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Logement social et spéculation : braquer les projecteurs sur le mauvais 1 %
Le Devoir publiait le 27 mars 2026 un article de M. Zacharie Goudreault, présenté sous la bannière « Enquête », au sujet de la vente de terrains destinés à un projet de logements sociaux dans le quartier Saint-Michel.
Si le financement du logement social mérite assurément l'attention d'un grand quotidien, la manière dont cette transaction est traitée — sortie de son contexte réel, montée en épingle, présentée comme un scandale — est non seulement superficielle, mais propre à induire le lectorat en erreur sur la nature véritable du problème. Plusieurs dimensions essentielles sont traitées avec une légèreté qui ne sied guère à une démarche se réclamant de l'enquête journalistique.Commençons par situer le contexte que cet article omet soigneusement. Le Québec compte environ 4,2 millions d'unités d'habitation. De ce nombre, à peine 200 000 — soit moins de 5 % — échappent à la logique spéculative du marché immobilier. Autrement dit, plus de 95 % du parc résidentiel québécois existe d'abord et avant tout comme véhicule de profit. Toutes les composantes de ce marché — l'achat, la vente, le courtage, le financement, l'évaluation, la construction — sont régies par la notion de spéculation et de recherche du profit. Or, l'article choisit précisément de braquer les projecteurs sur l'une des très rares transactions — le logement social et communautaire représente, bon an mal an, moins de 1 % de l'ensemble des transactions immobilières au Québec — dont l'effet est justement de retirer un terrain de l'immense système de Ponzi que constitue le marché immobilier pour le consacrer définitivement à une mission sociale. Monter en épingle ce 1 %, c'est faire du sensationnalisme.
Laisser entendre, comme l'article le fait tout au long de son développement, qu'il est questionnable et paradoxal que des fonds publics soient mobilisés pour acheter au prix du marché des terrains destinés à du logement hors marché tient du sophisme. Nous vivons dans une économie de marché : c'est un fait. La Constitution, le Code civil et l'essentiel du cadre législatif et juridique sont dédiés à garantir que cet état de fait soit inébranlable. À moins qu'on puisse m'indiquer en vertu de quelle règle les terrains et les immeubles destinés à répondre à des besoins sociaux sont soustraits des lois du marché, la conclusion que bien des lecteurs risquent de tirer de cet article est que « le logement social enrichit les spéculateurs ». Or, ce qui enrichit les spéculateurs, c'est le marché immobilier lui-même, dans toute son immensité. Et je le répète : le logement social et communautaire ne représente qu'une fraction infinitésimale de ce marché.
Si cette enquête avait débusqué une situation de collusion ou de corruption, il y aurait effectivement matière à déchirer sa chemise. Mais ce n'est pas ce qui est décrit. Au contraire, l'article relate une transaction conduite avec rigueur, où une évaluation externe indépendante réalisée par un évaluateur agréé a permis d'établir la juste valeur marchande du site. L'Ordre des évaluateurs agréés du Québec, par la voix de son président, y confirme lui-même que le prix reflète le potentiel de développement du terrain. Les prêts hypothécaires ont été consentis par des institutions reconnues : la SCHL et le Fonds immobilier de solidarité FTQ. Où est le scandale, précisément ?
Tant qu'à blâmer les anciens propriétaires d'avoir réalisé un profit sous prétexte que l'acheteur était un OSBL visant à construire des logements soustraits à la spéculation, on pourrait tout aussi bien blâmer les institutions financières qui consentiront le prêt hypothécaire — puisqu'elles aussi feront une transaction aux prix du marché et réaliseront un profit sous forme d'intérêts —, l'entrepreneur en construction qui réalisera un profit légitime sur les travaux, les fournisseurs de matériaux, et les travailleurs qui, comme Marx l'exprime avec clarté, vendent leur force de travail au plus offrant. Dans une économie de marché, chaque maillon de la chaîne de production obéit à la même logique du profit. Singler un seul maillon, celui de l'acquisition foncière, pour en faire un objet de scandale, c'est confondre le symptôme avec la maladie.
D'ailleurs, il est révélateur de constater que les seules transactions immobilières qui, dans notre histoire, se sont faites en dehors du cadre spéculatif sont unanimement présentées — et à juste titre — comme des gestes de spoliation et d'injustice. Pensons aux agriculteurs expropriés pour la construction de l'aéroport de Mirabel, aux familles expulsées du parc Forillon, aux biens confisqués des familles d'origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, sans oublier le geste fondateur du Québec, soit la prise de possession du territoire en 1534 par Jacques Cartier. Toutes ces transactions se sont faites sans le consentement volontaire et éclairé des parties. Elles constituent des chapitres sombres de notre histoire collective. Est-ce vraiment le modèle que l'on souhaite privilégier pour acquérir des terrains destinés au logement social ?
Si cet article souhaitait dénoncer la contradiction inhérente entre la recherche du profit et le droit au logement, il rate sa cible. À moins de remettre en question l'ensemble de la notion d'économie de marché — ce que l'article ne fait pas —, la seule manière d'agir concrètement pour limiter la spéculation et ses effets néfastes sur le droit au logement est d'utiliser le levier de la fiscalité. Or, actuellement, l'immense majorité des interventions gouvernementales en matière d'habitation visent précisément à soutenir la spéculation plutôt qu'à la limiter. C'est là que réside le véritable scandale, et c'est là qu'un travail d'enquête rigoureux serait le bienvenu.
Pour chaque dizaine de millions de dollars consacrés annuellement au développement du logement social et communautaire, des dizaines de milliards sont versés en subventions directes et en échappatoires fiscales au bénéfice du marché privé. Pensons à l'exemption sur le gain en capital de la résidence principale — une mesure qui, à elle seule, représente des milliards de dollars en revenus fiscaux auxquels les gouvernements renoncent chaque année —, aux quelque 1 000 milliards de dollars en garanties hypothécaires offerts aux banques par le gouvernement fédéral par l'entremise de la SCHL, à la possibilité d'effectuer un RAP avec les RÉER, au CELIAPP, et à des dizaines d'autres mesures fédérales, provinciales et municipales qui visent toutes à soutenir et à encourager la participation du plus grand nombre au marché spéculatif. C'est là que se trouvent les véritables sommes astronomiques, et c'est là que l'attention journalistique devrait se porter avec autant de vigueur.
Pour revenir aux détails, l'article fait mention à plusieurs reprises que le projet de la SHCN serait « le plus coûteux des projets de logements sociaux financés par Québec ». Cette information, bien que spectaculaire en apparence, ne veut strictement rien dire si elle n'est pas assortie d'une comparaison rigoureuse. Il est normal qu'un projet de 282 logements dans une zone fortement urbanisée soit « plus coûteux » en termes absolus qu'un projet de 16 logements en milieu périurbain. Mais « plus coûteux » par logement ? S'agit-il de logements familiaux de trois ou quatre chambres, ou de studios ? « Plus coûteux » parce que le projet incorpore des espaces de services communautaires — une garderie, une épicerie, un complexe sportif — que ni la SHQ ni la SCHL ne financent, comparé à un immeuble strictement résidentiel ? « Plus coûteux » au pied carré, sachant qu'un immeuble en béton de neuf étages avec ascenseur ne peut pas être comparé à un immeuble de trois étages en construction bois-brique ? Est-ce réellement « plus coûteux » si l'on considère que la construction se fera dans une zone où les infrastructures — routes, aqueduc, égouts, électricité — sont déjà en place, ce qui évite à la collectivité d'importants investissements en viabilisation que nécessiterait un terrain vierge ? L'article ne pose aucune de ces questions, pourtant essentielles à toute comparaison sérieuse.
En définitive, les véritables questions d'intérêt public sont les suivantes : le projet répond-il à des besoins légitimes ? Est-il réalisé au juste prix pour ce qui est livré ? Y a-t-il eu corruption ou collusion ? L'article lui-même, en citant l'évaluation agréée indépendante, les prêts institutionnels et les démarches urbanistiques menées dans les règles, suggère que les réponses à ces questions sont satisfaisantes. Dès lors, la dernière question qui se pose est la suivante : pourquoi un tel article, présenté sous la bannière « Enquête », sur ce projet en particulier ? À qui profite la remise en question d'un des rares mécanismes qui soustrait du logement au marché spéculatif ? Cette dernière question, c'est au Devoir et à son journaliste d'y répondre.
Stéphan Corriveau
Directeur général intérimaire, Fonds Plancher
L'auteur a entre autres été vice-président de Habitat International Coalition, président de l'Association canadienne pour l'habitation et le renouvellement urbain, directeur général du Centre de transformation du logement communautaire, directeur général du Réseau québécois des OSBL d'habitation, président des Habitations communautaires Loggia et coordonnateur du Comité logement Rosemont.
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Les 1 000 prochains itinérants gagneront la loto !
Le 1er avril, Isabelle Porter signait un article intitulé « Un loyer de 1875 $ avec 25 000 $ par année, c'est serré. Quand même les logements abordables cessent de l'être. » L'article, bien documenté, présente la dure réalité qui confronte les aînés habitant dans les immeubles pour aînés Enharmonie relevant de l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMHM).
La lecture de l'article laisse la désagréable impression qu'au bout du compte, l'OMHM n'arrive pas à remplir sa mission, qui serait d'offrir des logements à un prix suffisamment bas pour répondre adéquatement aux besoins des aînés désargentés.
Pourtant, ce n'est pas sa mission. La mission de l'OMHM et des quelque 2 500 autres fournisseurs de logements sociaux et communautaires, c'est d'offrir, sans recherche de profit, des logements répondant aux besoins d'habitation de la population qui ne trouve pas cette réponse sur le marché privé à profit.
À qualité égale, le coût de construction d'un immeuble de logement social ou communautaire est identique à celui d'un immeuble destiné au marché privé. Les coûts d'exploitation (assurances, entretien, gestion, etc.) sont les mêmes. Ce qui distingue les deux au niveau du prix des loyers, c'est que l'un cherche à obtenir les loyers les plus élevés possible pour se ménager une marge de profit et surtout augmenter la valeur de ses actifs lors de la revente (autrement dit, il spécule), alors que l'autre se satisfait de simplement couvrir ses frais. Le gouvernement, au moyen de subventions et d'avantages fiscaux dits d'« aide à la pierre » (aide à la construction, à l'exploitation, aux rénovations, exemption de taxes, garantie hypothécaire, etc.) ou d'« aide à la personne » (crédit d'impôt de maintien à domicile, allocation logement, CELIAPP, RAP), influence lui aussi les prix sur les deux segments de l'offre. Comme le démontre avec éloquence le parc immobilier communautaire, à terme, le coût pour l'État et pour les résidents est moindre dans la formule sociale et communautaire puisqu'il n'y a pas de profit à verser.
Mais, en habitation comme dans l'ensemble des infrastructures sociales et économiques, c'est l'investissement de départ qui détermine le rendement. Par exemple, les immenses investissements d'Hydro-Québec dans les années 1960 à 1990 font en sorte que nous avons aujourd'hui de l'électricité à bas prix et que l'État québécois reçoit des milliards de dollars en redevances annuelles, alors que les juridictions qui ont confié aux acteurs privés le soin de faire les investissements se retrouvent avec des prix élevés et pas de redevances pour l'État. Ainsi, en négligeant d'investir collectivement en logement social et communautaire, nous nous retrouvons avec un marché de l'habitation régi par la spéculation, des loyers inabordables et un marché d'accès à la propriété qui n'est accessible qu'à une part toujours plus mince de la population. Pour éviter l'effondrement du marché privé, les gouvernements adoptent de nouvelles mesures de plus en plus dispendieuses (exemption de taxes, CELIAPP, etc.) ou de plus en plus risquées (la valeur des garanties de prêts de la SCHL explose littéralement d'année en année), faisant porter à l'ensemble de la population le poids de ces mesures régressives (plus une personne est riche et dispose de biens immobiliers de grande valeur, plus elle bénéficie de ces mesures) qui ne font qu'alimenter la spirale inflationniste en matière d'habitation, pendant que les derniers budgets fédéraux et québécois diminuent le soutien au logement social et communautaire.
L'article de Mme Porter parle d'un logement à 1 875 $ chauffé, éclairé, eau chaude, internet, sécurité et… 30 repas par mois inclus, dans des immeubles récents et de bonne qualité. Pas un promoteur privé à but lucratif ne peut se comparer à cela.
Le problème débusqué par Mme Porter n'est pas celui de logements trop dispendieux, c'est celui de revenus trop bas.
L'écart entre les riches et les pauvres s'accroît, et cette situation est vécue avec encore plus d'intensité quand on compare les ménages composés d'une seule personne avec ceux de deux personnes.
Un simple coup d'œil à l'indice de Gini depuis 50 ans démontre que les inégalités de marché ont significativement augmenté (de 0,387 à environ 0,44), ce qui signifie que l'économie québécoise génère aujourd'hui plus d'inégalités qu'en 1976. La redistribution par les transferts sociaux et certaines mesures, comme la généralisation des services de garde à bas prix, a permis de ralentir l'effet de ce phénomène en permettant aux femmes d'accéder massivement au marché du travail, mais pas de le compenser entièrement.
L'impact de cet écart se constate chaque jour en croisant le nombre grandissant de nos concitoyens et concitoyennes en situation d'itinérance et en observant l'achalandage en hausse fulgurante des banques alimentaires.
Ce qu'il faut ajuster, ce n'est pas le prix des logements de l'OMHM, ce sont les tables d'impôt. Et si le budget du ministre Girard dévoilé il y a quelques jours est un indicateur de la direction que nous prenons, de plus en plus de gens devront payer de plus en plus cher, car la principale mesure en matière d'habitation qu'on y trouve, c'est 1 000 suppléments au loyer d'urgence pour les 1 000 prochaines personnes qui auront la « chance » de devenir itinérantes au Québec et ainsi se voir aidées pour le paiement de leur loyer !
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Le Québec mérite une première ministre qui se préoccupe enfin de l’itinérance
Québec, le 31 mars 2026 – Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ) est profondément attristé et indigné par les trop nombreux décès de personnes en situation d'itinérance dont les deux plus récents annoncés la semaine dernière par la mairesse de Montréal.
Nos pensées accompagnent les proches de ces deux personnes et toutes celles qui vivent dans l'insécurité aujourd'hui. Ces pertes rappellent brutalement que derrière les statistiques, il y a des vies, des histoires, des êtres humains qui méritent dignité et sécurité. Les solutions existent et sont documentées depuis des décennies cependant un point de rupture a été atteint.
Nous ne devons plus tolérer l'intolérable
Le nombre de décès de personnes en situation d'itinérance au Québec continue d'être alarmant. Même si les chiffres pour l'ensemble de la province en 2025 ne sont pas encore connus, 108 personnes sont mortes en 2024 comparativement à 88 l'année précédente. Des mesures hivernales mises en place tardivement et avec un financement insuffisant ne peuvent être considérées comme une réussite, surtout si elles mènent à des décès.
À titre d'exemple, La Presse rapportait en février dernier que les organismes communautaires montréalais plongés dans la crise ont fait des demandes pour 126 projets d'une valeur totale de 92 M$ à la suite de l'entente sur la lutte contre l'itinérance conclue entre Québec et Ottawa. Or, le financement disponible pour Montréal n'est que de 24 M$ sur deux ans.
Une absence de priorisation politique
Pendant que la course à la chefferie bat son plein à la CAQ, les candidats consacrent peu d'attention à l'itinérance en dehors des débats : le RSIQ n'a pu les rencontrer et il n'y a eu aucune réalisation en lien avec la Déclaration commune en faveur des personnes en situation d'itinérance, d'exclusion sociale et de pauvreté depuis les 4e États généraux de l'itinérance au Québec tenus en novembre 2024. Le droit au logement, le droit à un revenu décent et l'accessibilité aux services demeurent des enjeux sociaux largement ignorés. Les besoins croissent et le financement fait du sur place : 25 M$ du budget du 42,4 M$ prévu pour l'année 2026 a servi uniquement à compenser le retrait du Plan de réponse communautaire aux campements (PRCC)... sans majoration ou indexation.
Revendications du mouvement Le communautaire à boutte
En solidarité avec ce mouvement, le RSIQ rappelle ses revendications. Selon les organisations mobilisées, le sous-financement chronique du secteur communautaire et le manque de reconnaissance de son expertise compromettent lourdement sa capacité à répondre aux besoins des personnes désaffiliées, tout en créant des conditions de travail inacceptables et de la précarité chez les personnes qui y travaillent. Le mouvement revendique une reconnaissance pleine et entière ainsi qu'un financement à la hauteur des besoins, soit :
– Des conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire ;
– Un financement suffisant à la mission ;
– Une reconnaissance pleine et entière des organismes ;
– La protection de l'autonomie et la fin du financement précaire ;
– Un investissement dans le modèle communautaire comme pilier stratégique.
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ITINÉRANCE : UN GESTE ATTENDU DE COHÉRENCE INTERGOUVERNEMENTALE
Québec, le 2 avril 2026 – Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ) salue la collaboration entre les gouvernements fédéral et provincial pour bonifier significativement la réponse aux besoins des personnes en situation d'itinérance au Québec pour l'année 2026-2027. En effet, l'annonce faite hier par le gouvernement fédéral vient maintenir à travers le Plan de réponse communautaire aux campements (PRCC) son financement qui se terminait.
Une cohérence attendue depuis longtemps
Dans le contexte de crise actuelle, cette alliance intergouvernementale répond directement à l'une des recommandations centrales issues des 4e États généraux de l'itinérance tenus en novembre 2024. Le gouvernement provincial a annoncé dans son dernier budget un investissement de 25 M$ pour 2026-2027 visant à maintenir l'offre de services aux personnes vulnérables. De son côté, le gouvernement fédéral a entendu les besoins du terrain exprimés par le milieu communautaire et maintient son soutien de 25 M$ par l'entreprise du PRCC pour total d'environ 50 M$.
Un peu d'air pour le milieu communautaire
Cette annonce conjointe garantit à des milliers de personnes au Québec davantage de dignité et une véritable possibilité de sortir de la rue. En cette journée où le mouvement Le communautaire à boutte ! fait entendre sa voix, ce financement représente un engagement tant réclamé par les organismes communautaires en itinérance.
Nous ne devons plus tolérer l'intolérable et plutôt nous allier devant l'itinérance, rappelle le RSIQ, qui voit enfin dans cette collaboration une possibilité de renverser la tendance en itinérance.
À propos du RSIQ
Actif depuis 1998, le RSIQ regroupe 19 concertations régionales en itinérance, ce qui représente plus de 275 organismes au Québec. Organisant des actions et des mobilisations afin de sensibiliser décideurs et grand public, de défendre les droits des personnes en situation d'itinérance, d'améliorer leurs conditions de vie et de permettre aux organismes d'aide de réaliser leur mission, le RSIQ est reconnu comme porteur du projet de la Politique québécoise de lutte à l'itinérance adopté en 2014, et comme défenseur du financement des organismes sur les scènes fédérale et provinciale.
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Le communautaire à boutte : Mouvement national de grève et de revendications du milieu communautaire
Pendant que le gouvernement se contente d'annoncer quelques miettes de financement, les besoins explosent et les organismes communautaires s'épuisent. Aux quatre coins du Québec, le milieu communautaire a cessé de se taire. Face à un rehaussement dérisoire, des groupes ont levé la tête et dit clairement : ça ne suffit plus. Le message est sans équivoque : l'urgence est réelle, et elle est partagée.
C'est dans ce contexte qu'est né « Le communautaire à boutte ! », une grève historique portée par des organismes de partout au Québec. Un mouvement collectif pour faire comprendre au gouvernement que nous ne sollicitons pas la charité : nous exigeons la reconnaissance, le financement adéquat et le respect que mérite notre rôle essentiel dans la société.
Le communautaire est un pilier essentiel partout au Québec.
Et partout, il est à boutte !
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Pourquoi la grève ?
Né à Shawinigan et dans Mékinac suite à un rehaussement de financement dérisoire, le mouvement a émergé quand des groupes de base ont refusé de se taire face à des conditions de travail devenues indécentes. Ce cri du cœur a rapidement résonné partout au Québec : mêmes besoins explosifs, mêmes équipes épuisées en première ligne. Cette prise de parole locale s'est transformée en mouvement national, unissant des organismes de toutes les régions autour d'un objectif clair : faire reconnaître le rôle essentiel du communautaire et obtenir un financement adéquat.
Nos revendications
– Conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire.
– Financement suffisant à la mission.
– Reconnaissance pleine et entière des organismes.
– Protection de l'autonomie et fin du financement précaire.
– Investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique.

Conférence de Porto Alegre (Brésil) – L’« Unité des peuples contre le fascisme » est un concept glissant dans la pratique : une réflexion sur le « campisme » parmi nous
Après une première journée bien remplie de réunions, de discussions et de tables rondes stimulantes, au cours desquelles des militant.e.s révolutionnaires de différents pays, engagé.e.s dans différentes luttes, ont partagé et confronté leurs idées, la table ronde de fin de journée a été un choc. Des intervenant.e.s ont appelé à faire taire les critiques à l'encontre du gouvernement Maduro au Venezuela, ont dénoncé l'Ukraine pour avoir massacré des Russes dans l'est du pays et, plus alarmant encore, ont qualifié les jeunes manifestant.e.s en Iran d'agents de Hollywood qui auraient subi un lavage de cerveau. Bien qu'il n'y ait pas eu de possibilité de répondre, d'autres intervenant.e.s sur le même podium avaient anticipé ces propos et les ont contrés par une critique antifasciste, anti-impérialiste et féministe cohérente.
Ce qui est apparu clairement, c'est la fracture profonde qui court sous le « l'unité des peuples contre le fascisme », titre de cette table ronde et thème central de la conférence antifasciste de Porto Alegre. Entend-on par là l'unité des peuples en lutte ? Y compris lorsqu'ils s'opposent aux mêmes États que ceux qui sont la cible de l'impérialisme américain ? Ou bien l'unité des peuples doit-elle être organisée par le biais des États-nations qui prétendent les représenter ?
Par une manœuvre « campiste », les « peuples » sont réduits aux formes bien ordonnées définies par les États-nations. Blanca Eekhout, députée et présidente de l'Institut Simon Bolivar au Venezuela, a illustré cette approche lorsqu'elle a déclaré, dans un message vidéo : « Il est impossible de lutter contre l'impérialisme et de le vaincre sans l'unité des peuples. Pas une unité qui répète les mensonges de la presse impérialiste, mais une unité réelle, profonde… C'est cette solidarité qui peut vaincre le fascisme. » Avec une telle « unité profonde », aucune dissidence ni critique ne peut s'inscrire dans le soutien aux États contre l'impérialisme. Il ne peut y avoir de grain dans la texture de notre coopération : l'unité profonde doit être une unité sans aspérité, une unité polie comme une pierre taillée et lissée.
Est-ce de l'antifascisme ? Est-ce de l'anti-impérialisme ? Le délégué cubain ne le pensait pas. Fernando Rojas, de la Casa de las Américas de La Havane, a également appelé à l'unité, mais au sens de « lignes d'intégration » entre les lieux et les mouvements, dans l'intérêt de « notre propre existence et de nos propres luttes ». Son bref discours, rédigé avant qu'il n'ait pu prendre connaissance de la situation au Venezuela, se lisait comme une critique des demandes de soutien inconditionnel. Rojas a déclaré : « La défense de Cuba doit être militante : ni aveugle, ni artificiellement douce, mais militante. Il existe des exemples concrets de solidarité, comme cette conférence. Nous sommes ici non seulement pour recevoir du soutien, mais aussi pour un échange critique. Nous consacrons du temps à ce travail. »
Nous sommes ici face à un problème d'ordre programmatique. L'unité [l'indentification] peuples-États implique que la répression d'État est légitime et indispensable à l'existence d'un corps unifié, ce qu'il est impossible d'accepter et qui exige de mettre notre incrédulité de côté. C'est également un problème philosophique. Si nous devons accepter des formules rigides à la place d'une recherche minutieuse, et la rhétorique et les slogans à la place de la pensée critique, alors nous serons désarmés face à la montée d'un nouveau fascisme. Le fascisme n'est pas intelligent, mais nous devons être intelligents pour le comprendre et le combattre.
Le lendemain matin et tout au long de la deuxième journée de la conférence, j'ai discuté avec plusieurs personnes de cette table ronde sur « l'unité ». Un camarade de Porto Rico a fait remarquer que cela mettait en évidence la nécessité d'une discussion et d'un débat, sans quoi les divergences qui se cachent derrière nos slogans en faveur de l'unité risqueraient d'affaiblir cette coalition dont nous avons désespérément besoin. J'ai décidé de me concentrer sur ce problème dans ce compte-rendu afin d'apporter une contribution à cette discussion, dans le but d'approfondir nos unités, de mieux nous comprendre, et aussi de travailler sur le problème de l'action. Je crains qu'une unité si large qu'elle inclut à la fois les États et les peuples qu'ils répriment ne soit pas une coalition capable d'une action stratégique commune contre le fascisme et l'impérialisme.
La défense « antifasciste » de Poutine
Il n'y eut qu'un seul intervenant au panel « L'unité des peuples » pour soutenir l'invasion de l'Ukraine par Poutine, et il y participait en tant qu'intervenant invité et non en tant que membre à part entière du panel ; néanmoins, l'insensibilité avec laquelle il a affirmé que c'est l'Ukraine qui massacre les Russes, et non l'inverse, a frappé par son culot.
Ce qu'il a dit n'est pas nouveau, c'est un argument de Poutine, et cela s'inscrit dans la logique générale de l'argumentation contre la guerre d'autodéfense menée par l'Ukraine. Et cela reflétait les sentiments d'un important courant de pensée politique au sein de la conférence antifasciste.
Plus tôt dans la soirée, Rafael Bernabe, ancien sénateur de Porto Rico, avait abordé ce problème. « Au nom de notre lutte contre l'impérialisme américain, nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer la répression, la brutalité et la complicité d'autres États », a-t-il déclaré. « Nous condamnons Israël pour le génocide en Palestine. Et nous condamnons également la Fédération de Russie pour son invasion militaire et son agression en Ukraine. Et nous condamnons la brutalité théocratique et autoritaire du gouvernement iranien contre son peuple. » Et il a ajouté : « Nous connaissons les arguments contre notre position : que Poutine réagissait à l'encerclement de la Russie. Mais cet encerclement est le produit de la rivalité entre puissances impérialistes, les visées impérialistes de la Russie sur l'Ukraine constituent un aspect de cette rivalité. Et certains disent que le gouvernement de Zelensky est un gouvernement capitaliste de droite. C'est pourquoi nous ne les soutenons pas, mais soutenons la lutte du peuple ukrainien pour sa souveraineté. Nous affirmons que les droits syndicaux, la liberté de réunion et d'association, le droit de grève, les droits et libertés des femmes : ce ne sont pas des valeurs occidentales. Ce sont des valeurs défendues par la classe ouvrière internationale. »
Sushovan Dhar, du Comité pour l'abolition de la dette illégitime (CADTM) Inde, a fait valoir qu'unir l'antifascisme international à des États répressifs et se ranger derrière eux est une fausse piste. Dhar a déclaré : « Alors que nous luttons contre l'impérialisme, nous devons veiller à ne pas créer de nouveaux impérialismes. La multipolarité est un contrepoids à l'ordre mondial actuel établi par les États-Unis, certes. Mais nous offre-t-elle une voie différente vers un avenir meilleur ? Non. Regardez les BRICS. » Il a ajouté : « Ce groupe est composé de pays dont les dirigeants ne respectent ni les droits des peuples ni les droits démocratiques, et dont les économies reposent sur l'extractivisme. Ces pays ne nous sortiront pas du piège impérialiste et capitaliste dans lequel nous sommes pris. »
Rafael Bernabe a déclaré qu'une unité sans critique renvoie également l'action politique et la prise de décision aux gouvernements des États dits progressistes, qui sont occupés à gérer les pressions de Trump dans l'intérêt de maintenir leurs propres économies capitalistes. Cela revient à subordonner la défense des pays directement attaqués aux caprices de leurs anciens alliés. Bernabe a déclaré : « La solidarité avec Cuba doit également concerner les gouvernements dits progressistes. En cédant à la pression de Trump, qui exige d'arrêter les livraisons de pétrole à Cuba, ils pensent gagner du temps et s'attirer les faveurs de Trump. Mais en laissant Trump contrôler leurs actions et attaquer Cuba, ils ne font que confirmer leur faiblesse face à l'agression de Trump. »
Lors d'une table ronde organisée le deuxième jour, Eric Toussaint a déclaré que l'ancien clivage « pour ou contre les États-Unis » avait moins de sens que jamais, compte tenu du bouleversement de l'organisation du pouvoir mondial. « Trump a déclaré vouloir convaincre Poutine de cesser de coopérer avec la Chine », a déclaré Toussaint. « Pour lui, les relations avec la Russie visent à réduire l'influence de la Chine. Trump a dit : “Laissez-moi faire ce que je veux avec l'Iran et Cuba, qui sont vos alliés, et je vous laisserai tranquilles pour l'Ukraine. »
Vasyl, un syndicaliste ukrainien, a déclaré : « L'Ukraine a été soumise au contrôle des grandes puissances parce qu'elle possède également de nombreuses ressources naturelles : du gaz, des minéraux, ainsi que des produits agricoles et des terres. La guerre menée par la Russie vise à dominer les terres et les ressources de l'Ukraine. Et aujourd'hui, nous voyons que Trump est lui aussi avide des ressources de ce pays. » La Constitution ukrainienne stipule que les ressources de la nation doivent être détenues et exploitées par le peuple. En réalité, a déclaré Vasyl, « ce n'est pas ainsi que cela se passe ». Les grands groupes contrôlent et tirent profit de l'exploitation des ressources du peuple ukrainien. Il est désormais nécessaire de défendre la souveraineté de l'Ukraine contre l'agression russe, car la conquête des terres ukrainiennes par la Russie interromprait et ferait reculer encore davantage les luttes de classe contre le pouvoir des grands groupes, qu'ils soient européens, américains ou ukrainiens.
Il est vrai que les impérialistes américains et européens ont leurs propres visées sur les richesses énergétiques et la souveraineté de l'Ukraine, mais cela ne signifie pas que les socialistes d'ailleurs doivent se désintéresser de la guerre d'autodétermination nationale ukrainienne. Au contraire, cela exige une solidarité avec la classe ouvrière ukrainienne, quelle que soit la forme que prend sa lutte, compte tenu des pressions impérialistes auxquelles elle est confrontée de toutes parts.
Sacrifier les femmes pour défendre l'Iran
Plus scandaleuse encore fut la présence à la table ronde de Hossein Khaliloo, du Centre de dialogue Iman Al Mahdi au Brésil, en tant qu'ambassadeur informel de la République islamique d'Iran. Khaliloo a déclaré que l'impérialisme américain avait pénétré en Iran « par l'économie, par la culture, par le cinéma, afin de s'immiscer dans l'esprit de la nouvelle génération ».
Faisant référence aux manifestations de masse de décembre et janvier, qui ont été réprimées dans le sang par les forces gouvernementales et les Gardiens de la Révolution, Khaliloo a accusé Hollywood de coloniser les esprits des jeunes Iranien.ne.s. Selon lui, après une exposition prolongée à la culture et au cinéma « impérialistes et sionistes », « la culture impérialiste se développe dans le pays ».
Bien sûr, la propagande culturelle de masse jaillit des usines culturelles américaines.
Mais l'argument selon lequel ces idées s'enracinent et corrompent l'esprit des jeunes est idéaliste. Les gens font usage des produits culturels par leur propre activité ; comme agents historiques, ils interprètent et remodèlent eux-mêmes les produits culturels . La culture ne façonne pas le monde de manière uniforme, descendante et conspirationniste. L'idée que les gens sont des marionnettes manipulées par un vaste appareil culturel trouve ses racines à la fois dans la politique autoritaire et dans le patriarcat, et conduit à des théories du complot antisémites. La vérité est plus complexe, car elle exige des forces anti-impérialistes et socialistes qu'elles s'attaquent aux contradictions fondamentales de la société, y compris à leur expression et à leur réitération sur le plan culturel. Si les idées ne contribuent pas à la compréhension ou à la résolution des contradictions, elles ne peuvent s'enraciner.
Le même intervenant qui a repris l'argument poutiniste sur l'Ukraine a également renchéri sur les propos de Khaliloo selon lesquels les soulèvements en Iran trouvent leur origine dans l'intervention étrangère.
Feignant d'être dérouté par le fait que quelqu'un puisse critiquer l'Iran pour avoir criminalisé, discipliné et, il y a quelques semaines à peine, massacré des femmes, il a déclaré que 60 % des étudiants en médecine iraniens sont des femmes. C'était, de toute évidence, son argument pour prouver que, quelle que soit l'idéologie du gouvernement, les femmes ne sont pas vraiment opprimées en Iran. Il est impossible que quelqu'un qui prend au sérieux les fondements patriarcaux du fascisme et du capitalisme puisse tenir de tels propos.
Bien qu'elle se soit exprimée avant eux, Patricia Pol, d'Attac en France, a présenté une critique féministe de cette mise au rebut des femmes au nom de l'anti-impérialisme. Pol a déclaré : « La dynamique sociale qui permet à Trump, Bolsonaro, Millei et Netanyahou de développer des politiques et des mesures fascistes est la misogynie. Nous ne pouvons pas lutter contre le fascisme sans lutter contre le patriarcat. » Elle a ajouté : « Nous avons besoin d'une guerre contre la guerre. D'une guerre contre le sexisme. Une guerre contre le fascisme. » Les mouvements sociaux féministes, a-t-elle dit, doivent se construire au sein des foyers et contre eux, dans les rues, sur les lieux de travail et au sein des mouvements, avec persévérance et indépendamment de la popularité des slogans féministes — en particulier lorsque la politique féministe est attaquée — afin de contrer l'offensive patriarcale. Cela implique de placer au centre les mouvements de libération des femmes dans les pays ciblés par l'impérialisme, en tant qu'éléments constitutifs de la lutte anti-impérialiste militante."
Nous pouvons parler, mais pouvons-nous agir ?
Quelques mois avant le début de la conférence, j'ai contacté d'autres groupes socialistes aux États-Unis et au Canada et les ai encouragés à soutenir la conférence et à y envoyer des participant.e.s. Certains ont répondu avec hésitation, affirmant avoir entendu dire qu'elle était dirigée par des « campistes », des groupes qui soutiennent Poutine contre l'Ukraine et apportent un soutien politique à Maduro, et qu'ils ne souhaitaient donc pas y aller.
C'est pourquoi je n'ai pas été surpris d'entendre ces propos lors d'une des conférences principales, même si j'avoue que l'ampleur du soutien, notamment envers le gouvernement iranien, m'a choqué. Solidarity était au courant de ces dynamiques et a décidé d'y aller quand même, car nous savions également que de nombreux groupes s'y rendaient, en particulier ceux affiliés à la Quatrième Internationale, qui soutiennent les mouvements populaires contre leurs gouvernements, même lorsque ces derniers sont également en conflit avec les États-Unis.
Les critères d'inclusion trop larges de la conférence antifasciste n'ont pas empêché des discussions de qualité et des critiques incisives et sincères. Il a été encourageant de se retrouver parmi tant de penseurs critiques, curieux et militants. Mais se retrouver à la même table que des partis qui réfléchissent aux besoins pratiques des membres des BRICS, ou des gens qui soutiennent dogmatiquement n'importe quel gouvernement attaqué par les États-Unis, a ses limites en matière de stratégie et d'action. Et il y a des questions politiques et stratégiques difficiles auxquelles il faut répondre d'ici la fin de cette conférence. Outre les engagements en faveur de la construction d'un mouvement de masse féministe, antiraciste, pro-migrant.es, pro-LGBTQ+ et antifasciste, je voudrais que la conférence adopte une résolution appelant le Brésil et le Mexique à fournir du pétrole à Cuba. Je veux la solidarité avec la Palestine contre Israël et avec l'Ukraine contre la Russie. Je veux une déclaration qui rejette la guerre des États-Unis contre l'Iran, tout en tendant la main dans un élan de solidarité politique à la classe ouvrière et aux nationalités opprimées en Iran.
Cela semble peu probable. Alors, quelles actions stratégiques pouvons-nous mener ? Et quelles formes d'organisation pouvons-nous utiliser, si l'ensemble de cette assemblée ne peut pas agir efficacement de manière unie ? Il me semble qu'il faut davantage de discussions, axées sur l'action commune et les stratégies pour affronter efficacement les attaques impérialistes coordonnées contre notre monde. Mais pour parvenir à l'unité nécessaire afin d'aller au-delà de la discussion et de mener une action commune, nous devrons être clairs sur le fait que les États et leurs défenseurs ne peuvent pas faire partie de l'unité de nos peuples contre le fascisme.
Ivan Drury Zarin
P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro
Texte original sur le site de Solidarity : https://solidarity-us.org/peoples-unity-against-fascism-is-slippery-in-action-a-reflection-on-campism-in-our-midst/
Image : Rafael Bernabe speaking
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Le projet TGV Québec-Toronto n’est pas un impératif écologique mais un coûteux grand projet inutile remplaçable par un modèle à la Suisse
Le TGV Québec-Toronto est-il une avancée écologique majeure ou un autre coûteux projet inutile ? Il faut y penser avant de s'y embarquer car ce train futuriste pour l'Amérique du Nord, mais banal en Chine, au Japon et en Europe occidental, coûterait jusqu'à 90 milliards $.
Et l'on sait ce qu'il advient de ce genre d'estimé plus utile pour vendre la salade que pour connaître le réel coût financier que le profit en mode PPP, garanti par les gouvernements, viendra gonfler. Pour le dire comme la publicité de Via Rail, « [s]elon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), un voyage en train [conventionnel] émet en moyenne 85 % moins de CO2 que l'avion et 87 % de moins que la voiture ». La même publicité, pourtant, réduit la portée de l'efficacité énergétique quand elle affirme que « [c]omparativement au transport routier dans le Corridor Québec– Windsor » le train est « 1,8 fois plus écoénergétique » et par rapport au transport aérien « 3,2 fois plus écoénergétique ». Est-ce à cause du niveau d'achalandage ou pour une autre raison, on ne sait trop. La performance écoénergétique serait encore beaucoup moins vraie pour le TGV :
À près de 300 km/h, les trains ont besoin d'environ deux fois plus d'énergie que les trains électriques standards, compte tenu de la puissance nécessaire pour atteindre une vitesse élevée et la maintenir malgré une résistance beaucoup plus importante. […] La ligne ferroviaire prévue absorberait entre 1 et 3 % de la capacité électrique actuelle de l'Ontario et du Québec, selon Ryan Katz-Rosene, professeur associé à l'Université d'Ottawa. En pourcentage, cela la place à peu près au même niveau que les aciéries ou les centres de données d'IA en Ontario, ou qu'une grande fonderie d'aluminium au Québec.
Indépendamment de l'énergie requise, faute d'exemple inexistant en Amérique du Nord, il faut se tourner vers l'Europe pour une analyse pertinente de la performance écologique du TGV. Qu'en est-il quand on compare sur la base du cycle de vie… ? Selon le think tank français Hémisphère gauche :
Un aller simple entre Paris et Marseille en avion génère environ 200 kilogrammes d'équivalentcarbone par passager. La conception, construction et exploitation sur 30 ans de la branche Est du TGV Rhin-Rhône est estimée à 2 millions de tonnes d'équivalent-carbone, ce qui correspond à un trajet Paris-Marseille pour 10 millions de voyageurs, soit 6 fois le nombre de passagers de la ligne en 2019. Cette valeur est très élevée. […] Une ligne peu fréquentée n'est pas forcément bénéfique pour l'environnement. Si le taux d'occupation du TGV est inférieur à 50 %, le bilan CO2 du TGV n'est pas meilleur que celui de l'autocar, mais toujours nettement meilleur que celui de la voiture ou de l'avion.
Dit autrement par la firme d'ingénierie française Ametra Group :
…une étude menée sur la LGV Rhin-Rhône illustre bien cette complexité. Elle estime que, sur une durée de 30 ans, les reports modaux de la voiture et de l'avion vers le train permettraient d'éviter environ 3,9 millions de tonnes équivalent CO₂. Mais cet objectif suppose une fréquentation soutenue et un report modal réel, ce qui n'est pas systématiquement observé. Surtout, cet amortissement carbone s'étale sur trois décennies, tandis que les émissions liées à la construction de la ligne (terrassements, ouvrages d'art, béton, acier…) sont immédiates et très élevées. Ce dernier point montre bien que les infrastructures ferroviaires, même lorsqu'elles ont un potentiel de sobriété à long terme, reposent sur un pari d'usage, et que leur bénéfice environnemental n'est ni immédiat, ni garanti.
… et en y ajoutant les effets sur la biodiversité selon les deux mêmes sources ?
L'impact environnemental de la construction d'une nouvelle ligne n'est pas restreint aux émissions de CO2. En moyenne, une ligne à grande vitesse consomme une surface de 10 hectares par km de ligne. L'une des spécificités des lignes LGV est que leur construction nécessite des travaux de terrassement qui modifient la structure du paysage local, et peuvent accentuer des problèmes existants comme des inondations. L'effet de coupure engendré par la construction des rails peut quant à lui avoir un impact sur l'agriculture et sur la faune, empêchant cette dernière de traverser de part et d'autre de la ligne.
Fragmentation des habitats naturels : les infrastructures linéaires comme les lignes à grande vitesse créent des ruptures dans les milieux naturels, ce qui entrave souvent les déplacements des espèces et perturbe les écosystèmes. Selon les données de Nature France, plus de 500 000 hectares de terres agricoles et naturelles ont été artificialisés entre 2006 et 2015 en France, dont une part importante pour des projets d'infrastructure. Cette fragmentation compromet la biodiversité, provoque l'isolement génétique de certaines populations animales et diminue la résilience des écosystèmes face aux changements climatiques.
Par l'élection dans Terrebonne et par le souvenir de Mirabel, le débat sur le TGV se popularise
Par l'intermédiaire de l'élection partielle de Terrebonne, lieu de passage mais non d'arrêt du TGV planifié, le débat populaire s'est invité au Québec et au Canada :
Le Parti conservateur a fait savoir qu'il s'oppose farouchement à ce projet, le qualifiant de « monstruosité » en raison de la facture qui pourrait friser les 90 milliards de dollars. Le Bloc québécois, lui, s'indigne de l'absence de réponses claires concernant le tracé et les possibles expropriations. Le gouvernement Carney maintient toutefois le cap, soulignant que la majorité des Canadiens souhaitent l'aboutissement de ce projet « visionnaire » qui est piloté par la société d'État Alto. Un nouveau sondage mené par la firme Abacus Data auprès de 1515 Canadiens du 19 au 24 mars démontre que 62 % des Canadiens appuient ce projet et que seulement 18 % s'y opposent, tandis que 20 % affirment être incertains ou souhaitent obtenir plus d'information.
L'opposition des Conservateurs n'est qu'affaire de gros sous tout comme d'ailleurs les Libéraux au gouvernement qui n'y voient qu'augmentation du PIB et création d'emplois. On ne peut oublier la tentation du tape-à-l'œil à la manière du réseau de TGV chinois, « une vitrine que la Chine aime présenter au monde dans le cadre de ce que la presse locale a baptisé la ‘‘diplomatie du TGV'' ». L'écologie n'a rien à y voir.
Le Bloc québécois, qui veut reconquérir Terrebonne, ménage le chou et la chèvre. Ce faisant il mobilise davantage la question de justice écologique et sociale. Son député Gabriel Ste-Marie, à la gauche de sa députation, rappelle « le traumatisme historique de Mirabel, où 97 000 acres avaient été expropriées pour l'aéroport en 1969, vingt fois plus que nécessaire et affectant durablement 3 000 familles » sans compter que le service pour passagers avait été finalement ramené à Montréal. Il souligne à juste titre que les Libéraux ont adopté « des législations qui permettent de contourner les règlements et les lois qui protègent l'environnement et qui réduisent les recours des personnes expropriées […] surtout avec les nouveaux pouvoirs fédéraux liés aux projets dits ‘‘d'intérêt national''. » Ces procédures accélérées qui annoncent un bulldozage des expropriations sont implantées « sans véritable consultation » et « sans études suffisantes des retombées économiques, sociales et environnementales. L'UPA critique la façon dont le projet est mené et s'inquiète de son impact sur les terres agricoles. » Ce manque d'études amène le gouvernement fédéral à geler immédiatement un corridor de 10 km de large sur 1000 kilomètres de long pendant au moins quatre ans pour pouvoir déterminer le tracé définitif ultérieurement.
Un BAPE générique ferait ressortir les alternatives y compris une réflexion sur la temporalité
Ce projet peut paraître comme un mal nécessaire afin de réduire les gaz à effet de serre… jusqu'à ce qu'on réalise qu'il y avait une alternative, le « train à grande fréquence » (TGF), jadis proposée par Via Rail/Alto qui maintenant la rejette. Alto étant juge et parti, on peut douter de son diagnostic : le TGF aurait les mêmes inconvénients que le TGV mais sans son avantage de rouler à 300 km l'heure, seulement à 200. Pourtant, les actuelles locomotives de Via Rail peuvent rouler à 160 km l'heure si elles n'en étaient pas empêchées par leur obligation de constamment s'arrêter en cours de route pour céder le passage aux trains de marchandise du CP ou du CN propriétaires du réseau ferroviaire, obligation que Via Rail dénonce. Les nouvelles locomotives de Via Rail pourraient rouler à 200 km l'heure si l'état des rails le permettait, ce qui pourrait se corriger à moindre frais qu'un TGV ou un TGF. On peut aussi penser à l'élargissement de l'emprise actuelle pour y ajouter de nouveaux rails. En un mot, les alternatives ne manquent pas pour profiter des avantages écologiques du chemin de fer, tant pour le transport des passagers que des marchandises, par rapport aux modes routier et aérien. Il y a de quoi justifier une enquête et un débat publics de type BAPE générique.
Plus profondément le TGV pose l'enjeu de l'emploi du temps dans un système capitaliste où un des aspects de la maximisation du profit consiste à accélérer le roulement du capital c'est-à-dire à minimiser le temps de retour du capital investi. D'où le dicton populaire, « le temps c'est de l'argent ». Pourtant n'importe qui ayant voyagé en train à distance longue ou moyenne — à maintes occasions j'ai fait les trajets Ottawa-Québec ou Ottawa-Toronto — en a apprécié l'agrément que ce soit pour lire, pour jaser, pour regarder le paysage, pour penser, pour sommeiller. On n'a pas cette expérience en avion ou en auto. Quoique à l'ère de l'informatique, le travail sur PC ou la distraction du téléphone cellulaire peuvent tout gâcher. Le train peut aider à nous réapprendre à « perdre son temps », vital au bon fonctionnement du cerveau, ou à « prendre son temps », nécessaire au discours cohérent et à la bonne prise de décision. Le train est un mode de transport potentiellement anticapitaliste. Alors su au TGV qui vient nous gâcher ce plaisir de l'esprit et de la sociabilité retrouvée.
L'étonnant modèle de la Suisse qui a rejeté le TGV interne à la suite d'un débat et d'un référendum
Vaudrait mieux employer la somme d'argent pharaonique prévue pour développer le TGV à quadriller le Québec et le Canada de trains conventionnels à la mode de la Suisse dont ceux, par exemple, dans le corridor Québec-Toronto pourraient rouler à 200 km l'heure :
La Suisse n'exploite que quatre courts tronçons nationaux où les trains filent parfois jusqu'au seuil des 200 km/h, limite inférieure de démarcation de la grande vitesse ferroviaire. Par contre, tout le territoire de la confédération, jusqu'à ses recoins isolés, est couvert d'un réseau où la capacité et la fiabilité du service l'emportent sur la haute vitesse. La toile ferroviaire helvète, en expansion depuis 175 ans, a été décrite comme la plus dense du monde. Elle a doublé ses aires de service rien que depuis le début du siècle. […] Le pays va poursuivre dans cette voie d'efficacité à vitesse moyenne d'ici le milieu du siècle, selon des décisions annoncées en début d'année [2024].
« Nous voulons des transports publics pour tous et pas seulement des trains rapides pour quelques-uns », résume au Devoir Peter Füglistaler, qui était jusqu'à cet été directeur de l'Office fédéral des transports (OFT) de Suisse. Il a dirigé pendant 14 ans ce service responsable de tous les transports publics du pays, dont les bus, les trams et bien sûr les trains. […] Dans son pays, les longues distances nationales et les voyages régionaux se font en train. Pour le reste, les bus rejoignent les campagnes. Une loi oblige à dessertir par car les villages de plus de cent habitants, qui ont tous droit à au moins quatre liaisons quotidiennes, deux arrivées et deux départs. […]
Un abonnement annuel pour voyager à volonté en 2e classe partout sur le réseau, dans les villes et en liaisons intercités, coûte environ 4000 francs suisses, soit 6300 $. Les plus courts trajets, les plus courants, demandent évidemment moins. Les tarifs exigés couvrent la moitié des frais réels, l'autre part étant subventionnée. L'usage d'une voiture privée peut coûter en moyenne à son propriétaire deux ou trois fois plus que le transport en commun.
La comparaison démographique et géographique avec le Québec reste possible. Le pays européen de 9 millions d'habitants (comme ici) s'étend sur environ 42 000 km2. Ce territoire pourrait s'insérer dans une zone centrale dont Québec, Sherbrooke, Gatineau et Saint-Jérôme formeraient les points les plus éloignés en incluant la grande région métropolitaine. Ce rectangle concentre la très grande majorité de la population québécoise.
Les lignes traversant la Suisse partent à la demi-heure, souvent en quatre versions (une régionale et une express intercités, dans chacune des deux directions). Les lignes les plus fréquentées, celles entre les grandes villes, utilisent des voitures à deux étages. Les trains qui les desservent, longs de 400 mètres, permettent de transporter jusqu'à 1400 passagers à la fois. Les services à proximité des centres-villes sont offerts à très haute fréquence. Et ça roule. Les Helvètes détiennent le record du monde du nombre de kilomètres parcourus en train, soit 2400 km par habitant par année à l'intérieur du territoire national. Les gares offrent des boutiques, des cafés, des restaurants, des épiceries et même des écoles qui aident à rentabiliser le service public. Les trois aéroports internationaux du pays sont évidemment liés au réseau ferroviaire.
La règle à suivre dorénavant vise le développement du transport public au détriment des routes pour les voitures. À Zurich, par exemple, l'auto compte pour 25 % des déplacements et le but est d'arriver à 15 % d'ici 2040. À Montréal, la part modale de l'auto individuelle pour les déplacements au boulot est de 71 % et à Québec, de 81 %. [Je souligne]
« En Suisse, on vise maintenant le passage des trains des grandes lignes au quart d'heure, explique l'ancien directeur de l'OFT. Les nouvelles lignes à grande vitesse coûtent des fortunes. Nous voulons plutôt investir pour maximiser l'utilisation des lignes existantes. Ce choix donne beaucoup plus de flexibilité. On peut commencer à petite échelle et puis développer le réseau petit à petit. »
M. Füglistaler connaît les débats canadiens concernant le train à grande fréquence (TGF) ou à grande vitesse (TGV), l'un et l'autre étant d'ailleurs ici uniquement des mirages pour l'instant. Le dilemme lui rappelle les options débattues dans son pays dans les années 1970. Le TGF l'a donc emporté là-bas. « Nous avons eu les mêmes discussions et avons fait des consultations et un référendum, dit le représentant d'un pays célèbre pour sa démocratie consultative. Certains voulaient un TGV traversant le pays. Il n'y a pas eu de consensus en constatant que cette idée servait uniquement les grandes villes. On a changé ce concept. La majorité de nos trains circulent entre 80 et 140 km/h. Quelques rares lignes vont jusqu'à 200. Ce réseau nous convient très bien et il n'y a pas de majorité populaire pour la vitesse. »
Le TGV a encore ses partisans éplorés. On trouve aussi en ligne et dans les médias des plaintes contre les tarifs jugés trop élevés, certains travaux interminables, les pannes, les différences de services entre les cantons romans ou allemands et même des piques contre la qualité du service, particulièrement sur les lignes de périphérie. Des pendulaires (faisant l'aller-retour de la maison au boulot ou à l'école) se plaignent de l'achalandage en heure de pointe. Tout n'est pas parfait.
Dans les faits, si le TGV intérieur n'existe pas en Suisse, ses grandes villes sont connectées au réseau continental. Le TGV Lyria de France relie Paris et Genève, Lausanne et Zurich. D'autres liaisons internationales vont vers Francfort ou Berlin en Allemagne, et vers Milan en Italie. Ces liaisons sont le résultat d'entente de coopérations avec les compagnies des pays voisins.
Marc Bonhomme, 5 avril 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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Chère Rima, Tu raconteras un jour ...
Tu en auras beaucoup à dire à ces enfants de Gaza. Ils retiendront l'essentiel. Tu n'auras jamais baissé les bras. Parce que l'impossible n'est pas palestinien. Tu le diras haut et fort "Gaza outragé ! Gaza brisé ! Gaza martyrisé ! Mais Gaza libéré ! Palestine libérée".
Chère Rima,
Tu raconteras un jour à des enfants de Gaza qu'en ce 2 avril 2026, dans un pays universellement reconnu pour être le champion des droits de l'homme et du citoyen, tu as été arrêtée. Pas pour un crime établi. Pas même pour une suspicion ordinaire. Non. Pour « incitation à la paix ».
Tu leur diras comment tout s'est déroulé avec le soin qu'on réserve aux grandes occasions. Une escorte officielle, des véhicules de police, des agents de sécurité attentifs. Direction le Palais de l'Élysée. Le Président de la République en personne tenait à te recevoir. On n'improvise pas avec les grandes âmes.
Là, devant un parterre de dignitaires, on t'a remis une distinction exceptionnelle. Une médaille conçue spécialement pour toi.
Grande Chevalière de l'Ordre Suprême, disons, de la parole tenace. Les majuscules sont de mise. Plus élevée encore que toutes celles qu'on distribue d'ordinaire pour service rendu à la Nation, à l'humanité.
Tu leur diras, aux enfants de Gaza, que ce jour-là, on n'a pas seulement honoré une personne. On a célébré une parole. À travers toi, toutes celles qui plaident pour la paix, toutes celles qui persistent à croire que les mots peuvent encore tenir tête au vacarme, toutes celles qui transforment, avec une obstination presque suspecte, les soldats en troubadours.
Tu leur expliqueras le contexte, car il faut toujours un contexte pour que l'ironie fonctionne. Une époque où certaines causes avaient cessé d'être des sujets pour devenir des évidences. Où la cause palestinienne, par exemple, ne faisait plus débat, tant sa légitimité allait de soi. Une époque apaisée, donc. Enfin, presque.
Tu leur parleras de toi. De tes origines palestiniennes. De ton enfance dans un camp de réfugiés en Syrie. D'un endroit où l'on apprend très tôt ce que signifient l'attente, le déplacement, et cette forme particulière de dignité qui ne fait pas de bruit. Tu leur diras que ces histoires-là ne s'effacent pas. Même dans les plus beaux discours. Elles s'invitent, elles insistent, elles donnent à la voix une texture que l'on ne fabrique pas dans les salons. Une forme de noblesse.
Tu leur raconteras aussi cet épisode étonnant. Cette fameuse « découverte » dans ton sac. Une potion magique. Un vestige gaulois. Un geste d'accueil pour faire de toi une Française à part entière. En France, on a le sens du symbole. On n'intègre pas à moitié. On ajoute, on complète, on enrichit. Quitte à surprendre.
Tu leur parleras ensuite du droit. Du leur, d'abord. Le droit de vivre, simplement. Le droit à la dignité, à la sécurité, à la justice. Tu leur diras que, dans cette époque lumineuse que tu décris, ces droits ont enfin cessé d'être théoriques. Que la France, et toutes les Frances, avaient fini par regarder les choses en face.
Reconnaître. Nommer. Réparer. Il aura fallu du temps. Il aura fallu ta voix, et bien d'autres. Tu leur expliqueras que c'est précisément pour cela que tu étais là, ce jour-là du 2 avril 2026. Invitée au Palais. Reconnue par le Président. Écoutée de tous avec attention.
Et dans ton discours, bien sûr, tu feras preuve d'élégance. Tu citeras Napoléon. Parce qu'il faut toujours une pointe d'esprit dans les grandes cérémonies. « Impossible n'est pas français », diras-tu. Et l'assistance applaudira. Non sans un léger sourire. Enfin, rendre possible ce qui ne l'était pas, reconnaître ce qui était nié, réparer ce qui était ignoré, il fallait bien que quelqu'un s'y mette.
Tu leur diras tout cela, avec ce mélange de sérieux et de malice qui permet de tenir debout.
Tu en auras beaucoup à dire à ces enfants de Gaza. Ils retiendront l'essentiel. Tu n'auras jamais baissé les bras. Parce que l'impossible n'est pas palestinien. Tu le diras haut et fort "Gaza outragé ! Gaza brisé ! Gaza martyrisé ! Mais Gaza libéré ! Palestine libérée".
À très bientôt, j'espère, chère Rima, à Montréal où tu seras accueillie avec les honneurs dignes de toi.
Mohamed Lotfi
2 avril 2026
https://www.facebook.com/mohamed.lotfi.90410/posts/pfbid0RHTmsBzeRkmwaVVeqXYUPmwRwCVKPYhdyGhvTi2Atv9A3wMaXRC4eQFwoo4u1FNHl
Chère Rima, Tu raconteras un jour ... - Mohamed Lotfi
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Rassemblement : Non aux pipelines, ni ici, ni ailleurs
Depuis un an, les orientations du gouvernement Carney sont à des années lumières des besoins réels de la population. Relance de projets de pipelines, mise en place de politiques d'austérité, saccage de notre état de droit et de notre démocratie (via les lois C2, C5, C12 et C15), investissements massifs dans le militaire et les industries extractives, comme les mines, etc. C'est bien simple, pour Ottawa, la crise géopolitique a le dos large et sert surtout de prétexte pour abandonner nos objectifs climatiques.
Pourtant, au contraire, les guerres, les conflits et les génocides mettent plus que jamais en lumière la vulnérabilité de nos économies face à l'industrie pétrolière et gazière et aux impérialismes qui la soutiennent. En 2026, se débarrasser des énergies fossiles n'est plus seulement un impératif climatique, c'est une nécessité stratégique. Libérons-nous de l'emprise de l'empire du pétrole et du gaz ! Empêchons l'expansion de l'industrie fossile canadienne qui veut s'enrichir aux dépens de la paix, de la santé de nos communautés et de nos écosystèmes.
Le Québec est lui aussi menacé par un nouveau pipeline, plus exactement par un nouveau projet de complexe gazier, un genre de GNL Québec 2.0 : l'entreprise norvégienne Marinvest Energy multiplie les efforts de lobbying auprès des plus hautes sphères de pouvoir et ce, à l'abri des regards depuis plus d'un an. Dans son viseur : la Baie-des-Anglais, au large de Baie-Comeau, où elle compte installer un nouveau terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) et un gazoduc qui traverserait le territoire québécois d'est en ouest.
Marinvest Energy agit dans l'ombre ralliant des soutiens politiques et financiers afin de faire désigner son projet comme « intérêt national », espérant ainsi contourner l'opposition de la population québécoise aux projets d'énergies fossiles. Ensemble, empêchons le retour des pipelines.
Unissons-nous aujourd'hui pour demander du courage politique : non aux pipelines, ni ici, ni ailleurs ! Pour nos enfants, pour les générations présentes et futures, SOYONS LE CONTRE-POUVOIR !
Quand : Jeudi 9 avril 2026
Où : Palais des congrès de Montréal
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Des cuthbertois.e.s et leur Municipalité se réjouissent de l’abandon d’un projet de poste de transformation sur leur territoire, et demeurent aux aguets
Saint Cuthbert, le 27 mars 2026 – Un regroupement de citoyen.ne.s de Saint-Cuthbert mobilisé.e.s en concertation avec leur Municipalité respirent mieux aujourd'hui. Hydro-Québec a fait l'annonce, cette semaine, d'une mise à jour de son projet de l'Axe de transport Vallée du Saint-Laurent.
Parmi les changements, la société d'État renonce définitivement à l'option d'installer un poste de sectionnement - appelé à devenir un poste de transformation éventuellement - dans le bassin versant de la rivière Chicot, unique source de l'eau potable distribuée par le réseau d'aqueduc municipal.
C'est une énorme inquiétude en moins pour la coalition de citoyen.ne.s et d'élu.e.s,qui a déployé beaucoup d'efforts dans les derniers mois pour sonner l'alarme sur les dangers posés par ce scénario - à commencer par le risque de voir la rivière contaminée à l'huile isolante de transformateur. « On se réjouit de ce revirement-là, c'est certain. Ça valait la peine de faire valoir nos arguments, même en l'absence de réponse tout ce temps-là ! » commente Daniel Quirion, citoyen mobilisé sur la question depuis dix mois. « On est particulièrement heureux d'avoir affronté ça en excellente collaboration avec la Municipalité. »
Le collectif reste toutefois prudent quant à la suite. En effet, Hydro-Québec priorise désormais la recherche d'un emplacement pour un poste de transformation plus au nord, dans une large zone à Saint-Gabriel-de-Brandon. Si l'endroit retenu se trouvait vers le centre de la zone étudiée, une ligne double de 735kV pourrait traverser le secteur boisé initialement à l'étude à Saint-Cuthbert pour aller rejoindre une ligne parallèle à l'Axe Vallée du Saint-Laurent. M.
Quirion rappelle que cette perspective pose en elle-même des risques importants :« Est-ce qu'Hydro-Québec peut nous confirmer qu'il y n'y aura pas de coupe à blanc dans la zone de protection intermédiaire et éloignée de la prise d'eau potable municipale ? On l'a dit et on continuera de le dire, c'est bien documenté qu'un tel déboisement ferait augmenter la pollution de la rivière en carbone, phosphore et sédiments. Et c'est sans parler du glyphosate, ni de l'impact de tout ça sur les puits du secteur. »
Les membres du regroupement entendent bien faire valoir leur point de vue durant le processus devant mener au choix du nouvel emplacement. Dans l'immédiat, cela étant, elles et ils accueillent l'abandon de l'option cuthbertoise comme une réussite collective, qui démontre qu'il est possible de s'opposer avec succès aux reculs démocratiques de notre époque. Des citoyen.ne.s et des élu.e.s aux points de vue et aux intérêts variés ont su unir leurs forces autour d'une même cause et, aujourd'hui, constatent non seulement un gain tangible, mais une meilleure connaissance des enjeux par la population et une plus grande capacité d'agir pour la suite des choses
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Congédiement de la pdg du port de Montréal : Le géant vacille
Les tuiles continuent de s'abattre sur le projet d'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur. Samedi le 4 avril, La Presse annonçait le congédiement de la PDG du Port de Montréal. Ce départ survient peu de temps après le départ d'un autre dirigeant important (Paul Byrd, VP) et après la démission du grand patron de DP World suite à ses plus de 9 000 mentions de son nom dans le dossier Epstein.
Il survient aussi moins d'une semaine après le grand succès d'une assemblée citoyenne qui s'est tenue à Verchères à l'initiative du Comité Vigie Citoyenne ? Le moins qu'on puisse dire est qu'il y a de l'eau dans le gaz pour ce projet insensé de 2,3 milliards dans lequel plus de 500 millions d'argent public sont déjà engagés.
L'assemblée organisée par Vigie Citoyenne s'est avérée un grand succès. De 100 à 125 personnes y ont assisté ce qui a obligé le comité organisateur à se tourner de bord rapidement pour s'installer dans la grande salle du centre communautaire. L'assemblée a débuté avec une présentation détaillée des impacts environnementaux et sociaux du projet faite par Hélène Reeves, coordonnatrice de Vigie Citoyenne. Après une période d'interventions de l'assistance, le professeur Eric Pineault, co-auteur d'une étude d'une quarantaine de pages démontrant clairement la non-pertinence de ce projet pour cause d'absence actuelle et prévisible d'augmentation de trafic de conteneurs. C'est simple, le tirant d'eau du Saint-Laurent en amont de Québec ne permet pas d'accueillir 70% du trafic mondial de conteneurs.
La perspective la plus probable est celle d'un éléphant blanc de plus de 2, peut-être trois milliards de dollars. La démonstration de M. Pinault était d'une limpidité exemplaire. S'en est suivi une période d'interventions de la salle qui nous a permis entre autres d'entendre le président du Parti Québécois dans Verchères M. Bruno Lavoie. Ce dernier, bien connu pour avoir travaillé activement à la réalisation de ce projet au cours des dernières années, s'est clairement prononcé pour un moratoire. On attend maintenant une prise de parole publique par PSPP. De son côté, la cheffe de Climat Québec Martine Ouellet était présente et a clairement exprimé l'appui de son parti à un moratoire.
Au moment où ces lignes sont écrites, on a un peu l'impression que les choses se précipitent donnant au projet des allures de Norhtvolt plutôt à ce que de Mirabel. On peut sérieusement penser que la fin de la partie peut être sifflée dans les prochains mois. Actuellement sur ce chantier, on fait comme des écureuils. Comme pour Northvolt, le terrain est saccagé et on est affairé à accumuler de gigantesques montagnes de grosses pierres (4 à 5 pouces de diamètre) dont une bonne partie sera utilisée à partir de l'automne pour avancer dans le fleuve créant les assises de l'immense quai de 675 mètres de long. C'est à ce moment que les travaux en eau vont commencer.
Le projet d'agrandissement de Contrecœur existe depuis une quarantaine d'années. Il ne se réalisait pas parce qu'on ne trouvait pas d'opérateur. L'implication de La Caisse dans la compagnie émiratie DP World a permis un déblocage. Les négociations sont cependant toujours en cours et une source bien informée nous apprenait que DP World exige dès le départ une arrivée de conteneurs permettant un fonctionnement à pleine capacité. Cela signifie 1,15 million de conteneurs alors que le Port de Montréal en a reçu 1,5 million en 2025 soit 75% de sa capacité. 1+1 fait 2, la seule façon pour DP World d 'obtenir ce qu'il veut est de cannibaliser le Port de Montréal. Deux à trois milliards pour ça ? On a affaire à du pur délire.
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Fermez la porte, les mouches !
Encore aujourd'hui, la probable future première ministre du Québec a réitéré son désir de consulter la population sur une possible relance des gaz de schiste et d'y réfléchir car, dit-elle, “le contexte a évolué”.
Évidemment, on pourrait penser à un ballon politique ou plus vraisemblablement, dans le cadre de cette course à la chefferie, à une façon d'attirer les votes des membres de la CAQ plus à droite mais ces quelques phrases donnent à penser aussi que madame Fréchette et son entourage ignorent ce qui motivait ces milliers de personnes manifestant dans la rue contre ce projet au début de la décennie 2010.
Il est sans doute opportun de rappeler que les permis d'exploration au Québec s'octroyaient à 10 $ le kilomètre carré, que des dizaines de consultations eurent alors lieu dans la vallée du Saint-Laurent, dans des salles bondées, que des centaines de séances d'informations furent organisées par les citoyens et que des milliers de mémoires et d'études furent déposés au gouvernement. Et que cette mobilisation citoyenne menant à la Loi mettant fin à l'exploration et à l'exploitation d'hydrocarbures en 2022 fut l'objet de dizaines de mémoires et de thèses universitaires. Alors, consulter ?... Il faudrait déjà lire. Se souvenir…
On affirme que la situation a changé. Que Donald Trump change la donne, comme s'il avait le pouvoir de modifier la nature du sous-sol ou de l'atmosphère. Oui les choses évoluent mais sur le plan environnemental c'est pour le pire ! Depuis 2010, nos écosystèmes aquatiques se sont détériorés, nos sols se sont dégradés et le réchauffement planétaire s'est accentué et s'accélère même, entraînant une kyrielle d'événements météo extrêmes. Quitter les filières fossiles du gaz naturel, du pétrole et du charbon est un impératif vital ; et l'on voudrait ouvrir la porte à la fracturation dans la Vallée du Saint-Laurent ?!
On voudrait forer pour du gaz alors qu'une étude récente montre que la composition du notre sérum sanguin semble “suivre” la concentration de CO2 dans l'atmosphère, la plus élevée depuis 2 millions d'années, et que cela pourrait affecter dans quelques décennies notre propre métabolisme ? On voudrait forer alors que l'on fermait à la mi-mars des sentiers de marche à Phoenix pour cause de chaleur excessive, 17 degrés au-dessus des normales ? Forer, alors que l'Antarctique commence à fondre et que nos forêts brûlent de plus en plus ? … Ce 23 mars, Antonio Guterres affirmait : « le chaos climatique s'accélère et toute tergiversation sera fatale ».
La saga des gaz de schiste au Québec nous a montré que la CAQ était en faveur de cette filière, que le gouvernement libéral après avoir ouvert la porte ne voulait pas vraiment la refermer, que le gouvernement péquiste était prêt à l'ouvrir pour le pétrole d'Anticosti tandis que QS était contre ces projets. Depuis, notons-le, sans les gaz de schiste, nous avons combattu la pandémie, notre PIB a doublé et Nick Suzuki connaît de bonnes saisons. Pourquoi forer au Québec pourrait-on se demander…
Une question demeure : sur quelle planète voulons-nous vivre ? Le cinéaste Tarkovski disait en 1986 : « L'homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu'il aura tout mangé, il ne faudra pas s'en étonner. » Quarante ans plus tard, désirons-nous que notre planète devienne de plus en plus inhabitable ? Voulons-nous fissurer, extraire et une fois encore ouvrir la boîte de Pandore ?
Comme il est courant d'entendre l'été à la campagne, “- Ferme la porte, les mouches ! ”
Marc Brullemans, Trois-Rivières,
L'auteur est membre du Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec et a été coordonnateur au Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec.
30 mars 2026
Références :
Foster & Rahmstorf. Global Warming Has Accelerated Significantly. Geophys. Res. Lett. 6 mars 2026.
https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2025GL118804
Larcombe & Bierwirth. Carbon dioxide overload, detected in human blood, suggests a potentially toxic atmosphere within 50 years. Air Qual Atmos Health. 26 février 2026. https://doi.org/10.1007/s11869-026-01918-5
Borenstein. Des records de chaleur enregistrés en mars. Associated Press. 20 mars 2026.
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-03-20/sud-ouest-americain/des-records-de-chaleur-enregistres-en-mars.php
Berwyn. Scientists See Converging Evidence of Antarctic Ice Retreat. Inside Climate News. 23 mars 2026.
https://insideclimatenews.org/news/23032026/antarctic-ice-retreat-evidence/
OMM. Le climat de la Terre est de plus en plus déséquilibré. 23 mars 2026.
https://wmo.int/fr/news/media-centre/le-climat-de-la-terre-est-de-plus-en-plus-desequilibre
Caron. La dernière interview de Tarkovski. Septembre 2010. https://maxencecaron.fr/2010/09/la-derniere-interview-de-tarkovski/
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Les Courageuses ont gagné !
Après des mois d'attente, le jugement est enfin sorti. Les Courageuses ont gagné ! Ce jugement devait déterminer si Gilbert Rozon devait verser des dommages-intérêts compensatoires et punitifs. Bien que huit des neuf demanderesses ont obtenu la reconnaissance de la responsabilité de M. Rozon dans les préjudices qu'elles ont subis, l'écart entre ce qu'elles demandaient - 14 millions $ - et ce qu'elles obtiennent - 880 780 $ - nous semble démesuré.
Il s'agit tout de même d'une victoire importante pour ces femmes qui se sont tenues "debout devant les préjugés, l'arrogance et le mépris". « Aujourd'hui, nous avons mis le pied dans la porte, pour faire avancer le droit des victimes. Il nous reste, comme société, à pousser tous ensemble sur cette porte, pour l'ouvrir toute grande », souhaite Patricia Tulasne.
Nos pensées et tout notre respect à ces Courageuses qui n'ont rien lâché durant ce long processus !
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Au nom des femmes, le tribunal restreint le droit de grève des femmes
Le 13 mars dernier, le Tribunal administratif du travail (TAT) a rendu son jugement (de 42 pages) ordonnant aux vingt grévistes du Centre de la petite enfance (CPE) de Roberval de maintenir les « services assurant le bien-être de la population ».
C'est le premier jugement rendu depuis l'adoption en novembre 2025, de la Loi 14 "visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock out".
Les seize éducatrices spécialisées, deux éducatrices non qualifiées et deux responsables de l'alimentation étaient en grève illimitée, depuis le 22 octobre 2025, notamment contre la décision du conseil d'administration du CPE – dont la majorité des membres sont des parents d'élèves – de supprimer la rémunération de leur pause-repas de trente minutes.
Elles sont désormais tenues de maintenir le CPE ouvert trois jours par semaine, ce qui mine bien évidemment la portée de leur grève.
Le « bien-être » contre le droit de grève
Jusqu'à l'adoption de la Loi 14, le 30 novembre 2025, les éducatrices disposaient du droit de grève, soit de se priver de salaire aussi longtemps qu'elles le pouvaient. Il était en effet admis que l'exercice du droit de grève dans les CPE n'avait pas « pour effet de mettre en danger la santé ou la sécurité publique ». Et cette mise en danger constituait, jusque-là, le seul motif dont pouvait se prévaloir le législateur pour supprimer le droit de grève (des policiers ou des pompiers par exemple) ou pour le limiter en exigeant le maintien de services essentiels (dans les hôpitaux, les transports collectifs, par exemple.).
Pour rappel, c'est au ministre du travail Jean Boulet, soucieux « du bien-être de la population en cas de grève », que l'on doit la loi L14. Avec elle, des grèves peuvent se voir interdites ou soumises à diverses restrictions si « elles affectent de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale de la population, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité ». Du fait de son imprécision, cette condition laisse au Gouvernement et aux juges du TAT un important pouvoir discrétionnaire d'interprétation.
Les grévistes contre les mères et les enfants
Le jugement du 13 mars 2026 est à cet égard exemplaire. Les trois juges du Tribunal administratif du travail saisis du dossier du CPE de Roberval ont tranché que la grève menée depuis quatre mois affectait « de manière disproportionnée la sécurité sociale des enfants fréquentant l'établissement de l'employeur, ainsi que la sécurité socioéconomique des parents » et, parmi eux, des mères en particulier.
Le jugement motive que « les enfants sont des personnes vulnérables par définition » ; et il retient des déclarations sous serment – dont près d'un tiers provient des membres du Conseil d'administration et dont des paragraphes sont « préformatés » - que la situation n'est plus tenable pour les parents en général et « pour les plus vulnérables », en particulier. Il enjoint le lectorat à « noter » que 19 des 23 déclarations sous serment de parents utilisateurs du CPE ont été produites par des femmes et précise que cela « traduit visiblement le fait que les mères assument encore aujourd'hui une plus grande part des responsabilités liées à la garde des enfants, ce qui nuit à leur capacité de participer dans des conditions d'égalité au marché du travail », « une réalité bien reconnue », selon la Cour suprême elle-même.
La grève est donc considérée comme ayant un « effet disproportionné sur la sécurité socioéconomique des parents, notamment parce qu'ils voient leur capacité à travailler compromise, en particulier les femmes ».
Une attaque contre le droit de grève des femmes
C'est donc, au nom des mères dont la vulnérabilité semble liée à « leur plus grande part de responsabilités liées à la garde des enfants », que le tribunal administratif du travail restreint le droit de grève des travailleuses de CPE.
Ce jugement pourrait servir de cas d'école dans sa manière d'exempter les pères pour diviser les femmes. Si les mères ont une « plus grande part de responsabilités liées à la garde des enfants », c'est selon toute vraisemblance, que les pères doivent en avoir une plus petite, ce que le jugement se garde bien de dire. Que les vingt grévistes soient des femmes et potentiellement des mères en emploi échappe tout autant au jugement.
Le problème à résoudre pour le tribunal est celui des travailleuses qui osent faire grève contre les mères. Un peu de solidarité avec les mères, voyons !
Sachant que les travailleuses sont surreprésentées dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation (96% des éducatrices à la petite enfance sont des femmes par exemple), qu'elles sont fortement concentrées dans les emplois de soin aux enfants, aux personnes âgées, aux malades qui sont par définition vulnérables, vis-à-vis desquels, les femmes assument donc toujours une « plus grande part des responsabilités », force est d'admettre que la loi 14 menace le droit de grève des femmes et que le jugement du 13 mars constitue un grave précédent.
Elsa Galerand, Professeure de sociologie, UQAM
Martin Gallié, Professeur de droit, UQAM
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Le Jardin de Robi – Les travailleuses gardent le cap
Premières victimes de la loi 14, les travailleuses du Jardin de Robi ont eu droit à une haie d'honneur du mouvement CSN hier matin. C'était la première journée où certaines d'entre elles devaient rentrer au travail, contraintes par le Tribunal administratif du travail à donner, trois jours par semaine, des services minimaux pour soi-disant assurer le bien-être de la population. Le conflit se poursuit malgré tout – comme la contestation en cour de cette loi qui brime les droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs.
Tiré de l'infolettre de la CSN En Mouvement
https://www.csn.qc.ca/actualites/le-jardin-de-robi-les-travailleuses-gardent-le-cap/
1 avril 2026
Pour la première fois depuis plus de cinq mois, des travailleuses du CPE Le Jardin de Robi accueillaient les enfants ce matin, conformément à la décision du Tribunal administratif du travail (TAT) exigeant l'instauration de services de garde du mercredi au vendredi jusqu'à la fin du conflit de travail. Leurs collègues qui ne sont pas à l'horaire aujourd'hui de même que de nombreux allié-es de la région leur avaient organisé une haie d'honneur tôt ce matin.
Car si un nouveau chapitre s'ouvre dans ce conflit de travail, rien n'est encore réglé au CPE Le Jardin de Robi. Le syndicat attend toujours un signal de la partie patronale pour reprendre la négociation. L'employeur dit vouloir charcuter les conditions d'emploi des travailleuses pour des raisons financières tout en refusant de discuter des solutions de rechange proposées par le syndicat. Il vient d'engloutir des sommes importantes dans un très lourd processus judiciaire pour ne pas avoir à négocier.
« On espère que toute l'énergie de l'employeur sera dorénavant concentrée sur la conclusion d'une entente négociée dans les meilleurs délais, explique la présidente du Syndicat des travailleuses des CPE et BC du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Nathalie Duperré. De notre côté, nous sommes prêtes à reprendre la négociation à tout moment. »
La secrétaire du Conseil central du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN, Darlène Tremblay, souligne la détermination des travailleuses qui sont les premières à être assujetties à la Loi 14. « Nous savions que cette loi aurait pour effet de rendre certains conflits de travail plus longs et plus difficiles. Ces travailleuses entendent bien se tenir debout jusqu'à l'obtention d'une entente respectueuse et satisfaisante. C'est tout à leur honneur. »
La vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Hélène Brassard, déplore le silence de la ministre de la Famille, Kateri Champagne Jourdain. « Est-ce qu'elle approuve la stratégie de l'employeur, qui mise sur la judiciarisation du conflit au lieu de rechercher des pistes de solution ? Nous comprenons très bien qu'elle ne veuille pas se mêler de la négociation, mais il est assez clair que la direction du CPE pourrait être mieux accompagnée ! »
À propos
La vingtaine de salarié-es du Jardin de Robi sont membres du Syndicat des travailleuses des CPE et BC du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN. Celui-ci est affilié à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN). Celle-ci regroupe 140 000 membres ce qui en fait la plus grande organisation syndicale en santé et services sociaux ainsi qu'en services de garde éducatifs à l'enfance.
Le Conseil central du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN, ce sont 160 syndicats comptant plus de 16 000 membres dans la région.
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Université McGill : la pression monte pour la négociation d’une première convention collective
Montréal, le 2 avril 2026 – Le Conseil fédéré des associations mcgilloises de professeur·es et bibliothécaires (COFAM <https://cofam-mcgill.ca/> ) et les cinq associations syndiquées qui le composent se mobilisent aujourd'hui à midi sur les marches du pavillon des Arts de l'Université McGill pour lancer leur campagne « Full Counter-Offer Now ! ».
Cette campagne vise à faire pression sur l'Université McGill pour qu'elle offre une réponse complète aux demandes des syndicats dans le cadre de la négociation de leur première convention collective.
« Nous avons présenté notre offre initiale en juillet 2025. Bien que nous progressons à la table de négociation, nous croyons qu'il est grand temps d'avoir une réponse complète de la part de l'Université, explique Julie Sénat, première vice-présidente de l'Association mcgilloise des professeur·es de la Faculté des arts (AMPFA), membre du COFAM. Nous demandons qu'une réponse complète à l'ensemble de nos demandes non pécuniaires nous soit donnée d'ici le 10 avril 2026. Que McGill arrête de se traîner les pieds ! »
Les demandes non pécuniaires initialement soumises à l'administration de l'Université McGill par le COFAM concernent l'amélioration des pratiques et réglementations relatives à la permanence ; les nominations et reconductions ; les promotions ; ainsi que d'autres questions essentielles à l'amélioration des conditions de travail de l'ensemble du personnel enseignant, y compris les membres contractuels, qui constituent le groupe le plus précaire. « Ces demandes n'auront pas ou peu d'impact pour l'employeur, mais permettront une meilleure transparence et équité au sein d'un milieu de travail, le partage de la gouvernance et de règles connues », ajoute Ed Dunsworth du comité de mobilisation de COFAM.
Les négociations en cours concernent tous les membres du COFAM, qu'il s'agisse de professeur·es avec des postes menant à la permanence, de bibliothécaires ou d'autres membres du personnel enseignant, notamment les membres contractuels du personnel enseignant avec rang universitaire.
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Des bonnes idées… en contradiction complète avec les décisions passées de la CAQ !
Revalorisation des CLSC, bienfaits de la décentralisation, constat d'échec quant au recours du privé : plusieurs des idées mises de l'avant par la CSN se retrouvent dans la politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Le problème, c'est que la CAQ a fait exactement le contraire depuis son arrivée au pouvoir en 2018.
Tiré de l'infolettre CSN En Mouvement
27 mars 2026
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) retrouve plusieurs de ses propositions dans la nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne présentée ce matin par le gouvernement. Par exemple, la revalorisation des CLSC – que la CSN revendique depuis des années – pour en faire de véritables points d'ancrage des soins et services et des portes d'entrée toutes désignées pour favoriser l'accès à l'ensemble de la population aux soins et services requis.
La CSN aurait souhaité que le gouvernement en profite pour faire le ménage dans la courtepointe d'acteurs, souvent privés, qui constituent la première ligne. D'ailleurs, dans cette politique, on peut lire que « les données probantes démontrent que le développement de l'offre privée n'améliore pas l'accès aux soins et que ces services ne sont pas plus efficients que ceux offerts sans frais pour les usagers dans les milieux financés par le gouvernement ».
Cette nouvelle politique vient confirmer l'échec des GMF comme porte d'entrée du réseau. Le gouvernement aurait pu aller plus loin pour améliorer les services à la population, notamment en interdisant aux médecins de pratiquer au privé comme d'autres provinces canadiennes ont choisi de le faire et en rapatriant les omnipraticiens en CLSC, dans le réseau public.
Dans sa politique, le gouvernement relève des problèmes importants liés à la rémunération à l'acte des médecins. Rappelons que la CSN revendique une révision globale du mode de rémunération. La CSN partage la vision d'un accès à la première ligne qui ne passe pas obligatoirement par les médecins. La politique actuelle n'est pas assez explicite quant au renforcement de la collaboration interprofessionnelle, clé de voûte d'une amélioration systémique.
La CSN note que la politique vise une décentralisation réelle vers les CLSC, ce qui est fort souhaitable. Cependant, il faut bien noter que le gouvernement agit dans le sens inverse depuis des années, notamment avec la création de Santé Québec.
« Depuis des années nous plaidons pour la décentralisation. Il est certain que le gouvernement pourra compter sur la collaboration de la CSN pour atteindre cet objectif, réagit sa présidente, Caroline Senneville. Nous demeurons sceptiques quant à la capacité de Santé Québec de relever véritablement ce défi de décentralisation, mais il faut souligner le virage politique que la CAQ semble vouloir emprunter. »
« Ce qui manque le plus dans cette politique, ce sont des signaux clairs qu'on va construire nos capacités publiques de répondre aux besoins, ajoute le président de la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Réjean Leclerc. Pour vraiment atteindre les objectifs de cette politique, il faudra nécessairement procéder à la déprivatisation et ramener, dans le secteur public, des soins et des services qui ont été livrés au marché au fil des dernières décennies de réformes et de compressions budgétaires. Nous aurons le gouvernement à l'œil pour nous assurer que cette politique ne permette pas de faire du profit sur la maladie. »
La présidente de la Fédération des professionnèles–CSN, Jessica Goldshleger, rappelle que ce sera un énorme défi pour Santé Québec de réussir ce virage dans un contexte de resserrement du financement du réseau. « Sur papier, en théorie, ce qui nous est présenté ce matin peut vraiment améliorer les choses. Cependant, certaines de ces orientations vont tellement à contresens des récentes décisions prises par la CAQ, que nous devrons demeurer vigilants. Le diable est dans les détails, alors nous avons hâte de voir comment ces objectifs louables se concrétiseront sur le terrain et nous espérons que Santé Québec nous consultera à ce sujet. »
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50 ans après l’« incident de Tiananmen », Xi a-t-il étouffé la société chinoise ?
Qui pourrait imaginer aujourd'hui que cent mille personnes manifestent sur la place Tiananmen, en plein cœur de Pékin ? Que des poèmes affichés sur le monument aux héros réclament la démission de Xi Jinping et dénoncent sa pensée ?
Tiré du blogue de l'auteur.
C'est pourtant ce qui s'est produit il y a tout juste cinquante ans, alors que Mao Zedong, le Grand Timonier objet d'un culte sans précédent, régnait sur l'Empire du Milieu.
« A bas le faux marxisme-léninisme ! », « L'époque de Qin Shihuang est révolue ! » : Le 5 avril 1976, jour de la Fête des morts, près de 100 000 personnes, selon les chiffres officiels, se sont rendues sur la place Tiananmen, en plein cœur de Pékin, pour rendre hommage au Premier ministre Zhou Enlai, le pragmatiste décédé trois mois plus tôt. Sa mort avait sonné le retour de la politique gauchiste de Mao. Dénoncer Qin Shihuang, le premier empereur qui unifia la Chine en 221 avant Jésus Christ, revenait à s'attaquer au Grand Timonier qui s'était toujours identifié à ce personnage historique.
Pendant la manifestation qui dura une journée entière, un poste de la police avait été attaqué par la foule. Le soir tombé, des milliers de miliciens mirent un terme au « désordre » à coups de matraque, contrairement à ce qui allait se passer treize ans plus tard[1]. Toutefois, dans les jours qui suivirent, des centaines de manifestants furent arrêtés et envoyés au laogai ou en prison.
Rendue possible par l'exaspération des jeunes revenus clandestinement des villages où ils avaient été envoyés se faire rééduquer, par l'inquiétude des cadres à peine réhabilités sentant que le regain de gauchisme risquait à nouveau de les menacer, et par le dégoût des ouvriers face à la dégradation de leur niveau de vie, cet « incident » marque un tournant dans l'histoire de la Chine contemporaine
Trois jours après la manifestation, le Quotidien du peuple dénonçait « l'incident politique contre-révolutionnaire de Tiananmen » et annonçait que Deng Xiaoping[2], l'hééritier de Zhou, était démis de toutes ses fonctions au sein du Parti et de l'Etat.
Mais la répression fut de courte durée : le 9 septembre, le Grand Timonier disparaissait ; le 6 octobre, la « Bande des Quatre » dirigée par son épouse était arrêtée ; en juillet 1977, le contre-révolutionnaire Deng Xiaoping était rétabli dans ses fonctions.
En novembre 1978, la direction du Parti fait volte-face et l'« incident contre-révolutionnaire de Tiananmen » est qualifié de manifestation révolutionnaire. L'un des héros de cet événement, Wang Juntao[3], à l'époque lycéen incarcéré pour avoir déclamé des poèmes à la gloire du Premier ministre décédé, est réhabilité avant d'entrer au comité central de la Ligue de la Jeunesse communiste.
Un tournant historique
Pour la première fois de son histoire, le Parti reconnaît la légitimité d'une manifestation populaire, ouvrant la voie au « mur de la démocratie » sur lequel en 1978-79, de simples citoyens raconteront les souffrances subies sous le règne de Mao et demanderont la démocratisation du régime.
La manifestation de Tiananmen représente un événement majeur dans l'histoire de la Chine contemporaine : elle a montré que le Parti ne pouvait pas gouverner contre une société urbaine qui, du vivant même du tyran, a bravé la répression pour exprimer sa détestation d'une politique plongeant le pays dans la pauvreté et le chaos, et a manifesté ouvertement son soutien aux « quatre modernisations »[4] prônées par Deng Xiaoping. Elle a ouvert la voie à la politique de réforme et d'ouverture et à une forme d'émancipation de la société chinoise.
Cinquante ans après cet événement, le Parti semble revenu à la glaciation. Après trois décennies marquées par la réforme, Xi Jinping a éliminé les embryons de société civile qui avaient timidement refait leur apparition après le massacre de Tiananmen du 4 juin 1989[5]. Le mouvement de défense des droits civiques, qui protégeait les citoyens des abus des cadres du Parti, a été pratiquement anéanti. Le système capillaire de contrôle, déjà bien présent en 1976, a été renforcé par la généralisation des caméras de surveillance et de la reconnaissance faciale, dans le but d'étouffer dans l'œuf toute tentative de protestation.
Notons que, bien que le « mouvement du 5 avril » ait été réhabilité en 1978, cette date n'est pas devenue un jour férié, et les médias officiels préfèrent l'oublier. Pas question en effet, de faire l'éloge d'un mouvement spontané de la société contre le Grand dirigeant du Parti.
Aujourd'hui, de lourdes condamnations attendent ceux qui osent remettre en cause la parole du nouveau timonier ; les membres des minorités ethniques doivent renoncer à leur culture, à leur religion, sous peine d'être envoyés dans des camps de rééducation qui ont repris de la vigueur ; l'enseignement doit se faire exclusivement en mandarin, et pour toute la population, les espaces d'expression critique se réduisent comme peau de chagrin[6].
L'incident de Tiananmen a été oublié et il n'est pas certain que les jeunes Chinois aient conscience de son importance.
Toutefois, malgré le renforcement du contrôle social, des mouvements de protestation sont apparus à la suite de la mise en œuvre brutale de la politique de zéro Covid : en novembre 2022, dans de nombreuses villes de Chine, des jeunes sont descendus dans les rues, arborant des feuilles blanches pour dénoncer la répression de la liberté d'expression, et exiger la démission de Xi Jinping. Ce mouvement a fait long feu, et il est loin d'avoir atteint l'ampleur de la manifestation qui, il y a cinquante ans, avait ébranlé la Chine, provoquant un revirement de la politique du Parti. Il nous rappelle cependant que, même dans les moments les plus sombres de l'histoire, la société trouve les moyens d'exprimer ses revendications.
Notes
[1] Le 4 juin 1989, l'Armée commettait un massacre dans le centre de Pékin occupé par des manifestants qui réclamaient la démocratie.
[2] « L'incident politique contre-révolutionnaire de la place Tiananmen (Tiananmen guangchang de fangeming zhengzhi shijian),et « Décision du Comité central du PCC sur l'exclusion de toutes les fonctions de Deng Xiaoping au sein et en dehors du Parti (Zhonggong zhongyang guanyu sanxiao Deng Xiaoping dangnei wai yiqie zhiwude jueyi),Quotidien du peuple, 8 avril 1976, https://cn.govopendata.com/renminribao/1976/4/8/1/#474800
[3] Voir Jean-Philippe Béja, Surveiller et punir en Chine, Paris, La Découverte, 2026 pp.124-129
[4] En 1975, Zhou Enlai avait réaffirmé la nécessité des modernisations de l'agriculture, de l'industrie, de la défense nationale, des sciences et des techniques. Deng Xiaoping a repris cette ligne.
[5] Voir Note 1
[6] Le 24 mars, l'avocat défenseur des droits Xie Yang a été condamné à cinq ans de prison pour incitation à la subversion. Human Rights Watch, « Chine : un éminent avocat défenseur des droits humains condamné à cinq ans de prison », https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/24/chine-un-eminent-avocat-defenseur-des-droits-humains-condamne-a-5-ans-de-prison
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Mordechai Vanunu : Un sublime traître d’Israel !
Il a fallu que le missile iranien frappe la ville israélienne de Dimona pour que nous nous souvenions (à nouveau) de l'incroyable histoire de Mordechai Vanunu. Et aussi, de la grande leçon qu'elle nous enseigne : il existe, même s'ils sont peu nombreux, des Juifs israéliens qui résistent à la barbarie de cet État israélien génocidaire, devenu une véritable machine à tuer et à détruire, perpétuant ainsi la longue tradition des luttes de la Diaspora juive pour la démocratie, la liberté des opprimés et le socialisme révolutionnaire et internationaliste. Une Diaspora qui peut se prévaloir, entre autres, d'un Einstein qui, dès 1948, mettait en garde en dénonçant comme « fasciste et terroriste » Menachem Bégin, mentor et précurceur de Netanyahou. (1)
Ou encore d'un Marek Edelman, seul chef survivant de l'insurrection du ghetto de Varsovie, qui ne voulait avoir aucun lien avec l'État sioniste, déclarant que « pour moi, il n'y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une terre promise. (...) Quand on choisit de vivre parmi des millions d'Arabes, il faut se mélanger à eux et laisser l'assimilation et le métissage faire leur œuvre » (2) Nous republions donc ci-dessous notre texte de 2006, lorsque Vanunu sortait de prison, et surtout celui que nous lui avions consacré au lointain 1988, lorsque le tribunal israélien l'avait condamné à une peine de 18 ans d'emprisonnement et d'isolement.
Y.M.
Mordechai Vanunu : un traître sublime
Exactement 18 ans après son incarcération et sans qu'il ne se soit vu accorder un seul jour (!) de remise de peine sur ses 18 ans d'emprisonnement, le « traître » et « espion » Mordechai Vanunu est sorti de sa prison israelienne. Alors, ce « grand enfermé » de notre siècle est-il enfin libre ? Ne soyons pas naïfs. L'incroyable vindicte de l'État israélien n'a pas et ne peut avoir de fin. Les interdictions, restrictions et menaces de nouvelles poursuites de toutes sortes pleuvent sur le « libre » Mordechai, comme si sa simple existence constituait la plus grande menace pour l'État sioniste.
Cette fois-ci, les différents Sharon et Peres, mais aussi ces compatriotes qui l'ont accueilli à la porte de la prison avec la banderole éloquente « kill Vanunu », ont raison de s'inquiéter. Vanunu ne baisse pas les bras, et cela ressemble déjà à un grand miracle. Il ne se contente pas de déclarer « fier de ce que j'ai fait ». Il va désormais encore plus loin : « il ne devrait pas y avoir d'État juif. Les Juifs et les Palestiniens devraient vivre où ils veulent ». Et pour qu'il n'y ait aucun doute, Mordechai, qui est entré en prison à 30 ans et en sort aujourd'hui à 50 ans, affirme son identité : « Je suis un défenseur du monde arabe » !
Il y a 16 ans, nous nous demandions qui était exactement ce Vanunu (voir le texte ci-dessous). Aujourd'hui, nous pouvons répondre à cette question, certains désormais de ne pas nous tromper. Oui, Vanunu est bel et bien un traître. L'un de ces rares et exceptionnels traîtres qui sauvent l'honneur de l'humanité à l'heure où il est minuit moins cinq sur l'horloge de l'Histoire. L'un des rares à choisir la voie la plus difficile, celle de la trahison de sa « race », de sa nation et de son État, afin de défendre, ne serait-ce que seul à contre-courant, des valeurs plus universelles telles que la solidarité, la justice ou la simple dignité humaine.
Tout cela, l'État sioniste le sait très bien et c'est pourquoi il le craint plus que tout autre chose. Et précisément parce que Mordechai Vanunu est un digne héritier de la longue tradition des « hérétiques » juifs Spinoza et Marx, Einstein et Luxemburg, Freud et Trotski, du socialiste Bund et des insurgés du ghetto de Varsovie, il doit disparaître sans laisser de trace derrière lui. Vain effort. Même si le chemin est encore long, même si les victoires du nationalisme barbare se multiplient, l'avenir – s'il existe – appartient à ceux qui choisissent d'aller à contre-courant pour rester fidèles à ce qui rend la vie digne d'être vécue. Traîtres de tous les pays, unissez-vous...
Le combat solitaire de Mordechai Vanunu
Peut-être que dans dix, vingt ou trente ans, il existera un prix international pour la paix qui portera le nom de Mordechai Vanunu. Peut-être alors que Vanunu sera un modèle pour son pays, Israël, et pour les jeunes élèves du monde entier. Peut-être même que les grands de cette époque rivaliseraient pour prononcer des platitudes sur la « stature morale » de Vanunu. Mais aujourd'hui, Vanunu n'est plus un héros. C'est un simple condamné, marqué du sceau de « traître » et d'« espion »...
Le 27 mars, les autorités israéliennes n'avaient pas seulement à faire face à la revolte palestinienne. Bien qu'elles aient opté, depuis longtemps, pour le secret absolu et la tactique de la feinte indifférence, elles devaient désormais essuyer le déluge de réactions internationales suite à la condamnation du technicien nucléaire Vanunu à 18 ans de prison. Pour le ministre des Affaires étrangères et membre de l'Internationale socialiste, M. Shimon Peres, Vanunu n'était qu'un traître qui « avait porté atteinte à la sécurité d'Israël » (déclaration de Peres devant le tribunal).
Cependant, l'implication de M. Peres dans l'affaire Vanunu ne se limite pas à cette déclaration laconique. M. Peres était Premier ministre d'Israël lorsqu'il a pris la décision d'ordonner l'enlèvement de Vanunu à Rome, quelques jours après ses révélations dans le Sunday Times de Londres. Comme toujours, l'opération des services secrets israéliens a été planifiée et menée à bien de manière impeccable. Il ne manquait d'ailleus que la blonde Mata Hari, qui a séduit le « traître » afin de l'attirer plus près des limiers du Mossad. Ensuite, l'envoi du « colis » à Tel-Aviv n'a été qu'une formalité... C'était en décembre 1986.
Mais pourquoi toute cette mobilisation et ce gigantesque scandale international ? Peut-être parce que l'ancien technicien de la centrale nucléaire de Dimona, dans le désert du Néguev, avait révélé au journal britannique qu'Israël était bel et bien la sixième puissance nucléaire mondiale ? Peut-être parce qu'il avait assuré à l'opinion publique mondiale qu'Israël possédait déjà au moins 100 ogives nucléaires ? Probablement pas, puisque tout cela était plus ou moins connu. En réalité, le crime de Vanunu était de donner le mauvais exemple. Dans un pays qui estime ne survivre que parce qu'il cultive consciemment l'idéologie du « bunker » encerclé, toute transgression ne peut qu'être réprimée sans pitié. Vanunu devait donc être puni pour l'exemple.
Les kidnappeurs d'État ne semblaient toutefois pas si sûrs de leurs arguments. À d'autres époques, le coupable de « haute trahison et de collaboration avec l'ennemi en temps de guerre » aurait fait l'objet d'un spectacle public et aurait été la cible de la célèbre hystérie chauvine de la foule. Dans le cas de Mordechai Vanunu, cependant, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Secret, isolement, aucune communication avec le monde extérieur, et un procès à huis clos ! L'accusé pouvait en effet se transformer en accusateur.
Et bien sûr, c'est exactement ce qui s'est passé. En remerciant – par l'intermédiaire de son frère, également recherché par les services de sécurité israéliens pour avoir révélé des détails sur l'enlèvement de Mordechai – le comité qui lui a décerné en décembre dernier le prix alternatif du Nobel de la paix (le Right Livelihood Award), Vanunu déclare à propos des armes nucléaires : « Même si nous ne pouvons pas les arrêter, nous pouvons au moins en prendre connaissance, alerter le monde à leur sujet... et ainsi augmenter le nombre de personnes qui résistent. Notre rôle est d'être les prophètes en colère » !
Il ne faut toutefois pas croire que Vanunu ait pu s'exprimer librement ne serait-ce qu'une seule fois. Même ce discours officiel a été censuré par la censure militaire de son pays. Les extraits que nous citons sont ceux que les censeurs ont approuvés...
« Je suis maintenant en prison et je ne peux pas m'exprimer librement comme je le voudrais. Cependant, tout le monde sait ce que j'ai fait et quelles étaient mes intentions et mes objectifs. C'était une action positive et elle a partiellement réussi ». Et le seul message que Vanunu a réussi à faire sortir de sa prison depuis 18 mois se terminait ainsi :
« L'acceptation passive et la tolérance des armes nucléaires constituent le mal de la société actuelle. Les armes nucléaires sont des créations humaines. L'homme les a fabriquées, l'homme a créé ces moyens de destruction pour se suicider. « Mais l'homme peut changer d'avis »... « Je veux continuer à lutter contre la prolifération des armes nucléaires. Malgré l'emprisonnement et les épreuves, je suis sûr de moi et certain d'avoir agi comme il se doit » !
Naïf ? Un héros romantique qui, par malchance, vit à notre époque cynique ? Qui est donc Mordechai Vanunu ?
Si l'on en juge par les comités qui lui ont décerné le prix, que nous avons mentionné plus haut, le prix de la Fondation pour la paix basée au Danemark, Vanunu « incarne un exemple de courage personnel car il a suivi l' injonction de sa conscience dans son opposition morale aux armes nucléaires, et parce qu'il a révélé ce qui doit être considéré comme l'un des secrets les mieux gardés au monde – l'arsenal nucléaire israélien – sans tenir compte des grands dangers auxquels il allait devoir faire face » (extrait de l' exposé des motifs du deuxième prix international).
Si l'on en juge également par le contenu de l'appel en faveur de Vanunu signé par 12 lauréats du prix Nobel et 8 scientifiques de renom (L. Pauling, Carl Sagan, N. Tinbergen, Hans Bethe, W. Weisskopf, etc.), l'acte dont Vanunu est accusé « constitue un devoir moral que comprennent les scientifiques consciencieux du monde entier ». Et bien sûr, ce n'est pas un hasard si, parmi ces éminents scientifiques qui s'inclinent devant le « courage solitaire » du jeune technicien israélien, nous reconnaissons les noms de trois personnalités qui avaient cosigné avec Albert Einstein, en 1946, la déclaration dans laquelle était souligné pour la première fois le danger d'un holocauste nucléaire...
Et pourtant, Vanunu est emprisonné et en isolement, dans l'espoir (!) de retrouver sa liberté en... 2004, à condition bien sûr de faire preuve de bonne conduite, comme le lui a annoncé le président du tribunal. Quoi qu'il en soit, « Mordechai n'est pas désespéré. Il veut poursuivre son combat » (déclaration de son avocat immédiatement après sa condamnation).
Le « naïf » Vanunu est-il donc un romantique ? Mais alors, qui sont les réalistes ?
Publié dans le numéro de mai 1988 du magazine « Tétarto »
Notes
1. Quand Einstein appelait "fascistes" ceux qui gouvernent Israël depuis 44 ans... : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/240821/quand-einstein-appelait-fascistes-ceux-qui-gouvernent-israel-depuis-44-ans
2. Des combattants légendaires du ghetto de Varsovie et anti-apartheid soutiennent la résistance palestinienne ! : http://ujfp.org/des-combattants-du-ghetto-de-varsovie-et-anti-apartheid-soutiennent-la-resistance-palestinienne/
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Panahi choisit la prison plutôt que l’exil : la dignité qu’aucun Oscar ne peut acheter
« Si je n'étais pas allé en prison, si je n'avais pas été écarté de ma société et si je n'avais pas affronté ces défis, ce film n'aurait peut-être jamais été réalisé. Ce qui signifie que ce régime, en me jetant en prison, m'a en quelque sorte offert ce film. Tous ces personnages étaient des personnes que j'avais connues en prison. »
Tiré du Journal des alternatives.
Jafar Panahi a prononcé ces paroles à Los Angeles, deux jours avant la 98e cérémonie des Oscars, lors de la rencontre annuelle des candidatures au meilleur film international. Le cinéaste iranien de 65 ans arrivait avec deux nominations : meilleur film international et meilleur scénario original pour It Was Just an Accident, le même thriller qui lui a valu la Palme d'or à Cannes en mai 2025.
Pourtant, cette saison de prix se déroulait dans une dissonance brutale. Le 1er décembre 2025, un tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran l'avait condamné par contumace à un an de prison et à deux ans d'interdiction de quitter le pays pour « activités de propagande contre le régime ». Et depuis le 28 février 2026, l'Iran se trouvait en guerre ouverte : des attaques coordonnéesdes États-Unis et d'Israël avaient frappé des cibles dans le pays, laissant la population civile dans un chaos marqué par des blocages presque totaux d'Internet et une crise humanitaire sans précédent.
Promouvoir un film pendant que son propre pays s'effondre n'a pas été un exercice de glamour, mais de résistance extrême.
Entre le tapis rouge et les morgues
En janvier de cette année, lors des Golden Globes, Panahi attendait dans la file de véhicules pour le contrôle de sécurité quand il a consulté son téléphone. Les images montraient Kahrizak, une morgue en banlieue de Téhéran, débordée par les cadavres à la suite de la répression contre les manifestations qui avaient éclaté dans les semaines précédentes. « Je me sentais étouffé », a-t-il relaté à NBC News. Sur le tapis rouge, les journalistes voulaient parler de cinéma ; il arrivait à peine à articuler un mot.
À la fin de février, alors qu'il voyageait de Barcelone à New York pour une entrevue à The Daily Show, il a appris le déclenchement des attaques militaires. Pendant des jours, il a tenté de joindre sa famille en Iran, mais l'interruption massive des communications — le pays est resté pratiquement déconnecté — en a fait une tâche presque impossible. « Peu importe à quel point on essaie de se tenir informé à distance, ce n'est pas la même chose que d'être là-bas », a-t-il admis.
Cette tension entre la célébration internationale et l'effondrement au pays a défini toute sa tournée de prix. Le cinéaste, qui avait déjà purgé une peine à Evin entre juillet 2022 et février 2023 — libéré après une grève de la faim —, faisait maintenant face à la possibilité de retourner dans les mêmes cellules pendant que Hollywood l'applaudissait.
Un film né dans la clandestinité
It Was Just an Accident n'a pas été tourné sur un plateau conventionnel avec des permis officiels. Il a été filmé en secret à l'intérieur de l'Iran, sans approbation préalable du scénario — une exigence imposée par les autorités pour contrôler la production cinématographique — et avec des actrices qui apparaissent à l'écran sans hijab, défiant ouvertement la loi obligatoire. Cette décision n'est pas un détail esthétique : elle constitue une affirmation politique explicite.
L'intrigue commence par un incident apparemment banal : une famille voyage en automobile, une fillette danse sur la banquette arrière et, soudain, ils heurtent un chien. Le véhicule a besoin de réparations dans un atelier mécanique. Là, le protagoniste, Vahid, reconnaît chez un homme qui boite, le conducteur — qu'on appelle « Jambe de bois » —, le tortionnaire qui l'avait interrogé pendant des années lors de sa détention. Le trahissent le bruit de ses pas et la prothèse à la jambe.
À partir de cette rencontre, le film réunit d'autres personnes survivantes de la répression, tous d'anciens prisonniers politiques qui croient identifier le même bourreau. La question centrale devient moralement corrosive : est-ce vraiment lui ? Et, si c'est le cas, qu'est-ce qu'on fait ? Panahi choisit de ne pas montrer le visage du suspect, un choix qui amplifie l'angoisse : l'horreur pourrait porter le visage de n'importe qui.
L'idée est née directement de son expérience à Evin. « Quand j'étais interrogé, j'avais toujours un bandeau sur les yeux et j'étais face au mur », a-t-il expliqué à PBS NewsHour. « J'ai toujours voulu savoir qui était derrière moi. Et si je le voyais dehors, est-ce que je le reconnaîtrais ? » Le film transforme cette incertitude en un thriller tendu qui explore la mémoire traumatique, l'impunité et les limites entre vengeance et justice.
Le cinéma iranien comme forme de résistance
Aux Oscars de 2026, le cinéma iranien a marqué sa présence avec huit candidatures dans différentes catégories, dont le documentaire Cutting Through Rocks, de Sara Khaki et Mohammadreza Eyni — le premier iranien nommé dans la catégorie du meilleur documentaire.
Personne n'a remporté la statuette lors de la soirée du 15 mars 2026. Mais leur existence et leur visibilité, pendant que l'Iran brûlait, ont fonctionné comme une interpellation silencieuse à l'industrie qui les ovationnait.
Le propre collaborateur de Panahi au scénario, l'activiste et journaliste Mehdi Mahmoudian, a été arrêté à Téhéran pendant la saison des prix et est resté 17 jours en détention avant d'être libéré sous caution.
La triple couronne et le retour inévitable
Avec ce film, Panahi a complété la fameuse « triple couronne » des grands festivals européens : Palme d'or à Cannes (2025), Ours d'or à Berlin pour Taxi (2015) et Lion d'or à Venise pour Le Cercle (2000).
Malgré tout — ou précisément pour cela —, Panahi a annoncé qu'il retournerait en Iran une fois la campagne terminée de prix pour affronter sa condamnation. « Je n'ai qu'un seul passeport : celui de mon pays », a-t-il déclaré au Festival de Marrakech. « Jamais, même dans les années les plus difficiles, je n'ai envisagé de partir et d'être un réfugié ailleurs. »
Panahi transforme son retour en Iran non seulement en un acte de cohérence personnelle, mais en l'aboutissement dramatique de son propre œuvre. En choisissant la prison à Téhéran plutôt que la sécurité de l'exil, le réalisateur écrit, en temps réel, l'épilogue que Ce n'était qu'un accident n'a pas pu filmer. Panahi sait qu'en posant le pied sur le sol iranien, il livrera sa liberté comme dernier photogramme : un geste qui oblige le régime à décider s'il le réduit au silence ou si, en l'emprisonnant, il finit par amplifier sa voix partout dans le monde.
Lors de la cérémonie des Oscars, l'acteur Javier Bardem, en présentant le prix du meilleur film international, a prononcé un message de « non à la guerre et Palestine libre ». L'histoire de Jafar Panahi rappelle que, même quand le monde brûle, qu'il existent des gens qui choisissent de filmer la vérité. Soutenir et appuyer le cinéma dissident iranien — depuis la presse, les institutions culturelles ou la citoyenneté — constitue des formes concrètes de solidarité. Ce n'est pas seulement un geste esthétique : c'est une défense partagée de la dignité humaine et de la liberté d'expression. En temps de conflit et de censure, le silence n'a jamais été ni ne sera un allié.
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Back 2 Roots
En lettres attachées
sur ma peau tatouée écrire
ma feuille de route d'un air détaché
quand vient le temps de me décrire
À la lettre retranscrire
mon transit génétique en mutation
sans omettre de circonscrire
les lignes de démarcations
auxquelles j'ai dû m'y souscrire
Tracer la ligne sur ce qui est à proscrire
de ma ligne de conduite à l'avenir
du passé, des souvenirs m'y souscrire
avant qu'ils n'éclipsent totalement mon devenir
à la source revenir
à maturité parvenir.
Zaz pitit Dessalines
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Quels maîtres servent-ils ?
Je suis une grande fan de séries historiques, en particulier celles qui se passent en Italie. Le Rome de HBO, au début du millénaire, puis la série sur les Médicis de Florence et, bien sûr, les Borgia, mettant en scène Cesare Borgia, joué par le Québécois François Arnaud, lequel aurait inspiré Machiavel pour son livre Le prince, un apport capital de la Renaissance italienne. Nous parlons du personnage historique et non de l'acteur, évidemment. Dans ces séries, il y a toujours une conjuration par ci, un meurtre par empoisonnement par là ou un combat mortel à l'épée.
On ne passait pas par quatre chemins à l'époque pour se débarrasser de ses adversaires politiques. Heureusement, il apparait que nous sommes rendus à un stade plus évolué de société – ou moins sanglant, disons. Il y a bien eu quelques ingestions non consensuelles de polonium ces dernières années que nous pourrions mettre sur le compte d'admirateurs du KGB de la défunte URSS. En revanche, dans les séries historiques, il y a toujours un mobile clair. Si parfois les intrigues sont complexes, on finit toujours par savoir quel est le maître et qui est son serviteur. Pour ses services, on recevra une nomination comme cardinal, une dot considérable, une union princière ou même une couronne et un empire. Comment conquérir le pouvoir et s'y maintenir, telle était la pensée machiavélienne.
Nous ne vivons pas exactement ni dans une République ni dans une monarchie et notre système économique s'est complexifié notablement, cependant, il demeure que de se demander à quoi sert une manœuvre politique permet souvent d'apercevoir qui sont les protagonistes. Ou pour le dire plus simplement : qui sert la CAQ ?
Cette semaine, le Premier ministre a officiellement quitté sa fonction. Il s'est permis de faire un bilan de ses accomplissements. En très peu de temps, plusieurs commentateurs y sont allés de leur liste des méfaits de Legault. Quand on y ajoute des chiffres, ces listes deviennent un peu affolantes, par exemple la filière Norvolt et tous les projets qui y sont associés qui dépassent le milliard. Au même moment, trois lois antisyndicales ont été adoptées, soit les projets 3, 7 et 9. Ce sont des attaques au droit d'association des travailleurs et des travailleuses, aux groupes communautaires qui défendent des droits collectifs et à la liberté de conscience et d'expression. Pendant que l'on honorait l'ancien Premier ministre sur toutes les tribunes, voilà ce dont les médias n'ont que peu parlé : le recul de nos droits. À la question, qui servent les journalistes, dans le cas de Quebecor, il n'y a pas de mystère.
Nous connaissons notre Borgia
Toute cette campagne de lois qui vont hypothéquer nos droits et libertés ne semble pas avoir de mobile : on ne saisit pas bien quelles seront les retombées immédiates pour le Premier ministre sortant, pas plus que pour ses successeurs. L'élection de Drainville pourrait finir de rachever la Coalition Avenir Québec et la faire disparaitre du paysage. Ils ne font pas de gains dans les sondages grâce à leur législature. Quel est donc le motif ? On dit souvent que les politiciens, surtout de droite, qu'ils servent le capital. Mais, c'est un peu une formule de marxiste qui a mal vieillie. Non, les politiciens servent leurs intérêts immédiats, ce ne sont pas des philosophes, encore moins des religieux. En l'occurrence, la raison principale, c'est généralement leur réélection. Pourtant, Legault quitte et plusieurs caquistes aussi. Est-on devant de la fixation idéologique : à bas les Wokes, à bas les progressistes ? Une vengeance personnelle contre quelque dirigeant syndical ? Mystère.
Paradoxalement, ce qui est en train de se voter va servir les compétiteurs du parti de Legault, soit le PQ, les conservateurs, ou, possiblement, les Libéraux. La CAQ construit les bases d'un système plus autoritaire pour céder le pouvoir à quelque d'autre. Il y a quelque chose là-dedans qui est profondément troublant. Machiavel, lui-même, en serait bouche bée, ou alors son verdict serait peut-être que la CAQ est une bande de poules sans tête. Le corps, bien que sans cerveau, continue sur sa lancée. J'imagine que l'on aura une partie de solution quand nous connaîtrons le prochain employeur de monsieur Legault. Pour l'instant, je pourrais jurer que le rêve de notre ancien PM est de se faire inviter sur le yacht de Bezos et qu'il fait des pieds et des mains pour montrer qu'il casse du syndicat, encore mieux qu'Amazon.
J'hésite maintenant à continuer parce que la question que je vais poser m'apparait plus cruelle, mais elle est nécessaire : quels maîtres sert la gauche ? Les groupes communautaires ont mené exemplairement la charge cette semaine avec leur campagne Le communautaire à boutte. QS les a appuyés et les a accueillis à l'Assemblée nationale. Le conseil central du Montréal métropolitain de la CSN s'active. Quelques cégeps ont des mandats de grève sociale. Alors, où en sont les étapes pour lancer une grève sociale, voire une grève générale illimitée ? Quelles sont les actions pour stopper l'érosion de nos droits ? Dans un moment de découragement, je peux avoir l'impression que nous nous sommes pris un coup de dague dans le côté, car où sont les mots d'ordre mobilisateurs venant de la bouche des directions des grandes centrales ? Puis je me rappelle : ces derniers ne sont pas nos maîtres et nous ne les servons pas. Nous sommes nos propres maîtres et c'est pourquoi la base doit, elle-même, se mobiliser et renforcer les rangs de ceux qui se battent sur le terrain. Ce combat n'est pas fini.
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La contribution de la Quatrième Internationale à l’écosocialisme
Ce document retrace le chemin parcouru par l'Internationale, des préoccupations modernistes de Trotsky à l'adoption du Manifeste pour une révolution écosocialiste et la campagne menée autour de celui-ci par les sections.
Tiré de Inprecor
31 mars 2026
Par Michael Löwy, Daniel Tanuro
Portraits des présidents participant à la COP26, 6 novembre 2021. Photothèque Rouge / Martin Noda /Hans Lucas
manifeste écosocialiste
numéro 742 - mars 2026
Léon Trotsky, fondateur de la Quatrième Internationale en 1938, est l'une des grandes figures révolutionnaires du 20e siècle et un théoricien marxiste hors pair. Lénine et Trotsky ont été les principaux dirigeants de la révolution d'Octobre. Fondateur de l'Armée rouge et adversaire implacable de la contre-révolution stalinienne, Trotsky se distingue par son analyse marxiste du fascisme et de la bureaucratie, ainsi que par ses théories du développement inégal et combiné et de la révolution permanente.
Léon Trotsky : un grand penseur, mais pas un écosocialiste…
En fondant la Quatrième Internationale alors qu'il était « minuit dans le siècle », il a transmis l'héritage du marxisme révolutionnaire aux générations suivantes. Son œuvre couvre des événements clés tels que la révolution russe, l'ascension et le déclin de l'Internationale communiste, la vague révolutionnaire de 1917-1923 et son reflux, le fascisme et le stalinisme, le Front populaire et la révolution espagnole, le déclin de l'Empire britannique et la montée en puissance des États-Unis.
L'absence de toute conscience écologique jette une ombre sur cette évaluation. L'héritage que Trotsky a légué à ses successeurs ne fait aucune référence aux préoccupations, aux outils et aux concepts précurseurs de l'écosocialisme développés par Marx et Engels. Cette lacune est particulièrement frappante dans les vues de Trotsky sur le progrès et la relation entre l'humanité et la nature, dans sa conception de la science et de la technologie, et dans son approche de la question paysanne.
Alors que leur vision dialectique du progrès avait conduit les fondateurs du marxisme à se méfier des « “victoires sur la nature” – elle se venge sur nous de chacune d'elles » (1)– Trotsky les louait sans nuance : « L'homme socialiste maîtrisera la nature entière […] au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans » (2).
L'idée que les progrès de la science dévoilaient tous les mystères de l'univers les uns après les autres était très répandue au 19e et au début du 20e siècle. Les fondateurs du marxisme ne se sont pas toujours écartés de cette approche, mais ils ne croyaient ni à la « connaissance absolue » ni à la « pensée souveraine ». Moins prudent, Trotsky proclamait haut et fort sa « foi […] en les possibilités illimitées de la connaissance, de la prédiction et de la maîtrise de la matière » (3).
Certains éléments indiquent que Marx ne considérait pas la technologie comme neutre. L'évaluation de Trotsky est différente. À la question « qu'est-ce que le concept de société de classes ? », il répond : « le caractère de classe de la société réside fondamentalement dans l'organisation de la production […] la technologie est une conquête fondamentale de l'humanité » (4). Dans ses œuvres, on ne trouve aucune trace du principe de précaution.
Il est vrai qu'il est important de tenir compte du contexte. À partir de 1923-1924, face au reflux de la révolution mondiale et à la démobilisation des masses russes, deux orientations alternatives émergent au sein du Parti communiste.
D'un côté, Staline et Boukharine prônent la construction « avec la lenteur de l'escargot vers le socialisme » (5). Renonçant à la révolution mondiale, ils parient que l'enrichissement des campagnes donnera au régime les moyens de construire une nouvelle société.
D'autre part, Trotsky prônait le développement planifié de l'industrie lourde nationalisée. Selon lui, ce développement était essentiel pour permettre au régime soviétique de résister sans dégénérer, dans l'attente d'une nouvelle vague internationale de luttes révolutionnaires.
Trotsky avait raison de promouvoir la croissance industrielle comme moyen de créer les conditions du développement dans les campagnes, mais il avait tort de penser que cela signifiait une « industrialisation de la production agricole » dirigée par l'État. Contrairement à Marx, il ne tenait pas compte de la nécessité d'une « gestion rationnelle des échanges de matière » entre l'humanité et la nature.
Cela explique probablement pourquoi les travaux de Trotsky ne mentionnent ni la politique de Lénine sur la protection des « monuments de la nature » (zapovedniki) (6), ni les attaques lancées par Staline contre ces réalisations environnementales lorsque ce dernier a tenté de dissimuler l'échec de la collectivisation forcée en ouvrant des réserves naturelles à l'agriculture.
À la décharge de Trotsky, il convient de noter qu'une culture techniciste et moderniste était hégémonique dans le mouvement ouvrier international de l'époque, y compris parmi les révolutionnaires russes. Mais ce contexte n'explique pas tout. En matière d'écologie, le fondateur de l'Armée rouge était en retard sur Marx, Engels et même Lénine. Ses héritiers ont donc dû combler ces lacunes afin de se réapproprier et de développer l'œuvre inachevée de « l'écologie de Marx ».
La découverte (tardive) de l'écologie par Ernest Mandel
Des années 1960 jusqu'à sa mort, Ernest Mandel (1926-1995) a été le principal dirigeant et théoricien de la Quatrième Internationale. Économiste marxiste brillant, ses écrits ont été étudiés et admirés bien au-delà des rangs de son mouvement. Il a également rédigé les résolutions les plus importantes de l'Internationale pendant ces années et contribué à l'adoption d'une version non dogmatique et résolument démocratique du communisme.
Au début des années 1970, bien avant d'autres marxistes, Mandel s'est alarmé de la destruction de l'environnement et a maintenu cette préoccupation jusqu'à la fin de sa vie. Cela transparaît dans sa réponse polémique de 1972 au rapport Meadows sur les limites de la croissance, réponse qui montre aussi les limites de sa réflexion sur ces questions. Sa réticence à admettre le caractère fini des ressources naturelles – et donc de la croissance des forces productives matérielles – est évidente lorsqu'il affirme que c'est l'« anarchie » de la production plutôt que son caractère « illimité » qui doit être condamnée. De plus, il a avancé des propositions typiquement productivistes et non durables – par exemple en matière d'agriculture, en plaidant pour le « déboisement des forêts » et l'irrigation de « deux milliards d'hectares de terres désertiques » (7).
L'article de 1972 est imprégné de la crainte que le discours sur les limites de la croissance ne serve de couverture à une offensive d'austérité contre les travailleurs et à une offensive néo-malthusienne planétaire contre les pauvres. Cette crainte était – et reste – tout à fait pertinente, et la réponse de Mandel à cette crainte est tout à fait légitime. Mais, dans sa polémique, il ne fait pas suffisamment la distinction entre le fait objectif des limites naturelles de la production et la manière dont ce fait est détourné à des fins réactionnaires. En conséquence, il n'y a pas de distinction claire entre la pression capitaliste exercée sur les travailleurs pour qu'ils sacrifient leur bien-être, et la nécessité absolue de réduire la consommation de la société, par exemple en matière d'énergie.
Curieusement, au moment même où il apporte cette réponse plutôt décevante au rapport Meadows, il traite le même document de manière plus prudente dans son livre de 1972 intitulé Le Troisième âge du capitalisme. Le rapport soutient qu'une extension de la structure productive américaine à l'ensemble de la planète épuiserait les réserves mondiales de matières premières d'ici la fin du siècle et mettrait en danger la teneur en oxygène de l'atmosphère. Tout en suggérant que le rapport exagère son argumentation, Mandel reconnaît qu'il « pourrait avoir raison ». Dans le même ouvrage, il cite l'ouvrage écologique (et socialiste) classique de Barry Commoner, L'encerclement (1971) : « La Terre n'est pas polluée parce que l'homme est un animal particulièrement sale, ni parce que nous sommes trop nombreux. La faute en revient à la société humaine ». Il rend également hommage à un autre ouvrage socialiste/écologique pionnier, Murderous Providence – a Study of Pollution in Industrial Societies (1971) de Harry Rothmann, qu'il qualifie de « meilleur ouvrage marxiste traitant de l'ensemble des dangers pour l'environnement et des mesures possibles pour les prévenir ».
Pour illustrer les conséquences dramatiques de la pollution chimique sur l'environnement et la santé humaine, Mandel cite plusieurs exemples tirés de l'histoire des États-Unis et d'Allemagne dans une longue note de bas de page. Cependant, contrairement à Commoner et Rothmann, Mandel n'accorde qu'une place marginale à l'écologie dans son analyse économique et idéologique du capitalisme tardif.
Plusieurs années plus tard, en 1992, dans une sorte d'auto-évaluation critique, il écrit dans son livre Aux sources du phénomène bureaucratique (8) : « Aujourd'hui, nous avons pris conscience, avec beaucoup de retard, que les dangers qui pèsent sur les ressources non renouvelables de la Terre et sur l'environnement naturel de la civilisation humaine et de la vie humaine impliquent également que la consommation de biens matériels et de services ne peut pas croître de manière illimitée ». Il est intéressant de noter que, dans la note de bas de page qui suit ce passage, Mandel mentionne l'ouvrage de Peter Hennicke et Michael Müller publié en 1989, Die Klima-Katastrophe, mais lui-même n'aborde pas la question du changement climatique.
À peu près à la même époque, dans un article de 1990, il fait ce qui peut être considéré comme son évaluation la plus sérieuse de la crise écologique : « Depuis le début du 20e siècle, et à commencer par Rosa Luxemburg, les marxistes ont eu raison de résumer l'avenir de l'humanité dans la formule « socialisme ou barbarie » […] Aujourd'hui, le choix est devenu “socialisme ou mort” […] Cela découle du danger implicite d'extermination lié au risque d'une guerre conventionnelle ou nucléaire intercontinentale ou mondiale au milieu des centrales nucléaires […] mais il existe d'autres dangers mortels pour l'humanité, notamment la menace de destruction de l'environnement ».
En d'autres termes, si Ernest Mandel a pris de plus en plus conscience du danger d'une catastrophe écologique, cela ne l'a pas conduit à reformuler son marxisme selon les principes de l'écosocialisme. Cette tâche a été laissée à la génération suivante de la IVe Internationale.
Le chemin de la Quatrième Internationale vers l'écosocialisme (2001)
Après Mai 68, la Quatrième Internationale a commencé à prendre conscience de l'importance des questions écologiques. Ses militant·es en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et ailleurs ont pris part à des mouvements environnementaux, principalement dans la lutte contre l'énergie nucléaire et la pollution. Peu à peu, les questions écologiques ont commencé à être discutées lors de ses congrès, mais aucune résolution spécifique sur l'écologie n'a été adoptée pendant ces années.
Lors du 12e Congrès mondial en 1985, la résolution principale appelait l'Internationale et ses sections à « aborder de plus en plus la question environnementale dans leur propagande et leurs activités générales » et à entreprendre « des actions conjointes avec le mouvement environnemental ».
À la fin des années 1980, un groupe de camarades de la QI rédigea un document sur le socialisme et l'écologie, mais il fut décidé que la question devait être discutée plus en profondeur avant d'être présentée au 13e Congrès mondial qui eut lieu en 1991. Le document, intitulé « Révolution socialiste et écologie », qui a été publié après le congrès, est une tentative très substantielle de discuter des causes et des conséquences de la crise écologique, des politiques de la bourgeoisie, des limites du mouvement écologiste, de la situation dans le mouvement ouvrier et d'un programme d'action. Parmi les revendications urgentes nécessitant une action coordonnée au niveau international, figuraient une rupture radicale avec le système d'exploitation de la production agricole d'exportation dans les pays dépendants, qui engendre famine et pauvreté ; l'interdiction immédiate de l'ensemble du cycle de production d'énergie nucléaire ; ainsi que la fin de la destruction des forêts tropicales humides et de la contamination mortelle des forêts dans les pays industrialisés.
Ce document de 1991, adopté provisoirement par la QI à ce moment-là, était une grande réussite, mais présentait certaines limites évidentes. Par exemple, pour décrire la crise écologique, il fait référence à la pollution de l'air et de l'eau, à la destruction des forêts et aux catastrophes industrielles (chimiques et nucléaires), mais ne mentionne pas le changement climatique. Si l'idée d'une écologie socialiste est très présente, le concept d'écosocialisme – en tant que nouvelle façon d'appréhender le programme socialiste – est toujours absent.
Plusieurs années plus tard, vers 2001, un groupe de membres français de la QI (Laurent Garrouste, Vincent Gay et Michael Löwy, entre autres) a décidé de rédiger un nouveau projet, intitulé « Écologie et socialisme », basé sur le document précédent, mais avec des changements substantiels. Il a été présenté au 15e Congrès mondial (2003) avec un rapport de Michael Löwy, et a été adopté à une large majorité. n
Dans une auto-évaluation critique, l'introduction de la résolution reconnaît que ce ne sont pas seulement les directions réformistes du mouvement ouvrier qui ont ignoré ou rejeté les problèmes écologiques : « Nous devons reconnaître que les courants révolutionnaires en général – et la Quatrième Internationale en particulier – ont été très tardifs à intégrer la question écologique ». Dans une section consacrée à la QI et à la crise écologique, la résolution indique que de nombreux camarades de notre organisation « ont continué à considérer les problèmes écologiques comme une contradiction du capitalisme parmi tant d'autres » et n'ont abordé les questions écologiques que lorsque d'autres forces sociales les ont mises au premier plan. Alors que d'autres courants et individus discutaient de l'écologie et du socialisme depuis des décennies, la QI est restée pratiquement silencieuse.
La résolution commence par une discussion sur la crise écologique dans le monde capitaliste ainsi que dans les « anciennes sociétés bureaucratiques » (URSS, etc.). Le changement climatique est mentionné ici, mais comme un problème parmi tant d'autres, sans accent particulier. Dans une section sur « le mouvement ouvrier et l'écologie », les contributions de Marx et Engels et leurs limites sont discutées ; la social-démocratie et le stalinisme sont critiqués pour leur productivisme aveugle. L'écologie réformiste est également critiquée et la véritable alternative est présentée comme étant l'écosocialisme, un courant écologique qui intègre les acquis fondamentaux du marxisme tout en se débarrassant de ses chaînes productivistes.
Voici comment la résolution résume sa conception de l'« écosocialisme » :
L'écosocialisme est le courant des mouvements ouvriers et écologistes le plus sensible aux intérêts des travailleurs et des peuples du Sud. Il rompt avec l'idéologie productiviste du progrès – sous sa forme capitaliste et/ou bureaucratique (le soi-disant « socialisme réel ») – et s'oppose à l'expansion infinie d'un mode de production et de consommation destructeur pour l'environnement. Il comprend que le « développement durable » est impossible dans le cadre de l'économie de marché capitaliste.
L'influence de Walter Benjamin sur certains des auteurs du document transparaît dans sa critique du progrès linéaire. La résolution définit également l'écosocialisme comme un projet révolutionnaire :
En tant que révolutionnaires, notre objectif est de nous associer à ce courant et de convaincre les travailleurs que les réformes partielles sont totalement insuffisantes. La micro-rationalité doit être remplacée par une macro-rationalité socialiste et écologiste, appelant à un véritable changement de civilisation […]. Cela signifie que la première question à traiter est celle du contrôle des moyens de production, et surtout des décisions relatives aux investissements et aux changements technologiques.
Expliquant la signification de l'écosocialisme, la résolution de 2003 insiste sur le fait qu'il nécessite un changement de paradigme civilisationnel :
Une réorganisation globale du mode de production et de consommation est nécessaire, fondée sur des critères étrangers au marché capitaliste : les besoins réels des populations et la protection de l'environnement. Cela signifie une économie en transition vers le socialisme, fondée sur les choix démocratiques des populations en matière de priorités et d'investissements, et non sur les « lois du marché » ou un politburo omniscient. Il s'agirait d'une économie planifiée, capable de trouver des moyens durables de surmonter les tensions entre la satisfaction des besoins sociaux et les impératifs écologiques. Ce serait une transition vers un mode de vie alternatif, une nouvelle civilisation, au-delà du règne de l'argent, des habitudes de consommation artificiellement alimentées par la publicité et de la production sans fin de biens nuisibles à l'environnement (la voiture particulière !).
Le document de 2003 se distancie de « l'ouvriérisme », bien plus que le projet de 1991, mais il n'ignore pas l'importance de gagner le mouvement ouvrier à l'écosocialisme :
Tout en critiquant l'idéologie mise en avant par les courants dominants du mouvement ouvrier, ils comprennent que les travailleurs et leurs organisations sont une force essentielle pour transformer le système.
La résolution « Écologie et socialisme » adoptée par le 15e Congrès mondial de la QI (2003) et traduite en plusieurs langues, marque un tournant dans l'histoire de la Quatrième Internationale. Pour la première fois, elle adopte un document traitant exclusivement de la crise écologique et se définit comme une organisation écosocialiste. En fait, malgré sa conversion tardive à l'écologie, la QI est devenue la première organisation internationale à adopter l'écosocialisme. À partir de ce moment, l'écosocialisme est devenu de plus en plus un aspect clé du programme révolutionnaire, des perspectives stratégiques et du travail pratique de la Quatrième Internationale.
Si le document considère la crise écologique comme « l'une des principales menaces pour l'humanité » à notre époque, le changement climatique n'est traité que comme l'un des nombreux problèmes, et sa menace pour la vie humaine n'est guère mentionnée. C'est peut-être là la plus grande lacune de la résolution. Elle sera comblée dans les années suivantes.
Parallèlement à ses propres activités, la QI a contribué à diverses initiatives écosocialistes internationales. Une première réunion écosocialiste internationale a eu lieu à Paris en 2007, avec l'aide de la section française de la QI. La conférence a décidé de créer un Réseau international écosocialiste (EIN), ouvert à toute personne en accord avec les idées principales du Premier Manifeste écosocialiste (publié par Joel Kovel et Michael Löwy en 2001).
L'EIN a demandé à Ian Angus, Joel Kovel, Michael Löwy et Danielle Follet de rédiger un nouveau manifeste, traitant principalement de la question du changement climatique. En prévision du Forum social mondial qui s'est tenu à Belém do Pará, au Brésil, en janvier 2009, ce document a été intitulé « Manifeste écosocialiste de Belém ». Ce deuxième manifeste a été signé par des centaines de personnes issues de dizaines de pays et a été imprimé par le Réseau écosocialiste brésilien (qui comprenait plusieurs membres et sympathisants de la QI) en anglais et en portugais, puis largement distribué lors du Forum social mondial de Belém.
L'initiative suivante de l'EIN a eu lieu à Copenhague en décembre 2009, en marge du sommet COP15 des Nations unies sur le changement climatique. Lors de la manifestation de protestation contre le sommet, qui a rassemblé dans les rues cent mille personnes venues de toute l'Europe, l'EIN a distribué une bande dessinée écosocialiste intitulée « Copenhague, 12 avril 2049 » (9). Le tract montrait à quoi ressemblerait Copenhague submergée par la mer. Il a été imprimé et distribué par le Parti socialiste ouvrier, section danoise de la Quatrième Internationale.
L'EIN a cessé de fonctionner en 2013, mais en 2020, une nouvelle initiative impliquant également un certain nombre de militant·es de la QI a été lancée par John Molyneux : le Réseau écosocialiste global (GEN).
Résolution sur le changement climatique (2010) : la QI en faveur d'une réduction de la production matérielle
En 2010, le Congrès mondial de la Quatrième Internationale a adopté une résolution intitulée « Le changement climatique capitaliste et nos tâches ». Pour la première fois, le mouvement a discuté et adopté un document consacré à un aspect spécifique de la « crise écologique ». Cela découlait d'une décision prise un an plus tôt par le Comité international de la QI. À l'appui du projet de résolution, un document très complet sur la science du changement climatique avait été traduit en plusieurs langues et distribué dans les sections. Daniel Tanuro a rédigé ces deux textes et présenté la résolution au congrès.
La résolution comprend cinq chapitres. Le premier attribue la responsabilité du changement climatique au système capitaliste, tout en rappelant le bilan désastreux de l'URSS, de ses alliés et de la Chine, coupables d'avoir reproduit le productivisme.
Le deuxième chapitre explique pourquoi le capitalisme est incapable d'arrêter la catastrophe. Premièrement, parce que la réduction nécessaire des émissions de gaz à effet de serre ne peut être réalisée qu'en réduisant considérablement la consommation d'énergie, et donc aussi la production matérielle. Deuxièmement, parce que la justice Nord-Sud exige que la majeure partie de cette réduction ait lieu dans les pays impérialistes, afin de laisser aux autres une marge de manœuvre pour satisfaire les besoins humains vitaux.
Le troisième chapitre met en garde contre les politiques malthusiennes barbares comme réponse bourgeoise à la combinaison des crises économique, climatique et alimentaire. Le quatrième souligne la double urgence d'une alternative socialiste mondiale et d'une rupture radicale de la vision socialiste avec le productivisme. « L'émancipation des travailleurs n'est plus concevable sans tenir compte simultanément des principales contraintes naturelles ». Le Congrès a ratifié l'idée que la situation objectivement nouvelle justifie l'adoption de l'écosocialisme. Le cinquième chapitre se concentre sur les tâches à accomplir.
Première organisation marxiste à adopter l'écosocialisme, la Quatrième Internationale a également été la première à adopter l'idée que « la réduction de la production et de la consommation matérielles est immédiatement nécessaire […] parce que le capitalisme a conduit l'humanité trop loin dans une impasse ». Le texte précise que cette diminution « ne préjuge en rien des possibilités futures de développement, une fois le système climatique stabilisé ». Il note également qu'elle « ne constitue qu'un critère quantitatif de la transition nécessaire vers une économie sans carbone fossile », et ajoute : « ce critère quantitatif doit être combiné à des critères qualitatifs : en particulier, la redistribution des richesses, la réduction du temps de travail sans perte de salaire, le développement du secteur public. Si ces critères sont satisfaits, et à condition qu'elle cible une production inutile ou nuisible, la réduction de la production matérielle sera en fait synonyme d'une augmentation du bien-être, de la richesse et de la qualité de vie de la grande majorité de l'humanité, grâce à […] la reconquête du temps libre nécessaire à l'auto-activité, à l'auto-organisation et à l'autogestion démocratique à tous les niveaux ». »
« Il ne suffit pas d'affirmer que le socialisme doit prendre en compte les questions écologiques », peut-on lire dans la résolution. « Le véritable défi consiste plutôt à créer les conditions pour que le projet socialiste soit compatible avec l'écologie globale du super-écosystème terrestre. Le développement ne peut être conçu uniquement dans le but de satisfaire les besoins humains réels déterminés démocratiquement, mais aussi en fonction de sa durabilité pour l'environnement […]. Le concept de “contrôle humain sur la nature ” doit être abandonné. Le seul socialisme réellement possible à partir de maintenant est celui qui satisfait les besoins humains réels (détaché de l'aliénation commerciale), déterminés démocratiquement […], en prenant soin de nous interroger attentivement sur l'impact environnemental de ces besoins et la manière dont ils sont satisfaits ».
La résolution développe l'idée que les technologies ne sont pas neutres, idée déjà évoquée dans des documents antérieurs. « Le système énergétique capitaliste est centralisé, anarchique, gaspilleur, inefficace, intensif en travail mort, basé sur des sources non renouvelables et caractérisé par une tendance à la surproduction de marchandises. La transformation socialiste de la société nécessite sa destruction progressive et son remplacement par un système décentralisé, planifié, économique et efficace, intensif en travail vivant, basé exclusivement sur des sources renouvelables et orienté vers la production de valeurs d'usage durables, qui peuvent être recyclées et réutilisées. » La révolution socialiste doit être conçue « non seulement comme la destruction du pouvoir de l'État bourgeois […] mais aussi comme le début d'un processus de destruction de l'ancien appareil productif capitaliste et son remplacement par un appareil alternatif, utilisant différentes sources d'énergie, différentes technologies et différentes structures au service d'objectifs décidés démocratiquement ».
Dans sa conclusion, la résolution énonce douze tâches : la sensibilisation à la gravité de la situation ; le développement de pratiques populaires de secours en cas de catastrophe ; la lutte contre le néo-malthusianisme pour la défense des pauvres et des droits des femmes ; l'élaboration d'un plan anticapitaliste global pour la reconstruction sociale et écologique, reliant concrètement la lutte pour le climat et pour les droits sociaux, en particulier le droit à l'emploi ; le soutien aux peuples autochtones ; s'opposer à la ruée vers des technologies dangereuses ; établir des liens avec des scientifiques critiques, etc.
Congrès mondial de la QI de 2018 : la destruction capitaliste et l'alternative écosocialiste
Le 17e Congrès mondial de la QI en 2018 a adopté une résolution intitulée « La destruction capitaliste de l'environnement et l'alternative écosocialiste ». Un long document préparatoire avait été rédigé par Daniel Tanuro. La commission écologie a décidé de soumettre un de ses chapitres au congrès et de publier le texte intégral sous forme de document de travail.
La résolution reconnaît le « niveau extrêmement alarmant » de la crise. « Les seuils sont déjà dépassés dans certains domaines, en particulier la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère », ce qui pourrait conduire à « un changement qualitatif », indique le texte. « Le système terrestre entrerait alors dans un nouveau régime d'équilibre dynamique, caractérisé par des conditions géophysiques très différentes et une diminution encore plus marquée de sa richesse biologique. Au minimum, outre les conséquences pour les autres êtres vivants, […] ce nouveau régime mettrait en danger la vie de centaines de millions de personnes pauvres, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées. Au pire, on ne peut exclure qu'il contribue à l'effondrement de notre espèce ».
Le document met l'accent sur « le fossé profond entre l'urgence d'une alternative écosocialiste radicale, d'une part, et le rapport de forces et les niveaux de conscience, d'autre part ». Les mesures à prendre devraient inclure : « la socialisation des secteurs de l'énergie et du crédit » ; « l'abolition de la propriété privée des ressources naturelles et du savoir intellectuel » ; « la suppression des produits inutiles ou nocifs » ; « la gestion commune et démocratique des ressources au service des besoins réels de l'humanité ». Mais ces mesures sont manifestement hors de portée dans le contexte actuel.
La résolution affirme que « ce fossé ne peut être comblé que par des luttes concrètes des exploités et des opprimés […]. En obtenant satisfaction sur leurs revendications immédiates, des couches plus larges de la population se radicaliseront et leurs luttes convergeront. Elles formuleront […] des revendications incompatibles avec la logique capitaliste ». Le texte énumère des revendications qui s'inscrivent dans ce cadre stratégique. Elles « sont applicables séparément, mais […] forment un tout cohérent, incompatible avec le fonctionnement normal du système capitaliste ». Ce programme « n'est pas exhaustif […] et continuera à s'enrichir grâce à des luttes concrètes ». « Dans une perspective écosocialiste, indique le texte, cet enrichissement doit être guidé par […] la justice environnementale et sociale, les responsabilités communes mais différenciées, la lutte contre les inégalités […], la fin du colonialisme vert et du racisme environnemental, la priorité donnée aux solutions collectives, l'internationalisme et le principe de précaution ».
« Avant tout, les exploités et les opprimés doivent développer leur autonomisation par la démocratie, la décentralisation, le contrôle et l'appropriation ou la réappropriation collective des biens communs ». Les technologies liées aux énergies renouvelables peuvent contribuer à promouvoir l'autogestion, car « la nature physique et la difficulté de stockage de l'électricité facilitent sa gestion dans un système décentralisé, combiné et complémentaire ». La résolution affirme que « parallèlement à la souveraineté alimentaire, ce domaine de lutte est particulièrement important pour le Sud, dans le cadre d'un modèle de développement alternatif au modèle impérialiste ».
Une contribution majeure de la résolution est la manière dont elle unifie la vision du capitalisme : « Le capitalisme repose non seulement sur l'appropriation de la nature et l'exploitation de la main-d'œuvre par le travail salarié, mais aussi sur l'invisibilité patriarcale du travail de soins et de reproduction de la main-d'œuvre. À ces trois piliers du capitalisme s'ajoute un quatrième, l'exploitation fondée sur la “race”. Tous ont pour dénominateur commun l'appropriation des ressources naturelles, dont la main-d'œuvre humaine fait partie ».
La résolution souligne le rôle prépondérant des peuples autochtones, des paysans, des femmes et des jeunes, en fournissant une explication matérialiste de leur position d'avant-garde. De toute évidence, la question clé est le rôle de la classe ouvrière. Les relations de production capitalistes « rendent à la fois très difficile et d'une importance décisive la mobilisation du mouvement syndical dans la lutte écologique ». La perte d'emplois pose un défi : même si « la transition entraînera une croissance de l'emploi dans [de nouveaux] secteurs […], une réduction globale de la production matérielle est nécessaire ». D'où l'importance décisive d'une « réduction du temps de travail sans perte de salaire ».
La résolution conclut que « la lutte pour un programme de transition écosocialiste ne peut finalement aboutir que par l'émergence d'alternatives politiques pour un plan global de réformes anticapitalistes structurelles qui satisfasse à la fois les besoins sociaux et les contraintes environnementales ».
Comité International de février 2022 : les bases pour l'élaboration d'un « programme de transition dans le cadre de la nécessaire réduction de la production matérielle globale »
En février 2022, le lien entre la pandémie de covid-19 et la destruction de la biodiversité, ainsi que la multiplication des inondations, des mégafeux, des sécheresses et autres « accidents » climatiques graves, ont conduit le Comité International de la QI à mettre en chantier un projet de « programme écosocialiste » inscrit « dans le cadre de la nécessaire réduction de la production matérielle globale ».
Constatant que « l'accumulation du capital menace les conditions mêmes de la vie humaine sur la planète », la résolution adoptée affirme la nécessité de « tirer le frein d'urgence à la fois pour combattre les inégalités sociales et pour ouvrir la voie à un développement qualitatif centré sur le soin aux personnes par la satisfaction des besoins humains réels, désaliénés de la marchandise, démocratiquement déterminés dans le respect prudent des écosystèmes ».
Le texte dénonce « le fiasco des politiques capitalistes » basées sur l'idée que « l'économie globale pourrait à la fois continuer à croître et se décarboner » – ce qui est « une impossibilité physique ». Il met en garde contre les « fausses solutions dangereuses » telles que le nucléaire, la capture-séquestration géologique, l'hydrogène, la géo-ingénierie et les grandes plantations d'arbres en monoculture.
« Toutes les conditions semblent réunies pour que la catastrophe se transforme en cataclysme », dit la résolution. Elle enchaîne : « Seule une révolution écosocialiste mondiale pourrait l'arrêter, mais elle n'est pas à l'ordre du jour. Le capital renforce partout son emprise, les syndicats se cramponnent à la relance capitaliste comme à une planche de salut, les mouvements sociaux sont sur la défensive, les droits démocratiques et sociaux reculent, le champ politique glisse vers la droite et l'extrême droite dans la plupart des pays ».
Dans ce contexte, il s'agit d'éviter « deux pièges » : « celui d'un maximalisme révolutionnaire abstrait et celui d'un pragmatisme obsédé par les réponses immédiates ». Cela nécessite un programme « qui jette un pont entre la situation présente et la conquête du pouvoir ». La résolution constate que « cette démarche du Programme de Transition est plus actuelle que jamais », tout en précisant que « relever les défis du 21e siècle implique une nouveauté décisive : le programme doit organiser la décroissance globale de la consommation finale d'énergie, et partant de la production matérielle et des transports ».
« Cette décroissance n'est évidemment pas un projet de société », dit le texte, c'est « une contrainte physique qui s'impose parce que le capitalisme a poussé l'humanité au-delà des limites écologiques » et que « si on laisse faire ces vampires, si les pauvres ne font pas payer la décroissance par les capitalistes, celle-ci s'imposera par la catastrophe humaine. La physique ne négocie pas… L'expression politique de cette “solution” est le fascisme. Le choix est donc clair : écosocialisme ou barbarie ».
En conclusion, la résolution trace le chemin à suivre : « La crise écologique nécessite bien évidemment un programme spécifiquement écologique, appuyé sur des connaissances scientifiques pointues, mais ce programme ne résoudra rien sans un ensemble de mesures qui font payer les riches et les capitalistes pour réparer la société, la nature et la relation entre la société et la nature ». « Ces mesures s'inscrivent dans la possibilité réelle que tou·tes mènent une bonne vie en consommant peu d'énergie et en réduisant l'ensemble des impacts sur les écosystèmes ». Elles sont regroupées en cinq axes : « régulations urgentes, aux frais des riches et de leurs business » ; « justice fiscale, justice sociale = justice climatique » ; « démocratie pour reprendre le contrôle de nos existences et prendre soin des humains et de la Terre » ; « produire moins, travailler moins, vivre mieux » ; « désarmer les humains qui n'aiment pas la vie », notamment par la socialisation des secteurs clés.
Le Congrès mondial de 2025 adopte un « Manifeste pour une révolution écosocialiste - Rompre avec la croissance capitaliste »
Peu de temps après le Comité international de 2022, les instances de la QI ont mis sur pied une Commission de rédaction chargée de concrétiser l'orientation adoptée. La Commission qui s'est étoffée au fil des travaux a tenu plus de quinze réunions en trois ans. Au final, elle a comporté neuf membres, du Nord et du Sud : Michaël Löwy (France), Julia Camara (Brésil), Jacob Schäffer (Allemagne), Joao Camargo (Brésil), Alex Merlo (Espagne), Christine Poupin (France), Jawad Istaqbal (Maroc), Farooq Tariq (Pakistan) et Daniel Tanuro (Belgique, coordinateur de la Commission). Un camarade du Congo-Brazzaville, dans l'incapacité technique de participer à des réunions virtuelles, a fourni un grand nombre de commentaires écrits.
La Commission a rapidement estimé que l'importance du programme écosocialiste dont elle était chargée de rédiger le projet justifiait que ce document prenne la forme d'un Manifeste. Un premier projet a été soumis au Comité international de la QI en 2023. Il s'agissait principalement de clarifier une ligne de classe prenant en compte les implications différenciées de la décroissance globale respectivement dans les pays capitalistes développés, les pays semi-industrialisés et les pays les plus pauvres. Mandat a été donné à la Commission de poursuivre ses travaux afin d'améliorer le document sur base de ces débats.
Une deuxième version du texte a été soumise au Comité International de février 2024. Daniel Tanuro a présenté le Manifeste et Christine Poupin a tiré les conclusions des discussions. Le document a été approuvé à une très large majorité pour être diffusé dans toutes les organisations, avec appel à amendements et contributions au débat, en vue du Congrès mondial de février 2025.
Le Manifeste comporte une introduction suivie de 6 chapitres :
• Le premier brosse un tableau de la double crise sociale et écologique ; il débouche sur la nécessité objective d'une révolution globale – écosocialiste, internationaliste, féministe, antiraciste, anticoloniale et anti-impérialiste. « Il ne suffit pas de remettre en cause le régime néolibéral et de revaloriser le rôle de l'État. Il ne suffirait même pas d'arrêter la dynamique d'accumulation (un objectif impossible sous le capitalisme !). La consommation finale mondiale d'énergie doit diminuer radicalement – ce qui implique produire moins et transporter moins à l'échelle mondiale – tout en augmentant la consommation d'énergie dans les pays les plus pauvres, pour satisfaire les besoins sociaux. C'est la seule solution qui permette de concilier le besoin légitime de bien-être pour tou·tes et la régénération de l'écosystème mondial. La juste suffisance et la juste décroissance – la décroissance écosocialiste – est une condition sine qua non du sauvetage ».
• Le deuxième présente notre utopie concrète. Nous refusons le joker facile de « l'abondance » : l'émancipation pour laquelle nous luttons passe par une société où, les besoins fondamentaux étant satisfaits, l'être passe avant l'avoir.
• Le troisième rappelle en quoi consiste la méthode transitoire élaborée par Léon Trotsky.
• Le quatrième présente brièvement 21 lignes de force d'un programme écosocialiste cohérent. Certaines sont réalisables dans le cadre capitaliste, mais l'ensemble nécessite le renversement du système. Elles vont crescendo, des mesures à prendre pour protéger les populations des catastrophes, à la socialisation des secteurs clés et à la planification démocratique, en passant par le démantèlement de l'agrobusiness, la protection de la biodiversité, la lutte contre le racisme environnemental et pour une politique urbaine sous le contrôle des classes populaires.
• Le cinquième chapitre, « décroissance globale dans un contexte de développement inégal et combiné », approfondit les implications du concept de « responsabilités et capacités communes et différenciées » pour les pays du Sud, en distinguant les pays semi-industrialisés et les pays les plus pauvres, au sein desquels la satisfaction des besoins sociaux nécessitera que de l'énergie fossile soit encore consommée pendant un certain temps.
• Le sixième et dernier chapitre est consacré à la question stratégique : autonomie des mouvements sociaux, refus de toute hiérarchisation des luttes, convergence des luttes et conquête du pouvoir politique.
Le Manifeste accorde une place centrale aux revendications des femmes. Il prend à son compte l'objectif du « prendre soin » – des humains et de la planète – mis en avant par les féministes et affirme l'importance centrale de la reproduction sociale par rapport à la production.
L'importance accordée aux peuples autochtones est un autre point remarquable, qui traduit une approche renouvelée du Programme de transition. Pour le Manifeste, bien que minoritaires au sein de la population mondiale, les peuples indigènes apportent la preuve qu'une autre relation entre l'humanité et le reste de la nature est possible. Le témoignage de ces peuples revêt ainsi une immense portée idéologique. C'est pourquoi nous reconnaissons qu'ils sont une partie fondamentale du sujet révolutionnaire du 21e siècle.
Pour les mêmes raisons, le Manifeste accorde également une grande importance aux luttes et aux revendications des petit·es paysan·nes face à l'agrobusiness et des petit·es pêcheur·ses face à la pêche industrielle. Il se prononce pour la souveraineté alimentaire, pour une réforme agraire radicale et pour l'agroécologie.
Le Manifeste a soulevé un intérêt considérable dans les sections de la QI et les organisations sympathisantes. Des dizaines d'amendements ont été proposés par des camarades de toutes les régions du monde, notamment États-Unis, Mexique, Brésil, Pérou, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Inde, Pakistan, Algérie, Afrique du Sud, Suisse… La plupart ont permis d'enrichir le texte. La dimension collective du travail de la Commission de rédaction a été mise en évidence par un rapport présenté conjointement par quatre camarades (deux du Nord, deux du Sud, deux hommes et deux femmes). Le texte final a été adopté à une très large majorité des délégué·es (124 voix pour, 1 voix contre, 3 abstentions et 4 NPPV).
Exemples concrets d'activités écosocialistes des sections de la QI
Lors du Congrès mondial de 2018, les débats sur l'écologie ont reflété la forte implication de nombreux militants dans des luttes concrètes, en particulier dans les pays du Sud qui sont les plus touchés par le changement climatique.
La section de la Quatrième Internationale à Mindanao (Philippines) est depuis longtemps engagée dans la défense des communautés contre des typhons de plus en plus violents. Ces camarades sont engagé·es dans le développement de méthodes agricoles basées sur la souveraineté alimentaire, l'exclusion des semences génétiquement modifiées et la production d'aliments biologiques pour les communautés locales.
Au Bangladesh, l'un des pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique, l'organisation de la QI est profondément impliquée dans les grandes luttes paysannes contre le changement climatique. Avec Via Campesina et d'autres organisations, les camarades mènent une campagne pour la souveraineté alimentaire, les droits des petits agriculteurs et la redistribution des terres, dans la lignée du Mouvement des sans-terre brésilien. Depuis 2011, ils et elles sont fortement impliqué·es dans l'organisation de caravanes climatiques qui font campagne au Bangladesh, au Népal et en Inde.
Au Pakistan également, les camarades de la QI ont été à l'avant-garde de la lutte contre le changement climatique. En 2010, des inondations dévastatrices ont submergé un cinquième du pays et laissé des millions de personnes sans abri. Vingt millions de personnes ont été touchées et 2 000 ont perdu la vie. Cinq camarades ont été emprisonnés pour avoir défendu des villageois après un glissement de terrain qui a bloqué la rivière Hunza dans la région du Gilgit-Baltistan, emportant des maisons et tuant 19 personnes. Le glissement de terrain a formé un lac de 23 km de long qui a submergé trois villages, laissant 500 personnes sans abri et 25 000 personnes bloquées. Sept ans après leur procès, ils étaient toujours en prison, malgré les campagnes menées pour obtenir leur libération.
Au Brésil, les camarades sont impliqués dans la construction du mouvement pour la justice climatique. En 2015, à Fortaleza, ils ont organisé la plus grande marche pour le climat de l'histoire du pays. Ils ont également manifesté en 2016 dans le cadre de la campagne Break Free devant la plus grande centrale à charbon du Brésil, et ont participé à la Marche de l'eau en 2017. Ils sont engagés dans la défense de l'Amazonie et contre le désastreux traité REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) aux côtés des peuples autochtones, des communautés locales et des groupes environnementaux, violemment réprimés par le gouvernement fasciste de Jair Bolsonaro. Au cours des dernières années, nos camarades brésilien·nes portent le projet écosocialiste au sein du Parti du Socialisme et de la Liberté (PSOL), et ils ont contribué à organiser les Rencontres écosocialistes latino-américaines lors de la COP30 à Belém en 2025.
Les organisations de la QI en Amérique latine ont participé aux mobilisations autour du Sommet des peuples convoqué par Evo Morales à Cochabamba, en Bolivie (2010).
En Europe et en Amérique du Nord, les camarades de la Quatrième Internationale sont de plus en plus impliqué·es dans les mobilisations pour le climat, autour des COP à Copenhague (2009), Paris (2015), Madrid (2019) et dans les grandes manifestations de jeunes qui ont eu lieu dans différents pays en 2019. Ils participent également à des luttes locales contre des projets liés aux énergies fossiles (ce que Naomi Klein appelle « Blockadia »), tels que la fracturation hydraulique en Grande-Bretagne, l'exploitation des sables bitumineux au Canada, la construction du pipeline Keystone aux États-Unis et de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes en France, et la campagne Ende Gelände contre l'exploitation du lignite en Allemagne.
En coopération avec d'autres organisations et syndicats, les membres de la QI ont également participé à l'initiative visant à organiser des conférences écosocialistes européennes réunissant plusieurs centaines de personnes – à Genève (2014), Madrid (2015), Bilbao (2016), Lisbonne (2018), Bâle (juin 2020), Buenos Aires (2024).
Le 6 novembre 2025
1. F. Engels, La dialectique de la nature, Paris, Editions Sociales, 1968, pp. 180-181.
2. Léon Trotsky, Littérature et Révolution.
3. L. Trotsky, Mendeleïev et le marxisme, discours au congrès Mendeleïev, 17 septembre 1925, Marxists Internet Archive.
4. L. Trotsky, Culture et Socialisme, Marxists Internet Archive.
5. Rapport du camarade Boukharine à l'assemblée des fonctionnaires de l'organisation de Moscou (5 janvier 1926)
6. Lire notamment « Le bolchevik et la nature », Andreas Malm, 15 septembre 2017, Revue Période.
7. Ernest Mandel, « La dialectique de la croissance. A propos du rapport Mansholt », in Mai (revue), Bruxelles, nov-déc. 1972.
8. Version française éditée en 2023 par les éditions La Brèche de Power and Money (1992).
9. Disponible à la fin du livre Écosocialisme. L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Michael Löwy, Mille et une nuits, 2011, 5 euros.
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10e Semaine de l’alphabétisation populaire : Lancement de la plateforme électorale 2026 du RGPAQ Il est temps d’agir...
Montréal, le 31 mars 2026 — C'est dans le cadre d'un événement hybride, à la fois festif et revendicatif avec plus de 300 personnes, que le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) a dévoilé aujourd'hui ses attentes envers l'ensemble des partis politiques aspirant à diriger le Québec au lendemain des prochaines élections générales. La présentation de sa plateforme électorale concorde avec le début des célébrations soulignant la 10e édition de sa Semaine de l'alphabétisation populaire et ses 45 ans d'existence.
Il est temps d'agir...
Au cours des prochains mois, le RGPAQ et ses 78 organismes membres interpelleront les divers partis politiques et les inviteront à s'engager en faveur d'une série de mesures visant à lutter contre l'analphabétisme, la pauvreté et les inégalités sociales et numériques et à assurer le droit à l'information et l'accès aux services publics pour toutes et tous.
À l'instar de nombreuses organisations de la société civile, le RGPAQ les conviera aussi à présenter à la population ce qu'ils comptent faire pour assurer la pérennité et la santé du filet social québécois incluant les services publics, les programmes sociaux et le mouvement de l'action communautaire autonome (ACA).
Par ailleurs, le RGPAQ sera à la manifestation nationale du mouvement Le communautaire à boutte ! le 2 avril prochain à Québec. Cette mobilisation sera l'occasion de joindre la voix de notre réseau à celle de l'ensemble des groupes d'ACA pour faire valoir, auprès de tous les partis politiques, la nécessité de mieux soutenir financièrement leur mission, de respecter leur autonomie et de reconnaître leur contribution essentielle au développement social, politique et économique du Québec et au mieux-être de sa population.
Parce que, pour le RGPAQ, il est temps d'agir...
– Pour un programme d'aide financière destiné aux adultes en démarche d'alphabétisation populaire !
– Pour un soutien financier accru aux organismes d'alphabétisation populaire et l'indexation annuelle de leur subvention !
– Pour l'inclusion numérique de toutes et tous !
– Pour un meilleur accès à l'information et aux services publics !
– Pour une stratégie nationale de lutte à l'analphabétisme et des mesures fortes pour combattre durablement la pauvreté !
Citations :
« De nombreux obstacles se dressent toujours entre les adultes peu alphabétisés et leur entrée dans une démarche d'alphabétisation populaire. Par ailleurs, les organismes les accompagnant dans une telle démarche ont encore des ressources limitées pour pleinement répondre aux besoins dans leur communauté. C'est pourquoi nous invitons les partis politiques à s'engager à soutenir financièrement ces adultes et à augmenter substantiellement le financement consenti aux groupes d'alphabétisation populaire. » — François Brassard, administrateur du RGPAQ et coordonnateur du Groupe Alpha Laval
« Au Québec, la fracture numérique est bien réelle et elle touche de nombreuses personnes, dont celles qui ont de grandes difficultés avec l'écrit et de faibles compétences numériques. Dans le contexte de la transformation numérique gouvernementale, le RGPAQ invite l'ensemble des partis politiques québécois à se prononcer en faveur de mesures assurant l'inclusion numérique de toutes et tous et l'accès à l'information et aux services publics notamment par le maintien d'alternatives au numérique. » — Annie Poulin, présidente du RGPAQ et directrice générale de l'organisme Alphare
« Face à l'ampleur du défi de la faible littératie d'une partie importante de la population adulte québécoise, le RGPAQ presse tous les partis politiques aspirant à gouverner le Québec à s'engager résolument en faveur de l'adoption d'une stratégie nationale de lutte à l'analphabétisme, incluant des mesures de lutte à la pauvreté et aux inégalités. » — Caroline Meunier, coordonnatrice politique du RGPAQ
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« Il est de plus en plus désespéré » : Trita Parsi s’exprime sur les menaces ponctuées de jurons de Trump à l’encontre de l’Iran
Nous obtenons la dernière analyse sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran de la part de Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Parsi évoque le « désespoir » croissant de la stratégie américaine, le contrôle économique à long terme de l'Iran sur le détroit d'Ormuz et le « bellicisme » grandissant, ainsi que la dangereuse possibilité d'une guerre nucléaire.
6 avril 2026 | tiré de Democracy now !
https://www.democracynow.org/2026/4/6/us_israel_war_on_iran_trita
AMY GOODMAN : Alors que la guerre américano-israélienne contre l'Iran entre dans sa sixième semaine, le président Trump a menacé de bombarder les centrales électriques et les ponts iraniens si le détroit d'Ormuz n'était pas rouvert d'ici mardi. Les attaques de Trump contre les infrastructures civiles constitueraient des crimes de guerre au regard du droit international.
Dans un message truffé d'insultes publié sur Truth Social le dimanche de Pâques, Trump a écrit, je cite : « Mardi sera le jour des centrales électriques et le jour des ponts, tout en un, en Iran. Il n'y aura rien de tel !!! » — trois points d'exclamation. « Ouvrez ce putain de détroit, bande de salauds fous, ou vous vivrez en enfer — VOUS VERREZ BIEN ! Gloire à Allah » a écrit le président — il a utilisé le mot exact.
Les responsables iraniens ont menacé de riposter, le commandement naval du Corps des gardiens de la révolution islamique déclarant dans un message sur X que le détroit d'Ormuz, je cite, « ne reviendra jamais à son état antérieur, en particulier pour l'Amérique et Israël », fin de citation.
Plus tôt ce matin, les médias iraniens ont fait état d'explosions après une attaque israélienne contre le complexe pétrochimique de South Pars, dans la ville d'Asaluyeh. South Pars est l'une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde, partagée entre l'Iran et le Qatar dans le golfe Persique. South Pars représente environ 70 à 80 % de l'approvisionnement en gaz de l'Iran. Une autre frappe américano-israélienne avait également visé les installations de South Pars en Iran le mois dernier.
Par ailleurs, les médias d'État iraniens ont rapporté aujourd'hui que Majid Khademi, chef des renseignements du Corps des gardiens de la révolution islamique, avait été tué lors d'une frappe conjointe américano-israélienne.
Nous ne voyons certainement pas de triomphe de la diplomatie pour l'instant, Trita Parsi. Pourriez-vous nous parler du message de Pâques adressé à l'Iran par le président Trump, truffé d'injures ?
TRITA PARSI : Ce à quoi nous assistons ici, c'est une répétition des menaces et des ultimatums précédents, mais cette fois-ci, bien sûr, avec un ton de désespoir bien plus prononcé de la part de Trump. Il a déjà proféré des menaces de ce genre à plusieurs reprises. Il ne les a pas pleinement mises à exécution, il a fait marche arrière, reconnaissant qu'il ne dispose pas d'une position dominante en matière d'escalade.
Il ne peut pas sortir de ce conflit par l'escalade, car s'il s'en prend aux centrales électriques à grande échelle, les Iraniens feront de même avec les infrastructures du CCG et d'Israël, et la situation s'aggravera considérablement, notamment en raison de la flambée des prix du pétrole.
Néanmoins, il est de plus en plus désespéré, car il se rend compte qu'il ne peut pas simplement mettre fin à la guerre en se retirant. Il doit parvenir à une sorte d'accord négocié. Mais cet accord négocié sera très différent de celui qu'il avait initialement en tête, car la réalité sur le terrain est telle qu'il n'est pas en position dominante. Il ne peut pas dicter ses conditions. En conséquence, il tente désormais de lancer ces ultimatums dans l'espoir que les Iraniens capitulent.
Mais rien n'indique que les Iraniens soient disposés à capituler, ni même à accepter son ultimatum. Les Iraniens n'accepteront pas un cessez-le-feu qui les place dans la même position que le Liban et Gaza lorsqu'ils ont accepté les cessez-le-feu imposés par les États-Unis et Israël, qui se sont avérés n'être que des pauses temporaires permettant aux États-Unis ou à Israël de se regrouper, de se réarmer, puis de relancer les attaques. Et cela frustre clairement Trump, car il se rend compte qu'il n'est pas dans cette position dominante qu'il pensait occuper.
AMY GOODMAN : Pourriez-vous nous parler de l'importance actuelle de South Pars, dont la partie nord est gérée par le Qatar et la partie sud par l'Iran, et qui constitue bien sûr une source d'énergie majeure pour l'Iran, représentant environ 70 à 80 % de son énergie, et de la menace de le faire exploser, ainsi que les ponts ?
TRITA PARSI : South Pars est donc un gisement très important pour les Iraniens. C'est un gisement de gaz partagé. Il est partagé avec le Qatar, bien que les Qataris en extraient beaucoup plus de gaz, car les Iraniens ne disposent pas de la technologie nécessaire, compte tenu de toutes les sanctions qui ont été imposées à l'Iran depuis longtemps. Asaluyeh est un autre site situé à proximité qui est actuellement attaqué par les Israéliens et qui est essentiel pour la consommation énergétique nationale de l'Iran. Et nous avons vu que lorsque ces gisements ou ces installations ont été frappés par le passé, les Iraniens ont riposté. C'est lorsque les Israéliens ont attaqué South Pars la dernière fois que les Iraniens ont frappé ces installations gazières au Qatar, ce qui a fait reculer leur développement de trois à cinq ans.
Il est très important de comprendre la différence ici, dans le sens où nous avons actuellement un problème pétrolier, car de nombreux pétroliers sont bloqués dans le golfe Persique. Ils ne peuvent pas transiter. Mais le pétrole continue d'être extrait du sol. Les infrastructures pétrolières n'ont pas été ciblées à grande échelle. Si Trump intensifie les tensions, celles-ci seront probablement prises pour cible. Et alors, vous n'aurez pas seulement un problème de goulot d'étranglement, mais aussi un problème de production. Le problème de goulot d'étranglement peut être résolu relativement rapidement, et les prix du pétrole peuvent baisser. Mais si vous avez un problème de production, cela signifie que la production n'augmentera pas avant un certain temps, ce qui créera un problème à beaucoup plus long terme sur les marchés pétroliers. Et ce serait bien, bien pire que la situation actuelle.
Les Iraniens disposent donc de nombreux moyens pour aggraver encore la situation. Trump en est bien sûr conscient. C'est en partie pour cela qu'il n'a pas donné suite à bon nombre de ses menaces. Mais il semble devenir de plus en plus désespéré, et il pourrait bien prendre des mesures qui seraient absolument dévastatrices pour l'économie mondiale, puis pour sa propre présidence.
AMY GOODMAN : Si vous pouvez répondre à — The Guardian vient de déclarer : « L'Iran confirme avoir reçu un plan de cessez-le-feu, mais affirme que les États-Unis ne sont pas prêts pour la paix. Les États-Unis, l'Iran et un groupe de médiateurs régionaux ont discuté des termes d'un éventuel cessez-le-feu de 45 jours qui pourrait conduire à une fin définitive de la guerre. » Et puis vous avez Ali Abunimah qui a tweeté il y a quelques heures : « Les États-Unis tentent avec l'Iran la même approche qu'avec Gaza : des accords par étapes que les Américains et « Israël » rompront, et de vagues arrangements futurs à négocier dans un avenir indéterminé. » Votre réponse ?
TRITA PARSI : Ali a tout à fait raison. C'est là la préoccupation et la crainte du côté iranien : que tout type de cessez-le-feu profiterait aux États-Unis et à Israël. Cela ne mettrait pas fin à la guerre. Ce ne serait qu'une pause tactique. En attendant, les Iraniens renonceraient à une grande partie de leur moyen de pression, par exemple le contrôle du détroit. Je ne vois donc aucune chance que cela aboutisse, à moins que cela ne s'accompagne non pas de ce type d'approche par étapes, mais d'un accord complet incluant un allègement des sanctions et d'autres mesures.
Aujourd'hui, la position iranienne, je pense, a en quelque sorte évolué et, franchement, s'est durcie. Le détroit n'est pas nécessairement un outil qu'ils utiliseront pour négocier la fin de la guerre, mais plutôt quelque chose qu'ils utiliseront après la guerre – son contrôle – afin de mettre en place un mécanisme dans lequel les pays devront payer des droits de transit pour traverser le détroit, et ils s'en serviront pour rétablir des relations économiques avec de nombreux pays dans le monde avec lesquels ils entretenaient autrefois des relations économiques, mais qui ont essentiellement cessé de traiter avec l'Iran sur le plan économique en raison de la pression américaine. Tous ces pays ont néanmoins besoin d'accéder au détroit, et les Iraniens prévoient essentiellement d'utiliser leur contrôle du détroit pour rétablir ces relations économiques, plutôt que comme un moyen de pression pour mettre fin à la guerre.
AMY GOODMAN : Que répondez-vous au président Trump qui a déclaré à Fox News que les États-Unis, je cite, « ont envoyé beaucoup d'armes aux manifestants iraniens. Nous avons envoyé des armes par l'intermédiaire des Kurdes. Je pense que les Kurdes les ont gardées », fin de citation ?
TRITA PARSI : Il s'agit là d'une révélation très importante. Nous avons constaté, lors des manifestations de décembre et janvier, que certaines choses étaient très, très différentes du passé. Nous avons constaté qu'il y avait des éléments au sein du mouvement de protestation, ou agissant dans l'ombre de celui-ci, qui ont recouru à une violence massive, tant contre les infrastructures civiles – mosquées, banques, etc., casernes de pompiers – que contre les forces gouvernementales – c'est pourquoi de nombreux membres des forces gouvernementales ont été tués –, ce que nous n'avions tout simplement jamais vu auparavant. Il s'agissait d'éléments armés. Ils opéraient de manière plutôt professionnelle et systématique. Et de nombreux manifestants — j'ai parlé à certains d'entre eux qui étaient véritablement là pour protester contre les politiques du gouvernement — ont vu ces forces et ont été assez stupéfaits, car ils n'avaient jamais rien vu de tel auparavant.
Nous avons désormais la confirmation, que beaucoup de gens soupçonnaient, mais qui nous vient de source sûre, selon laquelle les États-Unis fournissaient effectivement des armes aux Kurdes et à d'autres éléments armés à l'intérieur du pays. Cela montre, je pense, que l'image que nous avions au départ, selon laquelle il s'agissait simplement de manifestants pacifiques réprimés par le gouvernement, était peut-être un peu simpliste. Il s'agissait en grande majorité de manifestants pacifiques, mais parmi eux, ou derrière eux, il y avait d'autres éléments qui utilisaient les manifestations pour déclencher un conflit violent et un soulèvement. Ceux-ci ont été réprimés en même temps que de nombreux manifestants pacifiques. Le gouvernement iranien ne semblait pas faire grande distinction entre les deux et a tué plusieurs milliers de personnes. Mais le scénario était très différent de celui de 2009, par exemple, où le mouvement de protestation était non seulement pacifique, mais veillait également à ne pas être détourné par des éléments violents. Cette fois-ci, il semble que cela n'ait pas été tout à fait possible.
AMY GOODMAN : Voici la réponse du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, à la menace de Trump d'attaquer des infrastructures civiles si le nouvel ultimatum donné à l'Iran pour ouvrir le détroit d'Ormuz n'est pas respecté.
ESMAEIL BAGHAEI : [La réaction de l'Iran serait de riposter] à toute attaque de ce type. Nos forces armées ont clairement indiqué qu'en cas d'attaque contre les infrastructures iraniennes, nous réagirions de la même manière.
Elles — nos forces armées — cibleraient toute infrastructure similaire appartenant aux États-Unis ou liée de quelque manière que ce soit à ce pays, ou contribuant à son acte d'agression contre l'Iran. Ce n'est pas quelque chose que nous ferons volontairement ou par décision délibérée. Cela fait partie de nos mesures de défense contre leur acte illégal.
AMY GOODMAN : C'était donc le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Pouvez-vous réagir à ses propos, Trita Parsi ?
TRITA PARSI : Il s'agit donc d'une continuation de ce que nous avons vu par le passé : les Iraniens riposteront de la même manière, mais ils cibleront les installations à leur portée, qui se trouvent principalement dans les États du CCG, ce qui mettra non seulement ces derniers dans une situation terrible, mais aussi l'économie mondiale tout entière. Nous avons vu que les Iraniens ont pris pour cible des bases américaines et d'autres installations, dont certaines civiles, dans ces pays.
Nous disposons désormais également de preuves émergentes indiquant que le territoire et l'espace aérien de nombre de ces pays ont été utilisés par les États-Unis pour attaquer l'Iran. À l'heure actuelle, on ne sait pas clairement si ces pays ont commencé à autoriser cette utilisation après que les Iraniens ont commencé à les attaquer, si ces attaques avaient lieu dès le début, ou si ces attaques depuis leur espace aérien ou leur territoire sont menées sans l'accord de ces gouvernements. Mais le fait que le territoire soit utilisé dans plusieurs cas – au Qatar, pardon, au Koweït, à Bahreïn, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis – n'est pas tout à fait clair à ce stade. Des preuves sont apparues à ce sujet.
Et c'est une évolution très négative et dangereuse, en particulier si cela conduit à terme les Saoudiens et les Émiratis à s'engager pleinement dans la guerre. Ce sera — encore une fois, nous avons déjà vu ce conflit s'étendre, mais ce sera une escalade majeure, très majeure, et cela rendra beaucoup plus difficile la possibilité de mettre fin à cette guerre.
AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous parler de l'arrestation, par des agents des services de renseignement iraniens, de l'éminente avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh à son domicile, selon sa fille ? Âgée de 64 ans, Nasrin Sotoudeh est réputée pour avoir défendu des militants, des politiciens de l'opposition et des femmes poursuivies pour avoir retiré leur foulard. Craignez-vous que la prison d'Evin — qui sait de quel côté ? — puisse également être bombardée, ce qui a été — ce qui, bien sûr, est l'endroit où tant de dissidents sont détenus ?
TRITA PARSI : Nous avons vu que lors de la guerre de juin, les Israéliens ont bel et bien frappé la prison. On ne sait pas s'ils l'ont fait parce qu'ils pensaient que cela serait bénéfique, que cela ferait descendre les gens dans la rue pour manifester ou les pousserait à s'opposer à la répression du gouvernement iranien. Mais cela s'est vraiment retourné contre les Israéliens. Reste à voir s'ils le referont. Jusqu'à présent, ils se sont davantage concentrés sur les attaques contre des usines pharmaceutiques et des universités.
Mais je pense qu'un point important à retenir ici est que la République islamique est en train de changer, mais qu'elle évolue vers une orientation beaucoup plus belliciste. C'est une conséquence directe de cette guerre lancée illégalement par Israël et les États-Unis. Il était également tout à fait prévisible que, dans ces circonstances, le gouvernement iranien deviendrait probablement plus répressif et imposerait davantage de restrictions à l'espace politique dans le pays. Nous avons déjà observé ce schéma par le passé. Ainsi, plutôt que d'être une sorte d'effort visant à instaurer la démocratie en Iran, comme certaines personnes semblent l'avoir pensé, l'historique montrait déjà très clairement que le résultat le plus probable serait de voir émerger de cette guerre la version la plus répressive et la plus belliciste de la République islamique.
AMY GOODMAN : Dites-nous également si vous parvenez à communiquer avec des personnes en Iran, alors que la coupure quasi totale d'Internet imposée par l'État constitue désormais la plus longue coupure nationale jamais enregistrée dans aucun pays.
TRITA PARSI : C'est très difficile, mais j'ai réussi à joindre pas mal de personnes. Ce n'est pas le même type de coupure que celle que nous avons connue du 8 janvier jusqu'à il y a quelques jours, où les Iraniens avaient vraiment tout coupé, brouillé Starlink et tout le reste. Ce n'est pas à ce niveau-là, mais c'est néanmoins extrêmement restrictif. Et je ne vois aucune chance que cela s'assouplisse tant que la guerre se poursuivra.
AMY GOODMAN : Pour finir, craignez-vous que les États-Unis ou Israël n'utilisent une bombe nucléaire contre l'Iran ?
TRITA PARSI : J'ai eu des conversations ici à Washington, et j'ai été assez surpris de constater que de nombreux anciens responsables admettent très franchement que c'est une option envisageable. Cela tient au fait que Trump semble de plus en plus désespéré. Il pourrait finir par bombarder l'Iran pendant encore deux semaines pour tenter de créer un spectacle retentissant, puis simplement s'en aller, sachant qu'il n'a ni la capacité ni la patience pour la véritable diplomatie qui s'impose, ni la volonté de faire des compromis. Il pourrait donc simplement faire dégénérer la situation de manière spectaculaire, puis s'en aller, laissant le détroit sous le contrôle des Iraniens. Et cela pourrait potentiellement inclure l'utilisation d'une arme nucléaire.
Le fait que cela soit réellement discuté ou envisagé par d'anciens responsables comme une option que Trump ou les Israéliens envisagent nous montre à quel point cette guerre va mal, à quel point la situation devient désespérée, et à quel point cela serait extrêmement, extrêmement dangereux pour le monde entier. Comme me l'a dit un ancien responsable, cela ferait des États-Unis le pays le plus détesté au monde s'ils utilisaient une arme nucléaire simplement pour démontrer leur supériorité militaire.
AMY GOODMAN : Trita Parsi, merci beaucoup d'être avec nous, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Losing an Enemy : Obama, Iran, and the Triumph of Diplomacy.
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Où est passé le logement social ?
Tiré de l'infolettre de l'R des Centres de femmes : Le Nouvel R
https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/WhctKLcDrdmnZNHwpHwkdWCLMmgFlPGSXXbGVKWhsBDknzKNGHRNQbMFVVbpCGfWLjTdZRg
Publié le : 30 mars 2026
Nouvelle brochure du FRAPRU.Social, abordable, hors marché, sans but lucratif, abordable intermédiaire, à abordabilité différée… Comment se retrouver dans ce fouillis de qualificatifs utilisés par les autorités politiques, divers organismes et les médias pour parler du financement de nouveaux logements dans une conjoncture marquée par une forte crise ? C'est à cette question que cette brochure du FRAPRU tente de répondre en examinant dans quel contexte ces expressions sont apparues et se sont développées. Elle a aussi pour objectif de démontrer que ces termes recouvrent des réalités différentes et qu'il faut de toute urgence revenir au logement social dans nos propos, mais surtout dans la réalité.
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Comptes rendus de lecture du mardi 7 avril 2026
Le Livre noir du Canada anglais
Normand Lester
« Le Livre noir du Canada anglais » a en fait donné lieu à trois bouquins, publiés respectivement en 2001, 2002 et 2003. Dans le premier, qui devait au départ être le seul, l'auteur nous décrit les « libertés britanniques » de 1791-1811, les années 1820-1838, le soulèvement racial de La Gazette à Montréal en 1949, l'épisode « Moi, Maria Monk », la pendaison de Louis Riel, l'orangisme comme façon de vivre, les années 1867-1918, les crimes contre les Japonais, l'antisémitisme, et le Plan Roosevelt pour régler la question des Canadiens Français et des Juifs. Cet ouvrage éclairant sur d'importants épisodes de notre histoire jure avec l'histoire officielle, consensuelle et souvent mielleuse, de nos livres d'histoires.
Extrait :
L'acte de Québec redonne à la province de Québec les frontières de la Nouvelle-France, sauf pour la vallée du lac Champlain. Il reconnaît le droit civil français, le droit de l'Église catholique de préserver son culte et surtout le droit de percevoir la dîme, et le remplacement du serment du Test par un serment anodin. De plus, l'acte reconnaît comme légitime le vieux régime seigneurial. Les Anglais viennent d'acheter les seigneurs et les curés, qui sont désormais acquis à la couronne britannique. Quand Carleton arrive d'Angleterre, le 18 septembre 1774, il est accueilli par cinquante seigneurs canadiens et tout le haut clergé. L'ère de la collaboration des élites canadiennes commence. Les affairistes anglais sont ulcérés ; comment l'Angleterre peut-elle reconnaître de tels droits à une race de dégénérés ? Et des papistes de surcroît !
Pour l'amour de ma mère et pour remercier les mamans
Boucar Diouf
J'aimais beaucoup Boucar Diouf et ce bouquin me l'a fait aimer plus encore. Boucar Diouf nous y parle de sa mère, mais aussi beaucoup de lui-même, de sa jeunesse au Sénégal, de sa venue ici, de son amour du Québec. C'est un beau témoignage de tout ce que sa mère lui a apporté dans la vie et de la place des mères dans la vie de chacun, d'un point de vue humain d'abord, mais aussi d'un point de vue scientifique – avec un chapitre portant précisément sur le sujet. Une lecture qui fait beaucoup de bien !
Extrait :
Cette belle femme sur la couverture, c'est ma mère, photographiée en 1965, alors qu'elle était enceinte de son petit Boucar. Je dis cela un peu à la blague, mais c'est la seule photo de mon enfance, probablement parce que j'ai l'impression de me retrouver dans les yeux de ma mère. Je crois que mon premier vrai portrait d'enfant a été croqué une seule fois, quand j'avais sept ans. Les photographes n'étaient pas légion dans ma jeunesse rurale au Sénégal. Je suis le sixième d'une famille de neuf et je suis immensément heureux d'avoir atterri chez mes parents. Bien que j'adore mon père, je tiens surtout à raconter l'histoire de ma mère dans ce livre, pour dire à quel point son passage sur cette terre aura été une bénédiction d'abord pour sa famille, ensuite pour sa communauté. On a tendance à sanctifier presque par réflexe les figures médiatisées, mais beaucoup de vies extraordinaires passent pour ordinaires, des vies qui partent parfois dans l'anonymat. Je suis certain qu'une personne vous vient en tête en lisant ce passage. Pour moi, l'œuvre de ma mère mérite d'être écrite.
Le Journal d'une femme de chambre
Octave Mirbeau
Publié il a cent vingt ans, ce magnifique roman social demeure encore très populaire aujourd'hui. S'il intéresse toujours, c'est qu'il nous révèle sans beaucoup de scrupules les dessous de la bourgeoisie et des classes dominantes. Célestine, femme de chambre, y évoque toutes les places qu'elle a faites depuis des années, comme soubrette, dans les maisons les plus huppées. Elle en retient que « si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Extrait :
Il suffit qu'on me parle doucement, il suffit qu'on ne me considère point comme un être en dehors des autres et en marge de la vie, comme quelque chose d'intermédiaire entre un chien et un perroquet, pour que je sois, tout de suite, émue,… et, tout de suite, je sens revivre en moi une âme d'enfant… Toutes mes rancunes, toutes mes haines, toutes mes révoltes, je les oublie comme par miracle, et je n'éprouve plus, envers les personnes qui me parlent humainement, que des sentiments d'abnégation et d'amour… Je sais aussi, par expérience, qu'il n'y a que les gens malheureux, pour mettre la souffrance des humbles de plain-pied avec la leur… Il y a toujours de l'insolence et de la distance dans la bonté des heureux !…
Les Voisins
Claude Meunier et Louis Saia
Louis Saia est décédé la semaine dernière. Le compte rendu de cette pièce de théâtre, écrite avec Claude Meunier, a été fait il y a quelques années. J'avais ramassé cette petite pièce de théâtre à la sortie de la Bibliothèque Guy-Sanche de Gatineau, parmi les livres d'occasion que laissent les passants. Il était plein de notes de cours dans les marges et on doit donc l'étudier au secondaire ou au cégep. C'est une pièce en deux actes d'une centaine de pages. Elle a d'abord été écrite en 1980, puis revue au début des années 2000. Je l'ai lue tout d'une traite. C'est très drôle, mais je dois admettre qu'on finit par se lasser à la longue de ce genre d'humour un peu trop caricatural de la vie de banlieue. C'est une pièce plus encline à entretenir des stéréotypes qu'à susciter la réflexion...
Extrait :
Bernard. Hé ! monsieur ! As-tu vu ça moman ? Ç'a l'air qu'y ont tué la "Marraine" de Miami.
Jeanine. La marraine de qui ?
Bernard. La femme du "Parrain". C'est écoeurant, a même reçu deux balles dans sa sacoche.
Jeanine. Pauvre elle. Y l'ont pas manquée...
Bernard. Ça, c't'à part des treize balles qui y ont tirées dans' tête... Sont pas chanceux en plus, c'est même pas elle qu'y visaient.
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Libéralisme ou démocratie ?
Libéralisme et démocratie : voici deux termes souvent plus ou moins confondus, ce qui entraîne bien des malentendus et des confusions intellectuelles sur le fonctionnement réel des régimes libéralo-électoraux. Cela fait l'affaire des maîtres du régime politique en place. Pour y voir plus clair, il faut d'abord s'entendre sur les termes en question.
La démocratie tout d'abord. Dans l'idéal, il s'agit du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. En théorie, le régime repose sur la légitimité électorale, il garantit la liberté des droits, le pluralisme politique et promeut la séparation des pouvoirs.
Mais cette définition générale et assez vague gomme complètement la réalité des inégalités de fortune, des pouvoirs d'influence et la réalité des classes sociales. Si aujourd'hui, sur le plan des droits formels, tous et toutes se trouvent sur un pied d'égalité, dans la réalité, il en va tout autrement. La question des revenus, la position sociale des individus et la capacité considérable d'influence dont certains bénéficient au détriment de beaucoup d'autres consacrent la vulnérabilité de bien des travailleurs devant les pouvoirs économiques. Ceux-ci ont l'oreille des décideurs et décideuses politiques, alors que les autres... Évidemment, si on est syndiqué, on est moins vulnérable que dans le cas contraire, mais quand même une certaine vulnérabilité demeure. L'égalité formelle de tous et toutes en termes strictement politiques, même si elle constitue un acquis non négligeable, ne peut compenser pour des inégalités sociales aigues, comme Marx et ses successeurs l'ont bien constaté. On est plutôt en présence d'un régime ploutocratique, c'est-à-dire celui où le pouvoir politique est exercé surtout par plus riches au détriment de la masse de la population laborieuse.
Dans ce contexte, peut-on encore parler vraiment de démocratie ? En tout cas, on est loin du danger de la dictature de la majorité, un risque qui inquiétait Alexis de Tocqueville dans son essai classique « De la démocratie en Amérique ». Les profondes et virulentes divisions de la société américaine le prouvent bien.
Venons en au libéralisme à présent. On le définit comme étant une doctrine philosophique et politique qui place la liberté individuelle, les droits fondamentaux et la limitation du pouvoir de l'État au coeur de l'organisation sociale. Fondé sur le pluralisme et l'égalité en droit, il prône un régime représentatif (fondé sur l'électoralisme) qui garantit les libertés civiles (expression, culte et surtout peut-être, propriété) contre l'arbitraire. Il mise sur le jugement de l'individu, laissé en principe libre de ses choix face à la collectivité.
Il canalise bien des frustrations face aux différents pouvoirs en place grâce à la liberté d'expression qu'il permet.
Poussé à sa limite, le libéralisme se transforme en libertarisme, soit le droit réclamé par certains de faire tout ce qui leur plaît, même au détriment des intérêts de leurs compatriotes. À la limite, il s'agit d'une morale de la force. Le libertarisme prône une liberté individuelle maximale comme un droit naturel et une valeur suprême ; il cherche à minimiser, voire à supprimer l'intervention de l'État dans les sphères économiques et sociales au profit d'une liberté maximale d'action et du libre marché. Il prétend dépasser le clivage traditionnel gauche/droite. Que les meilleurs gagnent, telle pourrait être sa devise.
On en rencontre dans tous les milieux : chez des entrepreneurs, des financiers et des politiciens, pour ne nommer que ces catégories. S'ils ne sont pas majoritaires chez les tenants du libéralisme (lesquels acceptent un certain encadrement de leur liberté d'initiative), leur influence se fait quand même sentir.
Nous vivons dans une société capitaliste, où le droit d'entreprendre est présenté comme un absolu, puisqu'il relève du libéralisme économique. Certes, le droit d'expression est garanti par la Constitution, mais nos « élites » politiques dans l'ensemble sont bien plus attachées au libéralisme qu'à la démocratie, qu'elles contournent de diverses manières, au gré des variations de leurs intérêts et de ceux de leurs alliés capitalistes, le tout au détriment souvent des faibles et des démunis.
La démocratie ne se limite pas à l'électoralisme. Elle vient d'une maîtrise aussi accomplie que possible des gens sur le cours de leur vie, sur la capacité de se réaliser soi-même et sur la meilleure redistribution possible de la richesse produite par la société, richesse non seulement matérielle mais aussi culturelle.
C'est peut-être là la façon la meilleure d'améliorer la condition humaine.
Jean-François Delisle
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Pendant plusieurs mois, Mme Khadija Barbe,...
Pendant plusieurs mois, Mme Khadija Barbe, porte-parole du Comité Palestine au sein d'un mouvement éco-féministe et ce mêne Comité Palestine ont été la cible d'intimidations et d'agressions en ligne de la part de milieux d'extrême droite racistes et islamophobes. Le 8 mars, en solidarité avec le peuple iranien soumis à une agression militaire, elle a porté un drapeau iranien - geste qu'elle aurait posé pour tout autre peuple en situation semblable. Ce geste a suscité des plaintes au sein de ce mouvement, portées par certaines membres et des personnes extérieures au mouvement. Face à l'hypocrisie de certaines et à l'absence de soutien du CA depuis des mois, Mme Barbe a choisi de prendre une pause. Contacté par un journaliste du Journal de Montréal au sujet du drapeau, le CA a choisi de se dissocier publiquement d'elle sans la contacter au préalable sans l'en informer. Le 13 mars 2026 paraissait un article sans rigueur ni déontologie, nommant expressément Mme Barbe et diffusant des informations erronées, exposant ainsi cette femme et sa famille à un danger réel. Le texte qui suit est la conséquence directe des événements qui ont suivi.
Pourquoi ai-je quitté le mouvement ?
Je n'ai pas quitté le mouvement sur un coup de tête.
Je n'ai pas quitté le mouvement par manque d'activité ou d'engagement en son sein - des mères, des femmes remarquables y ont accompli et continuent d'y accomplir des actions qui forcent l'admiration.
Je n'ai pas quitté le mouvement par épuisement militant.
Je suis partie parce qu'un seuil a été franchi.
Un seuil politique.
Un seuil éthique.
Un seuil humain.
* J'ai quitté le mouvement lorsque j'ai vu l'une des nôtres être publiquement abandonnée à la bêtise dominante.
Une mère.
Une militante.
Une alliée.
Désolidarisée.
Non pas à la suite d'un débat collectif rigoureux, non pas dans un espace de parole partagé, mais dans un geste précipité, sans égard pour les conséquences, sans responsabilité assumée.
Un geste qui a exposé une femme à la violence, au harcèlement, à l'insécurité.
Un geste qui a brisé quelque chose de fondamental. La confiance.
Et avec cette confiance, c'est aussi mon sentiment de sécurité qui s'est effondré.
Je n'ai plus confiance en ce mouvement.
Je ne m'y sens plus en sécurité.
On ne jette pas l'une des nôtres.
Pas pour se protéger.
Pas pour préserver une image.
Ce qui a suivi a été tout aussi révélateur.
Car oui, tout le monde peut se tromper, paniquer, agir dans la précipitation, sous le coup de la confusion ou de la pression. L'erreur est autant humaine qu'elle est partie prenante des dynamiques collectives et des luttes.
Mais persister dans l'erreur, s'y enfermer, refuser de la reconnaître et de la corriger - voilà ce qui fait basculer une faute en responsabilité assumée.
Et c'est précisément ce à quoi nous avons assisté : rien. Aucune prise de responsabilité, ni interne, ni publique. Aucune remise en question.
Refus d'agir.
Refus de nommer.
Refus de réparer.
Le refus de défendre l'une des siennes n'est pas une neutralité. C'est une position.
Persister dans ce refus, c'est en assumer les effets, sur les corps, sur les vies, sur les liens.
** Ce que cette situation a mis en lumière, ce n'est pas seulement une erreur.
C'est un écart.
Un écart profond entre les valeurs affichées et les pratiques effectives.
Un discours de solidarité. Une pratique d'abandon.
Un discours féministe. Une incapacité à protéger concrètement une femme ciblée.
*** À la place, nous avons assisté au déplacement classique : une posture de victimisation.
La critique devient agression. L'interpellation devient menace. Celles qui parlent deviennent celles qu'il faut recadrer.
Se dire attaquées.
Se dire incomprises.
Se dire irréprochables.
Ce que certaines théoriciennes nomment les « white tears » - cette re-centration sur le malaise des dominantes face à la critique - a pris le dessus sur toute possibilité d'écoute.
Mais il faut être clair : ce malaise n'est pas une violence.
Ce qui est violent, c'est l'abandon.
**** Ce que j'ai vu à l'œuvre, ce n'est pas seulement une erreur ponctuelle.
C'est une logique.
Ce mécanisme, largement documenté par Françoise Vergès, Seloua Luste Boulbina ou Maria Lugones, n'est pas anodin. Il s'inscrit dans une structure plus large : celle de la blanchité.
La blanchité ne désigne pas une couleur de peau, mais une position de pouvoir.
Une manière de se poser au centre.
De définir les normes.
De limiter le légitime.
De fixer les limites du dicible et du pensable.
La blanchité n'a pas besoin de se porter, encore moins de se dire.
Elle s'impose.
Elle organise.
Et elle s'est manifestée de manière flagrante dans la gestion même de cette crise.
Les personnes du CA qui ont pris en charge la situation étaient, pour certaines, en situation de conflit d'intérêts, pour d'autres, trop proches pour exercer un jugement juste et distancié.
Aucun recours à l'ensemble des membres n'a été envisagé.
Aucune consultation réelle.
Aucune délibération collective.
Ce fonctionnement n'est pas anodin.
Il reproduit une structure hiérarchique, pyramidale, où le pouvoir se concentre entre quelques mains, au détriment du collectif qu'il prétend représenter.
Décider entre quelques-unes.
Écarter le collectif.
Imposer sans rendre de comptes.
C'est aussi cela, la blanchité : une manière d'organiser le pouvoir, de le naturaliser, de le rendre incontestable.
Elle organise les hiérarchies entre les luttes, entre les paroles, entre les souffrances.
Elle décide de ce qui est recevable, de ce qui est « trop », de ce qui dérange.
Elle privilégie la respectabilité sur la justice, le confort sur la vérité.
Elle se manifeste quand certaines causes sont tolérées et d'autres évitées.
Quand certaines voix sont entendues et d'autres disqualifiées comme excessives.
La blanchité, comme le montre Fanon, s'intériorise, se reproduit, circule. Elle façonne les subjectivités, les désirs d'alignement, les stratégies de survie. Elle produit même ses propres relais parmi celles et ceux qu'elle marginalise.
S'aligner.
Se conformer.
Se taire.
***** Le problème ne se limite pas à cette structure. Il corrompt les luttes en les cantonnant à une vision étroite.
Fragmentée.
Dépolitisée.
Un écoféminisme sans intersectionnalité.
Un féminisme sans courage politique.
Un féminisme qui évite les luttes « qui dérangent ».
Séparer les luttes, c'est hiérarchiser les urgences.
Neutraliser les conflits.
Comme le rappelle Nada Elia, les mouvements féministes dominants ont historiquement évité de prendre position sur la Palestine - j'ajoute le Moyen-Orient et l'islamophobie - au nom d'un prétendu recentrage sur des enjeux « féministes ». Mais ce refus n'est pas neutre.
Ne pas prendre position, c'est déjà prendre parti.
C'est laisser intactes les structures de domination.
C'est accepter l'ordre existant.
Les luttes féministes ne peuvent être dissociées des luttes antiracistes, anti-impérialistes, décoloniales.
À défaut, elles reproduisent ce qu'elles prétendent combattre.
Des injustices systémiques.
Des hiérarchies de vies.
Des silences organisés.
Sans convergence, sans courage, les luttes se vident de leur sens.
Et ce vide n'est pas seulement politique. Il est épistémique.
Ne pas écouter.
Ne pas croire.
Ne pas reconnaître.
C'est ainsi que se perpétuent les injustices épistémiques : quand certaines paroles sont disqualifiées d'avance, quand certaines expériences sont jugées illégitimes, quand certains savoirs sont relégués à la marge.
Or sans justice épistémique, il n'y a pas de possibilité de justice.
Sans reconnaissance des savoirs, il n'y a pas de reconnaissance des personnes.
La reconnaissance n'est pas un geste moral. Elle est ce lieu où l'éthique ne peut être posture - puisqu'elle est la terre même dont l'éthique surgit : le rapport à l'autre, non vicié.
C'est un processus politique.
C'est une pratique.
Une pratique qui suppose de déplacer le centre.
D'accepter de ne pas savoir.
D'écouter réellement.
De se laisser transformer.
Une pratique qui exige de rompre avec les cadres imposés, avec les hiérarchies héritées, avec les conforts acquis.
Reconnaître, c'est :
Décentrer
Risquer
Changer.
Nada Elia écrit que « le féminisme est un mouvement d'amour », une force de justice et de don.
Or, ici, nous n'avons vu ni don, ni justice.
Et nous n'avons ressenti aucun amour.
****** Je ne suis pas « blanche ». Je ne le serai jamais.
Refuser la blanchité, ce n'est pas une question d'identité. C'est un positionnement.
Le refus de participer à un système qui hiérarchise les vies et les savoirs.
Le refus des silences confortables et des solidarités conditionnelles.
J'ai quitté le mouvement parce que je crois en ma sœur Khadija Barbe.
Je la reconnais.
J'ai quitté le mouvement parce que je crois encore aux luttes.
Aux luttes entières.
Cohérentes.
Courageuses.
Des luttes où la solidarité n'est pas un mot.
Des luttes qui ne laissent personne derrière.
Surtout pas ma sœur.
(Pensées d') Une mère décoloniale.
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L’Organisme de Défense des Droits Humains ECCREDHH exige des interventions urgentes de l’État Haïtien après ce massacre à Jean Denis.
Pétion-Ville, Haïti, 31 Mars 2026
L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) s'est profondément touché par les actes de terrorisme des groupes armés dans le département de l'Artibonite précisément à Jean Denis.
Face à l'horreur indicible survenue à Jean Denis et Pont Sondé dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, l'indignation de L'Ensemble des Citoyens Compétents à la Recherche de l'Égalité des Droits de l'Homme en Haïti (ECCREDHH) est non seulement légitime, mais elle constitue un cri de ralliement pour la conscience nationale.
Le bilan est d'une cruauté insoutenable s'élève partiellement à 70 vies fauchées, une trentaine de blessés et plus de 50 foyers incendiés totalement. Ce n'est plus de l'insécurité, c'est un assaut frontal contre l'humanité. Face à une telle situation, la position ferme qui s'impose à cette tragédie :
La faillite de l'État : Il est rigoureusement inacceptable qu'un État assiste, muet et immobile, au massacre de sa propre population. Le silence des autorités devant des groupes armés agissant en toute impunité n'est plus de l'impuissance, cela s'apparente à une complicité tacite. Un pouvoir qui ne protège pas perd sa raison d'être.
L'Urgence Humanitaire : Avec plus de 5 700 déplacés fuyant vers Saint-Marc ou Marchand-Dessalines, nous assistons à un déracinement forcé qui piétine la dignité humaine. Ces citoyens, livrés à la misère, sont les victimes directes de l'inaction gouvernementale.
Ultimatum au Pouvoir : Le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé et son gouvernement de facto sont placés devant leurs responsabilités historiques. Diriger impose le devoir de sécuriser.
Sans une intervention immédiate et musclée pour mettre les terroristes hors d'état de nuire, ce pouvoir confirme son inutilité flagrante.
L'heure n'est plus aux notes de sympathie, mais à l'action coercitive pour rétablir l'ordre. L'Organisme de Défense des Droits Humains (ECCREDHH) exige que l'État haïtien cesse d'être un spectateur de son propre effondrement et garantisse, enfin, le droit primordial à la vie.
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La Conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre : grandes avancées, défis et opportunités
La première conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples constitue une expérience unique ; nulle part ailleurs sur la planète une telle initiative n'avait été menée à bien. Elle représente un large front antifasciste et anti-impérialiste, dépassant largement le cadre des organisations révolutionnaires. Elle a néanmoins ses limites, liées aux difficultés rencontrées par les mouvements de résistance internationalistes. - Manuel Rodriguez Banchs, Penelope Duggan, Israel Dutra, Antoine Larrache, João Machado, Reymund de Silva et Eric Toussaint, membres du Bureau et du Comité International de la Quatrième Internationale.
Tiré de Quatrième internationale
4 avril 2026
Par Quatrième internationale
Brésil
Copyright
Opening March March 2026
Près de 7 000 personnes ont participé à la manifestation d'ouverture, avec une présence significative d'organisations de la Quatrième Internationale. Nous avons été témoins de la ferveur militante des Forums sociaux mondiaux à leur apogée et du mouvement anti-guerre de 2003, où des milliers de personnes d'horizons très divers se réunissent et discutent de tout. C'est dans ce genre de moments militants que se forgent des compréhensions partagées et des objectifs communs, et que se façonne la conscience de l'avant-garde militante.
En dehors du Brésil, la délégation argentine était la plus importante, avec 200 personnes, dont beaucoup ont voyagé en autocar, y compris nos camarades de Marabunta. Des camarades sont venus d'Afrique (Afrique du Sud, Mali, Congo, Kenya, Côte d'Ivoire, Maroc) et d'Asie (Inde, Pakistan, Philippines…), notamment par l'intermédiaire du CADTM (Comité pour l'abolition de la dette illégitime, qui a joué un rôle central dans l'organisation aux côtés du Comité d'organisation local de la conférence). Des délégations de pays impérialistes (États-Unis, Canada, Australie et pays européens tels que la Belgique, le Danemark, la France, l'Italie) étaient, bien sûr, présentes. Il y avait d'importantes délégations de militants ukrainiens et russes.
Les travaux de la conférence
Après une « table ronde des parlementaires » et une « table ronde des élu·e·s » qui ont mis en évidence un lien essentiel avec les actions menées au sein des institutions, plusieurs milliers de personnes ont pris part à de nombreux débats sur des thèmes variés : l'analyse de la montée de l'extrême droite, la lutte contre Milei, la résistance à Trump aux États-Unis centrée sur Minneapolis, la spécificité des luttes dans le monde du travail, la situation au Brésil, la résistance palestinienne, la crise climatique, le féminisme, l'éducation et de nombreuses formes de solidarité internationale.
En plus de participer aux onze séances plénières du programme officiel, les organisations et les militants de la Quatrième Internationale ont proposé un certain nombre d'activités auto-organisées, parmi les 150 prévues. Nos camarades y ont joué un rôle significatif, notamment à travers une présentation de notre Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, à laquelle ont assisté plus de 600 personnes. Cette réunion a été animée notamment par Michael Löwy, l'un des principaux rédacteurs du Manifeste, et Penelope Duggan qui représentait la Quatrième Internationale.
Nous avons également organisé ou contribué de manière significative à des débats sur la lutte antiraciste et anticapitaliste, la solidarité avec l'Ukraine, avec les prisonniers russes, la situation en France et la solidarité avec les migrants. En particulier, le premier de ces débats a rassemblé plusieurs centaines de personnes.
Des activités importantes ont été organisées par le CADTM sur l'immigration, les mobilisations de la génération Z, l'accumulation de richesses, l'accaparement des ressources naturelles de l'Ukraine, de la RDC et du Venezuela, la situation en Afrique, et d'autres thèmes.
La Quatrième Internationale a distribué une déclaration intitulée « Contre l'autoritarisme néofasciste et toutes les formes d'impérialisme » aux participants à la conférence en quatre langues.
La déclaration finale
La déclaration finale de la conférence résume les larges convergences qui ont rendu son organisation possible : un rappel des grandes mobilisations contre Milei, contre l'extrême droite en Grande-Bretagne, des mobilisations No Kings ! aux États-Unis, et la solidarité avec Cuba. Elle énonce également une série de revendications sociales, environnementales, antiracistes, féministes et LGBTIQ+, et bien sûr contre l'impérialisme. Elle affirme clairement : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » En particulier, la déclaration s'oppose au génocide en Palestine, aux attaques contre le Liban et l'Iran, ainsi qu'à l'invasion du Venezuela et aux menaces contre Cuba. Ce large consensus a rassemblé des organisations extrêmement diverses, ce qui a contribué au succès de la conférence
Mobilisation limitée des organisations de masse des travailleurs
Le grand succès de la conférence ne nous empêche pas de voir certaines limites importantes. Celles-ci étaient apparentes lors de la préparation de la conférence, et nous avons tenté, avec un succès limité, d'y remédier.
L'une d'elles était le manque de participation active des organisations de masse traditionnelles, tant au Brésil qu'ailleurs. Si la conférence a obtenu la participation officielle du Parti des Travailleurs et de la majorité du PSOL au niveau national, ainsi que de la CUT et de la CTB brésiliennes et d'autres syndicats d'enseignants et de travailleurs, ceux-ci ont peu contribué à la mobilisation en dehors de l'État du Rio Grande do Sul, où se situe Porto Alegre. Le syndicat des enseignants Andes et le Parti communiste brésilien (PCdoB) ont eu une présence militante plus importante. En fait, nos organisations – en particulier le MES, une tendance au sein du PSOL particulièrement forte dans le Rio Grande do Sul – constituaient une grande partie des participants : d'une part, c'est une source de fierté, mais d'autre part, cela reflète le fait que la lutte pour l'unité, pour la construction d'un mouvement de masse aux côtés des organisations réformistes et des syndicats, reste encore à mener.
En dehors du Brésil, la conférence a également reçu le soutien de La France Insoumise et d'une série d'organisations syndicales, notamment d'Espagne et d'Amérique latine. (1) À l'approche de la conférence, des tentatives répétées ont été faites pour convaincre de nombreuses autres organisations de l'importance de la conférence pour leurs courants, mais cette lutte pour l'unité la plus large possible au sein du mouvement doit continuer à être menée avec la plus grande détermination.
S'opposer à tous les impérialismes
Un autre problème est l'attention quasi exclusive, en pratique, à l'impérialisme états-unien, malgré l'opposition dans la déclaration finale à « tous les impérialismes ». Ainsi, sous l'influence des secteurs « campistes » de la conférence, il n'y a eu aucune condamnation de l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie. Il s'agit là d'un problème grave et d'un obstacle potentiel à l'action commune avec les antifascistes de Russie et d'Ukraine. La Russie est sans aucun doute l'un des régimes qui se rapproche le plus du fascisme, tandis que le peuple ukrainien – et aussi le peuple russe ! – souffrent sous ce régime, confronté à la misère et à des centaines de milliers de morts.
La présence de camarades russes et ukrainiens, ainsi que les ateliers organisés avec le soutien des camarades de la QI pour donner la parole aux opposants russes, et à une délégation ukrainienne composée de deux syndicalistes de premier plan et d'un représentant de Sotsialnyi Rukh, ont constitué un contrepoids important. Cela a été salué par les délégations concernées et, selon les mots du représentant de RESU/ENSU : « la présence de camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant […] en particulier lors de la clôture de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militant·e·s du Brésil et d'autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d'être diffusées parmi les organisations de gauche ». Ils espèrent s'appuyer sur cela pour élargir la solidarité envers leurs luttes, notamment en Amérique latine.
Lors de plusieurs séances plénières, des camarades de la Quatrième Internationale (Penelope Duggan de la direction de la QI, Rafael Bernabe de Porto Rico, Sushovan Dhar d'Inde,...) et d'autres (Patricia Pol d'ATTAC France et de LFI) se sont également exprimé·e·s contre ces positions, défendant les prisonniers et les opposants russes en exil, le droit à l'autodétermination de l'Ukraine, la lutte du peuple ukrainien contre l'invasion russe et contre les politiques néolibérales et antidémocratiques de son propre gouvernement, et en soutien au mouvement des femmes et au mouvement démocratique iraniens. Notre position est celle du droit à l'autodétermination de tous les peuples du monde par leur propre action et non par un alignement sur un gouvernement quelconque, mais il est clair que cette question fondamentale n'a pas été pleinement résolue lors de la conférence. Lors des ateliers auto-organisés, plusieurs camarades de la QI qui ont pris la parole (André Frappier du Canada, Eric Toussaint de Belgique, Bruno Magalhães du Brésil) ont également condamné l'invasion russe de l'Ukraine et soutenu le droit à l'autodétermination de l'Ukraine.
Message ambigu sur l'Iran
Bien que la déclaration finale défende « l'autodétermination du peuple iranien », un représentant non officiel de la République islamique d'Iran était présent et a justifié – sur un ton très modéré – les politiques du régime. Tout en défendant le droit de la République islamique à se défendre contre l'agression impérialiste, et en souhaitant la défaite de cette attaque, nous soutenons pleinement les mouvements sociaux en Iran, en particulier les mouvements féministes, qui n'ont rien à voir avec les représentants du Shah soutenus par les États-Unis et Israël.
Renforcer la démocratie au sein du mouvement
Il était sans doute inévitable, dans une conférence réunissant des milliers de militant·e·s, qu'il y ait un manque de véritables forums de débat entre les participant·e·s, tant sur les thèmes politiques abordés lors des séances plénières centrales (les ateliers auto-organisés étaient différents) que, particulièrement, sur la déclaration finale et ce qu'elle propose. Bien que nous soyons toutes et tous d'accord pour mettre en œuvre les initiatives énumérées, et la Quatrième Internationale sera présente dans chacune d'entre elles, il est nécessaire d'élargir le noyau organisateur et de développer des mécanismes de responsabilité démocratique. Ceci est important tant en termes de représentativité politique que de parité entre genres, comme cela a été souligné lors d'une réunion du comité d'organisation international. De plus, si l'on peut noter la présence de femmes intervenantes dans toutes les conférences du programme officiel, les problématiques du féminisme en étaient largement absentes, bien qu'elles aient bien sûr été présentes dans un certain nombre d'ateliers auto-organisés.
Poursuivons la lutte
En conclusion, la conférence constitue un pas en avant extrêmement important dans la lutte contre le fascisme et l'impérialisme : n'oublions pas que cela fait des années qu'aucun forum social n'avait rassemblé autant de monde.
Les pratiques de construction de mouvements internationaux et internationalistes se sont perdues et doivent être reconstruites.
La décision de rechercher un front uni antifasciste et anti-impérialiste a entraîné une certaine perte de clarté dans les déclarations communes, étant donné que les conceptions au sein de la gauche et des secteurs populaires sur des questions aussi fondamentales que : qui sont les fascistes ou néofascistes ;ou qui sont les impérialistes, varient considérablement. Ainsi, la décision qui a guidé l'organisation de la Conférence – et c'est également la position de la Quatrième Internationale – est qu'il était important de tenir la conférence, même au prix d'une perte significative de clarté. La seule alternative aurait été de ne pas la tenir, de renoncer à la possibilité de rassembler des milliers de militants permettant de discuter des points d'accord et de désaccord et de s'engager dans la lutte en cours contre le fascisme et l'impérialisme
Les batailles politiques se mènent dans la pratique, en participant aux mouvements qui existent réellement ; nous ne pouvons exercer une influence que si nous y participons pleinement. L'organisation de cette conférence, ainsi que la série de pré-conférences, notamment au Brésil, qui ont constitué un aspect important de la mobilisation en vue de la conférence, s'est largement appuyée sur les militants de la Quatrième Internationale, en particulier nos organisations au Brésil – notamment le MES, Centelhas et Ecosocialistas –, nos camarades engagé·e·s dans des organisations et associations de masse, ainsi que d'autres organisations internationalistes, anticolonialistes et anti-impérialistes.
Il ne fait aucun doute que les débats et les luttes se poursuivront, et les prochains rendez-vous sont déjà fixés : le contre-sommet du G7 en France et en Suisse en juin 2026, le rassemblement anti-OTAN en Turquie en juillet 2026, et le Forum social mondial au Bénin en août 2026. Des conférences continentales sont également proposées, notamment en Amérique du Nord et du Sud, ainsi que les Rencontres écosocialistes en mai en Belgique.
C'est à travers tous ces événements que se forgent les alliances nécessaires pour contrer le fascisme et l'impérialisme. C'est à nous d'impliquer les syndicats, les organisations de défense des droits humains, les mouvements féministes et LGBTQI+, les organisations antiracistes, celles qui militent pour la Palestine et celles qui sont solidaires des peuples ukrainien et iranien. C'est ainsi – et en défendant nos perspectives révolutionnaires écosocialistes – que nous construirons le mouvement nécessaire pour changer le monde.
4 avril 2026
1. Notamment les deux principaux syndicats basques ELA et LAB, les Intersyndicales de Valence, de Galice et de Catalogne, la CTA A et la CTA TT en Argentine, le PIT CNT en Uruguay, le SME au Mexique, la CUT au Chili et la CUT en Colombie.
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