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Le PL89 ou quand la CAQ tire à boulets rouges sur le droit de grève

Le 29 mai 2025, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la version finale du projet de loi n° 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lockout[1] (PL89), porté depuis l’hiver par le ministre du Travail, Jean Boulet. Appuyé par la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral, ce projet est vu positivement par le monde patronal, mais suscite l’ire du mouvement syndical. On n’hésite pas à le qualifier de « manœuvre explosive[2] » ou encore de « bombe antisyndicale ». Que contient donc le PL89 et pourquoi crée-t-il autant de tensions ? Quelles sont les réelles intentions de cette initiative et que révèle-t-elle des dynamiques à l’œuvre dans le domaine des relations du travail, et plus largement dans les dynamiques politiques au Québec ?
Dès le départ, c’est l’annonce même du projet qui fait polémique. Au détour d’une entrevue dans la presse locale, à quelques jours des Fêtes de fin d’année, Jean Boulet annonce son intention de présenter ce projet de loi sans en avoir fait part au préalable aux organisations syndicales ou sans l’avoir abordé dans les instances où il les rencontre régulièrement. Les craintes syndicales sont confirmées quand le texte du projet de loi est finalement rendu public. Celui-ci élargit considérablement les possibilités pour le gouvernement de demander au Tribunal administratif du travail de limiter, voire de mettre fin, à une grève ou à un lockout et d’envoyer la négociation en arbitrage. Pour plusieurs, cette nouvelle disposition revient à reproduire dans la loi québécoise l’esprit de l’article 107 du Code canadien du travail, utilisé récemment pour forcer l’arrêt de conflits de travail dans des milieux sous juridiction fédérale.
Que dit concrètement le PL89 ? La loi comprend deux volets. Le premier vise à élargir considérablement les secteurs où des services pourraient devoir être maintenus en cas de conflit de travail. Cette disposition est déjà courante dans les domaines couverts par des lois sur les services essentiels. Toutefois ces dernières s’appliquent à des fonctions très précises et limitées, dont la perturbation pourrait entrainer un risque pour la santé et la sécurité de la population – on est notamment familiers avec l’utilisation de ces lois pour limiter le droit de grève des travailleuses et travailleurs de la santé.
La nouveauté, avec le PL89, est l’introduction de la notion très floue de « sécurité sociale, économique ou environnementale » de la population. Celle-ci pourrait être invoquée pour forcer la mise en place de services minimums de façon beaucoup plus large que dans le cadre des « services essentiels » que l’on connait déjà, mais aussi dans beaucoup plus de domaines. Si certains sont exclus de l’application de la loi – notamment Santé Québec, qui est toutefois déjà soumise aux services essentiels, ou encore la construction ou les ressources de garde en milieu familial, qui ne sont pas couvertes par le Code du travail –, des secteurs cruciaux sont désormais susceptibles de voir leurs activités de grève limitées, dont l’éducation ou les transports publics.
Le deuxième volet va encore plus loin dans l’ingérence politique dans les relations du travail. Intitulé « Pouvoir spécial du ministre », il permet au ministre du Travail de tout simplement ordonner l’arrêt d’une grève ou d’un lockout et de renvoyer la négociation devant un arbitre de différends, qui déterminera les termes de la nouvelle convention collective. Ce pouvoir tout à fait hors norme pourrait être invoqué dès que le ministre considère que le conflit de travail « cause ou menace de causer un préjudice grave ou irréparable à la population ». Sa portée, elle aussi, est exceptionnellement large. Si la fonction publique ainsi que les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation sont exclus cette fois-ci, les pouvoirs spéciaux du ministre peuvent s’appliquer à tout autre milieu de travail couvert par le Code du travail, incluant donc le secteur privé.
Comme le titre du projet de loi l’indique, l’intention explicite du gouvernement est de limiter les impacts qu’une grève pourrait avoir sur la population. Les notes explicatives du projet de loi mentionnent en particulier les personnes en situation de vulnérabilité, et les membres du gouvernement n’ont eu de cesse, dans leurs représentations publiques, de mettre de l’avant des situations critiques supposément créées par des grèves, depuis des enfants à besoins particuliers privés de services jusqu’aux familles empêchées de faire le deuil de leurs proches en raison d’un arrêt de travail dans un cimetière, en passant par les travailleuses domestiques ne pouvant se rendre sur leurs lieux de travail lorsque les chauffeurs et chauffeuses d’autobus sont en grève[3]. Devant ces arguments anecdotiques, voire factices, les syndicats ont répliqué que l’intention réelle du gouvernement était bien entendu d’élargir la limitation du droit de grève afin d’affaiblir leur rapport de force, tant face à l’État employeur que face aux patrons du secteur privé, courtisés par la CAQ.
Au-delà du mouvement syndical, la vaste majorité des expertes et experts entendus en commission parlementaire ont dénoncé les conséquences potentielles de l’adoption du PL89. On distingue notamment trois types d’arguments : d’abord, ce projet est inutile car le système québécois de relations du travail fonctionne bien et que le PL89 viendrait briser son équilibre ; ensuite, ce projet serait très probablement contesté en cour et considéré comme contraire aux dispositions constitutionnelles et aux engagements internationaux du Canada ; finalement, l’intention tacite du projet de loi de venir limiter l’exercice du droit de grève aurait des conséquences importantes sur le plan politique et viendrait remettre en cause le modèle québécois de progrès social.
En matière de relations du travail, le mémoire déposé par les membres du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT)[4] démontre clairement que le besoin pour un projet tel que le PL89 n’existe pas. Il rappelle notamment qu’en comparaison avec d’autres juridictions, le droit de grève est déjà très encadré au Québec, notamment du fait qu’il ne peut être exercé qu’en période de renouvellement de la convention collective et à propos de celle-ci, et qu’il est déjà interdit ou très limité dans plusieurs secteurs, notamment ceux soumis aux services essentiels. Mais ce témoignage souligne également combien, du point de vue des partisanes et partisans de la « paix industrielle », le système québécois fait ses preuves puisque très peu de négociations collectives débouchent sur un conflit de travail. Malgré une légère remontée dans les dernières années (et qui n’est d’ailleurs pas limitée au Québec), plus de 90 % des négociations se concluent sans arrêt de travail. L’emphase mise sur l’augmentation du nombre de journées de grève s’est d’ailleurs retournée contre le gouvernement lorsqu’il a été révélé que des chiffres sur lesquels il se basait, diffusés notamment par l’Institut économique de Montréal, ont dû être retirés quand Statistique Canada a reconnu une erreur dans leur conception[5].
Sur le plan juridique, le PL89 a aussi été vastement critiqué. Un groupe comptant parmi les meilleur·es juristes du travail au Québec a ainsi déposé un mémoire en commission parlementaire montrant que les chances étaient très élevées que la loi soit invalidée par les cours, notamment du fait de son caractère potentiellement anticonstitutionnel[6]. Il faut en effet garder en tête que le paysage jurisprudentiel canadien touchant au droit de grève a fortement évolué dans les dernières années. En venant encadrer de façon beaucoup plus stricte la capacité des gouvernements à imposer des services essentiels en cas de conflits de travail (notamment avec ses arrêts Health Services de 2007 et Saskatchewan de 2015), la Cour suprême a ouvert la porte à une quasi-constitutionnalisation du droit de grève, en lien avec la liberté d’association. Il y a fort à parier que, dans ce contexte, les dispositions du PL89 soient renversées par les tribunaux quand elles seront contestées par les organisations syndicales.
Les juristes avancent en outre que la loi est en contradiction avec les obligations internationales du Canada, notamment les conventions no 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui ne prévoient que la mise en danger de la vie, de la santé ou de la sécurité de la population comme seule raison valide de limiter la grève par les services essentiels. Le recours à des formules aussi vagues et générales que la « santé sociale, économique et environnementale » ou « un préjudice grave et irréparable à la population » – prétexte pouvant être invoqué par le ministre pour se prévaloir de son nouveau pouvoir spécial – ne passe donc pas la barre fixée par l’OIT. Si ces conventions internationales n’ont pas force de loi, elles jouent un rôle très important dans l’interprétation que les tribunaux font des lois, notamment de la Charte canadienne des droits et libertés. Ceci pousse les juristes à considérer que les chances sont fortes pour que le PL89 soit considéré comme étant en contradiction avec les engagements internationaux du Canada.
Au-delà de ces éléments techniques, c’est bien entendu sur le plan politique que la discussion – et l’opposition – au PL89 doit s’articuler. Si, comme nous l’avons vu, l’argument de façade de contrer les impacts abusifs de la grève ne tient pas, c’est bien que l’intention réelle est en fait de saper le rapport de force syndical en s’attaquant à son principal outil. On peut même aller plus loin en avançant qu’en remettant ainsi en cause le droit de grève, la CAQ cherche à fossoyer le modèle québécois de progrès social[7]. L’histoire montre en effet clairement que les acquis sociaux des Québécoises et Québécois sont étroitement liés aux luttes menées dans les milieux de travail et en particulier aux grèves. Les luttes des allumettières de Hull, dans les années 1920, ont contribué à une meilleure reconnaissance du travail des femmes et de leurs droits. Celles des syndicats de l’amiante et de Murdochville, aux confins des années 1940 et 1950, ont été autant de coups de boutoir contre le duplessisme, pavant ainsi la voie à la Révolution tranquille. Le droit de syndicalisation et de grève dans le secteur public n’aurait jamais été acquis sans les grèves illégales des infirmières, et la loi anti-briseurs de grève et l’inclusion obligatoire de la formule Rand n’auraient jamais vu le jour sans la grève à la United Aircraft. Bien des caractéristiques que l’on considère aujourd’hui comme des marqueurs de l’identité politique québécoise sont le fruit de la grève. S’attaquer à elle, c’est donc miner ce qui distingue le Québec dans l’ensemble nord-américain, cette distinction allant bien au-delà de la langue française et de l’utilisation du droit civil.
Peu d’observateurs seront surpris de cette contradiction apparente, le nationalisme affiché de la CAQ en étant un de classe, aligné sur les intérêts du Québec inc. et sur une vision étriquée de l’identité nationale. Mais pourquoi, alors, proposer un tel projet à ce moment-ci ? Pourquoi la CAQ, héritière de la très antisyndicale Action démocratique du Québec (ADQ), n’a-t-elle pas tenté plus tôt de sabrer ainsi dans le rapport de force syndical ? C’est ici que le contexte politique et social des dernières années doit être pris en compte. D’abord, après plusieurs décennies de diminution qui semblait inéluctable, la conflictualité dans les milieux de travail est effectivement remontée depuis quelque temps. Exaspérés de ne pas voir les retombées concrètes de la reconnaissance du caractère « essentiel » de leur travail tel que rabâché pendant la pandémie de COVID-19, mais aussi excédés de constater que les effets de l’inflation ne semblaient pas toucher les élites économiques alors qu’eux et elles avaient du mal à boucler leurs fins de mois, les travailleurs et travailleuses ont renoué avec l’outil qui a maintes fois fait ses preuves quand il s’agit de rétablir une certaine justice dans l’économie capitaliste. Et ces travailleurs et travailleuses l’ont fait avec succès, en gagnant régulièrement des augmentations de salaire significatives et en exigeant même plus de leurs propres syndicats, comme des cas de plus en plus fréquents de rejets d’entente de principe par les membres l’ont montré.
Si la tendance a été mondiale – venant entre autres de l’industrie automobile étatsunienne qui n’avait pas connu de conflit de travail depuis des lunes – le Québec ne resta pas en marge. On pense bien entendu notamment aux grèves du secteur public lors de la négociation de 2023 qui, qu’elles aient été convoquées par le Front commun ou par d’autres organisations, ont durablement marqué les esprits et permis des avancées significatives dans le contexte inflationniste du moment. Toutefois, ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement du Québec se trouve confronté à un front syndical combatif dans le secteur public. Habituellement, c’est la menace de la loi spéciale de retour au travail qui est brandie, et souvent appliquée[8]. Cette fois-ci, pourtant, elle n’a même presque jamais été évoquée par le gouvernement. Si le nouveau contexte juridique décrit plus tôt a été invoqué comme explication de la frilosité de Québec d’avoir recours à une loi spéciale, il y a fort à parier que le contexte politique a également joué. L’impopularité du gouvernement Legault n’a certes pas aidé, mais il faut rappeler combien les syndicats bénéficiaient de la sympathie du public. Celle-ci n’est pas anodine dans la mesure où elle tend à montrer qu’une vaste partie de la population se retrouvait dans les revendications des travailleuses et travailleurs du secteur public, même si elle n’en faisait pas partie. L’idée suivant laquelle les gains potentiels des employé·es de l’État serviraient de référence et permettraient d’aller en obtenir auprès d’autres employeurs, incluant ceux du secteur privé, faisait son chemin et rompait ainsi avec les divisions artificielles que la droite cherche régulièrement à créer entre les fonctionnaires « privilégié·es » et le reste de la population. Dans ce contexte, le prix politique à payer pour une loi spéciale était particulièrement élevé et la CAQ décida de ne pas explorer cette option.
Une autre source importante de frustration pour le gouvernement dans le cadre des négociations du secteur public fut précisément leur caractère centralisé, allié à l’unité relativement large du front syndical. Cette combinaison fait en effet en sorte que si l’exercice de la grève est très limité par les dispositions sur les services essentiels dans certains secteurs, notamment la santé et les services sociaux, il l’est beaucoup moins dans d’autres, en particulier l’éducation, et les uns peuvent donc « faire grève pour les autres » puisque plusieurs sujets sont traités à des tables centralisées. Cette dynamique relativement unique en Amérique du Nord fait d’ailleurs des envieux au sein du mouvement syndical ailleurs au Canada, et permet l’établissement d’un rapport de force malgré un cadre légal très contraignant. Tant dans la rédaction du PL89 que dans les interventions du ministre, il était évident que le secteur de l’éducation était l’un des premiers visés par le projet, notamment dans ses dispositions cherchant à élargir ce qui relève habituellement des services essentiels.
Finalement, il serait difficile de ne pas mentionner le soudain retour de l’article 107 du Code canadien du travail dans l’actualité pour mettre en contexte le PL89. Bien qu’elle soit apparue dans la loi fédérale en 1984, cette disposition n’avait été que très rarement utilisée jusqu’à ce que Steve McKinnon, à l’époque ministre du Travail, n’en fasse usage à plusieurs reprises en 2024 pour forcer la fin de conflits de travail et pour imposer un arbitrage dans plusieurs négociations sous juridiction fédérale, notamment dans le domaine des transports et à Postes Canada[9]. Bien que Jean Boulet ait fréquemment insisté sur le fait que le PL89 n’était pas un « copier-coller » de l’article 107, l’esprit de ces deux dispositions est le même : permettre à l’exécutif (en l’occurrence le ministre du Travail) de forcer l’arrêt d’une grève et de demander l’arbitrage (par le biais d’un tribunal administratif) sans avoir à passer par le législatif, c’est-à-dire en proposant une loi spéciale au Parlement. Le contexte à Ottawa est certes différent de celui de Québec, puisque le Parti libéral n’y dispose pas d’une majorité en Chambre depuis plusieurs années, ce qui expliquerait en partie le recours accru à l’article 107. Toutefois, l’intention est la même : face aux difficultés politiques d’un recours au législatif, on renforce les pouvoirs de l’exécutif, au point de bafouer un droit collectif fondamental et de politiser largement un processus censé au contraire consacrer l’autonomie des acteurs socioéconomiques.
Qu’en est-il de la situation depuis l’adoption du PL89 ? À l’heure d’écrire ces lignes, les nouveaux pouvoirs octroyés par la loi n’ont pas encore été utilisés puisque celle-ci n’entre officiellement en vigueur que le 30 novembre 2025. Toutefois, il est important de comprendre que les répercussions de ce genre de législation ne sont pas uniquement dans leur utilisation effective mais aussi dans leur pouvoir de dissuasion. D’une part, elles peuvent décourager des travailleuses et des travailleurs d’avoir recours à la grève quand elles et ils sauront pertinemment que celle-ci se verra considérablement limitée dans son impact, voire annulée, par le pouvoir politique. On n’attaque donc pas uniquement la grève mais aussi la possibilité de la grève, qui, même quand les syndiqué·es n’y ont pas recours, a fait ses preuves à maintes reprises comme outil permettant de faire débloquer, voire déboucher, une négociation difficile. Du côté patronal, le message est évidemment inverse. En garantissant l’inefficacité ou l’ineffectivité de la grève, on encourage les employeurs à ne pas réellement négocier de bonne foi et à se contenter d’attendre que le tout soit renvoyé en arbitrage. C’est d’ailleurs ce que le PDG d’Air Canada a reconnu dans une entrevue à la suite du refus du syndicat des agentes et agents de bord de retourner au travail, en affirmant que la compagnie ne s’était jamais préparée pour une grève car elle était convaincue que l’article 107 serait utilisé et… respecté.
À cet égard, on ne doit pas sous-estimer les effets de la décision prise par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) dans ce dossier. Quoi qu’on puisse penser du contenu de l’entente finalement négociée avec Air Canada, le geste courageux de ces travailleuses et travailleurs de ne pas respecter une décision qu’elles et ils considèrent comme illégitime vient mettre de sérieux bâtons dans les roues de dispositions du type de l’article 107 ou du PL89. Alors que les syndicats se concentraient jusqu’à présent sur les contestations juridiques, qui peuvent prendre des années à déboucher, le fait de les contester en pratique et de réussir ainsi à forcer le retour de l’employeur à la table de négociation risque d’inspirer d’autres syndicats qui seraient confrontés à la même situation. Le SCFP renoue ainsi avec une ligne tactique éprouvée du mouvement syndical, qui veut que lorsque les conditions sont réunies, la désobéissance civile à des injonctions illégitimes du pouvoir politique peut être considérée. Le large soutien dont le syndicat a bénéficié au sein du mouvement ouvrier démontre que l’importance de l’enjeu avait été clairement saisie dans l’ensemble des rangs syndicaux.
Terminons en revenant à la situation politique au Québec. Depuis l’adoption du PL89, le gouvernement Legault n’a eu de cesse de renforcer ses attaques à l’égard du mouvement syndical, dans la lignée de son « virage à droite » face à sa déconfiture dans les sondages. L’idée de « réformer le régime syndical au Québec » est même apparue de façon proéminente dans les discours entourant le remaniement ministériel de l’automne 2025 et des priorités annoncées pour la dernière année du mandat caquiste[10]. Au sommet de celles-ci, deux marottes traditionnelles de la droite que l’équipe Legault et le ministre Boulet tentent de ressusciter une nouvelle fois : imposer une « transparence » financière aux syndicats et limiter leur capacité d’action, en particulier dans le champ politique. Ces initiatives sont en fait les deux faces d’une même médaille. L’imposition d’une transparence financière rappelle clairement le projet de loi C-377 qui avait fait la manchette sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper[11]. Il avait alors été clairement établi que l’intention sous-jacente du législateur n’avait rien à voir avec la gestion comptable des syndicats, mais cherchait plutôt à forcer ceux-ci à distinguer dans leurs activités ce qui relève de la négociation collective de ce qui relève de l’action politique, comme si les deux pouvaient être clairement distinguées, et surtout comme si elles n’avaient pas d’influence l’une sur l’autre. Cette obsession de la séparation artificielle entre l’économique et le politique est au cœur des stratégies patronales depuis les débuts du capitalisme, et les attaques de la CAQ à l’égard de l’action politique du syndicalisme n’en sont que le plus récent avatar. Dans ce contexte, il devient évident que loin de chercher avant tout à protéger la « sécurité sociale, économique et environnementale » de la population, le PL89 n’est en fait qu’un des outils mobilisés dans l’arsenal antisyndical de la CAQ pour arriver à ses fins, soit la mise au pas d’un mouvement dont l’histoire a su montrer qu’il pouvait être un adversaire redoutable des vagues conservatrices et réactionnaires telle celle qui semble se dessiner au Québec.
Par Thomas Collombat, professeur titulaire de science politique à l’Université du Québec en Outaouais
- Assemblée nationale du Québec, Projet de loi n° 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lockout. ↑
- Voir la lettre ouverte « Une manœuvre explosive », cosignée par les principales organisations syndicales québécoises et publiée dans La Presse le 14 mars 2025. ↑
- On fait référence ici au témoignage du directeur général de la Fédération québécoise des municipalités en commission parlementaire au cours duquel il a affirmé que sa femme de ménage avait dû démissionner en raison d’une grève dans le Réseau de transport de la Capitale qui avait duré quatre jours. Voir <https://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-107823.html>. ↑
- Gregor Murray, Mélanie Laroche et Patrice Jalette, Mémoire sur le projet de loi 89. Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, présenté à la Commission de l’économie et du travail [CET-018M C.P. PL 9], 18 mars 2025. ↑
- Martin Jolicoeur, « Les données de Statistique Canada sur les conflits de travail au Québec étaient fausses », Le Journal de Montréal, 17 juillet 2025. ↑
- Michel Coutu, Maxine Visotzky-Charlebois, Dalia Gesualdi-Fecteau, Julie Bourgault, Louis-Philippe Lampron, Laura Dehaibi, Anne-Julie Rolland et Gilles Trudeau, Mémoire présenté à la Commission de l’économie et du travail, Projet de loi 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out [CET-013M C.P. PL 89], 17 mars 2025. ↑
- C’est l’argument que l’auteur de ces lignes a défendu dans son témoignage devant la Commission de l’économie et du travail de l’Assemblée nationale lors de l’examen du PL89 : <https://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-107861.html>. ↑
- Martin Petitclair, et Martin Robert, Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec, Montréal, Lux, 2018. ↑
- Dale Smith, « L’ascension de l’article 107 », ABC National, 12 mars 2025. ↑
- Tommy Chouinard, « François Legault annonce un “traitement choc” », La Presse, 10 septembre 2025. ↑
- Thomas Collombat, « Le projet de loi C-377 : transparence financière ou programme antisyndical ? », Chronique internationale de l’IRES, n° 145, mars 2014, p. 19-28. ↑

la CTROC et la TRPOCB répondent présentes avec les groupes !
Québec, 2 avril 2026 - Alors que plusieurs milliers de personnes issues de toutes les régions du Québec convergent aujourd'hui vers l'Assemblée nationale, la Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) et la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) tiennent à souligner l'importance de ce rassemblement pour le milieu communautaire autonome.
Depuis le 23 mars, plus de 1 800 organismes communautaires sont en grève dans le cadre du mouvement Le communautaire à boutte. Partout au Québec, des milliers de travailleuses, travailleurs, bénévoles et citoyennes et citoyens sont mobilisés pour dénoncer une réalité devenue intenable : le communautaire est essentiel mais il est à bout de souffle.
Depuis des années, les organismes portent, de manière disproportionnée, une réalité qui ne cesse de s'alourdir. À force de composer avec des ressources insuffisantes et de devoir faire toujours plus avec moins, les équipes s'épuisent, les travailleuses et travailleurs quittent, alors que les besoins ne cessent d'augmenter. Encore une fois, le dernier budget du gouvernement ne suffit pas à répondre à l'ampleur de la crise. Les montants annoncés demeurent largement insuffisants pour assurer la pérennité des organismes et leur permettre de remplir pleinement leur mission. Tout le milieu communautaire réitère l'urgence d'un financement à la mission accru, stable et à la hauteur des besoins, permettant notamment d'avoir des salaires décents ainsi que d'une reconnaissance claire du rôle essentiel et fondamental des organismes.
En tant qu'interlocutrices nationales, la CTROC et la TRPOCB portent la voix des organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) au MSSS et à Santé Québec. Elles participent au mouvement le Communautaire à boutte en étant présentes aujourd'hui au rassemblement national à Québec, en plus d'avoir interrompu certaines de leurs activités cette semaine, notamment en ne participant pas aux rencontres prévues avec le MSSS et Santé Québec. Ces actions s'inscrivent dans un climat de travail difficile, marqué par un manque de respect de leurs expertises de la part de ces vis-à-vis.
Cette mobilisation du 2 avril constitue un puissant appel à la solidarité collective. Elle interpelle non seulement les décideurs publics, mais l'ensemble de la société québécoise. Parce que derrière chaque organisme, il y a des communautés vivantes, des réalités humaines uniques et tout un travail indispensable à la cohésion sociale. Il est temps de considérer le milieu communautaire comme un pilier essentiel du Québec.
La CTROC et la TRPOCB réaffirment leur pleine solidarité avec l'ensemble du mouvement Le communautaire à boutte et rappellent qu'investir dans le communautaire, c'est investir dans une société plus juste, inclusive et directement dans la qualité de vie des citoyennes et citoyens.
Le gouvernement doit maintenant répondre à cet appel avec sérieux, responsabilité et surtout, avec des gestes concrets.
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Mobilisation nationale : Le communautaire à boutte devant l’ASSNAT
𝗗𝘂 𝟮𝟯 𝗺𝗮𝗿𝘀 𝗮𝘂 𝟮 𝗮𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗹𝗲 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗰𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗮𝘂𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗮 𝗲𝗻 𝗴𝗿𝗲̀𝘃𝗲.
Pas pour négocier des miettes. Pour exiger la reconnaissance, le financement et les conditions de travail que mérite notre rôle essentiel. Pour refuser l'épuisement systémique. Pour qu'on nous entende enfin.
📍 𝗟𝗲 𝗷𝗲𝘂𝗱𝗶 𝟮 𝗮𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗰𝗼𝗻𝘃𝗲𝗿𝗴𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗹'𝗔𝘀𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲́𝗲 𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹𝗲 𝗮̀ 𝗤𝘂𝗲́𝗯𝗲𝗰.
Ce jour-là, nous serons là, debout, ensemble.
Le communautaire s'adressera directement à nos élu·es.
Nous imposerons le respect qu'on nous refuse depuis trop longtemps.
✊ Réservez la date. Mobilisez vos équipes. Faites circuler.
Les détails suivront. Mais une chose est claire : nous ne reculerons pas.
Page facebook de l'événement
Qui : Évènement de Le communautaire à boutte
Quand : 2 avril 11 h à 14 h
Où : Devant l'Assemblée nationale à Québec

Réchauffons le printemps
Pendant que le Sud-Ouest des États-Unis connait des chaleurs record, créant des risques énormes pour un nouvel été enflammé, le Québec est pris dans un hiver de force, pour reprendre le titre d'une des œuvres maîtresses de Réjean Ducharme. L'interminable saison polaire qui ne veut pas nous quitter a-t-elle à voir avec le vent de conservatisme qui souffle dans la province ? Autant on peut aimer accuser la CAQ de tous les maux, le grésil et le verglas ne sont pas tant de leur faute. Un peu tout de même, en ce sens qu'ils n'ont pas eu de préoccupations très marquées à l'encontre des changements climatiques, comme l'ensemble de la classe politique nord-américaine. Quel triste printemps !
Le mauvais temps n'a pas empêché un nombre record de groupes communautaires de faire la grève cette semaine. Nombreux ont été les témoignages des travailleurs et travailleuses qui sont à boutte. Le 2 avril, ils et elles nous invitent à une convergence nationale à l'Assemblée nationale. Nous les soutenons de tout cœur.
Le parti de la rue veut mettre la main à la pâte et contribuer à ce mouvement de mobilisation. Ainsi, nous organisons une soirée d'échanges avec d'excellents panélistes. Nous allons entendre quatre personnes engagées dans les luttes les plus importantes du moment et nous souhaitons que leur flamme nous inspire pour que d'autres groupes se joignent à l'action.
Nos invités :
- Laurence Guénette, coordonnatrice et porte-parole de la ligue des droits et libertés
- Chantal Ide, secrétaire générale du conseil central du Montréal métropolitain -CSN
- Zahia El-Masri du Collectif Femmes pour la Palestine et membre du CA d'Alternatives
- Francis Waddell, Front commun pour la transition énergétique.
C'est une excellente occasion pour entendre les dernières nouvelles sur les lois qui briment les libertés individuelles et collectives, autant celles qui ont été passées il y a quelques sessions parlementaires déjà, telle la loi 21 qui était contestée à la Cour suprême du Canada cette semaine, que celles qui sont présentement au feuilleton et qui risquent d'être adoptées, en tout ou en partie, d'ici à la fin mai. On discutera sans doute des stratégies syndicales pour s'opposer au recul des droits syndicaux.
Malheureusement, il semble que certaines centrales sont quelque peu frileuses à l'idée de sortir de chauffer la rue. À l'opposé, le Proche-Orient brûle et nous serons renseignés sur les mouvements d'opposition aux attaques en Iran et au Liban par les forces israéliennes épaulées par le gouvernement américain. Finalement, comme nous nous soucions des questions environnementales, nous apprendrons quelles initiatives se préparent, entre autres pour le Jour de la terre, le 22 avril prochain.
Notre rencontre se tient au Centre St-Pierre pour que nous puissions nous voir en personne. Évidemment, il est possible d'y assister virtuellement, car nous tiendrons une rencontre hybride. Nous vous invitons chaleureusement à vous joindre à nous, jeudi le 16 avril à 19h. Ensemble pour que nous puissions réchauffer le printemps !
Date et heure : Le jeudi 16 avril 2026, de 19h à 21h 30.
Ouverture des portes : 18h 30
Évènement hybride : En personne et en ligne :
https://us02web.zoom.us/meeting/register/6Jku4qzDReiRwrR-XvHSSw
Lieu : Centre Saint-Pierre à Montréal,1212 rue Panet Montréal (métro Beaudry), salle # 303 Marguerite-Bourgeois

21 mars : Non à l’annexion, indépendance pour Kanaky !
Paris, 21 mars 2026
Manifestation réduite, en termes de nombre, mais très animée, avec une succession de prises de paroles, tout au long du trajet de République à la Nation. Plusieurs interventions ont porté sur les dangers du texte de Bougival qui devrait être soumis au parlement dans les prochaines semaines, après son adoption au Sénat. Des témoignages aussi sur le soulèvement du peuple kanak, en 2024, sur la répression de la police et de l'armée déployée durant des mois en Kanaky. La représentante de l'USTKE a donné des éléments concrets sur la situation économique et sociale catastrophique pour les populations kanak ; les licenciements et la fin des indemnisations du chômage, sur les discriminations dont les kanak sont l'objet dans la province sud, aux mains des anti indépendantistes. Sur le chantage ignoble exercé par l'Etat et les anti-indépendantistes, sur le thème des investissements, de la reconstruction des écoles, la remise en route des transports publics… en échange de l'acceptation de Bougival.
Des informations ont été données sur la situation des prisonniers déportés kanak, dans les prisons françaises, sur le travail de soutien concret organisé par la commission du CSK. Steeve Unë, libéré mais toujours inculpé, comme le sont ses camarades de la CCAT qui avaient été déportés, a rappelé le sens de leur combat, qu'ils continuent aussi bien en Kanaky comme en France.
Plusieurs représentants d'organisations anti colonialistes qui avaient signé l'appel à manifester, ont expliqué leur combat : Théo, du « collectif du 10 mai », un représentant de la Réunion, du Sahara occidental… ainsi qu'un représentant de Boussole Palestine.
Ont également pris la parole, Survie, Nazione (Corse), le Mouvement des Kanak en France (MKF), la Cellule de mobilisation Paris pour Kanaky, Révolution Permanente, la FSE, notre parti et le NPA Anticapitaliste.
Dans les prochains jours, on saura si le gouvernement présentera le texte à l'Assemblée nationale et quelle sera la position des députés, notamment ceux du PS, qui avaient dit qu'ils ne voteraient pas la loi Bougival.
Cette description de la manifestation est tiré de la page Facebook du Parti communiste des ouvriers de France.
17 mars 2026 | ATTAC-France
https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/21-mars-non-a-l-annexion-independance-pour-kanaky
Manifestation nationale
Exigeons l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival et le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak : manifestation nationale à l'appel du Collectif Solidarité Kanaky (dont Attac est membre) et de la Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky.
Contexte
Depuis 1986, la Kanaky figure sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l'ONU. Après un 3e référendum imposé en 2021 par l'État français, qui a eu lieu lors d'une période de Covid et de deuil difficile pour le peuple kanak, et dont les conditions ne sont pas reconnues par l'ONU et le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste), le pouvoir français intensifie ses efforts contre l'indépendance.
Après la tentative de dégel du corps électoral en 2024, la répression féroce de la mobilisation du peuple Kanak a engendré une catastrophe économique et sociale. Macron et l'État français essaient aujourd'hui un nouveau passage en force visant la sortie de l'Accord de Nouméa pour tenter de stopper le processus de décolonisation et l'indépendance.
Le nouveau point de friction, l'accord de Bougival :
Le projet d'accord de Bougival, signé en juillet 2025, prévoit un État de Kanaky - Nouvelle Calédonie dans la République française (donc l'annexion du territoire). Cet accord a été précipitamment imposé par le gouvernement français, qui a délibérément fait croire à un accord du FLNKS, alors que celui-ci n'avait consenti qu'à ouvrir des discussions, non à valider un texte qu'il rejette aujourd'hui fermement.
Cette manœuvre coloniale se traduit par la tentative de constitutionnaliser ce projet d'accord via un projet de loi. Celui-ci a déjà été adopté au sénat le 24 février 2026, et il sera discuté et voté à l'Assemblée Nationale fin mars 2026.
Le Collectif Solidarité Kanaky et la CMPK (Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky) appellent donc à une manifestation nationale à Paris, ce 21 mars 2026, à l'occasion de la journée internationale contre les discriminations raciales et l'ouverture de la semaine anticoloniale et antiraciste, en solidarité avec le mouvement indépendantiste mobilisé pour un rejet total de ce texte dénoncé par le FLNKS mais défendu par l'État et l'extrême droite coloniale locale.
Au-delà de peser sur le vote à l'Assemblée, cette mobilisation vise à construire un rapport de force favorable aux camarades kanaks, pour qu'iels puissent revenir en position de force à la table des négociations si l'accord de Bougival n'est pas voté.
Appel à manifestation nationale le 21 mars
Depuis 1986 la Kanaky - Nouvelle Calédonie figure sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser de l'ONU. Après un 3e référendum imposé en 2021 par l'État français, dont les conditions ne sont pas reconnues par l'ONU et le FLNKS, le pouvoir français intensifie ses efforts contre l'indépendance.
Après la tentative de dégel du corps électoral en 2024, la répression féroce de la mobilisation du peuple kanak a engendré une catastrophe économique et sociale ; Macron et l'État français essaient un nouveau passage en force, visant la sortie de l'Accord de Nouméa pour tenter de stopper le processus de décolonisation et l'indépendance.
En effet le projet d'accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 prévoit un État de Kanaky - Nouvelle Calédonie dans la République française (donc l'annexion du territoire).
Nous, le Collectif Solidarité Kanaky et la CMPK (Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky), appelons à une manifestation nationale, à Paris ce 21 mars à l'occasion de la journée internationale contre les discriminations raciales et l'ouverture de la semaine anticoloniale et antiraciste, en solidarité avec le mouvement indépendantiste mobilisé pour un rejet total de ce texte dénoncé par le FLNKS mais défendu par l'État et l'extrême droite locale.
Cette manœuvre coloniale se traduit par la tentative de constitutionnaliser ce projet d'accord via un projet de loi, celui-ci a déjà été adopté au sénat le 24 février 2026, et sera discuté puis voté à l'Assemblée Nationale fin mars 2026.
Exigeons massivement :
• l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival
• le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak
Manifestation nationale
Exigeons l'abandon immédiat du projet d'accord de Bougival et le respect du droit à l'autodétermination du peuple kanak : manifestation nationale à l'appel du Collectif Solidarité Kanaky (dont Attac est membre) et de la Cellule de Mobilisation Paris pour Kanaky.
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Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus

Prostitution, violence contre les femmes ou travail du sexe : deux analyses incompatibles A propos du livre « Les théories féministes » dirigé par Camille Froidevaux-Metterie
Dans le livre dirigé par Camille Froidevaux-Metterie « Les théories féministes », Seuil, 2025, les deux textes « Les échanges sexuels tarifés » de Maria Nengeh Mensah et Sex-War's : « pornographie et féminisme pro-sexe » de Julie Lavigne ont certainement été choisis en toute connaissance de cause à savoir leur positionnement clair pour un « travail du sexe » reconnu, assimilable aux divers services marchands constituant un secteur important de l'économie moderne, contre les abolitionnistes de la prostitution et de la pornographie.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Cette dernière est une forme de prostitution, les actes sexuels imposés à l'« actrice » sont réels et constituent des films et des images pouvant être achetés et vus durant toute la vie des femmes filmées.
Ce choix est étonnant, voire choquant, puisque ces articles ne sont pas contrebalancés par la théorie féministe abolitionniste du système prostitutionnel. Dans un livre universitaire on attendrait d'abord des données qui justifient les déclarations et assertions et s'il y a choix de présenter le féminisme « pro-sexe » ou plutôt pro-prostitution, on attendrait qu'il y ait un certain équilibre entre les tenant·es d'analyses opposées, ici pro-prostitution d'un côté et féministes abolitionnistes de l'autre. Rien de cela. Et chacun des chapitres indiqués se termine sur un paragraphe confortant, renforçant la « théorie » mise en valeur et soutenue.
Ce choix est en contradiction avec l'introduction « Les idées féministes : libération, révolution, résistance » de la coordonnatrice d'un ouvrage important et dans l'ensemble passionnant. Il y est écrit : « Toutes celles qui ont pensé le système de domination mis en œuvre par les hommes pour réduire les femmes et les personnes féminisées à une condition d'objectivation (être assignée à son corps-objet) et d'aliénation (être rendue étrangère à soi-même) ont édifié le champ des théories féministes dont nous avons voulu rendre compte dans cet ouvrage ».
Ou encore « Les théories féministes aspirent toutes à démanteler le système patriarcal par la destruction de son socle – l'assignation des femmes à leur corps sexuels et maternels – ». Or, la prostitution (pornographie comprise) est une fameuse et fort violente assignation des femmes à leur corps-sexuel. Pourquoi alors choisir cette théorie d'un travail sexuel qui « empouvoirait » les femmes ?
On ne peut accepter que les prétentions théoriques piétinent la réalité et l'oppression des femmes ainsi que les violences commises contre elles.
Voyons de plus près le texte intitulé « Les échanges sexuels tarifés » :
Dès la première phrase « la compréhension des échanges sexués (en fait actes sexuels tarifés) est importante pour penser la sexualité et le pouvoir des femmes » on voit le parti pris et surtout, rien de féministe ici ! Les violences prostitutionnelles, l'achat de l'usage d'un corps par les hommes pour leur propre plaisir n'ont rien à voir avec la sexualité des femmes et leurs désirs, et ne peut être un moyen de pouvoir pour les femmes, c'est le contraire ! Elles ont à voir avec la soumission des femmes aux désirs des hommes et à leur chosification ou marchandisation. La marchandisation étant à la fois la clé de voute et le combustible du système économique dominant, le capitalisme.
Maria Nengeh Mensah professeure à l'Ecole de travail social et chercheuse à l'Institut de recherches et d'études féministes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) est spécialiste des dynamiques d'exclusion sociale liées à la santé et à la sexualité des femmes et des minorités sexuelles et de genres. Ses travaux portent sur l'action collective contre la stigmatisation et la création de contre-discours pour la reconnaissance sociale de tous·tes.
La prostitution qui existe au service des hommes, organisée par des hommes et qui contraint des millions de femmes et d'enfants dans le monde n'est pas une histoire de minorité sexuelle puisqu'elle n'est pas la sexualité des femmes. Elle est un usage particulier de leurs corps par les hommes dans un contexte de domination masculine, cette dernière n'est jamais questionnée dans le texte. Pourtant l'autrice est dans un institut d'études féministes.
Même les analyses de la directrice de l'ouvrage qui contient ce chapitre semblent être balayées d'entrée. Dans son livre « Un corps à soi », Seuil, 2021, Camille Froidevaux-Metterie différencie clairement ce qui arrive aux filles et aux garçons et qui soumet les unes au profit des autres : « Si les corps féminins et masculins sont toujours conçus à travers le prisme de leur sexuation, dans le cadre de la binarité à perpétuer, l'opération ne revêt absolument pas le même sens pour les uns que pour les autres… L'apparition des marqueurs sexués renvoie les filles à une immédiate objectivation qui place leur corps sous le signe de la disponibilité sexuelle quand elle initie chez les garçons un processus d'incarnation-subjectivation annonciateur de leur future autonomie. Si, des deux côtés, les mécanismes de l'enfermement dans les rôles de genre fonctionnent à plein, les effets produits quant aux possibilités d'action dans le monde et aux potentialités d'épanouissement des corps-sujets sont diamétralement opposés ».
L'apparent consentement de personnes prostituées à recevoir de l'argent contre des actes sexuels suffit-il à égaliser les potentialités masculines et féminines et à épanouir le corps-sujet de la prostituée ?
Catharine Mc Kinnon, oubliée dans le chapitre incriminé, écrit : « Le désir sexuel des femmes, au moins dans cette culture (Amérique du Nord) est construit socialement de telle sorte que nous en arrivons à souhaiter notre propre anéantissement, c'est-à-dire que notre soumission est érotisée comme féminine et féminité » (Traite, prostitution, inégalité. Editeur M, Québec, 2014).
Dans l'écrit de Maria Nengeh Mensah, on comprend vite qu'il ne sera pas question de personnes en situation de prostitution, d'êtres humaines réelles en fait, comme les femmes des premières nations soumises à la traite interne au Canada (voir Last girl first : une étude sur l'exploitation sexuelle ou système prostitutionnel et son impact disproportionné sur les personnes des communautés les plus discriminées, Ed. Libre, 2023), mais il sera question d'un fantasme de transgression et de résistance « brisant la règle patriarcale du service gratuit » !
Résistance à quoi ? au pouvoir des hommes, ceux qui ont l'argent, qui paient, qui commandent l'acte, ceux qui organisent le trafic et la coercition obligeant des femmes à la prostitution et à la soumission, coups, viols, violences psychologiques ? Tout est utilisé pour soumettre les femmes au commerce juteux de la prostitution.
L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu ou lu les clients s'échangeant leurs impressions et leurs envies entre mecs sur les réseaux sociaux ou dans les bistrots (Victor Malarek : Les prostitueurs, sexe à vendre, les hommes qui achètent du sexe Ed. M, 2013, voir aussi le livre de Zeromacho « Des bordels au forums, paroles d'hommes » qui sortira le 13 avril, Ed. La Trêve) ?
L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu des survivantes de la prostitution ou des femmes essayant de s'en sortir ?
Comment accepter qu'une violence sexuelle et sexiste, qu'une exploitation sexuelle mondiale prospère contre les personnes les plus vulnérabilisées par les systèmes de domination mondialisés soit théorisée par des universitaires comme un simple commerce de services ?
Ces universitaires imprègnent les étudiant·es qui les lisent ou assistent à leurs cours, de l'idée que le féminisme pourrait promouvoir l'asservissement sexuel comme un métier complexe et une liberté. Les universitaires ont la responsabilité de former le jugement des étudiant·es et de leur transmettre des moyens d'émancipation et non, de mon point de vue, de théoriser la liberté, sous l'influence nord-américaine, non plus comme « instrument de résistance à l'oppression » mais « outil même de la servitude volontaire » comme l'écrit Muriel Fabre-Magnan dans son livre « L'institution de la liberté », PUF, 2018.
Activité gratuite dans le mariage et service commercial pour la prostitution :
Pour le plus grand bonheur des hommes violents, des proxénètes et trafiquants, un groupe de personnes, d'associations pro-prostitution et d'intellectuelles et d'universitaires qui utilisent leur réputation « scientifique » et leur pouvoir, s'annoncent féministes en faisant croire aux femmes qu'en se comportant exactement de la manière dont les hommes veulent les traiter, elles regagneraient le pouvoir, qu'il serait empouvoirant de donner volontairement aux hommes ce qu'ils exigent d'elles. Ainsi elles ne tiennent pas compte de la double appropriation des femmes par les hommes dans le système patriarcal, l'appropriation privée par le mariage (corps féminins qui produisent des enfants, l'usage sexuel des corps féminins par les hommes, le corps des femmes qui nettoie, soigne, nourrit…) et l'appropriation collective par le viol, le harcèlement sexuel, la prostitution, la pornographie. La lecture de Colette Guillaumin serait utile à l'autrice.
Dans l'article « Les échanges sexuels tarifés » les féministes abolitionnistes sont critiquées parce qu'elles ne s'en prendraient qu'à la prostitution alors que le mariage serait pire oppression puisqu'imposant un travail gratuit. Une théorie féministe ne peut qu'analyser ces oppressions et les combattre toutes le deux. Les féministes abolitionnistes sont les plus actives dans la lutte contre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles dont le viol dans le mariage par exemple.
Beaucoup de femmes sans autonomie financière ou assumant double ou triple journée de travail ou soumise à l'emprise du mari disent être bien dans cette situation ou y rester. Est-ce pour autant que nous ne pourrions remettre en question ce système de domination ? Les féministes l'ont fait et nous avons obtenu des progrès, des changements dans certains pays
Lorsque l'argent apparaît, la violence semble disparaître…Vive le commerce qui transforme les vulnérabilités subies par un très grand nombre de femmes et leur manque de liberté, en pouvoir de gagner fièrement leur vie ! Depuis Tabet, Pheterson et Rubin, qui déjà ne voulaient pas voir que la prostitution faisait partie des violences sexistes et sexuelles, des études et l'accompagnement des personnes en situation de prostitution (femmes les plus nombreuses, mais hommes et trans aussi) ont été multipliés et montrent comment les violences physiques, psychologiques et sexuelles (dont l'inceste) subies dans l'enfance et l'adolescence sont prégnantes dans la population des personnes prostituées. Elles montrent combien les proxénètes, les trafiquants, les clients ou acheteurs d'actes sexuels sont violents, combien les dommages à la santé des victimes sont importants et irréversibles. En France on pourra consulter : l'enquête pro-santé nationale de 2011, les travaux de Muriel Salmona, de Judith Trinquart, l'enquête participative santé et prostitution de 2025 réalisée par l'INSERM, le Mouvement du Nid en association avec l'Amicale du Nid, le livre Duché-Franjou en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid : « Pour un accompagnement féministe et abolitionniste des personnes victimes de la prostitution, une violence sexuelle et sexiste », 2023. La prostitution qu'elle soit déclarée consentie ou pas (le forçage, la coercition, le trafic concernent la grande majorité des personnes prostituées) détruit la santé physique, psychique et sexuelle des victimes. Tout cela est aujourd'hui bien documenté et ne peut être ignoré par les chercheuses en Sciences sociales et humaines dès lors qu'elles souhaitent publier sur ce sujet, sinon leur honnêteté peut être mise en doute. La prostitution n'est pas « une autonomie sexuelle » comme c'est écrit dans le texte, c'est un problème de santé publique.
Quant est citée dans l'article Paola Tabet (2009 : « Mais le rapport de pouvoir est à la base de l'entière organisation de la société », il faut savoir en tirer les leçons. Où est le pouvoir dans les relations femmes-hommes ? Et l'argent n'est-il pas essentiellement détenu par les hommes et au centre des rapports de pouvoir (tu n'en auras pas si tu ne fais pas ce que je veux !)
Service commercial complexe ou absence de choix des victimes de la prostitution :
Le chapitre objet de ma critique présente la prostitution comme un service parmi les autres services de consommation qui exige des savoir-faire complexes, de l'endurance physique, une connaissance sexuelle et anatomique de base. Certes les femmes en situation de prostitution sont fortes de supporter toutes ces violences, elles sont très résistantes pour survivre au nombre de passes quotidien, au mépris des clients, à la saleté des clients, aux coups des proxénètes, au peu d'argent reçu pour la majorité d'entre elles à tel point qu'une partie d'entre elles ne mangent pas à leur faim (les associations féministes abolitionnistes françaises reçoivent des milliers de femmes en situation de prostitution par an et connaissent très concrètement leur épuisement et leurs difficultés).
Essayons chacune de nous mettre à la place d'une femme prostituée, de nous représenter l'intimité mise en jeu dans cette rencontre avec chaque client et la peur constante que ça dégénère en violences supplémentaires. Le seul fait d'avoir à « offrir » son « corps » à des inconnus pour de l'argent est une violence en soi, et oblige à la dissociation qui détruit la santé.
Le stigmate qu'il faut savoir combattre, oui, est d'abord celui généré par les acheteurs d'actes sexuels ou prostitueurs.
La production de tant d'effets délétères pour la santé de celles qui « fournissent ce service » suffit à en interdire l'organisation. El il faut réclamer la même interdiction si d'autres services commerciaux produisent autant de dégâts humains. Le taux de personnes prostituées ayant des symptômes de psycho-trauma, 62,5%, est beaucoup plus élevé que celui des soldats ayant participé à des combats.
Quant à la connaissance sexuelle et anatomique du corps, les accompagnant·es des personnes prostituées se rendent compte que beaucoup ne connaissent pas leur propre anatomie, n'osent pas parler de leur corps, que beaucoup ont été violées et soumises à la prostitution très jeunes et n'ont pas eu de vie sexuelle autonome.
« Une ouverture d'esprit, une inclination à composer avec le mépris » voilà ce qui constituerait la valeur d'un « travail sexuel » alors que les prostituées se sentent violées, salies, manipulées, simples objets dans les mains d'hommes qui exigent parfois, en plus, d'être écoutés dans le déversement de leurs malheurs ou leur mal-être. Mais lisez donc les témoignages, écoutez les femmes au lieu de théoriser sans savoir ! C'est particulièrement grave lorsque cela concerne aussi le domaine du travail social.
Quant à la complexité des savoir-faire, ne va-t-elle pas exiger, pour reconnaître la valeur de ce service, l'organisation d'une formation, d'une filière scolaire ? et en particulier pour les plus démunies, les plus vulnérables qui ont seulement leur corps à vendre ou les mineures mal protégées dans les établissements des services sociaux, en France par exemple, où un grand nombre d'enfants dès 12-13 ans sont soumis·es à la prostitution. Un scandale certes, une ignominie, oui, et qui existe depuis bien longtemps. La soumission à la prostitution débute le plus fréquemment avant la majorité.
Il est difficile de sortir de la situation de prostitution non parce que la situation est bonne et pleine d'avenir mais parce qu'elle use et déprime, parce qu'elle accroit les vulnérabilités et bloque toute perspective d'avenir, parce qu'il faut prendre le risque de s'affronter aux proxénètes et trafiquants et de subir leur violence ou de la faire subir à sa famille. L'avenir, le hors prostitution est incertain, non connu, non appréhendé. Alors dans cette situation, il est logique d'entendre les personnes prostituées dirent qu'elles ont choisi cette activité, que ça leur convient, et qu'elles sont libres. Pour survivre, pour « retourner au turbin » tous les jours, comme certaines le disent, il faut bien se dire que l'on sert à quelque chose malgré la violence subie. Tant que l'on est soumise au système prostitutionnel on ne peut dire autre chose. C'est sur le chemin de sortie de la situation que l'on peut analyser l'oppression subie, et comprendre comment et par qui on a subi cette violence et petit à petit se réapproprier sa vie. Voilà ce que l'on sait et ce que l'on peut dire quand on passe du temps à accompagner les personnes en situation de prostitution. Et ce n'est pas une question de charité, c'est la volonté de réalisation d'une solidarité féministe qui propose aux femmes subissant des violences, d'en sortir.
La prostitution n'est pas un choix, elle est un piège tendu autant par celleux qui prétendent que c'est un travail à reconnaître que par celleux qui organisent et suscitent ce marché, les prostitueurs (un certain nombre de femmes sont proxénètes souvent pour pouvoir sortir elles-mêmes de la prostitution). La prostitution est une guerre contre les femmes comme l'écrit dans le titre de son livre Claudine Legardinier (Syllepse, 2015).
Il ne faut pas pénaliser les victimes mais abolir le système qui les produit.
Féminisme carcéral ou luttes féministes radicales contre les violences sexistes et sexuelles :
Sous ce titre « féminisme carcéral » l'autrice présente sommairement et faussement l'abolitionnisme qu'il faut bien distinguer de la prohibition qui criminalise les victimes que sont les personnes prostituées.
Pourtant l'abolitionnisme a fait et fait débat au Canada et au Québec et des associations féministes abolitionnistes accueillant de survivantes de la prostitution ou des femmes souhaitant en sortir ont fait connaître leur travail et la nature de l'exploitation sexuelle qu'est la prostitution.
L'abolitionnisme ou l'abolition de la prostitution est plus facilement comprise si on fait la comparaison avec l'esclavage et si on regarde de près la loi abolitionniste d'abolition du 13 avril 2016 en France : abolir l'esclavage signifie libérer les esclaves, interdire le trafic, le marché des esclaves, et interdire « leur utilisation » par des esclavagistes. Reviendrait-on sur l'abolition de l'esclavage si d'anciens esclaves en difficulté de trouver de quoi vivre disaient souhaiter retourner chez leur maître ? C'est arrivé aux Etats-Unis, par exemple, quand les esclaves ont été libéré·es mais démuni·es. Certain·es ne trouvaient pas d'emplois ou étaient plus mal traité·es par les industriels du nord qui les attendaient comme main d'œuvre corvéable.
Pour abolir un asservissement il faut en interdire la pratique à celleux qui en tirent profit, avantages et pouvoir et libérer les êtres asservis. Donc pour la prostitution cela se traduit par l'interdiction du marché des êtres à prostituer et l'achat des actes sexuels si vite justifié, dans nos sociétés, par de soi-disant « besoins sexuels irrépressibles » des hommes qu'aucune théorie féministe ne peut justifier. Dans le même temps cela nécessite la reconnaissance des personnes prostituées comme victimes de violences sexuelles et sexistes avec l'accompagnement nécessaire à la sortie de leur situation.
La loi abolitionniste française du 13 avril 2016 « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » inspirée du modèle suédois (pour plus de détail voir mon livre « Non au système prostitutionnel, une analyse féministe et abolitionniste », version février 2019, en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid), comprend quatre piliers :
La dépénalisation des personnes en situation de prostitution puisqu'elles sont victimes du système et leur accompagnement vers la sortie de la prostitution lorsqu'elles le désirent (parcours de sortie de la prostitution), avec étude des dossiers par des commissions départementales pour attribuer allocation et papiers pour les victimes étrangères ou « importées comme marchandises » par les trafiquants.
L'interdit de l'achat d'acte sexuel, ce qui est nouveau par rapport à l'abolitionnisme de 1949 (convention internationale luttant contre le proxénétisme et le trafic et considérant les personnes prostituées comme victimes) ; une contravention de de 1500 euros maximum. La récidive est punie de 3750 euros et devient un délit. Des stages de sensibilisation des acheteurs peuvent être imposés à la demande d'un juge.
Le renforcement de la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle
La prévention dans sa double dimension de la prévention santé des personnes en situation de prostitution et la prévention primaire des pratiques prostitutionnelles et du recours à la prostitution (prévention auprès des jeunes, ajout à l'éducation à la vie affective et sexuelle dans l'Education nationale).
Il reste à la faire appliquer complètement, cette loi, avec efficacité comme pour toutes les lois progressistes qui gênent les intérêts d'une classe ou d'un groupe, ici celui des hommes. Rares sont encore ceux qui luttent réellement contre la prostitution. Le procès de Mazan en France a montré la grande « tolérance » des hommes pour la chosification des femmes et leur viol.
Pourquoi faut-il toujours, trop souvent aussi auprès de femmes qui se disent féministes, justifier l'usage du mot victime, qualification d'une situation à un moment donné des femmes qui subissent des violences en particulier l'exploitation sexuelle ? Le terme n'est pas remis en question quand on parle de victimes de raz de marée, d'accidents de voiture ou de tuerie de masse. Etre victime n'est pas une identité.
Reconnaître une personne comme victime, c'est reconnaître qu'elle est sujet de droit, droit à ce que soit reconnu le préjudice subi. Reconnaître une personne prostituée comme victime c'est lui permettre de ne pas retourner la culpabilité contre elle comme c'est souvent le cas ; c'est lui permettre de comprendre ce qui lui est arrivé ; c'est lui permettre d'en parler et d'en faire l'analyse et contrairement à l'infantilisation, de recouvrer sa dignité piétinée par la chosification opérée par le système prostitutionnel. C'est favoriser la reconnaissance sociale tant attendue par les pro-prostitution d'un travail du sexe reconnu.
Les femmes déterminées du mouvement « MeToo » ne revendiquent-elles pas que l'on reconnaisse les violences subies, qu'on reconnaisse leur situation de victime et que l'on poursuive les auteurs de ces violences. Je ne les vois pas infantilisées, au contraire elles font face, se lèvent et doivent avoir un courage immense. Les femmes n'auraient-elle pas le droit à la justice, à la reconnaissance de crimes commis contre elles et punis ? que la honte change de camp !
Quant à l'accusation de féminisme carcéral visant les abolitionnistes : expéditif et pas sérieux !
Je doute souvent que la répression, la prison, soient les seules solutions et soient très efficaces pour changer la société mais que faire face à la criminalité, la violence contre les femmes en particulier ? Ne faut-il pas arrêter les violeurs, les auteurs de féminicides ou de violences conjugales, les pédocriminels ? Doit -on dire aux victimes : débrouillez-vous, nous préférons que votre agresseur ne soit pas arrêté parce que ce serait du féminisme carcéral ?
Les lois sont nécessaires pour faire changer les comportements, faire reconnaître les droits des femmes et les sortir de l'asservissement patriarcal, pour obtenir l'égalité réelle entre les femmes et les hommes (parité en politique, égalité au travail, dans le mariage etc.), la liberté pour les femmes (contraception et avortement), la protection (interdit du viol, des coups, de la prostitution et de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle…). Les lois qui facilitent l'émancipation sont des éléments incontournables, mais pas les seuls, pour la réinvention du monde que nous voulons, nous les féministes. Et dans nos revendications pour ces droits, notre complicité avec les appareils d'Etat ou les institutions est inexistante dans la mesure où nous sommes obligées tous les jours de revendiquer, exiger, manifester, écrire pour arracher la justice, pour animer une lutte contre l'asservissement, pour l'émancipation, qui se heurte aujourd'hui à des régressions mortifères.
Pour un féminisme conséquent, est indispensable la promotion des travaux d'universitaires qui forment au regard et à l'analyse critique de la violence prostitutionnelle comme pour les autres violences sexuelles et sexistes, au lieu de laisser penser qu'il s'agit d'une chance de reconnaissance sociale pour les femmes.
Geneviève Duché
Féministe, universitaire retraitée, ancienne présidente de l'Amicale du Nid.
Mars 2026
Transmis par l'autrice
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Le communautaire congédie la ministre Chantal Rouleau
30 mars 2026 — Le Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA) et le mouvement Le communautaire à boutte annoncent, aujourd'hui, qu'ils retirent toute leur confiance envers la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire, madame Chantal Rouleau et demandent au premier ministre de nommer un nouvel interlocuteur dès maintenant.
Déconnexion et mépris
Vendredi dernier, des représentant·es du mouvement ont assisté à un exercice d'interpellation à l'Assemblée nationale. Pendant près de deux heures, la ministre Rouleau s'est contentée de défendre son bilan, plutôt que de discuter de la réelle détresse qui se vit actuellement sur le terrain. Madame Rouleau était accompagnée de ses deux collègues, députées d'Argenteuil et d'Abitibi-Ouest, qui nous ont répété à quel point leur gouvernement est à l'écoute et généreux, que nous ne vivons pas de sous-financement et que nous devons être plus efficients.
Madame Rouleau ne mesure pas la gravité de la situation. Alors que les témoignages poignants des travailleuses et travailleurs se multiplient, elle nous parle d'un plan d'action gouvernemental imminent qu'elle n'a même pas amorcé et qui pourrait prendre jusqu'à deux ans avant de voir le jour.
Au terme de cette interpellation, madame Rouleau a refusé de rencontrer les représentant·es qui étaient sur place, prétextant un horaire chargé. Elle s'est contentée de venir rapidement serrer des mains, détournant même le regard des représentants du mouvement Le communautaire à boutte.
« Avec ce geste, madame Rouleau a tourné le dos à plus de 1 800 organismes en grève et à plus de 20 000 travailleuses et travailleurs du communautaire. Une telle attitude, à l'intérieur des murs de l'Assemblée nationale, un lieu hautement symbolique, est indigne de la fonction qu'elle occupe. », expriment d'une même voix Caroline Toupin, du RQ-ACA et Mathieu Gélinas, du mouvement Le communautaire à boutte.
Les interlocuteurs conviés à une rencontre sans la ministre
Depuis une semaine, on attend un engagement clair de madame Fréchette et de monsieur Drainville pour la création d'une table de négociation sérieuse, mais sans réponse. Pendant ce temps, madame Rouleau a refusé de s'asseoir avec nous et nous renvoie à son personnel de cabinet. Cela démontre l'ampleur de son indifférence.
Le RQ-ACA et le mouvement Le communautaire à boutte exigent :
● La démission de madame Rouleau de ses fonctions ministérielles et la nomination d'une nouvelle personne interlocutrice.
● La mise en place urgente d'une table de négociation avec le premier ministre actuel ou le ou la prochaine première ministre pour travailler à un plan de rattrapage.
● Une partie des 250 millions de dollars de la marge de manœuvre discrétionnaire dont disposera le ou la future première ministre.
● Le maintien du Fonds d'aide à l'action communautaire autonome (FAACA), vital non seulement pour les groupes de défense collective des droits, mais aussi pour l'autonomie de l'ensemble du mouvement communautaire autonome.
Le milieu communautaire maintient l'escalade
Le milieu communautaire autonome demeure debout et uni. Tant que de véritables engagements ne seront pas pris par la Coalition avenir Québec, le mouvement maintiendra l'escalade de ses moyens de pression.
À propos Le communautaire à boutte
Mouvement de grève communautaire né à Shawinigan et à Mékinac, maintenant présent dans toutes les régions du Québec. Les travailleuses et travailleurs luttent pour des conditions de travail décentes et un financement à la hauteur du rôle essentiel du communautaire. www.aboutte.info
Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA)
Le RQ-ACA est l'interlocuteur privilégié du gouvernement en matière d'action communautaire autonome. Il représente 82 regroupements et organismes nationaux et rejoint au-delà de 4 500 organismes d'ACA partout au Québec. www.ra-aca.org
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Intervention d’Haroun Bouazzi à l’Assemblée nationale sur le budget Girard
Motion de grief :
Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l'État dans un contexte où investir massivement dans l'énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Ça fait maintenant mon troisième budget et c'est avec la même consternation que je me lève devant vous pour le commenter. Car, M. le Président, les crises auxquelles nous sommes confrontés n'ont pas baissé au Québec et, d'ailleurs, dans le monde. Je rappelle que la crise climatique ne fait que s'accélérer, que la crise de l'habitation ne fait que s'accélérer, que, depuis l'arrivée de la CAQ au pouvoir, il y a eu 40 % d'augmentation en itinérance. Aujourd'hui même, deux personnes itinérantes sont mortes dans les rues de Montréal, sont mortes dans les rues de Montréal. Il n'y a pas... jamais eu autant de personnes qui font la file dans les banques alimentaires, pratiquement 1 million de Québécoises et de Québécois, et plus de Québécoises que de Québécois. M. le Président, pour un gouvernement qui nous parle, nous gargarise d'égalité, on fait la file dans les banques alimentaires.
Dans ma circonscription, le nombre de personnes qui font la file dans les banques alimentaires a doublé depuis l'arrivée de ce gouvernement. Il y a maintenant huit ans, la majorité des personnes qui faisaient la file étaient des personnes sur l'aide sociale ou qui avaient toutes sortes de handicaps dans la vie. Aujourd'hui, on voit une augmentation constante des retraités, des personnes qui travaillent à plein temps, d'étudiants. Et pour cause, M. le Président, près d'un Québécois sur deux, aujourd'hui à l'université, 44 % pour être précis, souffre d'insécurité alimentaire. C'est un problème de dignité. C'est un problème d'égalité. C'est un problème de santé publique auquel, encore une fois, ce gouvernement ne s'attaque pas.
Nous avons, devant nous, des services publics auxquels nous ne sommes pas capables de répondre avec le budget actuel. Mes collègues en ont parlé longuement. En matière d'éducation, nos écoles sont délabrées, le système à trois vitesses où aujourd'hui on sait... pire encore que juste financer le privé, que les augmentations en pourcentage du financement du privé augmentent plus vite que celles du public, alors que c'est dans le public où les besoins se font criants.
En matière de santé, nous avons vu les différents hôpitaux dans une situation dramatique : des rongeurs, des fuites d'eau, des chauves-souris, des rats. C'est terrible, M. le Président. Et, encore une fois, les investissements sont insuffisants. Nous avons même vu, dans les dernières années, des personnes mourir dans les salles d'attente, M. le Président, parce qu'il y a... ils ont mis des heures et des heures pour être rencontrées. Et malheureusement le devoir de l'État n'a pas été rencontré, et ces personnes-là, après des heures d'attente, sont décédées dans les salles d'attente.
Mais, aujourd'hui, je vais prendre le temps qui m'est imparti pour parler d'autres sujets dont on ne parle pas assez. Étant donné, à juste titre, l'importance de la santé et de l'éducation, je vais parler plus largement de l'état de nos infrastructures, de la question de la justice, de la question du numérique et de la question de l'énergie.
Donc, commençons d'abord par les questions de l'infrastructure. Et vous m'excuserez, M. le Président, étant donné ma formation d'ingénieur, je vais très largement citer le rapport de l'Ordre des ingénieurs,qui est sorti il y a maintenant quelques mois.
Nos infrastructures sont dans un état délabré. Et c'est normal, M. le Président, la plupart de nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille, et leur durée utile... leur durée de vie utile ; ...nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille et leur durée utile... leur durée de vie >utile arrive à sa fin à peu près toutes en même temps. Ce que nous dit l'Ordre des ingénieurs, c'est que la situation, actuellement, c'est... 46 % des infrastructures sont... québécoises sont dans un état inquiétant, une augmentation de 4 % par rapport à l'année dernière. Le déficit, le défi ne cesse de croître, puisqu'il est passé de 40 à 45 milliards de dollars depuis l'an dernier, un manque à gagner qui va s'élever, d'ici 2035, à 75 milliards de dollars.
Là, je ne leur demande pas d'être de gauche, M. le Président. Je leur demande juste de planifier quelque chose qui est simple à planifier, la mise à jour de nos infrastructures, celles qui existent déjà.Je comprends que c'est toujours mieux de couper des rubans quand nous sommes élus, mais, étant donné l'état de nos routes, de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos ponts, de notre transport en commun, il est largement temps de mettre de l'avant une planification à long terme, sur cinq ans, avec du financement adéquat. Nous ne sommes même pas capables de savoir quel est le réel état des infrastructures, et je rajoute que 60 % du parc des infrastructures, en fait, dépend des municipalités, et la vision qu'on a sur la situation est, pour le moins qu'on puisse dire, approximative.
En matière d'énergie, ce gouvernement continue à exercer un énorme transfert d'argent du public vers le privé puisqu'il s'entête à ne pas nationaliser les différentes éoliennes qui sont faites depuis l'année... le début des années 2000. Vous le savez comme moi, M. le Président, aucune des éoliennes qui a été construite n'appartient à 100 % à Hydro-Québec, et, j'espère que ce n'est un scoop pour personne ici, le privé est là pour faire de l'argent. Il se garde une cote à chaque kilowattheure, qu'il envoie aux actionnaires, quand il n'envoie pas carrément les revenus dans des paradis fiscaux, comme nous l'avons vu avec Brookfield, dont, jusqu'à récemment, un des anciens employés était chef de cabinet des deux derniers ministres de l'Énergie.
En matière d'énergie, nous allons aussi décider de mettre une énorme partie de notre énergie verte pour l'intelligence artificielle, d'énormes centres de données qui, vous le savez comme moi, n'apportent pas de nouveaux emplois. Nous n'avons toujours pas une politique, au Québec, qui encadre l'utilisation de l'intelligence artificielle, alors qu'on sait le coût exorbitant en matière d'eau potable, en matière d'énergie, en matière de minerai et en matière... sociaux, parce que je rappelle ici qu'un engin d'intelligence artificielle ne paie pas d'impôt et que ces compagnies-là se trouvent à l'étranger. Pour vous donner un ordre de grandeur, M. le Président, actuellement, il y a 82 centres de données, au Québec, qui consomment 150 mégawatts.L'objectif est de passer à 1 100 mégawatts, M. le Président, une augmentation de plus de 500 %.
Laissez-moi vous parler maintenant de la question de la justice.La situation est absolument dramatique. Il y a des coupes à tous les niveaux. Depuis novembre 2025, moins 7,9 % des effectifs au ministère de la Justice, moins 11,4 % au DPCP, moins 9 % des effectifs au Tribunal administratif du Québec, moins 6,6 % au Curateur public. Les centres de gestion des appels de la Sûreté du Québec sont débordés. 10 bureaux régionaux des infractions et des amendes ont été fermés dans les régions. Les centres d'appels du gouvernement, que ce soit au TAL, à l'IVAC et ailleurs, sont débordés aussi.
Et, pire encore, alors que la justice garantit notre pleine citoyenneté, à cause du manque... à cause du manque de ressources, tenez-vous bien, M. le Président, 46 %... non, 44 % des procureurs confirment avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles ou avoir abandonné des poursuites en cours en raison d'un manque de ressources, c'est 55 % pour les tribunaux spécialisés en violence sexuelle et conjugale. C'est bien beau de parader devant les médias et nous dire qu'il y a des nouvelles... des nouveaux processus pour les personnes qui sont victimes d'agression sexuelle, mais, s'il n'y a pas les ressources pour pouvoir faire le suivi et mettre en place le processus, eh bien, on abandonne ces femmes.
On les abandonne aussi parce qu'il n'y a pas, malheureusement, assez de ressources quand elles sont victimes de violence et qu'elles fuient, elles fuient chez elles, puisque, malheureusement, nous ne sommes pas capables de les accueillir dans des environnements... dans des environnements sécuritaires.
Je pourrais continuer beaucoup. Laissez-moi dire un mot... Au Numérique, plus de 10 %, au ministère du Numérique, de baisse, malgré le fait que la première recommandation du juge Gallant, la première recommandation, c'est d'avoir une expertise bien payée, locale, pour éviter les centaines de millions de gaspillage de ce gouvernement qui a été fait. Même la recommandation n° 1 du juge Gallant n'a pas été suivie.
Malheureusement, l'argent existe, les milliardaires s'empiffrent, les gens les plus riches accaparent la grande majorité des augmentations.
Motion formulant un grief
Et laissez-moi... Je n'ai plus de temps, malheureusement, M. le Président. Laissez-moi vous lire la motion de grief que je propose :
« Que l'Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l'État dans un contexte où investir massivement dans l'énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec. »
Merci, M. le Président.
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Avi Lewis remporte la course à la direction du NPD avec une majorité claire
Lors de la dernière journée de la convention du NPD à Winnipeg, on a annoncé qu'Avi Lewis avait remporté la course à la direction du NPD haut la main. Ayant obtenu 56 % des votes, Lewis a recueilli près du double des voix de sa plus proche concurrente, la députée d'Edmonton-Strathcona Heather McPherson.
29 mars 2026 | tiré de rabble.ca
Le décompte final du vote a révélé que près de 71 000 votes avaient été exprimés, dont la grande majorité en ligne.
Le NPD utilise un système de bulletin préférentiel pour son élection à la direction, où chaque électeur classe les candidats par ordre de préférence. Lewis était le choix privilégié de la majorité des membres votants.
La répartition des votes s'établit comme suit : Lewis a terminé avec 39 734 votes, Heather McPherson en a obtenu 20 899, Tanille Johnston 5 159, Rob Ashton est arrivé quatrième avec 4 193 votes, et enfin Tony McQuail en a reçu 945.
Dans son discours de victoire, Lewis a rapidement exposé sa vision pour le parti et pour le pays.
« Le premier ministre est très populaire, c'est un homme intelligent et la plupart des Canadiennes et Canadiens veulent lui accorder le bénéfice du doute. C'est juste. Mais je crois que lorsqu'on relie les points, ses gestes ne correspondent pas à la vision que les Canadiennes et Canadiens méritent vraiment en ce moment périlleux », a déclaré Lewis.
Il s'en est pris à plusieurs politiques du gouvernement libéral de Mark Carney.
Une vision de la puissance publique pour résoudre les problèmes de société
« Un demi-billion de dollars en une décennie pour faire du Canada un exportateur majeur d'armements dans un monde déchiré par les guerres ; des compressions dans nos précieux services publics ; des droits autochtones balayés du revers de la main ; fonce à toute vapeur, sans réglementation sur l'IA ni sur les pipelines », a-t-il dit. « Lors des dernières élections fédérales, les Canadiennes et Canadiens ont voté pour dire non à Trump et au trumpisme. Ce qu'ils obtiennent à la place, c'est un gouvernement qui suit les États-Unis vers un avenir de guerres, de combustibles fossiles et d'IA générative destructrice d'emplois. »
Lewis a affirmé qu'un gouvernement néo-démocrate miserait sur des alternatives publiques aux problèmes qui, selon lui, minent la société canadienne.
« Le NPD a une offre différente pour ce pays. Notre plan est de protéger l'économie contre Trump en investissant massivement dans l'indépendance économique canadienne, en mettant à profit la puissance incomparable de la propriété publique pour garantir les bases d'une bonne vie », a-t-il déclaré.
Il a promis des alternatives publiques pour l'alimentation, Internet, la téléphonie et le logement, ainsi qu'« un réseau électrique du 21e siècle, une révolution des autobus électriques et une thermopompe dans chaque foyer, construits avec de l'acier canadien, créant des dizaines de milliers d'emplois syndiqués ».
Pour financer son ambitieux programme social, Lewis a évoqué un autre volet de sa plateforme : une taxe sur la fortune.
« Il est temps — il est grand temps — de taxer correctement les sociétés et les milliardaires qui ont surfé sur une vague de profits », a-t-il dit. « L'argent est là. Nous avons besoin d'un gouvernement qui ait le courage d'aller le chercher pour nous tous. »
Une clarté morale sur la scène internationale
Lewis a également vivement critiqué l'incapacité de Carney à tenir tête au président américain Donald Trump et à condamner les actions du gouvernement israélien.
« Nous avons besoin d'un gouvernement qui ne se contente pas de parler de valeurs canadiennes sur la scène mondiale, mais qui agisse avec clarté morale lorsque c'est nécessaire », a-t-il déclaré. « Quand des bombes et des missiles tombent sur des écoles et des hôpitaux, quand Israël commet un génocide à Gaza, nous l'appelons par son nom et nous faisons tout en notre pouvoir pour y mettre fin. »
Le Dr Yipeng Ge s'est montré actif et engagé dans le mouvement pour mettre fin au génocide à Gaza. Ge a appuyé Lewis tôt dans la course à la direction et a affirmé que la clarté morale exprimée par celui-ci fait partie de ce qui l'a attiré vers sa campagne.
« Les positions d'Avi sur la Palestine et la clarté de son langage à un moment où l'apartheid et le génocide sont commis par Israël, et où le Canada continue de soutenir Israël dans cette entreprise, il est vraiment important de voir Avi réussir à la tête du NPD afin qu'il puisse servir de contrepoids aux conservateurs et aux libéraux qui continuent de soutenir Israël », a déclaré Ge dans une entrevue accordée à rabble.ca.
« Nous devons commencer à gagner maintenant »
Dans ses remarques de clôture, Lewis a dit être fier d'assumer la direction du NPD, qui avait été tenue par tant d'autres grands chefs du parti, dont son grand-père David Lewis. Il a évoqué l'engagement de son grand-père envers le parti ainsi que l'héritage de son propre père, Stephen Lewis, ancien chef du NPD de l'Ontario.
« Il m'a confié quelque chose d'un peu déchirant que son père, David, lui avait dit un jour », a déclaré Lewis à la convention. « David lui avait dit : "Fiston, pas de mon vivant, mais peut-être du tien." Récemment, mon père m'a dit la même chose : "Pas de mon vivant, peut-être du tien." Eh bien, papa, je refuse de dire ça à mon enfant. »
Avi Lewis a affirmé que le pays avait besoin d'un NPD fort et qu'il était temps que le NPD forme le gouvernement.
« Nous ne pouvons pas attendre une autre génération. Nous devons commencer à gagner maintenant », a-t-il conclu.
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Aux États-Unis, le peuple face à la guerre contre l’Iran
Alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre dans sa troisième semaine, la population des États-Unis cherche encore à se faire une opinion sur ce conflit.
Hebdo L'Anticapitaliste - 792 (19/03/2026)
Par Dan La Botz
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Depuis le début de la guerre, la plupart des sondages montrent qu'elle est majoritairement désapprouvée, une situation inédite dans l'histoire récente du pays.
Un soutien historique aux guerres
La majorité de la population avait soutenu la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée et, au départ, la guerre du Vietnam. Après les attentats du 11 septembre 2001 — le gouvernement, avide de revanche — bénéficiait d'un large soutien lorsqu'il a lancé la guerre en Afghanistan. En 2003, lorsque l'administration de George W. Bush voulut attaquer l'Irak, elle fabriqua de fausses preuves affirmant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Trompée par Bush, près des trois quarts de la population ont alors soutenu la guerre.
Le peuple étatsunien, comme beaucoup d'autres peuples sans doute, a tendance à penser d'abord à lui-même… et aux autres plus tard. Notre pays — ou du moins une grande partie de sa population — a un sérieux problème avec la compassion et l'empathie. Des chrétienNEs de droite affirment que l'empathie est un péché qui pousse les gens à soutenir l'avortement, les droits des personnes LGBT ou l'immigration illégale. Le vice-président J. D. Vance parle d'« empathie toxique » et la condamne. L'ancien conseiller de Trump, Elon Musk, a même déclaré que « la faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale est l'empathie ». On entend donc rarement les conservateurs exprimer de la compassion pour les PalestinienNEs tuéEs à Gaza ou pour les IranienNEs et les LibanaisEs dont les villes sont aujourd'hui bombardées. Rien ne dit que la mort de dizaines de milliers de ces personnes pousserait ces électeurEs à vouloir mettre fin à la guerre.
Et il est difficile de savoir si d'éventuels attentats islamistes aux États-Unis — il y en a déjà eu quelques-uns — conduiraient l'opinion à soutenir davantage la guerre ou au contraire à s'y opposer.
Les raisons du rejet de cette guerre
Pourquoi, aujourd'hui, les ÉtatsunienNEs s'opposent-ils à ce conflit ? D'abord parce que le président Donald Trump avait été élu en promettant de mettre fin aux « guerres étrangères sans fin pour des changements de régime ». Lui et son administration n'ont jamais pris le temps de s'adresser à la population pour justifier la guerre. Puis, dès le premier jour du conflit, les États-Unis ont bombardé une école de filles, tuant 150 enfants ainsi qu'une trentaine d'enseignantEs et de membres du personnel. Trump a nié que les États-Unis aient frappé l'école et a accusé l'Iran. Mais quelques jours plus tard, les médias et l'armée elle-même ont révélé qu'il avait menti et qu'un missile US avait bien tué ces 180 personnes. La population a manifestement été choquée par la mort de ces enfants et par le mensonge de Trump, ce qui explique peut-être qu'elle ne se soit pas précipitée pour soutenir la guerre.
Deux facteurs sont susceptibles de retourner l'opinion contre la guerre : la hausse du prix de l'essence et les pertes militaires. La destruction d'infrastructures pétrolières au Moyen-Orient, et surtout le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, ont fait grimper rapidement les prix à la pompe. L'essence coûte désormais environ 3 dollars le gallon partout dans le pays et pourrait rapidement atteindre 4 dollars si la guerre se prolonge — un niveau qui pourrait mettre en danger la majorité républicaine au Congrès.
Au moment où j'écris, le 15 mars, 13 soldats US ont déjà été tués et jusqu'à 150 blessés. Si les pertes continuent d'augmenter, elles pourraient pousser davantage de gens à se retourner contre la guerre, y compris parmi les électeurs de Trump.
Trump et son entourage ont violemment attaqué les médias, qualifiant leurs reportages et leurs critiques de « fake news » et d'« antipatriotiques ». Le secrétaire à la Défense Hegseth a même exprimé l'espoir que Larry et David Ellison, milliardaires proches de Trump qui contrôlent déjà une grande partie des médias, puissent en prendre davantage le contrôle. De son côté, Brendan Carr, président de la Federal Communications Commission, a menacé de retirer leur licence à certains médias audiovisuels. Mais ils ne pourront pas cacher les immenses panneaux au bord des autoroutes qui affichent le prix de l'essence.
Dan La Botz
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Le climat mondial en état d’urgence
Selon l'OMM, il y aurait actuellement une quantité record de chaleur accumulée sur la planète, ce qui pourrait causer des conséquences nuisibles pour l'humanité pendant des siècles.
L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié le 23 mars un rapport de 46 pages décrivant en détail l'état du climat mondial. Les 11 dernières années, auraient été les plus chaudes jamais enregistrées, 2025 ayant une température moyenne d'environ 1,43 degré C. supérieure à la moyenne de la période allant de 1850 à 1900.
Cette évaluation intègre cette année une nouvelle variable décrivant la vitesse à laquelle l'énergie s'accumule sur la planète. En 2025, la chaleur moyenne des océans a atteint un record de 66 ans, soit depuis le début des observations faites à ce sujet. Chacune des neuf dernières années a battu la précédente au niveau de la chaleur des océans. Chose plus alarmante encore, la vitesse de réchauffement des océans entre 2005 et 2025, est plus du double de celle observée entre 1960 et 2005.
Activités humaines perturbantes
La secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo, considère que les activités humaines perturbent de plus en plus l'équilibre naturel. Partout sur la planète, des phénomènes extrêmes tels des cyclones tropicaux, de fortes pluies et des épisodes de chaleur intense ont nui aux économies de nombreuses régions.
Les concentrations de gaz à effet de serre tel le protoxyde d'azote, le méthane et le CO₂, ont atteint leur niveau le plus élevé depuis au moins 800 000 ans. La perte de masse des glaciers de référence s'est classée parmi les cinq plus importantes enregistrées au cours de l'année hydrologique 2024-2025. Cette situation s'inscrit dans une tendance à l'accélération de la fonte glaciaire observée depuis le début des relevés, en 1950.
L'année dernière, le niveau moyen de la mer à l'échelle mondiale était supérieur d'environ 11 cm au niveau enregistré au début des relevés en 1993. Les océans absorbent chaque année une partie de l'augmentation de température de la planète causée par les changements climatiques. Cette situation entraîne leur acidification. Selon le GIEC, il est possible d'affirmer avec une grande certitude que les valeurs actuelles du pH de surface sont sans précédent depuis au moins 26 000 ans.
Les variations du pH océanique présentent des différences régionales. Les plus importantes diminutions du pH de surface ont été relevées dans le nord du Pacifique tropical, l'est du Pacifique équatorial, les océans indien et austral, et des régions de l'Atlantique.
Activités humaines perturbées
Cette acidification nuit à la pêche, à la production alimentaire, à la biodiversité et aux écosystèmes. Le document inclut aussi une section portant sur les impacts de ces changements de température sur la santé. L'augmentation de la chaleur a un effet stimulant sur les populations de moustiques responsables de la dengue. Leur propagation géographique est actuellement la plus rapide au monde et le nombre de cas d'infection signalé atteint un record. Entre 100 et 400 millions de personnes sont infectées annuellement par cette maladie. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ la moitié de la population mondiale est à risque.
L'augmentation de la température à des niveaux dangereux pour la vie est aussi un problème allant grandissant. Certaines régions de la planète sont actuellement aux prises annuellement avec des chaleurs dépassant les 50 degrés C. En fonction des taux d'humidité de l'air et de l'état de santé des personnes, l'exposition prolongée à des températures élevées peut aussi entraîner des coups de chaleur et la mort. Il y a actuellement 1,2 milliard de travailleurs qui sont dans des endroits ou ils peuvent subir de telles hausses de températures pouvant être dangereuses pour leur santé.
Les phénomènes météorologiques extrêmes nuisent aussi à la production agricole, entraînant des migrations de population, des maladies animales et la propagation d'insectes ravageurs. L'insécurité alimentaire liée au climat est maintenant considérée comme une des causes de l'instabilité sociale. Ces conséquences sont particulièrement importantes dans les régions touchées par des conflits. Privés du soutien de leur gouvernement ou même visées par celui-ci, les populations vulnérables peinent à se préparer à ces changements climatiques, ou même s'y adapter.
Le secrétaire général de l'organisme de l'ONU, Antonio Guterres, considère que tous les indicateurs climatiques clés de la planète sont actuellement dans le rouge. Selon lui, les données rendues publiques montrent que le chaos climatique s'accélère. Les terriens pourraient subir pendant des siècles les conséquences de cette situation allant s'aggravant.
Michel Gourd
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Guerre d’Iran : la religion n’est pas forcément là où on le pense
Dans la guerre israélo-américaine, l'ingrédient religieux n'est peut être pas là où on le pense. Aux côtés de Trump, il est un homme qui agit avec Dieu en tête : le très vindicatif ministre étatsunien de la Guerre, Pete Hegseth, qui inscrit ce conflit dans son imaginaire islamophobe et belliqueux.
Tiré du blogue de l'auteur.
À force d'ânonner depuis quarante ans la « République des ayatollahs » (ou, plus stupidement encore, « des mollahs ») et de ne voir le pays qu'à travers la focale de l'islam, beaucoup se sont interdit de comprendre le vrai rapport de force dans lequel se sont engagés, bien imprudemment, Israël et les États-Unis. Car, depuis longtemps, la République islamique n'est plus celle des « ayatollahs » ou des « mollahs », si tant est qu'elle ne l'ait jamais été.
Dès 1988, Khomeini avait fait prévaloir la raison politique sur la raison religieuse en instituant le Conseil de discernement de la raison d'État, organe collégial d'arbitrage entre les différents centres de pouvoir d'un régime polycentrique et factionnel, irréductible à l'idée de dictature personnelle, quel que soit son incontestable caractère répressif. De ce point de vue, la liquidation du Guide de la Révolution est vaine, sinon contre-productive.
Depuis, le personnel politique s'est largement sécularisé, à l'instar de la société elle-même. Il puise dans le répertoire nationaliste plutôt que dans celui de l'islam, même si la sensibilité mahdiste du chiisme duodécimain peut alimenter le premier, en particulier grâce à son culte du martyre. Et des martyrs, la guerre qu'Israël et les États-Unis imposent à l'Iran en produira vite beaucoup, surtout si les combats doivent se porter sur son sol.
Bref, la guerre sans but précis risque fort de devenir une « guerre sans fin », du type de celles que Donald Trump disait abhorrer mais dont Israël tire désormais sa domination régionale grâce aux armes, aux financements et à l'impunité que lui prodiguent ses alliés. L'Iran, quant à lui, conscient de ses faiblesses et rompu à l'exercice, s'est préparé à un affrontement asymétrique de longue durée en enterrant et en décentralisant sa défense, et en espérant pouvoir compter sur ses alliés au Liban et au Yémen.
L'élément frappant, après l'exécution extrajudiciaire d'Ali Khamenei, est bien l'absence de la dimension religieuse dans sa succession. Ce n'est certes pas pour son rang clérical ou ses compétences théologiques que son fils Mojtaba a été désigné, nonobstant ses blessures, apparemment suffisamment sérieuses pour qu'il ne puisse se montrer en public. Il a été choisi parce qu'il est le fils de son père, selon la logique de l'« État familial » (Julia Adams) qui prévaut en Iran.
Son simple patronyme est un bras d'honneur adressé à l'agresseur. Et la logique dynastique qui l'a emporté est peut-être une grimace à l'intention des monarchistes qui essaient de ressusciter politiquement les Pahlavi avec l'appui d'Israël, sur fond de retrouvailles symboliques entre Esther et le roi Xerxès, quitte à célébrer un Pourim sanglant dans le ciel de Téhéran.
Sur le plan intérieur, cette solution a l'avantage de différer la vraie succession d'Ali Khamenei qui empoisonne la vie politique iranienne depuis plusieurs années et qui met en jeu l'équilibre précaire entre les différentes forces constitutives de la République islamique. La prédominance des Gardiens de la Révolution – dans l'ombre desquels se tiendrait Mojtaba – est souvent évoquée, compte tenu de l'ampleur de leur assise économique et de leur puissance militaire. Encore ne faudrait-il pas surestimer leur unité. Tout comme les autres institutions, ils semblent divisés au fil des rivalités personnelles au sein de leur commandement, et selon les sensibilités politiques qui parcourent les autres composantes de la classe dirigeante.
En bref, la désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide de la Révolution est toute politique et n'a pas grand-chose de religieux. Le silence, à ce propos, des « sources d'imitation », les principaux dignitaires du chiisme, est assourdissant. Tout comme est remarquable l'absence d'une fatwa de leur part invitant au djihad contre l'envahisseur. Les ayatollahs sont ailleurs…
Si l'on veut absolument trouver du religieux dans ce conflit, il faut se tourner vers Washington. Non, bien sûr, parce que Donald Trump se serait rallié à l'offensive israélienne pour complaire à sa base évangélique, dont rien ne dit qu'elle approuve ce saut dans l'inconnu. Pour mystérieuses et changeantes qu'elles soient, ses motivations sont probablement autres.
Mais, à ses côtés, il est un homme qui agit avec Dieu en tête : le très vindicatif ministre étatsunien de la Guerre, Pete Hegseth, qui inscrit ce conflit dans son imaginaire islamophobe et belliqueux. Il porte sur son torse un tatouage représentant la croix de Jérusalem, symbole des croisades médiévales, et sur son biceps la devise latine Deus Vult qui en était le cri de guerre. Un héritage que Pete Hegseth assume sans ambages dans son ouvrage American Crusade (2020). En 2015, il s'était d'ailleurs compromis dans un bar de l'Ohio en criant, ivre : « Tuez tous les musulmans ! » Désormais au Pentagone, il y organise des services religieux qu'il confie à des prédicateurs d'orientation « chrétienne nationaliste ». En février, il y a invité le pasteur extrémiste Douglas Wilson, qui prône une vision théocratique de la société selon laquelle les femmes doivent se soumettre à leur mari et ne pas disposer du droit de vote.
Pour l'historienne Diana Butler Bass, Pete Hegseth est un représentant du mouvement chrétien reconstructionniste dominioniste, qui entend instaurer dans les deux cents ans une société biblique et patriarcale aux États-Unis. De ce fait, estime un autre chercheur, Matthew Taylor, son appui forcené à la guerre contre l'Iran est moins inspiré par le sionisme chrétien que par le mythe des Croisades. En tout cas, ce ne semble pas être la charité qui l'habite. Après quelques jours de guerre, le 4 mars, il a fulminé contre l'Iran : « Ce n'était jamais censé être un combat équitable, et ce n'est pas un combat équitable. Nous les frappons alors qu'ils sont à terre, et c'est exactement comme cela devrait être. » Le 13 mars, il a annoncé que l'armée américaine ne ferait « aucun quartier », annonce de crimes de guerre programmés.
Enfin, la guerre d'Iran s'est affranchie de la religion civile censée présider aux destinées du monde, à défaut de lui assurer une « paix perpétuelle » : le credo du droit international que piétinent Israël et les États-Unis, sans susciter de vraie réaction de la part des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. C'est la force brute qui s'impose, celle d'un mélange de considérations dites géopolitiques dont la rationalité n'est pas toujours évidente, et d'intérêts particuliers, parfois triviaux, sinon sordides.
Louis Dupeux, l'historien de la révolution conservatrice allemande des années 1920, parlait à son sujet d'une « pensée sans frein », et notamment sans frein religieux. C'est bien ce à quoi nous assistons à nouveau de la part de différents régimes relevant de cette catégorie, quand bien même ils appellent Dieu à la rescousse pour légitimer leur expansionnisme militaire, à l'instar de Donald Trump ou de Vladimir Poutine.
Jean-François Bayart
Professeur à l'IHEID (Genève)
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Guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et le Liban : Etat de la situation
La guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran et le Liban dure depuis presque un mois, ses répercussions dépassant largement la région. À ce jour, en Iran, on compte 1 937 morts, 24 800 blessés et plus de 3 millions de personnes déplacées ; au Liban, 1 094 morts, plus de 3 100 blessés et plus d'un million de personnes déplacées.
Tiré de l'infolettre #14 - 27 mars 2026
Coalition du Québec URGENCE Palestine
Au milieu des déclarations quotidiennes – honteuses, mensongères et contradictoires – du président Trump, les États-Unis sont en train de déployer entre 2 000 et 3 000 soldats de la Force de réaction rapide de la 82e division aéroportée et 5 000 'marines', laissant présager une possible opération terrestre en Iran. Trump a repoussé au 6 avril l'échéance de la destruction des sites énergétiques, à défaut de la capitulation de l'Iran.
Au Liban, les bombardements israéliens se poursuivent sur Beyrouth et le sud du Liban, où Israël a déjà rasé des dizaines de villages. En possible prélude à une invasion terrestre, l'armée israélienne procède à la destruction de tous les ponts sur le fleuve Litani (dont les eaux sont convoitées depuis longtemps par Israël), coupant le sud du Liban du reste du pays.
La zone d'évacuation obligatoire, de type « partez ou mourez », a été étendue au nord du Litani jusqu'au fleuve Zahrani, couvrant maintenant environ 14 % du territoire libanais et touchant plus de 100 villes et villages.
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré lundi :
« Tout comme nous contrôlons 55 % de Gaza, nous devons faire de même au Liban », ajoutant que le Litani devait « devenir la frontière entre nous et le Liban ».
À Gaza, les bombardements et le blocus israéliens continuent, en violation constante du « cessez-le-feu » d'octobre 2025. 673 Palestinien·nes ont été assassinés par Israël depuis cette date. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme indique que les Palestinien·nes de Gaza vivent toujours dans des conditions de précarité et de déshumanisation. Le coût de l'électricité fournie par des génératrices privées est devenu totalement prohibitif du fait que seuls 14,7 % de la quantité de carburant convenue dans le protocole humanitaire du « cessez-le-feu » ont pu pénétrer à Gaza.
En Cisjordanie occupée, la violence routinière des colons et des soldats israéliens a explosé depuis le début de guerre contre l'Iran et le Liban. Alors que depuis le début de l'année 2026, 26 Palestinien·nes ont été tués et 260 ont été blessés, plus de la moitié de ces meurtres et plus de 100 des blessures ont été infligés entre le 28 février et le 16 mars.
Un projet de loi à l'étude au parlement israélien fera de l'exécution, sans exiger l'approbation unanime des autorités judiciaires, la peine principale en Cisjordanie pour les prisonniers palestiniens accusés d'avoir commis des meurtres qualifiés d'« actes terroristes ».
Les peines d'emprisonnement à perpétuité deviendront des cas exceptionnels relevant de l'autorité militaire.
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Iran : pour en finir avec le campisme
Somayeh Rostampour est sociologue et ses recherches portent sur le Kurdistan, l'Iran, le Rojava et la Turquie. Elle est l'autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du militantisme kurde à la Jineolojî (Agone, 2025) et poursuit son engagement en tant que chercheuse, Kurde et féministe. Elle est membre active de plusieurs collectifs internationalistes, féministes et issue de l'exil. Nous publions son analyse limpide et documentée de ce qu'est le campisme, que l'on peut définir comme une grille de lecture des évènements internationaux qui, sous prétexte de dénoncer l'impérialisme du nord, invisibilise et exclut les résistances internes aux régions du sud.
Tiré de Frustration Magazine
26 mars 2026
Par Somayeh Rostampour
Photo de Sajad Nori sur Unsplash
L'Iran traverse une phase d'une violence et d'une intensité exceptionnelles. Depuis le soulèvement de 2022, suite au meurtre policier de la jeune Jina Amini, la République islamique n'a cessé de chercher, dans chaque guerre et dans chaque crise géopolitique, les moyens de restaurer une part de l'autorité et de la respectabilité qu'elle avait perdues. La guerre menée par le colonisateur génocidaire israélien contre les Palestiniens, après le 7 octobre 2023, puis la première attaque israélo-américaine contre l'Iran en juin 2025, lui ont offert un premier cadre de recomposition. Le massacre de janvier 2026, au cours duquel des milliers de manifestants iraniens ont été tués en seulement quelques jours par les forces du régime théocratique, et ce pour avoir protesté contre la crise économique et la dictature politique, a cependant rouvert une crise aiguë de légitimité – à la fois interne et internationale.
Alors que l'Iran était encore en deuil et que nombre de familles n'avaient même pas pu récupérer les corps de leurs proches, les États-Unis et Israël ont déclenché, le 28 février 2026, une nouvelle invasion impérialiste. Plus violente encore. Elle a, paradoxalement, aidé le régime à regagner une partie de son crédit perdu par la répression sanglante du mois précédent. En ce sens, cette attaque américano-israélienne doit être comprise non comme l'antithèse de la violence du régime iranien, mais comme l'un des moments par lesquels cette violence trouve les conditions de sa reproduction politique. Ces événements ne constituent ni des séquences distinctes, ni deux violences opposées – l'une répressive et l'autre prétendument libératrice –, mais les moments successifs d'un même processus contre-révolutionnaire. Autrement dit : la guerre extérieure a prolongé et approfondi la contre-révolution intérieure, tout en permettant au régime iranien de resserrer la cohésion interne et d'étouffer, une fois de plus, la contestation populaire.
Le reconnaître ne minimise en rien le fait que l'Iran a été, et demeure, la cible d'une agression impérialiste et coloniale. Cela implique au contraire de lire cet assaut dans sa fonction politique profonde : d'une part, une entreprise de destruction meurtrière des vies civiles, des corps, des infrastructures et des territoires (menée sous de faux prétextes), prolongeant l'entreprise génocidaire menée à Gaza et la destruction du Liban ; et, d'autre part, la mise à disposition, pour la République islamique, de nouvelles ressources au service de sa reconstitution.
Qu'est-ce que le campisme ?
L'agression israélo-américaine renforce la militarisation de l'Iran, la répression et l'écrasement des soulèvements venus d'en bas. Elle accentue, en prime, une polarisation politique mortifère. D'un côté : une partie de l'opposition, notamment monarchiste, a salué les bombardements impérialistes au nom de son hostilité au régime théocratique. De l'autre côté : une partie des forces politiques est retombée dans l'orbite de la République islamique au nom de l'anti-impérialisme et du refus de la guerre.
Une impasse, donc.
Si la nature réactionnaire du premier courant pro-Israël et pro-génocide fait relativement consensus, celle du second demeure bien plus rarement interrogée. Elle est pourtant tout aussi réactionnaire. L'ambiguïté n'en persiste pas moins. C'est dans cette impasse que la question du campisme resurgit avec une acuité toute particulière.
Héritage de la guerre froide, le campisme réduit le monde à deux « camps » : l'impérialisme (États-Unis, OTAN, Israël et ses alliés) contre la « résistance » (Iran, Russie, Chine, Syrie d'Assad…). Toute force située hors de ces deux camps – des projets comme le Rojava aux soulèvements démocratiques – est écartée comme suspecte ou comme « cheval de Troie de l'ennemi ». Toute critique des dictateurs est aussitôt disqualifiée comme « complicité avec l'impérialisme ». Quant aux mobilisations populaires, elles se voient réduites à un simple « relais de l'Occident » ou se voient instrumentalisées (dès lors qu'elles peuvent servir un camp). La logique « l'ennemi de mon ennemi » se transforme en alibi : elle excuse la domination interne et détourne les luttes – y compris les manifestations contre les bombardements ou les sanctions occidentales – en les enrôlant dans une bataille géopolitique. Résultat : la solidarité internationale se retrouve paralysée, incapable de tenir ensemble l'anti-autoritarisme et l'anti-impérialisme. Sous prétexte de prévenir toute « exploitation impérialiste » des révolutions, les campistes tendent à privilégier une gauche structurellement marginalisée, « prudente » et parfois condamnée à la défaite perpétuelle. Il s'agit d'un un argument également développé par Gilbert Achcar et que Rohini Hensman mettait en lumière dans sa critique de la rhétorique pseudo-anti-impérialiste publiée en 2018.
Cet « anti-impérialisme identitaire » privilégie la loyauté envers les États « anti-occidentaux » plutôt que l'analyse du capitalisme mondial. Il justifie par là même la répression, le patriarcat, l'homophobie et le colonialisme interne « au nom de la résistance ». Les victimes deviennent des « dommages collatéraux » ; la priorité absolue va à la lutte contre l'impérialisme occidental. L'essayiste irlandais Fred Halliday qualifie ce type de pensée d'« anti-impérialisme des imbéciles » : un terme qu'il a utilisé pour critiquer la séquestration des diplomates américains à l'ambassade des États-Unis, à Téhéran (1979–1981). Au nom de son hostilité aux États-Unis, cette posture renforce violemment, en pratique, un régime de type théocratique qui réprime les gauches, les minorités nationales, les féministes et les conseils populaires. Ce concept a ensuite été repris par la militante syrienne Leila Al-Shami dans son livre Burning Country pour désigner les partisans de Bachar al-Assad, lors de la révolution arabe des années 2010. Du Budapest de 1956 à nos jours, cet anti-impérialisme des imbéciles n'en finit pas de masquer la violence et l'écrasement des révoltes par les États.
Une tendance similaire s'observe au sein de certains segments de la gauche blanche occidentale, mais aussi du mouvement décolonial. Elle relève de ce que l'on pourrait appeler le « blanchiment anti-impérialiste » (anti-imperialism-washing) : un usage stratégique de la rhétorique anti-impérialiste pour masquer, justifier ou minimiser les formes d'autoritarisme et de violence fasciste exercées à l'intérieur des frontières nationales – notamment lorsque ces régimes sont présentés comme des adversaires du pouvoir hégémonique occidental. Ce qui est rejeté n'est pas tant la logique coloniale elle-même que l'identité de ceux qui l'exercent. Car si ces discours dénoncent le colonialisme des puissances occidentales, ils restent largement aveugles, et même complices, au « colonialisme interne » – c'est-à-dire à la manière dont des peuples minorisés (comme les Kurdes) décrivent leur rapport au pouvoir étatique iranien. Cette pratique s'accompagne également souvent d'un gaslighting racial. Le “gaslighting” désigne à l'origine la manipulation d'une femme par la mise en doute de sa parole et de son état mental par l'époux. Devenu un mot-clé de la psychologie puis un outil critique du féminisme, il englobe désormais un type de langage politique mensonger et violent, voire négationniste. Autrement dit l'invalidation épistémique des savoirs subalternes : des communautés ayant historiquement subi la domination impériale et la répression interne se voient « enseigner », depuis des positions de privilège relatif, la « bonne » interprétation de l'impérialisme et de la résistance. Cette posture condescendante ne se contente pas de réinscrire les hiérarchies coloniales du savoir : elle délégitime les analyses et les expériences vécues de celles et ceux qui sont soumis à des systèmes de violence imbriqués.
Les conséquences sont pour le moins tangibles. La République islamique d'Iran instrumentalise ce discours pour externaliser ses contradictions internes, qualifier les manifestants de « terroristes » et durcir son appareil coercitif. Cette logique contribue aussi à justifier les politiques discriminatoires menées contre les migrants afghans : en les érigeant en menace intérieure, le régime déplace sur eux la responsabilité de difficultés qui relèvent en réalité de sa propre crise politique, sociale et économique.
Un régime en guerre contre le peuple
Après le génocide de Gaza et l'agression militaire d'Israël et des États-Unis contre l'Iran en juin 2025, cette logique campiste a dominé une partie de la gauche radicale mondiale. Aussi bien en Occident qu'en Amérique latine, en Afrique et dans le monde arabe. Elle a réduit la politique iranienne à un duel « Iran contre l'axe américano-israélien ». Les soulèvements populaires, réprimés dans le sang depuis 2017, ont été soit passés sous silence, soit redéfinis par le discours officiel : « infiltration du Mossad », « révolution colorée », « complot occidental », etc. Une telle saisie transforme les mouvements sociaux en menace sécuritaire et légitime la répression – de la violence de rue aux exécutions –, sous prétexte d'« état d'urgence » ou de « moment inopportun ». Ce « campisme stratégique » (dont la critique est menée notamment ici) accepte dans les faits le conservatisme au nom de la survie, et fait du peuple insurgé l'ennemi principal. Il se révèle pour ce qu'il est : profondément contre-révolutionnaire.
La dynamique géopolitique récente a offert aux campistes davantage de marges de manœuvre encore. Lors de la brève guerre d'Israël contre l'Iran en juin 2025, souvent désignée comme la « guerre des Douze jours », l'expérience concrète de la destruction a renforcé les tendances anti-guerre en Iran. Cependant, après le massacre sanglant de janvier 2026 commis par le régime, une partie de la société, épuisée et confrontée à l'impasse, a envisagé l'intervention étrangère comme un moyen de renversement et un « souffle d'espoir à court terme » – toutes les voies internes ayant été testées et le régime ne cédant sous aucune sorte de pression. Le massacre est largement perçu par la population comme une « guerre intérieure du régime contre le peuple », au cours de laquelle les manifestant·es ont été visé·es par des balles réelles. Il est souvent mis en parallèle avec la guerre Iran-Irak (1980-1988). Alors que ce conflit aurait coûté en moyenne 500 vies par jour (contre environ 100 lors de la guerre des Douze jours), le régime aurait tué en 2026, en deux nuits, « des dizaines de milliers » de manifestant·es. Un médecin reconnu a fait savoir qu'« au moins mille » interventions chirurgicales auraient été nécessaires, en une seule nuit et dans un seul hôpital, à Téhéran, pour tenter de sauver la vie des manifestant·es. Condamner la guerre extérieure ou l'intervention impérialiste sans dénoncer explicitement cette guerre intérieure constitue dès lors une rhétorique campiste, en plus d'un contresens politique complet.
Une trahison des mémoires du Sud
Depuis la contre-révolution islamique de 1979, une partie de la gauche nationale et internationale a subordonné l'analyse de classe et de genre à l'anti-impérialisme. Les protestations des femmes contre le port obligatoire du voile ont par exemple été marginalisées, contribuant involontairement à la consolidation de l'ordre religieux et patriarcal : celui-ci s'est vu présenter comme un gage d'« authenticité culturelle », un signe de distinction de l'Occident et un marqueur d'indépendance nationale. Une narration s'est imposée : elle considère la Révolution iranienne sous l'angle exclusif de l'anti-occidentalisme et, de ce fait, efface les forces séculières, féministes, queers, kurdes et socialistes. Notons que cet anti-impérialisme viriliste se montre structurellement incapable de reconnaître la légitimité des luttes internes au sein des régimes anti-occidentaux. Les expériences vécues, les mémoires collectives et les subjectivités politiques des groupes subalternes, femmes, minorités ethniques, communautés queer et classes populaires, sont systématiquement rejetées comme des agents de l'Occident ou des distractions insignifiantes. Cette violence épistémique, que Spivak a qualifiée d'« effacement du subalterne », constitue un trait récurrent des discours de la gauche mondiale qui n'a pas réussi à décoloniser ses propres cadres analytiques.
Après l'effondrement de l'URSS, en 1991, cette orientation a perduré sous la forme d'un tiers-mondisme étatiste : la loyauté des populations a été transférée vers les États « anti-américains », et les droits des femmes, des personnes queers et des minorités ont été subordonnés à l'« authenticité culturelle » et à l'« unité anti-impérialiste ». Cette approche, à la fois eurocentrée et orientaliste, ignore la subjectivité des peuples non occidentaux. Elle ne considère la violence comme sérieuse que lorsqu'elle émane de l'Occident. Elle refuse de reconnaître que les populations du Sud global peuvent lutter pour des droits et libertés démocratiques existant en Occident. Elle condamne uniquement les puissances « au label occidental » et occulte la domination non occidentale ; elle réduit volontiers les empires régionaux à un rôle de « supplétifs de l'Occident ». « L'unité anticoloniale » se transforme purement et simplement en autoritarisme nationaliste. Elle accompagne ainsi la logique d'« état d'urgence permanent » : priorité au pouvoir national, à la sécurité et aux leviers géopolitiques (exemple : « Nous combattons en Syrie pour ne pas combattre à Téhéran »).
Le campisme convertit la mémoire anticoloniale en instrument de légitimation des États postcoloniaux autoritaires. Il fait de l'État le sujet de la résistance et dépossède les peuples de leur légitimité comme de leur subjectivité politique. Ce faisant, il trahit des mémoires subalternes souvent constituées contre l'État lui-même. Paradoxalement, ces États, comme l'Iran, sont présentés comme « indépendants du capitalisme mondial » alors qu'ils demeurent des machines d'exploitation interne et de militarisme, soucieux, précisément, de s'intégrer au capitalisme global.
C'est très précisément dans son rapport aux marges colonisées de l'Iran que cette logique révèle le plus clairement sa violence. Car le campisme ne se contente pas d'effacer la pluralité des forces d'opposition iraniennes : il reconduit des hiérarchies internes, en reléguant au second plan, voire en disqualifiant, les luttes kurdes. À cet égard, il s'est souvent montré plus hostile aux Kurdes encore qu'aux Iraniens eux-mêmes, minimisant ou marginalisant la légitimité de leurs résistances. Ces violences symboliques s'inscrivent dans une histoire plus longue, aggravée par le soutien actif, ou le silence, d'acteurs du monde arabe et de certains segments d'une gauche se réclamant de l'anti-impérialisme ou de la décolonialité. Le génocide d'Al-Anfal, mené par Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak et ayant coûté la vie à environ 180 000 Kurdes en raison, simplement, de leur identité, illustre cette dynamique : au traumatisme lui-même s'ajoute le sentiment de trahison, renforcé par le soutien d'une partie du monde arabe et le silence ou la négation du fait par des intellectuels.
Plus récemment, en 2018, l'occupation d'Afrin, au Rojava, par l'armée turque a entraîné des violences systématiques, des déplacements et des destructions. Le Hamas a alors célébré cette occupation par la voix de Khaled Mashaal, cadre dirigeant historique : « La victoire à Afrin est un symbole de la volonté de la Turquie. Si Dieu le veut, nous produirons de grandes épopées pour aider notre peuple. » , avant de louer le leadership du président turc Erdoğan et de son parti au pouvoir depuis plus de 20 ans, l'AKP. Les événements ont malheureusement durablement rompu les liens entre les luttes kurdes et les luttes du monde arabe ou perse, ainsi qu'avec certaines parties de la gauche auto-proclamée anti-impérialiste, lesquelles ont trop souvent échoué à reconnaître et soutenir la lutte kurde – alors même que les mouvements kurdes ont historiquement soutenu la libération palestinienne et activement participé aux mouvements révolutionnaires régionaux.
L'instrumentalisation étatique des sanctions occidentales
Dans l'analyse campiste de l'économie politique iranienne – qu'elle soit le fait des intellectuels ou des figures décoloniales –, tout se réduit aux « sanctions » occidentales. Les protestations populaires sont interprétées comme de simples « mécontentements économiques » et la crise est entièrement attribuée aux pressions extérieures, occultant le rôle central des politiques du régime (On pourra lire, par exemple, ce texte écrit par un militant qui vit en Iran). La pauvreté découle en réalité de l'économie rentière et de la monopolisation des importations, que le régime instrumentalise. Les politiques sécuritaires et régionales ne sont pas de simples réactions à l'extérieur : elles relèvent de la logique de survie du régime, orientant les ressources vers les institutions coercitives et les projets idéologico-militaires – tandis que la population, elle, reste exsangue. Les sanctions contribuent ainsi à accroître la concentration des richesses au sein de l'oligarchie tout en consolidant les structures de pouvoir : transfert des coûts vers les plus vulnérables, justification de la répression et renforcement la richesse de l'oligarchie. Les politiques de choc économique (fluctuations du dollar, suppression du taux préférentiel) apparaissent comme des mesures calculées de « survie » dans un contexte de vulnérabilité.
Lorsque ce récit centré sur les sanctions est relayé par des médias proches du régime, le discours anti-sanctions se transforme en justification de la répression. La violence du régime contre le peuple est effacée. Et les meurtres, les tortures, les exécutions, les tirs sur les blessés dans les hôpitaux et les attaques contre des cérémonies du deuil sont légitimés. Cet anti-impérialisme autoritaire vide le langage de l'émancipation de tout contenu réel. C'est là une « gauche sans sujet de libération », comme le décrit la philosophe étasunienne Susan Buck-Morss.
Ces discours bénéficient, hors de France pour le moment, de relais médiatiques naguère incarnés par Russia Today ainsi que de soutiens directs émanant de réseaux liés à Roy Singham. Présenté comme un financeur transnational de médias, de réseaux et d'organisations de la gauche radicale aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Inde et ailleurs, Singham est également associé à Code Pink, un mouvement pro-palestinien et anti-guerre. Il facilite ainsi la diffusion de récits favorables à Pékin et à Téhéran. La présence récente de Code Pink à un congrès anti-guerre à Londres, aux côtés de figures campistes, de même que les interviews qui lui sont accordées sans mention explicite de son tropisme pro-chinois ou pro-iranien, illustrent les ambiguïtés politiques de ces circulations militantes. Lors de leur visite en Iran en 2008, les membres de ce groupe ont repris à leur compte le récit officiel en imputant la souffrance de la population aux seules sanctions occidentales. Leurs rencontres avec des responsables étatiques tels que Javad Zarif et leurs apparitions sur des médias liés au pouvoir (à l'instar de Fars News, notoirement associé à la diffusion d'aveux forcés) montrent comment la solidarité internationale peut être captée et mobilisée pour neutraliser la portée subversive du langage des droits humains. L'anti-impérialisme identitaire désarme les instruments critiques mêmes qu'ils prétendent défendre.
Arrêter de juger une cause à sa « récupération »
La diffusion du campisme autoritaire passe aujourd'hui largement par les réseaux sociaux. S'y entremêlent légitimation de régimes autoritaires, anti-occidentalisme réducteur et, dans certains cas, antisémitisme et schèmes conspirationnistes.
Malgré des asymétries objectives entre Israël (soutenu par l'Occident) et la République islamique (sous sanctions occidentales), des mécanismes politico-symboliques similaires opèrent : drapeaux américains/israéliens dans certains rassemblements « pro-Iran » ; drapeaux du régime iranien et portraits de Khamenei dans certaines mobilisations pro-palestiniennes. Autant de gestes susceptibles de transformer des luttes légitimes en justification de violence – tout en discréditant les résistances iranienne et palestinienne. La même logique vaut pour le désormais célèbre slogan « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî). Récupéré par l'extrême droite occidentale ou diasporique iranienne ainsi que par des courants pro-génocide, il peut être instrumentalisé en vue d'appuyer la violence militarisée.
Les mouvements progressistes et radicaux du Sud global finissent trop souvent, une fois relayés en Occident, par être récupérés par la droite : on ne le sait que trop. Mais ce processus, que l'on pourrait qualifier d'« extractivisme de la résistance » par les pays occidentaux, reflète en miroir l'« extractivisme colonial ». On ne saurait évidemment conclure à l'abandon du devoir de solidarité. Le cas du mouvement queer l'illustre exemplairement : le pinkwashing n'annule ni sa portée libératrice, ni la nécessité de la solidarité. La légitimité d'une résistance ne dépend que de son contenu émancipateur et de son ancrage parmi les opprimés. Jamais de sa récupération.
Le campisme contribue très concrètement au maintien des injustices historiques et contemporaines. Il crée un vide politique par dispersion et fragmentation, progressivement comblé par la droite et l'extrême droite, dans la région comme dans le monde. L'extrême droite diasporique iranienne occupe ce vide en simplifiant la Révolution et en diabolisant l'« anti-impérialisme ». Elle peut du même coup se présenter comme la seule force de changement. En homogénéisant artificiellement des populations (« Tous les Ukrainiens résistants à la Russie sont nazis / Tous les révolutionnaires syriens sont djihadistes / Tous les Iraniens en révolte soutiennent Israël ou les monarchistes »), le campisme se fait tragiquement le complice de la montée des forces impérialistes et réactionnaires.
L'extrême droite est partout l'extrême droite
En France, aucune gauche conséquente n'accepterait de se ranger sous les drapeaux de l'extrême droite au motif qu'une puissance ennemie attaquerait le pays. Pourtant, lorsqu'il s'agit de l'Iran, certain·es jugent acceptable d'exiger des Iraniens qu'ils s'effacent derrière des forces réactionnaires, nationalistes, voire fascisantes. Une telle asymétrie implique, en creux, que les peuples du Sud devraient se satisfaire d'un choix entre domination impériale et barbarie intérieure. Or la République islamique constitue précisément un régime qu'il faut nommer pour ce qu'il est : une formation de type fasciste, une extrême droite non occidentale.
Si le critère est le nombre de crimes commis, alors allons jusqu'au bout : le régime iranien, en 40 ans, a commis bien plus de crimes que l'extrême droite française. La cohérence politique impose donc de refuser, pour les Iraniens comme pour tout autre peuple, la moindre injonction à composer avec le fascisme au nom du « moindre mal » géopolitique. Ne demandons pas aux Iraniens d'accepter politiquement ce que nous refuserions absolument pour nous-mêmes, ici, en France. Nous ne marchons ni avec les fascistes, ni sous leurs bannières : nous les combattons, y compris lorsqu'ils s'approprient le lexique de la liberté pour en inverser le sens.
À l'instar de l'expérience soviétique, qui a largement contribué à discréditer le socialisme, le campisme en Iran fragilise la gauche et favorise l'extrême droite. Il accentue, en même temps, le fossé Nord-Sud et légitime la répression des mouvements anti-tyranniques dans le Sud. Le résultat est l'isolement des forces émancipatrices, la défiance des exilés envers la gauche du Nord (même celle des décoloniaux) et l'effondrement de la solidarité internationale. Alors que des prisonnières féministes kurdes, condamnées à mort dans la prison d'Evin, sont capables d'exprimer leur solidarité avec la résistance palestinienne – au risque de perdre une partie de leur soutien en Iran –, les anti-impérialistes autoritaires et identitaires se montrent incapables, depuis leur confort en Occident ou ailleurs, de manifester une solidarité comparable avec les luttes populaires en Iran. Parfois, et de manière encore plus grave, l'ensemble de leurs souffrances est nié ou mis en doute, générant des traumatismes sérieux qui vont s'entrelaçant aux traumatismes historiques. La solidarité régionale et mondiale s'en trouve lourdement affaiblie.
En un mot : il est urgent de dépasser le campisme.
Sans quoi, c'est simple : nous ne parviendrons pas à reconstruire une gauche véritablement émancipatrice ni à revitaliser un internationalisme véritablement populaire. L'anti-impérialisme n'est authentique que s'il combat toutes les formes de domination, partout et pour tous.
⁂
L'autrice tient à remercier Joseph Andras pour sa relecture.
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Chemins de traverse : de Gaza à l’Iran
Les images en provenance d'Iran depuis le 28 février sont d'une familiarité consternante. Les dirigeants de la République islamique sont assassinés les uns après les autres. Les officiers de l'armée états-unienne ont recours l'IA pour choisir leurs cibles. Des bâtiments gouvernementaux, des commissariats de police et d'autres institutions publiques ont été détruits ; une frappe aérienne a touché une école primaire pendant les cours du matin, tuant 168 personnes, presque toutes des écolières.
Tiré d'À l'encontre.
Les dirigeants israéliens applaudissent l'offensive avec un zèle messianique. La guerre « nous permet de faire ce que j'aspire à faire depuis quarante ans », a déclaré Benyamin Netanyahou le 1er mars, « frapper le régime terroriste de plein fouet ». L'objectif n'est pas simplement d'affaiblir les dirigeants iraniens, mais de provoquer l'effondrement de l'État iranien.
Il n'est pas surprenant que l'opération « Roaring Lion » (« Lion rugissant », nom donné par Israël à sa campagne) et l'opération « Epic Fury » (« Fureur épique », nom donné par les États-Unis à la leur) portent la marque des offensives israéliennes sur la bande de Gaza. Depuis plus de deux ans, Israël a radicalement remodelé sa politique de gestion des conflits par ce qu'il appelle « tondre le gazon ». Depuis le 7 octobre 2023, ses dirigeants politiques et militaires ont adopté une approche bien plus ambitieuse et dévastatrice, qui a été testée à Gaza, puis reproduite au Liban et, dans une certaine mesure, au Yémen. Les Palestiniens et leurs partisans comparent depuis longtemps les territoires occupés à un « laboratoire » où Israël expérimente des tactiques militaires, des technologies de surveillance et des méthodes de contrôle de la population, avant de les appliquer ailleurs. La guerre contre l'Iran est une ambition de longue date de Netanyahou, mais c'est à Gaza que lui et ses généraux ont conçu le plan d'action qui est aujourd'hui suivi dans cette guerre.
La doctrine de la « tonte du gazon » soutenait que les dirigeants israéliens, pris dans de multiples conflits armés avec des groupes non étatiques, n'avaient d'autre choix que de contenir les menaces sécuritaires par la force, en partant du principe qu'ils ne seraient pas définitivement anéantis. Dans un essai bien connu publié en 2013, les universitaires Efraim Inbar et Eitan Shamir expliquaient qu'Israël « ne visait ni la victoire ni la fin du conflit », mais s'attachait plutôt à affaiblir et à dissuader indéfiniment ses ennemis. « Il n'est pas certain que les actions militaires israéliennes aient une incidence sur les courbes d'apprentissage [du Hamas] à Gaza ou [du Hezbollah au] Liban. Quoi qu'il en soit, l'effet immédiat est un certain calme », concluaient Inbar et Shamir. Lors d'une conférence sur la sécurité en 2018, le politicien israélien de droite Naftali Bennett l'a formulé plus succinctement : « Dans notre voisinage, ceux qui ne tondent pas le gazon se font tondre par lui. »
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Avant 2023, Israël veillait à équilibrer cette stratégie militaire par la diplomatie et les relations publiques. Parallèlement, il repoussait lentement les limites de ce qu'il pouvait se permettre. Les incursions militaires dans les villes palestiniennes et les camps de réfugié·e·s de Cisjordanie sont devenues plus fréquentes et plus brutales, érodant la juridiction de l'Autorité palestinienne, qui, en vertu des accords d'Oslo, était censée assumer la responsabilité de la sécurité dans les centres urbains. Au cours de l'été 2023, Israël a commencé à mener des frappes aériennes – sa méthode de prédilection à Gaza – en Cisjordanie pour la première fois depuis la deuxième Intifada au début des années 2000. Sa tolérance à l'égard des pertes civiles à Gaza s'est également accrue : l'opération Plomb durci de 2008-2009 a fait 1383 morts ; l'opération Bordure protectrice en a fait 2251 en 2014. Entre 2018 et 2019, pendant la Grande Marche du retour, des tireurs d'élite israéliens ont tiré à plusieurs reprises sur des Palestiniens pour la plupart non armés qui manifestaient près de la barrière frontalière de Gaza, tuant plus de 200 personnes et en blessant 34'000, dont beaucoup sont restées handicapées à vie.
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L'attaque du Hamas du 7 octobre a tout changé. Sous le choc des massacres dans le sud d'Israël et des erreurs de sécurité qui les ont rendus possibles, de nombreux Israéliens ont estimé que leurs méthodes précédentes n'étaient que des demi-mesures. Les responsables politiques et les commentateurs israéliens se sont déchaînés, appelant l'armée à détruire tout Gaza et à en expulser la population. Les Palestiniens ont été décrits comme un fléau et comparés aux Amalécites [confédération de tribus nomades sémites], les ennemis bibliques des Israélites. Les responsables de la sécurité et les analystes ont justifié les représailles comme une nécessité stratégique. Shamir, coauteur de l'essai sur la « tonte du gazon », a déclaré que cette politique avait échoué. Il était désormais « une nécessité urgente – voire un impératif de survie » d'éradiquer complètement l'ennemi. « Si Israël parvient à vaincre le Hamas et à démanteler ses capacités militaires, il prouvera sa capacité à infliger la seule punition possible en cas de défaillance de la dissuasion. Le coût d'une telle opération [comme celle du 7 octobre] contre Israël doit être clair pour tout le monde : la destruction de l'organisation ou du régime qui a commis l'attaque. Il n'y a pas de place pour la faiblesse au Moyen-Orient. »
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Gaza est ainsi devenue le terrain d'essai d'une approche bien plus dure. « Depuis les airs, on peut tondre le gazon », a déclaré Netanyahou au Wall Street Journal en 2024. « On ne peut pas arracher les mauvaises herbes. Nous sommes ici pour déraciner le Hamas – non pas pour porter des coups dissuasifs, mais pour le détruire. » Non content de frapper l'infrastructure militaire et le personnel du Hamas, la « guerre de rédemption » d'Israël, comme l'appelle Netanyahou, a rasé les villes de Gaza et morcelé le territoire. Elle a assassiné les dirigeants politiques du Hamas et les négociateurs du cessez-le-feu, qu'ils soient pragmatiques ou partisans de la ligne dure. Elle a démantelé l'appareil gouvernemental de Gaza et pris pour cible les fonctionnaires. Elle a utilisé l'IA pour générer des milliers de cibles de bombardement. Elle a saccagé les infrastructures essentielles : hôpitaux, approvisionnement alimentaire, lignes électriques, usines de dessalement, égouts. Pour saper le contrôle du Hamas, l'armée israélienne a collaboré avec des gangs armés locaux, qui ont détourné les livraisons d'aide humanitaire et en ont tiré profit. Le tissu social de Gaza s'est effiloché sous le poids des bombardements, des déplacements et de la famine. Lorsque la trêve est entrée en vigueur en octobre dernier, Gaza était méconnaissable : 2,1 millions de personnes avaient été entassées sur moins de la moitié de la bande de Gaza, et le reste avait été rasé. Le gouvernement israélien ne se souciait pas de mettre en place un arrangement politique qui émergerait le « lendemain » – il fallait brûler le gazon jusqu'aux racines.
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La campagne visant à renverser le régime iranien est le prolongement naturel de cette stratégie réorientée. L'opération « Lion debout » menée par Israël pendant douze jours en juin dernier – qui visait à affaiblir les capacités nucléaires et balistiques de l'Iran – pouvait être considérée comme une « tonte du gazon », mais l'opération « Lion rugissant » est nettement différente. Évoquant les assassinats du chef du Hamas, Yahya Sinwar, et de Hassan Nasrallah, du Hezbollah, ainsi que la chute de Bachar al-Assad, Netanyahou a déclaré aux Israéliens dans un discours vidéo le mois dernier : « Nous avons un plan organisé, comportant de nombreuses surprises, pour déstabiliser le régime [iranien] et permettre le changement. » Comme à Gaza, l'absence de plan clair pour l'après-conflit semble être un objectif en soi. Les décideurs israéliens sont passés maîtres dans l'art de tourner les conditions anarchiques à leur avantage. Le chaos est acceptable tant qu'il reste de l'autre côté du mur.
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On trouve également des preuves de cette approche à la frontière nord d'Israël. Depuis la chute d'Assad, Israël a maintenu une présence militaire dans le sud de la Syrie, soutenu des factions séparatistes druzes et fait pression contre l'allègement des sanctions à l'encontre du gouvernement d'Ahmed al-Charaa. Depuis que le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël le 2 mars, l'armée israélienne a donné l'ordre à près d'un million de personnes d'évacuer le sud du Liban et la banlieue de Beyrouth, Dahiya (la région a donné son nom à une autre doctrine de sécurité israélienne – doctrine Dahiya – appliquée pour la première fois lors de la guerre du Liban de 2006 puis à Gaza, consistant à cibler les infrastructures civiles afin de générer une pression publique suffisante pour forcer l'ennemi à se rendre). Israël bombarde désormais le pays depuis les airs et a lancé une invasion terrestre qui pourrait s'étendre jusqu'au fleuve Litani, voire plus au nord jusqu'au fleuve Zahrani. Les forces israéliennes ont également aspergé les terres agricoles du sud du Liban avec ce que les autorités libanaises décrivent comme des niveaux dangereusement élevés de glyphosate, un herbicide qu'Israël a également utilisé dans les champs le long de la barrière frontalière de Gaza, empêchant les agriculteurs d'accéder à leurs terres.
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Les responsables israéliens ne cachent pas ce qui inspire ces campagnes. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l'armée avait reçu l'ordre d'opérer dans le sud du Liban, « tout comme cela a été fait contre le Hamas à Rafah, Beit Hanoun et dans les tunnels terroristes de Gaza ». Lors d'une visite à la frontière nord le 6 mars, Bezalel Smotrich, ministre des Finances d'extrême droite et vice-ministre de la Défense, a déclaré aux Libanais : « Vous vouliez nous faire vivre l'enfer, vous vous êtes infligé l'enfer. Dahiya ressemblera à Khan Younès. » À la télévision israélienne le même jour, Yair Lapid, le chef de l'opposition centriste et ancien Premier ministre, a affirmé que « au final, nous n'aurons d'autre choix que d'essayer de créer une sorte de zone stérile dans le sud du Liban – pas immense, mais quelque chose de similaire à la Ligne jaune à Gaza. C'est-à-dire une zone dépourvue de villages libanais, soit une bande de terre complètement vide entre le dernier village libanais et la première colonie israélienne. Oui, cela pourrait être inesthétique, voire déplaisant, de raser deux ou trois villages libanais, mais ils l'ont bien cherché, c'est leur problème. Personne ne leur a dit qu'ils devaient devenir l'État hôte d'une organisation terroriste. »
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L'opinion publique israélienne est massivement d'accord avec ces points de vue. Les sondages indiquent que plus de 90% des Israéliens juifs soutiennent la guerre contre l'Iran, alors même qu'ils se précipitent vers les abris anti-bombes ; la plupart se disent indifférents à la souffrance des civils iraniens. Les troupes et les commandants de l'armée sont plus à droite, plus nationalistes et plus religieux que par le passé, avec un nombre croissant de membres issus des colonies de Cisjordanie. Les généraux se méfient souvent des ministres du gouvernement et s'opposent à eux, mais finissent par exécuter leurs ordres. Malgré les nombreuses querelles politiques internes des Israéliens, ceux-ci parviennent généralement à s'unir pour infliger de la violence aux autres, ignorant toute voix dissidente venant de l'intérieur.
La dissidence venant de l'extérieur d'Israël, quant à elle, s'est avérée inoffensive. Les capitales arabes et européennes ont peut-être été indignées par les bombardements israéliens à Gaza et ont condamné sa politique d'affamement, mais leurs actions concrètes se sont limitées à des sanctions très restreintes. Les échanges commerciaux et les voyages entre Israël et l'Europe se sont poursuivis librement, tout comme le flux de la plupart des armes. Aucun État arabe n'a suspendu son accord de normalisation avec Israël. L'administration Trump, aussi imprévisible que son prédécesseur démocrate, a eu des différends avec Netanyahou, mais continue de fournir des armes lourdes et a fait pression sur ses alliés pour qu'ils ne prennent pas de mesures plus sévères contre Israël. Le plan de cessez-le-feu à Gaza ne ressemble en rien à une voie vers la paix. Le Conseil de la paix dirigé par Trump a vanté des visions dystopiques, générées par l'IA, d'une « nouvelle Gaza ». Pendant ce temps, l'armée israélienne attaque à sa guise, tuant plus de 650 Palestiniens depuis le début de la trêve et restreignant l'acheminement de l'aide dont la population a désespérément besoin. Faisant écho aux déclarations d'autres responsables, le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a qualifié la « ligne jaune » – qui, en vertu de l'accord de cessez-le-feu, coupe près de 60% de la bande de Gaza – de nouvelle frontière d'Israël. En Cisjordanie, les attaques des colons et de l'armée ont chassé des milliers de personnes de leurs terres. Certains villages ruraux et camps de réfugié·e·s sont désormais en ruines. Le gouvernement Netanyahou accélère l'annexion du territoire sans rencontrer pratiquement aucune protestation de la part de l'opposition. Même l'Autorité palestinienne, qui a longtemps été un atout pour l'occupation, est désormais considérée comme une nuisance dont on peut se passer.
Bien que la plupart des États arabes et européens soient en privé indignés par l'offensive israélo-américaine en Iran, craignant de s'attirer les foudres de Washington, ils ont réservé leurs condamnations publiques aux actes de représailles de l'Iran (il y a des exceptions : le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié la campagne d'« injustifiée et dangereuse » ; Trump a répondu en menaçant de « couper tout commerce » avec ce pays). Les Israéliens estiment avoir encore plus de liberté d'action qu'ils ne l'imaginaient et semblent imperturbables face à ce que le monde pense de leurs actions. Le pays ne donne plus la priorité à la normalisation des relations avec des États du Moyen-Orient tels que l'Arabie saoudite, qui a de toute façon rejeté une telle perspective tant que la question de l'État palestinien n'est pas sur la table. Il tient pour acquis ses traités de paix avec l'Égypte et la Jordanie, et part du principe que l'alliance avec les Émirats arabes unis – l'un des partenariats les plus fructueux d'Israël depuis des années – est solide. Israël s'intéresse désormais moins à la mise en place d'une architecture de sécurité équilibrée avec ses voisins qu'à la consolidation de sa suprématie dans la région, aux côtés des États-Unis. Il veut une ligne de vue dégagée de Rafah à Téhéran, et pratique la terre brûlée entre les deux pour y parvenir.
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Mais les Gardiens de la révolution iraniens ripostent de la même manière, étendant les combats à toute la région et bloquant des voies commerciales vitales comme le détroit d'Ormuz afin de faire payer à tout le monde le prix de la guerre. Les États-Unis ont donné une version confuse et incohérente de leurs objectifs de guerre, et le désir apparent de Trump de mener une campagne rapide et décisive a jusqu'à présent été démenti. L'opinion publique américaine, y compris une partie de la base républicaine de Trump, est majoritairement opposée à la guerre. Aussi hostiles qu'ils puissent être envers l'Iran, les États arabes et musulmans sont également furieux contre Israël et les États-Unis. Les ennemis d'Israël n'ont pas complètement disparu : le Hamas conserve le contrôle de certaines parties de Gaza, le Hezbollah continue de jouer un rôle dans la politique libanaise, les Houthis sont retranchés au Yémen, et une République islamique répressive et vindicative ne s'effondrera pas si facilement.
Reste à voir si tout cela reviendra hanter Israël. Deux ans et demi de guerre ininterrompue ont faussé son sens de la normalité. Des tensions politiques, économiques et sociales non résolues continuent de bouillonner, à l'approche des élections prévues d'octobre 2026. Les méthodes d'Israël sont considérées dans le monde entier comme des affronts à l'ordre mondial, tandis que la Cour pénale internationale (CPI) examine toujours les allégations selon lesquelles il aurait commis des crimes contre l'humanité. Alors que les missiles pleuvent à nouveau depuis l'Iran et le Liban, les Israéliens pourraient bien commencer à se demander si leurs doctrines militaires leur garantissent réellement la sécurité. Jusqu'à présent, cependant, la réponse a été de frapper encore plus fort. Si la Palestine est un laboratoire pour le nouvel ordre régional, le monde devrait être très inquiet. (Article publié par la London Review of Books dans son numéro du 2 avril, article écrit le le 20 mars 2026 ; traduction rédaction A l'Encontre)
Amjad Iraqi est chercheur auprès du International Crisis Group.
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La stratégie iranienne, moyens limités, impact maximum
Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des ressources restreintes, un maximum de dégâts économiques. Pour Téhéran, l'enjeu de cette approche n'est autre que sa survie en tant qu'État souverain.
Tiré d'Orient XXI.
Piégée depuis sa fondation aux marges de l'économie politique internationale, la République islamique porte pourtant son combat actuel contre Israël et les États-Unis sur le terrain de la géoéconomie, autrement dit à la confluence des sphères de la géopolitique et de l'économie.
Cette option est d'autant plus surprenante si l'on tient compte de deux données. La première est que ce sont deux pays cumulant des nœuds géoéconomiques (1) de premier plan et profondément interconnectés qui lui livrent depuis le 28 février 2026 une guerre existentielle. La seconde est que la position de l'Iran aux marges de la mondialisation s'explique par la mobilisation à son encontre d'un instrument géoéconomique par excellence – celui des sanctions.
Or, en arsenalisant la géographie économique de son environnement immédiat, l'Iran a procédé à un renversement : porter la guerre qu'on lui fait sur son territoire – et dont l'enjeu est sa survie en tant qu'État souverain (2) – au cœur de l'économie internationale, et au sein du système politique et du tissu socioéconomique états-unien.
Faire de nécessité vertu
C'est peu dire que le rapport de force économique et technologique, qui informe la capacité à financer et mener la guerre, est défavorable à l'Iran. Face à l'échelle et à l'interconnexion des complexes militaro-industriels, écosystèmes d'innovation et marchés de capitaux des États-Unis et d'Israël, l'Iran fait figure de périphérie.
Même en faisant abstraction des États-Unis (3), Israël constituerait sur les plans économique et technologique un adversaire supérieur à la République islamique. En 2024, le produit intérieur brut (PIB) israélien était ainsi près de 14 % supérieur à celui de l'Iran, alors que la population iranienne est plus de neuf fois plus élevée.
Cette situation est en partie le résultat d'une articulation réussie d'Israël à trois grands pôles de l'économie politique états-unienne – politique, financier et technologique –, à savoir Washington, New York, et la Silicon Valley. C'est à Washington que se décide le soutien militaro-financier à Israël, premier pays récipiendaire de l'aide états-unienne – 300 milliards de dollars (260 milliards d'euros) en termes réels (4) depuis sa fondation en 1948, et 21,7 milliards de dollars (19 milliards d'euros) entre octobre 2023 et octobre 2025. À New York, Israël est le troisième pays étranger le plus représenté à l'indice boursier Nasdaq, intense en valeurs technologiques. Quant à la Silicon Valley, elle est le siège d'entreprises technologiques ayant réalisé des investissements conséquents en Israël. En 2025, les seules entreprises israéliennes de cybersécurité Wiz et CyberArk ont été acquises pour une enveloppe de 57 milliards de dollars (50 milliards d'euros) (5).
À l'inverse, par une idéologie glorifiant l'autosuffisance et du fait des sanctions qui lui sont imposées, l'Iran se trouve largement isolé des flux commerciaux, financiers et technologiques internationaux. Cette situation a dégradé le potentiel de croissance, d'innovation et donc de défense de l'Iran. Elle a poussé le pays à développer des programmes d'armement appuyés sur des capacités de recherche-développement domestiques et des chaînes d'approvisionnement alambiquées, à l'efficacité réduite. Or ces programmes ont eux-mêmes souffert d'un contexte économique déprimé par une mauvaise gestion économique dont les résultats délétères ont été amplifiés par le choc macro-économique des sanctions. Ainsi, le PIB iranien s'est contracté de plus du tiers entre 2012 et 2024.
En faisant de nécessité vertu, l'Iran décide de mener une « guerre pauvre ». Un des emblèmes de cette stratégie est le modèle de drone Shahed 136, production de son industrie de la défense, dont le coût unitaire est estimé entre 20 et 50 000 dollars (entre 17 et 43 000 euros). Son interception peut quant à elle coûter plusieurs millions de dollars. L'usage de drones navals ou celui, possible, de mines flottantes pour bloquer le détroit d'Ormuz, où transitent près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et 19 % du commerce de gaz naturel liquéfié, s'inscrirait dans la même logique de rendement maximal.
La centralité du détroit d'Ormuz
Porter la guerre dans les monarchies du Golfe, dont le PIB cumulé équivaut à près de cinq fois celui de l'Iran, pousse la même logique à de nouveaux degrés.
L'extension du conflit à leur territoire implique, pour les États du Golfe, trois niveaux de dommages : les dégâts matériels directement subis, les pertes de revenus d'exportations de biens et services et les coûts futurs – par exemple, en matière d'investissements directs étrangers non-réalisés ou de primes d'assurance renchéries – liés à la dégradation de la réputation de ces pays comme environnements sûrs et propices aux affaires.
Si les dommages et pertes à date se chiffrent déjà à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la banque Goldman Sachs a estimé qu'un prolongement de la guerre pendant deux mois pourrait entraîner des contractions du PIB pouvant atteindre 14 % du PIB pour le Koweït et le Qatar, plus dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs exportations. Au-delà, les efforts de diversification des économies de la sous-région pourraient se trouver menacés, mettant en péril la prospérité des six monarchies dans l'ère de l'après-pétrole.
Cependant, les actifs des fonds souverains et fonds de pension publics des pays du Golfe, dont le montant dépasse les 6 000 milliards de dollars (5 200 milliards d'euros), devrait leur permettre de faire face à la crise et à l'incertitude à venir. Aussi, c'est l'insertion profonde des monarchies du Golfe dans la mondialisation, et la centralité du détroit d'Ormuz pour leurs exportations et le marché mondial de l'énergie, qui constituent l'enjeu principal de la guerre géoéconomique de l'Iran.
Au-delà de secteurs comme la logistique, le tourisme et les transports aérien et maritime, ce sont les désordres introduits dans le marché international de l'énergie – l'Agence internationale de l'énergie ayant décrit les perturbations actuelles comme le plus grand choc qu'ait connu le secteur dans l'histoire – qui ont logé la crise au cœur de la mondialisation. Plusieurs conséquences sont possibles. La première concerne une dégradation du pouvoir d'achat des consommateurs, notamment aux États-Unis, du fait d'une poussée inflationniste portée par la hausse des prix des carburants et autres dérivés des hydrocarbures (engrais, plastiques, autres produits chimiques). La deuxième verrait la crise se propager à la production, notamment en perturbant les chaînes d'approvisionnement industrielles, y compris dans des secteurs de pointe et pour des produits à haute intensité technologique, comme les semi-conducteurs. La troisième verrait la contamination s'étendre au secteur financier, la perspective d'une augmentation des taux directeurs par les banques centrales pour répondre à l'inflation déprimant le crédit, renchérissant les emprunts publics et pesant sur les cours boursiers.
Un pari coûteux et risqué
Par la guerre géoéconomique, l'Iran espère activer une série de forces de rappel pour freiner le président américain Donald Trump. Les consommateurs-électeurs, en cette année d'élections de mi-mandat aux États-Unis, les marchés financiers, les grands acteurs industriels – notamment dans le secteur de l'intelligence artificielle, gourmand en énergie – et des alliés européens et dans une moindre mesure, asiatiques seraient soudés dans leur mécontentement. Au-delà, l'Iran souhaite dissuader durablement les États-Unis de la tentation d'un changement de régime, provoquer une désolidarisation entre Washington et Tel-Aviv et forcer une négociation devant conduire au respect de sa souveraineté, à une acceptation de sa place dans la région et à une levée des sanctions économiques.
Mais cette stratégie n'est pas sans coûts. Elle nuit durablement aux relations entre l'Iran et ses voisins du Golfe. Elle pourrait aussi convaincre d'autres pays de se joindre à une coalition contre la République islamique pour mettre un terme à la prise en otage de l'économie internationale dont elle se rendrait coupable. Elle est également susceptible d'entraîner une pression supplémentaire sur les pays en voie de développement se relevant à peine des chocs économiques induits par la pandémie et la guerre en Ukraine, isolant l'Iran jusque dans le Sud global. Mais, acculé par une guerre existentielle, sans doute, ces coûts sont-ils apparus comme relatifs – et inévitables – à Téhéran.
Notes
1- La notion de nœud géoéconomique décrit des espaces concentrant des infrastructures stratégiques pour l'accumulation et la projection de puissance, tels l'énergie, la finance, l'industrie, la technologie et le transport.
2- Comme le rappelle le politiste étatsuno-iranien Vali Nasr dans une interview avec Bloomberg publiée le 13 mars 2026, la guerre actuelle n'est pas seulement existentielle pour le régime, mais aussi pour l'Iran. Donald Trump a ainsi déclaré que la carte de l'Iran pourrait changer. Et le soutien à des éléments séparatistes au sein des minorités a toujours été envisagé par Israël comme un moyen de déstabilisation. Voir « Why Iran Isn't Breaking : Vali Nasr on the Uprising That Isn't Coming », The Mishal Husain Show, podcast de Bloomberg, visible sur Youtube.
3- Le PIB états-unien est supérieur de plus de 60 fois à celui de l'Iran, qui est inférieur à celui du Minnesota.
4- NDLR. C'est-à-dire, en prenant en compte l'inflation.
5- NDLR. Wiz a été racheté par Google pour 32 milliards de dollars (près de 28 milliards d'euros) en mars 2025, et CyberArk a été acquise par Palo Alto Networks pour 25 milliards de dollars (21 milliards d'euros) en juillet 2025.
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Québec solidaire doit esquisser, dans le cadre de sa plate-forme, les orientations de sa politique internationale
Le projet de plate-forme de Québec solidaire est quasiment muet sur les questions internationales et sur la politique militaire du gouvernement Carney. Pourtant, cette politique mobilise une bonne partie des richesses produites par la majorité populaire du Québec et du reste du Canada. Les sommes colossales consacrées à l'armement sont détournées de la lutte aux changements climatiques et du développement de services sociaux répondant aux besoins de la société canadienne.
Comme parti indépendantiste, Québec solidaire ne peut définir son projet de plate-forme dans le seul cadre des compétences définies par la Constitution canadienne, comme le ferait un parti provincialiste. La seule allusion à une politique internationale (Bloc 6, mesure 1) contient une formulation qui mérite d'être critiquée : l'engagement à « moderniser la doctrine Gérin-Lajoie » pour mener « une action internationale forte et autonome ». Cette perspective est notoirement insuffisante à l'heure où les guerres impérialistes se multiplient et où le réarmement de l'OTAN s'accélère. La doctrine Gérin-Lajoie, même modernisée, ne constitue pas une politique étrangère : elle définit une extension de compétences provinciales sur la scène internationale.
C'est pourquoi nous croyons qu'il serait important que la plate-forme de Québec solidaire définisse les bases de sa politique internationale et les orientations qu'il proposerait dans le cadre des débats de la constituante, qu'il promet par ailleurs d'instituer dès son premier mandat. Voici quelques pistes en ce sens.
Québec solidaire s'oppose fermement à la logique de réarmement permanent que porte l'État canadien, qu'elle s'exprime à travers l'OTAN ou d'autres cadres militaires impériaux. Ce refus se traduit concrètement par le rejet des objectifs de hausse des dépenses militaires, par une opposition sans concession aux armes nucléaires et par un engagement actif en faveur de leur abolition totale. Il implique également de nommer clairement ce qu'est la guerre dans le capitalisme contemporain : un marché lucratif et un instrument de domination au service du profit.
Québec solidaire exprime par ailleurs sa solidarité avec les peuples contraints de se défendre contre les agressions des puissances dominantes. Cela inclut la défense de Cuba face aux attaques de l'administration Trump, la défense du Venezuela et de l'Iran face aux violations du droit international, ainsi qu'une condamnation sans équivoque des comportements génocidaires du gouvernement Netanyahu contre le peuple palestinien.
L'antimilitarisme que défend Québec solidaire ne saurait se passer de l'implication active des travailleuses et des travailleurs de l'industrie de l'armement. Le parti soutient leurs luttes syndicales et promeut la reconversion de leurs emplois et de leurs savoir-faire vers des productions socialement utiles, au service du bien commun plutôt que de la guerre.
Dans cette perspective, Québec solidaire s'engage à contribuer à la construction d'un vaste mouvement antimilitariste capable de s'opposer à la remilitarisation austéritaire en cours au Canada. Ce mouvement devra s'attaquer au cœur même de l'idéologie militariste, c'est-à-dire à cette conception réductrice de la sécurité qui se résume à l'accumulation d'armes, à l'inflation des budgets militaires et au développement d'infrastructures de guerre.
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À nous la rue
MONTRÉAL, le 24 mars 2026 — Hier soir, à la suite d'une occupation pacifique du pavillon principal du Cégep de Saint-Laurent par des membres de l'association étudiante, l'administration du Cégep a appelé la SPVM.
14 policiers ont encerclé notre campement avec un avis d'éviction un peu avant 19h et ont évincé les étudiants présents qui peignaient des affiches et mangeaient leur souper. Les étudiants sont sortis sans résistance malgré s'être faits bousculés dans la sortie.
Plus tard dans la soirée, la population étudiante et employée du cégep a reçu un MIO de la part de la direction. Celui-ci annonçait la levée des cours du 24 au 27 mars inclusivement et contenant les citations suivantes : « Les événements malheureux d'aujourd'hui amènent la direction à revoir le modèle de gestion de la grève des étudiants et des étudiantes dans un souci de bienveillance et de sécurité pour tous et toutes. [...] Par conséquent, les personnes étudiantes ne sont plus tenues de se présenter au Cégep pour le piquetage quotidien nécessaire à la levée de cours. Nous vous remercions de votre collaboration. » C'est une tentative claire de taire la population étudiante et insinue que nous ne voulons que manquer des cours. Mais nous avons des demandes claires, dont aucune n'a été cédée par l'administration.
Ce matin, en dépit des avertissements de la direction, le piquetage a recommencé dès 5h30.Un campement a été monté vers 6h15 et nous avons atteint une centaine de grévistes vers 7h30. Comme hier, les gens ont collectivement apporté du thé, du café et des pâtisseries.
Des étudiants musiciens ont apporté des instruments, ralliant les grévistes dans une ambiance festive. Une ligne humaine a été formée devant la porte principale pour bloquer l'entrée de la direction. Les étudiants étaient bien habillés et prêts à tenir la ligne pendant aussi longtemps que nécessaire.
Vers 9h15, avec la coopération de la police, les grévistes ont quitté le terrain du cégep pour manifester dans les rues environnantes. Nous avons monté la rue Du Collège, tourné sur Saint-Germain, descendu sur Decelles et sommes retournés au cégep par l'avenue Sainte-Croix. Nous avons scandé des slogans comme « à nous la rue » et autres chants anti-austérité avec un accompagnement musical étudiant. Nous allons continuer à nous
exprimer tout aussi haut et fort tant que nos demandes ne sont pas entendues.
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AU CÉGEP SAINT-LAURENT, ON TIENT LA LIGNE
MONTRÉAL, le 25 mars 2026 — Ce matin, le piquetage au Cégep de Saint-Laurent a recommencé vers 5h du matin. Les étudiants, comme pendant le reste de la grève, sont arrivés avant l'aube pour monter les infrastructures permettant la continuation du piquetage.
Hier, la barricade symbolique devant le cégep avait été partiellement construite à l'aide d'une
quarantaine de bacs de recyclage du cégep. Ceux-ci ont été déplacés par l'administration pendant la nuit vers l'intérieur du bâtiment dans la Grande salle, lieu auquel les étudiants n'ont toujours pas accès. Dans les mots d'Élisabeth « Zaz » Daragon, membre de l'AECSL, « les bacs de recyclage ont plus de droits que nous. C'est ridicule. » Malgré le froid et le mépris, la population étudiante toujours aussi mobilisée a fait preuve de créativité et de volonté pour reconstruire et même étendre la barricade à l'aide de nouveaux matériaux trouvés sur le campus du cégep.
Sur la ligne de piquetage, des tentes ont été érigées, des tables et chaises ont été amenées et des bannières ont été montées. L'ambiance reste toute aussi festive et militante ; il y a de la musique, de la nourriture, des jeux et des activités. Des pancartes portant des messages
anti-austérité décorent la barricade et une planche de contreplaqué récupéré peint avec le nom de l'AECSL en fleurs orne l'entrée au stationnement. Les étudiants sont motivés et prêts à rester aussi longtemps que nécessaire.
Les négociations avec l'administration ont été rouvertes aujourd'hui. Celle-ci a encore une fois demandé à l'AECSL de laisser entrer le personnel administratif et de gestion. Nous avons
refusé. L'administration manque de transparence et ne se sent clairement pas redevable envers les étudiants. Mais le cégep sans les étudiants, ce n'est qu'une bâtisse qui croule remplie de bacs de recyclage. Nos revendications sont claires et raisonnables. Nous ne bougeons pas tant qu'elles ne sont pas mises en place.
Source :
Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent
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TOUJOURS EN GRÈVE DANS LA PLUIE FROIDE DU MOIS DE MARS
MONTRÉAL, le 26 mars 2026 — La ligne de piquetage au Cégep de Saint-Laurent tient
toujours. Suite à la répression policière de lundi et après quatre jours de grève, à travers la pluie et le froid, les étudiants restent mobilisés et vaillants dans leur lutte. La barricade tient et tiendra jusqu'à ce que nos demandes soient entendues.
Ce matin, comme tous les jours, il y avait du café et des viennoiseries pour l'ensemble des
grévistes. La musique et les jeux continuent tout autant que la mobilisation étudiante. Des
véhicules passants klaxonnent pour montrer leur soutien. De plus, nous avons reçu une visite du Centre de Formation Politique qui a donné un atelier sur la mobilisation en plus des Cols bleus qui ont joué de la musique en solidarité avec notre ligne.
Nous sommes sortis dans les rues manifester vers 13h30. Accompagnés musicalement par des étudiants, nous avons fait entendre notre mécontentement dans la rue sous les
applaudissements des passants.
L'administration reste intransigeante face à nos revendications. Nous avons été clairs : nous
demandons un local pour du personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes permanents et que l'administration prenne position clairement et publiquement contre les politiques austères du gouvernement. Ceci n'est pas déraisonnable. Pourtant, l'administration refuse de céder.
Nous sommes prêts à la manifestation du 27 mars à 13 au Square Dorchester et comptons
amener un gros contingent d'étudiants pour exprimer nos griefs face à la CAQ côte-à-côte avec nos camarades d'autres associations étudiantes et syndicats.
L'Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent tient aussi à prendre publiquement position contre les interventions policières contre la Société générale des étudiantes et étudiants du Collège de Maisonneuve et l'Association générale étudiante du Collège Lionel-Groulx en plus des membres de l'AECSL présents à leurs actions. Il est inacceptable de traiter ainsi des étudiants faisant usage de leurs droits de grève et de manifestation. Cette répression dramatique de la part des forces policières et du gouvernement est un symptôme des problèmes endémiques à cette administration.
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BILAN DE LA SEMAINE DE GRÈVE DU CÉGEP DE SAINT-LAURENT
MONTRÉAL, le 27 mars 2026 — La semaine de grève de l'Association étudiante du Cégep de
Saint-Laurent vient à sa fin. La barricade a été déconstruite et le campement a été levé. Le
cégep retrouve son état normal et les activités reprennent dès demain.
Nous avons participé aujourd'hui à la manifestation de la CRUES (Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale) ayant commencé au Square Dorchester à 13h. Notre contingent était fort, composé de plus d'une centaine d'étudiants et accompagné de nos emblématiques musiciens. Nous avons manifesté ensemble avec des délégations du Cégep du Vieux-Montréal, du Cégep de Maisonneuve, du Collège Lionel-Groulx, et bien d'autres, en plus de plusieurs universités, afin de faire entendre nos voix plus fort par leur mise en chœur.
La grande leçon que nous avons apprise de cette grève, c'est que la population étudiante
laurentienne est forte, créative et vaillante. Nous avons fait preuve de volonté en nous levant au petit matin pour tenir la ligne de piquetage dès 5h30 et jusqu'à 18h tous les jours. Nous avons fait preuve de ressource en construisant notre barricade à partir de clôtures, de bacs et de palettes récupérés sur le terrain du cégep. Nous avons fait preuve d'inventivité en trouvant des façons de se garder au chaud et au sec tout en restant dehors à la merci des éléments jour après jour. Nous avons fait preuve de solidarité en se tenant les coudes et en organisant des petits-déjeuners et des dîners communautaires. Nous avons fait entendre nos voix à travers des manifestations proches du cégep et loin, au centre-ville avec nos camarades. Nous avons tissé des liens sociaux sur la ligne de piquetage ; nous avons dansé, chanté, joué et manifesté ensemble tout en n'oubliant pas que nous étions présents pour une cause et un combat qui nous rassemblent tous. Nous sortons de cette grève plus forts, plus soudés et prêts à continuer la lutte.
Nous ne perdons pas de vue que l'administration n'a toujours pas cédé à nos demandes. Nous demandons toujours un local pour le personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes stables et une prise de position
claire et publique contre l'austérité de la part du Cégep. Nous reviendrons le premier mai.
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« Venez nous voir, on va vous montrer comment vous en passer » (Les Cyniques, groupe humoristique des années 1961-1972)
Rien n'illustre mieux la distance qui sépare la classe politique d'une bonne partie de l'électorat que le discours qui sert à justifier les compressions budgétaires, discours tenu par l'actuel ministre caquiste des Finances, Éric Girard. Il s'agit peut-être d'un « budget jetable après usage », comme certains commentateurs l'ont soutenu. Mais il se situe dans la droite ligne de l'ensemble des budgets présentés par les ministres des Finances depuis les années 1980, c'est-à-dire axé pour l'essentiel sur l'équilibre budgétaire, et ce au détriment des mesures sociales et de la justice redistributive.
Présenté un budget « équilibré » et « responsable » est le but ultime de la gouvernance économique néo conservatrice, un objet de fierté de la part de la plupart des ministres des Finances .La qualité de vie de la population pour eux apparaît bien secondaire. C'est ce qui se cache derrière leurs exhortations aux gens à accepter « l'austérité », c'est-à-dire des politiques de pauvreté déguisées en discipline financière.
C'est là une orientation typiquement capitaliste et bourgeoise : les différents gouvernements, tant au fédéral qu'au provincial, suivent cette politique de restrictions budgétaires à divers degrés depuis la décennie 1980. On veut un État minimaliste, qui appuie l'entreprise privée et des dépenses publiques « sous contrôle ». Sans l'avouer, les différents gouvernements qui se sont succédé au Québec depuis 1981 conçoivent plus ou moins la gestion d'État sur le modèle du privé.
La coupure entre une bonne partie de la population et la classe politique est donc flagrante. Le fait que le dernier budget Girard contient certaines mesures comme investir dans les banques alimentaires ne serait pas nécessaire si la pauvreté n'était si répandue. Le gouvernement Legault devra affronter une grève de deux semaines de la part des travailleurs et travailleuses du communautaire, ce qui en dit long sur l'étendue et l'intensité des problèmes que ceux-ci doivent affronter avec des moyens de plus en plus réduits. Il ne faut pas confondre patience et résignation.
Posons-nous la question suivante : dans une entreprise privée, combien d'actionnaires maintiendraient en poste un gestionnaire qui accumulerait des pertes due à des dépenses inconsidérées au détriment des profits ? Éric Girard aurait été vite congédié...
Cette orientation qui sévit depuis trop longtemps provient en droite ligne de l'idéologie managériale, qui s'est imposée depuis 1979, avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et surtout des républicains de Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1980. Elle prend pour modèle le fonctionnement de l'entreprise privée et veut importer, du moins jusqu'à un certain point, ses méthodes de gestion dans le secteur public. Dans cette optique, les dépenses publiques sont moins des investissements sociaux que du gaspillage. Ses tenants prônent donc un État minimal et une soumission plus poussée de la main d'oeuvre aux employeurs privés. Nous sommes là en présence d'une rupture, au moins partielle avec le keynésianisme, qui valorisait au contraire les dépenses publiques pour contribuer à maintenir un pouvoir d'achat substantiel de la population et contribuer ainsi à faire rouler l'économie. Évidemment, on ne reviendra pas à la période pré-keynésienne, les programmes sociaux et les investissements publics vont continuer d'exister, mais ils ont subi d'importants reculs depuis plus d'une quarantaine d'années (notamment le système d'indemnisation du chômage).
La population, pour sa part, est relativement insensible à l'équilibre budgétaire. Elle juge le gouvernement sur l'amélioration de ses conditions de vie. Elle croit, avec raison, que si d'aventure un coup de barre s'impose pour rétablir un certain équilibre budgétaire, le parti au pouvoir doit réduire ses dépenses aux bons endroits et avec précaution, guidé par le constant souci de ménager les services publics, ce qui n'est guère le cas actuellement. On n'a qu'à examiner l'état du système hospitalier, le recours toujours plus fréquent aux banques alimentaires et aux friperies, sans oublier la crise du logement due à la complaisance du gouvernement Legault face aux spéculateurs immobiliers. De plus, les baisses d'impôt, si chères aux néoconservateurs, privent le gouvernement de revenus substantiels. On assiste de plus à la sous-prolétarisation d'une bonne partie de la main d'oeuvre.
Dans tout ce contexte, la notion d'austérité ne représente que l'élégant manteau qui dissimule (de plus en plus mal) des politiques de pauvreté. Les inégalités sociales explosent. Les préoccupations que révèle le budget Girard apparaissent très éloignées de celles des électeurs et électrices.
C'est comme le chien qui court après sa queue : « l'austérité » aggrave la pauvreté, car elle prive le gouvernement de revenus essentiels, ce qui compromet l'équilibre budgétaire vu qu'une proportion plus ou moins considérable de gens disposent de peu de moyens pour faire rouler l'économie. Cherchez l'erreur...
Jean-François Delisle
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