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Crise du régime politique québécois, impasse des partis traditionnels et nécessité d’une rupture écosocialiste
La situation politique québécoise devient de plus en plus volatile avec la démission du premier ministre François Legault. La volonté de reconstruire la base de la CAQ par un tournant autoritaire et austéritaire a été un échec complet. Un dernier sondage a placé la CAQ à 11 % des intentions de vote et l'insatisfaction face à la politique du chef du gouvernement a atteint 75 %. Sa démission s'inscrit dans la volonté de permettre, avec un ou une nouvelle chef·fe, d'empêcher le naufrage complet de ce parti.
Les fondements du déclin du gouvernement de la CAQ
Durant la dernière année, l'appui électoral s'est effondré. Selon QC125, la CAQ ne cesse de décliner dans les intentions de vote, passant d'environ 22–24 % en 2024 à 17 % en juin 2025, puis à 11 % au début de janvier 2026.
Aux élections de 2018, puis à celles de 2022, François Legault s'était présenté comme le chef d'un projet « nationaliste » pragmatique, capable de dépasser la polarisation entre le PLQ fédéraliste et le PQ souverainiste, et de défendre un nationalisme pragmatique susceptible d'obtenir des concessions significatives du gouvernement fédéral. Il promettait également une gestion économique rigoureuse menée par une équipe compétente de ministres issus du milieu des affaires.
Mais derrière ce discours se cachait une politique néolibérale : multiplication des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises débouchant sur des échecs industriels (Northvolt, Lion Électrique), ouverture accrue du système de santé au privé, absence de politique de construction de logements sociaux, renforcement des inégalités, refus d'une politique fiscale permettant la redistribution de la richesse, abandon progressif de toute velléité de lutte contre les changements climatiques et attaques contre les droits syndicaux. Les conséquences de ces politiques sont devenues de plus en plus claires pour la majorité de la population : dégradation des conditions de vie, crise du logement, effritement des services publics, insécurité alimentaire.
En arrière-plan, l'impuissance chronique du nationalisme caquiste à arracher des pouvoirs supplémentaires à Ottawa a achevé de le discréditer. Il a été incapable d'empêcher la diminution des transferts en santé. Il a été incapable d'obtenir des transferts de compétences en immigration. Durant les deux mandats de la CAQ, Ottawa a de plus en plus empiété sur les compétences du Québec. Sous couvert de financement et de « programmes nationaux », le gouvernement fédéral a imposé ses priorités dans des domaines relevant pourtant du Québec : santé, petite enfance, logement, environnement. La CAQ a été incapable de s'opposer à cette stratégie de centralisation. Toute sa rhétorique sur sa capacité, par son pragmatisme et sa détermination, d'arracher de nouveaux pouvoirs à Ottawa a démontré sa stérilité.
La course à la chefferie de la CAQ ne vise pas tant à refonder ce bloc qu'à en gérer les débris. Les différents prétendant·es oscilleront entre continuité technocratique, durcissement identitaire et tentatives peu crédibles de relance nationaliste. Mais aucun ne parviendra à recomposer un bloc social cohérent capable de redonner une direction politique à la société québécoise.
La remontée du PQ et ses contradictions
Les contradictions du gouvernement de la CAQ, tant sur le terrain social que national, ont ouvert un espace politique que le Parti québécois a su occuper. Le PQ a connu une remontée qui lui a permis non seulement l'élection de député·es lors de différentes élections partielles, mais aussi d'occuper la première place dans les intentions de vote depuis plus d'un an. Longtemps marginalisé, avec un résultat désastreux aux élections de 2022, il capte aujourd'hui le mécontentement envers la CAQ et remobilise une base indépendantiste en panne de projet depuis 1995. Il occupe depuis plusieurs mois la première place avec des intentions de vote oscillant entre 30 et 35 %, ce qui traduit un réalignement significatif du champ politique québécois.
La dénonciation de l'impuissance de la CAQ à arracher la moindre concession significative au gouvernement fédéral a amené Paul St-Pierre Plamondon, lors de la démission de François Legault, à affirmer que la troisième voie entre le fédéralisme et le souverainisme avait définitivement démontré son échec, et que l'enjeu politique central au Québec redevenait le choix entre souverainisme et fédéralisme. C'est dans ce cadre que sa promesse de tenir un référendum sur la souveraineté dès un premier mandat s'inscrit pleinement.
Mais le nationalisme du Parti québécois s'est profondément transformé. Le PQ de PSPP défend un nationalisme identitaire qui lie immigration, crise du logement et avenir de la langue française, reprenant à son compte la logique de la CAQ sur la réduction de l'immigration, la laïcité d'exclusion et un modèle d'intégration relevant d'une logique assimilationniste. Si le PQ regagne de la force en incarnant une rupture avec l'aplaventrisme du PLQ face à Ottawa et en dénonçant l'incapacité du gouvernement Legault à obtenir des gains significatifs, son projet social et sa conception de l'indépendance, qui n'impliquent aucune rupture avec les logiques de l'impérialisme américain, ne lui permettent pas de développer un projet de société répondant aux besoins de la majorité populaire.
Le Parti québécois cherchera à reconstituer un bloc national modéré, combinant souverainisme institutionnel, conservatisme économique et alignement géopolitique occidental. Son opposition au rapprochement du Canada avec la Chine illustre cette stratégie : afficher une respectabilité internationale, rassurer certaines élites économiques et se démarquer de toute perspective de non-alignement ou de rupture stratégique. Ce positionnement vise à capter les classes moyennes nationalistes déçues de la CAQ, mais révèle aussi une contradiction centrale : prétendre incarner une rupture nationale tout en s'inscrivant dans les cadres géopolitiques, économiques et idéologiques du capitalisme occidental dominant.
Le Parti libéral du Québec et le difficile chemin de sa reconstruction
Le Parti libéral du Québec (PLQ) est en état d'effondrement dans l'ensemble du Québec francophone. Le résultat des élections du 3 octobre 2022 — 14,17 % des voix et 21 sièges concentrés à Montréal — ne constitue pas une simple défaite électorale, mais l'aboutissement logique de son rôle historique : celui d'un parti au service de la bourgeoisie canadienne et des élites québécoises fédéralistes, qui n'a pas hésité à sacrifier des acquis importants de la société québécoise.
Après les années Charest, Philippe Couillard a prolongé la cure d'austérité : coupures massives dans les dépenses sociales, privatisation de pans entiers du système de santé sous Barrette, marchandisation rampante de l'éducation, attaques contre les personnels de soutien scolaire, affaiblissement du réseau de la petite enfance. Chaque réforme libérale a constitué une attaque directe contre les classes populaires, au profit des assureurs, des cliniques privées et des multinationales. Le PLQ n'a pas « géré » l'État : il l'a mis au service des riches, transformant les droits sociaux en occasions d'affaires pour le capital.
Dans le contexte de la remontée de la polarisation souverainisme/fédéralisme, le PLQ tente de se reconstruire. Les conditions de la victoire de Pablo Rodriguez, marquées par de nombreuses irrégularités, ont plongé le parti dans une crise de direction, débouchant sur la démission du chef et une montée de la méfiance populaire. Une nouvelle course à la direction a dû être lancée. Mais s'il est relativement simple d'élire un chef, il est bien plus difficile de redevenir un parti fédéraliste capable de profiter de la crise de la CAQ et de la peur du référendum, tout en apparaissant comme une alternative crédible face aux crises multiples que traverse la société québécoise.
D'autant plus que le fédéralisme canadien doit composer avec les pressions du gouvernement Trump : durcissement des politiques migratoires, réarmement massif, remise en cause de la lutte contre les changements climatiques, pressions en faveur des énergies fossiles. À cela s'ajoutent les politiques tarifaires américaines qui menacent directement la gestion de l'offre, pilier de l'agriculture québécoise garantissant des revenus stables aux producteurs. Ottawa contrôle les frontières et les traités, tandis que le Québec en subit les conséquences. Cette logique illustre les limites du fédéralisme canadien : le Québec produit, Ottawa décide. Défendre la gestion de l'offre, c'est défendre la souveraineté alimentaire et le droit du Québec de choisir son modèle agricole. Dans ce contexte, la défense du fédéralisme canadien devient particulièrement périlleuse.
Le PLQ cherchera d'abord à rassurer : rassurer les marchés, les investisseurs, les institutions fédérales, en promettant le retour à l'ordre, à la prévisibilité et à l'orthodoxie économique, tout en se posant en gardien de l'ordre fédéral face au souverainisme péquiste. Ce bloc social existe, mais il est étroit, sociologiquement minoritaire et politiquement fragile, incapable de produire une hégémonie durable dans une société traversée par de profondes aspirations nationales, sociales et écologiques.
Le rôle du Parti conservateur du Québec ou la normalisation de l'extrême droite
Dans ce paysage, le Parti conservateur du Québec (PCQ) s'impose comme le véhicule politique de l'extrême droite. Sous la direction d'Éric Duhaime, il combine ultralibéralisme économique, privatisation de la santé et de l'éducation, marchandisation des services publics et démagogie réactionnaire inspirée du trumpisme, avec un climatoscepticisme assumé et la promotion des hydrocarbures.
Lors des élections de 2022, cette stratégie lui a permis de récolter plus de 12 % des suffrages à l'échelle nationale. Dans certaines régions, le PCQ a atteint des scores significatifs : plus de 15 % dans plusieurs circonscriptions de la Mauricie et plus de 35 % dans certains comtés de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches.
Cette percée traduit l'implantation d'un courant autoritaire et antisocial, porté par une fraction de la petite bourgeoisie et par des couches populaires séduites par un discours anti-élite et anti-État. Le danger est réel : même sans perspective de pouvoir, le PCQ tire l'ensemble du débat politique vers la droite et contribue à normaliser des positions réactionnaires. Il demeure toutefois incapable de proposer un projet crédible pour la majorité populaire, notamment pour les secteurs organisés de la société.
Aux fondements de la stagnation actuelle de Québec solidaire
Après le saut qualitatif de 2018, où Québec solidaire avait fait élire dix député·es, le parti a connu des résultats décevants en 2022. Ces résultats ne sont pas décevants en soi — 15,4 % des voix et 11 député·es — mais parce que le discours du parti avait laissé espérer une percée vers l'opposition officielle et une possibilité d'accès au pouvoir. Aujourd'hui, QS plafonne autour de 11 % des intentions de vote.
Cette orientation a dilué la spécificité politique du parti et affaibli son image de force de rupture. Le recentrage parlementaire a également amoindri sa capacité à incarner une opposition ferme sur les enjeux sociaux et antiracistes. QS a perdu à la fois son élan militant et la confiance d'une partie de son électorat en quête d'une alternative radicale.
La crise actuelle de Québec solidaire ne relève donc pas de simples aléas électoraux, mais de choix stratégiques et structurels. En s'adaptant aux logiques parlementaires et en misant sur une stratégie électoraliste centrée sur la crédibilité institutionnelle, le parti a affaibli son ancrage social, sa démocratie interne et sa capacité de rupture.
Pour un tournant écosocialiste et écoféministe de Québec solidaire
Face à l'offensive convergente des droites politiques, économiques et idéologiques incarnée par le gouvernement Legault, les luttes fragmentées ne suffisent plus. La période actuelle exige la construction d'un front uni capable de regrouper les forces syndicales, communautaires, féministes, écologistes, étudiantes, autochtones et populaires autour d'un diagnostic commun, d'un programme de rupture et d'une stratégie de confrontation à la hauteur des attaques en cours. Dans ce contexte, la perspective d'une grève sociale prend une importance centrale. Celle-ci ne peut être réduite à un simple arrêt de travail : elle doit devenir une mobilisation large, intégrant le travail salarié et non salarié, le care, les services publics, la culture et les luttes territoriales, afin de rendre visible ce que le capitalisme et l'État tendent à invisibiliser — le rôle central des travailleuses, des communautés et des services publics dans le fonctionnement de la société.
Une telle mobilisation doit porter des revendications claires : arrêt du saccage environnemental, transition écologique juste, défense et extension des droits sociaux, protection du logement, refus de la militarisation de l'économie, respect de l'autodétermination des peuples autochtones et rupture avec le modèle extractiviste et néolibéral. Elle doit aussi affirmer que la crise écologique et sociale actuelle est incompatible avec l'ordre économique dominant et qu'une transformation en profondeur est nécessaire.
Dans ce cadre, Québec solidaire occupe une position stratégique particulière. Issu des mouvements sociaux, porteur d'un projet de justice sociale, écologique et démocratique, il ne peut se contenter d'un rôle d'opposition parlementaire ou de gestion raisonnable du système existant. Sa crédibilité politique dépend de sa capacité à s'ancrer dans les luttes réelles, à soutenir activement la construction du rapport de forces et à devenir le relais politique d'un front social large, sans se substituer aux mouvements qui le composent. Préparer les échéances électorales ne peut se faire indépendamment de cette dynamique : c'est dans l'engagement aux côtés des luttes que peut se construire une alternative politique réelle à la CAQ, au Parti libéral et aux autres forces de la droite.
Mais l'enjeu dépasse la simple résistance. Si le camp populaire veut réellement mettre fin à l'offensive actuelle contre ses conditions de vie, il doit poser la question du pouvoir. Se limiter à interpeller les gouvernements ou à défendre des revendications sectorielles revient à s'enfermer dans une posture défensive. L'expérience a montré les limites de cette stratégie. Pour sécuriser les conditions d'existence, transformer l'économie, renforcer les services publics, lutter efficacement contre la crise climatique et approfondir la démocratie, s'opposer à l'endocolonialisme de l'État fédéral, c'est l'ordre politique lui-même qu'il faut remettre en cause.
C'est pourquoi Québec solidaire doit assumer pleinement sa vocation de débouché politique du camp populaire. Cela implique de rompre avec toute logique d'adaptation au système et de s'engager résolument dans la construction d'un projet écosocialiste et écoféministe. Un tel projet repose sur la fin du pillage des ressources, la planification démocratique de l'économie, l'éradication des rapports de domination patriarcale, la défense des droits des personnes migrantes, le renforcement des services publics, une politique linguistique inclusive, le rejet des usages identitaires de la laïcité et un internationalisme anti-impérialiste assumé. Il suppose également la convocation d'une Assemblée constituante souveraine, seule à même de construire un Québec démocratique et réellement indépendant.
Nous sommes entré·es dans un moment d'interrègne : l'ancien bloc au pouvoir se délite, mais aucun projet hégémonique alternatif ne s'est encore imposé. Dans cette période de flottement et de polarisation, la recomposition politique ne se jouera pas uniquement dans les institutions, mais dans la capacité des forces sociales à donner une cohérence politique aux colères, aux aspirations et aux luttes dispersées. Québec solidaire peut jouer un rôle décisif dans cette recomposition, à condition de se concevoir non comme une simple machine électorale, mais comme un outil au service de la mobilisation populaire et de la transformation sociale.
Face à l'autoritarisme, à l'extractivisme et à la montée des logiques sécuritaires, l'enjeu est celui de la reconquête démocratique, sociale et écologique du Québec. Cela exige une rupture claire avec l'ordre existant et la construction d'un projet capable d'unifier les luttes autour d'un horizon émancipateur. C'est à cette condition que Québec solidaire pourra redevenir le point d'appui politique d'une alternative crédible, offensive et majoritaire.
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La chape de plomb est-elle tombée ?
Tout le monde s'entend pour dire que François Legault a été un premier ministre marquant pour l'histoire du Québec contemporain, et que son legs est immense. Il a restructuré la vie politique de la province autour de thèmes comme l'identité, la laïcité, le contrôle de l'immigration, la protection de la langue française et des valeurs québécoises. Comme le disent certains, il y aura un avant et un après François Legault. Or, le bilan de huit années de règne majoritaire de la CAQ est-il globalement positif, globalement négatif, ou un mélange des deux ? C'est là que les avis divergeront, en faisant réapparaître le bon vieux clivage gauche/droite
14 janvier 2026 tiré de Métapolitiques | Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel. Source.
À mes yeux, le gouvernement Legault aura eu un impact immense par la "chape de plomb" qu'il a réussi à imposer sur l'ensemble de la société québécoise. Il aura réussi à instaurer un régime néoduplessiste, adapté aux circonstances du XXIe siècle. Même si on s'y oppose, il faut reconnaître ce tour de force.
Les forces de Legault
Durant son premier mandat, Legault a gouverné par hégémonie, c'est-à-dire par sa capacité à susciter le consentement spontané d'une majorité de la population. Son style, authentique, populiste et paternaliste à la fois, suscitait l'adhésion d'une majorité, longtemps habituée aux technocrates et à la langue de bois. Il "parlait vrai", même pour dire parfois des énormités.
Le règne de la CAQ ne venait pas de nulle part ou de l'unique talent de Legault, mais bien d'une dizaine d'années de martelage médiatique sur les enjeux identitaires qui ont bien préparé le terrain en labourant les esprits.
La victoire triomphante de la CAQ est aussi le fruit de l'essoufflement du néolibéralisme gestionnaire qui a régné depuis le gouvernement de Lucien Bouchard et son déficit zéro. Le néolibéralisme est toujours parmi nous, mais revêtu d'un manteau nationaliste conservateur.
La victoire de la CAQ venait aussi d'un épuisement du bipartisme PQ/PLQ qui a dominé la scène politique québécoise depuis les années 1970. Une bonne partie de la population en avait marre du sempiternel débat souverainisme vs fédéralisme, et l'autonomisme de la CAQ a réussi à briser le clivage entre péquistes et libéraux en créant une véritable coalition nationaliste et affairiste.
L'arrivée de la CAQ s'est aussi accompagnée de la remontée de la gauche, et d'une réaction face aux nouvelles revendications des mouvements progressistes contemporains : féminisme, antiracisme, écologisme, luttes autochtones et LGBTQ+. Lorsque Legault traita Gabriel Nadeau-Dubois de "chef des wokes" dans l'enceinte de l'Assemblée nationale en 2021, on voyait là un clivage politique net qui n'existait pas une décennie plus tôt.
Les raisons d'une chute
Or, avec la fin de la pandémie et un épuisement des politiques publiques identitaires (que reste-t-il après la loi 21, la loi 96 et la réduction des seuils d'immigration ?), la CAQ s'est retrouvée les culottes baissées, en mode improvisation. Ses grands projets économiques ont échoué (comme Northvolt), ses va-et-vient sur le Troisième lien ont démobilisé sa base électorale, et ses attaques contre les syndicats, les immigrants et la société civile se sont durcies.
Sans vision stratégique, en dégringolade dans les sondages, la CAQ a perdu sa légitimité, son élan, sa boussole. Le gouvernement Legault a donc décidé de radicaliser son projet de droite populiste, d'imposer des mesures d'austérité, de renforcer encore plus les mesures contre les minorités religieuses et les réfugiés, de limiter les droits individuels et collectifs, et de verrouiller le tout avec un projet de constitution anti-démocratique élaboré en catimini.
Bref, la CAQ ne gouvernait plus par hégémonie ou par consentement, mais de plus en plus par coercition, par répression. Ce n'est pas pour rien que le Barreau du Québec a souligné cet automne qu'on vivait au Québec une érosion de l'État de droit et une dérive autoritaire. Et c'est là au final que se trouve l'héritage de Legault : il aura essayé de maintenir sa chape de plomb à tout prix, en vissant le couvercle sur la marmite, mais ça n'a pas fonctionné.
Soulignons ici le rôle clé des mouvements sociaux dans cette dégringolade spectaculaire des deux dernières années. Il faut rappeler que la CAQ avait remporté haut la main les élections générales de 2022, face au Parti québécois et au Parti libéral du Québec qui ont perdu des plumes, Québec solidaire qui a stagné malgré ses ambitions, et le Parti conservateur du Québec qui n'a pas réussi à faire élire un seul député. Personne n'aurait cru que la CAQ, hégémonique alors, allait s'effondrer aussi vite moins d'un an plus tard.
Si on regarde ce graphique de cet article du journal Le Devoir qui illustre les variations d'intentions de vote sur la longue durée, la chute a commencé au début de l'automne 2023.
La CAQ récolta alors un mécontentement face à plusieurs décisions impopulaires : abandon du 3e lien, hausse majeure du salaire des députés jointe à une subvention de 7 millions pour une game de hockey des Kings de Los Angeles, la réforme Dubé en santé, puis la grève du secteur public qui fut la plus forte mobilisation syndicale des dernières années. Dans son hommage à François Legault suite à sa démission, le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois souligne que malgré leurs divergences politiques, Legault avait à cœur l'éducation :
Je dis que tout nous opposait, mais il y a peut-être une exception : l'éducation. En quittant ses fonctions aujourd'hui, il a eu cette très belle phrase : « les enseignants sont les personnes les plus importantes du Québec, après les parents ». C'est bien vrai, et l'augmentation du salaire des enseignantes est sans doute une des meilleures décisions qu'il ait pris comme premier ministre.
C'est sans doute vrai, et nul ne connaît les intentions réelles ou les expériences subjectives de François Legault. Or, il faut rappeler qu'objectivement, Legault n'aurait jamais augmenté le salaire des enseignant·e·s s'il n'y avait pas eu le soulèvement historique du secteur public de l'automne 2023, ni l'appui massif de la population à l'endroit du corps enseignant et leurs revendications. Comme le dit l'adage : seule la lutte paie.
À l'automne 2025, on assiste aussi à un large soulèvement de la société civile québécoise suite à la batterie de mesures autoritaires du gouvernement Legault : les projets de loi 1, 2, 3, 5, 7, 9 contiennent tous des éléments affaiblissant les contre-pouvoirs et l'autonomie de la société civile face à l'autorité de l'État. On n'assiste pas à une grève générale aussi imposante que celle du secteur public en 2023, mais lorsque 10 000 médecins remplissent le Centre Bell pour protester contre une loi, il y a quand même quelque chose qui se passe.
Le milieu communautaire et les centrales syndicales qui furent attaquées de plein fouet par ces réformes, se soulèvent et menacent d'organiser une grève générale au printemps 2026. On peut encore ajouter les réactions négatives du milieu des affaires face aux annonces de réduction massive de l'immigration, la petite et moyenne bourgeoisie représentant une base électorale importante de la CAQ. Bref, François Legault était encerclé de tous bords tous côtés. Ce n'est pas que les sondages qui déterminent les décisions des gouvernants, mais un mélange complexe de rapports de force dans la société civile.
Mais que va-t-il se passer ensuite ?
La suite
Lorsque Maurice Duplessis décéda le 7 septembre 1959 d'une hémorragie cérébrale, il fut remplacé par Paul Sauvé qui fut premier ministre du 11 septembre 1959 au 2 janvier 1960. Son mandat fut bref, car il a été aussitôt remplacé par le libéral Jean Lesage qui amorça la Révolution tranquille et transforma le Québec de façon substantielle pour les décennies à venir.
Peut-on espérer un même scénario en 2026 ? Rien n'est moins sûr.
Dans un monde hypothétique où Québec solidaire aurait réussi son pari de 2022, en faisant élire une quinzaine de député·e·s à la grandeur du Québec, qu'un dépliant n'aurait pas été volé dans la circonscription de Camille-Laurin, et donc que Paul Saint-Pierre-Plamondon (PSPP) n'aurait pas été élu, cela aurait entraîné la mort du PQ, l'hégémonie de QS à gauche et sur le mouvement souverainiste, et donc le scénario de la gauche solidaire comme opposition officielle devenant un "parti de gouvernement" capable de prendre le pouvoir en 2026. Mais il s'agit ici de politique-fiction.
Le scénario le plus probable aujourd'hui est une prise du pouvoir par le Parti québécois lors des prochaines élections, avec comme prochain premier ministre PSPP. Si celui-ci avait gardé une ligne politique analogue à celle qu'il avait en 2016 lors de sa première course à la chefferie du PQ, alors on aurait pu s'attendre à un projet politique social-démocrate et inclusif, mettant de l'avant la nécessité de l'indépendance du Québec. On aurait eu une sorte de gouvernement Lesage 2.0, légèrement différent mais tout de même assez proche du projet de "gauche pragmatique" de GND, avec un brin de radicalité en moins.
Malheureusement, depuis 2023, PSPP a pris un virage à droite assumé, que ce soit sur la question identitaire où il rivalise avec la CAQ en matière de nationalisme conservateur, de réduction des seuils d'immigration et de guerre anti-woke, ou encore au niveau économique avec un discours de droite visant à rivaliser avec la montée du PCQ qui pourrait aussi bénéficier de l'effondrement de la CAQ. Le prochain PQ gouvernera assurément à droite, autant sinon plus que la CAQ qui se retrouve maintenant sur le respirateur artificiel.
La seule rupture pourrait s'effectuer autour de la question constitutionnelle, ramenant le bon vieux clivage souverainiste/fédéraliste. Si PSPP promet qu'il y aura un référendum sur l'indépendance du Québec dans un premier mandat, et il risque fort bien de tenir sa promesse d'ici là, on ne sait pas s'il se ravisera une fois au pouvoir, que ce soit par pragmatisme compte tenu des tumultes à l'échelle internationale, ou en raison de sondages trop défavorables.
Si PSPP décide de maintenir le cap sur l'indépendance, on sait déjà qu'il privilégie une alliance avec Éric Duhaime et Maxime Bernier, tout en invitant formellement Québec solidaire à la table et en rouspétant contre la "gauche radicale" à la moindre occasion. Le prochain "Camp du Oui", si la campagne référendaire a lieu en 2027 ou 2028, a bien des chances d'être très à droite, surtout dans le contexte politique mondial de remontée des autoritarismes dans lequel nous sommes plongés, qui est à l'exact opposé du contexte des années 196o-1970.
Comme le note à juste titre l'ancien conseiller politique et rédacteur des discours de François Legault, Étienne-Alexandre Beauregard, dont je partage le constat malgré mon désaccord politique profond, le prochain dirigeant du Québec empruntera fort probablement la voie tracée par le gouvernement Legault :
Dans notre culture politique, il y aura un avant et un après François Legault. Désormais, il est impensable de gouverner le Québec si l'on n'est pas un sincère nationaliste, prêt à prendre à bras le corps le déclin du français, une immigration hors de contrôle et la défense des valeurs québécoises. C'est un legs précieux pour lequel notre nation lui doit énormément.
Bref, la chape de plomb instaurée par les deux mandats du gouvernement Legault ne tombera pas magiquement avec le départ de son fondateur. Elle restera bien là, et ce même dans le cas d'une éventuelle victoire de l'indépendance au référendum.
L'épineuse question des relations internationales
Le gouvernement de PSPP pourra dès lors consolider ce régime politique nationaliste-conservateur dans une nouvelle constitution d'un Québec souverain, lequel sera à la fois culturellement homogène, et aligné aux politiques économiques et militaires des États-Unis, selon l'actuel chef du PQ.
Au niveau des relations internationales, selon le camp nationaliste-conservateur, le Québec aurait tout intérêt à craindre davantage le Canada et la Chine que l'impérialisme fasciste de l'administration Trump et ses menaces d'annexion. Cela vous donne un aperçu d'un "Québec indépendant" sous hégémonie péquiste et trumpiste, aligné sur un populisme de droite décomplexé.
Personnellement, je crois que le défi maintenant sera d'attaquer cette "chape de plomb" en tant que telle, qu'elle se manifeste au niveau provincial avec le régime néoduplessiste, à l'échelle fédérale avec le durcissement conservateur du gouvernement Carney, et au niveau international avec une lutte globale contre l'impérialisme américain, mais aussi la multiplication des régimes autoritaires à travers le monde.
Pour 2026, je nous souhaite une bonne dose de solidarités translocales inspirées du municipalisme, de résistances transnationales à l'image des soulèvements récents de la Gen-Z, d'un internationalisme progressiste renouvelé, et d'une cosmopolitique des communs, car nous nous en aurons cruellement besoin. L'indépendance du Québec a peut-être encore un rôle à jouer dans tout ça, mais une indépendance assujettie à la chape de plomb nationale-conservatrice ou au trumpisme, non merci. L'auto-détermination des peuples sera translocale et internationaliste, ou ne sera pas.
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Soulèvement du peuple iranien et menace d’intervention américaine : on appuie ou on appuie pas ?
On part du principe de solidarité entre les peuples et leurs luttes par en bas ? Ou du point de vue du « campisme des bloc contre bloc » et des rivalités par en-haut qui nous invite à appuyer le régime devant l'intervention étrangère ?
Pour la version longue voir le premier commentaire avec les références historiques… pour celles et ceux qui veulent bien prendre le temps comme moi d'essayer d'y voir clair et la ont la patience qu'il faut pour comprendre les points de vue qui s'opposent.
Depuis deux semaines le peuple iranien est de nouveau en soulèvement. L'étincelle est venue cette fois du bazar de Téhéran, où les commerçants plus modestes ont lancé la ronde des premières manifestations qui ont rapidement tourné d'abord en révolte contre la cherté du coût de la vie. En quelques semaines, la dévaluation de la monnaie nationale a vu le coût des denrées de base être multiplié par quatre.
J'ai affiché la semaine dernière sur cette page un appel à manifester en solidarité avec le peuple iranien et contre la dictature des mollahs. Plusieurs - dont Khalil, Hussein, Marianne, Caroline et quelques autres – ont soulevé des interrogations pertinentes. Comment se porter en appui à un soulèvement qui semble donner prétexte à une intervention américaine, en parfaite complicité avec Israël ? Comment articuler une solidarité face au mouvement populaire en Iran, dans un contexte où des puissances étrangères hostiles (États-Unis, Israël) pourraient chercher à instrumentaliser cette lutte à leurs propres fins géopolitiques ou même impériales ?
L'approche campiste : le choix d'un « bloc contre un autre » par en haut
Dit simplement, le campisme part d'une analyse des rivalités entre grandes puissances (USA vs. leurs adversaires) et y subordonne toute autre considération.
Face à la situation actuelle en Iran le raisonnement campiste dit : "l'Iran est un pilier de la résistance à l'impérialisme américain et israélien au Moyen-Orient. Par conséquent, critiquer son régime, soutenir les soulèvements internes affaiblit ce 'front' et sert objectivement les intérêts de Washington. Il faut donc soutenir, ou du moins ne pas critiquer, la République Islamique qui fait face à l'ingérence étrangère"
Face au Venezuela, le campisme fonctionne de manière identique. La logique a longtemps été : "le Vénézuela incarne la résistance à l'hégémonie américaine et à ses sanctions criminelles. Soutenir l'opposition vénézuélienne, même de gauche et critique, revient à faire le jeu de la droite locale et de Washington. Il faut donc fermer les yeux sur le virage autoritaire, la répression et la gestion économique désastreuse de Maduro au pouvoir. Il faut le soutenir car il s'oppose à l'hégémonie US" (certains avec un dose de mauvaise foi affirment que ce choix est plus facile dans notre confort ‘'internationaliste'' souvent loti au sein d'une démocratie libérale occidentale… à Montréal, Londre et New-York où nous n'avons pas grand prix à payer pour notre dissidence ;-)
Cette posture sacrifie les peuples sur l'autel de la géopolitique. Elle trahit à mon avis l'internationalisme en refusant la solidarité avec les luttes concrètes pour la démocratie, les droits des femmes, les droits sociaux et la justice. Elle offre un "chèque en blanc" aux régimes autoritaires sous prétexte qu'ils sont dans le "bon camp".
Approche alternative : solidarité avec les luttes d'en bas
Une approche alternative est celle fondée sur la solidarité entre les peuples, un choix qui part des luttes d'en bas. Cette approche inverse la perspective campiste et part des luttes sociales concrètes, des mouvements d'émancipation et considère prioritaire de tenir compte des souffrances des populations.
Le principe de base de cette approche est que la solidarité ne se donne pas à des États, des drapeaux ou des "camps", mais aux peuples en lutte pour leur émancipation. Cela implique un soutien critique mais inconditionnel aux mouvements sociaux, quelles que soient les frontières.
Appliquée à l'Iran, cela revient à soutenir inconditionnellement le soulèvement populaire, en particulier le mouvement étendu en 2022 par les femmes contre l'oppression patriarcale d'État et la dénonciation claire sans atermoiement de la répression brutale du régime, de son caractère théocratique et autoritaire. Cela n'empêche en rien de souligner notre opposition ferme et simultanée à toute intervention militaire ou ingérence impérialiste américaine (ou autre), qui instrumentaliserait la souffrance du peuple iranien pour des objectifs géostratégiques.
Dans cette perspective, la solidarité avec le peuple iranien, nous place à la fois contre le régime et contre les impérialismes qui voudraient exploiter la situation.
Appliquée au Vénézuela, cette solidarité doit se manifester par un soutien aux mouvements sociaux, syndicaux et communautaires qui luttent à la fois contre les effets des sanctions américaines et contre la corruption, l'autoritarisme et les politiques économiques du gouvernement Maduro. C'est la position défendue par la gauche critique vénézuélienne qui ne voit aucune obligation de choisir entre Maduro et l'opposition de droite parrainée par Washington. La solidarité va aux travailleurs, aux communautés indigènes, aux femmes et aux écologistes qui résistent "par en bas".
Il est vrai que cette position de combat sur deux fronts est beaucoup plus inconfortable. Il faut lutter sur deux fronts, lutte contre l'impérialisme américain (sanctions, menaces d'intervention) et lutte contre l'autoritarisme et le capitalisme de copinage des régimes iranien et vénézuelien. Inconfortable et exigeant, pcq qu'il faut se donner la peine de "comprendre les crises dans toute leur complexité. Le campisme ne se complique pas l'existence et va au plus simple – et ici je le simplifie à l'extrême : quel que soit la nature du régime, on l'appuie s'il s'oppose aux USA !
Selon moi, et en dernière analyse, la vision campiste détourne le sens de l'internationalisme et son action nuit aux luttes légitimes des peuples. C'est cependant une réalité encore très présente au sein de la gauche organisée et des courants anti-impérialistes populaires. Une forme d'aveuglement devant la complexité de nos luttes.
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Le meurtre d’une femme de Minneapolis par l’ICE suscite la tristesse, la colère et déclenche des manifestations nationales
Des millions d'Américains sont profondément bouleversés et de plus en plus en colère suite au meurtre de Renée Nicole Good, mère de trois enfants, par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Tiré de Inprecor
12 janvier 2026
Par Dan La Botz
Des dizaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations « ICE Out For Good » (ICE, hors de nos vies) dans un millier de villes les 10 et 11 janvier. À New York, les manifestant·es brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Abolissez l'ICE maintenant ! », « À bas les masques ! Non à la police secrète », « Trump doit partir maintenant ». En passant devant la Trump Tower, les manifestant·es ont crié « Fuck Trump ! ».
Les agents de l'ICE ont assassiné Good, une mère blanche de trois enfants âgée de 37 ans, qui était présente sur les lieux d'une opération de l'ICE le 7 janvier 2026 pour manifester sa solidarité avec sa communauté et ses immigrant·es. Lorsqu'elle a été approchée par les agents, elle a tenté de s'enfuir en voiture, mais un agent a tiré trois coups de feu sur le véhicule, la tuant sur le coup. Good, une citoyenne américaine née aux États-Unis, décrite comme une « chrétienne fervente », était écrivaine et poète.
Le président Donald Trump, le vice-président J.D. Vance et la secrétaire du département de la Sécurité intérieure (DHS) Kristi Noem ont tous affirmé de manière absurde que Good attaquait les agents de l'ICE. Noem l'a qualifiée de « terroriste nationale », affirmant qu'elle avait suivi et harcelé les agents toute la journée. Les médias conservateurs et les blogueurs ont amplifié les accusations contre Good, la rendant responsable de son propre meurtre. Après la fusillade, Trump a annoncé qu'il gelait les bons alimentaires dans le Minnesota. Et Noem a déclaré qu'en raison de fraudes présumées commises par des immigrants somaliens à Minneapolis, elle envoyait des centaines d'agents supplémentaires de l'ICE à Minneapolis, une autre provocation qui conduira à davantage de violence. Tout cela a exaspéré les gens autant que le meurtre lui-même.
Les responsables locaux et régionaux ont condamné le meurtre de Good, accusant l'ICE d'avoir semé le chaos, provoqué des violences et causé sa mort. Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a déclaré à la presse : « J'ai un seul mot à dire à l'ICE : foutez le camp de Minneapolis. On ne veut pas de vous ici. » Les autorités locales ont déclaré que l'ICE les empêchait d'enquêter sur le meurtre et ont exigé d'être autorisées à mener leur enquête. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, également démocrate, a qualifié le meurtre de Good de « prévisible » et « inutile ». « Nous avons quelqu'un qui est mort dans sa voiture sans aucune raison. » Il a déclaré que protester contre ce meurtre était « un devoir patriotique ». Il a également déclaré qu'il faisait appel à la Garde nationale de l'État pour protéger la population du Minnesota.
On peut imaginer une confrontation possible entre la Garde nationale commandée par le gouverneur démocrate Walz et l'ICE commandée par Trump.
Une telle confrontation permettrait à Trump d'invoquer la loi sur l'insurrection et d'envoyer l'armée américaine pour contrôler l'État. « Le meurtre de Renee Nicole Good est une abomination, une honte, et le sang est clairement sur les mains des membres de l'administration qui ont poussé une politique extrême qui n'a rien à voir avec l'application des lois sur l'immigration visant à expulser les criminels violents de ce pays », a déclaré le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries.
Le sénateur démocrate Chris Murphy prépare une loi qui obligerait les agents de l'ICE à avoir des mandats d'arrêt et leur interdirait de porter des masques lorsqu'ils mènent des opérations de contrôle, et empêcherait les agents de la police des frontières d'opérer loin de la frontière. Certains démocrates menacent de retirer leur financement à l'ICE. « Les démocrates ne peuvent pas voter pour un budget [du département de la Sécurité intérieure] qui ne limite pas l'anarchie croissante de cette agence », a déclaré Murphy.
Tout cet autoritarisme, cette violence et cette cruauté croissants expliquent les signes et les slogans sombres de la manifestation : SOS, Treizième heure et Le fascisme arrive.
Le 11 janvier 2026
Mise à jour de l'article précédent du 9 janvier New Politics.
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Etats-Unis : comprendre la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » et ses implications
La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, autoritaire et idéologiquement réactionnaire. Sous couvert de réalisme stratégique, l'administration Trump assume désormais une logique de domination impériale décomplexée, nourrie de références néofascistes, de déni climatique et de rejet explicite des droits humains et du multilatéralisme.
Tiré du site de la revue Contretemps
12 janvier 2026
Dans cet entretien au long cours réalisé par Contretemps, Éric Toussaint analyse le document en le situant dans son contexte historique, économique et idéologique. Il met en évidence les implications majeures pour les relations internationales, les peuples et les mouvements émancipateurs.
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Contretemps : Peux-tu placer dans son contexte historique la publication par la Maison Blanche de la nouvelle doctrine en matière de politique internationale des États-Unis ?
Éric Toussaint : Il faut situer la publication de ce document [1] début décembre 2025 dans le contexte de ce que Gilbert Achcar appelle la Nouvelle Guerre froide, qu'il a analysé dans son livre qui porte le même « nom » [2]. Gilbert Achcar fait remonter le début d'une nouvelle guerre froide à la fin des années 1990 quand les Etats-Unis se sont lancés dans une expansion de l'OTAN par l'accélération de l'intégration d'anciens pays du bloc de l'Est et par l'extension de son aire d'intervention : des pays de l'ex-Yougoslavie et quelques années plus tard l'Afghanistan.
Gilbert Achcar montre bien que les choix faits par Washington ont fait débat entre stratèges étasuniens et que ce sont les faucons qui l'ont emporté sachant que cela ne pouvait que provoquer des réactions négatives du Kremlin. Vladimir Poutine à la tête de la Russie a développé un chauvinisme grand-russe avec la volonté d'augmenter son aire d'influence ou de contrôle à d'anciennes parties de l'URSS avec des références à la grandeur passée de la Russie des tsars.
Avec le retour de Donald Trump à la Maison blanche depuis début 2025 pour un nouveau mandat, la politique agressive de Washington appliquée depuis plus de 25 ans prend une tournure encore plus accentuée. L'augmentation dramatique des dépenses militaires qui avait débuté internationalement depuis plus d'une dizaine d'année connaît un saut qualitatif.
Ceux qui à gauche, au cours des dernières décennies, ont affirmé que le système capitaliste mondial avait dépassé le stade classique des impérialismes [3] et qu'on était passé à un super impérialisme conduit principalement par des multinationales, dont les attaches avec leur État d'origine se seraient profondément altérées et distendues, se sont trompés.
L'évolution du monde capitaliste reste dominée par la politique des États les plus puissants. La phase dite de globalisation/mondialisation soi-disant vertueuse (selon la version apologétique mise en vogue notamment par le forum de Davos et la plupart des gouvernements) avec internationalisation des chaînes de production incluant la Chine et les puissances du G7 (et partiellement la Russie intégrée au G8 jusque 2014-2015), l'augmentation du libre-échange, est derrière nous.
De nombreux conflits armés jalonnent l'histoire depuis la seconde guerre mondiale, ils ont y compris existé durant la courte période (une partie de la décennie 1990) ayant suivi la guerre froide et se sont amplifiés durant la nouvelle guerre froide qui a commencé à la fin des années 1990.
Les grandes puissances impérialistes sous la conduite des États-Unis ont repris le chemin qui mène à des guerres internationales, voire mondiales. La Russie, par l'invasion de l'Ukraine en 2022, a apporté des arguments à Washington pour accélérer et accentuer sa politique guerrière.
La Russie dirigée par Vladimir Poutine, puissance capitaliste et impérialiste de second rang mais qui dispose de l'arme nucléaire et d'énormes ressources fossiles, a cru pouvoir profiter des échecs des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan et au Proche Orient pour réussir une invasion massive de l'Ukraine en 2022. Mais il a fait un mauvais calcul de son point de vue et n'a pas prévu que le peuple ukrainien allait massivement résister. Poutine a pensé que le régime de Zelenski (qui est un régime néolibéral appliquant les recettes du FMI et de la Banque mondiale) allait s'effondrer et que les victoires militaires allaient être rapides et irréversibles.
Les puissances impérialistes occidentales ont mis en avant leurs propres intérêts et l'OTAN s'est renforcé grâce à l'adhésion de la Finlande en 2023 et de la Suède en 2024. Par contre, les sanctions contre la Russie ont eu peu d'effets et la guerre qui se poursuit sert de justificatif à une augmentation massive des dépenses militaires des pays d'Europe centrale et occidentale et à une réactivation de dispositifs de combat et de déploiement à l'étranger de leurs armées, le tout sous le leadership incontesté et arrogant de Washington.
De leur côté, les États-Unis, sous la conduite de Trump au cours de son deuxième mandat, ont considéré que leur offensive ne devait pas porter directement contre la Russie mais bien contre la Chine qui représente une puissance concurrente autrement plus puissante économiquement et politiquement que la Russie. Cela est énoncé clairement dans le document de stratégie de sécurité nationale rendu public début décembre 2025 par le gouvernement à Washington.
Contretemps : En quoi les problèmes économiques aiguisent-ils les tensions ?
Éric Toussaint : Le capitalisme à l'échelle mondiale est en crise et n'a pas été capable de retrouver un rythme de croissance soutenu, au point que l'on peut parler comme l'économiste Michael Roberts de longue dépression. Nous ne sommes pas du tout des adeptes de la croissance mais, du point de vue du capitalisme, le fait de ne pas pouvoir renouer avec une croissance soutenue constitue un véritable problème pour garantir l'accumulation massive de profits. Cette crise particulièrement forte dans les anciennes puissances impérialistes (= le G7) exacerbe les tensions entre le bloc dominé par Washington, d'une part, et, d'autre part, la Chine qui maintient une croissance soutenue même si celle-ci décélère.
La préparation (et la réalisation) de conflits armés internationaux fait partie des réponses que les classes capitalistes des différentes puissances utilisent périodiquement pour trouver une réponse aux crises économiques et à la recherche d'expansion ou de maintien de leur influence. On l'a vu à plusieurs reprises au 19e et au 20e siècles.
Contretemps : Que dit le document de stratégie de Trump à propos de l'armée des États-Unis et du recours à la force ?
Éric Toussaint : Trump n'hésite pas à adopter un ton guerrier :
« Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l'armée la plus puissante, la plus meurtrière (« lethal ») et technologiquement la plus avancée au monde pour protéger nos intérêts, dissuader les guerres et, si nécessaire, les remporter rapidement et de manière décisive, avec le moins de pertes possible pour nos forces.
Et nous voulons une armée où chaque militaire est fier de son pays et confiant dans sa mission.
Nous voulons la dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde, ainsi que des systèmes de défense antimissile de nouvelle génération, y compris le Dôme d'or pour le territoire américain, afin de protéger le peuple américain, les intérêts américains à l'étranger et les alliés des États-Unis. » [4] NSS 2025 , p. 3.
A plusieurs endroits du texte, il est indiqué que les États-Unis s'attribue le droit de mener où bon leur semble des opérations militaires et de continuer recourir à la force pour défendre leurs intérêts. Trump se vante d'ailleurs dans l'introduction du document de l'intervention militaire en Iran contre des installations nucléaires civiles. Il écrit « nous avons détruit la capacité d'enrichissement nucléaire de l'Iran » (« we obliterated Iran's nuclear enrichment capacity »).
Au cours de l'année 2025, en violation du droit international, il a eu recours systématiquement à la force que ce soit en mer Caraïbe contre le Venezuela (sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue), au Yémen, en Syrie, au Nigeria,… sans oublier bien sûr le soutien indéfectible à l'armée israélienne et au gouvernement néofasciste de Netanyahu dans l'accomplissement d'un véritable génocide contre le peuple palestinien. Début janvier 2026, il a ordonné une agression militaire de grande envergure contre le Venezuela, a séquestré le couple présidentiel, l'a fait conduire à New York pour le traduire devant la justice des États-Unis pour des accusations fallacieuses et a annoncé qu'il prenait le contrôle des ressources pétrolières du pays.
Quand l'administration Trump aborde la situation dans la région indo-pacifique, on voit très clairement que les États-Unis menacent d'utiliser la force contre la Chine si Washington considère que ses intérêts sont en jeu. On voit qu'il prépare comme un des prétextes possibles pour justifier une action militaire la nécessité de maintenir la libre circulation en mer de Chine ou ailleurs.
Contretemps : Trump n'affirme-t-il pas que les Etats-Unis ont payé la facture de la défense de ses alliés et en particulier des pays membres de l'OTAN ?
Éric Toussaint : Effectivement, Trump adopte une narration tout à fait mensongère quand il écrit que les administrations précédentes : « ont permis à leurs alliés et partenaires de faire supporter le coût de leur défense au peuple américain » (« They allowed allies and partners to offload the cost of their defense onto the American people ») NSS 2025 ,p. 1
C'est factuellement faux et cela sert à justifier la pression exercée par Trump sur ses alliés qu'il traite comme des vassaux pour les amener à accélérer l'augmentation des dépenses militaires qu'ils avaient déjà entamé depuis une dizaine d'années. Dans le NSS 2025 à la page 12, il est affirmé que :
Effectivement, comme le public a pu le constater, le secrétaire général de l'OTAN, l'ancien Premier ministre hollandais Rutte, a déclaré grosso modo devant Trump lors d'un sommet de l'Alliance atlantique à La Haye en juin 2025 : « Papy a raison de se fâcher contre les membres de sa famille quand ils ne se comportent pas bien ».
C'était l'exemple même d'un comportement de vassal européen à l'égard du président des États-Unis. Et un mois plus tard, fin juillet 2025, la présidente de l'UE, Ursula von der Leyen a elle-même fait acte de soumission en se rendant sur les terres de son suzerain en Écosse. Elle s'est réunie avec Trump sur un terrain de golf lui appartenant pour lui promettre que l'UE allait effectivement acheter plus d'énergies fossiles et plus d'armes à l'oncle Tom et pour se soumettre à son bon vouloir en ce qui concerne l'augmentation des tarifs douaniers.
Le fait que les alliés des États-Unis et notamment les membres de l'OTAN auraient profité financièrement de la générosité de Washington est une énorme contre vérité. En effet, les États-Unis entretiennent plus de deux cent vingt grandes bases militaires permanentes hors de leur territoire afin d'exercer leur domination sur une très grande partie de la planète. En tout, selon le Pentagone, les États-Unis disposent de plus de 700 sites militaires dans 80 pays dont plus de 220 bases militaires permanentes avec un nombre conséquent de militaires.
Les bases étasuniennes à l'étranger représentent 80 % des bases étrangères dans le monde. C'est beaucoup plus que tout autre pays. Par exemple, la Russie dispose d'une vingtaine d'installations militaires permanentes à l'étranger soit dans des pays de l'ex-URSS soit en Syrie pour un total de 15 à 20 000 soldats. La Chine dispose d'une seule base militaire permanente à l'étranger, à Djibouti avec officiellement 400 militaires chinois.
Les États-Unis maintiennent en permanence plus de 250 000 militaires en dehors de leur territoire dont plus de 50 000 au Japon, 35 000 en Allemagne, 22 000 en Corée du Sud, 12 000 en Italie, 10 000 en Grande Bretagne,… Comme le personnel effectue des rotations, cela représente un volume beaucoup plus grand. Les grandes entreprises capitalistes des États-Unis en tirent un très grand profit, en particulier celles du complexe militaro-industriel car elles fournissent le matériel militaire et leur entretien.
Trump ment au peuple américain en essayant de lui faire croire que c'est avec l'argent des contribuables des États-Unis que Washington a financé la protection des alliés étrangers. En fait, si on veut calculer le coût net de la présence étatsunienne à l'étranger, il faut prendre en compte ce qui est dépensé réellement par les États-Unis à l'étranger au niveau de sa présence militaire en personnel, en fonctionnement et en armement. En effet, de nombreux pays paient une partie de la présence US sur leur territoire. Le Japon finance à 70% la présence US (ou l'occupation US de son territoire), l'Allemagne prend en charge entre 20 et 30%, l'Italie 30 et 40%, la Grande Bretagne paie de 20 à 25%.
Il est également fondamental de prendre en compte les achats d'armement à des entreprises américaines effectués par les pays où sont présentes les troupes des États-Unis. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm(SIPRI), 64 % des importations d'armement des alliés européens proviennent des États-Unis pour la période 2020-2024 (Source : Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, SIPRI, https://www.sipri.org/publications/2025/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2024 ).
De toute façon, les dépenses militaires américaine à l'étranger servent directement ses intérêts et ne représentent aucune forme de générosité ou de solidarité. Les agressions ou interventions militaires des États-Unis aux quatre coins de la planète ont été multiples et ont toujours été au service des intérêts de ses grandes entreprises privées et de la classe capitaliste étasunienne.
Ces interventions ont servi à renverser ou à tenter de renverser des régimes progressistes (Cuba, Saint Domingue, Vietnam, Grenade,…) ou des gouvernements devenus gênants comme celui de Saddam Hussein en Irak ou des Talibans en Afghanistan. Les interventions militaires des États-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale sont responsables de millions de morts. Elles ont permis aux États-Unis de prendre le contrôle de territoires particulièrement riches en matières premières et notamment en pétrole.
Contretemps : En même temps, comment se fait-il que Trump se présente comme un faiseur de paix ?
Éric Toussaint : Effectivement, Trump se présente comme le président de la paix et cela vaut la peine de partir du passage de son texte où il énumère ses prétendus succès afin de comparer les faits à ses mensonges.
« Le président Trump a consolidé son héritage en tant que président de la paix. Outre le succès remarquable obtenu lors de son premier mandat avec les accords historiques d'Abraham, le président Trump a mis à profit son talent de négociateur pour garantir une paix sans précédent dans huit conflits à travers le monde au cours des huit derniers mois de son second mandat. Il a négocié la paix entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la RDC et le Rwanda, le Pakistan et l'Inde, Israël et l'Iran, l'Égypte et l'Éthiopie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et a mis fin à la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants auprès de leurs familles. »
En réalité, les accords d'Abraham en 2020 ont permis au gouvernement néofasciste de Netanyahu de renforcer, grâce à Washington, sa position internationale par la normalisation de ses rapports avec plusieurs États arabes : les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Cela a permis à Israël de renforcer le régime d'apartheid et d'opprimer encore plus le peuple palestinien avant de passer à la phase du nettoyage ethnique et du génocide.
Alors que le gouvernement néofasciste de Netanyahu est en train de perpétrer un génocide contre le peuple palestinien commencé depuis la fin 2023 avec l'appui total de Washington (cela a commencé sous l'administration de Biden), Trump a le culot d'affirmer qu'il a obtenu la paix à Gaza.
Concernant les autres accords de paix auxquels Trump seraient parvenus, on sait que la paix n'est pas établie ni entre la Thaïlande et le Cambodge, ni entre la RDC et le Rwanda dans la région des Grands lacs, ni entre Israël et l'Iran,… On sait également que l'Inde n'accepte pas le rôle que s'attribue Trump dans la fin provisoire du conflit entre l'Inde et le Pakistan en mai 2025. Et on ne peut pas parler à proprement parler de paix entre l'Égypte et l'Éthiopie car il n'y avait pas de conflit armé entre ces deux pays.
Et dans ce passage Trump n'évoque pas les parties du monde où il est directement responsable d'agressions comme c'est le cas à l'égard du Yémen, du Venezuela, ou au Nigéria… Enfin, il se tait sur la guerre entre l'Ukraine et la Russie alors qu'il avait promis s'il était élu de réaliser la paix en un temps record.
Contretemps : Quelle est la position Trump sur la mondialisation et le libre échange ?
Éric Toussaint : Trump, dès l'introduction, critique les administrations précédentes et ce qu'il appelle « les élites de la politique étrangère américaine » qui « ont fait des paris extrêmement malavisés et destructeurs sur la mondialisation et le soi-disant « libre-échange », ce qui a érodé la classe moyenne et la base industrielle mêmes sur lesquelles repose la prééminence économique et militaire américaine. » [6] NSS 2025, p. 1
Si Trump est à ce point protectionniste et agressif en matière de droits de douane, c'est que l'économie des États-Unis a perdu énormément en compétitivité et que sur le marché mondial et intérieur, les industries locales ne sont plus en mesure de répondre à la concurrence des produits chinois et d'autres pays. La Chine dispose d'avantages compétitifs structurels, notamment des avantages décisifs de coûts (dus en partie aux salaires chinois inférieurs aux salaires aux États-Unis) et d'échelle.
Dans certains secteurs clés, elle a acquis un avantage technologique partiel ou sectoriel (véhicules électriques, par exemple). Ces avantages lui permettent de pratiquer des prix inférieurs à ceux des producteurs étatsuniens. La Chine, dans ses échanges commerciaux avec les États Unis, est gagnante car elle peut placer ses produits à des prix inférieurs à ceux des produits équivalents réalisés aux États-Unis. C'est le cas dans des domaines comme les véhicules électriques, les panneaux solaires, le matériel informatique, etc.
L'OMC est paralysée suite à l'action du président Trump au cours de son premier mandat. Dès 2017, l'administration Trump a refusé de nommer de nouveaux juges pour faire partie de l'organe d'appel (Appellate Body) de l'OMC. Cette sorte de “cour suprême” du commerce international tranche les litiges entre États une fois qu'un premier panel a statué. Comme cet organe est bloqué depuis 2017, l'OMC est mise hors d'état de fonctionner.
De son côté, la Chine est devenue une fervente avocate du libre-échange, des traités de libre commerce, des règles de l'OMC, de la libre concurrence tandis que les États-Unis, suivis par l'UE, la GB, le Canada, sont devenus de plus en plus protectionnistes et utilisent les tarifs douaniers pour rendre les produits chinois et d'autres concurrents plus coûteux.
Contretemps : Quelle position Trump adopte-il par rapport à la crise écologique ?
Éric Toussaint : Alors que la crise écologique et sa dimension climatique prennent des proportions de plus en plus catastrophiques, Trump comme d'autres gouvernements d'extrême-droite est dans le déni pur et simple.
On peut lire dans le NSS 2025 :
« Nous rejetons les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro émission nette » qui ont tant nui à l'Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » NSS 2025, p. 14 [7]
Trump ne met pas des gants et affirme qu'il veut :
« – Restaurer la domination énergétique américaine (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) et relocaliser la production des composants énergétiques clés est une priorité stratégique absolue. Une énergie bon marché et abondante permettra de créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis, de réduire les coûts pour les consommateurs et les entreprises américains, d'alimenter la réindustrialisation et de maintenir notre avantage dans les technologies de pointe telles que l'IA.
L'augmentation de nos exportations nettes d'énergie renforcera également nos relations avec nos alliés tout en limitant l'influence de nos adversaires, protégera notre capacité à défendre nos côtes et, le cas échéant, nous permettra de projeter notre puissance. »NSS 2025, p. 14 [8]
La politique de l'administration Trump, qui a quitté les Accords de Paris et boycotté la COP30 tenue au Brésil en novembre 2025, va aggraver la crise écologique en augmentant l'extraction et la production d'énergies fossiles.
Contretemps : Dans le NSS 2025, Trump se réfère-t-il aux « droits humains » ?
Éric Toussaint : Dans le NSS 2025, on ne trouve aucune référence à la promotion ou au respect des droits humains. C'était déjà le cas dans le NSS 2017 du premier mandat de Trump.
Dans le document NSS 2025, n'apparaît pas une seule fois les mots « droits humains », pas une seule fois « protection sociale », pas la moindre trace des mots « droits sociaux ». Les auteurs de ce document stratégique ont délibérément évacué totalement ces notions du document stratégique.
Il est clair que de manière systématique, les différents gouvernements des Etats-Unis, qu'ils soient démocrates ou républicains ont eu recours au prétexte de la promotion des droits humains pour mener des actions qui piétinaient les droits humains et violaient la charte des Nations unies. A noter que dans le NSS 2015 publié par l'administration de B. Obama, « droits humains » apparaissaient 9 fois et dans le NSS 2022 de Joe Biden, « droits humains » apparaissaient 20 fois.
Dans sa critique de la Chine ou de la Russie, Trump n'utilise plus la rhétorique hypocrite des droits humains. Dans le cas des Etats-Unis, Trump se réfère uniquement aux « droits naturels de ses citoyens, dons de Dieu, » (« the God-given natural rights of its citizens”) (NSS 2025, p. 3). Dans le même sens, plus loin dans le document, il énonce que « tous les êtres humains possèdent des droits naturels égaux donnés par Dieu » (« all human beings possess God-given equal natural rights ») (NSS 2025, p. 9).
Et dans le cas des Monarchies dictatoriales du Golfe, plus question de parler de démocratisation, le NSS 2025 énonce que « cela nécessitera d'abandonner l'expérience malavisée des États-Unis qui consiste à faire pression sur ces nations – en particulier les monarchies du Golfe – pour qu'elles abandonnent leurs traditions et leurs formes de gouvernement historiques » [9] NSS 2025 , p. 28.
En résumé, ce qui est nouveau avec Trump, c'est l'abandon pur et simple de la rhétorique sur la promotion des droits humains, le respect du droit international et des traités internationaux en matière de droits humains,…
C'est d'ailleurs cohérent avec les attaques que le NSS 2025 contient contre les institutions onusiennes… Dès la page 2, du NSS 2025, Trump dénonce les précédentes administrations qui :
« ont lié la politique américaine à un réseau d'institutions internationales, dont certaines sont animées par un anti-américanisme pur et simple et beaucoup par un transnationalisme qui cherche explicitement à dissoudre la souveraineté des États » [10].
Sans qu'elles soient nommées dans ce document, on sait que Trump s'en prend régulièrement dans ses discours à l'ONU, à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l'UNESCO, à l'UNRWA (Agence de secours et de travaux pour les réfugiés palestiniens de l'ONU), à l'OCHA (bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU), au HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), à l'UNICEF (fonds pour l'enfance), à la FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture), au Programme alimentaire mondial (PAM / WFP), au Haut-Commissariat aux droits de l'homme (OHCHR), à la Cour pénale internationale (CPI), à la Cour de justice de La Haye…
Il a d'ailleurs décidé que les Etats-Unis se retiraient de plusieurs de ses institutions, coupaient leur financement et / ou ne reconnaissaient plus leur compétence. Le 7 janvier 2026, Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 organisations onusiennes [11] (Source : White House ).
A noter également que dans le NSS 2025, il n'y a aucune référence aux droits des peuples à l'autodétermination ou aux droits des peuples à exercer leur souveraineté sur les ressources naturelles de leurs territoires car ces droits universels présents dans différents traités des Nations unies sont en contradiction directe avec la politique internationale de Trump.
Contretemps : A propos des droits humains, qu'en est-il de la position de Trump sur les droits des migrant·es ?
Éric Toussaint : Sans surprise, l'administration adopte une position en matière de migration totalement réactionnaire qui est en contradiction complète avec l'esprit de la déclaration universelle des droits humains de 1948.
« Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d'immigration et sur les réseaux de transport par lesquels les personnes entrent dans notre pays, légalement et illégalement. Nous voulons un monde où la migration n'est pas simplement « ordonnée », mais un monde où les pays souverains collaborent pour stopper, plutôt que faciliter, les flux migratoires déstabilisateurs, et exercent un contrôle total sur les personnes qu'ils admettent ou non. » [12] NSS 2025 , p. 3
« L'ère des migrations de masse est révolue – Qui un pays admet sur son territoire – en quel nombre et d'où – définira inévitablement son avenir.
Tout pays qui se considère souverain a le droit et le devoir de définir son avenir. De tout temps, les nations souveraines ont interdit les migrations incontrôlées et n'ont accordé la citoyenneté qu'à de rares occasions aux étrangers, qui devaient également satisfaire à des critères exigeants. L'expérience de l'Occident au cours des dernières décennies confirme cette sagesse ancestrale. Dans de nombreux pays, les migrations de masse ont mis à rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, perturbé le marché du travail et compromis la sécurité nationale. L'ère des migrations de masse doit prendre fin. » [13] NSS 2025 , p. 11
La politique brutale néofasciste de Trump contre les migrant·es et réfugié·es a pris des proportions catastrophiques. Au cours de l'année 2025, les autorités étasuniennes ont procédé à des rafles et à des arrestations massives, débouchant, selon des déclarations de l'administration de Trump, sur plus de 2,5 millions de départs (incluant déportations et départs volontaires) et une augmentation très importante des arrestations et des poursuites pénales pour les délits d'immigration illégale visant à créer un climat de peur, voire de terreur, parmi la population immigrée.
En termes d'expulsions pures et simples, certaines sources indiquent un chiffre supérieur à 600 000 (Source : https://cis.org/Arthur/DHS-600000-Deportations-Inauguration-Day ). Trump utilise des termes racistes et déshumanisants à l'égard des migrant·es qui sont du même registre que ceux utilisés par les ministres du gouvernement néofasciste de Netanyahou à l'égard des Palestinien·nes.
Lors d'une réunion de son Cabinet, Trump a attaqué la communauté somalienne (notamment à Minnesota) avec des propos très durs :
« Nous allons dans la mauvaise direction si nous continuons à accueillir des ordures dans notre pays. Ilhan Omar est une ordure, rien qu'une ordure. Ce sont des gens qui ne font rien d'autre que se plaindre… Nous ne voulons pas d'eux dans notre pays. » [14] (Source : https://www.theguardian.com/us-news/2025/dec/07/trump-immigration-ice)
Il faut savoir Ilhan Omar, née à Mogadiscio (Somalie), est une femme politique américaine, membre du Parti démocrate et représentante du Minnesota au Congrès des États-Unis, depuis les élections fédérales du 6 novembre 2018.
Les agents de l'agence fédérale de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) utilisent des méthodes d'arrestation très violentes lors de descentes sur les lieux de travail, dans les transports en commun ou même près des lieux considérés comme sensibles (écoles, églises, hôpitaux). Le 7 janvier 2026, un agent de l'ICE a tué une femme qui ne représentait aucun danger à Minneapolis.
Depuis plusieurs mois, l'ICE réalise des arrestations massives dans certaines villes. Les conditions d'incarcération sont terribles et régulièrement volontairement inhumaines afin de provoquer la peur et la terreur. Or, il est démontré que la très grande majorité des personnes étrangères incarcérées par l'ICE n'avait pas d'antécédents judiciaires (Source : https://www.theglobalstatistics.com/ice-detention-statistics/ )
A noter, à titre de comparaison, qu'entre le 1er octobre 2023 et le 30 septembre 2024, pendant le mandat de Joe Biden, 271 484 personnes avaient été déportées par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), chiffre en forte augmentation par rapport au début de mandat de Biden. Pendant la durée totale du mandat de Biden (2021-2024) : selon l'ICE, il y a eu 545 252 déportations officielles.
A souligner aussi que durant les deux mandats de Barack Obama le nombre d'expulsions avait été très élevé : 2 749 706 expulsions en 8 ans (2009-2016), soit une moyenne de 942 par jour. Au cours du premier mandat de B. Obama (2009-2012), la moyenne était de 1 088 par jour ; au cours du second (2013-2016), la moyenne quotidienne est tombée à 794[15]. Le site factchequeado.com a publié un résumé détaillé des expulsions réalisées par les différentes administrations qui se sont succédées au pouvoir à Washington depuis 1993, voir : https://factchequeado.com/teexplicamos/20250820/obama-deportations-trump-biden-numbers/
Contretemps : Est-il vrai que le NSS 2025 reprend de fait la théorie complotiste et d'extrême droite de la guerre civilisationnelle ?
Éric Toussaint : Ce document de Trump a un contenu clairement d'extrême-droite. Trump y adopte, sans s'y référer explicitement, la théorie du “grand remplacement” qui est une thèse complotiste d'extrême droite. Aux Etats-Unis, c'est la théorie du « white genocide » [16].
Sous une autre forme, c'est aussi la thèse de Steve Bannon qui a été l'un des principaux architectes idéologiques du trumpisme, en particulier dans sa dimension nationaliste, autoritaire et d'extrême droite. Steve Bannon parle surtout de « guerre civilisationnelle », de « destruction de l'Occident », d' « immigration de masse comme arme politique » et qui dénoncent les « élites mondialistes qui trahissent les peuples ».
La théorie du grand remplacement a été mise en vogue par des figures politiques françaises comme Éric Zemmour. Selon la théorie du “grand remplacement”, les populations européennes seraient progressivement remplacées par des populations non européennes (souvent musulmanes), du fait de l'immigration, des différences de natalité, et des politiques menées (volontairement ou non) par les élites politiques, économiques et médiatiques.
Cette théorie parle d'un remplacement culturel, civilisationnel et démographique, qu'elle attribue surtout à l'immigration extra-européenne et à l'islam. Elle présente ce phénomène comme une menace existentielle pour l'identité, la culture et la civilisation européenne. C'est ce que reprend le document de Trump publié par la Maison Blanche le 4 décembre 2025.
A propos de l'Europe le document de Trump déclare :
« Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l'Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l'Europe et son identité occidentale. »[17] NSS 2025, p. 5
Trump affirme que le déclin économique de l'Europe :
« est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d'une disparition civilisationnelle. Parmi les grands défis auxquels l'Europe est confrontée, on peut citer les activités de l'Union européenne et d'autres instances transnationales qui portent atteinte à la liberté politique (Trump et son administration se réfèrent aux politiques restreignant l'action des partis d'extrême-droite et leur propagande raciste ou et anti immigré·es, note d'Éric Toussaint) et à la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, (…), l'effondrement du taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance en soi. » [18].NSS 2025 , p. 25
En résumé dans ces deux passages, on trouve les arguments clés de la théorie conspirationniste d'extrême droite du grand remplacement et de la guerre civilisationnelle.
Le soutien apporté aux partis d'extrême-droite est explicité dans le passage suivant :
« L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l'influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme. » [19] NSS 2025, p. 26
Contretemps : Quelle politique à l'égard de la promotion du droit à la diversité (en matière de race, genre, origine, etc.) ?
Éric Toussaint : Trump s'est fait fort de supprimer les politiques dites de DEI (Diversity, Equity, Inclusion, Diversité, Équité, Inclusion), il a mis cette orientation en pratique en prenant différents décrets (voir notamment : https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/03/fact-sheet-president-donald-j-trump-removes-dei-from-the-foreign-service/ ) et il le répète dans le document stratégique publié début décembre 2025, en affirmant qu'il applique des politiques qui :
« Réinstaurent une culture de la compétence, en éradiquant les pratiques dites « DEI » et autres pratiques discriminatoires et anticoncurrentielles qui dégradent nos institutions » [20] NSS 2025 , p. 6
Les pratiques DEI qu'a supprimées l'administration de Trump peuvent inclure des quotas, des politiques préférentielles, des priorités de recrutement ou de promotion accordées à des groupes “sous-représentés”, des programmes d'“inclusion” ou des formations sur la diversité, etc. Trump a fait interdire dans le recrutement, la promotion, l'embauche ou le maintien dans des services publics (y compris les armées, le corps diplomatique, etc.), toute prise en compte de race, genre, origine, ou toute forme de préférence fondée sur ces critères.
Trump le réaffirme très clairement à propos des forces armées :
« Nous avons éliminé l'idéologie radicale du genre et la folie du wokisme de nos forces armées et avons commencé à renforcer notre armée grâce à un investissement d'un trillion de dollars. » (Introduction signée par Donald Trump, NSS 2025) (“ We got radical gender ideology and woke lunacy out of our Armed forces and began strengthening our military with $ 1 trillion of investment” (Introduction signed by Donald Trump, NSS 2025)
Contretemps : De manière synthétique, Trump annonce quelle politique dans les différentes grandes régions de la planète ?
Éric Toussaint : L'administration de Trump affirme sa volonté de domination totale sur l'hémisphère occidental (c-à-d les Amériques de la Patagonie au Sud, au Canada, au Groenland au Nord) où elle mène des opérations militaires agressives en commençant par prendre pour cible le Venezuela, riche en pétrole. Le NSS 2025 affirme en ce qui concerne l'hémisphère occidental :
« Nous empêcherons nos concurrents non hémisphériques de déployer des forces ou d'autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiques vitaux, dans notre hémisphère. Ce « corollaire Trump » à la doctrine Monroe relève du bon sens et représente une restauration potentielle de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité américains. » [21] ( NSS 2025, p. 15)
Concernant la Chine, le document stratégique de 2025 marque une nouvelle étape : il ne se contente plus de constater la rivalité, mais désigne explicitement l'erreur historique des élites étasuniennes ayant favorisé l'ascension de la Chine. Celle-ci est désormais présentée non seulement comme un concurrent, mais comme une menace directe pour l'économie, la cohésion sociale, les chaînes d'approvisionnement, la sécurité nationale et même la stabilité culturelle des États-Unis.
La conflictualité est ainsi élargie à l'ensemble des sphères économiques, technologiques, idéologiques et sociétales, sans pour autant assumer formellement une option militaire directe. Trump décide d'augmenter sa présence, sa force militaire et ses intérêts économiques dans l'Indo-Pacifique [22], là où il est en confrontation avec la Chine.
Concernant l'Europe, Trump décide d'apporter un soutien appuyé aux partis d'extrême-droite dont certains sont déjà au pouvoir (Italie, Hongrie par exemple) et exige des gouvernements européens qu'ils se comportent en vassaux dociles de Washington notamment en augmentant fortement leurs dépenses miliaires, ce qui bénéficie directement à l'industrie d'armement étatsunienne. Dans ce sens on trouve dans le NSS 2025, la phrase suivante à propos de l'Europe : « Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur passée » [23]. Le choix du terme « aligné » se passe de commentaire.
Concernant le Proche-Orient, Trump prétend que cette région revêt moins d'importance que par le passé et qu'il va respecter les régimes politiques en place dans les monarchies dictatoriales du Golfe.
Concernant la Russie, Trump est favorable à un partage d'influence si Moscou ne prend pas d'initiative hors d'un périmètre qui inclut certains des anciens pays membres de l'URSS dont l'Ukraine. Trump cherche à convaincre la Russie de prendre ses distances par rapport à la Chine.
Pour l'Afrique, Trump lui consacre très peu de place et la considère uniquement comme un continent d'où extraire des matières premières et où protéger les intérêts des États-Unis. Il s'agit « d'exploiter les abondantes ressources naturelles et le potentiel économique latent de l'Afrique » (« harnessing Africa's abundant natural resources and latent economic potential »). NSS 2025, p. 29.
Contretemps : Quelle est la synthèse de conclusion de ton analyse ?
Éric Toussaint : La doctrine de politique internationale rendue publique par la Maison Blanche début décembre 2025 ne constitue pas une simple inflexion conjoncturelle de la politique étrangère des États-Unis, mais l'aboutissement cohérent d'un processus engagé depuis plus d'un quart de siècle dans le cadre de la « nouvelle guerre froide ». Ce document marque une radicalisation qualitative : il assume désormais sans fard une logique de domination impériale, de recours systématique à la force et de rejet explicite du droit international, des institutions multilatérales et des droits humains universels. Sous Donald Trump, cette orientation prend une forme idéologique inédite par son caractère ouvertement prédateur, violent, réactionnaire, autoritaire et néofasciste.
Là où les administrations précédentes combinaient l'exercice de la violence impérialiste avec une rhétorique libérale et humanitaire profondément hypocrite, l'administration Trump rompt avec cette façade. Les droits humains, les droits sociaux, la protection des migrant·es, l'autodétermination des peuples et même la référence minimale au multilatéralisme disparaissent totalement du discours stratégique officiel. Ils sont remplacés par une vision du monde fondée sur les « droits naturels donnés par Dieu », la souveraineté absolue des États dominants, la hiérarchie des civilisations et la légitimation de la coercition militaire permanente.
Cette doctrine s'inscrit dans un contexte de crise structurelle du capitalisme mondial, marqué par une longue dépression, une concurrence exacerbée entre grandes puissances et l'incapacité des anciennes puissances impérialistes du G7 à maintenir leur hégémonie économique. Face au déclin relatif des États-Unis, Washington fait le choix délibéré de la fuite en avant militariste et d'une politique protectionniste brutale. La Chine est désignée comme l'adversaire principal, non parce qu'elle remettrait en cause le capitalisme mondial, mais précisément parce qu'elle s'y est insérée avec succès, contestant la suprématie économique, technologique et géopolitique étatsunienne. La Russie, puissance impérialiste de second rang, sert quant à elle de repoussoir et de justification pour une militarisation accélérée de l'Europe sous tutelle de l'OTAN mais elle n'est plus considérée comme un ennemi.
Le NSS 2025 révèle également une convergence profonde entre impérialisme externe et autoritarisme interne. La dénonciation de la mondialisation libérale s'accompagne non d'un projet d'émancipation sociale, mais d'un nationalisme économique agressif, d'une offensive contre les migrant·es, de l'adoption implicite des thèses complotistes du « grand remplacement » et d'une guerre idéologique contre les politiques d'égalité, de diversité et d'inclusion.
La domination militaire, la prédation économique, le productivisme fossile et le déni climatique forment un tout cohérent, au service des intérêts du complexe militaro-industriel et de la classe capitaliste étatsunienne.
Enfin, loin d'être un « faiseur de paix », Trump apparaît comme l'architecte d'un monde plus instable, plus violent et plus inégalitaire, où la force prime sur le droit et où la guerre devient un instrument ordinaire de gestion de la crise du capitalisme. En ce sens, la nouvelle doctrine de politique internationale des États-Unis ne menace pas seulement les peuples directement visés par l'impérialisme américain — en Palestine, en Amérique latine, en Afrique ou en Asie — mais constitue un danger majeur pour l'ensemble de l'humanité.
Elle renforce le risque de conflits internationaux majeurs, voire d'une conflagration mondiale, dans un contexte où la crise écologique rend déjà l'avenir profondément incertain. Face à cette dérive néofasciste à la tête de la première puissance militaire mondiale, l'enjeu pour les forces progressistes, antimilitaristes, antifascistes, antiracistes, féministes et internationalistes est plus que jamais de reconstruire des solidarités transnationales, de s'opposer à toutes les formes d'impérialisme et de défendre un projet radicalement alternatif fondé sur la paix, l'égalité des droits, la justice sociale, les droits des peuples et la préservation des conditions mêmes de la vie sur Terre.
Notes
[1] The White House, “National Security Strategy of the United States of America November 2025”, publié le 5 décembre 2025, https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf?internal=true
[2] Extrait d'une interview de Gilbert Achcar à propos de son livre et de la signification de l'expression « guerre froide » : « En substance, une « guerre froide » est une situation dans laquelle un pays maintient un état de préparation à la guerre sans être (encore) engagé dans une « guerre chaude ». En d'autres termes, c'est la course aux armements qui a permis à la guerre froide d'être appelée ainsi. J'ai expliqué depuis la fin des années 1990 comment les Etats-Unis avaient décidé de maintenir un niveau de dépenses militaires basé sur le scénario d'une guerre menée simultanément contre la Russie et la Chine. Cette décision était liée à d'autres démarches provocatrices de Washington, ce qui m'a conduit à situer en 1999 le début de ce que j'ai appelé la nouvelle guerre froide. » Source : Interview de Gilbert Achcar par C.J. Polychroniou, publiée par Contretemps le 24 mai 2023, https://www.contretemps.eu/origines-nouvelle-guerre-froide-entretien-achcar/
[3] Analysé par des auteurs comme Lénine, Rudolf Hilferding, Rosa Luxembourg, au début du 20e siècle et actualisé dans la seconde moitié du 20e siècle par Ernest Mandel, Samir Amin, Paul Sweezy et Paul Baran.
[4] “We want to recruit, train, equip, and field the world's most powerful, lethal, and technologically advanced military to protect our interests, deter wars, and—if necessary—win them quickly and decisively, with the lowest possible casualties to our forces. And we want a military in which every single servicemember is proud
of their country and confident in their mission.
We want the world's most robust, credible, and modern nuclear deterrent, plus next-generation missile defenses—including a Golden Dome for the American homeland—to protect the American people, American assets overseas, and American allies.” NSS 2025, p. 3.
[5] “President Trump has set a new global standard with the Hague Commitment, which pledges NATO countries to spend 5 percent of GDP on defense and which our NATO allies have endorsed and must now meet.” NSS 2025, p. 12.
[6] “They placed hugely misguided and destructive bets on globalism and so-called “free trade” that hollowed out the very middle class and industrial base on which American economic and military preeminence depend.”
[7] “We reject the disastrous “climate change” and “Net Zero” ideologies that have so greatly harmed Europe, threaten the United States, and subsidize our adversaries” NSS 2025, p. 14
[8] “Restoring American energy dominance (in oil, gas, coal, and nuclear) and reshoring the necessary key energy
components is a top strategic priority. Cheap and abundant energy will produce well-paying jobs in the United States, reduce costs for American consumers and businesses, fuel reindustrialization, and help maintain our advantage in cutting-edge technologies such as AI.
Expanding our net energy exports will also deepen relationships with allies while curtailing the influence of adversaries, protect our ability to defend our shores, and—when and where necessary—enables us to
project power.” NSS 2025, p. 14
[9] “will require dropping America's misguided experiment with hectoring these nations—especially the Gulf monarchies—into abandoning their traditions and historic forms of government.” NSS 2025, p. 28
[10] “they lashed American policy to a network of international institutions, some of which are driven by outright anti-Americanism and many by a transnationalism that explicitly seeks to dissolve individual state sovereignty.” NSS 2025, p. 2
[11] United Nations Department of Economic and Social Affairs, ECOSOC – Economic Commission for Africa, ECOSOC – Economic Commission for Latin America and the Caribbean, ECOSOC – Economic and Social Commission for Asia and the Pacific, ECOSOC – Economic and Social Commission for Western Asia, International Law Commission, International Residual Mechanism for Criminal Tribunals, International Trade Centre, Office of the Special Adviser on Africa, Office of the Special Representative of the Secretary-General for Children in Armed Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Sexual Violence in Conflict, Office of the Special Representative of the Secretary-General on Violence Against Children, Peacebuilding Commission, Peacebuilding Fund, Permanent Forum on People of African Descent, UN Alliance of Civilizations, UN Collaborative Programme on Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries, UN Conference on Trade and Development (UNCTAD), UN Democracy Fund, UN Energy, UN Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women (UN Women), UN Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), UN Human Settlements Programme (UN-Habitat), UN Institute for Training and Research (UNITAR), UN Oceans, UN Population Fund (UNFPA), UN Register of Conventional Arms, UN System Chief Executives Board for Coordination, UN System Staff College, UN Water, UN University (Source : White House)
[12] “We want full control over our borders, over our immigration system, and over transportation networks through which people come into our country—legally and illegally. We want a world in which migration is not merely “orderly” but one in which sovereign countries work together to stop rather than facilitate destabilizing population flows, and have full control over whom they do and do not admit.” NSS 2025, p. 3
[13] “The Era of Mass Migration Is Over – Who a country admits into its borders—in what numbers and from where—will inevitably define the future of that nation. Any country that considers itself sovereign has the right and duty to define its future. Throughout history, sovereign nations prohibited uncontrolled migration and granted citizenship only rarely to foreigners, who also had to meet demanding criteria. The West's experience over the past decades vindicates this enduring wisdom. In countries throughout the world, mass migration has strained domestic resources, increased violence and other crime, weakened social cohesion, distorted labor markets, and undermined national security. The era of mass migration must end.” NSS 2025, p. 11
[14] « We're going to go the wrong way if we keep taking in garbage into our country. Ilhan Omar is garbage, just garbage. These are people that do nothing but complain… We don't want them in our country. » Source : https://www.theguardian.com/us-news/2025/dec/07/trump-immigration-ice
[15] “2,749,706 deportations in 8 years, an average of 942 per day. During his first term (2009-2012), it averaged 1,088 per day ; in the second (2013-2016), the daily average dropped to 794.” https://factchequeado.com/teexplicamos/20250820/obama-deportations-trump-biden-numbers/
[16] D'ailleurs Trump n'hésite pas à accuser le gouvernement sud-africain de pratiquer un génocide contre les Blancs.
[17] “We want to support our allies in preserving the freedom and security of Europe, while restoring Europe's civilizational self-confidence and Western identity ;” NSS 2025, p. 5
[18] “But this economic decline is eclipsed by the real and more stark prospect of civilizational erasure. The larger issues facing Europe include activities of the European Union and other transnational bodies that undermine political liberty and sovereignty, migration policies that are transforming the continent and creating strife, censorship of free speech and suppression of political opposition, cratering birthrates, and loss of national identities and self-confidence.” NSS 2025, p. 25
[19] “America encourages its political allies in Europe to promote this revival of spirit, and the growing influence of patriotic European parties indeed gives cause for great optimism.” NSS 2025, p. 26
[20] “Re-instilling a culture of competence, rooting out so-called “DEI” and other discriminatory and anti-competitive practices that degrade our institutions and hold us back” NSS 2025, p. 6.
[21] “We will deny non-Hemispheric competitors the ability to position forces or other threatening capabilities, or to own or control strategically vital assets, in our Hemisphere. This “Trump Corollary” to the Monroe Doctrine is a common-sense and potent restoration of American power and priorities, consistent with American security interests.” (NSS 2025, p. 15)
[22] Dans la NSS 2025, l'Indo-Pacifique correspond grosso modo à un arc continu qui d'ouest en est comprend la côte orientale de l'Afrique, l'océan Indien, les points de passage clés : détroit d'Ormuz, Bab el-Mandeb, détroit de Malacca, l'Asie du Sud (avec l'Inde comme pivot), l'Asie du Sud-Est (ASEAN), la mer de Chine méridionale, Taïwan la péninsule coréenne, le Japon. S'y ajoute au sud et à l'est : l'Australie, les archipels et les États insulaires du Pacifique. Cet espace va jusqu'à la côte pacifique des États-Unis. Les Etats-Unis déploient une très grande quantité de soldats dans l'Indo-Pacifique répartis dans 66 bases militaires permanentes auxquelles il faut ajouter quelques dizaines d'installations militaires moins importantes (voir le site officiel du Congrès des Etats-Unis : https://www.congress.gov/crs-product/IF12604 ).
[23] “We want to work with aligned countries that want to restore their former greatness.” NSS 2025, p. 26.
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Contre misère et néofascisme, à gauche toute
La faim et le froid, quand ce ne sont pas les coups de chaleur lors des canicules, deviennent le lot d'une part non négligeable du peuple-travailleur dans ce grand et riche pays qui attire pourtant les « damné-e-s de la terre » contre qui on ferme de plus en plus hermétiquement la porte.
L'enrichissement des riches et l'appauvrissement des pauvres que masquent les moyennes statistiques est devenu un cliché de ce monde « austoritaire » en voie de néo-fascisation. Les illégaux vol à l'étalage et occupation des lieux publics en deviennent légitimes à l'encontre des soi-disant légaux (sur-)profits bancaires, technologiques si ce n'est épiciers et de l'expropriation immobilière des quartiers et logements populaires.
Le monde grimpe le long d'une courbe exponentielle vers une accumulation de capitaux se mesurent désormais en billions et non plus en milliards. Selon Forbes Global 2000, ses 2 000 entreprises répertoriées ont généré 4,9 billions de dollars US de profits en 2024 soit plus de deux fois le PIB du Canada. Pendant que cellieux d'en bas sont obsédé-e-s par les fins de mois quand ce n'est pas par leur survie quotidienne, le 1% d'en haut n'est obnubilé que par le cumul accéléré de sa richesse. Qui a le temps de se préoccuper de la chute du monde dans l'enfer de la terre-étuve ?
…les principaux groupes de surveillance climatique et météorologique en Europe et en Amérique ont publié leurs bulletins pour 2025. Celles-ci sont cohérentes avec une accélération du rythme du réchauffement climatique (Je souligne). […] Il existe […] plusieurs pistes de preuve qu'une accélération soutenue du réchauffement est en cours. L'un d'eux est que le problème sous-jacent, les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, en particulier mais pas seulement du dioxyde de carbone, ne se contentent pas de se poursuivre, mais de s'intensifier. (The Economist)
Raison de plus pour Québec solidaire, en processus de se doter d'une plateforme électorale, de presser le citron de la richesse et des profits au bénéfice de cellieux d'en bas en commençant par les sans-abris et les ventre-creux sans oublier l'accueil des réfugié-e-s fuyant misères, guerres et persécutions dont l'impérialisme canadien tire profit en particulier banques et secteur minier. D'ici 2030, ce n'est plus 50 000 logements sociaux écoénergétiques qu'il faut réclamer mais, à la Mamdani, 100 000. Contre la faim, il faut exiger des prix subventionnés et contrôlés des aliments non carnés et non ultratransformés et une taxe pénalisante sur les aliments périmés et jetés par les entreprises à moins de les donner. Pour intégrer au monde du travail et scolaire l'immigration qui bientôt viendra en masse des ÉU il faut ouvrier nos frontières et un soutien dont la francisation afin d'enrichir la culture, le savoir-faire et l'économie du Québec.
Marc Bonhomme, 16 janvier 2026
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Le 14 décembre dernier, les Robins des ruelles s'attaquaient à Métro et à la mafia capitaliste de l'alimentaire en volant pour 3000$ de denrées à l'épicerie Métro du Plateau Mont-Royal afin de les redistribuer. Nous vous partageons ci-dessous une lettre ouverte que les Robins des ruelles ont soumise à tous les médias suite à leur action. Aucun média n'a accepté de publier cette lettre, certains la jugeant trop radicale, cherchant ainsi à contrôler le discours de ce qui est légitime ou non d'exister comme réponse à notre faim.
Les Soulèvements du Fleuve interprètent ce refus de tous les journaux de publier cette lettre comme un aveu : ces gestes et leur approbation générale menacent l'ordre établi. En choisissant de taire la colère partagée, ceeux qui espèrent le silence de la paix sociale doivent se préparer à être déçus. Car l'avenir appartient à celleux qui se soulèvent. […] Lorsqu'ils nous affament pour s'enrichir, la faim justifie les moyens.
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LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS Lettre ouverte des Robins des ruelles
Nous sommes les Robins des ruelles. Lundi soir, nous avons volé pour 3000$ de denrées alimentaires au Métro de la rue Laurier à Montréal, une chaîne d'épicerie ayant enregistré plus d'un milliard de dollars de profits pour l'année 2025. Nous avons déposé les aliments sous un sapin à la Place Simon-Valois dans HochelagaMaisonneuve.
Nous avons frappé là, mais ça aurait pu être ailleurs. Bien sûr, ce Métro est réputé comme étant « le plus cher de l'île », bien sûr les gardiens y frappent au besoin les clients qui volent, bien sûr cette succursale n'a pas hésité à évincer des locataires pour s'installer dans le quartier. Mais nous aurions pu choisir une autre cible. Vous en choisirez d'autres. Nous savons que nous ne sommes pas seul·e·s. N'importe qui peut s'organiser et devenir un Robin des ruelles. Ce geste était avant tout une invitation.
Le président de Métro, Éric Laflèche, s'octroie un salaire avec prime avoisinant les 6,1 millions de dollars, tandis que ses employé·e·s sont payé·e·s au salaire minimum pour surveiller d'autres pauvres en train de scanner leurs articles. Il faut se l'avouer, les caisses en libre-service apparues dans les dernières années n'ont rien de « libre ». Clôturées, gardées et surveillées par un·e employé·e, des gardes de sécurité et des caméras dans tous les angles, difficile de faire plus étouffant.
L'alarme rouge de la caisse se déclenche au moindre poids inexact sur la balance. Mais qu'en est-il du poids de la faim ?
Ce mois-ci, nous avons vu des personnes pleurer à l'épicerie et arrondir leurs fins de mois avec de la nourriture en cannes ; une aînée voler du thon au Dollorama ; au pied d'une personne menottée devant un Maxi, un sandwich préparé en guise de preuve. Les Robins des Ruelles sont à l'image de tous ces gens, pris dans un système qui profite de leurs ventres vides. Un système qui nous rappelle à tous les repas qu'il faut travailler pour vivre. Nous n'avalons rien de cela, c'est en autre chose que nous croyons.
Êtes-vous aussi fatigués que nous ? Nous sommes tannés de travailler jusqu'à l'épuisement seulement pour avoir de la misère à payer nos factures et notre panier d'épicerie. Nous ne voulons pas seulement survivre, nous voulons vivre. Et de cette vie, nous espérons bien plus. Comprenez bien, pas plus d'heures de travail ni plus de factures à payer. La réponse ne se trouve certainement pas dans l'effort palliatif des banques alimentaires et encore moins dans les différentes réformes qui ne font que faire tenir ce système déficient. Elle se trouve d'abord dans notre refus.
Nous répondons donc à l'appel des Soulèvements du Fleuve à riposter. Tant que le profit de quelques-uns primera, nous mangerons mal et trop peu, et n'aurons plus de toit sur nos têtes. Se défaire de l'emprise du marché sur notre subsistance, voilà notre horizon politique. Se défaire du monde de l'économie qui régit nos vies et de la confiance en « nos » institutions dont nous n'attendons plus rien. Donnons-nous les moyens de nos ambitions : exproprions les chaînes d'épiceries, créons des cuisines collectives, changeons les parkings en grands potagers, les champs de monoculture en garde-manger collectif. Ce monde ne leur appartient pas.
Notre horizon doit se lier au tapage de nos pas fermes qui descendent dans la rue. Le prix du pain augmente et l'histoire se répète. Ceux qui espèrent n'entendre dans le présent que le silence de la paix sociale doivent se préparer à être déçus. L'avenir appartient à ceux qui se soulèvent. Nous ne resterons pas affamés bien longtemps.
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Le pour et le contre
Le projet indépendantiste connaît un regain de popularité (au moins apparent) depuis que Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP), un souverainiste convaincu, a pris les rênes en 2020 du Parti québécois (PQ), une formation dont la réalisation de la souveraineté constitue, en principe la raison d'être.
Une mise au point sur la position de la gauche à ce sujet s'impose, au moment où le PQ semble avoir toutes les chances d'accéder au pouvoir cette année.
Il faudrait parler « des gauches » plutôt que de « la gauche » comme on le fait trop souvent. Pour faire court et résumer commodément la situation, on peut distinguer trois types de gauche au Québec : la première, une gauche nationaliste, indépendantiste dans sa grande majorité ; une seconde, sociale (directions syndicales et groupes communautaires) et une troisième, culturelle celle-là.
La gauche nationaliste a « absorbé » une large partie des deux autres assez rapidement dans les années 1960 et surtout 1970. En effet, les centrales syndicales se sont ralliées au projet souverainiste au début de la décennie 1970, pareil pour la plupart des groupes communautaires. ces deux « constellations » d'organisations de défense des droits des travailleurs (avec ou sans emploi) apportaient une caution progressiste au Parti québécois, parfois au grand déplaisir de René Lévesque qui, sur le plan social, se situait plutôt au centre-droit (même s'il ne pouvait pas le dire trop haut). Enfin, il est notoire que la grande majorité des artistes en tout genre adhéraient et défendaient la souveraineté dans le temps.
Mais cette relative unanimité des gauches en faveur de l'option indépendantiste s'est érodée au cours de la décennie 1980, vu le virage aussi brutal qu'imprévu de la direction péquiste en faveur du rétrolibéralisme, ce qui s'est traduit par des compressions budgétaires brusques lors du second et dernier mandat de René Lévesque (1981-1985). Il y eut bien le sursaut référendaire d'octobre 1995 qui a failli aboutir à la victoire souverainiste, mais par la suite, les politiques néoconservatrices successives des gouvernements Bouchard, puis Landry (1996-2003) ont provoqué une fracture au sein des gauches.
Notamment, la gauche sociale s'est alors éloignée du Parti québécois pour fonder Québec solidaire en 2006. Certes, l'indépendantisme apparaissait dans le programme de la nouvelle formation, mais en queue de liste. La priorité allait aux réformes sociales et à la défense des droits des travailleurs. De leur côté, les artistes, en tout cas plus jeunes, qui n'avaient guère connu l'engouement de leurs prédécesseurs pour l'idéal indépendantiste, ne le défendaient pas avec la même ardeur, en laissaient certains indifférents et d'autres même s'en éloignaient. Toutefois, l'absorption d'Option nationale par Québec solidaire en 2017, et plus récemment, l'arrivée au poste de porte-paroles du parti de Ruba Ghazal et de Sol Zanetti ont redonné au parti de gauche un élan souverainiste qui n'entrait sans doute pas dans les visées de ses fondateurs, et pas non plus dans les intentions d'une partie de ses membres actuels.
Dès lors, comment la gauche sociale doit-elle se positionner par rapport à la question du statut national du Québec ? Choisir une forme d'autonomie plus ou moins accentuée au sein de la fédération ou l'indépendance ?
Il y a des avantages d'un côté comme de l'autre.
Si l'on accorde la priorité à la question sociale parce qu'on se méfie (à juste titre) du Parti québécois, l'appui à l'orientation autonomiste est une option légitime et elle permet en théorie une alliance, fût-elle circonstancielle, avec la gauche « canadian ».
Si on accorde la priorité à l'obtention de l'indépendance, alors Québec solidaire devient l'allié du Parti québécois, même s'il ne s'agit éventuellement que d'un soutien conditionnel, mais pourvu que le parti « survive » au prochain scrutin en faisant élire quelques députés à l'Assemblée nationale. Sinon, PSPP pourra se passer de l'appui d'une formation qui en serait absente et qui n'aurait recueilli qu'un pourcentage minime de votes.
Pourtant, le rôle de Québec solidaire est crucial sur deux dimensions importantes de la lutte pour l'indépendance et sur lesquelles on n'insiste pas assez. On les passe même sous silence.
Tout d'abord, si le Parti québécois conquiert le pouvoir à la fin de cette année, la polémique entre fédéralistes et indépendantistes risque de monopoliser le débat public au détriment des thèmes sociaux (crise du logement, inflation, itinérance, etc.) et ce jusqu'au référendum, un an ou deux plus tard. Qu'il soit encore présent ou non à l'Assemblée nationale, la mission de Québec solidaire devrait consister à imposer ces thèmes et à harceler le gouvernement Plamondon en lui rappelant que lorsqu'on traite d'indépendance, on ne vise pas que la modification du statut national québécois, mais la réalisation d'un projet de société équitable, sans lequel il ne vaut pas la peine de consentir à tant d'efforts pour établir ici un État indépendant.
Ensuite, en cas de victoire du OUI, Québec solidaire doit talonner le gouvernement péquiste pour que les sacrifices économiques inévitables qui marqueraient la longue et difficile période de transition suivant la victoire du OUI soient équitablement répartis entre toutes les couches de la population ; il faut à tout prix éviter de permettre au gouvernement Plamondon de céder à la facilité en procédant à des compressions budgétaires arbitraires qui affecteraient inévitablement les plus démunis, déjà très vulnérables.
Québec solidaire, conformément à sa mission doit donc veiller à dénoncer et à lutter contre les abus de pouvoir des deux ordres de gouvernement, une tâche aussi ardue qu'au résultat incertain, vu la force des deux principaux partis en présence, libéral à Ottawa, et possiblement péquiste à Québec dans un avenir rapproché.
Une victoire du OUI (qui me paraît improbable, mais sait-on jamais ?) entraînerait bien des sacrifices pour les Québécois et les Québécoises mais règlerait enfin le problème du statut national du Québec.
Celle du NON équivaudrait à perpétuer l'ambiguïté de la situation québécoise au sein de la fédération canadienne, mais aussi elle épargnerait bien des souffrances à son peuple.
Telle est l'équation avec laquelle les militants et militantes de la gauche sociale doivent jongler. Il ne peut être question d'effectuer un choix entre les deux options sans en assumer aussi les conséquences négatives. C'est un pensez-y bien.
Jean-François Delisle
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PL1 : un coup de massue dans les fondations de l’État de droit
Alors que nous sommes en pleine année pré-électorale au palier provincial et que les sondages prévoient une défaite cuisante au parti majoritaire qui compose le gouvernement actuel, la Coalition avenir Québec (CAQ) multiplie l'adoption de lois contestées sous bâillon et présente plusieurs projets de loi liberticides, dont le Projet de loi 1 pour l'adoption d'une constitution québécoise. Le PL1 est présenté comme une loi constitutionnelle pour le Québec dont l'objectif apparent serait une affirmation de l'autonomie de la Nation et de sa souveraineté constitutionnelle. Mais derrière ce récit de souveraineté se cache un coup de massue dans les fondations de l'État de droit et des mécanismes de contre-pouvoirs dont le Québec s'est doté ces 50 dernières années.
Date de publication : 5 décembre 2025
Recherche et analyse : Amel Zaazaa
Rédaction : Amel Zaazaa, Shaimae Jorio
Mise en page : Donia Zahir
PL1 n'est pas une loi isolée. Elle s'inscrit dans la continuité de ce qui est devenu un mode opératoire du gouvernement actuel. De la loi 21 « sur la laïcité de l'État » (2019), qui interdit le port de signes religieux à certaines catégories d'employé·es publics et qui repose sur la clause dérogatoire, à la loi 94 « visant à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation »(2025), en passant par la loi 84 « sur l'intégration à la nation québécoise » (2025) et plus récemment le PL9 « sur le renforcement de la laïcité au Québec », la CAQ tisse un même fil conducteur : elle consolide un projet identitaire qui cible particulièrement les personnes racisées, im-migrantes et les minorités religieuses, en construisant une conception de la nation québécoise qui les exclut et en renforçant une identité nationale au détriment de leurs droits fondamentaux.
Au-delà des atteintes aux droits fondamentaux de plusieurs groupes minorisés, PL1 est l'aboutissement de toute une série de mesures législatives qui pose une nouvelle architecture où le parlement se doterait d'un pouvoir démesuré et disproportionné qui affaiblit les principes mêmes de l'État de droit. PL1 reconfigure ainsi la cadre juridique dans lequel ces lois identitaires risque de s'inscrire et, se protégeant de toute contestation populaire et juridique.
Nous sommes plusieurs organisations, dont la Ligue des droits et libertés, le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne, à y voir une érosion de l'État de droit et de la démocratie, voire même un geste de nature autoritaire.
Commençons par définir ce qu'est un État de droit
L'État de droit n'est pas une notion abstraite. Il s'agit d'un système qui protège les citoyennes et citoyens de l'arbitraire : c'est l'idée que le pouvoir est régi par des règles de droit, qui encadrent et limitent le gouvernement, garantissant son imputabilité et empêchant les abus de pouvoir et dérives autoritaires.
L'État de droit se résume en quatre principaux piliers :
1- La hiérarchie des normes
Imagine une pyramide : au sommet se trouvent la Constitution et les Chartes de droits ; puis viennent les lois ; et plus bas encore, les règlements. Une loi ne peut aller à l'encontre de la Charte des droits. Un règlement municipal ne peut pas bafouer un droit fondamental.
2- Le contrôle juridictionnel
Les tribunaux peuvent déclarer qu'une loi, un décret, une décision administrative viole des droits fondamentaux, et qu'elle est donc inopérante. C'est ce qui permet aujourd'hui de contester, par exemple, la loi 21 ou le décret qui a exclu les enfants de demandeur·euses d'asile de l'accès aux services de garde subventionnés.
3- Les contre-pouvoirs institutionnels et sociaux
Commissions des droits, Protecteur du citoyen, syndicats, groupes communautaires, organismes de défense de droits, médias… Tout ce monde n'est pas « en trop » dans la démocratie : ce sont ces organisations qui documentent les abus, soutiennent des causes devant les tribunaux, portent la voix des personnes les plus vulnérables.
4- La séparation et l'équilibre des pouvoirs
On ne peut pas être juge et partie. Un gouvernement élu peut faire des lois, mais il ne peut pas être l'instance ultime qui décide si ses propres lois respectent les droits fondamentaux. C'est précisément pour ça qu'on confie cette tâche à des tribunaux relativement indépendants.
Dans un État de droit, la souveraineté populaire ne s'exprime pas uniquement par une majorité parlementaire ponctuelle élue aux quatre ans. Elle est encadrée par des droits opposables à l'État, même (et surtout) contre une majorité. Et quand cette majorité est, en plus, produite par un mode de scrutin qui gonfle artificiellement le nombre de sièges, comme c'est le cas de la CAQ, majoritaire en sièges avec une minorité de voix, la vigilance des contre-pouvoirs est d'autant plus essentielle. PL1, au lieu de renforcer ces garde-fous, travaille à les neutraliser.
Quand la majorité se confond avec « la nation »
D'abord soulignons l'article 2 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, intégrée au PL1, qui annonce l'objectif suivant : « préserver et accroître l'autonomie constitutionnelle du Québec en affirmant la souveraineté du Parlement du Québec », au service de « l'épanouissement de la nation québécoise ».
Ce glissement est loin d'être anodin puisqu'on commence de prime abord par lier directement la « nation » à la « souveraineté du Parlement ». Or, une nation, ce n'est pas qu'une Assemblée nationale momentanément dominée par un seul parti. C'est aussi les minorités, les personnes sans droit de vote (notamment les personnes im-migrantes), les tribunaux, les organismes de défense de droits et plus largement les mouvements sociaux et les groupes communautaires.
En présentant toute limite imposée au Parlement, notamment par les Chartes, les tribunaux, la société civile, comme une atteinte à la « nation québécoise », PL1 construit un récit dangereux où toute contestation d'un abus de pouvoir du parlement serait une attaque à la « nation » et à la « souveraineté parlementaire ».
Historiquement, ce type de discours a toujours servi à délégitimer les contre-pouvoirs et les voix dissidentes, notamment celles des groupes racisés, autochtones, féministes ou syndicaux.
Museler la société civile : l'arme de l'article 5
Ensuite, l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle est l'un des verrous les plus inquiétants. Il permet au Parlement de déclarer qu'une loi « protège la nation québécoise » ou son autonomie constitutionnelle. Et dès que cette étiquette est collée, elle implique qu'aucun organisme financé par des fonds publics (totalement ou partiellement) ne peut utiliser cet argent pour contester juridiquement cette loi ; et que les administrateur·rices de ces organismes peuvent être personnellement poursuivi·es pour remboursement des sommes engagées.
Plusieurs mémoires déposés en commission parlementaire montrent que la liste des organismes visés dépasse largement la seule « machine étatique » : on parle du Protecteur du citoyen, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, d'universités, de municipalités, du Directeur général des élections, mais aussi potentiellement de syndicats, d'organismes communautaires, de regroupements de personnes handicapées, etc.
Autrement dit, si demain une loi « protectrice de la nation » restreint davantage les droits des personnes im-migrantes, des femmes, des personnes 2sLGBTQIA+, ou des personnes sur l'aide sociale, les organismes les mieux placés pour contester ces atteintes seraient financièrement et juridiquement bâillonnés.
Cette nouvelle disposition, dans un contexte où beaucoup d'organismes féministes, antiracistes ou de défense des droits vivent déjà avec des budgets précaires, causera l'autocensure par peur de perdre leurs subventions ou d'exposer leurs administrateur·rices à des poursuites judiciaires.
Neutraliser les tribunaux : la « disposition de souveraineté parlementaire »
PL1 ne se contente pas de limiter qui peut contester les lois. Il vise aussi le contenu même du contrôle judiciaire. L'article 9 permet d'insérer, « lorsqu'il le juge opportun », une disposition de souveraineté parlementaire dans n'importe quelle loi, y compris en réaction à une décision judiciaire. Une fois cette clause incluse, il devient impossible de faire déclarer la loi inopérante sur la base de certains droits ou libertés protégés par la Charte québécoise.
Concrètement cela donnerait la séquence suivante :
Si le gouvernement adopte une loi qui touche de plein fouet un groupe déjà marginalisé ; et qu'il la verrouille en déclarant qu'elle « protège la nation » (article 5) et en y insérant une disposition de souveraineté (article 9) ; cela empêchera tout organisme de la société civile recevant des fonds publics de tenter une contestation. De plus, les tribunaux québécois ne pourront plus invalider la loi sur la base de la Charte québécoise.
Techniquement, la Charte canadienne resterait une voie de recours, mais le recours serait plus long, plus coûteux, plus incertain. Et pendant ce temps, la loi continuerait de s'appliquer aux groupes visés.
Reconfigurer la Charte québécoise au service d'un projet national identitaire
Cette année marque les 50 ans de la Charte québécoise des droits et libertés : un texte majeur, quasi constitutionnel, adopté en 1975 dont la visée est de protéger les droits fondamentaux contre l'arbitraire de l'État. Adoptée avant même la Charte canadienne, elle aurait dû être célébrée comme un héritage collectif précurseur, ayant garanti les droits de plusieurs générations de Québécoises et Québécois. Au lieu de cela, le gouvernement en déposant le PL1 rétrograde la Charte au rang de loi ordinaire. En ce sens, PL1 transforme la Charte en une loi que la majorité pourra contourner, suspendre ou neutraliser selon son agenda politique.
Parmi les modifications à souligner, notons l'introduction d'une hiérarchie des droits, affirmant la primauté de certains « droits collectifs de la nation québécoise » – notamment l'égalité femmes-hommes – sur d'autres droits comme la liberté de religion ; ou encore l'obligation d'interpréter la Charte à la lumière de la « spécificité du Québec », de son modèle d'intégration et des « droits collectifs de la nation », en la distinguant davantage de la Charte canadienne.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a sonné l'alarme en affirmant que ces modifications introduiraient une hiérarchie entre droits fondamentaux, contraire au principe, largement reconnu en droit international, selon lequel les droits sont universels, indivisibles et interdépendants. Elle recommande explicitement de ne pas adopter plusieurs des articles clés du PL1 pour éviter d'affaiblir la primauté de la Charte québécoise et la portée des droits qu'elle garantit.
À première vue, mettre en avant l'égalité femmes-hommes pourrait sembler une victoire féministe. Mais dans un contexte où l'égalité est déjà mobilisée pour justifier des lois qui excluent des femmes (en particulier celles de confession musulmane) du marché du travail ou des espaces publics, il faudra lire cette législation plus comme une instrumentalisation de l'égalité femmes-hommes au profit d'un agenda identitaire.
C'est ce que des chercheuses comme Sara R. Farris (2017) ont nommé comme étant un féminisme d'État civilisationnel (“fémonationalisme”), c'est-à-dire le détournement des droits des femmes à des fins nationalistes, sécuritaires et d'exclusion. Dans ce cadre, l'émancipation des femmes est convoquée non pas comme un projet de justice sociale porté par les femmes elles-mêmes, mais comme un marqueur d'hégémonie culturelle occidentale servant à justifier des politiques restrictives à l'égard des personnes racisées, et plus spécifiquement des femmes musulmanes.
Genre, race, migration : qui va payer le prix de PL1 ?
PL1 n'arrive pas dans un contexte politique neutre. Il s'inscrit dans une continuité de mesures législatives qui ont déjà ciblé de manière disproportionnée et attentatoires certains groupes minorisés. La loi 94, par exemple, a ciblé, de facto, les femmes musulmanes portant le niqab, en imposant le « visage découvert » comme condition d'accès à certains services et accommodements. La CDPDJ elle-même a dénoncé ces dispositions, soulignant des « effets sociopolitiques néfastes » sur ce groupe précis ;
La loi 21 adoptée en 2019, interdit le port de signes religieux à certaines catégories de fonctionnaires, en particulier des enseignantes. Cette loi a eu un impact direct et démesuré sur les femmes musulmanes portant le hijab ainsi que sur d'autres minorités religieuses déjà marginalisées sur le marché du travail ;
Cet été, la CAQ a également fait adopter la loi 84 qui redéfinit un « modèle d'intégration » qui impose aux personnes im-migrantes de se conformer à une culture commune fixée unilatéralement par l'État, dans un contexte où la lutte contre le racisme et les discriminations reste largement déclaratoire.
Dans ce contexte politique, PL1 risque de se transformer en un instrument juridique puissant pour verrouiller des lois discriminatoires au nom de la protection de la nation, de la laïcité, du français ou de l'égalité. Ainsi, ce sont les groupes déjà marginalisés dans la société qui risquent d'en subir les conséquences les plus lourdes.
Parmi ces groupes de personnes qui seront disproportionnellement affectés, figurent les femmes musulmanes – qu'elles soient im-migrantes ou nées ici – qui se retrouvent au cœur d'une instrumentalisation « fémonationaliste ». Sous prétexte de les « libérer » et de promouvoir leur « émancipation » , elles voient leur accès au marché du travail verrouillé, leurs corps et leurs apparences contrôlés, et leur visibilité dans l'espace public régulée par des lois stigmatisantes.
Comme le souligne Sara R. Farris, ce mécanisme ne consiste pas à réellement défendre les droits et libertés des femmes, mais plutôt à instrumentaliser idéologiquement leurs corps à des fins nationalistes et identitaires. Les discours sur l'égalité femmes-hommes servent alors de prétexte pour justifier des lois qui renforcent la définition d'une identité nationale fantasmée tout en y excluant les femmes ciblées.
Ce projet de loi aura aussi des effets néfastes sur les personnes im-migrantes et racisées qui sont constamment présentées comme une « menace » et un « risque » pour la langue française, les « valeurs québécoises » et la cohésion nationale. Cette stigmatisation les enferme dans une position d'altérité où leur reconnaissance sociale et leur appartenance à la société québécoise sont soumis à l'assimilation à un modèle national-culturel imposé de manière autoritaire et unilatérale.
En intégrant une conception détournée de la laïcité, PL1 utilise ce principe pour gérer les « indésirables », alimentant ainsi un climat d'exclusion déjà présent depuis l'adoption de la loi 21, et instaurant une forme de violence institutionnalisée envers les groupes marginalisés. Ce mécanisme de détournement ne protège pas la démocratie ; bien au contraire, il affaiblit les contre-pouvoirs indispensables à un État de droit en réduisant la capacité des tribunaux, des organismes de défense des droits et de la société civile à contrôler l'action du gouvernement et à protéger les droits fondamentaux des citoyen·nes. Il fabrique une citoyenneté de seconde zone, en systématisant la stigmatisation et la marginalisation de communautés déjà vulnérables, et tout en continuant de se réclamer de la démocratie et des droits humains.
Conclusion : Le PL1 est un recul de 50 ans au moins
La CAQ s'était engagée en 2018 à réformer le mode de scrutin uninominal majoritaire à un seul tour, une promesse qu'elle a finalement abandonnée. Il est pour le moins ironique que le gouvernement présente son projet de loi comme un geste de « souveraineté constitutionnelle », alors même qu'il s'appuie sur des mécanismes hérités du pouvoir britannique. D'un côté, il conserve un mode de scrutin du XIXᵉ siècle, générant des majorités artificielles — un outil qui confère de pouvoir qu'à ceux qu'il privilégie. De l'autre, il tente de réactiver la vieille doctrine britannique de la souveraineté parlementaire, celle d'avant 1982, à une époque où une majorité pouvait agir sans contrepoids et sans être limitée par une Constitution susceptible d'être contestée devant les tribunaux.
Autrement dit, sous couvert de « souveraineté », le gouvernement cherche à ressusciter un modèle que le Québec avait dépassé en se dotant d'une Charte et d'un État de droit moderne. PL1 ne constitue donc pas une affirmation de l'autonomie constitutionnelle du Québec, mais bien un retour en arrière. Laisser passer ce projet, c'est renoncer à cinquante ans d'avancées démocratiques et concentrer entre les mains d'un seul gouvernement, soutenu par une majorité artificielle. Un pouvoir que nos institutions avaient précisément appris à limiter.
Au-delà de la concentration du pouvoir, PL1 ouvre la porte à l'arbitraire, en réduisant la capacité des contre-pouvoirs et en fragilisant les garde-fous constitutionnels qui protègent les droits et libertés. Ce n'est pas seulement un recul pour la démocratie, mais la création d'un cadre où des décisions cruciales peuvent être prises sans véritable contrôle, au service d'intérêts et de calculs partisans, aggravant par là même les inégalités et les discriminations, et marquant une régression historique dans la reconnaissance et la protection des droits les plus fondamentaux.
Image d'en-tête : Clément Proust
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Entente de principe sur la Loi 2 : une réforme édulcorée qui ne réglera rien pour les patients
Hier, dans une entrevue accordée à TVA Nouvelles, Dr Xavier Gauvreau, président de MQRP, dénonce une version affaiblie de la Loi 2 de la CAQ, qui rate sa cible : améliorer concrètement l'accès aux soins.
Malgré l'entente, les problèmes du système, notamment l'accès aux soins et la surcharge de la première ligne, demeurent entiers.
« Ce n'est pas en passant des projets de spéciaux et en imposant une réforme que l'on va retenir les gens dans le système public ou au Québec. »
Pour MQRP, réformer la première ligne exige une vision centrée sur les patients, des équipes interdisciplinaires fortes et des conditions de pratique qui permettent réellement de soigner.
La santé ne se réforme pas à coups de compromis politiques. Elle doit être pensée comme un bien public.
📎 L'entrevue complète, à lire et écouter ici : https://r.pebmac.ca/.../la-loi-2-edulcoree-de-la-caq-ne...
La prise de position complète de MQRP face à l'entente de principe sur la Loi 2
Loi 2 : Réaction de MQRP à l'entente de principe : Tout ça pour ça ? Une entente sans vision, ou quand le statu quo l'emporte sur les soins
Le vendredi 12 décembre dernier, la FMOQ annonçait à ses membres les détails de l'entente de principe conclue avec le gouvernement. Cette suspension de la mise en vigueur des articles de la Loi 2, repoussée du 1er janvier au 28 février, vient avec une promesse de recul sur plusieurs mesures qui ont alimenté la grogne :
– le système de pastilles de couleur ;
– les pénalités pour le départ vers le privé ou d'autres provinces ;
– les pénalités pour les médecins qui mènent des « actions concertées », le pouvoir discrétionnaire du ministre de décréter des changements sans passer par les négociations ;
– les pénalités liées à la performance1.
Alors que la FMOQ se dit « satisfaite2 » de cette entente de principe et que la FMSQ quémande des augmentations salariales3, MQRP est profondément déçue du manque de vision pour le futur de notre régime public.
Un système public en souffrance
Pendant que l'on négocie des suspensions, le système public continue de s'éroder. La première ligne perd des médecins. Le recrutement s'effondre. La retenue devient un défi majeur. Les jeunes médecins hésitent à s'engager dans un modèle perçu comme instable, punitif et déconnecté du sens même du soin. Au-delà des départs annoncés – qui n'auront pour la plupart pas lieu suite à l'entente – des médecins déjà en pratique, il faut réfléchir à l'impact que les mesures contraignantes (PL83 et PL2) auront sur l'attractivité du système québécois pour les futurs médecins. Déjà, lors du jumelage en 2025 des finissants en médecine on comptait 72 postes non comblés en spécialité et 63 en médecine familiale, soit près des deux tiers des postes non pourvus au Canada4,5.
Plus important encore, beaucoup d'enjeux structuraux ne peuvent être résolus par une simple renégociation du salaire des médecins. Dans la maintenant très populaire page Facebook Spotted : soigner au Québec, les médecins de tout horizon et type de pratique ont dénoncé les conditions de travail qui ne leur permettent pas de bien soigner : manque de ressources humaines et matérielles, bureaucratie trop lourde s'étant dédoublée avec Santé Québec, règlements bidons… Cette entente n'apporte aucune réponse à ces enjeux fondamentaux.
Un besoin de réforme qui inclut les patients
Dans la présentation de l'entente, la FMOQ se réjouit de pouvoir « favoriser un partenariat d'affaires au bénéfice des patients ». On en comprend que cette entente s'inscrit dans une tendance lourde d'affairisation des soins, ou de médecine entrepreneuriale. Les décisions sont guidées par des logiques de contrôle, de rendement et de gestion des comportements médicaux à coups de primes et de pénalités, plutôt que par les besoins des patients. Comme l'entente préserve le statu quo et donc les intérêts lucratifs des médecins/corporations médicales, devrions-nous crier victoire ?
Dans cette entente, où sont les mesures pour améliorer les soins aux patients ? Où sont représentés les intérêts des patients ? Où sont les mesures pour que les autres professionnels de la santé fassent partie intégrante de la solution ? La réponse est : nulle part. Le soin n'est plus la finalité : il devient un sous-produit d'un système obsédé par la conformité administrative et de plus en plus guidé par la recherche de profit.
Le modèle GMF ne fonctionne pas
Notons également que l'entente évite soigneusement de nommer l'éléphant dans la pièce : le modèle actuel des groupes de médecine familiale (GMF) ne fonctionne pas. Instauré en 2002 par François Legault sous la bannière du Parti Québécois (PQ), ce modèle centré sur le regroupement de médecins sous un modèle entrepreneurial avait pour but d' « accroître l'accès de la population aux médecins de famille, favoriser le désengorgement des urgences et améliorer l'accès aux services psychosociaux de première ligne6 ».
Le projet de loi 2 met en lumière des enjeux qui gangrénaient déjà le modèle GMF. Celui-ci est instable, vulnérable aux fermetures, et repose sur une aberration structurelle, soit que les lieux de dispensation des soins soient financés, en grande partie, à même le revenu des médecins. De ce fait, ce modèle expose les cliniques à des risques financiers importants et fait porter aux médecins une responsabilité qui devrait relever de l'État.
Les conséquences sont bien réelles : fermetures de cliniques, ruptures de suivi, patients laissés sans soins, et un climat propice à l'exploitation stratégique (et légalement ambiguë) des règles de facturation afin de maximiser les revenus, plutôt qu'à l'innovation clinique. La capitation, souvent évoquée comme solution miracle, demeure pour l'instant un concept sur papier, sans déploiement crédible ni équitable.
Des pistes de solution tangibles pour la première ligne
Alors que cette saga politique termine en queue de poisson, il devient de plus en plus évident qu'il faudrait avoir une transformation de la première ligne qui ne repose pas uniquement sur la négociation du salaire des médecins. Le gouvernement avait d'ailleurs mandaté un comité d'expert duquel il a ignoré les recommandations7. MQRP appelle à saisir l'opportunité d'avoir des États généraux de la santé, afin :
– De revoir le système de patients « inscrits ou non-inscrits », qui prive des milliers de québécois d'un accès à des soins de première ligne ;
– De revoir le modèle GMF dans son ensemble, d'interdire les actionnaires privés des GMF et de séparer le financement des cliniques en lien avec la rémunération des médecins ;
– De repenser l'organisation multidisciplinaire de la première ligne pour s'inspirer du modèle initial des CLSC, qui reposait sur des équipes intégrées, accessibles et orientées vers les besoins populationnels ;
– Revoir la rémunération des médecins à la suite d'une consultation sérieuse, afin de corriger les incitatifs pervers qui encouragent le sans rendez-vous — notamment via le GAP — au détriment de la prise en charge continue, tout en répondant adéquatement aux besoins réels de la population ;
– D'abolir les cliniques à but lucratif qui peuvent favoriser les profits au lieu des soins ;
– De permettre en priorité l'accès public aux professionnels de la santé comme les psychologues et physiothérapeutes ;
– D'impliquer les soignants et patients dans les gouvernances locales, en réparation à la centralisation catastrophique des ères Barrette-Dubé.
Références
1. Côté, S. (12 décembre 2025). Loi 2 : Québec abandonne ses cibles de performance pour les médecins de famille. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2213419/entente-principe-medecins-details-quebec
2. Infolettre FMOQ. (n.d.). https://www.fmoq.org/infolettres/fmoq/2025/le-point-fmoq-11-decembre-2025
3. Lemay, É. Y. (17 décembre 2025). « Pas d'entente bâclée » : les médecins spécialistes veulent que Québec ouvre ses coffres. Le Journal De Québec. https://www.journaldequebec.com/2025/12/17/pas-dentente-baclee–les-medecins-specialistes-veulent-que-quebec-ouvre-ses-coffres
4. Deuxième tour du CaRMS. (n.d.). https://www.fmoq.org/dossier-actualites/deuxieme-tour-du-carms-postes-a-pourvoir-en-medecine-de-famille/
5. CaRMS. (2024). Postes vacants après le deuxième tour du jumelage des spécialités médicales de 2025. https://www.carms.ca/pdfs/7fpR24tqn43_MSM_2_OverviewByUniversity_FR.pdf
6. Plourde, A. (2022). Bilan des groupes de médecine (GMF) de famille après 20 ans d'existence – Un modèle à revoir en profondeur. (n.d.-b). Institut De Recherche Et D'informations Socioéconomiques. https://iris-recherche.qc.ca/publications/bilan-des-groupes-de-medecine-de-famille-apres-20-ans-dexistence-un-modele-a-revoir-en-profondeur/
7. Drolet, M. (8 mai 2025). Rapport et recommandations pour soutenir l'élaboration d'une première politique gouvernementale de soins et services de première ligne au Québec. Unité Soutien SSA Québec. https://ssaquebec.ca/nouvelles/rapport-premiere-ligne-quebec/
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Main basse sur le Groenland ?
Trump met les Institutions internationales sous éteignoir et promène sa convoitise et son césarisme à travers le monde avec désinvolture. Le réchauffement climatique lui dégageant un horizon du Groenland aux gisements considérables, il brandit le prétexte de la sécurité nationale et butte sur la rivalité européenne !
De Paris, Omar HADDADOU
« Gouverner, c'est voler. Tout le monde sait ça ! » ( Albert Camus - Caligula)
Il eut été plus juste d'affranchir les Historiens d'écrire ce que les grandes Puissances savent consigner unilatéralement !
Une main basse sur le Groenland n'est que l'expression irrécusable de la durabilité, dans l'espace et le temps, d'un Impérialisme occidental sauvage qui broie tout sur son passage. Les Démocraties, le Droit international, se nippent de morale frelatée et partent en croisade sur les champs abondants pétrolifères, les mines alléchantes des pays vulnérables et des Îles lointaines. Patriote, Résistant, à la potence ! As You like, grande Puissance ! De Saddam Hussein à Nicolas Maduro, il n'y a qu'un seul pas. Être un prédateur chrétien n'est pas un état d'esprit, mais un métier !
L'index de Donald Trump n'a pas dérogé à la règle de la fausse culpabilité pour envoyer des chefs d'Etat derrière les barreaux et dérober la ressource tant convoitée. Hollywood toujours Hollywood ! Il lorgne aussi excellemment que Macron pour l'Afrique, les territoires riches en minerais et hydrocarbures.
Les subterfuges ne manquent pas pour déclencher la rapacité. Attention ! : Narcotrafic par- ci, menace sécuritaire par-là, péril sur notre Démocratie. L'ONU et la CPI tiennent le rôle de perchistes face à la piraterie du XXI siècle de Mister « Make America great again ! ». L'Europe de Macron et l'Amérique jouent-elles avec le feu pour déclencher, en notre présence assoupie, un conflit mondial ?
Le vampirisme de Donald est au minerai ce que l'odorat du chien à la truffe. Il veut ce Groenland ! Ce Groenland qui se réchauffe 4 fois plus vite que le reste du monde, aiguisant bien des appétits, ouvrant des opportunités pour le transport maritime du gaz et du pétrole.
Le territoire autonome du Danemark recèle dans ses tréfonds des gisements de la transition énergétique (Lithium, Graphite, Uranium). La chasse est ouverte pour que le mal triomphe encore et encore, dans ce nauséabond Monde !
Trump invoque les prétendument intentions pillardes de la Russie et la Chine. Le territoire, stratégique par sa position dans l'Arctique, compte comme ressources 36,1 millions de tonnes de terres rares. En outre, l'Île possède un stock considérable de 17 métaux convoités par l'Industrie du futur dont la demande affiche une courbe exponentielle pour les années à venir. Pour les hydrocarbures, environ 28, 43 milliards de barils serait à découvrir. D'où la ruée de Trump et l'Union européenne de Macron vers l'Île. Cette dernière a déjà les pieds dans l'Arctique pour les signatures de partenariat avec les autorités danoises.
Un engagement qui a exacerbé la colère du rival américain. Le septuagénaire, récipiendaire désillusionné du Nobel, a acté, ce lundi, l'ouverture des hostilités sur fond de guerre commerciale avec la France et l'Union européenne. Le locataire de la Maison Blanche a, en effet, décidé « d'imposer des droits de douanes supplémentaires aux 8 pays qui ont envoyé des soldats au Groenland »
Cette mesure de rétorsion a mis, ces dernières heures, le Président Français et l'Europe sur le pied de guerre : « Notre volonté est de ne jamais subir. Nous avons décidé de doubler le budget militaire et de compliquer l'entreprise américaine ! » réagissait ce lundi Emmanuel Macron.
La menace d'annexion est au cœur de l'actualité internationale. Des aéronefs militaires américano-canadiens arriveraient bientôt au Groenland pour participer à « des manœuvres prévues de longues date », annonçaient plusieurs sources françaises
Le Danemark exclue toute annexion américaine du territoire.
Souveraineté contre ambitions territoriales impérialistes, la Géopolitique convulse !
O.H.
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Québec sans frontières : quand le gouvernement sacrifie la solidarité pour le chacun pour soi !
Il y a des décisions budgétaires qui relèvent de motifs d'austérité néolibérale, et d'autres qui ajoutent le renoncement politique. En refusant de verser intégralement la deuxième tranche de financement du programme Québec sans frontières (QSF) pour l'année 2025-2026, le Gouvernement du Québec, par le biais de son ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF), a fait un choix clair : celui de fragiliser la solidarité internationale au moment même où elle est plus nécessaire que jamais.
Tiré du Journal des alternatives.
Depuis des décennies, la coopération internationale constitue un pilier discret, mais fondamental de l'action publique québécoise qui se déploie dans 86 pays. Le programme Québec sans frontières a permis de soutenir des projets concrets en droits humains, en justice sociale, en environnement, en santé et en éducation, tout en formant des milliers de jeunes à l'engagement citoyen et à la citoyenneté mondiale.
En rompant ses engagements contractuels envers les organismes de coopération internationale, notamment Avocats sans frontières Canada, le CECI, Equitas, la Fondation Paul Gérin-Lajoie, Oxfam-Québec et SUCO, le gouvernement ne coupe pas seulement des budgets : il sape une vision du Québec solidaire, responsable et engagé.
Cette décision survient dans un contexte politique lourd de sens. Partout en Occident, la droite identitaire progresse en désignant des boucs émissaires faciles : les migrant·es, les relations internationales, les politiques de solidarité.
La coopération internationale, une cible facile
La coopération internationale devient alors une cible facile. Elle se déroule loin du regard médiatique, concerne des populations invisibilisées et se prête aux discours simplistes opposant l'« ici » et l'« ailleurs ». En s'attaquant à Québec sans frontières, le gouvernement s'inscrit dans cette logique de repli.
Pourtant, les faits sont sans appel. Le MRIF a signé des ententes pluriannuelles qu'il choisit aujourd'hui de ne pas honorer. Des organisations québécoises sont contraintes de suspendre des projets déjà engagés, de mettre fin à des partenariats et d'envisager des pertes d'emplois, parfois en pleine période des Fêtes.
Par le passé, les politiques d'austérité du gouvernement québécois procédaient à des coupures plutôt sur le renouvellement des financements futurs. Récemment, la pratique de récupération des surplus annuels s'est systématisée dans les milieux communautaires notamment, heurtant les pratiques courantes de sobriété dans la conjoncture financière difficile. La décision unilatérale de remise en question des ententes contractuelles est un précédent. Quelle crédibilité peut encore revendiquer un État qui se dégage unilatéralement de ses responsabilités contractuelles ?
Des conséquences directes sur des programmes déjà engagés
Les conséquences de ces coupes sont bien réelles. Elles touchent directement des milliers de personnes parmi les plus vulnérables dans des pays comme le Tchad ou la République démocratique du Congo, notamment des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés comme le rappellent l'AQOCI et OXFAM. Elles frappent aussi le tissu communautaire québécois, déjà affaibli par un sous-financement chronique et une grande instabilité des politiques publiques. Opposer les urgences sociales locales à la solidarité internationale est un faux dilemme qui ne sert qu'à masquer l'abandon progressif des responsabilités de l'État.
La solidarité internationale n'est pas une dépense superflue. Elle est un investissement politique, social et démocratique. Elle contribue à créer des conditions de justice et de coopération dans un monde traversé par les crises climatiques, les conflits armés et les inégalités croissantes. Elle renforce également la crédibilité du Québec sur la scène internationale et son réseau de partenariat. Elle lui permet d'affirmer son identité au plan international. En la fragilisant, le gouvernement affaiblit sa propre parole et son image à l'étranger.
Ce recul s'inscrit dans une tendance inquiétante : celle d'un État qui, sous couvert de rigueur budgétaire, accepte de sacrifier les solidarités au profit d'une politique d'austérité doublée d'une charge idéologique frileuse du monde. Une logique dangereuse, qui nourrit la peur, la concurrence entre les plus vulnérables et l'illusion que le repli protège.
Défendre le programme Québec sans frontières, ce n'est pas défendre un privilège. C'est défendre une vision du Québec ouverte, solidaire et consciente de son interdépendance avec le reste du monde. Face à la montée des discours identitaires et du chacun pour soi, rappeler cette évidence est aujourd'hui un acte politique nécessaire.
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Le Nouveau-Brunswick déroule le tapis rouge pour les projets extractifs soutenus par les États-Unis
Une coalition provinciale de plus en plus importante s'oppose aux projets miniers, gaziers et de centres de données soutenus par les États-Unis, qui, selon elle, menacent la santé publique et les terres autochtones.
Tiré de Breach media
9 janvier 2026
Pour ceux et celles qui ne vivent pas dans les provinces maritimes, le Nouveau-Brunswick évoque peut-être des images de petites villes et des marées immenses de la baie de Fundy, ainsi qu'une vague impression d'une économie dominée par la famille Irving.
Aujourd'hui, il est de plus en plus considéré comme une terre d'opportunités par les entreprises du sud de la frontière.
Les intérêts miniers et militaires américains, soutenus par le financement du département américain de la Guerre et accueillis favorablement par le gouvernement fédéral du premier ministre Mark Carney, se concentrent sur la province comme une frontière stratégique pour la « construction nationale » extractive.
Ces forces affirment qu'un trio de projets – une mine de tungstène, une centrale électrique au gaz et un vaste centre de données – promet une renaissance.
Mais les organisations locales affirment qu'ils sont plutôt conçus pour servir les chaînes d'approvisionnement américaines, la production d'armes et les bilans financiers des entreprises, tout en demandant aux Néo-Brunswickois·es et aux nations autochtones d'en absorber les coûts environnementaux et sociaux.
Les habitant·es se mobilisent désormais, après des mois de rhétorique patriotique de la part d'Ottawa face à la pression américaine qui semble avoir eu peu d'effet.
« Le fait que ces projets soient tous associés à des investissements ou à des propriétaires américains est une conclusion assez accablante », a déclaré Jim Emberger, porte-parole de la New Brunswick Anti-Shale Gas Alliance, qui a contribué à organiser la résistance contre ces projets. « Ils ne sont pas intéressés par la recherche de nouveaux marchés. »
Et dans le cas des usines à gaz, Emberger souligne qu'elles lieront la région aux États-Unis non seulement pour une courte période, mais pour 30 à 35 ans.
« Qu'est-il advenu de l'esprit d'initiative ? »
L'exploitation minière pour la guerre
Au nord-ouest de Fredericton, le département américain de la Guerre lorgne l'un des plus grands gisements de tungstène et de molybdène au monde. Mais pour accéder à ces métaux, il faut construire une nouvelle mine à ciel ouvert.
Le tungstène est une ressource « essentielle » utilisée dans la défense et l'aérospatiale, notamment pour la fabrication de munitions, ce qui explique l'intérêt des militaires. En novembre, Carney a choisi la mine Sisson comme l'un de ses grands projets de construction nationale, la mettant ainsi en lice pour bénéficier d'une procédure accélérée qui lui permettrait de contourner certaines lois.
Les investisseurs tentent de lancer la mine depuis 2007. « Comme il s'agit d'un projet existant, cela donne l'impression que le gouvernement fédéral agit et cela suscite un nouvel enthousiasme pour les métaux rares », a déclaré M. Emberger.
La mine serait développée par la société Northcliff Resources, basée à Vancouver, avec une participation minoritaire de la société néo-zélandaise Todd Minerals Ltd. Bien qu'elle ait reçu les autorisations environnementales en 2015 et 2017, la construction n'a jamais démarré. Aujourd'hui, un nouveau financement a ravivé l'intérêt. Le département américain de la Guerre a investi environ 21 millions de dollars américains, et Ressources naturelles Canada s'est engagé à verser 8,2 millions de dollars canadiens pour soutenir les travaux de faisabilité et d'ingénierie.
Emberger a souligné que la mine apporterait des avantages économiques limités et créerait d'énormes problèmes environnementaux. Elle ne créerait que 500 emplois pendant la construction et 300 pendant l'exploitation. La Chine est le plus grand producteur mondial de tungstène et a la capacité de faire chuter les prix mondiaux si elle estime qu'il y a trop de concurrents, ce qui signifie que la mine pourrait soudainement se transformer en gouffre financier.
Comme le site contient du minerai de tungstène de faible qualité, son exploitation créerait des montagnes de déchets qui seraient stockés dans d'énormes bassins de résidus à l'embouchure de la rivière Nashwaak, qui est cruciale pour les peuples autochtones, en particulier les Wolastoqiyik (Malécites), car elle fait partie de leur territoire traditionnel.
Au cours du processus d'approbation de la mine, Northcliff a été tenue de présenter une évaluation des conséquences d'une défaillance du bassin de résidus et de la manière dont l'entreprise réagirait. Cette évaluation n'a jamais été rendue publique.
Les entreprises américaines s'installent
Les défenseurs de l'environnement tirent également la sonnette d'alarme concernant deux autres projets : une centrale électrique au gaz et au diesel près de Sackville et un immense centre de données proposé à l'extérieur de Saint John.
Ces deux projets impliqueraient une participation et un contrôle importants des États-Unis, et tous deux sont accélérés avec le soutien des autorités provinciales et fédérales.
La société ProEnergy, basée dans le Missouri, en partenariat avec N.B. Power, une société d'État provinciale, a proposé la construction d'une centrale électrique au gaz de 500 mégawatts dans la municipalité rurale de Tantramar. Les dirigeants de N.B. Power ont décrit cette centrale comme un « couteau suisse » pour le réseau, destiné à soutenir les énergies renouvelables, à remplacer le charbon et à répondre aux pics de demande.
Mais les responsables locaux et les habitant·es affirment que le site a été choisi moins pour l'intérêt public que pour la rapidité : N.B. Power a reconnu que cet emplacement présentait le moins d'obstacles en termes d'infrastructures et d'autorisations réglementaires.
La centrale à gaz a suscité beaucoup d'intérêt et de controverse. La société mère de ProEnergy a fait don de près d'un million de dollars à des politicien·nes et candidat·es républicain·es en 2024, et l'entreprise a ouvertement fait pression sur la province pour qu'elle accélère les autorisations. N.B. Power a averti que si l'autorisation réglementaire n'était pas obtenue avant le 2 avril 2026, ProEnergy délocaliserait le projet ailleurs. En réponse, la province a raccourci le calendrier des audiences, réduisant de plusieurs semaines le processus d'examen public.
« Le gouvernement a cédé », a déclaré M. Emberger. « Il réduit maintenant d'un mois le calendrier des audiences, ce qui complique considérablement la tâche des groupes de citoyen·nes qui tentent de s'opposer à ce projet. »
Les organisations communautaires s'efforcent maintenant de trouver des témoins experts et des rapports techniques, tandis que le conseil municipal de Tantramar s'est officiellement opposé au projet et a demandé sa suspension.
Les risques liés à l'utilisation de l'eau et à la pollution ont encore érodé la confiance des habitant·es. Les responsables de N.B. Power ont reconnu que la centrale était susceptible d'affecter les eaux souterraines locales et qu'elle brûlerait du diesel pendant deux semaines par an lorsque l'approvisionnement en gaz naturel serait indisponible.
Par ailleurs, un consortium soutenu par le Texas et Calgary, VoltaGrid et Beacon AI Centers, a proposé la construction d'un vaste centre de données à l'extérieur de Saint John.
S'il était construit, le centre de données tirerait la moitié de son énergie du réseau provincial, soit près de la moitié de la production de la centrale à gaz Tantramar proposée, le reste provenant d'une centrale à gaz sur place. N.B. Power a nié tout lien officiel entre les deux projets, mais les détracteurs affirment que l'ampleur du centre de données explique en partie l'urgence de construire de nouvelles infrastructures pour les combustibles fossiles.
Les habitant·es de la région s'inquiètent de l'empreinte environnementale du projet. Le site se trouve au milieu d'une forêt mature et ancienne, de zones humides et de tourbières qui seraient défrichées pour faire place à l'installation, à trois minutes à pied des habitations.
Un groupe local, Save Lorneville, a lancé une procédure de contrôle judiciaire pour contester la décision de rezonage de la ville, soulevant des préoccupations concernant le bruit, la consommation d'eau pour le refroidissement et la contamination de l'eau des puits.
Pour le grand chef Wolastoqewi Ron Tremblay, il n'est pas surprenant que le Canada autorise des entreprises étrangères à exploiter la terre natale de son peuple. Il estime toutefois que le soutien des gouvernements fédéral et provincial à cette série de projets soutenus par les États-Unis équivaut à « tromper les Canadien·nes ».
M. Tremblay défend les terres des Wolostokuk contre la mine Sisson depuis près d'une décennie. Il s'est récemment rendu en Nouvelle-Zélande, où il a rencontré la famille Todd, propriétaire de Todd Minerals Ltd, qui détient des parts dans Northcliff et la mine Sisson. Il les a informés qu'il y aurait une « forte résistance » au projet.
« Les colons peuvent déménager et partir où ils veulent, mais pour nous, c'est notre terre natale, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons pas considérer un autre endroit comme notre foyer. J'ai donc dit que nous défendrions ces terres. Nous ne pouvons pas contrôler notre peuple lorsqu'il veut aller sur le terrain pour le défendre. Il le fera. »
Lutter contre la ruée
Un mouvement prend de l'ampleur dans toute la province pour s'opposer aux récentes annonces de développement. La Protect the Chignecto Isthmus Coalition, une alliance de 15 organisations comprenant des groupes environnementaux, sanitaires et communautaires, s'oppose à la centrale à gaz de Tantramar.
« C'est l'une des plus grandes coalitions de l'histoire du Nouveau-Brunswick », a déclaré M. Emberger, et elle est similaire au mouvement populaire qui s'est formé contre la tentative d'acquisition de N.B. Power par Hydro Québec en 2010 ou au mouvement anti-gaz de schiste de 2013.
Selon M. Emberger, il peut être compliqué de s'organiser au Nouveau-Brunswick. C'est une province rurale, et il est difficile d'organiser de grands rassemblements, car cela oblige les gens à faire des heures de trajet. Cependant, ce mouvement a donné naissance à de multiples tactiques populaires : campagnes numériques, tracts, assemblées publiques et groupes sur les réseaux sociaux tels que « Stop the Tantramar Gas Plant » (Arrêtez la centrale à gaz de Tantramar) et « Save Lorneville » (Sauvez Lorneville).
L'un des objectifs de la coalition est d'aider les habitant·es du Nouveau-Brunswick à prendre conscience du pouvoir dont ils et elles disposent.
« Nous entendons sans cesse des gens avec lesquels nous interagissons dire qu'ils ne savent même pas qu'ils ont le droit de s'adresser à leur député ou à leur membre de l'Assemblée législative », a déclaré Melanie Langille, présidente et directrice générale de New Brunswick Lung, l'un des plus anciens organismes caritatifs de la province dédié à l'amélioration de la qualité de l'air.
New Brunswick Lung s'inquiète principalement des répercussions de la centrale à gaz sur la santé. « La pollution atmosphérique est l'un des principaux facteurs de maladies pulmonaires et d'aggravation des affections pulmonaires existantes », a-t-elle déclaré.
Selon le groupe, un·e Néo-Brunswickois·e sur cinq souffre déjà d'une maladie pulmonaire. Cette usine à gaz entraînerait des problèmes de santé liés à la combustion de combustibles fossiles.
« Il semble y avoir une tendance inquiétante à l'érosion des protections environnementales dont nos voisins ont bénéficié dans le passé », a déclaré Mme Langille à propos des projets récents.
Les Néo-Brunswickois·es veulent que le gouvernement s'engage à investir dans le bien-être de la terre et des personnes qui y vivent.
Pour Ron Tremblay, cela impliquerait de restituer des terres et des noms de lieux aux Wolastoqewi. Pour commencer, a-t-il déclaré, les noms des rivières qui traversent leur territoire pourraient être restitués. Au-delà de cela, il souhaite que son peuple reprenne la gestion de ses propres terres.
« Commençons par parler des terres de la Couronne qui appartiennent réellement à notre peuple », a-t-il déclaré.
Pour les membres de la coalition, cela signifie investir dans les énergies vertes et les transports écologiques. Ils réclament une énergie propre publique pour répondre à la pénurie énergétique prévue dans la province. Ils aimeraient voir se construire un réseau électrique national.
« Il existe des alternatives », a déclaré M. Langille. « Nous avons tendance à nous reposer très rapidement sur ce qui nous est familier, ce que nous avons utilisé dans le passé, à savoir la combustion de carburant pour produire de l'énergie, mais cela a des répercussions sur la santé. Nous pouvons faire mieux. »
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Perturbation lors de l’allocution de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra
Montréal,, 13 janvier 2026 - À 11h30 aujourd'hui, des militants du groupe Alliance ouvrière, accompagnés d'alliés anti-impérialistes, ont perturbé le déroulement d'une allocution de l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, qui se tenait au Club Saint-James. Les manifestants ont bloqué l'entrée principale, ainsi que l'entrée du stationnement du Club, retardant le début de la conférence.
Après une intervention de la police, les participants à la conférence ont pu se faufiler par une entrée réservée aux employés. L'ambassadeur n'a pu accéder au bâtiment que sous escorte policière à 11h45, 15 minutes plus tard que le début prévu de l'événement.
Des employés du club ont tenté de déloger les manifestants manu militari à trois reprises, mais n'ont pas réussi et ont dû attendre les interventions de la police qui a mobilisé 8 véhicules.
Non ne tolérerons pas que, tandis que les États-Unis commettent actuellement des violations du droit international et tiennent captif le président du Venezuela et sa femme, l'ambassadeur des États-Unis au Canada vienne tenir une conférence devant le gratin économique de Montréal pour nous affirmer que ce pays veut continuer de faire des échanges avec nous.
Souveraineté pour tous les peuples ! États-Unis hors de l'Amérique latine !
– Un regroupement de travailleurs contre l'agression états-unienne
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Pour une gestion transparente et responsable des déchets radioactifs
Plusieurs partis politiques et organisations de la société civile canadienne sont consternés d'apprendre que les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) ont décidé de regrouper les déchets radioactifs (dont le gouvernement fédéral a la responsabilité) aux Laboratoires de Chalk River ; c'est une décision prise sans consulter les Premières Nations ni le public, et sans débat parlementaire.
2 décembre 2025
Les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) ne sont qu'un entrepreneur privé et non pas un organisme gouvernemental.
Pour la population, l'inquiétude grandit car il n'y a pas d'obligation de rendre compte au public.
Pourquoi tout concentrer à Chalk River ?
Les LNC n'ont pas l'intention d'entreposer de façon permanente les déchets de haute ou de
moyenne activité à Chalk River. Il faudra les déménager. Chalk River est un endroit peu propice à la consolidation des déchets radioactifs, car il est situé sur la rivière des Outaouais et la région est sujette à des secousses sismiques. Le combustible nucléaire irradié est de haute activité ; il est transporté à Chalk River à partir du site des réacteurs nucléaires du Manitoba, de l'Ontario et du Québec pour un stockage intérimaire en attendant la construction d'un dépôt géologique en profondeur (DGP) proposé. Les LNC ont l'intention de transporter éventuellement ce combustible nucléaire irradié dans un DGP. Cependant, ce DGP n'existe pas encore ; peut-être qu'il ne sera jamais approuvé ou n'obtiendra jamais de permis. Finalement, que le DGP soit construit ou non, les enjeux du transport des déchets radioactifs doivent être adressés.
Il y a des risques et coûts accrus de transporter à deux reprises le combustible irradié : d'abord à partir des centrales nucléaires jusqu'à Chalk River, puis de Chalk vers une deuxième destination. Cela entraîne des risques accrus pour la sécurité et un gaspillage des fonds publics. Le gouvernement déplace les déchets radioactifs à grands frais et à haut risque mais ne résout pas le problème définitivement. Il n'y a toujours pas de solution sécuritaire adéquate malgré 45 ans d'efforts.
Le transport proposé vers Chalk River des déchets de moyenne activité provenant du démantèlement des réacteurs nucléaires est aussi non judicieux. L'inquiétude du public a été exacerbée par la nouvelle du transport clandestin de tonnes de combustible nucléaire irradié de Bécancour au Québec vers Chalk River, durant l'été, le long de routes et sur les ponts publics, sans autorisation explicite ni possibilité de consultation publique, ni même d'avis approprié.
Nous demandons au gouvernement fédéral d'imposer un moratoire sur le transfert des déchets radioactifs canadiens à Chalk River en raison du risque croissant de contamination radioactive et de l'absence d'une procédure régulière acceptable.
Nous demandons au gouvernement fédéral d'interdire, entres autres, toutes les importations de déchets radioactifs provenant de l'étranger, y compris les sources médicales désaffectés, les sources lumineuses au tritium périmées, ou du combustible nucléaire irradié.
Nous demandons au ministre de l'Environnement et du Changement climatique de procéder à
une évaluation stratégique du transport des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité sur les routes publiques, conformément à l'article 95 de la Loi sur l'évaluation d'impact.
Les résultats de cette évaluation alimenteraient toute évaluation de projet relative à une installation nucléaire. Le but serait d'examiner, par exemple, l'impact cumulatif à Chalk River
et de fournir un cadre pour les prochaines évaluations environnementales des futurs projets de démantèlement des centrales et des réacteurs nucléaires.
Patrick Bonin
Porte-parole du Bloc Québécois en matière
d'Environnement et de Changements climatiques
Elizabeth May
Parti vert du Canada
André Bélanger
Fondation Rivières
Alain Branchaud
SNAP Québec
Ginette Charbonneau
Physicienne et porte-parole du Ralliement contre la pollution radioactive
Rodrigue Turgeon
Avocat, Mining Watch Canada
Gilles Provost
Ralliement contre la pollution radioactive
Paul Germain
Ville de Prévost
Catherine Potvin
Université McGill
Nadege Katende
Conseillère municipale de Farnham
Catherine Craig-St-Louis
Conseillère municipale de Gatineau
Joann, McCann-McGill
Old Fort William Cottagers Association
Carole Dupuis
Mouvement écocitoyen une planète
Kathryn Lindsay
Bonnechere River Watershed Project
Angela Keller-Herzog
Community Action for Environnemental Sustainability Ottawa
Paul Johanis
Greenspace Alliance of the Nation's Capital
Kerry Blaise
Legal Advocates for Nature's Defence
Joyce Hall
Ontario Climate Emergency Campain
Ole Hendrickson
Ottawa River Institute
Larissa Holdman
Ottawa Riverkeeper
Charlie MacLeod
Co-président, Coalition Verte
Carole Reed
Co-présidente, Coalition Verte
Damon Matthews
Professeur à l'université Concordia
Richard Denton
IPPNW Canada, Sudbury Chapter
Arnd Jurgensen
Science for Peace
Tony Reddin
Concil of Canadians, PEI Chapter
Thibault Rehn
Vigilance OGM
Florence Stratton
Making Peace Vigil
Alison Hackney
Coalition Verte
Michael Keegan
Coalition for a Nuclear Free Great Lakes
Nathalie Belisle
Mairesse de Cantley
Joey Leckman
Conseiller municipal, Ville de Prévost
Yvon Barrière
Directeur-géneral, FTQ
Abram Benedict
Chiefs of Ontario
Lance Haymond
Chief, Kabaowek First Nation
Francis Verreault-Paul
Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Céline-Audrey Beauregard
Mairesse de Verdun
Conseillère d'arrondissement RDP-PAT
Mélodie Georget
Ville de Mont-Saint-Hilaire
Dominic Champagne
Jonathan Tremblay
Co-porte-parole, Coalition Mobilisations Citoyennes Environnementales de Laval
Dr. Gordon Edwards
Président, Regroupement pour la surveillance
Beatrice Olivastri
Friends of the Earth Canada
Dr. John Guilfoyle (MB BAO BCh FCFP
International Physicians for the Prevention of Nuclear War - Canada
Penny Rankin
National Council of Women of Canada
Alley McDonald
Canadian Voice of Women for Peace
Gretchen Fitzgerald
Sierra Club Canada
Justin Roy
Kebaowek First Nation
Marc Ricard
L'Assomption en transition
Jean-Pierre Finet
Regroupement des organismes environnementaux en énergie
Gabrielle Spenard-Bernier
Mères au front
Patrick Rasmussen
Mouvement vert Mauricie
Camille Caumette
Ambioterra
Pierre Jasmin
Les Artistes pour la Paix
Bryan Smith
Chaire Oxford, Coalition for Social Justice
Jane Scott
Citizens Against Radioactive Neighbourhoods
Cassandra Ryan
Toronto Raging Grannies
Angela Bischoff
Ontario Clean Air Alliance
Rita Groen
Protect Our Waterways
Rebecca Hagey
Physicienne, Our Brains Matter
Ceredwyn Hill
No Clearcuts Kingston Inc.
Angela Keller-Herzog
Community Action for Environmental Sustainability Ottawa
Joyce Hall
Ontario Climate Emergency Campaign
Dr. Ole Hendrickson
Concerned Citizens of Renfrew County and Area
Ottawa River Institute
Lorraine Green
Grandmothers Act to Save the Planet
Eva Schacherl
Council of Canadians, Ottawa Chapter
Herb Sawatzky
50 by 30 Niagara
Faye More
Port Hope Community Health Concerns Committee
Gail Cockburn
Durham Nuclear Awareness
Donnafaye Milton
Council of Canadians, London Branch
Brennain Lloyd
Northwatch
Chris Corey
New Brunswick Environmental Coalition
Sam Arnold
Sustainability Group
Ann McAllister
Coalition for Responsible Energy Development in New Brunswick
Gordon W. Dalzell
Citizens Coalition For Clean Air
Chief Hugh Akagi
Peskotomuhkati Nation at Skutik
Garry Guild
Council of Canadians, Fredericton Chapter
John Jacobs
Physicien, Council of Canadians, Avalon Chapter
Barbara Gallagher
Citizen Action to Protect the Environment
Karen Weingeist
Coalition for a Clean Green Saskatchewan
Linda Murphy
Interchurch Uranium Committee Educational Cooperative
Ingrid Alesich
Clean Green Regina
Lorna Evans
Qu'Appelle Valley Environmental Association Inc.
Jule Asterisk
The Society of High Pairie Regional Environmental Action Committee
David Taylor
Concerned Citizens of Manitoba
Anne Lindsey
No Nukes Manitoba
Les Scott
Manitoba Energy Justice Coalition
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Les barrages sur la Péribonka nous appartiennent !
Jeudi le 15 janvier dernier, le Mouvement Onésime-Tremblay tenait à Jonquière une conférence de presse pour informer la population d'une démarche importante effectuée au tout début de l'année 2026. Dans une lettre envoyée à la ministre Christine Fréchette, le Mouvement Onésime-Tremblay interpelle cette dernière au sujet du non-respect des engagements de Rio Tinto.
Mouvement Onésime-Tremblay
En conférence de presse, l'association des retraités syndiqués d'Alcan Rio Tinto, Mères au front Saguenay, Climat Québec, Québec Solidaire et l'ancien député du Bloc Robert Bouchard ont appuyé la démarche du Mouvement Onésime-Tremblay. Voici le contenu de la lettre à la ministre.
Saguenay le premier janvier 2026
Mme Christine Fréchette
Ministre de l'économie, de l'innovation et de l'énergie
Assemblée Nationale du Québec
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
Québec, (Québec) G1A 1A3
ministre@economie.gouv.qc.ca
Sujet : Bail de la Péribonka et non-respect des engagements. Le Mouvement
Onésime-Tremblay demande au gouvernement d'appliquer la clause qui lui
permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.
Madame la ministre,
La présente est pour attirer votre attention sur le non-respect connu, reconnu et
aujourd'hui banalisé des engagements de Rio Tinto envers le gouvernement du
Québec et la population du Québec.
En 1984, le gouvernement du Québec et Alcan renouvelaient le bail de la rivière
Péribonka pour les 50 années suivantes, avec une option de renouvellement
supplémentaire de 25 ans soit de 2033 à 2058. En retour du droit d'exploiter ses
trois barrages sur ladite rivière, Alcan s'engageait en contrepartie à construire
trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques). En vertu des
clauses du bail, le non-respect des engagements par Alcan entraînait
l'annulation de l'entente supplémentaire, ainsi que la prise de possession par le
gouvernement des barrages ainsi que de toutes les installations permettant leur
exploitation.
À l'époque, la signature de ce bail s'inscrivait dans un contexte de fermeture des
vieilles usines d'Alcan et donc, de pertes d'emploi. Cette question des emplois a
une forte résonance au Saguenay Lac Saint-Jean puisqu'au début des années
60, les barrages d'Alcan avait été dispensés de nationalisation parce que la
multinationale créait un grand nombre d'emplois bien rémunérés. C'est ce qu'on
appelle dans notre région le « pacte social » : privilèges en retour d'emplois.
C'est dans l'esprit de ce pacte que le renouvellement du bail de Péribonka en
1984 comprenait des engagements contraignants pour Alcan.
Que s'est-il passé depuis la signature de ce bail ? En 2006, deux usines avaient
été construites (Alma et Laterrière) mais il en manquait une. Le gouvernement et
Alcan ont alors signé une entente dite « de continuité » qui donnait jusqu'en
2015 à la multinationale pour respecter ses engagements. En 2015, on a ajouté
cinq ans à ce délai et en 2020, rebelote avec un autre cinq ans fixant l'échéance
au 31 décembre 2025.
Où en sommes-nous aujourd'hui ? Rio Tinto, qui entre-temps a fait l'acquisition
d'Alcan en 2007, a entrepris la construction de la deuxième phase de son usine
d'Arvida qui portera la production à 220 000 tonnes métriques soit la moitié de
son engagement. Si on en croit une entrevue donnée à La Presse en novembre
par le président de Rio Tinto Aluminium Jérôme Pécresse, la construction de la
deuxième moitié de l'usine n'est même pas dans les cartons. On ne saurait être
plus clair, non seulement ils n'ont pas respecté leur engagement mais ils n'ont
pas l'intention de le faire et ce, malgré les multiples délais. Sur le front des
emplois, il faut parler d'hécatombe puisqu'on en sera bientôt aux environs de
3 000 comparativement à 12 000 au début des années ‘80. Qu'est-ce qu'attend
votre gouvernement pour mettre son pied à terre et imposer le respect des
clauses du bail de Péribonka ?
En juin dernier, deux anciens cadres d'Alcan (Jacques Dubuc et Myriam Potvin)
lançaient un cri d'alarme en publiant un livre (L'exploitation de notre eau, édition
Somme Toute). Dans ce livre, les auteurs étaient catégoriques : « Les
engagements de Rio Tinto pris dans l'entente de 2006 sont toujours valides. Le
dernier délai pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025.
Son non-respect devrait avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de
ses propres engagements dans l'entente de 2006, comme précisé dans le
renouvellement du bail de la rivière Péribonka. Le levier du bail de location des
forces hydrauliques de la rivière Péribonka et des conditions qui s'y rattachent se
trouve toujours entre les mains du gouvernement du Québec » (p. 61).
Compte tenu que RTA n'a pas respecté ses engagements, le Mouvement
Onésime-Tremblay interpelle donc le gouvernement afin qu'il signifie à Rio Tinto
que l'entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu'il entend, en 2033,
reprendre possession des trois barrages de la Péribonka ainsi que les
installations les accompagnant. Ne rien faire signifierait, qu'on accepte
l'inacceptable, soit de prolonger indûment une entente avec une compagnie qui a
refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20
ans, dont elle a bénéficié.
Ce geste représentera un geste significatif de respect de la parole, de dignité et
d'indépendance.
Merci, en espérant une réponse de votre part.
Mouvement Onésime-Tremblay
c.c. : François Legault, premier ministre du Québec
Marc Tanguay, chef de l'opposition
Ruba Ghazal, co-cheffe parlementaire 2° opposition
Sol Zanetti, co-porte-parole 2° opposition
Paul Saint-Pierre Plamondon, chef 3° opposition
Créé dans la foulée d'un colloque (1926-2026 : cent ans d'occupation par Alcan
et Rio Tinto, le bilan s'impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et
rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux
communautaires, écologistes, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-
Tremblay a pour objectifs : 1- de favoriser l'expression et la diffusion d'un point de
vue axé sur le bien commun face à l'impact des actions passées, présentes et
futures d'Alcan et Rio Tinto. 2- De contribuer à la reprise en main de nos
ressources naturelles dans l'intérêt de la collectivité.

Les contradictions entre les valeurs des entreprises et leurs pratiques en matière de projets énergétiques et environnementaux
L'Association des résidents et résidentes de Buckingham (ARB) souhaite attirer l'attention des médias sur une condamnation récente qui soulève des questions de crédibilité et de responsabilité environnementale dans le contexte du projet de pipeline d'hydrogène proposé à Gatineau.
Gatineau, le 15 janvier 2026
Le 7 janvier 2026, ERCO Mondial, producteur et fournisseur d'hydrogène dans le cadre du projet H₂ d'Enbridge, a été condamné par la Cour du Québec à payer une amende de 1,3 million de dollars pour avoir contrevenu à la Loi sur les pêches, notamment en raison de déversements de substances chimiques dans la rivière du Lièvre, à Buckingham, ainsi que pour un retard dans la déclaration de ces incidents aux autorités compétentes.
Même si les infractions remontent à 2019, la condamnation rendue en 2026 est récente et concerne un acteur clé de la chaîne de production du projet H2 d'Enbridge. Dans un contexte où un projet est présenté comme vert et exemplaire, il est légitime que les citoyens s'intéressent à la cohérence entre les discours environnementaux et les antécédents réels des entreprises impliquées.
Pour l'ARB, il est essentiel que les discours sur la transition énergétique et la protection de l'environnement soient cohérents avec les pratiques réelles, en particulier lorsqu'un projet d'infrastructure industrielle est proposé à proximité de quartiers résidentiels, d'écoles et de milieux sensibles.
Les citoyens sont en droit de se demander
– Comment les incidents environnementaux sont détectés et signalés en pratique ; - -
= Est-ce que la ville de Gatineau était au courant de ces déversements ;
– Quelle transparence est offerte au public et aux autorités ;
– Sur quelles bases concrètes repose la confiance demandée aux communautés
L'ARB réitère que la protection de l'environnement et de la sécurité publique ne peut
reposer uniquement sur des engagements déclaratifs, mais doit s'appuyer sur des
antécédents clairs, des pratiques rigoureuses et une transparence
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Projet d’expansion du port de Montréal à Contrecœur : évaluation des enjeux économiques, stratégiques et environnementaux
Une étude effectuée par Henri Chevalier, doctorant, et Éric Pineault, prof. au département de sociologie et à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM pour le compte de la Société pour la nature et les parcs - SNAP Québec, met en lumière que le projet d'agrandissement du Port de Montréal à Contrecoeur manque d'assises… économiques.
La SNAP Québec contestera en Cour fédérale le projet d'expansion du Port de Montréal à Contrecœur, alors que le gouvernement a la semaine dernière délivré des autorisations au Port de Montréal, qui permettent ainsi à celui-ci de détruire l'habitat naturel du chevalier cuivré, un poisson qui n'existe qu'au Québec et qui est sur le seuil de l'extinction.
Lire l'intégral de l'étude=AT2ScLV3aZvFEwgECiZTk-ciQdOosg1pIj-w9fbyKyyTd61RMnO9MJrMxYGfv_T_zNCL3K6BQrUU8rDSXkuKcPuExvotMQmKXNx_uHqHMRxdjV_NhtBHTub6qelYc8g5RFdiDdZqAm2uwZat32Lle7QIJjvo_1GOfOwhaYUtkS7RkCMt9IMYigdEVT8MiWSW_BfkFRlXJUjz9YsPincMVML96g].
Le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur représente l'un des plus importants investissements publics en infrastructures maritimes au Canada depuis plusieurs décennies. Situé à une cinquantaine de kilomètres en aval de Montréal, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, le futur terminal vise à accroître la capacité de manutention de conteneurs du réseau portuaire montréalais, présenté par ses promoteurs comme un « centre logistique clé » du commerce canadien. Il s'agit d'une infrastructure d'une taille considérable qui changera irrémédiablement cette zone sensible du fleuve Saint-Laurent à l'embouchure du Lac Saint-Pierre. Il faut situer ce projet d'agrandissement dans un contexte plus général où les milieux écologiques dans le sud du Québec, particulièrement les milieux humides et les eaux, connaissent déjà une pression accrue liée à l'urbanisation, à l'agriculture, à l'industrialisation riveraine et à l'intensification du transport maritime (Auzel et al., 2021). Ces milieux, fragmentés et dégradés depuis des décennies, jouent pourtant un rôle crucial dans la biodiversité, la filtration des eaux, la régulation hydrologique et la résilience socio-écologique de tout le corridor fluvial. L'ajout d'une infrastructure portuaire majeure dans un secteur aussi fragile accentuera inévitablement les effets cumulatifs sur des écosystèmes déjà à la limite de leur capacité d'absorption. Voilà pourquoi il importe d'examiner rigoureusement les arguments économiques convoqués par les promoteurs pour justifier la croissance du port de Montréal.
Introduction de l'étude
Le projet comprend la construction de deux postes à quai, d'une aire de manutention de conteneurs, d'une cour ferroviaire intermodale connectée au réseau national, ainsi que d'un portail d'accueil pour camions et d'installations administratives et techniques de soutien (Port de Montréal, s.d.a). L'administration portuaire prévoit qu'à l'horizon 2050, le terminal pourra traiter jusqu'à 1,15 million de conteneurs (EVP) par an. Ce volume supplémentaire permettrait, selon les estimations officielles, de générer environ 140 millions de dollars de retombées économiques annuelles au Canada et de soutenir près de 10 330 emplois permanents à long terme, en plus de 3 770 emplois directs et indirects durant la phase de construction (PDM, s.d.a).
Le projet repose sur un financement majoritairement public : 300 M$ d'Ottawa, 130 M$ du Québec et 480 M$ empruntés par le Port de Montréal. Son coût total a bondi d'environ 150 %, passant de 950 M$ à 2,3 G$, justifié par le souhait de renforcer la compétitivité maritime du Canada (PDM, s.d.a ; Arsenault, 2025b).
Le calendrier de réalisation s'échelonne sur plusieurs années. Les travaux préparatoires du site, en collaboration avec le partenaire privé DP World, ont commencé à l'automne 2025. Les travaux dans l'eau débuteront en 2026, suivis des travaux terrestres à partir de 2027, incluant la construction des quais, de la cour ferroviaire et des infrastructures logistiques. La mise en service du terminal est prévue pour 2030 (Normand, 2025).
L'argument central avancé par le Port de Montréal est celui de la saturation prochaine de ses installations actuelles sur l'île de Montréal. L'administration estime qu'avec la croissance démographique et économique de l'est du Canada — dont 88 % des volumes portuaires sont destinés au marché intérieur canadien — et la diversification des marchés d'exportation, le terminal de Contrecœur serait essentiel pour éviter la congestion des infrastructures de transbordement dans la région métropolitaine. Le port soutient que, si seulement 6 % des exportations canadiennes se réorientent vers d'autres marchés que les États-Unis, la capacité actuelle serait atteinte et nécessiterait une expansion immédiate (PDM, s.d.).
Toutefois, ces justifications officielles reposent sur des hypothèses de croissance économique et commerciale optimistes. Le commerce maritime mondial traverse une phase de transformation profonde, marquée par un ralentissement structurel des échanges, la concentration des flux dans de grands hubs en eaux profondes, et la montée des contraintes énergétiques et climatiques. Dans ce contexte, la pertinence d'investir dans une nouvelle infrastructure portuaire d'une telle ampleur soulève de sérieuses questions économiques, environnementales et stratégiques.
Ce rapport vise précisément à évaluer la nécessité et la cohérence du projet d'agrandissement de Contrecœur, en examinant ses fondements économiques, techniques et environnementaux. Il s'agira d'abord de vérifier si la capacité portuaire existante sur la côte Est nord-américaine, tant au Canada qu'aux États-Unis, est suffisante pour absorber la croissance anticipée du trafic conteneurisé, rendant potentiellement redondante l'expansion de Montréal. Le rapport mettra ensuite en lumière les risques structurels liés à l'évolution du commerce maritime, notamment la taille croissante des navires et la limitation du tirant d'eau du Saint-Laurent, qui exclut Montréal du segment des méganavires et fragilise sa compétitivité. Par ailleurs, l'analyse considérera la contrainte climatique pesant sur la rentabilité future du terminal : les changements climatiques modifient le régime hydrologique du fleuve Saint-Laurent, provoquant des basses eaux chroniques qui compromettent la navigabilité et la fiabilité du corridor maritime. Enfin, le rapport examinera les risques financiers et institutionnels liés à la surestimation des bénéfices économiques des mégaprojets d'infrastructures, à la lumière de la littérature scientifique.
L'objectif ultime de ce rapport est donc de déterminer si le terminal de Contrecœur constitue une réponse nécessaire et cohérente aux besoins réels du commerce canadien — ou s'il risque au contraire de devenir une infrastructure surdimensionnée et sousutilisée, un « éléphant blanc » coûteux pour les finances publiques et incompatible avec les transformations structurelles du commerce maritime mondial.
La conclusion et les recommandations
Ainsi, le projet de Contrecœur ressemble moins à une réponse stratégique qu'à un mégaprojet reposant sur des projections dépassées et des hypothèses trop optimistes faisant face à une série de limites structurelles, économiques, environnementales et stratégiques qui remettent directement en cause sa pertinence, son urgence et sa viabilité à long terme.
Dans le contexte actuel de stagnation du commerce, de futures contraintes énergétiques croissantes et de risques environnementaux majeurs, il apparaît donc prématuré — voire imprudent — d'investir des fonds publics dans une infrastructure qui pourrait devenir un « éléphant blanc » plutôt qu'un moteur de développement durable.
Malgré l'ambition affichée d'accroître la capacité portuaire du Saint-Laurent, les données montrent clairement que ni les tendances du commerce mondial, ni la performance actuelle du Port de Montréal, ni les conditions environnementales locales ne justifient un investissement public d'une telle ampleur.
Premièrement, les arguments de saturation avancés par l'Administration portuaire de Montréal ne tiennent pas. Les volumes conteneurisés stagnent depuis 2019, les marges opérationnelles se contractent et la productivité du capital a chuté de près de 40 % entre 2014 et 2022. Les infrastructures actuelles disposent donc encore d'une large marge de capacité, et rien n'indique que la croissance anticipée du trafic se réalisera — d'autant que plusieurs ports de la côte Est nord-américaine opèrent à moins de 60 % de leur capacité.
Deuxièmement, les tendances du commerce maritime jouent contre Montréal : la flotte mondiale se concentre désormais sur les méga-navires nécessitant des ports en eaux profondes, alors que le tirant d'eau du Saint-Laurent exclut structurellement Montréal de ce segment. Dans un marché dominé par les économies d'échelle, Contrecœur serait donc non compétitif face à des hubs comme Halifax ou New York et risquerait de demeurer un port secondaire, peu attractif pour les grandes alliances de transport maritime.
Troisièmement, la viabilité de Contrecœur est fragilisée par des facteurs énergétiques et climatiques majeurs. La transition énergétique pourrait exiger des transformations techniques et infrastructurelles majeures. Parallèlement, les épisodes de basses eaux sur le Saint-Laurent se multiplient, forçant les navires à réduire leur cargaison, augmentant les surcharges logistiques et allongeant les temps de transit — des conditions qui poussent déjà plusieurs transporteurs à rediriger leur trafic vers des ports américains plus fiables.
Quatrièmement, les impacts environnementaux et sociaux du projet sont majeurs, cumulatifs et largement irréversibles. Les mesures compensatoires proposées pour le chevalier cuivré sont jugées écologiquement incertaines, scientifiquement fragiles et légalement contestées, d'autant plus qu'elles impliquent elles-mêmes la destruction d'habitats essentiels, en contradiction directe avec la Loi sur les espèces en péril.
Enfin, l'analyse démontre que l'APM s'inscrit dans un schéma classique de surestimation des bénéfices observé dans les mégaprojets publics. Les projections financières du port reposent sur des scénarios optimistes qui ignorent les tendances réelles du marché et les contraintes structurelles du Saint-Laurent. Dans ces conditions, Contrecœur risque fortement de devenir un « éléphant blanc » : une infrastructure surdimensionnée, sousutilisée et financée par des fonds publics qui devront absorber son déficit structurel.
En conclusion, rien n'indique que ce projet doit être réalisé dans l'urgence : la croissance du trafic conteneurisé stagne, plusieurs ports de la façade Est disposent encore de marges de capacité significatives, et l'évolution des chaînes logistiques demeure incertaine, ce qui suggère qu'un report ou un phasage de l'investissement ne créerait aucun préjudice économique majeur.
Au contraire, retarder la mise en œuvre permettrait de réévaluer le projet à la lumière des données récentes, d'éviter un engagement irréversible dans un contexte volatil, et d'assurer que toute expansion portuaire réponde à un besoin démontré plutôt qu'anticipé.
Face à ces constants, nous recommandons les propositions suivantes :
1. Instaurer un moratoire sur les travaux tant que la conformité à la LEP, la robustesse des mesures compensatoires et les impacts cumulatifs n'ont pas été réévalués par un panel scientifique indépendant : privilégier la protection et la restauration d'habitats existants plutôt que des compensations spéculatives dans un secteur déjà dégradé.
2. Lancer un plan d'optimisation des terminaux existants : amélioration de la productivité (technologies, organisation, intermodalité), meilleure utilisation des quais actuels, revue des horaires de manutention et des processus logistiques avant tout ajout de capacité.
3. Adopter une stratégie portuaire prudente et différenciée : positionner Montréal comme port régional/feeder spécialisé (marchés niche, valeur ajoutée logistique, desserte régionale) plutôt que tenter de concurrencer les grands hubs d'ULCV ; réviser les scénarios de trafic en tenant compte du nearshoring et de la relocalisation industrielle.
4. Soumettre tout projet portuaire majeur à des stress tests climatiques et énergétiques obligatoires : scénarios de transition énergétique, de baisse de volumes, de basses eaux récurrentes ; intégrer ces scénarios dans l'analyse financière (rentabilité, risque d'actif échoué) et dans les décisions d'investissement et conditionner les approbations fédérales à la démonstration de la résilience du projet à ces scénarios.
5. Renforcer la gouvernance et la reddition de comptes : rendre publics tous les rapports techniques, décisions d'autorisation et documents de compensation ; tenir de véritables consultations publiques sur les alternatives (phaser le projet, le réduire, ou le remplacer), avec participation des communautés locales.
6. Réorienter une partie des fonds publics prévus pour Contrecœur vers des infrastructures alignées avec la décarbonation, la transition écologique et la résilience énergétique régionale : relocalisation de la production, modernisation des terminaux existants, électrification des équipements, rail, logistique bas carbone de courte distance, restauration d'habitats du Saint-Laurent afin de réduire la dépendance aux flux maritimes longue distance.
7. Créer un comité fédéral regroupant différents experts afin de définir une nouvelle planification logistique canadienne alignée avec la sobriété matérielle, l'investissement local, la résilience énergétique régionale, et la transition écologique.
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Bilan et perspectives 2025-2026 de la FTQ
Montréal, le 8 janvier 2026. – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) retient de l'année 2025 l'échec total du gouvernement de François Legault qui, au terme de sept années au pouvoir, n'a rien fait pour régler les crises du logement, de l'itinérance, de la vie chère, de la santé ou de l'éducation. « Afin de masquer ses échecs, ce gouvernement en fin de mandat a choisi de diviser en ciblant de manière malicieuse les personnes migrantes, les médecins et les syndicats comme étant responsables des crises que nous traversons.
Ce gouvernement abandonne également les milliers de travailleurs et travailleuses qui perdent leur emploi, ainsi que les entreprises en difficulté en raison de la guerre tarifaire que livrent nos voisins du Sud. Il est où le plan de sortie de crise ? », de questionner la présidente et le secrétaire général de la FTQ, Magali Picard et Olivier Carrière.
« La population du Québec doit également prendre conscience des dérives démocratiques de ce gouvernement avec ses projets de loi et lois qui n'ont qu'un seul objectif : museler la société civile et les organisations syndicales en s'ingérant dans leur gouvernance et leurs droits de contester des lois arbitraires. Le projet de loi sur la Constitution écrit sur un coin de table est un autre exemple de cette dérive. Un projet de loi qui menace également le droit des femmes à l'avortement », ajoute la présidente, Magali Picard.
Au fédéral, la FTQ entend poursuivre ses échanges avec le gouvernement libéral qui croit au dialogue social tout en restant consciente qu'il y aura des batailles à mener.
Par ailleurs, au terme du 34e Congrès de la centrale qui s'est tenu à Québec en novembre dernier, les personnes déléguées représentant les 33 grands syndicats affiliés de la FTQ ont adopté plus de 150 résolutions confirmant ainsi les mandats et le rôle de représentation politique de la centrale et de ses dirigeants. Aussi, en 2026, la FTQ et les partenaires syndicaux vont poursuivre leur travail de réflexion avec les États généraux du syndicalisme. « Amorcé au printemps 2025, cet exercice est la preuve que nos organisations sont assez matures pour se remettre en question et réfléchir sur nos approches afin de renforcer la solidarité, d'identifier ce qui fonctionne et ce que nous faisons moins bien dans le but de répondre aux attentes des personnes que nous représentons », ajoute le secrétaire général, Olivier Carrière.
Enfin, en cette année électorale, la FTQ compte bien faire entendre la voix des travailleurs et travailleuses sur les enjeux du prochain scrutin. « Plus que jamais et forte de ses mandats, la FTQ reste déterminée à défendre le modèle québécois hérité de nos prédécesseurs. La mission de la FTQ demeure la même : défendre la dignité au travail, améliorer la vie des gens et notre filet social pour bâtir ensemble une société encore plus juste, plus égalitaire, plus inclusive et plus verte », de conclure les leaders syndicaux.
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Départ de François Legault : un réseau public de santé toujours au bord du gouffre
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ réagit à l'annonce de la démission du premier ministre François Legault en soulignant que son mandat a laissé le réseau public de santé dans une situation critique et les professionnelles en soins à bout de souffle.
« François Legault a laissé le personnel et la population absorber les conséquences de son inaction, privilégiant le hochet du populisme plutôt que d'agir là où les besoins sont criants. Les urgences saturées, le personnel en épuisement et les infrastructures délabrées n'ont pas été des accidents, mais le résultat d'une gestion réactive et d'une absence persistante de planification », dénonce Julie Bouchard, présidente de la FIQ.
S'il est trop tôt pour dresser un bilan complet, un constat s'impose : les services publics n'ont jamais vraiment été au cœur des priorités de François Legault. L'économie peut être importante, mais quand la population n'a pas accès à des réseaux de santé et d'éducation fonctionnels, tout le reste perd de sa valeur.
La FIQ exhorte le gouvernement intérimaire et Santé Québec à ne pas répéter les mêmes erreurs. Elle demande l'instauration immédiate de ratios sécuritaires, une véritable planification des périodes de pointe avec des effectifs suffisants, l'amélioration durable des conditions de travail, ainsi que des investissements majeurs dans les urgences et la modernisation des infrastructures. Elle réclame enfin un recentrage de la gestion sur le jugement clinique et la protection du public plutôt que sur des indicateurs administratifs.
« Le Québec a les moyens d'offrir des soins humains, sécuritaires et accessibles. Ce qui a manqué, ce n'est ni le professionnalisme ni l'engagement des professionnelles en soins, mais la volonté politique de faire des choix responsables et courageux face à la crise. Trop longtemps, M. Legault a voulu gérer la santé comme une entreprise, avec des indicateurs administratifs et des projets symboliques plutôt que des mesures concrètes pour protéger les patient‑e‑s et soutenir le personnel. Nous espérons que la personne qui succédera à M. Legault saura prendre les décisions nécessaires pour améliorer concrètement le réseau public », conclut la chef syndicale.
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Les compressions font mal aux services à la population et au personnel
Bris de services, augmentation des délais, surcharge de travail et détérioration du climat de travail, les compressions du gouvernement du Québec font mal aux services à la population et au personnel, selon un sondage mené par le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).
Le gouvernement du Québec compte 1567 professionnelles et professionnels de moins depuis la mise en place du gel d'embauche dans la fonction publique, le 1er novembre 2024. À cela s'ajoutent d'importantes abolitions de postes dans le personnel de soutien. « Contrairement à ce que prétend la CAQ, les services à la population sont bel et bien affectés. Faire plus avec moins, ce n'est plus possible. Il y a déjà des bris de services et il va y en avoir d'autres. Le gouvernement doit être honnête avec la population et admettre qu'il coupe dans les services en ce moment », indique Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.
Faits saillants du sondage
* Quelque 19 % des personnes répondantes ont constaté des bris de service à la population dans leur service ainsi que des situations rehaussant la vulnérabilité de la clientèle. De plus, 33 % constatent plus d'insatisfaction de la clientèle. 59 % notent que les délais dans leur service ont augmenté (45 %) ou beaucoup augmenté (14 %).
* 696 personnes répondantes sont membres d'un ordre professionnel et 20 % d'entre elles signalent que les exigences de leur employeur ou la diminution des effectifs entraînent des situations d'incompatibilité avec les normes de leur ordre professionnel.
* La charge de travail du personnel professionnel a augmenté en raison des compressions (65 % des personnes répondantes). Les personnes répondantes qualifient leur charge de travail de très élevée (23 %) et d'élevée (48 %) pour la plupart.
* Alors que le gouvernement dit vouloir réduire la bureaucratie, 46 % des professionnelles et professionnels disent observer une hausse des demandes de reddition de compte au travail.
* Plus de la moitié des personnes répondantes (56 %) constatent une détérioration du climat de travail dans la dernière année.
* Une personne professionnelle sur deux dit avoir subi une détérioration de sa santé psychologique au travail dans les 12 derniers mois.
« Le gouvernement devrait arrêter de vouloir marquer des points sur le dos de son personnel en vue de la prochaine élection et faire une pause pour entamer une réelle réflexion sur les services de l'État », estime M. Bouvrette.
Le sondage a été réalisé sur la plateforme SurveyMonkey du 27 novembre au 15 décembre 2025 auprès des membres du SPGQ. Au total, 5 182 personnes ont rempli le questionnaire d'enquête, portant le taux de réponse à 18,2 %.
À propos du SPGQ
Le SPGQ est le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec. Créé en 1968, il représente plus de 34 000 spécialistes, dont environ 25 000 dans la fonction publique, 6 000 à Revenu Québec et 3 000 répartis dans les secteurs de la santé, de l'enseignement supérieur et au sein de diverses sociétés d'État.
Source
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
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Un réseau fort est possible et nécessaire | L’APTS propose 9 façons d’y parvenir en 2026
À neuf mois exactement des élections provinciales de 2026, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) lance Agenda 2026, une édition spéciale de sa campagne Un réseau fort : et si on osait pour vrai ?, qui vise à remettre le renforcement du réseau de santé et de services sociaux (RSSS) au cœur du débat public. Alors que le Québec traverse une crise systémique, nourrie par des décennies de sous-financement, de centralisation et de privatisation, l'APTS propose une série de solutions concrètes qui seront dévoilées mensuellement jusqu'au jour du scrutin.
« Un réseau fort, c'est possible — si on ose pour vrai. Les solutions sont connues, crédibles et nécessaires. Les partis doivent maintenant s'engager à en faire des priorités politiques », affirme Robert Comeau, président de l'APTS.
En janvier : mettre fin à l'austérité
Le premier thème de la campagne — En finir avec l'austérité : et si on osait pour vrai ? — dévoile un constat clair : le Québec est replongé dans l'austérité, malgré ce qu'en dit le gouvernement. Avec un déficit de 14 G$, plusieurs observateur·rice·s estiment que le Québec « n'a pas les moyens » d'investir davantage dans ses services publics.
Et en effet, le gouvernement n'a relevé le budget 2025-2026 du RSSS que de 1,8 % (1,1 G$), alors que les besoins réels exigeaient au moins 5 %. Résultat : un manque à gagner de plus de 1 G$, qui se traduit directement sur le terrain :
– Partout : coupures de postes et gels d'embauche
– Plateaux techniques : retards d'entretien, appareils brisés plus souvent, ralentissement des services
– Imagerie médicale : équipements entreposés faute de fonds pour les installer
– CLSC et services psychosociaux : diminution de la capacité en première ligne
– Santé physique : regroupement de services spécialisés vers les grands centres, allongeant les déplacements pour les personnes usagères
– DI-TSA et santé mentale : fermetures de centres de jour, plateaux de travail réduits, résidences à assistance continue (RAC) vétustes, baisse de financement des ressources intermédiaires (RI)
– Santé publique et nutrition : baisse de l'offre alimentaire, réduction des dépenses réelles en prévention
« Ce cycle d'austérité est le troisième depuis la fin des années 1990. Chaque fois, c'est un véritable étau qui se resserre sur le réseau public. Pendant ce temps, le 1 % le plus riche s'enrichit encore et la privatisation gagne toujours du terrain. Il faut rompre ce cercle vicieux », soutient Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente de l'APTS.
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États généraux de l’enseignement pour la transition écologique et sociale
États généraux de l'enseignement pour la transition écologique et sociale : plus de 200 personnes déléguées repensent l'avenir
Sources :
Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN)
Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC)
(Laval, le mercredi 7 janvier 2026) Le Collège Montmorency à Laval accueille, du 7 au 10 janvier 2026, plus de 200 délégué·es étudiant·es et enseignant·es à l'occasion des États généraux de l'enseignement pour la transition écologique et sociale. Cet événement exceptionnel réunit des acteurs centraux de l'enseignement supérieur ainsi que des spécialistes en éducation relative à l'environnement et en transition socioécologique.
« Le système d'éducation actuel ne prépare pas suffisamment les personnes étudiantes aux enjeux socioécologiques qui vont pourtant avoir des répercussions importantes dans leur vie personnelle et professionnelle. L'éducation est reconnue comme un levier majeur pour opérer la transition vers une société plus juste et respectueuse des limites planétaires. Ces États généraux offrent donc un espace de concertation à la croisée des disciplines et des générations pour définir comment l'enseignement supérieur pourrait et devrait soutenir cette transition », précise le comité organisateur de l'événement.
Un projet structurant pour l'enseignement supérieur
Les États généraux s'inscrivent dans le projet « Transformations en cours », qui trouve son origine dans les mobilisations étudiantes et enseignantes de 2019 pour une éducation à la hauteur des défis de la transition. L'événement de janvier s'appuie sur une vaste consultation menée de mars à octobre 2025 auprès des milieux collégiaux et universitaires. Cette démarche participative a permis d'identifier les besoins, les visions et les attentes des communautés éducatives face à la crise socioécologique. Plus de 80 % des personnes interrogées considèrent d'ailleurs que la formation au cégep et à l'université prépare insuffisamment les étudiant·es aux enjeux socioécologiques.
Les États généraux visent à définir des orientations communes et un plan d'action pour transformer l'enseignement supérieur en favorisant la concertation entre les milieux étudiants et enseignants et en ouvrant des perspectives de mobilisation collective. Justice environnementale, mode de gouvernance, programmes et pratiques pédagogiques seront parmi les thèmes discutés.
Des conférencier·ères, panélistes et participant·es engagé·es
Parmi les personnes invitées, on compte des expert·es reconnu·es en éducation environnementale, des chercheur·ses, des enseignant·es et des étudiant·es impliqué·es dans la mobilisation pour la justice climatique.
La soirée d'ouverture du mercredi 7 janvier à 17 h propose une conférence d'Albert Lalonde de la direction de la recherche pour le Future Generations Tribunal, personne plaignante au procès climatique et co-porte-parole du mouvement étudiant québécois pour la justice climatique entre 2019 et 2023. Aussi, Lylou Sehili, co-présidente de l'Aile jeunesse du Chantier de l'économie sociale et co-organisatrice des grèves climatiques de 2019 prononcera un discours.
Une démarche ouverte pour la suite du monde
À l'issue des États généraux, un comité de mise en œuvre assurera la coordination du plan d'action défini collectivement. Il comprendra notamment le développement d'une formation de perfectionnement et la création d'une communauté de pratique pour soutenir l'écologisation des enseignements.
Ce processus s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'évolution du système éducatif face aux enjeux contemporains, en dialogue avec les syndicats enseignants, les associations étudiantes et les OBNL œuvrant au primaire et au secondaire.
Les partenaires du projet
Coordonné par la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN) et Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC), l'événement compte parmi ses partenaires La Coalition Éducation – Environnement – Écocitoyenneté, le Collège Montmorency, le collectif E3, la Fédération de l'enseignement collégial (FEC–CSQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), le Front commun pour la transition énergétique, le Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency (SEECM–CSN) et l'Union étudiante du Québec (UEQ).
Le projet est réalisé avec le soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre d'Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d'action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030.
Informations et inscriptions :
Consultez le site officiel du projettransformationsencours.ca
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Trois films sur la Palestine présélectionnés aux Oscars
La Palestine a été mise à l'honneur au cinéma tout au long de cette année 2025, par des déclarations de professionnel·les, des prises de positions importantes mais surtout la présence à l'affiche de films réalisés par des Palestinien·nes ou faisant le récit de leur lutte.
Inspirés de faits réels, ces films offrent un aperçu de ce que vivent les familles palestiniennes depuis des décennies, de la colonisation britannique à la vie sous l'apartheid et le génocide israéliens actuels.
Trois de ces films ont été soumis et pré-sélectionnés pour la 98eme édition des Oscars, comme l'a révélé l'Académie américaine du cinéma mardi soir. C'est une sélection historique, qui indique une reconnaissance des récits palestiniens, longtemps tenus à l'écart des grandes scènes mondiales.
Ces films sont les suivants :
« La voix de Hind Rajab » sort au cinéma le 26 novembre
“Je ne peux pas accepter un monde où un enfant appelle à l'aide et où personne ne vient. Cette douleur, cet échec, nous appartiennent à tous”, explique la réalisatrice Kaouther Ben Hania pour présenter son nouveau film, « The Voice of Hind Rajab ».
À l'origine de ce film, il y a la tristement célèbre histoire de Hind Rajab, une enfant de 6 ans qui tentait avec sa famille de fuir les affrontements en février 2024. Leur voiture a été attaquée par un char israélien, tuant 6 passagers, laissant Hind Rajab et sa cousine pour seules survivantes. Les deux enfants, encore piégées dans la voiture alors que des affrontements avaient lieu autour d'elles, ont appelé les secours. La cousine, qui tenait le téléphone, a été tuée à son tour, et Hind Rajab a repris le téléphone, pleurant et criant que les forces israéliennes leur tirent dessus au milieu du bruit des coups de feu avant d'être elle-même tuée.
L'enregistrement de l'appel de cette enfant et ses derniers mots, « j'ai tellement peur », ont fait le tour du monde et ont sensibilisé une grande audience au crimes commis par Israël à Gaza, encore largement silenciés par les médias occidentaux.
Le film de Kaouther Ben Hania a été tourné en Tunisie, et il est le fruit d'un travail documentaire rigoureux, réalisé en lien avec la famille de Hind et le Croissant-Rouge. En s'appuyant sur les témoignages et l'enregistrement de l'appel, la cinéaste a imaginé un récit tourné en huis clos, qui met en scène les secouristes ayant reçu l'appel, qui répondent à l'original de la voix enregistrée de Hind Rajab.
« Parce que les images violentes sont partout sur nos écrans, nos fils d'actualité, nos téléphones », explique la réalisatrice, « je voulais me concentrer sur l'invisible : l'attente, la peur, le silence insupportable quand l'aide n'arrive pas. Parfois, ce que l'on ne voit pas est plus dévastateur que ce que l'on voit. »
Récompensé du grand prix du jury à la Mostra de Venise et choisi pour représenter la Tunisie à la prochaine cérémonie des Oscars, le film sortira dans les salles françaises, sous le nom de « La voix de Hind Rajab », le 26 novembre prochain.
Une série d'avant-premières aura lieu dans plusieurs villes simultanément, qui retransmettront en direct un entretien avec la réalisatrice et l'équipe du film.
Le film « Ce qu'il reste de nous » en avant-première le 19 octobre à Montpellier
À l'occasion du festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, qui se tiendra du 17 au 25 octobre prochain, un projection en avant-première du film « All that's left of you », titré en français « Ce qu'il reste de nous », se tiendra le 19 octobre prochain au cinéma Diagonal à Montpellier.
Il s'agit du troisième long-métrage de Cherien Dabis, réalisatrice, scénariste et productrice états-unienne d'origine palestinienne. L'intrigue commence en 1988, alors qu'un jeune homme, Noor (Muhammad Abed Elrahman), est grièvement blessé lors une manifestation en Cisjordanie.
Pour faire comprendre qui il est, sa mère Hanan (Cherien Dabis) retrace son histoire sur trois générations, dans une saga familiale qui s'étend de 1948 aux années 2020, et retrace l'histoire de la colonisation de la Palestine par Israël à travers les yeux d'une famille palestinienne ordinaire.
Son récit remonte à 1948, lorsque le grand-père de Noor, Sharif (Adam Bakri), refuse de quitter Jaffa pour protéger la maison et l'orangeraie. Mais la guerre, l'expulsion et l'emprisonnement déchirent la famille. Le fils de Sharif, Salim (Saleh Bakri), grandit dans l'ombre de son pays natal qu'il n'a jamais vraiment connu.
Lorsque, des décennies plus tard, Noor proteste contre les soldats israéliens, l'histoire semble se répéter. Mais au milieu de la crise, Hanan et Salim prennent une décision courageuse qui redonne espoir à la famille et promet un chemin vers la réconciliation.
Ce qu'il reste de nous a été présenté en avant-première au festival du film de Sundance fin janvier 2025 et sort dans les cinémas allemands le 20 novembre 2025. Le film est présenté par la Jordanie comme contribution à la cérémonie des Oscars 2026 dans la catégorie du meilleur film international.
Javier Bardem et Mark Ruffalo se sont associés en tant que producteurs exécutifs du film, lui conférant une portée à la fois artistique et politique, susceptible de toucher un public élargi.
S'il n'est pas prévu dans les salles françaises avant mars 2026, il sortira en Suisse dès le 15 octobre.
Palestine 36 : une fresque historique et politique au cinéma en janvier
Le film « Palestine 36 » retrace la naissance et l'échec de la révolte menée par les agriculteurs en 1936 contre la domination coloniale britannique en Palestine.
« En 1936, en Palestine sous mandat britannique, Yusuf, un jeune homme partagé entre l'attachement à son village natal et l'effervescence politique de Jérusalem, tente de trouver sa voie dans un contexte de tension politique croissante. Alors que les villages s'insurgent contre la domination coloniale, que l'immigration juive s'accélère en provenance d'Europe fuyant le fascisme, et que les Palestiniens appellent à l'indépendance, s'amorce une collision inévitable entre les forces en présence. »
Le film « Palestine 36 », célébré en septembre dernier au festival de Toronto, sortira en salles en France en janvier 2026. Réalisé par Annemarie Jacir, il propose une fresque historique et politique, chronique de la lutte contre l'empire, de dépossession de terres, d'opportunités perdues, d'idéaux trahis et d'aspirations de jeunesse anéanties.
Le film réunit une distribution internationale : l'acteur oscarisé Jeremy Irons, la star de Game of Thrones Liam Cunningham, l'acteur tunisien Dhafer L'Abidine, ainsi que les talents palestiniens Hiam Abbass, Yasmine Al-Massri, Kamel El Basha et Saleh Bakri.
Candidat pour la Palestine au prix du Meilleur film international, ‘Palestine 36' promet de faire découvrir à un large public l'insurrection des paysans palestiniens contre l'empire britannique, apportant des clés de lecture historiques essentielles.
« C'est l'un des moments les plus marquants de notre histoire en tant que Palestiniens », explique la réalisatrice à Télérama. « Il pose les bases de tout, absolument tout ce qui suivra. On ne peut comprendre la Nakba, l'Intifada ou la situation actuelle sans comprendre comment le décor s'est installé à cette époque. Cette révolte est remarquable : une insurrection paysanne qui a pris le dessus face à un empire. Je voulais voir ce film, alors je me devais de le faire. »
Le film a été pensé avant le 7 octobre 2023, et son tournage a été retardé par la guerre génocidaire à Gaza et ses échos en Cisjordanie. En partie relocalisé en Jordanie, la production a néanmoins persisté, comme le raconte Annemarie Jacir :
« J'ai perdu le compte du nombre de fois où le tournage a commencé et s'est arrêté. Le scénario, l'histoire, le lieu tout a changé. Nous avons continué. Ce film a été l'aventure la plus éprouvante de ma vie. Que cette année de sang, de violence et de mort ait aussi donné naissance à une œuvre tissée de tant de mains et de cœurs est pour moi un acte d'amour et de défi. Comme Mahmoud Darwich, je suis convaincue que ‘chaque beau poème est un acte de résistance'. »
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Une prise de conscience culturelle en 2025 : comment l’art, la musique et la mode palestiniens se sont mondialisés
En 2025, la musique, la cuisine et la mode palestiniennes ont transcendé les frontières, transformant la culture en un langage mondial de résistance, d'identité et de survie.
Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : L'artiste palestinienne Asmaa Aljueithni partage une photo de la seule chose qui a survécu au raid aérien qui a réduit sa maison de Gaza en ruines, 3 octobre 2024 © MENA Visuals sur X
Au cours des deux dernières années de génocide perpétré par Israël à Gaza, une vérité est impossible à ignorer : la culture palestinienne touche désormais le monde entier d'une manière totalement nouvelle.
Ce qui était autrefois principalement confiné aux communautés locales – comme les mélodies des chansons folkloriques, les broderies complexes des robes traditionnelles et les saveurs de la cuisine maison – est désormais devenu une forme puissante d'activisme, une déclaration d'identité et un pont vers un public mondial désireux de comprendre la vie palestinienne au-delà des gros titres sur le conflit.
À bien des égards, cette évolution a permis à la culture palestinienne de devenir quelque chose de plus : un langage universel.
Prenons, par exemple, Shil Shil (Continue) du compositeur Zeid Helal. Cette chanson est née au cœur des récents bombardements à Gaza, d'un besoin urgent d'exprimer ce que les statistiques et les déclarations officielles ne pouvaient pas exprimer : la réalité vécue de la souffrance et de la résilience des Palestiniens.
Cette urgence s'est reflétée dans la réaction du public lorsque Zeid a présenté le morceau pour la première fois, accompagné de son clip vidéo. Des milliers de Palestiniens l'ont partagé, interprété et se l'ont approprié, transformant une expression personnelle en une voix collective.
Pour Zeid, cette chanson transcendait son rôle de simple morceau de musique. « Ce n'est pas seulement une mélodie », explique-t-il. « C'est l'incarnation de la résistance et de l'identité palestinienne, un moyen de sensibiliser le public à notre cause. »
L'influence de la culture palestinienne, en particulier à travers la musique, ne s'est pas arrêtée à la chanson de Zeid ; elle a au contraire dépassé largement les frontières de la Palestine.
Par exemple, des artistes internationaux ont commencé à s'inspirer du patrimoine musical palestinien, tandis que les réseaux sociaux se sont remplis de vidéos de personnes de tous les continents, de l'Amérique du Sud à l'Asie du Sud-Est, apprenant et interprétant des chansons palestiniennes.
Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils découvraient la langue palestinienne et les expériences vécues par son peuple.
Redéfinir le son palestinien
Khalid Sadouq, compositeur et professeur de musique à l'université nationale An-Najah de Naplouse, en Cisjordanie, a été témoin direct de cette transformation.
Grâce à son double rôle d'éducateur et d'artiste, il a une vision claire de la manière dont le conflit remodèle l'expression créative.
« La guerre a été une force déterminante dans l'évolution de la musique palestinienne », réfléchit Khalid, soulignant que ces dernières années, l'essor des chansons documentant la douleur collective a donné une nouvelle profondeur aux compositions, transformant une musique qui était autrefois principalement un divertissement en un témoignage de la vie quotidienne.
Ce changement, ajoute-t-il, a également conduit à l'émergence de nouveaux genres, les producteurs de musique électronique mélangeant les instruments traditionnels palestiniens avec des techniques de production contemporaines pour créer une musique à la fois ancrée dans le patrimoine et d'une actualité brûlante, reflétant l'expérience palestinienne où les traditions culturelles ancestrales se croisent avec les luttes actuelles.
Cependant, la création de cette œuvre a un coût, que Khalid connaît bien.
« Je suis confronté à de multiples défis pour exprimer les problèmes palestiniens à travers la musique », dit-il.
« Premièrement, il existe des pressions sociales et politiques qui tentent de réprimer la créativité. Il y a souvent une censure sur ce qui peut être exprimé. Deuxièmement, l'accès aux outils de production musicale et aux plateformes de distribution est difficile, surtout compte tenu de notre situation économique. »
Malgré ces contraintes, la créativité continue de s'épanouir, les Palestiniens s'appuyant depuis longtemps sur la production culturelle comme forme d'expression alternative, en particulier dans les régions où la liberté des médias est restreinte.
Pour Khalid et ses pairs, ces contraintes deviennent souvent une source de motivation. Il explique à The New Arab qu'il puise son inspiration dans la souffrance des gens, ce qui rend la musique plus authentique.
Pour l'avenir, Khalid estime que l'attention mondiale actuelle pourrait avoir un impact durable sur la culture palestinienne.
« Les événements actuels ont montré au monde entier les souffrances des Palestiniens, ce qui a accru l'intérêt pour les œuvres artistiques reflétant cette réalité », dit-il.
« La musique est devenue un outil pour capter l'attention mondiale et transmettre un message humanitaire exprimant les espoirs et les souffrances de notre peuple. »
Une cuisine comme archive culturelle
Au-delà de la musique, la cuisine palestinienne est devenue un puissant vecteur d'expression culturelle et de reconnaissance mondiale.
Dans sa cuisine de Ramallah, Heba Al-Haytan travaille avec la même intentionnalité qu'un conservateur de musée. Chaque plat qu'elle prépare — le riz renversé de Maklouba, les tomates rôties et le sumac de Musakhan — est chargé d'histoire familiale et de signification politique.
Heba explique que le contexte politique général façonne la vie quotidienne, y compris ce qui se passe dans la cuisine. « Les circonstances politiques ont un impact considérable sur notre vie quotidienne, y compris dans nos cuisines », dit-elle.
Elle note que les périodes de pénurie et de crise, telles que les famines, ont depuis longtemps incité les Palestiniens à innover avec des ingrédients locaux, créant de nouvelles recettes par nécessité.
Au fil du temps, ces innovations ont commencé à remodeler la façon dont le monde perçoit les habitudes alimentaires palestiniennes.
De plus, Heba souligne également que ce qui était autrefois hyperlocal — des plats partagés au sein des familles élargies — a progressivement acquis une reconnaissance internationale.
Des restaurants palestiniens sont désormais présents dans toute l'Europe et au Moyen-Orient, tandis que des chefs internationaux s'inspirent des ingrédients et des techniques palestiniens.
Les plats de base tels que le houmous, le taboulé et les falafels, qui font depuis longtemps partie de la vie quotidienne des Palestiniens, ne sont plus confinés à la section « cuisine ethnique » ; ils occupent désormais une place centrale dans les discussions mondiales sur l'alimentation.
Heba souligne l'importance culturelle de cette reconnaissance. « La cuisine palestinienne fait désormais partie intégrante des expériences culinaires mondiales », observe-t-elle.
« Les plats traditionnels ne sont plus seulement des repas ; ils incarnent le patrimoine et les valeurs familiales, ils sont des lieux où les gens se réunissent pour renforcer leurs liens. »
Heba reconnaît que les racines de la cuisine palestinienne remontent à des milliers d'années, s'inspirant des traditions culinaires méditerranéennes, levantines et arabes, et souvent transmises oralement de génération en génération, préservant à la fois le goût et la mémoire.
Chaque plat reflète également la géographie de la Palestine, de l'huile d'olive produite en Cisjordanie aux agrumes des vergers palestiniens historiques, en passant par les herbes sauvages qui poussent dans les collines.
En ce sens, la nourriture devient une carte du territoire, et la cuisine une forme d'expression culturelle et territoriale.
Le thobe comme symbole
À l'instar de la musique et de la cuisine palestiniennes qui touchent un public mondial, les vêtements sont également de plus en plus reconnus comme une forme de narration culturelle.
Ischar Assi, une jeune créatrice de mode palestinienne, a été témoin du moment où un vêtement traditionnel est devenu un symbole mondial.
Dans son atelier, où les couleurs vives côtoient les techniques de broderie traditionnelles, elle a observé un phénomène inattendu : le thobe, cette longue robe palestinienne généralement portée lors des célébrations, s'est transformé en un symbole quotidien d'affirmation identitaire.
« Après la guerre, les gens ont commencé à porter le thobe pour exprimer leur solidarité avec la Palestine, et non plus simplement comme un vêtement traditionnel », explique Assi.
« C'est une expression d'identité, de résistance, d'espoir. »
Les réseaux sociaux ont accéléré cette évolution. Les images de personnes portant le thobe se sont multipliées : des Palestiniens de la diaspora le portaient lors de manifestations, des militants internationaux le portaient en signe de solidarité et des jeunes l'intégraient dans leurs tenues de ville.
Comme l'explique Ischar, cette robe a dépassé son usage cérémoniel pour devenir un « signifiant flottant », un symbole dont la signification a dépassé son contexte d'origine.
Ischar et d'autres créateurs palestiniens ont saisi cette opportunité. Ils ont commencé à réinventer le thobe pour les consommateurs contemporains, en introduisant des silhouettes et des palettes de couleurs modernes tout en conservant les broderies complexes qui identifient certaines régions palestiniennes.
« Nous avons ajouté des touches contemporaines, mais nous avons préservé l'esprit du patrimoine », explique Ischar.
« Nous voulons montrer au monde que le thobe palestinien a une histoire profonde et qu'il est indissociable de notre identité. »
Mais bien sûr, Ischar est conscient des défis à relever. Les créateurs palestiniens sont confrontés à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement, à des restrictions à l'importation dans les territoires occupés et à un accès limité aux marchés internationaux en raison de contraintes politiques et économiques.
Malgré ces obstacles, Ischar et ses pairs ont persévéré et continuent de le faire.
« Chaque pièce sur laquelle je travaille raconte une histoire, celle de tout un peuple. Nous voulons montrer au monde que la Palestine n'est pas seulement un conflit, mais aussi une culture riche et une histoire ancienne », explique-t-elle.
Ischar ajoute que les organisations culturelles ont commencé à organiser des expositions et des événements célébrant le rôle du thobe dans l'identité palestinienne.
Ce qui était considéré dans certains cercles internationaux comme un simple « vêtement traditionnel » a été reconnu comme une forme d'art sophistiquée et en constante évolution, preuve que la culture palestinienne n'est pas statique ou figée dans le temps, mais vivante et adaptable.
Un réveil collectif
À bien y réfléchir, ces mouvements parallèles dans la musique, la gastronomie et la mode partagent une origine et une trajectoire communes.
L'horrible génocide perpétré par Israël a catalysé une prise de conscience mondiale de l'existence palestinienne au-delà du conflit, alors que le public international, soudainement confronté à l'ampleur des souffrances à Gaza, cherchait des moyens de comprendre l'humanité palestinienne, la culture servant de pont.
Les chansons de Zeid Helal, les compositions de Khalid Sadouq, les recettes de Heba Al-Haytan et les créations d'Ischar Assi ont toutes le même objectif : elles insistent sur le fait que les Palestiniens ne sont pas seulement des victimes de l'histoire, mais aussi des créateurs au sein de celle-ci.
À travers leur travail, ils affirment leur présence, leur continuité et leur droit à être compris comme des êtres humains complexes, avec des traditions esthétiques, des rituels familiaux et des visions artistiques qui sont antérieurs au conflit actuel et qui lui survivront.
À mesure que la musique, la cuisine et la mode palestiniennes touchent un public mondial, le récit commence à changer. Ce qui était autrefois encadré par la destruction et le désespoir est désormais raconté comme une histoire de résilience et de souveraineté culturelle, transformant un peuple défini par ce qui lui est fait en un peuple qui se définit par ce qu'il crée.
Cela ne signifie pas que la célébration de la culture efface la lutte politique, loin de là. Cependant, cela complique le discours, rendant plus difficile de réduire les Palestiniens à de simples statistiques ou abstractions politiques.
Pour ceux qui s'intéressent à la culture palestinienne, l'expérience est transformatrice. Quelqu'un qui a appris une chanson palestinienne, goûté à la cuisine palestinienne ou porté un thobe palestinien rencontre les Palestiniens en tant qu'artistes, hôtes et enseignants. Ils découvrent la culture non pas comme un objet de musée, mais comme une expression vivante, respirante et évolutive de la créativité humaine.
Pour les artistes et les créateurs au cœur de ce mouvement, les enjeux sont à la fois personnels et collectifs.
« L'avenir de la musique palestinienne après la fin du conflit sera radieux », prévoit Khalid.
« La musique continuera d'être un moyen d'exprimer l'identité et le patrimoine, capable de toucher un public plus large. L'espoir est qu'avec la paix, la musique palestinienne se développe pour s'intégrer au dialogue culturel mondial, renforçant ainsi sa place sur la scène internationale. »
Cet espoir anime aujourd'hui tout le travail culturel palestinien. Il ne s'agit pas d'une échappatoire aux difficultés actuelles, mais d'une affirmation des possibilités futures, d'une déclaration selon laquelle la culture palestinienne appartient au monde et que le monde commence enfin à y prêter attention.
À travers les chansons des compositeurs, les recettes des cuisiniers et les créations des artistes, les Palestiniens continuent de raconter leur histoire. Ce faisant, ils rappellent au monde : nous sommes toujours là. Nous créons. Nous persévérons.
* Aseel Mafarjeh est une journaliste spécialisée dans la Cisjordanie, qui s'intéresse particulièrement aux récits qui traitent des défis et de la créativité des jeunes en Palestine.
Traduction : AFPS
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L’enlèvement de Nicolás Maduro préfigure un monde dominé par la force
En tolérant l'enlèvement du président vénézuélien et de son épouse par les États-Unis, la communauté internationale ouvre la voie à un monde où la loi du plus fort pourrait définitivement supplanter l'État de droit.
5 janvier 2026 | tiré de Politis.fr | Photo : Manifestation condamnant l'attaque américaine contre le Venezuela et la capture du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, près de l'ambassade américaine à Manille, le 5 janvier 2026. © Ted ALJIBE / AFP
https://www.politis.fr/articles/2026/01/lenlevement-de-nicolas-maduro-par-les-etats-unis-prefigure-un-monde-domine-par-la-force/
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Les puissants ne font désormais même plus semblant. Le droit international les encombre dans leur vision géopolitique, en même temps qu'il est susceptible de les menacer individuellement. L'année 2025 s'était achevée sur le sentiment d'une impuissance du droit international à mettre un terme aux atrocités à Gaza ou encore à la guerre en Ukraine, 2026 débute par la confirmation de l'érection d'un nouvel ordre mondial qui n'en a cure. Il s'agit de la préfiguration d'un monde dominé par la force où le droit serait l'argument des plus faibles.
Cet acte intervient au mépris d'un certain nombre de principes fondamentaux.
L'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les États-Unis constitue indéniablement la légitimation de la loi du plus fort. En tant que tel, mais aussi parce qu'il n'a pas été unanimement condamné par la communauté internationale, il marque un précédent particulièrement dangereux de ce XXIe siècle. Cet acte intervient en effet au mépris d'un certain nombre de principes fondamentaux, dont celui de la souveraineté des États.
La Charte des Nations unies, signée à San Francisco en 1945, rappelle notamment que « les membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies » (article 2). C'est cette même charte qui a mis en place la Cour internationale de justice (CIJ), dans le but de gérer les différents juridiques entre États.
Non seulement cet enlèvement viole la souveraineté du Venezuela, mais il est aussi une négation de la coopération avec les autres États pour mettre un terme à des agissements qui seraient considérés comme criminels. Rappelons que le Conseil de sécurité des Nations unies n'a bien évidemment pas donné son autorisation à l'intervention militaire menée par les États-Unis, si tant est qu'il ait été consulté. La communauté internationale est donc mise devant le fait accompli.
Se prémunir contre l'arbitraire
Il faut bien comprendre que se protéger contre la loi du plus fort, c'est également se prémunir contre l'arbitraire. Qui d'autre pour s'assurer de la validité des charges contre Maduro, si ce n'est une puissance à l'origine de son enlèvement au mépris du droit international ? Sur la base de quels éléments accessibles au public le prévenu pourra-t-il être mis en cause ? Qui pour contrôler les intentions des États-Unis qui visent le régime d'un pays possédant les plus grandes réserves de pétrole du monde ? Les cas de l'Afghanistan, de l'Irak, et plus anciennement de la Grenade, devraient nous servir à mesurer le danger de telles politiques.
La réaction particulièrement servile de la France contraste sévèrement avec les idéaux qu'elle affiche.
Ce qui interroge également, c'est la réaction particulièrement servile de la France, qui contraste sévèrement avec les idéaux qu'elle affiche. Le soutien apporté à l'opération est d'autant plus cocasse que la Cour de cassation – en annulant en juillet 2025 le mandat d'arrêt visant l'ancien président syrien Bachar Al-Assad délivré en 2023 –, a réaffirmé que l'immunité fonctionnelle, comme l'immunité personnelle, sont des principes posés par la coutume internationale et qu'elles procèdent de l'égalité souveraine des États.
Or, l'immunité personnelle interdit que le chef d'État, le premier ministre ou le ministre des affaires étrangères d'un État, lorsqu'ils sont en exercice, soient poursuivis devant les juridictions d'un autre pays. Ainsi, même s'il a nuancé sa position ce lundi 5 janvier en critiquant la méthode de l'administration américaine – ce qui s'apparente à une tentative de rattrapage –, Emmanuel Macron, en déclarant que « le peuple vénézuélien est aujourd'hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s'en réjouir » cautionne une grave infraction au droit international portant atteinte à nos propres principes.
Le droit international n'est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité.
Il n'est bien sûr nullement question de prétendre à l'innocence de Maduro, pas plus qu'au caractère fondé de certains griefs qui sont formulés à son encontre. La fin ne justifie cependant pas les moyens car, dans cette logique, n'importe quel pays doté d'une armée puissante pourrait décider à tout moment de neutraliser les dirigeants d'un autre État. Ajoutons que, face à la raréfaction des ressources naturelles, de tels actes ne peuvent être qu'encouragés si nous ne les condamnons pas.
De nombreuses voix s'élèvent pour apporter leur soutien aux États-Unis. Elles ne semblent pas prendre conscience que le droit international n'est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité. Les États les plus faibles seront assurément tenus en échec si le droit international peine à régir les relations interétatiques. Dans un monde de plus en plus incertain et complexe, il demeure un repère et une garantie.
Les États-Unis eux-mêmes reconnaissent l'importance du droit – même si c'est le leur – en tentant de légitimer, a posteriori, le fait d'avoir enfreint le droit international en enlevant et inculpant Nicolás Maduro. C'est le paradoxe d'États bafouant le droit, tout en s'appuyant dessus, pour afficher un semblant de légalité à leurs agissements. Demain, la loi du plus fort pourrait ne même plus s'en embarrasser.
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La gauche à l’ère de l’hyperpolitique
Le temps de l'apathie politique est révolu. Dans cet article empreint d'optimisme, Diogo Machado explore le terme « hyperpolitique », proposé par Anton Jäger, pour tenter de comprendre comment la relation à la participation dans la société a évolué.
Tiré d'Inprecor 15 janvier 2026 par Diogo Machado | Photo : © Johan Jacobs
La fin de la guerre froide a entraîné un long hiver de torpeur politique marqué par le consensus néolibéral, dans lequel la souveraineté populaire, la dispute idéologique et la notion d'alternative ont été éliminées. Cependant, la crise de 2008 a mis fin à cette passivité résignée des masses, aujourd'hui plus disposées à se révolter. Cela s'est traduit par la montée de mouvements contestataires tels que « 15-M », « Occupy Wall Street » ou « Que se lixe a Troika ! » (que la Troika aille se faire voir) ainsi que par l'émergence de partis populistes de gauche et d'extrême droite, qui remobilisent l'électorat autour de messages qui remettent en cause le statu quo (sous des formes diverses, certes).
Nous avons désormais le sentiment que l'apathie politique a pris fin. Les gens sont plus concernés par la politique qu'ils ne l'ont été depuis des décennies. Il s'agit d'un phénomène nouveau, qu'Anton Jäger a qualifié d'« hyperpolitique »1.
L'anatomie d'un concept
Jäger oppose l'hyperpolitique au concept de « post-politique », apparu au début des années 80 après la contre-révolution néolibérale. Le cœur de cette idéologie consiste à dissocier l'économie de marché de l'influence politique et démocratique. Elle trouve son ancrage dans une nouvelle configuration de l'économie politique – la suppression des barrières au commerce international, la libre circulation des capitaux, la libéralisation du secteur financier, la diminution des capacités de l'État – qui prive effectivement les pouvoirs publics des instruments et des moyens nécessaires pour faire des choix politiques. En d'autres termes, Jäger affirme qu'il n'y a plus de délibération sur la manière de répartir le surplus produit par la société.
La victoire de l'individualisme néolibéral crée une séparation entre la sphère publique et la sphère privée, les gens ordinaires étant relégués dans la seconde et la première étant laissée aux politiciens de carrière, qui disputent des politiques technocratiques dans le cadre d'un même consensus idéologique, où paradoxalement la notion même d'idéologie est éliminée. La politique devient une chose lointaine, réservée aux spécialistes, qui n'a que peu de rapport avec la vie des gens, tandis que le travail, la consommation et les cercles relationnels intimes encapsulent la libido, dans une vie individualisée et déconnectée des organisations collectives.
L'hyperpolitique est une réinsertion de la politique dans la société : si auparavant rien n'était politique, aujourd'hui tout est (hyper)politique. C'est un retour de la participation politique, qui ne se fait toutefois pas selon les modèles traditionnels. Cela diffère par exemple beaucoup de l'ère de la politique de masse qui a précédé la post-politique, lorsque la politique imprégnait et influençait la manière dont les gens se situaient dans la totalité sociale, marquée par une participation engagée et durable à des organisations collectives (partis, syndicats, associations, mouvements religieux).
Dans l'hyperpolitique, le politique redevient omniprésent : l'intérêt pour la politique revient, visible dans l'augmentation de la participation électorale et dans la place centrale des discussions politiques dans les relations interpersonnelles ; les plateformes numériques regorgent désormais de contenus politiques formatés pour tous les goûts ; des mouvements de contestation tels que Black Lives Matter, QAnon, la solidarité avec la Palestine, éclatent partout, prenant parfois une ampleur massive, mais ils naissent aussi vite qu'ils meurent.
Jäger note que ce nouvel engagement politique est nettement individualisé et de courte durée. Nous ne voyons pas les associations, les syndicats et les partis regagner des adhérent.e.s. En revanche ; le politique apparaît comme un élément important dans la définition de la biographie et l'autoreprésentation de l'individu. Les activistes numériques, les discussions politiques en ligne, la participation ponctuelle à des manifestations ou à des mouvements sans adhésion à des organisations se multiplient. Jäger appelle cela une forme « basse » de politique : peu coûteuse, de courte durée, avec de faibles barrières à l'entrée et encore moins à la sortie. Il résume ainsi :
« Le résultat est une curieuse reprise en forme de K : alors que l'érosion de la vie civique organisée progresse rapidement, la sphère publique occidentale est de plus en plus sujette à des cas sporadiques de troubles et de controverses »
L'hyperpolitique traduit également la logique du nouvel espace dominant de l'engagement politique : le numérique. La relation politique est atomisée, immédiate, visuelle et très chargée émotionnellement. Jäger ajoute que « notre nouvelle hyperpolitique se distingue également par l'accent particulier qu'elle met sur les comportements individuels, par un moralisme permanent et par son incapacité à réfléchir aux dimensions collectives de la lutte. […] une éthique ascétique qui impose des normes très rigoureuses dans les relations interpersonnelles, une observation stricte des convenances et un abstentionnisme libertin ».
Elle débouche, au fond, sur une action politique inconséquente, dans une sorte de désublimation répressive d'une libido frustrée dans les décombres du consensus néolibéral. C'est une illusion de participation qui laisse intactes les relations de pouvoir qui organisent la société.
Vainqueurs et vaincus
La repolitisation en cours est ambivalente. D'une part, elle ouvre des brèches, étant clairement un symptôme de l'épuisement du consensus néolibéral et d'un fort mécontentement populaire qui cherche un vecteur politique ; d'autre part, elle est de faible densité idéologique (et même nettement moraliste dans sa forme), médiatisée par des algorithmes, désengagée et rétive à l'action collective. Mais certains en ont tiré profit : si le moment du populisme de gauche a été bref, c'est jusqu'à présent l'extrême droite qui aura eu le plus de succès.
Dans un autre ouvrage, Jäger lui-même (en collaboration avec Arthur Borriello) s'interroge sur les causes du caractère éphémère du populisme de gauche qui est apparu après la crise avec une force dont on a supposé qu'elle pourrait le mener à gouverner dans plusieurs pays occidentaux . Émergeant presque toujours après des manifestations de contestation sociale de masse, ces partis avaient la tâche difficile d'« organiser une société désorganisée » (ou atomisée). Ce faisant, ils ont fini par reproduire la (dés)organisation du cadre social dont ils étaient issus, étant, presque sans exception, des partis centralisés autour d'une figure charismatique, avec un militantisme peu intensif et fortement numérique, et orientés vers l'activité électorale et médiatique.
Ils diagnostiquent ainsi trois raisons à l'échec de cette gauche : i) la personnalisation, qui rend le destin du parti tributaire de la popularité de son leader ; ii) la priorité accordée au numérique, qui permet de mobiliser les électeurs à court terme, mais ne se transforme pas en militantisme durable et idéologiquement dense ; iii) des structures militantes fragiles, où un prétendu horizontalité cache une concentration de facto du pouvoir au sommet, qui permet une action rapide, mais ne tient pas compte de l'organisation de base.
Ici, la théorie de Jäger arrive à une impasse et semble contredire la thèse de l'hyperpolitique. Ne s'agit-il pas là des caractéristiques de la politique du passé ? Si oui, comment ces facteurs expliquent-ils l'échec de la gauche ? Étant donné qu'il s'agit de caractéristiques communes aux nouveaux partis d'extrême droite, pourquoi ont-elles eu un impact différent sur les deux familles politiques, c'est-à-dire pourquoi l'extrême droite a-t-elle beaucoup plus de succès électoral ?
Ambiguïtés et hypothèses
Il existe évidemment des facteurs matériels déterminants, notamment le soutien d'importantes fractions du capital à l'extrême droite, ainsi que le fait que les réseaux sociaux et la télévision soient structurellement favorables à son message, des questions déjà abordées dans d'autres numéros de notre revue. Il existe également une continuité idéologique entre le néolibéralisme et le fascisme : la déconnexion de la gouvernance politique et économique de la démocratie.
Cependant, avant de nous laisser aller à des explications conventionnelles, nous devons souligner que l'hyperpolitique ne cherche pas à englober l'ensemble du fonctionnement de la société, ni à désigner une nouvelle étape du capitalisme. Il s'agit plutôt de la description d'un nouveau régime d'engagement politique, même si celui-ci repose évidemment sur une base matérielle. La question ici n'est pas d'expliquer le succès de l'extrême droite en général, mais plutôt quelles seront les conditions de succès dans ce nouveau régime, en ce qui concerne les aspects de l'action (partisane) qui s'y rapportent.
Dans une critique du livre de Jäger sur l'hyperpolitique (pour l'instant uniquement disponible en allemand 1-), Oliver Eagleton (2)évoque précisément le fait que ce concept a du mal à expliquer le succès inégal de la gauche radicale et de l'extrême droite, qui a priori seraient toutes deux également candidates à capitaliser sur le « réservoir de mécontentement » contemporain. Il avance ainsi une série d'arguments qui méritent d'être pris en considération2.
Premièrement, l'ambition programmatique de l'extrême droite est relativement plus modeste, compatible avec les rapports sociaux de production en place et avec le système institutionnel, même si elle cherche à le déformer dans un sens autoritaire et vers une séparation juridique entre ceux qu'elle désigne comme « natifs » et « les étrangers ».
Deuxièmement, bien qu'elle revendique la construction d'une conception de la communauté nationale (traditionaliste, autochtone, homogène et exclusive), elle ne fait rien dans la pratique pour inverser les tendances à l'atomisation et à l'individualisation caractéristiques de la société de marché ; au contraire, elle les accentue.
Troisièmement, le soutien des classes et des institutions bourgeoises mentionné ci-dessus, ainsi que l'existence, dans certains contextes, d'appareils étatiques qui fonctionnent déjà selon une logique quasi fasciste (par exemple, la police et la justice), accordent à l'extrême droite un luxe dont la gauche ne dispose pas : la possibilité d'utiliser les institutions de l'élite pour réaliser son programme.
Quatrièmement, le message biopolitique du post-fascisme trouve un écho auprès des secteurs précaires ou en déclin social de la classe ouvrière.
« À mesure que les distinctions de classe entre les classes inférieures commencent à s'estomper sous l'effet de l'inflation et de l'austérité, les gens se tournent vers l'État pour les réaffirmer, protégeant les groupes favorisés au détriment des marginalisés. Des frontières rigidifiées sont désormais considérées comme une protection nécessaire contre la perspective de l'appauvrissement : non seulement une barrière physique, mais aussi un instrument taxonomique à même de renforcer les hiérarchies traditionnelles de race et de genre ».
Une telle diversité de facteurs souligne à la fois l'insuffisance et la puissance explicative de l'hyperpolitique. Il est clair qu'il existe des dimensions importantes en dehors de celles qui sont prises en compte par la théorie, même si son objectif n'est pas d'expliquer la totalité, comme cela a été dit précédemment. Mais il est également évident que certaines caractéristiques ne deviennent politiquement utiles que dans le contexte créé par l'hyperpolitique.
Par exemple, la faible densité du programme et son manque d'ambition, associés à une hyperactivité communicationnelle et à une intensité esthétique, sont en phase avec le type de relation politique dominante, pour citer le sous-titre du livre de Jäger, « une politisation extrême sans conséquences politiques ». Il en va de même pour le discours de l'extrême droite, fondé sur la division et les arguments moralistes (par exemple, la délinquance et la paresse). L'extrême droite n'exige pas de ses électeurs un engagement durable, une identification partagée ou la construction de solidarités – sa vision du monde est parfaitement compatible avec une organisation individualiste de la société dans laquelle seul le vote occasionnel est sollicité de la part du « bouffon », comme une expression spasmodique de colère.
La désobéissance aux normes sociales et politiques, ainsi que le recours permanent au choc et à la polémique, lui permettent de rester à flot dans un régime de circulation frénétique et hautement émotionnelle de l'information, ce qui lui permet également de capitaliser sur le bouillon de désespoir et de ressentiment fermenté par un système discrédité – une sorte d'esthétique de la rébellion qui masque l'alignement programmatique presque total de l'extrême droite sur le statu quo.
Peut-être qu'e dans un autre contexte culturel, cette extrême droite n'aurait pas réussi à s'en sortir aussi bien, même avec des conditions matérielles favorables identiques. On peut se demander si elle est le produit ou plutôt la créatrice de l'hyperpolitique – la vieille question de l'œuf et de la poule. Mais il semble incontestable qu'elle en est la championne et que son succès découle de son adaptation au moment culturel dominant.
La gauche n'est donc pas dans les mêmes conditions pour tirer parti de cette nouvelle ère. Elle ne peut renoncer à des programmes ambitieux de transformation sociale, à l'organisation collective et au dépassement de l'individualisme. La première vague de partis populistes de gauche a montré les limites d'une « hyperpolitisation » complète de la gauche.
Cependant, il existe une dimension esthétique qui reste à explorer. Comment pouvons-nous combiner des organisations solides avec un discours galvanisant ? Comment pouvons-nous combiner des programmes sérieux avec un message polémique autour duquel les débats s'articuleront ? Comment pouvons-nous gagner les subjectivités par-delà l'argumentation rationnelle avec des formes discursives variées plus immédiatement accessibles et d'ordre esthétique ? Comment pouvons-nous désublimer la libido frustrée du consensus néolibéral de manière non répressive, en canalisant cette colère avec un message radical, mais vers un projet (pro)positif ?
Il reste à cartographier une psychopolitique des temps nouveaux, mais l'hyperpolitique est une excellente porte d'entrée.
Janvier 2026. Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro. Source - Anticapitalista #84.
1. « Hyperpolitik : Extreme Politisierung ohne politische Folgen » (une politisation extrême sans conséquences politiques) Suhrkamp, 2023.
2. https://www.theideasletter.org/essay/beyond-hyperpolitics/
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Comptes rendus de lecture du mardi 20 janvier 2026
Le nettoyage ethnique de la Palestine
Ilan Pappe
Traduit de l'anglais
Ilan Pappe est parmi les plus éminents historiens israéliens. Il fait partie de ces « nouveaux historiens » qui ont réexaminé en profondeur et de façon critique l'histoire de l'État d'Israël et du sionisme. Il nous apporte dans ce bouquin des preuves accablantes de ce qu'a en réalité été en 1948 la Nakba (la catastrophe en arabe), mettant à mal la version officielle de l'État d'Israël : la désarabisation violente et déterminée de la Palestine, par un nettoyage ethnique organisé et sans merci, par le déplacement de la moitié de la population palestinienne, par de nombreux massacres, par la destruction des villages des Palestiniens et l'accaparement de leurs biens pour faire place à la construction d'un État ethnique réservé exclusivement aux Juifs. Ce livre, publié plusieurs années avant le début du génocide en cours en Palestine, est une lecture absolument nécessaire pour bien comprendre combien les événements actuels ne sont que le prolongement des événements d'alors, dans leurs méthodes brutales comme dans leurs intentions.
Extrait :
Les juifs d'Israël ne sont pas tous aveugles aux scènes de carnage que leur armée a laissées derrière elle en 1948, ni sourds aux cris des expulsés, des blessés, des torturés, des violées, qui continuent à nous parvenir à travers les survivants, leurs enfants et petits-enfants. De plus en plus d'Israéliens, en fait, sont conscients de ce qui s'est vraiment passé en 1948 et comprennent très bien les implications morales du nettoyage ethnique qui a fait rage dans le pays. Ils comprennent aussi qu'Israël risque de réactiver un jour le plan de nettoyage, dans un effort désespéré pour garder sa majorité absolue juive.
Miroirs
Eduardo Galeano
Traduit de l'espagnol
On ne peut qu'être reconnaissant à Lux Éditeur d'avoir publié au cours des années de nombreux ouvrages de ce grand écrivain uruguayen, auteur de « Les veines ouvertes de l'Amérique latine », qu'est Eduardo Galeano. « Miroirs » est également un bouquin extrêmement intéressant et instructif qui nous fait redécouvrir l'histoire universelle, celle bien souvent ignorée, cette histoire qui se situe en dehors des récits officiels, à travers environ 600 articles qui font rarement plus d'une page. Un livre éclairant, à mettre entre toutes les mains ! Vraiment !
Extrait :
La vente d'êtres humains avait été le plus juteux négoce de l'Empire britannique, mais le bonheur ne dure qu'un temps, comme on le sait. Après trois siècles de prospérité, la Couronne dut se résoudre à se retirer du trafic d'esclaves, et le marché de la drogue devint alors la corne de abondance de la gloire impériale.
La maison vide
Laurent Mauvigner
Ce dernier prix Goncourt est, en mon sens, le meilleur prix Goncourt des vingt dernières années, et c'est du coup l'un des très bons romans qu'il m'ait été donné de lire. C'est un récit de 752 pages, écrit dans un style des plus agréables et des plus limpides, qui nous rappelle l'histoire du dernier siècle en Europe, avec les deux grandes guerres, le patriarcat et les classes sociales, et leurs conséquences souvent désastreuses sur la vie des gens. Dès les premières pages, l'auteur nous fait pénétrer dans la maison de sa lointaine famille, inhabitée depuis plus de vingt ans. À partir de souvenirs, de lettres, de photos, de recherches, en comblant certaines zones d'ombre, il révèle la vie de certains de ses aïeux ayant habité les lieux, en particulier celles de sa grand-mère Marguerite et de son arrière-grand-mère Marie-Ernestine. Une œuvre magistrale !
Extrait :
Mais le vrai intérêt de cette image, c'est qu'elle est la seule photo de ma grand-mère qui aura échappé à l'autodafé ; la seule d'elle qui aura échappé au silence qu'on lui a imposé et qu'elle aussi aura peut-être désiré, car parfois, sur d'autres images de mariages, grises et noires, prises en extérieur, le plus souvent en été, on devine sa présence : un corps de femme dans une robe qui nous apparaît grise mais qui est peut-être bleue, verte, pourquoi pas d'un certain rouge vineux ou d'un violet pastel, une silhouette presque coquette, mince et de petite taille. Mais des ciseaux ont taillé et coupé la forme d'un ovale, laissant à la place de son visage un trou, un espace vide – rien.
Tu viens d'où ?
Maïka Sondarjee
« Tu viens d'où ? » est un essai sur le métissage et le vivre ensemble qui tombe bien en cette période où se diffuse un discours xénophobe et raciste, en particulier au sein des médias privés. L'auteure, dont le père est d'origine indienne, puis malgache, et la mère d'origine québécoise, nous y raconte son histoire et celle de plusieurs autres personnes aux origines diverses qui habitent nos mondes et l'enrichissent. C'est un essai qui ressemble à son auteure, un essai conciliant et généreux.
Extrait :
Alors que les États-nations et leurs dirigeants créent toujours plus de divisions entre ceux qui se sentent chez eux et ceux qu'on désigne comme des étrangers, beaucoup habitent une sorte d'espace frontalier, parce qu'ils sont nés de parents immigrants, parce que leurs parents sont culturellement, socialement ou racialement différents, ou parce qu'ils se définissent comme n'étant ni d'ici ni d'ailleurs.
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Avant d’en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste | Livre à paraître le 20 janvier | 18 auteur·es
Un an jour pour jour après l'inauguration de la seconde administration Trump, 18 auteur·es partagent leurs réflexions pour faire face à la montée des courants autoritaires. Des voix, mises en dialogue, qui redonnent un souffle à la résistance.
Le livre Avant d'en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste, un collectif dirigé par Pierre Mouterde et David Murray, paraîtra en librairie le 20 janvier prochain, soit un an après l'arrivée au pouvoir de la seconde administration Trump.
Avec Anaïs Barbeau-Lavalette, Marc-André Cyr, Martine Delvaux, Alain Deneault, Catherine Dorion, Pierre Dubuc, Jonathan Durand Folco, Maxim Fortin, Ruba Ghazal, Dalie Giroux, Guillaume Hébert, Amir Khadir, Eric Martin, Philippe Néméh-Nombré, Éric Pineault, Alain Saulnier, Maïka Sondarjee et Judith Trudeau.
À propos du livre
Ainsi le fascisme serait de retour. Abus de langage ? Expression galvaudée masquant le caractère inédit des changements en cours ? Il reste qu'entre la dangereuse dérive autoritaire de la seconde administration Trump et l'affolante normalisation des discours d'extrême droite dans le paysage politique, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de la conjoncture actuelle. Désinformation, discours haineux, menaces envers l'état de droit, démantèlement des services publics, reculs sur le front écologique... Le temps est venu de résister avant qu'il ne soit trop tard.
Mais comment surmonter la sidération qui fige plusieurs d'entre nous ? Quels moyens mettre en œuvre, dans un contexte où bien des facteurs poussent à la fragmentation de nos forces ? Comment répondre à la montée des courants autoritaires au Québec ? La gauche peine depuis des années à être considérée comme une voie politique crédible aux yeux de la majorité. Pourtant, freiner le processus de fascisation en cours implique de reprendre l'initiative et de réussir à imposer les termes du débat politique.
À la manière d'un film choral où plusieurs histoires s'entremêlent, cet essai polyphonique croise les perspectives, analyses et propositions stratégiques de 18 auteur·es ayant des points de vue complémentaires. Mises en scène, ou plutôt mises en dialogue par Pierre Mouterde et David Murray, leurs voix nous convient à un exercice franc et inspirant, ouvrant un débat salutaire. Créer du lien, des communautés, renforcer les mouvements sociaux, cibler l'oligarchie et les géants de la technologie, penser notre souveraineté numérique et l'indépendance, développer de nouveaux narratifs, fédérer la résistance... Les pistes abondent pour bâtir une stratégie de lutte appropriée en ces temps graves et déstabilisants. Il est encore temps d'agir.
À propos des « directeurs » de l'ouvrage
Sociologue, philosophe et essayiste, Pierre Mouterde est spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Il est l'auteur de nombreux livres dont, aux Éditions Écosociété, Quand l'utopie ne désarme pas (2002), Repenser l'action politique de gauche (2005), Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation (2009) et Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme (avec Marcos Ancelovici, 2019).
Historien de formation, David Murray est éditeur chez Écosociété. Collaborateur de plusieurs médias indépendants, il a animé pendant près de dix ans une émission d'affaires publiques sur CISM en plus de militer au sein du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale. Il a collaboré et codirigé certains ouvrages, dont Creuser jusqu'où ? Extractivisme et limites à la croissance (Écosociété, 2015, avec Yves-Marie Abraham).
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Mettre fin à l’itinérance au Canada ; Plaidoyer pour la prévention de l’itinérance.
Nous avons le plaisir d'annoncer la parution de : Mettre fin à l'itinérance au Canada ; Plaidoyer pour la prévention de l'itinérance.
«
Ce livre nous rappelle que mettre fin à l'itinérance n'est pas un rêve naïf. » – Valérie Plante, mairesse de Montréal (2017-2025)
En vente dès le 14 janvier 2026
Mettre fin à l'itinérance au Canada s'éloigne des solutions symboliques conventionnelles. Des collaborateurs et collaboratrices de partout au Canada y décrivent leur expérience de travail sur les causes de l'itinérance ainsi que les solutions et pratiques qui contribuent à sa prévention.
Sous la direction de : James Hughes : président et chef de la direction de la Mission Old Brewery de Montréal
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Au chevet de la démocratie, le nouvel essai de Frédéric Bérard. En librairie le 13 janvier.
Un recueil de textes pour mieux comprendre les défis de la démocratie.
Avec Au chevet de la démocratie : observations sur le démantèlement de l'État de droit, Frédéric Bérard décortique les coups portés à notre démocratie et à l'État de droit depuis plus d'une décennie. Des frappes constantes, parfois subtiles et d'autres fois moins, qui ont ouvert des failles...
Et c'est ce qu'il questionne et dénonce dans sa pratique, dans ses écrits, mais plus que tout, dans son être tout entier. Il propose ici une sélection de textes tirés de ses écrits des 10 dernières années, comme un fil d'ariane remontant l'effritement de l'état de droit au Québec et ailleurs, pour mieux comprendre comment on en est arrivé là... aujourd'hui.
Regards croisés sur les violations des droits et libertés, la tricherie, le racisme, les dérives climatiques, la séparation des pouvoirs, le populisme, l'identité, la polarisation, mais toujours à travers l'oeil de cet esprit vif dont la boussole morale pointe toujours en direction d'une justice, équité et humanisme protégés, sinon mis en valeur, par la règle de droit.
À cela s'ajoutent un nouveau texte de mise en contexte permettant de mieux cerner l'État de droit et un texte d'analyse de ce qui se profile à l'horizon, en plus d'une préface de Léa Clermont-Dion.
Docteur en droit, détenteur d'une maîtrise en sciences politiques et avocat, Frédéric Bérard a effectué des études postdoctorales en philosophie. Auteur de nombreux essais dont La fin de l'État de droit ?, Dérèglements politiques, L'homme de paille, J'accuse les tortionnaires d'Omar Khadr, On nous tuera doucement et de nombreux articles dans diverses revues scientifiques, ses travaux ont été cités par la Cour suprême du Canada.
Après avoir œuvré au sein des cabinets Stikeman Elliott et Woods, il fonde Frédéric Bérard Société d'avocats, un cabinet-boutique en droit constitutionnel et administratif. Il est reconnu par la revue Best Lawyers comme l'un des meilleurs avocats au pays, alors que son cabinet se mérite le même honneur dans sa catégorie. Récipiendaire de 14 prix d'excellence-professorale, il est enfin chroniqueur politique et judiciaire régulier au 98,5, Noovo, Radio-Canada, CBC, CJAD, CTV et 104.7 FM.
Extrait - Au chevet de la démocratie
« Le nombre de migrants parcourant aujourd'hui la planète en quête d'asile bat des records. Plus de 100 millions, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Et la réponse à l'enjeu ? Une vraie cata, confirme le Centre pour la migration mixte (MMC) : augmentation des décès et disparitions le long des routes migratoires, refoulements violents, expulsions, marchandisation et traites humaines.
Parmi les nouvelles donnes à considérer : l'injustice climatique. Si « seulement » une cinquantaine de millions de personnes ont dû fuir leur foyer en 2022 pour cause de désastres naturels, les rapports du GIEC évaluent la propension à plus de 200 millions de réfugiés du genre au tournant des prochaines décennies. Du monde à messe. "Alors quoi ?", diront certains, bien confortables dans leur réalité d'Occidentaux gâtés pourris. Triste pour eux, mais bon, c'est la vie. »
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