apporte des éléments humains peu évolués, frustes en général, parfois inférieurs. Tant que le rythme des arrivées permet d'éduquer, il y a enrichissement et atténuation de notre pénurie d'hommes. Mais quel danger du jour où la diminution des cadres et le gonflement des troupes rendraient difficile l'assimilation de celle-ci ! » (La Revue de Paris, 15 février 1933).

C'est l'époque où une partie de la presse, beaucoup d'hommes politiques, d'intellectuels, mènent une campagne contre les indésirables, les métèques, une masse indistincte englobant tous ceux qui ne correspondaient pas à certains critères, « qui n'ont ni le parler ni la figure des gens de chez nous » (Henri Béraud, 1936)[10]. Un grand écrivain reprit alors à son compte ces thèses : « Qu'importe si les frontières du pays soient intactes si les frontières de la race se rétrécissent et si la peau de chagrin française est le Français ! » (Jean Giraudoux, Pleins pouvoirs, 1937)[11]. Un essayiste, Raymond Millet, s'effraya qu'il y ait « trois millions d'étrangers en France » (c'était le titre de son essai) et proposa aux autorités d'opérer un tri entre les « bienvenus » (une minorité) et les « indésirables » (la masse), « nos facultés d'assimilation et d'absorption (restant) considérables quand le pourcentage d'étrangers ne dépass(ait) par une certaine limite » (1938)[12]/

Après-guerre, les expressions indésirables et métèques étant devenues sulfureuses, c'est contre « l'ethnie nord-africaine » que se tournèrent les interrogations : « Jusqu'à quel point et dans quelles limites numériques et même géographiques une assimilation est-elle possible ? Les facteurs à considérer sont d'ordre physique et d'ordre ethnique. Au point de vue physique, il s'agit de savoir si cette immigration risque de bouleverser les composantes physiques constatées en France et exprimées par une certaine répartition de caractères aussi évidents que la stature, la pigmentation, l'indice céphalique. Au point de vue ethnique, il s'agit de savoir si l'ethnie nord-africaine affirmée par une certaine civilisation, c'est-à-dire une langue, des mœurs, une religion, un comportement général et jusqu'à une mentalité, oppose un refus absolu, un antagonisme total à ce que l'on peut considérer comme l'ethnie française » (Louis Chevalier, Le problème démographique nord-africain, 1947)[13].

Plus tard, parmi les causes du désengagement gaulliste de l'Algérie, il y avait la crainte du Général de voir, en cas d'assimilation totale, le « peuple européen de race blanche » se dissoudre : « C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne nous raconte pas des histoires ! » (Propos, 5 mars 1959)[14].

Ces propos ont certes été tenus en privé. Mais, manifestement, le Général tenait à ce qu'ils soient rapportés (Alain Peyrefitte était un fidèle et un proche).

Avec le temps, la notion de seuil de tolérance explosa dans le vocabulaire de bien des hommes politiques, journalistes et intellectuels. Un jeune chercheur, Mathieu Rigouste, en décela une première trace dans un article de 1969 de Maurice Schuman, alors ministre d'État chargé des affaires sociales[15]. À la même époque, deux circulaires gouvernementales (70-27 et 70-88 du 4 mars 1970) fixèrent à 15 % le maximum de population étrangère dans les HLM[16].

Le 25 août 1973, à Marseille, l'assassinat d'un conducteur de bus – français –, Émile Gerlach, par un malade mental – arabe –, Salah Bougrine, suscita un vif débat. Le ministre chargé des relations avec le Parlement considéra que c‘était l'installation d'une communauté étrangère qui était la cause de la tension, égratignant au passage la municipalité socialiste dirigée par Gaston Defferre (Joseph Comiti, Déclaration, 30 août 1973)[17]. Avec plus de finesse, le président Pompidou ne dit pas autre chose, lors de la conférence de presse qui suit immédiatement ces crimes : « Il faut bien voir qu'il y a un problème (…) : les Nord-Africains, et particulièrement les Algériens, sont concentrés dans quelques agglomérations : Marseille et sa banlieue, la banlieue lyonnaise, Paris et sa banlieue » (Conférence de presse, Paris, 27 septembre 1973)[18].

En 1983, Michel Debré, en fin de carrière politique, mais dont l'autorité reste grande dans les milieux conservateurs, participe à la 36e session du très officiel Institut des hautes études de la Défense nationale. Il y fait une contribution significativement intitulée L'immigration est-elle une invasion ? Réponse : « Désormais, les travailleurs d'origine étrangère occupent souvent, en rangs serrés, certains quartiers de nos villes. Il s'est développé un “quart monde“ sur notre propre territoire »[19].

Le plus grave sans doute est le ton de l'évidence, adopté par des familles politiques par ailleurs opposées : « Le seuil de tolérance est dépassé dans certains quartiers, et cela risque de provoquer des réactions de racisme » (Jacques Chirac, 13 juillet 1983)[20]… « Je ne souhaite pas aggraver le chômage en France en laissant la porte ouverte aux travailleurs immigrés (…). Le gouvernement français sera très ferme : la France ne peut plus accueillir des travailleurs étrangers » (Georgina Dufoix, PS, 23 février 1984)[21]… « Il faut partir d'une évidence : on ne peut pas prendre le risque de laisser augmenter encore le nombre d'immigrés en France » (Jean-Claude Gaudin, Figaro Magazine, 1er juin 1985)[22]… Que dire, alors, de la caution étatique, dans la bouche de François Mitterrand, lors d'un entretien avec Christine Ockrent : « Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 70, où il y avait déjà 4,1 à 4,2 millions de cartes de séjour, à partir de 1982 (…). Il ne faut pas dépasser ce chiffre, mais on s'y tient depuis des années et des années » (Antenne 2, 10 décembre 1989)[23]. C'est exactement au même moment (3 décembre 1989) que son Premier ministre, Michel Rocard, prononce une phrase restée célèbre : « La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde »[24].

1989 : c'est l'année dite des foulards de Creil… Le terrain était prêt pour une offensive plus spécifiquement dirigée contre la population la plus présente dans cette immigration : les Maghrébins, décrétés tous musulmans.

Alain Ruscio

Notes

[1] 300 mesures pour la renaissance de la France. Programme de gouvernement, Programme rédigé par Bruno Mégret, Brochure Front national, Paris

[2] Interview à LCI, 27 janvier 2025.

[3] Cité par Pierre H. Boulle, Race et esclavage dans la France de l'Ancien Régime, Paris, Perrin, 2007.

[4] À Paris, Chez Migneret, Imprimeur (Gallica).

[5] Le nom n'est pas cité dans le compte-rendu. Mais, d'après Claude Wanquet, qui cite cette anecdote, il s'agit bien de Belley (La France et la première abolition de l'esclavage, 1794-1802. Le cas des îles orientales Ile-de-France (Maurice) et la Réunion, Paris, Karthala, 1998).

[6] Pétition de colons contre Belley, citée par Vertus Saint-Louis, « Le surgissement du terme “africain“ pendant la révolution de Saint-Domingue », Revue Ethnologies, Vol. XXVIII, n° 1, 2006 (Persée).

[7] « Puissent les dieux démentir ce présage ! »

[8] L'Aryen, son rôle social, Cours libre de science politique, professé à l'Université de Montpellier (1889-1890), Paris, A. Fontemoing Éd., 1899.

[9] « Dies Irae. La fin du monde civilisé », Europe, 1 er octobre 1923.

[10] Gringoire, 7 août 1936, cité par Ralph Schor, « L'extrême droite française et les immigrés en temps de crise. Années trente-années quatre vingts », Revue européenne des migrations internationales, Vol. XII, n° 2, 1996 (Persée).

[11] Paris, Gallimard, NRF

[12] Trois millions d'étrangers en France. Les bienvenus, les indésirables, Paris, Libr. de Médicis.

[13] Cahiers de l'INED, Coll. Travaux et Documents, n° 6, Paris, PUF.

[14] Propos tenus à Alain Peyrefitte, rapportés in C'était de Gaulle, Vol. I, La France redevient la France, Paris, Ed. de Falois / Fayard, 1994.

[15] L'ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, Éd. La Découverte, Coll. Cahiers libres, 2009.

[16] José Rodrigues Dos Santos &amp ; Michel Marie, « L'immigration et la ville », Espaces &amp ; sociétés. Revue critique internationale de l'aménagement, de l'architecture et de l'urbanisation, n° 8, février 1973.

[17] Le Monde, 1 er septembre

[18] Le Monde, 29 septembre

[19] IHEDN, Dossier L'Environnement national, 1983-1984, cité par Mathieu Rigouste, L'ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, Ed. La Découverte, Coll. Cahiers libres, 2009

[20] Le Monde, 15 juillet.

[21] « La France ne peut plus accueillir de travailleurs étrangers », Les Échos, 24 février.

[22] « Qu'ils commencent d'abord par nous accepter, nous ».

[23] Cité par Christine Barats, L'intégration et le discours présidentiel sur l'immigration, 1981-1991, Thèse pour l'obtention du titre de Docteur en science politique, Université de Paris-Dauphine, UER Sciences des organisations, janvier 1994.

[24] Cette formule, souvent citée, a été effectivement prononcée, sous des formes différentes, toutes en 1989 : lors d'un débat à l'Assemblée nationale (6 juin), lors d'une assemblée de la CIMADE (28 novembre), émission Sept sur sept, avec Anne Sinclair (décembre).


P.-S.

• Histoire coloniale et postcoloniale. 15/02/2025 :
https://histoirecoloniale.net/la-submersion-etrangere-un-fantasme-raciste-francais-recurrent-par-alain-ruscio/

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Le Canada pour Trump et Musk ? L’Ukraine pour Poutine et Abramovitch ?

Le 24 février 2025, cela fera trois ans que Vladimir Poutine a lancé une invasion militaire à grande échelle de l'Ukraine pour, officiellement, la dézanifier. Depuis, des (…)

Le 24 février 2025, cela fera trois ans que Vladimir Poutine a lancé une invasion militaire à grande échelle de l'Ukraine pour, officiellement, la dézanifier. Depuis, des centaines de milliers de personnes sont mortes, Trump a été élu président États-Unis, il revendique le Canada, le Groenland, le canal de Panama comme son "lebensraum", son secrétaire à La Défense exhibe des tatouage nazis sur son torse, Musk fait des saluts nazis à la face du monde et tous s'entendent avec Poutine et oligarques, comme larrons en foire, pour "purifier leur territoire" de la vermine Woke, se partager et piller l'Ukraine, procéder à un nettoyage ethnique de la Palestine.

La gauche canadienne

Dans ce contexte, la majorité des dirigeant·es de la classe ouvrière ou qui s'en revendiquent soit se taisent (pour la majorité) soit se félicitent : enfin la paix !

Contrat - USA
https://legrandcontinent.eu/fr/2025/02/18/trump-exige-la-vassalisation-economique-de-lukraine/

Bulletin syndical
https://drive.google.com/file/d/1m2nHfzVYqRKMUD3z72KKtb2GB0poO0VP/view

Brigades
https://www.syllepse.net/syllepse_images/soutien-a---lukraine-re--sistante-n-deg-36-2_compressed.pdf

Vidéo du président du FTU
https://mail.fpsu.org.ua/www/20250224/video_20250224_for_int_v3.mp4

Un auteur arrêté pour des publications sur les réseaux sociaux critiquant Israël et emprisonné pour avoir écrit sur les accusations portées contre lui

À 9 h 30 jeudi, la police de Montréal prévoit d'arrêter l'auteur Yves Engler pour avoir publié des messages sur les réseaux sociaux dénonçant la violence d'Israël à Gaza. Après (…)

À 9 h 30 jeudi, la police de Montréal prévoit d'arrêter l'auteur Yves Engler pour avoir publié des messages sur les réseaux sociaux dénonçant la violence d'Israël à Gaza. Après qu'Engler a écrit sur les accusations douteuses portées contre lui pour avoir critiqué Israël, la police a ajouté quatre nouvelles accusations, affirmant qu'il harcelait la police.

Engler devait initialement être arrêté après une plainte pour harcèlement déposée contre lui par la personnalité médiatique raciste Dahlia Kurtz. Kurtz, qui accuse le premier ministre Justin Trudeau d'être antisémite et de soutenir le terrorisme, a engagé une candidate du Parti conservateur et avocate pour faire pression sur la police de Montréal afin qu'elle porte plainte contre Engler. Ce dernier ne nie pas avoir qualifié Kurtz de « partisane du génocide » et de « fasciste » sur Twitter. Étrangement, Kurtz n'a jamais bloqué Engler sur X, malgré ses affirmations selon lesquelles elle se sentirait intimidée.

« En tant que père d'un enfant de deux ans et d'un autre de sept ans, et auteur de 13 livres, il est absurde de prétendre que je représente une menace pour Dahlia Kurtz », souligne Engler. « Je n'ai jamais rencontré Kurtz. Je ne lui ai jamais envoyé de message ni de courriel. Je ne l'ai jamais menacée. Je ne la suis même pas sur X. »

En moins de 24 heures, 2 500 personnes ont envoyé un courriel à la police de Montréal pour exiger l'abandon des poursuites contre Engler.

Furieuse de recevoir des courriels et de faire face à une forte critique publique, la police prétend maintenant qu'Engler les harcèle en écrivant sur les accusations portées contre lui. La police de Montréal l'accuse désormais d'intimidation, de harcèlement, de communication harcelante et d'« entrave » envers un agent de police.
Pour en savoir plus sur ces accusations, lisez cet article ainsi que ce document de référence.

Des personnes accompagneront Engler à 9 h 30 lorsqu'il sera emprisonné au 980, rue Guy, Montréal.

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La société ukrainienne dans la troisième année de résistance à l’invasion russe : points d’unité et de division

Nous sommes en février 2025 et de nom- breux Ukrainiens ont oublié à quoi ressemblait leur vie avant l'invasion russe. Le sentiment d'in- sécurité, les pertes douloureuses et (…)

Nous sommes en février 2025 et de nom- breux Ukrainiens ont oublié à quoi ressemblait leur vie avant l'invasion russe. Le sentiment d'in- sécurité, les pertes douloureuses et la séparation d'avec les membres de la famille sont des attributs inhérents à la vie de nos citoyens, qu'ils vivent en Ukraine ou même à l'étranger. La longueur de la ligne de front en Ukraine dépasse désormais les 3 000 kilomètres. La population de l'Ukraine s'est réduite à environ 30 millions d'habitants. Les autorités font-elles assez pour réduire la menace militaire et préserver un espace de vie ? Telles sont quelques-unes des questions clés qui préoccupent les Ukrainiens et qui définissent leur attitude à l'égard de l'État en pleine guerre. La vie politique s'anime peu à peu, même si la situation autour de nous ne semble pas s'y prêter, avec la poursuite de l'offensive russe dans le Donbass et le risque de bombardements sur toutes les villes.

Vitaliy Dudin est avocat du travail, membre de l'organisation socialiste Sotsialnyi Rukh. Kyiv, 12 février 2025.

Février 2025 | tiré de Soutien à l'Ukraine résistance (Volume 36)
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/wp-content/uploads/2025/02/soutien-a-lukraine-resistante-nc2b036.pdf
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Face à l'impérialisme le plus agressif de notre époque – l'impérialisme russe – le peuple ukrainien a choisi la voie de la lutte. Notre so- ciété a montré un élan d'auto-organisation sans précédent, a pardonné à l'État ses imperfec- tions et la solidarité internationale est devenue tangible. L'Ukraine tient bon, le poutinisme n'a pas atteint ses objectifs mais l'issue semble loin- taine.

L'État ukrainien a peu changé depuis, mais le contexte dans lequel il opère a changé. Il n'y a pas de solution facile pour sortir de l'état de guerre. Que devrions-nous faire – mettre fin à la guerre contre l'impérialisme russe ou la pour- suivre, tout en devenant dépendants du président américain Donald Trump ?

Bien sûr, les changements dans la situation internationale auront un impact sur la façon dont les transformations au sein de l'Ukraine auront lieu. J'aimerais faire le point sur ce que les trois années de guerre ont apporté et si la dynamique actuelle ouvre des perspectives pour une politique plus progressiste.

Le capitalisme ukrainien, une usine à problèmes

Rares sont les analystes politiques qui, lorsqu'ils étudient le système politique ukrainien, ne soulèvent pas la question de la légitimité du président Zelensky. Mais la question mérite d'être posée plus profondément : tout le discours dominant fondé sur les valeurs libérales et la confiance en l'Occident est-il en train de perdre sa légitimité ? Il est en train d'échouer. Au début de la guerre, tout semblait plus simple : nous voulions un capitalisme à l'américaine et une intégration dans l'OTAN. Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les choses se compliquent et les objectifs précédents sont remis en cause. Le consensus de droite s'effondre progressivement. Les attitudes à l'égard de l'extrême droite ont changé. Les événements récents ont montré la proximité de leurs idées avec les idées conservatrices de l'extrême droite européenne, adepte de Vladimir Poutine.

La plupart des forces politiques ne vont toujours pas au-delà du consensus droite-libéral. Bien sûr, les idées réactionnaires d'ethnonationalisme et d'autoritarisme sont largement représentées en Ukraine, mais heureusement pas autant que le voudrait la propagande de Poutine. Par ailleurs, la revendication de justice sociale des masses est de plus en plus prononcée : les mineurs, les infirmières et les cheminots ukrainiens souffrent tellement des abus des classes dirigeantes que la lutte contre ces abus n'a pas cessé, même au milieu de la guerre. Dans le chaos de la guerre, l'inégalité sociale est encore plus douloureuse qu'auparavant : si vous êtes riche, vous avez beaucoup plus de chances de sauver votre vie ! En même temps, l'incapacité de l'appareil d'État à être au service les gens a été prouvée par des exemples tragiques.

Si l'on ne résout pas la question sociale, c'est-à-dire la redistribution des biens et du pouvoir en faveur de la majorité de la population, l'Ukraine est condamnée à se trouver dans une situation extrêmement précaire. Cependant, la mise en œuvre d'une ligne de conduite de la gauche n'est pas si simple. Nous sommes en fait le seul pays européen où la gauche est absente de la « grande scène » politique en tant que phénomène, et presque toutes les forces politiques jugent nécessaire de proférer la haine de la gauche, en manipulant habilement les traumatismes du passé soviétique. L'Olympe politique existera encore longtemps sans la gauche, il faut l'accepter. Toutefois, au niveau local, un champ de pratique politique de gauche s'ouvre. J'associe mon optimisme à l'activisme des représentants des régions relativement industrialisées de l'est et du sud de l'Ukraine, proches de la ligne de front actuelle. Pourquoi ? Parce que pendant la guerre, ces régions ont connu une transformation significative. Tout d'abord, elles ont bénéficié d'un grand coup de fouet moral, car leurs compétences se sont révélées extrêmement utiles pendant la guerre – à la fois dans la production et, surtout, sur la ligne de front. Deuxièmement, ces villes ont enfin affirmé leur identité nationale face à la terreur impitoyable de la Russie. Troisièmement, de nombreuses personnes (en particulier des femmes) sont parties vers l'Union européenne, et ont fait l'expérience de l'efficacité des politiques de l'État-providence. C'est donc dans cet environnement que les partisans des idées de gauche devront chercher leur base sociale (même si, bien sûr, les oligarques voudront aussi jouer sur le mécontentement des masses). À mon avis, la principale caractéristique de la société n'est pas tant la lassitude des gens face à la guerre que leur déception fac à l'inadaptation du capitalisme ukrainien aux conditions de la guerre. La dépendance de l'élite à l'égard des instruments libéraux l'a empêchée de prendre des décisions qui auraient pu sauver des vies :

1) le développement du complexe militaro-industriel a échoué en raison de la dépendance à l'égard des importations d'équipements militaires ;

2) nous n'avons pas réussi à introduire l'impôt progressif en rai son de l'attrait des prêts [occidentaux] ;

3) la fin du contrôle de la protection du travail a entraîné la mort de nombreux et précieux spécialistes ;

4) l'austérité dans le secteur public a entraîné une détérioration de la qualité du potentiel humain, rendant de plus en plus difficile pour les Ukrainiens d'étudier et d'éduquer leurs enfants, de suivre un traitement médical et de se réadapter ;

5) les restrictions des droits des travailleurs ont profité aux oligarques, et ont découragé les gens de travailler.

La volonté de maintenir le capitalisme intact nous a coûté cher. Je reste persuadé que l'Ukraine est capable de résister à Poutine, mais à quel prix ? Les rumeurs persistent selon lesquelles l'Ukraine céderait ses richesses naturelles pour continuer à recevoir de l'aide et que ce serait le prix naturel à payer pour ne pas à démanteler le système de capitalisme libéral qui a freiné notre potentiel. Sans parler des problèmes de corruption et de conditions de vie déplorables.

La mobilisation

La question de la mobilisation est devenue l'un des sujets qui divisent le plus la société. Cependant, l'Ukraine n'avait guère d'autre moyen de résister à l'armée russe pendant trois ans et sans être membre de l'OTAN. Au sein de Sotsialnyi Rukh, il y a à la fois des personnes qui sont allées volontairement au front et d'autres qui ont été mobilisées. Toutes méritent un respect sans bornes car elles permettent à notre organisation de remplir sa véritable mission. C'est difficile à admettre, mais arrêter la mobilisation dans ces conditions, c'est alourdir le fardeau de ceux qui sont déjà mobilisés et qui se sentent le plus mal. Bien sûr, la procédure peut être améliorée : pour prévenir des événements particulièrement honteux, des « groupes d'alerte » devraient être composés de représentants des structures des droits humains qui enregistreraient les violations des droits élémentaires. Cela aurait peut-être permis de décourager le recours à des méthodes violentes.

Le plus grand problème, cependant, est que la mobilisation du peuple n'est pas accompagnée par des mesures de mobilisation équivalente contre le capital (voire la confiscation des biens des groupes oligarchiques). Le fait que la société ukrainienne ait fait preuve d'une forte unité contre l'idée d'une réserve [exemption] économique (« seuls les pauvres se battent ») est une victoire évidente, car autrement le désespoir aurait pu être total. Il ne fait aucun doute que l'Ukraine doit rechercher un équilibre entre les besoins de mobilisation et le fonctionnement de l'économie. Il est indéniable qu'un nombre important d'hommes échappent à la mobilisation et viennent grossir les rangs de la population économiquement inactive. Toutefois, il est possible de parvenir à cet équilibre grâce à des outils socialement acceptables : des réserves temporaires pour les hommes qui commencent à travailler après une longue interruption, des réserves pour le personnel clé dans les infrastructures critiques et l'adaptation de la sphère sociale et de l'emploi aux besoins des femmes. Pourquoi les gens vont-ils au front ? Ce n'est pas seulement par amour abstrait de l'Ukraine (même si, croyez-moi, cette raison suffit à beaucoup). Le fait est que la plupart des Ukrainiens croient en la capacité de l'Ukraine à changer.

C'est ce qui nous différencie des pays voisins comme la Russie et le Bélarus, où toutes les décisions dépendent depuis longtemps de la volonté d'une personne en place. De nombreux Ukrainiens rêvent de voir l'État lutter contre la concentration excessive des richesses, où l'économie commencera à fournir aux Ukrainiens tout ce dont ils ont besoin pour une vie prospère et où les conditions de travail seront influencées par les organisations syndicales pour rendre les gens heureux. Nous régnerons alors véritablement sur notre pays, nous n'aurons plus peur des ennemis extérieurs et nous cesserons de les chercher à l'intérieur. Lutte sociale : qui défend les travailleurs ? Pendant la guerre, la gauche ukrainienne et Sotsialnyi Rukh, ont été contraints de se réinventer dans de nouvelles conditions. Nos militants combattent l'occupant les armes à la main, répondent bénévolement aux besoins humanitaires et militaires, fournissent une assistance juridique aux travailleurs des infrastructures critiques touchés par les agresseurs russes et apportent un soutien psychologique aux groupes affectés par la guerre. Nous sommes des membres à part entière de la société civile, même si nous sommes porteurs de valeurs particulières : nous croyons à la démocratie socialiste, à la solidarité internationale et à la primauté de la dignité humaine. Et notre position claire contre les politiques néolibérales n'a jamais été aussi pertinente.

Dans le contexte actuel d'aggravation de la crise, le gouvernement cherche un moyen facile de stabiliser l'économie aux dépens des citoyens : en introduisant un système de retraite par capitalisation, en adoptant un nouveau Code du travail pour remplacer celui de 1971 et en privatisant les banques ou les chemins de fer appartenant à l'État. Aucune de ces réformes n'est nouvelle – tous les gouvernements ukrainiens ont voulu les mettre en œuvre depuis la crise financière de 2008. La survie du mouvement syndical organisé dépend de la capacité des syndicats ukrainiens à trouver la force de s'unir et de lutter contre ces réformes exorbitantes. Bien sûr, les syndicats ukrainiens sont depuis longtemps un instrument de lutte 9 collective, mais pendant l'invasion, ils sont devenus plus conscients de leur responsabilité envers les travailleurs, car ils restent la voix la plus forte des intérêts des travailleurs. Malgré l'interdiction officielle des rassemblements, des manifestations de rue contre les fermetures d'hôpitaux et des fusions d'universités ont lieu en Ukraine. Car rien ne nous fera accepter les mauvaises conditions de vie. Dans la plupart des cas, l'optimisation du secteur public est réalisée d'une manière qui arrange les fonctionnaires, et non pour améliorer la qualité du service ou pour dégager des fonds pour la victoire. Par ailleurs, les Ukrainiens contestent de plus en plus les violations de leurs droits du travail devant les tribunaux, et chaque succès dans ces affaires est la victoire du peuple qui lui donne la force pour aller de l'avant et de remporter une grande victoire pour l'Ukraine. Je veux croire qu'à l'avenir la classe ouvrière jouera un rôle beaucoup plus important dans la vie du pays. Si elle a joué un rôle si important dans le maintien de la ligne de front et de la stabilité économique, serait-il démocratique de la priver de sa voix dans la sphère politique ? L'absence de forces politiques de gauche est le plus grand problème de la démocratie ukrainienne. Mais malgré toutes les pertes et la privation de droits actuelle, la classe ouvrière a une chance de devenir forte à long terme.

Des élections qui bousculent la démocratie

L'Ukraine est aujourd'hui confrontée à un choix difficile : comment préserver notre dignité et protéger notre démocratie ? Nous pouvons tous constater que la société se politise à grande échelle et cherche des idées pour changer le pays. Quelle sera la solution aux contradictions accumulées ? En dehors d'une révolution (dont la perspective n'est jamais à exclure en Ukraine), la seule option est l'organisation d'élections. Cependant, l'ensemble de la société est convaincue que la tenue d'élections pendant la guerre pourrait être l'une des épreuves les plus difficiles pour notre démocratie.

De nombreuses questions angoissantes se posent. Comment les élections peuvent-elles se dérouler en toute sécurité ? Les forces prorusses ne gagneront-elles pas ? Si les élections ont lieu, changeront-elles le paysage idéologique ? Je pense que nous ne devons pas céder à la peur panique. Nous devons réfléchir davantage aux dommages qui seront causés si les élections ont lieu demain et qu'elles se déroulent sans notre influence. Nous, la gauche ukrainienne, devons enfin donner aux travailleurs ukrainiens le droit de choisir. Si nous ratons les prochaines élections parce que nous ne sommes pas prêts, rien ne dit que l'histoire nous donnera une nouvelle chance de faire nos preuves. Malheureusement, la guerre nous a rappelé que le temps est limité et que nous ne sommes pas éternels. Si nous ne saisissons pas cette chance, nous serons condamnés à continuer à tourner en rond dans la lutte contre les conséquences du capitalisme à l'agonie – réduction des droits du travail, fermeture d'hôpitaux, etc. Tout d'abord, je voudrais commenter les craintes qui existent d'une vengeance prorusse. Comment la Russie peut-elle espérer un 10 quelconque succès alors qu'elle a causé des dommages irréparables à l'Ukraine et qu'elle s'est dressée elle-même contre les habitants des régions russophones qui lui sont proches ? Par ailleurs, l'Ukraine a déjà neutralisé les forces prorusses, notamment en interdisant les partis susceptibles d'avoir des liens avec la Russie. Les prochaines élections ne seront manifestement pas l'occasion d'une revanche prorusse.

Celle-ci pourrait survenir bien plus tard, si de plus en plus de personnes sont déçues par la démocratie ukrainienne et sa capacité à traiter les questions urgentes. Le plus grand danger est d'affronter seul ses propres problèmes et de s'y noyer. Lorsque l'agression de Poutine ne sera plus une excuse et que l'aide des partenaires internationaux disparaîtra. En d'autres termes, je pense que nous devons réfléchir ensemble à la manière de rendre notre démocratie durable, et que personne ne puisse la démanteler.

Je voudrais vous rappeler que les élections dans la République populaire d'Ukraine il y a plus d'un siècle n'ont pas pu empêcher l'effondrement de l'État ukrainien, bien qu'elles n'aient pas été une victoire pour les forces russes. Je pense que l'Ukraine est beaucoup plus forte aujourd'hui.

Malgré la perspective des élections, nous devrions réfléchir à la manière d'adapter le régime juridique de la loi martiale aux besoins de la démocratie ukrainienne (et non l'inverse). D'autant plus que la guerre va durer longtemps. Nous devons lever les restrictions sur le droit de grève et de manifestation, et étendre les formes de contrôle public ! Car dans le contexte ukrainien, la démocratie n'empêche pas les victoires militaires. En revanche, sa disparition provoque la panique, la peur et la méfiance. Au cours des trois dernières années, nous avons eu beaucoup de preuves de la première proposition et, malheureusement, de la seconde.

Solidarité mondiale et reconstruction

En conclusion, on ne saurait trop insister sur le fait que la question ukrainienne est une question mondiale. Je suis sincèrement convaincu que cette guerre montrera la capacité du monde à s'unir contre la barbarie. Les camarades des mouvements de gauche du monde entier ont encore une chance d'empêcher la plus grande catastrophe du 21e siècle – la défaite de l'Ukraine dans la guerre contre l'oppresseur impérialiste russe. Le succès des Ukrainiens servira d'exemple aux autres nations du monde qui osent aller à l'encontre des plans de l'envahisseur.

Je tiens à exprimer une fois de plus mon mépris pour ceux qui, depuis la pseudo-gauche, ont oublié l'essence de la véritable solidarité et cherchent n'importe quelle excuse pour refuser à l'Ukraine le droit de se défendre. Dans leurs analyses géopolitiques, ils ignorent le peuple ukrainien, qui est la clé de la résistance et de la prévention des réformes néfastes.

Enfin, je voudrais dire quelques mots sur la reconstruction. Malheureusement, les mots « reconstruction juste » perdent leur sens, tout comme les mots « paix juste ». Nous devons donner un sens réel à ce concept.

Pour moi, la paix et la reconstruction seront justes dans les conditions suivantes :

1) Garantir l'indépendance

L'annulation de la dette extérieure de l'Ukraine est une condition préalable. L'économie doit être socialisée : les entreprises stratégiques doivent être détenues par l'État sous la direction de collectifs de travailleurs. L'accent doit être mis sur le développement de l'énergie verte et de l'industrie afin que nous puissions produire des biens technologiques chez nous et ne pas dépendre des maîtres étrangers.

Les sociétés transnationales devraient adhérer à des normes sociales qui ne soient pas pires que celles de leur pays d'origine. Les ressources naturelles et la main-d'œuvre ukrainiennes doivent alimenter notre économie, et non assurer la prospérité de quelqu'un à l'étranger. Une perspective stratégique consisterait à conclure des alliances de défense avec les pays qui se sentent menacés par la Russie (notamment la Pologne, les États baltes et la Scandinavie). L'ensemble de la population devrait suivre une formation militaire et l'État devrait créer des garanties sociales appropriées à cet effet (maintien du salaire moyen pendant la formation). Dans ces conditions, l'Ukraine pourra surmonter sa position périphérique et mettre son indépendance au service des intérêts de la population.

2) Le pouvoir des travailleurs

La population active de l'Ukraine a payé un lourd tribut à l'indépendance et elle mérite donc le pouvoir. Les travailleurs doivent avoir une influence sur l'état des choses en Ukraine, en particulier à travers les partis ouvriers de gauche. Les lois ne devraient pas être adoptées sans l'accord des syndicats. Les travailleurs doivent être représentés dans la gestion des entreprises afin de garantir une répartition équitable des résultats de l'activité économique. Tous les accords d'investissement doivent être soumis à des audits syndicaux pour s'assurer qu'ils vont dans l'intérêt à long terme de la classe ouvrière et qu'ils favorisent l'emploi productif. Un ministère du travail devrait être créé pour veiller à ce que les intérêts des travailleurs soient pris en compte de manière optimale, pour déterminer la charge de travail la meilleure et pour coordonner les inspections du travail et les services de l'emploi, avec une direction nommée par les syndicats. C'est la seule façon de restaurer la confiance des travailleurs dans l'État et de promouvoir l'inclusion des citoyens dans la politique.

3) Une politique sociale pour tous

Égaliser les salaires entre les femmes et les hommes en établissant des salaires minimums fixes pour les secteurs les plus féminisés – éducation, santé et soins (ces salaires ne devraient pas être inférieurs à la moyenne nationale). Les appels d'offres pour la reconstruction devraient inclure des clauses sociales – le gagnant devrait être le candidat qui offre les meilleures conditions de travail et garantit la participation des employés à la gestion. L'accent doit être mis sur le soutien des programmes d'emploi par le biais de projets de construction d'infrastructures à grande échelle (y compris d'infrastructures sociales). Le syndicat peut obliger le propriétaire à augmenter les effectifs si la charge de travail maximale est dépassée. Les mères, les vétérans de guerre et les personnes handicapées devraient avoir un droit prioritaire à l'emploi. Il doit devenir économiquement non rentable de maintenir des normes sociales trop peu élevées !

Tous ces changements ne couvrent certainement pas tout ce dont l'Ukraine a besoin. Mais ils peuvent contribuer à ouvrir la voie à une politique plus inclusive, pluraliste et démocratique. Je voudrais également exprimer ma gratitude à tous nos amis internationaux qui ont fait leurs nos difficultés et nos triomphes, qui ont collecté des fonds et envoyé des fournitures précieuses à l'Ukraine, qui ont fait circuler de vraies informations malgré la crainte de faire l'objet de fausses accusations dans leur propre pays. Ensemble, nous avons déjà réalisé l'impossible : l'Ukraine a résisté et son avenir sera sans aucun doute beaucoup plus lié à celui du monde entier.

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Comment se porte la démocratie à Victoriaville ?

25 février, par Silvie Lemelin — , ,
Bien que citoyenne de Victoriaville depuis 30 ans, j'avais rarement fréquenté ses assemblées municipales. La lecture régulière du journal local suffisait à me tenir informée de (…)

Bien que citoyenne de Victoriaville depuis 30 ans, j'avais rarement fréquenté ses assemblées municipales. La lecture régulière du journal local suffisait à me tenir informée de l'actualité sylvifranche. Retraitée de l'enseignement collégial et désirant continuer à m'impliquer dans ma communauté, j'ai décidé, dans la dernière année, d'assister mensuellement aux séances du conseil de ville. J'y ai même pris la parole, pour exprimer mes préoccupations ou encore celles du groupe Sauvons la sablière d'Arthabaska auquel je me suis jointe.

Une lutte écocitoyenne

Je ne présenterai pas tous les motifs de notre opposition au projet d'un promoteur local qui, appuyé par la ville, veut construire sur le site de la sablière d'Arthabaska un quartier résidentiel haut de gamme d'environ 300 logements. Avec nos quelques 1500 sympathisant.es, nous voulions convaincre le maire Antoine Tardif et son conseil de sauver de la destruction cet écosystème fragile, l'un des derniers milieux naturels de notre territoire urbain. C'est un site paisible situé entre un boisé, des marécages et la rivière Nicolet. Il nous semblait urgent de protéger les espèces menacées qui le fréquentent, qu'il s'agisse des hirondelles du rivage, des tortues serpentines ou même des humains qui y trouvent refuge quand le stress devient anxiogène. Autoriser ce développement sous prétexte de contrer la crise du logement nous semblait malhonnête : des logements luxueux, on en a déjà ; c'est de logements abordables dont a besoin la population de Victoriaville. À nos arguments écologiques et sociaux, s'ajoutaient d'autres préoccupations, notamment patrimoniales. Mais surtout, durant cette lutte qui n'est pas encore finie, nous avons fait des constats inquiétants sur l'état de santé de notre démocratie municipale. Des constats peut-être partagés par d'autres citoyen.nes ailleurs en région.

Aucun effort de pédagogie

Imaginez un cours offert le lundi soir, à l'heure du souper, de 18 h à 19 h. Seriez-vous surpris de n'y voir que quelques rares élèves ? C'est d'ordinaire ce qui se passe aux séances du conseil de Victoriaville, quasi-désertes sauf peut-être une fois par décennie, lorsqu'un dossier particulier attire un public plus nombreux.

Que penseriez-vous d'un professeur qui, sachant qu'en cette occasion particulière son cours risque d'être très populaire, prévoit un nombre insuffisant de chaises, obligeant des élèves à s'asseoir par terre durant toute la séance ? C'est ainsi qu'on est accueilli dans la salle du conseil, où l'aménagement des lieux est pensé pour mettre en valeur les élu.es à la télévision, sans trop se soucier du confort de la population.

Entassé derrière la caméra, après le « mot du maire » qui présente d'abord ses récents bons coups au bénéfice des personnes qui n'auraient pas suivi ses nombreux selfies et autres publications d'auto-promotion sur les médias sociaux, le public doit ensuite l'écouter débiter les points de l'ordre du jour. Se succèdent alors des titres aussi passionnants que « Autorisation de dépenser dans le Règlement d'emprunt numéro 1486-2022 (parapluie) » ou que « Adoption d'un projet de résolution PPH 2025-01 concernant un projet particulier d'habitation pour les immeubles situés aux numéros 805-807 et 809, boulevard des Bois-Francs Sud » (titre réel de la résolution qui nous concerne). Comment être intéressé par un menu aussi peu comestible ? Car dans la grande majorité des cas, personne au conseil de ville ne prend la peine d'expliquer de quoi il retourne. Ou alors la greffière murmure qu'il s'agit d'une dépense de 10 385 293 $, et hop ! le sujet est clos. Il semble que la population, chez nous, n'a pas besoin de comprendre les raisons de telle dépense ou de telle décision ; après tout, elle a voté pour ce conseil et doit donc lui faire confiance ! (Quoique plusieurs élu.es, dont le maire lui-même, ont été élu.es sans opposition…) S'il advient, à ce stade-ci, qu'une personne dans l'assistance ait les yeux fermés, c'est qu'elle se sera malencontreusement endormie… Comme il arrive parfois aux étudiant.es durant un interminable cours magistral débité d'un ton monotone.

Absence de transparence et de débat public

Arrive enfin la période de questions ! Et avec elle, espérons-le, un peu d'action ! La population peut s'adresser à son conseil municipal, en fin de séance, à la condition d'avoir préalablement donné à l'agente de sécurité son nom, son adresse et le sujet de son intervention. Pas question d'improviser, de réagir séance tenante aux propos d'un.e élu.e, ni d'émettre un commentaire à saveur éditoriale. Ça prend une question. Courte et claire. Sinon on vous coupe la parole. Vous habitez le quartier no. 3 et voudriez que votre conseiller municipal vous réponde ? N'y pensez même pas. C'est uniquement le maire qui parle. Est-il présumé omniscient ? Le reste du conseil n'a-t-il jamais rien à dire ? On ne veut pas risquer que tel conseiller contredise publiquement le maire ? Allez savoir.

Voilà une citoyenne toute tremblante qui ose courageusement se présenter au micro et à la caméra pour poser sa question soigneusement préparée. Le maire peut l'interrompre à plusieurs reprises. S'il est embêté par la question, s'il n'en approuve pas les sous-entendus ou s'il ne connaît tout simplement pas la réponse, notre maire, jadis joueur de hockey, peut patiner longuement. Il peut aussi lever la séance sur un coup de tête, privant ainsi les citoyen.nes de la seule période où la parole leur est donnée. Ça s'est vu. Chez nous, à Victo. Récemment.

Après cela, notre citoyenne est-elle mieux informée ? Pas nécessairement. A-t-elle pu s'exprimer ? Si peu. Mais HEUREUSEMENT, lorsqu'un sujet est susceptible d'être contesté, la municipalité tient une séance de CONSULTATION PUBLIQUE ! Prenons l'exemple de la dernière en date, à Victoriaville, un lundi à l'heure du souper, bien sûr. Les gens concernés s'y sont présentés et se sont exprimés une heure durant. La greffière a dressé un procès-verbal résumant en une demi-page les propos tenus et l'a transmis au conseil de ville. Car les membres du conseil n'ont pas l'obligation de se présenter à la séance pour écouter le peuple. Ni le maire. A-t-il jugé que LE débat de la décennie dans notre petite ville n'était pas assez important pour qu'il se présente en personne ? Il semble qu'il ait préféré se fier au procès-verbal et aux commentaires qu'ont dû lui faire les deux conseillers présents ainsi que son attaché politique.

On se serait attendu, avant que la décision finale se prenne, à ce que les résultats de cette consultation soient présentés au conseil de ville suivant. À ce qu'on explique pourquoi, malgré une forte opposition citoyenne, les élu.es persistaient à vouloir aller de l'avant. Ou même à ce que le maire sorte de son chapeau un avis favorable du scientifique en chef ou de la directrice du développement durable qui, étrangement, ne se sont jamais prononcés sur le projet. Rien de tout cela ne s'est produit.
La décision finale a été prise à l'assemblée municipale du 3 février. Au point 10.4.1 de l'ordre du jour, le maire a lu le titre de la proposition, que quasi-personne dans l'assistance n'a reconnu (voir le texte du 2e exemple cité plus haut). Aucune proposition n'a été lue. Aucune explication, aucune justification n'a été donnée. Un conseiller a levé le doigt pour proposer. Un autre a levé le sien pour appuyer. Et le maire est passé au point suivant.

Il faut croire que le sujet avait été discuté entre élu.es, en catimini, avant l'assemblée. Aucun débat n'a eu lieu publiquement entre les membres du conseil. Personne n'a demandé le vote puisque personne n'a voulu voter contre. Conséquemment, la décision a été prise à l'unanimité : projet autorisé. Comme ce fut le cas pour TOUTES les décisions prises à Victoriaville dans TOUTES les assemblées des huit derniers mois. On s'y attendait, malheureusement. C'est pourquoi les opposant.es ont quitté sur le champ (et en silence) la salle du conseil.

C'est ça, la démocratie, à Victo ?

Lorsque des citoyen.nes écrivent des lettres d'opinion dans les médias locaux, adressent une pétition au conseil de ville, tiennent une conférence de presse et posent des questions aux séances du conseil ; lorsqu'ils organisent un spectacle de sensibilisation puis manifestent pacifiquement leur opposition en chantant aux élu.es quatre lignes de « Frère Jacques » leur demandant de VOTER, pour une fois, et de voter NON ; lorsqu'ils s'expriment aux assemblées de consultation publique, participent à une manifestation pacifique devant l'hôtel de ville suivie d'une marche au centre-ville, n'ont-ils pas rempli tous leurs devoirs citoyens ? Et quand, malgré tout cela, leurs supposé.es représentant.es les ignorent, peut-on parler de démocratie ? D'autres, en de telles circonstances, auraient envisagé la désobéissance civile…

Vers un parti d'opposition ?

Existe-t-il d'autres villes sans parti d'opposition où se tiennent des débats sains et publics entre les membres du conseil ? Ou alors faut-il, pour redonner de la vigueur à notre démocratie municipale, espérer qu'un parti d'opposition se crée à Victo ? Ne faudrait-il pas encourager la formation d'un parti écocitoyen ayant l'ambition de secouer un peu le « berceau du développement durable » ? Nous faut-il aller jusqu'à susciter des candidatures et mettre les personnes intéressées en contact les un.es avec les autres ? Nous y réfléchissons. Que la population de notre chère Victoriaville y songe aussi.
Sincèrement préoccupé.es, (1501 mots incluant le titre)

Silvie Lemelin. Ont appuyé ce texte :

Gilles Labrosse
Luce Michaud
France Labrecque
Gaël Deguire
Geneviève Doucet
Sophie Harvey
France Martin
Noémie Caron
Gaétan St-Arnaud
Stéphanie Déziel
Luc Couture
Chantale Marcotte
Sophie Beauregard
Manon Leclerc
Marie-Claude Chouinard
Maude Campeau
Nancy Hubert
Bastienne Duncan Châtelain
Juliette Houde
Lucie Cormier
Renaud Vimond
Marie-Soleil Drouin

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Ukraine : Sotsialnyi Rukh : « La défense de notre pays fait partie de la lutte pour la justice sociale »

25 février, par Patrick Le Tréhondat, Yana Bondareva — , ,
Depuis le début de la guerre à grande échelle, de nombreux membres du Sotsialnyi Rukh se sont engagé·es dans la défense armée de l'Ukraine contre l'agression impérialiste de la (…)

Depuis le début de la guerre à grande échelle, de nombreux membres du Sotsialnyi Rukh se sont engagé·es dans la défense armée de l'Ukraine contre l'agression impérialiste de la Russie. Le 21 novembre 2024, le Sotsialnyi Rukh déclarait qu'« environ un million de défenseurs ukrainiens et des millions de membres de leurs familles sont malheureusement souvent confrontés à des violations de leurs droits fondamentaux. Nous avons donc décidé de nous joindre à leur protection… un protocole de coopération a été signé entre le Sotsialnyi Rukh et l'ONG Fonds pour le soutien social et juridique des participants aux opérations de combat.

Yana Bondareva, membre du Sotsialnyi Rukh (Kryvyï Rih), qui est particulièrement en charge d'une ligne téléphonique de soutien aux soldat·es et leurs familles, a bien voulu répondre à nos questions sur le sens de l'engagement militaire de son organisation.
Patrick Le Tréhondat

20 février 2025 |tiré du site entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/02/20/ukraine-sotsialnyi-rukh-la-defense-de-notre-pays-fait-partie-de-la-lutte-pour-la-justice-sociale/#more-90926

Le Sotsialnyi Rukh a créé une ligne téléphonique pour soutenir les soldat·es et leurs familles. Pourquoi cette initiative ?

Cette initiative vise à soutenir les militaires et leurs familles confrontés à des difficultés sociales et juridiques. La guerre met à rude épreuve non seulement les soldat·es, mais aussi leurs proches, qui peuvent avoir besoin d'aide pour les démarches administratives, les questions sociales, etc.

La ligne téléphonique du Sotsialnyi Rukh peut y répondre. Nous apportons :

* des conseils juridiques sur les garanties sociales, les prestations, le statut de combattant·e et les droits du travail.

* un soutien social en matière de réadaptation, d'adaptation à la vie civile et d'interaction avec les organismes gouvernementaux.

Un tel projet est important car de nombreux vétérans et leurs familles sont confrontés à des problèmes bureaucratiques, et une ligne téléphonique gratuite peut s'avérer une ressource vitale pour eux et elles.

Recevez-vous beaucoup d'appels et quelles sont les questions ou les demandes d'aide ?
La ligne d'assistance téléphonique reçoit beaucoup d'appels, ce qui confirme la forte demande de soutien de la part des militaires et de leurs familles. Toutefois, une campagne d'information encore plus importante permettrait d'élargir considérablement la portée de ce service. Une publicité supplémentaire dans les médias sociaux, les médias de masse, les organisations partenaires et les communautés locales permettrait d'atteindre les personnes qui ont réellement besoin d'aide mais qui ne sont pas encore au courant de cette initiative.

On nous demande souvent :

Questions juridiques
Comment obtenir le statut de combattant·e et quelles sont les prestations offertes ?
Est-il possible de faire appel d'un refus de paiement [de prestation sociale] aux militaires ou à leurs familles ?
Problèmes liés aux droits du travail : licenciement, maintien de l'emploi, paiement [du salaire] pendant le service.
Comment préparer correctement les documents après une blessure ou un handicap ?

Soutien social et réinsertion
Où puis-je trouver un centre de réadaptation pour les militaires ou leurs familles ?
Existe-t-il des programmes de reconversion et d'éducation pour les ancien·nes combattant·es ?
Comment puis-je obtenir une aide financière pour les familles des militaires décédés ?
Quels sont les programmes de soutien pour les enfants de militaires ?

Recevez-vous des appels téléphoniques de femmes soldats et quels sont leurs problèmes ?
Oui, nous recevons des appels téléphoniques de femmes soldat·es qui soulèvent un large éventail de questions.

Questions juridiques
Congé pour les femmes en service : comment exercer ses droits légaux ?
Prise de congé de maternité pour les femmes en service : qu'est-ce qui est prévu par la loi ?

Questions sociales et domestiques
Où trouver des soins médicaux spécialisés (gynécologue, psychologue pour les femmes militaires) ?
Comment retourner à la vie civile après le service et trouver un emploi ?
Existe-t-il des programmes de soutien pour les femmes vétérans ?

Des membres du Sotsialnyi Rukh se sont engagé·es dans l'armée. Pourquoi ce choix ?
Les membres du Sotsialnyi Rukh se sont engagé·es dans l'armée parce qu'ils et elles considèrent que la défense du pays fait partie de la lutte pour la justice sociale. Elles et ils ont toujours défendu les droits des travailleurs et des citoyens, et la guerre menace tous ces acquis. Certain·es ont d'abord fait du bénévolat, mais ont finalement décidé personnellement de se battre. En première ligne, elles et ils ne défendent pas seulement le pays, mais aident aussi leurs camarades à résoudre des problèmes sociaux et juridiques. Pour eux, c'est la poursuite du combat pour la liberté, l'égalité et la dignité.

Récemment, nous avons appris que le directeur de l'académie militaire de Lviv avait été élu. Nous savons qu'il existe une association de soldat·es LGBT+ dans l'armée ukrainienne. Il existe également une association de femmes soldates appelée Veteranka. Des soldats se disent publiquement anarchistes ou socialistes. Les militaires ukrainien·nes restent toujours en contact avec leurs syndicats, qui les soutiennent. Telle est la situation dans l'armée ukrainienne. Comment expliquez-vous ce que j'appelle « l'énigme de l'armée ukrainienne » ?

L'« énigme de l'armée ukrainienne » est une combinaison de phénomènes apparemment contradictoires : hiérarchie militaire traditionnelle et initiatives autonomes, discipline et diversité idéologique, institution étatique et rôle actif des organisations de base.

Dans le même temps, les militaires ukrainien·nes font partie de la structure de l'armée etfaçonnent activement leurs environnements en fonction des intérêts, des idéologies et desgroupes sociaux. Cela est possible parce que la société ukrainienne a historiquement développédes liens horizontaux et une tradition d'auto–organisation, qui s'est également manifestée dans l'armée.

Le soutien des syndicats et des organisations de la société civile montre que l'armée n'est pas isolée de la société, mais qu'elle interagit avec elle et défend ses droits. Il est également important de noter que de nombreux soldat·es étaient des activistes dans la vie civile et qu'elles et ils apportent donc leurs valeurs et leurs réseaux de soutien mutuel à l'armée.

Ainsi, l'armée ukrainienne n'est pas seulement un mécanisme étatique, mais une communauté vivante et socialement active qui reflète le pluralisme et les tendances démocratiques de l'ensemble de la société.

La question de la création de syndicats pour le personnel militaire a été débattue à de nombreuses reprises. Qu'en pensez-vous ?

La création de syndicats pour le personnel militaire est un pas important vers la protection de ses droits et de ses garanties sociales. Les militaires ont le droit d'être représenté·es en matière de salaires, de conditions de service et de soins médicaux. Cependant, il est important que les syndicats ne violent pas la discipline et la subordination militaires. Dans l'ensemble, les syndicats peuvent être un outil efficace pour améliorer la situation des militaires s'ils sont correctement organisés.

En Occident, beaucoup de militaires commentent la situation militaire. Leurs informations viennent souvent des Américains. Comment vous analysez la situation militaire. Avez-vous vos propres sources d'information ukrainiennes ?

Pour analyser la situation militaire, il est important d'utiliser différentes sources, notamment les agences de presse officielles ukrainiennes et les données provenant de la ligne de front. Les commentaires des responsables militaires occidentaux sont souvent importants, mais ils ne reflètent pas toujours la réalité des événements.

J'ai accès aux informations et aux ressources officielles, et je peux m'y référer pour recueillir des faits afin d'effectuer une analyse objective. Cependant, il est important de se rappeler que les informations peuvent être différentes [selon les sources] en temps de guerre et qu'il est toujours utile de comparer les sources pour obtenir des analyses plus précises.

Nous sommes aussi surpris de voir que les soldats s'expriment publiquement dans les journaux par exemple. C'est un droit d'expression important, particulièrement en temps de guerre. Comme la guerre a transformé l'armée ukrainienne ?

La guerre a considérablement changé l'armée ukrainienne, la rendant plus flexible et adaptée aux réalités modernes. Pendant le conflit, les militaires ont commencé à exprimer activement leurs pensées et leurs sentiments, ce qui est devenu une partie importante de leur expression personnelle. Ce droit à l'expression publique permet aux soldat·es de partager leurs expériences, d'impliquer le public civil sur des questions importantes et de remonter le moral des troupes. Dans le même temps, ces déclarations soulignent le changement d'attitude à l'égard des militaires : ils et elles ne sont pas seulement des exécutant·es, mais aussi des participant·es actif·ves à la vie sociale et politique du pays.

Quelles sont les conséquences politiques pour le Sotsialnyi Rukh de cet engagement dans les questions militaires ? Selon moi, le Sotsialnyi Rukh a acquis des compétences dans le domaine militaire (comparé à la gauche occidentale). Peut-on parler de la construction du début d'une alternative sur la question militaire de votre sur la base de votre expérience concrète ?

L'engagement du Sotsialnyi Rukh dans les questions militaires a des implications politiques. Cela permet à l'organisation non seulement de participer à des initiatives sociales et de défense des droits humains, mais aussi d'influencer des questions importantes liées à la guerre et à la sécurité. Par rapport à la gauche occidentale, qui se concentre souvent sur des initiatives pacifiques et la critique des structures militaires, le Sotsialnyi Rukh démontre une volonté de travailler avec l'armée en temps de guerre, tout en maintenant des idées de justice sociale, des positions anti-guerre et le soutien aux droits des militaires.

Sur la base de l'expérience du mouvement, nous pouvons parler de la construction d'un modèle alternatif pour aborder les questions militaires qui combine les aspects sociaux, humanitaires et des droits humains. Il s'agit de créer un environnement dans lequel les soldats peuvent défendre leurs droits et leurs intérêts sans enfreindre la discipline et les normes militaires. De cette manière, le Sotsialnyi Rukh développe un modèle qui pourrait devenir une alternative importante à l'approche traditionnelle des questions militaires, en combinant les intérêts sociaux et militaires.

Enfin, il y a la question du système de sécurité collective en Europe, la question de l'OTAN. Comment voyez-vous ces questions complexes concernant l'avenir de l'Ukraine et de l'Europe ?

L'Ukraine, compte tenu de sa situation géopolitique et de son expérience des conflits armés, a un intérêt stratégique à renforcer sa sécurité par le biais d'alliances internationales. L'OTAN peut devenir un puissant garant de la sécurité pour l'Ukraine, car elle lui permettra de s'intégrer dans un système commun de défense collective, de réduire les menaces de voisins agressifs et d'assurer la stabilité dans la région.

Toutefois, cette question est complexe et nécessite la prise en compte de facteurs internes et externes. Dans le même temps, l'élargissement de l'OTAN à l'Est peut être perçu de manière ambiguë dans certains pays, ce qui entraîne des risques politiques et stratégiques. Pour l'Ukraine, il est important non seulement de préserver son droit à choisir ses alliances de sécurité, mais aussi de veiller à renforcer ses propres capacités de défense et de soutenir ses partenaires européens dans le renforcement de la stabilité dans la région.

À long terme, la clé pour l'Ukraine et l'Europe est d'équilibrer l'intégration dans les organisations internationales et de préserver une sécurité commune interne, compte tenu de l'évolution de l'environnement géopolitique.

19 février 2025

Ucrania. Entrevista con Yana Bondareva
https://satorzulogorria.org/ucrania-entrevista-con-yana-bondareva/

Yana Bondareva

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Si les riches derrière les Fondations privées veulent nous soutenir, qu’ils paient leurs impôts !

25 février, par Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ), Coalition des organismes communautaires autonomes de formation (COCAF) , Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC), Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), Mouvement Autonome et Solidaire des Sans Emploi (MASSE), Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ), Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM) — , ,
Lettre ouverte Les regroupements d'organismes communautaires signataires de cette lettre se préoccupent depuis longtemps des impacts de la philanthropie sur le filet (…)

Lettre ouverte

Les regroupements d'organismes communautaires signataires de cette lettre se préoccupent depuis longtemps des impacts de la philanthropie sur le filet social, la démocratie et les organismes communautaires. Depuis un certain temps, les ententes de financement entre des regroupements d'organismes communautaires et diverses fondations privées se multiplient. Ce n'est pas un soudain intérêt des fondations pour la transformation sociale qui guide cet élan de « générosité », mais bien une loi fédérale qui les force à hausser leur pourcentage d'investissement. Si nous comprenons le grave besoin de financement qui pousse les regroupements à signer avec les fondations, nous ne pouvons pas passer sous silence notre malaise grandissant, puisque ces choix ne sont pas sans conséquences.

Les fondations privées c'est de l'évitement fiscal

Les fondations ont été pensées afin de permettre à des multimillionnaires de sauver de l'impôt. Ces pratiques nous privent collectivement de millions de dollars qui pourraient être réinvestis dans le filet social, c'est-à-dire les programmes sociaux, les services publics et les organismes communautaires. La philanthropie n'est rien de moins que la privatisation de notre filet social. Une tendance qui sert à justifier le désengagement de l'État.

Au tournant des années 2000, le milieu communautaire dénonçait farouchement ces pratiques. La situation est tout autre aujourd'hui, car plusieurs acteurs du communautaire se tournent vers les fondations. Notre mouvement semble frappé par des vagues d'amnésie, alors que l'opposition aux PPP sociaux, la lutte contre l'évitement fiscal et le rejet de la privatisation font encore partie de nos argumentaires pour régler le sous-financement du communautaire, des programmes sociaux et des services publics. Qu'est-ce qu'on envoie comme message ? Évitez de payer vos impôts, privatisez notre filet social, c'est correct tant qu'on ramasse notre part du gâteau au passage.

Quelle autonomie nous reste-t-il ?

Les impacts du financement privé sur l'autonomie du communautaire sont déjà tangibles : réajustement du discours et des pratiques, détournement des organismes de leur mission, ralentissement de la lutte pour le financement à la mission, etc. L'Observatoire de l'ACA (action communautaire autonome) qui travaille sur l'autonomie est lui-même financé par des fondations. Quelle lunette d'analyse cela nous laisse face à ce phénomène ? Quand les liens de dépendance financière se seront grandement resserrés, le milieu communautaire osera-t-il encore dénoncer l'évitement fiscal alors qu'il en profite allègrement ? Osera-t-il dénoncer les pratiques de plus en plus intrusives des fondations si des emplois en dépendent ? Est-ce que ses pratiques démocratiques s'adapteront pour plaire aux investisseurs privés qui préfèrent certains modes de gouvernance plus proches de leurs propres pratiques ? Sera-t-il toujours en action contre la privatisation du filet social ? Quelle place restera-t-il aux revendications qui émanent de la population si les discours sont aseptisés pour plaire aux bailleurs de fonds privés ?

Le communautaire a toujours défendu un filet social fort. Pour soutenir ce filet social, l'autonomie et la pérennité des groupes et regroupements sont essentielles. Celles-ci passent nécessairement par un financement stable à la mission provenant de source publique. En cédant devant la manne privée, sommes-nous en train de creuser notre propre tombe ? Quelles conclusions pourrait tirer le gouvernement de ce mouvement vers le financement privé, lui qui nous dirige vers une nouvelle période d'austérité budgétaire ? N'y verra-t-il pas une occasion rêvée de se déresponsabiliser davantage face au filet social et de se désengager de plus en plus du financement des groupes d'ACA ?

Le sous-financement chronique du milieu communautaire est intenable et il affecte gravement nos missions. La richesse du communautaire a toujours été son autonomie, sa proximité avec la population et ses pratiques de mobilisation. Ce sont des acquis fragiles qu'il faut préserver à tout prix !

Dans ce contexte, plus que jamais, nous nous opposons à la privatisation du financement de l'ACA. Notre autonomie n'est pas à vendre ! Exigeons des gouvernements qu'ils s'assurent du bien commun ! Pour un financement à la mission public, indexé, et pérenne !

Signataires :
• Julie Robillard, Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MÉPACQ)
• Danielle Gill, Coalition des organismes communautaires autonomes de formation (COCAF)
• Daniel Cayley-Daoust, Coalition des Tables Régionales d'Organismes Communautaires (CTROC)
• Steve Baird, Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ)
• Stéphane Handfield, Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec (GRFPQ)
• Michel Dubé, Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE)
• Marie-Andrée Painchaud-Mathieu, Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM)

« La Constitution brésilienne est en train d’être réécrite », déclare Maurício Terena à propos de la conciliation du “cadre temporel” du STF (Tribunal fédéral suprême)

Le juge de la Cour suprême Gilmar Mendes a présenté, lundi 17, une proposition de conciliation sur le “cadre temporel”, qui fait l'objet de cinq actions en justice devant la (…)

Le juge de la Cour suprême Gilmar Mendes a présenté, lundi 17, une proposition de conciliation sur le “cadre temporel”, qui fait l'objet de cinq actions en justice devant la Cour. Sept propositions de modification de la “loi du cadre temporel” (loi 14.701/2023), approuvée par le Congrès en décembre 2023, ont été incorporées.

https://www.brasildefato.com.br/2025/02/17/esta-sendo-reescrita-a-constituica-diz-mauricio-terena-sobre-conciliacao-do-marco-temporal-no-stf/

Le 17 février 2025

Selon le projet, la thèse du cadre temporel, selon laquelle seules les terres indigènes occupées par leurs peuples d'origine en octobre 1988, date de la promulgation de la Constitution, peuvent être délimitées, a été surmontée. Le STF lui-même avait déjà déclaré le paramètre inconstitutionnel en septembre 2023, quelques mois avant l'adoption de la nouvelle loi. Cependant, le magistrat a décidé d'innover et a rédigé une sorte de substitut à la loi 14.701, dans lequel il inclut la possibilité d'exploration minière sur les terres indigènes, modifie les processus de démarcation et affaiblit le processus de consultation préalable avec les populations d'origine.

Dans une entrevue exclusive accordée à Brasil de Fato, Maurício Terena, coordinateur juridique de l'Articulation des peuples indigènes du Brésil (Apib), évoque le processus de mise en place de la table de conciliation et commente les propositions contenues dans le projet de Mendes. « Le chapitre indigène de la Constitution fédérale est en cours de réécriture », explique l'avocat. « Cette initiative du ministre Gilmar pourrait entrer dans l'histoire comme l'une des plus violentes dans la lutte pour les droits des indigènes au Brésil », ajoute-t-il. En août 2024, l'Apib s'est retirée de la commission, estimant qu'il s'agissait d'une tentative de « conciliation forcée et obligatoire ».

Lire l'entrevue :

Brasil de Fato :

Dr Maurício, dans cette proposition présentée par le ministre Gilmar Mendes, la thèse du cadre temporel a-t-elle été surmontée ?

Maurício Terena :

Oui, en fait, le cadre temporel est un problème qui a été surmonté dans cette proposition. Mais nous avions déjà compris que le délai serait un problème mineur, étant donné que la Cour suprême l'a déjà déclaré inconstitutionnel. Le juge Gilmar Mendes n'aurait aucun moyen de rendre constitutionnel ce qui est inconstitutionnel par le biais de cette chambre de conciliation.

Néanmoins, l'Apib a exprimé des inquiétudes sur d'autres points de cette proposition. Quels sont ceux sur lesquels vous insisteriez ?

Cette proposition a un fort contenu économique et ce qui nous préoccupe le plus, c'est la possibilité d'activités économiques sur les terres indigènes. Je voudrais souligner l'exploitation minière sur les terres indigènes, une proposition qui a été insérée dans le texte et qui ne faisait pas partie du projet initial de la loi historique. Elle ne figurait nulle part. Le ministre a donc élargi son champ d'application avec cette proposition. Il y a également une modification radicale du rite de démarcation des terres indigènes, qui ouvre la voie à davantage de questions et permet à de nouvelles organisations de prendre part au processus de démarcation.

Un autre point qui nous préoccupe est l'affaiblissement de la consultation libre, préalable et informée. La proposition du ministre permet aux tiers intéressés par les terres indigènes de mener un processus de consultation simplifié. La consultation est nécessaire car elle concerne la convention 169 [de l'Organisation internationale du travail]. Et dans la même loi qui ouvre les terres indigènes à l'exploitation économique, on veut aussi réglementer cette consultation libre, préalable et informée. Nous sommes donc très préoccupés par cette simplification de la consultation libre, préalable et informée.

Enfin, une autre préoccupation concerne l'autorisation donnée à la police militaire d'agir dans les conflits fonciers impliquant des territoires indigènes. La Constitution fédérale est très claire sur le fait que la compétence d'agir sur les terres indigènes revient aux entités fédérales, en l'occurrence la police fédérale, pour traiter les questions liées aux droits des indigènes. Or, la proposition présentée prévoit que la police militaire agisse dans les conflits autochtones, ce qui pourrait accroître la violence policière dans les territoires.

Selon votre analyse, outre la fin de la thèse du cadre temporel, la proposition issue de la prétendue conciliation, en plus de ne pas concilier, exacerbe encore les conflits liés aux terres indigènes ?

Il n'y a certainement pas eu de conciliation. J'ai dit que le chapitre autochtone de la Constitution fédérale, l'article 231, est en train d'être réécrit. Nous sommes très préoccupés par ce mouvement. Parce que les questions proposées dans cette loi reviennent sur une période très nébuleuse de notre histoire récente, lorsque les droits des peuples autochtones étaient soumis au pouvoir économique.

Cette tentative de modifier ces droits par le biais de la proposition présentée par le ministre Gilmar Mendes revient en fait à réécrire ce chapitre constitutionnel qui a été le fruit d'une lutte acharnée et qui est en train de disparaître à la suite d'une décision de la Cour suprême.

Comment les organisations autochtones doivent-elles réagir à cette proposition, étant donné qu'elles ne participent pas à la table de conciliation de la Cour suprême ?

Nous nous mobilisons déjà, cherchons à faire une mobilisation interne, dans le mouvement, pour qu'il y ait une mobilisation à Brasília pendant ce procès. Cette initiative du ministre Gilmar est peut-être passée à l'histoire comme l'une des plus violentes en ce qui concerne la lutte pour les droits des autochtones au Brésil. Il y aura donc beaucoup de lutte, il y aura de la résistance, on va probablement aggraver la décision, mais c'est le moment d'appeler les peuples autochtones de tout le pays et les organisations partenaires à se mobiliser rapidement contre cette proposition.

En août, l'Apib s'est retirée de cette table de conciliation parce qu'elle n'était pas d'accord avec ce qui lui était négocié. Comment évaluez-vous ce processus jusqu'à ce que vous arriviez à cette ébauche, présentée par le ministre Gilmar Mendes ?

Il s'agissait d'un processus marqué par la violence symbolique en matière d'accès à la justice. Apib a trois appels en attente d'examen et, jusqu'à présent, il n'y a eu aucun signe d'appréciation de ces appels. Tout ce qui a été décidé au sein de cette chambre de conciliation est une procédure obscure, avec un manque de méthodologie, avec un manque de transparence. En ce qui concerne ce qui est négocié, c'est une tentative de forcer la conciliation, c'est une conciliation forcée.

Lorsque l'Apib se retire de l'acte de conciliation, le ministre Gilmar demande la nomination d'autres autochtones pour composer la tentative de conciliation, ce qui est absurde. Nous sommes le demandeur dans la poursuite, et le ministre a remplacé le demandeur. C'est comme si un parti, comme le PT [Parti des travailleurs], avait intenté une action en justice, et face à l'impossibilité de la conciliation, le rapporteur a déterminé que le PL [Parti Lieral] a remplacé le PT dans le procès. Cela n'a pas de sens.

Donc, si la Cour suprême veut investir davantage dans des procédures de conciliation comme celle-ci, elle doit avant tout investir dans la formation de professionnels pour qu'ils prennent soin adéquatement de ces procédures.

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Des regroupements s’unissent pour réclamer la reconnaissance de tous les organismes d’action communautaire autonome de la Ville de Québec

25 février, par Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf-Ouébec-Charlevoix) , Regroupement des organismes communautaires de la région 03 (ROC 03), Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12) — , ,
Québec, 18 février 2025- Le Regroupement des organismes communautaires de la région 03 (ROC-03), le Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de (…)

Québec, 18 février 2025- Le Regroupement des organismes communautaires de la région 03 (ROC-03), le Regroupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12) et le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) ont revendiqué d'une même voix, lors de la séance du conseil municipal, la reconnaissance de tous les organismes d'action communautaire autonome de la Ville de Québec.

En effet, les différents regroupements demandent à la Ville de Québec, via sa Politique de reconnaissance des organismes à but non lucratif, de reconnaître tous les organismes d'action communautaire autonome (ACA) dont le siège social est situé sur le territoire, en leur donnant accès à des services de base tels que le prêt de salle, de matériel et d'équipement et l'accès aux assurances de l'UMQ. Or, un nombre grandissant de ces organismes se voient refuser cette reconnaissance par la Ville sous prétexte que leur mission ne correspond pas avec les compétences et obligations du Service des loisirs, des sports et de la vie communautaire.

« Comment la Ville de Québec peut-elle ne pas reconnaître des organismes fondés sur la participation des citoyennes et citoyens ? Ils encouragent l'implication des individus dans la prise de décision et l'élaboration des actions. Cette approche vise à renforcer le pouvoir d'agir des personnes sur leur propre vie et à favoriser l'autonomisation des communautés. En ce sens, ils contribuent tous au développement social et à la participation active des citoyennes et citoyens », souligne Karine Verreault du ROC 03.

Cette décision est un non-sens pour les organismes d'ACA qui contribuent au développement social de la Ville de Québec et au maintien d'un filet social pour l'ensemble de la population, particulièrement pour les personnes marginalisées.

« On s'attendait vraiment à mieux du maire Marchand qui s'était engagé à soutenir davantage le milieu communautaire. Au lieu de cela, on constate que plusieurs organismes, notamment des organismes de défenses collectives des droits, se voient refuser ou retirer la reconnaissance de la ville. On s'explique mal le mépris de la Ville de Québec envers des groupes solidement ancrés dans le milieu et reconnus par le gouvernement du Québec », dénonce Vania Wright-Larin du RÉPAC 03-12.

« L'importance pour un organisme communautaire d'être reconnu par sa ville est majeur. Le manque d'ouverture du Maire Marchand et, de surcroît, de la Ville de Québec de reconnaître les organismes d'ACA démontre le manque d'empathie envers les difficultés financières de ces organismes qui peinent à rejoindre les deux bouts », souligne Catherine Gauthier du RGF-CN.

Notons que tous ces groupes se soumettent à un processus de reddition de compte auprès du gouvernement du Québec qui démontre l'étendue de leur mission, la rigueur de leur fonctionnement et l'importance qu'ils représentent pour la population de la Ville de Québec.

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Bolsonaro et 33 autres personnes sont dénoncées par la PGR pour tentative de coup d’État

25 février, par Henrique Rodrigues, Lucas Vasques — , ,
Le bureau du procureur général (PGR) a dénoncé l'ancien président Jair Bolsonaro (PL) devant la Cour suprême fédérale (STF), mardi (18 février), pour les crimes de formation (…)

Le bureau du procureur général (PGR) a dénoncé l'ancien président Jair Bolsonaro (PL) devant la Cour suprême fédérale (STF), mardi (18 février), pour les crimes de formation d'une organisation criminelle, d'abolition violente de l'État de droit démocratique et de tentative de coup d'État, pour sa participation aux événements survenus entre la fin de son mandat, en décembre 2022, et le fatidique 8 janvier 2023.

https://revistaforum.com.br/politica/2025/2/18/bolsonaro-mais-33-so-denunciados-pela-pgr-por-tentativa-de-golpe-veja-integra-174339.html

18 février 2025

Après une grande appréhension et une grande anxiété de la part d'une grande partie des Brésiliens, le PGR Paulo Gonet a présenté la plainte au STF, près de trois mois après que l'ancien occupant du Palais du Planalto et 39 autres personnes enquêtées aient été inculpés dans le cadre d'une enquête détaillée de la police fédérale composée de 884 pages et pleine de preuves recueillies par les agents.

Alexandre Ramagem, Almir Garnier Santos, Anderson Gustavo Torres, Augusto Heleno Ribeiro Pereira, Mauro César Barbosa Cid, Paulo Sérgio Nogueira de Oliveira et Walter Souza Braga Netto ont également été inculpés.

Les principaux points de l'acte d'accusation contre Jair Bolsonaro

Le MPF (Ministère Public Fédéral) dénonce une tentative de coup d'État et une structure criminelle visant à délégitimer les élections et à empêcher la transition du gouvernement.

Le ministère public fédéral (MPF) a déposé une plainte formelle contre Jair Bolsonaro et plusieurs membres de son gouvernement, les accusant de faire partie d'une organisation criminelle qui a tenté d'empêcher Luiz Inácio Lula da Silva d'accéder au pouvoir après les élections de 2022. Le document, signé par le procureur général de la République, Paulo Gonet, a été envoyé à la Cour suprême fédérale (STF) et est sous le rapport du juge Alexandre de Moraes.

À la tête d'une organisation criminelle

L'acte d'accusation affirme que M. Bolsonaro, ainsi que son colistier à la vice-présidence pour 2022, le général Braga Netto, ont coordonné et encouragé des actions visant à empêcher la transition du gouvernement. L'acte d'accusation décrit l'organisation comme étant structurée, hiérarchisée et avec une division des tâches entre ses membres. Parmi les personnes impliquées figurent des ministres, du personnel militaire et des conseillers directs, tous supposés être alignés sur le projet de maintenir Bolsonaro au pouvoir, quel que soit le résultat électoral. Les documents saisis indiquent que des réunions ont été organisées pour définir les stratégies du groupe.

Délégitimer les élections

Depuis 2021, Bolsonaro aurait promu un discours de méfiance à l'égard des urnes électroniques et du Tribunal supérieur électoral (TSE), préparant le terrain pour remettre en cause les résultats de l'élection de 2022. La stratégie comprenait des déclarations publiques, des émissions en direct et des réunions avec des autorités nationales et internationales pour répandre des soupçons infondés sur l'équité du processus électoral. Selon la plainte, ce discours a été méticuleusement planifié dans le cadre de la narration qui soutiendrait un coup d'État.

Utilisation de structures gouvernementales

L'ancien président aurait utilisé des organismes gouvernementaux, tels que la Police fédérale des routes (PRF) et le Bureau de la sécurité institutionnelle (GSI), pour entraver l'élection de son adversaire et créer une instabilité institutionnelle. Lors du second tour des élections, la PRF a mené des opérations dans des régions où Lula avait obtenu un nombre important de voix au premier tour, rendant difficile l'accès des électeurs aux bureaux de vote. En outre, les enquêtes montrent que Bolsonaro et ses alliés ont discuté de stratégies visant à instrumentaliser les forces armées et l'Abin (Agence brésilienne de renseignement) en faveur du plan de coup d'État.

Tentative de coup d'État

La plainte indique que Bolsonaro et ses alliés ont envisagé des mesures telles que la déclaration de l'état de siège, l'arrestation des ministres du STF et du TSE et l'annulation des élections sous des prétextes frauduleux. La police fédérale a identifié des projets de décrets prévoyant une intervention militaire et la suspension des institutions démocratiques, ainsi que l'emprisonnement éventuel d'opposants politiques et de membres du pouvoir judiciaire. Les documents saisis montrent que des réunions ont eu lieu pour discuter de ces plans, avec la participation de militaires d'active et de réserve.

Plan de violence et d'intimidation

L'un des aspects les plus graves de l'acte d'accusation mentionne l'existence de plans prévoyant la possibilité d'assassiner des autorités, telles que le ministre Alexandre de Moraes et le président élu lui-même, Luiz Inácio Lula da Silva. Parmi les documents saisis, des notes mentionnent une opération appelée « Poignard vert et jaune », qui prévoyait des attaques contre des personnalités du pouvoir judiciaire et de l'exécutif. La plainte indique que Bolsonaro a été informé de ces conspirations et qu'il a non seulement donné son accord, mais qu'il aurait également encouragé des groupes extrémistes à s'y joindre.

Mobilisation militaire et désobéissance à la Cour suprême

L'organisation aurait tenté de coopter les militaires pour qu'ils se joignent à un coup d'État, en faisant pression sur le haut commandement de l'armée et en utilisant les réseaux sociaux pour attaquer les généraux qui ne soutenaient pas la rupture démocratique. Selon les enquêtes, Bolsonaro et ses alliés ont cherché à obtenir le soutien d'officiers de haut rang, tandis que des personnalités militaires alignées sur le gouvernement ont fomenté une atmosphère de désobéissance au sein des forces armées. Malgré la résistance d'une partie du haut commandement, des secteurs des forces spéciales se seraient organisés pour rendre possible la tentative de coup d'État.

Lien avec les manifestations du 8 janvier

La plainte souligne que Bolsonaro et ses alliés ont encouragé et facilité la mobilisation des partisans, qui a culminé avec l'invasion et la destruction du siège des trois branches du gouvernement. Des messages interceptés révèlent que des membres de l'organisation criminelle ont maintenu un contact direct avec des manifestants qui campaient devant des casernes, les encourageant à faire pression sur les militaires pour qu'ils agissent. Le 8 janvier, l'action violente a été facilitée avec la connivence de secteurs de la sécurité publique du district fédéral. Les messages enregistrés révèlent que les organisateurs attendaient le feu vert de l'armée pour agir de manière plus incisive.

Preuves documentaires

Des manuscrits, des messages et des fichiers numériques ont été trouvés, détaillant le plan pour maintenir Bolsonaro au pouvoir, ainsi que des instructions pour discréditer les sondages et créer un environnement d'instabilité. Parmi les documents saisis figurent des projets de décrets de coup d'État, des comptes rendus de réunions de conspirateurs et des notes qui démontrent la planification méticuleuse de l'invalidation de l'élection de 2022. Les preuves recueillies par la police fédérale et le MPF renforcent la thèse selon laquelle les actes criminels n'ont pas été improvisés, mais sont le résultat d'une conspiration à long terme visant à saper la démocratie brésilienne.

Implications et développements

La plainte, désormais entre les mains du STF, pourrait conduire à l'ouverture d'une procédure pénale contre Bolsonaro et ses alliés, consolidant ainsi l'une des plus grandes affaires pénales de l'histoire politique du Brésil. Si elle est acceptée, la plainte pourrait donner lieu à des sanctions sévères, y compris de longues périodes d'emprisonnement pour les personnes impliquées. Le jugement rendu dans cette affaire pourrait constituer un précédent important en ce qui concerne l'obligation pour les anciens dirigeants de rendre compte des crimes commis contre la démocratie.

La défense de Bolsonaro nie les accusations, affirmant qu'il n'y a pas de preuves concrètes contre l'ancien président. Toutefois, la solidité des preuves présentées par le MPF renforce la possibilité de demander des comptes à l'ancien chef de gouvernement et à ses plus proches alliés.

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Personnes traumatisées craniocérébrales : Très vulnérables à la crise du logement, selon une étude

25 février, par Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec — , ,
Québec, le 19 février 2025 – Le Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec (Connexion TCC.QC <https://www.connexiontccqc.ca/> ) (…)

Québec, le 19 février 2025 – Le Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec (Connexion TCC.QC <https://www.connexiontccqc.ca/> ) tient aujourd'hui une conférence de presse pour dévoiler les résultats préliminaires d'une récente étude sur les conditions d'habitation des personnes traumatisées craniocérébrales (TCC)

Cette étude est menée en collaboration avec l'équipe de recherche Participation sociale et ville inclusive du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS <https://www.cirris.ulaval.ca/> ) de l'Université Laval.

Les résultats préliminaires de l'étude mettent en lumière que :

● Plus du 1/4 des participant·es ont mentionné que ce n'était pas leur décision de vivre dans leur milieu actuel ;
● 1/6 des participant·es prévoit déménager à moyen terme (2-3 prochaines années) ;
● près du 1/10 des participant·es ont déjà été ou pourraient être actuellement dans une situation d'instabilité résidentielle ;
● 2/3 des participant·es sont non-propriétaires et donc à risque d'être touché·es de plein fouet par la crise du logement.

« Le TCC survient de façon soudaine, ce qui a un impact considérable la capacité des personnes qui le subissent à continuer à travailler au même rythme qu'avant. Elles se retrouvent du jour au lendemain avec un revenu moindre et une dépendance accrue au soutien de leurs proches, les exposant ainsi à un risque d'instabilité résidentielle » explique Marie-Ève Lamontagne, chercheure au CIRRIS.

Depuis leur TCC, les participant·es ont en moyenne déménagé 2,8 fois, ce qui illustre le grand besoin de trouver un milieu de vie mieux adapté à leur nouvelle réalité. Les compressions budgétaires d'1,5 milliard en santé annoncées par Christian Dubé le mois dernier alertent le Regroupement, qui trouve la situation déjà préoccupante sur le terrain : manque ou absence de services spécifiques pour les personnes TCC dans de nombreuses régions, manque de logements adaptés et listes d'attente, etc. « Nous demandons au gouvernement que le prochain budget investisse dans le PSOC à la hauteur des besoins, afin que chaque personne subissant un TCC soit accompagnée dans son milieu de vie », affirme Marjolaine Tapin, directrice générale de Connexion TCC.QC.

Les données présentées ont été recueillies auprès de 175 membres participant aux activités des associations membres du Regroupement dans 12 régions du Québec. Les répondant·es sont des adultes avec un TCC modéré ou grave depuis au moins 5 ans.

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L’embuscade néo-fasciste au Brésil

25 février, par Valério Arcary — , ,
Concernant l'extrême droite en Amérique Latine, nous avons les yeux rivés sur l'Argentine. C'est oublier un peu vite la situation dans le pays voisin, le Brésil. Bien que Jair (…)

Concernant l'extrême droite en Amérique Latine, nous avons les yeux rivés sur l'Argentine. C'est oublier un peu vite la situation dans le pays voisin, le Brésil. Bien que Jair Bolsonaro a été écarté du pouvoir depuis 2023, l'extrême droite demeure un danger très présent.

À travers une analyse de la trajectoire politique du Lula et du lulisme, resitué dans une perspective historique de plus long terme, Valerio Arcary, historien et militant du PSOL, propose une analyse éclairante sur l'ampleur des risques politiques que traverse le pays.

18 février 2025 | tiré du site contretemps.eu
https://www.contretemps.eu/embuscade-neo-fasciste-bresil/

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Si le Brésil est aujourd'hui moins pauvre et mieux instruit qu'il y a quarante ans, il demeure néanmoins profondément injuste. Le constat historique est accablant. Certes, les inégalités sociales ont diminué, mais les changements restent minimes. Tout évolue à un rythme désespérément lent. Pire encore, ce qui ne progresse pas régresse. La direction luliste s'est retrouvée prise en otage par l'opération Lavajato, a démoralisé de larges secteurs de la classe travailleuse et de la jeunesse et a livré les classes moyennes exaspérées (par les accusations de corruption, l'inflation des services, les augmentations d'impôts, etc.) aux mains du pouvoir de l'« Avenida Paulista » (siège des grandes banques et entreprises), ouvrant la voie au gouvernement ultra-réactionnaire de Temer. Et Temer l'a remis entre les mains de l'extrême droite et de Bolsonaro.

Ce n'est pas pour cela qu'une génération s'est tant battue. Entre 1978 et 1989, Lula a gagné la confiance de la grande majorité de l'avant-garde ouvrière et populaire. Le rôle de premier plan de Lula était à la fois le reflet de la force sociale du prolétariat brésilien et, paradoxalement, de sa naïveté politique. Une classe ouvrière jeune et peu instruite, récemment issue des régions les plus défavorisées, sans expérience préalable de la lutte syndicale, sans tradition d'organisation politique indépendante, mais concentrée dans les grandes régions métropolitaines du nord au sud et, dans les secteurs les plus organisés, avec une volonté indomptable de se battre. L'illusion réformiste selon laquelle il serait possible de changer la société sans conflit majeur, sans rupture avec la classe dirigeante, était l'opinion majoritaire et la stratégie du « Lula là » a engourdi les attentes d'une génération. Cette expérience historique n'a pas encore été surmontée. Cependant, le gouvernement Lula III ne bénéficie pas du contexte exceptionnel d'il y a vingt ans, et les différences sont nombreuses. L'élément central est la présence d'un mouvement d'extrême droite, piloté par des néo-fascistes déterminés à reconquérir le pouvoir.

La stratégie du troisième mandat de Lula

Le projet du gouvernement Lula est de profiter du contexte international de relative reprise économique, après l'impact de la pandémie, en espérant que cette dynamique se poursuivra sous l'impulsion, à nouveau, de la Chine. Il entend maintenir un pacte avec la fraction bourgeoise qui l'a soutenu au second tour de 2022 contre Bolsonaro et a intégré le gouvernement, ainsi qu'avec la gouvernabilité au Congrès à travers le centrão, afin de garantir la continuité de la croissance et la mise en œuvre des réformes. Au cours de la première année de son mandat, la transition PEC a permis une croissance proche de 3 % et une augmentation de 12 % des revenus du travail, l'expansion du programme Bolsa Família, qui, dans 13 des 27 États, bénéficie à un plus grand nombre de personnes que celles disposant d'un contrat formel. Par ailleurs, le gouvernement a rétabli le salaire minimum, restructuré l'IBAMA et la FUNAI, lancé le programme Pé de Meia pour les élèves du secondaire, remis en place le plan national de vaccination et renforcé le soutien des banques publiques au projet Desenrola, pour aider les familles endettées. L'accès au crédit a été facilité par une baisse des taux d'intérêt et 100 nouvelles unités des Instituts Fédéraux d'enseignement techniques ont été créés, parmi d'autres initiatives visant à améliorer les conditions de vie des masses.

L'objectif était de maintenir une croissance du PIB supérieure à 3 % en 2024, de contenir l'inflation sous les 5 %, de poursuivre un ajustement fiscal progressif et de stimuler les investissements privés, tant nationaux qu'étrangers par le biais du cadre fiscal qui a remplacé le « Teto de Gastos », le plafond des dépenses (« Amendement constitutionnel sur le plafond des dépenses publiques en vigueur de 2003 à 2011 »). En bref, un engagement en faveur d'un réformisme « faible », mais avec une amélioration lente et régulière des conditions de vie et la garantie de préserver la démocratie. Au Brésil, si de petites réformes peuvent transformer la vie de millions de personnes, remporter une élection demeure impossible sans le soutien majoritaire de la classe travailleuse.

De bons indicateurs économiques ne suffiront pas. Il y a un conflit idéologique incessant et ininterrompu. Le lulisme conserve la confiance des plus pauvres, mais le bolsonarisme a gagné du terrain parmi les travailleurs « aisés » qui gagnent plus de deux salaires minimums et accumule des forces dans la « guerre culturelle » fort du soutien des églises néo-pentecôtistes. La population demeure profondément divisée, laissant planer une grande incertitude sur l'issue de 2026.

Cette stratégie s'inscrit dans la continuité du projet élaboré après la victoire électorale de 2002, qui a conduit aux succès de 2006, 2010, 2014, et plus dangereusement, celui de 2022.

Trois hypothèses sous-tendent cette approche.

Premièrement, le pari que le risque d'une nouvelle conspiration similaire au coup d'État institutionnel qui a renversé Dilma Rousseff en 2016 a été écarté temporairement.

Deuxièmement, l'idée que l'inéligibilité de Bolsonaro diminue fortement la probabilité qu'un de ses héritiers politiques l'emporte en 2026 face à Lula.

Troisièmement, la prévision selon laquelle la division de la bourgeoisie sur la nécessité de préserver le régime démocratique et électoral est devenue irréversible. Ainsi, en 2026, la faction capitaliste représentée par Geraldo Alckmin et Simone Tebet pourrait à nouveau soutenir Lula, refusant le risque d'une nouvelle présidence d'extrême droite.

Ces trois calculs contiennent plus qu'un simple « grain de vérité », mais ils sous-estiment gravement les risques encourus. Ils oublient les leçons du coup d'État de 2016 contre Dilma Rousseff. Les plus importantes sont au nombre de cinq :

1/ La première est la sous-estimation du courant néofasciste – l'erreur la plus catastrophique des sept dernières années – de son audace, de son implantation sociale et culturelle, de sa volonté de confrontation directe, de la confiance dans le leadership politique de Bolsonaro, et donc de la résilience du soutien social de l'extrême droite. Cela révèle que l'affrontement ne se limite pas à la perception d'une amélioration des conditions de vie, mais qu'il repose également sur une lutte politique, idéologique et même culturelle féroce portée par une vision du monde réactionnaire.

2/ La deuxième est le fantasme selon lequel il serait possible de maintenir indéfiniment une gouvernabilité « froide » et l'idéalisation du Frente Amplio, en croyant que les dirigeants bourgeois intégrés au ministère resteront loyaux. Cette vision oublie le rôle de Michel Temer et exagère la confiance dans la stabilité du gouvernement, qui repose sur des accords fragiles avec le Centrão au Congrès National, ignorant le danger d'un chantage inacceptable.

3/ La troisième est la sous-estimation personnelle de Bolsonaro en tant que leader de l'opposition et pré-candidat, même dans sa condition d'inéligibilité. Si nécessaire, ils peuvent le remplacer par un autre candidat – Tarcísio de Freitas, Michelle Bolsonaro, ou même un autre « personnage » – avec la conviction que le transfert de son capital électoral reste possible.

4/ La quatrième est la sous-estimation de l'émergence des revendications populaires, noires, féministes, LGBT, environnementales et culturelles, une erreur qui a été fatale au péronisme en Argentine. La confiance excessive dans la poursuite de de la croissance économique comme condition de la mise en œuvre de réformes progressives, peut être démentie, car la structure fiscale limite le rôle de l'investissement public et le marché international des matières premières reste imprévisible.

5/ La cinquième est l'élection de Trump aux États-Unis, qui a eu un effet catalyseur mondial, y compris au Brésil, et les victoires annoncées de l'extrême droite lors des prochaines élections en Europe, ainsi qu'une aggravation des conflits dans le système international avec la Chine.

L'émergence du néofascisme : un danger latent

Comment expliquer la force de l'extrême droite ? Le marxisme ne devrait pas être un déterminisme strictement économique. Mais l'économie joue un rôle clé.

Une mutation structurelle s'est opérée au cours de la dernière décennie. Entre 2013 et 2023, nous avons connu la première décennie régressive depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale :

(a) Pendant les trente « années glorieuses », l'Europe et le Japon ont reconstruit leurs infrastructures et mené à bien les réformes qui ont garanti le plein emploi et des concessions à la classe travailleuse. L'économie brésilienne en a bénéficié en tant que première destinataire des investissements étatsuniens dans la périphérie.

(b) dans les années 1980, un « mini-boom » sous Reagan a vu le Brésil sombrer dans une crise sociale, bien qu'il ait continué à croître.

(c) dans les années 1990, le « mini-boom » sous Clinton a permis la stabilisation de la monnaie brésilienne et du régime libéral-démocratique, facilitée également par la fin de l'URSS.

(d) dans la première décennie du 21e siècle, un « mini-boom » sous George W. Bush a vu le Brésil accumuler des réserves de centaines de milliards de dollars, grâce à l'appréciation exceptionnelle des matières premières stimulée par la croissance chinoise, un phénomène seulement comparable à l'inversion des termes de termes de l'échange durant les guerres mondiales.

La deuxième décennie du XXIe siècle a marqué, pour la première fois dans l'histoire, une période de stagnation. Rien de tel ne s'était jamais produit au Brésil. Le Brexit et Donald Trump, Jair Bolsonaro et Javier Milei sont l'expression électorale d'une stratégie visant à maintenir le leadership étatsunien dans le monde.

Une fraction de la bourgeoisie mondiale, insatisfaite du gradualisme néolibéral, a recours à une stratégie de choc hyper-libérale visant à démanteler les droits sociaux : elle prône la « latino-américanisation » des pays du centre, et l'« asiatisation » de l'Amérique latine afin d'égaliser les coûts de production avec la Chine. Elle veut imposer une défaite historique qui garantira la stabilité des régimes pour une génération.

Cependant, l'extrême droite ne se limite pas seulement à une stratégie économique pour maintenir son leadership sur le marché mondial. Il ne s'agit pas seulement d'un alignement politique sur les États-Unis au sein du système international. Le courant néo-fasciste présente des hétérogénéités internes, et des programmes différents selon les pays, mais repose sur un socle idéologique commun : nationalisme exalté, misogynie sexiste, racisme suprématiste blanc, homophobie pathologique, négationnisme climatique, militarisation de la sécurité, anti-intellectualisme, mépris de la culture et de l'art, méfiance à l'égard de la science.

Ce choc ne peut se concrétiser sans une restriction des libertés démocratiques, voire une destruction des libertés politiques L'extrême droite nourrit une soif de pouvoir et vise à renverser le régime libéral-démocratique. Elle ne cherche pas à « copier » le totalitarisme nazi-fasciste des années 1930 mais aspire à des régimes autoritaires. Elle admire Erdogan en Turquie, Bukele au Salvador et Duterte aux Philippines. Seule une lutte acharnée peut les arrêter.

Par des dénonciations incessantes, un mouvement sociopolitique d'extrême droite, dirigé par des néo-fascistes, s'est consolidé. Les néo-fascistes ont construit un narratif où ils prétendent qu'il existe « trop de droits » pour les travailleurs. Jair Bolsonaro a inventé la menace : « l'emploi ou les droits ? ». Ce qui est menacé par l'extrême droite au Brésil, ce sont toutes les conquêtes sociales, petites mais précieuses, obtenues depuis la fin de la dictature.

Les avancées de tous les mouvements sociaux, qu'ils soient populaires, liés au logement, aux droits des femmes, des Noirs, à la culture, aux étudiants, aux syndicats, aux paysans, aux LGBT, aux écologistes ou aux peuples autochtones. Le bolsonarisme n'est pas une réaction à une menace révolutionnaire, ni une tentative de lutte pour le pouvoir dans le système international des États, comme l'a été le nazifascisme dans l'Europe des années 1920, après la victoire de la révolution d'Octobre. Il n'existe aucun risque, même lointain, de révolution au Brésil.

Les néofascistes ont acquis une base de masse, parce qu'une fraction de la bourgeoisie s'est radicalisée et mène une offensive contre les travailleurs, soutenue par une majorité de la classe moyenne, entraînant avec elle certains secteurs populaires sous le prétexte qu'un choc de capitalisme « sauvage » est nécessaire.

L'extrême droite s'est développée en réaction à la crise de 2008-2009, qui a plongé le capitalisme occidental, y compris le Brésil, dans une décennie de stagnation tandis que la Chine poursuivait sa croissance. Son programme repose sur un néolibéralisme à la « fièvre de 40 degrés », un alignement inconditionnel sur Trump aux États-Unis et un régime autoritaire empreint de nostalgie pour la dictature militaire.

L'objectif du néofascisme est d'imposer une défaite historique en démantelant les réformes sociales progressistes : l'aide sociale qui protège 50 millions de personnes de l'extrême pauvreté, à travers le programme Bolsa Família ; l'accès à une pension vieillesse pour 38 millions de personnes âgées ; les soins de santé publics universels et gratuits à travers le SUS (Système Unifié de Santé) ; l'école publique universelle jusqu'à la fin de l'enseignement secondaire et l'élargissement des universités publiques avec des quotas pour les Noirs et les peuples autochtones ; l'augmentation du salaire minimum au-dessus de l'inflation, etc.

L'« exceptionnalité » brésilienne

Toutes les nations possèdent leurs singularités, leurs grandeurs et leurs misères. Le Brésil, bien que dépendant, est la plus grande puissance à la périphérie du capitalisme. Doté de dimensions continentales, il s'étend de l'Amazonie à la Pampa et concentre à lui seul la moitié de la population sud-américaine. Un peu plus de la moitié de ses habitants sont noirs, et son image internationale, façonnée au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, repose sur la beauté naturelle des tropiques, le carnaval et le football.

Mais c'est peut-être sur le plan politique que le Brésil se distingue le plus, à travers trois particularités majeures :

(a) une inégalité sociale d'une ampleur extrême, qui demeure presque intacte.

(b) une classe dirigeante historiquement habile à négocier des compromis pour résoudre les conflits sociaux et politiques.

(c) l ‘existence d'une énorme classe ouvrière et de l'un des partis de gauche les plus influents au monde.

Marqué par la domination impérialiste, le pays fut successivement colonie portugaise pendant trois siècles, semi-colonie britannique durant un siècle et, depuis le milieu du XXᵉ siècle, une zone d'influence étatsunienne. Mais son « exceptionnalité » réside dans ces dynamiques internes, qui produisent un paradoxe frappant : une lenteur sidérante des transformations sociales, incapables d'endiguer la profonde injustice qui accable le peuple.

L'histoire politique brésilienne est marquée par des transitions initiées d'en haut et par des compromis entre factions bourgeoises. Les conflits au sein de la classe dirigeante se résolvent par des négociations laborieuses, faites de concessions mutuelles et d'arrangements. Le pays n'a connu qu'une guerre civile limitée, au Rio Grande do Sul il y a un siècle et, pendant quelques mois, lors du soulèvement de São Paulo en 1932. La seule véritable rupture fut le coup d'État militaire de 1964.

Pourtant, au cours des dix dernières années, le Brésil est devenu un véritable « laboratoire » politique. Après tout, en 2018, Bolsonaro, un ancien militaire néofasciste, a remporté l'élection présidentielle après treize ans de gouvernements dirigés par le PT, le plus grand parti de gauche apparu à la fin du XXᵉ siècle, tandis que Lula était en prison. Pourquoi ? Bolsonaro a perdu sa réélection en 2022 face à Lula, a tenté un coup d'État militaire, a été déclaré inéligible par la justice en 2023, mais menace de se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2026, avec des taux de popularité très élevés, dans un contexte imprévisible. Les raisons de cette « exceptionnalité » sont multiples.

Le paradoxe brésilien : des tensions sociales sans bouleversements violents

Il existe des facteurs objectifs et subjectifs qui permettent de comprendre ce résultat. C'est un paradoxe, car l'inégalité sociale chronique dans un pays qui possède le PIB le plus élevé du monde périphérique, tout en concentrant proportionnellement la plus grande classe ouvrière, de gigantesques centres urbains et plus de vingt villes de plus d'un million d'habitants, devrait entraîner un niveau de tension sociale extrêmement élevé. Or, ce ne sont que les luttes sociales qui favorisent le changement, qu'il passe par la réforme ou la révolution. Mais ce n'est pas le cas. Le Brésil était, aux côtés de l'Afrique du Sud, le champion mondial des grèves dans les années 1980. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Tous les principaux voisins du Brésil – l'Argentine (2001-2002), le Venezuela (2002), le Chili (2019), ainsi que le Pérou, l'Équateur et la Bolivie – ont connu des situations pré-révolutionnaires au cours de ce siècle. Ce n'est pas le cas du Brésil. Ce qui y a prévalu, c'est l'expérience du lulisme. Le PT a remporté cinq des six élections présidentielles depuis 2002. Il a fallu un renversement « institutionnel » du gouvernement de Dilma Rousseff pour ouvrir la voie à l'élection d'un néofasciste comme Bolsonaro. Il ne s'agit cependant pas d'un coup d'État « froid ». Les mobilisations entre 2015 et 2016 ont fait descendre des millions de personnes dans les rues en faveur de la destitution de Roussef et ont galvanisé une ultra-droite puissante, dont l'influence est intacte à ce jour.

Cette séquence a précipité un tournant réactionnaire, modifiant durablement le rapport de forces au sein de la société brésilienne, et ce, malgré la courte victoire de Lula en 2022. Et la situation pourrait empirer en 2026. Dans la principale ville du pays, un bouffon histrionique et néofasciste, Pablo Marçal, vient de s'imposer en 2024 comme une figure montante de l'extrême droite, porté par une ascension fulgurante. Une confirmation que le danger est bien réel et imminent. Personne ne peut sous-estimer la menace de son retour au pouvoir national.

Différentes hypothèses ont émergé pour expliquer ce paradoxe. Deux d'entre elles se distinguent par leur importance et contiennent chacune une part de vérité :

(a) la théorie ultra-objectiviste qui met en avant la puissance de la bourgeoisie brésilienne ;

(b) la théorie ultra-subjectiviste qui insiste symétriquement sur la fragilité de la conscience populaire.

Toutefois, cette approche est circulaire et donc insuffisante. Il est indéniable que la richesse et le pouvoir colossaux de la bourgeoisie brésilienne, alliés à son extrême conservatisme et à une remarquable intelligence stratégique, ont joué un rôle clé dans le maintien du statu quo et la neutralisation de la pression sociale en faveur du changement. Parallèlement, la classe ouvrière brésilienne, très hétérogène, souffre d'une faiblesse subjective qui limite ses capacités d'auto-organisation et d'unité. Cela explique à la fois son étonnante patience politique et ses illusions persistantes quant aux solutions concertées.

Mais un troisième facteur mérite d'être pris en compte : le rôle des classes moyennes.

Historiquement, la classe moyenne brésilienne est restée plus restreinte que son équivalente argentine. Pourtant, comme dans tous les pays urbanisés, elle constitue un rempart essentiel à la stabilité de la domination de la bourgeoisie. Elle se compose principalement des couches salariées supérieures qui ont bénéficié d'un accès à l'éducation plus élevé et qui partagent un mode de vie distinctif. Au Brésil, il n'y a pas de Noirs dans la classe dirigeante et très peu dans la classe moyenne. Le pays est profondément fracturé sur le plan racial, et la blancheur y confère un statut privilégié. C'est important.

De la dictature au premier gouvernement Lula

Le Brésil d'aujourd'hui a qualitativement changé par rapport à la fin des années 1970, mais son évolution a suivi une trajectoire distincte de celle de ses voisins. Tout au long de ce cycle historique, les rapports de force entre les classes ont connu de nombreuses oscillations, parfois favorables aux travailleurs et à leurs alliés, parfois défavorables. Pourtant, jamais une situation véritablement révolutionnaire ne s'est ouverte.

Voici un aperçu de la période qui a précédé la première élection de Lula. Ce qui importe ici, c'est qu'à chaque moment où une rupture semblait possible, elle a été évitée :

(a) 1978-1981 : Une montée des luttes ouvrières et étudiantes culmine avec les grandes grèves de l'ABC, mais la défaite du mouvement en 1981 conduit à une stabilisation fragile jusqu'en 1983. L'échec du plan de relance économique de Delfim Neto, qui devait stimuler les exportations par la dévaluation monétaire, aggrave l'inflation sans relancer la croissance.

(b) 1984 : Une nouvelle vague de mobilisation secoue le pays avec lacampagne Diretas Já, qui marque la fin de la dictature militaire. Pourtant, le gouvernement de João Figueiredo ne tombe pas.

(c) 1985-1986 : La prise de pouvoir par le tandem Tancredo/Sarney et le lancement du Plan Cruzado, permettent une brève stabilisation avant qu' un nouveau pic de mobilisation populaire contre l'hyperinflation, ne s'amorce, culminant avec l'élection présidentielle de 1989, où Lula atteint le second tour.

(d) 1992 : Après un court répit avec le plan Collor, le pays replonge dans la crise avec la montée du chômage et la persistance de l'hyperinflation. La contestation culmine avec la campagne Fora Collor (« dehors Collor ! »), qui entraîne sa destitution.

(e) 1994-1995 : L'investiture d'Itamar Franco et l'adoption du Plan Real ouvrent une période de stabilisation plus durable. Mais la défaite de la grève des travailleurs du pétrole en 1995 marque un tournant défavorable et le début d'une phase défensive pour les mouvements sociaux.

(f) 1995-1999 : Les luttes de résistance reprennent progressivement, atteignant un point culminant en août 1999 avec une manifestation de 100 000 personnes scandant « FHC dehors ! contre le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Pourtant, l'attentisme des dirigeants du PT et de la CUT freine la radicalisation, leur priorité étant de construire une coalition électorale en vue de 2002, jugée incompatible avec un climat de confrontation sociale.

Durant tout cette période, le pays connait régulièrement des chocs ou des virages au sein du champ politique : en 1985, la dictature militaire prend fin mais ne s'effondre pas. Le premier président élu au suffrage universel en 1989, Fernando Collor, est destitué en 1992 après un jugement politique, mais sans élections anticipées. En 2011, Dilma Rousseff devient la première femme élue présidente par un parti de gauche, mais elle est renversée en 2016 sans que le PT ne soit interdit. Lula est emprisonné en 2018. La même année, le néofasciste Bolsonaro accède au pouvoir par les urnes, plongeant le pays dans une régression historique face à la pandémie, mais il ne tombe pas sous le coup d'une destitution.

Entre-temps, en juin 2013, une « explosion » sociale soudaine et imprévue secoue le pays. Mais cela n'a rien à voir avec le renversement de De La Rúa en Argentine en 2001-2002. De 2003 à juin 2013, sous les gouvernements de Lula et Dilma, le Brésil connaît une relative stabilisation sociale, portée par une croissance économique soutenue d'environ 4 % par an et la consolidation d'un filet de sécurité sociale. Jusqu'à ce qu'une vague de protestations populaires, aussi soudaine qu'intense, déferle sur tout le pays, rassemblant des millions de manifestants.

Ce soulèvement, comparable à une éruption volcanique, est pourtant stoppé dès le premier semestre 2014, avant la réélection de Dilma Rousseff. La véritable rupture survient entre mars 2015 et mars 2016, lorsque d'immenses mobilisations réactionnaires, majoritairement issues des classes moyennes et attisées par les accusations de corruption de l'opération Lava Jato, prennent une ampleur sans précédent. En quelques mois, des millions de Brésiliens descendent dans la rue pour soutenir un coup d'État juridico-parlementaire aboutissant à la destitution de Dilma Rousseff.

À ce moment-là, le cycle politique semble définitivement clos. Pourtant, il n'en est rien : le Brésil avance, lentement.

Ce cycle a représenté la dernière phase de la transformation tardive mais accélérée du Brésil agraire en une société urbaine ; la transition de la dictature militaire vers un régime démocratique-électoral ; et l'histoire de la genèse, de l'essor et de l'apogée de l'influence du pétisme, ensuite transfiguré en lulisme, sur les travailleurs. La classe dominante a réussi, à grands pas, à empêcher l'émergence d'une situation révolutionnaire au Brésil, comme celles vécues en Argentine, au Venezuela et en Bolivie, bien que, à plusieurs reprises, des circonstances propices aient vu le jour et auraient pu évoluer dans cette direction, mais ont été interrompues.

Une perspective historique peut nous aider à comprendre cela. L'élection en 2002 d'un président ouvrier dans un pays capitaliste semi-périphérique comme le Brésil a été un événement atypique. Du point de vue de la bourgeoisie, il s'agissait d'une anomalie, mais pas d'une surprise. Le PT n'inquiétait plus la classe dirigeante comme en 1989. Un bilan des treize années de gouvernement du PT semble irréfutable : le capitalisme brésilien n'a jamais été menacé par les gouvernements du PT. Mais cela n'a pas empêché l'ensemble de la classe dirigeante de s'unir en 2016 pour renverser Dilma Rousseff avec des accusations ridicules. Cette opération politique, une conspiration menée par le vice-président Michel Temer, révèle quelque chose d'importance stratégique sur la classe dirigeante brésilienne.

Les gouvernements du Parti des Travailleurs (PT) se sont inscrits dans une logique de collaboration de classe. S'ils ont mis en place certaines réformes progressistes, comme la réduction du chômage, l'augmentation du salaire minimum, le programme Bolsa Família ou encore l'expansion des universités et des instituts fédéraux, leur politique a surtout bénéficié aux plus riches. Jusqu'en 2011, ils ont maintenu intact le triptyque macroéconomique libéral, reposant sur un excédent primaire supérieur à 3 % du PIB, un taux de change flottant autour de 2 réais pour un dollar et un objectif de maîtrise de l'inflation sous la barre des 6,5 % par an. Dans un contexte international favorable, le silence de l'opposition bourgeoise et le soutien explicite des banquiers, des industriels, des grands propriétaires terriens et des investisseurs étrangers ne sauraient surprendre.

Lorsque l'impact de la crise internationale déclenchée en 2008 a frappé le Brésil en 2011-2012, le soutien inconditionnel de la classe dirigeante aux gouvernements du PT s'est effondré. La défaite d'Aécio Neves en 2014 ne laissa plus aucun doute : l'élite économique et politique choisit la voie du coup d'État. La dénonciation du « petrolão » par l'opération Lava Jato ne fut qu'un prétexte, un instrument au service de cette offensive. « L'œuf de serpent » du néofascisme était déjà là.

La manifestation dirigée par Jair Bolsonaro sur l'avenue Paulista le 7 septembre 2024 fut une nouvelle démonstration de force du néofascisme. Ce ne fut ni un fiasco, ni un simple faux pas. Pendant trois heures, sous un soleil accablant, environ 50 000 personnes ont scandé leur soutien à l'amnistie des auteurs du coup d'État et réclamé la destitution d'Alexandre de Moraes. Ils ont également acclamé Pablo Marçal, porté en triomphe par la foule.

Le marxisme est un réalisme révolutionnaire : il serait naïf et dangereux de minimiser l'ampleur de la radicalisation de l'extrême droite, une erreur récurrente et fatale de la majeure partie de la gauche brésilienne – qu'elle soit modérée ou radicale – depuis 2016. L'argument selon lequel il ne faut ni sous-estimer ni surestimer cette menace est une formule « élégante », mais fondamentalement escapiste. L'escapisme est une forme de déni. L'état de déni est une attitude défensive qui permet d'éviter d'affronter de front un danger immense. Il ne sert qu'à perdre du temps, en nourrissant l'illusion que l'on est en train de « gagner » du temps. Il existe un public de masse pour le discours du « contre tout ».

La radicalisation antisystème est d'extrême droite. Mais cet extrémisme n'est pas neutre, il est réactionnaire. L'attrait de l'hystérie antisystème de l'extrême droite ne peut pas être contesté par la gauche au Brésil. Un tel discours impliquerait de rompre avec le gouvernement Lula III et de passer dans l'opposition. Or, l'échec de cette stratégie est manifeste : les organisations qui ont tenté de radicaliser leur discours contre Lula sont restées invisibles.

Cet espace est inexistant parce que le rapport de forces social s'est profondément inversé. Nous sommes dans une situation de repli extrême, où la confiance des travailleurs dans leurs organisations et leur propre capacité de lutte est au plus bas. Les attentes se sont effondrées, et même parmi les secteurs les plus conscients et militants de la classe travailleuse, c'est l'appréhension qui domine. Nous sommes dans un rapport de forces défavorable.

Il ne s'agit pas d'une véritable polarisation sociale et politique. La polarisation n'existe que lorsque les deux camps principaux – le capital et le travail – disposent de forces relativement équivalentes. Le Brésil est fragmenté, mais croire que la victoire électorale de Lula, avec une marge de deux millions de voix sur 120 millions de votes valides, refléterait une équivalence des positions sociales de force relève d'une illusion dangereuse. Nous sommes sur la défensive, et dans ce contexte, l'unité de la gauche dans les luttes, y compris sur le plan électoral, est plus que jamais indispensable.

La situation reste défavorable

La gauche modérée a traversé une crise mondiale face à l'offensive de l'extrême droite : le travaillisme, le PS portugais et français, le PSOE, le Pasok, voire Syriza, le PT et le péronisme. Mais ce fut un processus partiel et conjoncturel, dont elle s'est relevée. Les masses s'appuient sur les outils dont elles disposent pour se défendre. Dans ce contexte, la gauche radicale peut occuper un espace, mais elle n'a pas à se replier sur le propagandisme. Elle peut démontrer son utilité en tant qu'instrument de lutte efficace dans le cadre du Front Unique, à condition d'accompagner, avec une patience révolutionnaire, le mouvement réel de résistance au néofascisme. L'unité de la gauche ne doit pas servir à museler les critiques légitimes sur les hésitations inutiles, les accords erronés, les décisions mal avisées ou les capitulations inexcusables. Cependant, l'ennemi central demeure le néofascisme.

Une stratégie d'opposition de gauche au gouvernement de Lula serait une erreur grave, à la fois dangereuse et stérile. La victoire électorale de Lula en 2022 fut un événement majeur, précisément parce qu'elle masquait une réalité bien plus inquiétante que ce que le résultat des urnes laissait entrevoir. D'ailleurs, cette victoire n'a été possible qu'avec le soutien d'une dissidence bourgeoise.

De nombreux facteurs expliquent le caractère réactionnaire de la situation. Parmi eux, la défaite historique de la restauration capitaliste entre 1989 et 1991 façonne le contexte actuel, car il n'existe plus de référence à une alternative utopique, comme le socialisme l'a été pendant trois générations.

La restructuration productive a progressivement imposé une accumulation de défaites et a également creusé des divisions au sein de la classe travailleuse. Les gouvernements dirigés par le PT entre 2003 et 2016 ne sont pas exempts de responsabilité, en raison d'une stratégie de collaboration de classe qui a limité les transformations à des réformes si minimalistes qu'il n'a pas été possible de mobiliser les masses pour défendre Dilma Rousseff au moment de sa destitution. Les défaites accumulées pèsent lourd. Nos adversaires sont à l'offensive.

Il est inutile de débattre de la question de savoir si la défaite électorale de Jair Bolsonaro aurait été possible sans Lula. Rappelons que la stratégie gagnante reposait sur un Lula « paix et amour » opposé au cabinet de la haine, tout en étant soutenu par Geraldo Alckmin. La victoire a été obtenue grâce à des tactiques ultra modérées. Cette évidence devrait nous guider dans l'évaluation réaliste des rapports de forces politiques.

Après deux ans de gouvernement, Lula est toujours au pouvoir, mais le pays demeure profondément fragmenté. Cela confirme que, si le rapport de forces s'est amélioré sur le plan politique depuis son élection, il n'y a pas encore eu de renversement sur le plan social :

(a) Les différentes enquêtes d'opinion confirment qu'environ la moitié de la population approuve le gouvernement, tandis que l'autre moitié le désapprouve, avec de légères variations. Les fluctuations sur le long terme restent dans les marges d'erreur. Il existe des divergences entre le soutien à Lula, qui atteint 47,4 % contre 45,9 %, et les 40 % qui déclarent désapprouver le gouvernement (contre 39 % en janvier). Ceux qui approuvent représentent 38 % (soit une baisse de 4 points de pourcentage par rapport au sondage précédent),tandis que plus de 18 % considèrent la gestion comme « passable ».

(b) L'action du gouvernement n'a pas réussi jusqu'à présent à diminuer l'influence de l'extrême droite, qui conserve une audience d'environ un tiers de la population.

(c) Le clivage socioculturel demeure inchangé.

Le bolsonarisme conserve une influence prépondérante parmi les classes moyennes gagnant plus de deux salaires minimums, dans le Sud et le Sud-Est du pays, ainsi que chez les évangéliques. À l'inverse, le lulisme reste dominant parmi les classes populaires, aux deux extrémités du spectre éducatif – chez les moins éduqués et les diplômés de l'enseignement supérieur –, ainsi que parmi les catholiques et dans le Nordeste. En somme, il n'y a que peu d'évolutions qualitatives.

Toutefois, ce constat ne saurait être interprété comme rassurant. Le gouvernement n'est pas plus solide, malgré le contraste abyssal avec l'ère Bolsonaro. Après un an de mandat, les fluctuations du soutien ou du rejet de Lula restent minimes, mais une tendance baissière plus marquée se profile en 2024. Ces évolutions ne découlent jamais d'un seul facteur. Dans un pays aussi inégalitaire, la conscience politique de dizaines de millions de personnes est influencée par de multiples dynamiques. Il n'est donc pas surprenant que les résultats les plus négatifs pour le gouvernement se concentrent – et de loin – parmi les personnes gagnant plus de trois fois le salaire minimum, ayant un niveau d'éducation intermédiaire, les hommes plus âgés, ainsi que dans les régions du Sud-Est et du Sud, et chez les évangéliques. En d'autres termes, l'électorat de Bolsonaro.

Par ailleurs, la force bolsonariste est redescendue dans la rue, avec des manifestations massives réclamant l'amnistie des putschistes, telles une avalanche néo-fasciste. Cette mobilisation pose un défi majeur. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas exclu que Bolsonaro soit arrêté en 2025.

La stratégie de Lula III

La voie de la lutte politique est sinueuse, parfois labyrinthique, jalonnée de virages, de hauts et de bas, sans jamais suivre une ligne droite. La plupart des dirigeants du PT ont misé sur l'usure du gouvernement d'extrême droite, convaincus que l'exaspération et la lassitude suffiraient à assurer la victoire de Lula en 2022. Ils ont fait le pari d'une patience stratégique. Lula a gagné, mais de justesse. Aujourd'hui, son gouvernement repose sur une autre hypothèse : celle que la « bonne gouvernance », en répondant à une partie des besoins urgents de la population à travers des « livraisons » et des réalisations concrètes, qui suffira pour consolider un second mandat en 2026.

Bolsonaro, lui, ne misera pas sur une tactique d'attente passive. Le bolsonarisme est un mouvement combatif. L'extrême droite comprend la « pathologie » de sa base sociale. Dans une société aussi inégalitaire, les privilèges matériels et sociaux ne se maintiennent que parce que ceux qui en bénéficient se battent avec acharnement pour les défendre. Elle sait exploiter l'arrogance d'une nouvelle génération bourgeoise à la tête de l'agro-industrie, nourrie d'un ressentiment socioculturel à l'égard des élites urbaines cosmopolites, qui les méprisent comme des brutes machistes et des négationnistes du changement climatique. Elle instrumentalise également l'amertume d'une partie des classes moyennes, gangrenée par le racisme, l'homophobie et le sentiment de déclassement. Elle s'appuie sur la méfiance anti-intellectuelle, savamment entretenue par les églises-entreprises néo-pentecôtistes.

Sans transformations profondes et tangibles dans la vie quotidienne – des salaires plus élevés, des emplois dignes, une éducation de qualité, un SUS (le régime brésilien de sécurité sociale) renforcé et un véritable accès à la propriété –, il est illusoire de croire que l'on pourra diviser cette base sociale. Vaincre le bolsonarisme exige une volonté de lutte, une capacité de manœuvre tactique, de l'audace pour opérer des virages stratégiques, une volonté de confrontations, ainsi qu'une constance et une patience calculée pour gagner du temps, avant d'opérer un nouveau tournant et d'évaluer les rapports de force. Mais jusqu'à présent, le gouvernement a surtout temporisé. Il a misé sur la « pacification » : un pas en avant, puis plusieurs pas en arrière. N'avons-nous rien appris de la défaite du péronisme en Argentine et du recul de Kamala Harris aux États-Unis ?

Radicalisation à droite sans polarisation

De nombreux observateurs à gauche décrivent cette évolution comme une tendance à la polarisation. L'idée est séduisante, mais elle est dangereusement trompeuse, car les deux pôles de la lutte des classes n'occupent pas des positions équivalentes. Dans le camp réactionnaire, ce sont les éléments les plus radicaux qui dirigent. Dans le camp de la gauche, ce sont les plus modérés qui gouvernent. L'extrême droite a absorbé l'influence des partis traditionnels de centre-droit (MDB, PSDB, União Brasil), mais le gouvernement de Lula n'est pas un gouvernement de gauche, puisqu'il a accepté un pacte avec la fraction libérale dirigée par Tebet/Alckmin.

Dans un contexte de stabilité du régime libéral-démocratique, la majorité de la population se positionne généralement au centre de l'échiquier politique, soutenant alternativement le centre-droit ou le centre-gauche, qui se succèdent à la tête de l'État. C'est ce qui s'est produit au Brésil depuis la fin de la dictature, avec trois gouvernements de centre-droit, suivis de quatre gouvernements du PT. C'est cette dynamique qui a assuré la plus longue période de stabilité du régime démocratique libéral, soit trente ans (1986-2016).

Cette période, que le marxisme considérait comme une hypothèse improbable dans les pays périphériques mais qui est devenue possible après la fin de l'URSS, est désormais révolue. L'un des plus grands défis pour la gauche est d'admettre cette réalité. Cependant, ce qui a suivi ne peut être expliqué par une polarisation. La polarisation suppose un renforcement simultané des extrêmes, or ce n'est pas ce que nous vivons au Brésil depuis 2016. Depuis le coup d'État institutionnel et l'inversion du rapport de forces social, seule l'extrême droite s'est radicalisée, exerçant une attraction gravitationnelle qui a entraîné avec elle l'influence historique des conservateurs traditionnels, à la manière d'un filet dérivant. Ce phénomène n'est pas une polarisation, mais un glissement unilatéral. L'idée de « polarisation asymétrique » peut sembler plus élégante, mais elle reste inexacte. À gauche, les positions sont restées stables et il n'y a pas eu de radicalisation. Au contraire, le gouvernement Lula se déplace vers le centre, abandonne toute mobilisation populaire et élargit sa coalition avec des partis de droite pour préserver sa majorité au Congrès. Cela crée une vulnérabilité critique : il suffirait d'une crise avec ses alliés pour que la menace néofasciste et son projet de subversion bonapartiste du régime deviennent une réalité imminente.

La clé de l'analyse est que la gauche est en position défensive. De nombreux facteurs expliquent la perplexité, la baisse des attentes et le climat d'insécurité au sein de sa base sociale. L'autorité de Lula reste forte, mais elle coexiste avec la peur et le découragement dans le mouvement ouvrier et syndical, après des années de revers et de défaites. La volonté de lutte est faible parmi les forces de gauche, voire inexistante.

La situation n'est guère différente dans les mouvements sociaux populaires. Depuis la campagne électorale de 2022, la capacité de mobilisation est restée faible. Ce phénomène s'explique en grande partie par la fragmentation des classes populaires. L'ascension sociale par l'éducation n'est plus garantie. Les travailleurs de la classe moyenne – plus éduqués, souvent d'origine européenne, avec des revenus légèrement plus élevés – voient leurs conditions de vie stagner, voire se détériorer, ce qui nourrit un ressentiment croissant envers ceux qui bénéficient des programmes de transfert monétaire.

Les tensions sociales et culturelles aggravent cette situation. Une partie des jeunes hommes perçoit les avancées féministes comme une menace directe. Par ailleurs, la phobie anti-LGBT+ s'est intensifiée dans les secteurs les plus conservateurs, attisée par la guerre idéologique et culturelle menée par les églises évangéliques. Dans ce contexte, les néo-fascistes exploitent un nationalisme exacerbé et accusent les mouvements écologistes qui défendent l'Amazonie d'être les instruments d'un complot international.

Les divisions ont des conséquences paralysantes. Le militantisme a transféré à Alexandre de Moraes la responsabilité de juger les auteurs du coup d'État, à commencer par Bolsonaro. Cependant, il serait injuste de ne pas souligner le rôle du gouvernement et de Lula lui-même dans la démobilisation. L'avant-garde cherche un point d'appui pour favoriser une issue politique plus avancée. Parmi tous les compromis concédés depuis l'investiture – et ils ont été nombreux –, aucun n'a été plus grave que l'attitude adoptée envers les Forces armées, même après que leur complicité avec le coup d'État ait été clairement établie.

La décision de ne pas saisir l'occasion du 60ᵉ anniversaire du coup d'État militaire de 1964 pour organiser une initiative de mobilisation et d'éducation politique de masse a été profondément démoralisante. L'erreur la plus grave que pourrait commettre la gauche serait de sous-estimer l'impact de cette contre-offensive des néofascistes. Si on ne les arrête pas, ils avanceront.

Réfléchir à l'avenir n'est possible que si nous comprenons d'où nous venons et ce que l'histoire nous a appris. Depuis 2016, lorsque le rapport de forces social a été structurellement bouleversé, cinq enseignements sont cruciaux :

(a) Après la victoire serrée contre Aécio Neves en 2014, le PT a fait le pari de la « gouvernabilité » en s'alliant avec une fraction de la classe dirigeante, notamment à travers la nomination de Joaquim Levy, au ministère des Finances. Ce choix a échoué et a abouti au coup d'État institutionnel de 2016, porté par d'immenses mobilisations réactionnaires. Le pari selon lequel les Tribunaux suprêmes ne valideraient pas le coup institutionnel orchestré via le Congrès national s'est également avéré vain.

(b) L'accumulation ininterrompue de défaites jusqu'à 2022 a laissé des séquelles profondes, encore non surmontées, sur le moral de la classe travailleuse et l'état d'esprit de la gauche militante. Parmi ces défaites : la démoralisation de l'opération Lava Jato, l'incarcération de Lula, la réforme du droit du travail, l'élection de Bolsonaro, une nouvelle réforme des retraites, la catastrophe humanitaire pendant la pandémie, ainsi que la recrudescence des incendies en Amazonie et dans le Cerrado.

(c) Minimiser le danger de l'extrême droite a été une erreur impardonnable. Le néofascisme n'est pas seulement un courant électoral, mais un mouvement socio-politique et culturel de masse, avec une dimension internationale. Il a conquis près de la moitié du pays non seulement par les urnes, mais aussi par l'occupation militante de l'espace public. De plus, il a déjà prouvé que Bolsonaro peut transférer ses votes à d'autres figures politiques.

(d) Une analyse complexe de la défaite électorale de Bolsonaro en 2022 doit prendre en compte de multiples facteurs. Cependant, il serait illusoire de nier que le rôle personnel de Lula a été décisif et qualitativement déterminant dans ce résultat.

(e) La victoire de Lula a modifié le rapport de forces politique, mais elle n'a pas suffi à inverser le rapport de forces social. C'est là le défi central qui reste à relever.

Contradictions sociales et politiques dans le Brésil de Lula

Cependant, ce cadre reste insuffisant pour analyser les divergences entre le rapport de forces social et politique. Trois questions fondamentales doivent être posées :

1/ La capacité d'initiative politique ne se limite pas aux mécanismes institutionnels de la lutte politique « professionnelle » au sein des instances du pouvoir. Le bolsonarisme conserve une force de mobilisation sociale bien plus importante que le lulisme dans la rue.

2/ Dans les sondages et lors des élections, chaque vote a le même poids, mais dans la lutte sociale et politique, ce qui prévaut, c'est la défense des intérêts des classes et des fractions de classes les plus organisées. Ce n'est pas la même chose que la gauche soit forte parmi la majorité du semi-prolétariat le plus pauvre, les jeunes, les Noirs et les femmes, alors que le bolsonarisme s'impose dans l'agro-industrie, parmi les couches moyennes des grands propriétaires terriens, les salariés gagnant entre 5 et 10 salaires minimums et les églises évangéliques. De même, il y a une différence entre le fait que la gauche soit bien implantée dans le Nordeste et que le bolsonarisme soit majoritaire dans le Sud-Est et le Sud du pays.

3/ Les principaux « bataillons » de la classe travailleuse organisée, notamment les travailleurs sous contrat formel dans le secteur privé et dans l'administration publique, restent profondément divisés. L'extrême droite a réussi à gagner du terrain au sein de certaines fractions de la classe ouvrière, ce qui fragilise le potentiel de mobilisation de la gauche.

Dans l'analyse de la situation, il est crucial de rappeler que la lutte des classes ne se réduit pas à une simple opposition entre le capital et le travail. Ni le capital ni le travail ne sont des classes homogènes ; il est impératif de considérer leurs fractions de classe.

La bourgeoisie se compose de plusieurs factions aux intérêts propres (agricoles, industriels, financiers), bien que fortement concentrés.

Le monde du travail, quant à lui, est marqué par des réalités distinctes : prolétariat, semi-prolétariat, salariés avec ou sans contrat, travailleurs du Sud ou du Nordeste. Les classes moyennes jouent un rôle crucial : la petite bourgeoisie et la nouvelle classe moyenne urbaine. La lutte des classes ne se limite pas uniquement à la « structure » de la vie économique et sociale. Elle se déroule également dans la superstructure de l'État, sous la forme d'affrontements entre les institutions du pouvoir : le gouvernement, le pouvoir législatif, la justice et les forces armées. Il existe un conflit permanent entre les Tribunaux suprêmes et l'armée, et dans une large mesure, contre le Congrès. Sous-estimer ces affrontements serait une grave erreur.

Tout comme une partie de la gauche modérée exagère l'importance des affrontements au sommet amplifiés par les organes de presse de la bourgeoisie, une frange de la gauche radicale sous-estime la lutte politique entre les représentants des différentes fractions de la classe dominante dans l'arène institutionnelle. C'est précisément le rôle du régime libéral-démocratique : permettre que ces divergences s'expriment et se résolvent publiquement. Le pari du gouvernement Lula sur une gouvernabilité “froide”, sans mobilisation active d'une base sociale, repose sur cette dynamique et répond à un calcul clair : éviter à tout prix une “vénézuélisation” du Brésil.

Aujourd'hui, sous la direction d'Arthur Lira, la Chambre des députés contrôle une part du budget plus importante que la plupart des ministères. Toutefois, ceux qui accordent une confiance excessive à l'issue de ces différends se trompent. Le sort de Bolsonaro ne dépend pas uniquement d'un jugement « technique ». Il se dirige vers une défaite juridique, mais il peut survivre politiquement tant que 40 % de la population estime qu'il est persécuté. Après le 8 janvier 2023, la question politique centrale est de savoir si Bolsonaro et les généraux seront condamnés et emprisonnés.

Une analyse marxiste doit commencer par l'étude des évolutions économiques. Depuis le début du mandat de Lula, trois variables majeures ont façonné la situation :

La confirmation du maintien d'importantes entrées de capitaux étrangers, permettant une réduction du déficit de la balance des paiements et consolidant les attentes positives des investisseurs internationaux.

– Un excédent commercial atteignant des records historiques, entraînant une augmentation du niveau des réserves ainsi que des recettes fiscales.

La poursuite de la croissance amorcée après la pandémie, qui s'est traduite par une baisse rapide du chômage, une hausse des salaires et une réduction de l'inflation, autant d'indicateurs positifs

Cependant, ces avancées restent insuffisantes pour réduire l'audience de l'extrême droite parmi les salariés diplômés de l'enseignement supérieur du Sud-Est et du Sud, qui gagnent entre 3 et 5 salaires minimums.

Les divisions au sein de la classe travailleuse n'ont donc pas été surmontées.

L'évaluation des fluctuations économiques doit suivre une méthode rigoureuse : tout ne peut être expliqué uniquement par l'économie. Quelles sont les conséquences des événements mondiaux, en particulier dans les pays ayant le plus d'impact sur la situation brésilienne ?

Parmi ces événements, certains ont fortement renforcé le moral du bolsonarisme : la victoire de Trump aux États-Unis ; l'élection de Javier Milei en Argentine ; l'ascension fulgurante de l'extrême droite au Portugal.

Quelles ont été les répercussions de ces évènements majeurs ? Le massacre israélien à Gaza et la dénonciation du génocide par Lula ; la sympathie pour la cause palestinienne qui semble avoir augmenté chez les partisans de Lula, mais le soutien au sionisme qui s'est également renforcé parmi les bolsonaristes ; l'épidémie de dengue la plus importante de l'histoire du Brésil ; les incendies criminels dans le Cerrado et l'Amazonie ; la recrudescence des féminicides ;L'opération criminelle de la Police militaire de São Paulo dans la Baixada Santista ; l'évasion de dirigeants du Comando Vermelho d'une prison de haute sécurité.

Tout aussi important : quel a été l'impact des « livraisons » du gouvernement Lula, le grand pari du Palais du Planalto ?

Trois scénarios possibles pour le Brésil

En ce début d'année 2025, l'avenir du gouvernement de coalition dirigé par Lula demeure incertain Mais la formule indéterminée selon laquelle « tout peut arriver » n'est pas raisonnable. Même si le gouvernement se trouve à la croisée des chemins, il est possible d'établir des projections probables.

Après l'échec du soulèvement du 8 janvier 2023 et le resserrement de l'étau autour du noyau dur de Bolsonaro, y compris l'état-major militaire, un nouveau coup de force insurrectionnel semble impensable. L'extrême droite a choisi une stratégie de repositionnement, visant à disputer l'élection présidentielle de 2026. Le calendrier électoral structure désormais la lutte politique.

Trois grands scénarios se dessinent pour le Brésil, même s'il est encore impossible de trancher :

1/ Le gouvernement pourrait arriver en 2026 avec une popularité suffisante, comme Lula en 2006 et 2010, et remporter la réélection.

2/ Le gouvernement pourrait arriver en 2026 dans une position incertaine, comme Dilma Rousseff en 2014, rendant l'issue électorale imprévisible.

3/ La gauche pourrait atteindre 2026 usée, rejetée par une grande partie de l'opinion, comme ce fut le cas pour Fernando Haddad en 2018, ouvrant la voie à la victoire de l'extrême droite.

Bien entendu, le facteur Forrest Gump – “shit happens” – doit toujours être pris en compte. L'aléatoire, l'accidentel et l'inattendu font partie de l'histoire. Deux ans, c'est long : demain ne sera pas forcément une simple continuation d'aujourd'hui.

Nous ne pouvons pas prédire les transformations de la situation mondiale d'ici 2026, ni les fluctuations économiques, ni les luttes idéologiques et culturelles, ni les dynamiques de mobilisation des différentes classes sociales et fractions de classe. Sans parler des trahisons, des scandales, des manœuvres politiques et des revirements des partis et des dirigeants qui jalonneront inévitablement les prochains mois.

Cela étant dit, le scénario le plus probable reste le déroulement normal du calendrier électoral.

1/ Premier scénario : Lula est réélu.

2/ Deuxième scénario : Bolsonaro revient au pouvoir par les urnes.

3/ Troisième scénario : une alternative imprévisible émerge.

Ce troisième scénario est le plus incertain et déstabilisant. Que se passe-t-il si ni Bolsonaro ni Lula ne peuvent se présenter ?

Si, finalement et malheureusement, Lula ne peut pas se présenter, le candidat le plus probable serait Haddad. Il ne fait aucun doute que sa popularité est nettement inférieure à celle de Lula.

Réfléchir à l'avenir implique de s'interroger sur le rôle des individus dans l'histoire. Les trois scénarios envisagés – Lula favori, une élection disputée ou un retour en force de l'extrême droite – dépendent d'un tel nombre de facteurs qu'il est impossible de calculer des probabilités précises à l'avance.

Une analyse marxiste ne doit pas perdre de vue le sens de la mesure. Les dirigeants représentent des forces sociales. Cependant, minimiser le rôle spécifique de Bolsonaro serait une superficialité impardonnable : sa présence change la donne.

L'extrême droite serait-elle devenue un mouvement politique, social et culturel avec une influence de masse, même sans Bolsonaro, après 2016 ? Il s'agit d'une conjecture contrefactuelle, mais l'hypothèse la plus probable est que oui.

Le néofascisme est un courant international. C'est une dynamique internationale qui a porté Donald Trump aux États-Unis, Marine Le Pen en France, Giorgia Meloni en Italie, Santiago Abascal en Espagne, André Ventura au Portugal et Javier Milei en Argentine Leur ascension simultanée n'est pas une coïncidence.

Les conditions objectives ont poussé une fraction de la classe dirigeante à adopter une stratégie libérale de choc frontal. Mais la forme concrète qu'a prise le néofascisme dépendait beaucoup du charisme de Bolsonaro. Bolsonaro est grossier, brutal et intempestif, mais ce n'est pas un imbécile. Un imbécile ne devient pas président dans un pays complexe comme le Brésil. Bolsonaro n'a pas beaucoup d'éducation ou de répertoire intellectuel, mais il est intelligent, rusé, manipulateur et sournois. Aucun autre énergumène n'aurait pu atteindre et conserver une position de leadership aussi centrale, malgré les innombrables accusations qui pèsent contre lui : mépris pour la vie de millions de personnes pendant la pandémie, appropriation illégale de bijoux présidentiels, complot militaire en vue d'un coup d'État, etc.

La clé de son influence réside dans son charisme déroutant, capable de susciter une identification passionnée chez ses partisans. Il a su fédérer des intérêts de la fraction bourgeoise de l'agro-industrie, des négationnistes du réchauffement climatique, avec le ressentiment des militaires et de la police ; le ressentiment des classes moyennes avec la méfiance populaire manipulée par les églises-entreprises néo-pentecôtistes ; la nostalgie réactionnaire de la dictature militaire avec le sexisme, le racisme et l'homophobie.

Il n'avait pas besoin de la chevelure en bataille et de la rhétorique anarcho-capitalisme anti-caste de Milei, ni du national-impérialisme xénophobe de Trump, ni de la rage islamophobe de Le Pen.

S'il était condamné et emprisonné, son autorité serait diminuée.

Cela devrait être au cœur de la tactique de la gauche :

Aucune amnistie.

Sanctions pour tous les putschistes.

Prison pour Bolsonaro.

*

Valerio Arcary est historien

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