Derniers articles

Les conseils pour une mairesse-mère-anthropologue

20 août 2024, par Kaveh Boveiri — , , ,
Madame la mairesse, le 5 juillet 2024 vous écrivez dans votre compte de X : « Comprenez-moi bien, on ne peut pas occuper de façon permanente et statique un lieu public, et ce (…)

Madame la mairesse, le 5 juillet 2024 vous écrivez dans votre compte de X : « Comprenez-moi bien, on ne peut pas occuper de façon permanente et statique un lieu public, et ce peu importe la cause. L'espace public doit rester public. » Les mots qui tombent des lèvres d'une mairesse sont porteurs de sens et implications.

Le résultat ?

Le vendredi 5 juillet 2024, 11 h 00. Les clôtures sont enlevées. Les tentes aussi. Les gens aussi. Leurs bruits ne sont plus là. Le campement d'Alsumut, qui a duré 13 jours, a été finalement démantelé. Le Square est dorénavant propre ou presque. À cette heure-là, il reste encore ici-là l'excrément des chevreaux des policiers. Ça, l'on peut l'effacer, avec un peu de liquide, un balai et de l'eau.

Plus que d'autres personnes, votre clin d'œil, madame de la mairesse, est très bien accueilli par Deep Saini, recteur et vice-chancelier de l'Université McGill.

Le résultat ?

Le démantèlement du campement de McGill, le mercredi 10 juillet. Le Free Store, le café gratuit, l'Université populaire, la musique, tous sont dorénavant une partie de notre mémoire collective.

Vous voyez, vos mots comptent. Cependant, dans votre conférence justifiant la fermeture du campement d'Alsumut, la même journée (le 5 juillet), vous dites que vous vous trouvez entre des millions qui se sentent powerless [impussiante].

Ce dernier constat de la part d'une personne honnête implique le besoin des conseils. Ci-dessous, vous en trouvez quelques-uns :

– Vous pouvez très facilement vous distinguer de la ministre des Relations internationales, Martine Biron, comme elle dit :« La décision d'ouvrir un bureau à Tel-Aviv ne doit en aucun cas être interprétée comme une prise de position dans ce conflit ».

– Vous pouvez facilement prendre une position forte concernant la demande des membres du collectif « Désinvestir pour la Palestine » (dont plusieurs sont les avocats) qui demande que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) à rompre ses liens financiers avec les entreprises israéliennes.

– Nous savons que vous avez déjà critiqué Deep Saini et d'autres membres d'administration à McGill. Vous pouvez cependant demander la fin de toutes les relations financières entre l'Université McGill et l'État d'Israël.

– Comme vous le savez Canada est parmi 145 membres de Nations Unies qui reconnait l'État de Palestine. Mais cet appui est bloqué par quelques pays. Une étape concrète visant à une telle reconnaissance de votre part est de reconnaitre Al-Quds (Jérusalem en arabe) et Montréal comme les jumelles. Ce dernier est immédiatement possible pour vous. Il prend cependant un peu de courage.

Madame la mairesse, comme une mère, mais aussi une anthropologue, vous savez mieux que nous que la pâte des enfants de Gaza n'est pas différente des enfants de notre ville.

Madame la mairesse, ce n'est pas une spéculation erronée de dire que la majorité des participants aux activités propalestiniennes qui votent dans l'élection municipale ont voté pour vous lors de la dernière élection. Pour les rassurer de leurs choix, ils ont besoin d'une prise de position plus forte de la part des personnes élues, particulièrement à ces moments difficiles.
Bon courage !

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Justice. Incarcération “inhumaine” : des milliers d’immigré-es poursuivent l’État canadien

20 août 2024, par Martin Gauthier — , ,
Un tribunal a donné le feu vert à un recours collectif de 8 360 immigré-es pour poursuivre le gouvernement canadien en justice. Ils dénoncent leur incarcération pendant de (…)

Un tribunal a donné le feu vert à un recours collectif de 8 360 immigré-es pour poursuivre le gouvernement canadien en justice. Ils dénoncent leur incarcération pendant de longues périodes, sans avoir été accusé-es d'aucun crime, et les conditions de cette détention, avec notamment des fouilles à nu et l'utilisation de chaînes et de menottes.

le 10 juillet 2024 | tiré de Courrier international | PHOTO NASUNA STUART-ULIN/NYT

Tyron Richard, originaire de la Grenade, a passé, en 2015 et 2016, dix-huit mois dans trois prisons à sécurité maximale de la province canadienne de l'Ontario. Et ce, relate Radio-Canada, “même s'il n'était pas considéré comme un danger”. Mais seulement parce qu'il avait immigré clandestinement au Canada, et “pour risque de fuite”. Dans une déclaration sous serment publiée par le diffuseur, il raconte notamment avoir subi des douzaines de fouilles à nu.

“Je devais me déshabiller, me retourner, me pencher, écarter mes fesses, subir une inspection de mon anus par un gardien muni d'une lampe de poche, et ensuite subir une inspection visuelle en dessous et autour de mes organes génitaux.”

L'utilisation des toilettes se faisait à la vue de tous dans sa cellule, et les visites se déroulaient sans contact physique mais à travers une vitre, et par l'intermédiaire d'un téléphone, ajoute-t-il. À présent résident permanent au Canada, Tyron Richard s'est dit “fier de pouvoir désormais [se] battre contre cette pratique inhumaine”.

Enchaînés et menottés

Un haut tribunal du pays vient de lui donner raison, ainsi qu'à beaucoup d'autres. La Cour supérieure de l'Ontario vient en effet d'autoriser contre le pouvoir fédéral d'Ottawa un recours collectif qui, précise le diffuseur, “représente 8 360 personnes qui ont été détenues dans 87 prisons provinciales ou territoriales par l'Agence des services frontaliers du Canada [ASFC] entre 2016 et 2023”.

En autorisant cette poursuite judiciaire, le juge Benjamin Glustein a rejeté tous les arguments présentés par les avocats du gouvernement canadien et déclaré que les personnes incarcérées à des fins d'immigration “faisaient face aux mêmes conditions que les détenus criminels, [comme] l'utilisation de chaînes et de menottes”.

À LIRE AUSSI : Opinion. “Vous venez au Canada ? Voici ce qui vous attend vraiment”

Comme l'a précisé l'organisme Centre justice et foi, qui promeut la justice sociale, l'ASFC a le pouvoir de détenir des migrant-es sur la crainte qu'ils ne se présentent pas à une future procédure d'immigration, si leur identité n'est pas établie, ou encore s'ils représentent un danger pour la sécurité publique. Mais, ajoute Radio-Canada, “les ressortissants étrangers et les résidents permanents qui sont détenus par l'ASFC en vertu de la loi sur l'immigration et la protection des réfugiés ne sont pas accusés d'un crime”.

Ottawa n'a pas encore annoncé s'il ferait appel de la décision du juge.

À LIRE AUSSI : Québec. La ville de New York finance le transport de migrants en route vers le Canada

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement canadien est critiqué de la sorte.La chaîne de télévision de Toronto CP24 et la chaîne panarabe Al-Jazeera avaient rapporté, plus tôt cette année, qu'un autre recours en justice avait été entrepris contre les autorités par des travailleurs saisonniers agricoles étrangers. Ils accusent Ottawa de maintenir en place depuis les années 1960 des programmes d'emploi discriminatoires les concernant, qui les privent de bénéfices et qui les rendent sujets à être exploités par leurs employeurs.

Martin Gauthier

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

L’énergie nucléaire : une fuite en avant

20 août 2024, par Bruno Marquis — , ,
L'énergie nucléaire ne se développe jamais au grand jour. Elle s'est implantée progressivement dans de nombreux pays dans le monde, sans débats publics, à l'abri des (…)

L'énergie nucléaire ne se développe jamais au grand jour. Elle s'est implantée progressivement dans de nombreux pays dans le monde, sans débats publics, à l'abri des discussions sur sa dangerosité, sur ses risques et sur la gestion à long terme des déchets radioactifs qu'elle génère.

(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition de juillet du journal Ski-se-Dit.)

Le cas du Canada et du Québec ne diffère en cela en rien de ce qui s'est fait et se fait encore ailleurs dans le monde.

Ses promoteurs avancent principalement deux arguments en sa faveur en ce qui nous concerne : le fait que cette forme d'énergie, qui génère moins d'émissions de carbone dans l'atmosphère, produit peu de ces gaz à effet de serre responsables des changements climatiques ; puis la demande croissante d'énergie et particulièrement d'énergie électrique avec entre autres l'avènement des voitures électriques et, disons-le, d'une foule d'autres moyens de transport électriques individuels et d'appareils à piles rechargeables.

Pour répondre au premier de ces arguments, mentionnons que malgré ce que prétendent les défenseurs de l'industrie, l'énergie nucléaire est tout sauf propre. Elle est aussi tout sauf sûre. Les quantités et niveaux d'uranium, de tritium, de césium, de carbone 14 et de plutonium, ainsi que d'arsenic, d'amiante, de mercure, de plomb et d'autres métaux lourds présents dans les déchets nucléaires sont polluants et très dangereux pour la vie humaine et animale. On ne sait d'ailleurs pas encore comment bien disposer de ces dangereux déchets, malgré les nombreux projets et toutes les promesses en ce sens.

En ce qui concerne l'augmentation de la demande d'énergie, établissons d'abord que le développement de l'énergie nucléaire fait suite, dans l'ordre des choses, au développement de l'arme nucléaire à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déploie dans le contexte d'un monde en croissance continue, productiviste, conflictuel, et comme pour l'arme, aux vues à court terme. S'il existe des formes d'énergie plus propres et plus sûres que d'autres – et le nucléaire n'en fait pas partie – il est important de considérer que c'est au niveau de la demande d'énergie globale que le bât blesse : nous devons globalement stabiliser, puis réduire notre consommation d'énergie, de quelque source qu'elle soit. La croissance sans fin est insoutenable !

Et la sécurité ?

Dans cette course à la production d'énergie nucléaire, les infrastructures et mesures de sécurité se sont bien sûr améliorées à la suite d'accidents comme ceux de Three MIle Island aux États-Unis en 1971, de Tchernobyl en Union soviétique en 1986 et de Fukushima au Japon en 2011, pour ne nommer que les principaux. Selon la chercheuse Marie-Hélène Labbé, on assiste cependant depuis une vingtaine d‘années à la privatisation et au relâchement des contrôles en matière de sécurité, et cela bien sûr dans le contexte d'une augmentation du nombre de centrales nucléaires dans le monde.

Cette fuite en avant que traduit l'augmentation du nombre de centrales et ce relâchement des mesures de sécurité dans le monde, se manifeste avec d'autant plus d'évidence en ce qui concerne la gestion des déchets radioactifs. Seule jusqu'à maintenant la Finlande, un pays tout de même modeste, est depuis toutes ces années passé de façon semble-t-il sûre et efficace de la parole aux actes avec son site Onkalo de stockage en profondeur à très long terme de déchets de haute activité. Ce site devrait être opérationnel à compter de l'an prochain.

Les déchets radioactifs, définis comme étant de faible, de moyenne ou de haute activité en fonction des éléments impliqués et de la durée pendant laquelle ils restent radioactifs, peuvent rester dangereux pendant des milliers, voire des centaines de milliers d'années.

Chez nous, le fait est qu'après près de 80 ans de production de déchets nucléaires, le Canada n'a toujours pas de stratégie globale en matière de déchets nucléaires, ni bien sûr d'installations permanentes et sûres comme la Finlande pour leur stockage à long terme. Pis encore, l'ancien premier ministre canadien Jean Chrétien a été honteusement surpris par des journalistes de l'émission Enquête de Radio-Canada, il y a quelques années, à négocier en catimini l'éventuel stockage de déchets nucléaires étrangers en sol canadien, au Labrador. Autant d'inconséquence laisse pantois !

Le cas de Chalk River

En 2015, le gouvernement Harper a transféré le contrôle des Laboratoires de Chalk River de la société d'État Énergie atomique Canada à un consortium d'entreprises comprenant SNC Lavalin (devenu depuis Atkins-Réalis) et deux sociétés américaines, plaçant ainsi son contrôle entre les mains d'intérêts privés. Le gouvernement Trudeau, sans tambour ni trompette, a conservé le plan Harper et promeut malheureusement lui aussi l'énergie nucléaire comme solution aux changements climatiques.

C'est de cette suite de décisions politiques prises dans l'ombre, sans véritables consultations, où filtre peu d'information utile et priment les intérêts privés, que découle la décision d'établir un site de stockage de déchets nucléaires à Chalk River, en Ontario, à environ un kilomètre de la rivière des Outaouais qui se déverse dans le Saint-Laurent. Contrairement au site Onkalo en Finlande, il s'agit d'un risque important de contamination à court et à long termes, il va sans dire, pour les populations vivant le long de ces deux importants cours d'eau, pour une grande partie de la population du Québec en fait.
Ce projet de stockage qui aurait dû soulever une levée de boucliers décisive de la part de l'ensemble des populations concernées n'a en fait soulever que des oppositions isolées, parfois timides, de la part du gouvernement du Québec, d'administrations municipales, des Algonquins et d'organismes concernés par la question – même si certaines personnes se sont tout de même démenées pour que l'on revoit ce projet. Il n'est toutefois jamais trop tard pour bien faire et pour s'unir en très grand nombre et empêcher que l'on donne suite à ce projet. Comme il n'est jamais trop tard, ici comme ailleurs, pour s'opposer massivement à l'énergie nucléaire en général.

Un dernier point...

Il existe un dernier point fondamental qui devrait nous convaincre de rejeter l'énergie nucléaire comme solution à nos besoins énergétiques partout dans le monde, et c'est sa proximité avec l'arme nucléaire. Parce qu'à mesure que prolifèrent les centrales nucléaires dans le monde, à mesure augmente le nombre de pays se dotant de ce fait de l'arme nucléaire. Si nous n'avons plus cette crainte parfois oppressante d'une guerre nucléaire qu'avaient nos parents et grands-parents, le risque d'un conflit nucléaire n'en demeure pas moins présent... et même plus grand.

Neuf pays possède maintenant l'arme nucléaire : les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël. Cinq autres, sans la posséder, l'héberge tout de même sur leur territoire à la « demande » des États-Unis : la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la Turquie...« »

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Mine de fer du Lac Bloom : le gouvernement fédéral autorise à son tour la destruction totale de 37 plans d’eau pour y déverser des déchets miniers alors que des solutions de rechange existent

20 août 2024, par Collectif — , ,
Montréal, le 11 juillet 2024 - Le 3 juillet 2024, le gouvernement fédéral a donné son aval au projet d'expansion des parcs à résidus miniers et des haldes à stériles de la mine (…)

Montréal, le 11 juillet 2024 - Le 3 juillet 2024, le gouvernement fédéral a donné son aval au projet d'expansion des parcs à résidus miniers et des haldes à stériles de la mine du Lac Bloom en ajoutant les lacs et rivières entourant le projet à sa liste d'exceptions à l'interdiction de détruire des habitats du poisson.

Ce sont donc 37 plans d'eau entourant le site minier, représentant 156 hectares d'habitat du poisson et bien davantage de milieux naturels en tous genres, qui seront détruits à perpétuité. Le gouvernement fédéral emboîte ainsi le pas au gouvernement provincial, à l'encontre de l'avis du BAPE, des scientifiques et de l'opinion publique, et crée un dangereux précédent.

Contre vents et marées populaires et scientifiques

Pour rappel, le projet d'augmentation de la capacité d'entreposage des résidus miniers et des stériles à la mine de fer du lac Bloom initié par le propriétaire actuel de la mine Minerai de fer Québec (MFQ) a été soumis à l'analyse d'un BAPE en 2021. Le projet proposait ainsi de sacrifier 156 hectares de lacs pour y déverser ses déchets miniers.Plusieurs groupes se sont opposés fermement à cette proposition de MFQ, une pratique ayant été graduellement abandonnée ou carrément interdite un peu partout à travers le monde, étant donné son caractère dévastateur, et compte tenu du fait qu'une alternative moins dommageable existe, soit le remblaiement des fosses minières à l'aide des déchets que ces fosses génèrent.

Le rapport du BAPEétait explicite : « la commission d'enquête est d'avis que l'initiateur n'a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques […]. En conséquence, la commission recommande que le projet ne soit pas autorisé tel que présenté. »

De plus, un sondage Léger réalisé en juillet 2022 a démontré clairement qu'il n'y avait aucune d'acceptabilité sociale pour la destruction des lacs et milieux naturels pour entreposer des déchets miniers. Près de neuf personnes sur 10 au Québec (89%) se disaient en faveur d'« interdire le rejet de déchets miniers dans tout lac, rivière ou milieu écologique sensible ».

« Malheureusement pour les écosystèmes et pour les populations qui en dépendent et
revendiquent leur protection, c'est au nom de la préservation d'un « potentiel minéral » présumé – donc d'intérêts économiques hautement spéculatifs à ce stade-ci – que des alternatives comme le remblaiement des fosses ont été écartées et que la destruction de lacs et de cours d'eau de cette partie du territoire a été autorisée
», déplore Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers d'Eau Secours.

Les organismes environnementaux Eau Secours et Fondation Rivières ont par ailleurs produit, au printemps 2023, ladémonstration claire que ce projet s'est développé à coup de décrets en permettant des agrandissements à la pièce et s'appuyant systématiquement sur des promesses que ces expansions du site n'en provoqueraient pas d'autres. Cette démonstration a été soumise aux instances fédérales qui savaient donc pertinemment dans quel historique de faux engagements s'inscrit cette énième demande d'agrandissement obligeant cette fois au sacrifice de dizaines de plans d'eau.

Finalement, la législation fédérale est claire, statuant qu'il est interdit de rejeter de substances nocives dans les eaux où vivent des poissons sans y être autorisé par règlement (selon l'article 36 (3) de la Loi sur les pêches du Canada. En donnant son aval à la destruction de si grands lacs simplement pour y entreposer des déchets miniers, le gouvernement fédéral répète une fois de plus et accentue la portée d'un précédent dangereux qui facilite le contournement de sa propre loi.

On entretient ainsi une tendance au nivellement vers le bas, puisque cela envoie le message aux minières que la destruction d'habitats du poisson pour y déverser ses déchets miniers deviendrait une option plus fortement tolérée par les instances gouvernementales.
« L'acier vert » ne sera jamais bleu Le 19 avril dernier, le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie du Québec rencontrait le journal Les Affaires et y réaffirmait son désir de promouvoir « l'acier vert » que permet de produire le minerai de fer extrait notamment à la mine de fer du Lac Bloom. Les groupes signataires dénoncent que le ministre et le gouvernement affirment produire un acier « vert » et responsable alors que seront détruits 37 plans d'eau représentant plus de 157 hectares d'habitat de poissons.

« On le voit aujourd'hui, le prix à payer pour produire cet acier « vert », c'est le sacrifice de dizaines de lacs et de centaines d'hectares de milieux humides et hydriques. Des écosystèmes détruits et un environnement rendu invivable pour une réduction marginale des émissions de gaz à effet de serre de quelques gros industriels : on ne pourrait illustrer de façon plus claire les limites de cette vision orientée vers les seules technologies pour atténuer les effets de la crise climatique et de la crise de la biodiversité. Une réduction drastique de notre dépendance à l'extraction de minéraux vierges s'impose, et elle s'impose rapidement, car avec autant de lacs et de rivières inscrits sur sa liste noire, l'acier « vert » ne sera jamais bleu. » de conclure M. Cloutier-Brassard.

Citations

« Permettre de détruire un lac en y enfouissant des déchets miniers toxiques reste un crime contre l'environnement. Aucune mesure ne peut compenser ce crime. » Daniel Green - Société pour vaincre la pollution

« Autoriser la destruction de lacs, de rivières et de cours d'eau en s'appuyant sur la seule
demande de l'industrie est une honte nationale. Devant la multiplication de ces pratiques minières à l'échelle du Québec et du pays, les gouvernements doivent répondre de toute urgence avec un régime d'interdiction strict qui ne doit souffrir d'aucune exception
. », Me Rodrigue Turgeon, MiningWatch Canada et Coalition Québec meilleure mine

« Cette décision va totalement à l'encontre de l'intelligence collective qui s'est prononcée maintes fois par le biais des voix citoyennes, scientifiques, militantes et autochtones, elle ne dessert que l'industrie tout en détruisant la nature, c'est d'un déplorable aveuglement. » - Chantal Levert, RQGE

« Comme nous l'avions détaillé dans notre mémoire lors des audiences du BAPE sur ce projet (en 2020) : « la destruction de milieux humides et hydriques, les risques de contamination aquatique et atmosphérique, et les impacts sur la santé et le bien-être de la population locale engendrés par ce projet se doivent d'être soulignés, et ne peuvent se faire éclipser par les arguments économiques à court et moyen terme. » Nous sommes consterné.e.s que le gouvernement fédéral se range aux côtés du gouvernement québécois dans ce dossier, condamnant cette nature au profit d'une compagnie minière et de visions gouvernementales qui instrumentalisent des milieux naturels en les transformant en poubelles à résidus miniers. La création et le maintien d'emplois et l'économie locale sont certes importants, mais ne peuvent aller à l'encontre de la santé environnementale et
humaine, et de l'équité sociale et environnementale
. » - Patricia Clermont, organisatrice Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME, membre de
l'Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME-CAPE))

Signataires (ordre alphabétique) :
● André Bélanger, Fondation Rivières
● Raymond Carrier, Coalition québécoise les lacs incompatibles avec l'activité minière (Coalition QLAIM)
● Émile Cloutier-Brassard, Eau Secours
● Patricia Clermont, organisatrice Ph.D, Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)
● Danielle Descent, Mani-utenam
● Laura Fontaine, Innue de Mani-utenam
● Daniel Green, Société pour vaincre la pollution (SVP)
● Chantal Levert, Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE)
● Isabel Orellana, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement et à l'écocitoyenneté, Université du Québec à Montréal
● Me Rodrigue Turgeon, MiningWatch Canada et Coalition Québec meilleure mine

En annexe :

1.Rapport rédigé par Eau Secours et Fondation Rivièreslors de consultations tenues par le
gouvernement fédéral sur la destruction planifiée de ces plans d'eau. (PDF)

2. Cartes des plans d'eau qui seront sacrifiés :
Figure 1 : Zone géographique qui sera inscrite à l'annexe 2 du Règlement sur les effluents
des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) pour le parc à résidus (tiré de
la Gazette du Canada).
Figure 2 : Zone géographique qui sera inscrite à l'annexe 2 du REMMMD pour la halde de
stériles (tiré de la Gazette du Canada)

3.Image satellite de Google Maps du site afin d'en montrer l'étendue du site. Au centre se trouvent les fosses minières, tandis qu'au sud-ouest du site, la tache orange est le parc à résidus de la mine du Mont-Wright opérée par ArcelorMittal, soit un triste avant-goût du sort réservé aux 37 plans d'eau entourant le site de la mine du Lac Bloom.

4.Image du lac F, à la frontière avec le Labrador, d'une superficie de 88 ha (29 fois le Lac aux Castors du parc du Mont Royal à Montréal) qui sera rempli par des déchets miniers de la mine Lac Bloom de la compagnie Minerai de fer Québec. L'utilisation de lacs comme dépotoir minier doit cesser au Québec. Source : Société pour vaincre la Pollution.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Nagasaki-Gaza

20 août 2024, par Artistes pour la paix — , , ,
Les Artistes pour la Paix ont notifié hier matin la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly qu'ils se joignent à la condamnation du 7 août par les Canadiens pour la (…)

Les Artistes pour la Paix ont notifié hier matin la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly qu'ils se joignent à la condamnation du 7 août par les Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient du grotesque et sinistre coup politique du Canada envers la commémoration de Nagasaki.

Ils sont consternés par les informations selon lesquelles l'ambassadeur du Canada au Japon boycottera la cérémonie de commémoration du bombardement atomique de Nagasaki, parce qu'Israël n'a pas été invité (1).

La ville de Nagasaki refuse d'inviter l'ambassadeur d'Israël, dont le gouvernement est impliqué dans le massacre de civils à Gaza. CJPMO et les APLP soutiennent que la présence d'Israël, dont des ministres actuels ont appelé au largage d'une bombe nucléaire sur Gaza, serait totalement inappropriée, et condamne le Canada pour cette déclaration diplomatique profondément offensante.

« Boycotter la cérémonie commémorative de Nagasaki pour protester contre l'exclusion d'Israël, un État qui commet activement un génocide, est incroyablement irrespectueux à l'égard des victimes civiles de la guerre au Japon et à Gaza », a déclaré Michael Bueckert, vice-président de CJPMO. Il est absurde que le Canada défende le droit d'Israël à participer à une cérémonie commémorative pour les victimes de la bombe nucléaire à Nagasaki, alors que des ministres du gouvernement Nétanyahou, par exemple le ministre israélien du patrimoine, Amichai Eliyahu, appellent avec désinvolture à larguer les mêmes armes sur les civils de Gaza.

Le Canada démontre que sa priorité n'est pas un cessez-le-feu, mais la défense des sensibilités et de la réputation d'un régime génocidaire qui a tué 40 000 personnes depuis le 7 octobre, dont plus de 15 000 enfants, et des milliers d'autres sont portées disparues et présumées mortes sous les décombres, selon les informations fiables de l'UNRWA – ONU. Un article paru dans The Lancet estime le nombre total de Palestiniens tués par la guerre de manière directe et indirecte à 186 000 personnes.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La fin du néolibéralisme progressiste au Canada

20 août 2024, par Ricardo Tranjan — , ,
Pourquoi une alternative économique valable n'est-elle plus offerte au Canada. Les élections mettent en lumière des différences. En ce moment, Justin Trudeau et Pierre (…)

Pourquoi une alternative économique valable n'est-elle plus offerte au Canada. Les élections mettent en lumière des différences. En ce moment, Justin Trudeau et Pierre Poilievre semblent à l'opposé l'un de l'autre et ça ne fera qu'augmenter quand la période des élections sera à son apogée.

Ricardo Tranjan, Canadian Dimension, 3 août 2024
Traduction, Alexandra Cyr

Mais après les élections, les différences s'affadiront. Un gouvernement Poilievre changera certainement des choses, mais ce sera la continuité dans les zones les plus critiques.

C'est parce que les Conservateurs et les Libéraux partagent un engagement égal envers les marchés. Pour s'attaquer aux enjeux sociaux économiques, les deux Partis offrent des incitatifs aux entreprises en leur accordant des subventions, en s'abstenant de leur imposer de nouvelles régulations même là où c'est le moyen le plus direct et le moins couteux (pour résoudre une situation).

La philosophe politique Nancy Fraser a créé les termes « néolibéralisme progressiste » pour décrire les gouvernements qui publiquement, adoptent les idéaux d'équité et de diversité du mouvement social tout en défendant les intérêts des entreprises de production et financières. Bill Clinton a ouvert la voie à Barack Obama (pour administrer ainsi). Tony Blair en a été l'emblème au Royaume Uni. Et nous l'avons vu ici aussi.

Constamment, les Libéraux de J. Trudeau ont allié un discours progressiste tout en inspirant des plans sur la base des fondamentaux des marchés. C'est en matière de changement climatiques et dans les politiques de logement que cette approche est le plus visible. Il est probable qu'un gouvernement Poilievre annulerait une petite partie de ces changements positifs tout en continuant à défendre la primauté des marchés. Pour ce qui est du climat son plan central est « supprimer la taxe (sur le carbone) ».

La taxe fédérale sur le carbone est un mécanisme de marché basée sur des incitatifs et des restrictions. L'impact de ce système sur les émissions de GES au pays est très minime. Son prix est encore trop bas pour que les comportements changent sérieusement. L'application est aussi liée à des failles qui permettent à l'industrie de ne pas vraiment se soumettre au système.

Depuis 2015, le gouvernement fédéral a retiré une série de cadres réglementaires ce qui esquisse l'introduction de diverses régulations et des plans d'investissement en vue d'établir une économie plus économe en carbone. Ce ne sont que des plans pour le moment.

Le chercheur sur le climat, Hadrian Mertins-Kirkwood, démontre dans un chapitre percutant de son ouvrage : The Trudeau Record : Promise and Performance, que le gouvernement fédéral a manqué plusieurs occasions d'implanter ses plans sur le climat. L'an dernier, il a déclaré lors de la mise à jour économique de l'automne, que les Libéraux étaient allés aussi loin qu'ils le pouvaient pour ce qui est du financement des actions envers le climat. Il avait raison. Dans le budget 2024 on mentionne que 2 milliards de dollars seront investis au cours des 5 prochaines années. Pourtant, le Canada devrait investir environ 100 milliards de dollars par année en énergie propre pour atteindre les objectifs son but de zéro énergie fossile en 2050. Même si cette somme ne viendra pas que du gouvernement fédéral, il n'est reste pas moins qu'un gouvernement vraiment engagé investirait plus de 2 milliards au cours des cinq prochaines années.

En même temps, les Libéraux ont évidemment soutenu les industries pétrolières et gazières avec de généreuses subventions, des exemptions sur la taxe carbone et financé directement des oléoducs et autres infrastructures pour le pétrole. Ce soutien a permis à la production d'augmenter entrainant ainsi une augmentation des GES. Cela a annulé les progrès faits dans d'autres secteurs, comme la fin de l'utilisation du charbon. Sans aucun doute, P. Poilievre maintiendra cette politique de soutien à la production pétrolière et gazière.

En matière de logement, le plan de P. Poilievre est de bâtir, bâtir et bâtir encore. C'était aussi le focus des Libéraux qui ont fait plus que les gouvernements qui les ont précédés mais moins qu'ils ne le disent. La stratégie nationale pour le logement est centrée sur le soutien au secteur privé qui construit des logements pour la location. Ce qui, selon plus d'une analyse du gouvernement, ne rend pas le logement accessible à une majorité de locataires.

Les fonds pour l'aide aux sans abris se sont constamment réduits entre 2015 et 2020 pendant que le nombre de personnes dans cette situation, ne cesse d'augmenter. Le financement des projets de logements hors marché (Coop. Obnl et autres) a fondu bien en dessous de ce que les analystes estiment nécessaire. Dans le budget de 2024, on trouve un million et demi pour ce secteur alors que 15 millions sont prévus pour les développeurs privés.

Et en même temps, le gouvernement utilise un discours progressiste, reconnait que le logement est un droit humain, crée le Conseil national sur le logement, le Bureau du défenseur fédéral des droits au logement, promet une Charte des droits des acheteurs de maisons et une autre pour les locataires. Jusqu'ici tout cela n'a rien donné.

Même la promesse de la fin des enchères à l'aveugle dans le marché immobilier n'a pas été tenue à ce jour. La taxation du secteur immobilier qui aboutit à des profits excessifs dans le secteur locatif, devait être révisée. Le projet est mort. Le gouvernement a beaucoup enquêté sur ce secteur au cours des deux dernières années et il rétropédale.

Ce que nous savons des détails du plan de P.Poilievre se résume à imposer aux municipalités des obligations de permettre par tous les moyens aux développeurs d'augmenter les constructions. Les Libéraux en font plus : le fonds d'accélération de la construction à des buts mixtes allant de dézonages au gel des charges en matière de développement ce que le ministre du logement, M. Sean Fraser appelle abusivement, une taxe sur le logement.

Sur ces grands enjeux, un futur gouvernement conservateur n'aurait pas beaucoup de marge de manœuvre pour être plus pro-marché que l'actuel gouvernement.

Clairement, un gouvernement Poilievre serait différent. Les Conservateurs courtisent les groupes d'extrême droite, n'est pas précis sur l'avortement et est prêt à tester les limites de la Constitution. Tout cela pourrait générer des pertes de droits et de libertés. Mais la peur de l'avenir ne doit pas interférer dans notre jugement sur le présent.

Derrière les gestes progressistes des Libéraux, leurs politiques mitigées et leur financement parcimonieux des solutions non marchandes, il y a un engagement profond envers les approches marchandes. C'est cette idéologie qui affaibli l'État canadien depuis les années 1990.

Un gouvernement Poilievre se débarrasserait du vocable « progressiste » dans « néo libéralisme progressiste » en faisant confiance aux approches pro marchés qui empêchent tout progrès sur les enjeux que la population a à cœur.

Une véritable alternative économique serait concentrée sur l'augmentation des taxes et impôts des plus riches pour améliorer la qualité des services publics universels, sur la réglementation des marchés pour les empêcher de profiter des biens de base comme la nutrition, la santé, l'éducation et le logement. Elle renationaliserait les ressources naturelles et les infrastructures publiques.

Cette alternative n'est pas offerte au Canada en ce moment.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Où vont les profits des entreprises canadiennes ? Ils ne sont pas de « retour au pays »

20 août 2024, par Martin Lukacs — , ,
Loblaw et d'autres géants de l'entreprise investissent moins de leurs profits que jamais auparavant, démentant la promesse du néolibéralisme. 11 juillet 2024 | tiré du site (…)

Loblaw et d'autres géants de l'entreprise investissent moins de leurs profits que jamais auparavant, démentant la promesse du néolibéralisme.

11 juillet 2024 | tiré du site du journal The Breach | Photo : Le président du conseil d'administration de Loblaw, Galen Weston Jr
https://breachmedia.ca/canadas-soaring-corporate-profits-reinvestment/

Le président du conseil d'administration de Loblaw, Galen Weston Jr, le visage incrédule de la richesse canadienne héritée, a souri sereinement aux parlementaires en expliquant pourquoi, en ce qui concerne la hausse des prix des denrées alimentaires, son entreprise était irréprochable.

S'adressant à un comité de l'agroalimentaire au printemps 2023, il leur a dit que les profits de Loblaw « retournent au pays ».

« Les profits que nous générons, nous les réinvestissons dans ce pays pour créer plus de magasins, plus de services et plus d'emplois », a déclaré M. Weston sur le même ton doux qu'il utilise pour vendre les produits du Choix du Président à la télévision.

Bien que Weston n'ait pas étayé ses affirmations par des chiffres, ses détracteurs n'en avaient pas non plus pour le contester.

Aujourd'hui, nous le faisons.

Deux nouveaux rapports, l'un rédigé par Canadiens pour une fiscalité équitable et l'autre par l'économiste du CTC, D.T. Cochrane, révèlent que Loblaw – et de nombreuses grandes sociétés canadiennes – utilisent principalement leurs profits pour enrichir leurs propriétaires déjà riches, au lieu de les utiliser au profit des Canadiens.

Les données montrent que, depuis les années 1980, les entreprises canadiennes ont réinvesti de moins en moins dans de nouveaux équipements ou produits, même si les bénéfices des entreprises ont augmenté de façon constante.

Il y a des décennies, ils consacraient jusqu'à un tiers de leurs bénéfices au réinvestissement. Aujourd'hui, ce rapport est tombé à dix pour cent.

Dans le cas de Loblaw, la baisse des réinvestissements est encore plus extrême : de 2020 à 2022, elle n'était que de un pour cent

Alors, où va l'argent ?

Selon les calculs de Canadiens pour une fiscalité équitable, les sociétés canadiennes utilisent plus des deux tiers de leurs profits pour verser des dividendes à leurs actionnaires et racheter leurs actions.

Cette dernière manœuvre fait grimper le prix de leurs actions (sans parler des bonus de dirigeants comme Galen Weston Jr, qui sont souvent liés au cours des actions) et injecte encore plus d'argent dans les poches de leurs investisseurs.

Ce qu'il ne fait pas, c'est contribuer à l'investissement productif.

En d'autres termes, et en contradiction catégorique avec Weston, pas plus de magasins, pas plus de services, ni plus d'emplois.

Voilà pour le « ruissellement » des bénéfices des entreprises

Pendant des décennies, on nous a dit que nous ne devrions pas nous inquiéter de la réduction sur brûlis des réglementations et de l'impôt sur les sociétés.

Des bénéfices plus élevés pour les entreprises et leurs riches propriétaires seraient censés se répercuter sur le reste d'entre nous sous forme d'investissements, ce qui créerait plus d'emplois et de meilleurs revenus.

Mais les chiffres trahissent ce dogme essentiel de l'ère néolibérale.

Malgré un environnement d'affaires favorable – en gros, un pouvoir et une liberté méconnus – les entreprises canadiennes investissent moins que jamais leurs profits.

L'économiste Jim Stanford écrit qu'il s'agit d'un « signe certain que les entreprises ont littéralement plus d'argent qu'elles ne savent quoi en faire ».

Il souligne que les géants de l'épicerie Loblaw, Empire et Metro « ont dépensé deux fois plus l'an dernier en rachats d'actions qu'il n'en aurait coûté à l'ensemble du secteur de la vente au détail d'aliments pour augmenter les salaires de tous les travailleurs des épiceries de 2 $ l'heure ». (Rappelez-vous quand les épiciers ont offert aux travailleurs et travailleuses une « prime de héros » de 2 $ pendant les premiers confinements de COVID, puis l'ont récupérée ?)

Les investisseurs peuvent comprendre que toute croissance majeure provenant de l'investissement rendra les travailleurs-euses avides d'une plus grande part du gâteau. Au lieu de cela, en freinant la croissance, ils peuvent maintenir les travailleurs-euses en permanence dans l'insécurité et les rendre plus conformes.

Mais quelle que soit la cause de la thésaurisation, le lien entre des profits plus élevés et des investissements plus importants a été brisé de manière retentissante.

Et malgré les douces promesses de Weston Jr, le temps des petites corrections est révolu.

Les deux rapports préconisent des augmentations importantes de l'impôt sur les sociétés et des impôts sur les bénéfices exceptionnels. Cela garantirait que les gains massifs des entreprises « retournent vraiment au pays », selon les mots de Weston.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Après six ans, une autre rentrée sans que la CAQ soit capable de régler les problèmes en éducation

20 août 2024, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler (…)

« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler toute une série de problèmes qui persistent et qui nuisent tant à l'attraction de personnel, à tous les niveaux d'enseignement, qu'à la réussite des élèves, des étudiantes et des étudiants du Québec », Caroline Senneville, présidente de la CSN. – Caroline Senneville, présidente de la CSN

14 août 2024 | tiré du site de la CSN

Malgré le renouvellement récent des conventions collectives avec les syndicats du secteur de l'éducation et d'une partie de l'enseignement supérieur, on constate encore une série de problèmes que le gouvernement de la CAQ est incapable de régler. La violence est en hausse dans les écoles, on manque de personnel à divers niveaux, les infrastructures, de l'école primaire à l'université, sont dans un état lamentable, les cégeps et les universités sont sous-financés et l'intelligence artificielle n'est toujours pas encadrée par des balises claires.

C'est la première rentrée scolaire avec la nouvelle convention qui prévoit une distribution plus hâtive des postes tant souhaitée par le gouvernement. Les problèmes récurrents du réseau de l'éducation et de l'enseignement supérieur demeurent cependant bien réels. On constate toujours un manque de main-d'œuvre et des situations qui nuisent à l'attraction et à la rétention du personnel persistent.

Inaction en enseignement supérieur

La CSN accueille favorablement l'annonce de la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Pascale Déry, sur la formation d'une instance de concertation nationale sur l'intelligence artificielle en enseignement supérieur. Alors que cette technologie se développe de façon expéditive et chaotique, la CSN espère que cette instance sera rapidement constituée et qu'elle sera permanente. La centrale entend y participer et faire part de ses recommandations pour des balises nationales, ayant elle-même développé une expertise en matière d'IA.

La nouvelle politique de financement des universités, déposée en juin dernier, est loin d'avoir fait ses preuves et la CSN s'inquiète des sommes importantes consacrées pour la diplomation dans des secteurs dits « prioritaires ». Le sous-financement de l'ensemble des missions universitaires se perpétue. La course aux primes à la diplomation n'augure rien de bon, ni pour les secteurs prioritaires ni pour ceux qui sont négligés. De plus, les chargé-es de cours de nos établissements universitaires revendiquent le déblocage de fonds pour financer leur contribution à la recherche.

En juin dernier, le ministère a rendu public le rapport du groupe de travail sur les cours défis au collégial. Alors que la ministre Déry avait ce rapport en sa possession depuis un an, la CSN estime qu'il est temps qu'elle s'engage dans la mise en œuvre des recommandations du rapport en collaborant avec l'ensemble de la communauté collégiale.

La CSN compte quelque 80 000 membres dans le secteur de l'éducation, dont 45 000 en enseignement supérieur. Elle représente 85 % des employé-es du milieu collégial.

CITATIONS

« Le travail est loin d'être terminé avec la signature des nouvelles conventions collectives. Le gouvernement peut et doit poser des gestes dès maintenant pour réussir à régler toute une série de problèmes qui persistent et qui nuisent tant à l'attraction de personnel, à tous les niveaux d'enseignement, qu'à la réussite des élèves, des étudiantes et des étudiants du Québec . Après six ans au pouvoir à répéter que l'éducation constitue une priorité nationale, il serait temps pour le gouvernement Legault d'être cohérent et d'agir enfin de manière conséquente. »

– Caroline Senneville, présidente de la CSN

« Alors que la CAQ se trouve à mi-mandat, il est grand temps que la ministre Déry passe à l'action face aux nombreux enjeux qui touchent le milieu de l'enseignement supérieur. Elle a déjà en main plusieurs idées, notamment sur les cours défis dans les cégeps. L'état des finances publiques ne saurait constituer une excuse pour abdiquer sa responsabilité de soutenir des réseaux collégial et universitaire à la fois accessibles et humains. Nos membres s'attendent à ce que la ministre défende vraiment ces derniers auprès de ses collègues et du premier ministre. »

–Benoit Lacoursière, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN)

« Du côté du personnel de soutien, ce qui retient notre attention tant dans le réseau scolaire que dans le réseau collégial, c'est la vétusté des établissements. Dans les documents liés au dernier budget du Québec, le gouvernement note que 56 % des écoles sont en mauvais ou en très mauvais état. Or, on apprend cet été une baisse de 400 millions de dollars dans ce que Québec devait allouer pour rattraper le déficit d'entretien des immeubles. Dans les cégeps, le Vérificateur général du Québec soulève que deux établissements sur trois sont en mauvais état et que les investissements déjà prévus ne suffiront pas à renverser leur dégradation importante. Le gouvernement agit de façon irresponsable en laissant les choses aller. »

– Frédéric Brun, président de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN)

« La nouvelle politique de financement des universités annoncées en juin ouvre la voie à un système d'enseignement supérieur à deux vitesses où les domaines d'études jugés prioritaires par le gouvernement auront le haut du pavé et certains autres seront négligés. Du côté des cégeps, on constate un manque important de professionnel-les dans tous les secteurs d'activité de nos établissements. À titre d'exemple, le nombre de professionnel-les dans les secteurs des services psychosociaux et de l'adaptation scolaire est insuffisant pour répondre aux demandes de nos étudiantes et de nos étudiants. Ce manque de personnel fragilise nos équipes, qui ne peuvent pas offrir le niveau de service dont notre population étudiante a besoin pour maximiser leurs chances de réussite. »

-Ryan William Moon, vice-président de la Fédération des professionnèles (FP–CSN)

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un BAPE sur Northvolt est nécessaire

20 août 2024, par Louise Morand — , ,
On se souvient tous de l'empressement avec lequel le ministre québécois de l'Environnement, M. Benoît Charette, a autorisé la destruction d'un écosystème exceptionnel en (…)

On se souvient tous de l'empressement avec lequel le ministre québécois de l'Environnement, M. Benoît Charette, a autorisé la destruction d'un écosystème exceptionnel en bordure de la rivière Richelieu pour permettre à la compagnie Northvolt d'y construire une usine de composantes de batteries d'automobiles. Selon le ministre tout retard dans la mise en œuvre des travaux aurait pu amener le constructeur à vouloir s'établir ailleurs.

L'urgence d'accueillir la compagnie suédoise chez nous était telle que, en plus de lui octroyer généreusement 7,3 milliards de fonds publics, il fallait renoncer à étudier sérieusement les impacts environnementaux et socioéconomiques que pourrait avoir son projet sur la région et sur tout le Québec. Malgré les demandes répétées des experts, des scientifiques et de la population, les responsables de la CAQ ont obstinément rejeté les nombreuses demandes de BAPE sur le projet Northvolt et, plus largement, sur la transition énergétique.

Mais voilà qu'au début juillet, on apprenait qu'en raison de difficultés financières, la compagnie Northvolt décidait de reporter son projet en sol québécois. La compagnie préfère dorénavant concentrer ses ressources sur son usine principale en Suède. Non seulement il n'y a plus d'urgence, mais le projet Northvolt au Québec est reporté aux calendes grecques ! Maintenant que le site écologique a été détruit et que des milliards de dollars ont été engagés, peut-on enfin conclure que nos gouvernements ont fait preuve de négligence ?

Une étude du projet par le BAPE aurait sans aucun doute permis de mettre en lumière le peu de viabilité économique de cette usine géante, compte tenu des difficultés financières que connait la compagnie suédoise et de la déconfiture que subit présentement la filière batteries enEurope. Maintenant que nous savons qu'il n'y a plus d'urgence, ne serait-il pas judicieux de prendre tout le temps nécessaire pour évaluer correctement les impacts du projet s'il venait un jour à se concrétiser ?

À chaque semaine qui passe, de nouvelles informations parviennent aux groupes citoyens qui surveillent le dossier Northvolt, notamment de la part d'experts indépendants comme le biologiste et spécialiste en écotoxicologie Daniel Green. Ces nouvelles n'ont rien pour nous rassurer. En effet, si l'usine de Northvolt venait à être construite, il faudrait impérativement aménager des bassins de décantation pour contenir les eaux usées toxiques résultant de ses procédés. Les risques de pollution des eaux souterraines et de la rivière Richelieu sont réels. Un déversement ou une infiltration porterait atteinte de manière irréparable à la qualité de l'eau dont dépendent 350 000 personnes, de même qu'à la biodiversité de la rivière. Le site contient actuellement de l'arsenic et du cadmium, et la présence éventuelle d'autres contaminants soulève de vives inquiétudes. On craint notamment la présence de cobalt, de nickel (les abeilles sont très sensibles au nickel et les pomiculteurs de la région ont besoin de ces pollinisateurs), de manganèse et de composés perfluorés (PFAS).

Selon d'autres informations, les saumures toxiques que dégagerait le site pourraient être transportées jusqu'au dépotoir de déchets dangereux de Stablex à Blainville.
Malheureusement, ou plutôt heureusement, une commission du BAPE s'est déjà prononcée négativement sur le projet d'agrandissement du dépotoir deStablex. Il a en effet été démontré qu'en plus de détruire un milieu écologique particulièrement important, la technologie utilisée par Stablex pour contenir les matières toxiques n'est pas fiable. Des fuites pourraient polluer l'eau de la tourbière de Blainville et s'écouler du bassin versant vers le fleuve Saint-Laurent. À noter que, même si les commissaires du BAPE ont jugé le projet de Stablex trop peu sécuritaire pour être autorisé, le gouvernement de la CAQ n'en a pas moins décidé de l'autoriser.

Nombreux sont les exemples au Québec de projets désastreux résultant de l'entêtement des gouvernements à ignorer les conclusions des évaluations environnementales, les avis d'experts et les questions légitimes des citoyens et citoyennes. Mentionnons les expropriations forcées (en pure perte) de l'aéroport de Mirabel ; la centrale au gaz de Bécancour, qui coûte chaque année 120 millions de dollars à Hydro-Québec pour rester inactive ; ou encore la cimenterie de Port-Daniel, qui s'est avérée un fiascoéconomique et environnemental. L'usine de composantes de batteries de Northvolt sera-t-elle le prochain trophée à mettre au bêtisier de nos décideurs ?

Maintenant que la construction de l'usine de Northvolt est suspendue pour une durée indéterminée, le gouvernement québécois n'a plus aucune raison de s'opposer à ce que toute la lumière soit faite sur ses éventuels impacts environnementaux et socioéconomiques. Un BAPE sur Northvolt est aussi pertinent et nécessaire aujourd'hui qu'il l'était avant le début des travaux. Tout comme l'est également un BAPE générique sur la transition énergétique. L'environnement et la transition énergétique sont l'affaire de tous, citoyens et citoyennes. Les problèmes découlant de la crise du vivant sont trop importants pour être laissés à l'improvisation de quelques joueurs.

Louise Morand, L'Assomption

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Comparaisons boiteuses

20 août 2024, par Gérard Montpetit — , ,
La polémique au sujet d'un projet de parc éolien en terre maskoutaine perdure. Sur la page frontispice du Courrier de Saint-Hyacinthe, on peut lire que la MRC « des (…)

La polémique au sujet d'un projet de parc éolien en terre maskoutaine perdure. Sur la page frontispice du Courrier de Saint-Hyacinthe, on peut lire que la MRC « des Maskoutains encadre ; Pierre-de-Saurel empoche »[1] . Le titre est accrocheur, mais si on regarde la situation à la loupe, la comparaison est boiteuse ; ce n'est même pas comparer des pommes avec des oranges, mais comparer des pommes avec des pierre rondes.

Première différence fondamentale. À Pierre-de-Saurel, la MRC est le maître d'œuvre ; c'est elle qui est propriétaire du parc éolien Pierre-de-Saurel (PEPS). Depuis sa création, tout est orienté vers le communautaire.[2] Ici, Innergex est une compagnie privée dont l'objectif primordial est de faire des profits pour ses actionnaires. Pour obtenir le privilège d'exploiter notre vent, elle est prête à payer des redevances. Reste à savoir si toutes les personnes qui seront affectées par le projet auront leur juste part du gâteau.

À la page 6 du Courrier, [1] le maire de Sorel, M. Péloquin, dit que des éoliennes tournent chez lui depuis 7 ans. Il oublie de mentionner que ce sont des éoliennes de première génération, beaucoup plus petites que celles qu'on nous propose. Les nouvelles éoliennes ont une production beaucoup plus élevée, mais elles sont plus grandes. La pale de l'éolienne atteint son apogée à 205 mètres (672 pieds) du sol ; ça, c'est plus haut que l'édifice de la place Ville-Marie à Montréal. Par conséquent, ces dimensions gigantesques auront plus d'impacts sur le paysage visuel de notre milieu agricole.

La semaine dernière, M. Michael Sabia, PDG d'Hydro-Québec, a annoncé que notre société d'état allait redevenir maitre d'œuvre.[3] Comment est-ce que le projet d'Innergex va s'insérer dans cette nouvelle politique ? Ajoutons une autre incertitude au sujet d'Innergex. M. Fitzgibbon a déposé un projet de loi (PL 69) à l'Assemblée nationale.[4] Ne vaudrait-il pas mieux attendre de connaître les nouvelles règles du jeu avant de prendre une décision dans notre MRC ?

Enfin parlons de transparence. Innergex fait du maraudage en catimini auprès des agriculteurs à Saint-Hugues, à Saint-Dominique et à Saint-Pie. Seuls, les propriétaires fonciers ayant une terre agricole dans des secteurs très précis de la municipalité ont droit à l'information. Le 24 avril dernier à Saint-Pie, toutes les personnes ne répondant pas à ce critère arbitraire de la compagnie ont été exclues.[5]. Ce maraudage semble se planifier devant une carte géographique dans un bureau central ; se présenter chez un propriétaire terrien sans savoir qu'il est également maire de la municipalité ou chez un militant écologiste n'est pas de bon augure pour la future interaction sociale harmonieuse avec le milieu. Dans ce tête-à-tête, le représentant d'Innergex veut que l'agriculteur s'engage à signer un contrat d'entente sans être en mesure de répondre à toutes ses questions concernant le type d'engin ou la possibilité de construire un bâtiment quelconque après l'installation de l'éolienne sur son terrain. N'oublions pas que ce contrat d'entente, c'est comme une promesse de vente d'une propriété ; ce n'est pas le « vrai » contrat, mais les conditions qui s'y trouvent seront automatiquement transférées telles quelles dans le futur contrat notarié ! Pour ne pas se faire rouler dans la farine, faire vérifier un contrat par son avocat ou un fiscaliste est une condition non négociable pour toute personne avisée.

Le 19 juin 2024, au centre Humania de Saint-Hyacinthe, c'est la MRC qui a parrainé une séance d'information et de consultation, pas Innergex. Des citoyens tenteront également de connaître les « pour » et les « contre » de ce projet lors d'une soirée d'information qui aura lieu le 4 juillet. Comparons le degré de transparence d'Innergex avec un autre promoteur d'éoliennes, la Coop de Saint-Jean-Baptiste. Une coïncidence qui en dit long : au moment même où la MRC des Maskoutains présentait sa séance d'information à Saint-Hyacinthe, la Coop tenait une séance d'information à Saint-Césaire au sujet du parc éolien de Monnoir.[6] Au mois de mars, la Coop avait déjà présenté une série de trois autres séances d'information. Tout comme dans notre MRC, les éoliennes à Sainte-Angèle-de-Monnoir en milieu agricole sont un problème où les relations de bon voisinage sont mises à rude épreuve. Mais les dirigeants de la Coop prennent le taureau par les cornes et discutent avec la communauté. Après tout, le développement durable axé sur la transition énergétique passe par l'économique, l'écologique et le social.

En 1962, le Québec a décidé que la production de l'électricité serait nationalisée. Cela permet d'avoir les avantages de l'électricité tout en faisant face collectivement aux inconvénients : barrages, terres inondées, lignes de transport, etc. Contrairement à Hydro-Québec, aux MRC, aux regroupements de Nations autochtones et à la Coop, Innergex est une compagnie privée, cotée en bourse ; sa seule responsabilité est de satisfaire ses actionnaires. Ce soir, où sont les représentants d'Innergex ? Un adage proclame que les absents ont toujours tort. Alors, pourquoi les dirigeants d'Innergex ne sont-ils pas présents pour discuter avec nous au sujet d'enjeux si importants ?

Gérard Montpetit
Membre du CCCPEM
Membre du CMVÉ
le 19 juin 2024

1] Le Courrier de Saint-Hyacinthe, édition-papier du jeudi 13 juin 2024

2] https://eoliennespierredesaurel.com/le-projet/

3] https://www.ledevoir.com/economie/813930/hydro-quebec-lance-developpement-gros-projets-eoliens ?
et
https://www.hydroquebec.com/data/a-propos/pdf/strategie-developpement-eolien.pdf

4] https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-94921.html
et
https://www.ledevoir.com/politique/quebec/814427/reactions-partagees-projet-loi-fitzgibbon-energie ?

5] https://rveq.ca/replique-opinions/sur-invitation-seulement

6] « www.eolienmonnoir.com » ou « info@eolienmonnoir.com »

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Aéroport de Saint-Hubert (YHU) Opération camouflage

20 août 2024, par Coalition Halte-Air Saint-Hubert — , ,
Longueuil, 10 juillet 2024. - Après un premier sondage (publié en janvier) expliquant que les citoyens sont “heureux” de l'arrivée du terminal Porter Airlines, voilà un nouveau (…)

Longueuil, 10 juillet 2024. - Après un premier sondage (publié en janvier) expliquant que les citoyens sont “heureux” de l'arrivée du terminal Porter Airlines, voilà un nouveau sondage commandité par DASH-L, la structure gestionnaire de l'aéroport Saint-Hubert.

DASH-L réalise ainsi une nouvelle opération marketing pour faire oublier que leur projet n'a jamais été déposé avec les études pertinentes nécessaires pour être évalué publiquement, comme exigé par deux consultations publiques en 2022 et qu'ainsi il n'y a nullement
d'acceptabilité sociale. Une fois de plus, il s'agit d'un pur acte de communication, sans réalité tangible.

Pour la Coalition Halte-Air St-Hubert, ce énième sondage bidon a pour but de camoufler la réalité du développement programmé par DASH-L, une réalité qui, en cet été 2024, prend corps concrètement par la construction d'un nouveau terminal par JB Aviation Services, en plus de celui de Porter Airlines, un terminal "privé" pour 55 millions de $, 13 000 m2, avec plein de jets “de luxe” : https://www.newswire.ca/fr/news-releases/creation-d-un-premier-terminal-prive-d-aviation-de-premiere-classe-au-met-846321692.html .

Cette annonce a été faite par DASH-L auprès des investisseurs, à la mi-juin. Il n'y a eu aucune communication auprès du grand public (un seul article fut publié dans un média francophone spécialisé) et l'on comprend vite pourquoi. Le transport aérien par jets privés est le symbole du mépris d'une minorité richissime qui s'enorgueillit de pouvoir polluer tranquillement sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. Selon unrapportpublié en 2021 par l'organisation européenne Transport et Environnement, un vol en jet privé est 5 à 14 fois plus polluant qu'un vol commercial (par passager) et 50 fois plus polluant qu'un
voyage en train.

Une fois de plus, la communication de DASH-L est rattrapée par la réalité : au-delà des apparences, le projet de l'aéroport va clairement à l'encontre des engagements environnementaux du Canada, duQuébec et desmunicipalités en termes de réduction de gaz à effet de serre tout autant que dudroit à un environnement sain des citoyen.ne.s canadiens.

Concernant le sondage à proprement parler, quelques commentaires s'imposent :

● La méthodologie du sondage est d'emblée contestable. En effet, d'après Revenu Québec, moins de 12% des personnes au Québec ont un revenu de plus de 100.000$ alors que dans le sondage, 25% des personnes interrogées ont un revenu de plus de 125 000$. Or, on sait que des personnes à hauts revenus sont plus enclines à utiliser l'avion. Ainsi une première conclusion s'impose : l'échantillon interrogé par Léger n'est pas représentatif de la population québécoise.
● Les questions posées sont à l'évidence pernicieuses, car elles ne présentent aucunement les détails de l'agrandissement de l'aéroport (nombre de passagers et de vols journaliers attendus par rapport à la situation actuelle, prévisions chiffrées sur l'augmentation du trafic routier sur les axes à proximité ou l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, investissements publics financés par les taxes des contribuables, etc.). Une fois de plus, l'on présente le projet sans expliquer ses conséquences financières, environnementales et sanitaires, entretenant sciemment une forme de désinformation de la population. Rappelons qu'à ce jour, aucune étude sérieuse quant aux répercussions du projet à long terme n'a été publiée par DASH-L.
● Certaines questions sont confuses à dessein. Par exemple à la question Q3, il n'est nullement expliqué le type d'offre de vols concernés (c'est-à-dire internationaux, nationaux, ou régionaux) alors que dans la réalité Montréal-Trudeau dispose de l'exclusivité des vols internationaux. L'argument de proximité (question Q6A) pour certains habitants de la Rive-Sud est soigneusement entretenu par DASH-L et c'est ainsi que peu d'habitants savent aujourd'hui que seuls les vols régionaux et nationaux sont concernés par le développement du terminal Porter Airlines.
● Seulement 3% des personnes interrogées pensent qu'il y aura des retombées économiques de ce développement et 1% des créations d'emplois (question Q6A). Au moins, voilà une donnée claire : à part les naïfs et la mairesse de Longueuil, personne ne croit à un important développement économique avec l'arrivée de Porter Airlines. En réalité, la dépréciation immobilière induite par le bruit et la pollution sur 100 km2
va fragiliser la communauté en accentuant les inégalités sociales, comme le démontrent de nombreuses études économiques par exemple aux États-Unis.

Contrairement à ce qu'essaye de faire croire DASH-L, il n'y a pas d'acceptabilité sociale du projet de développement de l'aéroport St-Hubert, mais une grande méconnaissance par la population de la réalité de ce projet mortifère.

Pour information : coalition.halteair@gmail.com
https://www.facebook.com/coalitionhalteairSH
https://www.instagram.com/coalitionhalteairsh/
https://twitter.com/Coalition_YH

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le chant des oiseaux ou le sifflement des éoliennes ?

20 août 2024, par Yves Beauchemin — , ,
Malgré l'engouement majeur de nombreux élus pour le développement éolien, je ne peux, en tant qu'agriculteur et ornithologue, que déplorer le manque apparent d'intérêt de la (…)

Malgré l'engouement majeur de nombreux élus pour le développement éolien, je ne peux, en tant qu'agriculteur et ornithologue, que déplorer le manque apparent d'intérêt de la part de ces mêmes élus de réfléchir aux conséquences de ce développement sur la faune aviaire.

Quand on évoque l'impact qu'auraient ces machines industrielles sur les oiseaux, on nous sert toujours le même argument : « les chats tuent plus d'oiseaux que les éoliennes ». Cet argument simpliste ignore que bien que les chats soient de redoutables chasseurs, leurs principales victimes se limitent majoritairement aux espèces familières qui cohabitent avec nous et dont les populations ne sont pas menacées. Pensons, par exemple, aux moineaux domestiques, merles d'Amérique, quiscales bronzés, carouges à épaulettes, chardonnerets jaunes et bruants chanteurs qui se sont admirablement bien acclimatés aux activités humaines.

Mais la réalité est tout autre car nous sommes entourés d'une incroyable diversité d'espèces venues de loin pour se reproduire chez nous et nous rendre des services écologiques formidables.

Avant de penser à perturber leur milieu de vie, ne faudrait-il pas se poser quelques questions ? Commander quelques études ?

Commençons par le début, en les identifiant. Quand je parle d'oiseaux migrateurs, en me basant seulement sur ce que j'observe sur mes terres, je trouve d'abord la grande famille des palmipèdes, soit l'oie des neiges et la bernache du Canada, présentes par millions d'individus des mois durant. Leur arrêt migratoire leur permet de se reposer et s'alimenter avant de reprendre leur voyage vers le Nord pour s'y reproduire. Rappelons-nous que ces espèces ont une importance cruciale pour les populations autochtones du grand Nord qui bénéficient à chaque année de cette manne venue du ciel, tout comme d'ailleurs bien d'autres membres de la faune arctique.

D'autres espèces de palmipèdes nichent aussi chez nous : canard colvert, canard noir, canard branchu, sarcelles d'hiver et à ailes bleues pour ne nommer que celles-là. J'ajoute aussi deux membres de la grande famille des limicoles : la bécasse d'Amérique et la bécassine de Wilson. Rappelons-nous que ces espèces sont soumises à une pression de chasse régie par la loi sur les oiseaux migrateurs et font le bonheur de bien des chasseurs l'automne venu.

En provenance du cercle arctique, d'autres grands migrateurs de la famille des limicoles s'observent aussi dans nos champs, principalement en août et septembre : le pluvier bronzé, le pluvier argenté, le bécasseau minuscule et, à l'occasion, le bécasseau sanderling se signalent à tous les jours. Je n'oublie surtout pas le pluvier kildir, qui nous fait l'honneur de nicher autour de nous et parfois même dans nos cours.

Cinq variétés d'hirondelles, toutes à statut précaire, s'ajoutent au menu. L'hirondelle bicolore, rustique, à front blanc, noire et à ailes hérissées se partagent le territoire, dévorant en vol des milliers d'insectes nuisibles aux cultures, sans oublier le martinet-ramoneur dont les effectifs baissent malheureusement à vue d'oeil.

Parmi les bruants qui nichent abondamment dans nos champs, j'observe régulièrement le bruant familier, chanteur, des prés et le vespéral, et parfois même d'autres espèces moins fréquentes. Le goglu des prés, espèce protégée, niche aussi chez-nous. La maubèche des champs et la sturnelle des prés, oiseaux champêtres autrefois très présents dans nos champs, se font de plus en plus rares.

La pie-grièche grise nous visite de l'automne au printemps, prédateur sans serres qui capture petits rongeurs et petits oiseaux et les dévore après les avoir empalés sur une branche.

Et j'en arrive maintenant aux maîtres du ciel : les oiseaux de proie, ceux-là dont la vue seule de l'ombre suffit à terroriser le petit monde aviaire. Qu'ils soient nocturnes ou diurnes, qu'ils se nourrissent de mammifères, d'oiseaux, de poissons, de batraciens et reptiles et parfois même d'insectes, leur vie n'est pas nécessairement facile car ils ne réussissent généralement leur capture qu'une fois sur dix et doivent enseigner à leur progéniture cet art subtil de la chasse en vol qu'ils perfectionnent avec les années.
Parmi les espèces nocturnes, j'aperçois au printemps et à l'automne de chaque année le rare et obscur hibou des marais. Le petit-duc maculé, le hibou moyen- duc et le grand-duc sont aussi très présents. La chouette rayée est très bien établie et niche partout dans les bois. Quant à la petite nyctale, la chouette lapone et le harfang des neiges, leur présence demeure cyclique. Entendre leur hululement me transporte au pays des mystères de la nuit.

Plus facilement observables, les espèces diurnes nichent partout autour de nous. Si le busard des marais établit son nid avec régularité dans nos champs de foin, la buse à queue rousse préfère la forêt.

Le faucon pèlerin passe régulièrement chasser les pigeons près des centres de grains, et de façon éloquente avec ses piqués à près de 250 km/h. L'épervier de Cooper, l'épervier brun, le faucon émerillon et la crécerelle d'Amérique nichent aussi parmi nous.

Sans aucun battement d'ailes et dans le silence le plus total, l'urubu à tête rouge plane majestueusement au-dessus du territoire, à la recherche de cadavres à dévorer. Cet éboueur sans pareil nettoie les restes et depuis peu, un nouveau venu est parfois aperçu dans nos régions pour lui prêter main forte : l'urubu noir.

Si le pygargue à tête blanche sait très bien chasser et pêcher, il peut aussi s'accommoder d'une charogne à l'occasion ; en toutes saisons, la carcasse d'un chevreuil le fera descendre au sol. Tout comme le balbuzard pêcheur qui circule et niche près de nos rivières, le pygargue conserve toujours le même nid qu'il rafistole chaque année. Pour sa part, l'aigle royal ne passe qu'en période de migration. La grande majorité de ces dernières espèces ont un statut de protection.

Moucherolles, moqueurs, parulines, viréos, corneilles et grands corbeaux complètent le décor, le tout dans le garde-manger de la Réserve mondiale de la Biosphère du Lac Saint-Pierre.

Avec toute cette diversité de faune aviaire qui risque d'être sévèrement malmenée par le développement éolien, comment expliquer l'absence d'études sur l'impact de projets majeurs pour cette précieuse nature qui nous assure d'un parfait équilibre de la biodiversité ?

Comment expliquer l'absence de réaction des clubs d'ornithologie alors qu'on joue si impunément dans leur champ d'activités ?

Et, surtout, comment expliquer le silence et l'inaction de nos élus...

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Éoliennes : les MRC doivent agir dans l’intérêt des citoyens

20 août 2024, par Michel Veilleux — , ,
« Aidez-nous à vous aider », tels sont leurs mots, car selon eux, il semble que les citoyens soient mieux placés que les maires et la préfète pour demander votre soutien et (…)

« Aidez-nous à vous aider », tels sont leurs mots, car selon eux, il semble que les citoyens soient mieux placés que les maires et la préfète pour demander votre soutien et intervenir auprès de M. Fitzgibbon et d'Hydro-Québec. »

Caricature Reporterre

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt la lettre de Mme Nathalie Lefebvre de Saint-Adelphe (MRC de Mékinac) adressée à la députée de Champlain, Mme Sonia Lebel.

Tout d'abord, il faut féliciter Mme Lefebvre pour cette lettre. Nous avons le devoir de nous faire entendre auprès de nos élus.

Un passage de la lettre m'a frappé :

« Pour en revenir à cette séance, vu notre mécontentement, Madame la préfète Caroline Clément ainsi que ses collègues mairesses et maires ont invité l'assistance à vous faire part de nos doléances parce qu'ils prétendent ne pas avoir le pouvoir d'intervenir pour stopper le projet auprès de votre collègue, le ministre Pierre Fitzgibbon, ni celui de présenter un RCI plus sévère parce qu'ils craignent la désapprobation des quatre ministères dont celui de l'Énergie. « Aidez-nous à vous aider », tels sont leurs mots, car selon eux, il semble que les citoyens soient mieux placés que les maires et la préfète pour demander votre soutien et intervenir auprès de M. Fitzgibbon et d'Hydro-Québec. »

Ici, dans la MRC Nicolet-Yamaska, nous nous sommes fait servir le même argument que dans la MRC de Mékinac concernant la prétendue impossibilité de stopper les projets éoliens sous prétexte qu'il était dans les Orientations gouvernementales en aménagement du territoire ou "OGAT" de favoriser l'implantation d'éoliennes. Un juriste me faisait remarquer que les OGAT ne sont ni des lois, ni des règlements, ni des décrets et ont donc un poids très limité devant les tribunaux.

Par ailleurs, cette OGAT en faveur des éoliennes est elle-même en contradiction avec les OGAT en faveur de la protection du territoire agricole. De plus, il existe des OGAT concernant l'implantation d'éoliennes, lesquelles n'ont pas été respectées dans la confection de notre RCI dans la MRC Nicolet-Yamaska et ceci n'a pas empêché les autorités provinciales d'approuver ce RCI. Également et surtout, selon la Loi, un RCI est là pour empêcher rapidement une activité nuisible (d'où l'absence de référendum – ce qui fait l'affaire de bien des MRC) et non pas pour favoriser une telle activité comme le font plusieurs MRC pour les projets éoliens et ceci, n'a pas empêché l'approbation du RCI de la MRC Nicolet-Yamaska.

Tout ça pour vous dire qu'il semble qu'il y a une volonté manifeste au gouvernement provincial d'implanter des éoliennes en territoire agricole et habité et ce, au mépris des lois, des OGAT et de l'opposition majoritaire des citoyens, opposition clairement démontrée par des pétitions dans la MRC Nicolet-Yamaska et par la présence massive de citoyens (200 à 300) à plusieurs séances du Conseil des maires.

À mon avis, une MRC pourrait très bien adopter un RCI très restrictif concernant les éoliennes et même les interdire. Normalement, en vertu des lois, des OGAT et du principe de précaution, on pourrait s'attendre à ce que le gouvernement provincial approuve un tel RCI. S'il arrivait hypothétiquement qu'il ne l'approuve pas :
1. La MRC pourrait alors revenir avec les preuves scientifiques justifiant les distances séparatrices, ou bien justifiant son refus d'implantation d'éoliennes. Ces preuves existent.
2. Si le gouvernement maintenait son refus, elle pourrait alors aller devant les tribunaux et disposerait de beaucoup d'arguments pour défendre son RCI.
3. Maintenant, est-ce qu'un gouvernement aussi impopulaire que celui de la CAQ osera aller devant les tribunaux pour s'en prendre à une MRC qui bénéficiera de l'appui de sa population pour empêcher l'implantation d'éoliennes ?

Pour justifier leur refus d'adopter un RCI restrictif ou interdisant l'implantation d'éoliennes, les MRC pourraient prétendre que si un tel RCI était refusé par le gouvernement provincial, il n'y aurait aucune réglementation sur leur territoire régissant une telle implantation et que les promoteurs pourraient alors implanter leurs monstres mécaniques n'importe comment. Mais il faut savoir que pour implanter des éoliennes, un promoteur doit avoir une résolution favorable de la MRC et des municipalités touchées. On comprendra que la MRC ayant adopté un RCI restrictif ou interdisant les éoliennes n'adoptera jamais une telle résolution favorable, ce qui bloquerait les espoirs du promoteur, sans compter qu'un promoteur ne cherchera pas à implanter des éoliennes dans une MRC qui n'en veut pas.

En résumé, cet argument de bien des MRC à l'effet qu'elles ne peuvent stopper un projet éolien ou adopter un RCI restrictif est fallacieux et est invoqué pour cacher le fait qu'elles y tiennent mordicus à avoir des éoliennes. Et si vraiment, elles n'en veulent pas et qu'elles continuent à en favoriser l'implantation afin "d'obéir" au gouvernement provincial, elles ne font pas leur devoir qui est d'agir dans l'intérêt des citoyens, et les maires concernés devraient penser à céder leur place à des gens plus courageux !

Michel Veilleux
conseiller municipal à Sainte-Monique

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Diviser pour mieux régner

20 août 2024, par Pierre Renard — , ,
En tant qu'agriculteur et propriétaire de terres agricoles, j'ai été invité le 24 avril à la réunion tenue à Saint-Pie par Innergex, un producteur d'énergie renouvelable qui (…)

En tant qu'agriculteur et propriétaire de terres agricoles, j'ai été invité le 24 avril à la réunion tenue à Saint-Pie par Innergex, un producteur d'énergie renouvelable qui veut implanter des éoliennes dans la région. Si cette réunion a fait parler, c'est qu'il y a des questions à se poser sur le modèle d'affaires proposé par la compagnie Innergex.

D'entrée de jeu, il régnait une atmosphère un peu spéciale à cette réunion « sur invitation seulement ». Je sentais qu'en tant que membre de la confrérie des cultivateurs, le fait que nous sommes peu nombreux et l'attitude hostile de la population qui nous entoure nous autorisaient à avoir un point de vue particulier. Selon nous, le choix d'accueillir ou non une éolienne sur nos terres ne regarde que nous. Je ressens qu'il y a bel et bien un fossé entre nous et la population, et que ce gouffre est sur le point de se creuser encore un peu plus.

Certains ont accusé les opposants d'engendrer la division sociale. Pourtant la division sociale est intrinsèque à ce modèle d'affaires qui opère en faisant du maraudage et en offrant des montants considérables d'argent avant même d'avoir consulté la population. Ce modèle mis en œuvre au vu et au su des municipalités et de la MRC ne va qu' empirer la situation.

Je m'explique mal tous les efforts et les heures de travail que les élus de la MRC ont investis pour élaborer un règlement de contrôle intérimaire (RCI) sachant que la composante sociale du développement durable a été complètement écartée. Pire, le RCI est une acceptation implicite du projet d'Innergex et aggrave la division qui corrode les communautés. Quand les choses vont mal, s'il n'y a pas de cohésion sociale, on tombe tout de suite en période de crise.

Pourquoi tant de hâte ? Les intérêts financiers à court terme d'Innergex semblent miser sur cette division sociale. Il faut une pause qui donne à la population le temps d'être bien informée. De plus, le projet de loi 69 sur la gouvernance responsable des ressources énergétiques a été déposé à l'Assemblée nationale. Un moratoire permettrait de connaître les nouvelles règles du jeu.

Pierre Renard
Agriculteur de Saint-Pie-de-Bagot

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Mon paysage

20 août 2024, par Jacques Tétreault — , ,
Je me suis établi dans le 9e Rang de Saint-Liboire il y a maintenant 45 ans. Le paysage m'y a attiré. Il y avait des fermes de taille moyenne entrecoupées de lignes d'arbres (…)

Je me suis établi dans le 9e Rang de Saint-Liboire il y a maintenant 45 ans. Le paysage m'y a attiré. Il y avait des fermes de taille moyenne entrecoupées de lignes d'arbres diversifiés.

Au fil des ans, j'ai vu disparaître ces lignes d'arbres ainsi que des boisés de fermes au profit de l'agrandissement des terres cultivables. C'était pour mieux produire et avoir de meilleurs rendements. Malheureusement, le tout s'est fait au détriment de la biodiversité. Malgré tout, les paysages demeuraient agricoles. Les agriculteurs, ces modulateurs de paysages, nous donnaient constamment à voir comment les saisons marquaient notre quotidien. Les labours à l'automne, les semis au printemps avec leur verdure attrayante et leur rectitude dans les champs quand les cultures commencent à poindre, les champs qui changent de couleur au gré de la saison, passant du vert tendre au vert foncé ou au jaune doré. Puis les récoltes à l'automne qui préparent la venue de l'hiver.

Toutes ces beautés font partie intégrante de mon paysage. Je me suis farouchement battu en compagnie de nombreuses personnes pour protéger nos terres agricoles de l'envahissement de l'industrie des gaz de schiste. Nous avons gagné cette bataille titanesque et nous avons ainsi conservé nos paysages intacts. Nous avons protégé notre eau et notre air pur ainsi que la vocation de notre territoire. Notre territoire est agricole, pas industriel.

Aujourd'hui, ce sont les éoliennes qui prennent le relais des gaz de schiste. Les mêmes discours, les mêmes confrontations, les mêmes divisions sociales qui se présentent encore à nos portes. Sous prétexte que cela apportera de la richesse dans nos municipalités, poussées par l'intervention d'un gouvernement avide de privatiser notre électricité, nous assistons à des pressions venues de partout pour mousser une activité industrielle dans nos campagnes. Le besoin est loin d'être réel. L'histoire nous a démontré à plusieurs reprises que les vues de certains dirigeants n'étaient pas fondées. On n'a qu'à penser aux projets des centrales thermiques dans les années 2000, alors qu'on nous faisait croire que nous étions pour geler en hiver si nous ne bâtissions pas ces centrales polluantes. À ce que je sache, malgré le fait que nous ne soyons pas allés dans cette direction, nous n'avons jamais manqué de courant.

Aujourd'hui, le ministre Fitzgibbon nous dit les mêmes âneries. C'est probablement parce qu'il a vendu à rabais notre courant électrique à des compagnies étrangères pour qu'elles viennent s'établir sur notre territoire.

Je suis toujours aussi ému quand je circule dans ma région de pouvoir apercevoir les Montérégiennes et au loin, les montagnes de l'Estrie, entourées de nos beaux paysages agricoles. Je ne voudrais pas regarder ce panorama parsemé d'éoliennes qui feront deux fois la hauteur de notre hôpital régional, donnant ainsi un aspect industriel à nos vues.
Je regarde mon paysage et mon paysage, ça me regarde. Je vais me battre pour le défendre encore une fois. L'acceptabilité sociale sera un facteur déterminant dans la poursuite de ce dossier. Ralliez-vous, le mouvement citoyen se remet en marche !

Jacques Tétreault
Citoyen de la MRC des Maskoutains

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Recul de l’homophobie mais loin encore de l’égalité des droits

20 août 2024, par Laurent Vogel — , ,
La récente manifestation pour l'égalité et la victoire organisée à Kyiv le 16 juin par des collectifs LGBT reflète le développement d'un mouvement autonome par rapport (…)

La récente manifestation pour l'égalité et la victoire organisée à Kyiv le 16 juin par des collectifs LGBT reflète le développement d'un mouvement autonome par rapport à l'État et aux partis parlementaires qui se contentent de vagues promesses pour l'après-guerre. Les collectifs LGBT, et notamment l'organisation des militaires LGBT, qui avait tenu à être bien visible dans cette manifestation, exigent des changements législatifs immédiats. Ils sont conscients que l'avenir de l'Ukraine se dessine à travers les mobilisations actuelles des mouvements populaires.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Plus de 70% des Ukrainiens estiment que les personnes LGBTQ devraient avoir les mêmes droits que les autres citoyens, ce qui représente une augmentation de presque 7% par rapport à 2022, selon un sondage publié par l'Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS) le 18 juin 2024. Cette évolution est relativement récente. Pendant les vingt premières années de l'Ukraine indépendante, les niveaux d'homophobie étaient semblables à ceux qui se manifestaient en Russie et dans d'autres républiques post-soviétiques d'Europe. Selon un sondage réalisé par European Social Survey en 2010, seuls 28% des Ukrainiens estimaient que « les gays et les lesbiennes devraient être libres de vivre leur vie comme ils l'entendent ». Ce chiffre était le plus bas de tous les pays européens couverts par l'enquête, à l'exception de la Russie. Certaines recherches mettaient même en avant une progression de l'homophobie au début des années 2000.

Au fur et à mesure que la société ukrainienne évoluait de manière indépendante par rapport à la Russie, l'homophobie a connu un certain recul. Mais on aurait tort de lier mécaniquement les deux mouvements. Andrii Kravchuk [1], un activiste gay expliquait en 2014 que si de nombreux militants LGBT avaient soutenu Maïdan, ils avaient fait le choix de ne pas rendre visible leur participation. Ils ne tenaient à fournir des arguments à la propagande pro-russe. Ils craignaient l'affrontement avec les groupes d'extrême droite nationalistes ukrainiens. Il semble bien que les très rares pancartes en faveur des droits des personnes LGBT étaient portées par des provocateurs pro-russes pour être aussitôt photographiées et diffusées massivement sur les réseaux sociaux. Cette hypothèse de provocation est appuyée par différents témoignages selon lesquels en janvier 2014, des personnes ont été payées pour se faire photographier sur la place Maïdan en agitant des drapeaux arc-en-ciel avec des drapeaux de l'Union européenne des États- Unis. La majorité des activistes LGBT qui ont participé aux rassemblements de la place Maïdan ont opté pour l'invisibilité. Le témoignage d'Anna Dovgopol est éloquent :

L'autre partie aurait pu vouloir, d'une manière ou d'une autre, déclarer sa présence en tant que LGBT, mais c'était dangereux en raison du grand nombre de militants d'extrême droite (d'abord Svoboda, puis le Secteur droit). Lors de la première grande manifestation après le passage à tabac des étudiants le 30 novembre, je faisais partie d'un groupe LGBT et nous avions plusieurs drapeaux arc-en-ciel dans nos sacs, que nous n'avons pas osé sortir parce que des colonnes de militants de Svoboda défilaient à nos côtés, avec l'air assez agressif que l'on connaît. En outre, plus tard, il y a eu plusieurs cas d'at- taques par l'extrême droite contre des filles de la communauté féministe et de gauche qui portaient des affiches sur les droits des femmes (des affiches très modérées, telles que « Europe = salaires égaux pour les femmes »), ainsi que contre des activistes de gauche [2].

Ce n'est qu'après Maïdan que la dynamique de mobilisation des personnes LGBT [3] a commencé peu à peu à faire changer la situation. Ces mobilisations se sont heurtées à l'hostilité et à la violence organisées. L'homophobie s'appuie sur une convergence de fait entre trois courants importants dans la société ukrainienne des vingt premières années du 21e siècle.

Les trois courants homophobes

Un premier courant était constitué par les forces pro-russes et anti-Maïdan qui mettaient en avant la lutte contre la « Gayropa » et présentaient les lois européennes contre la discrimination comme « une homosexualisation forcée » de la population ukrainienne. Avant 2022, les propositions de loi les plus scandaleuses contre les personnes LGBT ont souvent été déposées par des parlementaires du Parti des régions qui s'inspiraient directement de la législation répressive adoptée en Russie. Si ce courant a pratiquement disparu après 2022 sur le territoire libre de l'Ukraine, il est étroitement associé au pouvoir dans les régions occupées. Les persécutions contre les personnes LGBT y ont atteint des niveaux de violence inédits avec des assassinats, le recours à la torture dans les centres de filtration et l'association automatique de toute « déviance sexuelle » à l'entreprise satanique de l'Occident global. Que ce soit en Crimée, au Donbass ou dans les territoires occupés après février 2022, la vie des personnes LGBT s'est convertie en enfer. Les témoignages recueillis par l'ONG Projector dans le district de Kherson qui a été occupé entre mars et novembre 2022 sont glaçants : humiliations, tortures, viols, confiscation de médicaments rétroviraux contre le VIH. Une partie des victimes n'ont pas osé porter plainte après la libération du district.

Les différentes Églises chrétiennes (tant orthodoxes que catholique-grecque et catholique-romaine) partagent de manière très œcuménique une homophobie virulente même si elles peuvent diverger considérablement sur tout le reste et notamment sur les liens avec le patriarche de Moscou. La formation en 1996 d'un Conseil pan-ukrainien des églises et formations religieuses (désigné sous l'acronyme UCCRO en anglais) a constitué une base solide pour un travail de lobby antiféministe et anti-LGBT. Les Églises chrétiennes traditionnelles s'y sont associées à des Églises relativement nouvelles comme les adventistes du septième jour ainsi qu'à des autorités religieuses juives et musulmanes. La première déclaration solennelle des différents courants religieux contre la perspective d'un mariage pour tous remonte à 2007. Depuis le début de la guerre massive, l'homophobie religieuse s'est trouvé un nouvel argument qui se situe au-delà des textes sacrés : la démographie. Ainsi, l'UCCRO expliquait en juin 2023 que :

Assimiler la « cohabitation homosexuelle » au mariage et à la famille serait « extrêmement dangereux » dans la « crise démographique » provoquée par l'invasion de la Russie. Depuis février de l'année dernière, la population permanente de l'Ukraine est passée de 43 à 29 millions d'habitants, ce qui a entraîné un « manque de ressources humaines » pour la reconstruction d'après-guerre [4].

On trouve exactement le même argument en Russie pour justifier les législations anti-LGBT.

Enfin, l'extrême droite nationaliste se revendique de l'héritage idéologique de l'Organisation des nationalistes ukrainiens suivant lequel la construction étatique de l'Ukraine doit reposer sur une base ethnolinguistique « pure » et la famille patriarcale traditionnelle constitue la cellule de base de la société. Dans cette optique, les personnes LGBT sont assimilées à un facteur de désordre et de dégénérescence de la race. Le parti Svoboda, qui se considère comme l'héritier idéologique de Stepan Bandera, a fait de l'homophobie une de ses bannières de combat et n'a pas hésité à recourir à la violence contre des rassemblements LGBT.

Le reste du monde politique parlementaire oscillait entre l'hostilité et l'indifférence envers les revendications des personnes LGBT tantôt par conviction, tantôt par opportunisme électoral. La revendication du mariage pour tous était rejetée au nom d'un article de la Constitution de 1996 qui limitait le mariage à l'union d'un homme et d'une femme. En 2014, l'Alliance démocratique avait refusé l'adhésion de Bogdan Globa, activiste LGBT [5]. Il s'agit pourtant d'un parti modéré du centre-droit, lié à la démocratie chrétienne en Europe et recrutant de nombreux cadres dans des ONG pro-européennes. Le dirigeant du parti avait clairement indiqué que ce n'était pas tant la vie sexuelle de Globa qui lui posait problème, mais sa revendication politique des droits des personnes LGBT. L'épisode est intéressant parce que, pour la première fois, la plupart des journaux ukrainiens ont publié des articles plutôt favorables à Bogdan Globa.

Dans une telle situation, le mouvement LGBT s'est construit progressivement autour de petits noyaux d'activistes, souvent liés aux mouvements féministes et à la gauche non parlementaire. Leur développement a été plus tardif et plus difficile en Ukraine occidentale. Les premières années ont été particulièrement dures. L'organisation Sphère, qui mène un travail communautaire à Kharkiv depuis 2017, a enregistré 30 attaques contre ses locaux ou ses rassemblements entre 2018 et 2022. Des commandos d'extrême droite ont attaqué son local à de nombreuses reprises avec une complicité de la police. La première apparition publique de Sphère s'est déroulée dans les circonstances suivantes :

Ce jour-là, huit lesbiennes féministes, coiffées de tulle et de couleurs joyeuses, se positionnent à l'entrée du palais des mariages, le bâtiment municipal où habituellement les couples hétérosexuels se jurent fidélité jusqu'à la mort. Soudain arrivent à pied 50 hommes, matraques et bombes lacrymogènes à la main. Yakiv, 17 ans à l'époque, accompagnait la noce lesbienne avec son petit ami. « Ils nous encerclent, nous traitent de pédés pervers et nous crachent dessus. Un gars me cogne à la mâchoire ». Les assaillants brûlent un drapeau arc-en-ciel, lancent des lacrymogènes et s'affrontent à 15 policiers. Les fausses mariées s'éparpillent en courant. Des policiers les aident à évacuer. Sphère déposera plainte pour violences. Des mois plus tard, le tribunal prononcera un non-lieu. « Manque d'éléments à charge ». Ce délit, impuni, est le premier d'une longue liste. Sur le cadenas, scié par la police, est collé un logo : « Ordre et Tradition ». C'est le nom d'un groupe d'extrême droite ultra-conservateur créé en 2016. Chrétien. Anti-Rroms. Antirusses. Homophobe. Mais surtout, violent, armé, et entraîné au combat. L'un de ses chefs, Ivan Pilipchuk, poste en ligne des photos de Mein Kampf et de lui effectuant le salut nazi [6].

Trois leviers : la guerre, la jeunesse et l'Europe

Dans cette situation particulièrement critique, les activistes LGBT ont pu s'appuyer sur trois facteurs.

Le plus surprenant de tous est la guerre. En 2018, Viktor Pylypenko, activiste gay qui s'était engagé dans un bataillon armé de volontaires du Donbass, a créé l'union des militaires LGBT [7]. La décision de rendre visible la présence de personnes LGBT dans les rangs de l'armée et des unités volontaires était un pari audacieux. Elle s'est faite parallèlement à l'organisation d'une exposition de photos d'Anton Shebetko intitulée « Nous étions là » où des militaires acceptaient de se faire photographier en revendiquant leur identité LGBT [8]. Certains ont posé en dissimulant leur visage, d'autres ont préféré se montrer à visage ouvert. Les photos étaient complétées par des témoignages enregistrés sur des vidéos. La guerre qui, par ailleurs, a été utilisée par la droite pour revendiquer un virilisme héroïque a donc aussi été l'occasion d'une intégration réelle de personnes LGBT dans des formations constituées principalement par des personnes issues des classes populaires. En juin 2019, l'union des militaires LGBT a formé sa propre colonne d'une trentaine de personnes dans la marche pour l'égalité de Kyiv. Elle était dirigée par Viktor Pylypenko et Nastya Konfederat, une activiste lesbienne engagée volontaire dans l'armée. À cette occasion, le média indépendant Hromadske a publié une interview de Pylypenko, qui mettait en avant la responsabilité de la hiérarchie militaire dans les discriminations au sein de l'armée : lorsqu'on lui a demandé ce que c'était que d'être gay dans l'armée, il a répondu que « c'est inconfortable parce qu'il y a beaucoup d'homophobes. C'est à cause des homophobes, en particulier des commandants homophobes, que ces personnes ne peuvent pas s'exprimer. Ces personnes sont les mêmes que nous, mais malheureusement elles vivent cachées. C'est une honte, car elles se battent pour la liberté du peuple, pour nos droits, entre autres choses ». En ce qui concerne la discrimination, Viktor a déclaré qu'il avait été traité de « “pédé” en ligne par des personnes qui se disent nationalistes mais qui ne sont pas allées à la guerre ».

La présence de dizaines de milliers de personnes LGBT dans les forces armées est rendue visible par des écussons qui représentent une licorne [9], parfois accompagnée d'un drapeau arc-en-ciel. C'est une caractéristique générale de l'armée ukrainienne d'accepter que les militaires cousent sur leur uniforme des signes et symboles de leur choix. Dès 2014, un certain nombre de militaires LGBT ont commencé à rendre visible leur présence dans l'armée en cousant un écusson avec une licorne. À l'époque, on disait qu'il n'y avait pas d'homosexuel·les dans l'armée. Dès lors, la licorne qui est un animal mythique qui n'existe pas dans la nature, est devenue un symbole fort. Le recours à la licorne est doublement courageux. Il affiche une identité LGBT au sein de l'armée mais il implique aussi un risque accru de traitement inhumain en cas de capture par les forces russes ou leurs collaborateurs séparatistes.

Il faut cependant se garder d'une idéalisation de la situation. La guerre est aussi l'accélérateur de phénomènes négatifs comme la brutalisation des rapports humains, la banalisation de la violence. Il y a donc une dynamique contradictoire qu'on peut observer depuis 2014. L'autonomie des collectifs LGBT représente une garantie importante dans une perspective d'émancipation. Elle se heurte aussi à des obstacles puissants dont témoignent de nombreux épisodes de violences homophobes.

Un deuxième facteur est de nature sociologique. Il concerne l'évolution rapide de la jeunesse ukrainienne qui s'émancipe par rapport aux valeurs traditionnelles de la famille patriarcale. Certes, il existe aussi une partie de la jeunesse qu'attirent l'extrême droite et ses codes virils démonstratifs mais le témoignage de nombreuses personnes LGBT indique qu'il y a un recul marqué de l'homophobie dans les générations nouvelles, notamment dans les écoles et universités. Un film comme Jeunesse en sursis, de Kateryna Gornostai, reflète bien cette évolution [10]. Ce film, sorti en 2021, a été le résultat d'un long travail collectif entre la réalisatrice et de jeunes de Kyiv. Il s'agit d'une fiction qui a une nette portée documentaire.

Enfin, la perspective d'une adhésion à l'Union européenne a pu constituer un levier pour les revendications LGBT. En effet, tout processus d'adhésion implique une mise en conformité du droit national avec le droit européen. C'est ainsi qu'a pu être adoptée en novembre 2015 une loi contre les discriminations au travail qui interdit et sanctionne les discriminations basées sur l'orientation sexuelle. Le vote de cette loi n'a été rendu possible que par la pression de l'Union européenne qui menaçait de ne pas supprimer l'obligation d'un visa pour les Ukrainiens dans le cas où cette loi n'aurait pas été adoptée. Alors que lors d'un premier vote le 5 novembre, seuls 117 députés sur 450 avaient voté en faveur de l'amendement antidiscrimination, une semaine plus tard, ce sont 234 députés qui l'ont adopté, plus soucieux de l'entrée dans l'espace Schengen que des droits fondamentaux. Ce revirement soudain n'était pas une conversion à la cause des droits LGBT. C'est ainsi que Yourii Lutchenko, chef de la fraction parlementaire du parti du président Poroshenko justifiait le vote de la loi antidiscrimination dans les termes suivants : « Mieux vaut une gay pride sur le Kreschatyk que les tanks russes dans le centre de la capitale de l'Ukraine. » La plupart des parlementaires firent des déclarations ambiguës pour dire qu'ils votaient contre la discrimination par « adhésion européenne » mais que jamais, au grand jamais, ils n'accepteraient le mariage pour tous.

Certains, à gauche, ont vu dans l'utilisation du droit européen une forme d'homo-nationalisme [11]. Le concept même d'homo-nationalisme me paraît brumeux. Dans certains cas, il sert simplement à condamner l'homo-internationalisme, c'est-à-dire la solidarité entre mouvements LGBT dans les différentes parties du monde sur la base d'exigences élémentaires communes. Suivant un raisonnement décolonial simpliste, il y aurait un mouvement LGBT international décrit comme dominé par « des hommes blancs de classe moyenne » qui imposerait ses idées à travers des ONG dans les pays du « Sud global ». Cet argument ignore la capacité de réappropriation des revendications mondiales par des collectifs LGBT de pays du Sud [12]. Il les considère comme de simples relais passifs sacrifiant leur autonomie en échange d'une aide financière ou d'un appui juridique. Dans les cas les plus graves [13], la critique de l'homo-nationalisme dissimule une hostilité de principe à toute émancipation des personnes LGBT dans un Sud fantasmé ou parmi les minorités racisées des pays du Nord. En réalité, la stratégie des collectifs LGBT en Ukraine n'est guère différente de celle des syndicats et des organisations de défense de l'environnement. Elle s'appuie sur le droit européen pour faire avancer ses revendications propres. Renoncer à ce levier affaiblirait leur action.

Après le déclenchement de la guerre à grande échelle, la pression des mouvements LGBT a pu s'appuyer sur l'expérience concrète de la discrimination vécue par les militaires en cas de décès, de disparition ou de capture. Les partenaires de personnes LGBT n'ont aucun droit dans ces cas. Les épreuves de la guerre ont poussé de plus en plus de personnes – militaires et civiles – à faire un « coming out », refusant de continuer à raser les murs par rapport à l'homophobie ambiante. C'est ce qu'explique un ingénieur de Kramatorsk, blessé à la suite d'un bombardement russe :

Je suis gay mais je n'en ai parlé à personne pendant longtemps. Mais après la blessure, j'ai beaucoup réfléchi. Je suis fatigué d'avoir peur, je veux être avec celui que j'aime vraiment, ne pas avoir peur de marcher en lui tenant la main [14].

Une pétition a été lancée en juin 2022 pour appuyer la proposition de loi 9103 concernant l'institution d'une union civile qui ouvrirait aux personnes LGBT des droits comparables à ceux qui découlent du mariage. En quelques mois, elle a été signée par 28 000 personnes. Le président Zelensky s'est engagé à demander à son Premier ministre d'agir pour faire avancer les droits des personnes LGBT mais cette promesse est restée sans suite jusqu'à présent. Une « piqûre de rappel » est venue le 1er juin 2023. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), a condamné l'Ukraine dans la mesure où elle ne dispose d'aucun statut légal protégeant les couples formées par des personnes du même sexe [15]. Conformément à sa jurisprudence, la Cour européenne n'impose pas d'ouvrir le mariage aux couples homosexuels mais elle impose aux États de disposer d'un statut conférant des droits similaires à ceux dont disposent les couples mariés.

Une autre revendication immédiate importante est l'adoption de la proposition de loi 5488 qui introduira dans le droit pénal la notion de « crime de haine » de manière à réprimer différents délits contre les personnes lorsque l'hostilité à l'égard d'un groupe discriminé apparaît comme un mobile spécifique. Parmi les facteurs de discrimination considérée figure l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Dans ce domaine, les mobilisations LGBT peuvent également s'appuyer sur un arrêt du 11 avril 2024 de la CEDH [16], qui a jugé que l'Ukraine avait violé l'article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) combiné à l'article 14 (interdiction de la discrimination) de la Convention européenne des droits de l'homme en raison de l'inefficacité de l'enquête sur deux agressions verbales et physiques du requérant, un homme gay, impliquant des insultes homophobes. Suite à la première agression, les autorités n'ont pas donné suite aux allégations de crime de haine du requérant et ont d'abord classé l'agression comme un vol. La Cour a noté que la qualification pénale choisie par les autorités nationales pour la deuxième agression comme relevant des dispositions ordinaires du droit pénal a compromis leur capacité à découvrir le motif homophobe allégué de l'agression. Dans le contexte où l'extrême droite a fréquemment recours à la violence contre les mouvements LGBT, une loi réprimant les crimes de haine devrait faciliter le combat judiciaire contre ces agressions.

La marche de Kyiv du 16 juin dernier est venue rappeler ce principe essentiel : la victoire contre l'agression et l'égalité des droits dans la société sont inséparables.

[1] Andrii Kravchuk, « LGBT ukrainiens entre deux mondes : Russie et Union européenne », Dialogai, 1er septembre 2014.
[2] Cité par Tamara Martsenyuk, « Права людини для ЛГБТ спільноти і Євромайдан 2013-2014 », Commons, 2015.
[3] Pour un aperçu des premières années de ces mobilisations, voir : Denys Lavrik, « Гомофобія в Україні : тенденції постмайданного періоду », Spylne, 18 mai 2015.
[4] https://www.churchtimes.co.uk/articles/2023/23-june/news/world/resist-western-pressure-on-gay-rights-ukrainian-religious-leaders-urge
[5] https://archive.kyivpost.com/article/content/ukraine-politics/democratic-alliance-denies-membership-to-gay-activist-350645.html
[6] Cette description est reprise de Michel Despratx, « Ukraine : gays envers et contre tous », La Chronique d'Amnesty International, 22 juin 2022.
[7] https://lgbtmilitary.org.ua/eng
[8] www.youtube.com/watch?v=sTkch9dAlUY
[9] Maxime Birken, « Guerre en Ukraine : ces soldats LGBT arborent une licorne en blason, et c'est plus qu'un symbole », Huffpost, 31 mai 2022.
[10] On peut voir ce film avec des sous-titres anglais (sous son titre ukrai- nien Stop Zemlia) sur le site de la plateforme Tak Flix :
https://takflix.com/en/films/stop-zemlia
[11] C'est la position de Tamara Martsenyuk dans un article de 2015 qui est, par ailleurs, une excellente source d'information et d'analyse. L'article revendique la filiation décoloniale de sa critique de l'« homo-nationalisme ». Voir Tamara Martsenyuk, « Права людини для ЛГБТ спільноти і Євромайдан 2014-2013 », Commons.
[12] L'exemple de l'Afrique du Sud montre comment l'alliance entre les mouvements LGBT de ce pays et des organisations LGBT internationales a été un facteur important de succès qui me semble démentir l'hypothèse décoloniale de l'homo-nationalisme.
[13] C'est le cas de Houria Bouteldja qui admire la politique menée par l'ancien président Ahmadinejad en vue de l'éradication des personnes LGBT dans la société iranienne. Voir : Serge Halimi, « Ahmadinejad, mon héros », Le Monde diplomatique, août 2016.
[14] Mathilde Goanec, « Ukraine : la guerre, « un puissant accélérateur » pour les droits LGBT+ », Mediapart, 5 décembre 2022.
[15] CEDH, Arrêt du 1er juin 2023, « Maymulakhin et Markiv c. Ukraine ».
[16] CEDH, Arrêt du 11 avril 2024, « Karter v. Ukraine ».

Laurent Vogel
Laurent Vogel est membre du comité belge du RESU. Une version plus longue de cet article se trouve sur le site :
https://solidarity-ukraine-belgium.com

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Affirmations LGBTQ+ dans le monde arabe et musulman

20 août 2024, par Jean Stern — , ,
Depuis une poignée d'années, en dépit d'innombrables difficultés, d'ostracismes sociaux, d'arrestations massives et même de meurtres, notamment commis par l'Organisation de (…)

Depuis une poignée d'années, en dépit d'innombrables difficultés, d'ostracismes sociaux, d'arrestations massives et même de meurtres, notamment commis par l'Organisation de l'État islamique (OEI) en Syrie contre de supposés homosexuels jetés du haut d'immeubles, une véritable scène queer animée par des homosexuels, des lesbiennes comme des transgenres est en train de faire sa percée au Maghreb et dans les pays du Levant. Par la réappropriation d'une mémoire littéraire, picturale et musicale, par le travail militant et l'action culturelle, ces nouveaux venus veulent affirmer librement leur identité de genre dans les sociétés arabes contemporaines. Grâce aux nouveaux outils de communication, elles et ils créent des plateformes internet d'une formidable diversité, lieux de débats et d'expression.

Tiré de orientxxi
5 août 2024

Par Jean Stern

artqueerhabibi/Instagram

Loin d'un orientalisme gay de pacotille venu d'Occident, et nourri le plus souvent de l'exploitation sexuelle de garçons arabo-musulmans, cette scène naissante place l'affirmation individuelle et collective et la mémoire plurielle comme axes centraux de ce processus d'identification, à écouter plusieurs de ces militant.e.s LGBTQ+ qui ne craignent plus de s'exprimer à visage découvert.Une série de tables rondes réunies à l'Institut du monde arabe(IMA) de Paris en juin 2021 a permis d'entendre des acteurs de cette émergence d'Égypte, de Tunisie, du Yémen, du Liban, de Jordanie et de Palestine, entremêlés de performances superbes des dragqueens La Kahena et Anya Kneez.

Certain.es ont dû partir dans un exil contraint et forcé, mais d'autres continuent à militer et à travailler dans leur pays, au Liban et en Jordanie notamment. Et comme tout mouvement émergent, les homosexuels, lesbiennes et trans qui se mobilisent tentent d'abord de trouver des lignes de force communes, autour principalement de la mémoire culturelle, de l'ancrage dans un patrimoine arabo-musulman notamment littéraire qui a été longtemps enfoui, avec des poètes comme Abû-Nuwâs par exemple, et la prise de parole collective qui permet à chacun de se retrouver. Pour l'affirmation individuelle, il est particulièrement touchant de parcourir par exemple des sites de paroles anonymes sous forme de forums, commeسلوان اهل العزاء (queer qui ne peuvent pas se plaindre en public) qui rassemble des témoignages de LGBTQ+ du Proche-Orient bouleversés par la mort tragique de l'Égyptienne Sarah Hegazy.

Mohamad Abdouni, fondateur du site Cold Cuts au Liban et Maha Mohamed, fondatrice, elle, du site Transat en Égypte sont tous à la recherche de la mémoire des travestis du Caire et de Beyrouth, à travers des textes, des photographies, des présentations de lieux disparus et oubliés. « Notre objectif est de créer des sources en langue arabe pour parler de notre histoire », explique Mohamad Abdouni, qui a par exemple retrouvé de nombreux documents sur des bals trans au Liban dans les années 1970-1980. « Chaque rencontre, chaque témoignage retrouvé, c'est comme une histoire d'amour », témoigne-t-il joliment.

Tout comme en Jordanie Khalid Abdel-Habi a depuis plus de quatorze ans constitué un riche panorama des artistes queer de toute la région pour son magazine My.Kali. Avec ironie et talent, son magazine, en partie consultable en ligne, met en scène des icônes queer occidentales comme Jane Fonda dans Barbarella en 1968, ou arabo-musulmanes comme le performeur canado-marocain Mehdi Bahmad, sublime musicien et danseur. Mais ces figures de proue culturelles côtoient dans My.Kali des articles sur la solidarité des LGBTQ+ de la région avec les Palestiniens, et pas seulement avec les homosexuels palestiniens. « J'ai voulu construire notre voix queer sans imiter les Occidentaux », résume Khalid Abdel-Habi, qui assume la direction artistique du magazine jordanien.

La Tunisienne Rania Arfaoui, animatrice du collectif Mawjoudin (Nous existons), et le Palestinien Omar Khatid, directeur du plaidoyer de l'organisation alQaws, vont pour leur part placer la convergence des luttes pour l'identité, pour les droits, contre le colonialisme, le capitalisme et les inégalités au cœur de leur discours militant. « Notre combat est celui de la Palestine, explique Omar Khatid. La violence capitaliste et la violence coloniale sont la même matière, il n'y a pas de ligne de démarcation entre une violence et une autre. Toutes les luttes sont légitimes ». Souci que partage la Tunisienne Rania Arfaoui, qui « veut combattre l'héritage du colonialisme, notamment des articles pénalisants comme l'article 230 du Code pénal tunisien, sans pour autant rentrer dans les schémas homonationalistes des pays occidentaux qui aggravent la situation des queer du Sud en instrumentalisant le combat pour leurs droits ». Omar Khatid complète : « Être queer c'est notre identité, et on doit avoir notre place au Moyen-Orient et au Maghreb. On peut être musulman et queer, nous avons notre culture, notre histoire, même s'il y beaucoup de stigmatisation. Mais il n'y a pas non plus de code queer universel, on n'est pas obligé de s'identifier à la culture queer blanche, notre souci est d'abord de toucher notre communauté ».

« Il faut créer des espaces pour les personnes queer, ajoute pour sa part la militante yéménite Hind Al-Eryani, la lutte pour les droits et le changement doit venir de la base qui doit construire ses propres communautés ». L'enjeu pour ces militants et ces acteurs culturels est tout de même lourd : « rester en vie pour avoir le droit d'exister » résume Hind Al-Eryani, qui vit elle-même en exil, mais continue de se battre pour les LGBTQ+ de son pays, dans un contexte particulièrement tragique de guerre.

Pour suivre ce mouvement émergent, Orient XXI compte explorer, au fil des prochains mois, ce renouveau LGBTQ+ au Proche-Orient et au Maghreb, à travers une série d'enquêtes et de témoignages. Nous commencerons d'abord par un reportage auprès de proches de Sarah Hegazy, qui racontent un an après l'onde de choc qu'a provoqué sa mort en Égypte. Puis nous irons à Beyrouth découvrir un lieu de convivialité inédit, oasis de tolérance et de savoir-vivre ensemble dans cette ville meurtrie.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

LGBTQIA+ (France) : À Paris, une marche des fiertés festive mais qui rappelle « le danger du RN »

20 août 2024, par David Perrotin — , ,
À l'occasion de la pride parisienne, des milliers de personnes ont défilé ce samedi contre la transphobie. À la veille des élections législatives, elles ont aussi rappelé le (…)

À l'occasion de la pride parisienne, des milliers de personnes ont défilé ce samedi contre la transphobie. À la veille des élections législatives, elles ont aussi rappelé le danger pour les LGBTQIA+ d'un gouvernement dirigé par l'extrême droite.

Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
29 juin 2024

Par David Perrotin

La dissolution a bousculé tous les calendriers. Elle a aussi inscrit la marche des fiertés parisiennes dans un moment particulier : à la veille d'une élection législatives et d'une possible victoire du Rassemblement national (RN).

Ce samedi, des milliers de personnes ont défilé de la Porte de la Villette (XIXe arrondissement) à République (XIe) pour célébrer les identités des personnes LGBTQIA+ et pour insister sur la nécessité de lutter contre toutes les oppressions transphobes. « Contre la transphobie : transsolidarités » était le mot d'ordre choisi par l'Inter-LGBT cette année.

Avant que la marche ne s'élance, vers 13 heures dans le XIXe arrondissement de Paris, l'irruption d'un collectif d'extrême droite surprend et vient rappeler l'enjeu du moment. Un ancien membre de Reconquête, la militante d'extrême droite Mila et un petit groupe font face aux nombreux drapeaux arc-en-ciel pour venir dénoncer les supposées « dérives des LGBT » et « préserver leur civilisation ». Leur coup d'éclat ne dure pas plus de dix minutes. Les militants sont immédiatement repoussés, Mila est enfarinée avant que la police ne les raccompagne et que la marche ne débute.

Comme chaque année, les manifestant·es chantent et dansent au rythme de la musique crachée par les enceintes des chars de différentes associations. « Demain, n'oubliez pas d'aller voter », scande cette fois-ci régulièrement une drag-queen. De nombreuses pancartes sont aussi brandies pour dénoncer « le danger du RN » et la persistance des LGBTphobies. « Sous les paillettes, la rage », « Souriez, vous êtes du bon côté de l'histoire », « Plus d'amour, moins de Zemmour », « Plus de lesbiennes, moins de RN », « Sauve un pédé, va voter », lit-on notamment.

« C'est le 55e anniversaire des émeutes de Stonewall », rappelle Sébastien Tuller, responsable LGBT+ chez Amnesty. Ce sont ces premières manifestations américaines contre des raids de la police et ces premières luttes qui ont donné naissance à toutes les prides. Il salue « le nombre incalculable de victoires » acquises depuis, mais regrette aussi tous les virages récents. « On assiste au recul des droits des femmes, des personnes trans, de toutes les minorités, partout dans le monde. » Et en France ? « Si le Rassemblement national remporte une majorité à l'Assemblée, on sait ce que cela peut donner. Il n'y a qu'à regarder les pays dans lesquels l'extrême droite s'est attaquée à l'État de droit. Il y a toujours un effet disproportionné sur les droits des LGBT. »

« C'est un parti qui a la haine de l'égalité. Ce sont des gens qui ne nous accepteront jamais, poursuit l'avocate engagée Caroline Mécary. Et l'histoire a montré qu'une fois aux manettes, ils sont aussi difficiles à déloger. Pire que des punaises de lit. » Sarah, 23 ans, étudiante antillaise, partage cet avis. Elle juge « nécessaire » de venir marcher « aujourd'hui » avant « d'aller voter demain », mais s'interroge. « Je vis déjà du racisme ou de l'homophobie au quotidien, je suis habituée, mais si l'extrême droite prend le pouvoir, tout ça sera banalisé. Et qu'est-ce que je pourrai faire ?, lâche-t-elle, inquiète. Peut-être partir d'ici. »

Colette n'a que 16 ans mais veut rappeler que le RN a une histoire et brandit bien haut une pancarte. Dessus, la tête de Jean-Marie Le Pen posée sur une dinde et l'une de ses nombreuses citations homophobes : « Les homosexuels, c'est comme le sel dans la soupe : s'il y en a pas du tout, c'est un peu fade, s'il y en a trop, c'est imbuvable. » Elle veut aussi montrer « la folie que c'est, de croire que le parti de Marine Le Pen défend les LGBT+ ».

L'asso Aides n'a pas non plus oublié toute la sérophobie du FN. Ce parti qui n'a cessé de dénigrer les gens atteints de VIH, que Jean-Marie Le Pen qualifiait de « lépreux » et voulait voir dans des « Sidatorium ». « Le RN au pouvoir serait une catastrophe pour la santé, pour les personnes nées à l'étranger qui vivent avec le VIH et pour toutes les politiques de réduction des risques », estime Margault, 30 ans et volontaire au sein de l'association. « Une politique de santé publique se fait avec toutes les populations », rappelle-t-elle, alors que Jordan Bardella prévoit de supprimer l'aide médicale d'État.

Un « sursaut » depuis trois semaines

Sur tout le parcours, quelques politiques défilent aussi : Olivier Faure du Parti socialiste (PS), Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise (LFI), Sandrine Rousseau des Écologistes, Ian Brossat du Parti communiste (PC)... « Toutes les marches sont importantes, mais celle-ci l'est peut-être plus que toutes les autres, juge le sénateur PC. On a une épée de Damoclès sur la tête et les agressions LGBTphobes récentes montrent que l'extrême droite reste ce qu'elle a toujours été : une organisation toujours à l'avant-poste pour agresser les minorités. »

D'où « l'importance de rester mobilisés », renchérit Stéphane Corbin, porte-parole de la fédération LGBT+. « On défile aussi pour inciter tous les abstentionnistes à aller voter, explique-t-il. De leur vote dépend notre vie. »

Ce n'est pas 2002, mais quelque chose est en train de se produire.

Elyes, 38 ans

Les agressions LGBTphobes et les discours de haine ont en effet été nombreux cette année 2024, et les statistiques sont toujours aussi alarmantes. Et depuis la victoire du Rassemblement national aux européennes, rien ne s'améliore. Depuis le 9 juin, desgroupuscules d'extrême droite s'en sont pris à des personnes trans et à un jeune homme, des militairesont agressé des personnes gays à Paris et des policiers ont tenudes propos homophobes tout en revendiquant leur sympathie pour le RN.

Il y a quelques mois seulement, la droite et l'extrême droite tentaient de faire voter une loi au Sénat pour faire sérieusement reculer le droit des personnes trans et interdire toute transition aux mineur·es. Le gouvernement s'y était opposé à la toute dernière minute et beaucoup pensaient la tentative avortée. « Si la gauche perd l'élection, c'est l'une des premières lois qu'ils feront passer. Les personnes trans, avec les étrangers, seront les premières personnes ciblées », lâche Juliette, 23 ans.

Mimosa, 35 ans, du collectif Les Inverti·e·s, estime qu'il est urgent de « construire une riposte unitaire antifasciste » et voit dans cette marche « la première étape de cette reconstruction ». « On a vu une mobilisation très importante ces trois dernières semaines. Des dizaines et des dizaines de personnes ont rejoint notre collectif et beaucoup d'autres se sont investies »,explique la militante, pour qui le temps est venu de « regagner le terrain de la rue qu'on a perdu ».

« Je n'ai jamais vu autant de jeunes militant descendre dans la rue, tracter, manifester pour la première fois », confirme Elyes, 38 ans. « Ce n'est pas 2002, mais quelque chose est en train de se produire, veut-il croire. Reste à savoir si tout ça sera suffisant pour battre l'extrême droite. »

David Perrotin

P.-S.

• MEDIAPART. 29 juin 2024 à 20h36 :
https://www.mediapart.fr/journal/france/290624/paris-une-marche-des-fiertes-festive-mais-qui-rappelle-le-danger-du-rn

ESSF invite lectrices et lecteurs à s'abonner à Mediapart.

• Les article de David Perrotin sur Mediapart :
https://www.mediapart.fr/biographie/david-perrotin-0

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

L’artiste israélienne Ruth Patir ferme son exposition à la Biennale de Venise en attendant un cessez-le-feu à Gaza et la libération des otages

L'artiste représentant Israël à la Biennale de Venise a appelé mardi à un cessez-le-feu dans la guerre de Gaza et a déclaré que son exposition resterait fermée jusqu'à ce que (…)

L'artiste représentant Israël à la Biennale de Venise a appelé mardi à un cessez-le-feu dans la guerre de Gaza et a déclaré que son exposition resterait fermée jusqu'à ce que les otages soient libérés. L'installation vidéo de Ruth Patir, intitulée "M/otherland", devait être inaugurée samedi au pavillon national d'Israël à la Biennale internationale d'art, mais la veille d'une présentation aux médias, elle a déclaré qu'elle resterait fermée pour l'instant.

Tiré de France Palestine Solidarité. Article paru à l'origine dans The New Arab. Photo : Biennale arte 2024 - Stranieri Ovunque - Strangers Everywhere © Biennale de Venise

"J'ai le sentiment que le temps de l'art est perdu et j'ai besoin de croire qu'il reviendra", a-t-elle écrit dans un message sur Instagram.

Elle a ajouté qu'elle et les commissaires Mira Lapidot et Tamar Margalit "sont devenues l'actualité, pas l'art".

"Et donc si l'on me donne une scène aussi remarquable, je veux faire en sorte qu'elle compte", a-t-elle écrit.

"J'ai donc décidé que le pavillon n'ouvrirait que lorsque les otages seraient libérés et qu'un accord de cessez-le-feu serait conclu".

Des milliers d'artistes, d'architectes et de conservateurs ont signé une pétition au début de l'année pour demander aux organisateurs de la Biennale de bannir Israël en raison de ses actions à Gaza, une demande condamnée par le ministre italien de la culture qui l'a qualifiée de "honteuse".

"En tant qu'artiste et éducateur, je m'oppose fermement au boycott culturel", a poursuivi Mme Patir.

"Mais comme j'ai le sentiment qu'il n'y a pas de bonne(s) réponse(s) et que je ne peux faire que ce que je peux avec l'espace dont je dispose, je préfère élever ma voix avec ceux que je soutiens dans leur cri, cessez le feu maintenant, ramenez les gens de leur captivité."

"Nous n'en pouvons plus."

Le 7 octobre, le Hamas a mené une attaque sans précédent contre le sud d'Israël, causant la mort de 1 170 personnes, selon les chiffres israéliens. Le groupe palestinien affirme que l'attaque a été lancée en réponse à l'occupation de la Palestine par Israël et à son agression continue contre le peuple palestinien, ainsi qu'à son siège de la bande de Gaza.

L'impitoyable offensive aérienne et terrestre d'Israël a tué plus de 33 800 personnes à Gaza depuis lors, principalement des femmes et des enfants, selon le ministère de la santé. Elle a poussé l'enclave au bord de la famine et a rendu une grande partie de la bande de Gaza inhabitable.

Israël estime que 129 des 250 otages saisis lors de l'attaque du 7 octobre se trouvent toujours à Gaza.

La Biennale Arte 2024, l'une des plus importantes expositions internationales d'art, se déroule du 20 avril au 24 novembre.

Traduction : AFPS

Au Soudan, résister en dessinant

20 août 2024, par Louise Aurat — , ,
Contraints de fuir la guerre qui ravage leur pays depuis plus d'un an, les dessinateurs soudanais mettent leur talent au service de l'information et de la paix malgré les (…)

Contraints de fuir la guerre qui ravage leur pays depuis plus d'un an, les dessinateurs soudanais mettent leur talent au service de l'information et de la paix malgré les dangers. Lancé début 2024, le magazine en ligne Khartoon Mag vise à les soutenir et à donner une visibilité à leurs caricatures.

Tiré d'Afrique XXI.

Le bougainvillier magenta arrosé tendrement par sa mère. Des rires, des pleurs. Le placard rempli de vaisselle uniquement destinée aux grandes occasions. Les livres minutieusement collectionnés au fil des années, qui ne seront jamais lus... Quand elle a fui la guerre, Shiroug Idris a emporté une somme de détails, et en parcourant ses illustrations soignées le lecteur devine que ces objets pèsent dans son cœur autant que s'ils avaient pu être transportés.

La dessinatrice a quitté sa maison trois semaines après l'éclatement de la guerre au Soudan, en avril 2023. Quelques mois plus tard, la voilà de nouveau déplacée. Elle garde une image de cet exode, qu'elle fige sur son carnet à dessins. Elle, assise dans un bus côté fenêtre où elle plonge son regard ; en dessous de son portrait, la jeune femme de 26 ans note : « Malgré la peur, j'ai vu la plus belle scène de coucher de soleil se reflétant sur les champs de mil – sous les pieds nus des passagers qui s'y balançaient. » Shiroug est l'une des trois contributrices actuelles de la résidence virtuelle du magazine en ligne Khartoon Mag. La première syllabe pour Khartoum, la capitale du Soudan, et Khalid, du prénom du fondateur ; et la seconde pour cartoon, dessin en français.

L'aventure éditoriale débute en janvier 2024 alors que la guerre ravage toujours le pays. L'objectif est de donner tous les trois mois la possibilité à trois dessinateurs soudanais, sur place ou en exil, de raconter le conflit en postant chaque semaine leurs dessins. Du témoignage personnel à la caricature politique, les artistes de différentes générations documentent les violations en cours, dénoncent les auteurs de crimes, reviennent sur les origines du mal, sèment l'espoir. « Un espace libre » et « sans censure » conçu par Khalid Albaih.

Ce dessinateur soudanais, qui a vécu aux quatre coins du globe et de manière épisodique au Soudan (son père était diplomate), est convaincu que, aussi simple soit-il, un dessin est un puissant outil politique. Notamment parce qu'« il parle à tous et ouvre des conversations », soutient-il. Les siens ont été largement diffusés sur la toile au moment des « printemps arabes », au début des années 2010. Fort de cette reconnaissance internationale, ce révolutionnaire virtuel se bat pour donner à voir le travail de ses pairs au Soudan. Ces dernières années, il a initié plusieurs projets allant dans ce sens, comme la création d'un fonds pour soutenir la communauté artistique (Sudan Artist Fund) ou encore l'édition de Sudan Retold, une collection d'œuvres de 31 artistes explorant l'histoire de la nation. Une nouvelle fois avec Khartoon Mag, Khalid mise sur la force de l'art pour instiller un changement positif : « Utiliser l'art pour parler à notre peuple, faire comprendre aux Soudanais la complexité de leur identité, cela nous guérira. Le Soudan est un grand pays, très diversifié. Dans chaque maison nous trouvons l'Égypte, l'Éthiopie, le Kenya... Seuls l'art et l'éducation peuvent nous aider à vivre ensemble. »

Le bruit des bombes

Deux figures politiques reviennent souvent sous les coups de crayon des dessinateurs : Abdelfattah al-Burhan, chef de l'armée soudanaise, et Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », chef des Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire. Dans un dessin du mois d'avril 2024, Ahmed Fouad (nom d'artiste : Ben) représente le futur sous la forme d'un jeune homme étranglé de la poigne des deux guerriers. Ce sont les principaux visages de ce conflit dévastateur. Le 15 avril 2023, des premiers échanges de tirs retentissent à Khartoum. Les deux camps revendiquent mutuellement le contrôle des principaux sites gouvernementaux et la population est prise en otage. Tayeb Hajo (nom d'artiste : Too Dope), tout à la fois musicien, compositeur et dessinateur, résume ce brutal changement de décor dans le titre d'un autoportrait : « From Rap & Boom Bap to War & Boum Bombs ». Dans ses oreilles, le bruit des bombes est venu remplacer celui des rythmiques de rap.

Le déclenchement de cette nouvelle guerre s'inscrit dans une longue histoire tumultueuse. Les protagonistes sont bien connus des observateurs de la vie politique que sont les caricaturistes. Dans une bande dessinée intitulée sobrement Hemetti, Yousif Elamin retrace en long et en large l'ascension de cet homme. Il nous rappelle qu'il était le vice-président du Conseil militaire de transition, dirigé par Abdelfattah al-Burhan, son adversaire actuel. Les deux s'étaient alliés en 2019 après la chute du dictateur Omar al-Bachir, dont le peuple avait réclamé le départ lors d'immenses manifestations populaires. Le pouvoir n'a jamais été pleinement remis aux civils. Si Hemetti a participé au renversement de l'ancien président, il n'a pas toujours été son opposant. « L'histoire de Hemetti commence en 2003 », nous raconte Yousif. Il remonte ainsi la chronologie du seigneur de guerre au génocide du Darfour, pour lequel Omar al-Bachir a été accusé par la Cour pénale internationale (CPI). Des massacres auxquels les milices de Hemetti ont participé.

En contrepoids à ce récit, dans une autre publication au narratif plus personnel, Yousif explique comment sa vision de l'armée s'est transformée au fil des années. Nourri à la propagande militaire depuis l'enfance, les images glorieuses diffusées par la télé ont été petit à petit entachées par ses relations tendues avec les représentants de l'ordre (la police mais aussi les agents administratifs), puis par l'alliance des forces armées avec les milices génocidaires.

« Documenter ce qu'il se passe »

Le site se revendique comme indépendant et entend offrir des « sources impartiales » aux internautes sur la situation au Soudan. Les artistes ont à cœur de dénoncer les exactions des deux camps. « Je dessine autant sur l'armée que sur les FSR. Ce qui m'importe, c'est que toutes ces injustices cessent, insiste Osman Obaid. Malgré la guerre, les politiciens restent concentrés sur le pouvoir. Mon rôle est de documenter ce qu'il se passe... Faire pression sur eux et leur dire qu'ils n'ont pas le droit de s'accaparer le pouvoir. » Une tâche qui n'est pas sans risque : les dessinateurs sont nombreux à avoir reçu des insultes, voire des menaces, sur les réseaux sociaux. Pour cette raison, le rédacteur en chef, Ahmed Mahgoub, a dû se résoudre à supprimer une caricature de l'un de ses dessinateurs vivant au Soudan. Elle représentait les deux belligérants chacun sur une pile de cadavres, l'un invoquant « la démocratie », l'autre « la patrie ». « Notre priorité est la sécurité de notre équipe. Nous avons décidé de retirer le dessin, mais d'une certaine façon cela montre que notre travail suscite des réactions », estime Ahmed.

La majeure partie des textes des dessins sont en arabe, car ils s'adressent d'abord à la population soudanaise. Quelques-uns sont en anglais. Un partenariat avec la plateforme internationale Cartoon Movement, qui promeut des artistes du monde entier, vise à donner davantage de visibilité aux dessinateurs. Dans un de ses dessins, Ben a glissé le hashtag #talk_about_Sudan, que l'on retrouve régulièrement sur les réseaux sociaux (ainsi que #keepEyesOnSudan). La guerre au Soudan ne bénéficie pas de la même attention médiatique que celle qui se déroule à Gaza. « Il y a une couverture médiatique, mais les médias étrangers parlent des crimes sans les condamner », regrette Shiroug.

Sous la plume d'Osman, nous voyons un membre des FSR bâillonner de sa main la planète entière. La justesse de son trait lui permet souvent de se passer de mots. Il partage l'avis de sa consœur : « En tant qu'artistes, nous pensons que le monde a besoin de prendre une position plus forte et d'arrêter de soutenir les parties en conflit. » Al-Burhan est un proche du chef d'État de l'Égypte voisine ou encore de l'Iran, et les FSR sont secrètement armées par les Émirats arabes unis. Ces alliances sont connues mais souvent tues par les représentants de la diplomatie internationale.

Les négociations entre les deux parties en conflit sont pour l'instant dans l'impasse, et les conditions de vie de la population se dégradent. Plus de la moitié des Soudanais, soit 24 millions de personnes, sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Environ 15 000 personnes sont décédées depuis le 15 avril 2023, selon les Nations unies. Un chiffre probablement en deçà de la réalité puisque les experts de l'ONU ont recensé un nombre équivalent de morts uniquement à Geneina, au Darfour, où les FSR et des milices alliées ont délibérément visé la communauté des Massalits.

« Un moyen de fixer les souvenirs et d'oublier la guerre »

Les artistes sont comme les autres Soudanais, leur vie est durement affectée par la guerre. Les six résidents ont jusqu'à présent pu être rémunérés grâce à l'International Media Support (IMS), une organisation à but non lucratif basée au Danemark qui soutient des médias locaux dans des contextes de crise. Khalid Albaih cherche une autre source de financement pour que le magazine puisse continuer d'exister. Khartoon Mag entend donner l'opportunité aux dessinateurs de poursuivre leur travail, malgré le chemin de l'exode ou de l'exil que tous ont dû emprunter. Début juin 2024, l'ONU recensait 12 millions de personnes contraintes de fuir leur foyer, dont 2 millions de réfugiés dans les pays voisins.

Shiroug et sa famille ont trouvé refuge dans l'est du pays. Des voisins les ont avertis que des membres des RSF occupaient maintenant leur ancienne habitation. Dans sa dernière série d'illustrations, elle raconte avoir vu un jour, en se rendant à l'hôpital où elle travaille comme médecin, des miliciens des RSF en train de voler la seule ambulance de la ville. La jeune femme a continué sa route et a fait comme si elle n'en avait pas été témoin. Dessiner est pour elle « un acte de résistance », mais aussi « un moyen de fixer les souvenirs et d'oublier la guerre ». « De nombreuses personnes s'identifient à mes histoires, confie-t-elle. Quand les personnes ont faim et sont déplacées, c'est difficile d'apprécier l'art. Ça l'est aussi de dessiner, mais il est nécessaire d'informer le monde sur ce qu'il se passe. »

Ben aussi a été plusieurs fois déplacé. Il n'a pas d'électricité et n'a que partiellement accès à Internet dans le village du nord du pays où il se trouve. Avant la guerre, ce jeune homme de 26 ans arrivait à vivre de son art. Ce n'est plus le cas. Mais malgré les conditions de vie difficiles, il n'a pas cessé de raconter les souffrances de son peuple. Ses vignettes colorées aux traits enfantins contrastent avec la violence des scènes qu'il dépeint : des millions d'individus qui ont perdu tous leurs biens matériels, les actes de pillage des FSR, les quartiers entièrement brûlés, les disparitions, les viols... « Alors que les violations sont évidentes, certains refusent d'y croire », dénonce le dessinateur.

De la révolution à la guerre

Nader Genie confie avoir perdu sa personnalité d'artiste pendant les premiers mois de la guerre, le cœur brisé par la perte de ses biens et l'effondrement de sa nation. « Mon studio personnel contenait des équipements numériques, beaucoup de peinture, des archives, des livres, des outils pour dessiner. Je n'ai plus rien. Ma voiture a été touchée par balles le premier jour de la guerre et c'est ce qui m'a obligé à quitter rapidement Khartoum. J'ai essayé de trouver un lieu décent pour ma famille, de la nourriture et un travail pour payer le loyer et assurer les autres dépenses », témoigne le caricaturiste âgé de 46 ans et finalement réfugié avec ses proches en Égypte au bout d'un long voyage.

Nader a retrouvé la force de résister en militant du côté de la paix. Dans une publication de Khartoon Mag datant du 25 avril, il écrit :

  • Devant moi se trouve une caricature représentant un énorme crocodile essayant d'avaler un peintre. Ce dernier a mis son crayon dans le sens inverse des mâchoires [du reptile, qui] ne peut plus l'attaquer. Ce que je veux dire, c'est que peu importe la grandeur de la machine de guerre, elle peut s'arrêter si nos modestes efforts sont placés au bon endroit.

Il se réfère à une œuvre du dessinateur français Plantu, qui avait effectué une visite en 2009 dans les locaux du journal soudanais où travaillait alors Nadir. Comme un clin d'œil, un des dessins qui illustrent l'article représente le visage d'un soldat belliqueux vers lequel sont pointés deux pistolets qui ne risquent pas de tuer : deux colombes sont nichées dans leurs canons. À côté de son travail pour le magazine en ligne, Nader a réalisé un livre, Salam Salah (« Paix et Arme ») à paraître prochainement, regroupant une trentaine de dessins visant à documenter les étapes du conflit.

Avant d'être emportés par la guerre et de s'engager pour la paix, nombreux ont été les membres de Khartoon Mag à avoir mis leur art au service de la cause révolutionnaire. En février 2019, Nader avait été sollicité pour créer une association regroupant les caricaturistes. Une page Facebook, « Les caricatures de la révolution soudanaise », regroupant tous les dessins autour du soulèvement avait vu le jour. Internet et les réseaux sociaux ont été de véritables bulles d'air durant cette période.

Tous connectés

Comme Nadir, Osman fait partie de ces caricaturistes soudanais qui vivent de leur art depuis plus d'une dizaine d'années. Il a connu le contrôle systématique des services de renseignements du régime d'Omar al-Bachir et la censure au sein des rédactions. « Après la chute d'Al-Bachir, c'est vrai qu'il y a eu une sorte de liberté d'expression, nous avons essayé de la conserver, mais nous avons échoué. Pendant la période de transition, même quand il y avait des civils au pouvoir, il y avait encore des pressions en interne », se remémore le dessinateur, aujourd'hui exilé en Ouganda.

Malgré l'état de peur qui persistait à cette époque, Ahmed Mahgoub a constaté un intérêt renouvelé de l'opinion publique pour la politique. Il a été à l'origine en 2015 de la première maison édition consacrée entièrement à la bande dessinée pour jeunes adultes, Kanoon Al Fan. « Nous avons donné la possibilité à de nombreux artistes d'être publiés, d'être visibles à l'international en participant à des foires. Leur niveau de confiance s'est amélioré », estime le trentenaire. Une nouvelle génération d'artistes a été formée. « Auparavant, les contributeurs se concentraient davantage sur des sujets sociaux, et là tout le monde voulait entendre parler de politique et de la révolution. » De nouveaux thèmes sont apparus, tels que le racisme. Ben pense que la révolution, en éveillant les consciences, est « l'une des meilleures choses qui soient arrivées au Soudan et à sa jeunesse ». « Je suis devenu un artiste politique plus que de divertissement », dit-il.

Kanoon Al Fan et d'autres initiatives ont cessé, mais les dessinateurs n'ont pas disparu. Khartoon Mag illustre la résilience de la communauté artistique soudanaise. « Je me suis toujours battu pour un Soudan où je pourrais vivre. Avec la guerre, je lutte pour un meilleur Soudan pour mes enfants », témoigne Khalid, avant de conclure : « C'est pour le monde, pas seulement pour le Soudan, nous sommes tous connectés. Si le Soudan va mieux, le Tchad ira mieux, l'Égypte aussi. »

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le combat de naître femme en Iran sous la perspective de l’artiste Sayeh Sarfaraz

20 août 2024, par Klara Alkalla — ,
« On ne naît pas femme on le devient » écrivait Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe (1949). C'est encore plus le cas en Iran lorsque les femmes sont aliénées dès la (…)

« On ne naît pas femme on le devient » écrivait Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe (1949). C'est encore plus le cas en Iran lorsque les femmes sont aliénées dès la naissance par la culture dominante masculine. Plus encore, par la théocratie exclusivement masculine.

Tiré de Journal des Alternatives

Klara Alkalla, collaboratrice

Parce qu'être une femme en Iran c'est vivre sous l'emprise du régime des Mollahs. C'est subir le Code pénal islamique qui détermine le statut de la femme comme inférieur. C'est se voir imposer des restrictions sévères sur sa liberté, ses droits et son autonomie. Ce n'est pas vivre sous les ordres d'un homme mais sous la contrainte du genre. Car naître femme est réduit à n'être qu'une femme, son genre la condamne à se taire et à agir sous les diktats d'une société patriarcale et répressive.

Être une femme en Iran, c'est être forte. C'est lutter pour soi et son prochain. Être femme en Iran, c'est résister. Résister à la souffrance, la brutalité, l'humiliation et le désespoir qui sont à l'image du travail de la police des mœurs. C'est porter le voile sous peine d'emprisonnement, c'est être Fatemeh Abdullahi (27 ans), pendue pour avoir désaimé son mari, c'est être accusée pour avoir subi un viol ou encore mourir pour aimer une autre femme. C'est aussi être Monireh Noori-Kia, dont l'exécution a été annoncée sans aucune justification.

FEMMES, VIE, LIBERTÉ : le mouvement des survivantes

Photographie de Sayeh Sarfaraz Credit phoo @ Gallea

Dépeint ainsi, le sort des femmes semble voué au néant. Pourtant, l'artiste-peintre Sayeh Sarfaraz propose un corpus de tableaux qui illuminent la pièce et le regard de la personne qui les voit. Son exposition Femme-Objet se poursuit jusqu'au 1er septembre au Centre d'exposition Letherbridge à Montréal.

Sa démarche soutient les Iraniennes dans leur mouvement au lendemain du meurtre de Masha Amini, le 16 septembre 2022, pour « port du voile inapproprié » à Téhéran, depuis lequel de nombreux.se Iranien.ne.s manifestent contre le fondamentalisme religieux.

« Femme, vie, liberté » est scandé dans les rues. Ce mouvement historique est plein d'espoir. Être une femme devient plus que jamais en Iran, une force. Sayeh Sarfaraz montre des femmes fortes, pleine de vie face à la mort.

Photos de l'exposition Femme-Objet – Crédit @ Klara Alkalla

Elles sont entourées d'objets d'espoir tels que des bougies allumées qui symbolisent leur résilience et détermination à lutter pour leurs droits et leur liberté. Aussi, beaucoup de fleurs et de bijoux que l'artiste justifie par l'héritage perse. Elle affirme que le sort des femmes aujourd'hui n'est pas à méprendre avec celui de leurs ancêtres et que leur lutte actuelle s'enracine dans une longue tradition de courage et de résistance. Face aux armes qu'elle peint, c'est la vie que nous voyons. Ces femmes sans visage incarnent l'image de toutes les femmes iraniennes, soulignant l'universalité et la puissance de leur combat.

Un combat de tous, pour toutes

La lutte des Iraniennes est un rappel poignant que la quête d'égalité et de liberté est universelle. En se tenant au côté de ces femmes, le monde peut montrer que leur combat n'est pas vain et que la solidarité mondiale est plus puissante que la répression.

Marche Mondiale – Femme – Vie – Liberté à Montréal @ Crédit photo André Querry via Flickr_files

L'exposition Femme-Objet démontre d'une solidarité qui transcende les frontières et renforce la détermination collective pour un avenir où chaque femme, partout dans le monde, pourra vivre dignement. L'engagement international pour les droits humains et l'égalité des sexes sont essentiels pour faire reculer les injustices et soutenir les luttes locales, comme celle des Iraniennes, en leur offrant l'espoir et la force nécessaires pour continuer leur combat. Parce qu'être une femme ne doit plus être un combat, mais un droit.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

WECH’ ?

20 août 2024, par Omar Haddadou — ,
– On le tient, mon Adjudant ! – Assurez-vous que c'est bien lui ! – Affirmatif ! - Mettez-le dans le panier à salade sans l'abîmer ! - Il a déjà l'arcade amochée et la (…)

On le tient, mon Adjudant !

Assurez-vous que c'est bien lui !

Affirmatif !
- Mettez-le dans le panier à salade sans l'abîmer !

- Il a déjà l'arcade amochée et la jambe sanguinolente.

– Votre œuvre ?
- La cavale, mon Adjudant.

– Tachez de le ramener entier au Commissariat !

(Wech' ? est menotté dans le bureau du Commissaire Serjouin, après une longue traque) - Vous savez pourquoi on vous a coffré au terme d'une éprouvante filature ?

- Non, Monsieur.

– Monsieur qui ?
- Le Commissaire.
(L'Officier pivote sur ses talons, furibard. Il dit, cependant :)
– J'aime les mal-dégrossis de votre acabit.

– Je ne suis pas un clandestin, se défend « Wech' ? », encore moins le père de la vague migratoire. Laissez-moi partir !
– Vous avez intérêt à changer immédiatement de ton ! Vous êtes à la Une de tous les médias, défrayant la chronique en l'Hexagone et bientôt dans toute l'Europe.

– Pourquoi autant d'incandescence ?

- Monsieur joue l'ignorant, hein ?

– Je vous jure que…

- Ne jurez pas ! Vous avez la tête d'un arracheur de dents.
(Courroucé, le Commissaire glapit :)
- Drôle de façon de « vous vous cachez derrière votre petit doigt ».

– J'peux pas, je mesure 1,80.

– La ferme !
- Les menottes me serrent trop, j'ai mal.

– La commande des menottes capitonnées arrive lundi.

- S'il vous plait, pourquoi cette arrestation ? Ma famille doit s'inquiéter (L'Officier se déchaîne )
- Parce que vous avez tué notre « ALORS ? » interrogatif pour prendre sa place.

– Mais je ne peux pas commettre une telle abomination, Monsieur le Commissaire.

– Etes-vous conscient, vous le Maghrébin ! de votre émancipation en France / ?

- (…)
- Tout l'Monde se met au diapason de : « Wech' ? », « Wech' ? » Wech' ? ».

Les Jeunes, les écoliers, les élus (es), vous adoptent religieusement en disant « Wech' ? » à la place d'« Alors ? » ou « Comment ça va ? ». Même l'Aristocratie s'y met. Chez les filles c'est carrément l'inoculation d'un nouvel ADN. A ce rythme, on « éponymera » une exoplanète : « Wech' ? ».

- Enrichissement néologique, Monsieur le Commissaire.

– Et mon poing sur la figure, c'est pas de la chirurgie réparatrice ?

-Je vous assure que ce n'est pas moi qui ai tué « Alors ? ».

– Parole de Fellaga !
- J'aimerais bien.
– Bouclez-la ! Vous êtes le signe avant-coureur du Remplacement ! Une calamité lexicale invasive. Vous venez d'où ? Répondez !

- D'Al…
– Parlez sinon j'emploie les gros moyens !

- D'Alger, Monsieur le Commissaire.

–Et voilà ! J'en étais sûr. Foyer des Rebelles !
- Mais je vous l'atteste encore une fois, que je n'ai aucun rapport avec « Alors ? ».

– Adjudant ! Appelez-moi le chef de l'établissement pénitentiaire et mettez ce Subversif en cellule du Quartier d'Isolement pour éviter toute dissémination endémique de « Wech' ? » sur notre territoire national !

(De retour, les hommes du Commissaire Serjoint croisent une brigade d'un autre département. Paulo, le Sergent franco italien qui ignore l'objet de la mission des revenants, demande à son collègue Antoine) :

Wech' ? Antoine, on a mouillé son treillis ?

Texte et dessin : Omar HADDADOU

NB : 1) Quand le locuteur dit : « Wech' ? » les Jeunes, ça va ? ou « Wech' ? » il t'a collé un zéro ? » : (WECH' ? est ici une interjection interrogative appelant une réponse plus au moins détaillée).
2) Quand X hèle Y, ce dernier rétorque par « Wech' ? » pronom interrogatif, cela signifie : qui y a -t-i, quoi ?

3) Wech' ? a surtout gagné en prépondérance dans l'oralité, occupant la première place de la phrase : « Wech' ? on t'a appelé deux fois, mais tu n'as pas répondu ».

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La conquête de la Palestine - De Balfour à Gaza, une guerre de cent ans par Rachad Antonius

20 août 2024, par Rachad Antonius — , , ,
Pour comprendre l'horreur qui perdure à Gaza, il faut rappeler l'histoire de la mainmise graduelle du mouvement sioniste sur la terre de Palestine. Un essai qui remet les (…)

Pour comprendre l'horreur qui perdure à Gaza, il faut rappeler l'histoire de la mainmise graduelle du mouvement sioniste sur la terre de Palestine. Un essai qui remet les pendules à l'heure.

L'essai *La conquête de la Palestine - De Balfour à Gaza, une guerre de cent ans*, du sociologue Rachad Antonius, paraît en librairie le 20 août.

En bref : selon Fabienne Presentey, membre de Voix juives indépendantes Canada et préfacière du livre, « L'auteur ne nous livre justement pas un livre de réponses toutes faites, mais un ouvrage engagé qui a le mérite de nous offrir des clés essentielles pour mieux saisir pourquoi Israël est devenu ce qu'il est. »

À propos du livre

Ce livre n'est pas une histoire du conflit entre Israël et la Palestine. Il n'aborde qu'un seul aspect de ce conflit, le plus central, et pourtant le moins considéré : l'histoire de la mainmise graduelle du mouvement sioniste sur la terre de Palestine depuis plus de 100 ans et l'expulsion massive des Palestinien·nes qui l'a accompagnée. Tenir compte de cette vérité élémentaire permet de remettre les pendules à l'heure sur certains débats qui occupent l'espace public, surtout depuis la guerre de Gaza de 2023-2024. Car le conflit israélo-palestinien n'a pas commencé le 7 octobre 2023, dans la foulée de l'attaque meurtrière du Hamas. Il est impossible de comprendre ce qui s'est passé ce jour-là, et ce qui a suivi, si on ne prend pas en considération tout ce qui a précédé cette date fatidique.

Rachad Antonius raconte ainsi la conquête de la Palestine à partir de trois moments structurants : la Déclaration Balfour et le Mandat britannique (1917-1922, préparation de la conquête), la création de l'État d'Israël (1947-1949, conquête par la guerre et l'occupation) et les accords d'Oslo (1993-1995, conquête sous couvert de processus de paix). Colonisation, dépossession, violations des droits humains, apartheid : il rappelle une histoire qui ne doit pas être oubliée si l'on souhaite lui donner un autre avenir.

Le sociologue aborde ensuite des questions délicates, et souvent controversées, qui ont été exacerbées dans la foulée de la guerre de Gaza : l'opposition au projet politique sioniste est-elle une forme d'antisémitisme ? Quelle est la place de la violence de part et d'autre du conflit ? Pourquoi les divers plans de paix ont-ils échoué ? Le droit international peut-il mener à la paix ? Que dire de la politique canadienne à l'égard de la situation au Proche-Orient ?

S'appuyant sur des travaux d'historiens israéliens et des traités internationaux, *La conquête de la Palestine* nous permet de jeter sur les événements un regard différent de celui qui domine au sein des grands médias et des élites politiques occidentales, un regard animé par la défense des droits humains. Seul un renversement de cette dynamique de conquête, peu probable dans l'immédiat mais possible à moyen terme, permettra d'en arriver à une solution durable et d'éviter des catastrophes encore plus coûteuses tant pour les Palestinien·nes que pour les Israélien·nes.

À propos de l'auteur

Rachad Antonius est professeur titulaire retraité du département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont *Islam et islamisme en Occident *(avec Ali Belaidi, PUM, 2023). Il intervient régulièrement dans les médias au sujet de l'Islam et du Proche-Orient.

Parmi ses dernières interventions :


https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/desautels-le-dimanche/segments/entrevue/429010/islam-islamisme-occident-elements-pour-un-dialogue-rachad-antonius

https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/1947817/entrevue-canada-islam-islamisme-islamophobie-rachad-antonius-ali-belaidi

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La bible de la mobilisation ! | Le guide Organiser, mobiliser, gagner paraîtra le 27 août | Par Labor Notes et Alain Savard

20 août 2024, par Alain Savard — ,
La bible de la mobilisation ! Adaptation québécoise de la célèbre formation Secrets of a Successful Organizer (Labor Notes), ce guide de renouveau syndical nous outille pour (…)

La bible de la mobilisation ! Adaptation québécoise de la célèbre formation Secrets of a Successful Organizer (Labor Notes), ce guide de renouveau syndical nous outille pour transformer ensemble nos milieux de travail et nos communautés.

Le livre Organiser, mobiliser, gagner, de l'organisation américaine Labor Notes avec la collaboration d'Alain Savard (adaptation et traduction), va paraître en librairie le 27 août.

En bref : Que l'on souhaite dénoncer un patron toxique, améliorer ses conditions de travail, convaincre ses collègues de se syndiquer, repeupler ses assemblées générales ou même, avec un peu d'imagination, mobiliser les membres de sa communauté ou de son voisinage, ce guide de renouveau syndical est l'outil idéal pour planifier des actions collectives qui fonctionnent. Après les guides de croissance personnelle, voici ce qu'on pourrait qualifier de guide de « croissance collective ».

À propos du livre

Que l'on souhaite dénoncer un patron toxique, améliorer ses conditions de travail, convaincre ses collègues de se syndiquer, repeupler ses assemblées générales, aider son syndicat ou même, avec un peu d'imagination, mobiliser les membres de sa communauté ou de son voisinage, ce guide de renouveau syndical est l'outil idéal pour atteindre ses objectifs. Il propose une démarche, étape par étape, pour planifier des actions collectives qui fonctionnent.

Les principes fondamentaux de l'organisation syndicale sont présentés sous la forme de 47 « secrets », regroupés en 8 leçons, chacune d'entre elles étant illustrée par des exemples concrets provenant des États-Unis, du Canada et du Québec. Chaque leçon comporte également des conseils, des exercices et des documents de formation à télécharger.

Organiser, mobiliser, gagner est une adaptation québécoise de la célèbre formation Secrets of a Successful Organizer, elle-même le fruit de 40 années d'expérience sur le terrain de l'organisation américaine Labor Notes. Cette formation a d'ailleurs joué un rôle déterminant dans la syndicalisation du premier entrepôt d'Amazon au Québec par la CSN en avril 2024, sans parler de son impact important aux États-Unis (notamment chez GM, Ford, Chrysler et UPS).

S'inscrivant dans la mouvance du « syndicalisme de transformation sociale », ce guide s'adresse à la fois aux personnes qui débutent leur implication dans le monde syndical et aux militant·es d'expérience à la recherche de pratiques inspirantes. Devant les défis que posent l'économie mondialisée et les mutations du monde du travail, ce livre nous rappelle tout le pouvoir de l'action collective et nous outille pour transformer ensemble nos milieux de travail, et nos communautés.

À propos de l'auteur

Alain Savard est conseiller syndical et docteur en sciences politiques (Université York). Il a coécrit Pour une écologie du 99 %, avec Arnaud Theurillat-Cloutier et Frédérick Legault (Écosociété, 2021).

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Travailleuses de la résistance. Les classes populaires ukrainiennes face à la guerre, de Daria Saburova

20 août 2024, par Catherine Samary — , ,
Daria Saburova nous livre une passionnante enquête de terrain en temps de guerre déployée pendant trois mois dans la cité minière de Krivih Rih. Elle se centre sur le « travail (…)

Daria Saburova nous livre une passionnante enquête de terrain en temps de guerre déployée pendant trois mois dans la cité minière de Krivih Rih. Elle se centre sur le « travail de résistance » bénévole des femmes des classes populaires de cette ville. C'est une enquête « située » : elle rompt avec les approches « géopolitiques » qui dominent une partie de la gauche ignorant la société ukrainienne agressée et résistante. Elle rejette également certaines présentations positives mais essentialisées de l'Ukraine résistante occultant les clivages et contradictions (de classe, de genre, voire d'éthnicité) qui la traverse.

Hebdo L'Anticapitaliste - 714 (27/06/2024)

Par Catherine Samary

Éditions du Croquant, 2024, 256 pages, 17 euros.

Daria Saburova nous dit aussi, après l'émotion de plusieurs rencontres et récits, se sentir « incapable de trouver les mots », sauf de façon indirecte, « pour décrire la violence de l'occupation et de la guerre » (p. 33) – des documentaires ou la poésie peuvent mieux l'exprimer, ajoute-t-elle. C'est avec une impressionnante richesse et sensibilité « politique » au sens le plus complexe qu'elle nous fait découvrir des vécus, des perceptions du passé et des comportements populaires qui résistent aux normes (néolibérales ou linguistiques) que voudraient imposer les dominants – d'où qu'ils viennent. Le point de vue genré et de classe se combine à une approche contextualisée qui rejette les stéréotypes et visions linéaires de l'histoire. C'est un ouvrage précieux qui aide à voir l'inattendu et à penser.

Carence de l'État social : travail bénévole des femmes et exploitation accrue

Daria Saburova veut ancrer son étude à partir du point de vue des travailleuses bénévoles interrogées. Elle en révèle l'ambivalence entre « résistance populaire » (pour aider les hommes au front) et « travail gratuit » de femmes des classes populaires. L'analyse souligne sur ce plan les transformations produites par la guerre au cœur des mécanismes de la « reproduction sociale », quand l'invisibilité de l'espace privé des tâches habituellement « domestiques » des femmes devient « socialisation » via les solidarités auto-organisées, vers les combattants. Daria poursuit l'analyse du dit « travail bénévole » incorporant une hétérogénéité et des hiérarchies sociales insérées dans un système : les grandes organisations humanitaires captent des ressources spécifiques et rémunèrent quant à elle leurs « bénévoles » des classes moyennes – femmes et hommes occupant des fonctions spécifiques de responsabilité.

C'est ce que le deuxième chapitre explore. Daria Saburova y souligne comment, après des décennies de démantèlement de l'État social, s'insèrent les « lois du marché humanitaire global » (et de ses grandes ONG) qui affectent leurs règles et sous-traitance, en bout de chaîne, sur le terrain, vers le travail bénévole et gratuit des femmes populaires. Ce faisant, l'analyse et le concept contradictoire de « travail de résistance » éclaire à la fois les « capacités d'auto-organisation des classes populaires » dans les espaces de carence de l'État social – et l'aggravation de l'exploitation que cela couvre, au sein de la reproduction sociale genrée.

Deux modèles de capitalisme

Le troisième chapitre de l'ouvrage fournit alors des éclairages historiques sur les restructurations économiques et les luttes politiques sous-jacentes à ces mécanismes affectant l'Ukraine, « de l'indépendance à la guerre ». Daria Saburova explicite ici la problématique et la périodisation proposées par Denys Gorbach (1) analysant les tensions entre « deux modèles de capitalisme » – le « capitalisme paternaliste » porté par les « forces pro-russes » (prédominant à Krivih Rih) et le capitalisme néolibéral « porté par les élites national-libérales pro-occidentales ». L'enquête et les commentaires de Daria Saburova soulignent les vécus spécifiques (dans la région de Krivih Rih) des grandes crises et bifurcations de l'histoire de l'Ukraine indépendante – de 1991 à la « révolution de Maidan » ; le basculement de l'annexion de la Crimée et de la guerre hybride dans le Donbass de 2014 à 2022, puis l'invasion. Daria Saburova fait apparaître ce passé présent d'où émergent des identités différenciées, bousculées et revisitées par la guerre.

Des pratiques linguistiques mêlant russe et ukrainien

L'ouvrage se termine sur « le nouvel ordre symbolique » produit par les interactions de transformations profondes à diverses échelles spatiales et sociales. Comment la guerre – et les injonctions opposées d'appartenance ethnique et linguistiques – transforme-t-elle les comportements et choix des couches populaires étudiées dans cette région massivement « russophone » ? Et que veut dire – et « faire dire » selon certaines approches – un tel qualificatif ? Daria Saburova revient à ce propos sur les stéréotypes ethnicisant la politique. Et elle nous fait à nouveau découvrir les comportements et choix ambivalents populaires résistant sur plusieurs fronts dans cette région qui fut massivement « anti-Maidan ». Ces ambivalences se condensent dans la pratique linguistique du (voire des) sourjyk mêlant le russe et l'ukrainien. Comment l'invasion russe impacte-t-elle les rapports à la langue – russe et ukrainienne ? « La situation linguistique en Ukraine », nous dit Daria Saburova « n'est aujourd'hui réductible ni aux processus de “décolonisation” revendiquée par les élites ukrainiennes, ni à “l'oppression des russophones” brandie par la classe dominante russe pour justifier sa guerre d'agression ».

Travail de résistance

Ce refus des présentations binaires simplistes est profondément à l'œuvre dans l'ensemble de l'ouvrage, est au cœur du concept du « travail de résistance » qu'Étienne Balibar explore dans sa préface. Face aux discours normatifs, Daria analyse à quel point les mots eux-mêmes – comme « bénévolat » – sont ambivalents et bousculés par la guerre, recouvrant aussi des réalités sociales différenciées. Les nouveaux mots associés à la guerre font ainsi passer du « bénévolat » au « volonterstvo », notion plus englobante qui devient, nous dit Daria Saburova, « l'un des principaux régimes de mobilisation du travail en temps de guerre dans toutes les couches de la population ». Mais le concept de « travail de résistance » qu'invente Daria lui permet aussi – au-delà des dimensions féministes et de classe – d'établir un lien entre enjeux humanitaires et enjeux politiques, associés à la guerre. Il s'agit d'un de ces multiples terrains où « l'issue de la guerre déterminera les possibilités de reconfiguration des rapports de force » – une des questions ouvertes par cet émouvant et passionnant ouvrage. Il faut, tout simplement, le lire. Le livre est désormais disponible en librairie (faites-en la demande !) et sur le site de l'éditeur.

Catherine Samary

1. Pour les anglophones : Denys Gorbach, The Making and Unmaking of the Ukrainian Working Class : Everyday Politics and Moral Economy in a Post-Soviet City, Berghahn Books, 2024. Espérons une version populaire en français de cette approche complexe des « régimes » ou logiques socio-économiques et politiques contradictoires qui interagissent au sein de la « cité » minière de Krivih Rih. Denys Gorbach y interroge les transformations et comportements de la classe ouvrière « post-soviétique » et d'une nouvelle « politique économique » composite. On peut au moins lire en français une partie de son approche dans son chapitre (« L'économie politique de l'Ukraine de 1991 à 2022 : régimes de propriété, politiques institutionnelles et clivages politiques ») dans l'ouvrage collectif, Karine Clément, Denys Gorbach, Hanna Perekhoda, Catherine Samary, Tony Wood, L'invasion de l'Ukraine. Histoires, conflits et résistances populaires. La Dispute, 2022.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

L’antifascisme : Son présent, son passé et son avenir

20 août 2024, par Lux éditeur — ,
Un inquiétant bruit de bottes résonne à nouveau partout en Europe et en Amérique, marquant la fin d'une période de latence que d'aucuns ont interprétée comme une victoire (…)

Un inquiétant bruit de bottes résonne à nouveau partout en Europe et en Amérique, marquant la fin d'une période de latence que d'aucuns ont interprétée comme une victoire contre le fascisme. Héritiers de la résistance contre Mussolini et Hitler pendant les années 1920 et 1930, les antifascistes, eux, n'ont jamais baissé la garde et ont bâti une longue tradition de lutte contre l'extrême droite que chacun d'entre nous gagnerait à mieux connaître aujourd'hui.

Dans cette captivante enquête, Mark Bray donne un aperçu unique de l'intérieur de ce mouvement et écrit une histoire transnationale de l'antifascisme depuis la Seconde Guerre mondiale. Rédigé à partir d'entretiens menés avec des antifascistes du monde entier, L'antifascisme. Son présent, son passé et son avenir dresse la liste des tactiques adoptées par le mouvement et en analyse la philosophie. Il en résulte un éclairant portrait de cette résistance méconnue, souvent mythifiée, qui lutte sans relâche contre le péril brun.

« J'y avance que l'antifascisme militant est une réponse sensée et historiquement fondée à la menace fasciste qui a persisté après 1945 – et qui n'a jamais été aussi vivace que ces dernières années. Peut-être ne refermerez-vous pas ce livre en antifasciste convaincu, mais au moins aurez-vous compris que l'antifascisme est une tradition politique légitime, héritière d'un siècle de luttes dans le monde entier. »

Mark Bray est historien et enseigne à l'université Rutgers. Il a été l'un des organisateurs du mouvement Occupy Wall Street.

En librairie le 22 août | 16,95$ | 328 pages

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La réduction à la source une priorité

20 août 2024, par Pascal Grenier — ,
La réduction à la source devrait être la priorité de la gestion des matières résiduelles. Pour y arriver les plans de gestion des matières résiduelles des villes et des MRC (…)

La réduction à la source devrait être la priorité de la gestion des matières résiduelles. Pour y arriver les plans de gestion des matières résiduelles des villes et des MRC devraient inclure une section importante sur l'information et la sensibilisation à la réduction. Les pratiques québécoises jusqu'à date mettent l'accent presque exclusivement sur le recyclage, alors que la théorie de la récupération prône l'intervention par les 3RV soit : réduction, réemploi, recyclage et valorisation et ce dans l'ordre hiérarchique.

Pour mieux comprendre la réduction à la source voici le développement de cinq thèmes : la réduction de la consommation, la dématérialisation de la consommation, le partage des biens matériels, l'utilisation accrue de la location et du prêt et finalement l'habitude des achats responsables.

La réduction de la consommation passe d'abord par une prise de conscience des comportements que l'on peut souvent associer à de la surconsommation, si répandus dans notre société. Ensuite cette réduction pourrait être facilitée en diminuant l'exposition à la publicité. Elle peut aussi prendre la forme d'une plus grande utilisation d'Internet dans les communications par exemple le paiement des factures, l'acheminement de formulaires, etc. Il existe bien sûr plusieurs autres moyens pour réduire le gaspillage et la production de déchets tels l'utilisation des sacs de magasinage réutilisables, faire les photocopies recto/verso, faire les achats en formats familiaux, l'élimination du suremballage, etc.

La réduction à la source peut également se réaliser par la dématérialisation de la consommation. Par exemple, je peux m'inscrire à une saison de théâtre plutôt que de m'acheter une deuxième télévision, faire du badminton avec mon enfant aux loisirs municipaux plutôt que d'acheter des équipements d'exercices sophistiqués pour la maison, etc. La dématérialisation des achats réduit l'utilisation des ressources naturelles, de l'énergie et de la pollution sans diminution du niveau ou de la qualité de vie.

Le partage des biens matériels est une autre façon de réduire à la source. Dans notre société, de plus en plus individualiste, on se trouve bien des raisons pour ne pas partager, par exemple l'échelle ou la tondeuse avec le voisin. Ce serait cependant une excellente façon de maintenir des liens sociaux, d'économiser argent et ressources naturelles et de réduire les déchets.

L'augmentation des services de location et de prêt pour les accessoires de bébé et les articles de sports par exemple, seraient des façons d'accroître les pratiques déjà existantes comme les bibliothèques municipales, les joujouthèques et les commerces de location d'outils.

Finalement, dans le cadre de la réduction à la source, la question des achats responsables mérite une attention toute particulière de la part du consommateur. En effet, ai-je vraiment besoin de ce bien ? Puis-je me le procurer autrement qu'en l'achetant ? Le bien est-il durable, réparable, réutilisable, recyclable ? Est-ce qu'il polluera à l'enfouissement ou à l'incinération ? Toutes ces questions méritent une réponse sensée avant d'acheter.

Cette question de la réduction à la source peut sembler quasiment révolutionnaire dans notre monde capitaliste. En effet, celui-ci est caractérisé par la course à la consommation, stimulée par une publicité omniprésente et une croyance que les possibilités de croissance sont sans limites.

N'est-il pas plus que temps de rationaliser le capitalisme pour le mettre véritablement au service de la qualité de vie et ce dans le respect des capacités de l'environnement.

Pascal Grenier sec.-très.
Nos choses ont une deuxième vie

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Pour contrer le gaspillage d’objets seconde main

20 août 2024, par Pascal Grenier — ,
Bien qu'il existe toutes sortes de façons de se procurer des articles seconde main, l'achat de ceux-ci fait souvent l'objet d'un mépris. Ce phénomène, additionné au bas prix (…)

Bien qu'il existe toutes sortes de façons de se procurer des articles seconde main, l'achat de ceux-ci fait souvent l'objet d'un mépris. Ce phénomène, additionné au bas prix des produits importés, provoque un immense gaspillage.

Quantités de produits seconde main en bonne état, sont systématiquement éliminées dans nos sociétés hyper consommatrices. Plusieurs phénomènes dont « le jeu de la publicité », lancent les gens dans une consommation à outrance et provoquent des sentiments de rejet, voire de mépris, pour tout ce qui n'est pas de derniers cris. Le respect de l'objet a disparu pour faire place au culte de la nouveauté.

Non seulement les objets deviennent désuets à cause des changements apportés par les designers et les améliorations technologiques, mais aussi parce que les réparations sont devenues « non rentables » à cause du phénomène du double coût, soit le coût élevé de notre main-d'œuvre et les bas coûts des produits importés, spécialement d'Asie. La rareté de la main-d'œuvre qualifiée et aussi des pièces de rechanges compliquent les réparations. Ceci entraîne la mise au rebut d'objets aussi récents que des lecteurs DVD. Alors imaginez où se retrouve votre VHS. Vous croyiez qu'en le donnant à une œuvre de charité, on aurait trouvé quelqu'un pour le réparer ? Ou encore plus difficile, pour le racheter ?

Personnellement, j'ai vu chez des organismes caritatifs, des montagnes de sacs contenant des vêtements usagés lesquels étaient vendus à quelques sous la livre pour l'exportation. Bien qu'il n'y ait pas d'autres solutions pour les organismes ceci constitue une sorte de « dumping » néfaste pour les économies locales du sud. Vous aurez sans doute observé à l'occasion d'une collecte des encombrants dans votre quartier, combien il se gaspille d'objets encore utilisables. C'en est triste …

Pour contrer ce gaspillage, personnellement j'ai d'abord adopté l'habitude de rechercher, systématiquement, une version seconde main des objets dont j'ai besoin. J'ai constaté, après plusieurs années de ce comportement, que j'ai adopté une méthode de recherche efficace, (ex : Kijiji, groupes Facebook tels Marketplace, Buy Nothing, À Donner Québec, ATCT/VTCT) que je me suis bâti un répertoire de lieux d'approvisionnement et que je peux presque toujours me procurer une version seconde main de l'objet recherché, et ce à environ 25% du prix du neuf ou simplement gratuitement. Il en résulte que l'environnement et mon portefeuille se portent beaucoup mieux. Pour chaque objet à trouver c'est maintenant un vrai défi et un réel plaisir d'entreprendre les démarches.

Concernant les réparations des appareils électriques et électroniques, je fais appel aux techniciens bénévoles du « Café Réparations » de l'organisme La Patente de Limoilou qui font les réparations pour un montant forfaitaire de 5$.

Ces façons de procéder, si elles se généralisaient constitueraient des éléments importants d'un rempart contre certains effets pervers de la mondialisation néolibérale. En plus d'être des mesures majeures pour réduire le gaspillage et protéger l'environnement, elles permettraient de créer ici beaucoup d'emplois dans les domaines de la vente et de la réparation de produits seconde main, tout en améliorant indirectement le niveau de vie de ceux qui achèteraient des objets ayant déjà servi.

Pascal Grenier sec.-très
Nos choses ont une deuxième vie
Québec

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Liquider sa chair rien que pour la survie de la chair de sa chair

« Elles sont des victimes d'un système qui prône l'exclusion juvénile, des femmes cocues, des Mamans précoces, qui, pour préserver la vie de leurs enfants se voient obligées (…)

« Elles sont des victimes d'un système qui prône l'exclusion juvénile, des femmes cocues, des Mamans précoces, qui, pour préserver la vie de leurs enfants se voient obligées de donner la leur en échange. Existe-il un acte plus héroïque que celui-là ? Que peut-on faire de plus humain ? »

Alors que plus d'un l'ignore, le centre-ville de Port-au-Prince est sur le point de s'ériger en bastion de la prostitution. Au vu et au su de tous, presqu'à chaque rue est exposé un bordel truffé de jeunes femmes bien portantes. Ainsi, le côté économique de l'affaire apportant gros surtout aux proxénètes fait poindre ces petites boites exponentiellement.

Rien qu'au cœur de Portail Léogane on compte environs onze (11) bordels, néanmoins cela semble ne pas suffire puisque l'effectif des prostituées se révèle indénombrable. De ce fait, du matin au soir, elles occupent les moindres recoins de la zone, leur nudité cachée derrière une mini-jupe et une culotte tanga. Portail Léogane qui n'était qu'une station de transport en commun brodé de braves âmes qui, à toute heure, liquident de produits divers, aujourd'hui est enjolivé de jolies créatures s'apprêtant à offrir leur corps en échange de quelques gourdes. Désormais, on y va plus que pour le transport en commun, mais aussi pour s'acheter du Sexe. Oui du sexe dans le vrai sens du thème, en compagnie de jeunes femmes qui s'y connaissent en matière de séduction. Des gonzesses bien armées pour apaiser la soif sexuelle des clients même les plus coriaces.

Parmi cette trâlée de vendeuses de sexe se trouve Kethia (un nom emprunté), âgée de vingt-neuf (29) ans, de teint noir fin, apparemment l'une des premières bénéficiaires de la beauté divine, avec une architecture corporelle indescriptible en charme, déjà mère d'une petite fille de 13 ans. Dans son secteur, on la surnomme Neymar pour sa manière de se coiffer, aussi parce qu'elle a battu un record majeur. Rien qu'à sa première journée de travail, elle a desservi, avec expertise 60 clients.

Pratiquant ce métier depuis l'âge de 16 ans, quelques mois après avoir mis au monde sa fille. Elle raconte ne pas se voir comme une pute car, de son point de vue, la prostitution comme tout autre métier devrait se faire avec non seulement le corps, mais aussi l'âme et le cœur. Ce qui n'est pas le cas ici ! L'unique motif c'est l'argent ! D'enchaîner, elle avoue ne jamais penser à se livrer à une telle pratique, cependant une fois que son père l'ait abandonnée, l'obligation lui était faite de se bouger les coudes pour pouvoir subvenir à ses plus faibles besoins. Et, ce fut la prostitution que la vie lui a offerte comme première option. Elle a tout de même tenté d'autres coups avant de s'y lancer. Elle faisait la lessive pour des gens, mais cela lui rapportait très peu. « Dans un pays comme Haïti où tout va pour le pire, et se sentir complètement seule avec un bébé à prendre en charge, qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment diable préserver son amour propre ? Des heures de ménage ou la lessive, certes, mais combien cela nous apporterait-il ? Il n'y a avait pas vraiment 36 solutions pour une personne comme moi », nous a-t-elle avoué larme à la gorge.

Faute de grive on mange des merles

Sans vouloir culpabiliser les prostituées. Il y a une chose sur laquelle Kethia ne doute pas une seconde. C'est que la majeure partie des femmes qui se prostituent, le fait avec leur âme détachée de leur corps. Quand ce n'est pas pour se nourrir elles-mêmes et leurs enfants, c'est parce qu'elles se trouvent en position de minable proie face à la dure réalité de vivre. « Je doute qu'une femme normale accepterait de vendre volontairement sa chair. Déjà, rien n'est plus désobligeant que de se voir chosifier, bestialiser ou esclavager, rien que pour quelques sous. C'est répugnant d'entendre quelqu'un nous dit rudement ‘' konbyen w fonksyone ? (C'est à combien la passe ?)'' ? Et, ces drôles de manière nous obligent parfois à nous noyer dans l'alcool ou de fumer de produits stupéfiants. Etait-ce évident ? C'est toujours une aventure infernale de se voir faire des choses à des mecs que l'on trouverait repoussant hors de la prostitution », Argue-t-elle.

Tous les bordels n'ont pas le même décor, mais elles s'y arrangent comme elles peuvent

Dans certains bordels, Elles subissent toute sorte de violence, et sont sans défense. Quelques unes, pour se remédier, s'arment d'un poignard ou d'un rasoir. Cependant, aussi surprenant que cela puisse avoir l'air, dans le secteur de Kethia, les prostituées vivent comme de vraie famille. Elles ont un patron philanthropique. Elles s'entraident mutuellement, organisent des activités leur permettant d'économiser de l'argent. Il arrive même qu'elles partagent de clients pour s'assurer que tout le monde sortira avec quelques sous, et ceci quel qu'en soit l'allure du jour. Ainsi, elles paient sans gueule de bois l'écolage de leurs enfants, se prennent en charge, et même épauler certains proches. « En Haïti, la prostitution est vue comme un métier discriminatoire, pourtant beaucoup de gens, plus particulièrement des enfants en dépendent. Sans qu'on le sache, il y a cette pratique un peu partout. Dans quelques institutions d'état ou privé. Elle se présente juste sous une autre forme », nous confie-t-elle avec un air certain.

L'abandon serait le bienvenu, mais il doit être suivi d'un mieux-être.

Ne se sentant pas dans sa peau, elle ne se voit pas pour autant quitter subitement son métier. D'ailleurs, sa plus grande peur, c'est que sa fille ne l'apprenne. Pour quelqu'un de son niveau scolaire (elle a abandonné ses études en classe de 3eme secondaire), elle doute fort de pouvoir trouver mieux à faire. Déjà, elle déclare assister à des milliers de jeunes diplômés se vautrant au chômage. Son cas serait donc pire ! « Je finirai quand même par quitter cette pratique un jour. La prostitution ne rime pas avec la vieillesse, et on ne peut s'empêcher de vieillir. De plus, certains clients raffolent les nouvelles chattes et les plus jeunes. Néanmoins, je compte tenir le coup autant que la vie me le permettra. » A-t-elle martelé.

Ce n'est plus un constat, c'est un fait ! Vue son ampleur, le secteur de la prostitution mérite bien d'être mis sous le feu des projecteurs. Ainsi, on saurait comment les adeptes y vivent ; pourquoi elles le font ? Si oui ou non elles sont protégées ? Etc. Il s'avère donc raisonnable de comprendre que la prostitution n'est pas si dédaigneuse comme le croit plus d'un. Elle est une mode de vie ! Un brave moyen de tenir debout face aux intempéries !

Marvens JEANTY
Linguiste et journaliste

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Nada Alliance appelle à l’action contre le génocide ciblant les femmes

20 août 2024, par Nada Alliance — ,
L'Alliance Nada a condamné le génocide systématique contre les femmes, en particulier les femmes kurdes/yézidies, afghanes, soudanaises et palestiniennes. Elle a appelé les (…)

L'Alliance Nada a condamné le génocide systématique contre les femmes, en particulier les femmes kurdes/yézidies, afghanes, soudanaises et palestiniennes. Elle a appelé les autorités compétentes à reconnaître le génocide contre les femmes, à traduire les auteurs en justice et à faire pression pour que les condamnations à mort prononcées contre les militantes en Iran cessent.

Tiré de Entre les lignes et les mots

L'Alliance Nada a publié aujourd'hui une déclaration écrite concernant les attaques génocidaires visant les femmes à Shengal, au Soudan et en Afghanistan. La déclaration stipule :

« Dix ans se sont écoulés depuis que l'EI, un produit des puissances hégémoniques mondiales, a attaqué le mont Şengal (Sinjar) dans la région du Kurdistan irakien, ciblant le peuple yézidi pacifique et culturellement riche, profondément enraciné dans cette ancienne montagne. Cette attaque flagrante de l'EI contre Şengal visait à détruire les valeurs humaines et l'une des civilisations anciennes de la région, avec l'intention d'annihiler le peuple yézidi en brisant la volonté des femmes yézidies et en les exterminant. Cela a été fait physiquement par leur meurtre et leurs mauvais traitements, ainsi que psychologiquement et culturellement par leur déplacement, leur enlèvement, leur réduction en esclavage et leur vente sur les marchés aux esclaves, leur islamisation forcée et celle de leurs enfants, et le recrutement de leurs enfants comme « petits du califat » après leur lavage de cerveau. La souffrance de ce peuple reste une blessure mondiale et une tache sur l'humanité, en raison du manque de reconnaissance par de nombreux États et institutions concernées que ce qui s'est passé à Şengal est un génocide, et du fait qu'il s'agit également d'un génocide. Un génocide systématique contre les femmes yézidies.

Les Yézidis ont tiré des leçons importantes de toutes les persécutions qu'ils ont endurées tout au long de l'histoire, en particulier des attaques de l'EI et de ceux qui les ont soutenues ou facilitées. Nous mettons particulièrement en lumière les femmes yézidies qui, en retroussant leurs manches, ont créé des forces d'autodéfense pour se protéger, protéger leur patrie, leur culture et leur civilisation. Elles ont créé leurs propres organisations et systèmes de femmes sous l'administration autonome de Şengal, contribuant aux côtés des hommes yézidis à empêcher toute possibilité de nouveau génocide. C'est ainsi que les femmes yézidies ont cherché à se venger de toutes ces persécutions et de l'EI, et leur lutte organisée et consciente se poursuit jusqu'à ce que chaque fille et femme yézidie kidnappée soit libérée et que le sort des disparues soit connu. Elles reconnaissent que c'est la seule façon de garantir leurs réalisations et de garantir la paix et la sécurité à Şengal et dans tout l'Irak.

Nous approchons également du troisième anniversaire de la prise de contrôle de Kaboul par les talibans, qui a marqué le début de leur règne après l'accord de Doha, inaugurant une nouvelle ère tragique pour le peuple afghan en général et pour les femmes afghanes en particulier. En raison des politiques religieuses extrémistes imposées par les talibans, les femmes afghanes ont dû faire face à des souffrances accrues, ont été privées de leurs droits et libertés fondamentaux et soumises à des fatwas restrictives les confinant chez elles. À cela s'ajoutent des cas d'assassinat, de meurtre, d'enlèvement et de mutilation, entre autres violations flagrantes. En réponse, les femmes afghanes ont tiré de grandes leçons de la révolution des femmes au Rojava et dans le nord-est de la Syrie, ainsi que de la résistance des femmes yézidies sur le mont Şengal, et ont commencé à se défendre et à défendre leur patrie contre l'oppression et la répression. Leur lutte résiliente continue.

En général, on peut dire que toutes les femmes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord souffrent énormément de la Troisième Guerre mondiale et de ses répercussions catastrophiques sous diverses formes et dans divers domaines, de la Palestine, du Yémen, de la Syrie, de l'Irak, du Kurdistan et de l'Iran à la Libye, la Tunisie, le Maroc, l'Égypte et le Sahara occidental. L'exploitation sexuelle et la violence sont devenues des outils de guerre contre les femmes dans les zones de conflit, en plus du chômage, des déplacements, des migrations ou des expulsions forcées, et de la privation des droits à l'éducation et aux soins de santé. L'extrême pauvreté, la faim, la soif, les mariages forcés et les mariages d'enfants sont également répandus.

Nous soulignons en particulier la tragédie du peuple soudanais et des femmes soudanaises, qui souffrent énormément en raison des conflits internes et des interventions extérieures. La violence sexuelle, les agressions, les viols collectifs et l'esclavage font désormais partie intégrante de la politique d'oppression et de vengeance contre les femmes soudanaises, qui ont déclenché la révolution kanakdienne. Cela s'ajoute aux autres impacts susmentionnés des guerres et des conflits internes sur elles.

Nous devons également condamner les attaques flagrantes contre le peuple palestinien et les femmes palestiniennes, ainsi que les condamnations à mort prononcées contre des militants kurdes en Iran, en particulier contre les militants Sharifa Mohammadi et Bakhshan Azizi. Nous soulignons que tout cela se produit en présence de pays, d'organisations et d'institutions internationales qui restent inactifs malgré leur engagement proclamé en faveur des droits de l'homme et des femmes. C'est la preuve la plus claire de l'hypocrisie et du deux poids, deux mesures dans le respect des normes humanitaires définies dans divers accords et traités internationaux, et dans la mise en œuvre ou la responsabilisation de ceux qui les violent.

Par conséquent, au nom de « Nada Alliance », nous condamnons le génocide systématique contre toutes les femmes de la région, comme en témoigne le génocide infligé aux femmes yézidies, afghanes, soudanaises et palestiniennes. Nous réitérons notre solidarité, notre soutien et notre appui à la lutte et à la résistance des femmes yézidies, afghanes, soudanaises, palestiniennes et de toutes les femmes libres de la région et du monde entier. Nous appelons les organismes et institutions internationaux concernés à rompre leur silence et à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à ces graves violations contre les femmes. Nous les exhortons à demander des comptes aux gouvernements et aux entités responsables de ces violations des droits humains, qui constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, et atteignent le niveau d'un génocide systématique à leur encontre. Nous appelons également à la reconnaissance du génocide systématique contre les femmes en général, et les femmes yézidies en particulier, et à faire pression sur les autorités compétentes pour qu'elles mettent fin aux condamnations à mort prononcées contre des militantes en Iran. »

https://kurdistan-au-feminin.fr/2024/08/06/nada-alliance-appelle-a-laction-contre-le-genocide-ciblant-les-femmes/

Kurdistan, nada alliance chiede di agire contro il genocidio delle donne
https://andream94.wordpress.com/2024/08/09/kurdistan-nada-alliance-chiede-di-agire-contro-il-genocidio-delle-donne/

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

9999 résultat(s).
Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

En savoir plus

Membres