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Le temps qui passe finira bien par passer…

3 février, par Yvan Perrier — , ,
Manifestement, Donald Trump est un ethnocentrique autoritaire qui valorise l'être soi. Il est ultra méfiant à l'endroit des autres. Il est même porteur de la crispation (…)

Manifestement, Donald Trump est un ethnocentrique autoritaire qui valorise l'être soi. Il est ultra méfiant à l'endroit des autres. Il est même porteur de la crispation anti-immigré. Il a en plus le réflexe répressif bien avant celui de la compassion ou de la fine compréhension des choses complexes. Il est injuste et provoque le désordre en se revendiquant comme l'incarnation de l'eunomie. Dans le jeu de la négociation, il veut s'imposer à ses vis-à-vis par la peur. Il se dit invincible. Il a trois règles : toujours attaquer (always attack) ; ne rien avouer (never admit wrong doing) et toujours revendiquer la victoire (always claim victory). Son type de leadership est fragile. Tôt ou tard, certainEs de ses supporteurEs réaliseront que sa grâce charismatique s'effrite et s'éloigne de lui. Sa puissance magique cessera de lui donner des victoires, victoires toujours illusoires. Sur la base de ces succès refusés et n'apportant plus de prospérité chez celles et ceux qu'il dirige et domine, son lustre charismatique faiblira jusqu'à s'éteindre…

Yvan Perrier

2 février 2025

19h30

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Comptes rendus de lecture du mardi 4 février 2025

2 février, par Bruno Marquis — , ,
L'économie participaliste Pascal Lebrun Aussi connue sous le nom d'écopar, l'économie participaliste est une solution économique développée aux États-Unis par Michael Albert (…)

L'économie participaliste
Pascal Lebrun

Aussi connue sous le nom d'écopar, l'économie participaliste est une solution économique développée aux États-Unis par Michael Albert et Robin Hahnel en vue de remplacer le capitalisme ; elle s'appuie sur la vraie démocratie, la coopération, l'égalité et la justice et est, on le devine, beaucoup plus respectueuse de l'environnement et du véritable progrès. Pascal Lebrun, dans cet essai, en fait une critique très poussée, en y abordant tous les aspects, surtout ceux restés dans l'ombre, avec ceux qui se sont penchés sur la question au cours des vingt dernières années. Si, à mon avis, l'économie participaliste constitue une solution théorique fort valable au capitalisme, ce n'est cependant qu'à travers la démocratie, la vraie — la démocratie directe —, que doit s'élaborer et se construire une vraie solution au capitalisme. « L'économie participaliste » de Pascal Lebrun demeure un superbe essai que l'on devrait lire...

Extrait :

Personne ne s'oppose à la vertu ; l'équité est une valeur fondamentale de toutes les pensées économiques. Encore faut-il s'entendre sur sa définition. Comment répartir le travail et la richesse équitablement ? Ce dont on parle ici, c'est de la division du travail et de la rémunération, comprise comme le droit à la consommation des biens et services produits dans la société. En ce sens, la rémunération est le moyen de répartition de la richesse, et n'est pas seulement un salaire.

Houris
Kamel Daoud

Il était évident que ce roman allait se mériter le prix Goncourt. Il nous rappelle cette terrible et barbare guerre civile algérienne des années 1990, avec ses plus de 200 000 morts, guerre que le gouvernement algérien s'emploie depuis 2005 à effacer de l'histoire. Il nous fait découvrir également, si besoin est, l'impitoyable misogynie des islamistes. Aube est une jeune Algérienne muette de vingt-huit ans. Sous forme de journal à Houris, sa fille à naître, elle nous raconte sa vie dans l'Algérie d'aujourd'hui et surtout comment à l'âge de cinq ans, le 31 décembre 1999, elle a été égorgée et laissée pour morte par des islamistes qui massacraient cette nuit-là plus de mille personnes de son village Had Chekala, dont son père, sa mère et sa sœur à peine plus âgée qu'elle. Un roman dérangeant pour certains, mais certainement bouleversant pour la plupart !

Extrait :

Chaque fois qu'un danger me guette ou qu'un événement me bouleverse, c'est comme si le jour du massacre des miens se rejouait. Comme si l'instant où je fus égorgée par un terroriste devait se répéter. Tout est lié à ce jour fatidique et ce jour est lié au vide. Je le fixe mal dans ma mémoire, j'en ai fait des tatouages sur ma peau pour qu'il ne se perde pas dans la brume.

L'autobiographie de Malcolm X
Malcolm X et Alex Haley
Traduit de l'anglais

Il y a longtemps que je voulais lire cette autobiographie de Malcolm X, cette importante figure de la lutte de libération des Noirs américains dans les années 1960. J'ai beaucoup aimé et j'y ai appris beaucoup sur le personnage et la société américaine d'alors, société, comme on le sait, profondément raciste. Malcolm X – avec l'aide du journaliste et écrivain Alex Haley - nous y décrit sa jeunesse, ses années de délinquance dans Harlem, son séjour en prison, ses années au sein de la Nation de l'Islam, ses voyages, ses conférences... Un livre à lire !

Extrait :

Je sais que mes mots doivent choquer pas mal d'entre-vous. Mais durant mon pèlerinage, ce que j'ai pu voir et vivre m'a amené à réviser mon mode de pensée et à me débarrasser de certaines convictions qui étaient les mêmes depuis fort longtemps. Cela ne m'a pas été vraiment difficile. Je suis un homme qui a toujours fait face aux faits, au point d'en accepter la réalité. J'ai toujours eu un esprit ouvert qui m'a permis d'enrichir mes connaissances et mes expériences de vie. La recherche de la vérité nécessite que l'on fasse preuve d'intelligence et de flexibilité.

Les dessous de la politique de l'Oncle Sam
Noam Chomsky
Traduit de l'anglais

Je crois bien que « Les dessous de la politique de l'Oncle Sam » aura été le bouquin qui aura le plus fait connaître Chomsky aux lecteurs francophones. C'est du moins ce petit bouquin vraiment très intéressant qui me l'aura fait connaître. Je l'ai relu avec beaucoup de plaisir il y a peu de temps. Chomsky nous dévoile avec rigueur et mordant ce que nous savons probablement tous, mais que nous nous refusons d'aborder ou d'admettre...

Extrait :

Des études plus étendues réalisées par l'économiste Edward S. Herman révèlent qu'il existe une corrélation étroite, à l'échelle mondiale, entre la torture et l'aide américaine, et elles en fournissent l'explication : les deux sont liées de façon indépendante à l'amélioration du climat nécessaire au bon déroulement des opérations commerciales. Comparés à ce principe moral de premier plan, des sujets comme la torture et les tueries se diluent dans l'insignifiance.

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La pensée libérale et l’idéologie de l’esclavage racial

2 février, par Alain Saint-Victor
Alain Saint-Victor, historien. À l’occasion du Mois des personnes noir.es, nous publions un article de notre collaborateur Alain Saint-Victor sur la pensée libérale et (…)

Alain Saint-Victor, historien. À l’occasion du Mois des personnes noir.es, nous publions un article de notre collaborateur Alain Saint-Victor sur la pensée libérale et l’esclavagisme. L’article fut publié à l’automne 2024 dans le numéro 32 des Nouveaux cahiers du socialisme. Dans une remarquable (…)

Ukraine : état de la guerre d’usure et cygnes noirs

1er février, par Rédaction-coordination JdA-PA
Mikael Hertoft, Solidaritet, média de gauche danois Les crimes de guerre russes se poursuivent. Le 8 janvier, la Russie a bombardé la ville de Zaporizhzhzhya, tuant au moins 12 (…)

Mikael Hertoft, Solidaritet, média de gauche danois Les crimes de guerre russes se poursuivent. Le 8 janvier, la Russie a bombardé la ville de Zaporizhzhzhya, tuant au moins 12 civils et en blessant beaucoup d’autres. Mais cet article n’a pas pour but de dresser la liste de tous les crimes de (…)

Des fermetures d’Amazon au Québec et des campagnes syndicales en C-B

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/01/yvr4-1024x503.png1er février, par West Coast Committee
La multinationale américaine de commerce électronique Amazon a annoncé mercredi qu'elle fermerait toutes ses activités dans la province de Québec. Cette nouvelle a provoqué une (…)

La multinationale américaine de commerce électronique Amazon a annoncé mercredi qu'elle fermerait toutes ses activités dans la province de Québec. Cette nouvelle a provoqué une onde de choc au sein du mouvement syndical, y compris en Colombie-Britannique, où Unifor se bat pour obtenir (…)

Imaginer un avenir désirable pour la MRC

1er février, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local La Collectivité ZéN (Zéro Émission Nette) de Rimouski-Neigette annonce avec enthousiasme l’ouverture de ses ateliers (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local La Collectivité ZéN (Zéro Émission Nette) de Rimouski-Neigette annonce avec enthousiasme l’ouverture de ses ateliers d’exploration du futur. Ces ateliers gratuits visent à rassembler la population et des organisations autour d’une (…)

L’Ontario se rend aux urnes en février

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/01/Fs4y99zWYA0RJox-1024x674.jpg30 janvier, par Southern Ontario Committee
Après des mois de spéculation, il a été officiellement confirmé que l'Ontario se rend aux urnes. Bien que les prochaines élections obligatoires n'aient lieu qu'en 2026, le (…)

Après des mois de spéculation, il a été officiellement confirmé que l'Ontario se rend aux urnes. Bien que les prochaines élections obligatoires n'aient lieu qu'en 2026, le premier ministre Doug Ford a déclenché une élection provinciale avancée. Les récentes menaces tarifaires de Donald Trump ont (…)

Manifestation du 26 janvier un succès pour la Coalition du Québec URGENCE Palestine

30 janvier, par Marie-Michaelle Vadeboncoeur
Marie-Michaelle Vadeboncoeur correspondante en stage D’un froid digne du vortex polaire, plus de 800 personnes ont répondu à l’appel de la Coalition du Québec URGENCE Palestine (…)

Marie-Michaelle Vadeboncoeur correspondante en stage D’un froid digne du vortex polaire, plus de 800 personnes ont répondu à l’appel de la Coalition du Québec URGENCE Palestine pour une journée d’action au cœur du centre-ville de Montréal, le 26 janvier dernier. D’autres rassemblements se sont (…)

Célébration du Mois de l’Histoire des Noir.es 2025

30 janvier, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Chaque année, le Mois de l’Histoire des Noir.es, qui se déroule en février, est l’occasion de rendre hommage aux (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Chaque année, le Mois de l’Histoire des Noir.es, qui se déroule en février, est l’occasion de rendre hommage aux luttes historiques et aux contributions des communautés noires à l’échelle mondiale. Cette célébration met en lumière leurs (…)

Paul St-Pierre Plamondon veut être un bon voisin pour Donald Trump

29 janvier, par Bernard Rioux — ,
Les déclarations du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), face à l'intention du gouvernement Trump d'imposer une hausse des tarifs et d'exiger un (…)

Les déclarations du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), face à l'intention du gouvernement Trump d'imposer une hausse des tarifs et d'exiger un durcissement de la frontière canadienne constituent un positionnement politique dangereux. Il vaut la peine d'expliciter les fondements des choix politiques derrière ces déclarations pour comprendre l'importance de la dérive actuelle du nationalisme péquiste et ses conséquences pour l'avenir du Québec.

1. Les déclarations de PSPP et leurs fondements

Ruba Ghazal, dans une lettre aux membres de Québec solidaire du 28 janvier 2025, a écrit : « D'après M. St-Pierre Plamondon, nous aurions été de « mauvais voisins » pour les États-Unis, alors que ce même pays nous menace quotidiennement et veut envoyer l'armée à ses frontières. Qui sont réellement les mauvais voisins de l'histoire ? »

Non seulement PSPP donne raison à Trump sur sa gestion des frontières, mais il propose même que le gouvernement du Québec renforce de son propre chef la sécurité à la frontière. Il propose ainsi la création d'une « escouade spéciale » aux « endroits les plus à risque », notamment sur le territoire de la communauté d'Akwasasne ». Ces propositions se situent dans le droit fil de la politique du gouvernement Legault qui « vient d'annoncer le plan « Pélican » qui permettrait de coordonner la réponse policière face à un flux migratoire soudain, dans le contexte où la nouvelle administration américaine promet une expulsion massive de migrants. » ? C'est la logique des murs matériels ou policiers pour protéger la forteresse assiégée que seraient devenus les pays capitalistes avancés.

Cette prise de position est la conséquence directe de la rhétorique de PSPP sur l'immigration. Depuis plusieurs mois, il fait des personnes migrantes les responsables de tous les maux de la société québécoise : la crise du logement, l'itinérance, le manque d'accès aux services de santé, le recul de la langue française,… Les personnes migrantes seraient même responsables de la faible automatisation des entreprises québécoises !

La politique migratoire que Paul Saint-Pierre Plamondon a publiée en octobre dernier et qu'il veut faire adopter par le PQ, sous le titre Un Québec libre de ses choix, pour un modèle viable en immigration, se donne comme objectifs de réduire l'immigration économique pendant quatre ans, de réduire de moitié le nombre de travailleuses et de travailleurs étrangers temporaires, de diminuer à 35 000 le seuil d'immigrant-es accueilli-es de façon permanente chaque année, de rendre plus difficile l'accès aux demandes d'asile, de renforcer les obligations faites aux personnes migrantes et de multiplier les blocages possibles à la liberté de circulation. Le contrôle aux frontières découle logiquement de cette orientation. Ce que refuse de voir le chef du PQ, c'est que les personnes migrantes, si elles apportent beaucoup par leur travail à la société québécoise, se retrouvent souvent dans des situations de surexploitation alors que la précarité de leur situation ne fait que s'accentuer étant donné : les permis de travail fermés les liant à un seul employeur qui ont augmenté de 354% par rapport à 2015, la multiplication des obstacles qui les séparent de la résidence permanente et leur accès différencié aux droits sociaux en fonction de leur statut migratoire. Les gouvernements du Canada et du Québec vont encore renforcer cette précarité migratoire aiguillonnée par les pressions de l'administration Trump.

2. Le refus de dénoncer Trump et sa politique d'expulsion massive

Ce que PSPP refuse de dénoncer, c'est la répression migratoire et la campagne d'expulsion de millions de travailleurs et travailleuses sans papiers, justifiés par une démagogie raciste présentant ces personnes comme étant des criminelles. Il refuse de reconnaître que cette politique d'expulsion va entraîner des incarcérations de masse dont se réjouissent déjà les propriétaires de centres de détentions privés. Trump, la répression anti-migratoire et les profits de la peur,

Comme l'écrit Alberto Toscano : « La principale fonction de l'expulsion dans les économies capitalistes qui dépendent de la main-d'œuvre immigrée et sans papiers n'est pas d'expulser les travailleurs, mais de les subordonner, en rendant leur main-d'œuvre bon marché et contrôlable du fait qu'ils sont expulsables. (ibid)

Voilà ce que laisse dans l'ombre les aspirations de PSPP à devenir un bon voisin du gouvernement de Trump. Dans une publication sur X, PSPP va jusqu'à écrire : « Nous demandons au gouvernement fédéral de travailler avec l'administration Trump pour régler les enjeux aux frontières et nous permettre d'avancer. Entre s'engager dans une guerre commerciale avec les États-Unis et reprendre le contrôle des frontières, il n'y a aucune commune mesure entre le coût des deux. » Cette demande au gouvernement fédéral de collaborer avec le gouvernement d'extrême droite de Trump montre où en est la dérive du PQ dans l'expression du nationalisme le plus chauvin et dans sa stigmatisation des personnes migrantes.

3. Trump et l'indépendance du Québec

En ce qui concerne la souveraineté, PSPP dit garder le cap. Sur la souveraineté, sa position demeure la même, a-t-il affirmé. Son travail ne serait pas influencé par la nouvelle administration américaine. Il promet de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec dans un premier mandat.

Pourtant, le chef du PQ devrait analyser les rapports que le président Trump entretient avec la souveraineté des pays. Il a annoncé sa volonté de faire du Canada un 51e état des États-Unis. Il a affirmé qu'il prendrait possession du Groenland. Il a affirmé qu'il reprendrait le contrôle du canal de Panama. Le droit international et la souveraineté nationale ne semblent pas peser lourd dans la politique du gouvernement américain. Quelle attitude prendrait-il face à une éventuelle indépendance du Québec ? La question mérite d'être posée. Accepterait-il une fragmentation de la géopolitique de l'Amérique du Nord ? À plus court terme, va-t-il, comme pour le Canada, chercher la vassalisation du Québec et imposer une politique en faveur des énergies fossiles, une remise en question de la gestion de l'offre en agriculture, et donner le champ libre à la domination culturelle sur le territoire du Québec en refusant toute réglementation ou imposition des GAFAM ? Poser les questions, c'est savoir fixer les yeux et l'analyse sur le réel, pour pouvoir comprendre ce qui vient et tracer les voies de la résistance à cette vassalisation.

4. L'indépendance du Québec ne pourra qu'être anti-impérialiste

Le gouvernement canadien, fidèle allié des États-Unis, est déjà invité à augmenter ses dépenses militaires. Comme État pétrolier, il est appelé à soutenir l'économie du capital fossile américain. Le gouvernement Trump lui demandera également de continuer, sinon d'augmenter, la vente du pétrole brut aux raffineries américaines. Trump remet en question, plus agressivement encore que les administrations américaines précédentes, la souveraineté du Canada sur son territoire arctique.

Ce projet stratégique de l'impérialisme américain ne rencontre pas l'opposition conséquente de son associé junior canadien. Dans ce contexte l'indépendance du Québec ne pourra être qu'anti-impérialiste. Elle passera :

• par le refus d'une économie fossile, par le refus du passage de pipelines ou de gazoducs sur son territoire et par le développement public des énergies renouvelables
• par la défense d'une approche de décroissance centrée sur l'économie des ressources minières forestières et énergétiques qui devront devenir des biens communs de la population du Québec et non d'entreprises multinationales
• par une industrie tournée vers la production de moyens de transports publics visant la sortie du tout à l'auto solo et par la production publique de logements sociaux
• par le refus de la privatisation de services publics de santé et d'éducation
• par une agriculture visant la souveraineté alimentaire et tournée vers les marchés de proximité
• par une politique de liberté de circulation et d'installation des personnes migrantes faisant du Québec une terre d'accueil accordant les mêmes droits à toutes les personnes vivant et travaillant sur le territoire du Québec dans une perspective d'égalité
• par le rejet de la participation aux alliances militaires américaines (OTAN et NORAD)

Un tel projet de société fait de l'indépendance un combat anti-impérialiste et internationaliste. Il ne pourra se réaliser que par la construction de vastes alliances avec les forces sociales – qui s'opposent au Canada au projet de sa vassalisation, particulièrement le mouvement syndical, les mouvements féministes, populaires et les Premières Nations, qui aspirent à leur libération de la sujétion coloniale imposée par l'État fédéral.

Il ne pourra se construire que par des alliances avec les forces sociales des minorités nationales opprimées aux États-Unis (particulièrement les Afro-américains et les Hispaniques soumis au racisme systémique et qui constituent une part importante de la classe laborieuse de ce pays qui sont aujourd'hui sous une offensive en règle du gouvernement d'extrême droite au pouvoir aux États-Unis. Dans la société américaine, des secteurs importants du mouvement ouvrier et de différents mouvements sociaux refusent le type de société que fonde le capitalisme sauvage au service d'oligarques et d'un impérialisme sans entrave mis de l'avant par le Trumpisme au pouvoir.

Cette recherche d'alliance devra également se diriger vers les partis de la gauche mondiale et des gouvernements progressistes du monde qui refusent les politiques de prédation de l'impérialisme américain, refus qui exprime la volonté des peuples d'en finir avec cette domination. D'autant plus que la bourgeoisie mondiale tend à se ranger derrière Trump. "Ce qui s'est joué lors de ce sommet de Davos, c'est le soutien de ces élites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, à la contre-révolution illibérale lancée par Donald Trump. Toutes souscrivent à ce capitalisme de prédation et à la violence sociale et politique qu'il implique."

5. Vouloir s'entendre avec le gouvernement fasciste de Trump – conduira non à l'indépendance, mais à la vassalisation du Québec

Le PQ de PSPP cherche à dépouiller complètement les aspirations nationales à l'indépendance de leur dimension populaire, égalitaire et anti-impérialiste. C'est ainsi que l'indépendantisme (ratatiné sous la forme de la souveraineté-association) a pu pervertir complètement une aspiration démocratique à la libération nationale en son contraire. Le soutien au libre-échange, le soutien aux politiques américaines dans le monde, la volonté de faire du gouvernement américain un allié ou du moins un acteur neutre dans la lutte contre la domination de l'État fédéral sur le Québec. Cette orientation a tari les fondements de l'indignation sociale pouvant être véhiculée par la volonté d‘indépendance nationale, a participé à l'affaiblissement du soutien à l'indépendance et a finalement débouché sur un repli identitariste de la question nationale dont la rhétorique de PSPP est une expression aboutie.

Il est plus urgent que jamais, de reconnaître que le projet d'indépendance inspiré par la majorité populaire n'est pas celui des élites nationalistes, mais constitue un projet anti-impérialiste qui participe de la volonté de libération nationale et d'égalité sociale.

Habiter et cohabiter

29 janvier, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, automne 2024 / hiver 2025

Habiter et cohabiter

Michel ParazelliProfesseur associé, École de travail social, UQAM

La crise de l’itinérance à laquelle nous assistons dans plusieurs villes québécoises n’est pas le seul fruit de la crise des opioïdes, de l’inflation, de la pénurie de personnel, des taux d’intérêt élevés, ou des effets de la pandémie. Elle résulte surtout des décennies de désinvestissement du gouvernemental fédéral, depuis les années 1990, dans la construction publique de logements sociaux. Du côté du privé, nous faisons aussi face à une financiarisation internationale de l’habitation où la marchandisation des logements locatifs tend à privilégier la maximisation des profits par de gros investisseurs et investisseuses fixant le loyer au-dessus de la moyenne du marché. [caption id="attachment_20787" align="alignright" width="321"] Crédit : Virginie Larivière[/caption] Ne négligeons pas non plus les effets délétères de la réforme québécoise de l’administration publique adoptée en 2000. Inspirés du monde des affaires, les principes comptables de la nouvelle gestion publique ont généré non seulement des coupes budgétaires dans les services sociaux, de santé et d’éducation, mais aussi une technocratisation accrue des actes professionnels. Habituellement, ce sont les services publics, produits de notre solidarité sociale, qui viennent en aide à ces personnes pour leur permettre de réintégrer le circuit de la vie dite normale. Mais quand nous constatons à quel point ce filet social a été négligé depuis une trentaine d’années au profit du secteur privé, nous concluons que cette conception entrepreneuriale du service public détériore les conditions d’accès aux services publics. La combinaison de ces choix politiques, souvent confondus avec du laxisme, met les intervenant-e-s sociaux et les citoyen-ne-s dans des situations impossibles face à l’ampleur des problèmes et des difficultés à surmonter. La complexité de ces situations favorise un sentiment d’impuissance chez les intervenant-e-s et les gestionnaires municipaux qui doivent en plus assurer une cohabitation dans les espaces publics et faire face à la colère des résident-e-s qui perçoivent la présence accrue des personnes en situation d’itinérance comme une intrusion insécurisante ou menaçante dans leur environnement. Deux demandes d’action collective1 de résident-e-s ont même été déposées contre le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal, des organismes communautaires et religieux ainsi que des institutions en santé et services sociaux en juin 2024 face aux désagréments causés par l’installation de refuges dans le quartier Milton Park.

L’acte d’habiter

Faut-il rappeler que pour cohabiter, il faut pouvoir habiter un lieu qui ne se réduit pas nécessairement au fait d’en avoir la propriété ou d’en être locataire. L’acte d’habiter vise à « créer un système d’emprise sur les lieux que l’individu interprète en termes de possession et d’attachement2 », ce qui relève d’un défi quotidien pour plusieurs de nos concitoyen-ne-s. Pourtant, avoir une place dans un lieu où l’acte d’habiter est possible en toute sécurité permet de stabiliser son identité et de favoriser les interactions sociales. C’est pourquoi la propriété privée et le logement locatif sont plus que de simples marchandises, ils représentent des supports à l’individualité d’une personne, considérée alors comme sujet de droit pouvant s’exprimer en son propre nom.
Face à ce constat peu reluisant du contexte actuel, une piste démocratique de cohabitation pourrait être tentée dans la perspective d’introduire l’acteur principal, à titre de citoyen-ne dans le jeu politique des négociations institutionnelles.
Lorsque ces conditions socioéconomiques (propriété et logement) pour exercer sa citoyenneté n’existent plus, nous sommes déconcertés face à la présence de personnes en situation d’itinérance qui occupent les espaces publics des quartiers centraux. C’est surtout le cas lorsqu’elles s’y installent en s’appropriant des lieux pouvant reproduire les conditions potentielles d’un chez soi, à l’exemple des campements urbains; cela ne s’applique pas aux refuges qui ne sont pas conçus pour favoriser l’acte d’habiter. Rappelons que l’objectif de ces pratiques marginalisées d’appropriation de l’espace public n’est pas de nuire mais d’essayer d’y retrouver un minimum d’intimité et de protection pour pouvoir se ramasser soi-même, seul ou avec d’autres (tentes, protection par des bâches et cartons, sacs de couchage ou couverture). Les démantèlements répétés de ces installations par les autorités municipales fragilisent l’acte d’habiter de la personne en situation d’itinérance, en le réduisant à un acte précaire d’appropriation de lieux pouvant être maîtrisés de façon éphémère, mais dont l’occupation ne peut être stabilisée. On viole ainsi non seulement le droit au logement, mais aussi le droit à la dignité et à la santé, en marginalisant davantage ces personnes traitées alors comme si elles avaient moins de valeur que les autres citoyen-ne-s. Si cet acte précaire d’habiter ne peut être réalisable à cause de répressions constantes et de déplacements, non seulement la cohabitation est impossible, mais la situation des personnes en situation d’itinérance se dégrade. Faute de logements disponibles, la reconnaissance de ce besoin d’habiter à l’extérieur des lieux habituellement reconnus pour cette fonction devient un enjeu sociopolitique fondamental affectant les droits humains (dignité, sécurité, santé). Depuis 16 ans, une jurisprudence canadienne confirme cette lecture en vertu, notamment, de la Charte canadienne des droits et libertés.

La nuisance publique

Les rapports que nous avons avec les personnes en situation d’itinérance sont non seulement influencés par notre conception de l’acte d’habiter, mais aussi par les orientations économiques et les aspirations culturelles de la vie urbaine actuelle. Pensons ici à l’utilisation des espaces publics du centre-ville-est de Montréal pour vendre l’identité du Quartier des spectacles (branding urbain). (Ex. : signature lumineuse de l’ancien Red Light, aménagement de la place des Festivals, animation continue à la place Émilie-Gamelin, sécurité privée dans les espaces publics, etc.). Faire des espaces publics une vitrine commerciale pour attirer de nouveaux investissements ou favoriser l’attraction d’une destination urbaine incontournable relève en fait de choix politiques et économiques en phase avec les exigences du marché mondial. Cette logique de marché est une orientation idéologique qui s’éloigne d’une conception démocratique de l’espace public. En effet, l’accessibilité aux espaces publics a été modifiée par les promotrices et promoteurs de revitalisation urbaine qui imposent depuis 30 ans, avec le concours des municipalités, leur modèle industriel de développement fondé sur le divertissement sécuritaire et l’aménagement d’un environnement convivial favorisant « l’expérience-client ». Cet usage spécialisé des espaces publics limite considérablement leur potentiel d’habitabilité en dehors des prescriptions commerciales et de consommation. La présence des personnes en situation d’itinérance dans ces lieux a progressivement été perçue comme autant de nuisances publiques face aux projets de revitalisation économique et d’environnements résidentiels. C’est pourquoi les principales stratégies dites de cohabitation visent surtout l’invisibilisation des personnes en situation d’itinérance en contrôlant leur mobilité par des stratégies d’expulsion, de repoussement, de concentration ou de dilution de leur présence3. Toutes et tous en conviennent, ces stratégies ne font que gérer de façon permanente des solutions provisoires, car elles ne s’attaquent pas aux causes structurelles de l’itinérance, mais ne font que calmer le jeu tout en l’entretenant. L’ajout récent de subventions provinciales aux services d’hébergement et d’urgence ne fait que confirmer le statu quo de ces solutions provisoires, question de sauver une certaine image de bienveillance envers les personnes en situation d’itinérance pour lesquelles on dit espérer qu’elles puissent retrouver leur dignité. L’acte d’habiter les marges de l’espace public pour exister socialement devient alors tout un défi lancé à la démocratie citoyenne, surtout lorsque l’acteur principal brille par son absence lors des discussions le visant directement.

Une piste de cohabitation

Face à ce constat peu reluisant du contexte actuel, une piste démocratique de cohabitation pourrait être tentée dans la perspective d’introduire l’acteur principal, à titre de citoyen-ne dans le jeu politique des négociations institutionnelles. S’il existe des pratiques ponctuelles de médiation calmant le jeu des divers conflits interpersonnels, il n’existe pas encore de cadre démocratique où des collectifs d’actrices et d’acteurs concernés s’engageraient dans un dialogue continu sur leurs pratiques mutuelles de cohabitation (et non seulement dans le cadre d’une consultation ou d’un incident). Pourquoi ne pas soutenir l’organisation collective des personnes en situation d’itinérance en les impliquant dans un réel dialogue sur les pratiques d’habiter l’espace public? Cela peut se faire avec d’autres collectifs d’actrices et d’acteurs qui ont un impact sur leurs pratiques urbaines (responsables politiques, commerçant-e-s, intervenant-e-s sociaux, résident-e-s, etc.). Si l’organisation collective de personnes en situation d’itinérance ne s’improvise pas, elle n’est pas pour autant impossible; on peut voir comment plusieurs arrivent à survivre dans des conditions très difficiles et à s’organiser comme le campement de la rue Notre-Dame en 2020 et en 2024. Il s’agirait d’organiser des rencontres entre des collectifs d’actrices et d’acteurs marginaux et non marginaux permettant aux participant-e-s de s’exprimer librement, de s’apprivoiser mutuellement, de reconnaître les problèmes et difficultés associées aux conditions d’habiter de toutes et tous, et de traiter le conflit pour être en mesure d’envisager des pistes de solutions ensemble. Autrement dit, expérimenter des formes démocratiques de coopération entre les personnes en situation d’itinérance pour qu’elles puissent avoir les moyens d’une action solidaire entre citoyen-ne-s partageant des conditions d’existence communes. Bref, briser ce rapport infantilisant envers les personnes en situation d’itinérance pour expérimenter des rencontres sociales à la hauteur des principes démocratiques, comme on a su le faire pour les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap, etc. Cet acte citoyen est nécessaire à la réalisation du droit au logement dans une perspective d’interdépendance des droits.
1 Voir dossiers 500-06-001315-247 et 500-06-001314-240, Cour supérieure du Québec. 2 Vassart, Habiter, Pensée plurielle, vol. 2, no 12, p. 13. 3 Pour en savoir plus, consulter : Parazelli et K. Desmeules, Stratégies de gestion du partage de l’espace public avec les personnes en situation de marginalité. Dans Parazelli (dir.), Itinérance et cohabitation urbaine. Regards, enjeux et stratégies d’action, Presses de l’Université du Québec, Québec, 2021, p. 209-252, 2021, .

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Du Bandung de 1955 à 2024 ! Les Suds du Nord parlent !

29 janvier, par Ligue des droits et libertés

Retour à la table des matières Droits et libertés, automne 2024 / hiver 2025

Du Bandung de 1955 à 2024 ! Les Suds du Nord parlent !

Safa Chebbi, Militante décoloniale et initiatrice du Bandung du Nord à Montréal

Septembre dernier, Tiohtià:ke (Montréal) a accueilli la quatrième édition, et la première en Amérique du Nord, de la Conférence Bandung du Nord qui s’intitule Pour une Internationale décoloniale, les subalternes du Nord parlent. Cette Conférence s’inscrit dans la continuité de l’esprit de Bandung de 1955, la première conférence intercontinentale réunissant des peuples non blancs dans l’histoire de l’humanité. À l’époque de la guerre froide, alors que le monde était polarisé entre les blocs soviétique et occidental, un groupe d’États du Sud nouvellement souverains s’est organisé politiquement pour accélérer le processus d’indépendance des États encore sous domination coloniale. C’est dans la modeste ville de Bandung, sur l’île indonésienne de Java, que cette première conférence internationale s’est tenue du 18 au 24 avril 1955. « Il s’agit de la première conférence intercontinentale réunissant des peuples de couleur dans l’histoire de l’humanité ! [...] Je reconnais que nous sommes rassemblés ici aujourd’hui, suite à des sacrifices. Sacrifices que nos aïeux ont faits, mais aussi les gens de notre propre génération et les jeunes générations. [...] Leurs luttes et leurs sacrifices ont ouvert la voie à cette réunion des plus hauts représentants des nations indépendantes et souveraines de deux des plus grands continents de la planète. [..] Que les dirigeants des peuples d’Asie et d’Afrique puissent se réunir dans leurs propres pays pour discuter et débattre de questions d’intérêt commun marque un nouveau départ dans l’histoire du monde ! » C’est par ces mots que le président Sukarno a ouvert le Bandung. [caption id="attachment_20898" align="alignright" width="328"] Crédit : Minette Carole Djamen Nganso[/caption] Près de 70 ans après le moment historique de Bandung, les peuples non blancs du Nord global1 choisissent de renouer avec cette histoire de lutte. Ils s’engagent à raviver l’esprit de Bandung et à célébrer les principes énoncés par Zhou En Lai, Sukarno et Malcolm X, dans une démarche visant à poursuivre un combat pour la libération qui reste inachevé. Ces principes, tout autant pertinents pour le Sud global que pour le Nord global, affirment une vérité fondamentale : « Nous ne sommes pas des migrants sans visage qui avons voyagé du Sud vers le Nord. Nous sommes les représentants de cultures ancestrales d’Asie, du Moyen Orient, d’Afrique, d’Océanie et des Amériques. Nous avons une histoire fière de luttes contre le colonialisme et pour la dignité humaine. Nous avons produit de la connaissance, qui a été considérée comme arriérée par l’Occident et qui nous inspire aujourd’hui pour esquisser de nouvelles philosophies de la libération. Notre existence et notre identité dépassent largement les limites imposées par le colonialisme occidental ». Malgré les avancées de ces luttes, cette logique coloniale persiste aujourd’hui encore. Les pays d’origine des peuples du Sud demeurent sous domination, tandis que l’accumulation de richesses continue de se faire exclusivement en faveur du Nord. Cette accumulation unidirectionnelle du pouvoir au Nord engendre un déplacement inévitable et forcé des populations du Sud vers le Nord, donnant lieu à une réalité sociale et démographique spécifique, caractérisée par des traitements inégalitaires découlant d’un racisme systémique qui se manifeste dans toutes les sphères de leur existence. Ces populations, issues du Sud, incarnent une diversité d’expériences historiques ; le génocide des peuples autochtones et la spoliation de leurs terres, l’esclavage transatlantique, d’autres formes de migrations forcées provoquées par les guerres néocoloniales, la pauvreté, et les inégalités accrues par le système capitaliste mondial. Ainsi, la nécessité d’un Bandung du Nord s’impose ; il s’agit de créer une force politique autonome au cœur même de l’Empire (le Nord global), à travers un projet d’Internationale décoloniale, dépassant les frontières de la nation et forgeant des alliances entre les mouvements décoloniaux d’Occident. Dans cette optique, une première conférence du Bandung du Nord a été organisée en 2018 à Paris, rassemblant des militant-e-s emblématiques de ces luttes, tels qu’Angela Davis, Fred Hampton Jr. et Ramón Grosfoguel. Cet événement a marqué un moment clé pour initier les discussions sur l’idée d’une Internationale décoloniale, mettant en lumière les intérêts communs des peuples non blancs dans leur lutte contre l’héritage colonial. Par la suite, une deuxième conférence s’est tenue à Bruxelles en 2022, suivie d’une troisième à Barcelone en 2023, consolidant ainsi cette plateforme d’échanges et de résistances, et renforçant la solidarité entre les mouvements décoloniaux face aux injustices persistantes du colonialisme. La conférence du Bandung de Tiohtià:ke en 2024 a suivi la même trajectoire en invitant des personnalités qui incarnent la lutte décoloniale, telles qu’Ellen Gabriel, Joseph Massad, Amzat Boukari, Houria Boutelja et plusieurs autres. Il convient également de souligner qu’Angela Davis est la marraine du Bandung du Nord, apportant ainsi son soutien symbolique et son engagement historique à cet événement. L’ouverture de la conférence a été marquée par la lecture de trois lettres de ses parrains, trois figures emblématiques injustement incarcérées dans des prisons occidentales : Georges Ibrahim Abdallah, révolutionnaire arabe, détenu en France depuis 1984 ; Léonard Peltier, militant autochtone, emprisonné aux États-Unis depuis 1976 ; et Mumia Abu Jamal, journaliste et militant politique, incarcéré aux États-Unis depuis 1981. Ces trois hommes incarnent la résistance des peuples non blancs au cœur de l’Empire et continuent d’inspirer les luttes d’aujourd’hui. Cette conférence a proposé des sessions plénières animées par des conférenciers et conférencières venu-e-s des quatre coins du monde, qui ont abordé des thématiques variées, notamment l’impérialisme, la libération, la destruction des dynamiques raciales et la signification du non-alignement dans le contexte d’un Bandung du Nord. Ces discussions ont permis de poser les bases d’un engagement commun, où chaque génération est invitée à se définir face à sa propre mission. Comme l’a si bien dit Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, affronter sa mission : la remplir ou la trahir ». À travers ce Bandung, les non-blancs ont choisi de saisir cette mission et de l’accomplir, en marchant sur les pas de leurs ancêtres et en s’engageant sur différents fronts pour abolir toutes les formes de racisme, de domination sociale et d’exploitation économique, toujours cristallisées par la domination blanche. C’est à ce Bandung que les subalternes du Nord, les Suds du Nord, ont parlé ! Mais l’esprit de Bandung ne se limitera pas uniquement aux paroles : il s’incarnera aussi dans l’action politique pour construire un monde véritablement égalitaire pour toutes et tous. On peut d’ailleurs se réjouir du lancement imminent du projet d’une école décoloniale internationale, qui verra le jour à Paris et à Montréal dans les prochains mois, ainsi que l’organisation du prochain Bandung à Grenade en 2025. La multiplication de tels espaces dédiés à la réflexion politique, à la résistance et à l’action s’impose d’autant plus aujourd’hui, dans un contexte marqué par la montée des nationalismes suprémacistes et de l’ultra-libéralisme et par à la poursuite de la domination impérialiste sous toutes ses formes.
1 Le Nord global fait référence aux pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et d’Océanie, qui ont colonisé et se sont partagé l’Afrique, l’Asie et les Amériques. Aujourd’hui, de larges communautés du Sud global vivent au sein de leurs métropoles. Sur 800 millions de personnes vivant dans ces pays, on estime le nombre de non blancs à 160 millions.

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La mobilisation au Québec pour le FSMI

29 janvier, par Charlie Wittendal
Charlie Wittendal, correspondant en stage au journal et chargé de communication à Katalizo Une vingtaine d’organisations étaient présentes lors de la rencontre du Collectif (…)

Charlie Wittendal, correspondant en stage au journal et chargé de communication à Katalizo Une vingtaine d’organisations étaient présentes lors de la rencontre du Collectif québécois du Forum social mondial sur les intersections (FSMI), qui a eu lieu le 16 janvier dernier. Après le succès de (…)

Haïti : actualité politique 2024 en photos à Port-au-Prince

29 janvier, par Dèyè Mòn Enfo
Source Haïti Magazne L’année 2024 restera gravée dans l’histoire récente d’Haïti comme l’une des plus éprouvantes. À Port-au-Prince et ailleurs, la culture, le sport et les (…)

Source Haïti Magazne L’année 2024 restera gravée dans l’histoire récente d’Haïti comme l’une des plus éprouvantes. À Port-au-Prince et ailleurs, la culture, le sport et les petits commerçants ont tenu bon, rappelant que, même dans les périodes les plus sombres, l’expression artistique et la (…)

Espaces sécurisés et logement social

29 janvier, par Marc Simard
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Depuis les années 1980, les théories postmodernes ont marqué un tournant dans les luttes sociales. En mettant l’accent (…)

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local Depuis les années 1980, les théories postmodernes ont marqué un tournant dans les luttes sociales. En mettant l’accent sur les libertés individuelles et les revendications identitaires, ces approches ont souvent relégué au second plan les (…)

Journaliste : Un métier dans la tourmente

29 janvier, par Par Pierre Dubuc
Entretien avec Pierre Sormany, auteur du livre Le métier de journaliste

Entretien avec Pierre Sormany, auteur du livre Le métier de journaliste

L’indépendance : l’incontournable défi de résoudre ce qui est encore irrésolu

29 janvier, par Par Robert Comeau
Compte-rendu de L’indépendance pour mettre fin à l’anormalité du Québec de Simon Rainville

Compte-rendu de L’indépendance pour mettre fin à l’anormalité du Québec de Simon Rainville

J’ai participé à la consultation budgétaire

29 janvier, par Par Sylvain Martin
En ligne, sur le site du ministère des Finances

En ligne, sur le site du ministère des Finances

Les travailleurs de My Indigo exigent le paiement des salaires volés

https://etoiledunord.media/wp-content/uploads/2025/01/Unknown-1.webp28 janvier, par Manitoba Committee
Début janvier, l'International Students and Skilled Workers Union (ISSU) a organisé un piquet de grève d'une journée devant la chaîne de restaurants My Indigo, à Winnipeg, pour (…)

Début janvier, l'International Students and Skilled Workers Union (ISSU) a organisé un piquet de grève d'une journée devant la chaîne de restaurants My Indigo, à Winnipeg, pour exiger le paiement de plus de quatre mois de salaires impayés aux travailleurs de l'établissement. L'ISSU avait (…)

La filière éolienne québécoise : un lourd déficit démocratique

28 janvier, par Claude Charron — ,
53 Pour, 55 Contre. Il n'y aura pas d'usine de bio méthanisation à St-Nazaire dans Bellechasse, un processus industriel qui transforme la matière organique en méthane. Après un (…)

53 Pour, 55 Contre. Il n'y aura pas d'usine de bio méthanisation à St-Nazaire dans Bellechasse, un processus industriel qui transforme la matière organique en méthane. Après un an de discussions, le référendum a tranché, la démocratie a parlé. Les citoyens ont choisi de préserver leur qualité de vie plutôt que de subir odeurs et bruits dérangeants générés par une usine à la rentabilité douteuse.

Un tel scénario est très improbable lorsqu'il s'agit d'un projet d'éoliennes industrielles en milieu habité. Pourtant rien ne va changer plus le cadre de vie des résidents que l'ajout de dizaines d'infrastructures plus hautes que la Place Ville-Marie et dont l'effet cumulatif des impacts est majeur (pollution sonore et visuelle, paysages patrimoniaux dégradés, baisse de la valeur des résidences, risques sanitaires, impacts psycho-sociaux, etc.). Tout le monde veut s'arracher la tête, insultes, menaces, vandalisme, foire d'empoignes aux séances du conseil. Alors pourquoi, à l'instar de St-Nazaire, ne pas avoir recours à un référendum pour éviter la crise sociale ?

Il y a 25 ans la création de la filière éolienne attribuée à l'entreprise privée n'est pas étrangère à cette situation. Dans une perspective d'énergie verte et de développement régional une brèche a été ouverte dans le monopole public d'Hydro-Québec marquant le début de la dénationalisation de l'électricité. Ce choix politique douteux s'avère surtout une affaire de gros sous avec pour principaux bénéficiaires les promoteurs privés dont les généreux profits sont financés par des hausses de tarifs des abonnés d'Hydro-Québec et une baisse des transferts vers le Trésor Public. La notion de « profits et redevances » combiné à l'entêtement de l'État à poursuivre une idéologie sans nuances sera au cœur de cette implantation chaotique de la filière éolienne n'importe où, n'importe comment et à n'importe quel prix. Mais pourquoi vouloir enfoncer dans la gorge des citoyens des projets dont ils ne veulent pas alors que le Québec regorge de gisements éoliens beaucoup plus performants en territoires non organisés ?

En 2023 Hydro-Québec réduit considérablement la durée de son appel d'offres pour l'approvisionnement de 1500 MW d'énergie éolienne, de surcroît en période estivale, de façon à accélérer les mises en chantier et empêcher l'organisation de groupes citoyens dénonçant depuis plusieurs années une énergie coûteuse, non fiable, non stockable, socialement inacceptable et ne générant aucune activité économique dans les communautés d'accueil pendant la phase d'exploitation. Les critères d'acceptabilité sociale et d'obligation d'un pourcentage de contenu local sont abandonnés. Les distances de protection des habitations restent pratiquement inchangées face à des éoliennes beaucoup plus hautes et puissantes encore jamais testées au Québec

Forts de dizaines de contrats avec clauses de confidentialité, les promoteurs exigent des conseils municipaux un cadre légal calqué sur leurs besoins pour implanter leurs projets. Des ententes sont signées, des résolutions adoptées, des montants sont négociés, dans la frénésie plusieurs élus se retrouvent en conflit d'intérêts ; le secret est de mise, le citoyen attendra, la transition énergétique, elle, ne peut attendre. Sans mandat de la population, sourds aux doléances de leurs citoyens et à la solde des promoteurs pour vendre le projet à leurs citoyens les MRC et les municipalités se placent dans une position de soumission quant au projet contraire à la recherche constante de l'intérêt public. Aveuglés par les redevances, les MRC adoptent des réglementations ou comportements moralement, éthiquement et démocratiquement discutables ; des séances publiques écourtées, des mises en demeure, l'adoption de RCI au bénéfice exclusif du promoteur et la création de régies qui incite les municipalités à abandonner leur compétence en matière d'énergie sur leur territoire. Rien n'est prévu pour que les populations puissent s'exprimer démocratiquement sur l'opportunité ou non d'implanter des éoliennes industrielles dans leur milieu de vie. Les référendums, outil démocratique par excellence, sont proscrits et toute tentative d'y recourir deviendra un véritable parcours du combattant. Les Chambres de commerce, les organismes bénévoles, les commerces sont abreuvées de promesses économiques qui s'avéreront exagérées sinon fausses. Au gouvernement plus d'une cinquantaine de lobbyistes de l'éolien dont le profit est le motif principal harcèlent députés et ministres pour les convaincre de ce qui est bon pour les québécois.

Sans réponses et sans arguments les élus locaux lancent : « Citoyens, adressez-vous au BAPE ! »

Après plusieurs commissions d'enquête sur l'éolien, le BAPE reconnaît lui-même qu'il intervient trop tard. Ses recommandations sont systématiquement ignorées par le conseil des ministres. Le BAPE devient un exutoire pour les doléances des citoyens plutôt qu'un réel moteur de changements. Les commissaires du BAPE ont recommandé à maintes reprises de « considérer un référendum pour communiquer au décideur gouvernemental la position réelle de la population sur le projet » (BAPE no 267, page 110) et ont constaté l'absence de réelles consultations de la population de la part des autorités municipales. Celles-ci s'en remettent presqu'exclusivement au discours des promoteurs et à la politique de l'État qui a érigé l'éolien en dogme. Marie-Claude Prémont, docteure en droit et ingénieure, conclut ainsi son analyse sur les ententes signées entre les parties : « La filière éolienne démontre que l'État a mis tout son poids afin de s'assurer de trouver la formule la plus flexible et implacable pour forcer l'implantation d'une production privée d'énergie renouvelable au Québec. Le citoyen se trouve ainsi éjecté du triangle de la justice négociée entre les trois parties que sont l'État, la municipalité et le promoteur, ce qui remet en question les fondements mêmes de la démocratie municipale. » *

Révoltés, les citoyens ne font plus confiance aux élus et aux institutions qu'ils représentent. Les principaux intéressés, les riverains qui vont se retrouver à l'ombre des éoliennes, placés devant un fait accompli, calculent leurs pertes. Debout pour défendre leur milieu de vie ils n'ont de cesse d'exiger un moratoire immédiat sur tout projet éolien industriel en milieu habité et des référendums obligatoires pour les projets déjà retenus par Hydro-Québec.

Claude Charron, comité des riverains des éoliennes de L'Érable

*Marie-Claude Prémont, La justice négociée de l'énergie éolienne au Québec, Cahiers de droit, juin 2019, page 365

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Comptes rendus de lecture du mardi 28 janvier 2025

28 janvier, par Bruno Marquis — , ,
Gaston Miron - La vie d'un homme Pierre Nepveu Il y a longtemps – presque depuis sa publication - que je voulais lire cette imposante biographie du grand poète Gaston (…)

Gaston Miron - La vie d'un homme
Pierre Nepveu

Il y a longtemps – presque depuis sa publication - que je voulais lire cette imposante biographie du grand poète Gaston Miron. Après des années de recherche à rencontrer les proches du poète et à parcourir d'abondantes archives, Pierre Nepveu nous en dresse un portrait saisissant de réalisme, depuis la jeunesse de Miron à Saint-Agathe, en passant par son passage au Mont-Sacré-Coeur de Granby, où il fera son noviciat, puis à Montréal, comme jeune adulte, avec plus tard la fondation des Éditions de l'Hexagone, maison d'édition qui deviendra une référence dans le monde de la poésie et de l'édition québécoise, et son ascension dans le monde de la poésie et de la littérature, au Québec, en France et ailleurs… L'auteur nous y parle de ses amours, de ses nombreuses et grandes amitiés, de ses tergiversations aussi, de son implication politique. Un livre et un homme dans lequel on se retrouve, parce que Miron est un peu l'incarnation du Québec moderne...

Extrait :

Le lendemain, 9 janvier, on les retrouve donc réunis pour la première fois, les trois Miron qui reposent aujourd'hui ensemble au cimetière. Ils sont là, dans la majestueuse église en pierre de Sainte-Agathe, devant l'abbé De Grandpré, vicaire de la paroisse : Charles, le grand-père, accompagné de sa seconde épouse, Wilhelmine Servais ; Charles-Auguste, le père, encore mal remis de ses émotions de la veille ; et le bébé que le prêtre baptise sous le nom de « Joseph Marcel Gaston Edgar Miron, né la veille ». Edgar ? Est-ce une erreur de l'abbé qui aurait inversé les prénoms, à moins que le premier choix des parents n'ait été celui-là avant qu'ils ne se ravisent ? L'auteur de L'Homme rapaillé aurait peut-être pu s'appeler Edgar Miron, aussi cocasse et peu concevable que cela paraisse.

La société de la fatigue
Byung-Chul Han
Traduit de l'allemand

Byung-Chul Han, d'origine sud-coréenne et vivant actuellement en Allemagne, est une des importantes figures de la philosophie moderne. Il traite, dans ce court essai, de notre passage d'une société disciplinaire, aux multiples contraintes sociales, à une société de la performance, qui nous mène à notre auto-exploitation… et à la fatigue. Ce n'est pas souvent d'une lecture facile et c'est donc parfois peu agréable à lire.

Extrait :

La société de la discipline de Foucault, composée d'hôpitaux, d'asiles, de prisons, de casernes et d'usines, n'est plus la société d'aujourd'hui. Elle a été remplacée par une toute autre société, une société des salles de fitness, des tours de bureaux, des banques, des aéroports, des centres commerciaux et des laboratoires de génétique. La société du 21e siècle n'est plus une société de la discipline mais une société de la performance.

Les voix du temps
Eduardo Galeano
Traduit de l'espagnol

L'auteur du fameux « Les Veines ouvertes de l'Amérique latine » est un écrivain qu'il faut absolument lire. Ce magnifique recueil de courts textes nous fait découvrir de fort nombreuses vérités cachées de l'histoire, de l'Amérique latine aux États-Unis, à l'Europe, à l'Asie et à l'Afrique, des temps reculés jusqu'à nos jours. Un bouquin d'une grande intelligence et d'une grande humanité.

Extrait :

Au matin du 13 février 1991, deux bombes téléguidées détruisent une base militaire souterraine dans un quartier de Bagdad. Seulement, la base militaire n'en était pas une. C'était un refuge où dormaient des gens et qui, en quelques secondes, se transforma en immense bûcher. Quatre cent huit civils moururent calcinés, parmi lesquels cinquante-deux enfants et douze bébés. Le corps de Khaled Mohamed était une flamme. Il crut qu'il était mort, mais non. Il se fraya un passage en marchant à tâtons et réussit à sortir. Il ne voyait rien. Le feu lui avait collé les paupières. Le monde non plus ne voyait rien. La télévision était trop occupée à monter les derniers modèles de machines à tuer que cette guerre avait lancés sur le marché.

Blasphème
Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet

Asia Bibi, une ouvrière agricole pakistanaise d'obédience chrétienne, est accusée de blasphème envers l'Islam en 2009 à la suite d'une dispute près d'un puits. Avec l'aide de la journaliste Anne-Isabelle Tollet, elle témoigne ici de cette dispute, de sa condamnation à la peine de mort par les autorités du pays et de ses longues années passées à croupir dans un cachot insalubre. Ce document éclairant et émouvant se termine sur l'espoir qu'elle sera un jour libérée et qu'elle pourra rejoindre son mari et ses enfants. Elle le sera finalement par la Cour suprême du pays en 2018, décision qui sera confirmée un an plus tard à la suite d'un ultime recours. Elle vit maintenant au Canada avec son mari et ses filles.

Extrait :

Je suis peut-être, moi, la pauvre fille de ferme non instruite, celle qui va, à travers mon histoire, aider des gens comme moi, et, qui sait, leur éviter la peine de mort. Si je continue à vivre, cette loi contre le blasphème sera peut-être modifiée un jour.

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L’arrivée de Trump et la gauche

28 janvier, par Ginette Lewis — ,
C'est vrai que l'arrivée de Trump au pouvoir crée beaucoup d'inquiétudes. Françoise David, dans sa lettre du jeudi 22 janvier au Devoir, exprime bien les angoisses que nous (…)

C'est vrai que l'arrivée de Trump au pouvoir crée beaucoup d'inquiétudes. Françoise David, dans sa lettre du jeudi 22 janvier au Devoir, exprime bien les angoisses que nous pouvons ressentir.

« Donald Trump est désormais président des États-Unis. Depuis le jour de l'An, des voisins, des amis, des inconnus (surtout des femmes) rencontrés au hasard des jours me parlent de leur inquiétude devant l'arrivée de cet homme vindicatif, sexiste, raciste, mythomane à la tête des États-Unis. Je sens chez ces personnes beaucoup de désarroi et surtout, une tentation : se réfugier dans des petits bonheurs quotidiens et attendre que l'orage passe. »

Mais, face à ce climat d'incertitude, la gauche reste assez muette. Au Canada, c'est Jean Chrétien qui, de ses 91 ans, écrit aux Canadiens et Canadiennes pour tenter d'éviter que le bateau libéral ne coule trop vite. C'est aussi Doug Ford qui apparaît comme le capitaine Canada avec sa casquette « Le Canada n'est pas à vendre ». C'est donc autour des partis politiques bourgeois que se concentre une vision d'unité. Mélany Joly l'a dit : c'est le temps de s'unifier. Et cette nécessaire unification pour préserver l'espace canadien dérange les plans politiques de Polievre et Paul St-Pierre Plamondon.

La gauche quant à elle demeure silencieuse et sans perspective face à cette unité des forces politiques bourgeoises.

En ce sens, la lettre de Françoise David brise la glace. Ce qu'aurait dû faire Ruba Ghazal et Qs.

Elle place bien, dans un premier temps, les dangers réels des changements idéologiques qui peuvent pervertir nos valeurs sociales.

« Les politiques de Donald Trump s'appliquent surtout aux États-Unis. Pourquoi devrions-nous résister à ce tsunami de droite, voire d'extrême droite ? Parce que les courants de pensée qui prennent de l'ampleur chez nos voisins finissent souvent par nous contaminer. Comment agir ? Par une résistance active. »

Ensuite, elle aborde la situation sociale à partir des inégalités qui se creusent.

« Je n'en peux plus de ces discours qui appellent soi-disant à la raison, mais qui, en fait, favorisent toujours les mêmes : les gens bien nantis, assis sur leur fortune, capables de se donner des services privés en santé, par exemple, mais qui rechignent devant le moindre effort fiscal additionnel. »

Elle mentionne différentes situations d'injustice sociale et touche particulièrement la question environnementale. Elle l'aborde avec une grande clairvoyance des enjeux majeurs :

« Un mot commence à m'horripiler : adaptation. Il faut, disent les politiciens, s'adapter aux changements climatiques. Évidemment. Mais il faut surtout et de toute urgence combattre ces changements par tous les moyens possibles. Cela suppose du leadership, de la volonté, du courage de la part de celles et ceux qui savent quoi faire, mais n'osent pas le proposer.

Ils prétendent que la population n'est pas prête à modifier des comportements néfastes pour l'environnement. Il est vrai que tout changement est un défi. Mais avec ce genre de raisonnement, les féministes québécoises n'auraient jamais combattu le patriarcat, les lois sexistes, les comportements machos. Elles l'ont fait, en ont parfois payé le prix, mais peuvent se réjouir aujourd'hui de n'avoir jamais capitulé, car leurs luttes ont largement porté leurs fruits. Même s'il s'agit d'un combat à poursuivre. »

Après avoir bien placé l'analyse sociale, elle présente des initiatives pour se mobiliser :

« Agissons pour que le Québec demeure et soit de plus en plus une terre où il fait bon vivre ensemble ! Répondons aux discours discriminants, marginalisants. Engageons-nous dans des organismes communautaires, syndicaux, écologistes, féministes, antiracistes. Soutenons celles et ceux qui se battent pour l'avenir de la prochaine génération, Mères au front ou les éducatrices en CPE, par exemple. Donnons du temps dans notre communauté.

Opposons au défaitisme une mobilisation sociale et politique nationale, rassembleuse et forte. Les grands mouvements sociaux ont la capacité de l'organiser, ils l'ont démontré par le passé ! »

Cet article de Françoise David a donc comblé un vide dans la gauche au Québec. Mais il nous faut nous poser la question :« Pourquoi Qs n'a pas écrit un tel texte ? » Bernard Rioux, dans son article « Les-défis posés à la gauche par le nouveau cours de l'imperialisme-americain » pour Presse-toi à gauche montre bien comment Qs pose la situation :

« Pour ce qui est de Québec solidaire, sa porte-parole Ruba Ghazal a fait sa suggestion, qui s'inscrit dans le cadre d'une éventuelle guerre commerciale : « Dans le cadre des tensions commerciales, un gouvernement solidaire n'hésiterait pas à agiter des hausses de prix importantes de l'électricité vendue sur la côte est américaine pour se faire respecter. Le Québec doit se tenir debout devant Trump. Ce n'est pas à coup de taxes sur le jus d'orange qu'il va nous prendre au sérieux. » [6] Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette suggestion se colle aux modalités d'une politique commerciale et ne cherche nullement à mettre le peuple québécois dans le coup. Même lorsqu'elle évoque l'indépendance, la prise de position de Québec solidaire reste engoncée dans une logique de politique commerciale : « Un Québec indépendant pourrait mettre ses intérêts au cours de ce bras de fer commercial, avec l'hydro-électricité comme principal levier de négociation, et s'assurer que les emplois et l'économie du Québec soient protégés. »

Aucune critique argumentée du projet de l'extrême droite trumpiste, aucune dénonciation de la politique environnementale désastreuse qu'il promeut, aucune dénonciation de ses projets d'expulsion des personnes migrantes, aucune critique de la réaction du gouvernement de la CAQ et du PQ en matière d'immigration face aux politiques d'intimidation de Trump. Pourtant, il nous apparait impératif d'opposer une réponse globale au cours actuel de l'impérialisme trumpiste dans le contexte actuel. »

Les perspectives tracées par Françoise David sont en fait les perspectives que doit développer un parti de la rue. En parlant d'adaptabilité et de population pas prête à changer, madame David touche ici des cordes sensibles d'une approche purement électoraliste : il faut plaire à la population, reprendre ce qu'elle demande, adapter notre programme, pas être trop dogmatique. En fait, cette approche efface l'image de Qs, ce pour quoi il a été créé : refléter les revendications des mouvements sociaux. Les dernières prises de positions du parti à l'Assemblée nationale ont créé bien des remous dans les groupes communautaires. Qs y a perdu des plumes et des militantes et militants. Pas étonnant qu'il ne soit pas en mesure de répondre aux angoisses actuelles et de développer des mesures anti-trumpistes.

Merci madame David d'avoir allumé une petite bougie d'espoir avec votre texte.

Peut-être que Qs pourrait le distribuer à ses membres pour discussion ? Et je vous invite à lire le texte de Bernard Rioux dans Presse-toi à gauche https://www.pressegauche.org/Les-defis-poses-a-la-gauche-par-le-nouveau-cours-de-l-imperialisme-americain

Ginette Lewis

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Le droit international est incontournable

28 janvier, par Germain Dallaire — , ,
C'est devant une salle comble au centre Saint-Pierre à Montréal que s'est tenu le 15 janvier dernier le quatrième débat d'une série conjointement organisée par le Mouvement (…)

C'est devant une salle comble au centre Saint-Pierre à Montréal que s'est tenu le 15 janvier dernier le quatrième débat d'une série conjointement organisée par le Mouvement Québec Indépendant et la revue Action Nationale, série qui s'intitule « Penser le Québec Indépendant.

Ce débat portait sur « Les droits autochtones dans un Québec Indépendant ».
Comme c'est la coutume maintenant, le débat était précédé d'un article substantiel paru dans la revue l'Action Nationale, article signé par le constitutionnaliste renommé André Binette. Le débat s'est ouvert sur sa présentation fouillée, détaillée et surtout très claire ce qui n'est pas peu dire compte tenu de la complexité du sujet. André Binette a la très bonne habitude de rédiger ses textes en leur donnant une perspective historique ce qui aide beaucoup à la compréhension. Globalement, il ressort de son texte que le droit à l'autodétermination relève du droit international et non du droit constitutionnel. C'est une chose à se rappeler quand on entend des gens nous emberlificoter avec les « subtilités » des décisions constitutionnelles canadiennes. C'est tout simplement hors sujet.

C'est aussi au droit international qu'il faut se référer en ce qui concerne les droits autochtones. Ça l'est d'autant plus que ce droit a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. La dernière décision date de 2007 alors que l'ONU a adopté la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Le Canada, après avoir refusé d'y adhérer sous Paul Martin a fait un pas en avant limité sous Stephen Harper pour ensuite l'intégrer totalement avec Justin Trudeau. Cette déclaration reconnaît que « les peuples autochtones, dans l'exercice de leur droit à l'autodétermination, ont le droit d'être autonomes et de d'administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche leurs affaires intérieures et locales, ainsi que de disposer des moyens de financer leurs activités autonomes" (article 4).

Pour André Binette, il est impératif que la volonté d'un Québec Indépendant de respecter cette Déclaration fasse partie de la Constitution du Québec. Il considère que ces obligations sont déjà remplies dans la Convention de la Baie James négociée avec les Cris et les Inuits ainsi que dans la Convention du Nord-est québécois conclue avec les Naskapis. Restera donc à négocier des traités semblables avec les 8 autres nations autochtones. Le mouvement indépendantiste doit s'y préparer le plus tôt possible.

Le premier intervenant à réagir à l'exposé d'André Binette a été Denys Delage, spécialiste renommé sur ces questions. Dans un premier temps, M. Delage a été bref pour souligner la qualité du travail de M. Binette. Il est cependant revenu par la suite pour souligner un point qu'il ne faut jamais oublier : le fait que les épidémies ont décimé les peuples autochtones. M. Delage s'appuie sur le témoignage de Joliette qui, au cours d'un voyage de Québec à la Nouvelle-Orléans, a constaté la multitude de terres travaillées mais abandonnées.

La deuxième à réagir aux propos d'André Binette à été Mme Johanne Grenier qui a notamment participé au livre « Le livre qui fait dire oui" et fait de la question autochtone une spécialité. Les autochtones n'étaient malheureusement pas représentés à ce débat mais on peut dire que Mme Grenier s'est assurée de défendre leur intérêt. Globalement très favorable à la présentation d'André Binette, elle a exprimé des réserves quant à l'entente de la Baie James ainsi que mis l'emphase sur la commission parlementaire permanente tel que proposée par René Levesque et reprise par André Binette.

La dernière intervenante était Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec. Elle a commencé en faisant état de ses expériences dans le relations avec les autochtones qui ont été nombreuses et significatives autant comme gestionnaire d'Hydro-Québec que comme Ministre de Richesses Naturelles. D'emblée, Mme Ouellet a nommé les 11 nations autochtones. De ce nombre, elle considère que trois sont des réfugiés (Hurons-Wendats, Mohawks et Abenaquis) ayant fui des guerres et provenant d'autres parties de l'Amérique du Nord.

Elle a poursuivi en affirmant qu'un Québec Indépendant devra mettre fin à la loi sur les Indiens qu'elle qualifie de raciste. À la définition basée sur le sang inhérente à cette loi, elle met de l'avant une définition civique fidèle à l'idée qu'on se fait d'une république. Mme Ouellet a soulevé la question qui tue : Qui donc est autochtone ? Elle a souligné que le mélange autochtone-français s'est réalisé dès le début, ces derniers étant là d'abord et avant tout pour la traite des fourrures qui n'a pu se faire qu'en collaboration étroite avec les autochtones. Pour elle, il ne fait pas de doute que pour une grande partie d'entre nous, du sang autochtone circule dans nos veines tout comme la spiritualité autochtone basée sur le respect de la nature occupe une large place dans la mentalité québécoise. À partir de là, commencer à analyser le sang pour déterminer qui est autochtone s'inscrit dans une logique raciste. Les Québécois(e)s adhèrent majoritairement à une définition civique qui inclue les autochtones. De même, les francophones expérimentent depuis 1759 la précarité d'une langue et d'une culture en danger. Ils sont donc bien placés pour comprendre le besoin vital pour les autochtones d'assurer le maintien et le développement de leurs langues et leurs cultures. Pour arriver à tout ça, une décentralisation s'imposera d'autant plus qu'un Québec Indépendant se retrouverait avec plusieurs nouveaux pouvoirs.

Ce débat constitue un pas en avant important dans la vaste question des relations des différentes nations qui composent le Québec. L'indépendance du Québec devient ainsi une occasion en or pour établir un pacte de collaboration dans le même esprit que dans La grande Loi de la paix des Mohawks : « Leurs cœurs seront remplis de paix et de bonne volonté et leurs esprits remplis du désir de bien-être pour les gens de l'alliance entre les peuples. » (Tiré du texte d'André Binette)

Pour ceux et celles qui le désirent, il est possible visionner l'ensemble du débat sur la page Facebook du Mouvement Québec Indépendant ou encore sur YouTube (MQI-Mouvement Québec Indépendant).

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« … les gens méritent de survivre dans la ville qu’ils servent ».

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Le réveil de la mairie de Toronto risque d'être rude. Mardi dernier, 90% des 30 000 travailleurs de la ville ont voté en faveur de la grève. Ces employés municipaux sont (…)

Le réveil de la mairie de Toronto risque d'être rude. Mardi dernier, 90% des 30 000 travailleurs de la ville ont voté en faveur de la grève. Ces employés municipaux sont chargés de fournir divers services, notamment la santé publique, les opérations de l'hôtel de ville, le dispatching des (…)

Davos, les élites mondiales se rallient à l’impérialisme de Trump

28 janvier, par Martine Orange — , ,
Ce qui s'est joué lors de ce sommet de Davos, c'est le soutien de ces élites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, à la contre-révolution illibérale (…)

Ce qui s'est joué lors de ce sommet de Davos, c'est le soutien de ces élites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, à la contre-révolution illibérale lancée par Donald Trump. Toutes souscrivent à ce capitalisme de prédation et à la violence sociale et politique qu'il implique.

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Dès les premières heures du sommet économique mondial à Davos, le 20 janvier, les participants ont compris que quelque chose avait changé : leur heure était passée. Alors que toutes les caméras et tous les micros se tournaient habituellement vers eux pour avoir leur avis sur la conduite du monde, pour la première fois, ils se sentaient négligés, presque abandonnés. Le pouvoir était désormais ailleurs. À Washington.

Tandis que les intervenants se succédaient sur scène, l'auditoire leur prêtait une attention distraite : les yeux rivés sur les écrans, il regardait la cérémonie d'investiture de Donald Trump. Au premier rang trônaient ces milliardaires du numérique qui avaient si souvent animé les débats de Davos dans le passé : Elon Musk (Tesla, X) naturellement, Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Meta), Sundar Pichai (Alphabet-Google), Tim Cook (Apple).

1 300 milliards de dollars à eux cinq, avait calculé la presse. Mais surtout, la présence de ces responsables illustrait une rupture que nombre de participants de Davos n'auraient même pas osé rêver il y a encore quelques mois : ces milliardaires sont désormais au cœur de la machine politique et administrative des États-Unis, première puissance économique mondiale.

Avant même de prendre la parole par visio au sommet le 23 janvier, le président américain avait dicté l'agenda. Plus que de la sidération face à la vitesse à laquelle Donald Trump a pris le pouvoir, il y avait de la fascination chez les participants à ce forum.

Car ce qui s'est joué lors de ce sommet de Davos, c'est le ralliement de ces élites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, à la contre-révolution illibérale, voire fasciste lancée par Donald Trump. Impuissantes à trouver les remèdes pour réparer un capitalisme en crise depuis 2008, toutes sont prêtes désormais à épouser l'impérialisme du président américain, qui leur promet un « âge d'or » du pouvoir de l'argent sans frein et sans limite.

Toutes souscrivent à ce capitalisme de prédation et à la violence sociale qu'il implique, acceptant de renoncer à tous les principes, et d'abord à la démocratie. Elles qui ont soutenu pendant des décennies que le capitalisme en était le meilleur garant.

Tout est passé par-dessus bord

Brusquement, tout ce que ces participants louaient comme des succès – y compris lors du dernier sommet – leur est apparu affreux. Tout ce qu'ils vantaient comme un modèle indépassable, allant jusqu'à en nier les échecs les plus flagrants, leur semble périmé.

D'un coup, tout est passé par-dessus bord. Les sujets qui étaient alors au cœur de leurs conversations quotidiennes – le libre-échange, la croissance, l'évolution des taux d'intérêt, la dette, la nécessaire rigueur budgétaire des États – ont à peine suscité leur intérêt. Alors qu'ils ne cessaient de mettre en avant l'ordre international, peu se sont émus de la mise en pièces du droit international.

À l'exception du secrétaire général de l'ONU, António Guterres, rappelant que les énergies fossiles sont « un monstre […] qui n'épargnera rien ni personne », du président sud-africain Cyril Ramaphosa – son pays est un des plus exposés aux dérèglements climatiques –, soulignant la nécessite de poursuivre la transition, et de l'ancien vice-président américain Al Gore, il n'y a guère eu de voix pour défendre l'agenda climatique.

L'abandon de tout projet de lutte contre le réchauffement climatique, la sortie des États-Unis de l'accord de Paris et la liquidation en cours de toutes les agences fédérales et instruments administratifs pour protéger l'environnement paraissaient s'inscrire dans une certaine normalité.

En 2017 et 2018, les responsables de Davos avaient pourtant fait de la lutte contre les dérèglements climatiques leur grande cause mondiale. Des membres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) avaient été invités pour présenter leurs différents scénarios d'évolution, tracer des pistes pour contrer ces évolutions dramatiques.

Des constructeurs automobiles aux pétroliers, en passant par les financiers et les grands laboratoires, tous avaient alors promis, la main sur le cœur, de tout mettre en œuvre pour promouvoir des politiques plus respectueuses de la nature, d'adopter et soutenir les énergies renouvelables, de défendre un « capitalisme durable ».

Pour mesurer la rupture en cours, sur ce sujet comme sur les autres, il suffit de noter la façon dont a été reçu Javier Milei. Le président argentin est devenu une « icône ».

Beaucoup d'entre eux avaient déjà renoncé à ces promesses, bien avant l'élection de Donald Trump. Dès 2021, les majors pétrolières avaient commencé à réviser à la baisse leurs projets d'énergie propre et recommençaient à forer à tout-va comme avant. Les financiers leur ont emboîté le pas, renonçant à leurs projets de finance verte. Pas assez rentable, selon eux. Les constructeurs automobiles, qui s'étaient engagés à marche forcée dans le véhicule électrique, font marche arrière. Ils ont engagé un lobbying intense auprès des gouvernements pour revoir drastiquement à la baisse tous les plans de transition dans l'automobile.

Javier Milei en roue libre

Quant à la diversité, il n'en a même pas été question. Au cours de la dernière décennie, les intervenants de Davos avaient pourtant fait assaut de promesses en ce domaine. Les uns après les autres, tous s'étaient engagés à promouvoir des politiques sociales respectueuses de la diversité, favorisant l'inclusion et la promotion des femmes, des personnes racisées, des LGBTQIA+. Aujourd'hui, l'abandon de ces politiques par Mark Zuckerberg, la liquidation là encore des agences fédérales travaillant sur ces sujets ne leur inspirent rien.

Pour mesurer la rupture en cours, sur ce sujet comme sur les autres, il suffit de noter la façon dont a été reçu Javier Milei. Les propos du président argentin, qui affichait comme ambition d'attaquer toutes les fonctions étatiques « à la tronçonneuse » pour « désocialiser l'État », avaient été accueillis avec circonspection, voire mépris. Beaucoup le considéraient comme un « clown ».

L'accueil qui lui a été réservé cette année est tout autre : Javier Milei est devenu une « icône ». L'expérience argentine est désormais considérée comme un modèle à suivre partout dans le monde, les 54 % de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvreté n'étant, selon les élites mondiales, qu'un « dommage collatéral » pour rebâtir un capitalisme futur.

Aussi, c'est avec une attention soutenue et sans aucune réticence que l'auditoire de Davos a suivi le discours du président argentin reprochant à l'Occident « d'avoir abandonné ses modèles de liberté pour le collectivisme », louant « le fantastique » Elon Musk, la « féroce dame italienne » Giorgia Meloni, Viktor Orbán et Benyamin Nétayanhou.

En roue libre, il a dénoncé le « wokisme », la perversion des mœurs permettant « à des hommes de s'habiller en femmes avant de s'en prendre aux enfants ». Sans provoquer le moindre tollé.

Ménager les ennemis, attaquer les alliés

Les gouvernements chinois, russe et tous les pouvoirs totalitaires dans le monde qui fustigent depuis des années les libertés démocratiques de l'Occident ne pouvaient espérer mieux. Régulièrement critiqués dans les années passées, ceux-ci ont d'ailleurs été particulièrement épargnés durant ce forum. À l'image de ce que fait Donald Trump pour l'instant.

Il n'a pour l'instant que peu parlé de la Chine, demandant juste des « échanges équitables » entre les deux pays. Il entend négocier au plus vite avec Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre d'Ukraine. Il l'a répété lors de son intervention à Davos : « Je ne cherche pas à blesser la Russie. J'aime les Russes et j'ai toujours eu de bonnes relations avec le président Poutine. […] Parlons de cette guerre [d'Ukraine] qui n'aurait jamais eu lieu si j'avais été président. […] Il est temps de trouver un accord. Plus une vie ne doit être sacrifiée. »

Ces négociations semblent devoir s'inscrire dans le schéma de pensée du président américain : de puissance à puissance. Il n'est pas sûr que le gouvernement ukrainien y ait plus qu'un strapontin. Quant à l'Europe, elle ne compte pas.

C'est à l'égard du continent européen, de l'Union européenne, dont jusqu'à présent il n'avait pas parlé, que Donald Trump a eu les mots les plus durs, les menaces les plus fermes. Après le Canada et le Mexique, le président américain poursuit donc cette étrange diplomatie : ménager ses ennemis et attaquer ses alliés. Il attend de ces derniers une reddition totale, et qu'ils deviennent les vassaux au seul service de la puissance américaine.

L'Europe face à Trump 2.0

Donald Trump a donc ressorti à cet effet son arme favorite : les droits de douane. Reprochant à l'Europe de ne pouvoir y vendre aucun produit américain – « ni produits agricoles ni produits industriels ni énergie » – en raison des normes et des réglementations, il a exigé des échanges équitables et loyaux, sous peine d'imposer des droits douaniers sur les importations européennes. Certaines d'entre elles se voient déjà imposer des taxes de 60 à 100 % depuis 2019. Et ces taxes n'ont pas été supprimées par l'administration Biden.

Adoptant la thèse désormais répandue que le président américain est un « dealmaker », nombre de responsables européens sont convaincus qu'au-delà des discours violents, il y a moyen, comme par le passé, de trouver un chemin d'entente.

Avant même son investiture, le président américain a déjà demandé que l'Europe importe plus de gaz et de pétrole américains, là encore sous peine de sanctions douanières. Poussant son avantage, il a demandé à Davos aux responsables européens d'importer leurs capitaux et de venir produire aux États-Unis, leur promettant l'absence de contraintes réglementaires et fiscales. Sous peine toujours de sanctions douanières, s'ils ne se conformaient pas à sa volonté.

Dès novembre, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, avait donné le ton dans un entretien au Financial Times. Elle recommandait d'acheter des produits américains, et notamment de l'énergie, afin d'amadouer l'irascible Donald Trump.

Lors de son intervention, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a poursuivi dans le même registre : elle prône un dialogue exigeant avec les États-Unis. Une position soutenue par le ministre allemand des finances, Jörg Kukies, qui préconise d'« engager des discussions entre l'Europe et les États-Unis sur les droits douaniers avant d'adopter toute contre-mesure ».

Adoptant la thèse désormais répandue que le président américain est un « dealmaker », nombre de responsables européens sont convaincus qu'au-delà des discours violents, il y a moyen, comme par le passé, de trouver un chemin d'entente.

Mais le Donald Trump d'aujourd'hui est-il le même que celui de 2016 ?

La vassalisation de l'Europe

La rapide contre-révolution engagée par Donald Trump a en tout cas secoué les esprits. Tous les responsables demandent que l'Europe, engluée dans la stagnation depuis plus de dix ans, embrasse l'agenda dressé par le président américain, renonce à ses normes, à ses réglementations et même à ses principes, pour libérer les « esprits animaux » et permettre au capitalisme de retrouver sa force et son énergie sans contrainte.

« Si l'économie américaine continue de progresser, si chaque groupe veut avoir son siège aux États-Unis et y commercer parce que la réglementation y est plus légère, les dirigeants européens diront aux politiques européens : “Faites quelque chose ou nous allons déménager outre-Atlantique” »,a analysé Rich Nuzumn , responsable du groupe de consultants Mercer. Il résumait le sentiment général.

Les appels à s'aligner sur l'agenda américain ont déjà commencé. Mark Rutte, nouveau secrétaire général de l'Otan – auparavant premier ministre des Pays-Bas –, a ainsi recommandé que les États européens taillent drastiquement dans leurs dépenses sociales et de retraite pour financer l'effort de défense européen. En supprimant au passage la préférence européenne pour acheter des matériels américains.

Les banques demandent une révision rapide des réglementations européennes pour lever les obstacles qui pénalisent leur rentabilité par rapport à leurs concurrentes américaines. Les industriels, de la biotech au numérique, exigent d'en finir avec une bureaucratie européenne tatillonne qui bride l'innovation et le développement de projets. Tous réclament une remise à plat du plan écologique européen pour favoriser la transition écologique et un abandon de normes et de réglementations « contre-productives ».

Dans la foulée du discours de Donald Trump, le groupe Stellantis (ex-FiatChrysler-PSA), désormais sous le contrôle de la famille Agnelli, très proche du gouvernement Meloni, a annoncé un très lourd programme d'investissements dans ses usines Jeep aux États-Unis. Il prévoit d'y produire des SUV des plus classiques, afin d'éviter les possibles droits de douane qui menacent les importations en provenance du Mexique.

L'impulsion est donnée. La vassalisation de l'Europe est en marche.

Martine Orange

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Israël, Netanyahou et la commémoration de la libération d’Auschwitz

Benjamin Netanyahou ne participera pas à la cérémonie de commémoration du 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz. Quelle en est la raison ? Tiré d'Europe solidaire (…)

Benjamin Netanyahou ne participera pas à la cérémonie de commémoration du 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz. Quelle en est la raison ?

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Le journaliste Gideon Levy a été plus rapide que moi cette semaine. Dans un article intitulé « Auschwitz-La Haye-Netanyahou » dans le quotidien « Haaretz », il a traité d'un sujet que je voulais également aborder cette semaine dans ma chronique de blog. Il est donc juste de commencer par le citer. « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu », écrit-il, « n'assistera pas cette année à la cérémonie de commémoration du 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz, car en raison du mandat d'arrêt lancé contre lui par la Cour internationale de justice de La Haye, il est à craindre qu'il ne soit arrêté. Cette ironie amère et quelque peu grossière de l'histoire crée un nœud surréaliste que jusqu'à présent, personne n'aurait pu envisager. Essayons d'imaginer Netanyahou atterrissant à Cracovie, arrivant à l'entrée principale d'Auschwitz et se faisant arrêter par des policiers polonais au-dessous de l'enseigne 'Arbeit macht frei' ».

Plus loin, il ajoute : « Le fait que, de tous les endroits du monde, Auschwitz soit le premier lieu que la peur fasse éviter à Netanyahou a un caractère hautement symbolique et une charge de justice historique énorme ». Levy brosse un tableau qui donne à réfléchir : « Soit une cérémonie pour le 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz, les dirigeant.e.s de la planète défilent en silence, les dernier.e.s rescapé.e.s de la Shoah encore en vie marchent à leurs côtés, et le Premier ministre de l'Etat construit sur les cendres de la Shoah n'est pas là. Il est absent parce que son pays s'est transformé en un État pestiféré et parce qu'il est poursuivi par le tribunal le plus éminent en matière de crimes de guerre ». Levy conclut sa chronique par cette observation incroyable : « Netanyahou ne sera pas à Auschwitz parce qu'il est recherché pour crimes de guerre ».

Effectivement, cet « incident » a un caractère de paradigme. Mais malgré le fait qu'environ la moitié de la population israélienne souhaite la chute politique de Netanyahu, que beaucoup espèrent qu'il finira en prison à l'issue de son procès et qu'il se soit déjà rendu coupable de tellement d'actes répréhensibles (y compris à l'intérieur d'Israël) que l'on peut trop bien comprendre la haine dirigée contre lui (et sa famille), Netanyahou lui-même n'est qu'un personnage secondaire dans ce que Gideon Levy évoque. Très souvent, des personnes de rang inférieur sont tenues pour responsables de fautes et de délits qui ont été causés ou initiés « en haut » du système hiérarchique concerné. En Israël, en ironisant sur le fonctionnement de la hiérarchie militaire, il est devenu monnaie courante de parler de la culpabilité du « garde à la porte du camp militaire » C'est devenu courant.

Il en va autrement lorsque c'est une pratique sociale ou politique qui est condamnée, mais pour laquelle il n'est pas possible de sanctionner l'ensemble d'une collectivité (comme par exemple lors du boycott de l'Etat d'apartheid sud-africain, qui a pu être mis en œuvre dans le cadre d'une entente internationale). Dans ce dernier cas, le chef d'État concerné ou d'autres fonctionnaires de haut rang sont tenus pour responsables en tant que représentants symboliques de la collectivité. En condamnant Netanyahu, c'est « Israël » qui est condamné.

Cela doit être souligné, car la responsabilité ministérielle pour les crimes de guerre incombe certes à l'institution dirigeante, mais elle est habituellement de nature plutôt abstraite. La barbarie (physique) du crime se déroule en revanche « sur le terrain ». En tant que gouvernant, Netanyahu porte la responsabilité de la politique qu'il a tracée et ordonnée, et donc des directives militaires qui en découlent dans la guerre actuelle. Bien qu'il refuse sans cesse d'assumer toute responsabilité, et notamment celle du désastre du 7 octobre, ce ne sont pas forcément ses instructions qui ont généré les crimes de guerre concrets. C'est autre chose qui doit être pris en compte ici.

La barbarisation de l'armée israélienne

Car ce qui est apparu lors des opérations de l'IDF dans la bande de Gaza l'année dernière, c'est l'extrême brutalisation des troupes combattantes en action, dont les crimes de guerre se sont multipliés (et se multiplient encore) à un point tel que l'on a assez vite commencé à parler de génocide contre la population civile de Gaza. Le débat sur la question de savoir s'il s'agit effectivement d'un génocide n'est pas abordé ici ; la polémique ardente sur la question de la désignation ne fait que détourner l'attention de l'essentiel - de la barbarisation incontestable de l'armée israélienne et de son activité guerrière. Il suffit de se pencher sur l'accumulation des crimes de guerre pour comprendre que dans cette guerre, quelque chose a pris forme qui dépasse de loin la personne de Netanyahu. Une technique de combat est devenue la norme, avec laquelle la mort d'un nombre incroyable de civils, parmi lesquels surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées, ainsi que la destruction monstrueuse d'infrastructures et des ressources de la vie civile sont devenues « des choses tout à fait naturelles ».

Il a déjà été expliqué ici la semaine dernière (dans un article sur les recherches du docteur Lee Mordechai de l'université hébraïque de Jérusalem ndt) que l'accusation de crimes de guerre commis est établie depuis longtemps et que personne ne pourra prétendre plus tard ne pas avoir été au courant. Le fait que les médias établis d'Israël privent la population du pays de comptes-rendus sur les actes de barbarie commis en son nom, qu'ils les cachent même carrément, ne peut être accepté comme explication du silence général sur ces crimes - celui qui veut savoir peut tout savoir. Il faut certes vouloir savoir.

De la même manière, la « justification » des crimes de guerre à partir du pogrom perpétré contre des Israéliens juifs le 7 octobre n'a pas de fondement recevable dès lors que l'on récuse le bien-fondé de la mobilisation de l'armée pour assouvir des désirs collectifs de vengeance et de représailles. Le meurtre d'enfants par une armée (considéré comme un « dommage collatéral ») ne peut pas constituer une « réparation » de sa propre souffrance. Et encore moins lorsque ses conséquences s'accroissent pour atteindre une disproportion aussi éclatante.

Ce qui frappe avant tout, c'est le plaisir, le sadisme et la joie de nuire manifestés par les soldats au cours de ce massacre qui n'en finit pas. Le 7 octobre a dégénéré en permis de détruire à outrance et d'anéantir sans scrupule des vies humaines. Jamais dans aucune guerre, les soldats sur le champ de bataille n'ont été des apôtres de l'humanité - « les soldats habitent sur les canons » et généralement ils font de leurs ennemis des « steaks tartare ». Pour la population civile ennemie, la situation devient particulièrement difficile lorsque des avions de combat modernes sont massivement utilisés. Mais ce qui peut s'expliquer sur le champ de bataille par la logique interne de ce que la guerre a toujours été dans son essence - l'absence d'inhibition légitimée dans le meurtre d'êtres humains et la dévastation des conditions de vie matérielles - fait frémir lorsqu'il s'avère qu'une collectivité entière se range derrière les crimes de son armée nationale.

Le peu que la population israélienne a pu apprendre de l'horreur de la réalité de Gaza a été (et est encore aujourd'hui) rejeté avec une indifférence effrayante comme étant une contre-vérité, une exagération, une propagande perfide de l'autre camp ou, par facilité, rationalisé en attribuant la responsabilité des crimes de guerre aux habitant.e.s de Gaza eux-mêmes (« ce sont eux qui ont commencé ») ou en déclarant ouvertement ne pas pouvoir éprouver de compassion pour eux.

Aussi bien le comportement plus brutal des soldats que l'indifférence de la population civile israélienne découlent d'un long et constant processus de déshumanisation des Palestiniens. 57 ans d'occupation barbare et l'effacement déjà ancien du conflit israélo-palestinien de l'ordre du jour politique d'Israël et du reste du monde ( mené délibérément en particulier par Netanyahou) ont fini par produire des résultats inévitables. La vie humaine palestinienne ne compte pas beaucoup pour la grande majorité des Juifs israéliens, surtout après le 7 octobre, et encore moins lorsqu'il s'agit des habitant.e.s de Gaza, qui sont presque tous et toutes désigné.e.s par le gouvernement israélien actuel comme des terroristes du Hamas.

Trahison de la mémoire d'Auschwitz

La mise sur le même plan de la catastrophe de Gaza et d'Auschwitz n'est pas justifiable - elle est d'ailleurs contestée par Gideon Levy dans sa chronique. Mais il est inutile de revenir là-dessus. Cela fait trop longtemps que la politique israélienne instrumentalise la singularité d'Auschwitz à des fins politiciennes qui n'ont rien à voir avec elle. On ne peut tirer aucune leçon de la Shoah, ni même le postulat idéologique de la nécessité d'un « refuge pour le peuple juif », comme cela devrait être clairement démontré aujourd'hui avec une évidence très frappante.

Tout au plus pourrait-on dégager de la Shoah l'idée directrice d'une société qui s'efforcerait de minimiser, voire de rendre impossible, que des êtres humains soient sacrifiés, et ce en tant que message abstrait. C'est peut-être ce qu'a voulu dire Walter Benjamin en évoquant la « faible force messianique » qui est transmise à chaque génération existante par rapport aux générations passées. Et c'est précisément en cela que se manifeste l'effroyable trahison qu'Israël a commise (pas seulement actuellement, mais maintenant avec une démesure qu'il a lui-même choisie) à l'égard de la mémoire d'Auschwitz. Et c'est en cela, précisément, que réside l'horreur du symbole : le Premier ministre israélien ne participera pas à la cérémonie de commémoration du 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz, de peur d'être arrêté comme criminel de guerre, ce qu'il est en tant que représentant d'Israël.

Moshe Zuckermann

• Traduit de l'allemand pour ESSF par pierre Vandevoorde

Publication originale 28 décembre 2024 :
https://overton-magazin.de/top-story/israel-netanjahu-und-der-auschwitz-gedenktag/

• Repris dans le quotidien Il Manifesto le 8 janvier 2025 :
https://ilmanifesto.it/israele-e-il-tradimento-della-memoria-di-auschwitz

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Une homélie qui indispose drôlement Donald Trump

28 janvier, par Mariann Edgar Budde, Ovide Bastien — ,
Le bon Dieu a le dos large... Le 23 mars 1933, Adolf Hitler affirme que Les Églises chrétiennes sont un élément essentiel pour la sauvegarde de l'âme du peuple allemand. Le (…)

Le bon Dieu a le dos large...

Le 23 mars 1933, Adolf Hitler affirme que Les Églises chrétiennes sont un élément essentiel pour la sauvegarde de l'âme du peuple allemand.

Le 11 octobre 1973, Augusto Pinochet décrit son coup d'état du 11 septembre qui renversait brutalement du pouvoir le président chilien démocratiquement élu Salvador Allende comme le jour où la main de Dieu se fit présente pour nous sauver !

Lors de son discours d'inauguration le 20 janvier dernier, Donald Trump, se réfère à la tentative d'assassinat contre lui et affirme qu'il a été sauvé par Dieu afin que l'Amérique puisse redevenir un pays formidable !

Je vais ramener le bon sens à notre pays, dit Trump.

Fini le temps où dans nos écoles les enfants apprennent à critiquer et dénigrer leur pays (une allusion, de toute évidence, à l'esclavage, au racisme, aux manœuvres secrètes de la CIA pour renverser des gouvernements, au soutien de dictatures, etc.).

Où on ouvre nos frontières du sud à des millions de criminels : des gens qui violent les femmes, des fous qui sortent des asiles, des gens qui sèment le bordel dans nos villes.

Où on privilégie systématiquement et injustement l'embauche de femmes et non d'hommes, de noirs, de latinos, etc., au lieu d'hommes blancs.

Où le système de justice est transformé en arme pour persécuter des gens complètement innocents comme moi ! Où on prétend qu'il n'y a pas seulement des hommes et des femmes dans ce monde.

Où on invente une soi-disant crise environnementale, impose des règlements, oblige le monde à acheter une voiture électrique et restreint la production de pétrole, ce qui fait monter en flèche les prix.

Où on tente de limiter la liberté d'expression sur Facebook, X, etc., en exigeant que ces derniers s'assurent que ce qui se dit dans ces réseaux sociaux correspond à la vérité et ne fait pas de tort à nos jeunes.

Toutes les entrées illégales seront immédiatement stoppées et nous commencerons à renvoyer des millions et des millions d'étrangers criminels dans leur pays d'origine. (...) J'enverrai des troupes à la frontière sud pour repousser l'invasion désastreuse de notre pays.

Je pourrais continuer à énumérer les nombreuses déclarations fracassantes de Donald Trump, lequel, quelques jours plus tard, renvoyait dans leurs pays d'origines – Colombie, Brésil, Honduras, etc. – mains et pieds attachés comme s'il s'agissait de criminels, des milliers d'immigrants et ceci, à bord d'avions militaires américains.

Cependant, je préfère reproduire l'homélie remarquable qu'a prononcée en présence de Donald Trump l'évêque anglicane Mariann Edgar Budde lors d'une cérémonie religieuse qui avait lieu dans la cathédrale nationale de Washington le 21 janvier.

L'aspect impérialiste et parfois farfelu du nouveau président saute aux yeux. Faire en sorte que le Canada devienne, via une guerre commerciale, une partie des États-Unis. Prendre de force le canal de Panama ainsi que le Groenland. Faire fi du traité de libre-échange et imposer un tarif de 25% sur tout produit provenant du Canada ou du Mexique.

Dans son discours à Davos, Trump affirme que l'inflation sous Biden a atteint un niveau record, ce qui est complètement farfelu : en 1980 elle atteignait 14% ! Il affirme, à Davos, devant les riches de la planète, que s'ils ne veulent pas payer de tarifs, ils doivent déménager leurs entreprises aux États-Unis, ce qui est encore complètement farfelu : ce sont les Américains qui paieraient les tarifs imposés par Trump, non pas eux !

La révérende Mariann Edgar Budde lance des flèches à Trump au niveau des valeurs humaines et spirituelles. Faire appel au mépris et au racisme n'est pas du tout une bonne façon de gérer un pays, lui laisse-t-elle clairement entendre.

L'homélie de l'évêque

Elle débute son homélie en citant le passage suivant de l'Évangile de Matthieu 7:24-29 :

Ô Dieu, tu nous as créés à ton image et tu nous as rachetés par l'intermédiaire de Jésus, ton Fils : Regarde avec compassion toute la famille humaine ; enlève l'arrogance et la haine qui infectent nos cœurs ; fais tomber les murs qui nous séparent ; unis-nous dans des liens d'amour ; et fais en sorte qu'à travers nos luttes et notre confusion nous puissions accomplir tes desseins sur la Terre ; afin qu'en ton temps, toutes les nations et toutes les races puissent te servir dans l'harmonie autour de ton trône céleste ; par Jésus-Christ notre Seigneur.

Jésus a dit : "Quiconque entend mes paroles et les met en pratique sera semblable à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les inondations sont venues, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison, mais elle n'est pas tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. Quiconque entend mes paroles et ne les met pas en pratique sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les flots ont déferlé, les vents ont soufflé et battu cette maison, et elle est tombée, et sa chute a été grande. Quand Jésus eut achevé de dire ces choses, les foules furent frappées de son enseignement, car il les enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non comme leurs scribes.

Rejoints par de nombreuses personnes à travers le pays, nous nous sommes réunis ce matin pour prier pour l'unité de la nation - non pas pour un accord, politique ou autre, mais pour le type d'unité qui favorise la communauté au-delà de la diversité et de la division, une unité qui sert le bien commun.

L'unité, dans ce sens, est le seuil requis pour que les gens puissent vivre ensemble dans une société libre, c'est le roc solide, comme l'a dit Jésus, dans ce cas, sur lequel on peut construire une nation. L'unité n'est pas la conformité. Ce n'est pas une victoire de l'un sur l'autre. Ce n'est pas une politesse lasse ni une passivité née de l'épuisement. L'unité n'est pas partisane.

L'unité est plutôt une façon d'être ensemble qui englobe et respecte les différences, qui nous apprend à considérer les multiples perspectives et expériences de vie comme valables et dignes de respect, qui nous permet, dans nos communautés et dans les lieux de pouvoir, de nous soucier sincèrement les uns des autres même lorsque nous ne sommes pas d'accord. Ceux qui, dans notre pays, consacrent leur vie ou se portent volontaires pour aider les autres en cas de catastrophe naturelle, souvent au péril de leur vie, ne demandent jamais à ceux qu'ils aident pour qui ils ont voté lors des dernières élections ou quelles sont leurs positions sur un sujet particulier. C'est en suivant leur exemple que nous sommes au meilleur de nous-mêmes.

L'unité est parfois sacrificielle, de la même manière que l'amour est sacrificiel, un don de soi pour le bien d'autrui. Dans son sermon sur la montagne, Jésus de Nazareth nous exhorte à aimer non seulement nos voisins, mais aussi nos ennemis, à prier pour ceux qui nous persécutent, à être miséricordieux comme notre Dieu est miséricordieux et à pardonner aux autres comme Dieu nous pardonne. Jésus a fait des pieds et des mains pour accueillir ceux que sa société considérait comme des parias.

Je reconnais que l'unité, dans ce sens large et étendu, n'est qu'une aspiration. L'unité à laquelle nous appelle notre Dieu est exigeante et reflète ce qu'il y a de meilleur et de plus noble en chacun de nous. Toutes nos prières ne servent pas à grand-chose si dans notre comportement, nous ne faisons qu'accentuer et exploiter les divisions qui existent entre nous.

Nos Écritures sont très claires : Dieu n'est jamais impressionné par des prières lorsque nos actions ne vont pas dans le même sens. Dieu ne nous épargne pas non plus les conséquences de nos actes qui, en fin de compte, comptent plus que nos paroles de prières.

Ceux d'entre nous qui sont rassemblés dans cette cathédrale ne sont pas naïfs face aux réalités de la politique. Lorsque le pouvoir, la richesse et des intérêts concurrents sont en jeu, lorsque les points de vue sur ce que l'Amérique devrait être, sont en conflit lorsque des opinions fortes s'expriment à travers un éventail de possibilités et que des compréhensions radicalement différentes de ce que doit être la bonne ligne de conduite, il y aura des gagnants et des perdants lorsque des votes seront exprimés ou que des décisions seront prises qui détermineront le cours de la politique publique et la priorisation des ressources. Il va sans dire que dans une démocratie, les espoirs et les rêves de chacun ne se réaliseront pas au cours d'une session législative, d'un mandat présidentiel ou même d'une génération. Les prières spécifiques de chacun - pour ceux d'entre nous qui sont des personnes de prière - ne seront pas toujours exaucées comme nous le souhaiterions. Mais pour certains, la perte de leurs espoirs et de leurs rêves sera bien plus qu'une défaite politique, elle se traduira par une perte d'égalité, de dignité et de moyens de subsistance.

Dans de telles conditions, une véritable unité entre nous est-elle même possible ? Et pourquoi devrions-nous nous en préoccuper ?

J'espère que nous nous en soucions, car la culture du mépris qui s'est normalisée dans notre pays menace de nous détruire. Nous sommes tous bombardés quotidiennement de messages provenant de ce que les sociologues appellent aujourd'hui le complexe industriel de l'outrage , dont certains sont dirigés par des forces extérieures dont les intérêts sont favorisés par une Amérique polarisée. Le mépris alimente nos campagnes politiques et les réseaux sociaux, et nombreux sont ceux qui en tirent profit. Mais c'est une façon carrément dangereuse de diriger un pays.

Je suis une personne de foi et, avec l'aide de Dieu, je crois que l'unité de ce pays est possible - pas une unité parfaite, certes, car nous sommes tous imparfaits comme personnes – mais assez forte pour nous permettre de continuer à croire et à travailler à la réalisation des idéaux des États-Unis d'Amérique - idéaux exprimés dans la Déclaration d'indépendance, avec son affirmation de l'égalité et de la dignité innées de l'homme.

Prier Dieu afin qu'il nous aide à atteindre l'unité a du sens - nous avons besoin de son aide - mais seulement si nous sommes prêts à entretenir les fondations dont dépend l'unité. À l'instar de l'analogie de Jésus avec la construction d'une maison de foi sur le roc de ses enseignements, par opposition à la construction d'une maison sur le sable, les fondations dont nous avons besoin pour l'unité doivent être suffisamment solides pour résister aux nombreuses tempêtes qui la menacent.

Quels sont les fondements de l'unité ? En m'inspirant de nos traditions et textes sacrés, je dirais qu'il y en a au moins trois.

Le premier fondement de l'unité consiste à honorer la dignité inhérente à chaque être humain, qui est, comme l'affirment toutes les confessions représentées ici, le droit de naissance de tous les peuples en tant qu'enfants du Dieu unique. Dans le discours public, honorer la dignité de chacun signifie refuser de se moquer, de rabaisser ou de diaboliser ceux avec qui nous sommes en désaccord, et choisir au contraire de débattre respectueusement de nos différences et, chaque fois que cela est possible, de chercher un terrain d'entente. Si un terrain d'entente n'est pas possible, la dignité exige que nous restions fidèles à nos convictions sans mépriser ceux qui ont leurs propres convictions.

Un deuxième fondement de l'unité est l'honnêteté, tant dans les conversations privées que dans les discours publics. Si nous ne sommes pas disposés à être honnêtes, il ne sert à rien de prier pour l'unité, car nos actions vont à l'encontre des prières elles-mêmes. Nous pourrions, pendant un certain temps, éprouver un faux sentiment d'unité chez certains, mais pas l'unité plus solide et plus large dont nous avons besoin pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Pour être juste, nous ne savons pas toujours où se trouve la vérité, et beaucoup de choses vont à l'encontre de la vérité aujourd'hui, et ce de manière stupéfiante. Mais lorsque nous savons ce qui est vrai, il nous incombe de dire la vérité, même lorsque - et surtout lorsque - cela nous coûte.
Un troisième fondement de l'unité est l'humilité, dont nous avons tous besoin, car nous sommes tous des êtres humains faillibles. Nous commettons des erreurs. Nous disons et faisons des choses que nous regrettons. Nous avons nos angles morts et nos préjugés, et nous sommes peut-être les plus dangereux pour nous-mêmes et pour les autres lorsque nous sommes persuadés, sans l'ombre d'un doute, que nous avons tout à fait raison et que quelqu'un d'autre a tout à fait tort. Car nous sommes alors à deux doigts de nous étiquetter comme les bonnes personnes, par opposition aux mauvaises personnes.

La vérité est que nous sommes tous des personnes, capables du meilleur comme du pire. Alexandre Soljenitsyne a judicieusement observé que « la ligne de démarcation entre le bien et le mal ne passe pas par les États, ni par les classes, ni par les partis politiques, mais par chaque cœur humain et par tous les cœurs humains ». Plus nous en prenons conscience, plus nous avons de place en nous pour l'humilité et l'ouverture à l'autre au-delà de nos différences, car en fait, nous sommes plus semblables les uns aux autres que nous ne le pensons, et nous avons besoin les uns des autres.

Il est relativement facile de prier pour l'unité dans les occasions solennelles. Cependant, il est beaucoup plus difficile à réaliser cette unité lorsque nous sommes confrontés à de réelles différences dans l'arène publique. Mais sans unité, nous bâtissons l'édifice de notre nation sur du sable.

Avec un engagement en faveur de l'unité qui intègre la diversité et transcende les désaccords, et les solides fondations de dignité, d'honnêteté et d'humilité qu'une telle unité requiert, nous pouvons faire notre part, à notre époque, pour aider à réaliser les idéaux et le rêve de l'Amérique.

Permettez-moi de vous adresser un dernier appel, Monsieur le Président. Des millions de personnes vous ont fait confiance. Comme vous l'avez dit hier à la nation, vous avez senti la main providentielle d'un Dieu aimant. Au nom de notre Dieu, je vous demande d'avoir pitié des personnes de notre pays qui ont peur en ce moment. Il y a des enfants gays, lesbiennes et transgenres dans des familles démocrates, républicaines et indépendantes qui craignent pour leur vie.

Et les personnes qui cueillent nos récoltes et nettoient nos immeubles de bureaux, qui travaillent dans nos élevages de volaille et nos usines d'emballage de viande, qui lavent la vaisselle dans les restaurants et qui travaillent de nuit dans les hôpitaux - ils ne sont peut-être pas citoyens ou n'ont pas les papiers nécessaires, mais la grande majorité des immigrants ne sont pas des criminels. Ils paient des impôts et sont de bons voisins. Ils sont des membres fidèles de nos églises, mosquées et synagogues, gurdwara et temples.

Ayez pitié, Monsieur le Président, des membres de nos communautés dont les enfants craignent que leurs parents leur soient enlevés. Aidez ceux qui fuient les zones de guerre et les persécutions dans leur propre pays à trouver ici compassion et accueil. Notre Dieu nous enseigne que nous devons être miséricordieux envers l'étranger, car nous avons été un jour des étrangers sur cette terre.

Que Dieu nous donne à tous la force et le courage d'honorer la dignité de chaque être humain, de dire la vérité dans l'amour et de marcher humblement les uns avec les autres et avec notre Dieu, pour le bien de tous les habitants de cette nation et du monde.

Trump réagit à l'homélie

Comme on pouvait s'y attendre, Trump n'a pas tardé à réagir, faisant appel encore une fois au mépris pour tenter de neutraliser une personne qui l'accusait justement de gérer les États-Unis en faisant constamment appel au mépris.

Sur son Truth Social, il dénonce la « soi-disant évêque » la qualifiant de « radicale de gauche qui déteste Trump ». Trump, qui a grossièrement fait entrer Dieu « dans le monde de la politique » en affirmant que Dieu l'avait sauvé afin qu'il puisse restaurer la splendeur des États-Unis, accuse maintenant l'évêque d'avoir fait entrer « son église dans le monde de la politique d'une manière très indigne ». Son homélie, insiste-t-il, était « méchante dans le ton », « ennuyeuse » et « peu inspirante ». Elle et son église doivent absolument venir s'excuser !

La révérende Mariann Edgar Budde a riposté à Trump. Je ne suis pas une radicale de gauche. Sa réaction me désole. Je ne vais pas m'excuser...

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La privatisation tranquille de l’électricité ou comment échouer sa transition énergétique en 4 étapes faciles (1 et 2)

28 janvier, par Arnaud Theurillat-Cloutier — , ,
Tout électrifier (ou presque). Voilà une des principales recommandations des organisations internationales pour la lutte aux changements climatiques. Mais cela implique en même (…)

Tout électrifier (ou presque). Voilà une des principales recommandations des organisations internationales pour la lutte aux changements climatiques. Mais cela implique en même temps de décarboner toute la production électrique (37,5 % des émissions de GES à l'échelle mondiale). Or, à travers le monde, si l'installation des panneaux solaires et des éoliennes connaît une croissance importante, elle masque souvent la croissance aussi importante du charbon et du gaz « naturel » dans le secteur électrique. Encore aujourd'hui, 59 % de l'électricité produite dans le monde repose sur des carburants fossiles. Pourquoi la décarbonation du secteur électrique n'a pas lieu, ou du moins pas suffisamment vite ? Dans son livre The price is wrong (Verso, 2024), l'économiste Brett Christophers nous livre des clés pour comprendre la situation internationale, mais aussi pour analyser au Québec les dangers du projet de réforme de la loi sur l'énergie (PL69).

13 janvier 2025
https://iris-recherche.qc.ca/blogue/environnement-ressources-et-energie/privatisation-electricite-1/

La privatisation tranquille de l'électricité ou comment échouer sa transition énergétique en 4 étapes faciles (1 )

Pas les prix, mais les profits

Le prix de production de l'électricité provenant des panneaux solaires et des éoliennes a chuté radicalement dans les dernières décennies. Selon certaines estimations (contestables), il serait même compétitif avec le prix des centrales au charbon et au gaz. Pour les économistes orthodoxes, la transition énergétique ne pouvait se passer qu'à cette condition : when the price is right (lorsque le prix serait le bon).

En réalité, comme le rappelle l'économiste Brett Christophers, dans une économie capitaliste dominée par la propriété privée, ce n'est pas les prix qui déterminent principalement les investissements dans les énergies renouvelables, mais les perspectives de profitabilité. Pour développer un projet éolien, le promoteur privé doit principalement s'appuyer sur des dettes (à plus de 70 %) plutôt que des actions, contractées auprès d'une institution financière (banque ou fonds d'investissements). Ces institutions ne prêtent que si le projet est dit « bancable », soit remboursable, avec ses intérêts, ce qui suppose une évaluation de la profitabilité. Or, sur les marchés de l'électricité dérégulés, ce profit n'est pas au rendez-vous pour les énergies renouvelables (solaire et éolienne), du moins pas suffisamment pour les investisseurs financiers.

C'est la principale raison économique pour laquelle la décarbonation du secteur électrique est si lente : les profits y sont trop bas et surtout trop imprédictibles. Résultat : les États où les énergies renouvelables ont connu une croissance rapide sont tous des États où les subventions (directes ou indirectes) ont été massives, prédictibles et suffisantes pour garantir de hauts taux de profit, comme en Allemagne ou en Chine. Lorsque ces subventions s'effondrent et que les mécanismes du marché opèrent dans le secteur électrique, les profits ne sont pas aux rendez-vous et les investissements sont ralentis, au détriment du climat.

L'échec de la transition énergétique, c'est l'échec du néolibéralisme

Si les marchés de l'électricité sont défavorables aux énergies solaires et éoliennes, c'est parce qu'ils ont subi d'importantes transformations de type néolibéral et parce que leur fonctionnement a principalement été établi sur la base de l'opération de centrales traditionnelles (aux carburants fossiles et à l'énergie nucléaire). À la fin des années 1980, au moment même où les gouvernements et notamment le GIEC réalisaient la nécessité de sortir des carburants fossiles, l'électricité, principalement sous monopole public, a été graduellement transformée en un marché privé. Ainsi, l'électricité est de moins en moins publique à mesure que se développent les énergies solaires et éoliennes.

Ces transformations se sont opérées en quatre grandes étapes interreliées : 1) le dégroupage vertical (unbundling) des entités de production, de transport et de distribution de l'électricité ; 2) la dé-monopolisation de la production électrique (introduction de la compétition) ; 3) la privatisation des entreprises publiques de production d'électricité ; 4) et la commercialisation (marketisation), soit l'introduction de mécanismes de marché pour réguler la vente d'électricité entre les divers acteurs (générateurs, fournisseurs, revendeurs, distributeurs, etc.), qui a notamment pour effets d'attirer des spéculateurs et de créer une grande volatilité des prix.

Mises ensemble, ces transformations ont créé de toutes pièces des marchés de l'électricité dérégulés et dominés par l'investissement privé. Sur ces marchés, les fournisseurs d'énergies renouvelables ne parviennent pas à dégager suffisamment de profits, surtout pas de manière prédictible, entre autres en raison du caractère intermittent de leur production et des difficultés de stockage de l'électricité. Résultat : les investisseurs ont bien moins intérêt à développer les énergies renouvelables que des centrales thermiques (charbon, gaz).

En bref, la meilleure façon de rater la décarbonation du secteur électrique est d'en privatiser l'investissement. Au moment où il faut opérer des transformations inédites de l'économie, la privatisation se révèle encore une fois la meilleure façon de perdre encore plus le contrôle démocratique de l'orientation de nos sociétés… et du climat.

Dans un prochain billet, nous verrons en quoi le projet de loi 69 engage le Québec dans cette direction, ce qui pourrait bien faire perdre le caractère « exceptionnel » de notre réseau électrique public.

La privatisation tranquille de l'électricité ou comment échouer sa transition énergétique en 4 étapes faciles (2/2)

Dans un précédent billet, nous avons expliqué pourquoi le pouvoir privé sur l'investissement dans les énergies renouvelables limite leur développement. Dans ce billet, nous analyserons comment ces enseignements peuvent nous servir à comprendre la situation au Québec et le projet de loi 69 sur l'énergie.

L'exception du Québec : combien de temps encore ?

La situation de l'électricité au Québec est bien différente de celle des marchés de l'électricité ailleurs dans le monde à deux égards : non seulement notre électricité est déjà décarbonée, mais elle est en plus contrôlée principalement par un monopole public et n'est pas vendue aux consommateurs finaux en fonction de mécanismes du marché.

En effet, au Québec, comme dans certains États des États-Unis, le prix de l'électricité est fermement régulé par des commissions publiques (ici, la Régie de l'énergie), sur la base du coût d'opération. Cet encadrement, qui s'est imposé dans nombre d'États dès le milieu du XXe siècle, repose sur une conception de l'électricité comme un service public indispensable à la satisfaction des besoins sociaux plutôt que comme une marchandise.

En quoi l'analyse des transformations néolibérales des marchés de l'électricité peut donc nous être utile pour comprendre l'exception québécoise ? Elle peut se lire comme un avertissement porté contre le projet de loi 69 sur l'énergie (PL69), que le gouvernement de la CAQ souhaite adopter dans les prochains mois. En d'autres termes, le PL69, en ouvrant davantage la porte au privé dans le secteur électrique, ne représente pas seulement une perte de pouvoir pour Hydro-Québec, mais surtout un risque pour la transition énergétique.

Dans la transition (à venir), nous aurons vraisemblablement besoin de plus d'électricité, en particulier pour électrifier le secteur des transports (y compris dans un scénario où l'usage de « l'autosolo » est grandement réduit). La question se pose à savoir dans quelles conditions se mènera cette expansion. Dans ce contexte, le PL69 représente le plus sûr moyen de perdre le contrôle non seulement des recettes de l'électricité, mais aussi des priorités et du rythme du développement de la production électrique.

En effet, le PL69 constitue la première étape vers l'imposition d'un marché dérégulé. Plusieurs des articles (28, 38, 115, 116) du projet de loi ouvrent encore davantage au dégroupage vertical d'Hydro-Québec et ainsi préparent à l'établissement d'un marché concurrentiel de l'électricité. Davantage, car la production d'électricité est déjà une entité séparée d'Hydro-Québec et soumise à une certaine logique de marché, à la différence du transport et de la distribution (dont les prix sont régulés par la Régie de l'énergie). Ce dégroupage a été établi dans les années 1990 pour répondre aux exigences de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Cela a eu pour principal effet de rouvrir la porte à l'expansion de la production électrique privée, notamment avec le développement éolien, les minicentrales hydroélectriques privées (2009-2013) et le développement de centrales privées de cogénération ou à la biomasse. Contrairement à une opinion répandue, Hydro-Québec possède aujourd'hui 80 % de la production électrique et non la totalité.

Le PL69 n'impose pas la création d'un marché dérégulé de l'électricité, mais il correspond clairement à la première des quatre étapes de privatisation observées dans d'autres juridictions et analysées par Brett Christophers (voir notre autre billet). La poursuite de cette voie pourrait éventuellement mener à l'établissement d'un marché complètement dérégulé de l'électricité à l'échelle nord-américaine et, par le fait même, à d'importantes hausses de tarifs pour les particuliers. Cette idée n'est pas strictement spéculative, comme en fait foi un rapport datant de 2020 du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui propose l'instauration d'un « marché commun intégré de l'électricité » entre les provinces de l'Est et les États étatsuniens voisins.

Garantir le profit privé ou rater la transition

Quelles conséquences cette privatisation tranquille de l'électricité pourrait-elle avoir sur la transition énergétique ? Deux scénarios se présentent. Soit la transition énergétique se fait au rythme compatible avec notre responsabilité climatique, mais ce serait alors uniquement grâce à de vastes subventions publiques garantissant de hauts taux de profitabilité pour le privé. Soit la transition ne respectera pas le rythme qu'exige la crise climatique, car les énergies renouvelables ne seront pas suffisamment rentables aux yeux des investisseurs.

Le premier scénario est évidemment préférable pour le climat, mais pas pour les finances publiques et le contrôle démocratique de l'économie. Les taux de profit de la production des éoliennes privées au Québec sont aujourd'hui artificiellement élevés, autour de 9 à 15 %, contre des taux de 5 à 8 % au plus haut ailleurs dans le monde. Cela s'explique par le fait qu'Hydro-Québec garantit non seulement le prix, mais aussi l'achat de toute la production et ainsi l'équilibrage sur le réseau et ce, au détriment de sa propre production provenant des barrages.

À l'inverse de cette tendance, comme le soutient Brett Christophers, la propriété publique des infrastructures d'électricité renouvelable constitue le moyen le plus sûr, le plus rapide et le plus efficace pour réaliser la transition énergétique. Hydro-Québec, malgré son caractère encore opaque, sa dimension peu démocratique et son historique colonial face aux peuples autochtones, constitue une pièce centrale de notre avenir écologique. La privatiser en tout ou en partie serait la voie la plus sûre pour perdre beaucoup de fonds publics ou échouer tout simplement la nécessaire sortie des carburants fossiles.

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Le coup d’assommoir de Retailleau !

28 janvier, par Omar Haddadou — , ,
Implacable ! Bruno Retailleau fait du gringue à un groupuscule identitaire et remet une couche contre les Immigrés (e) à travers la circulaire du 24 janvier 2025, renforçant (…)

Implacable ! Bruno Retailleau fait du gringue à un groupuscule identitaire et remet une couche contre les Immigrés (e) à travers la circulaire du 24 janvier 2025, renforçant son pouvoir vertical par des injonctions aux Préfets. La Gauche se mobilise, Éric Lombard met en garde.

De Paris, Omar HADDADOU

Le migrant est à l'Autorité ce qu'une goutte de mercure à la coupelle d'un Laborantin : Insaisissable !
Intraitable, Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, nouveau rouleau compresseur investi pour bannir, précariser et reconduire aux frontières, se mure dans un acharnement répugnant. Dans sa ligne de mire ? L'Immigré (e) auquel il promet « la fermeté ».
En s'offrant la meute de journalistes et les déclarations à l'emporte-pièces, lors de son déplacement ce vendredi 24 janvier dans les Yvelines, il s'est projeté dans le triomphalisme, là où ses prédécesseurs se sont cassés les dents sur la gestion du flux migratoire.

Gageons qu'il repartira avec un parafeur attestant qu'il a brassé du vent !

Le futur nous le prouvera, encore une fois !

Ainsi en a décidé la Gauche - devenue un cas de conscience pour le camp présidentiel - dont la victoire a été confisquée pour éviter une gouvernance du Nouveau Front populaire (NFP). Ses ténors esquissent d'ores et déjà les feuilles de route pour l'échéance municipale de mars 2026 et la présidentielle de 2027. Parmi eux, l'ancien Président socialiste François Hollande qui avance ses pions, sans tambour ni trompette.

N'en déplaise au locataire de la Place Beauvau, le phénomène migratoire épouse aujourd'hui les aspirations d'une cause juste, au même titre que la Palestine. Et partant, il demeure corrélé au paradigme des inégalités entre l'Europe aisée et l'Afrique disetteuse dépossédée. L'aspiration trouve indubitablement ses sources dans la rapacité vertigineuse et les ravages coloniaux.

Occultant les sacrifices des Bâtisseurs immigrés de la France, Retailleau à la fibre « extrêmdroitisée » et fraîchement « némésisée » (Némésis), se réjouit de la fermeté de sa circulaire négationniste du « Vivre ensemble ». Surfant sur les principes de la République, il durcit la défunte circulaire Valls 2012, en retoquant le texte par le laconique (3 pages au lieu de 12), mais ô combien violent à l'endroit des immigrés :

« La régularisation n'est pas un droit ! » martèle-t-il « Les Français nous demandent de reprendre la main, de reprendre le contrôle, de diminuer l'Immigration. Et moi, je l'assume en luttant pied à pied contre l'Immigration irrégulière. Je souhaite que mon message de fermeté et d'Autorité soit perçu ! ».

Treize ans se sont écoulés sous d'autres auspices. Retailleau ne déroge pas aux fanfaronnades stériles des baptêmes du feu. Caprice pathologique des nouveaux élus de la République. Vous l'aurez compris : changer les acronymes !

Seigneur quel ouvrage d'airain ! A.P.S (Autorisation Provisoire de Séjour) des années 90 se dote de nouvelles orientations exhumées in extrémis : A.E.S (Admission Exceptionnelle au Séjour). Petit peuple, prend ton surligneur fluo et passe le sur l'adjectif ! Pour la patronne des Députés écologistes, Cyrielle Chatelain, le ministre poursuit, par ce texte, une croisade idéologique ».
En effet, l'A.E.S répond à « des conditions strictes définies par la loi et demeure une voie exceptionnelle d'admission au séjour ».

Les communautés visées y voient une campagne raciste par un Politique qui s'est récemment incliné devant la mémoire du tortionnaire des Algériens (es). Ses messages implicites cachent une Ukase de raviver les chaudières de l'expulsion massive, sous couvert de délégations fallacieuses, comme celle « d'inviter les Préfets à fonder leurs décisions au titre au titre du pouvoir d'appréciation qui leur appartient ». Ses saillies ont plongé la classe politique dans un émoi d'animosité et de guerre de tranchées, acculant le ministre de l'Economie et des Finances, Eric Lombard, à le rappeler à l'ordre par l'objection suivante : « Nous avons besoin d'une Immigration de travail ! ». Quant à la Présidente du groupe LFI-NFP, Mathilde Panot, son ton se veut orageux : « Vous ne respectez rien ! Ni les résultats des urnes, ni la souveraineté du Peuple » lance -t-elle au Premier ministre, François Bayrou ».

« Votre ministre de l'Intérieur s'est illustré par ses déclarations racistes ! »
Et si une troisième dissolution provoquée par la valse des mentions de censure, venait à chambarder le paysage politique ?

O.H

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Projet Mauricie de TES : chronique d’une catastrophe annoncée

28 janvier, par Claude Charron — , ,
Il y a un peu plus d'un an TES Canada, filiale de la multinationale belge TES, annonçait un projet de production d'hydrogène vert combinant hydro-électricité, énergie éolienne (…)

Il y a un peu plus d'un an TES Canada, filiale de la multinationale belge TES, annonçait un projet de production d'hydrogène vert combinant hydro-électricité, énergie éolienne et solaire. Pour rendre le projet acceptable socialement les promoteurs insistent sur le fait qu'il s'agit d'un investissement exclusivement privé de $4 milliards. On s'aperçoit vite du contraire.

Un bloc de 150 MW à bas prix provenant de notre richesse collective ferait l'envie de beaucoup d'entreprises d'ici, assorti de généreux crédits d'impôt fédéral et provincial, de crédits carbones, d'avantages fiscaux et autres mesures offertes aux grandes entreprises. D'autres fonds publics (Banque du Canada, Investissement Québec, CDPQ) pourraient éventuellement contribuer au projet. La présence de l'ex-président de la CPDQ parmi les membres de la direction de TES Canada s'avère heureuse pour une firme à la recherche d'investissements publics. Hydro-Québec va-t-il fournir encore plus de MW si l'usine énergivore vient à manquer d'énergie ? Aucun projet de production d'hydrogène sur la planète ne verrait le jour sans un investissement massif de fonds publics.

Très tôt également le projet a semé des doutes dans la communauté scientifique quant à sa pertinence et à son efficacité. Existe-t-il un réel besoin de produire ce genre de gaz (méthane) au Québec ? Les experts parlent d'un procédé compliqué, inefficace, énergivore et coûteux. L'utilisation d'un tel gaz pour chauffer les bâtiments ou déplacer le trafic lourd exigerait de trois à dix fois plus d'électricité que d'autres moyens éprouvés. Au moment où notre hydro-électricité est de plus en plus sollicitée et nos barrages à leur plus bas niveau un tel gaspillage d'énergie fait-t-il du sens ?

TES veut implanter un méga projet éolien de 800 MW pour ses besoins en énergie mais prévoit en vendre une partie à Hydro-Québec pendant les froids d'hiver. À quel prix ? Depuis 25 ans Hydro-Québec achète de l'énergie éolienne à des firmes privées mais toujours à perte, comme pour l'hydrogène aucun promoteur éolien ne survivrait sans perfusion de fonds publics. De sorte que les consommateurs québécois vont financer la production éolienne et la production d'hydrogène de TES soit par des hausses tarifaires et/ou par une baisse des transferts au Trésor public. Nous sommes en présence d'un double scandale financier.

Outre les surcoûts anticipés du projet de TES, la majorité des projets éoliens en milieu habité rencontrent une forte opposition créant dans les communautés une division sociale qui impacte sévèrement voisins, familles, amis, commerces, organismes, élus, agriculteurs ; tous s'affrontent dans un climat anxiogène et délétère. D'un milieu rural paisible les riverains qui se sont fait enfoncé dans la gorge un projet dont ils ne voulaient pas se retrouvent soudainement en zone industrielle. Désabusés ils font le bilan de leurs pertes : leurs paysages patrimoniaux, leur quiétude, le patrimoine familial amputé, des liens sociaux brisés et la perte de confiance dans le processus démocratique.

M. Fitzgibbon, ex-ministre de l'Économie et de l'Énergie a qualifié le projet Mauricie de « magique ». En effet ce projet a tout d'une illusion, d'un tour de passe-passe orchestré par des professionnels de détournement légal de fonds publics. Comment expliquer la « disparition » comme par magie de cet âpre défenseur du projet ? Où sont les spécialistes que les élus et les citoyens de la Mauricie réclament pour leur expliquer comment ce projet peut être bénéfique et rentable ? Pourquoi les MRC, les députés et ministres se sont-ils coupés de la population ? Total Énergies, 4 ième plus grosse firme pétrolière au monde, a abandonné son méga projet pilote d'hydrogène vert dans le sud de la France, identique au projet Mauricie, pour des raisons de rentabilité et de problèmes techniques.
M. Éric Gauthier, directeur-général de TES dit vouloir éduquer la population mais pour l'instant c'est la société civile qui joue le rôle d'éducateur dans ce dossier.

TES Canada a promis un projet entièrement privé, mensonge, il a promis l'acceptabilité sociale, il s'en éloigne de plus en plus, il promet maintenant des retombées économiques de $5.6 milliards. Très impressionnant de constater le montant des dépenses de ce projet qui seraient éventuellement à la charge des contribuables.
Le projet Mauricie a tous les traits d'un éléphant blanc : un méga projet d'infrastructures qui s'avère plus coûteux que bénéfique et dont l'exploitation devient un fardeau financier. Le maire Angers de Shawinigan et l'expert technique de TES M. Pollet de l'UQTR l'ont très bien exprimé : « ça va prendre beaucoup d'argent ».

Il subsiste encore aujourd'hui au Québec ce relent historique qui fait en sorte qu'on laisse des gens pour qui le profit est le motif principal décider de ce qui est bon pour nous.
Le projet Mauricie de TES est un plan affairiste qui gaspille nos précieuses ressources énergétiques et financières au détriment de la sobre transition énergétique recherchée.
Au nom de l'intérêt public ce projet doit être abandonné rapidement afin de limiter les dégâts. Les citoyens de la Mauricie ont hâte de retrouver leur quiétude, leurs familles et leurs amis tout en restant ouverts à des projets rassembleurs.

Claude Charron, comité des riverains des éoliennes de l'Érable (CRÉÉ)
Membre des organismes Vent d'Élus (ventdelus.ca)
Pour un choix éclairé dans Nicolet-Yamaska (PCÉNY)
Regroupement Vigilance Énergie Québec (RVÉQ)

https://onedrive.live.com/view.aspx?resid=C27A7F35C3F49B2A%2115590&authkey=!AHJJN9vp8_2Ew0s

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