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Le compte à rebours vers la criminalisation des personnes LGBT+ au Ghana est engagé
Le parlement du Ghana a adopté la loi la plus répressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitulée « projet de loi sur les droits sexuels de l'homme et les valeurs familiales », elle prévoit trois ans d'emprisonnement pour les personnes LGBT+, cinq ans pour toute personne faisant « la promotion, le parrainage ou le soutien délibéré d'activités LGBT+ ». Mais cela ne s'arrête pas là.
Tiré de Le Journal d'Alter
3 juin 2026
Par Maëlle Jenn
Carte du Ghana aux couleurs LGBT+ @ DarwinekGay - 6 September 2011 CC BY-SA 3.0 via wikicommons
Maëlle Jenn, collaboration spéciale
La loi va encore plus loin dans la criminalisation en prévoyant condamner jusqu'à dix ans de prison les activités de promotions LGBT+ destinées à la jeunesse ghanéenne. Elle prévoit toutefois que les avocats, les médecins et les médias pourront toujours effectuer leur tâche de défense et de protection à leurs égards. La loi attend désormais la signature du président John Dramani Mahama, le même qui avait déjà déclaré le 18 novembre 2025 devant le Conseil chrétien du Ghana promettre de signer le texte si le parlement l'adoptait.
Un parcours de cinq ans
Ce projet n'est pas nouveau. Il avait été proposé pour la première fois en 2021 et adoptée à l'unanimité en février 2024, sans toutefois recevoir la signature de l'ancien président, Nana Akufo-Addo. Adoptant une posture internationale se montrant favorable aux droits humains, il subissait les pressions financières du Fonds monétaire international (FMI) pour ne pas consentir à le signer, malgré les appels en ce sens au Ghana.
Selon Africanews, la loi compromettait le « financement de plusieurs milliards de dollars de la Banque mondiale » et pouvait possiblement « faire dérailler un programme de prêts de trois milliards de dollars du FMI ». L'ancien président était resté prudent et en retrait. Son refus de signer avait permis d'empêcher la promulgation de la loi selon le principe de caducité des projets de loi de la constitution ghanéenne.
Or, dès mars 2025, deux mois après la prise de fonction du nouveau chef d'État, plusieurs députés ont réintroduit le texte de loi comme proposition de loi privée. De fil en aiguille, après un an de procédure, le parlement l'a finalement de nouveau adoptée le 29 mai avec le soutien du président.
Le symptôme d'une homophobie prépondérante au Ghana
Ce projet conservateur est symptomatique d'une homophobie taboue, mais prépondérante au Ghana. La première loi criminalisant l'homosexualité avait été promulguée en 1861 par l'Empire britannique dans l'ensemble de ses colonies. Depuis, l'héritage colonial de l'homophobie se manifeste surtout dans l'influence du pouvoir moral des Églises évangéliques, en particulier celle de la Pentecôte. Elles attirent plus de 40 % de la population ghanéenne. C'est dans ce terreau fertile que des organisations chrétiennes occidentales ont largement investi. Selon une enquête menée par openDemocracy, des organisations nord-américaines ont dépensé plus de cinquante-quatre millions de dollars depuis 2007 sur le continent africain dans des opérations de lobbying auprès des gouvernements locaux pour y insuffler une lutte conservatrice en échec sur leur propre territoire.
Le député ougandais et ministre d'État au commerce, à l'industrie et aux coopératives, David Bahati, est à l'origine de la loi anti-homosexualité draconienne « Kill the Gays » de 2009 dans ce pays. Il était associé à la Fellowship Foundation, une organisation états-unienne chrétienne opaque. Le Ghana s'inscrit dans ce même réseau d'influence conservateur d'extrême droite occidentale.
L'historien et politologue spécialiste du Ghana, Jeffray Haynes, montre que les organisations qui opèrent dans ce pays, la Family Wach International états-unienne et le Christian Council International hollandais, jouent un rôle de catalyseur d'une homophobie déjà régnante. Elles organisent des conférences, des activités éducatives. Elles financent des projets qui ont pour but de protéger des valeurs hétéronormées de la famille traditionnelle et de la souveraine africaine.
Trump, US Aid et le climat politique conservateur
La concordance entre le retour de Donald Trump en janvier 2025 et la réintroduction du texte de loi n'est pas fortuite. La pression financière du FMI, qui constituait le principal obstacle à l'adoption de la loi, n'est plus à craindre, selon John Ntim Fordjour. Le député ghanéen, co-signataire de la loi, a déclaré en mars 2025 que « le climat politique mondial est favorable aux valeurs conservatrices comme en témoignent les déclarations conservatrices audacieuses du président Donald Trump ».
Le renforcement des politiques conservatrices à l'international depuis le retour de Trump traduit à la fois le rayonnement d'une idéologie radicalisée et l'usage de la domination financière états-unienne comme instrument de puissance faisant du contrôle des flux d'aide un nouveau vecteur d'impérialisme normatif. Là où Trump décide de laisser couler, il peut couper net. Depuis 2025, le gouvernement des États-Unis a décidé de geler une partie des aides étrangères de l'United States Agency for International Development (USAID) qui ont particulièrement touché le secteur de la santé, dont les services de VIH destinés aux personnes LGBT+. Cela laisse d'autant plus de zones vulnérables dans lesquels les réseaux philanthropiques ultraconservateurs vont s'engouffrer.
La loi aura pour effet de réprimer celles et ceux qui étaient déjà largement marginalisé.es et discriminé.es dans la société ghanéenne. Rappelons qu'aujourd'hui, environ 96 % de la population ghanéenne est contre l'homosexualité, perçue généralement comme modernisation occidentale impropre aux traditions africaines. Il s'agit d'un environnement d'hostilité et de forte stigmatisation sociale qui engendre une vulnérabilité des personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenre ou queer. Une étude statistique anglo-ghanéenne de 2020a révélé que 47 % des jeunes LGBT+ ghanéens c'étaient déjà automutilé.es au moins une fois au cours de leur vie, contre 23 % pour les jeunes hétérosexuel.les. L'étude rapporte aussi une consommation de drogues et de substances en hausse. La stigmatisation sociale pèse déjà lourdement sur la santé mentale des personnes concernées. L'institutionnalisation de leur marginalisation laisse présager une aggravation d'une situation déjà trop critique.
Ce mardi 2 juin, William Nyarko, directeur exécutif de l'Africa Center for International Law and Accountability (ACILA) a annoncé que le texte de loi de 2026 pourrait faire face à des contestations constitutionnelles. Selon Rightify Ghana, une organisation de défense LGBT+, le Parlement ne s'est pas conformé aux conditions du quorum constitutionnel : sur les 276 députés, seulement 34 auraient été présents. Or, la Constitution de 1992 stipule que la moitié des membres doit être présente à la Chambre. Ce chiffre, nuançant l'unanimité de l'adhésion parlementaire au projet, est encore à ce jour à vérifier. Ce recours présente lui-même des limites, car il n'empêche pas le parlement de revoter le texte avec le quorum requis ni que le président se décide à signer avant la procédure.
On peut encore soutenir l'opposition à la signature de la loi, en cliquant ici.
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« Rapport spécial » du Commissaire au lobbyisme : une nouvelle manœuvre pour faire passer des propositions ayant toujours été rejetées, tant du niveau politique que de la société civile
Montréal, le 10 juin 2026. Les organisations ayant initié la campagne « Lobby : Halte aux dérapages » dénoncent le contenu et la forme du « Rapport spécial » du commissaire au lobbyisme du Québec publié le 28 mai par Jean-François Routhier. Pour Attac Québec, la coalition Mon OSBL n'est pas un lobby et Vigilance OGM, le Commissaire fait fi, encore une fois, des consensus exprimés. Pourtant, en février dernier, 114 organisations représentant divers milieux ont endossé 29 propositions pour garantir que la liberté d'association et le contrôle de la recherche de profit soient au cœur de la Loi sur le lobbyisme.
Dans Le devoir d'agir pour la transparence et l'intégrité, le Commissaire propose carrément de remplacer l'actuelle Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme (LTEM) par une suggestion de son cru. Si les idées du Commissaire ne sont pas nouvelles, les diffuser sous la forme d'un projet de loi à l'intention du prochain gouvernement du Québec est pour le moins inusité. « Non seulement c'est le rôle des membres de l'Assemblée nationale de déposer un projet de loi, mais en proposer un alors qu'il ne reste que quelques jours de travaux parlementaires d'ici aux prochaines élections générales brouille les cartes, sans qu'il soit possible de faire un véritable débat public sur son contenu. De plus, le commissaire se place en situation d'apparence de conflit d'intérêts, puisqu'il propose des modifications à la loi qui définit et encadre sa propre fonction, allant même jusqu'à se donner davantage de pouvoir », souligne Claude Vaillancourt, président d'Attac Québec.
Le rapport est remarquable par sa langue de bois et son refus de nommer clairement les choses. Les propositions mises de l'avant par le commissaire incluent des changements majeurs aux définitions applicables dans le cas de la LTEML, qui auraient d'importantes conséquences. « Dans son projet de loi, les mots « lobbyisme » et « lobbyiste » sont remplacés par « représentation d'intérêts », « titulaires de charges publiques » par « agents publics » et « entreprise et organisation » par « entité ». Cela ferait de plus disparaître les différentes catégories de lobbyistes. Même le nom actuel de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme y passerait pour devenir la Loi sur la représentation d'intérêts » signale Thibault Rehn, directeur général de Vigilance OGM.
Tout est placé sur un même niveau : les intentions poursuivies, les moyens financiers des interlocuteurs, le type d'organisation, le fait qu'il s'agisse d'entreprises privées à but lucratif ou d'organismes sans but lucratif. Les démarches effectuées derrière des portes closes seraient traitées de la même façon que l'appel au grand public, alors que celui-ci est une pratique démocratique de mobilisation très visible. Une multinationale aux moyens considérables et un petit organisme environnemental de quartier deviendraient ainsi de simples « entités », sans égard aux profondes inégalités de financement et d'actions qui les séparent.
Ce rapport correspond en fait à une nouvelle tentative du commissaire — la septième en tout ! — d'assujettir les OSBL à la Loi. « Bien que le Commissaire précise que les organismes communautaires ne seraient pas touchés, cela est faux. Cette simili-exclusion ne permettrait de protéger que de rares organisations ne se définissant pas comme autonomes, mais comme des extensions des services publics. En effet, tous les autres OSBL seraient considérés comme des organisations faisant du lobbyisme. Des milliers de groupes, de coalitions et de regroupements seraient assimilés à des lobbyistes, alors qu'ils sont les porte-voix que la population s'est donnés pour représenter ses revendications sociales » s'insurge Mercédez Roberge, pour la Coalition Mon OSBL n'est pas un lobby.
Le commissaire cherche visiblement à améliorer la réputation du lobbyisme. On peut se demander ce qui vaut cette faveur à cette profession dont les stigmates ne sont pas le fruit du hasard. Les lobbyistes ont en effet donné depuis longtemps une très mauvaise image d'eux-mêmes en déployant d'énormes moyens pour accroître les bénéfices d'actionnaires, d'entreprises ou de sociétés. Le lobbyisme auprès des gouvernements est au cœur de plusieurs controverses depuis des décennies : la vente de pesticides toxiques et de cigarettes, l'exploitation sans limites des hydrocarbures, la déréglementation tous azimuts de l'industrie numérique, pour ne citer que quelques exemples. Il faut aussi rappeler que l'adoption de la LTEML répondait à un scandale lié à cette pratique, alors que la compagnie Oxygène 9 permettait des accès privilégiés au gouvernement.
Même les mesures ayant le potentiel d'améliorer la pratique et la surveillance du lobbyisme sont insuffisantes pour parvenir à la transparence souhaitée par le commissaire. Celui-ci propose, par exemple, d'imposer une période de restriction aux élus et aux hauts fonctionnaires avant qu'ils puissent exercer des activités de lobbyisme, mais la période est bien trop brève pour avoir une réelle incidence sur le phénomène des portes tournantes.
Le rapport du commissaire est surtout un coup de force, un refus du dialogue social et une nouvelle manœuvre pour faire passer ce qui a toujours été rejeté, tant du niveau politique que de la société civile. En proposant de nouveau d'assimiler les OSBL à des lobbyistes et de considérer l'appel au grand public comme du lobbyisme, le commissaire fait fi des consensus exprimés à la suite de chacune de ses tentatives.
Une loi aussi importante pour l'avenir de notre démocratie doit faire l'objet d'une véritable consultation publique, notamment auprès des OSBL et des utilisateurs et utilisatrices du registre des lobbyistes. Le prochain gouvernement ne doit pas transformer les propositions du Commissaire dans un projet de loi. Il doit plutôt veiller à ce que toute modification à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme protège la liberté d'association et contrôle la recherche de profit.
Sources :
Attac Québec(Action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et écologique) Attac Québec œuvre pour la justice fiscale, sociale et écologique. Notre association citoyenne, appuyée par une trentaine d'organismes membres, se mobilise sur les enjeux majeurs soulevés par la mondialisation, de la croissance des inégalités aux conséquences environnementales de notre modèle économique.
Mon OSBL n'est pas un lobbycoalise environ 150 organisations opposées à l'assujettissement de tous les OSBL à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Formée en 2014 à l'initiative de la Table des regroupements provinciaux et organismes communautaires et bénévoles, les actions de la coalition ont notamment permis d'obtenir l'abandon du projet de loi 56 (2018) lequel aurait grandement nuit au droit d'association des OSBL québécois.
Vigilance OGM est un organisme à but non lucratif, qui forme un réseau regroupant des groupes et des individus de divers horizons : agriculteurs-trices, environnementalistes, consommateurs-trices, citoyen-ne-s, tous-tes préoccupé-e-s par ce que l'on met quotidiennement dans notre assiette et par l'impact des modes de production des cultures génétiquement modifiées et des pesticides sur la santé humaine et environnementale.
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Le PL1 aux oubliettes : une victoire de la société civile
La Ligue des droits et libertés apprend avec satisfaction la "mort au feuilleton" du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. C'est la fin de la session parlementaire qui aura eu raison de ce projet dénué de légitimité et qui aura vaincu l'entêtement incompréhensible du ministre de la Justice, monsieur Simon Jolin-Barrette.
Toutefois, sans la mobilisation sans relâche de la société civile depuis neuf mois, le PL1 aurait sans doute déjà été adopté. Il importe ainsi de saluer les individus, les organisations et les parlementaires qui ont assuré une vigilance face aux attaques aux droits et libertés et à la démocratie et qui sont demeuré•es fermes dans leur mobilisation.
Dès son dépôt à l'Assemblée nationale, le 9 octobre 2025, le projet de "constitution" a soulevé l'indignation : attaque contre la démocratie et l'État de droit, affaiblissement du régime de protection des droits et libertés, perpétuation d'une logique coloniale niant le droit des peuples autochtones à l'autodétermination, affaiblissement des contre-pouvoirs, etc.
Immédiatement, une coalition large de près de soixante organisations communautaires, syndicales et de défense des droits humains s'est mise sur pied, bientôt rejointe par des associations de juristes et des organisations autochtones. Des interventions dans la sphère publique ont été coordonnées, lesquelles ont culminé par la publication d'une déclaration appuyée par plus de 800 groupes réclamant le retrait pur et simple du PL1.
Bien qu'elle se réjouisse de la disparition de la menace que constituait le PL1 sur la démocratie au Québec, la LDL n'est pas contre le principe de l'adoption d'une loi constitutionnelle. Encore faut-il que cela se fasse par une démarche ouverte et inclusive permettant la pleine participation de la société civile et de l'ensemble de la population, loin de l'unilatéralisme et de la précipitation qui ont caractérisé la tentative avortée du gouvernement de la CAQ.
L'abandon forcé du PL1 est une victoire majeure pour l'État de droit et les droits humains. C'est une victoire qui force l'admiration envers la vitalité de la société québécoise et de ses ressorts démocratiques.
La Ligue des droits et libertés tient à remercier sincèrement toutes les organisations et tous les individus ayant contribué à cette mobilisation historique et les appelle à demeurer vigilant•es face à de nouvelles attaques aux droits.
SOURCE : Ligue des droits et libertés
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Homo- et hétéronationalisme à l’heure des catastrophes
Le terme d'homonationalisme a connu une importante fortune théorique ces deux dernières décennies dans les analyses queer, en permettant notamment de comprendre la manière dont la prétendue défense des droits LGBT+ a pu servir de prétexte pour les Etats-Unis, Israël et certains pays européens pour justifier des interventions impérialistes et néocoloniales. L'accélération d'un capitalisme de plus en plus autoritaire qui accompagne le développement préoccupant de l'extrême droite aux quatre coins du monde, et l'émergence d'hégémons globaux et régionaux contestant la domination étatsunienne du monde nous obligent aujourd'hui à replacer le phénomène homonationaliste dans une dynamique de fascisation, pour en tirer des leçons pour des luttes queers véritablement émancipatrices et internationalistes.
Tiré de Gauche anticapitaliste
2 juin 2026
https://www.gaucheanticapitaliste.org/homo-et-heteronationalisme-a-lheure-des-catastrophes/
Par Laure Horlait et Madeleine Vibert
1. Néolibéralisme « progressiste » et intégration des LGBT dans l'ordre capitaliste
Le phénomène homonationaliste s'inscrit dans un paradigme plus large, que la philosophe et féministe étatsunienne Nancy Fraser condense sous le terme de « néolibéralisme progressiste », une configuration politique et idéologique prépondérante dans de nombreux pays occidentaux depuis au moins les années 2000. Le cœur de la logique de ce néolibéralisme « progressiste » est de « combiner des politiques économiques régressives, libéralisantes et des politiques de reconnaissance apparemment progressistes » (1). Son économie politique s'appuie sur un nœud financiarisation-mondialisation, à travers une déréglementation financière d'une part, et l'hégémonie du « libre échange » (en réalité la libre circulation des capitaux) d'autre part, qui permet de mettre en concurrence les classes travailleuses des différents pays. Parallèlement, la reconnaissance des minorités est centrée sur une compréhension libérale du multiculturalisme, qui ne met en avant que l'obtention de droits formels ou la valorisation superficielle des identités dominées, sans rompre avec les soubassements matériels des dominations.
Le phénomène trouve sans doute son expression la plus évidente dans le discours des dirigeant·es politiques (y compris les plus à droite) à l'approche des mois de fiertés. Les gouvernements qui organisent toute l'année l'offensive contre les salaires et les allocations, le démantèlement des droits sociaux, la flexibilisation du marché du travail, qui s'en prennent en particulier aux plus vulnérables (les personnes sans emploi, les racisé·es) et qui accroissent la répression des mouvements sociaux, ceux-là mêmes viennent un mois par an se parer des couleurs de l'arc-en-ciel et rappeler leur attachement à la liberté d'être qui l'on est. Ces mêmes dirigeant·es responsables de la précarisation de la société et de nos communautés et qui n'hésitent parfois pas à agiter l'épouvantail du « wokisme » pour faire avancer leur projet réactionnaire instrumentalisent alors nos luttes pour redorer leur image. Ils et elles montrent par-là que le néolibéralisme le plus agressif est tout à fait compatible avec une conception de l'émancipation basée sur l'inclusion formelle des minorités (de genre, de race, de sexualité) au système capitaliste.
Sur le plan des luttes LGBTI, cette volonté d'intégration à l'ordre capitaliste a d'une certaine manière constitué la réponse des classes dominantes aux grandes luttes queers des années 1970, selon la logique d'une métabolisation minimale des revendications initialement radicales. Le phénomène est connu : pour apaiser les contestations et surmonter des crises, la classe dominante désosse les revendications de leurs aspects les plus radicaux de sorte à les rendre compatibles avec l'ordre social. Sur le plan des luttes LGBTI, cela a consisté à effacer les exigences de justice économique et la contestation des hiérarchies de genre et de sexualité pour ne conserver que les demandes formelles de reconnaissance et l'intégration aux normes cis-hétérosexuelles. Cette idéologie s'est progressivement imposée dans de nombreux pays du Nord global, et la Belgique en est certainement une représentation emblématique, elle qui se plaît à rappeler sa tolérance culturelle aux LGBTI, ou son avant-gardisme législatif sur les droits LGBTI, tout en s'inscrivant depuis des décennies dans un néolibéralisme brutal et de plus en plus autoritaire (2).
2. Zenith et crépuscule de l'homonationalisme
2.1. Qu'est-ce que l'homonationalisme ?
C'est dans ce bain politique et idéologique de ce néolibéralisme « progressiste » qu'émerge le phénomène d'homonationalisme, dont le concept a été forgé en 2007 par la théoricienne queer en études culturelles Jasbir Puar, par la contraction de deux termes : d'une part l'homonormativité, qui désigne entre autre l'assimilation d'idéaux hétéronormatifs dans la culture LGBTI+ et l'identité individuelle, et d'autre part le nationalisme, soit une forme d'exaltation du sentiment national, qui conduit à revendiquer une supériorité de sa nation sur les autres. L'homonationalisme se définit ainsi par un double mouvement, résumé par Gianfranco Rebucini dans la préface à la nouvelle édition en français d'Homonationalisme : « d'une part, l'intégration partielle et conditionnelle de certaines subjectivités LGBTQIA+ (notamment gays et lesbiennes) dans la norme nationale ; d'autre part, l'exclusion concomitante d'autres figures – le/la migrant·e, le/la musulman·e, le/la terroriste, la femme voilée, le/la queer ou trans pauvre et/ou non blanche » (3).
Si les classes dominantes en viennent à défendre la reconnaissance des identités LGBTI tout en mettant en place des politiques violemment réactionnaires sur le plan socio-économique, c'est d'une part, et de manière assez triviale, parce qu'une telle idéologie a fonction de diversion : la précarisation extrême subie par les LGBTI+ se voit en quelque sorte symboliquement « compensée » par une exaltation des identités queers et par la reconnaissance de quelques droits formels via leur intégration dans la communauté nationale ; d'autre part, et plus fondamentalement, cette articulation entre reconnaissance sexuelle et souveraineté nationale permet la production d'un nouveau sujet national. L'instauration d'une nouvelle norme nationale cherche à construire l'idée d'une supériorité morale et civilisationnelle de l'Occident, définie comme telle au regard des pays à majorité musulmane. Une telle conception peut également avoir pour fonction de légitimer les offensives à l'égard des populations musulmanes (ou assimilées comme telles) au sein des frontières des pays occidentaux. C'est ainsi que l'homonationalisme servira en partie à justifier la politique interventionniste étatsunienne au Moyen Orient, qui va marquer la période de la « guerre contre le terrorisme » (4). De ce point de vue, on peut comprendre que l'homonationalisme soit parfois défini comme une « instrumentalisation par les Etats des droits LGBTI+ pour justifier des politiques extérieures racistes » ; c'est vrai, mais insuffisant pour décrire l'ampleur du phénomène.
En effet, l'homonationalisme ne se restreint en effet pas aux actions du seul Etat : si c'est bien sûr dans les agendas étatiques que le phénomène se donne à voir avec le plus de clarté, en particulier dans les interventions extérieures, la configuration homonationaliste ne peut prendre corps que par un accord tacite avec une partie de la société civile LGBTI, qui peut soit appuyer directement de tels politiques, soit les tolérer en considérant que cela permet tout de même de faire avancer les droits de sa base sociale (les LGBTI blanc·hes de classe moyenne). Comme l'indique Rebucini : « L'homonationalisme n'est pas une imposition verticale, mais un réseau de complicités et de co-productions entre Etats, médias, marché et militantisme réformiste. Il implique non pas le pouvoir et les minorités, mais le pouvoir avec les minorités. Le libéralisme fabrique du progrès civilisationnel à travers la participation même des acteurs de l'émancipation » (5).
Une dernière idée centrale pour bien saisir ce concept d'homonationalisme, c'est son caractère historiquement situé : le terme a été produit dans les années 2000 notamment pour comprendre l'évolution de la politique extérieure étatsunienne et israélienne, et est consubstantiel d'une époque marquée par un libéralisme triomphant en plein cœur de la « mondialisation heureuse » (6). Or, la période actuelle semble laisser place au « début de la fin » de la contre-réforme néolibérale au profit d'un capitalisme prédateur, autoritaire et plus ouvertement impérialiste, qu'il est encore difficile de nommer et de caractériser définitivement (7), d'autant que cette bascule s'opère de manière géographiquement différenciée (8). Assez logiquement donc, le phénomène homonationaliste n'a plus tout à fait la place prépondérante qu'il pouvait avoir dans les années 2000 et 2010 dans l'agenda des puissances occidentales, et cohabite par ailleurs aujourd'hui avec un phénomène hétéronationaliste, sur lequel nous reviendrons.
En résumé, nous pouvons définir l'homonationalisme par quatre caractéristiques :
1. Le phénomène émerge dans le contexte d'un « néolibéralisme progressiste », qui combine une politique socio-économique réactionnaire et une politique de reconnaissance des minorités sexuelles, en particulier gays et lesbiennes sur fond de libéralisme triomphant qui attribue aux marchés des vertus en termes d'égalité et d'inclusivité ;
2. L'homonationalisme désigne plus précisément l'intégration partielle et conditionnelle d'une partie des LGBT (principalement les gays et lesbiennes des classes moyennes) dans la norme nationale, et exclut de manière concomitante d'autres figures, en particulier les queers marginaux et les racisé·es. L'homonationalisme est ainsi parfaitement compatible avec des politiques trans- ou queerphobes, comme c'est parfois le cas aujourd'hui (cf. Trump) ;
3. Le phénomène homonationaliste trouve une expression paradigmatique dans la politique étrangère de plusieurs pays occidentaux dans les années 2000-2010 (et en particulier les Etats-Unis et Israël) qui justifient des interventions impérialistes par des valeurs progressistes sur les enjeux LGBT (ou féministes(9)) ;
4. Cette configuration est le produit d'un réseau de complicités entre les Etats et certains acteurs de la société civile, en particulier les grosses ONG et les grands médias queer.
2.2. Israël, apogée de la politique homonationaliste
Un exemple contemporain frappant est le cas d'Israël, qui construit et utilise politiquement une image « gay friendly » tout en continuant et intensifiant son colonialisme meurtrier à Gaza et en Cisjordanie. En quelques années, la ville de Tel Aviv est devenue une destination majeure du tourisme LGBTQ+, présentée comme moderne, festive et tolérante. Cette opération de pinkwashing se déploie largement à l'international et en particulier à l'égard des touristes gays occidentaux à travers des campagnes de communication, des événements comme la Gay Pride, des voyages sponsorisés pour des influenceurs et tout cela avec un budget important pour y parvenir.
Cette image doit pourtant être nuancée (10) : un écart existe entre cette vitrine internationale et la réalité sociale et politique. Si des libertés existent réellement, notamment dans certains espaces urbains comme Tel Aviv, la situation est plus contrastée à l'échelle du pays. Le poids des institutions religieuses, l'absence de mariage civil et les discriminations persistantes montrent que les droits LGBTI+ restent limités et inégalement appliqués. Surtout, ce narratif contribue à l'invisibilisation de la situation des Palestinien·nes, y compris LGBTI+. L'hypocrisie est de taille : en se plaçant comme « havre des LGBTI+ » sous une forme notamment de supériorité morale vis-à-vis du peuple palestinien et des pays voisins, un élément non négligeable semble être omis… aucune émancipation réelle des Palestinien·nes LGBTI+ n'est possible sous l'occupation et sous les bombardements.
Au-delà du marketing touristique, une stratégie politique coordonnée claire est à l'œuvre. Ainsi, l'Etat colon tente d'une part de faire oublier la politique colonialiste et génocidaire qu'il mène à l'égard des peuples du Moyen Orient, et dans le même temps de se présenter comme une démocratie libérale et progressiste, notamment en contraste avec ses voisins. Cette mise en scène contribue à renforcer un récit opposant un Israël « moderne » à un environnement régional décrit comme plus conservateur ou répressif. En utilisant les droits LGBTI+ pour renforcer son discours nationaliste et sécuritaire, Israël est une incarnation complète d'homonationalisme.
2.3. La crise du capitalisme met l'homonationalisme sous pression
Si dans les années 2000 et 2010 l'homonationalisme se trouvait partagé dans les pays capitalistes par un large bloc politique, de la gauche modérée à la droite libérale jusqu'à une partie de l'extrême droite, la radicalisation de l'ensemble du champ politique place aujourd'hui la rhétorique homonationaliste sous pression. En effet, le développement et les succès d'un discours de plus en plus ouvertement LGBTIphobe, notamment à l'égard des personnes trans et en particulier des femmes, fait de la lutte contre le « wokisme » un cheval de bataille du fascisme tardif (11) pour affaiblir la gauche en général, mais également les partis de la droite dite traditionnelle. Si le discours anti-woke est le plus souvent explicitement dirigé contre les queers et les personnes racisées et non contre les gays et lesbiennes, il est par définition perméable à l'expression d'une homophobie plus classique.
Or, sous la pression des extrêmes droites (et notamment celles qui se réclament plus ouvertement d'une ascendance fasciste), une partie de la droite traditionnelle, délégitimée par les ratés de la solution néolibérale, se trouve aujourd'hui tentée de converger vers les discours les plus réactionnaires vis-à-vis des populations queers (12) pour conserver leur domination sur le champ politique. Cette extrême droite plus ouvertement LGBTI+phobe abîme ainsi le consensus homonationaliste. En effet, ces vingt dernières années, de nombreuses extrêmes droites en pleine tentative de dédiabolisation avaient saisi le momentum homonationaliste pour apparaître comme modernes et moins radicales en défendant les droits des gays et des lesbiennes (13). Ce faisant, cette extrême droite avait non seulement attiré le vote des populations gays et lesbiennes déjà à droite dans le champ électoral, mais elle s'était également vue progressivement intégrée à la norme nationale et devenait « fréquentable ». Cette conversion de l'extrême droite à l'homonationalisme ne s'était cependant pas faite sans contradictions (14), en raison des racines historiques LGBTIphobes de l'extrême droite (notamment dans sa variante nazi), et de potentiels conflits avec une base sociale beaucoup plus homophobe que sa direction. Ces contradictions non résorbées s'expriment aujourd'hui par l'émergence et le développement de nouvelles forces politiques qui assument un discours de plus en plus ouvertement LGBTphobe, qui met l'unité homonationaliste à droite à l'épreuve. L'exemple-type d'un tel phénomène est la création de Reconquête en France, un parti qui se situe à la droite du Rassemblement national et assume notamment un discours ouvertement plus LGBTphobe, y compris à l'égard des gays et des lesbiennes.
Cette tendance reflète la dynamique de brutalisation du monde sur fond de crise d'ampleur du capitalisme. L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux. D'une certaine manière, la dimension de reconnaissance politique (toujours partielle et conditionnelle) des identités que Fraser attribuait au néolibéralisme se trouve désormais reléguée au rang d'état d'âme sentimentaliste dans ce nouvel âge du capitalisme. Dans ce modèle, nul besoin de draper une intervention militaire d'oripeaux arc-en-ciel dont l'homonationalisme obligeait jadis à se parer : Donald Trump peut décréter la légitimité de son offensive sur l'Iran en février 2026 de la manière la plus cynique qui soit, en réclamant la soumission du pays pour asseoir les intérêts économiques des Etats-Unis. Plus précisément, Trump peut alterner les registres avec un discours attrape-tout qui change d'angle idéologique, et invoquer un jour la défense des droits des femmes pour justifier son intervention en Iran, et un autre jour ironiser sur la prétendue homosexualité du nouveau dirigeant iranien tout en dénonçant le fait que l'Iran jette les gays du haut des buildings. L'imprévisibilité dont Trump a fait sa stratégie empêche d'en tirer des considérations politiques stables, mais l'intervention des Etats-Unis en Iran indique assez clairement que le discours homonationaliste passe clairement au second plan par rapport à ce qui a pu se jouer pendant la décennie 2000.
L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux.
Si l'homonationalisme est aujourd'hui loin d'être mort, les évolutions récentes le rendent plus dispensables à la droite et à l'extrême droite pour justifier leurs politiques racistes. Dans un monde qui se brutalise, le recours à la force contre les marges de la société peut de plus en plus s'appuyer sur la seule déshumanisation des personnes racisées. La différence avec ce que nous pourrions appeler l'homonationalisme classique, c'est que cet homonationalisme tardif renforce encore davantage la frontière entre les gays et lesbiennes respectables (qui votent à droite ou à l'extrême droite, qui ne s'affichent pas trop en public, etc.), et le reste des populations queers marginalisées.
3. L'hétéronationalisme : l'autre face de la médaille homonationaliste
Si l'homonationalisme trouve sa naissance et son apogée dans la promotion du néolibéralisme mondialisé qui se déployait encore sous hégémonie étatsunienne, et en particulier à partir des années 2000, nous pourrions dire que l'émergence et le renforcement de l'hétéronationalisme accompagne la période qui marque la fin de la « mondialisation heureuse » et le déclin relatif de la domination étatsunienne. A l'inverse de l'homonationalisme, le phénomène hétéronationaliste définit le sujet national comme hétérosexuel, et procède à l'exclusion des gays et lesbiennes de la communauté nationale. Par conséquent, les personnes LGBTI sont au mieux tolérées (mais invisibilisées), au pire éliminées, car considérées parasitaires dans la communauté nationale. Cette cohabitation entre un homonationalisme affaibli mais toujours structurant dans de nombreuses puissances occidentales, et un hétéronationalisme qui se déploie de plus en plus est le propre de notre époque de bascule, marqué par l'émergence de plusieurs candidats au partage du monde : la stagnation séculaire du taux de profit et le déclin de la supervision étatsunienne du monde constituent en effet l'arrière-fond d'une bataille brutale pour l'hégémonie, qui prend parfois des allures de guerre de civilisations dans laquelle la sexualité joue un rôle de marqueur culturel.
La montée en puissance de la Chine (dont l'économie tutoie maintenant les performances étatsuniennes (15)) au cœur de cette reconfiguration du capitalisme contemporain s'accompagne ainsi d'un durcissement sur les questions LGBTI. Le règne de Xi Jinping, à la tête du pays depuis 2013, s'est ainsi accompagné d'une invisibilisation de plus en plus importante des questions LGBTI+ dans l'espace public, mais également par la censure des médias (16). Dans sa tentative de se poser en alternative à la domination étatsunienne, la Chine exalte un sentiment national dans lequel la cis-hétérosexualité constitue une dimension cruciale. Soucieux d'apparaître comme une alternative crédible aux Etats-Unis, l'Empire du Milieu évite les discours ouvertement LGTBI+phobes, et privilégie l'invisibilisation et la censure.
C'est du côté des impérialismes régionaux qu'on peut retrouver la défense d'un hétéronationalisme beaucoup plus explicite, répondant directement à l'homonationalisme présent ou passé de leur adversaire étatsunien. On trouve aujourd'hui l'expression paradigmatique de cette politique dans la Russie de Vladimir Poutine, mais également dans le régime des mollahs en Iran, chez Javier Milei en Argentine, lors des seize années de règne de Viktor Orban en Hongrie, ou de façon parfois plus diffuse dans la politique familialiste lesbophobe de Giorgia Meloni, par exemple. L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin. Il suffit d'écouter un discours de Poutine ou d'Orban raillant la dégénérescence des pays occidentaux faisant la promotion de la liberté de genre pour voir cette logique à l'œuvre. Il faut également noter que l'acmé de cette prétendue dégénérescence est régulièrement pointée dans le phénomène de « féminisation des hommes », identifiée comme le cœur du déclin, auquel s'opposerait la figure de l'homme viril (où l'on voit donc l'articulation forte entre genre et sexualité). Il ne faut pas non plus exclure l'influence de l'idéologie nativiste (née au 19e siècle) d'Etats travaillés par un bellicisme certain : pour mener une guerre, il faut des « hommes virils qui sachent se battre et faire des enfants » et par conséquent, les personnes LGBTI deviennent un obstacle à la constitution de cette force.
L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin.
Ce type de discours s'accompagne d'ailleurs souvent de l'idée que les identités LGBTI seraient une importation de l'Occident, une sorte d'impérialisme culturel mis en œuvre pour saper les traditions d'une société qui serait intrinsèquement hétérosexuelle. C'est ainsi par exemple que le régime russe parvient à justifier la répression féroce des LGBTI dans son pays comme une manœuvre anti-impérialiste de sécurité nationale. Il ne s'agit pas de dire ici que l'homonationalisme serait la cause de l'hétéronationalisme : Poutine ou Orban peuvent s'appuyer sur certaines traditions LGBTI+phobes au sein de leur propre pays pour justifier leur politique. Néanmoins, les politiques extérieures homonationalistes légitiment aux yeux des populations une réponse hétéronationaliste, qui peut alors se présenter sous la forme d'une défense civilisationnelle.
L'hétéronationalisme n'est pas le contraire de l'homonationalisme, mais en quelque sorte l'autre face d'une même médaille. La logique qui relie la sexualité à l'identité nationale est la même, et s'inverse simplement. D'ailleurs, les deux catégories ne sont pas étanches, et les intérêts des régimes qui s'appuient sur l'homonationalisme et l'hétéronationalisme peuvent tout à fait converger sur le dos des peuples, comme l'illustre l'alliance entre Trump et Poutine pour sacrifier l'Ukraine et se partager l'Europe en sphères d'influence vassalisées.
4. Une politique de l'opprimé·e, antiraciste et internationaliste
Prendre la mesure des dangers et impasses de l'homonationalisme et de l'hétéronationalisme implique de nombreuses conséquences pour des luttes queers véritablement émancipatrices. La première, la plus évidente, revient à refuser cette liaison dangereuse entre sexualité et identité nationale, pour défendre une politique véritablement internationaliste, qui fait de l'émancipation de toustes les LGBTI la condition pour l'émancipation de chacun·e des LGBTI. Sacrifier les populations d'autres pays, et par conséquent également les personnes queers parmi ces populations, finira toujours par se retourner contre nous, sous la forme de l'accélération autoritaire des démocraties occidentales, ou d'un retour de bâton hétéronationaliste.
Une telle orientation nous place évidemment à distance de l'homonationalisme néolibéral, mais également des errements d'une certaine gauche dite « décoloniale », dont certaines des figures phares dessinent aujourd'hui une ligne potentiellement proche de l'hétéronationalisme. En effet, ces forces ont passé des années à condamner durement le mouvement LGBTI, accusé d'être dès l'origine marqué du sceau de la domination blanche et de défendre un agenda étranger aux préoccupations des personnes racisées. L'argument-phare de cette approche consiste à considérer que les enjeux de genre et de sexualité seraient une importation occidentale imposée aux populations racisées, reprenant par là non sans une certaine ironie l'idée-clef de l'homonationalisme, mais pour la déprécier. Aujourd'hui, ces mêmes « décoloniaux » réhabilitent l'idée de nation, dans une tentative confuse et dangereuse de donner un signifiant prétendument désirable aux luttes pour l'émancipation à travers un chimérique « patriotisme internationaliste » (17).
Cette mouvance va parfois essayer de minimiser ou justifier des politiques de criminalisation des personnes LGBTQI en s'alignant sur des positions gouvernementales : depuis 2020, on a vu de nouvelles lois criminalisantes émerger dans des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Ghana, le Kenya, le Niger, l'Ouganda ou le Mali (18). Paradoxalement, il y avait eu à la fin du 20e et au début du 21e un mouvement de dépénalisation en Afrique subsaharienne, qui était parfois motivé par des arguments décoloniaux visant à rappeler que ce sont d'abord les administrations coloniales qui ont introduit la criminalisation des relations homosexuelles(19). Nombre de ces pays sont influencés par l'hétéronationalisme russe ou étasunien à travers les mouvements des églises évangéliques.
Ces deux orientations combinées (l'exclusion des luttes LGBTI d'une politique de l'opprimé et l'exaltation de la nation comme signifiant désirable) prennent le risque de donner naissance à un bloc national hétérosexuel, certes « transrace » mais profondément LGBTphobe. Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.
Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.
Ce refus tant de l'homo- que de l'hétéronationalisme doit également orienter notre travail de solidarité internationale. Par exemple, cela signifie que le soutien à la résistance ukrainienne dans la guerre aux accents génocidaires enclenchée par la Russie après l'annexion de la Crimée 2014 et à grande échelle en 2022 est une nécessité absolue pour toutes les luttes queer. Aujourd'hui, la population ukrainienne se bat au péril de sa vie face à un régime fasciste qui enferme des personnes LGBTI dans des camps de travail jusqu'à la mort, et qui justifie d'ailleurs son invasion en partie par des motifs religieux anti-LGBTI+ (20). La situation plus que préoccupante des personnes LGBTI dans les territoires occupés par l'armée russe (21) doit d'ailleurs nous servir d'avertissement : une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers. Notre solidarité doit se diriger en particulier vers les personnes LGBT qui ont décidé de rejoindre la résistance face à l'invasion, sur le front en rejoignant l'armée, ou par un travail de solidarité dans la société civile.
Une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers.
De la même manière, notre solidarité doit aujourd'hui se diriger vers les luttes féministes et queer en Iran, en particulier le mouvement Femmes, Vie, Liberté, qui se bat depuis 2022 contre le régime sanguinaire et réactionnaire des mollahs, et qui s'oppose aujourd'hui à l'agression impérialiste des Etats-Unis et Israël. Toute ambiguïté à l'égard du régime de Téhéran, tout sacrifice des intérêts des personnes queers au profit d'un agenda géopolitique qui glorifie la lutte d'un prétendu « axe de la résistance » nous décrédibilise aujourd'hui complètement dans nos luttes pour l'émancipation de tous et de toutes. La chute de la République islamique d'Iran est un objectif pour les personnes LGBTI, non pas à travers une intervention impérialiste qui ne se pare même plus du drapeau de l'homonationalisme, mais par la lutte des travailleur·euses, des femmes, des queers, des minorités ethniques, contre l'exploitation et toutes les oppressions.
Laure Horlait et Madeleine Vibert, mai 2026
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Notes
1. https://alter.quebec/combattre-le-neoliberalisme-progressiste/
3. Jasbir K. Puar, Homonationalisme. Contre la normalisation LGBT, Paris, Editions Amsterdam, 2026, p. 14
4. Le livre de Puar est écrit en 2007, et revient ainsi très largement sur la période post-attentats de 2001, afin de montrer comment l'homonationalisme s'est construit et renforcé durant cette période.
5. Jasbir K. Puar, op.cit., p. 18
6. Bien entendu, la mondialisation n'a jamais été heureuse, puisque seuls les capitaux ont eu l'heur de traverser les frontières sans entrave, à une époque de raidissement politique sur les questions migratoires. Du reste, la guerre n'a pas disparu du globe après la chute de l'URSS : la guerre du Golfe en 1991, le génocide rwandais en 1994, les trente ans de guerres en RDC, l'invasion russe de la Tchétchénie en 1999, pour ne parler que de la dernière décennie du siècle. Enfin, cette idée d'un capitalisme triomphant avant la grande crise de 2008 est largement démentie par les économistes marxistes, qui notent que le capitalisme mondial n'a jamais véritablement récupéré sa dynamique pré-crise de 1973.
7. De nombreux auteurs tentent aujourd'hui de fournir des clefs explicatives pour comprendre cette nouvelle période. Notons de manière non exhaustive : Arnaud Orain, Le monde confisqué. Le capitalisme de la finitude, Paris, Flammarion, 2024 ; Quinn Slobodian, Le capitalisme de l'apocalypse, Paris, Seuil, 2025 ; Romaric Godin, Le problème à trois corps du capitalisme, Paris, La Découverte, 2026.
8. S'il est aujourd'hui clair que Trump tente de sortir les Etats-Unis de la fange néolibérale pour les inscrire dans une politique (néo)mercantiliste matinée d'idéologie libertarienne, l'Europe est pour sa part encore fortement inscrite dans le modèle néolibéral, en partie parce que son essence même (les fameux traités qui encadrent sa création et son fonctionnement) repose sur les idéaux néolibéraux.
9. Voir Sara R. Farris : Au nom des femmes. « Fémonationalisme » : les instrumentalisations racistes du féminisme, Paris, Syllepse, 2021
10. Voir : Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv, Paris, Libertelia, 2017
11. Alberto Toscano, Fascisme tardif, Paris, La Tempête Editions, 2025
12. En Belgique, la campagne « anti-woke » de Bart De Wever (N-VA), ou la publicité de David Clarinval (MR) pour le torchon transphobe Transmania illustrent bien cette tendance.
13. Rappelons ici que dans la plupart des cas, les extrêmes droites représentées aux différents parlements se sont opposées à l'acquisitions de droits pour les LGBTI, notamment le droit à faire famille (cf. 2003 en Belgique). La défense des gays et lesbiennes relevaient bien plutôt d'un processus rhétorique que d'une réelle adhésion idéologique.
14. Voir notamment : L'extrême-droite, les personnes LGBTIQ et une stratégie de résistance enjeu central
15. Il faut bien sûr nuancer ce point : les gigantesques taux de croissance chinois tendent à baisser depuis quelques années, en particulier après la crise immobilière de 2021 ; ensuite, la Chine reste en retard sur certains secteurs-clés, notamment l'intelligence artificielle, en partie en raison des contraintes à l'exportation imposéss par les USA à leurs alliés ; enfin, l'outil productif, avec sa surproduction structurelle qui oblige le pays a exporté l'essentiels de ses biens, se trouvent menacé par le zeitgeist protectionniste et les guerres commerciales.
16. https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_LGBT_en_Chine
17. https://www.contretemps.eu/rever-ensemble-patriotisme-internationaliste-houria-bouteldja/
19. https://www.ritimo.org/L-homophobie-africaine-et-les-racines-coloniales-du-conservatisme-africain
20. Ainsi le Patriarche Kirill qui présente la guerre comme une juste lutte contre un Occident dépravé par l'homosexualité. Voir : https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/02/26/guerre-en-ukraine-pourquoi-le-discours-du-patriarche-kirill-s
21. https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article66848
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Les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec sont désormais documentées
Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.
Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R
10 juin 2026
Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.
En novembre 2022, le premier rapport de recherche Consentement libre et éclairé et stérilisations imposées des Premières Nations et Inuit au Québec visait à pallier l'absence de données sur les cas de stérilisations imposées chez les femmes des Premières Nations et Inuit au Québec. Au total, 35 témoignages d'actes de violence survenus entre 1980 et 2019 ont été recueillis, parmi lesquels on comptait 22 stérilisations imposées.
Pour donner la parole aux femmes des Premières Nations et continuer à documenter leurs réalités, une deuxième phase de la recherche a été lancée. Cette fois-ci, trois fois plus d'actes de violence ont été rapportés entre 1956 et 2023, pour un total de 97 témoignages.
« Les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) vécues par les femmes des Premières Nations sont un traumatisme grave, laissant des marques profondes sur leur santé, leur spiritualité, leur féminité, leur famille et leur vie entière. Elles s'inscrivent dans un continuum de violence coloniale, au même titre que les pensionnats, les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que les enfants disparus ou décédés à la suite de leur admission dans des établissements de santé et de services sociaux. Les VOG, y compris les stérilisations imposées, doivent être reconnues comme des traumatismes subis par les femmes des Premières Nations. Des actions concrètes doivent être mises en œuvre pour éradiquer toute forme d'acte médical discriminatoire fondé sur l'origine ethnique », a déclaré Francis Verreault-Paul, chef de l'APNQL.
« La publication de ce rapport marque une étape décisive pour les femmes des Premières Nations au Québec. Derrière chaque témoignage se trouvent des histoires portées avec courage et résilience — celles de mères, de sœurs, de filles et de grands-mères. En prenant la parole, elles tracent le chemin vers des soins de santé et des services sociaux plus dignes et sécuritaires pour elles et pour toutes les générations qui suivront », poursuit Derek Montour, président du conseil d'administration de la CSSSPNQL.
Pour sa part, Suzy Basile, chercheuse et professeure à l'UQAT, rapporte les circonstances troublantes dans lesquelles les cas de stérilisations imposées ont eu lieu : « communications et services d'escorte médicale et d'interprétation déficients, procédure stérilisante sans consentement libre et éclairé, information erronée au sujet du clippage et du déclippage. Plusieurs des femmes rencontrées ont appris leur stérilisation beaucoup plus tard, lors d'une consultation pour comprendre la raison de leur infertilité ou pour d'autres raisons de santé »
.
Pour consulter le rapport, cliquez ici.
Quelques faits saillants du rapport :
– Le rapport fait état d'une forme de traitement différentiel entre femmes autochtones et allochtones, mais étant très similaire d'une Première Nation et d'une région à l'autre, ce qui démontre la présence de racisme systémique dans le réseau de la santé au Québec.
– Les témoignages rapportent que la relation de pouvoir entre le personnel soignant et les femmes des Premières Nations ne permet aucunement à ces dernières de fournir un consentement préalable, libre et éclairé.
– Parmi les 55 cas de stérilisations imposées documentés dans la phase II, plusieurs participantes rapportent ne pas avoir signé de formulaire de consentement ou ne sont pas certaines de l'avoir fait. D'autres l'ont signé dans des circonstances préoccupantes : sous la pression, en plein travail d'accouchement, persuadées que l'intervention était réversible ou avec la main soutenue par le personnel soignant.
– Des violences de nature discriminatoire en fonction de l'origine ethnique ont aussi été rapportées à plusieurs reprises : signalements à la naissance, suspicion de maltraitance en présence de la tache mongoloïde, prise de sang sur le bébé sans consentement et avortements imposés.
Soutien
Il existe du soutien pour les survivantes, notamment la ligne d'écoute du Cercle des survivantes pour la justice reproductive, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1-877-386-0750 (poste 113 pour obtenir un service en français). La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être est aussi accessible par téléphone, au 1-855-242-3310, ou par clavardage.
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22M$ par an pour la contraception gratuite au Québec
Montréal, le 11 juin 2026 – L'implantation de la contraception gratuite à l'échelle du Québec coûterait environ 22 M$ par an, révèle aujourd'hui un nouveau rapport de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS).
11 juin 2026 tiré de la lettre de l'IRIS
Pour télécharger la publication, cliquez ici-
« Il est évident qu'un meilleur accès aux contraceptifs de longue durée permettrait d'améliorer la santé des femmes et de favoriser l'égalité entre les hommes et les femmes en plus de générer des économies substantielles pour l'État », note Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l'IRIS et autrice de l'étude.
Pour arriver au montant de 22 M$, la chercheuse postule que les femmes adopteront en plus grand nombre des méthodes de contraception efficaces une fois la barrière financière levée, ce qui permettra de réduire le nombre de grossesses non planifiées d'environ le quart.
Les bienfaits associés à la gratuité des méthodes contraceptives
« Mettre en place la gratuité contraceptive permettrait de donner pleinement aux femmes la liberté de choisir le type de contraception qui répond le mieux à leurs besoins, peu importe le coût », explique Eve-Lyne Couturier, autrice de l'étude.
En effet, en Colombie-Britannique où les contraceptifs sont gratuits depuis 2023, l'utilisation des méthodes contraceptives longue durée (stérilet et implant) a augmenté de près de 50%. Bien que ces méthodes soient les plus efficaces pour prévenir les grossesses, elles demandent un investissement de départ considérable pour les individus.
« Québec s'est entendu récemment avec le gouvernement fédéral pour financer ses infrastructures, mais il pourrait également mettre la main sur plusieurs centaines de millions de dollars pour financer la contraception gratuite grâce au programme d'assurance médicament mis en place en 2024 » , rappelle la chercheuse.
Agir aussi sur l'éducation et l'accès
Le rapport insiste sur la nécessité de combiner la gratuité avec une stratégie d'éducation à la sexualité et des services de conseils et de soins sexuels bien répartis sur le territoire de la province.
« Les facteurs qui distinguent les pays où les méthodes contraceptives avec les plus hauts taux de succès sont fortement utilisées sont le coût des contraceptifs, mais aussi l'éducation à la sexualité, ainsi que l'accès aux services et à l'information », conclut l'autrice de l'étude.
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Arsenic à Rouyn‑Noranda : la fabrique du doute
Les citoyens de Rouyn‑Noranda ne seraient pas plus exposés à l'arsenic que les autres Canadiens et leurs niveaux d'imprégnation proviendraient surtout de leur alimentation, non pas de la Fonderie Horne. C'est du moins ce qu'affirme une récente étude commanditée par Glencore – qui relance les inquiétudes sur la manière dont l'industrie fabrique le doute autour de risques pourtant documentés depuis des décennies.
11 juin 2026 | tiré de The Conversation | Photo : La Fonderie Horne, propriété de Glencore, au cœur de Rouyn‑Noranda, d'où sont émises depuis des décennies des quantités d'arsenic qui inquiètent autorités de santé publique et citoyens. La Presse canadienne/Stéphane Blais
https://theconversation.com/arsenic-a-rouyn-noranda-la-fabrique-du-doute-285017
Le 9 juin 2026, une étude de biosurveillance sur l'arsenic à Rouyn-Noranda commandée par Glencore à la firme privée Intrinsik était rendue publique. Payée par la compagnie propriétaire de la Fonderie Horne, elle conclut que l'alimentation serait davantage responsable de l'imprégnation à l'arsenic de la population que les émissions de la Fonderie – pourtant située au cœur de la ville. L'étude affirme même que les Rouynorandiens seraient moins exposés à l'arsenic que les Canadiens moyens.
Des scientifiques indépendants, comme la professeure de santé environnementale Maryse Bouchard, ont rapidement relevé les lacunes méthodologiques de la recherche, notamment sur le choix des biomarqueurs. Le directeur de l'Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l'environnement (ONICSE), Daniel Proulx, a quant à lui rappelé l'importance de privilégier les recherches universitaires indépendantes – une exigence que cette étude, financée directement par l'industrie concernée, ne semble pas satisfaire.
Mais alors, qu'est-ce qui pousse une compagnie comme Glencore à financer une telle étude ?
La fabrique du doute
En tant que chargée de cours enseignant la sociologie de l'environnement à l'UQO et doctorante à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa – où je réalise une thèse sur l'expérience vécue des citoyens de Rouyn-Noranda –, je propose une réponse : la fabrique du doute. Cette tactique, historiquement utilisée par l'industrie du tabac et l'industrie pétrolière, vise à brouiller les certitudes scientifiques pour retarder l'action politique.
Un mémo désormais célèbre de 1969 d'un cadre de l'industrie du tabac la résumait ainsi : « Le doute est notre produit, car il est le meilleur moyen de rivaliser avec le corps de connaissances qui existe dans l'esprit du grand public. »
Les Américains Naomi Oreskes et Erik Conway, historiens des sciences, ont documenté cette stratégie dans le livre Les marchands de doute (2010). Ils montrent comment des industries dont les produits et les activités présentent des risques pour la santé et l'environnement ont financé des recherches alternatives pour entretenir l'incertitude et repousser la réglementation. L'étude commanditée présente la structure des mécanismes identifiés par Oreskes et Conway : proposer une source alternative d'exposition pour diluer la responsabilité industrielle.
Read more :Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais
Comment ça fonctionne ?
Le mécanisme est simple. La science comporte toujours une part d'incertitude. Les compagnies l'amplifient en proposant notamment des causes alternatives – l'alimentation, par exemple – pour réduire la certitude scientifique perçue dans l'espace public.
De leur côté, les médias jouent un rôle important dans la diffusion de ces pistes alternatives, non par mauvaise foi, mais en raison du principe journalistique d'impartialité. En cherchant à représenter « les deux côtés » d'un débat, les médias finissent parfois par accorder une équivalence apparente à des positions qui n'ont pas le même poids scientifique. Les chercheurs américains Maxwell Boykoff et Jules Boykoff ont appelé ce phénomène le « balance as bias » en exposant comment les sceptiques des changements climatiques ont eu accès à des tribunes médiatiques importantes permettant de diffuser leur désinformation.
Dès lors, le risque de cette étude commanditée par Glencore est qu'elle soit présentée comme une voix parmi d'autres dans un « débat », en plaçant sur le même pied d'égalité une connaissance scientifique indépendante et une étude financée par l'industrie directement concernée. Ainsi, un article qui citerait à parts égales l'étude Intrinsik et les avis de santé publique indépendants donnerait l'impression d'un débat équilibré là où il n'y en a pas.
Ce qu'on finit par oublier
Cette fabrique du doute est si efficace qu'elle pourrait faire oublier les faits documentés. La Fonderie Horne se dresse au cœur de Rouyn-Noranda, à proximité des maisons. Elle a laissé des traces durables sur le territoire – ses parcs miniers orangés en témoignent, comme le décrit Pierre Céré dans Voyage au bout de la mine –, tout en continuant de rejeter de l'arsenic, du plomb et du cadmium à des niveaux préoccupants. Les avis de 2018 et de 2019 de santé publique sur le risque sanitaire lié à ces rejets sont clairs.
Dès 2004, l'avis interministériel signé par Pierre Walsh était sans ambiguïté : « Étant donné le caractère cancérigène de l'arsenic, il est nécessaire d'adopter une approche préventive visant à réduire le plus possible les niveaux d'exposition de la population. »
Des conséquences politiques concrètes
La fabrique du doute ne vise pas seulement l'opinion publique : elle a pour objectif ultime de retarder l'action politique. Les historiens Naomi Oreskes et Erik Conway ont documenté comment cette tactique employée par l'industrie du tabac a contribué à repousser des politiques de santé publique – avec des conséquences importantes sur le nombre de décès lié au tabagisme.
L'opération de relations publiques de Glencore depuis la dernière attestation d'assainissement de 2023 – publicités, menaces de fermeture, et maintenant cette étude – pourrait permettre à la Fonderie d'obtenir un délai supplémentaire pour atteindre le seuil. Rappelons que la norme québécoise sur l'arsenic est de 3 ng/m³.
Cela implique que le gouvernement du Québec reviendrait sur les normes qu'il avait lui-même imposées en 2023. Cette éventualité retarderait la diminution des émissions d'arsenic de la Fonderie Horne alors que les experts demandaient déjà dans l'avis de 2004 qu'elle atteigne un niveau inférieur à 10 ng/m3.
Read more : Fonderie Horne : quel rôle occupent les preuves scientifiques dans la décision politique au Québec ?
Le doute que vivent les citoyens
Cela fait au moins vingt ans que les autorités publiques peinent à réduire l'exposition de la population de Rouyn-Noranda aux niveaux recommandés par plusieurs experts. Pendant ce temps, des citoyens vivent une exposition injuste à des contaminants dans leur quotidien – quand ils soupent dehors, quand ils promènent leur chien, quand ils font leur jogging, quand ils ouvrent leurs fenêtres. Ce sont eux qui portent quotidiennement le poids cognitif du doute : se demander s'ils peuvent cultiver et manger leurs légumes, si leurs enfants peuvent jouer dans la cour, si les problèmes de santé de leurs proches sont liés aux rejets de la Fonderie.
Il y a plus de soixante ans, la biologiste américaine Rachel Carson écrivait dans Printemps silencieux : « L'arsenic est la première des substances carcinogènes reconnues ; cette découverte a été faite il y a deux siècles par un médecin anglais, qui a relié le cancer à l'arsenic contenu dans les suies de cheminée. Des populations entières ont été empoisonnées chroniquement par l'arsenic, pendant de longues périodes. » Ce que Carson décrivait comme une leçon historique est encore, à Rouyn-Noranda, une réalité présente.
Le doute ne devrait pas avoir le dernier mot sur une certitude scientifique vieille de deux siècles. Pour reprendre les mots de Carson : « il est grand temps de faire taire ces fausses assurances, de cesser d'enrober de sucre des faits désagréables au palais. »
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Le gouvernement ontarien Ford sème un vent de riposte de classe Assiste-on à un début de commencement de Front commun ?
Ça grouille de colère chez le corps enseignant et au sein du secteur communautaire de l'Ontario. Plus précisément, les multiples syndicats de ces secteurs prennent conscience que leur division les rend impuissants vis-à-vis un gouvernement Conservateur bien campé à droite et connu pour son odieuse loi 124.
Adoptée en 2019, cette loi a plafonné les augmentations salariales annuelles pour une grande partie du secteur public à 1 % pendant trois ans. Elle s'appliquait aux hôpitaux, aux écoles, aux services sociaux et à de nombreux lieux de travail financés par les fonds publics. Alors que les progressistes-conservateurs présentaient cette mesure comme une restriction budgétaire, elle a eu pour effet une réduction massive des salaires réels des travailleurs de première ligne dans un contexte d'inflation galopante. Les tribunaux ont finalement jugé le projet de loi 124 inconstitutionnel [en 2024], estimant qu'il violait les droits de négociation collective protégés par la Charte. Les coûts liés aux ajustements salariaux n'ont cessé de grimper depuis.
La situation dans les écolesressemble comme deux gouttes d'eau à celle du Québec. Faut-il s'en étonner étant donné la néolibéralisation austoritaire du monde et l'étroite parenté idéologique et politique des gouvernements Ford et Legault y compris leur nationalisme vindicatif, l'un canadien et l'autre québécois :
Les enseignant-e-s prennent davantage de congés maladie, les élèves continuent de sécher les cours. […] Le gouvernement Ford a trouvé une solution simple au problème de l'absentéisme scolaire : faire en sorte que l'assiduité compte pour une part importante de la note finale. (Ce n'est pas le cas actuellement.) […] Tout le monde s'accorde à dire que l'assiduité scolaire est essentielle à la réussite scolaire. Mais des experts ont déclaré au Globe que la plupart des élèves en absentéisme chronique ne manquent pas de motivation ; ils ont plutôt besoin de mesures qui s'attaquent aux problèmes structurels qui les empêchent d'aller en cours. Un bon point de départ serait d'augmenter les fonds alloués aux services de santé mentale, aux mesures de sécurité dans les écoles, aux programmes alimentaires, aux transports et aux activités extrascolaires. Sans ces ressources, la nouvelle loi ne constitue qu'un obstacle de plus que les enfants devront surmonter. […]
Les élèves ne sont pas les seuls à avoir désespérément besoin de ces ressources. Les absences des enseignants sont également en hausse en Ontario, alors que les plaintes se multiplient concernant les niveaux élevés de stress, les charges de travail ingérables et la sécurité dans les salles de classe. Une enquête menée en 2024 auprès de 12 000 professionnels de l'éducation en Ontario a révélé que 75 % d'entre eux avaient été confrontés à des incidents violents ou perturbateurs à l'école. Un tiers d'entre eux y étaient confrontés quotidiennement. Les enseignants « disent : “Je n'en peux plus” ». […] M. Mastin [président de la Fédération des enseignants du primaire de l'Ontario] soupçonne que le gouvernement aura une solution toute faite pour cela aussi : « Absolument, nous pensons qu'ils vont s'en prendre aux congés maladie » lors des négociations. Les enseignant-e-s peuvent prendre 11 jours de congé maladie à plein salaire au cours de l'année scolaire, plus 120 jours de congé de courte durée à 90 % de leur salaire – et ils n'accepteront tout simplement aucune réduction de ce montant, a-t-il déclaré.
La dernière fois, en 2019-20, les cinq fédérations de l'enseignement ont négocié séparément avec le gouvernement même si elles ont coordonné leurs actions. Maintenant elles paraissent vouloir agir plus étroitement :
L'été s'annonce difficile pour le gouvernement de l'Ontario et les 255 000 enseignant-e-s qui travaillent dans ses établissements scolaires. Hier [3 juin], tous les principaux syndicats de l'éducation – représentant les enseignant-e-s des écoles primaires et secondaires catholiques, francophones et publiques, ainsi que le personnel de soutien – ont signifié à la province un avis de négociation. Cela signifie que les deux parties disposent de 15 jours pour entamer les négociations sur les conventions collectives qui expirent à la fin du mois d'août. […] « La situation en Ontario n'est pas seulement difficile, elle est critique », a déclaré David Mastin, président de la Fédération des enseignant-e-s du primaire de l'Ontario, lors d'une conférence de presse hier matin. Il a déclaré au Globe qu'il n'était pas certain qu'un accord puisse être conclu avant le début de la prochaine année scolaire. […]
Les syndicats souhaitent voir réglées plusieurs questions litigieuses, notamment la taille des classes (à réduire), les investissements dans l'éducation spécialisée (à augmenter), les stratégies de recrutement des enseignants (à améliorer) et l'apprentissage en ligne obligatoire (à supprimer). Ils réclament également davantage d'éducateurs spécialisés, de travailleurs sociaux, d'infirmiers et d'assistants pédagogiques – le personnel de soutien le mieux à même de prendre en charge les difficultés liées à la santé mentale et au comportement des élèves, qui n'ont cessé de s'aggraver depuis la pandémie.
Du côté communautaire et services sociaux et de santé on voit aussi poindre une dynamique d'unification combative comme il en existe au Québec et pour les mêmes raisons. À noter que ce secteur est en Ontario relativement plus important qu'au Québec parce que le communautaire englobe des services qui sont au Québec directement gouvernementaux :
Depuis des années, les travailleuses et travailleurs sociaux et les intervenants communautaires occupent une position contradictoire au sein du secteur public ontarien. Iels fournissent des services publics essentiels à de nombreuses populations vulnérables, mais beaucoup d'entre ellieux travaillent pour des organismes à but non lucratif qui dépendent de modes de financement public instables. Il en résulte un secteur fragmenté, caractérisé par d'énormes disparités salariales, un faible pouvoir de négociation et des problèmes chroniques de rétention du personnel. […] Depuis des décennies, les gouvernements de l'Ontario, toutes tendances politiques confondues, ont transféré des responsabilités à des organismes communautaires sous-financés, qui dépendent de salaires de misère versés à des travailleuses et travailleurs effectuant un travail émotionnellement épuisant mais socialement essentiel. […]
Les enjeux vont bien au-delà des salaires. Le syndicat affirme que des décennies de sousfinancement et de pénurie chronique de personnel ont poussé le secteur à un point de rupture. Des programmes ferment leurs portes. Les listes d'attente s'allongent. La violence et l'épuisement professionnel sont en hausse. Aujourd'hui, après des années de gel des salaires imposé par la loi n° 124 du premier ministre Doug Ford, les travailleurs réclament une compensation pour ce qu'ils qualifient de « salaires volés ». […] Les travailleuses et travailleurs des secteurs fragmentés, à forte proportion de femmes et historiquement sous-payés prennent de plus en plus conscience de leur pouvoir collectif. Plutôt que d'accepter comme inévitables ces conditions de crise permanente, ils considèrent l'austérité comme un choix politique et s'organisent en conséquence.
Les travailleurs des services sociaux et communautaires de l'Ontario ont passé des années à maintenir à flot un système que les gouvernements semblent déterminés à asphyxier. […] Aujourd'hui, des milliers de travailleurs représentés par le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (OPSEU/SEFPO) ont décidé de mettre le holà. […] Partout dans la province, les travailleuses et travailleurs des organismes de services de développement et communautaires, des sociétés d'aide à l'enfance, des centres de traitement pour enfants, des cliniques de santé communautaire et des établissements de santé mentale et de traitement des dépendances sont soit en grève, soit en train de se préparer à faire grève, soit en train d'intensifier des campagnes de négociation coordonnées sous la bannière « Worth Fighting For » (Ça vaut la peine de se battre).
Cette campagne représente l'un des efforts de syndicalisation et de négociation les plus importants menés depuis des années dans l'ensemble du secteur public ontarien. […] Ces dernières semaines, les tensions se sont fortement intensifiées. L'OPSEU a accusé les employeurs de trois organismes communautaires d'avoir préféré le lock-out plutôt que de faire pression conjointement sur la province pour obtenir un financement adéquat. […] Parallèlement, des dizaines d'unités de négociation du secteur des services communautaires et sociaux ont organisé des votes de mandat de grève, les travailleuses et travailleurs se prononçant massivement en faveur d'une action syndicale. […] Le message des travailleurs est clair : la crise des services communautaires n'est pas inévitable, elle est politique. […]
L'OPSEU a demandé au gouvernement Ford de fournir un financement dédié pour remédier à la compression salariale imposée par le projet de loi 124, arguant que les employeurs ne peuvent financer de manière indépendante les augmentations rétroactives sans le soutien de la province. Les travailleurs affirment que, sans une révision significative des salaires, la pénurie de maind'œuvre ne fera que s'aggraver. […] C'est précisément ce à quoi la campagne « Worth Fighting For » entend s'attaquer. La campagne établit délibérément un lien entre les conditions de travail des salariés et la qualité des services. De meilleurs salaires, des effectifs suffisants pour garantir la sécurité et un financement stable sont présentés non seulement comme des revendications syndicales, mais aussi comme des conditions indispensables au bon fonctionnement des services publics. […] Ce cadrage revêt une importance politique. Les gouvernements conservateurs tentent souvent d'isoler les fonctionnaires des communautés qu'ils servent, en présentant les conflits sociaux comme des revendications égoïstes et étroites. […]
Dans le cadre de la campagne « Worth Fighting For », des dizaines de groupes de travailleurs ont harmonisé leurs calendriers de négociation et leurs revendications principales afin de renforcer leur position face aux employeurs et au gouvernement provincial. Cette campagne a également donné lieu à une collaboration avec d'autres syndicats, notamment le SCFP Ontario, qui s'est joint à l'OPSEU pour demander la conciliation dans de nombreux lieux de travail du secteur des services de soutien communautaire. […] Les votes sur le mandat de grève organisés dans le cadre de la campagne « Worth Fighting For » ont révélé un soutien massif en faveur d'une action collective. L'OPSEU indique que le nombre de votes favorables ne cesse d'augmenter chaque jour, à mesure que de nouvelles unités de négociation se joignent à cette initiative coordonnée. […]
Il n'est pas certain que la vague actuelle de négociations aboutisse à des avancées décisives. Le syndicat se trouve face à un gouvernement qui n'a guère laissé entendre qu'il avait l'intention d'augmenter de manière substantielle le financement à long terme du secteur. […] Mais quels que soient les résultats immédiats, la campagne « Worth Fighting For » constitue une mobilisation impressionnante. […] C'est peut-être là, en fin de compte, la plus grande réussite de cette campagne.
Si les édiles municipaux invitent à la lutte pancanadienne, seul le prolétariat peut atteindre le but
Tout comme les édiles municipaux l'ont constaté au récent congrès de la Fédération canadienne des municipalités, toutes font face au même problème d'itinérance et d'infrastructures déficientes peu importe la province. On peut penser que des comparaisons entre pays du vieil impérialisme aurait donné les mêmes résultats. Il en est de même des services publics hérités de l'État providence auxquels s'ajoutent la crise du logement populaire et de plus en plus l'alimentation populaire. La militarisation des budgets publics et des matrices économiques en est la dernière tuile explicative mais elle n'en est que la pointe de l'iceberg. La mondialisation des marchés avec ses appoints de privatisation et de déréglementation depuis le brusque tournant néolibéral de 1980 a permis aux détenteurs de richesse d'organiser une gigantesque fuite de capitaux vers les paradis fiscaux à tel point que par nécessité compétitive les régimes fiscaux étatiques se sont ajustés à la baisse. En résulte, pour soi-disant lutter contre le déficit fiscal, la grande débandade des infrastructures et des services publics c'est-à-dire un super déficit social.
Le capitalisme austoritaire en vient à s'en remettre à du quasi-bénévolat de personnes de bonne volonté, surtout des femmes, pour la santé publique et à sacrifier l'avenir de la jeunesse en sabotant le bon fonctionnement du système scolaire sur les dos du corps enseignant. Comme si pressentant les conséquences de la course vers la terre-étuve qu'il ni ne veut ni ne peut empêcher car il lui faudrait se saborder, c'est la façon à ce capitalisme final de clamer « Après moi, le déluge ». Peu importe leur allégeance politique et étant plus près des besoins et des souffrances populaires et plus loin des grandes politiques macroéconomiques de la grande bourgeoisie, « [l]es maires des grandes villescanadiennes estiment que la lutte contre l'itinérance devrait également être considérée par Ottawa comme un projet de construction nationale, au même titre que les grands projets d'infrastructure et d'énergie. » et « [r]éunis pour un sommet sur le climat à Edmonton, des élus municipaux de toutes les provinces, mais aussi d'ex-élus, comme l'ancienne mairesse de Montréal Valérie Plante et l'ancien maire de Toronto David Miller, proposent au premier ministre Mark Carney de taxer les bénéfices des pétrolières et des gazières pour financer des mesures d'adaptation et de lutte contre les changements climatiques. »
Il ne faut pas s'attendre de la part des édiles municipaux à un tournant de 180 degrés ni à un dépassement du stade des conférences bien qu'il ne soit pas interdit de penser que des personnes élues de gauche ne puissent en appeler à la rue. Tel n'est pas le cas du peuple travailleur organisé en particulier de celui organisé en syndicats en autant que la bureaucratie ne se dresse pas en mur de Chine face à sa colère et ses initiatives. Le dernier Front commun québécois a démontré tant la capacité de mobilisation du peuple travailleur que le blocage bureaucratique. Idem pour les louanges chantées à la nouvelle Première ministre du Québec par les chefs des centrales syndicales au détriment de la grève réussie du secteur communautaire qui avait éperdument besoin d'un appui syndical musclé pour vaincre. À partir de la réalité d'une matrice syndicale plus éclatée, les travailleuses et travailleurs de l'Ontario, le centre névralgique du Canada avec le Québec, dans les secteurs de l'enseignement et du communautaire santé et social ont pris le chemin de l'unité combative et de la politisation. On verra la suite.
Il y a un demi-siècle, en 1976, pour un bref moment, le peuple-travailleur canadien s'était uni dans une grève commune contre une politique de rupture du gouvernement canadien avec l'État providence. Puis ce fut le recul qui dure bien que le tournant du siècle vît des grèves simultanées des infirmières dans maintes provinces sans toutefois qu'elles ne se coordonnent, la force des solitudes nationales et régionales étant ce qu'elle est. Le prochain front commun québécois, total ou partiel, est prévu pour 2028. Ce serait sans doute rêver que d'attendre un front commun pancanadien du moins du « Canada central » étant donné que constitutionnellement le contrôle monétaire souverain est à Ottawa, les besoins sociaux sous la responsabilité des provinces et la gestion des pots cassés sous celle des municipalités. La fameuse et déplorable formule identitaire de l'ancien Premier ministre québécois disait qu'« [a]u Québec, c'est comme ça qu'on vit ». On pourrait lui rétorquer que pour l'instant c'est au Canada où l'on vit et c'est contre Ottawa, qui déteint les pouvoirs essentiels, contre lequel le peuple-travailleur doit s'unir. Faut-il ajouter qu'un tel Front commun serait à la fois prolétaire, féministe et écologique car implicitement ou explicitement il ouvre la voie d'une société du soin et du lien. Cette perspective n'interdit en rien de tenir deux fers au feu soit cette autre perspective d'un Front commun pour un Québec indépendant. N'y aurait-il d'ailleurs pas une dialectique implicite de soutien mutuel entre les deux ?
Marc Bonhomme, 7 juin 2026
ww.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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Tribunal permanent des peuples : le Canada accusé de génocide et crimes contre l’humanité
À l'issue d'une semaine d'audience à Montréal, le 57e Tribunal permanent des Peuples (TPP) a rendu une décision provisoire le 29 mai 2026, déclarant le gouvernement du Canada coupable d'un génocide en cours à l'encontre des peuples autochtones. Le TPP se donne jusqu'au 30 septembre pour rendre un jugement final.
L'audience a été réclamée par le Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), dans le but d'évaluer les preuves alléguant un génocide et des crimes contre l'humanité commis par le gouvernement canadien dans le cadre du système des pensionnats indiens. Tandis que le Canada a refusé de participer à la séance, l'accusation a présenté un corpus de preuves détaillant de graves violations systémiques des droits humains.
10 juin 2026 | tiré d'Alter-Québec | Photo : Enfants dans une classe du pensionnat autochtone catholique de Fort George, QC (1939) Crédits photo : Auteur inconnu, CBC, https://www.cbc.ca/news/canada/north/cree-residential-school-fort-george-1.6065307. Public domain, via Wikimedia
https://alter.quebec/tribunal-permanent-des-peuples-le-canada-accuse-de-genocide-et-crimes-contre-lhumanite/
Le déclencheur : la découverte de tombes anonymes
Suivant les récentes découvertes de tombes anonymes sur les sites d'anciens pensionnats indiens qui ont ravivé l'attention internationale sur le traitement des peuples autochtones par le Canada, le FFAM a présenté une demande d'enquête au TPP sur le cas des enfants autochtones disparus et les tombes anonymes. L'organisme visait d'abord à souligner l'étendue des injustices infligées par l'État par le biais du système des pensionnats indiens, des institutions et des politiques coloniales.
Le FFAM note aussi l'absence persistante de responsabilité de l'État face à ces abus. Il demande une reddition de comptes, ainsi que la modification du Code criminel afin de lutter contre le négationnisme du système des pensionnats indiens. Les revendications formulées visent également la demande de mesures de réparation au-delà du processus de réconciliation actuellement en place.
Le procès de la Loi des Indiens du Canada
En plus des témoignages de personnes survivantes, de témoins oculaires et de panels de spécialistes, l'accusation s'est appuyée sur des sections pertinentes de la législation, des politiques, des décrets et différentes déclarations et documents officiels de l'État.
Le FFAM maintient que le Canada a utilisé la loi et la coercition pour détruire les liens des peuples autochtones avec leurs terres ancestrales, leurs cultures, et leurs langues. Il décrit le programme colonial canadien comme une structure de génocide qui fait partie intégrale de l'architecture de l'État canadien, et non pas un évènement éphémère. L'avocate spécialisée en droit pénal international Fannie Lafontaine a mentionné que l'intention de détruire les peuples autochtones a été mise en œuvre de manière progressive et par le biais de méthodes diverses.
Une domination qui se poursuit de la part du Canada
Élèves du pensionnat de Fort Albany en train de lire en classe sous la surveillance d'une religieuse, vers 1945. Crédits photo : http://archives.algomau.ca/, Public domain, via Wikimedia Commons
Selon l'enquête du TPP, le gouvernement canadien a exercé et exerce toujours une domination systémique sur les communautés autochtones., d'abord par le biais du Système de pensionnats indiens, créés par des groupes missionnaires au cours du XVIIe siècle. Ils avaient pour but l'assimilation et l'élimination des peuples autochtones en christianisant leurs enfants. Le Système de pensionnats indien est aussi directement connecté à la disparition d'enfants autochtones. Il est lié aux tombes non identifiées, au transfert illégal de personnes autochtones et au contrôle reproductif des femmes autochtones.
Le FFAM souligne également le refus du Canada à collaborer dans les efforts mis de l'avant par les communautés autochtones. D'ailleurs, le gouvernement canadien a refusé de répondre à la demande de participation au TPP, et de ce fait, sa défense n'a pas pu être assurée. Ce geste s'inscrit dans la lignée des arguments avancés par le FFAM, qui mentionne l'attitude évasive du gouvernement concernant la reconnaissance de la réalité du programme colonial et le refus de nommer les crimes commis, malgré leur utilisation constante d'un langage de la réconciliation.
Ellen Gabriel, membre du jury
L'ensemble de preuves a été présenté devant un jury de 11 spécialistes du droit autochtone, de la justice transitionnelle, du droit pénal international et des droits des minorités. Le panel incluait des juristes, des universitaires et des personnes actives dans la défense des droits humains issus de diverses régions du monde. Des peuples autochtones d'ici, on retrouvait Ellen Gabriel (Katsi'tsakwas), activiste et documentariste mohawk de la nation Kanehsatà:ke, reconnu d'abord pour son rôle comme porte-parole durant la crise d'Oka. Elle est également une militante importante et une membre active de la communauté autochtone.
Le tribunal a déclaré que les politiques historiques et actuelles du gouvernement canadien constituent un génocide et des crimes contre l'humanité au sens des définitions établies par des traités internationaux. Les juges ont évoqué des problèmes systémiques tels que le retrait des enfants des familles, les stérilisations forcées et l'absence de protection des enfants disparus et des sites funéraires.
L'équipe de l'accusation soutient que le Canada viole ses obligations découlant de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. De plus, étant donné que les obligations d'enquêter et de punir incombent à l'État lui-même, l'équipe de l'accusation fait valoir que le Canada devrait assumer ses responsabilités au niveau international, dans le cas où il serait prouvé que le traitement des peuples autochtones constitue des crimes contre l'humanité.
Le tribunal a annoncé que son jugement final devrait être rendu le 30 septembre 2026, date qui coïncide avec la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
Le Tribunal permanent des Peuples
Le Tribunal permanent des Peuples (TPP), fondé en 1979 à Bologne en Italie, tient des audiences publiques annuelles ayant pour but de dénoncer les violations du droit international par les États et les organisations privées, non seulement les atteintes aux droits humains, mais aussi le déni du droit à l'autodétermination des peuples. Créée par le sénateur et juriste italien Lelio Basso, l'initiative a été inspirée du Tribunal international des crimes de guerre et du Tribunal Russell-Sartre, un tribunal d'opinion pour dénoncer les crimes de guerre commis aux cours de la guerre Vietnam, et aujourd'hui en Palestine.
L'année dernière, le 56e TPP s'est penché sur la question des violations des droits humains des personnes migrantes par les États du Maghreb, l'Union européenne et plusieurs de ses États ou organisations internationales, reconnaissant la responsabilité partagée des pays du Nord et du Sud global dans les violations systématiques des règles du droit international.
Les audiences, dirigées par un jury, donnent la parole à des personnes survivantes, des témoins, ainsi que des spécialistes et juristes, en vue d'attirer l'attention sur des injustices souvent ignorées par les institutions officielles des États. Les organismes accusés sont aussi invités à présenter leurs contre-arguments, après quoi les juges délibèrent et rendent un avis consultatif.
Par contre, le jugement final présenté par le TTP n'est pas contraignant juridiquement, mais possède un poids moral et politique important et vise à faire pression sur les gouvernements et les institutions privées dans l'espoir d'inciter des changements concrets. Les conclusions du TPP ont pour but aussi de contribuer aux efforts de sensibilisation sur les enjeux sociaux et politiques contemporains et historiques, ainsi que de soutenir le plaidoyer en faveur des communautés marginalisées.
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Production d’énergie éolienne dans la MRC Drummond : Les faux semblants et les ambigüités des élu.e.s régionaux
La MRC Drummond émettait récemment un communiqué de presse dans lequel elle précisait ses orientations en regard de la production d'électricité par des promoteurs privés instaurant des parcs éoliens dans les territoires municipaux.
Drummondville, le 8 juin 2026
Dans ce communiqué, la MRC Drummond affirme qu'elle a accrédité huit promoteurs éoliens privés. De plus, elle soutient sa « neutralité » et suggère qu'il reviendrait aux promoteurs de montrer l'acceptabilité sociale en regard de ce projet.
Ces propositions nous semblent en complète contradiction avec les obligations légales des MRC et avec les prétentions et les actions de la MRC depuis bientôt plus d'une année.
En effet, l'acceptabilité sociale ne relève pas des promoteurs privés mais bien de la MRC qui doit protéger le territoire et les intérêts des citoyens et citoyennes qui y habitent. Les promoteurs privés ont un seul objectif : réaliser le plus grand profit pour leurs actionnaires. Par ailleurs, les méthodes de promotion des dits promoteurs privés sont bien connues : absence de véritable débat démocratique et présentation diffusant une information partiale et incomplète.
Confier à l'entreprise privée le soin d'assurer l'acceptabilité sociale constitue donc un abandon des obligations de la MRC et semble un rejet des intérêts des citoyens que les élu.e.s de la MRC sont chargés de défendre.
Quant à la prétention de « neutralité » de la MRC en regard des projets éoliens, elle ne peut être acceptée : déjà, l'UMQ nous montre un engagement constant et réel en faveur d'une production privée d'électricité et supporte les Municipalités à faire le développement des éoliennes. De plus, la MRC en permettant aux promoteurs de sillonner nos campagnes pour faire signer des agriculteurs et propriétaires terriens, sans aucune restriction connue, peut-on encore affirmer sa « neutralité » ?
Est-ce que pour la MRC, la protection du territoire agricole, tout à coup, est négligeable devant les éoliennes ? Seulement moins de 2% du territoire du Québec est agricole.
Venons-en maintenant au concept d'acceptabilité sociale. C'est un concept flou où chacun y met des éléments selon ses propres besoins et intérêts. C'est donc un concept ouvert aux interprétations contradictoires des acteurs sociaux. Il faut plutôt passer de l'acceptabilité sociale à l'acceptation par les communautés par le biais de référendum.
Nous invitons toute la population et les élu.e.s à consulter la synthèse des connaissances scientifiques sur les impacts éoliens produits par une quinzaine de chercheurs indépendants.
(Ce document est accessible gratuitement sur le site du Regroupement Vigilance Énergie Québec (RVÉQ) (https://drive.google.com/file/d/1LTDPJgy6-tf0ihGgntpOakE4Dl7TomZx/view )
Richard Langelier, St-Bonaventure
René Beaulac, St-Bonaventure
Andrée Soucy, St-Guillaume
Lyne Bélanger, Drummondville
Jean Falaise, Durham-Sud
Au nom du Collectif pour un choix éclairé en énergie dans la MRC Drummond
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Trois mythes à déconstruire : TES Canada nous donne maintenant un cours de mythologie
TES Canada aime bien « déconstruire » des mythes. C'est son dada. Il y revient sans cesse. Malheureusement il n'a pas la tâche facile : il en voit partout. À ses yeux, presque tous les impacts liés au Projet Mauricie relèveraient de la croyance populaire : pollution sonore et visuelle, paysages dévastés, dévaluations, atteintes à la biodiversité, perte de qualité de vie, etc.. Tout cela deviendrait une collection de craintes infondées, presque illégitimes. Son plus grand désir serait donc de nous protéger contre cette fantasmagorie citoyenne.
Le contenu commandité que TES Canada s'est offert dans Le Nouvelliste le 5 juin 2026, sous le titre « Quand l'hydrogène vert et les transports lourds font équipe », s'inscrit dans cette logique de rééducation. Naturellement, la leçon prend soin de ne pas mentir sur tout. La méthode est plus subtile : partir de faits réels, les isoler de leur contexte, puis les gonfler jusqu'à leur faire dire beaucoup plus qu'ils ne démontrent. Voilà une curieuse manière de combattre des mythes : en en fabriquant de nouveaux.1
Examinons le syllogisme proposé. Des camions à hydrogène existent ; le Québec a une stratégie sur l'hydrogène ; certains usages pourraient être pertinents ; donc le Projet Mauricie est nécessaire. Le raisonnement est commode. Il transforme une possibilité technique en justification générale, puis une stratégie gouvernementale prudente en approbation implicite.
Confondre démonstration technologique et marché mature.
Oui, des camions lourds à hydrogène roulent déjà. Hyundai annonce 165 camions XCIENT en Europe, 20 millions de kilomètres cumulés, 63 véhicules en Amérique du Nord et 11 camions au Canada. C'est réel. Mais ce n'est pas un marché mature. À l'échelle du transport lourd, ces chiffres demeurent modestes et liés à des corridors logistiques, à des flottes ciblées, à des partenariats industriels et à des démonstrations encadrées. Quelques camions en Colombie-Britannique ne prouvent ni l'existence d'une demande massive au Québec, ni la pertinence de construire en Mauricie une infrastructure lourde pour l'alimenter.2
Même le sondage cité auprès de transporteurs québécois mérite d'être remis à sa place. Un sondage mesure une perception, pas un engagement d'achat. Il ne dit rien du prix de l'hydrogène, des stations, du coût des camions, de l'entretien ou de la fiabilité. Autrement dit : les camions existent ; la demande solvable, stable et suffisante reste à démontrer.3
Présenter l'hydrogène comme le vainqueur naturel du camionnage exigeant.
TES oppose ensuite deux images simples : l'électrique à batterie pour les trajets courts et légers ; l'hydrogène pour les longues distances, les charges lourdes et les délais serrés. L'image est séduisante, mais trop propre pour être vraie. Les camions électriques progressent, les modèles se multiplient et la recharge haute puissance réduit l'avantage traditionnel du ravitaillement à l'hydrogène. L'Agence internationale de l'énergie indique que les camions à batterie devraient demeurer plus avantageux, sur le coût total d'exploitation, que les camions à pile à combustible dans les grands marchés étudiés d'ici 2030. L'hydrogène pourra occuper certaines niches : trajets très intensifs, flottes captives, contraintes particulières. Mais une niche n'est pas une victoire. Et une technologie complémentaire ne devient pas prioritaire parce qu'un promoteur a besoin qu'elle le devienne.4
Transformer une stratégie prudente en chèque en blanc.
Le troisième mythe est le plus habile. TES rappelle que le Québec s'est doté d'une Stratégie sur l'hydrogène vert et les bioénergies. C'est exact. Mais il oublie le mot qui change tout : complémentarité. Le gouvernement ne présente pas l'hydrogène comme une solution à déployer partout ; il l'inscrit en complément de la sobriété, de l'efficacité énergétique et de l'électrification directe. Dans une province où l'électricité renouvelable devient rare et disputée, cette nuance n'est pas décorative. Elle est centrale.5
Le rappel technique est brutal. Produire un kilogramme d'hydrogène par électrolyse exige typiquement 55 à 60 kWh d'électricité. Comme ce kilogramme contient environ 33,3 kWh d'énergie utile sur base PCI (pouvoir calorifique inférieur), on perd déjà environ 40 % à 45 % de l'électricité dès la première étape, avant compression, transport, stockage ou transformation en e-gaz. Voilà pourquoi l'hydrogène devrait être réservé aux usages vraiment difficiles à électrifier, et non brandi comme passe-partout énergétique.6
Même le passage sur la loi de mai 2025 est présenté de manière avantageuse. TES laisse croire qu'une obligation de vente de camions zéro émission serait déjà opérationnelle chez les concessionnaires. Or le ministère de l'Environnement précise plutôt que la loi du 28 mai 2025 permet la mise en place éventuelle d'une norme VZE (véhicule zéro émission) pour les véhicules lourds, dont la réglementation demeure en développement. On est loin d'une obligation claire et actuelle.7
Le grand silence : l'e-gaz.
Le plus révélateur reste toutefois ce que la publicité met en sourdine. Elle parle beaucoup de camions lourds, mais TES Canada a lui-même indiqué qu'un tiers seulement de l'hydrogène produit serait consacré au transport lourd, les volumes restants devant servir à produire du gaz naturel synthétique, ou e-gaz. On quitte alors l'image séduisante du camion propre pour entrer dans une chaîne beaucoup plus tortueuse : électricité renouvelable, électrolyse, hydrogène, méthanation, injection dans le réseau gazier, puis combustion finale.8
La Hydrogen Science Coalition, dans une analyse du cas TES Canada cosignée par Johanne Whitmore et Paul Martin, estime que 66 % de la production d'hydrogène serait convertie en e-gaz pour injection dans le réseau d'Énergir. Elle évalue les pertes d'énergie de cette chaîne entre 57 % et 73 % selon les usages, et qualifie le procédé d'« aberration énergétique » parce qu'il va à rebours de la recherche d'efficacité dans les transformations d'énergie. Le mot est dur. Il est surtout éclairant.9
Enfin, la question du coût public demeure évacuée. TES aime présenter son projet comme privé. Mais la filière hydrogène baigne dans un environnement de soutien : crédits d'impôt, programmes de transition, crédits de conformité, infrastructures, subventions possibles et mécanismes d'appui. Si le gaz synthétique coûte beaucoup plus cher que les solutions directes, quelqu'un paiera l'écart : le contribuable, le consommateur ou le citoyen.10
La vraie question n'est donc pas de savoir si l'hydrogène existe. Il existe. Ni s'il pourra servir dans certains camions lourds. Il le pourra probablement. La vraie question est plus dérangeante : faut-il sacrifier des territoires, mobiliser une électricité précieuse et socialiser une partie des coûts pour produire massivement un vecteur moins efficace que l'électrification directe dans plusieurs usages ? TES ne déconstruit pas des mythes ; il en construit un nouveau. Quelques camions deviennent une demande assurée. Une stratégie prudente devient une approbation générale. Et un projet largement destiné à l'e-gaz se drape dans l'image plus vendeuse du transport lourd décarboné. C'est cette mise en scène qu'il faut refuser.
Gaston Rivard
Saint-Adelphe
Notes
1.Le Nouvelliste, contenu commandité par TES Canada, « Quand l'hydrogène vert et les transports lourds font équipe », 5 juin 2026.
2.Hyundai Motor Europe, communiqué du 5 février 2026 ; Hyundai Translead, communiqué du 19 mai 2026 sur le lancement commercial de XCIENT Fuel Cell au Canada.
3.Transport Routier, sondage auprès des membres de l'Association du camionnage du Québec, mars 2025.
4.Agence internationale de l'énergie, Global EV Outlook 2025, section sur les véhicules lourds électriques et les véhicules à pile à combustible.
5.Gouvernement du Québec, Stratégie québécoise sur l'hydrogène vert et les bioénergies 2030.
6.Gouvernement du Québec, page « Hydrogène vert », mise à jour le 26 janvier 2026 ; U.S. Department of Energy, Alternative Fuels Data Center, « Fuel Properties Comparison ».
7.MELCCFP, « Norme véhicules zéro émission (VZE) » : la page précise que la norme pour véhicules lourds découle de la loi sanctionnée le 28 mai 2025 et que sa réglementation est en développement.
8.TES Canada, « TES présente le Projet Mauricie », communiqué du 10 novembre 2023.
9. Johanne Whitmore et Paul Martin, Hydrogen Science Coalition, Conversion d'électricité en gaz — Étude de cas de TES Canada, avril 2024, mise à jour mai 2024.
10.Whitmore et Martin, même rapport, notamment les passages demandant de préciser les incitatifs gouvernementaux ou publics pouvant soutenir la viabilité économique de la chaîne de valeur.
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Vertières effacée, mémoire contestée : la charge d’Evence Jean Louis
À l'approche de la Coupe du monde 2026, le retrait de la fresque de Vertières du maillot des Grenadiers suscite toujours des réactions au sein de l'opinion publique haïtienne. Au-delà du seul cadre sportif, cette décision relance le débat sur la place des symboles issus de la Révolution haïtienne dans la représentation de l'identité nationale et dans la mémoire collective.
Dans ce contexte, le numérologue haïtien Evence Jean Louis publie un rapport intitulé « Le Sceau de Vertières : l'histoire occulte d'un effacement à la veille de la Coupe du monde ». Dans ce document, il propose une lecture critique de cette décision, qu'il interprète comme une forme de recul de la visibilité des références historiques nationales dans certains espaces institutionnels contemporains.
Selon lui, la bataille de Vertières, dernier affrontement décisif de la guerre d'indépendance de 1804, occupe une place centrale dans la construction de l'identité haïtienne. Elle ne saurait, estime-t-il, être réduite à un simple élément graphique ou à une décision ponctuelle liée à des impératifs de communication sportive.
L'auteur considère que la disparition de ce symbole sur le maillot national soulève une interrogation plus large sur les critères qui encadrent aujourd'hui la représentation des identités culturelles dans les compétitions internationales. Il s'interroge notamment sur l'impact des normes de standardisation, souvent présentées comme techniques ou neutres, mais qui participeraient aussi à une hiérarchisation implicite des mémoires historiques.
Dans son analyse, Evence Jean Louis mobilise une approche mêlant histoire, mémoire collective et lecture symbolique. Il insiste sur la continuité des héritages issus de la Révolution haïtienne, qu'il considère comme profondément ancrés dans la conscience populaire, indépendamment de leur visibilité dans les espaces officiels.
Au-delà de la polémique sportive, son rapport appelle à une réflexion sur le droit des nations à préserver et à valoriser leurs symboles historiques dans un contexte de mondialisation des pratiques sportives et culturelles. Pour l'auteur, la question dépasse le cas du football et touche à la souveraineté culturelle et à la transmission des mémoires collectives.
Ainsi, Le Sceau de Vertières se présente comme une contribution au débat sur la place des récits fondateurs dans les sociétés contemporaines, et sur les tensions entre uniformisation internationale et affirmation des identités nationales.
Smith Prinvil Rédacteur
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Le boycott culturel est un acte politique
Le boycott culturel n'est pas une censure, mais l'expression d'un refus politique. La censure vient d'un pouvoir qui interdit, le boycott vient d'une société civile qui refuse. Le boycott ne confisque pas la parole d'un artiste, ne détruit pas, ne fait pas taire : il conteste les conditions institutionnelles dans lesquelles cette parole est financée, promue ou utilisée.
Tiré du blogue de l'auteur.
La polémique autour de la présence du réalisateur israélien Nadav Lapid à la prochaine édition du Festival international de cinéma de Marseille (FID) a été présentée dans les colonnes du Monde comme un affrontement entre partisans du dialogue et tenants de la menace et de la censure. Pire, comme une campagne menée contre un réalisateur israélien sur le simple fait de sa nationalité.
Nous voulons dans ce texte rectifier des affirmations mensongères mais aussi proposer une lecture politique de cette polémique. Car le récit qui en est fait jusqu'à maintenant occulte, encore une fois, la véritable question en jeu : celle de la légitimité du boycott culturel comme moyen d'action politique.
Retour sur les faits
Le FID a décidé cette année d'organiser une programmation autour de la Palestine et du monde arabe dans un contexte marqué par bientôt trois années de génocide à Gaza, la poursuite de la colonisation en Palestine et la politique de la terre brûlée au Liban. Des cinéastes et programmateur.trice.s ont été contactés dans ce cadre. En parallèle, le FID a décidé d'inviter le cinéaste israélien Nadav Lapid.
Rappelons, avant de poursuivre, le contexte : des professionnels du monde de la culture se mobilisent depuis bientôt trois ans, en France et à travers le monde entier, pour sensibiliser les institutions et organisations culturelles sur la question du boycott culturel et des politiques de normalisation qui participent à construire la vitrine respectable d'un Israël démocratique, pluriel et moderne et à blanchir les politiques génocidaires et coloniales de l'état israélien. Des textes ont été signés par des milliers de personnes, des réalisateurs israéliens eux-mêmes appellent au boycott de leurs films et un vaste mouvement d'échanges et de débats a gagné les mondes culturels autour de ces questions.
Le FID lui-même, approché par le collectif La Palestine sauvera le cinéma qui mène depuis des mois une campagne en faveur du boycott culturel, a reçu dès avril 2026 une proposition sur ce point en particulier : organiser en son sein un débat intitulé "Pourquoi boycotter la culture ?", qui aurait été construit avec les équipes du festival et ouvert aux professionnel·les comme au public. De tels échanges visent à poser le débat publiquement, à ouvrir des espaces de discussions autour de cette proposition du boycott culturel et à cheminer ensemble pour mieux en comprendre les enjeux. Ils ont déjà été organisés dans différents cadres comme les États généraux du documentaire de Lussas à l'été 2025, au Cinéma du Réel en mars 2026 ou encore au pavillon palestinien du Festival de Cannes en mai dernier. Cet espace de discussion a été refusé par le FID.
C'est donc dans ce contexte qu'apprenant cette invitation faite à Nadav Lapid d'être membre du jury ou présent pour animer une masterclass ou une signature (les propositions n'ont jamais été complètement clarifiées par le FID lui-même), plusieurs cinéastes et programmateur·rices décident de retirer leurs œuvres de la programmation estimant que les conditions de leur participation n'étaient pas compatibles avec leurs convictions politiques et avec les espaces qu'ils souhaitent créer pour la réception de leurs oeuvres, et c'est leur droit le plus strict. (lire ici leur texte)
Fin mai, le FID décide de renoncer aux activités prévues avec Nadav Lapid et confirme la programmation de ces films. Les soutiens de Nadav Lapid prétendent ensuite que cette mobilisation repose sur le simple fait qu'il est israélien, qu'il s'agit là d'une politique d'assignation et qu'il est victime de censure.
Que s'est-il joué dans ces prises de positions ? Pourquoi ces cinéastes ont-ils voulu retirer leurs films ?
Contrairement à ce qui est avancé, Nadav Lapid n'est pas mis en cause en raison de sa nationalité israélienne. Redisons-le donc fermement : le boycott culturel ne vise pas les artistes en raison de leur nationalité ni de leurs opinions personnelles. Ce qui est en débat ici c'est la réalité de son inscription dans des dispositifs institutionnels et politiques de l'état israélien. Réduire cette question à une attaque contre un individu permet donc encore une fois d'éluder le véritable enjeu qui concerne les institutions, les financements et les dispositifs de représentation culturelle liés à un État ainsi que les liens et le rôle que les cinéastes entretiennent avec eux. Revenons encore une fois sur des faits : le dernier film de Nadav Lapid, Oui, a été soutenu par le Israeli Film Fund, l'équivalent du CNC israélien, financé par l'État. Présenté au Festival de Cannes en 2025 comme une co-production israélienne, il a également concouru aux Ofirs, les principales récompenses du cinéma israélien. Par ailleurs, Nadav Lapid a choisi de participer à plusieurs reprises au Festival du Film Israélien de Paris, manifestation soutenue notamment par l'ambassade d'Israël et ouverte cette année encore par un discours de l'ambassadeur israélien en France.
Les États ont toujours investi le cinéma, la littérature, les arts et les festivals comme des instruments de rayonnement et de légitimation. Les productions culturelles ne circulent pas dans un vide politique. Elles participent à la représentation des nations, à la construction de leur image internationale et à la diffusion de leurs récits. C'est précisément pour cette raison que le boycott culturel existe. Non parce que les artistes seraient responsables des crimes commis par leur gouvernement, ni parce que certaines œuvres devraient être interdites, mais parce que les institutions culturelles, les systèmes de financement et les politiques de diffusion jouent un rôle concret dans les stratégies de légitimation des États. En continuant à collaborer avec les institutions israéliennes (alors même qu'il n'en a pas la nécessité), Nadav Lapid participe à une vitrine essentielle de la stratégie de normalisation menée par l'État israélien. Cette mise en scène d'une société démocratique, pluraliste et autocritique contribue à atténuer la perception des réalités du génocide, de l'occupation, de la colonisation dénoncés par un nombre croissant d'acteurs internationaux depuis bientôt trois ans.
Refuser de considérer la décision des cinéastes de retirer leurs films comme une prise de position politique et la présenter comme une campagne de pression ou une atteinte à la liberté de création ou de diffusion dans les colonnes du Monde le 6 juin 2026 ou dans le communiqué du FID relève du mensonge éhonté et de la mauvaise foi. Il n'y a jamais eu de pression sur les financeurs ou les partenaires du FID, ni d'appel au boycott du festival et les cinéastes ont exercé leur stricte liberté de conscience en annonçant retirer leur film si Nadav Lapid était programmé.
En faveur du boycott
Le boycott constitue depuis longtemps un outil politique de pression non violente permettant aux sociétés civiles d'agir lorsque les États refusent de prendre leurs responsabilités. La légitimité d'une lutte qui répond à l'appel lancé dès 2005 par la société civile palestinienne dans le cadre du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), inspiré de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, est un aspect absolument passé sous silence dans l'article du Monde qui relaie avant tout le discours et point de vue du cinéaste Nadav Lapid qui devient central au sein de ce débat.
Ce débat qui traverse aujourd'hui le monde du cinéma français ne devrait pas porter sur le droit de créer ou de montrer des films, parce que ce n'est pas de cela dont il s'agit. Il porte sur la responsabilité des cinéastes et des institutions culturelles face à l'appel au boycott lancé par la société civile palestinienne et sur notre capacité collective à interroger les liens entre culture, financement et pouvoir. La question est de savoir si les institutions culturelles et les bénéficiaires de ces institutions, en l'occurrence ici, les cinéastes, peuvent continuer à fonctionner comme si de rien n'était lorsque un génocide et des politiques coloniales menés en toute impunité par l'état d'Israël sont documentés quotidiennement et que les appels à rompre avec les mécanismes de normalisation de cet État se multiplient à travers le monde.
C'est à cette question que répond le boycott culturel. Non par la censure, mais par un refus de la normalisation. Non contre les artistes en raison de leur nationalité, mais contre les institutions et les mécanismes qui contribuent à rendre acceptable ce qui ne devrait pas l'être. C'est ce débat politique que le monde du cinéma refuse d'affronter lorsqu'une polémique relayée comme une trainée de poudre substitue la question de la nationalité à celle des institutions. C'est pourtant ce débat qu'il est aujourd'hui essentiel de mener dans tous les espaces culturels.
RDV à Marseille les 9, 10 et 11 juillet 2026 où nous animerons avec nos partenaires et alliés des espaces de discussion sur le boycott culturel. Programme à venir, suivez-nous sur les réseaux : www.instagram.com/lapalestinesauveralecinema_
Pour aller plus loin :
– la lettre des cinéastes du FID 2026 qui ont pratiqué le refus https://lapalestinesauveralecinema.com/oui-le-cinema-est-politique/
– le site de la campagne de boycott belge et néerlandaise, signée par plus de 700 institutions dont le Festival de cinéma IDFA : https://www.cultureleboycotisrael.nu/accueil.html
– la lettre des 50 réalisateurs israéliens qui appellent au boycott : https://www.documentary.org/exclusive-news/open-letter-israeli-international-documentary
– le site de FRACBI : https://fracbi.org/
– le site du collectif La Palestine sauvera le cinéma, avec en particulier un guide sur le boycott avec des nombreuses ressources : https://lapalestinesauveralecinema.com/

Lectures d’été
Voici une sélection de textes parus dans les derniers mois sur Presse-toi à gauche. Pour vos temps libres cet été, une suggestion de lectures pour bien comprendre l'état de la situation, analyser et se "faire une tête" sur les événements en cours et la suite à leur donner. Bon été et revenez-nous en forme.
I. La politique au Canada et au Québec
Retour sur les débats stratégiques au coeur de la lutte pour l'indépendance du Québec
https://www.pressegauche.org/Retour-sur-les-debats-strategiques-au-coeur-de-la-lutte-pour-l-independance-du | Bernard Rioux
Construire un parti de la rue
https://www.pressegauche.org/Construire-un-parti-de-la-rue | André Frappier
L'action politique des organisations syndicales québécoises : la nécessité de dépasser une politique de pression, de dialogue social et de neutralité partisane
|https://www.pressegauche.org/L-action-politique-des-organisations-syndicales-quebecoises-la-necessite-de | Bernard Rioux
30 thèses sur le discours de Carney, entre rupture et exceptionnalisme canadian
https://www.pressegauche.org/30-theses-sur-le-discours-de-Carney-entre-rupture-et-exceptionnalisme-canadian | Jonathan Durand Folco
II. Les guerres : Ukraine, Gaza, Iran, Soudan
L'occupation israélienne de Gaza, du Liban et de la Syrie s'étend au-delà de ce que montre les cartes
https://www.pressegauche.org/L-occupation-israelienne-de-Gaza-du-Liban-et-de-la-Syrie-s-etend-au-dela-de-ce
(L'unité d'investigation d'Al Jazeera)
Etats-Unis-Israël-République islamique d'Iran : quelle orientation face à cette guerre ? (Saeed Rahnema)
https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-Israel-Republique-islamique-d-Iran-quelles-orientations-face-a-cette
Ukraine : Résistance, néolibéralisme et la bataille de l'après-guerre, quatre ans plus tard
https://www.pressegauche.org/Resistance-neoliberalisme-et-la-bataille-de-l-apres-guerre-quatre-ans-plus-tard
(Adam Novak)
Soudan : Dubaï et Genève complices de l'ombre
https://www.pressegauche.org/Guerre-au-Soudan-Dubai-et-Geneve-complices-de-l-ombre
(Roula Merhej)
III. Mouvement des femmes dans le monde
Guerres, impunité et résistances : pourquoi le féminisme doit défier la guerre et le capitalisme
https://www.pressegauche.org/Guerres-impunite-et-resistances-pourquoi-le-feminisme-doit-defier-la-guerre-et
Isabel Cortés
La résistance des femmes aux politiques meurtrières des impérialistes consiste à faire perdurer la vie
https://www.pressegauche.org/La-resistance-des-femmes-aux-politiques-meurtrieres-des-imperialistes-consiste
Penelope Duggan
Le travail des femmes est dévalorisé sous le capitalisme
https://www.pressegauche.org/Le-travail-des-femmes-est-devalorise-sous-le-capitalisme
Evelina Johansson Wilén
Déclaration de la Marche mondiale des femmes
https://www.pressegauche.org/Declaration-de-la-Marche-mondiale-des-femmes
Marche mondiale des femmes
IV. Crise climatique et réponses écosocialistes
Le pouvoir et l'urgence dans la crise écologique
https://www.pressegauche.org/Le-pouvoir-et-l-urgence-dans-la-crise-ecologique
Júlia Martí, Martin Lallana
Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste
https://www.pressegauche.org/Manifeste-pour-une-revolution-ecosocialiste-Rompre-avec-la-croissance-67901 |Quatrième internationale
Guerre impérialiste, militarisme environnemental et stratégie écosocialiste à l'heure du capitalisme des catastrophes
https://www.pressegauche.org/Guerre-imperialiste-militarisme-environnemental-et-strategie-ecosocialiste-a-l | Alexis Cukier
V. La Montée de l'extrême-droite
Fascisation et stratégie : entretien avec Ugo Palheta
https://www.pressegauche.org/Fascisation-et-strategie-Entretien-avec-Ugo-Palheta
(Ugo Palheta)
Des dirigeants d'extrême droite dont l'ancien chef de l'ICE Greg Bovino se réunissent au Portugal pour un sommet sur la remigration
https://www.pressegauche.org/Des-dirigeants-d-extreme-droite-dont-l-ancien-chef-de-l-ICE-douanes-americaines |(Democracy now)
Nous assistons à la montée du fascisme démocratique
https://www.pressegauche.org/Nous-assistons-a-la-montee-du-fascisme-democratique
(Carolin Amlinger, Oliver Natchwey)
Fascisme : une réflexion ancrée dans l'histoire
https://www.pressegauche.org/Fascisme-une-reflexion-ancree-dans-l-histoire
(Enzo Traverso)
VI. Gauche anticapitaliste
Après Kast au Chili, pourquoi l'extrême-droite gagne-t-elle en Amérique latine ?
https://www.pressegauche.org/Apres-Kast-au-Chili-pourquoi-l-extreme-droite-gagne-t-elle-en-Amerique-latine
Patrick Guillaudaut et Pierre Mouterde
Premières impressions concernant la conférence antifasciste de Porto Alegre
https://www.pressegauche.org/Premieres-impressions-concernant-la-conference-antifasciste-de-Porto-Alegre
André Frappier
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La souveraineté culturelle : un irritant ?
La Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN) s'inquiète grandement de la facilité avec laquelle l'actuel gouvernement fédéral brade les lois soutenant les secteurs de la production audiovisuelle, des médias et de la culture au moindre soupir soufflé à l'oreille de Donald Trump par les géants du web.
Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/la-souverainete-culturelle-un-irritant/
4 Juin 2026
La FNCC–CSN soutient la position du ministre de la Culture du Québec, Mathieu Lacombe, sur l'obligation de légiférer rapidement et de structurer le secteur de l'audiovisuel afin d'en assurer la pérennité, dans un contexte où les intérêts économiques de ces multinationales ne semblent pas pouvoir être cadrés par la souveraineté des pays où elles se déploient.
« Des milliers d'emplois ont été perdus dans ces secteurs et des milliers d'autres en voie de se perdre », affirme la présidente de la FNCC–CSN, Annick Charette.
« Le pansement constitué d'un investissement de 600 millions de dollars annoncé par le ministre de l'Identité de la Culture canadiennes, Marc Miller, et payable par les contribuables ne saurait compenser l'érosion du milieu à long terme. Seules des politiques structurantes, pérennes avec une vision périphérique pourraient faire la différence et nous en sommes loin », s'inquiète-t-elle.
Le secteur attendait beaucoup de la Loi sur la diffusion continue en ligne pour baliser sa nouvelle réalité et permettre au Canada et au Québec de garder sa vitalité à se représenter créativement dans leurs valeurs, ses couleurs, sa spécificité en valorisant le travail de ses artistes et artisans.
« Déjà l'année dernière, sous les pressions états-uniennes, le gouvernement Carney avait abandonné la taxe sur les services numériques qui aurait généré un apport de près de 3 milliards et qui aurait pu être réinvestie dans nos milieux qui en ont grandement besoin. Et là, il renvoie le CRTC dans les câbles avec sa proposition d'une participation de 15 % de leurs revenus générés par les plateformes en ligne au Canada, participation modeste, mais combien légitime et nécessaire à la création de contenu canadien original. Au prétexte que ça irrite de l'autre côté de la frontière. On parle même de laisser tomber l'exigence actuelle de 5 %, d'ailleurs contestée devant les tribunaux », affirme Annick Charette.
Une règlementation déjà trop faible
Selon la fédération syndicale, la vision du CRTC de l'application de la Loi sur la diffusion continue est questionnable à bien des égards. Dans les faits, cette taxe de 15 % pour les diffuseurs en ligne en était la pièce de résistance. « La proposition du CRTC était par ailleurs si édentée qu'elle ne créait aucune contrainte de découvrabilité ni de reddition de comptes à ces mêmes diffuseurs », dénonce la présidente de la FNCC. « Prenons donc exemple sur l'Union européenne et affirmons notre droit et notre souveraineté ! »
À propos
La FNCC–CSN regroupe 6000 membres dans 80 syndicats œuvrant dans les domaines des communications, du journalisme et de la culture. Elle est l'une des huit fédérations de la CSN qui réunit près de 350 000 travailleuses et travailleurs des secteurs public et privé, et ce, dans l'ensemble des régions du Québec.
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Jeux de mains
À toi qui attends demain
Pour me tendre la main
Arriveras-tu avant la faim
Qui m'attend au bout du chemin.
À toi qui veut mettre fin
À ma folie de me prendre en main
Pour arriver à tes fins
Tu engages des hommes de main.
À toi qui détiens mon lendemain
Entre tes mains
Tu veux me faire croire que demain
Je mangerai dans ta main.
À toi qui me donne un coup de main
Pour que je rebrousse chemin
Si tu attends que je te baise la main
Ce sera pas pour demain.
Marchons main dans la main
Sur ce périlleux chemin
Avec ceux qui ont le coeur sur la main
Pour un lendemain plus humain.
Zaz pitit Dessalines
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Une nouvelle campagne d’échantillonnage indépendante confirme une contamination avérée de l’eau et du sol
Montréal, vendredi le 12 juin 2026 — Climat Québec et la Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex rendent publics aujourd'hui les résultats d'une campagne d'échantillonnage des eaux et des sédiments réalisée aux abords du site de Stablex.
Les résultats sont sans équivoque : l'eau et les sédiments des cours d'eau qui drainent le site dépassent les normes environnementales en vigueur, parfois de façon très importante. Ces résultats confirment les inquiétudes exprimées de longue date par les citoyens et viennent corroborer les résultats de la campagne d'échantillonnage de 2023.
Une expertise indépendante et rigoureuse
Cette campagne a été planifiée et supervisée par WaterShed Monitoring inc., firme conseil totalement indépendante de Stablex, de la municipalité de Blainville et du ministère de l'Environnement. C'est grâce aux appareils sophistiqués du Centre d'analyse et de caractérisation des nanomatériaux de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal, reconnus pour la précision et la rigueur de leurs méthodes analytiques, que les analyses ont été réalisées. L'ensemble de la démarche a été conduite selon les règles de l'art, de la planification à l'interprétation des résultats et a aussi permis d'adresser une des recommandations faites à la ville de Blainville, dans le rapport de Solmatech (12 décembre 2025), d'utiliser des équipements avec une meilleure limite de détection, notamment pour le cadmium.
Les échantillons ont été prélevés dans les effluents drainant le site, par temps sec et par temps de pluie, afin de capter notamment le phénomène de lessivage lors des premières pluies (first flush).
« La méthodologie utilisée dans cette campagne répond aux standards les plus rigoureux en matière d'échantillonnage environnemental. Les protocoles de prélèvement, la chaîne de traçabilité et les analyses en laboratoire ont été conçus pour produire des données scientifiquement défendables. Les résultats obtenus confirment qu'une analyse exhaustive indépendante est nécessaire pour mieux comprendre les impacts environnementaux réels des installations de Stablex », a déclaré Sonja Behmel, Ph.D., limnologue, WaterShed Monitoring inc.
Une eau contaminée et les sols contaminés par plusieurs métaux toxiques
Les analyses révèlent que le cadmium et le plomb dépassent le seuil de la norme CVAC (critère de protection de la vie aquatique – effet chronique), celui à ne pas franchir sur le long terme pour protéger la vie aquatique — celui au-delà duquel les dommages sur les organismes s'accumulent progressivement et deviennent irréversibles. Plus alarmant encore : les concentrations de cadmium franchissent même le seuil CVAA (critère de protection de la vie aquatique – effet aigu), celui d'urgence immédiate, au-delà duquel les organismes aquatiques peuvent mourir en quelques heures.
Du côté des sédiments, le portrait est encore plus préoccupant. Cinq contaminants, soit le cadmium, l'arsenic, le zinc, le cuivre et le plomb, dépassent tous le premier seuil d'alerte le CER— celui à partir duquel des effets nocifs peuvent être observés chez les organismes vivant dans le fond de l'eau, et où le principe de précaution doit s'appliquer sans délai. Le cadmium franchit également le seuil de la norme CEP, un seuil supérieur, celui où les effets ne sont plus seulement possibles mais attendus : perturbations physiologiques, mortalité.
Quant au chrome, les hautes concentrations de chrome total observées souligne l'importance de mesurer la forme chimique du chrome pour évaluer la présence de chrome VI qui, lui, est cancérigène.
« Les concentrations de cadmium, de chrome et d'arsenic mesurées dans les sédiments sont particulièrement préoccupantes. Ces métaux s'accumulent dans la chaîne alimentaire et persistent dans l'environnement pendant des décennies. À ces niveaux de dépassement, les risques pour les écosystèmes aquatiques sont réels et documentés. Ces résultats justifient pleinement la réalisation d'une étude approfondie et indépendante », ajoute Sébastien Sauvé, Ph.D. en chimie des sols et qualité de l'environnement, Professeur en chimie environnementale à l'Université de Montréal, titulaire de la chaire de recherche du Canada en science citoyenne des contaminants émergents.
Des résultats qui imposent une action immédiate
Les concentrations maximales mesurées illustrent l'ampleur de la contamination :
« Ces résultats confirment ce que les citoyens de Blainville dénoncent depuis des années. Nous avons été ignorés, nos préoccupations ont été balayées du revers de la main. Aujourd'hui, la science nous donne raison. Nos enfants grandissent à proximité de ce site. Nous exigeons l'application du principe de précaution et donc rien de moins que l'arrêt des travaux d'agrandissement de Stablex », déclare Marie-Claude Archambault, Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex.
« La ville et le gouvernement du Québec ne peuvent plus se permettre de fermer les yeux. Des citoyens et un parti politique émergent ont dû financer eux-mêmes, avec des moyens limités, une campagne d'échantillonnage complètement indépendante que la Ville de Blainville et le ministère de l'Environnement auraient dû réaliser depuis longtemps. Les résultats sont sans appel : cadmium, arsenic, plomb, zinc, cuivre clairement au-dessus des normes sans oublier le chrome total qui est très élevé. Ne perdons pas de vue l'essentiel : certains de ces contaminants sont cancérigènes. Mal gérés, ils représentent une menace réelle et sérieuse pour la santé des familles qui vivent à proximité de ce site. Combien de temps encore les autorités publiques vont-elles attendre avant d'agir ? » conclue Martine Ouellet, cheffe de Climat Québec
Deux demandes fermes
Suite à ces nouveaux résultats de contamination, la Coalition des citoyens de Blainville et Climat Québec exigent, encore une fois et comme nous l'avons recommandé lors de la consultation de la CMM en mai :
Une campagne d'échantillonnage exhaustive et indépendante, couvrant un beaucoup plus grand nombre de points de prélèvement et une plus grande fréquence menée par un tiers indépendant et supervisée par l'ensemble des parties prenantes, incluant des représentants citoyens.
L'application immédiate du principe de précaution : tant que cette campagne exhaustive n'aura pas été réalisée et que la source ou les sources de la contamination n'auront pas été identifiées et contrôlées, toute expansion des activités du site doit être suspendue.
P.j. : Rapport Résultats de la campagne d'échantillonnage effectuée sur des effluents du site de Stablex, WaterShed Monitoring, juin 2026
Cliquez ici pour accéder au rapport
https://drive.google.com/file/d/1bu....
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Coupe du monde : le football est-il condamné à être une industrie insoutenable ?
La Coupe du monde le montre une fois encore : le football professionnel est devenu une industrie insoutenable. Du Brésil à la France, ce sport est aussi, dans les stades ou dans la rue, un bel espace de résistance, comme le narrent ces œuvres.
Tiré de Reporterre. Légende de la photo : Deux membres des Dégos lors du tournoi pour Toutes organisé par Les Hijabeuses en juin 2021. Par Teresa Suarez.
Le coup d'envoi sera donné jeudi 11 juin. Quarante-huit équipes, trois pays hôtes — Canada, États-Unis, Mexique —, des milliers de kilomètres d'avion entre les sites de compétition, un partenariat de la Fifa avec Aramco, géant pétrolier saoudien, et des profits qui s'annoncent records.
La Coupe du monde 2026 est un cas d'école : avec le Mondial au Qatar en 2022 et ses 6 500 travailleurs migrants morts sur les chantiers, jamais une compétition sportive n'aura autant symbolisé l'insoutenabilité structurelle du sport-spectacle. Ce qu'elle reflète, c'est ce que le football professionnel est devenu en trente ans : une industrie indifférente à la planète qui la supporte.
La révolution libérale, ou comment le foot a été capturé
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter aux années 1990. C'est ce que fait Jérôme Latta dans Ce que le football est devenu — Trois décennies de révolution libérale (Divergences, 2023). Cofondateur des Cahiers du football et chroniqueur au Monde, Jérôme Latta y décrit une « révolution libérale qui a empoisonné le football en le rendant mortellement séduisant » : l'explosion des droits télévisés, qui a reconfiguré les compétitions et leurs calendriers non plus pour le public mais pour les diffuseurs ; la libéralisation du marché des joueurs, réduits à des « actifs spéculatifs » ; la concentration des ressources dans une poignée de clubs, formant une oligarchie dont la puissance financière détermine désormais les résultats sportifs. Les stades sont devenus des « centres de profit », les spectateurs des « consommateurs ».
Une douce chimère que d'espérer changer tout ça ? « Céder au fatalisme, ce serait l'assurance que rien ne change, répond Latta. D'un programme de réformes réalistes à une révolution, tout reste imaginable. »
Un autre football n'a jamais cessé d'exister
Ce que déconstruisent les œuvres suivantes, c'est l'idée que le football populaire serait un paradis perdu. Un autre football coexiste, résiste, s'invente — parfois sur les mêmes pelouses que le foot-business, dans les mêmes tribunes, et depuis bien plus longtemps qu'on ne le croit.
Une histoire populaire du football de Mickaël Correia — publié en 2018 aux éditions La Découverte, puis adapté en bande dessinée avec JC. Deveney et Lelio Bonaccorso chez Delcourt en 2025 — en donne la mesure. Le livre suit le ballon rond « par en bas », et chaque exemple dit quelque chose d'une époque.
Pendant la Première Guerre mondiale, des munitionnières — ces ouvrières des usines d'armement britanniques — ont fondé leurs propres équipes de football, et joué devant des dizaines de milliers de spectateurs. En 1920, 53 000 personnes ont assisté à un match des Dick, Kerr Ladies à Goodison Park. Le 5 décembre 1921, la Fédération anglaise interdisait aux clubs de prêter leurs terrains aux équipes féminines. L'interdiction a duré cinquante ans. Les joueuses ont continué pourtant, dans des parcs improvisés, ou en fondant cinq jours plus tard leur propre ligue.
Puis est venu Matthias Sindelar, attaquant autrichien surnommé le « Mozart du football ». Après l'Anschluss de mars 1938, le régime nazi a organisé un match censé célébrer l'annexion de l'Autriche : les deux équipes devaient se quitter sur un 0-0 fraternel. Devant 60 000 spectateurs au Praterstadion de Vienne, Sindelar s'est appliqué à rater ses occasions… jusqu'à la 70ᵉ minute, où il marqua. Puis il dansa, ostensiblement, devant la tribune des dignitaires nazis. L'Autriche s'imposa 2-0. Sindelar refusa ensuite de porter le maillot du Reich. Il fut retrouvé mort dans des conditions troubles en janvier 1939.
Quarante ans plus tard, c'est au Brésil que le ballon roule contre une dictature. Dans Latéral gauche — Figures du foot politique (Libertalia, 2026), le journaliste et historien du sport Nicolas Kssis-Martov raconte notamment l'expérience de la « démocratie corinthiane » : de 1981 à 1984, le médecin et milieu de terrain Sócrates et ses coéquipiers du Sporting Club Corinthians Paulista inventent une forme d'autogestion totale du club — joueurs, masseurs, chauffeurs de bus votent ensemble toutes les décisions, à égalité. Ils floquent « democracia » dans le dos de leurs maillots, s'engagent dans le mouvement Diretas Já pour des élections libres, et font du terrain une tribune. La dictature s'essouffle. Les Corinthians n'y sont pas pour rien.
Ce fil se prolonge jusqu'à aujourd'hui. En 2022, au Brésil toujours, les torcidas du Corinthians — dont les Gaviões da Fiel avaient déclaré publiquement en 2018 qu'« un Gavião ne vote pas Bolsonaro » — brisent les barrages érigés par des camionneurs bolsonaristes pour empêcher la transition démocratique après la défaite du président sortant. Sur les pelouses, dans les tribunes ou dans la rue, cette histoire populaire du football continue de s'écrire.
Cartographier, proposer, inventer
C'est ce foisonnement que documente l'Atlas du football populaire de Yann Dey-Helle (Terres de feu, 2024), animateur du site Dialectik Football, média au point de vue résolument anticapitaliste sur le ballon rond. Son inventaire est minutieux : des supporters' trusts anglais (ces associations de fans qui, depuis les années 1990, résistent aux propriétaires, reprennent leurs clubs ou en créent de nouveaux) à l'Unionistas de Salamanque, club de troisième division espagnole géré par plus de 5 000 socios sans aucun actionnaire privé ; du Clapton Community FC de Londres (club antifasciste de dixième division, ancré dans l'est populaire de la capitale, qui draine plusieurs centaines de spectateurs à chaque match) au collectif féministe La Nuestra en Argentine, dont les joueuses revendiquent un football libéré des logiques de performance et de compétition.
En France, les alternatives, encore rares, se développent surtout à l'écart du football fédéral classique, dans le giron de la FSGT — Fédération sportive et gymnique du travail —, qui abrite des clubs comme Les Dégos, collectif majoritairement composé de lesbiennes et de personnes trans luttant contre les discriminations dans le sport, ou encore Melting Passes, né de la rencontre entre des mineurs étrangers isolés et des étudiants en droit, dont l'épopée a été documentée dans le film Just Kids.
Le Ménilmontant FC 1871, à Paris, a fait le choix inverse : évoluer au sein de la FFF — dans le district de Seine-Saint-Denis — pour « toucher le plus de personnes possible », selon ses fondateurs. Autogéré, autofinancé, fonctionnant en assemblée ouverte où chaque voix a le même poids, ce club né en 2014 dans le sillage de militants antifascistes et d'ex-ultras parisiens revendique une identité politique affirmée. Son slogan : « Love football, hate fascism ». Le documentaire Notre Ligue des champions donne la parole à ses adhérents.
Ces alternatives ont leurs limites, que Yann Dey-Helle ne dissimule pas. Évoluer dans un système capitaliste impose des compromis. Et le football populaire, même prospère dans les divisions amateurs et dans une fédération à part, peine à faire bouger les instances qui gouvernent le haut niveau.
Contrer, dribbler, inventer
C'est précisément ce plafond que cherche à faire sauter Foot Manifesto — 15 propositions pour sauver le ballon rond de Mickaël Correia et Sébastien Thibault (Divergences, 2026), dont le premier chapitre est vide, intentionnellement. Cette absence de mots est dédiée au silence imposé à Christophe Gleizes, journaliste à So Foot et Society, arrêté au printemps 2024 alors qu'il enquêtait sur la Jeunesse sportive de Kabylie — le plus grand club de football d'Algérie — et condamné à sept ans de prison sous des charges d'apologie du terrorisme criminalisant en réalité un reportage. La rédaction de Reporterre se joint aux auteurs pour réclamer sa libération.
Structuré en trois temps — contrer, dribbler, inventer —, l'ouvrage rassemble journalistes, universitaires, éducateurs et écrivains autour de quinze propositions. Certaines relèvent de la régulation : abolir le Ballon d'or, ce dispositif de starification qui naturalise un ordre du monde capitaliste et eurocentré sous les atours de la méritocratie sportive ; réformer une Fifa que son propre président, Gianni Infantino, a selon eux transformée en monarchie privée.
« L'accaparement du football n'est pas une fatalité »
D'autres relèvent de la démocratisation : instaurer la propriété collective des clubs, garantir la gratuité des retransmissions, organiser la décarbonation des compétitions à l'heure du dérèglement climatique. D'autres encore, plus inattendues : transformer les grands stades — souvent construits sur fonds publics, occupés par des clubs privés et vides les trois quarts du temps — en équipements à mission ouverts aux associations, aux structures d'insertion, aux habitants des quartiers populaires qui en sont trop souvent tenus à l'écart.
« L'accaparement du football par les obsédés de la rentabilité n'est pas une fatalité », écrit Mickaël Correia en préface. Sur ce point, ces œuvres rappellent que pour en finir pour de bon avec le foot-business, c'est bien au capitalisme qu'il faudrait s'attaquer. Le football, lui, survivra, car il « n'a nul besoin de tout cet argent qui se déverse sur lui et qui le corrompt, écrit Jérôme Latta. Ceux qui l'aiment ne l'aimeront pas moins. »
Le Mondial 2026 sera ce qu'il sera : quarante-huit équipes, trois pays, Aramco. Pendant ce temps, ailleurs, le ballon roule autrement.

Un scoop… vieux de cent ans
Bienheureuse Jeanne d'Arc, ça ne vous dit certainement pas grand-chose à part peut-être la fameuse héroïne française qui a joué un rôle décisif dans la guerre de cent ans. C'était pourtant le nom d'un village prospère au lac Saint-Jean au début du siècle dernier.
Numéro spécial de l'Action Nationale sur l'avenir du Saguenay lac Saint-Jean
Germain Dallaire
Personnellement, malgré plusieurs décennies de recherches sur l'histoire du Saguenay lac Saint-Jean, j'ignorais cette histoire et c'est l'idée lumineuse d'un artiste (1) du lac qui m'a révélé son existence.
Comme sa célèbre marraine, le village de Bienheureuse Jeanne d'Arc a eu une vie courte (1916-1931). À l'inverse de celle-ci cependant, il n'est pas péri par le feu mais plutôt enseveli par les eaux lorsqu'Alcan a fermé le vannes de son nouveau barrage d'Iles Malignes à l'embouchure du lac Saint-Jean provoquant ainsi une augmentation permanente de 10 pieds qui allait consacrer par le fait même le passage de son statut de lac à celui de réservoir.
Officiellement, selon les registres provinciaux, Bienheureuse Jeanne d'Arc a été fondée en 1916 et dissoute en 1931. Son territoire qui correspond à la Pointe Taillon actuelle plus l'île Bouliane dont il n'était séparé que par un ruisseau (aujourd'hui c'est un kilomètre d'eau) était déjà occupé avant 1916 et il s'est rapidement vidé de ses habitants après 1926. À partir de 1905, il y avait une ferme industrielle employant jusqu'à 125 personnes et en 1909, cette ferme est arrivée deuxième pour la médaille d'argent du Mérite Agricole au Québec. Soit dit en passant, ces 125 personnes étaient dirigées par un certain Onésime Tremblay.
Il faut dire qu'à l'époque, le lac Saint-Jean portait le titre de « grenier du Québec » et ce n'était pas que « vantardise de bleuet » puisque la région collectionnait les prix agricoles. En 1915, c'est 27 des 39 prix attribués dans l'ensemble du Québec qu'elle a raflé. Le lac draine un bassin hydrographique aussi grand que le Nouveau Brunswick. Avant 1926, sa superficie augmentait du tiers au printemps et son niveau de 20 à 25 pieds. Le débit de la rivière Saguenay atteignait une intensité comparable à celle des Chutes Niagara. Comme pour le Nil, cette crue printanière de deux à trois semaines fertilisait les terres et constituait la base du succès des près de mille agriculteurs qui s'activaient à sa périphérie.
De cette prospérité agricole, Bienheureuse Jeanne D'Arc en était peut-être le fleuron comme en témoigne sa ferme industrielle. D'une superficie de 16 000 acres (plus de 8 000 terrains de football), le village comptait en 1926 pas moins de 352 habitants desservis par trois écoles et deux magasins généraux. Deux fromageries et deux scieries y étaient en opération. Après l'ennoiement, la municipalité a cherché à survivre mais le coût des réparations a vite dépassé les revenus. Comble malheur ou d'injustice (on manque de mots), Alcan devenu le principal propriétaire foncier ne payait même pas ses taxes. La municipalité a été dissoute en 1931.
« Les perdants n'ont pas d'histoire » nous dit l'adage. Bien sûr, la disparition de Bienheureuse Jeanne d'Arc n'est pas un secret au sens strict. Il s'agit plutôt d'un fait volontairement refoulé, occulté, le genre de phénomène que l'historien Yvan Lamonde qualifierait peut-être de « coin dans la mémoire ». Un fait occulté comme l'a été l'excellence agricole de la région avant 1926 et surtout, comme l'a été le vol de la meilleure partie des terres de près de mille agriculteurs. Tout ça, il n'est pas inutile de le rappeler, dans la duperie, le mensonge et la magouille impliquant l'ensemble de la classe dirigeante. Dire qu'il s'agit d'un épisode honteux de notre histoire est un euphémisme.
On a fait tout ça au nom du développement industriel mais surtout au bénéfice des plus puissants intérêts financiers américains. Andrew Mellon, propriétaire d'Alcoa, est celui qui a ramassé la mise en 1926. Cet homme est passé en quelques années d'homme le plus puissant des États-Unis à l'homme le plus détesté lorsqu'on a découvert qu'il s'est servi de son poste de Secrétaire au Trésor (1920 à 1932) pour s'attribuer des avantages fiscaux à lui et ses p'tits copains industriels. Il a terminé sa vie dans la honte et en achetant sa liberté. Aujourd'hui à Arvida, le boulevard principal s'appelle Mellon. Aujourd'hui au Saguenay Lac Saint-Jean, le développement industriel lié à l'aluminium a fait long feu. Il ne reste qu'un peu plus du quart des 12 000 emplois du début des années 60 et le déclin se poursuit. Aujourd'hui, profitant outrageusement de son privilège, Rio Tinto est tranquillement en train d'opérer sa mue vers une compagnie d'électricité et de lithium. Tout ça sans le dire évidemment. Les mauvais coups, ça se fait en silence.
Vous pouvez découvrir la face cachée de ces cent ans de l'industrie de l'aluminium au Saguenay Lac Saint-Jean en commandant la revue à cette adresse :https://action-nationale.qc.ca/produit/mai-juin-2026/. Papier :15$, PDF : 13$ + taxes).
(1) Simon Emond est un artiste de Métabetchouan qui a eu la lumineuse idée de faire revivre le village de Bienheureuse Jeanne d'Arc par un projet d'installation de lumières dans l'eau au-dessus d'une partie submergée du village. Le tout pour commémorer le centième anniversaire de son ennoiement. Son projet avançait bien, il a réussi à récolter environ 60 000$ (sauf erreur) de financement social. En début d'année, il apprenait cependant que le Ministère de l'environnement n'autorisait pas le projet en raison d'enjeux environnementaux. Encore là, les mots nous manquent. Si le Ministère de l'environnement avait seulement le début du commencement de la queue de telles réserves avec le massacre des rives du lac par la gestion de Rio Tinto, on commencerait peut-être à comprendre mais… parlez-en aux résidents de Pointe Langevin.
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Football : Prêts pour une nouvelle coupe du monde de la honte ?
Ce mercredi 11 juin donne le coup d'envoi de la coupe du monde de football. Un mois, 104 matchs répartis entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Pour cette compétition majeure du premier sport planétaire, faut-il tout accepter sans broncher ?
Tiré de la Lettre de Regards. 11 juin 2026
En 2022, la dernière coupe, nous avions eu le Qatar mafieux, ses milliers d'esclaves morts sur les chantiers de stades climatisés et son homophobie en bandoulière ; pour l'édition 2026, nous aurons les États-Unis de Donald Trump avec pour thème principal la xénophobie. Washington avait annoncé la couleur fin 2025 en publiant une liste de pays « blacklistés » dont certains participent à la compétition ! C'est le cas d'Haïti, de l'Iran, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire… Une liste que ressemble à s'y méprendre aux « pays de merde » dont parlait déjà le président américain en 2018.
Un homme a payé cash les frais de cette politique ségrégationniste : l'arbitre international somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre masculin africain 2025. Son pays fait partie de la liste de Trump. Aussi s'est-il fait refoulé à la frontière – malgré son visa diplomatique –, placé en détention plusieurs heures et a subi 11 heures d'interrogatoire. Le tout sans aucune raison autre que sa nationalité – « Je ne peux pas entrer dans les détails, mais ce que je peux vous dire, c'est que c'était pour une très bonne raison », a assuré le très servile Andrew Giuliani, chargé de l'organisation de la Coupe du monde auprès de la Maison-Blanche. Omar Abdulkadir Artan devait être le premier Somalien à arbitrer en coupe du monde. Deux Irakiens, le footballeur Aymen Hussein et le photographe officiel de la sélection, ont eux aussi été retenus de longues heures à l'aéroport. Le photographe s'est fait refouler, malgré un visa valide ainsi qu'une accréditation officielle délivrée par la FIFA.
D'autres scènes ont été particulièrement choquantes. L'arrivée des délégations sénégalaises et ouzbèkes avec fouilles au corps poussées sur le tarmac de l'aéroport. L'équipe nationale d'Iran a encaissé le pire. « Nous ne laisserons pas l'Iran abuser du système pour faire entrer clandestinement des terroristes dans notre pays », osait un membre de l'administration américaine. Du coup, les Iraniens doivent être protégés par la garde nationale mexicaine dans la ville de Tijuana (Mexique) où ils résident ; entraînements fermés au public et à la presse ; suppression de tous les billets auxquels le pays a droit, ce qui rend quasi impossible aux supporters iraniens d'assister aux matchs. Les joueurs ont aussi mis du temps pour obtenir les visas… ce qui n'a pas été le cas de tous les membres du staff. Les joueurs n'ont pas le droit de rester plus de 48 heures sur le sol américain. Or les Iraniens jouent leurs trois matchs de poule à Los Angeles et Seattle. Ils devront donc à chaque fois faire l'aller-retour avec leur camp de base situé à la frontière. N'auraient-ils pas pu jouer au Mexique ? L'Iran en a fait la demande, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a dit « Pas de problème », la FIFA a refusé…
Dans toutes ces affaires, la FIFA a baissé les yeux et baisé les pieds de Donald Trump, indiquant qu'elle n'intervenait pas dans les « procédures d'immigration du pays hôte ». Coupe du monde après coupe du monde, on commence à comprendre que la FIFA ne défend aucune valeur autre que celle de l'argent. Son président Gianni Infantino vient de lancer un « appel à la paix ». On rappelle qu'il a également créé de toute-pièce un « prix de la paix FIFA » dont le premier lauréat est Donald Trump.
Voilà les bases sur lesquelles ces mêmes États-Unis accueilleront les Jeux olympiques l'année prochaine…
Loïc Le Clerc

Mondial 2026 : la coupe du capitalisme fascisant
La Coupe du monde 2026 s'ouvre ce jeudi 11 juin au Canada, au Mexique et surtout aux États-Unis de Trump. Présentée par la FIFA comme une célébration du football et du rapprochement entre les peuples, elle apparaît déjà comme une manifestation des maux du capitalisme contemporain, en voie de fascisation : racisme, restrictions des libertés, catastrophe écologique et marchandisation toujours plus poussée du sport le plus populaire de la planète.
Tiré de l'Anticapitaliste.
Le refoulement de l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan est devenu le symbole de ce Mondial. Considéré comme l'un des meilleurs arbitres africains, il a été empêché d'entrer sur le territoire étasunien par la police de Trump et ne pourra pas officier. La FIFA a validé cette exclusion sans protester. Plusieurs membres de la délégation iranienne se sont vu refuser leur visa, le camp de base de l'Iran a dû être déplacé des États-Unis vers le Mexique, des équipes sont contrôlées sur le tarmac à leur arrivée, l'attaquant irakien Aymen Hussein a été retenu pendant des heures à son arrivée et de nombreux supporters, essentiellement africains, ont été empêchés de se rendre à la compétition. Derrière les discours sur l'universalité du football, cette Coupe du monde est déjà marquée par un racisme débridé.
Des deux côtés de l'Atlantique, la même logique sécuritaire est à l'œuvre. Aux États-Unis, les supporters sont accueillis dans un climat de contrôles, de détentions arbitraires et de peur entretenue par les politiques racistes et anti-immigration de Trump. En France, plusieurs municipalités ont déjà annoncé avoir choisi de répondre aux aspirations populaires par des couvre-feux, comme à Toulouse ou à Clermont-Ferrand. On a vu le soir de la victoire du PSG à quoi mène cette logique répressive, qui accompagne partout la montée de l'autoritarisme et la fascisation du monde.
Cette Coupe du monde sera également la plus polluante de l'histoire. Avec 48 équipes au lieu de 32, 104 matchs répartis sur trois pays et des déplacements aériens massifs, elle devrait générer près de 8 à 9 millions de tonnes de CO₂, soit près du double de l'édition 2022, qui était déjà un record. Les joueurs et les spectateurs vont parfois être exposés à des conditions de chaleur et d'humidité dangereuses. Dans le même temps, la FIFA espère battre tous ses records de revenus grâce à l'explosion du nombre de rencontres et à des billets vendus à des prix exorbitants — un véritable tri social par le ticket d'entrée.
Cette Coupe du monde est en partie organisée aux États-Unis — où la politique de chasse aux immigréEs a atteint des sommets de violence sous le nouveau mandat de Trump, où les atteintes aux libertés démocratiques se multiplient et qui mènent une politique de guerres impérialistes — et au Mexique — marqué par « la guerre à la drogue » dont la population paye le prix fort avec plus de 400 000 mortEs et 100 000 disparuEs au cours des vingt dernières années.
Cette compétition révèle jusqu'à la caricature ce que devient le sport sous le capitalisme. Pour notre part, nous continuerons à défendre un football populaire, accessible à toutes et tous, contre le racisme, l'autoritarisme et la marchandisation du monde.
Montreuil, le 11 juin 2026

Pour comprendre le devenir de la région : revenir sur les 100 ans de l’Alcan.
Mercredi le 17 juin prochain, la revue L'Action Nationale est fière de lancer un numéro spécial (mai-juin) réalisé en collaboration avec le Mouvement Onésime-Tremblay et portant sur les cent ans d'Alcan (Rio Tinto) au Saguenay Lac Saint-Jean d'un point de vue populaire.
Le 24 juin 2026 marquera le centième anniversaire de la fermeture des vannes du barrage d'Iles Malignes et le rehaussement d'une dizaine de pieds du niveau du lac Saint-Jean consacrant ainsi son statut de réservoir. Pour plusieurs centaines d'agriculteurs œuvrant dans ce qu'on appelait le grenier du Québec, c'était une descente aux enfers. Pour Alcan, c'était le début d'une aventure qui allait l'amener au sommet de l'industrie de l'aluminium.
En ce centième anniversaire, la machine de propagande de Rio Tinto bien menée par ses 22 lobbyistes et relationnistes tourne à plein. « On nous présente ces cent ans comme une épopée qui « toujours avance jamais ne recule ». Pour Rio Tinto, on ne doute pas que ce soit le cas. Suffit de regarder leurs profits (16 milliards en 2025) ou encore l'ensemble des avantages dont ils profitent au Québec (l'équivalent de 1,2 milliard par année : avantage comparatif sur l'électricité, exemptions d'impôt et sur les émissions de GES) » déclare Germain Dallaire porte-parole du Mouvement Onésime Tremblay.
Pour la population du Saguenay lac Saint-Jean, c'est autre chose. « L'entreprise est loin d'avoir respecté ses engagements historiques, que ce soit en matière d'emplois, de construction d'usines ou d'efforts de transformation. Pis encore, elle s'apprête à élargir ses activités du côté de la production éolienne. » souligne Robert Laplante, le directeur de l'Action nationale. « Il n'est pas dans l'intérêt du Québec et du développement régional de laisser privatiser la ressource publique qu'est le vent. Ce numéro le montrera. » a-t-il commenté.
Ce numéro spécial de l'Action Nationale présente près d'une vingtaine d'articles rédigés par de multiples collaborateurs. « Les analyses savantes y côtoient les points de vue militants et les témoignages. Ce numéro est d'ores et déjà un document de référence pour comprendre le devenir de la région » a conclu Robert Laplante
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Comptes rendus de lecture du mardi 16 juin 2026
L'empire de la honte
Jean Ziegler
Le réputé sociologue altermondialiste Jean Ziegler nous a quitté mercredi dernier à l'âge de 92 ans. J'ai lu plusieurs de ses bouquins au cours des années, en commençant par « L'empire de la honte » publié en 2005. L'essai portait sur la dette et la faim, deux armes de « destruction massive », dont les maîtres de l'empire de la honte – vous aurez deviné de qui il s'agit – savent admirablement jouer. Par l'endettement, les États abdiquent leur souveraineté aux mains des grandes compagnies privées ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté. Une lecture encore d'actualité, comme l'essentiel des nombreux bouquins que Ziegler aura écrits au cours de sa vie.
Extrait :
La faim est la principale cause de mort sur notre planète. Et cette faim est faite de main d'homme. Quiconque meurt de faim meurt assassiné. Et cet assassin a pour nom la dette.
Avez-vous peur du nucléaire ? - Vous devriez peut-être...
Julie Lemieux
Un très bon bouquin pour en apprendre davantage sur l'affreuse et désastreuse aventure nucléaire, civile et militaire, dans laquelle nous nous sommes lancés, ou plutôt dans laquelle on nous a lancé. L'industrie nucléaire civile est un monde tricoté serré où les experts ont l'habitude de discuter à huis clos. Leur compréhension du danger pour la santé du nucléaire et leur déni des risques d'accident sont aberrants. En plus de générer des déchets toxiques pour une durée difficile à imaginer, cette technologie connaît des ratés régulièrement, partout dans le monde. L'explosion de Tchernobyl a eu lieu il y a quarante ans. On en parle très peu, mais ses effets nocifs sur la santé et l'environnement sont loin d'être terminés. L'histoire post-Tchernobyl est truffée de magouilles et, contrairement à ce qu'on entend parfois, ce n'est pas uniquement parce que ça s'est passé en URSS. Même l'Organisation mondiale de la santé a été muselée dans cette affaire à cause d'une entente secrète méconnue qui la lie à l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Extrait :
Pour quelqu'un qui ne s'y connaît pas, une centrale qui produit de l'électricité à partir d'énergie fossile (charbon, mazout, gaz naturel) ne présente pas une grande différence par rapport à une centrale nucléaire. Certains prétendent même que le nucléaire est plus propre car il ne produit pas de gaz à effet de serre, un argument qui porte en cette époque de réchauffement climatique. Il ne faut cependant pas perdre de vue ce qui distingue fondamentalement le nucléaire de toutes les autres sources d'énergie. Un réacteur nucléaire produit une énergie extrêmement puissante, de nature physique. Le processus qui se déroule dans un réacteur nucléaire « n'a rien de commun avec une combustion, qui est en fait une réaction chimique entre un combustible et de l'oxygène. »
Le promeneur d'Alep
Niroz Malek
Traduit de l'arabe
Niroz Malek est Syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep sous les bombes. « Le promeneur d'Alep » est un beau petit roman de 154 pages, divisé en 55 très courts chapitres, qui relate de façon anecdotique et poétique un peu sa propre vie comme écrivain ayant décidé de rester dans sa ville bombardée. C'est désolant, mais c'est beau à la fois ; c'est aussi très instructif sur ce qu'était alors la vie sous les bombardements.
Extrait :
Assis à ma table, j'ai entendu le bruit des balles folles provenant du barrage près de chez moi. Puis tous les autres barrages dispersés dans le quartier se sont mis à tirer de concert. J'ai lâché, inconsciemment, ce que j'avais en main — un stylo, car j'écrivais. Je me suis précipité vers le couloir pour me mettre à l'abri des balles perdues. Ensuite j'ai entendu le bruit des roquettes et d'autres d'armes dont je ne connais pas les noms.
Quand les cons sont braves
Martin Petit
Martin Petit a emprunté le titre de son livre à une chanson de Brassens. C'est quand les cons sont braves, chantait Brassens, qu'ils commettent les plus grosses bêtises. L'auteur nous raconte son parcours de quatorze ans dans l'armée canadienne. Avec beaucoup d'aplomb, il nous fait revivre l'histoire et les émotions d'un fantassin qui a servi sur de nombreux théâtres d'opération, dans le golfe Persique, en ex-Yougoslavie et en Somalie. Il nous rend sensible l'évolution d'un jeune homme qui s'est engagé par goût de l'aventure et pour voir du pays, comme le claironne la propagande, et qui se retrouve à devoir vivre avec le syndrome de stress post-traumatique. Martin Petit, on le comprend, est devenu pacifiste. S'il brise la loi du silence, c'est qu'il voudrait éviter à d'autres de connaître ces mêmes épreuves.
Extrait :
En dépit du titre de cet ouvrage, ne confondez jamais bravoure et inconscience. Brave est l'homme qui se lève tous les matins pour aller travailler afin de mettre du pain sur la table des siens. Inconscient est le petit mec, attiré par les primes, qui franchit l'océan une arme en main. J'espère que le partage de mes erreurs saura faire réfléchir la jeunesse souvent mal informée de ce qu'est le métier des armes. Je préfère écrire ces lignes n'étant encore qu'un con relativement jeune que de les consigner plus tard, une fois devenu un vieux tout aussi con, mais nostalgique et qui se dit que ses années de sévices, c'était le bon temps, et que les cons sont braves.
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Stratégie fédérale L’IA pour tous : le gouvernement du Canada a oublié les travailleuses et travailleurs
La nouvelle stratégie canadienne en intelligence artificielle se veut ambitieuse. Elle se saisit des enjeux de souveraineté numérique, d'autonomie technologique et de compétitivité internationale liés au développement, à l'implantation et l'usage de l'IA. Sur ces plans, elle comporte des avancées réelles et mérite d'être saluée. Néanmoins, une politique nationale d'une telle portée devrait être élaborée avec les acteurs du milieu du travail. Ce qui n'a pas été fait adéquatement.
Effectivement, le processus de consultation spécifique au monde du travail a été pour le moins expéditif : une seule rencontre de deux heures, organisée fin avril, alors que la stratégie était pour ainsi dire déjà ficelée. Cette absence de dialogue avec les acteurs du monde du travail n'est sans doute pas étrangère à certaines lacunes importantes de la stratégie. En restreignant ses actions à la technologie, la politique oblitère un volet fondamental : les travailleurs et les travailleuses qui seront grandement touchées par ces transformations.
Cet angle mort est majeur.
Pourtant, les effets de l'intelligence artificielle dans les milieux de travail sont déjà bien réels. Transformation des tâches, intensification du travail, modification des rapports hiérarchiques, disparition de certains postes — les impacts sont profonds, s'accélèrent et seront d'autant plus importants sur la jeune génération qui peine à trouver ses repères dans un marché de l'emploi en mutation rapide.
Et pourtant, rien, ou presque, n'est prévu pour encadrer ces changements. Aucun mécanisme clair pour protéger les travailleuses et travailleurs. Aucun réel levier pour leur permettre de participer aux décisions. Aucun plan structuré pour anticiper les chocs.
Ce silence est incompréhensible.
Partout ailleurs, les débats sur l'IA reconnaissent une évidence : ce sont les politiques publiques, les institutions et le dialogue social qui détermineront si l'IA est un progrès partagé… ou un facteur d'inégalités accrues. Le Canada ne peut pas prétendre être à l'avant-garde en laissant de côté ces enjeux.
Pendant qu'on parle d'emplois créés, on évite soigneusement de parler de ceux qui disparaîtront ou seront profondément transformés. Or, ces transformations doivent être anticipées, pas subies.
Avant de parler de requalification, encore faut-il protéger les emplois existants et adapter les milieux de travail de manière équitable. Ce qui est proposé actuellement — des parcours de formation généraux, déconnectés des réalités du terrain — est largement insuffisant. Former, oui. Mais former qui, comment, et à quel moment ?
Et que dire des risques ?
La stratégie reste silencieuse sur des enjeux pourtant centraux : surveillance électronique intrusive, gestion algorithmique du personnel, décisions automatisées biaisées. Ces pratiques existent déjà.
Sans règles claires — transparence des algorithmes, supervision humaine, protection stricte des données — ces outils risquent de fragiliser les droits fondamentaux au travail.
Même constat du côté environnemental.
On reconnaît que la consommation énergétique liée à l'IA explosera, mais rien n'est dit sur les façons de concilier cette réalité avec les engagements climatiques. Alors que les gouvernements du Québec et du Canada se lancent dans une réindustrialisation et que la décarbonation industrielle devrait demeurer une priorité, on évite de parler de la pénurie énergétique qui nous guette.
Si le Canada veut réellement développer une intelligence artificielle au service de la société, il doit cesser d'ignorer celles et ceux qui la feront vivre — et qui en subiront les effets. Sinon, cette transition deviendra un puissant moteur d'inégalités.
Le dialogue social n'est pas un obstacle à l'innovation. C'en est la condition.
Les prochaines étapes de mise en œuvre de cette stratégie offrent une occasion de combler les lacunes de ce premier jalon. Les organisations syndicales sont disponibles et prêtes à s'engager pleinement dans cette démarche pour contribuer à bâtir une stratégie qui soit réellement à la hauteur des défis qui nous attendent, pour les travailleurs et les travailleuses, et pour l'ensemble de la société canadienne.
Signataires
– Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
– Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
– Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
— Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Bilan de santé des laboratoires | OPTILAB, une réforme qui ne passe pas le test
À l'approche du 10e anniversaire de la mise en place d'OPTILAB, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) publie un rapport intitulé Bilan de santé des laboratoires : OPTILAB, une réforme qui ne passe pas le test. Le constat est sans équivoque : non seulement la réforme n'a pas rempli ses promesses, mais elle a en plus contribué à fragiliser un maillon essentiel du réseau public de santé et de services sociaux.
Lancée avec l'objectif d'améliorer l'efficacité des laboratoires de biologie médicale, qui soutiennent près de 85 % des diagnostics, la réforme s'est traduite par une centralisation mal planifiée, une aggravation de la pénurie de personnel et une augmentation des ruptures de services.
« Les laboratoires de biologie médicale sont un pilier essentiel de notre système public de santé. Les transformations des dernières années ont eu des répercussions bien au-delà de leurs murs. À l'APTS, nous croyons qu'une telle réforme doit être évaluée à la lumière de l'ensemble de ses impacts, tant structurels qu'humains. Le bilan que nous présentons aujourd'hui vise à poser un regard lucide sur la situation et à contribuer à une réflexion tournée vers l'avenir. Car sans labos en santé, notre réseau est malade », soutient Robert Comeau, président de l'APTS
Des impacts majeurs sur les services et le personnel
Ce bilan met en lumière une détérioration marquée des conditions dans les laboratoires :
· une baisse de 7 % des effectifs en cinq ans, combinée à une hausse de 15,1 % du volume d'analyses ;
· une explosion du recours au temps supplémentaire depuis 2015 ;
· une pénurie de main-d'œuvre persistante, aggravée par une chute du nombre de personnes diplômées et un faible taux de rétention ;
· des infrastructures vétustes, avec 44 % des équipements jugés en mauvais état ;
· des problèmes importants liés au déploiement du système informatique SIL-P, affectant la continuité des services.
À cela s'ajoute une gestion toujours plus centralisée, déconnectée des réalités régionales, qui complexifie les opérations et nuit aux conditions de pratique.
« Avec ce bilan, nous souhaitons montrer l'envers du décor de cette réforme inachevée. Le résultat, c'est une gestion téléguidée, une pénurie de personnel sans précédent, des équipements en décrépitude et des ruptures de service croissantes. Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec le pire des deux mondes : un système hypercentralisé, incomplet et inefficace. Comme technicien de laboratoire, je peux le dire clairement : on est en mode “survie” », ajoute Carl Verreault, vice-président de l'APTS responsable des laboratoires.
En quête de solutions
L'APTS présente ce rapport pour ouvrir un dialogue constructif avec le gouvernement et sensibiliser la population à l'état préoccupant des laboratoires publics. L'organisation estime qu'il est impératif d'agir rapidement pour inverser la tendance en rétablissant des conditions de pratique viables, en modernisant les infrastructures et les équipements, et en mettant en place des mesures concrètes afin d'attirer et de retenir le personnel. Sans une intervention rapide et structurante, la capacité du réseau à offrir des services publics, accessibles et de qualité, continuera de se détériorer au détriment des personnes usagères.
« Le diagnostic est clair : nos laboratoires ne sont plus en santé. Il est temps de les remettre sur pied », conclut le président de l'APTS.
Consulter le Bilan de santé des laboratoires
Consulter les faits saillants du rapport

Carpe diem – Cueillir le jour
Dans un monde aux horizons fragmentés et acculé aux
frontières de la dystopie, nous devons accueillir
tous les jours une parcelle de lumière d'éternité
avec amour, admiration et reconnaissance.
Puisque chaque jour enfante le plus inestimable
des présents, soit le présent de la vie !
La Voie lactée gorgée de ses milliards d'étoiles du passé, la couche d'ozone protectrice du présent, la coupole de beauté de l'azur gage du futur, le rôle essentiel de la lune sur le climat et les marées et la lumière incandescente du soleil ainsi que les splendeurs nourricières et vivantes de la terre et des mers incarnent les précieux garants de notre destinée.
« Cueille le jour présent, en te fiant la moins possible au lendemain. » Horace
Chaque jour qui vient au monde,
Annonce un prodigieux événement
Provoque une profonde inspiration
Commande un nouvel engagement
Lègue une inspirante refondation
Chaque jour qui vient au monde,
Baigne dans la plénitude de la clarté
Illustre une mémorable équipée
Proclame un heureux sacre de la fierté
Symbolise une céleste destinée
Chaque jour qui vient au monde,
Apparaît fondamentalement singulier
Recèle un mystérieux fragment de félicité
Chante un inoubliable hymne à la beauté
Compose des symphonies de sons et de sens à partager
Chaque jour qui vient au monde,
Repousse les frontières de notre létalité
Apporte les enseignements sacrés du passé
Donne un véritable sens à nos discours
Trace les sentiers de nos parcours
Chaque jour qui vient au monde,
Nous rend meilleur devant ce nouveau jour
Transcende une perpétuelle consécration du destin
Ravitaille les foisonnantes sources de nos lendemains
Incarne un extraordinaire acte de foi et d'amour
L'éternité du moment, c'est chaque jour à l'image d'une infatigable et incroyable promesse lumineuse de vie qui se lève résolument face à l'incommensurabilité de l'univers ! Puis, qui se soulève avec amour et détermination pour irradier la noirceur du temps et braver les intempéries des jours graves.
Ainsi, Carpe diem évoque le mot d'ordre souverain de la vie guidant la marche vers la souveraineté du bien, du beau et du vrai et conférant un sens premier et authentique à la vie.
« Apprenez comme si vous deviez vivre éternellement,
vivez comme si vous deviez mourir demain. » Mahatma Gandhi
Gaétan Roberge
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Des JO d’Hitler au Mondial de Trump : une filiation qui en dit long sur l’état de notre monde !
La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936.
Par Yorgos Mitralias
La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936. Car, malgré les 90 ans qui les séparent, les affinités électives des JO d'Hiller et du Mondial de Trump crèvent les yeux : même exploitation propagandiste de l'évènement sportif par les mêmes régimes autoritaires, racistes et liberticides dirigés par des chefs suprêmes mégalomanes dépourvus de scrupules moraux et démocratiques.
Ceci étant dit, ce sont précisément ces similitudes et ces affinités électives qui nous permettent de mieux comprendre et d'évaluer les différences qui existent entre les JO d' Hitler et le Mondial de Trump. Et la première d'elles a trait aux réactions populaires et autres qu'ils ont suscitées. Pratiquement aucune en 2026, tout au moins de la part des États et des organisations internationales. Et seulement quelques -plutôt rares- protestations et critiques par-ci, par-là de la part des ONG et des mouvements sociaux. En somme, une apathie qui trahit l'acceptation résignée de l'événement au nom du très fataliste « que peut-on faire contre tout ce cirque gigantesque ? ».
La différence avec ce qui s'est passé avant et durant les JO de Berlin saute aux yeux. À l'opposé de la résignation régnant en 2026, des mouvements pour le boycott des JO de 1936, qui faisaient descendre dans la rue des milliers de manifestants, avaient vu le jour aux Etats-Unis, en France, en Grande Bretagne, en Hollande, en Suède et en Tchécoslovaquie. Ces mouvements n'ont pas pu empêcher la tenue des JO de Berlin, mais ils ont expliqué largement leur cause antifasciste, alertant les populations, mobilisant des avant-gardes antiracistes en bataillant sur une ligne de classe contre les partisans des JO et autres admirateurs d'Hitler. (1)
Par contre, l'Espagne du Front Populaire a boycotté les JO de Berlin, et encore mieux, le gouvernement Catalan de gauche du premier ministre Lluís Companys (exécuté plus tard par les fascistes de Franco) a organisé l'Olympiade des Peuples, à laquelle devaient participer 6.000 athlètes de 49 pays. Finalement, ces JO alternatifs n'ont jamais eu lieu parce que leur ouverture le 19 juillet 1936 a coïncidé avec l'éclatement du coup d'état de Franco. Plusieurs de ces athlètes mais aussi des journalistes sportifs envoyés à Barcelone pour couvrir les JO alternatifs, se sont engagés et battus dans les milices de gauche (comme l'auteur de « 1984 » George Orwell dans celles du POUM) et certains ont laissé leur vie au combat antifasciste...
La comparaison des réactions populaires face aux JO d' Hitler et au Mondial de Trump est très éloquente et en dit long sur l'actuel état (misérable) de la gauche internationale et des mouvements populaires. Et c'est probablement cet état consternant du camp progressiste qui fait que Trump sente avoir les mains plus ou moins libres pour faire que son Mondial soit bien plus ouvertement raciste, répressif, foncièrement antidémocratique et au service des ultra-riches que les JO de Hitler ! En effet, tandis que le régime nazi avait pris soin durant les JO de paraitre presque ...libéral en enlevant tout ce qui pourrait trahir son antisémitisme pathologique ainsi que ses « excès » antidémocratiques et répressifs, Trump et son régime exhibent presque fièrement leur racisme décomplexé, leur mépris pour l'humanité pauvre et...basanée, leur chasse impitoyable aux migrants (même dans les stades !) et leur suprématisme blanc. Et tout ça en se foutant éperdument des règlements et de ses propres promesses, allant jusqu'à interdire l'entrée aux Etats-Unis des supporters des équipes du Tiers Monde, et même de leur staff (!) ou des arbitres africains choisis pour arbitrer des rencontres du Mondial !
Cependant, force est de constater que ni Hitler, ni Trump n'auraient pu faire tout ça sans le soutien enthousiaste des dirigeants du sport international. Et si Trump jouit du soutien indéfectible du président de la FIFA Gianni Infantino, dont la servilité presque comique concurrence celle du secrétaire de l'OTAN Mark Rutte, connu pour avoir appelé Trump... »Daddy », Hitler a eu son propre Infantino en la personne du célèbre baron de Coubertin ou de Avery Brundage. En effet, le notoire colonialiste, raciste, antisémite et misogyne « père des JO modernes » baron de Coubertin n'a jamais caché son admiration tant pour son « ami » Adolphe Hitler, qu'il a célébré comme « l'un des plus grands bâtisseurs de notre époque », et le régime nazi, dont il faisait l'éloge, que pour les JO de Berlin qu'il a défendu avec toutes ses forces. Quant à l'américain raciste, suprématiste et antisémite Avery Brundage qui a dirigé, pendant presque un demi-siècle, le tristement célèbre Comité International Olympique, ce repaire des princes et autres aristocrates déchus, des millionnaires ultraréactionnaires et des professionnels de l'anticommunisme, il a tout fait pour faire échouer le boycott des JO de Berlin en tant que président du Comité Olympique américain. Et si aujourd'hui, l'inénarrable Infantino appelle l'opinion publique internationale profondément choquée par le refoulement des Etats-Unis de l'arbitre somalien Abdulkadir Artan, a... « se calmer et à relaxer » (chill and relax), Avery Brundage qualifiait en 1936 de... « complot juhttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&id_article=71351#if » le mouvement de boycott et tous ceux qui dénonçaient la persécution des juifs par les nazis. Un Avery Brundage qui était à l'époque membre d'une organisation isolationniste et sympathisante du nazisme, au nom évocateur... America First ! Décidément, Trump n'a rien inventé...
Comme d'ailleurs, ce Mondial en cours, qualifié justement de « Mondial du fric », n'a rien inventé de nouveau à l'exception de son gigantisme et de sa domination totale par les forces du grand capital. Ces forces qui évidemment n'ont rien à redire ni au racisme décomplexé, ni a la manie répressive de ce Caligula nazifié qu'est Donald Trump. Et si tout ça nous ramène presque un siècle en arrière, nous rappelant imperceptiblement l'époque des JO de Berlin célébrés alors par les mêmes élites qui célèbrent aujourd'hui le Mondial de Trump, alors il n'y a rien qui puisse étonner et choquer ceux qui gouvernent ce monde. Comme par exemple, cet éternel bastion réactionnaire qu'est le Comité International Olympique (CIO) qui vient de reproduire et mettre sur le marché un t-shirt portant l'affiche officielle des JO de 1936 à la gloire du Troisième Reich !
Raison de plus pour que nous prenions au sérieux la menace mortelle que représentent tous ces nostalgiques d'un passé pas du tout révolu, et que nous réagissions en conséquence...
Note
1. Pour les JO de Berlin, voir notre texte Jusqu'à quand l'escroquerie de la "flamme olympique" ? La flamme olympique, une merveilleuse idée du Dr. Goebbels » ! : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/220424/la-flamme-olympique-une-merveilleuse-idee-du-dr-goebbels
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Coupe du monde de football 2026. L’édition de l’exclusion
Reportage · Prix des billets, coût de la vie sur place, politique discriminatoire mise en place par Trump... La Coupe du monde de football, qui a démarré le 11 juin et qui se déroule principalement aux États-Unis, se jouera presque sans aucun supporters africains, sans que la Fifa y trouve à redire.
Tiré d'Afrique XXI.
Alignés en rang d'oignons, sept hommes arborent des lettres géantes peintes sur leur torse nu. Ils s'appellent Modou, Babacar, Abdou ou encore Samba, l'un est commerçant, l'autre cameraman, il y a aussi un agent municipal, et même un maçon. Leur mission ? Former le mot « S-E-N-E-G-A-L » avec leur corps dans les stades de football. La chorégraphie donne une image spectaculaire à chaque Coupe d'Afrique des nations (CAN).
Mais ce 16 juin, lors du match qui verra leur pays affronter la France, durant le premier tour de la Coupe du monde masculine 2026, ils seront absents des tribunes. Les membres du « 12e Gaindé (1) » ont été victimes d'un filtrage aux frontières des États-Unis, l'un des trois pays hôtes de la compétition avec le Canada et le Mexique. « Nous n'allons pas déplacer de supporters de Dakar aux États-Unis », a annoncé la ministre sénégalaise des Sports, Khady Diène Gaye, à l'antenne de la radio Sud FM début mai.
Sacré paradoxe : avec dix formations qualifiées sur quarante-huit, il n'y a jamais eu autant d'équipes nationales africaines en lice en Coupe du monde, mais, dans le même temps, les conditions économiques et administratives de cette édition sont les plus excluantes de l'histoire presque centenaire du tournoi, qui se tient du 11 juin au 19 juillet.
Alafé Wakili dirige le quotidien L'Intelligent d'Abidjan, l'un des seuls médias ivoiriens capables de financer deux envoyés spéciaux pour couvrir les cinq semaines de compétition. « Pour un journal ivoirien comme le nôtre, le coût global est compris entre 15 000 et 20 000 euros minimum par reporter », explique-t-il. Et encore, ce sera pour suivre une fraction des 104 rencontres.
Prix exorbitants et expulsions de masse
Au Qatar, en 2022, les stades étaient regroupés dans une ville. Cette année, ils seront dispersés à l'échelle d'un continent. « À cause du coût global, j'ai dû renoncer. Seuls les privilégiés pourront y aller », regrette Benson Amoua, journaliste ivoirien pour le site SportZone-ci, présent lors de la dernière CAN, au Maroc, en décembre et janvier derniers.
Au budget élevé des transports, du logement et du coût de la vie sur place s'ajoutent, pour les supporters, les prix exorbitants des places. La grande majorité des sept millions de tickets ont été mis en vente plusieurs centaines de dollars l'unité par la Fédération internationale de football association (Fifa). Et les prix s'envolent pour la finale à plus de 6 000 dollars, selon les chiffres compilés par le journal The Athletic.
Une autre donnée est venue compliquer la venue des supporters africains. Donald Trump avait promis à ses électeurs la « plus grande opération d'expulsion de masse » de l'histoire des États-Unis, en désignant des « millions de migrants » comme des « ennemis de l'intérieur ». En 2025, l'administration d'extrême droite a expulsé environ 310 000 personnes non états-uniennes, selon le think tank Brookings Institution (2).
Haïtiens et Iraniens strictement interdits
Les ressortissants de huit pays qualifiés pour le tournoi sont de fait discriminés dans l'attribution de visas temporaires. Les demandes des Algériens, des Cap-Verdiens, des Ivoiriens, des Sénégalais et des Tunisiens ont été soumises à l'obligation d'une caution pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars par personne. Une barrière infranchissable pour beaucoup, malgré les effets d'annonce des organisateurs, dont le lancement du Fifa Pass début février, censé accélérer le traitement des demandes de visa (3), et la dérogation à l'obligation de caution à la mi-mai. Mais celle-ci concerne uniquement les personnes qui, au 15 avril, avaient à la fois acheté des billets pour la Coupe du monde et opté pour le Fifa Pass. Or de nombreux supporters ont pu être dissuadés d'acheter des billets avant le 15 avril car ils pensaient devoir payer jusqu'à 15 000 dollars de caution.
Les Haïtiens et les Iraniens sont, eux, strictement interdits de voyager dans le principal pays hôte du Mondial, en vertu d'un décret présidentiel publié le 4 juin 2025 afin de « protéger les États-Unis contre les terroristes étrangers », sauf, en théorie, à disposer d'une double nationalité et à l'exception des membres des délégations. Néanmoins, en pleine guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, les joueurs iraniens ont été contraints d'établir leur camp de base à Tijuana, au Mexique, plutôt qu'en Arizona.
Enfin, l'administration Trump a annoncé, dans un communiqué publié le 18 mai sur le site du département d'État, la « suspension » des procédures de visa pour les citoyens de la République démocratique du Congo, compte tenu de l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans l'est du pays.
« J'ai des amis qui ont tout payé (les billets de matchs, l'hôtel, l'avion aller-retour), mais ils ne pourront finalement pas se déplacer », déplore Brusny Mabanza, un supporter congolais rencontré en mars à Guadalajara, au Mexique, à l'occasion du mini-tournoi de repêchage pré-Mondial.
Le meilleur arbitre africain refoulé
Ce jour-là, les prix des places étaient plafonnés à 300 pesos (environ 15 euros). La qualification des Léopards a été une grande fête, même si une partie des supporters manquait à l'appel, faute de visa. « J'ai échangé mon maillot avec un supporter mexicain, raconte Brusny, venu de Kinshasa dans un avion affrété par le gouvernement. Pour lui, ce genre de moments montre que le sport dépasse les frontières et crée une émotion collective très forte. »
Pour les journalistes et les spectateurs africains, le parcours d'obstacles ne s'arrête pas là. « On nous a remis un visa pour les États-Unis avec une seule entrée », signale par exemple Abdoulaye Thiam, journaliste sénégalais à Sud Quotidien et président de la branche africaine de l'Association internationale de la presse sportive (AIPS). Or les Lions de la Teranga vont commencer la compétition par deux matchs à New York, avant de rallier Toronto pour une rencontre, sûrement décisive, face à l'Irak. « En l'état, si nous allons au Canada, nous ne pourrons pas revenir aux États-Unis », explique Abdoulaye Thiam.
Plusieurs événements sont déjà venus entacher la compétition. Début mai, RFI annonçait que six dirigeants de la Fédération sénégalaise de football s'étaient vu refuser leur demande de visa à l'ambassade états-unienne de Dakar. Le 6 juin, l'attaquant vedette de l'équipe irakienne, Aymen Hussein, a, lui, été interrogé pendant près de sept heures à l'aéroport de Chicago, quand le photographe officiel de l'équipe, Talal Salah, a été carrément renvoyé par les autorités des États-Unis. De son côté, l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, désigné meilleur arbitre africain en 2025 et sélectionné pour arbitrer le Mondial, s'est vu refuser l'entrée sur le territoire (alors qu'il disposait d'un visa en règle, selon une source ministérielle somalienne à l'AFP). La Fifa a finalement pris acte de cette décision et annoncé que l'arbitre ne pourrait pas officier pendant le tournoi.
Les supporters sont déjà sur place
Même l'entrée au Mexique reste compliquée : à onze jours de disputer le match d'ouverture, l'équipe nationale d'Afrique du Sud a, elle, dû reporter son départ vers son camp de base mexicain, en raison de plusieurs problèmes de visa. Ces dernières années, sous la pression de son voisin, Mexico joue de plus en plus le rôle de seconde frontière des États-Unis. Après le Congo-Jamaïque du 31 mars à Guadalajara, l'avion du retour pour Kinshasa avait d'ailleurs été immobilisé à l'aéroport, les autorités locales prenant soin de compter le nombre de passagers, soucieuses que personne ne reste sur place clandestinement.
Pour sa première participation à la Coupe du monde, le Cap-Vert ne comptera quasiment pas de soutien venu de l'archipel. « La plupart des supporters sont de la diaspora, soit européens, soit américains », témoigne la Franco-Cap-Verdienne Andreia Levy, cofondatrice du groupe « 12 Tubaron », qui se déplacera à Atlanta, Miami et Houston. Son association a obtenu 450 billets et, après la lutte menée par le syndicat Football Supporters Europe contre la politique tarifaire antisociale de la Fifa, elle a pu en proposer 100 à 60 dollars.
Même son de cloche du côté de la Fédération tunisienne de football. « La majorité des supporters qui pourront assister aux rencontres seront surtout des Tunisiens vivant déjà en Europe, au Canada ou aux États-Unis », confirme Ahmed Salhi, attaché de presse des Aigles de Carthage, qui joueront à Monterrey et Kansas City, des deux côtés du mur érigé par les États-Unis.
« Il faudra qu'ils rentrent chez eux »
Comment la Fifa justifie-t-elle ces discriminations visant de nombreux voyageurs originaires de pays qualifiés pour la compétition ? Ni l'instance ni les fédérations concernées n'ont donné suite aux demandes d'interview d'Afrique XXI. « Nous vous invitons à vous adresser aux autorités compétentes », a répondu par mail le service communication de la Fifa. Contacté par Afrique XXI, le département d'État états-unien n'a pas répondu. Les fédérations concernées ont préféré, elles aussi, esquiver le sujet.
« Je sais que nous aurons des visiteurs, de près de cent pays probablement. On veut qu'ils viennent, qu'ils profitent, qu'ils assistent aux matchs. Mais quand ce sera terminé, il faudra qu'ils rentrent chez eux », avait prévenu en mai 2025 le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, au cas où les choses n'auraient pas été assez claires.
Pour d'autres, la politique de l'administration Trump produit un effet repoussoir face au risque, pour les voyageurs non blancs, de subir des détentions arbitraires et des déportations (4). « Même si j'avais reçu des billets gratuitement, je ne serais pas parti aux États-Unis, soutient André Silver Konan, fondateur du journal Ivoir'Hebdo. Un beau matin, vous sortez sans vos papiers et la police de l'immigration vous arrête… Je n'ai pas envie d'aller me faire humilier. »
En mars 2017, Gianni Infantino, président de la Fifa, lançait, bravache : « Il va de soi que, dans le cadre des compétitions de la Fifa, toute équipe, y compris ses supporters et ses officiels, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays hôte, sans quoi il n'y a pas de Coupe du monde. »
À Kinshasa, « tout le monde va être dehors »
Cette déclaration publique a très mal vieilli. Les années ont passé, Donald Trump a été réélu à la Maison-Blanche, et il peut désormais compter sur « l'assentiment servile », selon les mots du chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) Pascal Boniface, d'Infantino : en décembre 2025, le second a offert au premier un obscène « prix de la paix », décerné au nom de la Fifa, lors du tirage au sort du tournoi.
« Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis », promettait encore Infantino il y a quelques mois, peu après avoir inauguré un nouveau bureau de la Fifa… au sein de la Trump Tower, à New York.
Le manque d'accessibilité aux Coupes du monde de football n'est pas nouveau et a été tout relatif ces dernières décennies. « Elle est devenue un produit mondialisé destiné à une élite mobile », rappelait en février, dans le mensuel français Le Monde diplomatique, Abderrahim Bourkia, sociologue marocain, en référence à l'inflation du prix des places depuis l'édition 2002.
Cinquante-deux ans après la dernière qualification des Léopards, leur grand retour sur la scène internationale se fêtera donc principalement au pays. Rédacteur en chef de Leopardsfoot, portail du foot congolais sur les réseaux sociaux, Louis Mukoma Fargues fait le pari qu'à Kinshasa « tout le monde va être dehors pour regarder les matchs devant la télévision : dans les restaurants, les bars ou entre voisins ». En mars, ils étaient déjà des centaines de milliers dans les rues pour réserver un retour triomphal aux joueurs, après leur qualification lors du tournoi de repêchage.
Notes
1- « Gaindé » signifie « lion » en wolof, une référence au surnom de l'équipe nationale du Sénégal : les Lions de la Teranga.
2- Retrouver les chiffres ici.
3- Ce pass fonctionne pour un très petit nombre de voyageurs : seulement 17 000 personnes à travers le monde début mai, a révélé The Athletic ici, les nationalités les plus représentées parmi les inscriptions étant alors celles de l'Ouzbékistan, de la Chine, de l'Inde, de la Turquie, du Mexique et de la Colombie.
4- Plusieurs ONG ont largement documenté ces pratiques, comme Amnesty International et Human Rights Watch.

Pourquoi le racisme n’est‑il pas considéré comme un risque professionnel dans le soccer ?
Lorsqu'un partisan du Tottenham Hotspur a lancé une peau de banane qui a atterri près de l'attaquant d'Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d'un match entre les deux grands rivaux londoniens, un photographe a immortalisé la scène. Cette image est devenue l'un des symboles les plus marquants du racisme dans le soccer.
Tiré de The conversation. Légende de la photo : Le défenseur nigérian Benjamin Fredrick et l'attaquant vedette gabonais Pierre-Emerick Aubameyang se disputent le ballon lors de la demi-finale des barrages de la zone Afrique pour la Coupe du Monde FIFA 2026 à Rabat, au Maroc, le 13 novembre 2025. (AP Photo)
L'intention derrière cet acte a été largement reconnue et condamnée par l'ensemble du monde du soccer. Indignés, les dirigeants du club ont publiquement dénoncé cet acte, tandis que l'entraîneur d'Arsenal, Unai Emery, a souligné que « personne n'accepte » de tels incidents.
Le supporter a été condamné à une amende de 500 livres sterling (plus de 900 dollars canadiens) et interdit de stade pendant quatre ans. Cette même saison, les droits télévisés de la Premier League, la première division anglaise, s'élevaient à 5,1 milliards de livres sterling (plus de 9 milliards de dollars canadiens).
La persistance des incidents racistes, conjuguée à des sanctions inégales et à des réponses qui s'attaquent aux symptômes plutôt qu'aux causes, révèle un cadre de gouvernance incapable de protéger les joueurs ou de dissuader les auteurs de tels actes.
Dans certains cas, les joueurs victimes d'insultes racistes ont été encouragés – par des supporters, des commentateurs et des officiels – à considérer ces comportements comme une réalité regrettable du sport. Plus troublant encore, les victimes ont parfois été tenues pour responsables d'avoir provoqué ou alimenté les insultes qu'elles subissaient. De telles réactions non seulement banalisent le racisme, mais détournent également la responsabilité des auteurs et des institutions chargées de garantir des environnements sportifs sûrs et inclusifs.
En 2019, après que des joueurs anglais ont subi des insultes racistes en Bulgarie, l'Union des associations européennes de football (UEFA) a infligé une amende de 75 000 euros (121 000 dollars canadiens) à la Fédération bulgare de football. Au regard des ressources financières considérables du soccer, cette sanction n'avait rien de dissuasif et ne témoignait d'aucun engagement institutionnel sérieux.
Les instances dirigeantes du soccer ont passé des décennies à élaborer et à promouvoir des initiatives antiracistes très visibles et symboliquement puissantes. Ces démarches comprennent souvent des campagnes de sensibilisation, des déclarations publiques, des cérémonies d'avant-match et des messages disciplinaires destinés à afficher un engagement en faveur de l'inclusion. Si de telles mesures peuvent sensibiliser le grand public et témoigner d'une certaine préoccupation institutionnelle, elles ont été critiquées pour leur incapacité à produire des changements structurels réels ou à réduire sensiblement les comportements racistes dans le sport.
Ce que la caméra ne montre pas
Sous le vernis respectable de la Premier League, des réseaux de centres de formation expédient des adolescents noirs et métis vers l'Europe, avec un minimum de surveillance et encore moins de protection.
Dès 2008, The Observer rapportait l'existence d'environ « 500 “académies” de soccer non agréées rien qu'à Accra, la [capitale du Ghana] », la plupart dirigées par des personnes incapables de fournir la moindre preuve d'expérience professionnelle.
Au Mali, les familles versaient en moyenne de 2000 à 3000 euros, souvent l'équivalent de toutes leurs économies, parfois réunies en vendant leur maison, à des agents promettant des essais en Europe qui ne se concrétisaient jamais.
Le racisme dans les stades permet à des institutions comme la FIFA et la Premier League de se poser en solution à un problème qu'elles traitent comme venant de l'extérieur, plutôt que d'admettre qu'il est ancré dans leurs propres structures.
Il est bien plus difficile de mener campagne contre ce type de problème, précisément parce qu'il est déjà inscrit au cœur même de l'institution. Les instances sportives ne peuvent pas lancer un mot-clic contre leurs propres politiques de migration de main-d'œuvre.
Ce que révèlent réellement les recherches
Une étude de 2024 a révélé que plus de la moitié des 101 joueurs de soccer professionnel interrogés déclaraient souffrir de détresse psychologique, le racisme étant identifié parmi les facteurs de stress psychosocial contribuant à l'épuisement et à la dégradation de la santé mentale.
Ces conclusions ne sont pas nouvelles. Un article publié en 2020 dans le British Journal of Sports Medicine établissait que les modèles de santé mentale dans le soccer professionnel ignorent systématiquement le racisme en tant que problème structurel, le traitant plutôt comme une série d'incidents isolés. Les fédérations ont accès à ces données. Certaines contribuent même au financement de la recherche. Ce qui leur manque, c'est la volonté structurelle de traiter le racisme comme un enjeu de sécurité au travail plutôt que comme un problème d'image.
Le racisme dans le soccer est depuis longtemps présenté comme un problème éthique. C'est aussi un problème de santé au travail. Les insultes racistes ne sont pas qu'une succession d'affronts isolés : elles produisent les mêmes traces biologiques que n'importe quel autre agent toxique en milieu professionnel.
Une exposition chronique à la discrimination élève le taux de cortisol et les marqueurs inflammatoires. Les chercheurs appellent cela la « charge allostatique », ce qui se traduit concrètement par une prévalence accrue de l'hypertension, des troubles du sommeil et un vieillissement cellulaire prématuré.
Ces risques touchent les personnes qui évoluent professionnellement dans des environnements hostiles sur le plan racial.
Les footballeurs en sont un exemple trop souvent ignoré. Une enquête de 2024 menée par la FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs, a révélé que 83 % des syndicats de joueurs signalaient que les abus et la violence contribuaient directement aux problèmes de santé mentale de leurs membres, et que 88 % jugeaient que la menace de violence avait des répercussions négatives sur les performances en match.
Pourtant, aucune fédération ne classe les insultes racistes parmi les conditions dangereuses nécessitant des mesures d'atténuation systématiques. Il existe des protocoles pour les ruptures ligamentaires et les commotions cérébrales. Il n'en existe aucun équivalent pour les joueurs qui reçoivent des menaces de mort en ligne la veille d'un match.
Qui protège les joueurs ?
La Coupe du monde de la FIFA 2026, comme celles qui l'ont précédée, comportera des dangers que la FIFA ne prend pas en compte.
Des milliers de joueurs, de membres du personnel et de supporters issus de minorités racialisées entreront dans des stades dont les dispositifs de sécurité ne sont pas conçus pour faire face au poids cumulatif d'environnements racistes.
Le Cadre des droits de la personne de la FIFA promet l'inclusion. Il ne promet pas de surveillance axée sur la santé. Les fédérations connaissent les données scientifiques. Ce qu'elles n'ont pas fait, c'est traiter le racisme comme le problème de sécurité au travail qu'il est réellement.
La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord apportera les promesses habituelles : unité, respect et responsabilité. Elle se présentera comme une célébration des cultures. Ce qu'elle n'apportera presque certainement pas, c'est un bilan honnête sur qui tire profit du travail des athlètes noirs et de couleur, et qui les protège quand les abus commencent.
La question pour 2026 n'est pas de savoir si un autre joueur sera pris pour cible. C'est de savoir si quelqu'un, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, nommera enfin le système qui rend cela inévitable.
Tant que ce ne sera pas le cas, les campagnes ne sont pas un échec. Elles font exactement ce pour quoi elles ont été conçues : soigner les apparences pendant que la structure, elle, demeure inchangée.

La FIQ réclame des engagements des élu-e-s | Prendre soin sans être soutenues : la réalité quotidienne des professionnelles en soins
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec—FIQ vient de mener une action de visibilité près de l'Assemblée nationale afin de sensibiliser les élu‑e‑s à l'urgence d'implanter des ratios sécuritaires dans le réseau de la santé et d'obtenir de leur part des engagements fermes en ce sens. À cette occasion, des militantes de la Fédération ont remis aux député-e-s une trousse d'information comprenant des données terrain, des témoignages et des propositions concrètes pour améliorer l'organisation des soins et mieux protéger à la fois les patient-e-s et le personnel soignant. Par cette initiative, la FIQ souhaite faire des ratios sécuritaires un enjeu incontournable en vue de la prochaine campagne électorale et amener les formations politiques à se positionner clairement.
Pour la Fédération, le constat est sans équivoque : partout au Québec, les professionnelles en soins sont confrontées à une surcharge de travail majeure, qui compromet directement la qualité et la sécurité des soins offerts à la population, faute de temps pour exercer selon les plus hauts standards. « On demande aux professionnelles en soins d'être toujours plus agiles, plus performantes, plus silencieuses… mais sans ressources supplémentaires. Cette recette mène droit à l'épuisement, à la perte d'expertise et à des soins fragilisés », dénonce la présidente de la FIQ, Julie Bouchard.
Des Laurentides à l'Abitibi-Témiscamingue, de la Montérégie à l'Estrie, en passant par Montréal, Lanaudière, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Mauricie–Centre-du-Québec, le constat est le même : des plans de contingence qui s'inscrivent dans la durée, un non-remplacement systématique du personnel absent, une surcharge de travail chronique, un nombre de patient-e-s trop élevé (notamment en CHSLD, en urgence, en santé mentale et en soutien à domicile) ainsi que des professionnelles en soins contraintes de renoncer à leurs pauses et repas. À cela s'ajoutent une peur grandissante de dénoncer et une perte de confiance envers des gestionnaires qui multiplient les discours rassurants sans livrer de résultats.
Dans plusieurs milieux, les membres se mobilisent : pétitions, affichage, plaintes en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, manifestations, collectes de données et interpellations publiques. Ces actions ont parfois permis d'obtenir des gains ciblés — matériel essentiel, ajustements organisationnels, reconnaissance de problèmes réels — mais, trop souvent, l'ajout de personnel n'est pas au rendez-vous. « Les équipes de soins ne sont pas dupes. Elles entendent les promesses, mais vivent la réalité sur le terrain. Et cette réalité, c'est une organisation du travail qui ne tient plus. Les directions connaissent très bien la situation, mais continuent de faire la sourde oreille. Il est urgent de prendre le virage vers des ratios sécuritaires assurant un nombre adéquat de patient-e-s par professionnelle en soins », souligne Mme Bouchard.
Ailleurs au Canada : le virage vers les ratios bien amorcé
Les expériences menées ailleurs au Canada montrent que l'implantation de ratios sécuritaires produit des résultats concrets : en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, on observe une meilleure rétention du personnel, liée à une charge de travail plus soutenable, ainsi qu'une amélioration de la qualité des soins. Au Manitoba, le gouvernement s'est engagé dans une démarche législative pour encadrer ces ratios, tandis qu'en Ontario, plusieurs études en recommandent l'adoption en raison de leurs effets positifs sur la sécurité des patient-e-s et la réduction de l'épuisement professionnel.
Ces constats confirment que les ratios constituent une solution éprouvée pour renforcer le réseau public de santé, comme le démontrent depuis longtemps la Californie et plusieurs États australiens. Dans ce contexte, la FIQ s'interroge : pourquoi le Québec tarde-t-il toujours à implanter des ratios sécuritaires, alors même que leurs bénéfices sont largement reconnus ?
La FIQ interpelle donc directement les candidat-e-s qui souhaitent former le prochain gouvernement ainsi que Santé Québec. « Les soins ne peuvent pas reposer uniquement sur la bonne volonté et le sacrifice des professionnelles en soins. Des engagements concrets sont nécessaires, de même que des ressources humaines suffisantes, une organisation du travail sécuritaire et un respect réel de l'expertise clinique », conclut la dirigeante syndicale.
gauche.media
Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

















