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Journée internationale pour les droits des femmes

Québec, 8 mars 2026 - C'est sous le thème « Générations deboutte » que la population a pris la rue en cette Journée internationale pour les droits des femmes pour dénoncer les (…)

Québec, 8 mars 2026 - C'est sous le thème « Générations deboutte » que la population a pris la rue en cette Journée internationale pour les droits des femmes pour dénoncer les forces économiques, politiques et sociales qui tentent de diviser, de restreindre nos droits, de freiner nos avancées.

Plusieurs centaines de féministes ont répondu à l'appel du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale pour affirmer haut et fort qu'elles se tiennent “deboutte” pour une société plus juste, plus égalitaire, plus inclusive, plus verte et plus libre.

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en lutte !

L'indignation face aux reculs des droits humains ici et à travers le monde était palpable. La montée des discours haineux, racistes, misogynes, transphobes, la montée du fascisme et de l'extrême droite sèment une peur et une haine que nous refusons.

« Tant que des femmes subiront des avortements clandestins et non sécuritaires, des mutilations génitales, des violences sexuelles dans les zones de conflits ou lors de déplacements de population, des mariages forcés, tant qu'elles vivront dans la pauvreté, dans la peur d'être tuées, violées, expulsées de leur pays d'accueil, tant qu'elles subiront de plein fouet les conséquences de la crise climatique et de la biodiversité, tant que l'argent et le profit primeront sur les vies humaines, nous serons deboutte ! », rappelle Anne-Valérie Lemieux Breton, du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

Pendant ce temps, au Québec, alors que certains chroniqueurs et politiciens instrumentalisent les droits des femmes pour faire avancer un agenda de droite, les reculs et attaques sont bien présentes. Le démantèlement des services publics, la banalisation de la crise des féminicides, de la crise du logement, de la crise climatique, de la crise de l'itinérance sont autant de reculs et d'attaques qui ont lieu près de nous.

« On peut penser à la Loi 28, qui exclut les travailleuses et les travailleurs des secteurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation du régime général de prévention en santé et sécurité du travail. Cette décision perpétue un désavantage historique envers les femmes, puisque cette exclusion frappe de plein fouet des secteurs où elles sont largement majoritaires. D'ailleurs, les organisations syndicales viennent de déposer des contestations constitutionnelles devant la Cour supérieure. Parlant de constitution, si l'on peut se réjouir du retrait de l'article sur le droit à l'avortement du projet de constitution du Québec actuellement à l'étude, on peut se poser des questions sur l'accès réel des femmes au droit à l'avortement faute de financement adéquat. La liste est longue et on pourrait continuer longtemps à donner des exemples et c'est bien pourquoi nous disons que, plus que jamais, il faut faire front pour les femmes », ajoute Mélanie Pelletier, du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN).


Action d'éclat pour dénoncer l'explosion du coût de la vie

Les 6 mars, en soirée, des dizaines de féministes ont pris d'assaut une épicerie “Métro” du quartier St-Roch. Sur l'air de la chanson

« Siffler en travaillant » du film de Blanche-Neige, elles ont dénoncé l'explosion du coût de la vie et les profits des grandes entreprises. « Comment se fait-il que la rémunération des hauts dirigeants de Metro ait atteint 16,3 millions de dollars en 2025, une hausse de 15,9 % alors que les femmes doivent choisir entre s'acheter des tampons et une canne de maïs, alors que les banques alimentaires doivent répondre à 3 millions de demandes d'aide mensuellement ? », s'indigne Anne-Valérie Lemieux Breton.

Le RGF-CN regroupe des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et travaille à la défense collective des droits et des intérêts de toutes les femmes, l'égalité des femmes entre elles et l'amélioration des conditions de vie.

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Vieillir connectées

10 mars, par Élisabeth Germain — , ,
Au Cabaret féministe organisé par le Comité des femmes de QS Capitale-Nationale pour le 8 mars 2026 Élisabeth Germain Le thème du 8 mars cette année est Générations (…)

Au Cabaret féministe organisé par le Comité des femmes de QS Capitale-Nationale pour le 8 mars 2026

Élisabeth Germain

Le thème du 8 mars cette année est Générations deboutte ! Me voici à 80 ans, et je voudrais vous dire que les vieilles sont toujours deboutte aussi !

En fait, je voudrais vous livrer quelques réflexions intergénérationnelles. Je parlerai souvent au nous, parce que beaucoup de femmes âgées vivent la même chose que moi, je le vois bien quand on jase ensemble.

D'abord, qu'est-ce que c'est vieillir ? À première vue, c'est une perte, un parcours de perte. C'est un cheminement incertain, une déportation.

Dans ce voyage, le temps devient une dimension tangible, on le voit affecter notre corps. On se compare avec le passé, où on était plus forte, plus alerte, où la peau était lisse, le teint vif et le pas assuré. Nos sens sont moins aiguisés. Notre sensibilité, au contraire, est plus facilement ébranlée, frémissante. La mémoire ? Hum… Un jour, peut-être, je me mettrai à dériver, je serai une errante dans une mémoire effritée.

Ouf ! Vu comme ça, l'avenir ressemble moins à un projet qu'à une dégradation.
Le risque, c'est de se replier sur soi et de se couper de ce qui se passe. Or il y a constamment du changement, en nous et autour de nous. Je pense qu'il y a un choix à faire : retraiter, se mettre en retrait, ou bien participer, vivre !

* * *
La transformation du monde depuis notre enfance est immense. Je vous passe les détails, mais on a littéralement changé de monde. L'élastique de l'adaptation a été étiré maintes et maintes fois, et on commence à avoir moins envie de ces changements incessants.
Par exemple, des choses de notre jeunesse qu'on a profondément aimées sont aujourd'hui balayées de la vie, comme certaines façons de vivre l'amitié, la nature, la sexualité ; des rythmes plus paisibles, des morceaux de culture.

C'est difficile de s'accorder aujourd'hui avec les exigences de vitesse, les sur-stimulations sensorielles, les bombardements de publicité, la réalité virtuelle confondante… Il y a une escalade d'agressions émotives dans les arts, la fiction, l'information : des titres extrêmes, des images violentes, des montages choquants.

Souvent, ça nous fait décrocher, nous les vieilles. Notre corps, notre cerveau, notre sensibilité ne supportent plus ces coups. J'attribuais ça au vieillissement, mais à voir comment beaucoup de personnes ressentent la même chose dès la quarantaine ou la cinquantaine, je me dis qu'il n'y a pas que l'âge qui est en cause. Je pense que l'environnement humain est devenu plus dur pour tout le monde.

Pourtant, même ralenties et parfois endolories, nous continuons à nous sentir bien vivantes. Nous restons curieuses, à l'affût de nouveautés qui nous apportent du renouvellement et de la joie. Nous nous sentons capables de découvrir, d'inventer d'autres façons d'exprimer la vie. Mais je dirais que nous avons désormais besoin des plus jeunes, de vous, pour sillonner ce monde. C'est en restant en contact vécu avec des plus jeunes que nous continuons d'appartenir à ce monde et d'y vivre, pas seulement d'y survivre. Avec des plus jeunes, que notre propre jeunesse continue à circuler dans nos veines, avec ses audaces, ses désirs, ses forces et ses joies.

* * *
Dans cet élan, nous avons développé une vision du « monde-qui-change » ; je crois que nos regards de vieilles sur le monde sont riches d'une profondeur de vécu qu'aucune histoire officielle ne peut égaler. Entre autres, nous mesurons bien les libertés gagnées depuis des décennies, et nous pouvons vous les raconter, comme preuve qu'ensemble, les femmes sont capables de gagner les combats sur le temps long.

Je trouve vertigineux de me rendre compte que je peux dire, dans ma propre vie : « Il y a 50 ans, il y a 75 ans », mais cette longue perspective permet de faire des liens, d'enrichir le présent, et de réaliser que le futur se dessine chaque jour en déjouant nos anticipations. Nous pouvons nous rendre compte de ce que nous avons traversé et, à bien y penser, ça nous dit que vous, nos contemporaines plus jeunes, vous allez aussi inventer vos chemins, comme nous les avons inventés. Et nous avons envie que ça se fasse ensemble. Générations deboutte, au pluriel !

* * *
En terminant, je peux vous dire que je ne me demande plus si j'ai « réussi ma vie ». En fait, je n'ai pas accompli les grandes œuvres dont j'ai rêvé dans ma jeunesse. Mais cela ne me semble plus important. J'ai appris cette chose fondamentale que j'ignorais : les agissements de ma petite personne ne sont importants que de mon point de vue, ils sont insignifiants comme tels dans l'histoire du monde. Ce qui compte, ce sont les connexions que nous avons les unꞏes avec les autres.

Car c'est cela qui nous tient en vie, ce frémissement, ces liens avec tout ce qui existe, ces connexions avec les humainꞏes qui nous entourent. Alors je vous dis : connectons, relions-nous au maximum. Tenons deboutte, ensemble !

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Analyse du projet de plate-forme de QS sur l’Environnement, la transition écologique et les transports (thème 3)

10 mars, par Bernard Rioux — , ,
Face à l'urgence écologique et à l'ampleur des transformations nécessaires, un programme véritablement de gauche devrait affirmer sans ambiguïté que la transition (…)

Face à l'urgence écologique et à l'ampleur des transformations nécessaires, un programme véritablement de gauche devrait affirmer sans ambiguïté que la transition socioécologique est impossible dans le cadre du capitalisme, qu'elle exige une rupture démocratique avec ce système, passant par la nationalisation et la socialisation des secteurs stratégiques — énergie, transport, ressources naturelles, système financier —, par une planification écologique démocratique substituant la satisfaction des besoins collectifs à la loi du profit, et par une politique fiscale redistributive massif transférant la richesse des classes dominantes vers la majorité populaire et les communautés. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, que la transition socioécologique peut être à la fois rapide, juste et durable.

Introduction : entre réformisme gestionnaire et ambition de transition socioécologique

La proposition de plateforme 2026 de Québec solidaire, dans son Thème 3 consacré à l'environnement, à la transition socioécologique et aux transports, est révélatrice d'une contradiction fondamentale : elle ambitionne une transformation écologique profonde tout en refusant systématiquement de nommer, d'analyser et d'affronter le système qui produit la crise qu'elle prétend résoudre, le système capitaliste.

L'invisibilisation du capitalisme comme fondement de la crise

Avant même d'examiner les sept mesures, il faut s'arrêter sur le préambule du Thème 3, car il établit le cadre idéologique dans lequel s'inscrivent toutes les propositions subséquentes. Ce préambule est symptomatique d'une démarche réformiste classique : il décrit correctement les effets — inondations, canicules, feux de forêt, perte de biodiversité — sans jamais nommer leur cause structurelle. La crise climatique y apparaît comme un phénomène qui « s'impose à nous », une sorte de fatalité naturelle face à laquelle la société doit « s'adapter » et « réduire ses émissions ».

En effaçant la dynamique capitaliste — la compulsion à l'accumulation sans limites, la subordination de toute décision productive au taux de profit, la prédation systématique de la nature comme condition de la valorisation du capital — le texte opère ce que l'on pourrait appeler une dépolitisation de l'écologie. La crise devient une question technique et gestionnaire, non une question de pouvoir et de rapports de classe. Pourtant, les bouleversements climatiques et la chute de la biodiversité trouvent leurs fondements dans la croissance illimitée du capital et le règne du capital sur l'ensemble du système de production, de répartition et d'échange. Le refus de poser cette prémisse analytique n'est pas une simple lacune rhétorique : il détermine l'ensemble des limites politiques qui s'ensuivent.

Le préambule parle également de « responsabilité collective » face aux changements climatiques, ce qui tend à équilibrer les responsabilités entre les classes sociales et entre les nations, effaçant l'inégalité fondamentale des responsabilités entre la classe dominante — qui contrôle les décisions d'investissement productif — et la majorité populaire qui en subit les conséquences. C'est exactement la stratégie idéologique que les États capitalistes ont déployée depuis les années 1980 pour déplacer la question climatique vers les comportements individuels des consommateurs.

Mesure 1 : Faire payer les industries polluantes — une fiscalité sans remise en cause de la propriété

La première mesure propose d'exiger « des compensations financières substantielles et la réparation des dommages » des grandes industries polluantes, de conditionner les subventions gouvernementales au respect des normes environnementales, et de réduire le gaspillage d'électricité et d'eau dans les secteurs industriels à forte intensité énergétique.

Cette approche s'inscrit dans la logique du pollueur-payeur, qui est fondamentalement une logique de régulation marchande. Elle part du présupposé que les grandes industries peuvent continuer à exister sous leur forme actuelle, à condition de payer pour les dommages causés.

Plus fondamentalement, la mesure ne remet pas en question le régime de propriété des grandes industries polluantes. Ce sont des entreprises privées — souvent des multinationales — qui prennent leurs décisions d'investissement en fonction de la rentabilité, non de l'intérêt collectif ou écologique. Accorder aux « instances de gouvernance locale et régionale » le pouvoir de « faire des recommandations concernant » le refus de projets non bénéfiques est très différent d'un pouvoir de décision effectif sur ce qui est produit. Cette formulation consultative illustre le refus du texte de poser la question du contrôle démocratique réel sur les décisions économiques.

Les principes d'une véritable plateforme de gauche exigent au contraire la socialisation des secteurs stratégiques, incluant un « droit de veto des salarié·e·s sur les licenciements » et la « démocratisation des entreprises ». Faire payer sans démocratiser ni socialiser, c'est accepter que les rapports de production capitalistes demeurent intacts, et que la lutte climatique soit une affaire de négociation avec les détenteurs du capital, non une transformation des rapports sociaux de production.

Mesure 2 : Les transports collectifs — une ambition nécessaire, mais incomplète

La deuxième mesure représente sans doute l'une des plus substantielles du Thème 3. Elle propose un réinvestissement à court terme dans les sociétés de transport, une réduction du prix des titres de transport, et, à moyen long terme, le financement des villes pour développer des réseaux complémentaires de transport collectif. L'opération de ces réseaux serait confiée « aux instances de gouvernance locale et régionale ou à des instances publiques ».

La direction identifiée est juste : les transports représentent le premier émetteur de GES au Québec, et la priorité au transport collectif public est une nécessité écologique et sociale. Cependant, la mesure souffre de plusieurs lacunes importantes.

Premièrement, la mesure ne prend pas position sur la gratuité des transports collectifs, qui est une condition de la « dé-marchandisation des services essentiels ». « Réduire significativement le prix » n'est pas équivalent à abolir la tarification, qui reproduit une logique marchande dans l'accès à la mobilité.

Deuxièmement, et plus fondamentalement, la mesure s'abstient totalement de poser la question d'une politique industrielle publique pour la production du matériel roulant. Le Québec et le Canada importent une partie substantielle de leurs tramways, de leurs trains et de leurs autobus de constructeurs étrangers. Le développement d'une filière publique de construction de matériel de transport collectif — autobus électriques, tramways, trains — serait pourtant une condition de la maîtrise publique de la transition et de la création d'emplois de qualité dans les régions. Et cela exigerait la nationalisation/socialisation des industries produisant ces moyens de transport ainsi que l'expropriation du CN et du CP pour pouvoir mettre en place un plan remplaçant le transport des marchandises par camions par le ferroutage.

Troisièmement, rien n'est dit sur la réduction du transport aérien, qui représente une fraction croissante des émissions mondiales de GES, ni sur la restructuration du transport des marchandises, dominé par le camionnage. Une politique de transport écologique cohérente implique nécessairement de toucher à ces deux secteurs, ce qui suppose une confrontation directe avec de puissants intérêts économiques privés que la plateforme évite d'aborder.

Mesure 3 : L'environnement au cœur du développement économique — le piège du capitalisme vert

La troisième mesure est idéologiquement la plus problématique, car elle constitue le cœur de la vision économique du Thème 3. Elle propose d'appuyer le modèle de développement économique sur « la création d'emplois dans les secteurs favorisant la transition verte », de développer des « filières d'avenir » comme l'économie circulaire, les énergies renouvelables et l'électrification des transports, et d'appliquer « le principe du zéro perte d'emploi nette à l'intérieur de chaque région ».

Cette vision correspond en tous points au « capitalisme vert » ou « croissance verte » : l'idée que le système économique capitaliste peut être reformaté pour devenir compatible avec les limites écologiques de la planète, sans transformation des rapports de propriété ni remise en cause de la dynamique d'accumulation. Cette vision est insuffisante et illusoire.

Le capitalisme vert repose sur une contradiction interne : le capital ne peut pas renoncer à la croissance sans cesser d'être du capital. La compulsion à l'accumulation est structurelle, pas accidentelle. Les « filières d'avenir » promues par la plateforme-énergies renouvelables, électrification des transports — peuvent certes réduire certaines émissions dans certains secteurs, mais elles ne réduisent pas nécessairement la consommation totale de ressources naturelles ni l'empreinte matérielle globale de l'économie. Une voiture électrique demeure une voiture, avec tout ce que cela implique en termes d'extraction de lithium, de cobalt, de terres rares, d'artificialisation du territoire par les infrastructures routières.

Les objectifs de réduction des GES — « 37,5%, et idéalement 45%, d'ici 2030 » et « carboneutralité au plus tard d'ici 2050 » — sont formulés comme des engagements gouvernementaux, sans préciser les mécanismes contraignants qui permettraient de les atteindre dans un contexte où les décisions d'investissement productif demeurent entre les mains du capital privé. Un plan de transition contraignant vers la carboneutralité assortie d'une planification écologique démocratique, ce qui suppose que la planification remplace la loi du marché comme mécanisme de coordination économique.

Le principe du « zéro perte d'emploi nette à l'intérieur de chaque région » est louable dans ses intentions, mais il révèle une pensée qui reste prisonnière du cadre capitaliste : la transition est conditionnée par sa compatibilité avec la reproduction de l'emploi dans un système où le travail est une marchandise. Une véritable politique de transition socioécologique poserait plutôt la question de la réduction généralisée du temps de travail « sans perte de salaire pour partager l'emploi et réduire l'empreinte matérielle », rompant ainsi avec la logique de la croissance de l'emploi comme fin en soi.

Mesure 4 : L'adaptation aux réalités climatiques — le biais adaptatif comme résignation

La quatrième mesure, qui porte sur l'adaptation des territoires aux « nouvelles réalités climatiques », est révélatrice d'un glissement idéologique important. Elle propose des « chantiers régionaux d'adaptation » face aux chaleurs extrêmes, inondations et érosion, avec un réaménagement architectural et territorial confié aux instances régionales.

L'adaptation est nécessaire, mais la proposition de plateforme lui accorde une place qui révèle implicitement un certain degré de résignation face à l'inévitabilité des dérèglements climatiques. Une politique de gauche authentique ne peut pas se contenter d'adapter les communautés à un monde qui se réchauffe ; elle doit simultanément et prioritairement s'attaquer aux causes de ce réchauffement. Or, dans la logique de la Mesure 3, les émissions ne seront pas réduites à la hauteur nécessaire, et l'adaptation devient de facto la réponse principale. C'est l'exact renversement des priorités que commande la justice climatique.

De plus, la mesure reste entièrement dans une logique d'action étatique et gouvernementale, sans poser la question des responsabilités des grandes entreprises dans la production des conditions qui rendent l'adaptation nécessaire ni des mécanismes de financement par les pollueurs de ces chantiers d'adaptation. La justice climatique exige non seulement que les coûts de l'adaptation soient pris en charge collectivement, mais qu'ils soient financés en priorité par ceux qui ont le plus contribué à créer la nécessité de cette adaptation.

Mesure 5 : La protection du territoire — entre bonne intention et lacunes structurelles

La cinquième mesure propose de « collaborer avec les communautés locales, régionales et autochtones pour garantir la protection de 30% du territoire dans toutes les régions », en « priorisant le sud du Québec », et d'accorder un « statut juridique particulier au fleuve Saint-Laurent ».
L'objectif de protection de 30% du territoire est conforme aux engagements internationaux issus du Cadre de Kunming-Montréal sur la biodiversité. Cependant, l'approche révèle une limitation fondamentale : elle se concentre sur la protection des espaces naturels sans remettre en question les régimes d'exploitation qui menacent ces espaces. Protéger 30% du territoire sans nationaliser ni socialiser les industries forestières et minières qui opèrent sur les 70% restants, c'est accepter que la prédation capitaliste de la nature continue, et se contenter simplement de la circonscrire géographiquement.

La mention des droits des « Premières Nations et des Inuit » dans ce contexte est positive, mais elle reste dans un registre vague de « collaboration », sans engagement clair sur la mise en œuvre du droit à l'autodétermination des peuples autochtones ni sur la cogestion réelle des territoires et le partage des revenus des ressources.

Le statut juridique particulier accordé au fleuve Saint-Laurent est une mesure innovante et intéressante, mais elle reste symbolique si elle n'est pas accompagnée d'une politique d'interdiction des pratiques industrielles, agricoles et municipales qui contribuent à la dégradation de ce fleuve, et si les mécanismes de financement de sa restauration ne sont pas clairement établis au détriment des pollueurs.

Mesure 6 : L'agriculture et les pêches — des circuits courts sans rupture avec l'agro-industrie et la pêche industrielle

La sixième mesure propose « de protéger les terres agricoles contre la spéculation, de soutenir la relève agricole, de faciliter la mise en marché directe des producteurs vers la population, et de « miser sur les réseaux de distribution locale et régionale ».

Ces propositions s'inscrivent dans une vision de l'agriculture paysanne et des circuits courts qui est cohérente avec les objectifs de souveraineté alimentaire. Cependant, la mesure souffre d'une lacune analytique fondamentale : elle ignore la structure capitaliste de l'agriculture québécoise. Les producteurs agricoles sont pris en étau entre, d'un côté, les fournisseurs d'intrants — semences brevetées, engrais chimiques, pesticides, machinerie — qui sont dominés par de grands oligopoles mondiaux, comme Bayer-Monsanto ou BASF, et de l'autre, les grands monopoles de distribution qui dictent les prix à la production. Cette double subordination est la cause principale de l'endettement chronique des agriculteurs et agricultrices et de la perpétuation du modèle agro-industriel.

Soutenir les circuits courts et la mise en marché directe sans briser ces monopoles, c'est proposer des solutions marginales à un problème structurel. Une véritable politique de souveraineté alimentaire exigerait, la réduction de l'endettement par la mise sur pied d'une caisse nationale pour diminuer les coûts de financement des intrants comme de la distribution de la production, l'interdiction de l'importation de productions agricoles ne respectant pas les normes environnementales, et la sortie d'une agriculture centrée sur la production carnée en mettant fin aux élevages industriels. Sur ce dernier point, la mesure 6 est totalement silencieuse, alors que la production animale intensive est l'une des principales sources d'émissions de GES dans le secteur agricole et l'une des causes majeures de l'effondrement de la biodiversité.

Mesure 7 : L'interdiction des nouveaux pipelines — une mesure juste, mais insuffisante

La septième mesure est la plus explicitement anticapitaliste du Thème 3 : elle propose d'interdire « tout nouveau projet de transformation et de transport des énergies fossiles au Québec » et de protéger Hydro-Québec « de toute forme de privatisation pour la production et la distribution électrique ».

Cette mesure est juste et nécessaire. Elle correspond à la revendication d'une sortie des hydrocarbures et fin des subventions aux énergies fossiles. Elle protège Hydro-Québec de la privatisation, mais ne propose pas sa démocratisation et sa socialisation réelles.

La nationalisation d'Hydro-Québec est un acquis historique important, mais elle a produit une étatisation, non une socialisation. Les décisions stratégiques d'Hydro-Québec — développement de l'exportation vers les États-Unis, partenariat avec des producteurs privés éoliens, ententes avec Énergir permettant le maintien du gaz naturel dans le mix énergétique québécois — ont été prises par des élites technocratiques et managériales, sans contrôle citoyen ni participation des travailleurs. La protection contre la privatisation est nécessaire, mais insuffisante ; ce qu'il faut, c'est une socialisation d'Hydro-Québec instituant des mécanismes démocratiques de contrôle citoyen et travailleur sur les choix énergétiques du Québec.

De plus, la mesure 7 reste silencieuse sur la nationalisation/socialisation de l'ensemble du secteur des énergies renouvelables, qui risque d'être développé par des producteurs privés bénéficiant des ressources collectives. Le modèle actuel, où Hydro-Québec achète l'électricité produite par des parcs éoliens privés à des tarifs garantis, constitue une forme de socialisation des risques et de privatisation des profits qui est en contradiction directe avec la logique d'une souveraineté énergétique collective.

Conclusion : un réformisme gestionnaire face aux exigences de la rupture avec les fondements de la crise climatique et l'effondrement de la biodiversité

L'analyse du Thème 3 du projet de plateforme 2026 de Québec solidaire révèle un texte caractérisé par trois lacunes fondamentales du point de vue d'une gauche anticapitaliste cohérente.

La première est analytique : le capitalisme n'est jamais nommé comme système générateur de la crise climatique. La crise est décrite comme un phénomène technique et climatique, non comme le produit d'un mode de production spécifique fondé sur l'accumulation illimitée et la prédation de la nature. Cette invisibilisation du capitalisme prive le programme de sa capacité à identifier les acteurs de la crise et les rapports de force à renverser.

La deuxième est structurelle : les rapports de propriété capitaliste ne sont jamais remis en question. Les grandes entreprises industrielles, minières, agroalimentaires et énergétiques restent des acteurs privés avec lesquels l'État négocie, non des institutions à socialiser pour les soumettre au contrôle démocratique collectif. Or, sans transformation du régime de propriété dans les secteurs stratégiques, aucune planification écologique démocratique n'est possible : les décisions d'investissement resteront soumises à la logique du profit, non à la logique des besoins sociaux et écologiques.

La troisième est politique : le programme reste fondamentalement dans une logique gouvernementale et étatiste, sans articuler une perspective de construction du pouvoir populaire capable d'imposer une transformation structurelle face aux résistances prévisibles des classes dominantes. Les allusions à la participation citoyenne et aux droits des peuples autochtones restent à l'état de déclarations d'intention, sans mécanismes institutionnels permettant un contrôle réel des décisions économiques et écologiques.

Face à l'urgence écologique et à l'ampleur des transformations nécessaires, un programme véritablement de gauche devrait affirmer sans ambiguïté que la transition socioécologique est impossible dans le cadre du capitalisme, qu'elle exige une rupture démocratique avec ce système, passant par la nationalisation et la socialisation des secteurs stratégiques — énergie, transport, ressources naturelles, système financier —, par une planification écologique démocratique substituant la satisfaction des besoins collectifs à la loi du profit, et par une politique fiscale redistributive massif transférant la richesse des classes dominantes vers la majorité populaire et les communautés. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, que la transition socioécologique peut être à la fois rapide, juste et durable.

La lutte indépendantiste, loin de buter sur Trump, est l’axe stratégique pour le repousser tout en ouvrant la porte d’une société du soin et du lien

10 mars, par Marc Bonhomme — , ,
Le dernier sondage d'opinion tout comme le bilan de la campagne du PQ dans Chicoutimi révèlent que le soutien à l'indépendance plombe. L'électorat est apeuré par le trumpisme (…)

Le dernier sondage d'opinion tout comme le bilan de la campagne du PQ dans Chicoutimi révèlent que le soutien à l'indépendance plombe. L'électorat est apeuré par le trumpisme persécutant jusqu'au meurtre des personnes immigrantes et de couleur, ce qui a donné lieu à une résistance surprenante jusqu'à une brève grève à Minneapolis. Après avoir menacé d'annexer le Canada et plus immédiatement le Groenland, Trump s'est adonné au kidnapping international au Venezuela tout en signifiant sa volonté de mettre à sa main les Amériques. Maintenant, avec son allié stratégique sioniste-génocidaire, il se lance dans une guerre de grande ampleur pour le contrôle du Moyen-Orient, centre géostratégique et pétrogazier du monde.

8 mars 2026

Quel pays voisin ne le craindrait pas ? Mais pourquoi ce contexte amène-t-il mainte Québécoise et maint Québécois à voir l'indépendance nationale comme une source de faiblesse ? Il faut avoir en tête que l'interprétation de la raison d'être de l'indépendance et de ce que serait un Québec indépendant repose essentiellement sur le PQ qui a su en faire son cheval de bataille alors que l'autre parti indépendantiste s'est médiatiquement tenu coi sur le sujet à peu de choses près. Et quelle est cette interprétation ? Succinctement, le Québec péquiste serait un p'tit Canada avec un nouveau f'lag s'ul hood, identitarisme compris.

Si le Canada ne résiste pas à Trump, qu'en serait-il du p'tit Canada péquiste… ou Solidaire ?

De se dire avec justesse le grand public, vaut mieux un grand Canada pour faire face au tsunami trumpiste d'autant plus que déjà le Québec est et sera relativement la plus frappé parmi les provinces par les tarifs de Trump, dixit la Banque de Montréal. Les exportations majeures du Québec, aluminium et bois d'œuvre sont choquées de plein fouet. En vue de la renégociation de l'ACEUM les ÉU ont dans leur mire le système canadien de quotas agricoles (lait, poulet, œufs) particulièrement important au Québec. Structurellement, la balance commerciale du Québec est déficitaire pour cause d'importations substantielles de pétrole, de gaz et de véhicules routiers pour lesquels la dépendance vis-à-vis le restant du Canada est cruciale. Qu'en sera-t-il des jets privés de Bombardier alors que les ÉU ont un producteur rival ce que Trump a remarqué ?

Tant le gouvernement québécois que celui canadien ne remettent pas en question la matrice productive du Québec (et du Canada) sauf à démarcher de nouveaux clients à travers le monde, ce qui ne pourrait au mieux que de sucrer l'amère pilule étant donné l'importance démesurée des ÉU en termes de commerce international ce que depuis presque un siècle a favorisé la bourgeoisie canadienne et sa filière québécoise. Et n'oublions pas les flux nets de capitaux entre les deux pays devenus une véritable fuite vers les ÉU depuis une dizaine d'années. Pour tenter de s'en sortir, les deux gouvernements sautent à pieds joints sur le prétexte fallacieux du danger russe, et pourquoi pas étatsunien, pour se lancer, comme l'Union européenne et la GrandeBretagne, tête baissée dans l'industrie de guerre et dans les grands projets extractivistes sans garde-fou écologique et social. On devine « l'austorité » accrue qui pend au bout du nez des peuples québécois et canadien.

Il semble que la rupture indépendantiste fasse peur à Québec solidaire toujours cadenassé au centre-gauche. Car il s'agit de briser un pays impérialiste du G-7 que les ÉU désireraient croquer tout entier bien que le PQ ne manque pas de garnir à la Trump son Québec soi-disant indépendant pour plaire à l'ogre. Afin de surmonter sa crise, la direction Solidaire croit suffisant de s'être doté d'un programme du dimanche qui garde une saveur anticapitaliste du temps de sa jeunesse. Quant à la plateforme électorale, programme réellement existant à servir en cette année électorale, rien ne laisse voir une plateforme percutante, radicalement social-démocrate, à la Mamdani indépendamment de la stratégie suicidaire de ce dernier misant sur le parti Démocrate pour la réaliser et non sur l'élargissement et le renforcement de sa grande mobilisation électorale. Nul besoin d'invoquer la nécessité de l'indépendance pour réaliser les modestes réformes, certes souvent pertinentes mais au mieux une meilleure chaise sur le pont du Titanic, que la direction Solidaire met de l'avant.

L'indépendance ouvre la porte d'une économie écosocialisée rejetant tant Carney que Trump

L'indépendance nationale est-elle la stratégie la plus pertinente comme contribution mondiale du peuple québécois afin d'empêcher l'humanité de sombrer corps et biens dans la terre-étuve, de contribuer à lever le barrage du trumpisme qui bloque la voie pour y arriver ? Telle est la fondamentale question clef à répondre. Débarrassé du poids mortuaire pétrogazier-financier de l'axe Calgary-Toronto autour duquel carbure l'économie canadienne, une économie québécoise qui ne va pas de Charybde en Scylla en tombant dans le piège de l'extractivisme minier toutélectrique serait en mesure de se doter d'une économie du soin et du lien en décroissance matérielle.

Le Québec se délestera de l'auto solo et de son pétrole en faveur d'un système de transport en commun mur à mur et d'un complément d'autopartage communautaire. La production nationale de bois, d'aluminium et d'acier sera embrigadée dans une corvée-habitation de mise à niveau écoénergétique du déjà bâti et de construction très majoritaire de logements sociaux à consommation d'énergie quasi zéro. Puisant dans le gisement de « négawatts » des bâtiments rénovés et rejetant les énergivores centre de données pour le nuagique qui accapare les données personnelles et pour l'aliénante intelligence artificielle, il ne sera pas nécessaire d'augmenter de 50% la production électrique à un coût faramineux sauf marginalement celle solaire couvrant les bâtiments. Ainsi, l'économie du Québec ne sera plus soumise au chantage des affairistes étatsuniens et canadiens. Quant à l'alimentation, soulagée pour l'essentiel de la production carnée et laitière, l'agriculture biologique québécoise sera en mesure de nourrir son monde pour l'essentiel. D'amicaux rapports internationaux avec les pays non impérialistes, particulièrement du Sud, permettront d'y exporter pour importer ce qui manque.

La mue économique exigera certes une dose d'initiative hors du commun de toustes mais elle s'annonce bon marché et de ce fait facile à financer en plus d'être dégagée du chantage économique impérialiste comme on vient de le constater. Les budgets des ménages seront soulagés des deux piliers de la consommation de masse que sont le véhicule routier privé causant étalement urbain et congestion, et le logement privé souvent une habitation exposée aux quatre vents donc intrinsèquement énergivore et dévoreuse d'espace naturelle et agricole. Le budget public sera alimenté par l'imposition des gens riches et des entreprises au niveau de ce qu'elle était durant la Deuxième guerre mondiale afin de financer les nouveaux services publics que seront transport public gratuit partout et fréquent, logements sociaux majoritaires, universelles garderies gratuites, électricité de base et internet gratuits, sans compter un réinvestissement substantiel dans la santé, l'éducation et les services sociaux devenus délabrés. L'impératif de sauver l'humanité de la terre-étuve le justifie beaucoup plus que l'était celui de gagner la guerre.

Cette imposition de la richesse, en tant que revenu et patrimoine, n'est pas seulement indispensable comme source de financement mais elle l'est pour arrêter net l'énergivore consommation luxueuse et les investissements en projets inutiles et militaires qui sont responsables, dixit Oxfam, de la majorité des émanations de gaz à effet de serre (GES). Quant à la « classe moyenne », le 40% mondiale d'Oxfam, lestée de la consommation de masse, elle verra chutées ses propres émanations de GES. Ce sera suffisant à la fois pour atteindre le GESzéro et pour que le 50% le plus pauvre de l'humanité puisse hausser écologiquement son niveau de vie y compris le supplément d'énergie qu'il y faudra. D'aucuns, avec raison, en concluront qu'on sera rendu à deux pas d'une économie socialisée ou mieux éco-socialisée. Il appartiendra au peuple-travailleur, au prorata de la résistance patronale immergée dans le culte de l'accumulation du capital et de son corollaire croissanciste, de régler ce problème à sa façon. Chose certaine, il serait super-naïf d'abandonner aux banquiers de Toronto et d'ici le contrôle de la monnaie, des flux monétaires hors Québec et de l'épargne nationale.

Rejeter le nationalisme vengeur pour s'appuyer sur le libérateur sentiment national

Au bout du compte, il faut choisir le type d'économie désiré. D'un côté, l'économie capitaliste macho reposant sur la production matérielle — le « syndrome de la pépine » disait une ancienne ministre Libérale — productrice de plus-value capitaliste à l'encontre des services aux personnes, rémunérés ou non, lesquels pourtant sont indispensables pour la reproduction de la maind'œuvre. De l'autre, la féministe économie écosocialiste reposant sur la reproduction et l'amélioration de la société dans l'intérêt de toustes y compris l'ensemble du vivant, d'où le rejet de la chasse et du régime carnivore, dont l'axe est les services aux personnes et à la terre-mère dans lesquels s'incruste le minimum nécessaire de production matérielle. On aura compris que
le premier type d'économie se développe contre les intérêts de la majorité. Il ne peut se maintenir que par la généralisation de la compétition de toustes contre toustes conduisant aux pires inégalités et menant à une concentration-centralisation de la richesse et du pouvoir jusqu'à celui oligarchique qui domine aujourd'hui faute de résistance significative à gauche depuis deux générations.

Pour durer, le pouvoir oligarchique et la richesse ploutocratique doivent figer les inégalités dans mille et une oppressions dont celles de sexe et race sont les fondements (mais pas les seules). La construction du marché national par la bourgeoisie a recours tant au sexisme, pour forcer les femmes à enfanter pour la nation, qu'au racisme que ça soit pour unir bourgeoisie et prolétariat de la bonne couleur et afin de blâmer celui de la mauvaise couleur pour les légitimes frustrations populaires. L'erreur de gauche serait de jeter au panier le très réel sentiment national, si ce n'étaient que la langue et la culture nationales, le confondant avec l'imaginaire idéologie nationaliste. Cette idéologie, par exemple, identifie le territoire national avec celui de la province fédérale de Québec agrandie aux dépens des territoires autochtones au tournant du XXe siècle. Le sentiment national, dont la fierté nationale est partie intégrante, est à arracher à la droite qui le réduit à un frileux et recroquevillé identitarisme vengeur à la CAQ. À la gauche d'embrigader la force libératrice de ce sentiment pour entamer la longue marche vers cette dématérialisée société du soin et du lien. Indispensable pour booster l'énergie populaire, cette fierté nationale a besoin d'être reconnue en existant à la face du monde, ce que la constitution canadienne ne fait pas et ce dont Ottawa se moque, particulièrement vis-à-vis la pérennité de la langue française.

La stratégie de la mobilisation du sentiment national est d'autant plus appropriée qu'elle s'applique à une nation non aboutie sans État ou avec un demi-État comme le Québec. Il s'agit, pour la gauche, de construire l'unité nationale de classe, du peuple-travailleur bigarré et pluriel, y compris les nouveaux arrivants fuyant les conséquences des fruits amers de l'impérialisme, contre le 1% s'appuyant sur le 10%. Cette unité populaire de l'ère capitaliste-impérialiste se distingue de l'unité nationale populaire de l'Ancien régime unissant le tiers état contre des fantômes passés-date auxquels on substitue le peuple-travailleur souvent confus de la nation oppresseur. La lucidité de l'unité nationale de gauche est de pointer du doigt comme l'ennemi à terrasser l'alliance de la bourgeoisie de sa propre nation avec celle de la nation oppresseur quand ce n'est pas avec la grande bourgeoisie des grandes puissances faisant fi des formelles indépendances nationales. Afin d'isoler l'alliance bourgeoise, on se doit d'assurer l'indépendance de notre classe, la seule assez déterminée pour faire aboutir l'indépendance nationale. Pour ce faire, il faut neutraliser la partie nationaliste visage à deux faces de la moyenne bourgeoisie à la Péladeau et garder la bride au cou de la vacillante petite bourgeoisie nationaliste ralliée au PQ cherchant éperdument la bénédiction de la bourgeoisie nationale. Si le peuple-travailleur n'a pas su l'empêcher de se constituer en parti, comme c'est le cas au Québec, il faudra marcher séparément pour frapper ensemble en autant que ce parti petit-bourgeois ne soit pas irrémédiablement perverti par le racisme et la xénophobie.

La lutte indépendantiste du XXIe siècle ne peut que renforcer la fondamentale lutte climatique

La lutte pour la libération nationale d'aujourd'hui se positionne dans la conjoncture du XXIe siècle dominée par le passage de l'Holocène à l'Anthropocène-Capitalocène conduisant le monde vers l'effondrement des grands équilibres écologiques. Elle n'a plus comme horizon la vague indépendantiste anti-impérialiste du XXe siècle dût-elle l'achever. L'intellect mondial capitaliste a compris que le capitalisme est incapable de mâter cette plongée vers le néant. Greta Thunberg n'est plus la bienvenue à Davos. Les COP sont devenus un mauvais théâtre pour à peine masquer le renoncement aux cibles pourtant insuffisantes de la COP de Paris.

La Grande récession débutant avec la crise de 2008 succède à une période néolibérale toussoteuse où la restauration du taux de profit sur la base d'une faible croissance fut davantage due à un renforcement du taux d'exploitation qu'à une hausse de la productivité technologique. Comme on pouvait s'y attendre, la Grande récession suivie de la pandémie, qui annonce la convergence des crises (la pluricrise), débouche sur une série de guerres génocidaires pour le contrôle des ressources, des marchés et des flux de main-d'œuvre. Il en fut ainsi de la grande crise débutant en 1929 qui a fait le lit de la Deuxième guerre mondiale même si elle a vaincu le fascisme première manière. Idem pour celle débutant en 1873 qui s'est résolu par les guerrières conquêtes coloniales du vieil impérialisme, auxquelles il veut revenir, jusqu'à l'affrontement inter-impérialiste de la Première guerre mondiale.

Dans le contexte de la fondamentale grande crise climatique et de la biodiversité du XXIe siècle, est quasi nulle la probabilité que les guerres découlant de la Grande récession aboutissent soit à l'intermède des « années folles » (décennie 1920) ou à l'équivalent des « trente glorieuses » (1945-1975) qu'avait permis la victoire contre le fascisme. On réalise aujourd'hui que ces temps apparemment bénis de l'État-providence dans les pays impérialistes et du développementalisme au « tiers-monde » ont réussi à dompter la révolutionnaire lutte de classe. S'est substitué à cette lutte le plat réformisme capitaliste chevauchant la consommation de masse pillant et souillant la Nature à qui mieux mieux jusqu'à la catastrophe. La prévalence des hydrocarbures et des plastiques en est la marque de commerce. En fut le signal social le renoncement syndical à convertir la hausse importante de la productivité due à la technologie et à la science en baisse du temps de travail aliéné en faveur du travail créateur et libérateur. Le syndicalisme de l'Anthropocène a plutôt donner la priorité à la hausse salariale consommatrice malgré son appui au développement des services publics.

Cette prise de conscience de l'incapacité du capitalisme à résoudre la Grande récession dans le contexte de l'Anthropocène amène l'intellect capitaliste à renoncer à la démocratie parlementaire. Pour perpétuer le pouvoir du capital, il faut désormais corrompre cette démocratie et la soudoyer autant que faire se peut. Si ça ne suffit pas, il faudrait carrément la renverser par un régime autoritaire et austéritaire. De là à donner une base sociale à ces régimes « austoritaires » par le recours systématique au racisme et à la xénophobie, il n'y a qu'un pas vers le néofascisme. Il ne saurait être question de saboter la vitale et fondamentale lutte écologique pour la survie de l'Humanité en s'associant à des partis à tendance raciste, dussent-ils prétendre à l'indépendance nationale.

Marc Bonhomme, 8 mars 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

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Soraya Martinez Ferrada, des milliers des Montréalais·es sans papiers veulent une ville sanctuaire

10 mars, par Solidarité sans frontière — , ,
Tiohtià:ke (Montréal), le 7 mars 2026 - Des personnes sans papiers et à statut précaire, ainsi que leurs allié·es, se sont rassemblé•es aujourd'hui devant l'Hôtel de Ville de (…)

Tiohtià:ke (Montréal), le 7 mars 2026 - Des personnes sans papiers et à statut précaire, ainsi que leurs allié·es, se sont rassemblé•es aujourd'hui devant l'Hôtel de Ville de Montréal afin de demander que la mairesse Soraya Martinez Ferrada fasse de Montréal une ville sanctuaire.

Samira Jasmin, porte-parole de Solidarité sans frontières (SSF), déclare : « Faire de Montréal une ville sanctuaire, c'est permettre à toutes et tous les membres de nos communautés de se sentir protégé·es, quel que soit leur statut. C'est faire en sorte que chacun·e puisse avoir accès au logement, à l'emploi, aux soins de santé, à l'éducation, aux banques alimentaires, à l'aide sociale et au soutien en cas de chômage, et à toute forme de protection sociale et économique. »

SSF exige aussi que la ville de Montréal appuie la régularisation des personnes sans papiers et l'octroi d'un statut permanent pour toutes les personnes migrantes à statut précaire face au gouvernement fédéral.

Dolores Chew, membre de Femmes de diverses origines (FDO) qui organisera une manifestation pour le 8 mars, explique : « En cette veille de la Journée internationale des droits des femmes, nous soulignons la situation particulièrement critique des femmes migrantes sans-papiers et à statut précaire. Elles sont exposées à l'exploitation et aux abus dans leurs milieux de travail, et n'ont pas accès aux soins de santé ni à l'aide sociale pour leurs enfants. Lutter pour les droits des femmes, c'est aussi s'assurer que les plus vulnérables d'entre nous aient accès aux services et aux ressources d'aide. »

Samira Jasmin renchérit : « Soraya est la première femme racisée issue de l'immigration à exercer les fonctions de mairesse de Tiohtia:ke/Montréal. Elle doit donc adopter une position forte et exemplaire pour protéger l'intégrité et la dignité des personnes sans statut et à statut précaire. Au-delà des personnes affectées par le PEQ, toutes les personnes avec un statut précaire, particulièrement les personnes sans papiers, doivent être appuyées par leur ville. »

Maka Ta, de la coalition Defund the Police, martèle : « Montréal doit protéger les membres de nos communautés contre les arrestations et les déportations. Alors que toutes sortes de violence étatique s'abattent sur les migrant·es au Canada, nous exigeons l'arrêt complet des communications entre la SPVM et l'ASFC. »

Enfévrier 2017, l'administration de Denis Coderre, en réaction au premier mandat de Trump, a déclaré que Montréal était une ville sanctuaire, sans pourtant prendre aucune mesure concrète pour assurer la sécurité des migrant·es sans papiers. En décembre 2018, l'administration de Valérie Plante a déclaré que Montréal ne sera jamais une ville sanctuaire, disant ne pas pouvoir ordonner au SPVM d'ignorer les mandats d'arrestation émis par l'Agence des services frontaliers canadiens (ASFC) ; son administration a néanmoins adopté des mesures visant à améliorer la situation des Montréalais·es sans-papiers. Or, comme l'a démontré une enquête en janvier 2021, ces mesures sont loin d'être suffisantes. En mars 2024, un article a confirmé que le SPVM communique toujours avec l'ASFC pour vérifier le statut migratoire des gens, bien qu'il y ait eu une diminution du nombre d'appels dans les dernières années.

Source :
Solidarité sans frontières (SSF) / Solidarity Across Borders (SAB)
solidaritesansfrontieres@gmail.org

www.solidaritesansfrontieres.org

Solidarité sans frontières est un réseau impliqué dans les luttes pour la justice migrante, actif à Montréal depuis 2003. Il rassemble des migrant·es et des allié·es qui appuient des individus et des familles face au système injuste d'immigration et d'attribution du statut de réfugié·e. Le réseau est actif en éducation populaire et en travail de soutien, en plus d'organiser des mobilisations politiques prenant la forme de manifestations, lignes de piquetage et actions directes.

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Iran : nouvelle agression israélo-étasunienne, nouvelle position honteuse du Canada

10 mars, par Collectif Échec à la guerre — , , , ,
Tiohtià:ke/Montréal, le 3 mars 2026 – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé contre l'Iran leur deuxième guerre d'agression en moins d'un an, guerre d'agression à (…)

Tiohtià:ke/Montréal, le 3 mars 2026 – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé contre l'Iran leur deuxième guerre d'agression en moins d'un an, guerre d'agression à laquelle le Canada a encore une fois donné son appui inconditionnel.

L'article 2 de la Charte des Nations Unies est pourtant très clair. Il stipule que « Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques » et qu'ils « s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force ».

Après des semaines de menaces et de préparatifs de guerre, qui étaient donc clairement illégaux – et en pleine négociations avec l'Iran dont Oman (le pays médiateur) disait qu'elles faisaient des progrès importants – les États-Unis, conjointement avec Israël, ont bombardé plus de vingt villes iraniennes et continuent de le faire. Ils ont assassiné le ‘guide suprême' Ali Khamenei et des membres de sa famille. La riposte iranienne cible Israël, d'importantes bases militaires étasuniennes et des installations pétrolières dans plusieurs pays de la région, des navires étasuniens et britanniques, etc.

Comme toujours, la censure militaire des deux côtés empêche de connaître le nombre réel des victimes et l'ampleur des dommages. Mais ils sont déjà importants, et cette guerre entraîne également un embrasement régional, notamment au Liban, tout aussi meurtrier et dévastateur.

Autant Israël que les États-Unis ont faussement présenté leur agression comme préventive, face à une menace « existentielle » ou « imminente ». Pour donner un vernis humanitaire à leur coup de force, ils ont invité le peuple iranien à saisir cette occasion pour se soulever à nouveau contre la terrible répression du régime iranien.

De quel droit ces puissances nucléaires exigent-elles que l'Iran renonce à tout enrichissement d'uranium à des fins civiles et à toute capacité de défense véritable ? La première raison de cette guerre est de détruire les capacités militaires de l'Iran, seule puissance régionale encore capable de tenir tête à l'hégémonie israélo-étasunienne au Moyen-Orient. La deuxième est de contrôler le pétrole iranien et d'en bloquer l'accès à la Chine en provoquant un changement de régime.

Le discours du premier ministre Mark Carney à Davos constatait la fin d'un « ordre mondial fondé sur des règles » et appelait les puissances moyennes à s'unir pour résister ensemble à l'intimidation des grandes puissances. Mais l'appui odieux du Canada à la guerre contre l'Iran démontre clairement que ces belles paroles ne signifiaient aucunement que le Canada allait entamer une défense conséquente du droit international, encore moins une opposition réelle aux menées impérialistes ouvertes des États-Unis.

Le collectif Échec à la guerre demande que le Canada :

● Retire son appui aux États-Unis et à Israël et dénonce leur agression illégale contre l'Iran ;
● Appelle à la mise en place immédiate de nouvelles négociations avec l'Iran, sous l'égide de l'ONU, en vue de la levée des sanctions et d'un accord vérifiable sur un programme nucléaire civil.

Une réponse aux fausses représentations du programme de la gauche verte

10 mars, par Laurie E. Adkin — , ,
Une publication sur X (anciennement Twitter) a relancé les accusations familières et malhonnêtes contre les écosocialistes dans le cadre de la course à la direction du NPD (…)

Une publication sur X (anciennement Twitter) a relancé les accusations familières et malhonnêtes contre les écosocialistes dans le cadre de la course à la direction du NPD canadien.

19 février 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Un campement industriel pour les travailleurs d'un pipeline près de Rainbow Lake, en Alberta. Photo de Jason Woodhead/Flickr.

La cible immédiate de ces accusations est le candidat à la direction Avi Lewis, mais le véritable objectif est de s'en prendre à un mouvement qui intègre de multiples perspectives radicales (connaissances écologiques, féminisme, anticolonialisme, socialisme), remettant en question à la fois les sociaux-démocrates de droite et une gauche masculine « prométhéenne ».

Le 13 février, Leigh Phillips, journaliste, rédactrice scientifique et géologue travaillant dans le nord du Canada, a écrit ce qui suit en réponse à une récente interview d'Avi Lewis, candidat à la direction du NPD, dans Jacobin :

Quiconque lit l'interview y trouvera une critique socialiste lucide du gouvernement Carney : austérité dans le secteur public, augmentation des dépenses militaires, dépendance à l'égard des investissements capitalistes dans l'intelligence artificielle et intégration plus profonde avec l'armée américaine et son appareil de contrôle des frontières et de l'immigration. L'interview présente également certains éléments d'un programme écosocialiste : un Green New Deal et des services publics financés par un impôt sur la fortune et des banques publiques.

Pourtant, le même jour, Gil McGowan, président de la Fédération du travail de l'Alberta (AFL), a repris l'attaque de Phillips, ajoutant : « C'est exactement pour cela que je soutiens Rob Ashton. » Ashton est un dirigeant syndical de Colombie-Britannique, où les syndicats du secteur de l'extraction des ressources (mines, fonderies, foresterie) exercent depuis longtemps une influence considérable sur le NPD provincial.

L'écho de l'histoire est frappant : en 2016, McGowan, avec la première ministre de l'Alberta Rachel Notley et des membres du caucus du NPD, a mené l'opposition contre le Manifeste Leap, une plateforme écosocialiste lancée par Avi Lewis, Naomi Klein et d'autres. Aujourd'hui, Phillips reprend des arguments similaires, affirmant que les écosocialistes provoquent une réaction hostile des électeurs de la classe ouvrière à l'égard du NPD. Outre les hypothèses problématiques qui sous-tendent cet argument, on peut se demander dans quelle mesure ces dirigeants du NPD se soucient d'aliéner la base diversifiée du mouvement pour la justice climatique qui s'est battu pour que sa vision soit représentée par le NPD.

Au cours de la dernière décennie, McGowan a soutenu un plan de transition juste pour les travailleurs du secteur charbonnier, et l'AFL a plaidé en faveur d'un soutien similaire pour les travailleurs du secteur pétrolier et gazier, reconnaissant le déclin de l'emploi dans cette industrie. Son accord avec la caractérisation de Lewis comme « attaquant les cols bleus » et soutenant « l'austérité écologique » vient donc comme un signal d'alarme indiquant qu'une faction « anti-verte » reste ancrée au sein du NPD et est toujours prête à utiliser les tactiques de la caricature et de la construction d'« ennemis de classe » pour discréditer l'éco-gauche.

Ils sont même prêts à emprunter le livre de recettes de la droite, accusant la gauche verte de tenter d'intensifier la souffrance des travailleurs en les privant d'emploi, d'énergie abordable, de logement et de transport. Ce trope éculé est utilisé pour discréditer l'économie de la décroissance au lieu de s'engager sérieusement dans ses arguments sur les limites écologiques et la justice sociale. Phillips, qui se décrit lui-même comme un « prométhéen », s'appuie également sur l'argument familier de la droite selon lequel les écologistes sont hypocrites parce qu'ils vivent dans des maisons et utilisent des produits à forte consommation d'énergie et de matières premières. Sérieusement ?

Phillips utilise d'autres tactiques déloyales pour discréditer Lewis et la gauche écologiste. À l'instar de Jason Kenney et Andrew Scheer, Phillips présente toute personne qui commente les méfaits associés aux camps de travail industriels, souvent appelés « camps d'hommes », comme dénigrant les travailleurs manuels masculins. Il s'agit là d'une tactique antiféministe classique qui consiste à accuser ceux qui dénoncent les schémas bien établis de violence masculine de « mettre tous les hommes dans le même panier », détournant ainsi l'attention du problème. Phillips choisit de déformer l'intention de Lewis et son programme de réforme. Il choisit d'ignorer les nombreuses recherches sur la division sexuelle du travail et la violence sexiste et racialisée associée aux camps de travail à prédominance masculine situés dans des zones d'extraction isolées. Les recherches sur ces abus intègrent les témoignages de survivantes de harcèlement et de violence, y compris « des femmes qui exercent des métiers manuels, qui sont cuisinières, pilotes, bûcheronnes, géologues, biologistes et ingénieures ». Il existe des preuves indéniables que les femmes autochtones ont subi des « conséquences horribles » dans ces contextes. Les hommes racialisés et homosexuels sont également victimes de harcèlement de manière disproportionnée dans ces environnements « hypermasculins ». Alors, qui sacrifie vraiment qui ?

Il est facile d'oublier ou de minimiser la réalité d'une culture imprégnée de pétro-masculinité si vous n'êtes pas une femme qui a osé enfreindre ses normes ou, comme moi et quelques autres, qui a publiquement appelé à l'abandon progressif de l'extraction pétrolière et gazière. Notley et les femmes membres de son cabinet ont eu besoin d'une protection policière sans précédent contre des hommes enragés par son programme « féministe » et ses politiques climatiques modérées. Ces individus ne craignaient aucune conséquence pour avoir utilisé une affiche de Notley comme cible d'entraînement au tir. Ils n'ont pas non plus hésité à diffuser des images représentant leur fantasme de violer Greta Thunberg. Et n'oublions pas l'un des premiers points à l'ordre du jour des dirigeants suprémacistes blancs du mouvement séparatiste albertain : l'élimination de la « politique de genre » dans une Alberta « libre ». Parmi les formes moins visibles mais néanmoins mortelles de misogynie en Alberta, on peut citer la dévalorisation et le sous-financement par le gouvernement du travail de soins effectué principalement par des femmes, ainsi que son refus de fournir les services dont les femmes ont besoin.

À qui profite-t-il de présenter le programme de réformes de la gauche écologiste comme un complot visant à « détruire » les emplois ouvriers ? De minimiser la réalité d'un marché du travail fortement genré, racialisé et inégalitaire dans les économies dépendantes de l'extraction des ressources ? De marginaliser les propositions écoféministes en faveur d'une économie des soins qui valorise la satisfaction des besoins humains plutôt que la production de marchandises ?

Une troisième tactique déloyale employée par Phillips pour discréditer Lewis (et plus largement les écosocialistes) consiste à l'accuser de ne pas tenir compte des intérêts des travailleurs autochtones dans le secteur extractif. S'il est vrai que ces industries emploient de nombreux travailleurs autochtones, cela ne prouve pas pour autant que les propositions de Lewis vont à l'encontre de leurs intérêts. Quiconque connaît ces questions sait que les communautés autochtonesoccupent une position difficile et souvent contrainte par rapport aux industries extractives. Phillips, cependant, cherche à présenter Lewis comme un autre colonisateur blanc déconnecté de leurs préoccupations réelles, tout en s'arrogeant bien sûr le droit de parler au nom des travailleurs autochtones, sur la base de sa propre expérience en tant que géologue ayant travaillé dans ce secteur.

Il serait souhaitable que les hommes qui se sentent habilités à nous dire ce qu'un parti ouvrier « devrait défendre » prennent au sérieux les multiples expériences d'oppression – ainsi que les limites écologiques – et pratiquent la solidarité au lieu de se prêter au jeu de la droite qui consiste à monter les groupes les uns contre les autres.

Laurie E. Adkin est professeure émérite au département de sciences politiques de l'université de l'Alberta.

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Paradis fiscaux : 682 milliards $ échappent au trésor public

10 mars, par Canadiens pour une fiscalité équitable, Échec aux paradis fiscaux — , ,
La publication en français du rapport L'incessante ascension des paradis fiscaux<> par Canadiens pour une fiscalité équitable et Échec aux paradis fiscaux révèle que les (…)

La publication en français du rapport L'incessante ascension des paradis fiscaux<> par Canadiens pour une fiscalité équitable et Échec aux paradis fiscaux révèle que les grandes entreprises et les fortunes canadiennes détenaient au moins 682 milliards de dollars dans des paradis fiscaux en 2024, une hausse de 165 % en dix ans.

4 MARS 2026

Selon les estimations disponibles, les pertes annuelles pour les finances publiques fédérales s'élèvent à au moins 15 milliards de dollars, et pourraient atteindre entre 25 et 30 milliards, selon le Directeur parlementaire du budget.

Juste en 2024, les 60 plus importantes compagnies cotées à la bourse de Toronto ont su éviter 7 milliards $ grâce aux taux d'imposition plus faibles pratiqués dans des juridictions étrangères. De ces 60 entreprises, 46 possèdent au moins une filiale dans un paradis fiscal.

L'étude montre également que les grandes institutions financières occupent une place centrale dans ces stratégies. À elle seule, la Banque Royale du Canada aurait évité près de 2 milliards de dollars d'impôt en profitant des écarts de taux d'imposition étrangers, notamment par l'entremise de filiales situées aux Bahamas, à la Barbade, aux îles Caïmans, au Delaware et au Luxembourg.

Sous-financement organisé des services publics

Le rapport soutient que cette croissance de l'utilisation des paradis fiscaux n'est pas un accident, mais le résultat délibéré des gouvernements fédéraux successifs qui, au tournant de 2010, ont signé cinq accords d'échange de renseignements fiscaux, menant, à eux seuls, au transfert de 47,1 milliards $ vers des paradis fiscaux dans les cinq années subséquentes.

« Ces données mettent en lumière l'ampleur des pertes en revenu pour le trésor public, dans un contexte où plusieurs gouvernements invoquent la rigueur budgétaire pour justifier des compressions dans les services et les programmes sociaux », souligne Émile Brassard, coordonnateur du Collectif Échec aux paradis fiscaux.
Échec aux paradis fiscaux rappelle qu'un financement adéquat des services publics demeure essentiel au bon fonctionnement d'une société. Lorsque des milliards de dollars échappent ainsi à l'impôt, le coût se traduit par une pression accrue sur ces services, une charge supplémentaire pour les ménages et une fragilisation de l'ensemble du tissu social.

Des solutions à portée de main

Le rapport propose plusieurs mesures concrètes qui permettraient de réduire significativement l'évitement fiscal des grandes entreprises.

Il recommande de revoir les ententes internationales conclues avec des juridictions reconnues pour leur faible fiscalité qui facilitent le transfert artificiel de bénéfices. Le rapport propose également de remplacer l'actuelle exonération des dividendes rapatriés de l'étranger par un système de crédits d'impôt, afin que les profits réalisés à l'extérieur du pays soient imposés à un niveau comparable à celui appliqué au Canada.

Les auteurs insistent sur la nécessité d'exiger des entreprises qu'elles démontrent une présence économique réelle dans leurs filiales internationales avant de pouvoir bénéficier de tels avantages fiscaux.

Sur le plan international, le rapport encourage le Canada à soutenir les efforts actuels de certains pays du sud visant l'élaboration d'une convention fiscale mondiale sous l'égide de l'ONU, afin de renforcer la coopération entre États et de réduire l'influence disproportionnée des pays les plus riches sur les règles fiscales mondiales.
Enfin, le rapport réitère l'importance de rendre publiques les déclarations pays par pays des grandes entreprises. Une telle mesure, déjà mise en place par l'Union européenne et en Australie, permettrait à la société civile et aux médias de mieux comprendre où sont réellement générés les profits et où ils sont impo
sés.

À propos de Canadians for Tax Fairness (Canadiens pour une fiscalité équitable)

Canadians for Tax Fairness est une organisation non partisane à but non lucratif qui plaide pour des politiques fiscales équitables et progressistes, afin de construire une économie forte, durable et plus juste qui soutient des services publics de qualité adéquatement financés.

À propos d'Échec aux paradis fiscaux

Échec aux paradis fiscaux regroupe des organisations syndicales, communautaires et étudiantes québécoises. Le collectif s'appuie sur la mobilisation populaire, l'éducation citoyenne et la concertation auprès des parlementaires pour lutter contre les paradis fiscaux.

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Greta Thunberg et l’écologie à la croisée des chemins

10 mars, par Sylvain Bérubé — , ,
Dans un texte publié le 10 février 2026 sur le média indépendant À gauche, une réflexion revient sur un contraste marquant. Depuis la grande marche pour le climat de septembre (…)

Dans un texte publié le 10 février 2026 sur le média indépendant À gauche, une réflexion revient sur un contraste marquant. Depuis la grande marche pour le climat de septembre 2019 à Montréal, l'écologie a perdu du terrain dans le débat politique québécois. Pendant ce temps, Greta Thunberg a adopté un discours plus radical et plus large.

Tiré du Journal Entrée libre de mars 26

En 2019, près de 500 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal. C'était peut-être la plus grande mobilisation de l'histoire récente du Québec. Plusieurs y voyaient un tournant. On parlait d'un changement inévitable des priorités politiques. L'urgence climatique semblait enfin au centre des discussions.

Six ans plus tard, le contexte est différent. La pandémie a bouleversé les priorités. L'inflation et la hausse du cout de la vie ont ramené l'économie au premier plan. Les grandes marches se sont raréfiées. Les gouvernements ont continué à parler d'environnement, mais ils ont aussi cherché à protéger la croissance et la compétitivité. Certains dossiers ont illustré ces tensions. Le cas de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, a soulevé des questions sur l'équilibre entre emploi, industrie et santé publique.

Selon l'analyse proposée sur À gauche, ces explications ne suffisent pas. Le recul de l'écologie ne serait pas seulement lié à la conjoncture. Il s'expliquerait aussi par un décalage au sein même du mouvement. En 2019, une grande partie des manifestants défendait une écologie compatible avec l'économie de marché. On misait sur la règlementation, l'innovation verte et les gestes individuels. L'idée était d'améliorer le système, sans le transformer en profondeur.

De son côté, Greta Thunberg a élargi son discours au fil des ans. Elle ne parle plus seulement de réduction des émissions. Elle relie la crise climatique au capitalisme mondial, aux inégalités et aux rapports de domination. Pour ses partisans, cette évolution est cohérente. Si la crise est systémique, les solutions doivent l'être aussi. Il ne suffirait pas de verdir les entreprises ou d'encourager de meilleures habitudes. Il faudrait revoir les modèles de production, la logique de croissance et le partage des richesses.

Cette position ne fait pas l'unanimité. Certains soutiennent que des réformes graduelles restent la voie la plus réaliste pour réduire les émissions à court terme. D'autres craignent qu'un discours radical fasse fuir une partie de la population. La tension entre transformation en profondeur et pragmatisme politique traverse plusieurs mouvements sociaux.

Le texte insiste aussi sur le lien entre écologie et justice sociale. Quand le logement, l'alimentation et l'emploi préoccupent les ménages, la lutte climatique peut sembler secondaire. Pour mobiliser largement, l'écologie doit répondre aux conditions matérielles et parler de qualité de vie.

Au final, la réflexion ne conclut pas à la fin de l'inquiétude environnementale. Elle évoque plutôt la fin d'un consensus fragile. L'idée qu'une transition écologique pouvait se faire sans remise en question plus profonde du système économique semble de plus en plus contestée. Reste à savoir si un nouveau cadre pourra émerger, capable d'unir urgence climatique, justice sociale et appui populaire durable.

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Contrôle biologique sélectif des insectes piqueurs ?

10 mars, par Christiane Bernier, Danièle Dugré — , ,
Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu'est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le (…)

Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu'est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l'écoblanchiment et du lobbying.

Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire :

CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n'est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti “Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l'aide du Bti” préconise le principe de précaution et l'utilisation d'alternatives, et ce, en raison d'études récemment publiées qui démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d'autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.

BIOLOGIQUE : L'industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir queles formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l'industrie rajoute près de 90 % d'autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore ! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l'impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique ?

SÉLECTIF : L'industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c'est faux. Le produit affecte aussi,notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.

INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j'en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n'a aucun effet sur les tiques. Lorsque l'industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.
Personne n'aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C'est ce qu'ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025) ; chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d'un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d'épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu'il y a de moins en moins d'insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu'il y a moyen de se protéger c.-à-d. d'éloigner ces espèces avec des répulsifs.

Christiane Bernier
Trois-Rivières
Danièle Dugré
Labelle
Coalition Biodiversité-Non au Bti

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Rendez-vous Faire front le 11 mars

10 mars, par Confédération des syndicats nationaux (CSN) — , ,
Dans les prochaines semaines, la CSN tiendra des webinaires pour apprendre et échanger sur des grands enjeux qui touchent les travailleuses et les travailleurs. Ces moments (…)

Dans les prochaines semaines, la CSN tiendra des webinaires pour apprendre et échanger sur des grands enjeux qui touchent les travailleuses et les travailleurs. Ces moments seront aussi l'occasion de réfléchir à nos pratiques militantes.

5 mars 2026 | tiré du site de la CSN
https://www.csn.qc.ca/actualites/rendez-vous-faire-front-le-11-mars/

Alors que les gouvernements et les grands patrons nous attaquent plus que jamais, nous devons faire le point pour continuer de faire front. La formation militante des travailleuses et des travailleurs est cruciale pour accentuer notre mobilisation et remporter des gains.
Lutte politique et escalade des moyens de mobilisation

Le 11 mars de 12 à 13 heures, la CSN tient un webinaire de la campagne Faire front pour réfléchir ensemble sur l'escalade des moyens de mobilisation nécessaire pour revendiquer une société plus juste et plus équitable.

Après des années à subir des attaques des gouvernements et des patrons, nous devons répliquer. Les réformes et l'austérité font mal à nos services publics, alors que les droits des travailleuses et des travailleurs continuent d'être bafoués. En novembre dernier, nous étions plus de 50 000 dans les rues de Montréal pour exiger que le gouvernement change de cap. Comment poursuivre la bataille ensemble ? Ce webinaire vise à vous entendre sur les moyens de mobilisation à mettre en place pour faire front et obtenir des changements qui profitent à l'ensemble de la population.

Pour vous inscrire à ce rendez-vous sur l'escalade des moyens de pression, veuillez remplir ce formulaire.

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Susan George dans les combats altermondialistes

10 mars, par Éric Toussaint — , ,
Beaucoup a déjà été écrit en positif à la mémoire de Susan George décédée le 14 février 2026 à l'âge de 91 ans. Aussi je vais me limiter à revenir sur quelques aspects de son (…)

Beaucoup a déjà été écrit en positif à la mémoire de Susan George décédée le 14 février 2026 à l'âge de 91 ans. Aussi je vais me limiter à revenir sur quelques aspects de son action en relation avec les thématiques et les pratiques sur lesquelles nous avons convergé.

2 mars 2026 | tiré du site du CADTMt | Photo : Susan George, en juin 2007. Crédit photo : CC BY-SA 4.0, Raimond Spekking.

Susan George est une des auteures qui a joué un rôle très important pour faire connaître dans le Nord global la problématique de la dette réclamée aux pays du Sud global. Elle y a consacré deux livres percutants qui ont eu un écho important en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays industrialisés en général, il s'agit de Jusqu'au cou : enquête sur la dette du tiers monde, (La découverte, 1988, trad. de A Fate Worse Than Debt) publié en 1988, et de L'Effet boomerang, Choc en retour de la dette du tiers monde, (La Découverte/Essais, 1992), (ISBN 9782707121370) publié en 1992. On peut y ajouter Crédits sans Frontières, publié en 1994 qui aborde de manière critique l'histoire de la Banque mondiale et du FMI (col. Essais, La Découverte, Paris, 278 p.).

Avant cela, à partir des années 1970, elle avait consacré sa production littéraire à faire la lumière sur le thème de la faim dans le monde en réussissant à toucher au Nord un large public qui essayait de comprendre les causes des problèmes vécus par les peuples du Sud. Son ouvrage de référence sur ce thème est Comment meurt l'autre moitié du monde, (trad. de How the Other Half Dies : The Real Reasons for World Hunger, Penguin, 1976).

Susan George en 2008. Photo de Denise Comanne – CADTM

Susan George a toujours relié son travail d'investigation à de l'activisme dans la perspective du changement social en faveur des opprimé·es.

Dès que le Comité pour l'annulation de la dette du tiers Monde est né en 1990 en Belgique, elle a répondu positivement aux invitations que nous lui avons adressées. Elle a participé à plusieurs grandes conférences organisées par le CADTM aux côtés de l'économiste marxiste Ernest Mandel, de l'écrivain Gilles Perrault, de Vandana Shiva (Inde), de Rosario Ibarra
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosar...(Mexique), de Nawal el Saadawi (Egypte), de l'évêque Jacques Gaillot, d'Albert Jacquard, … tous et toutes engagé·es dans le même combat pour l'annulation des dettes illégitimes et odieuses réclamées aux peuples du Sud. A ces conférences participaient en général 600 à 1200 personnes.

On a poursuivi une intense collaboration dans la deuxième moitié des années 1990 autour des activités alternatives au forum économique de Davos, opposées aux réunions annuelles du G7, des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI (notamment à Madrid en 1994 pour le cinquantième anniversaire des institutions de Bretton Woods) et aux sommets de l'OMC.

En 1998-1999, Susan George s'est investie avec conviction dans les débuts de l'association ATTAC et le CADTM y a participé activement notamment en aidant à la création d'ATTAC Belgique . Susan George et le CADTM ont été présents à de nombreuses rencontres internationales qui ont atteint une apogée entre 2001 et 2006 avec la création du Forum Social Mondial réuni pour la première fois en janvier 2001 à Porto Alegre au Brésil, et celle du Forum Social européen en 2002 à Florence.

Tout au long des années 2000 et 2010, la collaboration entre le CADTM et Susan George a été intense. Lors de la cinquième assemblée mondiale du réseau international CADTM tenue à Tunis, elle avait envoyé un message d'appui chaleureux que nous reproduisons :

« Le 26/04/2016 à 17:02, Susan George a écrit :

Depuis de longues années, pour tous ceux qui veulent connaitre la vérité sur la dette, le CADTM est une ressource indispensable. Quand dans les années 1980-1990 je travaillais sur la dette du Tiers Monde, le CADTM m'accompagnait à chaque étape.

Aujourd'hui, hélas, il reste une ressource indispensable. Pourquoi hélas ? Parce que de plus en plus de pays sont tombés dans le piège de la dette. Ils sont tous assujettis aux mêmes politiques dévastatrices d'« ajustement structurel », comme on disait autrefois et « d'austérité » comme on dit aujourd'hui.

Ces pays sont tous la proie du capital international et soumis aux diktats d'institutions comme le Fonds monétaire international. L'Europe n'y échappe pas et dans les pays européens, notamment en Grèce, la dette est un instrument de colonisation et d'oppression exactement comme elle l'a été — et souvent demeure — pour les pays du Sud. De ce fait, nous sommes toujours plus nombreux à avoir besoin de la recherche et de l'action du CADTM.

Les chiffres, on pourrait certes les trouver ailleurs. Mais la grande vertu du CADTM est de les placer toujours dans le contexte politique de la mondialisation du 21e siècle et d'agir à travers cette connaissance encyclopédique du sujet pour aider les victimes à s'en sortir.
A ses débuts, le CADTM était essentiellement un « one man show », puis quelques camarades ont rejoint Éric Toussaint et aujourd'hui c'est un réseau international qui tient son Assemblée mondiale à Tunis.

Que de champs explorés ! Que de chemin parcouru ! Je suis certaine que vos travaux seront fructueux et que nous vous trouverons toujours dans les luttes que le néolibéralisme insatiable nous impose. Permettez-moi de saluer tout particulièrement Éric et Fathi Chamki et de souhaiter à toutes et tous une bonne Assemblée mondiale et longue vie au CADTM — au moins jusqu'au moment où il aura définitivement gagné le combat contre la dette qui asservit.

Susan George, Présidente d'honneur d'Attac France, Présidente du Transnational Institute [TNI] » (Source : https://www.cadtm.org/Messages-de-soutien-a-l-occasion )

Susan George avait de grandes qualités comme auteure : elle réussissait à rendre compréhensible pour un large public des problématiques comme celles de la faim, de la dette, de la marchandisation du monde, de l'offensive néolibérale,… Elle adoptait un style d'écriture fluide, facile d'accès mais toujours bien documenté sans jamais être « barbant ». Elle essayait également dans la plupart de ses livres et dans ses conférences de montrer que les citoyens et les citoyennes agissaient pour changer le monde et que chacun et chacune pouvait rejoindre le combat pour l'émancipation. Jean Ziegler faisait de même dans ses livres et nous convergions dans cette démarche. On ne peut pas se contenter d'analyser, de décrire et de dénoncer les injustices, on doit appeler à l'action pour y mettre fin.
En tant que conférencière, Susan George s'exprimait toujours de manière posée, jamais elle n'élevait la voix. Susan George n'haranguait pas, elle exposait.

Susan George n'était pas une révolutionnaire. Elle était favorable à de profonds changements mais préférait la voie des réformes modérées par étapes. C'est en cohérence avec cela qu'elle a participé en mars 2012 à la création du Collectif Roosevelt et qu'en 2013, elle adhéré au nouveau parti politique Nouvelle Donne aux côtés de Pierre Larrouturou.

En 2020, en pleine pandémie, nous avions cosigné un appel international pour une taxe Covid qui affirmait « il est urgent de mettre à l'ordre du jour la répartition des richesses, c'est-à-dire l'idée selon laquelle les hauts revenus et les grandes propriétés doivent être taxés dans l'intérêt de la collectivité. »

Dans les dernières années de sa vie, elle s'est radicalisée et a soutenu en 2022, la France Insoumise, le parlement de l'Union populaire et la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République (voir sa courte communication vidéo de 2 minutes 44').

Quelques souvenirs personnels. J'ai d'abord connu Susan George à travers ses livres en particulier Jusqu'au cou : enquête sur la dette du tiers monde publié en 1988. Cela m'a convaincu de l'inviter aux grandes conférences réalisées à Bruxelles par le CADTM. A partir de cette date, nous avons été en contact étroit et nous avons souvent partagé une tribune à différents endroits de la planète. On a eu l'occasion d'échanger nos points de vues assez régulièrement aux cours des années 1990 jusqu'à 2010 environ.

Je me souviens que le 20 décembre 2001 alors que la révolte qui avait éclaté en Argentine contre les politiques néolibérales était réprimée dans le sang (39 morts), j'ai reçu un coup de téléphone de sa part. Elle me disait : « Éric on doit faire quelque chose ensemble de manière urgente car le peuple argentin est entré en révolte contre la dette, contre le FMI et ses politiques ». Et bien sûr, nous avons unis nos énergies en soutien au peuple argentin. Je me souviens aussi d'une conversation entre elle et moi en 2003-2004, alors qu'elle avait appris que j'avais décidé de présenter une thèse de doctorat sur les enjeux politiques de l'intervention de la Banque mondiale et du FMI envers les pays du Tiers Monde. Elle m'a raconté les tourments qu'avait représenté pour elle le défi de rédiger une thèse de doctorat. En 2008, on s'est retrouvé au festival de Cannes pour présenter un film documentaire qui avait été sélectionné par la semaine de la critique. Le cinéaste Philippe Diaz dans ce film intitulé « La Fin de la pauvreté ? » avait fait appel aux témoignages de personnes comme Susan George, Amartya Sen, Joseph Stitglitz et moi pour réaliser son film qui posait la question « Avec tant de richesses dans le monde, comment peut-on avoir autant de pauvreté ? ». Susan George et moi avons présenté le film à Cannes et avons participé à une manifestation de rue pour faire passer le message qu'il contenait. Nous avons eu en cette circonstance l'occasion une fois de plus de faire le point sur la situation internationale et les actions que nous soutenions.

Susan George, el cineasta Philippe Diaz y Éric Toussaint en el Festival de Cannes de 2008 para la presentación de la película ¿El fin de la pobreza ? Foto Denise Comanne – CADTM

Susan George, le cinéaste Philippe Diaz et Éric Toussaint au Festival de Cannes en 2008 pour la présentation du film La fin de la pauvreté ?" Photo Denise Comanne - CADTM
Susan George était une personne très posée, presque réservée, elle n'était pas du genre à taper sur les épaules de ses connaissances mais en privé elle ne renonçait pas à rigoler. Dans ces conférences, généralement elle faisait preuve d'humour, et toujours elle était très attentive aux questions du public et tentait d'y répondre en cherchant à démontrer qu'on pouvait essayer de changer les choses. On a vraiment besoin de personnes comme Susan George.

Lire d'autres hommages à Susan George

– Riccardo Petrella, « Décès de Susan George : La Grande Dame de l'altermondialisme », publié le 2026/02/26 https://www.lautjournal.info/20260226/deces-de-susan-george-la-grande-dame-de-laltermondialisme

– Geneviève Azam, « Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire », Reporterre, publié le 23 février 2026, https://reporterre.net/Susan-George-une-altermondialiste-ecologiste-s-est-eteinte

– ATTAC France, « Notre amie et camarade Susan George nous a quitté·es », publié le 19 février 2026, https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/notre-amie-et-camarade-susan-george-nous-a-quitte-es

Apprendre à déranger

10 mars, par Geru Schneider — , ,
Le consensus apaise les conflits ; la politique, elle, commence quand on décide enfin de les assumer. Il y a une scène banale que beaucoup d'entre nous ont déjà vécue. Un (…)

Le consensus apaise les conflits ; la politique, elle, commence quand on décide enfin de les assumer.

Il y a une scène banale que beaucoup d'entre nous ont déjà vécue.

Un souper de famille. Le temps des Fêtes. Une réunion publique. Une discussion qui s'échauffe un peu.

Au départ, on parle de tout et de rien, puis, presque sans s'en rendre compte, la conversation glisse vers le politique : le coût des loyers, le climat, la santé publique, la montée des inégalités, la fatigue démocratique. Les voix montent, les désaccords deviennent plus francs, les sourires mécaniques disparaissent.

Et, presque inévitablement, quelqu'un conclut, sur un ton faussement apaisant :
« Avec le temps, tu vas te calmer. Tu vas devenir plus raisonnable. »
« Calme-toi. »
« Faut rester raisonnable. »
« La politique, ça se fait dans le respect. »

Comme si la maturité consistait à baisser le ton.
Comme si comprendre le monde signifiait accepter qu'il change lentement.
Comme si la fougue était une maladie de jeunesse dont il faudrait guérir.

Cette petite phrase, qu'on croit bienveillante, n'a pourtant rien d'innocent. Elle véhicule une attente profondément intériorisée : celle selon laquelle grandir politiquement reviendrait à s'assagir, à arrondir les angles, à composer avec « la réalité » — bref, à faire la paix avec l'ordre existant.

Autrement dit, on ne nous demande pas simplement d'être plus polis ou moins dérangeants.
On nous demande d'être moins politiques.

Car très tôt, on nous apprend que la colère serait suspecte, que le désaccord serait excessif, que le conflit serait indécent. La politique devrait rester propre, mesurée, présentable.

Le problème ne serait jamais la violence sociale.
Seulement le ton.

On l'a même vu à l'Assemblée nationale : on tolère toutes les injustices, mais surtout pas un coton ouaté.

Derrière cette injonction à « se calmer » se cache donc une idée plus profonde : celle que la politique serait avant tout la recherche d'un consensus raisonnable, d'un terrain d'entente où personne ne heurte trop fort.

Or, c'est précisément l'inverse.

La politique n'a jamais été l'art du consensus.
La politique, c'est le conflit.

C'est ce que rappelle le philosophe Jacques Rancière, notamment dans La Mésentente et Dissensus avec une grande clarté : la politique commence quand celles et ceux qui ne comptent pas troublent l'ordre des choses, rendent visibles les torts qu'on préférait ignorer et brisent la tranquillité apparente.

La politique surgit lorsque des intérêts s'affrontent, lorsque des injustices deviennent visibles, lorsque celles et ceux qui subissent l'ordre établi cessent de le considérer comme naturel.

Autrement dit : dans le dissensus.

Si tout le monde est d'accord, ce n'est pas la démocratie qui triomphe.
C'est que quelqu'un a déjà gagné.


Et pourtant, malgré tout cela, on continue de nous répéter que la vertu suprême serait le « compromis ».
Qu'il faudrait toujours « couper la poire en deux ».
Qu'être responsable, ce serait se tempérer.
Qu'être crédible, ce serait rassurer.

Cette morale de la modération persiste alors même que les conditions matérielles de la vie se dégradent pour une part croissante de la population : les inégalités explosent, les services publics s'effritent, le climat s'emballe, les droits reculent, la précarité s'installe comme une norme.

Dans un tel contexte, exiger le calme n'a rien de raisonnable.
Réclamer le consensus au milieu de violences sociales aussi profondes, ce n'est pas rechercher la paix : c'est demander aux dominé·e·s de se taire.

Car cette injonction repose toujours sur la même fiction : celle que l'ordre existant serait naturel, qu'il constituerait l'horizon indépassable du possible.

Comme si les institutions, les hiérarchies, les exclusions relevaient de l'évidence. Et non du fait que l'Histoire est faite de rapports de force et de décisions politiques.

Le « bon ton », le décorum, la posture raisonnable ne servent alors plus à élever le débat.
Ils servent à le contenir.

À tracer des frontières invisibles autour de ce qu'il serait permis de contester.

Le consensus, dans ce contexte, ne signifie pas l'harmonie.
Il signifie la pacification.

Et toute pacification a ses gardiens.


Ces gardiens ont un nom.

Ils se présentent comme raisonnables, modérés, « ni de gauche ni de droite », ils ne sont jamais neutres.
On ne flotte pas au-dessus des rapports de force.
Dans une société traversée par des inégalités profondes, prétendre être au milieu, c'est déjà choisir le côté des plus forts.
Parfois par confort,
Parfois par intérêt,
Souvent par complicité active.

Ce « juste milieu » n'est pas neutre : il sert d'abord à préserver ce qui existe.
C'est ce qu'on peut appeler l'extrême centre.
L'« extrême centre ».
On les présente comme des modérés, des pragmatiques, des gestionnaires sérieux, situés au-dessus des idéologies. Ils se réclament du réalisme, de la responsabilité, du « gros bon sens ». Ils prétendent dépasser les clivages.
Ce bloc politique — ni ouvertement réactionnaire, ni véritablement émancipateur — constitue ce qu'on pourrait appeler l'extrême centre.
Un terme utilisé par le philosophe Alain Deneault a nommé, avec justesse, dans ces ouvrages La médiocratie et Gouvernance : un régime où l'on renonce à transformer le monde pour se contenter d'administrer l'existant, de gérer les dégâts, de rendre acceptable l'inacceptable.
Extrême, parce qu'il défend avec une rigidité remarquable la préservation de l'ordre établi.
Centre, parce qu'il se présente comme neutre, raisonnable, au-dessus des conflits.
Or, cette neutralité est un mythe.
Car lorsque cet ordre est réellement contesté, lorsque les intérêts dominants sont menacés, le centre révèle sa véritable fonction et délaisse son enfumage. Il se durcit, devient juridique et répressif, criminalise les luttes, décrédibilise les oppositions et les pathologise — les présentant comme irrationnelles, trop extrêmes ou dangereuses.
L'histoire est claire : en période de crise, ce prétendu centre, cet extrême-centre, préfère s'appuyer sur les droites autoritaires et l'extrême droite pour préserver l'ordre existant plutôt que de tolérer une transformation sociale profonde et les forces d'émancipation qui les accompagnent.
Le centre ne défend pas la démocratie :
Il défend sa stabilité.
Il ne protège pas la justice :
Il protège la spoliation.
C'est pourquoi l'idée même d'un « consensus politique » permanent relève moins d'un idéal démocratique que d'une stratégie de conservation, mais plutôt d'une illusion dangereuse.


BLOC BOURGEOIS
Derrière cette posture politique se trouve une base sociale bien réelle.
Les économistes Bruno Amable et Stefano Palombarini parlent d'un bloc bourgeois : une coalition formée des élites économiques, des milieux d'affaires, de la haute fonction publique, des cadres supérieurs, d'une partie des professions libérales, des directions médiatiques et de couches diplômées qui tirent profit de la stabilité du système.
Ces groupes peuvent diverger sur des questions secondaires, s'opposer sur des styles de gestion ou des sensibilités culturelles, débattre à l'infini des nuances budgétaires ou réglementaires et même électoraux.
Mais sur l'essentiel, ils parlent d'une seule voix.
Mais ils partagent l'essentiel :
Leurs intérêts dépendent du maintien de l'ordre économique et social : soit le capitalisme tardif.
Ce qu'ils appellent « responsabilité », « réalisme » ou « bonne gouvernance », c'est simplement la défense de leurs privilèges présentée comme intérêt général, le « réel », la « nature des choses ».
Bref, le consensus qu'ils prônent est toujours le leur.
Jamais celui des dépossédés


UNE CLASSE SOCIALE — LA BOURGEOISIE
Si ce bloc tient politiquement, c'est qu'il repose sur une base sociale durable.
Une classe.
La bourgeoisie — non comme invective, mais comme réalité sociologique.
Autrement dit, le centre n'est pas un simple tempérament modéré. Il s'ancre dans une structure sociale bien concrète.
Les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont montré comment cette classe se reproduit sans cesse : transmission du patrimoine, accumulation du capital culturel, maîtrise des codes légitimes, contrôle des diplômes et des réseaux.
Les frontières sociales deviennent des évidences.
L'école trie.
La culture exclue.
Le privilège se déguise en mérite.
Mais cette reproduction n'a rien d'abstrait.
Les enquêtes de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, notamment dans « Sociologie de la bourgeoisie », lui donnent une épaisseur très concrète : quartiers protégés, écoles privées, clubs fermés, conseils d'administration imbriqués, réseaux d'influence.
On y vit entre soi.
On y recrute entre soi.
On y protège les siens.
La bourgeoisie n'est donc pas seulement une classe possédante.
C'est une classe organisée, solidaire, stratège.
Eux
Ils font de la politique.
En permanence.


UNE GAUCHE DE RUPTURE
Face à une telle cohésion, croire que quelques compromis bien formulés suffiraient relève moins du réalisme que de la naïveté.
Et la gauche doit faire un choix clair.
Soit elle accepte les règles du jeu du consensus — parler doucement, rassurer, promettre peu, ne pas trop déranger — et elle restera tolérée tant qu'elle ne change rien.
Soit elle assume une autre voie.
Une gauche de rupture.
Une gauche qui comprend que transformer la société signifie déplacer des rapports de force réels, et que ces déplacements ne se négocient pas à huis clos : ils s'arrachent.
Car les droits n'ont jamais été concédés par générosité.
Ils ont toujours été conquis par la lutte.
L'égalité ne naît pas d'un compromis poli.
Elle naît d'un affrontement politique assumé.
Pas une gauche du spectacle.
Pas une gauche de posture morale.
Une gauche organisée, enracinée dans les luttes sociales, solidaires des mouvements sociaux, capable de soutenir le conflit, capable surtout de construire du pouvoir populaire durable.


Parce qu'au fond, le choix est simple.
Si on accepte leurs réglée,
Si on parle leur langage,
Si on accepte leur définition de « raisonnable »
Si on recherche leur approbation.
Nous avons déjà perdu.
La politique ne commence pas quand tout le monde est d'accord.
Elle commence lorsque celles et ceux qui n'étaient pas censés parler prennent la parole et refusent de se taire.
C'est reconnaître que, face à des classes dominantes organisées et stratégiques, la modération permanente n'est pas une vertu, mais une défaite anticipée.
Autrement dit : si nous voulons réellement changer le monde, il ne suffira pas d'avoir raison.
Il faudra s'organiser pour gagner.
C'est précisément pour cela qu'il devient urgent de sortir de cette fiction du consensus.
Refuser de « se calmer », ce n'est pas être immature.
C'est peut-être, au contraire, commencer à faire de la politique pour de vrai.

*****

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Des signes partout, du sens nulle part

10 mars, par Geru Schneider — , ,
Nous ne manquons pas d'informations. Nous manquons de repères. La perte de sens qui traverse nos sociétés n'est pas une dérive culturelle ni une simple fatigue numérique : (…)

Nous ne manquons pas d'informations. Nous manquons de repères.
La perte de sens qui traverse nos sociétés n'est pas une dérive culturelle ni une simple fatigue numérique : elle est le produit d'un système qui transforme les symboles en marchandises et dissout les lieux du commun. Pour retrouver un sens partagé, il ne suffit pas de mieux parler. Il faut reconstruire les conditions matérielles et culturelles qui permettent d'agir ensemble.

Le soir, on fait défiler l'écran sans fin.
Une vidéo chasse l'autre. Un débat remplace le précédent. Une indignation succède à la suivante. Tout semble urgent. Tout semble important.

Et pourtant, quand on ferme nos écrans, il reste une impression étrange : on a tout vu, mais rien n'a vraiment tenu.

Ce n'est pas seulement une fatigue numérique.

C'est peut-être le symptôme d'une perte plus profonde.

Nous ne manquons pas d'informations.
Nous manquons de repères.

Quelque chose comme un sens partagé s'est effrité.

On présente souvent cela comme une dérive culturelle : la polarisation, les réseaux sociaux, la post-vérité, la baisse de la littératie. Comme si nous étions simplement trop distraits ou trop émotifs pour nous comprendre. Comme si le problème venait de nos cerveaux ou de nos écrans.

Mais la confusion n'est pas psychologique.

Elle est matérielle. Elle est politique.

Nous avons perdu les lieux où nos expériences se reliaient.

Non pas le « bon sens ».
Mais le sens, le sens commun : ce qui faisait tenir nos vies ensemble.

***
On parle souvent de crise culturelle. Pourtant, cette fragmentation ne tombe pas du ciel.

Elle correspond très exactement à un système qui transforme tout en marchandise : nos mots, nos images, nos émotions, nos relations.

Le capitalisme tardif ne vend plus seulement des objets.
Il vend de l'attention, des symboles, des identités.

Même la culture devient du « contenu ».
Même la politique devient du spectacle.
Même l'art devient flux.

On ne fréquente plus des œuvres : on les consomme.
On ne construit plus des milieux : on suit des tendances.
On ne débat plus dans des espaces communs : on réagit, chacun de son côté.

Il y a longtemps déjà, Theodor W. Adorno, philosophe allemand de l'école de Francfort, parlait d'« industrie culturelle » pour décrire cette transformation de l'art en produit standardisé, privé de sa force critique. Ce qu'il pressentait s'est généralisé : la culture ne nous rassemble plus ; elle nous disperse.

Le résultat est paradoxal.

Nous sommes saturés de discours, mais pauvres en expériences partagées.

Nous ne manquons pas d'opinions.
Nous manquons de mondes communs.

Et comme l'a résumé Mark Fisher, il devient parfois plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. Même notre imaginaire semble bloqué.

***
Cette perte de sens traverse tout.

Elle est sociale : précarité, isolement, vies éclatées.
Elle est politique : personnalisation, coups médiatiques, indignations sans continuité.
Elle est culturelle : une effusion permanente de balados, vidéos, festivals, créations, initiatives réelles et souvent magnifiques, mais qui peinent à s'inscrire dans des pratiques collectives durables.

Le problème n'est pas que trop de gens créent.
Au contraire.

Le problème, c'est que ces créations flottent sans ancrage commun.

L'esthétique devient refuge.
L'expression devient défoulement.
La posture remplace la transformation.

L'abstraction peut protéger. Elle a parfois ouvert des brèches, desserré les carcans, permis d'inventer autrement. Mais lorsqu'elle devient un lieu où l'on se retire du monde plutôt qu'un moyen de le transformer, elle finit par tourner à vide.

Elle ne suffit pas à refaire monde.

***
Ce que nous vivons ressemble à ce que décrivait le politologue Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif lorsqu'il analysait le passage de la démocratie des partis à la démocratie du public.

Les partis de masse n'étaient pas seulement des machines électorales.
Ils formaient, socialisaient, éduquaient.
Ils reliaient des individus à des milieux, à des classes, à des projets.

Ils produisaient du sens.

Sans nostalgie aveugle, il faut reconnaître cela : ils étaient des espaces de monde commun.

À mesure que ces médiations se sont effritées, les citoyens sont devenus des spectateurs. Et le sens s'est dissous avec elles.

***
D'autres vont plus loin encore.

Pour Pierre Dardot et Christian Laval, dans Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, le commun n'est pas une chose à posséder.

C'est une pratique.

Une activité par laquelle des gens décident ensemble comment ils vivent, produisent, partagent.

Le commun n'est pas un idéal abstrait.
C'est quelque chose qui se fait.

***
Si le langage s'effondre aujourd'hui, ce n'est donc pas d'abord un problème de mots.

C'est que les lieux où ces mots prenaient sens ensemble ont disparu ou se sont marchandisés.

On ne reconstruira pas un sens commun avec de meilleurs slogans ou plus de prises de position en ligne.

Il faut des conditions matérielles.

Des espaces où se réunir.
Des temps libérés pour réfléchir et agir.
Des ressources arrachées à la logique marchande.
Des idées, des possibles, des imaginaires à partir desquels inventer.

C'est à partir de là que les pratiques communes se sédimentent : elles deviennent culture, puis des analyses du réel, finalement symboles partagés.

Le sens commun ne précède pas ces pratiques.
Il en découle.

***
Cela peut être très concret.

Des médias indépendants ancrés dans des communautés.
Des podcasts, des radios locales, des chaînes en ligne qui servent d'outils d'organisation.
Des festivals, des foires, des maisons de la culture, des cafés militants, des bibliothèques, des ateliers, des syndicats, des comités de quartier.

Des lieux où l'on ne fait pas que parler politique — où l'on vit ensemble, où l'on apprend, où l'on crée.

Des espaces où la culture et la lutte cessent d'être séparées.

Parce que l'art peut redevenir cela aussi : non pas un flux de produits, mais une pratique collective qui fabrique des repères, des récits, des symboles communs.

Pas du contenu.

Un milieu.

***
Face à la perte de sens, deux tentations dominent : le cynisme ou la fuite.

Mais aucune des deux ne nous fera avancer.

Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de commenter le monde.

C'est de recommencer à le faire ensemble.

Refaire du commun.
Refaire des institutions vivantes.
Refabriquer des lieux où nos vies se rencontrent et prennent sens.

Le sens commun ne se décrète pas.
Il se construit.

Et il ne naît pas des écrans.

Il naît des pratiques partagées, des luttes, des solidarités, des œuvres, des institutions que nous faisons exister ensemble.

C'est là — et seulement là — qu'un autre monde peut redevenir pensable.

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Les talibans ne peuvent pas vous prendre votre stylo : le message de Margaret Atwood aux femmes afghanes

10 mars, par Margaret Atwood — ,
Les journalistes du Zan Times, un média afghan dirigé par des femmes en exil, m'ont demandé d'écrire une lettre aux femmes afghanes. J'ai accepté cette invitation parce que la (…)

Les journalistes du Zan Times, un média afghan dirigé par des femmes en exil, m'ont demandé d'écrire une lettre aux femmes afghanes. J'ai accepté cette invitation parce que la situation critique des femmes en Afghanistan est importante. Il y a quarante ans, j'ai imaginé la République de Gilead dans La Servante écarlate, dans l'espoir de sensibiliser le public sur la facilité avec laquelle les femmes pouvait perdre leur statut social, leurs places et leurs droits humains.

Tiré de Entre les lignes et les mots

J'espérais que l'histoire d'Offred inspirerait les lecteurs et les lectrices du monde entier, non seulement à défendre les droits des femmes dans leur propre pays, mais aussi à prêter attention aux autres pays où les femmes sont intentionnellement et systématiquement rendues vulnérables, impuissantes et soumises à des abus et à la famine.

Je vous adresse cette lettre, à vous, femmes courageuses d'Afghanistan, qui luttez pour préserver quelques lambeaux de dignité humaine. Au cours des quatre dernières années, j'ai beaucoup lu sur les talibans et les restrictions croissantes qui définissent la vie quotidienne des femmes et des filles. Les portes des écoles et des universités leur sont fermées. Les femmes sont contraintes de rester à la maison. Elles sont réduites à leurs organes reproducteurs et à leur rôle de servantes domestiques, comme dans la République de Gilead.

En période de répression, lorsque manifester ouvertement signifie la mort, la résistance passe par la clandestinité. Si vous le pouvez, documentez ce qui se passe et conservez ce que vous avez accompli auparavant : un certificat, un diplôme universitaire, une récompense que vous avez reçue. Gardez ces documents près de votre cœur. Les talibans ne peuvent pas vous priver de vos pensées, de votre histoire, de vos mots, de votre plume. N'oubliez pas qui vous êtes, ce que vous avez accompli et l'espérance qui vous permet de continuer malgré toutes les difficultés.

Les talibans ne sont pas le seul régime théocratique qui ait jamais existé, et malheureusement, ils ne seront pas les derniers, car nous assistons à la montée de l'autoritarisme à l'échelle mondiale. Un combat important consiste à se souvenir de l'histoire – qui nous étions, ce que nous avons fait, les rêves que nous avions – et à la transmettre à la génération montante, aux filles, aux garçons et aux enfants qui naissent dans la république talibane de Gileadin Afghanistan. Ces enfants n'ont aucun moyen de savoir ce qui s'est réellement passé avant elles et eux. Pour elles et eux, ce que les talibans dictent et imposent comme loi est la réalité de la vie, telle qu'elle a toujours été pour elles et eux. Et la vision totalitaire de Dieu n'est pas la seule vision possible. Si Dieu est juste et miséricordieux, approuve-t-il la façon dont vous êtes traité·es ?

Chères femmes d'Afghanistan, vous qui êtes nombreuses à vous reconnaître en Offred et Moira, je suis sûre que vous comprenez que les talibans tentent d'effacer votre intellectualité, d'engourdir votre capacité à penser et à envisager un avenir meilleur pour les femmes. C'est ce dont les talibans ont peur. En écrivant, en continuant à diriger des écoles secrètes et des écoles en ligne pour vous éduquer et éduquer la prochaine génération, en documentant ce que font les talibans, vous faites déjà partie de Mayday, le mouvement de résistance clandestin de Gilead. Mais soyez très prudentes. Les totalitaires sont avides de pouvoir, ils prennent plaisir à détruire les gens, et ils sont à la fois impitoyables et sans foi ni loi.

J'ai souvent dit qu'il était difficile d'écrire un roman utopique : la vie humaine est imparfaite, et les personnes n'ont jamais été capables de créer un paradis parfait sur Terre, alors qu'elles n'ont aucune difficulté à créer l'enfer. Mais peut-être que les personnes qui vivent au sein d'une société dystopique sont les mieux placées pour imaginer, non pas une société parfaite, mais une société meilleure, où les individus·es seront respecté·es et où le potentiel humain pour le bonheur a davantage de possibilités.

Je vous adresse mes meilleurs vœux de solidarité, de force et de soutien dans votre combat pour les droits humains fondamentaux. Les droits humains fondamentaux incluent les femmes – elles sont des êtres humains à part entière, ce que certain·es considèrent comme une idée radicale.

Margaret Atwood est une autrice primée qui a publié plus de 50 ouvrages de fiction, de non-fiction et de poésie. Son classique dystopique, La Servante écarlate [The Handmaid's Tale], a été publié en 1985. Elle vit au Canada.

https://zantimes.com/2026/03/02/margaret-atwoods-message-to-afghan-women/
Traduit par DE

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La RD Congo et le panafricanisme de la photo

La photographie congolaise a 100 ans. L'occasion d'ouvrir un dialogue sur la manière dont l'œil étranger a illustré une narration nationale. Aujourd'hui, les photographes (…)

La photographie congolaise a 100 ans. L'occasion d'ouvrir un dialogue sur la manière dont l'œil étranger a illustré une narration nationale. Aujourd'hui, les photographes contemporains affirment une lecture décoloniale de cette histoire et revendiquent pleinement le droit à l'autoreprésentation.

Tiré d'Afrique XXI.

Célébré le 19 août 2025 à Kinshasa, à l'occasion de la Journée internationale de la photographie, le centenaire de la photographie congolaise a mis en lumière la vitalité du secteur en République démocratique du Congo (RD Congo). De l'approche artistique de Sammy Baloji ou de Léonard Pongo aux images « de mise en scène » de Pamela Tulizo en passant par la pratique journalistique d'Arlette Bashizi, la photographie congolaise se réinvente sans cesse, questionnant des codes imposés vus par beaucoup comme « eurocentrés ».

Indissociable de l'histoire de son pays, la photographie congolaise, pour exister pleinement, a dû se décoloniser. Dans un pays en proie à un manque criant de moyens et d'ambitions politiques dévolus à sa pratique, elle est depuis plusieurs années dynamisée par des artistes qui la font vivre dans le pays et grandir au-delà.

Une scène photographique qui change les codes

Avec sa série The Uncanny, réalisée entre 2011 et 2018, le photographe Léonard Pongo, qui vit entre la Belgique et la RD Congo, son pays d'origine, expérimente une expressivité délivrée d'un cadre normatif européanisé : « En suivant mes proches sur place, je me suis concentré sur des moments de vie hors du focus habituel de la presse internationale. Ces photographies émanent d'un ressenti plus que d'une tentative de narrativité univoque, un storytelling, qui serait proprement occidental. »

Lasse des photographies documentaires et questionnant sa propre pratique artistique, Pamela Tulizo développe la « photographie de mise en scène » dans son pays : « Je voulais faire de mes photographies des partitions de cinéma avec un plateau, un décor et des acteurs pour raconter une histoire autrement », explique-t-elle.

Les limites de l'imaginaire sont encore poussées plus loin avec la série Imaginary Trip I (2016), de Gosette Lubondo. « Troublée par les lieux à l'abandon où s'imprime la marque du temps », l'artiste photographe de 33 ans investit un train désaffecté en gare de Kinshasa dans lequel elle met en scène « des voyageurs imaginaires, dont l'expression et la tenue vestimentaire évoquent l'atmosphère qui imprégnait autrefois ce lieu », décrit la galerie parisienne Angalia, qui l'expose régulièrement.

  • On ne veut pas de photographies de Blancs.

Dans leur pratique, les photographes contemporains se sont affranchis des codes préétablis. Les tendances de la photographie documentaire et de presse au Congo ont été établies par des photographes venus de l'extérieur, qui alimentaient en images des médias étrangers, eux-mêmes formatés. « Les photographes congolais ont une pratique très personnelle avec des codes qui leur sont propres. Que ce soit dans la publicité, le mannequinat ou encore dans l'événementiel, la photographie congolaise a sa propre identité », affirme Léonard Pongo.

Pamela Tulizo renchérit : « La ligne d'horizon, le cadrage, la construction de l'image sont bien différents en RD Congo et en Europe. » « Le couple qui se mariait a bien insisté sur le fait qu'ils ne voulaient pas de photographies de Blancs », ironise la photographe, relatant une anecdote du temps où elle pratiquait la photographie événementielle à Goma (Nord-Kivu).

Faire face au manque de moyens

Bien que les Beaux-Arts de Kinshasa se soient dotés d'un département photo en 2020, l'accès à l'apprentissage reste largement restreint, faute de filière et d'université spécialisée. Alors, grâce souvent à des bourses, les plus motivé·es, à défaut d'être richement doté·es, s'expatrient, notamment en Afrique du Sud. « Je suis partie étudier au Market Photo Workshop de Johannesburg, car je ne trouvais pas d'école ni de structure pour me former à Goma », nous confie Pamela Tulizo. Un constat que partage la photojournaliste multiprimée Arlette Bashizi, elle aussi originaire de la capitale du Nord-Kivu : « Moi, j'ai appris seule, en me formant sur les réseaux sociaux. »

Pour pallier ce manque, les photographes s'organisent en créant des structures inclusives. Depuis bientôt un an, l'association Efothô, basée à Goma, s'efforce de promouvoir la photographie congolaise à travers des enseignements bénévoles. « Nous souhaitions mettre en relation des photographes expérimentés avec des jeunes désireux de se lancer dans la photographie, afin de transmettre notre savoir, d'échanger et de raconter notre région de notre propre voix, pour parler de ce qui s'y passe avec dignité », nous explique le photojournaliste bientôt trentenaire Moses Sawasawa, l'un des fondateurs.

Marie-Jeanne Munyerenkana a participé à ces ateliers, ainsi qu'à l'exposition « Survivre », initiée par Efothô et présentée à Kinshasa fin 2025. « À Goma, il y a une carence en formation photographique. Avec Efothô, j'ai pu apprendre les bases du métier et visibiliser mon travail, notamment dans le cadre de l'exposition », développe-t-elle. Soutenu par les ambassades de Belgique et de Suisse en RDC, le projet « Survivre » (comme survivre à la guerre dans l'est du pays) a été présenté à l'Académie des beaux-arts de Kinshasa.

  • Si on n'expose pas en Europe ou aux États-Unis, il est encore dur de se faire reconnaître à l'international.

Dans ce même élan de transmission et d'indépendance, Pamela Tulizo a créé en 2021 le Tulizo Elle Space à Goma, un centre de formation en art visuel réservé aux femmes. « C'est un lieu où les femmes peuvent apprendre en toute sécurité, sans jugement, et découvrir comment sortir du cadre traditionnel de la communauté. » Pendant quatre ans, le centre a accueilli des conférences, des formations et des programmes de diffusion autour de l'art féminin, notamment des formations en photographie, « mais son activité est réduite en raison de la situation sécuritaire, faute de subventions et d'aide de l'État », nous raconte la photographe.

Les photographes congolais·es trouvent de plus en plus leur place dans ces événements, mais « si on n'expose pas en Europe ou aux États-Unis, il est encore dur de se faire reconnaître à l'international », souligne Pamela Tulizo.

« Il faut des espaces créés par nous et pour nous », poursuit la photographe, qui a clôturé l'année 2025 en exposant Baadayee (« Après », en swahili) à la Cité internationale des arts à Paris. Cette série photographique porte sur des femmes demandeuses d'asile en France en mettant en lumière leur vie avant l'exil et celle qu'elles imaginent après.

Si les photographes ont su créer des espaces pour transmettre leur expérience, le manque d'institutions qui leur sont consacrées prive la photographie congolaise de la conservation et de la transmission de son histoire.

De l'art du colonisateur à l'image choisie

Peu de recherches ont été développées autour de la naissance de la photographie sur le continent africain, si bien que le voile qui drape cette discipline ne peut être levé que par des académicien·nes et des archivistes acharné·es, parfois secondé·es par la précieuse Revue noire, publication majeure entre 1990 et 2000, visant au rayonnement, sur tous les continents, de l'art contemporain africain.

C'est au cours des années 1920 que la photographie, jusque-là strictement réservée à l'administration coloniale belge, commence à gagner de jeunes Congolais·es, comme l'indique Sandrine Colard dans sa thèse Photography in the Colonial Congo, 1885-1960, en 2016. Ce tournant historique est aussi analysé par Baudouin Bikoko, professeur à l'Académie des beaux-arts de Kinshasa, dans son livre Photo comme écriture (2024) : « J'ai mis un point d'honneur à marquer la différence entre la photographie au Congo et la photographie congolaise », explique-t-il.

À l'aube du XXᵉ siècle, la photographie en RD Congo est dominée par l'administration coloniale belge et ses images dites « officielles », produites à destination de la métropole. Ces photographies véhiculent une vision profondément stéréotypée de la population congolaise, souvent déshumanisante, en la réduisant à des figures exotiques ou utilitaires. Elles ne s'intéressaient pas réellement « à notre culture ni à notre identité propre », ajoute Baudoin Bikoko, car « ce qui se passait dans la cité dite indigène n'intéressait pas vraiment les Blancs ».

  • L'idée était de contraster les perspectives diverses de photographes européens et celles longtemps marginalisées de photographes africains.

Dans son exposition Recaptioning Congo, présentée au musée de la photographie FoMu à Anvers en 2022, Sandrine Colard présente une chronique de la longue et turbulente histoire de la photographie dans le Congo colonial. « L'idée de l'exposition était de contraster les perspectives diverses de photographes européens et celles longtemps marginalisées de photographes africains, dans un régime colonial belge qui a contrôlé et manipulé les images », explique Salomé Omanga, programmatrice culturelle de l'exposition.

Éclosion des studios photo d'artistes dans Kinshasa

Les recherches de Baudouin Bikoko lui permettent d'identifier Samuel Lema comme le premier photographe congolais, dont le premier cliché date de 1925, alors qu'il travaille pour une mission protestante suédoise dans le Kongo central. Dans cette région émergent également d'autres figures pionnières, telles qu'Antoine Freitas (1904-1966), d'origine angolaise. Photographes ambulants, ils sillonnent les provinces avec leurs « caméras box », non sans susciter une profonde méfiance : leur pratique, assimilée à la sorcellerie, leur vaut le surnom de « Muena Magimbu », « magicien sorcier », en langue tshiluba.

D'abord l'apanage des Européens, les studios photo tenus par des Congolais éclosent dans la capitale au milieu du XXe siècle, dans le sillage de la fièvre indépendantiste. Portée par une timide « ouverture » impulsée par l'administration coloniale et ses réformes administratives d'ordre culturel et social précédant l'indépendance, la photographie suscite un intérêt croissant.

  • Les photographes congolais·es cherchent à saisir une ville en transformation permanente et en pleine effervescence.

Souvent installés en plein air, les studios photo donnent lieu aux premières photographies de famille, immortalisées notamment par le célèbre Jean Depara, qui installera plus tard son mythique studio, le Jean Whisky Depara, sur l'avenue Kato. À mesure que les pancartes des studios photo fleurissent le long des larges avenues de Kinshasa, la photo se développe entre les murs des boutiques, souvent sur le mode du portrait. C'est ainsi qu'Antoine Freitas ouvre Antoine Photo ou que Samuel Lema s'impose plus tard avec le Studio Less, sur l'avenue Bukaka. Peu à peu, les profondes mutations urbaines de la capitale façonnent la pratique photographique. Les photographes congolais·es cherchent à saisir une ville en transformation permanente et en pleine effervescence.

Des années 1950 aux années 1970, la vie nocturne en RD Congo est à son apogée, et les bars de la capitale résonnent au son de la rumba congolaise, glorifiant l'indépendance fraîchement acquise. L'appareil de Jean Depara capture cette ambiance festive et ses « belles nuits » en sillonnant les bars mythiques de l'époque, comme le Oui Fifi ou l'Afro-Negro. Il atteint une renommée internationale en devenant le photographe attitré du guitariste Franco.

Cette période voit aussi émerger des femmes photographes de renom, même si, comme le rappelle Bikoko, « dès les années 1920, le Nigeria et le Ghana comptaient déjà des femmes dans la profession ». Jacqueline Sudila Mpate, proche de Mobutu Sese Seko, devient ainsi la première femme congolaise à pouvoir photographier le Maréchal.

Si les photographies de la période coloniale ont été réunies dans des fonds, conservées, archivées, au contraire de la photographie congolaise depuis le début du XXe siècle, peu préservée, elles forment un matériel de travail entre les mains de la jeune génération de photographes. L'idée est maintenant d'« apporter de nouvelles légendes aux photographies coloniales en laissant parler les premiers concernés pour déconstruire la propagande coloniale », explique Salomé Omanga. Déconstruire l'Histoire, à défaut de pouvoir la refaire.

La photographie africaine sous tous les plans

Depuis quelques années, les événements autour de la photographie se multiplient en Afrique, « stimulant la création et les échanges entre les photographes africains », selon Léonard Pongo. Mais pas seulement : la renommée des photographes africains excède les limites de l'Afrique et bouleverse le cours des influences. En s'exposant, ils changent le narratif.

Le Festival Kokutan'Art au Congo-Brazzaville s'est imposé comme un rendez-vous incontournable pour la scène photographique africaine. Son édition 2025, sur le thème « Afrotopiques, ré-imaginer les possibles », a exposé une dizaine d'artistes qui interrogent la richesse, la vitalité et la résilience des sociétés africaines face aux bouleversements mondiaux.

Lagos Photo, qui a fêté en 2025 ses 15 ans, est désormais le plus grand festival international de photographie du Nigeria. Fondé en 2010 par Azu Nwagbogu, un ancien de National Geographic, l'événement draine chaque année un nombre exponentiel de visiteurs. Son succès non démenti l'amène à changer de dimension et à devenir à partir de 2025 une biennale de la photographie.

L'exposition Labphoto se tient à Bujumbura (Burundi) depuis le 21 février. Six photographes burundais y exposent la restitution finale de deux années de travaux menés dans le cadre de l'atelier Photo Lab, qui vise à la professionnalisation et à la diffusion du travail de photographes et d'artistes burundais.

La plate-forme en ligne Africa Foto Fair (AFF), créée par la photographe éthiopienne Aida Muluneh en 2022 afin de promouvoir les images d'artistes et de proposer des ressources aux apprenants, fait chaque année son festival. En 2025, sa 5e édition, qui s'est tenue à Grand-Bassam et Abidjan, en Côte d'Ivoire, a réuni plus d'une centaine d'exposants d'Afrique, d'Asie, d'Europe et d'Amérique, dont 67 artistes africains.

La biennale de Lubumbashi (Haut-Katanga) a, quant à elle, lancé un appel à projets pour sa 10e édition, cette année.

La primauté de la vie et la beauté du monde !

10 mars, par Gaétan Roberge — ,
Notre monde bascule présentement dans une époque aliénante de distorsion métaphysique dans lequel on s'interroge à savoir si ce n'est pas la fin de l'Histoire et si l'avenir (…)

Notre monde bascule présentement dans une époque aliénante de distorsion métaphysique dans lequel on s'interroge à savoir si ce n'est pas la fin de l'Histoire et si l'avenir peut encore donner naissance à des lendemains souhaitables et viables ?


L'ère des prédateurs

Certains s'acharnent de plus en plus à manipuler les événements, les consciences et les esprits, altérer la marche du présent et réécrire le passé et tout en s'assurant d'oblitérer les traces de ses enseignements. Ainsi, le temps présent se retrouve constamment menacé de contamination par les bacilles de la tricherie et de la peur et secoué violemment par des vagues scélérates d'intolérance, de misogynie, de racisme et de terreur, particulièrement envers les déshérités et les minorités. L'humanité souffre de graves pertes de sens et elle s'enlise de plus en plus dans des sables mouvants de l'injustice générée par des pouvoirs autoritaires et illégitimes. Elle se gave et s'enivre dans l'ostentation Forbienne d'une quête effrénée de richesses colossales au seul bénéfice d'un insatiable et insensible Boys club d'autocrates et d'oligarques. Ces seigneurs ou barons de la Silicon Valley infiltrent et instrumentalisent les rouages des sociétés à leurs fins, s'attaquent frontalement aux droits et libertés des citoyens et des citoyennes, contrôlent leurs aspirations, exploitent leurs identités et vampirisent les ressources de la planète. Une cynique et insolente clique de dirigeants, souvent autoproclamés, s'affranchissant de toutes les règles de droit. Aux États-Unis MAGAnés d'Amérique, grâce à la servilité de l'administration en place, ils tirent à longueur de jour et de nuit les ficelles d'un pouvoir usurpé. Ils corrompent la réalité, contrôlent les réseaux sociaux, s'attaquent aux tribunaux et à la liberté de presse en censurant les médias, menacent et bâillonnent les réseaux du savoir, boycottent la science, distordent les faits et la vérité avec leurs faits alternatifs. Ils fourchent leurs discours avec leur novlangue version 2.0 et sèment à tout vent les graines d'un chaos numérique dans les méandres du cloud à l'aide de leur mètre étalon, le mensonge algorithmique. Ces prédateurs et marchands d'illusions confortés par leurs laquais de dirigeants qui, sous couvert de menaces, utilisent leur pouvoir financier et, si nécessaire, la force militaire couplés de manière insidieuse aux chimères de l'Intelligence Artificielle afin d'assoir leur autoritarisme libertarien. Ils peuvent subséquemment atteindre leurs ultimes objectifs non seulement de pouvoir et d'enrichissement, mais également de spoliation brutale des structures économiques, politiques et sociales actuelles. Tout cela avec pour graves conséquences de menacer l'État de droit et la société civile, de porter atteinte à nos libertés et de tracer ainsi les funestes sentiers de notre finitude.

« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges – TRUMP–, respectables les meurtres – ICE –, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent – l'Âge d'or –. » George Orwell


Un monde dystopique

Nous sommes presque parvenus à un point de non-retour climatique annonciateur de désastres apocalyptiques pour l'humanité et la planète. Quant au climat géopolitique mondial, il est en train insidieusement de virer à tribord à toute vapeur noire avec son lot de conséquences catastrophiques. La diplomatie est placée sous scellés, les alliances fracturées, les accords enfouis sous le tapis et les traités envolés en fumée. Le discours ambiant devient guerrier et pendant que l'humanité n'en finit pas de sombrer dans la misère et le désespoir, des conflits et des guerres se multiplient et les pays engloutissent des sommes colossales dans la défense en se militarisant aveuglément à la vitesse grand « V » pour Violence et Victimes. Mais, générant cependant un immense fardeau sur le dos des générations qui n'ont même pas encore admirer un seul lever de soleil. Sans compter le péril nucléaire, ce tsunami radioactif silencieux et hautement dangereux pour des siècles à venir, qui est revenu hanter les chaumières des cités, faire saliver les banques et les conglomérats industriels et envoûter les esprits belliqueux en manque d'empathie des docteurs Folamourde ce monde. Nous nous retrouvons plongés au cœur de régimes où dorénavant tout, y compris les êtres humains, se marchandise à outrance pour être par la suite garocher sans vergogne dans les décharges de l'indifférence, abandonner dans les sombres cachots de l'oubli ou ferrer avec les chaines rouillées de la misère. Nous nous dirigeons de manière chaotique vers un monde dystopique, injuste, sinistrement cruel et sans partage et dans lequel le fascisme muselle la liberté de pensée, rapaille son nid et circonscrit ses territoires de prédation. Un monde à l'intérieur duquel le fossé marécageux entre les riches et les pauvres ne cesse outrageusement de se creuser. À preuve, fin 2025, les 10 % les plus riches de la population mondiale détenaient 75 % de la richesse totale (estimée à 353 000 milliards USD), alors que la moitié la plus pauvre de l'humanité n'en contrôlait que 2 %. – N'est-ce-pas là une édifiante et non équivoque démonstration de la réelle finalité de cet ultracapitalisme et de son essence destructrice ? –

« Quand les riches volent les pauvres, on appelle ça les affaires ; quand les pauvres se défendent, on appelle ça de la violence. » Mark Twain


L'entrée en résistance

Mais, face à ce monde dont la minuterie civilisationnelle semble s'être déréglée, la société civile doit se lever et agir fermement afin de mettre un terme à tout ce chaos et ses injustices. Pour cela, nous devons nous rassembler et entrer en résistance, prendre les rues d'assaut, envahir les diverses tribunes afin de ranimer les feux intérieurs de la solidarité et de propager nos valeurs universelles de dignité, de justice, de liberté, de respect et ressusciter la ferveur de nos profondes convictions. Et même, s'il le faut, ne pas craindre de marcher dans les pas de la désobéissance civile car la lutte des classes n'est pas terminée. Ensemble, nous sommes investis du pouvoir de rétablir les remparts de la justice, de restituer ses lettres de noblesse à la liberté et le devoir de relever les énormes défis qui nous attendent tels ceux de la faim, la santé, l'éducation, l'habitation et le travail et surtout, de réduire les inégalités partout dans le monde. Notre sort repose entre nos mains et nous devons impérativement combattre et chasser ces prédateurs de nos territoires intérieurs et de l'espace public, reprendre le contrôle matériel et spirituel de nos destinées et de nos identités ainsi que modifier nos modes de vie consumériste et extractiviste destructeurs. Tenons-nous la main au nom du bien commun en nous soutenant en toute équité, égalité et solidarité et en faisant preuve de courage et de bonne volonté et tout cela dans le respect des identités et des diversités. Nous foulons le sol de la même planète qui appartient à tous et toutes, et davantage à nos enfants, et qui nous a accueilli et tant donné, souvent même jusqu'à épuisement. Voilà pourquoi nous devons en prendre un soin infini car cette petite et merveilleuse planète azurine représente notre seul et magnifique jardin de luxuriance et de vivres ainsi que notre unique habitat et véhicule dans la Voie lactée. Et n'oublions pas que la terre c'est la vie et tout comme le proclament les Autochtones : elle est notre Terre Mère et nous lui devons notre naissance dans son ventre de mer !

« Le sens de la désobéissance civile, c'est de rappeler l'esprit des lois. » Hannah Arendt

Le triomphe du Genre humain

Tous les êtres de la terre appartiennent au même Genre humain ayant le même sang et de la même couleur qui coule dans leurs veines et dans leur cœur. Tous se nourrissent des mêmes espoirs et espérances : soit d'avoir le droit et la possibilité de vivre dignement, libre, en paix et en harmonie avec les leurs et leurs semblables. Cela, en accord avec le principe fondamental de l'universalité des droits tel que consacré à l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». En conséquence, pour ne pas souffrir de nos inactions et de notre propre turpitude, il nous faut continuer d'agir en solidarité afin d'éviter que la vie sur terre ne soit plus qu'injustice, souffrance, privation et destruction. Certes, l'humanité souffre et son cœur est meurtri, mais elle porte néanmoins au plus profond d'elle-même toutes les promesses et les fondements nécessaires à sa propre guérison. Ainsi, après 2,8 millions d'années d'évolution et 300,000 ans après l'apparition de l'Homo sapiens, nous devons continuer à consacrer toutes nos pensées et nos énergies afin de chérir et protéger la vie et lui restituer tout son sens existentiel et sacré ainsi que sa finalité. Nous devons perpétuer la mémoire de nos ancêtres – Soit environ 8 000 générations d'humains modernes (Homo sapiens) qui nous ont précédés. – et sauvegarder leur héritage afin de pouvoir le léguer à tous les enfants de la terre. En définitive, pour consacrer la primauté de la vie et sauver la beauté du monde, ce n'est point d'un coûteux et illusoire « Dôme d'or » que les humains ont vraiment besoin, mais bien d'un lumineux et chaleureux « Dôme de bienveillance et de résilience » !

« Le propre de l'homme est de toujours espérer le meilleur et d'éloigner le pire. » Edgar Morin

Gaétan Roberge

Quand les dirigeants se plient au boss accusé de pédophilie

10 mars, par Kaveh Boveiri — , ,
Les enfants, les enfants et encore les enfants. Hier en Iraq. Puis à Gaza. Et maintenant en Iran. Minab est une petite ville au sud de l'Iran. Les gens de cette région, avec (…)

Les enfants, les enfants et encore les enfants. Hier en Iraq. Puis à Gaza. Et maintenant en Iran. Minab est une petite ville au sud de l'Iran. Les gens de cette région, avec leur teint foncé, comme les gens du sud de l'Iran en général, sont connus pour être très accueillants.

Kaveh Boveiri

Minab a été presque oblitérée lors des Conquêtes mongoles en 13e siècle. Le 28 février, 15 000 membres d'armée américaine à côté d'armée génocidaire d'Israël lancent un assaut visant non seulement à l'oblitération de cette ville, mais du pays dans sa totalité.

Minab est tellement petite que même l'ensemble de morgues de la ville ne peut pas simultanément disposer 165 cadavres simultanément. C'est le nombre de personnes, majoritairement des filles de six à douze ans, qui ont perdu leurs vies lors de bombardement de l'école des filles de Shajareh Tayebeh. Les sacs à dos déchirés, les feuilles de dessins déchirées, les corps déchirés. Avec elles, sont tués également 14 membres du personnel d'enseignement. Leurs corps sont déposés dans des voitures réfrigérées jusqu'au moment de l'enterrement.
Cette fois c'est le temps de sauver les enfants de l'Iran. Mais, le projet de sauver les enfants non blancs n'est pas un nouveau projet. Save-The-Children nous dit que plus que 20 000 enfants sont tués lors de 23 mois de génocide à Gaza.

Lors de l'agression économique et militaire contre l'Iraq, plus de 500 000 enfants sont sauvés, c'est-à-dire tués. À cet égard, la journaliste Leslie Stahl pose une question à Madelaine Albright,l'ambassadrice des Nations Unies de 1993 à 1997, puis la secrétaire d'État des États-Unis entre 1997 et 2001 : «  Nous avons entendu dire qu'un demi-million d'enfants sont morts. Je veux dire, c'est plus d'enfants que de morts à Hiroshima. Est-ce que le prix en vaut la peine ?  » Albright a répondu : «  Je pense que c'est un choix très difficile, mais le prix, nous pensons, le prix en vaut la peine. »

Le bombardement de l'école de Shajareh Tayebeh n'est qu'un commencement. À travers le pays, plusieurs d'autres écoles, hôpitaux, centres sportifs, même un monument de 400 ans, reconnu comme une partie de l'héritage d'UNESCO, sont également bombardés.

Et la réaction des dirigeants de pays occidentaux ? Ils se plient au boss accusé de pédophilie, entre d'autres, par Ted Lieu membre de la Chambre de représentants des États-Unis.

Et les soldats américains ? Ils sont persuadés que la guerre contre l'Iran estune partie de plan divin du Dieu, à réaliser par le même accusé.

C'est dans ces ténèbres atroces qu'un courriel sympathisant d'une personne étudiante prend un sens. Ce courriel se finit par un poème célèbre du poète iranien, Saadi du treizième siècle.

Les hommes (les enfants d'Adam) font partie du même corps,
Ils sont issus de la même essence.
Si le destin faisait souffrir l'un des membres,
Les autres n'en auraient pas de repos.
Toi qui es indifférent aux malheurs des autres,
Tu ne mérites pas d'être nommé un Homme.

Ironiquement, Saadi est né dans le même siècle de Conquêtes mongoles. Quand tous les dirigeants occidentaux non seulement indifférent à la souffrance des autres, mais ils en sont la cause et se plient, d'une manière ou l'autre, au projet génocidaire israélo-américaine, ces voix individuelles esquisse un autre horizon.

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Nos médias patinent avec Mark Carney

10 mars, par Pierre Dubuc — , ,
Mardi 3 mars, lors du panel animé par Patrice Roy sur RDI-Radio-Canada, les panélistes Louise Blais, Hélène Buzetti et Thomas Juneau ont « corrigé » l'animateur lorsqu'il a (…)

Mardi 3 mars, lors du panel animé par Patrice Roy sur RDI-Radio-Canada, les panélistes Louise Blais, Hélène Buzetti et Thomas Juneau ont « corrigé » l'animateur lorsqu'il a suggéré que le premier ministre Mark Carney avait « recalibré » en Australie sa position initiale d'appui à l'agression israélo-américaine contre l'Iran.

6 mars 2026 | tiré de l'Aut'Journal
https://www.lautjournal.info/20260306/nos-medias-patinent-avec-mark-carney

« Non ! Non ! Non ! se sont-ils exclamés. Il l'a tout simplement nuancée ». Bien plus, ils ne voyaient aucune contradiction entre son appui à l'agression et son discours de Davos.

À les entendre, ils n'ont retenu du discours que la phrase sur « la rupture de l'ordre mondial et le début d'une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n'est soumise à aucune contrainte. » Comme si le discours en était un d'approbation de cet état de fait.

Bien, au contraire, M. Carney affirmait : « Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies, et respect des droits de la personne. »

Des principes et des valeurs ouvertement bafoués dans sa déclaration d'appui à la guerre.

Nous entrons dans une période trouble. L'ordre international ne tient plus. L'ONU est mise à l'écart. C'est la loi du plus fort. Sauf quelques rares exceptions, les dirigeants occidentaux courbent l'échine devant Trump. Nos éditorialistes et commentateurs politiques essaient de nous convaincre que c'est la bonne et seule attitude à adopter.

L'ordre constitutionnel canadien

Il n'y a pas que l'ordre international qui est jugé obsolète. L'ordre constitutionnel canadien l'est tout autant. Le gouvernement Carney a adopté le projet de loi C-5 (la loi visant à assurer l'unité de l'économie canadienne), qui permet de suspendre certaines lois, notamment celles protégeant l'environnement, les droits des Premières Nations et ceux des provinces, pour permettre la réalisation de « grands travaux d'intérêt national ».

Pour éviter une possible confrontation Québec-Ottawa, le gouvernement Legault a adopté une loi calquée sur la législation fédérale.

Le bar est ouvert pour les multinationales étrangères – et même pour le Département de la Guerre américain. Elles pourront piller les ressources naturelles canadiennes et québécoises, plus particulièrement les minéraux critiques, essentiels pour l'armement.

Les projets miniers vont se multiplier et, comme l'extraction demande beaucoup d'énergie, Hydro-Québec sera mise à contribution. Et les centres de données des géants du numérique disputeront aux minières l'énergie disponible.

Les entreprises manufacturières québécoises se voient déjà refuser les blocs d'énergie nécessaires pour leur expansion ou la décarbonisation de leurs activités. Dans nos médias, leurs requêtes sont au bout du compte ignorées.

Le Québec a régressé au statut de semi-colonie.

Le projet indépendantiste réduit à un référendum

Le projet vert de transition énergétique est abandonné, remplacé par la militarisation de l'économie. Le Québec – son gouvernement, ses élites et ses médias confondus – se contente de réclamer sa part des contrats militaires. Quel beau projet de société !

Le projet indépendantiste est porteur d'une alternative écologiste, pacifiste et progressiste à toute cette dérive militaire. Mais il est réduit, par nos médias, à un « débat » sur la tenue ou non d'un référendum.

Des médias dépendants

Selon l'adage, la première victime d'une guerre est toujours la vérité. Et cette vérité déformée ne se limite pas aux champs de bataille. On la retrouve dans l'achat de matériel militaire, l'octroi de concessions minières, les projets hydro-électriques et de multiples autres domaines, dont le contenu des médias.

Ce n'est pas sans lien avec le fait que les médias traditionnels dépendent des gouvernements pour leur financement. Au Canada, les subventions gouvernementales comptent pour 35 % de la rémunération des journalistes de La Presse+, du Devoir, des Coops de l'information, du Journal de Montréal et de Québec. De plus, le gouvernement autorise La Presse+ et Le Devoir, par le biais de leurs fondations, à émettre des reçus pour déduction fiscale à leurs donateurs.

Pour une presse libre et indépendante

L'indépendance de L'aut'journal est assurée par un financement qui repose essentiellement sur les contributions de ses lectrices et de ses lecteurs. Il ne touche aucune subvention gouvernementale directe et ne recourt pas à la publicité commerciale.

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« La force fondamentale du capitalisme le pousse vers le néofascisme »

10 mars, par Romaric Godin — , ,
Dans son dernier livre, Romaric Godin revient sur les crises provoquées par la domination du capital sur nos sociétés. Il estime, dans un entretien à « Reporterre », que le (…)

Dans son dernier livre, Romaric Godin revient sur les crises provoquées par la domination du capital sur nos sociétés. Il estime, dans un entretien à « Reporterre », que le basculement néofasciste en cours en est la conséquence.

Dans Le problème à trois corps du capitalisme (éd. La Découverte, 2026), Romaric Godin, journaliste économique à Mediapart, analyse pourquoi la domination du capital dans nos sociétés ne peut qu'aboutir aux désastres que nous observons.

Le besoin d'accumulation infinie du capital le pousse dans une fuite en avant mortifère, accélérant les trois crises, économique, écologique et anthropologique [*] qui s'entremêlent et nous mènent vers le précipice. L'ouvrage, passionnant, conclut que le basculement néofasciste en cours est la conséquence inéluctable de cette impasse capitaliste, qui entre dans une nouvelle phase, autoritaire et hybridée à l'État, qu'il nomme « capitalisme d'état d'urgence ».

5 mars 2026 | tiré de reporterre.et | Photo : Romaric Godin, journaliste économique à mediapart, - Carole Lozano / La Découverte
https://reporterre.net/La-force-fondamentale-du-capitalisme-le-pousse-vers-le-neofascisme

Reporterre — Comment analysez-vous la violente campagne de diabolisation menée contre La France insoumise, depuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque ? Peut-on y voir une illustration de la radicalisation du camp du capital, que vous décrivez dans votre ouvrage ?

Romaric Godin — Complètement. On voit bien à quel point l'idée d'une gestion du capitalisme basée sur le partage et la lutte contre les inégalités, ce qui était le fonctionnement du capitalisme dans les années d'après-guerre [avec, par exemple, la mise en place de la Sécurité sociale], est devenu aujourd'hui inadmissible pour le capital.

On en a d'ailleurs vu des illustrations bien avant les évènements que vous mentionnez : dans les débats autour de la taxe Zucman, on a cherché à délégitimer Gabriel Zucman, à le présenter comme un économiste d'extrême gauche, alors qu'il en est quand même très loin. Il appartient plutôt à une école qui vise à mieux gérer le capitalisme pour le sauver…

Mais tout projet visant à limiter les inégalités est devenu inacceptable pour le capital, qui n'admet aujourd'hui plus qu'un seul débat : celui entre néolibéraux et capitalisme autoritaire. C'est-à-dire entre deux extrêmes d'un continuum capitaliste qui s'accorde sur l'essentiel : il faut tout faire pour soutenir l'accumulation du taux de profit pour les capitalistes.

Pour bien comprendre les enjeux, il faut saisir pourquoi la quête d'accumulation croissante et infinie de profits est une nécessité vitale pour le capitalisme. Comment expliquer simplement cette nécessité ?

Le besoin d'accumulation croissante et constante est ce qui différencie le capitalisme de toutes les autres formes d'exploitation et de domination. Les capitalistes n'investissent pas dans la production de marchandises pour les marchandises en elles-mêmes, mais pour produire de la plus-value, c'est-à-dire plus de capital. Le capital a pour objectif de se reproduire en s'élargissant.

Le taux de profit doit toujours être en augmentation, sinon, c'est la crise. D'une part, parce que si cette promesse d'accumulation, qui est le moteur de l'investissement, s'arrête, alors l'investissement s'arrête, il y a une panne générale du système. D'autre part, dans un contexte concurrentiel, la lutte pour amasser des parts du gâteau devient toujours de plus en plus forte car le besoin d'accumulation croît plus vite que le gâteau. Ça met sous pression les capitalistes et ça entretient ce véritable moteur du système qu'est la quête d'accumulation du capital.

Mais cette voracité provoque ses propres crises. En vous appuyant sur Marx et les économistes qui l'ont suivi, vous expliquez comment le capitalisme scie lui-même la branche sur laquelle il est assis…

Pour produire toujours plus de capital, il faut des gains de productivité permanents. C'est-à-dire produire plus avec moins de travail et donc dégager plus de plus-value. Cela passe notamment par la mécanisation de la production. Mais cela implique une tension entre la production qui peut sembler capable de se développer à l'infini et le processus de valorisation. Car l'enjeu, ce n'est pas de produire plus, mais d'augmenter en permanence le taux de profit.

Or, plus l'économie est mécanisée, plus ces machines représentent une forte masse de capitaux à investir, et plus cela rend difficile d'assurer cette croissance du taux de profit. C'est pour cette raison que dans le capitalisme tardif, les gains de productivité déclinent et que les taux de profit issus de la production classique de valeur sont sous pression permanente.

« La crise actuelle de l'économie est en réalité la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis »

Cela provoque des crises régulières. La crise actuelle de l'économie est en réalité la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis. Pour ma part, je défends l'idée que le capitalisme est en sous-régime depuis les années 1970. Pour lutter contre cette baisse tendancielle, le capital a tenté de lancer des contre-tendances favorisant l'accumulation. C'est notamment passé par la mondialisation, par la financiarisation de l'économie et l'accumulation de dettes, mais ces contre-tendances se sont complètement effondrées depuis la crise de 2008.

Les grandes dynamiques à l'œuvre un peu partout dans le monde (impérialismes, guerres et destruction de l'État social), sont-elles, pour le capital, autant de tentatives de trouver de nouvelles « contre-tendances », de nouvelles sources d'accumulation ?

Exactement. À partir du moment où le capital est en sous-régime, il ne peut plus se permettre de faire de concessions. Il entre en conflit avec tout, avec les besoins de service publics, avec les besoins humains, avec la nature. Il doit donc tenir la société sous cloche et devenir de plus en plus autoritaire. La force fondamentale qui pousse le capitalisme le pousse aujourd'hui vers une gestion autoritaire, violente, que j'appelle néofasciste.

Vous expliquez que la particularité de la crise actuelle du capitalisme est d'être dans une triple impasse. Une crise économique, une crise écologique, et une crise anthropologique [*], qui sont insolubles : tenter d'en résorber une en aggrave une autre, du moins dans le cadre du capitalisme…

On a parlé de la crise économique. La crise écologique est évidente, et vous savez bien à Reporterre à quel point le capitalisme dit vert est incapable de la résoudre. La crise anthropologique est aussi provoquée par le capitalisme.

Le corollaire du besoin permanent d'accumulation, c'est le besoin d'écouler toujours plus de marchandises. Une fois que l'essentiel des besoins des gens sont satisfaits, le capital doit donc continuer de leurs imposer de nouveaux besoins.

On voit bien, par exemple, comment un produit qui n'existait pas il y a vingt ans, comme le smartphone, est aujourd'hui devenu presque indispensable dans notre société. Guy Debord appelle cela la « survie augmentée » au sein de « la société du spectacle », qui est la forme contemporaine du capitalisme. Celui-ci maintient les individus en compétition entre eux pour satisfaire ces nouveaux besoins et atomise complètement la société.

La frénésie mondiale autour de l'intelligence artificielle peut-elle être perçue comme une tentative désespérée du capital de trouver une nouvelle source d'accumulation, et de résoudre le problème à trois corps ?

Il y a deux grandes promesses dans l'IA. La première est d'enfin réaliser une relance des gains de productivité. Notamment en mécanisant les services. Mais, d'une part, il n'est pas du tout dit que l'IA augmente la productivité. Et d'autre part, même si elle le faisait, cela ne ferait que repousser le problème et en créerait d'autres, notamment avec des déplacements d'emplois vers des secteurs faiblement productifs et des suppressions massives d'emplois.

Lire aussi : Ruée sur l'intelligence artificielle : une dangereuse illusion au service de la Big Tech

La seconde promesse, c'est celle de l'aliénation totale. L'IA générative pense à votre place, fait des choix à votre place et décide de vos besoins à votre place. Et évidemment, elle oriente ces besoins dans l'intérêt du système capitaliste. Cette double promesse de gains de productivité et d'aliénation de la société est très alléchante pour les capitalistes d'aujourd'hui.

Néanmoins, l'IA ne peut régler aucune de ces trois crises. La crise de l'emploi sera aussi une crise économique. L'usage de l'IA va aggraver la crise écologique et rendre encore plus vive la tension anthropologique causée par le capital. C'est une fuite en avant.

Dans les investissements autour de l'IA comme dans le démantèlement des services publics ou dans la montée de l'autoritarisme, on voit se dessiner ce que vous nommez « l'hybridation de l'État et du capital », c'est-à-dire un État de plus en plus contrôlé par le capital et prêt à tout pour le sauver. Cette nouvelle phase que vous nommez « capitalisme d'état d'urgence » nous entraîne-t-elle vers la guerre ?

La guerre est une contre-tendance à la baisse tendancielle du taux de profit, que le capital sait utiliser quand il en a besoin. La Première Guerre mondiale a suivi la grande dépression de la fin du XIXᵉ siècle, et la Seconde Guerre mondiale a suivi la crise de 1929. Le capitalisme s'adapte dans les crises et cherche toujours des contre-tendances.

Aujourd'hui, le réarmement n'est pas que le fruit de tensions géopolitiques mais aussi une manière pour le capital de gonfler ses profits via cette source de production industrielle. Et évidemment, plus on produit des armes, plus on est poussé à s'en servir. Cela accompagne bien la logique de plus en plus prédatrice des capitalismes nationaux, en réponse à leur difficulté croissante à accumuler via les logiques concurrentielles de marché.

« Le capitalisme ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui »

Il est important, cependant, de souligner que rien n'est inéluctable. D'un côté, le capitalisme crée lui-même les conditions de son affaiblissement mais il ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui. De l'autre côté, le pire n'est pas non plus certain. J'ai voulu montrer dans ce livre qu'il était impossible de sortir de cette triple impasse en restant dans le cadre du capitalisme. Mais il est très compliqué, depuis l'intérieur du capitalisme où nous sommes, d'imaginer un monde qui en soit libéré.

Il est impossible d'avoir une solution clé en main, ou bien il faut s'en méfier. La construction d'autre chose ne peut se faire qu'en marchant. Le dépassement du capitalisme commence par la compréhension que le capitalisme est un système total. Et par la prise de conscience de l'enjeu d'un combat total contre la centralité du capital.

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La France mobilise le Charles de Gaule, Trump et Netanyahou sèment le chaos !

10 mars, par Omar Haddadou — , ,
Décapiter l'Iran et sa velléité d'accéder à l'arme nucléaire. Défendre les territoires de captation du pétrole et les zones d'influence, tels sont les enjeux stratégiques que (…)

Décapiter l'Iran et sa velléité d'accéder à l'arme nucléaire. Défendre les territoires de captation du pétrole et les zones d'influence, tels sont les enjeux stratégiques que se disputent Trump, Netanyahou et les Européens. Le géant chinois réagit ! La France adopte une position purement défensive !

De Paris, Omar HADDADOU

D'un embrasement à l'autre !
Main dans la main, Trump et Netanyahou mettent à feu et à sang le Moyen-Orient ! Se tenant au mépris de l'ONU et de la CPI, les deux desperados de la planète imposent leur Hard power, occasionnant une déflagration de l'équilibre mondial et un second choc pétrolier, après celui de 1973, survenu à l'issue de la guerre de Kippour.

A quelles fins ? Annihiler le programme d'enrichissement de l'Uranium de l'Iran pour l'empêcher de figurer dans le club fermé des Puissances nucléaires, et dans la foulée, désarmer le Hezbollah en vue d'assurer leurs hégémonies géostratégiques et leurs quotas en or noir.
Depuis le 28 février 2026 et après l'élimination du Guide suprême Ali Khamenei, auquel succèdera l'un de ses fils, Mojtaba Khamenei, les frappent israélo-américaines passent à la vitesse supérieure, avec « l'entrée dans la danse » des redoutables B2.

Le Liban, à l'heure où nous rédigeons ces lignes, est sous un déluge de bombes, après que le Hezbollah a fait allégeance à L'Iran. Dans ce déchaînement délirant de dislocation transversale des pays musulmans en plein mois sacré, le Premier ministre de l'Etat hébreux se veut inflexible à propos de l'un de ses principaux objectifs : Eliminer le successeur du Guide Suprême et tous les Dignitaires !

Quitte à réduire la région en cendres.

Si la puissance de feu s'articule en faveur de Trump et Netanyahou, le régime des Mollahs pourra -t-il compter sur le soutien du géant chinois qui vient d'afficher son positionnement, ces dernières heures. En effet, par la voix de son porte-parole, Guo Jiakun, ce dernier déclarait, hier 9 mars, : « La Chine s'oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays, sous quelque prétexte que ce soit, et la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale de l'Iran doivent être respectées ». L'Iran se réserve le droit de riposter à travers de différents leviers dont la fermeture du détroit d'Ormuz, la pose de mines flottantes, l'usage des missiles balistiques, etc.

Le passage assure 20 % des approvisionnements des stocks mondiaux.
Poussant son cynisme hégémonique à l'extrême, Donald Trump n'a pas hésité à éructer, encore une fois, une ineptie en beuglant à la face du monde « ne pas reconnaitre le nouveau Guide suprême iranien ». Son Secrétaire d'Etat enfonce le clou en attestant que « les Etats-Unis vont atteindre tous leurs objectifs ».
Craignant un glissement dans le chaos, la France s'évertue à protéger ses intérêts dans la région en jouant la carte de l'apaisement, sans pour autant s'affranchir de l'obligation ad-hoc de montrer ses muscles et de voler à la rescousse des monarchies du Pétrodollars avec lesquelles elles a signé des accords (Qatar, Koweït, Emirats Arabes-Unis) .

Hier, à bord du porte-avions Charles de Gaule, Emmanuel Macron, mettant en exergue la Solidarité européenne et plaidant pour une Liberté de circulation calibrée, soutenait mordicus que la position de son pays est « strictement défensive ». D'où le déploiement de l'arsenal militaire dans les eaux internationales de la Méditerranée : « Nous ne participons pas au conflit. La France œuvre pour la désescalade et l'ouverture du détroit d'Ormuz ».
Sous la hantise de l'asphyxie énergétique, le G7 se réunira, dans les plus brefs délais, pour discuter de l'utilisation des stocks stratégiques. En France, les Autorités ont promis de sévir sévèrement contre les spéculateurs et les stations de service affichant des majorations excessives.
Sous d'autres latitudes, Donald Trump comme Poutine tirent profits de la détresse européenne et vendent le baril au prix dicté par la crise, (il y a quelques heures), c'est-à-dire 120 dollars !

Une première depuis 2022.

L'artisan américain de la tectonique impérialiste dévastatrice, se réjouit des ravages occasionnés avec Bibi au Moyen-Orient : « Nous pourrions détruire l'Iran en un jour. Une excursion de courte durée. Nous allons frapper beaucoup, beaucoup plus fort, si les autorités bloquent l'offre de pétrole ! Le régime est décapité. Ils n'ont plus rien. Nous avons détruit 46 navires, 5 000 cibles en dix jours. Si nous n'avions pas anéanti leur potentiel nucléaire, ils auraient déjà eu l'arme nucléaire ».

Trump n'a cure d'un embrasement qui n'impacte pas significativement l'Amérique. L'important est de ne pas froisser Netanyahou et de s'approprier un butin énergétique : Le Pétrole !
O.H

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Nouveau point sur la repression et la situation des journalistes au Burkina

10 mars, par Bruno Jaffré — , ,
Nous avions déjà alerté, en avril 2025, sur ce même blog, des multiples atteintes à la liberté de la presse au Burkina Faso depuis le putsch dirigé par Ibrahim Traoré. Nous (…)

Nous avions déjà alerté, en avril 2025, sur ce même blog, des multiples atteintes à la liberté de la presse au Burkina Faso depuis le putsch dirigé par Ibrahim Traoré. Nous faisons aujourd'hui un nouveau point.

Tiré du blogue de l'auteur.

Nous donnerons quelques informations sur les difficultés de la presse au Burkina, qui subit de nombreuses attaques sous la dictature d'Ibrahim Traoré. Et dans deuxième temps, nous donnerons des informations personnalisée sur la situation d'une vingtaine d'entre eux, certains se trouvant en grand danger. Enfin nous alerterons sur les menaces qui pèsent sur le centre de presse Norbert Zongo, resté indépendant depuis sa création, véritable lieu de rencontre, de formations, d'information des journalistes où a toujours soufflé un vent de liberté et de lutte pour la liberté de la presse. Le point précédent d'avril 2025 est à https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/290425/dix-journalistes-enleves-et-disparus-au-burkina

Quelques informations sur la presse au Burkina

Commençons par un rapide retour, sur cette riche et longue histoire de la gestation d'une presse diversifiée, après des années de combat des médias, de la société civile et de certains partis politiques.

Le 19 décembre 1998, le journaliste Norbert Zongo, était assassiné avec des armes de guerre, par des soldats du triste RSP (régiment de sécurité présidentielle), le bras armé du régime de Blaise Compaoré. Il enquêtait sur un assassinat d'un employé, torturé à mort, de François Compaoré le petit frère de Blaise Compaoré, qu'il avait livré à des tortionnaires du RSP. L'assassinat du journaliste Norbert Zongo, sonna le réveil du mouvement social burkinabè qui n'a plus cessé, jusqu'à l'insurrection de 2014, de se révolter contre le régime, obtenant, à chaque soulèvement, des avancées significatives vers un peu plus de liberté. La presse était peu à peu devenue bien plus libre qu'elle ne l'est aujourd'hui.

La dictature d'Ibrahim Traoré n'a eu de cesse de détruire la justice et la presse, depuis son arrivée au pouvoir. Ce qu'il justifie par la lutte contre le terrorisme qui ne souffrirait aucune contestation du régime. Le Conseil supérieur de la communication, organisme totalement indépendant, auparavant géré collectivement par la presse a été repris en main. Ses animateurs, choisis par leurs collègues, sont nombreux parmi ceux que nous citons ci-dessous, comme les premières victimes de la répression du régime. Plusieurs titres ont disparu, comme l'Évènement ou Bendré, les autres étant totalement muselés. Il reste deux journaux d'investigation, Courrier Confidentiel et le Reporter. Ils savent qu'il ne faut pas enquêter sur les malversations de ce nouveau régime, de plus en plus militarisé, qui part en ce moment à l'assaut de l'économie. Un des médias en ligne les plus importants, lefaso.net s'est vu intimé l'ordre de ne plus accepter de critiques du régime dans les commentaires des articles ou régnait un des derniers espaces de liberté.

La presse est restée toujours fragile financièrement. L'arrivée d'internet, si elle a multiplié les titres, n'a fait qu'augmenter le phénomène. Les médias d'État, le quotidien Sidwaya et la TNB (télévision nationale burkinabè) font exception. Transformés en instrument de propagande, grassement financés par l'État, leur fonction est de vanter les projets et réalisations du pouvoir, dont la réalité est difficile à évaluer. La plupart du temps, ils communiquent sur les zones « libérées » mais évitent les informations sur le front. Mieux, ils transforment régulièrement des défaites de l'armée en victoire, comme ils viennent de le faire lors de l'attaque de la ville de Titao, dans le nord pays, dont la presse internationale et les réseaux sociaux, se sont fait l'écho, se soldant par la mort de dizaines de soldats et de VDP (volontaires pour la défense de la patrie), souvent en première ligne. Pendant ce temps. Les réseaux, les sont envahis de vidéos illustrant la permanence d'attaque du JNIM (Al Qaïda) particulièrement actif en ce moment ou de l'EIGS (Etat islamique).

La répression n'épargne pas les réseaux sociaux. De nombreux internautes, souvent méconnus sont enlevés pour avoir fait des publications hostiles au régime, et disparaissent, laissant leur famille sans nouvelle. La peur s'est installée et peu de Burkinabè restés au pays s'aventurent à exprimer leur opposition au régime. Les opposants très nombreux sur la toile, résident le plus souvent hors du Burkina. Mais la plupart des Burkinabè expatriés restent silencieux de peur de menaces contre leur famille ou craignant de ne plus pouvoir rentrer au pays comme ils le font régulièrement.

Depuis notre dernier article, plusieurs journalistes ou chroniqueurs ayant été enlevés ont été libérés. Certains, comme plusieurs militants de la société civile, ils avaient été envoyés au front. Ce ne serait qu'une simple application d'une loi de réquisition, selon le régime, alors que de nombreux volontaires pour intégrer les VDP ne sont appelés. Les enrôlements de force, se justifieraient pour faire connaitre la réalité de la guerre, à ceux qui critiquent le régime. Pourtant il leur est interdit aux journalistes libérés, de raconter ce qu'ils ont vu, ce qui n'est autre que le rôle d'un journaliste. Tous menacés, évidemment aucun ne s'aventure à s'exprimer en public. La seule personne s'y étant essayé, le docteur Arouna Louré, médecin anesthésiste, réquisitionné de force pour aller au front en septembre 2023, libéré trois mois après, a été de nouveau enlevé pour avoir réaffirmé, dans une déclaration publique, ses critiques au régime, accompagnées de propositions alternatives pour une transition inclusive. Aucune nouvelle de lui ne sont est parvenue depuis

Voilà comment petit à petit la peur s'est installée dans le pays. Difficile d'apprécier dans de telles circonstances la réalité du soutien à ce régime.

Pour être informé de la parution des nouveaux articles de ce blog, écrivez à bj.mediapart@gmail.com

Les journalistes réprimés ou inquiétés par le pouvoir

Journalistes enlevés et portés disparus

Atiana Serge Oulon, Directeur de publication du journal L'Évènement, est enlevé à Ouagadougou le 24 juin 2024 et porté disparu. Le 20 juin 2024, le CSC a suspendu, pour une période d'un mois sur tous ses supports de publication du journal d'investigation L'Evénement suite à la publication de l'article « 400 000 000 FCFA des VDP détournés : Le capitaine BOENA s'en est allé avec son témoignage », paru dans son numéro du 10 juin 2024. L'instance de régulation des médias a ordonné à L'Evénement de supprimer sans délai l'article incriminé de tous ses supports numériques. Quatre jours plus tard, le 24 juin 2024, Atiana Serge Oulon, est enlevé, au petit matin devant les membres de sa famille, alors qu'il s'apprêtait à se rendre au procès que le journal a intenté contre Adama Siguiré pour diffamation et injure. Rejetant la sanction du CSC, le journal va saisir le Tribunal administratif de Ouagadougou. Dans son jugement rendu le 11 juillet 2024, le Tribunal ordonnera la suspension de la décision du CSC et condamnera l'instance de régulation à lui payer la somme de 500 000 francs CFA (environs 760 euros). Une décision qui ne sera pas appliquée. La remise en liberté d'Atiana Serge Oulon a été annoncée à plusieurs reprises par des activistes du pouvoir. Son lieu de détention reste inconnu, mais nous savons qu'il a été gravement torturé, risquant de graves séquelles selon des informations fiables qui nous sont parvenues. Les tortionnaires ont tenté d'obtenir les sources de son article.

Bienvenue Apiou Kouara, de radio Bagrépole FM, est enlevé le 17 juillet 2024 à Bagré, dans le centre du pays et porté disparu. Bagrépole a été créée pour accompagner le pôle de développement de Bagré, dans le centre est du Burkina, à la suite de la création du barrage du même nom. Bienvenue Apiou s'était faire remarquer en couvrant pour radio Omega, créée en 2011, les manifestations qui ont conduit au départ du président Compaoré, en 2014. Il était alors une des figures de cette nouvelle forme de journalisme, au cœur de l'action, relatant les faits en direct.

Idrissa Barry, journaliste est enlevé le 18 mars 2025 à Saaba dans les locaux de Mairie de Saaba (près de Ouagadougou), où il avait rendez-vous, porté disparu depuis. Son enlèvement est intervenu après la publication, le 14 mars 2025, d'une déclaration du Mouvement Sens (dont il est l'un des membres dirigeants) dénonçant des massacres de populations civiles à Solenzo. Il fut par ailleurs, un des initiateurs du Balai citoyen. Il a longtemps collaboré comme journaliste au mensuel MUTATIONS, dont il travaillait à la renaissance.

Mamadou Ali Compaoré, journaliste enlevé le 24 décembre 2024 à Ouagadougou et porté disparu. Ancien membre du Conseil supérieur de la communication (CSC), ancien chroniqueur médias, plutôt proche de la mouvance soutenant Blaise Compaoré, Mamadou Ali Compaoré est enlevé, devant ses proches, le 24 décembre 2024. On est sans nouvelle de lui depuis cette date.

Moussaba Sarena de Fil Infos (https://filinfos.net) et Oméga Médias, est enlevé à Ouagadougou le 10 août 2025 et porté disparu. Le 30 juillet 2025, il avait posté, sur la page facebook, d'Oméga Médias dont il était administrateur, un article (adapté d'une brève diffusée sur Radio Oméga) relatif au décès de l'influenceur burkinabè Alino Faso en Côte d' Ivoire. Cette publication, comportait le terme « junte » pour désigner les autorités burkinabè. Le Conseil supérieur de la communication avait alors décidé de trois mois de suspension pour le groupe Oméga Médias pour « propos malveillants et discourtois vis-à-vis des autorités burkinabè » le 1er août 2025. L'auteur de la brève diffusée sur les ondes de la radio, Solomane Nikiéma, est interpellé le 9 août 2025 et libéré le 10 août 2025.

Les journalistes enlevés, envoyés au front puis libérés depuis

Phil Rolland Zongo, de la radio Fémina FM, est enlevé à Ouagadougou le 23 mars 2025 et envoyé au front. Il avait lu l'Appel à la libération des journalistes enlevés lors de la clôture du congrès de l'AJB le 21 mars 2025. Il est enlevé le 23 mars 2025 et fera quatre mois d'enrôlement forcé avant d'être libéré le 21 juillet 2025.

Guézouma Sanogo, journaliste détaché à la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB), enlevé à Ouagadougou le 24 mars 2025 et envoyé au front. Président de L'AJB, l'association des journalistes burkinabè, il avait dépeint la situation des médias et des journalistes, dénonçant la chape de plomb sur eux et appelant à la libération des confrères enlevés lors de la cérémonie de clôture de son congrès le 21 mars 2025. Sur les réseaux sociaux, les soutiens du pouvoir (BIR-C NDLR : Brigades d'intervention rapide de la communication), ont procédé alors à un lynchage médiatique contre lui et appelé à son enlèvement. Il sera enlevé le 24 mars 2025 aux environs de 10H30, au CNP-NZ (Centre national de presse Norbert Zongo), et envoyé au front. Il est libéré le 21 juillet 2025 après quatre mois d'enrôlement forcé dans l'Armée pour combattre les terroristes. L'AJB a été dissoute quelques jours après.

Bakari Ouoba, Coordonnateur du CNP-NZ, enlevé quasi situation de perte d'emploi au Centre national de presse Norbert Zongo où il assure le poste de Coordonnateur. En effet, l'exécution des activités du CNP-NZ a été suspendue suite à la suspension et au retrait de certains partenaires, après la dissolution de l'AJB décrétée par le gouvernement burkinabè. Il avait aussi longtemps collaboré comme journaliste au mensuel MUTATIONS.

Luc Pagbelguem, de la télévision BF1, est enlevé à Ouagadougou le 24 mars 2025, dans ses locaux et envoyé au front. Quelques jours auparavant, il avait couvert la cérémonie de clôture du congrès de l'AJB et signé un reportage diffusé dans le JT de 19H30 du 22 mars 2025 de BF1. Il a été libéré le 17 juillet 2025, après quatre mois d'enrôlement forcé dans l'armée.

Journaliste enlevé, libéré, porté disparu depuis

Adama Bayala, journaliste, a été enlevé en pleine rue à Ouagadougou, le 28 juin 2024 à Ouagadougou. Il était journaliste en service à l'Institut des sciences et techniques de l'information et de la communication (ISTIC) et chroniqueur de l'émission « Presse écho » de la télévision BF1. Adama Bayala est par ailleurs Président du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF). Malgré sa libération dans la nuit du 16 au 17 septembre 2025, dans un état de santé critique, on est sans nouvelle de lui.

Journalistes enlevés, libérés depuis

Alain Traoré dit Alain Alain, de Oméga Médias, enlevé le 13 juillet 2024 à son domicile à Ouagadougou, par des individus armés encagoulés. Chef du Desk Langues nationales du groupe Oméga Médias, Alain Traoré dit Alain Alain, il animait aussi une émission satirique intitulée « Le défouloir d'Alain Alain ». Il a été libéré dans la nuit du 16 au 17 septembre 2024, après plus d'une année de captivité.

James Yazid Dembélé, animateur radio, enlevé à Bobo-Dioulasso dans la nuit du 12 au 13 janvier 2024. Animateur à la Radio municipale de Sya (Bobo-Dioulasso), James Yazid Dembélé est soupçonné, selon certaines sources, d'être à l'origine des fuites d'une conversation du responsable des services de renseignement avec des jeunes de la ville de Bobo-Dioulasso. Cette conversation a été publiée par la page Facebook « Henry Sebgo », le pseudonyme de Norbert Zongo, redoutée par le pouvoir qui a longuement cherché qui était derrière aurait été enlevé pour cette raison dans la nuit du 12 au 13 janvier 2024. Il a été libéré le 12 juillet2025, après six mois de captivité.

Journaliste licencié

Aboubakar Sanfo, journaliste détaché à la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) est licencié le 19 décembre 2025. Il avait échappé de peu à son enlèvement le 24 mars 2024 au Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ), contrairement à deux de ses camarades, Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba enlevés une heure plus tôt. Il rentrer alors dans la clandestinité. Afin de donner suite à un communiqué de mise en demeure de la RTB, en date du 7 mai 2025, l'invitant à reprendre service dans un délai de 10 jours, il se présente à la Directrice des ressources humaines de la RTB le 16 mai 2025. En l'absence du DG de la RTB, il laisse un courrier expliquant les raisons de son absence. Lors d'un appel téléphonique avec le DG, le 23 mai 2025, ce dernier lui signifie alors avoir demandé au Ministère de la communication de mettre fin à son détachement à la RTB. Aboubakar Sanfo exprime, le 26 mai 2025, sa volonté de se mettre à la disposition du Ministère de la Communication et remet au Ministre un courrier à cet effet. Plus de six après, il reçoit, le 20 janvier 2026, un arrêté de licenciement, signé par le Ministre de la Fonction publique, daté du 19 décembre 2025.

Journaliste victime d'une tentative d'enlèvement

Siriki Dramé, journaliste correspondant de BBC Afrique, est victime d'une tentative d'enlèvement le 10 avril 2025. Le même jour, une publication sur une page Facebook soutien du pouvoir, accuse Siriki Dramé de comploter, avec d'autres personnes, pour renverser le pouvoir en place. Le journaliste va être alors l'objet de recherches policières non officielles en vue d'une tentative d'enlèvement. Il entre en clandestinité avant de réapparaitre quelques semaines plus tard. Il semble être, de nos jours, libre de ses mouvements.

Journalistes en exil

Newton Ahmad Barry, est l'un des plus anciens journalistes du Burkina, parmi les pionniers de l'investigation. Il a connu Norbert Zongo. Après son assassinat, il intègre l'équipe de l'Indépendant, son journal l'Indépendant, en difficulté. Il démissionne alors de la RTB (radio télévision du Burkina) où il était présentateur du JT de 20 heures et grand reporter. En 2001, il est un des créateurs de l'Évènement dont il a été longtemps été le rédacteur en chef. Il est candidat à la présidence de la Transition mise en place après l'insurrection de 2014, mais n'est pas élu. En 2016, il devient Président la CENI (commission électorale indépendante), démissionnant alors de l'Évènement pour éviter les conflits d'intérêt. Dès l'arrivée d'Ibrahim Traoré, il subit de nombreuses attaques, dont des accusations de malversation, mais gagne tous les procès que lance contre lui Ibrahim Traoré Il est alors accusé de vouloir renverser le régime. Après le putsch au Niger, pour avoir défendu le président Bazoum, séquestré depuis le coup d'État. Newton Barry est accusé d'être un terroriste de la part du régime d'Ibrahim Traoré. Soumis à de nombreuses menaces, il choisit l'exil en France où vit sa femme et ses enfants. Sa famille restée au pays est alors victime de harcèlement, sa mère malade est expulsée de sa maison, ses neveux sont enlevés, torturés et disparaissent. Il écrit encore quelques articles dans l'Évènement avant qu'il disparaisse et publie de nombreux posts sur facebook très virulents contre la dictature.

Issiaka Lingani, journalistes, a été contraint à l'exil dès fin 2023. Le 6 décembre 2023, saisi par trois personnes réquisitionnées par les autorités (à savoir le journaliste Issiaka Lingani, Rasmane Zinaba et Bassirou Badjo du mouvement « Le Balai citoyen »), le Tribunal administratif de Ouagadougou a déclaré illégal l'ordre de réquisition des plaignants. Selon le Tribunal, il violait les droits à la liberté d'expression et de mouvement et qu'il représentait un risque pour l'intégrité physique de ces derniers et demandé que son exécution soit suspendue. Nonobstant cette décision de justice, l'on a assisté à des enlèvements et disparitions forcées de ces citoyens tentant de résister aux réquisitions illégales. C'est ainsi que le 2 novembre 2023, une douzaine de Burkinabè, dont un politicien, des web activistes, des leaders d'OSC et des leaders syndicaux, ont fait l'objet de réquisitions par l'Armée. Ces réquisitions ordonnaient leur enrôlement « à l'effet de participer aux opérations de sécurisation du territoire national » au sein des forces armées pour « compter du 7 novembre 2023 pour une durée de quatre mois ». Les journalistes Issaka Lingani, chroniqueur de l'émission « Presse Echos » de la chaine BF1, et Yacouba Ladji Bama, journaliste d'investigation, Directeur de publication du journal en ligne Bam Yinga, figurent sur cette liste. L'avis de réquisition de Issiaka Lingani indiquait qu'il suivrait une formation militaire de deux à trois semaines et qu'il serait déployé sur le terrain jusqu'en février 2024. Issiaka Lingani a décidé de s'exiler afin d'y échapper.

Yacouba Ladji Bama, du journal en ligne Bam Yinga, se résout à l'exil dès fin 2023. Il fait partie de la liste des personnes réquisitionnées le 2 novembre 2023, que nous avons évoqué au paragraphe précédent. Yacouba Ladji Bama, journaliste d'investigation, était l'un des journalistes les plus en vue du Burkina, ayant collaboré à diverses rédactions avant de créer son propre journal en ligne, dont il est Directeur de publication, Bam Yinga. Yacouba Ladji Bama a décidé de s'exiler pour échapper à sa réquisition forcée.

Boureima Ouédraogo, Directeur de publication du journal Le Reporter, victime de menaces choisit préféré quitter le pays en janvier 2024. Boureima Ouedraogo a été Président de la Société des Editeurs de la Presse privée (SEP) et à ce titre, un des animateurs du centre de presse Norbert Zongo.

Inoussa Ouédraogo, Directeur de publication du journal en ligne Bendre, Ce journal, l'un des premiers journaux indépendants, créé au début du régime de Blaise Compaoré s'est toujours revendiqué d'obédience « sankariste ». Il a aussi été Président de la Société des Editeurs de la Presse privée (SEP) et à ce titre animateur du centre de presse Norbert Zongo. Victime de multiples menaces, Inoussa Ouédraogo, Directeur de publication du journal Bendre a dû quitter le pays en 2023.

Lookmann Sawadogo, journaliste en exil depuis 2023. A la fin du procès de l'affaire « appel à incendier le palais du Mogho, d'une troublante affaire de projets d'incendier la palais du Mogho Naaba, le chef des Mossis du centre, où le tribunal l'a renvoyé pour fin de poursuite et au bénéfice du doute, le 7 juillet 2023, Lookman Sawadogo a choisi de s'exiler.

Menaces sur le centre national de presse Norbert - Zongo et contre les organisations de la presse et des journalistes

Depuis l'enlèvement des premiers responsables de l'AJB, la présence des Renseignements Généraux (RG) est remarquée au CNP-NZ. Des éléments y sont postés et épient le CNP-NZ et les organisations membres. Il faut ajouter à la liste de ses responsables cités plus haut, le gestionnaire, du centre Abdoulaye Diallo, producteur de film, créateur du festival ciné droit libre et de plusieurs festivals culturels. Il a dû quitter le pays après avoir reçu de nombreuses menaces.

A cela s'ajoute le retrait des principaux partenaires du CNP-NZ, privant les structures de financements et handicapant du coup les activités du centre et des structures qui l'animent.

La situation est aggravée avec la prise de mesures liberticides visant à contrôler et asphyxier les organisations de la société civile et les syndicats. En effet, avec l'adoption d'une nouvelle loi régissant les associations, la loi n° 11-2025/ALT du 17 juillet 2025 portant liberté d'association oblige les OSC, syndicats et ONG à ouvrir des comptes bancaires à la Banque du trésor pour y loger leurs ressources.

Nombreuses parmi les personnes citées laissent leur famille sans ressource. Les aides financières sont bienvenues. D'autres ayant perdu leurs emplois du fait du retrait de partenaires du centre, sont à la recherche d'emplois.

Ne pas se laisser emporter par la vague

10 mars, par Pierre Mouterde — , ,
Menaces proférées à l'encontre du Canada et du Groenland, kidnapping brutal du président du Venezuela, génocide à Gaza, et maintenant attaque du haut des airs de l'Iran (…)

Menaces proférées à l'encontre du Canada et du Groenland, kidnapping brutal du président du Venezuela, génocide à Gaza, et maintenant attaque du haut des airs de l'Iran conduisant à une guerre généralisée au Moyen-Orient : du plus loin au plus près, c'est l'impression que l'heure est à la guerre et que partout "le monde d'avant" se défait comme un château de sable sous les vagues répétées d'une marée qu'on ne pourrait plus arrêter.

Le monde d'avant ? Celui qui s'était construit dans le sillage de la défaite du nazisme et au sortir de la dernière guerre mondiale (1945), et qui au-delà des horreurs d'Hiroshima et de l'Holocauste, avait quand même donné naissance à l'organisation des Nations Unies, à la Déclaration universelle des droits humains de 1948 et avait su vaille que vaille préserver, au sein de régimes politiques dits de démocratie libérale, non seulement quelques règles de droit international non négligeables, mais aussi et surtout les aspirations toujours vivantes des classes populaires à l'égalité sociale et politique, à la fin de toutes discriminations et à un autre monde possible, post-capitaliste.

Or avec ces politiques guerrières et mafieuses de l'Oncle Sam qui prennent tout le devant de la scène, on oublie que la montée des autoritarismes, la mise en berne des idéaux démocratiques, le sourd glissement de la société vers la droite, dépendent aussi et surtout de ce qui se joue dans la société civile ainsi qu'au travers des luttes collectives qui s'y donnent. Après tout Trump a bien été élu de manière relativement démocratique par deux fois (2016, puis 2024), Tout comme Bolsonaro, Kast et Milei en Amérique latine, et probablement comme Le Pen ou Bardella aux prochaines élections présidentielles françaises si la gauche ne réagit pas à temps, .

Un péril fasciste ?

Ce qu'il faut bien appeler "le péril fasciste", ne renvoie pas d'abord à un coup de force autocratique ou à une dictature militaire, mais à l'hégémonisation de secteurs importants de la population qui séduits par les discours de l'extrême-droite sont —par peur et aveuglement, par manque d'alternatives sociales et politiques adéquates, etc.— prêts à lui faire confiance, ne serait-ce que momentanément.

C'est ce qu'en ces temps de turbulences inquiétantes, il ne faut jamais perdre de vue. Avant qu'une société soit soumise à cette fusion inédite d'embrigadement massif et de terreur généralisée ( ce qu'on appelle fascisme historique), il y a toute une période incertaine, mais décisive où l'on a encore la possibilité –comme nous le montre ce qui s'est passé à Minneapolis— d'agir et de résister, de freiner, voire de mettre un holà à cette dérive. Quelque part, rien n'est définitivement joué, aux USA, comme d'ailleurs ici au Québec.

On ne le dira jamais assez : le Québec –ne serait-ce que par la proximité géographique qu'il entretient avec son puissant voisin états-unien— n'est aucunement immunisé contre un tel danger. Et si l'indéniable glissade vers la droite qu'il connaît déjà, n'a aucune mesure à voir avec ce qui se passe aux USA, il reste que les lois récentes ou projets de loi de la CAQ, sur les syndicats, la constitution, la laïcité, tout comme l'aval donné par tant de partis à l'industrie d'armement ou aux discours anti-immigrants, ne présagent rien de bon et ne peuvent que donner froid dans le dos.

Oser faire front ensemble

En fait le grand danger pour beaucoup d'entre nous c'est, soit d'en minimiser la portée, soit à l'inverse de considérer que tout est déjà joué et qu'il n'y a plus rien à faire. Ainsi, parce que ce processus est bien réel, on peut d'indignation en sur-évaluer les traits, ou au contraire, parce qu'il reste un processus en cours, le trouver anodin. Nous enfermant dans tous les cas dans la passivité, alors qu' il reste inachevé et pourrait être inversé ou pour le moins contenu. À la seule condition qu'à gauche et dans le secteurs progressistes, nous en prenions les moyens, et surtout que nous puissions croire aux forces que nous représentons lorsque nous nous coalisons autour de mêmes objectifs. Et là, toutes les voix comptent : celles bien sûr des journalistes, chroniqueurs et personnalités politiques ; mais aussi et plus particulièrement celles des mouvements sociaux (féministes, écologistes, autochtones, etc.), des organisations sociales et populaires, des syndicats, des partis de gauche qui à leur manière peuvent faire toute la différence.

Car c'est en osant faire front ensemble, en osant tricoter de nouveaux liens plus serrés entre les uns et les autres, qu'on se rassurera, puis en goûtant à la force d'être ensemble, qu'on osera prendre les moyens adéquats pour faire bouger les choses et contrecarrer le cours si inquiétant que le Québec tout entier pourrait être tenté de prendre.

Pour ne pas être emporté par la vague, n'est-ce pas ce qu'il faut se rappeler, se dire tous et toutes ensemble ?

Pierre Mouterde
le 09 mars 2016
Auteur avec David Murray de :
Avant d'en arriver là, Essai choral sur le péril fasciste
Montréal, Écosociété, janvier 2026

Avoir les pieds sur terre

10 mars, par Dominic Lamontagne, Éditions Écosociété — , ,
Choisir de produire soi-même une grande partie de la nourriture dont on a besoin pour vivre, est-ce encore possible de nos jours ? Et si on souhaite le faire, par où commencer, (…)

Choisir de produire soi-même une grande partie de la nourriture dont on a besoin pour vivre, est-ce encore possible de nos jours ? Et si on souhaite le faire, par où commencer, combien de temps y consacrer et à quels résultats s'attendre ?

Oui, c'est possible, et ça prend moins de temps qu'on pourrait le croire, comme le démontre le paysan Dominic Lamontagne dans ce livre qui est moins un guide de jardinage qu'un guide d'autonomie élémentaire. Il partage ici tous ses secrets pour se lancer dans l'aventure et nous invite à oser la terre (et un mode de vie moins dépendant de l'argent).

Autrement dit, oui, il existe une agriculture de subsistance polyvalente, respectueuse de la Nature et surtout manuelle, qui n'est ni accablante ni rétrograde. Avec sa conjointe Amélie Dion, Dominic s'est installé dans les Laurentides, au Québec, sur une terre montagneuse, essentiellement forestière. Sans investir beaucoup d'argent et sans expérience agricole, ils ont su bâtir, lentement mais sûrement, une fermette écologique capable de leur procurer un niveau d'autonomie alimentaire enviable. Forts de leur expérience de « homesteading », ils produisent aujourd'hui plus de deux tonnes de nourriture par année (légumes, viande, œufs, lait) sur une surface d'environ 1 acre (légèrement plus petite qu'un terrain de football américain), en y consacrant 550 heures de travail à deux par année.

Au-delà de la production agricole, leur mode de vie alimente aussi une quête de sens, de savoir-faire et de savoir-être salutaire, un mode de vie qui ne les enferme pas totalement dans le cycle de l'argent et de la consommation de masse. Vous trouverez dans ce guide tout ce qu'il vous faut pour bien planifier votre projet, tout en réservant du temps pour vous, votre famille, votre carrière et vos loisirs.

« Lorsqu'on s'occupe à faire soi-même plutôt qu'à acheter l'essentiel des choses qui nous sont nécessaires pour vivre, on n'a plus besoin de gagner autant d'argent. Et quand on est moins occupé à gagner de l'argent, on gagne du temps. Oser la terre, c'est donc oser se donner plus de temps à soi-même. » – Dominic Lamontagne

En librairie le 10 mars

Dominic Lamontagne exploite une petite ferme de production vivrière avec sa famille à Sainte-Lucie-des-Laurentides et milite en faveur d'une omniculture responsable. Chez Écosociété, il est l'auteur de La ferme impossible (2015), L'artisan-fermier (2019) et de Toucher terre (2026), en plus d'être co-auteur de La chèvre et le chou (2022).

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La démocratie ne se défendra pas toute seule | Livre à paraître le 18 mars | Louis-Philippe Lampron

10 mars, par Éditions Écosociété, Louis-Philippe Lampron — , ,
*La démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Les failles légales et constitutionnelles que Donald Trump exploite aux États-Unis pour s'arroger le pouvoir existent aussi (…)

*La démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Les failles légales et constitutionnelles que Donald Trump exploite aux États-Unis pour s'arroger le pouvoir existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Il existe cependant des moyens de renforcer nos démocraties. *

Le livre *La démocratie ne se défendra pas toute seule*, du juriste et professeur de droit Louis-Philippe Lampron, paraîtra *en librairie le 18 mars* prochain. Avec une préface d'Élisabeth Vallet, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean, directrice de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand et chroniqueuse au Devoir.

En bref / Qu'est-ce qui limite les pouvoirs des premiers ministres ? Quelles échappatoires nos dirigeants peuvent-ils utiliser pour contourner les lois et nous imposer leur volonté ? Sommes-nous vraiment à l'abri des abus de pouvoir au Québec ? Le professeur de droit Louis-Philippe Lampron expose les failles des institutions démocratiques québécoises et canadiennes, tout en offrant des moyens de les renforcer.

*À propos du livre*

Selon le professeur de droit Louis-Philippe Lampron et bon nombre de juristes, la démocratie ne peut plus être tenue pour acquise. Si la seconde administration Trump multiplie les attaques frontales contre les institutions démocratiques et tente de réaliser un coup d'État légal, il serait dangereux de nous croire à l'abri d'un tel délitement institutionnel sur la foi d'un quelconque exceptionnalisme québécois ou canadien.

Abus et privilèges de l'exécutif, ligne de parti, pouvoirs d'urgence, échappatoires légales… Les failles légales et constitutionnelles que le président américain exploite aux États-Unis existent aussi dans les systèmes démocratiques canadien et québécois. Le gouvernement caquiste ne
se prive d'ailleurs pas pour en utiliser : nombreux recours au bâillon, affaiblissement de la Charte québécoise des droits et libertés, contrôle de la branche législative grâce à la ligne de parti dans un contexte de super majorité issue d'une distorsion électorale, possible imposition d'une constitution, limitation de la capacité d'action des syndicats, etc. Si ces actions sont actuellement posées dans le cadre de la légalité – ce qui a de quoi surprendre –, cela ne garantit pas qu'elles soient pour autant légitimes.

Pour éviter de revivre des crises d'octobre ou de jouer dans le même film dystopique que nos voisins du sud, plusieurs réformes et actions concrètes peuvent être menées pour renforcer nos démocraties. Ce n'est plus possible de penser que nos droits fondamentaux sont fondamentaux... parce qu'ils sont fondamentaux. Sans nous, sans pression citoyenne, l'État de droit ne suffit pas. Make democracy great again !

« *Essentiel, cet ouvrage est à la fois une ode à la démocratie, un mode d'emploi de sa consolidation, un appel à l'action. Maintenant. * » - Élisabeth Vallet


*À propos de l'auteur*

Louis-Philippe Lampron est professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). Il est l'auteur, chez Somme toute, de *Maudites chartes !* (2022) et de *En toute collégialité !* (avec Simon Viviers, 2025).

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Chez elles.Histoires de résistance au temps de la crise du logement

10 mars, par Camille Toffoli, Éditions du Remue-Ménage — , ,
Camille Toffoli | essai Isabelle Caron | illustrations Parution le 17 mars 2026 au Québec Vous avez dit hygge, nesting ou cocon meublé avec goût ? Tandis que les (…)

Camille Toffoli | essai
Isabelle Caron | illustrations
Parution le 17 mars 2026 au Québec

Vous avez dit hygge, nesting ou cocon meublé avec goût ? Tandis que les injonctions mercantiles au bonheur domestique saturent les écrans, la question du logement, elle, se dépolitise. Pour ne pas finir à la rue, la classe politique suggère d'investir en immobilier. Voilà la solution !

Face à la réalité brutale de la crise actuelle, Camille Toffoli et l'illustratrice Isabelle Caron partent à la rencontre de locataires et de chercheuses pour exposer les failles d'un marché privé qui sacrifie l'humain – particulièrement les femmes et les communautés marginalisées – sur l'autel du profit.

Entre récits de résistance contre l'embourgeoisement et exploration de modèles alternatifs, se dessine un changement radical de paradigme : déconstruire le lien entre chez-soi et propriété pour faire du droit au logement un véritable pilier féministe.

Camille Toffoli a fait paraître S'engager en amitié (Écosociété, 2023) et Filles corsaires (Remue-ménage, 2021), qui a remporté le Prix des libraires 2022. Elle est organisatrice communautaire au Comité d'action des citoyennes et citoyens de Verdun. Artiste visuelle, Isabelle Caron est médiatrice culturelle à Montréal. Toutes deux sont engagées dans la lutte pour le logement social.

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Du droit et des droits

10 mars, par Guylain Bernier, Yvan Perrier — , ,
Les juges de la Cour suprême du Canada ont tranché – à huit contre un – qu'exclure les demandeurEUSEs d'asile des garderies subventionnées est discriminatoire à l'égard des (…)

Les juges de la Cour suprême du Canada ont tranché – à huit contre un – qu'exclure les demandeurEUSEs d'asile des garderies subventionnées est discriminatoire à l'égard des femmes. Ce jugement met un terme à une longue procédure judiciaire amorcée en 2018 par une mère originaire de la République démocratique du Congo, Bijou Cibuabua Kanyinda, arrivée au Québec par le chemin Roxham avec ses trois enfants.

Que penser de ce jugement et de la réaction de certains membres de la classe politique québécoise et canadienne ? Où est la sagesse dans leur réaction nettement exagérée ? Mais est-elle réellement exagérée ? Oui ? Non ? Peut-être ?

Le jugement

La majorité des juges de la Cour suprême du Canada considère que la décision du gouvernement du Québec de limiter l'accès à un tarif réduit aux centres de la petite enfance (CPE) est discriminatoire et qu'il s'agit d'une discrimination fondée sur le sexe, ce qui va à l'encontre de l'article 15(1) de la Charte canadienne des droits et libertés[1].

La Cour d'appel du Québec avait préalablement tranché à ce sujet en précisant que ce sont principalement des femmes, parmi les demandeurs d'asile, qui se disaient empêchées de travailler faute d'avoir accès à un service de garde. À ce sujet, la juge Karakatsanis de la Cour suprême du Canada écrit ceci :

« [82] Je suis d'accord avec la Cour d'appel pour dire que, considérés dans leur ensemble, les éléments de preuve permettent de conclure de manière raisonnable que l'art. 3 RCR a un effet disproportionné sur les femmes qui demandent l'asile. Bien que tous les demandeurs d'asile se voient également refuser l'accès à des services de garde subventionnés, l'effet est différent sur les femmes. Les femmes continuent d'assumer une part plus importante des responsabilités relatives à la garde et aux soins des enfants, et l'accessibilité de services de garde abordables est directement liée à leur capacité de travailler — une réalité bien reconnue dans notre jurisprudence. Outre les éléments de preuve généraux au sujet des femmes, les éléments de preuve spécifiques sont révélateurs : chaque demandeur d'asile interrogé qui avait des enfants de moins de six ans et qui a déclaré que l'absence d'accès aux services de garde l'empêchait de travailler était une femme. » (https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/21399/index.do. Consulté le 7 mars 2026).

Mais qu'en est-il des hommes, surtout monoparentaux ? Bien que le cas soit spécifique à la condition des femmes et à une discrimination subie en raison de « l'effet différent sur elles » d'un refus à l'accès des services de garde subventionnés, et ce, pour un droit égal au marché du travail, la question précédente demeure aussi essentielle. La Charte canadienne des droits et libertés vise l'égalité de chaque personne humaine vis-à-vis les lois, le droit et les droits, ce qui signifie d'éviter les distinctions multiples avec des traitements de faveur ou de défaveur. Il y a cependant cette impression ou ce non-dit d'une inclination à vouloir corriger les erreurs du passé, au point souvent de créer un nouveau déséquilibre au profit de l'autre plateau de la balance. Cette préconception ne doit cependant pas obscurcir le jugement tenu ici, puisque le problème débattu se présentait sous une double considération : l'accès égal à un service public ainsi que l'accès égal au travail. Ainsi, l'interdiction à l'accès des services de garde subventionnés cause aussi, dans le cas traité, l'empêchement au travail. La correction du premier élément ramène à la normale la situation, voulant qu'une personne qui a le droit au travail puisse bénéficier d'outils (notamment un service de garde pour ses enfants), afin de travailler comme toute personne en âge de le faire et qui peut le faire en vertu des lois régissant le territoire québécois inclut dans celui canadien.

S'ajoute toutefois un autre élément : la personne en cause n'est pas québécoise ni canadienne, mais une demandeuse d'asile. Dès lors, la complication suivante : une demandeuse d'asile a-t-elle droit aux mêmes droits et libertés, donc aux mêmes privilèges, que la citoyenne et le citoyen possédant le statut de Québécoise et de Québécois, voire aussi de Canadienne et de Canadien ? Il importe alors de définir ce qui fait de la personne humaine une citoyenne ou un citoyen et, par la force des choses, ce qui la distingue de la personne humaine qui demande l'asile. Parce que l'accès normal à des services de garde subventionnés concerne la première. Or, la Cour suprême semble dire que l'accès au travail subordonne la citoyenneté, pour ainsi mettre en lumière une définition différente de la personne humaine ayant accès à tous les droits, libertés et services au pays, dans la mesure où ce n'est plus le statut de citoyenne ou de citoyen (de l'ordre de la nation et du politique), mais le statut de travailleuse ou de travailleur (de l'ordre de l'économie et de la force productive) qui sert à démêler le problème.

Et cette décision peut paraître ironique aux yeux des décideuses et des décideurs, dans la mesure où limiter l'accès des personnes humaines demandant l'asile aux services de garde subventionnés renforcerait l'idée des droits citoyens (comme nous le verrons dans la réaction politique de la prochaine section), mais contribuerait aussi à alléger les dépenses budgétaires au lieu de les augmenter par le besoin d'offrir un service plus étendu, alors qu'il peine déjà à suffire.

Vouloir toutefois s'en remettre à la dimension économique et donc à l'institution du travail demeure réducteur de la teneur du jugement, puisqu'il faut ajouter à la donne la dimension sociale (et humaine). Une société ne peut aspirer à se développer sans l'apport constant de nouvelles personnes, et l'institution du travail utile à l'économie ne pourrait subsister sans l'aide d'une autre, à savoir la famille. Ainsi, le jugement tient compte du fait qu'un support à la femme est un support aux enfants et à leur avenir, et ce de façon tout aussi importante que le support au travail et à l'économie. Il s'agit donc d'un bien pour l'ensemble de la société. Dans le cas qui a occupé la Cour suprême, il n'y a pas seulement une personne humaine en cause, mais plusieurs qui forment une famille et qui demandent l'asile, qui ont choisi de vivre au Canada et d'y contribuer. Et pour garantir leur intégration et leur contribution, le meilleur moyen demeure encore l'accès au marché du travail.

Reste maintenant l'épineuse question de l'immigration, qui sera bien sûr débattue plus loin.

Une victoire incontestable pour les demandeuses et demandeurs d'asile et une cuisante défaite pour les porte-parole de la droite conservatrice et réactionnaire

Les personnes humaines demandant l'asile viennent donc de remporter une victoire majeure devant la Cour suprême du Canada. Il va sans dire que ce jugement du plus haut tribunal du pays ébranle les convictions et les certitudes de certains membres de la classe politique au Québec et au Canada. Les deux candidatEs – Christine Fréchette et Bernard Drainville – qui aspirent à succéder à l'actuel chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, annoncent, dans le but explicite de se soustraire au jugement, la possibilité de recourir à la clause dérogatoire. Sous prétexte que ce jugement ne tient pas compte de la capacité fiscale du gouvernement du Québec, le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, y va à la fois d'une sévère dénonciation de ce jugement et affirme qu'il se réserve également le droit de recourir à la clause dérogatoire. Même chose du côté du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, qui en ajoute en prétendant que « (l)es demandeurs d'asile n'ont pas à avoir des services subventionnés avant les Québécois ». Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilièvre, a également annoncé qu'il s'opposait à ce jugement : « Il est temps de réparer notre système d'immigration et de mettre fin aux faux demandeurs d'asile pour protéger l'accès aux services publics pour nos citoyens » aurait-il déclaré (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme. Consulté le 7 mars 2026). Cette réaction de certains membres de la classe politique se comprend, soit pour une raison idéologique défavorable à une entrée trop soutenue de migrantEs (d'étrangerÈREs), soit en vertu d'une décision législative passée et interprétée dans un sens restrictif.

De 2018 à aujourd'hui

On se rappellera qu'en 2018 l'ancien gouvernement libéral québécois, dirigé alors par Philippe Couillard, avait décidé de réinterpréter un règlement afin de limiter l'accès aux garderies aux parents qui détiennent un permis de travail et qui sont au Québec « principalement afin d'y travailler ». S'inscrivant dans ce sillage, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), dirigé par François Legault, l'homme du supposé « bon sens » (sic) et de l'obsessionnelle capacité fiscale des contribuables, avait maintenu cette décision et décidé de se rendre jusqu'en Cour suprême pour défendre cette orientation.

Sur les places disponibles et les contraintes budgétaires

Revenons sur l'ironie économique et budgétaire. Les magistrats de la Cour suprême reconnaissent qu'il est difficile pour tous les parents d'avoir une place dans un CPE, mais rappellent aux paragraphes 99, 188 et 198, que les contraintes budgétaires ne peuvent pas justifier des atteintes aux droits garantis par la Charte. Par conséquent, pour réduire les listes d'attente dans les Centres de la petite enfance, le gouvernement devrait investir davantage pour ce service au lieu d'en restreindre l'admissibilité, point à la ligne.

Gnoses philosophiques en lien avec le contexte politique, démocratique et migratoire actuel

Osons compléter notre propos tenu plus haut au sujet de la citoyenneté, des ripostes politiques et du phénomène migratoire notamment associé aux personnes humaines demandant l'asile. Disons d'abord ceci : nous vivons à l'ère de la mondialisation. Les déplacements de population d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre, sont fréquents. Il existe donc les nationaux et les « étrangères/étrangers » dont certainEs, parmi ce dernier groupe, ont parfois le statut de demandeurEUSEs d'asile. Dans la présente ère, les pouvoirs extérieurs à l'État-nation se multiplient. La pluralisation[2] du kratos (les pouvoirs) rend le demos (ou le laos[3] pour être plus précis) inassignable[4]. Dans l'histoire politique, le « peuple », voire le peuple politique qui accompagne l'État-nation, s'entend, surgit très tardivement sur la scène. Ce n'est que depuis peu, depuis très récemment donc, qu'il est question de « We, the people »… Mais justement, qu'en est-il du « peuple » et des « droits de citoyenneté » dans la présente période où les plus riches et les personnes les plus puissantes imposent leurs choix économiques et politiques à la majorité ?

Si le processus de démocratisation s'accompagne d'une dynamique de reconnaissance par l'État-nation à ses citoyennes et citoyens de « droits » (civils, politiques et sociaux selon Marshall) et de « droits à avoir des droits », ces mouvements d'inclusion ne vont pas sans un corrélat implacable, à savoir : la production de l'exclusion. Qui dit « actif », dit nécessairement « passif ». Qui est autorisé ultimement à trancher un enjeu en matière d'effectivité du droit ? Les parlementaires ou les juges ? En cas de désaccord de la part de certainEs parlementaires face à certains jugements de la Cour, le recours à la clause dérogatoire correspond-t-il à un geste démocratique ou relève-t-il de l'arbitraire et de l'autoritarisme parlementaire sans véritable assise démocratique ?

La « démocratie contemporaine », celle issue des révolutions anglaises, américaines et françaises, a pour limite la communauté nationale et la définition restrictive de la citoyenneté et des droits de citoyenneté. Se pose dès lors la question suivante : qu'est-ce que l'humanisme universel, surtout à l'ère des mouvements de population dans la foulée des guerres destructrices de la vie et des catastrophes qui découlent des dérèglements et des changements climatiques ? Cette question capitale doit alors nous amener à entrer au XXIe siècle et à redéfinir l'identité humaine, trop souvent attribuée à une citoyenneté. Si nous avons mentionné plus haut le besoin de définir la personne humaine québécoise et canadienne, dans le sens d'une distinction par rapport à la personne humaine demandant l'asile, cela se justifie justement dans un contexte où l'identité citoyenne en particulier se définit à partir d'une appartenance politique, nationale, territoriale et culturelle. Dans ce cadre, identifier une personne humaine comme étant quelqu'un qui demande l'asile suppose la perte de son identité citoyenne, sans rien considérer du côté administratif de l'identification à l'aide de documents ou d'un passeport, mais du fait que cette personne n'a plus nulle part où aller, justifiant sa demande d'asile. Dès lors se comprend la volonté d'inclure toute personne humaine à l'intérieur d'une identité universelle, de façon à dissiper les distinctions sujettes à créer des dualités d'intolérance entre les citoyenNEs ou les natifIVEs et les étangerÈREs. Il s'agit donc ici d'une considération humaniste, moraliste, éthique et sociale, à la rigueur philosophique, qui détonne d'un pragmatisme ou d'un matérialisme calculateur et politique.

Nous cherchons ici ce à quoi pourrait bien correspondre l'antidote à un nationalisme politique borné[5]. En matière de droits aux personnes humaines demandant l'asile, nous partageons l'avis majoritaire des juges de la Cour suprême du Canada. Il n'y a pas lieu d'en faire des personnes exclues. Par contre, la sagesse veut aussi que nous reconnaissions les limites de notre capacité à les accueillir, et ce, afin d'assurer les meilleures conditions pour leur intégration, c'est-à-dire avoir un toit sur la tête, un travail valorisant et un soutien adéquat au développement des enfants.

Pour conclure

La décision de la Cour suprême du Canada en matière de droits des personnes humaines demandant l'asile aux services de garderie fait réagir férocement certainEs membres de la classe politique québécoise et canadienne. Les prétentions du gouvernement du Québec ont été déboutées et c'est ce qui met en colère certains membres clairement identifiés à des courants politiques réactionnaires ou conservateurs.

Un recul analytique et juridique nous permet de voir à quoi peut et doit correspondre la mise en application des droits fondamentaux des personnes à l'ère des mouvements migratoires importants et pleinement justifiés.

Ce sont les droits démocratiques qui s'effacent quand les dirigeantEs politiques décident de faire primer leurs orientations idéologiques et certains de leurs choix politiques ou budgétaires, sans égard pour le respect des droits fondamentaux et des décisions des tribunaux. Il ne faut pas céder devant leurs positions biaisées. Entre la suprématie parlementaire de quelques-unEs et la primauté du droit pour toutes et tous, nous optons pour cette dernière.

Entre l'État moloch ou la République universelle des droits, notre choix est celui de la reconnaissance des droits et non leur application sélective et sexiste.

Guylain Bernier
Yvan Perrier
7 mars 2026
17h15

Notes

[1] En vertu des « Droits à l'égalité : 15(1) La loi ne fait acception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques. » (https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-12.html. Consulté le 7 mars 2026).

[2] Et la multiplication des instances décisionnelles (informatiques, financières, etc.) extérieures aux États nationaux. Ce qui échappe au contrôle étatique à l'échelle internationale est nécessairement « anti-démocratique ». La société mondiale de la Tech et du Capitalisme financier, qui se définit sous nos yeux, est une société imposée par le haut (« Top-down »), par une oligarchie composée de ploutocrates.

[3] λαός (laós), signifie « peuple ». Contrairement à la croyance largement répandue, il ne faut pas confondre le laos (peuple) avec le demos (le plus grand nombre). Mono (un seul), aristo (une infime minorité) et le demos (le plus grand nombre). Manifestement, il n'y a pas que les copistes du Moyen Âge qui ont trafiqué les mots ou le sens des mots…

[4] Inassignable : adj. Qu'on ne peut assigner, déterminer avec précision.

[5] Sous-entendu implicite ici : la conception statique des droits de citoyenneté et d'accès aux services aux seuls nationaux.

Bibliographie

Castoriadis, Cornelius. 2010. Démocratie et relativisme. Paris : Mille et une nuits, 142 p.
Colliot-Thélène. 2011. La démocratie sans « Demos ». Paris : Presses universitaires de France, 213 p.
Colpron, Suzanne. 2026. Garderies subventionnées : La Cour suprême confirme l'accès des enfants de demandeurs d'asile. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-03-06/garderies-subventionnees/la-cour-supreme-confirme-l-acces-des-enfants-de-demandeurs-d-asile.php.  Consulté le 7 mars 2026.
Labbé, Jérôme. 2026. Les demandeurs d'asile doivent avoir accès aux CPE, tranche la Cour suprême : Le gouvernement pourrait toutefois invoquer la disposition de dérogation de la Charte. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme. Consulté le 7 mars 2026.
Manin, Bernard. 2012. Principes du gouvernement représentatif. Paris : Champs essais 369 p.
Poirier, Nicolas (dir.). 2015. Cornelius Castoriadis et Claude Lefort : l'expérience démocratique. Paris : Le bord de l'eau, 187 p.

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Comptes rendus de lecture du mardi 10 mars 2026

10 mars, par Bruno Marquis — ,
Sœurs volées Emmanuelle Walter Lux Éditeur a récemment publié ce bouleversant récit paru une première fois en 2014. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes (…)

Sœurs volées
Emmanuelle Walter

Lux Éditeur a récemment publié ce bouleversant récit paru une première fois en 2014. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes avaient alors été assassinées ou étaient portées disparues dans une indifférence quasi totale. (Ce chiffre scandaleux équivaudrait au Québec à 7 000 Québécoises et en France à 55 000 Françaises.) Cette enquête raconte aussi l'histoire de deux adolescentes disparues en septembre 2008 à Maniwaki, Maisy Odjick et Shannon Alexander. On se souviendra que les conservateurs en place à Ottawa refusaient à l'époque la tenue d'une enquête nationale sur le sujet. Il s'étaient aussi employés à plusieurs reprises à dénigrer le rapporteur officiel de l'ONU et l'ONU elle-même qui les presse d'enquêter sur les disparues.

Extrait :

La nuit est tombée sur le parc Nagishkodadiwin. Au micro, Bridget a demandé à Maisy et Shannon de rentrer à la maison. Les députés ont réclamé une enquête nationale sur les meurtres et disparitions de femmes autochtones - un serpent de mer, une revendication récurrente à laquelle le gouvernement Harper reste sourd. J'ai pris l'un des bus qui ramenaient les marcheurs tristes et silencieux sur le parking du Home Hardware.

Paradis sous terre
Alain Deneault et William Sacher

Ce livre demeure toujours grandement d'actualité tant le rôle du Canada n'a pas changé dans le domaine de l'industrie minière mondiale. Comme l'explique le résumé de cet essai décapant, le Canada est le refuge idéal de sociétés minières qui spéculent en Bourse et mènent à travers le monde des opérations controversées, voire criminelles. Elles y trouvent un système boursier-casino favorable à la spéculation, des exonérations dignes d'un paradis fiscal, des mesures législatives canalisant vers elles l'épargne des citoyens, une diplomatie de complaisance soutenant ses pires desseins, ainsi qu'un droit taillé sur mesure pour la couvrir à l'étranger, comme sur le front de la critique intérieure. Un livre qui nous aide, somme toute, à mieux comprendre le monde inégalitaire dans lequel nous vivons.

Extrait :

Comment en est-on arrivé là ? Un pays qui s'évertue à défendre sur la scène internationale les principes les plus vertueux qui soient, tellement qu'on a fini par le juger candide, se révèle aujourd'hui l'hôte de prédilection d'une industrie fort controversée, le secteur extractif mondial. Le Canada se présente à 75 % des sociétés minières du monde comme un pays les encadrant a minima . Ses politiques avantageuses ne font donc pas seulement la fortune des sociétés nationales, elles amènent les firmes d'autres pays du Nord à s'y enregistrer pour profiter des complaisances du régime. Ces dernières échafaudent ensuite depuis le Canada nombre de chantiers d'exploration et d'exploitation dont les torts relatifs seront occasionnés à d'autres. On ne compte plus les pays où se dressent des paysans outrés et des citoyens indignés par les projets insensés de sociétés minières canadiennes, cela au Sud comme en Europe de l'Est. Il n'est plus rare, dès lors, d'assister à des manifestations au centre desquelles des sigles canadiens se trouvent incendiés ou souillés. Le nombre de sociétés concernées par ces cas d'abus est large, les pays multiples, les allégations préoccupantes. Les autorités politiques canadiennes apportent néanmoins leur vigoureux concours à cette industrie et font d'elle leur secteur de prédilection dans la mondialisation économique.

Maria Chapdelaine
Louis Hémon

L'écrivain français Louis Hémon est mort à Chapleau en Ontario en 1913, à l'âge de 32 ans, frappé par une locomotive du Canadien National alors qu'il se dirigeait vers l'Ouest canadien dans l'intention d'y faire les moissons. Une épitaphe a été érigée à son intention dans le cimetière de la ville. « Maria Chapdelaine » est un beau roman, fort populaire, qui décrit la vie d'une famille qui s'établit sur une terre de colonisation au Lac-Saint-Jean. L'intrigue tourne autour de la jeune Maria Chapdelaine, âgée de 18 ans, et de ses trois prétendants : François Paradis, un bûcheron, Lorenzo Surprenant, un citadin des États-Unis, et Eutrope Gagnon, un colon comme son père. Ce roman servira plus tard de modèle pour inciter les colons canadiens-français à demeurer au pays ou encore à coloniser l'Abitibi.

Extrait :

Alors ils se mirent tous à parler une fois de plus de la saison qui s'ouvrait et des travaux qui allaient devenir possibles. Mai amenait une alternance de pluies chaudes et de beaux jours ensoleillés qui triomphait peu à peu du gel accumulé du long hiver. Les souches basses et les racines émergeaient, bien que l'ombre des sapins et des cyprès serrés protégeât la longue agonie des plaques de neige ; les chemins se transformaient en fondrières ; là où la mousse brune se montrait, elle était toute gonflée d'eau et pareille à une éponge. En d'autres pays c'était le renouveau, le travail ardent de la sève, la poussée des bourgeons et bientôt des feuilles, mais le sol canadien, si loin vers le nord, ne faisait que se débarrasser avec effort de son lourd manteau froid avant de songer à revivre.

Pour la révolution africaine
Frantz Fanon

« Pour la révolution africaine » regroupe les textes de Frantz Fanon publiés dans différents journaux depuis « Peau noire, masques blancs », en 1952, jusqu'à « Les damnés de la terre », en 1961. Fanon y décrit tour à tour la situation du colonisé, l'attitude de la gauche face à la guerre d'Algérie, les perspectives d'unification de la lutte de tous les colonisés et les conditions d'une alliance de l'ensemble du continent africain – d'où le choix du titre de ce recueil. On y réalise que Fanon gardait la certitude de la libération totale de l'Afrique. Aussi, son analyse et la clarté de sa vision nous aident encore aujourd'hui à comprendre la réalité africaine et les ressorts du colonialisme, puis du néocolonialisme. Il est important, je crois, de lire Fanon.

Extrait :

Le pétrole irakien a levé toutes les interdictions et actualisé les véritables problèmes. On a en mémoire les interventions violentes des forces armées américaines dans l'archipel des Antilles ou en Amérique latine, chaque fois que les dictatures appuyées par la politique américaine se sont trouvées en danger. Les Marines qui déferlent aujourd'hui sur Beyrouth sont les frères de ceux qui, épisodiquement, vont rétablir « l'ordre » en Haïti, à Costa-Rica, à Panama. C'est que les États-Unis estiment que les deux Amériques constituent un monde régi par la doctrine de Monroe, dont l'application est confiée aux forces américaines. L'article unique de cette doctrine stipule que l'Amérique appartient aux Américains, c'est-à-dire au Département d'État.

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Et si le voile n’était pas vraiment un signe religieux ?

10 mars, par Mohamed Lotfi — ,
Admettons un instant que ce foulard qu'on appelle voile islamique ne soit pas, au sens strict, une obligation religieuse formellement et unanimement prescrite. Admettons (…)

Admettons un instant que ce foulard qu'on appelle voile islamique ne soit pas, au sens strict, une obligation religieuse formellement et unanimement prescrite. Admettons qu'aucun texte ne permette d'affirmer hors de tout doute qu'il s'agit d'un commandement divin explicite comparable à la prière ou au jeûne. Nous nous retrouvons alors devant une scène délicieusement paradoxale. Des gouvernements occidentaux, au nom du principe de neutralité de l'État, décident ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. Ils tranchent là où les théologiens musulmans débattent encore. Ils définissent la nature théologique d'un tissu avec une assurance que les juristes musulmans eux-mêmes n'ont jamais affichée d'une seule voix. La neutralité de l'État consisterait-elle désormais à produire des fatwas administratives ?

Au Québec, Jean-François Roberge, ministre chargé de renforcer la laïcité, défend son projet de loi 9 au nom de l'émancipation des femmes. L'intention est présentée comme généreuse. Libérer. Protéger le principe d'égalité entre les hommes et les femmes. Mais l'ironie est saisissante. Voilà un ministre qui affirme avec aplomb que le voile est un signe religieux, alors même que le débat théologique n'a jamais été absolument homogène. Faudrait-il conclure qu'il est devenu plus musulman que les musulmans ? Plus catégorique que les exégètes ? Par décret parlementaire, l'État se hisserait-il au rang d'autorité doctrinale, celle qui consiste à connaître mieux l'intérêt des femmes que les femmes elles-mêmes ?

La question du voile, si l'on accepte de la regarder sans passion partisane, n'a jamais fait l'objet d'une unanimité absolue dans l'ensemble des communautés et des écoles musulmanes. La prière, elle, ne souffre aucune contestation sérieuse. Aucun juriste du Coran n'a osé en nier l'obligation. Elle est explicitement prescrite, répétée, ritualisée. Le jeûne du Ramadan et l'aumône légale bénéficient de la même clarté normative. Mais le voile ? Les versets invoqués, notamment dans les sourates 24 et 33, évoquent la pudeur, la décence, le fait de rabattre le khimar sur la poitrine. Ils ne décrivent ni uniforme standardisé ni insigne officiel de la foi. Ils s'inscrivent dans un contexte social précis et ont donné lieu, au fil des siècles, à des interprétations diverses.

En juin 2022, la théologienne marocaine et médecin de formation Asma Lamrabet a décidé de retirer son voile. Selon elle, « le Coran ne légifère en rien sur la nécessité d'un uniforme religieux qui serait strictement islamique. Il n'a jamais été question dans le Coran d'une quelconque obligation formelle liée à l'apparence vestimentaire. Imposer des normes vestimentaires standardisées va à l'encontre des principes du message universel et de son éthique spirituelle ». Elle est arrivée à cette conclusion après une recherche minutieuse dans le texte coranique. Elle n'est pas la seule à avoir mené cette réflexion.

Des penseurs contemporains ont insisté sur cette dimension historique et interprétative. Mohamed Arkoun rappelait que toute lecture du texte sacré est située dans le temps. Fatima Mernissi a montré comment certaines normes attribuées à la religion relèvent parfois davantage de constructions sociales et politiques que d'injonctions divines immuables.

Si aujourd'hui un consensus tend à considérer le voile comme un signe religieux, ce consensus demeure historiquement situé, circonstanciel, et dépendant d'un contexte précis. L'histoire montre à quel point ces qualifications peuvent évoluer. Dans l'Iran moderne, le même pays qui, depuis la révolution de 1979, impose aux femmes le port du voile au nom de la norme islamique avait, sous le règne de Reza Shah Pahlavi, entre 1935 et 1936, instauré par décret une politique de dévoilement obligatoire dans l'espace public. Le port du voile y était alors interdit et les autorités étaient chargées d'en faire respecter l'interdiction. Ce renversement spectaculaire rappelle que la signification religieuse, politique ou identitaire d'un vêtement n'est jamais figée. Elle se construit, se transforme et se reconfigure au gré des rapports de pouvoir et des contextes historiques.

Le voile est-il islamique ? C'est le titre d'un livre de Abdelaziz Kacem. Après le débat qui a agité la France sur cette question, ce texte nous éclaire enfin sur le contenu des deux versets coraniques évoquant le voile dit islamique et sur leur sens social inséparable du contexte de l'époque. Un sens social vieux de plus de 14 siècles et, par conséquent, destiné à être fondamentalement réinterprété.

On peut contester ces lectures. On peut les juger audacieuses, voire subversives. Mais on ne peut pas prétendre qu'elles n'existent pas. Dès lors, que signifie une loi votée dans un pays occidental qui affirme que le voile est un signe religieux indiscutable ? Elle choisit une interprétation parmi d'autres et l'érige en vérité officielle. Elle transforme un débat théologique en certitude juridique. Les femmes musulmanes, en tant qu'individus, sont libres de choisir l'une des interprétations du Coran au nom de la liberté de conscience. Mais pas l'État, pas un ministre qui ne cerne pas adéquatement le concept de laïcité et celui de neutralité religieuse.

Au Québec, on estime qu'environ 500 femmes sont directement touchées par ces dispositions. 500 femmes sommées de choisir entre leur emploi et un morceau de tissu dont la signification religieuse qui demeure historiquement et théologiquement discutée. L'ironie atteint son comble. On prétend renforcer la laïcité en tranchant une querelle d'exégèse.

On peut défendre la laïcité. On peut souhaiter un État strictement neutre. Mais encore faut-il reconnaître le vertige de l'ironie de la situation. Au nom de la neutralité, on adopte une position doctrinale. Au nom de la liberté, on contraint. Au nom de l'émancipation, on exclut.
Alors, et si le voile n'était pas un signe religieux au sens où on l'entend dans les lois ? Et si la certitude affichée n'était qu'une simplification commode ? Dans ce cas, l'histoire retiendrait peut-être qu'à une époque donnée, un ministre chargé de la laïcité aura défini avec plus d'assurance que les théologiens eux-mêmes ce que Dieu exigeait des femmes musulmanes.

Le plus étrange, dans ces débats interminables sur le port du voile, est peut-être ailleurs. On évacue presque toujours la crise géopolitique et civilisationnelle qui a donné naissance au phénomène contemporain du voile. Comme si elle n'existait pas. Comme si ce tissu était apparu spontanément, détaché des secousses de l'histoire. Quand ma mère et ma grand-mère portaient le voile dans leur jeunesse, ce n'était pas pour des raisons religieuses. C'était une coutume, une manière d'habiter l'espace social, parfois un simple prolongement du vêtement traditionnel. Personne n'y voyait un manifeste théologique. Personne n'en faisait un étendard identitaire. Dans l'histoire, le port du voile dépassait non seulement largement le monde musulman, il dépassait même celui des femmes.

Faites l'effort d'imaginer deux secondes. Allons-y pour dix. Si, par une sorte de miracle diplomatique, les guerres du Moyen-Orient disparaissaient. Si cette région du monde retrouvait soudainement la paix, une économie stable, des indépendances consolidées, des sociétés confiantes en leur avenir, souveraines de leurs économies. Pourquoi alors ses peuples, du moins une partie, éprouveraient-ils le besoin pressant de se distinguer, de marquer leur différence, d'ériger des signes identitaires en remparts symboliques ? Ce que j'essaie de dire est simple. Le monde obéit à des constructions où nos guerres et nos crises définissent nos comportements. Les replis identitaires ne tombent pas du ciel. Ils sont des réponses, parfois maladroites, parfois instrumentalisées, à des blessures bien réelles. Nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, responsables de ces guerres et de ces crises. Et nous sommes tout aussi responsables d'apporter des solutions. Ce n'est certainement pas en durcissant les lignes de fracture, en nourrissant les crises civilisationnelles, que nous contribuerons à les apaiser.
À la lumière de cette réflexion, ce qui se cache derrière le projet de loi 9 du gouvernement de la CAQ relève peut-être moins d'une volonté sereine de renforcer la laïcité que d'un réflexe de protection face à une identité et à une civilisation que l'on a, au fil des années, savamment diabolisées. Comme si la laïcité a été conçue spécialement contre l'islam. La peur a ceci de particulier qu'elle se déguise volontiers en principe. On parle de neutralité. On invoque l'égalité. On brandit la laïcité. Mais sous le vernis juridique affleure parfois une inquiétude plus profonde, celle d'un monde perçu comme étranger, menaçant, irréductible. Un monde dont les crises sociales, politiques et économiques ne sont pas sans liens avec des volontés de dominations et d'exploitations étrangères.

Il y a là une crise civilisationnelle qui dépasse largement un morceau de tissu. Elle traverse les discours, les plateaux de télévision, les campagnes électorales. Elle oppose des imaginaires plus qu'elle ne règle des problèmes concrets. Le voile devient le théâtre d'une angoisse collective. Il concentre des tensions qui ne sont pas nées dans une salle de classe ni dans un bureau de fonctionnaire. Il porte le poids symbolique de conflits géopolitiques, d'attentats, de migrations, de replis identitaires réciproques. Et l'on prétend régler tout cela par un article de loi.

Ce projet n'a alors plus grand-chose à voir avec les principes fédérateurs et rassembleurs de la laïcité. La laïcité, dans son esprit originel, visait à protéger la liberté de conscience, à empêcher l'État de privilégier une religion, à garantir un espace commun où croyants et non-croyants puissent coexister. Elle n'était pas conçue comme un instrument d'exclusion, encore moins comme un outil de stigmatisation. Elle était un rempart contre la domination d'une foi sur les décisions politiques, non une arme dirigée contre des minorités.

Il n'est pas anodin de constater que ce sont aujourd'hui des gouvernements de droite et d'extrême droite qui se sont accaparé le thème de la laïcité. Ce principe fondamental de la démocratie, historiquement porté par des courants progressistes soucieux d'émanciper l'individu des tutelles religieuses, se retrouve brandi par des mouvances identitaires qui en font un marqueur culturel. La laïcité cesse alors d'être un cadre juridique neutre pour devenir un drapeau. Et lorsqu'un principe devient drapeau, il sert moins à rassembler qu'à distinguer, diviser.

Certaines gauches auraient sans doute intérêt à faire un examen de conscience. En abandonnant le terrain de la laïcité, elles ont laissé s'installer une lecture défensive et identitaire du concept. En renonçant à en rappeler la vocation inclusive, elles ont permis qu'il soit redéfini comme un instrument de contrôle du corps et de l'apparence de l'autre. Or faire de l'autre un objet d'exclusion n'a jamais consolidé une démocratie. Cela l'a fragilisée.

Si la laïcité doit être défendue, qu'elle le soit pour ce qu'elle est. Un principe de liberté. Un espace commun. Un pacte de coexistence. Non un miroir de nos peurs. Non une réponse hâtive à des crises géopolitiques qui nous dépassent. À force de vouloir se protéger d'une identité fantasmée, on risque surtout d'abîmer la nôtre.

Ma conclusion est une question que j'adresse directement à Jean-François Roberge. Croyez sérieusement renforcer la laïcité au Québec en vous comportant comme plus musulman que les musulmans ?

Mohamed Lotfi
3 mars 2026
Post-scriptum

Je suis conscient que ce texte dérangera sans doute celles et ceux qui ont une position arrêtée, pour ne pas dire figée, sur la question du voile. Mon intention n'est pas de provoquer, encore moins de heurter. Elle est de déplacer le regard. Ces réflexions naissent précisément du désir de sortir le débat de son carcan idéologique et dogmatique. Je ne prétends pas détenir une vérité définitive. Je cherche simplement à interroger, à nuancer, à complexifier ce qui est trop souvent réduit à des certitudes commodes. Seule la recherche du bien commun guide ma démarche. Si je partage ces lignes, c'est avec l'espoir d'élargir les horizons, d'introduire un peu d'air dans un débat saturé, et, peut-être, de contribuer à faire tomber quelques murs. Mes réflexions découlent de mes nombreux échanges avec de nombreuses femmes musulmane sur le port de leur voile. Très souvent les raisons de le porter ou d'arrêter de le porter, dépendent de circonstances personnelles. Souvent, les décideurs politiques manquent totalement de perspectives historiques avant de voter des lois. C'est un défaut impardonnable.

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La double angoisse exitentielle

10 mars, par Jean-François Delisle — , ,
Benjamin Netanyahou, premier ministre d'Israël, résume bien un sentiment répandu dans son pays quand, en essayant de légitimer l'agression de son pays et celle de Donald Trump (…)

Benjamin Netanyahou, premier ministre d'Israël, résume bien un sentiment répandu dans son pays quand, en essayant de légitimer l'agression de son pays et celle de Donald Trump contre l'Iran, en invoquant l'ambition présumée du régime des mollahs de se doter de l'arme nucléaire, ce qui constituerait une menace mortelle contre l'État hébreu. Il fait référence à la « justification » suprême en la matière : l'angoisse existentielle qui tenaille la société israélienne devant cette possibilité.

Les tenants de cette thèse n'ont pourtant présenté aucune preuve convaincante de l'existence d'un processus de fabrication de l'arme nucléaire par Téhéran. Le président américain Donald Trump s'embrouille, comme d'habitude dans ses explications et justifications au sujet des bombardements aériens israélo-américains sur l'Iran. Il ne fait aucun doute que le gouvernement iranien et sans doute une bonne partie de son opinion publique détestent l'État hébreu. Peut-on pour autant en conclure que la direction iranienne (largement décimée par les récentes frappes aériennes) projetait d'acquérir l'arme nucléaire en vue d'éliminer l'État hébreu ? Rien n'est moins sûr.

Tout d'abord, Israël est lui-même une puissance nucléaire. Tout gouvernement qui utiliserait des missiles nucléaires pour le frapper s'exposerait à une riposte foudroyante. Même si l'on tient compte du fanatisme religieux et politique des strates dirigeantes iraniennes, risqueraient-elles l'existence même de leur pays pour détruire l'ennemi héréditaire ? À moins d'être animés par un fanatisme suicidaire, les dirigeants iraniens (présents et futurs) éviteront ce genre d'initiative où ils seraient les premiers perdants.

« L'angoisse existentielle » de type paranoïaque caractérise une bonne partie des citoyens et citoyennes israéliens s'explique par un long passé de persécutions et par les guerres qui ont marqué périodiquement leurs relations avec les peuples arabes avoisinants depuis la fondation de leur État, en particulier contre les Palestiniens et Palestiniennes.

Précisément, à ce sujet, ceux-ci éprouvent eux aussi une peur existentielle justifiée devant la politique agressive de colonisation du gouvernement israélien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. L'extension des colonies de peuplement juives atteint aujourd'hui 42% du territoire ; 800,000 colons israéliens vivent au milieu de trois millions de Palestiniens, dépossédés de presque tout. Le gouvernement hébreu exerce un contrôle total sur cette portion considérable de la Palestine, et ce n'est pas terminé ; tout ceci sans même mentionner l'occupation militaire israélienne. On doit aussi faire référence au blocus imposé par Israël à Gaza et les souffrances intenses qui en résultent pour les Gazaouis.

Israël menace donc plus véritablement l'existence même de la nation palestinienne que l'Iran n'est en mesure de le faire pour l'État hébreu. Sans doute la classe politique israélienne se rend-elle compte qu'elle devra un jour rendre aux Palestiniens une partie de leur territoire, mais en s'efforçant que ce soit le moins possible. L'expansion territoriale israélienne au détriment du peuple palestinien (dont la cause est sacrée pour les opinions publiques arabes, à juste titre) représente le véritable empêchement de la pacification (même relative) de la région.

L'angoisse existentielle loge donc des deux côtés de la barricade israélo-palestinienne.

Jean-François Delisle

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