Recherche · Dossiers · Analyses
Toujours au devant

Les médias de gauche

Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

Derniers articles

À Jacmel, le centenaire de René Depestre s’ouvre sous le signe de la culture et du numérique

Jacmel, Haïti — La ville de Jacmel a accueilli le 17 avril 2026 le lancement officiel des célébrations du centenaire de René Depestre, figure majeure de la littérature (…)

Jacmel, Haïti — La ville de Jacmel a accueilli le 17 avril 2026 le lancement officiel des célébrations du centenaire de René Depestre, figure majeure de la littérature haïtienne et francophone. Organisé par la Grenadiers Foundation, l'événement a pris la forme d'une commémoration hybride, mêlant à la fois hommage littéraire, innovation technologique et participation citoyenne.

Par Smith PRINVIL

D'une part, loin d'un format traditionnel, l'activité a privilégié une approche immersive visant à réactiver la mémoire de l'écrivain. En effet, poète de l'exil, des révolutions et des identités diasporiques, Depestre demeure une référence essentielle dans les réflexions sur les héritages coloniaux et les trajectoires culturelles du XXe siècle.

D'autre part, le moment central de la journée a été la présentation d'une intelligence artificielle baptisée H.E.S.T.E.R., qui a particulièrement retenu l'attention du public. Conçue par de jeunes développeurs haïtiens, cette technologie propose une exploration interactive de la vie et de l'œuvre de l'auteur. Ainsi, selon les organisateurs, l'objectif est de diversifier l'accès à la littérature sans se substituer à la lecture, notamment auprès des jeunes générations.

Par ailleurs, l'activité a intégré plusieurs dispositifs participatifs, notamment des concours d'écriture, une fresque murale, des quiz culturels et des échanges ouverts avec le public. Dans cette continuité, la Grenadiers Foundation a annoncé un projet éditorial intitulé « 134 articles en 134 jours », destiné à prolonger la réflexion autour de l'héritage de Depestre bien au-delà du lancement officiel.

En outre, des performances artistiques ont ponctué la soirée, avec des lectures et des interprétations de textes de l'auteur. Celles-ci ont mis en lumière le rôle central de l'oralité dans la tradition culturelle haïtienne, mais aussi dans la transmission vivante de la poésie.
Enfin, dans un contexte national marqué par des défis sociaux et institutionnels persistants, cette initiative s'inscrit dans une volonté plus large de faire de Jacmel un espace d'expérimentation culturelle. En articulant patrimoine littéraire et outils numériques, les organisateurs cherchent ainsi à renouveler les formes de transmission et de circulation du savoir.

En conséquence, ce lancement marque le début d'une série d'activités prévues sur la durée du centenaire, pensée non comme une simple commémoration ponctuelle, mais comme un processus continu de mise en valeur de l'œuvre de René Depestre et de son actualité.
À souligner que cette initiative s'inscrit dans une dynamique portée par le diplomate Evence Jean-Louis, identifié comme le principal instigateur de ce mouvement, dont la vision et l'impulsion ont joué un rôle déterminant dans la concrétisation de cette démarche culturelle.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Open windows

5 mai, par Zaz Pitit Dessalines — , ,
De ma fenêtre je vois disparaître de mon champ de vision, à des kilomètres, les racines de mon mal‑être. De ma fenêtre je vois renaître dans mes fragiles paramètres les (…)

De ma fenêtre
je vois disparaître
de mon champ de vision, à des kilomètres,
les racines de mon mal‑être.

De ma fenêtre
je vois renaître
dans mes fragiles paramètres
les timides bourgeons de mon bien‑être.

De ma fenêtre
je sens, quand la lumière pénètre,
chaque centimètre
de mon thermomètre.

De ma fenêtre
je sens monter le baromètre ;
je ne ressens plus le besoin de me soumettre
aux dictats du nanomètre.

De ma fenêtre
je veux me commettre,
manifester dans la cour des grands maîtres,
laisser éclore mon mal‑être.

De ma fenêtre
je veux croire, de tout mon être,
qu'on puisse croître ensemble et se promettre
de faire disparaître le paraître,
pour qu'on puisse enfin ÊTRE.

Zaz pitit Dessalines

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Pacifisme toxique

Dans le cadre du projet « Décoloniser les cultures du souvenir », Sinistra per l'Ukraina a lancé une série d'entretiens et d'articles avec des activistes antiautoritaires sur (…)

Dans le cadre du projet « Décoloniser les cultures du souvenir », Sinistra per l'Ukraina a lancé une série d'entretiens et d'articles avec des activistes antiautoritaires sur le colonialisme, la culture du souvenir des camarades tombé·es au combat, le militantisme en temps de guerre et la coopération internationale. Dans le contexte de la guerre à grande échelle en Ukraine, nous tentons de réfléchir à l'actualité sous l'angle de la construction d'une culture du souvenir durable. La première publication est un entretien avec Mira, une militante de Solidarity Collective, qui organise des initiatives à l'échelle internationale et partage son expérience de la résistance antiautoritaire.

27 avril 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/27/pacifisme-toxique-un-entretien-avec-mira/

Commençons par une question : qui es-tu, et comment te décrirais-tu ? Quel est ton rôle dans Solidarity Collectives ?

Je m'appelle Mira, je fais partie d'ABC Kyiv et de Solidarity Collectives et je suis l'organisatrice du festival Good Night Macho Pride, qui est actuellement suspendu mais qui, je l'espère, reprendra un jour.

Je travaille au sein du département médias de Solidarity Collective. J'organise des événements avec des camarades de différents pays, j'anime des discussions, je négocie des soutiens pour notre collectif, je vends des produits dérivés et je collecte des dons. J'explique aussi à celles et ceux qui ne comprennent pas, voire qui sont parfois en désaccord, pourquoi nous sommes déterminé·es à soutenir l'Ukraine dans cette guerre. J'explique ce qui motive nos camarades qui se battent et pourquoi tous ceux et toutes celles qui luttent pour des avancées démocratiques — militant·es de gauche, anarchistes, antiautoritaires — pourquoi nous devons désormais soutenir l'Ukraine.

Environ combien d'initiatives as-tu contribué à organiser au fil des ans ?

Plus de 200, je ne sais pas exactement combien.

Y a-t-il une tendance qui se dégage dans la façon dont les personnes qui assistent à vos conférences perçoivent l'Ukraine ? Ces personnes viennent-elles avec beaucoup d'empathie ou avec des discours de propagande conservateurs, par exemple ? Existe-t-il un schéma commun ?

La plupart des gens ne savent rien de l'Ukraine ni de cette guerre. Beaucoup sont des jeunes qui vivent loin de la guerre et en ont, bien entendu, entendu parler, mais on ne peut pas dire qu'ils et elles savent vraiment quoi que ce soit. Il y a des personnes qui nous soutiennent très activement depuis toutes ces années. Elles organisent elles-mêmes des initiatives de soutien à l'Ukraine et parlent même de nous dans certains pays. Ensuite, il y a une minorité – disons que dans une salle de 50 personnes, elles ne sont généralement pas plus de deux – qui répète simplement la propagande russe et qui, malheureusement, y croient sans réserve.

Elles commencent généralement leurs phrases par « Je ne soutiens pas Poutine, mais… ». C'est après ce « mais » que les portes de l'enfer s'ouvrent. Je pense que la propagande russe diffère d'un pays à l'autre ; le « whataboutisme » [NdT. Sophisme visant à dévier une critique par des références à d'autres griefs réels ou présumés] diffère par conséquent lui aussi. Il y a également une autre critique classique : « Les anarchistes ne devraient pas être dans l'armée ! » Je leur réponds qu'il y a des exceptions et qu'historiquement nous ne sommes pas les premier·es, et que nous ne serons certainement pas les dernier·es à le faire. Mais certaines personnes refusent de voir la réalité et pensent de manière très sectaire, comme si elles étaient des anarchistes dans le vide. Pour elles, il existe des règles qui ne peuvent être enfreintes, même si le monde bascule.

D'autres s'interrogent sur les nationalistes, mais, en réalité, leur présence a considérablement diminué au cours de l'année écoulée. Je pense qu'elles ont enfin compris que ce sont des personnes très différentes qui se battent. Oui, il y a des nationalistes, mais il y a aussi beaucoup d'autres personnes.

D'autres encore s'interrogent sur ce petit collectif marginal qui s'appelle Assembly [NdT. A propos d'Assembly, on peut se reporter à cet interview initialement parue dans le journal de la Fédération anarchiste italienne. Y est développée une critique virulente des groupes libertaires ukrainiens partie prenante de la résistance à l'armée russe] et qui n'est pas du tout actif en Ukraine. De toute évidence, ce n'est pas un véritable collectif travaillant « sur le terrain », car il n'y a aucune information sur ce que font ces gens en Ukraine. Il n'y a que leurs interminables textes.

Je crois que si un collectif anarchiste ne fait rien, ce n'en est pas un, ce sont des imposteurs. Si c'est un collectif, il doit faire quelque chose. Si ce sont des anarchistes, elles et ils doivent agir. Et si elles et ils n'agissent pas, mais se contentent d'exprimer des « opinions »… Que peut-on en dire alors ?

Les gens posent des questions à leur sujet parce qu'il est important pour les « antimilitaristes » de trouver au moins un groupe qui se fasse l'écho de leurs opinions. Si vous allez en Grèce, en Italie ou en Espagne, on vous interroge sur le 2 mai [NdT. Le 2 mai 2014, environ 2 000 personnes rassemblées pour participer à une marche pacifique « Pour l'unité de l'Ukraine » ont été attaquées par un groupe pro-russes. Après des affrontements et la mort de deux militants pro-européens (abattus par balle), 300 partisans pro-russe se sont barricadés dans le bâtiment des syndicats. Les deux camps se sont affrontés avec des cocktails Molotov, provoquant un incendie à l'intérieur du bâtiment, au cours duquel 48 militants pro-russes sont décédés. L'origine de l'incendie est encore discutée] — c'est sans doute l'un des sujets de prédilection des « pacifistes » locaux qui racontent que des syndicalistes ont été tué·es pour leur appartenance à un syndicat, ce qui est une pure absurdité.

Les mêmes prétendent également que les habitant·es du Donbass aspirent à l'émancipation, ce qui est loin d'être vrai. Elles et ils ne cessent de répéter tous ces clichés dépassés. Les stéréotypes y sont omniprésents ; elles et ils pourraient taguer un « Z » à l'entrée d'un événement — tout peut arriver. Cela dépend donc vraiment du pays. Mais je dirais que c'est moins un problème aujourd'hui. Nous les intéressions davantage la première année de la guerre.

Aujourd'hui, ces gens s'efforcent davantage d'organiser leurs propres événements et de promouvoir l'idée que l'Europe est en train de se militariser et qu'il faut empêcher la militarisation de l'Europe et désarmer immédiatement. Je pense qu'elles et ils ont également compris que me crier dessus et se comporter comme des brutes ne leur vaut pas l'acceptation de la communauté locale, ce n'est donc pas dans leur intérêt. C'est pourquoi ces groupes ont changé de stratégie pour se rendre plus sympathiques aux yeux des habitant·es.

Qualifierais-tu cela de pacifisme toxique ?

Waouh, c'est bien vu ! Eh bien, il y a ce schéma récurrent où un homme m'interpelle en criant. C'est généralement un homme blanc de plus de 40 ans. Alors que la société prône la tolérance sur bien d'autres sujets, ces personnes ont l'impression de pouvoir dire tout ce qu'elles veulent à l'occasion de nos initiatives. Encore une fois, cela dépend du pays, mais dans de nombreux endroits, les « pacifistes » ont reproché aux Ukrainien·nes d'être responsables de la guerre. Beaucoup restent les bras croisés et observent calmement, alors qu'elles seraient indigné·es par une telle culpabilisation des victimes dans d'autres situations.

Existe-t-il un pacifisme raisonnable ? Existe-t-il une position pacifiste qui témoigne de la solidarité avec l'Ukraine ?

Je me considère comme une antimilitariste radicale. Je suis contre la guerre, je n'aime pas la guerre. Je pense que nous, ici, savons bien mieux ce que signifie détester la guerre que tous ces gens qui se disent antimilitaristes en Europe. Nous sommes les vrais antimilitaristes : nous voulons que la guerre cesse. C'est pourquoi certain·es de nos camarades se sont engagé·es dans l'armée — pour faire partir la Russie de ce territoire et mettre fin à la guerre.

Tout dépend vraiment de l'interprétation que l'on donne au pacifisme et à l'antimilitarisme. Si l'on prend le pacifisme dans son sens classique, alors je ne comprends pas vraiment à quoi il sert pour les anarchistes. Désolée, mais on n'obtient pas justice simplement en demandant gentiment. Ce n'est pas seulement une question de guerre, c'est une question qui concerne tous les aspects de la vie.

Dans quelle mesure penses-tu que l'opinion et les mouvements anarchistes occidentaux reproduisent une pensée impérialiste marquée par le « campisme » plutôt que la logique coloniale elle-même ? En d'autres termes, manquent-ils d'une vision réflexive et décoloniale du monde ?

Je pense que Donald Trump leur permet de croire plus facilement que « tout n'est pas si simple ». En 2022, le principal reproche qui nous était fait concernait l'OTAN. Aujourd'hui, ils ont cessé d'en parler et trouvent de nouveaux arguments. Mais là encore, cela dépend beaucoup du pays. Je ne sais pas pourquoi, aux Pays-Bas par exemple, je n'ai rencontré personne qui voyait les choses en noir et blanc, refusant de nous aider ou nous dénigrant. Mais ensuite, on prend le train pour la partie francophone de la Belgique, et là, on constate une situation différente, avec davantage d'indifférence et d'agressivité. Il est intéressant de voir comment cela est lié à la langue et aux langues dans lesquelles la propagande russe a été traduite. Je pense que c'est là que réside le problème. Cela dit, je ne peux pas dire que je sache exactement comment cela fonctionne.

Il existe des pays où il est très difficile de dépasser cette dualité. C'est pourquoi nous nous retrouvons dans une situation étrange où l'on comprend que l'occupation de Gaza est une mauvaise chose, mais où, pour une raison quelconque, l'occupation de Louhansk ne semble pas si grave. Malheureusement, même à gauche, on a tendance à considérer les Ukrainiens et les Russes comme un seul et même peuple [NdT. C'est d'ailleurs ce qu'affirme Poutine].

Par exemple, en Allemagne, on me parle presque à chaque fois des « bons Russes » que des camarades connaissent. Je connais moi aussi des Russes tout à fait honnêtes. Je ne comprends simplement pas pourquoi ces camarades tiennent tant à partager cette information. Ils ne parleraient pas d'emblée à un·e Kurde des bons Turcs ni à un·e Palestinien·ne des bons Israéliens. Pourquoi nous traitent-ils ainsi ?

Je pense que le problème vient du fait que nous passons souvent pour une sorte de peuple de l'Est qui s'est disputé pour une raison quelconque. Elles et ils ne connaissent presque jamais notre histoire. Par exemple, on a beaucoup parlé du conflit israélo-palestinien, et c'est un sujet d'actualité depuis de nombreuses années. C'est un peu plus facile avec les Kurdes, qui n'ont pas d'État, donc qui ne semblent pas sympathiser avec l'État, bien qu'il y ait eu de nombreux problèmes similaires de leur côté, tant au sujet de l'OTAN que du nationalisme. Mais dans notre cas, il est étrange qu'on ne sache rien de ce conflit, de l'histoire de l'Ukraine et de l'histoire de la Russie qui y est liée. Pourtant, l'idée courante est que nous nous sommes disputé·es d'une manière ou d'une autre et que nous devons nous réconcilier.

Une opinion marginale…

À l'occasion d'une initiative organisée avec nos camarades en Allemagne, qui nous soutiennent et nous fournissent régulièrement de l'aide humanitaire, j'ai discuté avec ces camarades, qui sont « de notre côté ». Leur réponse a été : « La seule chose qui nous pose probablement problème, c'est le nationalisme d'une grande partie de la population ukrainienne ». Je leur ai demandé : « Qu'entendez-vous exactement par nationalisme en ce moment ? » Réponse : « Eh bien, c'est la haine envers les Russes. »

Je leur ai alors raconté que ma grand-mère avait été emmenée dans un camp de travail pendant la Seconde Guerre mondiale et forcée de travailler comme une esclave en Allemagne pendant quatre ans. Même sur son lit de mort, je pense qu'elle les détestait encore — elle ne s'est jamais débarrassée de ce sentiment. Je leur ai demandé : « Considérez-vous ma grand-mère comme une nationaliste parce qu'elle détestait les Allemands ? » Leur réponse a été : « Non, c'est la haine des opprimé·es ». J'ai dit : « D'accord, mais en quoi est-ce différent de la haine des Ukrainien·nes envers les Russes aujourd'hui ? » Ce à quoi ils ont répondu : « Oh, eh bien, ça pourrait être différent ! »

C'est étrange que ce rapprochement ne se fasse pas. C'est comme si on ne pouvait pas établir ce lien, alors que la situation est très similaire. Ma grand-mère a également survécu à l'Holodomor et a ensuite été contrainte par le pouvoir soviétique de travailler en Pologne, juste après son enfermement dans un camp allemand. Je ne pense pas qu'elle aimait beaucoup les Russes non plus.

Racontes-nous ce dont ta famille se souvient de la Seconde Guerre mondiale et de l'Holodomor, et comment ces expériences ont façonné ta vie et celle de ta famille.

Ma grand-mère m'a beaucoup raconté car je n'ai connu aucun des membres de ma famille qui ont combattu pendant la guerre. Ils sont malheureusement morts prématurément. Un de mes grands-pères est mort alors qu'il avait une cinquantaine d'années des suites des blessures reçues pendant de la Seconde Guerre mondiale et de celles qu'il avait subies avant sa capture ; les soins médicaux étaient pratiquement inexistants dans le camp de concentration.

Mon autre grand-père est mort d'un cancer moins d'un an après la catastrophe de Tchernobyl, ce qui, en principe, fait aussi partie, pour moi, de l'expérience coloniale. Les Ukrainien·nes ont été maintenu plusieurs jours dans l'ignorance de la catastrophe. On les a laissés là sans pouvoir partir, sans rien faire pour réduire les dommages que Tchernobyl avait causés à leur santé. Il est très difficile de dénombrer les victimes car beaucoup sont décédées en Ukraine dans les années qui ont suivi la catastrophe ne sont généralement pas considérées comme des victimes de Tchernobyl.

Outre les récits de ma grand-mère, il y a d'autres souvenirs, comme une carte envoyée depuis le camp : elle avait réussi à soudoyer un policier allemand pour qu'il l'achemine à sa mère. Je possède cette carte postale ainsi qu'une photo prise au camp. Presque personne ne dispose d'objets de ce genre, car la censure était généralement si stricte qu'il était impossible de faire passer quoi que ce soit. Du côté de ma mère, je possède également des documents sur la Seconde Guerre mondiale, ainsi que quelques-uns sur la Première Guerre mondiale. J'ai des lettres, des avis de décès et des photos.

Ta famille nourrissait donc de l'animosité envers l'Union soviétique ?

Ma famille détestait les occupants.

Tu veux dire les Allemands ?

Tous les occupants. Les Russes n'étaient pas non plus très bien reçus à cause de l'Holodomor. Ou à cause de la dékoulakisation. Il y avait de nombreuses raisons de ne pas les aimer. Le problème, c'est qu'il était très facile pour les familles de conserver des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour d'autres choses… ce n'était pas si simple. C'était risqué ou considéré comme déshonorant.

Mon arrière-grand-mère, par exemple, avait un frère qui s'était engagé comme volontaire et qui avait été tué. J'ai entendu parler de lui toute ma vie : Anatoliy, ceci, Anatoliy cela, mais personne ne savait où se trouvait sa tombe. J'ai découvert où elle se trouve : en Crimée. Mais je ne peux pas m'y rendre à cause de la nouvelle occupation de la péninsule. Je pense que ce serait formidable si quelqu'un·e se rendait enfin sur la tombe d'Anatoliy. Près de 100 ans se sont écoulés ; ce serait un beau geste. Malheureusement, un autre envahisseur occupe désormais cette terre.

Un autre frère avait refusé de faire son service militaire et avait été « déporté ». Quand les « vatniks » [NdT. Terme péjoratif désignant les partisans de la propagande du gouvernement russe] glorifient la Seconde Guerre mondiale et disent : « Oh, mais aujourd'hui, il y a la déportation », c'est qu'elles et ils ne comprennent tout simplement pas ce qu'était vraiment la « déportation » à l'époque. Je ne savais rien de ce frère, car il était considéré comme honteux d'admettre que quelqu'un ne voulait pas défendre sa patrie et avait tenté de s'enfuir. Finalement, sa famille, qu'il avait emmenée de Kyiv à Kharkiv pour échapper à la guerre et à la mobilisation, s'est retrouvée dans une situation très difficile. Pendant l'occupation de l'Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale, Kharkiv était dans une situation pire que Kyiv, et sa fille cadette est morte. Personne ne parlait de lui. Je n'ai découvert ses lettres qu'à l'âge adulte. Elles n'avaient pas été détruites ; c'était simplement un sujet dont on ne parlait pas.

On ne le sait pas toujours en Occident, mais celles et ceux qui sont revenu·es de captivité ont dû passer par les camps de filtration du NKVD à leur retour en Union soviétique. C'est le même processus que la Russie met actuellement en œuvre dans les territoires occupés. On vous présente devant un officier et vous devez prouver que vous n'êtes pas un « traître ». C'est-à-dire que vous n'avez pas été trop docile ou coopératif avec l'administration du camp de concentration. Quand on parle de l'histoire de l'Holocauste en Europe, personne n'y a mené ce genre d'enquêtes. Mais en Union soviétique, oui.

Mon grand-père a été interné dans un camp de concentration, mais il a passé le tri et est parti combattre. Il a continué à se battre pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'en 1946. Quant à mon arrière-grand-père, je ne peux pas en être certaine, mais il semble qu'il ait échoué au processus de sélection. Même sa petite-fille, ma mère, ignorait qu'il avait combattu pendant la guerre. Il disait qu'il était aveugle et qu'il n'avait pas combattu, mais nous avons retrouvé sa carte d'identité militaire. Il a été dans un camp de concentration de juillet 1941 à mai 1945. Il a dû se passer quelque chose qui l'a contraint à dissimuler son service militaire.

Peut-être que cela a été moins étudié dans d'autres familles, mais si vous creusez davantage, vous découvrirez que tout le monde a des proches qui n'ont pas passé le processus de filtration ou qui ne voulaient pas se battre. Ils ont été soit emprisonnés, soit contraints de se battre. Mais ce ne sont pas ces histoires que l'on raconte. Après la guerre, tout le monde veut tout oublier, et s'il y a quelque chose dont on peut être fier, ce sont les héros. Si une personne n'est pas un héros, alors elle peut être oubliée.

Selon toi, quelles autres similitudes existe-t-il entre les méthodes soviétiques et celles actuellement utilisées par la Russie dans cette guerre ?

À part la déportation ? Les exactions commises contre la population. Je dirais qu'il y a des parallèles avec la manière dont l'Union soviétique s'est comportée lorsqu'elle a occupé l'Europe et d'autres territoires. Cependant, il y a aussi des similitudes avec les Allemands, car ma grand-mère, par exemple, a tout simplement été enlevée chez elle à l'âge de 14 ans. Ils l'ont emmenée de force pour qu'elle travaille en Allemagne. Aujourd'hui, la Russie enlève également des enfants, et nous ne pouvons que deviner ce qu'ils leur font là-bas. Dans le même temps, la Russie exploite activement l'image de la « Grande Guerre patriotique » comme la seule force positive ayant pris part à ce conflit, utilisant ce discours pour justifier sa guerre contre l'Ukraine. Il est toutefois surprenant que nous, en tant que militant·es et Ukrainien·nes, ne cherchions pas à remettre en cause ce discours et à affirmer notre propre participation légitime à la Seconde Guerre mondiale. Est-ce parce que nous voulons prendre nos distances ?

Je pense qu'il nous serait difficile de revendiquer notre victoire sur les nazis, entre autres, parce que la Russie est très active dans ce domaine. Malheureusement, c'est le résultat de la colonisation. Ils utilisent cette partie de l'histoire à leur avantage. Beaucoup de gens en Occident perçoivent l'URSS comme la Russie, et la Russie s'attribue le mérite de toutes les victoires et réalisations communes d'autres nations, en les présentant comme les siennes.

Et le monde se laisse prendre au piège. Il est important d'expliquer tout cela, mais c'est difficile car ici, en Ukraine, tant de choses se sont passées pendant tant d'années d'occupation. En général, avant le début de la guerre et au tout début, les gens disaient : « Oh mon Dieu, l'Allemagne ne peut pas aider l'Ukraine car elle ne peut pas risquer de bombarder à nouveau la Russie. » Bien qu'elle n'ait jamais occupé la Russie dans son intégralité, seulement une petite partie. Ils ont occupé l'Ukraine et la Biélorussie à deux reprises, la deuxième fois, c'était tout le pays. Sur les cartes de la Première Guerre mondiale, une grande partie de l'Ukraine est également occupée. Également par les Allemands. Ils ne ressentent aucune culpabilité envers nous, mais ils en ressentent envers Moscou, même s'ils ne l'ont jamais occupée à une telle échelle. Ils nous considèrent, à travers un prisme historique, comme des Russes et ne s'intéressent pas à notre opinion car ils ne reconnaissent pas notre capacité d'agir.

C'est ainsi que ça se passe avec la Seconde Guerre mondiale. Quand on dresse la liste des personnes assassinées par l'Allemagne nazie pendant la guerre, on cite : les Juifs/Juives, les Rroms, les homosexuel·les et les communistes. On oublie presque toujours de mentionner les Slaves. Ce ne sont pas des Russes qui ont été tué·es : ce sont des Slaves, des « untermenschen ». Par exemple, les Slovènes, car ce sont aussi des Slaves. Elles et ils vivent simplement un peu plus loin, alors on les oublie aussi. C'est comme ça que ça se passe.

Penses-tu que l'expérience de la Seconde Guerre mondiale a influencé la participation à cette guerre des anarchistes et des antiautoritaires ukrainien·nes, qui ont très probablement des souvenirs traumatisants dans leur histoire familiale ?

J'en suis certaine, même si les gens ne s'en rendent pas compte. Tout au long de notre histoire, nous avons été attaqué·es et occupé·es, et nous avons dû nous défendre. Ainsi, lorsque nous avons été envahi·es à nouveau, beaucoup de personnes savaient comment réagir.

Quand je me suis réveillée au son des premières explosions, l'une de mes premières pensées a été : « Que disait ma grand-mère ? Qu'ont-ils fait là-bas au début, quand tout a commencé ? » Mais elle n'a rien dit ; elle n'a cessé de parler du camp. Eh bien, tant pis.

Je veux dire, pourquoi ne m'a-t-elle pas donné de conseils concrets sur ce qu'il fallait faire ? Avec le recul, je me rends compte qu'il est assez étrange d'en vouloir à ma grand-mère pour ça. Elle espérait que « plus jamais » signifiait vraiment « plus jamais », comme on nous l'avait toujours dit. Mais elle avait très peur — elle a continué à faire sécher du pain sur le balcon jusqu'à la fin de sa vie, au cas où il y aurait une famine ou une guerre. Soixante à soixante-dix ans se sont écoulés, mais ce traumatisme ne l'a jamais quittée, même si elle l'a vécu très jeune, alors qu'elle grandissait dans le camp.

Je pense donc que cela a bel et bien un impact. Par exemple, j'ai récemment rencontré un Français qui m'a raconté toutes sortes de choses. Il m'a dit que la France avait une tradition pacifiste si forte que de nombre de militants de gauche n'avaient pas participé à la Seconde Guerre mondiale et avaient préféré fuir. J'ai été très choquée d'entendre cela, car un de mes arrière-grands-pères a tenté de fuir, et c'est considéré comme honteux, donc personne n'en parle. À l'entendre, c'est comme si les gens de gauche avaient fui pour ne pas avoir à combattre les fascistes – alors que nos arrière-grands-pères, nos grands-pères et certaines de nos grands-mères ont dû se battre, car elles et ils n'avaient ni la possibilité ni le privilège de fuir la guerre. Certaines personnes sont fières de ce [défaitisme]. Je trouve cela étrange.

Nous savons que, pour nos aîné·es, l'occupation était une menace existentielle qui visait à les exterminer. Nous comprenons aussi aujourd'hui que toute occupation représente une menace existentielle : les occupants viendront vous tuer, ils se fichent complètement de vous. Car ce sont des envahisseurs et ils ont déjà commis des actes aussi terribles que de s'introduire chez les gens et de leur prendre tout ce qu'ils possèdent — leurs maisons, leurs terres. Il est inconcevable de simplement dépouiller les gens de tout ce qu'ils ont. Il est clair pour nous que c'est le mal et qu'il se propagera jusqu'à ce qu'on y mette un terme. Si on ne les arrête pas, les envahisseurs et les fascistes l'emporteront. C'est la vie.

Et pour ce Français que j'ai rencontré, on pourrait croire que les nazis sont simplement venus tuer des Juifs/Juives, mais qu'au fond, tout le monde menait une vie normale. Je connais des histoires de Français·es qui avaient des proches dans la Résistance, mais les siens se sont probablement enfuis. Alors maintenant, il se dit : « S'il arrive quelque chose, je m'enfuirai aussi. Ce n'est pas grave. » Mais nous n'avons pas cette option, car personne ne s'est « enfu ». Peut-être que certain·es civil·es sont parti·es, mais tous ceux qui étaient soumis au service militaire sont restés et ont combattu. Il y a probablement eu plus de gens qui se sont enfuis pendant la guerre actuelle. Car aujourd'hui, c'est possible, mais à l'époque, ça ne l'était pas.

Si l'on prend l'exemple de la Seconde Guerre mondiale, le souvenir des personnes qui y ont perdu la vie, comme celui des proches, s'estompe peu à peu. Dans quelle mesure est-il important et possible de veiller à ce que la mémoire des anarchistes tué·es pendant cette guerre ne tombe pas dans l'oubli ? À quel point cette tendance à l'oubli sera-t-elle, selon toi, d'actualité ?

C'est toujours d'actualité : tôt ou tard, tout le monde finit par être oublié. C'est vrai, cela ne peut pas durer éternellement. La Seconde Guerre mondiale, ça va encore, mais les guerres napoléoniennes ont été complètement oubliées. Nos ancêtres y ont probablement pris part eux aussi, mais nous n'en savons rien, n'est-ce pas ?

Mais, par exemple, dans ma famille, mon arrière-grand-mère a conservé toutes les lettres de son frère ainsi que l'avis de décès. Je trouve important d'avoir quelque chose de tangible ; cela rend cette histoire très réelle. Je pense que le problème, c'est que tout est oublié faute de souvenirs. C'est pourquoi je crois que la politique de la mémoire est très importante. Il est crucial de préserver non seulement l'histoire de la personne, mais aussi les écrits des camarades qui ont perdu la vie, s'il reste des souvenirs d'elles et eux, et il y a toujours des souvenirs — leurs objets personnels, leurs photographies.

C'est pourquoi je trouve très symbolique que nous ne puissions pas montrer les visages ni les noms de nos camarades bélarusses qui ont été tué·es. En effet, cela ferait courir un grand danger à leurs familles tant que le régime de Loukachenko sera au pouvoir. Le régime pourrait s'en prendre à leurs mères ou à d'autres proches. Cela s'est déjà produit, c'est pourquoi nous avons adopté cette politique.

C'est très important, et je pense que c'est l'un de ces symboles qui, si nous gagnons, nous permettra de les nommer et de montrer leurs visages. Il est essentiel de préserver tout cela, et c'est une très bonne chose qu'il existe beaucoup de documents sur certaines personnes. Par exemple, il existe un site web commémoratif consacré à Dima Petrov [NdT. Voir Dimitri Petrov, Le jour des parents, Lausanne/Paris, Page 2/Syllepse] : on y trouve des vidéos le mettant en scène, ainsi que des livres. J'espère qu'il y aura également beaucoup de documents sur d'autres camarades. J'ai entendu dire qu'un documentaire allait être réalisé sur David Chichkan. Il existe une vidéo où on le voit lire de la poésie. Il est peut-être temps pour nous de créer des archives. Nous pouvons imprimer des photos et des textes, les rassembler et les conserver. Ce serait bien si nous pouvions à terme créer des sites web et rassembler les images.

C'est ainsi que j'ai organisé un événement pour SolCol à Montpellier, en France, qui avait la correspondance de Durruti avec un gars qui vivait à Montpellier. C'est comme ça que leurs archives ont commencé à être mises en place, ce qui est vraiment cool. Et mon discours et les récits sur nos camarades au front ont été ajoutés aux archives de Montpellier.

Nous avons aussi planté des arbres, mais ils ne sont pas en très bon état. Il nous faudrait un lieu officiel, peut-être un petit parc avec des arbres. En Suisse, il existe toute une forêt de ces arbres, avec des photos et des étiquettes portant des noms accrochées dessus. Il y en a déjà pour nos camarades – pour Marsi, Finbar, Cooper et Dima. Il existe un endroit dans le monde, ce parc, où l'on rend hommage aux anarchistes — celles et ceux qui sont mort·es au Kurdistan, celles et ceux qui sont mort·es ici, les makhnovistes et d'autres. Bon, je ne suis pas sûre pour les makhnovistes, mais il y avait là des figures historiques. Les moyens de commémoration, réels et virtuels sont très importants.

Il est essentiel qu'elles et ils ne deviennent pas des chevaliers en armure étincelante. Elles et ils doivent rester dans nos mémoires comme des camarades avec leurs forces et leurs faiblesses. C'est-à-dire ce qu'elles et ils étaient. Ni plus ni moins.

Veux-tu ajouter quelque chose ?

Je pense que les anarchistes, et le mouvement anarchiste en général, défendent souvent la liberté et la libération des peuples et des nations, afin que chacun·e puisse être libre, heureuse/heureux et égal·e. Mais celles et ceux qui vivent dans des pays impérialistes ont moins d'expérience de l'oppression collective. Elles et ils devraient y réfléchir et reconnaître que leur seul accès à cette réalité passe par nous ou par d'autres qui vivent dans des pays colonisés.

Malheureusement – ou, dans un sens, heureusement –, nous avons l'expérience des générations passées, de leur oppression et de leur lutte pour leurs droits. Nous avons notre lot de guerres, d'oppressions et de pertes. C'est une expérience vraiment difficile à vivre aujourd'hui. Mais je pense que le mieux que nous puissions faire est de veiller à ce que cette lutte ne soit pas vaine.

La culture du souvenir en fait partie, car en nous souvenant de ces personnes, nous nous souvenons de leur parcours, de leurs chagrins, de leurs épreuves et de leur courage à se soulever contre l'oppression et à lutter. Je pense que le sens de la culture du souvenir ne réside pas dans la mort, mais dans le souvenir de la vie des personnes.

Il serait très bénéfique pour nos camarades occidentaux d'apprendre de nos expériences d'oppression et de libération, d'y participer et de construire leurs propres expériences à partir d'exemples concrets plutôt que de se contenter d'être des critiques en chambre ou de fermer les yeux.

Dans ce contexte, je ne comprends pas très bien comment on peut se dire anarchiste ou antifasciste, dire « plus jamais ça » — et pourtant ne pas voir l'invasion fasciste et la résistance antifasciste héroïque qui se déroulent actuellement en Ukraine. Comment peut-on refuser de s'impliquer ?

Entretien a été publié en anglais le 17 mars 2026 par Solidarity Collective
Traduction française : Brigades éditoriales de solidarité.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les journalistes internationaux sont invités à redoubler d’efforts pour mettre en lumière le sort réservé aux femmes afghanes par les talibans

5 mai, par Rukhshana.com — , ,
Couvrir l'actualité en Afghanistan est devenu extrêmement difficile, mais les journalistes doivent de toute urgence trouver des moyens de rendre compte de la campagne menée par (…)

Couvrir l'actualité en Afghanistan est devenu extrêmement difficile, mais les journalistes doivent de toute urgence trouver des moyens de rendre compte de la campagne menée par les talibans pour faire disparaître les femmes du pays.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Tel était le message transmis samedi par un panel de femmes journalistes, organisé par Rukhshana Media dans le cadre du Festival international du journalisme de Pérouse, afin de discuter de leur travail et d'examiner les moyens par lesquels les médias peuvent faire entendre la voix des Afghanes.

Alex Crawford, correspondante spéciale pour Sky News, s'est dite choquée par le peu de protestations observées en dehors de l'Afghanistan face aux efforts des talibans visant à effacer les femmes de la vie publique, et a exhorté le public à faire tout son possible pour faire circuler le message sur ce qui se passe.

« Je suis aussi coupable que n'importe qui d'autre, car ma rédaction a tendance à m'envoyer là où tombent les bombes. Les bombes ne tombent peut-être pas en Afghanistan, mais le pays est en train d'exploser de l'intérieur », a-t-elle déclaré.

« La culture est en train d'être détruite, les femmes sont en train d'être effacées, et nous devons trouver des moyens plus inventifs de couvrir ces événements et essayer de les imposer à l'ordre du jour, car cela ne va pas disparaître et la situation semble s'aggraver considérablement. »

Mme Crawford, qui couvre l'Afghanistan depuis plus de vingt ans, a déclaré qu'on ne lui avait pas accordé de visa pour y retourner après avoir réalisé un reportage dans une maternité où des mères adolescentes lui avaient confié qu'elles craignaient de mourir en raison des taux de mortalité maternelle du pays, parmi les plus élevés au monde.

Désormais, a-t-elle expliqué, les journalistes étranger·es souhaitant se rendre en Afghanistan pour couvrir l'actualité doivent indiquer aux autorités les sujets qu'elles et ils souhaitent traiter, et il lui a été clairement signifié que les reportages sur l'interdiction de l'éducation des filles imposée par les talibans il y a plus de quatre ans étaient hors de question.

Zahra Joya, fondatrice de Rukhshana Media, a déclaré que le travail de reportage en Afghanistan était très difficile en raison du niveau de censure, ainsi que de l'autocensure des journalistes. Les reportères de Rukhshana, qui travaillent anonymement pour leur sécurité, sont néanmoins en danger « car nous recueillons des informations que les talibans ne veulent jamais voir divulguées », a-t-elle déclaré.

Mais les Afghanes « continuent de se battre par tous les moyens possibles », et cela donne de l'espoir, a déclaré Zahra Joya. Elle a réfuté ce qu'elle a qualifié de discours dominant en Occident, selon lequel les femmes en Afghanistan seraient habituées à l'asservissement et ne souhaiteraient pas la liberté. « Ma question est la suivante : qui ne souhaite pas la liberté ? », a-t-elle demandé avec force.

Amie Ferris-Rotman, ancienne correspondante en cheffe de Reuters en Afghanistan et membre fondatrice du conseil d'administration de Rukhshana, a souligné que la couverture médiatique des violences sexuelles généralisées contre les femmes afghanes avait été étonnamment faible et a mis en avant une collaboration entre Rukhshana et le Guardian qui a révélé le viol collectif d'une femme dans une prison afghane.

La table ronde, que l'on peut visionner ici, était animée par Meera Selva, directrice générale d'Internews Europe.

https://rukhshana.com/en/international-journalists-urged-to-do-more-to-highlight-taliban-treatment-of-afghan-women/
traduit par DE

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le Courrier des Balkans, né au Monténégro, un jour pluvieux du mois de novembre

5 mai, par Le Courrier des Balkans — , ,
On n'est (toujours) pas sérieux quand on a 28 ans. Doyen des sites d'information francophones, né en 1998, Le Courrier des Balkans s'apprête à lancer une nouvelle version de (…)

On n'est (toujours) pas sérieux quand on a 28 ans. Doyen des sites d'information francophones, né en 1998, Le Courrier des Balkans s'apprête à lancer une nouvelle version de son site Internet. Retour sur 25 ans d'histoire des Balkans. Premier épisode

Tiré du blogue de l'auteur.

Le Courrier des Balkans s'apprête à lancer une nouvelle version de son site, qui sera à peu près aussi éloignée de la toute première version mise en ligne en 1998 qu'un livre électronique peut l'être d'un incunable des débuts de l'imprimerie... Internet accélère le temps, les années comptent pour des décennies, voire des siècles et, du haut de ses 28 ans, Le Courrier peut faire figure d'ancêtre vénérable. Non sans fierté, il revendique en effet le titre de plus vieux site Internet d'information francophone « pure player », c'est-à-dire ne s'adossant pas à un titre papier.

Régulièrement, des vieux et fidèles lecteurs, à la mémoire peut-être un peu chancelante, nous évoquent le temps où ils recevaient Le Courrier des Balkans dans leur boîte aux lettres... Soyons clairs : il ne s'agissait pas de nous, mais d'un autre titre, car Le Courrier n'a jamais eu de version papier, il n'a jamais pénétré dans la moindre boîte aux lettres que ce soit.

Il est temps de révéler quelques secrets.

Connaissez-vous le col de Crkvine, au sommet de l'ancienne (et tortueuse) route qui mène de Podgorica à Kolašin, via le canyon de la Morača, au Monténégro ?

Là, sur ce col, se trouvait une fameuse auberge connue pour exposer une très grande peau d'ours dans son vestibule. Elle a, hélas, fermé ses portes depuis au moins une bonne décennie, mais c'est là, dans cette auberge, qu'au cours d'un déjeuner un peu arrosé, à la fin du mois de mars 1998, naquit l'idée de créer un journal qui ferait connaître au public international les analyses et les reportages de la presse indépendante des Balkans. Une sorte de Courrier international géographiquement limité et peut-être plus engagé. Ce serait en anglais et en français, pour toucher le plus de gens possible, et la version française s'appellerait Le Courrier des Balkans. Le titre anglais, lui, n'a toujours pas été trouvé.

Quelques jours plus tard, revenus en France, les deux amis qui avaient déjeuné à l'auberge du col de Crkvine, jeunes journalistes qui venaient de couvrir les débuts de la guerre au Kosovo, parlèrent de cette idée à quelques collègues. L'un d'eux, Dominique Vidal, alors rédacteur en chef du Monde diplomatique, leur lança : « Excellente idée, mais faites cela uniquement sur Internet, sinon vous allez vous ruiner en frais d'expression et d'expédition ! – Oh, tu crois que c'est possible, un journal uniquement sur Internet ? » Un autre ami les mit sur la piste du premier appel d'offres du « Fonds francophone des inforoutes », créé par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour développer les contenus en langue française sur la « toile mondiale » (le web).

On peut tout faire avec 200 000 francs

Nous avons candidaté et notre projet a été retenu, pour la somme, à l'époque coquette, de 200 000 francs français, ce qui équivaut à peu près à 30 000 euros, mais représentait bien plus, à l'époque, que 30 000 euros aujourd'hui... Par contre, nous nous sommes trouvés dans l'obligation de créer un média en ligne (eh oui, pas de journal papier) et uniquement francophone – car il aurait été, reconnaissons-le, d'assez mauvais goût de créer un site anglophone avec l'argent de la Francophonie.

Les deux principaux marqueurs identitaires du Courrier des Balkans – un site d'information francophone en ligne – relèvent donc, sinon tout à fait du hasard, du moins de paramètres imposés.

Et le vin une fois tiré, il fallut le boire et créer ce fameux média. L'été 1998 fut occupé au recrutement des premiers correspondants. Au volant d'un 4x4 Niva rouge ayant la déplorable habitude de projeter dans l'habitacle un air chauffé à blanc quand les températures extérieures dépassaient les 30 degrés, nous partîmes tout d'abord du Monténégro pour l'Albanie. À l'époque, le voyage de Podgorica à Tirana prenait une journée complète et éreintante sur de très mauvaises routes, notamment le tronçon réputé dangereux allant de la frontière de Božaj-Han i Hotit jusqu'à Shkodra. Puis ce furent Skopje, Sofia, Pristina, Belgrade et Sarajevo... Au Monténégro, nous nous étions tout de suite entendus avec une jeune femme de Cetinje, Jasna Tatar, qui venait d'achever ses études de français et qui, 28 ans plus tard, est toujours notre correspondante dans ce pays.

Le sort ayant voulu que Le Courrier des Balkans soit un média en ligne, n'entrant pas dans les boîtes aux lettres des gens, il fallait encore veiller à disposer d'une connexion permettant de l'alimenter. C'est en France que l'ossature technique du site et un embryon de graphisme avaient été conçus ; c'est aussi de France qu'arriva celui qui est toujours la mascotte du site, ce petit bonhomme cheveux au vent qui tient, dans chacune de ses mains, des journaux (papiers). Nous ne savons plus qui fut son géniteur et serions même prêts à penser, certains soirs de grand vent propices aux superstitions numériques, qu'il a été déposé par des inconnus au pied du site pour que nous le recueillions. Petit bonhomme né sous X... Mais à l'époque, il n'y avait pas Twitter et personne n'avait entendu parler d'Elon Musk.

En juin 2026, Le Courrier des Balkans va faire peau neuve. Pour nous aider à boucler le financement du chantier du nouveau site, nous vous invitons à soutenir notre campagne de financement participatif en cliquant ici.

Par contre, depuis le Monténégro où nous habitions, il fallait mettre en ligne de premiers articles et, pour cela, avoir accès au précieux réseau, ce qui supposait d'appeler des numéros de modem téléphonique basés à Cetinje, à Podgorica, à Bar, Tivat, Kotor ou encore Berane, voire Andrijevica, ces lignes étant trop souvent occupées et inaccessibles. On parlait aussi, comme d'une divinité toute puissante et mystérieuse, d'un câble optique qui reliait le Monténégro à la Slovénie, mais risquait, à tout moment, de se couper... Avant cela, il avait aussi fallu rendre compatibles nos ordinateurs avec les protocoles de connexion d'InternetCG, unique et sympathique provider, dont le technicien nous avoua qu'à sa connaissance, le parc Apple du Monténégro se composait de trois appareils seulement, dont nous possédions deux.

Restait encore la grande et permanente menace, celle qui faisait trembler les premiers internautes, qui savaient bien ne pas pouvoir y échapper : les coupures de courant. Celles-ci furent très longues et très fréquentes à Cetinje à l'automne 1998. Nous descendions donc, le soir venu, mettre en ligne nos premiers articles dans les locaux du Centre culturel français de Podgorica, créé et dirigé par Anne Madelain. Nous dînions avec Anne et ses collègues, puis nous prenions leur relais sur les deux ou trois postes de travail connectés de l'Institut, avant de remonter au milieu de la nuit à Cetinje. Ce mois de novembre 1998 fut particulièrement pluvieux et sombre, et nous ne vîmes pas souvent la lumière du jour.

À la fin de ce mois laborieux, le nombre d'articles offerts à la lecture publique (et bien sûr gratuite) fut suffisant pour que l'on puisse dire que Le Courrier des Balkans était lancé. Nous retenons donc le 28 ou le 29 novembre comme date de naissance du site – et les connaisseurs des Balkans reconnaîtront le caractère hautement symbolique de ces dates, que nous n'avons pas choisies à dessein, mais qui s'imposèrent à nous... Le Courrier, en tout cas, est donc né sous le signe du Sagittaire, « ce neuvième signe du zodiaque qui fascine par son énergie débordante et son amour de la liberté », également connu pour « son esprit d'aventure »

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Luttes syndicales : Ces trois grèves historiques qui ont changé le visage du Sénégal

5 mai, par Sokhna Faty Isseu Samb — , ,
L'histoire du mouvement syndical sénégalais est jalonnée de luttes emblématiques qui ont façonné la conscience des travailleurs et marqué les rapports de force entre l'État, le (…)

L'histoire du mouvement syndical sénégalais est jalonnée de luttes emblématiques qui ont façonné la conscience des travailleurs et marqué les rapports de force entre l'État, le capital et la main-d'œuvre. Trois épisodes majeurs — la grève des cheminots de 1947-1948, les événements de mai 1968 et la grève de la Sutelec en 1998 — illustrent cette trajectoire faite de résistance héroïque et de répression féroce.

Tiré d'Afrique en lutte.

La grève des cheminots (1947-1948) : l'éveil anticolonial

En octobre 1947, près de 20 000 cheminots de la ligne Dakar-Niger, sous la direction d'Ibrahima Sarr, déclenchent une grève historique contre les discriminations salariales entre Européens et Africains. Pendant 160 jours, malgré la faim et les intimidations, les travailleurs tiennent bon, soutenus par leurs épouses qui organisent une solidarité active. La victoire est décisive : ils obtiennent un statut unique sans distinction raciale et une hausse de 20 % des salaires. Ce mouvement, au-delà de la dimension sociale, devient un puissant symbole de la lutte anticoloniale, immortalisé par Ousmane Sembène dans son chef-d'œuvre littéraire "Les bouts de bois de Dieu".

Mai 1968 et la reprise en main par l'État

Le mouvement de Mai 1968 au Sénégal trouve son origine dans une réduction des bourses étudiantes en 1967. La contestation s'étend rapidement aux syndicats ouvriers, déclenchant une grève générale illimitée qui fait vaciller le régime de Léopold Sédar Senghor. Pour reprendre le contrôle, l'État dissout l'Union nationale des travailleurs du Sénégal (Unts), jugée trop indépendante. En 1969, le pouvoir crée la Cnts (Confédération nationale des travailleurs du Sénégal), placée sous la tutelle du parti au pouvoir. Cette manœuvre inaugure une longue période de syndicalisme encadré, où l'autonomie ouvrière est bridée jusqu'au renouveau syndical des années 1980.

La Sutelec et l'arrestation de Mademba Sock (1998) : face au néolibéralisme

En juillet 1998, dans un contexte de privatisation de la Senelec imposée par les bailleurs de fonds internationaux, le Syndicat unique des travailleurs de l'électricité (Sutelec), dirigé par Mademba Sock, lance une grève de zèle. Le pays est plongé dans l'obscurité, les interventions techniques étant volontairement ralenties. Le 20 juillet, Sock et 26 autres syndicalistes sont arrêtés et condamnés à six mois de prison pour « sabotage ». L'événement choque l'opinion publique et devient le symbole de la résistance aux politiques néolibérales.

Immortalisée par Youssou Ndour dans sa chanson « Bouleen coupé », cette lutte installe Mademba Sock comme une figure syndicale majeure de l'ère moderne.
Ces trois combats, répartis sur un demi-siècle, révèlent la mutation du syndicalisme sénégalais en une force de contestation sociale et politique incontournable. De la lutte contre l'exploitation coloniale à la résistance aux ajustements structurels, ces épisodes ont forgé une mémoire collective qui continue d'inspirer les mobilisations contemporaines pour la dignité et la justice sociale.

Auteur : Sokhna Faty Isseu Samb
Publié le : Vendredi 01 Mai 2026

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Le revers de la médaille - L’empreinte environnementale du sport

5 mai, par Éditions Écosociété, Laurent Castaignède — ,
À l'approche de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, voici une occasion de se questionner sur l'impact environnemental insoupçonné du sport professionnel et amateur. Le livre (…)

À l'approche de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, voici une occasion de se questionner sur l'impact environnemental insoupçonné du sport professionnel et amateur.

Le livre Le revers de la médaille - L'empreinte environnementale du sport, de l'ingénieur et essayiste français Laurent Castaignède, paraîtra en librairie le 13 mai prochain.

À propos du livre

Du modeste coureur du dimanche à l'athlète professionnel qui arpente la planète en classe affaires, le sport est devenu une industrie florissante : matériel, infrastructures, nourriture, déplacements, diffusions en mondovision, merchandising, tourisme... On est bien loin de la tempérance promue par Pierre de Coubertin !

Mais quel est l'impact environnemental de ce déferlement mondial de pratiques et d'événements sportifs ? Comme tous les grands secteurs d'activité économique, le monde du sport ne peut plus se soustraire aux exigences environnementales.

À l'image des Jeux de Paris 2024, autoproclamés modèle en la matière, toutes les grandes institutions sportives – des grandes courses automobiles aux diverses coupes du monde, en passant par les puissantes fédérations internationales – rivalisent d'annonces sur leur virage vert. Qu'en est-il véritablement ? S'agit-il seulement de bien-pensance ?

Adoptant une nouvelle approche de l'histoire du sport, Laurent Castaignède analyse méthodiquement et sans complaisance les différents vecteurs d'impact environnemental, directs et collatéraux, de l'activité sportive actuelle. Il dégage aussi les pistes d'une réorientation possible des pratiques sportives et de tout ce qui les rend possibles. Car le sport, ce n'est pas seulement la santé des individus, c'est aussi celle de la planète !

À propos de l'auteur

Ingénieur centralien et conseiller en impact environnemental, Laurent Castaignède a fondé à Bordeaux le bureau d'études BCO2 Ingénierie (www.bco2.fr), spécialisé dans l'empreinte carbone des projets de bâtiments, de transports et d'événements. Il est l'auteur, chez Écosociété, de La bougeotte, nouveau mal du siècle ? (2021), Airvore ou le mythe des transports propres (2022) et La ruée vers la voiture électrique (2023).

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les différences invisibles remporte le Prix des libraires !

5 mai, par Les Éditions Écosociété — , ,
L'essai Les différences invisibles de Maude Nepveu-Villeneuve a été récompensé par le Prix des libraires dans la catégorie Littérature adolescente. Publié dans la (…)

L'essai Les différences invisibles de Maude Nepveu-Villeneuve a été récompensé par le Prix des libraires dans la catégorie Littérature adolescente.

Publié dans la collection Radar, une collection d'essais pensée pour les ados et jeunes adultes, cet ouvrage aborde la neurodivergence et les différentes formes qu'elle peut prendre, notamment le TDAH, l'autisme et la douance.

S'appuyant sur son expérience ainsi que sur des rencontres avec des jeunes, l'autrice présente le fonctionnement des cerveaux neurodivergents, les réalités vécues au quotidien et les défis qui peuvent en découler. Elle propose également des pistes pour mieux comprendre ces différences et réfléchir aux conditions qui permettent une meilleure inclusion dans la société. Les critiques avaient déjà souligné l'empathie, l'écoute et la délicatesse qui traversent cette œuvre toute en nuances de Maude Nepveu-Villeneuve. Les libraires viennent confirmer la grande pertinence de cet essai.

Nous voulons aussi saluer tout le travail de l'éditrice Pauline Gagnon, qui, en créant cette collection, venait combler un vide éditorial. Avec ce prix, les libraires reconnaissent non seulement le talent de Maude Nepveu-Villeneuve mais aussi toute la pertinence de la collection. Merci !

Le livre

TDAH, douance ou HPI, autisme… Vivre avec un cerveau neurodivergent, ça ressemble à quoi ?

« J'ai l'impression qu'il me manque des pages dans le grand manuel de la vie. Ou plutôt, d'avoir reçu un manuel différent, avec certaines sections en plus, mais dans lequel il manque des chapitres que tout le monde a lus. »

Maude Nepveu-Villeneuve décrit ici sa neurodivergence. Cet essai donne des clés pour mieux comprendre les comportements neurodivergents et veut créer des ponts pour mieux vivre ensemble, avec toutes nos ressemblances et nos différences.

L'autrice

Maude Nepveu-Villeneuve est autrice, éditrice et professeure de littérature. Elle a publié trois romans pour adultes aux Éditions de Ta Mère et quatre titres jeunesse, dont Simone sous les ronces, Je t'écris de mon lit et Le dernier mot, tous finalistes à des prix.

Parution Canada 2025
Parution Europe 2025
Prix 21,00 $/15,00 €
Pages 160
ISBN 9782898571008

Face au capitalisme, que peuvent la science et les scientifiques ?

5 mai, par Hendrik Davi — , ,
Chercheur en écologie à l'INRA et député depuis 2022, Hendrik Davi s'intéresse au rôle de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans la tension entre son utilité pour le (…)

Chercheur en écologie à l'INRA et député depuis 2022, Hendrik Davi s'intéresse au rôle de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans la tension entre son utilité pour le capital et son autonomie relative. La science est un vecteur de résistance et pourrait selon lui être l'un des fondements d'une VIe République, démocratique et sociale. C'est le sujet de son dernier livre, paru début 2026 et intitulé « Sciences en résistance » (éditions Hors d'atteinte), dont nous publions ici des « bonnes feuilles ».

4. Sauver Gaia

Dans le premier chapitre de mon précédent livre, Le capital, c'est nous, j'avais fait le point sur la crise écologique majeure que traverse notre planète. Cette crise, qui représente l'enjeu civilisationnel de notre époque, est à la fois globale, rapide et multifactorielle.

Comme elle est globale, les seules réponses efficaces et pertinentes sont mondiales. Diminuer nos émissions de gaz à effet de serre en externalisant en Chine notre pollution locale ne résoudra pas ces problèmes. La lutte contre le réchauffement climatique exige une meilleure répartition des richesses, pour que tous les pays puissent engager une bifurcation écologique ambitieuse.

Comme elle est rapide, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps, et donc de poursuivre un mode de développement ou utiliser des techniques qui ne sont pas durables du point de vue écologique. Les loisirs écocides inessentiels et non substituables doivent également être abandonnés.

Comme elle est multifactorielle, il est contre-productif de hiérarchiser les facettes de cette crise. Planter des eucalyptus en Amazonie au prétexte qu'ils stockent plus de carbone, tout en déforestant au passage la forêt primaire, est un crime contre la biodiversité[1]. Planter des arbres et les irriguer massivement en zone désertique est tout aussi absurde. Changement climatique, extinction de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, toutes ces facettes de la crise écologique sont interdépendantes et doivent être abordées en même temps. Nous devons être sobres dans nos émissions de carbone, mais également de méthane, ainsi que dans notre consommation d'eau ou de bois.

Que peut la science ?

Ma première réponse consiste toujours à rappeler que la science ne peut pas tout. Il n'y a pas toujours des solutions technologiques pour réparer nos erreurs. Je peux même affirmer que la science ne peut pas grand-chose. Ce qui fait obstacle à une véritable révolution écologique, c'est avant tout le mode d'accumulation capitalistique et la société de consommation qu'il induit. Dans Le capital, c'est nous, je rappelle qu'on ne peut pas accumuler de capital sans produire des marchandises ou des services – le capitalisme a donc besoin de la prédation sur la nature pour se reproduire. Le principal verrou est l'accumulation du capital et les inégalités terrifiantes de richesses qu'il entraîne.

Mais je ne fais pas non plus partie de ceux qui pensent – comme certains courants écologistes radicaux ou philosophes postmodernistes – que la science ne peut rien, voire qu'elle fait partie du problème et pas de la solution. J'ai écrit ce livre pour protester radicalement contre ce point de vue. Si la science est du côté du pouvoir et du capital, elle va alimenter la crise écologique. Mais elle peut aussi être du côté des résistances, de l'émancipation et des solutions. C'est un champ de bataille.

J'irai même plus loin : je fais le pari rationaliste des Lumières que la science fait partie de la solution. La bataille concernant le champ scientifique entre les classes dominantes et ceux et celles qui aspirent à un monde plus juste socialement et écologiquement plus respectueux de notre biosphère est donc centrale. Comment la mener et quelle place la science doit-elle prendre pour la bifurcation écologique ?

Quelles politiques devraient mener un gouvernement de gauche ?

Commençons par dire que tout savoir est potentiellement utile à la bifurcation écologique. L'histoire des sciences nous montre que nous ne savons jamais quelle découverte sera fructueuse pour résoudre tel ou tel problème. Les voies de l'innovation sont souvent impénétrables. Le savoir emprunte des chemins très tortueux. Mais toutes les mesures que j'ai décrites visant à donner des moyens récurrents à la recherche concourent à ce que la science soit utile pour le climat et la biodiversité.

Quinze années de politiques destructrices ont profondément affaibli la capacité de l'État à répondre aux enjeux de la recherche. Pourtant il y a urgence, car le développement scientifique de la France est un atout essentiel pour notre souveraineté et l'épanouissement de toutes et tous. La France a été une grande nation du savoir scientifique, et le reste malgré la casse acharnée du service public. Grâce à sa recherche publique, elle a été la protagoniste de découvertes scientifiques essentielles : photographie, vaccin contre le choléra, moteur à explosion, premier micro-ordinateur, transfusion sanguine, découverte du VIH…

Pour produire plus de savoirs scientifiques autour de la planification écologique, il est nécessaire d'augmenter les moyens de la recherche fondamentale publique (le CNRS), dont les travaux sont indispensables au développement de toutes les autres connaissances, mais aussi ceux de la recherche finalisée (Inserm, Inrae, IRD, CEA…). Pour mener à bien ces chantiers, il est également essentiel de mieux doter les instituts de recherche finalisée qui travaillent sur les secteurs clés de l'écologie et de l'agriculture (Inrae), du développement (IRD), de la santé (Inserm) et de l'énergie (CEA). Ces instituts ainsi que certains établissements publics à intérêt commercial (ONF, CEA, Ademe, Cirad, Cnes, BRGM…) ont vocation à piloter ces recherches finalisées au niveau national et au sein des unités de recherche. Il faut donc les renforcer.

Par exemple, on pourrait reformuler les missions de l'Inrae afin de libérer la recherche agronomique du poids des lobbys privés ; pour cela, il faudrait que l'État finance à 100 % les activités de cet institut, mais aussi celles des universités et des autres institutions publiques de recherche travaillant dans le domaine agricole. Cela se traduirait également par une modification de la composition du conseil d'administration de l'INRAE et des nouvelles orientations inscrites dans la lettre de mission de son président.

Concernant l'énergie, les recherches finalisées sur la transition énergétique (énergies renouvelables, sobriété) et la sortie du nucléaire pourraient être rassemblées, afin de développer les recherches finalisée et le transfert des connaissances aux industries sur ces sujets. Pour cela, nous devrions transformer en profondeur les missions et le statut du CEA.

Enfin, si nous voulons transformer radicalement nos moyens de production, nous devrons affronter de très nombreux lobbys, dans le domaine de l'énergie (nucléaire, pétrole) comme dans le domaine agricole (entreprises de semences, d'engrais et de pesticides). Les scientifiques travaillant sur ces domaines de recherche finalisée doivent être indépendants pour garantir des travaux de qualité reconnus par l'ensemble des citoyens.

La production de nouvelles techniques nécessite une recherche finalisée de qualité, mais les vraies révolutions sont souvent assez inattendues et procèdent d'avancées dans des recherches plus fondamentales. Il y a toujours un délai important (en général une vingtaine d'années) entre les premiers travaux en recherche finalisée et leurs applications concrètes industrielles ou économiques. Pour toutes ces raisons, il est indispensable de maintenir le continuum entre les recherches fondamentales et celles qui sont plus finalisées. Si nous voulons produire des savoirs finalisés de qualité ayant pour objectif d'assurer la bifurcation écologique, il faut d'abord redonner confiance à l'ensemble de la communauté scientifique.

Enfin, pour que la recherche appliquée ait une traduction concrète dans l'industrie, il faut des partenaires industriels qui fassent aussi de la recherche et de l'innovation. C'est bien souvent là le talon d'Achille de la France.

Comment orienter démocratiquement la recherche ?

La difficulté est de concilier l'autonomie du champ scientifique et le principe démocratique qui veut que les citoyens soient acteurs des grandes orientations de recherche. Pour résoudre cette contradiction, je propose de dissocier le programme de recherche et les objets de recherche. Doit-on mettre plus de moyens dans la fusion nucléaire ou l'énergie solaire ? C'est un sujet qui intéresse les citoyens et les élus. Ils peuvent et doivent en débattre. En revanche, le programme de recherche, c'est-à-dire la mise en œuvre concrète des recherches, doit rester l'apanage des chercheurs. La liberté académique est absolument centrale.

Le système de recherche français a été bien pensé. Nous avons le CNRS, qui en théorie est libre sur les programmes de recherche mais aussi sur les objets de recherche. Un chercheur du CNRS peut décider de travailler sur une espèce rare de la forêt bolivienne s'il pense qu'il fera progresser son front de science en étudiant cette espèce en particulier. Au contraire, un chercheur de l'Inrae qui est recruté pour travailler sur la tomate doit travailler sur la tomate. Pourquoi ? Parce qu'on a besoin de chercheurs qui travaillent sur les tomates pour manger des tomates de bonne qualité et résistantes aux bioagresseurs… En caricaturant, on dira que le chercheur du CNRS part de la question de recherche et du front de science et choisit ses objets de recherche en fonction de cela, alors que le chercheur de l'Inrae part de l'objet de recherche et des problématiques auxquelles sont confrontés les acteurs économiques ou associatifs, et définit ensuite les questions scientifiques qui se posent. Autrement dit, en recherche fondamentale, on part de la question de recherche (par exemple : « Pourquoi certains arbres meurent-ils ? ») et on cherche les situations qui permettent de faire avancer notre compréhension (ici, les différents types de dépérissement forestier dans le monde). En recherche finalisée, on part de la situation qui fait problème (le dépérissement d'une forêt en particulier) et on détermine les questions de recherche (les causes de la mortalité) auxquelles il faudra répondre pour trouver des solutions à cette situation (quelles espèces pour remplacer l'espèce qui dépérit ?).

Il est donc possible de dissocier l'ensemble des problèmes scientifiques qu'il faut résoudre et que seuls les scientifiques de la discipline sont à même à discuter, et les grands sujets de recherche sur lesquels la société doit ou non porter son attention. Cette dissociation permet à la fois d'orienter la recherche et de préserver la liberté académique.

5. Hégémonie intellectuelle et révolution Dès le Moyen Âge, la science a joué un rôle subversif.

Pendant une grande partie du xiiie siècle, un courant se développa à la faculté des arts et des lettres de Paris, avant d'être brisé par les condamnations épiscopales de 1270 et 1277. Certains maîtres de cette faculté, moins ecclésiastes que les autres, pensèrent que des textes qu'ils étudiaient, il était possible de tirer non seulement une méthode et une philosophie, mais aussi une morale, et que cette morale était valable au premier chef pour eux-mêmes[2].

Dans mon précédent livre Le capital, c'est nous, j'ai longuement expliqué pourquoi nous ne pourrons pas répondre aux défis sociaux et écologiques qui sont devant nous sans nous attaquer collectivement à un triple système de prédations croisées : prédation du capital sur le travail (capitalisme), prédation du capital sur la nature (productivisme) et prédation des oppresseurs sur les opprimés, ce qui inclut le système patriarcal (homme-femme, hétérosexuel-homosexuel) et le racisme systémique.

La place du savoir dans la lutte contre le fascisme
Trouver les voies de véritables révolutions contre ces systèmes de prédation répond à une double urgence : écologique d'abord, car la planète surchauffe littéralement, les espèces disparaissent à un rythme soutenu et de nombreuses ressources s'épuisent ; démocratique et géopolitique ensuite, car les impasses du capitalisme conduisent à la montée de l'extrême droite et de régimes néofascistes.

Dans mon précédent livre, je pose quelques jalons pour imaginer un chemin vers un écosocialisme démocratique qui se donnerait pour objectif l'émancipation de tous et toutes, tout en préservant écologiquement la planète.

La science et le savoir jouent un rôle central pour nous permettre d'avancer dans cette voie. Ce sont même selon moi deux des principaux champs de bataille. Les classes dominantes l'ont bien compris, d'où l'importance du savoir et des nouvelles technologies dans l'agenda néolibéral. J'ai examiné tout au long de ce livre comment la science pouvait être utile aux classes dominantes comme aux opprimés. Je vais essayer ici de regarder son rôle dans la bataille des idées entre le camp de l'émancipation et celui de la réaction.

Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante

Les classes dominantes organisent la production et la reproduction des idées et construisent un récit global cohérent qu'on nomme idéologie. Pour construire ce récit, il faut des institutions ; or celles-ci – comme l'université – ne sont que partiellement autonomes. D'où l'existence d'un champ de bataille spécifique : celui pour l'hégémonie. Mais revenons d'abord en détail sur ce concept et sur la pensée de celui qui l'a fait émerger : le philosophe marxiste Antonio Gramsci (1891-1937), membre fondateur du Parti communiste italien, et emprisonné à ce titre par Mussolini de 1926 à sa mort.

L'objectif ultime de Gramsci est l'émancipation des classes subalternes[3] : celles-ci doivent cesser de subir la politique des groupes dominants. Pour Gramsci comme pour Marx, une classe sociale n'existe pas en soi, mais dans la construction relationnelle des classes sociales. Il n'y a pas de classes subalternes ni de prolétariat sans lutte des classes. C'est l'exploitation capitaliste qui crée une classe en soi de prolétaires et ce sont leurs luttes contre l'exploitation qui créent une classe pour soi, pleinement consciente de ses intérêts et de son rôle historique[4]. Pour Gramsci, le concept d'hégémonie n'a pas de sens sans la lutte des classes et sans l'objectif de la révolution, qui est pour lui synonyme d'auto-activité des classes subalternes.

Qu'est-ce que l'hégémonie

L'hégémonie d'une classe traduit sa capacité à diriger politiquement la société et d'autres classes sociales. Elle s'obtient à la fois par la coercition et par le consentement des classes subalternes. Pour Gramsci, il existe un continuum et une complémentarité dans les différents types de domination.

L'hégémonie est la capacité d'un groupe social à dominer matériellement et idéologiquement d'autres groupes sociaux. Les deux formes de domination s'interpénètrent. La domination idéologique requiert que les producteurs de récits idéologiques soient en position d'être des émetteurs reconnus par les autres groupes sociaux.

Gramsci insiste sur la bataille des idées et la bataille culturelle à proprement parler, qui permet de renforcer l'hégémonie de la classe dominante. Il combat ainsi une vision purement économiciste, qui supposerait que la lutte des classes dépend uniquement des conditions matérielles et que l'idéologie n'est que le miroir des rapports de force au sein de l'infrastructure économique. Mais il insiste sur le fait que l'hégémonie ne peut se réduire à une bataille idéelle. Les luttes concrètes pour l'amélioration des conditions de vie en sont une autre facette essentielle.

Gramsci insiste aussi sur le fait que l'hégémonie ne peut pas non plus se résumer à un embrigadement des classes sociales à partir d'un unique émetteur. L'hégémonie se construit à partir de multiples lieux de production, parfois contradictoires, et se reproduit dans l'activité des groupes sociaux.

Il y a une ambiguïté au départ même du concept d'hégémonie. Celle que nous pouvons décrire historiquement est celle de la noblesse et du clergé, puis celle de la bourgeoisie. Peut-on analyser une hégémonie exercée par les dominés avec les mêmes termes ? Le paradoxe est levé si on utilise le concept d'hégémonie des subalternes de façon dynamique pour comprendre comment ils peuvent mettre fin à l'hégémonie des classes dominantes.

Les spécificités d'une hégémonie des dominés

Une contre-hégémonie dans un processus révolutionnaire est forcément active et enracinée dans une pratique démocratique. Elle est indissociable d'une dynamique de mobilisation des masses subalternes, d'une unification de leur lutte et d'intensification, toujours relancée, de leur activité collective. Par ailleurs, alors que l'hégémonie bourgeoise repose sur la dissimulation, l'hégémonie prolétarienne selon Gramsci se doit de dire la vérité.

Pour Gramsci, l'hégémonie prolétarienne authentique n'est pas possible sous le capitalisme, et donc hors processus révolutionnaire. Mais il y a des préfigurations de cette hégémonie, nécessaires au processus révolutionnaire, au sein des organisations dont le prolétariat se dote, et au sein de la société civile. Des morceaux de contre-hégémonie et des foyers de démocratie prolétarienne existent dans les partis, les syndicats, les entreprises autogérées ou les zones à défendre. Le fascisme s'efforce d'éliminer les organisations, voire les individus qui sont acteurs de la contre-hégémonie. Il désarme au sens propre le pouvoir hégémonique des classes dominées.

La société civile dans la bataille pour l'hégémonie

Commençons par revenir rapidement sur les fondements que Marx avait posés. Il existe une infrastructure économique où se règlent les échanges économiques et la production matérielle. Cette infrastructure façonne la vie de tous les jours et donc aussi nos représentations idéologiques. La classe dominante construit en parallèle une superstructure avec des institutions politiques qui règlent ces échanges économiques, et cela généralement en faveur de la classe qui domine économiquement. La superstructure organise la reproduction élargie de la domination économique existant dans l'infrastructure. Elle a également un rôle idéologique fondamental, car elle organise la reproduction des idéologies dominantes au travers, par exemple, de l'école ou de l'université. L'État est un des éléments centraux de la superstructure, entièrement au service de la classe dominante.

L'originalité de Gramsci est d'avoir vu que la société civile jouait aussi un rôle essentiel. Il met au jour un système dont la superstructure est composée de deux étages. Un premier étage, le cœur de l'État, organise plutôt le versant « coercition » de la domination, et un second étage, la société civile, déploie le versant « consentement » de cette hégémonie. Cette distinction est relative, car le Parlement produit par exemple aussi du consentement. Pour Gramsci, l'État et la société civile constituent ensemble l'État intégral avec l'ensemble des dispositifs de domination et d'hégémonie.

Les classes subalternes ont plus de possibilités pour développer des organisations autonomes au sein de la société civile. Pour Gramsci, il existe tout de même une hiérarchie des pouvoirs, et le pouvoir diffus au sein de la société civile dépend en dernier ressort du pouvoir d'État. Prendre le pouvoir d'État demeure donc stratégique. Mais pour cela, il faut s'attaquer également aux « fortifications et casemates[5] » qui le protègent. La société civile est le lieu d'organisation du consentement, mais aussi le lieu d'organisation des subalternes. C'est donc un champ de bataille central.

Production et reproduction des idéologies

Il me semble intéressant de distinguer la production des idéologies et leur reproduction, chacune étant l'objet d'institutions spécifiques. C'est le philosophe marxiste Louis Althusser (1918-1990) qui a mis l'accent sur la question de la reproduction de l'hégémonie. Cette approche permet ainsi de mieux cartographier les champs de bataille idéologiques dans la lutte pour une contre-hégémonie.

La production a lieu dans les universités, les think tanks, les clubs associés à de grandes entreprises et l'État. La reproduction a lieu au sein de la famille et surtout à l'école, dont l'influence a remplacé celle des Églises.

Comment mener cette bataille hégémonique au sein de la société civile ? C'est pour Gramsci le rôle central du parti. Par rapport au syndicat, le parti se donne pour objectif la prise du pouvoir. Or seule une intense vie démocratique permet de lier organiquement le parti aux intérêts des classes subalternes qu'il est censé représenter.

Formaliser les choses permet ainsi de mettre en lumière des lieux stratégiques. L'université en est un. À bien des égards, la contre-hégémonie domine ces lieux de production de l'hégémonie. Ce phénomène n'est pas complètement nouveau – il était présent dans les années 1960 et 1970. Un des objectifs des réformes néolibérales de la recherche et de l'enseignement supérieur est ainsi la mise au pas de ces institutions. De la même façon, les instituts de recherche sont aussi devenus des lieux dans lesquels les scientifiques documentent les dégâts du capitalisme, comme le rechauffement climatique, l'effondrement de la biodiversité ou la pollution globale.

Cette analyse permet d'approfondir une topologie des lieux et des institutions dans lesquels doivent s'investir ceux qui veulent changer de monde, avec trois objectifs : produire de nouvelles idéologies et de nouveaux récits, bloquer la reproduction des idéologies dominantes, et enfin favoriser la reproduction des contre-idéologies.

La place des scientifiques

Les scientifiques peuvent jouer un rôle central dans cette bataille. J'ai décrit comment la science pouvait être performative et donc produire du pouvoir. Cette capacité a été largement utilisée par les classes dominantes, qui ont su maquiller leurs décisions avec l'expertise scientifique. Mais ce pouvoir peut aussi nous servir. C'est le cas du Giec, fondé en 1988 sous l'égide de l'Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l'environnement. Il est très difficile pour les classes dominantes de nier frontalement l'expertise de milliers de scientifiques. De même, quand des chercheurs démontrent scientifiquement que, pour trouver des solutions au réchauffement climatique, il faut réduire les inégalités, cela pose des problèmes aux tenants de l'ordre actuel. Dans un article publié en 2021, Julia Steinberger et ses coauteurs écrivent :

La surconsommation d'énergie est au moins en partie due à des facteurs autres que la satisfaction des besoins, tels que la promotion de solutions à forte intensité énergétique, la consommation de produits de luxe et les inégalités quant aux niveaux de consommation, l'obsolescence programmée, la surproduction et la surconsommation, la maximisation de bénéfices et l'économie de rentes[6].

Comment les scientifiques peuvent-ils jouer un rôle efficace ? D'abord, ils doivent privilégier des objets de recherche utiles à la réduction des inégalités et à la révolution écologique, plutôt que ceux qui maximisent les bénéfices des multinationales. Cet objectif va de pair avec d'une part le renforcement de la liberté académique par un financement récurent de la recherche, et d'autre part par une discussion collective et démocratique des grandes orientations de la recherche.

Les scientifiques doivent donc être militants dans leurs objets de recherche, mais rester parfaitement impartiaux sur les résultats. Il est inutile et contre-productif de biaiser des résultats sur un mode catastrophique. J'ai pu voir cette dérive chez des scientifiques qui me disaient : « Si on ne grossit pas le trait, les politiques n'agissent pas. » C'est une erreur. Si les politiques n'agissent pas, c'est avant tout parce qu'ils refusent de s'opposer frontalement aux classes dominantes. Le principal verrou n'est pas le manque de connaissances ou l'absence de prise de conscience de la gravité des faits rapportés. En ce qui concerne le tabac, l'alcool, les pesticides ou les gaz à effet de serre, par exemple, nous savons que c'est grave et nous le savons depuis longtemps.

Les scientifiques devraient donc plutôt chercher à mieux communiquer collectivement pour éviter d'être instrumentaliséspar les pouvoirs[7].

Les scientifiques doivent plutôt tisser des liens directs avec les partis politiques, qui jouent un rôle important dans la production d'une contre-hégémonie, tout en conservant toujours leur pleine indépendance épistémique. Les scientifiques devraient se considérer comme un cinquième pouvoir, semblable à celui de la presse.

Notes

[1] Lire Émmanuelle Picaud, Simone Fant et Daniel Camargos, « “La nature n'est pas seulement un champ de production” : au Brésil, le mirage de l'acier “vert” assèche la terre des paysans », L'Humanité, 4 avril 2025.

[2] Jacques Verger, Les Universités au Moyen Âge, op. cit., p. 76.

[3] Lire Yohann Douet, L'Hégémonie et la Révolution. Gramsci penseur politique, Paris, Amsterdam, p. 25.

[4] Karl Marx, Misère de la philosophie [1847], Paris, Éditions sociales, 1977, p. 177 et suiv.

[5] Antonio Gramsci, Cahiers de prison, t. II, Paris, Gallimard, 1983, cahier VII, § 16.

[6] Jefim Vogel, Julia K. Steinberger, Daniel W. O'Neill, William F. Lamb et Jaya Krishnakumar, « Socio-economic conditions for satisfying human needs at low energy use : An international analysis of social provisioning », Global Environmental Change, vol. 69, juillet 2021 (traduit par nos soins) ; doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2021.102287.

[7] Lire Gloria Origgi, La vérité est une question politique [2022], Paris, Albin Michel, 2024, p. 167.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Élevage industriel : « On a réduit les animaux à de la matière brute »

5 mai, par Hortense Chauvin, Michaël Labbé — , ,
De la cage à l'abattoir — Les conditions spatiales de l'exploitation animale, de Mickaël Labbé, préface de Brigitte Gothière, aux éditions Payot, mars 2026, 192 p. Dissimulés (…)

De la cage à l'abattoir — Les conditions spatiales de l'exploitation animale, de Mickaël Labbé, préface de Brigitte Gothière, aux éditions Payot, mars 2026, 192 p.

Dissimulés dans des abattoirs, les animaux sont tués dans la plus grande indifférence. Un « déni massif » et une tuerie invisible permis notamment par une géographie spéciste, en implantant ces lieux loin des regards, analyse le philosophe Mickaël Labbé.

14 avril 2026 | tiré de reporterre.net

2 000 milliards : c'est le nombre d'animaux non-humains tués à travers le monde, chaque année, pour la seule alimentation humaine. Qui, pourtant, a déjà vu de ses propres yeux un abattoir ? Un veau apeuré poussé à bord d'un navire bétailler ?

Dans son ouvrage De la cage à l'abattoir, publié aux éditions Payot en mars, le philosophe et spécialiste de l'architecture Mickaël Labbé analyse la manière dont les structures d'exploitation animale ont été soustraites à notre regard. Cette invisibilisation anesthésie notre empathie, et rend possible la poursuite des violences à l'égard des autres animaux.

Reporterre — Avant d'écrire ce livre, vous avez travaillé sur « l'architecture du mépris », qui se manifeste notamment via l'implantation de dispositifs « anti-SDF », et pousse certains à se sentir illégitimes dans l'espace urbain. Pourquoi vous êtes-vous cette fois penché sur les conditions spatiales de l'exploitation animale ?

Mickaël Labbé — Ce qui m'intéresse, c'est la manière dont les formes architecturales véhiculent des messages politiques. Lorsque l'on met des bancs « anti-SDF » sur une place, on n'exerce pas une violence directe sur les populations ciblées, mais on leur adresse un message : qu'elles ne sont pas les bienvenues, qu'on les considère comme des citoyens de seconde zone.

Cela fait longtemps que je réfléchis aux questions animales. J'ai essayé de voir comment certaines formes de bâtiments ou d'organisations du territoire peuvent, là encore, invisibiliser des catégories sociales marginalisées — les animaux non-humains, en l'occurrence.

Plus de 882 millions d'animaux terrestres sont abattus chaque année en France. Ce nombre inouï d'êtres vivants est pourtant complètement absent de notre paysage quotidien. Vous-même n'avez découvert qu'à 40 ans que vous aviez grandi à côté d'un abattoir… Comment cette invisibilisation s'est-elle construite, historiquement ?

Elle était en partie volontaire. Les premiers grands abattoirs ont été constitués au milieu du XIXe siècle, à Chicago ou dans le quartier de La Villette, à Paris, en des endroits isolés du reste de la société. Ces lieux sont venus remplacer les multiples petites tueries urbaines qui étaient directement rattachées aux boucheries. Au même moment, on voyait se développer dans la société une plus grande sensibilité, à la fois hygiénique et politique, aux manifestations publiques de la violence à l'égard des autres animaux.

« On a réduit les animaux non-humains à de la matière brute »

Dans sa grande fresque consacrée au développement de la ville de Chicago, l'historien William Cronon parle de la création des stockyards, ces immenses quartiers dédiés au conditionnement de la viande animale. Il montre que les acteurs impliqués dans ce processus marchand avaient une véritable volonté d'invisibilisation des animaux non-humains.

Des stratégies délibérées ont été mises en place pour que la viande soit perçue comme distincte des individus dont elle est issue. La manière dont on s'est mis à couper telle ou telle partie de l'animal, à la présenter, avait vocation à effacer ce lien, à réduire les animaux non-humains à de la matière brute. Ce phénomène a complètement changé notre régime alimentaire et nos relations de prédation.

Quelles sont les conséquences de cette invisibilisation de l'exploitation animale ?

Elle permet un déni massif, que j'appelle « dissonance spatiale ». Nous ignorons la présence massive des animaux non-humains exploités autour de nous. Pourtant, 96 % de la biomasse des mammifères terrestres est aujourd'hui composée des humains et de leur bétail. C'est fou.

Des manifestants réclamant la fermeture de tous les abattoirs et l'arrêt de la consommation de viande, à Paris, le 23 juin 2018. © Philippe Lopez / AFP

Notre relation à l'animalité non-humaine est une non-relation, car nous n'entretenons aucun lien concret avec ces animaux marchandisés. Nous avons uniquement à faire avec les produits issus d'eux que nous consommons. Ce phénomène a par ailleurs des conséquences désastreuses sur les espèces sauvages, puisque tout l'espace cultivé pour nourrir cette production animale industrialisée est une place qu'on leur prend — ou qu'on ne leur laisse pas.

Avant que les abattoirs soient relégués dans des lieux isolés, que les morceaux de viande soient finement découpés et vendus sous vide, était-il psychologiquement moins confortable d'en manger ?

Je ne dirais pas nécessairement que c'était moins confortable. Les humains se demandent depuis longtemps s'il est juste et éthique de se nourrir de la chair d'autres animaux. Cela ne nous empêchait pas, par ailleurs, d'exercer des formes de violence ou de domination sur eux. Mais ce n'était certainement pas à la même échelle, ni selon les mêmes formes, avec une concentration des animaux non-humains dans des lieux obscurs, ségrégués spatialement, sans partage de l'espace public.

« Il n'y a pas de bien-être possible dans les lieux qui sont faits contre les animaux non-humains »

Ce qui est sûr, c'est que l'on consommait beaucoup moins de viande. Il y a eu une volonté capitalistique d'augmenter la production et les revenus pouvant être tirés de l'exploitation animale. La masse d'animaux que l'on consomme chaque année ne peut être exploitée autrement que dans des conditions de grande concentration, dans des lieux complètement rationalisés et inhabitables.

C'est une des idées que j'essaie de défendre dans ce livre : le simple fait d'être dans ces espaces est une violence. On entend souvent parler de respect des normes, de bien-être des animaux d'élevage. On dit qu'il faut étourdir les animaux non-humains, les tuer de la manière la moins douloureuse possible… C'est contradictoire. Allez parler de bien-être aux dizaines de milliers de saumons qui sont entassés dans des cages, alors qu'ils sont des super-migrateurs pouvant faire entre 3 000 et 10 000 km par an ! Il n'y a pas de bien-être possible dans les lieux qui sont faits contre les animaux non-humains, et qui sont en tous points contraires à leur bien.

En 2022 a été inaugurée, en Chine, la plus grande porcherie du monde : un bloc de béton de 26 étages, où sont concentrés 650 000 cochons qui ne voient jamais la lumière du jour. Ce modèle préfigure-t-il le futur de l'élevage, tel qu'il est pensé par ses acteurs ?

Je pense que oui. Il y a une volonté d'en faire une « ferme modèle ». Cet espace correspond en tous points aux standards des espaces « hyperspécistes », c'est-à-dire des lieux uniquement pensés et designés pour que l'on y exerce une violence et une exploitation maximales : une façade aveugle coupée du reste de la ville, des processus entièrement automatisés et rationalisés…

Par ailleurs, ce qui me semble remarquable dans les tendances incarnées par ce bâtiment, c'est l'alliance entre ce type de production mortifère et une forme de greenwashing écologique. Les porteurs de ces projets vantent souvent leur réutilisation du lisier, leur production de biogaz… On observe cette dynamique dans le projet d'abattoir d'Anderlecht, près de Bruxelles, que je mentionne dans le livre. Sur son toit a été prévue une piscine, qui, dans une logique de « circularité », doit être chauffée grâce à la chaleur libérée par les installations de réfrigération des lignes d'abattage et des ateliers de découpe. On veut faire croire que les lieux d'exploitation peuvent être vertueux.

Pour sortir de notre déni, faudrait-il remettre les structures d'exploitation des autres animaux au cœur de notre paysage quotidien ?

On peut penser que si les abattoirs avaient des façades en verre, on arrêterait de manger de la viande. Ce n'est pas certain. Le problème ne relève pas uniquement d'une mise à distance au sens d'un éloignement spatial. On le voit avec les zoos : on peut s'y promener, y jouer, tout en voyant bien, à quelques mètres de nous, d'autres animaux reclus, brisés, enfermés dans des environnements complètement artificiels. L'invisibilisation peut être produite par l'hypervisibilité. Elle relève aussi de notre perception sociale et morale.

« Ce sont des espaces intrinsèquement mauvais : on ne peut pas les améliorer »

Pour sortir de notre déni, il faudrait développer une autre relation fondamentale aux animaux non-humains. Ce que nous avons de mieux à faire pour nous, pour eux et pour la planète, c'est de démanteler les lieux de leur exploitation, purement et simplement. Ce sont des espaces intrinsèquement mauvais : on ne peut pas les améliorer.

À quoi ressemblerait une architecture « post-spéciste » ?

Désarmer ou reconvertir les lieux d'exploitation animale nous ferait économiser beaucoup de place. Actuellement, près de 70 % des terres agricoles sont consacrées à la production de nourriture pour le bétail. C'est massif. Ces espaces pourraient être consacrés aux cultures maraîchères et céréalières, à des vergers pour de l'alimentation locale, etc.

Lire aussi : Inventons des « sociétés paysannes véganes »

Je cite dans le livre le travail de l'architecte Alix Gancille, qui a cherché à imaginer à quoi pourrait ressembler la reconversion végane de la Thiérache, un territoire belge très marqué par l'élevage. Elle montre qu'un paysage végane ne serait pas nécessairement doté de moins d'animaux. Les prairies pourraient être transformées en refuges pour les anciens animaux de rente. Les zones les plus éloignées pourraient être réservées à la vie sauvage.

Dans ce monde-là, on apprendrait surtout à laisser de la place aux animaux non-humains. Aujourd'hui, nous prenons tout l'espace. C'est aussi un monde dans lequel on leur laisserait davantage d'autonomie, de possibilités de choix, où l'on renouerait des relations enrichissantes — plus ou moins intenses, selon les groupes d'animaux. On inventerait une « zoopolitique ».

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les québécois seraient passés d’envahisseurs à envahis ?

5 mai, par Yves Rochon — , ,
Au moment où l'immigration est un sujet de polémique majeur, ici comme ailleurs dans le monde, le hasard fait que je lis actuellement un bouquin sur l'histoire de ces milliers (…)

Au moment où l'immigration est un sujet de polémique majeur, ici comme ailleurs dans le monde, le hasard fait que je lis actuellement un bouquin sur l'histoire de ces milliers de familles ayant quitté le Québec à la fin du dix-neuvième siècle pour aller vivre sur la côte est américaine, un livre dans lequel se trouve l'extrait suivant d'une chronique publiée en décembre 1889 dans un journal de Boston :

« …Les jésuites français ont conçu le projet de former une nation catholique à partir de la province de Québec et de la Nouvelle-Angleterre ; or ce projet visant à rendre la Nouvelle-Angleterre française catholique a déjà pris des proportions susceptibles d'alarmer les plus optimistes…Les Canadiens-français sont tenus comme une race distincte d'étrangers, soumise au pape au regard de la religion et de la politique. Bientôt, aux côtés des Irlandais, ils nous gouverneront, nous, les Américains. »

En lisant cela, j'ai eu la curieuse impression d'être en train de lire l'une de ces nombreuses chroniques parues récemment dans des journaux québécois, dont celle de Jean-François Lisée dans Le Devoir de mardi dernier, dans laquelle seuls les termes suivants seraient remplacés : jésuites par frères islamistes, catholiques par musulmans, et Canadiens-français par arabes. Quant au pape, nos chroniqueurs émérites se promènent entre plusieurs personnages pouvant lui servir de sosie contemporain : les ayatollahs d'Iran, les dirigeants du Hamas, feu Ben Laden, le roi d'Arabie saoudite, et autres, en autant qu'ils aient un nom à consonnance arabe.

L'histoire peut parfois servir de miroir, paraît-il. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur cet épisode de la nôtre, le livre dont je fais mention ici porte le titre Une race d'étrangers et il est paru l'année dernière au Québec.

Yves Rochon,
Montréal, 30 avril 2026

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Ne nous laissons pas embobiner par Mark Carney

5 mai, par Yves Chartrand — , ,
Notre banquier premier-ministre du Canada cherche à nous embobiner avec sa dernière trouvaille, soit un fonds ‘'souverain ‘' fédéral de 25 milliards pour réaliser les grands (…)

Notre banquier premier-ministre du Canada cherche à nous embobiner avec sa dernière trouvaille, soit un fonds ‘'souverain ‘' fédéral de 25 milliards pour réaliser les grands projets sur sa table à dessin et ‘' faire croître la richesse ‘' sur plusieurs générations en donnant ou en prêtant des fonds publics aux promoteurs de ces grands projets dont probablement celui de l'oléoduc de l'Alberta pour rejoindre l'océan Pacifique et exporter le pétrole canadien, et l'agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur pour doubler le nombre de containers qui y transitent chaque année, et pourquoi pas également des projets dans le secteur de la défense et de la guerre. Le Fonds pour un Canada fort sera géré par une nouvelle société de la couronne avec un conseil d'administration indépendant du gouvernement. Il nous dit aussi que ce fonds est ‘' pour les gens ‘' et que chacun,e pourra y investir. En référence à la construction du chemin de fer transcanadien au XIXe siècle il nous dit aussi que les profits du nouveau fonds seront partagés entre tous les investisseurs,eures et non pas seulement entre les mains d'une poignée de gros bonnets comme lors de la construction du chemin de fer.

Tout d'abord, ce sont les promoteurs de ces projets et les gros investisseurs qui engrangeront le plus grande partie des profits et non pas le petit investisseur, travailleur, consommateur, devenu maintenant investisseur. De plus la mise de départ de 25 milliards de dollars qui est de l'argent public recueilli via nos taxes et nos impôts rendra moins d'argent fédéral disponible pour les services de base aux citoyens,nes.

Les citoyens,nes sont donc invités,es plus que jamais à soutenir la vision de notre banquier en chef premier-ministre et donner plus de place à l'enrichissement individuel qu'au bien commun alors que de plus de gens ont de la difficulté à rejoindre les deux bouts et n'ont pas un seul sou à investir dans ce fonds. Ce stratagème permet aussi de faire de l'éducation financière pour rallier le maximum de citoyens,nes à la vision de Mark Carney basée sur la seule économie qui devrait nous rendre heureux, bien plus que de se préoccuper d'environnement, de justice sociale ou de la paix dans le monde. Quel magnifique défenseur du système capitaliste néolibéral et du chacun pour soi. Nous laisserons-nous embobiner ?

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Indépendance et social-démocratie : de l’une à l’autre

5 mai, par Jean-François Delisle — , ,
Le saut d'Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont-La Petite-Patrie, à Québec solidaire a provoqué bien des spéculations sur ses chances de relancer la petite (…)

Le saut d'Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont-La Petite-Patrie, à Québec solidaire a provoqué bien des spéculations sur ses chances de relancer la petite formation de gauche en difficulté. Le prestigieux et sympathique nouveau venu parviendra-t-il à inverser la tendance au déclin du parti observable depuis quelques années ? Un homme peut-il changer le cours des choses dans une formation politique ? À lui seul, sans doute pas, malgré le capital de crédibilité qu'il a amassé. Mais entouré d'une équipe compétente et motivée, il est au moins en mesure de freiner le déclin et qui sait, donner une seconde chance à un parti qui frôle dangereusement la marginalité.
Cependant, un problème de fond demeure : M. Boulerice affirme qu'il a toujours été un indépendantiste de gauche, en dépit de son adhésion à un parti fédéral. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a bien caché son jeu. Mais je ne remets pas en cause sa sincérité. Il a pu à la longue se lasser de l'incapacité du NPD de percer au Québec (à l'exception du scrutin de 2011, alors que Jack Layton le dirigeait), Il s'est contenté de continuer à siéger comme seul député néo-démocrate restant à partir de 2019 dans son fief montréalais.

Comme tant d'autres souverainistes, il tente de concilier indépendantisme et socialisme. S'Il remporte un siège au prochain scrutin provincial le 5 octobre prochain, quelle priorité adoptera-t-il ? À la souveraineté ou à la social-démocratie ? Après tout, en tant que député néo-démocrate, il a toujours défendu la seconde par la force des choses. À présent, il devra résoudre une difficile équation : celle de choisir entre les deux options.
Québec solidaire a été fondé en 2006 bien davantage pour lutter contre les mesures d'austérité néo-libérales que pour réaliser l'indépendance. Amir Khadir et Françoise David dans leurs interventions publiques mettaient l'accent bien plus sur les problèmes de l'inéquité des mesures de redistribution de la richesse produite au Québec que sur « l'émancipation nationale ». Il faudra attendre la fusion d'Option nationale avec Québec solidaire en janvier 2018 pour que le discours souverainiste prenne du galon au sein du parti.

Non seulement celui-ci est-il en difficulté depuis au moins 2023, mais l'option indépendantiste a perdu beaucoup de sa capacité d'attrait auprès de la population. Si un référendum se tenait aujourd'hui, elle connaîtrait une cuisante défaite. S'il a lieu en 2028 ou 2029, c'est plus difficile à dire. Mais la conjoncture actuelle n'est guère favorable à sa victoire.

De plus la direction de Québec solidaire est aux prises avec un dilemme difficile à résoudre qu'elle est obligée de taire pour ne pas effrayer l'électorat : comment concilier l'avènement éventuel à la souveraineté et les sacrifices que cette opération nécessitera, ce qui reporterait nécessairement l'application des mesures de justice redistributive dans un avenir assez lointain ?

Québec solidaire devra aussi réfléchir sur la nature des rapports à entretenir avec le Parti québécois, formation qui adhère aux principes de base du néo-libéralisme. Envisagera-t-il de s'allier avec lui pour augmenter les chances de succès de l'option indépendantiste et donc, mettre de côté (même temporairement) son orientation de gauche ? Il y a là matière à des discussions corsées au sein du parti.

De toute façon, la seule formation susceptible de réussir l'indépendance est le Parti québécois, vu sa tradition de pouvoir et son expérience dans la gestion des affaires publiques. Par comparaison, Québec solidaire peut aller se rhabiller. D'ailleurs, le PQ ne cherche nullement à se rapprocher de QS. Il n'en n'a pas besoin. Il courtise plutôt les partis de droite, qui rassemblent une bonne partie de l'électorat.

Mais il est vrai que la longue expérience d'Alexandre Boulerice à Ottawa peut s'avérer très utile à Québec solidaire. De son côté, le nouveau chef du NPD, M. Avi Lewis, devrait réfléchir à la défection du seul « survivant » de son parti au Québec, en fait à l'est de Winnipeg. Peut-être cela l'incitera-t-il, espérons le, à tenter une percée dans la « Belle province ».

Comme une boule de billard qui percute d'autres boules, le saut de M. Boulerice en politique provinciale bouleverse bien des données, tant fédérales que provinciales. Faites vos jeux....

Jean-François Delisle
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Capitalisme mondial : le taux de profit a-t-il baissé au cours des dernières décennies ?

5 mai, par Michael Roberts — , ,
La loi de la baisse tendancielle du taux de profit a constitué l'un des points fortement discutés des réflexions de Marx sur la dynamique du capitalisme. Dans la mesure où le (…)

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit a constitué l'un des points fortement discutés des réflexions de Marx sur la dynamique du capitalisme. Dans la mesure où le capitalisme s'est étendu à l'ensemble des régions du globe, l'échelle mondiale est la plus pertinente pour la tester empiriquement. L'économiste Michael Roberts passe en revue les dernières estimations du taux de profit mondial et conclut que celui-ci tend effectivement à baisser depuis le milieu du 20e siècle.

30 avril 2026 | tiré de contretemps.eu
https://www.contretemps.eu/capitalisme-mondial-le-taux-de-profit-a-t-il-baisse-au-cours-des-dernieres-decennies/

En 2012, j'ai pour la première fois tenté d'aller au-delà de la simple mesure du taux de profit du capital dans un pays et de calculer un taux de profit mondial. J'estimais qu'il était important de tester la loi de la baisse tendancielle du taux de profit de Marx à l'échelle mondiale. Comme le capitalisme s'est étendu à toutes les régions du monde au cours du vingtième siècle, il est nécessaire de trouver un appui empirique plus solide de cette loi en calculant un taux mondial, car le capitalisme ne constitue une « économie fermée » qu'à l'échelle mondiale. Le taux de profit d'un seul pays ou de quelques pays ne serait pas pertinent, dans la mesure où il ne tiendrait pas compte des profits tirés du commerce et des investissements à l'étranger et où les tendances suivies par le taux de profit peuvent varier d'un pays à l'autre.

En 2020, j'ai considérablement mis à jour et amélioré mon indicateur de profitabilité mondiale. Mes calculs portaient alors sur le taux de profit moyen du capital des 19 principales économies (G20). Ma source de données était la série Penn World Tables 10.0. Mes résultats ont confirmé la loi de Marx selon laquelle la profitabilité tend à baisser sur le long terme. Ce constat était important car il amène à conclure que l'expansion capitaliste est transitoire et soumise à des crises de production et d'investissement régulières et récurrentes. En effet, ces crises sont nécessaires pour « purifier » le système du vieux capital et ouvrir une période d'expansion dans ce que j'ai appelé le « cycle du profit ». Le taux de profit mondial n'a pas diminué de façon linéaire, la tendance à la baisse sur le long terme étant ponctuée de périodes de hausse de la profitabilité, généralement après une chute importante. Voici à quoi ressemblait mon graphique de 2020 :

En 2020, j'ai divisé le graphique en quatre sections : la période 1950-1966, ce que l'on a appelé l'« âge d'or » après la Seconde Guerre mondiale, où la profitabilité était élevée et même en hausse ; la crise de profitabilité de 1966-1982, quand la profitabilité mondiale a chuté ; la période néolibérale de 1982-1997, quand il y a eu une reprise (limitée) du taux de profit ; et enfin la période que j'appelle la Longue Dépression à partir de 1997, où le taux de profit a chuté, entraînant la Grande Récession de 2008-2009, suivie d'une stagnation du taux jusqu'en 2019, juste avant la pandémie de COVID-19.

Début 2022, j'ai publié un autre billet intitulé « A world rate of profit : important new evidence ». Ce billet mettait en lumière une nouvelle étude sur le taux de profit mondial du stock de capital investi, tel qu'il est calculé par Deepankur Basu et ses collègues de l'Université du Massachusetts à Amherst. Leurs données sont disponibles sur leur site web ici. Basu et ses coauteurs ont utilisé une base de données différente (la série Extended Penn World Tables 7.0) et ont calculé un taux de profit mondial moyen pour 25 pays. Leurs résultats allaient dans le sens de ma mesure de 2020.

Dans une nouvelle étude, Pooya Karambakhsh, de l'Université de Sydney, a publié une mise à jour complète sur la mesure du taux de profit mondial. Karambakhsh explique que, alors même que « l'analyse du taux de profit d'un pays est précieuse pour évaluer sa croissance économique et ses crises, […] l'évaluation de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit à long terme devrait être faite au niveau mondial. Le capitalisme est par essence un système global intrinsèquement orienté vers le marché mondial ». Comme le souligne Karambakhsh, « quel que soit le mécanisme de transfert de valeur, son existence révèle la possibilité d'écarts entre la plus-value produite et réalisée dans chaque pays. Une perspective globale, avec un ‘pool mondial de plus-value', permet de surmonter ces écarts. »

L'étude de Karambakhsh utilise plusieurs indicateurs du taux de profit, notamment ceux qui se basent sur le concept marxien de travail productif. À partir d'un échantillon de 32 pays, Karambakhsh observe aussi une tendance à la baisse du taux de profit mondial entre 1952 et 2019. Plus important encore, il montre que ce déclin est dû à la loi marxienne de la baisse tendancielle du taux de profit, à savoir qu'une « composition organique du capital » croissante (un investissement accru dans la technologie au détriment du travail) pousse à la baisse la profitabilité au fil du temps, tandis qu'une hausse du taux de plus-value exerce une contre-tendance (mais elle ne domine que durant la période de reprise néolibérale de 1982 à 1997). En outre, ses données montrent que cette tendance à la baisse a été commune à pratiquement tous les pays développés et en développement.

Karambakhsh considère avec raison que le taux de profit marxien doit intégrer le concept de travail productif. La théorie marxienne affirme que la valeur nouvelle et la plus-value sont créées uniquement dans les secteurs productifs de l'économie (par exemple, l'industrie manufacturière, la construction, le transport et les communications) et non dans les secteurs improductifs tels que l'immobilier, la finance ou les administrations publiques. Ces derniers secteurs ne font que redistribuer la plus-value créée dans les secteurs productifs.

Karambakhsh s'efforce donc de définir la profitabilité mondiale en utilisant quatre mesures : l'une basée sur une ventilation détaillée des activités productives ; une deuxième basée sur une mesure simplifiée des secteurs productifs ; une troisième basée sur une moyenne globale de la profitabilité incluant les secteurs improductifs ; et une quatrième qui neutralise l'impact de l'amortissement (qui est devenu un sujet de controverses) en utilisant le stock de capital brut, et non net d'amortissement. Cet indicateur est utilisé par Shaikh et Tsoulfidis ainsi que par Tsaliki, mais uniquement pour les États-Unis, non à l'échelle mondiale. Karambakhsh pondère le stock de capital de chaque pays pour obtenir une profitabilité moyenne mondiale.

Malheureusement, les données mesurant le taux de profit des secteurs productifs couvrent une période beaucoup plus courte et un nombre de pays plus restreint. Par conséquent, Karambakhsh examine le taux de profit moyen mondial, qui inclut les secteurs improductifs. Il constate que ce taux a diminué de 1950 à 2019, passant d'un pic de 11 % en 1966 à 7 % en 2019 : regardez la courbe noire sur le graphique ci-dessous (graphique 1a). De plus, il identifie les mêmes points d'inflexion du taux de profit que ceux que j'ai identifiés en 2020 : 1950-1966 ; 1966-1982 ; 1982-1997 ; 1997-2019 (graphique 1b). Mais il montre aussi que les autres mesures, basées uniquement sur les secteurs productifs, concordent étroitement avec le taux moyen mondial (graphique 1b). Cela montre que l'utilisation de la mesure du taux de profit moyen pour l'« ensemble de l'économie » reste une très bonne approximation du taux « à la Marx ».

En décomposant les déterminants du taux de profit, Karambakhsh parvient à des résultats assez similaires à ceux que j'ai obtenus en 2020. Il constate que la composition organique du capital, définie par le ratio entre le stock d'actifs fixes et la rémunération des salariés, a augmenté sur la période, tandis que le taux de plus-value a fluctué. De 1952 à 1965, le taux de profit mondial augmente, de même que le taux de plus-value et la composition organique du capital. Ces deux facteurs contribuent à la hausse du taux de profit. Durant la deuxième période, de 1965 à 1982, la composition organique du capital augmente fortement et, soutenue par la baisse du taux de plus-value, elle fait baisser le taux de profit. De 1982 à 1997, l'ère néolibérale, le taux de plus-value augmente et la composition organique du capital diminue légèrement. En conséquence, le taux de profit augmente, mais pas suffisamment pour entièrement compenser la baisse de profitabilité observée lors de la période précédente. Au cours de la dernière période (1997-2019), le taux de profit a diminué, principalement en raison de la hausse de la composition organique du capital, mais aussi du fait de la baisse du taux de plus-value. En 2019, le taux de profit avait effacé tous les gains accumulés durant la période néolibérale. J'obtenais des résultats similaires en 2020. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela confirme l'explication que Marx a donnée de la fluctuation du taux de profit. Lorsque la composition organique du capital augmente plus rapidement (ou diminue moins rapidement) que le taux de plus-value, le taux de profit diminue, et inversement.

Karambakhsh montre aussi que, bien que le taux de profit mondial soit une moyenne pondérée des taux de profit nationaux, la plupart des pays de son échantillon présentaient la même tendance générale et le même facteur déterminant que le taux mondial. Il conclut que « bien que la période étudiée ne soit peut-être pas suffisamment longue pour tirer une conclusion définitive sur les cycles, la succession de hausses et de baisses suggère un comportement cyclique avec des cycles de 30 à 35 ans. » Il interprète par ailleurs la théorie de la baisse du taux de profit à long terme de Marx comme une « théorie du cycle du taux de profit ». C'est quelque chose que j'ai noté et défendu dès la première fois que j'ai étudié la profitabilité du capital (alors uniquement du capital américain) en 2005-2006 (cf. mon livre The Great Recession) et que mes calculs ultérieurs concernant le taux de profit mondial en 2012 et 2020 ont confirmé.

Karambakhsh utilise la série Penn World Tables 10.0, si bien que ses calculs s'arrêtent à 2019. La série 11.0 est désormais disponible ; elle inclut des données allant jusqu'en 2023. Mes propres calculs, basés sur cette dernière série, montrent que le taux de profit mondial ne s'est jusqu'à présent que légèrement redressé depuis la récession pandémique de 2020. En outre, dans mes nouveaux calculs, j'agrège la plus-value, le stock d'actifs fixes et la rémunération des salariés de chaque pays afin d'obtenir des chiffres mondiaux pour la formule du taux de profit de Marx, ce qui élimine la nécessité de pondérer les stocks de capital de chaque pays. (Je publierai ces calculs dans un article ultérieur.)

Le plus important à mes yeux, compte tenu du fait que de nombreux auteurs le rejettent, est que les résultats de Karambakhsh corroborent également mon point de vue selon lequel la cause profonde de la Grande Récession de 2008-2009 réside dans la baisse de la profitabilité au cours de la décennie précédente. Comme il le note, « le taux de profit américain présente une nette tendance à la baisse depuis 1997, bien avant la dernière crise. »

Voici mon propre calcul du taux de profit de l'économie américaine « dans son ensemble » jusqu'en 2023, en utilisant la dernière série Penn World Tables 11.0 et, dans mon cas, en incluant le capital variable au dénominateur.

Il ajoute : « non seulement le déclin du taux de profit mondial a commencé avant la crise de 2007-2009, mais il s'est poursuivi après. Malgré un rebond rapide en 2010, il n'y a aucun signe de reprise générale. L'un des principaux moteurs de la reprise après une crise est la destruction de capital, généralement sous forme de faillites et de dévaluation du capital. Les politiques qui empêchent les faillites à grande échelle, afin de contenir la contagion de la crise, ont probablement réduit la destruction de capital et, par conséquent, freiné la reprise de la profitabilité après la crise. » C'est tout à fait exact, comme je l'ai montré dans mes billets sur la destruction créatrice.

Karambakhsh attire notre attention sur d'autres facteurs affectant la croissance des profits, voire la profitabilité elle-même. « D'un point de vue marxien, les heures productives sont les productrices directes de plus-value et leur diminution indique un déclin de la profitabilité. » Il montre que la part des salaires a eu tendance à diminuer depuis 1952, tandis que l'excédent d'exploitation (les profits) est resté quasiment constant. Pourquoi ? Parce que le taux de dépréciation du stock d'actifs fixes a augmenté au fil des décennies. Si une part plus importante des profits doit être consacrée au simple remplacement du capital déprécié, cela réduira les nouveaux investissements nets et la croissance du PIB.

Un autre résultat de l'étude de Karambakhsh est que le monde en développement a eu un taux de profit plus élevé durant cette période que les économies capitalistes développées.

C'est conforme à l'analyse de Marx : les pays en développement disposent généralement d'une technologie moins avancée par rapport à leur main-d'œuvre (une composition organique du capital plus faible). Mais à mesure que ces pays s'industrialisent, l'écart de taux de profit avec les pays développés se réduit. Ceci corrobore l'analyse que Guglielmo Carchedi et moi-même avons faite dans notre article sur l'impérialisme moderne, où nous avons montré que le taux de profit plus élevé dans les économies en développement s'est progressivement rapproché de celui du Nord global, notamment avec la forte augmentation de la part organique du capital en Chine. En effet, Karambakhsh montre que la hausse de la composition organique du capital de la Chine s'est traduite par une chute brutale de 51 % de son taux de profit, passant de plus de 15 % à moins de 8 %, ce qui compromet le rôle de la Chine comme moteur de profitabilité. J'obtiens un résultat similaire en utilisant les dernières données des Penn Tables, avec une baisse de 55 % du taux de profit depuis 1950 et une multiplication par 2,6 de la composition organique du capital.

Comme d'autres auteurs, Karambakhsh calcule le taux de profit uniquement par rapport aux actifs fixes (machines, usines, etc.) et n'inclut pas dans le dénominateur le capital variable, c'est-à-dire la rémunération salariale. Il ne tient pas non plus compte du capital circulant (c'est-à-dire les stocks de matières premières et de composants utilisés). Dans mes calculs, j'intègre souvent le capital variable. Mais comme le notent Karambakhsh et d'autres auteurs, son omission ne modifie pas significativement les résultats ; elle n'affecte que le niveau de profitabilité, non la direction ni les points d'inflexion. Il en va de même pour le capital circulant, à mon avis – mais pour un point de vue différent sur ce sujet, voir ici.

Les conclusions de Karambakhsh sont pertinentes. « La baisse persistante du taux de profit mondial depuis le milieu des années 1990, conjuguée à l'accélération de la dépréciation depuis le milieu des années 1980, au ralentissement à long terme des heures productives et à la part croissante des heures consacrées à des activités improductives, a contribué au ralentissement de l'accumulation de capital et de la croissance du PIB. Ces facteurs suggèrent une concurrence accrue, un risque de faillite plus élevé et une pression accrue sur le travail pour extraire davantage de plus-value, mais aussi qu'un retournement à court terme de la profitabilité mondiale est improbable. »

Mais, poursuit-il : « le capitalisme a une forte capacité d'adaptation, avec un potentiel de transformations technologiques et organisationnelles. En bref, les données empiriques indiquent une période prolongée de croissance contrainte et de tensions sociales et économiques accrues, non une crise terminale immédiate ou prédéterminée ». Je pense que c'est exact. Comme je l'ai suggéré ailleurs, le capitalisme pourrait bien connaître un second souffle (après un ralentissement) grâce aux nouvelles technologies d'IA si celles-ci génèrent une plus-value plus importante, même au prix de pertes d'emplois.

Notes

Texte publié par Michael Roberts sous le titre « Measuring a world rate of profit -again », sur son blog The Next Recession, 5 avril 2026. Traduit par Martin Anota.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Lettre ouverte contre règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE)

5 mai, par Attac Québec — ,
Plus de 340 organisations de la société civile à travers le monde appellent les gouvernements à former une coalition pour « se libérer » d'un système international de tribunaux (…)

Plus de 340 organisations de la société civile à travers le monde appellent les gouvernements à former une coalition pour « se libérer » d'un système international de tribunaux secrets

Plus de 340 organisations de la société civile ont signé une déclaration ouverte (version française) appelant les gouvernements du monde entier à former une coalition afin de « se libérer » du système peu connu des tribunaux internationaux, généralement instaurés par le biais des accords de libre-échange. Publiée en amont de la première Conférence sur la transition hors des combustibles fossiles, qui se tiendra en Colombie à la fin du mois d'avril, la déclaration affirme que ce système, officiellement connu sous le nom de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE), « menace une transition juste hors des combustibles fossiles ainsi que le besoin urgent d'une transformation sociale et écologique pour les populations et la planète ».

Cleodie Rickard, Global Justice Now, Royaume-Uni, a déclaré :

Les entreprises utilisent ces tribunaux secrets du RDIE pour poursuivre les gouvernements en dehors des systèmes juridiques nationaux au sujet de lois et de politiques qu'elles estiment susceptibles de nuire à leurs profits. Il s'agit d'un système profondément antidémocratique qui sape les droits et limite la souveraineté. Les entreprises de combustibles fossiles ont largement profité du RDIE, intimidant les gouvernements pour les dissuader de s'attaquer aux énergies polluantes. Et lorsque les gouvernements vont de l'avant, les pollueurs utilisent le RDIE pour obtenir des compensations aux frais des contribuables, augmentant ainsi le coût de la transition.

Olivia Costa, Tanzania Trade and Investment Coalition (TATIC), a déclaré :

Le droit de réglementer les ressources naturelles et de protéger les communautés contre les activités extractives nuisibles ne doit jamais être compromis par des tribunaux secrets investisseurs–État. Les indemnités accordées dans le cadre du RDIE sont énormes. Pour les pays en développement, de tels montants pourraient être utilisés pour financer leurs budgets dans l'intérêt public — que ce soit pour l'action climatique, la santé publique ou la justice sociale — plutôt que d'être versés aux entreprises.

Juan Camilo Sarmiento, Comité pour la défense de l'eau et du páramo de Santurbán, Colombie, a déclaré :

Le RDIE est un mécanisme taillé sur mesure pour permettre aux entreprises transnationales d'aggraver la destruction de la Terre, de maintenir l'impunité et de piller les finances publiques. Il renforce la violence contre celles et ceux qui se mobilisent pour défendre les terres, la nature et la vie. Les gouvernements ont le devoir de protéger les communautés et la nature, et doivent commencer à aller dans la même direction : s'éloigner du RDIE.

Dr Patricia Ranald, coordinatrice du Australian Fair Trade and Investment Network, a déclaré :

Les gouvernements se retirent des mécanismes de RDIE. Le gouvernement australien exclut le RDIE des nouveaux accords et se retire du RDIE dans les accords existants. Mais il s'agit d'un processus lent, et nous les exhortons à se joindre à d'autres pour explorer une action collective des gouvernements afin de se retirer de ces mécanismes.

Rachmi Hertanti, Transnational Institute, Indonésie, a déclaré :

Trop, c'est trop — nous avons des décennies d'expérience des dommages causés par le RDIE et le verdict est clair. Il est temps que les gouvernements se réunissent et commencent à bâtir une coalition de pays déterminés à se libérer du RDIE. Les pays doivent s'engager à cesser de signer de nouveaux accords incluant le RDIE, à éliminer progressivement ceux existants et à explorer l'annulation collective des traités.

Contexte

Les dispositions relatives au RDIE sont intégrées dans de nombreux accords commerciaux et d'investissement. Elles permettent aux entreprises transnationales de poursuivre les gouvernements devant des tribunaux ad hoc pour des mesures qu'elles estiment préjudiciables à leurs profits. À l'échelle mondiale, les entreprises de combustibles fossiles sont de loin les principales bénéficiaires du système de RDIE, ayant obtenu plus de 87 milliards de dollars d'indemnisations.

Pour la première fois dans un forum climatique multilatéral, la conférence d'avril mettra clairement à son ordre du jour la nécessité de traiter l'obstacle que représente le RDIE pour la sortie des combustibles fossiles. Cela fait suite à l'annonce récente du président de la Colombie de son intention de retirer le pays du système de RDIE.

Les signataires de la lettre ouverte proviennent de plus de 50 pays répartis sur plusieurs continents, ainsi que d'organisations régionales et internationales. Ils incluent 350.org, Amnesty International, Oxfam International, Black Environmental Initiative (Canada), Attac Québec (Canada), Friends of the Earth International, CAN Europe, CANLA, Climate Action Network Australia, SOMOS SUR (Bolivie), Chile Mejor sin TLC, CAJAR (Colombie), PowerShift (Allemagne), The Future We Need (Inde), Publish What You Pay (PWYP) Indonésie, Policy Alert (Nigéria), Global Justice Now (Royaume-Uni) et Public Citizen (États-Unis).

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Tchernobyl, vingt-cinq ans après : les liquidateurs et la génération de 1986

5 mai, par Tamara Zlobina — , ,
À l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl — quelques semaines à peine après les fusions de cœur de Fukushima Daiichi —, la critique féministe (…)

À l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl — quelques semaines à peine après les fusions de cœur de Fukushima Daiichi —, la critique féministe ukrainienne Tamara Zlobina examine une exposition kyivaine qui affronte ce qu'elle nomme l'« infotraumatisme » de la catastrophe nucléaire. Sa thèse : l'explosion du 26 avril 1986 est devenue un désastre mondial non seulement par la radiation, mais par le silence imposé par les autorités soviétiques ; les États post-soviétiques ont prolongé ce déplacement — les liquidateurs sont abandonnés aux tribunaux et à la maladie chronique tandis que les politiques nationalistes de la mémoire convertissent leur sacrifice en pathos cérémoniel. Le projet artistique collectif « 1986. Deux regards » est lu ici comme une alternative à l'oubli comme à l'instrumentalisation. [AN]

26 avril 2011| tiré d'Europe solidaire sans frontières

À environ 1 h 23 min 50 s, le 26 avril 1986, une explosion à la tranche n° 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl a entièrement détruit le réacteur. Vingt-cinq ans plus tard, une autre catastrophe nucléaire majeure se déclenchait à la centrale japonaise de Fukushima Daiichi [1]. De tels événements n'ont pas qu'une dimension technologique et scientifique ; ils touchent directement la vie de centaines de milliers de personnes. Conception du réacteur, instructions d'exploitation déficientes, absence d'information, mépris des règles de sécurité, négligence humaine — l'enquête sur les causes durera une dizaine d'années, avec des conclusions tirées tant par la commission soviétique que par les experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique [2]. En Ukraine, l'éruption active de substances radioactives provenant du réacteur détruit n'a été stoppée que vers la fin du mois de mai, par la mobilisation de ressources venues de toute l'URSS et au prix de l'irradiation massive de milliers de liquidateurs ; l'information sur l'événement a été étouffée ; l'évacuation depuis la zone des 30 kilomètres a été menée progressivement — et durant les jours les plus dangereux, les enfants allaient à l'école, les villageois·es consommaient les produits de leur jardin, et à Kyiv on célébrait le Premier Mai dans des rues ensoleillées [3].

Les corps comme matière dépensable de l'État — selon diverses estimations, jusqu'à 600 000 personnes ont participé à la liquidation des conséquences de l'accident : des spécialistes, hommes et femmes, dépêché·es pour effectuer les travaux sur la tranche endommagée et autour d'elle, ainsi que des unités militaires, à la fois régulières et composées de réservistes mobilisés à la hâte [4]. La majorité d'entre eux et elles, surtout dans les premiers jours après l'accident — les pompiers qui ont éteint l'incendie sur le toit de la centrale —, ne savaient rien de la radiation et ne disposaient d'aucun équipement de protection adéquat. Donner sa vie ou, au minimum, sa santé, et ne rien recevoir en retour : tel est le destin de la plupart des liquidateur·trices. Leur quotidien aujourd'hui, ce sont les procès pour les pensions « tchernobyliennes », les maladies, les emplois précaires (parce que leur état de santé ne leur permet pas de travailler à plein temps), le sentiment d'abandon et d'inutilité — et pourtant, le pathos humaniste qui donne sens au sacrifice personnel pour la vie d'autrui : « Aujourd'hui, la société pense qu'on est des parasites. Mais nous sommes des héros » (extrait des textes du projet « 1986. Deux regards »).

Tchernobyl comme infotraumatisme

Le chercheur Serhii Myrnyi, ancien commandant d'un peloton de reconnaissance radiologique à Tchernobyl, dans son article « Tchernobyl comme infotraumatisme » [5], montre comment l'accident technogénique de la centrale de Tchernobyl est devenu une catastrophe précisément par les silences et les distorsions de l'information, devenant un infotraumatisme global. La plupart des auteur·trices qui étudient le phénomène du traumatisme — sous la perspective de différentes disciplines — soulignent l'importance du travail de mémoire et de la conversion du souvenir traumatique de l'horreur sans mots vers le récit articulé, qui donne aux victimes la possibilité de nouvelles constructions de leur propre identité. L'établissement des causes véritables de la catastrophe et la divulgation officielle d'une information honnête et cohérente sont les conditions préalables au dépassement des traumatismes collectifs ; à défaut, comme les traumatismes individuels non dits, ils sont refoulés et ne font qu'aggraver le syndrome traumatique.

La catastrophe de Tchernobyl est devenue un choc et une tragédie non seulement à cause du cataclysme technogénique, mais aussi à cause de la dissimulation de l'information sur la situation à la centrale et autour d'elle, dont les véritables dangers, les citoyen·nes soviétiques devaient les deviner par eux-mêmes. L'impact sur la santé même du groupe le plus fortement irradié — les liquidateur·trices — ne peut s'expliquer par la seule action directe de la radiation. L'analyse de la dynamique et du caractère des maladies montre que les traumatismes psychologiques et le stress de longue durée jouent un rôle non moindre, et parfois plus important. Myrnyi conclut que les conséquences de l'accident de Tchernobyl sont globales, complexes et à long terme pour plusieurs raisons : il s'agissait d'un accident radiologique, de grande ampleur, qui s'est produit dans une région du monde culturellement et économiquement importante (l'Europe), à un moment historique critique — coïncidant avec le début des processus de démocratisation et de la perestroïka en URSS (où le mouvement écologiste a joué un rôle considérable), et avec le début de l'informatisation globale, l'accélération de la circulation de l'information à travers internet et les médias mondiaux (lesquels ont forgé l'association d'image durable entre l'Ukraine et Tchernobyl).

La période de la deuxième explosion informationnelle concernant l'accident dans les pays de l'ex-URSS s'est étendue de 1989 à 1992, quand de nombreux articles « sensationnalistes » non professionnels ont commencé à être publiés, ce qui n'a fait qu'intensifier le syndrome traumatique général de toutes les sociétés post-soviétiques. Le pic de l'infotraumatisme — soutenu par les manipulations politiques des nouveaux gouvernements visant à acquérir un capital économique (auprès des bailleurs occidentaux) et un capital symbolique (par la diabolisation du régime précédent) — s'est produit en 1996, dixième anniversaire de l'événement. Par la suite, les médias ont progressivement commencé à oublier la catastrophe, qui a été inscrite dans un nouveau discours nationaliste comme une défaite de plus et un sacrifice du peuple ukrainien sur le chemin de l'indépendance ; les commémorations ultérieures se sont construites selon des scénarios à la manière des Cloches de Tchernobyl [6] — lectures scolaires obligatoires-volontaires de poèmes pathétiques et dépôt de fleurs par les officiels.

La génération de 1986 et l'archive vivante

Les liquidateur·trices, dont l'expérience n'a pas encore été inscrite dans la mémoire culturelle de la communauté, deviennent une archive vivante, des monuments vivants dont la signification est bien plus grande que celle des plaques mémorielles érigées dans les rues des villes ukrainiennes. Leur expérience est dissimulée derrière diverses représentations de l'événement et manipulations informationnelles. Pour la génération née en 1986 — les jeunes citoyen·nes de 25 ans qui entrent activement dans la vie publique et professionnelle et qui forment le nouveau visage de la société ukrainienne —, la catastrophe qui fut l'arrière-plan de leur propre venue au monde reste lointaine, inconnue, inintelligible.

Articuler l'expérience de Tchernobyl et établir un lien entre les générations : tel est le travail du projet « 1986. Deux regards », réalisé sous la direction du photographe Viktor Marushchenko (Kyiv, galerie Lavra, 9-26 avril 2011). L'œuvre collective comporte deux volets : l'installation photographique 1986. Deux regards (S. Libet, L. Lykhtarenko, Ya. Pobolova, K. Strilets, S. Tereshchenko, M. Ubyi-Vovk, avec la participation de A. Bielov et A. Sumkina) et l'installation audio-vidéo Tchernobyl. Parole directe (Чорнобиль. Пряма мова) — réalisateur Yurii Rechynskyi, chef opérateur Ihor Terik, ingénieur du son Andrii Rohachov, compositeur Anton Baibakov, productrice Daria Sazhyna, journaliste Hryhorii Palii, designer Nataliia Replianchuk. Le projet est centré sur les destins de personnes ordinaires : les portraits photographiques de 25 liquidateur·trices et de 25 jeunes nés en 1986 sont accompagnés de textes — récits de l'expérience de la confrontation avec la catastrophe atomique et de la trajectoire personnelle. Les portraits des liquidateur·trices sont en noir et blanc ; leurs textes parlent de maladie et de l'ingratitude d'un État qui les a utilisés sans se soucier de leur sécurité ni de leur santé, ni pendant ni après les opérations de liquidation. Par contraste, les photographies des jeunes sont en couleur, dans des intérieurs qui permettent de tirer des conclusions sur leurs métiers et modes de vie — des personnes qui ont encore tout devant elles —, et les récits portent sur les circonstances de leur naissance en 1986 et, surtout, sur la méconnaissance de l'événement qui a si brutalement transformé la vie de centaines de milliers d'êtres.

Les photographies et les textes de parole directe sont disposés sur les murs opposés de la galerie. Entre les portraits, il y a une distance considérable, au sens physique comme symbolique, car les paroles des hommes et des femmes attestent à quel point ils et elles ont peu en commun — alors même que, sans les efforts de ces personnes des photographies en noir et blanc, il y aurait considérablement moins de couleurs dans la vie des jeunes. Il n'y a nulle part où en apprendre davantage sur le « comment ça s'est passé » : les plaques mémorielles ne parlent pas ; les musées ne s'animent qu'à l'occasion des sorties scolaires ; les programmes télévisés sont construits selon la logique de la sensation plutôt que celle de l'information fiable, et encore moins par la voie de l'empathie et du partage des sentiments.

Parole directe

C'est précisément l'art qui peut devenir ce moyen de compréhension mutuelle entre les générations, un moyen de transmettre une expérience qui est personnelle pour les uns et, indirectement, personnelle pour tous les autres. L'activité symbolique, métaphorique, radicalement honnête et directe — l'art — est toujours un domaine de création et d'expérience partagées ; le projet collectif « 1986. Deux regards » le démontre au mieux, refusant la pure ornementation tout en préservant le plus haut niveau de qualité professionnelle. (Le contraste est particulièrement visible avec Une odyssée cosmique : au même moment, les murs du Mystetskyi Arsenal, à quelques mètres de la galerie Lavra, étaient tapissés de mètres carrés de peinture pseudo-contemporaine sur le thème « l'humanité et le cosmos » [7].) Le projet est une composition complexe du travail de photographes, de réalisateur·trices et d'opérateur·trices, de recherches journalistiques substantielles et de parole directe, où les récits visuel et verbal se superposent et se complètent.

Cette histoire si importante, si nécessaire, et toujours non entendue, des liquidateur·trices, résonne dans l'installation audio-vidéo Tchernobyl. Parole directe, où les acteur·trices directs de l'événement racontent leur expérience : comment ils et elles ont été envoyé·es dans la zone, par convocation militaire ou en raison de leur métier (pompier, ambulancier, médecin, pilote) ; combien d'heures ils et elles n'ont pas dormi ; ce qu'ils et elles ont vu ; le silence des villages abandonnés, les champs ensemencés, les malades en phase terminale, l'horreur, la douleur — et, malgré tout, l'humanisme et la non-vanité du sacrifice personnel. Dans l'installation de vieilles télévisions aux images déformées, les visages se succèdent et les récits passent d'une bouche à l'autre : les fragments d'entretiens audio de personnes différentes sont montés de telle façon qu'un seul récit continu est porté par de nombreuses voix. Sur la vidéo, tout le monde se tait : les hommes et les femmes écoutent leur propre voix enregistrée, revivant tout à nouveau, et nous ne pouvons voir qu'un spasme aigu de la gorge ou un sourire, et répondre par nos propres émotions, partageant le passé personnel des locuteur·trices — un passé devenu partie intégrante de la vie de l'humanité tout entière [8].

Aleksandra Vlasenko, employée de banque

Quand l'accident s'est produit, j'avais deux mois. Ma mère n'est pas partie, parce qu'elle était seule et qu'elle ne voulait aller nulle part. Donc tout le temps qui a suivi l'accident, je l'ai passé à Kyiv. Je n'ai jamais été envoyée en cure, et je n'ai senti aucune attention particulière à mon égard. Pour moi, comme pour des millions de personnes, Tchernobyl est un grand chagrin et une tragédie.

Viktor Vassilievitch Bondarev, 80 ans

Contremaître pour le montage des turbogénérateurs et des réacteurs, liquidateur du 3 mai à la mi-décembre, Héros du travail socialiste [9]. À la centrale de Tchernobyl il a travaillé sur la construction du sarcophage, de l'entrepôt de déchets radioactifs, et sur la décontamination de l'eau.

Tchernobyl m'a fait comprendre qu'il faut prendre la vie plus au sérieux. Cela vaut autant pour les monteurs que pour les gouvernements.

Kristina Salii, danseuse, chorégraphe

Bien que je sois née en 1986, je ne savais rien de Tchernobyl. Et c'est seulement à l'âge de dix ans qu'on m'en a parlé. Mon anniversaire est en été, et l'accident, semble-t-il, a eu lieu au printemps. À l'école, quand on nous a dit que c'était déjà le dixième anniversaire, j'ai pensé : « Mais alors, ça veut dire que j'ai dix ans aussi ! »

Enceinte, ma mère a quitté Kyiv pour aller chez mon grand-père, qui lui tapait sur les nerfs. Et aujourd'hui je n'ai pas de rapport particulier à Tchernobyl.

Viktor Petrovitch Petchennyi, 56 ans

Avant l'accident il travaillait comme transmetteur. Il était à Tchernobyl du 28 avril au 15 mai. Ils faisaient le sale boulot — chargement de sable et de plomb dans des parachutes — et vivaient sous des tentes au bord de la rivière Pripiat. Ils dormaient habillés et bottés, quatre heures sur vingt-quatre. Aujourd'hui : malade en phase terminale d'un cancer (cancer du poumon), invalide du premier groupe. Par la voie judiciaire il a obtenu la pension prévue par la loi (8 salaires minimums = 6 500 hryvnia, environ 561 EUR au taux d'avril 2011), que la caisse de retraite a aussitôt récupérée unilatéralement, en le faisant passer sur une pension par catégorie d'invalidité (2 800 hryvnia, environ 242 EUR). À l'heure actuelle il a beaucoup de dettes. Il est aidé par d'anciens camarades de service et par ses enfants.

Tchernobyl m'a tout pris.

Sergueï Glouchtchenko, musicien, exerce une activité pédagogique

Je suis né à Kyiv. Tchernobyl a fait beaucoup de choses, mais la vie continue, il faut avancer, regarder les erreurs et ne pas les répéter.

Iouri Alexandrovitch Abramov, 57 ans

Avant l'accident, il travaillait à la centrale comme ingénieur en chef pour la protection du travail et la sécurité. Après l'accident, leur atelier a été rebaptisé Atelier de sécurité radiologique ; ils faisaient de la reconnaissance radiologique. Il a travaillé à la centrale jusqu'en 1998.

Je considère que la catastrophe de Tchernobyl a radicalement changé l'attitude vis-à-vis de l'énergie nucléaire et a montré que les erreurs qui mènent à de telles conséquences peuvent être commises non seulement durant l'exploitation, mais aussi lors de la conception.

Étant un spécialiste, j'ai contrôlé soigneusement mon temps dans la zone pendant les opérations et j'ai accumulé les 25 rems autorisés. Je n'ai pas à me plaindre de ma santé, et j'essaie d'y penser le moins possible.

Anton Kotovitch, doctorant en philologie

Ce malheur ne nous a pas directement touchés, ma famille et moi. Nous habitions un peu plus au sud, et le vent, comme on le sait, soufflait vers le nord. Parmi mes proches et mes amis, il n'y a pas non plus de personnes sensiblement affectées.

Sur les causes de l'accident, je sais peu de choses. Mais peut-être suffisamment pour tirer une conclusion très générale et probablement erronée : pour son confort, son auto-affirmation et le renforcement de sa puissance, l'homme crée des dispositifs qui peuvent détruire toute l'humanité. Je ne parlerais pas de personnes innocentes. Nous sommes tous coupables d'accepter de vivre dans un monde bourré de technique, d'armes, de poisons. La majorité n'y pense même pas. Une infime minorité proteste activement. Pour rejoindre cette dernière, il me manque, à moi, le courage, la conviction, la conscience… Rejeter le monde, devenir ermite, reclus, ascète, c'est difficile. Et changer l'humanité, c'est encore plus difficile. Voilà comment on en arrive à ce qui est.

Alexeï Alexéevitch Breus, 51 ans

Diplômé de l'École technique supérieure Bauman de Moscou [10] ; ingénieur en énergie nucléaire. Il travaillait à la centrale comme opérateur sur la tranche n° 4. Il devait commencer son service le 26 avril. Après l'accident, il est resté à la centrale pendant trois jours. Le premier jour ont été menés des travaux d'urgence ; le second, il a travaillé sur la tranche n° 3. Il est resté dans la zone jusqu'à la mi-mai, au camp de Pionniers Skazotchnyï (Le Conte de fées) [11].

Tchernobyl a complètement changé ma vie. Pendant plusieurs années après l'accident, j'ai travaillé dans le nucléaire, puis je me suis reconverti comme journaliste. Depuis dix ans je suis artiste ; je peins des tableaux. Je fais attention à ma santé, j'essaie de ne pas abuser des médicaments, et de temps en temps je plonge dans l'eau glacée. Invalide du troisième groupe.

Tamara Zlobina est une chercheuse féministe et critique culturelle ukrainienne, et rédactrice en chef de la ressource féministe ukrainienne en ligne Gender in Detail (Гендер в деталях). Au moment de la rédaction, elle contribuait régulièrement à la publication ukrainienne de gauche Спільне / Commons (commons.com.ua), où cet article a paru initialement le 26 avril 2011.

P.-S.
Source : https://commons.com.ua/uk/25-rokiv-pislya/

Traduit et notes pour l'ESSF par Adam Novak

Notes

[1] Sur la conjonction Tchernobyl-Fukushima au moment où Zlobina écrivait, voir « Fukushima est-il un nouveau Tchernobyl ? », Europe Solidaire Sans Frontières, 2011. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article20704

[2] Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) : organisme rattaché à l'ONU, fondé en 1957 pour promouvoir la technologie nucléaire et superviser les garanties. Les rapports du « Forum Tchernobyl » qu'elle a co-organisé en 2003-2005 avec l'OMS et d'autres organismes ont été critiqués par des spécialistes indépendants pour avoir minimisé les conséquences sanitaires à long terme.

[3] Sur la suppression institutionnelle de l'information relative à Tchernobyl et la complicité de l'AIEA et de l'OMS, voir « Les dossiers enterrés de Tchernobyl », Le Monde diplomatique, repris par Europe Solidaire Sans Frontières, 2011. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article21205

[4] Sur la persistance de la lutte des liquidateur·trices ukrainien·nes pour leurs droits sociaux quatorze ans après la rédaction de l'article par Zlobina, voir « Chronique sociale ukrainienne — compilation de janvier 2025 », Europe Solidaire Sans Frontières, 2025. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article73524

[5] Serhii Myrnyi, « Чернобыль как инфотравма », dans S. Ouchakine (dir.), Травма : пункты. Сборник статей, Moscou : Novoïe literatournoïe obozrenie, 2009, 903 p. Zlobina cite le chapitre sous sa propre traduction ukrainienne « Чорнобиль як інфотравма » ; la publication originale est en russe.

[6] « Дзвони Чорнобиля » (Les Cloches de Tchernobyl) : documentaire soviétique de 1987 réalisé par Rollan Sergueïenko sur la catastrophe ; le titre est invoqué ici comme raccourci pour le registre cérémoniel-commémoratif qui en est venu à dominer la mémoire officielle.

[7] Mystetskyi Arsenal : un grand complexe muséal et d'expositions au centre de Kyiv, fondé en 2006 dans un ancien arsenal militaire à proximité de la Laure des Grottes de Kyiv. Une odyssée cosmique (Космічна Одіссея) y a été présentée au printemps 2011, organisée à l'occasion du cinquantième anniversaire du vol spatial de Iouri Gagarine, le 12 avril 1961.

[8] Sur la lecture coloniale de la catastrophe et l'« occupation verticale » des territoires contaminés (concept de Svitlana Matviyenko), voir Tatiana Kasperski, « D'une certaine façon, Tchernobyl est une catastrophe coloniale » (entretien avec Mediapart), Europe Solidaire Sans Frontières, 2026. Disponible à : https://europe-solidaire.org/spip.php?article78644

[9] Héros du travail socialiste (Герой Социалистического Труда) : la plus haute distinction civile en URSS, attribuée entre 1938 et 1991 pour contribution exceptionnelle à l'économie et à la culture soviétiques.

[10] École technique supérieure d'État Bauman (МВТУ имени Баумана) : la plus ancienne université d'ingénierie de Russie, fondée en 1830, aujourd'hui appelée Université technique d'État Bauman de Moscou.

[11] Les camps de Pionniers étaient le réseau de colonies d'été organisées par l'État pour les enfants et adolescent·es en URSS ; nombre d'entre eux ont été reconvertis pendant la liquidation en hébergements temporaires pour les liquidateur·trices.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

« Nous bombardons les forêts américaines de Roundup » : malgré les craintes liées au cancer, l’administration Trump continue de promouvoir cet herbicide

5 mai, par Democracy now ! — , ,
La Cour suprême des États-Unis a entendu lundi les plaidoiries dans une affaire qui pourrait déterminer si des milliers de patients atteints de cancer peuvent continuer à (…)

La Cour suprême des États-Unis a entendu lundi les plaidoiries dans une affaire qui pourrait déterminer si des milliers de patients atteints de cancer peuvent continuer à poursuivre en justice les fabricants du glyphosate, un herbicide très répandu connu sous le nom de Roundup. Les détracteurs du Roundup affirment depuis longtemps qu'il existe un lien entre cet herbicide et le cancer. Il a été développé par Monsanto, racheté par Bayer en 2018.
Mother Jones et le Center for Investigative Reporting ont récemment publié une enquête majeure menée par Nate Halverson qui examine comment le Service forestier américain a rapidement étendu son utilisation du Roundup malgré les inquiétudes concernant sa sécurité. « La majeure partie du glyphosate est toujours utilisée en agriculture, mais… nous avons pu montrer que c'est en fait dans le domaine forestier que son utilisation connaît actuellement la croissance la plus rapide », explique Halverson.

29 avril 2026 | tiré de Democracy now !

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman.
Les juges de la Cour suprême des États-Unis ont entendu lundi les plaidoiries dans une affaire qui pourrait déterminer si des milliers de patients atteints de cancer peuvent continuer à poursuivre en justice les fabricants du glyphosate, un herbicide très répandu, ou du Roundup. Ce pesticide a été développé par Monsanto, racheté par Bayer en 2018. Les détracteurs du Roundup affirment depuis longtemps qu'il existe un lien entre cet herbicide et le cancer. Lundi, les juges semblaient divisés sur la question de savoir si une loi fédérale régissant la vente et la commercialisation des herbicides prévaut sur les poursuites judiciaires engagées au niveau des États contre les fabricants. L'affaire porte sur la question de savoir si c'est au gouvernement fédéral ou aux États de décider des étiquettes d'avertissement à apposer sur les herbicides.
Le plaignant principal dans cette affaire est un homme du Missouri nommé John Durnell. Il affirme que deux décennies d'exposition à ce produit chimique lui ont causé un cancer du sang. Un jury a estimé que Bayer ne l'avait pas averti des risques associés au Roundup et lui a accordé 1,25 million de dollars de dommages-intérêts. L'administration Trump, qui a qualifié le Roundup de sûr, se range du côté de Bayer.
Par ailleurs, Mother Jones et le Center for Investigative Reporting viennent de publier une importante enquête examinant comment le Service forestier américain a rapidement étendu son utilisation de l'herbicide malgré les inquiétudes concernant la sécurité du Roundup. Dans un instant, nous recevrons le journaliste d'investigation Nate Halverson. Mais tout d'abord, écoutons des extraits d'un court documentaire qu'il a réalisé dans le cadre de l'enquête qu'il a menée avec la journaliste de données Melissa Lewis.

NATE HALVERSON : Nous avons découvert qu'au cours des 20 dernières années, l'utilisation du glyphosate a plus que quadruplé dans les forêts californiennes. Regardez cette carte réalisée par Melissa. Nous ne disposons de ces chiffres que pour la Californie, car cet État est assez fou pour obliger tout le monde à déclarer son utilisation de pesticides. Et heureusement qu'il le fait, car apparemment, aucun autre État ne le fait. Nous n'avons donc pratiquement aucune idée de ce qu'il en est ailleurs — pratiquement aucune idée.

J'ai déniché cette annexe incroyablement longue dans un autre rapport incroyablement long de l'EPA. Et devinez quoi : elle me donne une estimation de l'utilisation nationale. Et savez-vous où, selon cette estimation, 90 % des pulvérisations forestières avaient lieu ? Dans les États du Sud. La Californie n'est donc qu'une goutte d'eau dans l'océan. Ces États du Sud comptent parmi les plus grands producteurs de bois du pays, et les entreprises l'utilisent dès qu'elles ont déboisé les terres, pulvérisant du glyphosate partout pour faire place à la prochaine génération d'arbres. Les entreprises forestières et le Service forestier utilisent le Roundup dans les bois pour aider les arbres à repousser plus vite. Et puis, un jour, elles pourront tous les abattre à nouveau, gagner plus d'argent et répéter le processus. Elles traitent des millions d'hectares de forêt exactement comme un champ de maïs.

AMY GOODMAN : Extrait d'un nouveau court métrage documentaire réalisé par le journaliste Nate Halverson pour Mother Jones, qui nous rejoindra dans un instant. Mais d'abord, un autre extrait du documentaire.

NATE HALVERSON : Depuis des décennies, Monsanto, le fabricant d'origine du Roundup, insiste sur le fait que le produit est sans danger lorsqu'il est utilisé conformément aux instructions. Mais en 2015, l'Organisation mondiale de la santé a publié une évaluation historique affirmant que le glyphosate est « probablement » cancérigène. Cela a déclenché toutes ces poursuites judiciaires.

JOURNALISTE : L'herbicide le plus populaire au monde pourrait causer le cancer. C'est la conclusion de l'Agence internationale de recherche sur le cancer.

NATE HALVERSON : L'image était vraiment mauvaise. Et des catastrophes de relations publiques comme celle-ci n'ont pas aidé.
PATRICK MOORE : Vous pouvez en boire un litre entier, ça ne vous fera pas de mal. C'est...
PAUL MOREIRA : Vous voulez en boire ? Nous en avons ici.
PATRICK MOORE : J'en serais ravi, en fait. Non... pas vraiment, mais...
PAUL MOREIRA : Pas vraiment ?
PATRICK MOORE : Je sais que ça ne me ferait pas de mal.
PAUL MOREIRA : Et si vous le dites, j'ai du glyphosate ici.
PATRICK MOORE : Non, non, je ne suis pas stupide.
PAUL MOREIRA : Ah, d'accord, donc, vous...
PATRICK MOORE : Non, mais je sais que...
PAUL MOREIRA : Donc, c'est dangereux, n'est-ce pas ?
PATRICK MOORE : Je sais... non, des gens essaient de se suicider avec et échouent assez régulièrement.
PAUL MOREIRA : Non, non, mais... disons la vérité.
PATRICK MOORE : Ce n'est pas dangereux pour les humains.
PAUL MOREIRA : C'est dangereux.
PATRICK MOORE : Non, ce n'est pas le cas.
PAUL MOREIRA : Oh. Alors, êtes-vous prêt à boire un verre de glyphosate ?
PATRICK MOORE : Non, je ne suis pas idiot.

NATE HALVERSON : C'est là que le débat sur la sécurité et notre enquête prennent un tournant, car la stratégie de Monsanto allait bien au-delà des relations publiques. Monsanto était secrètement à l'origine de certains des rapports scientifiques les plus influents. L'entreprise gonflait les études scientifiques en sa faveur.

AMY GOODMAN : Extrait du court métrage documentaire du journaliste d'investigation Nate Halverson, producteur de Reveal récompensé par un Emmy Award. La vidéo accompagne son nouvel article pour Mother Jones, intitulé « Nous bombardons les forêts américaines avec du Roundup ». Nate Halverson nous rejoint depuis San Francisco.
Bonjour, Nate. Pourriez-vous commencer par nous parler des plaidoiries que la Cour suprême a entendues cette semaine au sujet du Roundup, puis nous expliquer en quoi cela est lié à cette enquête majeure que vous avez menée pour Mother Jones/Reveal ?

NATE HALVERSON : Oui, donc, comme vous l'avez dit, la Cour suprême examinait la question de savoir si les citoyens pourraient ou non intenter des poursuites devant les tribunaux d'État, et — car, en substance, au niveau fédéral, l'EPA avait précédemment déclaré que le Roundup et le glyphosate, le produit chimique à l'origine du Roundup, étaient sans danger. Je pense qu'il est important de noter que la Cour d'appel du 9e circuit a en fait infirmé la décision de l'EPA, soulignant que l'EPA n'avait pas réussi à conclure que le produit ne causait pas le cancer, et que, d'après ses propres recherches, la majorité des études qu'elle avait examinées indiquaient qu'il avait causé des lymphomes non hodgkiniens. Donc, même au niveau fédéral, il y a beaucoup d'incertitude quant à la sécurité.
Et devant les tribunaux d'État, je veux dire, certaines des informations que vous avez vues dans le documentaire, nous ne disposons que des e-mails internes d'employés de Monsanto évoquant la création de ces études fabriquées de toutes pièces ou, comme ils disent, rédigées par des nègres — nous ne disposons de ces informations aujourd'hui que parce que des personnes ont pu intenter des poursuites devant les tribunaux d'État. Et dans ce tout premier procès qui a été intenté, ici même dans la région de la baie de San Francisco, le jury a estimé que Monsanto avait agi avec, je cite, « malveillance ».

Et cela s'expliquait en partie par leur dissimulation des données scientifiques, ce que la cour d'appel de l'État a confirmé en estimant qu'il était tout à fait raisonnable que le jury en arrive à cette conclusion.

AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous parler du décret signé par Trump qualifiant le glyphosate d'élément essentiel à la sécurité nationale ? Il a même invoqué la loi sur la production de défense pour soutenir sa production nationale ?

NATE HALVERSON : Oui, l'administration Trump a, tant au cours de son premier mandat – lorsque certains de ces e-mails internes divulgués dans le cadre du procès citaient un lobbyiste affirmant que l'administration Trump disait à Monsanto qu'elle n'avait rien à craindre de sa part, qu'elle soutenait Monsanto sur des produits comme le glyphosate – qu'aujourd'hui, bien sûr, avec le décret présidentiel qui offre une protection juridique, ainsi que sa tentative de stimuler la production nationale et son intervention dans l'affaire devant la Cour suprême — la liste est longue des mesures prises par l'administration Trump pour soutenir le glyphosate.

Bien sûr, la majeure partie du glyphosate est toujours utilisée en agriculture, mais nous avons constaté — en constituant cette base de données de 5 millions d'enregistrements contenant des rapports sur les pesticides ici en Californie — que l'utilisation qui connaît actuellement la croissance la plus rapide est en fait celle dans le secteur forestier. Et avant que Trump n'accorde pratiquement des lois de protection aux fabricants de glyphosate, vous savez, Bayer, il avait publié un décret visant à augmenter de 25 % la production de bois dans les forêts nationales. Ainsi, lorsque l'on combine ces deux éléments, on parle d'une augmentation potentielle rapide — enfin, nous l'avons observée par le passé, mais même à l'avenir, d'une augmentation rapide et continue de l'utilisation du Roundup et du glyphosate dans les forêts des États-Unis.

AMY GOODMAN : Je voudrais revenir sur un autre extrait de votre court métrage documentaire, publié dans le cadre de votre nouvelle enquête : « https://www.motherjones.com/politics/2026/04/roundup-glyphosate-spraying-forests-monsanto-science-retraction-cancer-health-concerns-maha-trump-executive-order-supreme-court-bayer-lawsuits/ » (Nous bombardons les forêts américaines avec du Roundup). « Nous bombardons les forêts américaines avec du Roundup ».

NATE HALVERSON : Je voulais donc m'entretenir avec les responsables du Service forestier à l'origine de la pulvérisation de glyphosate.

Nous recherchons le garde forestier Nickerson.

Je me suis rendu à leur poste avancé près de ma cabane, dans la petite ville de Chester, en Californie, et j'ai rencontré le garde forestier de district Russell Nickerson, qui supervise environ 200 000 hectares de la forêt nationale de Lassen. C'est lui qui a pris la décision de pulvériser du glyphosate ici.

RUSSELL NICKERSON : Je suis le décideur pour le district, donc pour ce territoire.
NATE HALVERSON : Son utilisation est-elle sans danger ?
RUSSELL NICKERSON : Je veux dire, franchement, si vous voulez plus de détails sur les herbicides, c'est probablement à notre bureau de Washington que vous devriez vous adresser.
NATE HALVERSON : Vous savez, plus de 10 milliards de dollars ont été versés à ce jour au titre de règlements et de verdicts de jury à des personnes tombées malades après avoir été exposées au glyphosate. Cela vous préoccupe-t-il ?
RUSSELL NICKERSON : Oui, je veux dire, c'est vrai, à ce niveau-là.
NATE HALVERSON : Je lui ai posé des questions sur la candidate au poste de chirurgienne générale des États-Unis, le Dr Casey Means.
Vous savez, elle a déclaré que le glyphosate, qui est le pesticide le plus couramment utilisé aux États-Unis, a un lien direct avec le lymphome non hodgkinien.
ATTACHÉ DE PRESSE : Excusez-moi, je vais vous interrompre tout de suite.
NATE HALVERSON : Oui.
ATTACHÉ DE PRESSE : C'est quelque chose qui — je veux dire, il peut discuter de sujets qui relèvent du projet.
NATE HALVERSON : Oui.
ATTACHÉ DE PRESSE : En ce moment, ça sort du cadre, c'est-à-dire... ce n'est pas dans le cadre de ses fonctions officielles. Donc, si on peut s'en tenir au projet et pas trop aux outils qui sont... qui pourraient être utilisés ?
NATE HALVERSON : Oui.

AMY GOODMAN : Alors, Nate Halverson, pourriez-vous nous parler de cette scène et de cette interruption, puis nous dire ce qui motive l'administration Trump à se ranger du côté de Bayer, ce qui va à l'encontre du programme dit « MAHA » (« Make America healthy again ») ? Le MAHA souhaite une réduction, voire une interdiction totale, des produits chimiques agricoles. Que se passe-t-il ici ?

NATE HALVERSON : Oui. Je veux dire, c'était un moment fascinant, n'est-ce pas ? Mais voilà : la personne que nous interviewions là-bas est responsable de la pulvérisation. Vous savez, il gère un demi-million d'acres de terres forestières nationales. Je lui ai donc demandé sans détour : « Est-ce sans danger ? » Et il ne peut pas répondre : « Oui, c'est sans danger. »
Et, vous savez, j'ai rassemblé tous les rapports d'inspection que l'État avait accumulés. Vous savez, ils pulvérisent des centaines de milliers d'acres. J'ai donc rassemblé tous les rapports d'inspection. Dans l'État de Californie, ils ne sont sortis que 11 fois pour vérifier si la pulvérisation était effectuée correctement ; je veux dire, si les travailleurs eux-mêmes portaient l'équipement de protection nécessaire. Et j'ai découvert que — parmi ces 11 cas, j'ai trouvé des photos de sous-traitants, et les forestiers m'ont dit qu'il s'agissait principalement de travailleurs latino-américains, d'origine hispanique, venus du Mexique et d'Amérique centrale, que l'on voit sortir de la forêt couverts de Roundup. Et c'est exactement la même chose — quand il y a ce contact avec la peau, c'est exactement la même situation qui a donné lieu à tous ces procès gagnés contre Monsanto, contre Bayer. Et ces hommes qui se déplacent, souvent des travailleurs sous contrat qui ne parlent pas anglais, en sont recouverts. Je lui ai donc également posé la question, et il n'a pas pu affirmer que c'était sans danger.

Je pense donc que nous avons là un réel sujet d'inquiétude, tant pour les communautés situées à proximité des zones où ce produit est pulvérisé que pour les personnes qui effectuent la pulvérisation. Et je pense qu'il est également important de noter que l'EPA elle-même affirme que ce produit nuit ou porte préjudice à 93 % des espèces menacées. Et nous pulvérisons ce produit dans des zones incroyablement sensibles sur le plan environnemental. Et parmi les 7 % auxquels il ne nuit pas, il y a des espèces comme les baleines. Ce sont des espèces qui ne se trouvent même pas dans la forêt.
Donc, je pense que le mouvement MAHA a depuis longtemps — vous savez, depuis la création du mouvement MAHA, qui est en réalité issu d'autres groupes qui militaient depuis longtemps pour certaines de ces questions environnementales —

AMY GOODMAN : Il nous reste 10 secondes.

NATE HALVERSON : — ils n'aiment vraiment pas — ils n'aiment pas le Roundup. Le président Trump s'est prononcé en faveur du Roundup. Et donc, je pense que l'on commence à voir un véritable schisme au sein de la base électorale du président Trump.

AMY GOODMAN : Nate Halverson, producteur lauréat d'un Emmy Award chez Reveal et au Center for Investigative Reporting. Nous mettrons un lien vers votre nouvel article, « Nous bombardons les forêts américaines avec du Roundup ».

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Vers la fin des énergies fossiles ?

5 mai, par Michel Gourd — ,
La première réunion internationale sur la fin des énergies fossiles qui a eu lieu en Colombie en pleine crise énergétique, a remis la sortie des hydrocarbures au cœur du débat (…)

La première réunion internationale sur la fin des énergies fossiles qui a eu lieu en Colombie en pleine crise énergétique, a remis la sortie des hydrocarbures au cœur du débat mondial et permis à près d'une vingtaine de pays d'annoncer leur intention de signer un traité international contraignant de non-prolifération de ces énergies.

Les 54 pays, qui représentaient près de 50 % de la population mondiale, réunis à Santa Marta du 24 au 29 avril, ont cherché une nouvelle dynamique dans un contexte de crise des énergies carbonées. C'était la première fois depuis le consensus à Dubaï, aux Émirats arabes unis, lors de la COP28, qu'était reprise la discussion sur la sortie d'ici 2050 des hydrocarbures. La ministre colombienne de l'environnement, Irene Velez Torres, a qualifié de nouvelle puissance ce regroupement de pays pour sortir des énergies fossiles.

Un important pas en avant

La ministre néerlandaise des politiques climatiques, Stientje Van Veldhoven, a affirmé à ce sujet que tous les pays devaient abandonner progressivement les énergies fossiles, non seulement parce que c'est une bonne chose pour le climat, mais aussi parce que cela renforce l'indépendance et la sécurité énergétique. Elle considère aussi que l'investissement dans les énergies propres jette les bases d'une économie durable et compétitive.

Le directeur Europe, du traité de non-prolifération des combustibles fossiles, Alexandre Naulot, qui était présent à la rencontre, affirme que l'on est actuellement entré dans un véritable moment historique et surtout dans un nouvel espace qui s'organise à l'extérieur des COP.

Selon le secrétaire exécutif de l'ONU pour les changements climatiques, Simon Stiell, l'énergie propre est un antidote au chaos des coûts des combustibles fossiles. Elle est moins chère, plus rapide à commercialiser et plus sûre.

Pour le directeur de l'institut de Potsdam sur l'impact climatique de la recherche, Dr. Johan Rockstrom, nous faisons réellement face à une situation d'urgence et une crise planétaire.

Une guerre révélatrice

La crise énergétique causée par la guerre au Moyen-Orient a fortement impacté la réunion de Santa Marta. L'envolée des prix de l'essence et du kérosène a été vivement critiquée. Au lieu de parler des changements climatiques, de nombreux ministres présents ont plutôt pointé du doigt cette guerre comme un exemple des risques de la dépendance aux énergies fossiles.

Nick Robins, de l'institut des ressources mondiales, a affirmé que la guerre en Iran montrait que la dépendance aux énergies fossiles est une source majeure d'instabilité économique.

La représentante spéciale du Royaume-Uni pour le Climat, Rachel Kyte, a déclaré que le blocage du détroit d'Ormuz avait forcé les pays du monde entier à se tourner vers les énergies propres, affirmant que son pays était désireux de soutenir ceux qui souhaitent faire avancer cette transition.

Le commissaire européen, Wopke Hoekstra, a affirmé à ce sujet que l'Europe perd un demi-milliard d'euros chaque jour que dure cette guerre. Nous avions déjà une très bonne raison d'agir pour le climat en opérant cette transition. Nous en avons désormais une autre, pour des raisons commerciales et d'indépendance, a-t-il commenté.
Les énergies fossiles mènent, à la mort affirme, le président colombien, Gustavo Petro. Même argument de la part de la ministre colombienne de l'Environnement, Irene Velez Torres, qui considère que le pétrole reste un facteur de déstabilisation des économies à l'échelle mondiale.

Quels résultats concrets ?

En plus de nombreux États insulaires, qui subissent déjà les effets catastrophiques du réchauffement planétaire, ont participé, entre autres, à cette rencontre l'Australie, le Royaume-Uni, le Mexique, l'Union européenne, le Sénégal, le Vietnam, la Turquie et le Sri Lanka. La France a profité de cette réunion pour présenter sa propre feuille de route, un document de 18 pages, pour mettre fin à l'utilisation du charbon avant 2030, du pétrole d'ici à 2045 et du gaz d'ici 2050. Selon la chargée de campagne climat et énergies fossiles à Greenpeace France, Lorelei Limousin, ce serait un premier pas, mais largement insuffisant face à l'urgence climatique.

Afin de donner l'exemple et ce qui peut se faire dans le domaine de la transition énergétique, 18 pays ont annoncé leur intention de signer un traité international contraignant de non-prolifération des énergies fossiles. Ils enclenchent donc concrètement une dynamique de transition remettant sous les projecteurs durant cette rencontre une initiative qui existe depuis six ans.

Des scientifiques ont aussi publié des mesures pour guider concrètement les États présents. Ils ont demandé d'arrêter tout nouveau projet d'extraction ou d'infrastructures pour les énergies fossiles. Ils veulent aussi que de nouveaux équipements électriques remplacent les usines à gaz, le chauffage au fioul et les véhicules à essence.
Le monde devrait mettre fin aux nouveaux forages de combustibles fossiles, a aussi demandé le commissaire européen chargé de l'action pour le climat, Wopke Hoekstra, ajoutant que la sécurité énergétique mondiale dépendait de la réduction de la dépendance au pétrole et au gaz. Il veut aussi faire doubler l'efficacité énergétique et tripler les énergies renouvelables d'ici 2030. Il faudrait aussi renforcer l'électrification pour être moins vulnérable aux chocs d'approvisionnement et de prix sur les marchés mondiaux.

Cet événement a finalement permis le lancement du premier groupe d'experts scientifiques dédié à la transition énergétique. Il doit conseiller les pays, régions, villes, et organismes pour leur permettre de se créer des feuilles de route pour leurs transitions énergétiques.

Une synthèse des contributions de la société civile, du secteur privé, gouvernements, syndicats et autres participants devrait être faite et soumise aux présidences des COP30 et 31.

Michel Gourd

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Industrie automobile (Italie) : Baisse de la production, multiplication des cellules de crise. Et Stellantis réduit ses effectifs

L'industrie italienne est de plus en plus proche d'une crise structurelle. « Nous ne sommes pas face à une fluctuation conjoncturelle, mais à une transformation profonde de (…)

L'industrie italienne est de plus en plus proche d'une crise structurelle. « Nous ne sommes pas face à une fluctuation conjoncturelle, mais à une transformation profonde de notre système productif. Et sans stratégie industrielle, nous risquons de subir cette transformation, en perdant progressivement nos capacités, des emplois de qualité et notre autonomie économique ». Gino Giove tire la sonnette d'alarme.

24 avril 2026, tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Lors de l'assemblée nationale des délégués et déléguées de la CGIL de l'industrie, il dresse un tableau très sombre mais réaliste. Ainsi, face à la désindustrialisation progressive en cours, avec des entreprises qui réduisent leurs investissements, une baisse constante de la production et un recours de plus en plus massif au chômage partiel, le secrétaire confédéral met en garde une énième fois le gouvernement : « Une politique industrielle digne de ce nom est plus que jamais nécessaire, afin de remplacer les aides à tout va et de s'attaquer à des problèmes colossaux tels que les coûts de l'énergie, les appels d'offres à la baisse et la fragilité de plus en plus marquée de filières entières.

« Du secteur de l'acier à l'automobile – rappelle Giove dans son rapport à l'assemblée –, de la chimie de base à l'énergie, jusqu'au textile et à la mode, les conflits sociaux et les risques de cessation d'activité se multiplient. Il s'agit de crises qui dépassent le cadre des entreprises concernées et revêtent un caractère systémique, liées également à l'absence de politiques industrielles européennes capables d'accompagner les objectifs du Pacte vert ». Les chiffres montrent que le ministère italien de l'Industrie, du Développement numérique et des Transitions (Mimit) traite actuellement des dossiers concernant 114 entreprises, soit onze de plus qu'en février dernier, et 138 469 travailleurs. « Mais ce n'est qu'une partie de la réalité – souligne le secrétaire confédéral – car le périmètre réel comprend les dizaines de crises gérées par les régions, qui représentent autant de travailleurs supplémentaires en danger et confirment l'absence d'une politique industrielle nationale capable de piloter le processus ».

Pour la CGIL, réaffirme Giove, la compétitivité ne peut pas passer par une « compression » du travail, mais par des investissements, l'innovation et la qualité du développement. « Sans politique industrielle – répète-t-il –, on assistera à un affaiblissement progressif du système productif, avec des effets directs sur l'emploi et la croissance. Le choix est clair : gérer les transformations ou les subir ». Le message adressé au gouvernement est donc le suivant : il faudrait « un fonds souverain public pour soutenir les investissements stratégiques et une agence de développement pour coordonner les politiques sur l'ensemble des filières ». Parallèlement, il faut « un nouveau dispositif social consacré aux transitions industrielles, qui concerne l'ensemble des filières de production touchées par les crises, et qui devrait être étendu à tous les travailleurs concernés : salariés directs, sous-traitants, entreprises de la filière ».

Pour corroborer la dénonciation de Giove, les dernières mauvaises nouvelles concernant le secteur automobile sont tombées hier : « Stellantis a annoncé son intention de lancer une nouvelle procédure de départs volontaires pour 425 travailleur·euse·s de l'usine de Melfi, après les plus de 500 de l'année dernière », ont déclaré Samuele Lodi, secrétaire national de la Fiom, et Ciro D'Alessio, coordinateur du secteur automobile de la CGIL. « La demande de départs pour Melfi s'ajoute à celles déjà annoncées à Pomigliano (150), Mirafiori (121), Atessa (302) et Termoli (50), pour un total de plus d'un millier de salarié·e·s. Et il est inacceptable que cela se produise avant la présentation du plan industriel prévue le 21 mai, sur lequel nous demandons qu'il y ait une discussion préalable abordant, site par site, les perspectives industrielles et d'emploi ».

Le Palazzo Chigi ne peut rester silencieux, insiste le secrétaire général Michele De Palma : « Avant le 21 mai, il est nécessaire que Giorgia Meloni réunisse Stellantis et les organisations syndicales pour une concertation préalable, afin de garantir la sauvegarde des usines et de l'emploi. Et les éventuels investissements d'autres groupes automobiles doivent également faire l'objet d'une concertation, dans l'optique d'un plan de développement de l'industrie automobile dans le pays ».

Riccardo Chiari (il manifesto)

P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro

Source – Il Manifesto, 24 avril 2026 :
https://ilmanifesto.it/declino-produttivo-aumentano-i-tavoli-di-crisi-e-stellantis-taglia-i-dipendenti

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Viols : Mythes et réalités

Les mythes concernant le viol, les agressions sexuelles, les abus sexuels et d'autres formes de violence sexuelle causent de graves préjudices. Nous nous penchons ici sur (…)

Les mythes concernant le viol, les agressions sexuelles, les abus sexuels et d'autres formes de violence sexuelle causent de graves préjudices. Nous nous penchons ici sur certains des mythes les plus courants, afin de distinguer la réalité de la fiction.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/02/viols-mythes-et-realites/?jetpack_skip_subscription_popup

À propos des idées reçues sur le viol

* Les idées reçues sur le viol et les autres formes de violence et d'abus sexuels ont un poids considérable dans notre société, ce qui peut s'avérer très dangereux.

* Elles peuvent amener les victimes et les survivantes à éprouver de la honte face à ce qui leur est arrivé, ou à se sentir responsables. Cela peut alors les empêcher de demander de l'aide ou d'entamer un processus de guérison.

* Cela peut également avoir un impact négatif sur la façon dont la société perçoit les survivantes. Et cela peut se répercuter sur le système pénal, ainsi que sur les services de santé et d'aide.

* Comme l'indique leCrown Prosecution Service, « le crime de viol est souvent mal compris ». Cela contribue auxtaux choquants de poursuites et de condamnations pour viol.

* Chez Rape Crisis, nous travaillons d'arrache-pied pour briser ces mythes. Et aider les survivantes à obtenir le soutien dont ils ont besoin et qu'ils méritent.

Avez-vous été victime d'un viol, d'abus sexuels pendant l'enfance, d'une agression sexuelle ou d'une autre forme de violence sexuelle ? Ou vous sentez-vous perdue ? Sachez que vous n'êtes pas seule. Nous disposons denombreuses informations et d'un soutien pour vous aider.

MYTHE N° 1

Les femmes qui boivent ou consomment des drogues méritent d'être violées
La réalité : personne n'est jamais responsable d'avoir été violé ou agressé sexuellement, quelles que soient les circonstances. Le viol ou l'agression sexuelle est toujours un crime, et la culpabilité, la honte et la responsabilité de ce crime incombent à 100% à l'auteur ou aux auteurs.

MYTHE N° 2
Les femmes prétendent avoir été violées parce qu'elles veulent attirer l'attention ou se venger – ou parce qu'elles regrettent d'avoir eu des relations sexuelles avec quelqu'un
La réalité : les fausses accusations de viol sont extrêmement rares. En réalité, la plupart des personnes victimes d'un viol ou d'une autre forme de violence sexuelle ne le signalent jamais à la police.

MYTHE N° 3
Si elle n'a pas crié, tenté de s'enfuir ou riposté, ce n'était pas un viol
La réalité : il est très fréquent que les personnes victimes de viol, d'agression sexuelle, d'abus sexuel ou d'autres formes de violence sexuelle se retrouvent incapables de bouger ou de parler. Il s'agit d'une réaction automatique de notre corps face à la peur, destinée à assurer notre sécurité.

C'est également l'une des raisons pour lesquelles de nombreuses personnes ne présentent pas de blessures visibles après avoir subi un viol ou une autre forme de violence sexuelle.

En savoir plus sur les réactions de peur

MYTHE N° 4

Si elle n'a pas dit « non », ce n'était pas un viol

La réalité : ne pas dire « non » ne signifie pas pour autant que la personne donne son consentement. Si une personne semble hésitante, reste silencieuse, s'éloigne ou ne répond pas, cela ne signifie pas qu'elle accepte d'avoir des relations sexuelles.

En savoir plus sur le consentement

MYTHE N° 5

Ce n'est pas un viol si c'est votre femme ou votre petite amie
La réalité : un viol reste un viol. Si une personne souhaite avoir des relations sexuelles avec une autre, elle doit obtenir son consentement. À chaque fois. Sans exception. Peu importe si vous êtes marié·es depuis 50 ans : si l'autre personne ne donne pas son consentement, c'est un viol. Et c'est illégal.

MYTHE N° 6

Les femmes « le cherchent » si elles portent des vêtements provocants ou flirtent
La réalité : les femmes et les filles ont le droit de s'habiller comme elles le souhaitent et de se comporter comme elles le souhaitent sans être victimes de viol ou d'agression sexuelle. Tout le monde a ce droit. Rien ne peut jamais justifier un viol ou une agression sexuelle.

MYTHE N° 7

Une fois qu'un homme est excité, il ne peut plus se contrôler : il doit absolument avoir des relations sexuelles

La réalité : ce mythe n'a absolument aucun fondement scientifique. Les hommes peuvent se contrôler, tout comme les femmes. Le viol, quelles que soient les circonstances, est un crime grave et rien ne peut jamais le justifier.

MYTHE N° 8

Les femmes jouent souvent les difficiles » et disent « non » alors qu'elles veulent en réalité dire « oui ».

La réalité : les femmes et les filles, tout comme les hommes et les garçons, doivent toujours être écoutées et crues lorsqu'il s'agit de sexualité. Chacun·e a le droit de changer d'avis à tout moment pendant un rapport sexuel, et personne d'autre n'a le droit de décider à la place de quelqu'un d'autre ce qu'il ou elle veut – cette décision n'appartient qu'à la personne concernée. Ainsi, si quelqu'un·e dit « non », respectez sa volonté.

MYTHE N° 9

Les victimes et les survivantes devraient se comporter d'une certaine manière après avoir été violées

La réalité : chacune réagit différemment au viol et aux autres formes de violence sexuelle, et il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon d'agir ou de se sentir après un tel événement. Il est courant de se sentir engourdi après un événement traumatisant comme un viol ou une agression sexuelle. De plus, certaines personnes ne ressentent les effets du traumatisme que longtemps après que l'événement traumatisant s'est produit.

En savoir plus sur les conséquences du viol

MYTHE N° 10

Si elle avait vraiment été violée, elle n'aurait pas mis autant de temps à en parler
La réalité : pour beaucoup de personnes, parler d'un viol ou d'une autre forme de violence ou d'abus sexuel peut être très difficile – et il peut s'écouler beaucoup de temps avant qu'elles ne se sentent capables de le faire. Cela peut s'expliquer par de nombreuses raisons différentes. Elles peuvent avoir l'impression qu'on va les juger, les blâmer ou ne pas les croire. Ou bien elles peuvent avoir peur que leur agresseur ou une autre personne ne l'apprenne.

MYTHE N° 11

Les personnes qui ont été victimes d'abus sexuels pendant leur enfance sont susceptibles de devenir elles-mêmes des agresseurs

La réalité : la plupart des victimes et des survivants d'abus sexuels pendant l'enfance ne commettent jamais de viol ni d'abus sexuels sur d'autres personnes. Rien ne justifie les abus sexuels ni aucune autre forme de violence sexuelle à l'encontre de quiconque, qu'il s'agisse d'enfants ou d'adultes.
En savoir plus sur les abus sexuels sur mineurs

MYTHE N° 12
Les femmes ne devraient pas sortir seules la nuit si elles ne veulent pas se faire violer
Les faits : dans 86% des cas de viol commis contre des femmes, la victime ou la survivante est violée par une personne qu'elle connaît – et, dans 45% des cas, elle est violée par un partenaire ou un ex-partenaire. Donc, si l'on suit la logique « il ne faut pas sortir seule la nuit », devrions-nous aussi dire aux femmes d'arrêter d'avoir des relations avec des hommes ? Ou de ne plus jamais parler à un homme ? Bien sûr que non.

Ce sont les violeurs qui doivent changer leur comportement, pas les femmes.

MYTHE N° 13
Les personnes en situation de prostitution ne peuvent pas être violées
Les faits : ce qui fait qu'il s'agit d'un viol, c'est le fait que la personne ait donné ou non son consentement – et non ce que fait de la victime ou de la survivante. Ainsi, si une personnes en situation de prostitution n'a pas donné son consentement, il s'agit d'un viol.

En savoir plus sur la définition juridique du viol

MYTHE N° 14
Les hommes issus de certains milieux seraient plus enclins à commettre des violences ou des abus sexuels que d'autres

La réalité : il n'existe pas de profil type du violeur. Les auteurs de violences et d'abus sexuels proviennent de tous les milieux économiques, ethniques, raciaux, d'âge et sociaux.

MYTHE N° 15

Les hommes ne sont pas victimes de viol

La réalité : chaque jour, en Angleterre et au Pays de Galles, des hommes et des garçons sont victimes de viol et d'agressions sexuelles. En effet, un homme sur vingt a été victime d'un viol ou d'une agression sexuelle à l'âge adulte. La violence et les abus sexuels peuvent avoir des conséquences graves et durables sur la vie et le bien-être des hommes et des garçons, tout comme ils peuvent en avoir sur ceux des femmes et des filles.

Découvrez les aides disponibles pour les hommes et les garçons

MYTHE N° 16
Seuls les hommes homosexuels sont victimes de viol et seuls les hommes homosexuels violent des hommes

La réalité : absolument n'importe qui peut être victime ou survivant d'un viol, d'une agression sexuelle, d'abus sexuels ou de toute autre forme de violence sexuelle, y compris les hommes et les garçons de toutes orientations sexuelles. Pour les auteurs, le viol est une question de pouvoir et de contrôle. Ainsi, pour certains d'entre eux, le genre ou l'orientation sexuelle de leur victime n'a aucune importance. Ce qu'il faut retenir, c'est que toutes les victimes et tous et toutes les survivantes doivent être écouté·es et crus·e – et quelles et 'ils méritent tous et toutes un accompagnement spécialisé.

MYTHE N° 17

Les femmes ne commettent pas d'infractions sexuelles

La réalité : la majorité des viols et des agressions sexuelles sont commis par des hommes à l'encontre de femmes et d'enfants. Cependant, il arrive que des femmes commettent des actes de violence sexuelle – à l'encontre d'autres femmes, mais aussi d'hommes et d'enfants. Toutes les victimes et tous/toutes les survivant·es doivent être écouté·es et cru·es. Et la faute, la honte et la responsabilité incombent toujours à 100% à l'auteur des faits, quelle que soit son identité.

*-*

Vous ne savez pas exactement quelle est la différence entre le viol et l'agression sexuelle ?
Découvrez-le ici

En Angleterre et au Pays de Galles…
2 viols sur 5 commis à l'encontre de femmes sont perpétrés par leur partenaire ou leur ex-partenaire
1 survivante adulte sur 3 d'un viol a subit cet acte chez elle
1 femme sur 4 a été victime d'un viol ou d'une agression sexuelle depuis l'âge de 16 ans
Consultez d'autres statistiques

https://rapecrisis.org.uk/get-informed/about-sexual-violence/myths-vs-realities/

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Stratégies masculines de la culture du viol

« Isoler, saouler, intimider, recommencer : on constate des taux élevés de violences sexuelles à l'encontre des femmes à lire les réponses de jeunes hommes à des enquêtes (…)

« Isoler, saouler, intimider, recommencer : on constate des taux élevés de violences sexuelles à l'encontre des femmes à lire les réponses de jeunes hommes à des enquêtes anonymes »

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/17/strategies-masculines-de-la-culture-du-viol/

Un article deLucia F. O'SullivanetScott T. Ronis de l'Université du Nouveau-Brunswick, publié le 2 avril 2026 par SAGE dans OnlineFirst

Résumé

Peu d'études enquêtent sur des hommes restés non identifiés après avoir commis des actes d'agression sexuelle contre des femmes. La plupart des études dans ce domaine interrogent des femmes qui ont été victimes d'agression sexuelle ou bien des hommes qui acceptent d'être identifiés.

À partir d'enquêtes menées sous condition d'anonymat auprès de 2 689 hommes américains et canadiens (âgés de 18 à 34 ans), nous avons cherché à évaluer les taux d'agressions sexuelles auto-déclarées, les rapports sur l'efficacité des stratégies utilisées pour contraindre des femmes réticentes à avoir des relations sexuelles, ainsi que les opinions d'hommes sur les circonstances, les motivations et les conséquences positives et négatives de leurs comportements.

Les répondants ont signalé des occasions où ils ont tenté d'amener une femme à avoir des relations sexuelles alors qu'ils savaient qu'elle ne le souhaitait pas et qu'elle n'y avait pas consenti. Il s'agissait de femmes avec lesquelles ces hommes n'avaient eu aucune relation amoureuse ou sexuelle antérieure.

Dans l'ensemble, 95,1% des répondants ont déclaré avoir récemment utilisé au moins une de ces stratégies pour amener une femme à avoir des rapports sexuels alors qu'ils savaient qu'elle ne le souhaitait pas et n'y avait pas consenti.

La plupart de ces occasions (65%) ont abouti à ce que ces hommes contraignent la femme en question à avoir avec eux un rapport sexuel.

Trente-six stratégies à cette fin repérées au cours d'une formation ont chacune été mentionnées par au moins certains des hommes interviewés ; le chiffre moyen de telles stratégies utilisées au cours de leur vie s'est avéré être de 8,94.

Des pratiques de pression physique et de coercition verbale constantes se sont avérées courantes ; le recours à la force manifeste, y compris la contrainte physique et l'utilisation de la douleur, s'est avéré moins courant mais pas rare.

Les hommes qui se considéraient comme meilleurs que leurs pairs du même âge « pour obtenir ce qu'ils veulent sexuellement des femmes » ont utilisé les stratégies les plus coercitives.

Les répondants ont persisté dans ces comportements pour plusieurs raisons, le plus souvent parce qu'ils étaient excités (38%) ou parce que l'occasion se présentait (28%).

Ils ont signalé de nombreux résultats positifs issus de ces interactions ; la plupart (70%) n'ont perçu aucun résultat négatif.

Le recours à des méthodes anonymes d'enquête anonymes offre un moyen original de recueillir les témoignages d'hommes sur les facteurs qui sous-tendent leur recours à l'agression sexuelle. Les auteur-es discutent des implications de cette étude pour la prévention et les avancées trop longtemps attendues en matière de réduction des taux d'agressions sexuelles.

Introduction

Ce qui est frappant concernant l'agression sexuelle, c'est que malgré des décennies de recherche, d'initiatives de santé publique, d'éducation, d'attention médiatique et d'orientations politiques, on n'observe aucune baisse perceptible des taux de ces agressions depuis leur première évaluation dans les années 1980 et 1990 (Johnson et al. 2015 ; Koss et al., 1987, 2022).

Les actes d'agression sexuelle comprennent le viol ou l'agression sexuelle (c'est-à-dire des actes sexuels non consentis obtenus par la force, la menace de la force ou l'incapacitation, par exemple au moyen de l'alcool ou de drogues), ainsi que la coercition sexuelle (c'est-à-dire des actes sexuels imposés par la pression verbale ou la manipulation ; Peterson et al., 2014).

Il se peut que la disposition et la sensibilisation à la dénonciation aient augmenté ces dernières années, comme certains l'ont suggéré (Brooks-Hay, 2020 ; Kaufman et al., 2021), mais des enquêtes nationales font systématiquement état de taux élevés d'agressions sexuelles (Koss et al., 2022 ; Ybarra et al., 2016).

En fait, une analyse des tendances mondiales, régionales et nationales en matière de violence entre 1990 et 2019 a révélé une augmentation de la violence sexuelle à l'égard des femmes malgré une baisse significative des taux de la plupart des autres formes de violence interpersonnelle (Cao et al., 2024).

La plupart des hommes ne commettent pas d'actes d'agression sexuelle. Cependant, la plupart des agresseurs sont des hommes, et parmi eux, la plupart n'ont jamais été traduits en justice, souvent parce qu'ils font partie des réseaux sociaux de leurs victimes (Rotenberg, 2017).

Environ cinq fois plus de femmes que d'hommes ont été contraintes à des relations sexuelles (Muehlenhard et al., 2017).

D'après des échantillons de convenance (non-probabilistes) de sujets identifiables et disposés à déclarer eux-mêmes les actes commis, les taux d'agresseurs depuis l'âge de 14 ans varient généralement entre 8% et 24 % des sujets selon le type d'agression sexuelle évalué (Anderson et al., 2019 ;Lund & Ross, 2017 ;Smeaton et al., 2018).

La plupart de ces incidents se produisent dans le cadre de rencontres mixtes entre jeunes adultes (Koss et al., 2022), la tranche d'âge qui présente les taux d'agression les plus élevés (Cao et al., 2024 ; Walters, 2019). (…)

À lire au complet en version originale anglaise sur le site de la revue SAGE sous le titre :
« Isolate, Inebriate, Intimidate, Repeat : High Rates of Sexual Force Against Women Are Reported When Young Men Given Anonymous Surveys » :
https://doi.org/10.1177/08862605261432630

Lucia F. O'Sullivan est co-autrice de l'essaiSexual Coercion in Dating Relationships.

Traduction : TRADFEM
https://tradfem.wordpress.com/2026/04/13/strategies-masculines-de-la-culture-du-viol/

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Torture, racisme et complicité culturelle : ce que l’industrie pornographique ne veut pas que vous nommiez

Je suis une survivante. Survivante de prostitution filmée. Survivante de racisme, de sexisme, de haine. Survivante d'actes de torture et de barbarie. Tiré de Entre les (…)

Je suis une survivante. Survivante de prostitution filmée. Survivante de racisme, de sexisme, de haine. Survivante d'actes de torture et de barbarie.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/19/torture-racisme-et-complicite-culturelle-ce-que-lindustrie-pornographique-ne-veut-pas-que-vous-nommiez/?jetpack_skip_subscription_popup

Survivante de certains viols. Partie civile dans l'affaire « French Bukkake », qui participe ce lundi 13 avril à un colloque à l'Assemblée, voici mon discours. Si celui-ci permet qu'une seule autre femme entende ces mots plus tôt, alors je n'aurai pas parlé pour rien.

Pendant des années, j'ai été soumise au silence par toute l'industrie pornographique, mais aussi par la société tout entière qu'elle a réussi à séduire et qui la protège comme si la pornographie était le privilège et le marché le plus précieux du monde et que la vie de femmes et d'enfants ne comptait pas face à elle.

Je suis une survivante. Survivante de prostitution filmée. Survivante de racisme, de sexisme, de haine. Survivante d'actes de torture et de barbarie. Survivante de certains viols…
Et je suis encore là, debout, parce que survivre est en soi un acte de résistance. Je suis fière.
La torture n'a pas besoin d'une cellule d'État pour exister.

On nous a appris que la torture, c'est ce que font les régimes autoritaires à leurs prisonniers politiques.
C'est pratique de penser ainsi.

C'est une définition taillée sur mesure pour une certaine vision du monde — une vision où les victimes sont des hommes.

Cette définition exclut délibérément ce qui m'est arrivé. Ce qui nous arrive, à nous, les centaines de milliers de femmes prisonnières de la pornographie.

La torture sexuelle vise de manière disproportionnée les femmes racisées.

Ce que j'ai vécu correspond point par point à la définition internationale de la torture : la douleur physique intense, une perte de contrôle totale de mon corps dans les mains de mes bourreaux, de la souffrance infligée délibérément, avec un objectif : me briser, me soumettre, me réduire à un objet, nier mon humanité. Du sadisme pur. La seule différence, c'est que mon bourreau est une réalisatrice. Il avait une caméra. Et derrière lui, une industrie entière prête à tirer profit de ma destruction.

Le racisme comme outil de torture supplémentaire
Je dois vous parler de quelque chose que beaucoup préfèrent taire : le racisme n'était pas là par hasard dans la pornographie et la prostitution. Il était une arme.

Les femmes racisées dans la prostitution filmée ne subissent pas simplement ce que subissent toutes les autres victimes. Nous subissons en plus la déshumanisation raciale, intégrée au produit, vendue comme une « catégorie », un « fantasme ».

Notre origine ethnique devient le vocabulaire de notre humiliation. Les termes utilisés pour nous décrire dans les titres des vidéos sont les mêmes que ceux que l'histoire a utilisés pour justifier l'esclavage, la colonisation, le viol de guerre.

Ce n'est pas un accident. C'est volontaire. C'est la fabrique de la culture du viol.

Le racisme dit : cette femme est moins qu'humaine. La pornographie dit : prouvons-le et violons-la, torturons-la devant tout le monde. Et la société dit : c'est de l'entertainment, c'est de l'art… c'est bien.
Cette réponse des médias et des politiques, c'est de la complicité.
Voici comment l'industrie s'est trouvée des alliés dans les meilleurs milieux.

Elle dit : c'est du désir, c'est de la liberté, c'est de l'art. Elle recrute des philosophes, des éditorialistes, des défenseurs des « libertés individuelles » pour construire un rempart intellectuel autour de son industrie de haine. Elle instrumentalise le féminisme libéral pour faire croire que chaque corps filmé en train d'être violenté a choisi de l'être, librement, joyeusement.

Mais moi je vous pose cette question : peut-on consentir à être torturé et victime de racisme ?

Dans quelle autre industrie la torture peut-elle être diffusée mondialement, gratuitement, accessible à des millions d'enfants, et appeler ça de la liberté d'expression ? La société fournit le public.
Et l'État regarde ailleurs.

Quand une scène de torture filmée entre des hommes adultes circule sur internet, on l'appelle snuff film et on la pourchasse. Quand la même violence est sexualisée et dirigée contre une femme — une femme racisée de surcroît —, on l'appelle pornographie et on la protège.

Ce deux poids deux mesures ne reflète pas une différence de nature. Il reflète une différence de statut accordé aux victimes qui sont des femmes.
Ce que je vous demande, c'est de vous lever contre la pornographie car nous en sommes toutes des victimes…
Premièrement, nommez ce que c'est. De la haine et de la torture. La pornographie tue.

Pour finir

Il y a des mots qu'on ne m'a jamais dit. Des mots qui m'auraient peut-être sauvé des années d'errance, de honte, de silence.

Ces mots, les voici : ce que tu as subi avait un nom. C'était de la torture. Tu n'étais pas consentante.

Car le consentement à être torturé et humilié n'existe pas. Tu n'avais pas le choix. Et ce n'était pas de ta faute. Mais la leur.

Si ce discours, aujourd'hui, permet qu'une seule autre femme entende ces mots plus tôt — alors je n'aurai pas parlé pour rien.

Je vous demande de ne pas rentrer chez vous ce soir sans avoir décidé, chacun et chacune d'entre vous, de quel côté de l'histoire vous voulez vous tenir.
Du côté du silence.
Ou du côté du nom qu'on donne enfin aux choses.

Amelia-Noellie

https://blogs.mediapart.fr/amelia-noellie/blog/130426/torture-racisme-et-complicite-culturelle-ce-que-l-industrie-pornographique-ne-veut-pas-que-vous

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

« Ces viols et ces vidéos, c’est une manière de nous faire taire »

Militante pour les droits des femmes et invitée régulière des radios afghanes, M. a été arrêtée à Kaboul en 2025 au prétexte d'un hijab mal ajusté. Durant sa détention par la (…)

Militante pour les droits des femmes et invitée régulière des radios afghanes, M. a été arrêtée à Kaboul en 2025 au prétexte d'un hijab mal ajusté. Durant sa détention par la police des mœurs des talibans, elle a été violée et, après sa libération, ses geôliers ont menacé de diffuser les images des sévices qu'elle a endurés pour la réduire au silence. Elle qui a porté la voix de l'émancipation des femmes – l'un des sujets les plus sensibles et les plus tus en Afghanistan – a dû fuir son pays. Depuis son exil, elle brise le silence et raconte son histoire auprès de Forbidden Stories, tout en protégeant sa famille en requérant l'anonymat.

Tiré de Forbidden stories

Témoignage recueilli par Eloïse Layan. Illustrations par Mélody Da Fonseca

Ce jour-là, j'avais décidé d'aller acheter de nouvelles chaussures. C'était l'une de mes rares sorties à Kaboul, où je vivais recluse depuis que j'avais dû fuir ma province. Je ne sortais quasiment pas, sauf pour acheter du pain, ou quelques vivres. J'avais loué une petite chambre, j'y passais mes journées, seule, à lire un livre chaque jour.

J'ai 33 ans. Avant la chute de la République (le retour des Talibans au pouvoir le 15 août 2021 NDLR), ma vie était riche, j'étais épanouie. Je travaillais avec des organisations internationales, j'œuvrais pour le développement des communautés locales, pour les femmes. J'avais des responsabilités, je participais aussi à des émissions de radio. Avec mon salaire, je pouvais soutenir toute ma famille et même financer les études de mes frères et sœurs. Je rêvais d'un futur lumineux, d'un gouvernement progressiste.

L'Afghanistan est devenu une prison pour les femmes, nous ne sommes plus considérées que comme des organes reproductifs. Chaque jour, nous avons dû supporter de nouvelles lois, leurs lois. J'ai dû revêtir leurs habits. J'ai dû accepter de travailler accompagnée d'un mahram (un chaperon, généralement un homme de la famille, NDLR), sans quoi je ne pouvais plus me déplacer. Et puis un jour, ils ont interdit aux femmes de travailler dans mon organisation, je me suis retrouvée sans travail. À la même période, j'ai commencé à recevoir des menaces par téléphone. Cet homme, un taliban je pense, n'arrêtait pas de m'appeler et me demander : « où es-tu, pour qui travailles-tu ? ». Plusieurs de mes amies avaient été détenues, j'avais aussi été moi-même témoin d'une arrestation. Je me sentais ciblée, traquée. Alors j'ai fui ma région, persuadée que l'anonymat d'une grande ville comme Kaboul me protégerait.

Pour m'acheter ces chaussures, j'avais décidé de me rendre dans l'un des plus grands centres commerciaux de la ville. Pour sortir j'avais pris le soin de me couvrir d'un long hijab noir, et d'un masque chirurgical. Seul un tout petit bout de mes cheveux dépassait.

Est-ce pour cela qu'ils m'ont arrêtée ? J'étais en train de contempler les boutiques, mes bras chargés de deux sacs, lorsque j'ai vu trois hommes en blouse blanche. Je les ai tout de suite reconnus, à leurs uniformes. Des agents de l'Amr Bil Ma'ruf, la police des mœurs, notre hantise. Ils font appliquer les lois du Ministère de la Prévention des Vices et Promotion de la Vertue (MPVPV).

« Stop ! » Je n'ai même pas eu le temps de faire demi-tour. Deux femmes couvertes de la tête aux pieds – leurs yeux seulement visibles –, m'ont saisi les bras et emmenée vers leur voiture. Tout le monde me regardait. Des femmes, des filles couraient dans tous les sens, se ruaient dans les boutiques du centre commercial et dans les rues adjacentes pour leur échapper. Mon corps tremblait, le souffle me manquait et mon cœur battait si fort que je ne pouvais plus rien dire, j'étais terrifiée.

À la station de police, j'ai été emmenée dans une petite pièce. Un homme imposant est entré, a dit mon nom, et a commencé à m'insulter : « Vous, les femmes Hazaras sans honneur, avec vos petits nez, et vos yeux en amande ». Nous, la minorité Hazara, subissons de nombreuses discriminations, notamment de la part des talibans, principalement des pachtounes. Plus que mon soi-disant « mauvais port du hijab » – qui était conforme à leur loi – ils en avaient après mon combat pour le droit des femmes. Le policier m'a accusé d'avoir travaillé pour des organisations internationales et d'être une « mercenaire du temps de la république ». La première nuit dans cette cellule, je l'ai passé dans un état de terreur. Je pensais à ma famille. Comment allaient-ils apprendre la nouvelle ? Comment allaient-ils réagir ?

« J'ai parlé sur des radios, le hijab n'était qu'un prétexte. Ils en avaient après mes activités, mon combat pour le droit des femmes en Afghanistan. »

La pièce était plongée dans une quasi-obscurité. La deuxième nuit, je ne sais pas exactement à quelle heure, j'ai vu un coin de ma cellule s'éclairer. Sûrement la lumière du couloir, me suis-je dit. Un taliban est entré. Il s'est approché de moi. Je reculais. Je tremblais. J'ai resisté. Avec son bâton, il m'a frappé au niveau de la tête, il a attrapé mon visage avec ses mains, il m'a jeté sur le matelas. Il m'a violée. Et j'ai juste pleuré. Ça a été la première fois. Il y en aura deux autres. Lors de la deuxième et troisième fois, ils ont pris des photos et deshttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=160# vidéos avec leurs téléphones, alors que j'étais nue. Plus rien n'avait de sens, plus rien ne m'importait.

Je suis restée neuf jours en détention. J'ai subi de nombreux interrogatoires. Ils me demandaient encore et encore : « Pour qui as-tu travaillé ? Quelle propagande as-tu diffusé ? » Le tout en m'insultant : « Tu es une prostituée de la République ». J'ai parlé sur des radios, le hijab n'était qu'un prétexte. Ils en avaient après mes activités, mon combat pour le droit des femmes en Afghanistan. C'est pour ça que j'ai été arrêtée. Le neuvième jour, un garde m'a dit : « tu es libre ». Ma sœur est venue me chercher, accompagnée de mon frère, qui a refusé de m'adresser la parole et même de me regarder. Ils ont dû payer une caution pour ma sortie. Mais avant de me libérer, ils nous ont averti : si nous faisions la moindre erreur, si je parlais de ce qui s'était passé ici au poste de police, toute ma famille serait en danger.

Je ne savais pas ce qu'ils allaient faire des images. Quelques mois plus tard, un homme, surnommé Qari A* (du nom de ceux qui suivent le livre du Coran, NDLR) m'a contacté. Il m'a envoyé sur WhatsApp les photos et vidéos qu'ils avaient prises, alors que j'étais nue. « Si tu ne te maries pas avec moi, je vais publier les vidéos sur Youtube et Facebook ». Il n'arrêtait pas de m'appeler. Je ne répondais pas. J'avais très peur. C'est une manière de nous faire taire lorsque nous sortons de prison. Pendant cette semaine en détention, je n'ai pas vu les autres détenues. J'ai seulement entendu leurs voix, leurs cris.

Après ma libération, encore une fois, j'ai dû fuir. J'ai quitté mon pays, ses montagnes et ses vallées, ainsi que les gens que j'aimais. Je vis aujourd'hui au Pakistan, dans une toute petite chambre que je loue. Je ne parle presque plus à personne, je vis dans un état d'anxiété permanent. Je ne sors plus, car la police pakistanaise arrête et déporte les Afghans. Pour moi, cela équivaudrait à la peine de mort. Ma famille a coupé ses liens avec moi, ils ne me parlent plus, sauf ma sœur. Ils sont très croyants, surtout mon père. Ma sœur m'a dit qu'il aurait « préféré que je ne sois plus de ce monde ». Ses mots ont eu un impact terrible sur moi. Pour lui, je l'ai déshonoré, j'ai ruiné sa réputation d'homme religieux. Il faut garder en tête le contexte régional. Ma famille est chiite, les talibans sont sunnites. Derrière cette rivalité, il n'y a pas de disgrâce plus forte que de voir sa fille arrêtée et violée par des talibans. Ils se servent de nous.

Je ne sais pas si ma famille a reçu la vidéo, mais je sais que ce n'est pas ma faute, pas notre faute à nous les femmes. Cette conviction m'aide à tenir. Tout ce qui arrive aux femmes prend racine dans les structures de cette société profondément religieuse et misogyne. Et c'est injuste. Voilà ce que m'ont enseigné mes années passées à travailler pour les droits humains, pour les droits des femmes, et pour des organisations internationales. Je vis désormais sur mes économies, avec le seul espoir de rejoindre un pays sûr, où je pourrais vivre de manière digne. J'ai fait des demandes auprès de plusieurs ambassades. Pour l'instant, je n'ai pas eu de réponse.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Des enfants, des contradictions et de la culture que nous transmettons à la génération future

Le dimanche 12 avril 2026, Amanda Quick, survivante de la prostitution et porte-parole de NMN, a participé à laMarche mondiale des survivantes pour l'abolition du système de (…)

Le dimanche 12 avril 2026, Amanda Quick, survivante de la prostitution et porte-parole de NMN, a participé à laMarche mondiale des survivantes pour l'abolition du système de prostitutionà Paris. Ce fut une expérience forte et émouvante et, dans cet article, Amanda revient sur les conséquences de l'incapacité à mettre un frein à l'industrie de l'exploitation sexuelle.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/22/des-enfants-des-contradictions-et-de-la-culture-que-nous-transmettons-a-la-generation-future/?jetpack_skip_subscription_popup

Nous l'affichons sur les murs des salles de classe. Nous l'intégrons dans les cours d'éducation sociale et sanitaire. Nous l'envoyons à la maison dans les bulletins d'information. Soyez gentil·les. Respectez les autres. Votre corps vous appartient. Le consentement est important. Puis nous mettons un écran entre les mains des enfants et, en quelques minutes, elles et ils ont accès à la cruauté, aux comportements sexualisés et à la pornographie qui présente la violence sexuelle brutale comme un divertissement.

Les enfants peuvent trouver des plateformes qui, grâce à des algorithmes, leur proposent des contenus leur apprenant que l'achat et la vente de sexe sont un rite de passage, que la domination est la mesure d'un homme et le fait d'être dominée celle d'une femme. Elles et ils peuvent voir l'industrie du sexe recruter au grand jour, sous le couvert de l'émancipation, de la liberté et d'un certain style de vie. Sur certaines plateformes, elles et ils peuvent même s'encourager mutuellement — je dirais « se proxénétiser » — à vendre l'accès sexuel à leur corps.

Et ensuite, nous nous demandons pourquoi les enfants filment et partagent leurs propres comportements sexuels. Pourquoi les garçons et les filles reproduisent ce qu'elles et ils regardent. Pourquoi les enfants se réfugient dans des comportements de survie qu'elles et ils ne savent pas encore nommer.

Ce n'est pas un mystère. C'est ce qui arrive lorsqu'une société enseigne simultanément des choses contradictoires et qualifie cela de normal.

Les traumatismes de l'enfance

Le médecin et auteur Gabor Maté a passé des décennies à étudier comment les expériences précoces façonnent le cerveau en développement — comment les traumatismes, les blessures affectives et les environnements dans lesquels nous grandissons nous marquent pour le reste de notre vie. Son message est clair : les enfants ne choisissent pas leur conditionnement. Elles et ils l'absorbent.

Le système nerveux d'un enfant est un système vivant en relation constante avec tout ce qui l'entoure, apprenant à chaque instant ce qu'est le monde, ce qui est sûr, ce qu'on attend d'elle ou de lui, ce qu'elle ou il vaut. Ce dont nous entourons les enfants devient l'architecture de leur monde intérieur.

Maté établit un lien direct entre les traumatismes de l'enfance et les compulsions, les addictions et les dysfonctionnements relationnels à l'âge adulte. Pas seulement les traumatismes dramatiques et évidents, mais les messages chroniques et subtils qui disent à un enfant qu'elle ou il n'est pas en sécurité, qu'elle ou il n'est pas valorisé, qu'elle ou il n'est pas entier. Le message selon lequel son corps est à la disposition de quelqu'un d'autre. Le message selon lequel la domination est une force et la vulnérabilité une faiblesse. Ces messages ne sont pas murmurés dans un coin. Ils sont diffusés à plein volume, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par les systèmes de diffusion les plus puissants que les êtres humains aient jamais construits.

Relier les points

À Paris, je me suis retrouvée à débattre avec une journaliste. Elle avait mené des recherches. Elle disposait de données. Elle s'exprimait avec l'assurance de quelqu'un dont la compréhension de l'exploitation se résume à un tableau Excel. Je lui ai demandé : « Et les enfants, alors ? Et les épouses et les compagnes des hommes qui achètent des services sexuels ? Et les femmes qui vivent dans des foyers où la consommation de pornographie et le recours à la prostitution par leur partenaire constituent une architecture secrète de trahison ? » Et les survivantes, les militantes, les personnes qui travaillent quotidiennement dans les décombres que ces systèmes créent ? »

Voici ce que les études omettent souvent de saisir : les abus sexuels sur mineur·es, la violence domestique et l'entrée dans l'industrie du sexe ne sont pas des phénomènes distincts, avec des causes et des solutions distinctes. Ils sont liés. Ils se nourrissent les uns des autres. Ils partagent les mêmes racines. Un·e enfant victime d'abus sexuels a beaucoup plus de chances d'être exploité·e à l'adolescence. Une femme dans une relation marquée par la violence domestique vit le même piège qu'une femme prostituée — la même érosion de soi, la même perte de choix, la même question posée par les personnes extérieures : pourquoi n'es-tu pas simplement partie ?

Et pourtant, nos politiques traitent ces questions comme des silos distincts. Les services de lutte contre la violence domestique d'un côté. La protection de l'enfance de l'autre. L'exploitation sexuelle ailleurs. Chacun avec son propre financement, son propre langage, son propre seuil d'intervention. Et dans les interstices entre eux, les enfants tombent. Le système n'est pas coordonné parce que nous n'avons jamais voulu regarder la réalité dans son ensemble.

Les femmes et les hommes avec lesquels j'ai défilé à Paris n'étaient pas seulement des survivants. C'étaient des travailleurs/travailleuses sociaux, des infirmier·es, des avocat·es, des agent·es de probation, des médecin·es, des conseiller·es et des psychothérapeutes. Des personnes qui travaillent quotidiennement au sein des systèmes censés protéger celles et ceux qu'elles ont elles-même été ou qu'ils ont eux-mêmes été. Certain·es d'entre nous possèdent à la fois une expérience vécue et des connaissances cliniques — une double compréhension qu'aucun article de recherche ne peut reproduire. Et pourtant — pourtant — on ne nous écoute pas. Les universitaires mènent des recherches sur nous. Les journalistes nous interviewent. Les décideur·es politiques nous consultent, puis nous excluent du rapport final.

Il y avait aussi des hommes survivants à Paris. Des hommes qui avaient été exploités. Des hommes qui se sont montrés solidaires, qui portaient des portraits, qui ont défilé. Une fraternité et une sororité au sens le plus vrai du terme — non pas une mise en scène, mais la reconnaissance silencieuse entre des personnes qui ont connu la même noirceur et ont trouvé le chemin vers la même rue, choisissant de ne pas se taire.

Un problème de valeurs. Un problème de courage. Un problème de volonté politique
En tant que société, nous avons accompli quelque chose d'extraordinaire. Nous avons sexualisé tout et tout le monde — les vêtements pour enfants, la publicité, les clips musicaux, les filtres des réseaux sociaux, les jeux vidéo — puis nous avons feint la surprise lorsque les enfants ont intériorisé cette sexualisation comme quelque chose de normal. Nous avons laissé une industrie fondée sur l'exploitation sexuelle des êtres humains s'immiscer directement dans les chambres des enfants et nous avons qualifié cela de liberté d'expression.

Ce n'est pas un problème de technologie. C'est un problème de valeurs. C'est un problème de courage. C'est un problème de volonté politique. La technologie n'est que le vecteur. Le contenu diffusé — la normalisation de la violence, la marchandisation des êtres humains, la présentation de la domination comme un désir — est un choix. C'est ce que notre culture a décidé d'autoriser, d'exploiter financièrement et d'appeler du divertissement.

On ne peut pas enseigner à un·e enfant que son corps est sacré le mardi, puis le laisser s'immerger dans une culture qui traite les corps comme des marchandises les six autres jours de la semaine. La leçon ne passe pas. Elle est noyée.

À quoi ressemble réellement l'amour

Maté évoque le besoin humain fondamental d'attachement — ce besoin, dès les premiers instants de la vie, d'être vu·e, tenu·e dans les bras et compris·e. Lorsque ce besoin est comblé, les enfants développent une base sécurisante à partir de laquelle elles et ils peuvent explorer le monde et nouer des liens authentiques. Lorsqu'il n'est pas comblé — lorsqu'il est perturbé par un traumatisme, par une absence, par une culture qui enseigne la déconnexion — les enfants s'adaptent. Elles et ls apprennent à satisfaire leurs besoins de la manière que leur offre leur environnement. Parfois, cela signifie se refermer sur soi-même. Parfois, cela signifie chercher des liens dans des endroits qui leur font du mal.

L'industrie du sexe ne crée pas le besoin de lien. Elle exploite un besoin qui existe déjà, qui n'a jamais été correctement satisfait. Elle offre une version contrefaite de l'intimité qui ne coûte rien à l'acheteur et tout à celles et ceux qui sont vendus.

Si nous voulons protéger les enfants — les protéger véritablement, et pas seulement les faire passer par des systèmes —, nous avons besoin d'adultes qui incarnent des relations saines. Nous avons besoin que l'on enseigne aux garçons que la force n'est pas la domination, que la vulnérabilité n'est pas une faiblesse. Nous avons besoin que l'on enseigne aux filles que leur valeur ne réside pas dans leur corps ou leur docilité. Nous avons besoin que les adultes présents cessent d'envoyer des messages contradictoires. Qu'elles et ils aient le courage de nommer ce que nous faisons réellement aux enfants et de faire des choix différents. Ce n'est pas compliqué. Mais c'est inconfortable.

J'ai été victime d'abus sexuels. J'ai été violée. J'ai vendu mon corps. Je suis psychothérapeute et infirmière pédiatrique de formation. Je suis une survivante de la prostitution, de la violence domestique, d'une violence qui a failli mettre fin à ma vie. Je porte toutes ces identités dans la même pièce, en même temps.

Ce que je retiens de tout cela, c'est que les enfants qui subissent des abus aujourd'hui ne constituent pas un problème distinct de celui des adultes qui ont été victimes hier. C'est la même histoire, qui se perpétue à travers le temps. Le cycle ne se brise pas de lui-même. Il se brise lorsque nous sommes suffisamment nombreuses et nombreux à décider de nous unir.

À Paris, je me suis jointe à des survivant·es venu·es du monde entier. Nous avons marché pendant deux heures et demie dans les rues d'une ville qui, il y a dix ans, a modifié sa législation pour affirmer que l'achat d'un être humain dans le but d'obtenir un orgasme est inacceptable. Nous avons marché pour celles et ceux qui ne pouvaient pas être là. Pour les filles et les garçons qui n'ont pas survécu. Pour les enfants qui, aujourd'hui encore, vivent dans une culture qui n'a pas encore trouvé le courage de les choisir.

La question n'est pas de savoir si nous en savons assez pour agir. Nous en savons assez.

La question est de savoir si nous aimons suffisamment nos enfants pour accepter de nous sentir mal à l'aise.

Pour examiner notre propre rôle. Pour être responsables, courageuses et courageux, vulnérables.

Pour démanteler les structures qui font du mal, même lorsque ces structures sont lucratives. Pour dire la vérité, même lorsqu'elle dérange.

De descendre dans la rue et de dire : pas sous notre surveillance. Pas un enfant de plus.

Nous savons ce qu'exige l'amour.

La question est de savoir si nous sommes assez courageuses et courageux pour le donner.

Amanda Quick
https://nordicmodelnow.org/2026/04/16/on-children-contradiction-and-the-culture-we-are-wiring-into-the-next-generation/
traduction DE

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Décriminaliser ? Oui, mais qui ?

« Une proposition de loi de la sénatrice écologiste Anne Souyris entend décriminaliser le travail sexuel » lit-on dans la presse le 13 avril 2026, dix ans après le vote de la (…)

« Une proposition de loi de la sénatrice écologiste Anne Souyris entend décriminaliser le travail sexuel » lit-on dans la presse le 13 avril 2026, dix ans après le vote de la loi abolitionniste de 2016.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/24/decriminaliser-oui-mais-qui/?jetpack_skip_subscription_popup

Il s'agirait de « garantir des droits et une protection aux travailleuses et travailleurs du sexe ». A longueur d'articles, il n'est question que de l'actuelle « politique répressive ». Pour qui n'y connaît rien (donc la majorité des lectrices et lecteurs), le texte de 2016 apparaît comme un abominable complot contre les personnes prostituées.

Nous nous permettrons donc de rappeler que cette loi si odieuse est précisément celle qui a abrogé les textes qui les criminalisaient depuis toujours ; qu'elle a jeté aux oubliettes le délit de racolage ; et ce, pour la première fois dans l'histoire [1]. Pourquoi alors de telles envolées ? Puisque l'appel à décriminaliser ne peut concerner les personnes prostituées, qui le sont déjà, il reste à comprendre, quand on sait lire, qu'il s'agit de décriminaliser… leurs exploiteurs et agresseurs.
https://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=160#
Décriminaliser le proxénétisme

Ce que demandent les défenseurs du fameux « TDS », c'est tout simplement de restaurer le bon vieux droit sexuel masculin ; revenir au statu quo d'avant en encourageant les « clients » à imposer leurs exigences sexuelles, y compris les plus dingues, à des femmes souvent migrantes ou en situation de précarité ; et comme ce n'est pas assez, de « reconsidérer le champ d'application du délit deproxénétisme » dans le sens d'un assouplissement qui permettra aux intéressés de monter leur petite entreprise.

Pour emporter l'adhésion, l'essentiel est de mettre en avant le souci de la sécurité des personnes prostituées. Un mantra est bien utile, voulant que l'affreuse loi ait accru les violences qu'elles subissent : discours repris par l'ensemble des médias qui ne se demandent pas comment un texte si peu appliqué a pu engendrer pareille apocalypse. Alors que le Conseil constitutionnel en 2019, puis la CEDH en 2024, ont bien confirmé que les violences n'avaient aucun lien avec la loi qui au contraire créait un cadre protecteur.

Autre argument, la loi de 2016 aurait été écrite sans les premières concernées : une affirmation insultante pour les « survivantes » qui se sont courageusement engagées et dont la parole de dénonciation a pesé lourd dans l'adoption de la loi. Il est vrai que leurs témoignages crus, entre violences et traumatismes, ne peuvent qu'être disqualifiés par les partisans du si épanouissant « travail du sexe ».

Voilà ce que d'autres concernées en disent :
« Abolissons partout, la porno-prostitution »

Sous le lexique des « droits » et de la « liberté », l'entreprise vise au final à réhabiliter un noyau du patriarcat, que la loi de 2016 sur la prostitution, en inversant la charge pénale au détriment des « clients », avait sérieusement ébréché. On saluera au passage, à l'ère #Metoo, le formidable soutien des Ecologistes aux « besoins sexuels irrépressibles » au masculin ; avec l'inévitable litanie de violences dont ils ont toujours été inséparables.

La PPL de la sénatrice Anne Souyris a été déposée au Sénat et est disponible ici

[1] Si des arrêtés locaux persistent hélas à les pénaliser, c'est en opposition à la loi…

Sandrine Goldschmidt
Sandrine Goldschmidt est chargée de communication au Mouvement du Nid et militante féministe. Journaliste pendant 25 ans, elle a tenu un blog consacré aux questions féministes (A dire d'elles – sandrine70.wordpress.com) et organise depuis quinze ans le festival féministe de documentaires « Femmes en résistance ». Aujourd'hui elle écrit régulièrement dans Prostitution et Société.

https://mouvementdunid.org/prostitution-societe/tribunes/decriminaliser-oui-mais-qui/

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

La rémunération des PDG a crû 20 fois plus vite que celle des travailleurs et travailleuses l’an dernier

5 mai, par Oxfam-Québec — , ,
Le 1er mai 2026 — La rémunération des dirigeants des plus grandes entreprises mondiales a bondi de 11 % en termes réels en 2025, tandis que le salaire réel moyen des personnes (…)

Le 1er mai 2026 — La rémunération des dirigeants des plus grandes entreprises mondiales a bondi de 11 % en termes réels en 2025, tandis que le salaire réel moyen des personnes salariées n'a progressé que de 0,5 %, révèle une nouvelle analyse d'Oxfam et de la Confédération syndicale internationale (CSI).

L'analyse, rendue publique à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs et travailleuses, porte sur les 1 500 entreprises les plus rémunératrices de 33 pays ayant déclaré la rémunération de leur PDG pour 2025. En moyenne, les patrons ont empoché 8,4 millions de dollars en salaires et primes en 2025, comparativement à 7,6 millions en 2024. Il faudrait 490 ans à une personne salariée pour gagner la même somme.

À ce jour, quatre entreprises, dont Blackstone, Broadcom et Goldman Sachs, ont indiqué avoir versé plus de 100 millions de dollars à leur PDG en 2025. Les dix dirigeants les mieux rémunérés ont, à eux seuls, encaissé plus d'un milliard de dollars l'an dernier.

Au Canada, la rémunération des PDG a augmenté de 7,0 % de 2024 à 2025, alors que le salaire moyen des travailleurs et travailleuses a reculé de 0,9 % durant la même période.

L'analyse met également en lumière un écart salarial moyen de 16 % entre les hommes et les femmes au sein des 1 500 entreprises analysées. Concrètement, cela signifie que les femmes travaillent gratuitement à partir du 4 novembre chaque année.

Une tendance de fond

Le fossé croissant entre la rémunération des PDG et celle des personnes employées s'inscrit dans une tendance de fond, où les dirigeants et les actionnaires accaparent une part de plus en plus importante du «  gâteau économique » mondial.

Depuis 2019, les salaires réels des travailleurs et travailleuses à travers le monde ont chuté en moyenne de 12 %. En parallèle, la rémunération moyenne des PDG est passée de 5,5 millions de dollars en 2019 à 8,4 millions de dollars en 2025, une hausse de 54 % en termes réels.

L'analyse d'Oxfam et de la CSI révèle aussi que les personnes ultrariches continuent de recevoir des versements massifs des entreprises qu'elles contrôlent. En 2025, près de 1 000 milliardaires dont les portefeuilles d'investissement ont été identifiés ont touché 79 milliards de dollars en dividendes, soit l'équivalent de 2 500 dollars par seconde.

En moyenne, un milliardaire a encaissé en moins de deux heures davantage en dividendes qu'une personne salariée ne gagne en une année complète de travail.

Parmi les dividendes les plus élevés versés en 2025 figurent ceux reçus par Bernard Arnault, propriétaire de la marque de luxe LVMH, qui a empoché 3,8 milliards de dollars, ainsi que par Amancio Ortega, fondateur d'Inditex (Zara), qui a touché 3,7 milliards de dollars.

« Nous ne pouvons pas continuer à laisser une poignée de personnes extrêmement riches accaparer les fruits du travail qui reviennent à des millions de personnes. Les gouvernements doivent plafonner la rémunération des PDG, taxer de façon plus juste les ultrariches et veiller à ce que le salaire minimum suive au moins le rythme de l'inflation et garantisse une vie digne », plaide le directeur général d'Oxfam International, Amitabh Behar.

« Ces mesures peuvent faire bien plus que redistribuer les revenus. Elles peuvent créer des économies qui récompensent le travail, investissent dans les communautés et demandent des comptes aux puissants. C'est ainsi que nous transformerons un système truqué au profit d'une poignée de personnes en un système qui fonctionne pour tout le monde. »

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Dossier. Palantir : un manifeste pour la consolidation de l’impérialisme et du suprémacisme de l’Occident

Palantir, grand contractant militaire et géant de la surveillance, a publié sur les réseaux sociaux un manifeste inquiétant appelant les entreprises technologiques comme la (…)

Palantir, grand contractant militaire et géant de la surveillance, a publié sur les réseaux sociaux un manifeste inquiétant appelant les entreprises technologiques comme la sienne à jouer un rôle plus important dans un avenir dystopique où les puissances impérialistes et suprémacistes blanches ont libre cours et où les habitants des Etats-Unis sont de plus en plus soumis aux caprices de l'État surveillant.

Le manifeste contient 22 points qui, selon Palantir [1], ont été résumés à partir d'un ouvrage de 2025, The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West (Ed. The Crown Currency Group), écrit par Alex Karp, cofondateur de Palantir, et Nicholas W. Zamiska, responsable des affaires publiques et conseiller juridique du PDG de l'entreprise.

21 avril 2026 | tiré du site alencontre.org
https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/dossier-palantir-un-manifeste-pour-la-consolidation-de-limperialisme-et-du-supremacisme-de-loccident.html

Par Sharon Zhang

L'entreprise, également cofondée par Peter Thiel [il a aussi été conseillé de Donald Trump en 2016], affirme que les États-Unis devraient adopter un service militaire national obligatoire sur une base « universelle ». Les besoins de l'armée devraient être prioritaires avant tout car « la capacité des sociétés libres et démocratiques à s'imposer […] nécessite une puissance dure/coercitive », plutôt qu'une puissance douce (soft power).

Le type de pouvoir que Palantir souhaite soutenir, encourager, privilégie les valeurs occidentales et dénigre les « sous-cultures », indique le manifeste, dans un message raciste à peine voilé. Des civilisations telles que l'Allemagne nazie et le Japon impérial devraient être replacées au pouvoir, affirme le message.

« La neutralisation/stérilisation de l'Allemagne et du Japon après la guerre doit être annulée », a déclaré Palantir. « La neutralisation de l'Allemagne a constitué une correction excessive pour laquelle l'Europe paie aujourd'hui un lourd tribut. Un engagement similaire et hautement théâtral en faveur du pacifisme japonais, s'il est maintenu, menacera également de modifier l'équilibre des pouvoirs en Asie. »

Plusieurs de ces points font écho aux critiques de la droite concernant la « culture de l'annulation » (cancel culture) et de « l'inclusion », tout en soutenant une vision des États-Unis qui semble relever de la suprématie blanche.

« Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d'autres restent dysfonctionnelles et régressives », affirme le manifeste, condamnant le « pluralisme creux ». « Nous, en Amérique et plus largement en Occident, avons résisté pendant le dernier demi-siècle à la tentative de définir les cultures nationales sous l'angle de l'inclusivité. »

Les entreprises technologiques comme Palantir doivent jouer un rôle prépondérant dans cet avenir, affirme la société, en déclarant que « la Silicon Valley doit jouer un rôle dans la lutte contre la criminalité violente ».

Ce manifest, qualifié « divagation d'un méchant de bande dessinée » par des critiques, est plus que préoccupant venant d'une entreprise dont l'influence ne cesse de croître au sein du gouvernement fédéral des Etats-Unis. Au cours de la première année du second mandat de Donald Trump, la valeur des actions de l'entreprise a plus que doublé, celle-ci ayant décroché des contrats d'une valeur de plus de 11 milliards de dollars avec le gouvernement fédéral [un contrat d'environ 10 milliards avec le département de la Guerre dirigé par Pete Hegseth, un autre de 1 milliard avec le département de la Sécurité intérieure, dont depend l'ICE – réd.].

Les pouvoirs de l'entreprise dans le cadre de ses activités gouvernementales comprennent des pouvoirs décisionnels en temps de guerre, une surveillance généralisée des immigrant·e·s et des Américains en général, ainsi que l'espionnage des Américains, une pratique de longue date de l'entreprise dans le cadre de ses partenariats avec les forces de l'ordre tant au niveau fédéral que local. (Article publié sur le site Truthout le 20 avril 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)


[1] Palantir a établi son siège européen à Schwytz. Nous reviendrons sur les rapports de Palantir avec diverses institutions suisses, cela dans le prolongement de l'enquête de qualité faite par le site zurichois Republik en décembre 2025. (Réd.)

*****

Le manifeste de Palantir suscite des questions quant à aux types de contrats obtenus au Royaume-Uni

Par Aisha Down et Robert Booth

La société états-unienne de technologies d'espionnage Palantir a publié un manifeste vantant les mérites de la puissance des Etats-Unis et laissant entendre que certaines cultures sont inférieures à d'autres – ce que des députés de la Chambre des communes ont qualifié de « parodie d'un film RoboCop » et de « divagations d'un super-vilain ».

« Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d'autres restent dysfonctionnelles et régressives », a écrit Palantir dans un manifeste en 22 points publié sur X le 18 avril, qui appelait également à mettre fin à la « neutralisation/stérilisation après la guerre » de l'Allemagne et du Japon.

Le message exhortait les États-Unis à rétablir la conscription, affirmant que les « sociétés libres et démocratiques » ont besoin de « puissance dure/coercitive » pour s'imposer.

Il prédisait également un avenir dominé par les armes autonomes : « La question n'est pas de savoir si des armes dotées d'intelligence artificielle seront construites ; il s'agit de savoir qui les construira et dans quel but. Nos adversaires ne s'arrêteront pas pour se livrer à des débats théâtraux sur les mérites du développement de technologies ayant des applications critiques pour la sécurité militaire et nationale. Ils iront de l'avant. »

***

Cette déclaration est la plus récente d'une série de prises de position très médiatisées de Palantir et de son directeur général, Alex Karp, qui semblent indiquer que celui-ci ne se considère pas simplement comme le dirigeant d'une entreprise de logiciels, mais comme un expert doté d'une vision éclairée sur l'avenir de la civilisation.

Cela a suscité des critiques de la part de plusieurs députés britanniques, qui ont déclaré que ces prises de position soulevaient encore plus de questions concernant le carnet de commandes du Royaume-Uni auprès de cette entreprise. Palantir a accumulé plus de 500 millions de livres sterling de contrats en Grande-Bretagne, dont un contrat de 330 millions de livres sterling avec le NHS (National Health Service), ainsi que des contrats avec la police et le ministère de la Défense. Ces accords font l'objet de critiques de plus en plus vives.

***

« Le manifeste de Palantir, qui prône la surveillance étatique des ressortissants des Etats-Unis par l'IA ainsi que le service militaire national aux États-Unis, est soit une parodie du film RoboCop, soit une diatribe narcissique inquiétante émanant d'une entreprise arrogante », a déclaré Martin Wrigley, député libéral-démocrate et membre de la commission spéciale de la Chambre des communes chargée des sciences et des technologies. « Quoi qu'il en soit, cela montre que la philosophie de l'entreprise est tout à fait inadaptée pour travailler sur des projets du gouvernement britannique impliquant les données privées les plus sensibles des citoyens. »

On ignore ce qui a poussé Palantir à publier ce manifeste, qui semble reprendre le livre de Karp, The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West, publié l'année dernière. Cet ouvrage déplore une « auto-satisfaction » généralisée chez les « ingénieurs et fondateurs » qui développent des applications de partage de photos au lieu de collaborer avec les gouvernements pour garantir « la place dominante de l'Occident dans l'ordre géopolitique ».

Dans un entretien accordé à CNBC début mars, Alex Karp a laissé entendre que l'IA « bouleverserait » le pouvoir des « électeurs hautement qualifiés, souvent des femmes, qui votent majoritairement pour les démocrates », et, à la place, donnerait plutôt du pouvoir aux « électeurs issus de la classe ouvrière, ayant suivi une formation professionnelle, souvent des hommes ».

Rachael Maskell, députée travailliste, ancienne employée du NHS et critique du contrat de 330 millions de livres sterling conclu par Palantir pour aider à gérer la plateforme de données fédérée du NHS England, a déclaré au Guardian : « La publication de ce message est assez inquiétante et, en essayant de cerner l'argumentaire commercial de Palantir à partir de là, on voit clairement qu'ils cherchent à se placer au cœur de la révolution de la défense à l'ère technologique. Palantir est bien plus qu'une simple entreprise de solutions technologiques s'il tente d'orienter les choix en matière de politique, de stratégie et d'investissement. Il est temps que le gouvernement comprenne sérieusement la culture et l'idéologie de Palantir, et qu'il trouve le moyen de résilier ses contrats dès que possible. »

***

Le mois dernier, le Guardian a rapporté que Palantir allait se voir accorder l'accès à des données hautement sensibles relatives à la réglementation financière britannique, après que la Financial Conduct Authority (FCA) eut attribué à l'entreprise un contrat visant à analyser ses données de renseignement internes. Des députés ont exhorté le gouvernement à mettre fin à ce contrat.

Lors d'un débat la semaine dernière, des députés ont également exigé que le gouvernement résilie son contrat avec le NHS. « Les citations étranges et inquiétantes des dirigeants de Palantir ne manquent pas », a déclaré Tim Squirrell, responsable de la stratégie au sein du groupe militant Foxglove [organisation non gouvernementale qui se bat contre les abus des grandes sociétés de la tech]. « Cette dernière série de déclarations incohérentes, dignes d'un méchant de bande dessinée, prononcées par Alex Karp, démontre à quel point Palantir est profondément ancré dans l'axe Trump-Big Tech, obsédé par la domination américaine et totalement inapte à côtoyer de près nos services publics. »

« Le “manifeste” de Palantir ressemble aux divagations d'un super-vilain », a déclaré Victoria Collins, députée libérale-démocrate. « Une entreprise qui affiche des motivations idéologiques aussi flagrantes et un tel manque de respect pour l'État de droit démocratique n'a pas sa place auprès de nos services publics. »

Un porte-parole de Palantir a déclaré : « Les logiciels de Palantir contribuent à accroître les capacités opérationnelles du NHS, à réduire le temps nécessaire au diagnostic du cancer, à prolonger la durée de mission des navires de la Royal Navy en mer et à protéger les femmes et les enfants contre la violence domestique. Nous sommes fiers que ce soutien soit apporté par les 17% de nos effectifs basés au Royaume-Uni – la proportion la plus élevée parmi les 20 plus grandes entreprises technologiques mondiales. » (Article publié par The Guardian le 21 avril 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Les monts Nouba rattrapés par les combats

5 mai, par Buster Emil Kirchner, Marco Simoncelli — , ,
Avec l'intensification de l'utilisation des drones, la guerre civile gagne des régions jusque-là épargnées par leur isolement. Dans le Kordofan du Sud, civils, paramilitaires (…)

Avec l'intensification de l'utilisation des drones, la guerre civile gagne des régions jusque-là épargnées par leur isolement. Dans le Kordofan du Sud, civils, paramilitaires et membres d'un mouvement d'indépendance se croisent à la ville comme à l'hôpital. Ce reportage a été réalisé entre le 14 et le 18 mars (photos de Marco Simoncelli).

Tiré d'Afrique XXI.

Pour lire la première partie.

Pour lire la deuxième partie.

L'atmosphère est pesante dans les salles aux toits de tôle du Mother of Mercy Hospital. Dans la pénombre, des dizaines de patients malades et blessés s'entassent sur des lits métalliques, parfois à même le sol faute de place. À Gidel, au cœur des monts Nouba, dans l'État du Kordofan du Sud, cet hôpital catholique, fondé en 2008, est devenu un lieu de survie dans une région marginalisée, enclavée et marquée par des décennies de conflit. Ici, il n'existe ni routes asphaltées ni réseau électrique public.

À l'aube, le docteur Tom Catena, médecin états-unien installé dans la région depuis plus de quinze ans, entame sa tournée quotidienne. Lampe frontale fixée sur le crâne, il passe d'un patient à l'autre, suivi d'une poignée d'infirmiers et de médecins. Il examine les plaies, ajuste un pansement, donne une instruction, puis enchaîne sans s'arrêter. Après cette première visite, il rejoint le bloc opératoire, où il reste jusque tard dans la soirée. Dans cet hôpital isolé, il réalise en moyenne une trentaine d'interventions chirurgicales par jour, de toutes sortes, mais, depuis la reprise de la guerre civile le 15 avril 2023, il traite toujours plus de blessures causées par des tirs et par des frappes de drones.

« La triste réalité, c'est que nous voyons surtout des blessures aux bras et aux jambes. Quand les gens sont touchés au torse ou à l'abdomen, ils n'arrivent généralement pas jusqu'ici », explique Tom Catena, d'une voix calme et concentrée, sans interrompre son geste.

Une nouvelle ligne de front

Il n'existe pas vraiment de réseau d'ambulances, précise-t-il. Quelques véhicules stationnés dans des cliniques permettent des transferts, mais il n'y a aucun service d'urgence à appeler. Dans cette région sans réseau téléphonique, « on ne peut tout simplement pas prendre un téléphone et appeler quelqu'un ». Les rares connexions avec Starlink ont été coupées avec l'intensification des combats, « les autorités craignent que des informations ne soient transmises à l'ennemi », explique le docteur.

La plupart des blessés arrivent après des heures, parfois des jours de trajet, à pied ou entassés à l'arrière de véhicules sur des pistes impraticables. Beaucoup meurent en chemin. Dans cet hôpital où l'on ne vient qu'en dernier recours, la guerre s'imprime désormais dans les corps.

Depuis trois ans, le Soudan est plongé dans une guerre opposant les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapides (FSR), du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti ». Le conflit a rapidement dégénéré en l'une des crises humanitaires les plus graves au monde : plus de 12 millions de personnes ont été déplacées – environ 9,5 millions à l'intérieur du pays et plus de 3 millions qui ont fui vers les pays voisins – faisant de cette guerre la plus grande crise de déplacement. Le nombre de morts est estimé à plus de 150 000.

Le Kordofan du Sud est devenu l'un des principaux foyers de cette guerre. Les villes de Kadugli et Dilling, tenues par les FAS, restent sous pression constante, isolées par les combats et les restrictions d'accès. Depuis fin 2025, la région s'est imposée comme une nouvelle ligne de front, marquée par des affrontements répétés, des bombardements et l'usage croissant de drones. Autour de ces centres urbains, les FSR contrôlent une grande partie des zones rurales et des axes stratégiques.

« Ma famille était heureuse que je survive »

Dans cette région, elles se sont alliées au SPLM-N, un mouvement politico-militaire fondé en 2011 après l'exclusion des monts Nouba des accords ayant conduit à l'indépendance du Soudan du Sud et qui, depuis, revendique une forme d'autonomie pour les populations locales. Le mouvement s'est scindé en 2017 en deux factions rivales. Celle dirigée par Abdelaziz al-Hilu, qui contrôle les monts Nouba, administre aujourd'hui un quasi-État et combat les FAS, tandis que la faction menée par Malik Agar s'est progressivement rapprochée du pouvoir central à Khartoum.

Dans cette guerre où l'usage des drones s'est imposé comme une arme centrale, les blessés portent souvent les traces de frappes aériennes ciblées. Ces dernières semaines, les infrastructures médicales ont particulièrement été visées dans une spirale de représailles entre les deux camps. Le 20 mars, une frappe de drone attribuée aux FAS a touché le Ed Daein Teaching Hospital, dans le Darfour oriental, faisant des dizaines de morts et mettant l'établissement hors service. Moins de deux semaines plus tard, le 2 avril, une attaque de drone attribuée aux FSR a frappé l'hôpital d'Al-Jabelen, dans l'État du Nil-Blanc, tuant au moins dix personnes et en blessant plus d'une vingtaine, dans ce qui apparaît comme une riposte directe.

« Le drone a frappé une première fois, puis il est revenu, frappant ceux qui étaient déjà blessés », témoigne Hassan Koko. Assis avec ses béquilles posées à ses côtés, cet agent de santé communautaire observe les collines qui entourent son village dans les montagnes, non loin de Gidel. Derrière lui, un ensemble de tukul traditionnels nuba est adossé aux rochers, en hauteur sur les collines, une configuration pensée pour se dissimuler et se protéger des bombardements. En novembre 2025, Hassan Koko a été blessé lors d'une attaque de drone près d'un marché à Kauda. Aujourd'hui encore, des éclats de métal restent logés dans sa jambe. « Ma famille était heureuse que je survive. Ils pensaient que j'allais mourir. Mais la vie n'est plus la même : je ne peux plus me déplacer seul sur ces montagnes escarpées », confie-t-il.

Une extension de la guerre aérienne

Jusqu'à présent, les frappes dans les monts Nouba sont restées sporadiques. Mais à mesure que le front se rapproche, la crainte d'une intensification grandit. Selon Jalale Getachew Birru, analyste senior pour l'Afrique de l'Est au sein d'Armed Conflict Location & Event Data (Acled), ces attaques s'inscrivent dans une stratégie plus large visant des lieux civils essentiels : « Les frappes contre les hôpitaux et les infrastructures publiques visent à créer un climat d'insécurité, et parfois à infliger un second niveau de dommages lorsque les blessés arrivent pour être soignés. »

D'après une analyse des données d'Acled, plus de 1 000 frappes de drones ont été recensées au Soudan depuis avril 2023, dont au moins 65 dans le seul Kordofan du Sud – signe d'une extension progressive de cette guerre aérienne vers des régions jusque-là relativement épargnées de par leur isolement.

Dans les monts Nouba, la guerre ne se lit pas seulement dans les corps des blessés, mais aussi dans les mouvements de population qu'elle provoque. Partout, des familles entières venues d'autres régions du pays s'installent dans ces montagnes, espérant y trouver un semblant de sécurité. À Kauda, siège du SPLM-N, qui gouverne le Nouba, le représentant Jalal Abdulkarim, responsable de l'aile humanitaire du mouvement, évoque une pression sans précédent. Sans véritable budget, la plupart des équipes (y compris lui-même) travaillent bénévolement. Il montre un chiffre griffonné sur un morceau de papier : « 2 885 393 », soit le nombre de personnes arrivées dans les zones contrôlées par le mouvement depuis le début de la guerre.

« Chaque nuit, c'était rat-tat-tat-tat »

Depuis toujours, l'aide dans les monts Nouba dépend largement des ONG et des agences internationales, elles-mêmes confrontées à une baisse drastique des financements. « Si une organisation donnait auparavant 1 ou 2 millions de dollars, elle donne aujourd'hui seulement 500 000 ou 200 000 dollars. Le budget est l'un des plus grands défis auxquels nous faisons face », explique-t-il.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, plus de 1 million de déplacés se trouvent dans le Kordofan. Mais l'accès limité, l'absence de présence onusienne dans certaines zones comme Kadugli et la réduction des activités de nombreuses ONG rendent ces estimations incertaines, tandis qu'une grande partie des besoins humanitaires n'est pas couverte.

Plus loin, au cœur des reliefs accidentés des monts Nouba, s'étend le camp de réception d'Umm Dulo. Sur cette étendue de terre sèche, des milliers de déplacés ont installé des abris de fortune faits de branches et de bâches en plastique, souvent à l'ombre d'acacias. Avec l'arrivée de la saison des pluies, le camp risque de se transformer en une étendue de boue où les eaux de ruissellement se mêlent aux déchets et aux excréments.

Dans la zone 12, à l'extrémité du camp qui accueille plus de 34 000 personnes, les nouveaux arrivants s'entassent. Fatma Eisa Kuku, 76 ans, a fui Kadugli, la capitale du Kordofan du Sud. Assise à l'intérieur de son abri de fortune, fait de branches et de bâches en plastique, elle se tient légèrement courbée, le regard fatigué. Elle dit manquer d'énergie pour se déplacer et préfère rester à l'ombre, à l'écart de l'agitation du camp. « Je ne pouvais pas dormir. Chaque nuit, c'était rat-tat-tat-tat », dit-elle en imitant le bruit des tirs.

« On vit avec eux, mais on ne leur fait pas confiance »

Aujourd'hui, elle dit avoir retrouvé un sommeil plus calme. Mais elle n'oublie pas les violences subies. Certains membres de sa famille ont été arrêtés lors de rafles menées par les forces de sécurité, accusées de collaborer avec l'ennemi, en l'occurrence les FSR. « Ils sont venus entre l'aube et le crépuscule, et je n'ai jamais revu mes “frères”. Je ne sais pas qui ils étaient. Si vous posez des questions, on vous répond avec hostilité. »

Non loin du camp, le long d'une des principales pistes qui traversent les monts Nouba, un marché s'anime chaque jour au cœur d'un petit centre habité – une scène que l'on retrouve dans la plupart des localités de la région. Les combattants des FSR y circulent librement, à bord de pick-up armés ou à pied. Ils s'arrêtent dans les échoppes, mangent dans les petites gargotes et vendent des biens pillés dans d'autres régions du Soudan : voitures, lits, carburant, engrais ou appareils électroniques. À première vue, leur présence semble intégrée au quotidien local. Mais derrière cette apparente normalité, la méfiance est palpable. « On vit avec eux, mais on ne leur fait pas confiance », confie un prêtre de la région qui préfère garder l'anonymat. Ici comme ailleurs dans les monts Nouba, chacun sait que la présence des combattants peut transformer des lieux civils en cibles potentielles.

Cette présence désormais visible et assumée des FSR dans les centres habités est récente et découle d'une alliance aussi stratégique que controversée avec le SPLM-N. Scellée en février 2025 dans le cadre de la « Tasis Alliance », cette entente marque un tournant majeur dans la région. Elle réunit deux forces longtemps ennemies : d'un côté, les FSR, accusées de graves crimes de guerre dans le cadre du conflit actuel – notamment à El-Fasher, au Darfour – et considérées comme une émanation directe des milices Janjawids, responsables par le passé de violences massives, y compris dans les monts Nouba ; de l'autre, le SPLM-N, qui exerce ici un rôle de gouvernement de facto. Selon Jalale Getachew Birru, peu d'éléments filtrent sur les termes militaires précis de cet accord. Mais plusieurs rapports crédibles indiquent que les FSR ont établi des camps d'entraînement dans des zones contrôlées par le SPLM-N.

« Nous voulons notre propre autonomie »

Pour les FSR, l'enjeu est multiple : étendre leur influence dans des territoires où elles ne disposent pas d'ancrage local en s'appuyant sur les réseaux et la connaissance du terrain du SPLM-N, mais aussi sécuriser des ressources stratégiques. La région est en effet riche en or, un élément clé dans l'économie de guerre soudanaise, dont l'exploitation et l'exportation – notamment vers des alliés comme les Émirats arabes unis – constituent une source majeure de financement pour les FSR.

Du côté du SPLM-N, le choix apparaît plus ambivalent. Resté longtemps en retrait après le déclenchement du conflit en 2023, le mouvement dirigé par Abdelaziz al-Hilu a fini par s'engager dans une logique pragmatique : éviter un affrontement direct avec les FSR et s'allier avec « l'ennemi de son ennemi » pour contenir les FAS. Sur le plan politique, cette convergence s'inscrit aussi dans une vision partagée d'un Soudan profondément décentralisé et fédéré.

Mais cette alliance reste fragile. « Ce n'est pas une relation stable », souligne Jalale Getachew Birru, qui évoque des affrontements déjà documentés entre les deux forces ainsi que des tensions internes au sein même des FSR. Lors de la reprise de certaines positions par les FAS, les deux alliés se sont mutuellement accusés de la défaite, laissant entrevoir la possibilité d'une rupture. « Il y a eu des affrontements que nous avons suivis de près pour comprendre s'ils annonçaient ou non une rupture de l'alliance », précise-t-elle.

À la question de savoir quel est l'objectif de ce conflit et de cette alliance, Jalal Abdulkarim, représentant du SPLM-N, répond sans détour : « Nous voulons notre propre système, notre propre autonomie et, si possible, notre propre pays », évoquant un projet politique qui dépasse largement les enjeux actuels du conflit.

Ce choix du SPLM-N s'inscrit dans une histoire longue de marginalisation et de conflits. Écartés des centres de pouvoir depuis l'époque coloniale, les monts Nouba ont été durablement isolés sur les plans politique, économique et militaire. Depuis l'indépendance du Soudan, en 1956, la région a enchaîné les guerres – notamment après 2011, lorsque les monts Nouba sont restés du côté Nord malgré leur proximité avec le Soudan du Sud – subissant bombardements, déplacements forcés et destruction des infrastructures. Dans ce contexte, l'alliance conclue en 2025 avec les FSR apparaît aussi comme un compromis. Après des décennies de lutte et face à l'intensification du conflit actuel, une partie des acteurs locaux semble prête à composer y compris avec d'anciens ennemis, dans l'espoir d'obtenir des avancées politiques, de sécuriser le territoire et de préserver une forme d'autonomie.

À l'intérieur du Mother of Mercy Hospital, où les soins sont dispensés à tous, civils et combattants sont mêlés sur les mêmes lits et « aucun incident n'a été signalé entre eux et la population civile », selon le docteur Tom Catena. Parmi eux, des jeunes soldats des FSR occupent aussi ces lits, soignés comme les autres.

Autour de Hassan Hamid, originaire du Darfour et blessé lors des combats près de Dilling, d'autres combattants se reposent, allongés, encore marqués par les opérations, fumant des cigarettes et échangeant quelques plaisanteries pour masquer la douleur post-opératoire de leurs blessures. Malgré les accusations de crimes de guerre visant les FSR, le jeune homme défend son engagement : « Nous nous battons parce que le gouvernement (de Khartoum) ne fait pas assez. Il n'y a pas assez d'hôpitaux, d'infrastructures et d'écoles. Nous voulons un changement. » Pour l'instant, dans les monts Nouba, il dit avoir trouvé un refuge inattendu : « Je veux rester ici. Je veux vivre dans les monts Nouba pour toujours. »

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Madagascar : La lutte de la Gen Z usurpée

5 mai, par Paul Martial — , ,
Le bilan n'est guère reluisant pour les militaires qui ont pris le pouvoir en se présentant comme les protecteurs du peuple confronté à l'ancien régime répressif. Fin (…)

Le bilan n'est guère reluisant pour les militaires qui ont pris le pouvoir en se présentant comme les protecteurs du peuple confronté à l'ancien régime répressif.

Fin septembre 2025, des manifestations massives ont éclaté contre les coupures incessantes et de plus en plus longues d'électricité, ainsi que contre la corruption du clan Rajoelina au pouvoir. Huit mois plus tard, l'espoir de la Gen Z, massivement mobilisée, s'est estompé, laissant place à des sentiments mêlés d'abattement et de colère.

Des problèmes récurrents sans solution

Alors que la répression s'abattait sur les populations pendant les mobilisations, l'irruption de l'armée a été accueillie avec soulagement. Le 12 octobre, lors de sa prise de pouvoir, le colonel Michael Randrianirina affirmait sa volonté de régler rapidement les problèmes et d'organiser des élections dans un délai de deux ans.

Dès les premières semaines de leur prise de pouvoir, les militaires ont pris des décisions unilatérales, sans aucune consultation des forces vives du pays, que ce soit pour les nominations successives de Premiers ministres ou pour la structuration du pouvoir, avec la nomination de plusieurs vice-présidents.

L'organisation d'une conférence nationale, dont l'objectif est de mettre à plat les problèmes structurels rencontrés par la Grande Île et d'apporter des solutions, a été confiée à la fédération des Églises chrétiennes, qui n'est pas des plus progressistes en matière de droits des femmes.

Enfin, les problèmes récurrents de coupures d'électricité risquent de perdurer, au vu de l'adoption d'un budget qui favorise avant tout les dépenses liées à la présidence.

Un pouvoir personnel renforcé

Depuis l'officialisation de sa candidature à l'élection présidentielle, Randrianirina consolide son pouvoir afin de l'emporter lors du scrutin, prévu en principe dans 18 mois.
Il utilise des méthodes similaires à celles des régimes précédents, en constituant un réseau clientéliste et en recourant à la répression. Sous couvert de lutte contre la corruption et de défense de l'État, des arrestations et des disparitions sont signalées. Ainsi, six membres dirigeants de la Gen Z ont été arrêtés, et deux d'entre eux ont subi des violences. Bien qu'ils aient été libérés, un climat de peur s'installe.

On assiste également à une militarisation de Madagascar, avec la mise en place d'une coopération sécuritaire avec la Russie. Cette dernière a livré des armes, des camions et deux hélicoptères. Des soldats d'Africa Corps sont déployés pour la formation de l'armée malgache, mais aussi pour la protection du président de la transition, ce qui en dit long sur la faiblesse de son autorité sur l'armée.

Ce n'est pas la décision de la commission électorale malgache qui va dissiper les inquiétudes. En effet, cette dernière, pour préparer l'élection présidentielle, s'apprête à passer un accord de coopération avec son homologue russe, pays qui, en matière de transparence, d'inclusivité et de démocratie électorale, n'est pas — on en conviendra — un modèle du genre, sauf à vouloir installer une dictature dans le pays.

Paul Martial
******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Mali : Cinglant revers pour les putschistes

5 mai, par Paul Martial — , ,
Les attaques coordonnées des djihadistes et des indépendantistes de l'Azawad représentent un échec majeur pour la junte militaire du Mali C'est un assaut d'une ampleur (…)

Les attaques coordonnées des djihadistes et des indépendantistes de l'Azawad représentent un échec majeur pour la junte militaire du Mali

C'est un assaut d'une ampleur inégalée qui s'est déroulée au Mali le samedi 25 avril. Il a été mené conjointement par les djihadistes du GSIM et les forces indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) (l'Azawad est le nom donné à la région du nord du Mali).

Une offensive à travers le pays

Les principales villes maliennes ont été attaquées simultanément. Au nord : Tessalit, Kidal, Anéfi, Bourem et Gao ; dans le centre : Kona, Sévaré et Mopti ; au sud : Sénou et la capitale Bamako, dont l'aéroport, ainsi que la ville-garnison de Kati, où logent les principaux dirigeants. Durant toute la journée, les combats ont fait rage. Sadio Camara, numéro deux du régime et principal artisan de la venue des mercenaires de Wagner, a trouvé la mort lors de l'attaque suicide de sa résidence.

Kidal, principale ville de l'extrême nord, est passée sous le contrôle du FLA. C'est évidemment un coup dur pour la junte, qui avait réussi à la reconquérir en 2023 et en avait fait un symbole de la souveraineté malienne retrouvée. Le coup est d'autant plus rude que les Russes de l'Africa Corps (anciennement Wagner) ont quitté la ville sans combattre, fruit d'un accord avec le FLA, certainement sous la médiation de l'Algérie. Tessalit et Aguelhok après l'abandon de l'armée malienne sont occupés par les indépendantistes.

Après ces attaques, le GSIM a déclaré instaurer un blocus sur la totalité des axes routiers menant à Bamako. Cela a pour effet de fixer une grande partie des Forces armées maliennes (FAMa) et des supplétifs russes dans la capitale, laissant le champ libre au FLA et aux islamistes pour mener des opérations de conquête des villes du nord du pays.

Crise politique

Ces attaques vont avoir des répercussions politiques. La légitimité de la junte et de son président, Assimi Goïta, est remise en cause. Pendant son absence de trois jours après les attaques, des rumeurs de destitution ont même circulé au sein de la hiérarchie militaire. Le narratif de l'affaiblissement des rebelles grâce à l'action des FAMa n'est plus crédible.

Le rôle de l'Africa Corps est également durement critiqué : pour certains, il s'agit ni plus ni moins d'une trahison. Leur service de propagande tente de renverser la situation en inondant les réseaux sociaux de vidéos à la gloire des mercenaires, mais la défaite symbolique que constitue la prise de Kidal est trop forte.

La stratégie de la junte est aussi questionnée. En se désengageant de l'accord de paix d'Alger signé avec les forces indépendantistes de l'Azawad et en considérant les combattants touaregs comme des ennemis au même titre que les djihadistes, la junte a favorisé un rapprochement entre les deux rébellions.

Cette attaque inédite montre que la junte n'est pas en capacité de contenir les avancées de la rébellion. Sa fuite en avant militariste ne fait qu'accroître les souffrances des populations, sans régler les problèmes politiques et sociaux auxquels le pays est confronté. De nombreuses initiatives en faveur de la paix voient le jour. Ainsi, la visite d'Omar Mariko, dirigeant du parti de la gauche radicale SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance), auprès de 17 soldats des FAMa prisonniers du GSIM, qui a débouché sur la libération de quatre d'entre eux, montre qu'un dialogue pour la paix est possible. La junte et les supplétifs russes demeurent toutefois le principal obstacle.
Paul Martial

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

9999 résultat(s).
Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)

gauche.media

Gauche.media est un fil en continu des publications paraissant sur les sites des médias membres du Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG). Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Il vise à encourager les contacts entre les médias de gauche en offrant un lieu de discussion, de partage et de mise en commun de nos pratiques.

En savoir plus

Membres